Dylan nobélisé: The day literature died (Sweden got talent: Where does that all end when moss grows fat on a rollin’ stone ?)

17 octobre, 2016
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Now for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rollin’ stone But that’s not how it used to be When the jester sang for the king and queen In a coat he borrowed from James Dean And a voice that came from you and me Oh, and while the king was looking dow The jester stole his thorny crown Do you recall what was revealed The day the music died? Don McLean
Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale. Galia Ackerman  et Frédérick Lemarchand
You can’t fake true cool. Publicité Chrysler
If you were going to sell out to a commercial interest, which one would you choose? Ladies garments. Rolling stone
I see, I see lovers in the meadow I see, I see silhouettes in the window I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. Publicité Victoria’s secret
Hurricane est un protest song de Bob Dylan au sujet de l’emprisonnement de Rubin « Hurricane » Carter. Elle résume les prétendus actes de racisme envers Carter, que Dylan décrit comme la principale raison de la condamnation dans ce qu’il considère comme un faux procès. Cette chanson fut l’une des quelques protest songs qu’écrivit Dylan dans les années 1970, et ce fut l’un de ses singles ayant eu le plus de succès de cette décennie, atteignant le 31e rang du Billboard. L’album de Bob Dylan Desire s’ouvre avec le titre Hurricane, dénomination inspirée du surnom de Rubin Carter et dépeignant l’histoire de ce boxeur noir américain, ancien prétendant au titre des poids moyens, accusé du meurtre de trois personnes en 1966. Dylan eut envie d’écrire cette chanson après avoir lu l’autobiographie de Carter Le Seizième Round (The Sixteenth Round), que celui-ci lui avait envoyée « à cause de ses engagements antérieurs dans le combat pour les droits civiques ». Dans son autobiographie, Carter continuait à clamer son innocence et son histoire poussa Dylan à aller lui rendre visite à la prison d’État de Rahway à Woodbridge (New Jersey). (…)  Dylan doit ré-enregistrer la chanson en modifiant les paroles relatives à Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley qui « ont dépouillé les corps » (« robbed the bodies »). Les avocats de la Columbia l’ont prévenu qu’il risque un procès pour diffamation. Ni Bello, ni Bradley n’ont jamais été accusés de tels actes. (…) Même avec ces paroles révisées, la controverse continue de croître autour de Hurricane. Les critiques de l’époque lui reprochent de ne raconter qu’une version des faits, le passé judiciaire de Carter étant ignoré dans l’histoire que Dylan raconte, et de manquer d’objectivité. Il y a d’autres inexactitudes, comme par exemple la description de Carter comme prétendant n°1 au titre de champion des poids moyens (« Number one contender for the middleweight crown ») alors que le classement de mai 1966 de Ring Magazine ne le situait qu’au neuvième rang à l’époque de son arrestation. Mike Cleveland du Herald-News, Robert Christgau, et de nombreux autres critiques mettent en question l’objectivité de Bob Dylan au moment de la sortie de la chanson. Cal Deal, journaliste au Herald-News qui couvre l’affaire Carter entre 1975 et 1976, interviewant Carter en août et décembre 1975, accuse plus tard Dylan d’avoir un fort parti pris pour Carter tout en utilisant énormément d’effets artistiques. Pendant la tournée précédant la sortie de Desire, Dylan et le Rolling Thunder Revue participent à La Nuit de l’Ouragan I4 en l’honneur de Carter au Madison Square Garden de New York, le 12 août 1975. De nombreuses vedettes, dont Mohamed Ali, sont présentes à ce concert caritatif où un exposé de 20 minutes explique la situation du boxeur emprisonné5. L’année suivante, ils mettent sur pied la Nuit de l’Ouragan II, cette fois-ci à l’Astrodome de Houston. Ce super-concert, organisé le 25 janvier 1976 est néanmoins un fiasco malgré la présence de Stevie Wonder, Stephen Stills, Ringo Starr ou encore Santana. Trente mille personnes assistent au spectacle mais l’organisation prévoyait plus du double6. En fin de compte, Hurricane rapporte assez de fonds et de publicité pour aider Carter à lancer un recours. En novembre 75 d’abord, la Cour Suprême annonce qu’elle compte réviser l’appel. Un mois plus tard, Carter et Artis retirent leur demande de pardon, souhaitant une réhabilitation complète. En mars 1976, ils sont même libérés sous caution et gagnent le droit à un nouveau procès. Mais Carter est de nouveau condamné à deux peines de prison à vie successives en décembre 1976. Ni Dylan, ni aucun autre défenseur célèbre n’assiste au procès7. En 1985 la justice américaine reconnaît que Carter et Artis n’ont pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté. Dylan n’a plus interprété cette chanson depuis le 25 janvier 1976 à Houston, Texas. Wikipedia
Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur. Norman Mailer
Yippee! I’m a poet, and I know it. Hope I don’t blow it. Bob Dylan
I think of myself more as a song-and-dance man. Bob Dylan
Anything I can sing, I call a song. Anything I can’t sing, I call a poem. Bob Dylan
Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way … I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line. Bob Dylan
Mes trucs, c’était les chansons, vous savez. Ce n’était pas des sermons. Si vous examinez les chansons, je ne pense pas que vous trouverez quoi que ce soit qui fasse de moi un porte-parole de qui que ce soit. Bob Dylan
Je vais partir maintenant. Je vais aller me faire voir ailleurs. J’ai probablement oublié un tas de gens et dis trop à propos de certains. Mais c’est pas grave. Comme dans le Sipitual « Je suis encore en train de traverser le Jourdain, moi aussi. » Espérons qu’on se reverra. Un jour. Et ce sera le cas si, comme disait Hank Williams : « le Bon Dieu le veut bien et la rivière ne déborde pas ». Bob Dylan
Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde. Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War (…) « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher… ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan. Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »).  Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic. Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ». Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ». Le Monde
He’s a great humanitarian, he’s great philanthropist He knows just where to touch you honey, and how you like to be kissed He’ll put both his arms around you You can feel the tender touch of the beast You know that sometimes Satan comes as a man of peace. Standing on the water, casting your bread (…) Fools rush in where angels fear to tread (…) You’re a man of the mountains, you can walk on the clouds Manipulator of crowds, you’re a dream twister You’re going to Sodom and Gomorrah (…) Well, the Book of Leviticus and Deuteronomy The law of the jungle and the sea are your only teachers In the smoke of the twilight on a milk-white steed Michelangelo indeed could’ve carved out your features Resting in the fields, far from the turbulent space Half asleep near the stars with a small dog licking your face. (…) Well, the rifleman’s stalking the sick and the lame Preacherman seeks the same, who’ll get there first is uncertain Nightsticks and water cannons, tear gas, padlocks Molotov cocktails and rocks behind every curtain False-hearted judges dying in the webs that they spin Only a matter of time ’til the night comes stepping in. Bob Dylan
Les critiques disent que je ne peux pas chanter. Je coasse, je ressemble à une grenouille. Pourquoi les critiques ne disent-ils pas la même chose de Tom Waits ? Ils disent que ma voix est striée, que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas pareil au sujet de Leonard Cohen ? Pourquoi ai-je le droit à un traitement spécial ? Les critiques disent que je ne peux pas chanter juste et que je m’en sors en parlant dans une chanson. Vraiment ? Je n’ai pas entendu dire cela à propos de Lou Reed. Pourquoi s’en sort-il indemne ? Qu’ai-je donc fait pour mériter un traitement aussi spécial ? Pourquoi moi, seigneur ? Bob Dylan
He got no place to ‘scape to, no place to run (…) Neighborhood bully been driven out of every land He’s wandered the earth an exiled man Seen his family scattered, his people hounded and torn He’s always on trial for just being born He’s the neighborhood bully. Bob Dylan
There must be some kind of way outta here, said the joker to the thief. Bob Dylan
Vous êtes nés, vous savez, le mauvais nom, les mauvais parents. Je veux dire, cela arrive. Vous vous appelez comme vous voulez vous appeler. C’est le pays de la liberté. Bob Dylan (2004)
`Tin Pan Alley is gone. I put an end to it. People can record their own songs now.’ Bob Dylan
In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it. Bob Dylan
It was like all the records up to that time were like sitcoms, and then here came somebody that spoke like a modern-day Shakespeare, and what a difference. Al Cooper
We have an America that, in Bob Dylan’s phrase, is busy being born, not busy dying. Jimmy Carter (Democratic National Convention, New York CityJuly 15, 1976)
The other source of my understanding about what’s right and wrong in this society is from a friend of mine, a poet named Bob Dylan. After listening to his records about “The Ballad of Hattie Carol” and “Like a Rolling Stone” and “The Times, They Are a-Changing,” I’ve learned to appreciate the dynamism of change in a modern society. I grew up as a landowner’s son. But I don’t think I ever realized the proper interrelationship between the landowner and those who worked on a farm until I heard Dylan’s record, “I Ain’t Gonna Work on Maggie’s Farm No More.” So I come here speaking to you today about your subject with a base for my information founded on Reinhold Niebuhr and Bob Dylan. Jimmy Carter
There is no doubt that his words on peace and human rights are much more incisive, much more powerful and much more permanent than those of any president of the United States. Jimmy Carter 
At first I wasn’t sure I was hearing him right and I looked over at Jimmy King. « What the hell did I just hear? » I asked. King smiled and looked at Paul Kirk, who leaned across the table and whispered, « He said his top two advisers are Bob Dylan and Reinhold Niebuhr. » I nodded and got up to go outside for my tape recorder. I could tell by the rising anger in Carter’s voice that we were in for an interesting ride…. And by the time I got back he was whipping on the crowd about judges who took bribes in return for reduced prison sentences, lawyers who deliberately cheated illiterate blacks, and cops who abused people’s rights with something they called a « consent warrant. » « I had lunch this week with the members of the Judicial Selection Committee and they were talking about a ‘consent search warrant,' » he said. « I didn’t know what a consent search warrant was. They said, ‘Well, that’s when two policemen go to a house. One of them goes to the front door and knocks on it and the other one runs around to the back door and yells ‘come in.' » The crowd got a laugh out of that one, but Carter was just warming up and for the next 20 or 30 minutes his voice was the only sound in the room. Kennedy was sitting just a few feet to Carter’s left, listening carefully but never changing the thoughtful expression on his face as Carter railed and bitched about a system of criminal justice that allows the rich and the privileged to escape punishment for their crimes and sends poor people to prison because they can’t afford to bribe the judge…. (…) So this will have to be it, … I would need a lot more time and space than I have to properly describe either the reality or the reaction to Jimmy Carter’s Law Day speech, which was and still is the heaviest and most eloquent thing I have ever heard from the mouth of a politician. It was the voice of an angry agrarian populist, extremely precise in its judgments and laced with some of the most original, brilliant and occasionally bizarre political metaphors anybody in that room will ever be likely to hear. (…) Forty-five minutes later, on our way back to Atlanta in the governor’s small plane, I told Carter I wanted a transcript of his speech. « There is no transcript, » he said. I smiled, thinking he was putting me on. The speech had sounded like a product of five or six tortured drafts…. But he showed a page and a half of scrawled notes in his legal pad and said that was all he had. « Jesus Christ, » I said. « That was one of the damnedest things I’ve ever heard. You mean you just winged it all the way through? » He shrugged and smiled faintly. « Well, » he said, « I had a pretty good idea what I was going to say, before I came up here – but I guess I was a little surprised at how it came out. » Kennedy didn’t have much to say about the speech. He said he’d « enjoyed it, » but he still seemed uncomfortable and preoccupied for some reason. Carter and I talked about the time he invited Dylan and some of his friends out to the governor’s mansion after a concert in Atlanta. « I really enjoyed it, » he said with a big grin. « It was a real honor to have him visit my home. » I had already decided, by then, that I liked Jimmy Carter – but I had no idea that he’d made up his mind, a few months earlier, to run for the presidency in 1976. And if he had told me his little secret that day on the plane back to Atlanta, I’m not sure I’d have taken him seriously…. But if he had told me and if I had taken him seriously, I would probably have said that he could have my vote, for no other reason except the speech I’d just heard.  Hunter S. Thomson
I guess these are the three meanest men I ever met. The other two are Muhammad Ali and Sonny Barger (the godfather of The Hells Angels). Those three men are a whole cut above everybody else I ever ran into. And there was a sheer functional meaness. (…) Meaning the ability to get from A to B, C, M Z, whatever you want. Carter would would cut my head off to carry North Dakota. your legs off to carry a ward in the Bronx. He understands the system. That’s why he won. and never apologize for it. That’s really all I said. I admire that. A person that played the game as well as he did.  Hunter S. Thomson
Just before he died, Jimi Hendrix, his drummer [Mitch Mitchell] and I would sit up all night listening to tapes of our shows. Jimi was the sweetest guy. He made his reputation by setting his guitar on fire, but that eventually became repugnant to him. « I can’t stand to do that anymore, » he said, « but they’ve come to expect it. I’d like to just stand still like Miles. » Transitions aren’t easy. After I took a jazz band into the Grand Ole Opry, they never invited me back! (…) Bob is not authentic at all. He’s a plagiarist, and his name and voice are fake. Everything about Bob is a deception. We are like night and day, he and I. Joni Mitchell
I like a lot of Bob’s songs. Musically he’s not very gifted. He’s borrowed his voice from old hillbillies. He’s got a lot of borrowed things. He’s not a great guitar player. He’s invented a character to deliver his songs. Sometimes I wish that I could have that character — because you can do things with that character. It’s a mask of sorts. Joni Mitchell
Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent. Horace Engdahl (secrétaire du comité Nobel)
If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan. Sara Danius (permanent secretary of the Swedish Academy)
C’est une nouvelle étape vers l’immortalité. De mon répertoire qui s’étale sur 60 ans, aucune chanson n’a été aussi émouvante et ne valait autant la peine dans sa profondeur, sa noirceur, son mystère, sa beauté et son humour que celles de Bob. Joan Baez
D’Orphée à Faiz, chanson et poésie ont toujours été intimement liées. Dylan est le brillant héritier de la tradition des bardes. C’est un super choix  ! Salman Rushdie
Bob Dylan est l’auteur de textes littéraires, au sens le plus profond. Joyce Carol Oates
Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter. C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus. Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus… Alors, va-t-on lui faire grief de cela ? Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ? Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ? C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur. C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort. Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout. Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie. Bernard-Henri Lévy
Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.” WSJ
He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance. (…) People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk. Sean Wilentz (Princeton)
Quant à savoir si la chanson appartient à la littérature: il y a peu de paroles qui réussissent à s’affranchir du rythme et de la mélodie. Le plus drôle, si l’on veut étudier sa prose sans son accompagnement musical, c’est qu’il a justement transformé la musique populaire en découvrant de nouvelles façons de créer des narrations indépendantes de la mélodie et du rythme, comme dans “Mr. Tambourine Man” ou “Like a Rolling Stone”, et qu’il a continué sans relâche à explorer cette veine, avec le succès que l’on sait. Dans le domaine du rock, aucun autre corpus ne peut être comparé à l’œuvre de Dylan, quels que soient les critères retenus. L’académie suédoise reconnaît à Bob Dylan la capacité “d’avoir su créer de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition américaine de la chanson”. Cette précision n’a rien d’anodin : personne ne dit que les chansons de Dylan appartiennent au registre de la poésie et qu’elles sont donc de même nature que les œuvres des précédents poètes lauréats du prix comme T. S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W. B. Yeats et bien d’autres. Cette définition suggère au contraire que sa contribution à la littérature intervient dans une autre catégorie, une catégorie dont il serait l’éminent représentant. Et c’est un fait indiscutable. Des tournures typiquement dylanesques. Ceux qui pensent que les qualités d’écriture de Bob Dylan ne se trouvent que dans ses premières œuvres folks, comme “A Hard Rain’s a-Gonna Fall”, “Blowin’ in the Wind” ou “The Times They Are a-Changin’”, ignorent que l’ancien contestataire continue d’exprimer d’indéniables qualités littéraires, même si ses albums ne sont plus à l’avant-garde du rock et de la pop. Des morceaux datant de la fin des années 1990 et du début du XXI e siècle, comme “Cold Irons Bound”, “High Water (for Charley Patton)”, “Love Sick” et “Pay in Blood”, n’ont rien à envier à ses chefs-d’œuvre rock que furent “All Along the Watchtower” ou “Hurricane”. En reconnaissant qu’il est le digne héritier d’une tradition américaine, l’académie suédoise choisit de ne pas cantonner Dylan à un certain style de composition. Quel que soit le mode d’expression choisi (blues, country, folk, gospel ou différents styles de rock), Dylan reste un immense auteur. Si les mots de Bob Dylan réussissent à avoir une vie propre en dehors de la mélodie, c’est parce que Dylan est passé maître dans l’art de retranscrire l’oralité de la langue américaine. Il est d’abord un auteur qui met ses mots et ses histoires en musique. On retrouve dans ses créations des visions ou des tournures de phrases typiquement dylanesques. Né à Duluth, dans le Minnesota, Dylan est un auteur américain issu des mêmes terres du Midwest que F. S. Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg et Thornton Wilder. Comme il le révèle dans son autobiographie Chroniques, volume 1 (et c’est tout aussi évident dans les paroles de ses chansons), Dylan est un boulimique de lecture qui sait apprécier aussi bien une bonne histoire que la saveur des mots ou la musicalité de la prose. Ce prix Nobel de littérature confirme qu’il est bien plus qu’un simple auteur-compositeur. Et ceux qui le suivent de très près, savourant ses fulgurances, son sens de l’observation et sa capacité à détourner de leur routine les mots les plus ordinaires, trouvent cette reconnaissance bien tardive, avec tout le respect dû à messieurs Murakami, Roth, Sondheim et les autres. Chaque phrase, chaque couplet écrit par Dylan mérite amplement cette consécration planétaire. Jim Fusilli
The problem many critics have with calling song lyrics poetry is that songs are only fully realized in performance. It takes the lyrics, music, and voice working in tandem to unpack the power of a song, whereas a poem ideally stands up by itself, on the page, controlling its own timing and internal music. Dylan’s lyrics, and most especially his creative rhyme-making, may only work, as critic Ian Hamilton has written, with “Bob’s barbed-wire tonsils in support.” It is indisputable, though, that Dylan has been influenced a great deal by poetry. He counts Arthur Rimbaud and Paul Verlaine alongside Woody Guthrie as his most important forebears. He took his stage name, Bob Dylan, from Welsh poet Dylan Thomas (his real name is Robert Allen Zimmerman). He described himself once as a “sixties troubadour, » and when he talks about songwriting, he can sometimes sound like a professor of literature: “I can create several orbits that travel and intersect each other and are set up in a metaphysical way.” His work has also veered purposefully into poetry. In 1966, he wrote a book of poems and prose called Tarantula. Many of the liner notes from his 1960s albums were written as epitaphs. And his songwriting is peppered with literary references. Poets.org
I can’t take the vision of Dylan as seer, as teenage messiah, as everything else he’s been worshipped as. The way I see him, he’s a minor talent with a major gift for self-hype. Nik Cohn
Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers. Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter. This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained. Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate. The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet. (…) Nevertheless sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums. Sean O’Hagan
The opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. » As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al. But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.) While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage. And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. (…) But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it. Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ». « In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »). Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans. (…) So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. (…) Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ». And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true. While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is. A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does. The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane. Jack Marx
C’est le prix Nobel de littérature, pas La Suède a un incroyable talent. Ah, en tout cas, voilà où nous en sommes sur le plan culturel. C’en est fini de la distinction. La discrimination est proscrite, nous vivons à l’ère de l’égalité. De l’émotion. Ne compte que ce qui vend. Mais qui célèbre la mort de la qualité, qui s’imagine qu’en renonçant à l’élitisme on parviendra à coup sûr à la justice, devrait grandement se méfier des conséquences. Une culture qui donne un prix littéraire à Bob Dylan est aussi capable de nominer Donald Trump pour la présidentielle. C’est une culture qui ne se soucie pas des qualifications et ne rêve que de satisfaire les besoins émotionnels bruts. On flatte les plus bas instincts, à gauche comme à droite. Il est de plus en plus difficile de faire appel à la raison car la raison est discriminatoire. Pour en user, et la comprendre, il faut penser, ce qui représente un effort. C’est bien plus facile de réagir avec ses tripes. De “Dylan parce que je l’aime” à “Trump parce que je me sens comme lui”, il n’y a qu’un pas. Tout cela est primaire. On me traitera de fossile, de snob, d’élitiste, etc. Sur cette question-là, peu m’importe ! Il est clair que la culture est nettement plus pauvre aujourd’hui qu’il y a quelques dizaines d’années, ce qui exerce une influence sur la politique. D’année en année, le niveau dégringole, et ce qui paraissait absurde autrefois est désormais considéré comme tout à fait normal. Et l’on oublie, hélas, ce qu’est l’excellence. Je ne sais pas où tout cela nous mène. Peut-être à un Nobel du tweet lyrique accordé à Donald Trump en 2025. Tim Stanley
Bob Dylan is a great songwriter, but famous musicians like him get lots of recognition in other ways, so this was a wasted opportunity to recognise a deserving writer. Prof. Sir Venkatraman Ramakrishnan (Nobel laureate chemistry, 2009)
Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones. Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine. Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros. Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars. Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ». Capital
Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise. (…)  L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel. Télérama
Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. (…) La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur. Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… (…) Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le soufre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse. Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts. Pierre Assouline
Lui attribuer le Nobel de littérature, c’est affligeant. J’aime Dylan mais il n’a pas d’œuvre. Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. C’est méprisant pour les écrivains. Pierre Assouline
Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature car la littérature, c’est des livres qu’on lit et non des chansons qu’on écoute. (…) la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture. Alain Finkielkraut
Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (…) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien. Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs  d’Al Nosra ndlr] Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger: «En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix. Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.» Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat: «Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.» Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale. Slobodan Despot

Après le plus rapide prix de la paix, le prix le moins littéraire de l’histoire !

Douze Grammys, Rock and Roll Hall of Fame, Nashville Songwriters Hall of Fame, Songwriters Hall of Fame, Oscar de la meilleure chanson de film, Golden Globe, prix Pulitzer, légion d’honneur et innombrables titres de doctor honoris causa, plus de 100 millions d’albums vendus, 80 à 100 concerts annuels, millions de dollars de royalties par an pour près de 600 chansons,  douze double ou triple albums d’enregistrements inédits ou piratés, documentaire de Martin Scorcese (No Direction Home),  future série télé, millions de dollars pour la cession de ses archives (non sonores) à l’université de Tulsa ou pour la publicité («The Times they are a changing» à la Bank of Montréal,  spots pour les yaourts Chobani, Cadillac, Chrysler,  Apple ou encore la lingerie Victoria’s Secret) …

Au lendemain d’une annonce d’un comité Nobel qui après le plus rapide et immérité prix Nobel de la paix de l’histoire et l’an dernier déjà celui d’une journaliste

Nous sort,  au mépris à nouveau des favoris des milieux littéraires comme Salman Rushdie, Adonis ou Ngugi wa Thiong’o, un auteur-compositeur de la chanson de son chapeau …

Comment ne pas voir avec quelques uns des rares critiques qui osent encore élever la voix …

Les dérives démagogiques et politiquement correctes d’un postmodernisme où tout se vaut au nom du refus de toute hiérarchie et hiérarchisation …

Et où l’on peut faire mine de découvrir les talents littéraires prétendument cachés d’un chanteur multimillionnaire et adulé (et même cité par des présidents !) …

Qui entre ses nombreux emprunts à ses pairs pas toujours reconnus et ses emballements protestataires pas toujours appuyés sur les faits …

Aura largement usé de ses considérables talents pour jouer sa vie durant avec la vérité …

Comme le révélait enfin l’an dernier dans son fameux discours du trophée de la branche humanitaire des Music awards …

Et encore à demi-mot entre règlements de comptes et hommages plus ou moins directs à ses nombreux inspirateurs …

Le « song-and-dance man » – et pierre qui roule pleine de mousse amassée – qui avait « juste ouvert une porte différente d’une manière différente » et « prolongé la ligne »  ?

En un long discours, Bob Dylan revient à ses racines

L’auteur de « Blowin’ in the Wind » a jeté une lumière crue et poétique sur ses influences et ses rencontres.

 Thomas Sotinel

Le Monde

09.02.2015

Entre ses onze Grammys, son Oscar de la meilleure chanson composée pour un film (Things Have Changed, dans Wonder Boys), son Golden Globe, sa légion d’honneur, Bob Dylan, 72 ans, n’en est plus à une récompense près. C’est pourquoi la remise du trophée Musicares, le 6 février, à Los Angeles, ne semblait pas devoir marquer particulièrement le parcours de l’auteur de A Hard Rain’s A Gonna Fall. Mais ce soir-là, alors qu’on lui remettait un objet d’art célébrant sa contribution à une organisation qui aide les musiciens malades et nécessiteux, Bob Dylan s’est mis à parler, et à parler. Pendant plus d’une demi-heure, il a tracé une petite cartographie de la musique populaire américaine, reliant ses chansons à leurs ancêtres. Il a distribué bons et mauvais points aux artistes qui ont repris ses titres, il a évoqué ses rencontres et s’est défendu de chanter en croassant. Bref, Bob Dylan, le plus secret des musiciens s’est épanché en public comme il l’avait rarement fait.

Le Los Angeles Times a publié la transcription intégrale de ses propos et on y trouvera autant de richesses que dans un chapitre des Chroniques, les mémoires de Bob Dylan dont un seul tome a été publié à ce jour. Après avoir été présenté sur scène par l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter, Bob Dylan a commencé par évoquer quelques-unes des personnalités qui l’ont mis en selle, il y a plus d’un demi-siècle, lorsqu’il est arrivé à New York : le talent scout du label CBS, John Hammond (qui avant de découvrir Bob Dylan avait signé les contrats de Count Basie et Aretha Franklin), l’éditeur Lou Levy. Le poète s’est souvenu que ce dernier lui avait dit que ses chansons étaient « soit en avance, soit en retard sur leur temps ». « Il m’a dit que si j’étais en avance et il n’en était pas vraiment sûr il faudrait entre trois et cinq ans au public pour me rattraper. Et c’est ce qui s’est passé ».

Souvent cruel

Le ton du discours de Bob Dylan n’est pas à la modestie, elle n’a jamais été le fort de l’artiste. La lucidité lui va mieux et il a consacré de longues minutes à établir la parenté entre les classiques du folk et du blues et ses compositions. « Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde.

Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War.

Tout en se défendant de dire du mal de qui que ce soit, Bob Dylan, qui fut souvent cruel au fil des ans (voir le traitement qu’il réserve à Donovan Leitch dans Don’t Look Back, le documentaire de D.A. Pennebaker) a aussi dit « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan.

« Je mutile mes mélodies »

Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »).

Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic.

Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ».

Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ».

Auparavant, Jack White, Nora Jones, Sheryl Crow avaient interprété des titres de Dylan. Seule cette dernière a eu droit à une mention dans ce discours qui est déjà entré dans le canon des dylanologues.

Voir aussi:

Le bras d’honneur des Nobel à la littérature américaine
Pierre Assouline

La République des livres

le 13 octobre 2016

Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. Une règle : ne jamais démentir les rumeurs (son point commun avec la CIA). Une seule fois, il y a huit ans, Horace Engdahl alors secrétaire du comité Nobel, légèrement escagassé que l’on reproche à sa bande de copains engoncés d’ignorer les susnommés, ne supportant plus cette pression insistante en leur faveur, laissa éclater son humeur américanophobe non sans mépris dans une interview à l’Associer Press :

«Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent » »
Depuis ce matin, nous voilà fixés. La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur.

Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… Car enfin, on a beau retourner sa fiche Wikipédia dans tous les sens (une fois n’est pas coutume) en français comme en anglais ou consulter son site, son seul livre est une autobiographie en trois tomes il est vrai (en français chez Fayard, seul le premier est paru). On y apprenait que Balzac est son écrivain de chevet : « Mon romancier-fétiche » avouait-t-il, ce qui est réconfortant en un temps où il est de bon ton, dans les amphithéâtres des universités françaises, d’esquisser une moue de dédain pour le trop prolifique et si peu styliste auteur de la Comédie humaine. On se promettait de l’interroger plus avant la prochaine fois sur The cousin Pons ou sur le Father Goriot. Voilà pour l’oeuvre littéraire. C’est tout ? C’est tout. Le comité Nobel l’avait prévu qui dans son communiqué anticipe déjà le reproche :

« Dylan est une icône. Il a une profonde influence sur la musique contemporaine (…) Il est récompensé « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique dans la grande tradition de la chanson américaine (…) Bob Dylan a écrit une poésie pour l’oreille…
A se demander à quoi peut ressembler une poésie qui n’est pas pour l’oreille, si cela existe. N’empêche. Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le souffre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse.

Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts.

« Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur », disait Norman Mailer. Interrogés, les académiciens suédois ont exprimé sinon leur unanimité du moins leur unité au moment du vote. D’après l’un d’eux, Per Wastberg, celui-là même qui voit en Dylan « probablement le plus grand poète vivant », ils espèrent un concert lors de la remise du prix en décembre. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Au moment même où était annoncé le couronnement de Bob Dylan, le dramaturge italien Dario Fo, lauréat du Nobel de littérature en 1997, passait de vie à trépas. On attend les conclusions du médecin-légiste pour savoir si l’un est la cause de l’autre.

P.S. Pour la route, un extrait des poèmes de jeunesse inédits de Bob Dylan publiés en 2008 :

« from the outside lookin in every finger wiggles the doorway wears long pants an slouches no rejection all’s fair in love and selection but be careful, baby of covered window affection an don’t forget t bring cigarettes for you might just likely find that one outside leads farther out an one inside just leads t another ———————— death silenced her pool the day she died hovered over her little toy dogs but left no trace of itself at her funeral ————————  jaundiced coloured girls pop out of nowhere offerin roses cant eat your roses get ’m out of here gimme food i dig food cant swallow the smell of your flowers, lady want turkey buns hamburger meat history gets the hungries an even the witches sometimes have t eat so please pardon me an dont think i’m prejudiced if i pour your drink all the way down your hairlip gown there’s nothing t be disturbed about it’s just that there’s enough people bending over with the fangs of society burnt into their backs…
(« Le prix Nobel de littérature 2016 » photos D.R.)

Les prix Nobel au caniveau ? Slobodan Despot décrypte le prix de littérature remis à Bob Dylan
Emilie Defresne

medias-prese-info

17 octobre 2016

Ce large extrait d’un article de l’Antipresse N° 46 est rangé au rayon littérature, non en raison du prix Nobel, ni en raison de Bob Dylan a qui il a été attribué, mais en raison du commentaire de Slobodan Despot qui en a tiré la substantifique moëlle:

Le Nobel à Dylan: dynamite ou pétard mouillé?

Alors que l’humanité n’a jamais été aussi proche de son suicide nucléaire, l’Académie suédoise vient de nous gratifier d’un moment bienvenu de franche poilade. Le 13 octobre 2016, elle a attribué le prix Nobel de littérature à Bob Dylan, répandant du même coup la désolation dans les milieux littéraires du monde entier. Eric Neuhoff, pâle de rage, pronostique dans le Figaro que «Francis Lalanne va postuler pour l’an prochain» tandis que dans un registre carrément dogmatique, Alain Finkielkraut affirme que «Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature», car la littérature, précise-t-il, «c’est des livres qu’on lit» et non «des chansons qu’on écoute». Venant d’un académicien français, cette définition tracée au cordeau devrait clore tout débat.

A moins qu’on se fiche de l’Académie française (laquelle, en matière de choix loufoques, s’y connaît aussi un peu). Auquel cas, il faut bien souligner que le problème du Nobel à Dylan ne tient nullement à Dylan, mais uniquement à Nobel. Et quand je dis Nobel, je pense évidemment au jury du prix et non au chimiste qui l’a fondé. Il ne faut surtout pas confondre le grand savant Alfred Nobel avec les clampins qui gèrent sa légation. Si M. Nobel avait tâtonné dans ses expériences comme ses comités choisissent leurs lauréats, il eût sans doute sauté avec son labo avant d’avoir inventé la dynamite.

Dylan & Dylan

De même ne faut-il pas confondre Dylan (Bob, alias Robert Zimmermann) avec Dylan (Thomas), le poète gallois et donc alcoolique qui mourut trop jeune en 1953, et dont Bob a emprunté le prénom pour s’en faire son nom de scène, bien qu’il l’ait nié pendant quarante ans. «Les trucs de Dylan Thomas, j’en ai lu, et ils n’ont rien à voir avec les miens», disait-il au début de sa carrière. De même que les trucs de Bob, selon Alain, de l’Académie française, n’ont rien à voir avec la littérature. C’est pourquoi il ne faut pas les confondre. Si le Nobel avait couronné l’autre Dylan (Thomas), de son vivant ou par contumace, nul n’y eût trouvé rien à redire, ni à relire, du moment que personne hors du pays de Galles ne l’avait vraiment lu. C’est comme pour Wisława Szymborska. Avez-vous lu Wisława Szymborska? Savez-vous même comment cela se prononce? Non, bien entendu. Elle a pourtant décroché le Nobel de littérature 1996 pour son œuvre poétique, qui n’est peut-être pas plus fournie que celle de Bob, mais qui a l’avantage d’être imprimée plutôt que gravée sur disques, et donc d’être infiniment plus confidentielle.

Si le Nobel de Wisława vous a échappé, vous avez sans doute entendu parler de celui qui couronna le clown Dario Fò l’année suivante (1997). Là encore, peu de «livres qu’on lit», mais la pressante et pesante présence sur scène d’une œuvre satirique et sardonique qui eût été considérée comme du simple activisme politique sur planches si son auteur n’avait pas été d’extrême gauche. Car l’extrême gauche, aux yeux des académiciens suédois, c’est de l’art en soi. Du dadaïsme appliqué.

Pour une fois, cette année-là, Dario le clown a soulevé de la poussière au-delà des frontières de son pays; et il y est retourné — à la poussière — le jour même (+ 13.10.2016) où le jury scandinave distinguait Bob le baladin barbichu de la contreculture américaine. Apoplexie d’étonnement, crise de jalousie ou simple passage de flambeau?

Les esprits placides concluront au hasard du calendrier, les imaginatifs y verront un signe: la confirmation d’une continuité dans la provocation, du côté de Stockholm. Certes, l’Académie suédoise a pour devise Snille och Smak, «le Génie et le Goût», mais elle ne précise pas si le goût en question est bon ou mauvais. Elle laisse cela à l’appréciation du comité. Quant au génie… Si elle en manifeste un, c’est bien celui que Neuhoff a immédiatement repéré: «…cette manie qu’ont les plus vénérables institutions de se prendre soudain pour des nids de subversion.»

Evolutions cancéreuses

Eh oui : le scandale du Nobel à Dylan ne concerne que Nobel. Ou presque. Nous reviendrons à Dylan en fin de partie.

Comme le dit Finkielkraut: «la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture». Dylan est certes, à la base, un barde, mais c’est surtout devenu une industrie. A l’heure où la lecture se perd, dit-on, un prix littéraire ne devrait-il pas, d’abord, inciter à la lecture plutôt qu’au streaming?

Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (on l’a vu dans Antipresse 45) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien.

La fonction réelle du Nobel

Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs  d’Al Nosra ndlr]

Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger:

«En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix.

Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.»

Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat:

«Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.»

Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale.

Soyons clairs. La mission des petits pays blonds sur le rivage est de l’Atlantique, de la Belgique au Cap Nord, est d’assurer une façade civilisatrice au système de prédation planétaire dont ils sont le cœur mais non la tête. Ils hébergent les parlements, les institutions scientifiques et culturelles, les ONG humanitaires et l’essentiel de l’appareil idéologique présentable. Ils entretiennent une social-démocratie de bon aloi, veillent à l’ouverture des frontières aux migrants du Sud tout en garantissant la fermeture aux cousins de l’Est. Ils parlent l’anglais comme ils respirent. Ils sont la dague du seppuku de l’Europe historique et de son nivellement en parking de supermarché américain. A d’intéressantes exceptions près, les choix des Nobel «idéologiques» (Paix, Littérature, Economie) reflètent ce rôle de house niggers [négriers ndlr] blancs qu’ont les nations blondes de l’est du bassin atlantique. (…)

Tangled up in blah
Jack Marx
The Australian
September 03, 2008

THE opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. »

The Bob Dylan Encyclopedia
Compiled by Michael Gray
Palgrave Macmillan, 800pp, $49.95

As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al.

But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.)

While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage.

And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. The following exchange from a 1966 interview with Playboy (centrefold: Pricilla Wright) is typical:

Dylan: I do know what my songs are about.

Playboy: And what’s that?

Dylan: Oh, some are about four minutes; some are about five, and some, believe it or not, are about 11 or 12.

Playboy: Can’t you be a bit more informative?

Dylan: Nope.

Perhaps necessarily, the interviewer goes on to ask whether Dylan thinks Lincoln wore his hair long to keep his head warm.

Playboy doesn’t rate an entry in Gray’s encyclopedia. Nor does Time magazine’s Horace Freeland Judson, whom a 23-year-old Dylan repeatedly and condescendingly insulted over the course of an interview in 1965. Judson’s interview was deemed worthy of inclusion in Don’t Look Back, a 1966 Dylan PR film, which is discussed at length in the Encylopedia. But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it.

Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ».

« In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »).

Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans.

But The Bob Dylan Encyclopedia is not meant to be taken too seriously. Gray’s pithy observations are far too opinionated for a serious reference book: he blows off Ringo Starr as « never the brightest starr in the firmament, and one of its dullest vocalists »; he dismisses, with no qualification, Brian Setzer and Dave Edmunds as « dismal »; describes Bono as « one of the world’s most self-important and vain celebrities », « the charmless man’s Bob Geldof » and a « wanker », whose name comes with the phonetic instruction « rhymes with con-oh, rather than oh-no »; and, most ironically, writes off the Dylan-obsessed Baez as « a slattern for punishment ».

Elsewhere, amid entries about particular songs (why no Positively 4th Street?), albums, notable individuals (Brian Wilson, for little reason, but who needs one?) and certain moments in history (the Titanic), you’ll find tidbits such as: « nursery rhymes, Dylan’s use of, pre-1990 »; « heroes, special cowboy fondness for »; and, under M, « musicians’ enthusiasm for latest Dylan album, perennial », in which Gray catalogues the phenomenon of musicians who work on Dylans’s imminent album declaring it to be his « best since Blonde on Blonde ».

The Bob Dylan Encyclopedia is less scholarly reference book than, as Gray explains in the preface, « essentially the book of a critic … a gathering together of much disparate information in one place ». Dylan, then, is merely a necessary maypole around which popular music factoids may gambol. It might also be the most honest way for a rock biography to be told. So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. Gray’s effort is that and much more.

Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ».

And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true.

While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is.

A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does.

The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane.

Voir également:

Bob Dylan, le Nobel qui secoue la presse internationale
Jean Talabot
Le Figaro
4/10/2016

REVUE DE PRESSE – Que pensent les médias étrangers de la distinction suprême et surprise attribuée à l’icône du rock contestataire des années 1960 ? Sur (presque) tous les continents, les journaux oscillent entre éloge, perplexité et consternation.

Au lendemain de la nouvelle surprise de la nomination de Bob Dylan, premier musicien à recevoir le prix Nobel de littérature, jeudi 13 octobre, la presse étrangère a abondamment commenté ce choix de l’Académie suédoise, entre satisfaction et ironie. En Angleterre, la BBC, a avec un humour «so british», a recensé douze autres chanteurs compositeurs qui auraient été dignes de recevoir ce Nobel, «maintenant que la compétition est élargie». On y retrouve notamment Kate Bush, Patti Smith, Leonard Cohen ou… Kanye West.

De son côté, The Independent affirme sans ambages sa satisfaction. Cette récompense est «méritée et attendue», affirme le quotidien britannique. «Pourquoi avez-vous mis tant de temps?» demande même le journaliste de The Independent David Lister à l’Académie.

Aux États-Unis, le New Yorker se montre plus nuancé. Sur son site web, l’hebdomadaire dresse la liste des auteurs pouvant se sentir lésés. Mais il interroge aussi: «Pouvons-nous pour une fois savourer simplement ce choix sans le remettre en cause? La roue tourne et parfois vous désigne.»

Le célèbre magazine dévoile par la même occasion la couverture de sa prochaine édition (qui sortira le 24 octobre), dessinée par la graphiste française Malika Favre: un Bob Dylan stylisé, portant lunettes, caban noir, et épaisse tignasse bouclée s’y impose en noir & blanc.

Nobel de la discorde
Les publications sud-américaines se montrent légèrement moins élogieuses que les médias anglophones. «Une polémique autour du Nobel» annonce le quotidien brésilien O Globo, une photo de Robert Allen Zimmerman à l’appui. À Caracas au Venezuela, El Universal enfonce le clou et annonce un «Nobel de la discorde». Même son de cloche en Colombie, avec la une d’El Tiempo: «Le Nobel qui ébranle les murs». El Mercurio, à Santagio du Chili, se montre tout de même plus tendre et titre «Bob Dylan devient éternel».

En Europe, les médias se sont montrés plus circonspects. Le choix du comité Nobel de ne pas choisir un écrivain est davantage commenté que le talent du lauréat. Pour le quotidien espagnol catalan La Vanguardia, ce Nobel dédié au «troubadour du rock», «secoue le monde littéraire». El Periodico désigne le chanteur comme un «barde». Et El País cite avec esprit un tube du rockeur en titrant «Bob Dylan ouvre la porte du ciel littéraire».

L’audace du Comité
En Allemagne, la Süddeutsche Zeitung et le Taz jouent sur les mots. Taz, plutôt perplexe quant au choix d’un chanteur, détourne sur sa une le vers de la chanson Blowin’ in The Wind de Dylan: «How many lines must a man write down?» ( «combien de lignes doit écrire un homme?»), afin de déplorer que le Nobel de littérature échappe à un écrivain. Au contraire, Süddeutsche Zeitung encourage l’audace du Comité Nobel, en empruntant à Dylan ces mots contestataires, chantés dans Subterrean Homesick Blues: «Ne suis pas les leaders, surveille plutôt les parcmètres», dont les fans du rockeur traduisent le sens caché: «Fiez-vous à votre instinct plutôt qu’à ceux qui veulent dicter votre conduite» .

Le quotidien anglophone dubaïote The Gulf News réutilise une chanson du maître pour exprimer sa position: «Don’t think twice, it’s all right» (N’y pense pas plus, tout va bien). Tout comme la Une du Times sud-africain qui reprend la même idée d’ouverture que celle du quotidien français Libération : «Times Are A-Changing».

Voir également:

Ah, la colère des esprits secs à l’annonce du Nobel de Bob Dylan !

Les cris d’orfraie de l’Académie, non de Stockholm, mais de l’Eglise mondiale de littératurologie !

La panique de ce personnel littéraire confit dans ses certitudes et piégé dans ses petits calculs, ses pronostics foireux, ses jeux d’alternance que l’on croit très malins – politique ou pas politique ? Amérique ou reste du monde ? et pourquoi pas une femme ? ou le témoin, quelconque, d’une minorité visible ? ou Machin qui attend depuis vingt ans ? ou Truc qui n’attend plus rien ?

La vérité, n’en déplaise à la cabale des vieillots, c’est que donner le Nobel de littérature à un auteur qui n’a écrit qu’un livre n’est pas plus surprenant que de le donner à Dario Fo ou à Winston Churchill, qui n’en avaient pas écrit beaucoup plus.

Et la vérité, c’est surtout que le donner à l’un de nos derniers poètes populaires, couronner le successeur lointain des Rutebeuf, des Villon, de tous ces baladins des rues, chanteurs de la solitude et de la déréliction qui ont jeté la poésie sur les chemins du monde et les trottoirs de la misère, consacrer un trouvère, un chantre de la fraternité des hommes seuls et des âmes perdues, sacrer l’auteur de ballades qui ont été, pour reprendre le mot d’André Suarès sur Rimbaud, « un moment de la vie » de tant de femmes et d’hommes des XXe et XXIe siècles, la vérité, oui, est que reconnaître l’excellence de cet homme a tout de même plus d’allure que de sortir de son chapeau l’obscur Rudolf Eucken ou, au lieu de Tolstoï, le malheureux Sully Prudhomme.

On s’en voudrait de répondre à la cuistrerie par la cuistrerie.

Mais à ceux qui, ce vendredi matin, vont partout répétant « c’est pas de la littérature ! c’est pas de la littérature ! » on a envie de répondre par Francis Ponge citant Lautréamont pour donner une définition du poète (il disait : du proète) entendu comme barde, ou comme troubadour, devenu, par son « parti pris des choses », plus utile qu’« aucun citoyen de sa tribu » : à qui la définition s’applique-t-elle mieux qu’à l’auteur de ces « Chimes of Freedom » et autres « Long and Wasted Years » qui font vivre et revivre la « République invisible » (Greil Marcus) de la culture américaine ?

Ou par Mallarmé exhortant, dans les mêmes termes ou presque, à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » : qui mieux, de nouveau, que cet artiste du collage, ce caméléon de la citation et de l’intertextualité, ce parolier laconique et savant, pilleur d’épaves célestes ou marines, cet alchimiste du verbe, dont la vie aura passé à réinventer les mots des autres et les siens, à retrouver la braise du temps sous la cendre des défaites du jour, à transmuer en or fin le plomb de ce qu’il entendait à la radio ?

Ou encore la distinction célèbre entre « écrivants » (qui font un usage tristement instrumental du langage) et « écrivains » (qui en font une fin en soi) : Dylan dit-il autre chose quand, nonobstant tant de combats autour des droits civiques, de la résistance à la guerre du Vietnam ou de la révolution du féminisme, il titre l’une de ses plus belles chansons « I’m Not There » – je ne suis pas là, plus des vôtres, adieu les choses d’ici-bas, à bientôt ?

Mais la vraie question est encore ailleurs.

Et l’exercice le plus concluant serait de comparer ce qui est comparable et l’auteur de « Blonde on Blonde » avec ceux qui furent, et demeurent, ses contemporains réellement capitaux.

Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter.

C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus.

Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus…

Alors, va-t-on lui faire grief de cela ?

Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ?

Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ?

C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur.

C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort.

Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout.

Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie.

Point de vue. Un poète antique nommé Bob Dylan
Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain | DR

Ouest-France

17/10/2016

Bob Dylan au sommet de la littérature mondiale ! Une demi-surprise, en réalité : son nom avait été évoqué parmi les nobélisables, il y a quelques années.
Ce n’est pas un showman que le jury d’Oslo vient d’honorer, mais un poète. D’ailleurs le chanteur, s’il aime monter sur scène, n’a jamais conçu ses concerts comme des spectacles à grands effets, ni sa relation au public comme une opération de séduction. Il n’a toujours été dédié qu’à sa poésie et à la musique dans laquelle il la donnait.

D’où, souvent, l’incompréhension de ceux qui venaient chercher auprès de lui des émotions telles que celles que pouvaient offrir un David Bowie, un Elton John ou un James Brown. D’où la déception de ceux qui venaient écouter les tubes et les standards qu’il ne reprenait que parcimonieusement, et jamais de la même manière. D’où ses impossibles conférences de presse, où il n’avait rien à dire, l’essentiel se trouvant pour lui dans l’acte poétique.

Tout cela avait été admirablement saisi l’an dernier, dans le spectacle d’ouverture de la saison de la Comédie Française au Studio Théâtre à Paris, créé par Marie Rémond et Sébastien Dupeyrou : Comme une pierre reconstituait la création de Like a Rolling Stone, son tube planétaire. Les spectateurs pouvaient découvrir la puissance poétique du chanteur, mais aussi l’isolement, pour ne pas dire l’autisme, dans lequel naissait sa poésie.

À la source de l’inspiration de Dylan, il y a la chanson populaire américaine : Woody Guthrie – l’inventeur du protest song – le gospel, la ballade et le blues, voire même récemment Frank Sinatra…

Attentif au mystère de notre condition
Si l’auteur de Blowin’ in the Wind ne s’est pas enfermé dans la chanson politique, s’il a un jour quitté la guitare acoustique – au grand dam de ses fans de l’époque – pour la formation rock électrifiée, s’il a sans cesse fait des pas de côtés, c’est parce qu’il a toujours cherché à faire écho dans sa création au battement des émotions du monde.

Comme tout poète, il écoute une voix qui parle en lui, qui vient de loin et qu’il projette plus loin encore. C’est pourquoi c’est à peine s’il chante. Il dit, déclame… C’est un slameur bien avant que le slam et le rap n’aient eu pignon sur rue.

On ne comprend pas Dylan si on ne le rattache pas à la tradition poétique antique, celle des vers d’Homère et des Psaumes bibliques. Le créateur de Just like a woman et de The Times They are A-Changin se moque de « l’entertainment » comme de sa première guitare. Ce qui l’intéresse, c’est le mystère de la condition humaine, depuis les émotions intimes jusqu’au tragique de la guerre, c’est l’indicible du destin, c’est le drame de la liberté, ce sont les paradoxes de l’amour.

Ainsi n’est-il pas si loin de Shakespeare. Dans une tirade de Macbeth, ce dernier lance : « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Mais ce constat désabusé est contredit par le simple fait que nous lisons encore cette tirade. Il suffit de la dire pour comprendre qu’un poète, un créateur, est précisément celui qui tire du bruit et de la fureur une œuvre qui fait sens, qui émeut, qui interroge… Et la réussite de Bob Dylan, celle qu’honore le prix Nobel, c’est d’avoir su donner à son art une dimension populaire : il a offert, à tous ceux qui entendent l’anglo-américain, l’accès à une profondeur poétique que la culture de masse, souvent, ignore ou écrase, quand elle ne la ridiculise pas.

Voir de plus:

Bob Dylan, le rock nobélisé

Adoubé écrivain depuis ses mémoires de 2004, « Chronicles vol.1 », donné parmi les favoris du Nobel de littérature il y a cinq ans, le troubadour aux trente-sept albums est consacré par le jury suédois l’année de ses 75 ans.

Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise.

A ceux qui se plaindraient d’un bâton de maréchal concédé à un chansonnier, on dira que Bob Dylan a toujours écrit. Graphomane autant que musicophage, il s’imbibait aussi bien de la lecture des poètes et romanciers que de l’écoute des bluesmen ou folksingers. Il a libéré l’écriture rock pour le bénéfice d’émules par milliers et l’ébahissement de fans assez vite rompus, selon les époques, à passer par tous les sentiments contradictoires. Ce n’est pas de la déposer sur le papier qui rend la poésie de Dylan plus noble et nécessaire. Telle qu’elle est dans ses disques, chantée, brâmée, nasillée, elle peut être aussi bien triviale ou sublime, laconique ou délirante, biblique ou paillarde, sinistre ou enjouée, cruelle ou touchante, et parfois tout cela en même temps. L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel.

