Télévision/Three girls: Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe (Political correctness gone wild: BBC Muslim gang rapes mini-series reveals how the police and social workers abandoned hundreds of British girls to Pakistani prostitution rings for years)

15 juin, 2018
 
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Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
Selon Stanley Cohen (1972), une « panique morale » surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Le sociologue propose également qu’on reconnaisse dans toute « panique morale » deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (« moral entrepreneurs »), initiateurs de la dénonciation collective ; et les « boucs-émissaires » (« folk devils »), personnes ou groupes désignés à la vindicte. Des chercheurs spécialisés dans la culture numérique, tels Henry Jenkins aux Etats-Unis, ou Hervé Le Crosnier, maître de conférence à l’université de Caen, utilisent également le terme de panique morale pour désigner la peur disproportionnée des médias et d’une partie de la population face à la transformation induite par tout changement technologique, perçue comme un grand danger à la portée de chacun. Les « paniques morales » sont souvent liées à des controverses, et sont généralement nourries par une couverture médiatique intense (bien que des paniques semi-spontanées puissent exister. L’hystérie collective peut être une composante de ces mouvements, mais la panique morale s’en distingue parce que constitutivement interprétée en termes de moralité. Elle s’exprime habituellement davantage en termes d’offense ou d’outrage qu’en termes de peur. Les « paniques morales » (telles que définies par Stanley Cohen) s’articulent autour d’un élément perçu comme un danger pour une valeur ou une norme défendue par la société ou mise en avant par les médias ou institutions. L’un des aspects les plus marquants des paniques morales est leur capacité à s’auto-entretenir. La médiatisation d’une panique tendant à légitimer celle-ci et à faire apparaître le problème (parfois illusoire), comme bien réel et plus important qu’il n’est. La médiatisation de la panique engendrant alors un accroissement de la panique. Les effets de ce genre de réactions sont par ailleurs nombreux dans le domaine politique et juridique. (…) Le terme « panique morale » a été inventé par Stanley Cohen (en 1972 pour décrire la couverture médiatique des Mods et des Rockers au Royaume-Uni dans les années soixante. On fait remonter aux Middletown Studies, conduites en 1925 pour la première fois, la première analyse en profondeur de ce phénomène : les chercheurs découvrirent que les communautés religieuses américaines et leurs chefs locaux condamnaient alors les nouvelles technologies comme la radio ou l’automobile en arguant qu’elles faisait la promotion de conduites immorales. Un pasteur interrogé dans cette étude désignait ainsi l’automobile comme une « maison close sur roues » et condamnait cette invention au motif qu’elle donnait aux citoyens le moyen de quitter la ville alors qu’ils auraient dû être à l’église. Cependant, dès les années 30, Wilhem Reich avait développé le concept de peste émotionnelle qui, sous une forme plus radicale, est la base théorique de la panique morale. (…) Le risque lié aux paniques morales est multiple. Les plus importants sont de ne plus croire ce qui est rapporté par les médias ou même de ne plus croire les informations justes, constituant ainsi le terreau du complotisme qui se répand au XXIe siècle avec la prédominance des échanges sur internet. C’est aussi mettre sur un même plan d’importance des éléments pourtant très différents. Ainsi,  certaines paniques dites “mineures” par Divan Frau-Meigs pourraient se retrouver à une même importance que des paniques morales majeures (le traitement de l’obésité au même niveau que la peur du terrorisme par exemple). Wikipedia
It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s. Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’. Cohen discusses the changes that have occurred in society and how this has had re-directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuine’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite-engineered, the contemporary ones are much more likely to populist-based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist-focused. The new criminalizers who address the moral panics are either post-liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti-denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover-up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attention, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heuristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher, to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation. Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter-hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past century, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse. Moral panics can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of the self. With the shift towards neo-liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fact that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour, expression and self-presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time-space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass forms of moral regulation is that it is too broad and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis. Dimitar Panchev (2013)
« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. » (…) « We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. » (…) Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids. People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago. « But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says. « They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer. « I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. » It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city: Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence. And those left on their own. Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house. Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night. These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it. « We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. » He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex. « Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them. (…) There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column. Ronnie Polaneczky
Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough. Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame. However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study. Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used. (…) Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote. Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling. The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said. ‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote. Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling. Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all. But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives. Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote. The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance. Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term. Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found. This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms. Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote. Daily Mail
L’upskirt (anglicisme argotique, littéralement « sous la jupe ») est une forme d’érotisme ou de pornographie particulièrement présente sur Internet, constituée de photographies ou de videos prises sous les jupes des femmes (le plus souvent en contre-plongée en position debout, ou de face en position assise), dans le but de montrer leurs sous-vêtements, voire leurs parties génitales et/ou leurs fesses. Bien que les prises de vues puissent être faites avec le consentement des sujets, les spectateurs de ce type de scènes recherchent le plus souvent des clichés pris furtivement, notamment dans des lieux publics, et donc, selon toute vraisemblance, à l’insu des personnes représentées, ce qui fait de l’upskirt une forme de voyeurisme. L’avènement des téléphones mobiles équipés d’appareils photo et de caméras est souvent présenté comme étant à l’origine du développement de cette pratique, mais en réalité, l’upskirt existe depuis que la mode a démocratisé la minijupe, c’est-à-dire vers le milieu des années 60. Une telle pratique sans le consentement de la personne photographiée peut être considérée comme illégale dans certaines juridictions. Wikipedia
Critiqué par ses fans pour avoir accepté de chanter lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, Robbie Williams a terminé sa prestation en faisant un doigt d’honneur. Un geste, réalisé juste après avoir rajouté un «I did it for free» dans les paroles de «Rock DJ», qui a immédiatement été très commenté sur les réseaux sociaux. L’Equipe
il s’agit de respecter une souffrance. Samia Maktouf (avocate de familles de victimes de l’attentat islamiste du Bataclan en réaction à la programmation dans la salle d’un certain Médine ayant intitulé l’un de ses disques « Jihad »)
Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien. À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie. Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières. (…) Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens». L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens. Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. (…) Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. (…) Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte». Le Figaro
C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ». (…) À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ». Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.(…) Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points. Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet. La Croix
Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. (…) Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. Jérome Fourquet
On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. Jacques Sédat (psychanalyste)
Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion. La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes. Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement. Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés. Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire. Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit. Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres. Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens. Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ? (…) Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ? Anne-Sophie Chazaud (Causeur)
A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder. Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others. Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday. (…) Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ». He also wrote that Muslim men were « preying on our children ». The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal. BBC
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018. Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution. Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire. Télérama
Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails. (…) Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…(…) C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer. Simon Lewis
Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux. (…) Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs. (…) J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes. (…)  La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées. Philippa Lowthorpe
By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013). This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete. (…) Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete. The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.” Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups. Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent). By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”. Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white. Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care. The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin. Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials. Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions. (…) Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation. “They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.” Channel 4 news
Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda. The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too. They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back. One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ». We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children. It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused. Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. » Anne-Marie Carrie
By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media. Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further. (…) the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000 (…) Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent). But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things? (…) Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world. How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people. It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web. (…) if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown? (…) We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off. What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion. Joseph Harker
In May 2012, nine men from the Rochdale area of Manchester were found guilty of sexually exploiting a number of underage girls. Media reporting on the trial focused on the fact that eight of the men were of Pakistani descent, while all the girls were white. Framing similar cases in Preston, Rotherham, Derby, Shropshire, Oxford, Telford and Middlesbrough as ethnically motivated, the media incited moral panic over South Asian grooming gangs preying on white girls. While these cases shed light on the broader problem of sexual exploitation in Britain, they also reveal continuing misconceptions that stereotype South Asian men as ‘natural’ perpetrators of these crimes due to culturally-specific notions of hegemonic masculinity. Examining newspaper coverage from 2012 to 2013, this article discusses the discourse of the British media’s portrayal of South Asian men as perpetrators of sexual violence against white victims, inadvertently construing ‘South Asian men’ as ‘folk devils’. Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
In more inflammatory terms, the Mail Online referred to the perpetrators as a ‘small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens’ (Dewsbury 2012) Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)

Attention: un entrainement peut en cacher un autre !

Au lendemain de la diffusion sur Arte, un an après la Grande-Bretagne, de la mini-série britannique Three girls

Sur la découverte, contre les services de la police et des services sociaux, d’un trafic sexuel de jeunes mineures par notamment des réseaux d’origine pakistanaise qui a touché pendant des années une dizaine de villes britanniques …

A l’heure où les peuples européens commencent à se rebiffer contre la folie tant immigrationniste que « sociétale » que prétendent leur imposer à coup de sondages ventriloques des dirigeants eux-mêmes protégés des conséquences de leurs décisions …

Pendant qu’entre nos écrans, nos scènes musicales et les téléphones portables de nos jeunes, l’on rivalise de vulgarité et d’irrespect y compris pour les morts …

Comment ne pas voir une nouvelle illustration de ce politiquement correct …

Qui contre les membres mêmes de ces communautés les plus lucides comme la baronesse Warsi ou l’imam d’Oxford Taj Hargey, va jusqu’à nier l’évidence …

A savoir l’existence et la sur-représentation d’une partie des immigrés pakistanais et donc musulmans qui considèrent les femmes et les filles blanches comme des « proies faciles » et des « citoyennes de 3e zone » …

Mais aussi contre le discours déligitimateur de nos sociologues maitres ès « paniques morales » qui à force de crier au loup finissent par produire les passages à l’acte mêmes des individus ou des groupes qu’ils dénoncent …

La dimension éminemment salutaire de ce sursaut de lucidité …

Face tant à la conjonction de la désagrégation des familles blanches les plus fragilisées et de l’indéniable radicalisation des prêches de certains imams …

Qu’à cette perversion de la démocratie qui voudrait, entre deux distributions de préservatifs et bientôt de godemichés (pardon: de « sex toys » !) à des gamines de 11 ans

Imposer « au plus grand nombre », selon le mot d’Henry Berque, les « vices de quelques-uns » ?

Entretien
“Three Girls”, une série qui révèle “l’intolérable mépris envers les classes les plus pauvres”
Pierre Langlais
Télérama
14/06/2018

iaux : une minisérie de la BBC revient sur l’inaction des institutions britanniques dans l’affaire des adolescentes de Rochdale, victimes de trafic sexuel. Fruit d’un minutieux “travail de mémoire”, elle a contribué à libérer la parole outre-Manche.

Entre 2008 et 2010, quarante-sept adolescentes, pour les plus jeunes âgées d’à peine 13 ans, ont été victimes d’un réseau de trafic sexuel à Roch­dale, dans la banlieue de Manchester, dans le nord de l’Angleterre. Three Girls, minisérie de la BBC en trois épisodes, reconstitue le calvaire de trois d’entre elles dans un drame bouleversant, ­rigoureusement documenté. Une œuvre filmée à hauteur de ses jeunes héroïnes, doublée d’une dénonciation puissante des injustices sociales et des ratés institutionnels que l’affaire révéla, comme l’expliquent sa réalisatrice, Philippa Lowthorpe, et son producteur, Simon Lewis (1).

La presse britannique a largement relaté cette affaire à l’époque des faits. Qu’aviez-vous à ajouter ?

Simon Lewis : Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails.

C’est aussi l’histoire d’un terrible manquement des institutions…

Philippa Lowthorpe : Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux.

S.L. : Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…

Chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire.”

Comment condenser en trois heures une affaire qui a duré cinq ans [le procès a eu lieu en 2012, ndlr] ?

P.L. : Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs.

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi la forme documentaire ?

P.L. : J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes.

“Three Girls” a été diffusé sur le service public. Le considérez-vous comme une œuvre d’utilité publique ?

P.L. : La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées.

S.L. : C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer.

(1) Interview réalisée dans le cadre du Festival de la fiction TV de La Rochelle, en septembre 2017.


on aime passionnément Three Girls, jeudi à 20.55 sur Arte et dès maintenant sur arte.tv.

Voir aussi:

Streaming
Regardez en replay “Three Girls”, mini-série puissante et nécessaire

Sébastien Mauge
Télérama
15/06/2018

Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018.

Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution.

Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire.

The Oxford sex ring and the preachers who teach young Muslim men that white girls are cheap

The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community.

It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration.

There is no doubt that the evil deeds of these men have badly set back the cause of cross-community harmony.

In its harrowing details, this grim saga of exploitation, misogyny, perversion and cruelty fills me not only with desperate sorrow for those girls and their families, but also with dread and despair.

Seven members of a paedophile ring were found guilty at the Old Bailey of a catalogue of child sex abuse charges: The case has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community

If I were the judge in this case, I would hand out the harshest possible jail sentences to these monstrous predators, both to see that justice is done for their victims and to send out a message to other exploiters.

And when I say harsh, I mean it: none of this fashionable nonsense about prisoners being released only a quarter of the way through their sentences. There is no pattern of good conduct these men could follow behind bars that could possibly make up for all the terrible suffering they have inflicted on others.

Depravity

But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities.

The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases.

Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’.

Brothers Bassam Karrar (left) and Mohammed Karrar (right) were found guilty at the Old Bailey yesterday. It can not be ignored that all all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim

But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality.

Commentators and poli-ticians tip-toe around it, hiding behind weasel words.

We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case.

One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls.

‘As so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to the reality that their actions are tied up with religion and race’

But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby.

In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls.

Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population.

To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial.

But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes.

Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse.

Brothers Anjum Dogar (left) and Akhtar Dogar (right) have been convicted of offences involving underage girls. one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’

Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity.

Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’.

In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia.

Zeeshan Ahmed (left) and Kamar Jamil (right) were among those who were convicted at the Old Bailey. Some aspects of the trial highlighted an attitude where women are seen as nothing more than personal property

What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism.

If they had been real, genuine followers of Islam, they would not have dreamt of indulging in such vile crimes, for true Islam preaches respect for women and warns against all forms of sexual licence, including adultery and exploitation.

Contempt

Assad Hussain was convicted of having sex with a child. Reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims

By all accounts, this was not the version that these men heard in their mosques. On the contrary, they would have been drip-fed for years a far less uplifting doctrine, one that denigrates all women, but treats whites with particular contempt.

In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority.

That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls.

There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property.

The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers.

Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded.

Brutish

On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring.

For those of us who support effective and meaningful integration, it is dispiriting to see how little these criminals, several of them second-generation Britons, have been integrated into our society.

If they were possessed by the slightest sense of belonging or shared citizenship, they would have had some respect for the welfare of these girls.

Instead, they saw only people from an alien world with which they felt no connection. For them, there was no sense of kinship or solidarity for people in their neighbourhood who were not Muslims.

It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case.

We will build a secure society only when we are all taught to have respect for one another, regardless of creed or colour.

Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism.

Voir aussi:

Full interview with Baroness Warsi: Father asked me ‘why be a leader if you don’t take the lead?’
Joe Murpy
The Evening Standard
18 May 2012

Baroness Warsi may be a Cabinet minister with all the finely-honed minds of the civil service to call upon, but sometimes the adviser she trusts most is simply her dad.

So it was when the horrific details of the Rochdale sexual grooming scandal poured out in a shocking court case this month.

Five white girls, aged 13 to 15, were plied with alcohol, food and money and subjected to multiple sex attacks. The guilty men were Muslims of mainly Pakistani origin, some regarded as pillars of their community.

Shortly after nine men were convicted, Lady Warsi sat down to dinner at her parents’ house and her father asked what the Government was going to do about it. She did not know. The baroness recalled: “Dad then said, ‘Well, what are you doing about it?’ I said, ‘Oh, it’s not me, it’s a Home Office issue’.” At this her father, Safdar, gave her a remarkable lecture.

“He said to me: ‘Sayeeda, what is the point in being in a position of leadership if you don’t lead on issues that are so fundamental? This is so stomach churningly sick that you should have been out there condemning it as loudly as you could. Uniquely, you are in a position to show leadership on this.’

“I thought to myself, he’s absolutely right.” Today she has decided to use an interview with the Evening Standard to do as her father advised.

Until now, Lady Warsi — Britain’s most senior Muslim politician and the first Muslim woman to reach the Cabinet — has declined media requests for comment on the case. But in fact, the 41-year-old former solicitor has strong views of what went so badly wrong in a community just like the one in which she was raised.

“There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game,” she said — choosing her words with care but not mincing them. “And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first.”

She is clear that the colour of the victims’ skin, as well as their vulnerability, helped to make them a target. “This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against,” she said.

This puts her at odds with some commentators who argue that the racial element was coincidental and that sex abuse occurs in white gangs. She says the Rochdale case was “even more disgusting” than cases of girls being passed around street gangs. “These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own,” she said. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong.”

Her second challenge is to British Muslim leaders and preachers who have been equally appalled but nervous of speaking out.

“In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them,” she said. “Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’.”

So far, she added, the response from organisations like the British Muslim Forum and the Muslim Council of Britain has been “fantastic”.

Her third plea is for the authorities to stop being squeamish about investigating allegations involving minorities. “Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law,” she said.

Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled”.  The leader of the racist BNP, Nick Griffin, has already gloated about “Muslim paedophile rapists”.

Nobody could accuse Lady Warsi of what she calls “pussyfooting” around political minefields. In her five years as a top-level Tory she has hit out at voting fraud, attacked “militant secularisation”, been pelted by eggs and gone eyeball to eyeball against Mr Griffin.

But she says her aim is to resolve this issue, not pick a fight. “Leadership is about moving people with you, not just pissing them off,” she said.

Her passion is catching. She talks non-stop in a broad Yorkshire accent, acquired in her childhood in Dewsbury where she went to a state school.

Fluent in English, Urdu and Punjabi, she is a comfortable mix of cultures. Her mum, Hafeeza, arranged her first marriage, which lasted 17 years. In  2009 she married ”my rock”,  Iftikhar Azam, in a ceremony at her parents’ house in Dewsbury.  Although a practicing Muslim, who eschews alcohol and fasts at Ramadan, she hints at bending some rules. “Strictly, I should be doing my prayers five times a day. But I hate answering that: If I answer it truthfully my mum won’t be best pleased. If I said I was perfect, I would be lying.”

THE key to her confidence and success was a father whom she describes as “an amazing feminist” as well as a remarkable success story. Safdar Hussain came to Britain from a rural village in the Punjab with £2.50 to his name and worked double-shifts in a rag mill to make ends meet.

He became a bus conductor, bus driver, taxi driver and driving instructor before co-founding a firm manufacturing hand-made beds that now turns over £5 million a year.

Safdar encouraged his wife to have driving lessons in the Seventies, put his five daughters through university and into professional careers — and told them all to embrace the best of their Pakistani heritage as well as British culture.

When travelling abroad, she urges Muslim parents to give their girls the same chances, arguing that the Koran clearly exhorts followers to acquire knowledge. “Nowhere does it say, ‘Only if you are a bloke’.”

It’s hard to imagine any bloke telling Lady Warsi what to do. Except, of course, her dad.

Voir également:

Sexual exploitation of children: Derby and Rochdale are tip of an iceberg
Grooming is becoming more widespread and sophisticated throughout the UK. We must tackle the full horror of this abhorrent abuse
Anne Marie Carrie
The Guardian
17 January 2011

Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda.

The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too.

They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back.

One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ».

We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children.

It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused.

Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. »

If we are to truly learn from the lessons of the cases in Derby and Rochdale, the government must recognise this as a child protection issue and appoint a dedicated children’s minister to formulate a national action plan to fully address the scale and horror of child sexual exploitation in the UK.

This issue must not be a flash in the pan – we need to use the leverage that the current media debate has given us to ensure that this hidden issue is now very much out in the open and tackled at all levels.

Our « Cut them free » campaign hopes to turn around the lives of these young victims. We want better training for professionals who work with children in order to improve early identification of child sexual exploitation, including police, schools and social services. Statutory responses and the provision of services for exploited children must also be improved. We need greater clarity about the numbers of children abused in this way, so methods of gathering evidence and data kept on the numbers of children being sexually exploited should be strengthened. And we absolutely must see improvements in prosecution procedures in order to increase the number of cases that lead to a conviction.

We need to send a loud and clear message to perpetrators – we will find them and they will be punished for the intolerable abuse they have inflicted upon so many young lives.

Voir de plus:

Finsbury Park van attack
How London mosque attacker became a terrorist in three weeks
Darren Osborne’s warped beliefs led him to Finsbury Park, where he killed Makram Ali for his faith
Vikram Dodd Crime correspondent

The Guardian

1 Feb 2018

Darren Osborne rented a van and drove from Cardiff to London intending to kill Muslims. Photograph: Frank Augstein/AP
In a country that prides itself on tolerance, and in a city that celebrates its diversity, Makram Ali’s final journey to honour his god ended with him being murdered for his religion.

He lived in Finsbury Park, north London, about 400 yards from the mosque he had attended for the past 25 years, located in Muslim Welfare House.

On a warm June evening last year, Ali walked, through pain and with the aid of a stick, to join late-night prayers. It was Ramadan, an especially holy time for Muslims.

Ali’s faith guided a life that saw him raise four daughters and two sons, and feel pride in seeing two of the eldest children reach university. Those who knew him knew a man who demonstrated the values of a model British citizen, despite hardships with health and money that would lead others to make excuses and embrace the worst values. Ali, 51, was about to come across one such person.

In the weeks before that day, Darren Osborne had found a warped belief system, styling himself as an extremist rightwing “soldier”. On 18 June 2017, he left his home in Cardiff in a rented van and drove to London, looking for Muslims to kill.

He scoured the centre of London for an Islamic pro-Palestinian march, and then moved on to the south in search of a mosque. By 11.30pm, he found a target in the north of the city. Having reached the Finsbury Park area, Osborne asked for directions to the mosque, and left his van to walk there, police believe, to carry out reconnaissance ahead of his attack.

Just after midnight, prayers ended. As worshippers headed home, Ali fell to the floor, unwell, on a cul-de-sac off Seven Sisters Road. He was breathing, speaking barely audibly, but still alive.

Makram Ali had six children and was said to be a model British citizen. Photograph: Metropolitan police/PA
Other Muslims rushed to Ali’s aid, offering him water and help. For Osborne, the crowd, some of them wearing Islamic clothing, was the target he sought for his hatred.

He was driving a rented white Citroën, which veered left across Seven Sisters Road, across a bus lane, and then across the pavement.

Osborne was driving at 16mph (26km/h) as his van slammed into the crowd. It was the fourth terrorist attack in Britain in three months, but this time, the ideology behind it was not Islamist.

Ibrahim Benaounda described the impact as like “being on a rollercoaster, spinning round and round. I felt everything. I felt my bones breaking”.

Mohammed Geedi was also knocked to the ground. When he got up, he said he saw people “splattered all over the place”.

Adnan Mohamud had called 999 for help for the stricken Ali. He was still on the phone when the van hit.

Mohamud shouted: “Someone’s just come and run over a whole lot of people … People are dying, man.”

One witness described a limb being stuck under the van’s wheel. Waleed Salim said he and others tried to lift the van to get his cousin, Hamdi Alfaiq, out from underneath it. Alfaiq, who suffered extensive injuries and needed months of rehabilitation, was one of 12 people wounded.

The front van’s offside wheel ran over Ali on the upper right side of his chest, leaving a tyre track across his torso. Within an hour, he died, struck down 100 yards from where he lived.

Watching were some of his family, who had been alerted that Ali had fallen ill. Toufik Kacimi of Muslim Welfare House said: “His daughter saw the van hit her dad.”

Osborne fled the van. Despite his claims to the contrary at the trial, where he said he had been changing his trousers in the footwell while someone else drove, CCTV footage showed he was alone. He tried to escape, shouting “I want to kill more Muslims”. The Muslim people Osborne had tried to murder captured him, then saved him.

Mohammed Mahmoud, the mosque’s imam, shielded Osborne from the crowd. He told Woolwich crown court: “I shouted ‘No one touch him’ [and] told people to get back, and said: ‘We are handing him in unscathed to the police’.

“He should answer for his crime in a court, and not in a court in the street.”

In the van, Osborne had left a note, which he had written 24 hours before in a Cardiff pub, from which he was ejected after making racist and anti-Muslim remarks.

The note gave voice to what was inside him, and showed the attack was premeditated.

“Why are their terrorists on our streets today? We’ve had three recent terror attacks …” Osborne wrote.

It referenced the Rotherham sexual abuse scandal, which involved gruesome attacks by men from a mainly Pakistani, and therefore Muslim, background. It had led to claims that surfaced in mainstream media debate that there was something in the men’s heritage that made them target white girls.

The note railed against the Labour leader, Jeremy Corbyn, and the London mayor, Sadiq Khan. It mentioned the Islamist terrorist attacks on London and Manchester between March and June 2017. It echoed the talking points of extremist propaganda.

Osborne launched into further diatribes while in police custody. But in contrast to some other committed violent extremists, he started to ramble about losing control of the van, rather than claiming the attack as a deliberate act of which he was proud.

Commander Dean Haydon of Scotland Yard’s counter-terrorism command said: “He is a devious, vile and hate-filled individual.”

Despite his violence, Osborne had not been a hardcore, long-term ideologue. Unlike Thomas Mair, who murdered the MP Jo Cox in 2016, he did not have a longstanding interest in extremist rightwing propaganda.

Some of his behaviour in court was jarringly mundane. In the dock as the prosecution started its case against him, Osborne turned to one of his guards. She was young, female and black. Osborne smiled and winked at her. She smiled back, then turned her head out of his view and let the disgust show on her face.

Sarah Andrews, his estranged partner, told detectives that Osborne was radicalised into a terrorist murderer in three weeks. Friends and family say there were no previous signs of racism or extremism.

The catalyst, police believe, came three weeks before the attack, when his attitudes began to metastasise after he watched Three Girls, a BBC TV drama about the Rochdale grooming scandal. He also read extremist rightwing propaganda online that left him “brainwashed” and a “ticking timebomb”.
Paul Gill, a terrorism expert and senior lecturer at at University College London, said radicalisation can be rapid, making it almost impossible to detect.

“It is rare, but violent extremism can occur quickly,” he said. “Brusthom Ziamani was a Jehovah’s Witness three months prior to his arrest for an Isis-inspired plot. It is usually expedited by primitive attack plans and a history of criminal activity and violence.”

Andrews, for her part, said she believed Osborne had become angry “about seeing young girls exploited” and developed his fixation with Muslims from that point.

“In recent weeks, he has become obsessed with Muslims, accusing them all of being rapists and being part of paedophile gangs,” she said.

Osborne gorged on social media postings by the former EDL leader Tommy Robinson, as well as members of the far-right group Britain First.

Like much of the modern British far right, it rails against multiculturalism and Muslims.

Osborne had not worked for a decade and had mental health issues, as well as problems with alcohol and drug abuse. He had convictions for violence, once serving a two-year jail term, and had an unpredictable temper.

Haydon confirmed that none of the material Osborne viewed from the extreme right crossed the line into being either criminal or breaking terrorism laws. “We are concerned about the role the internet played in this case,” he said.

Some see the pathway to Osborne’s extreme rightwing views being smoothed by some mainstream media opinion allegedly demonising all Muslims for the atrocities and violent extremist views of a small minority.

Harun Khan, the secretary general of the Muslim Council of Britain, said: “Osborne was motivated by anti-Muslim groups and Islamophobic tropes not only prevalent in far-right circles, but also made acceptable in our mainstream. The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people.”

Security officials fear Osborne may be more than a one-off. They are concerned about extremist rightwing attacks being incited in the same way as Islamist violence: insidious propaganda cast out wide online, only needing some people to be infected by it to believe they should carry out violence. The consequent effects on society would be, to put it mildly, destabilising.

One senior counter-terrorism source told the Guardian that extremist rightwing activity was on the increase and a growing threat to national security. But there were also concerns that violence from Islamists and white terrorists would become symbiotic, citing the fear of each other to bolster support for their calls to terrorism.

The government has banned three far-right groups, and counter-terrorism sources say operations targeting the extreme right are increasing. Haydon said 30% of referrals to Prevent concern domestic extremism.

Gill said: “If you’ve got nothing else going on in your life and experience personal grievances, then rightwing propaganda helps turn your sadness from something personal into something much bigger.”

Osborne’s rage came as his life had stalled, and the hatred from extremist propaganda spoke to, then exacerbated, his existing demons. It was a tragedy for Ali’s family that Osborne found his voice only in such dangerous and destructive language.

Voir encore:

By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media.

Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further.

Imagine you were living in a town of 20,000 people – the size of, say, Penzance in Cornwall – and one day it was discovered that one of its residents had been involved in a sex crime. Would it be reasonable to say that the whole town had a cultural problem, that it needed to address the scourge – that anyone not doing so was part of a « conspiracy of silence »? But the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000: one person per Penzance.

Make no mistake, the Rochdale crimes were vile, and those convicted deserve every year of their sentences. But where, amid all the commentary, was the evidence that this is a racial issue; that there’s something inherently perverted about Muslim or Asian culture?

Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent).

But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things?

In fact, Penzance had not just one paedophile, but a gang of four. They abused 28 girls, some as young as five, and were finally convicted two years ago. All were white. And last month, at a home affairs select committee, deputy children’s commissioner Sue Berelowitz quoted a police officer who had told her that « there isn’t a town, village or hamlet in which children are not being sexually exploited ».

Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world.

How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people.

It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web.

Despite all we know about racism, genocide and ethnic cleansing, the Rochdale case showed how shockingly easy it is to demonise a community. Before long, the wider public will believe the problem is endemic within that race/religion, and that anyone within that group who rebuts the claims is denying this basic truth. Normally, one would expect a counter-argument to force its way into the discussion. But in this case the crimes were so horrific that right-thinking people were naturally wary of being seen to condone them. In fact, the reason I am writing this is that I am neither Asian nor Muslim nor Pakistani, so I cannot be accused of being in denial or trying to hide a painful truth. But I am black, and I know how racism works; and, more than that, I have a background in maths and science, so I know you can’t extrapolate a tiny, flawed set of data and use it to make a sweeping generalisation.

I am also certain that, if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown?

While our media continue to exclude minority voices in general, such lazy racial generalisations are likely to continue. Even the story of a single Asian man acting alone in a sex case made the headlines. As in Derby this month, countless similar cases involving white men go unreported.

We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off.

What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion.

But in Asia, Pakistan or Islam there is no culture of grooming or sex abuse – any more than there is anywhere else in the world – so the tiny number of cases have no cultural significance. Which means those who believe it, or perpetuate it, are succumbing to racism, much as they may protest. Exactly the same mistake was made after 9/11, when the actions of a tiny number of fanatics were used to cast aspersions against a 1.5 billion-strong community worldwide. Motives were questioned: are you with us or the terrorists? How fundamental are your beliefs? Can we trust you?

Imagine if, after Anders Breivik’s carnage in Norway last year, which he claimed to be in defence of the Christian world, British people were repeatedly asked whether they supported him? Lumped together in the same white religious group as the killer and constantly told they must renounce him, or explain why we should believe that their type of Christianity – even if they were non-believers – is different from his. « It’s nothing to do with me », most people would say. But somehow that answer was never good enough when given by Muslims over al-Qaida. And this hectoring was self-defeating because it caused only greater alienaton and resentment towards the west and, in particular, its foreign policies.

Ultimately, the urge to vilify groups of whom we know little may be very human, and helps us bond with those we feel are « like us ». But if we are going to deal with the world as it is, and not as a cosy fantasyland where our group is racially and culturally supreme, we have to recognise when sweeping statements are false.

And if we truly care about the sexual exploitation of girls, we need to know that we must look at all communities, across the whole country, and not just at those that play to a smug sense of superiority about ourselves.

Voir encore:

What do we know about the grooming gangs?
Patrick Worrall
Channel 4 Fact check
28 Aug 2014

The publication of a damning report into how the authorities handled child exploitation in Rotherham has prompted the leader of the local council to resign.

The independent inquiry by Professor Alexis Jay found that 1,400 youngsters suffered sexual exploitation including rape and trafficking in the South Yorkshire town over a 16-year period.

We know that the case which led to the conviction of five men in Rotherham is not the only one of its kind. Could the abuse that has already come to light be just the tip of the iceberg?

Here’s what we know (and what we don’t) about the child grooming gangs.

How many gangs?

The Child Exploitation and Online Protection Centre (Ceop) – the national anti-paedophile police command – divides networks of sex offenders into two groups.

So-called “Type 1 offenders” target young people “on the basis of their vulnerability, rather than as a result of a specific preferential sexual interest in children”.

Ceop received intelligence from 31 out of 43 police forces on groups like this who were known or suspected to have abused vulnerable children in 2012.

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There were 57 such groups, ranging from two to 25 suspects, on the radar of those 31 constabularies. We don’t know if any have now been convicted.

So-called “Type 2” groups – where the offenders have a long-standing sexual interest in children, were much less common. Only seven known or suspected paedophile rings were reported to Ceop.

It is possible to track cases that have been through the courts via media reports, although this is pretty unscientific.

In 2011 the Times journalist Andrew Norfolk identified 17 cases that had led to convictions where there had been a similar pattern of grooming.

In all cases, the victims were vulnerable teenage girls, often in the care of social services. They were approached on the street by men, befriended and plied with alcohol or drugs, before being sexually abused.

Updating the list to include more recent convictions that fit the same pattern, we find that there have been at least 27 similar cases in the last decade.

By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013).

This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete.

Race and religion

The Jay report into failings in Rotherham says: “By far the majority of perpetrators were described as Asian by victims, yet throughout the entire period, councillors did not engage directly with the Pakistani-heritage community to discuss how best they could jointly address the issue.

“Some councillors seemed to think it was a one-off problem, which they hoped would go away. Several staff described their nervousness about identifying the ethnic origins of perpetrators for fear of being thought racist; others remembered clear direction from their managers not to do so.”

Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete.

The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.”

Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups.

Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent).

By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”.

Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white.

Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care.

The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin.

Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials.

Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions.

Why are so many victims white?

We’re into the realm of opinion now.

Sentencing nine men in 2012 over offences in Rochdale, judge Gerald Clifton told the defendants they had treated their victims “as though they were worthless and beyond all respect”, adding: “I believe that one of the factors that led to that was that they were not of your community or religion.”

But at the Derby trial in 2010 the judge said he thought the race of the victims and their abusers was “coincidental”.

One of the victims of the Oxford gang told the Guardian that her abusers had asked her to recruit other teenagers and “specified that they wanted only white girls”.

Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation.

“They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.”

How many children are at risk?

A report by the Office of the Children’s Commissioner found that 2,409 children were confirmed as victims of sexual exploitation in gangs and groups in the 14 months between August 2010 to October 2011.

If that sounds low compared to the 1,400 identified in Rotherham alone, remember that this number covers 16 years.

This probably only scratches the surface of the real number of victims, and the children’s commissioner said that at least 16,500 children had been identified as being “at risk of sexual exploitation” during one year.

Voir encore:

Gangs, Girls and Grooming: The Truth

Standpoint
December 2010

At Sheffield Crown Court throughout September and October, eight men sat in the dock accused of rape and other sexual crimes against four girls, three aged 13 and one 16. The case resulted in five being convicted and three acquitted. All of the eight defendants were Pakistani Muslims and the girls white British. Does this matter? Not for the reasons the British National Party would have us believe, but it is nonetheless significant.

Razwan Razaq, 30, his 24-year-old brother Umar, Muhammed Zafran Ramzan, 21, Adil Hussain, 20, and Mohsin Khan, 21, were sent to prison for between four-and-a-half to 11 years.

The crimes were committed in and around Rotherham, a fairly typical south Yorkshire town. Although unemployment is fairly high, Rotherham is now also a popular summer visitors’ destination when All Saints Square is transformed into a seaside beach. Every month, there is a farmers’ market that sells produce from local farmers and traders, and Jamie Oliver’s TV series, Jamie’s Ministry of Food, tried to teach the town’s inhabitants to establish healthy eating as part of daily life.

But many parents are concerned far more with the safety of their children than with organic food. Rotherham, along with many other towns, cities and villages in northern England has become infected with the vile activities of criminal gangs using children as currency. While child sexual abuse occurs in every community and culture, what is happening in Rotherham and elsewhere in Yorkshire and Lancashire is organised pimping of girls by Asian gangs who trade their victims for cash and favours.

« These men all know and trust each other, » says Jane, the mother of one of the victims. « They don’t abuse these girls because they are Muslim, but because they are criminals who think they are above the law. »

Although there is no hard evidence of financial gain in the Rotherham case, child protection professionals tell me that the pattern in such cases is that the girls are traded for cash as well as favours between criminals. A number of the gangs operating in the region have found that the sharp drop in the price of drugs has led them to losing considerable income, and that selling girls is increasingly filling the gap.

Jane’s daughter Sophie (not their real names) was a happy, ordinary 12-year-old until she met a group of adult males who would control every aspect of her life. Before she escaped, a year later, Sophie had been raped by the gang members as a way of « breaking her in » and then passed around various other men for sex.

The methods used by the pimps are sophisticated and sinister. First, the girls are identified in locations, such as parks, schools, leisure facilities and shopping malls after which boys of their age are sent to befriend them. After a friendship is established, the boys introduce their contacts to young men whom they often describe as cousins.

Then the grooming process gets really under way. The young man will take the girl out in his car, give her vodka, cigarette and cannabis, and take her to venues she would not normally experience until older.

Often giving the girl a mobile telephone as a « gift », the pimp is then able to track her every move by calls and texting, which eventually will be used by him to send instructions as to details of arrangements with punters. The men sell the girls on to contacts for around £200 a time or as currency for a business deal. « I was always asked why I kept going back to my pimp, » says Sophie, « but they flatter you and make you think you are really loved. I thought he was my boyfriend until it was too late to get away. » Another tactic of the pimp is getting the girl to despise and mistrust her own parents in order that he can achieve total control over her. The pimps routinely tell their victims that their parents are racist towards Asian people and that they disapprove of the relationships because the men are of Pakistani Muslim heritage, not because they are older. Some of the parents I met were racist, and some had developed almost a phobia against Asian men, fuelled by the misinformation and bigotry trotted out by racist groups in response to the pimping gangs.

The Leeds-based Coalition for the Removal of Pimping (Crop) supports the families of children caught up in sexual exploitation networks. Crop is understandably reticent about commenting on any issues concerning the race or religion of child abusers and pimps. As far as it is concerned, we should not focus on one particular ethnic group because the problem is about men’s abuse of children. Its research earlier this decade found that the vast majority of the children groomed are white and the majority of perpetrators of Asian origin. « Society seeks to condemn female sexual activity, and culturally within the statutory sector and community the victims are seen as asking for it, » says Crop’s Rachel Loise. « The perpetrators are the last to be condemned. Prosecutions are rare, and sentencing is not severe enough. »

Unfortunately, the reluctance of the various anti-child abuse campaigns and charities to engage openly with the fact that, in the north of England, the majority of men involved in child-grooming criminal gangs are Pakistani Muslim means that racist organisations such as the BNP hijack the issue.

« The fact that these particular gangs are made up of Pakistani men is significant but not in the way racists would have us believe, » says one child protection expert who asked not to be named. « While the BNP would have us believe that abusing white girls is an endemic part of these men’s culture — which it absolutely is not — the truth is that these men are aware that the police do not want to be accused of racism in today’s climate. »

In 2004, Channel 4 withdrew Edge of the City, its controversial documentary made by Annie Hall that depicted parents trying to stop groups of young Asian men grooming white girls as young as 11 for sex. It had been seized on by the BNP as a party political broadcast.

Colin Cramphorn, the then Chief Constable of West Yorkshire, joined groups such as Unite against Fascism in calling for the documentary to be withdrawn. Channel 4 complied, saying that the issue was not censorship but timing because of the proximity with the local and European elections. But many argued at the time that the delay in transmission had strengthened the case of the BNP.

After the film was withdrawn, one of the mothers sent Annie Hall a text message: « It’s a real shame when votes come before young girls’ lives. »

For many white girls growing up in fairly traditional communities, the unfamiliarity of boys and men from different ethnic backgrounds can be exciting and attractive.

« The man I thought was my boyfriend used to dress really well and always smelt nice, » says Sophie, « and I thought it were dead nice the way he talked, and even his manners seemed better than boys I were used to. »

Emma Jackson knows exactly how the pimping gangs operate in Rotherham because she was also a victim of one. When Emma was 12, she was befriended by Asian boys around her own age who soon introduced her to relatives in their twenties and thirties.

Emma had no idea she was being groomed and brainwashed until one day, totally out of the blue, she was taken to wasteland and raped by the gang leader. The attack was watched by laughing gang members and recorded on a number of mobile phones.

« People ask me why I kept going back to Tarik, even after he raped me, » says Emma, « but he threatened to firebomb my home and rape my own mother if I tried to escape. »

Emma now gives support, through a charity set up to prevent the sexual abuse of children, to a number of victims of pimping gangs and has found that the girls are being targeted at an even younger age.

« The gangs want virgins and girls who are free of sexual diseases. Most of the men buying sex with the girls have Muslim wives and they don’t want to risk infection. The younger you look, the more saleable you are. »

One youth worker in south Yorkshire told me that because religious Muslims are being pressurised to marry virgins within their own extended family networks, it means that some are more likely to view white girls as easily available and « safer » than Pakistani girls.

When I first wrote about the issue of Asian grooming gangs in 2007, my name was included on the website Islamophobia Watch: Documenting anti-Muslim Bigotry. So was that of Ann Cryer, the former Labour MP for Keighley in Yorkshire, who had been at the forefront of attempting to tackle the problem, after receiving requests for help from some of the parents of children caught up with the gangs in her constituency.

According to some of the mothers, a fear of being branded racist makes many of the police and social services reluctant to investigate the crimes as organised and connected. One mother from Rotherham, whose 14-year-old daughter was groomed into prostitution and multiply raped during a 12-month period, told me that almost every man convicted of these crimes in the north of England is from Pakistan but that the authorities insist that it is not relevant.

There are, however, a growing number of individuals within the Muslim communities who are willing to speak out against the criminals. Mohammed Shafiq, the director of the Lancashire-based Ramadhan Foundation, a charity working for peaceful harmony between different ethnic communities, advocates better education about sexual exploitation to be disseminated through imams and other community leaders.

« I was one of the first within the Muslim community to speak out about this, four years ago, » says Shafiq, « and at the time I received death threats from some black and Asian people. But what I said has been proved right — that if we didn’t tackle it there would be more of these abusers and more girls getting harmed. »

Shafiq says he is « disgusted » to hear some perpetrators refer to their victims as « white trash ». He adds: « I say to them, would you treat your sister or daughter like this? »

Joyce Thacker, the strategic director of the children and young people’s services directorate at Rotherham Metropolitan Borough Council, has a vast amount of experience in dealing with sexual exploitation of young people. She says that it is « interesting » to note that most of the men involved are Asian but that it is primarily an issue of the abuse of children by older men.

« What about the younger boys who are sent to befriend the girls in the first place? » says Thacker, « Are they also victims of abuse? Certainly we need to ensure that more work is done within all communities that explores positive, healthy relationships, or these young men may end up being the abusers themselves. »

Rotherham-based Apna Haq offers support for women and their children suffering domestic abuse. Its director Zlakha Ahmed told me that much of the community express their disgust at what came out in the recent trial in private and that there needs to be more public discussion of the issues. « This abuse is appalling and needs to be raised within the community. There are still people denying that it happens so the more of us who speak out about it the better. »

Emma Jackson is now 22 and devotes much of her time raising awareness about grooming networks among child-protection workers, police officers and the general community. Much remains to be done, she says, to end the complacency in dealing with the criminal gangs. « I didn’t have much help from police or agencies because grooming and sexual exploitation had not been recognised and understood when it happened to me. Now it has, I think it’s important that all agencies work together to protect these children and their families to help stamp out the problem. »

These gangs will be allowed to operate with impunity if we deny their existence in some sort of twisted attempt to be anti-racist and culturally sensitive. Some people, including many white liberals, are loath to admit what it is going on. If we do not tackle the problem head-on, and work together to combat this dreadful abuse of children, the only beneficiaries will be the extremists.

Voir par ailleurs:

Darren Osborne guilty of Finsbury Park mosque murder

BBC

1 February 2018

A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder.

Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others.

Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday.

Prosecutors said they were « clear throughout that this was a terrorist attack ».

The jury took an hour to return the verdict at Woolwich Crown Court after a nine day trial.

Sue Hemming, from the Crown Prosecution Service, said: « Darren Osborne planned and carried out this attack because of his hatred of Muslims. He must now face the consequences of his actions. »

Cdr Dean Haydon from the Metropolitan Police said: « Osborne’s evil and cowardly actions meant a family has tragically lost a husband, father and grandfather. »

Some of those injured « could suffer from health issues for the rest of their lives », he added.

Jurors heard the area outside the Muslim Welfare House had been busy with worshippers attending Ramadan prayers on 19 June.

Mr Ali had collapsed at the roadside in the minutes before the attack.

Several of those who went to help him said he was alive and conscious in the moments before being struck by the van.

Osborne drove the van into the crowd at about 00:15. Jurors were told the van only stopped when it hit some bollards.

He then got out of the van and ran towards the crowd.

Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ».

He also wrote that Muslim men were « preying on our children ».

The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal.

Analysis

Dominic Casciani, BBC home affairs correspondent

In just a few weeks, Darren Osborne went from a troubled, angry and unpredictably violent alcoholic to a killer driven by ideology.

