Médias: A l’exemple de Saturne, la Révolution dévore ses enfants (Spot the error when the mainstream media want to cut ties with even moderate anti-Trump conservatives… because they won’t bend the knee to critical theory’s version of reality !)

17 juillet, 2020

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A l’exemple de Saturne, la révolution dévore ses enfants. Jacques Mallet du Pan (1793)
On pensait d’ordinaire que le socialisme était une sorte de libéralisme augmenté d’une morale. L’État allait prendre votre vie économique en charge et vous libérerait de la crainte de la pauvreté, du chômage, etc., mais il n’aurait nul besoin de s’immiscer dans votre vie intellectuelle privée. Maintenant la preuve a été faite que ces vues étaient fausses. George Orwell (Literature and Totalitarianism, 1941)
Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
A statue of Jesus Christ was decapitated and knocked off a pedestal at a Catholic church in Florida, another in a string of similar incidents nationwide. (…) In a separate incident, a Catholic congregation in Ocala, several hours north of Miami, was targeted Saturday morning while preparing for Mass. Steven Anthony Shields, 24, is accused of slamming his vehicle into the church before setting it on fire. (…) In another act of violence, the pastor of St. Stephen Catholic Church in Chattanooga, Tenn., found a statue of Mary decapitated on Saturday and they have not located the statue’s head, Catholic News Agency reports. (…) Statues of the Virgin Mary also were vandalized in Boston and New York City over the weekend. A 249-year-old Catholic church in the Archdiocese of Los Angeles caught fire Saturday morning. Capt. Antonio Negrete of the San Gabriel Fire Department told the local Fox 11 news outlet the recent destruction of monuments to Junipero Serra, the founder of the California mission system – whom Indigenous activists view as a symbol of oppression – will be a factor in the investigation. Following George Floyd’s police-related death in May, Black Lives Matter leaders and protesters called for the toppling of statues, from Confederate symbols to former U.S. presidents and abolitionists. Activist Shaun King called for all images depicting Jesus as a « White European » and his mother to be torn down because they’re forms of « White supremacy » and « racist propaganda. » Meanwhile, people on social media point out the lack of mainstream coverage of the recent anti-Catholic incidents. « Churches are being burned to the ground. What?, » Mike Cernovich, a controversial right-leaning author, said in a video on Twitter. « Why is this not the biggest story of the day? » Sean Feucht, a California worship leader and pastor, commenting on the incidents asked, « Where’s the outrage? » Fox 5
J’ai été embauchée dans le but de faire venir au journal les voix qui n’apparaîtraient pas dans ses pages autrement : (…) les centristes, les conservateurs et ceux qui ne se sentent pas chez eux au New York Times. La raison de ce recrutement était claire : le journal n’avait pas anticipé le résultat de l’élection présidentielle de 2016, ce qui montrait qu’il n’avait pas une bonne compréhension du pays qu’il couvre. Pourtant , le journal n’a pas tiré les enseignements qui auraient dû suivre le scrutin. Mes incursions dans la pensée non orthodoxe ont fait de moi l’objet d’un harcèlement constant de la part de mes collègues qui ne partagent pas mes opinions. Ils me traitent de nazie et de raciste (…). Mon travail et ma personne sont ouvertement dénigrés sur les chaînes Slack [outil de communication interne] de la société (…). Certains collaborateurs y soutiennent qu’il faut se débarrasser de moi si le journal veut être véritablement ‘inclusif’ et d’autres postent l’émoji de la hache [‘ax’ signifie à la fois ‘hache’ et ‘virer’] à côté de mon nom. Bari Weiss
Chaque jour des jeunes noirs sont tués par des gangs à Chicago. Où sont les militants de Black Lives Matter? Quand des Noirs tuent des Noirs, les militants Black Lives Matter ne viennent pas faire ce bazar. Femme noire de Chicago
On pose une équivalence entre Histoire et Occident. Selon cette logique, toute l’histoire, surtout quand elle est criminelle, est faite par l’Occident. Lorsque quelque chose de mal se passe, c’est donc l’Occident qui est responsable. Comme si rien ne pouvait advenir sans nous. Or, ce n’est absolument pas le cas. Notre impérialisme absolu sur l’histoire nous conduit à une culpabilisation absolue de nous-mêmes et à une victimisation tout aussi absolue d’autrui. Gabriel Martinez-Gros
Pour l’instant, les médias ne s’intéressent à la vie des Noirs que quand ils sont tués par des Blancs (ce qui est en fait statistiquement très rare). Et cela contribue à invisibiliser encore davantage la vie des Noirs. (….) Aux Etats-Unis, 93 % des Noirs victimes d’un homicide sont tués par d’autres Noirs. S’il est normal de condamner le meurtre [?] ignoble et tragique de George Floyd, il est curieux de voir nombre de personnes s’en prendre à la police américaine dans son ensemble et ne rien dire sur les gangs, alors que les gangs tuent bien plus de Noirs (et de manière bien plus «systémique») que ne le fait la police. Si nous pensons véritablement que «Black Lives Matter», alors nous devons nous intéresser à TOUTES les vies noires et ne pas sélectionner une toute petite minorité d’entre elles à cause d’arrière-pensées idéologiques. Derrière cette volonté de ne s’intéresser aux Noirs que lorsqu’ils sont tués par des Blancs, il existe un véritable arrière-fond raciste, non seulement raciste anti-blancs, mais aussi et surtout raciste anti-Noirs: la vie des Noirs n’aurait d’intérêt que quand elle viendrait valider l’idée d’un «racisme systémique» des sociétés occidentales. Une telle vision est en fait le fruit de l’ethnocentrisme délirant qui caractérise l’Occident. L’Occident pense qu’il est le centre de l’Histoire, que tout tourne autour de lui et que tout ce qui arrive dans le monde (bon ou mauvais) est de son fait. Dans le passé, cette «folie des Blancs» (pour reprendre une expression employée par l’écrivain André Malraux dans son roman La Voie royale, qui se déroule dans l’Indochine coloniale) a poussé l’Occident à se croire supérieur aux autres civilisations, à broyer la diversité du monde et à coloniser une bonne partie du globe. Aujourd’hui, le même ethnocentrisme pousse certains à considérer que l’Occident est la source de tous les maux. Dans la vision ethnocentrique, peu importe que l’Occident soit défini comme supérieur (la Colonisation) ou comme coupable (la repentance), il doit toujours être le pivot de l’Histoire. Rien ne saurait arriver en dehors de lui. L’Occident a beaucoup de mal à admettre qu’il n’est qu’une civilisation comme les autres et parmi d’autres: il préfèrera même parfois s’enfermer dans la repentance et dans une culpabilité imaginaire (mais qui lui permettent de rester l’acteur central) plutôt que de le reconnaître. Egocentrique, il ne s’intéresse à la vie des Noirs que quand ce sont des Blancs qui sont les assassins. (…) Le plus grand paradoxe est que la mouvance «décoloniale», qui constitue la pointe avancée des événements actuels, n’a absolument pas décolonisé son imaginaire et continue d’imaginer que le «Grand Méchant Occident» est à l’origine de tous les maux dont souffre le monde. Or, une telle vision, en plus d’être totalement fausse sur le plan factuel, est paternaliste: elle infantilise les populations non-blanches et les dépossède de leur Histoire, de leur parole, de leur action. On l’a bien vu dans certaines vidéos récentes. À Chicago, une femme noire s’oppose aux militants de l’ultra-gauche, déclarant: «Chaque jour des jeunes noirs sont tués par des gangs à Chicago. Où sont les militants de Black Lives Matter? Quand des Noirs tuent des Noirs, les militants Black Lives Matter ne viennent pas faire ce bazar.» Une militante (blanche) lui fait la leçon et lui répond de manière surréaliste. Complètement déconnectée des réalités du ghetto noir, où les meurtres intra-communautaires sont en effet quotidiens, elle lui fait la leçon et lui répond dans un jargon d’universitaire: «Mais que faîtes-vous de l’oppression systémique?». De même, des militants décoloniaux (blancs), voulant déboulonner la statue de Frederick Douglass (ancien esclave noir et militant abolitionniste!), se sont opposés à des guides touristiques noirs qui ont vaillamment défendu la statue. Si elles n’étaient pas accompagnées d’explications, les images feraient vraiment penser que les manifestants sont des suprémacistes blancs racistes et non pas des militants de gauche agissant au nom de l’antiracisme et prétendant que «Black Lives Matter». Mais cette ressemblance n’a rien d’un hasard, car suprémacistes blancs et militants décoloniaux partagent le même imaginaire ethnocentrique selon lequel l’Homme blanc serait au centre de tout (soit pour être supérieur, comme le pensent les suprémacistes, soit pour faire le mal comme le pensent les décoloniaux), ce qui prive mécaniquement les Noirs de toute histoire autonome. C’est ce qu’a bien souligné, en France, l’écrivaine (noire) Tania de Montaigne, fustigeant le concept de «privilège blanc» défendu récemment par la réalisatrice et militante décoloniale (blanche) Virginie Despentes. Tania de Montaigne voit dans cette notion un fantasme raciste qui ne correspond à rien de réel et qui, sous prétexte d’anti-racisme, réédite inconsciemment le discours raciste traditionnel de la hiérarchie des races, plaçant les Blancs au sommet d’une pyramide, et fait les non-Blancs comme d’éternels mineurs, toujours victimisés et qui devraient être aidés avec condescendance. Il en va de même dans les discours sur l’esclavage et la colonisation. Comme le souligne dans les colonnes du Figaro, l’historien Pierre Vermeren,: «La guerre et l’esclavage appartiennent de manière continue à la longue histoire des sociétés humaines (…) Aujourd’hui, il subsiste près de 46 millions d’esclaves dans le monde, dont la moitié en Asie (Chine, Inde et Pakistan) et près d’une autre en Afrique, au Sahel notamment. Les sociétés de la péninsule Arabique sont également concernées.» Et Pierre Vermeren nous rappelle qu’en ce qui concerne l’esclavage africain, il a existé trois traites distinctes: la traite européenne à destination des Amériques (où des Africains vendaient aux Européens les captifs issus de tribus rivales, car on oublie trop souvent de dire que si des Européens ont acheté des esclaves, c’est bien que quelqu’un les leur avait vendus sur place), la traite arabo-musulmane (à propos de laquelle les travaux de l’historien sénégalais Tidiane N’Diaye ont démontré que dix-sept millions de victimes noires furent asservies par les Arabes, parfois mutilées et assassinées, pendant plus de treize siècles sans interruption) et la traite interne à l’Afrique subsaharienne (qui continue encore aujourd’hui et qui fut combattue jadis par les colonisateurs français et britanniques, la colonisation ayant globalement eu lieu après que ces deux pays eurent aboli l’esclavage). Mais là encore, l’Occident ne veut pas admettre l’extrême banalité historique de la guerre et de l’esclavage. Il veut en avoir le monopole. Il préfère être pleinement coupable et se sentir ainsi toujours à part plutôt que de se trouver commun, rangé au côté des autres. Ainsi les traites d’esclaves commises par d’autres et où il n’a pris aucune part ne l’intéressent pas. Plutôt que de lutter concrètement contre l’esclavage actuel en Libye ou en Mauritanie, on préférera donc se flageller en s’en prenant à Colbert (alors que le Code noir ne représente qu’une infime partie de la vie et de l’œuvre de ce grand serviteur de l’État, les statues à son effigie honorant son rôle dans la construction de l’administration française et nullement son rôle supposé dans la traite esclavagiste, qui d’ailleurs ne posait pas de problèmes moraux à l’époque). Le plus dramatique est que toute ces actions hystériques, qui sapent la paix sociale, n’améliorent absolument pas la cause des Noirs. Si les vies noires comptent vraiment, alors, plutôt que de déboulonner des statues, les militants du Black Lives Matter (blancs pour une grande partie d’entre eux) feraient mieux d’alerter l’opinion sur les massacres inter-ethniques en Afrique ou d’aller sur place pour lutter contre les maladies et la famine. Ou plus simplement, ils pourraient aller dans les ghettos noirs des États-Unis pour protester contre la tyrannie des gangs, faire du soutien scolaire pour les enfants, distribuer de la nourriture et assister la population. Il faudra bien le dire un jour: Philippe de Villiers, en mettant sur pied un programme de co-développement humanitaire avec le Bénin lorsqu’il était président du conseil général de Vendée, a fait bien davantage pour les vies noires que les déboulonneurs de statue. De même, certaines universités américaines décident de retirer certains auteurs de leurs programmes sous prétexte que les hommes blancs sont trop représentés. Comme le faisait remarquer Christopher Lasch dans La Révolte des élites, ce genre de décisions prises par des gauchistes blancs généralement issus de la bourgeoisie, n’améliore absolument pas la situation concrète des minorités. Il serait plus pertinent au contraire de garder la culture classique intacte et de la diffuser à tous, Noirs compris. Et comme le fait remarquer au Figaro, Willfred Reilly, professeur afro-américain de sciences politiques, à propos de l’hystérie actuelle: «Tout cela ne va pas améliorer les scores des minorités aux tests universitaires. » Mais ce racisme anti-Noir inconscient ne se limite pas à la seule sphère «décoloniale». Ainsi Joe Biden, invité le 22 mai sur une radio noire, par un animateur noir, a déclaré: «Si vous n’arrivez pas à vous décider entre moi et Trump, c’est que vous n’êtes pas réellement noir.» Pour Biden, les électeurs noirs semblent être un troupeau de moutons, privés de tout libre arbitre politique. Jean-Loup Bonnamy
I’m glad that the law enforcement agencies are subject to the same standard as everybody else. Mark McCloskey
The reason high-income people leave the city, and why I can’t talk my friends into moving in, is crime. Why live where your life is at risk, where you are affronted by thugs, bums, drug addicts and punks when you can afford not to. What St. Louis can do without are the murderers, beggars, drug addicts and street corner drunks. St. Louis needs more people of substance and fewer of subsistence. Mark McCloskey (1993)
Une foule d’au moins 100 personnes a abattu le portail historique en fer forgé de Portland Place, ils se sont précipités vers ma maison, où ma famille dînait dehors et nous ont fait craindre pour nos vies. J’étais terrifié que nous soyons assassinés en quelques secondes, que notre maison soit brûlée, nos animaux de compagnie tués. Nous étions seuls face à une foule en colère. Il s’agit d’une propriété privée. Il n’y a pas de trottoirs ou de rues publics. Mark McCloskey
La scène est à peine croyable. Des manifestants américains du mouvement «Black lives matter» se rendant devant le domicile de la maire de Saint Louis, Lyda Krewson, pour exiger sa démission, ont été menacés dimanche par un couple d’avocats, lourdement armés, alors qu’ils passaient devant leur villa. Mark et Patricia McCloskey ont ainsi été filmés pointant leurs armes en direction des 300 personnes marchant devant eux. Lui tenait un fusil de type AR-15, quand sa femme préférait brandir une arme de poing. NBC News rapporte que les portails de plusieurs propriétés du quartier ont été détériorés. Ironie de l’histoire, le couple en question a fait de la défense des victimes de dommages corporels sa spécialité. Cnews
I think that a total elimination is something we need to reevaluate. Right now, bad guys are saying if you don’t see a blue and white you can do whatever you want. Eric Adams (Brooklyn Borough President)
The guns keep going off and now we have a 1-year-old and the blood is on the hands of the mayor and the state Legislature. Community activist Tony Herbert
It says something when you’re at a Black Lives Matter protest; you have more minorities on the police side than you have in a violent crowd. And you have white people screaming at black officers ‘you have the biggest nose I’ve ever seen.’ You hear these things and you go ‘Are these people, are they going to say something to this person?’ No. (…) Having people tell you what to do with your life, that you need to quit your job, that you’re hurting your community but they’re not even a part of the community. Once again you as a privileged white person telling someone of color what to do with their life. (…) When you’re standing on the line and they’re getting called those names and they’re being accused of being racist when you’ve seen those officers helping people of color, getting blood on them trying to rescue someone who has been shot—gang violence, domestic violence—and you see them and they’re truly trying to help save someone’s life and they they turn around and are called a racist by people that have never seen anything like that, that have never had to put themselves out there. It’s disgusting. Officer Jakhary Jackson (Portland)
Mark McCloskey graduated magna cum laude from Southern Methodist University in Dallas in 1982, where he studied sociology, criminal justice and psychology before attending the Southern Methodist University of Law in 1985. He is a Missouri native and graduated from Mary Institute and Saint Louis Country Day School in Ladue, Missouri, in 1975, according to his Facebook profile. On his law firm’s website, McCloskey is described as, “an AV rated attorney who has been nominated for dozens of awards and honors and has been voted by his peers for memberships to many exclusive ‘top rated lawyer’ and ‘multimillion dollar lawyer’ associations throughout the country.” The website also notes McCloskey has appeared on in the media, including KSDK in St. Louis and Fox News. The website states, “several of his cases have been cited in national legal publications as the highest verdicts recovered in the country for those particular injuries.” McCloskey’s profile also says: Since 1986, he has exclusively represented individuals seriously injured as a result of accidents, medical malpractice, defective products, and the negligence of others. For the past 21 years, his firm has concentrated on the representation of people injured or killed through traumatic brain injuries, neck, back or other significant neurological or orthopedic injury. Mark T. McCloskey is licensed to practice law in the state and federal courts of Missouri, Illinois, Texas and the Federal Courts of Nebraska. Additionally, he has represented individuals injured through medical malpractice, dangerous products, automobiles, cars, motorcycles, boats, defective hand guns, airplane crashes, explosions, electrocution, falls, assaults, rapes, poisoning, fires, inadequate security, premises liability, dram shop liability (serving intoxicating patrons), excessive force by police, construction accidents, and negligent maintenance of premises (including retail establishments, parking lots, government property, homes, schools, playgrounds, apartments, commercial operations, parks and recreational facilities) for the past 30 years and has filed and tried personal injury lawsuits in over 28 states. Heavy.com
According to her Facebook profile, Patricia Novak McCloskey is a native of Industry, Pennsylvania, where she graduated from Western Beaver High School in 1977. McCloskey then studied at Penn State University, graduating in 1982 with a degree in labor studies and a minor in Spanish. She, like her husband, attended SMU Law School in Dallas, graduating in 1986. According to their law firm’s website, “Patricia N. McCloskey is a Phi Beta Kappa, Summa Cum Laude graduate of Pennsylvania State University, graduating first in her class and with the highest cumulative average in her department in forty-seven years. Patricia N. McCloskey is also a graduate of Southern Methodist University School of Law, which she completed while simultaneously working full time and still graduating in the top quarter of her class.” The website adds: After several years working with a major law firm in St. Louis on the defense side, she moved to representation of the injured. Since 1994, she has exclusively represented those injured by the negligence of others with Mark McCloskey. She has acted in various roles in the community including being a past Board Member of Therapeutic Horsemanship, a law student mentor, a member of the Missouri Bar Association ethical review panel and a St. Louis city committee woman. Patricia McCloskey has extensive trial experience in personal injury and wrongful death cases arising out of all aspects of negligence, including traumatic brain injury, products liability and product defect, medical malpractice, wrongful death, neck, back and spinal cord injuries, motor vehicle collisions, motorcycle collisions, airplane crashes, and many others as set forth further. Heavy.com
Notre nation fait face à une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants. (…) Le désordre violent que nous avons vu dans nos rues et nos villes qui sont dirigées par des libéraux démocrates dans tous les cas est le résultat d’années d’endoctrinement extrême et de partialité dans l’éducation, le journalisme et d’autres institutions culturelles. (…) Nous croyons en l’égalité des chances, une justice égale et un traitement égal pour les citoyens de toutes races, origines, religions et croyances. Chaque enfant, de chaque couleur – né et à naître – est fait à l’image sainte de Dieu. Donald Trump
Nous sommes en train de passer à côté d’un processus essentiel en jeu actuellement, l’articulation, désastreuse entre les sociétés de la honte et de l’honneur (« shame culture ») et les civilisations de la culpabilité (« guilt culture »), distinction établie par Dodds, un ethnologue. La honte est définie par lui comme un fait social extériorisé (perdre la face) et la culpabilité comme un sentiment intériorisé (…) Les membres des sociétés de la honte ne se sentent pas honteux « par essence », mais l’honneur est pour eux une valeur dominante qui ne concerne pas que soi, mais aussi le groupe familial, culturel auquel on appartient. Reconnaître une faute devant les personnes qui y sont extérieures, c’est déshonorer son groupe, c’est « l’achouma », mot clé au Maghreb qui signifie la honte. On ne peut reconnaître que la moindre erreur ait pu être commise par soi ou les autres membres de son groupe sous peine de déshonneur, la faute en incombe forcément à l’extérieur. Le modèle relationnel dominant prend la forme d’être le plus fort ou d’être humilié. Qui va mépriser l’autre ? Qui va faire honte à l’autre ou avoir honte ? Qui va soumettre l’autre ? Dans le TER, trois personnes d’origine sahélienne ont les pieds sur les sièges et téléphonent à tue-tête avec un poste de radio ouvert à côté d’eux. Je leur demande poliment de respecter le règlement. Réponse sèche : « Vous dites ça parce qu’on est étrangers », suivi d’une augmentation du volume sonore vocal du téléphone. Me voilà désigné comme un blanc raciste en quelques secondes, et c’est moi qui suis coupable, qui devrais donc avoir honte. Je parcours le train à la recherche d’un contrôleur, en vain. En l’absence d’un tiers incarnant une loi qui est la même pour tous, je n’ai pas d’autre solution que de m’incliner dans l’espace public. Je me sens… misérable. De même, quand dans les « quartiers », un jeune de 14 ans, sur un scooter volé, sans casque parce que « c’est pour les petits », se tue en percutant à toute vitesse un véhicule, il ne meurt pas à cause d’une accumulation d’imprudences mais forcément à cause d’autrui. De préférence à cause de la police. On ne décède pas accidentellement, on est tué. Comment une interpellation pourrait-elle de dérouler calmement avec ce modèle relationnel ? Qu’il soit à pied, en scooter, ou en voiture, celui qui accepte de se soumettre (et oui ! le mot est dit) à un contrôle policier ne rencontrera aucun problème de violence policière. Et les représentants du pays d’accueil tout désignés pour être méprisés puisqu’ils incarnent la légalité de la société dans l’espace public sont les policiers sur lesquels on crache sans vergogne. Le policier n’a pas le droit de répondre, il sera méprisé s’il agit (la sanction) ou s’il ne fait rien (la soumission). Quelle inversion ! C’est celui qui crache qui devrait être méprisé pour sa lâcheté car il ne risque rien. Le piège, c’est que les membres des sociétés de la honte ont compris que les membres des civilisations de la culpabilité, judéo-chrétiennes, ont une forte tendance à accepter de se sentir coupable, et il est alors « pratique » de leur faire éprouver de la honte au lieu de la ressentir soi-même. Et plus les membres de la civilisation de la culpabilité se sentent coupables, plus les membres de la société de la honte se décrivent comme victimes, dans une inflation interminable, alors que le problème initial de situe à l’intérieur même de leur société. (…) Cet écart entre société de la honte et civilisation de la culpabilité crée d’importantes tensions concernant l’acceptation d’une loi commune, ensemble de contraintes qui se situent au-dessus de tous, et de la reconnaissance d’une dette. Dans les sociétés de la honte, la relation à la loi n’inclut pas sa notion pourtant fondatrice de culpabilité. Accepter les contraintes extérieures signifie non pas reconnaître la nécessité de respecter d’indispensables limites pour une vie en commun, mais est vécue comme une immixtion intolérable dans le fonctionnement familial et groupal. (…) Et lorsqu’on argue qu’il y a du racisme dans la police puisque les personnes issues des sociétés de la honte font l’objet de contrôles policiers beaucoup plus fréquents que les autres, la réponse est qu’elles sont plus nombreuses à ne pas respecter la loi que les personnes qui ont intégré la culpabilité. Faut-il que chaque fois qu’un tel jeune est contrôlé, une dame sortant d’un super marché avec son cabas de légumes le soit aussi pour éviter toute discrimination ? La société de la honte, c’est aussi l’incapacité de reconnaître une dette envers le milieu d’accueil. Dans le cadre d’une immigration économique, tous sont venus au départ parce que leur pays ne les nourrissait pas assez, ne les soignait pas, était profondément corrompu, sinon ils retourneraient y vivre. Cette blessure originelle ne se referme pas et laisse les sujets dans une sorte d’entre-deux. Reconnaître ce qu’on doit au pays d’accueil, c’est accepter de penser que sa propre origine est entachée, conflictuelle, et la solution à ce malaise peut consister à dire que c’est l’extérieur, le lieu d’accueil, qui est inhospitalier et doit être dénigré. Reconnaître ce qu’on reçoit de bien, c’est trahir ses origines, de même que les policiers noirs ou maghrébins heureux d’exercer leur métier sont qualifiés de traîtres. Il est donc nécessaire de remettre l’achouma à sa place, de rétablir le lieu de la honte et de la remettre dans le camp de ceux qui font tout pour la projeter sur autrui. Ceux qui ont la volonté de se désigner de toutes façons comme victimes ont besoin de désigner des agresseurs. Mais ce n’est pas parce que des individus ou leurs parents ont été victimes dans leur histoire personnelle, familiale, culturelle, que d’autres doivent accepter d’endosser ce rôle de bourreau. Plus les membres d’une civilisation de la culpabilité se laissent accuser, plus ils sont méprisés. Au contraire, imaginons (on a le droit de rêver) qu’une seule personnalité politique ose déclarer : « Vous devriez avoir honte d’élever vos enfants sans leur inculquer un minimum de respect pour le pays qui vous accueille et qui vous soigne gratuitement, de ne pas leur expliquer que rien n’est dû, de laisser vos enfants conduire des véhicules volés, d’abîmer la démocratie qui vous protège et de mentir en vous présentant comme des victimes, etc. ». Énoncer ceci ne changerait rien à la manière de se comporter des délinquants en question, pas plus qu’égrener leurs délits et parler de « sauvageons », et ne calmerait en rien les militants communautaristes. Mais ceci donnerait aux autres le sentiment que la honte n’est pas en eux, et leur permettrait d’éprouver un sentiment de légitimité dont beaucoup de citoyens éprouvent le besoin qu’il soit reconnu. Une telle formulation constitue le fondement incontournable de toute action politique efficace car elle permettrait d’arrêter de tendre l’autre joue. Et d’accepter enfin l’idée que dans certaines circonstances, seules la force de caractère et la force physique inspirent du respect. Maurice Berger
Andy Warhol disait que « tout le monde doit avoir son quart d’heure de célébrité ». « Maintenant, tout le monde, blanc, doit avoir son quart d’heure de honte. On est entré dans une flagellation collective. Mais c’est encore plus compliqué que ça. On a les sociétés de la honte et les civilisations de la culpabilité. Pour les premiers, ce sont des sociétés où la honte est une valeur dominante, comme reconnaître qu’on a fait une faute, se déshonorer, déshonorer son groupe, sa culture, à l’inverse, des sociétés « judéo-chrétiennes. Toutes les personnes des minorités ne fonctionnent pas comme ça, de même de que toutes les personnes de la civilisation de la culpabilité ne se sentent pas prêts à se sentir coupable. On a une imbrication entre des personnes qui vont forcément se présenter comme victimes, quoi qu’elles aient fait d’illégal et en face des membres de la civilisation de la culpabilité qui vont forcément se sentir coupable. Plus ces personnes se reconnaissent coupables, plus ceux qui ont tendance à se sentir victimes vont en abuser. (…) J’y suis opposé. Que les Américains fassent cela pour ce qui s’est produit dans leur pays, j’en ai que faire. Ce n’est même pas un symbole, c’est quelque chose de littéral : on s’humilie alors qu’on n’a pas de quoi s’humilier. C’est un geste de soumission, c’est quelque chose qui inverse tout. Je ne vois pas de quoi nous devrions avoir honte, nous en France. Maurice Berger
Nous vivons (…) une époque qui rappelle le Moyen Âge avec son oligarchie, ses clercs et son dogme. Une sorte d’aristocratie de la tech a émergé et a fait alliance avec la classe intellectuelle, pour mettre en place une nouvelle vision de la société, qui a pour ambition de remplacer les valeurs plus traditionnelles portées depuis l’après-guerre par la classe moyenne. Tout l’enjeu futur de la politique est de savoir si «le tiers état» d’aujourd’hui – les classes moyennes paupérisées et les classes populaires – se soumettra à leur contrôle. Nous sommes entrés dans le paradigme d’une oligarchie concentrant la richesse nationale à un point jamais atteint à l’époque contemporaine. Cinq compagnies détiennent l’essentiel de la richesse nationale en Amérique! Une poignée de patrons de la tech et «leurs chiens de garde» de la finance, contrôlent chacun des fortunes de dizaines de milliards de dollars en moyenne et ils ont à peine 40 ans, ce qui veut dire que nous allons devoir vivre avec eux et leur influence pour tout le reste de nos vies! (…) La globalisation et la financiarisation ont été des facteurs majeurs de cette concentration effrénée de la richesse. La délocalisation de l’industrie vers la Chine a coûté 1,5 million d’emplois manufacturiers au Royaume-Uni, et 3,4 millions à l’Amérique. Les PME, les entreprises familiales, l’artisanat, ont été massivement détruits, débouchant sur une paupérisation des classes moyennes, qui étaient le cœur du modèle capitaliste libéral américain. La crise du coronavirus a accéléré la tendance. Les compagnies de la tech sortent grandes gagnantes de l’épreuve. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient juste d’annoncer que sa capitalisation a progressé de 30 milliards de dollars alors que les petites compagnies se noient! Les inégalités de classe ne font que s’accélérer, avec une élite intellectuelle et managériale qui s’en sort très bien – les fameux clercs qui peuvent travailler à distance – , et le reste de la classe moyenne qui s’appauvrit. Les classes populaires, elles, ont subi le virus de plein fouet, ont bien plus de risques de l’attraper, ont souffert du confinement dans leurs petits appartements, et ont pour beaucoup perdu leur travail. C’est un tableau très sombre qui émerge avec une caste de puissants ultra-étroite et de «nouveaux serfs», sans rien de substantiel entre les deux: 70 % des Américains estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. (…) La Silicon Valley, jadis une terre promise des self-made-men est devenue le visage de l’inégalité et des nouvelles forteresses industrielles. Les géants technologiques comme Google ou Facebook ont tué la culture des start-up née dans les garages californiens dans les années 1970 et qui a perduré jusque dans les années 1990, car ils siphonnent toute l’innovation. Je suis évidemment pour la défense de l’environnement, mais l’idéologie verte très radicale qui prévaut en Californie avantage aussi les grandes compagnies qui seules peuvent survivre aux régulations environnementales drastiques, alors que les PME n’y résistent pas ou s’en vont ailleurs. On sous-estime cet aspect socio-économique de la «transition écologique», qui exclut les classes populaires et explique par exemple vos «gilets jaunes», comme le raconte le géographe Christophe Guilluy. Vu la concentration de richesses, l’immobilier californien a atteint des prix records et les classes populaires ont été boutées hors de San Francisco, pourtant un bastion du «progressisme» politique. La ville, qui se veut l’avant-garde de l’antiracisme et abritait jadis une communauté afro-américaine très vivante, n’a pratiquement plus d’habitants noirs, à peine 5 %, un autre paradoxe du progressisme actuel. (…) Il y a un vrai parallèle entre la situation d’aujourd’hui et l’alliance de l’aristocratie et du clergé avant la Révolution française. Et cela vaut pour tous les pays occidentaux. Ces clercs rassemblent les élites intellectuelles d’aujourd’hui, qui sont presque toutes situées à gauche. Si je les nomme ainsi, c’est pour souligner le caractère presque religieux de l’orthodoxie qu’elles entendent imposer, comme jadis l’Église catholique. Au XIIIe siècle, à l’université de Paris, personne n’aurait osé douter de l’existence de Dieu. Aujourd’hui, personne n’ose contester sans risque les nouveaux dogmes, j’en sais quelque chose. Je suis pourtant loin d’être conservateur, je suis un social-démocrate de la vieille école, qui juge les inégalités de classe plus pertinentes que les questions d’identité, de genre, mais il n’y a plus de place pour des gens comme moi dans l’univers mental et politique de ces élites. Elles entendent remplacer les valeurs de la famille et de la liberté individuelle qui ont fait le succès de l’Amérique après-guerre et la prospérité de la classe moyenne, par un credo qui allie défense du globalisme, justice sociale (définie comme la défense des minorités raciales et sexuelles, NDLR), modèle de développement durable imposé par le haut et redéfinition des rôles familiaux. Elles affirment que le développement durable est plus important que la croissance qui permettait de sortir les classes populaires de la pauvreté. Ce point créera une vraie tension sociale. Ce qui est frappant, c’est l’uniformité de ce «clergé». (…) Parmi les journalistes, seulement 7 % se disent républicains. C’est la même chose, voire pire, dans les universités, le cinéma, la musique. On n’a plus le droit d’être en désaccord avec quoi que ce soit! Écrire que le problème de la communauté noire est plus un problème socio-économique que racial, est devenu risqué, et peut vous faire traiter de raciste! J’ai travaillé longtemps comme journaliste avant d’enseigner, et notamment pour le Washington Post, le Los Angeles Times et d’autres… Il arrive que j’y trouve encore de très bons papiers, mais dans l’ensemble, je ne peux plus les lire tellement ils sont biaisés sur les sujets liés à la question raciale, à Trump ou à la politique! Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, que je juge toxique, mais la haine qu’il suscite va trop loin. On voit se développer un journalisme d’opinion penchant à gauche, qui mène à ce que la Rand Corporation (une institution de recherche prestigieuse, fondée initialement pour les besoins de l’armée américaine, NDLR) qualifie de «décomposition de la vérité». (…) Je dois dire avoir aussi été très choqué par le «projet 1619» (ce projet affirme que l’origine de l’Amérique n’est pas 1776 et la proclamation de l’Indépendance, mais 1619 avec l’arrivée de bateaux d’esclaves sur les côtes américaines, NDLR), lancé par le New York Times, qui veut démontrer que toute l’histoire américaine est celle d’un pays raciste. Oui, l’esclavage a été une chose horrible, mais les succès et progrès américains ne peuvent être niés au nom des crimes commis. Je n’ai rien contre le fait de déboulonner les généraux confédérés, qui ont combattu pour le Sud esclavagiste. Mais vouloir déboulonner le général Ulysse Grant, grand vainqueur des confédérés, ou encore George Washington, est absurde. La destruction systématique de notre passé, et du sens de ce qui nous tient ensemble, est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus. (…) Je crois que c’est Huxley qui dans Le Meilleur des mondes, affirme qu’une tyrannie appuyée sur la technologie ne peut être défaite. La puissance des oligarchies et des élites culturelles actuelles est renforcée par le rôle croissant de la technologie, qui augmente le degré de contrôle de ce que nous pensons, lisons, écoutons… Quand internet est apparu, il a suscité un immense espoir. On pensait qu’il ouvrirait une ère de liberté fertile pour les idées, mais c’est au contraire devenu un instrument de contrôle de l’information et de la pensée! Même si les blogs qui prolifèrent confèrent une apparence de démocratie et de diversité, la réalité actuelle, c’est quelques compagnies basées dans la Silicon Valley qui exercent un contrôle de plus en plus lourd sur le flux d’informations. Près des deux tiers des jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. De plus, Google, Facebook, Amazon sont en train de racheter les restes des médias traditionnels qu’ils n’ont pas tués. Ils contrôlent les studios de production de films, YouTube… Henry Ford et Andrew Carnegie n’étaient pas des gentils, mais ils ne vous disaient pas ce que vous deviez penser. (…) Ils sont persuadés que tous les problèmes ont une réponse technologique. Ce sont des techniciens brillants, grands adeptes du transhumanisme, peu préoccupés par la baisse de la natalité ou la question de la mobilité sociale, et bien plus déconnectés des classes populaires que les patrons d’entreprises sidérurgiques d’antan. Leur niveau d’ignorance sur le plan historique ou littéraire est abyssal, et en ce sens, ils sont sans doute plus effrayants encore que l’aristocratie d’Ancien Régime. De plus, se concentrer sur les sujets symboliques comme le genre, les transgenres, le changement climatique, leur permet d’évacuer les sujets de «classe», qui pourraient menacer leur pouvoir. (…) Je pense que Zuckerberg a eu raison et qu’il a du courage, mais il semble être poussé à adopter un rôle de censeur. Un auteur que je connais, environnementaliste dissident, vient de voir sa page Facebook supprimée. C’est une tendance dangereuse, car laisser à quelques groupes privés le pouvoir de contrôler l’information, ouvre la voie à la tyrannie. Cela me ramène au thème central de ce livre qui se veut un manifeste en faveur de la classe moyenne, menacée de destruction après avoir été le pilier de nos démocraties. La démocratie est fondamentalement liée à la dispersion de la propriété privée. C’est pour cela que j’ai toujours eu de l’admiration pour les Pays-Bas, pays qui a toujours créé de la terre, en gagnant sur la mer, et a donc toujours assuré la croissance de sa classe moyenne. Quand cela cesse et que la richesse se concentre entre quelques mains, on revient à un contrôle de la société par le haut, qu’il soit établi par des régimes de droite ou de gauche. (…) Trump est un idiot et un type détestable, qui, je l’espère, sera désavoué, car il suscite beaucoup de tensions négatives. Mais je n’ai jamais vu un président traité comme il l’a été. La volonté de le destituer était déjà envisagée avant même qu’il ait mis un pied à la Maison-Blanche! Je pense aussi que la presse n’est pas honnête à son sujet. Prenons par exemple son discours au mont Rushmore, l’un des meilleurs qu’il ait faits, et dans lequel il tente de réconcilier un soutien au besoin de justice raciale, et la défense du patrimoine américain. Il y a cité beaucoup de personnages importants comme Frederick Douglass ou Harriet Tubman, mais la presse n’en a pas moins rapporté qu’il s’agissait d’un discours raciste, destiné à rallier les suprémacistes blancs! On l’accuse de tyrannie, mais la plus grande tyrannie qui nous menace est l’alliance des oligarques et des clercs. Le seul avantage de Trump, c’est d’être un contre-pouvoir face à eux. Malheureusement, cela ne signifie pas qu’il ait une vision cohérente. Surtout, il divise terriblement le pays, or nous avons besoin d’une forme d’unité minimale. (…) Je dirais à ce stade que Trump va avoir du mal à gagner – j’évalue ses chances à une sur trois. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles. Si les démocrates l’emportent, ma prédiction est qu’ils en feront trop, et qu’une nouvelle rébellion, qui nous fera regretter Trump, surgira en boomerang. À moins qu’une nouvelle génération de jeunes conservateurs – comme Josh Hawley, JD Vance ou Marco Rubio – capables de défendre les classes populaires tout en faisant obstacle à la révolution culturelle de la gauche, ne finisse par émerger. J’aimerais aussi voir un mouvement remettant vraiment le social à l’honneur se dessiner à gauche, mais je n’y crois pas trop, vu l’obsession de l’identité… Ce qui est sûr, c’est que l’esprit de 2016 et des «gilets jaunes» ne va pas disparaître. Regardez ce qui s’est passé en Australie: on pensait que les travaillistes gagneraient, mais ce sont les populistes qui ont raflé la mise, parce que la gauche verte était devenue tellement anti-industrielle, que les classes populaires l’ont désertée! Joel Kotkin
« Le Meilleur des mondes » décrit par Aldous Huxley serait-il en train de pointer le nez sur les côtes de Californie et de gagner l’Amérique? Dans son nouveau livre, L’Avènement du néo-féodalisme, le géographe américain Joel Kotkin, cousin californien du géographe français Christophe Guilluy, qui scrute depuis des années avec inquiétude la destruction des classes moyennes à la faveur de la délocalisation et de la financiarisation de l’économie, s’interroge sur la «tyrannie» que dessine l’émergence d’une oligarchie ultra-puissante et contrôlant une technologie envahissante. Joel Kotkin décrit l’alliance de l’oligarchie de la Silicon Valley, composée de quelques milliardaires passionnés de transhumanisme, et persuadés que la technologie est la réponse à tous les problèmes, avec une classe intellectuelle de «clercs» qui se comporte comme un «nouveau clergé» et instaure de nouveaux dogmes – sur la globalisation, le genre, «le privilège blanc» – avec une ferveur toute religieuse. Il devient dangereux d’exprimer ses désaccords, regrette cet ancien social-démocrate, qui explique ne plus avoir sa place à gauche. Une situation d’intolérance que le départ fracassant de la journaliste Bari Weiss du New York Times, forcée de quitter le navire sous la pression de pairs devenus «censeurs», vient d’illustrer avec éloquence. Laure Mandeville
The intellectually intolerant mob claimed two high-profile victims Tuesday with the resignations of New York Times editor Bari Weiss and New York Magazine journalist Andrew Sullivan. These are just two examples of the deadly virus spreading through our public life: McCarthyism of the woke. McCarthyism is the pejorative term liberals gave to the anti-communist crusades of 1950s-era Sen. Joseph McCarthy of Wisconsin. From his perch as chair of the Government Operations Committee, McCarthy launched a wave of investigations to ferret out supposed communist subversion of government agencies. Armed with his favorite question — “Are you now or have you ever been a member of the Communist Party?” — McCarthy terrorized his targets and silenced his critics. Thousands of people lost their jobs as a result, often based on nothing more than innuendo or chance associations. The mob fervor extended to the state governments and the private sector, too. States enacted “loyalty oaths” requiring people employed by the government, including tenured university faculty members, to disavow “radical beliefs” or lose their jobs. Many refused and were fired. Hollywood notoriously rooted out real and suspected communists, creating the infamous “blacklist” of people who were informally barred from any work with Hollywood studios. The “red scare” even nearly toppled America’s favorite television star, Lucille Ball, who had registered to vote as a communist in the 1930s. Today’s “cancel culture” is nothing more than McCarthyism in a woke costume. It stems from a noble goal — ending racial discrimination. Like its discredited cousin, however, it has transmogrified into something sinister and inimical to freedom. Battling racism is good and necessary; trying to suppress voices that one disagrees with is not. Woke McCarthyism goes wrong when it seeks to do the one thing that America has always sworn not to do: enforce uniformity of thought. Indeed, this principle, enshrined in the First Amendment, is so central to American national identity that it is one of the five quotes inscribed in the Jefferson Memorial: “I have sworn upon the altar of God eternal hostility against every form of tyranny over the mind of man.” Weiss’s resignation letter describes numerous examples of her colleagues judging her guilty of “wrongthink” and trying to pressure superiors to fire or suppress her. She explains that “some coworkers insist I need to be rooted out if this company is to be a truly ‘inclusive’ one, while others post ax emojis next to my name.” Others, she wrote, called her a racist and a Nazi, or criticized her on Twitter without reprimand. She notes that this behavior, tolerated by the paper through its editors, constitutes “unlawful discrimination, hostile work environment, and constructive discharge.” Sullivan’s reason for departure is less clear — though he said it is “self-evident.” He had publicly supported Weiss, writing: “The mob bullied and harassed a young woman for thoughtcrimes. And her editors stood by and watched.” In other words, both Weiss and Sullivan — like so many others — seem to have left their jobs because they were targeted for refusing to conform to its ideas of right thinking. Do you now or have you ever thought that Donald Trump might make a good president? Congratulations, president of Goya Foods: Your company is boycotted. Are you now or have you ever been willing to publish works from a conservative U.S. senator that infuriated liberal Twitter? Former New York Times editor James Bennet, the bell tolls for thee. The mob even sacrifices people whose only crime is familial connection on its altar. The stepmother of the Atlanta police officer who shot and killed Rayshard Brooks, Melissa Rolfe, was fired from her job at a mortgage lender because some employees felt uncomfortable working with her. Such tactics work best when they force people to confess to seek repentance for the crimes they may or may not have committed. McCarthy knew this, and so he always offered lenience to suspected communists who would “name names” and turn in other supposed conspirators. The woke inquisition uses the same tactic, forcing those caught in its maw to renounce prior statements they find objectionable. NFL quarterback Drew Brees surrendered to the roar while noted leftists such as J.K. Rowling and Noam Chomsky are being pilloried for their defense of free speech. McCarthy was enabled by a frightened and compliant center-right. They knew he was wrong, but they also knew the anti-communist cause was right and were unsure how to embrace the just cause and excise the zealous overreach. It wasn’t until McCarthy attacked the U.S. Army that one man, attorney Joseph Welch, had the courage to speak up. “Have you no decency, sir?” he said as McCarthy tried to slander a colleague. The bubble burst, and people found the inquisitorial emperor had no clothes. The Senate censured him in 1954, and McCarthy died in 1957, a broken man. It won’t be as easy to defeat the woke movement. There isn’t one person whose humiliation will break the spell. This movement is deep, decentralized and widespread.  Henry Olsen
Every cultural revolution starts at year zero, whether explicitly or implicitly. The French Revolution recalibrated the calendar to begin anew, and the genocidal Pol Pot declared his own Cambodian revolutionary ascension as the beginning of time. Somewhere after May 25, 2020, the death of George Floyd, while in police custody, sparked demonstrations, protests, and riots. And they in turn ushered in a new revolutionary moment. Or at least we were told that — in part by Black Lives Matter, in part by Antifa, in part by terrified enablers in the corporate world, the new Democratic Party, the military, the universities, and the media. What was uniquely different about this cultural revolution was how willing and quickly the entire progressive establishment — elected officials, celebrities, media, universities, foundations, retired military — was either on the side of the revolution or saw it as useful in aborting the Trump presidency, or was terrified it would be targeted and so wished to appease the Jacobins. This reborn America was to end all of the old that had come before and supposedly pay penance for George Floyd’s death and, by symbolic extension, America’s inherent evil since 1619. As in all cultural revolutions, the protestors claimed at first at that they wanted only to erase supposedly reactionary elements: Confederate statues, movies such as Gone with the Wind, some hurtful cartoons, and a few cranky conservative professors and what not. But soon such recalibration steam rolled, fueled by acquiescence, fright, and timidity. Drunk with ego and power, it moved on to attack almost anything connected with the past or present of the United States itself. Soon statues of General Grant, and presidents including George Washington, Abraham Lincoln, and Andrew Jackson were either toppled or defaced. The message was that their crimes were being white and privileged — in the way that today’s white and privileged should meet a similar fate. Or, as the marchers, who tried to storm Beverly Hills, put it: “Eat the Rich.” They were met by tear gas, and not a single retired general double-downed on his outrage at law enforcement for using tear gas against civilians. Did the BLM idea of cannibalizing the billionaires include LeBron James, Beyoncé, Oprah Winfrey, and likely soon-to-be billionaire Barack Obama? Name changing is always a barometer of a year-zero culture revolution that seeks to wipe out the past and, with it, anyone wedded to it. And so it was only a matter of time that the Woodrow Wilson Princeton School of Public and International Affairs was Trotskyized. Liberals cringed but kept silent, given that Wilson is still a hero for his support of the League of Nations, and his utopian efforts at Versailles, despite his characteristic progressive allegiance to pseudoscientific race-based genetics. Any revolution that claims it will not tolerate commemoration of any century-old enemies must put its handwipes where its mouth is. And revolutionaries always follow the path of least resistance. So in our era, that means the mob has focused on the hollow men and women now serving as university presidents, corporate CEOs, sports-franchise owners and coaches, politicians, news anchors, and even in some cases retired high-ranking officers of the military. It was easy wringing promises from these hierarchies to remove the trademark faces of Aunt Jemimah and Uncle Ben from popular food brands, and to win hundreds of new, costly diversity-coordinator billets, more mandatory race and gender indoctrination training, a “black” national anthem to be played at sporting events, and promises to BLM to rename military bases. Indeed, in no time, these elites were volunteering to debase themselves. Dan Cathy, CEO of the Chick-fil-A fast-food restaurant chain, urged white people to shine the shoes of blacks in the manner that the disciples had washed the feet of Jesus — and indeed Dan Cathy sort of did just that when he polished the sneakers of rapper Lecrae. Such is the new bottom line of profits in corporate America. (…) The 1960s saw Southern rural folk culture as a sort of hippie alternative to the dominant wealth and suburbanism of the mainstream. And all that is supposedly over now? Could Ry Cooder sing “I’m a Good Old Rebel” for a movie like The Long Riders, exploring the contradictions of ex-Confederate thugs like the James boys and the Youngers? Would anyone play the Band’s “The Night They Drove Old Dixie Down,” or even the version of it by leftist Joan Baez? Could Ken Burns now still make The Civil War, 30 years after its original release, with a folksy Shelby Foote contextualizing the Confederate defeat as thousands of brave men dying for a tragic cause beneath them? Would a liberal Southerner like the late Jody Powell still dare to voice the words of Stonewall Jackson or Horton Foote or Jefferson Davis? In our more enlightened revolutionary times, were all these players useful idiots in the cause of racism? (…) In the exhilaration of exercising power ruthlessly and unchecked, the cultural revolutionists soon turn on their own: poor Trump-hating Dan Abrams losing his cop reality show, the two liberal trial lawyers armed on their mansion lawn in St. Louis terrified of the mob entering their gated estate community, bewildered CHOP activists wondering where the police were once mayhem and death were among them, the inner city of Chicago or New York in the age of police drawbacks wondering how high the daily murder rate will climb once shooters fathom that there are no police, and inner-city communities furious that the ER is too crowded with shooting victims to properly treat COVID-19 arrivals. Do we now really expect that the Wilson Center in Washington will be cancelled, the Washington Monument cut down to size, and Princeton, Yale, and Stanford renamed? The logic of the revolution says yes, but the liberal appeasers of it are growing uneasy. They are realizing that their own elite status and referents are now in the crosshairs. And so they are on the verge of becoming Thermidors. And what will the new icons be under our new revolutionary premises? Will we say the old statues were bad because they were not perfect, but the new replacements are perfect despite being a tad bad in places? Will we dedicate more memorials to Martin Luther King Jr., the great advocate of the civil-rights movement, or do we focus instead on his plagiarism, his often poor treatment of women, and his reckless promiscuity? Gandhi is gone, but who replaces him, Subhas Chandra Bose? Will Princeton rename their school of diplomacy in honor of the martyred Malcom X, slain by the black nationalist Nation of Islam? Malcom may now become ubiquitous, but he said things about white people that would have made what Wilson said about black people look tame. Puritanical cultural revolutionaries are always a minority of society. But whether they win or lose — that is, whether they end up as Bolsheviks or Jacobins — hinges on how successfully they terrify the masses into submission, and how quickly they can do that before repulsion grows over their absurd violence and silly rhetoric. When the backlash comes, as it must when mobs destroy statues at night, loot, burn, and obliterate what Mao called the “four olds” of a culture revolution — Old Customs, Old Culture, Old Habits, and Old Ideas — it may not be pretty. We can see its contours already: Asian Americans further discriminated against to allow for new university mandates jettisoning SAT scores and GPAs, while schools set new larger percentages of African-American admissions and transform their entire diversity industry into a black-advocacy enterprise; virtue-signaling and now hard-left white CEOs and college presidents and provosts asked to step down, to do their own small white-male part in yielding their prized jobs to someone more woke and less pink. Gun sales are at record levels. I supposed the revolutionaries never investigated the original idea of a police force and the concept of the government’s legal monopoly on violence? It was not just to protect the law-abiding from the criminal, but to protect the criminal from the outraged vigilante. Only police can stop blood feuds such as the ones we see in Chicago or like the medieval ones of Iceland’s Njáls saga, or the postbellum slaughtering of the Hatfields and McCoys. We are already seeing a counterrevolution — as the Left goes ballistic that anyone would appear on his lawn pointing a semiautomatic rifle to protect mere “brick and mortar.” Without a functioning police force, do we really believe that the stockbroker is going to walk home in the evening in New York City without a firearm, or that the suburbanite in Minneapolis in an expansive home will not have a semiautomatic rifle, or that the couple who drives to Los Angeles with the kids to visit Disneyland will not have a 9mm automatic in their car console? The Left has energized the Second Amendment in a way the NRA never could, and for the next decade, there will be more guns in pockets, cars, and homes than at any time in history. Do Nike, the NFL, and the NBA really believe that their fan clientele will buy into the Black Lives Matter special national anthem and BLM corporate logos on their uniforms? Publicly, perhaps their clients will say so, but at home and in private where fans have absolute control of the remotes or their Amazon accounts, probably not. (…) The BLM problem is that never in history has a radical cultural revolution at its outset declared itself both race-based and yet predicated on a small minority of the population, whose strategy was to shame and debase the majority that was sympathetic to the idea of relegating race to insignificance. If sowing the wind has been getting ugly, reaping the whirlwind will be more so. Victor Davis Hanson
A l’exemple de Saturne, la Révolution dévore ses enfants
En ces temps étranges …
Où après l’hystérie collective du virus chinois
Puis, le psychodrame des iconoclastes (y compris religieux) du Black Lives Matter …
Certains policiers noirs commencent à s’inquiéter du chaos laissé dans leurs quartiers par des manifestations Black Lives Matter où il y a plus de blancs que dans les forces de police en face d’elles …
Et des responsables noirs américains en sont à plaider, devant la recrudescence des violences, pour le retour de la police
Et à l’heure où après le départ fracassant, pour cause de pensée non conforme, d’une journaliste du New York Times …
Un autre de ses confrères progressistes se voit pousser dehors du New York magazine …
Comment ne pas repenser …
A la célèbre formule, au moment justement où la révolution française commençait à dévorer ses propres enfants, du journaliste et publiciste genevois Jacques Mallet du Pan  ?
Et comment ne pas en voir la meilleure métaphore …
Dans la fulfurance avec laquelle …
Un couple de stars du barreau de Saint Louis il y a deux semaines  …
Est passé pilori médiatique oblige …
Pour être descendus les armes à la main pieds nus dans leur jardin …
Dans la panique suscitée par un groupes de manifestants Black lives matter passant devant leurs portes…
De valeureux défenseurs des victimes en tous genres de la société américaine …
A meilleurs mais bien involontaires supports publicitaires de la NRA ?
Year Zero
Victor Davis Hanson
National Review
July 7, 2020Every cultural revolution starts at year zero, whether explicitly or implicitly. The French Revolution recalibrated the calendar to begin anew, and the genocidal Pol Pot declared his own Cambodian revolutionary ascension as the beginning of time.

Somewhere after May 25, 2020, the death of George Floyd, while in police custody, sparked demonstrations, protests, and riots. And they in turn ushered in a new revolutionary moment. Or at least we were told that — in part by Black Lives Matter, in part by Antifa, in part by terrified enablers in the corporate world, the new Democratic Party, the military, the universities, and the media.

What was uniquely different about this cultural revolution was how willing and quickly the entire progressive establishment — elected officials, celebrities, media, universities, foundations, retired military — was either on the side of the revolution or saw it as useful in aborting the Trump presidency, or was terrified it would be targeted and so wished to appease the Jacobins.

This reborn America was to end all of the old that had come before and supposedly pay penance for George Floyd’s death and, by symbolic extension, America’s inherent evil since 1619. As in all cultural revolutions, the protestors claimed at first at that they wanted only to erase supposedly reactionary elements: Confederate statues, movies such as Gone with the Wind, some hurtful cartoons, and a few cranky conservative professors and what not.

But soon such recalibration steam rolled, fueled by acquiescence, fright, and timidity. Drunk with ego and power, it moved on to attack almost anything connected with the past or present of the United States itself.

Soon statues of General Grant, and presidents including George Washington, Abraham Lincoln, and Andrew Jackson were either toppled or defaced. The message was that their crimes were being white and privileged — in the way that today’s white and privileged should meet a similar fate. Or, as the marchers, who tried to storm Beverly Hills, put it: “Eat the Rich.” They were met by tear gas, and not a single retired general double-downed on his outrage at law enforcement for using tear gas against civilians. Did the BLM idea of cannibalizing the billionaires include LeBron James, Beyoncé, Oprah Winfrey, and likely soon-to-be billionaire Barack Obama?

Name changing is always a barometer of a year-zero culture revolution that seeks to wipe out the past and, with it, anyone wedded to it. And so it was only a matter of time that the Woodrow Wilson Princeton School of Public and International Affairs was Trotskyized. Liberals cringed but kept silent, given that Wilson is still a hero for his support of the League of Nations, and his utopian efforts at Versailles, despite his characteristic progressive allegiance to pseudoscientific race-based genetics.

Rebranding

Any revolution that claims it will not tolerate commemoration of any century-old enemies must put its handwipes where its mouth is. And revolutionaries always follow the path of least resistance. So in our era, that means the mob has focused on the hollow men and women now serving as university presidents, corporate CEOs, sports-franchise owners and coaches, politicians, news anchors, and even in some cases retired high-ranking officers of the military.

It was easy wringing promises from these hierarchies to remove the trademark faces of Aunt Jemimah and Uncle Ben from popular food brands, and to win hundreds of new, costly diversity-coordinator billets, more mandatory race and gender indoctrination training, a “black” national anthem to be played at sporting events, and promises to BLM to rename military bases.

Indeed, in no time, these elites were volunteering to debase themselves. Dan Cathy, CEO of the Chick-fil-A fast-food restaurant chain, urged white people to shine the shoes of blacks in the manner that the disciples had washed the feet of Jesus — and indeed Dan Cathy sort of did just that when he polished the sneakers of rapper Lecrae. Such is the new bottom line of profits in corporate America.

Yet, the culture of erasure takes some time to reach all the eddies and pools of a huge society as variegated as America. Take the new reconstruction of the Civil War. In the old days before this May, the war was considered a catastrophic nemesis due a hubristic Confederacy. Yet, given that there were only 7 to 8 percent of the nation’s households in 1860 owning slaves, it should have been possible to end slavery without harvesting nearly 700,000 Americans.

But it was not, because — according to the traditional American tragic theme — millions of non-slave-owning white poor of the Confederacy fought tenaciously, and ultimately for a plantation culture that had marginalized them. Their rationale was that their sacred soil and homes were “invaded” by “Yankees” in a war of “Northern aggression.”

Liberal Hollywood bought into this tragic notion of misguided but somewhat honorable losers who had headed westward, penniless in defeat, after the war. Most Westerns of the 1950s — John Ford’s The Searchers or George Stevens’s Shane — saw Confederate pedigrees of a losing and disreputable cause as central to the outsider’s creed of the gunfighter. These Confederate vets were dead-enders useful in ridding a fragile civilization on the frontier of its demons, but too volatile to live within it during the peaceful aftermath when gunplay was no longer needed.

The 1960s saw Southern rural folk culture as a sort of hippie alternative to the dominant wealth and suburbanism of the mainstream.

And all that is supposedly over now?

Could Ry Cooder sing “I’m a Good Old Rebel” for a movie like The Long Riders, exploring the contradictions of ex-Confederate thugs like the James boys and the Youngers?

Would anyone play the Band’s “The Night They Drove Old Dixie Down,” or even the version of it by leftist Joan Baez?

Could Ken Burns now still make The Civil War, 30 years after its original release, with a folksy Shelby Foote contextualizing the Confederate defeat as thousands of brave men dying for a tragic cause beneath them? Would a liberal Southerner like the late Jody Powell still dare to voice the words of Stonewall Jackson or Horton Foote or Jefferson Davis? In our more enlightened revolutionary times, were all these players useful idiots in the cause of racism?

Are there now three Americas? One of white guilt and penance, one of black anger and victimization, and another seething in silence as they see their 244 years of history written off as something worse than the pasts of Somalia, Peru, Iran, or Serbia.

There are now two realities — beyond two national anthems, beyond black and white dorms, black and white segregated safe spaces on campus, and beyond now segregated black and white history, language, philosophy, and science and math.

For blatantly racist diatribes dug up from the past, there is one standard of contextualization for 1619 architect Nikole Hannah-Jones and the creators of Black Lives Matter, and another that forces silly entertainers like late-night host Jimmy Kimmel to go into exile? In the new America, skin color adjudicates whether one can with impunity be openly racist — as it used to be before the civil-rights movement, whose values and methods the Left purportedly seeks to embrace and resurrect.

If so, then we know from history the script that now follows.

In the exhilaration of exercising power ruthlessly and unchecked, the cultural revolutionists soon turn on their own: poor Trump-hating Dan Abrams losing his cop reality show, the two liberal trial lawyers armed on their mansion lawn in St. Louis terrified of the mob entering their gated estate community, bewildered CHOP activists wondering where the police were once mayhem and death were among them, the inner city of Chicago or New York in the age of police drawbacks wondering how high the daily murder rate will climb once shooters fathom that there are no police, and inner-city communities furious that the ER is too crowded with shooting victims to properly treat COVID-19 arrivals.