Voir de plus:

Bob Dylan, rocker, prix Nobel et… cash machine !
Bob Dylan s’est vu attribué hier le Prix Nobel de Littérature, pour « avoir créé de nouveaux modes d’expression poétique ». Mais derrière l’auteur-rocker de talent, il y a aussi un vrai businessman, capable d’aller cachetonner pour des yaourts et des soutiens-gorge.

Capital

14/10/2016

«Money don’t talk it swears» («L’argent ne dit mot, il commande») lâche Bob Dylan dans It’s Allright Ma (I’m Only Bleeding), l’un de ses classiques. Il le pense peut-être mais le chanteur nobélisé a aussi accumulé des montagnes de billets verts lors de sa longue carrière. Ceux qui ne voit en lui qu’un vieux barde pacifiste sont à côté de la plaque : de tous les héros des sixties, il est l’un des plus productifs, toujours sur scène, sortant des albums comme un métronome et exploitant à la perfection ses immenses archives. Sa petite entreprise ne connait pas la crise comme aurait dit Bashung, l’un de ses innombrables disciples.

Jusqu’à 100 concerts par an

Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones.

Ses albums trustent les podiums

Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine.

Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros.

Cinéma et pub aussi

Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars.

Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ».

Voir de même:

Bob Dylan Will Be a-Changin’ Super Bowl Ads This Weekend

Folk icon lends his hit ‘I Want You’ to a yogurt ad

Kory Grow

The ad uses the folk-rock icon’s harmonica-powered 1966 hit « I Want You » as the soundtrack to a very hairy scene. In it, citizens of a rural town cower as a bear works his way through a general store. Eventually, it finds what it’s looking for (it’s easy to guess what that is) and the vocal line of the Blonde on Blonde track plays to narrate just what the bear is thinking.

Where Did Bob Dylan’s ‘Blonde on Blonde’ Rank Among the 500 Greatest Albums of All Time?

Dylan will reportedly make an appearance in another game day ad, too. Multiple sources have told Billboard that Dylan will appear in a Chrysler ad that will also feature an as-yet-undisclosed song by the singer, though neither the car company nor a Dylan rep have confirmed the rumor. The ad will likely promote the auto manufacturer’s new 200 model vehicle.

Previously, Dylan licensed his track « Motherless Children » to Jeep (a Chrysler company) for a spot that aired this past fall. That ad supposedly opened up the conversation that led to this one.

Kantar Media reported recently that the cost of Super Bowl ads has risen by almost 70 percent over the last decade. The average rate for a 30-second spot in last year’s big game cost $4 million. The second most expensive advertising venue in television remains the Oscars, which, by comparison, charges a mere $1.6 million for a half-minute of airtime. The media company estimates that costs of ads will be even higher for the Super Bowl this year.

Other notable Super Bowl ads this Sunday will feature reunions of actors from two TV series – Seinfeld and Full House – and a new song, titled « Invisible, » from U2. That group will also reportedly announce the release of their new album during the Super Bowl.

Voir aussi:

Arts & Entertainment
Is Bob Dylan Literature?
The Nobel committee says ‘Yes’ to Bob Dylan. The Minnesota native is the first musician to win the top literary honor, igniting both applause and a fierce debate
John Jurgensen and Anna Russell

The Wall Street Journal

The bombshell news from Sweden— Bob Dylan winning the Nobel Prize in Literature—would seem to be the last word in a debate that has swirled around the songwriter since he was pegged as the voice of a generation in the 1960s: Do songs such as “My Back Pages” and “Subterranean Homesick Blues” transcend pop music to qualify as great literature?

For the Nobel committee, apparently lyrics like “I was so much older then, I’m younger than that now” and “You don’t need a weatherman to know which way the wind blows” put Mr. Dylan on par with William Faulkner, Ernest Hemingway, Toni Morrison and other American Nobel laureates. He is the first musician to receive the award in its 115-year history.

“If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan,” said Sara Danius, the permanent secretary of the Swedish Academy, in announcing the award.

It’s a vindication for literary scholars who have sought to elevate his work, including Christopher Ricks, an former Oxford professor who compared the bard from Hibbing, Minn., to Keats, Yeats and other great poets. Others who have done line-by-line analysis have noted Mr. Dylan’s debt to English and Scottish balladry. The song “A Hard Rain’s A-Gonna Fall,” for instance, borrows from the centuries-old ballad “ Lord Randall. ”

The Nobel news riled some writers who objected to literature’s highest honor going to a musician, regardless of his unofficial stature as “poet laureate of rock ’n’ roll.” Irvine Welsh, the author of “Trainspotting,” wrote on Twitter, “If you’re a ‘music’ fan, look it up in the dictionary. Then ‘literature’. Then compare and contrast.”

Saladin Ahmed, a Detroit-based author of “Throne of the Crescent Moon,” an Arabian-inspired fantasy novel, questioned why Mr. Dylan was the first musician to get the Nobel: “What makes him more worthy of this or more fitting to be recognized as literary, as opposed to the God knows how many troubadours in God knows how many languages that have preceded him?”
U.S. singer-songwriter Bob Dylan was awarded the 2016 Nobel Prize in Literature “for having created new poetic expressions within the great American song tradition. » Photo: Getty

Joyce Carol Oates, who is often mentioned as a Nobel contender, called the committee’s choice “inspired,” but suggested that the surviving Beatles might be more deserving. “Arguably, their music is as significant, or more significant, than Bob Dylan’s work,” she said in an email.

As of Thursday afternoon, the prizewinner himself, 75 years old, had yet to comment on the honor. While he has accepted past laurels in arts and letters, such as France’s Légion d’honneur in 2013, Mr. Dylan routinely swats down the public obsession with his words—even as he places himself in the lineage of history’s greatest writers.

“These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far,” he said last year while accepting an award from the charity arm of the Grammy Awards.

Mr. Dylan, who has written books and stories as well as more than 500 songs, has often defined himself first and foremost as a musician. He was scheduled to perform Thursday night at the Cosmopolitan casino in Las Vegas before a second engagement this weekend at the Desert Trip festival in Indio, Calif., where he shares the bill with Paul McCartney, Neil Young and other giants of classic rock. Mr. Dylan has performed more than 1,400 shows since 2000, according to Pollstar, more than three times as many concerts as any other Desert Trip headliner.

As with the workmanlike schedule of his so-called “never-ending tour,” Mr. Dylan refers to himself as a tradesman in terms of writing, one who deals with mythic themes that go beyond folk music. “It’s called tradition, and that’s what I deal in. Traditional, with a capital T,” he said in a 2012 interview with Rolling Stone.

Among other songwriters, Mr. Dylan has always differentiated himself by the breadth of his influences, vacuuming up writings from the Bible to Rimbaud, Chekhov to fellow Nobel recipient John Steinbeck —not to mention more direct influences in music, from country blues singer Charley Patton to Frank Sinatra.

“He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance,” says Sean Wilentz, a Princeton American history professor and author of “Dylan in America.”

British music historian Clinton Heylin, the author of several books on the artist, said he participated in a conference a few years ago which debated whether or not Mr. Dylan’s work merited the Nobel. He argued yes. “His influence is so overarching,” he says. “You do have to start saying, well who exactly is it that you’re thinking of picking first?”

Citing Beat writers including Jack ouac and Allen Ginsberg (who was a friend of Mr. Dylan’s), Mr. Heylin says, “Something like ‘Hard Rain’s A-Gonna Fall’ could not exist without the Beats,” he said. “It’s to do with the line structure and the rat-a-tat-tat of imagery.”

Author Ron Rosenbaum, who has written about Mr. Dylan extensively, says Mr. Dylan managed to “mine and undermine language, speech and emotion, crystallize feelings in a way that remains still mysterious and magical…I think he’s had a kind of subtle effect on language, on the deadpan, put-on, sarcastic way we talk.”

Mr. Dylan’s odds of winning have been an annual source of speculation for bookmakers and music nerds, always eager to debate his place in the pantheon.

Gordon Ball, an English professor at Washington and Lee University who first submitted Mr. Dylan as a Nobel candidate in 1996, described his mission in an article published in the journal Oral Tradition: “I cited the almost unlimited dimensions of Dylan’s work, how it has permeated the globe and affected history.” In an interview, Mr. Ball added that he has sent in at least a dozen more bids to the Swedish Academy over the years in “long letters with updated perspectives.”

Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.”

In 2012, Mr. Dylan told Rolling Stone magazine: “In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it.”

If you’re a ‘music’ fan, look it up in the dictionary. Then ‘literature.’ Compare and contrast.

Mr. Wilentz goes further: “People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk. ”

Seeming to acknowledge Mr. Dylan’s artistic cutting and pasting, Ms. Danius of the Nobel organization referred to him “a wonderful sampler.”

Exhibit A in the case for Mr. Dylan as a literary lion is the archive of his work coming together at the University of Tulsa. Trucks full of manuscripts, notebooks, photographs and audio visual recordings have been arriving there since the Bob Dylan Archive was announced last March.

The career-spanning collection of 6,000 items was bought by the university and the George Kaiser Family Foundation, and is expected to open to researchers by spring 2017. It’s no coincidence that the university, which offers an undergraduate course on Mr. Dylan’s work, also hosts the papers of the songwriter’s most important musical and literary inspiration, Woody Guthrie.

For Dylan scholars who have had to make their own subjective studies of his lyrics, the archive beckons as a fount of primary source material. “It should turn a lot of Dylan studies on their head and open up an entirely new continent in terms of his writing,” says Michael Chaiken, the archivist in charge of processing the collection.

He cites Mr. Dylan’s continuous stream of writing and “ruthless self-editing” as evidence that he’s more than just a lyricist. The songwriter filled a quarter of a notebook alone with drafts of “Tangled Up in Blue,” a song on the album “Blood on the Tracks.”

The 1975 release, which heralded an artistic rebirth, might have been what Mr. Dylan was referring to in his “Chronicles” book as “an entire album based on Chekhov stories—critics thought it was autobiographical—that was fine.” He didn’t name the album.

An Indian writer, Rabindranath Tagore, won the Nobel Prize in Literature in 1913. Although he won for poetry, he also wrote songs.

The Nobel Prize will only heighten the interest of scholars, who are lining up for a peek at the archives. With the collection on his home turf, University of Tulsa English department chair Randall Fuller has set aside his research on Henry James to write an “intellectual biography” of the sphinx-like troubadour. “Most of my scholarly work has been in 19th-century literature—Emerson, Whitman, Dickens—and I do see Dylan very much in that tradition, as someone who is profoundly engaged by questions of human freedom, and is at the same time clear-eyed about its limitations.”

The fact that pop songs were the vehicle for these themes doesn’t diminish them. Says Professor Fuller: “I learned how to do literary criticism by studying liner notes on albums.”

—Jennifer Maloney contributed to this article

Voir de même:

Yes, Bob Dylan Deserves the Nobel Prize
The songwriter is a master of an American colloquial style, who discovered new ways of setting words and narrative to music.
Jim Fusilli
The Wall Street Journal

Oct. 13, 2016

For those who endorse awarding Bob Dylan the Nobel Prize in Literature, the question might be: Why did the Swedish Academy wait so long? For those who oppose: A songwriter?

But there is never an expiration date on the acknowledgment of excellence, and Mr. Dylan is much more than a songwriter. One may quarrel that the award delays what appears to be the inevitable recognition by the academy of novelists Haruki Murakami and Philip Roth, among others, or that a composer for musical theater like Stephen Sondheim is the place to begin if songs are considered literature. But no one who knows Mr. Dylan’s work and its impact on his and subsequent generations of authors and composers can dispute its high quality.

To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era.

The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock.

Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language.

The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

—Mr. Fusilli is the Journal’s rock and pop music critic. Email him at jfusilli@wsj.com and follow him on Twitter @wsjrock.

 To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era. The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock. Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language. The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

(Re)découvrez l’une des chansons pro-Israël oubliées de Bob Dylan
‘Neighborhodd Bully’ déplore le fait que l’Etat juif soit ‘en infériorité numérique d’environ d’un million pour un’
Gabe Friedman

The Times of Israel

13 octobre 2016

JTA – « J’étais tellement plus vieux, je suis plus jeune que ça maintenant », a chanté Bob Dylan en 1964 dans sa « My Back Pages ».

Alors que la judéité de Dylan a été examinée et réexaminée au cours des années, relativement peu d’attention a été accordée à sa chanson de 1983 « Neighborhood Bully » – une rare déclaration d’un soutien à pleine voix pour Israël d’un rocker américain populaire.

Les paroles (complètes ici en anglais) assimilent Israël à un « homme en exil », qui est injustement étiqueté comme un tyran car il repousse les attaques constantes de ses voisins.

Dylan a publié la chanson dans son deuxième album studio, « Infidels », suite à sa brève incursion chez les ‘chrétiens-nés de nouveau’ à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Certaines des paroles sonnent comme des extraits d’un discours qu’aurait pu prononcer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui dépeint souvent Israël comme un pays assiégé.

Eh bien, l’intimidateur du quartier, il est juste un homme
Ses ennemis disent qu’il est sur leurs terres
Ils ont obtenu son infériorité numérique à un million à un
Il n’a pas d’endroit où s’échapper, pas d’endroit où se réfugier
Il est l’intimidateur du quartier

D’autres se souviennent des affiches de campagne de 2015 du parti politique sioniste et religieux HaBayit HaYehudi, dans lequel le chef du parti (et le ministre actuel de l’Éducation) Naftali Bennett appelle les Israéliens à « cesser de présenter des excuses ».

Eh bien, des lyncheurs, il a assommé, il a été critiqué
Les vieilles femmes l’ont condamné, qu’il devrait s’excuser.
Puis il a détruit une usine à bombe, personne ne s’est réjoui
Les bombes lui étaient destinées. Il était censé se sentir mal
Il est l’intimidateur de quartier

« Neighborhood Bully » a été écrite après la guerre controversée entre le Liban et Israël, à un moment où même les Israéliens avaient remis en question leur gouvernement.

Né Robert Allen Zimmerman et élevé dans la culture juive dans le Minnesota, Dylan a entretenu ses liens avec Israël tout au long de sa vie. Il s’est rendu plusieurs fois dans le pays à la fin des années 1960 et 1970 et avait même entamé la procédure pour rejoindre un kibboutz. Il a donné trois spectacles en Israël en 1987, 1993 et 2011. Le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanction (BDS) avait fait pression sur lui pour qu’il annule sa performance la plus récente – mais en vain.

Plus récemment encore, les Israéliens peuvent remercier Dylan pour le concert des Rolling Stones à Tel Aviv en 2014, la première visite du groupe dans le pays. Selon le guitariste Ronnie Wood, c’est Dylan qui leur a donné l’idée.

« Il sortait de la scène et nous dit : ‘nous allons à Tel-Aviv’ », a confié Wood à la Deuxième chaîne à l’époque. « Il avait un grand sourire sur son visage et dit qu’il adorait être là [en Israël] ».

Les 5 moments « les plus juifs » du prix Nobel Bob Dylan
Le lauréat du prix Nobel de littérature, chrétien régénéré dans les années 70 avait tout de même célébré la bar mitsva de son fils au mur Occidental
Gabe Friedman

The Times of Israel

14 octobre 2016

JTA – Peut-être que les temps changent, après tout. Bob Dylan est devenu le premier musicien à gagner le prix Nobel de littérature, une récompense qui lui a été décernée jeudi. Le Barde, comme l’appellent affectueusement ses fans, soulignant qu’il est perçu aussi bien comme poète que comme musicien, est devenu le quinzième juif a remporter le prix de littérature, rejoignant Saul Bellow, Isaac Bashevis Singer et Patrick Modiano.

Il a même battu le juif Philip Roth, considéré depuis des années comme favori pour remporter le Nobel (et à 83 ans, pourrait bien voir cette opportunité lui filer entre les doigts).

La trajectoire religieuse de Dylan a toujours été pour le moins impressionnante. Né Robert Zimmerman, et élevé dans une petite communauté juive du Minnesota (il a passé ses étés à Camp Herzl, un camp sioniste dans le Wisconsin), Dylan est devenu un chrétien régénéré dans les années 70. Après avoir sorti quelques albums de music gospel polarisés, il est revenu à ses racines juives dans les années 80. Au cours des dernières décennies, il a même pris part à des offices lors des fêtes dans des synagogues Habad orthodoxes.

Pour rendre hommage à cet accomplissement de Bob Dylan, voici les 5 moments de « les plus juifs » de sa vie

Célébrer la bar-mitsva de son fils au mur Occidental

Peu après avoir sorti son dernier album de musique chrétienne au début des années 80, Dylan a tenu a célébré la bar-mitsva de son fils aîné Jesse au mur Occidental. Jesse est le fils de sa première femme Sara (née Shirley Marlin Noznisky), et s’est lancé dans une carrière de réalisateur de vidéo musicale et a fondé Wondros, sa société de production.

Chanter « Hava Naguila » lors du téléthon Habad

Après son mystérieux « retour » au judaïsme, Dylan a étudié auprès de rabbins Habad dans les années 80. Son apparition au téléthon Habad n’était pas la première fois qu’il manifestait son soutient au mouvement (ni son premier caméo dans un téléthon), mais c’est peut-être le plus juif de tous. C’es un Bob Dylan, arborant une kippa qui a accompagné le compositeur Peter Himmelman (son gendre juif) et Harry Dean Stanton à l’harmonica, pendant que le groupe jouait « Hava Naguila ».

Célébrer un Seder avec Marlon Brando

En 1975, Dylan avait sorti des albums avant-gardistes notamment « The Times They Are A’Changin’ », « Highway 61 Revisited » et « Blood on the Tracks ». Marlon Brando avait déjà joué dans ses films les plus iconiques, de « Sur les quais », au chef d’œuvre « Le parrain ». Donc le Seder communautaire au Hollwood’s Temple Israel, auquel Brando a participé, et où Dylan a joué son hymne pacifique « Blowin’ in the Wind », ne ressemblait ni de près ni de loi au Seder familial que vous connaissez.

Selon l’article du JTA sur cet événement, Rabbi Haskell Bernat, le grand rabbin de la communauté avait déclaré que Brando, Dylan et un troisième invité, Dennis Banks, chef du mouvement amérindien (appelé Kenneth Banks dans l’article, à tort) « ont contribué à donner un sens de justice et de conscience sociale au peuple américain. »

Chanter un hymne pro-Israël “Neighborhood Bully”

Juste après la bar-mitsva de son fils au Kotel, et un an après la première et très controversée guerre du Liban, Dylan a sorti “Neighborhood Bully”, dans son album de 1983 « Infidels ». Dans ce qui est probablement la plus juive des chansons rock jamais enregistrées, Dylan décrit Israël comme « l’homme exilé », qualifié à tort d’harceleur pour se parer aux attaques constantes de ses voisins. L’une des phrases de la chanson décrit :

« Eh bien, l’intimidateur du quartier, il est juste un homme
Ses ennemis disent qu’il est sur leurs terres
Ils ont obtenu son infériorité numérique à un million à un
Il n’a pas d’endroit où s’échapper, pas d’endroit où se réfugier
Il est l’intimidateur du quartier »

Soutenir la musique « Like a Rolling Stone » par une réalisatrice israélienne

« Like a Rolling Stone », l’une des chansons les plus populaires de Dylan est sortie en juillet 195. Près d’un demi-siècle plus tard, en2013, Vania Heymann, diplômée de l’école des Beaux-arts Bezalel, a créé un clip interactif sur cette chanson.

La vidéo permettait aux téléspectateurs de changer de « chaine » et de choisir parmi un panel de célébrités qui chantait ce tube. De manière inattendue, Dylan a soutenu le projet, et en a même fait la promotion sur son site internet. Heymann, née dans une famille orthodoxe, a, depuis, réalisé le clip très populaire de la chanson de Coldplay, Up & Up.

Tangled up in Bob
Leading Dylanologist Christopher Ricks concludes his obsessive pursuit of an elusive quarry in Dylan’s Visions of Sin
Dylan’s Visions of Sin by Christopher Ricks

Sean O’Hagan

Sunday 14 September 2003

Dylan’s Visions of Sin
by Christopher Ricks
Viking £25, pp517

Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers.

Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter.

This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained.

Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate.

The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet.

It begins with an epigraph, not by Rimbaud, the patron saint of rock’n’roll visionaries, but by Kingsley Amis, whose only possible connection to Dylan is that he, too, made an art of extreme contrariness in the latter stages of his career. ‘Of the seven deadly sins,’ Amis senior writes, ‘Roger considered himself qualified in gluttony, sloth and lust but distinguished in anger.’

The quote, from One Fat Englishman, handily introduces Ricks’s conceit, which is to use the model of the Seven Deadly Sins, and, indeed, the Four Cardinal Virtues, and the Three Heavenly Graces, as the guiding principle for his study of Dylan’s lyrics. Already, though, we are on shaky ground. The Amis quote suggests, wrongly in my opinion, that anger is Dylan’s main creative driving force, rather than, say, disgust, of which he is a master, or spite, which, as ‘Positively 4th Street’ illustrates, he once excelled at, or world weariness, which underpins much of his later work from, say, 1989’s No Mercy album to the relentlessly downbeat, Time Out of Mind, from 1997.

Nevertheless, sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums.

Given the deep well he has to draw from, why is Ricks’s book such a frustrating read? Why, to put it bluntly, is it such a mess? The answer, I think, is contained in the opening lines, perhaps the least inviting introduction to a book on music I have yet read: ‘Any qualified critic to any distinguished artist: All I really want to do is – what exactly? Be friends with you? Assuredly. I don’t want to do you in, or select you or dissect you or inspect you or reject you.’

What is wrong with that opening paragraph is what is wrong with this big, misguided book: it is too knowing, too clever, too clumsily conversational. Its tone lies somewhere between academese and what I suspect the author thinks of as casually hip. It assumes too much – about the casual or curious reader’s knowledge of Dylan’s lyrics – and imparts too little. Not a great start for a book of scholarship.

From the off, Ricks dives headlong into Dylan’s lyrics, putting all his faith in close readings of the texts, and the texts alone. Dylan’s cultural context is paid the scantiest regard, likewise his development as an artist over four decades. Instead, the songs are rounded up, and shoe-horned into fitting the schematic model of the book. Thus, both the monumental – ‘Like a Rolling Stone’ – and the relatively inconsequential – ‘Day of the Locusts’ – are grouped under ‘Pride’, as if that tangential similarity were enough to illuminate them anew. Or, indeed, us.

This scatter-gun approach is defeating in itself, but worse still is the style. Ricks quotes, for example, an uncharacteristically forthcoming Dylan on the writing of ‘Positively 4th Street’, which the singer says ‘is extremely one-dimensional… I don’t usually purge myself by writing anything about any type of quote, so-called, relationships’.’

From this fragment of illumination, Ricks then constructs a thicket of academic obfuscation: ‘Two-dimensional, not-one dimensional, this 4th Street, and although one-sided, it is two-edged, a two-handed engine that stands ready to smite more than once and smite some more… catharsis, the ancient critical metaphor, in Dylan’s phrase, « purge myself », would be one way of getting rid of the catharsole and of the waste matter that is pretence’.

That last sentence, by the way, is the subject of a page note,which reads: ‘A student essay [not from the university where I teach]: « Tragedy makes you cathart ».’ Oh, how we chuckled. I mean, I know academics are retiring types, but does this guy ever leave the study? This kind of thing was embarrassing when Leavis ruled the roost in lit-crit studies; now, misapplied to a popular artist, it is simply risible. Indeed, Ricks is in danger throughout of making a complete catharshole of himself.

The writing of this book was, I’m told, a labour of love and, as such, I am pained to point out how defeated I was by its ungainly style. Perhaps it’s an academic trait, but Ricks seems unable, or unwilling, to write clearly and concisely for the benefit of the common, or indeed, informed reader. Lord knows, Dylan deserves a big book that takes his art seriously, but this tortured, tail-chasing exercise, for all its parading of literary exegesis, is definitely not it.

Voir enfin:

Grammys 2015: Transcript of Bob Dylan’s MusiCares Person of Year speech

Randall Roberts

LA Times

Bob Dylan was honored by MusiCares, the charity organization that aids musicians in need, at the Los Angeles Convention Center on Friday night. After performances by artists including Tom Jones, Sheryl Crow, Neil Young, Beck, Jackson Browne and others, Dylan himself took a rare opportunity in the spotlight to deliver a 30-plus-minute acceptance speech.

Expansive, funny and insightful, Dylan didn’t pull any punches, calling out songwriters who had criticized his work while indicting Nashville and commercial country music.

He was introduced by former President Jimmy Carter, and walked out to a standing ovation. After thanking the organizers, Dylan referred to his notes and began by saying, « I’m going to read some of this. »

Because of moments of applause, and some echoey acoustics, a few of Dylan’s words were inaudible on the recording I’ve consulted, and I’ve noted as such. Though it upsets him to hear it (see below), Dylan does sometimes mumble and slur his words.

(Dave Lewis)
Bob Dylan’s MusiCares person of the year acceptance speech:

__

I’m glad for my songs to be honored like this. But you know, they didn’t get here by themselves. It’s been a long road and it’s taken a lot of doing. These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far. They were on the fringes then, and I think they’re on the fringes now. And they sound like they’ve been on the hard ground.

I should mention a few people along the way who brought this about. I know I should mention John Hammond, great talent scout for Columbia Records. He signed me to that label when I was nobody. It took a lot of faith to do that, and he took a lot of ridicule, but he was his own man and he was courageous. And for that, I’m eternally grateful. The last person he discovered before me was Aretha Franklin, and before that Count Basie, Billie Holiday and a whole lot of other artists. All noncommercial artists.

Trends did not interest John, and I was very noncommercial but he stayed with me. He believed in my talent and that’s all that mattered. I can’t thank him enough for that.

Lou Levy runs Leeds Music, and they published my earliest songs, but I didn’t stay there too long. Levy himself, he went back a long ways. He signed me to that company and recorded my songs and I sang them into a tape recorder. He told me outright, there was no precedent for what I was doing, that I was either before my time or behind it. And if I brought him a song like « Stardust, » he’d turn it down because it would be too late.

He told me that if I was before my time — and he didn’t really know that for sure — but if it was happening and if it was true, the public would usually take three to five years to catch up — so be prepared. And that did happen. The trouble was, when the public did catch up I was already three to five years beyond that, so it kind of complicated it. But he was encouraging, and he didn’t judge me, and I’ll always remember him for that.

Artie Mogull at Witmark Music signed me next to his company, and he told me to just keep writing songs no matter what, that I might be on to something. Well, he too stood behind me, and he could never wait to see what I’d give him next. I didn’t even think of myself as a songwriter before then. I’ll always be grateful for him also for that attitude.

I also have to mention some of the early artists who recorded my songs very, very early, without having to be asked. Just something they felt about them that was right for them. I’ve got to say thank you to Peter, Paul and Mary, who I knew all separately before they ever became a group. I didn’t even think of myself as writing songs for others to sing but it was starting to happen and it couldn’t have happened to, or with, a better group.

They took a song of mine that had been recorded before that was buried on one of my records and turned it into a hit song. Not the way I would have done it — they straightened it out. But since then hundreds of people have recorded it and I don’t think that would have happened if it wasn’t for them. They definitely started something for me.

The Byrds, the Turtles, Sonny & Cher — they made some of my songs Top 10 hits but I wasn’t a pop songwriter and I really didn’t want to be that, but it was good that it happened. Their versions of songs were like commercials, but I didn’t really mind that because 50 years later my songs were being used in the commercials. So that was good too. I was glad it happened, and I was glad they’d done it.

Pervis Staples and the Staple Singers — long before they were on Stax they were on Epic and they were one of my favorite groups of all time. I met them all in ’62 or ’63. They heard my songs live and Pervis wanted to record three or four of them and he did with the Staples Singers. They were the type of artists that I wanted recording my songs.

Nina Simone. I used to cross paths with her in New York City in the Village Gate nightclub. These were the artists I looked up to. She recorded some of my songs that she [inaudible] to me. She was an overwhelming artist, piano player and singer. Very strong woman, very outspoken. That she was recording my songs validated everything that I was about.

Oh, and can’t forget Jimi Hendrix. I actually saw Jimi Hendrix perform when he was in a band called Jimmy James and the Blue Flames — something like that. And Jimi didn’t even sing. He was just the guitar player. He took some small songs of mine that nobody paid any attention to and pumped them up into the outer limits of the stratosphere and turned them all into classics. I have to thank Jimi, too. I wish he was here.
Johnny Cash recorded some of my songs early on, too, up in about ’63, when he was all skin and bones. He traveled long, he traveled hard, but he was a hero of mine. I heard many of his songs growing up. I knew them better than I knew my own. « Big River, » « I Walk the Line. »

« How high’s the water, Mama? » I wrote « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » with that song reverberating inside my head. I still ask, « How high is the water, mama? » Johnny was an intense character. And he saw that people were putting me down playing electric music, and he posted letters to magazines scolding people, telling them to shut up and let him sing.

In Johnny Cash’s world — hardcore Southern drama — that kind of thing didn’t exist. Nobody told anybody what to sing or what not to sing. They just didn’t do that kind of thing. I’m always going to thank him for that. Johnny Cash was a giant of a man, the man in black. And I’ll always cherish the friendship we had until the day there is no more days.

Oh, and I’d be remiss if I didn’t mention Joan Baez. She was the queen of folk music then and now. She took a liking to my songs and brought me with her to play concerts, where she had crowds of thousands of people enthralled with her beauty and voice.

People would say, « What are you doing with that ragtag scrubby little waif? » And she’d tell everybody in no uncertain terms, « Now you better be quiet and listen to the songs. » We even played a few of them together. Joan Baez is as tough-minded as they come. Love. And she’s a free, independent spirit. Nobody can tell her what to do if she doesn’t want to do it. I learned a lot of things from her. A woman with devastating honesty. And for her kind of love and devotion, I could never pay that back.

These songs didn’t come out of thin air. I didn’t just make them up out of whole cloth. Contrary to what Lou Levy said, there was a precedent. It all came out of traditional music: traditional folk music, traditional rock ‘n’ roll and traditional big-band swing orchestra music.

I learned lyrics and how to write them from listening to folk songs. And I played them, and I met other people that played them back when nobody was doing it. Sang nothing but these folk songs, and they gave me the code for everything that’s fair game, that everything belongs to everyone.

For three or four years all I listened to were folk standards. I went to sleep singing folk songs. I sang them everywhere, clubs, parties, bars, coffeehouses, fields, festivals. And I met other singers along the way who did the same thing and we just learned songs from each other. I could learn one  song and sing it next in an hour if I’d heard it just once.

If you sang « John Henry » as many times as me — « John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »

If you had sung that song as many times as I did, you’d have written « How many roads must a man walk down? » too.

Big Bill Broonzy had a song called « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. » I sang that a lot. If you sing that a lot, you just might write,

Georgia Sam he had a bloody nose

Welfare Department they wouldn’t give him no clothes

He asked poor Howard where can I go

Howard said there’s only one place I know

Sam said tell me quick man I got to run

Howard just pointed with his gun

And said that way down on Highway 61

You’d have written that too if you’d sang « Key to the Highway » as much as me.

« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » — Sheryl Crow just sung that.

« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » If you sang that song as many times as me, you’d be writing « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » too.

I sang a lot of « come all you » songs. There’s plenty of them. There’s way too  many to be counted. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Or, « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »

« Come all ye fair and tender ladies / Take warning how you court your men / They’re like a star on a summer morning / They first appear and then they’re gone again. » « If you’ll gather ’round, people / A story I will tell /  ‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw / Oklahoma knew him well. »

If you sung all these « come all ye » songs all the time, you’d be writing, « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »

You’d have written them too. There’s nothing secret about it. You just do it subliminally and unconsciously, because that’s all enough, and that’s all I sang. That was all that was dear to me. They were the only kinds of songs that made sense.
« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Sing that song for a while and you just might come up with, « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »

All these songs are connected. Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way. It’s just different, saying the same thing. I didn’t think it was anything out of the ordinary.

Well you know, I just thought I was doing something natural, but right from the start, my songs were divisive for some reason. They divided people. I never knew why. Some got angered, others loved them. Didn’t know why my songs had detractors and supporters. A strange environment to have to throw your songs into, but I did it anyway.

Last thing I thought of was who cared about what song I was writing. I was just writing them. I didn’t think I was doing anything different. I thoughtcMaybe a little bit unruly, but I was just elaborating on situations. Maybe hard to pin down, but so what? A lot of people are hard to pin down. You’ve just got to bear it. I didn’t really care what Lieber and Stoller thought of my songs.

They didn’t like ’em, but Doc Pomus did. That was all right that they didn’t like ’em, because I never liked their songs either. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Novelty songs. They weren’t saying anything serious. Doc’s songs, they were better. « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me.

Those songs broke my heart. I figured I’d rather have his blessings any day than theirs.

Ahmet Ertegun didn’t think much of my songs, but Sam Phillips did. Ahmet founded Atlantic Records. He produced some great records: Ray Charles, Ray Brown, just to name a few.

There were some great records in there, no question about it. But Sam Phillips, he recorded Elvis and Jerry Lee, Carl Perkins and Johnny Cash. Radical eyes that shook the very essence of humanity. Revolution in style and scope. Heavy shape and color. Radical to the bone. Songs that cut you to the bone. Renegades in all degrees, doing songs that would never decay, and still resound to this day. Oh, yeah, I’d rather have Sam Phillips’ blessing any day.

Merle Haggard didn’t even think much of my songs. I know he didn’t. He didn’t say that to me, but I know [inaudible]. Buck Owens did, and he recorded some of my early songs. Merle Haggard — « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » I can’t imagine Waylon Jennings singing « The Bottle Let Me Down. »

« Together Again »? That’s Buck Owens, and that trumps anything coming out of Bakersfield. Buck Owens and Merle Haggard? If you have to have somebody’s blessing — you figure it out.

Oh, yeah. Critics have been giving me a hard time since Day One. Critics say I can’t sing. I croak. Sound like a frog. Why don’t critics say that same thing about Tom Waits? Critics say my voice is shot. That I have no voice. What don’t they say those things about Leonard Cohen? Why do I get special treatment? Critics say I can’t carry a tune and I talk my way through a song. Really? I’ve never heard that said about Lou Reed. Why does he get to go scot-free?

What have I done to deserve this special attention? No vocal range? When’s the last time you heard Dr. John? Why don’t you say that about him? Slur my words, got no diction. Have you people ever listened to Charley Patton or Robert Johnson, Muddy Waters. Talk about slurred words and no diction. [Inaudible] doesn’t even matter.

« Why me, Lord? » I would say that to myself.

Critics say I mangle my melodies, render my songs unrecognizable. Oh, really? Let me tell you something. I was at a boxing match a few years ago seeing Floyd Mayweather fight a Puerto Rican guy. And the Puerto Rican national anthem, somebody sang it and it was beautiful. It was heartfelt and it was moving.

After that it was time for our national anthem. And a very popular soul-singing sister was chosen to sing. She sang every note — that exists, and some that don’t exist. Talk about mangling a melody. You take a one-syllable word and make it last for 15 minutes? She was doing vocal gymnastics like she was on a trapeze act. But to me it was not funny.

Where were the critics? Mangling lyrics? Mangling a melody? Mangling a treasured song? No, I get the blame. But I don’t really think I do that. I just think critics say I do.

Sam Cooke said this when told he had a beautiful voice: He said, « Well that’s very kind of you, but voices ought not to be measured by how pretty they are. Instead they matter only if they convince you that they are telling the truth. » Think about that the next time you [inaudible].

Times always change. They really do. And you have to always be ready for something that’s coming along and you never expected it. Way back when, I was in Nashville making some records and I read this article, a Tom T. Hall interview. Tom T. Hall, he was bitching about some kind of new song, and he couldn’t understand what these new kinds of songs that were coming in were about.

Now Tom, he was one of the most preeminent songwriters of the time in Nashville. A lot of people were recording his songs and he himself even did it. But he was all in a fuss about James Taylor, a song James had called « Country Road. » Tom was going off in this  interview — « But James don’t say nothing about a country road. He’s just says how you can feel it on the country road. I don’t understand that. »

Now some might say Tom is a great songwriter. I’m not going to doubt that. At the time he was doing this interview I was actually listening to a song of his on the radio.

It was called « I Love. » I was listening to it in a recording studio, and he was talking about all the things he loves, an everyman kind of song, trying to connect with people. Trying to make you think that he’s just like you and you’re just like him. We all love the same things, and we’re all in this together. Tom loves little baby ducks, slow-moving trains and rain. He loves old pickup trucks and little country streams. Sleeping without dreams. Bourbon in a glass. Coffee in a cup. Tomatoes on the vine, and onions.
Now listen, I’m not ever going to disparage another songwriter. I’m not going to do that. I’m not saying it’s a bad song. I’m just saying it might be a little overcooked. But, you know, it was in the top 10 anyway. Tom and a few other writers had the whole Nashville scene sewed up in a box. If you wanted to record a song and get it in the top 10 you had to go to them, and Tom was one of the top guys. They were all very comfortable, doing their thing.

This was about the time that Willie Nelson picked up and moved to Texas. About the same time. He’s still in Texas. Everything was very copacetic. Everything was all right until — until — Kristofferson came to town. Oh, they ain’t seen anybody like him. He came into town like a wildcat, flew his helicopter into Johnny Cash’s backyard like a typical songwriter. And he went for the throat. « Sunday Morning Coming Down. »

Well, I woke up Sunday morning

With no way to hold my head that didn’t hurt.

And the beer I had for breakfast wasn’t bad

So I had one more for dessert

Then I fumbled through my closet

Found my cleanest dirty shirt

Then I washed my face and combed my hair

And stumbled down the stairs to meet the day.

You can look at Nashville pre-Kris and post-Kris, because he changed everything. That one song ruined Tom T. Hall’s poker parties. It might have sent him to the crazy house. God forbid he ever heard any of my songs.

You walk into the room

With your pencil in your hand

You see somebody naked

You say, “Who is that man?”

You try so hard

But you don’t understand

Just what you’re gonna say

When you get home

You know something is happening here

But you don’t know what it is

Do you, Mister Jones?

If « Sunday Morning Coming Down » rattled Tom’s cage, sent him into the looney bin, my song surely would have made him blow his brains out, right there in the minivan. Hopefully he didn’t hear it.

I just released an album of standards, all the songs usually done by Michael Buble, Harry Connick Jr., maybe Brian Wilson’s done a couple, Linda Ronstadt done ’em. But the reviews of their records are different than the reviews of my record.

In their reviews no one says anything. In my reviews, [inaudible] they’ve got to look under every stone when it comes to me. They’ve got to mention all the songwriters’ names. Well that’s OK with me. After all, they’re great songwriters and these are standards. I’ve seen the reviews come in, and they’ll mention all the songwriters in half the review, as if everybody knows them. Nobody’s heard of them, not in this time, anyway. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, to name a few.

But, you know, I’m glad they mention their names, and you know what? I’m glad they got their names in the press. It might have taken some time to do it, but they’re finally there. I can only wonder why it took so long. My only regret is that they’re not here to see it.

Traditional rock ‘n’ roll, we’re talking about that. It’s all about rhythm. Johnny Cash said it best: « Get rhythm. Get rhythm when you get the blues. » Very few rock ‘n’ roll bands today play with rhythm. They don’t know what it is. Rock ‘n’ roll is a combination of blues, and it’s a strange thing made up of two parts. A lot of people don’t know this, but the blues, which is an American music, is not what you think it is. It’s a combination of Arabic violins and Strauss waltzes working it out. But it’s true.

The other half of rock ‘n’ roll has got to be hillbilly. And that’s a derogatory term, but it ought not to be. That’s a term that includes the Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley … groups like that. Moonshiners gone berserk. Fast cars on dirt roads. That’s the kind of combination that makes up rock ‘n’ roll, and it can’t be cooked up in a science laboratory or a studio.

You have to have the right kind of rhythm to play this kind of music. If you can’t hardly play the blues, how do you [inaudible] those other two kinds of music in there? You can fake it, but you can’t really do it.

Critics have made a career out of accusing me of having a career of confounding expectations. Really? Because that’s all I do. That’s how I think about it. Confounding expectations.

« What do you do for a living, man? »

« Oh, I confound expectations. »

You’re going to get a job, the man says, « What do you do? » « Oh, confound expectations.: And the man says, « Well, we already have that spot filled. Call us back. Or don’t call us, we’ll call you. » Confounding expectations. What does that mean? ‘Why me, Lord? I’d confound them, but I don’t know how to do it.’

The Blackwood Bros. have been talking to me about making a record together. That might confound expectations, but it shouldn’t. Of course it would be a gospel album. I don’t think it would be anything out of the ordinary for me. Not a bit. One of the songs I’m thinking about singing is « Stand By Me » by the Blackwood Brothers. Not « Stand By Me » the pop song. No. The real « Stand By Me. »

 The real one goes like this:

When the storm of life is raging / Stand by me / When the storm of life is raging / Stand by me / When the world is tossing me / Like a ship upon the sea / Thou who rulest wind and water / Stand by me

 In the midst of tribulation / Stand by me / In the midst of tribulation / Stand by me / When the hosts of hell assail / And my strength begins to fail / Thou who never lost a battle / Stand by me

In the midst of faults and failures / Stand by me / In the midst of faults and failures / Stand by me / When I do the best I can / And my friends don’t understand / Thou who knowest all about  me / Stand by me

That’s the song. I like it better than the pop song. If I record one by that name, that’s going to be the one. I’m also thinking of recording a song, not on that album, though: « Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. »

Anyway, why me, Lord. What did I do?

Anyway, I’m proud to be here tonight for MusiCares. I’m honored to have all these artists singing my songs. There’s nothing like that. Great artists. [applause, inaudible]. They’re all singing the truth, and you can hear it in their voices.

I’m proud to be here tonight for MusiCares. I think a lot of this organization. They’ve helped many people. Many musicians who have contributed a lot to our culture. I’d like to personally thank them for what they did for a friend of mine, Billy Lee Riley. A friend of mine who they helped for six years when he was down and couldn’t work. Billy was a son of rock ‘n’ roll, obviously.
He was a true original. He did it all: He played, he sang, he wrote. He would have been a bigger star but Jerry Lee came along. And you know what happens when someone like that comes along. You just don’t stand a chance.

So Billy became what is known in the industry — a condescending term, by the way — as a one-hit wonder. But sometimes, just sometimes, once in a while, a one-hit wonder can make a more powerful impact than a recording star who’s got 20 or 30 hits behind him. And Billy’s hit song was called « Red Hot, » and it was red hot. It could blast you out of your skull and make you feel happy about it. Change your life.

He did it with style and grace. You won’t find him in the Rock and Roll Hall of Fame. He’s not there. Metallica is. Abba is. Mamas and the Papas — I know they’re in there. Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan — I’ve got nothing against them. Soft rock, hard rock, psychedelic pop. I got nothing against any of that stuff, but after all, it is called the Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley is not there. Yet.

I’d see him a couple times a year and we’d always spent time together and he was on a rockabilly festival nostalgia circuit, and we’d cross paths now and again. We’d always spend time together. He was a hero of mine. I’d heard « Red Hot. » I must have been only 15 or 16 when I did and it’s impressed me to this day.

I never grow tired of listening to it. Never got tired of watching Billy Lee perform, either. We spent time together just talking and playing into the night. He was a deep, truthful man. He wasn’t bitter or nostalgic. He just accepted it. He knew where he had come from and he was content with who he was.

And then one day he got sick. And like my friend John Mellencamp would sing — because John sang some truth today — one day you get sick and you don’t get better. That’s from a song of his called « Life is Short Even on Its Longest Days. » It’s one of the better songs of the last few years, actually. I ain’t lying.

And I ain’t lying when I tell you that MusiCares paid for my friend’s doctor bills, and helped him to get spending money. They were able to at least make his life comfortable, tolerable to the end. That is something that can’t be repaid. Any organization that would do that would have to have my blessing.

I’m going to get out of here now. I’m going to put an egg in my shoe and beat it. I probably left out a lot of people and said too much about some. But that’s OK. Like the spiritual song, ‘I’m still just crossing over Jordan too.’ Let’s hope we meet again. Sometime. And we will, if, like Hank Williams said, « the good Lord willing and the creek don’t rise. »

Voir enfin:

Discours des Musicares

I’m glad for my songs to be honored like this. But you know, they didn’t get here by themselves. It’s been a long road and it’s taken a lot of doing. These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far. They were on the fringes then, and I think they’re on the fringes now. And they sound like they’ve been on the hard ground.
Je suis content que mes chansons soient honorées ainsi. Mais vous savez, elles ne sont pas venues toutes seules. Ça a été un long chemin et ça a été beaucoup de travail. Mes chansons sont comme des histoires à énigmes, le genre que Shakespeare a pu voir pendant qu’il grandissait. Je pense que vous pourriez remonter aussi loin pour retrouver ce que je fais. Elles étaient marginales, et je pense qu’elles sont encore marginales. Et elles sonnent comme si elles venaient d’une [terre ingrate].

I should mention a few people along the way who brought this about. I know I should mention John Hammond, great talent scout for Columbia Records. He signed me to that label when I was nobody. It took a lot of faith to do that, and he took a lot of ridicule, but he was his own man and he was courageous. And for that, I’m eternally grateful. The last person he discovered before me was Aretha Franklin, and before that Count Basie, Billie Holiday and a whole lot of other artists. All noncommercial artists.
Je voudrais citer quelques personnes qui ont permis à tout cela d’arriver. Je sais que je dois mentionner John Hammond, grand découvreur de talents chez Columbia Records. Il m’a signé sur ce label quand je n’étais encore personne. Il fallait avoir beaucoup de foi pour le faire, et il y a gagné beaucoup de ridicule, mais il ne suivait que son propre avis et il était courageux. Et pour cela, je lui suis éternellement reconnaissant. Le dernière personne qu’il avait découvert avant moi était Aretha Franklin, et avant ça Count Basie, Billie Holiday et deaucoup d’autres artistes. Tous non commerciaux.

Trends did not interest John, and I was very noncommercial but he stayed with me. He believed in my talent and that’s all that mattered. I can’t thank him enough for that.
Les modes n’intéressaient pas John, et j’étais très anti-commercial mais il m’a soutenu. Il croyait en mon talent et c’est tout ce qui comptait pour lui. je ne pourrai jamais assez l’en remercier.

Lou Levy runs Leeds Music, and they published my earliest songs, but I didn’t stay there too long. Levy himself, he went back a long ways. He signed me to that company and recorded my songs and I sang them into a tape recorder. He told me outright, there was no precedent for what I was doing, that I was either before my time or behind it. And if I brought him a song like « Stardust, » he’d turn it down because it would be too late.
Lou Levy dirige Leeds Music, et ils publièrent mes premières chansons, mais je n’y suis pas resté très longtemps. Levy lui-même, il venait de loin. Il m’a signé chez cet éditeur et enregistra mes chansons que je chantais sur un magnétophone. Il me dit carrément que rien ne ressemblait à ce que je faisais, que j’étais soit en avance sur mon temps ou en retard. Et si je lui amenais une chanson comme « Stardust », il la rejetait parce était ringarde.

He told me that if I was before my time — and he didn’t really know that for sure — but if it was happening and if it was true, the public would usually take three to five years to catch up — so be prepared. And that did happen. The trouble was, when the public did catch up I was already three to five years beyond that, so it kind of complicated it. But he was encouraging, and he didn’t judge me, and I’ll always remember him for that.
Il m’a dit que j’étais en avance sur mon temps (et il n’en était pas certain) mais si cela finissait par arriver et s’il avait raison, le public mettrait 3 ou 5 ans à adhérer (et donc de m’y préparer). Et c’est arrivé. Le problème, c’est que le temps que le public y arrive, j’étais déjà 3 ou 5 ans encore au delà, ce qui a un peu compliqué les choses. Mais il m’encourageait et ne me jugeait pas, et je m’en souviendrai toujours.

Artie Mogull at Witmark Music signed me next to his company, and he told me to just keep writing songs no matter what, that I might be on to something. Well, he too stood behind me, and he could never wait to see what I’d give him next. I didn’t even think of myself as a songwriter before then. I’ll always be grateful for him also for that attitude.
Artie Mogull de Witmark Music me signa ensuite dans sa société d’édition, et il me dit de continuer à écrire mes chansons quoi qu’il arrive, que je devais avoir quelque chose. Lui aussi était avec moi et il ne pouvait jamais attendre ce que je pourrais lui amener ensuite. Je ne me voyais même pas comme un auteur-compositeur avant ça. Je lui serai toujours reconnaissant de cette attitude.

I also have to mention some of the early artists who recorded my songs very, very early, without having to be asked. Just something they felt about them that was right for them. I’ve got to say thank you to Peter, Paul and Mary, who I knew all separately before they ever became a group. I didn’t even think of myself as writing songs for others to sing but it was starting to happen and it couldn’t have happened to, or with, a better group.
Je dois aussi citer quelques uns des artistes qui enregistrèrent mes chansons très très tôt, sans que persone ne leur demande. Juste parce qu’ils sentaient que quelque chose leur allait bien. Il me faut remercier Peter, Paul And Mary, que je connaissais chacun séparément avant qu’ils deviennent un groupe. Je n’avais jamais pensé à écrire des chansons pour les autres mais cela a commencé à arriver et cela n’aurait pas pu arriver avec un meilleur groupe.

They took a song of mine that had been recorded before that was buried on one of my records and turned it into a hit song. Not the way I would have done it — they straightened it out. But since then hundreds of people have recorded it and I don’t think that would have happened if it wasn’t for them. They definitely started something for me.
Ils ont pris une de mes chansons, déjà enregistrée et enterrée au fond d’un de mes disques, et en on fait un tube. Pas de la façon dont je l’aurais fait (ils l’ont rendue carrée). Mais depuis, des centaines de personnes l’ont enregistrée et je ne pense pas que cela serait arrivé sans eux. Ils ont vraiment lancé la machine pour moi.