The rapid radicalisation – the way he became fixated on the idea that Muslims in Britain were some kind of nation within a nation, is one of the most shocking parts of this awful crime.

The sources of that radicalisation, including his obsession with a television programme about the Rochdale abuse scandal, show how difficult it is to predict who will become a danger to society.

But the fact that he smiled contentedly after he had run over and killed Makram Ali proved to the jury that his motive was ideological.

Osborne is not the first terrorist to have radicalised so quickly. In 2014, a young man who was groomed by Islamists went through a similarly rapid change.

The speed at which these men and others went from a change of mindset to planning an attack is one of the issues that most concerns the security services.

Osborne told the court he had originally hired the van to kill Labour leader Jeremy Corbyn at a march he was due to attend.

He said it « would have been even better » if London Mayor Sadiq Khan had been present, adding: « It would have been like winning the lottery. »

Responding to the verdict, Mr Corbyn – who is MP for the area where the attack took place – said it was « a hate-filled attack that… shocked us all ».

« I was proud of how, in the wake of this terrible event, we all came together to reject hate and embrace hope, and that is the kind of country we live in, » he added.

‘Loner and alcoholic’

A statement from his partner Sarah Andrews, read out in court, said he seemed « brainwashed » and « totally obsessed ».

Ms Andrews – who had been in a relationship with Mr Osborne for about 20 years and with whom she had four children – described him as a « loner and a functioning alcoholic » with an « unpredictable temperament ».

Osborne started following Tommy Robinson, one of the founders of the English Defence League (EDL), and other far-right leaders on social media, in the fortnight before the attack.

Mr Robinson sent him a group email saying: « There is a nation within a nation forming beneath the surface of the UK. It is a nation built on hatred, on violence and on Islam. »

Cdr Haydon said the investigation had the « full weight » of the Met’s Counter Terrorism Command behind it.

He warned that online material had played a « significant role » in how Osborne was radicalised and « brainwashed ».

If Osborne’s aim had been to « create divisions and hate between communities », then he had « failed », he said.

« The response [of those involved], and the overwhelmingly positive reaction my officers and teams have witnessed since, highlights how far from reality Osborne’s sick and twisted views really are, » he added.

‘Scars will stay’

The Muslim Council of Britain (MCB) welcomed the verdict, but added: « We cannot be complacent and regard this as a one-off terrorist incident. »

Harun Khan, secretary general of the MCB, said: « The scenes we witnessed last summer were the most violent manifestation of Islamophobia yet in our country.

« The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people, regardless of colour, creed or community. »

Khalid Oumar, a trustee of the mosque and founder of the Finsbury Park Attack victims’ voice forum, praised the strength of the community, adding: « The scars will stay with them forever, but the community is determined to go about daily life without fear and to stand together against victimisation and violence. »

Voir aussi:

Ronnie Polaneczky: If you think 11-year-olds in this city don’t need condoms, think again
Ronnie Polaneczky
The Enquirer
April 13, 2011

THE EMAIL was from a wigged-out mom I know well.

She was appalled that the city’s campaign to reduce sexually transmitted diseases allows kids as young as 11 to get free condoms via mail-order from the Public Health Department. Eleven!

Go to the website www.takecontrolphilly.org and see for yourself. Be warned: The site contains very straightforward info, including explicit animations illustrating the proper way to don or insert a condom.

« Every girl is different, » the website notes in its instructions on female-condom use. « Figure out what position works for you. You can stand with one foot on a chair, sit on the edge of a chair, lie down, squat, or for fun, have your partner help you out. »

The idea of an 11-year-old reading this makes me want to cry.

« As a parent, I am personally outraged, » wrote my friend, who has a 14-year-old. « What’s the back story on this campaign? What is it telling our youth? I get the sex-education thing for kids in schools, but mail-order condoms for 11-year-olds??? It’s shocking to me. »

We don’t know the half of what’s going on out there.

Depress us, Gary Bell.

« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. »

Good Lord. Orgies?

« Yes, indeed, » says Bell. « It’s sad. It’s horrifying. »

But no longer startling to those on the front lines of adolescent sexuality.

« We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. »

Now, Foster and her colleagues barely twitch when a child barely in his or her teens tests positive for HIV.

Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids.

People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago.

« But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says.

« They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer.

« I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. »

It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city:

Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence.

And those left on their own.

Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house.

Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night.

These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it.

« We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. »

He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex.

« Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them.

« I don’t have all the answers on this, » says Schwarz. « But I do think in economic terms. I think that jobs and education are the key to turning this ship. But it will take time and hard work in a period when the city is struggling financially. »

There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column.

Like I said, thinking about it makes me want to cry.

But that’s not a good enough reason to keep condoms out of the backpacks of 11-year-olds who will be sexually active whether we like it or not.

Voir de même:

Free condoms at school don’t always help teen girls avoid pregnancy and when given out can actually INCREASE fertility rates
Access to condoms in school increases teen fertility rates by about 10 per cent according to a new study
However giving teens counseling in addition to birth control could have the opposite effect, Notre Dame researchers found
Access to other kinds of birth control has been shown to lower teen fertility rate – or do nothing at all
But condoms might have a different effect because of their failure rate and the time and frequency at which they’re used
Access to free condoms in high schools could have led to two extra births per 1,000 teenage women so far
Clemence Michallon

The Daily mail

4 July 2016

Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough.

Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame.

However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study.

Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used.

Access to condoms in schools increases teen fertility by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame (file picture)
Buckles and Hungerman looked at 22 school districts located in 12 different states, using data from the 1990s.
Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote.

Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling.

The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said.

‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote.

Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling.

Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all.

But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives.

Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote.

The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance.

Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term.

Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found.

This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms.

Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote.

But these findings should be used with caution when reflecting on policy proposals, they added.

Health clinics based in schools that offered contraceptives were shown to significantly lower teen fertility in a 2014 study.

‘If health clinics can effectively combine contraception access and counseling, this may lead to very different effects than access alone,’ Buckle and Hungerman said.

Voir de plus:

Ce si gênant Tommy Robinson…

La condamnation du militant nationaliste pose la question de la liberté d’expression


Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. 

Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion.

La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes.

Tommy Robinson et ce dont on ne doit pas dire le nom

Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement.

Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés.

Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire.

Le vendredi noir de Tommy Robinson

Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit.

Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres.

Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens.

Les démocraties libérales contre elles-mêmes

Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ?

Certes, Tommy Robinson est condamné pour avoir troublé le bon fonctionnement d’un procès, tel est le motif juridique invoqué contre lui. Mais personne n’est dupe du montage judiciaire qui a abouti à son arrestation, jugement et emprisonnement en 5 heures chrono. Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ?

Voir  également:

Un nouvel «axe alpin» se constitue en Europe contre les migrants

De notre correspondant à Bruxelles,

Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien.

À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet.

La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie.

» LIRE AUSSI – Les pays de l’Est veulent avoir voix au chapitre sur l’avenir du projet européen

Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières.

Cynisme contre hypocrisie

Les Italiens, même déçus de l’UE et gouvernés par des extrémistes, restent assez réalistes pour chercher la solution dans un cadre européen, plutôt qu’à Vienne ou à Budapest. C’est donc à Paris et à Berlin que Giuseppe Conte a pris des rendez-vous, avant son premier sommet à Bruxelles le 28 juin. De leur côté, l’Allemagne et la France surmontent leurs réticences à accueillir à bras ouverts le rejeton de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles. Si l’on suit la fameuse formule de Lyndon B. Johnson, mieux vaut que l’Italie soit à l’intérieur de la tente pissant à l’extérieur, plutôt que l’inverse.

» LIRE AUSSI – Aquarius: retour sur la passe d’armes entre Paris et Rome

Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens».

L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens.

Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. À charge pour ces capitales de traiter les demandes d’asile et de renvoyer les déboutés au sud du Sahara. Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. C’est un projet imaginé par David Cameron que ressuscitent aujourd’hui Vienne et Copenhague. Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte».

Voir de même:

GB: les photos sous les jupes des filles bientôt passibles de prison

Prendre secrètement une photo sous la robe d’une personne devrait devenir une infraction passible de deux ans d’emprisonnement au Royaume-Uni, après que le gouvernement britannique a décidé de soutenir une proposition de loi en ce sens. « Ce type de comportement est une intrusion odieuse dans la vie privée, qui laisse les victimes en détresse », a déclaré la secrétaire d’État à la Justice, Lucy Frazer.

« En faisant de ce comportement une infraction spécifique, nous envoyons un message clair que cela ne sera pas toléré et que les auteurs seront punis », a-t-elle ajouté. Elle a salué la campagne menée par Gina Martin, une jeune femme de 26 ans, elle-même victime de cette pratique voyeuriste désignée par le terme « upskirting » en anglais. La jeune femme avait lancé une campagne pour demander aux autorités de légiférer sur la question.

« C’est évidemment une excellente nouvelle », a réagi l’intéressée, « et c’est grâce à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu dans notre démarche. Il reste du chemin à faire, mais il semble désormais que cela aboutira sans trop d’accrocs ». Gina Martin s’était lancée dans cette campagne en 2017, après que deux hommes avaient pris une photo sous sa jupe lors d’un festival à Londres. Alors qu’ils partageaient la photo à partir de leurs téléphones, Gina Martin avait tenté d’alerter la police, mais aucune poursuite n’avait pu être engagée.

L’interdiction de tels comportements doit être intégrée dans une proposition de loi contre le voyeurisme portée par la députée Wera Hobhouse, membre du Parti libéral-démocrate. Le texte est soumis vendredi au vote de la Chambre des Communes. Il a reçu un soutien trans-partis et la position du gouvernement devrait faciliter son adoption. « Le fait que le gouvernement ait entendu notre appel témoigne du large consensus sur l’existence d’une lacune dans la loi à laquelle il fallait s’attaquer », a commenté Wera Hobhouse.

Voir encore:

À deux jours de la fête des pères, dimanche 17 juin, un sondage Ifop mené pour Alliance Vita met en lumière l’importance de la figure paternelle.

Une donnée essentielle dans le débat entre les partisans et les opposants de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.

C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique.

Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ».

Sondage Les Français et la paternité

Ifop pour Alliance VITA

« Il est frappant de voir à quel point le rôle du père est consensuel, alors que nous assistons aujourd’hui à un fort questionnement de son rôle », analyse le délégué général d’Alliance Vita, Tug­dual Derville. « Il apparaît aussi clairement que le fait de connaître son père relève de l’intérêt supérieur de l’enfant pour une majorité de nos concitoyens », poursuit-il. À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ».

« Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent »

Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.

« Ces résultats ne sont absolument pas contradictoires », affirme Jérôme Fourquet, le directeur du département Opinion et Stratégies de l’Ifop. « Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. »

En France, un enfant sur trente est conçu grâce à la PMA

Faut-il y voir un signe de la versatilité de l’opinion publique ? « Non, répond Jérôme Fourquet. Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. »

Des différences d’approche

Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points.

Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet.

Extension de la PMA, les médecins plus réticents que l’ensemble des Français

Une analyse que ne partage pas Tugdual Derville, le délégué général d’Alliance Vita. « Je ne pense pas que nous soyons face à une évolution inéluctable, avance-t-il. J’y vois plutôt le poids de l’expérience : lorsque l’on est père, on se rend davantage compte de la nécessité de cette présence. Dans tous ces sujets, l’expérience de la vie n’est pas inutile. »

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« L’aventure de la paternité n’est plus portée par la société »

Jacques Sédat, Psychanalyste, membre d’Espace analytique (1)

« On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais
je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. »

(1) Auteur de Sigmund Freud. Les grandes étapes de la pensée freudienne, Armand Colin, 2e édition, 2013.

Loup Besmond de Senneville

(1) Réalisé entre le 7 et le 11 juin 2018, par questionnaire auto-administré, auprès de 2016 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas

Voir enfin:

Good Moral Panics and Late Modernity

Dimitar Panchev

Lasala foundation

2013

/…/

As Rohloff and Wright (2010) point out, the concept of ‘moral panic’ has several problems. The first one is the problem of normativity. Since its introduction the concept has been used as a form of social critique where panics were characterised as social reactions that are ‘irrational’ and misdirected (Rohloff and Wright, 2010). Hier (2002a) argues that it is the concept’s normativity that has made it unappealing to newer developments in social theory. Second comes the problem of temporality, according to which moral panics can be characterized as short-lived episodes (exceptions are Hall et al.’s (1978) analysis of the mugging panic and Jenkins’ (1998) study on child molestation). In other words, the moral panics studied do not focus on the historically structured processes that have an impact on the development of the moral panics in the first place. Subsequent revisions have led to the acknowledgement of the necessity for a time-frame and contextual analysis: ‘…Moral panics are a crucial element of the fabric of social change. They are not marginal, exotic, trivial phenomena, but one key by which we can unlock the mysteries of social life…’ (Goode and Ben – Yehuda, 1994: 229). The third problem is the one of (un)intentionality which ultimately is concerned with the question of responsibility. In Cohen’s (1972) original analysis, the moral panic surrounding the mods and the rockers was presented as unintended and unanticipated, with focus being placed on the media as medium for deviancy amplification and stigmatization. In contrast, the analysis of the mugging moral panic (Hall et al. 1978) presented the scare as a strategy on behalf of the ruling elites in order to divert public attention from the crisis in the capitalist system. Last but not least, Goode and Ben-Yehuda (1994) constructed the problem as one of intentional actions versus unintentional developments. Their approach distinguished between grassroots, interest groups and elite- engineered moral panics.

The first model based the problem onto sentiments that were present in society in the general. The second model suggested that the reaction should be considered as an outcome of the efforts of specific moral entrepreneurs and particular interest groups in society. The last model, the elite-engineered panic, was presented as a deliberated organised propaganda campaign aimed at diverting attention from real structural problems. Revision of these ‘ideal types’ (ibid.) of moral panics have moved towards the more rigorous appreciation of the plurality of reactions that might accompany the process of moral assertion and an appreciation of the resistance efforts which might occur in line with the panics (Hier, 2002b; McRobbie & Thorton, 1995; de Young, 2004). Even with such contribution being made, the concept has been criticised for falling short of providing alternative means of explanation and theorisation (Hier, 2008).

Attempts have been made to tackle the ‘heuristic’ nature of the concept by incorporating the developments in risk theory and the works of Norbert Elias (Rohloff and Wright, 2010). A fourth problem is the one of anthropomorphizing. The claim that a society can engage in hysterical, panic-stricken behaviour has been criticised on the grounds that collective social processes cannot be rendered as individual psychological ones. Some of the earlier analyses of moral panics discussed ‘society’ and ‘social reaction’ as if they were unified and undifferentiated, when in fact the interests of the police, the media and the public were quite different (McRobbie and Thornton, 1995). Another problem, outlined by Garland (2008) is concerned with the ethics of attribution, according to which the critical ascriptions which the concept carries also have an impact on its use. This creates situations in which the conditions for the analysis of a moral panic exist, but due to ethical consideration such an inquiry is not pursued. An example is the post- 9/11 response of the media and the government (ibid.).

The aftermath of the tragedy contained all the necessary conditions included in the definition of the concept – expressed concern, hostility, disproportionality, consensus and a moral dimension was attached to all of the above, yet the episode itself was not categorised as a moral panic. The commentators involved into the analysis of the terrorist attack avoid the use of the term and considerable caution was exercised when discussing the event (Walker, 2002). According to Garland (2008) one explanation is the widespread uncertai nty of the nature of the attack itself. Secondly, and what he considers more important, the reluctance of applying the label ‘successfully’ was based on ethical reasons. The use of the concept would clash with the prevailing moral sentiments of fear and grief that drove the reaction to the attack.

Thus it took some time for the first academic publication considering the post- 9/11 as an example of a moral panic to be published (Rothe and Muzzatti, 2004; Welch, 2006). Even though Garland (2008) himself notes that the ethical inhibitors might not be as important, they will have some impact on the way in which tragedies and disasters are approached by ‘moral panic’ scholars. What it shows, however, is the relationship that exists between the analysts and the social actors and the way in which they influence each other. It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s.

Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’ (Cohen, 2002: xxxi – xxxv). Cohen (2011) discusses the changes that h ave occurred in society and how this has had re – directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuin e’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite – engineered, the contemporary ones are much more lik ely to populist – based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist – focused.

The new criminalizers (Cohen, 1988) who address the moral panics are either post – liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen (2011) considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti – denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover – up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attentio n, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heu ristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher (2003, 2009; 2011), to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation.

Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter – hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt (1999 ) has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past centu ry, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse (Garland, 2001; Biressi and Nunn, 2003; Haggerty, 2003).

Moral panics (Hier, 2002a, 2008) can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of th e self. With the shift towards neo – liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier (2008) the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fa ct that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour , expression and self – presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time – space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass for ms of moral regulation is that it is too broad (Critcher, 2009) and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis.

Conclusion

The aim of the following paper was to provide an overview of the concept of ‘moral panics’ and the possibility for applying its analytical tools in the study of ‘good moral panics’. As the focus of the concept was expanded significantly over the past 40 years, it can be argued that such a task is within the scope of academia due the cha nging nature of the contemporary world and social relation. In fact, in such a world full of insecurity and one that is characterized by a constant fear of falling (Young, 2007a) such an approach of putting reality on trial would be much appreciated.

 

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Polémique Carmen: A quand une Passion sans crucifixion ? (What if Jesus does not die this time?)

11 janvier, 2018
Carmen assassinée : un final orthodoxe fidèle au livret de l'époque de Bizet.
Carmen à terre mais pas KO | Knight Foundation via Flickr CC License by
"Carmen" par Olivier Py à l'opéra de Lyon, en 2012.
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
L’amour est enfant de Bohême, Il n’a jamais, jamais connu de loi; Si tu ne m’aimes pas, je t’aime; Si je t’aime, prends garde à toi! (Prends garde à toi!) Si tu ne m’aimes pas, Si tu ne m’aimes pas, je t’aime; (Prends garde à toi!) Mais si je t’aime, si je t’aime; Prends garde à toi! Carmen
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire; Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les  » juifs » et les  » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux : la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. (…) la Bible relate l’histoire du peuple hébreu, narration parfois fastidieuse de mille pérégrinations effectuées sous le regard de Dieu. Que le texte comporte des scènes de massacre collectif, des meurtres, des viols, des supplices et des bains de sang est choquant à l’aune de l’universalisme contemporain tout en étant rigoureusement conforme à la tristesse du champ historique concerné. Christian Makarian
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pour l’islam (…) j’aime bien leur symbole, le croissant de lune, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un de cloué dessus. Pat Condell
I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. Tarantino
What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show. So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it. (…) Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. (…) The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. (…)There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. (…) There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. (…) I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. (…) The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. Quentin Tarantino
Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. Quentin Tarantino
Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? Quentin Tarantino
Vous savez, nous autres, en Syrie, éprouvons beaucoup d’admiration pour les Allemands ! Vous avez réussi à vous débarrasser de vos juifs, alors que nous, au Proche-Orient, nous subissons encore l’oppression des sionistes ! Migrants syriens
Soixante-dix ans après la défaite du nazisme, l’Allemagne et la Suède découvrent un nouvel antisémitisme. Agressions physiques, menaces et propos douteux : des migrants syriens biberonnés à la haine des juifs rappellent de mauvais souvenirs aux deux pays les plus hospitaliers du continent. (…) C’est donc avec stupéfaction que le public d’outre-Rhin a découvert, ces dernières semaines, qu’il était à nouveau possible de crier « mort aux juifs ! » dans les rues de Berlin. Ces appels au meurtre n’étaient pas hurlés par quelques dizaines de skinheads nostalgiques de Hitler, mais en arabe par plusieurs centaines de manifestants rassemblés devant l’ambassade des États-Unis pour protester contre la reconnaissance, par Donald Trump, de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. Pour la première fois depuis 1947, des drapeaux frappés de l’étoile de David sont incendiés en public dans l’ex-capitale du Reich. (…) En Suède, la situation est encore plus préoccupante. Dans ce pays qui a accueilli plus de réfugiés que l’Allemagne en proportion de sa population lors de la grande vague migratoire de 2015, on ne s’est pas contenté de brailler des slogans antijuifs lors des manifestations contre Trump à Stockholm et à Malmö, mais on est passé à l’acte : le 9 décembre, la synagogue de Göteborg, où se déroulait une fête de Hanoukka pour les jeunes de la communauté juive de la ville, a été attaquée au cocktail Molotov. (…) Ces dernières années, la France est le seul pays occidental où des juifs ont été tués pour ce qu’ils sont, par des gens prétendant mener une guerre sainte au nom de l’islam. En 2000, alors que cette judéophobie agressive s’installait dans les territoires perdus de la République, on aurait aimé que de grands journaux populaires se portent au premier rang de la résistance à cette barbarie. Cela n’a pas été le cas, et la tentation d’une soumission à la suédoise est encore bien présente chez nous. Luc Rosenzweig
J’ai vu avec Bizet [dont Brook donnera Carmen en 1981, NDLR] et c’était passionnant, que Bizet a eu un moment de pif, d’inspiration, quand il a lu cette nouvelle de Mérimée, cette petite histoire extraordinairement forte en quelques pages. Ça a touché quelque chose en Bizet qui a senti, sans pouvoir l’exprimer, que ça pourrait être un opéra. Ensuite, consciemment ou inconsciemment, il a joué le jeu : à l’Opéra-comique, la condition était une partition pour tout l’orchestre ; il y avait un chœur et il fallait le faire travailler ; il y avait aussi un chœur d’enfant… et puis un public, qui venait pour le spectacle alors il fallait des processions. Mais pour moi l’intérêt aujourd’hui est d’écouter d’une oreille aussi attentive et vierge que possible la musique. Faire sortir la pureté, la beauté, et la réalité humaine des rapports dans cette musique qui avaient disparu ensuite. Peter Brook
Le point de départ était que j’étais convaincu exactement comme des années avant, avec « La Tragédie de Carmen » que la tendance de l’opéra est de surajouter couche après couche, de ce qui est devenu figé dans une tradition d’un certain ordre. Avec cette tyrannie de la tradition à l’opéra : le compositeur a donné telle et telle indication, et il faut les suivre. Pour moi, [il s’agissait] de recommencer à zéro. On a fait ça avec « Carmen » [en 1981, aux Bouffes du Nord, NDLR] mais, par respect du travail des autres, on a changé le nom et on a dit “La Tradition de Carmen”. Nous avions fait la même chose avec « Pelléas et Mélisande » et l’avions appelé “Impressions de Pelléas” [en 1992 ndlr] et ici, par respect aux autres, ce n’est pas “LA Flûte” mais “UNE Flûte enchantée”. Peter Brook
 Toute femme est amère comme le fiel, mais elle a deux bonnes heures, une au lit, l’autre à sa mort.  Palladas (épigraphe de la nouvelle de Mérimée)
On ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme. L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen. Il estime qu’à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles. Un mois après la proposition du directeur, je suis revenu avec ma solution où Carmen ne meurt pas mais se défend contre son agresseur d’une façon inattendue, comme n’importe qui le ferait à sa place. (…) Don José se rend compte que le fait d’avoir poussé Carmen à un geste aussi extrême revient à l’avoir tuée et ses dernières paroles Vous pouvez m’arrêter. C’est moi qui l’ai tuée prennent alors une dimension symbolique (…) Bizet avait situé Carmen en 1830, soit quarante-cinq ans avant sa première représentation. J’ai donc mis la même distance entre ma version et le moment où elle est jouée, pour que les spectateurs soient placés dans les mêmes conditions temporelles vis-à-vis de l’œuvre. Mais ce n’est pas une violence gratuite, car on pourrait facilement tomber dans une vision manichéenne des choses avec d’un côté les hommes affreux, sales et méchants, et de l’autre les femmes gentilles. Don José est un homme qui combat ses démons intérieurs, il a des moments de douceur et de générosité puis des accès de grande violence comme cela arrive dans les foyers où sévissent les violences conjugales. Leo Muscato
Dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, elle ne mourait pas non plus, elle se relevait et elle partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort. Je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin. Nous allons avoir des difficultés, moi qui ai une Traviata dans les tuyaux, dans la représentation de la femme. Dans ces opéras du XIXe siècle, la femme est très souvent une victime. Pire encore : une victime consentante. C’est très difficile à traiter aujourd’hui. En tout cas, cela nous pose une question. Mais on peut tout faire, il n’y a absolument aucune règle. Evidemment on peut aussi faire quelque chose qui ne plait pas à certains, mais la liberté reste totale pour les artistes heureusement !  Olivier Py
Ce n’est pas la première ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle. Précisons d’abord qu’à l’opéra, tout est convention: le nœud papillon, le duo d’amour, cette idée géniale et impossible que si tout le monde chante ensemble, on s’entend quand même, l’entracte et son champagne obligatoire, jusqu’aux choristes qui annoncent pendant dix minutes qu’ils s’en vont et restent sur place en tapant du pied. Modifiez une de ces conventions et vous trouverez toujours deux ou trois pisse-vinaigre pour crier aussi fort que la Malibran que c’est leurs souvenirs qu’on assassine. À Florence (Teatro del Maggio) donc, où la saison ne brille guère par l’originalité (standards de Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi, Puccini et, donc, Carmen), on s’autorise une sortie de route savamment orchestrée. Le metteur en scène Leo Muscato dit avoir réécrit le final «parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme». «L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen», a-t-il expliqué, ajoutant que le directeur estimait «qu’à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles». Aussitôt, le petit monde de l’opéra, tout comme ceux qui n’y foutent jamais les pieds, s’empare du sujet. Il y a les pour et les contre, c’est aussi simpliste qu’un air de ténor. L’opéra, on l’aime aussi pour ça: en gros, un type change la fin de Carmen et c’est comme s’il avait brûlé la Bibliothèque nationale et infligé à Georges Bizet un deuxième infarctus. Preuve s’il en était besoin que l’opéra est d’abord un musée où le public se précipite pour admirer La Joconde et détourne le regard lorsque Duchamp lui ajoute une moustache. Ce qui explique, à Florence comme ailleurs, que le théâtre lyrique tente souvent de se moderniser contre son public. Celui-ci préfère invariablement Les Noces de Figaro et Carmen à une œuvre de Janáček (hein, quoi?) ou de Berg (qui ça?) et sèche assidûment les créations contemporaines, dont les places sont régulièrement bradées. Raffolant du répertoire, ce public est, par essence, conservateur. Quiconque, dans une carrière de spectateur, a vu dix ou quinze fois Don Giovanni en a une idée assez précise et n’aime pas trop être bousculé dans ses certitudes. (…) Or, dans un monde multiculturel et métissé, cet entre-soi a quelque chose d’anachronique, voire de problématique parce que l’opéra coûte cher et dépend très largement de subventions publiques. Aussi l’institution donne-t-elle des gages. L’opéra est un contributeur net à l’économie locale, assure-t-on. Son public se renouvelle, se rajeunit, il ne serait pas si vieux, et il est vrai qu’on y envoie souvent des hordes de collégiens qui gloussent sous les «chuuuut !» indignés des abonnés. C’est dans ce contexte que s’inscrit un vaste mouvement de «dépoussiérage» des œuvres, sous l’impulsion de metteurs en scène venus du théâtre. Avec, à la clef, de vifs mécontentements. Le scandale le plus connu est celui du Ring de Patrice Chéreau, qui dressa contre le jeune metteur en scène français un public de wagnériens farouchement conservateurs, jusqu’à la xénophobie. Dans les années 1980, Peter Sellars défraya la chronique en transposant Mozart dans le ghetto noir de Harlem: Don Giovanni, noir, mangeant des hamburgers, se shootant à l’héro, vous n’y songez pas! Fort heureusement, c’était à Bobigny. Les théâtres allemands, belges, nééerlandais prirent l’habitude de ce que l’on nomme parfois le RegieTheater (théâtre du metteur en scène). Quelques années plus tard, avec Gérard Mortier, l’Opéra de Paris s’ouvrit à son tour à l’impensable. Et son public adora huer les metteurs en scène, qui y trouvèrent une forme de reconnaissance. Comme le plasticien du début du XXe siècle, le metteur en scène doit être sifflé pour exister. Bref, tout le monde aime le scandale, les dirigeants des théâtres aussi parce que «l’important, c’est qu’on en parle». C’est le minimum syndical que faisait joyeusement observer Lambert Wilson en 2006: «C’est la moindre des choses que des gens soient offusqués!» Le mini scandale florentin est donc bien la moindre des choses que l’opéra doit à son public. Un quart d’heure de gloire lyrique. Exister dans le brouhaha. Ce n’est pas si facile car les mises en scène sulfureuses (…) sont en train de devenir un marronnier de la critique musicale: des nazis comme s’il en pleuvait, des coïts par-ci, un viol par-là et, bien sûr, des figurants à poil. Le talent des metteurs en scène n’est pas en cause. Après tout, trouver des idées neuves lorsqu’une œuvre a été déjà montrée des milliers de fois n’est pas chose aisée. Souvent, le résultat est stimulant. Mais, peu à peu, se glisse insidieusement un déplaisant arrière-goût de marketing dans cette surenchère à la provocation et au détournement. À l’image de l’annonce de l’arrivée de Calixto Bieito à l’Opéra de Paris: «Celui par qui arrive le scandale.» Lisez: celui dont on espère le scandale. À Florence, c’est exactement ce qui est en jeu. Faire oublier qu’on programme une oeuvre archi-connue pour satisfaire son public (conservatisme) et en faire un triple salto de l’innovation bien pensante. Que Carmen refuse de se faire tuer (et c’est souvent dans une pulsion suicidaire) par Don José mais lui résiste et l’abatte, pourquoi pas? (…) De fait, Carmen, qui jouit sans entrave, est une des rares héroïnes d’opéra à refuser la soumission qu’impose l’opéra, cette Défaite des femmes, comme l’expliqua Catherine Clément. (…) Demain, si des metteurs en scène l’imaginent, on pourra aussi applaudir Carmen puritaine, lesbienne, vegan, flic, fabriquant des cigarettes électroniques, couchant avec Prosper Mérimée ou Georges Bizet, ou les deux à la fois, puis les tuant ensuite, déguisée en mante religieuse, présidente des États-Unis ou journaliste à L’Écho des Tziganes. La liberté théâtrale est celle-ci: la vérité d’un instant, la force d’une transposition, le génie d’une situation. Ça peut être sublime –c’est parfois raté– mais ça vit. Il est malheureusement regrettable qu’à Florence, ce geste s’accompagne d’un discours lénifiant et contreproductif. Il ne s’agirait pas d’une audace artistique mais d’une soumission à l’air du temps. On ne pourrait plus applaudir (donc montrer) le meurtre d’une femme aujourd’hui. Cet argument laisse pantois. Qui peut croire qu’en cachant un meurtre, celui-ci n’existe pas? Lorsque la violence faite aux femmes s’impose chaque jour dans le débat public, elle ne devrait plus être visible sur scène? L’opéra cesserait d’être un plateau pour devenir une estrade politique, un école des bonnes moeurs. Ce serait risible s’il n’y avait, hélas, des précédents. En 2006, le Deutsche Oper s’est interdit de montrer une tête de Mahomet, à côté de Bouddha et Jésus. En 2014 et 2015, une mise en scène de Dialogue des Carmélites a été interdite par la justice, jugements heureusement cassés en appel. Réfuter la liberté du metteur en scène de Carmen en la cadenassant dans un discours moral est non seulement absurde mais aussi contreproductif. Dire qu’il est « inconcevable » de montrer quelque chose au théâtre revient à donner raison aux bigots de toutes sortes qui ne rêvent que de censures et d’interdictions. C’est adopter leur langage, faire nôtre leur pauvre argumentation, céder à une peur obscurantiste, s’interdire le libre-arbitre. Jean-Marc Proust
Les transgressions sont souvent sexuelles (mais pas toujours). En 2012, une mise en scène de La Traviata de Verdi faisait polémique à La Monnaie de Bruxelles : la metteure en scène allemande Andrea Breth souhaitait déployer une réflexion sur les classes dirigeantes et l’hypocrisie sociale contemporaine à travers le livret originel, signé Francesco Maria Piave. Le scandale arrive à l’acte III : la présence d’une enfant entre les mains d’un homme bien plus âgé qu’elle, en pleine scène d’orgie, choque. Une polonaise finale dansée par des cow-boys à moitié nus pour l’opéra Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ? C’est la variante que tricotera le metteur en scène Krzysztof Warlikowski en 2007 au Bayerische Staatsoper de Munich à partir du livret Eugène Onéguine. Un livret qui nous vient de la main même du compositeur de l’opéra, dont Warlikowski revendiquera de réinterpréter l’oeuvre à l’aune de l’homosexualité du compositeur russe. Le résultat ? Un Eugène Onéguine, dandy de Saint-Pétersbourg, prenant en duel son ami, le jeune poète Lensky… dans un lit. (…) 2015, un scandale secouera le festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène autrichien, Martin Kusej, imaginera un Enlèvement au Sérail transposé à l’époque du terrorisme de Daech. Le sérail est devenu un camp djihadiste. Sans censurer totalement l’oeuvre, la direction du festival d’art lyrique contraint le metteur en scène à supprimer deux images, celle d’une décapitation, et celle d’un drapeau de Daech. (…) Mozart djihadiste et Wagner… nazi ? C’est une tarte à la crème, que le metteur en scène Bukhard Kosminski a visiblement prise au pied de la lettre en 2013, à l’opéra de Düsseldorf. Le public, bouleversé, découvrira à la première du Tannhäuser de Bukhard Kosminski une mise en scène brutale : l’intrigue est transposée dans les années 1940. Les personnages du livret écrit par Wagner lui-même, deviennent des bourreaux SS, ou leurs victimes. Rien n’est épargné aux spectateurs : des chanteurs asphyxiés d’un gaz blanc, jusqu’aux croix gammées, en passant par l’exécution d’une famille juive. (…) Des colonnes surmontées de phallus géants en guise de décor, et un Hercule viril à poil le temps d’une scène. Cette mise en scène de l’opéra de Vivaldi par John Pascoe, en 2006, a marqué les esprits. (…) Un hardeur qui traverse la scène, entièrement nu, pour évoquer la luxure du Venusberg, cette montagne mythique où Vénus retient captif le chevalier Tannhäuser ? C’était sous la houlette d’Olivier Py, à Genève en 2005. Sept ans plus tard, le metteur en scène sera à nouveau hué au lever de rideau pour la Première de sa Carmen, de Bizet, à Lyon. (…) La Carmen vue par Olivier Py est donc meneuse de revue ultra sexy – en tenue d’Ève ou en culotte soutien-gorge rouge vif la plupart du temps – d’un cabaret miteux situé dans un faubourg dangereux. (…) Peut-on passer à la trappe les passages les plus pénibles ? Il est rarissime que le Ring de Wagner soit donné dans son intégralité. En proposant une saison, un opéra cherche aussi à faire le plein et les représentations à rallonge sont réputées faire fuir le public. Aux Bouffes du Nord, Peter Brook donnera une Flûte enchantée d’1 heure 15… au lieu des 2 h 30, voire 3 heures habituelles. « Une version resserrée », dit-on pudiquement ? Un écrémage pour gagner en efficacité quitte à y perdre l’esprit originel, contestent plutôt certains puristes. (…) En décembre 2017, à l’opéra Bastille, c’est dans l’espace que le metteur en scène Claus Guth a envoyé La Bohème de Puccini, s’attirant les sifflets et les foudres des puristes. Le texte des deux librettistes Giacosa et Illica est respecté, mais alors que l’action se passe normalement dans le Paris des années 1830, tout se déroule à l’intérieur d’une navette spatiale à la dérive, puis sur une surface lunaire métaphorisant la mort. A Londres, en 2015, au prestigieux Royal Opera House, une mise en scène du Guillaume Tell de Rossini faisait scandale. Parce que le metteur en scène, Damiano Michieletto, avait décidé de transposer l’argument d’Etienne de Jouy dans la Bosnie des années 1990. Mais aussi pour son insoutenable scène de viol au troisième acte : une femme est jetée à terre, traînée, déshabillée, et vingt soldats lui passent sur le corps durant cinq longues minutes. Lors de la première représentation, les sifflets des spectateurs contraignent l’orchestre à s’interrompre un moment. Peter Brook (…) fera certes scandale à ses débuts, en adaptant Salomé à Covent Garden en 1949, mais pas pour des digressions à base de viols collectifs ou de partouzes. Brook avait alors la vingtaine, et le jeune metteur en scène défrayera la chronique pour avoir tout simplement préféré des décors construits aux habituelles toiles peintes de fond de scène. Décors qu’il confiera à Salvador Dali. Chloé Leprince et Hélène Combis-Schlumberger
Tout le monde accuse les femmes, et moi je les excuse De changer d’amour mille fois par jour ; Les uns appellent cela un vice, les autres une habitude, Quant à moi je crois que c’est une nécessité du cœur. Il ne faut pas que l’amant abusé Condamne les autres, mais se reproche sa propre erreur ; Qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou laides, Répétez avec moi : elles font toutes ainsi. Cosi fan tutte
C’est une Carmen absolument enragée. Il faudrait la bâillonner et mettre un terme à ses coups de hanche effrénés en l’enfermant dans une camisole de force après l’avoir rafraîchie d’un pot à eau versé sur la tête. Critique de l’époque
Ce livret [de Cosi fan tutte] est particulier parce que, soit on le prend d’un côté très bouffe, soit on peut en faire un marivaudage assez cruel… et moi, ce qui m’a intéressé dans ce livret, c’est la brutalité. La brutalité du rapport homme femme, une espèce d’asservissement au désir. Christophe Honoré
Femme forte ou victime broyée par son amant jaloux sous vos applaudissements ? C’est la question que nous renvoie Leo Mascato, qui a carrément pris une liberté inouïe avec le livret originel en inversant la dramaturgie. Loin, très loin de la version de Carmen donnée par Kasper Holten à l’été 2017 au Bregenz Festival, en Autriche, où Don José noyait Carmen sous l’eau de la scène. Jérôme Clément
A l’opéra, même les rôles de femmes réputées fortes se révèlent souvent ambivalents, révélant combien l’époque a pu discréditer la liberté de la femme, et plus encore l’égalité entre les sexes. (…) Au cœur de la polémique Carmen recréée par le Teatro del Maggio Musicale de Florence, le contre-pied radical du metteur en scène, Leo Muscato, qui réinvente le final « parce on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme ». Ce n’est pas Carmen qui meurt, assassinée sur scène par son ancien amant, jaloux, mais Don José qui se fait tirer dessus par l’héroïne. Qui en sortirait grandie, assure l’opéra de Florence pour qui on ne peut plus tolérer de faire acclamer sur scène un féminicide à notre époque. Soit près de 150 ans après la création de Carmen par Bizet. Opéra le plus joué au monde, Carmen avait été créé par Georges Bizet en 1875 à Paris, à l’Opéra-Comique. L’intrigue se passe un demi-siècle plus tôt, à Séville, dans le livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy qui travaillèrent à partir de la nouvelle de Prosper Mérimée. A l’époque, le final avait fait scandale : faire assassiner une femme volage sur scène au nez et à la barbe du public bon teint de l’Opéra-Comique, réputé “familial”, avait fait des remous. Mais quand on regarde de plus près les archives du journal Le Siècle que France Musique a exhumées l’an dernier, on se rend compte que c’est au moins autant pour sa sensualité échevelée que pour le féminicide que l’on s’indigne dans la société parisienne. (…) Plus d’un siècle plus tard, c’est ce féminicide que l’opéra de Florence cherche à nouveau à dénoncer, à rebours de tout le discours habituel qui tend plutôt à faire passer Carmen la Gitane pour une incarnation de la femme forte. Femme forte ou victime broyée par son amant jaloux sous vos applaudissements ? C’est la question que nous renvoie Leo Mascato, qui a carrément pris une liberté inouïe avec le livret originel en inversant la dramaturgie. Loin, très loin de la version de Carmen donnée par Kasper Holten à l’été 2017 au Bregenz Festival, en Autriche, où Don José noyait Carmen sous l’eau de la scène. L’opéra de Luigi Cherubini, Médée, avait été créé à Paris, au théâtre Feydeau, en 1797 (…) s’inspire (…) de Sénèque et Euripide et réinvente la tragédie grecque sans trop s’en éloigner. L’argument explore en effet les fondements d’une tragédie où la figure de la femme est sacrifiée : trompée par Jason, Médée promet de se venger… et y perd à peu près tout. L’opéra de Cherubini et Hoffman en fait une mère vengeresse qui, bafouée, est prise d’une folie sanguinaire. Elle poignarde ses deux enfants et menace Jason, tandis que brûle le temple auquel elle a mis le feu (…) Figure de femme hystérique et meurtrière finalement réduite à une ombre, le personnage de Médée conférera pourtant à l’opéra du même nom un succès immense : l’accueil de l’oeuvre de Cherubini en Europe est excellent. (…) Chez Wolfgang Amadeus  Mozart, la femme n’est pas toujours une figure aussi forte que la Reine de la Nuit (dans La Flûte enchantée). Entre 1786 et 1790, Mozart livre trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte. Écrits par un même librettiste, Lorenzo Da Ponte, visiblement décidé à brosser une image peu flatteuse de la femme ! Futile, bavarde et surtout infidèle, la femme est une vraie mégère. Dans Cosi fan Tutte, c’est carrément le titre de l’oeuvre qui nous raconte le propos : “Cosi fan tutte” signifie, littéralement “Elle font toutes ainsi”. C’est-à-dire : tromper leur moitié allègrement. L’opéra est créé en 1790 dans la foulée de Don Giovanni que Joseph II avait trouvé à son goût. (…) L’histoire se passe à Naples au XVIIIe siècle, et développe une histoire de trahison de leurs maris respectifs par deux fiancées volages. L’intrigue donne raison à Don Alfonso, personnage cynique qui promettait de démontrer l’infidélité des femmes. (…) Deux-cent-vingt ans plus tard, c’est Christophe Honoré qui se frottera au monument lyrique, en 2016, avec au festival d’Aix-en-Provence un Cosi fan tutte décentré dans la bonne société expatriée blanche d’Abyssinie. Ecoutez-le évoquer sa lecture de l’opéra de Mozart dans “La Grande table”, le 4 juillet 2016. Pour lui, le propos principal de cet opéra n’est pas tant la frivolité ou l’infidélité, qu’il regarde comme une lecture naïve de ce qu’a fait Mozart, mais plutôt la xénophobie et le rejet de l’autre dont il parle comme “une bêtise profonde, beaucoup plus idéologique”. Chloé Leprince
L’ouvrière Fantine, acculée misérablement à la prostitution, plutôt que de mourir de faim pourrait, en un geste de révolte féminin autant que citoyen, étrangler l’homme Javert de ses deux pauvres mains. Dans la liste de Schindler, Spielberg, sévèrement chapitré, ferait pendre à présent les SS d’Hitler par des juifs en colère. Gilles William Goldnadel
Carmen avait fait scandale en 1875. Enfin, vous n’y pensez pas, à l’opéra-Comique, le théâtre des familles, montrer la mort d’une femme ! Les conservateurs poussaient de grands cris effarouchés.Les conservateurs d’aujourd’hui, les champions de la censure tous azimuts, se recrutent dans les rangs des « progressistes ». Enfin, vous n’y pensez pas ! Montrer aujourd’hui la mort d’une femme, victime de la « violence masculine » ! Transformant de façon radicale la nouvelle de Mérimée, Meilhac et Halévy, les anciens complices d’Offenbach, avaient fait du personnage de Carmen une femme libre qui refuse justement d’être le jouet des hommes. Carmen est prête à tout pour conserver sa liberté, prête à mourir. Et elle agit, bien qu’elle sache que le destin l’attend. Sans la fatalité qui pèse sur son parcours, l’itinéraire de Carmen perd toute signification. Refusant toutes les conventions de son temps, Bizet introduisait le drame dès le prélude et construisait toute sa partition pour aboutir au duo final, point d’orgue étincelant et brutal. Musicalement les choses sont claires, Don José est un être faible et jaloux. Carmen un personnage tellement fort qu’elle n’a même pas besoin de ces grands solos usuellement employé sur la scène lyrique. Faire tuer José par Carmen c’est tout simplement n’avoir rien compris à l’œuvre. Elle endosse le rôle de Don José : un pauvre type qui n’a d’autre argument que le coup de couteau. Ne pas faire mourir Carmen c’est aussi aller contre la musique. (…) Tout le monde sait cela (…) sauf les metteurs en scène qui ne comprennent rien à la musique et qui confondent l’opéra et le théâtre. Pour eux, les « textes » ne sont que des « prétextes » à imposer la « bonne parole » au public. (…) Ils ne comprennent même pas que c’est la musique qui vient en premier à l’opéra et qu’on ne peut modifier arbitrairement un texte sans incidence sur la musique construite sur ce texte. Gérard-Michel Thermeau

Tarantinisation ou coranisation ?