Do we now really expect that the Wilson Center in Washington will be cancelled, the Washington Monument cut down to size, and Princeton, Yale, and Stanford renamed?

The logic of the revolution says yes, but the liberal appeasers of it are growing uneasy. They are realizing that their own elite status and referents are now in the crosshairs. And so they are on the verge of becoming Thermidors.

And what will the new icons be under our new revolutionary premises?

Will we say the old statues were bad because they were not perfect, but the new replacements are perfect despite being a tad bad in places? Will we dedicate more memorials to Martin Luther King Jr., the great advocate of the civil-rights movement, or do we focus instead on his plagiarism, his often poor treatment of women, and his reckless promiscuity? Gandhi is gone, but who replaces him, Subhas Chandra Bose? Will Princeton rename their school of diplomacy in honor of the martyred Malcom X, slain by the black nationalist Nation of Islam? Malcom may now become ubiquitous, but he said things about white people that would have made what Wilson said about black people look tame.

Puritanical cultural revolutionaries are always a minority of society. But whether they win or lose — that is, whether they end up as Bolsheviks or Jacobins — hinges on how successfully they terrify the masses into submission, and how quickly they can do that before repulsion grows over their absurd violence and silly rhetoric.

When the backlash comes, as it must when mobs destroy statues at night, loot, burn, and obliterate what Mao called the “four olds” of a culture revolution — Old Customs, Old Culture, Old Habits, and Old Ideas — it may not be pretty.

We can see its contours already: Asian Americans further discriminated against to allow for new university mandates jettisoning SAT scores and GPAs, while schools set new larger percentages of African-American admissions and transform their entire diversity industry into a black-advocacy enterprise; virtue-signaling and now hard-left white CEOs and college presidents and provosts asked to step down, to do their own small white-male part in yielding their prized jobs to someone more woke and less pink.

Gun sales are at record levels. I supposed the revolutionaries never investigated the original idea of a police force and the concept of the government’s legal monopoly on violence? It was not just to protect the law-abiding from the criminal, but to protect the criminal from the outraged vigilante.

Only police can stop blood feuds such as the ones we see in Chicago or like the medieval ones of Iceland’s Njáls saga, or the postbellum slaughtering of the Hatfields and McCoys. We are already seeing a counterrevolution — as the Left goes ballistic that anyone would appear on his lawn pointing a semiautomatic rifle to protect mere “brick and mortar.”

Without a functioning police force, do we really believe that the stockbroker is going to walk home in the evening in New York City without a firearm, or that the suburbanite in Minneapolis in an expansive home will not have a semiautomatic rifle, or that the couple who drives to Los Angeles with the kids to visit Disneyland will not have a 9mm automatic in their car console? The Left has energized the Second Amendment in a way the NRA never could, and for the next decade, there will be more guns in pockets, cars, and homes than at any time in history.

Do Nike, the NFL, and the NBA really believe that their fan clientele will buy into the Black Lives Matter special national anthem and BLM corporate logos on their uniforms? Publicly, perhaps their clients will say so, but at home and in private where fans have absolute control of the remotes or their Amazon accounts, probably not.

The counterrevolution will be easy to spot. Suddenly a left-wing institution will refuse to change its name. Gone with the Wind will insidiously reappear on the schedule of TBN classic movies. Statue topplers all of a sudden will be scouted out and arrested and have felonies on their record — and no one will complain.

NFL’s attendance will crater. Joe Biden will begin cataloguing both good and bad statues, and correct and incorrect name changing, and by October he will be saying, “One the one hand . . . on the other hand . . . ”

Segregation will doom this revolution. It is the worst poison in a multiracial society. Yet it is the signature issue of Black Lives Matter — everything from separate safe spaces and theme houses based on skin color in universities to specials fees and rules for non-blacks. The popular forces of integration, assimilation, and intermarriage will not be harnessed by racial-separatist czars, asking for DNA pedigrees as they sleuth for microaggressions and implicit biases.

The BLM problem is that never in history has a radical cultural revolution at its outset declared itself both race-based and yet predicated on a small minority of the population, whose strategy was to shame and debase the majority that was sympathetic to the idea of relegating race to insignificance. 

If sowing the wind has been getting ugly, reaping the whirlwind will be more so.

Voir aussi:

Vidéo : un riche couple d’Américains sort lourdement armé pour défendre sa propriété contre des manifestants

La scène est à peine croyable. Des manifestants américains du mouvement «Black lives matter» se rendant devant le domicile de la maire de Saint Louis, Lyda Krewson, pour exiger sa démission, ont été menacés dimanche par un couple d’avocats, lourdement armés, alors qu’ils passaient devant leur villa.

Mark et Patricia McCloskey ont ainsi été filmés pointant leurs armes en direction des 300 personnes marchant devant eux. Lui tenait un fusil de type AR-15, quand sa femme préférait brandir une arme de poing. NBC News rapporte que les portails de plusieurs propriétés du quartier ont été détériorés. Ironie de l’histoire, le couple en question a fait de la défense des victimes de dommages corporels sa spécialité.

Le président Trump a retweeté une vidéo de l’incident, sans le commenter. La scène a, faut-il s’en douter, choqué un nombre important d’internautes. D’autres y ont vu l’occasion de lancer des parodies.

Voir également:

Médias.

Démission au “New York Times” : “Ils me traitent de nazie et de raciste”

Courrier international

Décrivant un environnement de travail “intolérant” et fustigeant une certaine bien-pensance qui confine à l’“autocensure”, Bari Weiss, une journaliste chargée de faire vivre la diversité des opinions dans les colonnes du prestigieux quotidien américain, a présenté sa démission.

Sa lettre de démission est adressée à Arthur Gregg Sulzberger, directeur de la publication du New York Times. Dans ce texte publié sur son site personnel, Bari Weiss explique les raisons de son départ du quotidien de centre gauche.

Auteure et éditrice des pages Opinion du journal depuis 2017, la journaliste rappelle avoir été embauchée “dans le but de faire venir au journal les voix qui n’apparaîtraient pas dans ses pages autrement : […] les centristes, les conservateurs et ceux qui ne se sentent pas chez eux au New York Times. La raison de ce recrutement était claire : le journal n’avait pas anticipé le résultat de l’élection présidentielle de 2016, ce qui montrait qu’il n’avait pas une bonne compréhension du pays qu’il couvre.”

Pourtant, écrit Bari Weiss, le journal “n’a pas tiré les enseignements qui auraient dû suivre le scrutin”.

Mes incursions dans la pensée non orthodoxe ont fait de moi l’objet d’un harcèlement constant de la part de mes collègues qui ne partagent pas mes opinions. Ils me traitent de nazie et de raciste […]. Mon travail et ma personne sont ouvertement dénigrés sur les chaînes Slack [outil de communication interne] de la société […]. Certains collaborateurs y soutiennent qu’il faut se débarrasser de moi si le journal veut être véritablement ‘inclusif’ et d’autres postent l’émoji de la hache [‘ax’ signifie à la fois ‘hache’ et ‘virer’] à côté de mon nom.”

Dans un article écrit par le spécialiste média du quotidien américain, le New York Times indique que “Mme Weiss […] est connue pour sa tendance à remettre en question certains aspects des mouvements pour la justice sociale qui se développent depuis quelques années”. Ainsi, le mois dernier, la journaliste de 36 ans avait critiqué l’émoi d’une partie de sa rédaction après la publication d’une tribune d’un sénateur républicain demandant une intervention militaire pour “rétablir l’ordre” face aux manifestations du mouvement Black Lives Matter.

Dans la foulée, Bari Weiss décrivait sur Twitter la “guerre civile” qui ferait rage au sein de la rédaction du NYT et d’autres médias américains entre la “‘Nouvelle Garde’ – des gens en général jeunes qui sont attachés à la justice sociale – et la ‘Vieille Garde’ – les progressistes qui ont en général plus de 40 ans”. “Nombre de membres de la rédaction ont protesté sur Twitter et déclaré que c’était faux ou que cela ne représentait pas leurs positions”, commente l’article du New York Times.

“Twitter ne figure pas sur la une du New York Times, mais il en est devenu le rédacteur en chef ultime”, poursuit Bari Weiss dans sa lettre, regrettant les extrêmes précautions que prendrait l’équipe du quotidien pour ne pas froisser ses lecteurs les plus “éveillés”. Sur un ton railleur, elle interroge :

Pourquoi proposer quelque chose de difficile à avaler pour nos lecteurs, ou écrire quelque chose d’audacieux pour finir par passer par le processus abrutissant de le rendre idéologiquement acceptable, alors que nous pouvons assurer notre emploi (et des clics) en publiant une 4 000e tribune avançant que Donald Trump constitue un danger pour le pays et pour le monde ? L’autocensure est ainsi devenue la norme.”

“Nous remercions Bari pour les nombreuses contributions qu’elle a apportées à la rubrique Opinion. Je suis personnellement déterminée à ce que le New York Times continue à publier des voix, des vécus et des points de vue venant de tout l’échiquier politique dans la page Opinion”, a réagi Kathleen Kingsbury, responsable de cette rubrique.

Voir de même:

« L’Amérique vit un nouveau Moyen Âge, avec son oligarchie, ses clercs et son dogme »

GRAND ENTRETIEN – Notre monde est entré «dans un nouveau Moyen Âge» version high-tech, marqué par un accroissement inquiétant des inégalités, avertit le géographe Joel Kotkin.

Laure Mandeville
Le Figaro
16 juillet 2020

«Le Meilleur des mondes» décrit par Aldous Huxley serait-il en train de pointer le nez sur les côtes de Californie et de gagner l’Amérique? Dans son nouveau livre, L’Avènement du néo-féodalisme, le géographe américain Joel Kotkin, cousin californien du géographe français Christophe Guilluy, qui scrute depuis des années avec inquiétude la destruction des classes moyennes à la faveur de la délocalisation et de la financiarisation de l’économie, s’interroge sur la «tyrannie» que dessine l’émergence d’une oligarchie ultra-puissante et contrôlant une technologie envahissante.

Joel Kotkin décrit l’alliance de l’oligarchie de la Silicon Valley, composée de quelques milliardaires passionnés de transhumanisme, et persuadés que la technologie est la réponse à tous les problèmes, avec une classe intellectuelle de «clercs» qui se comporte comme un «nouveau clergé» et instaure de nouveaux dogmes – sur la globalisation, le genre, «le privilège blanc» – avec une ferveur toute religieuse. Il devient dangereux d’exprimer ses désaccords, regrette cet ancien social-démocrate, qui explique ne plus avoir sa place à gauche. Une situation d’intolérance que le départ fracassant de la journaliste Bari Weiss du New York Times , forcée de quitter le navire sous la pression de pairs devenus «censeurs», vient d’illustrer avec éloquence.

LE FIGARO. – Vous publiez L’Avènement du néo-féodalisme*, un ouvrage qui décrit l’émergence en Amérique, et plus encore en Chine, en Europe et même au Japon, d’un système caractérisé par une concentration de plus en plus inégalitaire de la richesse et du pouvoir entre les mains d’une petite minorité de «seigneurs» de la tech et de la finance. Retournons-nous vraiment au Moyen Âge version high-tech ?

Joel KOTKIN. – Nous vivons effectivement une époque qui rappelle le Moyen Âge avec son oligarchie, ses clercs et son dogme. Une sorte d’aristocratie de la tech a émergé et a fait alliance avec la classe intellectuelle, pour mettre en place une nouvelle vision de la société, qui a pour ambition de remplacer les valeurs plus traditionnelles portées depuis l’après-guerre par la classe moyenne. Tout l’enjeu futur de la politique est de savoir si «le tiers état» d’aujourd’hui – les classes moyennes paupérisées et les classes populaires – se soumettra à leur contrôle. Nous sommes entrés dans le paradigme d’une oligarchie concentrant la richesse nationale à un point jamais atteint à l’époque contemporaine. Cinq compagnies détiennent l’essentiel de la richesse nationale en Amérique! Une poignée de patrons de la tech et «leurs chiens de garde» de la finance, contrôlent chacun des fortunes de dizaines de milliards de dollars en moyenne et ils ont à peine 40 ans, ce qui veut dire que nous allons devoir vivre avec eux et leur influence pour tout le reste de nos vies!

La globalisation et la financiarisation ont été des facteurs majeurs de cette concentration effrénée de la richesse. La délocalisation de l’industrie vers la Chine a coûté 1,5 million d’emplois manufacturiers au Royaume-Uni, et 3,4 millions à l’Amérique. Les PME, les entreprises familiales, l’artisanat, ont été massivement détruits, débouchant sur une paupérisation des classes moyennes, qui étaient le cœur du modèle capitaliste libéral américain. La crise du coronavirus a accéléré la tendance. Les compagnies de la tech sortent grandes gagnantes de l’épreuve. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient juste d’annoncer que sa capitalisation a progressé de 30 milliards de dollars alors que les petites compagnies se noient! Les inégalités de classe ne font que s’accélérer, avec une élite intellectuelle et managériale qui s’en sort très bien – les fameux clercs qui peuvent travailler à distance – , et le reste de la classe moyenne qui s’appauvrit. Les classes populaires, elles, ont subi le virus de plein fouet, ont bien plus de risques de l’attraper, ont souffert du confinement dans leurs petits appartements, et ont pour beaucoup perdu leur travail. C’est un tableau très sombre qui émerge avec une caste de puissants ultra-étroite et de «nouveaux serfs», sans rien de substantiel entre les deux: 70 % des Américains estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux.

La destruction systématique de notre passé est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus

Vous écrivez que la Silicon Valley est une sorte de laboratoire futuriste de ce qui attend l’Amérique. Votre description ne donne pas envie…

La Silicon Valley, jadis une terre promise des self-made-men est devenue le visage de l’inégalité et des nouvelles forteresses industrielles. Les géants technologiques comme Google ou Facebook ont tué la culture des start-up née dans les garages californiens dans les années 1970 et qui a perduré jusque dans les années 1990, car ils siphonnent toute l’innovation. Je suis évidemment pour la défense de l’environnement, mais l’idéologie verte très radicale qui prévaut en Californie avantage aussi les grandes compagnies qui seules peuvent survivre aux régulations environnementales drastiques, alors que les PME n’y résistent pas ou s’en vont ailleurs. On sous-estime cet aspect socio-économique de la «transition écologique», qui exclut les classes populaires et explique par exemple vos «gilets jaunes», comme le raconte le géographe Christophe Guilluy. Vu la concentration de richesses, l’immobilier californien a atteint des prix records et les classes populaires ont été boutées hors de San Francisco, pourtant un bastion du «progressisme» politique. La ville, qui se veut l’avant-garde de l’antiracisme et abritait jadis une communauté afro-américaine très vivante, n’a pratiquement plus d’habitants noirs, à peine 5 %, un autre paradoxe du progressisme actuel.

Vous parlez d’alliance de cette oligarchie avec de nouveaux clercs, presque un nouveau «clergé», gardien des nouveaux «dogmes». Que voulez-vous dire?

Il y a un vrai parallèle entre la situation d’aujourd’hui et l’alliance de l’aristocratie et du clergé avant la Révolution française. Et cela vaut pour tous les pays occidentaux. Ces clercs rassemblent les élites intellectuelles d’aujourd’hui, qui sont presque toutes situées à gauche. Si je les nomme ainsi, c’est pour souligner le caractère presque religieux de l’orthodoxie qu’elles entendent imposer, comme jadis l’Église catholique. Au XIIIe siècle, à l’université de Paris, personne n’aurait osé douter de l’existence de Dieu. Aujourd’hui, personne n’ose contester sans risque les nouveaux dogmes, j’en sais quelque chose. Je suis pourtant loin d’être conservateur, je suis un social-démocrate de la vieille école, qui juge les inégalités de classe plus pertinentes que les questions d’identité, de genre, mais il n’y a plus de place pour des gens comme moi dans l’univers mental et politique de ces élites. Elles entendent remplacer les valeurs de la famille et de la liberté individuelle qui ont fait le succès de l’Amérique après-guerre et la prospérité de la classe moyenne, par un credo qui allie défense du globalisme, justice sociale (définie comme la défense des minorités raciales et sexuelles, NDLR), modèle de développement durable imposé par le haut et redéfinition des rôles familiaux. Elles affirment que le développement durable est plus important que la croissance qui permettait de sortir les classes populaires de la pauvreté. Ce point créera une vraie tension sociale. Ce qui est frappant, c’est l’uniformité de ce «clergé».

Parmi les journalistes, seulement 7 % se disent républicains. C’est la même chose, voire pire, dans les universités, le cinéma, la musique. On n’a plus le droit d’être en désaccord avec quoi que ce soit! Écrire que le problème de la communauté noire est plus un problème socio-économique que racial, est devenu risqué, et peut vous faire traiter de raciste! J’ai travaillé longtemps comme journaliste avant d’enseigner, et notamment pour le Washington Post, le Los Angeles Times et d’autres… Il arrive que j’y trouve encore de très bons papiers, mais dans l’ensemble, je ne peux plus les lire tellement ils sont biaisés sur les sujets liés à la question raciale, à Trump ou à la politique! Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, que je juge toxique, mais la haine qu’il suscite va trop loin. On voit se développer un journalisme d’opinion penchant à gauche, qui mène à ce que la Rand Corporation (une institution de recherche prestigieuse, fondée initialement pour les besoins de l’armée américaine, NDLR) qualifie de «décomposition de la vérité».

Je dois dire avoir aussi été très choqué par le «projet 1619» (ce projet affirme que l’origine de l’Amérique n’est pas 1776 et la proclamation de l’Indépendance, mais 1619 avec l’arrivée de bateaux d’esclaves sur les côtes américaines, NDLR), lancé par le New York Times, qui veut démontrer que toute l’histoire américaine est celle d’un pays raciste. Oui l’esclavage a été une chose horrible, mais les succès et progrès américains ne peuvent être niés au nom des crimes commis. Je n’ai rien contre le fait de déboulonner les généraux confédérés, qui ont combattu pour le Sud esclavagiste. Mais vouloir déboulonner le général Ulysse Grant, grand vainqueur des confédérés, ou encore George Washington, est absurde. La destruction systématique de notre passé, et du sens de ce qui nous tient ensemble, est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus.

Vous soulignez le danger particulier de l’alliance de l’oligarchie de la tech et des élites, en raison du rôle croissant de la technologie…

Je crois que c’est Huxley qui dans Le Meilleur des mondes, affirme qu’une tyrannie appuyée sur la technologie ne peut être défaite. La puissance des oligarchies et des élites culturelles actuelles est renforcée par le rôle croissant de la technologie, qui augmente le degré de contrôle de ce que nous pensons, lisons, écoutons… Quand internet est apparu, il a suscité un immense espoir. On pensait qu’il ouvrirait une ère de liberté fertile pour les idées, mais c’est au contraire devenu un instrument de contrôle de l’information et de la pensée! Même si les blogs qui prolifèrent confèrent une apparence de démocratie et de diversité, la réalité actuelle c’est quelques compagnies basées dans la Silicon Valley qui exercent un contrôle de plus en plus lourd sur le flux d’informations. Près des deux tiers des jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. De plus, Google, Facebook, Amazon sont en train de racheter les restes des médias traditionnels qu’ils n’ont pas tués. Ils contrôlent les studios de production de films, YouTube… Henry Ford et Andrew Carnegie n’étaient pas des gentils, mais ils ne vous disaient pas ce que vous deviez penser.

Trump va avoir du mal à gagner. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles

Et que pensent ces nouveaux oligarques du XXIe siècle?

Ils sont persuadés que tous les problèmes ont une réponse technologique. Ce sont des techniciens brillants, grands adeptes du transhumanisme, peu préoccupés par la baisse de la natalité ou la question de la mobilité sociale, et bien plus déconnectés des classes populaires que les patrons d’entreprises sidérurgiques d’antan. Leur niveau d’ignorance sur le plan historique ou littéraire est abyssal, et en ce sens, ils sont sans doute plus effrayants encore que l’aristocratie d’Ancien Régime. De plus, se concentrer sur les sujets symboliques comme le genre, les transgenres, le changement climatique, leur permet d’évacuer les sujets de «classe», qui pourraient menacer leur pouvoir.

Que pensez-vous de la bataille entre Zuckerberg, qui a refusé de bannir les tweets de Trump, et les autres grands patrons de la tech, qui veulent bannir «les mauvaises pensées»?

Je pense que Zuckerberg a eu raison et qu’il a du courage, mais il semble être poussé à adopter un rôle de censeur. Un auteur que je connais, environnementaliste dissident, vient de voir sa page Facebook supprimée. C’est une tendance dangereuse, car laisser à quelques groupes privés le pouvoir de contrôler l’information, ouvre la voie à la tyrannie. Cela me ramène au thème central de ce livre qui se veut un manifeste en faveur de la classe moyenne, menacée de destruction après avoir été le pilier de nos démocraties. La démocratie est fondamentalement liée à la dispersion de la propriété privée. C’est pour cela que j’ai toujours eu de l’admiration pour les Pays-Bas, pays qui a toujours créé de la terre, en gagnant sur la mer, et a donc toujours assuré la croissance de sa classe moyenne. Quand cela cesse et que la richesse se concentre entre quelques mains, on revient à un contrôle de la société par le haut, qu’il soit établi par des régimes de droite ou de gauche.

Face à cette réalité, Trump et la rébellion anti-élites qui le porte pourraient-ils gagner à nouveau?

Trump est un idiot et un type détestable, qui, je l’espère, sera désavoué, car il suscite beaucoup de tensions négatives. Mais je n’ai jamais vu un président traité comme il l’a été. La volonté de le destituer était déjà envisagée avant même qu’il ait mis un pied à la Maison-Blanche! Je pense aussi que la presse n’est pas honnête à son sujet. Prenons par exemple son discours au mont Rushmore, l’un des meilleurs qu’il ait faits, et dans lequel il tente de réconcilier un soutien au besoin de justice raciale, et la défense du patrimoine américain. Il y a cité beaucoup de personnages importants comme Frederick Douglass ou Harriet Tubman, mais la presse n’en a pas moins rapporté qu’il s’agissait d’un discours raciste, destiné à rallier les suprémacistes blancs! On l’accuse de tyrannie, mais la plus grande tyrannie qui nous menace est l’alliance des oligarques et des clercs. Le seul avantage de Trump, c’est d’être un contre-pouvoir face à eux. Malheureusement, cela ne signifie pas qu’il ait une vision cohérente. Surtout, il divise terriblement le pays, or nous avons besoin d’une forme d’unité minimale.

Je dirais à ce stade que Trump va avoir du mal à gagner – j’évalue ses chances à une sur trois. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles. Si les démocrates l’emportent, ma prédiction est qu’ils en feront trop, et qu’une nouvelle rébellion, qui nous fera regretter Trump, surgira en boomerang. À moins qu’une nouvelle génération de jeunes conservateurs – comme Josh Hawley, JD Vance ou Marco Rubio – capables de défendre les classes populaires tout en faisant obstacle à la révolution culturelle de la gauche, ne finisse par émerger. J’aimerais aussi voir un mouvement remettant vraiment le social à l’honneur se dessiner à gauche, mais je n’y crois pas trop, vu l’obsession de l’identité… Ce qui est sûr, c’est que l’esprit de 2016 et des «gilets jaunes» ne va pas disparaître. Regardez ce qui s’est passé en Australie: on pensait que les travaillistes gagneraient, mais ce sont les populistes qui ont raflé la mise, parce que la gauche verte était devenue tellement anti-industrielle, que les classes populaires l’ont désertée!

* The Coming of Neo-Feudalism: A Warning to the Global Middle Class, Joel Kotkin, Hardcover, 288 p., $20,65.

Voir de plus:

Dear A.G.,

It is with sadness that I write to tell you that I am resigning from The New York Times.

I joined the paper with gratitude and optimism three years ago. I was hired with the goal of bringing in voices that would not otherwise appear in your pages: first-time writers, centrists, conservatives and others who would not naturally think of The Times as their home. The reason for this effort was clear: The paper’s failure to anticipate the outcome of the 2016 election meant that it didn’t have a firm grasp of the country it covers. Dean Baquet and others have admitted as much on various occasions. The priority in Opinion was to help redress that critical shortcoming.

I was honored to be part of that effort, led by James Bennet. I am proud of my work as a writer and as an editor. Among those I helped bring to our pages: the Venezuelan dissident Wuilly Arteaga; the Iranian chess champion Dorsa Derakhshani; and the Hong Kong Christian democrat Derek Lam. Also: Ayaan Hirsi Ali, Masih Alinejad, Zaina Arafat, Elna Baker, Rachael Denhollander, Matti Friedman, Nick Gillespie, Heather Heying, Randall Kennedy, Julius Krein, Monica Lewinsky, Glenn Loury, Jesse Singal, Ali Soufan, Chloe Valdary, Thomas Chatterton Williams, Wesley Yang, and many others.

But the lessons that ought to have followed the election—lessons about the importance of understanding other Americans, the necessity of resisting tribalism, and the centrality of the free exchange of ideas to a democratic society—have not been learned. Instead, a new consensus has emerged in the press, but perhaps especially at this paper: that truth isn’t a process of collective discovery, but an orthodoxy already known to an enlightened few whose job is to inform everyone else.

Twitter is not on the masthead of The New York Times. But Twitter has become its ultimate editor. As the ethics and mores of that platform have become those of the paper, the paper itself has increasingly become a kind of performance space. Stories are chosen and told in a way to satisfy the narrowest of audiences, rather than to allow a curious public to read about the world and then draw their own conclusions. I was always taught that journalists were charged with writing the first rough draft of history. Now, history itself is one more ephemeral thing molded to fit the needs of a predetermined narrative.

My own forays into Wrongthink have made me the subject of constant bullying by colleagues who disagree with my views. They have called me a Nazi and a racist; I have learned to brush off comments about how I’m “writing about the Jews again.” Several colleagues perceived to be friendly with me were badgered by coworkers. My work and my character are openly demeaned on company-wide Slack channels where masthead editors regularly weigh in. There, some coworkers insist I need to be rooted out if this company is to be a truly “inclusive” one, while others post ax emojis next to my name. Still other New York Times employees publicly smear me as a liar and a bigot on Twitter with no fear that harassing me will be met with appropriate action. They never are.

There are terms for all of this: unlawful discrimination, hostile work environment, and constructive discharge. I’m no legal expert. But I know that this is wrong.

I do not understand how you have allowed this kind of behavior to go on inside your company in full view of the paper’s entire staff and the public. And I certainly can’t square how you and other Times leaders have stood by while simultaneously praising me in private for my courage. Showing up for work as a centrist at an American newspaper should not require bravery.

Part of me wishes I could say that my experience was unique. But the truth is that intellectual curiosity—let alone risk-taking—is now a liability at The Times. Why edit something challenging to our readers, or write something bold only to go through the numbing process of making it ideologically kosher, when we can assure ourselves of job security (and clicks) by publishing our 4000th op-ed arguing that Donald Trump is a unique danger to the country and the world? And so self-censorship has become the norm.

What rules that remain at The Times are applied with extreme selectivity. If a person’s ideology is in keeping with the new orthodoxy, they and their work remain unscrutinized. Everyone else lives in fear of the digital thunderdome. Online venom is excused so long as it is directed at the proper targets.

Op-eds that would have easily been published just two years ago would now get an editor or a writer in serious trouble, if not fired. If a piece is perceived as likely to inspire backlash internally or on social media, the editor or writer avoids pitching it. If she feels strongly enough to suggest it, she is quickly steered to safer ground. And if, every now and then, she succeeds in getting a piece published that does not explicitly promote progressive causes, it happens only after every line is carefully massaged, negotiated and caveated.

It took the paper two days and two jobs to say that the Tom Cotton op-ed “fell short of our standards.” We attached an editor’s note on a travel story about Jaffa shortly after it was published because it “failed to touch on important aspects of Jaffa’s makeup and its history.” But there is still none appended to Cheryl Strayed’s fawning interview with the writer Alice Walker, a proud anti-Semite who believes in lizard Illuminati.

The paper of record is, more and more, the record of those living in a distant galaxy, one whose concerns are profoundly removed from the lives of most people. This is a galaxy in which, to choose just a few recent examples, the Soviet space program is lauded for its “diversity”; the doxxing of teenagers in the name of justice is condoned; and the worst caste systems in human history includes the United States alongside Nazi Germany.

Even now, I am confident that most people at The Times do not hold these views. Yet they are cowed by those who do. Why? Perhaps because they believe the ultimate goal is righteous. Perhaps because they believe that they will be granted protection if they nod along as the coin of our realm—language—is degraded in service to an ever-shifting laundry list of right causes. Perhaps because there are millions of unemployed people in this country and they feel lucky to have a job in a contracting industry.

Or perhaps it is because they know that, nowadays, standing up for principle at the paper does not win plaudits. It puts a target on your back. Too wise to post on Slack, they write to me privately about the “new McCarthyism” that has taken root at the paper of record.

All this bodes ill, especially for independent-minded young writers and editors paying close attention to what they’ll have to do to advance in their careers. Rule One: Speak your mind at your own peril. Rule Two: Never risk commissioning a story that goes against the narrative. Rule Three: Never believe an editor or publisher who urges you to go against the grain. Eventually, the publisher will cave to the mob, the editor will get fired or reassigned, and you’ll be hung out to dry.

For these young writers and editors, there is one consolation. As places like The Times and other once-great journalistic institutions betray their standards and lose sight of their principles, Americans still hunger for news that is accurate, opinions that are vital, and debate that is sincere. I hear from these people every day. “An independent press is not a liberal ideal or a progressive ideal or a democratic ideal. It’s an American ideal,” you said a few years ago. I couldn’t agree more. America is a great country that deserves a great newspaper.

None of this means that some of the most talented journalists in the world don’t still labor for this newspaper. They do, which is what makes the illiberal environment especially heartbreaking. I will be, as ever, a dedicated reader of their work. But I can no longer do the work that you brought me here to do—the work that Adolph Ochs described in that famous 1896 statement: “to make of the columns of The New York Times a forum for the consideration of all questions of public importance, and to that end to invite intelligent discussion from all shades of opinion.”

Ochs’s idea is one of the best I’ve encountered. And I’ve always comforted myself with the notion that the best ideas win out. But ideas cannot win on their own. They need a voice. They need a hearing. Above all, they must be backed by people willing to live by them.

Sincerely,

Bari

Voir encore:

The Intelligencer
July 17, 2020

The good news is that my last column in this space is not about “cancel culture.” Well, almost. I agree with some of the critics that it’s a little nuts to say I’ve just been “canceled,” sent into oblivion and exile for some alleged sin. I haven’t. I’m just no longer going to be writing for a magazine that has every right to hire and fire anyone it wants when it comes to the content of what it wants to publish.

The quality of my work does not appear to be the problem. I have a long essay in the coming print magazine on how plagues change societies, after all. I have written some of the most widely read essays in the history of the magazine, and my column has been popular with readers. And I have no complaints about my interaction with the wonderful editors and fact-checkers here — and, in fact, am deeply grateful for their extraordinary talent, skill, and compassion. I’ve been in the office maybe a handful of times over four years, and so there’s no question of anyone mistreating me or vice versa. In fact, I’ve been proud and happy to be a part of this venture.

What has happened, I think, is relatively simple: A critical mass of the staff and management at New York Magazine and Vox Media no longer want to associate with me, and, in a time of ever tightening budgets, I’m a luxury item they don’t want to afford. And that’s entirely their prerogative. They seem to believe, and this is increasingly the orthodoxy in mainstream media, that any writer not actively committed to critical theory in questions of race, gender, sexual orientation, and gender identity is actively, physically harming co-workers merely by existing in the same virtual space. Actually attacking, and even mocking, critical theory’s ideas and methods, as I have done continually in this space, is therefore out of sync with the values of Vox Media. That, to the best of my understanding, is why I’m out of here.

Two years ago, I wrote that we all live on campus now. That is an understatement. In academia, a tiny fraction of professors and administrators have not yet bent the knee to the woke program — and those few left are being purged. The latest study of Harvard University faculty, for example, finds that only 1.46 percent call themselves conservative. But that’s probably higher than the proportion of journalists who call themselves conservative at the New York Times or CNN or New York Magazine. And maybe it’s worth pointing out that “conservative” in my case means that I have passionately opposed Donald J. Trump and pioneered marriage equality, that I support legalized drugs, criminal-justice reform, more redistribution of wealth, aggressive action against climate change, police reform, a realist foreign policy, and laws to protect transgender people from discrimination. I was one of the first journalists in established media to come out. I was a major and early supporter of Barack Obama. I intend to vote for Biden in November.

It seems to me that if this conservatism is so foul that many of my peers are embarrassed to be working at the same magazine, then I have no idea what version of conservatism could ever be tolerated. And that’s fine. We have freedom of association in this country, and if the mainstream media want to cut ties with even moderate anti-Trump conservatives, because they won’t bend the knee to critical theory’s version of reality, that’s their prerogative. It may even win them more readers, at least temporarily. But this is less of a systemic problem than in the past, because the web has massively eroded the power of gatekeepers to suppress and control speech. I was among the first to recognize this potential for individual freedom of speech, and helped pioneer individual online media, specifically blogging, 20 years ago.

And this is where I’m now headed.

Since I closed down the Dish, my bloggy website, five years ago, after 15 years of daily blogging, I have not missed the insane work hours that all but broke my health. But here’s what I do truly and deeply miss: writing freely without being in a defensive crouch; airing tough, smart dissent and engaging with readers in a substantive way that avoids Twitter madness; a truly free intellectual space where anything, yes anything, can be debated without personal abuse or questioning of motives; and where readers can force me to change my mind (or not) by sheer logic or personal testimony.

I miss a readership that truly was eclectic — left, liberal, centrist, right, reactionary — and that loved to be challenged by me and by each other. I miss just the sheer fun that used to be a part of being a hack before all these dreadfully earnest, humor-free puritans took over the press: jokes, window views, silly videos, contests, puns, rickrolls, and so on. The most popular feature we ever ran was completely apolitical — The View From Your Window contest. It was as simple and humanizing as the current web is so fraught and dehumanizing. And in this era of COVID-19 isolation and despair, the need for a humane, tolerant, yet provocative and interesting, community is more urgent than ever.

So, yeah, after being prodded for years by Dishheads, I’m going to bring back the Dish.

I’ve long tried to figure out a way to have this kind of lively community without endangering my health and sanity. Which is why the Weekly Dish, which launches now, is where I’ve landed. The Weekly Dish will be hosted by Substack, a fantastic company that hosts an increasingly impressive number of individual free thinkers, like Jesse Singal and Matt Taibbi. There is a growing federation of independent thinkers and writers not subject to mainstream media’s increasingly narrow range of acceptable thought.

The initial basic formula — which, as with all things Dish, will no doubt evolve — is the following: this three-part column, with perhaps a couple of added short posts or features (I probably won’t be able to resist); a serious dissent section, where I can air real disagreement with my column, and engage with it constructively and civilly; a podcast, which I’ve long wanted to do, but never found a way to fit in; and yes, reader window views again, and the return of The View From Your Window contest. I’m able to do all this because Chris Bodenner, the guru of the Dish in-box and master of the Window View contest, is coming back to join me. He’ll select the dissents, as he long did, in ways that will put me on the spot.

Some have said that this good-faith engagement with lefty and liberal readers made me a better writer and thinker. And I think they’re right. Twitter has been bad for me; it’s just impossible to respond with the same care and nuance that I was able to at the Dish. And if we want to defend what’s left of liberal democracy, it’s not enough to expose and criticize the current model. We just need to model and practice liberal democracy better.

And that’s my larger hope and ambition. If the mainstream media will not host a diversity of opinion, or puts the “moral clarity” of some self-appointed saints before the goal of objectivity in reporting, if it treats writers as mere avatars for their race and gender or gender identity, rather than as unique individuals whose identity is largely irrelevant, then the nonmainstream needs to pick up the slack. What I hope to do at the Weekly Dish is to champion those younger writers who are increasingly shut out of the Establishment, to promote their blogs, articles, and podcasts, to link to them, and encourage them. I want to show them that they have a future in the American discourse. Instead of merely diagnosing the problem of illiberalism, I want to try to be part of the solution.

I’ll still probably piss you off, on a regular basis. “If liberty means anything at all it means the right to tell people what they do not want to hear,” as my journalistic mentor George Orwell put it. But I’ll also be directly accountable, and open to arguments that I, too, don’t want to hear but need to engage. And I hope to find readers who are fine with being pissed off — if it prompts them to reevaluate ideas.

If you believe in that vision or are simply interested in engaging a variety of ideas in a free-wheeling debate, then please join us. Those of you who were loyal Dishheads receive this column every Friday in an email, and you will get the same email next week directing you to the new Weekly Dish. If you are not on that list, or have not received an email lately, or have gotten to know me from my work at New York alone, you can add your name by clicking here.

The Weekly Dish will be free for a bit, while we iron out kinks and prep a podcast for the fall. But if you want to subscribe right away, or be a founding Weekly Dishhead, we’d love it, and it would help us enormously in getting this off the ground.

Dishness lives. All we’re waiting for is you.

See you next Friday.

Voir aussi:

Peak Jacobinism?

Even the woke eventually fear the guillotine. A few of its appeasers and abettors are becoming embarrassed by some of the outright racists and nihilists of BLM and the Maoists of Antifa — and their wannabe hangers-on who troll the Internet hoping to scalp some minor celebrity.

The woke rich too are worried over talk about substantial wealth, capital-gains, and income taxes, even though they have the resources to navigate around the legislation from their wink-and-nod brethren. Soon, even Hunter Biden and the Clintons could be checking in with their legal teams to see how much it will cost them to get around the Squad’s new tax plan.

The lines are thinning a bit for the guillotine. And the guillotiners are starting to panic as they glimpse faces of a restless mob always starved for something to top last night’s torching. Finally, even looters and arsonists get tired of doing the same old, same old each night. They get bored with the puerile bullhorn chants, the on-spec spray-paint defacement, and the petite fascists among them who hog the megaphones. For the lazy and bored, statue toppling — all of those ropes, those icky pry bars, those heavy sledgehammers, and so much pulling — becomes hard work, especially as the police, camera crews, and fisticuffs thin out on the ground. And the easy bronze and stone prey are now mostly rubble. Now it’s either the big, tough stuff like Mount Rushmore or the crazy targets like Lincoln and Frederick Douglass.

There are only so many ways for adult-adolescents to chant monotonously “Eat the Rich! Kill the Pigs! Black Lives Matter!” blah, blah, blah. And there are only so many Road Warrior Antifa ensembles of black hoodies, black masks, black pants, and black padding — before it all it ends up like just another shrill teachers’-union meeting in the school cafeteria or a prolonged adolescent Halloween prankster show.

Some 150 leftist writers and artists recently signed a letter attesting that they are suddenly wary of cancel culture. They want it stopped and prefer free speech. Of course, they first throat-cleared about the evil Trump, as if the president had surveilled Associated Press reporters, or sicced the FBI on a political campaign, or used CIA informants and foreign dossier-mongers to undermine a political opponent. And some petition signers soon retracted, with “I didn’t know what I was doing” apologies. Nonetheless, it was a small sign that not all of the liberal intelligentsia were going to sit still and wait for the mob to swallow them.

They learned well from #MeToo that, in the end, being emancipated, feminist, and woke did not mean that anyone accused of anything was protected by the Bill of Rights, statutes of limitations, the right to cross-examination, sincere apologies, and all that reactionary jazz, whether the accused was Al Franken or Garrison Keillor. Everyone else can also learn from #MeToo: As the revolution moved on from Brett Kavanaugh to Joe Biden himself, it went the way of the fading Jacobins. Tara Reid, after all, was tsked-tsked away in the old-boy “she’s lying” fashion. If not, then she might have empowered the evil Trump in his reelection bid.

The Lincoln County, Ore., authorities just backed off from their earlier homage to Jim Crow — they had issued an edict that all residents would be equal and wear masks in public except African Americans, who would be more equal than others and not be required to wear them. Even Oregon has standards?

The CEO of Goya, Robert Unanue, recently ignored calls to ruin his company — for his sin of praising the U.S. president. So far, he seems utterly unfazed by the pajama-boy mob.

The inveterate racist and anti-Semite Al Sharpton can’t decide whether he wants to dynamite Mount Rushmore or chisel Obama’s visage on it. How strange that the radical Left is divorcing the Democratic Party from all its iconic American referents and leaving them with nothing to replace them except painted slogans of Black Lives Matter on city streets, Kente-cloth shawls, and a Woodie Guthrie song or two. Bill de Blasio believes it is legal for a mayor to ban all public demonstrations — except those predicated on skin color, as he exempts Black Lives Matter outings. That Confederate idea may be too much even for the city’s liberals in hiding.

Seattle’s CHAZ/CHOP is gone. Warlord Raz Simone is back to his capitalist land-lording without even a citation for trespassing. Maybe former CHOP residents will get a discount at his Airbnb rentals.

The streets of our big cities are no longer a “summer of love” hate-fest targeting Donald Trump, but downright scary, given that murdering someone on sight is a COVID-get-out-of-jail-free crime. Blue-state officials green-lighted the multibillion-dollar wreckage and are now coming cup in hand, begging the Trump administration to pay for it. Their logic is: “Don’t dare send your damn troops to interrupt our beautiful looting and arson, but now please send your racist money for us to clean up the mess.”

In California, the jails and prisons are emptying, ostensibly because of the virus, in reality to enact a long-desired agenda of emptying and defunding prisons. As a result, you cannot find an automatic handgun in most California gun shops: The more left-wing a community, the harder to find a gun on the shelf. For what reason do liberals think liberals are buying guns?

COVID-19 is back for a while. The more the Left insists that millions in the streets for a month were not violating quarantines and had no effect on the second wave, the more protestors got infected and graciously went home to spread it to their more vulnerable relatives. Even leftists who were not infected know that this narrative is untrue and that their own demonstrations essentially ended the legitimacy of mass quarantining.

The hated police are slowing down in anticipation of early retirements, layoffs, and budget shortages. The logic is that going into the inner city is a trifecta losing proposition for them: Either get shot, or get accused, or get hated for doing your proper duty. De facto “community policing” seems to be operating in Atlanta, Chicago, and New York as murder spikes and shooters rediscover how it once worked out in Deadwood, Dodge City, and Tombstone. One can learn a lot about “community policing” by watching a 1950s Western in which “community leaders” plead for the outgunned sheriff to remove the accused from his jail cell and hand him over to the posse, which, with one minor lynching, would make it all go away.

How did woke Beverley Hills left-wing zillionaires respond to the Black Lives marcher shouting into their enclave “Eat the Rich”?

Try now politically correct tear gas.

When an Atherton or Georgetown liberal calls 911, will he now first say: “One, I am not an angry white person calling to rat out a suspect of color. Two, I am not calling to save my ‘brick and mortar’ property at the expense of the life of a marginalized victim. Three, I support defunding the police. And so, four, look — an individual of unknown appearance may kind of, sort of be shattering our bedroom window and could be pondering a felonious infraction. So could you send out a community facilitator to inquire?”

The Marxist-birthed Black Lives Matter now resembles Robespierre’s ridiculous Cult of the Supreme Being. So likewise it has become our new state-sponsored religion for America’s nonbelievers. All that is left is to set up a BLM statue on a man-made mountain in D.C. where all can take the knee.

Suddenly retired generals are growing quiet. It’s as if the much-reported “small number” of violent protesters somehow got really, really big. And they do not necessarily worship the military.

Or maybe promises of renaming Fort Bragg and tearing down the Lee statue at West Point strangely did not quite satisfy the architects of Black Lives Matter. It is, after all, a blink of an eye from “Defund the Police!” to “Defund the Military!” (How strange that retired four-star generals in their sixties and seventies suddenly discovered in late spring 2020 that their once hallowed bases a century ago were named after racist Confederate mediocrities. Who would have thought?)

If the chairman of the Joint Chiefs won’t even appear on camera with the commander in chief who restored a decrepit Pentagon budget, and the pantheon of retired military luminaries believes that proof of a Mussolini, Nazi, or fascist in the White House is to be found in the act of securing the southern U.S. border, or not staying another 20 years in Afghanistan, or not inserting American youth into the middle of Kurdish-Turkish bloodletting while inside Russian- and Iranian-occupied fascist Syria, then many might decide that the U.S. military should deal on its own with the defunding Left.

The NFL pulled a Joe Biden VP trick and prematurely promised to play the “black national anthem” at a few games so that all can stand in homage in racial solidarity and then all kneel in disrespect for the subsequent ecumenical national anthem.

Players can wear political insignia to remind incorrect viewers at home about how they are to think correctly. Will extra points be given for great passes and catches by the most woke?

NFL owners can’t yet fathom how they have conjured up a brilliant new way of destroying a 100-year heritage and an inherited huge audience. Is the message of the most non-diverse players to their most diverse fans now to be: “We don’t like your racist country and won’t stand for your toxic anthem, but you owe us to stay tuned for the commercial ads and to come out to the stadium to pay oppressed multimillionaires like us”?

Anyone who watches such an NFL game this fall might as just as well get it over with and enroll in a more honest North Korean–style reeducation camp. If that doesn’t work out, one can always tune in to the NBA preseason and hear more lectures from philosopher-king coach Steven Kerr, contextualizing the many reasons the NBA honors the power of Chinese Communist Party money.

As the cities turn into wastelands, children are gunned down, and careers are destroyed, fewer and fewer bore us by intoning that Trump is Mussolini, or that he resembles the operators of Auschwitz. Fewer still care about the spiraling tragic carnage of the inner cities — not Black Lives Matter, not the Squad, not Nancy Pelosi.

When will we see the BLM/Antifa/Democratic agenda spelled out in full? A new inheritance tax for the midlevel retiring Google executives? A yearly wealth tax on Beyoncé, Cher, and LeBron James? No more carbon foot-printing in a private jet for Barack and Michelle, or Bill and Hillary? Reparations for Maxine Waters? No police force for Pacific Heights?

Terrified inner-city dwellers can’t count on their progressive governors or mayors, or sympathetic billionaires, who will soon be able to hire politically incorrect ex-policemen at a bargain to beef up their private security patrols.

So the revolution is tiring, devouring its own, terrifying its enablers, embarrassing its abettors, and becoming worried that somewhere some courageous nobody might dare say, “You have done enough. Have you no sense of decency?”

The unhinged revolution is trying to make the U.S. into one big CHOP. Millions of Americans seem to be scrambling to avoid it, preferring instead to let the effort cannibalize itself at a safe distance — at least for now.

Voir également:

The Illiberal Liberal Media

As Bari Weiss’s departure confirms, the New York Times has narrowed its spectrum of allowable opinion.

Judith Miller

City Journal

July 14, 2020

What New York Times contributing editor and writer Bari Weiss recently called the “civil war” within the Times has just claimed another victim: Bari Weiss.

In a scathing open letter to publisher A. G. Sulzberger that instantly went viral on Twitter and other social media, Weiss asserted that she was resigning to protest the paper’s failure to defend her against internal and external bullying; senior editors’ abandonment of the paper’s ostensible commitment to publishing news and opinion that stray from an ideological orthodoxy; and the capitulation of many Times reporters and senior editors to the prevailing intolerance of far-Left mobs on Twitter, which she called the paper’s “ultimate editor.”

Weiss was apparently stripped of her role as editor, and not immediately offered another position; the implication that she was no longer welcome was clear. “The paper of record is, more and more, the record of those living in a distant galaxy, one whose concerns are profoundly removed from the lives of most people,” she wrote. “Nowadays, standing up for principle at the paper does not win plaudits. It puts a target on your back.”

Weiss did not respond to a request for comment. But friends and supporters said Tuesday that her decision was prompted in part by events surrounding the forced resignation last month of opinion editor James Bennet, to whom she reported during her three years at the Times. Bennet left the paper, and his deputy James Dao was demoted, after Times staffers revolted against their decision to publish an op-ed by Senator Tom Cotton arguing for deploying the military into U.S. cities to quell riots, if local law enforcement was unable to restore order. Many staffers protested the paper’s decision to give Cotton the powerful platform of the Times’s opinion page.

Some reporters argued that the conservative senator’s claims were contradicted by the paper’s own coverage, and that publishing the essay had endangered blacks, including minority reporters at the paper. Other Times staffers criticized Weiss’s characterization of the debate over Bennet’s publication of the Cotton op-ed as a “civil war” inside the Times between “the (mostly young) wokes” and “(mostly 40+) liberals,” reflecting a broader culture war throughout the country. Several staffers attacked her for having betrayed the paper by publicly describing its internal feuds.

In the aftermath of the Cotton episode, Weiss and many others quietly opposed the paper’s new “red flag” system, which effectively enables even junior editors to “stop or delay the publication of an article containing a controversial view or position,” as one senior editor characterized it.

Weiss has been a lightning rod ever since arriving from the Wall Street Journal, along with her friend, former colleague, and fellow columnist Bret Stephens, who declined to comment today on her resignation. Soon after joining the Times, she wrote a piece about a figure skater of Asian-American descent who was the first American woman to land a triple axel at the Olympics. She was attacked on Twitter after posting a story on the achievement, tweeting the line from the Hamilton musical “Immigrants get the job done”—but the skater was not an immigrant herself, merely the child of immigrants. Twitter exploded, accusing Weiss of “othering” an Asian-American woman.

At the Times, Weiss described herself as a centrist liberal concerned that far-Left critiques stifled free speech. She frequently wrote about anti-Semitism and the Women’s March and warned of the dangers of overly zealous proponents of #MeToo culture in a controversial column about comic Aziz Ansari, which inspired a skit on Saturday Night Live. One friend said that many of Weiss’s Times colleagues resented her because they envied her success. “She was a mid-level editor who made a splash and whose essays became the basis of Saturday Night Live skits,” the friend and former colleague said, asking not to be named.

In her letter, Weiss wrote that she had joined the paper to help publish “voices that would not otherwise appear in the paper of record, such as first-time writers, centrists, conservatives and others who would not naturally think of the Times as their home.” She had been hired, she wrote, after the paper failed to anticipate Donald Trump’s 2016 presidential election victory because it “didn’t have a firm grasp of the country it covers.” But after three years at the paper, she wrote in her open letter, Weiss had concluded, “with sadness,” that she could no longer perform this mission at the nation’s ostensible paper of record, given the bullying that she had experienced within the newsroom and the almost daily attacks on her, often from Times colleagues, on social media. She deplored the paper’s unwillingness to defend her or act to stop the online intimidation. “They have called me a Nazi and a racist; I have learned to brush off comments about how I’m ‘writing about the Jews again,’” she wrote.

Her criticism of Sulzberger rang true to several Times veterans, who note that he has been accused before of yielding to disgruntled liberal staff members. A publisher said to have intervened often in the paper’s news decisions, Sulzberger initially defended James Bennet and the decision to publish the Cotton op-ed, for instance. But faced with a staff revolt, he criticized the essay and the paper’s publication of it, saying that the editorial process had been too “rushed” and that the essay “did not meet our standards.”

Weiss’s departure was quickly hailed by her many critics within and outside of the paper on social media, among them Glenn Greenwald, who has called her a “hypocrite” for her alleged efforts to suppress Arab professors while in college, and for her defense of Israel and some of its controversial policies as a newspaper writer. But her stinging letter rang true to many others, among them former presidential aspirant Andrew Yang and talk-show host Bill Maher. “As a longtime reader who has in recent years read the paper with increasing dismay over just the reasons outlined here, I hope this letter finds receptive ears at the paper. But for the reasons outlined here, I doubt it,” Maher wrote on Twitter.

Her resignation was also lamented by such leading right-of-center thinkers as Glenn Loury. “What a shame—for the country, and on the Times,” wrote Loury, an economics professor at Brown University, in an email. Calling Weiss “courageous,” he added that while the climate she described at the paper was “no surprise,” that it had “driven her to this point is, indeed, shocking.” He also noted that Weiss was one of the few Times writers to sign the controversial “Harpers letter,” which he speculated might have been “the last straw” for the paper.

That letter, signed by over 150 academics, writers, and other intellectuals and artists, decried the “rising illiberalism” resulting not only from President Trump and his followers’ provocations, but also from what signatories called the growing “dogma and coercion” of those who oppose Trump. The rise of online mobs to suppress controversial views with which they disagree, said the letter, has become “a potent and possibly destructive force.” The signers deplored what they described as American liberals’ growing “intolerance of opposing views, a vogue for public shaming and ostracism, and the tendency to dissolve complex policy issues in a blinding moral certainty.”

Only one prominent Times reporter was quick to leap to Weiss’s defense. “It’s one thing that many of our readers and staff disagree with @bariweiss’ views—fine,” tweeted Rukmini Callimachi, an award-winning foreign correspondent and reporter. “But the fact that she has been openly bullied, not just on social media, but in internal slack channels is not okay.”

In a statement, acting editorial page editor Kathleen Kingbury said that the paper appreciated “the many contributions that Bari made to Times Opinion.” A Times spokesperson said that Sulzberger was not planning to issue a public response to Weiss’s letter. But given the evidently censorious climate at the paper of record these days, silence should not surprise us.

Voir de plus:

July 16, 2020

The intellectually intolerant mob claimed two high-profile victims Tuesday with the resignations of New York Times editor Bari Weiss and New York Magazine journalist Andrew Sullivan. These are just two examples of the deadly virus spreading through our public life: McCarthyism of the woke.

McCarthyism is the pejorative term liberals gave to the anti-communist crusades of 1950s-era Sen. Joseph McCarthy of Wisconsin. From his perch as chair of the Government Operations Committee, McCarthy launched a wave of investigations to ferret out supposed communist subversion of government agencies. Armed with his favorite question — “Are you now or have you ever been a member of the Communist Party?” — McCarthy terrorized his targets and silenced his critics. Thousands of people lost their jobs as a result, often based on nothing more than innuendo or chance associations.

The mob fervor extended to the state governments and the private sector, too. States enacted “loyalty oaths” requiring people employed by the government, including tenured university faculty members, to disavow “radical beliefs” or lose their jobs. Many refused and were fired. Hollywood notoriously rooted out real and suspected communists, creating the infamous “blacklist” of people who were informally barred from any work with Hollywood studios. The “red scare” even nearly toppled America’s favorite television star, Lucille Ball, who had registered to vote as a communist in the 1930s.

Today’s “cancel culture” is nothing more than McCarthyism in a woke costume. It stems from a noble goal — ending racial discrimination. Like its discredited cousin, however, it has transmogrified into something sinister and inimical to freedom. Battling racism is good and necessary; trying to suppress voices that one disagrees with is not. Woke McCarthyism goes wrong when it seeks to do the one thing that America has always sworn not to do: enforce uniformity of thought. Indeed, this principle, enshrined in the First Amendment, is so central to American national identity that it is one of the five quotes inscribed in the Jefferson Memorial: “I have sworn upon the altar of God eternal hostility against every form of tyranny over the mind of man.”

Weiss’s resignation letter describes numerous examples of her colleagues judging her guilty of “wrongthink” and trying to pressure superiors to fire or suppress her. She explains that “some coworkers insist I need to be rooted out if this company is to be a truly ‘inclusive’ one, while others post ax emojis next to my name.” Others, she wrote, called her a racist and a Nazi, or criticized her on Twitter without reprimand. She notes that this behavior, tolerated by the paper through its editors, constitutes “unlawful discrimination, hostile work environment, and constructive discharge.”

Sullivan’s reason for departure is less clear — though he said it is “self-evident.” He had publicly supported Weiss, writing: “The mob bullied and harassed a young woman for thoughtcrimes. And her editors stood by and watched.”

In other words, both Weiss and Sullivan — like so many others — seem to have left their jobs because they were targeted for refusing to conform to its ideas of right thinking. Do you now or have you ever thought that Donald Trump might make a good president? Congratulations, president of Goya Foods: Your company is boycotted. Are you now or have you ever been willing to publish works from a conservative U.S. senator that infuriated liberal Twitter? Former New York Times editor James Bennet, the bell tolls for thee.

The mob even sacrifices people whose only crime is familial connection on its altar. The stepmother of the Atlanta police officer who shot and killed Rayshard Brooks, Melissa Rolfe, was fired from her job at a mortgage lender because some employees felt uncomfortable working with her.

Such tactics work best when they force people to confess to seek repentance for the crimes they may or may not have committed. McCarthy knew this, and so he always offered lenience to suspected communists who would “name names” and turn in other supposed conspirators. The woke inquisition uses the same tactic, forcing those caught in its maw to renounce prior statements they find objectionable. NFL quarterback Drew Brees surrendered to the roar while noted leftists such as J.K. Rowling and Noam Chomsky are being pilloried for their defense of free speech.

McCarthy was enabled by a frightened and compliant center-right. They knew he was wrong, but they also knew the anti-communist cause was right and were unsure how to embrace the just cause and excise the zealous overreach. It wasn’t until McCarthy attacked the U.S. Army that one man, attorney Joseph Welch, had the courage to speak up. “Have you no decency, sir?” he said as McCarthy tried to slander a colleague. The bubble burst, and people found the inquisitorial emperor had no clothes. The Senate censured him in 1954, and McCarthy died in 1957, a broken man.

It won’t be as easy to defeat the woke movement. There isn’t one person whose humiliation will break the spell. This movement is deep, decentralized and widespread. But it can be beaten if someone’s courage can awaken the center-left as Welch’s did for the 1950s center-right.

Can Joe Biden be that person? If elected, he might have to as the frenzy shows no signs of abating on its own. But if a man who says he’s running to save the soul of America cannot defend America’s heart and soul, millions will have the right to ask him Welch’s immortal question: Have you no decency, sir?

Voir enfin:

Mark McCloskey & Patricia McCloskey: St. Louis Couple Pull Guns on Protesters
Emily Bicks
Heavy.com
Jun 30, 2020

Mark McCloskey and Patricia McCloskey are a St. Louis couple who were seen pointing guns at protesters who were walking by their home in St. Louis, Missouri, on June 28. The husband and wife, who work together as personal injury trial lawyers, came out of their house armed to prevent protesters from walking onto their property in the Forest Park area. Video and photos of the incident went viral on Twitter.

In the videos shared online, however, it doesn’t appear that anyone walking in Sunday’s protest calling for the resignation of St. Louis Mayor Lyda Krewson was trespassing on their palatial lawn or approached their house. While Mark McCloskey, 63, holds a large assault weapon and Patty McCloskey, 61, holds a handgun in the video, they end up pointing their weapons at each other while staring down protesters. While a video does show the protesters walking through a pedestrian gate next to signs that say “private street,” “no trespassing” and “access limited to residents,” witnesses have said the protesters were peaceful and did not approach the McCloskeys or go onto the lawn of the “Midwestern palazzo” where they live.

Another video shared on Twitter that has now been made unavailable showed Patty McCloskey holding her gun straight at passing protesters, one wearing a T-shirt that read, “Hands up, don’t shoot.”

The McCloskeys could not be reached for comment by Heavy. But Mark McCloskey told KSDK:

We were threatened with our lives, threatened with a house being burned down, my office building being burned down, even our dog’s life being threatened. It was, it was about as bad as it can get. I mean, those you know, I really thought it was Storming the Bastille that we would be dead and the house would be burned and there was nothing we could do about it. It was a huge and frightening crowd. And they were they broken the gate were coming at us.

Mark McCloskey told KMOV, “A mob of at least 100 smashed through the historic wrought iron gates of Portland Place, destroying them, rushed towards my home where my family was having dinner outside and put us in fear for our lives. “This is all private property. There are no public sidewalks or public streets. I was terrified that we’d be murdered within seconds, our house would be burned down, our pets would be killed. We were all alone facing an angry mob.”

St. Louis Police have not commented about whether an investigation into the incident is ongoing or if the couple could face charges. On social media, people have called for the McCloskeys to be arrested and have directed people to make complaints to the Missouri bar. According to BuzzFeed News, a St. Louis Police report identifies the couple as the victims in the incident and the news site reports the McCloskeys called police.