The Byrds, the Turtles, Sonny & Cher — they made some of my songs Top 10 hits but I wasn’t a pop songwriter and I really didn’t want to be that, but it was good that it happened. Their versions of songs were like commercials, but I didn’t really mind that because 50 years later my songs were being used in the commercials. So that was good too. I was glad it happened, and I was glad they’d done it.
Les Byrds, les Turtles, Sonny & Cher, ils ont fait de mes chansons des tubes du Top 10 mais je n’étais pas un chanteur compositeur pop et je ne voulais pas le devenir, mais c’est bien que ça soit arrivé. Leurs versions des chansons étaient comme des pubs, mais je m’en fichais un peu puisque 50 ans plus tard mes chansons seraient utilisées dans des pubs. Et donc c’eétait bien, aussi. J’étais content que cela arrive et j’étais content qu’ils l’aient fait.

Pervis Staples and the Staple Singers — long before they were on Stax they were on Epic and they were one of my favorite groups of all time. I met them all in ’62 or ’63. They heard my songs live and Pervis wanted to record three or four of them and he did with the Staples Singers. They were the type of artists that I wanted recording my songs.
Pervis Staples et les Staple Singers (longtemps avant qu’ils soient chez Stax, ils étaient chez Epic et c’était un de mes groupes préférés de toujours). Je les ai rencontrés en 1962 ou 1963. Ils avaient entendu mes chansons en concert et Pervis voulait en enregistrer 3 ou 4 et il le fit avec les Staple Singers. Ils étaient exactement le genre d’artistes que je voulais entendre enregistrer mes chansons.

Nina Simone. I used to cross paths with her in New York City in the Village Gate nightclub. These were the artists I looked up to. She recorded some of my songs that she [inaudible] to me. She was an overwhelming artist, piano player and singer. Very strong woman, very outspoken. That she was recording my songs validated everything that I was about.
Nina Simone, je l’ai croisée à New York, dans la boite de nuit Village Gate. Elle faisait partie des artistes que j’admirais. Elle a enregistré quelques unes de mes chansons, qu’elle m’a [inaudible]. C’était une artiste irrésistible, pianiste et chanteuse. Une femme très forte, très directe. Le fait qu’elle enregistre mes chansons a justifié pour moi tout ce que je faisais.

Oh, and can’t forget Jimi Hendrix. I actually saw Jimi Hendrix perform when he was in a band called Jimmy James and the Blue Flames — something like that. And Jimi didn’t even sing. He was just the guitar player. He took some small songs of mine that nobody paid any attention to and pumped them up into the outer limits of the stratosphere and turned them all into classics. I have to thank Jimi, too. I wish he was here.
Oh et je je peux pas oublier Jimi Hendrix. En fait, j’ai vu Jimi Hendrix jouer quand il était dans un groupe nommé Jimmy James And The Blue Flames (quelque chose comme ça). Et Jimi ne chantait même pas. Il était juste le guitariste. Il a pris quelques unes de mes petites chansons que personne n’avait pas remarquées et les a glonflées et envoyées au delà des limites de la stratosphère et en a fait des classiques. Je dois remercier Jimi aussi. J’aimerais qu’il soit encore parmi nous.

Johnny Cash recorded some of my songs early on, too, up in about ’63, when he was all skin and bones. He traveled long, he traveled hard, but he was a hero of mine. I heard many of his songs growing up. I knew them better than I knew my own. « Big River, » « I Walk the Line. »
Johnny Cash a aussi enregistré très tôt quelques unes de mes chansons, vers 1963, quand il était maigre comme un clou. Il a fait un long et dur voyage, mais c’était un de mes héros. J’ai écouté beaucoup de ses chansons quand j’étais enfant et en grandissant. Je les connaissais mieux que les miennes. « Big River, » « I Walk the Line. »

« How high’s the water, Mama? » I wrote « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » with that song reverberating inside my head. I still ask, « How high is the water, mama? » Johnny was an intense character. And he saw that people were putting me down playing electric music, and he posted letters to magazines scolding people, telling them to shut up and let him sing.
« How high’s the water, Mama? » J’ai écris « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » avec cette chanson en tête. Je demande encore « Jusquà quel point l’eau est haute, Maman ? » Johnny était un sacré personnage. Et quand il a vu que les gens me descendaient parce que j’électrifiais ma musique, il a écrit des lettres aux magazines pour les engueuler, leur dire de la fermer et de me laisser chanter.

In Johnny Cash’s world — hardcore Southern drama — that kind of thing didn’t exist. Nobody told anybody what to sing or what not to sing. They just didn’t do that kind of thing. I’m always going to thank him for that. Johnny Cash was a giant of a man, the man in black. And I’ll always cherish the friendship we had until the day there is no more days.
Dans le monde de Johnny Cash (le théatre du Sud profond) ce genre de choses n’existe pas. Personne ne dit à quelqu’un quoi chanter et ne pas chanter. Ils ne font pas ce genre de choses. Je le remercierai toujours pour ça. Johnny Cash était un géant, le Man in black. Et je chérirai jusqu’à la fin le souvenir de son amitié.

Oh, and I’d be remiss if I didn’t mention Joan Baez. She was the queen of folk music then and now. She took a liking to my songs and brought me with her to play concerts, where she had crowds of thousands of people enthralled with her beauty and voice.
Oh et je serais négligent de ne pas citer Joan Baez. Elle était la reine de la musique folk et elle l’est encore. Elle s’est prise d’affection pour mes chansons et m’a emmené pour jouer à ses concerts alors qu’elle enchantait des foules de milliers de personnes avec la beauté de sa voix.

People would say, « What are you doing with that ragtag scrubby little waif? » And she’d tell everybody in no uncertain terms, « Now you better be quiet and listen to the songs. » We even played a few of them together. Joan Baez is as tough-minded as they come. Love. And she’s a free, independent spirit. Nobody can tell her what to do if she doesn’t want to do it. I learned a lot of things from her. A woman with devastating honesty. And for her kind of love and devotion, I could never pay that back.
Les gens lui disaient : « Mais qu’est-ce que tu fais avec ce petit délaissé rabougri et mal fagoté ? » Et elle leur répondait à tous avec assurance : « Maintenant, vous feriez mieux de vous calmer et d’écouter ses chansons ». On en a même joué quelques unes ensembles. Joan Baez est aussi ferme qu’on peut l’être. Amour. Et c’est une esprit lible, indépendant. Personne ne peut lui dire ce qu’elle doit faire si elle n’en na pas envie. J’ai beaucoup appris d’elle. Une femme avec une honnêteté bouleversante. Et je ne saurai jamais lui rendre tout son amour et son dévouement.

These songs didn’t come out of thin air. I didn’t just make them up out of whole cloth. Contrary to what Lou Levy said, there was a precedent. It all came out of traditional music: traditional folk music, traditional rock ‘n’ roll and traditional big-band swing orchestra music.
Ces chansons ne sont pas apparues par magie. Je ne les ai pas sorties de nulle part. Contrairement à ce que Lou Levy avait dit, il y avait un précédent. Tout venait des musiques traditionnelles : musique folk traditionnelles, classiques du rock’n’roll et de l’ère des grands orchestres swing.

I learned lyrics and how to write them from listening to folk songs. And I played them, and I met other people that played them back when nobody was doing it. Sang nothing but these folk songs, and they gave me the code for everything that’s fair game, that everything belongs to everyone.
J’ai appris les paroles et la façon de les écrires en écoutant des chansons folk. Et j’en jouais, et je rencontrais des gens qui en jouaient à l’époque où personne ne faisait encore ça. Je ne chantais que ces chansons folk, et elle m’ont donné la clé de tout, et que tout appartient à tous.

For three or four years all I listened to were folk standards. I went to sleep singing folk songs. I sang them everywhere, clubs, parties, bars, coffeehouses, fields, festivals. And I met other singers along the way who did the same thing and we just learned songs from each other. I could learn one song and sing it next in an hour if I’d heard it just once.
Durant 3 ou 4 ans, je n’ai écouté que des classiques folk. J’allais au lit en chantant des chansons folk. Je les chantais partout : boites, fêtes, bars, cafés, dans la rue, les festivals. Et j’ai rencontré d’autres chanteurs qui faisaient pareil et nous nous sommes mutuellement appris des chanons. Je pouvais apprendre une chansons et la re-chanter dans l’heure en ne l’ayant écoutée qu’une seule fois.

If you sang « John Henry » as many times as me — « John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »
Si vous chantiez « John Henry » autant de fois que je l’ai chantée (« John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »)

If you had sung that song as many times as I did, you’d have written « How many roads must a man walk down? » too.
Si vous aviez chanté cette chanson autant de fois que je l’ai chantée, vous auriez aussi écrit « How many roads must a man walk down? ».

Big Bill Broonzy had a song called « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. » I sang that a lot. If you sing that a lot, you just might write,
Big Bill Broonzy avait une chanson appelée « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. »
Si vous chantez beaucoup cela, vous pourriez écrire :

Georgia Sam he had a bloody nose
Welfare Department they wouldn’t give him no clothes
He asked poor Howard where can I go
Howard said there’s only one place I know
Sam said tell me quick man I got to run
Howard just pointed with his gun
And said that way down on Highway 61

You’d have written that too if you’d sang « Key to the Highway » as much as me.
Vous aussi vous auriez écrit cela si vous aviez chanté « Key to the Highway » autant que moi.

« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » — Sheryl Crow just sung that.
« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » : Sheryl Crow a chanté ça.

« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » If you sang that song as many times as me, you’d be writing « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » too.
« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » Si vous aviez chanté cette chansons autant de fois que moi, vous écririez « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » vous aussi.

I sang a lot of « come all you » songs. There’s plenty of them. There’s way too many to be counted. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Or, « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »
J’ai chanté beaucoup de chansons qui commencent par « Venez par ici ». Il y en a plein. Il y en a trop pour les compter. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Ou « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »

« Come all ye fair and tender ladies / Take warning how you court your men / They’re like a star on a summer morning / They first appear and then they’re gone again. » « If you’ll gather ’round, people / A story I will tell / ‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw / Oklahoma knew him well. »

If you sung all these « come all ye » songs all the time, you’d be writing, « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »
Si vous chantiez toutes ces « Venez par ici » tout le temps, vous écririez « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »

You’d have written them too. There’s nothing secret about it. You just do it subliminally and unconsciously, because that’s all enough, and that’s all I sang. That was all that was dear to me. They were the only kinds of songs that made sense.
Vous les auriez écrites vous aussi. Il n’y a rien de secret là dedans. Vous le feriez de façon subliminale et inconsciente, parce que c’est tout ce qu’il faut et c’est tout ce que je chantais. C’est tout ce qui m’étais cher. C’était les seules chansons qui avaient un sens.

« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Sing that song for a while and you just might come up with, « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »
« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Chantez cette chanson pendant un moment, et vous finirez en chantant « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »

All these songs are connected. Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way. It’s just different, saying the same thing. I didn’t think it was anything out of the ordinary.
Toutes ces chansons sont reliées entre elles. Ne vous laissez pas abuser. J’ai juste ouvert une autre porte d’une autre façon. C’est juste différent tout en disant la même chose. Je ne pensais pas faire autre chose que du très ordinaire.

Well you know, I just thought I was doing something natural, but right from the start, my songs were divisive for some reason. They divided people. I never knew why. Some got angered, others loved them. Didn’t know why my songs had detractors and supporters. A strange environment to have to throw your songs into, but I did it anyway.
Bon, vous savez, je pensais juste faire quelque chose de naturel, mais dès le début, mes chansons étaient clivantes pour certaines raisons. Elle divisaient les gens. Je n’ai jamais su pourquoi. Certains se fachaient, d’autres les aimaient. Je ne savais pas pourquoi mes chansons avait leurs détracteurs et leurs supporteurs. Un drôle de climat pour y jeter vos chansons, mais je le faisait quoiqu’il arrive.

Last thing I thought of was who cared about what song I was writing. I was just writing them. I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line. Maybe a little bit unruly, but I was just elaborating on situations. Maybe hard to pin down, but so what? A lot of people are hard to pin down. You’ve just got to bear it. I didn’t really care what Lieber and Stoller thought of my songs.
La dernière chose à laquelle je pensais était de savoir qui faisait attention à quel genre de chansons j’écrivais. Je les écrivais juste. Je ne pensais pas faire quoi que ce soit de différent. Je pensais que je ne faisais qu’étirer un peu les vers. Peut être un peu en dehors des règles, mais je ne faisais que développer à partir de situations. Peut-être un peu dur à cerner, mais quoi ? Beaucoup de gens sont difficiles à cerner. Il faut juste s’y faire. Je ne me souciais pas vraiment de ce que Leiber et Stoller puvaient penser de mes chansons.

They didn’t like ’em, but Doc Pomus did. That was all right that they didn’t like ’em, because I never liked their songs either. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Novelty songs. They weren’t saying anything serious. Doc’s songs, they were better. « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me.
Ils ne les aimaient pas, mais Doc Pomus les aimait. Ça m’allait bien qu’ils n’aiment pas mes chansons, parce que je n’avais jamais aimé les leurs non plus. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Des babioles. Elles ne disaient rien de sérieux. Les chansons de Doc étaient mieux : « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me ».

Those songs broke my heart. I figured I’d rather have his blessings any day than theirs.
Ces chansons me brisaient le coeur. Je me disais que je préférais avoir sa bénédiction plutôt que la leur.

Ahmet Ertegun didn’t think much of my songs, but Sam Phillips did. Ahmet founded Atlantic Records. He produced some great records: Ray Charles, Ray Brown, just to name a few.
Ahmet Ertegun ne pensait pas grand chose de mes chansons, mais Sam Phillips oui. Ahmet a fondé Atlantic Records. Il a produit des disques géniaux : Ray Charles, Ray Brown, pour ne citer qu’eux.

There were some great records in there, no question about it. But Sam Phillips, he recorded Elvis and Jerry Lee, Carl Perkins and Johnny Cash. Radical eyes that shook the very essence of humanity. Revolution in style and scope. Heavy shape and color. Radical to the bone. Songs that cut you to the bone. Renegades in all degrees, doing songs that would never decay, and still resound to this day. Oh, yeah, I’d rather have Sam Phillips’ blessing any day.
Il y avait des disques géniaux là dedans, ça ne fait aucun doute. Mais Sam Phillips, il a enregistré Elvis et Jerry Lee, Carl Perkins et Johnny Cash. Des visions radicales qui ont secoué l’essence même de l’humanité. Une révolution dans le style et les sujets abordés. Des formes et des couleurs profondes. Radicaux jusqu’à l’os. Des chansons qui vous touchaient jusqu’à l’os. Rebelles dans tous les sens du terme, faisant des chansons qui ne faibliront jamais et qui résonnent encore aujourd’hui. Oh oui, je préfère la bénédiction de Sam Phillips à toute autre.

Merle Haggard didn’t even think much of my songs. I know he didn’t. He didn’t say that to me, but I know [inaudible]. Buck Owens did, and he recorded some of my early songs. Merle Haggard — « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » I can’t imagine Waylon Jennings singing « The Bottle Let Me Down. »
Merle Haggard ne pensait même pas à mes chansons. Je le sais. Il ne m’en a rien dit, mais je sais [inaudible]. Buck Owens, lui il en pensait du bien et il a enregistré quelques une de mes premières chansons. Merle Haggard : « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » Je n’imagine pas Waylon Jennings chanter « The Bottle Let Me Down. »

« Together Again »? That’s Buck Owens, and that trumps anything coming out of Bakersfield. Buck Owens and Merle Haggard? If you have to have somebody’s blessing — you figure it out.
« Together Again »? Ça, c’est Buck Owens, et ça surclasse tout ce qui est jamais sorti de Bakersfield. Buck Owens et Merle Haggard ? Si vous devez avoir la bénédiction de quelqu’un… Vous voyez ce que je veux dire.

Oh, yeah. Critics have been giving me a hard time since Day One. Critics say I can’t sing. I croak. Sound like a frog. Why don’t critics say that same thing about Tom Waits? Critics say my voice is shot. That I have no voice. What don’t they say those things about Leonard Cohen? Why do I get special treatment? Critics say I can’t carry a tune and I talk my way through a song. Really? I’ve never heard that said about Lou Reed. Why does he get to go scot-free?
Ah oui. Les critiques ont été durs avec moi, dès le premier jour. Les critiques disent que je ne sais pas chanter. Ça sonne comme un crapaud. Pourquoi les critiques ne disent pas la même chose de Tom Waits ? Les critiques disent que ma voix est détruite. Que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas cela à propos de Leonard Cohen. Les critiques disent que je ne sais pas porter une mélodie et que je parle au lieu de chanter mes chansons. Vraiment ? Je n’i jamais entendu dire ça de Lou Reed. Comment il a fait pour s’en sortir comme ça ?

What have I done to deserve this special attention? No vocal range? When’s the last time you heard Dr. John? Why don’t you say that about him? Slur my words, got no diction. Have you people ever listened to Charley Patton or Robert Johnson, Muddy Waters. Talk about slurred words and no diction. [Inaudible] doesn’t even matter.
Qu’ai-je fait pour mériter de telles attentions. Pas d’étendue vocale ? Quand avez-vous écouté Dr. John pour la dernière fois ? Pourquoi vous ne dites pas cela à son propos ? Je marmonne, je n’articule pas. Est-ce que vous avez jamais écouté Charley Patton ou Robert Johnson, Muddy Waters. Parlez-moi de marmonner et de ne pas particuler. [Inaudible] ça ne fait rien.

« Why me, Lord? » I would say that to myself.
« Pourquoi moi, Seigneur ? » je me demande.

Critics say I mangle my melodies, render my songs unrecognizable. Oh, really? Let me tell you something. I was at a boxing match a few years ago seeing Floyd Mayweather fight a Puerto Rican guy. And the Puerto Rican national anthem, somebody sang it and it was beautiful. It was heartfelt and it was moving.
Les critiques disent que je massacre mes mélodies, rendant mes chansons méconnaissables. Ah, vraiment ? Laissez-moi vous dire. Je suis allé voir un match de boxe il y a quelques années, voir Floyd Mayweather combattre un Portoricain. Et l’hymne portoricain, quelqu’un l’a chanté et c’était beau. C’était sincère et émouvant.

After that it was time for our national anthem. And a very popular soul-singing sister was chosen to sing. She sang every note — that exists, and some that don’t exist. Talk about mangling a melody. You take a one-syllable word and make it last for 15 minutes? She was doing vocal gymnastics like she was on a trapeze act. But to me it was not funny.
Et ce fut le tour de notre hymne national. Et une soul sister rtès populaire avait été choisie pour le chanter. Elle a chanté toutes les notes, celles qui existent et d’autres qui n’existent pas. Parlez-moi de massacrer une mélodie. Vous prenez un mot d’une syllabe et vous le faites durer 15 minutes ? Elle faisait de la gymnastique vocale, comme un tour de trapèze. Mais je n’ai pas trouvé ça drôle.

Where were the critics? Mangling lyrics? Mangling a melody? Mangling a treasured song? No, I get the blame. But I don’t really think I do that. I just think critics say I do.
Où étaient les critiques ? Mélanger les paroles ? Déstructurer la mélodie ? Massacrer un chef d’oeuvre ? Non, c’est moi qu’on vilipende. Mais je ne pense pas que je le fasse vraiment. Je pense que ce sont juste les critiques qui disent que je le fais.

Sam Cooke said this when told he had a beautiful voice: He said, « Well that’s very kind of you, but voices ought not to be measured by how pretty they are. Instead they matter only if they convince you that they are telling the truth. » Think about that the next time you [inaudible].
Sam Cooke a répondu à quelqu’un qui lui disait qu’il avait une belle voix : « Et bien c’est gentil de votre part, il ne fait pas juger une voix sur sa beauté. Ce qui compte plutôt, c’est si elle vous convainc qu’elle dit la vérité. » Pensez-y la prochaine fois que vous [inaudible].

Times always change. They really do. And you have to always be ready for something that’s coming along and you never expected it. Way back when, I was in Nashville making some records and I read this article, a Tom T. Hall interview. Tom T. Hall, he was bitching about some kind of new song, and he couldn’t understand what these new kinds of songs that were coming in were about.
Les temps changent en permanence. Vraiment. Et il faut être toujours prêt à ce qu’il arrive quelque chose à quoi vous ne vous attendiez pas du tout. Il y a longtemps, je faisais un disque à Nashville et j’ai lu un article, une interview de Tom T. Hall. Il se moquait d’un genre de nouvelles chansons et il ne comprenait pas de quoi parlaient ces nouvelles chansons.

Now Tom, he was one of the most preeminent songwriters of the time in Nashville. A lot of people were recording his songs and he himself even did it. But he was all in a fuss about James Taylor, a song James had called « Country Road. » Tom was going off in this interview — « But James don’t say nothing about a country road. He’s just says how you can feel it on the country road. I don’t understand that. »
Tom T. Hall était l’un des auteurs-compositeurs les plus en vue de Nashville à cette époque. Beaucoup de gens enregistraient ses chansons et iul en enregistrait aussi lui-même. Mais il faisait tout un foin à propos de James Taylor, d’une chanson que James avait appelée « Counrtry Road ». Tom sortait dans cette interview : « Mais James ne raconte rien d’une route de campagne. Il raconte juste ce qu’on peut ressentir sur une route de campagne. Je ne comprends pas cela. »

Now some might say Tom is a great songwriter. I’m not going to doubt that. At the time he was doing this interview I was actually listening to a song of his on the radio.
Bon, vous pourrez me dire que Tom est un grand auteur-compositeur. Je ne vais pas le remettre en question. Au moment où je lisais cette interview, j’écoutais justement une de ses chansons à la radio.

It was called « I Love. » I was listening to it in a recording studio, and he was talking about all the things he loves, an everyman kind of song, trying to connect with people. Trying to make you think that he’s just like you and you’re just like him. We all love the same things, and we’re all in this together. Tom loves little baby ducks, slow-moving trains and rain. He loves old pickup trucks and little country streams. Sleeping without dreams. Bourbon in a glass. Coffee in a cup. Tomatoes on the vine, and onions.
Elle s’appelait « J’aime ». Je l’écoutai dans le studio, et il parlait de toutes les choses qu’il aimait, le genre de chanson adressée à tous, essayant de parler à tous. Qui essaie de vous faire penser qu’il est tout comme vous et que vous êtes tout comme lui. Nous aimons tous les mêmes choses et nous sommes tous ensembles d’accord. Tom aime les petits bébés canards, les trains qui roulent lentement et la pluie. Il aime les vieux camions et le courant des petits ruisseaux. Dormir sans rêver. Un bourbon dans un verre. Un café dans une tasse. Les plants de tomates et les oignons.

Now listen, I’m not ever going to disparage another songwriter. I’m not going to do that. I’m not saying it’s a bad song. I’m just saying it might be a little overcooked. But, you know, it was in the top 10 anyway. Tom and a few other writers had the whole Nashville scene sewed up in a box. If you wanted to record a song and get it in the top 10 you had to go to them, and Tom was one of the top guys. They were all very comfortable, doing their thing.
Ecoutez, je ne vais pas dénigrer un autre auteur-compositeur. Je ne vais pas le faire. Je ne dis pas que c’est ue mauvaise chanson, je dis juste qu’elle est peut-être un peu recuite. Mais vous savez, elle était quand même dans le Top 10. Tom et quelques autres avaient mis en coupe réglée toute la scène de Nashville. Si vous vouliez enregistrer un Top 10, il fallait en passer par eux, et Tom était l’un d’entre eux. Ils vivaient tous dans leur petit confort, faisant leur truc àeux.

This was about the time that Willie Nelson picked up and moved to Texas. About the same time. He’s still in Texas. Everything was very copacetic. Everything was all right until — until — Kristofferson came to town. Oh, they ain’t seen anybody like him. He came into town like a wildcat, flew his helicopter into Johnny Cash’s backyard like a typical songwriter. And he went for the throat. « Sunday Morning Coming Down. »
C’est à peu près à cette époque que Willie Nelson est parti vivre au Texas. Quasi au même moment. Il est encore au Texas. Tout était complètement parfait. Tout allait bien jusqu’à ce que, jusqu’à ce que que Kristofferson arive en ville. Oh, ils n’avaient jamais vu quelqu’un comme lui. Il est arrivé en ville comme un chat sauvage, a ateri avec son hélicoptère dans la cour de Johnny Cash comme n’importe quel auteur-compositeur. Et il a donné de la voix. « Sunday Morning Coming Down. »

Well, I woke up Sunday morning
With no way to hold my head that didn’t hurt.
And the beer I had for breakfast wasn’t bad
So I had one more for dessert
Then I fumbled through my closet
Found my cleanest dirty shirt
Then I washed my face and combed my hair
And stumbled down the stairs to meet the day.

You can look at Nashville pre-Kris and post-Kris, because he changed everything. That one song ruined Tom T. Hall’s poker parties. It might have sent him to the crazy house. God forbid he ever heard any of my songs.
Vous pouvez comparer Nashvile avant et après Kris, parce qu’il y a tout changé. Cette seule chanson a ruiné la main de Tom T. Hall. Elle aurait pu le mener à l’asile. Dieu soit loué qu’il n’ait jamais entendu aucune de mes chansons.

You walk into the room
With your pencil in your hand
You see somebody naked
You say, “Who is that man?”
You try so hard
But you don’t understand
Just what you’re gonna say
When you get home
You know something is happening here
But you don’t know what it is
Do you, Mister Jones?

If « Sunday Morning Coming Down » rattled Tom’s cage, sent him into the looney bin, my song surely would have made him blow his brains out, right there in the minivan. Hopefully he didn’t hear it.
Si « Sunday Morning Coming Down » a secoué la cage de Tom, l’a envoyé au cabanon, avec mes chansons il se serait sûrement fait sauter le caisson dans son minibus. Heureusement, il n’a jamais entendu ça.

I just released an album of standards, all the songs usually done by Michael Buble, Harry Connick Jr., maybe Brian Wilson’s done a couple, Linda Ronstadt done ’em. But the reviews of their records are different than the reviews of my record.
Je viens de sortir un album de classiques, toutes ces chansons habituellement chantées par Michael Buble, Harry Connick Jr., peut-être Brian Wilson en a-t-il fait une dou deux, Linda Ronstadt les a chantées aussi. Mais les critiques de leurs disques sont différentes de celles du mien.

In their reviews no one says anything. In my reviews, [inaudible] they’ve got to look under every stone when it comes to me. They’ve got to mention all the songwriters’ names. Well that’s OK with me. After all, they’re great songwriters and these are standards. I’ve seen the reviews come in, and they’ll mention all the songwriters in half the review, as if everybody knows them. Nobody’s heard of them, not in this time, anyway. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, to name a few.
Dans leurs critiques, personnes ne dit rien. Dans les miennes, [inaudible] il faut qu’ils aillent tout fouiller en détail puisque qu’il s’agit de moi. Il faut qu’ils mentionnent les noms de tous les compositeurs. Bon, ça me va. Après tout, ce sont de grands auteurs et ces chansons sont des classiques. J’ai vu les critiques arriver, et ils listent tous les compositeurs sur la moitié de la critique, comme si tout le monde les connaissait. Maius personne n’a jamais entendu parler d’eux, pas à notre époque en tous cas. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, pour ne citer qu’eux.

But, you know, I’m glad they mention their names, and you know what? I’m glad they got their names in the press. It might have taken some time to do it, but they’re finally there. I can only wonder why it took so long. My only regret is that they’re not here to see it.
Mais vous savez, je suis content de citer meurs noms, et vous savez quoi ? Je suis content que leurs noms soient dans la presse. Ça a pris du temps, mais finalement ils y sont. Je peux me demander pouquoi il a fallu tant de temps. Mon seul regret est qu’ils ne soient plus là pour voir ça.

Traditional rock ‘n’ roll, we’re talking about that. It’s all about rhythm. Johnny Cash said it best: « Get rhythm. Get rhythm when you get the blues. » Very few rock ‘n’ roll bands today play with rhythm. They don’t know what it is. Rock ‘n’ roll is a combination of blues, and it’s a strange thing made up of two parts. A lot of people don’t know this, but the blues, which is an American music, is not what you think it is. It’s a combination of Arabic violins and Strauss waltzes working it out. But it’s true.
Le rock’n’roll classique, c’est ce dont on parle. Tout est dans le rythme. Johnny Cash l’a dit mieux que tous : « Mettez-y du rythme. Du rythme, quand vous avez le blues. » Très peu de groupe de rock d’aujourd’hui jouent avec autant de rythme. Ils ne savent pas ce que c’est. Le rock’n’roll est un mélange de blues, et c’est une chose étrange faite de deux composantes. Beaucoup de gens ne savent paque le blues, qui est une musique américaine, n’est pas ce qu’on croit. C’est un mélange de violons arabes et de valses de Strauss pour embaler le tout. Mais c’est vrai.

The other half of rock ‘n’ roll has got to be hillbilly. And that’s a derogatory term, but it ought not to be. That’s a term that includes the Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley … groups like that. Moonshiners gone berserk. Fast cars on dirt roads. That’s the kind of combination that makes up rock ‘n’ roll, and it can’t be cooked up in a science laboratory or a studio.
L’autre moitié du rock’n’roll est la musique hillbilly. Et c’est un terme péjoratif, mais cela ne devrait pas. C’est un terme qui englobe les Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley, des groupes de ce genre. Des bouilleurs de cru clandestins devenus mabouls. Des voitures rapides sur des routes poussiéreuses. C’est ce genre de mélange qui fait le rock’n’roll, et on ne peut pas le reproduire dans un laboratoire ou un studio.

You have to have the right kind of rhythm to play this kind of music. If you can’t hardly play the blues, how do you [inaudible] those other two kinds of music in there? You can fake it, but you can’t really do it.
Il faut avoir le bon sens du rythme puor jouer ce genre de musique. Si vous savez à peine jouer du blues, comment pouvez-vous [inaudible] les deux sortes de musiques qu’on y trouve ? Vous pouvez simuler mais vous ne pouvez pas vraiment la jouer.

Critics have made a career out of accusing me of having a career of confounding expectations. Really? Because that’s all I do. That’s how I think about it. Confounding expectations.
Des critiques ont fait carrière en m’accusant d’avoir fait carière en décevant les attentes. Vraiment ? Parce que c’est exactement ce que je fais. C’est comme ça que je raisonne. Décevoir les attentes.

« What do you do for a living, man? »
« De quoi tu vis, mec ? »

« Oh, I confound expectations. »
« Oh, je déçois les attentes. »

You’re going to get a job, the man says, « What do you do? » « Oh, confound expectations.: And the man says, « Well, we already have that spot filled. Call us back. Or don’t call us, we’ll call you. » Confounding expectations. What does that mean? ‘Why me, Lord? I’d confound them, but I don’t know how to do it.’
Tu viens pour un boulot, on te demande : « Qu’est-ce que tu sais faire ? » ; « Oh, décevoir les attentes ». Et on te répond : « Bien, mais le poste est déjà pourvu. Rappelez-nous. Ou plutôt, ne nous rappelez pas, nous vous rappellerons. » Décevoir les attentes. Qu’est-ce que ça veut dire ? « Pourquoi moi, Seigneur ? Je les déçois, mais je ne sais pas comment il faut faire pour ça. »

The Blackwood Bros. have been talking to me about making a record together. That might confound expectations, but it shouldn’t. Of course it would be a gospel album. I don’t think it would be anything out of the ordinary for me. Not a bit. One of the songs I’m thinking about singing is « Stand By Me » by the Blackwood Brothers. Not « Stand By Me » the pop song. No. The real « Stand By Me. »
Les Blackwood Bros. m’ont contacté pour faire un disque ensemble. Qui pourrait décevoir les attentes, mais qui ne devrait pas. Bien sûr, il s’agit d’un album de gospel. Je ne pense pas qu’il s’agirait de quelque chose en dehors de l’ordinaire, pour moi. Pas du tout. Une des chansons auxquelles je pense est le « Stand By Me » des Blackwood Brothers. Pas « Stand By Me » la chanson pop. La vraie « Stand By Me ».

The real one goes like this:
La vraie commence comme ça :

When the storm of life is raging / Stand by me / When the storm of life is raging / Stand by me / When the world is tossing me / Like a ship upon the sea / Thou who rulest wind and water / Stand by me

In the midst of tribulation / Stand by me / In the midst of tribulation / Stand by me / When the hosts of hell assail / And my strength begins to fail / Thou who never lost a battle / Stand by me

In the midst of faults and failures / Stand by me / In the midst of faults and failures / Stand by me / When I do the best I can / And my friends don’t understand / Thou who knowest all about me / Stand by me

That’s the song. I like it better than the pop song. If I record one by that name, that’s going to be the one. I’m also thinking of recording a song, not on that album, though: « Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. »
Voilà la chanson. Je la préfère à la chanson pop. Si j’en enregistre une de ce nom, ce sera celle-là. Je pense aussi enregistrer une autre chanson, mais pas sur cet album : «  »Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. » (Oh Seigneur, fais que je ne sois pas incompris).

Anyway, why me, Lord. What did I do?
Et en plus, pourquoi moi, Seigneur. Qu’est que j’ai fais pour mériter ça ?

Anyway, I’m proud to be here tonight for MusiCares. I’m honored to have all these artists singing my songs. There’s nothing like that. Great artists. [applause, inaudible]. They’re all singing the truth, and you can hear it in their voices.
Quoi qu’il en soit, je suis fier d’être ici ce soir pour MusiCares. Je suis honoré d’entendre tous ces artistes chanter mes chansons. Il n’y a rien de tel. De grands artistes. [applaudissements, inaudible]. Ils chantent tous la vérité, et cela s’entend dans leurs voix.

I’m proud to be here tonight for MusiCares. I think a lot of this organization. They’ve helped many people. Many musicians who have contributed a lot to our culture. I’d like to personally thank them for what they did for a friend of mine, Billy Lee Riley. A friend of mine who they helped for six years when he was down and couldn’t work. Billy was a son of rock ‘n’ roll, obviously.
Je suis fier d’être ici pour MusiCares. je pense beaucoup à cette organisation. Ils ont aidé beaucoup de gens. Beaucoup de musiciens qui ont tant contribué à notre culture. J’aimerais les remercier personnellement pour ce qu’ils ont fait pour un ami à moi, Billy Lee Riley. Un ami qu’ils ont aidé durant six années où il était au plus bas et ne pouvait pas travailler. Billy était assurément un enfant du rock’n’roll.

He was a true original. He did it all: He played, he sang, he wrote. He would have been a bigger star but Jerry Lee came along. And you know what happens when someone like that comes along. You just don’t stand a chance.
Il était vraiment original. Il faisait tout : il jouait, il chantait, il écrivait. Il aurait pu être une plus grande star, mais Jerry Lee est arrivé. Et vous savez ce qui se passe quand quelqu’un comme ça arrive. Vous n’avez aucune chance.

So Billy became what is known in the industry — a condescending term, by the way — as a one-hit wonder. But sometimes, just sometimes, once in a while, a one-hit wonder can make a more powerful impact than a recording star who’s got 20 or 30 hits behind him. And Billy’s hit song was called « Red Hot, » and it was red hot. It could blast you out of your skull and make you feel happy about it. Change your life.
Et Billy est devenu ce qu’on appelle dans le show-biz un one-hit wonder (un terme condescendant, d’ailleurs). Mais parfois, quelques fois, une fois de temps à autre, un one-hit wonder peut avoir davantage d’impact qu’une star qui a eu 20 ou 30 tubes. Et la chanson de Billy s’appelait « Red Hot », et c’était vraimet chaud bouillant [red hot]. Ça vous expulsait hors de votre crâne et vous sentir heureux. Changer votre vie.

He did it with style and grace. You won’t find him in the Rock and Roll Hall of Fame. He’s not there. Metallica is. Abba is. Mamas and the Papas — I know they’re in there. Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan — I’ve got nothing against them. Soft rock, hard rock, psychedelic pop. I got nothing against any of that stuff, but after all, it is called the Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley is not there. Yet.
Il l’a fait avec style et grace. Vous ne e trouverez pas dans le Rock and Roll Hall of Fame. Il n’y est pas. Metallica y est. Abba y est. Les Mamas and the Papas (je sais qu’ils y sont). Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan (je n’ai rien contre eux). du soft rock, du hard rock, de la pop psychédélique. Je n’ai rien contre tous ces trucs, mais après tout, ça s’appelle le Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley n’y est pas. Pas encore.

I’d see him a couple times a year and we’d always spent time together and he was on a rockabilly festival nostalgia circuit, and we’d cross paths now and again. We’d always spend time together. He was a hero of mine. I’d heard « Red Hot. » I must have been only 15 or 16 when I did and it’s impressed me to this day.
Je le voyais environ deux fois par an et on passait toujours un peu de temps ensembles. Il était dans le circuit des festivals genre nostalgiques et on se croisait encore et encore. On passait toujours du temps ensembles. C’était un de mes héros. J’avais entendu « Red Hot ». Je devais avoir 15 ou 16 ans et ça m’avait marqué pour la vie.

I never grow tired of listening to it. Never got tired of watching Billy Lee perform, either. We spent time together just talking and playing into the night. He was a deep, truthful man. He wasn’t bitter or nostalgic. He just accepted it. He knew where he had come from and he was content with who he was.
Je ne m’en suis jamais lassé. Jamais lassé de voir Billy Lee jouer, non plus. On passait le temps juste en parlant et en jouant toute la nuit. C’est un homme profond, honnête. Il n’était ni amer ni nostalgique. Il acceptait cela. Il savait d’où il venait et était satisfait d’en être arrivé là.

And then one day he got sick. And like my friend John Mellencamp would sing — because John sang some truth today — one day you get sick and you don’t get better. That’s from a song of his called « Life is Short Even on Its Longest Days. » It’s one of the better songs of the last few years, actually. I ain’t lying.
Et un jour il tomba malade. Et comme mon ami John Mellencamp peut le chanter (parce que John a chanté des choses vraies aujourd’hui), un jour vous tombez malade et ça ne s’arrange pas. C’est dans sa chanson « Life is Short Even on Its Longest Days. » C’est l’une des meilleures chansons de ces dernières années, en fait. Je ne vous mens pas.

And I ain’t lying when I tell you that MusiCares paid for my friend’s doctor bills, and helped him to get spending money. They were able to at least make his life comfortable, tolerable to the end. That is something that can’t be repaid. Any organization that would do that would have to have my blessing.
Et je vous mens pas quand je vous dis que MusiCares a payé les frais médicaux de mon ami et l’a aidé financièrement. Ils ont pu au moins lui rendre la vie confortable, tolérable jusqu’à la fin. C’est quelque chose qui ne se rembourse pas. Toute organisation qui fait cela aura toujours ma bénédiction.

I’m going to get out of here now. I’m going to put an egg in my shoe and beat it. I probably left out a lot of people and said too much about some. But that’s OK. Like the spiritual song, ‘I’m still just crossing over Jordan too.’ Let’s hope we meet again. Sometime. And we will, if, like Hank Williams said, « the good Lord willing and the creek don’t rise. »
Je vais partir maintenant. Je vais aller me faire voir ailleurs. J’ai probablement oublié un tas de gens et dis trop à propos de certains. Mais c’est pas grave. Comme dans le Sipitual « Je suis encore en train de traverser le Jourdain, moi aussi. » Espérons qu’on se reverra. Un jour. Et ce sera le cas si, comme disait Hank Williams : « le Bon Dieu le veut bien et la rivière ne déborde pas ».


Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

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Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
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In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
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“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
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Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


Bac 2016: Avez-vous déjà giflé un mort ? (Exquisite corpses in the closet: How French students learn to let the dead bury their dead)

19 juin, 2016
CadavreCadavre2"Un cadavre " le document original Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. Jésus (Matthieu 8: 22)
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  André Malraux (1956)
Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture ; à la limite le tombeau c’est le premier et le seul symbole culturel. René Girard
There are many cumbersome ways to kill a man. You can make him carry a plank of wood to the top of a hill and nail him to it. To do this properly you require a crowd of people wearing sandals, a cock that crows, a cloak to dissect, a sponge, some vinegar and one man to hammer the nails home. (…) Simpler, direct, and much more neat is to see that he is living somewhere in the middle of the twentieth century, and leave him there. Edwin Brock (1990)
Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros, de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Balzac est l’auteur de nombreux romans réunis sous le titre deComédie humaine, somme de ses observations sur l’ensemble de la société de son temps.M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce qu’était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu’il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse 1 Tacite et qui va jusqu’à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui est l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moment, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvreimmense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l’illusion, aux autres l’espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il fouille le vice, il dissèque la passion. Il creuse et sonde l’homme, l’âme, le cœur, les entrailles, le cerveau, l’abîme que chacun a en soi. Et, par un don de sa libre et vigoureuse nature, par un privilège des intelligences de notre temps qui, ayant vu de près les révolutions, aperçoivent mieux la fin de 2 3 l’humanité et comprennent mieux la providence , Balzac se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà ce qu’il a fait parmi nous.Voilà l’œuvre qu’il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument, œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l’avenir se charge de la statue. Sa mort a frappé Paris de stupeur. Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d’un grand voyage on vient embrasser sa mère. Sa vie a été courte, mais pleine ; plus remplie d’œuvres que de jours. Hélas ! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d’orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd’hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées qui sont sur nos têtes, parmi les étoiles de la patrie ! Victor Hugo (Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 29 août 1850)
Maupassant est un écrivain français né en 1850 et mort en 1893. MESSIEURS, C’est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu’il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d’armes, l’aîné, l’ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant. J’ai connu Maupassant, il ydix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le a revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d’un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l’après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin ; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et franche, sortait un air de gaîté si heureuse, de vie si brave, que nous l’aimions tous, pour cette bonne odeur de santé qu’il nous apportait. Il adorait les exercices violents ; des légendes de prouesses surprenantes couraient déjà sur lui. L’idée ne nous venait pas qu’il pût avoir un jour du talent. Et puis éclataBoule-de-Suif, ce chef-d’œuvre, cette œuvre parfaite de tendresse, d’ironie et de vaillance. Du premier coup, il donnait l’œuvre décisive, il se classait parmi les maîtres. Ce fut une de nos grandes joies ; car il devint notre frère, à nous tous qui l’avions vu grandir sans soupçonner son génie. Et, à partir de ce jour, il ne cessa plus de produire, avec une abondance, une sécurité, une force magistrale, qui nous émerveillaient. Il collaborait à plusieurs journaux. Les contes, les nouvelles se succédaient, d’une variété infinie, tous d’une perfection admirable, apportant chacun une petite comédie, un petit drame complet, ouvrant une brusque fenêtre sur la vie. On riait et l’on pleurait, et l’on pensait, à le lire. Je pourrais citer tels de ces courts récits qui contiennent, en quelques pages, la moelle même de ces gros livres que d’autres romanciers auraient écrits certainement. Mais il me faudrait tous les citer, et certains ne sont-ils pas déjà classiques, comme une fable de La Fontaine ou un conte de Voltaire ? Maupassant voulut élargir son cadre, pour répondre à ceux qui le spécialisaient, en l’enfermant dans la nouvelle; et, avec cette énergie tranquille, cette aisance de belle santé qui le caractérisait, il écrivit des romans superbes, où toutes les qualités du conteur se retrouvaient comme agrandies, affinées par la passion de la vie. Le souffle lui était venu, ce grand souffle humain qui fait les œuvres passionnantes et vivantes. DepuisUne viejusqu’àNotre Cœur, en passant parBel-Ami, parLa Maison Tellier etFort comme la Mort, c’est toujours la même vision forte et simple de l’existence, une analyse impeccable, une façon tranquille de tout dire, une sorte de franchise saine et généreuse qui conquiert tous les cœurs. Et je veux même faire une place à part àPierre et Jean, qui est, selon moi, la merveille, le joyau rare, l’œuvre de vérité et de grandeur qui ne peut être dépassée. Émile Zola (Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant, 7 juillet 1893)
Messieurs, Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.L’œuvre littéraire de Zola est immense.Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes 1 étaient poussés avec une égale véhémence . On fit parfois au puissant écrivainje le sais par 2 3 moi-même des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. Anatole France (Éloge funèbre d’Émile Zola, 5 octobre 1902)
Robert Desnos, lui, n’aura connu votre pays que pour y mourir. Et ceci nous rapproche encore plus de vous. Jusqu’à la mort, Desnos a lutté pour la liberté. Tout au long de ses poèmes, l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues.Il y a eu en Robert Desnos deux hommes, aussi dignes d’admiration l’un que l’autre : un homme honnête, conscient, fort de ses droits et de ses devoirs et un pirate tendre et fou, fidèle comme pas un à ses amours, à ses amis, et à tous les êtres de chair et de sang dont il ressent violemment le bonheur et le malheur, les petites misères et les petits plaisirs.Desnos a donné sa vie pour ce qu’il avait à dire. Et il avait tant à dire. Il a montré que rien ne pouvait le faire taire. Il a été sur la place publique, sans se soucier des reproches que lui adressaient, de leur tour d’ivoire, les poètes intéressés à ce que la poésie ne soit pas ce 1 fermentde révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l’esclavage et de la mort. Paul Éluard (Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l’occasion du retour des cendres de Robert Desnos, 15 octobre 1945)
Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel. (…) On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus. Philippe Soupault
Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas. (…) Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ? Paul Eluard
La France est morte ? Vive la France. (…) Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ? (…) Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine. C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ? Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là. (…) Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles. Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux. Pierre Drieu La Rochelle
ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité. Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles ! Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte. On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares ! Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil… Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre ! (…) Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres… Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison… En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux… C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable… (…)  Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie. Anatole France est mort ! Joseph Delteil
REFUS D’INHUMER Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière. André Breton
AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ? (…) Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on. Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs. Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. Louis Aragon
 Quelles sont les qualités des écrivains célébrés dans les textes du corpus ? (…) Vous commenterez le discours d’Anatole France (…) Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? (…) A l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus. Sujets bac français 2016 (ES-S)
Exemple de bonne copie pour le sujet dissertation : « Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? ». Pour le Figaro Etudiant, « le devoir est guidé par la problématique inaugurale, chaque partie de la dissertation contribue à y répondre efficacement ». Cela peut donc aboutir à ce type de plan : I/ Oui, les écrivains ont pour mission de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain (Ils chantent la gloire des hommes, ils célèbrent la beauté, l’amour. II/ Mais non, ce n’est pas leur mission essentielle (Leur mission est parfois de dénoncer, les écrivains sont des artistes avant tout, ils recherchent le beau). III/ Ils ne célèbrent pas la grandeur de l’être humain : ils rendent compte de l’âme humaine telle qu’elle est. Corrigé du bac de français S et ES

Et si la littérature, ça servait aussi à faire la guerre ?

‘Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière », « Avez-vous déjà giflé un mort ? », « médiocrité dorée », « policier », « servilité humaine », « ruse », « traditionalisme », « patriotisme », « opportunisme », « scepticisme », « manque de cœur », « inertie souriante », « immondice humaine » …

A l’heure où après l’antisionisme et la folie des hauteurs, nos lycéens sont invités, à l’instar des grands maitres du passé Hugo, Zola, France et Eluard, à écrire leurs propre éloge funèbre d’écrivain …

Et à se demander si la mission essentielle des écrivains serait de « célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain » …

Comment ne pas s’étonner …

De cette apparente affinité des épreuves du baccalauréat pour les occasions manquées et la neutralisation de tout ce qu’elles touchent …

Et notamment pour la formidable violence que peut contenir le monde en apparence si feutré de la vie littéraire …

Comme aurait pu le suggérer peut-être la simple évocation …

De ces fameux cadavres  (exquis ou non) dans le placard que furent, en forme justement de contre-éloges funèbres, deux des premiers manifestes collectifs du surréalisme …

D’abord pour démolir, comme punition de ses funérailles nationales et aux frais de Drieu la Rochelle et sans compter la participation du même compagnon de route Eluard qui fera plus tard l’éloge en Tchécoslovaquie de son petit camarade Desnos …

Le prix Nobel de littérature dreyfusard, co-fondateur de la Ligue des droits de l’homme et dénonciateur du génocide arménien qu’avait été Anatole France …

Puis, avec le contre-contre pamphlet des exclus suivant leur excommunication, pour célèbrer …

La mort souhaitée du pape du surréalisme et apologue de la violence aveugle lui-même …

Présenté en couverture sous une couronne d’épines ?

UN CADAVRE

Il était devenu si hideux, qu’en passant sa main sur son visage il sentit sa laideur.

  1. FRANCE (Thaïs)

L’ERREUR

Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel.

Celui qui vient de disparaître n’était pourtant pas très sympathique. Il n’a jamais songé qu’à son petit intérêt, à sa petite santé. Il attendait la mort, paraît-il. C’est une jolie solution. Mais à part cela, sérieusement qu’a-t-il fait, à quoi a-t-il pensé ? Puisqu’il ne s’agit aujourd’hui que de déposer une palme sur un cercueil, qu’elle soit aussi lourde que possible et qu’on étouffe ce souvenir.

Un peu de dignité, Messieurs de la famille ! Pleurez toutes les larmes de votre corps. Anatole a rendu ce qu’on appelait son âme. Vous n’avez rien à attendre de cette mémoire molle et sèche. C’est fini !

La nuit descend déjà. On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus.

J’ai assisté aujourd’hui à de bien jolis spectacles. Des croque-morts qui se disputaient en marchant devant un cercueil. J’ai vu aussi une femme en deuil, voilée de crêpes, aller à l’hôpital tailler une bavette avec son moribond de mari et lui montrer les beaux habits tout neufs qu’elle avait achetés le matin en attendant sa mort.

Philippe Soupault

UN VIEILLARD COMME LES AUTRES

Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas.

Ce que je ne puis plus imaginer sans avoir les larmes aux yeux, la Vie, elle apparaît encore aujourd’hui dans de petites choses dérisoires auxquelles la tendresse seule sert maintenant de soutien. Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ?

Paul Eluard

NE NOUS LA FAITES PAS A L’OSEILLE

La France est morte ? Vive la France. La France vient encore de mourir en Touraine : une maison ferme à jamais ses persiennes, comme tant d’autres, dans ces campagnes qui font entendre partout le même claquement funèbre : les vieux s’enfouissent dans la terre, les jeunes, quand il y en a, s’en vont quelques années de reste, traîner des noms fanés sur le bitume.

Mais ce n’est qu’une France qui vient de mourir, il y en a plusieurs, il y en a qui naissent, étranges et terribles. Dans le siècle : une France comme un Far-West brut, pleine d’étrangers inquiétants, de mines de fer, d’autos et d’avions, avec des millions de nègres et un avenir de Byzance battue et fortifiée par la barbarie – hors du siècle : une poésie française qui éclate dans la peinture, qui gronde inentendue depuis cinquante ans, dans plusieurs livres téméraires, merveilleux, austères.