En ce monde étrange d’idées chrétiennes devenues folles

Où, politiquement correct oblige, on déboulonne les statues, débaptise les rues ou élimine les croix chrétiennes qui fâchent …

Tout en se refusant à reconnaitre que l’antisémitisme des masses musulmanes qui déferlent actuellement dans nos rues …

Est le même que celui qui, sous prétexte d’occupation, assassine depuis des décennies les citoyens israéliens …

Comment ne pas voir …

La dernière lubie et l’énorme contresens d’un metteur en scène en panne de nouveauté

Qui pour dénoncer, à la Tarantino, la « violence masculine » contre les femmes …

En arrive à rien de moins que de transformer la victime en bourreau …

Abolissant du coup, sans compter le droit moral de l’auteur, 2 000 ans de tradition et d’acquis de la culture occidentale …

Fondés justement sur la révélation de la victimisation d’un parfait innocent …

Qui contrairement à la version coranique faisant de sa mort un faux-semblant …

Assume jusqu’à son ultime prix le choix de la non-violence ?

Carmen censuré à Florence

Aujourd’hui, on réécrit les œuvres du passé, comme Carmen de Bizet, pour satisfaire les fantaisies idéologiques des nouveaux moralistes

Gérard-Michel Thermeau

Contrepoints

10 janvier 2018

Aujourd’hui comme hier, Carmen offusque les bien-pensants.

Carmen avait fait scandale en 1875.

Enfin, vous n’y pensez pas, à l’opéra-Comique, le théâtre des familles, montrer la mort d’une femme ! Les conservateurs poussaient de grands cris effarouchés.

Les conservateurs d’aujourd’hui, les champions de la censure tous azimuts, se recrutent dans les rangs des « progressistes ».

Enfin, vous n’y pensez pas ! Montrer aujourd’hui la mort d’une femme, victime de la « violence masculine » !

Ainsi en ont décidé, de concert, le vertueux directeur et le non moins vertueux metteur en scène, Léo Muscato, au Teatro del Maggio (Florence) applaudis des deux mains par l’encore plus vertueux Olivier Py, qui avait déjà sauvé Carmen d’une mort affreuse, à Lyon, en 2012.

Une remarquable incompréhension

Comment peut-on être tombé aussi bas dans la bêtise crasse et l’incompréhension ?

Transformant de façon radicale la nouvelle de Mérimée, Meilhac et Halévy, les anciens complices d’Offenbach, avaient fait du personnage de Carmen une femme libre qui refuse justement d’être le jouet des hommes.

Carmen est prête à tout pour conserver sa liberté, prête à mourir. Et elle agit, bien qu’elle sache que le destin l’attend. Sans la fatalité qui pèse sur son parcours, l’itinéraire de Carmen perd toute signification.

Refusant toutes les conventions de son temps, Bizet introduisait le drame dès le prélude et construisait toute sa partition pour aboutir au duo final, point d’orgue étincelant et brutal. Musicalement les choses sont claires, Don José est un être faible et jaloux. Carmen un personnage tellement fort qu’elle n’a même pas besoin de ces grands solos usuellement employé sur la scène lyrique.

Faire tuer José par Carmen c’est tout simplement n’avoir rien compris à l’œuvre.

Et Carmen dans tout ça ?

Que devient Carmen ? Elle endosse le rôle de Don José : un pauvre type qui n’a d’autre argument que le coup de couteau.

Pardon, le couteau c’est trop sanguinolent pour notre metteur en scène soucieux d’éviter les éclaboussures.

Ne pas faire mourir Carmen c’est aussi aller contre la musique. C’est diminuer, affadir le personnage de Carmen, tomber dans la banalité.

Tout le monde sait cela.

Tout le monde, bien sûr, sauf les metteurs en scène « conscientisés » qui veulent le bonheur des femmes malgré elles.

Tout le monde, bien sûr, sauf les metteurs en scène qui ne comprennent rien à la musique et qui confondent l’opéra et le théâtre. Pour eux, les « textes » ne sont que des « prétextes » à imposer la « bonne parole » au public.

Des violences conjugales ?

Ils ne comprennent même pas que c’est la musique qui vient en premier à l’opéra et qu’on ne peut modifier arbitrairement un texte sans incidence sur la musique construite sur ce texte.

Pour tout dire, notre bon metteur en scène voit dans la relation entre Carmen et Don José un foyer où « sévissent les violences conjugales ».

Misère et désolation !

À quoi ont donc servi les efforts de Bizet pour transcender une intrigue sordide et donner aux personnages des « habits de lumière » pour reprendre l’heureuse expression de Piotr Kaminski ?1

Mais baste.

La réécriture des chefs-d’œuvre du passé est entamée depuis un certain temps déjà.

Bienvenu dans le « meilleur des mondes » ou 1984. C’est au choix.

Big Mother is watching you.

Voir aussi:

Gilles-William Goldnadel : «Ce n’est pas seulement Bizet qu’on assassin
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

08/01/2018

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Gilles-William Goldnadel revient cette semaine sur la réécriture de Carmen par Léo Muscato. Il y voit la marque d’un révisionnisme culturel importé tout droit des États-Unis. La culture de progrès s’arroge désormais tous les droits.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

Merveilleuse nouvelle pour les femmes, mais moins bonne pour leurs porcs: Carmen ne meurt plus assassinée, car elle donne la mort au postfranquiste Don José.
Par décret directorial du théâtre de Florence, le metteur en scène Léo Muscato a décidé de modifier la fin tragique de la belle cigarettière gitane.

En effet, selon le directeur directif et de progrès du Teatro del Maggio: «à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles».

La même hystérie vengeresse s’est abattue sur le pays à partir de l’affaire hollywoodienne et ses frasques weinsteiniennes.
Je passe, hebdomadairement, mon temps à écrire assez invariablement dans ces colonnes que l’époque est dangereusement névrotique. Depuis la rentrée de septembre et les hystéries électroniques venues de l’Atlantique, je décris désormais un effet d’emballement.

Les émeutes estivales de Charleville et les destructions de statues de généraux sudistes ont traversé l’océan et fait des émules jusque dans Paris où l’on a exigé la mise à bas des suppôts d’esclavagistes Colbert et Dugommier.

La même hystérie vengeresse s’est abattue sur le pays à partir de l’affaire hollywoodienne et ses frasques weinsteiniennes. Non seulement un porc français est publiquement balancé chaque semaine par-dessus bord, mais plus gravement, le discours public est révisé et sévèrement corrigé.

C’est dans ce cadre rien moins que rationnel que j’ai été conduit à plaindre avant les fêtes le sort réservé à un humoriste du nom de Tex, congédié comme un malpropre – et dans l’indifférence – par le service public audiovisuel pour avoir osé faire de l’humour noir sur une femme imaginaire, l’œil au beurre assorti.

Pour ceux qui viendraient à douter de ce que la tragi-comédie de Carmen se situerait dans ce strict cadre révisionniste, la lecture d’un article sans état d’âme publié ce 5 janvier de l’an nouveau sur le site de France Culture est riche d’enseignements. Notamment, les déclarations approbatrices d’Olivier Py qui, comme chacun sait, siège comme un pape de la culture de progrès en Avignon.

À la question, effectivement assez pertinente, peut-on changer la fin d’un opéra datant du XIXe siècle? l’homme qui se vante d’avoir déjà réglé son compte à Don José dans une adaptation pour l’opéra de Lyon en 2012, répond doctement: «dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, Carmen ne mourait pas non plus, elle se relevait et partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort.»

Puis ce décret moralisant pour l’avenir: «je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins, qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin»

Pour persuader encore le sceptique que l’œuvre de révision féministe radicalement engagée est à relier indissociablement au gauchisme culturel de toujours, celui-ci sera sans doute édifié d’apprendre que Léo Moscato à Florence, tout à son ardent désir modificateur, a également transposé le récit dans un camp de Roms des années 80 occupé illégalement par des forces de l’ordre en tenues antiémeutes: «Carmen, qui travaille dans une manufacture de cigarettes voisine du camp, est soumise aux coups de matraque répétés de Don José, un policier irascible et violent» (le Monde du 5 janvier).

Halte là! On ne passe plus les gitanes à tabac. Seulement les policiers.

À coups répétés de boutoir, la bêtise idéologique hystérique, en majesté médiatique, est en train de rendre fou, à lier, l’univers intellectuel et culturel occidental.
Ainsi, en prononçant la peine de mort contre Don José, l’homme de théâtre de progrès ne supprime pas seulement un mâle espagnol trop dominant, mais aussi un flic fascisant.

En collaborateur zélé des démiurges de progrès qui veulent désormais réviser la culture aujourd’hui inacceptable d’un passé dépassé, je propose avec empressement les modifications suivantes:

L’ouvrière Fantine, acculée misérablement à la prostitution, plutôt que de mourir de faim pourrait, en un geste de révolte féminin autant que citoyen, étrangler l’homme Javert de ses deux pauvres mains.

Dans la liste de Schindler, Spielberg, sévèrement chapitré, ferait pendre à présent les SS d’Hitler par des juifs en colère.

Je propose, encore plus définitivement, qu’à la fin, ce soit le méchant qui meurt. Donc l’homme, le policier, plutôt européen.

De manière plus générale, je suggère que l’on impose moralement pour tous les-crèves-la-faim, une meilleure fin.

Mais, trêve de persiflage. À coups répétés de boutoir, la bêtise idéologique hystérique, en majesté médiatique, est en train de rendre fou, à lier, l’univers intellectuel et culturel occidental.

Ce n’est pas seulement Bizet qu’on assassine, c’est tout simplement la raison.

Voir également:

Laissez Carmen tuer Don José (mais sans nous prendre pour des crétins)

Scandale à l’opéra de Florence: dans la mise en scène de Leo Muscato, Carmen ne succombe pas aux coups de Don José, mais se défend et l’abat. Pourquoi? Parce qu’on ne pourrait plus aujourd’hui applaudir le meurtre d’une femme. L’idée est excellente, sa justification consternante.

Jean-Marc Proust

Ce n’est pas la première ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle. Précisons d’abord qu’à l’opéra, tout est convention: le nœud papillon, le duo d’amour, cette idée géniale et impossible que si tout le monde chante ensemble, on s’entend quand même, l’entracte et son champagne obligatoire, jusqu’aux choristes qui annoncent pendant dix minutes qu’ils s’en vont et restent sur place en tapant du pied. Modifiez une de ces conventions et vous trouverez toujours deux ou trois pisse-vinaigre pour crier aussi fort que la Malibran que c’est leurs souvenirs qu’on assassine.

En 2017, «on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme»

À Florence (Teatro del Maggio) donc, où la saison ne brille guère par l’originalité (standards de Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi, Puccini et, donc, Carmen), on s’autorise une sortie de route savamment orchestrée.

Le metteur en scène Leo Muscato dit avoir réécrit le final «parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme».

«L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen», a-t-il expliqué, ajoutant que le directeur estimait «qu’à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles».

Aussitôt, le petit monde de l’opéra, tout comme ceux qui n’y foutent jamais les pieds, s’empare du sujet. Il y a les pour et les contre, c’est aussi simpliste qu’un air de ténor. L’opéra, on l’aime aussi pour ça: en gros, un type change la fin de Carmen et c’est comme s’il avait brûlé la Bibliothèque nationale et infligé à Georges Bizet un deuxième infarctus. Preuve s’il en était besoin que l’opéra est d’abord un musée où le public se précipite pour admirer La Joconde et détourne le regard lorsque Duchamp lui ajoute une moustache.

Moderniser les oeuvres pour un public épris de tradition

Ce qui explique, à Florence comme ailleurs, que le théâtre lyrique tente souvent de se moderniser contre son public. Celui-ci préfère invariablement Les Noces de Figaro et Carmen à une œuvre de Janáček (hein, quoi?) ou de Berg (qui ça?) et sèche assidûment les créations contemporaines, dont les places sont régulièrement bradées. Raffolant du répertoire, ce public est, par essence, conservateur. Quiconque, dans une carrière de spectateur, a vu dix ou quinze fois Don Giovanni en a une idée assez précise et n’aime pas trop être bousculé dans ses certitudes. C’est humain: on se fiche bien de savoir, quand on est plutôt vieux et friqué, si le public se renouvelle et se diversifie –ce que tentent de faire vaillamment la plupart des théâtres. On veut sa Bohème dans un atelier d’artiste où on se les pèle, point barre.

Or, dans un monde multiculturel et métissé, cet entre-soi a quelque chose d’anachronique, voire de problématique parce que l’opéra coûte cher et dépend très largement de subventions publiques. Aussi l’institution donne-t-elle des gages. L’opéra est un contributeur net à l’économie locale, assure-t-on. Son public se renouvelle, se rajeunit, il ne serait pas si vieux, et il est vrai qu’on y envoie souvent des hordes de collégiens qui gloussent sous les «chuuuut !» indignés des abonnés.

Le metteur en scène doit être sifflé pour exister

C’est dans ce contexte que s’inscrit un vaste mouvement de «dépoussiérage» des œuvres, sous l’impulsion de metteurs en scène venus du théâtre. Avec, à la clef, de vifs mécontentements. Le scandale le plus connu est celui du Ring de Patrice Chéreau, qui dressa contre le jeune metteur en scène français un public de wagnériens farouchement conservateurs, jusqu’à la xénophobie. Dans les années 1980, Peter Sellars défraya la chronique en transposant Mozart dans le ghetto noir de Harlem: Don Giovanni, noir, mangeant des hamburgers, se shootant à l’héro, vous n’y songez pas! Fort heureusement, c’était à Bobigny. Les théâtres allemands, belges, nééerlandais prirent l’habitude de ce que l’on nomme parfois le RegieTheater (théâtre du metteur en scène).

Quelques années plus tard, avec Gérard Mortier, l’Opéra de Paris s’ouvrit à son tour à l’impensable. Et son public adora huer les metteurs en scène, qui y trouvèrent une forme de reconnaissance. Comme le plasticien du début du XXe siècle, le metteur en scène doit être sifflé pour exister. Bref, tout le monde aime le scandale, les dirigeants des théâtres aussi parce que «l’important, c’est qu’on en parle». C’est le minimum syndical que faisait joyeusement observer Lambert Wilson en 2006: «C’est la moindre des choses que des gens soient offusqués!»  

Le scandale devient une norme

Le mini scandale florentin est donc bien la moindre des choses que l’opéra doit à son public. Un quart d’heure de gloire lyrique. Exister dans le brouhaha. Ce n’est pas si facile car les mises en scène sulfureuses, ici recensées par France musique, sont en train de devenir un marronnier de la critique musicale: des nazis comme s’il en pleuvait, des coïts par-ci, un viol par-là et, bien sûr, des figurants à poil.

Le talent des metteurs en scène n’est pas en cause. Après tout, trouver des idées neuves lorsqu’une œuvre a été déjà montrée des milliers de fois n’est pas chose aisée. Souvent, le résultat est stimulant. Mais, peu à peu, se glisse insidieusement un déplaisant arrière-goût de marketing dans cette surenchère à la provocation et au détournement. À l’image de l’annonce de l’arrivée de Calixto Bieito à l’Opéra de Paris: «Celui par qui arrive le scandale Lisez: celui dont on espère le scandale. À Florence, c’est exactement ce qui est en jeu. Faire oublier qu’on programme une oeuvre archi-connue pour satisfaire son public (conservatisme) et en faire un triple salto de l’innovation bien pensante.

Une belle idée théâtrale noyée dans un déluge de bons sentiments

Que Carmen refuse de se faire tuer (et c’est souvent dans une pulsion suicidaire) par Don José mais lui résiste et l’abatte, pourquoi pas? Certes, le livret ne dit pas cela. Mais cette vision s’apparente à un véritable coup de théâtre. On applaudit.

Et ensuite?

Ensuite, on s’en fout. Mais alors complètement. Le metteur en scène a quelques représentations pour se faire applaudir (10% de chances) ou huer (90%). Sa mise en scène fera date (10% de chances) ou sera oubliée (90%). Et s’il pense que Carmen peut tuer Don José, pourquoi pas? De fait, Carmen, qui jouit sans entrave, est une des rares héroïnes d’opéra à refuser la soumission qu’impose l’opéra, cette Défaite des femmes, comme l’expliqua Catherine Clément.

Ainsi, Carmen tuera Don José. Excellente idée, qui nous bouscule en nous faisant découvrir dans l’œuvre des éléments que nous n’avions pas perçus, qui n’y sont peut-être pas mais pourraient y être, en tirant du livret une interprétation nouvelle, en modifiant la psychologie d’un personnage qu’on croyait définitivement acquise. Demain, si des metteurs en scène l’imaginent, on pourra aussi applaudir Carmen puritaine, lesbienne, vegan, flic, fabriquant des cigarettes électroniques, couchant avec Prosper Mérimée ou Georges Bizet, ou les deux à la fois, puis les tuant ensuite, déguisée en mante religieuse, présidente des États-Unis ou journaliste à L’Écho des Tziganes. La liberté théâtrale est celle-ci: la vérité d’un instant, la force d’une transposition, le génie d’une situation. Ça peut être sublime –c’est parfois raté– mais ça vit.

Il est malheureusement regrettable qu’à Florence, ce geste s’accompagne d’un discours lénifiant et contreproductif.

Le politiquement correct, un catéchisme incompatible avec le théâtre

Il ne s’agirait pas d’une audace artistique mais d’une soumission à l’air du temps. On ne pourrait plus applaudir (donc montrer) le meurtre d’une femme aujourd’hui. Cet argument laisse pantois. Qui peut croire qu’en cachant un meurtre, celui-ci n’existe pas? Lorsque la violence faite aux femmes s’impose chaque jour dans le débat public, elle ne devrait plus être visible sur scène? L’opéra cesserait d’être un plateau pour devenir une estrade politique, un école des bonnes moeurs. Ce serait risible s’il n’y avait, hélas, des précédents. En 2006, le Deutsche Oper s’est interdit de montrer une tête de Mahomet, à côté de Bouddha et Jésus. En 2014 et 2015, une mise en scène de Dialogue des Carmélites a été interdite par la justice, jugements heureusement cassés en appel.

Réfuter la liberté du metteur en scène de Carmen en la cadenassant dans un discours moral est non seulement absurde mais aussi contreproductif. Dire qu’il est « inconcevable » de montrer quelque chose au théâtre revient à donner raison aux bigots de toutes sortes qui ne rêvent que de censures et d’interdictions. C’est adopter leur langage, faire nôtre leur pauvre argumentation, céder à une peur obscurantiste, s’interdire le libre-arbitre.

Répétons-le: la liberté du metteur en scène doit être totale. Il peut tout inventer, imaginer, réécrire et tant pis pour les puristes. Mais nuancer, abriter, justifier un détournement parce que c’est politiquement correct, non, mille fois non. Si l’art n’est plus subversif, il ne dit plus rien, il s’engonce dans l’académisme. Il n’est donc pas du tout  inconcevable qu’on applaudisse le «meurtre» d’une femme, de même qu’il parfaitement «concevable» d’applaudir qu’elle se défende et tue son agresseur. On n’applaudit pas un meurtre, mais un spectacle. Et si celui-ci nous fait réfléchir, tant mieux. Mais qu’il nous interdise à l’avance et avec moult précautions, cette réflexion, en nous disant ce qu’il faut penser, et tout le monde aura envie de vomir ce catéchisme de bien-pensance.

Si le théâtre «ne peut pas», il meurt

Est-ce trop demander que de faire confiance au public? Il peut tout entendre, tout voir, tout comprendre: c’est du théâtre. Et Œdipe? On peut réinventer Sophocle, rêver que son anti-héros couche avec papa et tue maman, on peut imaginer Œdipe tombant enceint et Jocaste avortant, et cela dirait bien notre époque, mais on ne peut pas concevoir un programme nous disant: «nous avons renoncé à montrer un inceste parce que vraiment c’est pas bien, l’inceste, vous voyez». Et je veux bien qu’Agamemnon et Clytemnestre règlent leurs différends chez le juge aux affaires familiales tandis qu’Hélène et Ménélas se réconcilient grâce à un sexologue… sauf si un artiste bigot m’explique que le mariage est un lien sacré qu’il faut préserver à tout prix.

Dans ce formol de gentillesse, que deviendraient nos passions, notre petite catharsis?

Dire qu’au théâtre «on ne peut pas» est une impasse. Une mort programmée. Il faut imaginer, pas s’interdire, pas s’autocensurer. Le théâtre n’est pas là pour nous arranger mais pour déranger. Carmen poignardant Don José peut irriter, choquer, séduire, amuser, mais dit quelque chose de l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. C’est une belle et bonne idée de théâtre. Malheureusement gâchée par un discours lénifiant, une explication de texte qui l’aseptise. Avec de tels discours, l’opéra croit sortir du formol, alors qu’il s’y enfonce.

Mais ne soyons pas naïfs. À l’opéra de Florence, on sait tout cela. Faute de faire entendre un opéra rare, il fallait imaginer un plan média pour cette énième production de Carmen. Dépêches AFP, Reuters, grands quotidiens, radios… Las! Nous sommes tous tombés dans le piège d’un bon plan marketing.

 Voir de plus:

Violences faites aux femmes : un opéra florentin réécrit « Carmen »

Dans cette version, « parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme », la célèbre héroïne de Bizet n’est pas assassinée par Don José.

Source AFP

Le Point
 

Cette archive avait été diffusée sur France Culture le 15 novembre 2017, dans l’émission “Le Réveil culturel”, alors que le film Médée de Pasolini était réédité chez Carlotta. Ecoutez la philosophe Marie-José Mondzain éclairer la manière dont le cinéaste italien avait recréé à sa manière le mythe de Médée dans “ce film énigmatique et compliqué” pour dénoncer l’écrasement du sous-prolétariat.
Sur le tournage, Maria Callas en avait même perdu sa voix : la Médée que vous entendez n’est pas elle mais sa doublure voix ! En revanche, lorsque vous entendez crier Médée à l’écran, c’est bien elle : la Callas avait tenu à se passer de doublure pour les cris (…)

3. Mozart entre marivaudage sexiste et violence idéologique

Chez Wolfgang Amadeus  Mozart, la femme n’est pas toujours une figure aussi forte que la Reine de la Nuit (dans La Flûte enchantée). Entre 1786 et 1790, Mozart livre trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte. Écrits par un même librettiste, Lorenzo Da Ponte, visiblement décidé à brosser une image peu flatteuse de la femme ! Futile, bavarde et surtout infidèle, la femme est une vraie mégère. Dans Cosi fan Tutte, c’est carrément le titre de l’oeuvre qui nous raconte le propos : “Cosi fan tutte” signifie, littéralement “Elle font toutes ainsi”. C’est-à-dire : tromper leur moitié allègrement.
L’opéra est créé en 1790 dans la foulée de Don Giovanni que Joseph II avait trouvé à son goût. Le monarque Habsbourg encourage alors Mozart à poursuivre avec cet opéra-bouffe en deux actes. L’affaire ne traîne pas : en un mois, Mozart et Lorenzo Da Ponte créent livret et partition. L’histoire se passe à Naples au XVIIIe siècle, et développe une histoire de trahison de leurs maris respectifs par deux fiancées volages. L’intrigue donne raison à Don Alfonso, personnage cynique qui promettait de démontrer l’infidélité des femmes. Et le même Don Alfonso de conclure, à l’issue du spectacle, sur un air célèbre qui donne son titre à tout l’opéra :

Tout le monde accuse les femmes, et moi je les excuse

De changer d’amour mille fois par jour ;

Les uns appellent cela un vice, les autres une habitude,

Quant à moi je crois que c’est une nécessité du cœur.

Il ne faut pas que l’amant abusé

Condamne les autres, mais se reproche sa propre erreur ;

Qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou laides,

Répétez avec moi : elles font toutes ainsi (« Cosi fan tutte »)

Deux-cent-vingt ans plus tard, c’est Christophe Honoré qui se frottera au monument lyrique, en 2016, avec au festival d’Aix-en-Provence un Cosi fan tutte décentré dans la bonne société expatriée blanche d’Abyssinie. Ecoutez-le évoquer sa lecture de l’opéra de Mozart dans “La Grande table”, le 4 juillet 2016. Pour lui, le propos principal de cet opéra n’est pas tant la frivolité ou l’infidélité, qu’il regarde comme une lecture naïve de ce qu’a fait Mozart, mais plutôt la xénophobie et le rejet de l’autre dont il parle comme “une bêtise profonde, beaucoup plus idéologique” :

Ce livret est particulier parce que, soit on le prend d’un côté très bouffe, soit on peut en faire un marivaudage assez cruel… et moi, ce qui m’a intéressé dans ce livret, c’est la brutalité. La brutalité du rapport homme femme, une espèce d’asservissement au désir.

 Voir de plus:

Changer la fin « Carmen » de Georges Bizet ? Cette version donnée à l’opéra Florence a fait scandale parce qu’elle entrave le droit moral de l’auteur. Mais encore faut-il réussir à le prouver. Retour sur la liberté qu’on a le droit de prendre vis-à-vis d’une oeuvre lyrique… et ses limites.

En commandant au metteur en scène Leo Muscato une Carmen iconoclaste, le teatro del Maggio Musicale de Florence savait qu’il ferait polémique : le cahier des charges était provocateur puisqu’il s’agissait rien moins qu’inverser la fin de l’intrigue et faire assassiner Don José, l’amant jaloux, à la place de Carmen.

Pour l’opéra toscan, il s’agit de prendre en compte la question de la violence faite aux femmes. Quitte à en passer par cette modification substantielle du répertoire. Car changer la fin de l’histoire revient à bouleverser en profondeur le livret signé Henri Meilhac et Ludovic Halévy, qui livrèrent à Bizet leur adaptation d’une nouvelle de Prosper Mérimée en 1870. Certes, le livret, comme la partition de l’opéra, sont tombés dans le domaine public de longue date : en France, le délai est de 70 ans après la mort de l’auteur (contre 50, par exemple, au Québec). Pourtant, ce n’est pas parce que Georges Bizet est mort en 1875 qu’on peut faire ce qu’on veut de son opéra le plus célèbre (comme des autres, d’ailleurs).

En effet, l’adaptation d’une oeuvre pose moins le problème des droits d’auteur (qui touche les dividendes sur l’exploitation d’une oeuvre) que la question du droit moral : jusqu’où a-t-on le droit d’aller avec l’opéra qu’il nous a légué ? Dans les faits, ce droit moral, qui doit garantir qu’on respecte bien la volonté de l’auteur, entre en conflit avec un autre principe de droit : la liberté de création artistique, corollaire de la liberté d’expression.

C’est la tension entre ces deux pierres angulaires du droit, et la façon dont les tribunaux tranchent le cas échéant, qui explique que certaines adaptations soient interdites… et d’autres, non.

Pour Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de la propriété intellectuelle et des questions artistiques, le droit moral existe dans la quasi totalité des pays du monde, qui ont en fait calqué leur législation sur la tradition juridique française. Seuls les Etats-Unis y dérogent, il n’y a pas de droit moral outre-Atlantique. Cette tradition française est ancienne : c’est un très vieux principe du droit français, puisque le droit moral trouve ses origines au XVIIIe siècle. Mais il dépend de la démonstration que feront devant les tribunaux ceux qui l’invoquent. Explications en quelques cas pratiques.

1 -Peut-on faire faire n’importe quoi aux personnages ?

Les transgressions sont souvent sexuelles (mais pas toujours). En 2012, une mise en scène de La Traviata de Verdi faisait polémique à La Monnaie de Bruxelles : la metteure en scène allemande Andrea Breth souhaitait déployer une réflexion sur les classes dirigeantes et l’hypocrisie sociale contemporaine à travers le livret originel, signé Francesco Maria Piave. Le scandale arrive à l’acte III : la présence d’une enfant entre les mains d’un homme bien plus âgé qu’elle, en pleine scène d’orgie, choque.

Une polonaise finale dansée par des cow-boys à moitié nus pour l’opéra Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ? C’est la variante que tricotera le metteur en scène Krzysztof Warlikowski en 2007 au Bayerische Staatsoper de Munich à partir du livret Eugène Onéguine. Un livret qui nous vient de la main même du compositeur de l’opéra, dont Warlikowski revendiquera de réinterpréter l’oeuvre à l’aune de l’homosexualité du compositeur russe. Le résultat ? Un Eugène Onéguine, dandy de Saint-Pétersbourg, prenant en duel son ami, le jeune poète Lensky… dans un lit.

Sacrilège ? Si rien ne permet de prouver que l’auteur a explicitement écrit qu’il était hostile à une adaptation de l’intrigue, le droit moral ne peut pas être invoqué pour interdire une adaptation ultérieure de son oeuvre. Il revient donc à l’avocat des ayants droit de montrer que l’auteur a laissé des traces montrant qu’il était défavorable. En aucun cas, le tribunal pourra arguer uniquement des « bonnes mœurs » et prêter un refus flou à l’auteur pour faire interdire la pièce. Il faut une trace sans ambiguïté, qu’elle soit publique ou pas.

Ce sera le cas, par exemple, de Victor Hugo qui s’était démarqué d’Alexandre Dumas, son contemporain et ami : alors que Dumas multipliait les suites à ses œuvres, Hugo avait clairement signifié qu’il désapprouvait le procédé. Dans la préface à Notre Dame de Paris, Victor Hugo réclame :

Ni greffon ni soudure.

Devant le juge, Emmanuel Pierrat se saisira (avec succès) de cette préface lorsque les héritiers de Victor Hugo le solliciteront pour faire interdire une suite aux Misérables à laquelle travaillait Plon, il y a quelques années. Si Tchaïkovsky était notoirement connu pour son homophobie, ou si Verdi avait laissé des écrits permettant de sécuriser l’interprétation de son oeuvre, un avocat aurait pu demander à faire interdire ces versions données à Münich ou à Bruxelles. En droit, le ministère public pourrait même prendre l’initiative d’une procédure devant les tribunaux. Mais dans les faits, il est plus fréquent que les procureurs s’en dispensent.

En 2015, la cour d’Appel de Paris avait condamné au nom du droit moral la version du Dialogue des Carmélites, de Francis Poulenc, sur un texte de Georges Bernanos, pour avoir modifié substantiellement l’intrigue. Sous l’oeil du metteur en scène Dmitri Tcherniakov, en 2010 à l’opéra de Bavière, Blanche sauvait les carmélites pour ensuite, se suicider. Sans que Bernanos ou Poulenc n’y aient songé. Une « contradiction totale avec l’espérance, composante cardinale du christianisme », ont alors plaidé les ayants droit. Deux ans plus tard, en juin 2017, La Cour de cassation autorisera finalement cette version du Dialogue des carmélites, arguant que la décision de la cour d’appel violait la liberté de création. Une décision complexe, comme le rappelait alors Telerama :

Dans son arrêt du 22 juin, la Cour de cassation considère d’abord qu’en reconnaissant que « la mise en scène litigieuse ne modifiait ni les dialogues, absents dans cette partie des œuvres préexistantes, ni la musique », et en concluant néanmoins que « loin d’être l’expression d’une interprétation des œuvres des auteurs, elle en modifie la signification et en dénature l’esprit », la cour d’appel de Paris « n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et a violé l’article sus-visé [l’article L.113-4 du code de la propriété intellectuelle, NDLR] ».

2 – Peut-on transformer un opéra en une ode hitlérienne ?

2015, un scandale secouera le festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène autrichien, Martin Kusej, imaginera un Enlèvement au Sérail transposé à l’époque du terrorisme de Daech. Le sérail est devenu un camp djihadiste. Sans censurer totalement l’oeuvre, la direction du festival d’art lyrique contraint le metteur en scène à supprimer deux images, celle d’une décapitation, et celle d’un drapeau de Daech. Et exprime sa désapprobation par la voix de son directeur, Bernard Foccroulle :

Je ne pense pas que l’on puisse aujourd’hui utiliser l’opéra de Mozart pour un message qui est exactement l’inverse de ce que Mozart a voulu dire c’est-à-dire que même dans la civilisation opposée, il y a en fait la même humanité partagée.

Mozart djihadiste et Wagner… nazi ? C’est une tarte à la crème, que le metteur en scène Bukhard Kosminski a visiblement prise au pied de la lettre en 2013, à l’opéra de Düsseldorf. Le public, bouleversé, découvrira à la première du Tannhäuser de Bukhard Kosminski une mise en scène brutale : l’intrigue est transposée dans les années 1940. Les personnages du livret écrit par Wagner lui-même, deviennent des bourreaux SS, ou leurs victimes. Rien n’est épargné aux spectateurs : des chanteurs asphyxiés d’un gaz blanc, jusqu’aux croix gammées, en passant par l’exécution d’une famille juive. La première de cette mise en scène sera aussi la dernière. Le metteur en scène refusant d’amender sa création, l’opéra est transformé de force en version concert, et la mise en scène supprimée, tandis que l’opéra de Düsseldorf tente de se justifier sur son site au lendemain du scandale :

C’est avec la plus grande stupeur que nous constatons que certaines scènes, en particulier les scènes très réalistes d’exécution, ont provoqué chez de nombreux spectateurs une réaction visiblement trop importante sur le plan tant physique que psychique, qui les a conduit à consulter un médecin.

Après cette version SS du Tannhaüser, aucune plainte ne sera déposée en Allemagne et les représentants de la communauté juive, tout en déplorant le « mauvais goût » de Kosminski n’exigeront pas son interdiction. S’ils l’avaient fait, l’avocat de l’opéra de Düsseldorf aurait eu à prouver que, bien que d’un antisémitisme notoire, Richard Wagner n’avait finalement rien à voir avec l’Holocauste. Une ligne de crête qui correspond à ce que Me Pierrat décrit lorsqu’il explique que le tribunal, dans ces affaires de droit moral, doit vraiment faire « de la dentelle« .

Qui n’a dit mot consent, certes, mais tout est souvent question d’interprétation fine en la matière. Le même Hugo, par exemple, n’avait rien dit de l’hypothèse, tout à fait anachronique, de l’adaptation de Notre-Dame de Paris sous forme de dessin animé. Ça donnera Le Bossu de Notre-Dame par Disney, mais Emmanuel Pierrat et Pierre Hugo, l’héritier, obligeront les studios Disney à indiquer dans le générique qu’il s’agit d’une adaptation libre et qu’une oeuvre de Victor Hugo préexistait par ailleurs.

En revanche, les mêmes n’ont pas fait interdire les comédies musicales inspirées de l’oeuvre de Hugo : l’écrivain, dans les traces qu’il a laissées, montre un goût pour l’opéra comique, à son époque. Et Me Pierrat a considéré qu’on pouvait estimer que la comédie musicale était au XXIe siècle ce que l’opéra comique était au XIXe.

3 – Peut-on mettre tout le monde à poil (quand aucune didascalie ne le suggère) ?

Des colonnes surmontées de phallus géants en guise de décor, et un Hercule viril à poil le temps d’une scène. Cette mise en scène de l’opéra de Vivaldi par John Pascoe, en 2006, a marqué les esprits. A la décharge de Pascoe, rappelons que lors de sa création à Rome, cet opéra ne fut joué que par des hommes, et des castrats pour les rôles féminins : la loi pontificale interdisait la présence de femmes sur les planches.

Un hardeur qui traverse la scène, entièrement nu, pour évoquer la luxure du Venusberg, cette montagne mythique où Vénus retient captif le chevalier Tannhäuser ? C’était sous la houlette d’Olivier Py, à Genève en 2005. Sept ans plus tard, le metteur en scène sera à nouveau hué au lever de rideau pour la Première de sa Carmen, de Bizet, à Lyon. La Revue du spectacle titrera : « Les (belles) cuisses de Carmen à l’opéra de Lyon » :

La Carmen vue par Olivier Py est donc meneuse de revue ultra sexy – en tenue d’Ève ou en culotte soutien-gorge rouge vif la plupart du temps – d’un cabaret miteux situé dans un faubourg dangereux.

La question du droit moral ne concerne pas seulement son adaptation plus ou moins fidèle mais aussi sa labellisation ou le contexte dans laquelle une oeuvre est accueillie. Par exemple, un roman gentiment libertin ne peut être republié dans une collection explicitement porno sans risquer de porter atteinte au droit moral de l’auteur. Mais il reviendra alors aux ayants droit, et surtout à leur avocat qui mène alors l’enquête, de prouver qu’il tenait à son label libertin et réprouvait, par exemple, le porno. L’enquête en question peut aller jusqu’à exhumer la correspondance privée de l’artiste, fouiller dans les notes retrouvées au fond d’un tiroir d’une maison familiale.

4. Peut-on passer à la trappe les passages les plus pénibles ?

Il est rarissime que le Ring de Wagner soit donné dans son intégralité. En proposant une saison, un opéra cherche aussi à faire le plein et les représentations à rallonge sont réputées faire fuir le public. Aux Bouffes du Nord, Peter Brook donnera une Flûte enchantée d’1 heure 15… au lieu des 2 h 30, voire 3 heures habituelles. « Une version resserrée« , dit-on pudiquement ? Un écrémage pour gagner en efficacité quitte à y perdre l’esprit originel, contestent plutôt certains puristes.

Dans « Tête à tête », au micro de Frédéric Taddéï, le 16 juin 2013, Peter Brook revenait sur son travail sur Mozart, à l’occasion du retour de « sa » Flûte enchantée aux Bouffes du Nord, à Paris.

Mais cette Flûte enchantée était ce qui était sous-jacent parce que Mozart, comme tous les compositeurs, était prisonnier des conventions de l’époque. C’est exactement comme aujourd’hui : un metteur en scène, à Hollywood, est obligé, avant de commencer, d’accepter toutes les règles du jeu données par le box office, les producteurs etc.

J’ai vu avec Bizet [dont Brook donnera Carmen en 1981, NDLR] et c’était passionnant, que Bizet a eu un moment de pif, d’inspiration, quand il a lu cette nouvelle de Mérimée, cette petite histoire extraordinairement forte en quelques pages. Ça a touché quelque chose en Bizet qui a senti, sans pouvoir l’exprimer, que ça pourrait être un opéra. Ensuite, consciemment ou inconsciemment, il a joué le jeu : à l’Opéra-comique, la condition était une partition pour tout l’orchestre ; il y avait un chœur et il fallait le faire travailler ; il y avait aussi un chœur d’enfant… et puis un public, qui venait pour le spectacle alors il fallait des processions. Mais pour moi l’intérêt aujourd’hui est d’écouter d’une oreille aussi attentive et vierge que possible la musique. Faire sortir la pureté, la beauté, et la réalité humaine des rapports dans cette musique qui avaient disparu ensuite.

5. Peut-on transposer l’intrigue à n’importe quelle époque ?

En décembre 2017, à l’opéra Bastille, c’est dans l’espace que le metteur en scène Claus Guth a envoyé La Bohème de Puccini, s’attirant les sifflets et les foudres des puristes. Le texte des deux librettistes Giacosa et Illica est respecté, mais alors que l’action se passe normalement dans le Paris des années 1830, tout se déroule à l’intérieur d’une navette spatiale à la dérive, puis sur une surface lunaire métaphorisant la mort.

A Londres, en 2015, au prestigieux Royal Opera House, une mise en scène du Guillaume Tell de Rossini faisait scandale. Parce que le metteur en scène, Damiano Michieletto, avait décidé de transposer l’argument d’Etienne de Jouy dans la Bosnie des années 1990. Mais aussi pour son insoutenable scène de viol au troisième acte : une femme est jetée à terre, traînée, déshabillée, et vingt soldats lui passent sur le corps durant cinq longues minutes. Lors de la première représentation, les sifflets des spectateurs contraignent l’orchestre à s’interrompre un moment.

Peter Brook n’aura pas donné dans la version intergalactique lors de son adaptation à l’os de La Flûte enchantée de Mozart, après avoir recréé Carmen (Bizet) et Pelléas et Mélisande (Debussy) aux Bouffes du Nord. Le metteur en scène fera certes scandale à ses débuts, en adaptant Salomé à Covent Garden en 1949, mais pas pour des digressions à base de viols collectifs ou de partouzes. Brook avait alors la vingtaine, et le jeune metteur en scène défrayera la chronique pour avoir tout simplement préféré des décors construits aux habituelles toiles peintes de fond de scène. Décors qu’il confiera à Salvador Dali.

Plus de soixante ans plus tard, tout en revendiquant de s’affranchir du sanctuaire du répertoire, Peter Brook prendra toutefois la précaution d’intituler son adaptation de La Fûte enchantée, de Mozart, Une Flûte enchantée. Il l’expliquait sur France Culture toujours dans « Tête à tête » le 16 juin 2013 :

Le point de départ était que j’étais convaincu exactement comme des années avant, avec « La Tragédie de Carmen » que la tendance de l’opéra est de surajouter couche après couche, de ce qui est devenu figé dans une tradition d’un certain ordre. Avec cette tyrannie de la tradition à l’opéra : le compositeur a donné telle et telle indication, et il faut les suivre. Pour moi, [il s’agissait] de recommencer à zéro. On a fait ça avec « Carmen » [en 1981, aux Bouffes du Nord, NDLR] mais, par respect du travail des autres, on a changé le nom et on a dit “La Tradition de Carmen”.

Nous avions fait la même chose avec « Pelléas et Mélisande » et l’avions appelé “Impressions de Pelléas” [en 1992 ndlr] et ici, par respect aux autres, ce n’est pas “LA Flûte” mais “UNE Flûte enchantée”.

« Respect du travail » de ses pairs, argue Peter Brook ? Pour Me Emmanuel Pierrat, c’est aussi une très bonne approche préventive. L’avocat précise qu’il pourrait d’ailleurs donner cette préconisation juridique… même si elle est « à double détente » :

D’un côté vous montrez que vous êtes conscients d’un problème, et que vous savez que vous portez atteinte à l’oeuvre originelle. De l’autre, vous montrez à des magistrats votre bonne foi en cas de contentieux.

Ce que le juge regardera avant tout, c’est si l’on a bafoué les volontés de l’auteur, mais aussi si l’on a trompé le mélomane qui verrait un opéra modifié. Plus un metteur en scène sera explicite, par exemple dans le titre ou dans l’affiche, en prévenant par exemple le spectateur qu’il ne propose pas une version intégrale de l’oeuvre, et moins il sera attaquable. “Dans les faits en tout cas, car, sur le fond, à chaque fois qu’on modifie ou qu’on tronque, on l’est”, rappelle Me Pierrat. Mais le juge arbitre ensuite pour voir quelle est la mesure de la tromperie.

Dès le XIXe siècle, des auteurs ont attaqué des mises en scène qu’ils estimaient trop commerciales. Et, deux siècles plus tard, les avocats continuent de plaider régulièrement en ce sens, même si les contrats sont aujourd’hui beaucoup plus précis : un metteur en scène de cinéma est prévenu que si son film est diffusé à la télévision, il pourra être interrompu par une coupure pub, de même qu’un opéra stipulera dans le contrat avant de produire un opéra en langue étrangère que le livret est susceptible d’être surtitré sur la scène, même si cela affecte le spectacle.

Voir aussi:

« À Florence, Carmen ne meurt pas » : polémique sur l’adaptation du célèbre opéra
Le metteur en scène Leo Muscatto a réécrit la fin de Carmen pour que le public n’applaudisse pas le meurtre d’une femme. Certains l’accusent de dénaturer l’œuvre de Bizet.

France tv info

09/01/2018

D’un côté, il y a ceux qui crient au sacrilège et, de l’autre, ceux qui saluent la démarche du metteur en scène. L’adaptation de Carmen, le célèbre opéra de Georges Bizet, fait polémique à l’opéra florentin : « À Florence, Carmen ne meurt pas », indique le journaliste italien Gianluca Nicoletti. En effet, au lieu d’être tuée par son ancien amant jaloux Don José comme dans la version originale, Carmen se saisit d’un revolver et lui tire dessus pour se défendre.

« S’il y en a bien un opéra qui est une ode à la femme, à la liberté, c’est Carmen »
Pour le metteur en scène, Leo Muscatto, l’objectif est de sensibiliser sur les les violences faites aux femmes, un thème dans l’ère du temps. À l’origine de cette initiative, le directeur de l’opéra Cristiano Chiarot s’est aussi justifié : « Comment peut-on oser applaudir le meurtre d’une femme ? » Pourtant, c’est davantage la justification de cette réécriture que la fin elle-même qui fait polémique.

La chroniqueuse de France Musique, Aliette de Laleu, regrette leur explication : « S’il y en a bien un opéra qui est une ode à la femme, à la liberté, voire au féminisme, c’est Carmen. Histoire d’une femme libre qui préfère mourir plutôt que de soumettre à un homme. » Cet avis est partagé par Hervé Lacombe, musicologue et spécialiste de l’œuvre : « C’est un opéra qui met en scène une femme libre et qui va contre toutes les formes d’ordres imposés par l’homme ». Dans sa chronique sur Europe 1, la journaliste Nadia Daam estime alors que « quand on va voir Carmen, c’est pas le meurtre qu’on applaudit mais l’oeuvre dans son ensemble ».

Toutefois, Aliette de Laleu relativise et considère que « sur le fond, changer la fin de Carmen n’est ni un crime ni une mauvaise idée. » Certains ont pourtant accusé le metteur en scène de dénaturer cette œuvre vieille de plus de 140 ans avec, parfois, des propos assez violents : « Certains ont dit que je devais pourrir en enfer parce que j’ai osé faire cela. »

En 2012, Carmen se relève après avoir été poignardée
Pourtant, ce n’est pas la première fois que Carmen est adaptée librement. En 2001 Beyonce l’interprétait dans un Hip Hopera. En 2012, dans l’adaptation d’Olivier Py, Carmen se relève après avoir été poignardée. Ou encore dans celle de Dmitri Bertman, dans les années 90, où Carmen est poignardée par la jalouse Micaela.