“The police report states that the couple contacted police ‘when they heard a loud commotion coming from the street’ and ‘observed a large group of subjects forcefully break an iron gate marked with ‘No Trespassing’ and ‘Private Street’ signs,’ BuzzFeed wrote. “Police said the couple claimed protesters were ‘yelling obscenities and threats of harm to both victims’ and that they brought out their guns when they ‘observed multiple subjects who were armed.’” Police didn’t say in the report if officers verified whether any protesters were armed or if weapons were pointed at the McCloskeys, according to BuzzFeed News. Krewson, the St. Louis mayor who was the target of the protest hasn’t commented about the incident.

Circuit Attorney Kim Gardner said in a statement an investigation into the incident is ongoing. Gardner said, ” I am alarmed at the events that occurred over the weekend, where peaceful protestors were met by guns and a violent assault. We must protect the right to peacefully protest, and any attempt to chill it through intimidation or threat of deadly force will not be tolerated.”

She added, “My office is currently working with the public and police to investigate these events. Make no mistake: we will not tolerate the use of force against those exercising their First Amendment rights, and will use the full power of Missouri law to hold people accountable.”

Here’s what you need to know about Mark and Patty McCloskey:


1. The McCloskeys Bought Their Million-Dollar Home at Portland Place in February 1988 & Were Profiled in a St.
Louis Magazine After Renovating It

The couple was featured in St. Louis Magazine for their impressive renovation of the famous estate in 1988. Now more than 30 years after purchasing the home, which was once owned by Edward and Anna Busch Faust — the son of a revered St. Louis restaurateur and daughter of the beer-making Busch family — they have restored the Renaissance palazzo back to its original glory.

Mark McCloskey told the magazine, “All the plumbing was made by Mott, which was the premiere manufacturer at the turn of the century, and all the door and window hardware was made by P.E. Guerin.” Patricia McCloskey noted “the glass in the windows” was from the second-floor reception hall at the 14th century Palazzo Davanzati in Florence, “and the shutters, at least the ironwork, are probably original.” The property is appraised at $1.15 million, according to St. Louis city property records.

Armed St. Louis Lawyers Confront Protesters – Riverfront TimesMark and Patricia McCloskey brandish guns at marchers in St. Louis’ Central West End. Video by Theo Welling/Riverfront Times2020-06-29T03:51:46Z

In 1992, the couple were involved in a “brouhaha” over cohabitation rules in the Portland Place neighborhood, according to an article from The St. Louis Post-Dispatch. Patty McCloskey was at the time a board member for the Portland Place homeowners’ association. She opposed a bylaw change to allow cohabitation in the HOA, which put the association in line with city law that doesn’t allow for discrimination.

Patty McCLoskey disputed claims made at the time by her opponents that she and her husband were trying to keep gay people out of the neighborhood. “This is insanity,” she told the newspaper. “It isn’t about gay-bashing. I want to enforce restrictions. … certain people on the street are renting their houses, and we couldn’t get a few of the trustees to agree to make a phone call and tell them it was inappropriate.” A neighbor, Dr. Saul Boyarsky, told the newspaper the McCloskeys were, “trying to preserve the exclusivity of the neighborhood.”

In videos on Sunday, the McCloskeys could be seen outside their million-dollar home with guns. While holding a rifle, Mark McCloskey can be heard yelling to the crowd, “Private property! Get out! Private property, get out!” Patricia McCloskey, holding a handgun, also yelled at the protesters. One person in the protest can be heard yelling back, “Calm down,” as others tell the group to keep moving and not engage with the couple. Another person can be heard saying, “Then call the f—— cops, you idiot!” and “It’s a public street.” The area where the McCloskeys live does have signs saying it is a private street. But it is not clear if Missouri law allows them to point guns at people for entering into the area.

Mark McCloskey told KSDK the protesters were on private property:

Everything inside the Portland Place gate is private property. There is nothing public in Portland Place. Being inside that gate is like being in my living room. There is no public anything in Portland Place. It is all private property. And you’ve got to appreciate that if there are two or three hundred people, I don’t know how many there were. We were told that 500 people showed up at the Lyda Krewson house, which is not on our street, as you know. But how many of them came through Portland Place? I don’t know. But it was a big crowd and they were aggressive, wearing body armor and screaming at us and threatening to harm us. And how they were going to be living in our house after they kill us.

He said he and his wife are “urban pioneers”:

And to call these people protesters either. I’ve lived in the City of St. Louis for 32 years. We were, you know, urban pioneers back when we bought on Portland Place in 1988. And we have done everything for 32 years to improve the neighborhood and to keep this historic neighborhood going. And it’s very frustrating to see it get targeted. And of course, we’d been told by the press and by Expect US, that they wanted to start targeting middle-class neighborhoods and upper-class neighborhoods and bring their revolution outside of the cities. And we got an email from our trustees on Thursday saying that they were going to do this on Friday. We’re very worried about it.

The full interview can be seen below:

Interview with man who pulled out gun amid protestST. LOUIS — Mark McCloskey said he and his wife Patricia appear in the now-viral photos of the protest in their Central West End neighborhood. McCloskey gave an interview to 5 On Your Side anchor Anne Allred. Below is the transcript of the interview Monday morning: Anne Allred: Tell me what happened last night. Mark McCloskey: We came back to the house. I don’t know what time it is, I’ve been up ever since. I’m a little, I’m a little blurry, but we were preparing dinner. We went out to the east patio, open porch that faces Kingshighway on one side and Portland Place Drive on the south, and we’re sitting down for dinner. We heard all this stuff going on down on Maryland Plaza. And then the mob started to move up Kingshighway, but it got parallel with the Kingshighway gate on Portland Place. Somebody forced the gate, and I stood up and announced that this is private property. Go back. I can’t remember in detail anymore. I went inside, I got a rifle. And when they … because as soon as I said this is private property, those words enraged the crowd. Horde, absolute horde came through the now smashed down gates coming right at the house. My house, my east patio was 40 feet from Portland Place Drive. And these people were right up in my face, scared to death. And then, I stood out there. The only thing we said is this is private property. Go back. Private property. Leave now. At that point, everybody got enraged. There were people wearing body armor. One person pulled out some loaded pistol magazine and clicked them together and said that you were next. We were threatened with our lives, threatened with a house being burned down, my office building being burned down, even our dog’s life being threatened. It was, it was about as bad as it can get. I mean, those you know, I really thought it was Storming the Bastille that we would be dead and the house would be burned and there was nothing we could do about it. It was a huge and frightening crowd. And they were they broken the gate were coming at us. Allred: There have been some reports on Twitter and people who say they were there. It says they are saying the gate was already broken. McCloskey: Yes. That is nonsense. Absolute nonsense. The gate was up, broken. The gate was broken physically in half. Our trustees on Portland Place came out later in the night and chained it all up with an automotive tow chain it looks like. But no, you can talk to the trustees on Portland Place. The gate was not broken in half and laying on the ground one second before they came in the storm. Allred: Were the protesters on your private property at any point? McCloskey: Everything inside the Portland Place gate is private property. There is nothing public in Portland Place. Being inside that gate is like being in my living room. There is no public anything in Portland Place. It is all private property. And you’ve got to appreciate that if there are two or three hundred people, I don’t know how many there were. We were told that 500 people showed up at the Lyda Krewson house, which is not on our street, as you know. But how many of them came through Portland Place? I don’t know. But it was a big crowd and they were aggressive, wearing body armor and screaming at us and threatening to harm us. And how they were going to be living in our house after they kill us. Allred: And what has happened since last night, and those images exploded online? McCloskey: Well, I’ve had to turn the phones off in my office, so I had to come over here last night and have the office boarded up because we’re getting threats against the building and everybody. It is interesting to me that the very people that are asking the mayor to resign for ‘doxxing’ people have now put all of my information all over the web, everywhere in the world. Is there some hypocrisy there? You know, maybe I’m maybe I’m missing something. But we’ve had to turn off our telephones here at the office because all my lines have been going continuously since I got here at 10:30 last night. I am getting thousands of emails. I going to have to turn off my website. And it’s all it’s been both threatening and encouraging because of the number of people who have voiced their support. But there’s also been an awful lot of people who have the very direct threats of violence against me and my family. Allred: And you said you’ve received death threats? McCloskey: Oh, God, yes. The death threats started within minutes. I mean, I don’t know how long this whole event started. But I’ll bet we got our first e-maildeath threats before the mob moved on from Portland Place. Allred: When you see the images online of you and your wife on the patio, armed now after the fact. What do you think? McCloskey: Well, you know, we were always obviously upset. My wife doesn’t know anything about guns, but she knows about being scared. And she grabbed a pistol and I had a rifle, and I was very, very careful I didn’t point the rifle at anybody.2020-06-29T18:37:04Z

The protesters on Sunday were not targeting the McCloskeys’ home, but were instead walking to the St. Louis mayor’s house. After Krewson listed the names and addresses of protesters looking to defund the police during a Facebook live interview, she offered a formal apology.

Krewson said in a statement, “I would like to apologize for identifying individuals who presented letters to me at City Hall as I was answering a routine question during one of my updates earlier today. While this is public information, I did not intend to cause distress or harm to anyone. The post has been removed and again, I sincerely apologize.”

However, the damage was already done, and St. Louis residents accused her of doxing protesters. She was also publicly called out by Tishaura O. Jones, the treasurer of St. Louis, and St. Louis Alderwoman Megan Ellyia Green.

On Sunday, as reported by KMOV4, around 300 protesters chanted “resign Lyda, take the cops with you,” while marching toward her home in the Central West End.


2. The Couple, Who Have Been Married Since 1985 & Run the McCloskey Law Center, Located Inside the Historic Nieman Mansion, Met While Studying at SMU Law School

Medical Malpractice Litigation: Today’s realitySt. Louis Medical Malpractice Lawyer Mark T. McCloskey discusses what you are up against if you are injured or a relative is killed through medical negligence or mistake.2015-07-16T19:08:28Z

As stated on their website, the McCloskeys, “have devoted their professional careers to assisting those sustaining serious traumatic brain injury, neck, back, spinal cord and other serious, disabling or fatal neurological injuries. The goal of our practice is to provide those sustaining such devastating injuries, or the survivors of those killed as a result of such devastating injuries, with meaningful compensation.

“We strive to provide the seriously injured and their survivors with a means to having as full and as comfortable a life as possible by obtaining every penny of reasonable compensation for their injuries and losses.”

They started their law firm, McCloskey, P.C., in 1994, according to Mark McCloskey’s LinkedIn profile. McCloskey writes on his LinkedIn profile:

We have focused our practice on the representation of individuals suffering brain/head injury, spinal cord injury, birth injuries, and all other serious injuries as the result of the negligence of others for over 29 years. If you have suffered devastating injury or the loss of a loved one as the result of car wrecks, airplane crash, medical errors, dangerous or defective products or machines, explosion, fire, falls, or through any other causes, let us help you put your lives back together. ‘If it wasn’t your fault, why are you paying for it?’

Mark and Patricia McCloskey have been married since 1985 and have one adult daughter, according to their website and social media profiles. They met while studying at the Southern Methodist University Law School. They both graduated from SMU Law.

Niemann Mansion: the home of the McCloskey Law CenterMark T. McCloskey and the McCloskey Law Center invite you to explore our office in the historic Niemann Mansion, an 1887 German style home in the Central West End of St. Louis which we have restored to its period splendor.2015-07-16T20:00:58Z

Their office is located inside the historic Nieman Mansion in St. Louis’ Central West End, which the McCloskeys have also restored.


3. Mark McCloskey, Who Has Been an Attorney Since 1986, Represents a Victim of Police Brutality

welcome to the courtroomWelcome to the McCloskey Law Center. For over a quarter of a century we have devoted our professional careers to helping victims and families who have suffered catastrophic loss, injury, death due to the negligence of others, dangerous machines and products, and almost any other unsafe practice or, structure or act. If we can be of assistance to you, please call us at (314) 721-4000 OR (800)835-46812015-07-16T14:18:00Z

Mark McCloskey graduated magna cum laude from Southern Methodist University in Dallas in 1982, where he studied sociology, criminal justice and psychology before attending the Southern Methodist University of Law in 1985. He is a Missouri native and graduated from Mary Institute and Saint Louis Country Day School in Ladue, Missouri, in 1975, according to his Facebook profile.

On his law firm’s website, McCloskey is described as, “an AV rated attorney who has been nominated for dozens of awards and honors and has been voted by his peers for memberships to many exclusive ‘top rated lawyer’ and ‘multimillion dollar lawyer’ associations throughout the country.” The website also notes McCloskey has appeared on in the media, including KSDK in St. Louis and Fox News. The website states, “several of his cases have been cited in national legal publications as the highest verdicts recovered in the country for those particular injuries.” McCloskey’s profile also says:

Since 1986, he has exclusively represented individuals seriously injured as a result of accidents, medical malpractice, defective products, and the negligence of others. For the past 21 years, his firm has concentrated on the representation of people injured or killed through traumatic brain injuries, neck, back or other significant neurological or orthopedic injury.

Mark T. McCloskey is licensed to practice law in the state and federal courts of Missouri, Illinois, Texas and the Federal Courts of Nebraska. Additionally, he has represented individuals injured through medical malpractice, dangerous products, automobiles, cars, motorcycles, boats, defective hand guns, airplane crashes, explosions, electrocution, falls, assaults, rapes, poisoning, fires, inadequate security, premises liability, dram shop liability (serving intoxicating patrons), excessive force by police, construction accidents, and negligent maintenance of premises (including retail establishments, parking lots, government property, homes, schools, playgrounds, apartments, commercial operations, parks and recreational facilities) for the past 30 years and has filed and tried personal injury lawsuits in over 28 states.

McCloskey is representing a victim of police brutality in a lawsuit against a Missouri police department and officer. According to the Associated Press, David Maas, a Woodson Terrace Police officer at the time, was caught on dashcam video appearing to assault a man and was indicted on a federal charge in March.

For the incident, which took place in April 2019, Maas was charged with one count of deprivation fo rights under color of law, according to the U.S. attorney’s office. The victim was identified by the initials, “I.F.,” which matches the 2019 civil lawsuit brought by Isaiah Forman, the AP reported. Maas is accused of kicking Forman, who is black, while he was surrendering.

“I’m glad that the law enforcement agencies are subject to the same standard as everybody else,” Mark McCloskey, said to the AP.

On his Facebook page, McCloskey defended the jury’s decision in the 2011 case against Casey Anthony, who was accused of murder in the death of her daughter. McCloskey wrote on Facebook after the controversial 2011 verdict, “thank God that the jury saw through all the hype and found there WAS in fact not enough evidence on this case. Stop your crazy RAILING after you’ve spent so much time trying this girl in the media.”

Mark McCloskey is also a member of a St. Louis Lamborghini club.

In 1993, Mark McCloskey wrote a letter to the editor about crime in St. Louis. He wrote, “the reason high-income people leave the city, and why I can’t talk my friends into moving in, is crime. Why live where your life is at risk, where you are affronted by thugs, bums, drug addicts and punks when you can afford not to. What St. Louis can do without are the murderers, beggars, drug addicts and street corner drunks. St. Louis needs more people of substance and fewer of subsistence.”


4. Patricia McCloskey Is Originally From Pennsylvania & Studied at Penn State Before Attending SMU Law School

According to her Facebook profile, Patricia Novak McCloskey is a native of Industry, Pennsylvania, where she graduated from Western Beaver High School in 1977. McCloskey then studied at Penn State University, graduating in 1982 with a degree in labor studies and a minor in Spanish. She, like her husband, attended SMU Law School in Dallas, graduating in 1986.

According to their law firm’s website, “Patricia N. McCloskey is a Phi Beta Kappa, Summa Cum Laude graduate of Pennsylvania State University, graduating first in her class and with the highest cumulative average in her department in forty-seven years. Patricia N. McCloskey is also a graduate of Southern Methodist University School of Law, which she completed while simultaneously working full time and still graduating in the top quarter of her class.” The website adds:

After several years working with a major law firm in St. Louis on the defense side, she moved to representation of the injured. Since 1994, she has exclusively represented those injured by the negligence of others with Mark McCloskey. She has acted in various roles in the community including being a past Board Member of Therapeutic Horsemanship, a law student mentor, a member of the Missouri Bar Association ethical review panel and a St. Louis city committee woman.

Patricia McCloskey has extensive trial experience in personal injury and wrongful death cases arising out of all aspects of negligence, including traumatic brain injury, products liability and product defect, medical malpractice, wrongful death, neck, back and spinal cord injuries, motor vehicle collisions, motorcycle collisions, airplane crashes, and many others as set forth further

Patricia McCloskey is licensed to practice law in Missouri and Illinois, according to the law firm’s website.


5. The McCloskeys Were Given the Meme Treatment on Twitter

Thousands of online users slammed Mark and Patty McCloskey not only for pulling out firearms against peaceful protesters but for the way they incorrectly held their weapons, for running out of their home barefoot, for Mark’s salmon-colored shirt, and more.

While some Twitter members remade popular movie posters to feature the personal injury lawyers, others wondered if the trial attorneys broke the law by pointing their weapons at the protesters. Don Calloway tweeted, “A fellow lawyer from Missouri, a guy I know named Mark McCloskey committed an assault tonight in STL by pointing his AR 15 at peaceful protesters. He should be arrested and charged with assault immediately. The MO Bar should revoke their licenses.”

The McCloskeys also had their share of supporters online. One man tweeted, “The same people destroying private property and threatening residents wonder why residents are coming out of their homes with AR-15’s…? Lmao.” Ryan Fournier, founder of Students for Trump, tweeted, “God Bless the couple in St. Louis who stood their ground and defended their property. God Bless the Second Amendment.”

While some on social media have claimed the McCloskeys are registered Democrats, it was not immediately possible to determine whether the couple are actually registered as Democrats or if they are registered Republicans. But Federal Election Commission records show Mark McCloskey has contributed thousands of dollars to the Trump Make America Great Again Committee, the Republican National Committee and Donald J. Trump for President Inc. He also made contributions to a Republican congressional candidate, Bill Phelps, in 1996, and to the Bush-Quayle campaign in 1992.

Patricia McCloskey also made a contribution to the RNC in 2018 and to a Republican Senate dinner in 1988.


Guerre culturelle: L’Amérique a la rage – et c’est nous qui lui avons donnée ! (From Plato to NATO, Western Civ has got to go: Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go ?)

4 juillet, 2020

From Plato to NATO: The Idea of the West and Its Opponents: Gress ...https://mobile.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L768xH1047/French_Theory-b41ed.jpg

The star athlete and activist took to Twitter to share the powerful rejection, along with a video of actor James Earl Jones reciting Frederick Douglass's renowned speech 'What to the Slave Is the 4th of July?'
Pres. Trump to visit Mt. Rushmore for July 4th - CBSN Live Video ...
President Trump at Mount Rushmore on Friday.Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le rérduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. (…) Vous nous avez déjà fait le coup avec Sacco et Vanzetti et il a réussi. Cette fois, il ne réussira pas. Vous rappelez-vous Nuremberg et votre théorie de la responsabilité collective. Eh bien ! C’est à vous aujourd’hui qu’il faut l’appliquer. Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué ce meurtre, les autres pour l’avoir laissé commettre. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Notre nation fait face à une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants. (…) Le désordre violent que nous avons vu dans nos rues et nos villes qui sont dirigées par des libéraux démocrates dans tous les cas est le résultat d’années d’endoctrinement extrême et de partialité dans l’éducation, le journalisme et d’autres institutions culturelles. (…) Nous croyons en l’égalité des chances, une justice égale et un traitement égal pour les citoyens de toutes races, origines, religions et croyances. Chaque enfant, de chaque couleur – né et à naître – est fait à l’image sainte de Dieu. Donald Trump
Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values, and indoctrinate our children. Angry mobs are trying to tear down statues of our Founders, deface our most sacred memorials, and unleash a wave of violent crime in our cities. Many of these people have no idea why they are doing this, but some know exactly what they are doing. They think the American people are weak and soft and submissive. But no, the American people are strong and proud, and they will not allow our country, and all of its values, history, and culture, to be taken from them. One of their political weapons is “Cancel Culture” — driving people from their jobs, shaming dissenters, and demanding total submission from anyone who disagrees. This is the very definition of totalitarianism, and it is completely alien to our culture and our values, and it has absolutely no place in the United States of America. (…) In our schools, our newsrooms, even our corporate boardrooms, there is a new far-left fascism that demands absolute allegiance. If you do not speak its language, perform its rituals, recite its mantras, and follow its commandments, then you will be censored, banished, blacklisted, persecuted, and punished. (…) Make no mistake: this left-wing cultural revolution is designed to overthrow the American Revolution. In so doing, they would destroy the very civilization that rescued billions from poverty, disease, violence, and hunger, and that lifted humanity to new heights of achievement, discovery, and progress. To make this possible, they are determined to tear down every statue, symbol, and memory of our national heritage. Our people have a great memory. They will never forget the destruction of statues and monuments to George Washington, Abraham Lincoln, Ulysses S. Grant, abolitionists, and many others. The violent mayhem we have seen in the streets of cities that are run by liberal Democrats, in every case, is the predictable result of years of extreme indoctrination and bias in education, journalism, and other cultural institutions. Against every law of society and nature, our children are taught in school to hate their own country, and to believe that the men and women who built it were not heroes, but that were villains. The radical view of American history is a web of lies — all perspective is removed, every virtue is obscured, every motive is twisted, every fact is distorted, and every flaw is magnified until the history is purged and the record is disfigured beyond all recognition. This movement is openly attacking the legacies of every person on Mount Rushmore. They defile the memory of Washington, Jefferson, Lincoln, and Roosevelt. Today, we will set history and history’s record straight. (….) We believe in equal opportunity, equal justice, and equal treatment for citizens of every race, background, religion, and creed. Every child, of every color — born and unborn — is made in the holy image of God. We want free and open debate, not speech codes and cancel culture. We embrace tolerance, not prejudice. We support the courageous men and women of law enforcement. We will never abolish our police or our great Second Amendment, which gives us the right to keep and bear arms. We believe that our children should be taught to love their country, honor our history, and respect our great American flag. We stand tall, we stand proud, and we only kneel to Almighty God. This is who we are. This is what we believe. And these are the values that will guide us as we strive to build an even better and greater future. President Trump
Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!  Jesse Jackson (1987)
By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally. Bill King (Stanford Black Student Union,1988)
Still nominally very much part of an atheistic, anti-foundational, French academic avant-garde in the United States, and now increasingly prominent in his position at Johns Hopkins, Girard was even one of the chief organizers of “The Languages of Criticism and the Sciences of Man,” the enormously influential conference, in Baltimore in October 1966, that brought to America from France skeptical celebrity intellectuals including Jacques Lacan, Lucien Goldmann, Roland Barthes, and, most consequentially, the most agile of Nietzschean nihilists, Jacques Derrida, still obscure in 1966 (and always bamboozlingly obscurantist) but propelled to fame by the conference and his subsequent literary productivity and travels in America: another glamorous, revolutionary “Citizen Genet,” like the original Jacobin visitor of 1793–94. After this standing-room-only conference, Derrida and “deconstructionism,” left-wing Nietzscheanism in the high French intellectual mode, took America by storm, which is perhaps the crucial story in the subsequent unintelligibility, decline, and fall of the humanities in American universities, in terms both of enrollments and of course content. The long-term effect can be illustrated in declining enrollments: at Stanford, for example, in 2014 alone “humanities majors plummeted from 20 percent to 7 percent,” according to Ms. Haven. The Anglo-American liberal-humanistic curricular and didactic tradition of Matthew Arnold (defending “the old but true Socratic thesis of the interdependence of knowledge and virtue”), Columbia’s Arnoldian John Erskine (“The Moral Obligation to Be Intelligent,” 1913), Chicago’s R. M. Hutchins and Mortimer Adler (the “Great Books”), and English figures such as Basil Willey (e.g., The English Moralists, 1964) and F. R. Leavis (e.g., The Living Principle: “English” as a Discipline of Thought, 1975) at Cambridge, and their successor there and at Boston University, Sir Christopher Ricks, was rapidly mocked, demoted, and defenestrated, with Stanford students eventually shouting, “Hey, hey, ho, ho! / Western civ has got to go!” The fundamental paradox of a relativistic but left-wing, Francophile Nietzscheanism married to a moralistic neo-Marxist analysis of cultural traditions and power structures — insane conjunction! — is now the very “gas we breathe” on university campuses throughout the West (…). Girard quietly repented his role in introducing what he later called “the French plague” to the United States, with Derrida, Foucault, and Paul DeMan exalting ludicrous irrationalism to spectacular new heights. M. D. Aeschliman
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
You always told us not to boast. Gisela Warburg
How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” Melville J. Herskovits  (The American Anthropological Association, 1947)
Nelson (…) was what you would now call, without hesitation, a white supremacist. While many around him were denouncing slavery, Nelson was vigorously defending it. Britain’s best known naval hero – so idealised that after his death in 1805 he was compared to no less than “the God who made him” – used his seat in the House of Lords and his position of huge influence to perpetuate the tyranny, serial rape and exploitation organised by West Indian planters, some of whom he counted among his closest friends. It is figures like Nelson who immediately spring to mind when I hear the latest news of confederate statues being pulled down in the US. These memorials – more than 700 of which still stand in states including Virginia, Georgia and Texas – have always been the subject of offence and trauma for many African Americans, who rightly see them as glorifying the slavery and then segregation of their not so distant past. But when these statues begin to fulfil their intended purpose of energising white supremacist groups, the issue periodically attracts more mainstream interest. The reaction in Britain has been, as in the rest of the world, almost entirely condemnatory of neo-Nazis in the US and of its president for failing to denounce them. But when it comes to our own statues, things get a little awkward. The colonial and pro-slavery titans of British history are still memorialised: despite student protests, Oxford University’s statue of imperialist Cecil Rhodes has not been taken down; and Bristol still celebrates its notorious slaver Edward Colston. (…)  Britain has committed unquantifiable acts of cultural terrorism – tearing down statues and palaces, and erasing the historical memory of other great civilisations during an imperial era whose supposed greatness we are now, so ironically, very precious about preserving intact. And we knew what we were doing at the time. One detail that has always struck me is how, when the British destroyed the centuries-old Summer Palace in Beijing in 1860 and gave a little dog they’d stolen as a gift to Queen Victoria, she humorously named it “Looty”. This is one of the long list of things we are content to forget while sucking on the opium of “historical integrity” we claim our colonial statues represent. We have “moved on” from this era no more than the US has from its slavery and segregationist past. The difference is that America is now in the midst of frenzied debate on what to do about it, whereas Britain – in our inertia, arrogance and intellectual laziness – is not. The statues that remain are not being “put in their historical context”, as is often claimed. Take Nelson’s column. Yes, it does include the figure of a black sailor, cast in bronze in the bas-relief. He was probably one of the thousands of slaves promised freedom if they fought for the British military, only to be later left destitute, begging and homeless, on London’s streets when the war was over. But nothing about this “context” is accessible to the people who crane their necks in awe of Nelson. The black slaves whose brutalisation made Britain the global power it then was remain invisible, erased and unseen. Afua Hirsch
Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way. Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule. Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich. At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled. The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy. The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC). Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.” We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power. Chris Farrell
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District. The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times. WSJ
ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.” The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks‘ survival and public health.” “Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.” As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.” Sorry, everyone. Even national parks are racist now. This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print. The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus. Becket Adams
People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards? Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago. We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions. How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see. Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war. Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”? There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health. The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind. Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance. And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest. Lance Morrow
Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence. (…) En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens (sic), étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre. (…) La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible. (..) Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y a pourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes. (…) loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. (…) j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé! (…) au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judiciaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.(…) La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? (« Ma vie à contre-Coran ») Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons. (…) Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler. (…) (le multiculturalisme)Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain. Demila Benhabib
We must resist the temptation to romanticize history’s losers. The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives. (…)  civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization (…) as much about sewage pipes as flying buttresses.”  Niall Ferguson French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment. The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11. The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for. Andrew Roberts

C’est la faute à Foucault ! (Après la peste… la rage !)

En ces temps étranges …

Où après l’hystérie collective du virus chinois

Et le psychodrame – de Colomb et la fête nationale jusqu’aux… parcs nationaux ! – du prétendu « racisme systémique » …

L’Amérique semble à nouveau emportée – et tout l’Occident peut-être avec elle ?

Par une de ces vagues périodiques de furie auto-purificatrice

Et où en ce singulier 244e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine …

Le président américain se voit contraint …

Entre deux manifestations ou déboulonnages de statues …

A en rappeler toute l’importance au pied même d’un de ses plus imposants symboles  …

Comment ne pas repenser …

Avec la National Review

A ces alors bien innocents jours il y a trente ans à peine …

Où reprenant les nouveaux diktats de la French theory de nos Foucault et Derrida …

Jessie Jackson et ses amis appelaient au sein même de l’université Stanford

A rien de moins que… la fin de la Civilisation occidentale ?

Why We Must Teach Western Civilization

Andrew Roberts National Review April 30, 2020 Tuesday, December 3, 1940, Winston Churchill read a memorandum by the military strategist Basil Liddell Hart that advocated making peace with Nazi Germany. It argued, in a summary written by Churchill’s private secretary, Jock Colville, that otherwise Britain would soon see “Western Europe racked by warfare and economic hardship; the legacy of centuries, in art and culture, swept away; the health of the nation dangerously impaired by malnutrition, nervous strains and epidemics; Russia . . . profiting from our exhaustion.” Colville admitted it was “a terrible glimpse of the future,” but nonetheless courageously concluded that “we should be wrong to hesitate” in rejecting any negotiation with Adolf Hitler.

It is illuminating — especially in our own time of “nervous strains and epidemics” — that in that list of horrors, the fear of losing the “legacy of centuries” of Western European art and culture rated above almost everything else. For Churchill and Colville, the prospect of losing the legacy of Western civilization was worse even than that of succumbing to the hegemony of the Soviet Union. 

Yet today, only eight decades later, we have somehow reached a situation in which Sonalee Rashatwar, who is described by the Philadelphia Inquirer as a “fat-positivity activist and Instagram therapist,” can tell that newspaper, “I love to talk about undoing Western civilization because it’s just so romantic to me.” Whilst their methods are obviously not so appallingly extreme, Ms. Rashatwar and the cohorts who genuinely want to “undo” Western civilization are now succeeding where Adolf Hitler and the Nazis failed.

 The evidence is rampant in the academy, where a preemptive cultural cringe is “decolonizing” college syllabuses — that is, wherever possible removing Dead White European Males (DWEMs) from it — often with overt support from deans and university establishments. Western Civilization courses, insofar as they still exist under other names, are routinely denounced as racist, “phobic,” and generally so un-woke as to deserve axing. 

Western civilization, so important to earlier generations, is being ridiculed, abused, and marginalized, often without any coherent response. Of course, today’s non-Western colonizations, such as India’s in Kashmir and China’s in Tibet and Uighurstan, are not included in the sophomores’ concept of imperialism and occupation, which can be done only by the West. The “Amritsar Massacre” only ever refers to the British in the Punjab in 1919, for example, rather than the Indian massacre of ten times the number of people there in 1984. Nor can the positive aspects of the British Empire even be debated any longer, as the closing down of Professor Nigel Biggar’s conferences at Oxford University on the legacy of colonialism eloquently demonstrates.

We all know the joke that Mahatma Gandhi supposedly made when he was asked what he thought about Western civilization: “I think it might be a good idea.” The gag is apocryphal, in fact, first appearing two decades after his death. But very many people have taken it literally, arguing that there really is no such thing as Western civilization, from ideologues such as Noam Chomsky to the activists of the Rhodes Must Fall movement at Oxford University, who demand the removal from Oriel College of the statue of the benefactor of the Rhodes Scholarships.

Increasingly clamorous demands by African and Asian governments for the restitution of artifacts “stolen” from their countries during colonial periods are another aspect of the attack, an attempt to guilt-shame the West. It also did not help that for eight years before 2016, the United States was led by someone who was constantly searching for aspects of Western behavior for which to apologize.

This belief that Western civilization is at heart morally defective has recently been exemplified by the New York Times’ inane and wildly historically inaccurate “1619 Project,” which essentially attempts to present the entirety of American history from Plymouth Rock to today solely through the prism of race and slavery. “America Wasn’t a Democracy until Black Americans Made It One” was the headline of one essay in the New York Times Magazine launching the project, alongside “American Capitalism Is Brutal: You Can Trace That to the Plantation” and “How Segregation Caused Your Traffic Jam.” When no fewer than twelve — in the circumstances very brave — American Civil War historians sent a letter itemizing all the myriad factual errors in the project’s founding document, the New York Times refused to print it. Yet the Project plans to create and distribute school curriculums that will “recenter” America’s memory.

None of this would amount to much if only schools and colleges were not so keen to apologize for and deny Western civilization, and to abolish or dumb down the teaching of important aspects of it. The classics faculty at Oxford University, to take one example of many, has recently recommended that Homer’s Iliad and Virgil’s Aeneid be removed from the initial module of the literae Humaniores program in ancient literature, history, and philosophy, giving as their reason the difference in recent exam results between male and female undergraduates, and the difference in expertise in Latin and Greek between privately and publicly educated students. The supposed guardians of the discipline are therefore willing to put social experimentation and social leveling before the best possible teaching of the humanities, a disgraceful position for one of the world’s greatest universities to have adopted.

A glance at the fate of “Western Civ” courses in the United States suggests that there is a deep malaise in our cultural self-confidence. The origin of the concept of Western civilization as a subject is found in the “War Issues” course offered to students at Columbia University in 1918, just after the United States’ entry into World War I. By learning the politics, history, philosophy, and culture of the Western world, students were given the opportunity to understand the values for which they were about to be asked to risk their lives. In 1919, the Columbia course was developed into “An Introduction to Contemporary Civilization,” which was followed by a similar innovation at the University of Chicago in 1931.

By 1964, no fewer than 40 of the 50 top American colleges required students to take such a class, which, to take Stanford University as an example, had evolved into a core canon of around 15 works, including those by Homer, Virgil, Plato, Dante, Milton, and Voltaire. While the content of the Western Civ courses was considerably more flexible, complex, and diverse than subsequent critics have suggested (as Herbert Lindenberger’s study The History in Literature: On Value, Genre, Institutions explains), the courses did indeed treat Western civilization as a uniform entity. In the last decade, that was derided as so inherently and obviously evil that Western Civ courses had disappeared altogether, miraculously holding out in their Columbia birthplace and in few other places, including brave, non-government-funded outposts of sanity such as Hillsdale College in Michigan and the incipient Ralston College in Savannah.

For all that we must of course take proper cognizance of other cultures, the legacy of Western culture, in terms of both its sheer quality and its quantity, is unsurpassed in human history. We are deliberately underplaying many of the greatest contributions made to poetry, architecture, philosophy, music, and art by ignoring that fact, often simply in order to try to feel less guilty about imperialism, colonialism, and slavery, even though the last was a moral crime committed by only a minority of some few people’s great-great-great-grandparents.

As a result, future generations cannot be certain that they will be taught about the overwhelmingly positive aspects of Western civilization. They might not now be shown the crucial interconnection between, for example, the Scrovegni Chapel by Giotto at Padua, which articulates the complex scholasticism of Saint Augustine in paint; Machiavelli’s The Prince, the first work of modern political theory; Botticelli’s Primavera, the quintessence of Renaissance humanism in a single painting; the works of Teresa of Ávila and Descartes, which wrestle with the proof of discrete individual identity; Beethoven’s symphonies, arguably the most complex and profound orchestral works ever written; and Shakespeare, whose plays Harold Bloom has pointed out, “remain the outward limit of human achievement: aesthetically, cognitively, in certain ways morally, even spiritually.” Even if students are taught about these works individually, they will not be connected in a context that makes it clear how important they are to Western civilization.

We cannot therefore know, once the present campaign against Western civilization reaches its goal, that our children and grandchildren will be taught about the living thing that intimately connects Europe’s Gothic cathedrals, which are mediations in stone between the individual and the sublime; the giants of the 19th-century novel, from Dickens to Flaubert to Tolstoy, in whose works contemporary life realistically observed becomes a fit subject for art; the Dutch masters of the 17th century such as Rembrandt, who wrestled visually with the human condition in a fashion that still speaks to us across the centuries; Versailles, the Hermitage, and the Alhambra, which, though bombastic, are undeniably ravishing expressions of the human will. Faced with the argument that Western culture is no longer relevant, it’s tempting to adopt Dr. Johnson’s argument, aim a good kick at the nearest neoclassical building, and announce, “I refute it thus.”

Mention of the Alhambra in Granada prompts the thought that any course in Western civilization worth its name ought also to include the Umayyad Caliphate, of which Córdoba  in modern-day Spain was the capital between 756 and 929. In the wake of the conquest of Spain and the establishment of the Muslim confederacy of Al-Andalus, Córdoba  became a flourishing, polyglot, multicultural environment in which religious tolerance, despite Jews’ and Christians’ being obliged to pay a supplementary tax to the state, produced an atmosphere of intellectual progressiveness that made it one of the most important cities in the world. Discoveries in trigonometry, pharmacology, astronomy, and surgery can all be traced to Córdoba. At a certain point, then, a very particular set of historical circumstances produced an equally particular set of intellectual ideas, which had significant material consequences. The study of Western civilization is therefore emphatically not solely that of Christian DWEMs.

In 1988, Jesse Jackson led Stanford students in the chant, “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!” The protests attracted national headlines and inspired a television debate between the university’s president and William Bennett, then secretary of education. Bill King, the president of the Stanford Black Student Union, claimed at that time, “By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally.” He presented no actual evidence that reading Locke, Hume, or Plato has ever hurt anyone mentally or emotionally, and that was of course decades before the snowflake generation could proclaim themselves offended by the “micro-aggression” of a raised eyebrow. 

In 2016, over 300 Stanford students signed a petition requesting a ballot on the restoration of the Western Civ course. Fewer people voted for the ballot than voted to have it in the first place. In his book The Lost History of Western Civilization, Stanley Kurtz places the events at Stanford center stage for what went so badly wrong later across America, as the skewed thinking behind the deconstructionist, multiculturalist, postmodern, and intersectional movements caused so much damage to education for so long. 

Kurtz reminds us that what the Western Civ courses really did was to root a people in their past and their values. The trajectory of Western culture was shown to have run from Greece via Rome to Christendom, infused by Judaic ideas and morality along the way via Jerusalem, but then detouring briefly through the Dark Ages, recovering in the Renaissance, which led to the Reformation, the Enlightenment, and thus the scientific, rational, and politically liberated culture of Europe and European America. “From Plato to NATO,” as the catchphrase went. 

At the center of this transference of values across time and space was democracy, of which Winston Churchill famously said, “Many forms of government have been tried, and will be tried in this world of sin and woe. No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from time to time.” The generations who grew up knowing that truth, rather than weltering in guilt and self-doubt about “false consciousness” and so on, were the lucky ones, because they were allowed to study the glories of Western civilization in a way that was unembarrassed, unashamed, and not saddled with accusations of guilt in a centuries-old crime that had absolutely nothing to do with them. They could learn about the best of their civilization, and how it benefited — and continues to benefit — mankind. 

As Ian Jenkins, the senior curator of the Ancient Greek collection at the British Museum, put it in his book on the Elgin Marbles — politically correctly entitled “The Parthenon Sculptures” — “Human figures in the frieze are more than mere portraits of the Athenian people of the day. Rather they represent a timeless humanity, one which transcends the present to encompass a universal vision of an ideal society.” The Parthenon itself set out the architectural laws of proportion that still obtain to this day, and later in the book Jenkins points out how the sculptures “transcend national boundaries and epitomize universal and enduring values of excellence.” It was no coincidence that interest in them permeated the Western Enlightenments of the 18th century. 

While the Parthenon was being built, Pericles contrasted the openness and moderation of Athenian civic life with the militaristic, secretive, dictatorial Spartans in his Funeral Speech of 430 b.c., and this struck a chord with the Enlightenment thinkers of 23 centuries later, just as it should continue to do with us today, reminding us why Western values are indeed superior to those that actuate the leaders of modern China, Russia, Iran, Venezuela, North Korea, and Zimbabwe. Marxism-Leninism began as a Western concept but was overthrown in the West, whereas it tragically still thrives in other parts of the world. And yes, we know that the architect Phidias employed slaves and metics (foreigners) in building the Parthenon, not just Athenian freemen.

“Carved around the middle of the fifth century bc,” writes Neil MacGregor, former director of the British Museum, the Elgin Marbles “are the product of a creative culture that is credited with the invention of such aspects of modern Western civilization as democracy, philosophy, history, medicine, poetry and drama.” Of course, no one is claiming that Oriental, Persian, and Arab civilizations did not have all of those listed — except democracy, which they did not have then and most still do not today — and no one suggests that Aboriginal Australians, South Sea Islanders, the Aztecs and Incas, ancient Egyptians, or the Khmer Empire that built Angkor Wat for the god Vishnu did not have their own worthy civilizations, too. 

Yet even the very greatest achievements and physical creations of those other civilizations simply cannot compare to what the Greco-Roman and Judeo-Christian Western civilization has produced in philosophy, history, medicine, poetry, and drama, let alone democracy. 

Anyone reading Charles Murray’s superb and unanswerable book Human Accomplishment cannot but accept that the contribution made to mankind — the whole of it, not just the West — by DWEMs has statistically utterly dwarfed that made by the whole of the rest of the world combined. Whilst the transformative powers of cathedrals and concertos are relatively debatable, Nobel prizes for science and medical breakthroughs can be numerically compared, as can the fact that there is no one in any other civilization who can objectively match the sheer volume and density of the poetic and dramatic work of Shakespeare. To deny that is to start going down the route of the discredited Afrocentrist historians who were reduced to claiming that ancient African civilizations had visited Latin America and significantly influenced the cultures they found there.

“From the constitution drafted by the founding fathers of the American republic to the war-time speeches of Winston Churchill,” Jenkins writes, “many have found inspiration for their brand of liberal humanism, and for a doctrine of the open society, in the Funeral Speech of Perikles.” If Pericles had lost an election or been ostracized in the annual vote of Athenians, he would have stood down from office in the same way that Boris Johnson, Donald Trump, and Emmanuel Macron would after a defeat in a free and fair election in their countries, whereas that is inconceivable in many totalitarian countries not infused by the ethics of the West. That is ultimately why we should not apologize for Western civilization, why it should be proselytized around the world and certainly taught as a discrete discipline in our schools and universities. 

Western Civilization courses never pretended that the West invented civilization, as the French anthropologist Claude Lévi-Strauss emphasized in his foreword to the UNESCO International Social Science Bulletin in 1951. Considering some of the most ancient sites of human habitation in the world, such as Mohenjo-daro and Harappa in the Indus Valley, he observed straight streets intersecting at right angles, industrial workshops, utilitarian housing for workers, public baths, drains and sewers, pleasant suburbs for the wealthier classes; in short, what he called “all the glamour and blemishes of a great modern city.” Five thousand years ago, therefore, the most ancient civilizations of the old world were giving their lineaments to the new. As a new history of the world by the British historian Simon Sebag Montefiore will shortly demonstrate, the inhabitants of Egypt, China, and Persia were creating sophisticated art and architecture, legal and numerical systems, and literary and musical traditions while the peoples of Europe were still covered in woad and living in mud huts. 

What might Homer have to say about being civilized? The Iliad, which describes the clash between the Greeks and the Trojans, is not a description of a conflict between two nation-states. Adam Nicolson characterizes the conflict in The Mighty Dead: Why Homer Matters as “the deathly confrontation of two ways of understanding the world.” In this 4,000-year-old scenario, the Greeks are the barbarians. They are northern warriors, newly technologically empowered with ships and bronze spears, who want what the Trojans have got. They are pirates: coarse, animalistic, in love with violence. They are savage, rootless nomads who trade women as commodities (a three-legged metal tripod to put vases on is worth twelve oxen; a woman, four) and lust after the treasure hidden within Troy’s walls.

The city of Troy is wealthy, ordered, graceful, and stable, and the Greeks covet it. In the climax of the poem, Achilles, the ultimate man of the plains, confronts Hector of Troy, the man of the city. In disarmingly exhilarating and violent poetry, the outsider slaughters the insider. The barbarians have won. Or have they? After the battle, Priam, Hector’s grieving father, visits Achilles in his tent. Troy is doomed but Achilles marvels at Priam’s humility, at his ability to respect the man who has murdered his beloved son. From the “mutuality and courage of that wisdom,” writes Nicolson, “its blending of city and plain, a vision of the future might flower.”

Our word “civilization” derives from the Latin “civilis,” from “civis” (citizen) via “civitas” (city). The city is the locus for human encounter and understanding, for exchange and connection, for the development of communal and peaceful coexistence, for the flourishing of both everyday exchange and sophisticated arts. Opponents of the teaching of Western civilization object that European countries built their wealth and cultural achievements on the colonial exploitation and enslavement of non-European peoples. Yet as Homer demonstrates, the development of civilization has always been predicated upon darker forces. 

The Crusaders of medieval Europe were no more bloody and cruel than the wars of conversion enacted by the expanding Islamic world in the seventh and eighth centuries. The Ethiopian Empire (1270–1974) was founded upon slavery, as was the Ottoman Empire (1299–1924). If the history of the West needs to be taught critically, then so too does that of the East or the so-called global South. No civilization has been morally pure. 

“Competition and monopoly,” writes Niall Ferguson sagely in his book Civilization: The West and the Rest, “science and superstition; freedom and slavery; curing and killing; hard work and laziness — in each case, the West was the father to both the good and the bad.” Those early Western Civ courses never tried to argue that it was flawless — Karl Marx sometimes used to be taught in them, after all — but in the 20th century, students had more common sense and took that for granted, and were not looking for ever-new ways to be offended.

Christianity, for all its schisms and intolerance, its occasionally obnoxious obscurantism and iconoclasm, has been overall an enormous force for good in the world. The Sermon on the Mount was, as Churchill put it, “the last word in ethics.” 

Christians abolished slavery in the 1830s (or three decades later in America’s case), whereas outside Christendom the practice survived for much longer, and identifiable versions of it still exist in some non-Christian and anti-Christian countries today. 

The abolition of slavery did not merely happen by votes in Parliament and proclamations from presidents; it was fought for by (and against) Christians with much blood spilt on both sides. That would not have happened without the Judeo-Christian values and the Western Enlightenment that are so central to Western civilization. The Royal Navy ran its West Africa Preventive Squadron for over 60 years with the sole task of fighting slavery, during which time it freed around 160,000 slaves, and an estimated 17,000 British seamen died of disease or in battle achieving that. 

When considering “the rest” — those civilizations that did not produce what Western civilization has — Ferguson is unblushingly honest. “We must resist the temptation to romanticize history’s losers,” he writes. “The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives.” For all my earlier concentration on art and architecture, poetry and music, Ferguson is also correct to point out that “civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization,” which is why his book is “as much about sewage pipes as flying buttresses.” 

In response to the issuing of the United Nations’ Universal Declaration of Human Rights in 1948, the American Anthropological Association released a critique that asked, “How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” The question assumes that the 30 articles of the Declaration could not be universal, since universality of human rights was of necessity a “Western” assumption. This was intended as a criticism, not an endorsement.

Yet the West has not stolen these values, as the Greeks stole the Trojans’ gold; it has not appropriated or co-opted them. Rather they are seen as objectionable because they do, indeed, according to their detractors, inhere in Western culture. So, given that a belief in human rights is, apparently, predicated on Western culture, is not that culture worth examining and teaching? 

Instead, there is an entire industry devoted to trying to topple DWEM heroes from their pedestals — literally, in the case of the British activist Afua Hirsch’s attempt to have Admiral Nelson removed from his column in Trafalgar Square in London on the grounds that he did not campaign to abolish the slave trade (which was not abolished by Britain until two years after his death in 1805). 

The climate-change movement is similarly riddled with anti-Western assumptions, whereby capitalism, development, and growth are demonized, all of them supposedly primarily Western concepts. A glance at the actual carbon emissions from the new coal-fired power stations still being built every month in China should put Western climate self-haters right about the importance of development and growth, but campaigning against democratic, guilt-ridden Western governments is far easier than taking the fight to Beijing and Delhi, which now is where the real difference can be made. When Greta Thunberg denounces Xi Jinping and the Chinese Communist Party outside the Great Hall of the People, she will be worthy of our respect; until then, she is merely playing on Western guilt, like every other demagogic critic of the West so beloved of the Left. 

The self-hatred virus is a particularly virulent and infectious one, and has almost entirely overtaken the academy in its attitude towards Western civilization. We all know the concept of the self-hating Jew who instinctively and immediately blames Israel for everything bad that happens in the Middle East (and often in the wider world, too). If the term is unfamiliar, look at some of the lobbying organizations on Washington’s K Street, or the equally virulent “Jews for Corbyn” movement inside the ultra-left Momentum organization in Britain. 

Western self-hatred, which is quite different from healthy self-criticism, has gone far too far in our society. American self-haters such as Noam Chomsky and Michael Moore have made hugely successful careers out of a knee-jerk reaction that whatever ill befalls the West is solely its own fault. They argue, of course, that they in fact like their country — rarely “love,” as that would differentiate it from other countries — and it’s only one particular administration or policy with which they take issue rather than the whole culture. Yet this is false. If after a lifetime one has never — as in Jeremy Corbyn’s case — once supported a single Western military operation under any circumstance, and always had a good word for every opponent of the West, whether it be a state actor or a leftist terrorist group, then the truth becomes obvious.

British self-hatred goes back a long way, via Thomas Paine and Kim Philby, but today it is not enough for the Chomskys and Corbyns merely to hate their own country; they must hate the West in general, which for them tends to mean NATO, the special relationship, the Anglo-American form of (relatively) free markets and free enterprise, and of course the concept of Western civilization itself, which they consider an artificial construct. Recently Seumas Milne, Jeremy Corbyn’s spin doctor, tried to argue that capitalism has killed more people than Communism, although of course he did not accept the figure of 100 million that most responsible historians recognize was Communism’s death toll in the 20th century. 

Mention of Corbyn and Milne prompts the thought that all too often consideration of the contribution of Judeo-Christian thought to Western civilization tends to underplay the first — Judeo — part of the conjoined twins. It is impossible not to spot an enormous overlap — the shaded area in the Venn diagram — between hatred of the concept of Western civilization on one side and at least a certain haziness over anti-Semitism on the other. In America, there are unfortunately still those who believe that Western civilization is at risk from Jewish culture. This view is as ignorant as it is obnoxious. For without the “Judeo” half of the phenomenon, Western civilization would simply not exist. 

Once again, Charles Murray is invaluable here in enumerating in numbers and places and names and statistics the contribution made in every field by Jews over the millennia, around 100 times what it ought to be in relation to their demographic numbers on the planet. Writing of Max Warburg’s daughter Gisela in his book The Warburgs, Ron Chernow recalls how, “once asked at a birthday party whether she was Jewish, Gisela refused to answer. When Alice [her mother] asked why, Gisi stammered confusedly, ‘You always told us not to boast.’” That might be true of her, but philo-Semitic Gentiles such as I enjoy boasting about the contribution the Jews have made to Western civilization in every sphere. Beware the hater of Western civilization; very often there’s an anti-Semite not very far away.

French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment.

The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11.

The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. 

For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for.

— This essay is sponsored by National Review Institute.

Voir aussi:

‘Hey, Hey, Ho, Ho, Western Civ Has Got to Go’

Robert Curry American Greatness June 10, 2019

On January 15, 1987, Jesse Jackson and around 500 protesters marched down Palm Drive, Stanford University’s grand main entrance, chanting “Hey hey, ho ho, Western Civ has got to go.”

They were protesting Stanford University’s introductory humanities program known as “Western Culture.” For Jackson and the protesters, the problem was its lack of “diversity.” The faculty and administration raced to appease the protesters, and “Western Culture” was formally replaced with “Cultures, Ideas, and Values.”

The new program included works on race, class, and gender and works by ethnic minority and women authors. Western culture gave way to multi-culture. The study of Western civilization succumbed to the Left’s new dogma, multiculturalism.

When I attended college in the 1960s, taking and passing the year-long course in the history of Western civilization was required for graduation. The point of the requirement was perfectly clear. Students were expected to be proficient with the major works of their civilization if they were to be awarded a degree. It was the mark of an educated person to know these things.

Because it was a required course, it was taught by a senior professor in a large lecture hall with hundreds of students. The course was no walk in the park. When I took the course, only one student got an A grade for the first semester. Students went down in wave after wave. Many dropped out of the course, planning to try again later. Others dropped out of school or transferred to another college or university.

Student protests were all the rage on campus in those days, too. But nobody protested the Western Civ course, its contents, the difficulty involved, or the fact that it was required. Students evidently accepted the idea that studying the story of how we got here and who shaped that story was essential to becoming an educated person.

It is also not at all clear that the faculty in those days would have raced to appease student protesters chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Many of the faculty, after all, had served in World War II. My best friends on the faculty had all served either in the European or the Pacific theater. They had put their lives on the line to defend Western civilization, and served with others who had lost their lives in that fight. Whether they were teaching Plato or Italian art of the Renaissance and the Baroque eras, they taught with the passion of men who had fought as soldiers and were working as teachers to preserve Western culture. Perhaps my fellow students would not have dared to present our teachers with that particular protest.

The protesting students at Stanford in 1987 were pushing against an open door. Radicalized professors, products of the student protests of the 1960s, welcomed the opportunity to do what they already wanted done. The protesters provided the excuse. Instead of doing the hard work of teaching Western civilization, they were free to preach multiculturalism—and the change was presented to the world as meeting the legitimate demands of students.

It is worth noting, I think, that the chant has an interesting ambiguity. Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go? Clearly, Jackson was leading the protesters in demanding a change in the curriculum at Stanford, but the Left, having gotten rid of “Western Civ” at Stanford and at most other colleges, is reaching for new extremes. Today, ridding the world of Western civilization as a phenomenon doesn’t seem like such a stretch.

In the wee hours of the morning recently, in a nearly deserted international airport terminal, I got into conversation with a fellow passenger while we waited for our luggage. He told me he was returning from a stay at an eco-resort. He said because of cloudy weather there had been no hot water on most days—and little hot water when there was any—and the electric light ran out every night soon after nightfall.

The worst part for him, he said, was the requirement to put used toilet paper in a special container provided for that purpose. When I remarked that what he had experienced at the resort was what the Greens have planned for all of us, he cheerfully agreed. He went on to say that he believed the real purpose of the Greens’ plan is population control, that a truly green future would only be able to support a much smaller population.

The amazing part is this: he conveyed a complete agreement with the environmentalist project and what he believed to be its underlying purpose. It seemed that what he had experienced at the resort had not caused him to re-think his attitude, or even to consider that there was a risk he might not survive the transition to a much smaller population.

As he spoke, I easily imagined him as a younger person chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Voir également:

‘An Honest Conversation About Race’?

Is confrontation wise? Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or civility.

Lance Morrow
The Wall Street Journal
July 2, 2020

People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards?

Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago.

We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions.

How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see.

Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war.

Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”?

There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health.

The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind.

Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance.

And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest.

Mr. Morrow is a senior fellow at the Ethics and Public Policy Center.

Voir de plus:

Amid a pandemic, the woke-ist media are experiencing a psychotic break

Becket Adams
Washington Examiner
July 03, 2020
 
If the press suffered a nervous breakdown after the 2016 election ⁠— and they did ⁠— they are experiencing a full-on psychotic break amid the COVID-19 pandemic and the George Floyd protests.

It is as if the lockdowns and nationwide demonstrations caused media executives to snap, leaving them in a wide-eyed, obsessive frenzy to cleanse society of all problematics, screaming all the while, “Out, damned spot!”

CNN, for example, engaged in explicit political activism this week when it sought to shame companies that have yet to pull ads from Facebook over CEO Mark Zuckerberg’s persistent refusal to censor problematic speech.

“These are the big brands that haven’t pulled ads from Facebook yet,” reads the headline. The report then goes on to name and shame the businesses that have had the temerity to continue to advertise on one of the biggest social media platforms in the world.

This is not news reporting. This is activism. It is a poorly disguised effort by a major newsroom to pressure companies into boycotting a social media platform that is too committed to political neutrality and too opposed to political censorship for the media’s taste. In any other time and place, the press would have mocked and condemned the CNN article. But these are unusual times. Many journalists today agree with CNN’s shaming tactics and the reasons behind them, and so the Facebook report came and went this week with barely a whimper of objection from our brave Fourth Estate.

Over at the New York Times, the occupied opinion section, which claims to have standards against “needlessly harsh” commentaries that fall “short of the thoughtful approach that advances useful debate,” published an especially unhinged article this week titled “America’s Enduring Caste System.”

“Throughout human history, three caste systems have stood out,” writes contributor Isabel Wilkerson. “The lingering, millenniums-long caste system of India. The tragically accelerated, chilling and officially vanquished caste system of Nazi Germany. And the shape-shifting, unspoken, race-based caste pyramid in the United States.”

She adds, “Each version relied on stigmatizing those deemed inferior to justify the dehumanization necessary to keep the lowest-ranked people at the bottom and to rationalize the protocols of enforcement. A caste system endures because it is often justified as divine will, originating from sacred text or the presumed laws of nature, reinforced throughout the culture and passed down through the generations.”

Yes, it seems a bit off for Wilkerson to lump the U.S. in with Nazi Germany, but that is not even the craziest part. That distinction goes to her exceptionally ignorant assertion that 2 of the 3 most notable caste systems in history come from the last 250 years. Several ancient empires would beg to differ. Then again, if your viewpoint is the right one, New York Times editors will not be sticklers for facts.

Elsewhere at the New York Times, the news section decided this week that now is a good time to remind its readers that Mount Rushmore is very problematic.

“Mount Rushmore was built on land that belonged to the Lakota tribe and sculpted by a man who had strong bonds with the Ku Klux Klan,” the paper reported. “It features the faces of 2 U.S. presidents who were slaveholders.”

All true. Also, while we are on the topic of unjustly seized land, please enjoy this excerpt from Reason magazine explaining how the New York Times Building in midtown Manhattan came to be built:

On September 24, 2001, as New York firefighters were still picking their comrades’ body parts out of the World Trade Center wreckage, New York Times Co. Vice Chairman and Senior Vice President Michael Golden announced that the Gray Lady was ready to do its part in the healing.

« We believe there could not be a greater contribution, » Golden told a clutch of city officials and journalists, « than to have the opportunity to start construction of the first major icon building in New York City after the tragic events of Sept. 11. » Bruce Ratner, president of the real estate development company working with the Times on its proposed new Eighth Avenue headquarters, called the project a « very important testament to our values, culture and democratic ideals. »

Those « values » and « democratic ideals » included using eminent domain to forcibly evict 55 businesses–including a trade school, a student housing unit, a Donna Karan outlet, and several mom-and-pop stores–against their will, under the legal cover of erasing « blight, » in order to clear ground for a 52-story skyscraper. The Times and Ratner, who never bothered making an offer to the property owners, bought the Port Authority-adjacent property at a steep discount ($85 million) from a state agency that seized the 11 buildings on it; should legal settlements with the original tenants exceed that amount, taxpayers will have to make up the difference. On top of that gift, the city and state offered the Times $26 million in tax breaks for the project, and Ratner even lobbied to receive $400 million worth of U.S. Treasury-backed Liberty Bonds–instruments created by Congress to help rebuild Lower Manhattan. Which is four miles away.

The New York Times report this week claims that the history of Mount Rushmore is of particular relevance now because President Trump plans to attend July Fourth festivities at the South Dakota monument. Curious, then, that the New York Times did not think that history worth reevaluating when former President Barack Obama visited the exact same site during the 2008 campaign or when the New York Times’s own Maureen Dowd wondered in 2016 whether Obama would qualify as a “Mount Rushmore president. »

Lastly, ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.”

The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks’ survival and public health.”

“Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.”

As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.”

Sorry, everyone. Even national parks are racist now.

This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print.

The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus.

Voir encore:

FARRELL: The Left Is Clearing A Pathway To Power

Chris Farrell Daily Caller June 25, 2020

Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way.

Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule.

Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich.

At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled.

The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy.

The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC).

Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.”

We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power.

Chris Farrell is director of investigations and research for Judicial Watch, a nonprofit government watchdog organization. He is a former military intelligence officer.

Voir encore:

Columbus Is Racist, Says Columbus

The explorer is ejected from a city that—for now—bears his name

Wall Street Journal

July 2, 2020

The city of Columbus, Ohio, this week unceremoniously evicted a 16-foot bronze statue . . . of Christopher Columbus. “For many people in our community, the statue represents patriarchy, oppression and divisiveness,” said Mayor Andrew Ginther, giving the removal order two weeks ago. “That does not represent our great city.”