Et par là-dessus, il y a une France éternelle, qui a été et qui sera, comme une amoureuse qu’on n’oublie pas, même si, éventrée, crevée par une invasion, elle expire son âme personnelle, mais nous ne la connaissons pas, et personne n’a le droit d’en appeler parmi nous, que nous soyons vivants ou morts, car si depuis toujours sa figure fut tracée tout entière d’un trait foudroyant, nous ne sommes qu’un des imperceptibles siècles dont elle est tissue, et seules les étoiles contemplent cette figure dans la touchante corbeille des visages humains.

Est-ce pour ces raisons astronomiques que nous avons un peu envie de soulever nos épaules aujourd’hui quand le croque-mort vient nous dire avec des airs satisfaits : « Je vous l’avais bien dit, voilà encore la France morte. Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ?

Mais nous n’écoutons pas les larbins. Nous savons ce que nous avons perdu, nous qui – jeunes encore – avons tant perdu de divers côtés, et par exemple des amis de notre âge qui tiendraient peut-être mieux que nous la place.

Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine.

C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ?

Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là.

Mais vous vous apercevez que toute notre piété est tournée d’un autre côté, puisqu’elle n’est pas disponible pour ce trépas douillet, pour ces funérailles abondantes qui durent depuis deux ans – que de pleureuses, à barbe.

Non, notre piété est restée à ceux qui sont morts jeunes, à qui la parole ne fut pas laissée dans la bouche comme un antique morceau de sucre, mais à qui on l’a arrachée dans le sang et l’écume. Et je vous le demande – et cette question faite, toute mon excuse pour ce ton qu’il faut bien prendre ici pour qu’on n’entende pas en Europe que des gens qui se mouchent et qui peut seul s’accorder à cette pensée fondamentale que France mort, vit la France, vivent des Frances nombreuses que d’aucuns voudraient étouffer aujourd’hui sous ce catafalque, des Frances mystiques, crédules, obscures, brutales, merveilleusement insolites dans un décor vieilli, – je vous le demande, ces enfants-là, de quel secours leur fut ce grand-père ?

Drôle de grand-père qui ressemble à beaucoup trop de grands-pères français : sans Dieu, sans amour touchant, sans désespoir insupportable, sans colère magnifique, sans défaites définitives, sans victoires complètes.

Ignorance totale de Dieu – nous nous entendons, n’est-ce pas, ô poètes éperdus dans le vide. Maigre, maigre philosophie : vous comprenez que le Jardin d’Epicure nous a fait bayer d’une inanition trop creuse, pour que l’écho n’en arrive pas jusqu’aujourd’hui. Et la politique, l’allure nationale : il nous a bien laissé tomber entre la République du boudoir de l’Histoire contemporaine, la Révolution sournoisement trahie des Dieux ont soif et le bolchevisme qui l’a peloté comme un banquier anglais. Maurras ! ce n’est pas généreux d’avoir aussi flatté cet historien-là !

Et l’amour ? les amours, à la française. Le pauvre amour du Lys Rouge. Je demande pardon aux femmes. Et l’art, la littérature ! Ce grand-père a ignoré ou bafoué tous ceux que nous aimons parmi nos pères ou nos oncles.

Non, nous ne pouvons pas oublier tout cela, si nous nous rappelons que pourtant nous lui devons l’outil qui nous fait travailler et vivre et qui peut-être se cassera dans nos mains épaissies sur la crosse du fusil ou sur le volant. Il nous a donné la vie, mais il a manqué nous tuer. Alors quoi ?

Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles.

Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux.

Pierre Drieu La Rochelle

ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE

Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité.

Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles !

Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte.

On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares !

Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil…

Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre !

Vraiment, il ne m’intéresse pas, il ne nous intéresse pas. C’est de l’indifférence absolue. Il ne jouait aucun rôle dans notre vie, dans nos recherches, dans nos combats. Il vivait solitaire, hermétiquement clos. Chez lui, pas la moindre trace de curiosité pour l’ardente jeunesse, pas un cri, pas un geste. Oui, nous nous intéressons aussi peu à lui qu’il s’est intéressé à nous. – N’est-ce pas notre droit ?

Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres…

Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison…

En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux…

C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable…

C’est une surface plane – une seule dimension. Aujourd’hui, ce côté dubitatif, négatif de son intelligence, cela nous paraît si facile ! C’est vraiment trop simple !

Seule la mémoire fonctionne dans son univers. Des réminiscences rassemblées avec goût. Et certes je ne nie pas le goût. Je ne nie pas la grâce, l’agilité d’esprit, les heureuses manières, la limpidité de la langue, l’harmonie et le miel ; mais je dis que dépourvues de substance et de moelle, isolées et stériles, toutes ces vertus, je m’en fous !

Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie.

Anatole France est mort !

Joseph Delteil

REFUS D’INHUMER

Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière.

André Breton

AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ?

La colère me prend si, par quelque lassitude machinale, je consulte parfois les journaux des hommes. C’est qu’en eux se manifeste un peu de cette pensée commune, autour de laquelle, vaille que vaille, un beau jour ils tombent d’accord. Leur existence est fondée sur une croyance en cet accord, c’est là tout ce qu’ils exaltent, et il faut pour qu’un homme recueille enfin leurs suffrages, pour qu’aussi un homme recueille les suffrages des derniers des hommes, qu’il soit une figure évidente, une matérialisation de cette croyance.

Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on.

Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs.

Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine.

Louis Aragon

A LA PROCHAINE OCCASION IL Y AURA UN NOUVEAU CADAVRE (1)

Voir aussi:

Five Ways To Kill A Man
Edwin Brock (1990)

There are many cumbersome ways to kill a man.
You can make him carry a plank of wood
to the top of a hill and nail him to it. To do this
properly you require a crowd of people
wearing sandals, a cock that crows, a cloak
to dissect, a sponge, some vinegar and one
man to hammer the nails home.

Or you can take a length of steel,
shaped and chased in a traditional way,
and attempt to pierce the metal cage he wears.
But for this you need white horses,
English trees, men with bows and arrows,
at least two flags, a prince, and a
castle to hold your banquet in.

Dispensing with nobility, you may, if the wind
allows, blow gas at him. But then you need
a mile of mud sliced through with ditches,
not to mention black boots, bomb craters,
more mud, a plague of rats, a dozen songs
and some round hats made of steel.

In an age of aeroplanes, you may fly
miles above your victim and dispose of him by
pressing one small switch. All you then
require is an ocean to separate you, two
systems of government, a nation’s scientists,
several factories, a psychopath and
land that no-one needs for several years.

These are, as I began, cumbersome ways
to kill a man. Simpler, direct, and much more neat
is to see that he is living somewhere in the middle
of the twentieth century, and leave him there.


Attentats de Paris: Le nouveau mensonge romantique du tout-festif (Who will love the Devil and his song?)

1 décembre, 2015
 Eagleseagles-death-metal-paris-muslim-terror-attacks-kiss-devil-song-was-playing-november-2015-933x445.jpg?w=590&h=277Who’ll love the Devil? Who’ll song his song? Who will love the Devil and his song? Eagles Of Death Metal
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Jesus (Matthieu 12 : 43-45)
L’aveuglement moderne au sujet de la fête, et du rite en général, ne fait que prolonger et appuyer une évolution qui est celle du religieux lui-même. A mesure que s’effacent les aspects rituels, la fête se limite de plus en plus à cette grasse permission de détente que tant d’observateurs modernes ont décidé de voir en elle. (…) Derrière les apparences joyeuses et fraternelles de la fête déritualisée, privée de toute référence à la victime et à l’unité qu’elle refait, il n’y a plus d’autre modèle en vérité que la crise sacrificielle et la violence réciproque. C’est bien pourquoi les vrais artistes, de nos jours, pressentent la tragédie derrière l’insipidité de la fête transformée en vacances à perpétuité, derrière les promesses platement utopiques d’un « univers des loisirs ». Plus les vacances sont fades, veules, vulgaires, plus on on devine en elles l’épouvante et le monstre qui affleurent. Le thème des vacances qui commencent à mal tourner, spontanément redécouvert, mais déjà traité ailleurs sous des formes différentes, domine l’oeuvre cinématographique d’un Fellini. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
J’ai vu passer les dernières notes de synthèse avant les attentats. Le Bataclan était identifié comme cible potentielle depuis 2011 ! En juillet dernier, un djihadiste interrogé a lâché que les salles de concert rock étaient des cibles prioritaires. Mais rien n’a été pris au sérieux. C’est là qu’on a appris que le Bataclan était dans le viseur des islamistes. Notre hiérarchie préconise des mesures mais elle n’est pas écoutée. Il n’y a même pas eu une voiture de police à proximité ! Policier du renseignement intérieur
Il est impossible dans le contexte actuel d’accueil des réfugiés et d’absence de contrôles aux frontières de suivre tous les suspects, de faire des filatures, des planques, avec d’aussi faibles moyens. En face, ils sont très pros. Policier
Ce sont les politiques qui nous ont mis dans cette situation. Ils ont traîné. Dès l’affaire Merah, on pouvait agir, mais l’élection présidentielle a eu lieu entre-temps et la gauche a mis trois ans à comprendre que la menace était réelle ! Les médias disent n’importe quoi. On raconte que les Turcs nous ont prévenus de la radicalisation d’Omar Ismaïl Mostefaï. C’est n’importe quoi ! Commissaire
Comment Abdelhamid Abaaoud, considéré comme un “émir” de l’État islamique chargé des opérations terroristes en France, en Italie et en Espagne, a-t-il pu faire des allers-retours entre la France et la Syrie, sans être inquiété ? Dans Dabiq, la revue de l’État islamique, Abaaoud clamait fièrement : « J’ai pu aller et venir malgré le fait que j’étais pourchassé par tous les services de renseignements. […] Mon nom et mon image sont connus de tous ; […] j’ai pu rester dans leur pays, préparer des opérations contre eux et repartir sain et sauf. (…) Comment Samy Amimour, sous contrôle judiciaire, à qui on a retiré son passeport et sa carte d’identité pour motif de préparation d’un projet terroriste, a-t-il pu récupérer ses papiers après avoir signalé une perte au commissariat ? Pourquoi la justice ne s’est-elle pas inquiétée, quand il a cessé de pointer au commissariat alors qu’il y était contraint ? (…) Autre dysfonctionnement : le lendemain des attentats, Salah Abdeslam, qui a été condamné à de la prison ferme, a été contrôlé par la gendarmerie nationale à Cambrai puis par la police belge, qui le connaissait bien et l’avait classé dans la catégorie 36.2 (délinquant de droit commun). Il n’a pas été arrêté. La police belge n’avait pas pris soin de transmettre ses informations aux autorités françaises… Un agent de la DGSI explique : « Tant qu’il n’y aura pas de fichier commun aux pays de l’Union européenne, de telles erreurs se reproduiront. » Aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt international, l’homme court toujours. (…) Enfin, le troisième terroriste qui s’est fait exploser au Stade de France, porteur d’un passeport syrien au nom de Mohammad al-Mahmod, a été contrôlé en Grèce, le 3 octobre. L’homme se serait glissé parmi des migrants, en profitant de l’absence de contrôles aux frontières. Valeurs actuelles
Au lendemain même des attentats de novembre, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, ex-DCRI) croyait Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de ces attaques, en Belgique. Alors qu’il était en région parisienne depuis deux mois, si l’on en croit les déclarations d’un témoin clé qui a conduit le Raid jusqu’au repaire des tueurs à Saint-Denis. Cette source précieuse déclare même, selon Valeurs actuelles, qu’Abaaoud et au moins un de ses complices «sont rentrés quand Hollande a fait rentrer les réfugiés». Le Figaro
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama
Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous. « C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité. (…) Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple. Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous. Emmanuel Dubois de Prisque
André Malraux, au travers d’une citation si souvent galvaudée, nous avait prévenus que le XXIe siècle « serait religieux ou ne serait pas ». L’espérance communiste, religion de substitution, fut la grande passion du XXe siècle. Se prétendant matérialiste et scientifique, elle se revendiquait de l’héritage des Lumières. L’imposture s’est effondrée. La chute de l’URSS et La fin de l’histoire nous annoncèrent que pour notre Foule sentimentale, l’horizon indépassable était l’extension indéfinie de la sphère marchande. Le problème, comme l’a relevé Alain Souchon, c’est que cette foule « a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Les religions en place y ont vu une opportunité pour essayer de reprendre du poil de la bête. La montée de l’islam politique a été considérée comme le principal symptôme de ce qu’annonçait Malraux. Mais en fait, de nouvelles croyances ont surgi. (…) une nouvelle religion s’impose : celle de Gaïa, notre planète, la déesse mère, dont on nous serine absolument tous les jours qu’il faut la respecter et la sauver. Beaucoup y voient une nouvelle idéologie. C’est plus que ça. Ainsi le nouveau culte de la planète-mère semble bien lié à la mondialisation. Nos identités de rattachement ne sont pas si nombreuses. Depuis une trentaine d’années, aux anciennes de la famille et du territoire national est venue s’ajouter celle de l’appartenance à un monde globalisé. Et cette appartenance a besoin de ciment et de foi. Le culte de la planète mère va-t-il faire l’affaire ? L’utilité politique de croyances communes, pour souder une société politique, est une évidence historique.  (…) La première étape de cette transformation fut de disqualifier la science dont le « culte » nous avait conduits à cette situation angoissante : montée de la pensée magique, succès étonnant de charlatans médiatiques, expression de peurs irrationnelles, auxquelles intellectuels et scientifiques ont tenté de réagir. L’anathème est immédiatement tombé : « scientistes » ! La science – coupable de tous les maux puisqu’à l’origine du développement invasif de l’espèce humaine – s’est retrouvée disqualifiée. Et avec elle la méthode scientifique a été invalidée. Un relativisme ravageur en a fait un récit parmi d’autres. Les OGM, par exemple, dont le refus relève d’un réflexe de peur de la manipulation du vivant. La démarche des opposants ne reposait pas sur une démarche scientifique. La science a démontré que la nature procède elle-même à la modification génétique, jusqu’à la création d’OGM « naturels ». Et que leur utilisation déjà ancienne n’a jamais eu de conséquences négatives ni sur la santé ni sur l’environnement. Au contraire, si l’on pense à l’affaire du  « riz doré ». (…) La question du « réchauffement climatique » représente une autre étape et le clou suivant enfoncé sur le cercueil de la pensée des Lumières. Nous ne nous prononcerons pas ici sur la réalité de ce réchauffement et sur le caractère anthropique de son origine. De toute façon, le débat raisonné est désormais impossible, il sera bientôt interdit. Singulière ruse de l’Histoire, l’Occident a inversé l’équation. La nouvelle religion reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une « vérité scientifique » qui doit s’imposer à tous. La bonne foi des scientifiques du GIEC n’est pas en cause. Simplement, les budgets, les subventions, les carrières sont fonctions du camp choisi. Les sceptiques ou les opposants sont vilipendés, ostracisés, ridiculisés. Et bien sûr systématiquement accusés d’être payés par les lobbies. Le réchauffement climatique est peut-être une réalité, mais il est aujourd’hui interdit ne serait-ce que d’en douter. Et là se loge le renversement. Le nouveau dogme est fondé sur la science, mais au détriment de la méthode scientifique qui impose le doute et la remise en cause. Nous avions eu sous Staline la « science prolétarienne », il faut désormais adhérer à la « science citoyenne », où ce qui compte est moins la compréhension d’une réalité scientifique difficile  que l’adhésion du plus grand nombre. (…) Comme toujours, il faut à la nouvelle religion culpabiliser l’homme, d’où vient tout le mal, et lui indiquer le chemin de la rédemption. Identifier les hérésies, chasser et punir les hérétiques. Les sceptiques, dubitatifs, interrogatifs sont des « connards » nous dira NKM, doivent être fichés affirme Corinne Lepage, virés de leur boulot dit-on à France2, sont des « négationnistes » assènent les ahuris, des criminels méritant la prison salivent les amateurs de punitions. En attendant pire. Il s’agit d’un phénomène classique, dont la religion chrétienne a donné un bon exemple lorsqu’elle est devenue religion de l’empire romain. Il y eut beaucoup plus d’exécutions pour hérésie dans les trois siècles qui suivirent son avènement comme religion d’État que de martyrs chrétiens dans les trois qui l’ont précédé. Autre exigence, débusquer le Diable. (…) Pour les OGM, ce sera Monsanto qui, pour gagner du temps, aurait dû s’appeler Monsatan. Pour le réchauffement, les anges déchus sont plus nombreux : lobbies pétroliers, scientifiques dévoyés, Chinois avides de consommation, Africains corrompus… Et enfin, il faudra béatifier quelques originaux, adeptes de fausses sciences et de nouvelles ascèses. Régis de Castelnau    
Regardez les photos des spectateurs quelques instants avant le drame. Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… » comme dit le “quotidien de révérence”. Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… Les uns portent le maillot du PSG – « Fly Emirates » en effaçant le berceau de Louis XIV, et les autres profitent du même argent pour se faire offrir un costume en bombes. Une minute avant leur mort, les uns et les autres étaient penchés sur leurs smartphones, comme accrochés au sein de leur nourrice. Ce n’est pas le retour du Moyen Âge, contrairement à ce que disent les crétins, c’est la postmodernité dans toute son absurdité. Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt ! (…) On peut écarter d’un revers de la main dédaigneux ces faits en estimant qu’ils relèvent d’un humour au second degré. Lorsqu’un membre du groupe revendique son goût pour les armes, la pornographie et la méthamphétamine… (Wikipedia), il ne fait que dealer un cocktail particulièrement efficace pour le contrôle social. Pas besoin de complot, pas besoin de police, l’appât du gain des trafiquants, les névroses sociales pullulantes et l’intérêt du système financier suffisent à faire le boulot. Des milliers de romans de science-fiction l’ont mieux dit que tous les sociologues. Voilà d’ailleurs en grande partie pourquoi vous ne pouvez pas faire la moindre remarque critique sur le sujet, sans vous faire agonir de sottises. Les chiens de garde veillent… Ne parlons même pas des propos consternants de premières communiantes chez ces rockers revenus peureusement à la maison : « Bien que nous soyons désormais rentrés chez nous et en sécurité, nous sommes horrifiés et tentons toujours de comprendre ce qu’il s’est passé… », avant de remercier servilement la police et le FBI… Ils vénéraient Satan mais n’étaient visiblement pas impatients de le rencontrer. Ah, ils peuvent s’afficher avec leurs tatouages virils, leurs admiratrices en bikini et leurs grosses motos, « c’est rien que des demi-sels » comme dirait Audiard, des aigles déplumés, bien loin de la mère des Maccabées, « cette femme héroïque qui parlait avec un courage viril » comme dit l’Écriture Sainte ces jours-ci. Pour finir, le sordide et les intérêts bien compris. Ils vont gagner au grattage après le tirage. Les victimes ne sont même pas enterrées qu’un journaliste du système peut tranquillement expliquer : « Lancée dans la foulée des attaques terroristes ayant frappé Paris vendredi 13 novembre, la campagne visant à porter la chanson Save A Prayer au sommet des ventes de singles britanniques bat son plein » (Le Figaro). C’est nous les complotistes, les obscurantistes, les réactionnaires, mais eux, ils peuvent tranquillement se repaître sur le dos des morts, ça ne gêne personne ! À vomir ! Il n’y a pas que ceux qui tiennent les kalachnikovs qui sont des monstres. Hervé Benoît
La grande force de Philippe Muray fut dès lors, notamment dans deux articles sur René Girard (« La résurrection Girard », Art Press 1978, dans Ultima necat I ; « René Girard et la nouvelle comédie des méprises », dans Essais, Belles Lettres) d’appliquer à notre temps (quoi donc de plus politique ?) les découvertes de son inspirateur. Notre société, qui a fait du principe de précaution l’alibi de toutes ses lâchetés et le prétexte juridique de toutes ses reculades, illustre à merveille la thèse centrale de l’auteur de La Violence et le Sacré : il faut, pour que tout continue à fonctionner sans heurt, un bouc émissaire. Qu’un avion s’écrase ou qu’un écolier, quelque part, souffre d’une indigestion, il faut identifier celui que l’on sacrifiera, cuisinier, intendant ou chef de bureau. Stéphane Ratti
C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. (…) Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). (…) Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper. Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec 350 personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche, meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches). C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néo- fascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé. Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs. Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle. À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines. À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’autodivinisation communautaire débouchant sur une volonté d’autodestruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée. Philippe Muray
Chassez le diable: il revient au galop !

Divinisation des minorités victimes, mimétisme concurrentiel multipliant sans cesse les nouvelles catégories de martyrs (femmes, animaux, enfants, homosexuels, les jeunes, immigrés, handicapés physiques ou mentaux, obèses, etc.), chasse aux responsables des catastrophes humaines ou naturelles, imprécations contre les « survivances inadmissibles des âges farouches » s’accrochant à leurs religion, armes ou nations (évangéliques ou teaparty américains, Israéliens ou  Européens rescapés du communisme), dénonciation obsessionnelle des adversaires véritablement indéfendables (néo- fascisme), interminable chasse aux sorcières rétroactives de notre histoire, fascination pour  la convivialité et l' »interactivité » totale, réinvention de la fête comme néosacré, glorification de la musique « fédératrice »comme « bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique », charité chrétienne devenue folle et tournant au désir de fusion quasi-suicidaire face à l’actuelle invasion de masses potentiellement infinies de migrants …

A l’heure où l’ensemble de la planète se réunit à Paris au nom de la nouvelle religion écologique …

Et où, derrière une prise de conscience que l’on espère salutaire sur l’avenir de la planète, fusent tant les « propos consternants de premières communiantes » que les excommunications de la nouvelle police de la pensée

Et au lendemain de cette dernière fête qui à Paris elle aussi finit comme on le sait par tourner mal …

Et qui a vu le renvoi d’un prêtre ayant eu le malheur de rappeler comment au moment de leur mort tragique …

Nos jeunes nouveaux  martyrs de la mixité et du métissage entamaient leur hymne parodique au diable et à sa chanson …

Certains croyant même que les explosions des armes automatiques faisaient partie du spectacle …

Comment ne pas repenser non seulement aux analyses du plus lucide des observateurs de notre modernité, René Girard, tout récemment disparu ….

Mais aussi à ces paroles quasi-prophétiques, que republie à l’occasion de la sortie de son journal aujourd’hui Causeur, de l’un de ses plus fidèles disciples Philippe Muray ?

RENÉ GIRARD ET LA NOUVELLE COMÉDIE DES MÉPRISES

Philippe Muray

L’Atelier du roman, no 16, 1998

Sans préambule, sans précautions, sans préliminaires oratoires, et avec une espèce de brutalité magnifique, René Girard, en 1961, dès la première page de Mensonge romantique et vérité romanesque, précipitait ses lecteurs sur la piste de l’hypothèse mimétique, c’est-à-dire dans l’enfer du désir, dans les pièges de l’amour et les constructions en miroir de la rivalité ; et entreprenait de démontrer que les plus grands chefs-d’œuvre romanesques n’avaient jamais fait, au cours des siècles, que révéler cette hypothèse, sans qu’elle cesse toutefois de constituer le secret le mieux caché, le plus efficacement protégé de l’histoire du genre humain.

Il affirmait, textes à l’appui, que nous désirions intensément mais que nous ne savions pas exactement quoi ; que nous attendions toujours d’un autre, même si nous ne cessions de prétendre le contraire, qu’il nous dise ce qu’il fallait désirer ; et que cette comédie du désir du modèle désignant au sujet, qui ne veut rien savoir de cette désignation, l’objet devenu désirable parce qu’il est désiré, constituait la substance même du Rouge et le Noir comme de Don Quichotte, de la Recherche du temps perdu comme des Démons.

Le roman était la levée perpétuelle de ce secret de Polichinelle, et Mensonge romantique, à son tour, devenait un fabuleux « roman » sur le secret de l’imitation généralisée, constamment divulgué par les grands romans, puis aussitôt recouvert, réenterré, recamouflé sous l’éternel besoin d’illusion des hommes.

Un peu plus tard encore, dans ses œuvres ultérieures, Girard allait dévoiler les rapports sacrificiels qui constituent le lien social depuis la nuit des temps ; mais il ne quitterait pas vraiment pour autant la question du roman, c’est-à-dire de la réalité humaine et de la succession infinie de ses masques à arracher : car de même qu’au fondement de toute société il y avait un meurtre, et pas un meurtre imaginaire ou fabuleux mais un meurtre réel, de même dans les rapports entre les êtres il y avait un rival précis, un rival vivant et concret, haï et aimé, un obstacle adoré en même temps que détesté, et c’était d’avoir porté leur éclairage sur son existence obstinément déniée que les plus grandes œuvres romanesques puisaient la lumière qui nous est parvenue.

Contre toutes les pensées dominantes des sciences humaines d’alors, structuralisme, lacanisme, derridisme, etc., qui ne cessaient d’ajourner le réel, de le remettre à plus tard, au lendemain, aux calendes, à la Saint-Glinglin, René Girard seul le plaçait au centre de sa réflexion, au cœur de sa recherche, que ce soit sous la forme de la victime oubliée, mythifiée mais constitutive de toute civilisation, que sous l’apparence du rival abhorré autant qu’adoré qui nous désigne l’objet à désirer, et dont nous mettrons ensuite tout le romantisme, tout le lyrisme, toute l’énergie du monde à nier l’existence ; mais que les romanciers géniaux mettront tout leur génie, en revanche, à dévoiler. Parce qu’un grand romancier, disait encore Girard, ne partage jamais intégralement les illusions de ses personnages.

L’expérience romanesque détruisait sans relâche le mythe de la souveraineté personnelle, lui-même construit sur la base déniée de notre dépendance servile à l’égard d’autrui. Les romanciers avaient toujours travaillé dans la même direction : il s’agissait de traverser une illusion. Et puisque cette illusion, la plupart du temps, se retrouvait divinisée par l’esprit romantique, l’illusion que Girard analysait sans relâche était, pour finir, d’essence religieuse. Entre la croyance et le roman, il ne restait plus rien. Rien que ce champ sans limites des mensonges humains qu’on appelle la vie.

Les thèses girardiennes sont-elles à même de nous faire comprendre ce monde nouveau qui veut passer pour naturel, et donc feint d’ignorer qu’il ne va pas de soi ? Les forces au travail repérées dans des univers aussi hétérogènes que ceux de Proust, Stendhal, Cervantès ou Dostoïevski, sont-elles encore identifiables aujourd’hui ? Par temps posthistorique, les schémas girardiens peuvent-ils être éclairants ? Comment apprécier girardiennement une société telle que la nôtre ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que peut-on en apprendre et en révéler à partir de lui ?

Si notre temps est celui du progressif désinvestissement de la scène du désir, ou de son explosion par saturation ou surexposition, ce qui revient au même, que reste-t-il au juste de ses conclusions ? Et, pour parler franchement, que serait un roman qui se composerait de moments de « lucidité », au sens où Girard ne cesse de les repérer dans les romans d’autrefois, concernant la nouvelle illusion collective de notre temps ? Un roman qui décrirait « à la Girard » la troublante et progressive décomposition de l’humanité en proie à la perte de toutes les différences, et le camouflage délirant de ce désastre par la présentation constamment positive qui en est faite ? Est-il possible, en somme, de partir du Girard de 1961, pour tenter de soumettre à ses concepts le monde dit réel d’aujourd’hui ? Ou encore de retourner son commentaire des romans d’hier en commentaire romanesque de notre époque ?

C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. Si les sentiments que Stendhal appelait « modernes » (l’envie, la jalousie et la haine impuissante) fleurissent plus que jamais, ce n’est pas parce que les natures envieuses ou jalouses, Girard le disait déjà très bien, se sont fâcheusement multipliées ; c’est parce que ce qu’il nomme la médiation interne (il y a médiation interne lorsque les sphères du sujet et du médiateur pénètrent si profondément l’une dans l’autre qu’on peut les dissimuler ou les méconnaître sans risque d’être jamais obligé d’en avouer l’existence) triomphe dans un univers où ne cessent de s’écrouler les dernières démarcations entre les individus.

Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). Girard a consacré des centaines de pages à décrire les effets dévastateurs de la « crise indifférenciatrice » sur les sociétés dites primitives. Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper.

Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec 350 personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche, meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches).

C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néo- fascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé.  Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs.

Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle.

À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines.

À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’autodivinisation communautaire débouchant sur une volonté d’autodestruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée.

Dans tous les cas, quoi qu’il en soit, entre l’hypercollectif et l’infra-individuel, entre l’infiniment petit des sous-unités humaines qui s’éclatent, au sens propre, et l’infiniment grand du festif global devenu civilisation, c’est toute la mimesis désirante que l’on voit s’accomplir, grandir, enfler, se dilater, s’étendre et disparaître dans le même mouvement.

Commence alors sans doute un « mensonge romantique » d’un nouveau type qui ne ressemble plus que de fort loin à celui que Girard avait étudié. Mais sans Girard, qui le saurait ? •

Voir aussi:

Bonne nouvelle : René Girard avait un fils spirituel

Stéphane Ratti

Revue des deux mondes

Le Figaro du vendredi 6 novembre 2015 consacre un beau dossier à René Girard qui vient de disparaître. La présentation de la pensée de l’auteur de Mensonge romantique et vérité romanesque y est délivrée de manière magistrale par les meilleurs auteurs. Trop, sans doute.

Car on oblitère ainsi un certain nombre de problèmes et l’on tait des vérités dérangeantes. Il me paraît, par exemple, un tantinet rapide d’affirmer, comme le fait Jean-Luc Marion, que René Girard, parti en 1947 outre-Atlantique pour intégrer une université américaine, « aurait fait la même carrière dans n’importe quel pays du monde », en France notamment. Certes enseigner aux États-Unis n’est pas en soi une condition suffisante pour produire des chefs-d’œuvre, cela se saurait. Mais, à l’inverse, on doit se demander si l’Université française aurait pu offrir à René Girard, par le biais d’une chaire, les conditions matérielles et intellectuelles propices et nécessaires à l’écriture d’ouvrages iconoclastes. Rappelons que René Girard était chartiste et que les chartistes, chez nous, conservent les archives, mais écrivent rarement de grands livres d’anthropologie religieuse, parce qu’ils ont autre chose à faire. Le dernier chartiste Prix Nobel de littérature fut, si je ne m’abuse, Roger Martin du Gard.

« On n’aime pas en France qu’un philosophe se pique de littérature ou qu’un historien se fonde sur les Évangiles. »

Et puis l’Université française, telle une mappemonde striée de méridiens, est traversée par des lignes (de fracture) : autrement dit elle est subdivisée en sections, celles que, dans sa sagesse, a tracées le Ministère de l’Enseignement Supérieur et que gère le Conseil National des Universités. Des lignes, il y en a plus de soixante-dix (on en crée de temps en temps ou on en supprime au gré des besoins). Dans quelle section aurait donc pu postuler à un poste de professeur des Universités René Girard ? Il n’était pas historien de l’Antiquité (21e section), ni philologue (8e), moins encore philosophe (17e). Aurait-il été le bienvenu en 10e section au titre de la littérature comparée ? Ou encore aurait-il pu postuler en tant que spécialiste de Cervantès dans la maison des romanistes ? On lui aurait bien trouvé quelques poux dans la tête pour éviter le risque de la contamination idéologique. On n’aime pas en France qu’un philosophe se pique de littérature ou qu’un historien se fonde sur les Évangiles. Cela dit afin d’illustrer l’absurdité de ces cases bien françaises où l’administration aime à ranger ses affiliés.

Mais il y a beaucoup plus : René Girard a des ennemis et un fils spirituel, ce dernier sinon inconnu du moins méconnu. Ses ennemis sont notamment au Monde dont la version Diplomatique publie en ligne le 5 novembre 2015 un article méprisant sous le titre : « René Girard, l’homme d’une seule idée ». Ce qui gêne son auteur, comme cela intriguait déjà l’inénarrable René Pommier, un autre contempteur, c’est que l’inventeur de la thèse du désir mimétique ait un beau jour, de lui-même, spontanément, découvert une vérité universelle. Si personne n’y avait jamais songé auparavant, c’est que l’idée était forcément fausse : voyez l’œuf de Colomb qui, à beaucoup, parut frelaté.

Venons-en au fils spirituel méconnu de René Girard : il n’est autre que le défunt Philippe Muray. L’auteur de L’Empire du Bien a fréquenté René Girard et l’a moult fois interrogé au cours de rencontres privées et prolongées. C’est ce que nous apprend le Journal intime de Muray, Ultima necat, dont les deux premiers volumes viennent de paraître (1) aux Belles Lettres. Muray écrit à la date du 2 novembre 1978 : « Déjeuner avec Girard. Ses réponses à mes questions sur les miracles, le massacre des innocents, l’extinction du langage dans l’extinction de la violence ».

« Philippe Muray doit à René Girard cette idée si simple et si difficile à la fois : après l’Incarnation et le grand Pardon, comment une littérature est-elle encore possible ? »

On reproche encore à René Girard de mépriser la chose politique et de ne pas faire de l’invention de la démocratie le B-A-BA de l’histoire de l’Humanité. Au fond, c’est le déni du relativisme historique et de la notion de progrès portée par son œuvre qui gêne profondément les tenants du camp des Lumières. Sébastien Lapaque l’a justement souligné, la grande découverte de René Girard est celle qu’il fit « de l’identité de tous les hommes », frères en désirs, en faiblesses, bref en humanité.

Comment faire dès lors une place au relativisme ou à l’historicisme ? Philippe Muray doit à René Girard cette idée si simple et si difficile à la fois : après l’Incarnation et le grand Pardon, comment une littérature est-elle encore possible ? Après l’illumination du Verbe johannique, comment encore avoir recours à de misérables verba ?

La grande force de Philippe Muray fut dès lors, notamment dans deux articles sur René Girard (« La résurrection Girard », Art Press 1978, dans Ultima necat I ; « René Girard et la nouvelle comédie des méprises », dans Essais, Belles Lettres) d’appliquer à notre temps (quoi donc de plus politique ?) les découvertes de son inspirateur. Notre société, qui a fait du principe de précaution l’alibi de toutes ses lâchetés et le prétexte juridique de toutes ses reculades, illustre à merveille la thèse centrale de l’auteur de La Violence et le Sacré : il faut, pour que tout continue à fonctionner sans heurt, un bouc émissaire. Qu’un avion s’écrase ou qu’un écolier, quelque part, souffre d’une indigestion, il faut identifier celui que l’on sacrifiera, cuisinier, intendant ou chef de bureau.

Il est tout de même curieux d’affirmer, comme le fait Jean-Luc Marion, que René Girard, n’a jamais été persécuté en France. Il n’est guère venu se montrer à l’Académie et il est facile de l’excuser en raison de son âge avançant. Il a été élu à l’âge de quatre-vingts ans. Plus tôt, c’était trop tôt ? Mais surtout René Girard est LE théoricien de la persécution et il n’a jamais abstrait la construction de sa pensée de sa situation personnelle : chrétien, il pensait en chrétien, persécuté il pensait donc en Français… intégré ? « C’est une immense force, pour une pensée, que d’être capable de prendre en compte ses propres conditions de possibilité » écrit lucidement Olivier Rey dans le dossier du Figaro. Se doutait-il qu’il apportait ainsi à notre lecture un argument majeur ?

Dans son essai sur René Girard, en 1998, Muray écrivait : « Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchage, on le sait, que médiatique). » Bonne nouvelle : René Girard avait un fils spirituel. Mauvaise nouvelle : Philippe Muray est décédé.

Philippe Muray nous était connu comme l’atroce et jubilatoire pourfendeur de l’Homofestivus, celui qui ne supporte pas le vide de son existence et, à défaut de le penser, panse son mal en se le dissimulant : aveugle, il s’encombre l’esprit et se divertit. La fête de Muray, c’est le divertissement pascalien. On soupçonnait l’auteur des Exorcismes spirituels d’être la proie de tourments métaphysiques, mais la forme si brillante et donc si lumineuse de ses Essais (réunis en un magnifique recueil de 1800 pages aux Belles Lettres) étourdissait son lecteur et le laissait admiratif, comme ébloui par l’éclat de la pensée et la force de l’expression. On sait désormais de manière sûre, après avoir lu les deux premiers volumes de son Journal intime, titré Ultima necat, que l’obsession centrale de la vie de Muray fut la mort. Et la mort sous toutes ses formes : la médiocrité intellectuelle, le vide littéraire, la vanité des Grands, la vacuité générale, la vanité de tout sauf celle du travail. La sévérité de Muray pour autrui est à la mesure de son immense culture et de sa perspicacité impitoyable (l’acuité visuelle de ses observations : la triste réalité lui sautait aux yeux), la seconde étant servie par la première. Ce Journal est pascalien de bout en bout, mais celui d’un Pascal qui, en tout cas à la date de 1988, clôture du second volume, n’a pas fait d’autre Pari que celui de la littérature.

« L’obsession centrale de la vie de Muray fut la mort. Et la mort sous toutes ses formes. »

Muray débute son Journal le 17 août 1978 et il déclare le quitter définitivement le 31 décembre 2004, deux ans avant sa disparition en 2006. Les Belles Lettres nous annoncent une édition intégrale, ce qui promet une somme magnifique, magistralement servie par la fabrication matérielle de volumes solides et élégants de près de 600 pages chacun, dotés d’index qui donnent le tournis tant y sont variés la qualité, le nombre et le genre des sources invoquées, antiques et contemporaines, philosophiques et cinématographiques, picturales (Muray écrivit un Rubens) et littéraires.

Il semble que Muray ait fini par entrevoir ce que d’autres grands auteurs n’ont jamais compris de leur vivant : la part jugée par eux annexe de leur œuvre comptera pour la suite davantage que la portion publiée de leur vivant. Le Journal de Gide survit aux illisibles Faux Monnayeurs et celui de Roger Martin du Gard a peut-être plus de qualité que celui de son héros le Lieutenant-Colonel de Maumort, qui est aussi le titre de son roman impossible et inachevé. Muray cesse d’écrire le Journal parce qu’il prend une trop grande part : l’œuvre risquerait de dévorer le reste, pensait-il ; il pouvait devenir « véritable ». Il y a de fortes chances pour que ce soit désormais le cas et on peut prendre le pari qu’il y aura plus à dire dans les années à venir sur le Journal que sur les écrits plus circonstanciés.

Mais ce n’est pas que l’actualité ne soit pas présente dans ces pages, l’on y voit même errer les ombres de Bernard Pivot ou de Jack Lang, tous deux voués par Muray, de leur vivant, au Styx des Tartuffe. Mais on se gardera de confondre l’auteur avec un Goncourt misérable : il n’y a pas l’once d’une méchanceté cancanière dans le Journal ni la moindre anecdote piquante. Ni la jalousie ni la vanité n’habitaient l’âme de cet homme qui était libre de tout attachement institutionnel ou universitaire. Il payait chèrement cette liberté, contraint qu’il était, pour vivre, de rédiger, sous pseudonyme, plusieurs volumes par an de polars alimentaires pour la collection « Brigade Mondaine ». Il lui fallait de quinze jours à un mois plein pour venir à bout de ces pensums renouvelés plusieurs fois par an. Il n’en parle jamais sinon pour signaler que la torture avait pris fin.

« Muray se sentait sacrifié par son temps parce que, pour sa part, il n’acceptait pas de lui sacrifier quoi que ce soit. »

On suit au fil des pages le programme intellectuel rigoureux que se fixe Muray : articles de commande, romans inachevés, biographies, essais, conférences. On ne sait laquelle est la plus exigeante, de l’ambition ou de l’ascèse. Impossible de résumer les 1200 pages des deux premiers tomes. Mais s’il y avait un fil directeur à mettre en évidence, je dirais ceci : comment échapper au nihilisme, comment l’écriture est-elle encore possible après l’Incarnation, si « aucune parole n’est impossible à Elohim » (Ultima necat, 29 octobre, 1986) que reste-t-il à l’humain trop humain scriptor ? S’il n’a rien de divin en lui, à peine démiurge, au moins lui reviendrait-il de susciter en son lecteur ce « mouvement d’âme » (27 septembre 1986) propre à confesser le Seigneur comme l’écrivait saint Augustin ? Muray pensait, en effet, qu’il n’y avait littéralement pas de littérature avant le christianisme et que ce dernier l’avait à son tour rendue partiellement improbable. On mesure la difficulté à penser pareille aporie.

Muray savait que l’existence d’autrui était en soi un problème et, averti par Pascal, il se méfiait des « rôles » : « Nous voulons vivre dans l’idée des autres, dans une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons à embellir et à conserver cet être imaginaire et nous négligeons le véritable ».

Muray se sentait sacrifié par son temps parce que, pour sa part, il n’acceptait pas de lui sacrifier quoi que ce soit. Christique, il cherchait dans la littérature une « cicatrisation ». Pascalien, il se consacra à rechercher « le véritable ».

(1) Philippe Muray, Ultima necat I, Journal intime 1978-1985 et Ultima necat II, Journal intime 1986-1988, Les Belles Lettres, Paris, 2015, 621 et 580 pages, 35 € le volume.

 Voir par ailleurs:

Climat: au bout des Lumières, le tunnel?
Gare à qui blasphème la nouvelle foi écologique!
Régis de Castelnau
Causeur
30 novembre 2015

André Malraux, au travers d’une citation si souvent galvaudée, nous avait prévenus que le XXIe siècle « serait religieux ou ne serait pas ». L’espérance communiste, religion de substitution, fut la grande passion du XXe siècle. Se prétendant matérialiste et scientifique, elle se revendiquait de l’héritage des Lumières. L’imposture s’est effondrée. La chute de l’URSS et La fin de l’histoire nous annoncèrent que pour notre Foule sentimentale, l’horizon indépassable était l’extension indéfinie de la sphère marchande. Le problème, comme l’a relevé Alain Souchon, c’est que cette foule « a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Les religions en place y ont vu une opportunité pour essayer de reprendre du poil de la bête. La montée de l’islam politique a été considérée comme le principal symptôme de ce qu’annonçait Malraux. Mais en fait, de nouvelles croyances ont surgi. Et c’est là que « les Lumières » ont commencé à baisser.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses et politiques, les représentants du mouvement des Lumières se voyaient comme une élite avancée, œuvrant pour un progrès du monde. Affrontant à l’aide de la raison l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ils voulaient procéder au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. Ébranlant les certitudes anciennes, ils ont tracé une route empruntée par les deux siècles suivants, qui accouchèrent à partir de cet élan des révolutions industrielle, scientifique et technique, remises en cause désormais par de nouvelles croyances.

La plus intéressante est celle qui prend racine dans la prise de conscience écologique. D’abord, parce que les prémices qui y poussent sont fondés. L’humanité, devenue espèce invasive, pourrait voir son succès reproductif remis en cause par les raisons mêmes qui l’ont produit. En un mot, nous foutons le bordel dans notre maison. Depuis quatre milliards d’années la planète en a vu d’autres, et dans les cinq prochains elle en verra d’autres. Mais là, il s’agit de nous-mêmes et de nos enfants, et ce serait une bonne idée de s’en préoccuper. En tentant de préférence d’échapper aux mauvaises habitudes, comme le retour à la pensée magique, l’effacement de la raison, la peur de la science et de la technique, et la sacralisation de nouveaux totems. Malheureusement, une nouvelle religion s’impose : celle de Gaïa, notre planète, la déesse mère, dont on nous serine absolument tous les jours qu’il faut la respecter et la sauver. Beaucoup y voient une nouvelle idéologie. C’est plus que ça.

Ainsi le nouveau culte de la planète-mère semble bien lié à la mondialisation. Nos identités de rattachement ne sont pas si nombreuses. Depuis une trentaine d’années, aux anciennes de la famille et du territoire national est venue s’ajouter celle de l’appartenance à un monde globalisé. Et cette appartenance a besoin de ciment et de foi. Le culte de la planète mère va-t-il faire l’affaire ? L’utilité politique de croyances communes, pour souder une société politique, est une évidence historique. À Constantinople, l’empereur Théodose, pragmatique, avait fait du christianisme la religion de l’Empire Romain en 380 après J.-C. Recevant une délégation d’évêques venus de Gaza pour se plaindre du manque de piété de leurs ouailles, il avait répondu : « Certes, mais les impôts rentrent bien, c’est le principal. »

La première étape de cette transformation fut de disqualifier la science dont le « culte » nous avait conduits à cette situation angoissante : montée de la pensée magique, succès étonnant de charlatans médiatiques, expression de peurs irrationnelles, auxquelles intellectuels et scientifiques ont tenté de réagir. L’anathème est immédiatement tombé : « scientistes » ! La science – coupable de tous les maux puisqu’à l’origine du développement invasif de l’espèce humaine – s’est retrouvée disqualifiée. Et avec elle la méthode scientifique a été invalidée. Un relativisme ravageur en a fait un récit parmi d’autres.

Les OGM, par exemple, dont le refus relève d’un réflexe de peur de la manipulation du vivant. La démarche des opposants ne reposait pas sur une démarche scientifique. La science a démontré que la nature procède elle-même à la modification génétique, jusqu’à la création d’OGM « naturels ». Et que leur utilisation déjà ancienne n’a jamais eu de conséquences négatives ni sur la santé ni sur l’environnement. Au contraire, si l’on pense à l’affaire du  « riz doré ». Au discours scientifique, furent alors opposés des discours directement politiques ou religieux. Les OGM c’est le capitalisme prédateur pour les uns, la manipulation du vivant donc de l’œuvre de Dieu pour les autres. Ou les deux à la fois. Vade retro Satanas !

La question du « réchauffement climatique » représente une autre étape et le clou suivant enfoncé sur le cercueil de la pensée des Lumières. Nous ne nous prononcerons pas ici sur la réalité de ce réchauffement et sur le caractère anthropique de son origine. De toute façon, le débat raisonné est désormais impossible, il sera bientôt interdit.

Car derrière lui se profilent enjeux économiques, géostratégiques et politiques, au cœur desquels se trouve la contradiction économique entre le Nord et le Sud.

Singulière ruse de l’Histoire, l’Occident a inversé l’équation. La nouvelle religion reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une « vérité scientifique » qui doit s’imposer à tous. La bonne foi des scientifiques du GIEC n’est pas en cause. Simplement, les budgets, les subventions, les carrières sont fonctions du camp choisi. Les sceptiques ou les opposants sont vilipendés, ostracisés, ridiculisés. Et bien sûr systématiquement accusés d’être payés par les lobbies. Le réchauffement climatique est peut-être une réalité, mais il est aujourd’hui interdit ne serait-ce que d’en douter. Et là se loge le renversement. Le nouveau dogme est fondé sur la science, mais au détriment de la méthode scientifique qui impose le doute et la remise en cause. Nous avions eu sous Staline la « science prolétarienne », il faut désormais adhérer à la « science citoyenne », où ce qui compte est moins la compréhension d’une réalité scientifique difficile  que l’adhésion du plus grand nombre. Une équipe de chercheurs s’est penchée sur les rapports du GIEC et leurs synthèses, rédigés à l’attention des gouvernants. Ils en ont conclu que « même des textes d’Albert Einstein » étaient plus faciles d’accès, et « ils sont si difficiles à comprendre qu’il faut un doctorat au minimum pour en saisir les recommandations ». Qu’à cela ne tienne, l’argument d’autorité devrait suffire.

Comme toujours, il faut à la nouvelle religion culpabiliser l’homme, d’où vient tout le mal, et lui indiquer le chemin de la rédemption. Identifier les hérésies, chasser et punir les hérétiques. Les sceptiques, dubitatifs, interrogatifs sont des « connards » nous dira NKM, doivent être fichés affirme Corinne Lepage, virés de leur boulot dit-on à France2, sont des « négationnistes » assènent les ahuris, des criminels méritant la prison salivent les amateurs de punitions. En attendant pire. Il s’agit d’un phénomène classique, dont la religion chrétienne a donné un bon exemple lorsqu’elle est devenue religion de l’empire romain. Il y eut beaucoup plus d’exécutions pour hérésie dans les trois siècles qui suivirent son avènement comme religion d’État que de martyrs chrétiens dans les trois qui l’ont précédé.

Autre exigence, débusquer le Diable. Jacques Ellul, précurseur et gourou post-mortem l’avait vu dans l’avènement de la « technique ». Pour les OGM, ce sera Monsanto qui, pour gagner du temps, aurait dû s’appeler Monsatan. Pour le réchauffement, les anges déchus sont plus nombreux : lobbies pétroliers, scientifiques dévoyés, Chinois avides de consommation, Africains corrompus… Et enfin, il faudra béatifier quelques originaux, adeptes de fausses sciences et de nouvelles ascèses.

Le débat est rendu très difficile, sinon impossible, par l’utilisation massive de l’argument d’autorité. Car cette fois-ci, le dogme est nous dit-on s.c.i.e.n.t.f.i.q.u.e. Situation assez étonnante, on voit dans un phénomène aux connotations religieuses évidentes l’affirmation d’une vérité non plus révélée, mais désormais prouvée. J’avais pourtant retenu de l’enseignement des Lumières qu’il y avait des méthodes, des hypothèses, des découvertes et des théories scientifiques, mais pas de vérité  définitive. Ce retour de la pensée magique veut nous dire le contraire.

Voir enfin:

A Rhetorical Question

Why conciliate Muslims but antagonize pro-lifers?

James Taranto
The Wall Street Journal
Nov. 30, 2015

Well, that was predictable. “Abortion rights advocates say the connection is clear,” reports the Washington Post:

Over the summer, a little-known antiabortion group called the Center for Medical Progress released a series of covertly filmed videos purporting to show that Planned Parenthood illegally sells fetal tissue, or “baby parts,” as abortion foes refer to it, for research. The century-old nonprofit agency has denied wrongdoing, and state and congressional investigations have so far failed to produce proof supporting the allegations.

Nevertheless, the casual and sometimes graphic conversations about abortion procedures captured on the videos have provided fodder for conservatives on Capitol Hill, in governor’s mansions and on the presidential campaign trail to seek to strip the organization of government funding. The efforts have led to sometimes passionate commentary on the part of conservatives and Republicans against abortion and sharply critical of Planned Parenthood, striking a tone that abortion rights advocates say created an atmosphere that put clinic workers and patients at risk.

Post hoc ergo propter hoc: On Friday a man started shooting at a Planned Parenthood clinic in Colorado Springs, Colo. By the time the suspect, Robert Dear, was in custody, he had allegedly killed a policeman and two civilians.