Voir également:

« Carmengate » : suffit-il que Carmen ne meure pas, pour sauver les femmes ?

France 24

09/01/2018

Pur opportunisme médiatique autour de l’affaire Weinstein ou réel souci éthique ? L’opéra de Florence, en Italie, propose une mise en scène de l’œuvre phare de Bizet où Carmen ne meurt pas sous les coups de Don José, mais se rebiffe.

L’idée est d’abord venue de la direction du Teatro del Maggio, à Florence. Elle suggère au metteur en scène Leo Muscato une mise en scène de ‘Carmen’ qui ne fasse pas l’apologie du féminicide. Que Don José, amoureux d’une Carmen qui elle, est éprise d’un autre, ne lui assène pas des coups de couteau… Sa justification : « À notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles ». Changement de paradigme, donc : Carmen échappe à la mort en tuant Don José d’une balle de revolver, en légitime défense. Résultat, les lyricomanes sont en émoi, les journalistes musicaux y vont chacun de leur analyse, le buzz est assuré, et le but largement atteint : le spectacle affiche complet pour ses six représentations.

La volonté politique du théâtre s’est donc imposée à Leo Muscato, réticent au premier abord. Une conférence sur la maltraitance et les abus sexuels a même été organisée le jour de la générale. ForumOpera s’en fait l’écho. À cette occasion, Rosa Maria Di Giorgi, vice-présidente du Sénat, s’est félicitée de voir le théâtre contribuer à « l’éducation au respect mutuel, une vocation qui fait du Maggio Musicale de Florence un patrimoine mondial non seulement artistique, mais aussi pédagogique ». Et la sénatrice italienne de vouloir faire de Carmen « la voix et la force de toutes ces femmes qui réclament le respect de la dignité et de l’inviolabilité de la personne humaine ».

La réalité des violences faites aux femmes est indéniable. Surtout en Italie, où l’on compte 600 meurtres de femmes au cours des quatre dernières années. Dans 88 % des cas, ils ont été perpétrés par leur époux, leur amant ou ex-amant, ou un autre homme de leur proche entourage, rappelle la correspondante de RFI à Rome, Anne Le Nir. Le décrier est donc un acte politique fort et nécessaire, se justifie le théâtre de Florence.

« Sortir du formol »

L’idée est louable, mais elle ne tourne pas rond. Car cette fin remanie l’intrigue jusqu’à l’absurde, font remarquer certains sur Twitter.

Pour d’autres lyricomanes, la dénaturation n’est même pas le problème. Après tout, « ça râlait moins dans les chaumières quand on a modifié la fin du Petit Chaperon Rouge pour rajouter un chasseur », ironise un autre mélomane.

Et puisque toutes les maisons d’opéra cherchent à se renouveler, à coller à l’actualité, à susciter une réflexion politique, cette mise en scène n’est-elle pas de bonne guerre ? « Ce n’est pas la première, ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle », rappelle Jean-Marc Proust dans Slate, se faisant l’avocat du théâtre de Florence, pour mieux le critiquer : « Ainsi, Carmen tuera Don José. Excellente idée, qui nous bouscule en nous faisant découvrir dans l’œuvre des éléments que nous n’avions pas perçus (…) Le théâtre n’est pas là pour nous arranger mais pour déranger. Carmen poignardant Don José peut irriter, choquer, séduire, amuser, mais dit quelque chose de l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. C’est une belle et bonne idée de théâtre. Malheureusement gâchée par un discours lénifiant, une explication de texte qui l’aseptise. Avec de tels discours, l’opéra croit sortir du formol, alors qu’il s’y enfonce. »

Rires dans la salle

© Teatro del Maggio, Florence

C’est au mieux naïf, au pire méprisant de penser qu’il faut prendre le public par la main pour lui dire ce qui est mal ou immoral, s’insurge à son tour Nadia Daam sur Europe 1. Car la justification du théâtre est tellement appuyée qu’elle n’élève pas le débat. Pire, elle nous « prend pour des idiots, elle masque la violence pour dénoncer la violence », estime Aliette de Laleu sur France Musique, qui fait mine de s’interroger : « Je ne sais pas qui, à la fin de ‘Carmen’, applaudit le geste de Don José en hurlant : ‘Mais qu’elle crève, la bohémienne !’ ? En tout cas moi, j’applaudis la bêtise de ce genre d’argument. Oui, à l’opéra, les femmes n’ont pas toujours le beau rôle, elles sont souvent violentées, tuées, violées, mais s’il y en a bien un qui est une ode à la femme, à la liberté, voire au féminisme, c’est ‘Carmen’, l’histoire d’une femme libre qui préfère mourir plutôt que de se soumettre à un homme ».

« Ce n’est évidemment pas la mort de Carmen qu’on applaudit à la fin de l’opéra, mais l’œuvre tout entière », écrit Valérie Lehoux dans Telerama. « Le révisionnisme artistique, qui surfe sur l’actualité post-Weinstein, tourne surtout au gros coup de pub. Sur le dos des femmes. »

Le théâtre de Florence jouerait-il au héraut de l’éthique, alors que le cynisme est aux commandes ? Jean-Marc Proust prend le pari. « Ne soyons pas naïfs. À l’opéra de Florence, on sait tout cela. Faute de faire entendre un opéra rare, il fallait imaginer un plan média pour cette énième production de ‘Carmen’. Dépêches AFP, Reuters, grands quotidiens, radios… Las ! Nous sommes tous tombés dans le piège d’un bon plan marketing. »

Le théâtre s’est non seulement payé un bon coup de pub, mais aussi un grand moment de gêne, à la première représentation, rapporte ForumOpera. « A la première, alors que Carmen brandissait le pistolet en direction de José, celui-ci s’est enrayé et n’a déclenché aucune détonation. Le public attendait certes un dénouement inédit, mais pas celui-là. L’hilarité est allée crescendo quand José a dû faire mine d’être blessé pour s’effondrer. Inutile de dire que la salle n’a pas été tendre avec l’équipe de production au rideau final. »

Au bout du compte, les médias et les réseaux sociaux n’auront jamais autant débattu d’opéra, et rien que pour cela, les mélomanes remercient le théâtre de Florence pour son magnifique coup de communication raté.

Voir encore:

Carmen : si tu me réécris, prends garde à toi…

Lors de la première, « Carmen » revisitée à l’ère « Balance ton porc » n’a décidément pas connu la fin qui était prévue. Un ultime pied de nez de Georges Bizet ?

De notre correspondant à Rome, Dominique Dunglas

Le Point
 09.01.2018

Littérature/peinture: Parfois le traître est juste un traître (After Amos Oz’s latest Judas kiss, thank God for Israel Museum’s Jesus exhibition)

24 septembre, 2017

Chagall, Exodus 1952-66

Through many a dark hour I’ve been thinkin’ about this that Jesus Christ was betrayed by a kiss but I can’t think for you you’ll have to decide whether Judas Iscariot had God on his side. Bob Dylan
Judas ! Dylan fan (Manchester, May 17, 1966)
We made him and he betrayed the cause. Dylan fan
I think most of all I was angry that Dylan… not that he’d played electric, but that he’d played electric with a really poor sound system. It was not like it is on the record [the official album]. It was a wall of mush. That, and it seemed like a cavalier performance, a throwaway performance compared with the intensity of the acoustic set earlier on. There were rumblings all around me and the people I was with were making noises and looking at each other. It was a build-up. (…)  It came as a complete surprise to me. I guess I’d heard Dylan was playing electrically, but my preconceptions of that were of something a little more restrained, perhaps a couple of guitarists sitting in with him, not a large-scale electric invasion. (…) we were still living the first acoustic LPs and I don’t think many people had moved on to the electric material. (…) It’s strange. But certainly that wasn’t the Dylan I focused on. Maybe I was just living in the past. And I couldn’t hear the lyrics in the second half of the concert. I think that’s what angered me. I thought, ‘The man is throwing away the good part of what he does.(…) I think I was probably being egged on. I certainly got a lot of positive encouragement as soon as I’d done it. I sat down and there were a lot of people around me who turned round and were saying, ‘That was great, wish we’d have said that’ – those sort of things. And at that point I began to feel embarrassed really, but not that embarrassed. I was quite glad I’d done it. (…) It came at the same time as the revelation that someone else was claiming it was they that did the shout, and that intrigued me because I couldn’t understand why anyone would want to do that. I supposed I rationalised it by saying, well, maybe two people in the auditorium shouted ‘Judas’ but I’m absolutely convinced that it was me that the microphones picked up. And, being a bit of an amateur historian, I wanted to set the record straight. (…) I don’t regret doing it because I think I did it for the right sorts of reasons. I felt betrayed by someone who’d formed a very big part of my life for two or three years. But, y’know, with the benefit of hindsight, I don’t think I would do it now. (…) Brilliant [laughs]. Absolutely brilliant. But that wasn’t the set that you heard in the auditorium. It didn’t sound like that. John Cordell
It has been reckoned to be one of the pivotal moments in popular music in the 20th Century, on a par with the riot at Stravinsky’s Rite of Spring in Paris ». (…) It’s funny – you wait 30-odd years for Judas to turn up and you get two at once. (…) I think being called Judas was the point. Betraying what? It’s quite ridiculous. (…) This was not a bad set, it was absolutely fantastic what they played. It was eye-opening and revolutionary. I’m so glad there is a record of it. (…) In essence, it’s the night that pop music became rock music. It was heavy metal, it was thrash metal, it was death metal, it was everything that’s come since then. I was totally aware, the moment it finished, I knew I had been present at something that was seismic. Dr CP Lee
The only reason tapes of those shows exist today is because we wanted to know, ‘Are we crazy?’. We’d go back to the hotel room, listen to a tape of a show and think, ‘Shit, that’s not that bad. Why is everybody so upset?’ Robbie Robertson
These are the same people that tried to pin the name Judas on me. Judas, the most hated name in human history! If you think you’ve been called a bad name, try to work your way out from under that. Yeah, and for what? For playing an electric guitar? As if that is in some kind of way equitable to betraying our Lord and delivering him up to be crucified. All those evil motherfuckers can rot in hell. Bob Dylan
For those American Jews who lack any shred of integrity, the media should be required to label them at the bottom of the television screen whenever they pop up, e.g. Bill Kristol is “Jewish and an outspoken supporter of the state of Israel.” That would be kind-of-like a warning label on a bottle of rat poison – translating roughly as “ingest even the tiniest little dosage of the nonsense spewed by Bill Kristol at your own peril. Phil Giraldi
As the New Year 5778 begins, 88% of Israeli Jews say that they are happy and satisfied with their lives. This makes sense. Israel’s relative security, its prosperity, freedom and spiritual blossoming make Israeli Jews the most successful Jewish community in 3,500 years of Jewish history. The same cannot be said for the Jews of the Diaspora. In Western Europe, Jewish communities that just a generation ago were considered safe and prosperous are now besieged. Synagogues and Jewish schools look like army barracks. And the severe security cordons Jews need to pass through to pray and study are entirely justified. (…) The crisis is a function of growing levels of popular antisemitism spurred by mass immigration from the Islamic world and the resurgence of indigenous European Jew-hatred, particularly on the far Left. The same cannot be said of the American Jewish community, which at the dawn of 5778 also finds itself steeped in an ever deepening crisis. (…)  While antisemitism is experiencing a growth spurt in the US progressive movement, and antisemitism is becoming increasingly overt in US Muslim communities, neither the Reform nor Conservative movements has taken significant institutional steps to fight them. Instead, both movements, and a large swath of the Jewish institutional world, led in large part by Reform and Conservative Jews, have either turned a blind eye to this antisemitism or supported it. Caroline Glick
Parfois, le traitre est celui qui est en avance sur son temps. Amos Oz
That’s what the Jews in Israel think because they have no notion of the limits of power. The fact is that all the power in the world cannot transform someone who hates you into someone who likes you. It can turn a foe into a slave, but not into a friend. All the power in the world cannot transform a fanatic into an enlightened man. All the power in the world cannot transform someone thirsting for vengeance into a lover. And yet these are precisely the real existential challenges facing the State of Israel: how to turn a hater into a lover, a fanatic into a moderate, an avenger into a friend. Am I saying that we do not need military might? Heaven forbid! Such a foolish thought would never enter my head. I know as well as you that it is power, military power, that stands, at any given moment, even at this very moment while you and I are arguing here, between us and extinction. Power has the power to prevent our annihilation for the time being. On condition that we always remember, at every moment, that in a situation like ours power can only prevent. It can’t settle anything and it can’t solve anything. It can only stave off disaster for a while. Shmuel Ash (Judas, Amos Oz)
Every so often in history, courageous people have appeared who were ahead of their time and were called traitors or eccentrics. Amos Oz
And so that is indeed what the Jews possess in the deepest recesses of the Jew-hater’s imagination. We are all Judas. Gershom Wald (Judas, Amos Oz)
 In front of me hangs Marc Chagall’s picture Crucifixion in Yellow. It shows the figure of the crucified Christ in an apocalyptic situation: people sinking into the sea, people homeless and in flight, and yellow fire blazing in the background. And with the crucified Christ there appears the angel with the trumpet and the open roll of the book of life [Rev 14.6]. This picture has accompanied me for a long time. It symbolizes the cross on the horizon of the world, and can be thought of as a symbolic expression of the studies which follow. Jürgen Moltmann
The sclpture, created by Russian Jewish artist Mark Antokolsky in 1876, is part of a collection of more than 150 artworks by 40 Jewish and Israeli artists who have used Christian imagery to challenge long-held taboos in both communities. It showcases the evolving attitudes of Jewish, Zionist and Israeli artists toward a figure whose place in Jewish history has been negotiated and reinterpreted over more than two millennia. It is a risky statement for an Israeli museum. Throughout history, Jews have traditionally shunned Jesus and his gospel. And while the Holy Land might be his accepted birthplace, for Jews in the modern state of Israel there is often resistance to learning about or even acknowledging Christianity. The Washington Post
We are talking about a 2,000-year-old tension between Judaism and Christianity and the fact that anti-Semitism grew in Christian thought and theology. (…) Israelis are funny about Jesus. But when we scrape the surface, we realize that there is a lot of Christian imagery all around us, even if we’re unaware of it. Amitai Mendelsohn
In the 19th century, the main issue was the Jewish artist feeling emancipated, and it was important for those artists to connect with their surrounding and the time. For Israeli artists, it’s also a kind of emancipation from the heavy Jewishness of their country. Ronit Steinberg (Jerusalem’s Bezalel Academy of Arts and Design)
Lorsque Jésus pense que tout le monde peut aimer tout le monde, peut être pensait-il à autre chose que ce que l’on a interprété. (…) L’amour prêché par Jésus tel qu’il est interprété, est quelque chose de tout à fait impossible. Le contraire de la guerre (…) n’est pas l’amour mais plutôt le compromis. (…) Mon père s’appelait Judas. Mon fils s’appelle aussi Judas. C’est quelque chose qui m’intéresse depuis mes 16 ans. De plus, cette traitrise de Judas, on peut considérer que c’était en quelque sorte le Tchernobyl de l’antisémitisme (…) Pourquoi Judas qui avait les moyens vendrait-il son maitre, son idole, son enseignant pour quelque chose comme 600 euros actuels ? Je trouvais que ça ne cadrait absolument pas. (…) Judas a cru en Jésus même plus que Jésus ne croyait en lui-même. (…) Le monde chrétien lorsqu’il l’a découvert a été choqué. C’est comme un électrochoc que de lire cela : le premier chrétien est mort ainsi, c’était également le dernier chrétien, et le seul chrétien. Un électrochoc dont personnellement je me réjouis. Je crois qu’il est bien mérité, peut-être également cela pourra-t-il un petit peu atténuer ce Tchernobyl de l’antisémitisme.  (…) Personnellement je n’ai pas de préférence pour l’un ou l’autre des personnages, ou des idées de ce roman. Je vais d’ailleurs vous donner un petit truc : il faut vous mettre dans des visions très contradictoires. Je n’ai pas voulu écrire un manifeste politique ou un roman. L’écrivain doit pouvoir se mettre à la place de l’autre. Il faut pouvoir décrire avec la même ferveur, deux ou trois visions opposées. (…) Je suis évolutionniste. Je crois aux compromis (…) et le contraire du compromis, ce n’est pas l’idéal, l’idéalisme, mais c’est le fanatisme et la mort. Amos Oz
L’intrigue de Judas cherche moins à exploiter le décor de pierres blondes et les ruelles de Jérusalem qu’à abriter un huis clos entre trois marginaux : l’ex-étudiant Shmuel Asch qu’une séparation a conduit à laisser tomber sa thèse sur l’apôtre, le vieil historien Gershom Wald, et une veuve de 45 ans, Atalia Abravanel. Entre ces trois solitaires que tout sépare et qui appartiennent à des générations différentes, des relations précaires mais fortes vont finir par se nouer. Les développements didactiques consacrés à Judas, qu’Amos Oz mêle à son histoire, doublent le roman d’un véritable essai. L’entrelacs ne prend pas toujours et sature parfois le récit. C’est l’aspect le moins convaincant du livre, malgré l’intérêt de l’hypothèse prêtée à Asch d’un Judas fidèle entre les fidèles, poussant Jésus à monter sur la croix pour faire éclater sa divinité en espérant qu’il survive à son supplice. Le dévoilement progressif du secret qui pèse sur la maisonnée est en revanche très réussi. La vérité apparaît en pleine lumière au fur et à mesure que se modifie le regard sur les objets quotidiens (canne, café, lampe à pétrole) auxquels Oz a toujours l’art de donner une âme. Nicolas Weill

Attention: une trahison peut en cacher une autre !

A l’heure où en ce Nouvel an juif

Et à l’instar d’un Judas « déçu par la ‘passivité de Jésus’ le livrant au Sanhédrin afin de provoquer une révolution armée contre l’occupant romain » …

Nombre de juifs de la Diaspora américaine ainsi qu’une minorité active de Juifs israéliens semblent déterminés à pousser Israël au suicide territorial face à ses ennemis palestiniens et arabes …

Contrairement à un nombre croissant de chrétiens ouvertement  solidaires du projet sioniste …

Comment ne pas se désoler …

Derrière son long héritage revendiqué de Jérémie à Lincoln ou de Gaulle ou même Herzl ou Ben Gourion …

De la véritable apologie de la trahison du dernier roman de l’écrivain israélien Amos Oz …

Mais comment en même temps ne pas être conforté d’initiatives du côté israélien …

Telles que cette récente  exposition du Musée d’Israël

Rappelant contre ces innombrables représentations du Christ à travers lesquelles nos musées avaient réussi à le déjudaïser …

La longue tradition de représentations de Jésus dans l’art juif et aujourd’hui israélien ?

Amos Oz: «Parfois, le traître est celui qui est en avance sur son temps»
L’écrivain plaide en faveur de Judas dans une fresque saisissante où il pose à Israël la question de la mémoire et du futurAndré Clavel
Le Temps30 août 2016

Raconter. Raconter, encore et encore. Des histoires, Amos Oz en a toujours inventé, depuis sa plus lointaine enfance, dans l’appartement familial rempli de livres – jusque dans la salle de bain. «Je ne peux m’empêcher d’écrire, dit le ténor des lettres israéliennes. Mes romans ne peuvent certes pas changer le monde mais ce que je souhaite, c’est qu’ils parviennent à ouvrir de nouvelles fenêtres dans le cœur de mes lecteurs.» Des fenêtres – et autant d’horizons –, il n’en manque pas dans Judas, son roman le plus audacieux et le plus ambitieux, une fresque qui comptait d’abord près de mille pages mais qu’il a peu à peu dégraissée des deux-tiers, après cinq ans de labeur.

Politique et religion

C’est dire le prix de ce récit où la théologie croise la politique, où les histoires intimes se mêlent à la grande Histoire – la naissance d’Israël, en particulier – et où le cofondateur du mouvement La Paix Maintenant jette un éclairage littéraire sur ses engagements citoyens tout en interrogeant les textes bibliques, sa lecture de chevet. «Ils contiennent des histoires magnifiques et douloureuses, sans parler de la beauté de la langue» dit le magicien Oz qui, nourri de l’Ancien Testament, s’est aussi plongé dès son adolescence dans le Nouveau Testament. Il est la source vive de son roman, au détour duquel il remet en scène le plus controversé des personnages, ce Judas qu’il réhabilite merveilleusement en tordant le cou aux vieilles – et tenaces – légendes qui font de lui le pire des renégats.

Dès les premières lignes, Amos Oz annonce la couleur: dans cette histoire, écrit-il, «on va parler de désir, d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée». Nous sommes à Jérusalem, pendant l’hiver 1959, au cœur d’une ville portant encore les stigmates de la guerre qui l’a divisée en deux, dix ans auparavant. C’est dans ces décors que se débat un jeune homme qui joue de malchance, Shmuel Asch, 25 ans, un étudiant en histoire des religions que sa fiancée vient de plaquer cruellement. Autre coup dur, la récente faillite de son père qui va le contraindre à trouver un emploi pour financer ses études, un emploi qu’il finira par dénicher grâce à une petite annonce: en échange d’un hébergement et d’un modeste salaire, un invalide de 70 ans cherche un garçon de compagnie pour lui faire la conversation cinq heures chaque soir.

Grincheux

C’est ainsi que Shmuel débarque chez le très fantasque Gershom Wald, un bavard impénitent, un vieux grincheux aussi érudit que misanthrope. Remplie de livres, située à l’ombre d’un figuier – comme dans une parabole biblique –, sa maison sera le théâtre de dialogues enflammés où s’affronteront deux générations, celle des certitudes et celle des désillusions. D’un côté, les beaux idéaux socialistes de Shmuel, qui brûle de réformer le monde. De l’autre, l’ironie cinglante de Gershom, qui vomit les idéologies. Don Quichotte contre Voltaire. «Je ne crois pas en la rédemption du monde. Il est sinistre et rempli de souffrances mais qui veut le sauver versera des torrents de sang» lance Gershom, avant d’ajouter: «Tout le monde ou presque traverse l’existence, de la naissance à la mort, les yeux fermés. Si on les ouvrait une fraction de seconde, on pousserait des hurlements effroyables sans jamais s’arrêter.»

Voir aussi:

Amos Oz: « Judas a cru en Jésus »

A l’occasion de la parution en France de son roman Judas (Gallimard), l’écrivain israélien Amos Oz s’est exprimé mardi 6 septembre au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

A l’occasion de la parution en France de son roman Judas (Gallimard), Amos Oz a tenu une conférence ce mardi 6 septembre, au musée d’art et d’histoire du judaïsme. L’écrivain israélien, en conversation avec la journaliste du Monde Josyane Savigneau, s’est exprimé sur les nombreux thèmes qui traversent le roman déjà traduit en 15 langues. L’histoire se déroule il y a 51 ans, dans un Jérusalem dont l’auteur avoue être « nostalgique », et met en scène trois personnages principaux dans une même maison isolée : Gershom Wald, « un vieux handicapé qui a perdu la foi en tout », Attalia, « furieuse contre toute la gente masculine » dont s’amourache le jeune Shmuel Asch, qui à l’opposé de Wald veut changer le monde et s’intéresse à Jésus dans la religion juive.

Concernant le Christ, qui est l’un des sujets récurrents du roman avec Judas Iscariote, Amos Oz affirme : « Lorsque Jésus pense que tout le monde peut aimer tout le monde, peut être pensait-il à autre chose que ce que l’on a interprété. » Et va même jusqu’à affirmer que « l’amour prêché par Jésus tel qu’il est interprété, est quelque chose de tout à fait impossible ». Le contraire de la guerre, selon Oz, n’est pas l’amour mais plutôt le compromis. À ce propos, rappelle-t-il, « Shmuel, idéaliste et Wald, pessimiste, vont se changer mutuellement ».

Quant à Judas, il intéresse Amos Oz sur son trait de caractère le plus célèbre : « Qu’est-ce qu’un traitre ? Qu’est-ce qui fait qu’un traitre est considéré comme traitre ? ». Et de rappeler l’origine de son intérêt pour cette question : « Mon père s’appelait Judas. Mon fils s’appelle aussi Judas. C’est quelque chose qui m’intéresse depuis mes 16 ans. De plus, cette traitrise de Judas, on peut considérer que c’était en quelque sorte le Tchernobyl de l’antisémitisme (…) Pourquoi Judas qui avait les moyens vendrait-il son maitre, son idole, son enseignant pour quelque chose comme 600 euros actuels ? Je trouvais que ça ne cadrait absolument pas. (…) Judas a cru en Jésus même plus que Jésus ne croyait en lui-même ».

L’écrivain israélien espère que ce livre, qu’il a écrit en cinq ans, bousculera les clichés antisémites : « Le monde chrétien lorsqu’il l’a découvert a été choqué. C’est comme un électrochoc que de lire cela : le premier chrétien est mort ainsi, c’était également le dernier chrétien, et le seul chrétien. Un électrochoc dont personnellement je me réjouis. Je crois qu’il est bien mérité, peut-être également cela pourra-t-il un petit peu atténuer ce Tchernobyl de l’antisémitisme. »

Mais il précise tout de même qu’il n’a pas écrit ce livre afin d’en faire un manifeste pour l’une ou l’autre des opinions qui y sont représentées : « Personnellement je n’ai pas de préférence pour l’un ou l’autre des personnages, ou des idées de ce roman. Je vais d’ailleurs vous donner un petit truc : il faut vous mettre dans des visions très contradictoires. Je n’ai pas voulu écrire un manifeste politique ou un roman. L’écrivain doit pouvoir se mettre à la place de l’autre. Il faut pouvoir décrire avec la même ferveur, deux ou trois visions opposées. » Et de rappeler, encore, une fois, sa conviction : « Je suis évolutionniste. Je crois aux compromis (…) et le contraire du compromis, ce n’est pas l’idéal, l’idéalisme, mais c’est le fanatisme et la mort. »

Voir également:

Amos Oz : « Pourquoi Judas aurait-il trahi Jésus pour 30 deniers, soit 600 euros ? »

Ecrivain engagé, militant pour la paix, Amos Oz réhabilite la figure de Judas, dans un magnifique roman qui s’interroge sur les souffrances du peuple juif. Entretien.

Didier Jacob

Dans la Jérusalem du début des années 60, Shmuel, un jeune étudiant, accepte, moyennant rétribution, de tenir compagnie à Gershom Wald, un vieil homme solitaire qui débat sans fin sur le sionisme et les origines de l’Etat hébreu. Dans la maison du vieil homme, une jolie femme, Atalia, pleure son mari perdu, un soldat israélien sauvagement assassiné alors qu’il effectuait une dangereuse mission.

Shmuel, qui ne tarde pas à tomber amoureux de la veuve, rédige une thèse sur «Jésus dans la tradition juive», dans laquelle il tente de réhabiliter la figure controversée de Judas. Mais Shmuel est aussi fasciné par le combat du père défunt d’Atalia, un des pionniers du sionisme qui s’opposa à Ben Gourion au moment de la création de l’Etat d’Israël, et milita pour un non-Etat à la fois arabe et juif.

En inventant de toutes pièces ce personnage idéaliste accusé par les siens de les trahir, et en racontant dans ce roman si sensuellement philosophique comment Judas fut considéré à tort comme un traître, Amos Oz, le bouillant activiste à qui certains de ses compatriotes ont si souvent reproché son engagement pour la paix, tient plus que jamais son rôle d’empêcheur de conter en rond. Entretien.

Voir encore:

Roman

Judas

Amos Oz

Jérusalem, 1959, un trio hanté par le passé. Puisant dans la théologie et l’histoire d’Israël, le romancier livre une réflexion vibrante sur la trahison.

Ils sont trois personnages, rassemblés comme à huis clos. Une intimité non exclusive, dans laquelle s’immisce l’atmosphère extérieure. A commencer par celle de la ville, en cette fin de l’année 1959 : le froid de l’air, le gris du ciel, le grand silence des rues trop calmes et trop vides. « Cet hiver, Jérusalem était paisible, comme absorbée dans ses pensées. De loin en loin, on entendait sonner les cloches des églises. Une légère brise venue de l’ouest s’engouffrait dans les cyprès, ébranlant les cimes et le coeur de Shmuel. » Shmuel est l’un des trois protagonistes de Judas. Il en est même la figure centrale, si on envisage ce grand livre d’Amos Oz comme un roman d’apprentissage — ce qu’il est, mais à quoi on ne saurait le réduire.

Shmuel a 25 ans, il est hypersensible et idéaliste, en outre « corpulent, barbu, timide, émotif, socialiste, asthmatique, cyclothymique, les épaules massives, un cou de taureau, des doigts courts et boudinés : on aurait dit qu’il leur manquait une phalange ». Plaqué par sa petite amie et sans un sou en poche, il vient de décider de planter là ses études, le mémoire qu’il a entrepris sur « Jésus dans la tradition juive », pour occuper le poste d’homme de compagnie, logé, nourri, blanchi, auprès d’un vieil intellectuel invalide. Lui, c’est Gershom Wald, un grand vieillard laid, physiquement diminué mais inlassable dissertateur, érudit, sceptique, caustique. Avec lui cohabite Atalia Abravanel, la femme qui complète le trio. Autour duquel le romancier convoque aussi, au gré des pages et de l’évolution de son intrigue, nombre de fantômes : celui d’un fils disparu, d’un époux mort, d’un père renié. Et surtout, celui de Judas Iscariote, l’apôtre qui, par un baiser, livra Jésus à ses bourreaux — l’incarnation même du traître selon la tradition chrétienne qui fit de son geste son principal argument antisémite.

Tenant fermement ce thème de la trahison comme fil conducteur à son intrigue — et s’interrogeant : chacun de nous n’est-il pas le traître d’un autre ? — Amos Oz ne craint pas de puiser à la théologie, à l’histoire des relations entre judaïsme et christianisme ou à celle du sionisme et de la fondation de l’Etat d’Israël, pour tisser l’apprentissage intellectuel, politique et sentimental de Shmuel d’éléments théoriques et de développements philosophiques ou historiques passionnants. Judas est un roman d’idées, c’est incontestable. Un roman puissant et audacieux, dans lequel, de bout en bout, la rhétorique et la confrontation des points de vue tiennent une place essentielle.

Mais c’est aussi, et tout autant, dans un même geste romanesque remarquable, une fiction poignante et roborative, portée par les pensées et les émotions de Shmuel, Wald et Atalia, habitée par le passé de chacun, hantée par leurs erreurs, leurs fidélités et leurs reniements. Personnages cernés par la perte, le deuil, les spectres, ils ne sont jamais, pour Amos Oz, de plates figures métaphoriques, mais des êtres de chair, de sang, de désirs, d’incertitudes, de chagrins, de tourments — auxquels, ultimement, Amos Oz invite Judas à se joindre. Judas qui se raconte alors à la première personne et que le romancier invite à regarder, non plus comme le Traître en majuscule, mais comme un homme aveuglé par la foi et rongé par le désespoir. Devenu un assassin par excès de vertu et de passion. Parce qu’il croyait au miracle. Judas, peut-être « le premier chrétien […]. Le dernier. Le seul ».

| Ha besora al-pi yehuda iskariot, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, éd. Gallimard, 352 p., 21 €.

 Voir de plus:

Jésus dans l’art israélien une exposition surprenante

Beatrice Guarrera

Terra santa

16 mars 2017

Au musée d’Israël, jusqu’à 16 avril une exposition montre comment Jésus est représenté chez les artistes israéliens. Où l’on voit l’iconographie chrétienne symboliser parfois le peuple juif, parfois le palestinien.


(Jérusalem) – Jésus représenté par les artistes israéliens (juifs ou arabes): il a le visage d’un juif emmené dans un camp de concentration, il est sur la croix comme un bédouin auquel on a confisqué ses terres, il a le regard d’un enfant palestinien qui va mourir. L’exposition qui se tient jusqu’au 16 avril au Musée d’Israël à Jérusalem, intitulée « Voici l’homme: Jésus dans l’art israélien » (Behold the Man: Jesus in Israeli Art), a de quoi surprendre.

L’image de Jésus sur la croix représente depuis longtemps la plus grande souffrance de l’humanité. Celle d’un homme mort injustement dans d’affreux tourments, homme fils du Créateur, condamné par  ses propres créatures. La gravité de cet événement, qui bouleverse depuis plus de deux mille ans, est arrivée avec le temps à symboliser aussi autre chose, au point d’être utilisée par des artistes israéliens pour représenter la douleur avec la plus grande force d’expression possible. Des artistes juifs l’utilisent depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui des Israéliens : certaines de leurs œuvres ont été choisies et rassemblées par le conservateur de l’exposition Amitai Mendelsohn. Parmi les auteurs, Maurycy Gottlieb, Marc Chagall, E.M. Lilien, Reuven Rubin, Igael Tumarkin, Moshe Gershuni, Motti Mizrachi, Menashe Kadishman, Michal Na’aman, Adi Nes et Sigalit Landau.

Marc Chagall avec sa célèbre « Crucifixion en jaune » a été l’un des premiers à transformer la crucifixion de Jésus en symbole de la souffrance du peuple juif. Pendant longtemps, les juifs ont considéré la représentation de la croix presque comme un tabou, alors qu’ils avaient été tenus pour être le « peuple déicide ». Au XIXe siècle, la situation a changé. Les illustrations de Ephraim Moses Lilian (Autrichien, 1874-1925)  utilisent très souvent la couronne d’épines, des croix et des images associées à la figure de Marie. Elles veulent symboliser aussi bien la souffrance juive de la diaspora que le rôle du sionisme, qui a conduit à la résurrection de la Terre d’Israël. Le mal de l’holocauste est rappelé dans la série « 6.000.001 » de Moshe Hoffman (Israélien, 1938-1983). Jésus sur la croix, qui ressemble à un juif, est attrapé par le bras par un soldat allemand. Dans d’autres œuvres, les artistes utilisent encore le symbole de la croix: des juifs en ligne face aux camps de concentration forment une croix, ou ces planches de bois cassées à l’intérieur de la clôture d’un camp de concentration.

Reuven Rublin représente lui-aussi Jésus: le sionisme aurait la mission de ramener aux juifs à la vie, tout comme Jésus est ressuscité pour donner la vie à l’humanité. Au contraire, la peinture de Naftali Bezem (Israélien né en Allemgane en 1924) donne un autre sens aux symboles chrétiens. Dans « Courtyard of the Third Temple » (cours du Troisième Temple) Bezem fait référence au massacre de Kafr Kassem en 1956, qui a causé la mort d’environ cinquante Palestiniens. Pour la première fois la figure de Jésus est reprise pour peindre une victime palestinienne.
Igael Tumarkin (israélien né en Allemagne en 1933) associe à la crucifixion la souffrance des bédouins, auxquels les terres ont été confisquées, et il réalise ainsi son œuvre en assemblant des lambeaux de vêtements sur une croix en bois. Une femme palestinienne avec un enfant dans les bras est le sujet de la photographie prise dans une prison par Micha Kirshner (Né en Italie en 1947). La référence à la Vierge Marie est claire: la femme souffre, comme Marie, et le destin de l’enfant sera celui de la mort, comme Jésus.

Un dernier repas avec les apôtres en tenue militaire est l’une des dernières œuvres de l’exposition: les soldats israéliens, émissaires d’un pouvoir plus puissant qu’eux, sont les victimes qui pourraient être trahies, tout comme Jésus.
Cette intéressante exposition du Musée d’Israël montre comment l’iconographie chrétienne est toujours d’actualité, capable de décrire les conflits de notre époque. Du point de vue des artistes, la question n’est pas celle de la foi mais de la force du symbole qui ont un caractère universel et de Jésus dont le charisme les fascine.

Jusqu’au 16 avril au musée d’Israël à Jérusalem.

Voir par ailleurs:

Betrayal in Jerusalem

Avishai Margalit

Judas

by Amos Oz, translated from the Hebrew by Nicholas de Lange
Houghton Mifflin Harcourt, 305 pp., $25.00

On a wintry day in Jerusalem in late 1959, Shmuel Ash spots an enigmatic job posting on a university campus board:

Offered to a single humanities student with conversational skills and an interest in history, free accommodation and a modest monthly sum in return for spending five hours per evening with a seventy-year-old invalid, an educated, widely cultured man. He is able to take care of himself and seeks company, not assistance.

Ash, whose parents, we are told, “had lost their entire life savings in an instant, whose own research had stalled, who had dropped out of university, and whose girlfriend had suddenly married her former boyfriend,” decides to accept the position.

Ash moves to a house that is inhabited by two people, Atalia Abravanel, forty-five, and Gershom Wald, her seventy-year-old invalid father-in-law. They are haunted by the memories of two others who have a presence in the house: Shealtiel Abravanel, Atalia’s dead father, and Micha, Atalia’s late husband and Wald’s son. As we learn later, Micha was killed in the 1948 war and his corpse savagely desecrated.

The 1948 war between Jews and Arabs in Palestine is called the War of Independence by Jews and Al Naqba, or the Catastrophe, by Palestinian Arabs. What is striking in Judas, Amos Oz’s captivating new novel, is that the Jewish Abravanels, both father and daughter, view the 1948 war as an unmitigated catastrophe. This is so in their own lives through the loss of Micha, and for Jews nationally by heaping misery on Jews and Arabs alike.

Oz’s story zooms in on the trio of the living, which has expanded to include Ash, then zooms out onto a quintet that includes the two living-dead with their tight hold on the living. Much of the book consists of conversations between Ash, Wald, and Atalia about religion, Zionism, and the legacy of the war, as well as increasingly intimate exchanges about their private lives.

Shmuel Ash is twenty-five years old. As Lord Byron once asked: “Is there anything in the future that can possibly console us for not being always twenty-five?” In the case of the stocky and bearded Ash, the answer is Atalia—the lady of the house. Ash, “shy, emotional, socialist, asthmatic,” falls deeply in love with her.

Ash is based on the nineteenth-century Russian literary archetype of the “superfluous man”: well-read, intelligent, idealistic, with copious goodwill, and yet utterly ineffectual. Ash can interpret the world but can barely change his own underwear. Like Goncharov’s Oblomov, he stays in bed until midday, a grown baby who dusts his beard with scented talc powder.

Ash is the novel’s link between the story that takes place in 1959 and the one about Jesus and Judas that took place in the first century. His academic research, which he had recently given up, was dedicated to the way in which Jews viewed Jesus. When he tries to explain his interest in the subject, he mumbles: “The figure of Jesus of Nazareth…and Judas Iscariot…and the spiritual world of the Chief Priests and Pharisees who rejected Jesus.”

In Mikhail Bulgakov’s masterpiece The Master and Margarita, written in the 1930s, Jesus and Judas’s Jerusalem is woven onto Stalinist Moscow of the 1930s by the Master, who is writing a biography of Pontius Pilate. Oz uses a similar device: Shmuel Ash’s historical research transplants Jesus and Judas onto the divided city of Jerusalem of the late 1950s.

Oz has a formidable rhetorical talent that doesn’t always work in his favor. He is in danger of giving the impression that his novels are an excuse for delivering eloquent speeches about big ideas. Luckily, his novel is not just about abstractions. For one thing, the contentious life of Jerusalem—divided between Israel and Jordan—has a major part in the novel, and to great effect.

By describing Ash and Atalia’s long walks through its narrow alleyways, Oz brings a wintry wind into his powerful depiction of the city in December. For him, Jerusalem between winds is a place graced with moments of transcendence:

There was no rain, just a few gray tatters of clouds crossing the sky on their way from the sea to the desert. The morning light that touched the stone walls of Jerusalem was reflected back soft and sweet, honeyed light, the light that caresses Jerusalem on clear winter days between one rainstorm and the next.

Oz captures the way the harsh, blinding glare of Jerusalem summers is replaced in winter by a soft glow reflected in the washed building stones. (I have to confess that I am, perhaps, too susceptible to Oz’s evocation of Jerusalem. He and I attended kindergarten together and were raised in the same Jerusalem neighborhood, a place movingly, almost eerily evoked in Oz’s autobiographical novel A Tale of Love and Darkness.)

Oz is very particular about naming his leading characters: the name Ash is already a giveaway. Oz maintains without conviction that Shmuel, to the best of his knowledge, has no relation to the “well-known writer” Scholem Asch, who scandalized the Jewish world with his sympathetic trilogy written in the years of World War II on themes having to do with the life of Jesus. The conventional wisdom among Jews at the time was that there was a direct line between Christian anti-Semitism and the Nazi anti-Semitism calling for the elimination of the Jews. Scholem Asch’s trilogy, which depicted Jesus in a favorable light, was taken as a betrayal by many Jews.

Atalia is another telling name. The biblical Atalia of the ninth century BC is the only woman who became a ruling sovereign in Judea. In Athalie, Racine’s 1691 play, she is the epitome of a fiercely independent woman, as is Oz’s Atalia, the commanding lady of the haunted house who bears herself regally. Meanwhile, Abravanel strongly suggests the name of the descendants of the leading Jewish families who were expelled from Spain in 1492.

“Abravanel? Such an aristocratic name,” says Ash to Atalia, before adding, “If I remember rightly he was the only one to oppose the creation of the state? Or else he was only opposed to Ben-Gurion’s approach?”

Much like the symbolic names and the dual plotlines, Oz’s book is a novel of ideas, of the kind that Vladimir Nabokov hated. Then again, Oz is in good company, for Nabokov also hated Dostoevsky and Mann for this very reason. The book turns on three ideas deriving from three people: Ben-Gurion, Judas, and Jesus. “Ben-Gurion” is shorthand for the justification—or the lack thereof—of founding the State of Israel. “Judas” stands for the idea of betrayal, or rather the ambiguity of betrayal. And “Jesus” suggests Judaism’s refusal to deal seriously with the challenge of Christianity.

Ben-Gurion, the founder of the State of Israel, shaped its strategy and its major institutions like no one else. Oz, instead of dealing with Israel as it is now, goes back to its foundation, arguing back and forth with its forefather. Oz recognizes Ben-Gurion’s ability to get under one’s skin, whether as a friend or foe. After all, Ben-Gurion quite evidently got under Oz’s skin. Here is the admirer Wald:

There’s no one like Ben-Gurion…. The Jewish people has never before had such a far-sighted leader as Ben-Gurion. Few understand as he does that “the people shall dwell alone, and shall not be reckoned among the nations” is a curse and not a blessing.

And here is Ben-Gurion’s opponent Ash:

Ben-Gurion may have been in his youth a workers’ leader, a sort of tribune of the plebs, if you like, but today he heads a self-righteous, chauvinistic state and he never stops spouting hollow biblical phrases about renewing our days as of old and realizing the vision of the prophets.

Wald, the bereaved father who suffered from Ben-Gurion’s war, remains an admirer of Ben-Gurion. Ash, who belongs to a pathetic group of six dedicated to renewing socialism, is an opponent of Ben-Gurion from the left. Ash and Wald’s reactions to Ben-Gurion are not new. The interesting opposition to Ben-Gurion in the novel comes from an unexpected source: the late Shealtiel Abravanel, Atalia’s father, who

tried in vain to persuade Ben-Gurion in ’48 that it was still possible to reach an agreement with the Arabs about departure of the British and the creation of a single joint condominium of Jews and Arabs, if we only agreed to renounce the idea of a Jewish state.

Abravanel is a thoroughly Mediterranean aristocrat, much at ease with his educated Arab friends and other educated people in the Levant, and rather estranged from his fellow Jews. He speaks Hebrew, Arabic, Turkish, French, English, and Ladino but, tellingly, not Yiddish, the language of Eastern European Jews. His opposition to Ben-Gurion cuts deep—he is hostile to the notion of the nation-state. In discussing Abravanel’s ideas with Atalia, Ash asks her: “Don’t you believe that in 1948 we fought because we had no alternative? That we had our backs to the wall?” “No,” she replies categorically. “You didn’t have your backs to the wall. You were the wall.”

Is this internal Zionist talk in the middle of a work of art, to borrow Stendhal’s simile, “like a gun shot in the middle of a concert, something vulgar, and however, something which is impossible to ignore”? I don’t think so. The ideological talk here is like the cannon shots in Tchaikovsky’s 1812 Overture: an integral part of the music, not an outside noise. By creating Abravanel, Oz has succeeded in establishing a credible upholder of views strongly held against the mainstream Zionism of Ben-Gurion. But Abravanel amounts to much more than an ideological opponent of Ben-Gurion. The question is whether his views amount to a betrayal. And here is where the comparison to Judas, the arch betrayer of history, naturally comes to mind.

There are many manifestations of betrayal in the novel. Shmuel Ash feels that he betrayed his mother and father by fantasizing about replacing them with a better class of parents. Indeed, he “always blamed himself for his disloyalty,” as if he were an enemy agent in the family, whereas his parents and sister felt that he betrayed them by betraying his calling as a religious leader to become a scholar. Betraying one’s parents is, in the writings of Oz, a big deal. Yet Ash’s betrayal of his parents doesn’t seem at all comparable with the evocation of Judas; Abravanel’s betrayal of Ben-Gurion—if it is in fact a betrayal—would. For Oz, notwithstanding this discrepancy, both betrayers seem to be in need, at the very least, of rehabilitation.