Which great city, precisely? He forgot to mention. Or perhaps the mayor is going to start referring to his town euphemistically as “Ohio’s capital” and so forth, the way some people refuse to say the name of the Washington Redskins football team. This could make campaigning for his re-election rather awkward: Vote Ginther for mayor of [Unmentionable Racist].

Don’t laugh, because a petition at change.org has 118,000 signatures—an eighth of Columbus’s population—to rechristen the city Flavortown. That would reflect the region’s status as “one of the nation’s largest test markets for the food industry,” while honoring the enduring legacy of a Columbus native, the celebrity chef Guy Fieri. Alas, the petition’s creator has since apologized. Renaming the city, he says, “should be a fight led by those most affected,” and “as a white male, I don’t have a say in this.”

A columnist for the Columbus Dispatch noodled—jokingly?—that because “it’s always dangerous to name something after humans,” how about: Pleistocene, Ohio. Is the unpronounceable symbol once used by the musician Prince available again, or would that be cultural appropriation of Minnesota? A letter to the Dispatch had a bold idea: “Cowed, Ohio.”

The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District.

The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times.

Voir par ailleurs:

STATEMENT ON HUMAN RIGHTS

SUBMITTED TO THE COMMISSION ON HUMAN RIGHTS, UNITED NATIONS BY THE EXECUTIVE BOARD, AMERICAN ANTHROPOLOGICAL ASSOCIATION

American Anthropologist

NEW SERIES Vol. 49 OCTOBER-DECEMBER, 1947 No. 4

The problem faced by the Commission on Human Rights of the United Nations in preparing its Declaration on the Rights of Man must be approached from two points of view. The first, in terms of which the Declaration is ordinarily conceived, concerns the respect for the personality of the individual as such, and his right to its fullest development as a member of his society. In a world order, however, respect for the cultures of differing human groups is equally important.

These are two facets of the same problem, since it is a truism that groups are composed of individuals, and human beings do not function outside the societies of which they form a part. The problem is thus to formulate a statement of human rights that will do more than just phrase respect for the indi- vidual as an individual. It must also take into full account the individual as a member of the social group of which he is a part, whose sanctioned modes of life shape his behavior, and with whose fate his own is thus inextricably bound.

Because of the great numbers of societies that are in intimate contact in the modern world, and because of the diversity of their ways of life, the primary task confronting those who would draw up a Declaration on the Rights of Man is thus, in essence, to resolve the following problem: How can the pro- posed Declaration be applicable to all human beings, and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?

Before we can cope with this problem, it will be necessary for us to outline some of the findings of the sciences that deal with the study of human culture, that must be taken into account if the Declaration is to be in accord with the present state of knowledge about man and his modes of life.

If we begin, as we must, with the individual, we find that from the moment of his birth not only his behavior, but his very thought, his hopes, aspirations, the moral values which direct his action and justify and give meaning to his life in his own eyes and those of his fellows, are shaped by the body of custom of the group of which he becomes a member. The process by means of which this is accomplished is so subtle, and its effects are so far-reaching, that only after considerable training are we conscious of it. Yet if the essence of the Declaration is to be, as it must, a statement in which the right of the individual to develop his personality to the fullest is to be stressed, then this must be based on a recognition of the fact that the personality of the individual can develop only in terms of the culture of his society.

Over the past fifty years, the many ways in which man resolves the prob- lems of subsistence, of social living, of political regulation of group life, of reaching accord with the Universe and satisfying his aesthetic drives has been widely documented by the researches of anthropologists among peoples living in all parts of the world. All peoples do achieve these ends. No two of them, however, do so in exactly the. same way, and some of them employ means that differ, often strikingly, from one another.

Yet here a dilemma arises. Because of the social setting of the learning process, the individual cannot but be convinced that his own way of life is the most desirable one. Conversely, and despite changes originating from within and without his culture that he recognizes as worthy of adoption, it becomes equally patent to him that, in the main, other ways than his own, to the degree they differ from it, are less desirable than those to which he is accustomed. Hence valuations arise, that in themselves receive the sanction of accepted belief.

The degree to which such evaluations eventuate in action depends on the basic sanctions in the thought of a people. In the main, people are willing to live and let live, exhibiting a tolerance for behavior of another group different than their own, especially where there is no conflict in the subsistence field. In the history of Western Europe and America, however, economic expansion, control of armaments, and an evangelical religious tradition have translated the recognition of cultural differences into a summons to action. This has been emphasized by philosophical systems that have stressed absolutes in the realm of values and ends. Definitions of freedom, concepts of the nature of human rights, and the like, have thus been narrowly drawn. Alternatives have been decried, and suppressed where controls have been established over non- European peoples. The hard core of similarities between cultures has con- sistently been overlooked.

The consequences of this point of view have been disastrous for mankind. Doctrines of the « white man’s burden » have been employed to implement economic exploitation and to deny the right to control their own affairs to millions of peoples over the world, where the expansion of Europe and America has not meant the literal extermination of whole populations. Rationalized in terms of. ascribing cultural inferiority to these peoples, or in conceptions of their backwardness in development of their ‘ »primitive mentality, » that justified their being held in the tutelage of their superiors, the history of the ex- pansion of the western world has been marked by demoralization of human personality and the disintegration of human rights among the peoples over whom hegemony has been established.

The values of the ways of life of these peoples have been consistently misunderstood and decried. Religious beliefs that for untold ages have carried conviction, and permitted adjustment to the Universe have been attacked as superstitious, immoral, untrue. And, since power carries its own conviction, this has furthered the process of demoralization begun by economic exploita- tion and the loss of political autonomy. The white man’s burden, the civilizing mission, have been heavy indeed. But their weight has not been borne by those who, frequently in all honesty, have journeyed to the far places of the world to uplift those regarded by them as inferior.

We thus come to the first proposition that the study of human psychology and culture dictates as essential in drawing up a Bill of Human Rights in terms of existing knowledge:

1. The individual realizes his personality through his culture, hence respect for individual differences entails a respect for cultural differences. There can be no individual freedom, that is, when the group with which the individual indentifies himself is not free. There can be no full development of the individual personality as long as the individual is told, by men who have the power to enforce their commands, that the way of life of his group is in- ferior to that of those who wield the power.

This is more than an academic question, as becomes evident if one looks about him at the world as it exists today. Peoples who on first contact with European and American might were awed and partially convinced of the superior ways of their rulers have, through two wars and a depression, come to re-examine the new and the old. Professions of love of democracy, of devotion to freedom have come with something less than conviction to those who are themselves denied the right to lead their lives as seems proper to them. The religious dogmas of those who profess equality and practice discrimination, who stress the virtue of humility and are themselves arrogant in insistence on their beliefs have little meaning for peoples whose devotion to other faiths makes theseinconsistencies as clear as the desert landscape at high noon. Small wonder that these peoples, denied the right to live in terms of their own cultures, are discovering new values in old beliefs they had been led to question.

No consideration of human rights can be adequate without taking into account the related problem of human capacity. Man, biologically, is one. Homo sapiens is a single species, no matter how individuals may differ in their aptitudes, their abilities, their interests. It is established that any normal individual can learn any part of any culture other than his own, provided only he is afforded the opportunity to do so. That cultures differ in degree of complexity, of richness of content, is due to historic forces, not biological ones. All existing ways of life meet the test of survival. Of those cultures that have disappeared, it must be remembered that their number includes some that were great, powerful, and complex as well as others that were modest, content with the status quo, and simple. Thus we reach a second principle:

2. Respect for differences between cultures is validated by the scientific fact that no iechnique of qualitatively evaluating cultures has been discovered.

This principle leads us to a further one, namely that the aims that guide the life of every people are self-evident in their significance to that people. It is the principle that emphasizes the universals in human conduct rather than the absolutes that the culture of Western Europe and America stresses. It recognizes that the eternal verities only seem so because we have been taught to regard them as such; that every people, whether it expresses them or not, lives in devotion to verities whose eternal nature is as real to them as are those of Euroamerican culture to Euroamericans. Briefly stated, this third principle that must be introduced into our consideration is the following,:

3. Standards and values are relative to the culture from which they de- rive so that any attempt to formulate postulates that grow out of the beliefs or moral codes of one culture must to that extent detract from the applicability of any Declaration of Human Rights to mankind as a whole.

Ideas of right and wrong, good and evil, are found in all societies, though they differ in their expression among different peoples. What is held to be a human right in one society may be regarded as anti-social by another people, or by the same people in a different period of their history. The saint of one epoch would at a later time be confined as a man not fitted to cope with reality. Even the nature of the physical world, the colors we see, the sounds we hear, are conditioned by the language we speak, which is part of the culture into which we are born.

The problem of drawing up a Declaration of Human Rights was relatively simple in the Eighteenth Century, because it was not a matter of human rights, but of the rights of men within the framework of the sanctions laid by a single society. Even then, so noble a document as the American Declaration of Independence, or the American Bill of Rights, could be written by men who themselves were slave-owners, in a country where chattel slavery was a part of the recognized social order. The revolutionary character of the slogan « Liberty, Equality, Fraternity » was never more apparent than in the struggles to imple- ment it by extending it to the French slave-owning colonies.

Today the problem is complicated by the fact that the Declaration must be of world-wide applicability. It must embrace and recognize the validity of many different ways of life. It will not be convincing to the Indonesian, the African, the Indian, the Chinese, if it lies on the same plane as like docu- ments of an earlier period. The rights of Man in the Twentieth Century can- not be circumscribed by the standards of any single culture, or be dictated by the aspirations of any single people. Such a document will lead to frustration, not realization of the personalities of vast numbers of human beings.

Such persons, living in terms of values not envisaged by a limited Declaration, will ‘thus be excluded from the freedom of full participation in the only right and proper way of life that can be known to them, the institutions, sanctions and goals that make up the culture of their particular society.

Even where political systems exist that deny citizens the right of participation in their government, or seek to conquer weaker peoples, underlying cultural values may be called on to bring the peoples of such states to a realization of the consequences of the acts of their governments, and thus enforce a brake upon discrimination and conquest. For the political system of a people is only a small part of their total culture.

World-wide standards of freedom and justice, based on the principle that man is free only when he lives as his society defines freedom, that his rights are those he recognizes as a member of his society, must be basic. Conversely, an effective world-order cannot be devised except insofar as it permits the free play of personality of the members of its constituent social units, and draws strength from the enrichment to be derived from the interplay of varying personalities.

The world-wide acclaim accorded the Atlantic Charter, before its restricted applicability was announced, is evidence of the fact that freedom is under- stood and sought after by peoples having the most diverse cultures. Only when a statement of the right of men to live in terms of their own traditions is incorporated into the proposed Declaration, then, can the next step of defining the rights and duties of human groups as regards each other be set upon the firm foundation of the present-day scientific knowledge of Man.

JUNE 24, 1947

Voir aussi:

LA LEÇON DE LA FRENCH THEORY

FRENCH THEORY FOUCAULT, DERRIDA, DELEUZE ET CIE ET LES MUTATIONS DE LA VIE INTELLECTUELLE AUX ETATS-UNIS de François Cusset La Découverte, 367 p.

Sylvano Santini

Spirale

3 mars 2010

CERTAINS penseurs français irrationnels, transgressifs, libidinaux, obscurs, géniaux, etc. ont fait fortune aux États-Unis avec leur spirale théorique. Qu’on les ait repris ou rejetés, aimés ou détestés, tant à l’université que dans les milieux artistiques underground, le fait est indéniable : une frange de la pensée française a contaminé et assaini l’Amérique. Ce paradoxe évidemment volontaire rejoue assez bien l’extrémisme étatsunien quant aux affaires intellectuelles : Baudrillard, Deleuze, Foucault, Derrida et con-sorts sont des démons fascistes pour les uns, des prophètes pour les autres. Y a-t-il un juste mi-lieu? Interrogation hasardeuse, car justement, aux États-Unis, c’est de lui qu’il n’est jamais question.

Les Américains ont créé quelque chose ces dernières décennies, n’en déplaise à ceux qui les perçoivent comme les conservateurs du musée européen. Mais ne s’agit-il pas ici encore de l’Europe? Il serait donc plus prudent de dire qu’ils ont recréé quelque chose sous le nom original de French Theory en accueillant, hors de la France, la théorie française. Incontestable phénomène qui persiste depuis ses débuts bigarrés dans les années soixante-dix jusqu’à son épuration universitaire qui se poursuit encore aujourd’hui. L’heure des bilans est arrivée au tournant du millénaire : que s’est-il donc passé ces trente dernières années pour qu’on demande à Baudrillard de participer au scénario de la saga Matrix ou pour qu’un DJ techno cite Deleuze ? Les Américains ont fait leur propre bilan en 2001 (French Theoryin America, Routledge), les Fran-çais, en 2003 (French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États- Unis, La Découverte) et plus curieusement, un certain réseau canadien s’est interposé comme arbitre en 2002 (« The American Production of French Theory », Substance, n » 97). Si les premiers s’évertuent à présenter les thèses caractéristiques qu’a laissées la théorie française dans la pensée américaine, et les derniers, un écho lointain de ce qui s’est véritable-ment passé, le bilan mis au point par François Cusset est de loin le plus satisfaisant et ce, autant pour ceux qui raillent le phénomène que pour ceux qui le respectent.

La fête et la caricature de la théorie française

Cusset connaît bien les États-Unis et encore mieux le monde de l’édition dans lequel il a œuvré et où a été inventé en partie le phénomène. Que des intellectuels américains adaptent les thèses de penseurs français, ce n’est pas un précédent, on l’avait fait déjà avec le surréalisme et l’existentialisme. Ce qui est toutefois nouveau ici, c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple adaptation mais d’une véritable appropriation qui dé-bouche sur l’invention de perspectives théoriques non négligeables : la French Theory. Si cette appropriation positive s’est déroulée sur les campus universitaires, ce n’est pas exactement par là que la théorie française s’est fait connaître aux États-Unis. Dans les seventies, années profondément marquées par un désir libératoire qui prenait la forme d’expériences individuelles de désubjectivation (la Sainte Trinité : drogue, sexe, rock), certains universitaires, dont Sylvère Lotringer, ont introduit la théorie française dans la contre-culture américaine. Moment festif et joyeux, fait de rencontres inusitées entre intellectuels et artistes (Deleuze et Guattari ont ren-contré Bob Dylan backstage’.), cet « entre-deux » est typique, selon Cusset, de la première vague de French Theorists. La popularité non universitaire de la théorie française continue à persister au-delà des seventies dans les milieux artistiques, alternatifs, informatiques, etc. où l’on cite allègrement des passages de Mille Plateaux ou de l’indécidable déconstruction de Derrida. Cusset reconnaît tout de même l’intérêt de ces récupérations qui tournent souvent à la caricature, car si certains artistes y ont trouvé une manière légitime de parler de leur art, la théorie, elle, y est devenue vivante. Encore que la pensée des philosophes français y ait été entièrement pervertie (les contre-sens avec Baudrillard sont éloquents), l’union entre la théorie et l’œuvre a représenté peut-être la meilleure réponse qu’on leur a donnée. Mais tout le monde avait déjà compris que c’était par l’université que la théorie française devait passer pour rester.

L’incidence politique de la théorie

Autre lieu, autre réception. Les départements de français et plus largement ceux de littérature ont ouvert les portes des campus universitaires à la théorie française, tout en se hissant au sommet des humanités en maniant des concepts nouveaux mais flous, flexibles et surtout tellement poreux que les autres disciplines y trouvaient leur compte : en quelques années, les littéraires étaient devenus les dépositaires de l’« éthos universitaire ». Des mégastars naissaient sur son crédit ; tout un domaine de recherches y trouvait 42 son impulsion (les cult’studs’) ; les étudiants l’utilisaient pour affirmer haut et fort leur pas-sage à l’âge adulte. On récupérait, sans retour, ce que des stratégies éditoriales avaient fabriqué de toutes pièces en publiant côte à côte les vedettes de l’heure : portrait d’une famille française née à l’étranger que Ton a appelée, selon les milieux et les humeurs, poststructuraliste, postmoderne, et plus récemment postmarxiste. Si les études universitaires n’étaient pas en reste de récupéra-tions mimétiques et caricaturales qui se limitaient trop souvent à une clique de campus qui défendait complaisamment son auteur fétiche — concurrence typiquement américaine entre universités —, il y a des domaines où la lecture des auteurs français a été fine et de grand intérêt. La palme revient ici aux études postcoloniales et aux politiques identitaires qui, selon Cusset, ont réussi à sortir la théorie française du marasme textualiste en reconnaissant ses inci-dences politiques. Il n’invoque pas d’ailleurs les moindres penseurs en parlant de Spivak, Saïd, Butler, etc. Tous et toutes, d’une manière ou d’une autre, ont reconnu l’apport considérable de la théorie française quant aux vives réflexions sur la question du statut des minorités qui avaient atteint un sommet avec le débat concernant le « politically correct » dans les années quatre-vingt. Pour la première fois peut-être, les débats universitaires s’étendaient dans les grands médias américains : les noms de Derrida, de Foucault, de Baudrillard, etc., étaient dorénavant connus du grand public.

Mais ce qui est à retenir de ces débats parfois houleux, c’est que les penseurs des minorités ont déplacé le paradigme marxiste et la théorie cri-tique inspirée de l’école de Francfort (deux piliers dans les études politiques universitaires américaines qui critiquaient l’apolitisme de la French Theory) en reconnaissant la validité de la théorie française dans les luttes hors campus, c’est-à-dire celles qui ont lieu dans la rue. Mais cette validité, souligne Cusset, a également sa limite, car, quoiqu’elle ait servi à rendre compte des différences, elle a surtout démontré qu’il était difficile d’éviter l’illusion marxienne d’une prise directe de la théorie sur la pratique. Pour justifier ainsi l’incapacité des penseurs de la minorité à unir la théorie française avec les luttes sociales concrètes, il souligne leur aveuglement et le silence qui en découle face aux phénomènes de récupération capitaliste des minorités qui a eu lieu aux yeux de tous sous la bannière marketing Benetton. Si la moitié du chemin semble parcouru en alliant la théorie française avec la n’a pas encore été entièrement déployé : il semble que les Américains aient mal politisé la théorie française, ne retenant qu’une partie de la complexité des rapports interhumains et les microfascismes qui peuvent en découler dans l’ordre du monde orienté non plus par la domination mais par le contrôle.

La limite d’un travail de déblayage

Cusset a fait un travail assez remarquable en repérant et en présentant tous les lieux qui ont servi à introduire et à répandre la théorie française aux États-Unis : des fanzines aux publications prestigieuses, en passant par le scratching, l’art new-yorkais et les débats universitaires, le terrain est pour ainsi dire déblayé. De plus, en remontant chronologiquement l’histoire de cette réception, il montre les mutations du champ intellectuel américain qui se jouent d’abord dans les départements de littérature et ensuite dans les études plus spécifiques sur les minorités. Sa pré-sentation est claire et agréable à lire. Cusset ne cherche pas à renouveler le genre de l’histoire d’un courant de pensées en s’alignant sur la ma-nière de faire de François Dosse avec le structu-ralisme ou de Didier Eribon avec Foucault. Tout comme eux du reste, il ne manque pas de saler sa mise en récit d’anecdotes et de dérapages ridicules qui font sourire et qui donneront surtout satisfaction aux professeurs qui cherchent à in-valider la joyeuse pensée post-nietzschéenne française qui plaît tant à quelques étudiants. Mais le travail de Cusset dévoile ses limites, qui sont aussi celles du genre, lorsqu’il présente les penseurs américains qui se sont le mieux approprié, selon lui, la théorie française. On remarque assez vite qu’il n’a pas lu tous leurs ouvrages, paraphrasant et citant les petits readers qu’il critique par ailleurs : « De même qu’à l’instar de sa consœur Gayatri Spivak, il [E. Saïd[ se méfie des « méthodes » générales et des « systèmes » explicatifs, qui en devenant « souverains » font perdre à leurs praticiens « tout contact avec la résistance et l’hétérogénéité propres à la société ci-vile », laquelle peut mettre à meilleur profit une cri-tique ponctuelle, qui doit « être toujours en situation ». » Mots ou concepts clés insérés dans une phrase qui a la vertu de synthétiser toute la pensée d’un auteur (ici de deux auteurs), telle est la marque des readers fort populaires auprès des undergraduates. Mais peut-on reprocher ce raccourci à Cusset? La tâche qu’il s’est donnée était énorme en voulant tout couvrir, tout présenter. En avouant la limite de son travail et en ouvrant le chantier à la fin du livre, il semble régler ses comptes avec le lecteur qui, l’ayant suivi jusque-là, était peut-être déçu de ne pas avoir eu droit à un véritable dialogue entre les textes français et américains : « De ces mécomptes providentiels, de ces trahisons créatrices, sinon performatives, l’histoire mouvementée, retracée parfois ici et là, reste encore à écrire. » Mais la raison en est aussi ailleurs, puisque, avec son travail, il veut remuer la France.

À l’heure de la « théorie-monde »

Cusset ne cache pas l’intention de son travail en l’énonçant dès l’introduction et en la rappelant ici et là dans l’ouvrage. Et « Pendant ce temps-là en France », titre du dernier chapitre, en donne un assez bon indice : les nouveaux philosophes français autoproclamés en 1977 (BHL, Glucksmann et Clavel) et extrêmement critiques à l’égard de la Pensée 68 ont bloqué le champ intellectuel français en recentrant le débat sur les enjeux humanitaires et les droits de l’homme et en ayant recours au gros concept de l’État. Si l’on en croit Cusset, il s’agit pratiquement d’une régression qui semble avoir fait prendre du retard à la pensée française en ce qu’elle a rejeté les plus prolifiques penseurs des dernières décennies. « Pendant ce temps-là en France », en effet, car ailleurs, de New York à Sidney ou de Rome à Buenos Aires, une nouvelle « classe d’intellectuels transnationale » centrée sur la théorie française (et convergente sur certains points avec la théorie critique) se forge une « théorie-monde », selon l’expression de François Cusset. Si la démonstration d’une telle théorie reste encore à faire, l’évidence de sa nécessité, elle, semble acquise. Car la complexité du monde actuel demande 43 autre chose que la bonne conscience rationnelle des nouveaux philosophes qui, au demeurant, accumulent aux yeux de tous les succès de librairie en utilisant la stratégie marketing qui sied tant au capital. La « théorie-monde », celle peut-être de Bruno Latour avec ses Sciences studies qui a le mérite, selon Cusset, de s’opposer à la ferveur rationaliste des Français et à la textualisa-tion outrancière des Américains, mais qu’il ré-duit à peu près au programme de Foucault : analyser les effets de pouvoir dans les formations discursives et ceux du discours dans les pratiques.

Si Cusset ne cache pas sa hargne, c’est qu’il veut que la France retrouve l’enfant qu’elle a mis au monde mais qui a grandi ailleurs. C’est peut-être pour cette raison qu’il exagère l’importance des nouveaux philosophes et qu’il passe à peu près sous silence les héritiers discrets de la théorie française en France. On pense par exemple à Jacques Rancière qui marche à différents moments de son œuvre dans les pistes ouvertes par elle. Mais aussi à ceux qui travaillent au Centre Michel Foucault à Paris et qui ont organisé deux colloques sur sa pensée ces dernières années en France et qui font suite aux Dits et Écrits; à ceux plus souterrainement qui ont ouvert le Chantier-Deleuze à Nanterre, qui organisent des colloques (Paris et Lyon à l’automne 2003), qui en discutent dans Les Cahiers de Nœsis (Nice) et qui poursuivent parallèlement la pensée du philosophe dont on vient de publier tous les écrits quelques années après le succès de L’abécédaire. Tout cela est marginal évidemment, trop creux ou trop discret ! Certes, mais le réveil n’aura pas lieu tel que le désire Cusset. Les débats qu’il a peut-être voulu susciter n’ont pas eu lieu, et à lire les quelques comptes rendus parus dans les quotidiens et les revues en France, rien ne les laisse présager. Ça ne sert strictement à rien de vouloir donner des leçons à quiconque en espérant haut et fort une résurrection de la théorie française en France. Les « trahisons créatrices restent à écrire », dit-il. On attend impatiemment son prochain ouvrage, sa trahison.

Voir enfin:

Journée « Autour du livre de François Cusset French Theory » et des Cultural Studies

Transatlantica

[19 novembre 2004]
Compte rendu coordonné par Marie-Jeanne Rossignol (Paris VII) et Pierre Guerlain (Paris X)


Introduction

La parution du livre de François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis en 2003, à La Découverte, a soudain donné une plus grande visibilité en France aux Cultural Studies et autres mouvements intellectuels inspirés de théoriciens européens (et non seulement français) qui ont fleuri aux Etats-Unis pendant les vingt années passées. Ce livre tout à fait passionnant, érudit et ancré dans une expérience personnelle (l’auteur, sociologue, travaillait aux Services culturels français à New York pendant la période) a engagé quelques américanistes curieux de ces mouvements intellectuels à se réunir pour discuter des thèses de Cusset et à élargir le débat aux Cultural Studies et à leur inscription universitaire ainsi qu’à leur impact politique. Organisé à l’initiative de Marie-Jeanne Rossignol et Pierre Guerlain, ce forum Paris7/Paris X s’est tenu le 19 novembre à l’Université Paris X-Nanterre. Il a réuni les participants suivants : Françoise-Michèle Bergot, Cornelius Crowley, Paris X-Nanterre, Craig Carson, Nanterre, Marc Deneire, Nancy 2, Pierre Guerlain, Paris X – Nanterre, André Kaenel, Nancy 2, Alison Halsz, Paris X-Nanterre, Thierry Labica, Paris X-Nanterre, Hélène Le Dantec-Lowry, Paris III-Sorbonne Nouvelle, Catherine Lejeune, Paris 7-Denis Diderot, Guillaume Marche, Paris XII-Val de Marne, Brigitte Marrec, Paris X-Nanterre, Jean-Paul Rocchi, Paris 7-Denis Diderot, Marie-Jeanne Rossignol, Paris 7-Denis Diderot. Les intervenants ont souvent tenu à mêler rappel de leur expérience personnelle, analyse de l’ouvrage et réflexion sur les Cultural Studies lors de ce forum de réflexion, dont vous est ici livré ici un compte rendu légèrement révisé, où alternent brèves interventions et développements plus étoffés.

La parole a été passée tout d’abord à Marie-Jeanne Rossignol :

Pour résumer rapidement sa thèse, on peut dire que selon François Cusset, de remarquables intellectuels comme Foucault, Deleuze et autres brillants penseurs des années 1970 ont trouvé un meilleur accueil aux Etats-Unis qu’en France à partir des années 1980 : ce sont les campus américains qui ont profité de l’incroyable fermentation intellectuelle présente dans leurs travaux, pour diverses raisons, et en particulier, la structure du milieu universitaire américain. Aux Etats-Unis, les idées et l’imagination ; à la France, de bien ennuyeux « nouveaux philosophes » qui ont paradoxalement accompagné les années de gauche au pouvoir.

Il est vrai que, pour la génération d’après 1968, les auteurs dont parle Cusset, par exemple Foucault, Derrida, Kristeva ou Cixous, ont effectivement très vite disparu de l’écran des références intellectuelles indispensables, à partir des années 1980, c’est-à-dire quand une certaine jeunesse universitaire aurait dû s’emparer d’eux. Foucault, lecture de lycée, est quand même resté incontournable dans les années qui ont suivi, en particulier grâce à la présence dominante d’Arlette Farge dans les études sur le XVIIIè français ; mais c’est effectivement surtout aux Etats-Unis, en 1988 et après, que je les ai retrouvés, évidemment sous leur forme américaine (19). D’où un retour « en décalage » en France en 1989, après un séjour d’un an, face à un monde intellectuel et politique dont les références paraissaient quelque peu désuètes. Et qui le paraissent encore aujourd’hui.

Alors que j’étais naturellement assez éloignée de la théorie, l’atmosphère américaine très « théorique » m’a énormément apporté, car comme le dit Cusset (21), elle se doublait d’une « pragmatique des textes », c’est-à-dire leur « aptitude à l’usage, à l’opération » : on y puisait « des idées nouvelles » sans avoir besoin de lire Deleuze, Derrida. Les concepts rebondissaient d’un texte à l’autre et créaient une fermentation véritable par rapport à laquelle, au retour, les problématiques de l’histoire française paraissaient ternes et habituelles. C’est là un des points forts du livre de Cusset : avoir rappelé que ces lecteurs américains des philosophes français de la génération 68 ont su écouter « ces fulgurances d’il y a trois décennies, étiquetées par l’histoire des idées »(23).

Un autre mérite de cet ouvrage est de souligner les défauts de cette approche : l’inspiration française est devenue « la respiration » française par un processus de citation perpétuelle, de « scansion » sans « explicitation » (104, 234). En histoire, où les chercheurs sont souvent peu attirés par des lectures philosophiques, ce fut particulièrement le cas : des concepts complexes tels qu’ « autorité » ou « patriarcat » étaient assénés plus que véritablement intégrés. Les plus grandes réussites de la période auront concerné des sujets qui étaient également portés par l’histoire culturelle des années 60 et 70, l’histoire afro-américaine et l’histoire des femmes, en plein essor, mais qui ont trouvé un deuxième souffle dans cette injection de concepts. Etudiants ou grands penseurs, les Américains sont devenus les « usagers » des textes : en disant cela, Cusset s’inscrit lui-même dans une lecture post-moderne de l’acte de lecture (292) : « La part d’ « invention » américaine désigne dès lors l’aptitude à faire dire aux auteurs français ce qu’on en comprend, ou du moins ce qu’on a besoin d’en tirer ».

Ce sentiment de décalage entre une réalité française terne et les bouleversements américains est d’autant plus net, dans les années qui suivent mon retour, en 1989, lorsque se répand en histoire américaine un débat sur l’histoire, récits subjectifs ou science objective, qui n’a presque aucun écho en France. C’est qu’en effet, comme Cusset l’explique bien, les philosophes français ont été captés tout d’abord par la discipline littéraire aux Etats-Unis. Alors qu’en France, leur lecture et leur interprétation relevaient de la philosophie, aux Etats-Unis ils s’épanouissent dans les départements de lettres ; cette appropriation, renforcée des analyses de J. Derrida, conduit à ramener tout texte et toute interprétation au cadre littéraire. En histoire américaine, cela conduit à des clivages et à des ruptures entre anciens et modernes : les anciens, parfois à gauche comme Eugene Genovese, sont des tenants de l’objectivité en histoire : les modernes, du relativisme narratif (88, 93). Mais sur ces débats en histoire, Cusset paraît peu renseigné ou cela lui paraît périphérique. En tout cas, il est clair qu’aux Etats-Unis, dans les années 1980, la subversion, l’imagination, la résistance aux autorités tirent leur inspiration des départements de français. A Duke, on compare les fauteuils confortables du département d’anglais (celui où officie alors Stanley Fish) aux sièges effondrés du département d’histoire, longtemps dominé par les historiens du sud et de l’armée. Les spécialistes d’histoire afro-américaine mènent la guerre à ces derniers, choisissent des bureaux dans un autre coin du campus et soutiennent une jeune collègue qui propose un nouveau champ, les « théories ». En France, pendant ce temps, l’histoire ne connaît pas de tels renouvellements théoriques, à l’image des études cinématographiques dont parle Cusset (95).

La différence persistante entre France et Etats-Unis, si Cusset avait davantage envisagé le cas de l’histoire, aurait été encore plus saisissante. Il n’aurait pu écrire (143) : « Qu’on parle le patois derridien ou le dialecte foucauldien, la chose est entendue, peut-être même mieux qu’elle ne l’a jamais été en France : il n’y a plus désormais de discours de vérité, mais seulement des dispositifs de vérité, transitoires, tactiques, politiques ». Rien de moins accepté en France, rien de plus entendu aux Etats-Unis : même des milieux très traditionalistes sur le plan méthodologique, comme l’histoire des relations internationales, ont remis en cause leurs sources, leurs postulats, leurs angles d’approche. Il n’est que de lire la revue Diplomatic History des années 1990 à 2004 : alors que ce champ était considéré comme ancien, en perte de vitesse, la revue a su publier des numéros entiers sur les Africains-Américains et la politique étrangère des Etats-Unis ; l’environnement et les relations internationales ; récemment son rédacteur en chef s’est rendu au congrès d’American Studies, haut lieu de la theory, pour un rapprochement hautement improbable naguère. (Robert D. Schulzinger, « Diplomatic History and American Studies, » Passport vol. 35:2 (August 2004), 21-23).

L’influence du post-colonialisme sur l’écriture de l’histoire américaine est bien notée par Cusset (155) et là aussi la différence avec l’histoire de France ne saurait être plus saisissante, à l’exception de Nathan Wachtel et même si l’histoire coloniale s’est quand même considérablement développée dans les vingt dernières années. Mais sur ce point encore, il ne faut pas négliger le rôle des historiens radicaux, militants politiques des années 60, influencés par l’histoire culturelle de E. P. Thompson, qui ont réécrit le récit national américain en donnant une place importante aux Noirs, aux Indiens. Dès les années 1980, les manuels universitaires sont rédigés sous leur direction et reprennent cette vision d’un passé contrasté.

Sur les Cultural Studies, Cusset s’attarde peu (145-148), alors que sous ce vocable se réunit une nébuleuse d’origines disciplinaires, touchant aussi bien à la littérature populaire qu’à la littérature classique, au canon relu et corrigé qu’au contre-canon minoritaire ou ethnique. Il lui donne une acception étroite et donc réductrice, voire caricaturale, un peu décevante. Que lui-même remet en question (153) en ajoutant qu’elles « peuvent elles-mêmes avoir pour objet la question identitaire et non plus la pop culture, avec les Black, Chicano ou même French Cultural Studies ». A ce sujet, F. Cusset va dans le sens commun qui consiste à critiquer les CS et toute la «théorie» américaine au motif qu’elles auraient perdu de vue l’argument politique qui sous-tendait le travail des philosophes français.

Certes, en même temps, ce mouvement intellectuel s’est inscrit dans une tradition de combats pour les droits initiés par le Civil Rights movement puis repris par les féministes. Sur les campus, l’ambiance était au « personal is political », peut-être moins hérité de Foucault que des féministes américaines. Mais pourquoi ne serait-il pas « politique » de s’indigner que seuls des Blancs écrivent l’histoire des Noirs, que seuls des hommes prennent des décisions dans les entreprises et les administrations ? Est-ce réduire le politique au symbolique ? (186-188, 200-202). Les limites politiques du mouvement intellectuel américain ne doivent-elles pas être jugées à l’aune des grandes tendances politiques aux Etats-Unis ces 50 dernières années, un éloignement de la question sociale et un fort accent sur la question des droits individuels mais aussi communautaires ?

Le tableau du milieu universitaire est excellent. La description de ce qui en constitue l’originalité en particulier (208) mérite que l’on s’y appesantisse au moment où le milieu universitaire français tombe sous la coupe des critères américains et globaux de recherche et de publication. Les années d’après 1970 sont également celles d’une explosion des postes dans les universités américaines, donc d’une explosion des publications dans un contexte concurrentiel qui se ferme : à partir de la fin des années 1980, peu de recrutements. Un marché problématique sur certains créneaux étroits comme l’histoire américaine : 50% des historiens américains, mais un terrain bien mince en termes de sources et de durée. Parlant de la littérature (235), Cusset signale que les étudiants passent moins de temps à lire les textes qu’à comparer les critiques des textes : il en va ainsi en histoire où la lecture de l’historiographie est au centre du travail, bien plus que la lecture de documents.

Utile et même essentiel, ce rappel de la domination planétaire des modes intellectuels américaines et de ses méthodes : être professionnel, c’est travailler à la manière des Américains. Les auteurs français sont lus par le prisme de leurs interprètes (302-303) ; l’internationale des idées devient l’internationale des campus, dont sont absents les Français.

Catherine Lejeune:

Indéniablement, French Theory donne un socle théorique aux Cultural Studies. Cependant François Cusset, à l’instar d’autres penseurs marxistes, ne manque pas de les critiquer (qu’il qualifie, au passage, de « disciplines abâtardies »).
A mon sens, il réduit un peu trop les CS à l’étude textuelle et stylistique de la pop culture, même s’il reconnaît à l’occasion qu’elles peuvent avoir pour objet d’étude la question identitaire, et non plus la pop culture, comme c’est le cas des African American Studies, des Chicano Studies etc…. En effet les Cultural Studies ont contribué à revitaliser les études ethniques, les études post-coloniales ou encore les plus récentes Subaltern Studies. Il faut mettre ce renouvellement des problématiques identitaires à leur crédit, ce que ne fait pas l’auteur. D’une manière générale, si l’on peut accepter que Cusset se limite à un survol de la question des Cultural Studies même s’il y fait souvent référence, on peut regretter qu’il en sous-estime l’impact et qu’il néglige leurs rapports avec l’histoire, la sociologie, l’anthropologie (disciplines que les Cultural Studies ont soit ébranlées soit renouvelées sur le plan épistémologique).

Pour François Cusset, les seules études ethniques qui valent sont celles qui concernent les Africains-Américains. Elles seules ont acquis leurs lettres de noblesse. « La question afro-américaine », dit-il, « justifiant une étude des ségrégations est un cas à part, plus ancien, plus impératif, chargé d’une plus lourde histoire : de fait, elle relève moins d’une création universitaire que les Chicano, Asian-American, Native-American Studies ou même les Gay/Women Studies ». Nul ne contestera la centralité, la primordialité de la question afro-américaine, mais le survol est là trop rapide, et de ce fait réducteur. Peut-on ainsi mettre tous les groupes ethniques sur le même plan compte tenu de la différence des situations d’un groupe à l’autre, qu’il s’agisse de la nature et de l’ampleur de la discrimination ou de la teneur des combats pour les droits civiques passés et présents ? De surcroît, chacun de ces groupes a eu sa part de réalité ségrégationniste. Il y a donc une histoire raciste et/ou discriminatoire de ces populations dont on ne peut réduire l’étude, contrairement à ce qu’affirme Cusset, au seul besoin d’existence intellectuelle au sein de l’université.

Jean-Paul Rocchi:

Dés le début de French Theory, François Cusset définit l’enjeu d’une étude à la fois riche et synthétique. Il s’agit en fait « [d’] explorer la généalogie politique et intellectuelle, et les effets, jusque chez nous et jusqu’à aujourd’hui, d’un malentendu proprement structural » entre théories françaises et universités américaines (15). C’est l’occasion pour Cusset de se pencher sur les conditions de production de la théorie, du difficile rapport entre émission nationale et réception étrangère dans lequel elle s’inscrit, mais aussi de porter un regard critique sur l’universalisme français et le communautarisme américain. French Theory reflète bien en effet la crispation identitaire française dont est symptomatique la fortune américaine de théoriciens tels que Foucault, Derrida ou Deleuze. Ce sont en effet ceux-là même qui ont le plus radicalement critiqué le monolithisme identitaire et la domination du sujet qui ont eu une reconnaissance transatlantique appuyée.

Bien que l’auteur s’interroge sur le fracture hexagonale entre théorie et sphère politique, son argumentation ne va pas jusqu’à examiner la question complexe d’une identité française souvent réduite avec commodité à celle seule de la citoyenneté. Se dessine alors, sous-jacente à sa thèse d’une différance entre théories françaises et pratiques identitaires américaines, la nostalgie d’un logocentrisme et d’une lecture théorique légitime déclinée sur le double mode du « ce que certes nous ne faisons pas mais que les autres font bien mal »; une nostalgie dont était déjà empreint son précédent ouvrage, Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs (PUF, 2002), consacré au cadre théorique queer anglo-saxon appliqué à la littérature française.

Ce complexe de la lecture légitime est particulièrement perceptible dans l’analyse de l’utilisation « utilitariste » que les politiques identitaires américaines auraient faite de Derrida, un dévoiement que Christian Delacampagne qualifiait de « malentendu » dans un récent article publié à l’occasion de la mort du philosophe (« Histoire d’une success story », Le Monde, 11.10.04). Une perversion qui procèderait selon Cusset du hiatus entre l’enjeu de la déconstruction, comprise comme critique de la structure, de la connaissance et du rapport entre loi et écriture, et « la très vague définition littéraro-institutionnelle qui prévaut aux Etats-Unis : ‘terme dénotant un style de lecture analytique qui tient pour suspect le contenu manifeste des textes’ » (121). Plus loin, dans son chapitre consacré aux « Chantiers de la déconstruction », Cusset poursuit sa critique en soulignant que peu de réflexions politiques peuvent se réclamer de Derrida, tant sa pensée, déployée « en deçà du vrai et du faux » s’accommode mal de positionnements tranchés, de choix pratiques arrêtés ou d’engagements effectifs (136-137).

Pourtant, ne peut-on pas se demander si les politiques identitaires à l’université n’ont pas constitué aux États-Unis, plutôt que le supposé dévoiement que Cusset stigmatise, le terreau favorable à l’épanouissement de la pensée de celui qui se décrivait comme « étant en synchronie avec la postcolonialité » (Arte, 13/10/04) et dont la critique de la métaphysique occidentale n’est pas sans lien avec sa propre histoire algérienne ? N’y a-t-il pas dans le développement des départements et programmes d’Etudes afro-américaines aux Etats-Unis une même remise en cause du logocentrisme, de la métaphysique occidentale, et de leur expression américaine à travers la question raciale ? Le hiatus ne semble pas si profond, si tant est que l’on comprenne l’étude des textes comme l’occasion de mettre au jour les liens entre philosophie, histoire et idéologie, une pratique dont la tradition afro-américaine fait tôt l’épreuve à travers la maîtrise de l’écriture par les esclaves. Par ailleurs, et pour ce qui est de l’inadéquation entre la philosophie dérridienne et le politique, l’argument est contredit par Derrida lui-même et notamment dans ses textes « Racism’s Last Word » et « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » qui étudient les discours et l’idéologie du régime de l’apartheid (in Henry Louis Gates, Jr, «Race», Writing and Difference, 1986).

Il est en outre surprenant de considérer que toute « structure d’opposition [étant] irréductible aux référents qu’elle affiche » empêche, si ce n’est de réduire à néant la dite structure, d’y infléchir les rapports d’inégalités. N’est-ce pas ce à quoi W. E. B. Du Bois et Frantz Fanon se sont attelés en rétablissant un sujet noir réaffirmé à la place de l’antithèse de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, la négation de la négation ?

La philosophie aussi est affaire de politique. A moins que l’on entende par « politique », le seul terrain social, la seule matérialité. Cette conception a cependant déjà montré ses limites. C’est au nom de la seule matérialité que le marxisme, péchant par excès d’idéalisme, a analysé le racisme comme une mystification de la bourgeoisie destinée à diviser la lutte prolétarienne, jugeant a priori que les classes populaires ne pouvaient avoir de préjugés (cf Varet, Racisme et philosophie, essai sur une limite de la pensée, 1973, 352-362).

Le hiatus est-il entre une définition réductrice et l’enjeu ambitieux de la déconstruction, ou en encore entre philosophie et action politique ? Peut-être est-il en fait inhérent au rapport entre théorie et expérience, dans la difficulté de leur ordonnance dans le temps tout comme la description de leur interaction. Ces difficultés peuvent conduire à une lecture partielle voire partiale qui, d’une part fait de l’expérience le lieu et l’occasion d’un asservissement et d’une perversion de la théorie et d’autre part tend à minimiser le poids de l’expérience indigène / communautaire.

C’est ainsi que French Theory présente également la faiblesse d’arrimer les penseurs des identités américaines et les critiques de la différence à une théorie française dont l’influence est postérieure à celle de larges mouvements sociaux de la dissidence et de la marginalité américains. Les Afro-Américains ont-ils attendu Derrida pour « déconstruire » la réalité matérielle et la métaphysique blanche américaine que la ségrégation leur renvoyait au visage ? « On Being Crazy » (1923) de Du Bois, qui s’attache à décrire le lien entre matérialité, langage et idéologie, est en cela un démenti frappant. En outre, lorsque Cusset fustige les départements de littérature américains pour avoir transformé la théorie française en un métadiscours subversif destiné à remettre les sciences en cause plutôt qu’à porter un regard sur le réel (chapitre « Littérature et théorie »), on touche à la limite du cadre interculturel. La distinction occidentale entre théorie / philosophie d’une part et littérature d’autre part est elle pertinente dans le cadre de la tradition afro-américaine pour laquelle la systématisation théorique, fût-elle littéraire, artistique, philosophique ou politique, s’ancre dans l’expérience, une subjectivité réflexive et non dans la connaissance objective du monde ?

C’est là où, de façon assez ironique, French Theory, outre de révéler en creux les crispations actuelles de la scène intellectuelle française, reproduit parfois dans son approche de l’objet américain la même transformation culturelle dont il souligne les travers au sein des universités américaines.

On peut dès lors conclure avec prudence que, pour offrir des éclairages différents et significatifs, l’approche comparatiste ne saurait prétendre à l’exhaustivité.

P. Guerlain:

Le livre n’aborde pas suffisamment le paradoxe entre ce ferment politique de gauche sur les campus et la montée de la droite politique. Les catégories du multiculturalisme, qui découlent en partie de la French Theory, ont d’abord servi à rendre certains groupes et certaines méthodologies visibles et ont donc eu, dans les années 60 et 70, un effet positif indéniable mais elles favorisent aujourd’hui une réduction du politique aux catégories du marketing. Les « market niches » s’accommodent fort bien d’un découpage identitaire, en grande partie ethnique. Le multiculturalisme communautariste a été coopté par l’ultra-droite sans grande difficulté. L’hégémonie de l’ultra-droite américaine sur le champ politique s’accommode fort bien d’une politique de la différence qui ne va pas plus loin que la surface. Un Colin Powell ou une Condolezza Rice au gouvernement et la question du racisme est balayée. La politique de rélégation sociale dont sont victimes les pauvres, tous les pauvres mais les Noirs sont sur-représentés parmi les pauvres, disparaît de l’espace du débat politique derrière des querelles sémantiques, en partie inspirées par les débats universitaires liés aux nouvelles théories. (Lire Loïc Wacquant, Punir les Pauvres, sur ce point). Il ne s’agit pas tellement ici de parler de dépasser le marxisme ou non (il n’y a pas de théorie ou d’horizon indépassables) mais de ne pas rejeter la réflexion en termes de classes sociales et de fonctionnement socio-économique global au profit de logiques communautaires qui desservent toujours les communautés les plus marginalisées. L’université et la French theory ont participé à la déconstruction de tout universalisme, jugé abstrait, français et xénophobe, au profit d’un particularisme qui pourtant renouait avec des racines conservatrices et qui contribue à enfermer les groupes dans leurs appartenances communautaires et à gommer les liens qui peuvent exister entre groupes ethniques différents mais semblables sur le plan socio-économique.

On peut donc se poser la question de savoir si les militants des campus ont vraiment fait de la politique ? Derrida, auteur érudit et multilingue dont les positions politiques sont respectables, était-il un penseur authentiquement politique ? Sa créativité et son intervention ne sont-elles pas d’abord littéraires ? Contrairement à Saïd, il n’a pas de prolongement dans le monde des acteurs de la politique. C’est d’ailleurs à l’université et dans les départements de littérature que Derrida a connu un grand succès, pas ailleurs, notamment dans les départements de philosophie ou de sociologie ou dans l’espace du débat public.

La désignation de French theory isole dans un cadre national ce qui est en fait une construction théorique qui est d’abord américaine et va bien au-delà d’un échange franco-américain puisque certains auteurs indiens, palestinien et américain dans le cas de Saïd, mais aussi britanniques ont joué un rôle dans la dissémination de cette French theory. La réintroduction d’une catégorie nationale a peut-être valeur de symptôme car le postmodernisme a cherché à abolir les frontières et la référence à l’Etat-nation. De même que les théoriciens de la mondialisation dite néo-libérale ont un peu vite enterré les Etats-nations, les postmodernes ont oublié ou marginalisé les références nationales qui font figure ici de retour de refoulé. Dans le cas des Etats-Unis, pays où le nationalisme bien affirmé se vit souvent sur un mode exceptionnaliste et expansionniste, l’abandon de la référence à l’état-nation a des effets d’aveuglement.

Il faut aussi appréhender la question suivante : que fait la théorie ou à quoi sert la théorie ? Pour les artistes et les spécialistes de littérature, la théorie est peut-être une relance de la créativité, en histoire et sciences sociales la théorie peut et même doit interroger l’écriture et les biais d’écriture pour échapper aux tentatives toujours renaissantes du positivisme sans que l’on puisse évacuer la catégorie du réel et donc l’adéquation au réel de la théorie. Les sciences sociales ne peuvent scier la branche du réel sur laquelle elles sont assises, alors que la littérature n’a pas à affronter cette question. Il y a dans la confusion entre les registres théoriques une difficulté particulière car ce qui vaut pour le texte de fiction ne s’applique pas forcément à la sociologie ou à l’histoire.

Le singulier de French Theory pose problème car les divers auteurs abordés par Cusset n’ont pas forcément grand-chose à voir entre eux. Il y a là un effet « rag-bag » qu’il faut aussi comprendre en termes d’enjeux de carrière ou de positionnement dans l’univers de la mode universitaire. Dans un cadre de célébration de la diversité et de la différence, afficher une origine française à un groupe de théories permet de se singulariser et de se démarquer d’un anti-intellectualisme ambiant. Dans de nombreux cas, la théorie est un substitut de religion, quelque chose qui permet de tenir pour des raisons fort personnelles et qui n’ont rien à voir avec les « vérités d’adéquation » dont parle Todorov dans Critique de la critique.

Le livre de Cusset fait le point sur une influence culturelle donnée de façon magistrale mais souvent trop rapide. Ainsi, il aborde des thématiques essentielles sans les traiter (négation du social, 106, dépolitisation par les CS, 149), fait de Chomsky un marxiste orthodoxe (139) ce qui indique qu’il ne connaît rien à Chomsky et aux marxistes orthodoxes mais répète des a priori glanés ici ou là, il ne connaît pas bien l’affaire Sokal et termine par une violence anti-française quelque peu surprenante. Son livre a néanmoins le mérite de signaler de nombreuses apories du passage des idées d’un champ à l’autre (ici on aimerait plus de références à Bourdieu) ou d’un paysage intellectuel national à un autre ainsi que les glissements contradictoires d’un champ intellectuel, celui des CS, d’une origine marxiste britannique à une adaptation américaine qui passe par des théoriciens français en rupture de marxisme. Il y a du « food for thought » pour des penseurs fort éloignés les uns des autres dans ce livre qui doit donc être salué comme un grand moment de remue-méninges.

Thierry Labica:

Pouvait-on s’attendre à ce que les idées de Derrida soient politiques au sens traditionnel du terme ? Quant aux idées françaises, quel que soit le terreau d’accueil aux USA, elles bénéficiaient d’une écoute traditionnelle dans les milieux intellectuels américains, et ce depuis toujours. Le débat intellectuel français, sophistiqué et provocateur, fertilise les autres. En France, en revanche, les années 1980 et 1990 ont été celles du règlement de l’héritage intellectuel du PC, avec le rôle de Furet en particulier : les Français été occupés à autre chose.

Cornelius Crowley:

Quelle est la bonne définition du politique ? La décision ? L’acte d’opposition ? Qu’est-ce qu’une bonne position politique ? Agir ? Penser ? Tout ce travail hypertextualisé est éminemment politique. L’idée d’une autre politique à venir est bien chez Derrida. Il permet de dépasser les oppositions manichéennes, de voir le lien entre l’Amérique et le monde musulman. D’entrevoir un autre engagement.

P. Guerlain :

On ne peut nier une différence entre Derrida et des intellectuels comme Chomsky ou Saïd qui sont impliqués dans la politique du « réel ».

André Kaenel :

Le livre de FC est d’abord un bon livre d’histoire intellectuelle et culturelle comparée. C’est le genre de livre que la plupart de ceux qui, comme moi, enseignent les études américaines en France n’auront aucune peine à reconnaître comme le produit d’une véritable réflexion croisée sur les Etats-Unis. En même temps, comme toute réflexion croisée exercée à partir d’un point précis, en l’occurrence la France, le livre de F. Cusset propose également une réflexion sur nous-mêmes, intellectuels et chercheurs français ou européens, et sur nos pratiques. Le regard à la fois critique et admiratif que porte F. Cusset sur les appropriations et les détournements de la théorie française aux USA se double, dans son avant-dernier chapitre, d’une jérémiade, rhétorique politique bien américaine analysée par Sacvan Bercovitch, sur les résistances et l’hermétisme, de ce côté-ci de l’Atlantique, face au foisonnement théorique issu de ces appropriations et détournements. Le fait que French Theory ne soit cependant pas l’ouvrage d’un américaniste (sauf erreur) mais qu’il éclaire néanmoins les pratiques des enseignants-chercheurs travaillant sur les USA constitue un autre décalage à ajouter à ceux que le livre de F. Cusset éclaire si utilement. En effet, il nous explique qu’il n’y a pas eu de retour de théorie en France pour la French Theory pour des raisons qu’il énumère en fin de volume. Du moins n’y a-t-il pas eu de retour de l’ampleur du transfert vers les USA qui a eu lieu à partir du milieu des années 60.

Toutefois, depuis quelques temps, un retour a lieu, modestement. Outre le livre de F. Cusset, cette journée d’étude en est un exemple. Ce retour s’opère, de façon significative, par le biais de la langue : sans la connaissance de l’anglais de son auteur, le livre de F. Cusset n’aurait pas vu le jour, du moins pas sous une forme aussi complète et réussie ; de même, la plupart de personnes qui interviennent lors de cette journée relèvent de la 11ème section du CNU (nos spécialités sont la littérature, la civilisation, l’histoire, l’anthropologie ou la sociolinguistique) et travaillent sur le domaine nord-américain. La langue anglaise, et les différentes spécialisations qui s’appuient sur elle, forment donc la passerelle première qui permet le retour de la French Theory, son appropriation et ses détournements par l’université française. On peut ici noter que c’était déjà la langue, mais le français cette fois, qui avait permis à l’origine le passage des idées de Derrida et Foucault aux USA, où elles avaient d’abord fait leur chemin dans des départements de français, avant de passer dans des départements d’anglais, puis de littérature comparée (Cusset, 89). Il en allait de même pour le volume Cultural Studies/Etudes culturelles publié aux PUN en début d’année, qui était l’œuvre d’anglicistes au sens large. J’ajoute que la communauté des anglicistes n’a pas le monopole des Cultural Studies, comme en témoignent les travaux effectués en France dans les domaines des études filmiques (cf. G. Sellier et N. Burch) ou dans celui de la sociologie des médias (cf. l’introduction aux CS de Mattelart et Neveu, publié en 2003 à La Découverte, chez le même éditeur que French Theory).

Mais la connaissance de langue anglaise ne permet pas à elle seule d’expliquer les passages, transferts et appropriations de la théorie entre l’Europe et les USA — dans un sens comme dans l’autre. Le livre de François Cusset nous rappelle l’importance capitale des personnes et des institutions dans la transmission des savoirs et des idées. Plutôt que de parler au nom des autres collègues, je mentionnerai ici, au travers de quelques jalons de ma propre histoire intellectuelle, les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé à trafiquer avec la théorie dans le cadre de mes recherches sur la littérature et la culture américaines.

Il m’est difficile de traiter séparément les relais institutionnels et personnels. C’est à l’Université de Genève, dans le département d’anglais, vers le milieu des années 1980, que le vent de la French Theory a commencé à souffler sur mes travaux en littérature américaine. Une thèse de doctorat sur la figure de l’auteur dans l’œuvre de Melville m’avait amené a m’intéresser à la manière dont l’espace public américain au milieu du XIXè siècle concevait la figure de l’auteur, comment un discours public (et politique) sur l’auteur se faisait jour dans un contexte de nationalisme culturel exacerbé. Les enseignants du département d’anglais, professeurs ou assistants, comme moi, étaient alors majoritairement anglophones, issus des meilleures universités britanniques et américaines. Les débats sur le canon littéraire qui avaient commencé à agiter Cambridge et Yale trouvaient naturellement un écho dans leurs pratiques pédagogiques, fortement marquées par l’influence de la déconstruction et par l’impact des Cultural Studies en Grande-Bretagne (son impact américain devait se faire sentir quelques années plus tard). C’est un plaisir pour moi que de rendre hommage, pour la première fois publiquement, à ces collègues et passeurs d’exception, parmi lesquels John Higgins, Pete de Bolla, Tom Ferraro, Bill Readings (l’auteur de The University in Ruins, mort dans un accident d’avion il y a tout juste 10 ans). A la faveur de cours parfois assurés en commun, de discussions informelles, de séminaires de type work in progress, et encouragé par la liberté que nous laissait l’institution d’offrir les enseignements de notre choix, mes cours et ma recherche se sont ouverts à certaines des idées alors en vogue aux USA et en Grande-Bretagne. C’est dans ce milieu intellectuel, extrêmement fertile sur les plans personnel et académique, que je me suis tourné vers les travaux de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu pour comprendre l’enchevêtrement, dans le champ littéraire américain au XIXè siècle, des discours (juridiques, moraux ou politiques) et des institutions (la question du droit d’auteur, par exemple). Et pour comprendre comment, à l’intérieur de ce champ en mutation, et souvent contre ses règles, Melville construisit sa trajectoire d’écrivain. La théorie française, qui ne s’appelait pas encore ainsi, opérait là, pour moi, un retour dans une contexte cosmopolite francophone, mais non français, après un détour par Cambridge, Oxford, Duke ou Yale.

Yale, justement, où je devais passer une année en tant que chercheur invité en 1988-1989, pour poursuivre mes recherches sur Melville, était alors secouée par l’affaire Paul de Man, à laquelle FC consacre plusieurs pages. Je rappelle ici ces révélations, faites en 1986, selon lesquelles le critique d’origine belge, professeur à Yale jusqu’à sa mort en 1983, avait signé des articles à teneur antisémite dans un journal bruxellois durant la Seconde Guerre mondiale. Il y eut à l’époque un colloque tendu consacré à l’héritage de de Man en présence de ses anciens collègues et amis : nombreux étaient les enseignants et les collègues à voir alors dans l’affaire de Man le début de la fin de la « déconstruction ». Autre souvenir de cette année : le nom « Derrida » écrit en grand à la mousse à raser sur un sentier du campus et dont il ne restait déjà plus qu’une trace à peine lisible.

En quittant il y a une dizaine d’années l’Université de Genève pour l’Education nationale, la Suisse pour l’Europe, c’est un autre déplacement que j’ai opéré, d’une réflexion centrée sur la littérature américaine à une autre sur un objet que je découvrais alors, la « civilisation ». Ce champ non disciplinaire qu’on disait transdisciplinaire, reposait (repose ?) sur des fondements positivistes étroits et envisageait l’étude de la civilisation britannique ou américaine dans une optique principalement entomologique (il s’agissait d’épingler le système politique, les institutions, la population, l’immigration, etc.) — d’où la réflexion sur le champ lui-même était absente. Ceci alors que les Etudes américaines aux USA étaient en train de prendre un tournant théorique sous les coups de butoir des « Nouveaux américanistes » (New Americanists). Autour de la figure de Donald Pease, ces nouveaux américanistes insufflaient à un champ jusqu’alors hostile à la théorie et historiquement centré sur la nation américaine, un parfum continental, dont le canal privilégié était Althusser et la critique idéologique. Certains de leurs textes, d’un abord souvent difficile, ont nourri ma réflexion sur l’exportation culturelle américaine à l’époque de la Guerre froide, dont participaient d’ailleurs l’encouragement en Europe des American Studies dès la fin des années quarante. D’autres projets de recherche, en cours ou en veilleuse, sur le cinéma américain se sont nourris de travaux dans la mouvance des Cultural Studies américains sur l’identité nationale et post-nationale dans un contexte de mondialisation, ou sur la réception des produits culturels (e.g. sur l’apocalypse nucléaire dans le cinéma de la Guerre froide, sur l’image du pouvoir et de la Présidence américaine, ou sur le « siècle américain au cinéma entre Pearl Harbor et le 11 septembre »).