“Why is it the same knee-jerk Republicans freaking out about ISIS are fostering terrorism in the homeland? Recruiting and influencing loonies to do their dirty work to eliminate the evil scourge known as abortion?” rants Bob Lefsetz, “a music industry analyst and critic,” in New York’s Daily News, a tabloid that of late has degenerated into a slightly more high-toned version of Salon.

We’ve heard this before. And at least this time there is evidence, albeit far from conclusive, of a political motive: An anonymous “senior law enforcement official” tells the New York Times “that after Mr. Dear was arrested, he had said ‘no more baby parts’ in a rambling interview with the authorities.” But also: “The official said that Mr. Dear ‘said a lot of things’ during his interview, making it difficult for the authorities to pinpoint a specific motivation.”

President Obama rushed to politicize the crime. But interestingly, not only did he frame it solely as part of his lame-duck effort to combat “gun violence” by restricting the lawful purchase of firearms; he pooh-poohed the suggestion that it was political in nature: “We don’t yet know what this particular gunman’s so-called motive was.”

Colorado’s Gov. John Hickenlooper was a bit less circumspect. He told CNN: “Certainly it’s a form of terrorism, and maybe in some way it’s a function of the inflammatory rhetoric we see on all—so many issues now, there are bloggers and talk shows where they really focus on trying to get people to that point of boiling over. Just intense anger. Maybe it’s time to look at how do we tone down that rhetoric.”

While disavowing any effort to “limit free speech,” the governor said “the United States of America ought to begin a discussion” on how to “begin to tone back the inflammatory rhetoric.”

Such a conversation, it seems safe to surmise, would quickly degenerate into a shouting match. Planned Parenthood itself responded to the shooting with harsh denunciations of its critics, as the Washington Times reports:

“We’ve experienced so much hateful language, hateful speech,” Vicki Cowart, president and CEO of Planned Parenthood Rocky Mountains, said on ABC’s “This Week” program on Sunday. “I think politicians have been in that conversation, and I mean, you know that the airwaves are full of anti-abortion language, of anti-Planned Parenthood accusations, much of which is false in nature . . . the tirades against Planned Parenthood in the last few months have really been over the top.”

National Review’s Jim Geraghty notes that the left is rather selective in blaming political rhetoric for acts of violence—for example, insisting there is no connection between Black Lives Matter protesters’ foul antipolice rhetoric and actual attacks on cops. On the other hand, Colorado Springs isn’t the first time the left has blamed a terroristic act on a video.

But there’s an additional problem with the video-made-him-do-it theory of the case. The CMP videos, at least the parts of them we’ve seen, can’t be called “hate speech” by any stretch. They are not harsh denunciations of Planned Parenthood; they are exposés. The words and actions that horrify abortion foes—as well as decent people with more permissive views on abortion—are uttered and described by current and former Planned Parenthood employees and business associates.

We were struck by the contrast between the left’s responses to the Paris and Colorado Springs attacks. The former brought out a display of empathy toward Muslims; the latter, of antipathy toward pro-life Americans.

Hillary Clinton: “Muslims are peaceful and tolerant people and have nothing whatsoever to do with terrorism.” It would be at least as true to say that pro-life Americans are peaceful and tolerant people and have nothing whatsoever to do with terrorism—but instead Mrs. Clinton responded to Colorado Springs with this false choice: “We should be supporting Planned Parenthood—not attacking it.”

“I cannot think of a more potent recruitment tool for ISIL than some of the rhetoric that’s been coming out of here during the course of this debate [over accepting Syrian refugees],” President Obama said Nov. 17. “ISIL seeks to exploit the idea that there is a war between Islam and the West.”

Why wouldn’t a similar logic apply to the demonization of pro-life Americans in the aftermath of Colorado Springs? That’s not a rhetorical question: The logic doesn’t apply because the attacks were very different. The ones in Paris were carried out by an organization that unmistakably has religious motives and political goals. By all accounts the Colorado Springs killer was a lone nut. There is no antiabortion terrorist organization to which to recruit anyone.

Whatever the merits of his refugee policy, the president is right to reject “the idea that there is a war between Islam and the West,” although it would be fatuous to deny that that is how Islamic supremacists see the matter. To judge by the reactions to Colorado Springs, though, many on the left really do regard Americans who oppose abortion—almost all of whom do so peaceably—as their enemy.


Expo Lascaux 3: Le cinéma serait-il notre Lascaux à nous ? (Cinema as a sacred surface: Do films fulfill the same sacred function as the ritual engravings of temple walls or prehistoric caves?)

9 juillet, 2015
 https://i1.wp.com/culturebox.francetvinfo.fr/sites/default/files/assets/images/2014/02/024_114501_1.jpg He, oh, les enfants ! Vous n’a rien de mieux à faire que de regarder la fresque ? On éteint. Rrrr
Ces associations sont une écriture. Une sorte de message, de mythes sur lesquels la société reposait. Lascaux est un sanctuaire : ses peintres y œuvraient comme on peint une cathédrale, un lieu sacré. Quand je suis dans cette grotte, je suis aspiré vers les « dieux », les cieux de ces hommes préhistoriques, leur panthéon, plus qu’à la rencontre de ces hommes eux-mêmes. Yves Coppens (Conseil scientifique international de la grotte de Lascaux)
Il s’agit de faire sortir la plus célèbre grotte ornée du monde de son écrin périgourdin pour la présenter à un public international, et faire découvrir une reproduction fidèle au millimètre près d’une partie de la grotte qui n’a jamais été montrée. Germinal Peiro (Conseil départemental)
8 septembre 1940. L’armistice à été signé il y a peu par le maréchal Pétain. Dans le petit village de Montignac, la vie s’écoule doucement, peu inquiété par les Allemands. Ils sont encore loin. Ce jour là, Marcel Ravidat et trois autres personnes font une étrange découverte. À la faveur d’un arbre déraciné depuis des années, une excavation effleure le sol, recouverte de ronces. À l’aide de pierres jetées dans le trou, Marcel comprend qu’un boyau descend profondément sous la terre. Il a déjà 18 ans et il est apprenti à l’usine Citroën. Cette journée primordiale est un dimanche, et le travail doit reprendre dès le lendemain. Il faudra attendre le jeudi 12 septembre, début de la semaine de repos, avant que Marcel Ravidat ne revienne sur les lieus. En chemin il croise trois amis, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas, âgés de 13 à 15 ans. Le quatuor des Inventeurs est formé. Marcel a prévu son expédition cette fois. Armé d’un coutelas, deux lampes et d’une corde, il entreprend d’agrandir l’excavation. Le travail n’est pas de tout repos. Il faut gratter, petit à petit. Finalement le trou s’agrandit et il peut passer. La descente se fait par étape. Après une pente de trois mètres, il atterrit sur un tas d’éboulis, suivis par une autre paroi inclinée. Ses compagnons le rejoignent et, un peu plus loin, les premiers dessins apparaissent sous la flamme vacillante de leur lampe à pétrole. L’endroit paraît large, mais peu pratique. Le lendemain, à coup de pioche, il continue d’explorer la grotte, qui commence à peine à leurs livrer ses secrets. C’en est d’ailleurs trop pour les frêles épaules de nos quatre jeunes garçons. Le 16 septembre, Jacques Marsal, sur les conseils d’un gendarme, prévient son instituteur Léon Laval de la découverte. La grotte de Lascaux, qui ne porte pas encore ce nom, se prépare à affronter le monde extérieur. Les quatre amis suivront des destins différents. Le jeune Marsal, qui dans un récit s’octroit le meilleur rôle, en l’occurrence celui de Marcel Ravidat, véritable découvreur de la grotte, devient le protecteur de la grotte avec ce dernier, jusqu’en 1942. Cette année là, il se fait arrêter par la gendarmerie nationale. L’influence des Allemands a atteint le petit village. Il est alors envoyé en Allemagne pour suivre le Service du Travail Obligatoire. Il reviendra à Montignac en 1948, après une petite escale à Paris où il se marie. À cette époque, La grotte s’ouvre au public et il en devient le guide avec Marcel pendant quinze ans. Peu à peu, l’action du gaz carbonique et l’afflux d’humidité mettent en danger les dessins. Les premiers champignons verdâtres apparaissent. Lors de la fermeture en 1963, il reste sur place comme agent technique, et participera aux diverses évolutions techniques. Il recevra d’ailleurs la Légion d’Honneur, pour son travail sur la machinerie qui contrôle l’atmosphère de la grotte. Il restera le seul des Inventeurs à recevoir cet honneur. Au fil du temps sa renommée continue de grandir, et il devient le « Monsieur Lascaux 24 » jusqu’en 1989, année de son décès. En 1940, Georges Agniel est le seul à retourner à l’école au début du mois d’octobre, à Paris. Très rapidement, il enverra une « carte interzone » à Marcel Ravidat, pour « sauvegarder [ses] intérêts dans l’exploitation de la grotte ». Malgré son jeune âge, 15 ans, il sait que la grotte a un potentiel extraordinaire. Agent technique chez Citroën puis à l’entreprise Thomson-Houston, il ne reviendra que rarement à Montignac, jusqu’au 11 novembre 1986. Sa vie sera la plus tranquille des quatre. De son côté, Simon Coencas repart très rapidement à Paris avec ses parents et son frère. La collaboration est de mise dans la capitale française. Simon et toute sa famille seront déportés à Drancy. Son jeune âge le sauvera, ainsi que sa sœur. N’ayant pas encore 16 ans, ils échapperont à Auschwitz. Pas ses parents. Enchainant les petits boulots (vendeur à la sauvette, groom), il récupérera plus tard l’entreprise de métaux de son beau-père à Montreuil, qu’il fera fructifier. Tout comme Georges Agniel, il ne reviendra que très peu à Montignac. Il sera néanmoins présent ce fameux jour du 11 septembre. Pour l’Inventeur originel, la vie est aussi difficile. Marcel Ravidat gardera la grotte avec son amis Jacques Marsal jusqu’en 1942. Puis, comme beaucoup de jeunes de son âge, il sera requis aux Chantiers de la Jeunesse dans les Hautes-Pyrénées pendant huit mois. À son retour à Montignac, la gendarmerie envoie tous les jeunes au STO. Il trouvera refuge dans une grotte voisine de celle de Lascaux pour éviter le Service du travail Obligatoire et deviend maquisard. Promu caporal, il combattra dans les Vosges, puis en Allemagne. À la fin de la guerre, en 1945, il reprend le travail au garage du village. Mais l’attraction de sa découverte est trop forte. Rapidement il devient ouvrier pour l’aménagement de la grotte, puis guide avec son ami Jacques en 1948. Il est le premier à remarquer les taches de couleur qui commencent à envahir la grotte, qui conduiront à sa fermeture en 1963. Les choix sont limités à cette époque, et il trouve un travail à l’usine comme mécanicien. À cette époque, Jacques Marsal s’est attribué tout le crédit de la trouvaille. Il faudra attendre la parution des archives de l’instituteur Léon Laval pour que la vérité soit rétablie. Il ne quittera plus le village de Montignac. Le 11 novembre 1986, il est présent pour accueillir ses anciens camarades. À l’occasion de la sortie du livre Lascaux, un autre regard de Mario Ruspoli le 11 novembre 1986, les quatre amis sont enfin regroupés. C’est un première depuis 1942. Quatre ans plus tard, ils ne seront plus que trois à assister au jubilée de 1990, qui fête les 50 ans de la grotte. Pendant la célébration, ils sont présenté à François Mitterrand. En 1991, tous les trois sont nommés Chevalier de l’Ordre du Mérite. Décédé en 1995, Marcel Ravidat venait, comme ses amis, tout les ans pour fêter l’anniversaire de leur Invention. Seuls survivants du quatuor, Simon Coencas et Georges Agniel perpétuent la tradition encore aujourd’hui. L’Humanité
Les reflets de la peinture, ses mouvements sur la roche, c’était extraordinaire! Simon Coencas
Il a affronté la guerre, deux pontages et un cancer. À 87 ans, Simon Coencas, dernier des quatre « inventeurs » (découvreurs) de Lascaux, est un survivant. (…) 12 septembre 1940. Simon, ado juif parisien de 13 ans, part en balade dans les bois dominant le village de Montignac avec deux copains un peu plus âgés, Georges et Jacques. Fils d’un marchand de prêt-à-porter, il a trouvé refuge en Dordogne avec ses quatre frères et sœurs : « Après la déclaration de guerre, on s’est installés à Montignac avec ma mère et ma grand-mère en 1940 », dit-il de sa voix rocailleuse. « J’y ai connu Jacques Marsal, dont la mère tenait le restaurant en face de chez nous, et Georges Agniel. On faisait les 400 coups, toujours fourrés dans les bois. Mais pas au hasard : on cherchait le souterrain censé relier la colline au château. » Ce jour-là, en route vers la colline, ils croisent Marcel Ravidat, « un gaillard de 18 ans qui travaillait déjà ». Quatre jours plus tôt, accompagné de Robot, son chien, il a repéré quelque chose. Le souterrain? « Certains racontent que ce chien a trouvé le trou, mais c’est faux. C’est nous. À peine un terrier de lapin, mais ça sonnait creux. » Le quatuor dégage l’entrée de la cavité. « Marcel est passé en premier, on rampait dans ce couloir étroit plein de stalactites et de stalagmites. En descendant, on a été éblouis. C’était la salle des Taureaux! » Face à ces couleurs éclatantes vieilles de 17.000 ans, l’émotion est « indescriptible ». Le lendemain, munis de cordes et d’une lampe Pigeon, la bande des quatre poursuit l’exploration. « Les reflets de la peinture, ses mouvements sur la roche, c’était extraordinaire! » La suite est connue : ils alertent leur instituteur, Léon Laval, et gardent l’entrée. Les visiteurs affluent, dont l’abbé Breuil qui saisit l’importance de cette « chapelle Sixtine de la préhistoire », comme il la baptise. Fin 1940, Lascaux est classée monument historique. Simon n’est plus là. Huit jours après la découverte, les Coencas ont dû regagner Paris : « C’était la guerre. Puis il y a eu les lois raciales, l’étoile… » Le vieil homme raconte l’arrestation de son père : Fresnes, Drancy, Auschwitz. La sienne en octobre 1942, son entrée au camp de Drancy où il retrouve sa mère déportée. Lui en ressort au bout d’un mois grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. Il se cache, survit. Après-guerre? Simon épouse Gisèle, toujours à ses côtés. Il fait « trente-six métiers » puis s’installe comme ferrailleur. Rude au labeur, doué en affaires, le couple fait prospérer l’entreprise. Lascaux attire les foules, pour Simon la grotte passe au second plan, mais les amis de Montignac, eux, ne sont jamais loin. Il déjeune souvent avec Georges, qui vit à Nogent-sur-Marne. Quand des inondations frappent Montignac en 1960, il accueille chez lui la famille de Jacques, guide de la grotte jusqu’à sa fermeture en 1963. Réunis à Lascaux en 1986, les inventeurs s’y retrouveront ensuite chaque année, en septembre. Jacques décède en 1989, Marcel en 1995, Georges en 2012. Ne restent que deux veuves – Marinette Ravidat veille sur la colline depuis son salon – et Simon. « Au début, les inventeurs avaient un traitement spécial. Et puis tout le monde s’est emparé de l’histoire », lance le vieil homme, mi-amusé, mi-désabusé. « Ils pourraient quand même nous envoyer un petit chèque! Je le donnerais à la recherche sur le cancer. Je bombe le torse car sans nous la grotte serait peut-être restée inconnue. » De Lascaux, Simon n’a rien emporté. Les stalactites? Égarées. Il en a tiré quelques honneurs : François Mitterrand l’a fait chevalier dans l’ordre du Mérite, Frédéric Mitterrand officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. Il a emmené ses enfants voir Lascaux II, le fac-similé ouvert au public depuis 1983, « très bien fait même s’il manque l’odeur de la terre, l’humidité ». À présent, des reproductions des fresques voyagent dans le monde avec l’exposition Lascaux III. Bientôt Lascaux IV… Tout cela, c’est un peu grâce à lui. Ses sept petits-enfants et onze arrière-petits-enfants le savent-ils? Sans doute pas, eux qui ont récemment découvert que leur aïeul est juif. JDD
Il y a 75 ans, le 8 septembre 1940 précisément, en pleine Seconde Guerre mondiale, Marcel Ravidat, 18 ans, court après son chien Robot. Ce dernier s’est engouffré dans un trou de la colline qui surplombe la Vézère au sud de Montignac, en Dordogne. Le jeune apprenti garagiste récupère le coquin sur un amas de cailloux qui roulent, roulent… Et sous ses pieds, un écho résonne ! Intrigué, le jeune homme imagine avoir découvert un souterrain secret menant au manoir de Lascaux. Quatre jours plus tard, il revient avec trois amis Jacques Marsal, 15 ans, du même petit village de Montignac que lui, Georges Agniel 16 ans, en vacances et Simon Coencas, 15 ans, qui a fui Montreuil près de Paris pour se réfugier avec sa famille en zone libre. Les quatre téméraires se sont équipés d’outils de fortune et de lampes à pétrole. Objectif : élargir le trou et pénétrer les entrailles rocheuses à la recherche d’un éventuel trésor. Les jeunes explorateurs ignorent encore qu’ils s’apprêtent à entrer dans la légende, en tirant de son sommeil l’un des plus précieux joyaux de l’Humanité ! Le passage ouvert, Marcel, le plus âgé, descend en premier, en rampant. Après quelques mètres, la galerie s’ouvre sur une grotte et il atteint un vaste espace circulaire, que les préhistoriens baptiseront plus tard « Salle des Taureaux »… mais aveuglé par l’obscurité, ni lui ni ses acolytes, qui l’ont rejoint, ne devinent les aurochs peints au-dessus de leurs têtes ! Ce n’est qu’en arrivant dans un couloir étroit, le « Diverticule axial » que les adolescents pressentent l’ampleur de leur découverte : à la lueur de leur lampe artisanale des dizaines de vaches, de cerfs et de chevaux semblent se mouvoir au-dessus d’eux sur le plafond et les parois. Le lendemain, ils descendent avec une corde au fond d’un puits caché dans un recoin de la grotte… et y découvrent la « scène du Puits » : un homme à tête d’oiseau fait face à un bison qui perd ses entrailles, éventré par une longue sagaie et perdant ses entrailles. La petite bande vient de découvrir une œuvre magistrale de l‘art préhistorique, réalisée il y a 20 000 ans par nos ancêtres Cro-Magnon : la grotte de Lascaux. La cavité n’est pas très grande : 3 000 mètres cube seulement. Mais elle recèle de grandes et nombreuses fresques très élaborées : les artistes ont joué avec les reliefs de la roche pour mieux créer perspectives et mouvements, surprendre le regard du visiteur… Anamorphoses, animaux aux proportions volontairement modifiées, comme les chevaux aux petites têtes sur de gros ventres surplombant des pattes arrondies, typiques de Lascaux. La palette polychrome est riche, du noir, au jaune et au rouge et même, à un endroit, du mauve! L’intensité des couleurs est aussi variée. Et les peintures sont soulignées de traits gravés sur la paroi calcaire. Au total : 1500 gravures, 600 peintures animales, 400 signes se répondant les uns les autres, s’intriquant dans une mise en scène chargée de symboles. Quatre espèces animales reviennent de façon récurrente : les aurochs (ancêtres de nos vaches), les bisons, les chevaux et les cerfs. (…)  Prévenu une dizaine de jours après la découverte, l’abbé Henri Breuil, alors professeur au Collège de France, et réfugié en zone non occupée, se précipite. En ressortant de la grotte, il s’exclame « C’est presque trop beau ! ». Dès décembre 1940, la grotte est classée Monument historique. A partir de 1948, le propriétaire (privé) fait réaliser des aménagements pour accueillir le public. Un million de visiteurs se presseront devant les parois de ce chef d’œuvre jusqu’en 1963, date à laquelle André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles, ordonne la fermeture au public. Les parois se dégradent en effet dangereusement, sous l’effet des variations de température, de l’éclairage et du dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs. Des algues vertes se développent en plusieurs endroits, et un voile de calcite tend à recouvrir certains peintures. Traitements et mesures de confinement font effet, et les années 1970 et 1980 se déroulent sans problèmes, l’accès étant limité à quelques privilégiés. Mais de nouveau, au début des années 2000, champignons et bactéries menacent de recouvrir les peintures. « Aujourd’hui, l’état de santé de Lascaux est excellent. Les conservateurs y veillent en permanence » rassure Yves Coppens. Et personne ou presque, à part eux, n’y pénètre. Mais impossible de ne pas permettre au public d’admirer cet emblème mondial de l’art pariétal, site inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1979. Dès 1983, une réplique partielle de la grotte « Lascaux 2 », présentant à l’identique la Salle des Taureaux et le Diverticule Axial, est inaugurée à 300 mètres de l’original. C’est un succès : les visiteurs affluent, et nombre d’entre eux repartent persuadés d’avoir visité la « vraie » grotte. Mais, pour le Conseil général de la Dordogne, il faut faire plus. Il fait d’abord réaliser des répliques de plusieurs panneaux de « la Nef », ainsi que de la « scène du Puits » pour les exposer au Thot, à quelques kilomètres de Montignac. Puis, il imagine de déplacer ces fac-similés, en une exposition itinérante. C’est le défi relevé par “Lascaux, l’Exposition Internationale“, dit Lascaux 3 qui après sa création à Bordeaux en 2012, un passage à Chicago, à Houston, à Montréal et à Bruxelles, vient à Paris Expo Porte de Versailles (…) Avec cet événement, c’est en effet Lascaux qui vient à nous. Le visiteur, équipé d’un audioguide, parcourt l’histoire de la grotte. Des dispositifs interactifs lui permettent de voir et de saisir la composition des œuvres ainsi que les diverses interprétations proposées, scientifiques, esthétiques et philosophiques. Un film en 3D, une maquette réduite des galeries, des photographies, des vidéos d’archives l’immergent progressivement dans la grotte… Au cœur de l’événement, un fac-similé d’une partie de la grotte « qui n’a pas été reproduite dans Lascaux 2 : la « Nef » et la « scène du Puits » que le grand public peut voir pour la première fois ! » souligne Olivier Retout, directeur du projet Lascaux Exposition Internationale. Ainsi, le visiteur plongé dans l’obscurité et la fraîcheur, accompagné d’une ambiance sonore, découvre cinq scènes majeures de la grotte exposées sous forme de panneaux grandeur nature, réalisés par l’Atelier des Facs-Similés du Périgord. « Le panneau de l’empreinte » orné d’un troupeau gravé et peint d’une demi-douzaine de chevaux et un bovin encadrés de deux signes quadrangulaires ; « La Vache Noire », située sur la paroi de la Nef à plus de 3 mètres du sol ; « Les Bisons adossés » ; « La frise des Cerfs » ; enfin, la surprenante « Scène du Puits ». Un éclairage variable fait surgir à intervalles réguliers les gravures, qui ne sont pas toutes visibles à l’œil nu. A la sortie, des bornes interactives finissent de permettre aux visiteurs de décomposer chaque détail des œuvres pour mieux les appréhender. Un avant-goût prometteur pour patienter jusqu’à l’ouverture, prévu à l’été 2016, d’une réplique intégrale de la grotte au pied de la colline de Lascaux (budget total de 57 millions d’euros). L’Humanité
En 2003, le conseil général de la Dordogne commande au plasticien Renaud Sanson et à son atelier la réalisation de fac-similés de scènes figurant dans la nef de Lascaux, galerie non représentée dans Lascaux II. De juillet à décembre 2008, dans les ateliers de Montignac qui ont vu leur création, l’exposition Lascaux révélé a présenté ces nouveaux fac-similés au public de la Dordogne. L’exposition a ensuite été transférée vers le parc animalier du Thot, situé sur la commune voisine de Thonac, et présentée au public en juillet 2009. Lors de cette mise en place, les fac-similés créés en 1984 et 1991, précédemment exposés au parc du Thot (les bisons, la vache noire et la scène du Puits), ont été déplacés sans ménagement, endommagés, exposés aux intempéries pendant l’été 2009 puis finalement, empilés dans un hangar. L’exposition Lascaux révélé, également appelée Lascaux 3, est ensuite destinée à voyager à travers le monde entier pendant plusieurs années en tant qu’ambassadeur de la Dordogne et de sa Vallée de l’Homme. En effet, les coques des fac-similés, de faible poids (moins de 10 kg/m2), sont constituées de panneaux démontables dont les jointures sont invisibles et qui ont été conçus pour être aisément transportés. La totalité ou une partie des panneaux doivent faire l’objet d’une exposition itinérante sous le nom de Lascaux, l’exposition internationale58. L’agence de scénographie Du&Ma est choisie en mars 2011 pour assurer la maîtrise d’œuvre de ce projet. Après une première étape en France qui a rassemblé 100 000 visiteurs à Bordeaux, à Cap Sciences, du 13 octobre 2012 au 6 janvier 201359, l’exposition traverse l’Atlantique et fait escale au Field Museum de Chicago de mars à septembre 2013 (325 000 visiteurs), avant de rejoindre Houston (200 000 visiteurs d’octobre 2013 à mars 201460), puis Montréal d’avril à septembre 2014. L’exposition revient en Europe et s’installe à Bruxelles en novembre 2014. Elle s’implante ensuite à Paris, à la porte de Versailles du 20 mai au 30 août 201564, puis à Genève d’octobre 2015 à janvier 2016. Wikipedia
Cinema is nothing but a hypothetical, impossible, infinite sequence shot. Pasolini
Cette “fabrique des faits” proclame l’identité du film avec le monde et l’identité du monde avec ce qui est; l’identité du film avec la vie, avec ce qui est montré, projeté sur l’écran. Youssef Ishaghpour
C’est la condition des nouvelles extases dont la mort de tous les dieux avait paru interdire jusqu’à l’espérance. Le Cinéma, si nous voulons le comprendre, doit ranimer et porter à son comble un sentiment religieux dont la flamme mourante réclame son aliment. L’infinie diversité du monde offre pour la première fois à l’homme le moyen matériel de démontrer son unité. Elie Faure
 Since our field of vision is full of solid objects, but our eye (like the camera) sees this filed from only one station point at any given moment, and since the eye can perceive the rays of light that are reflected from the object only by projecting them onto a plane surface—the retina—the reproduction of even a perfectly simple object is not a mechanical process but can be set about well or badly. Arnheim
Avatar’ is Cameron’s long apologia for pantheism—a faith that equates God with Nature, and calls humanity into religious communion with the natural world. Douthat
Films such as Star Wars and The Matrix have performed the function of reintroducing the power of myth for our contemporary lives, and they succeeded precisely because they have borrowed from the powerful themes, ideas, symbols and narratives of myths through the ages. (…) In sensual confrontation with the filmic image of the dead body, I suggest that a religious cinematics has a powerful potential to escape its mediated confines and bring a viewing body face to face with death. As such, images and bodies merge in an experience not unlike that of the mystical experience, when borders, divisions and media all break down. Plate
Les théoriciens du rapport entre cinéma et sacré, comme H. Agel, tendent à étudier la représentation du sacré dans le film. Mais certains  – comme S. Brent Plate – estiment que le cinéma est sacré par essence, car il recrée le monde, par l’intermédiaire de la narration et du montage, comme un dieu démiurge. En revanche, cet article propose que le cinéma porte la trace du sacré simplement parce que le film physique – notamment pendant l’ère du celluloïd – et l’aplatissement de l’image projetée sur l’écran agissement comme des équivalents sympathiques du monde. Le film remplit ainsi la même fonction sacrée que les dessins rituels sur les murs des temples, ou dans les cavernes préhistoriques, tels que Lascaux. Au cinéma, comme dans Lascaux, l’Humain tend à fusionner avec le Monde conçu comme expression du Divin, métonymisé par la murale dans la caverne ou l’écran dans la salle de cinéma. Aller au cinéma est ainsi similaire à ce que Lacan appelle « remémoration »: l’Humain s’y souvient d’un état archaïque, à une époque où l’expérience du sacré passait par un rituel plaçant le corps dans un espace sombre, face à une surface représentant le monde. Walid El Khachab (York University)
It is not uncommon in film theory to use Plato’s parable of the cave as an archetype of pre-cinematic experiences (Jarvie, 1987). The common wisdom tells the story of people in chains in a cave, exposed to a shadow play, cut from the “real world” outside of the cave, as an allegory of film viewing. Based on Morin’s claim that cinema reactivates the old anthropological archetype of the Double, associated with the shadow—because the cinematic body is a shadow that bears the characteristics of the double—I suggest that Plato’s myth of the cave is reminiscent of an older practice: a sacred ritual by virtue of which “archaic” humans gathered in particular caves to gaze at murals or to watch shadow plays. Cinema is the modern avatar of shadow theatre where the “effectuation” of this epistemologically democratic concomitance of immanence and transcendence occur, as I have argued elsewhere (El Khachab, 2003, 5). Shadow theatre materializes the unity of Being, and the unification of immanence and transcendence, since all beings are equally flattened on the screen’s surface and are equally submitted to the oppositional intensity of light and darkness. In this respect, cinema acts as a modern shadow theatre, where the act of filming renders the multiplicity of beings in a unified flattened form, and where both immanence and transcendence are unequivocally the simultaneous result of that act, since both come to being when projected on the screen (El Khachab, 2003, 6). The paradox inherent to cinema consumption is as old as pre-cinematic archaic practices. Cinema is fundamentally a practice that reminds us of pantheistic worldviews about the blurring of boundaries between the Human and the World as an epiphany of the divine. Nevertheless, cinema requires that the contemplation of this old “memory” be practiced in a space whose boundaries are quite well set: there is a clear demarcation between the inside and the outside of the theatre similar, I suppose, to the clear boundaries between Plato’s—or Lascaux cave—and the world. This ritual has always been associated with the symbolic (magic?) production of transcendence on the immanence of a flat surface. The archetype thesis may offer an explanation of the unwritten rule regarding the role played by the sacred flat surface: the archetype of cinema can be found in the Lascaux cave mural paintings or in the practice of shadow plays: both are about surfaces contemplated in the dark. Incidentally, the Lascaux one—among other Palaeolithic caves—is deemed a sacred space by archaeologists, who often refer to these as sanctuaries (Leroi-Gourhan, 1958). I assume, following Edgar Morin and Youssef Ishagpour, that the Lascaux cave murals were the archetype of film and that they were painted so that people could contemplate them in the dark, in order to connect with nature, through the act of gazing to painted natural elements (e.g. the bison scenes). However, there might be a phenomenological explanation to the connection between the pantheistic essence of cinema and the projection of images on a flat surface, which comes from film theory. Arnheim[‘s] seemingly factual account underscores that the process of flattening the image of the world, or of projecting it on a plane surface works both for the body’s visual perception, where the retina plays the role of the screen, and for the “externalization” of projection onto the cinematic screen. One can now less surprisingly embrace Deleuze’s statement about the screen acting as an eye (Deleuze, p.62). Following Arnheim’s logic, one might say that the cinema screen acts like an external, oversized retina that “retains” images. This almost biological account is strikingly similar to pantheistic models that place the world in the human and the human in the world, in the sense of the human being part and parcel of the world, which itself is the expression of the Divine. Other pantheistic models are more dynamic: they place the world within the human and vice versa. I would argue that this account parallels the phenomenon of the human capturing the world inside his/her own body—on the retina—and the world accepting the human as part of itself, on the grounds that this human partakes in the projection of shadows—or of films—on the screens of the world or at least of movie theatres. Cinema consumption thus understood is a modern way of performing what Lacan calls “rememoration”. It is not a technique to remember desire in its primal mode within the unconscious. Rather, cinema is a reminiscence of archaic practices by virtue of which Humans connected with the sacred through the ritual exposure to surfaces representing the world. Consumption of film—or rather, exposure to film—is the residue of an ancient sacred practice based on the agency of the gaze. Even though Alain Chabat’s RRRrrr (1999, France) is a comedy, his film seems to take seriously the kinship between cinema—or TV—and the prehistoric fresco. In the film, before they go to sleep at night, the kids in a family sit on a pseudo-sofa and stare as if hypnotised at a mural which strongly resembles the Lascaux cave frescoes that covers an entire wall. The father controls the time when they have to go to bed, so he puts out the flame that illuminates the screen/fresco. The scene seems to be a barely disguised reference to the pre-cinematic role played by murals in prehistoric caves. Chabat seems therefore to rememorate heroic times, when the murals in caves used to act as mediating interfaces between the human and nature, in an effort to reactivate the idea of a blend between the Human and Nature, in relation to a recent avatar of mural paintings: film. Both practices: gazing at murals and watching a film share the archaic function of reiterating the fusion between the body and the world as a metaphor, or as a materialisation of the (re-) uniting of the human with the divine. (…) Cinema therefore appears to be, not so much a ritual aiming at retrieving an actual memory of times past in the cave, but rather, a ritual that repeats the homage to cinema in an attempt to articulate desires that were suppressed; chief among which is the desire for the divine through means that are not those of organized religion. The importance of repetition in rememoration may explain the fact that an average urban film viewer may watch at least a film per week. The repetition of this practice many times a month seems to be structured as part of an unconscious effort to transcend the major signifier, cinema, and articulate the reason why we are still addicted to exposure to screens. Walid El Khachab

Le cinéma serait-il notre Lascaux à nous ?

Ressortant, en plein été parisien, de l’obscurité de la réplique d’une grotte vieille de quelque 17 000 ans

Après la chance d’avoir pu voir, miraculeusement échappé à Auschwitz, le dernier survivant de ses inventeurs

Comment ne pas repenser …

A l’émerveillement, il y a 75 ans,  de ses quatre jeunes découvreurs …

Comme bien sûr à la véritable vénération mêlée de crainte et d’effroi que pouvaient susciter, chez nos lointains ancêtres, ces cathédrales naturelles ?

Mais comment ne pas s’émerveiller à notre tour …

Devant l’étrange banalité qu’est devenue pour nous modernes filmivores …

Une pratique qui pourrait pourtant bien remplir comme le rappelle Walid El Khachab …

Outre, à l’image de la tragédie grecque, sa dimension souvent sacrificielle et donc cathartique …

Et à l’instar d’une « époque où l’expérience du sacré passait par un rituel plaçant le corps dans un espace sombre face à une surface représentant le monde » …

« La même fonction sacrée que les dessins rituels sur les murs des temples ou dans les cavernes préhistoriques » ?

Cinema as a Sacred Surface: Ritual Rememoration of Transcendence
Walid El Khachab
York University

At the intersection of Film and Religious Studies a tradition can be traced from Henri Agel’s concepts of Sacré and Métaphysique to Eric Christianson’s Cinéma Divinité, whose premise is that cinema materializes the sacred, and makes visible the invisible Godly essences. Another tradition starts with Jean Epstein’s writings on the mystique or mysticism of cinema and Edgar Morin’s Imaginary Man, which tradition is currently represented in France by Yann Calvet’s work on the sacred. It is concerned with cinema as the locus of the performance of and the connection with the sacred in our modern world.

The sacred is understood here in its broader sense, encompassing forces of nature that seem overwhelming to the human, as well as the realm of supernatural entities that transcend the world of the human, such as God, or “pagan” deities. The first end of the definition is best formulated by René Girard: “The sacred consists of all those forces whose dominance over man increases or seems to increase in proportion to man’s effort to master them. Tempests, forest fires, and plagues, among other phenomena, may be classified as sacred.” (Girard, 2005, p.32). The other end can be summarized by Lévy-Bruhl’s notion of the mystical experience which is connected to a space set apart in connection to a complexus of actors including plants and animals, but also heroes—and one might add—gods (Lévy-Bruhl, 1938, p.183).

When it comes to the study of the connections between cinema and the sacred, it is probably S. Brent Plate’s work that best synthesizes the two trends above mentioned: the one that considers cinema as the materialization of the sacred, and the one that sees cinema as the realm where the sacred is performed. Plate’s Religion and Film. Cinema and the Re-Creation of the World combines a thematic approach and a reflection on the materiality of film, focused on the visual emblems of religious/ritual practices and concerns, such as death and the hereafter. Thematic inquiry is dear to scholars who pursue the uncovering of continuities in anthropological structures of narratives, rituals and other practices, and symbols, between the age of mythology—Greek or Biblical—and the age of technology. This is the Agel trend. Reflections on the materiality—or immateriality—of the filmic image and the cinematic medium from the perspective of the study of the sacred are usually preoccupied by motifs and issues such as the agency of light and shadow, the correspondence between the cinematic image and the Double, both being immaterial in a certain sense. This is the Morin trend.

Both trends inform Plate’s inquiry into cinema which is even the more refreshing because he does not shy from analyzing the representation of ritual and the sacred in such blockbusters as The Matrix (dir. Andy & Larry Wachowski, USA, 1999) and Star Wars (dir. George Lucas, USA, 1977), side by side with The Passion of the Christ (dir. Mel Gibson, USA, 2004) and Baraka (dir. Ron Fricke). One of his book’s major preoccupations is to highlight the narrative and symbolic connections between Biblical mythology and these blockbusters. “Films such as Star Wars and The Matrix have performed the function of reintroducing the power of myth for our contemporary lives, and they succeeded precisely because they have borrowed from the powerful themes, ideas, symbols and narratives of myths through the ages.” (Plate, 2008, p.31). Plate analyzes, for instance, such tropes as the symbolism of Zion, it being a biblical reference to Jerusalem as well as the name of the locus of salvation, and the object of the Resistants’ quest in The Matrix. He also studies the agency of the colours black and white in Star Wars, the former being associated with Evil (Vader) and the latter with Good (Skywalker); the binary structure of Good vs. Evil being a fundamental organization of many mythological and religious worldviews.

However, what makes Plate’s book most original are his reflections on the paradoxical position of the body and on the mediation process in the film viewing experience—in short, his reflections on the connections between the sacred as an anthropological category and film as media. Following Merleau-Ponty’s phenomenological considerations about the body’s perception of/in the world, he argues that film experience puts the viewer’s body in the world, of which the screen is part, yet the body keeps watching the screen in return. This paradox blurs the frontiers between what one sees and what is seen, which blurring is replicated in another dimension of the viewing experience: “[…] In sensual confrontation with the filmic image of the dead body, I suggest that a religious cinematics has a powerful potential to escape its mediated confines and bring a viewing body face to face with death. As such, images and bodies merge in an experience not unlike that of the mystical experience, when borders, divisions and media all break down.” (Plate, 2008, p.61).

These remarks are confined to the specific case of viewing a film displaying images of dead bodies (Stan Brakhage’s The Act of Seeing with One’s Own Eyes). I argue that Plate’s metaphor of the mystical experience is actually valid in principle for the viewing experience of any film. This model that understands the dynamics of viewer/film interaction in terms of perception, identification, blurring of subjectivity and / or of materiality falls under the category of “cinematic pantheism”—as I have argued elsewhere (El Khachab, 2006). Plate suggests that both religion and film re-create the world and that in some intense experiences the body can merge with the world of film. I prefer to base this phenomenological inquiry on the paradigm of the sacred which exceeds that of religion.

My contention here is not that cinema as an institutional cultural practice recreates the world on the levels of narrative and of editing. Rather, it is that the material film—particularly in the celluloid era—and the flattened image projected on a screen are “sympathetic” equivalents of the world. Therefore, the assumed archaic attitude of the Human facing a representation of the world, such as prehistoric cave murals, residually informs the attitude of the modern viewer in the movie theatre/modern cavern facing a film projected on screen/modern mural. In both situations, the Human tends to merge with the World as an expression of the Divine or the Sacred, as metonymized by the cave mural in one case or the film on screen in the other.

The act of viewing a film is therefore a ritual that is based on “recollection” not just in the sense of piecing together images and fragments of past experience into the stream we usually call memory, but also in the sense of “rememorating” a time when one can argue that the decisive distinctions between the Human and Nature, or between the Human and the Animal were not yet accepted wisdoms. Many theoreticians, particularly within the French tradition, consider cinema as an art or as an institution, or film as a product, to be the equivalent of the world. After a brief analysis of Vertov’s The Man With the Movie Camera, Youssef Ishaghpour concludes: « Cette “fabrique des faits” proclame l’identité du film avec le monde et l’identité du monde avec ce qui est; l’identité du film avec la vie, avec ce qui est montré, projeté sur l’écran. » (Ishaghpour, 1982, p.35).

This identity between Film, the World, and Being is not inferred from a film whose locus is natural landscapes or breathtaking images of the sky which images may seem more effective in making the point that Human and Nature are (or used to be in a remote historical stage) one. The French theorist is insisting on the technical dimension of film and on its agency being a “manufacturing of facts” as well as an instance of restating the unity between the Human and the World. On the one hand, this understanding of film opens the door to the exploration of film as a pantheistic media, and on the other, it is a reminder so to speak that cinema is the place where the viewer’s body is to experience a “return” to a past when the separation of nature and culture, or of the human and the world were not unquestionably enforced. Ishaghpour’s comment is also valuable because it does not displace this debate into the paradigm of a (nostalgic?) representation of particular spaces or narrative themes that express the “Unity of Being”. It rather situates this pantheistic nature of film within the very nature of the media and its mechanical workings.

Film, Hierophany and Pantheism
This article acknowledges the two approaches to cinema and the sacred that were briefly mentioned in the first paragraphs: the thematic-centered one that sees film as a space of reference to motifs, practices and structures related to the sacred and the other—centered on the media’s materiality—that believes film in itself is part of an understanding of the sacred, that may have been forgotten or overlooked in many accounts of film anthropology or film theory at large, except in the works of a few scholars referred to here as the Epstein-Morin trend. However, this contribution is resolutely grounded in the latter approach.

My hypothesis is based on Pier Paolo Pasolini’s insights into the parallels between the world, the sacred and film. In the following quote, I connect several of these insights and put them in an order that states my case: “Reality in itself is divine. […] Reality (can be considered as) the emanation of God’s language.” Since Reality is “in fact an infinite sequence shot” and that “cinema is nothing but a hypothetical, impossible, infinite sequence shot” (Pasolini, 2005, p.44, 70, 73), one can therefore infer that cinema is the site where Reality—revered or celebrated as an emanation of the Divine—is performed and/or expressed.

Pasolini’s theory is that Reality, in the sense of the World, is coextensive to a hypothetical sequence shot that becomes a film when cut (cut from reality, edited in the editing room). Thus film is a “piece” of a reality that is divine, because this reality expresses God, or because He expresses himself in the form of reality. Hence, the connection between cinema and sacred is an essential one, not just one related to a particular cinematic genre such as, say, Biblical drama.

Pasolini calls the world hierophantic. One of the best in-depth explorations of this concept applied to film theory can be found in Michael Bird’s “Film as Hierophany” (Bird, 1982). Bird revisited Agel’s analysis of Robert Bresson’s films and underscored that Agel describes the French filmmaker’s images as dominated by physicality and materiality. However, that is only part of a cinematic process which turns surfaces within the image into transfigured Christ substance, according to Agel. Based on Mircea Eliade’s definition of the concept, Bird starts by emphasising that hierophany is the revelation of nature as cosmic sacrality, but concludes his chapter by narrowing this potential: film becomes hierophany, Bird argues, when it introduces “a reality that does not belong to our world” (Bird, 1982).

Instead of exploring examples that show the sacred within the profane, —within nature— Bird has chosen to focus on Agel’s catholic reading of a—conveniently—catholic filmmaker. The body in pain in Bresson’s films, argues Agel, is an annunciation of the advent of the Christic body, the ultimate afflicted body. It is one thing to highlight Christian themes or to do a Christian reading of films, and another one to analyze the sacred in general, regardless of the particular organized religion and specific institution one claims to represent.

However the major concern about narrowing the connection between the sacred and cinema lies elsewhere. My understanding of hierophany is that of a model where the sacred is expressed through the materiality of any physical object, motif, landscape, body in the world. Its relevance to film is precisely that the act of filming/screening and the material film with imprinted images of the world are by nature always instances of hierophany, whereas Birds’ reading of Agel proposes a model articulated around the image of a vertical axis.

Hierophany in Bird’s final analysis implies vertical and narrowly defined relations between a sacred being whose transcendence is located “up” and a material element in nature upon which transcendence “descends”. The concept of pantheism has a wider “scope” and therefore better accounts for the mystical dimension of cinema. It accounts for a fusion and merger of the body with the world—not just for the manifestation of the sacred in an object or a chosen body—and it refers to the coextensiveness of both the World and the Human. There is an “everywhereness” about pantheism—i.e. the world/the sacred/the human are everywhere—that replicates the potential omnipresence of the camera in the world. In that sense, after a careful reading of Pasolini’s use of “hierophany”, one could assert that Pasolini’s conception of the dynamics involving the Human and the Divine is rather pantheistic and that film—as a pantheistic media—“mediates” between both.

Mediation in my understanding is not a reference to a physical linear process where the Human stands in slot A, the Divine in slot C and film, in the middle in slot B. Cinema is a space of mediation simultaneously “producing” the World and the place of the Human in it, manufacturing the immanence of nature, and elevating it metaphorically at once to the status of transcendence. Film appears thus heuristically as an interface between these instances, hence the concept of mediation. Film also mediates in the sense of “materializing”, “manifesting”, making the invisible come to being, through the camera lens, and taking shape when “wrapped” in celluloid.

Cinematic pantheism in this article is not about the representation of pantheistic images. This article does not focus on films that are deemed poetic, or visually stunning, where the scenery is dominated by impressive landscapes rendered by intensely photographic virtuosity, which attributes would be the standard aesthetic features in films described as pantheistic. In other words, my aim is not to analyze the cinema epitomized in early film histories by Alexander Dovjenko’s Earth (USSR, 1930). It is customary to hail the cinematic pantheism expressed in the images of landscape and particularly of fields in that Soviet film. Dovjenko’s camera is believed to have produced a homage to nature and to have realized a state of merger between farmer and land on screen.

More recently, the same rhetoric was used by film critics to praise the pantheism of James Cameron’s Avatar (USA, 2009). A New York Times’ op-ed summarizes the film’s approach to the sacred in the following terms: “[…] ‘Avatar’ is Cameron’s long apologia for pantheism—a faith that equates God with Nature, and calls humanity into religious communion with the natural world.” (Douthat, 2009). This account of the film’s pantheism does not explain the technical details that support its point, but it claims that Hollywood has long been a strong supporter of the pantheistic “faith”.

Typically, establishing shots of natural landscapes, particularly of vast plains or majestic mountains, pans, dolly shots, crane shots exploring such scenery would be the technical means to produce this type of cinematic pantheism: images of overwhelming but non threatening nature, where the human is introduced in symbiosis with the world—not as a superior being domesticating the world nor as a foe in conflict with nature. For my part, I have underlined elsewhere the role played by the dissolve shot in producing pantheism within the film economy, because it literally makes the human body dissolve into nature, thus performing the unity between the Human, the World and the Divine understood as a transcendental aspect of the material world (El Khachab, 2006).

This understanding of pantheism in film is even the more compelling in the case of Avatar, because of the role played by digital technology. Nature in Cameron’s film is not an analogue image of nature in “real life”. It is the product of computer-generated imagery (CGI) and is made possible through technology. One could say that the avatar of nature in the film is essentially an immense green screen. This is a reminder that cinema is not the realm of unity between human and nature because it “reflects” nature and humans on screen. It is so because the very nature of film is pantheistic.

Film as a “Panthed” Media
Cinematic pantheism as articulated in this article is not “located” in the narrative or in the images of a film, even though—as discussed above—many films address the theme or the representation of pantheism. It is the film media itself that is fundamentally pantheistic in nature. In Élie Faure’s words, cinema has a “panthed” (panthée) mode of functioning. A medieval Avicennian definition of the soul’s relationship with the body and that of the universal spirit with the universe per se, can better explain how pantheism is envisaged here, in a way that is relevant to cinema and screen media theory:

« L’existence de l’âme commence avec celle du corps, à l’encontre de certaine école professant que l’Âme universelle est localisée quelque part et que des fragments se détachent d’elle, chaque fragment échéant à un corps et le gouvernant […] cette âme n’est pas dans le corps de l’homme ; elle n’est pas non plus mélangée avec son corps ; elle n’est pas non plus ailleurs. Elle n’est pas à l’intérieur du monde ; elle n’est pas non plus à l’extérieur du monde ; elle n’occupe pas de lieu. » (Jozjani in Corbin, 1999, 4).

In this unorthodox Neo-Platonician speculation, if the soul is the instance of transcendence, it appears as part of immanence, not as a fragment located in it. The corollary is that transcendence—be it called God or Logos or other—is simply part of the world of immanence. A pantheist philosopher may say: transcendence emerges with immanence. It is not located in a specific part of the world or “mixed” with a particular body. It is not in the world, nor out of it. It simply has no location. It functions as an energy, coextensive of matter and does not belong to a separate stratum.

As much as cinema and screen media theory are concerned, cinematic pantheism is the way by which film produces equally and simultaneously transcendence and immanence, and materializes the unity of both. In cinema, all beings are equally flattened on the screen’s surface and are equally submitted to the oppositional intensity of light and darkness. The act of filming renders the multiplicity of beings in a unified flattened form, where both immanence and transcendence are unequivocally the simultaneous result of that act, since both come to being when projected on the screen. It is thus safe to argue that cinema materializes the “unity of Being”, which proposition is a medieval formulation of the concept of pantheism.

Cinema is par excellence the space where the Cartesian opposition between spirit and matter disappears, which opposition is seminal to a hierarchical worldview where the former dominates the latter, where transcendence acts as the organizing spirit of the matter constitutive of immanence. The mystical dimension of cinema—in fact its pantheistic nature—is framed by Élie Faure in these terms: « Qu’on n’invoque pas l’âme, toujours l’âme pour l’opposer à la matière. L’âme n’a jamais scellé sa voûte colossale qu’au croisement des nervures qui s’élancent, d’un jet, des profondeurs de la terre. C’est dans le pain et dans le vin que vivent la chair et le sang de l’esprit. » (Faure, 1964, p.68).

Cinema in that sense is more than the media of epiphany, more than the locus of the mere manifestation of the invisible. It is the realm of an activity producing simultaneously the visible and invisible, immanence and transcendence. This equalization of beings in a sort of visual unity amounts to “performing” pantheism. Élie Faure advocates this unity of the world, and cinema—according to him—is the material proof of that unity: « C’est la condition des nouvelles extases dont la mort de tous les dieux avait paru interdire jusqu’à l’espérance. Le Cinéma, si nous voulons le comprendre, doit ranimer et porter à son comble un sentiment religieux dont la flamme mourante réclame son aliment. L’infinie diversité du monde offre pour la première fois à l’homme le moyen matériel de démontrer son unité » (Faure, 1964, p.67).