Indeed, Ash offers a radical reevaluation of Judas, who, he claims, “was the most loyal and devoted” of all of Jesus’s disciples. Ash believes that Judas “never betrayed him, but, on the contrary, he meant to prove his greatness to the whole world.” The Gnostic Gospel of Judas of the late second century already describes Judas as the only disciple to understand the true message of Jesus, while the other disciples are portrayed as lacking understanding. Moreover, in Ash’s view, the role of Judas in the redemptive scheme of humanity is to hand over Jesus to the Romans not as an act of betrayal, but as an expression of ultimate devotion.

During the Romantic movement, the theme of Judas as the true loyalist permeated literature. Even devout Catholic writers like François Mauriac and Paul Claudel contributed, if not to Judas’s radical reevaluation (from worst to best), then at least to Judas’s rehabilitation (“not so bad”).

Ash takes this idea even further: “Judas Iscariot was the founder of the Christian religion.” It would be wrong to take Ash’s half-baked ideas about Judas as the author’s own—Ash, we are told, wrote these words in his notebook “in a state of great excitement”—but bringing Judas into the novel is a way for Oz to deal with the ambiguity of betrayal, namely its susceptibility to reevaluation (or rehabilitation) from one generation to another. It is in the notion of betrayal, and not in Judas himself, that I suspect Oz is interested.

While Ash is an academic researcher, he is also an amateur private eye searching for Abravanel’s record. His investigation leads him to the State Archives in Jerusalem, where he meets a dour archivist, a certain Mr. Sheindelevich: “What is that you wish to know, precisely?” Mr. Sheindelevich asks. “After all,” he adds, “they all wanted as one man to set up a state, and they all knew as one man that we would have to defend ourselves by force.”

“Even Shealtil Abravanel?” Ash asks. The archivist tells him dryly: “He was a traitor.”

Ash reevaluates Judas, whereas Oz, to my mind, only rehabilitates Abravanel. He doesn’t side with Abravanel’s opposition to the idea of a nation-state in general, or to the idea of Israel in particular. What he does is to give Abravanel’s position legitimacy from a Zionist perspective.

A current exhibition at the Israel Museum in Jerusalem is dedicated to the image of Jesus in Jewish plastic arts. In it, there is an imposing sculpture by Mark Antokolsky, a famous Jewish sculptor in tsarist Russia of the second half of the nineteenth century, titled Christ Before the People. The portrayal of Jesus in the sculpture is unique in not seeing Jesus from a critical Jewish perspective. Indeed, there is nothing wrong historically or conceptually with the idea that Jesus was, and remained, a Jew.* Jesus the Galilean Jew, the faith healer, was not a problem for most Jews. It is with Jesus Christ that the hostility begins.

No doubt, medieval Judaism produced nasty accounts of Jesus. As Wald puts it: “All these foul texts were written by narrow-minded little Jews because they were afraid of the attractive power of Christianity.” The standard account for the hostility of the Jewish attitude is suggested in the novel by Ash himself: “The Jews who wrote this polemic were certainly writing under the influence of their oppression and persecution by the Christians.” But Wald will have none of such explanations. “Surely if you want to challenge Jesus the Christian,” he says, “you have to elevate yourself, not descend into the gutter.”

Wald views the challenge of Christianity to Judaism in its possibility and promise of universal love. Wald, the bereaved father, does not believe in universal love: “Surely anyone who loves everybody does not really love anybody.” In my view, he speaks for Oz, for whom the main divide between Christianity and Judaism is the idea of universal love. Many Jews refuse to believe in the human possibility of such love.

Jesus is the Lamb of God, the sacrificial lamb of Passover for the sake of humanity at large. In the days leading to Passover in 1948, Micha, Wald’s son and Atalia’s husband, was a promising mathematical logician, aged thirty-seven. Because of his relatively old age and a severe kidney failure, he was exempted from taking active part in the war. But he volunteered and was killed in battle, sacrificing his life for the sake of the Jews in besieged Jerusalem.

Jewish martyrology was developed in competition with Christian martyrology. It therefore doesn’t include Jesus. The emblem of Jewish martyrology is Abraham’s willingness to sacrifice his beloved son Isaac on Mount Moriah. Willingness to sacrifice oneself may seem relatively easy compared to a willingness to sacrifice one’s beloved child. Gershom Wald, in recounting the death of his only child, refers to Abraham: “He grew up with me without a mother. He was only six when his mother died. I brought him up on my own. I took him myself and led him to Mount Moriah.” Wald rehearses the Israeli mantra that the death of those who were killed in the fighting of 1948 was not in vain. But then he starts to hear an inner voice: “I seemed to hear Shealtiel Abravanel asking me silently if I still believed that it was all worthwhile.”

Was it worth it? This hovering question can be seen as the bleeding scar of the novel. It doesn’t abate or get better with time. This horrific question is posed on all levels: personal—the death of Micha—and collective—the mutually inflicted pain by Jews and Arabs.

Shmuel Ash’s initiation rite in the haunted house takes three months. Eventually he is liberated from that gnostic maze by Atalia, who brings him his traveling bag one morning and insists for his own sake that he leave. (“If you stay with us any longer you’ll turn into a fossil,” she says.) His redemption means that he is ready to begin a new life, probably in one of the development towns in Israel’s south. There, he watches as a beautiful woman hangs a wet blouse. She is the opposite of Atalia, the unattainable widow, and suggests the possibility of a new beginning.

At the end of the novel, so beautifully translated by Nicholas de Lange, Ash wonders: Where to? What next? But we are left instead with that silent question of Abravanel’s—perhaps of the novel’s: Was it worth it?

Voir aussi:

“Judas” by Amos Oz: Curiosity, Desire, Betrayal, Loyalty…

Judas (2014) by Amos Oz translated by Nicholas de Lange (2016, Houghton Mifflin)

The shortlist for the 2017 Man Booker International Prize (@ManBookerPrizewas announced in April with the following six novels making it to the top: Compass by Mathias Enard (France), A Horse Walks Into a Bar by David Grossman (Israel), The Unseen by Roy Jacobsen (Norway), Mirror, Shoulder, Signal by Dorthe Nors (Denmark), Fever Dream by Samantha Schweblin (Argentina) and Judas by Amos Oz (Israel). The winner will be announced on June 14, 2017.

I have already written about Mirror, Shoulder, Signal and also The Traitor’s Niche by Albanian author Ismail Kadare that had made it to the longlist.

I recently finished Judas by Amos Oz (born 1939) – professor of literature at Ben-Gurion University in Beersheba and Israel’s most famous living author. Some of his other notable books are A Tale of Love and Darkness Scenes from Village LifeBetween Friends and My MichaelJudas has been translated into English by Nicholas de Lange, a professor of Hebrew and Jewish Studies at the University of Cambridge.

When I first saw the title and the cover of the book (top left version) and learnt about the reputation of the writer, I hesitated to read the work, thinking it might be too “elite”. It is indeed loaded with very big and important ideas going in all sorts of directions but what makes Judas accessible, ultimately, to one and all is its simple underlying “coming-of-age” template.

The book burgeons with (often quite provocative) perspectives – on the formation and identity of Israel, the Jewish views of Jesus, the Christian views of Judas, love and hate, power and nation states, the nature of allegiance and treason, etc. Since I haven’t written much on Judaism and the Jewish experience in history (just posts on a novel called For Two Thousands Years by Romanian writer Mihail Sebastian and metal sculptures of the body by Tel Aviv-based Ofer Rubin), I thought of picking this one up.

The period is 1959-60. The place is Jerusalem – a still-divided city (a battle in 1948 had made the Israelis capture the West and the Jordanians capture the East). Shmuel Ash is a twenty-five-old idealistic (and, at times, crazily emotional) student of history and religion who has been forced to abandon his MA thesis (on the “Jewish Views of Jesus”) – and with that the dreams of a future academic career. His father’s finances have collapsed, his allowance has been cut. His girlfriend Yardena has ditched him and married her former boyfriend – Nesher Sharshevsky, a hard-working hydrologist (specialist in “rainwater collection”). Adrift, without resources, Shmuel must urgently look for work.

Shmuel discovers a note on the campus noticeboard for a paid position. A companion is needed for an old man called Gershom Wald; he wants to be read to, argued with. The young student responds and is led to a strange house, where, along with the old man, he finds a woman in her 40s – Atalia Abravanel, Wald’s daughter-in-law – mysterious, attractive, haunted by ghosts from the past. Shmuel is taken by both the figures. Drawn to the former’s intellectual vigour and the latter’s sexual appeal.

As these three characters interact over the winter – against the hum of the domestic rituals of cooking and cleaning  – they open themselves up and find themselves changed. Sweeping concepts in religion, history, politics are debated and discussed. Texts on the Jewish reception of Jesus are mixed with paragraphs on the Christian perception of Judas. According to the received wisdom of the popular mind, Judas – the ugly, greedy traitor – is synonymous with “the Jew” itself. All anti-Semitism in Western Civilisation, it is indicated in the novel…pogroms, the Inquisition, blood libels, the Holocaust…emerged from this reprehensible image in the New Testament. Gershom Wald points out: “And so that is indeed what the Jews possess in the deepest recesses of the Jew-hater’s imagination. We are all Judas.”

And yet, the role of Judas is also seen from a sympathetic perspective. For Shmuel Ash, Judas has an important role in the saga of salvation. By abandoning Jesus, selling him off, he actually gives him an opportunity to realise and display his greatness. [Such positive reassessments have been around for a long time. Saint Vincent Ferrer, a Dominican preacher (1350–1419) is believed to have asserted that Judas was on God’s side. A Biblical scholar named William Klassen wrote a book called Judas: Betrayer or Friend of Jesus? in 2004.]

There are other traitors in and around the story. Atalia’s father Sheatiel Abravanel is called a traitor for passionately believing in the brotherhood between Arabs and Jews, for having opposed Ben-Gurion’s radical nationalistic approach to the founding of modern Israel. Outside this piece of fiction, the author himself has been referred to as a traitor by his countrymen – for proposing a two-state solution to the Israeli–Palestinian conflict. He has acknowledged this designation as a badge of honour.

The intense intellectual (and sexual) drama of Judas concludes in tender, touching moments. And although several tough issues remain (understandably) unresolved, one powerful observation is etched in the reader’s mind: “Every so often in history, courageous people have appeared who were ahead of their time and were called traitors or eccentrics.” Why, Abraham Lincoln, the liberator of the slaves, was called a traitor by his opponents, the German officers who tried to assassinate Hitler were executed as traitors…

Read Judas – a multi-layered, multi-faceted narrative that superbly articulates the ambiguities and complexities of human life and culture – if you want to entertain yourself with an old-fashioned novel of ideas (particularly if you appreciate the traditions of Dostoevsky and Thomas Mann).

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Part of a conversation between Shmuel Ash and Gershom Wald:

SA: All the power in the world. Take the combined power of the Soviet Union and the United States and France and Britain. What can you not achieve with such power, by any manner or means?

GW: I think that with such power you could conquer whatever you felt like. From sea to sea.

SA: That’s what you think. That’s what the Jews in Israel think because they have no notion of the limits of power. The fact is that all the power in the world cannot transform someone who hates you into someone who likes you. It can turn a foe into a slave, but not into a friend. All the power in the world cannot transform a fanatic into an enlightened man. All the power in the world cannot transform someone thirsting for vengeance into a lover. And yet these are precisely the real existential challenges facing the State of Israel: how to turn a hater into a lover, a fanatic into a moderate, an avenger into a friend.

“And yet these are precisely the real existential challenges facing the State of Israel: how to turn a hater into a lover, a fanatic into a moderate, an avenger into a friend.” (Photo: The Israeli Air Force crosses all of Israel from north to south, in honor of the country’s 63rd Independence Day by User “Israel Defense Forces”, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Am I saying that we do not need military might? Heaven forbid! Such a foolish thought would never enter my head. I know as well as you that it is power, military power, that stands, at any given moment, even at this very moment while you and I are arguing here, between us and extinction. Power has the power to prevent our annihilation for the time being. On condition that we always remember, at every moment, that in a situation like ours power can only prevent. It can’t settle anything and it can’t solve anything. It can only stave off disaster for a while.

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Two videos:

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Voir aussi:

Israeli artist Adi Nes’s depiction of Leonardo da Vinci’s “Last Supper” substitutes Jesus’s apostles with Israeli soldiers. (Elie Posner/The Israel Museum)
January 5
At the center of the Israel Museum’s newest art exhibit stands an imposing, life-size marble figure of Jesus. The sculpture, titled “Christ Before the People’s Court,” would not be out of place in a church in Rome.Yet in this depiction, the Christian savior wears a Jewish skullcap.The sculpture, created by Russian Jewish artist Mark Antokolsky in 1876, is part of a collection of more than 150 artworks by 40 Jewish and Israeli artists who have used Christian imagery to challenge long-held taboos in both communities. It showcases the evolving attitudes of Jewish, Zionist and Israeli artists toward a figure whose place in Jewish history has been negotiated and reinterpreted over more than two millennia.It is a risky statement for an Israeli museum.Throughout history, Jews have traditionally shunned Jesus and his gospel. And while the Holy Land might be his accepted birthplace, for Jews in the modern state of Israel there is often resistance to learning about or even acknowledging Christianity.

  Marc Chagall’s “Yellow Crucifixion” shows the suffering of Jewish Holocaust victims through the image of Jesus Christ as a Jew. (Avshalom Avital/The Israel Museum)

This stems mainly from a fear of centuries-old anti-Semitism, especially in Europe, where the crucifixion of Jesus was used as an excuse to persecute Jews.

“We are talking about a 2,000-year-old tension between Judaism and Christianity and the fact that anti-Semitism grew in Christian thought and theology,” said the exhibition’s curator, Amitai Mendelsohn.

Mendelsohn said he was surprised at just how many Jewish artists throughout history, and today in Israel, have used Jesus and Christian themes as inspirations for their work.

It is a delicate subject for Jews everywhere, including in Israel, but artists by nature “are attracted to something that is forbidden for them,” he said.

Ziva Amishai-Maisels, a professor emeritus at the Hebrew University in Jerusalem who specializes in Christian imagery in Jewish art, said that religious Jews, who might be opposed to such depictions, would probably stay away from the exhibition. “Those who do go might be stunned,” she said, “but I don’t think they will react badly.”

Some of the works, though, could offend pious Christians, she said. “They might feel the images are sacrilegious, but the wall texts are explanatory enough — if they read them, it should calm them down.”

While some of the older works by European Jews challenge Christian anti-Semitism or look at how Jesus’ Jewish roots could act as a bridge between the two religions, more-contemporary pieces explore Jesus as an anti-establishment figure who suffered at not being understood.

Ronit Steinberg, an art historian from Jerusalem’s Bezalel Academy of Arts and Design, said the appeal for Jewish artists in depicting Jesus has changed over the years, but all are tied together by a common thread.

“In the 19th century, the main issue was the Jewish artist feeling emancipated, and it was important for those artists to connect with their surrounding and the time. For Israeli artists, it’s also a kind of emancipation from the heavy Jewishness of their country,” she said.

There’s the “Yellow Crucifixion,” a 1943 Marc Chagall painting showing Jesus as a Jew. Hued in yellow, perhaps representing the star the Nazis forced Jews to wear, Jesus is strung from a cross wrapped in a Jewish prayer shawl and phylacteries.

Another artist, Moshe Hoffman, a Hungarian Jew who survived the Holocaust, used his art to question Christianity’s role in the genocide. In one work, “Six million and 1,” Hoffman shows a Nazi guard attempting to pull Jesus from the cross to make him Jewish prisoner number 6,000,001.

Others used Jesus as a Jew to connect their Jewish identity to Christian surroundings. While Antokolsky was the first Russian Jewish artist to be accepted by his peers, he suffered an identity crisis from being Jewish and Russian.

As the exhibit, which is arranged chronologically, arrives at works from the past few decades, a theme develops in which Jewish Israelis use Christian iconography to question their political and national identity.

One such work is by Igael Tumarkin. His monogram is the metal frame of a standard-issue Israeli army cot twisted to form a cross. Flanked by material that appears to be a shredded Israeli flag, the piece was created in 1984 and was a protest against the war Israel was fighting in Lebanon at the time. The title, “Mita Meshuna,” means both “strange bed” and “strange death” in Hebrew.

Perhaps the best-known contemporary artwork on display is Adi Nes’s depiction of Leonardo da Vinci’s “Last Supper,” which substitutes Israeli soldiers for the apostles.

Nes’s photograph sold at Sotheby’s for $250,000, the highest an Israeli photograph has ever fetched. And the image has become a cultural icon for Israelis, suggesting perhaps that Christian themes are becoming more acceptable in Jewish culture.

Voir enfin:

Column One: Israel and the American Jewish crisis

 The key to strengthening and supporting the community is to bypass its failed leadership and speak and interact directly with American Jews.
Caroline B. Glick
The Jerusalem Post
September 19, 2017

As the New Year 5778 begins, 88% of Israeli Jews say that they are happy and satisfied with their lives. This makes sense. Israel’s relative security, its prosperity, freedom and spiritual blossoming make Israeli Jews the most successful Jewish community in 3,500 years of Jewish history.

The same cannot be said for the Jews of the Diaspora. In Western Europe, Jewish communities that just a generation ago were considered safe and prosperous are now besieged. Synagogues and Jewish schools look like army barracks. And the severe security cordons Jews need to pass through to pray and study are entirely justified. For where they are absent, as they were at the Hyper Cacher Jewish supermarket in Paris in 2015, assailants strike.

Western European Jewry’s crisis is exogenous to the Jewish communities. It isn’t the Jews who caused the crisis, which may in time cause the wholesale exodus of the Jews from Europe. The crisis is a function of growing levels of popular antisemitism spurred by mass immigration from the Islamic world and the resurgence of indigenous European Jew-hatred, particularly on the far Left.

The same cannot be said of the American Jewish community, which at the dawn of 5778 also finds itself steeped in an ever deepening crisis. And while antisemitism is a growing problem in America, particularly on university campuses, unlike their European counterparts, American Jews could mount and win a battle against the growing anti-Jewish forces. But in large part, they have chosen not to. And they have chosen not to fight the antisemites because they are in the midst of a self-induced identity crisis.

First, there is the problem of demographic collapse.

According to the Pew Research Center’s 2013 study of American Jewry, nearly 60% of American Jews intermarry. Based on the Pew data, the Jewish People Policy Institute published a report in June that noted that not only are 60% of American Jews who get married marrying non-Jews, only half of American Jews are getting married at all. And among those who are getting married, less than a third are raising their children as Jewish in some way.

Earlier this month, a study of American Jews was published by the Public Religion Research Institute. It found that not only hasn’t the situation improved since the Pew survey was published, the trend toward assimilation and loss of Jewish identity among American Jews has accelerated.

In 2013, 32% of American Jews under 30 said that they were not Jews by religion. Today the proportion of Jews under 30 who say they have no relation to the Jewish faith has ballooned to 47%.

Not surprisingly, the wholesale abandonment of Jewish faith by nearly half of young American Jews has taken a toll on the two liberal streams of American Judaism. According to the study, the percentage of American Jews who identify as Reform or Conservative Jews is in free fall.

Whereas in 2013, 35% of American Jews identified as Reform, today, a mere four years later, only 28% identify as Reform. The situation among Conservatives is even worse. In 2013, 18% of American Jews identified as Conservatives. Today, only 14% do. Among Jews under 30 the situation is even starker. Only 20% of American Jews under 30 identify as Reform. Only 8% identify as Conservative.

To be sure, the trend toward secularism and assimilation among US Jewry is not new. And over the years, Reform and Conservative leaders have adopted varying strategies to deal with it.

In 1999 the Reform movement tried to deal with the problem by strengthening the movement’s religious practices. Although the effort failed, the impulse that drove the strategy was rational. American Jews who seek spiritual and religious meaning likely want more than a sermon about tikkun olam.

The problem is that they also want more than a rabbi donning a kippa and a synagogue choosing to keep kosher.

This is why, as the number of Reform and Conservative Jews is contracting, the number of American Jews who associate with the Orthodox movement is growing. Between 2013 and 2017, the proportion of young American Jews who identify as Orthodox grew from 10% to 15%.

Moreover, more and more American Jews are finding their spiritual home with Chabad. Today there are more Chabad houses in the US than Reform synagogues.

Unable to compete for Jews seeking religious fulfillment, the Reform and Conservative movements have struck out for new means of rallying their bases and attracting members. Over the past year, two new strategies are dominating the public actions of both movements.

First, there is a selective fight against antisemitism. While antisemitism is experiencing a growth spurt in the US progressive movement, and antisemitism is becoming increasingly overt in US Muslim communities, neither the Reform nor Conservative movements has taken significant institutional steps to fight them.

Instead, both movements, and a large swath of the Jewish institutional world, led in large part by Reform and Conservative Jews, have either turned a blind eye to this antisemitism or supported it.

Take for instance the case of Davis, California, imam Amman Shahin.

On July 21 Shahin gave a sermon calling for the Jewish people to be annihilated. His Jewish neighbors in the progressive Jewish communities of Davis and Sacramento didn’t call the police and demand that he be investigated for terrorist ties. They didn’t demand that his mosque fire him.

Instead, led by the Oakland Jewish Federation, local rabbi Seth Castleman and the JCRC, they embraced Shahin. They appeared with him at a public “apology” ceremony, where he failed to apologize for calling for his Jewish colleagues, and every other Jew, to be murdered.

All Shahin did was express regret that his call for genocide caused offense.

On the other hand, the same leaders stand as one against allegations of antisemitic violence stemming from the political Right. In the face of an utter lack of evidence, when Jewish institutions were subjected to a rash of bomb threats last winter, Reform and Conservative leaders led the charge insisting that far-right antisemites were behind them and insinuated that the perpetrators supported President Donald Trump. When it worked out that all of the threats were carried out by a mentally ill Israeli Jew, they never issued an apology.

So, too, the Reform and Conservative movements, like the rest of the American Jewish community, treated the Charlottesville riot last month like a new Reichstag fire. They entirely ignored the violence of the far-left, antisemitic Antifa protesters and behaved as though tomorrow neo-Nazis would take control of the federal government. They jumped on the bandwagon insisting that Trump’s initial condemnation of both groups was proof that he has a soft spot for neo-Nazis.

The problem with the strategy of selective outrage over antisemitism is that it isn’t at all clear who the target audience is. Survey data shows that the more active Jews are in the synagogue, the less politically radical they are and the more devoted to Jewish causes they are. So it is hard to see how turning a blind eye to leftist and Muslim antisemitism will rally their current membership more than they already have been rallied. Moreover, the more radicalized Jews become politically, the more outlets they have for their political activism both as Jews and as leftists. No matter how anti-Trump Conservative and Reform leaders become, they can never rival the progressive forces in the Democratic Party.

Prospects for success of the second strategy are arguably even lower. The second strategy involves cultivating animosity toward Israel over the issue of egalitarian prayer at the Kotel.

Last June, the government overturned an earlier decision to build a passageway connecting the Western Wall Plaza with Robinson’s Arch, along the Southern Wall, where egalitarian prayer services are held. The government also rescinded a previous decision to have representatives of the Conservative and Reform movements receive membership in the committee that manages the Western Wall Plaza.

The government’s first decision was non-political. The Antiquities Authority nixed the construction of the passage due to the adverse impact construction would have on the antiquities below the surface.

As to the second decision, it is far from a matter of life and death. The committee has no power to influence egalitarian prayers for better or for worse.

And yet, rather than acknowledge that the decision was a setback but it didn’t harm the status of egalitarian prayer at the Wall, the Reform and Conservative movements declared war against the government and dragged much of the organized Jewish establishment behind them.

The Reform leadership canceled a scheduled meeting with Prime Minister Binyamin Netanyahu, and the Jewish Agency Board followed suit.

Six hundred Conservative rabbis signed a letter to Netanyahu accusing him of betraying Diaspora Jewry and announcing they would be forced to reconsider their support for Israel.

Ambassador David Friedman, who had just taken residence in Israel a month before the explosion, used his first public remarks as ambassador to call his fellow American Jews to order.

Friedman said, “Yesterday, I heard something that I thought I’d never hear before. And I understand the source of the frustration and the source of the anger. But I heard a major Jewish organization say that they needed to rethink their support for the State of Israel.

“That’s something unthinkable in my lifetime, up until yesterday. We have to do better. We must do better,” he said.

But in the intervening months, the Conservative and Reform movements have not relented in their attacks. They have ratcheted them up.

The thinking appears to be that if they can make this problem look like a life or death struggle between Israel and progressive Jewry, they can both keep their dwindling bases engaged and attract members of the increasingly anti-Israel Jewish far Left.

The problem with this is that just as they cannot outdo the Democratic Party in their hostility toward Trump, so the Conservative and Reform movements cannot be more anti-Israel than Jewish Voices for Peace and other anti-Israel Jewish groups.

The question for Israelis is what this failure of the mainstream American Jewish leadership means for the future of Israel’s relationship with American Jewry. Jewish survival and continuity through the ages has been predicated and dependent on our ability as Jews to uphold the commandment of the sages that all Jews are responsible for one another. As the most successful Jewish community in history, Israel has a special responsibility for our brethren in the Diaspora.

The first step toward fulfilling our duty is to recognize the basic fact that while it is true that the American Jewish community is in crisis, the leaders of that community are in an even deeper crisis. And the key to strengthening and supporting the community is to bypass its failed leadership and speak and interact directly with American Jews.


Dylan nobélisé: The day literature died (Sweden got talent: Where does that all end when moss grows fat on a rollin’ stone ?)

17 octobre, 2016
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appledylan
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Now for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rollin’ stone But that’s not how it used to be When the jester sang for the king and queen In a coat he borrowed from James Dean And a voice that came from you and me Oh, and while the king was looking dow The jester stole his thorny crown Do you recall what was revealed The day the music died? Don McLean
Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale. Galia Ackerman  et Frédérick Lemarchand
You can’t fake true cool. Publicité Chrysler
If you were going to sell out to a commercial interest, which one would you choose? Ladies garments. Rolling stone
I see, I see lovers in the meadow I see, I see silhouettes in the window I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. Publicité Victoria’s secret
Hurricane est un protest song de Bob Dylan au sujet de l’emprisonnement de Rubin « Hurricane » Carter. Elle résume les prétendus actes de racisme envers Carter, que Dylan décrit comme la principale raison de la condamnation dans ce qu’il considère comme un faux procès. Cette chanson fut l’une des quelques protest songs qu’écrivit Dylan dans les années 1970, et ce fut l’un de ses singles ayant eu le plus de succès de cette décennie, atteignant le 31e rang du Billboard. L’album de Bob Dylan Desire s’ouvre avec le titre Hurricane, dénomination inspirée du surnom de Rubin Carter et dépeignant l’histoire de ce boxeur noir américain, ancien prétendant au titre des poids moyens, accusé du meurtre de trois personnes en 1966. Dylan eut envie d’écrire cette chanson après avoir lu l’autobiographie de Carter Le Seizième Round (The Sixteenth Round), que celui-ci lui avait envoyée « à cause de ses engagements antérieurs dans le combat pour les droits civiques ». Dans son autobiographie, Carter continuait à clamer son innocence et son histoire poussa Dylan à aller lui rendre visite à la prison d’État de Rahway à Woodbridge (New Jersey). (…)  Dylan doit ré-enregistrer la chanson en modifiant les paroles relatives à Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley qui « ont dépouillé les corps » (« robbed the bodies »). Les avocats de la Columbia l’ont prévenu qu’il risque un procès pour diffamation. Ni Bello, ni Bradley n’ont jamais été accusés de tels actes. (…) Même avec ces paroles révisées, la controverse continue de croître autour de Hurricane. Les critiques de l’époque lui reprochent de ne raconter qu’une version des faits, le passé judiciaire de Carter étant ignoré dans l’histoire que Dylan raconte, et de manquer d’objectivité. Il y a d’autres inexactitudes, comme par exemple la description de Carter comme prétendant n°1 au titre de champion des poids moyens (« Number one contender for the middleweight crown ») alors que le classement de mai 1966 de Ring Magazine ne le situait qu’au neuvième rang à l’époque de son arrestation. Mike Cleveland du Herald-News, Robert Christgau, et de nombreux autres critiques mettent en question l’objectivité de Bob Dylan au moment de la sortie de la chanson. Cal Deal, journaliste au Herald-News qui couvre l’affaire Carter entre 1975 et 1976, interviewant Carter en août et décembre 1975, accuse plus tard Dylan d’avoir un fort parti pris pour Carter tout en utilisant énormément d’effets artistiques. Pendant la tournée précédant la sortie de Desire, Dylan et le Rolling Thunder Revue participent à La Nuit de l’Ouragan I4 en l’honneur de Carter au Madison Square Garden de New York, le 12 août 1975. De nombreuses vedettes, dont Mohamed Ali, sont présentes à ce concert caritatif où un exposé de 20 minutes explique la situation du boxeur emprisonné5. L’année suivante, ils mettent sur pied la Nuit de l’Ouragan II, cette fois-ci à l’Astrodome de Houston. Ce super-concert, organisé le 25 janvier 1976 est néanmoins un fiasco malgré la présence de Stevie Wonder, Stephen Stills, Ringo Starr ou encore Santana. Trente mille personnes assistent au spectacle mais l’organisation prévoyait plus du double6. En fin de compte, Hurricane rapporte assez de fonds et de publicité pour aider Carter à lancer un recours. En novembre 75 d’abord, la Cour Suprême annonce qu’elle compte réviser l’appel. Un mois plus tard, Carter et Artis retirent leur demande de pardon, souhaitant une réhabilitation complète. En mars 1976, ils sont même libérés sous caution et gagnent le droit à un nouveau procès. Mais Carter est de nouveau condamné à deux peines de prison à vie successives en décembre 1976. Ni Dylan, ni aucun autre défenseur célèbre n’assiste au procès7. En 1985 la justice américaine reconnaît que Carter et Artis n’ont pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté. Dylan n’a plus interprété cette chanson depuis le 25 janvier 1976 à Houston, Texas. Wikipedia
Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur. Norman Mailer
Yippee! I’m a poet, and I know it. Hope I don’t blow it. Bob Dylan
I think of myself more as a song-and-dance man. Bob Dylan
Anything I can sing, I call a song. Anything I can’t sing, I call a poem. Bob Dylan
Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way … I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line. Bob Dylan
Mes trucs, c’était les chansons, vous savez. Ce n’était pas des sermons. Si vous examinez les chansons, je ne pense pas que vous trouverez quoi que ce soit qui fasse de moi un porte-parole de qui que ce soit. Bob Dylan
Je vais partir maintenant. Je vais aller me faire voir ailleurs. J’ai probablement oublié un tas de gens et dis trop à propos de certains. Mais c’est pas grave. Comme dans le Sipitual « Je suis encore en train de traverser le Jourdain, moi aussi. » Espérons qu’on se reverra. Un jour. Et ce sera le cas si, comme disait Hank Williams : « le Bon Dieu le veut bien et la rivière ne déborde pas ». Bob Dylan
Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde. Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War (…) « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher… ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan. Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »).  Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic. Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ». Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ». Le Monde
He’s a great humanitarian, he’s great philanthropist He knows just where to touch you honey, and how you like to be kissed He’ll put both his arms around you You can feel the tender touch of the beast You know that sometimes Satan comes as a man of peace. Standing on the water, casting your bread (…) Fools rush in where angels fear to tread (…) You’re a man of the mountains, you can walk on the clouds Manipulator of crowds, you’re a dream twister You’re going to Sodom and Gomorrah (…) Well, the Book of Leviticus and Deuteronomy The law of the jungle and the sea are your only teachers In the smoke of the twilight on a milk-white steed Michelangelo indeed could’ve carved out your features Resting in the fields, far from the turbulent space Half asleep near the stars with a small dog licking your face. (…) Well, the rifleman’s stalking the sick and the lame Preacherman seeks the same, who’ll get there first is uncertain Nightsticks and water cannons, tear gas, padlocks Molotov cocktails and rocks behind every curtain False-hearted judges dying in the webs that they spin Only a matter of time ’til the night comes stepping in. Bob Dylan
Les critiques disent que je ne peux pas chanter. Je coasse, je ressemble à une grenouille. Pourquoi les critiques ne disent-ils pas la même chose de Tom Waits ? Ils disent que ma voix est striée, que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas pareil au sujet de Leonard Cohen ? Pourquoi ai-je le droit à un traitement spécial ? Les critiques disent que je ne peux pas chanter juste et que je m’en sors en parlant dans une chanson. Vraiment ? Je n’ai pas entendu dire cela à propos de Lou Reed. Pourquoi s’en sort-il indemne ? Qu’ai-je donc fait pour mériter un traitement aussi spécial ? Pourquoi moi, seigneur ? Bob Dylan
He got no place to ‘scape to, no place to run (…) Neighborhood bully been driven out of every land He’s wandered the earth an exiled man Seen his family scattered, his people hounded and torn He’s always on trial for just being born He’s the neighborhood bully. Bob Dylan
There must be some kind of way outta here, said the joker to the thief. Bob Dylan
Vous êtes nés, vous savez, le mauvais nom, les mauvais parents. Je veux dire, cela arrive. Vous vous appelez comme vous voulez vous appeler. C’est le pays de la liberté. Bob Dylan (2004)
`Tin Pan Alley is gone. I put an end to it. People can record their own songs now.’ Bob Dylan
In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it. Bob Dylan
It was like all the records up to that time were like sitcoms, and then here came somebody that spoke like a modern-day Shakespeare, and what a difference. Al Cooper
We have an America that, in Bob Dylan’s phrase, is busy being born, not busy dying. Jimmy Carter (Democratic National Convention, New York CityJuly 15, 1976)
The other source of my understanding about what’s right and wrong in this society is from a friend of mine, a poet named Bob Dylan. After listening to his records about “The Ballad of Hattie Carol” and “Like a Rolling Stone” and “The Times, They Are a-Changing,” I’ve learned to appreciate the dynamism of change in a modern society. I grew up as a landowner’s son. But I don’t think I ever realized the proper interrelationship between the landowner and those who worked on a farm until I heard Dylan’s record, “I Ain’t Gonna Work on Maggie’s Farm No More.” So I come here speaking to you today about your subject with a base for my information founded on Reinhold Niebuhr and Bob Dylan. Jimmy Carter
There is no doubt that his words on peace and human rights are much more incisive, much more powerful and much more permanent than those of any president of the United States. Jimmy Carter 
At first I wasn’t sure I was hearing him right and I looked over at Jimmy King. « What the hell did I just hear? » I asked. King smiled and looked at Paul Kirk, who leaned across the table and whispered, « He said his top two advisers are Bob Dylan and Reinhold Niebuhr. » I nodded and got up to go outside for my tape recorder. I could tell by the rising anger in Carter’s voice that we were in for an interesting ride…. And by the time I got back he was whipping on the crowd about judges who took bribes in return for reduced prison sentences, lawyers who deliberately cheated illiterate blacks, and cops who abused people’s rights with something they called a « consent warrant. » « I had lunch this week with the members of the Judicial Selection Committee and they were talking about a ‘consent search warrant,' » he said. « I didn’t know what a consent search warrant was. They said, ‘Well, that’s when two policemen go to a house. One of them goes to the front door and knocks on it and the other one runs around to the back door and yells ‘come in.' » The crowd got a laugh out of that one, but Carter was just warming up and for the next 20 or 30 minutes his voice was the only sound in the room. Kennedy was sitting just a few feet to Carter’s left, listening carefully but never changing the thoughtful expression on his face as Carter railed and bitched about a system of criminal justice that allows the rich and the privileged to escape punishment for their crimes and sends poor people to prison because they can’t afford to bribe the judge…. (…) So this will have to be it, … I would need a lot more time and space than I have to properly describe either the reality or the reaction to Jimmy Carter’s Law Day speech, which was and still is the heaviest and most eloquent thing I have ever heard from the mouth of a politician. It was the voice of an angry agrarian populist, extremely precise in its judgments and laced with some of the most original, brilliant and occasionally bizarre political metaphors anybody in that room will ever be likely to hear. (…) Forty-five minutes later, on our way back to Atlanta in the governor’s small plane, I told Carter I wanted a transcript of his speech. « There is no transcript, » he said. I smiled, thinking he was putting me on. The speech had sounded like a product of five or six tortured drafts…. But he showed a page and a half of scrawled notes in his legal pad and said that was all he had. « Jesus Christ, » I said. « That was one of the damnedest things I’ve ever heard. You mean you just winged it all the way through? » He shrugged and smiled faintly. « Well, » he said, « I had a pretty good idea what I was going to say, before I came up here – but I guess I was a little surprised at how it came out. » Kennedy didn’t have much to say about the speech. He said he’d « enjoyed it, » but he still seemed uncomfortable and preoccupied for some reason. Carter and I talked about the time he invited Dylan and some of his friends out to the governor’s mansion after a concert in Atlanta. « I really enjoyed it, » he said with a big grin. « It was a real honor to have him visit my home. » I had already decided, by then, that I liked Jimmy Carter – but I had no idea that he’d made up his mind, a few months earlier, to run for the presidency in 1976. And if he had told me his little secret that day on the plane back to Atlanta, I’m not sure I’d have taken him seriously…. But if he had told me and if I had taken him seriously, I would probably have said that he could have my vote, for no other reason except the speech I’d just heard.  Hunter S. Thomson
I guess these are the three meanest men I ever met. The other two are Muhammad Ali and Sonny Barger (the godfather of The Hells Angels). Those three men are a whole cut above everybody else I ever ran into. And there was a sheer functional meaness. (…) Meaning the ability to get from A to B, C, M Z, whatever you want. Carter would would cut my head off to carry North Dakota. your legs off to carry a ward in the Bronx. He understands the system. That’s why he won. and never apologize for it. That’s really all I said. I admire that. A person that played the game as well as he did.  Hunter S. Thomson
Just before he died, Jimi Hendrix, his drummer [Mitch Mitchell] and I would sit up all night listening to tapes of our shows. Jimi was the sweetest guy. He made his reputation by setting his guitar on fire, but that eventually became repugnant to him. « I can’t stand to do that anymore, » he said, « but they’ve come to expect it. I’d like to just stand still like Miles. » Transitions aren’t easy. After I took a jazz band into the Grand Ole Opry, they never invited me back! (…) Bob is not authentic at all. He’s a plagiarist, and his name and voice are fake. Everything about Bob is a deception. We are like night and day, he and I. Joni Mitchell
I like a lot of Bob’s songs. Musically he’s not very gifted. He’s borrowed his voice from old hillbillies. He’s got a lot of borrowed things. He’s not a great guitar player. He’s invented a character to deliver his songs. Sometimes I wish that I could have that character — because you can do things with that character. It’s a mask of sorts. Joni Mitchell
Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent. Horace Engdahl (secrétaire du comité Nobel)
If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan. Sara Danius (permanent secretary of the Swedish Academy)
C’est une nouvelle étape vers l’immortalité. De mon répertoire qui s’étale sur 60 ans, aucune chanson n’a été aussi émouvante et ne valait autant la peine dans sa profondeur, sa noirceur, son mystère, sa beauté et son humour que celles de Bob. Joan Baez
D’Orphée à Faiz, chanson et poésie ont toujours été intimement liées. Dylan est le brillant héritier de la tradition des bardes. C’est un super choix  ! Salman Rushdie
Bob Dylan est l’auteur de textes littéraires, au sens le plus profond. Joyce Carol Oates
Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter. C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus. Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus… Alors, va-t-on lui faire grief de cela ? Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ? Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ? C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur. C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort. Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout. Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie. Bernard-Henri Lévy
Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.” WSJ
He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance. (…) People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk. Sean Wilentz (Princeton)
Quant à savoir si la chanson appartient à la littérature: il y a peu de paroles qui réussissent à s’affranchir du rythme et de la mélodie. Le plus drôle, si l’on veut étudier sa prose sans son accompagnement musical, c’est qu’il a justement transformé la musique populaire en découvrant de nouvelles façons de créer des narrations indépendantes de la mélodie et du rythme, comme dans “Mr. Tambourine Man” ou “Like a Rolling Stone”, et qu’il a continué sans relâche à explorer cette veine, avec le succès que l’on sait. Dans le domaine du rock, aucun autre corpus ne peut être comparé à l’œuvre de Dylan, quels que soient les critères retenus. L’académie suédoise reconnaît à Bob Dylan la capacité “d’avoir su créer de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition américaine de la chanson”. Cette précision n’a rien d’anodin : personne ne dit que les chansons de Dylan appartiennent au registre de la poésie et qu’elles sont donc de même nature que les œuvres des précédents poètes lauréats du prix comme T. S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W. B. Yeats et bien d’autres. Cette définition suggère au contraire que sa contribution à la littérature intervient dans une autre catégorie, une catégorie dont il serait l’éminent représentant. Et c’est un fait indiscutable. Des tournures typiquement dylanesques. Ceux qui pensent que les qualités d’écriture de Bob Dylan ne se trouvent que dans ses premières œuvres folks, comme “A Hard Rain’s a-Gonna Fall”, “Blowin’ in the Wind” ou “The Times They Are a-Changin’”, ignorent que l’ancien contestataire continue d’exprimer d’indéniables qualités littéraires, même si ses albums ne sont plus à l’avant-garde du rock et de la pop. Des morceaux datant de la fin des années 1990 et du début du XXI e siècle, comme “Cold Irons Bound”, “High Water (for Charley Patton)”, “Love Sick” et “Pay in Blood”, n’ont rien à envier à ses chefs-d’œuvre rock que furent “All Along the Watchtower” ou “Hurricane”. En reconnaissant qu’il est le digne héritier d’une tradition américaine, l’académie suédoise choisit de ne pas cantonner Dylan à un certain style de composition. Quel que soit le mode d’expression choisi (blues, country, folk, gospel ou différents styles de rock), Dylan reste un immense auteur. Si les mots de Bob Dylan réussissent à avoir une vie propre en dehors de la mélodie, c’est parce que Dylan est passé maître dans l’art de retranscrire l’oralité de la langue américaine. Il est d’abord un auteur qui met ses mots et ses histoires en musique. On retrouve dans ses créations des visions ou des tournures de phrases typiquement dylanesques. Né à Duluth, dans le Minnesota, Dylan est un auteur américain issu des mêmes terres du Midwest que F. S. Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg et Thornton Wilder. Comme il le révèle dans son autobiographie Chroniques, volume 1 (et c’est tout aussi évident dans les paroles de ses chansons), Dylan est un boulimique de lecture qui sait apprécier aussi bien une bonne histoire que la saveur des mots ou la musicalité de la prose. Ce prix Nobel de littérature confirme qu’il est bien plus qu’un simple auteur-compositeur. Et ceux qui le suivent de très près, savourant ses fulgurances, son sens de l’observation et sa capacité à détourner de leur routine les mots les plus ordinaires, trouvent cette reconnaissance bien tardive, avec tout le respect dû à messieurs Murakami, Roth, Sondheim et les autres. Chaque phrase, chaque couplet écrit par Dylan mérite amplement cette consécration planétaire. Jim Fusilli
The problem many critics have with calling song lyrics poetry is that songs are only fully realized in performance. It takes the lyrics, music, and voice working in tandem to unpack the power of a song, whereas a poem ideally stands up by itself, on the page, controlling its own timing and internal music. Dylan’s lyrics, and most especially his creative rhyme-making, may only work, as critic Ian Hamilton has written, with “Bob’s barbed-wire tonsils in support.” It is indisputable, though, that Dylan has been influenced a great deal by poetry. He counts Arthur Rimbaud and Paul Verlaine alongside Woody Guthrie as his most important forebears. He took his stage name, Bob Dylan, from Welsh poet Dylan Thomas (his real name is Robert Allen Zimmerman). He described himself once as a “sixties troubadour, » and when he talks about songwriting, he can sometimes sound like a professor of literature: “I can create several orbits that travel and intersect each other and are set up in a metaphysical way.” His work has also veered purposefully into poetry. In 1966, he wrote a book of poems and prose called Tarantula. Many of the liner notes from his 1960s albums were written as epitaphs. And his songwriting is peppered with literary references. Poets.org
I can’t take the vision of Dylan as seer, as teenage messiah, as everything else he’s been worshipped as. The way I see him, he’s a minor talent with a major gift for self-hype. Nik Cohn
Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers. Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter. This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained. Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate. The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet. (…) Nevertheless sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums. Sean O’Hagan
The opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. » As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al. But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.) While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage. And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. (…) But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it. Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ». « In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »). Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans. (…) So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. (…) Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ». And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true. While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is. A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does. The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane. Jack Marx
C’est le prix Nobel de littérature, pas La Suède a un incroyable talent. Ah, en tout cas, voilà où nous en sommes sur le plan culturel. C’en est fini de la distinction. La discrimination est proscrite, nous vivons à l’ère de l’égalité. De l’émotion. Ne compte que ce qui vend. Mais qui célèbre la mort de la qualité, qui s’imagine qu’en renonçant à l’élitisme on parviendra à coup sûr à la justice, devrait grandement se méfier des conséquences. Une culture qui donne un prix littéraire à Bob Dylan est aussi capable de nominer Donald Trump pour la présidentielle. C’est une culture qui ne se soucie pas des qualifications et ne rêve que de satisfaire les besoins émotionnels bruts. On flatte les plus bas instincts, à gauche comme à droite. Il est de plus en plus difficile de faire appel à la raison car la raison est discriminatoire. Pour en user, et la comprendre, il faut penser, ce qui représente un effort. C’est bien plus facile de réagir avec ses tripes. De “Dylan parce que je l’aime” à “Trump parce que je me sens comme lui”, il n’y a qu’un pas. Tout cela est primaire. On me traitera de fossile, de snob, d’élitiste, etc. Sur cette question-là, peu m’importe ! Il est clair que la culture est nettement plus pauvre aujourd’hui qu’il y a quelques dizaines d’années, ce qui exerce une influence sur la politique. D’année en année, le niveau dégringole, et ce qui paraissait absurde autrefois est désormais considéré comme tout à fait normal. Et l’on oublie, hélas, ce qu’est l’excellence. Je ne sais pas où tout cela nous mène. Peut-être à un Nobel du tweet lyrique accordé à Donald Trump en 2025. Tim Stanley
Bob Dylan is a great songwriter, but famous musicians like him get lots of recognition in other ways, so this was a wasted opportunity to recognise a deserving writer. Prof. Sir Venkatraman Ramakrishnan (Nobel laureate chemistry, 2009)
Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones. Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine. Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros. Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars. Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ». Capital
Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise. (…)  L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel. Télérama
Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. (…) La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur. Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… (…) Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le soufre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse. Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts. Pierre Assouline
Lui attribuer le Nobel de littérature, c’est affligeant. J’aime Dylan mais il n’a pas d’œuvre. Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. C’est méprisant pour les écrivains. Pierre Assouline
Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature car la littérature, c’est des livres qu’on lit et non des chansons qu’on écoute. (…) la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture. Alain Finkielkraut
Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (…) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien. Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs  d’Al Nosra ndlr] Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger: «En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix. Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.» Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat: «Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.» Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale. Slobodan Despot

Après le plus rapide prix de la paix, le prix le moins littéraire de l’histoire !