A chacune de ces étapes du parcours (Melville, l’exportation des études américaines ou le cinéma) la théorie, qu’elle soit française ou non, a fait partie de ma boîte à outil. Si je n’étais pas si maladroit avec le marteau ou l’équerre, je revendiquerais volontiers la définition que donnait Laurence Grossberg des Cultural Studies comme « bricolage ». En tous les cas, ma démarche intellectuelle doit beaucoup aux déplacements, aux décrochages et aux décalages qu’analyse si bien F. Cusset dans son livre. Les CS, en particulier, me paraissent fournir un ensemble de textes, de protocoles intellectuels, de démarches, et de concepts fertiles pour penser une pratique d’enseignant et de chercheur en « civilisation » américaine dans le contexte institutionnel précis de l’Université française. Ce qui ne revient pas à dire que tout est bon à prendre dans les CS (cerner ce « tout » me paraît d’ailleurs difficile). Les dérives textualistes relevées par F. Cusset sont réelles (ce que Mattelart et Neveu appellent dans l’un des sous-titres de leur livre le « théoricisme chic et choc comme ersatz d’engagement »). En même temps, la vitalité du champ des CS, son bouillonnement et les possibilités de croisements qu’il ouvre en font un outil utile pour fendiller la gangue positiviste des études de « civilisation »).

Dans un essai institulé «Traveling Theory,» repris dans The World, the Text, and the Critic (1983), Edward Saïd analyse les convergences et les divergences entre les idées de Georg Lukacs, Lucien Goldman et Raymond Williams. Il y défend une vision de la théorie comme un projet nécessairement partiel, incomplet. La théorie est selon lui inévitablement affaire de transfert, de voyage et d’emprunt. Et Saïd d’ajouter : « Car nous sommes obligés d’emprunter si nous voulons échapper aux contraintes de notre environnement intellectuel immédiat » (241). C’est l’enseignement principal que je tirerais de l’ébauche de biographie intellectuelle que j’ai esquissé ici aujourd’hui. C’est aussi, me semble-t-il, celui qu’on peut tirer des pérégrinations de la théorie française analysées par FC.

Guillaume Marche :

Il s’agit d’un livre très érudit, qui situe de manière utile la genèse en France et le devenir aux Etats-Unis de la « French Theory ». L’auteur fait une sociologie des savoirs — notamment philosophiques — et de la vie universitaire américaine très convaincante. Mais son traitement des références sociologiques l’est moins : il va trop vite en besogne pour réduire « la » sociologie américaine à un « héritage positiviste » (106). Le chapitre 13 et la conclusion donnent néanmoins à réfléchir sur la dichotomie texte/société, dont certains usages de la « French Theory » cherchent à dépasser le caractère bloquant. Dans les pages 343 et suivantes, Cusset formule même les termes d’un dépassement indispensable de la dichotomie universalisme/différentialisme, qui tend à assimiler — à tort — différentialisme, essentialisme et séparatisme. Se pose in fine la question de l’usage de la théorie : c’est surtout selon qu’elle est descriptive ou prescriptive qu’elle s’avère en phase ou en décalage avec le terrain et l’expérience des acteurs : là se situe, par exemple, l’un des écueils de la théorie queer, qui a tendance à traiter les mobilisations sur le terrain comme si elles étaient, pour ainsi dire, en retard sur la théorie (164-167). D’autres auteurs se proposent plutôt de rendre compte des mobilisations fondées sur l’expérience afin d’en explorer le sens tout en les accompagnant (cf. Kath Weston. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Routledge 1998).

Marc Deneire :

Avoir vécu sur différents campus américains de 1986 à 1998, c’est avoir participé à une immense conversation, un aller-retour entre les contacts personnels et les textes. D’une université à l’autre, d’un département à l’autre, des références communes (comme Michel de Certeau), qui n’étaient d’ailleurs pas seulement françaises (Habermas en faisait partie). A la fin des années 1980, c’était la fin du New Criticism et la découverte de Derrida a permis un renouvellement autour de la déconstruction. La théorie a permis de se positionner dans le cadre d’une pratique discursive, et également de « s’éclater », se faire plaisir et éclater les points de vue, les identités. Pour ceux qui ont eu cette expérience américaine, tout retour en France est difficile : l’anti-multiculturalisme est dominant. Autre différence : si les universitaires et intellectuels américains sont séparés de leur base, ils sont au moins unis dans leur communauté par cette conversation.

Cornelius Crowley :

Les années 1980 ont vu en France la non-rencontre de cette théorie française, de la réflexion politique telle que Derrida et Foucault avaient pu l’imaginer, et de la gauche enfin au pouvoir.

P-Guerlain et T. Labica s’interrogent pour finir sur ce paysage intellectuel et universitaire français depuis les années 1980, champ occupé également par Lacan en matière de mode intellectuelle dans les années 70 ou Bourdieu (dont Cusset parle peu). La mode ne laisse pas forcément toujours de la place à tous les penseurs importants et parfois met en lumière des penseurs plus médiatiques ou flamboyants que profonds. Bourdieu est finalement peut-être plus important sur le plan scientifiques que d’autres qui ont eu plus de succès à un moment donné sur les campus américains.

Indications bibliographiques:CHAMOISEAU, Patrick. Ecrire en pays dominé. Paris : Gallimard, 1997.

CUSSET, François. French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis. Paris : La Découverte, 2003.

CUSSET, François. Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs. Paris : PUF, 2002.

DU BOIS, W. E. B., « On Being Crazy » in Nathan Huggins (ed.), Du Bois, Writings. New York : The Library of America, 1986.

DERRIDA, Jacques, « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DERRIDA, Jacques, « Racism’s Last Word » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DUBOIS, Laurent, « Republic at Sea » in Transition, n° 79.

EAGLETON, Terry. After Theory. New York : Basic Books, 2003.

FANON, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Le Seuil, 1952.

GROSSBERG, Lawrence, Cary NELSON, and Paula A. TREICHLER (eds.). Cultural Studies. London : Routledge, 1992.

GUERLAIN, Pierre, « Affaire Sokal : Swift sociologue ; les cultural studies entre jargon, mystification et recherche », Annales du Monde Anglophone, N° 9 (1er semestre 1999), 141-160.

Iris n° 26, SELLIER, Geneviève (dir.), « Cultural Studies, Gender Studies et études filmiques ». Paris, 1998.

KAENEL, André, Catherine LEJEUNE et Marie-Jeanne ROSSIGNOL. Cultural Studies. Etudes Culturelles. Nancy : Presses Universitaires de Nancy, 2003. Sur ce livre voir également dans TransatlanticA le compte-rendu de Pierre Guerlain :
http://etudes.americaines.free.fr/TRANSATLANTICA/CR/kaenel_lejeune_rossignol.html
La bibliographie de cet ouvrage est étendue et pédagogique.

KAENEL, André. ‘Words are Things’: Herman Melville and the Invention of Authorship in Nineteenth-Century America. Berne : Peter Lang, 1992.

MATTELART, Armand et Erik NEVEU. Introduction aux Cultural Studies. Paris : La Découverte, 2003

PEASE, Donald E. (ed.), « New Americanists : Revisionist Interventions into the Canon, » Boundary 2 :17 (Spring 1990) & « New Americanists 2: National Identities and Postnational Narratives,» Boundary 2:19 (Spring 1992).

READINGS, Bill. The University in Ruins. Cambridge : Harvard UP, 1996.

SAID, Edward. The World, the Text, and the Critic. New York : Columbia UP, 1982.

TODOROV, Tzvetan. Critique de la critique, Un roman d’apprentissage. Paris : Seuil, 1984.

VARET, Gilbert. Racisme et philosophie. Essai sur une limite de la pensée. Paris : Denoël, 1973.

WACQUANT, Loïc. Punir les pauvres. Marseille : Agone, 2004.

WESTON, Kath. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Londres : Routledge 1998.

WRIGHT, Michelle, M.. Becoming Black. Creating Identity in the African Diaspora. Durham : Duke University Press, 2004.

A consulter également la revue publiée par Routledge Cultural Studies :
http://www.unc.edu/depts/cultstud/journal

ou l’International Journal of Cultural Studies publié par Sage :
http://ics.sagepub.com

et un site recensant les liens possibles vers des sites de Cultural Studies :
http://www.blackwellpublishing.com/Cultural/Default.asp

et chez Duke UP une revue féministe de Cultural Studies :
http://muse.jhu.edu/journals/differences

Voir par ailleurs:

Djemila Benhabib: «Les islamistes considèrent le multiculturalisme comme le meilleur système»

GRAND ENTRETIEN – L’essayiste Djemila Benhabib a participé aux côtés de 50 personnalités au livre #JeSuisMila (Seramis éditions). Un manifeste en faveur de la liberté d’expression et de la laïcité. L’occasion de revenir sur le parcours hors du commun de cette femme engagée qui a fui l’Algérie, en guerre civile, pour la France puis pour le Québec. Deux pays où elle ne s’attendait pas à croiser de nouveau la route de l’islam radical.

Par Alexandre Devecchio

Pourquoi avoir accepté de participer à ce livre collectif intitulé «#JeSuisMila ?» En quoi cette affaire vous touche-t-elle personnellement?

Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence.

Vous seriez-vous imaginée devoir défendre ainsi la liberté d’expression d’une jeune Française contre les islamistes lorsqu’en 1994 vous avez quitté l’Algérie en pleine guerre civile?

Certainement pas. En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens, étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre.

Que représentait alors la France pour vous? Parleriez-vous de régression à son sujet?

La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible.

Votre père, l’universitaire Fewzi Benhabib, qui vit toujours à Saint-Denis, a écrit, dans une tribune publiée dans Marianne le lendemain des attentats du 13 Novembre, que cette ville était plus communautarisée qu’Oran. Partagez-vous son point de vue?

Bien entendu. Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y apourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes.

Pourquoi avoir quitté la France pour le Québec en 1997?

Je voulais entamer ma vie d’adulte sur un choix. La France, je ne l’avais pas choisie. À mon âge, il y avait certainement la curiosité, l’ouverture au monde et le goût du dépassement qui ont motivé ce nouveau départ. Pour guérir, il fallait partir. Partir le plus loin possible de façon à pouvoir déployer mes ailes. Surtout, loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. Alors, j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé!

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer.

Vous militez pour le Parti québécois. Vous y avez proposé l’idée d’une charte de la laïcité. Pourquoi?

Pour la simple raison qu’au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judicaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.

Vous estimez que votre premier essai «Ma vie à contre-Coran», publié en 2009, ne pourrait plus être édité aujourd’hui?

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons.

La politique menée par Justin Trudeau au Canada est regardée en Europe comme un modèle de tolérance ou, au contraire, comme la quintessence du politiquement correct. Qu’en pensez-vous?

Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler.

Le multiculturalisme est-il devenu un cheval de Troie pour les islamistes?

Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain.


Identités: Cachez cette loi commune que je ne saurai voir ! (Will the new religion of social justice, identity politics and intersectionality help reelect America’s most unpolitically correct president ?)

25 octobre, 2019

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Political Cartoons by Bob Gorrell
Ce sera pour vous (…) une loi perpétuelle. Lévitique 16: 31
Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Jésus (Matthieu 5: 17-19)
A la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel.  Jésus (Matthieu 22: 30)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevé vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Tout droit mobile est à la merci des plus forts, quelle que soit la forme du gouvernement, que le peuple ait à sa tête un chef unique ou la majorité d’un corps qui délibère ; dans l’un et l’autre cas, le sort de tous ou au moins le sort de la minorité est sans protecteur, s’il n’existe entre le souverain et les sujets un droit inviolable, qui couvre la cité tout entière et assure le dernier des citoyens contre les entreprises du plus grand nombre et même de tous. Tant que le droit n’est pas cela, il n’est rien. Jean-Jacques Rousseau a dit: « Si le peuple veut se faire du mal à lui-même, qui est-ce qui a le droit de l’en empêcher ? Je réponds tout le monde; car tout le monde est intéressé à ce que le peuple n’abuse pas de sa force et de son unanimité, attendu que son unanimité retombe finalement sur quelqu’un, et n’est, en fait, qu’une oppression déguisée par l’excès même de son poids. C’est contre tous que le droit est nécessaire, bien que plus contre qui que ce soit; car le nombre a l’inconvénient de joindre à la puissance matérielle la sanction d’une apparente justice. Mais le droit n’est quelque chose contre tous que quand il est doué d’immutabilité, et qu’en vertu de cette ressemblance avec Dieu, il oppose une invincible résistance aux faiblesses de la cité comme à ses conjurations. Lacordaire (32e conférence)
Est-ce bien la France qui méconnaît à ce point les devoirs les plus sacrés de l’homme envers l’homme ? Est-ce elle qui déchire le pacte fondamental de l’humanité, qui livre au riche l’âme et le corps du pauvre pour en user à son plaisir, qui foule aux pieds le jour de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, le jour sublime du peuple et de Dieu ? Je vous le demande, est-ce bien la France ? Ne l’excusez pas en disant qu’elle permet à chacun le libre exercice de son culte, et que nul, s’il ne le veut, n’est contraint de travailler le septième jour ; car c’est ajouter à la réalité de la servitude l’hypocrisie de l’affranchissement. Demandez à l’ouvrier s’il est libre d’abandonner le travail à l’aurore du jour qui lui commande le repos […]. Demandez à ces êtres flétris qui peuplent les cités de l’industrie, s’ils sont libres de sauver leur âme en soulageant leur corps. Demandez aux innombrables victimes de la cupidité d’un maître, s’ils sont libres de devenir meilleurs, et si le gouffre d’un travail sans réparation physique ni morale ne les dévore pas vivants […]. Non, Messieurs, la liberté de conscience n’est ici que le voile de l’oppression ; elle couvre d’un manteau d’or les lâches épaules de la plus vile des tyrannies, la tyrannie qui abuse des sueurs de l’homme par cupidité et par impiété […]. Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. Henri Lacordaire (52e conférence de Notre-Dame, 16 avril 1848)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Tout le monde sait que l’avenir de l’idée européenne, et donc aussi de la vérité chrétienne qui la traverse, se jouera en Amérique du Sud, en Inde, en Chine, tout autant qu’en Europe. Cette dernière a joué, mais en pire, le rôle de l’Italie pendant les guerres du XVIe siècle  : le monde entier s’y est battu. C’est un continent fatigué, qui n’oppose plus beaucoup de résistance au terrorisme. D’où le caractère foudroyant de ces attaques, menées souvent par des gens « de l’intérieur ». La résistance est d’autant plus complexe en effet que les terroristes sont proches de nous, à nos côtés. L’imprévisibilité de ces actes est totale. L’idée même de « réseaux dormants » vient corroborer tout ce que nous avons dit de la médiation interne, de cette identité des hommes entre eux qui peut soudain tourner au pire. (…) Le nombre croissant d’attentats en Irak est impressionnant. Je trouve étrange qu’on s’intéresse si peu à ces phénomènes qui dominent le monde, comme la guerre froide le dominait auparavant. Depuis quand ? On ne le sait même pas, au juste. Personne n’aurait pu imaginer, après l’effondrement du mur de Berlin, qu’on en serait là, à peine vingt ans plus tard. Ceci ébranle notre vision de l’histoire, telle qu’elle s’écrit depuis les Révolutions américaine et française, et qui ne tient pas compte du fait que l’Occident tout entier est défié, menacé par cela. On est obligé de dire « cela », parce qu’on ne sait pas ce que c’est. La révolution islamiste a été relancée avec des attentats contre deux ambassades en Afrique, sous la présidence de Bill Clinton. On a bien cherché, mais on n’a rien trouvé. (…) Les gens s’imaginent-ils vraiment dans quelle histoire ils sont entrés ? et de quelle histoire ils sont sortis ? Je n’ai plus grand-chose à dire à partir d’ici, parce que cette réalité est trop inconnue, et que notre réflexion connaît là ses limites. Je me sens, devant cela, un peu comme Hölderlin devant l’abîme qui le séparait de la Révolution française. Même à la fin du XIXe siècle, on se serait encore aperçu qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Nous assistons à une nouvelle étape de la montée aux extrêmes. Les terroristes ont fait savoir qu’ils avaient tout leur temps, que leur notion du temps n’était pas la nôtre. C’est un signe clair du retour de l’archaïque : un retour aux VIIe-IXe siècles, qui est important en soi. Mais qui s’occupe de cette importance, qui la mesure ? Est-ce du ressort des Affaires étrangères ? Il faut s’attendre à beaucoup d’imprévu dans l’avenir. Nous allons assister à des choses qui seront certainement pires. Les gens n’en resteront pas moins sourds. Au moment du 11 Septembre, il y a quand même eu un ébranlement, mais il s’est tout de suite apaisé. Il y a eu un éclair de conscience, qui a duré quelques fractions de seconde : on a senti que quelque chose se passait. Et une chape de silence est venue nous protéger contre cette fêlure introduite dans notre certitude de sécurité. Le rationalisme occidental agit comme un mythe : nous nous acharnons toujours à ne pas vouloir voir la catastrophe. Nous ne pouvons ni ne voulons voir la violence telle qu’elle est. On ne pourra pourtant répondre au défi terroriste qu’en changeant radicalement nos modes de pensée. Or, plus ce qui se passe s’impose à nous, plus le refus d’en prendre conscience se renforce. Cette configuration historique est si nouvelle que nous ne savons par quel bout la prendre. Elle est bien une modalité de ce qu’avait aperçu Pascal  : la guerre de la violence et de la vérité. Songeons à la carence de ces avant-gardes qui nous prêchaient l’inexistence du réel ! Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. Les points de vue des pays occidentaux constituent tout au plus pour les islamistes un décor sans importance. Ils pensent le monde occidental comme devant être islamisé le plus vite possible. Les analystes tendent à dire qu’il s’agit là de minorités isolées, très étrangères à la réalité de leur pays. Elles le sont sur le plan de l’action, bien sûr, mais sur le plan de la pensée ? N’y aurait-il pas là, malgré tout, quelque chose d’essentiellement islamique ? C’est une question qu’il faut avoir le courage de poser, quand bien même il est acquis que le terrorisme est un fait brutal qui détourne à son profit les codes religieux. Il n’aurait néanmoins pas acquis une telle efficacité dans les consciences s’il n’avait actualisé quelque chose de présent depuis toujours dans l’islam. Ce dernier, à la grande surprise de nos républicains laïcs, est encore très vivant sur le plan de la pensée religieuse. Il est indéniable qu’on retrouve aujourd’hui certaines thèses de Mahomet. Mais ce à quoi nous assistons avec l’islamisme est néanmoins beaucoup plus qu’un retour de la Conquête, c’est ce qui monte depuis que la révolution monte, après la séquence communiste qui aura fourni un intermédiaire. Le léninisme comportait en effet déjà certains de ces éléments. Mais ce qui lui manquait, c’était le religieux. La montée aux extrêmes est donc capable de se servir de tous les éléments : culture, mode, théorie de l’État, théologie, idéologie, religion. Ce qui mène l’histoire n’est pas ce qui apparaît comme essentiel aux yeux du rationaliste occidental. Dans l’invraisemblable amalgame actuel, je pense que le mimétisme est le vrai fil conducteur. Si l’on avait dit aux gens, dans les années 1980, que l’islam jouerait le rôle qu’il joue aujourd’hui, on serait passé pour dément. Or il y avait déjà dans l’idéologie diffusée par Staline des éléments para-religieux qui annonçaient des contaminations de plus en plus radicales, à mesure que le temps passerait. L’Europe était moins malléable au temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le Communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings. La conquête arabe a été fulgurante, alors que la contagion de la Révolution française a été freinée par le principe national qu’elle avait levé dans toute l’Europe. L’islam, dans son premier déploiement historique, a conquis religieusement. C’est ce qui a fait sa force. D’où la solidité aussi de son implantation. L’élan révolutionnaire accéléré par l’épopée napoléonienne a été contenu par l’équilibre des nations. Mais celles-ci se sont enflammées à leur tour et ont brisé le seul frein possible aux révolutions qui pointent. Il faut donc changer radicalement nos modes de pensée, essayer de comprendre sans a priori cet événement avec toutes les ressources que peut nous apporter l’islamologie. Le chantier est à entreprendre, et il est immense. J’ai personnellement l’impression que cette religion a pris appui sur le biblique pour refaire une religion archaïque plus puissante que toutes les autres. Elle menace de devenir un instrument apocalyptique, le nouveau visage de la montée aux extrêmes. Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique, d’un biblique un peu transformé. Elle serait une religion archaïque renforcée par les apports du biblique et du chrétien. Car l’archaïque s’était évanoui devant la révélation judéo-chrétienne. Mais l’islam a résisté, au contraire. Alors que le christianisme, partout où il entre, supprime le sacrifice, l’islam semble à bien des égards se situer avant ce rejet. Certes, il y a du ressentiment dans son attitude à l’égard du judéo-christianisme et de l’Occident. Mais il s’agit aussi d’une religion nouvelle, on ne peut le nier. La tâche qui incombe aux historiens des religions, voire aux anthropologues, sera de montrer comment et pourquoi elle est advenue. Car il y a dans certains aspects de cette religion un rapport à la violence que nous ne comprenons pas et qui est justement d’autant plus inquiétant. Pour nous, être prêt à payer de sa vie le plaisir de voir l’autre mourir, ne veut rien dire. Nous ne savons pas si ces phénomènes relèvent ou non d’une psychologie particulière. On est donc dans l’échec total, on ne peut pas en parler. Et on ne peut pas non plus se documenter, car le terrorisme est une situation inédite qui exploite les codes islamiques, mais qui n’est pas du tout du ressort de l’islamologie classique. Le terrorisme actuel est nouveau, même d’un point de vue islamique. Il est un effort moderne pour contrer l’instrument le plus puissant et le plus raffiné du monde occidental : sa technologie. Il le fait d’une manière que nous ne comprenons pas, et que l’islam classique ne comprend peut-être pas non plus. Il ne suffit donc pas de condamner les attentats. La pensée défensive que nous opposons à ce phénomène n’est pas forcément désir de compréhension. Elle est même souvent désir d’incompréhension, ou volonté de se rassurer. Clausewitz est plus facile à intégrer dans un développement historique. Il nous fournit un outillage intellectuel pour comprendre cette escalade violente. Mais où trouve-t-on de telles idées dans l’islamisme ? Le ressentiment moderne, en effet, ne va jamais jusqu’au suicide. Nous n’avons donc pas les chaînes d’analogies qui nous permettraient de comprendre. Je ne dis pas qu’elles ne sont pas possibles, qu’elles ne vont pas apparaître, mais j’avoue mon impuissance à les saisir. C’est pourquoi les explications que nous donnons sont souvent du ressort d’une propagande frauduleuse contre les musulmans. Nous ne savons pas, nous n’avons aucun contact, intime, spirituel, phénoménologique avec cette réalité. Le terrorisme est une violence supérieure, et cette violence affirme qu’elle va triompher. Mais rien ne dit que le travail qui reste à faire pour libérer le Coran de ses caricatures aura une quelconque influence sur le phénomène terroriste lui-même, à la fois lié à l’islam et différent de lui. On peut donc dire, de façon tout à fait provisoire, que la montée aux extrêmes se sert aujourd’hui de l’islamisme comme elle s’est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme. Le terrorisme est redoutable dans la mesure où il sait très bien s’articuler sur les technologies les plus mortifères, et ceci hors de toute institution militaire. La guerre clausewitzienne était une analogie encore imparfaite pour l’appréhender. Il est indéniable, en revanche, qu’elle l’annonçait. J’ai emprunté au Coran, dans La Violence et le Sacré, l’idée que le bélier qui sauve Isaac du sacrifice est le même que celui qui avait été envoyé à Abel pour ne pas tuer son frère : preuve que le sacrifice est là aussi interprété comme un moyen de lutter contre la violence. On peut en déduire que le Coran a compris des choses que la mentalité laïque ne comprend pas, à savoir que le sacrifice empêche les représailles. Il n’en reste pas moins que cette problématique a disparu dans l’islam, de la même manière qu’elle a disparu en Occident. Le paradoxe que nous devons donc affronter est que l’islam est plus proche de nous aujourd’hui que le monde d’Homère. Clausewitz nous l’a fait entrevoir, à travers ce que nous avons appelé sa religion guerrière, où nous avons vu apparaître quelque chose de très nouveau et de très primitif en même temps. L’islamisme est, de la même façon, une sorte d’événement interne au développement de la technique. Il faudrait pouvoir penser à la fois l’islamisme et la montée aux extrêmes, l’articulation complexe de ces deux réalités. L’unité du christianisme du Moyen Âge a donné la Croisade, permise par la papauté. Mais la Croisade n’a pas l’importance que l’islam imagine. C’était une régression archaïque sans conséquence sur l’essence du christianisme. Le Christ est mort partout et pour tout le monde. Le fait de concevoir les juifs et les chrétiens comme des falsificateurs, en revanche, est ce qu’il y a de plus irrémédiable. Ceci permet aux musulmans d’éliminer toute discussion sérieuse, toute approche comparative entre les trois religions. C’est une manière indéniable de ne pas vouloir voir ce qui est en jeu dans la tradition prophétique. Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Il y a là une démission de la raison. Elle ressemble par certains côtés aux apories du pacifisme, dont nous avons vu à quel point elles pouvaient encourager le bellicisme. Le Coran gagnerait donc à être étudié comme l’ont été les textes juifs et chrétiens. Une approche comparative révélerait, je pense, qu’il n’y a pas là de réelle conscience du meurtre collectif. Il y a, en revanche, une conscience chrétienne de ce meurtre. Les deux plus grandes conversions, celle de Pierre et celle de Paul, sont analogues : elles ne font qu’un avec la conscience d’avoir participé à un meurtre collectif. Paul était là quand on a lapidé Étienne. Le départ pour Damas se greffe sur ce lynchage, qui ne peut que l’avoir angoissé terriblement. Les chrétiens comprennent que la Passion a rendu le meurtre collectif inopérant. C’est pour cela que, loin de réduire la violence, la Passion la démultiplie. L’islamisme aurait très tôt compris cela, mais dans le sens du djihad. Il y a ainsi des formes d’accélération de l’histoire qui se perpétuent. On a l’impression que le terrorisme actuel est un peu l’héritier des totalitarismes, qu’il y a des formes de pensées communes, des habitudes prises. Nous avons suivi l’un des fils possibles de cette continuité, avec la construction du modèle napoléonien par un général prussien. Ce modèle a été repris ensuite par Lénine et Mao Tsé-Toung, auquel se réfère, dit-on, Al Qaida. Le génie de Clausewitz est d’avoir anticipé à son insu une loi devenue planétaire. Nous ne sommes plus dans la guerre froide, mais dans une guerre très chaude, étant donné les centaines, voire demain les milliers de victimes quotidiennes en Orient. Le réchauffement de la planète et cette montée de la violence sont deux phénomènes absolument liés. J’ai beaucoup insisté sur cette confusion du naturel et de l’artificiel, qui est ce que les textes apocalyptiques apportent peut-être de plus fort. L’amour s’est en effet « refroidi ». Certes, on ne peut pas nier qu’il travaille comme il n’a jamais travaillé dans le monde, que la conscience de l’innocence de toutes les victimes a progressé. Mais la charité fait face à l’empire aujourd’hui planétaire de la violence. Contrairement à beaucoup, je persiste à penser que l’histoire a un sens, qui est précisément celui dont nous n’avons cessé de parler. Cette montée vers l’apocalypse est la réalisation supérieure de l’humanité. Or plus cette fin devient probable, et moins on en parle. J’en suis venu à un point décisif : celui d’une profession de foi, plus que d’un traité stratégique, à moins que les deux mystérieusement s’équivalent, dans cette guerre essentielle que la vérité livre à la violence. J’ai toujours eu l’intime conviction que cette dernière participe d’une sacralité dégradée, redoublée par l’intervention du Christ venu se placer au cœur du système sacrificiel. Satan est l’autre nom de la montée aux extrêmes. Mais ce que Hölderlin a entrevu, c’est aussi que la Passion a radicalement transformé l’univers archaïque. La violence satanique a longtemps réagi contre cette sainteté qui est une mue essentielle du religieux ancien. C’est donc que Dieu même s’était révélé en son Fils, que le religieux avait été confirmé une fois pour toutes dans l’histoire des hommes, au point d’en modifier le cours. La montée aux extrêmes révèle, à rebours, la puissance de cette intervention divine. Du divin est apparu, plus fiable que dans toutes les théophanies précédentes, et les hommes ne veulent pas le voir. Ils sont plus que jamais les artisans de leur chute, puisqu’ils sont devenus capables de détruire leur univers. Il ne s’agit pas seulement, de la part du christianisme, d’une condamnation morale exemplaire, mais d’un constat anthropologique inéluctable. Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. René Girard
It’s as though conservatives can hear five octaves of music, but liberals respond to just two, within which they have become particularly discerning. Jonathan Haidt
Tous les indicateurs montrent que l’exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d’applaudir la différence – autant de marques de fabrique de la démocratie libérale – sont les meilleurs moyens d’exaspérer ceux qui sont foncièrement intolérants. (…) Paradoxalement, il semblerait donc que le meilleur moyen de juguler l’intolérance envers la différence soit d’exhiber nos ressemblances, d’en discuter, de les applaudir. (…) Au bout du compte, rien n’inspire plus la tolérance chez l’intolérant qu’une abondance de croyances, de pratiques, de rituels, d’institutions et de processus communs et fédérateurs. Karen Stenner
The problem for liberals is that conservatives understand this better than they do. As one conservative friend put it, “it has taken modern science to remind liberals what our grandparents knew.” Ed Miliband’s difficulty is not so much that he is weird but that he is WEIRD. Yet help is at hand in the shape of a truly seminal book—out of that remarkable Amerian popular-science-meets-political-speculation stable—called The Righteous Mind by Jonathan Haidt. Like Steven Pinker, Haidt is a liberal who wants his political tribe to understand humans better. His main insight is simple but powerful: liberals understand only two main moral dimensions, whereas conservatives understand all five. (Over the course of the book he decides to add a sixth, liberty/oppression, but for simplicity’s sake I am sticking to his original five.) Liberals care about harm and suffering (appealing to our capacities for sympathy and nurturing) and fairness and injustice. All human cultures care about these two things but they also care about three other things: loyalty to the in-group, authority and the sacred. As Haidt puts it: “It’s as though conservatives can hear five octaves of music, but liberals respond to just two, within which they have become particularly discerning.” This does not mean that liberals are necessarily wrong but it does mean that they have more trouble understanding conservatives than vice versa. The sacred is especially difficult for liberals to understand. This isn’t necessarily about religion but about the idea that humans have a nobler, more spiritual side and that life has a higher purpose than pleasure or profit. If your only moral concepts are suffering and injustice then it is hard to understand reservations about everything from swearing in public to gay marriage—after all, who is harmed? Haidt and his colleagues have not just plucked these moral senses from the air. He explains the evolutionary roots of the different senses from a close reading of the literature but has also then tested them in internet surveys and face to face interviews in many different places around the world. Morality “binds and blinds,” which is why it has made it possible for human beings, alone in the animal kingdom, to produce large co-operative groups, tribes and nations beyond the glue of kinship. Haidt’s central metaphor is that we are 90 per cent chimp and 10 per cent bee—we are driven by the “selfish gene” but, under special circumstances, we also have the ability to become like cells in a larger body, or like bees in a hive, working for the good of the group. These experiences are often among the most cherished of our lives. One of my most politically liberal friends read this book and declared his world view to be transformed. Not that he was no longer a liberal but now “he couldn’t be so rude about the other side, because I understand where they’re coming from.” This will be music to Haidt’s ears as the book was written partly as an antidote to the more polarised American politics of the past 20 years, marked by the arrival of Bill Clinton and the liberal baby boomers onto the political stage. The American culture wars began earlier, back in the 1960s, with young liberals angry at the suffering in Vietnam and the injustice still experienced by African-Americans. But when some of them adopted a style that was anti-American, anti-authority and anti-puritanical, conservatives saw their most sacred values desecrated and they counter-attacked. Some conflicts are unavoidable and Haidt is not suggesting that liberals should stop being liberal—rather, that they will be more successful if instead of telling conservatives that their moral intuitions are wrong, they seek to shift them in a liberal direction by accommodating, as far as possible, their anxieties. For example, if you want to improve integration and racial justice in a mixed area, you do not just preach the importance of tolerance but you promote a common in-group identity. As Haidt puts it: “You can make people care less about race by drowning race differences in a sea of similarities, shared goals and mutual interdependencies.” (…) Post-liberalism, like the promised land of a post-racial politics, does not seek to refight old battles but to move on from victories won. Its concern is not to repeal equality laws, or reject the market economy, but rather to consider where the social glue comes from in a fragmented society. To that end, it acknowledges authority and the sacred as well as suffering and injustice. It recognises the virtues of particular loyalties—including nations—rather than viewing them as prejudices. And it seeks to apply these ideas to the economic as well as the social sphere. Much of this goes against the grain of an increasingly WEIRD and legalistic politics in Britain. The problem for the left has not so much been “rights without responsibilities” as rights without the relationships that help sustain them. If we are to be entangled in one another’s lives, for example as funders or recipients of social security, it helps to identify ourselves as part of a group. Meanwhile the right remains attached to its own form of abstract universalism, more concerned with the procedures of the market than what kind of society they have helped create. Some of the notions of loyalty, civility and respect that conservatives are so comfortable with in politics need to be reintroduced into the economic sphere. David Goodhart
Depuis toujours, dès que la France est affaiblie, les élites ont tendance à sacrifier la France et le peuple français à leurs idéaux universalistes. C’est très frappant. Vous verrez dans le livre. Je remonte le temps. Je suis remonté à l’évêque Cauchon et Jeanne d’Arc. On voit bien que cela a toujours été une tentation des élites françaises. Pour aller vite, depuis 1940, la France est très affaiblie. Et nous avons des élites qui ont décidé de jeter par-dessus bord la France et le peuple français au nom de l’Europe, des droits de l’homme et de l’universalisme. Macron est vraiment l’incarnation de ces élites-là. Il est passionnant, car c’est une espèce de quintessence chimiquement pure. Quand il dit : « Nous avons fait du mal », c’est déjà le discours de Chirac sur le Vel’ d’Hiv’ ou le discours de Hollande sur le Vel’ d’Hiv’ et en Algérie. Paul Thibaud avait écrit un très bon article qui faisait remarquer que, comme les politiques ne maîtrisaient plus rien, ils ont trouvé une posture qui consiste à dire du mal de nos ancêtres pour exister. (…) C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch à la fin des années 70. Il avait très bien vu cela aux États-Unis. C’est évidemment venu chez nous ensuite. (…) Je voulais montrer aux gens que tout cela était lié à une histoire millénaire et qu’il y avait des petites pierres comme dans Le Petit Poucet qu’on pouvait retrouver à chaque fois. Certaines époques nous ressemblent de plus en plus. Je retrouvais la phrase de René Girard dans son dernier livre qui disait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Je trouve cette phrase très frappante. Lorsque je dis cela, on dit que j’ai des obsessions et que je ne pense qu’à l’islam. Pourtant, ces paroles viennent de René Girard. Il a très bien compris que nous étions revenus dans un temps qui est celui des affrontements de civilisations entre chrétienté et islam, des guerres de religion et de la féodalité pré-étatique. (…) Ces pays de l’Est se révoltent, parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane. C’est un roi polonais Jean III Sobieski , qui a arrêté les Ottomans à Vienne, en 1683. Il n’y a pas de hasard. Cette Histoire revient à une vitesse folle. Tout se remet en place pour nous rappeler à cette Histoire. (…) il y a effectivement un effet d’accumulation de toutes les crises du passé qui se concentrent aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il y a autant de pessimisme chez moi. L’idée même de roman national est finie. Je n’ai même pas essayé de refaire un roman national. La déconstruction des historiens qui, depuis cinquante ans, nous interdisent de parler de roman national était trop forte. Il n’en reste presque que des ruines. Si j’avais voulu faire un roman national, j’aurais fait une romance nationale. Ce n’est pas ce que j’ai fait. En revanche, j’ai voulu écrire une Histoire de France réaliste, non pas en fonction des idéaux et des populations d’aujourd’hui, mais en fonction de la réalité historique de l’époque. Aujourd’hui, les historiens ont décidé d’inventer une Histoire de France qui correspond à leurs obsessions et à leurs idéologies actuelles. Ils disent que j’ai des obsessions, mais les leurs sont : une histoire féministe, une histoire des minorités africaines et maghrébines, une histoire pacifiste, c’est-à-dire une histoire qui n’a jamais existé. Dans les livres d’histoire d’aujourd’hui, sur la Révolution française, il y a deux pages sur Olympe de Gouges, la grande militante féministe. Quand elle est guillotinée, en 93, par Robespierre, j’ai coutume de dire, pour plaisanter, que Robespierre ne sait même pas qu’il l’a fait guillotiner, tellement elle compte peu. Lors d’une émission sur France 2, mardi dernier, on a vu une grande fresque qui expliquait comment la France a été faite par les immigrés nord-africains et africains avec un grand manitou qui s’appelle de Gaulle. C’est une histoire inventée. (…) Ils sont tellement allés loin dans la diabolisation de Pétain et dans l’invention d’une histoire qui ne correspond plus à la réalité. Lorsqu’on repose le tableau de Pétain, de De Gaulle, de ce qu’était Vichy à l’époque et de ce qu’était 1940, que je dis que tout le monde se moquait, à l’époque, du statut des Juifs d’octobre 40, à Paris, à Vichy ou à Londres, et que les rats qui s’y intéressent disent « il a bien raison », car ils estiment à l’époque que les Juifs ont une responsabilité dans la défaite, j’ai l’impression de blasphémer. C’est tout simplement la réalité historique. On a tellement réinventé une histoire en disant que l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale était la question juive qu’on tombe des nues quand je dis qu’à l’époque, personne n’en parlait. À Londres, ceux qui rejoignent le général de Gaulle sont d’accord avec Vichy là-dessus. Aujourd’hui, la réalité paraît blasphématoire. C’est extraordinaire. C’est pour dire la force inouïe de cette déconstruction historique. Pour moi, c’est le grand effacement de l’histoire pour correspondre au Grand Remplacement des populations. Eric Zemmour
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous devons reconnaître le caractère révolutionnaire de la pensée paulinienne. Paul marquera profondément l’histoire de l’Occident en fondant un nouveau type de communauté que ne connaissaient ni le judaïsme ni le monde gréco-romain. La société qui se construit ainsi est marquée à la fois par son universalisme – elle est ouverte à tous – et par son pluralisme – elle n’abolit pas les différences entre les personnes, mais considère que ces différences ne créent pas de hiérarchie devant Dieu. L’Antiquité n’a jamais connu de société qui combine d’une telle façon l’universalisme et le pluralisme, l’ouverture à tous et la particularité de chacun. Le type de communauté que fonde Paul se démarque à la foi de l’universalisme centralisateur (empire romain) et du pluralisme discriminatoire (synagogue). Le Dieu de Paul est le Dieu de tous et de chacun. Daniel Marguerat
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Plus les femmes deviennent fortes, plus les hommes aiment le football. Mariah Burton Nelson (1994)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
The real core of the feminist vision, its revolutionary kernel if you will, has to do with the abolition of all sex roles – that is, an absolute transformation of human sexuality and the institutions derived from it. In this work, no part of the male sexual model can possibly apply. Equality within the framework of the male sexual model, however that model is reformed or modified, can only perpetuate the model itself and the injustice and bondage which are its intrinsic consequences. I suggest to you that transformation of the male sexual model under which we now all labor and « love » begins where there is a congruence, not a separation, a congruence of feeling and erotic interest; that it begins in what we do know about female sexuality as distinct from male – clitoral touch and sensitivity, multiple orgasms, erotic sensitivity all over the body (which needn’t – and shouldn’t – be localized or contained genitally), in tenderness, in self-respect and in absolute mutual respect. For men I suspect that this transformation begins in the place they most dread – that is, in a limp penis. I think that men will have to give up their precious erections and begin to make love as women do together. I am saying that men will have to renounce their phallocentric personalities, and the privileges and powers given to them at birth as a consequence of their anatomy, that they will have to excise everything in them that they now value as distinctively « male. » No reform, or matching of orgasms, will accomplish this. Andrea Dworkin (Our Blood: Prophecies and Discourses on Sexual Politics, 1976)
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. Pierre Bergé
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. Clément Rosset
G. K. Chesterton (…) insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. (…) L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés. (…) En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme. Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir. (…) Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture. [ce refus de la continuité] provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer. (…) L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ? (…) l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain. (…) Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité. L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine. [l’athéisme] Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffit de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffit de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme. En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !” Rémi Brague
51% of Americans think the First Amendment is outdated and should be rewritten. The First Amendment protects your right to free speech, free assembly, and freedom of religion, among other things. 48% believe “hate speech” should be illegal. (“Hate speech” is not defined—we left it up to the individual participant.) Of those, about half think the punishment for “hate speech” should include possible jail time, while the rest think it should just be a ticket and a fine. 80% don’t actually know what the First Amendment really protects. Those polled believed this statement is true: “The First Amendment allows anyone to say their opinion no matter what, and they are protected by law from any consequences of saying those thoughts or opinions.” It’s actually not true. The First Amendment prevents the government from punishing you for your speech (with exceptions such as yelling “fire” in a crowded area to induce panic). But more broadly, freedom of speech does not mean you are protected from social consequences for your speech. You may have the right to say something extreme or hateful and not get thrown in jail, but others in society have the right to shun you. What explains these results? We believe there are at least two factors at play. One is the obvious polarization of politics and the media. While many who identify as conservative may dislike the reporting of CNN and would likely favor sanctions for “fake news,” many progressives or liberals may feel the same way towards Fox News. Second, we hear much about “hate speech.” Although the term is never defined, most agree that it should be opposed, rebuked, and criticized. But should it be punished by the government? If the government is in charge of determining what is hate speech, then it inevitably becomes political—a weapon that can be used to punish people on the other side of an issue. Campaign for free speech
Il existe en effet des enjeux qui ne peuvent être traités sous l’empire du «en même temps». Et la laïcité en fait partie! Sur l’immense majorité des sujets, on peut prendre «en même temps» des mesures de droite et de gauche: sur la fiscalité, sur la politique sociale… Mais il existe des enjeux politiques fondamentaux sur lesquels c’est impossible. Sur ce sujet, on ne peut pas être «en même temps» d’accord avec Aurélien Taché et Jean-Louis Bianco d’un côté, et de l’autre avec Marlène Schiappa ou Jean-Michel Blanquer par exemple, il faut choisir une vision, une orientation. Le chef de l’État sait parfaitement que la laïcité ne se résume pas à la loi de 1905. Le principe avant même le mot trouve son origine pendant la Révolution française et prend toute sa force au moment de la fondation de l’école publique dans les années 1880. La laïcité ne renvoie pas seulement à la liberté de conscience et de culte (article 1er de la loi de 1905) et à la séparation des Églises et de l’État (prévue à l’article 2 et organisée par les articles suivants) ; il ne s’agit pas uniquement de principes juridiques mais aussi de garanties politiques. La laïcité est le pilier de l’identité collective française contemporaine: elle organise notre rapport à la liberté et à l’égalité, et elle contribue à définir notre citoyenneté, notre commun. Or Emmanuel Macron ne répond pas aux interrogations qui traversent aujourd’hui la société française de manière architectonique sur tous ces enjeux. Comme s’il les laissait délibérément de côté afin de ne pas avoir à trancher entre les grandes orientations possibles qui s’ordonnent autour d’interprétations divergentes de la laïcité. (…) Schématiquement, il y a d’un côté un courant que l’on peut qualifier de libéral, au sens contemporain du libéralisme globalisé d’origine américaine, tolérantiste et multiculturaliste, qu’incarne bien le député Aurélien Taché par exemple au sein de La République en Marche. Ce courant vise à faire entrer la laïcité française dans le moule de ce libéralisme aujourd’hui dominant. Dans cette perspective, l’idée fondamentale est que toutes les opinions, tous les choix individuels, sont légitimes dès lors qu’ils sont adoptés librement, c’est la liberté définie par «c’est mon choix». Ce qui donne une laïcité réduite à son principe de liberté comme droit, sans responsabilité ni devoir collectifs. C’est une laïcité individualiste sans élément permettant de construire le commun ; elle concerne l’individu et non le citoyen. Une telle conception est très éloignée de la laïcité telle qu’elle a été pensée et construite en France, elle ne mérite d’ailleurs pas le nom de laïcité, c’est un usage abusif du terme qui est fait par ceux qui s’en réclament. (..) Au sens général, philosophique ou politique, la laïcité englobe toutes ces dimensions! Sur le plan cultuel, elle permet de répondre à de nombreuses questions: faut-il autoriser les processions ou les prières de rue, les crèches dans les mairies, les réunions publiques dans les lieux de culte, certains financements publics dans des lieux de culte?… C’est ce qu’on appelle la «police des cultes». Mais la laïcité, c’est aussi un enjeu culturel! Lorsque le chef de l’État déclarait, face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, que «le voile n’est pas conforme à la civilité dans notre pays», il reconnaissait que la laïcité dépasse la seule régulation des cultes, qu’elle touche à ce qui nous est commun, aux fondements de ce qui fait de nous des Français et non des Anglais, des Allemands ou des Américains. Il faut donc être à la fois extrêmement clair et précis sur un tel sujet. La confusion, c’est de dire que la laïcité se limiterait à une question purement juridique, et donc qu’on se refuse à l’invoquer dès lors qu’une pratique n’est pas interdite au sens strict par une loi. Outre que le droit n’est pas lui-même toujours parfaitement défini – les travaux sur les frontières et les zones grises en la matière de mes collègues juristes spécialistes de ce sujet, Gwénaèle Calvès ou Frédérique de la Morena l’ont bien montré -, la laïcité est aussi et sans doute même avant tout un principe philosophique et politique. Ce qui n’en fait pas pour autant une doctrine ou une idéologie, contrairement à ce qu’opposent régulièrement à ses partisans ceux qui voudraient en amoindrir la portée. Ainsi, lorsque l’on défend la laïcité comme élément fondamental de notre commun, on est vite accusé d’être un «laïcard», de vouloir s’en prendre aux religions dans l’espace public notamment, au nom de je ne sais quelle idée, comme si l’on voulait à tout prix renvoyer les laïques vers l’athéisme ou l’anticléricalisme, comme si l’on était un disciple d’Émile Combes! N’en déplaise à tous les tenants de la normalisation libérale que j’évoquais plus haut, on peut parfaitement être républicain et en faveur de la liberté la plus étendue possible, mais une liberté qui s’applique et concerne d’abord les citoyens, et non les individus. Une liberté qui permet d’organiser le corps social et non de le diviser voire de le dissoudre. (…) La laïcité est l’une des réponses possibles à cette préoccupation que l’on retrouve dans de nombreux contextes nationaux aujourd’hui, c’est la réponse française, celle de la politique de civilisation que nous avons choisie et que nous devons continuer de choisir, collectivement, entre citoyens. Elle s’est forgée tout au long de notre histoire, et elle forge notre identité commune. C’est elle qui permet de donner un sens à toutes nos différences, culturelles ou religieuses notamment, en laissant à chacun la plus grande liberté possible et en assurant la protection des citoyens vis-à-vis non seulement des empiétements toujours possibles de l’État mais aussi, on l’oublie souvent, des autres individus ou des communautés sur notre propre liberté, tout spécialement en matière religieuse. Ainsi, en matière religieuse, la neutralité de l’État sert-elle à nous protéger, en tant que citoyen, de l’État lui-même bien évidemment ; mais elle sert aussi et indissociablement à protéger chacun d’entre nous de nos coreligionnaires le cas échéant ou plus largement de toute croyance ou pratique que l’on voudrait nous imposer dans la société. La laïcité est une liberté publique. Dans les systèmes hérités du droit anglo-saxon, cette protection est laissée aux individus eux-mêmes, au fonctionnement de la société civile, et en particulier aux communautés religieuses qui y évoluent librement, on parle alors de liberté civile. Il s’agit de deux modèles, de deux manières différentes de comprendre la liberté. Or aujourd’hui, notre modèle français et républicain est très minoritaire parmi les démocraties occidentales et sous la pression à la fois des représentations culturelles venues des États-Unis et d’un droit d’inspiration anglo-saxonne. D’où l’attention permanente portée aux droits individuels, à la satisfaction des revendications identitaires promues par les représentants de «minorités» qui se définissent comme victimes de l’oppression majoritaire. Dans le cas de l’islam dans les pays occidentaux, cela conduit le plus souvent à une forme d’inversion du combat laïque: l’exigence que l’on applique au christianisme (religion majoritaire) n’est pas la même que celle que l’on applique à l’islam. Or pour un républicain laïc, tout le monde est citoyen avant d’être chrétien, musulman, juif, athée, etc., et les individus sont protégés comme citoyens, pas comme croyants. C’est ce point précis que les tenants d’une laïcité libérale telle que définie ci-dessus ne veulent pas voir ou ne veulent pas comprendre, par aveuglement ou par idéologie. C’est pourtant fondamental à l’âge identitaire si l’on veut continuer de construire du commun plutôt que de se recroqueviller sur telle ou telle de nos différences. Laurent Bouvet
Les questions d’identité collective (laïcité, place de l’Islam, immigration…) divisent profondément la majorité. Il sera très difficile au président de la République de clarifier la ligne en la matière. Il a en effet besoin de l’ensemble de sa majorité, composée de lignes irréconciliables sur ces questions, pour pouvoir continuer son action et évidemment être réélu en 2022. Le plus probable est donc qu’il tentera de ménager les contraires, de continuer une forme de «en même temps». Le problème est que sur ce type d’enjeux, il n’y a pas de « en même temps » qui tienne, en tout cas pas aux yeux de nos concitoyens. Précisément parce que ce sont des enjeux d’identité qui impliquent des conceptions essentielles de ce que nous sommes et de ce que nous voulons faire ensemble, comme Français. C’est le plus grand danger politique pour le chef de l’État qui a construit sa victoire à la présidentielle et sa majorité sans avoir à traiter de ces enjeux. Ceux qui l’ont rejoint, que ce soit par conviction ou par opportunisme, n’y ont pas plus prêté attention. Or on ne peut ignorer, politiquement, de telles questions. On vit aujourd’hui le retour du boomerang. (…) Qu’on pense simplement ici à l’inversion spectaculaire du principe de liberté qui consiste à dire que c’est le port du voile qui rend la femme libre! La responsabilité de tous ceux qui appuient ou corroborent cette inversion, à gauche, chez les féministes, parmi les intellectuels, dans les médias… est immense. Ils minent les fondements mêmes de notre société tels qu’ils ont été refondés avec les Lumières. Au nom d’une vision profondément biaisée de l’émancipation, qui serait réservée uniquement à certaines catégories de population eu égard à leurs identités d’origine, ils sapent la possibilité même d’une humanité commune. C’est cette démarche, essentialiste, identitaire, réductionniste… qui stigmatise et exclut les femmes musulmanes. Laurent Bouvet
Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou. Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.» Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé. Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste». J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée. Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques. Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation». Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée. Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron. Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment. Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel. Gilles William Goldnadel
Même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et inversement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de période jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français. Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop sensible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La police de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche. (…) À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump. (…) Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. (…) L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure. Seth Greenland
En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France). Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains. Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer, de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Laure Mandeville
Trump (…) n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple. (…) Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières à des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique. (…) Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses. (…) Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur. Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection. (…) La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé? En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême! Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal. (…) Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins! (…) Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle. (…) Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des quatre élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. (…) Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans. Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé… Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel. Laure Mandeville
La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne. Christopher Caldwell
La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ». (…) Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste. (…) Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personne avec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman. Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie. La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. » (…) On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires. Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse. Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016. (…) La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes. Bérénice Levet
Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit. En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste. L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine. (…) Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui, c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble. (…) Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentats mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin, il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation. (…) Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’est pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bien encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité, la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté, quand il attaque la virilité, l’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attentat se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un couteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encore du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont été arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman. (…) Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à Halle, si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solutions improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante. Bertrand Vergely
La distinction entre immigration légale et illégale doit tenir. Certaines personnes, qui prônent l’ouverture des frontières, demandent «quelle est la différence?» La réponse est «la loi». (…) C’est pourquoi je dis que si nous ne parvenons pas à maintenir nos lois et nos frontières maintenant, alors nous n’avons aucune chance de résister. (…) Tous ces phénomènes sont largement favorisés par les ONG «open borders», organisations dirigées par des gens qui sont de véritables extrémistes. Ils distribuent des informations aux migrants et aux migrants potentiels pour les aider à contourner les règles existantes et en leur expliquant comment rester définitivement en Europe. Ces ONG pensent que le monde ne devrait pas avoir de frontières. Que les frontières sont racistes. Que les frontières causent tous les problèmes du monde. Ils ont pris sur eux d’affaiblir les frontières de l’Europe. Les autorités italiennes ont pris un certain nombre d’ONG en flagrant délit de coopération actrive avec les réseaux de contrebande. Ces ONG ont été surprises au téléphone avec des contrebandiers, arrangeant les points de rencontre et retournant même les bateaux aux gangs. Qui a donné à ces groupes le droit de dicter l’avenir de notre continent? Qui leur a permis d’être nos arbitres de moralité? Ou de décider de notre avenir sociétal à court et à long terme?  Douglas Murray
The explanations for our existence that used to be provided by religion went first, falling away from the nineteenth century onwards. Then over the last century the secular hopes held out by all political ideologies began to follow in religion’s wake. In the latter part of the twentieth century we entered the postmodern era. An era which defined itself, and was defined, by its suspicion towards all grand narratives. However, as all schoolchildren learn, nature abhors a vacuum, and into the postmodern vacuum new ideas began to creep, with the intention of providing explanations and meanings of their own. Douglas Murray
Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté. Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes. Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes. Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants. (…) En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité, c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte. Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie. Michèle Tribalat
Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’American way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de ‘déplorables’. Personne n’a envie de ressembler à un déplorable ! Christophe Guilluy
Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc. Christophe Guilluy
Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. Muriel Fabre-Magnan
Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre. (…) C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté. (…) Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ? (…) La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti. (…) Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit. Muriel Fabre-Magnan
C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui. (…) La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent. C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales. À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit. Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative. « Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ? L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre. Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris. Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même. Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ? C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu. « Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée. Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. (…) C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe. (…) On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique. Nathalie Heinich
L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique. La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre. (…) Certes (…) soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente. Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps. Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères. Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance. C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme derridien s’en donne ici à cœur joie (…) Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ». Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays. Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques, ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué. De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective: vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisserait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé. L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. » Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre. Nathalie Heinich

Légalisation, via le mariage pour tous et la PMA, du mensonge sur l’origine de nos enfants …

Résurrection, via la criminalisation –  jusque dans les écoles de nos enfants – du discours dit « de haine », des lois anti-blasphèmes les plus rétrogrades …

Demande, entre appels à la dénonciation et à l’ « effacement » (autrement dit au boycott), de modification du 1er amendement américain …

Persécution d’esthéticiennes refusant d’épiler le sexe masculin d’une femme transexuelle …

Sportifs transexuels raflant toutes les médailles dans les compétitions féminines ou potentiellement dangereux pour leurs adversaires  …

Mise à disposition de la castration chimique à des enfants de sept ans …

Remise en question, pour cause de non-parité stricte, des collections d’animaux des musées d’histoire naturelle

Cachez cette loi commune que je ne saurai voir !

En ces temps étranges …

Entre soupe alphabétique d’identités sexuelles ou raciales et immigration sauvage sur fond de terrorisme islamique

Du sansfrontiérisme le plus débridé …

Où malgré quelques avancées comme, véritable « mur de Trump payé par le Mexique« , la reprise du contrôle de leurs frontières par les autorités mexicaines …

Et de Hong Kong à l’Irak et au Liban ou à l’Amérique latine et avant l’Iran, le début de soulèvement des peuples contre leurs kleptocraties …

Se creuse la fracture, cinéma compris, entre gagnants de la mondialisation des grandes métropoles et perdants des zones périphériques …

Et  où la « plaisanterie de l’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » dont parlait René Girard

Nous plonge dans un ultra-christianisme anti-chrétien toujours plus caricatural …

Comment ne pas voir avec la sociologue Nathalie Heinich

L’aberration d’un déconstructionnisme sans limites …

Qui réduisant l’identité à de la pure illusion prétend la recréer à l’infini  …

Ou repérer avec la juriste Muriel Fabre-Magnan

Derrière la demande toujours plus grande de législation …

La réalité d’une dilution et d’un dévoiement de l’idée de liberté …

Qui ignorant la dimension protectrice du droit et des interdits …

Va jusqu’à basculer, via le prétendu droit à son renoncement, dans son retournement et sa propre négation ….

Et pourrait à nouveau réussir l’exploit de faire réélire l’an prochain …

L’un des présidents américains les plus politiquement incorrects ?

LES LIMITES DE L’IDENTITÉ
Nathalie Heinich
Nathalie Heinich est sociologue. Dernier ouvrage publié : Ce que n’est pas l’identité (Gallimard, 2018).› nathalie.heinich@ehess.fr
Revue des deux mondes
avril 2019

L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique.La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre (1).

La vulgate postmoderne

Certes, la critique postmoderne d’une conception substantialiste de l’identité (ou de « l’illusion essentialiste », comme l’a justement qualifiée le philosophe Pierre-André Taguieff (2)) s’appuie sur des constats qui ont leur part de vérité. Le premier constat est celui de la temporalité, qui soumet toute identité au changement, faisant d’elle non pas une « substance inaltérable » mais une « entité historique » (3): « L’identité n’est pas tant celle d’une substance que celle de la continuité des transforma-tions conduisant d’un stade au suivant » (4), expliquait le sociologue Norbert Elias. Et il ajoutait : « Il s’agit d’une continuité remémorée », ce qui nous renvoie au deuxième constat rendant illusoire la conception substantialiste, à savoir celui de sa dimension narrative, qui fait de l’iden-tité non un fait brut mais un « récit », selon le philosophe Paul Ricœur (5), ou encore une affaire de « réflexivité », selon le sociologue Anthony Giddens (6). Enfin, un troisième constat met à mal la croyance naïve en une réalité factuelle de l’identité, à savoir celui de sa pluralité, sa multiplicité, sa labilité (7). Ainsi le sociologue Erving Goffman a utilisé la métaphore de la barbe-à-papa : l’identité personnelle serait un « enregistrement unique et ininterrompu de faits sociaux qui vient s’attacher, s’entortiller, comme de la barbe-à-papa, comme une substance poisseuse à laquelle se collent sans cesse de nouveaux détails biographiques » (8). Bref, soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente.Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps (9). Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères (10). Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance.

C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique (11)), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme der-ridien s’en donne ici à cœur joie : « Dès qu’on entend le mot “genre”, dès qu’il paraît, dès qu’on tente de le penser, une limite se dessine. Et quand une limite vient à s’assigner, la norme et l’interdit ne se font pas attendre : “il faut”, “il ne faut pas”, dit le “genre”, le mot “genre”, la figure, la voix ou la loi du genre. (12) »Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ».

L’ignorance des représentations

Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays.Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques (13), ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué (14). De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective (15): vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme (16) ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisse-rait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé.L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. (17) »Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre.

1. Cet article reprend en les développant une partie des propositions présentées dans Nathalie Heinich, Ce que n’est pas l’identité, Gallimard, 2018.

2. « L’illusion essentialiste » consiste à « figer et réifier ce qui est intrinsèquement fluctuant, mouvant et diversifié » (Pierre-André Taguieff, « Être français : une évidence, un “je-ne-sais-quoi” et une énigme », Dogma. Revue de philosophie et de sciences humaines, mars 2016).

3. Vincent Descombes, Les Embarras de l’identité, Gallimard, 2013, p. 174.

4. Norbert Elias, Du temps (1984), Fayard, 1996, p. 53, note 1.

5. Cf. Paul Ricœur, Temps et récit, Seuil, 1984.

6. Cf. Anthony Giddens, Modernity and Self-Identity. Self and Society in the Late Modern Age, Polity Press, 1991.

7. Cf. notamment Alex Mucchielli, L’Identité, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1986, p. 7.

8. Erving Goffman, Stigmate (1963), Minuit, 1975, p. 74.

9. Cf. Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 62-63, juin 1986.

10. Cf. Nathalie Heinich, « Pour en finir avec “l’illusion” biographique », L’Homme, n° 195-196, juillet-décembre 2010 (repris dans Sortir des camps, sortir du silence, Les Impressions nouvelles, 2011).

11. Sur ce sophisme qui alimente malheureusement les tendances les plus naïves du féminisme et de la « théorie du genre », cf. Nathalie Heinich, Le Bêtisier du sociologue, Klincksieck, 2009.

12. Jacques Derrida, Parages, Galilée, 1986, p. 252.

13. Cf. notamment Élisabeth Badinter, XY. De l’identité masculine, Odile Jacob, 1992.

14. Cf. notamment Pierre Legendre, Sur la question dogmatique en Occident, Fayard, 1999 ; Jean-Pierre Lebrun, Un monde sans limites. Essai pour une clinique psychanalytique du social, Érès, 1997.

15. Cf. Pierre Nora, « Les avatars de l’identité française », Le Débat, n° 159, mars-avril 2010.

16. Idem, p. 18-19.17. Muriel Fabre-Magnan, L’Institution de la liberté, Presses universitaires de France, 2018, p 220.

Voir aussi:

Fabre-Magnan : l’interdit n’est pas l’ennemi de la liberté
Dans « L’Institution de la liberté », Muriel Fabre-Magnan critique le désir de faire reconnaître par le droit certaines pratiques individuelles. Entretien.
Propos recueillis par Gabriel Bouchaud
13/10/2018
Le Point
Muriel Fabre-Magnan est professeure de droit à l’université Paris-1.

Le Point : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ? La liberté telle qu’elle est garantie par le droit est-elle menacée ?

Muriel Fabre-Magnan : Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre.

La conception de ce qu’est la liberté a-t-elle beaucoup évolué dans les dernières décennies ? Y a-t-il une confusion dans les termes que l’on emploie à cause de cette évolution ?

C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté.

Vous citez le proverbe du renard libre dans le poulailler libre qui, sous couvert d’une liberté absolue de tous, garantit un retour de la loi du plus fort sur le plus faible…

Tout à fait. Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ?

Vous soulignez un écart entre l’encadrement de facto des pratiques sexuelles et la demande d’encadrement de ces pratiques. Le droit a-t-il cette vocation ?

La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti.

Pour vous, le droit doit-il plutôt représenter un horizon de ce que la société devrait être, à travers des garanties, ou encadrer ce qui existe déjà ?

Les deux aspects coexistent. Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit.

Voir également:

Christophe Guilluy: « NOTRE MODÈLE DE SOCIÉTÉ N’EST PLUS VIABLE »
Valérie Toranian
Revue des deux mondes
avril 2019

Il fut le premier à théoriser et à populariser le concept de France périphérique, cette France des classes populaires vivant à l’écart des grands centres urbains. Sans surprise, la cartographie de ces territoires délaissés par la République se superpose à celle des ronds-points envahis par les « gilets jaunes » depuis le 17 novembre 2018. L’auteur de No Society analyse les racines profondes de cette fracture française et interpelle les élites dirigeantes. Si rien ne bouge après le mouvement des « gilets jaunes », s’inquiète le géographe, « la tentation d’un totalitarisme soft » nous guette.

«Revue des Deux Mondes – Comment qualifier la séquence des « gilets jaunes » ? Est-ce une révolte, une révolution, une insurrection, une jacquerie ?

Christophe Guilluy J’essaye de ne pas voir dans un mouvement contemporain une résurgence d’un épisode du XIXe ou du XXe siècle. Nous ne sommes pas dans la révolution française, ni dans Mai 68, cela ne ressemble à aucun mouvement social connu. Le mouvement peuple contre élites. histoire d’une France brisée social classique se caractérise par un lien entre la classe populaire et la bourgeoisie, et par des relais au sein des milieux intellectuels et journalistiques. Les « gilets jaunes » sont en dehors des partis et des syn-dicats ; ils n’ont pas de représentant politique, intellectuel, culturel. Le mouvement naît après trente ans de ce que Christopher Lasch (1) a appelé la sécession des élites ; les classes populaires ont répondu par ce que je qualifie de marronage – « on va voir ailleurs ». Et ce « on va voir ailleurs » donne des mouvements non structurés, aux revendications tous azimuts. C’est toute la symbolique du « gilet jaune » : je veux être vu. Nous sommes dans une crise démocratique, intellectuelle et une crise de représentation : la scission du monde d’en haut a abouti à un assèchement de la pensée. Ces catégories populaires ne sont plus incarnées. J’ai parlé de France périphérique. Le concept n’a pas toujours été bien compris. Je suis géographe mais je ne crois pas au territoire. Un territoire ne veut rien dire ; ce qui compte, ce sont les personnes vivant sur ce territoire. Celui-ci peut changer du jour au lendemain si la population change. Il n’y a pas de déterminisme géographique, j’explique d’ailleurs exactement le contraire. Le concept a été élaboré à partir de travaux réalisés avec un autre géographe, Christophe Noyé ; nous repérions les espaces où vivaient les catégories modestes, c’est ce que nous avons appelé un indicateur de fragilité sociale : nous partions donc des personnes ; nous nous moquions de savoir si celles-ci vivaient à la campagne, dans une petite ville, dans une ville moyenne… la question était de repérer les territoires où il y avait une majorité de classes populaires : ouvriers, employés, « petites gens », paysans. Ce socle, potentiellement majoritaire, se situe aujourd’hui, le plus souvent, en dehors des grands centres urbains. Les quinze plus grandes métropoles représentent 40 % de la population comme en 1968, cela n’a pas changé. La recomposition sociale dans ces villes, elle, a changé : hier vous aviez dans Paris une composante populaire, avec des ouvriers, des « petites gens » ; tout cela s’est réduit comme peau de chagrin ; la partie populaire des grandes métropoles est désormais constituée par les quartiers « sensibles ».

Les grandes métropoles se caractérisent par leur dynamisme économique, c’est là que se concentre l’essentiel des richesses. Il y a donc une dimension économique, sociale, culturelle. Et une plus grande mobilité sociale, contrairement aux trois quarts des classes populaires dispersées dans la France périphérique. On le constate lors des plans sociaux : on demande aux salariés d’aller vivre dans un territoire où il y a de l’emploi – c’est ce qu’on avait dit aux femmes de Moulinex et aux « bonnets rouges ». Seulement quand vous êtes propriétaire d’une maison dans ces territoires-là, vous ne pouvez pas acheter ou louer à Paris, à Nantes ou à Toulouse. Les logiques foncières rendent l’accès à la ville très difficile et les gens ne veulent pas vivre dans les logements sociaux, là où se concentrent les populations immigrées. La France périphérique n’est pas une géographie ni une cartographie de la pauvreté : la France métropolitaine compte aussi des pauvres. Comme hier, la bourgeoisie instrumentalise la question de la pauvreté : la vieille bourgeoisie catholique redistribuait quelques subsides aux populations pauvres et niait le prolétariat ; aujourd’hui, la nouvelle bourgeoisie, ce que j’appelle la « bourgeoisie cool », met en avant banlieues et minorités et nie l’existence d’une France périphérique. Dans les deux cas, on oppose les classes populaires aux pauvres pour nier une question sociale majoritaire.

Revue des Deux Mondes – Vos détracteurs vous reprochent d’opposer la France périphérique des « petits Blancs » à la population issue de l’immigration, des quartiers populaires des métropoles, qui bénéficieraient de plus de subventions que la France périphérique. Les pouvoirs publics en ont-ils trop fait avec la politique de la ville et pas assez avec la France périphérique ?

Christophe Guilluy Je ne l’ai jamais dit ni écrit ! La France périphérique, dans laquelle se classent d’ailleurs les départements et territoires d’outre-mer, n’est pas exclusivement blanche. Il suffit de se balader en France pour le constater. Concernant les quartiers de la politique de la ville, on peut rappeler que les quartiers sensibles de petites et moyennes villes de la France périphérique sont plus pauvres que les quartiers de logements sociaux de Seine-Saint-Denis. Cela s’explique par le fait que le dynamisme économique y est beaucoup plus faible. Pourquoi autant d’attention aux banlieues des grandes villes ? Parce qu’elles se situent dans les grandes métropoles, là où vivent les élites, les prescripteurs d’opinion, là où est le business. On n’a pas intérêt à ce que ces territoires explosent. Aucun gouvernement de droite ou de gauche n’a remis en cause la politique de la ville. On ne peut réaliser un diagnostic objectif de la politique de la ville si l’on ne prend pas en compte le fait que ces quartiers sont devenus des sas : on y entre, on en sort. Dès qu’on a intégré le marché de l’emploi, on cherche à quitter les lieux. Ces populations partantes sont remplacées par des populations venues de l’extérieur, beaucoup plus précaires. En fait, il y a une instrumentalisation des questions autour de l’immigration alors que le sujet est consensuel dans la population : tout le monde souhaite la régulation des flux migratoires. Selon les sondages, 65 à 80 % des Français sont pour l’arrêt de l’immigration. Ces Français ne sont pas tous blancs ; ils sont aussi noirs, maghrébins, etc. Ces questions sont clivées non pas ethniquement mais socialement. La demande de régulation émane des « petits » Blancs, des « petits » Noirs, des « petits » Maghrébins, des « petits » musulmans. Elle est majoritaire en France, en Europe, aux États-Unis, en Algérie, au Maroc, en Israël. La question de la régulation s’impose. Elle est devenue idéologique, alors qu’elle ne pourra se traiter que sur des critères pragmatiques et réalistes. J’ai travaillé par le passé sur la question du logement social à Paris dans le XIXe arrondissement et c’est à cette occasion que j’ai développé le concept d’insécurité culturelle. Ma mission était de comprendre pourquoi les gens demandaient des changements d’attribution de logement alors qu’ils habitaient des quartiers où il n’y avait pas trop de violence ni trop de trafic de drogue. Toutes ces demandes émanaient d’immeubles dans lesquels il y avait eu un turnover important : les Blancs étaient déjà partis et à leur tour les populations maghrébines se trouvaient dans des situations d’insécurité culturelle par rapport à de nouvelles populations comme les Tchétchènes, etc. Ce qui n’a rien de scandaleux : on souhaite tous vivre dans des immeubles où tout ne change pas en permanence, dans lesquels on peut communiquer avec ses voisins et partager des valeurs communes. Cela n’interdit pas l’accueil, mais personne ne souhaite devenir minoritaire. C’est une question anthropologique : quand on est minoritaire, on dépend de la bienveillance de la majorité. J’avais travaillé sur les populations juives et leur déplacement en région pari-sienne dès les années deux mille. Je travaillais avec des gens de gauche et je pensais que dénoncer l’antisémitisme serait une évidence. Or pas du tout. On m’a sévèrement critiqué pour cela.

Revue des Deux Mondes – La société multiculturelle est-elle un échec ?

Christophe Guilluy La société multiculturelle, c’est la société où l’autre ne devient pas soi. À partir du moment où l’autre ne devient pas moi, la loi du nombre joue. Nous avons besoin de préserver un capital social et un capital culturel. C’est fondamental, quelles que soient votre origine et votre religion.Revue des Deux Mondes – Croyez-vous encore en l’efficacité du modèle républicain ?

Christophe Guilluy J’y ai longtemps cru. Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc.

Revue des Deux Mondes – Il y avait des radicaux. Et des antisémites comme Alain Soral et Dieudonné. Alain Finkielkraut a été agressé ver-balement par un antisémite…

Christophe Guilluy Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustra-tion mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beau-coup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche.

Revue des Deux Mondes – Les mouvements sociaux vont-ils devenir de plus en plus violents ?

Christophe Guilluy Le « gilet jaune » n’est pas un saint. Tous les mouvements sociaux dégénèrent et sont aujourd’hui violents. La question est l’instrumentalisation de la violence. Même si les gens la condamnent, ils l’instrumentalisent : elle attire les médias. Les barri-cades sur les Champs-Élysées ont fait la une du New York Times. Par ailleurs, ces mouvements n’ont plus rien à voir avec des mouvements sociaux traditionnels. L’idée de réunir le plus de personnes possible pour aller d’un point A à un point B afin d’obtenir quelque chose est com-plètement dépassée. On a un mouvement du XXIe siècle sans représen-tant, sans corps intermédiaires, sans revendications claires. Il vaut mieux mille manifestations de cent personnes qu’une manifestation de cent mille personnes à Paris.Revue des Deux Mondes – Marie Le Pen est-elle la candidate naturelle des « gilets jaunes » ?

Christophe Guilluy Une fraction importante ira vers le parti le plus en dehors du système, le plus ostracisé. C’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon perd : c’est un ancien sénateur, il fait partie du système. Tous les mouvements populistes sont structurés autour de la même sociologie : l’ancien socle de la classe moyenne occiden-tale (ouvriers, employés, petits indépendants…) et une même géo-graphie : en général, les zones les plus éloignées des grandes métro-poles mondialisées (zones rurales, petites villes, villes moyennes, en excluant évidemment la ville riche du coin). Il s’agit toujours de la même spirale : d’abord vous avez une désaffiliation, puis un marronnage, une abstention et/ou un vote populiste plus ou moins majoritaire. À chaque fois on retrouve les mêmes indicateurs : reléga-tion culturelle, éloignement des territoires, perte de pouvoir d’achat, parfois pauvreté. À chaque fois on retrouve les mêmes catégories : l’Allemagne périphérique se compose de l’ex-Allemagne de l’Est et des franges rurales en Bavière dans des régions riches. L’Italie péri-phérique, c’est le Mezzogiorno avec certaines franges rurales et de petites communes dans le Nord qui regroupent constamment les mêmes catégories. Ainsi, l’électorat de la Ligue du Nord se compose de petits indépendants mais aussi d’ouvriers et d’employés. Même chose en Suède : l’émergence des populistes suédois a été un choc dans ce pays, considéré comme le modèle absolu. Le vote d’extrême droite est pourtant très fort dans le nord du pays, dans le Sud rural et dans les petites villes désindustrialisées.
Revue des Deux Mondes – Certaines catégories, comme les retraités, qui étaient hostiles aux extrêmes pourraient-elles basculer ?
Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire par des gagnants du système, des retraités et une partie de la fonction publique. Ces deux catégories, qui représentaient le dernier socle de résistance à la tentation populiste, sont celles qu’il a le plus fragilisées économi-quement ! Les retraités ont fait le Brexit au Royaume-Uni parce que les pensions de retraite sont quasi nulles et que l’État-providence s’est effondré depuis les années quatre-vingt. La protection sociale n’existe pas. Quand vous n’avez rien à perdre, vous êtes prêt à faire basculer les choses.
Revue des Deux Mondes – Le statut des retraités en France est différent…
Christophe Guilluy Les retraités ont très longtemps été re la ti-vement protégés. La pension médiane est de 1 100 euros. Il faut mettre un bémol : le retraité de la Côte d’Azur n’est pas celui du fin fond de la Creuse. La hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) fragilisait des catégories modestes. Pour le pouvoir, c’était prendre un risque important. Le système tient grâce à ces catégories-là, surtout dans un pays qui vieillit. La droite grâce aux retraités, et la gauche grâce aux fonctionnaires. Ce sont les dernières catégories issues de la classe moyenne qui sont encore debout. Mais pour combien de temps ? Nous sommes dans un processus que j’appelle de sortie de la classe moyenne. C’est du temps long, cela a commencé avec les ouvriers (la désindustrialisation), puis les paysans, les employés, les petits indépendants, etc. et ce, en touchant à des territoires très différents : les zones industrielles du Nord et de l’Est, certaines zones rurales, puis les villes moyennes, avec la désertification commerciale…
Revue des Deux Mondes – Vous dites que la classe moyenne a dis-paru en tant que classe intégrée économiquement et référente culturellement…
Christophe Guilluy Auparavant, les partis politiques s’adressaient à elle. Ils la représentaient et portaient ses aspirations. Les intellectuels aussi s’adressaient à cette classe moyenne, dans laquelle on trouvait les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, des universitaires… Tout s’est rompu avec le modèle économique mondialisé : il y a désormais deux catégories d’emplois, très qualifiés et précaires, qui se retrouvent dans les grandes métropoles avec la population précaire et immigrée et les catégories supérieures. Ce qui disparaît, c’est la classe moyenne et ses emplois. C’est vrai à Paris comme à New York, à Milan ou à Stockholm. Le modèle mondialisé n’a plus besoin du socle représenté par la classe moyenne. On a une déconnexion entre l’économie et la société. C’est la première fois que cela arrive. Avant, l’économie fai-sait société : elle intégrait. Il y avait une logique vertueuse, avec une intégration politique. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La croissance au XXIe siècle est une croissance sans emploi, et s’il y a croissance de l’emploi, elle va se concentrer toujours dans les mêmes lieux. Elle ne bénéficie pas aux catégories populaires.
Revue des Deux Mondes – N’est-ce pas un peu facile et excessif d’accuser la mondialisation, le néolibéralisme et l’Europe de tous les maux ?
Christophe Guilluy Le débat pour ou contre la mondialisation est stupide, comme le débat pour ou contre le multiculturalisme. Les classes populaires ne sont pas contre la mondialisation, contre l’Europe. Aujourd’hui elles sont contre un modèle qui ne leur a pas été bénéfique, c’est différent.On a besoin des grandes métropoles, qui créent deux tiers du PIB, ce produit intérieur brut qui n’a cessé d’augmenter ces qua-rante-cinquante dernières années. Nous sommes de plus en plus riches. Si le modèle ne fonctionnait pas, on le changerait. La ques-tion est : comment faire société avec une économie qui divise de plus en plus, et qui ne permet pas d’intégrer les autres ? La mondialisation continuera à produire des inégalités, à renforcer les fractures géogra-phiques. Comment compenser ses effets négatifs ? Certains secteurs stratégiques essentiels ne doivent-ils pas être protégés ? On peut ima-giner des modèles mixtes. Il faut être pragmatique. Faire vivre des projets contradictoires, voilà les vertus essentielles de la démocratie. Le modèle actuel n’est plus viable. Ce qui émerge n’est pas le retour de l’ancien monde contre le nouveau – les « gilets jaunes », par leur sociologie, incarnent le nouveau monde. La question fondamentale qui se pose est : comment faire cohabiter tout le monde, soit par exemple, au Royaume-Uni, la City et les brexiters ? Car le Royaume-Uni, c’est bien la City et les brexiters, pas l’une contre les autres. Nous devons impérativement donner du pouvoir aux élus des terri-toires les plus fragilisés. On a fait le contraire avec la réforme territoriale : les pouvoirs se concentrent dans les grandes métropoles, qui sont déjà hégémoniques culturellement et économiquement.
Revue des Deux Mondes – Emmanuel Macron a fait appel aux maires. Sont-ils les bons interlocuteurs ?
Christophe Guilluy Oui, les maires ou les présidents de conseils départementaux. Je ne suis pas un nostalgique du département. Que l’on fasse disparaître les départements dans des espaces où se trouvent les grandes métropoles, comme le département du Rhône ou les départements franciliens, ne me choquerait pas. Je suis dans une logique pragmatique : nous avons des métropoles, profitons-en, supprimons ces départements et donnons à ces métropoles la politique sociale pour qu’elles gèrent elles-mêmes toute la politique de la ville. Cela permettrait de faire baisser la tension chez certains habitants ruraux, persuadés que l’on donne tout aux banlieues. On peut de cette façon imaginer des organisations différentes et souples. En revanche, sur les autres territoires, le département me semble assez pertinent : il favorise la connaissance des élus de leur territoire. Les présidents de conseils départementaux que j’ai rencontrés, qu’ils soient de droite ou de gauche, connaissent parfaitement leur terri-toire. Ils sont très bons, savent quelles sont les entreprises qui fonc-tionnent ou non, quelles sont les zones en difficulté, les populations au chômage, etc. Mais ils n’ont aucun pouvoir, aucune compétence économique. Le département est devenu un guichet social, avec le RSA (revenu de solidarité active) à payer, les dépendances pour les personnes âgées, etc. C’est illogique. Nous avons là des territoires qui doivent penser leur développement de manière souple et décentralisée. Qu’il y ait de l’emploi ou non dans cette France périphérique ne changera absolument rien au niveau du PIB. On gagnerait peut-être 0,1 % de PIB. En revanche, et c’est fondamental, cela fera société : les gens seront économiquement et culturellement intégrés.
Revue des Deux Mondes – Rien ne sera possible sans une recon-naissance culturelle de la classe moyenne, dites-vous. Par quoi cela passe-t-il ?
Christophe Guilluy Il faut penser la question du modèle d’intégra-tion. Les Américains, les Britanniques, les Scandinaves, les Allemands, qui ont tous des modèles différents, ont le même débat. Aucun modèle ne fonctionne. Toutes ces sociétés deviennent multiculturelles ; elles ont toutes fragilisé le socle de la classe moyenne. Vous ne pouvez pas avoir d’intégration et d’assimilation si les classes populaires et moyennes ne sont pas respectées culturellement. Hier, les gens qui arrivaient en France ne se disaient pas « je vais épouser le modèle assimilationniste républicain, celui des Lumières et de la révolution française ». L’intégration et l’assimilation fonctionnaient parce que l’immigré avait envie de ressembler à son voisin ouvrier ou employé dans son quartier. C’est la même chose aux États-Unis. L’American way of life n’était pas unique-ment porté par Hollywood, James Stewart ou New York. Il était porté par l’ouvrier américain. Quand cet ouvrier devient le looser culturel et économique, personne n’a envie de lui ressembler. Le modèle d’assimi-lation ne fonctionne plus. Le modèle, pour certains Français musul-mans, peut alors devenir celui d’un islam politique identitaire.
Revue des Deux Mondes – La question de l’islam politique n’est pas uniquement liée au facteur économique. Ne sous-estimez-vous pas la résurgence identitaire de l’islam au niveau mondial ?
Christophe Guilluy Hier, les valeurs de la République s’incar-naient dans un mode de vie : il était hors de question de porter un voile ou une kippa dans la rue ; ce n’était pas une loi, décidée d’en haut, cela ne se faisait tout simplement pas dans le quartier. Pas besoin de grands discours, ni même de pression sociale. On voulait partager des valeurs, être intégré économiquement, respecté culturellement… C’est fini. À partir des années quatre-vingt, nous avons commencé à basculer à la fois démographiquement et politiquement dans la société multiculturelle.
Revue des Deux Mondes – Au moment où la gauche « renonce au peuple » ?
Christophe Guilluy Oui, le basculement date de 1983 et depuis – et on ne le dit pas assez – les banlieues n’ont jamais participé à aucun mouvement social. Pire, aucun mouvement social n’a émergé des ban-lieues. C’est un fantasme complet. Il y a eu des émeutes, et c’est tout. SOS Racisme était une émanation du Parti socialiste, ce n’était pas quelque chose de spontané. L’intelligentsia a survalorisé la banlieue, la considérant comme un prolétariat de substitution ; elle pensait qu’un mouvement social émergerait, mais rien n’a eu lieu. Les gens ne se reconnaissent pas dans les mouvements sociaux qui sont ceux de la classe moyenne, ceux des catégories dénigrées.Revue des Deux Mondes – Se reconnaissent-ils dans des combats identitaires ?
Christophe Guilluy Oui, car il ne reste plus que cela. Une mani-festation cégétiste du 1er Mai est un truc de « beauf blanc » du point de vue de la banlieue, et non quelque chose censé vous représenter. La gauche en banlieue ne représente rien. Elle gagne les élections avec des taux d’abstention de 80 %. Les classes populaires se moquent é per-dument des représentations politiques et syndicales.Revue des Deux Mondes – Pourquoi Emmanuel Macron est-il détesté à ce point ?

Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire sur une image un peu subversive, il avait compris que le clivage gauche-droite était terminé. Il avait aussi compris que la classe moyenne, telle qu’elle existe aujourd’hui, allait disparaître. Seulement il n’est pas allé au bout ; il aurait dû penser contre lui-même, ne pas enfiler les chaussons du libé-ralisme le plus échevelé et encourager ce qui marche. Le pouvoir et les élites ont oublié les classes moyennes. Il est d’ailleurs frappant de remarquer à quel point le monde de la culture s’est relativement peu engagé en faveur des « gilets jaunes », à son début, avant les violences, alors qu’il fut le premier à se manifester en faveur de mouvements comme « Nuit debout ». Si ce monde ne prend pas au sérieux les catégories qui sont dans la rue aujourd’hui, eh bien les populistes qui jouent jusqu’à présent le jeu de la démocratie ne le joueront plus demain. Les réactions du monde d’en haut à l’égard des « gilets jaunes » m’effraient un peu. C’est la première fois dans l’histoire des mouvements sociaux, sauf erreur, que des intellectuels, des journalistes et des universitaires ont essayé de prou-ver à quel point ces gens finalement ne vivaient pas si mal : ils possédaient un écran plat, un smartphone, etc. Lorsqu’il y a des mouvements de cheminots, des manifestations de la CGT, se demande-t-on si le cheminot possède une grande télévision ou s’il part en vacances sur la Côte d’Azur ? Est-on allé dans le salon des émeutiers de banlieue ? On essaie de faire passer le message : « mais de quoi se plaignent-ils ? » Tout cela reflète quelque chose de plus profond, de manque de légitimation de ce peuple et de mépris de classe. Personne n’aurait osé faire un tel constat lors des émeutes en banlieue ou pendant les grèves de 1995.

Revue des Deux Mondes – La gauche a-t-elle une carte à jouer ?

Christophe Guilluy Le schéma gauche-droite est dépassé. Les individus sont sociaux et identitaires. La droite y voit un révélateur de la droitisation de la société. La gauche, elle, évoque un mouvement social. C’est stupide. Il n’y a pas de droitisation de la société française mais simplement des gens qui dressent un constat sur leur vie : cela va du pouvoir d’achat à l’immigration en passant par le culturel. C’est« notre modèle de société n’est plus viable  lun bloc. La demande est d’abord une demande d’intégration et de respect culturel : « j’existe, je veux continuer à exister ». Tout cela se diffuse aussi dans le champ culturel. Le Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu (2), a dit : « J’ai fait le roman de la France périphérique. »Revue des Deux Mondes – Le mouvement des « gilets jaunes » peut-il déboucher sur un mouvement comme 5 étoiles en Italie ?

Christophe Guilluy Le Mouvement 5 étoiles est plutôt sur la dimension sociale et la Ligue du Nord est plutôt sur la dimension culturelle et identitaire. C’est cette combinaison-là qui est gagnante. Je ne crois absolument pas au grand clash, au grand soir. Je crois au mouvement réel des sociétés, celui du plus grand nombre. La demande majoritaire est simple : un travail, une intégration économique – et non un revenu universel, les gens ne veulent pas la charité. Emmanuel Macron a émergé en six mois environ. Un Beppe Grillo français peut-il émerger dans le même laps de temps ? Tout est possible.

Revue des Deux Mondes – Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

Christophe Guilluy Je crois au soft power des classes populaires. Leurs demandes, parce qu’elles sont majoritaires, parce qu’elles repré-sentent la société elle-même, s’imposeront et fragiliseront intellectuel-lement le monde d’en face. Après le mouvement des « gilets jaunes », il va falloir bouger ou alors ce sera la tentation d’un totalitarisme soft. Soit on croit à la démocratie, soit on n’y croit pas. J’y crois encore. Le monde d’en haut va-t-il parvenir à faire sa révolution culturelle et intellectuelle ? Il ne s’agit pas de se faire hara-kiri, il s’agit de penser un peu contre soi-même. De toute façon, il n’a pas le choix. Le peuple n’a pas disparu.

1. Voir l’entretien avec Renaud Beauchard, « L’actualité de Christopher Lasch », dans ce même numéro, p. 56.

2. Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes sud, 2018.

Voir de plus:

Ce fléau du politiquement correct qui divise la gauche américaine
Laure Mandeville
Le Figaro
17 octobre 2019

En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France).

Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains.

Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer , de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Tocqueville et ses interactions locales entre citoyens, seule garantie d’une démocratie protégée « des errements de l’opinion publique », paraissent bien loin.

Voir encore:

Laure Mandeville: «En persistant à jouer la carte identitaire, les démocrates aident Trump»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – La fin de son mandat approchant, le président américain continue d’alimenter les polémiques. Laure Mandeville, grand reporter pour Le Figaro, analyse sa stratégie et ses chances de remporter à nouveau les élections présidentielles face à un camp démocrate divisé.

Alexandre Devecchio et Louise Darbon
2 août 2019

Laure Mandeville est grand reporter chargée des enquêtes sur l’Europe et les États-Unis au Figaro. Elle est l’auteur de Qui est vraiment Donald Trump? (Éditions des Équateurs, 2016)


FIGAROVOX.- Donald Trump a été très critiqué pour une série de déclarations jugées racistes. Il semble jouer avec la même rhétorique que lors des dernières élections, va-t-on revivre la même campagne qu’en 2016, sans renouveau dans le camp républicain?

Laure MANDEVILLE.- Comme disent les observateurs américains, Trump fera toujours du Trump! Il ne faut donc pas s’attendre à un changement de style, mais cela n’exclut pas les surprises qui font partie de l’arsenal politique du président américain. Depuis son entrée en politique en juin 2015, il n’a pas bougé d’un iota dans son comportement, multipliant les déclarations à l’emporte-pièce, et déclinant les mêmes thèmes dans un style qui a créé un véritable tremblement de terre politique. C’est une sorte d’ouragan fait homme. Armé de son compte Twitter, et désormais fort de la chambre d’écho formidable que lui donne le «pupitre» présidentiel, il scandalise, indigne, choque, se permet presque tout dans la rhétorique, même l’indécence. Comme le soulignait récemment le professeur de science politique de Harvard, Harvey Mansfield lors des Conversations Tocqueville, de ce point de vue, c’est clairement un adepte de Machiavel: tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.

Trump ne changera pas car ce n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple.

Ses adversaires y voient la preuve de son «racisme» envers les minorités de couleur. Donald Trump est-il raciste?

Ses récentes déclarations sont indignes d’un président vis-à-vis d’élues qui sont des citoyennes américaines. Cette inadéquation de la rhétorique hante beaucoup d’observateurs, qui se demandent, non sans raison, quel impact de long terme sur les mœurs politiques aura l’abaissement de la fonction présidentielle, car jusqu’ici, le président se devait d’être un exemple. Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières avec des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique.

Les thèmes de la campagne de 2016 restent extrêmement porteurs auprès de son électorat.

Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses.

Sa popularité est en hausse chez les sympathisants républicains et reste stable dans l’ensemble du pays. Jusqu’à présent, ses multiples provocations ne lui ont rien coûté sur le plan électoral, est-ce parti pour continuer?

Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai.. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur.

Le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif.

Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection.

L’opinion publique n’est cependant pas majoritairement acquise à sa cause: sa présidence n’a-t-elle pas finalement exacerbé les divisions entre les Américains (divisions sur lesquelles ont pu jouer les démocrates)?

La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé?

Il règne un véritable climat de « guerre civile politique  ».

En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême!

Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal.

Trump devra-t-il adopter une stratégie particulière pour élargir sa base électorale?

L’élection se jouera à nouveau à la marge dans les États clé du Midwest, mais aussi en Floride, au Nevada ; dans le Missouri, tous ces États violets, à moitié rouges et à moitié bleus, où la question de la participation et donc de la mobilisation de la base sera clé….Il faudra aussi aller chercher les électeurs au centre, ces fameux indépendants ou ces démocrates reaganiens, qui se définissent comme conservateurs et qui tout en votant souvent démocrate pour des raisons historiques, ne se reconnaissent plus dans le parti démocrate actuel, parti trop à gauche. Dans le cas de Trump, cela veut dire qu’il lui faut persister dans son approche ouvriériste de défense de l’ouvrier américain et de renégociation musclée des conséquences de la globalisation, bref, miser sur son cœur de cible, en présentant l’adversaire comme une armée de radicaux inquiétants.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité de Trump à l’emporter à nouveau en 2020.

Si certains observateurs notent que Trump part avec un désavantage car il va devoir convaincre les électeurs désabusés par ses scandales et sa pusillanimité, il ne faut pas sous-estimer sa capacité à l’emporter à nouveau, qui est très réelle, même si rien ne peut être prédit aujourd’hui, vu l’éloignement de la date. Car il présente aussi des avantages. Il n’a peur de rien, il tient ses promesses (en tout cas certaines!). Il est drôle et il crée sans cesse l’évènement. L’ancienne porte-parole du Pentagone Dana White que j’interviewais récemment, estime qu’ «il sera réélu d’abord parce qu’il est le président sortant, un avantage énorme, deuxièmement parce que l’économie affiche des chiffres excellents, notamment en matière de chômage, mais aussi parce que le pays ne devient pas plus violet, mais plus rouge là où il est rouge, et plus bleu là où il est bleu, ce qui signifie que Trump devrait gagner à nouveau le MidWest». White remarque à juste titre qu’ «il y a une majorité silencieuse dans ces États pivots qui pense que le président Trump se bat pour eux-mêmes quand le combat tourne au pugilat» . Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins!

Une procédure de destitution à l’encontre de Trump a échoué à la chambre des Représentants pourtant contrôlée par les démocrates. Est-ce que cela témoignerait d’une division également présente au sein du camp démocrate? Est-ce que cela pourrait profiter à Trump en pleine campagne pour sa réélection en 2020?

Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle.

En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates ont sanctuarisé Trump.

Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des 4 élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. D’après ce que rapporte l’analyste James Kirchick de la Brookings Institution, la bataille qui se joue en coulisses pour trancher ce désaccord est si féroce qu’un groupe d’élus démocrates modérés aurait fait passer discrètement récemment auprès des journaux américains un sondage révélant la faible popularité de la jeune pasionaria de gauche Alexandra Ocasio Cortez et de ses trois alliées. Cette offensive ne se fait pas au grand jour, car bien des élus ont peur d’être accusés de racisme et ne veulent pas donner d’armes à Trump. Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans.

Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé…Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel…

Voir aussi:

« Aux États-Unis, les écrivains et artistes s’autocensurent par peur du lynchage »
PROPOS RECUEILLIS PAR EUGÉNIE BASTIÉ
Le Figaro
17 octobre 2019

LE FIGARO – Certains critiques ont comparé votre roman au Bûcher des vanités de Tom Wolfe. Que pensez-vous de cette comparaison ?

Seth GREENLAND. – Je suis un grand fan de Tom Wolfe depuis que j’ ai lu Acid Test quand j’avais 17 ans et j’ai beaucoup aimé Le Bûcher des vanités. J’ai lu tous ses romans et je pense, d’ailleurs, que c’est son meilleur. Quelques similitudes existent, bien évidemment, avec Méca-nique de la chute. Un puissant homme blanc américain tue accidentellement un homme noir et les problèmes sur-viennent. Mais, globalement, les similitudes s’arrêtent là. Tom Wolfe, malgré son indéniable talent de conteur, n’est pas un auteur axé sur la psychologie. J’ai écrit un roman psychologique dans lequel le lecteur a constamment accès à l’intériorité du héros, Jay Gladstone, mais également à celle de tous les personnages principaux. Contrairement à Sherman McCoy, obscur trader dans le roman de Wolfe, Jay Gladstone est une personnalité publique vivant à l’ère d’internet. Son malheur est inéluctable-ment lié aux circonstances particulières de son épo-que, celle de la po-pulace de Twitter, des fusillades policières et du politiquement correct. En outre, Gladstone est juif et l’un des thè-mes de mon livre est la relation historique tendue entre Juifs et Afro-Américains aux États-Unis.

Vous décrivez très habilement les mécanismes du politiquement correct. Diriez-vous que le politiquement correct reste une réalité incontestable dans I’Amérique d’aujourd’ hui ?

Le débat national sur le politiquement correct en est venu à définir l’époque dans laquelle nous vivons. Commençons par définir cette expression : le politique-ment correct, dans son sens le plus élémentaire, désigne la sensibilité aux sentiments des autres. La plupart des êtres humains rationnels, à savoir ceux qui ne sont pas des sociopathes, peuvent convenir que pour vivre dans une société pacifique et productive, faire preuve d’une certaine sensibilité aux sentiments des autres est une bonne chose. Examinons, à présent, le contexte historique. Depuis la fondation de l’Amérique et jusqu’à très récemment, les femmes, les homo-sexuels, les Afro-Américains et d’autres groupes marginalisés n’ont pas eu le même accès aux avantages que confère la citoyenneté américaine que les hommes blancs chrétiens. La plupart des Américains se sont mis d’accord au fil des cinquante dernières années pour dire que cela devrait changer et notre société s’est transformée à tel point que nous avons déjà eu un président noir (qu’est-ce qu’il nous manque ! ) , que les couples gays peu-vent se marier et que les portes qui étaient fermées aux femmes sont désormais grandes ouvertes. Ainsi, même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et in-versement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de pé-riode jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français.

Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop semsible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La poli-ce de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche.

Votre personnage principal,

Jay Gladstone, est un milliardaire démocrate juif persuadé d’ être du côté du progrès, mais il est sévèrement critiqué par sa propre fille qui étudie le genre et la race à l’université. La morale de cette histoire est-elle que les libéraux sont dévorés par leurs propres héritiers ? Même si ce n’était pas mon intention lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, la relation entre Jay Gladstone et sa fille Aviva reflète ce qui se joue actuellement au sein du Parti démocrate où l’aile gau

che (Aviva) lutte avec le centre (Jay) pour prendre le contrôle du parti. Pour Aviva et ses amis, Jay est un capitaliste vorace et les idées progressistes qu’il défend sont tout sauf convaincantes. À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump.

Sans entrer dans un débat sur la politique publique, ces désaccords entre gens de gauche arrivent au plus mauvais moment. Défendre les droits des personnes transgenres pour qu’elles puissent utiliser les toilettes qu’elles veulent est certes important, mais cela ne devrait pas faire partie du débat national, en ce moment, si l’objectif est de se débarrasser de Trump.

Votre livre décrit également la chute d ‘un homme incapable de se défendre. Êtes-vous préoccupé par la notion de lynchage médiatique à I’ère des réseaux sociaux ?

Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. Alors, est-ce que cela m’inquiète ? Oui, bien sûr. L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure.

Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature, écrivait Philip Roth dans J’ai épousé un communiste. Êtes-vous d’ accord ? Je suis ravi que vous parliez de Philip Roth. Cela m’offre l’opportunité de vous dire à quel point j’admire son œuvre. Je suis d’accord avec ce qu’il a écrit à pro-pos du communisme et de la littérature. La littérature est un antidote parfait à l’idéologie puisqu’elle exalte l’individu.

Elle nous permet d’accéder à la conscience d’une autre personne dans une plus grande mesure que toute autre forme d’art. Elle favorise l’empathie, ce qui est rare de nos jours, et l’appréciation de la nuance.

Voir également:

De Mickaël Harpon, au pilote de Germanwings, en passant par les tueurs de masse : la crise du sens qui ébranle le monde occidental
Atlantico
13 octobre 2019

Atlantico : On en sait désormais davantage sur le profil de Mikhaël Harpon, le tueur de la Préfecture de Police de Paris. Comme l’a indiqué Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur : « La piste privilégiée est celle d’un individu passant à l’acte au nom d’un « projet personnel ». Les tueurs de ces dernières semaines sont des « loups solitaires » ne faisant partie d’aucune organisation politique les poussant à agir. Faut-il conclure que leurs motivations sont spirituelles ?

Bérénice Levet : Je ne parlerai pas de « loup solitaire », cette expression est sans fondement, Gilles Kepel l’a puissamment établi : quand bien même Mickaël Harpon aurait agi seul, il s’inscrit dans un faisceau de relations, son acte est directement inspiré par les vidéos diffusées par les réseaux islamistes.

On ne saurait qualifier ces tueries de spirituelles. La vie de l’esprit est une chose trop noble pour les en gratifier. Gardons-nous de confondre le prêt-à-penser délivré par le discours islamiste avec le travail de la pensée. La vie de l’esprit est d’abord inquiétude au sens étymologique du terme, c’est-à-dire non repos. Elle suppose la passion d’interroger. Socrate, le premier des philosophes, lui-même se compare un taon. Autant de choses étrangères aux terroristes.

Qu’entendait Laurent Nuñez par la formule « projet personnel » ? Sans doute lui-même l’ignore-t-il ! Permettez-moi à cet égard, une brève parenthèse. La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ».

J’en reviens à votre question. Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre

nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste.

Bertrand Vergely : Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit.

En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste.

L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine.

La spiritualité est ce qu’il y a de plus élevé dans la vie humaine. Résidant dans le fait de pratiquer l’esprit qui est présence et intelligence de la présence, cette expérience est tellement passionnante que l’on pense à tout sauf à aller égorger ses semblables. Quand il y a tuerie cela ne peut jamais venir de la spiritualité mais plutôt de son absence. Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble.

À la base des tueurs n’y a-t-il pas une crise spirituelle ? Et cette crise n’est-elle pas le résultat de la déconstruction des repères traditionnels (famille, religion, patriotisme) qui donnaient un sens à la vie ? 

Bérénice Levet : Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personneavec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman.

Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie.

La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. »

Bertrand Vergely : Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentas mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation .

Pour expliquer les tueries qui ont lieu au États unis certains avancent une crise de la masculinité. Dans les faits tous les terroristes qui sont passés à l’acte sont des hommes. L’explosion de violence à laquelle nous assistons est-elle liée au bouleversement actuel des modèles de virilité ? 

Bérénice Levet : On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires.

Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse.

Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016.

Bertrand Vergely. Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’st pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bine encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté quand il attaque la virilité L’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attenta se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un coteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encire du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont étét arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman.

Pour expliquer son acte le tueur de Halle en Allemagne s’est appuyé sur les jeux vidéo qui utilisent des cibles parmi lesquelles certaines sont qualifiées de « bonus ». Quel rôle joue la montée d’un monde ludique dans les tueries auxquelles nous assistons ? 

Bérénice Levet : La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes.

Bertrand Vergely : Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à halle si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solution s improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante.

Voir de plus:

THE MADNESS OF CROWDS
gender, race and identity
Douglas Murray
Bloomsbury Continuum
Michèle Tribalat
17 septembre 2017, 288 p.

Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté.

Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes.

Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes.

Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants.

LES GAYS

Ce qui a changé l’opinion publique à l’égard des gays est la vision de l’homosexualité comme étant innée (hardware) et non plus comme un choix (software) qu’on pourrait réexaminer. Pourquoi punir quelqu’un pour quelque chose sur lequel il n’a pas de prise ? Même si la plupart des études génétiques n’ont guère été conclusives, l’esprit du temps a opté pour « né comme ça ». À tel point qu’un gay qui ne l’est plus passe pour quelqu’un qui vit dans le mensonge. À vrai dire, personne n’a envie aujourd’hui de risquer sa réputation pour trancher la question, d’autant qu’on a déjà décidé de la réponse.

On parle des LGBT comme d’une communauté religieuse alors que gays et lesbiennes n’ont pas grand-chose en commun, sans parler de la dispute à propos des transsexuels. Les gays se divisent en deux camps : 1) ceux qui se pensent comme les autres, à l’exception de leur préférence sexuelle ; 2) les queers qui veulent être reconnus comme des êtres complètement différents. Ceux qui soutiennent la vision queer ont tendance, écrit Douglas Murray, à laisser croire qu’être gay est un travail à plein temps, ce que les gays n’aiment pas trop. Le désir d’égalité trouve aussi ses limites dans les spécificités du mariage gay dont les partenaires, bien que mariés, ont tendance à se déclarer dans une relation ouverte, tolérant l’infidélité. Égaux, écrit Douglas Murray, mais avec un petit bonus gay. Il est aussi de bon ton aujourd’hui de répondre par l’affirmative, sauf à paraître borné, à la question : « Deux hommes peuvent-ils avoir un bébé ? »

On finit par se demander si être gay c’est être attiré par des personnes de même sexe ou si c’est être partie prenante d’un grand projet politique. En effet, lorsque des gays célèbres prennent position du mauvais côté d’une question, ils se voient répudiés par la « communauté » même s’ils couchent avec des hommes.

Interlude sur les fondements marxistes

« J’y crois parce que c’est absurde », attribué à Tertullien

Dans la nouvelle formule marxiste, c’est le pouvoir patriarcal des mâles blancs qu’il faut abattre. Les Universités ont été le lieu d’élaboration de la nouvelle théorie marxiste qui s’est ensuite répandue dans la société. Pour les héritiers de Michel Foucault, tout dans la vie est politique et tout est à déconstruire, tout particulièrement ce qui, précédemment, semblait à peu près certain. Des textes d’universitaires américains (Peggy McIntosh, Kimberlé Crenshaw), tout particulièrement ceux de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985), ont construit les fondements de ce qui allait devenir la politique des identités. Pour revivifier la cause socialiste, il fallait trouver une nouvelle classe exploitée et les nouveaux mouvements identitaires, tout en poursuivant chacun leur cause sous le parapluie de la lutte socialiste, étaient les bons clients. La rhétorique marxiste pouvait alors reprendre des couleurs et décrire les opposants comme n’agissant que pour les motivations les plus basses.

Les écrits intersectionnalistes dissimulent leurs contradictions dans une prose à peu près illisible mais qui se veut scientifique par la multitude d’écrits de la même eau auxquels ils font référence. C’est pourquoi Butler et les autres écrivent si mal, nous dit Douglas Murray et deviennent incapables de détecter les faux. Douglas Murray raconte la série de canulars acceptés par des revues scientifiques et proposés par l’équipe Peter Boghossian et James Lyndsay, dont un texte mêlant des extraits de Mein Kampf et des pastiches de littérature féministe intitulé « Our Struggle is My Struggle ».  Il n’y a aucune limite aux sottises susceptibles de recevoir un adoubement scientifique, pourvu qu’elles confirment les théories identitaires et qu’elles soient écrites de manière incompréhensible. La réponse des pairs offusqués fut d’essayer de faire expulser Boghossian de sa position universitaire.

LES FEMMES

Steven Pinker avait montré dans Blank Slate, The Modern Denial of Human Nature, publié en 2002, que les effets de la testostérone et des androgènes sur le cerveau ne s’accordaient guère avec la thèse de l’indifférenciation. Depuis Pinker, le délire sur l’absence de différence entre les sexes s’est aggravé. On est prié de se fonder sur les mensonges des sciences sociales sur le sujet plutôt que sur la science ou ce que l’on a sous les yeux.

Hollywood reflète assez bien la confusion ambiante sur le rôle des femmes, entre libertinage et pruderie. Surtout depuis Metoo. Douglas Murray déclare qu’avec un peu d’honnêteté on est obligé de reconnaître qu’il arrive aux femmes, particulièrement les plus célèbres, d’envoyer des messages confus sur le sujet. Comment soutenir, par exemple, que porter des « stick nipples » ou des « camel toe underwears »  sert à se sentir bien et non à « faire saliver » (make him drool !) les hommes ? En fait, cela revient à soutenir qu’une femme peut être aussi sexy et suggestive qu’elle le veut sans être sexualisée. N’est-ce pas une demande excessive faite aux hommes s’interroge Douglas Murray ? Une étude de Bloomberg auprès des plus hauts dirigeants de la finance, qui sont très souvent des hommes (30 entretiens), a montré qu’ils ne voulaient plus diner avec des collègues femmes, s’asseoir à leur côté dans l’avion, avoir une chambre au même étage dans l’hôtel et qu’ils évitaient les rencontres en face-à-face.

On nous répète aussi que les femmes sont pareilles aux hommes mais en même temps meilleures. Ainsi, Christine Lagarde a déclaré en 2018, que le monde aurait pu être différent si la banque Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters !

Le succès de la notion d’intersectionnalité a entraîné le développement de formations et de tests censés détecter nos biais inconscients. Douglas Murray se demande quels pourront bien être les effets de ces expérimentations à large échelle qui cherchent à agir sur les connections dans le cerveau (rewire the brain). La pyramide hiérarchique construite par l’intersectionnalité a fabriqué des groupes structurellement opprimés dont l’intérêt commun serait de déloger celui qui se trouve placé en haut de la pyramide. Comme avec la politique d’affirmative action aux Etats-Unis, la course à la diversité dans les entreprises a favorisé ceux qui, dans leur groupe, l’étaient déjà. La nouvelle hiérarchie intersectionnelle secrète ainsi ses oppresseurs et ses opprimés.

La dernière vague du féminisme, celle des années 2010, semble souffrir du syndrome de Saint Georges à la retraite. Mais, déjà au début des années 1990, Marilyn French avait intitulé son livre The War Against Women. Elle y déclarait que, si les femmes étaient les égales des hommes il y a 3,5 millions d’années, la situation n’avait cessé d’empirer depuis ! À l’exagération et au catastrophisme, s’ajoute la haine des hommes, comme l’indique le succès sur Twitter de hashtags tels que : “Men are trash” et même “Kill All Men”. Cette violence, infiniment plus grande que lorsque les enjeux étaient plus importants, trouve un encouragement dans les commentaires lénifiants qu’elle suscite. D’ailleurs, cette tonalité agressive a terni la réputation du féminisme. Une enquête britannique en 2016 a montré que l’association spontanée la plus fréquente avec le féminisme était « bitchy «  (garce, vacharde). Cependant, une étude menée en 2014-2017 montrait que l’homme attractif, pour les femmes comme pour les gays, était musclé et riche.

Contrairement à la stratégie gay des années 1990 visant à faire de l’homosexualité une question hardware, les féministes ont suivi le chemin inverse, laissant ainsi les femmes démunies face à la transsexualité. Ce revirement nous demande de croire que tout ce que l’on a vu et su jusque-là était un mirage et de transformer nos vies et sociétés en conséquence.

Interlude : L’impact de la technologie

L’atmosphère politique à la Silicon Valley est encore quelques degrés à gauche de celle d’une université d’art libérale, écrit Douglas Murray. Internet nous entraîne à nous placer dans les hiérarchies intersectionnelles. Les entreprises tech investissent dans une “Machine Learning Fairness” afin d’aboutir à une forme d’équité dont aucun humain ne serait capable. Ainsi, une recherche “white men”  sur Google va donner en 1er, David Beckham, en 2ème un mannequin noir et, toutes les cinq images à peu près, un ou deux noirs. De nombreuses images d’hommes blancs sont celles de personnes reconnues coupables de crimes, ce qui sous-entend que les hommes blancs sont mauvais. Mais dans une recherche “black men”, il faut attendre une douzaine de lignes avant de voir un blanc. Plus on s’éloigne des langues européennes – de l’anglais surtout – plus on a de chances de tomber sur le contenu recherché. De même, si on cherche “Asian couple”, on n’aura presque que ce que l’on recherche. On ne s’embarrasse pas de rééduquer les Asiatiques.  On sacrifie ainsi la vérité pour achever un but politique. Résultat : les gens qui se servent de cette technologie obtiennent quelque chose qu’ils n’ont pas demandé, en ligne avec un projet pour lequel ils n’ont pas signé et à la poursuite d’un but qu’ils jugent indésirable.

LA RACE

Même problème avec la race. À un moment où elle aurait pu être mise de côté, elle est devenue à nouveau une question importante. C’est venu, là encore, de l’Université, notamment avec les Whiteness Studies, et s’est étendu à l’ensemble de la société. Ce qui a fait dire à Andrew Sullivan : « maintenant, nous vivons tous sur un campus ».

À force de problématiser la blancheur, on en arrive à des situations où tout est considéré non seulement en termes de race mais aussi dans des termes racistes les plus agressifs possibles. Et c’est dans les lieux les plus irréprochables en matière de racisme que l’on trouve les réclamations et les comportements les plus extrêmes.

Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de l’Université Evergreen, ils peuvent regarder le documentaire en langue française – https://www.europe-israel.org/2019/07/evergreen-une-universite-americaine-bascule-dans-la-pensee-antiraciste-radicale-des-professeurs-demissionnent/ – ou lire ce qu’en disent Greg Lukianoff et Jonathan Haidt (http://www.micheletribalat.fr/440866626).

Qu’on regarde devant ou derrière, c’est toujours à travers les lunettes de la race. C’est ainsi qu’en 2018, le magazine National Geographic a consacré un numéro à s’excuser d’avoir publié un article traitant des Aborigènes d’Australie datant de… 1916 ! Ce qui a fait dire à David Olusago dans The Gardian que l’excuse n’avait que trop tardé ! Pas étonnant, écrit Douglas Murray, que l’on soit aujourd’hui saisi d’une crainte névrotique pour savoir quoi dire.

L’art et la fiction sont devenus les terrains privilégiés de la bataille pour l’exclusivité et l’exclusion raciales. La dénonciation de l’appropriation culturelle vient des Postcolonial Studies. Douglas Murray raconte l’histoire de cette femme qui, à Portland dans l’Oregon, en 2016, avait ouvert un bistro appelé Saffron Colonial (Le safran des colonies). Elle dut débaptiser son restaurant. Dans tous ces épisodes de foules enragées, ce sont ceux qui se déclarent les plus mécontents qui reçoivent le plus d’attention médiatique.

Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Tantôt ce sont les caractéristiques de celui qui parle qui comptent, tantôt c’est ce qu’il dit. Le rappeur Kanye West prit une volée de bois vert de la part de la « communauté » noire lorsqu’il fut reçu par Donald Trump qu’il disait soutenir. Par contre, le New York Times défendit Sarah Jeong qui venait de rejoindre son comité de rédaction, malgré des tweets du genre : « Mec,  c’est un truc de dingue à quel point je prends plaisir à être cruelle avec des hommes blancs et vieux. » On est donc gracié ou condamné en fonction de qui on est et de ceux contre qui on porte les attaques. Une option est de ne rien dire d’important en public, stratégie adoptée par de nombreux politiques.

Dans la marche des femmes à Londres en janvier 2018 se côtoyaient, à côté du cénotaphe en hommage aux jeunes combattants de la 1ère Guerre mondiale, dont beaucoup étaient blancs et n’avaient pas eu le temps de vieillir comme le souligne Douglas Murray, une banderole portée par une jeune femme sur laquelle était écrit “No Country for an Old White Man” et celle d’un travailleur socialiste disant “No to racism” !

Douglas Murray aborde aussi la question des différences raciales de QI, en rappelant le destin de Charles Murray qui, avec Richard Herrnstein (mort peu de temps après la parution de leur livre), avait mis les pieds dans ce champ de mines et publié The Bell Curve en 1994. Expérience qui fera « marcher sur des œufs » les scientifiques qui s’approcheront ensuite de ce sujet. Pour Charles Murray, la rage qui s’est abattue sur lui tient à l’engagement de toutes les institutions sur l’égalité et la diversité qui exige que tout le monde soit pareil “above the neck ”.

Harvard, qui se vante d’éliminer les biais de sélection est confronté à un procès mené par des étudiants asiatiques qui se disent discriminés pour satisfaire des quotas raciaux. Si Harvard l’a pour l’instant emporté en 1ère instance, l’examen de dossiers sur plusieurs années a montré que les Asiatiques étaient mal notés sur les traits de personnalité alors qu’Harvard n’avait pas forcément eu d’entretien avec eux. En fait, si Harvard ne désavantageait pas certains candidats, ses étudiants seraient, de manière disproportionnée, asiatiques ou juifs ashkénazes, écrit Douglas Murray.

Interlude sur l’indulgence, le pardon (Forgiveness)

L’abolition de la barrière entre vie privée et vie publique sur les réseaux sociaux produit des catastrophes sans possibilité de les réparer. Si c’est la foule qui décide de ce que l’on est, nous avons du souci à nous faire. Le pardon est lié à l’oubli. Or il n’y a pas d’oubli sur internet. Nous vivons dans un monde où chacun d’entre nous court le risque de devoir être étiqueté sa vie durant d’après sa plus mauvaise blague. De nouveaux crimes sont inventés sans cesse et nous ne savons pas comment sera vu dans 20 ans ce que nous faisons aujourd’hui. Comment anticiper sur ce que pourraient être les retournements de foule au cours de notre vie ? Aujourd’hui, nos erreurs nous suivent partout et c’est l’instinct de châtiment qui domine à l’égard des gens d’autrefois. Regarder le passé avec indulgence est pourtant la condition pour être traité avec indulgence plus tard, ou tout au moins compris.

LES TRANSSEXUELS

Douglas Murray commence ce chapitre par le récit de la vie tragique d’une jeune fille belge qui avait trois frères – chouchous des parents –, qui a subi de multiples opérations pour devenir un homme et s’est finalement fait euthanasiée pour ne pas vivre dans la peau d’un monstre. Douglas Murray en conclut que la médecine belge a essayé de faire d’une femme un homme et, n’ayant pas réussi, l’a finalement tuée, le tout dans un esprit de compassion.

La question des trans est devenue une sorte de dogme en un temps record. Elle concerne en partie les intersexués qui présentent des organes des deux sexes. Leur cas relevant du hardware, ils ont plutôt attiré la sympathie, mais leur cause n’a pas retenu l’attention parce qu’elle a été captée par celle des trans qui a émergé en même temps. Pourtant, cette dernière est beaucoup plus problématique car on n’a pas trouvé de différences physiologiques entre les trans et ceux qui ne le sont pas. Qu’est-ce qui relève du hardware ou du software ? Ceux qui s’aventurent sur le terrain ont intérêt, eux aussi, à se placer du bon côté, sauf à subir des campagnes de dénigrement féroces. Comme pour les gays, la tendance est à essayer de prouver que les trans sont « nés comme ça » et la cause transsexuelle est devenue la nouvelle frontière à conquérir dans la bataille des droits civiques. Si des réticences subsistent, c’est parce que les connaissances sont incertaines et que les interventions médicales et chirurgicales sont irréversibles. C’est particulièrement vrai pour la dysphorie de genre des enfants dont on a constaté qu’elle a tendance à augmenter dans une école qui a connu des demandes trans.

La question trans rend visibles les contradictions intersectionnelles. Les gays ont admis que les revendications des trans étaient dans le continuum des leurs, alors qu’elles les sapent : les hommes un peu efféminés ne seraient pas gays mais habiteraient un corps qui n’est pas le bon. Revendiquer que la condition trans relève du hardware suppose qu’être une femme est du software ! Ce que des féministes « traditionnelles » ne peuvent admettre. Mais elles se font alors excommunier par la dernière vague féministe qui a grandement bénéficié de ce que les premières ont conquis. C’est ce qui est arrivé à Germaine Greer, notamment pour avoir déclaré qu’une opération ne fait pas d’un trans une femme. D’autant que ces trans piétinent souvent les conquêtes féministes. C’est le cas par exemple lorsque, en 2015, la trans Jane Fae vint sur un plateau de télévision avec son tricot !

La question du changement de genre est un drame pour les parents. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ces derniers sont inquiets de la publicité qui est faite sur les écrans en faveur du changement de sexe. Par exemple, lorsqu’une drag-queen âgée de 9 ans dit dans un spot publicitaire pour la mode LGBT sur Youtube : «  Si vous voulez être une drag-queen et que vos parents ne veulent pas, il vous faut de nouveaux parents ». Ou lorsque l’école change, à l’insu des parents, le pronom avec lequel elle s’adresse à leur enfant en classe. Les extraits de la série documentaire I am Jazz (qui en est à sa cinquième saison), sur la transformation de Jazz Jennings, né garçon en 2000, qui vient d’avoir 18 ans et va se faire opérer, ont été consultés des millions de fois sur Youtube.

Mais il ne faut pas sous-estimer la connivence des professionnels de la médecine. Ainsi le NSH en Angleterre a signé une convention dans laquelle les professionnels s’engagent à ne pas réfréner l’expression de l’identité de genre. Les parents sont souvent démunis face à des professionnels qui leur disent, par exemple, que leur consentement est le 1er pas pour prévenir un suicide de leur enfant. Une des grandes « prêtresses » sur le sujet est Johanna Olson-Kennedy. Elle dirige le centre pour le développement et la santé des jeunes trans à l’hôpital des enfants de Los Angeles, la plus grande clinique de la jeunesse transgenre des Etats-Unis, laquelle participe à une étude, sans groupe de contrôle, sur l’impact des bloqueurs de puberté et des hormones sur les enfants. Des enfants sont devenus éligibles pour ces traitements dès 8 ans. Pour Johanna Olson-Kennedy, c’est un choix comme un autre qu’il faut respecter et qui marche la plupart du temps. Sur la question de l’ablation des seins, elle prétend qu’en cas de regret, « on vous en fera de nouveaux ». Elle a participé, en février 2017, à une conférence inaugurale de l’ONG WPATH (World Professional Association for Transgender Health) intitulée : Sortir du binaire (Outside of the binary). Elle y raconta l’histoire d’une fillette de 8 ans qui s’habillait comme un garçon et était vue comme telle dans une école religieuse pour filles. Lorsqu’elle la reçut avec sa mère, elle demanda à la petite fille si elle était une fille ou un garçon. Ce à quoi la gamine répondit : « une fille à cause de ce corps ». Pour l’aider à se déterminer, elle lui demanda de se prononcer sur une tarte à la framboise qui se trouverait dans un emballage censé ne contenir que des tartes à la cannelle. Était-ce encore une tarte à la framboise ? La gamine, qui a tout de suite compris l’allusion, dit alors à sa mère qui la prit alors dans ses bras : « je pense que je suis un garçon dissimulé dans une fille ». Johanna Olson-Kennedy conclut l’anecdote en disant qu’il était important de donner à cette enfant le langage lui permettant de parler de son genre. Elle-même a opéré la transition vers un homme, a subi une double mastectomie et est consultante pour l’entreprise Endo qui commercialise la testostérone.

De LGBT, c’est la lettre T la plus déstabilisante, écrit Douglas Murray. L’âge à partir duquel on encourage les enfants à subir un traitement n’a cessé de baisser, ce qui s’explique par la rhétorique menaçante et catastrophiste avec laquelle les spécialistes s’adressent aux parents. Une autre tendance inquiétante est celle qui consiste à présenter une question incroyablement difficile comme la plus évidente et la mieux connue.

En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte.

Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie.

Voir encore:

The Madness of Crowds by Douglas Murray — slay the dragon, then stop
A robust critique of progressives fails to explore their impact on populism
The Financial Times
Eric Kaufmann
October 11 2019

“Kill all men” and “cancel white people” are harmless satire, but “America is a colour-blind society” is racist. Gender and race are social constructs, so changing gender is great. Changing your race, however, is a no-no — one of many contradictions in the social justice religion. Get it wrong and you wind up Twitter-mobbed or fired.

Douglas Murray’s new book reports from the front lines of the “culture wars”, the battle to define the core values of western societies. The deepening cultural divide between progressives and conservatives is reshaping politics, displacing the left-right economic cleavage of the past century. But economic interests are easier to reconcile than sacred values: if we fail to make cultural peace, our future looks bleak.

Murray is a prominent British member of the “Intellectual Dark Web” (IDW) of countercultural intellectuals — such as Sam Harris or Jordan Peterson — who openly contest the sacralisation of disadvantaged race, gender and sexual identities. The IDW’s willingness to transgress the speech rules of the progressive twitterati marks them out as heretics who violate the sensibility of academia, Hollywood and parts of the media.

How did our societies become so insane? In The Madness of Crowds, Murray argues that it’s because highly educated people cling to a new religion known variously as “social justice”, “identity politics” or “intersectionality”. Essentially this is the old Marxist faith poured from the class bottle into the race-sex-gender one. Meaning is realised through struggle against those who commit wrongthink.

Identity politics helped reduce prejudice but, having vanquished its foe, began manufacturing phantom enemies. Murray, following the late conservative political theorist Kenneth Minogue, dubs this “St George in retirement” syndrome. Having slain the dragon, he charges off in pursuit of ever-smaller ones and ends by “swinging his sword at thin air, imagining it to contain dragons”.

Murray’s tone, as in his previous book on immigration, The Strange Death of Europe, is often contemplative. As a gay man, he captures the way identity politics flattens the complexity of the homosexual experience. Ignoring the literary tradition of gays as privy to the mysteries each sex holds for the other, it reduces them to moral ciphers, what Bret Easton Ellis terms “The Gay Man as Magical Elf . . . some kind of saintly ET” who symbolises how tolerant we are.

Murray’s analytical frame turns on his distinction between identity as “hardware” or “software”. That is, whether race, sexuality and gender are hard-wired by nature or learned through nurture. Science tells us a great deal about these questions. But faith, not science, guides radical progressivism. Gender is held to be socially constructed, hence the vitriol directed at TERFs (trans-exclusionary radical feminists) such as Germaine Greer, who question the bona fides of trans women. Homosexuality, however, is a genetic characteristic that only a religious fundamentalist would suggest is learned.

The new sensibility tells us when race is, or isn’t, biological. “Whiteness” is a social construct designed to divide the workers and bolster caste privilege. However, Murray notes that when Rachel Dolezal, a white woman, passed herself off as black, she was attacked as an interloper. And when philosopher Rebecca Tuvel asked whether, since transgenderism is possible, transracialism should be, all hell broke loose. Radical progressives penned an open letter and both Tuvel and the journal she published in prostrated themselves before the Twitter authorities. The journal apologised and its editors resigned. As hoax papers by academics Helen Pluckrose, Peter Boghossian and James Lindsay later revealed, “grievance studies” fields like feminism or critical race studies are anchored by holy writ, not logic and evidence.

Murray catalogues the injustice of the progressive mob — reputations trashed, careers ruined — and their illiberal stifling of intellectual freedom. But such concerns can appear distant for some. Murray might therefore have explored how these ideas fuel the polarisation and populism of our time. He hints at these effects, but studies show that hostility to political correctness powered the Trump vote, while Murray’s “tripwires” establishing boundaries of acceptable debate shut down discussion of immigration. This allowed populists to own the issue and flourish. The book could also have drawn on data to establish the parameters of the problem and propose policy solutions.

The “madness” of the title points to the way radical progressivism weaponises norms that allow for civilised societies. Norms are the control mechanism in systems like herds: if a few activist sheep command, everyone follows out of fear. Disrupting the herding taking place in cultural institutions is one of our great challenges. At its heart, the problem is how to moderate cultural egalitarianism, balancing it against competing aims like liberty, reason and community. We accept limits on economic levelling but have yet to reject the misguided idea that all race and gender groups must have equal outcomes.

Murray’s book performs a great service in exposing the excesses of the left-modernist faith. Let’s hope we find a way to slay this dragon. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity, by Douglas Murray, Bloomsbury Continuum, RRP£20, 288 pages Eric Kaufmann is author of ‘Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities’ (Penguin)

Voir aussi:

The Madness of Crowds by Douglas Murray review – a rightwing diatribe
Do racism and sexism really exist, or are they just the creation of angry lefties? The bizarre fantasies of a rightwing provocateur, blind to oppression
William Davies
The Guardian
19 Sep 2019

Being stuck in a culture war is a bit like being a driver stuck in a traffic jam. From within one’s own car, the absurdity and injustice of the situation is abundantly plain. Other drivers can be seen cutting in, changing lanes excessively, and getting worked up. Roadworks appear needlessly restrictive. Why are there so many cars on the road anyway? Horns begin to honk. There is one question that few drivers ever consider: what is my own contribution to this quagmire?

Psychoanalysts refer to the process of “splitting”, where the self is unable to cope with its good and bad qualities simultaneously, and so “splits” the bad ones off and attributes them to other people. The result is an exaggerated sense of one’s own virtue and innocence, but an equally exaggerated sense of the selfishness and corruption of others. We are all guilty of this from time to time, rarely more so than on social media, where the world can appear perfectly split into goodies and baddies. Populism and culture warriors exploit this aspect of human psychology, reinforcing the comforting (but ultimately harmful) feeling that any conflict in the world is their fault not ours.

The left is not averse to playing this game. Why did the financial crisis occur? Because bankers and Blairites are bad, selfish people. Apart from anything else, this makes for woeful social science. But the right plays it more dangerously. Where the left spies moral depravity in centres of wealth and power (which, as we know, can produce antisemitic conspiracy theories), the right sees it among newcomers, intellectuals and the already marginalised. The potential political implications of this don’t need spelling out.

In The Madness of Crowds, Douglas Murray sets out to explain why societies are now so characterised by conflict. “In public and in private, both online and off, people are behaving in ways that are increasingly irrational, feverish, herd-like and simply unpleasant. The daily news cycle is filled with the consequences. Yet while we see the symptoms everywhere, we do not see the causes.”

Few would fail to recognise this as a starting point. MPs and journalists are being harassed and threatened simply for doing their jobs. A university was recently forced out of Hungary by the government. The Home Office is growing increasingly anxious about the threat of far-right extremists cooperating across Europe. But there is not so much as a sniff of these trends in The Madness of Crowds. Instead, Murray organises his material into four themes: “Gay”, “Gender”, “Race” and “Trans”. You can see where this is heading.

Murray’s stock in trade is a tone of genteel civility. He writes gracefully and wittily, in keeping with his demeanour as a clubbable conservative, who simply wishes we could all just muddle through a little better. While never over-egging it, he proffers a kindly Christian gospel of love and forgiveness, which he believes might rid us of the political and cultural toxins that have so polluted our lives. Scratch beneath the surface, though, and his account of recent history is clear: authorised by leftwing academics, minority groups have been concocting conflict and hatred out of thin air, polluting an otherwise harmonious society, for their own gratification.

His narrative is roughly as follows. The decline of ideologies at the end of the 20th century created a vacuum of meaning, which was waiting to be filled. This coincided with the birth of a whole range of critical cultural theories, producing fields of gender studies, race studies and queer studies. Most damagingly of all, for Murray, was the rise of intersectional feminism, which assumes that different types of oppression (especially racial and patriarchal) tend to “intersect” and reinforce one another.

The bitter irony, as far as Murray is concerned, is that these new theories of oppression arose at the precise moment in human history when actual racism, sexism and homophobia had evaporated. “Suddenly – after most of us had hoped it had become a non-issue – everything seemed to have become about race,” he writes. This seems to bug him more than anything else: “Among the many depressing aspects of recent years, the most troubling is the ease with which race has returned as an issue.”

History, therefore, is much as his fellow neoconservative Francis Fukuyama brashly described it in 1989: ended. Or rather, it could have ended, if it weren’t for troublemaking intellectuals and activists. Murray is quick to celebrate past struggles for racial, sexual and gay equality, but he is adamant that they have now been settled. Questions persist regarding the nature of sex, sexuality and innate ability (what belongs to our physical “hardware” and what to our cultural “software”, as he puts it), but these are far better handled by biologists than political thinkers. The problem, as he sees it, is that malicious, fraudulent and resentful forces – emerging from universities – have refused to accept that justice has now been delivered.

The acclaimed gender theorist Judith Butler is held up as a malignant fraud who hides behind the complexity of her prose. The entire venture of social science is deemed corrupted by its insidious fixation on oppression. Murray turns to recent hoax articles that were published in the academic journal Cogent Social Sciences (a prank that he describes as “one of the most beautiful things to happen in recent years”) as evidence that social and cultural theory is all a sham. The reader is assured – falsely – that this is all a vast Marxist project, aimed at sowing dissatisfaction and discord.

Murray presumably knows that Michel Foucault was not a Marxist, but it’s important to his branch of conservatism that this is brushed over. The M word serves as a coded way of tying together the humanities, Marx himself and (with a small leap of imagination) the Gulag. The fact that it is now illegal to teach gender studies in Hungary, as decreed by Viktor Orbán (favourite intellectual: Douglas Murray), poses questions as to where the real threat to liberty is coming from. But you won’t find any discussion of that in The Madness of Crowds.

We learn that the doctrine of intersectionality has now swept the world, even becoming embedded in the search algorithms written in Silicon Valley. Why? Because tech workers “have decided to ‘stick’ it to people” towards whom they “feel angry”. It’s for this reason, apparently, that Google image search throws up a disproportionate number of black faces. Intersectionality is being “force-fed” to people, encouraging them to seek “revenge” on white men, and that is why there is so much conflict.

Murray has no shortage of examples and anecdotes to back this up, many gleaned from the US. But it’s notable that they nearly all operate at the level of discourse, and mostly in the media and social media. It’s not difficult to come up with absurd cases of “social justice warriors” saying stupid and hypocritical things online, especially when the Daily Mail appears to have an entire desk dedicated to unearthing them.

And there are plenty of well-known cases of people being shamed and sacked for things they’ve said, many of which are unfair and sadistic. One critique of this would be that the logic of public relations and credit rating has now infiltrated every corner of our lives, such that we are constantly having to consider the effects of our words on our reputations. Another is that a global “Marxist” conspiracy has duped people into a fantasy of their own oppression. I know which I find more plausible.

Whenever Murray strays too close to any actual oppression (as opposed to the controversies surrounding it), he quickly veers away. His chapter on gender refers to the “‘MeToo’ claims against Harvey Weinstein”, but never to Weinstein or the power structures he built. His chapter on race (the longest in the book) makes no reference to one of the most controversial campaigns in recent US history, Black Lives Matter, presumably because it’s impossible to discuss without acknowledging what prompted it: black men being gunned down by police officers.

Anger is ultimately a mystery to Murray, seeming to emanate spontaneously from his political and ideological foes. He can come up with no better explanation for it than that bad people enjoy it, that “their desire is not to heal but to divide, not to placate but to inflame”. And yet when an author goes to such great lengths to assure you that others are degraded, and that “we” white, male conservatives simply want to live in harmony, you have to wonder whom much of this anger truly belongs to.

Nervous States: How Feeling Took Over the World by William Davies is out in paperback from Vintage. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity is published by Bloomsbury (£20). To order a copy go to guardianbookshop.com or call 0330 333 6846. Free UK p&p over £15, online orders only. Phone orders min p&p of £1.99.

Voir encore:

Goldnadel: «Faux prétexte et stigmatisation imaginaire»

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avocat Gilles-William Goldnadel fustige une victimisation des musulmans qu’il juge imaginaire, née d’un dévoiement de l’antiracisme.

Gilles William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son récent ouvrage, Névroses Médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée, est paru chez Plon.


Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou.

Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.»

Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé.

Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste».

J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée.

Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation».

Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore compris le lien insécable dans l’inconscient collectif entre le destin juif éprouvé et le destin musulman fantasmé, agité depuis des lustres par des intellectuels tels qu’Edwy Plenel, je signale ce dessin qui agite actuellement la toile électronique.

On y voit à droite une mère de famille portant en 1940 sur son manteau l’étoile juive tenant par la main son petit enfant et à gauche une autre maman voilée en 2019 tenant par la main un enfant marqué du croissant, en partance toutes deux vers un destin incertain.

Au-delà de l’obscénité de la comparaison qui rejoint l’obscénité du temps, nul ne m’empêchera de rappeler que les 11 juifs tués parce que juifs depuis 2006 l’ont été tous par des musulmans radicaux.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Voir par ailleurs:

Roads designed by men are killing women – and stop millions from cycling

It will come as little surprise to anyone who cycles that twice as many men as women ride their bikes at least once a week, according to research from Sustrans, the cycling and walking charity. Almost three-quarters of women living in seven major UK cities never cycle for local journeys, the study found. Despite this, over two-thirds said their home town would be a better place if more people pedalled. Some 76% of women who already cycled or wanted to start said segregated lanes would help them to cycle more.

As a woman who cycles, I am often asked why so few others follow suit. Is it because of helmet hair? Or the bottom-amplifying effects of Lycra? There’s no doubt that women generally feel more pressure to look presentable than men. And although I’m rarely troubled by saddle sores, I find the logistics of cycling to work a right pain in the bum: the skanky showers, the outfit changes, the struggle to find somewhere discreet to plug in a hairdryer. And yes, I know that everyone in the Netherlands rides in their ordinary clothes, but I live in Stockport and work in Manchester: would you like to sit next to me unwashed after I’ve ridden 10 miles?

The main reason most women don’t cycle in the UK is because they think it is dangerous. You can tell them until the cows come home that the roads are statistically safe, and that you are more likely to be killed walking than on a bicycle. But when they sit on the top deck of a bus and look down to see a cyclist squashed up against the kerb they feel no compulsion whatsoever to join them. Women do seem to be more vulnerable, perhaps because they are often more reluctant to “own” the lane and so end up in the gutter: 10 out of 13 cyclists killed in London in 2009 were women, and eight of them were killed by left-turning HGVs, according to the campaign group Cycling UK.

Xavier Brice, at Sustrans, believes city planners are to blame. “Fifty-one per cent of the UK population is female, yet most of our cities are failing to design roads and streets for women to cycle,” he says. It cannot help that women remain under-represented among the transport planners and engineers who design our streets. And most council leaders, who decide how to spend the transport budget, are men.

Take Manchester, which has been ruled for more than 20 years by Richard Leese, the council leader. He cycles but was always lukewarm on segregated cycle lanes, say local campaigners. His view, they say, was that smoother tarmac was the answer: if only they could find the cash to fill in all the potholes then more people would saddle up. When new infrastructure was proposed he was against it if it threatened traffic flows.

Recently Leese has changed his tune: a nasty scare after getting his wheel stuck in the tram tracks may or may not have sped up his conversion. He now has an Olympic champion on his case too, after Andy Burnham, Greater Manchester’s mayor, appointed Chris Boardman to be its first cycling and walking commissioner. In his first interview after getting the job last year Boardman told me even he no longer felt safe riding on UK streets. Now we have a developing network of segregated lanes in Greater Manchester, with Boardman due to announce more by the end of the month. I regularly ride along one of them, which goes through the university and hospital districts, and am often struck by how many women I see. On Tuesday I took a Mobike to interview students at Manchester Met and was pleased to see a nurse fly by in her blue uniform, perhaps late for a shift at the infirmary.

Until very recently I took a slightly quicker route home, bombing along main roads. Then I got knocked off by someone who didn’t bother looking before he opened his door. I was unhurt, and will not appear in the cycling safety statistics. But when women tell me cycling is too dangerous I can’t, in good conscience, persuade them otherwise.

Helen Pidd is the Guardian’s North of England editor

Voir de plus:

Meet the “new man”: whatever others say he is.

Mr. Labash is the author of “Fly Fishing With Darth Vader.”

The New York Times

John Wayne, that repository of testosterone — now considered an illicit substance in many states — once played a character who said, “You have to be a man first, before you’re a gentleman.” Who knows what, exactly, he meant by it? It sounded like a fine thing to say, back when men were unabashed “men.” Now, we have #MeToo, and toxic males, and even such a once man-friendly rag as Gentlemen’s Quarterly (i.e., GQ), which has historically celebrated men, seems to be just sick about them, eager to atone for their Y chromosome.

As a subscriber for decades — and as a biological male — I eagerly delved into GQ’s “New Masculinity” issue. I’ve historically read the magazine that “meets millions of modern men where they live” for high-grade long-form journalism, or to settle existential quandaries such as, “What the hell is face serum and do I need to use it?” Still, one generally doesn’t turn to men’s magazine editors with soft hands who fret about conquering “your complex pant-shoe relationship” for instruction on the meaning of manhood. Not to pick on GQ, which, after all, helps us perform vital functions, such as how to “salute the celebrity mustache.”

But after years of #MeToo scandals, which have revealed weirdos and perverts and sex criminals (and that’s just R. Kelly), “toxic masculinity” is now regarded as tautology in some quarters. In more than a few tellings today, just to be a man is to be toxic.

So GQ’s newish editor in chief, Will Welch, is taking a crack at overhauling our benighted gender, presenting an issue in which, as he puts it, “traditional notions of masculinity are being challenged” and “overturned.” In doing so, he holds, we can be more generous, empathetic humans, even to ourselves, since “toxicity simply cannot thrive in the golden presence of genuine self-love.” Tell that to Harvey Weinstein, who allegedly “self-loved” into a potted plant in front of one of his trapped victims.

For those curious to see just how much American masculinity is shifting — at least at Condé Nast headquarters in Manhattan — the trouble starts on the cover, in which the singer Pharrell Williams sports a canary-yellow, high-fashion Moncler sleeping-bag-as-gown, looking like Cinderella going to the Dick’s Sporting Goods ball. From there, “The Glorious Now of Men in Makeup” spread is little surprise, with lacquered-up boy-banders, models and influencers dispensing invaluable beauty pointers, such as Gen Z trans model Casil McArthur, who advises going with “mascara and lip tint. If I want to be extra, I’ll incorporate intense sparkles.”

It’s difficult to envision the guys down at the tackle shop or Tractor Supply going in for sleeping-bag couture and hot makeup tips. But then, they’re the Old Man, the kind of man the new masculinity seeks to leave behind. Maybe they haven’t paraded around female job applicants with open kimono, à la Charlie Rose, or haven’t traumatized female colleagues by subjecting them to pelvic pinball, à la Mark Halperin. But in GQ’s eyes they’re guilty of a more universal sin: They’re still living as men undefined by non-men.

The bulk of GQ’s conversation starter is a package in which “18 powerful voices” have their say on the new masculinity. You’d think this would make for an interesting cross-section of representative men, but there, you’d largely be wrong, since traditional men seem afterthoughts in their own discussion. As the writer Rod Dreher has noted in his own analysis of the GQ spread, scratching out some back-of-the-envelope calculations, of these 18 purportedly definitive figures, there are perhaps four who are heterosexual cis men, about 20 percent (even though 95 percent of all males identify as hetero).

Aside from the views of men like the filmmaker John Waters (“men are the ones who have penis envy”), or Magic Johnson’s son, who has chosen a life “embracing traditionally feminine clothing and cosmetics,” GQ seems primarily interested in soliciting women’s opinions of what being a man means. Imagine Ms. or Jezebel doing the mirror version of this, with men mansplaining what women should be. Then run for your life.

You do get transgender men, like the boxer Thomas Page McBee, celebrating his “newly weaponized body,” which might sound like a threat to women if he hadn’t been originally gender-assigned to womanhood. There’s the rapper Killer Mike, who, along with his wife, Shana Render, is interviewed in one of Atlanta’s iconic strip clubs. But don’t strip clubs demean women? No bother. Killer Mike is otherwise woke enough to pass muster (he is, after all, a Bernie Sanders supporter), and Ms. Render informs that they do dispense investment tips to strippers. “Catering, massage companies, real estate,” Killer Mike adds.

Otherwise, there are a lot of women, all kinds of women. There’s the comedian Hannah Gadsby, who suggests men scale back their confidence, refrain from sharing their opinions, while looking “to traditional feminine traits” and then “incorporating them into your masculinity.” And there’s Al Freeman, whose soft-sculpture work is an effort to examine hypermasculine spaces, “a mirror of the things that I wish would be softer, or more benign, or less threatening somehow.” Think pillow versions of male genitalia or frat-house Jagermeister bottles. “I guess it’s castrating humor, to some degree,” Ms. Freeman says.

In an interview with Gayle King on “CBS This Morning,” Mr. Welch reported that in GQ’s survey of attitudes on masculinity, 97 percent said they felt masculinity was changing, and “30 percent of men said that they were confused by the changes.”

Wonder how that could’ve happened.

As for me, I might be tempted to answer Vox’s Liz Plank, one of GQ’s 18 voices, who recently published a book, “For the Love of Men.” While writing it, she went to Washington Square in Manhattan, thoughtfully asking men, “What’s hard about being a man?”

“Having to listen to people who aren’t men, or who are ashamed of manhood, constantly telling me how to be one,” would be my short answer, after I stopped, dropped and rolled for cover.

But for actual guidance — more sage than anything I read in GQ’s masculinity symposium — I’d turn to Edward Abbey, the ornery liberal who enjoyed baiting those on his own team. By most lights, he was a more reliable environmentalist than he was a feminist. (“The feminists have a legitimate grievance,” he said. “But so does everyone else.”) But Mr. Abbey, a former park ranger, did spend a lot of time observing nature up close, and not just the flora and fauna. Of man/woman relations, he wrote, “It is the difference between men and women, not the sameness, that creates the tension and the delight.”

Why keep fuzzing distinctions that for millenniums have resisted fuzzing? Punish the sex criminals and pelvic pinball wizards. Good riddance to them all. But otherwise, let men and women be men and women, however that appropriately breaks, without laboring so hard to fuse them. Maybe our opposites attracting, which the furtherance of our species has depended on, isn’t a design flaw, but its very essence. And maybe the wokerati ought to take their own most oft-repeated cliché to heart: Our diversity is our strength.

Matt Labash was a national correspondent at The Weekly Standard.

Voir enfin:

Pour en finir avec l’ “illusion biographique”
Nathalie Heinich
L’Homme, 195-196
2010

C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui.

« L’illusion biographique » : c’était aussi le titre du court article que Bourdieu publia dans ce même numéro (Bourdieu 1986), seul texte théorique au milieu de contributions variées portant aussi bien sur les témoignages de rescapés des camps que sur la confession, les fils de pasteur, la vie d’un artisan, la trajectoire d’un ouvrier, l’itinéraire d’un drogué… Pourquoi ne pas l’avoir placé plutôt en tête, ou en conclusion, comme la logique l’aurait voulu ? Sans doute pour atténuer l’effet d’auto-contradiction que ne pouvait manquer de produire cette disqualification, par le directeur d’une revue, de l’objet même des contributions rassemblées par lui ? Peut-être aussi par un reste de scrupule envers ses auteurs ? Je ne vois pas aujourd’hui d’autre explication à ce choix éditorial pour le moins étrange.

Quant aux raisons, sur le fond, de cette démolition qui apparaît comme un règlement de compte, je n’en trouve pas d’autre que celle-ci : à la même époque se tenait à l’Ihtp (l’Institut d’histoire du temps présent, dont Pollak était membre) une table ronde sur l’histoire orale, dont les actes paraîtront un an plus tard dans la revue de l’institut, avec une introduction de son directeur, Jean-Pierre Rioux (1987), et un long article liminaire de Pollak (1987) ; elle faisait suite à une première table ronde sur le même sujet organisée six ans auparavant. Ce début des années 1980 avait été marqué dans nos disciplines par l’arrivée de la « micro-histoire » (cf. notamment Ginzburg & Poni 1981), l’intérêt pour les « histoires de vie » et, plus généralement, l’appui sur le matériau biographique et autobiographique. Bourdieu prenait donc, d’une certaine façon, le train en marche en consacrant un numéro de sa revue à ce thème (sans oublier que Sartre, dont il ne cessa pas de se démarquer tout en le « marquant » – comme on dit au football –, Sartre, donc, en avait fait figure de locomotive avec son essai sur Flaubert). Sans doute n’en fallait-il pas plus pour l’inciter à minimiser d’une main ce qui ne l’avait pas attendu pour exister, en même temps que de l’autre il affirmait sa présence dans un domaine devenu porteur. Peut-être ce jeu de positionnements stratégiques dans le milieu intellectuel n’était-il pas la seule raison de cette suspicion affichée envers la biographie ; en tout cas, c’est une raison cohérente avec ce qu’on connaît de lui par ailleurs2.

Mais les marquages de territoire ne sont pas tout : encore faut-il des arguments pour prendre position. Que pouvait donc reprocher Bourdieu à la biographie ? Deux choses, essentiellement – le premier argument étant longuement développé, le second à peine esquissé.

La biographie à l’épreuve du soupçon

Le sujet se prêtait admirablement à la sociologie du soupçon, jamais mieux à son aise qu’avec tout ce qui peut entrer dans la vaste orbite de la « construction sociale ». Bien naïf en effet, argumentait Bourdieu dans son article, celui qui ne verrait pas ce qui, dans le récit de vie, relève « en fait » : du mensonge ou, du moins, de la dissimulation et de la déformation, opposées à la transparence du discours (« se faire l’idéologue de sa propre vie en sélectionnant… » [1986 : 69]) ; de l’illusion propre à toute entreprise narrative, opposée à la pureté de l’expérience vécue (« illusion rhétorique » [ibid. : 70]) ; de l’artificialisme, opposé à la réalité brute des faits (« création artificielle de sens » [ibid. : 69], « cette sorte d’artefact socialement irréprochable qu’est “l’histoire de vie” » [ibid. : 71]) ; de la convention et de l’officialité, opposées à l’authenticité (« convention rhétorique », « présentation officielle de soi » [ibid. : 70]) ; de l’instabilité stratégique, opposée à la stabilité du monde tel qu’il est (« le récit de vie variera, tant dans sa forme que dans son contenu, selon la qualité sociale » [ibid. : 71]) ; du marché, forcément corrupteur, opposé à l’état de nature (« selon la qualité sociale du marché sur lequel il sera offert » [ibid.]) ; de la contrainte, opposée à la libre expression (« un surcroît de contraintes et de censures spécifiques » [ibid.]) ; de la manipulation, opposée au libre choix individuel (« manipuler » [ibid.]).

Mais bien naïf aussi – et c’est la dernière phrase de l’article, qui tempère quelque peu cet argumentaire foncièrement rousseauiste – celui qui ne verrait pas, dans l’entreprise biographique, tout ce qui ressortit à l’illusion individualiste, simple support du « narcissisme », opposée à la vérité du « social » : « l’individu […] vers lequel nous porte irrésistiblement une pulsion narcissique socialement renforcée, est aussi la plus réelle, en apparence, des réalités » (ibid. : 72). Bref, toute entreprise biographique est forcément suspecte, au plus haut point, tant en ce qui provient du biographié lui-même que de la « complicité naturelle du biographe » (ibid. : 69).

Ci-gît, donc, la biographie…

L’identité à l’épreuve de l’habitus

Après ce facile jeu de massacre constructiviste appliqué à l’illusion d’une « identité » objective3 (exercice devenu banal et qui serait sans doute accessible aujourd’hui à n’importe quel étudiant en sociologie), arrive un second argument :

« Essayer de comprendre une vie comme une série unique et à soi suffisante d’événements successifs sans autre lien que l’association à un “sujet” dont la constance n’est sans doute que celle d’un nom propre, est à peu près aussi absurde que d’essayer de rendre compte d’un trajet dans le métro sans prendre en compte la structure du réseau, c’est-à-dire la matrice des relations objectives entre les différentes stations »(ibid. : 71).

Jean-Claude Passeron a montré, dans un article un peu postérieur, que le principal problème posé aux sciences sociales par l’approche biographique relève moins du matériau (comme le suggère l’argument constructiviste longuement décliné par Bourdieu) que de la méthode appliquée à ce matériau4. En l’occurrence, le problème de méthode que pointe Bourdieu dans ce second argument renvoie à l’opposition classique entre le point de vue individuel et le point de vue collectif, entre le niveau micro et le niveau macro : opposition que la question biographique permet de retraduire sous une autre forme, celle de l’opposition entre, d’une part, la temporalité (accessible à la perception individuelle des profanes) et, de l’autre, les structures (qui n’apparaissent que grâce à la prise en compte de la dimension collective par le travail des sciences sociales)5. Ainsi l’entrée par la biographie – forcément narrative – apparaît-elle comme un crime de lèse-habitus – incorporé et structuré.

Ajoutons une dernière hypothèse quant aux motifs non plus seulement stratégiques ni même théoriques mais, peut-être, infra-conscients, de cette distance prise à l’égard de l’approche biographique et, plus précisément, autobiographique : c’est qu’elle requiert à la fois la collaboration active du sujet (et non plus sa soumission passive à l’interprétation du sociologue), la confiance dans le langage comme conducteur de sens, y compris dans ses non-dits ou ses errances (et non plus sa disqualification comme écran à traverser pour atteindre la vérité), et le recours à la mémoire, avec et malgré ses manques (et non plus l’observation du présent ou la prévision des conduites à venir). Elle est proche en cela de la cure analytique6 : propriété qui n’avait rien pour lui attirer la sympathie de Bourdieu, pris dans une lutte hégémonique de la sociologie avec non seulement la philosophie, dont il venait, mais aussi avec la psychanalyse dont, à l’évidence, il ne voulait pas.

Il se peut que sur le moment cette double attaque, constructiviste et structuraliste, contre l’approche biographique ait pu faire impression. À l’usage, toutefois, elle échoue devant l’intérêt des travaux issus de ce type de matériau (dont ceux de Pollak lui-même), et qui ne cessent d’en prouver par l’exemple la richesse et la productivité. Reste qu’il peut être intéressant de comprendre en quoi cette tentative de disqualification n’atteint pas son objet : en d’autres termes, en quoi Bourdieu s’est enferré ici dans l’« illusion d’une illusion ».

À naïf, naïf et demi : l’illusion naturaliste

La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent.

C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales.

À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit.

Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative.

À naïf, naïf et demi : l’illusion explicative

« Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ?

L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre

Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne7. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris.

Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même.

Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ?

La confusion des genres

C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu.

« Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée.

Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. Avec, en toile de fond, ce constat originel, accablant : leur existence même est fonction de la capacité des narrateurs à avoir survécu à l’expérience qui en fait la substance. Car, en matière concentrationnaire, un témoin, avant d’être quelqu’un qui a décidé de témoigner, est quelqu’un qui en est revenu. Codicille : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui est revenu avec, non seulement, la possibilité physique de s’exprimer, mais aussi avec sa possibilité morale ; quelqu’un donc dont l’identité n’a pas été détruite au point de ne plus pouvoir s’autoriser à parler. Et enfin : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui a trouvé une écoute ou, au moins, la promesse, l’espoir qu’il y aurait un jour une écoute.

C’est cela « la gestion de l’indicible », selon le beau titre de l’article de Pollak (1986b). Et ce sont ces trois conditions – la condition de la survie, la condition du maintien de l’identité, la condition de l’écoute – qui ont fait l’objet conjoint de son travail sur ces récits, sans que jamais ces trois dimensions ne soient déconnectées les unes des autres. D’où l’attention scrupuleuse qu’il porte à la forme et aux conditions du témoignage, à la différenciation entre dépositions juridiques, témoignages historiques, autobiographies et romans, ainsi qu’à l’examen attentif des formes rhétoriques – usage des pronoms personnels, temps grammaticaux, organisation plus ou moins chronologique ou thématique de la narration. Tout cela a du sens, car ces choix génériques et formels sont étroitement liés – comme le montrera finalement ce travail – et au contexte de production du récit, et aux conditions de l’expérience elle-même (cf. Heinich 2005).

C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe.

L’impératif de cohérence

S’il avait eu cela en tête, sans doute Bourdieu se serait-il aussi abstenu – et je finirai sur ce point – de fustiger l’effort de cohérence du récit biographique, en réduisant la visée de « consistance et de constance » à une simple « prétention » (« prétendent à s’organiser en séquences ordonnées selon des relations intelligibles ») : pour lui, établir « des connexions propres à donner cohérence », ce n’est rien d’autre que ce qui se fabrique avec la « complicité naturelle du biographe » (1986 : 69) ; et « traiter la vie comme une histoire, c’est-à-dire comme le récit cohérent d’une séquence signifiante et orientée d’événements », c’est l’« illusion rhétorique », ou encore la « convention rhétorique », forcément « arbitraire », du roman « comme histoire cohérente et totalisante » (ibid. : 70).

Michael Pollak, lui, s’est bien gardé de faire du souci de cohérence une illusion propre à berner le naïf. Au contraire, il a su y voir ce qu’il est : une valeur, c’est-à-dire une visée partagée. Mais, dans la sociologie de Bourdieu, les valeurs ne peuvent être qu’illusions naïves ou cyniques dissimulations d’intérêts. Comment aurait-il pu dans ces conditions prendre au sérieux l’impératif de cohérence, cette valeur fondamentale que tout un chacun vise tant bien que mal à réaliser ? Et qui ne peut se réaliser qu’avec l’aide des institutions (oui, ces repaires de la « convention », de l’« artificialité », de la « contrainte »), au premier rang desquelles cette « institution du sens » par excellence qu’est le langage (cf. Descombes 1996) ?

« L’histoire orale », écrivait ainsi Pollak, « rejoint ici les préoccupations des nouvelles théories de la communication qui ne considèrent plus comme évidentes la cohérence et la continuité de la réalité, mais qui posent plutôt la question : comment le monde social s’y prend-il pour se doter de cohérence et de continuité ? » (1987 : 17). Or, la réponse à cette question réside pour une bonne part, précisément, dans l’activité narrative, qu’elle soit fictionnelle ou documentaire, collective ou individuelle, profane ou savante :

« Une telle pratique ouverte de la recherche historique, en montrant à quel point il a toujours été difficile dans la réalité sociale de créer de la continuité et de la cohérence, nous rappellerait que celle-ci, loin de constituer un équilibre stable que l’historiographie peut se contenter de décrire, représente un précaire équilibre de forces qui résulte d’un travail permanent de négociation et de compromis auquel la production historique elle-même n’est pas étrangère, tant dans sa constitution que dans son utilisation »(Pollak 1986a : 26).

C’est sur ce constat à la fois riche d’ouvertures épistémiques et plein d’humanité que se clôt l’article de Pollak, rendant finalement leur place, dans un nouage serré, au point de vue individuel, à la dimension institutionnelle et au regard du chercheur :

« Cette recherche sur une expérience-limite rappelle aussi combien est difficile le maintien de la continuité et de la cohérence, tant pour un individu que pour un groupe […]. Ainsi, en rendant compte de troubles identitaires fondamentaux et de leur possible maîtrise, l’analyse de l’expérience concentrationnaire atteste à quel point […] les individus, en tant qu’ils sont le produit d’une construction sociale, sont également une construction d’eux-mêmes »(Ibid. : 29).

On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique.

Bibliographie

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Bourdieu, Pierre, 1986 « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 69-72.
DOI : 10.3406/arss.1986.2317

Descombes, Vincent, 1996 Les Institutions du sens. Paris, Minuit (« Critique »).

Ginzburg, Carlo & Carlo Poni, 1981 « La micro-histoire », Le Débat 17 : 133-136.
DOI : 10.3917/deba.017.0133

Heinich, Nathalie, 2005 « Les limites de la fiction », L’Homme 175-176 : Vérités de la fiction : 57-76.
—, 2007a « Hommage à Michael Pollak », in Comptes rendus à Walter Benjamin, Pierre Bourdieu, Norbert Elias, Erving Goffman, Françoise Héritier, Bruno Latour, Erwin Panofsky, Michael Pollak. Paris, Les Impressions nouvelles (« Réflexions faites »).
—, 2007b Pourquoi Bourdieu. Paris, Gallimard (« Le débat »).
—, 2008 « Régime vocationnel et pluriactivité chez les écrivains : une perspective compréhensive et ses incompréhensions », Socio-logos 3.
[http://socio-logos.revues.org/1793]
DOI : 10.4000/lhomme.29504

Israël, Liora & Danièle Voldman, eds, 2008 Michael Pollak. De l’identité blessée à une sociologie des possibles. Paris, Complexe (« Histoire du temps présent »)

Jackson, John E., 1988 « Mythes du sujet : à propos de l’autobiographie et de la cure analytique », in Michel Neyraut et al., eds, L’Autobiographie : 6e rencontres psychanalytiques d’Aix-en-Provence. Paris, Les Belles Lettres (« Confluents psychanalytiques »).

Passeron, Jean-Claude, 1990 « Biographies, flux, itinéraires, trajectoires », Revue française de sociologie 31 (1) : 3-22.
DOI : 10.2307/3321486

Pollak, Michael, 1986a « Le témoignage (avec Nathalie Heinich) », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 3-29.
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—, 1990 L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale. Paris, Métailié.

Rioux, Jean-Pierre, 1987 « Six ans après », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 1-11.

Veyne, Paul, 1982 Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante. Paris, Le Seuil (« Des travaux »).

Notes

1 L’ensemble de ce travail a été publié dans Pollak (1990) ; sur la place de cette recherche dans son œuvre, cf. Israël & Voldman (2008) ; sur les circonstances dans lesquelles elle a été menée, cf. Heinich (2007a).

2 Sur quelques stratégies analogues de « double discours », cf. Heinich (2007b).

3 Notons que Bourdieu aurait pu citer là Ricœur, dont les trois volumes de Temps et Récit venaient de paraître au Seuil en 1983, 1984 et 1985.

4 « On voit que l’hésitation porte sur les choix de traitement et non de matériau : le matériau biographique est du matériau historique comme un autre et souvent plus complet qu’un autre, en tout cas toujours organisé autrement ; la question est de savoir qu’en faire » (Passeron 1990 : 10).

5 C’est ce que met en évidence Passeron (in ibid.).

6 « La cure analytique et l’autobiographie se rejoignent encore, dans la visée qu’un je y poursuit de son unité, par leur élection commune du champ dans lequel elles choisissent de se déployer ainsi que du mode sur lequel ce champ se découvre : le langage et la remémoration » (Jackson 1988 : 139).

7 Pour un exemple récent, je me permets de renvoyer à Heinich (2008).

Pour citer ce document

Référence papier

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme, 195-196 | 2010, 421-430.

Référence électronique

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme [En ligne], 195-196 | 2010, mis en ligne le 04 novembre 2012, consulté le 24 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/lhomme/22560 ; DOI : 10.4000/lhomme.22560

Cet article est cité par

  • (2017) Juifs d’Europe. DOI: 10.4000/books.pufr.16170
  • André, Bernard. (2013) Évaluer la formation pratique des enseignants : enjeux, défis et propositions. Revue française de pédagogie. DOI: 10.4000/rfp.4208
  • Maitilasso, Annalisa. (2014) « Raconte-moi ta migration ». Cahiers d’études africaines. DOI: 10.4000/etudesafricaines.17655
  • Eczet, Jean-Baptiste. Cometti, Geremia. (2017) Est-il possible de faire le portrait d’un migrant ?. Terrain. DOI: 10.4000/terrain.16129

Auteur

Nathalie Heinich

Centre national de la recherche scientifiqueLaboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture (Lahic), Charenton-le-Pont

Du même auteur

Voir par ailleurs:

Pierre Manent : « Les droits individuels règnent sans partage jusqu’à faire périr l’idée du bien commun »

BONNES FEUILLES – Le Figaro publie en exclusivité de larges extraits du remarquable nouveau livre du philosophe Pierre Manent, La Loi naturelle et les droits de l’homme, qui fera date.

Pierre Manent

Disciple de Raymond Aron, dont il fut l’assistant au Collège de France, directeur d’études honoraire à l’École des hautes études en sciences sociales, Pierre Manent occupe une place éminente dans le paysage intellectuel français. Il a œuvré pour remettre à l’honneur les grands penseurs libéraux du XIXe siècle puis s’est consacré à l’étude des formes politiques – la tribu, la cité, l’empire, la nation – et à l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de l’Occident. Plusieurs de ses ouvrages sont des classiques.

Pierre Manent, « La Loi naturelle et les droits de l'homme», PUF, en librairie le 14 mars.
Pierre Manent, « La Loi naturelle et les droits de l’homme», PUF, en librairie le 14 mars. Puf

La doctrine des droits de l’homme, seul principe de légitimité encore accepté dans les pays européens, ôte toute boussole à la vie sociale et à l’art du gouvernement. Telle est la thèse que défend le philosophe Pierre Manent dans son ouvrage. «L’institution n’est plus protégée ni réglée par une loi opposable à l’individu ; celui-ci jouit en revanche d’un droit inconditionnel opposable à l’institution», s’inquiète l’auteur.

Extraits choisis et présentés par Guillaume Perrault.

«Qui suis-je pour juger?»

Quand nous regardons «ailleurs», en direction des «cultures» ou des «civilisations» extérieures à notre aire ou «exotiques» au sens propre du terme, celles qui ont fourni sa matière infiniment diverse à l’ingéniosité des ethnologues et qui continuent d’exciter la curiosité des touristes, nous nous faisons un devoir et un mérite de ne pas les juger, nous nous flattons de ne pas être choqués par les conduites parfois fort choquantes qu’on y observe, et qui trouvent selon nous, ou selon la philosophie qui nous guide, un sens raisonnable, ou acceptable, en tout cas innocent, dans cet ensemble organisé et cohérent qu’est la «culture» considérée. En revanche, quand il s’agit du domaine où nous agissons, où nous sommes citoyens, nous ne laissons pas une pierre à sa place, notre zèle réformateur est infatigable, et implacable la sévérité du jugement que nous portons sur nos arrangements sociaux et moraux qui ont toujours à nos yeux quelque chose d’irrationnel, d’inadmissible et de vicieux. «Ailleurs», nous rougirions d’oser prétendre changer quoi que ce soit à «leurs mœurs» ; «ici», la réprobation de l’opinion gouvernante, celle qui légifère, s’adresse à ceux qui voudraient conserver quelque chose de «nos mœurs». (…) Cette division de l’esprit caractérise la posture progressiste dans laquelle nous nous sommes installés lorsque l’empire occidental a commencé à refluer.

Elle continue de dominer l’esprit public même si elle suscite un malaise croissant depuis que les «gens d’ailleurs» sont arrivés «ici» en grand nombre et que «leurs mœurs» sont installées dans le lieu où nous agissons au lieu de caractériser seulement celui que nous regardons ou visitons. (…) D’une part, nous posons que les droits humains sont un principe rigoureusement universel, valant pour tous les êtres humains sans exception ; d’autre part, nous posons que toutes les «cultures», toutes les formes de vie, sont égales, et que toute appréciation qui tendrait à les juger au sens plein du terme, qui ainsi envisagerait au moins la possibilité de les hiérarchiser avec justice, serait discriminatoire, donc que tout jugement proprement dit serait attentatoire à l’égalité des êtres humains. (…) Non seulement ce critère n’est pleinement applicable que «chez nous», mais il ne s’applique effectivement qu’à «nous», c’est-à-dire aux citoyens qui ne viennent pas d’«ailleurs». Un éminent sociologue, spécialiste reconnu de l’islam, réprouve les chrétiens qui font publiquement des réserves sur les «droits LGBT» car ils se mettent ainsi en contradiction avec les «valeurs communes européennes», mais il déclare «compatible avec nos sociétés modernes» l’islam «pas forcément libéral» des «nouvelles élites musulmanes».

Ainsi Olivier Roy réprouve-t-il explicitement chez les chrétiens ce qu’il s’abstient de juger chez les musulmans (…) L’autorité devenue exclusive des droits de l’homme simultanément excite et entrave notre faculté de juger.(…) Pris en tenailles entre d’une part la diversité sans règle des cultures, d’autre part la liberté sans loi des droits humains, nous n’avons plus de point d’appui fiable pour exercer le jugement pratique.

«Rien n’est naturel, tout est culturel»

Les règles publiques comme les conduites privées sont tenues de reconnaître et de faire apparaître qu’aucun de ces caractères (le sexe, l’âge, les formes de vie) ne résulte d’une détermination naturelle ni ne peut se prévaloir de l’autorité de la nature. Cette recomposition du monde humain est présentée comme la concrétisation des droits humains compris dans leurs dernières conséquences, et bien sûr comme l’accomplissement ultime de la liberté puisque chacun est désormais autorisé et encouragé à composer librement le bouquet de caractères constituant l’humanité qu’il s’est choisie (…) toute nouvelle «forme de l’homme» qui prétendrait tourner vers elle les aspirations humaines, à supposer qu’elle ait pu être produite, serait immédiatement soumise à la déconstruction (…) au nom des droits humains.

La loi chargée de nier la loi

L’État moderne entend régler un monde humain qui se croit ou se veut sans loi ni règle. À cette entreprise sans espoir sinon sans conséquence, nous avons donné l’apparence avantageuse d’une heureuse redéfinition de la loi, celle-ci consistant désormais non à fixer les meilleures règles ou le meilleur régime, mais à protéger, garantir et promouvoir les droits constitutifs de la liberté naturelle. La loi désormais se propose de donner aux sociétaires les seuls commandements qui leur sont nécessaires pour mener une vie sans loi. Tout ce qui irait au-delà, qui aurait un contenu positif, qui viserait un bien défini, une forme de vie jugée bonne, violerait en quelque façon les droits humains, nous ramenant dans le monde ancien du commandement et de l’obéissance. (….) Nous avons chargé la loi politique d’être autre chose et finalement le contraire d’une loi ; nous avons chargé la loi politique d’agir contre son essence de loi, une essence pourtant dont elle ne peut se défaire.

«J’y ai droit»

(À partir du «moment 68») toutes les grandes institutions successivement, d’abord l’Église catholique, puis l’Université, enfin la Nation, eurent à affronter une contestation radicale de leur légitimité propre et de leur sens intérieur. Ce n’était pas seulement que leurs membres manifestèrent un désir de plus en plus vif d’en relâcher et éventuellement d’en supprimer les règles. Le mouvement vint aussi de l’extérieur, ou plutôt il visait à effacer la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’Église et le «monde», entre l’université et la société, entre la nation et l’humanité. La souveraineté illimitée des droits individuels devint l’argument sans réplique de quiconque voulait s’en prévaloir contre les règles et le sens de l’institution quelle qu’elle soit. C’est ainsi que le législateur et le juge français, en rejetant le principe de la sélection à l’entrée de l’université, tendirent à priver de son sens et de sa substance ce qui est sans doute l’institution la plus utile et la plus juste, ou la plus noble, qu’ait produite ou refondée la politique moderne.

C’est ainsi qu’au nom du principe des droits humains, on veut interdire aux nations de prendre les lois qu’elles jugeraient éventuellement utiles ou nécessaires pour préserver ou encourager la vie et l’éducation communes qui donnent à chacune sa physionomie et sa raison d’être. Ce n’est plus aux cités de déterminer qui sera citoyen et à quelles conditions, puisque chacun désormais est supposé avoir le droit de devenir citoyen de la cité qu’il choisit. Quelle que soit l’institution, pourrait-on dire, tout individu a le droit inconditionnel d’en devenir membre – inconditionnel, c’est-à-dire sans avoir à se soumettre aux règles spécifiques – à la «loi» – qui règle la vie de cette institution, ou en ne s’y soumettant que de la manière la plus approximative et pour ainsi dire la plus dédaigneuse. Qu’il s’agisse de la nation, de la famille ou de l’université, l’institution ne saurait légitimement opposer sa règle à l’individu qui invoque son désir ou son droit, les deux tendant à se confondre désormais (…) ce «droit» est compris d’une manière de plus en plus extensive, en vérité d’une manière proprement illimitée: non seulement comme le droit de «tout avoir» mais, de manière plus troublante encore, comme le droit d’être tout ce que nous sommes ou voulons être.

«Respectez ma sensibilité»

Lorsque les droits sont parvenus au terme de leur extension, lorsqu’ils ont installé leur légitimité exclusive en s’opposant victorieusement à toute règle collective, lorsque la loi, esclave des droits, n’a pour ainsi dire plus de «matière pratique» à régler, elle vient chercher chacun dans sa souffrance ou jouissance subjective – c’est politiquement la même chose car dans les deux cas l’individu est convoqué dans sa passivité – et elle porte ce je souffrant ou jouissant à la lumière publique, commandant à tous de reconnaître cette souffrance ou jouissance – de la «reconnaître», c’est-à-dire de lui accorder une valeur opposable à quelque loi ou règle que ce soit. (…) L’être humain cesse d’être un animal politique, définition, nous l’avons vu, qui abrite un essaim de questions éminemment pratiques, dont la plus pénétrante s’enquiert du meilleur régime de la cité, ou de l’ordre politique juste.

La loi des droits n’a pas de place pour ces questions. (…) Le droit déclaré et garanti par la loi nouvelle ne concerne pas la «part» ou la «contribution» de chacun à la chose commune, mais le rapport à soi de chacun, divorcé de toute participation à la vie commune, ou même dépourvu de toute signification pour la vie commune. (…) Cette séparation de l’intime ou du privé, et du commun ou du public, est mise à mal lorsque le rapport à soi, sous ses différentes modalités, est installé dans la lumière publique, lorsqu’on le force pour ainsi dire à occuper l’espace public. Dès lors en effet, celui-ci est de moins en moins accueillant ou disponible pour l’action et l’institution qui, en tant que telles, sont indifférentes au «sentiment de soi» des sujets. L’action et l’institution ne trouvent plus guère d’appui dans une atmosphère sociale saturée par la revendication subjective de ceux qui réclament la reconnaissance non de ce qu’ils font mais de ce qu’ils sont. Au lieu que l’énergie sociale soit dépensée principalement pour «sortir de soi», pour entrer dans des activités partagées et participer à la chose commune, une partie croissante en est détournée pour faire valoir le sentiment pourtant incommunicable de l’individu-vivant, du je sentant ou sensible.

Charme et péril du lâcher-prise

«Laissez-faire, laissez-passer», telle est la formule simple mais prodigieusement séduisante de la liberté moderne, qu’il s’agisse de la circulation des blés, des travailleurs, des idées, ou des pulsions. Il y a toujours une partie de la société, un secteur d’activité, un aspect de la nature humaine, un domaine de l’être qui est encore entravé. Il y a toujours des obstacles, hommes et choses, qui empêchent ou ralentissent le mouvement. Il y a toujours une liberté nouvelle, des droits nouveaux à promulguer afin de désentraver, dégager, libérer la nécessité naturelle qui était déjà là et faisait sentir sa pression. (…) Si nous fermons un instant nos oreilles à la suggestion sans cesse susurrée de laissez-faire, laissez-passer, si nous nous efforçons d’être attentifs à la vie pratique telle que nous pouvons l’observer en nous et hors de nous, nous percevrons que toute action est au moins tendanciellement ou implicitement commandante ou commandée. C’est pourquoi d’ailleurs la vie humaine, qu’elle soit publique, sociale ou privée, est toujours essentiellement tendue. Ce n’est ni un défaut que nous devrions corriger ni une maladie dont nous devrions guérir. (…) (Or,) nous mettons notre foi dans le postulat qu’une certaine inaction, ou une certaine abstention, est à l’origine des plus grands biens.

Tandis que gonflent et s’accélèrent les flux qui emportent les hommes en même temps que les produits de leurs activités, nous ôtons les freins et nous abstenons des actions qui seraient susceptibles de modérer et de diriger le mouvement des hommes et des choses. D’ailleurs, pensons-nous, rien n’est plus ingrat ou stérile en général que la tension propre à l’homme agissant, qu’il se soucie de ce monde ou de l’autre. «Éviter le stress», «rester cool», «ne pas se prendre la tête», telles sont quelques versions du seul commandement dont nous reconnaissions la validité. La grammaire de la vie humaine s’est réduite pour nous au pâtir et au jouir. Entre ces deux modes de la passivité qui ont toute notre attention et qui fournissent la matière de tous nos nouveaux droits, nous n’avons plus de place pour l’agir. (…) L’humanité occidentale, en tout cas européenne, semble vouloir se rassembler tout entière non pour faire quelque grande chose nouvelle mais pour refuser unanimement et irrévocablement d’écouter et même d’entendre la question: que faire?

COMPLEMENT:

Rémi Brague : “L’idée d’un progrès irrésistible vers des sommets radieux est complètement folle”
La volonté moderne de la table rase porte atteinte à nos biens intellectuels et moraux, déplore Rémi Brague.
Anne-Laure Debaecker
Valeurs actuelles
27/10/2019

Sauver les vertus, les idées ou les vérités que le projet moderne a conduites à la folie, c’est là l’intention de Rémi Brague dans son ouvrage Des vérités devenues folles qui regroupe les textes de diverses conférences prononcées entre 2009 et 2016, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis. À travers ces textes, le philosophe et essayiste, membre de l’Institut de France, souligne les impasses générées par le culte du progrès et appelle à renouer avec la forme prémoderne de ces vertus, idées et vérités enracinées dans la culture occidentale issue aussi bien d’Athènes que de Jérusalem.

Valeurs actuelles. Pourquoi ce titre évocateur ?
Rémi Brague. 
Mon titre est une allusion tout à fait claire à la fameuse phrase de G. K. Chesterton dans Orthodoxie , selon laquelle le monde moderne est « saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie » . Je critique cette formulation car il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a des vertus tout court, qui sont approfondies par le christianisme.

Il n’existe pas deux manières d’être juste, d’être courageux, d’être tempérant… C’est pour cela que j’ai aussi introduit un autre texte de Chesterton, issu du chapitre « L ‘humanisme est-il une religion ? » de Pourquoi je suis catholique , dans lequel il insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. Ils datent du Moyen Âge, le Moyen Âge ayant lui-même approfondi et développé une partie de l’héritage antique. En matière de philosophie morale médiévale, saint Thomas d’Aquin emprunte des pans entiers à Aristote. Et Roger Bacon cite des pages entières de Sénèque. Ainsi, il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a une manière chrétienne de vivre et d’exercer des vertus humaines.

L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés.

Pourquoi le projet moderne a-t-il un tel impact sur nos biens intellectuels et moraux ?
En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme . Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir.

Le mouvement écologiste prend d’ailleurs de l’ampleur…
Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture.

Comment expliquer ce refus de la continuité ?
Il provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer.

Quelle définition de la liberté lui préférez-vous ?
La route du bien est ouverte !

Quelle est l’idée du monde moderne devenue la plus folle ?
L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ?

Comment expliquez-vous la destruction de la famille traditionnelle par l’État et le marché, dont nous avons encore un exemple récent avec le projet de loi bioéthique ?
Parce que l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain.

« D’une manière ou d’une autre, notre culture devra faire un pas en arrière en direction d’un certain Moyen Âge. » Pourquoi ?
Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité.

L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine.

Vous mettez en avant l’importance de la transcendance. Quelles sont les limites de l’athéisme ?
Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffi t de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffi t de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme.

En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !”

Des vérités devenues folles, de Rémi Brague, éditions Salvator, 192 pages, 20 €.

Voir par ailleurs:

 Il est vraiment sincère, ce film » : dans les petites et moyennes villes, « Au nom de la terre » fait carton plein

Le film sur un agriculteur poussé au suicide a été vu par 1,3 million de personnes, surtout dans les villes qui épousent la géographie agricole et rurale.

Sandrine Blanchard

Le Monde

23 octobre 2019

REPORTAGE Abbeville, Amiens, Doullens(somme) ­ envoyée spéciale

René et Marie ont du malà se souvenir de leur dernière sortie au ci­néma. « Ce devait être pour Qu’est­-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?, en janvier », finit par se remémorer ce couple de retraités. Dimanche 20 octobre,en fin d’après­midi, ils font la queue au CGR d’Abbeville (Somme) pour découvrir le film Au nom de la terre. « On vit dans une région agricole, alors on est intéressés par le sujet », explique René. « Et puis on a vu Guillaume Canet en parler au journal de France 2, je l’aime bien cet ac­teur », complète Marie.

Dans ce multiplexe installé à l’entrée de la ville sur l’ancienne friche industrielle de la sucrerie, dont il ne reste que la cheminée en briques au milieu du parking, la séance pour ce drame vécu par un agriculteur affiche complet. « C’est comme ça depuis plus de trois semaines, le film fonctionne super bien, constate la guiche­tière, et il sera encore à l’affiche la semaine prochaine. »

Depuis sa sortie, le 25 septem­bre, ce premier long­métrage d’Edouard Bergeon, inspiré de l’histoire de son père, qui s’est suicidé sous le poids des dettes et du travail, cumule plus de 1,3 mil­lion d’entrées en France. Pour sa cinquième semaine d’exploita­tion, il sera sur 550 écrans, contre 437 au départ. « Ça nous dé­passe », reconnaît, face à ce succès inattendu, le producteur, Christo­phe Rossignon, cogérant de Nord­Ouest Films et, comme le réalisateur, fils d’agriculteur.

L’exception Paris intra-muros

Dans la Somme, où les champs cultivés s’étendent à perte de vue, entre villages de briques rouges et éoliennes, nombreux sont les spectateurs, à l’image de René et Marie, qui ont été ou connaissent des agriculteurs. « On est de ce mi­lieu, l’histoire de ce film m’inter­pelle, c’est vrai qu’on ne sait jamais à quelle heure on va terminer la journée, tellement y a de boulot », témoigne Vincent, venu en fa­mille. « Notre petit­ fils fait ses étu­des au lycée agricole, ça nous parle », racontent Mireille et Ger­main, qui n’avaient pas mis les pieds au cinéma depuis Belle et Sébastien 3 en 2018.

Que ce soit à Abbeville (23 000habitants), à Amiens (134 000 ha­bitants) ou à Doullens (6 000 ha­bitants), Au nom de la terre fait un carton. « Même à la séance de mercredi soir, alors que d’habi­tude peu de gens ici sortent en se­maine, on a fait le plein », constate Fabrice Lejeune, responsable du cinéma Le Tivoli (93 places) à Doullens.

Entre mercredi 16 et di­manche 20 octobre, le film a enre­gistré, en quatre séances, 338 en­trées dans cette petite commune, contre 117 pour Rambo : LastBlood, et 6 pour la comédie Le Dindon avec Dany Boon. « Au­delà du public habituel, je vois de nou­veaux spectateurs. On est dans un milieu rural, les gens sont très tou­chés par cette histoire », témoigne Fabrice Lejeune. Samedi, Brigitte et Gaby sortentde la séance le cœur serré. « On a été agriculteurs, on a vécu cette pé­riode productiviste, cet engrenage terrible, se souviennent-­ils. On ne pouvait plus cultiver comme nos parents. Aujourd’hui, on est con­tents que nos enfants fassent un autre métier. » Et Brigitte d’ajou­ter : « Il est vraiment sincère ce film, et très réaliste. »

En haut du box­ office, juste der­rière Joker, le succès de ce long ­métrage à 5 millions d’euros de budget épouse en grande partie la géographie agricole et rurale française. Dans les petites et moyennes villes des Hauts­ de ­France, de Bretagne, de Norman­die, des Pays de la Loire, etc., il fait carton plein. En revanche, l’en­gouement est beaucoup moins fort en Provence­Alpes­Côte d’Azur et surtout à Paris, où sa programmation a fondu comme neige au soleil.

« L’exception, c’est vraiment Paris intra­muros, parce qu’à Lyon, Bordeaux, Lille ou en pé­riphérie, ça va », résume le pro­ducteur Chistophe Rossignon. « Le rapport Paris­ province est din­gue, constate Michel Saint­Jean, président de la société de distri­bution Diaphana. D’habitude, la proportion est de 1 à 3 – si vous fai­tes 100 000 entrées dans la capitale, vous ferez 300 000 en France. Là, il va être de 1 à 17, c’est disproportionné. »

Comment expliquer cet écart considérable entre Paris et le reste du pays ? « Ce gap, on n’en sort pas, mais quand vous faites de tels scores en province vous vous en moquez », balaie Christo­phe Rossignon. Avant de livrer son « analyse » : « A Paris, il y a pro­bablement encore l’influence de certaines critiques des médias na­tionaux. Le casque et l’enclume [allusion à l’émission « Le Mas­que et la plume » sur France Inter] nous a massacrés, et Le Monde ignorés. On nous a accusés d’être cucul la praline avec une histoire soi­-disant trop facile qui tire les larmes à la fin à cause des vraies images du père du réalisateur. Quand ce sont les Américains qui font ça, c’est génial, quand c’est nous, c’est de la merde. »

Le lancement d’Au nom de laterre a été mûrement planifié. Enjuin et juillet, 356 avant­-premiè­res ont été organisées à travers la France. « Je n’avais jamais fait ça en trente ans de carrière », recon­naît Michel Saint­Jean. Cette« tournée » s’est réalisée avec le soutien de l’association nationale Solidarité paysans. Puis, la promo­tion a repris dès le 20 août, Guillaume Canet participant à de nombreuses séances et France Bleu (partenaire du film) relayant sa médiatisation.

« Les débats après les projections se sont souvent éloignés de l’his­toire pour embrasser d’autres sujets prégnants comme l’utilisation des produits chimiques et la malbouffe, se souvient le distributeur. Il y a la prise de conscience que quelque chose ne tourne pas rond, insiste Christophe Rossignon, et que la souffrance de l’agriculteur arrive peut­être jusqu’à notre assiette. »


Musées: Beyonce made me do it (Like works of art themselves: With a little help from its music friends’ gospel of acquisition, the world’s top museum breaks its attendance record)

6 janvier, 2019

 


Image result for Radeau de la méduse géricaultImage result for Radeau de la méduse géricaultDétail de l'affiche annonçant l'exposition
Paolo Veronese 008.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2019/01/de3af-39344352_2284751188419864_7681177876476985344_n.jpgThe Carters – Apeshit
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
And moss grows fat on a rollin’ stone but that’s not how it used to be. Don McLean
The Obamas are “Becoming” — billionaires. The launch of Michelle Obama’s cross-country book tour for her new memoir, “Becoming,” last week is just the latest marker on the road to fabulous wealth for the former first couple, who are on their way to becoming a billion-dollar brand. In addition to a $65 million book advance and an estimated $50 million deal with Netflix, both of which she shares with husband Barack Obama, the former first lady is poised to rake in millions from appearances on her 10-city US tour and sales of merchandise connected to her autobiography. And like her husband, Michelle Obama is currently in demand as a speaker for corporations and nonprofits, commanding $225,000 per appearance, The Post has learned. Forbes estimated the couple made $20.5 million in salaries and book royalties between 2005 — when Barack Obama became a US senator and they first arrived in Washington — and 2016. They are now worth more than $135 million. And that figure does not include the cash they are raking in for public speaking. (…) Barack Obama currently rakes in $400,000 per speech, and earned at least $1.2 million for three talks to Wall Street firms in 2017. The fees come on top of his $207,800 annual presidential pension, which he began receiving as soon as he left office. (…) Prices for Obama’s appearance at Brooklyn’s Barclay’s Center next month currently range from $307 to $4,070, which includes a photo with Michelle Obama and a signed copy of “Becoming.” In addition to cash from appearances and book sales, Obama will reap the benefits of hawking 25 different items of merchandise connected to the book, many of which bear her likeness and feature inspirational messages. The items include T-shirts and hoodies, a $20 “Find Your Voice” mug, and “Find Your Flame and Keep It Lit” candles, which retail for $35 each. (…) Barack Obama raked in a combined $8.8 million for “The Audacity of Hope,” published in 2006, and his children’s book, which was released in 2010. He also made nearly $7 million from “Dreams from My Father.” In addition to their multimillion-dollar literary empire, the couple is set to reap the benefits of a creative production deal they signed with Netflix earlier this year. The $50 million, multi-year deal calls on the Obamas “to produce a diverse mix of content, including the potential for scripted series, unscripted series, docuseries, documentaries and features,” which will be broadcast in 190 countries, according to a statement from the streaming service, which has 125 million subscribers around the globe. NY Post
Step my money fast and go (Fast, fast, go) Fast like a Lambo (Skrrt, skrrt, skrrt) Crowd better savor (Crowd goin’ heavy) I can’t believe we made it (This is what we made, made) Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? (…) Rah, gimme my check Put some respeck on my check Or pay me in equity, pay me in equity We live it lavish, lavish I got expensive fabrics (…) You ain’t ownin’ this Don’t think they ownin’ this Bought him a jet Shut down Colette Phillippe Patek Get off my dick (…) Motor cade when we came through Presidential with the planes too One better get you with the residential Undefeated with the king too I said no to the Superbowl You need me, I don’t need you Every night we in the endzone Tell the NFL we in stadiums too Last night was a fucking zoo Stagediving in a pool of people Ran through Liverpool like a fucking Beatle Smoke gorilla glue like it’s fucking legal Tell the Grammy’s fuck that 0 for 8 shit Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? Beyonce and Jay-Z
I just want a Picasso, in my casa No, my castle I’m a hassa, no I’m a asshole I’m never satisfied, can’t knock my hustle I wanna Rothko, no I wanna brothel No, I want a wife that fuck me like a prostitute Let’s make love on a million, in a dirty hotel With the fan on the ceiling, all for the love of drug dealing Marble Floors, gold Ceilings Oh what a feeling, fuck it I want a billion Jeff Koons balloons, I just wanna blow up Condos in my condos, I wanna row of Christie’s with my missy, live at the MoMA Bacons and turkey bacons, smell the aroma Oh what a feeling Picasso Baby, Ca Picasso baby Ca ca Picasso Baby, Ca ca Picasso baby Oh what a feeling Picasso Baby, Ca Picasso baby Ca ca Picasso Baby, Ca ca Picasso baby It ain’t hard to tell I’m the new Jean Michel Surrounded by Warhols My whole team ball Twin Bugattis outside the Art Basel I just wanna live life colossal Leonardo Da Vinci flows Riccardo Tisci Givenchy clothes See me throning at the Met Vogueing on these niggas Champagne on my breath, yes House like the Louvre or the Tate Modern Because I be going ape at the auction Oh what a feeling Aw fuck it I want a trillion Sleeping every night next to Mona Lisa The modern day version With better features Yellow Basquiat in my kitchen corner Go ahead lean on that shit Blue You own it I never stuck my cock in the fox’s box but I’m still the man to watch, Hublot On my left hand or not I’m like god damn enough I put down the cans and they ran amok Niggas even talk about your baby crazy Eventually the pendulum swings Don’t forget America this how you made me Come through with the ‘Ye mask on Spray everything like SAMO I won’t scratch the Lambo What’s it gon take For me to go For you to see I’m the modern day Pablo Picasso baby … Jay-Z
Une piaule à cent millions, une montre à trois millions, ce sont les faits Pas de limite, faux, négro, t’est pas un patron, t’as un patron Des négros maltraités, toute cette merde me blesse, je le prends personnellement, les Négros préfèrent travailler pour le blanc que pour moi, travaillez plutôt pour moi Au moins vous ne prétendrez pas être au même niveau que moi, toute cette merde m’irrite  La fierté précède toujours la chute, c’est presque sûr Mes revenus sont bouleversants (bouleversants !) Les enquêtes disent que tu en es loin (vraiment loin) Chacun joue au boss, jusqu’au moment où il faut payer pour l’entreprise  Envoie les factures par-ci, sépare les hommes des garçons par-là
Nous mesurons le succès au nombre de personnes accomplies que tu côtoies…
Jay-Z
C’est pas compliqué, j’suis le boss, donc j’ai acheté un bolide à ma maman Mes arrière-arrière-petits-enfants sont déjà riches Et ça fait beaucoup de petits noirs sur ta liste du Forbes… Beyonce
La blaxploitation — ou blacksploitation — est un courant culturel et social propre au cinéma américain des années 1970 qui a revalorisé l’image des Afro-Américains en les présentant dans des rôles dignes et de premier plan et non plus seulement dans des rôles secondaires et de faire-valoir. Le mot est la contraction, sous forme de mot-valise, des mots « black » » (qui signifie noir) et « exploitation ». (…) Dans les productions blaxploitation, les films n’engageaient que des noirs et ne s’adressaient qu’à la même communauté sur des thèmes de prédilection en utilisant tous les stéréotypes possibles. Que ce soient les films policiers (trilogie des Shaft) ou les enquêtes par des détectives privés (Shaft, les nuits rouges de Harlem), le cinéma d’horreur (Blacula, le vampire noir, Abby), les arts martiaux (Black Belt Jones de Robert Clouse), le péplum (The Arena (en) de Steve Carver), le western (Boss Nigger), l’espionnage (Cleopatra Jones de Jack Starrett), le film politique engagé (The Spook Who Sat by the Door d’Ivan Dixon), le comique (Uptown Saturday Night). (…) Ces films sont populaires dans la communauté noire car ils montrent des acteurs afro-américains dans des situations d’hommes fiers et libres de leurs choix de vie. Ces personnages noirs résistent aux blancs et leur répondent. Le personnage noir est souvent associé au bien, et le blanc au mal.  Les films de la blaxploitation reflètent les aspirations des noirs aux droits civiques, leurs difficultés quotidiennes, mais aussi la prostitution, la drogue, la corruption, le racisme de la part des policiers, les viols… Une grande majorité des films de blaxploitation sont de qualité plutôt médiocres, souvent violents et remplis de clichés et préjugés. Ils parlent de prostitution, de drogue, et de meurtre, des stéréotypes repris depuis dans le gangsta rap. On y portrait également les macs flamboyants aussi appelés pimps. Wikipedia
I’d sit there in these art history survey classes and think, ‘but where are all the black people?’ I remember the first time I saw an image of Olympia flash on the screen as a graduate student. My heart was pounding and I wondered what would be said about the black servant … and was really concerned that nothing at all was mentioned. As I did that, I understood that she was not just the subject of Manet’s work, but of works by many successive generations of artists. As I looked more deeply into the archival and anecdotal material about her, I became aware of how extensive her legacy was with a pattern of images that exist across the last 160 or so years. This show is so relevant now. By rendering Laure visible and giving her a voice, it opens pathways for other women of color. Denise Murrell
The lyrics of Picasso Baby are a roll-call of artists, including Mark Rothko, Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons and Francis Bacon. Art venues aren’t left out either: Christie’s, MoMA and Tate Modern are all referenced. Jay-Z grew up in one of the art capitals of the world, New York, but if the narratives of his early work are anything to go by, he wouldn’t have spent his weekends wandering around MoMA or the Met. The references to the art world in Picasso Baby show the evolution of Shawn Carter from Queens to Jay-Z, the global musician, businessman, and Mr Beyoncé: someone who can not only spend time wandering around MoMA, if he so chooses, but can go to Christie’s and buy the art on sale. The video for the song was entitled Picasso Baby: A Performance Art Film and was created at the Pace Gallery in New York. Inspired by (and featuring) Marina Abramović, Jay-Z invited members of the public up to perform with him over a period of six hours. ‘It ain’t hard to tell, I’m the new Jean-Michel Surrounded by Warhols, my whole team ball Twin Bugattis outside the Art Basel I just wanna live life colossal Leonardo da Vinci flows’. When performed live you’re able to witness the rare treat of hip-hop fans repeatedly yelling the chorus ‘Picasso Baby!’. Artuk
“Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? – Why museums need to encourage dialogue in gallery spaces and not just at lates because silence is more [intimidating] than the audience going ‘apeshit’ over an exhibition that touches their soul. Black Blossoms
Beyonce is helping museums increase their Black Audiences… any smart person in museum marketing team would see the opp and act quickly and correctly… #APESHIT. Blossoms
Brillante élève de David, l’artiste s’affirme ici avec audace : peindre la carnation noire était un exercice rare et peu enseigné car jugé ingrat. Le regard grave, la pose calme et le sein dénudé donnent au modèle anonyme la noblesse d’une allégorie, peut-être celle de l’esclavage récemment aboli. Le Louvre
Née à Paris le 18 décembre 1768, Marie Guillemine Leroulx-Delaville est la fille d’un fonctionnaire royal. Elle étudie d’abord avec Élisabeth Vigée-Lebrun vers 1781-1782 et, plus tard, vers 1786, avec Jacques-Louis David. Elle présente des portraits et des peintures de genre à l’Exposition de la Jeunesse, où elle débute en 1784, mais on trouve aussi des tableaux d’histoire parmi les oeuvres qu’elle expose aux Salons parisiens, de 1791 à 1812. (…) Connue pour ses portraits, Benoist avait de plus hautes aspirations, manifestes dans un autoportrait de ses débuts, où l’artiste, vêtue à l’antique, peint une copie du Bélisaire de David. A la fois portrait et peinture d’histoire, cette oeuvre mêle le style de ses deux maîtres: ombres et lumières douces, couleurs pâles avec des draperies aux plis lourds qui mettent en valeur le corps sous-jacent. Son oeuvre la plus célèbre est le Portrait d’une négresse (Salon de 1800). Inspiré par les oeuvres de David, ce tableau est une étude du clair et du foncé: une femme noire -probablement rencontrée dans la maison de son beau-frère, officier de marine qui s’était marié à la Guadeloupe- portant un vêtement et un turban blanc, et placée sur un fond clair. (…) À son meilleur, l’oeuvre de Benoist se caractérise par des poses élégantes, des gestes gracieux, des contours fluides mais fermes, des draperies disposées avec élégance et une utilisation harmonique des couleurs. Ses talents de portraitiste sont fréquemment relevés par les critiques et son Portrait d’une négresse est devenu l’icône de la femme noire du XIXe siècle. Grâce aux récentes recherches d’Oppenheimer, le talent de Benoist commence à être mieux reconnu. Vivian P. Cameron
Œuvre majeure dans la peinture française du XIXe siècle, Le Radeau de la Méduse fait figure de manifeste du Romantisme. Il représente un fait divers qui intéressa beaucoup Géricault pour ses aspects humains et politiques, le naufrage d’une frégate en 1816 près des côtes du Sénégal, avec à son bord plus de 150 soldats. Le peintre se documenta précisément puis réalisa de nombreuses esquisses avant de camper sa composition définitive qui illustre l’espoir d’un sauvetage. Géricault s’inspira du récit de deux rescapés de La Méduse, frégate de la marine royale partie en 1816 pour coloniser le Sénégal. Son commandement fut confié à un officier d’Ancien Régime qui n’avait pas navigué depuis plus de vingt ans, et qui ne parvint pas à éviter son échouage sur un banc de sable. Ceux qui ne purent prendre place sur les chaloupes en nombre insuffisant durent construire un radeau pour 150 hommes, emportés vers une odyssée sanglante qui dura 13 jours et n’épargna que 10 vies. A la détresse du naufrage s’ajoutèrent les règlements de comptes et l’abomination du cannibalisme. Géricault représente le faux espoir qui précéda le sauvetage des naufragés : le bateau parti à leur secours apparaît à l’horizon mais s’éloigne sans les voir. La composition est tendue vers cette espérance, dans un mouvement ascendant vers la droite qui culmine avec l’homme noir, figure de proue de l’embarcation. Géricault donne une vision synthétique de l’existence humaine abandonnée à elle même. (…) Le Radeau de Géricault est la vedette du Salon de 1819 : « Il frappe et attire tous les regards », (Le Journal de Paris) et divise les critiques. L’horreur, la terribilità du sujet, fascinent. Les chantres du classicisme disent leur dégoût pour cet « amas de cadavres », dont le réalisme leur paraît si éloigné du beau idéal, incarné par la Galatée de Girodet qui fait un triomphe la même année. En effet, Géricault exprime un paradoxe : comment faire un tableau fort d’un motif hideux, comment concilier l’art et le réel ? Coupin tranche « M. Géricault semble s’être trompé. Le but de la peinture est de parler à l’âme et aux yeux, et non pas de repousser. ». Le tableau a aussi ses zélateurs, comme Jal qui exalte en lui le sujet politique, le manifeste libéral (la promotion du « nègre », la critique de l’ultra-royalisme), et le tableau moderne, œuvre d’actualité. Pour Michelet, « c’est notre société toute entière qui embarqua sur ce radeau de la Méduse (…) ». Le Louvre
Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large des côtes sénégalaises à la suite d’une erreur de navigation. Elle a près de 400 personnes à son bord – l’équipage, des fonctionnaires et deux compagnies de soldats. La Méduse fait partie d’une flottille envoyée de France au Sénégal pour y affirmer l’autorité du roi Louis XVIII. Les soldats sont des anciens des troupes napoléoniennes dont la monarchie cherche à se débarrasser par ce moyen. Le coupable du naufrage est le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’a obtenu ce commandement que parce qu’il est un émigré royaliste. Quand il monte à bord de La Méduse, il n’a plus navigué depuis vingt-cinq ans. Après avoir essayé de remettre à flot le navire, il est décidé de l’abandonner et de construire un radeau, les canots étant trop peu nombreux pour la foule des passagers. Le 5 juillet, les chaloupes, où sont les officiers et les fonctionnaires, et le radeau prennent la mer, les chaloupes étant censées remorquer le radeau. Très vite, Chaumareys ordonne de couper les cordes, abandonnant les 147 personnes entassées dessus. Pour cela et l’ensemble de ses fautes, il sera jugé en cour martiale en 1817, condamné à la prison et déchu de son grade et de ses décorations. Du 6 au 17 juillet, le radeau dérive. Quand L’Argus, autre navire de la flottille, le retrouve, il reste quinze survivants, dont cinq meurent dans les jours qui suivent. Entre-temps, les chaloupes ont atteint Saint-Louis du Sénégal sans peine. Sur le naufrage et sur ce qui s’est passé sur le radeau, deux rescapés, l’ingénieur-géographe Corréard et le chirurgien Savigny, publient, dès novembre 1817, un récit, réédité en 1818. On y apprend non seulement l’incompétence et la lâcheté de Chaumareys, mais aussi les combats sur le radeau entre hommes ivres et terrorisés. Le 9 juillet, il ne reste déjà plus qu’une trentaine de survivants. Le 13, ils jettent à la mer les malades et les blessés, dont la cantinière, une femme noire. Dès le 7 juillet, il a fallu recourir au cannibalisme pour se nourrir. On peut imaginer l’effet de ce livre, les implications politiques, l’émoi de l’opinion publique. Des gravures du drame circulent vite, et le Théâtre de la Porte-Saint-Martin en fait un mélodrame, joué en avril 1819. Le 25 août 1819, s’ouvre le Salon. Une toile, dont le titre a été censuré, suscite le scandale : Le Radeau de La Méduse, de Théodore Géricault, évidemment – « un jeune homme », écrit la critique, car il a 28 ans. Depuis, elle est demeurée au premier plan de l’histoire, au point même que l’on oublie trop souvent que Géricault est l’auteur d’autres chefs-d’oeuvre, un portraitiste et un dessinateur de premier ordre. (…) Sans hésiter longtemps, il choisit un moment décisif du récit de Corréard et Savigny, l’approche de l’Argus. Ce n’est pas le plus tragique, puisqu’il aurait pu peindre le carnage sur le radeau, les blessés jetés à la mer ou les scènes de cannibalisme. Il ne le fait pas parce que, dans ce cas, son oeuvre n’aurait pas été exposée au Salon, pour des raisons de décence. Mais il introduit des détails explicites, armes abandonnées, corps mutilés, plaies mal pansées. En attirant l’attention sur eux, l’exposition incite à une compréhension plus complète de tout ce qui constitue l’oeuvre, aussi bien du point de vue artistique que du point de vue politique et moral. Les dessins de musculatures d’après modèle confirment ce qui est flagrant au Louvre : Géricault se mesure en toute simplicité à Michel-Ange et démontre, face à l’hégémonie de David et du néoclassicisme, qu’il n’est pas obligatoire d’aller prendre dans l’histoire grecque et romaine ou dans la Bible des sujets héroïques et tragiques. Le présent en propose qu’il faut avoir l’audace de saisir et de porter aux dimensions d’une très grande toile. Delacroix et Manet s’en sont souvenus – Delacroix qui, du reste, pose pour l’un des naufragés. Autre remarque : Géricault place trois figures d’hommes noirs sur le radeau – et la cantinière jetée à l’eau -, alors qu’il n’y en avait en réalité qu’un seul. Cette décision est liée à la lutte contre la traite des Noirs, qui se pratique toujours alors en dépit de son interdiction supposée. La lecture politique en est précisée. On sait en effet que le Radeau est une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais moins qu’elle est aussi une dénonciation de l’esclavage. Philippe Dagen
Géricault, revenant à Paris après un long voyage d’étude en Italie, découvre par hasard la première édition du naufrage qui date du 22 novembre 1817, il s’agit de la publication de deux survivants du naufrage, l’aide-chirurgien Henri Savigny et le gadzarts, ingénieur-géographe Alexandre Corréard16. Les horreurs du naufrage sont aussi connues du public grâce à l’indiscrétion du ministre de la police Élie Decazes qui relâche volontairement la censure en laissant le rapport de Savigny (destiné normalement uniquement aux autorités maritimes) parvenir à la presse, ce qui lui permet de torpiller le ministre ultra de la Marine François-Joseph de Gratet. Stupéfait de l’ampleur médiatique que prend le naufrage, Géricault pense que la réalisation d’une représentation picturale de l’événement pourrait contribuer à établir sa réputation. Après avoir pris la décision de réaliser le tableau, il entreprend des recherches approfondies avant de commencer la peinture. Au début de l’année 1818, il rencontre Savigny et Alexandre Corréard ; le récit de leur ressenti lors de l’expérience du naufrage influence grandement la tonalité du tableau final. (…) Lors de voyages effectués dans sa jeunesse, Géricault est déjà confronté à la vue de déments ou de pestiférés. Durant ses recherches préparatoires pour Le Radeau de La Méduse, son ambition de vérité historique et de réalisme vire à l’obsession d’observer le phénomène de rigidité cadavérique. Afin de réaliser la représentation la plus authentique possible des différents aspects de la chair des cadavres, il réalise plusieurs esquisses de dépouilles à la morgue de l’hôpital Beaujon, étudie le visage de patients sur le point de mourir, et emporte même dans son atelier quelques membres humains pour observer leur décomposition. Géricault dessine également une tête coupée empruntée à un asile et qu’il conserve dans le grenier de son atelier. Avec trois survivants, dont Savigny et Corréard, ainsi qu’avec le charpentier Lavillette, il construit un modèle réduit extrêmement détaillé du radeau, lequel est reproduit avec la plus grande fidélité sur la toile finale – même les espaces entre les planches sont représentés. Géricault fait également poser des modèles, réalise un dossier comportant de la documentation sur l’événement, copie des tableaux d’autres artistes s’approchant du même thème, et se rend au Havre pour y observer la mer et le ciel. Bien que fiévreux, il se rend très fréquemment sur la côte afin de voir des tempêtes balayer le littoral. En outre, son voyage en Angleterre, durant lequel il rencontre d’autres artistes, est l’occasion pour lui d’étudier divers éléments du paysage marin lors de la traversée de la Manche. Il dessine et peint plusieurs esquisses alors qu’il choisit quel moment il souhaite représenter dans le tableau final. La conception de l’œuvre est lente et difficile, car Géricault hésite même à choisir un moment emblématique du naufrage, qui rendrait au mieux l’intensité dramatique de l’événement. Parmi les scènes qu’il pense choisir se trouvent notamment la mutinerie contre les officiers, survenue le deuxième jour passé sur le radeau ; les actes de cannibalisme, qui ne surviennent qu’après quelques jours ; et le sauvetage. Géricault opte finalement pour l’instant, raconté par l’un des survivants, où les naufragés voient L’Argus approcher à l’horizon et tentent une première fois en vain de lui adresser un appel au secours. Le bateau est représenté par une petite forme de couleur grise au centre-droit du tableau. Comme l’exprime un des survivants, « nous passâmes de l’euphorie à une grande déception, à de profonds tourments ». Dans la mesure où le public est alors bien informé des causes du désastre, le choix de la scène relève d’une volonté de figurer les conséquences de l’abandon de l’équipage sur le radeau, en se focalisant sur l’instant où tout espoir semblait perdu – l’Argus paraît à nouveau deux heures après et secourt les survivants. Un critique remarque cependant que le tableau comporte plus de personnages qu’il ne devait y en avoir à bord du radeau au moment du sauvetage. De plus, l’auteur note que le sauvetage se déroule un matin ensoleillé, avec une mer calme : Géricault choisit cependant de peindre le radeau en pleine tempête, avec un ciel noir et une mer démontée, sans doute pour renforcer le caractère dramatique de la scène. (…) Géricault réalise une esquisse de la composition finale sur la toile. Il fait alors poser chaque modèle séparément, et peint les personnages à la suite les uns des autres, à l’inverse de la méthode traditionnelle suivant laquelle le peintre travaille d’emblée sur la composition entière. Son attention particulière portée à des éléments ainsi individualisés donne à l’œuvre « une matérialité troublante » et témoigne d’une recherche de théâtralité – ce que certains critiques de l’époque considèrent comme un défaut. (…) Le Radeau de La Méduse dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l’état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine. La monumentalité du format (491 cm × 716 cm) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu’un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d’immersion du spectateur dans l’action du tableau. Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des taches éparses de rouge sang rappellent les affrontements. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l’eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l’embarcation viennent d’apercevoir un bateau au loin ; l’un d’entre eux le montre du doigt, tandis qu’un membre africain de l’équipage, Jean-Charles, se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l’air afin d’attirer l’attention du navire. La composition picturale est essentiellement basée sur trois structures pyramidales. La première est formée par le mât et les cordes qui le tiennent. Elle englobe la seconde à la gauche du tableau, formée par des hommes morts ou désespérés. La troisième met en scène, à sa base, des cadavres et des mourants, desquels émergent les survivants ; à son sommet culmine l’espoir de sauvetage, avec la figure centrale d’un homme noir agitant sa chemise. Certains y ont vu une critique de l’Empire Colonial Français conservateur et esclavagiste. Géricault peint comme héros central un homme Noir. Son modèle sera Joseph, un Haïtien qui a posé pour lui et d’autres artistes. Il s’agit du premier héros de la peinture occidentale sans nom et vu de dos. Le tableau serait une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais aussi une dénonciation de l’esclavage. C’est pourquoi Géricault y peint trois figures d’hommes noirs, alors qu’il n’y en aurait eu qu’un seul parmi les rescapés en plus d’une cantinière jetée à l’eau le 13 juillet en compagnie d’autres blessés. L’artiste semble prendre position contre la traite négrière, qui se pratique toujours malgré son interdiction supposée. Wikipedia
The video is stunning with its wide shots of halls of art with no tourists in them – only Jay-Z and Beyoncé standing looking serene, like works of arts themselves, in front of “The Mona Lisa.” And then the beat kicks in, with a shot of them on a staircase with nearly nude bodies strewn about the steps that contract and move to the rhythm. “I can’t believe we made it,” she sings, a little Autotune in her voice, over a hard-hitting beat. “This is why we thankful, hey, hell, see a crowd going apeshit.” The couple are shown in front of “The Winged Victory of Samothrace,” “The Coronation of Napoleon,” among many other famed pieces of priceless artworks and antiquities, while dancing and posing… Rolling Stone
From the off, shots of Beyoncé, Jay Z and the rest of the entirely black cast of dancers from the Ricky Saiz-directed video serve as responses to well-known pieces in the art canon. Almost obstructing the famous works behind them, kneeling, swaying and smiling in the process, black bodies directly challenge the limited portrayals of blackness that we’re used to seeing in museums and force us to take in an entirely new narrative, one that shies away from respectability and fosters an (often intensely capitalist) sense of the many virtues of blackness.In a clear challenge to celebrations of colonial rule and wealth, for example, we see a shot of a defiant Beyoncé dancing in formation against the backdrop of Jacques Louis David’s extravagant painting, The Coronation Of Napoleon. Here, Napoleon’s legacy and, by extension, David’s art is forced to take a backseat, making way instead for an indisputably black celebration of womanhood and Beyoncé’s own lavishness in the process. And with a nod to one of the most consistent themes of the album – black love – there are also shots of black couples embracing, as well as modern takes on Marie-Guillemine Benoist’s Portrait of a Negress, the only painting in the video that doesn’t depict a black subject as a slave. (…) Conversations about the lack of inclusion in art museums have long raged on, inspiring important, but typically short-lived, appeals to black people every once in a while. But rarely, as Black Blossoms said, do they extend beyond one-off lates and exhibitions. In a 2015/16 study of adults visiting museums in the UK, for example, black people were the least likely to have visited a museum in the past year, compared with white and Asian visitors. And, when collections do not focus solely on European art, curators of African art in larger institutions are typically white. (…) Just as Beyoncé and Jay Z have demonstrated, there is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums. By occupying what looks like the entirety of the Louvre, Beyoncé and Jay Z have made a clear a statement as any about the importance of taking up space in typically white institutions – institutions that, evidently, could learn a thing or two from them. Kuba Shand-Baptiste 
The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again. In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them. In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve. The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite. But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them. Doreen St. Félix
The Carters’ latest offering is set in the Louvre – for one day the art gallery was occupied by people you usually never see in its paintings. (…) Beyoncé and her husband, Jay-Z, have arrived at the Louvre for a sightseeing day that coincides with the making of their Apeshit video. Referencing the Louvre’s world-renowned permanent collection, juxtaposed with contemporary dancers occupying this hallowed space, Apeshit makes some pithy, if scattershot, comments on racism, slavery and the dominance of western neoclassical aesthetic standards. (…) The video is topped and tailed by the Mona Lisa. Smirking, tight lipped, she side-eyes Jay-Z and Beyoncé, whose bright blaxploitation power suits outshine her matron’s weeds and announce that, just for one day, the Louvre is going to be occupied by people you usually never see in its paintings. You just know that Lisa’s going to call security. Dancers of all colours gyrate in front of the image of French pomp, Imperial arrogance and self-gratification: The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine. Of the painting, I’ve never seen so many white people in one place before and I’ve been to Bestival. That said, replacing painted, sprawled, objectified, naked, white, nameless, historical women with writhing, objectified, naked, nameless, 21st-century women of all colours (as they are 40 seconds later, when they’re lying like logs on the steps) doesn’t seem a great leap forward to me. One of the most potent moments is the image of the reclining Madame Recamier. Painted in the 1800s, it shows a rich wife in neo-classical garb reclining on a couch. Beyonce adds what is not in the picture but would have been: two black dancers posing as servants, in head-wraps, still and docile, at the woman’s feet; the silent, unremembered and invisible labour behind the woman’s wealth and finery. Indeed, Apeshit is partly a reminder of all the non-white faces that have been erased from history or dropped in tokenistically to add a bit of exotic colour. The aftermath of colonialism and slavery, and the ongoing scandal of the refugee crisis, is beautifully referenced in a shot of The Raft of the Medusa as Jay-Z sings: “Can’t believe we made it.” The Raft is an image of enslaved and subjugated people who have lost all hope but that of life; luckily for Beyoncé and Mister Beyoncé they are now “living lavish” on top of that. But how far have we come? Apeshit rounds off with the Portrait D’Une Négresse, whose sardonic look implies that plus ca change, plus c’est la meme chose. She and so many other women of colour have seen it all before, and the pace of change is painfully slow. Painted six years after the abolition of slavery, this woman is given a painting of her own – but remains nameless and inert, with one breast out for everyone to ogle. The Guardian

Comme de véritables oeuvres d’art eux-mêmes !

A l’heure où fort de ses 10 millions de visiteurs par  an, le premier musée d’art du monde …

Se vante du super coup de pub qu’il s’est payé l’an passé …

En y laissant le couple le plus glamour de la planète rap y tourner l’un de ses clips …

Pendant que du côté politique et les costards de mac en moins, la mousse pousse drue sur les ex-pierres qui roulent de Washington  …

Comment à l’image des foules en pâmoison auxquelles il y est fait question …

Ne pas s’extasier à notre tour …

Au-delà du sentiment certes compréhensible d’une population jusque là étrangement absente des couloirs du premier musée du monde …

Sinon mis à part la domestique ramenée de Guadeloupe au lendemain de la première abolition de l’esclavage par le beau-frère d’une ancienne élève de Vigé-Lebrun et David …

Ou la figure de proue alors proprement révolutionnaire du fameux Radeau suite au naufrage d’un navire parti rétablir la domination coloniale française en Afrique de l’Ouest …

A travers les rôles de serviteurs et d’esclaves que leur avaient imposés leurs revendeurs premièrement africains et arabes …

Devant ce cri du coeur de si américains nouveaux riches …

S’efforçant entre compte en banque, voitures de luxe, privilèges de jet setters, dévotion des fans qui leur ont permis d’en arriver là …

Et leurs costumes de macs et de bimbos comme leurs profondes paroles de bites et de putes …

De refaire ce que la blaxploitation avait fait pour le monde du cinéma des années 70 …

A savoir relire et réécrire du seul point de vue noir rien de moins que l’ensemble de l’histoire de l’art occidental ?

 

Grâce à Beyoncé et Jay-Z, le Louvre a battu son record de fréquentation
RTBF
3 janvier 2019

« Pour la première fois de son histoire, et je pense pour la première fois dans l’histoire des musées, plus de dix millions de visiteurs ont fréquenté le Louvre en 2018 « , a affirmé ce jeudi 3 janvier à l’AFP Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre.

Outre les travaux d’aménagement qui ont permis d’augmenter la capacité de l’accueil du musée, Le clip, Apes**t de Beyoncé et Jay-Z aurait également contribué au succès du Louvre.« Le clip de Beyoncé comme l’ouverture du musée du Louvre à Abu Dhabi a fait qu’on a beaucoup parlé du Louvre partout dans le monde », explique Jean-Luc Martinez au micro de Franceinfo. Résultat, ce sont plus de 10,2 millions de visiteurs qui se sont précipités cette année au musée. Le précédent record s’élevait à 9,7 millions de visiteurs en 2012.

Afin d’attirer un plus jeune public, le musée a également profité du succès d’Apes**t pour carrément  proposer une visite guidée thématique calquée sur le parcours de Jay-Z et Bey. De plus, le Louvre aimerait inviter ceux qui disposent d’un budget limité pour la culture en lançant une nocturne gratuite chaque premier samedi du mois. Un accompagnement sera même prévu dans certaines salles pour les plus frileux d’entre nous. « Il y a des gens qui ont peur de ne pas comprendre le musée; cette nocturne veut répondre à ce besoin (…) avec des explications, des commentaires, des spectacles, des concerts », souligne Jean-Luc Martinez. La première nocturne aura lieu le 5 janvier. Toutes les infos sont disponibles ici.

Voir aussi:

The Carters’ latest offering is set in the Louvre – for one day the art gallery was occupied by people you usually never see in its paintings. Here are some key moments to watch out for

Beyoncé and her husband, Jay-Z, have arrived at the Louvre for a sightseeing day that coincides with the making of their Apeshit video. Referencing the Louvre’s world-renowned permanent collection, juxtaposed with contemporary dancers occupying this hallowed space, Apeshit makes some pithy, if scattershot, comments on racism, slavery and the dominance of western neoclassical aesthetic standards. Here are a few key moments to look out for:

Mona Lisa

The Carters – Apeshit

The video is topped and tailed by the Mona Lisa. Smirking, tight lipped, she side-eyes Jay-Z and Beyoncé, whose bright blaxploitation power suits outshine her matron’s weeds and announce that, just for one day, the Louvre is going to be occupied by people you usually never see in its paintings. You just know that Lisa’s going to call security.

The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine

The Carters – Apeshit

Dancers of all colours gyrate in front of the image of French pomp, Imperial arrogance and self-gratification: The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine. Of the painting, I’ve never seen so many white people in one place before and I’ve been to Bestival. That said, replacing painted, sprawled, objectified, naked, white, nameless, historical women with writhing, objectified, naked, nameless, 21st-century women of all colours (as they are 40 seconds later, when they’re lying like logs on the steps) doesn’t seem a great leap forward to me.

The Carters – Apeshit

Portrait of Madame Récamier

The Carters – Apeshit

One of the most potent moments is the image of the reclining Madame Recamier. Painted in the 1800s, it shows a rich wife in neo-classical garb reclining on a couch. Beyonce adds what is not in the picture but would have been: two black dancers posing as servants, in head-wraps, still and docile, at the woman’s feet; the silent, unremembered and invisible labour behind the woman’s wealth and finery. Indeed, Apeshit is partly a reminder of all the non-white faces that have been erased from history or dropped in tokenistically to add a bit of exotic colour.

The Raft of the Medusa

The Raft of the Medusa (Le Radeau de la M duse), 1818-1819. Found in the collection of the Louvre, Paris.The Raft of the Medusa (Le Radeau de la M duse), 1818-1819. Artist: G ricault, Th odore (1791-1824) (Photo by Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images) survival|G ricault|Th odore M duse|M duse

The aftermath of colonialism and slavery, and the ongoing scandal of the refugee crisis, is beautifully referenced in a shot of The Raft of the Medusa as Jay-Z sings: “Can’t believe we made it.” The Raft is an image of enslaved and subjugated people who have lost all hope but that of life; luckily for Beyoncé and Mister Beyoncé they are now “living lavish” on top of that.

Portrait D’Une Négresse

The Carters – Apeshit

But how far have we come? Apeshit rounds off with the Portrait D’Une Négresse, whose sardonic look implies that plus ca change, plus c’est la meme chose. She and so many other women of colour have seen it all before, and the pace of change is painfully slow. Painted six years after the abolition of slavery, this woman is given a painting of her own – but remains nameless and inert, with one breast out for everyone to ogle.

Voir de même:

The Power and Paradox of Beyoncé and Jay-Z Taking Over the Louvre

Doreen St. Félix

The NewYorker

June 19, 2018

In 2014, Beyoncé, Jay-Z, and their first daughter, Blue Ivy, went to the Louvre. It was a private tour, conducted on a Tuesday, the day the museum is closed to the public. (“Louvre Us Alone!” TMZ’s headline read.) The couple, both art lovers, documented the visit with a series of touristy selfies—re-creating the poses of the Hellenic statues around them—and sweet, staged candids, one of which showed the two swinging their daughter at the base of the Daru staircase, which leads to the Winged Victory of Samothrace. The most widely shared photograph showed Jay-Z and Beyoncé flanking the “Mona Lisa,” approximating her elusive expression. It was a playful dispatch from a marriage; were it not for the lack of crowds, the Carters might have seemed like any other giddy American family.

They aren’t. The music video for “Apeshit,” a song from “Everything Is Love,” their new joint album, finds Jay-Z and Beyoncé back in the Louvre, but much has changed since their visit in 2014. The album, which the couple surprise-released on Saturday, during their “On the Run II Tour,” completes a meditative trilogy about infidelity and forgiveness. The previous two installments, Beyoncé’s “Lemonade” and Jay-Z’s “4:44,” were labors of gut-wrenching introspection, chronicling the crisis in the couple’s marriage after Jay-Z’s admissions of cheating. “Everything Is Love,” by contrast, is slick and effervescent, triumphant, a return to the outlaw motif that the couple embraced years before. The storm has been weathered, Beyoncé and Jay-Z want us to know, and it has made their unit stronger. To celebrate, and to make ostentatiously official their consolidation of power, they’ve returned to the Louvre, not as tourists but as bosses.

The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again.

In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them.

In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve.

The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite.

But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them.

In 2014, Beyoncé, Jay-Z, and their first daughter, Blue Ivy, went to the Louvre. It was a private tour, conducted on a Tuesday, the day the museum is closed to the public. (“Louvre Us Alone!” TMZ’s headline read.) The couple, both art lovers, documented the visit with a series of touristy selfies—re-creating the poses of the Hellenic statues around them—and sweet, staged candids, one of which showed the two swinging their daughter at the base of the Daru staircase, which leads to the Winged Victory of Samothrace. The most widely shared photograph showed Jay-Z and Beyoncé flanking the “Mona Lisa,” approximating her elusive expression. It was a playful dispatch from a marriage; were it not for the lack of crowds, the Carters might have seemed like any other giddy American family.

They aren’t. The music video for “Apeshit,” a song from “Everything Is Love,” their new joint album, finds Jay-Z and Beyoncé back in the Louvre, but much has changed since their visit in 2014. The album, which the couple surprise-released on Saturday, during their “On the Run II Tour,” completes a meditative trilogy about infidelity and forgiveness. The previous two installments, Beyoncé’s “Lemonade” and Jay-Z’s “4:44,” were labors of gut-wrenching introspection, chronicling the crisis in the couple’s marriage after Jay-Z’s admissions of cheating. “Everything Is Love,” by contrast, is slick and effervescent, triumphant, a return to the outlaw motif that the couple embraced years before. The storm has been weathered, Beyoncé and Jay-Z want us to know, and it has made their unit stronger. To celebrate, and to make ostentatiously official their consolidation of power, they’ve returned to the Louvre, not as tourists but as bosses.

The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again.

In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them.

In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve.

The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite.

But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them.

Voir encore:

Apeshit has sparked an overdue conversation about blackness in art institutions

Beyoncé and Jay Z’s first single from their new album has already been heralded as a potential marketing tool for largely white art museums

Kuba Shand-Baptiste

The Pool

18.06.18

There’s a lot that can be said about Everything Is Love, Beyoncé and Jay Z’s latest highly anticipated joint project and fans have wasted no time in sharing conspiracy theories and wild analyses about the power couple’s latest effort since it dropped on Saturday evening. But perhaps the most interesting observation to have emerged over the last few days came from Black Blossoms, a platform dedicated to amplifying black womanhood in the art world.

Offering their own astute observations on Apeshit, the first single from the album, Black Blossoms tweeted about the video’s capacity to dramatically shift museums’ marketing approach towards the black community.

In a tweet accompanied by a screenshot from the video, in which the couple sit stoically before Jacques Louis David’s The Intervention of the Sabine Women, Black Blossoms said:

“Beyoncé is helping museums increase their Black Audiences… any smart person in museum marketing team would see the opp and act quickly and correctly… #APESHIT”

Examine the video closely – which, in keeping with the couple’s iconic status, was filmed in the Louvre, an institution that boasts an overwhelmingly white art collection – and it’s easy to see their point. From the off, shots of Beyoncé, Jay Z and the rest of the entirely black cast of dancers from the Ricky Saiz-directed video serve as responses to well-known pieces in the art canon.

Almost obstructing the famous works behind them, kneeling, swaying and smiling in the process, black bodies directly challenge the limited portrayals of blackness that we’re used to seeing in museums and force us to take in an entirely new narrative, one that shies away from respectability and fosters an (often intensely capitalist) sense of the many virtues of blackness.

There is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums

In a clear challenge to celebrations of colonial rule and wealth, for example, we see a shot of a defiant Beyoncé dancing in formation against the backdrop of Jacques Louis David’s extravagant painting, The Coronation Of Napoleon. Here, Napoleon’s legacy and, by extension, David’s art is forced to take a backseat, making way instead for an indisputably black celebration of womanhood and Beyoncé’s own lavishness in the process. And with a nod to one of the most consistent themes of the album – black love – there are also shots of black couples embracing, as well as modern takes on Marie-Guillemine Benoist’s Portrait of a Negress, the only painting in the video that doesn’t depict a black subject as a slave.

With the usual meticulous precision that fans are used to seeing in projects from the duo, Beyoncé and Jay Z have, as Black Blossoms observed, carved their own artistic standards as black artists, rather than playing into definitions of success as outlined by the white status quo.

Conversations about the lack of inclusion in art museums have long raged on, inspiring important, but typically short-lived, appeals to black people every once in a while. But rarely, as Black Blossoms said, do they extend beyond one-off lates and exhibitions.

In a 2015/16 study of adults visiting museums in the UK, for example, black people were the least likely to have visited a museum in the past year, compared with white and Asian visitors. And, when collections do not focus solely on European art, curators of African art in larger institutions are typically white.

“Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? – Why museums need to encourage dialogue in gallery spaces and not just at lates because silence is more [intimidating] than the audience going ‘apeshit’ over an exhibition that touches their soul,” Black Blossoms´ tweeted.

And they’re right. Just as Beyoncé and Jay Z have demonstrated, there is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums. By occupying what looks like the entirety of the Louvre, Beyoncé and Jay Z have made a clear a statement as any about the importance of taking up space in typically white institutions – institutions that, evidently, could learn a thing or two from them.

Voir de plus:

Géricault, reporter du naufrage de « La Méduse »

Une exposition fait le point sur la genèse d’un des tableaux les plus politiques et polémiques du XIXe siècle.

Philippe Dagen

16 juillet 2012 

Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large des côtes sénégalaises à la suite d’une erreur de navigation. Elle a près de 400 personnes à son bord – l’équipage, des fonctionnaires et deux compagnies de soldats. La Méduse fait partie d’une flottille envoyée de France au Sénégal pour y affirmer l’autorité du roi Louis XVIII. Les soldats sont des anciens des troupes napoléoniennes dont la monarchie cherche à se débarrasser par ce moyen. Le coupable du naufrage est le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’a obtenu ce commandement que parce qu’il est un émigré royaliste. Quand il monte à bord de La Méduse, il n’a plus navigué depuis vingt-cinq ans.Après avoir essayé de remettre à flot le navire, il est décidé de l’abandonner et de construire un radeau, les canots étant trop peu nombreux pour la foule des passagers. Le 5 juillet, les chaloupes, où sont les officiers et les fonctionnaires, et le radeau prennent la mer, les chaloupes étant censées remorquer le radeau. Très vite, Chaumareys ordonne de couper les cordes, abandonnant les 147 personnes entassées dessus. Pour cela et l’ensemble de ses fautes, il sera jugé en cour martiale en 1817, condamné à la prison et déchu de son grade et de ses décorations. Du 6 au 17 juillet, le radeau dérive. Quand L’Argus, autre navire de la flottille, le retrouve, il reste quinze survivants, dont cinq meurent dans les jours qui suivent. Entre-temps, les chaloupes ont atteint Saint-Louis du Sénégal sans peine.CANNIBALISMESur le naufrage et sur ce qui s’est passé sur le radeau, deux rescapés, l’ingénieur-géographe Corréard et le chirurgien Savigny, publient, dès novembre 1817, un récit, réédité en 1818. On y apprend non seulement l’incompétence et la lâcheté de Chaumareys, mais aussi les combats sur le radeau entre hommes ivres et terrorisés. Le 9 juillet, il ne reste déjà plus qu’une trentaine de survivants. Le 13, ils jettent à la mer les malades et les blessés, dont la cantinière, une femme noire. Dès le 7 juillet, il a fallu recourir au cannibalisme pour se nourrir.On peut imaginer l’effet de ce livre, les implications politiques, l’émoi de l’opinion publique. Des gravures du drame circulent vite, et le Théâtre de la Porte-Saint-Martin en fait un mélodrame, joué en avril 1819. Le 25 août 1819, s’ouvre le Salon. Une toile, dont le titre a été censuré, suscite le scandale : Le Radeau de La Méduse, de Théodore Géricault, évidemment – « un jeune homme« , écrit la critique, car il a 28 ans. Depuis, elle est demeurée au premier plan de l’histoire, au point même que l’on oublie trop souvent que Géricault est l’auteur d’autres chefs-d’oeuvre, un portraitiste et un dessinateur de premier ordre.
UNE ŒUVRE POLITIQUE ET UN MESSAGE CONTRE L’ESCLAVAGE
De même que l’on connaît le détail des événements, on connaît celui de la genèse de la peinture. C’est elle que retrace l’exposition actuelle, en une cinquantaine de dessins et d’études peintes. Pourquoi au Musée de Clermont-Ferrand ? Parce qu’y a été retrouvé récemment dans ses réserves un portrait d’homme, attribué à Géricault par Bruno Chenique, spécialiste de l’artiste et auteur de l’exposition. Celle-ci traite successivement de la composition, des travaux préparatoires pour les nus et leurs postures expressives, des études de visages et de celles que Géricault a consacrées à la décomposition des corps en peignant sur le motif des fragments anatomiques qui lui étaient donnés par l’hôpital Beaujon.Sans hésiter longtemps, il choisit un moment décisif du récit de Corréard et Savigny, l’approche de l’Argus. Ce n’est pas le plus tragique, puisqu’il aurait pu peindre le carnage sur le radeau, les blessés jetés à la mer ou les scènes de cannibalisme. Il ne le fait pas parce que, dans ce cas, son oeuvre n’aurait pas été exposée au Salon, pour des raisons de décence. Mais il introduit des détails explicites, armes abandonnées, corps mutilés, plaies mal pansées. En attirant l’attention sur eux, l’exposition incite à une compréhension plus complète de tout ce qui constitue l’oeuvre, aussi bien du point de vue artistique que du point de vue politique et moral.Les dessins de musculatures d’après modèle confirment ce qui est flagrant au Louvre : Géricault se mesure en toute simplicité à Michel-Ange et démontre, face à l’hégémonie de David et du néoclassicisme, qu’il n’est pas obligatoire d’aller prendre dans l’histoire grecque et romaine ou dans la Bible des sujets héroïques et tragiques. Le présent en propose qu’il faut avoir l’audace de saisir et de porter aux dimensions d’une très grande toile. Delacroix et Manet s’en sont souvenus – Delacroix qui, du reste, pose pour l’un des naufragés.Autre remarque : Géricault place trois figures d’hommes noirs sur le radeau – et la cantinière jetée à l’eau -, alors qu’il n’y en avait en réalité qu’un seul. Cette décision est liée à la lutte contre la traite des Noirs, qui se pratique toujours alors en dépit de son interdiction supposée. La lecture politique en est précisée. On sait en effet que le Radeau est une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais moins qu’elle est aussi une dénonciation de l’esclavage.L’analyse et la démonstration sont donc efficaces et précises. Sans doute pour qu’elles le soient encore plus, les oeuvres sont prises dans un réseau dense de textes muraux et une scénographie très visible. Trop, beaucoup trop : cette insistance, cette indiscrétion, ces supports dessinés comme des « sucettes » pour affichage publicitaire gênent le regard et le distraient. Il est dommage qu’un projet dont la qualité scientifique et didactique est si certaine souffre d’une aussi vilaine présentation.


Géricault, au cœur de la création romantique. Etudes pour « Le Radeau de la Méduse »,Musée d’art Roger-Quilliot, place Louis-Deteix, Clermont-Ferrand (63). Tél. : 04-73-16-11-30. Du mardi au vendredi de 10 heures à 18 heures, samedi et dimanche de 10 heures à 12 heures et de 13 heures à 18 heures. Entrée : 5 €. Jusqu’au 2 septembre.

Voir par ailleurs:

Top sign of an art bubble? Jay Z raps about Warhol

Plenty of economists, art dealers and collectors have warned of an art bubble over the past year. But there is one sure sign that the art market is overdone: Jay Z is now rapping about Warhol, Basquiat and Art Basel.

“It ain’t hard to tell
I’m the new Jean-Michel
Surrounded by Warhols
My whole team ball
Twin Bugattis outside
Art Basel ”

Market guru James Grant quotes Jay Z’s “Picasso Baby” in his latest Grant’s Interest Rate Observer, arguing that prices in the contemporary art market may not be justified by long-term value. While well-hyped artists like Jeff Koons, Damien Hirst and Jean-Michel Basquiat are fetching eight-digit prices, it’s unclear whether their work will withstand the test of time, art critics and museums.

It’s hard to tell, for instance, whether one of Koons’ famous pieces, “New Hoover”—four vacuum cleaners in an acrylic case —will be valued as a work of genius or “just another vacuum cleaner,” Grant said.

“Modern art is valued in terms of modern money,” he wrote. The Fed’s low-interest-rate policies have driven the wealthy increasingly to collectibles of all kinds, including art, cars and jewels. “Miniature interest rates have reduced the opportunity cost of investing in any kind of nonyielding asset.”

And while Koons and Basquiat are hot now, they might end up like the English portraits of the early 19th century, whose frenzied boom was followed by a spectacular bust. Prices never recovered.

So how can a smart investor play the collectible game without getting sucked into the Koons hype?

Grant suggests buying historical documents: letters from Abraham Lincoln, bills signed by Thomas Jefferson and even public credit reports from Alexander Hamilton. Of course, prices for historical documents have soared along with art.

And a yellowed letter doesn’t look as good over the mansion mantelpiece than a Hirst or Barnett Newman. But the names Jefferson and Lincoln may be more likely to hold up over time.

“Sell Newman, we say, and Jeff Koons, too: buy the Founding Fathers and—as far as that goes—Abraham Lincoln,” Grant writes.

Voir aussi:

June 19, 2018

Beyoncé and Jay Z stunned the world on June 16 when they dropped their epic new joint album, Everything Is Love and the music video for the track, “Apesh-t.”

The majestic video features the power couple — who are billed on the album simply as “The Carters” — in none other than the Louvre, where they flex on the Mona Lisa in pastel suits and throw a dance party in front of the Great Sphinx of Tanis. Plus, if you were ever unsure that you needed Queen Bey to tell you that she needs to be paid in “equity” while reclining in front of the Winged Victory of Samothrace, consider this video all the confirmation that you’ll ever need.

Because the Carters had the entire Louvre and its incredible art collection at their disposal, it should come as no surprise that some of the world’s most prized artwork and the museum space plays a major role in the video.


Grievance studies: Quelle folie identitaire ? (As it leaks into other fields like education, social work, media, psychology and sociology, corrupt scholarship undermines the legitimacy and reputations of universities, skews politics, drowns out needed conversations and pushes the culture war to ever more toxic and existential polarization, US researchers warn)

6 octobre, 2018
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’entends des voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Manifeste contre le séparatisme islamique
Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance… Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable. « Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille. La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond. (…) Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État. Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. Ivan Rioufol
A la fin, Gérard Collomb a réalisé qu’il n’y arriverait pas ; que la situation sécuritaire de la France était telle que lui, le ministre, n’aurait pas la force de conduire ses troupes à cette dure bataille. En prime, à Lyon, une amorce de fronde à l’idée de son retour… Mais voici l’essentiel : chez les hauts cadres du ministère de l’Intérieur, chez les patrons et chefs syndicalistes de la police, chez les officiers supérieurs de la gendarmerie, la nuit-cauchemar de la victoire française en coupe du monde de foot, le 16 juillet passé, a servi de brutal révélateur ; a ouvert les yeux des plus naïfs partisans du vivre-ensemble. Oh bien sûr, le bon peuple est resté dans l’ignorance de ce que fut cette nuit chaotique. Au nom de la « diversité » et de l' »inclusion », les médias des milliardaires et les radios du « service public » ont, tant qu’ils l’ont pu, préservé le « sacre de l’équipe de France ». « Quelques incidents à déplorer…des débordements et dégradations… La fête a mal tourné… Des gestes festifs ont parfois dérivé…  » : ce soir là, euphémismes et propos édulcorants ont inondé ces médias. Mais sur le terrain, une « ambiance bon enfant », vraiment ? A Lyon, Paris, Caen, Marseille, Rouen, Grenoble, Chambéry, Aix-Les-Bains, Nice Vallauris, Menton, Toulouse, Caen, Honfleur, Mulhouse, Strasbourg, Saint-Louis, Nantes, Lille, etc., des bandes déchainées brûlent des voitures par dizaines, « sèment la désolation », transforment les centres de vingt villes en « zones de guerres ». Les racailles assaillent les policiers, agressent des filles et frappent celles qui résistent, incendient des boutiques et des commissariats au Cocktail-Molotov. Un magistrat lyonnais dénonce une « véritable guérilla urbaine ». Des fêtards sont dévalisés ou lynchés dans les rues, des boutiques pillées, du mobilier urbain détruit. Les Champs-Elysées semblent avoir subi un tsunami. En plein tumulte criminel, les pompiers et les Samu passent une nuit d’enfer, leurs véhicules de secours aux victimes parfois hors d’usage. Des journalistes filmant l’émeute sont roués de coup et finissent aux urgences. Et le football là dedans ? Les émeutiers s’en balancent, bien sûr : ce sont pour l’essentiel les mêmes qui, au stade, sifflent l’équipe de France et le drapeau français. Pour eux, le plaisir est dans l’émeute, la force de la bande – montrer qui domine le territoire ; d’ineptes sociologues osant encore parler de « violences gratuites », quand la plupart des interpellés sont  » déjà connus de la justice pour vols, violences sur dépositaires de l’ordre public, dégradations de véhicules, etc. » Cette nuit là, tous les responsables de la sécurité publique de France – ministre en tête – réalisent que les réformettes genre « police de proximité » vont à l’échec. Regardons la liste des « quartiers de reconquête républicaine de 2018-2019 » : en région parisienne, c’est une litanie des pires coupe-gorge défrayant la chronique criminelle depuis des décennies : Sarcelles-Lochères… La Dame-Blanche à Garges-les-Gonesse… Le Luth à Gennevilliers… Les Hauts d’Asnières… Le Gros-Saule à Aulnay… Les Beaudottes à Sevran… La ZSP-Torcy… Le Cours du Luzard à Noisiel… les Merisiers à Trappes… Le Bois-L’Abbé et les Mordacs à Champigny… Les Tarterêts à Corbeil… Paris-La Chapelle… Des sites-cauchemar de la « Politique de la Ville », mi-Cours des miracles, mi-Pistes Ho-chi-Minh, d’où l’ordre républicain s’est évanoui depuis parfois un demi-siècle ; où notoirement, des gangs criminels font la loi ; où des policiers et pompiers, attirés dans des embuscades, sont lynchés plus souvent qu’à leur tour. Or sans moyens massifs, la « police de sécurité du quotidien » du ministère de l’intérieur n’est qu’un risible cache-misère : saupoudrage de policiers, effilochés dans le temps… constant usage du « déshabiller Pierre pour habiller Paul »… Des gadgets high-tech (des tablettes) pour abolir un enracinement criminel de parfois cinquante ans…. Ce, quand un récent rapport sénatorial dénonce le profond malaise de forces de sécurité intérieure, démotivées et découragées. Déclassement, dénuement matériel, véhicules et parc immobilier « en état critique » : voilà l’armée de l’Intérieur censée – sans rire – « construire une société rassemblée et apaisée ». Mais le quotidien des flics du terrain, c’est plutôt « une policière tabassée devant sa fille de trois ans par un dealer et son frère » – et une préoccupante vague de suicides. Coup de grâce : Le 30 septembre, le président Macron donne un entretien d’une page et demie au Journal du Dimanche. « Face à la tempête »… mais pas une seule fois, un seul mot sur la sécurité ou quoi que ce soit d’approchant. Vous êtes ministre de l’Intérieur et votre président oblitère totalement la sécurité comme problème national majeur. Alors vous lâchez la rampe. Et laissez votre successeur – et le président – devant les décombres. Xavier Raufer
Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie. Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris. (…)  Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane. Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive. Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %. (…) L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. (…) La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans. (…)  L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam. (…) Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation. (…) Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision. En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste! Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister… (…) l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui. (…) les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. (…) En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu. (…) La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir. (…) Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église? Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. (…) la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique. (…) Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble». Yves Mamou
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit tra- vailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
We spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt. (…) Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”). (…) Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson reco