Faure does not restore a spirit, an anima of the world. Rather, he draws a parallel between the animation of things performed by cinema, and the animated movement of becoming. The mere projection on screen of “inanimate” things, such as a forest or a city panorama, provides them with a “murmuring animation”. The latter reveals the complexity of becoming and provides evidence that cinema in the course of it “capturing life” through the camera lens, is not simply revealing a spirit that animates the world. It actually is the media that does so while confirming the merger—if not the identity—of matter and spirit, human and divine, immanence and transcendence, through mechanical reproduction.

A similar point is made by a filmmaker—and theorist in her own right—contemporary to Faure. Germaine Dulac states an obvious given about cinema that is nevertheless important to emphasize as a reminder of the materiality and the technical nature of film: « L’image est non seulement la reproduction photographique d’un fait ou d’une vision, mais aussi et plus encore, une harmonie dramatique ». She then connects this materiality to the pantheistic merger of the human with nature. According to Dulac, with the advent of cinema, the Human being « régénère ses forces au contact de la terre entière, s’il sait ressentir exactement le sens des images faites de vérité que le Cinéma lui propose, il devient un conquérant, qui s’épand dans l’univers avec la conscience de n’être pas le centre du monde. » Dulac poetically coins an expression to name this product resulting from the merger of technique, human body, life and nature, in the filmic media: « la Matière-vie-elle-même” (Dulac, 1994, p. 148, 157-158).

However, more than film content as such—whether it is the narrative, the photography, or the principle of “leveling” both the human and the world, immanence and transcendence—pantheism is the archeological substrata of movie experience. It is the situation of viewing a film—particularly in a movie theatre—that is pantheistic in essence. The main concern in the rest of this section is to base pantheism on the exposure of the viewer’s body to film. In the segment, what celluloid itself, or the screen per se, fold or unfold does not matter. The focus is now on the affects experienced by the viewer’s body when exposed to film. “Fundamental” cinematic pantheism lies in the setting of a viewer facing a film.

I have proposed in the above section to expand Plate’s thesis about the mystical characteristics of the viewing experience to all movie experiences, regardless of the film genre. Another theoretical basis for conceiving of viewing film as an instance of merger between the viewer’s body and the film is Deleuze’s contention that “the brain is the screen” (Deleuze, 2003, p.62-78). More than a fusion between the subject’s body and the material of film, Deleuze is suggesting a radical model for movie experience discussed thus far. He does not conceive of the assemblage of viewer /film as two separate entities that get to interact then eventually merge. His contention is that the brain is already a screen, or—as he says in another paragraph—it is already an image itself. Not only a fundamental part of the viewer’s body is already part of the cinematic assemblage, but the major “components” of bodies and solids involved are one and the same. Hence, Deleuze provocatively asserts that there is not a single difference between images, things and movement. (Deleuze, 2003, p.62)

Edgar Morin founds a similar understanding of the viewing situation on the concepts of identification-projection drawn from psychology and anthropology (Morin, 159). Morin argues that the Human projects his/herself in the world, for example through constructing the idea of the Double. He adds that the Human also identifies with elements in the world, which include the Double. Morin contends that this same process frames modern man’s relation to cinema, which is based on him projecting himself in film and identifying with characters in the film. Morin’s conclusion is that cinema perpetuates the process by which man sees himself in the world and identifies with it, through man’s self projection in the realm of film and his identification with film (Morin, 47-49, 61).

Even though Morin’s model is less radical than Deleuze’s, both argue that the body or the subject in the viewing experience is not separate from the other element in the assemblage experience: film and screen. Both interact on the basis of identification or, even more radically, by literally dissolving into one another. Nevertheless, Morin’s theory has an additional advantage: it frames the body’s fusion in the realm of film as part of a prototypical relation of the Human to the world, i.e. transcending, blurring boundaries separating the subject from the environment, and the former blending with the latter.

A World Set Apart
Plate argues that both cinema and religion recreate the world through ritual. Both establish a distinction between the space of ritual and the sacred and that of the profane and the ordinary. The examples he introduces, however, are all drawn from the spatial organization of some film narratives. He shows how cinema sets apart a space out of the ordinary, which he equates with the space of ritual and of the sacred. He compares this process to a similar one found in many religions, by virtue of which sacred texts set apart places such as temples or heavens. The Matrix opposes the space of the “real” world to one set apart, sacralised: that of the matrix. Pantheism however is not about setting spaces apart within film. It is not about the representation of a process where space is sacralised through ritual. Rather, pantheism is about establishing the “everywherness” of both the sacred and the profane (Morin, p.159).

With respect to reflections about cinema as ritual, setting a space apart within film content is not an aspect of cinematic pantheism or proof of the connection between cinema and the sacred. For the purpose of this discussion, the relevant process of setting a space apart is that of film experience being set in the ritual space of the movie theatre. In other words, what matters for the discussion of the sacred or of pantheism as conceptual categories accounting for film experience is the imaginary and symbolic frontiers between the theatre and the world, which replicate the archaic distinction between the temple and the world or—in even more archaic times—the separation between the cave reserved for ritual practices and the rest of the world.

Cinema is in essence an experience of the body’s exposure to an object that purports to reproduce—or even to produce—(the image of) Reality on a surface: the film on screen. This makes it the latest avatar of ritual/visual /sacred immanentism practices. Weaving a representation of the world or the hereafter on a prayer rug; turning both the physical and metaphysical worlds into a Mandala; religious icons and paintings are all practices of what I have called elsewhere “surfacialization”—that is, producing transcendence on a surface. Within the logic of these rituals, the world needs to be reproduced in a monad set apart, so that the contemplative energy of the worshiper is focused on it. In our secular modern world, the meaning of these forgotten practices is obsolete, but it still informs our “setting” the movie experience apart in theatres.

It is not uncommon in film theory to use Plato’s parable of the cave as an archetype of pre-cinematic experiences (Jarvie, 1987). The common wisdom tells the story of people in chains in a cave, exposed to a shadow play, cut from the “real world” outside of the cave, as an allegory of film viewing. Based on Morin’s claim that cinema reactivates the old anthropological archetype of the Double, associated with the shadow—because the cinematic body is a shadow that bears the characteristics of the double—I suggest that Plato’s myth of the cave is reminiscent of an older practice: a sacred ritual by virtue of which “archaic” humans gathered in particular caves to gaze at murals or to watch shadow plays.

Cinema is the modern avatar of shadow theatre where the “effectuation” of this epistemologically democratic concomitance of immanence and transcendence occur, as I have argued elsewhere (El Khachab, 2003, 5). Shadow theatre materializes the unity of Being, and the unification of immanence and transcendence, since all beings are equally flattened on the screen’s surface and are equally submitted to the oppositional intensity of light and darkness. In this respect, cinema acts as a modern shadow theatre, where the act of filming renders the multiplicity of beings in a unified flattened form, and where both immanence and transcendence are unequivocally the simultaneous result of that act, since both come to being when projected on the screen (El Khachab, 2003, 6).

The paradox inherent to cinema consumption is as old as pre-cinematic archaic practices. Cinema is fundamentally a practice that reminds us of pantheistic worldviews about the blurring of boundaries between the Human and the World as an epiphany of the divine. Nevertheless, cinema requires that the contemplation of this old “memory” be practiced in a space whose boundaries are quite well set: there is a clear demarcation between the inside and the outside of the theatre similar, I suppose, to the clear boundaries between Plato’s—or Lascaux cave—and the world.

This ritual has always been associated with the symbolic (magic?) production of transcendence on the immanence of a flat surface. The archetype thesis may offer an explanation of the unwritten rule regarding the role played by the sacred flat surface: the archetype of cinema can be found in the Lascaux cave mural paintings or in the practice of shadow plays: both are about surfaces contemplated in the dark. Incidentally, the Lascaux one—among other Palaeolithic caves—is deemed a sacred space by archaeologists, who often refer to these as sanctuaries (Leroi-Gourhan, 1958). I assume, following Edgar Morin and Youssef Ishagpour, that the Lascaux cave murals were the archetype of film and that they were painted so that people could contemplate them in the dark, in order to connect with nature, through the act of gazing to painted natural elements (e.g. the bison scenes). However, there might be a phenomenological explanation to the connection between the pantheistic essence of cinema and the projection of images on a flat surface, which comes from film theory.

Arnheim observes that the basic perceptual process in film experience is that of a flattening of the world, of turning its nature from the three-dimensionality of solids to the flat image on screen: “[…] Since our field of vision is full of solid objects, but our eye (like the camera) sees this filed from only one station point at any given moment, and since the eye can perceive the rays of light that are reflected from the object only by projecting them onto a plane surface—the retina—the reproduction of even a perfectly simple object is not a mechanical process but can be set about well or badly.” (Arnheim, 1983, p.18). His seemingly factual account underscores that the process of flattening the image of the world, or of projecting it on a plane surface works both for the body’s visual perception, where the retina plays the role of the screen, and for the “externalization” of projection onto the cinematic screen. One can now less surprisingly embrace Deleuze’s statement about the screen acting as an eye (Deleuze, p.62). Following Arnheim’s logic, one might say that the cinema screen acts like an external, oversized retina that “retains” images.

This almost biological account is strikingly similar to pantheistic models that place the world in the human and the human in the world, in the sense of the human being part and parcel of the world, which itself is the expression of the Divine. Other pantheistic models are more dynamic: they place the world within the human and vice versa. I would argue that this account parallels the phenomenon of the human capturing the world inside his/her own body—on the retina—and the world accepting the human as part of itself, on the grounds that this human partakes in the projection of shadows—or of films—on the screens of the world or at least of movie theatres.

Memory, Rememoration, Film
Cinema consumption thus understood is a modern way of performing what Lacan calls “rememoration”. It is not a technique to remember desire in its primal mode within the unconscious. Rather, cinema is a reminiscence of archaic practices by virtue of which Humans connected with the sacred through the ritual exposure to surfaces representing the world. Consumption of film—or rather, exposure to film—is the residue of an ancient sacred practice based on the agency of the gaze. Even though Alain Chabat’s RRRrrr (1999, France) is a comedy, his film seems to take seriously the kinship between cinema—or TV—and the prehistoric fresco. In the film, before they go to sleep at night, the kids in a family sit on a pseudo-sofa and stare as if hypnotised at a mural which strongly resembles the Lascaux cave frescoes that covers an entire wall. The father controls the time when they have to go to bed, so he puts out the flame that illuminates the screen/fresco. The scene seems to be a barely disguised reference to the pre-cinematic role played by murals in prehistoric caves.

Chabat seems therefore to rememorate heroic times, when the murals in caves used to act as mediating interfaces between the human and nature, in an effort to reactivate the idea of a blend between the Human and Nature, in relation to a recent avatar of mural paintings: film. Both practices: gazing at murals and watching a film share the archaic function of reiterating the fusion between the body and the world as a metaphor, or as a materialisation of the (re-) uniting of the human with the divine.

Jacques Lacan opposes “memory”, related to a living body and to an experience in the past, to “rememoration” which seems to be more of a ritual repetition of an older or archaic mode of knowledge. Rememoration is generated by desires that are still within the unconscious and that are summarily articulated in one major signifier. The repetition of that signifier through rememoration is the only way to articulate the desire in question and to make sense of it. « L’insistance répétitive de ces désirs dans le transfert et leur remémoration permanente dans un signifiant dont le refoulement s’est emparé, c’est-à-dire où le refoulé fait retour, trouvent leur raison nécessaire et suffisante, si l’on admet que le désir de la reconnaissance domine dans ces déterminations le désir qui est à reconnaître, en le conservant comme tel jusqu’à ce qu’il soit reconnu. » (Lacan, 1999, p.248)

Cinema therefore appears to be, not so much a ritual aiming at retrieving an actual memory of times past in the cave, but rather, a ritual that repeats the homage to cinema in an attempt to articulate desires that were suppressed; chief among which is the desire for the divine through means that are not those of organized religion. The importance of repetition in rememoration may explain the fact that an average urban film viewer may watch at least a film per week. The repetition of this practice many times a month seems to be structured as part of an unconscious effort to transcend the major signifier, cinema, and articulate the reason why we are still addicted to exposure to screens.

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Plate, S. Brent. Religion and Film. Cinema and the Re-creation of the World. London, New York . Wallflower Press. 2008.

Biographical notice
Walid El Khachab taught cinema at the Universities of Montreal and of Ottawa, and has founded Arabic Studies at Concordia University. He is currently Associate Professor and Coordinator of Arabic Studies at York University (Toronto). After writing a PhD dissertation on Le mélodrame en Égypte. Déterritorialisation. Intermédialité, Walid El Khachab has focused his research on the mystical and pantheistic dimensions of cinema. He has published forty chapters and academic articles on cinema, literature and pop culture, in CinémAction, Sociétés & Représentations, CinéMas and Intermédialités, among others.

His current research projects deal with cinema and the sacred, the trope of the veil in cinema and the cinema of the Arab Diaspora in the West.

Résumé
Les théoriciens du rapport entre cinéma et sacré, comme H. Agel, tendent à étudier la représentation du sacré dans le film. Mais certains comme – S. Brent Plate – estiment que le cinéma est sacré par essence, car il recrée le monde, par l’intermédiaire de la narration et du montage, comme un dieu démiurge. En revanche, cet article propose que le cinéma porte la trace du sacré simplement parce que le film physique – notamment pendant l’ère du celluloïd – et l’aplatissement de l’image projetée sur l’écran agissement comme des équivalents sympathiques du monde. Le film remplit ainsi la même fonction sacrée que les dessins rituels sur les murs des temples, ou dans les cavernes préhistoriques, tels que Lascaux. Au cinéma, comme dans Lascaux, l’Humain tend à fusionner avec le Monde conçu comme expression du Divin, métonymisé par la murale dans la caverne ou l’écran dans la salle de cinéma. Aller au cinéma est ainsi similaire à ce que Lacan appelle « remémoration »: l’Humain s’y souvient d’un état archaïque, à une époque où l’expérience du sacré passait par un rituel plaçant le corps dans un espace sombre, face à une surface représentant le monde.

Voir aussi:

La grotte de Lascaux vient à Paris
Anna Musso
L’Humanité
21 Mai, 2015

La grande exposition « Lascaux à Paris » propose de découvrir l’un des plus anciens trésors de l’humanité, réalisé il y a 20 000 ans par nos ancêtres Cro-Magnon.
Il y a 75 ans, le 8 septembre 1940 précisément, en pleine Seconde Guerre mondiale, Marcel Ravidat, 18 ans, court après son chien Robot. Ce dernier s’est engouffré dans un trou de la colline qui surplombe la Vézère au sud de Montignac, en Dordogne. Le jeune apprenti garagiste récupère le coquin sur un amas de cailloux qui roulent, roulent… Et sous ses pieds, un écho résonne ! Intrigué, le jeune homme imagine avoir découvert un souterrain secret menant au manoir de Lascaux.

Quatre jours plus tard, il revient avec trois amis Jacques Marsal, 15 ans, du même petit village de Montignac que lui, Georges Agniel 16 ans, en vacances et Simon Coencas, 15 ans, qui a fui Montreuil près de Paris pour se réfugier avec sa famille en zone libre. Les quatre téméraires se sont équipés d’outils de fortune et de lampes à pétrole. Objectif : élargir le trou et pénétrer les entrailles rocheuses à la recherche d’un éventuel trésor.

L’un des plus précieux joyaux de l’Humanité
Les jeunes explorateurs ignorent encore qu’ils s’apprêtent à entrer dans la légende, en tirant de son sommeil l’un des plus précieux joyaux de l’Humanité ! Le passage ouvert, Marcel, le plus âgé, descend en premier, en rampant. Après quelques mètres, la galerie s’ouvre sur une grotte et il atteint un vaste espace circulaire, que les préhistoriens baptiseront plus tard « Salle des Taureaux »… mais aveuglé par l’obscurité, ni lui ni ses acolytes, qui l’ont rejoint, ne devinent les aurochs peints au-dessus de leurs têtes !

Ce n’est qu’en arrivant dans un couloir étroit, le « Diverticule axial » que les adolescents pressentent l’ampleur de leur découverte : à la lueur de leur lampe artisanale des dizaines de vaches, de cerfs et de chevaux semblent se mouvoir au-dessus d’eux sur le plafond et les parois. Le lendemain, ils descendent avec une corde au fond d’un puits caché dans un recoin de la grotte… et y découvrent la « scène du Puits » : un homme à tête d’oiseau fait face à un bison qui perd ses entrailles, éventré par une longue sagaie et perdant ses entrailles. La petite bande vient de découvrir une œuvre magistrale de l‘art préhistorique, réalisée il y a 20 000 ans par nos ancêtres Cro-Magnon : la grotte de Lascaux.

La cavité n’est pas très grande : 3 000 mètres cube seulement. Mais elle recèle de grandes et nombreuses fresques très élaborées : les artistes ont joué avec les reliefs de la roche pour mieux créer perspectives et mouvements, surprendre le regard du visiteur… Anamorphoses, animaux aux proportions volontairement modifiées, comme les chevaux aux petites têtes sur de gros ventres surplombant des pattes arrondies, typiques de Lascaux.

Lascaux est un sanctuaire
La palette polychrome est riche, du noir, au jaune et au rouge et même, à un endroit, du mauve! L’intensité des couleurs est aussi variée. Et les peintures sont soulignées de traits gravés sur la paroi calcaire. Au total : 1500 gravures, 600 peintures animales, 400 signes se répondant les uns les autres, s’intriquant dans une mise en scène chargée de symboles. Quatre espèces animales reviennent de façon récurrente : les aurochs (ancêtres de nos vaches), les bisons, les chevaux et les cerfs. « Ces associations sont une écriture. Une sorte de message, de mythes sur lesquels la société reposait. Lascaux est un sanctuaire : ses peintres y œuvraient comme on peint une cathédrale, un lieu sacré. Quand je suis dans cette grotte, je suis aspiré vers les « dieux », les cieux de ces hommes préhistoriques, leur panthéon, plus qu’à la rencontre de ces hommes eux-mêmes. » raconte Yves Coppens, président du Conseil scientifique international de la grotte de Lascaux.

Prévenu une dizaine de jours après la découverte, l’abbé Henri Breuil, alors professeur au Collège de France, et réfugié en zone non occupée, se précipite. En ressortant de la grotte, il s’exclame « C’est presque trop beau ! » (2). Dès décembre 1940, la grotte est classée Monument historique.

A partir de 1948, le propriétaire (privé) fait réaliser des aménagements pour accueillir le public. Un million de visiteurs se presseront devant les parois de ce chef d’œuvre jusqu’en 1963, date à laquelle André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles, ordonne la fermeture au public. Les parois se dégradent en effet dangereusement, sous l’effet des variations de température, de l’éclairage et du dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs. Des algues vertes se développent en plusieurs endroits, et un voile de calcite tend à recouvrir certains peintures.

Traitements et mesures de confinement font effet, et les années 1970 et 1980 se déroulent sans problèmes, l’accès étant limité à quelques privilégiés. Mais de nouveau, au début des années 2000, champignons et bactéries menacent de recouvrir les peintures. « Aujourd’hui, l’état de santé de Lascaux est excellent. Les conservateurs y veillent en permanence » rassure Yves Coppens. Et personne ou presque, à part eux, n’y pénètre.

Mais impossible de ne pas permettre au public d’admirer cet emblème mondial de l’art pariétal, site inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1979. Dès 1983, une réplique partielle de la grotte « Lascaux 2 », présentant à l’identique la Salle des Taureaux et le Diverticule Axial, est inaugurée à 300 mètres de l’original. C’est un succès : les visiteurs affluent, et nombre d’entre eux repartent persuadés d’avoir visité la « vraie » grotte.

Mais, pour le Conseil général de la Dordogne, il faut faire plus. Il fait d’abord réaliser des répliques de plusieurs panneaux de « la Nef », ainsi que de la « scène du Puits » pour les exposer au Thot, à quelques kilomètres de Montignac. Puis, il imagine de déplacer ces fac-similés, en une exposition itinérante. C’est le défi relevé par “Lascaux, l’Exposition Internationale“, dit Lascaux 3 qui après sa création à Bordeaux en 2012, un passage à Chicago, à Houston, à Montréal et à Bruxelles, vient à Paris Expo Porte de Versailles : « il s’agit de faire sortir la plus célèbre grotte ornée du monde de son écrin périgourdin pour la présenter à un public international, et faire découvrir une reproduction fidèle au millimètre près d’une partie de la grotte qui n’a jamais été montrée» se réjoui Germinal Peiro, actuel président du Conseil départemental, qui s’est allié avec la région Aquitaine, l’Etat et l’Europe pour financer le projet, d’un coût de 3 millions d’euros.

« La Vache Noire »
Avec cet événement, c’est en effet Lascaux qui vient à nous. Le visiteur, équipé d’un audioguide, parcourt l’histoire de la grotte. Des dispositifs interactifs lui permettent de voir et de saisir la composition des œuvres ainsi que les diverses interprétations proposées, scientifiques, esthétiques et philosophiques. Un film en 3D, une maquette réduite des galeries, des photographies, des vidéos d’archives l’immergent progressivement dans la grotte… Au cœur de l’événement, un fac-similé d’une partie de la grotte « qui n’a pas été reproduite dans Lascaux 2 : la « Nef » et la « scène du Puits » que le grand public peut voir pour la première fois ! » souligne Olivier Retout, directeur du projet Lascaux Exposition Internationale. Ainsi, le visiteur plongé dans l’obscurité et la fraîcheur, accompagné d’une ambiance sonore, découvre cinq scènes majeures de la grotte exposées sous forme de panneaux grandeur nature, réalisés par l’Atelier des Facs-Similés du Périgord. « Le panneau de l’empreinte » orné d’un troupeau gravé et peint d’une demi-douzaine de chevaux et un bovin encadrés de deux signes quadrangulaires ; « La Vache Noire », située sur la paroi de la Nef à plus de 3 mètres du sol ; « Les Bisons adossés » ; « La frise des Cerfs » ; enfin, la surprenante « Scène du Puits ». Un éclairage variable fait surgir à intervalles réguliers les gravures, qui ne sont pas toutes visibles à l’œil nu. A la sortie, des bornes interactives finissent de permettre aux visiteurs de décomposer chaque détail des œuvres pour mieux les appréhender.

Un avant-goût prometteur pour patienter jusqu’à l’ouverture, prévu à l’été 2016, d’une réplique intégrale de la grotte au pied de la colline de Lascaux (budget total de 57 millions d’euros).

(1) « Lascaux à Paris », jusqu’au 30 août 2015 à Paris Expo, Porte de Versailles, Pavillon 8/B.
(2) « Les métamorphoses de Lascaux », de Pedro Lima, Editions Synops.

Voir encore:

Il a découvert Lascaux
La construction de Lascaux IV démarre dans dix jours à Montignac, en Dordogne. Simon Coencas, dernier survivant des quatre « inventeurs » de la grotte paléolithique, raconte.

Juliette Demey

Le Journal du Dimanche

13 avril 2014

Il a affronté la guerre, deux pontages et un cancer. À 87 ans, Simon Coencas, dernier des quatre « inventeurs » (découvreurs) de Lascaux, est un survivant. Il se méfie. « Vous savez, des requins naviguent encore autour de la grotte. Certains s’en sont mis plein les poches. Et nous les inventeurs, on nous a un peu oubliés! », sourit-il en ouvrant finalement sa porte, à deux pas de l’Étoile, à Paris. Le désir de témoigner de sa place dans l’Histoire balaie doutes et rancœurs. À peine évoque-t-il cette aventure que ses yeux bleu gris s’éclairent.

Une émotion « indescriptible »
12 septembre 1940. Simon, ado juif parisien de 13 ans, part en balade dans les bois dominant le village de Montignac avec deux copains un peu plus âgés, Georges et Jacques. Fils d’un marchand de prêt-à-porter, il a trouvé refuge en Dordogne avec ses quatre frères et sœurs : « Après la déclaration de guerre, on s’est installés à Montignac avec ma mère et ma grand-mère en 1940 », dit-il de sa voix rocailleuse. « J’y ai connu Jacques Marsal, dont la mère tenait le restaurant en face de chez nous, et Georges Agniel. On faisait les 400 coups, toujours fourrés dans les bois. Mais pas au hasard : on cherchait le souterrain censé relier la colline au château. »

Ce jour-là, en route vers la colline, ils croisent Marcel Ravidat, « un gaillard de 18 ans qui travaillait déjà ». Quatre jours plus tôt, accompagné de Robot, son chien, il a repéré quelque chose. Le souterrain? « Certains racontent que ce chien a trouvé le trou, mais c’est faux. C’est nous. À peine un terrier de lapin, mais ça sonnait creux. » Le quatuor dégage l’entrée de la cavité. « Marcel est passé en premier, on rampait dans ce couloir étroit plein de stalactites et de stalagmites. En descendant, on a été éblouis. C’était la salle des Taureaux! » Face à ces couleurs éclatantes vieilles de 17.000 ans, l’émotion est « indescriptible ». Le lendemain, munis de cordes et d’une lampe Pigeon, la bande des quatre poursuit l’exploration. « Les reflets de la peinture, ses mouvements sur la roche, c’était extraordinaire! »

La suite est connue : ils alertent leur instituteur, Léon Laval, et gardent l’entrée. Les visiteurs affluent, dont l’abbé Breuil qui saisit l’importance de cette « chapelle Sixtine de la préhistoire », comme il la baptise. Fin 1940, Lascaux est classée monument historique. Simon n’est plus là. Huit jours après la découverwte, les Coencas ont dû regagner Paris : « C’était la guerre. Puis il y a eu les lois raciales, l’étoile… » Le vieil homme raconte l’arrestation de son père : Fresnes, Drancy, Auschwitz. La sienne en octobre 1942, son entrée au camp de Drancy où il retrouve sa mère déportée. Lui en ressort au bout d’un mois grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. Il se cache, survit.

Après-guerre? Simon épouse Gisèle, toujours à ses côtés. Il fait « trente-six métiers » puis s’installe comme ferrailleur. Rude au labeur, doué en affaires, le couple fait prospérer l’entreprise. Lascaux attire les foules, pour Simon la grotte passe au second plan, mais les amis de Montignac, eux, ne sont jamais loin. Il déjeune souvent avec Georges, qui vit à Nogent-sur-Marne. Quand des inondations frappent Montignac en 1960, il accueille chez lui la famille de Jacques, guide de la grotte jusqu’à sa fermeture en 1963.

Retrouvailles annuelles
Réunis à Lascaux en 1986, les inventeurs s’y retrouveront ensuite chaque année, en septembre. Jacques décède en 1989, Marcel en 1995, Georges en 2012. Ne restent que deux veuves – Marinette Ravidat veille sur la colline depuis son salon – et Simon. « Au début, les inventeurs avaient un traitement spécial. Et puis tout le monde s’est emparé de l’histoire », lance le vieil homme, mi-amusé, mi-désabusé. « Ils pourraient quand même nous envoyer un petit chèque! Je le donnerais à la recherche sur le cancer. Je bombe le torse car sans nous la grotte serait peut-être restée inconnue. »

De Lascaux, Simon n’a rien emporté. Les stalactites? Égarées. Il en a tiré quelques honneurs : François Mitterrand l’a fait chevalier dans l’ordre du Mérite, Frédéric Mitterrand officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. Il a emmené ses enfants voir Lascaux II, le fac-similé ouvert au public depuis 1983, « très bien fait même s’il manque l’odeur de la terre, l’humidité ». À présent, des reproductions des fresques voyagent dans le monde avec l’exposition Lascaux III. Bientôt Lascaux IV… Tout cela, c’est un peu grâce à lui. Ses sept petits-enfants et onze arrière-petits-enfants le savent-ils? Sans doute pas, eux qui ont récemment découvert que leur aïeul est juif.

A lire :
Le secret des bois de Lascaux, de Félix et Bigotto (éd. Dolmen, 13 euros). Un récit en BD, avec la participation et la caution des inventeurs, préfacé par Yves Coppens.
Les métamorphoses de Lascaux, de Pedro Lima et Philippe Psaïla (éd. Synops, 27.90 euros). Un ouvrage pour découvrir en profondeur et en photos « l’atelier des artistes, de la Préhistoire à nos jours ». Préface de Jean Clottes.

Voir encore:

Genèse d’une grotte historique
Matthieu Alexandre
L’Humanité
15 Septembre, 2010

Ces dernières années, la grotte de Lascaux était moins connue pour ses richesses picturales que pour les étranges champignons qui se développaient sur les parois. Le problème n’étant pas résolu, un projet s’est mis en marche, la création d’un troisième fac similé, encore plus éloigné de l’original. Si les dessins qui recouvrent les murs sont connus de tous, l’histoire de sa découverte l’est un peu moins. Retour sur le destin des Inventeurs.
8 septembre 1940. L’armistice à été signé il y a peu par le maréchal Pétain. Dans le petit village de Montignac, la vie s’écoule doucement, peu inquiété par les Allemands. Ils sont encore loin. Ce jour là, Marcel Ravidat et trois autres personnes font une étrange découverte. À la faveur d’un arbre déraciné depuis des années, une excavation effleure le sol, recouverte de ronces.

À l’aide de pierres jetés dans le trou, Marcel comprend qu’un boyau descend profondément sous la terre. Il a déjà 18 ans et il est apprenti à l’usine Citroën. Cette journée primordiale est un dimanche, et le travail doit reprendre dès le lendemain. Il faudra attendre le jeudi 12 septembre, début de la semaine de repos, avant que Marcel Ravidat ne revienne sur les lieus. En chemin il croise trois amis, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas, âgés de 13 à 15 ans. Le quatuor des Inventeurs est formé.

Première descente

Marcel a prévu son expédition cette fois. Armé d’un coutelas, deux lampes et d’une corde, il entreprend d’agrandir l’excavation. Le travail n’est pas de tout repos. Il faut gratter, petit à petit. Finalement le trou s’agrandit et il peut passer. La descente se fait par étape. Après une pente de trois mètres, il atterrit sur un tas d’éboulis, suivis par une autre parois inclinée. Ses compagnons le rejoignent et, un peu plus loin, les premiers dessins apparaissent sous la flamme vacillante de leur lampe à pétrole. L’endroit paraît large, mais peu pratique. Le lendemain, à coup de pioche, il continue d’explorer la grotte, qui commence à peine à leurs livrer ses secrets.

C’en est d’ailleurs trop pour les frêles épaules de nos quatre jeunes garçons. Le 16 septembre, Jacques Marsal, sur les conseils d’un gendarme, prévient son instituteur Léon Laval de la découverte. La grotte de Lascaux, qui ne porte pas encore ce nom, se prépare à affronter le monde extérieur.

Quatre destins

Les quatre amis suivront des destins différents. Le jeune Marsal, qui dans un récit s’octrois le meilleur rôle, en l’occurrence celui de Marcel Ravidat, véritable découvreur de la grotte, devient le protecteur de la grotte avec ce dernier, jusqu’un 1942. Cette année là, il se fait arrêter par la gendarmerie nationale. L’influence des Allemands a atteint le petit village. Il est alors envoyé en Allemagne pour suivre le Service du Travail Obligatoire. Il reviendra à Montignac en 1948, après une petite escale à paris où il se marie. À cette époque, La grotte s’ouvre au public et il en devient le guide avec Marcel pendant quinze ans. Peu à peu, l’action du gaz carbonique et l’afflux d’humidité mettent en danger les dessins. Les premiers champignons verdâtres apparaissent. Lors de la fermeture en 1963, il reste sur place comme agent technique, et participera aux diverses évolutions techniques. Il recevra d’ailleurs la Légion d’Honneur, pour son travail sur la machinerie qui contrôle l’atmosphère de la grotte. Il restera le seul des Inventeurs à recevoir cet honneur. Au fil du temps sa renommée continue de grandir, et il devient le « Monsieur Lascaux 24 » jusqu’en 1989, année de son décès.

En 1940, Georges Agniel est le seul à retourner à l’école au début du mois d’octobre, à Paris. Très rapidement, il enverra une « carte interzone » à Marcel Ravidat, pour « sauvegarder [ses] intérêts dans l’exploitation de la grotte ». Malgré son jeune âge, 15 ans, il sait que la grotte a un potentiel extraordinaire. Agent technique chez Citroën puis à l’entreprise Thomson-Houston, il ne reviendra que rarement à Montignac, jusqu’au 11 novembre 1986. Sa vie sera la plus tranquille des quatre.

De son côté, Simon Coencas repart très rapidement à Paris avec ses parents et son frère. La collaboration est de mise dans la capitale française. Simon et toute sa famille seront déportés à Drancy. Son jeune âge le sauvera, ainsi que sa sœur. N’ayant pas encore 16 ans, ils échapperont à Auschwitz. Pas ses parents. Enchainant les petits boulots (vendeur à la sauvette, groom), il récupérera plus tard l’entreprise de métaux de son beau-père à Montreuil, qu’il fera fructifier. Tout comme Georges Agniel, il ne reviendra que très peu à Montignac. Il sera néanmoins présent ce fameux jour du 11 septembre.

 Pour l’Inventeur originel, la vie est aussi difficile. Marcel Ravidat gardera la grotte avec son amis Jacques Marsal jusqu’en 1942. Puis, comme beaucoup de jeunes de son âge, il sera requis aux Chantiers de la Jeunesse dans les Hautes-Pyrénées pendant huit mois. À son retour à Montignac, la gendarmerie envoi tous les jeunes au STO. Il trouvera refuge dans une grotte voisine de celle de Lascaux pour éviter le Service du travail Obligatoire et devient maquisard. Promu caporal, il combattra dans les Vosges, puis en Allemagne. À la fin de la guerre, en 1945, il reprend le travail au garage du village. Mais l’attraction de sa découverte est trop forte. Rapidement il devient ouvrier pour l’aménagement de la grotte, puis guide avec son ami Jacques en 1948. Il est le premier à remarquer les taches de couleur qui commencent à envahir la grotte, qui conduiront à sa fermeture en 1963. Les choix sont limités à cette époque, et il trouve un travail à l’usine comme mécanicien. À cette époque, Jacques Marsal s’est attribué tout le crédit de la trouvaille. Il faudra attendre la parution des archives de l’instituteur Léon Laval pour que la vérité soit rétabli. Il ne quittera plus le village de Montignac. Le 11 novembre 1986, il est présent pour accueillir ses anciens camarades.

Les retrouvailles

À l’occasion de la sortie du livre Lascaux, un autre regard de Mario Ruspoli le 11 novembre 1986, les quatre amis sont enfin regroupés. C’est un première depuis 1942. Quatre ans plus tard, ils ne seront plus que trois à assister au jubilée de 1990, qui fête les 50 ans de la grotte. Pendant la célébration, ils sont présenté à François Mitterrand. En 1991, tous les trois sont nommés Chevalier de l’Ordre du Mérite. Décédé en 1995, Marcel Ravidat venait, comme ses amis, tout les ans pour fêter l’anniversaire de leur Invention. Seuls survivants du quatuor, Simon Coencas et Georges Agniel perpétuent la tradition encore aujourd’hui.


Bac 2015: Attention, un mystère peut en cacher un autre ! (From pink elephants to blue tigers: No unveiling of the psychedelic Eleusinian mysteries for French students)

20 juin, 2015
https://pbs.twimg.com/media/CH3xeQgW8AAU8xF.jpghttps://tse1.mm.bing.net/th?&id=JN.oN8SJjyxPqEfhIuCzJ%2bFjw&w=300&h=300&c=0&pid=1.9&rs=0&p=0There are, broadly speaking, two types of drinkers. There is the man whom we all know, stupid, unimaginative, whose brain is bitten numbly by numb maggots; who walks generously with wide-spread, tentative legs, falls frequently in the gutter, and who sees, in the extremity of his ecstasy, blue mice and pink elephants. He is the type that gives rise to the jokes in the funny papers. The other type of drinker has imagination, vision. Even when most pleasantly jingled, he walks straight and naturally, never staggers nor falls, and knows just where he is and what he is doing. It is not his body but his brain that is drunken. He may bubble with wit, or expand with good fellowship. Or he may see intellectual spectres and phantoms that are cosmic and logical and that take the forms of syllogisms. It is when in this condition that he strips away the husks of life’s healthiest illusions and gravely considers the iron collar of necessity welded about the neck of his soul. This is the hour of John Barleycorn’s subtlest power. It is easy for any man to roll in the gutter. But it is a terrible ordeal for a man to stand upright on his two legs unswaying, and decide that in all the universe he finds for himself but one freedom–namely, the anticipating of the day of his death. With this man this is the hour of the white logic (of which more anon), when he knows that he may know only the laws of things–the meaning of things never. This is his danger hour. His feet are taking hold of the pathway that leads down into the grave. All is clear to him. All these baffling head-reaches after immortality are but the panics of souls frightened by the fear of death, and cursed with the thrice-cursed gift of imagination. They have not the instinct for death; they lack the will to die when the time to die is at hand. They trick themselves into believing they will outwit the game and win to a future, leaving the other animals to the darkness of the grave or the annihilating heats of the crematory. But he, this man in the hour of his white logic, knows that they trick and outwit themselves. The one event happeneth to all alike. There is no new thing under the sun, not even that yearned-for bauble of feeble souls–immortality. But he knows, HE knows, standing upright on his two legs unswaying. He is compounded of meat and wine and sparkle, of sun-mote and world- dust, a frail mechanism made to run for a span, to be tinkered at by doctors of divinity and doctors of physic, and to be flung into the scrap-heap at the end. Jack London (John Barleycorn)
Un éléphant rose est une métaphore relative aux hallucinations causées par l’abus d’alcool (on parle de delirium tremens) ou tout autre produit stupéfiant. L’expression a été utilisée pour la première fois par l’écrivain américain Jack London en 1913 dans John Barleycorn. (…) Dans le dessin animé Dumbo des studios Disney, on trouve une séquence culte: la danse des éléphants roses. Wikipedia
Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais. De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction. Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris. Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie. Dark Asie
De fines feuilles séchées empilées les unes sur les autres. J’en porte une à mes lèvres et je mâche doucement. Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Je les mâche avec lenteur. Et ce goût-là  n’a pas de pareil. C’est grâce à elle que je vois et que tu m’entends. Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Je contemplais ce grand fleuve barbare, la rive ennemie, là-bas, au-delà du cours infranchissable. Et c’est là que je le vis. A une centaine de pas devant moi, avançant avec précaution dans les hauts roseaux du fleuve, un tigre bleu. Je crus d’abord que j’étais victime d’une hallucination. Mais il se détacha sur le terre-plein et j’eus tout le loisir de l’observer. C’était le tigre de l’Euphrate …  Laurent Gaudé (Le Tigre bleu de l’Euphrate, 2002)
Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope. Antonio Gnoli (L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann, 2004)
J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire. Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. (…) A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins. Mohamed Rouabhi

Psychopompe ou psychotrope ?

Alors qu’après la prestigieuse Oxford union et la vérité de 2013 …

Et  les crimes d’honneur de l’an dernier …

C’est les tigres bleus qui passent cette année à la trappe de nos concepteurs de sujets du bac de français de cette année

Et valent à nos pauvres chères têtes blondes les gausseries faciles de nos médias pressés …

Pour avoir dans une épreuve tirée d’un extrait d’une oeuvre contemporaine de Laurent Gaudé intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate

Prétendument confondu un fleuve avec un animal réel …

Comment ne pas voir dans cet énième et systématique effacement, politiquement correct oblige, de tout ce qui pourrait mettre les candidats sur la voie …

Face au mystère d’un animal qui, au-delà de son rôle psychopompe (guide des âmes) dans l’oeuvre en question, pourrait non seulement sous le nom de tigre de Malte, exister ou avoir existé dans la réalité physique de notre monde …

Mais pourrait témoigner, à l’image des éléphants roses de London, d’une expérience proprement hallucinatoire …

Suite à la prise, si l’on en croit le metteur en scène Mohamed Rouabhi, de produits psychotropes liés, depuis les fameux mystères d’Eleusis aux farines contaminées de nos danseurs de St Gui et autres sorcières ou plus récemment à nos adeptes du LSD, à l’ergot du seigle …

Le mystère encore plus profond tant de la désolante habitude de déréalisation du réel de nos autorités éducatives …

Que de l’hélas si fréquente cuistrerie – pour ne pas dire fumisterie – de nombre de ceux qui ont vocation de nous informer ?

 Le Tigre bleu de l’Euphrate
de Laurent Gaudé
mise en scène Mohamed Rouabhi

Présentation
Un destin commun

L’épopée d’Alexandre le Grand est immense. Sans doute plus grande et plus ineffable que toutes les terres qu’il a foulées. Elle est de celle dont seule peut-être la littérature peut venir à bout, s’érigeant à la mesure de l’homme qui rivalisa avec les Dieux.
Et sans doute aussi, la Mort.
C’est ainsi que dans Le Tigre Bleu de l’Euphrate, Laurent Gaudé, loin de vouloir faire plier le géant pour mieux pénétrer son coeur, a choisi de nous le rendre plus proche, marchant à nos côtés sur cette route tant de fois foulée depuis la nuit des temps, vers cette dernière aventure qui nous attend tous un jour, esclaves de l’éphémère, et devant laquelle le pouvoir et la force, la grandeur et le courage, la cruauté et la furie, deviennent des armes vaines et impuissantes.
En choisissant la partie la plus intime, la plus faible, la plus dégradée d’un homme, ce dernier n’en devient que plus digne et plus contemporain.

L’invitation au voyage

J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire.

Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. Il dit :

Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Alexandre est celui qui verra la mort de son vivant. (…) Alexandre va faire pâlir le dieu des morts, d’étonnement d’abord, puis de ravissement.[[« (…) Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope (…). » In « L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann » Antonio Gnoli. 2004 Editions Payot. p. 66]]

A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins.

Il ne reste plus rien

Perdant tour à tour des amis chers dans de sanglantes batailles (Darius, Koïnos), Alexandre est en proie au désordre et au doute. Et puis il y a ces paroles, terribles, impossibles, qui clôturent le chapitre IX …

J’aurais dû (…) franchir seul l’Hyphase et continuer ma route vers l’est.
(…) Car le Gange n’était plus loin et je suis sûr que le tigre bleu m’aurait guidé (…).
J’aurais dû (…) m’enfoncer seul, dans la touffeur chaude de l’Inde étrangère.
J’aurais dû, oui, car, depuis, je n’ai fait que mourir.

… suivies de celles qui annoncent le dixième et dernier chapitre :

Je vais mourir maintenant.

On a à peine le temps de comprendre ce qui vient de se passer. La voix du regret et de l’amertume a couvert un instant celle du sage et du guerrier. Elle nous a fait redescendre brutalement et jeté aux bords de l’Hadès. Les vapeurs du puissant narcotique tourbillonnent maintenant autour de nous, se mêlant aux relents d’un corps pourrissant tenant à peine debout.
Dans un dernier souffle de lucidité et d’humilité, Alexandre se présente à la mort, nu.

Pleure sur moi, je suis l’homme qui meurt et disparaît avec sa soif.

Un nouveau continent

Depuis maintenant plus de deux ans, nous poursuivons ensemble avec Carlo Brandt, un compagnonnage poétique et musical, à la lisière du théâtre. Un théâtre que nous aimons tous les deux malmener férocement avec des textes qui brûlent de colère, de sagesse ou de révolte : Charles Mingus, Joshi Yamamoto et Mahmoud Darwich ont déjà cimenté ce petit chemin qui nous conduit aujourd’hui vers un nouveau continent jusqu’ici inexploré.

L’édition des textes contemporains nous offre rarement l’occasion de découvrir des pièces jusqu’ici inédites. Encore plus lorsqu’il s’agît d’un auteur bien vivant. Il faut toutefois considérer pour être honnête, qu’il est difficile pour un éditeur lorsqu’il s’agît d’une oeuvre destinée au théâtre, de mettre sur le marché un ouvrage qui aura peu de chances d’être lu par un public habitué à n’acquérir le texte de la pièce que parce qu’il l’a vu.

C’est donc avec un grand bonheur que j’ai lu un jour ce texte que m’offrit Carlo, après l’avoir travaillé pendant un mois à Kinshasa avec des acteurs congolais.
Les évènements se succédèrent alors très vite et en moins de six mois, nous mettions sur pied ce projet ambitieux.

Au fil des discussions, il nous paraissait évident de fournir à cette ode un cadre esthétique et scénographique qui ne laisserait de place ni au pathos ni à la grandiloquence.
Le « tragique » propre aux textes de Laurent Gaudé, cette sorte de « tenue » de la langue, la rigidité guerrière du protagoniste, nous amenèrent à réfléchir à un traitement spectaculaire et codé du récit de ce roi agonisant.
Les premières propositions radicales concernèrent tout d’abord « l’apparence » et la « lisibilité » du personnage. Pas question de l’affubler d’un costume qu’il soit d’époque ou non.

Ce qui saute aux yeux du lecteur, c’est à la fois la grande force et la grande pauvreté de l’homme qui souffre et qui distille avec une grande précision le peu de vie qu’il lui reste encore.
Alexandre dit à la fin qu’il est aussi nu que l’enfant qui vient de naître et c’est ainsi que nous le voyons. Mais comment alors évacuer les milliers de petites scories qui nous traversent la tête à la vue d’un acteur nu sur un plateau de théâtre, et qui nous empêchent de suivre le cheminement de sa pensée ?
Il faut alors qu’il prenne une apparence plus qu’humaine, celle de l’homme qui perd peu à peu l’usage de son corps, qui s’effrite et se carde au fur et à mesure qu’il s’approche de la fin et qu’il voit la mort prendre forme devant ses yeux.

A l’instar de l’art du Buto, l’usage d’un maquillage blanc mat, d’une grossière poudre de riz abondamment répartie sur le corps de façon à rendre à l’épiderme sa rugosité naturelle et perdre le côté fragile et démuni d’un corps nu exposé aux regards, s’avère être une piste intéressante.

Et puis enfin, il y a Carlo Brandt et ce qui chez lui ne porte pas de nom, cette matière mystique et rare, lorsque l’esprit se libère du corps pour nous livrer la substance brute et âpre du texte, cette capacité de maîtriser l’émotion dans ses moindres manifestations organiques.

Pour mieux nous irradier avec son invisible force.

Voir aussi:

Le tigre bleu de la province du Fujian en Chine
Dark Asie

Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais.
De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction.

Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris.

Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie.

Voir également:

Bac français: le mystère du tigre bleu de l’écrivain Laurent Gaudé
Le Parisien

19 Juin 2015

Un extrait de la pièce de théâtre « Le tigre bleu de l’Euphrate », donné à commenter aux épreuves du bac français vendredi, affole les réseaux sociaux: l’auteur Laurent Gaudé évoque-t-il dans ce texte un tigre, comme beaucoup de lycéens l’ont cru, ou un fleuve? Cette question agitait notamment Twitter, où les candidats postaient des messages désespérés, furieux, ou désabusés sur ce fameux tigre bleu.

De faux comptes ont été créés ainsi que fleurissaient des mots-clés #tigrebleu ou #LaurentGaude. Et nombreux étaient ceux qui tweetaient des photos d’un tigre teint en bleu.
« Jurez, le tigre bleu, c’est un fleuve? », demande, affolée, @yelenna1998. « Ce soir, on va tous en rêver de ce tigre bleu », prédisait @Mary_Liine. « Il y a deux types de personnes », indiquait @hugoblet en postant deux photos, l’une représentant un tigre à la fourrure bleutée et l’autre un fleuve.

L’extrait présenté, tiré de la pièce écrite en 2002 par Laurent Gaudé (prix Goncourt 2004 pour « Le soleil des Scorta »), est un monologue d’Alexandre le Grand, qui s’apprête à mourir. Il raconte à la Mort comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient.

« Le #tigrebleu de Laurent Gaudé est en train de croquer l’oiseau bleu de Twitter », note le compte du site d’annales france-examen.fr.
L’extrait était un des trois textes de l’épreuve écrite du bac français (passée en première) pour les élèves des sections scientifique (S) et économique et sociale (ES). Le commentaire de texte s’appuyait sur cet extrait.

Plusieurs lycéens ont noté qu’un texte du même écrivain avait également été donné comme sujet de français au brevet, passé par ces mêmes élèves en 3e. « Il veut la mort de l’année 98 », gémissait @FélicieBignon. La grande majorité des adolescents en 1ère cette année et qui passent donc le bac français sont nés en 1998.

L’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable. Dans un message à l’AFP, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l?Euphrate, est un « fleuve d?Asie. L?auteur joue sur l?homonymie entre le fleuve et l?animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu?il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.

Voir encore:

Le « tigre bleu » du Bac français « ne peut se réduire à une seule interprétation » selon Actes Sud
L’Express avec AFP

19/06/2015

Les élèves de ES et S se sont retrouvés face à un extrait d’une pièce de théâtre intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate. Beaucoup n’ont pas vu le double sens. Découvrez le texte.
On tient la polémiquette de l’année, et elle vient comme l’année dernière du bac de français. A la sortie de l’épreuve anticipée du bac, voici à quoi ressemblaient les emojis postés sur Twitter par les étudiants.

La tête des candidats au bac de français sur Twitter.

emoji
Et pour cause. Dans la série S et ES (voir les corrigés), l’une des épreuves, au choix des candidats, consistait en un commentaire d’un extrait d’un extrait de la pièce de Laurent Gaudé, Le Tigre bleu de l’Euphrate, paru en 2002. Problème: une partie des candidats n’a pas saisi que le Tigre bleu est aussi le fleuve de Mésopotamie qui coule sur près de 2 kilomètres entre le Taurus et le golfe Persique…

Voici le texte:

L’extrait se situe à la fin de la pièce, composée de dix actes. Une seule voix se fait entendre, celle d’Alexandre le Grand. Au premier acte, il se prépare à mourir et chasse tous ceux qui se pressent autour de lui. Il raconte à la Mort, qu’il imagine face à lui, comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient. Mais, cédant à la prière de ses soldats, il cesse de suivre le Tigre bleu pour faire demi-tour.
[…]

Je vais mourir seul

Dans ce feu qui me ronge,

Sans épée, ni cheval,

Sans ami, ni bataille,

Et je te demande d’avoir pitié de moi,

Car je suis celui qui n’a jamais pu se rassasier,

Je suis l’homme qui ne possède rien

Qu’un souvenir de conquêtes.

Je suis l’homme qui a arpenté la terre entière

Sans jamais parvenir à s’arrêter.

Je suis celui qui n’a pas osé suivre jusqu’au bout le tigre bleu de l’Euphrate.

J’ai failli.

Je l’ai laissé disparaître au loin

Et depuis je n’ai fait qu’agoniser.

A l’instant de mourir,

Je pleure sur toutes ces terres que je n’ai pas eu le temps de voir.

Je pleure sur le Gange

lointain de mon désir.

Il ne reste plus rien.

Malgré les trésors de Babylone,

Malgré toutes ces victoires,

Je me présente à toi, nu comme au sortir de ma mère.

Pleure sur moi, sur l’homme assoiffé.

Je ne vais plus courir,

Je ne vais plus combattre,

Je serai bientôt l’une de ces millions d’ombres qui se mêlent et

s’entrecroisent dans tes souterrains sans lumière.

Mais mon âme, longtemps encore, sera secouée du souffle du cheval.

Pleure sur moi,

Je suis l’homme qui meurt

Et disparaît avec sa soif.

La découverte de leur infortune par certains lycéens ne leur a pas enlevé le sens de l’humour…

Dans les séries S et ES, l’épreuve anticipée de français est au coefficient 2. Mais comme le souligne notre corrigé, le fait que le mot ait ce double sens n’était pas central dans l’explication de texte.

Contacté par L’Express, l’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable ce vendredi. Dans un message, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l’Euphrate, est un « fleuve d’Asie. L’auteur joue sur l’homonymie entre le fleuve et l’animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu’il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.


Erotisme: Ce qui reste quand la religion a disparu (Sex sells: From barihunks to Salomes, opera fights declining sales and rising costs with cheesecake, beefcake and a pinch of course of sacrilege)

17 mai, 2015
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https://i1.wp.com/statics.lecourrierderussie.com/wp-content/uploads/2015/04/10403256_932620870095024_7856132859200211053_n_opt.jpgavenir-campagne-enleve-le-haut myriam2 myriam3Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Au Moyen Age, l’unité européenne reposait sur la religion commune. A l’époque des Temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie), qui devint la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles les Européens se reconnaissaient, se définissaient, s’identifiaient. Or, aujourd’hui, la culture cède à son tour la place. Mais à quoi et à qui ? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes, susceptibles d’unir l’Europe ? Les exploits techniques ? Le marché ? La politique avec l’idéal de démocratie, avec le principe de tolérance ? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile ? Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s’abandonner avec euphorie ? Je n’en sais rien. Milan Kundera
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
L’art, semble-t-il, est de l’art si on le considère comme tel. New York American (22 octobre 1927)
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Christs, Vierges, Pietàs, Crucifixions, enfers, paradis, offrandes, chutes, dons, échanges: la vision chrétienne du monde semble revenir en force. Où? Dans le domaine de l’art le plus contemporain. (…) L’homme y est réinterprété comme corps incarné, faible, en échec. Cette religion insiste sur l’ordinaire et l’accessible, elle est hantée par la dérision, la mort et le deuil. Après une modernité désincarnée proposant ses icônes majestueuses, on en revient à une image incarnée, une image d’après la chute. En profondeur, il se dit là un renversement des modèles de l’art lui-même: A Prométhée succède Sisyphe ou mieux le Christ souffrant, un homme sans modèle, sans lien, inscrit dans une condition humaine à laquelle il ne peut échapper. Yves Michaud (4e de couverture, L’art contemporain est-il chrétien, Catherine Grenier)
Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu ; certainement pas la couleur marron dont l’artifice évident représente les matières fécales. En même temps – et je dois le dire avec clarté – il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle. Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noir, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne. Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. Romeo Castellucci
Notre époque, surtout depuis quelques décennies, est passée championne dans l’art de défigurer les icônes majeures du christianisme. (…) L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD… (…)  Il a droit, pour ainsi dire, à un traitement de faveur. Imaginez qu’à la place du visage du Christ, comme décor d’une pièce de théâtre, figure celui de Moïse, de Mohammed ou de Bouddha. Ce serait un tollé immédiat. De toutes les religions, le christianisme est, sans conteste, la plus agressée. Et selon moi c’est normal. Cela tient au fait que le christianisme aime autant l’image, qui s’expose, que la personne, qui oblige. François Bœspflug
Je crois que la culture dans nos sociétés est un des lieux du sacré : la religion culturelle est devenue pour certaines catégories sociales – dont les intellectuels – le lieu des convictions les plus profondes, des engagements les plus profonds. Par exemple, la honte de la gaffe culturelle est devenue l’équivalent du péché. Je pense que l’analogie avec la religion peut-être poussée très loin. Alors qu’aujourd’hui, une analyse de sociologie religieuse peut être poussée très loin, comme celle sur les évêques ; elle ne touche personne même pas les évêques. … La sociologie de la culture se heurte à des résistances fantastiques. Et le travail d’objectivation qui a été fait sur la religion : personne ne peut contester qu’il y a une certaine corrélation entre la religion que l’on a acquise dans sa famille et la religion que l’on professe ; on ne peut pas nier qu’il y ait une transmission de père en fils des convictions religieuses, que quand cette transmission disparaît, la religion disparaît. Bon, quand on le dit sur la culture, on enlève à l’homme cultivé un des fondements du charme de la culture, à savoir l’illusion de l’innéité, l’illusion charismatique : c’est à dire j’ai acquis ça par moi-même, à la naissance comme une espèce de miracle. Pierre Bourdieu
Le goût « pur » et l’esthétique qui en fait la théorie trouvent leur principe dans le refus du goût « impur » et de l’aïs­thèsis [« sensation » en grec, ce qui a donné « esthétique »] forme simple et primitive du plaisir sensible réduit à un plaisir des sens, comme dans ce que Kant appelle « le goût de la langue, du palais et du gosier », abandon à la sensation immédiate […]. On pourrait montrer que tout le langage de l’esthé­tique est enfermé dans un refus principiel du facile, entendu dans tous les sens que l’éthique et l’esthé­tique bourgeoises donnent à ce mot. (… Comme le disent les mots employés pour les dénoncer, « facile » ou « léger » bien sûr, mais aussi « frivole », « futile », « tape-à-l’oeil », « superficiel », « racoleur » … ou dans, dans le registre des satisfactions orales, « sirupeux », « douceâtre », « à l’eau de rose », « écoeurant », les oeuvres vulgaires ne sont pas seulement une une sorte d’insulte au raffinement des raffinés, une manière d’offense au public « difficile » qui n’entend pas qu’on lui offre des choses « faciles » (on aime à dire des artistes, et en particulier des chefs d’orchestre, qu’ils se respectent et qu’ils respectent leur public); elles suscitent le malaise et le dégoût par les méthodes de séduction, ordinairement dénoncées comme « basses », « dégradantes », « avilissantes » qu’elles mettent en oeuvre, donnant au spectateur le sentiment d’être traité comme le premier venu, qu’on peut séduire avec des charmes de pacotille, l’invitant à régressser vers les formes les plus primitives et les plus élémentaires du plaisir. Pierre Bourdieu
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre vraiment cultivé n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre d’hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche
La musique la plus légitime fait l’objet, avec le disque et la radio, d’usages non moins passifs et intermittents que les musiques « populaires » sans être pour autant discréditée et sans qu’on lui impute les effets aliénants qu’on attribue à la musique populaire. Quant au caractère répétitif de la forme, il atteint un maximum dans le chant grégorien (pourtant hautement valorisé) ou dans nombre de musiques médiévales aujourd’hui cultivées et dans tant de musiques de divertissement du 17e et du 18e siècles, d’ailleurs conçues à l’origine pour être ainsi consommées « en fond sonore ». Pierre Bourdieu
Côté féminin, l’imaginaire est centré sur la pudeur : une jeune fille de bonne famille ne se regarde pas dans le miroir, ni même dans l’eau de sa baignoire ; on prescrit des poudres qui troublent l’eau pour éviter les reflets (en revanche, les miroirs tapissent les murs des bordels). Les femmes connaissent mal leur propre corps, on leur interdit même d’entrer dans les musées d’anatomie. Le corps est caché, corseté, protégé par des nœuds, agrafes, boutons (d’où un érotisme diffus, qui se fixe sur la taille, la poitrine, le cuir des bottines). Côté masculin, ce sont des rituels vénaux et une double morale permanente : le même jeune homme qui identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l’aiguille dans les grandes villes) ou une grisette, jeune fille facile et fraîche qu’on abandonnera pour épouser l’héritière de bonne famille. Alain Corbin
En pleine semaine sainte, la polémique ne pouvait passer inaperçue. Mgr Di Falco a révélé que la RATP avait exigé que soient retirées des affiches annonçant le prochain concert du groupe «Les Prêtres» la mention «au profit des Chrétiens d’Orient» (…) Si la RATP a exigé que soit supprimée la mention des Chrétiens d’Orient, c’est parce que «la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit» selon leur communiqué commun. «Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire». Annoncer que ce concert était offert au profit de ces chrétiens d’Orient est «une information se situant dans le contexte d’un conflit armé à l’étranger et (…) le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l’affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s’appliquer.» Vous avez bien lu. Pour la RATP, les Chrétiens d’Orient sont juste un camp face à l’autre, un camp pour lequel on ne peut pas prendre parti. Alors que la France, par la voix de Laurent Fabius, se démène à l’ONU pour que cesse le génocide dont sont victimes ces minorités d’Irak et d’ailleurs, alors que le Président de la République a reçu des Chrétiens obligés de fuir leur pays pour ne pas être massacrés par Daesh, la RATP -elle- refuse de choisir. Entre Daesh et ses victimes, elle veut rester «neutre».. Cette neutralité-là est impossible. Cette neutralité est une complicité avec celui qui massacre, contre l’innocent qui est massacré. Cette neutralité rappelle celle de Pilate et de tous ceux qui l’ont suivi depuis 2000 ans, se lavant les mains des massacres commis, et fermant les yeux sur le sort des victimes, pour ne pas faire de vagues ni perdre leur poste. Abbé Pierre-Hervé Grosjean (curé de Saint Cyr l’Ecole)
J’ai pensé à vous car vous êtes un ange de paix. Pape François (à Mahmoud Abbas)
Quand une personne va se présenter dans une paroisse pour devenir son pasteur, le seul critère de recrutement risque d’être : “êtes-vous pour ou contre la bénédiction des couples homosexuels ?” Réduire toute la foi chrétienne à cette question est effroyable. Gilles Boucomont (temple du Marais, Paris)
Mommy took a bus trip and now she got her bust out, everybody ride her just like a bus route. (Maman fait un voyage en bus et maintenant elle a son buste à l’air, tout le monde la monte, une vraie ligne de bus) Jay-Z
Montez-moi toute la journée pour 3£. New Adventure travel
I got stuck behind one of these buses in Canton at 8.45 this morning. With our following of 30,000 people, we try not to use We Are Cardiff to express opinions, but I felt like we had an obligation to the women and men of Cardiff to call this company out on the commodification of a woman’s body, and the trivialisation of prostitution. “I guess you could use the ‘it’s just a laugh’ argument, but in 2015 does a bus journey really need to be sexualised to market itself ? Hana Johnson (We Are Cardiff blog)
Firstly we have stated that our objectives have been to make catching the bus attractive to the younger generation. We therefore developed an internal advertising campaign featuring males and females to hold boards to promote the cost of our daily tickets. The slogan of ‘ride me all day for £3’ whilst being a little tongue in cheek was in no way intended to cause offence to either men or women and, if the advert has done so then we apologise unreservedly. There has certainly been no intention to objectify either men or women. Given the volume of negativity received we have decided to remove the pictures from the back of the buses within the next 24 hours. New Adventure travel (Cardiff bus company)
Le procès de deux responsables d’un théâtre de Novossibirsk accusés d’avoir « offensé les sentiments religieux des croyants » en proposant une version très moderne de l’opéra Tannhäuser de Wagner s’est soldé mardi 10 mars par un non-lieu dans cette ville de Sibérie. (…) Le procès a été ouvert la semaine dernière après la plainte d’un évêque orthodoxe, appuyée par le parquet local selon lequel cette adaptation, jouée pour la première fois en décembre à l’opéra de Novossibirsk, « désacralise » l’image de Jésus Christ. La version originale de l’oeuvre, une des plus controversées du compositeur Richard Wagner, a été jouée pour la première fois en 1845. Le héros, Tannhäuser, est le captif volontaire de la déesse de l’amour Vénus avant de chercher la rédemption auprès du pape pour ses excès sexuels. Timofeï Kouliabine a déplacé l’action au XXIe siècle, Tannhäuser devenant un réalisateur qui tourne un film sur la visite de Jésus Christ dans le repaire de la déesse Vénus. Fait religieux.com
Best stalls seats for the Royal Opera House’s latest Salome revival are chopped down to £65 (previously up to £120) with this Evening Standard offer, valid for performances on 8, 14 and 16 June only. Intermezzo
Ah, but Bacchus refuses to rock (did I mention the score was by Philip Glass?), preferring instead to cackle at his own jokes, supervillain-style. His devotees, the mad, enchanted Bacchants, are similarly unfun, anti-sensual, and non-ecstatic. They sport weird Kahlo unibrows and, in their lumpen orange jumpers, evoke the Balinese cast of Mamma Mia! These huffing, puffing, occasionally power-walking Maenads work tirelessly to infuse the show with a dread it assiduously resists, and they occasionally succeed, against all odds. But boy, can you feel them working. They’re reputed to tear animals limb from limb, but their « Bacchic dances » feel no more ominous than a lengthy jazzercise class—everyone seems to be counting beats or calories. Mackie sweats almost as hard, but he’s on a treadmill: Manly Pentheus sees the power of Dionysus demonstrated time and again, but can’t bring himself to acknowledge this androgynous god. Yet Mackie and Akalaitis never quite connect that stubbornness with a gripping interior psychology—the king’s all-too-obvious repression is played for easy laughs—and we hurtle toward tragedy without much at stake. Horror arrives on schedule, Dionysus collects his blood debt, and a mother, after murdering her son, holds his severed head aloft and wails, « I was mad, and now he is dead. » This should crush the audience, but it comes off as a summing-up. I received the information matter-of-factly, like a Google alert. After an hour and a half of strenuously literal choreography and two-dimensional line readings, can you blame me? This Bacchae has a way of staring the incomprehensible in the face … and falling gently asleep, as if nodding off watching the news or in the middle of halfhearted midweek sex. It’s proof that sometimes, when you look long into the abyss, the abyss yawns. Scott Brown
Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. (…) In movies, most of the women who get naked are pretty young, and it’s hard to be an opera singer and be that young. It takes a lot of training, and you get better, I think — or louder — as you get older. (…) When [nudity] becomes vulgar, it gets boring. But in opera, what’s interesting is that if it’s done well, if it’s within the context of the story, there’s a subtlety to it that becomes very erotic, especially when it’s coupled with singing. (…) There’s a shift in opera where physicality is very important — not only how you act but how you look, and you can’t shoot yourself in the foot, » he says. « You have to move well, you have to act well, you have to look good, you have to sing well. The competition is much stiffer. Nathan Gunn
Vous voulez savoir ce qu’il y a entre moi et mes Calvin? Rien. Brooke Shields
L’érotisme est aussi utilisé pour promouvoir des produits courants qui ne lui sont traditionnellement pas associés. Par exemple, des spécialistes avancent que le déclin du nombre de billets vendus par l’opéra de Dallas a été renversé à la suite d’une campagne publicitaire montrant des instruments de musique sous un angle plus « osé ». Wikipedia
The creative team came up with an effective formula – fill the Venusberg with beautiful people of both sexes, all nude except for the briefest of thongs, engaged in constant, unrelenting, explicit (or at least convincingly simulated) sex – twosomes of men and women, men and men, etc., threesomes, foursomes, fivesomes splitting off to form new threesomes and twosomes. Most of these performances were taking place on revolving stages, so that the audience would not miss too much. The opera program lists 18 “dancers”, although “dancing” is a curious euphemism for the particular onstage performances of these 18 persons during the extended ballet of the Paris version. The simulations were so vivid, that one would not be astonished if, after all of the rehearsals and actual performances, that some longer term relationships might be developing among these dancers. Los Angeles opera audiences might indeed be hip (or, at least, include many of the hip). But the community is an entertainment capital, where nightmares occur about film ratings so restrictive they eliminate the teenage market, or about the FCC fining big corporations for transgressions occurring on network television. So there is irony in the fact that things not permitted in films and television shows being created a few miles away, were occurring — not in some tiny, out of the way West Hollywood theatre — but, during, of all things, the performance of a Wagnerian opera in the Dorothy Chandler Pavilion. The “Tannhauser” reviews probably knocked some of the reports of post-Oscar parties to the later pages. “Wagner pornucopia” was the inch high headline for the Los Angeles Times’ Calendar section. “‘Tannhauser’: the Adult Version” was the three-fourths of an inch headline for the Arts Entertainment section of the Orange County Register. The bottom line is that, just like the citizens of the Wartburg, it is possible to astonish people, even in the hip and sophisticated opera and theatre-going crowd of Los Angeles. But opera performed for purposes of shock and sacrilege is what many opera-goers use to define that ultimate pejorative, “Eurotrash”. To save the new L. A. production of “Tannhauser” from that pigeon hole, can one find in the Ian Judge conceptualization of the stage action elements that redeem his approach, and bring new appreciation and understanding of the opera? Opera horses
They’re known for their great bods and for breathless blogs written by devoted admirers. Bearers of great pecs and pipes, barihunks like Matthew Worth and Tom Forde are bringing high art to the masses in a universally appealing form. And the dark-haired Gunn, all 6 broadly muscled feet of him, is king of that particular hill — as well as the « Barber of Seville. » In his third appearance with LA Opera, he sings the role of Figaro in the Rossini classic opening today. In this production, which originated at Teatro Real Madrid, Gunn, 39, is fully dressed, sporting a white suit with a black polka-dot vest in the visually stark first act, which later bleeds into color. But in Lyric Opera of Chicago’s production last year, the first act opened with a bit of gratuitous beefcake — Gunn awoke wearing only boxer shorts in the sleeping loft above his barbershop before he rose, dressed and flew down a pole to begin another hard day of singing. The lure of flaunting such unabashed virility is catnip to opera companies trying to overcome the graying of their audiences. Inspired in part by Hollywood’s beauty bar, the casting of opera singers for their looks as well as their world-class voices has been viewed as imperative as ever, now that opera has taken to the big screen —  » The Met: Live in HD » is in its fourth season transmitting opera to movie theaters around the world. « I have some colleagues who really feel like opera was never meant to be able to have a camera looking down your throat while you’re screaming your head off and spit’s flying out, » says « the irresistible » Gunn, as the Metropolitan Opera described him in touting his high-def performance as Mercutio in Gounod’s « Romeo et Juliette » two years ago. « And I thought, yeah, that’s true, but at the same time it’s kind of cool. Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. » Irene Lacher

Ce qui reste quand la religion a disparu ?

A l’heure où, pour avoir voulu jouer avec les paroles d’une chanson de rap, une compagnie d’autocars de Cardiff se voit contrainte de retirer du dos de ses bus des affiches de jeunes modèles torse nus …

Et où la toile la plus chère jamais vendue aux enchères se voit floutée à la télévision américaine pour cause de seins dénudés …

Alors qu’en Russie un metteur en scène d’un opéra se voit assigné en justice pour cause de désacralisation de la religion …

Et qu’en France une affiche de concert pour les victimes chrétiennes des djihadistes semblent plus choquante que sur Youtube leurs découpages à présent presque quotidiens au couteau de boucher …

Pendant qu’avec l’omniprésence de l’image et du numérique et du travail de sape bimillénaire du judéo-christianisme, nos archaïques et antiques besoins de sang n’ont guère plus pour s’exprimer que les derniers spectacles vivants du sport, du cirque ou des scènes d’opéra …

Et qu’emporté par la démagogie et le politiquement correct ambiants, ce qui reste de l’Eglise se voit sommer de voir des anges partout ou de faire des « mariages pour tous » …

Comment ne pas voir …

Dans la place toujours plus grande de l’érotisme dans nos publicités

Comme, désaffection du public et explosion des coûts aidant, les expositions de nos musées ou de nos places publiques

Ou entre salomés et baritons dépoitraillés sur fond si possible de sang et de sacrilège …

Les scènes de nos opéras …

Ce que disait naguère Malraux de l’art

A savoir ce qui reste quand la religion a disparu ?

Opera barihunks hit a muscular note
Toned physiques like Nathan Gunn’s are getting a standing ovation in the genre’s usually buttoned-up world.
Irene Lacher

LA Times

November 29, 2009

« I’d like to take a little bit of responsibility for this nightmare. »

The source of that generous offer is far from evil. If anything, Nathan Gunn is the dimpled picture of Midwestern nice guy-ness — think a younger, darker Russell Crowe without the edge. That’s why he’s volunteering to take the fall for men like himself — opera’s tantalizing new breed of baritone known as « barihunks. »

They’re known for their great bods and for breathless blogs written by devoted admirers. Bearers of great pecs and pipes, barihunks like Matthew Worth and Tom Forde are bringing high art to the masses in a universally appealing form. And the dark-haired Gunn, all 6 broadly muscled feet of him, is king of that particular hill — as well as the « Barber of Seville. » In his third appearance with LA Opera, he sings the role of Figaro in the Rossini classic opening today.

In this production, which originated at Teatro Real Madrid, Gunn, 39, is fully dressed, sporting a white suit with a black polka-dot vest in the visually stark first act, which later bleeds into color. But in Lyric Opera of Chicago’s production last year, the first act opened with a bit of gratuitous beefcake — Gunn awoke wearing only boxer shorts in the sleeping loft above his barbershop before he rose, dressed and flew down a pole to begin another hard day of singing.

The lure of flaunting such unabashed virility is catnip to opera companies trying to overcome the graying of their audiences. Inspired in part by Hollywood’s beauty bar, the casting of opera singers for their looks as well as their world-class voices has been viewed as imperative as ever, now that opera has taken to the big screen —  » The Met: Live in HD » is in its fourth season transmitting opera to movie theaters around the world.

« I have some colleagues who really feel like opera was never meant to be able to have a camera looking down your throat while you’re screaming your head off and spit’s flying out, » says « the irresistible » Gunn, as the Metropolitan Opera described him in touting his high-def performance as Mercutio in Gounod’s « Romeo et Juliette » two years ago. « And I thought, yeah, that’s true, but at the same time it’s kind of cool. Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. »

Gunn wasn’t always this cool about this millennium’s focus on baring it all, or at least, a noticeable chunk of the hunk, for opera audiences. He was initially taken aback when Francesca Zambello first opened the floodgates when she directed him and tenor William Burden in a 1997 production of Gluck’s « Iphigénie en Tauride » at Glimmerglass Opera near Cooperstown, N.Y.

« She’s like, ‘Guys, in the beginning of the show, what’s going to happen is you’re going to be dragged in soaking wet and they’re going to rip your clothes off and you’re going to be bound together on this log. So if you’re nervous, go to the gym,' » recalls the (fortunately) former college athlete during a recent interview in LA Opera’s offices. « I went to the gym. Heck, yeah! »

The response from the usually buttoned-up opera world was enthusiastic. Even the University of Kansas’ erudite Journal of Dramatic Theory and Criticism weighed in, with Robert F. Gross declaring: « Nathan Gunn’s fine physique is the most eroticized presence on stage. »

(In September, barihunks.blogspot.com reported that another bare-chested duet by Gunn and Burden in the Opera Company of Philadelphia’s production of « Pearl Fishers » was the most popular video on its YouTube site. « It looks like the Philadelphia Phillies aren’t the only thing that’s hot in the City of Brotherly Love, » the site observed.)

Indeed, while sex sells just about everything everywhere, in the rarefied world of opera, male singers like Gunn are generally better salesmen. Women only rarely appear bare-breasted on stage, and when they do, it is likely to serve an avant-garde production, such as in LA Opera’s 1997 production of Wagner’s « Tannhauser, » directed by the Royal Shakespeare Company’s Ian Judge.

In part, says Gunn, men in opera do what women can’t. « In movies, most of the women who get naked are pretty young, and it’s hard to be an opera singer and be that young. It takes a lot of training, and you get better, I think — or louder — as you get older. »

Voir aussi:

Powerful, Edgy “Tannhauser” at Los Angeles Opera – February 28, 2007
Opera horses

March 9th, 2007

Richard Wagner’s “Tannhauser”, although firmly in the standard repertoire, has tended to be performed a little less often in recent years than the work that preceded it (“The Flying Dutchman”) and the eight operas he wrote afterwards. That appears, at least for the near future, to be changing.

California’s three most important opera companies – those of Los Angeles, San Francisco and San Diego – each have scheduled “Tannhauser” within a twelve month period. Although there is a duplication in two lead performers between two of the companies, each is mounting a completely different production.

Nor is it only California that is being immersed in Wagner’s melodic tale of a young man’s explorations of and angst regarding the charms of women, but opera companies throughout the United States and the World have signed onto revivals or new productions of the work.

Los Angeles Opera brought together a creative team, led by Conductor James Conlon, its new musical director. The team, launching “Tannhauser” as the first production of a multi-year Wagner project, has taken a new look at this work. Wagner’s “Paris version” of the opera, with its extended Venusberg Ballet, was chosen. The Set and Costume Designer was Gottfried Pilz and Lighting Designer was Mark Doubleday (his company debut), both of whose contributions in this extraordinary production were invaluable.

The Director was Royal Shakespeare Company veteran Ian Judge, who has now has a half-dozen memorable Los Angeles Opera productions to his credit. These include a conceptualization of Gounod’s “Romeo et Juliette” in 2005 for Rolando Villazon and Anna Netrebko that I found brilliant.

Before one creates a new production of “Tannhauser” one must decide what, ultimately, the opera is about. The literal story – with its arc of transgression, confrontation, penance and redemption – is interesting enough, and the opera’s rousing music and lush melody, in the hands of an orchestra and of singers of the first rank – makes for a pleasant evening at the opera, especially if you find the other Wagnerian operas to your taste.

Wagner, in his preceding opera, “Die Fliegende Hollaender”, set up a premise for the damnation of its title character that makes little sense to those of us that are part of 21st Century Western civilization. With a violent storm hitting his ship, the Dutchman lost control of himself and started cursing. For this he was damned forever, unless an improbable series of things happened to redeem him. So much for the punishment fitting the crime.

There are many elements of that opera that make it interesting to 21st century audiences, but the story line – the incidents (the cursing) that led to the spell on the Dutchman and the rules that had to be followed to break the spell, is not in itself something that would interest most of us these days.

Were it not that its stirring overture, its treasure chest of melody, and its abundant opportunities for spectacular theatre, “Hollaender” would be an only occasionally performed relic of Romantic era operatic history, like Weber’s “Die Freischuetz”. Is “Tannhauser” another quaint fairy tale like “Hollaender” in which we should immerse ourselves in the music, applaud the use of spectacle to display its exotic settings, but not think too deeply about the plot? I think otherwise.

“Tannhauser” is an opera (and this will be a surprise to some people) in which one can find deeper meaning. My own take on the opera’s story is as follows:

(1) Tannhauser, a creative but difficult artist, who has had problems fitting into a very structured society, decides to shuck it all and pursue a lifestyle that offends the established order, (2) having surfeited his senses, he wishes he could return to his old life to be forgiven, just as was the Prodigal Son, (3) although most everyone is suspicious of his reappearance, Elisabeth, the woman who had always seen something redeeming in his character, is ready to welcome him back, (4) he has renewed difficulty relating to the social order, and flaunts his past behaviors he knows will destroy his chances of reconciliation with his former colleagues, (5) the resulting turmoil results in Elisabeth’s emotional breakdown and ultimate death, (6) Tannhauser, shocked by the impact of his behavior on Elisabeth, squares himself away.

You will note my interpretation of the meaning of the opera is stated in secular language. One can integrate into this explanation meanings for the opera’s religious symbols, or, if preferred, even regard the religious elements literally. However, the basic story remains the same.

The creative team obviously spent time thinking about what they considered the essence of “Tannhauser”, to see if it indeed could be made relevant to our times. Their resulting product appears to concentrate on the question: what is it that happens in the Venusberg that so disrupts the social structure in the Wartburg? Is there a way for the audience to share the shock that the denizens of the Wartburg experienced?

They knew that most of this 21st century audience would be from the Los Angeles area. The Dorothy Chandler Pavilion is itself just seven miles from the Kodak Theatre in Hollywood, where, the night after the “Tannhauser” premiere, and three nights before its second performance – the one I attended – the Academy Awards would be distributed.

What could happen in the Venusberg that could cause this audience, that certainly regards itself among the hip and sophisticated, to understand vicariously the social horror that the men and women of the Wartburg experienced?

The creative team came up with an effective formula – fill the Venusberg with beautiful people of both sexes, all nude except for the briefest of thongs, engaged in constant, unrelenting, explicit (or at least convincingly simulated) sex – twosomes of men and women, men and men, etc., threesomes, foursomes, fivesomes splitting off to form new threesomes and twosomes. Most of these performances were taking place on revolving stages, so that the audience would not miss too much.

The opera program lists 18 “dancers”, although “dancing” is a curious euphemism for the particular onstage performances of these 18 persons during the extended ballet of the Paris version. The simulations were so vivid, that one would not be astonished if, after all of the rehearsals and actual performances, that some longer term relationships might be developing among these dancers.

Los Angeles opera audiences might indeed be hip (or, at least, include many of the hip). But the community is an entertainment capital, where nightmares occur about film ratings so restrictive they eliminate the teenage market, or about the FCC fining big corporations for transgressions occurring on network television. So there is irony in the fact that things not permitted in films and television shows being created a few miles away, were occurring — not in some tiny, out of the way West Hollywood theatre — but, during, of all things, the performance of a Wagnerian opera in the Dorothy Chandler Pavilion.

The “Tannhauser” reviews probably knocked some of the reports of post-Oscar parties to the later pages. “Wagner pornucopia” was the inch high headline for the Los Angeles Times’ Calendar section. “‘Tannhauser’: the Adult Version” was the three-fourths of an inch headline for the Arts Entertainment section of the Orange County Register. The bottom line is that, just like the citizens of the Wartburg, it is possible to astonish people, even in the hip and sophisticated opera and theatre-going crowd of Los Angeles.

But opera performed for purposes of shock and sacrilege is what many opera-goers use to define that ultimate pejorative, “Eurotrash”. To save the new L. A. production of “Tannhauser” from that pigeon hole, can one find in the Ian Judge conceptualization of the stage action elements that redeem his approach, and bring new appreciation and understanding of the opera?

First, I will set down my impressions of the performance. There is no curtain for the opera. Each act begins with a facade in place which stretches across the entire front of the Dorothy Chandler Pavilion stage. The facade consists of nine dark plue pillars. Connecting each pillar are eight sets of very tall double doors, that often open as windows.

Conductor Conlon leads the Los Angeles Opera Orchestra in the famous prologue. At the point where the Prologue changes tempo to the exotic Venusberg music, we begin to see young men and women, partially clothed in evening dress through the windows of the tall doors. Then, as the opera begins, the pillars and doors are seen to be on curved tracks that snake around the sides and back of center stage.

A grand piano sits at stage right, to do duty as Tannhauser’s lyre in the Venusberg and to return to the Hall in which the singing contest will be held in a later scene. Tannhauser, German tenor Peter Seiffert, dressed in black pajamas and a red dressing gown crosses the stage to sit at the piano. The Venus, Lioba Braun, looking rather like a young Sally Field with an Annette Bening hairstyle, is in her bower in center stage in a red dress. Everyone is barefoot. There are vertical neon lights nearby, now glowing red. (The vertical neon pole will change color for different scenes throughout the performance.)

The youth in evening dress begin to shed their clothes, and each finds a nearby person to engage in first kissing and then (simulated) sex acts of demonstrable versatility. Seiffert, the Tannhauser, is burly and looks 50ish. According to some of the press, he was made to look up like an aging rock star visiting the Venusberg. (My suspicion is that if the production had a younger looking Tannhauser, not bound by on-stage inhibitions and with the physique of, say, a Nathan Gunn or Charles Castronovo – neither of whom would ever be expected to sing this role – Director Judge would have staged the scene quite differently.)

Braun’s Venus was a smaller voice than I am used to in this part, and Seiffert, who is unquestionably on the short list of world’s most prominent Tannhausers, exhibited, at several times during the first two acts, the vibrato spread and beat that often signals vocal difficulties. (He had his voice securely in control in time for an effective third act that should convince a person who has not seen him before that his reputation is warranted.)

Now a blue-violet vertical neon pole is seen. Tannhauser reveals to Venus that his appetites are surfeited and that he wishes to return to his German homeland. The orgy participants, ready to do something else, help take down the Venusberg set to move it into the next scene with the Wartburg hunting party. Tannhauser finds himself out in the cold – literally, it is snowing lightly. A large white leafless tree hangs askew from the top of the stage.

We hear the song of the shepherd boy (sung by Karen Vuong) from offstage, but there is a boy dressed as a cherub with small wings on-stage, who among other stage business (throwing snowballs and standing on the grand piano in his ski boots) arranges for the piano to be pulled out of the snow offstage. (I thought to myself, I wonder whether he is going to do a “snow angel” and he did. I also wondered if the boy, who obviously had to be in the wings waiting for the orgy to end so he could be onstage for the next scene, had parental guidance shielding him from too close an observation of the “dancing”.)

The vertical neon pole was glowing white when the pilgrims appear, costumed in white robes, each holding white staffs. Tannhauser, however, is dressed in black with a black scarf. Still barefoot, he kneels at a cross at mid-stage. The hunters arrive, also dressed in white. Although some have white hunting caps, some of the principals are wearing white Fedoras. Wolfram (German baritone Martin Gantner) is dressed in a white suit, looking rather like Truman Capote, or even more closely, Philip Seymour Hoffman playing Truman Capote, with spectacles resembling a stylish contemporary offering from Lenscrafters. The Landgrave (German bass Franz-Josef Selig) wore a white Fedora with a black band.

As Act II begins, we are introduced to Elisabeth. Since she is to be the princess of the singing contest, she has the hairstyle and general appearance of Princess Diana, and wears a white gown similarly styled to the red gown worn by Venus in Act I. The male dancers from the Venusberg reappear as waiters for the Landgrave’s festivities, each carrying trays filled with glasses of champagne, most of which are taken by the choristers, who prance in with great formality in elegant black and white evening dress, for the melodic toasts.

In the first examples of truly memorable singing in this performance, Petra Maria Schnitzer, the Elisabeth, engages in an affecting duet with Selig’s Landgrave. The Paris version of “Tannhauser”, besides a longer Venusberg scene, has a more extensive song tournament, with more music for Gantner’s Wolfram and for Walther von der Vogelweide (Rodrick Dixon). The other Minnesingers are Jason Stearns (Biterolf), Robert MacNeil (Heinrich der Schreiber) and Christopher Feigum (Reinmar von Zweter).

The act ends with a beautifully sung octet, although Seiffert’s Tannhauser was again showing some vocal stress. As Seiffert sang his “Nach Rom!” he ran out of the back door to join the pilgrims seeking the Pope’s blessing, as the chandeliers of the Wartburg minstrels’ hall are raised.

For the final scene, the cross is back at center stage, and there is a green glow, not just on the vertical neon pole, but throughout the stage, as green light shines through the windows. Elisabeth is dressed in a white gown with green overcoat, and looks for Tannhauser in the ranks of the returning pilgrims. Disheartened and disheveled, she goes to the cross.

After Schnitzer’s extraordinarily effective and expressive prayer, she leaves her overcoat on the ground and disappears through the same portal that Seiffert’s Tannhauser left for Rome.

Gantner’s Wolfram, dressed in modern topcoat, sweater and cravat, and carrying an umbrella, sings to the evening star the most famous aria from “Tannhauser”, his realization that Elisabeth has left this life forever. Wolfram picks up the overcoat and puts it at the base of the cross.

Then Seiffert reappears, summoning the vocal control needed for the great monologue in which Tannhauser describes his depressing interaction with the Pope. With Tannhauser in despair, Venus reappears with two of her dancer boys who approach the cross to try to coax Tannhauser back to the Venusberg.

When Wolfram makes Tannhauser aware that Elisabeth has won him his salvation, Tannhauser clutches Elisabeth’s discarded cloak. Venus having been repulsed, the two boys go back to caressing each other. The body of Elisabeth is brought onstage, as is the Pope’s staff, signalling Tannhauser’s redemption. The appearance of a boy angel, with more fully developed wings, is one of our final impressions of this remarkable production.

The Los Angeles production was unrelentingly theatrical, but did it pass muster as an appropriate presentation of “Tannhauser”? I think it did. Nowhere did it create a different storyline that Wagner did not intend (a criticism I made of Los Angeles Opera’s presentation of “Robert Wilson’s ‘Parsifal’” last December). Everything that is supposed to happen in a traditional performance of “Tannhauser” happened here.

Upon reflection, the wildness of Ian Judge’s Venusberg brought new insights into the relationships between these mythic characters. As the countervailing force to that wildness, the production was fortunate in having Schnitzer, a revelatory Elisabeth, who combined a beautiful voice, good acting abilities, and an attractive appearance. One could imagine a soul torn between Venus and Elisabeth, who comes to realize too late that it is the latter with whom he really wants to be.

I suspect that one way to determine whether the incorporation of non-traditional features into a standard repertoire work is whether you can exchange the traditional and non-traditional elements without doing violence to either the standard or non-traditional presentation. Here, clearly one could do so, without any harm whatsoever.

It would not matter whether Wolfram was wearing a white suit or the classic medieval tunic we associate with this opera, nor whether there was a shepherd boy or an angel, nor a grand piano or a lyre. (In my review of the Los Angeles Opera “Manon” in October, 2006 with Netrebko and Villazon, I made a similar argument in support of Vince Paterson’s updating of that opera.)

But this production, I believe, illuminated some aspects of what Wagner intended when he wrote his own libretto for this work. His Wartburg characters’ degree of shock in learning of Tannhauser’s time in the Venusberg seemed out of proportion to the situation, unless Wagner intended that Tannhauser’s activities in the Venusberg were something the Wartburgers would truly find unsettling.

I think the Los Angeles Opera production helps us sort through the sometimes recondite meanings in this work. It will be interesting to see the other two productions promised for California within the next year.

Voir également:

Opera director charged by Russian authorities with offending Christians

Timofei Kulyabin attacks ‘absurd’ charge over his production of Richard Wagner’s Tannhauser which is alleged to have ‘desecrated’ the image of Jesus Christ

The Guardian

25 February 2015

Russia on Tuesday accused the director of a production of a Richard Wagner opera of publicly offending the feelings of religious believers following a complaint from a senior Russian Orthodox cleric.

Thirty-year-old director Timofei Kulyabin told AFP he has been charged over his production of Wagner’s Tannhauser at Novosibirsk’s State Opera and Ballet Theatre in Siberia, which premiered in December.

“It’s absurd and I don’t want to take part in something absurd, to be honest,” he said.

“I just have a sense of deep incomprehension.”

Prosecutors said the director, who last year won Russia’s prestigious Golden Mask award, “publicly desecrated the object of religious worship in Christianity – the image of Jesus Christ in the Gospels”.

The administrative offence carries a maximum fine of 200,000 rubles ($3,165) for an official.

The case comes three years after a probe against the Pussy Riot punks who were sentenced to two years for “hooliganism”, specifically offending believers, after a performance in a Moscow church.

The case against the opera was opened after a senior Orthodox cleric, the Metropolitan of Novosibirsk, Tikhon, told the prosecutors that he had received complaints from offended believers.

“I wrote (to prosecutors) that Tannhauser breaches the rights of believers … Believers are offended, so to say,” Tikhon said at a news conference this month.

“I don’t want to and I cannot understand the system of values of Orthodox activists,” Kulyabin said. “They have nothing to do with theatre.”

He said that he and the theatre’s director, Boris Mezdrich, had been summoned by prosecutors several days ago to give statements.

Kulyabin said he feared a court could order that the offending scenes be cut or the production could be removed from the theatre’s repertoire.

“It just depends on the level of their imagination,” he said.

After the Pussy Riot case, Russia in 2013 introduced a new criminal offence – carrying out public acts that offend believers – which carries a jail sentence of up to three years. It is unclear how this differs from the “administrative” misdemeanour.

Wagner’s opera, first performed in 1845, is about a hero who falls for the charms of Venus but eventually returns to the Catholic church.

Kulyabin’s production shifts the action to the present day, making Tannhauser a film director, which the director said is “fairly radical”.

Voir encore:

Brèves
Non-lieu en Russie dans le procès d’un opéra de Wagner « offensant » les croyants
Fait religieux

11.03.2015

Le procès de deux responsables d’un théâtre de Novossibirsk accusés d’avoir « offensé les sentiments religieux des croyants » en proposant une version très moderne de l’opéra Tannhäuser de Wagner s’est soldé mardi 10 mars par un non-lieu dans cette ville de Sibérie. Un tribunal local a « prononcé un non-lieu », mettant fin aux poursuites contre le directeur du Théâtre d’opéra et de ballet de Novossibirsk, Boris Mezdritch, et le metteur en scène Timofeï Kouliabine, qui risquaient tous les deux une amende de 200.000 roubles (environ 2.900 euros), ont rapporté les agences de presse russes. Cette décision a été accueillie dans la salle d’audience par des applaudissements, selon la même source.

Le procès a été ouvert la semaine dernière après la plainte d’un évêque orthodoxe, appuyée par le parquet local selon lequel cette adaptation, jouée pour la première fois en décembre à l’opéra de Novossibirsk, « désacralise » l’image de Jésus Christ.

La version originale de l’oeuvre, une des plus controversées du compositeur Richard Wagner, a été jouée pour la première fois en 1845. Le héros, Tannhäuser, est le captif volontaire de la déesse de l’amour Vénus avant de chercher la rédemption auprès du pape pour ses excès sexuels. Timofeï Kouliabine a déplacé l’action au XXIe siècle, Tannhäuser devenant un réalisateur qui tourne un film sur la visite de Jésus Christ dans le repaire de la déesse Vénus.

Avec AFP

Voir aussi:

Romeo Castellucci : la pièce qui fait scandale

Armelle Heliot
Le Figaro

30/10/2011 à 07:45

Considéré comme «blasphématoire» par des mouvements intégristes, le spectacle de l’Italien suscite de violentes manifestations. Mais de quoi parle la pièce ?Il contemple le public. Il nous regarde. Monumental, le portrait du Christ est l’élément central que l’on découvre en pénétrant dans la salle du Théâtre de la Ville, comme on l’a fait en juillet dernier, à l’Opéra-Théâtre d’Avignon, pour les représentations de Sul concetto di volto nel figlio di Dio («Sur le concept du visage du fils de Dieu») de Romeo Castellucci. Le tableau original s’intitule Salvator Mundi («Le sauveur du monde»). Antonello di Messina (1430-1479) découvre les mains du Christ, en un geste de bénédiction paisible. Romeo Castellucci, lui, cadre plus serré ce visage et l’on ne voit ni le cou, ni les mains, ni les épaules. Haut front bombé, paupières délicates, prunelle foncée, visage ovale ombré d’une barbe et d’une fine moustache, ce Christ est rassurant. Très humain.

Sur le plateau, des éléments de décor blancs. Côté jardin, à gauche, un coin salon avec un divan, une télévision. Un coin chambre à cour avec un lit à allure d’hôpital. Au milieu, une table couverte de médicaments. Un père, très vieil homme, en peignoir. Son fils s’apprête à partir au travail. Le vieil homme est incontinent. Trois fois, le fils, avec une patience infinie, va le changer tandis que ce père, à la fin, sanglote, déchirant et, dans un mouvement de désespoir et d’abandon, souille complètement le lit. Le fils se réfugie au pied de l’image… Moment très éprouvant, très dur, nous rappelant que comme «inter faeces et urinam nacimur» (nous naissons entre fèces et urine), on meurt aussi ainsi…

Jets d’huile de vidange, œufs, injures
Des intégristes de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet protestaient, dimanche à Paris, devant le Théâtre de la Ville, place du Châtelet.
À Avignon, un deuxième mouvement suivait cette scène : des enfants surgissaient, sortant de leurs cartables des grenades de plastique qu’ils envoyaient sur le tableau sans que cela fasse le moindre bruit, sans que l’image soit le moins du monde abîmée. Castellucci disait avoir été inspiré par une photographie de Diane Arbus que l’on peut justement voir actuellement à Paris, au Jeu de paume, l’enfant à la grenade de Central Park en 1962… Ce moment a disparu : père et fils passent derrière la haute toile et l’on entend des grondements, et l’on voit des pressions à l’arrière. De longues traînées sombres – de l’encre de Chine selon Castellucci – coulent sur le visage impassible tandis que se déchire la toile et qu’apparaissent les mots «You are my sheperd», tu es mon berger, et qu’une négation «you ar not my sheperd» surgit.

C’est tout. Dans le document remis à Avignon, on parlait non pas de spectacle, mais de «performance», mais il faut l’entendre au sens de «représentation». Le premier soir, un homme s’écria «C’est nul !» et les jours qui suivirent on vit quelques personnes s’agenouiller devant le théâtre. Dans la ville où quelques mois plutôt certains chrétiens radicaux s’en étaient pris à l’œuvre de l’artiste américain Andres Serrano exposée à la Fondation Lambert, Immersion Pisschrist (nos éditions des 18, 19, 20 avril 2011), on pouvait craindre de vives réactions. Elles ne vinrent pas et, au contraire, de grandes personnalités catholiques organisèrent des rencontres publiques avec Romeo Castellucci. Ainsi Monseigneur Robert Chave et «Foi et Culture», ainsi des communautés religieuses.

Mais déjà certains sites de chrétiens radicaux appelaient à la mobilisation, certaines voix s’élevaient. Notamment celle des représentants de l’Institut Civitas, prenant dès fin juillet pour cible aussi Golgota Picnic de l’Argentin travaillant en Espagne Rodrigo Garcia, spectacle à l’affiche du Théâtre du Rond-Point du 8 au 17 décembre prochain, dans le cadre du Festival d’automne.

Depuis le 20 octobre dernier, date de la première représentation à Paris, des manifestants qui avaient, pour certains, depuis longtemps acheté des places, expriment avec violence leur refus : interrompant les représentations, s’en prenant aux spectateurs – jets d’huile de vidange, œufs, injures – ou priant et chantant des cantiques. Pour eux, on souille l’image du Christ. Or, les coulées et le délitement de l’image renvoient plus au chagrin du fils de Dieu fait homme, à son sentiment d’abandon sur la croix, qu’elles ne sont blasphématoires. Bien sûr, c’est difficile à comprendre. Ce spectacle a été présenté dans toute l’Europe sans incident. À Rome, la saison dernière, il s’est donné dans le calme.

À Paris, on devine qu’il y a, par-delà les déraisons des réactions, les froides raisons de la politique. Dans la manifestation qui a eu lieu samedi avec rendez-vous à la statue de Jeanne d’Arc, à Pyramide, lieu prisé de l’extrême droite, les banderoles disaient : «La France est chrétienne et doit le rester.» Par la voix de son porte-parole, Bernard Podvin, la Conférence des évêques de France a condamné les manifestations. Ce qui n’a pas empêché la dernière représentation du Théâtre de la Ville, cimanche après-midi, d’être donnée sous haute protection policière…

Au Centquatre, du 2 au 6 novembre, Paris IXe. Tél. : 01 53 35 50 00.

Parmi les manifestants, des radicaux de toutes confessions
Christophe Cornevin

Lancés dans une virulente croisade contre les «provocations blasphématoires» écornant l’image du Christ, les catholiques qui protestent depuis une dizaine de jours contre le spectacle de Romeo Castellucci font l’objet d’une attention policière toute particulière. Loin d’être considérés comme de «dangereux révolutionnaires», comme l’observait hier un haut fonctionnaire, ces traditionalistes se regroupent sous les bannières de l’Institut Civitas et de l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où s’exprime la ­pensée intégriste de la fraternité ­Saint-Pie X.

«Cent contrôles par jour»

Dans leur sillage, les services de renseignements ont récemment vu apparaître des royalistes de l’Action française, de nationalistes du Renouveau français ainsi qu’un noyau de militants du Groupe Union Défense (GUD). «Au plus fort des manifestations, qui ont regroupé jusqu’à 1500 personnes, nous avons procédé à cent contrôles par jour, confie un responsable policier. En fin de semaine, nous avons interpellé plusieurs individus porteurs de bombes lacrymogènes ou de boules puantes qu’ils comptaient jeter sur les spectateurs à l’intérieur ou à la sortie du Théâtre de la Ville. » À plusieurs reprises, la représentation de Sur le concept du visage du fils de Dieu a déjà été interrompue en raison d’incidents.

«Deux manifestants ont même été interceptés sur un balcon du théâtre alors qu’ils s’apprêtaient à asperger le site à l’aide de deux bidons d’huile de vidange», grimace un fonctionnaire. Plus inquiétant, une poignée d’islamistes radicaux ont rejoint le mouvement qui se retrouvait jusqu’à hier place du Châtelet à Paris, brocardant notamment sur Internet une «pièce ordurière» pour «défendre l’honneur du prophète Issa (Jésus)».

La reprise du spectacle, le 2 novembre au Centquatre, dans le XIXe arrondissement, risque d’être émaillée de nouveaux incidents. Mais les forces de l’ordre redoutent déjà que les esprits s’enflamment plus encore avec la programmation de Golgota Picnic à partir du 8 décembre prochain au Théâtre du Rond-Point. On y verra Jésus, rebaptisé ici «El Puta Diablo», sa plaie de crucifié emplie de billets de banque. Selon nos informations, la préfecture de police de Paris est saisie depuis vendredi dernier d’une demande d’interdiction du spectacle.

Voir également:

Romeo Castellucci : adresse aux agresseurs
Armelle Héliot

Le Figaro

le 24 octobre 2011

« Je veux pardonner à ceux qui ont essayé par la violence d’empêcher le public d’avoir accès au Théâtre de la Ville à Paris.

Je leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Ils n’ont jamais vu le spectacle ; ils ne savent pas qu’il est spirituel et christique ; c’est-à-dire porteur de l’image du Christ. Je ne cherche pas de raccourcis et je déteste la provocation. Pour cette raison, je ne peux accepter la caricature et l’effrayante simplification effectuées par ces personnes. Mais je leur pardonne car ils sont ignorants, et leur ignorance est d’autant plus arrogante et néfaste qu’elle fait appel à la foi. Ces personnes sont  dépourvues de la foi catholique même sur le plan doctrinal et dogmatique ; ils croient à tort défendre les symboles d’une identité perdue, en brandissant menace et violence. Elle est très forte la mobilisation irrationnelle qui s’organise et s’impose par la violence.

Désolé, mais l’art n’est champion que de la liberté d’expression.

Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu ; certainement pas la couleur marron dont l’artifice évident représente les matières fécales. En même temps – et je dois le dire avec clarté – il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle.

Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noir, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne.

Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. De plus, je tiens à remercier le Théâtre de la Ville en la personne d’Emmanuel Demarcy-Mota, pour tous les efforts qui sont faits afin de garantir l’intégrité des spectateurs et des acteurs. »

Romeo Castellucci

Sociètas Raffaello Sanzio

Paris, le 22 octobre 2011

«Le christianisme, religion la plus agressée» dans l’art

Olivier Delcroix
Le Figaro

30/10/2011 à 07:21

INTERVIEW – «Notre époque est passée championne dans l’art de défigurer les icônes du christianisme. Mais c’est dans sa vocation d’endurer cela intelligemment», estime le dominicain François Bœspflug.

Professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg, le dominicain François Bœspflug est l’auteur d’une monumentale histoire de l’Éternel dans l’art, Dieu et ses images. Il analyse les scandales et les controverses qui entourent l’art d’aujourd’hui, de plus en plus souvent qualifié de «christianophobe».

LE FIGARO. – Selon vous, la pièce de Romeo Castellucci est-elle «christianophobe» ?

François BŒSPFLUG. – Apparemment, oui. Dans la mesure où elle s’en prend, explicitement, lourdement, péniblement, à l’une des figures majeures en lesquelles se synthétise le message chrétien, le visage du Christ. Selon tous ceux qui ont vu la pièce, c’est à ce point pénible que l’on peut comprendre les réactions de croyants. Néanmoins, je crois qu’il convient de dépasser le grief de «blasphème» adressé à la pièce. Selon moi, elle illustre à merveille un des caractères structurels de l’art contemporain, qui est beaucoup plus ambivalent que platement christianophobe. L’idée que la pièce se déroule devant le Salvator mundi d’Antonello da Messina dit plus qu’une banale agression. Elle dit une obsession, une fascination, une prise à témoin du Christ, du Sauveur. Notre époque, surtout depuis quelques décennies, est passée championne dans l’art de défigurer les icônes majeures du christianisme. Mais c’est dans la vocation du christianisme d’endurer cela intelligemment. Le malheur, actuellement, est que les chrétiens sont profondément désarmés, moralement et intellectuellement. Il faut dire que l’on a congédié ceux qui pourraient les aider à réagir en connaissance de cause, je veux dire les spécialistes de la longue histoire de la défiguration des symboles chrétiens.

Le christianisme est-il devenu la cible privilégiée des artistes ?

Oui, sans doute. L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD…

Est-ce qu’il est mieux ou moins bien traité que les autres monothéismes ?

Moins bien, c’est incontestable. Il a droit, pour ainsi dire, à un traitement de faveur. Imaginez qu’à la place du visage du Christ, comme décor d’une pièce de théâtre, figure celui de Moïse, de Mohammed ou de Bouddha. Ce serait un tollé immédiat. De toutes les religions, le christianisme est, sans conteste, la plus agressée. Et selon moi c’est normal. Cela tient au fait que le christianisme aime autant l’image, qui s’expose, que la personne, qui oblige.

«Dieu et ses images. Une histoire de l’Éternel dans l’art», de François Bœspflug. 526 pages, Bayard, 39 €.

Voir de même:

Religion L’Eglise protestante unie ouvre la bénédiction aux couples homosexuels mariés
Agnès Chareton
17/05/2015

Réunis en synode national à Sète du 14 au 17 mai, 105 délégués de l’Eglise protestante unie de France se sont prononcés en faveur de l’ouverture de la bénédiction aux couples de même sexe mariés, par 94 voix pour, et 3 contre.

C’est un grand oui. Dimanche 17 mai, une très large majorité de délégués de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF), réunis en synode national à Sète (Hérault), ont voté l’ouverture de la bénédiction aux couples mariés de même sexe. A l’issue de trois jours de débats intense et de réflexion, les 105 délégués du synode, rassemblés dans le temple de Sète, ont adopté par 94 voix pour, et 3 voix contre, « la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Evangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu. »

La bénédiction des couples homosexuels n’est « ni un droit, ni une obligation », mais une « possibilité », et « ne s’impose à aucune paroisse, à aucun pasteur », précise l’EPUdF dans un communiqué. Les pasteurs qui souhaitent célébrer de telles bénédictions pourront donc le faire, en accord avec leur conseil presbytéral, et les pasteurs réfractaires n’y seront pas obligés. Cette décision est l’aboutissement d’un processus de consultation de 18 mois, mené à partir de janvier 2014 dans les paroisses et les Eglises locales, et dans les neuf synodes régionaux en novembre 2014. L’EPUDdf a choisi d’aborder la question des couples homosexuels sous l’angle plus large de la bénédiction.

L’EPUdF, forte de 250 000 fidèles, est la troisième Eglise de la Fédération protestante de France (FPF) à s’être prononcée sur ce sujet sensible, qui divise l’Eglise luthéro-réformée depuis plusieurs années. Il y a un an, l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) a décidé de se donner plus de temps avant de trancher, et depuis 2011, la petite Mission populaire évangélique de France autorise la bénédiction des couples homosexuels. A la différence des catholiques, pour les protestants, le mariage n’est pas un sacrement, mais le mariage civil peut être béni lors d’une célébration religieuse au temple.

Malgré le très fort consensus qui se dégage de la décision synodale, en faveur de la bénédiction des couples de même sexe, la question est loin de faire l’unanimité au sein de l’Eglise luthéro-réformée. Au cours du synode, quelques voix ont rappelé que le débat avait été « difficile », même « douloureux » dans certaines paroisses, tandis que d’autres ont pointé le risque de fragiliser, par cette décision, la communion avec les Eglises sœurs protestantes –notamment évangéliques- et le dialogue œcuménique avec l’Eglise catholique. Plusieurs délégués du synode ont insisté sur la nécessité de faire preuve de « pédagogie » concernant la réception de la décision par les paroisses et les Eglises locales.

Voir par ailleurs:

«Ride me all day for 3£» : la campagne d’une compagnie de bus galloise déplaît
Libération

12 mai 2015

Histoire.Les entreprises devraient pourtant le savoir, depuis le temps qu’on le dit : il n’est pas utile de mettre une femme seins à l’air sur une affiche pour vendre un produit qui n’a aucun rapport avec des seins, à l’air ou non. Ni de mettre un homme torse nu pour les mêmes raisons. Vous pouvez trouver ça drôle, glamour ou attirant, mais vous obtiendrez surtout de la mauvaise publicité. Une compagnie de bus de Cardiff (Pays de Galles) a pourtant décidé d’afficher au dos de ses bus la photo en noir et blanc d’une femme topless, dont les seins sont recouverts par un panneau : «Ride me all day for 3£», soit, en gros, «Montez-moi toute la journée pour 3£», «ride» évoquant à la fois une course (en taxi, en bus, de chevaux, etc.) et une relation sexuelle. D’autres bus montrent un homme torse nu avec le même panneau. Du coup, l’entreprise s’est pris un tollé et a décidé de retirer les affiches.

Voir de plus:

Les seins d’un Picasso floutés à la télévision américaine
La chaîne Fox 5 a censuré la poitrine des « Femmes d’Alger », un tableau peint par Picasso devenu la toile la plus chère du monde.
Francetv info

14/05/2015

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir. » Le Tartuffe de Molière a semble-t-il fait des émules outre-Atlantique. La chaîne américaine Fox 5 a flouté les seins peints par Picasso sur l’un des tableaux de sa série Les Femmes d’Alger peinte en 1955. Le blog du Monde Big Browser se fait l’écho, jeudi 14 mai, de la censure de cette œuvre d’art.

Fox 5, la chaîne locale new-yorkaise de la très conservatrice Fox, évoquait le prix record de ce tableau, la version O des Femmes d’Alger, la quinzième de la série. L’œuvre a été adjugée 179,36 millions de dollars, soit 157,57 millions d’euros, lors de sa vente aux enchères par la maison Christie’s à New York, lundi 11 mai. Elle est ainsi devenue en onze minutes seulement la toile la plus chère du monde.

Des « esprits sexuellement malades »

Sur Twitter, le critique d’art du célèbre New York Magazine, Jerry Saltz, a dénoncé  le zèle d' »esprits malades », « sexuellement malades ».

« Libérez les tétons »
Le mot-dièse « #freethenipple » – « libérez les tétons » en français – qui avait été utilisé lors de la campagne contre la censure de la nudité féminine sur Facebook a refait surface pour dénoncer « les dangeureux pervers » de « l’Amérique puritaine ».

Les censeurs de Fox 5 ont toutefois fait un oubli : si les seins ont été floutés, la paire de fesses au centre de la toile a, elle, été épargnée.

Voir par ailleurs:

Empire State Of Mind Lyrics
Jay-Z, Alicia Keys

[Jay-Z:]
Yeah,
Yeah, I’m ma up at Brooklyn,
Now I’m down in Tribe ca,
Right next to DeNiro,
But I’ll be hood forever,
I’m the new Sinatra,
And since I made it here,
I can make it anywhere,
Yeah they love me everywhere,
I used to cop in Harlem,
All of my Dominicans
Right there up on Broadway,
Brought me back to that McDonald’s,

Took it to my stash spot,
5-60 State street,
Catch me in the kitchen like a Simmons whipping Pastry,
Cruising down 8th street,
Off white Lexus,
Driving so slow but BK is from Texas,
Me I’m up at Bed Study,
Home of that boy Biggie,
Now I live on billboard,
And I brought my boys with me,
Say what up to Ty Ty, still sipping Mai-tai
Sitting court side Knicks and Nets give me high fives,
N-gga I be Spiked out, I can trip a referee,
Tell by my attitude that I most definitely from

[Alicia Keys:]
In New York,
Concrete jungle where dreams are made of,
There’s nothing you can’t do,
Now you’re in New York,
These streets will make you feel brand new,
The lights will inspire you,
Let’s hear it for New York, New York, New York

[Jay-Z:]
I made you hot nigga,
Catch me at the X with OG at a Yankee game,
Shit I made the Yankee hat more famous than a yankee can,
You should know I bleed Blue, but I ain’t a crip tho,
But I got a gang of niggas walking with my clique though,
Welcome to the melting pot,
Corners where we selling rocks,
Afrika bambaataa shit,
Home of the hip hop,
Yellow cap, gypsy cap, dollar cab, holla back,
For foreigners it aint fitted they forgot how to act,
8 million stories out there and their naked,

Cities is a pity half of y’all won’t make it,
Me I gotta plug Special Ed and I got it made,
If Jeezy’s paying LeBron, I’m paying Dwayne Wade,
3 dice cee-lo
3 card Monte,
Labor day parade, rest in peace Bob Marley,
Statue of Liberty, long live the World trade,
Long live the king yo,
I’m from the empire state that’s

[Repeat Chorus:]

[Jay-Z:]
Lights is blinding,
Girls need blinders
So they can step out of bounds quick,
The side lines is blind with casualties,
Who sipping life casually, then gradually become worse,
Don’t bite the apple Eve,
Caught up in the in crowd,
Now your in-style,
And in the winter gets cold en vogue with your skin out,
The city of sin is a pity on a whim,
Good girls gone bad, the cities filled with them,
Mami took a bus trip and now she got her bust out,
Everybody ride her, just like a bus route,
Hail Mary to the city your a Virgin,
And Jesus CAN save you! life starts when church starts,

Came here for school, graduated to the high life,
Ball players, rap stars, addicted to the limelight,
MDMA got you feeling like a champion,
The city never sleeps better slip you a Ambient

[Repeat Chorus:]

[Alicia Keys:]
One hand in the air for the big city,
Street lights, big dreams all looking pretty,
No place in the World that can compare,
Put your lighters in the air, everybody say yeah
Come on, come,
Yeah,

https://jcdurbant.wordpress.com/…/transport-aerien-quand-l…/

https://jcdurbant.wordpress.com/…/expositions-apres-le-sex…/

Voir encore:

The Erotic History of Advertising
Aromatic Aphrodisiacs: Fragrance
« Hello? »
« You snore. »
« And you steal all the covers. What time did you leave? »
« Six-thirty. You looked like a toppled Greek statue lying there. Only some tourist had swiped your fig leaf. I was tempted to wake you up. »
« I miss you already. »
« You’re going to miss something else. Have you looked in the bathroom yet? »
« Why? »
« I took your bottle of Paco Rabanne cologne. »
« What on earth are you going to do with it…give it to a secret lover you’ve got stashed away in San Francisco? »
« I’m going to take some and rub it on my body when I go to bed tonight. And then I’m going to remember every little thing about you…and last night. »
« Do you know what your voice is doing to me?
« You aren’t the only one with imagination. I’ve got to go; they’re calling my flight. I’ll be back Tuesday. Can I bring you anything? »
« My Paco Rabanne. And a fig leaf. »

Paco Rabanne – A cologne for men. What is remembered is up to you.

Not convinced about the power of product placement? Paco Rabanne had no hesitations. The company discovered a way to inventively insert its own product-Paco Rabanne cologne-into a series of sexually laden tête-à-têtes. The dialogue belonged to a two-page spread revealing the inside of an artist’s flat (see fig. 9.1). Against the far wall a man sits up in bed, sheets to his hips, talking on the phone; an empty bottle of wine sits near the foot of his bed. The dialogue flows down the page on the other side of the ad.
Additional vignettes include a lonely writer in Pawgansett, a musician with a towel wrapped around his waist promising the caller another bedtime story, and a man on his boat making arrangements for a rendezvous. All flirted with their lovers over the telephone, and all plots revolved around a missing (or empty) bottle of Paco Rabanne.
The ads created a mini-sensation when they first appeared in the early-1980s. Readers had fun guessing what the other person looked like. Some even speculated about the caller’s gender-notice that the text is ambiguous, and there is that reference about « a secret lover…stashed away in San Francisco. » An academic study even investigated another Paco Rabanne ad to see how readers interpreted the motive of a female caller-was she a slut, in control, out of control, rich?
Sexual content in fragrance advertising is manifest in the usual ways: as models showing skin-chests and breasts, open shirts, tight-fitting clothing-and as dalliances involving touching, kissing, embracing, and voyeurism. These outward forms of sexual content are often woven into the explicit and implicit sexual promises discussed in Chapter 1: promises to make the wearer more sexually attractive, more likely to engage in sexual behavior, or simply « feel » more sexy for one’s own enjoyment.
The Paco Rabanne campaign didn’t contain nudity (much anyway), and it didn’t come right out and say, « This is what attracts her to you…or you to him. » But, like most fragrance advertising, the campaign did create a sensual mood, and moods are essential in fragrance advertising. « A fragrance doesn’t do anything. It doesn’t stop wetness. It doesn’t unclog your drain. To create a fantasy for the consumer is what fragrance is all about. And sex and romance are a big part of where people’s fantasies tend to run, » confessed Robert Green, vice president of advertising for Calvin Klein Cosmetics, to the New York Times.
One thing is certain: fragrance marketers play to people’s fantasies. A study in 1970 conducted by marketing analyst Suzanne Grayson revealed that sex was the central positioning strategy for 49 percent of the fragrances on the market. The second highest positioning strategy was outdoor/sports at 14 percent. In Grayson’s analysis, sexual themes ranged from raw sex to romance with the fragrance positioned as an aphrodisiac-an aromatic potion that evoked intimate feelings or provoked behavioral expression of those feelings. According to Richard Roth, an account executive for Prince Matchabelli, « Fragrance will always be sold with a desirability motif. » Roth’s prediction, made in 1980, proved accurate as desirability, attraction, and passion remained central themes in fragrance positioning through today. What did change, however, was the content and expression of the desire motif over time. For one, as the Paco Rabanne repartee demonstrates, women became equal partners in « the chase. »
Fragrance Advertising in the 1970s
The 1970s were viewed by some in the industry as a cooling off period, when blatant sexual come-ons-at least those targeted to women-came to be considered passé and in bad taste. Some industry experts predicted that as sex roles evolved, with women entering the workforce and pushing for equality, sexual appeals casting the woman as a sex object would decrease. Grayson’s study seemed to confirm these observations. While sex was the largest positioning strategy in 1970, by 1979 only 28 percent of fragrances used a sex-only strategy. Sex was still present in many ads, but it was combined with other strategies such as youth, status, sports, and fantasy, which of course could have a sexual underlying theme. The tenor of women’s fragrances changed from the theme of turning on men to turning on the self-of being in control and self-sufficient.
Two women’s fragrances, described in more detail in the following sections, exemplify this transition. Introduced in 1975, Aviance used the « desirable quarry » approach. The perfume’s message was: use this to turn on your men. Effective then, this type of approach was soon deemed as « not what women respond to. » By the end of the 1970s, appeals could still contain sex but those with women in control would prove most effective. Fantasy was deemed a exemplary approach: « In fantasy, a lover may be part of the picture, but he is not needed, isn’t integral. Most importantly, sexual fantasy represents the woman in control. » Chanel’s 1979 ad featured fantasy as well as a subtle sexual reference.
Targeting men? That’s a different story. Use whatever strategy works, and Jovan chose one that was brazenly sexual. Its ads made outright promises, or pledges, rather, about the sexual outcomes of using its colognes. The campaign proved very successful, leaving one to wonder if men will ever learn.
Aviance’s « Night » Campaign
Despite having a scent described by its own marketing director as « not that appealing, » Aviance perfume proved to be a smash for Prince Matchabelli. Mark Larcy, now the president of Parfums de Coeur, was the marketing director who put together a successful campaign designed to play to the insecurities and desires of stay-at-home wives in the mid-1970s. The « I’m going to have an Aviance night » campaign sought to « …reassure the traditional housewife that she was still alluring, still exciting, and still able to be wild and carefree with the man she loved, » wrote brand historian Anita Louise Coryell.
Debuting in September 1975, the campaign’s original commercial was built around the proverbial « lingerie-clad wife meets husband at the door » motif. The spot features a woman transforming herself from housewife to lover-with Aviance as the latchkey. The housewife « throws off her unsightly cleaning clothes, including her bandana wrapped around her hair, dons an alluring negligee, coifs her hair, puts on makeup, and sprays herself with Aviance. She greets her husband at the door with a fetching look, and he gives her the once-over. His eyes light up with approval, » wrote Coryell. Anticipation may have been on his mind. The spot’s jingle was especially catchy: « I’ve been sweet and I’ve been good, I’ve had a whole full day of motherhood, but I’m gonna have an Aviance night. »
Short-lived, the spots ran intermittently for four months in 1975. The print campaign consisted of a four-color, full-page shot of the husband leaning against the doorway, as seen through the bare legs of what is assumed to be his horizontally positioned wife (see fig. 9.2). She raises the knee of one of her legs to create a triangle that frames the scene.
The ads were designed to appeal to an emergent segment of the population-women who were staying home in an era when more feminist-minded women were entering the workforce. In-depth research commissioned by Larcy found what he described as, « The stay-at-homes visualized their husbands at work with voluptuous, liberated women. » In addition, research revealed that women used fragrance to assist with role transformation-it helped them move from mother and wife to a sexual partner, or what Larcy described as « their better sexy shelf. » Aviance was positioned as the fragrance that would assist in that transformation.
Despite subsequent criticism about the way the woman in the ad is objectified-whose only worth to her man is as a sexual plaything-women played an integral role in the campaign’s development. The research effort was led by a female sociologist who was able to tap not only the insecurities, but the predilections and aspirations of women in the focus groups. In addition, the ad was produced by the female-agency Advertising to Women, the only agency to understand the product’s positioning, said Larcy. Even the jingle was created by the agency’s president, Lois Geraci Ernst.
In spite of its unappealing « strong, slightly musky scent, » the spot resonated with women. Aviance sold over $7 million its first year and the ad was selected by Advertising Age as one of the best commercials in 1975. In the 1980s, sexualized women would continue to be a mainstay in fragrance advertising, but women were just as apt to objectify as to be objectified.
Chanel « Share[s] the Fantasy »
Chanel first aired its « Share the Fantasy » or « Pool » commercial in 1979. The sensual spot was conspicuous for its lack of sexual explicitness and bold propositions. Showcasing a woman’s fantasy, the commercial was praised for requiring viewers to fill in the « missing images. »
Selling for over $250 an ounce, Chanel No. 5 has been one of the world’s top-selling perfumes since its introduction on May 5, 1921. An enduring symbol of French designer Coco Chanel’s influence, the package has remained virtually unchanged since she first tested the fragrance in the vial labeled « Chanel No. 5. » According to brand researcher William Baue, the 1979 commercial for Chanel No. 5 « became a defining moment for the French fragrance and company’s fashion advertising. » The campaign was part of an overall effort to boost the House of Chanel image, which had diminished after Coco Chanel’s death in 1971. The campaign was an important step for the company to help it reposition itself for the future.
The commercial began with dramatic yet sensuous retro music, and a shot of the enticing blue water in a swimming pool. A woman, facing away from the camera, lies on her back at the edge of the pool. The shadow of an airplane passes over her, followed by a woman’s European-accented voice-over, « I am made of blue sky and golden light, and I will feel this way forever. » A tall, dark man in a black Euro-style swimsuit dives in the water from the other side of the pool. Swimming underwater, he rises up in front of her-then disappears. « Share the Fantasy » was the tagline for the commercial, but only in the American version. It wasn’t needed in France where Chanel’s brand identity is at icon status.
Directed by Ridley Scott, a British film director whose later credits include Alien, Blade Runner, and Thelma & Louise, the spot was produced in-house under the guidance of Chanel’s longtime artistic director Jacques Helleu. A beautiful spot with rich colors, it was truly an indulgent yet tranquil fantasy-sure to lower heart rates in its brief 30 seconds.
The spot’s lack of carnality and blatant sexual referents diverged from other fragrance advertising at the time. « Focusing on fantasy allowed Chanel to harness the power of sexuality without crossing the border into distaste, » observed brand researcher William Baue. The subtle approach was a wise strategy considering that the target audience was older women: « Our advertising is sexy, but never sleazy. If anything, we tend to pull back, rather than go too far, which is opposite of the rest of the business, » remarked Lyle Saunders, a Chanel executive, to Adweek. « Pool » was one of five spots produced for the long-running campaign; the spot ran from 1979 until at least 1985, perhaps longer. Although the company doesn’t release its sales figures, Chanel ratcheted up its prestigious image, and Chanel No. 5 never lost its position as one of the top best-selling perfumes in the world.
Jovan’s Advice: « Get Your Share »…of?
Jovan, Inc., a small fragrance marketer, spiced up consumer advertising and the fragrance industry in the mid-1970s. Executives at the company used blatant sex appeals to boldly introduce a line of musk-oil-based colognes and perfumes. Headlines proclaimed, « Sex Appeal. Now you don’t have to be born with it, » and « Drop for drop, Jovan Musk Oil has brought more men and women together than any other fragrance in history. » The approach earned the company and its three executives accolades, and sales soared from $1.5 million in 1971 to $77 million by 1978. Eleven years after it was founded, a British conglomerate bought Jovan for $85 million. With no previous experience in the fragrance industry, Jovan’s founding executives implemented a sexual marketing strategy that proved to be a very smart venture.
Bernard Mitchell and Berry Shipp were looking to get into a new line of business in 1968 when they founded Jovan with a mink bath oil product. The company’s name was chosen for two reasons: Jovan sounded French, and the name was similar to the company’s two primary competitors, Revlon and Avon. Richard Meyer, a Chicago ad executive, soon joined Jovan to write the ads and creatively manage the fragrance campaigns. Meyer eventually became president of the company.
The company’s success was linked to its Jovan Musk Oil, introduced in 1972. Musk, a synthetic version of an animal pheromone, was marketed for its ability to enhance sexual attraction-though musk’s magnetism is debatable. The product’s genesis was happenstance. Shipp was passing through Greenwich Village when he saw lines of young people buying small bottles of full-strength musk from street venders. Shipp carried the idea back to Jovan, and soon the company was producing a fragrance based largely on musk. Until then, musk had been used only in small amounts as a fragrance additive.
The company’s success was tied to several factors, one of which was its sexual marketing strategy. All promotional activities appeared to position the fragrance as a sexual entrée. For example, consumers were told that Jovan products would help them attract members of the opposite sex, and increase their odds for steamy liaisons. Many Jovan ads contained the subtle argument that people were having sex, and if the reader wasn’t satisfied with his or her « share, » Jovan could be of service. Sex and intimacy were the prizes, and Jovan was positioned as the purchase that helped consumers achieve those ends. Consider a Jovan Musk Oil headline in 1977: « In a world filled with blatant propositions, brash overtures, bold invitations, and brazen proposals…Get your share. »
A 1975 retail ad for Jovan Sex Appeal aftershave/cologne for men, contained the headline, « Sex Appeal for Sale. Come in and get yours. » The tagline read, « Jovan Sex Appeal. Now you don’t have to be born with it. » The only image in the ad, besides the headline, was an illustration of boxed Jovan bottles. The packaging was unique because it was the ad’s copy. The anti-packaging, this brown bag approach, fit the spirit of the ’70s. What did Sex Appeal smell like? Just read the box: « [a] provocative blend of exotic spices and smoldering woods interwoven with animal musk tones. » The description begs the question, what exactly is an animal musk tone? And what species were they referring to-dog or wild jungle beast? It didn’t matter, consumers were buying Jovan by the truckload.
The Fragrance Foundation also liked the ads. In 1975 it voted Jovan’s Musk Oil promotion the « most exciting and creative national advertisement campaign. » Jovan’s CEO, Bernie Mitchell, also earned an industry award. He was voted « the year’s most outstanding person. »
Often, the packaged fragrance was the only illustration. These ads contained attention getting headlines relying on double entendre, references to sex, and explicit promises. Copy in the ads served to elaborate on the suggestive reference in the headline. Consider a 1977 ad appearing in Jet magazine. It contained the headline, « And, it’s legal. » The copy went on to read: The provocative scent that instinctively calms and yet arouses your basic animal desires. And hers. …A no nonsense scent all your own. With lingering powers that will last as long as you do. And then some. …It may not put more women into your life. But it will probably put more life into your women. Because it’s the message lotion. Get it on!
Other ads contained images of nudity and sexually suggestive behavior. For example, another full-page ad appearing in Jet contained a small image of an apparently naked Black couple in a passionate embrace. He’s kissing her neck. Her head is tilted back and her eyes are closed, seemingly in rapture. The headline read, « Drop for drop, Jovan Musk Oil has brought more men and women together than any other fragrance in history. »
A seductive ad targeted to women ran in issues of magazines in 1976 (see fig. 9.3). The headline read, « Jovan Musk Oil Perfume. The only Musk oil dedicated to the proposition. » The image was an extreme close-up shot of a man’s hand lightly resting on a woman’s knee. The man is wearing a wedding ring, but who knows for sure if it’s his wife’s leg he’s touching-it was the ’70s after all. The packaging on the box reads: « It releases the animal instinct. Musk oil is the exciting scent that has stimulated passion since time began. Cleopatra, Helen of Troy, Pompadour knew the spell it could create. So can you. » Similarly styled ads promoted men’s cologne. For example, an ad scheduled to run in Jet contained Black models in a similarly posed shot.
The headline in a 1976 ad, targeted toward women, contained a blatant double entendre typical of Jovan ads, « Someone you know wants it » (see fig. 9.4). Another ad for a different fragrance targeted toward women, Belle de Jovan perfume, contained an image reminiscent of a 1930s romantic appeal. In the hazy image, a man is kissing a woman’s neck. The headline reads, « Introducing Belle de Jovan Perfume. Open. Apply. Experience. Savor. Whisper. Touch. Caress. Stroke. Kiss. . . » There is little doubt about the lustful allusion in this ad. As a call to action, the ad’s tagline reads, « Wear it for him. Before someone else does. »

A 1977 Jovan ad designed to appeal to men read: « 11 great Jovan aftershave/colognes. If one doesn’t get her, another will. » The scene evokes thoughts of a singles’ bar. The man is sitting at a bar with a drink, looking at the viewer. A smiling woman closes her eyes as she whiffs his cologne. The obvious meaning is that men will attract women if they wear one (the correct one, mind you) of Jovan’s colognes.

Jovan carried its sexual expression one step further when it sponsored a limerick contest in 1979. The company invested $500,000 in television and magazine advertising to promote the contest. Readers submitted new last lines for limericks published in the ads. Winners were eligible for cash prizes and trips to Club Med. In the ad, the limerick was scrawled on a wall in the men’s room. Other scrawl in the ad attempted to make the scene believable. For instance, there were hearts with initials in them, a Kilroy-esque symbol, and a phone number for « Arlene. » The limerick read as follows:
There was a young man named McNair, Whose cologne did defile the air. Women with him were brusk, Until he tried Jovan Musk, And now he gets more than his share.
« More » was bold and underlined. A limerick aimed at women told of a boring young maiden who « pleasantly found of the action around, She now gets her share and much more. » These limericks helped to reinforce Jovan’s « get some » strategy.
Until Jovan’s brazen advertising approach, fragrance ads had been mysterious and subtle about the seductive powers of their perfumes. According to an Advertising Age writer, « Perhaps it is because the company’s blatant claims about enhancing the sensual characteristics of a woman’s basic animal instincts exploit what the more decorous fragrance marketers have only been hinting at for years. » Another writer observed that Jovan had ignored the « mystic marketing approach beloved by established fragrance houses »-much to its own success.
Jovan’s success was also tied to is distribution strategy. Unlike most advertised fragrances, Jovan mass marketed its products like packaged goods instead of upscale, image-conscious products. Compared to most colognes and perfumes, Jovan was very competitively priced. For example, smaller bottles were priced at $1.50 and displayed near the checkout at mass merchandisers, drugstores, and department stores. In 1976 for example, Jovan was available in over 22,000 outlets. Using a convenience goods marketing technique (extensive distribution and low price point), Jovan ramped up sales. One ad headline unabashedly proclaimed, « Sex Appeal by Jovan. Now at Walgreens. »
Jovan also created demand for a « wardrobe » of fragrances. Instead of purchasing one Jovan fragrance, consumers were encouraged to use different fragrances throughout the day. Depending on your activities (or goals), there were lighter scents for work and play. In 1977, for example, there were eleven product lines-scents, as Jovan preferred to refer to them-for men. A line of « light colognes » for women was promoted in an interesting ad. A woman is shown sitting between two men who are obviously interested in her. All of them are wearing sports attire (e.g. tennis shorts, tank tops) and she’s signaling « time out » with her hands. « Sometimes you’d rather keep it light, » read the headline. What was the message? If you want to smell nice but keep the boys at bay, wear a lighter musk. In 1981 Jovan introduced Andron (for men and women), a pheromone-based, fragrance. True to form, Andron’s pheromone mixture was touted as a signal for sex.
As previously mentioned, an innovative technique used by Jovan was to print sales copy directly on the box. This approach was referred to as the « talking package » because copy on the box described the contents. For example, a magazine ad for Jovan’s Sex Appeal in 1975 featured images of a teal box with silver and white lettering. Aside from the headline, « Now you don’t have to be born with it, » the ad’s copy was what was printed on the packaging. « This provocative, stimulating blend of rare spices and herbs was created by man for the sole purpose of attracting woman. At will. » The copy also proclaims that men can never have enough « sex appeal. » This particular ad ran in Viva, Cosmopolitan, and Oui. Ads for Sex Appeal for Women fragrance appeared in Harper’s Bazaar, Mademoiselle, Glamour, Essence, and People.
Jovan is the story of a sexual positioning strategy that paid off handsomely. In Jovan’s advertising, packaging, and promotions, sex was always at the core. True, perceptions did exist at the time that musk, Jovan’s primary ingredient, was a sexual attractant, but Meyer and Jovan’s agencies exploited the belief for all it was worth. Unlike other fragrance ads up to that time, Jovan’s advertising contained unabashed sexual claims that Jovan users would become sexual magnets.
More important, Jovan’s appeals resonated with consumers. In 1976, Jovan was third in market share for men’s fragrances and tenth for women’s lines. Although market share for men’s fragrances was a fifth of the market for women’s fragrances, Jovan exploited a male market that was just beginning to take interest in personal care. As a result of its success, Jovan was bought for $85 million by British conglomerate Beecham. With over 97 percent of the purchase price going to Jovan’s three top executives, it’s fair to say that they « got their share. »
Fragrance Advertising in the 1980s
If there was a theme in 1980s fragrance advertising, it was that women and men were equals in the sexual pursuit. Forbes writer Joshua Levine commented in 1990, « Advertisements today frequently picture women as sexual aggressors or at least equal sparring partners, rather than available sex objects. » He could have been describing any number of fragrance ads targeted to both women and men. Perhaps it was the Paco Rabanne ads described earlier, in which the women are just as deft as the men at trading playful one-liners.
Revlon’s Charlie created a stir with a subtle gender-bending pat on the backside in 1987. Successful since its introduction in 1973, writer Robert Crooke described the Charlie campaign as « geared to a theme of energy and female self-sufficiency that borders on brazenness. » Shelley Hack, soon to join Charlie’s Angels, was the original model. The brazenness was put into action when a Charlie model reached down and gave her male colleague a pat that lives in infamy. Was the gesture sexual or merely playful? According to Mal MacDougall, the man who wrote the ad, « It was meant as an asexual gesture, the same kind of thing a quarterback does to a lineman. » Not everyone was convinced; the New York Times refused to run the ads, saying they were sexist and in poor taste.
Women’s newfound sexual assertiveness was evident in many ads at the time. A 1985 ad for Anne Klein perfume shows a couple disrobing in a sequence of 12 snapshots. The woman begins the action by pulling off the man’s tie-no headline for the ad was necessary. A woman pins a man against the side of a giant fragrance bottle in a Coty Musk cologne ad. Pulling his shirt off, she presses up against him, a leg thrust between his: « It must be the Musk. » In « The Joy of Sax » ad for Saxon aftershave, a woman is shown stroking a man’s face: « Your partner will respond to the difference. »
Another trend influenced the look of fragrance advertising in the 1980s. Referring to the influence of AIDS, Adweek’s Dottie Enrico made the following observation in 1987: « Today we’re seeing plenty of sex in ads, but much of it is being couched in the more cautious context of obviously monogamous relationships. » Enrico was referring to a dampening of unabashed sexual interaction in advertising. Reflecting the country’s mood, the headline for a Coty Emeraude perfume ad read: « I love only one man. I wear only one fragrance. »
Revlon struck the right balance with Charlie, but hit resistance with its Intimate perfume television spot in 1987. Hot (and cold) and steamy, the spot contained what some referred to as a 9 1/2 Weeks-inspired ice cube scene. In the ad, a man sensually runs an ice cube down a woman’s cheek and neck. The ad had to be reworked before it was allowed to run on network television. « It’s chilling-both literally and figuratively, » remarked market researcher Judith Langer, of Langer and Associates. « I think it went too far for a lot of people. » Although the couple was « partnered, » the ad was deemed too risqué at a time when, as Levine noted, « fear of AIDS has given overt sexual imagery menacing overtones. » The print version of the campaign contained the headline, « An Intimate Party, » and tagline, « The Uninhibited Fragrance. » Revlon’s Intimate wasn’t the only fragrance spot that had to be reworked. Networks refused to clear a broadcast version of the Paco Rabanne dialogue ad until the male model donned a wedding ring. « I think we’re seeing less of the swinging single in advertising because of the current health situation, » advertising executive Lynne Seid told Adweek.
Despite the dampening of erotic imagery, nudity-especially in Calvin Klein fragrance ads-set new boundaries. Although Obsession was not introduced until 1985, Calvin Klein campaigns dominated fragrance advertising in the 1980s; not in sheer number, but in tone.
We are grateful to Tom Reichert and Prometheus Books for granting aef.com permission to post this excerpt.

Voir enfin:

Alain Corbin: «C’est le temps des oies blanches et des bordels»

Simonnet Dominique

L’Express

01/08/2002

Tant de désirs retenus, tant de frustrations cachées, tant de médiocres conduites… Voilà un siècle bien mal dans sa peau! Le XIXe s’ouvre dans un soupir romantique («Hâtons-nous, jouissons!» déclame Lamartine) et se dévoie dans l’hygiénisme froid des confesseurs et des médecins. Siècle hypocrite qui réprime le sexe mais en est obsédé. Traque la nudité mais regarde par les trous de serrure. Corsète le couple conjugal mais promeut les bordels. Comme si, à ce moment-là, toutes les contradictions du jeu amoureux se bousculaient. Bien sûr, ce sont encore les femmes qui en font les frais. Mais ne jugeons pas trop vite! s’écrie l’historien Alain Corbin. Vers sa fin, ce curieux XIXe tire sur le devant de la scène une composante de l’amour jusqu’alors inavouée: le plaisir. Il est là pour rester.
Il est devenu ce qu’il est convenu d’appeler un «historien des mentalités». Plus que les grands événements, c’est l’intérieur des êtres qui le passionne, leur intimité, leurs émotions. Comment pensaient-ils? Comment se représentaient-ils le monde? Comment vivaient-ils leur propre histoire? Au fil des années, Alain Corbin, qui s’est fixé sur le XIXe un peu par hasard (cela lui épargnait de faire du latin), est devenu le spécialiste des sentiments et des sensations: il a étudié l’odorat (Le Miasme et la jonquille, Flammarion), le désir de rivage (Le Territoire du vide, Flammarion) et, bien sûr, le sentiment amoureux (Les Filles de noce, Champs Flammarion). Toujours se rapprocher des êtres, essayer de se mettre dans leur tête, voilà son défi. Cette fois, il s’est glissé dans les lits.

Voici venu le temps des langueurs, des états d’âme, des rêveries inspirées. Après la froide parenthèse révolutionnaire racontée par Mona Ozouf la semaine dernière, le début du XIXe siècle se love dans le romantisme. Comme si, soudain, le sentiment amoureux,
si longtemps réprimé, devenait une priorité. Du moins, dans la littérature.
Un nouveau code amoureux, en effet, s’élabore après la Révolution, et renoue avec la nostalgie d’un monde idéal, de la complétude rousseauiste. Le thème de l’amour romantique est omniprésent dans les romans, il se glisse dans les manuels de savoir-vivre, et même dans la littérature pieuse. C’est le grand siècle de la confession, de l’introspection, du journal intime que l’on fait tenir aux jeunes filles de bonne famille et qu’elles arrêtent en général avec le mariage. Soudain s’exprime un intense besoin d’épanchement. On évoque la météorologie de soi, on identifie les variations de son être à celles du ciel: «J’établirai un baromètre à mon âme» (Rousseau). On en appelle aux élans du coeur, on fuit loin du corps vers un angélisme diaphane, et on s’abandonne à des rêves d’amours éthérées.

Des rêves de pureté, où l’influence des idées religieuses est forte.
Le discours romantique, qui s’enracine dans le XVIIIe siècle – songez à la Charlotte de Werther – et ne concerne qu’une petite élite culturelle, est en effet truffé de métaphores religieuses: l’amant est une créature céleste; la jeune fille, un ange de pureté et de virginité; l’amour, une expérience mystique. On parle d’aveu, de souffrance rédemptrice, on est «éperdu d’amour», les coeurs «saignent» … A la parole, qui serait trop scandaleuse, on substitue un frôlement, une rougeur, un silence, un regard… Tout se joue sur le choc de la rencontre, la silhouette fugitive aperçue au détour du bosquet, la douceur du parfum, ou un serrement de main comme entre Adèle et Victor Hugo. Dans l’évocation et la distance.

Et donc la frustration…
Mme de Rênal (Le Rouge et le Noir) ou Mme de Mortsauf (Le Lys dans la vallée), substituts de l’amour maternel, portent en elles la question de l’éducation sentimentale et la frustration de la sexualité romantique. Mais attention: l’amour ne se dit que lorsqu’il y a manque, obstacle, éloignement, souffrance; l’historien trouve peu de traces du bonheur. Par ailleurs, le sentiment amoureux a été contenu pendant des siècles et on ne sort pas facilement d’une telle prison: l’idéologie courtoise, la virginité de la Renaissance, la condamnation du «fol amour» par la Réforme, le péché de la chair, tout cela continue à influencer les conduites amoureuses. On peut donc se demander si ce romantisme angélique exprime le reflet de la réalité ou, au contraire, une forme d’exorcisme, la compensation par l’imaginaire d’un manque éprouvé dans la vie quotidienne…

Question qui court tout au long de notre histoire de l’amour. On a toujours conclu à un grand décalage entre l’imaginaire et la réalité des conduites privées, souvent même à une franche opposition. Il y a loin du discours à l’alcôve.
C’est encore le cas au XIXe. Ainsi du mariage. En dépit du discours romantique, il reste organisé par la contrainte sociale: il existe un véritable marché matrimonial. Quant à la sexualité, la correspondance de Flaubert le montre: il y a une coexistence étonnante entre les postures angéliques du romantisme et les pratiques masculines qui se caractérisent par les exploits de bordel. C’est le temps des oies blanches et des maisons closes! On ne vit pas, et on ne dit pas, la sexualité de la même manière selon que l’on est homme ou femme.

Qu’est-ce qui fait la différence?
Côté féminin, l’imaginaire est centré sur la pudeur: une jeune fille de bonne famille ne se regarde pas dans le miroir, ni même dans l’eau de sa baignoire; on prescrit des poudres qui troublent l’eau pour éviter les reflets (en revanche, les miroirs tapissent les murs des bordels). Les femmes connaissent mal leur propre corps, on leur interdit même d’entrer dans les musées d’anatomie. Le corps est caché, corseté, protégé par des noeuds, agrafes, boutons (d’où un érotisme diffus, qui se fixe sur la taille, la poitrine, le cuir des bottines). Côté masculin, ce sont des rituels vénaux et une double morale permanente: le même jeune homme qui identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l’aiguille dans les grandes villes) ou une grisette, jeune fille facile et fraîche qu’on abandonnera pour épouser l’héritière de bonne famille. Comme le raconte Balzac dans Une double famille, il n’est pas rare de conserver, après le mariage, une «fille» entretenue.

Mona Ozouf le remarquait déjà: il y a donc, pour les hommes, deux types de femmes: l’ange et la garce.
Une vraie dualité, aussi, dans la représentation du corps féminin: il est à la fois idéalisé et dégradé. «Hier vous étiez une divinité, aujourd’hui vous êtes une femme», écrit en substance Baudelaire après sa première nuit avec Mme Sabatier. La femme est supposée simuler la proie et taire un éventuel plaisir. Louise Colet, qui assaille Flaubert dans un fiacre et fait l’amour avec lui dans un hôtel de fortune, lève ensuite les yeux au ciel et joint les mains comme à la prière. Jean-Paul Sartre aura ce commentaire: «En 1846, une femme de la société bourgeoise, quand elle vient de faire la bête, doit faire l’ange.» Les hommes de ce temps-là sont obsédés par le sexe, qui les angoisse. Ils se rassurent en tenant les comptes de leurs prouesses, tels Hugo, Flaubert, Vigny.

On est loin du romantisme, en effet.
Chez les bourgeois, la nuit de noces est une épreuve. C’est le rude moment de l’initiation féminine par un mari qui a connu une sexualité vénale. D’où la pratique du voyage de noces, pour épargner à l’entourage familial un moment si gênant… La chambre des époux est un sanctuaire; le lit, un autel où on célèbre l’acte sacré de la reproduction. Il est d’ailleurs souvent surmonté d’un crucifix. Le corps est toujours couvert de linge. La nudité complète entre époux sera proscrite jusque vers 1900 (la nudité, c’est pour le bordel!). On fait l’amour dans l’ombre, rapidement, dans la position du missionnaire, comme le recommandent les médecins, sans trop se soucier du plaisir de sa partenaire. Les femmes avouent-elles leur plaisir, surmontent-elles le mépris ou le dégoût que peut leur inspirer leur partenaire? Elles n’en parlent jamais dans leurs journaux intimes ou leurs correspondances avant les années 1860.

Chez les hommes, en revanche, le discours sur la sexualité n’est plus tabou.
Il est intarissable! Dans les romans, les obscénités sont codées, et la littérature chansonnière est obsédée par l’organe viril. L’imaginaire masculin se nourrit des stéréotypes de l’amour vénal de l’Antiquité. Post coitum animal triste: déception, dégradation de l’image de soi et de l’autre… Le vieux fond libertin travaille les hommes du XIXe: ils ont lu Sade. Une fois mariés, ils ont la nostalgie de leurs aventures avec les cousettes. Les maisons closes de quartier sont là pour soulager tous ces maris frustrés, qui rentrent ensuite sagement à la maison. C’est la sexualité utilitaire. Les maisons contrôlées n’empêchent pas la prostitution clandestine: de pauvres filles se donnent dans les fossés des faubourgs.

Dans les campagnes, on vit ses amours avec un peu plus de liberté.
La campagne, c’est un autre monde. Comme Jacques Solé l’a montré pour le XVIIIe siècle, on pratique une sexualité d’attente, on se déniaise dans les foins, on ferme parfois les yeux quand un cadet viole les petites bergères. On se touche, on «fait l’amour», c’est-à-dire on se courtise. La fille abandonne au garçon le «haut du sac» ou elle se laisse «bouchonner». Dans certaines régions, on pratique le «mignotage» ou, en Vendée, le «maraîchinage», forme de masturbation réciproque. Dans les bals, les filles se laissent caresser sans que cela porte à conséquence. Curieusement, le baiser profond reste un tabou. De leur côté, les bourgeois rêvent de ces amours simples et libres. Mais ils en ont peur.

D’autant que les médecins ne sont pas plus tolérants que les confesseurs. C’est la grande nouveauté: la science se mêle de sexualité.
Oui. Pour les médecins, la sexualité est un «instinct génésique», une force violente nécessaire à la reproduction, théorie qui justifie la double morale des hommes: il faut bien qu’ils satisfassent leur instinct dévorant. Les médecins dénoncent les conduites déviantes, la femme hystérique, l’homosexualité, la sexualité juvénile, toutes ces aberrations de l’ «instinct génésique». La masturbation suscite leur effroi. Elle conduit, disent-ils, à un lent dépérissement. Le plaisir solitaire de la femme, c’est du vice à l’état pur. Jusqu’alors, on pensait que le plaisir féminin était lié aux nécessités de la reproduction. Soudain, en découvrant les mécanismes de l’ovulation, on réalise que ce n’est pas le cas. Il semble donc superflu, inutile, comme le clitoris. Là encore, les médecins justifient l’égoïsme masculin. Le mot «sexualité» (qui marque la naissance de la scientia sexualis) apparaît en 1838 pour désigner les caractères de ce qui est sexué, puis est utilisé vers 1880 au sens de «vie sexuelle».

A partir de ce moment-là, les choses vont changer.
Oui. Dans le domaine de la vie privée, un autre XIXe siècle commence vers 1860. Tout bascule. L’époque est à l’enrichissement, à l’urbanisation. Les bourgeois souffrent de cette morale qui les enferme. Le code romantique commence à se dégrader. On n’y croit plus. Il suffit de lire la correspondance de Flaubert. Finis l’angélisme et les femmes diaphanes! Le sentiment amoureux se dévalorise.

Avec Madame Bovary meurt le romantisme. L’illusion tombe.
Exactement. Madame Bovary, c’est une dérision de l’adultère, une remise en question de l’imaginaire romantique. La femme n’est plus un ange. Elle fait peur. Après la Commune, on craint que l’animalité du peuple ne prenne le dessus. C’est le vice que décrit Zola dans Nana. Pensez aux Rougon-Macquart, mais aussi à l’oeuvre des frères Goncourt, ouvrages dans lesquels la femme est un être désaxé dont le portrait traduit l’anxiété biologique. On a peur aussi des grands fléaux vénériens. L’amour comporte des risques. Il devient tragique. Comme l’a montré Michel Foucault, ces nouveaux sexologues voient des perversions partout. Le bon Dr Bergeret, à Arbois, dont j’ai étudié le cas, estime que ses clientes sont malades parce que leur mari se livre trop à la masturbation réciproque. Pour lui, il n’y a qu’une prescription: une bonne grossesse, ça les apaisera! Le clergé fond, lui aussi, sur la sexualité conjugale et s’en prend à l’ «onanisme des époux». Mais on se met de plus en plus à critiquer ces confesseurs trop curieux, souvent ambigus, qui s’interposent entre les époux.

Le divorce, adopté en 1792 par les révolutionnaires puis supprimé en 1816, est rétabli en 1884. Les femmes le réclament par milliers. Mais l’adultère est le grand thème du moment.
L’adultère du mari ne peut guère être poursuivi; celui de l’épouse est toujours un délit, punissable en théorie jusqu’à deux ans de prison. Mais est-il aussi répandu? Sa mise en scène dans les romans et le théâtre n’est-elle pas encore une forme d’exorcisme? En même temps, les femmes ont une mobilité plus grande. La concentration urbaine, l’éclairage au gaz modifient les comportements; la vie nocturne s’intensifie, dans les bals, les spectacles, l’opérette. Se développe alors une pratique inédite entre jeunes gens: le flirt, qui emprunte à l’ancien code romantique et concilie la virginité, la pudeur et le désir… Une nouvelle ère commence.

C’est l’éclosion d’un nouvel érotisme…
On s’autorise désormais des attouchements, des baisers, des caresses… Celles qui flirtent se situent à mi-chemin entre l’oie blanche et la jeune fille libérée. La sexualité conjugale en est changée, et le plaisir féminin commence à se dire. Quelques médecins audacieux conseillent aux maris d’user de plus de tendresse. Le couple conjugal s’érotise. L’influence des prostituées est indirecte: le jeune homme introduit dans le lit conjugal des raffinements appris auprès d’elles. C’est l’une des grandes craintes des moralistes: que l’alcôve ne se transforme en lupanar. A la fin du XIXe siècle se dessine un nouveau type de couple, plus uni: une femme plus avertie, un homme plus soucieux de sa partenaire. La contraception se développe (avec le coït interrompu, notamment). L’égoïsme masculin perd de sa superbe. Une sexualité plus sensuelle se dessine à la place de l’ancienne sexualité génitale et rapide vouée à la procréation. Entre époux, on s’appelle «chéri(e)». Certains romans pour jeunes femmes n’hésitent plus à esquisser un érotisme voilé. C’est en somme la première révolution sexuelle des années 60, un siècle avant la nôtre. La question de la sexualité est maintenant posée.


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