Douze Grammys, Rock and Roll Hall of Fame, Nashville Songwriters Hall of Fame, Songwriters Hall of Fame, Oscar de la meilleure chanson de film, Golden Globe, prix Pulitzer, légion d’honneur et innombrables titres de doctor honoris causa, plus de 100 millions d’albums vendus, 80 à 100 concerts annuels, millions de dollars de royalties par an pour près de 600 chansons,  douze double ou triple albums d’enregistrements inédits ou piratés, documentaire de Martin Scorcese (No Direction Home),  future série télé, millions de dollars pour la cession de ses archives (non sonores) à l’université de Tulsa ou pour la publicité («The Times they are a changing» à la Bank of Montréal,  spots pour les yaourts Chobani, Cadillac, Chrysler,  Apple ou encore la lingerie Victoria’s Secret) …

Au lendemain d’une annonce d’un comité Nobel qui après le plus rapide et immérité prix Nobel de la paix de l’histoire et l’an dernier déjà celui d’une journaliste

Nous sort,  au mépris à nouveau des favoris des milieux littéraires comme Salman Rushdie, Adonis ou Ngugi wa Thiong’o, un auteur-compositeur de la chanson de son chapeau …

Comment ne pas voir avec quelques uns des rares critiques qui osent encore élever la voix …

Les dérives démagogiques et politiquement correctes d’un postmodernisme où tout se vaut au nom du refus de toute hiérarchie et hiérarchisation …

Et où l’on peut faire mine de découvrir les talents littéraires prétendument cachés d’un chanteur multimillionnaire et adulé (et même cité par des présidents !) …

Qui entre ses nombreux emprunts à ses pairs pas toujours reconnus et ses emballements protestataires pas toujours appuyés sur les faits …

Aura largement usé de ses considérables talents pour jouer sa vie durant avec la vérité …

Comme le révélait enfin l’an dernier dans son fameux discours du trophée de la branche humanitaire des Music awards …

Et encore à demi-mot entre règlements de comptes et hommages plus ou moins directs à ses nombreux inspirateurs …

Le « song-and-dance man » – et pierre qui roule pleine de mousse amassée – qui avait « juste ouvert une porte différente d’une manière différente » et « prolongé la ligne »  ?

En un long discours, Bob Dylan revient à ses racines

L’auteur de « Blowin’ in the Wind » a jeté une lumière crue et poétique sur ses influences et ses rencontres.

 Thomas Sotinel

Le Monde

09.02.2015

Entre ses onze Grammys, son Oscar de la meilleure chanson composée pour un film (Things Have Changed, dans Wonder Boys), son Golden Globe, sa légion d’honneur, Bob Dylan, 72 ans, n’en est plus à une récompense près. C’est pourquoi la remise du trophée Musicares, le 6 février, à Los Angeles, ne semblait pas devoir marquer particulièrement le parcours de l’auteur de A Hard Rain’s A Gonna Fall. Mais ce soir-là, alors qu’on lui remettait un objet d’art célébrant sa contribution à une organisation qui aide les musiciens malades et nécessiteux, Bob Dylan s’est mis à parler, et à parler. Pendant plus d’une demi-heure, il a tracé une petite cartographie de la musique populaire américaine, reliant ses chansons à leurs ancêtres. Il a distribué bons et mauvais points aux artistes qui ont repris ses titres, il a évoqué ses rencontres et s’est défendu de chanter en croassant. Bref, Bob Dylan, le plus secret des musiciens s’est épanché en public comme il l’avait rarement fait.

Le Los Angeles Times a publié la transcription intégrale de ses propos et on y trouvera autant de richesses que dans un chapitre des Chroniques, les mémoires de Bob Dylan dont un seul tome a été publié à ce jour. Après avoir été présenté sur scène par l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter, Bob Dylan a commencé par évoquer quelques-unes des personnalités qui l’ont mis en selle, il y a plus d’un demi-siècle, lorsqu’il est arrivé à New York : le talent scout du label CBS, John Hammond (qui avant de découvrir Bob Dylan avait signé les contrats de Count Basie et Aretha Franklin), l’éditeur Lou Levy. Le poète s’est souvenu que ce dernier lui avait dit que ses chansons étaient « soit en avance, soit en retard sur leur temps ». « Il m’a dit que si j’étais en avance et il n’en était pas vraiment sûr il faudrait entre trois et cinq ans au public pour me rattraper. Et c’est ce qui s’est passé ».

Souvent cruel

Le ton du discours de Bob Dylan n’est pas à la modestie, elle n’a jamais été le fort de l’artiste. La lucidité lui va mieux et il a consacré de longues minutes à établir la parenté entre les classiques du folk et du blues et ses compositions. « Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde.

Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War.

Tout en se défendant de dire du mal de qui que ce soit, Bob Dylan, qui fut souvent cruel au fil des ans (voir le traitement qu’il réserve à Donovan Leitch dans Don’t Look Back, le documentaire de D.A. Pennebaker) a aussi dit « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan.

« Je mutile mes mélodies »

Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »).

Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic.

Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ».

Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ».

Auparavant, Jack White, Nora Jones, Sheryl Crow avaient interprété des titres de Dylan. Seule cette dernière a eu droit à une mention dans ce discours qui est déjà entré dans le canon des dylanologues.

Voir aussi:

Le bras d’honneur des Nobel à la littérature américaine
Pierre Assouline

La République des livres

le 13 octobre 2016

Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. Une règle : ne jamais démentir les rumeurs (son point commun avec la CIA). Une seule fois, il y a huit ans, Horace Engdahl alors secrétaire du comité Nobel, légèrement escagassé que l’on reproche à sa bande de copains engoncés d’ignorer les susnommés, ne supportant plus cette pression insistante en leur faveur, laissa éclater son humeur américanophobe non sans mépris dans une interview à l’Associer Press :

«Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent » »
Depuis ce matin, nous voilà fixés. La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur.

Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… Car enfin, on a beau retourner sa fiche Wikipédia dans tous les sens (une fois n’est pas coutume) en français comme en anglais ou consulter son site, son seul livre est une autobiographie en trois tomes il est vrai (en français chez Fayard, seul le premier est paru). On y apprenait que Balzac est son écrivain de chevet : « Mon romancier-fétiche » avouait-t-il, ce qui est réconfortant en un temps où il est de bon ton, dans les amphithéâtres des universités françaises, d’esquisser une moue de dédain pour le trop prolifique et si peu styliste auteur de la Comédie humaine. On se promettait de l’interroger plus avant la prochaine fois sur The cousin Pons ou sur le Father Goriot. Voilà pour l’oeuvre littéraire. C’est tout ? C’est tout. Le comité Nobel l’avait prévu qui dans son communiqué anticipe déjà le reproche :

« Dylan est une icône. Il a une profonde influence sur la musique contemporaine (…) Il est récompensé « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique dans la grande tradition de la chanson américaine (…) Bob Dylan a écrit une poésie pour l’oreille…
A se demander à quoi peut ressembler une poésie qui n’est pas pour l’oreille, si cela existe. N’empêche. Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le souffre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse.

Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts.

« Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur », disait Norman Mailer. Interrogés, les académiciens suédois ont exprimé sinon leur unanimité du moins leur unité au moment du vote. D’après l’un d’eux, Per Wastberg, celui-là même qui voit en Dylan « probablement le plus grand poète vivant », ils espèrent un concert lors de la remise du prix en décembre. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Au moment même où était annoncé le couronnement de Bob Dylan, le dramaturge italien Dario Fo, lauréat du Nobel de littérature en 1997, passait de vie à trépas. On attend les conclusions du médecin-légiste pour savoir si l’un est la cause de l’autre.

P.S. Pour la route, un extrait des poèmes de jeunesse inédits de Bob Dylan publiés en 2008 :

« from the outside lookin in every finger wiggles the doorway wears long pants an slouches no rejection all’s fair in love and selection but be careful, baby of covered window affection an don’t forget t bring cigarettes for you might just likely find that one outside leads farther out an one inside just leads t another ———————— death silenced her pool the day she died hovered over her little toy dogs but left no trace of itself at her funeral ————————  jaundiced coloured girls pop out of nowhere offerin roses cant eat your roses get ’m out of here gimme food i dig food cant swallow the smell of your flowers, lady want turkey buns hamburger meat history gets the hungries an even the witches sometimes have t eat so please pardon me an dont think i’m prejudiced if i pour your drink all the way down your hairlip gown there’s nothing t be disturbed about it’s just that there’s enough people bending over with the fangs of society burnt into their backs…
(« Le prix Nobel de littérature 2016 » photos D.R.)

Les prix Nobel au caniveau ? Slobodan Despot décrypte le prix de littérature remis à Bob Dylan
Emilie Defresne

medias-prese-info

17 octobre 2016

Ce large extrait d’un article de l’Antipresse N° 46 est rangé au rayon littérature, non en raison du prix Nobel, ni en raison de Bob Dylan a qui il a été attribué, mais en raison du commentaire de Slobodan Despot qui en a tiré la substantifique moëlle:

Le Nobel à Dylan: dynamite ou pétard mouillé?

Alors que l’humanité n’a jamais été aussi proche de son suicide nucléaire, l’Académie suédoise vient de nous gratifier d’un moment bienvenu de franche poilade. Le 13 octobre 2016, elle a attribué le prix Nobel de littérature à Bob Dylan, répandant du même coup la désolation dans les milieux littéraires du monde entier. Eric Neuhoff, pâle de rage, pronostique dans le Figaro que «Francis Lalanne va postuler pour l’an prochain» tandis que dans un registre carrément dogmatique, Alain Finkielkraut affirme que «Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature», car la littérature, précise-t-il, «c’est des livres qu’on lit» et non «des chansons qu’on écoute». Venant d’un académicien français, cette définition tracée au cordeau devrait clore tout débat.

A moins qu’on se fiche de l’Académie française (laquelle, en matière de choix loufoques, s’y connaît aussi un peu). Auquel cas, il faut bien souligner que le problème du Nobel à Dylan ne tient nullement à Dylan, mais uniquement à Nobel. Et quand je dis Nobel, je pense évidemment au jury du prix et non au chimiste qui l’a fondé. Il ne faut surtout pas confondre le grand savant Alfred Nobel avec les clampins qui gèrent sa légation. Si M. Nobel avait tâtonné dans ses expériences comme ses comités choisissent leurs lauréats, il eût sans doute sauté avec son labo avant d’avoir inventé la dynamite.

Dylan & Dylan

De même ne faut-il pas confondre Dylan (Bob, alias Robert Zimmermann) avec Dylan (Thomas), le poète gallois et donc alcoolique qui mourut trop jeune en 1953, et dont Bob a emprunté le prénom pour s’en faire son nom de scène, bien qu’il l’ait nié pendant quarante ans. «Les trucs de Dylan Thomas, j’en ai lu, et ils n’ont rien à voir avec les miens», disait-il au début de sa carrière. De même que les trucs de Bob, selon Alain, de l’Académie française, n’ont rien à voir avec la littérature. C’est pourquoi il ne faut pas les confondre. Si le Nobel avait couronné l’autre Dylan (Thomas), de son vivant ou par contumace, nul n’y eût trouvé rien à redire, ni à relire, du moment que personne hors du pays de Galles ne l’avait vraiment lu. C’est comme pour Wisława Szymborska. Avez-vous lu Wisława Szymborska? Savez-vous même comment cela se prononce? Non, bien entendu. Elle a pourtant décroché le Nobel de littérature 1996 pour son œuvre poétique, qui n’est peut-être pas plus fournie que celle de Bob, mais qui a l’avantage d’être imprimée plutôt que gravée sur disques, et donc d’être infiniment plus confidentielle.

Si le Nobel de Wisława vous a échappé, vous avez sans doute entendu parler de celui qui couronna le clown Dario Fò l’année suivante (1997). Là encore, peu de «livres qu’on lit», mais la pressante et pesante présence sur scène d’une œuvre satirique et sardonique qui eût été considérée comme du simple activisme politique sur planches si son auteur n’avait pas été d’extrême gauche. Car l’extrême gauche, aux yeux des académiciens suédois, c’est de l’art en soi. Du dadaïsme appliqué.

Pour une fois, cette année-là, Dario le clown a soulevé de la poussière au-delà des frontières de son pays; et il y est retourné — à la poussière — le jour même (+ 13.10.2016) où le jury scandinave distinguait Bob le baladin barbichu de la contreculture américaine. Apoplexie d’étonnement, crise de jalousie ou simple passage de flambeau?

Les esprits placides concluront au hasard du calendrier, les imaginatifs y verront un signe: la confirmation d’une continuité dans la provocation, du côté de Stockholm. Certes, l’Académie suédoise a pour devise Snille och Smak, «le Génie et le Goût», mais elle ne précise pas si le goût en question est bon ou mauvais. Elle laisse cela à l’appréciation du comité. Quant au génie… Si elle en manifeste un, c’est bien celui que Neuhoff a immédiatement repéré: «…cette manie qu’ont les plus vénérables institutions de se prendre soudain pour des nids de subversion.»

Evolutions cancéreuses

Eh oui : le scandale du Nobel à Dylan ne concerne que Nobel. Ou presque. Nous reviendrons à Dylan en fin de partie.

Comme le dit Finkielkraut: «la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture». Dylan est certes, à la base, un barde, mais c’est surtout devenu une industrie. A l’heure où la lecture se perd, dit-on, un prix littéraire ne devrait-il pas, d’abord, inciter à la lecture plutôt qu’au streaming?

Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (on l’a vu dans Antipresse 45) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien.

La fonction réelle du Nobel

Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs  d’Al Nosra ndlr]

Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger:

«En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix.

Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.»

Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat:

«Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.»

Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale.

Soyons clairs. La mission des petits pays blonds sur le rivage est de l’Atlantique, de la Belgique au Cap Nord, est d’assurer une façade civilisatrice au système de prédation planétaire dont ils sont le cœur mais non la tête. Ils hébergent les parlements, les institutions scientifiques et culturelles, les ONG humanitaires et l’essentiel de l’appareil idéologique présentable. Ils entretiennent une social-démocratie de bon aloi, veillent à l’ouverture des frontières aux migrants du Sud tout en garantissant la fermeture aux cousins de l’Est. Ils parlent l’anglais comme ils respirent. Ils sont la dague du seppuku de l’Europe historique et de son nivellement en parking de supermarché américain. A d’intéressantes exceptions près, les choix des Nobel «idéologiques» (Paix, Littérature, Economie) reflètent ce rôle de house niggers [négriers ndlr] blancs qu’ont les nations blondes de l’est du bassin atlantique. (…)

Tangled up in blah
Jack Marx
The Australian
September 03, 2008

THE opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. »

The Bob Dylan Encyclopedia
Compiled by Michael Gray
Palgrave Macmillan, 800pp, $49.95

As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al.

But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.)

While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage.

And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. The following exchange from a 1966 interview with Playboy (centrefold: Pricilla Wright) is typical:

Dylan: I do know what my songs are about.

Playboy: And what’s that?

Dylan: Oh, some are about four minutes; some are about five, and some, believe it or not, are about 11 or 12.

Playboy: Can’t you be a bit more informative?

Dylan: Nope.

Perhaps necessarily, the interviewer goes on to ask whether Dylan thinks Lincoln wore his hair long to keep his head warm.

Playboy doesn’t rate an entry in Gray’s encyclopedia. Nor does Time magazine’s Horace Freeland Judson, whom a 23-year-old Dylan repeatedly and condescendingly insulted over the course of an interview in 1965. Judson’s interview was deemed worthy of inclusion in Don’t Look Back, a 1966 Dylan PR film, which is discussed at length in the Encylopedia. But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it.

Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ».

« In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »).

Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans.

But The Bob Dylan Encyclopedia is not meant to be taken too seriously. Gray’s pithy observations are far too opinionated for a serious reference book: he blows off Ringo Starr as « never the brightest starr in the firmament, and one of its dullest vocalists »; he dismisses, with no qualification, Brian Setzer and Dave Edmunds as « dismal »; describes Bono as « one of the world’s most self-important and vain celebrities », « the charmless man’s Bob Geldof » and a « wanker », whose name comes with the phonetic instruction « rhymes with con-oh, rather than oh-no »; and, most ironically, writes off the Dylan-obsessed Baez as « a slattern for punishment ».

Elsewhere, amid entries about particular songs (why no Positively 4th Street?), albums, notable individuals (Brian Wilson, for little reason, but who needs one?) and certain moments in history (the Titanic), you’ll find tidbits such as: « nursery rhymes, Dylan’s use of, pre-1990 »; « heroes, special cowboy fondness for »; and, under M, « musicians’ enthusiasm for latest Dylan album, perennial », in which Gray catalogues the phenomenon of musicians who work on Dylans’s imminent album declaring it to be his « best since Blonde on Blonde ».

The Bob Dylan Encyclopedia is less scholarly reference book than, as Gray explains in the preface, « essentially the book of a critic … a gathering together of much disparate information in one place ». Dylan, then, is merely a necessary maypole around which popular music factoids may gambol. It might also be the most honest way for a rock biography to be told. So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. Gray’s effort is that and much more.

Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ».

And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true.

While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is.

A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does.

The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane.

Voir également:

Bob Dylan, le Nobel qui secoue la presse internationale
Jean Talabot
Le Figaro
4/10/2016

REVUE DE PRESSE – Que pensent les médias étrangers de la distinction suprême et surprise attribuée à l’icône du rock contestataire des années 1960 ? Sur (presque) tous les continents, les journaux oscillent entre éloge, perplexité et consternation.

Au lendemain de la nouvelle surprise de la nomination de Bob Dylan, premier musicien à recevoir le prix Nobel de littérature, jeudi 13 octobre, la presse étrangère a abondamment commenté ce choix de l’Académie suédoise, entre satisfaction et ironie. En Angleterre, la BBC, a avec un humour «so british», a recensé douze autres chanteurs compositeurs qui auraient été dignes de recevoir ce Nobel, «maintenant que la compétition est élargie». On y retrouve notamment Kate Bush, Patti Smith, Leonard Cohen ou… Kanye West.

De son côté, The Independent affirme sans ambages sa satisfaction. Cette récompense est «méritée et attendue», affirme le quotidien britannique. «Pourquoi avez-vous mis tant de temps?» demande même le journaliste de The Independent David Lister à l’Académie.

Aux États-Unis, le New Yorker se montre plus nuancé. Sur son site web, l’hebdomadaire dresse la liste des auteurs pouvant se sentir lésés. Mais il interroge aussi: «Pouvons-nous pour une fois savourer simplement ce choix sans le remettre en cause? La roue tourne et parfois vous désigne.»

Le célèbre magazine dévoile par la même occasion la couverture de sa prochaine édition (qui sortira le 24 octobre), dessinée par la graphiste française Malika Favre: un Bob Dylan stylisé, portant lunettes, caban noir, et épaisse tignasse bouclée s’y impose en noir & blanc.

Nobel de la discorde
Les publications sud-américaines se montrent légèrement moins élogieuses que les médias anglophones. «Une polémique autour du Nobel» annonce le quotidien brésilien O Globo, une photo de Robert Allen Zimmerman à l’appui. À Caracas au Venezuela, El Universal enfonce le clou et annonce un «Nobel de la discorde». Même son de cloche en Colombie, avec la une d’El Tiempo: «Le Nobel qui ébranle les murs». El Mercurio, à Santagio du Chili, se montre tout de même plus tendre et titre «Bob Dylan devient éternel».

En Europe, les médias se sont montrés plus circonspects. Le choix du comité Nobel de ne pas choisir un écrivain est davantage commenté que le talent du lauréat. Pour le quotidien espagnol catalan La Vanguardia, ce Nobel dédié au «troubadour du rock», «secoue le monde littéraire». El Periodico désigne le chanteur comme un «barde». Et El País cite avec esprit un tube du rockeur en titrant «Bob Dylan ouvre la porte du ciel littéraire».

L’audace du Comité
En Allemagne, la Süddeutsche Zeitung et le Taz jouent sur les mots. Taz, plutôt perplexe quant au choix d’un chanteur, détourne sur sa une le vers de la chanson Blowin’ in The Wind de Dylan: «How many lines must a man write down?» ( «combien de lignes doit écrire un homme?»), afin de déplorer que le Nobel de littérature échappe à un écrivain. Au contraire, Süddeutsche Zeitung encourage l’audace du Comité Nobel, en empruntant à Dylan ces mots contestataires, chantés dans Subterrean Homesick Blues: «Ne suis pas les leaders, surveille plutôt les parcmètres», dont les fans du rockeur traduisent le sens caché: «Fiez-vous à votre instinct plutôt qu’à ceux qui veulent dicter votre conduite» .

Le quotidien anglophone dubaïote The Gulf News réutilise une chanson du maître pour exprimer sa position: «Don’t think twice, it’s all right» (N’y pense pas plus, tout va bien). Tout comme la Une du Times sud-africain qui reprend la même idée d’ouverture que celle du quotidien français Libération : «Times Are A-Changing».

Voir également:

Ah, la colère des esprits secs à l’annonce du Nobel de Bob Dylan !

Les cris d’orfraie de l’Académie, non de Stockholm, mais de l’Eglise mondiale de littératurologie !

La panique de ce personnel littéraire confit dans ses certitudes et piégé dans ses petits calculs, ses pronostics foireux, ses jeux d’alternance que l’on croit très malins – politique ou pas politique ? Amérique ou reste du monde ? et pourquoi pas une femme ? ou le témoin, quelconque, d’une minorité visible ? ou Machin qui attend depuis vingt ans ? ou Truc qui n’attend plus rien ?

La vérité, n’en déplaise à la cabale des vieillots, c’est que donner le Nobel de littérature à un auteur qui n’a écrit qu’un livre n’est pas plus surprenant que de le donner à Dario Fo ou à Winston Churchill, qui n’en avaient pas écrit beaucoup plus.

Et la vérité, c’est surtout que le donner à l’un de nos derniers poètes populaires, couronner le successeur lointain des Rutebeuf, des Villon, de tous ces baladins des rues, chanteurs de la solitude et de la déréliction qui ont jeté la poésie sur les chemins du monde et les trottoirs de la misère, consacrer un trouvère, un chantre de la fraternité des hommes seuls et des âmes perdues, sacrer l’auteur de ballades qui ont été, pour reprendre le mot d’André Suarès sur Rimbaud, « un moment de la vie » de tant de femmes et d’hommes des XXe et XXIe siècles, la vérité, oui, est que reconnaître l’excellence de cet homme a tout de même plus d’allure que de sortir de son chapeau l’obscur Rudolf Eucken ou, au lieu de Tolstoï, le malheureux Sully Prudhomme.

On s’en voudrait de répondre à la cuistrerie par la cuistrerie.

Mais à ceux qui, ce vendredi matin, vont partout répétant « c’est pas de la littérature ! c’est pas de la littérature ! » on a envie de répondre par Francis Ponge citant Lautréamont pour donner une définition du poète (il disait : du proète) entendu comme barde, ou comme troubadour, devenu, par son « parti pris des choses », plus utile qu’« aucun citoyen de sa tribu » : à qui la définition s’applique-t-elle mieux qu’à l’auteur de ces « Chimes of Freedom » et autres « Long and Wasted Years » qui font vivre et revivre la « République invisible » (Greil Marcus) de la culture américaine ?

Ou par Mallarmé exhortant, dans les mêmes termes ou presque, à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » : qui mieux, de nouveau, que cet artiste du collage, ce caméléon de la citation et de l’intertextualité, ce parolier laconique et savant, pilleur d’épaves célestes ou marines, cet alchimiste du verbe, dont la vie aura passé à réinventer les mots des autres et les siens, à retrouver la braise du temps sous la cendre des défaites du jour, à transmuer en or fin le plomb de ce qu’il entendait à la radio ?

Ou encore la distinction célèbre entre « écrivants » (qui font un usage tristement instrumental du langage) et « écrivains » (qui en font une fin en soi) : Dylan dit-il autre chose quand, nonobstant tant de combats autour des droits civiques, de la résistance à la guerre du Vietnam ou de la révolution du féminisme, il titre l’une de ses plus belles chansons « I’m Not There » – je ne suis pas là, plus des vôtres, adieu les choses d’ici-bas, à bientôt ?

Mais la vraie question est encore ailleurs.

Et l’exercice le plus concluant serait de comparer ce qui est comparable et l’auteur de « Blonde on Blonde » avec ceux qui furent, et demeurent, ses contemporains réellement capitaux.

Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter.

C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus.

Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus…

Alors, va-t-on lui faire grief de cela ?

Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ?

Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ?

C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur.

C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort.

Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout.

Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie.

Point de vue. Un poète antique nommé Bob Dylan
Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain | DR

Ouest-France

17/10/2016

Bob Dylan au sommet de la littérature mondiale ! Une demi-surprise, en réalité : son nom avait été évoqué parmi les nobélisables, il y a quelques années.
Ce n’est pas un showman que le jury d’Oslo vient d’honorer, mais un poète. D’ailleurs le chanteur, s’il aime monter sur scène, n’a jamais conçu ses concerts comme des spectacles à grands effets, ni sa relation au public comme une opération de séduction. Il n’a toujours été dédié qu’à sa poésie et à la musique dans laquelle il la donnait.

D’où, souvent, l’incompréhension de ceux qui venaient chercher auprès de lui des émotions telles que celles que pouvaient offrir un David Bowie, un Elton John ou un James Brown. D’où la déception de ceux qui venaient écouter les tubes et les standards qu’il ne reprenait que parcimonieusement, et jamais de la même manière. D’où ses impossibles conférences de presse, où il n’avait rien à dire, l’essentiel se trouvant pour lui dans l’acte poétique.

Tout cela avait été admirablement saisi l’an dernier, dans le spectacle d’ouverture de la saison de la Comédie Française au Studio Théâtre à Paris, créé par Marie Rémond et Sébastien Dupeyrou : Comme une pierre reconstituait la création de Like a Rolling Stone, son tube planétaire. Les spectateurs pouvaient découvrir la puissance poétique du chanteur, mais aussi l’isolement, pour ne pas dire l’autisme, dans lequel naissait sa poésie.

À la source de l’inspiration de Dylan, il y a la chanson populaire américaine : Woody Guthrie – l’inventeur du protest song – le gospel, la ballade et le blues, voire même récemment Frank Sinatra…

Attentif au mystère de notre condition
Si l’auteur de Blowin’ in the Wind ne s’est pas enfermé dans la chanson politique, s’il a un jour quitté la guitare acoustique – au grand dam de ses fans de l’époque – pour la formation rock électrifiée, s’il a sans cesse fait des pas de côtés, c’est parce qu’il a toujours cherché à faire écho dans sa création au battement des émotions du monde.

Comme tout poète, il écoute une voix qui parle en lui, qui vient de loin et qu’il projette plus loin encore. C’est pourquoi c’est à peine s’il chante. Il dit, déclame… C’est un slameur bien avant que le slam et le rap n’aient eu pignon sur rue.

On ne comprend pas Dylan si on ne le rattache pas à la tradition poétique antique, celle des vers d’Homère et des Psaumes bibliques. Le créateur de Just like a woman et de The Times They are A-Changin se moque de « l’entertainment » comme de sa première guitare. Ce qui l’intéresse, c’est le mystère de la condition humaine, depuis les émotions intimes jusqu’au tragique de la guerre, c’est l’indicible du destin, c’est le drame de la liberté, ce sont les paradoxes de l’amour.

Ainsi n’est-il pas si loin de Shakespeare. Dans une tirade de Macbeth, ce dernier lance : « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Mais ce constat désabusé est contredit par le simple fait que nous lisons encore cette tirade. Il suffit de la dire pour comprendre qu’un poète, un créateur, est précisément celui qui tire du bruit et de la fureur une œuvre qui fait sens, qui émeut, qui interroge… Et la réussite de Bob Dylan, celle qu’honore le prix Nobel, c’est d’avoir su donner à son art une dimension populaire : il a offert, à tous ceux qui entendent l’anglo-américain, l’accès à une profondeur poétique que la culture de masse, souvent, ignore ou écrase, quand elle ne la ridiculise pas.

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Bob Dylan, le rock nobélisé

Adoubé écrivain depuis ses mémoires de 2004, « Chronicles vol.1 », donné parmi les favoris du Nobel de littérature il y a cinq ans, le troubadour aux trente-sept albums est consacré par le jury suédois l’année de ses 75 ans.

Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise.

A ceux qui se plaindraient d’un bâton de maréchal concédé à un chansonnier, on dira que Bob Dylan a toujours écrit. Graphomane autant que musicophage, il s’imbibait aussi bien de la lecture des poètes et romanciers que de l’écoute des bluesmen ou folksingers. Il a libéré l’écriture rock pour le bénéfice d’émules par milliers et l’ébahissement de fans assez vite rompus, selon les époques, à passer par tous les sentiments contradictoires. Ce n’est pas de la déposer sur le papier qui rend la poésie de Dylan plus noble et nécessaire. Telle qu’elle est dans ses disques, chantée, brâmée, nasillée, elle peut être aussi bien triviale ou sublime, laconique ou délirante, biblique ou paillarde, sinistre ou enjouée, cruelle ou touchante, et parfois tout cela en même temps. L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel.

Voir de plus:

Bob Dylan, rocker, prix Nobel et… cash machine !
Bob Dylan s’est vu attribué hier le Prix Nobel de Littérature, pour « avoir créé de nouveaux modes d’expression poétique ». Mais derrière l’auteur-rocker de talent, il y a aussi un vrai businessman, capable d’aller cachetonner pour des yaourts et des soutiens-gorge.

Capital

14/10/2016

«Money don’t talk it swears» («L’argent ne dit mot, il commande») lâche Bob Dylan dans It’s Allright Ma (I’m Only Bleeding), l’un de ses classiques. Il le pense peut-être mais le chanteur nobélisé a aussi accumulé des montagnes de billets verts lors de sa longue carrière. Ceux qui ne voit en lui qu’un vieux barde pacifiste sont à côté de la plaque : de tous les héros des sixties, il est l’un des plus productifs, toujours sur scène, sortant des albums comme un métronome et exploitant à la perfection ses immenses archives. Sa petite entreprise ne connait pas la crise comme aurait dit Bashung, l’un de ses innombrables disciples.

Jusqu’à 100 concerts par an

Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones.

Ses albums trustent les podiums

Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine.

Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros.

Cinéma et pub aussi

Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars.

Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ».

Voir de même:

Bob Dylan Will Be a-Changin’ Super Bowl Ads This Weekend

Folk icon lends his hit ‘I Want You’ to a yogurt ad

Kory Grow

The ad uses the folk-rock icon’s harmonica-powered 1966 hit « I Want You » as the soundtrack to a very hairy scene. In it, citizens of a rural town cower as a bear works his way through a general store. Eventually, it finds what it’s looking for (it’s easy to guess what that is) and the vocal line of the Blonde on Blonde track plays to narrate just what the bear is thinking.

Where Did Bob Dylan’s ‘Blonde on Blonde’ Rank Among the 500 Greatest Albums of All Time?

Dylan will reportedly make an appearance in another game day ad, too. Multiple sources have told Billboard that Dylan will appear in a Chrysler ad that will also feature an as-yet-undisclosed song by the singer, though neither the car company nor a Dylan rep have confirmed the rumor. The ad will likely promote the auto manufacturer’s new 200 model vehicle.

Previously, Dylan licensed his track « Motherless Children » to Jeep (a Chrysler company) for a spot that aired this past fall. That ad supposedly opened up the conversation that led to this one.

Kantar Media reported recently that the cost of Super Bowl ads has risen by almost 70 percent over the last decade. The average rate for a 30-second spot in last year’s big game cost $4 million. The second most expensive advertising venue in television remains the Oscars, which, by comparison, charges a mere $1.6 million for a half-minute of airtime. The media company estimates that costs of ads will be even higher for the Super Bowl this year.

Other notable Super Bowl ads this Sunday will feature reunions of actors from two TV series – Seinfeld and Full House – and a new song, titled « Invisible, » from U2. That group will also reportedly announce the release of their new album during the Super Bowl.

Voir aussi:

Arts & Entertainment
Is Bob Dylan Literature?
The Nobel committee says ‘Yes’ to Bob Dylan. The Minnesota native is the first musician to win the top literary honor, igniting both applause and a fierce debate
John Jurgensen and Anna Russell

The Wall Street Journal

The bombshell news from Sweden— Bob Dylan winning the Nobel Prize in Literature—would seem to be the last word in a debate that has swirled around the songwriter since he was pegged as the voice of a generation in the 1960s: Do songs such as “My Back Pages” and “Subterranean Homesick Blues” transcend pop music to qualify as great literature?

For the Nobel committee, apparently lyrics like “I was so much older then, I’m younger than that now” and “You don’t need a weatherman to know which way the wind blows” put Mr. Dylan on par with William Faulkner, Ernest Hemingway, Toni Morrison and other American Nobel laureates. He is the first musician to receive the award in its 115-year history.

“If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan,” said Sara Danius, the permanent secretary of the Swedish Academy, in announcing the award.

It’s a vindication for literary scholars who have sought to elevate his work, including Christopher Ricks, an former Oxford professor who compared the bard from Hibbing, Minn., to Keats, Yeats and other great poets. Others who have done line-by-line analysis have noted Mr. Dylan’s debt to English and Scottish balladry. The song “A Hard Rain’s A-Gonna Fall,” for instance, borrows from the centuries-old ballad “ Lord Randall. ”

The Nobel news riled some writers who objected to literature’s highest honor going to a musician, regardless of his unofficial stature as “poet laureate of rock ’n’ roll.” Irvine Welsh, the author of “Trainspotting,” wrote on Twitter, “If you’re a ‘music’ fan, look it up in the dictionary. Then ‘literature’. Then compare and contrast.”

Saladin Ahmed, a Detroit-based author of “Throne of the Crescent Moon,” an Arabian-inspired fantasy novel, questioned why Mr. Dylan was the first musician to get the Nobel: “What makes him more worthy of this or more fitting to be recognized as literary, as opposed to the God knows how many troubadours in God knows how many languages that have preceded him?”
U.S. singer-songwriter Bob Dylan was awarded the 2016 Nobel Prize in Literature “for having created new poetic expressions within the great American song tradition. » Photo: Getty

Joyce Carol Oates, who is often mentioned as a Nobel contender, called the committee’s choice “inspired,” but suggested that the surviving Beatles might be more deserving. “Arguably, their music is as significant, or more significant, than Bob Dylan’s work,” she said in an email.

As of Thursday afternoon, the prizewinner himself, 75 years old, had yet to comment on the honor. While he has accepted past laurels in arts and letters, such as France’s Légion d’honneur in 2013, Mr. Dylan routinely swats down the public obsession with his words—even as he places himself in the lineage of history’s greatest writers.

“These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far,” he said last year while accepting an award from the charity arm of the Grammy Awards.

Mr. Dylan, who has written books and stories as well as more than 500 songs, has often defined himself first and foremost as a musician. He was scheduled to perform Thursday night at the Cosmopolitan casino in Las Vegas before a second engagement this weekend at the Desert Trip festival in Indio, Calif., where he shares the bill with Paul McCartney, Neil Young and other giants of classic rock. Mr. Dylan has performed more than 1,400 shows since 2000, according to Pollstar, more than three times as many concerts as any other Desert Trip headliner.

As with the workmanlike schedule of his so-called “never-ending tour,” Mr. Dylan refers to himself as a tradesman in terms of writing, one who deals with mythic themes that go beyond folk music. “It’s called tradition, and that’s what I deal in. Traditional, with a capital T,” he said in a 2012 interview with Rolling Stone.

Among other songwriters, Mr. Dylan has always differentiated himself by the breadth of his influences, vacuuming up writings from the Bible to Rimbaud, Chekhov to fellow Nobel recipient John Steinbeck —not to mention more direct influences in music, from country blues singer Charley Patton to Frank Sinatra.

“He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance,” says Sean Wilentz, a Princeton American history professor and author of “Dylan in America.”

British music historian Clinton Heylin, the author of several books on the artist, said he participated in a conference a few years ago which debated whether or not Mr. Dylan’s work merited the Nobel. He argued yes. “His influence is so overarching,” he says. “You do have to start saying, well who exactly is it that you’re thinking of picking first?”

Citing Beat writers including Jack ouac and Allen Ginsberg (who was a friend of Mr. Dylan’s), Mr. Heylin says, “Something like ‘Hard Rain’s A-Gonna Fall’ could not exist without the Beats,” he said. “It’s to do with the line structure and the rat-a-tat-tat of imagery.”

Author Ron Rosenbaum, who has written about Mr. Dylan extensively, says Mr. Dylan managed to “mine and undermine language, speech and emotion, crystallize feelings in a way that remains still mysterious and magical…I think he’s had a kind of subtle effect on language, on the deadpan, put-on, sarcastic way we talk.”

Mr. Dylan’s odds of winning have been an annual source of speculation for bookmakers and music nerds, always eager to debate his place in the pantheon.

Gordon Ball, an English professor at Washington and Lee University who first submitted Mr. Dylan as a Nobel candidate in 1996, described his mission in an article published in the journal Oral Tradition: “I cited the almost unlimited dimensions of Dylan’s work, how it has permeated the globe and affected history.” In an interview, Mr. Ball added that he has sent in at least a dozen more bids to the Swedish Academy over the years in “long letters with updated perspectives.”

Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.”

In 2012, Mr. Dylan told Rolling Stone magazine: “In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it.”

If you’re a ‘music’ fan, look it up in the dictionary. Then ‘literature.’ Compare and contrast.

Mr. Wilentz goes further: “People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk. ”

Seeming to acknowledge Mr. Dylan’s artistic cutting and pasting, Ms. Danius of the Nobel organization referred to him “a wonderful sampler.”

Exhibit A in the case for Mr. Dylan as a literary lion is the archive of his work coming together at the University of Tulsa. Trucks full of manuscripts, notebooks, photographs and audio visual recordings have been arriving there since the Bob Dylan Archive was announced last March.

The career-spanning collection of 6,000 items was bought by the university and the George Kaiser Family Foundation, and is expected to open to researchers by spring 2017. It’s no coincidence that the university, which offers an undergraduate course on Mr. Dylan’s work, also hosts the papers of the songwriter’s most important musical and literary inspiration, Woody Guthrie.

For Dylan scholars who have had to make their own subjective studies of his lyrics, the archive beckons as a fount of primary source material. “It should turn a lot of Dylan studies on their head and open up an entirely new continent in terms of his writing,” says Michael Chaiken, the archivist in charge of processing the collection.

He cites Mr. Dylan’s continuous stream of writing and “ruthless self-editing” as evidence that he’s more than just a lyricist. The songwriter filled a quarter of a notebook alone with drafts of “Tangled Up in Blue,” a song on the album “Blood on the Tracks.”

The 1975 release, which heralded an artistic rebirth, might have been what Mr. Dylan was referring to in his “Chronicles” book as “an entire album based on Chekhov stories—critics thought it was autobiographical—that was fine.” He didn’t name the album.

An Indian writer, Rabindranath Tagore, won the Nobel Prize in Literature in 1913. Although he won for poetry, he also wrote songs.

The Nobel Prize will only heighten the interest of scholars, who are lining up for a peek at the archives. With the collection on his home turf, University of Tulsa English department chair Randall Fuller has set aside his research on Henry James to write an “intellectual biography” of the sphinx-like troubadour. “Most of my scholarly work has been in 19th-century literature—Emerson, Whitman, Dickens—and I do see Dylan very much in that tradition, as someone who is profoundly engaged by questions of human freedom, and is at the same time clear-eyed about its limitations.”

The fact that pop songs were the vehicle for these themes doesn’t diminish them. Says Professor Fuller: “I learned how to do literary criticism by studying liner notes on albums.”

—Jennifer Maloney contributed to this article

Voir de même:

Yes, Bob Dylan Deserves the Nobel Prize
The songwriter is a master of an American colloquial style, who discovered new ways of setting words and narrative to music.
Jim Fusilli
The Wall Street Journal

Oct. 13, 2016

For those who endorse awarding Bob Dylan the Nobel Prize in Literature, the question might be: Why did the Swedish Academy wait so long? For those who oppose: A songwriter?

But there is never an expiration date on the acknowledgment of excellence, and Mr. Dylan is much more than a songwriter. One may quarrel that the award delays what appears to be the inevitable recognition by the academy of novelists Haruki Murakami and Philip Roth, among others, or that a composer for musical theater like Stephen Sondheim is the place to begin if songs are considered literature. But no one who knows Mr. Dylan’s work and its impact on his and subsequent generations of authors and composers can dispute its high quality.

To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era.

The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock.

Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language.

The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

—Mr. Fusilli is the Journal’s rock and pop music critic. Email him at jfusilli@wsj.com and follow him on Twitter @wsjrock.

 To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era. The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock. Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language. The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

(Re)découvrez l’une des chansons pro-Israël oubliées de Bob Dylan
‘Neighborhodd Bully’ déplore le fait que l’Etat juif soit ‘en infériorité numérique d’environ d’un million pour un’
Gabe Friedman

The Times of Israel

13 octobre 2016

JTA – « J’étais tellement plus vieux, je suis plus jeune que ça maintenant », a chanté Bob Dylan en 1964 dans sa « My Back Pages ».

Alors que la judéité de Dylan a été examinée et réexaminée au cours des années, relativement peu d’attention a été accordée à sa chanson de 1983 « Neighborhood Bully » – une rare déclaration d’un soutien à pleine voix pour Israël d’un rocker américain populaire.

Les paroles (complètes ici en anglais) assimilent Israël à un « homme en exil », qui est injustement étiqueté comme un tyran car il repousse les attaques constantes de ses voisins.

Dylan a publié la chanson dans son deuxième album studio, « Infidels », suite à sa brève incursion chez les ‘chrétiens-nés de nouveau’ à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Certaines des paroles sonnent comme des extraits d’un discours qu’aurait pu prononcer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui dépeint souvent Israël comme un pays assiégé.

Eh bien, l’intimidateur du quartier, il est juste un homme
Ses ennemis disent qu’il est sur leurs terres
Ils ont obtenu son infériorité numérique à un million à un
Il n’a pas d’endroit où s’échapper, pas d’endroit où se réfugier
Il est l’intimidateur du quartier

D’autres se souviennent des affiches de campagne de 2015 du parti politique sioniste et religieux HaBayit HaYehudi, dans lequel le chef du parti (et le ministre actuel de l’Éducation) Naftali Bennett appelle les Israéliens à « cesser de présenter des excuses ».

Eh bien, des lyncheurs, il a assommé, il a été critiqué
Les vieilles femmes l’ont condamné, qu’il devrait s’excuser.
Puis il a détruit une usine à bombe, personne ne s’est réjoui
Les bombes lui étaient destinées. Il était censé se sentir mal
Il est l’intimidateur de quartier

« Neighborhood Bully » a été écrite après la guerre controversée entre le Liban et Israël, à un moment où même les Israéliens avaient remis en question leur gouvernement.

Né Robert Allen Zimmerman et élevé dans la culture juive dans le Minnesota, Dylan a entretenu ses liens avec Israël tout au long de sa vie. Il s’est rendu plusieurs fois dans le pays à la fin des années 1960 et 1970 et avait même entamé la procédure pour rejoindre un kibboutz. Il a donné trois spectacles en Israël en 1987, 1993 et 2011. Le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanction (BDS) avait fait pression sur lui pour qu’il annule sa performance la plus récente – mais en vain.

Plus récemment encore, les Israéliens peuvent remercier Dylan pour le concert des Rolling Stones à Tel Aviv en 2014, la première visite du groupe dans le pays. Selon le guitariste Ronnie Wood, c’est Dylan qui leur a donné l’idée.

« Il sortait de la scène et nous dit : ‘nous allons à Tel-Aviv’ », a confié Wood à la Deuxième chaîne à l’époque. « Il avait un grand sourire sur son visage et dit qu’il adorait être là [en Israël] ».

Les 5 moments « les plus juifs » du prix Nobel Bob Dylan
Le lauréat du prix Nobel de littérature, chrétien régénéré dans les années 70 avait tout de même célébré la bar mitsva de son fils au mur Occidental
Gabe Friedman

The Times of Israel

14 octobre 2016

JTA – Peut-être que les temps changent, après tout. Bob Dylan est devenu le premier musicien à gagner le prix Nobel de littérature, une récompense qui lui a été décernée jeudi. Le Barde, comme l’appellent affectueusement ses fans, soulignant qu’il est perçu aussi bien comme poète que comme musicien, est devenu le quinzième juif a remporter le prix de littérature, rejoignant Saul Bellow, Isaac Bashevis Singer et Patrick Modiano.

Il a même battu le juif Philip Roth, considéré depuis des années comme favori pour remporter le Nobel (et à 83 ans, pourrait bien voir cette opportunité lui filer entre les doigts).

La trajectoire religieuse de Dylan a toujours été pour le moins impressionnante. Né Robert Zimmerman, et élevé dans une petite communauté juive du Minnesota (il a passé ses étés à Camp Herzl, un camp sioniste dans le Wisconsin), Dylan est devenu un chrétien régénéré dans les années 70. Après avoir sorti quelques albums de music gospel polarisés, il est revenu à ses racines juives dans les années 80. Au cours des dernières décennies, il a même pris part à des offices lors des fêtes dans des synagogues Habad orthodoxes.

Pour rendre hommage à cet accomplissement de Bob Dylan, voici les 5 moments de « les plus juifs » de sa vie

Célébrer la bar-mitsva de son fils au mur Occidental

Peu après avoir sorti son dernier album de musique chrétienne au début des années 80, Dylan a tenu a célébré la bar-mitsva de son fils aîné Jesse au mur Occidental. Jesse est le fils de sa première femme Sara (née Shirley Marlin Noznisky), et s’est lancé dans une carrière de réalisateur de vidéo musicale et a fondé Wondros, sa société de production.

Chanter « Hava Naguila » lors du téléthon Habad

Après son mystérieux « retour » au judaïsme, Dylan a étudié auprès de rabbins Habad dans les années 80. Son apparition au téléthon Habad n’était pas la première fois qu’il manifestait son soutient au mouvement (ni son premier caméo dans un téléthon), mais c’est peut-être le plus juif de tous. C’es un Bob Dylan, arborant une kippa qui a accompagné le compositeur Peter Himmelman (son gendre juif) et Harry Dean Stanton à l’harmonica, pendant que le groupe jouait « Hava Naguila ».

Célébrer un Seder avec Marlon Brando

En 1975, Dylan avait sorti des albums avant-gardistes notamment « The Times They Are A’Changin’ », « Highway 61 Revisited » et « Blood on the Tracks ». Marlon Brando avait déjà joué dans ses films les plus iconiques, de « Sur les quais », au chef d’œuvre « Le parrain ». Donc le Seder communautaire au Hollwood’s Temple Israel, auquel Brando a participé, et où Dylan a joué son hymne pacifique « Blowin’ in the Wind », ne ressemblait ni de près ni de loi au Seder familial que vous connaissez.

Selon l’article du JTA sur cet événement, Rabbi Haskell Bernat, le grand rabbin de la communauté avait déclaré que Brando, Dylan et un troisième invité, Dennis Banks, chef du mouvement amérindien (appelé Kenneth Banks dans l’article, à tort) « ont contribué à donner un sens de justice et de conscience sociale au peuple américain. »

Chanter un hymne pro-Israël “Neighborhood Bully”

Juste après la bar-mitsva de son fils au Kotel, et un an après la première et très controversée guerre du Liban, Dylan a sorti “Neighborhood Bully”, dans son album de 1983 « Infidels ». Dans ce qui est probablement la plus juive des chansons rock jamais enregistrées, Dylan décrit Israël comme « l’homme exilé », qualifié à tort d’harceleur pour se parer aux attaques constantes de ses voisins. L’une des phrases de la chanson décrit :

« Eh bien, l’intimidateur du quartier, il est juste un homme
Ses ennemis disent qu’il est sur leurs terres
Ils ont obtenu son infériorité numérique à un million à un
Il n’a pas d’endroit où s’échapper, pas d’endroit où se réfugier
Il est l’intimidateur du quartier »

Soutenir la musique « Like a Rolling Stone » par une réalisatrice israélienne

« Like a Rolling Stone », l’une des chansons les plus populaires de Dylan est sortie en juillet 195. Près d’un demi-siècle plus tard, en2013, Vania Heymann, diplômée de l’école des Beaux-arts Bezalel, a créé un clip interactif sur cette chanson.

La vidéo permettait aux téléspectateurs de changer de « chaine » et de choisir parmi un panel de célébrités qui chantait ce tube. De manière inattendue, Dylan a soutenu le projet, et en a même fait la promotion sur son site internet. Heymann, née dans une famille orthodoxe, a, depuis, réalisé le clip très populaire de la chanson de Coldplay, Up & Up.

Tangled up in Bob
Leading Dylanologist Christopher Ricks concludes his obsessive pursuit of an elusive quarry in Dylan’s Visions of Sin
Dylan’s Visions of Sin by Christopher Ricks

Sean O’Hagan

Sunday 14 September 2003

Dylan’s Visions of Sin
by Christopher Ricks
Viking £25, pp517

Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers.

Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter.

This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained.

Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate.

The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet.

It begins with an epigraph, not by Rimbaud, the patron saint of rock’n’roll visionaries, but by Kingsley Amis, whose only possible connection to Dylan is that he, too, made an art of extreme contrariness in the latter stages of his career. ‘Of the seven deadly sins,’ Amis senior writes, ‘Roger considered himself qualified in gluttony, sloth and lust but distinguished in anger.’

The quote, from One Fat Englishman, handily introduces Ricks’s conceit, which is to use the model of the Seven Deadly Sins, and, indeed, the Four Cardinal Virtues, and the Three Heavenly Graces, as the guiding principle for his study of Dylan’s lyrics. Already, though, we are on shaky ground. The Amis quote suggests, wrongly in my opinion, that anger is Dylan’s main creative driving force, rather than, say, disgust, of which he is a master, or spite, which, as ‘Positively 4th Street’ illustrates, he once excelled at, or world weariness, which underpins much of his later work from, say, 1989’s No Mercy album to the relentlessly downbeat, Time Out of Mind, from 1997.

Nevertheless, sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums.

Given the deep well he has to draw from, why is Ricks’s book such a frustrating read? Why, to put it bluntly, is it such a mess? The answer, I think, is contained in the opening lines, perhaps the least inviting introduction to a book on music I have yet read: ‘Any qualified critic to any distinguished artist: All I really want to do is – what exactly? Be friends with you? Assuredly. I don’t want to do you in, or select you or dissect you or inspect you or reject you.’

What is wrong with that opening paragraph is what is wrong with this big, misguided book: it is too knowing, too clever, too clumsily conversational. Its tone lies somewhere between academese and what I suspect the author thinks of as casually hip. It assumes too much – about the casual or curious reader’s knowledge of Dylan’s lyrics – and imparts too little. Not a great start for a book of scholarship.

From the off, Ricks dives headlong into Dylan’s lyrics, putting all his faith in close readings of the texts, and the texts alone. Dylan’s cultural context is paid the scantiest regard, likewise his development as an artist over four decades. Instead, the songs are rounded up, and shoe-horned into fitting the schematic model of the book. Thus, both the monumental – ‘Like a Rolling Stone’ – and the relatively inconsequential – ‘Day of the Locusts’ – are grouped under ‘Pride’, as if that tangential similarity were enough to illuminate them anew. Or, indeed, us.

This scatter-gun approach is defeating in itself, but worse still is the style. Ricks quotes, for example, an uncharacteristically forthcoming Dylan on the writing of ‘Positively 4th Street’, which the singer says ‘is extremely one-dimensional… I don’t usually purge myself by writing anything about any type of quote, so-called, relationships’.’

From this fragment of illumination, Ricks then constructs a thicket of academic obfuscation: ‘Two-dimensional, not-one dimensional, this 4th Street, and although one-sided, it is two-edged, a two-handed engine that stands ready to smite more than once and smite some more… catharsis, the ancient critical metaphor, in Dylan’s phrase, « purge myself », would be one way of getting rid of the catharsole and of the waste matter that is pretence’.

That last sentence, by the way, is the subject of a page note,which reads: ‘A student essay [not from the university where I teach]: « Tragedy makes you cathart ».’ Oh, how we chuckled. I mean, I know academics are retiring types, but does this guy ever leave the study? This kind of thing was embarrassing when Leavis ruled the roost in lit-crit studies; now, misapplied to a popular artist, it is simply risible. Indeed, Ricks is in danger throughout of making a complete catharshole of himself.

The writing of this book was, I’m told, a labour of love and, as such, I am pained to point out how defeated I was by its ungainly style. Perhaps it’s an academic trait, but Ricks seems unable, or unwilling, to write clearly and concisely for the benefit of the common, or indeed, informed reader. Lord knows, Dylan deserves a big book that takes his art seriously, but this tortured, tail-chasing exercise, for all its parading of literary exegesis, is definitely not it.

Voir enfin:

Grammys 2015: Transcript of Bob Dylan’s MusiCares Person of Year speech

Randall Roberts

LA Times

Bob Dylan was honored by MusiCares, the charity organization that aids musicians in need, at the Los Angeles Convention Center on Friday night. After performances by artists including Tom Jones, Sheryl Crow, Neil Young, Beck, Jackson Browne and others, Dylan himself took a rare opportunity in the spotlight to deliver a 30-plus-minute acceptance speech.

Expansive, funny and insightful, Dylan didn’t pull any punches, calling out songwriters who had criticized his work while indicting Nashville and commercial country music.

He was introduced by former President Jimmy Carter, and walked out to a standing ovation. After thanking the organizers, Dylan referred to his notes and began by saying, « I’m going to read some of this. »

Because of moments of applause, and some echoey acoustics, a few of Dylan’s words were inaudible on the recording I’ve consulted, and I’ve noted as such. Though it upsets him to hear it (see below), Dylan does sometimes mumble and slur his words.

(Dave Lewis)
Bob Dylan’s MusiCares person of the year acceptance speech:

__

I’m glad for my songs to be honored like this. But you know, they didn’t get here by themselves. It’s been a long road and it’s taken a lot of doing. These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far. They were on the fringes then, and I think they’re on the fringes now. And they sound like they’ve been on the hard ground.

I should mention a few people along the way who brought this about. I know I should mention John Hammond, great talent scout for Columbia Records. He signed me to that label when I was nobody. It took a lot of faith to do that, and he took a lot of ridicule, but he was his own man and he was courageous. And for that, I’m eternally grateful. The last person he discovered before me was Aretha Franklin, and before that Count Basie, Billie Holiday and a whole lot of other artists. All noncommercial artists.

Trends did not interest John, and I was very noncommercial but he stayed with me. He believed in my talent and that’s all that mattered. I can’t thank him enough for that.

Lou Levy runs Leeds Music, and they published my earliest songs, but I didn’t stay there too long. Levy himself, he went back a long ways. He signed me to that company and recorded my songs and I sang them into a tape recorder. He told me outright, there was no precedent for what I was doing, that I was either before my time or behind it. And if I brought him a song like « Stardust, » he’d turn it down because it would be too late.

He told me that if I was before my time — and he didn’t really know that for sure — but if it was happening and if it was true, the public would usually take three to five years to catch up — so be prepared. And that did happen. The trouble was, when the public did catch up I was already three to five years beyond that, so it kind of complicated it. But he was encouraging, and he didn’t judge me, and I’ll always remember him for that.

Artie Mogull at Witmark Music signed me next to his company, and he told me to just keep writing songs no matter what, that I might be on to something. Well, he too stood behind me, and he could never wait to see what I’d give him next. I didn’t even think of myself as a songwriter before then. I’ll always be grateful for him also for that attitude.

I also have to mention some of the early artists who recorded my songs very, very early, without having to be asked. Just something they felt about them that was right for them. I’ve got to say thank you to Peter, Paul and Mary, who I knew all separately before they ever became a group. I didn’t even think of myself as writing songs for others to sing but it was starting to happen and it couldn’t have happened to, or with, a better group.

They took a song of mine that had been recorded before that was buried on one of my records and turned it into a hit song. Not the way I would have done it — they straightened it out. But since then hundreds of people have recorded it and I don’t think that would have happened if it wasn’t for them. They definitely started something for me.

The Byrds, the Turtles, Sonny & Cher — they made some of my songs Top 10 hits but I wasn’t a pop songwriter and I really didn’t want to be that, but it was good that it happened. Their versions of songs were like commercials, but I didn’t really mind that because 50 years later my songs were being used in the commercials. So that was good too. I was glad it happened, and I was glad they’d done it.

Pervis Staples and the Staple Singers — long before they were on Stax they were on Epic and they were one of my favorite groups of all time. I met them all in ’62 or ’63. They heard my songs live and Pervis wanted to record three or four of them and he did with the Staples Singers. They were the type of artists that I wanted recording my songs.

Nina Simone. I used to cross paths with her in New York City in the Village Gate nightclub. These were the artists I looked up to. She recorded some of my songs that she [inaudible] to me. She was an overwhelming artist, piano player and singer. Very strong woman, very outspoken. That she was recording my songs validated everything that I was about.

Oh, and can’t forget Jimi Hendrix. I actually saw Jimi Hendrix perform when he was in a band called Jimmy James and the Blue Flames — something like that. And Jimi didn’t even sing. He was just the guitar player. He took some small songs of mine that nobody paid any attention to and pumped them up into the outer limits of the stratosphere and turned them all into classics. I have to thank Jimi, too. I wish he was here.
Johnny Cash recorded some of my songs early on, too, up in about ’63, when he was all skin and bones. He traveled long, he traveled hard, but he was a hero of mine. I heard many of his songs growing up. I knew them better than I knew my own. « Big River, » « I Walk the Line. »

« How high’s the water, Mama? » I wrote « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » with that song reverberating inside my head. I still ask, « How high is the water, mama? » Johnny was an intense character. And he saw that people were putting me down playing electric music, and he posted letters to magazines scolding people, telling them to shut up and let him sing.

In Johnny Cash’s world — hardcore Southern drama — that kind of thing didn’t exist. Nobody told anybody what to sing or what not to sing. They just didn’t do that kind of thing. I’m always going to thank him for that. Johnny Cash was a giant of a man, the man in black. And I’ll always cherish the friendship we had until the day there is no more days.

Oh, and I’d be remiss if I didn’t mention Joan Baez. She was the queen of folk music then and now. She took a liking to my songs and brought me with her to play concerts, where she had crowds of thousands of people enthralled with her beauty and voice.

People would say, « What are you doing with that ragtag scrubby little waif? » And she’d tell everybody in no uncertain terms, « Now you better be quiet and listen to the songs. » We even played a few of them together. Joan Baez is as tough-minded as they come. Love. And she’s a free, independent spirit. Nobody can tell her what to do if she doesn’t want to do it. I learned a lot of things from her. A woman with devastating honesty. And for her kind of love and devotion, I could never pay that back.

These songs didn’t come out of thin air. I didn’t just make them up out of whole cloth. Contrary to what Lou Levy said, there was a precedent. It all came out of traditional music: traditional folk music, traditional rock ‘n’ roll and traditional big-band swing orchestra music.

I learned lyrics and how to write them from listening to folk songs. And I played them, and I met other people that played them back when nobody was doing it. Sang nothing but these folk songs, and they gave me the code for everything that’s fair game, that everything belongs to everyone.

For three or four years all I listened to were folk standards. I went to sleep singing folk songs. I sang them everywhere, clubs, parties, bars, coffeehouses, fields, festivals. And I met other singers along the way who did the same thing and we just learned songs from each other. I could learn one  song and sing it next in an hour if I’d heard it just once.

If you sang « John Henry » as many times as me — « John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »

If you had sung that song as many times as I did, you’d have written « How many roads must a man walk down? » too.

Big Bill Broonzy had a song called « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. » I sang that a lot. If you sing that a lot, you just might write,

Georgia Sam he had a bloody nose

Welfare Department they wouldn’t give him no clothes

He asked poor Howard where can I go

Howard said there’s only one place I know

Sam said tell me quick man I got to run

Howard just pointed with his gun

And said that way down on Highway 61

You’d have written that too if you’d sang « Key to the Highway » as much as me.

« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » — Sheryl Crow just sung that.

« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » If you sang that song as many times as me, you’d be writing « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » too.

I sang a lot of « come all you » songs. There’s plenty of them. There’s way too  many to be counted. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Or, « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »

« Come all ye fair and tender ladies / Take warning how you court your men / They’re like a star on a summer morning / They first appear and then they’re gone again. » « If you’ll gather ’round, people / A story I will tell /  ‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw / Oklahoma knew him well. »

If you sung all these « come all ye » songs all the time, you’d be writing, « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »

You’d have written them too. There’s nothing secret about it. You just do it subliminally and unconsciously, because that’s all enough, and that’s all I sang. That was all that was dear to me. They were the only kinds of songs that made sense.
« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Sing that song for a while and you just might come up with, « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »

All these songs are connected. Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way. It’s just different, saying the same thing. I didn’t think it was anything out of the ordinary.

Well you know, I just thought I was doing something natural, but right from the start, my songs were divisive for some reason. They divided people. I never knew why. Some got angered, others loved them. Didn’t know why my songs had detractors and supporters. A strange environment to have to throw your songs into, but I did it anyway.

Last thing I thought of was who cared about what song I was writing. I was just writing them. I didn’t think I was doing anything different. I thoughtcMaybe a little bit unruly, but I was just elaborating on situations. Maybe hard to pin down, but so what? A lot of people are hard to pin down. You’ve just got to bear it. I didn’t really care what Lieber and Stoller thought of my songs.

They didn’t like ’em, but Doc Pomus did. That was all right that they didn’t like ’em, because I never liked their songs either. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Novelty songs. They weren’t saying anything serious. Doc’s songs, they were better. « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me.

Those songs broke my heart. I figured I’d rather have his blessings any day than theirs.

Ahmet Ertegun didn’t think much of my songs, but Sam Phillips did. Ahmet founded Atlantic Records. He produced some great records: Ray Charles, Ray Brown, just to name a few.

There were some great records in there, no question about it. But Sam Phillips, he recorded Elvis and Jerry Lee, Carl Perkins and Johnny Cash. Radical eyes that shook the very essence of humanity. Revolution in style and scope. Heavy shape and color. Radical to the bone. Songs that cut you to the bone. Renegades in all degrees, doing songs that would never decay, and still resound to this day. Oh, yeah, I’d rather have Sam Phillips’ blessing any day.

Merle Haggard didn’t even think much of my songs. I know he didn’t. He didn’t say that to me, but I know [inaudible]. Buck Owens did, and he recorded some of my early songs. Merle Haggard — « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » I can’t imagine Waylon Jennings singing « The Bottle Let Me Down. »

« Together Again »? That’s Buck Owens, and that trumps anything coming out of Bakersfield. Buck Owens and Merle Haggard? If you have to have somebody’s blessing — you figure it out.

Oh, yeah. Critics have been giving me a hard time since Day One. Critics say I can’t sing. I croak. Sound like a frog. Why don’t critics say that same thing about Tom Waits? Critics say my voice is shot. That I have no voice. What don’t they say those things about Leonard Cohen? Why do I get special treatment? Critics say I can’t carry a tune and I talk my way through a song. Really? I’ve never heard that said about Lou Reed. Why does he get to go scot-free?

What have I done to deserve this special attention? No vocal range? When’s the last time you heard Dr. John? Why don’t you say that about him? Slur my words, got no diction. Have you people ever listened to Charley Patton or Robert Johnson, Muddy Waters. Talk about slurred words and no diction. [Inaudible] doesn’t even matter.

« Why me, Lord? » I would say that to myself.

Critics say I mangle my melodies, render my songs unrecognizable. Oh, really? Let me tell you something. I was at a boxing match a few years ago seeing Floyd Mayweather fight a Puerto Rican guy. And the Puerto Rican national anthem, somebody sang it and it was beautiful. It was heartfelt and it was moving.

After that it was time for our national anthem. And a very popular soul-singing sister was chosen to sing. She sang every note — that exists, and some that don’t exist. Talk about mangling a melody. You take a one-syllable word and make it last for 15 minutes? She was doing vocal gymnastics like she was on a trapeze act. But to me it was not funny.

Where were the critics? Mangling lyrics? Mangling a melody? Mangling a treasured song? No, I get the blame. But I don’t really think I do that. I just think critics say I do.

Sam Cooke said this when told he had a beautiful voice: He said, « Well that’s very kind of you, but voices ought not to be measured by how pretty they are. Instead they matter only if they convince you that they are telling the truth. » Think about that the next time you [inaudible].

Times always change. They really do. And you have to always be ready for something that’s coming along and you never expected it. Way back when, I was in Nashville making some records and I read this article, a Tom T. Hall interview. Tom T. Hall, he was bitching about some kind of new song, and he couldn’t understand what these new kinds of songs that were coming in were about.

Now Tom, he was one of the most preeminent songwriters of the time in Nashville. A lot of people were recording his songs and he himself even did it. But he was all in a fuss about James Taylor, a song James had called « Country Road. » Tom was going off in this  interview — « But James don’t say nothing about a country road. He’s just says how you can feel it on the country road. I don’t understand that. »

Now some might say Tom is a great songwriter. I’m not going to doubt that. At the time he was doing this interview I was actually listening to a song of his on the radio.

It was called « I Love. » I was listening to it in a recording studio, and he was talking about all the things he loves, an everyman kind of song, trying to connect with people. Trying to make you think that he’s just like you and you’re just like him. We all love the same things, and we’re all in this together. Tom loves little baby ducks, slow-moving trains and rain. He loves old pickup trucks and little country streams. Sleeping without dreams. Bourbon in a glass. Coffee in a cup. Tomatoes on the vine, and onions.
Now listen, I’m not ever going to disparage another songwriter. I’m not going to do that. I’m not saying it’s a bad song. I’m just saying it might be a little overcooked. But, you know, it was in the top 10 anyway. Tom and a few other writers had the whole Nashville scene sewed up in a box. If you wanted to record a song and get it in the top 10 you had to go to them, and Tom was one of the top guys. They were all very comfortable, doing their thing.

This was about the time that Willie Nelson picked up and moved to Texas. About the same time. He’s still in Texas. Everything was very copacetic. Everything was all right until — until — Kristofferson came to town. Oh, they ain’t seen anybody like him. He came into town like a wildcat, flew his helicopter into Johnny Cash’s backyard like a typical songwriter. And he went for the throat. « Sunday Morning Coming Down. »

Well, I woke up Sunday morning

With no way to hold my head that didn’t hurt.

And the beer I had for breakfast wasn’t bad

So I had one more for dessert

Then I fumbled through my closet

Found my cleanest dirty shirt

Then I washed my face and combed my hair

And stumbled down the stairs to meet the day.

You can look at Nashville pre-Kris and post-Kris, because he changed everything. That one song ruined Tom T. Hall’s poker parties. It might have sent him to the crazy house. God forbid he ever heard any of my songs.

You walk into the room

With your pencil in your hand

You see somebody naked

You say, “Who is that man?”

You try so hard

But you don’t understand

Just what you’re gonna say

When you get home

You know something is happening here

But you don’t know what it is

Do you, Mister Jones?

If « Sunday Morning Coming Down » rattled Tom’s cage, sent him into the looney bin, my song surely would have made him blow his brains out, right there in the minivan. Hopefully he didn’t hear it.

I just released an album of standards, all the songs usually done by Michael Buble, Harry Connick Jr., maybe Brian Wilson’s done a couple, Linda Ronstadt done ’em. But the reviews of their records are different than the reviews of my record.

In their reviews no one says anything. In my reviews, [inaudible] they’ve got to look under every stone when it comes to me. They’ve got to mention all the songwriters’ names. Well that’s OK with me. After all, they’re great songwriters and these are standards. I’ve seen the reviews come in, and they’ll mention all the songwriters in half the review, as if everybody knows them. Nobody’s heard of them, not in this time, anyway. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, to name a few.

But, you know, I’m glad they mention their names, and you know what? I’m glad they got their names in the press. It might have taken some time to do it, but they’re finally there. I can only wonder why it took so long. My only regret is that they’re not here to see it.

Traditional rock ‘n’ roll, we’re talking about that. It’s all about rhythm. Johnny Cash said it best: « Get rhythm. Get rhythm when you get the blues. » Very few rock ‘n’ roll bands today play with rhythm. They don’t know what it is. Rock ‘n’ roll is a combination of blues, and it’s a strange thing made up of two parts. A lot of people don’t know this, but the blues, which is an American music, is not what you think it is. It’s a combination of Arabic violins and Strauss waltzes working it out. But it’s true.

The other half of rock ‘n’ roll has got to be hillbilly. And that’s a derogatory term, but it ought not to be. That’s a term that includes the Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley … groups like that. Moonshiners gone berserk. Fast cars on dirt roads. That’s the kind of combination that makes up rock ‘n’ roll, and it can’t be cooked up in a science laboratory or a studio.

You have to have the right kind of rhythm to play this kind of music. If you can’t hardly play the blues, how do you [inaudible] those other two kinds of music in there? You can fake it, but you can’t really do it.

Critics have made a career out of accusing me of having a career of confounding expectations. Really? Because that’s all I do. That’s how I think about it. Confounding expectations.

« What do you do for a living, man? »

« Oh, I confound expectations. »

You’re going to get a job, the man says, « What do you do? » « Oh, confound expectations.: And the man says, « Well, we already have that spot filled. Call us back. Or don’t call us, we’ll call you. » Confounding expectations. What does that mean? ‘Why me, Lord? I’d confound them, but I don’t know how to do it.’

The Blackwood Bros. have been talking to me about making a record together. That might confound expectations, but it shouldn’t. Of course it would be a gospel album. I don’t think it would be anything out of the ordinary for me. Not a bit. One of the songs I’m thinking about singing is « Stand By Me » by the Blackwood Brothers. Not « Stand By Me » the pop song. No. The real « Stand By Me. »

 The real one goes like this:

When the storm of life is raging / Stand by me / When the storm of life is raging / Stand by me / When the world is tossing me / Like a ship upon the sea / Thou who rulest wind and water / Stand by me

 In the midst of tribulation / Stand by me / In the midst of tribulation / Stand by me / When the hosts of hell assail / And my strength begins to fail / Thou who never lost a battle / Stand by me

In the midst of faults and failures / Stand by me / In the midst of faults and failures / Stand by me / When I do the best I can / And my friends don’t understand / Thou who knowest all about  me / Stand by me

That’s the song. I like it better than the pop song. If I record one by that name, that’s going to be the one. I’m also thinking of recording a song, not on that album, though: « Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. »

Anyway, why me, Lord. What did I do?

Anyway, I’m proud to be here tonight for MusiCares. I’m honored to have all these artists singing my songs. There’s nothing like that. Great artists. [applause, inaudible]. They’re all singing the truth, and you can hear it in their voices.

I’m proud to be here tonight for MusiCares. I think a lot of this organization. They’ve helped many people. Many musicians who have contributed a lot to our culture. I’d like to personally thank them for what they did for a friend of mine, Billy Lee Riley. A friend of mine who they helped for six years when he was down and couldn’t work. Billy was a son of rock ‘n’ roll, obviously.
He was a true original. He did it all: He played, he sang, he wrote. He would have been a bigger star but Jerry Lee came along. And you know what happens when someone like that comes along. You just don’t stand a chance.

So Billy became what is known in the industry — a condescending term, by the way — as a one-hit wonder. But sometimes, just sometimes, once in a while, a one-hit wonder can make a more powerful impact than a recording star who’s got 20 or 30 hits behind him. And Billy’s hit song was called « Red Hot, » and it was red hot. It could blast you out of your skull and make you feel happy about it. Change your life.

He did it with style and grace. You won’t find him in the Rock and Roll Hall of Fame. He’s not there. Metallica is. Abba is. Mamas and the Papas — I know they’re in there. Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan — I’ve got nothing against them. Soft rock, hard rock, psychedelic pop. I got nothing against any of that stuff, but after all, it is called the Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley is not there. Yet.

I’d see him a couple times a year and we’d always spent time together and he was on a rockabilly festival nostalgia circuit, and we’d cross paths now and again. We’d always spend time together. He was a hero of mine. I’d heard « Red Hot. » I must have been only 15 or 16 when I did and it’s impressed me to this day.

I never grow tired of listening to it. Never got tired of watching Billy Lee perform, either. We spent time together just talking and playing into the night. He was a deep, truthful man. He wasn’t bitter or nostalgic. He just accepted it. He knew where he had come from and he was content with who he was.

And then one day he got sick. And like my friend John Mellencamp would sing — because John sang some truth today — one day you get sick and you don’t get better. That’s from a song of his called « Life is Short Even on Its Longest Days. » It’s one of the better songs of the last few years, actually. I ain’t lying.

And I ain’t lying when I tell you that MusiCares paid for my friend’s doctor bills, and helped him to get spending money. They were able to at least make his life comfortable, tolerable to the end. That is something that can’t be repaid. Any organization that would do that would have to have my blessing.

I’m going to get out of here now. I’m going to put an egg in my shoe and beat it. I probably left out a lot of people and said too much about some. But that’s OK. Like the spiritual song, ‘I’m still just crossing over Jordan too.’ Let’s hope we meet again. Sometime. And we will, if, like Hank Williams said, « the good Lord willing and the creek don’t rise. »

Voir enfin:

Discours des Musicares

I’m glad for my songs to be honored like this. But you know, they didn’t get here by themselves. It’s been a long road and it’s taken a lot of doing. These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far. They were on the fringes then, and I think they’re on the fringes now. And they sound like they’ve been on the hard ground.
Je suis content que mes chansons soient honorées ainsi. Mais vous savez, elles ne sont pas venues toutes seules. Ça a été un long chemin et ça a été beaucoup de travail. Mes chansons sont comme des histoires à énigmes, le genre que Shakespeare a pu voir pendant qu’il grandissait. Je pense que vous pourriez remonter aussi loin pour retrouver ce que je fais. Elles étaient marginales, et je pense qu’elles sont encore marginales. Et elles sonnent comme si elles venaient d’une [terre ingrate].

I should mention a few people along the way who brought this about. I know I should mention John Hammond, great talent scout for Columbia Records. He signed me to that label when I was nobody. It took a lot of faith to do that, and he took a lot of ridicule, but he was his own man and he was courageous. And for that, I’m eternally grateful. The last person he discovered before me was Aretha Franklin, and before that Count Basie, Billie Holiday and a whole lot of other artists. All noncommercial artists.
Je voudrais citer quelques personnes qui ont permis à tout cela d’arriver. Je sais que je dois mentionner John Hammond, grand découvreur de talents chez Columbia Records. Il m’a signé sur ce label quand je n’étais encore personne. Il fallait avoir beaucoup de foi pour le faire, et il y a gagné beaucoup de ridicule, mais il ne suivait que son propre avis et il était courageux. Et pour cela, je lui suis éternellement reconnaissant. Le dernière personne qu’il avait découvert avant moi était Aretha Franklin, et avant ça Count Basie, Billie Holiday et deaucoup d’autres artistes. Tous non commerciaux.

Trends did not interest John, and I was very noncommercial but he stayed with me. He believed in my talent and that’s all that mattered. I can’t thank him enough for that.
Les modes n’intéressaient pas John, et j’étais très anti-commercial mais il m’a soutenu. Il croyait en mon talent et c’est tout ce qui comptait pour lui. je ne pourrai jamais assez l’en remercier.

Lou Levy runs Leeds Music, and they published my earliest songs, but I didn’t stay there too long. Levy himself, he went back a long ways. He signed me to that company and recorded my songs and I sang them into a tape recorder. He told me outright, there was no precedent for what I was doing, that I was either before my time or behind it. And if I brought him a song like « Stardust, » he’d turn it down because it would be too late.
Lou Levy dirige Leeds Music, et ils publièrent mes premières chansons, mais je n’y suis pas resté très longtemps. Levy lui-même, il venait de loin. Il m’a signé chez cet éditeur et enregistra mes chansons que je chantais sur un magnétophone. Il me dit carrément que rien ne ressemblait à ce que je faisais, que j’étais soit en avance sur mon temps ou en retard. Et si je lui amenais une chanson comme « Stardust », il la rejetait parce était ringarde.

He told me that if I was before my time — and he didn’t really know that for sure — but if it was happening and if it was true, the public would usually take three to five years to catch up — so be prepared. And that did happen. The trouble was, when the public did catch up I was already three to five years beyond that, so it kind of complicated it. But he was encouraging, and he didn’t judge me, and I’ll always remember him for that.
Il m’a dit que j’étais en avance sur mon temps (et il n’en était pas certain) mais si cela finissait par arriver et s’il avait raison, le public mettrait 3 ou 5 ans à adhérer (et donc de m’y préparer). Et c’est arrivé. Le problème, c’est que le temps que le public y arrive, j’étais déjà 3 ou 5 ans encore au delà, ce qui a un peu compliqué les choses. Mais il m’encourageait et ne me jugeait pas, et je m’en souviendrai toujours.

Artie Mogull at Witmark Music signed me next to his company, and he told me to just keep writing songs no matter what, that I might be on to something. Well, he too stood behind me, and he could never wait to see what I’d give him next. I didn’t even think of myself as a songwriter before then. I’ll always be grateful for him also for that attitude.
Artie Mogull de Witmark Music me signa ensuite dans sa société d’édition, et il me dit de continuer à écrire mes chansons quoi qu’il arrive, que je devais avoir quelque chose. Lui aussi était avec moi et il ne pouvait jamais attendre ce que je pourrais lui amener ensuite. Je ne me voyais même pas comme un auteur-compositeur avant ça. Je lui serai toujours reconnaissant de cette attitude.

I also have to mention some of the early artists who recorded my songs very, very early, without having to be asked. Just something they felt about them that was right for them. I’ve got to say thank you to Peter, Paul and Mary, who I knew all separately before they ever became a group. I didn’t even think of myself as writing songs for others to sing but it was starting to happen and it couldn’t have happened to, or with, a better group.
Je dois aussi citer quelques uns des artistes qui enregistrèrent mes chansons très très tôt, sans que persone ne leur demande. Juste parce qu’ils sentaient que quelque chose leur allait bien. Il me faut remercier Peter, Paul And Mary, que je connaissais chacun séparément avant qu’ils deviennent un groupe. Je n’avais jamais pensé à écrire des chansons pour les autres mais cela a commencé à arriver et cela n’aurait pas pu arriver avec un meilleur groupe.

They took a song of mine that had been recorded before that was buried on one of my records and turned it into a hit song. Not the way I would have done it — they straightened it out. But since then hundreds of people have recorded it and I don’t think that would have happened if it wasn’t for them. They definitely started something for me.
Ils ont pris une de mes chansons, déjà enregistrée et enterrée au fond d’un de mes disques, et en on fait un tube. Pas de la façon dont je l’aurais fait (ils l’ont rendue carrée). Mais depuis, des centaines de personnes l’ont enregistrée et je ne pense pas que cela serait arrivé sans eux. Ils ont vraiment lancé la machine pour moi.

The Byrds, the Turtles, Sonny & Cher — they made some of my songs Top 10 hits but I wasn’t a pop songwriter and I really didn’t want to be that, but it was good that it happened. Their versions of songs were like commercials, but I didn’t really mind that because 50 years later my songs were being used in the commercials. So that was good too. I was glad it happened, and I was glad they’d done it.
Les Byrds, les Turtles, Sonny & Cher, ils ont fait de mes chansons des tubes du Top 10 mais je n’étais pas un chanteur compositeur pop et je ne voulais pas le devenir, mais c’est bien que ça soit arrivé. Leurs versions des chansons étaient comme des pubs, mais je m’en fichais un peu puisque 50 ans plus tard mes chansons seraient utilisées dans des pubs. Et donc c’eétait bien, aussi. J’étais content que cela arrive et j’étais content qu’ils l’aient fait.

Pervis Staples and the Staple Singers — long before they were on Stax they were on Epic and they were one of my favorite groups of all time. I met them all in ’62 or ’63. They heard my songs live and Pervis wanted to record three or four of them and he did with the Staples Singers. They were the type of artists that I wanted recording my songs.
Pervis Staples et les Staple Singers (longtemps avant qu’ils soient chez Stax, ils étaient chez Epic et c’était un de mes groupes préférés de toujours). Je les ai rencontrés en 1962 ou 1963. Ils avaient entendu mes chansons en concert et Pervis voulait en enregistrer 3 ou 4 et il le fit avec les Staple Singers. Ils étaient exactement le genre d’artistes que je voulais entendre enregistrer mes chansons.

Nina Simone. I used to cross paths with her in New York City in the Village Gate nightclub. These were the artists I looked up to. She recorded some of my songs that she [inaudible] to me. She was an overwhelming artist, piano player and singer. Very strong woman, very outspoken. That she was recording my songs validated everything that I was about.
Nina Simone, je l’ai croisée à New York, dans la boite de nuit Village Gate. Elle faisait partie des artistes que j’admirais. Elle a enregistré quelques unes de mes chansons, qu’elle m’a [inaudible]. C’était une artiste irrésistible, pianiste et chanteuse. Une femme très forte, très directe. Le fait qu’elle enregistre mes chansons a justifié pour moi tout ce que je faisais.

Oh, and can’t forget Jimi Hendrix. I actually saw Jimi Hendrix perform when he was in a band called Jimmy James and the Blue Flames — something like that. And Jimi didn’t even sing. He was just the guitar player. He took some small songs of mine that nobody paid any attention to and pumped them up into the outer limits of the stratosphere and turned them all into classics. I have to thank Jimi, too. I wish he was here.
Oh et je je peux pas oublier Jimi Hendrix. En fait, j’ai vu Jimi Hendrix jouer quand il était dans un groupe nommé Jimmy James And The Blue Flames (quelque chose comme ça). Et Jimi ne chantait même pas. Il était juste le guitariste. Il a pris quelques unes de mes petites chansons que personne n’avait pas remarquées et les a glonflées et envoyées au delà des limites de la stratosphère et en a fait des classiques. Je dois remercier Jimi aussi. J’aimerais qu’il soit encore parmi nous.

Johnny Cash recorded some of my songs early on, too, up in about ’63, when he was all skin and bones. He traveled long, he traveled hard, but he was a hero of mine. I heard many of his songs growing up. I knew them better than I knew my own. « Big River, » « I Walk the Line. »
Johnny Cash a aussi enregistré très tôt quelques unes de mes chansons, vers 1963, quand il était maigre comme un clou. Il a fait un long et dur voyage, mais c’était un de mes héros. J’ai écouté beaucoup de ses chansons quand j’étais enfant et en grandissant. Je les connaissais mieux que les miennes. « Big River, » « I Walk the Line. »

« How high’s the water, Mama? » I wrote « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » with that song reverberating inside my head. I still ask, « How high is the water, mama? » Johnny was an intense character. And he saw that people were putting me down playing electric music, and he posted letters to magazines scolding people, telling them to shut up and let him sing.
« How high’s the water, Mama? » J’ai écris « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » avec cette chanson en tête. Je demande encore « Jusquà quel point l’eau est haute, Maman ? » Johnny était un sacré personnage. Et quand il a vu que les gens me descendaient parce que j’électrifiais ma musique, il a écrit des lettres aux magazines pour les engueuler, leur dire de la fermer et de me laisser chanter.

In Johnny Cash’s world — hardcore Southern drama — that kind of thing didn’t exist. Nobody told anybody what to sing or what not to sing. They just didn’t do that kind of thing. I’m always going to thank him for that. Johnny Cash was a giant of a man, the man in black. And I’ll always cherish the friendship we had until the day there is no more days.
Dans le monde de Johnny Cash (le théatre du Sud profond) ce genre de choses n’existe pas. Personne ne dit à quelqu’un quoi chanter et ne pas chanter. Ils ne font pas ce genre de choses. Je le remercierai toujours pour ça. Johnny Cash était un géant, le Man in black. Et je chérirai jusqu’à la fin le souvenir de son amitié.

Oh, and I’d be remiss if I didn’t mention Joan Baez. She was the queen of folk music then and now. She took a liking to my songs and brought me with her to play concerts, where she had crowds of thousands of people enthralled with her beauty and voice.
Oh et je serais négligent de ne pas citer Joan Baez. Elle était la reine de la musique folk et elle l’est encore. Elle s’est prise d’affection pour mes chansons et m’a emmené pour jouer à ses concerts alors qu’elle enchantait des foules de milliers de personnes avec la beauté de sa voix.

People would say, « What are you doing with that ragtag scrubby little waif? » And she’d tell everybody in no uncertain terms, « Now you better be quiet and listen to the songs. » We even played a few of them together. Joan Baez is as tough-minded as they come. Love. And she’s a free, independent spirit. Nobody can tell her what to do if she doesn’t want to do it. I learned a lot of things from her. A woman with devastating honesty. And for her kind of love and devotion, I could never pay that back.
Les gens lui disaient : « Mais qu’est-ce que tu fais avec ce petit délaissé rabougri et mal fagoté ? » Et elle leur répondait à tous avec assurance : « Maintenant, vous feriez mieux de vous calmer et d’écouter ses chansons ». On en a même joué quelques unes ensembles. Joan Baez est aussi ferme qu’on peut l’être. Amour. Et c’est une esprit lible, indépendant. Personne ne peut lui dire ce qu’elle doit faire si elle n’en na pas envie. J’ai beaucoup appris d’elle. Une femme avec une honnêteté bouleversante. Et je ne saurai jamais lui rendre tout son amour et son dévouement.

These songs didn’t come out of thin air. I didn’t just make them up out of whole cloth. Contrary to what Lou Levy said, there was a precedent. It all came out of traditional music: traditional folk music, traditional rock ‘n’ roll and traditional big-band swing orchestra music.
Ces chansons ne sont pas apparues par magie. Je ne les ai pas sorties de nulle part. Contrairement à ce que Lou Levy avait dit, il y avait un précédent. Tout venait des musiques traditionnelles : musique folk traditionnelles, classiques du rock’n’roll et de l’ère des grands orchestres swing.

I learned lyrics and how to write them from listening to folk songs. And I played them, and I met other people that played them back when nobody was doing it. Sang nothing but these folk songs, and they gave me the code for everything that’s fair game, that everything belongs to everyone.
J’ai appris les paroles et la façon de les écrires en écoutant des chansons folk. Et j’en jouais, et je rencontrais des gens qui en jouaient à l’époque où personne ne faisait encore ça. Je ne chantais que ces chansons folk, et elle m’ont donné la clé de tout, et que tout appartient à tous.

For three or four years all I listened to were folk standards. I went to sleep singing folk songs. I sang them everywhere, clubs, parties, bars, coffeehouses, fields, festivals. And I met other singers along the way who did the same thing and we just learned songs from each other. I could learn one song and sing it next in an hour if I’d heard it just once.
Durant 3 ou 4 ans, je n’ai écouté que des classiques folk. J’allais au lit en chantant des chansons folk. Je les chantais partout : boites, fêtes, bars, cafés, dans la rue, les festivals. Et j’ai rencontré d’autres chanteurs qui faisaient pareil et nous nous sommes mutuellement appris des chanons. Je pouvais apprendre une chansons et la re-chanter dans l’heure en ne l’ayant écoutée qu’une seule fois.

If you sang « John Henry » as many times as me — « John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »
Si vous chantiez « John Henry » autant de fois que je l’ai chantée (« John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »)

If you had sung that song as many times as I did, you’d have written « How many roads must a man walk down? » too.
Si vous aviez chanté cette chanson autant de fois que je l’ai chantée, vous auriez aussi écrit « How many roads must a man walk down? ».

Big Bill Broonzy had a song called « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. » I sang that a lot. If you sing that a lot, you just might write,
Big Bill Broonzy avait une chanson appelée « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. »
Si vous chantez beaucoup cela, vous pourriez écrire :

Georgia Sam he had a bloody nose
Welfare Department they wouldn’t give him no clothes
He asked poor Howard where can I go
Howard said there’s only one place I know
Sam said tell me quick man I got to run
Howard just pointed with his gun
And said that way down on Highway 61

You’d have written that too if you’d sang « Key to the Highway » as much as me.
Vous aussi vous auriez écrit cela si vous aviez chanté « Key to the Highway » autant que moi.

« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » — Sheryl Crow just sung that.
« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » : Sheryl Crow a chanté ça.

« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » If you sang that song as many times as me, you’d be writing « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » too.
« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » Si vous aviez chanté cette chansons autant de fois que moi, vous écririez « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » vous aussi.

I sang a lot of « come all you » songs. There’s plenty of them. There’s way too many to be counted. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Or, « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »
J’ai chanté beaucoup de chansons qui commencent par « Venez par ici ». Il y en a plein. Il y en a trop pour les compter. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Ou « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »

« Come all ye fair and tender ladies / Take warning how you court your men / They’re like a star on a summer morning / They first appear and then they’re gone again. » « If you’ll gather ’round, people / A story I will tell / ‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw / Oklahoma knew him well. »

If you sung all these « come all ye » songs all the time, you’d be writing, « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »
Si vous chantiez toutes ces « Venez par ici » tout le temps, vous écririez « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »

You’d have written them too. There’s nothing secret about it. You just do it subliminally and unconsciously, because that’s all enough, and that’s all I sang. That was all that was dear to me. They were the only kinds of songs that made sense.
Vous les auriez écrites vous aussi. Il n’y a rien de secret là dedans. Vous le feriez de façon subliminale et inconsciente, parce que c’est tout ce qu’il faut et c’est tout ce que je chantais. C’est tout ce qui m’étais cher. C’était les seules chansons qui avaient un sens.

« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Sing that song for a while and you just might come up with, « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »
« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Chantez cette chanson pendant un moment, et vous finirez en chantant « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »

All these songs are connected. Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way. It’s just different, saying the same thing. I didn’t think it was anything out of the ordinary.
Toutes ces chansons sont reliées entre elles. Ne vous laissez pas abuser. J’ai juste ouvert une autre porte d’une autre façon. C’est juste différent tout en disant la même chose. Je ne pensais pas faire autre chose que du très ordinaire.

Well you know, I just thought I was doing something natural, but right from the start, my songs were divisive for some reason. They divided people. I never knew why. Some got angered, others loved them. Didn’t know why my songs had detractors and supporters. A strange environment to have to throw your songs into, but I did it anyway.
Bon, vous savez, je pensais juste faire quelque chose de naturel, mais dès le début, mes chansons étaient clivantes pour certaines raisons. Elle divisaient les gens. Je n’ai jamais su pourquoi. Certains se fachaient, d’autres les aimaient. Je ne savais pas pourquoi mes chansons avait leurs détracteurs et leurs supporteurs. Un drôle de climat pour y jeter vos chansons, mais je le faisait quoiqu’il arrive.

Last thing I thought of was who cared about what song I was writing. I was just writing them. I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line. Maybe a little bit unruly, but I was just elaborating on situations. Maybe hard to pin down, but so what? A lot of people are hard to pin down. You’ve just got to bear it. I didn’t really care what Lieber and Stoller thought of my songs.
La dernière chose à laquelle je pensais était de savoir qui faisait attention à quel genre de chansons j’écrivais. Je les écrivais juste. Je ne pensais pas faire quoi que ce soit de différent. Je pensais que je ne faisais qu’étirer un peu les vers. Peut être un peu en dehors des règles, mais je ne faisais que développer à partir de situations. Peut-être un peu dur à cerner, mais quoi ? Beaucoup de gens sont difficiles à cerner. Il faut juste s’y faire. Je ne me souciais pas vraiment de ce que Leiber et Stoller puvaient penser de mes chansons.

They didn’t like ’em, but Doc Pomus did. That was all right that they didn’t like ’em, because I never liked their songs either. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Novelty songs. They weren’t saying anything serious. Doc’s songs, they were better. « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me.
Ils ne les aimaient pas, mais Doc Pomus les aimait. Ça m’allait bien qu’ils n’aiment pas mes chansons, parce que je n’avais jamais aimé les leurs non plus. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Des babioles. Elles ne disaient rien de sérieux. Les chansons de Doc étaient mieux : « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me ».

Those songs broke my heart. I figured I’d rather have his blessings any day than theirs.
Ces chansons me brisaient le coeur. Je me disais que je préférais avoir sa bénédiction plutôt que la leur.

Ahmet Ertegun didn’t think much of my songs, but Sam Phillips did. Ahmet founded Atlantic Records. He produced some great records: Ray Charles, Ray Brown, just to name a few.
Ahmet Ertegun ne pensait pas grand chose de mes chansons, mais Sam Phillips oui. Ahmet a fondé Atlantic Records. Il a produit des disques géniaux : Ray Charles, Ray Brown, pour ne citer qu’eux.

There were some great records in there, no question about it. But Sam Phillips, he recorded Elvis and Jerry Lee, Carl Perkins and Johnny Cash. Radical eyes that shook the very essence of humanity. Revolution in style and scope. Heavy shape and color. Radical to the bone. Songs that cut you to the bone. Renegades in all degrees, doing songs that would never decay, and still resound to this day. Oh, yeah, I’d rather have Sam Phillips’ blessing any day.
Il y avait des disques géniaux là dedans, ça ne fait aucun doute. Mais Sam Phillips, il a enregistré Elvis et Jerry Lee, Carl Perkins et Johnny Cash. Des visions radicales qui ont secoué l’essence même de l’humanité. Une révolution dans le style et les sujets abordés. Des formes et des couleurs profondes. Radicaux jusqu’à l’os. Des chansons qui vous touchaient jusqu’à l’os. Rebelles dans tous les sens du terme, faisant des chansons qui ne faibliront jamais et qui résonnent encore aujourd’hui. Oh oui, je préfère la bénédiction de Sam Phillips à toute autre.

Merle Haggard didn’t even think much of my songs. I know he didn’t. He didn’t say that to me, but I know [inaudible]. Buck Owens did, and he recorded some of my early songs. Merle Haggard — « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » I can’t imagine Waylon Jennings singing « The Bottle Let Me Down. »
Merle Haggard ne pensait même pas à mes chansons. Je le sais. Il ne m’en a rien dit, mais je sais [inaudible]. Buck Owens, lui il en pensait du bien et il a enregistré quelques une de mes premières chansons. Merle Haggard : « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » Je n’imagine pas Waylon Jennings chanter « The Bottle Let Me Down. »

« Together Again »? That’s Buck Owens, and that trumps anything coming out of Bakersfield. Buck Owens and Merle Haggard? If you have to have somebody’s blessing — you figure it out.
« Together Again »? Ça, c’est Buck Owens, et ça surclasse tout ce qui est jamais sorti de Bakersfield. Buck Owens et Merle Haggard ? Si vous devez avoir la bénédiction de quelqu’un… Vous voyez ce que je veux dire.

Oh, yeah. Critics have been giving me a hard time since Day One. Critics say I can’t sing. I croak. Sound like a frog. Why don’t critics say that same thing about Tom Waits? Critics say my voice is shot. That I have no voice. What don’t they say those things about Leonard Cohen? Why do I get special treatment? Critics say I can’t carry a tune and I talk my way through a song. Really? I’ve never heard that said about Lou Reed. Why does he get to go scot-free?
Ah oui. Les critiques ont été durs avec moi, dès le premier jour. Les critiques disent que je ne sais pas chanter. Ça sonne comme un crapaud. Pourquoi les critiques ne disent pas la même chose de Tom Waits ? Les critiques disent que ma voix est détruite. Que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas cela à propos de Leonard Cohen. Les critiques disent que je ne sais pas porter une mélodie et que je parle au lieu de chanter mes chansons. Vraiment ? Je n’i jamais entendu dire ça de Lou Reed. Comment il a fait pour s’en sortir comme ça ?

What have I done to deserve this special attention? No vocal range? When’s the last time you heard Dr. John? Why don’t you say that about him? Slur my words, got no diction. Have you people ever listened to Charley Patton or Robert Johnson, Muddy Waters. Talk about slurred words and no diction. [Inaudible] doesn’t even matter.
Qu’ai-je fait pour mériter de telles attentions. Pas d’étendue vocale ? Quand avez-vous écouté Dr. John pour la dernière fois ? Pourquoi vous ne dites pas cela à son propos ? Je marmonne, je n’articule pas. Est-ce que vous avez jamais écouté Charley Patton ou Robert Johnson, Muddy Waters. Parlez-moi de marmonner et de ne pas particuler. [Inaudible] ça ne fait rien.

« Why me, Lord? » I would say that to myself.
« Pourquoi moi, Seigneur ? » je me demande.

Critics say I mangle my melodies, render my songs unrecognizable. Oh, really? Let me tell you something. I was at a boxing match a few years ago seeing Floyd Mayweather fight a Puerto Rican guy. And the Puerto Rican national anthem, somebody sang it and it was beautiful. It was heartfelt and it was moving.
Les critiques disent que je massacre mes mélodies, rendant mes chansons méconnaissables. Ah, vraiment ? Laissez-moi vous dire. Je suis allé voir un match de boxe il y a quelques années, voir Floyd Mayweather combattre un Portoricain. Et l’hymne portoricain, quelqu’un l’a chanté et c’était beau. C’était sincère et émouvant.

After that it was time for our national anthem. And a very popular soul-singing sister was chosen to sing. She sang every note — that exists, and some that don’t exist. Talk about mangling a melody. You take a one-syllable word and make it last for 15 minutes? She was doing vocal gymnastics like she was on a trapeze act. But to me it was not funny.
Et ce fut le tour de notre hymne national. Et une soul sister rtès populaire avait été choisie pour le chanter. Elle a chanté toutes les notes, celles qui existent et d’autres qui n’existent pas. Parlez-moi de massacrer une mélodie. Vous prenez un mot d’une syllabe et vous le faites durer 15 minutes ? Elle faisait de la gymnastique vocale, comme un tour de trapèze. Mais je n’ai pas trouvé ça drôle.

Where were the critics? Mangling lyrics? Mangling a melody? Mangling a treasured song? No, I get the blame. But I don’t really think I do that. I just think critics say I do.
Où étaient les critiques ? Mélanger les paroles ? Déstructurer la mélodie ? Massacrer un chef d’oeuvre ? Non, c’est moi qu’on vilipende. Mais je ne pense pas que je le fasse vraiment. Je pense que ce sont juste les critiques qui disent que je le fais.

Sam Cooke said this when told he had a beautiful voice: He said, « Well that’s very kind of you, but voices ought not to be measured by how pretty they are. Instead they matter only if they convince you that they are telling the truth. » Think about that the next time you [inaudible].
Sam Cooke a répondu à quelqu’un qui lui disait qu’il avait une belle voix : « Et bien c’est gentil de votre part, il ne fait pas juger une voix sur sa beauté. Ce qui compte plutôt, c’est si elle vous convainc qu’elle dit la vérité. » Pensez-y la prochaine fois que vous [inaudible].

Times always change. They really do. And you have to always be ready for something that’s coming along and you never expected it. Way back when, I was in Nashville making some records and I read this article, a Tom T. Hall interview. Tom T. Hall, he was bitching about some kind of new song, and he couldn’t understand what these new kinds of songs that were coming in were about.
Les temps changent en permanence. Vraiment. Et il faut être toujours prêt à ce qu’il arrive quelque chose à quoi vous ne vous attendiez pas du tout. Il y a longtemps, je faisais un disque à Nashville et j’ai lu un article, une interview de Tom T. Hall. Il se moquait d’un genre de nouvelles chansons et il ne comprenait pas de quoi parlaient ces nouvelles chansons.

Now Tom, he was one of the most preeminent songwriters of the time in Nashville. A lot of people were recording his songs and he himself even did it. But he was all in a fuss about James Taylor, a song James had called « Country Road. » Tom was going off in this interview — « But James don’t say nothing about a country road. He’s just says how you can feel it on the country road. I don’t understand that. »
Tom T. Hall était l’un des auteurs-compositeurs les plus en vue de Nashville à cette époque. Beaucoup de gens enregistraient ses chansons et iul en enregistrait aussi lui-même. Mais il faisait tout un foin à propos de James Taylor, d’une chanson que James avait appelée « Counrtry Road ». Tom sortait dans cette interview : « Mais James ne raconte rien d’une route de campagne. Il raconte juste ce qu’on peut ressentir sur une route de campagne. Je ne comprends pas cela. »

Now some might say Tom is a great songwriter. I’m not going to doubt that. At the time he was doing this interview I was actually listening to a song of his on the radio.
Bon, vous pourrez me dire que Tom est un grand auteur-compositeur. Je ne vais pas le remettre en question. Au moment où je lisais cette interview, j’écoutais justement une de ses chansons à la radio.

It was called « I Love. » I was listening to it in a recording studio, and he was talking about all the things he loves, an everyman kind of song, trying to connect with people. Trying to make you think that he’s just like you and you’re just like him. We all love the same things, and we’re all in this together. Tom loves little baby ducks, slow-moving trains and rain. He loves old pickup trucks and little country streams. Sleeping without dreams. Bourbon in a glass. Coffee in a cup. Tomatoes on the vine, and onions.
Elle s’appelait « J’aime ». Je l’écoutai dans le studio, et il parlait de toutes les choses qu’il aimait, le genre de chanson adressée à tous, essayant de parler à tous. Qui essaie de vous faire penser qu’il est tout comme vous et que vous êtes tout comme lui. Nous aimons tous les mêmes choses et nous sommes tous ensembles d’accord. Tom aime les petits bébés canards, les trains qui roulent lentement et la pluie. Il aime les vieux camions et le courant des petits ruisseaux. Dormir sans rêver. Un bourbon dans un verre. Un café dans une tasse. Les plants de tomates et les oignons.

Now listen, I’m not ever going to disparage another songwriter. I’m not going to do that. I’m not saying it’s a bad song. I’m just saying it might be a little overcooked. But, you know, it was in the top 10 anyway. Tom and a few other writers had the whole Nashville scene sewed up in a box. If you wanted to record a song and get it in the top 10 you had to go to them, and Tom was one of the top guys. They were all very comfortable, doing their thing.
Ecoutez, je ne vais pas dénigrer un autre auteur-compositeur. Je ne vais pas le faire. Je ne dis pas que c’est ue mauvaise chanson, je dis juste qu’elle est peut-être un peu recuite. Mais vous savez, elle était quand même dans le Top 10. Tom et quelques autres avaient mis en coupe réglée toute la scène de Nashville. Si vous vouliez enregistrer un Top 10, il fallait en passer par eux, et Tom était l’un d’entre eux. Ils vivaient tous dans leur petit confort, faisant leur truc àeux.

This was about the time that Willie Nelson picked up and moved to Texas. About the same time. He’s still in Texas. Everything was very copacetic. Everything was all right until — until — Kristofferson came to town. Oh, they ain’t seen anybody like him. He came into town like a wildcat, flew his helicopter into Johnny Cash’s backyard like a typical songwriter. And he went for the throat. « Sunday Morning Coming Down. »
C’est à peu près à cette époque que Willie Nelson est parti vivre au Texas. Quasi au même moment. Il est encore au Texas. Tout était complètement parfait. Tout allait bien jusqu’à ce que, jusqu’à ce que que Kristofferson arive en ville. Oh, ils n’avaient jamais vu quelqu’un comme lui. Il est arrivé en ville comme un chat sauvage, a ateri avec son hélicoptère dans la cour de Johnny Cash comme n’importe quel auteur-compositeur. Et il a donné de la voix. « Sunday Morning Coming Down. »

Well, I woke up Sunday morning
With no way to hold my head that didn’t hurt.
And the beer I had for breakfast wasn’t bad
So I had one more for dessert
Then I fumbled through my closet
Found my cleanest dirty shirt
Then I washed my face and combed my hair
And stumbled down the stairs to meet the day.

You can look at Nashville pre-Kris and post-Kris, because he changed everything. That one song ruined Tom T. Hall’s poker parties. It might have sent him to the crazy house. God forbid he ever heard any of my songs.
Vous pouvez comparer Nashvile avant et après Kris, parce qu’il y a tout changé. Cette seule chanson a ruiné la main de Tom T. Hall. Elle aurait pu le mener à l’asile. Dieu soit loué qu’il n’ait jamais entendu aucune de mes chansons.

You walk into the room
With your pencil in your hand
You see somebody naked
You say, “Who is that man?”
You try so hard
But you don’t understand
Just what you’re gonna say
When you get home
You know something is happening here
But you don’t know what it is
Do you, Mister Jones?

If « Sunday Morning Coming Down » rattled Tom’s cage, sent him into the looney bin, my song surely would have made him blow his brains out, right there in the minivan. Hopefully he didn’t hear it.
Si « Sunday Morning Coming Down » a secoué la cage de Tom, l’a envoyé au cabanon, avec mes chansons il se serait sûrement fait sauter le caisson dans son minibus. Heureusement, il n’a jamais entendu ça.

I just released an album of standards, all the songs usually done by Michael Buble, Harry Connick Jr., maybe Brian Wilson’s done a couple, Linda Ronstadt done ’em. But the reviews of their records are different than the reviews of my record.
Je viens de sortir un album de classiques, toutes ces chansons habituellement chantées par Michael Buble, Harry Connick Jr., peut-être Brian Wilson en a-t-il fait une dou deux, Linda Ronstadt les a chantées aussi. Mais les critiques de leurs disques sont différentes de celles du mien.

In their reviews no one says anything. In my reviews, [inaudible] they’ve got to look under every stone when it comes to me. They’ve got to mention all the songwriters’ names. Well that’s OK with me. After all, they’re great songwriters and these are standards. I’ve seen the reviews come in, and they’ll mention all the songwriters in half the review, as if everybody knows them. Nobody’s heard of them, not in this time, anyway. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, to name a few.
Dans leurs critiques, personnes ne dit rien. Dans les miennes, [inaudible] il faut qu’ils aillent tout fouiller en détail puisque qu’il s’agit de moi. Il faut qu’ils mentionnent les noms de tous les compositeurs. Bon, ça me va. Après tout, ce sont de grands auteurs et ces chansons sont des classiques. J’ai vu les critiques arriver, et ils listent tous les compositeurs sur la moitié de la critique, comme si tout le monde les connaissait. Maius personne n’a jamais entendu parler d’eux, pas à notre époque en tous cas. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, pour ne citer qu’eux.

But, you know, I’m glad they mention their names, and you know what? I’m glad they got their names in the press. It might have taken some time to do it, but they’re finally there. I can only wonder why it took so long. My only regret is that they’re not here to see it.
Mais vous savez, je suis content de citer meurs noms, et vous savez quoi ? Je suis content que leurs noms soient dans la presse. Ça a pris du temps, mais finalement ils y sont. Je peux me demander pouquoi il a fallu tant de temps. Mon seul regret est qu’ils ne soient plus là pour voir ça.

Traditional rock ‘n’ roll, we’re talking about that. It’s all about rhythm. Johnny Cash said it best: « Get rhythm. Get rhythm when you get the blues. » Very few rock ‘n’ roll bands today play with rhythm. They don’t know what it is. Rock ‘n’ roll is a combination of blues, and it’s a strange thing made up of two parts. A lot of people don’t know this, but the blues, which is an American music, is not what you think it is. It’s a combination of Arabic violins and Strauss waltzes working it out. But it’s true.
Le rock’n’roll classique, c’est ce dont on parle. Tout est dans le rythme. Johnny Cash l’a dit mieux que tous : « Mettez-y du rythme. Du rythme, quand vous avez le blues. » Très peu de groupe de rock d’aujourd’hui jouent avec autant de rythme. Ils ne savent pas ce que c’est. Le rock’n’roll est un mélange de blues, et c’est une chose étrange faite de deux composantes. Beaucoup de gens ne savent paque le blues, qui est une musique américaine, n’est pas ce qu’on croit. C’est un mélange de violons arabes et de valses de Strauss pour embaler le tout. Mais c’est vrai.

The other half of rock ‘n’ roll has got to be hillbilly. And that’s a derogatory term, but it ought not to be. That’s a term that includes the Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley … groups like that. Moonshiners gone berserk. Fast cars on dirt roads. That’s the kind of combination that makes up rock ‘n’ roll, and it can’t be cooked up in a science laboratory or a studio.
L’autre moitié du rock’n’roll est la musique hillbilly. Et c’est un terme péjoratif, mais cela ne devrait pas. C’est un terme qui englobe les Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley, des groupes de ce genre. Des bouilleurs de cru clandestins devenus mabouls. Des voitures rapides sur des routes poussiéreuses. C’est ce genre de mélange qui fait le rock’n’roll, et on ne peut pas le reproduire dans un laboratoire ou un studio.

You have to have the right kind of rhythm to play this kind of music. If you can’t hardly play the blues, how do you [inaudible] those other two kinds of music in there? You can fake it, but you can’t really do it.
Il faut avoir le bon sens du rythme puor jouer ce genre de musique. Si vous savez à peine jouer du blues, comment pouvez-vous [inaudible] les deux sortes de musiques qu’on y trouve ? Vous pouvez simuler mais vous ne pouvez pas vraiment la jouer.

Critics have made a career out of accusing me of having a career of confounding expectations. Really? Because that’s all I do. That’s how I think about it. Confounding expectations.
Des critiques ont fait carrière en m’accusant d’avoir fait carière en décevant les attentes. Vraiment ? Parce que c’est exactement ce que je fais. C’est comme ça que je raisonne. Décevoir les attentes.

« What do you do for a living, man? »
« De quoi tu vis, mec ? »

« Oh, I confound expectations. »
« Oh, je déçois les attentes. »

You’re going to get a job, the man says, « What do you do? » « Oh, confound expectations.: And the man says, « Well, we already have that spot filled. Call us back. Or don’t call us, we’ll call you. » Confounding expectations. What does that mean? ‘Why me, Lord? I’d confound them, but I don’t know how to do it.’
Tu viens pour un boulot, on te demande : « Qu’est-ce que tu sais faire ? » ; « Oh, décevoir les attentes ». Et on te répond : « Bien, mais le poste est déjà pourvu. Rappelez-nous. Ou plutôt, ne nous rappelez pas, nous vous rappellerons. » Décevoir les attentes. Qu’est-ce que ça veut dire ? « Pourquoi moi, Seigneur ? Je les déçois, mais je ne sais pas comment il faut faire pour ça. »

The Blackwood Bros. have been talking to me about making a record together. That might confound expectations, but it shouldn’t. Of course it would be a gospel album. I don’t think it would be anything out of the ordinary for me. Not a bit. One of the songs I’m thinking about singing is « Stand By Me » by the Blackwood Brothers. Not « Stand By Me » the pop song. No. The real « Stand By Me. »
Les Blackwood Bros. m’ont contacté pour faire un disque ensemble. Qui pourrait décevoir les attentes, mais qui ne devrait pas. Bien sûr, il s’agit d’un album de gospel. Je ne pense pas qu’il s’agirait de quelque chose en dehors de l’ordinaire, pour moi. Pas du tout. Une des chansons auxquelles je pense est le « Stand By Me » des Blackwood Brothers. Pas « Stand By Me » la chanson pop. La vraie « Stand By Me ».

The real one goes like this:
La vraie commence comme ça :

When the storm of life is raging / Stand by me / When the storm of life is raging / Stand by me / When the world is tossing me / Like a ship upon the sea / Thou who rulest wind and water / Stand by me

In the midst of tribulation / Stand by me / In the midst of tribulation / Stand by me / When the hosts of hell assail / And my strength begins to fail / Thou who never lost a battle / Stand by me

In the midst of faults and failures / Stand by me / In the midst of faults and failures / Stand by me / When I do the best I can / And my friends don’t understand / Thou who knowest all about me / Stand by me

That’s the song. I like it better than the pop song. If I record one by that name, that’s going to be the one. I’m also thinking of recording a song, not on that album, though: « Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. »
Voilà la chanson. Je la préfère à la chanson pop. Si j’en enregistre une de ce nom, ce sera celle-là. Je pense aussi enregistrer une autre chanson, mais pas sur cet album : «  »Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. » (Oh Seigneur, fais que je ne sois pas incompris).

Anyway, why me, Lord. What did I do?
Et en plus, pourquoi moi, Seigneur. Qu’est que j’ai fais pour mériter ça ?

Anyway, I’m proud to be here tonight for MusiCares. I’m honored to have all these artists singing my songs. There’s nothing like that. Great artists. [applause, inaudible]. They’re all singing the truth, and you can hear it in their voices.
Quoi qu’il en soit, je suis fier d’être ici ce soir pour MusiCares. Je suis honoré d’entendre tous ces artistes chanter mes chansons. Il n’y a rien de tel. De grands artistes. [applaudissements, inaudible]. Ils chantent tous la vérité, et cela s’entend dans leurs voix.

I’m proud to be here tonight for MusiCares. I think a lot of this organization. They’ve helped many people. Many musicians who have contributed a lot to our culture. I’d like to personally thank them for what they did for a friend of mine, Billy Lee Riley. A friend of mine who they helped for six years when he was down and couldn’t work. Billy was a son of rock ‘n’ roll, obviously.
Je suis fier d’être ici pour MusiCares. je pense beaucoup à cette organisation. Ils ont aidé beaucoup de gens. Beaucoup de musiciens qui ont tant contribué à notre culture. J’aimerais les remercier personnellement pour ce qu’ils ont fait pour un ami à moi, Billy Lee Riley. Un ami qu’ils ont aidé durant six années où il était au plus bas et ne pouvait pas travailler. Billy était assurément un enfant du rock’n’roll.

He was a true original. He did it all: He played, he sang, he wrote. He would have been a bigger star but Jerry Lee came along. And you know what happens when someone like that comes along. You just don’t stand a chance.
Il était vraiment original. Il faisait tout : il jouait, il chantait, il écrivait. Il aurait pu être une plus grande star, mais Jerry Lee est arrivé. Et vous savez ce qui se passe quand quelqu’un comme ça arrive. Vous n’avez aucune chance.

So Billy became what is known in the industry — a condescending term, by the way — as a one-hit wonder. But sometimes, just sometimes, once in a while, a one-hit wonder can make a more powerful impact than a recording star who’s got 20 or 30 hits behind him. And Billy’s hit song was called « Red Hot, » and it was red hot. It could blast you out of your skull and make you feel happy about it. Change your life.
Et Billy est devenu ce qu’on appelle dans le show-biz un one-hit wonder (un terme condescendant, d’ailleurs). Mais parfois, quelques fois, une fois de temps à autre, un one-hit wonder peut avoir davantage d’impact qu’une star qui a eu 20 ou 30 tubes. Et la chanson de Billy s’appelait « Red Hot », et c’était vraimet chaud bouillant [red hot]. Ça vous expulsait hors de votre crâne et vous sentir heureux. Changer votre vie.

He did it with style and grace. You won’t find him in the Rock and Roll Hall of Fame. He’s not there. Metallica is. Abba is. Mamas and the Papas — I know they’re in there. Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan — I’ve got nothing against them. Soft rock, hard rock, psychedelic pop. I got nothing against any of that stuff, but after all, it is called the Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley is not there. Yet.
Il l’a fait avec style et grace. Vous ne e trouverez pas dans le Rock and Roll Hall of Fame. Il n’y est pas. Metallica y est. Abba y est. Les Mamas and the Papas (je sais qu’ils y sont). Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan (je n’ai rien contre eux). du soft rock, du hard rock, de la pop psychédélique. Je n’ai rien contre tous ces trucs, mais après tout, ça s’appelle le Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley n’y est pas. Pas encore.

I’d see him a couple times a year and we’d always spent time together and he was on a rockabilly festival nostalgia circuit, and we’d cross paths now and again. We’d always spend time together. He was a hero of mine. I’d heard « Red Hot. » I must have been only 15 or 16 when I did and it’s impressed me to this day.
Je le voyais environ deux fois par an et on passait toujours un peu de temps ensembles. Il était dans le circuit des festivals genre nostalgiques et on se croisait encore et encore. On passait toujours du temps ensembles. C’était un de mes héros. J’avais entendu « Red Hot ». Je devais avoir 15 ou 16 ans et ça m’avait marqué pour la vie.

I never grow tired of listening to it. Never got tired of watching Billy Lee perform, either. We spent time together just talking and playing into the night. He was a deep, truthful man. He wasn’t bitter or nostalgic. He just accepted it. He knew where he had come from and he was content with who he was.
Je ne m’en suis jamais lassé. Jamais lassé de voir Billy Lee jouer, non plus. On passait le temps juste en parlant et en jouant toute la nuit. C’est un homme profond, honnête. Il n’était ni amer ni nostalgique. Il acceptait cela. Il savait d’où il venait et était satisfait d’en être arrivé là.

And then one day he got sick. And like my friend John Mellencamp would sing — because John sang some truth today — one day you get sick and you don’t get better. That’s from a song of his called « Life is Short Even on Its Longest Days. » It’s one of the better songs of the last few years, actually. I ain’t lying.
Et un jour il tomba malade. Et comme mon ami John Mellencamp peut le chanter (parce que John a chanté des choses vraies aujourd’hui), un jour vous tombez malade et ça ne s’arrange pas. C’est dans sa chanson « Life is Short Even on Its Longest Days. » C’est l’une des meilleures chansons de ces dernières années, en fait. Je ne vous mens pas.

And I ain’t lying when I tell you that MusiCares paid for my friend’s doctor bills, and helped him to get spending money. They were able to at least make his life comfortable, tolerable to the end. That is something that can’t be repaid. Any organization that would do that would have to have my blessing.
Et je vous mens pas quand je vous dis que MusiCares a payé les frais médicaux de mon ami et l’a aidé financièrement. Ils ont pu au moins lui rendre la vie confortable, tolérable jusqu’à la fin. C’est quelque chose qui ne se rembourse pas. Toute organisation qui fait cela aura toujours ma bénédiction.

I’m going to get out of here now. I’m going to put an egg in my shoe and beat it. I probably left out a lot of people and said too much about some. But that’s OK. Like the spiritual song, ‘I’m still just crossing over Jordan too.’ Let’s hope we meet again. Sometime. And we will, if, like Hank Williams said, « the good Lord willing and the creek don’t rise. »
Je vais partir maintenant. Je vais aller me faire voir ailleurs. J’ai probablement oublié un tas de gens et dis trop à propos de certains. Mais c’est pas grave. Comme dans le Sipitual « Je suis encore en train de traverser le Jourdain, moi aussi. » Espérons qu’on se reverra. Un jour. Et ce sera le cas si, comme disait Hank Williams : « le Bon Dieu le veut bien et la rivière ne déborde pas ».


Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

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Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
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In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
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“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
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Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


Bac 2016: Avez-vous déjà giflé un mort ? (Exquisite corpses in the closet: How French students learn to let the dead bury their dead)

19 juin, 2016
CadavreCadavre2"Un cadavre " le document original Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. Jésus (Matthieu 8: 22)
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  André Malraux (1956)
Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture ; à la limite le tombeau c’est le premier et le seul symbole culturel. René Girard
There are many cumbersome ways to kill a man. You can make him carry a plank of wood to the top of a hill and nail him to it. To do this properly you require a crowd of people wearing sandals, a cock that crows, a cloak to dissect, a sponge, some vinegar and one man to hammer the nails home. (…) Simpler, direct, and much more neat is to see that he is living somewhere in the middle of the twentieth century, and leave him there. Edwin Brock (1990)
Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros, de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Balzac est l’auteur de nombreux romans réunis sous le titre deComédie humaine, somme de ses observations sur l’ensemble de la société de son temps.M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce qu’était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu’il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse 1 Tacite et qui va jusqu’à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui est l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moment, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvreimmense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l’illusion, aux autres l’espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il fouille le vice, il dissèque la passion. Il creuse et sonde l’homme, l’âme, le cœur, les entrailles, le cerveau, l’abîme que chacun a en soi. Et, par un don de sa libre et vigoureuse nature, par un privilège des intelligences de notre temps qui, ayant vu de près les révolutions, aperçoivent mieux la fin de 2 3 l’humanité et comprennent mieux la providence , Balzac se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà ce qu’il a fait parmi nous.Voilà l’œuvre qu’il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument, œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l’avenir se charge de la statue. Sa mort a frappé Paris de stupeur. Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d’un grand voyage on vient embrasser sa mère. Sa vie a été courte, mais pleine ; plus remplie d’œuvres que de jours. Hélas ! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d’orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd’hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées qui sont sur nos têtes, parmi les étoiles de la patrie ! Victor Hugo (Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 29 août 1850)
Maupassant est un écrivain français né en 1850 et mort en 1893. MESSIEURS, C’est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu’il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d’armes, l’aîné, l’ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant. J’ai connu Maupassant, il ydix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le a revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d’un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l’après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin ; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et franche, sortait un air de gaîté si heureuse, de vie si brave, que nous l’aimions tous, pour cette bonne odeur de santé qu’il nous apportait. Il adorait les exercices violents ; des légendes de prouesses surprenantes couraient déjà sur lui. L’idée ne nous venait pas qu’il pût avoir un jour du talent. Et puis éclataBoule-de-Suif, ce chef-d’œuvre, cette œuvre parfaite de tendresse, d’ironie et de vaillance. Du premier coup, il donnait l’œuvre décisive, il se classait parmi les maîtres. Ce fut une de nos grandes joies ; car il devint notre frère, à nous tous qui l’avions vu grandir sans soupçonner son génie. Et, à partir de ce jour, il ne cessa plus de produire, avec une abondance, une sécurité, une force magistrale, qui nous émerveillaient. Il collaborait à plusieurs journaux. Les contes, les nouvelles se succédaient, d’une variété infinie, tous d’une perfection admirable, apportant chacun une petite comédie, un petit drame complet, ouvrant une brusque fenêtre sur la vie. On riait et l’on pleurait, et l’on pensait, à le lire. Je pourrais citer tels de ces courts récits qui contiennent, en quelques pages, la moelle même de ces gros livres que d’autres romanciers auraient écrits certainement. Mais il me faudrait tous les citer, et certains ne sont-ils pas déjà classiques, comme une fable de La Fontaine ou un conte de Voltaire ? Maupassant voulut élargir son cadre, pour répondre à ceux qui le spécialisaient, en l’enfermant dans la nouvelle; et, avec cette énergie tranquille, cette aisance de belle santé qui le caractérisait, il écrivit des romans superbes, où toutes les qualités du conteur se retrouvaient comme agrandies, affinées par la passion de la vie. Le souffle lui était venu, ce grand souffle humain qui fait les œuvres passionnantes et vivantes. DepuisUne viejusqu’àNotre Cœur, en passant parBel-Ami, parLa Maison Tellier etFort comme la Mort, c’est toujours la même vision forte et simple de l’existence, une analyse impeccable, une façon tranquille de tout dire, une sorte de franchise saine et généreuse qui conquiert tous les cœurs. Et je veux même faire une place à part àPierre et Jean, qui est, selon moi, la merveille, le joyau rare, l’œuvre de vérité et de grandeur qui ne peut être dépassée. Émile Zola (Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant, 7 juillet 1893)
Messieurs, Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.L’œuvre littéraire de Zola est immense.Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes 1 étaient poussés avec une égale véhémence . On fit parfois au puissant écrivainje le sais par 2 3 moi-même des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. Anatole France (Éloge funèbre d’Émile Zola, 5 octobre 1902)
Robert Desnos, lui, n’aura connu votre pays que pour y mourir. Et ceci nous rapproche encore plus de vous. Jusqu’à la mort, Desnos a lutté pour la liberté. Tout au long de ses poèmes, l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues.Il y a eu en Robert Desnos deux hommes, aussi dignes d’admiration l’un que l’autre : un homme honnête, conscient, fort de ses droits et de ses devoirs et un pirate tendre et fou, fidèle comme pas un à ses amours, à ses amis, et à tous les êtres de chair et de sang dont il ressent violemment le bonheur et le malheur, les petites misères et les petits plaisirs.Desnos a donné sa vie pour ce qu’il avait à dire. Et il avait tant à dire. Il a montré que rien ne pouvait le faire taire. Il a été sur la place publique, sans se soucier des reproches que lui adressaient, de leur tour d’ivoire, les poètes intéressés à ce que la poésie ne soit pas ce 1 fermentde révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l’esclavage et de la mort. Paul Éluard (Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l’occasion du retour des cendres de Robert Desnos, 15 octobre 1945)
Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel. (…) On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus. Philippe Soupault
Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas. (…) Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ? Paul Eluard
La France est morte ? Vive la France. (…) Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ? (…) Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine. C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ? Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là. (…) Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles. Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux. Pierre Drieu La Rochelle
ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité. Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles ! Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte. On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares ! Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil… Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre ! (…) Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres… Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison… En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux… C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable… (…)  Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie. Anatole France est mort ! Joseph Delteil
REFUS D’INHUMER Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière. André Breton
AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ? (…) Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on. Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs. Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. Louis Aragon
 Quelles sont les qualités des écrivains célébrés dans les textes du corpus ? (…) Vous commenterez le discours d’Anatole France (…) Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? (…) A l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus. Sujets bac français 2016 (ES-S)
Exemple de bonne copie pour le sujet dissertation : « Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? ». Pour le Figaro Etudiant, « le devoir est guidé par la problématique inaugurale, chaque partie de la dissertation contribue à y répondre efficacement ». Cela peut donc aboutir à ce type de plan : I/ Oui, les écrivains ont pour mission de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain (Ils chantent la gloire des hommes, ils célèbrent la beauté, l’amour. II/ Mais non, ce n’est pas leur mission essentielle (Leur mission est parfois de dénoncer, les écrivains sont des artistes avant tout, ils recherchent le beau). III/ Ils ne célèbrent pas la grandeur de l’être humain : ils rendent compte de l’âme humaine telle qu’elle est. Corrigé du bac de français S et ES

Et si la littérature, ça servait aussi à faire la guerre ?

‘Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière », « Avez-vous déjà giflé un mort ? », « médiocrité dorée », « policier », « servilité humaine », « ruse », « traditionalisme », « patriotisme », « opportunisme », « scepticisme », « manque de cœur », « inertie souriante », « immondice humaine » …

A l’heure où après l’antisionisme et la folie des hauteurs, nos lycéens sont invités, à l’instar des grands maitres du passé Hugo, Zola, France et Eluard, à écrire leurs propre éloge funèbre d’écrivain …

Et à se demander si la mission essentielle des écrivains serait de « célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain » …

Comment ne pas s’étonner …

De cette apparente affinité des épreuves du baccalauréat pour les occasions manquées et la neutralisation de tout ce qu’elles touchent …

Et notamment pour la formidable violence que peut contenir le monde en apparence si feutré de la vie littéraire …

Comme aurait pu le suggérer peut-être la simple évocation …

De ces fameux cadavres  (exquis ou non) dans le placard que furent, en forme justement de contre-éloges funèbres, deux des premiers manifestes collectifs du surréalisme …

D’abord pour démolir, comme punition de ses funérailles nationales et aux frais de Drieu la Rochelle et sans compter la participation du même compagnon de route Eluard qui fera plus tard l’éloge en Tchécoslovaquie de son petit camarade Desnos …

Le prix Nobel de littérature dreyfusard, co-fondateur de la Ligue des droits de l’homme et dénonciateur du génocide arménien qu’avait été Anatole France …

Puis, avec le contre-contre pamphlet des exclus suivant leur excommunication, pour célèbrer …

La mort souhaitée du pape du surréalisme et apologue de la violence aveugle lui-même …

Présenté en couverture sous une couronne d’épines ?

UN CADAVRE

Il était devenu si hideux, qu’en passant sa main sur son visage il sentit sa laideur.

  1. FRANCE (Thaïs)

L’ERREUR

Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel.

Celui qui vient de disparaître n’était pourtant pas très sympathique. Il n’a jamais songé qu’à son petit intérêt, à sa petite santé. Il attendait la mort, paraît-il. C’est une jolie solution. Mais à part cela, sérieusement qu’a-t-il fait, à quoi a-t-il pensé ? Puisqu’il ne s’agit aujourd’hui que de déposer une palme sur un cercueil, qu’elle soit aussi lourde que possible et qu’on étouffe ce souvenir.

Un peu de dignité, Messieurs de la famille ! Pleurez toutes les larmes de votre corps. Anatole a rendu ce qu’on appelait son âme. Vous n’avez rien à attendre de cette mémoire molle et sèche. C’est fini !

La nuit descend déjà. On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus.

J’ai assisté aujourd’hui à de bien jolis spectacles. Des croque-morts qui se disputaient en marchant devant un cercueil. J’ai vu aussi une femme en deuil, voilée de crêpes, aller à l’hôpital tailler une bavette avec son moribond de mari et lui montrer les beaux habits tout neufs qu’elle avait achetés le matin en attendant sa mort.

Philippe Soupault

UN VIEILLARD COMME LES AUTRES

Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas.

Ce que je ne puis plus imaginer sans avoir les larmes aux yeux, la Vie, elle apparaît encore aujourd’hui dans de petites choses dérisoires auxquelles la tendresse seule sert maintenant de soutien. Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ?

Paul Eluard

NE NOUS LA FAITES PAS A L’OSEILLE

La France est morte ? Vive la France. La France vient encore de mourir en Touraine : une maison ferme à jamais ses persiennes, comme tant d’autres, dans ces campagnes qui font entendre partout le même claquement funèbre : les vieux s’enfouissent dans la terre, les jeunes, quand il y en a, s’en vont quelques années de reste, traîner des noms fanés sur le bitume.

Mais ce n’est qu’une France qui vient de mourir, il y en a plusieurs, il y en a qui naissent, étranges et terribles. Dans le siècle : une France comme un Far-West brut, pleine d’étrangers inquiétants, de mines de fer, d’autos et d’avions, avec des millions de nègres et un avenir de Byzance battue et fortifiée par la barbarie – hors du siècle : une poésie française qui éclate dans la peinture, qui gronde inentendue depuis cinquante ans, dans plusieurs livres téméraires, merveilleux, austères.

Et par là-dessus, il y a une France éternelle, qui a été et qui sera, comme une amoureuse qu’on n’oublie pas, même si, éventrée, crevée par une invasion, elle expire son âme personnelle, mais nous ne la connaissons pas, et personne n’a le droit d’en appeler parmi nous, que nous soyons vivants ou morts, car si depuis toujours sa figure fut tracée tout entière d’un trait foudroyant, nous ne sommes qu’un des imperceptibles siècles dont elle est tissue, et seules les étoiles contemplent cette figure dans la touchante corbeille des visages humains.

Est-ce pour ces raisons astronomiques que nous avons un peu envie de soulever nos épaules aujourd’hui quand le croque-mort vient nous dire avec des airs satisfaits : « Je vous l’avais bien dit, voilà encore la France morte. Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ?

Mais nous n’écoutons pas les larbins. Nous savons ce que nous avons perdu, nous qui – jeunes encore – avons tant perdu de divers côtés, et par exemple des amis de notre âge qui tiendraient peut-être mieux que nous la place.

Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine.

C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ?

Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là.

Mais vous vous apercevez que toute notre piété est tournée d’un autre côté, puisqu’elle n’est pas disponible pour ce trépas douillet, pour ces funérailles abondantes qui durent depuis deux ans – que de pleureuses, à barbe.

Non, notre piété est restée à ceux qui sont morts jeunes, à qui la parole ne fut pas laissée dans la bouche comme un antique morceau de sucre, mais à qui on l’a arrachée dans le sang et l’écume. Et je vous le demande – et cette question faite, toute mon excuse pour ce ton qu’il faut bien prendre ici pour qu’on n’entende pas en Europe que des gens qui se mouchent et qui peut seul s’accorder à cette pensée fondamentale que France mort, vit la France, vivent des Frances nombreuses que d’aucuns voudraient étouffer aujourd’hui sous ce catafalque, des Frances mystiques, crédules, obscures, brutales, merveilleusement insolites dans un décor vieilli, – je vous le demande, ces enfants-là, de quel secours leur fut ce grand-père ?

Drôle de grand-père qui ressemble à beaucoup trop de grands-pères français : sans Dieu, sans amour touchant, sans désespoir insupportable, sans colère magnifique, sans défaites définitives, sans victoires complètes.

Ignorance totale de Dieu – nous nous entendons, n’est-ce pas, ô poètes éperdus dans le vide. Maigre, maigre philosophie : vous comprenez que le Jardin d’Epicure nous a fait bayer d’une inanition trop creuse, pour que l’écho n’en arrive pas jusqu’aujourd’hui. Et la politique, l’allure nationale : il nous a bien laissé tomber entre la République du boudoir de l’Histoire contemporaine, la Révolution sournoisement trahie des Dieux ont soif et le bolchevisme qui l’a peloté comme un banquier anglais. Maurras ! ce n’est pas généreux d’avoir aussi flatté cet historien-là !

Et l’amour ? les amours, à la française. Le pauvre amour du Lys Rouge. Je demande pardon aux femmes. Et l’art, la littérature ! Ce grand-père a ignoré ou bafoué tous ceux que nous aimons parmi nos pères ou nos oncles.

Non, nous ne pouvons pas oublier tout cela, si nous nous rappelons que pourtant nous lui devons l’outil qui nous fait travailler et vivre et qui peut-être se cassera dans nos mains épaissies sur la crosse du fusil ou sur le volant. Il nous a donné la vie, mais il a manqué nous tuer. Alors quoi ?

Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles.

Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux.

Pierre Drieu La Rochelle

ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE

Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité.

Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles !

Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte.

On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares !

Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil…

Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre !

Vraiment, il ne m’intéresse pas, il ne nous intéresse pas. C’est de l’indifférence absolue. Il ne jouait aucun rôle dans notre vie, dans nos recherches, dans nos combats. Il vivait solitaire, hermétiquement clos. Chez lui, pas la moindre trace de curiosité pour l’ardente jeunesse, pas un cri, pas un geste. Oui, nous nous intéressons aussi peu à lui qu’il s’est intéressé à nous. – N’est-ce pas notre droit ?

Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres…

Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison…

En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux…

C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable…