Identités: Cachez cette loi commune que je ne saurai voir ! (Will the new religion of social justice, identity politics and intersectionality help reelect America’s most unpolitically correct president ?)

25 octobre, 2019

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Political Cartoons by Bob Gorrell
Ce sera pour vous (…) une loi perpétuelle. Lévitique 16: 31
A la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel.  Jésus (Matthieu 22: 30)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevé vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. Henri Lacordaire (52e conférence de Notre-Dame, 16 avril 1848)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous devons reconnaître le caractère révolutionnaire de la pensée paulinienne. Paul marquera profondément l’histoire de l’Occident en fondant un nouveau type de communauté que ne connaissaient ni le judaïsme ni le monde gréco-romain. La société qui se construit ainsi est marquée à la fois par son universalisme – elle est ouverte à tous – et par son pluralisme – elle n’abolit pas les différences entre les personnes, mais considère que ces différences ne créent pas de hiérarchie devant Dieu. L’Antiquité n’a jamais connu de société qui combine d’une telle façon l’universalisme et le pluralisme, l’ouverture à tous et la particularité de chacun. Le type de communauté que fonde Paul se démarque à la foi de l’universalisme centralisateur (empire romain) et du pluralisme discriminatoire (synagogue). Le Dieu de Paul est le Dieu de tous et de chacun. Daniel Marguerat
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Plus les femmes deviennent fortes, plus les hommes aiment le football. Mariah Burton Nelson (1994)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
The real core of the feminist vision, its revolutionary kernel if you will, has to do with the abolition of all sex roles – that is, an absolute transformation of human sexuality and the institutions derived from it. In this work, no part of the male sexual model can possibly apply. Equality within the framework of the male sexual model, however that model is reformed or modified, can only perpetuate the model itself and the injustice and bondage which are its intrinsic consequences. I suggest to you that transformation of the male sexual model under which we now all labor and « love » begins where there is a congruence, not a separation, a congruence of feeling and erotic interest; that it begins in what we do know about female sexuality as distinct from male – clitoral touch and sensitivity, multiple orgasms, erotic sensitivity all over the body (which needn’t – and shouldn’t – be localized or contained genitally), in tenderness, in self-respect and in absolute mutual respect. For men I suspect that this transformation begins in the place they most dread – that is, in a limp penis. I think that men will have to give up their precious erections and begin to make love as women do together. I am saying that men will have to renounce their phallocentric personalities, and the privileges and powers given to them at birth as a consequence of their anatomy, that they will have to excise everything in them that they now value as distinctively « male. » No reform, or matching of orgasms, will accomplish this. Andrea Dworkin (Our Blood: Prophecies and Discourses on Sexual Politics, 1976)
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. Pierre Bergé
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. Clément Rosset
G. K. Chesterton (…) insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. (…) L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés. (…) En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme. Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir. (…) Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture. [ce refus de la continuité] provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer. (…) L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ? (…) l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain. (…) Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité. L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine. [l’athéisme] Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffit de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffit de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme. En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !” Rémi Brague
51% of Americans think the First Amendment is outdated and should be rewritten. The First Amendment protects your right to free speech, free assembly, and freedom of religion, among other things. 48% believe “hate speech” should be illegal. (“Hate speech” is not defined—we left it up to the individual participant.) Of those, about half think the punishment for “hate speech” should include possible jail time, while the rest think it should just be a ticket and a fine. 80% don’t actually know what the First Amendment really protects. Those polled believed this statement is true: “The First Amendment allows anyone to say their opinion no matter what, and they are protected by law from any consequences of saying those thoughts or opinions.” It’s actually not true. The First Amendment prevents the government from punishing you for your speech (with exceptions such as yelling “fire” in a crowded area to induce panic). But more broadly, freedom of speech does not mean you are protected from social consequences for your speech. You may have the right to say something extreme or hateful and not get thrown in jail, but others in society have the right to shun you. What explains these results? We believe there are at least two factors at play. One is the obvious polarization of politics and the media. While many who identify as conservative may dislike the reporting of CNN and would likely favor sanctions for “fake news,” many progressives or liberals may feel the same way towards Fox News. Second, we hear much about “hate speech.” Although the term is never defined, most agree that it should be opposed, rebuked, and criticized. But should it be punished by the government? If the government is in charge of determining what is hate speech, then it inevitably becomes political—a weapon that can be used to punish people on the other side of an issue. Campaign for free speech
Il existe en effet des enjeux qui ne peuvent être traités sous l’empire du «en même temps». Et la laïcité en fait partie! Sur l’immense majorité des sujets, on peut prendre «en même temps» des mesures de droite et de gauche: sur la fiscalité, sur la politique sociale… Mais il existe des enjeux politiques fondamentaux sur lesquels c’est impossible. Sur ce sujet, on ne peut pas être «en même temps» d’accord avec Aurélien Taché et Jean-Louis Bianco d’un côté, et de l’autre avec Marlène Schiappa ou Jean-Michel Blanquer par exemple, il faut choisir une vision, une orientation. Le chef de l’État sait parfaitement que la laïcité ne se résume pas à la loi de 1905. Le principe avant même le mot trouve son origine pendant la Révolution française et prend toute sa force au moment de la fondation de l’école publique dans les années 1880. La laïcité ne renvoie pas seulement à la liberté de conscience et de culte (article 1er de la loi de 1905) et à la séparation des Églises et de l’État (prévue à l’article 2 et organisée par les articles suivants) ; il ne s’agit pas uniquement de principes juridiques mais aussi de garanties politiques. La laïcité est le pilier de l’identité collective française contemporaine: elle organise notre rapport à la liberté et à l’égalité, et elle contribue à définir notre citoyenneté, notre commun. Or Emmanuel Macron ne répond pas aux interrogations qui traversent aujourd’hui la société française de manière architectonique sur tous ces enjeux. Comme s’il les laissait délibérément de côté afin de ne pas avoir à trancher entre les grandes orientations possibles qui s’ordonnent autour d’interprétations divergentes de la laïcité. (…) Schématiquement, il y a d’un côté un courant que l’on peut qualifier de libéral, au sens contemporain du libéralisme globalisé d’origine américaine, tolérantiste et multiculturaliste, qu’incarne bien le député Aurélien Taché par exemple au sein de La République en Marche. Ce courant vise à faire entrer la laïcité française dans le moule de ce libéralisme aujourd’hui dominant. Dans cette perspective, l’idée fondamentale est que toutes les opinions, tous les choix individuels, sont légitimes dès lors qu’ils sont adoptés librement, c’est la liberté définie par «c’est mon choix». Ce qui donne une laïcité réduite à son principe de liberté comme droit, sans responsabilité ni devoir collectifs. C’est une laïcité individualiste sans élément permettant de construire le commun ; elle concerne l’individu et non le citoyen. Une telle conception est très éloignée de la laïcité telle qu’elle a été pensée et construite en France, elle ne mérite d’ailleurs pas le nom de laïcité, c’est un usage abusif du terme qui est fait par ceux qui s’en réclament. (..) Au sens général, philosophique ou politique, la laïcité englobe toutes ces dimensions! Sur le plan cultuel, elle permet de répondre à de nombreuses questions: faut-il autoriser les processions ou les prières de rue, les crèches dans les mairies, les réunions publiques dans les lieux de culte, certains financements publics dans des lieux de culte?… C’est ce qu’on appelle la «police des cultes». Mais la laïcité, c’est aussi un enjeu culturel! Lorsque le chef de l’État déclarait, face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, que «le voile n’est pas conforme à la civilité dans notre pays», il reconnaissait que la laïcité dépasse la seule régulation des cultes, qu’elle touche à ce qui nous est commun, aux fondements de ce qui fait de nous des Français et non des Anglais, des Allemands ou des Américains. Il faut donc être à la fois extrêmement clair et précis sur un tel sujet. La confusion, c’est de dire que la laïcité se limiterait à une question purement juridique, et donc qu’on se refuse à l’invoquer dès lors qu’une pratique n’est pas interdite au sens strict par une loi. Outre que le droit n’est pas lui-même toujours parfaitement défini – les travaux sur les frontières et les zones grises en la matière de mes collègues juristes spécialistes de ce sujet, Gwénaèle Calvès ou Frédérique de la Morena l’ont bien montré -, la laïcité est aussi et sans doute même avant tout un principe philosophique et politique. Ce qui n’en fait pas pour autant une doctrine ou une idéologie, contrairement à ce qu’opposent régulièrement à ses partisans ceux qui voudraient en amoindrir la portée. Ainsi, lorsque l’on défend la laïcité comme élément fondamental de notre commun, on est vite accusé d’être un «laïcard», de vouloir s’en prendre aux religions dans l’espace public notamment, au nom de je ne sais quelle idée, comme si l’on voulait à tout prix renvoyer les laïques vers l’athéisme ou l’anticléricalisme, comme si l’on était un disciple d’Émile Combes! N’en déplaise à tous les tenants de la normalisation libérale que j’évoquais plus haut, on peut parfaitement être républicain et en faveur de la liberté la plus étendue possible, mais une liberté qui s’applique et concerne d’abord les citoyens, et non les individus. Une liberté qui permet d’organiser le corps social et non de le diviser voire de le dissoudre. (…) La laïcité est l’une des réponses possibles à cette préoccupation que l’on retrouve dans de nombreux contextes nationaux aujourd’hui, c’est la réponse française, celle de la politique de civilisation que nous avons choisie et que nous devons continuer de choisir, collectivement, entre citoyens. Elle s’est forgée tout au long de notre histoire, et elle forge notre identité commune. C’est elle qui permet de donner un sens à toutes nos différences, culturelles ou religieuses notamment, en laissant à chacun la plus grande liberté possible et en assurant la protection des citoyens vis-à-vis non seulement des empiétements toujours possibles de l’État mais aussi, on l’oublie souvent, des autres individus ou des communautés sur notre propre liberté, tout spécialement en matière religieuse. Ainsi, en matière religieuse, la neutralité de l’État sert-elle à nous protéger, en tant que citoyen, de l’État lui-même bien évidemment ; mais elle sert aussi et indissociablement à protéger chacun d’entre nous de nos coreligionnaires le cas échéant ou plus largement de toute croyance ou pratique que l’on voudrait nous imposer dans la société. La laïcité est une liberté publique. Dans les systèmes hérités du droit anglo-saxon, cette protection est laissée aux individus eux-mêmes, au fonctionnement de la société civile, et en particulier aux communautés religieuses qui y évoluent librement, on parle alors de liberté civile. Il s’agit de deux modèles, de deux manières différentes de comprendre la liberté. Or aujourd’hui, notre modèle français et républicain est très minoritaire parmi les démocraties occidentales et sous la pression à la fois des représentations culturelles venues des États-Unis et d’un droit d’inspiration anglo-saxonne. D’où l’attention permanente portée aux droits individuels, à la satisfaction des revendications identitaires promues par les représentants de «minorités» qui se définissent comme victimes de l’oppression majoritaire. Dans le cas de l’islam dans les pays occidentaux, cela conduit le plus souvent à une forme d’inversion du combat laïque: l’exigence que l’on applique au christianisme (religion majoritaire) n’est pas la même que celle que l’on applique à l’islam. Or pour un républicain laïc, tout le monde est citoyen avant d’être chrétien, musulman, juif, athée, etc., et les individus sont protégés comme citoyens, pas comme croyants. C’est ce point précis que les tenants d’une laïcité libérale telle que définie ci-dessus ne veulent pas voir ou ne veulent pas comprendre, par aveuglement ou par idéologie. C’est pourtant fondamental à l’âge identitaire si l’on veut continuer de construire du commun plutôt que de se recroqueviller sur telle ou telle de nos différences. Laurent Bouvet
Les questions d’identité collective (laïcité, place de l’Islam, immigration…) divisent profondément la majorité. Il sera très difficile au président de la République de clarifier la ligne en la matière. Il a en effet besoin de l’ensemble de sa majorité, composée de lignes irréconciliables sur ces questions, pour pouvoir continuer son action et évidemment être réélu en 2022. Le plus probable est donc qu’il tentera de ménager les contraires, de continuer une forme de «en même temps». Le problème est que sur ce type d’enjeux, il n’y a pas de « en même temps » qui tienne, en tout cas pas aux yeux de nos concitoyens. Précisément parce que ce sont des enjeux d’identité qui impliquent des conceptions essentielles de ce que nous sommes et de ce que nous voulons faire ensemble, comme Français. C’est le plus grand danger politique pour le chef de l’État qui a construit sa victoire à la présidentielle et sa majorité sans avoir à traiter de ces enjeux. Ceux qui l’ont rejoint, que ce soit par conviction ou par opportunisme, n’y ont pas plus prêté attention. Or on ne peut ignorer, politiquement, de telles questions. On vit aujourd’hui le retour du boomerang. (…) Qu’on pense simplement ici à l’inversion spectaculaire du principe de liberté qui consiste à dire que c’est le port du voile qui rend la femme libre! La responsabilité de tous ceux qui appuient ou corroborent cette inversion, à gauche, chez les féministes, parmi les intellectuels, dans les médias… est immense. Ils minent les fondements mêmes de notre société tels qu’ils ont été refondés avec les Lumières. Au nom d’une vision profondément biaisée de l’émancipation, qui serait réservée uniquement à certaines catégories de population eu égard à leurs identités d’origine, ils sapent la possibilité même d’une humanité commune. C’est cette démarche, essentialiste, identitaire, réductionniste… qui stigmatise et exclut les femmes musulmanes. Laurent Bouvet
Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou. Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.» Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé. Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste». J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée. Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques. Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation». Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée. Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron. Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment. Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel. Gilles William Goldnadel
Même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et inversement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de période jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français. Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop sensible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La police de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche. (…) À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump. (…) Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. (…) L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure. Seth Greenland
En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France). Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains. Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer, de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Laure Mandeville
Trump (…) n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple. (…) Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières à des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique. (…) Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses. (…) Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur. Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection. (…) La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé? En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême! Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal. (…) Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins! (…) Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle. (…) Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des quatre élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. (…) Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans. Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé… Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel. Laure Mandeville
La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne. Christopher Caldwell
La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ». (…) Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste. (…) Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personne avec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman. Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie. La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. » (…) On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires. Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse. Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016. (…) La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes. Bérénice Levet
Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit. En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste. L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine. (…) Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui, c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble. (…) Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentats mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin, il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation. (…) Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’est pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bien encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité, la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté, quand il attaque la virilité, l’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attentat se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un couteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encore du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont été arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman. (…) Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à Halle, si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solutions improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante. Bertrand Vergely
La distinction entre immigration légale et illégale doit tenir. Certaines personnes, qui prônent l’ouverture des frontières, demandent «quelle est la différence?» La réponse est «la loi». (…) C’est pourquoi je dis que si nous ne parvenons pas à maintenir nos lois et nos frontières maintenant, alors nous n’avons aucune chance de résister. (…) Tous ces phénomènes sont largement favorisés par les ONG «open borders», organisations dirigées par des gens qui sont de véritables extrémistes. Ils distribuent des informations aux migrants et aux migrants potentiels pour les aider à contourner les règles existantes et en leur expliquant comment rester définitivement en Europe. Ces ONG pensent que le monde ne devrait pas avoir de frontières. Que les frontières sont racistes. Que les frontières causent tous les problèmes du monde. Ils ont pris sur eux d’affaiblir les frontières de l’Europe. Les autorités italiennes ont pris un certain nombre d’ONG en flagrant délit de coopération actrive avec les réseaux de contrebande. Ces ONG ont été surprises au téléphone avec des contrebandiers, arrangeant les points de rencontre et retournant même les bateaux aux gangs. Qui a donné à ces groupes le droit de dicter l’avenir de notre continent? Qui leur a permis d’être nos arbitres de moralité? Ou de décider de notre avenir sociétal à court et à long terme?  Douglas Murray
The explanations for our existence that used to be provided by religion went first, falling away from the nineteenth century onwards. Then over the last century the secular hopes held out by all political ideologies began to follow in religion’s wake. In the latter part of the twentieth century we entered the postmodern era. An era which defined itself, and was defined, by its suspicion towards all grand narratives. However, as all schoolchildren learn, nature abhors a vacuum, and into the postmodern vacuum new ideas began to creep, with the intention of providing explanations and meanings of their own. Douglas Murray
Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté. Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes. Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes. Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants. (…) En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité, c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte. Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie. Michèle Tribalat
Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc. Christophe Guilluy
Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. Muriel Fabre-Magnan
Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre. (…) C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté. (…) Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ? (…) La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti. (…) Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit. Muriel Fabre-Magnan
C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui. (…) La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent. C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales. À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit. Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative. « Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ? L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre. Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris. Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même. Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ? C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu. « Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée. Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. (…) C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe. (…) On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique. Nathalie Heinich
L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique. La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre. (…) Certes (…) soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente. Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps. Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères. Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance. C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme derridien s’en donne ici à cœur joie (…) Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ». Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays. Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques, ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué. De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective: vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisserait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé. L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. » Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre. Nathalie Heinich

Légalisation, via le mariage pour tous et la PMA, du mensonge sur l’origine de nos enfants …

Résurrection, via la criminalisation –  jusque dans les écoles de nos enfants – du discours dit « de haine », des lois anti-blasphèmes les plus rétrogrades …

Demande, entre appels à la dénonciation et à l’ « effacement » (autrement dit au boycott), de modification du 1er amendement américain …

Persécution d’esthéticiennes refusant d’épiler le sexe masculin d’une femme transexuelle …

Sportifs transexuels raflant toutes les médailles dans les compétitions féminines ou potentiellement dangereux pour leurs adversaires  …

Mise à disposition de la castration chimique à des enfants de sept ans …

Remise en question, pour cause de non-parité stricte, des collections d’animaux des musées d’histoire naturelle

Cachez cette loi commune que je ne saurai voir !

En ces temps étranges …

Entre soupe alphabétique d’identités sexuelles ou raciales et immigration sauvage sur fond de terrorisme islamique

Du sansfrontiérisme le plus débridé …

Où malgré quelques avancées comme, véritable « mur de Trump payé par le Mexique« , la reprise du contrôle de leurs frontières par les autorités mexicaines …

Et de Hong Kong à l’Irak et au Liban ou à l’Amérique latine et avant l’Iran, le début de soulèvement des peuples contre leurs kleptocraties …

Se creuse la fracture, cinéma compris, entre gagnants de la mondialisation des grandes métropoles et perdants des zones périphériques …

Et  où la « plaisanterie de l’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » dont parlait René Girard

Nous plonge dans un ultra-christianisme anti-chrétien toujours plus caricatural …

Comment ne pas voir avec la sociologue Nathalie Heinich

L’aberration d’un déconstructionnisme sans limites …

Qui réduisant l’identité à de la pure illusion prétend la recréer à l’infini  …

Ou repérer avec la juriste Muriel Fabre-Magnan

Derrière la demande toujours plus grande de législation …

La réalité d’une dilution et d’un dévoiement de l’idée de liberté …

Qui ignorant la dimension protectrice du droit et des interdits …

Va jusqu’à basculer, via le prétendu droit à son renoncement, dans son retournement et sa propre négation ….

Et pourrait à nouveau réussir l’exploit de faire réélire l’an prochain …

L’un des présidents américains les plus politiquement incorrects ?

LES LIMITES DE L’IDENTITÉ
Nathalie Heinich
Nathalie Heinich est sociologue. Dernier ouvrage publié : Ce que n’est pas l’identité (Gallimard, 2018).› nathalie.heinich@ehess.fr
Revue des deux mondes
avril 2019

L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique.La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre (1).

La vulgate postmoderne

Certes, la critique postmoderne d’une conception substantialiste de l’identité (ou de « l’illusion essentialiste », comme l’a justement qualifiée le philosophe Pierre-André Taguieff (2)) s’appuie sur des constats qui ont leur part de vérité. Le premier constat est celui de la temporalité, qui soumet toute identité au changement, faisant d’elle non pas une « substance inaltérable » mais une « entité historique » (3): « L’identité n’est pas tant celle d’une substance que celle de la continuité des transforma-tions conduisant d’un stade au suivant » (4), expliquait le sociologue Norbert Elias. Et il ajoutait : « Il s’agit d’une continuité remémorée », ce qui nous renvoie au deuxième constat rendant illusoire la conception substantialiste, à savoir celui de sa dimension narrative, qui fait de l’iden-tité non un fait brut mais un « récit », selon le philosophe Paul Ricœur (5), ou encore une affaire de « réflexivité », selon le sociologue Anthony Giddens (6). Enfin, un troisième constat met à mal la croyance naïve en une réalité factuelle de l’identité, à savoir celui de sa pluralité, sa multiplicité, sa labilité (7). Ainsi le sociologue Erving Goffman a utilisé la métaphore de la barbe-à-papa : l’identité personnelle serait un « enregistrement unique et ininterrompu de faits sociaux qui vient s’attacher, s’entortiller, comme de la barbe-à-papa, comme une substance poisseuse à laquelle se collent sans cesse de nouveaux détails biographiques » (8). Bref, soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente.Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps (9). Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères (10). Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance.

C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique (11)), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme der-ridien s’en donne ici à cœur joie : « Dès qu’on entend le mot “genre”, dès qu’il paraît, dès qu’on tente de le penser, une limite se dessine. Et quand une limite vient à s’assigner, la norme et l’interdit ne se font pas attendre : “il faut”, “il ne faut pas”, dit le “genre”, le mot “genre”, la figure, la voix ou la loi du genre. (12) »Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ».

L’ignorance des représentations

Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays.Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques (13), ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué (14). De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective (15): vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme (16) ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisse-rait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé.L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. (17) »Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre.

1. Cet article reprend en les développant une partie des propositions présentées dans Nathalie Heinich, Ce que n’est pas l’identité, Gallimard, 2018.

2. « L’illusion essentialiste » consiste à « figer et réifier ce qui est intrinsèquement fluctuant, mouvant et diversifié » (Pierre-André Taguieff, « Être français : une évidence, un “je-ne-sais-quoi” et une énigme », Dogma. Revue de philosophie et de sciences humaines, mars 2016).

3. Vincent Descombes, Les Embarras de l’identité, Gallimard, 2013, p. 174.

4. Norbert Elias, Du temps (1984), Fayard, 1996, p. 53, note 1.

5. Cf. Paul Ricœur, Temps et récit, Seuil, 1984.

6. Cf. Anthony Giddens, Modernity and Self-Identity. Self and Society in the Late Modern Age, Polity Press, 1991.

7. Cf. notamment Alex Mucchielli, L’Identité, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1986, p. 7.

8. Erving Goffman, Stigmate (1963), Minuit, 1975, p. 74.

9. Cf. Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 62-63, juin 1986.

10. Cf. Nathalie Heinich, « Pour en finir avec “l’illusion” biographique », L’Homme, n° 195-196, juillet-décembre 2010 (repris dans Sortir des camps, sortir du silence, Les Impressions nouvelles, 2011).

11. Sur ce sophisme qui alimente malheureusement les tendances les plus naïves du féminisme et de la « théorie du genre », cf. Nathalie Heinich, Le Bêtisier du sociologue, Klincksieck, 2009.

12. Jacques Derrida, Parages, Galilée, 1986, p. 252.

13. Cf. notamment Élisabeth Badinter, XY. De l’identité masculine, Odile Jacob, 1992.

14. Cf. notamment Pierre Legendre, Sur la question dogmatique en Occident, Fayard, 1999 ; Jean-Pierre Lebrun, Un monde sans limites. Essai pour une clinique psychanalytique du social, Érès, 1997.

15. Cf. Pierre Nora, « Les avatars de l’identité française », Le Débat, n° 159, mars-avril 2010.

16. Idem, p. 18-19.17. Muriel Fabre-Magnan, L’Institution de la liberté, Presses universitaires de France, 2018, p 220.

Voir aussi:

Fabre-Magnan : l’interdit n’est pas l’ennemi de la liberté
Dans « L’Institution de la liberté », Muriel Fabre-Magnan critique le désir de faire reconnaître par le droit certaines pratiques individuelles. Entretien.
Propos recueillis par Gabriel Bouchaud
13/10/2018
Le Point
Muriel Fabre-Magnan est professeure de droit à l’université Paris-1.

Le Point : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ? La liberté telle qu’elle est garantie par le droit est-elle menacée ?

Muriel Fabre-Magnan : Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre.

La conception de ce qu’est la liberté a-t-elle beaucoup évolué dans les dernières décennies ? Y a-t-il une confusion dans les termes que l’on emploie à cause de cette évolution ?

C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté.

Vous citez le proverbe du renard libre dans le poulailler libre qui, sous couvert d’une liberté absolue de tous, garantit un retour de la loi du plus fort sur le plus faible…

Tout à fait. Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ?

Vous soulignez un écart entre l’encadrement de facto des pratiques sexuelles et la demande d’encadrement de ces pratiques. Le droit a-t-il cette vocation ?

La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti.

Pour vous, le droit doit-il plutôt représenter un horizon de ce que la société devrait être, à travers des garanties, ou encadrer ce qui existe déjà ?

Les deux aspects coexistent. Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit.

Voir également:

Christophe Guilluy: « NOTRE MODÈLE DE SOCIÉTÉ N’EST PLUS VIABLE »
Valérie Toranian
Revue des deux mondes
avril 2019

Il fut le premier à théoriser et à populariser le concept de France périphérique, cette France des classes populaires vivant à l’écart des grands centres urbains. Sans surprise, la cartographie de ces territoires délaissés par la République se superpose à celle des ronds-points envahis par les « gilets jaunes » depuis le 17 novembre 2018. L’auteur de No Society analyse les racines profondes de cette fracture française et interpelle les élites dirigeantes. Si rien ne bouge après le mouvement des « gilets jaunes », s’inquiète le géographe, « la tentation d’un totalitarisme soft » nous guette.

«Revue des Deux Mondes – Comment qualifier la séquence des « gilets jaunes » ? Est-ce une révolte, une révolution, une insurrection, une jacquerie ?

Christophe Guilluy J’essaye de ne pas voir dans un mouvement contemporain une résurgence d’un épisode du XIXe ou du XXe siècle. Nous ne sommes pas dans la révolution française, ni dans Mai 68, cela ne ressemble à aucun mouvement social connu. Le mouvement peuple contre élites. histoire d’une France brisée social classique se caractérise par un lien entre la classe populaire et la bourgeoisie, et par des relais au sein des milieux intellectuels et journalistiques. Les « gilets jaunes » sont en dehors des partis et des syn-dicats ; ils n’ont pas de représentant politique, intellectuel, culturel. Le mouvement naît après trente ans de ce que Christopher Lasch (1) a appelé la sécession des élites ; les classes populaires ont répondu par ce que je qualifie de marronage – « on va voir ailleurs ». Et ce « on va voir ailleurs » donne des mouvements non structurés, aux revendications tous azimuts. C’est toute la symbolique du « gilet jaune » : je veux être vu. Nous sommes dans une crise démocratique, intellectuelle et une crise de représentation : la scission du monde d’en haut a abouti à un assèchement de la pensée. Ces catégories populaires ne sont plus incarnées. J’ai parlé de France périphérique. Le concept n’a pas toujours été bien compris. Je suis géographe mais je ne crois pas au territoire. Un territoire ne veut rien dire ; ce qui compte, ce sont les personnes vivant sur ce territoire. Celui-ci peut changer du jour au lendemain si la population change. Il n’y a pas de déterminisme géographique, j’explique d’ailleurs exactement le contraire. Le concept a été élaboré à partir de travaux réalisés avec un autre géographe, Christophe Noyé ; nous repérions les espaces où vivaient les catégories modestes, c’est ce que nous avons appelé un indicateur de fragilité sociale : nous partions donc des personnes ; nous nous moquions de savoir si celles-ci vivaient à la campagne, dans une petite ville, dans une ville moyenne… la question était de repérer les territoires où il y avait une majorité de classes populaires : ouvriers, employés, « petites gens », paysans. Ce socle, potentiellement majoritaire, se situe aujourd’hui, le plus souvent, en dehors des grands centres urbains. Les quinze plus grandes métropoles représentent 40 % de la population comme en 1968, cela n’a pas changé. La recomposition sociale dans ces villes, elle, a changé : hier vous aviez dans Paris une composante populaire, avec des ouvriers, des « petites gens » ; tout cela s’est réduit comme peau de chagrin ; la partie populaire des grandes métropoles est désormais constituée par les quartiers « sensibles ».

Les grandes métropoles se caractérisent par leur dynamisme économique, c’est là que se concentre l’essentiel des richesses. Il y a donc une dimension économique, sociale, culturelle. Et une plus grande mobilité sociale, contrairement aux trois quarts des classes populaires dispersées dans la France périphérique. On le constate lors des plans sociaux : on demande aux salariés d’aller vivre dans un territoire où il y a de l’emploi – c’est ce qu’on avait dit aux femmes de Moulinex et aux « bonnets rouges ». Seulement quand vous êtes propriétaire d’une maison dans ces territoires-là, vous ne pouvez pas acheter ou louer à Paris, à Nantes ou à Toulouse. Les logiques foncières rendent l’accès à la ville très difficile et les gens ne veulent pas vivre dans les logements sociaux, là où se concentrent les populations immigrées. La France périphérique n’est pas une géographie ni une cartographie de la pauvreté : la France métropolitaine compte aussi des pauvres. Comme hier, la bourgeoisie instrumentalise la question de la pauvreté : la vieille bourgeoisie catholique redistribuait quelques subsides aux populations pauvres et niait le prolétariat ; aujourd’hui, la nouvelle bourgeoisie, ce que j’appelle la « bourgeoisie cool », met en avant banlieues et minorités et nie l’existence d’une France périphérique. Dans les deux cas, on oppose les classes populaires aux pauvres pour nier une question sociale majoritaire.

Revue des Deux Mondes – Vos détracteurs vous reprochent d’opposer la France périphérique des « petits Blancs » à la population issue de l’immigration, des quartiers populaires des métropoles, qui bénéficieraient de plus de subventions que la France périphérique. Les pouvoirs publics en ont-ils trop fait avec la politique de la ville et pas assez avec la France périphérique ?

Christophe Guilluy Je ne l’ai jamais dit ni écrit ! La France périphérique, dans laquelle se classent d’ailleurs les départements et territoires d’outre-mer, n’est pas exclusivement blanche. Il suffit de se balader en France pour le constater. Concernant les quartiers de la politique de la ville, on peut rappeler que les quartiers sensibles de petites et moyennes villes de la France périphérique sont plus pauvres que les quartiers de logements sociaux de Seine-Saint-Denis. Cela s’explique par le fait que le dynamisme économique y est beaucoup plus faible. Pourquoi autant d’attention aux banlieues des grandes villes ? Parce qu’elles se situent dans les grandes métropoles, là où vivent les élites, les prescripteurs d’opinion, là où est le business. On n’a pas intérêt à ce que ces territoires explosent. Aucun gouvernement de droite ou de gauche n’a remis en cause la politique de la ville. On ne peut réaliser un diagnostic objectif de la politique de la ville si l’on ne prend pas en compte le fait que ces quartiers sont devenus des sas : on y entre, on en sort. Dès qu’on a intégré le marché de l’emploi, on cherche à quitter les lieux. Ces populations partantes sont remplacées par des populations venues de l’extérieur, beaucoup plus précaires. En fait, il y a une instrumentalisation des questions autour de l’immigration alors que le sujet est consensuel dans la population : tout le monde souhaite la régulation des flux migratoires. Selon les sondages, 65 à 80 % des Français sont pour l’arrêt de l’immigration. Ces Français ne sont pas tous blancs ; ils sont aussi noirs, maghrébins, etc. Ces questions sont clivées non pas ethniquement mais socialement. La demande de régulation émane des « petits » Blancs, des « petits » Noirs, des « petits » Maghrébins, des « petits » musulmans. Elle est majoritaire en France, en Europe, aux États-Unis, en Algérie, au Maroc, en Israël. La question de la régulation s’impose. Elle est devenue idéologique, alors qu’elle ne pourra se traiter que sur des critères pragmatiques et réalistes. J’ai travaillé par le passé sur la question du logement social à Paris dans le XIXe arrondissement et c’est à cette occasion que j’ai développé le concept d’insécurité culturelle. Ma mission était de comprendre pourquoi les gens demandaient des changements d’attribution de logement alors qu’ils habitaient des quartiers où il n’y avait pas trop de violence ni trop de trafic de drogue. Toutes ces demandes émanaient d’immeubles dans lesquels il y avait eu un turnover important : les Blancs étaient déjà partis et à leur tour les populations maghrébines se trouvaient dans des situations d’insécurité culturelle par rapport à de nouvelles populations comme les Tchétchènes, etc. Ce qui n’a rien de scandaleux : on souhaite tous vivre dans des immeubles où tout ne change pas en permanence, dans lesquels on peut communiquer avec ses voisins et partager des valeurs communes. Cela n’interdit pas l’accueil, mais personne ne souhaite devenir minoritaire. C’est une question anthropologique : quand on est minoritaire, on dépend de la bienveillance de la majorité. J’avais travaillé sur les populations juives et leur déplacement en région pari-sienne dès les années deux mille. Je travaillais avec des gens de gauche et je pensais que dénoncer l’antisémitisme serait une évidence. Or pas du tout. On m’a sévèrement critiqué pour cela.

Revue des Deux Mondes – La société multiculturelle est-elle un échec ?

Christophe Guilluy La société multiculturelle, c’est la société où l’autre ne devient pas soi. À partir du moment où l’autre ne devient pas moi, la loi du nombre joue. Nous avons besoin de préserver un capital social et un capital culturel. C’est fondamental, quelles que soient votre origine et votre religion.Revue des Deux Mondes – Croyez-vous encore en l’efficacité du modèle républicain ?

Christophe Guilluy J’y ai longtemps cru. Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc.

Revue des Deux Mondes – Il y avait des radicaux. Et des antisémites comme Alain Soral et Dieudonné. Alain Finkielkraut a été agressé ver-balement par un antisémite…

Christophe Guilluy Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustra-tion mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beau-coup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche.

Revue des Deux Mondes – Les mouvements sociaux vont-ils devenir de plus en plus violents ?

Christophe Guilluy Le « gilet jaune » n’est pas un saint. Tous les mouvements sociaux dégénèrent et sont aujourd’hui violents. La question est l’instrumentalisation de la violence. Même si les gens la condamnent, ils l’instrumentalisent : elle attire les médias. Les barri-cades sur les Champs-Élysées ont fait la une du New York Times. Par ailleurs, ces mouvements n’ont plus rien à voir avec des mouvements sociaux traditionnels. L’idée de réunir le plus de personnes possible pour aller d’un point A à un point B afin d’obtenir quelque chose est com-plètement dépassée. On a un mouvement du XXIe siècle sans représen-tant, sans corps intermédiaires, sans revendications claires. Il vaut mieux mille manifestations de cent personnes qu’une manifestation de cent mille personnes à Paris.Revue des Deux Mondes – Marie Le Pen est-elle la candidate naturelle des « gilets jaunes » ?

Christophe Guilluy Une fraction importante ira vers le parti le plus en dehors du système, le plus ostracisé. C’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon perd : c’est un ancien sénateur, il fait partie du système. Tous les mouvements populistes sont structurés autour de la même sociologie : l’ancien socle de la classe moyenne occiden-tale (ouvriers, employés, petits indépendants…) et une même géo-graphie : en général, les zones les plus éloignées des grandes métro-poles mondialisées (zones rurales, petites villes, villes moyennes, en excluant évidemment la ville riche du coin). Il s’agit toujours de la même spirale : d’abord vous avez une désaffiliation, puis un marronnage, une abstention et/ou un vote populiste plus ou moins majoritaire. À chaque fois on retrouve les mêmes indicateurs : reléga-tion culturelle, éloignement des territoires, perte de pouvoir d’achat, parfois pauvreté. À chaque fois on retrouve les mêmes catégories : l’Allemagne périphérique se compose de l’ex-Allemagne de l’Est et des franges rurales en Bavière dans des régions riches. L’Italie péri-phérique, c’est le Mezzogiorno avec certaines franges rurales et de petites communes dans le Nord qui regroupent constamment les mêmes catégories. Ainsi, l’électorat de la Ligue du Nord se compose de petits indépendants mais aussi d’ouvriers et d’employés. Même chose en Suède : l’émergence des populistes suédois a été un choc dans ce pays, considéré comme le modèle absolu. Le vote d’extrême droite est pourtant très fort dans le nord du pays, dans le Sud rural et dans les petites villes désindustrialisées.
Revue des Deux Mondes – Certaines catégories, comme les retraités, qui étaient hostiles aux extrêmes pourraient-elles basculer ?
Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire par des gagnants du système, des retraités et une partie de la fonction publique. Ces deux catégories, qui représentaient le dernier socle de résistance à la tentation populiste, sont celles qu’il a le plus fragilisées économi-quement ! Les retraités ont fait le Brexit au Royaume-Uni parce que les pensions de retraite sont quasi nulles et que l’État-providence s’est effondré depuis les années quatre-vingt. La protection sociale n’existe pas. Quand vous n’avez rien à perdre, vous êtes prêt à faire basculer les choses.
Revue des Deux Mondes – Le statut des retraités en France est différent…
Christophe Guilluy Les retraités ont très longtemps été re la ti-vement protégés. La pension médiane est de 1 100 euros. Il faut mettre un bémol : le retraité de la Côte d’Azur n’est pas celui du fin fond de la Creuse. La hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) fragilisait des catégories modestes. Pour le pouvoir, c’était prendre un risque important. Le système tient grâce à ces catégories-là, surtout dans un pays qui vieillit. La droite grâce aux retraités, et la gauche grâce aux fonctionnaires. Ce sont les dernières catégories issues de la classe moyenne qui sont encore debout. Mais pour combien de temps ? Nous sommes dans un processus que j’appelle de sortie de la classe moyenne. C’est du temps long, cela a commencé avec les ouvriers (la désindustrialisation), puis les paysans, les employés, les petits indépendants, etc. et ce, en touchant à des territoires très différents : les zones industrielles du Nord et de l’Est, certaines zones rurales, puis les villes moyennes, avec la désertification commerciale…
Revue des Deux Mondes – Vous dites que la classe moyenne a dis-paru en tant que classe intégrée économiquement et référente culturellement…
Christophe Guilluy Auparavant, les partis politiques s’adressaient à elle. Ils la représentaient et portaient ses aspirations. Les intellectuels aussi s’adressaient à cette classe moyenne, dans laquelle on trouvait les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, des universitaires… Tout s’est rompu avec le modèle économique mondialisé : il y a désormais deux catégories d’emplois, très qualifiés et précaires, qui se retrouvent dans les grandes métropoles avec la population précaire et immigrée et les catégories supérieures. Ce qui disparaît, c’est la classe moyenne et ses emplois. C’est vrai à Paris comme à New York, à Milan ou à Stockholm. Le modèle mondialisé n’a plus besoin du socle représenté par la classe moyenne. On a une déconnexion entre l’économie et la société. C’est la première fois que cela arrive. Avant, l’économie fai-sait société : elle intégrait. Il y avait une logique vertueuse, avec une intégration politique. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La croissance au XXIe siècle est une croissance sans emploi, et s’il y a croissance de l’emploi, elle va se concentrer toujours dans les mêmes lieux. Elle ne bénéficie pas aux catégories populaires.
Revue des Deux Mondes – N’est-ce pas un peu facile et excessif d’accuser la mondialisation, le néolibéralisme et l’Europe de tous les maux ?
Christophe Guilluy Le débat pour ou contre la mondialisation est stupide, comme le débat pour ou contre le multiculturalisme. Les classes populaires ne sont pas contre la mondialisation, contre l’Europe. Aujourd’hui elles sont contre un modèle qui ne leur a pas été bénéfique, c’est différent.On a besoin des grandes métropoles, qui créent deux tiers du PIB, ce produit intérieur brut qui n’a cessé d’augmenter ces qua-rante-cinquante dernières années. Nous sommes de plus en plus riches. Si le modèle ne fonctionnait pas, on le changerait. La ques-tion est : comment faire société avec une économie qui divise de plus en plus, et qui ne permet pas d’intégrer les autres ? La mondialisation continuera à produire des inégalités, à renforcer les fractures géogra-phiques. Comment compenser ses effets négatifs ? Certains secteurs stratégiques essentiels ne doivent-ils pas être protégés ? On peut ima-giner des modèles mixtes. Il faut être pragmatique. Faire vivre des projets contradictoires, voilà les vertus essentielles de la démocratie. Le modèle actuel n’est plus viable. Ce qui émerge n’est pas le retour de l’ancien monde contre le nouveau – les « gilets jaunes », par leur sociologie, incarnent le nouveau monde. La question fondamentale qui se pose est : comment faire cohabiter tout le monde, soit par exemple, au Royaume-Uni, la City et les brexiters ? Car le Royaume-Uni, c’est bien la City et les brexiters, pas l’une contre les autres. Nous devons impérativement donner du pouvoir aux élus des terri-toires les plus fragilisés. On a fait le contraire avec la réforme territoriale : les pouvoirs se concentrent dans les grandes métropoles, qui sont déjà hégémoniques culturellement et économiquement.
Revue des Deux Mondes – Emmanuel Macron a fait appel aux maires. Sont-ils les bons interlocuteurs ?
Christophe Guilluy Oui, les maires ou les présidents de conseils départementaux. Je ne suis pas un nostalgique du département. Que l’on fasse disparaître les départements dans des espaces où se trouvent les grandes métropoles, comme le département du Rhône ou les départements franciliens, ne me choquerait pas. Je suis dans une logique pragmatique : nous avons des métropoles, profitons-en, supprimons ces départements et donnons à ces métropoles la politique sociale pour qu’elles gèrent elles-mêmes toute la politique de la ville. Cela permettrait de faire baisser la tension chez certains habitants ruraux, persuadés que l’on donne tout aux banlieues. On peut de cette façon imaginer des organisations différentes et souples. En revanche, sur les autres territoires, le département me semble assez pertinent : il favorise la connaissance des élus de leur territoire. Les présidents de conseils départementaux que j’ai rencontrés, qu’ils soient de droite ou de gauche, connaissent parfaitement leur terri-toire. Ils sont très bons, savent quelles sont les entreprises qui fonc-tionnent ou non, quelles sont les zones en difficulté, les populations au chômage, etc. Mais ils n’ont aucun pouvoir, aucune compétence économique. Le département est devenu un guichet social, avec le RSA (revenu de solidarité active) à payer, les dépendances pour les personnes âgées, etc. C’est illogique. Nous avons là des territoires qui doivent penser leur développement de manière souple et décentralisée. Qu’il y ait de l’emploi ou non dans cette France périphérique ne changera absolument rien au niveau du PIB. On gagnerait peut-être 0,1 % de PIB. En revanche, et c’est fondamental, cela fera société : les gens seront économiquement et culturellement intégrés.
Revue des Deux Mondes – Rien ne sera possible sans une recon-naissance culturelle de la classe moyenne, dites-vous. Par quoi cela passe-t-il ?
Christophe Guilluy Il faut penser la question du modèle d’intégra-tion. Les Américains, les Britanniques, les Scandinaves, les Allemands, qui ont tous des modèles différents, ont le même débat. Aucun modèle ne fonctionne. Toutes ces sociétés deviennent multiculturelles ; elles ont toutes fragilisé le socle de la classe moyenne. Vous ne pouvez pas avoir d’intégration et d’assimilation si les classes populaires et moyennes ne sont pas respectées culturellement. Hier, les gens qui arrivaient en France ne se disaient pas « je vais épouser le modèle assimilationniste républicain, celui des Lumières et de la révolution française ». L’intégration et l’assimilation fonctionnaient parce que l’immigré avait envie de ressembler à son voisin ouvrier ou employé dans son quartier. C’est la même chose aux États-Unis. L’American way of life n’était pas unique-ment porté par Hollywood, James Stewart ou New York. Il était porté par l’ouvrier américain. Quand cet ouvrier devient le looser culturel et économique, personne n’a envie de lui ressembler. Le modèle d’assimi-lation ne fonctionne plus. Le modèle, pour certains Français musul-mans, peut alors devenir celui d’un islam politique identitaire.
Revue des Deux Mondes – La question de l’islam politique n’est pas uniquement liée au facteur économique. Ne sous-estimez-vous pas la résurgence identitaire de l’islam au niveau mondial ?
Christophe Guilluy Hier, les valeurs de la République s’incar-naient dans un mode de vie : il était hors de question de porter un voile ou une kippa dans la rue ; ce n’était pas une loi, décidée d’en haut, cela ne se faisait tout simplement pas dans le quartier. Pas besoin de grands discours, ni même de pression sociale. On voulait partager des valeurs, être intégré économiquement, respecté culturellement… C’est fini. À partir des années quatre-vingt, nous avons commencé à basculer à la fois démographiquement et politiquement dans la société multiculturelle.
Revue des Deux Mondes – Au moment où la gauche « renonce au peuple » ?
Christophe Guilluy Oui, le basculement date de 1983 et depuis – et on ne le dit pas assez – les banlieues n’ont jamais participé à aucun mouvement social. Pire, aucun mouvement social n’a émergé des ban-lieues. C’est un fantasme complet. Il y a eu des émeutes, et c’est tout. SOS Racisme était une émanation du Parti socialiste, ce n’était pas quelque chose de spontané. L’intelligentsia a survalorisé la banlieue, la considérant comme un prolétariat de substitution ; elle pensait qu’un mouvement social émergerait, mais rien n’a eu lieu. Les gens ne se reconnaissent pas dans les mouvements sociaux qui sont ceux de la classe moyenne, ceux des catégories dénigrées.Revue des Deux Mondes – Se reconnaissent-ils dans des combats identitaires ?
Christophe Guilluy Oui, car il ne reste plus que cela. Une mani-festation cégétiste du 1er Mai est un truc de « beauf blanc » du point de vue de la banlieue, et non quelque chose censé vous représenter. La gauche en banlieue ne représente rien. Elle gagne les élections avec des taux d’abstention de 80 %. Les classes populaires se moquent é per-dument des représentations politiques et syndicales.Revue des Deux Mondes – Pourquoi Emmanuel Macron est-il détesté à ce point ?

Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire sur une image un peu subversive, il avait compris que le clivage gauche-droite était terminé. Il avait aussi compris que la classe moyenne, telle qu’elle existe aujourd’hui, allait disparaître. Seulement il n’est pas allé au bout ; il aurait dû penser contre lui-même, ne pas enfiler les chaussons du libé-ralisme le plus échevelé et encourager ce qui marche. Le pouvoir et les élites ont oublié les classes moyennes. Il est d’ailleurs frappant de remarquer à quel point le monde de la culture s’est relativement peu engagé en faveur des « gilets jaunes », à son début, avant les violences, alors qu’il fut le premier à se manifester en faveur de mouvements comme « Nuit debout ». Si ce monde ne prend pas au sérieux les catégories qui sont dans la rue aujourd’hui, eh bien les populistes qui jouent jusqu’à présent le jeu de la démocratie ne le joueront plus demain. Les réactions du monde d’en haut à l’égard des « gilets jaunes » m’effraient un peu. C’est la première fois dans l’histoire des mouvements sociaux, sauf erreur, que des intellectuels, des journalistes et des universitaires ont essayé de prou-ver à quel point ces gens finalement ne vivaient pas si mal : ils possédaient un écran plat, un smartphone, etc. Lorsqu’il y a des mouvements de cheminots, des manifestations de la CGT, se demande-t-on si le cheminot possède une grande télévision ou s’il part en vacances sur la Côte d’Azur ? Est-on allé dans le salon des émeutiers de banlieue ? On essaie de faire passer le message : « mais de quoi se plaignent-ils ? » Tout cela reflète quelque chose de plus profond, de manque de légitimation de ce peuple et de mépris de classe. Personne n’aurait osé faire un tel constat lors des émeutes en banlieue ou pendant les grèves de 1995.

Revue des Deux Mondes – La gauche a-t-elle une carte à jouer ?

Christophe Guilluy Le schéma gauche-droite est dépassé. Les individus sont sociaux et identitaires. La droite y voit un révélateur de la droitisation de la société. La gauche, elle, évoque un mouvement social. C’est stupide. Il n’y a pas de droitisation de la société française mais simplement des gens qui dressent un constat sur leur vie : cela va du pouvoir d’achat à l’immigration en passant par le culturel. C’est« notre modèle de société n’est plus viable  lun bloc. La demande est d’abord une demande d’intégration et de respect culturel : « j’existe, je veux continuer à exister ». Tout cela se diffuse aussi dans le champ culturel. Le Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu (2), a dit : « J’ai fait le roman de la France périphérique. »Revue des Deux Mondes – Le mouvement des « gilets jaunes » peut-il déboucher sur un mouvement comme 5 étoiles en Italie ?

Christophe Guilluy Le Mouvement 5 étoiles est plutôt sur la dimension sociale et la Ligue du Nord est plutôt sur la dimension culturelle et identitaire. C’est cette combinaison-là qui est gagnante. Je ne crois absolument pas au grand clash, au grand soir. Je crois au mouvement réel des sociétés, celui du plus grand nombre. La demande majoritaire est simple : un travail, une intégration économique – et non un revenu universel, les gens ne veulent pas la charité. Emmanuel Macron a émergé en six mois environ. Un Beppe Grillo français peut-il émerger dans le même laps de temps ? Tout est possible.

Revue des Deux Mondes – Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

Christophe Guilluy Je crois au soft power des classes populaires. Leurs demandes, parce qu’elles sont majoritaires, parce qu’elles repré-sentent la société elle-même, s’imposeront et fragiliseront intellectuel-lement le monde d’en face. Après le mouvement des « gilets jaunes », il va falloir bouger ou alors ce sera la tentation d’un totalitarisme soft. Soit on croit à la démocratie, soit on n’y croit pas. J’y crois encore. Le monde d’en haut va-t-il parvenir à faire sa révolution culturelle et intellectuelle ? Il ne s’agit pas de se faire hara-kiri, il s’agit de penser un peu contre soi-même. De toute façon, il n’a pas le choix. Le peuple n’a pas disparu.

1. Voir l’entretien avec Renaud Beauchard, « L’actualité de Christopher Lasch », dans ce même numéro, p. 56.

2. Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes sud, 2018.

Voir de plus:

Ce fléau du politiquement correct qui divise la gauche américaine
Laure Mandeville
Le Figaro
17 octobre 2019

En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France).

Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains.

Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer , de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Tocqueville et ses interactions locales entre citoyens, seule garantie d’une démocratie protégée « des errements de l’opinion publique », paraissent bien loin.

Voir encore:

Laure Mandeville: «En persistant à jouer la carte identitaire, les démocrates aident Trump»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – La fin de son mandat approchant, le président américain continue d’alimenter les polémiques. Laure Mandeville, grand reporter pour Le Figaro, analyse sa stratégie et ses chances de remporter à nouveau les élections présidentielles face à un camp démocrate divisé.

Alexandre Devecchio et Louise Darbon
2 août 2019

Laure Mandeville est grand reporter chargée des enquêtes sur l’Europe et les États-Unis au Figaro. Elle est l’auteur de Qui est vraiment Donald Trump? (Éditions des Équateurs, 2016)


FIGAROVOX.- Donald Trump a été très critiqué pour une série de déclarations jugées racistes. Il semble jouer avec la même rhétorique que lors des dernières élections, va-t-on revivre la même campagne qu’en 2016, sans renouveau dans le camp républicain?

Laure MANDEVILLE.- Comme disent les observateurs américains, Trump fera toujours du Trump! Il ne faut donc pas s’attendre à un changement de style, mais cela n’exclut pas les surprises qui font partie de l’arsenal politique du président américain. Depuis son entrée en politique en juin 2015, il n’a pas bougé d’un iota dans son comportement, multipliant les déclarations à l’emporte-pièce, et déclinant les mêmes thèmes dans un style qui a créé un véritable tremblement de terre politique. C’est une sorte d’ouragan fait homme. Armé de son compte Twitter, et désormais fort de la chambre d’écho formidable que lui donne le «pupitre» présidentiel, il scandalise, indigne, choque, se permet presque tout dans la rhétorique, même l’indécence. Comme le soulignait récemment le professeur de science politique de Harvard, Harvey Mansfield lors des Conversations Tocqueville, de ce point de vue, c’est clairement un adepte de Machiavel: tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.

Trump ne changera pas car ce n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple.

Ses adversaires y voient la preuve de son «racisme» envers les minorités de couleur. Donald Trump est-il raciste?

Ses récentes déclarations sont indignes d’un président vis-à-vis d’élues qui sont des citoyennes américaines. Cette inadéquation de la rhétorique hante beaucoup d’observateurs, qui se demandent, non sans raison, quel impact de long terme sur les mœurs politiques aura l’abaissement de la fonction présidentielle, car jusqu’ici, le président se devait d’être un exemple. Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières avec des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique.

Les thèmes de la campagne de 2016 restent extrêmement porteurs auprès de son électorat.

Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses.

Sa popularité est en hausse chez les sympathisants républicains et reste stable dans l’ensemble du pays. Jusqu’à présent, ses multiples provocations ne lui ont rien coûté sur le plan électoral, est-ce parti pour continuer?

Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai.. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur.

Le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif.

Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection.

L’opinion publique n’est cependant pas majoritairement acquise à sa cause: sa présidence n’a-t-elle pas finalement exacerbé les divisions entre les Américains (divisions sur lesquelles ont pu jouer les démocrates)?

La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé?

Il règne un véritable climat de « guerre civile politique  ».

En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême!

Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal.

Trump devra-t-il adopter une stratégie particulière pour élargir sa base électorale?

L’élection se jouera à nouveau à la marge dans les États clé du Midwest, mais aussi en Floride, au Nevada ; dans le Missouri, tous ces États violets, à moitié rouges et à moitié bleus, où la question de la participation et donc de la mobilisation de la base sera clé….Il faudra aussi aller chercher les électeurs au centre, ces fameux indépendants ou ces démocrates reaganiens, qui se définissent comme conservateurs et qui tout en votant souvent démocrate pour des raisons historiques, ne se reconnaissent plus dans le parti démocrate actuel, parti trop à gauche. Dans le cas de Trump, cela veut dire qu’il lui faut persister dans son approche ouvriériste de défense de l’ouvrier américain et de renégociation musclée des conséquences de la globalisation, bref, miser sur son cœur de cible, en présentant l’adversaire comme une armée de radicaux inquiétants.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité de Trump à l’emporter à nouveau en 2020.

Si certains observateurs notent que Trump part avec un désavantage car il va devoir convaincre les électeurs désabusés par ses scandales et sa pusillanimité, il ne faut pas sous-estimer sa capacité à l’emporter à nouveau, qui est très réelle, même si rien ne peut être prédit aujourd’hui, vu l’éloignement de la date. Car il présente aussi des avantages. Il n’a peur de rien, il tient ses promesses (en tout cas certaines!). Il est drôle et il crée sans cesse l’évènement. L’ancienne porte-parole du Pentagone Dana White que j’interviewais récemment, estime qu’ «il sera réélu d’abord parce qu’il est le président sortant, un avantage énorme, deuxièmement parce que l’économie affiche des chiffres excellents, notamment en matière de chômage, mais aussi parce que le pays ne devient pas plus violet, mais plus rouge là où il est rouge, et plus bleu là où il est bleu, ce qui signifie que Trump devrait gagner à nouveau le MidWest». White remarque à juste titre qu’ «il y a une majorité silencieuse dans ces États pivots qui pense que le président Trump se bat pour eux-mêmes quand le combat tourne au pugilat» . Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins!

Une procédure de destitution à l’encontre de Trump a échoué à la chambre des Représentants pourtant contrôlée par les démocrates. Est-ce que cela témoignerait d’une division également présente au sein du camp démocrate? Est-ce que cela pourrait profiter à Trump en pleine campagne pour sa réélection en 2020?

Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle.

En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates ont sanctuarisé Trump.

Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des 4 élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. D’après ce que rapporte l’analyste James Kirchick de la Brookings Institution, la bataille qui se joue en coulisses pour trancher ce désaccord est si féroce qu’un groupe d’élus démocrates modérés aurait fait passer discrètement récemment auprès des journaux américains un sondage révélant la faible popularité de la jeune pasionaria de gauche Alexandra Ocasio Cortez et de ses trois alliées. Cette offensive ne se fait pas au grand jour, car bien des élus ont peur d’être accusés de racisme et ne veulent pas donner d’armes à Trump. Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans.

Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé…Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel…

Voir aussi:

« Aux États-Unis, les écrivains et artistes s’autocensurent par peur du lynchage »
PROPOS RECUEILLIS PAR EUGÉNIE BASTIÉ
Le Figaro
17 octobre 2019

LE FIGARO – Certains critiques ont comparé votre roman au Bûcher des vanités de Tom Wolfe. Que pensez-vous de cette comparaison ?

Seth GREENLAND. – Je suis un grand fan de Tom Wolfe depuis que j’ ai lu Acid Test quand j’avais 17 ans et j’ai beaucoup aimé Le Bûcher des vanités. J’ai lu tous ses romans et je pense, d’ailleurs, que c’est son meilleur. Quelques similitudes existent, bien évidemment, avec Méca-nique de la chute. Un puissant homme blanc américain tue accidentellement un homme noir et les problèmes sur-viennent. Mais, globalement, les similitudes s’arrêtent là. Tom Wolfe, malgré son indéniable talent de conteur, n’est pas un auteur axé sur la psychologie. J’ai écrit un roman psychologique dans lequel le lecteur a constamment accès à l’intériorité du héros, Jay Gladstone, mais également à celle de tous les personnages principaux. Contrairement à Sherman McCoy, obscur trader dans le roman de Wolfe, Jay Gladstone est une personnalité publique vivant à l’ère d’internet. Son malheur est inéluctable-ment lié aux circonstances particulières de son épo-que, celle de la po-pulace de Twitter, des fusillades policières et du politiquement correct. En outre, Gladstone est juif et l’un des thè-mes de mon livre est la relation historique tendue entre Juifs et Afro-Américains aux États-Unis.

Vous décrivez très habilement les mécanismes du politiquement correct. Diriez-vous que le politiquement correct reste une réalité incontestable dans I’Amérique d’aujourd’ hui ?

Le débat national sur le politiquement correct en est venu à définir l’époque dans laquelle nous vivons. Commençons par définir cette expression : le politique-ment correct, dans son sens le plus élémentaire, désigne la sensibilité aux sentiments des autres. La plupart des êtres humains rationnels, à savoir ceux qui ne sont pas des sociopathes, peuvent convenir que pour vivre dans une société pacifique et productive, faire preuve d’une certaine sensibilité aux sentiments des autres est une bonne chose. Examinons, à présent, le contexte historique. Depuis la fondation de l’Amérique et jusqu’à très récemment, les femmes, les homo-sexuels, les Afro-Américains et d’autres groupes marginalisés n’ont pas eu le même accès aux avantages que confère la citoyenneté américaine que les hommes blancs chrétiens. La plupart des Américains se sont mis d’accord au fil des cinquante dernières années pour dire que cela devrait changer et notre société s’est transformée à tel point que nous avons déjà eu un président noir (qu’est-ce qu’il nous manque ! ) , que les couples gays peu-vent se marier et que les portes qui étaient fermées aux femmes sont désormais grandes ouvertes. Ainsi, même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et in-versement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de pé-riode jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français.

Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop semsible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La poli-ce de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche.

Votre personnage principal,

Jay Gladstone, est un milliardaire démocrate juif persuadé d’ être du côté du progrès, mais il est sévèrement critiqué par sa propre fille qui étudie le genre et la race à l’université. La morale de cette histoire est-elle que les libéraux sont dévorés par leurs propres héritiers ? Même si ce n’était pas mon intention lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, la relation entre Jay Gladstone et sa fille Aviva reflète ce qui se joue actuellement au sein du Parti démocrate où l’aile gau

che (Aviva) lutte avec le centre (Jay) pour prendre le contrôle du parti. Pour Aviva et ses amis, Jay est un capitaliste vorace et les idées progressistes qu’il défend sont tout sauf convaincantes. À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump.

Sans entrer dans un débat sur la politique publique, ces désaccords entre gens de gauche arrivent au plus mauvais moment. Défendre les droits des personnes transgenres pour qu’elles puissent utiliser les toilettes qu’elles veulent est certes important, mais cela ne devrait pas faire partie du débat national, en ce moment, si l’objectif est de se débarrasser de Trump.

Votre livre décrit également la chute d ‘un homme incapable de se défendre. Êtes-vous préoccupé par la notion de lynchage médiatique à I’ère des réseaux sociaux ?

Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. Alors, est-ce que cela m’inquiète ? Oui, bien sûr. L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure.

Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature, écrivait Philip Roth dans J’ai épousé un communiste. Êtes-vous d’ accord ? Je suis ravi que vous parliez de Philip Roth. Cela m’offre l’opportunité de vous dire à quel point j’admire son œuvre. Je suis d’accord avec ce qu’il a écrit à pro-pos du communisme et de la littérature. La littérature est un antidote parfait à l’idéologie puisqu’elle exalte l’individu.

Elle nous permet d’accéder à la conscience d’une autre personne dans une plus grande mesure que toute autre forme d’art. Elle favorise l’empathie, ce qui est rare de nos jours, et l’appréciation de la nuance.

Voir également:

De Mickaël Harpon, au pilote de Germanwings, en passant par les tueurs de masse : la crise du sens qui ébranle le monde occidental
Atlantico
13 octobre 2019

Atlantico : On en sait désormais davantage sur le profil de Mikhaël Harpon, le tueur de la Préfecture de Police de Paris. Comme l’a indiqué Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur : « La piste privilégiée est celle d’un individu passant à l’acte au nom d’un « projet personnel ». Les tueurs de ces dernières semaines sont des « loups solitaires » ne faisant partie d’aucune organisation politique les poussant à agir. Faut-il conclure que leurs motivations sont spirituelles ?

Bérénice Levet : Je ne parlerai pas de « loup solitaire », cette expression est sans fondement, Gilles Kepel l’a puissamment établi : quand bien même Mickaël Harpon aurait agi seul, il s’inscrit dans un faisceau de relations, son acte est directement inspiré par les vidéos diffusées par les réseaux islamistes.

On ne saurait qualifier ces tueries de spirituelles. La vie de l’esprit est une chose trop noble pour les en gratifier. Gardons-nous de confondre le prêt-à-penser délivré par le discours islamiste avec le travail de la pensée. La vie de l’esprit est d’abord inquiétude au sens étymologique du terme, c’est-à-dire non repos. Elle suppose la passion d’interroger. Socrate, le premier des philosophes, lui-même se compare un taon. Autant de choses étrangères aux terroristes.

Qu’entendait Laurent Nuñez par la formule « projet personnel » ? Sans doute lui-même l’ignore-t-il ! Permettez-moi à cet égard, une brève parenthèse. La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ».

J’en reviens à votre question. Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre

nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste.

Bertrand Vergely : Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit.

En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste.

L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine.

La spiritualité est ce qu’il y a de plus élevé dans la vie humaine. Résidant dans le fait de pratiquer l’esprit qui est présence et intelligence de la présence, cette expérience est tellement passionnante que l’on pense à tout sauf à aller égorger ses semblables. Quand il y a tuerie cela ne peut jamais venir de la spiritualité mais plutôt de son absence. Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble.

À la base des tueurs n’y a-t-il pas une crise spirituelle ? Et cette crise n’est-elle pas le résultat de la déconstruction des repères traditionnels (famille, religion, patriotisme) qui donnaient un sens à la vie ? 

Bérénice Levet : Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personneavec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman.

Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie.

La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. »

Bertrand Vergely : Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentas mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation .

Pour expliquer les tueries qui ont lieu au États unis certains avancent une crise de la masculinité. Dans les faits tous les terroristes qui sont passés à l’acte sont des hommes. L’explosion de violence à laquelle nous assistons est-elle liée au bouleversement actuel des modèles de virilité ? 

Bérénice Levet : On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires.

Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse.

Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016.

Bertrand Vergely. Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’st pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bine encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté quand il attaque la virilité L’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attenta se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un coteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encire du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont étét arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman.

Pour expliquer son acte le tueur de Halle en Allemagne s’est appuyé sur les jeux vidéo qui utilisent des cibles parmi lesquelles certaines sont qualifiées de « bonus ». Quel rôle joue la montée d’un monde ludique dans les tueries auxquelles nous assistons ? 

Bérénice Levet : La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes.

Bertrand Vergely : Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à halle si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solution s improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante.

Voir de plus:

THE MADNESS OF CROWDS
gender, race and identity
Douglas Murray
Bloomsbury Continuum
Michèle Tribalat
17 septembre 2017, 288 p.

Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté.

Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes.

Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes.

Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants.

LES GAYS

Ce qui a changé l’opinion publique à l’égard des gays est la vision de l’homosexualité comme étant innée (hardware) et non plus comme un choix (software) qu’on pourrait réexaminer. Pourquoi punir quelqu’un pour quelque chose sur lequel il n’a pas de prise ? Même si la plupart des études génétiques n’ont guère été conclusives, l’esprit du temps a opté pour « né comme ça ». À tel point qu’un gay qui ne l’est plus passe pour quelqu’un qui vit dans le mensonge. À vrai dire, personne n’a envie aujourd’hui de risquer sa réputation pour trancher la question, d’autant qu’on a déjà décidé de la réponse.

On parle des LGBT comme d’une communauté religieuse alors que gays et lesbiennes n’ont pas grand-chose en commun, sans parler de la dispute à propos des transsexuels. Les gays se divisent en deux camps : 1) ceux qui se pensent comme les autres, à l’exception de leur préférence sexuelle ; 2) les queers qui veulent être reconnus comme des êtres complètement différents. Ceux qui soutiennent la vision queer ont tendance, écrit Douglas Murray, à laisser croire qu’être gay est un travail à plein temps, ce que les gays n’aiment pas trop. Le désir d’égalité trouve aussi ses limites dans les spécificités du mariage gay dont les partenaires, bien que mariés, ont tendance à se déclarer dans une relation ouverte, tolérant l’infidélité. Égaux, écrit Douglas Murray, mais avec un petit bonus gay. Il est aussi de bon ton aujourd’hui de répondre par l’affirmative, sauf à paraître borné, à la question : « Deux hommes peuvent-ils avoir un bébé ? »

On finit par se demander si être gay c’est être attiré par des personnes de même sexe ou si c’est être partie prenante d’un grand projet politique. En effet, lorsque des gays célèbres prennent position du mauvais côté d’une question, ils se voient répudiés par la « communauté » même s’ils couchent avec des hommes.

Interlude sur les fondements marxistes

« J’y crois parce que c’est absurde », attribué à Tertullien

Dans la nouvelle formule marxiste, c’est le pouvoir patriarcal des mâles blancs qu’il faut abattre. Les Universités ont été le lieu d’élaboration de la nouvelle théorie marxiste qui s’est ensuite répandue dans la société. Pour les héritiers de Michel Foucault, tout dans la vie est politique et tout est à déconstruire, tout particulièrement ce qui, précédemment, semblait à peu près certain. Des textes d’universitaires américains (Peggy McIntosh, Kimberlé Crenshaw), tout particulièrement ceux de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985), ont construit les fondements de ce qui allait devenir la politique des identités. Pour revivifier la cause socialiste, il fallait trouver une nouvelle classe exploitée et les nouveaux mouvements identitaires, tout en poursuivant chacun leur cause sous le parapluie de la lutte socialiste, étaient les bons clients. La rhétorique marxiste pouvait alors reprendre des couleurs et décrire les opposants comme n’agissant que pour les motivations les plus basses.

Les écrits intersectionnalistes dissimulent leurs contradictions dans une prose à peu près illisible mais qui se veut scientifique par la multitude d’écrits de la même eau auxquels ils font référence. C’est pourquoi Butler et les autres écrivent si mal, nous dit Douglas Murray et deviennent incapables de détecter les faux. Douglas Murray raconte la série de canulars acceptés par des revues scientifiques et proposés par l’équipe Peter Boghossian et James Lyndsay, dont un texte mêlant des extraits de Mein Kampf et des pastiches de littérature féministe intitulé « Our Struggle is My Struggle ».  Il n’y a aucune limite aux sottises susceptibles de recevoir un adoubement scientifique, pourvu qu’elles confirment les théories identitaires et qu’elles soient écrites de manière incompréhensible. La réponse des pairs offusqués fut d’essayer de faire expulser Boghossian de sa position universitaire.

LES FEMMES

Steven Pinker avait montré dans Blank Slate, The Modern Denial of Human Nature, publié en 2002, que les effets de la testostérone et des androgènes sur le cerveau ne s’accordaient guère avec la thèse de l’indifférenciation. Depuis Pinker, le délire sur l’absence de différence entre les sexes s’est aggravé. On est prié de se fonder sur les mensonges des sciences sociales sur le sujet plutôt que sur la science ou ce que l’on a sous les yeux.

Hollywood reflète assez bien la confusion ambiante sur le rôle des femmes, entre libertinage et pruderie. Surtout depuis Metoo. Douglas Murray déclare qu’avec un peu d’honnêteté on est obligé de reconnaître qu’il arrive aux femmes, particulièrement les plus célèbres, d’envoyer des messages confus sur le sujet. Comment soutenir, par exemple, que porter des « stick nipples » ou des « camel toe underwears »  sert à se sentir bien et non à « faire saliver » (make him drool !) les hommes ? En fait, cela revient à soutenir qu’une femme peut être aussi sexy et suggestive qu’elle le veut sans être sexualisée. N’est-ce pas une demande excessive faite aux hommes s’interroge Douglas Murray ? Une étude de Bloomberg auprès des plus hauts dirigeants de la finance, qui sont très souvent des hommes (30 entretiens), a montré qu’ils ne voulaient plus diner avec des collègues femmes, s’asseoir à leur côté dans l’avion, avoir une chambre au même étage dans l’hôtel et qu’ils évitaient les rencontres en face-à-face.

On nous répète aussi que les femmes sont pareilles aux hommes mais en même temps meilleures. Ainsi, Christine Lagarde a déclaré en 2018, que le monde aurait pu être différent si la banque Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters !

Le succès de la notion d’intersectionnalité a entraîné le développement de formations et de tests censés détecter nos biais inconscients. Douglas Murray se demande quels pourront bien être les effets de ces expérimentations à large échelle qui cherchent à agir sur les connections dans le cerveau (rewire the brain). La pyramide hiérarchique construite par l’intersectionnalité a fabriqué des groupes structurellement opprimés dont l’intérêt commun serait de déloger celui qui se trouve placé en haut de la pyramide. Comme avec la politique d’affirmative action aux Etats-Unis, la course à la diversité dans les entreprises a favorisé ceux qui, dans leur groupe, l’étaient déjà. La nouvelle hiérarchie intersectionnelle secrète ainsi ses oppresseurs et ses opprimés.

La dernière vague du féminisme, celle des années 2010, semble souffrir du syndrome de Saint Georges à la retraite. Mais, déjà au début des années 1990, Marilyn French avait intitulé son livre The War Against Women. Elle y déclarait que, si les femmes étaient les égales des hommes il y a 3,5 millions d’années, la situation n’avait cessé d’empirer depuis ! À l’exagération et au catastrophisme, s’ajoute la haine des hommes, comme l’indique le succès sur Twitter de hashtags tels que : “Men are trash” et même “Kill All Men”. Cette violence, infiniment plus grande que lorsque les enjeux étaient plus importants, trouve un encouragement dans les commentaires lénifiants qu’elle suscite. D’ailleurs, cette tonalité agressive a terni la réputation du féminisme. Une enquête britannique en 2016 a montré que l’association spontanée la plus fréquente avec le féminisme était « bitchy «  (garce, vacharde). Cependant, une étude menée en 2014-2017 montrait que l’homme attractif, pour les femmes comme pour les gays, était musclé et riche.

Contrairement à la stratégie gay des années 1990 visant à faire de l’homosexualité une question hardware, les féministes ont suivi le chemin inverse, laissant ainsi les femmes démunies face à la transsexualité. Ce revirement nous demande de croire que tout ce que l’on a vu et su jusque-là était un mirage et de transformer nos vies et sociétés en conséquence.

Interlude : L’impact de la technologie

L’atmosphère politique à la Silicon Valley est encore quelques degrés à gauche de celle d’une université d’art libérale, écrit Douglas Murray. Internet nous entraîne à nous placer dans les hiérarchies intersectionnelles. Les entreprises tech investissent dans une “Machine Learning Fairness” afin d’aboutir à une forme d’équité dont aucun humain ne serait capable. Ainsi, une recherche “white men”  sur Google va donner en 1er, David Beckham, en 2ème un mannequin noir et, toutes les cinq images à peu près, un ou deux noirs. De nombreuses images d’hommes blancs sont celles de personnes reconnues coupables de crimes, ce qui sous-entend que les hommes blancs sont mauvais. Mais dans une recherche “black men”, il faut attendre une douzaine de lignes avant de voir un blanc. Plus on s’éloigne des langues européennes – de l’anglais surtout – plus on a de chances de tomber sur le contenu recherché. De même, si on cherche “Asian couple”, on n’aura presque que ce que l’on recherche. On ne s’embarrasse pas de rééduquer les Asiatiques.  On sacrifie ainsi la vérité pour achever un but politique. Résultat : les gens qui se servent de cette technologie obtiennent quelque chose qu’ils n’ont pas demandé, en ligne avec un projet pour lequel ils n’ont pas signé et à la poursuite d’un but qu’ils jugent indésirable.

LA RACE

Même problème avec la race. À un moment où elle aurait pu être mise de côté, elle est devenue à nouveau une question importante. C’est venu, là encore, de l’Université, notamment avec les Whiteness Studies, et s’est étendu à l’ensemble de la société. Ce qui a fait dire à Andrew Sullivan : « maintenant, nous vivons tous sur un campus ».

À force de problématiser la blancheur, on en arrive à des situations où tout est considéré non seulement en termes de race mais aussi dans des termes racistes les plus agressifs possibles. Et c’est dans les lieux les plus irréprochables en matière de racisme que l’on trouve les réclamations et les comportements les plus extrêmes.

Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de l’Université Evergreen, ils peuvent regarder le documentaire en langue française – https://www.europe-israel.org/2019/07/evergreen-une-universite-americaine-bascule-dans-la-pensee-antiraciste-radicale-des-professeurs-demissionnent/ – ou lire ce qu’en disent Greg Lukianoff et Jonathan Haidt (http://www.micheletribalat.fr/440866626).

Qu’on regarde devant ou derrière, c’est toujours à travers les lunettes de la race. C’est ainsi qu’en 2018, le magazine National Geographic a consacré un numéro à s’excuser d’avoir publié un article traitant des Aborigènes d’Australie datant de… 1916 ! Ce qui a fait dire à David Olusago dans The Gardian que l’excuse n’avait que trop tardé ! Pas étonnant, écrit Douglas Murray, que l’on soit aujourd’hui saisi d’une crainte névrotique pour savoir quoi dire.

L’art et la fiction sont devenus les terrains privilégiés de la bataille pour l’exclusivité et l’exclusion raciales. La dénonciation de l’appropriation culturelle vient des Postcolonial Studies. Douglas Murray raconte l’histoire de cette femme qui, à Portland dans l’Oregon, en 2016, avait ouvert un bistro appelé Saffron Colonial (Le safran des colonies). Elle dut débaptiser son restaurant. Dans tous ces épisodes de foules enragées, ce sont ceux qui se déclarent les plus mécontents qui reçoivent le plus d’attention médiatique.

Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Tantôt ce sont les caractéristiques de celui qui parle qui comptent, tantôt c’est ce qu’il dit. Le rappeur Kanye West prit une volée de bois vert de la part de la « communauté » noire lorsqu’il fut reçu par Donald Trump qu’il disait soutenir. Par contre, le New York Times défendit Sarah Jeong qui venait de rejoindre son comité de rédaction, malgré des tweets du genre : « Mec,  c’est un truc de dingue à quel point je prends plaisir à être cruelle avec des hommes blancs et vieux. » On est donc gracié ou condamné en fonction de qui on est et de ceux contre qui on porte les attaques. Une option est de ne rien dire d’important en public, stratégie adoptée par de nombreux politiques.

Dans la marche des femmes à Londres en janvier 2018 se côtoyaient, à côté du cénotaphe en hommage aux jeunes combattants de la 1ère Guerre mondiale, dont beaucoup étaient blancs et n’avaient pas eu le temps de vieillir comme le souligne Douglas Murray, une banderole portée par une jeune femme sur laquelle était écrit “No Country for an Old White Man” et celle d’un travailleur socialiste disant “No to racism” !

Douglas Murray aborde aussi la question des différences raciales de QI, en rappelant le destin de Charles Murray qui, avec Richard Herrnstein (mort peu de temps après la parution de leur livre), avait mis les pieds dans ce champ de mines et publié The Bell Curve en 1994. Expérience qui fera « marcher sur des œufs » les scientifiques qui s’approcheront ensuite de ce sujet. Pour Charles Murray, la rage qui s’est abattue sur lui tient à l’engagement de toutes les institutions sur l’égalité et la diversité qui exige que tout le monde soit pareil “above the neck ”.

Harvard, qui se vante d’éliminer les biais de sélection est confronté à un procès mené par des étudiants asiatiques qui se disent discriminés pour satisfaire des quotas raciaux. Si Harvard l’a pour l’instant emporté en 1ère instance, l’examen de dossiers sur plusieurs années a montré que les Asiatiques étaient mal notés sur les traits de personnalité alors qu’Harvard n’avait pas forcément eu d’entretien avec eux. En fait, si Harvard ne désavantageait pas certains candidats, ses étudiants seraient, de manière disproportionnée, asiatiques ou juifs ashkénazes, écrit Douglas Murray.

Interlude sur l’indulgence, le pardon (Forgiveness)

L’abolition de la barrière entre vie privée et vie publique sur les réseaux sociaux produit des catastrophes sans possibilité de les réparer. Si c’est la foule qui décide de ce que l’on est, nous avons du souci à nous faire. Le pardon est lié à l’oubli. Or il n’y a pas d’oubli sur internet. Nous vivons dans un monde où chacun d’entre nous court le risque de devoir être étiqueté sa vie durant d’après sa plus mauvaise blague. De nouveaux crimes sont inventés sans cesse et nous ne savons pas comment sera vu dans 20 ans ce que nous faisons aujourd’hui. Comment anticiper sur ce que pourraient être les retournements de foule au cours de notre vie ? Aujourd’hui, nos erreurs nous suivent partout et c’est l’instinct de châtiment qui domine à l’égard des gens d’autrefois. Regarder le passé avec indulgence est pourtant la condition pour être traité avec indulgence plus tard, ou tout au moins compris.

LES TRANSSEXUELS

Douglas Murray commence ce chapitre par le récit de la vie tragique d’une jeune fille belge qui avait trois frères – chouchous des parents –, qui a subi de multiples opérations pour devenir un homme et s’est finalement fait euthanasiée pour ne pas vivre dans la peau d’un monstre. Douglas Murray en conclut que la médecine belge a essayé de faire d’une femme un homme et, n’ayant pas réussi, l’a finalement tuée, le tout dans un esprit de compassion.

La question des trans est devenue une sorte de dogme en un temps record. Elle concerne en partie les intersexués qui présentent des organes des deux sexes. Leur cas relevant du hardware, ils ont plutôt attiré la sympathie, mais leur cause n’a pas retenu l’attention parce qu’elle a été captée par celle des trans qui a émergé en même temps. Pourtant, cette dernière est beaucoup plus problématique car on n’a pas trouvé de différences physiologiques entre les trans et ceux qui ne le sont pas. Qu’est-ce qui relève du hardware ou du software ? Ceux qui s’aventurent sur le terrain ont intérêt, eux aussi, à se placer du bon côté, sauf à subir des campagnes de dénigrement féroces. Comme pour les gays, la tendance est à essayer de prouver que les trans sont « nés comme ça » et la cause transsexuelle est devenue la nouvelle frontière à conquérir dans la bataille des droits civiques. Si des réticences subsistent, c’est parce que les connaissances sont incertaines et que les interventions médicales et chirurgicales sont irréversibles. C’est particulièrement vrai pour la dysphorie de genre des enfants dont on a constaté qu’elle a tendance à augmenter dans une école qui a connu des demandes trans.

La question trans rend visibles les contradictions intersectionnelles. Les gays ont admis que les revendications des trans étaient dans le continuum des leurs, alors qu’elles les sapent : les hommes un peu efféminés ne seraient pas gays mais habiteraient un corps qui n’est pas le bon. Revendiquer que la condition trans relève du hardware suppose qu’être une femme est du software ! Ce que des féministes « traditionnelles » ne peuvent admettre. Mais elles se font alors excommunier par la dernière vague féministe qui a grandement bénéficié de ce que les premières ont conquis. C’est ce qui est arrivé à Germaine Greer, notamment pour avoir déclaré qu’une opération ne fait pas d’un trans une femme. D’autant que ces trans piétinent souvent les conquêtes féministes. C’est le cas par exemple lorsque, en 2015, la trans Jane Fae vint sur un plateau de télévision avec son tricot !

La question du changement de genre est un drame pour les parents. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ces derniers sont inquiets de la publicité qui est faite sur les écrans en faveur du changement de sexe. Par exemple, lorsqu’une drag-queen âgée de 9 ans dit dans un spot publicitaire pour la mode LGBT sur Youtube : «  Si vous voulez être une drag-queen et que vos parents ne veulent pas, il vous faut de nouveaux parents ». Ou lorsque l’école change, à l’insu des parents, le pronom avec lequel elle s’adresse à leur enfant en classe. Les extraits de la série documentaire I am Jazz (qui en est à sa cinquième saison), sur la transformation de Jazz Jennings, né garçon en 2000, qui vient d’avoir 18 ans et va se faire opérer, ont été consultés des millions de fois sur Youtube.

Mais il ne faut pas sous-estimer la connivence des professionnels de la médecine. Ainsi le NSH en Angleterre a signé une convention dans laquelle les professionnels s’engagent à ne pas réfréner l’expression de l’identité de genre. Les parents sont souvent démunis face à des professionnels qui leur disent, par exemple, que leur consentement est le 1er pas pour prévenir un suicide de leur enfant. Une des grandes « prêtresses » sur le sujet est Johanna Olson-Kennedy. Elle dirige le centre pour le développement et la santé des jeunes trans à l’hôpital des enfants de Los Angeles, la plus grande clinique de la jeunesse transgenre des Etats-Unis, laquelle participe à une étude, sans groupe de contrôle, sur l’impact des bloqueurs de puberté et des hormones sur les enfants. Des enfants sont devenus éligibles pour ces traitements dès 8 ans. Pour Johanna Olson-Kennedy, c’est un choix comme un autre qu’il faut respecter et qui marche la plupart du temps. Sur la question de l’ablation des seins, elle prétend qu’en cas de regret, « on vous en fera de nouveaux ». Elle a participé, en février 2017, à une conférence inaugurale de l’ONG WPATH (World Professional Association for Transgender Health) intitulée : Sortir du binaire (Outside of the binary). Elle y raconta l’histoire d’une fillette de 8 ans qui s’habillait comme un garçon et était vue comme telle dans une école religieuse pour filles. Lorsqu’elle la reçut avec sa mère, elle demanda à la petite fille si elle était une fille ou un garçon. Ce à quoi la gamine répondit : « une fille à cause de ce corps ». Pour l’aider à se déterminer, elle lui demanda de se prononcer sur une tarte à la framboise qui se trouverait dans un emballage censé ne contenir que des tartes à la cannelle. Était-ce encore une tarte à la framboise ? La gamine, qui a tout de suite compris l’allusion, dit alors à sa mère qui la prit alors dans ses bras : « je pense que je suis un garçon dissimulé dans une fille ». Johanna Olson-Kennedy conclut l’anecdote en disant qu’il était important de donner à cette enfant le langage lui permettant de parler de son genre. Elle-même a opéré la transition vers un homme, a subi une double mastectomie et est consultante pour l’entreprise Endo qui commercialise la testostérone.

De LGBT, c’est la lettre T la plus déstabilisante, écrit Douglas Murray. L’âge à partir duquel on encourage les enfants à subir un traitement n’a cessé de baisser, ce qui s’explique par la rhétorique menaçante et catastrophiste avec laquelle les spécialistes s’adressent aux parents. Une autre tendance inquiétante est celle qui consiste à présenter une question incroyablement difficile comme la plus évidente et la mieux connue.

En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte.

Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie.

Voir encore:

The Madness of Crowds by Douglas Murray — slay the dragon, then stop
A robust critique of progressives fails to explore their impact on populism
The Financial Times
Eric Kaufmann
October 11 2019

“Kill all men” and “cancel white people” are harmless satire, but “America is a colour-blind society” is racist. Gender and race are social constructs, so changing gender is great. Changing your race, however, is a no-no — one of many contradictions in the social justice religion. Get it wrong and you wind up Twitter-mobbed or fired.

Douglas Murray’s new book reports from the front lines of the “culture wars”, the battle to define the core values of western societies. The deepening cultural divide between progressives and conservatives is reshaping politics, displacing the left-right economic cleavage of the past century. But economic interests are easier to reconcile than sacred values: if we fail to make cultural peace, our future looks bleak.

Murray is a prominent British member of the “Intellectual Dark Web” (IDW) of countercultural intellectuals — such as Sam Harris or Jordan Peterson — who openly contest the sacralisation of disadvantaged race, gender and sexual identities. The IDW’s willingness to transgress the speech rules of the progressive twitterati marks them out as heretics who violate the sensibility of academia, Hollywood and parts of the media.

How did our societies become so insane? In The Madness of Crowds, Murray argues that it’s because highly educated people cling to a new religion known variously as “social justice”, “identity politics” or “intersectionality”. Essentially this is the old Marxist faith poured from the class bottle into the race-sex-gender one. Meaning is realised through struggle against those who commit wrongthink.

Identity politics helped reduce prejudice but, having vanquished its foe, began manufacturing phantom enemies. Murray, following the late conservative political theorist Kenneth Minogue, dubs this “St George in retirement” syndrome. Having slain the dragon, he charges off in pursuit of ever-smaller ones and ends by “swinging his sword at thin air, imagining it to contain dragons”.

Murray’s tone, as in his previous book on immigration, The Strange Death of Europe, is often contemplative. As a gay man, he captures the way identity politics flattens the complexity of the homosexual experience. Ignoring the literary tradition of gays as privy to the mysteries each sex holds for the other, it reduces them to moral ciphers, what Bret Easton Ellis terms “The Gay Man as Magical Elf . . . some kind of saintly ET” who symbolises how tolerant we are.

Murray’s analytical frame turns on his distinction between identity as “hardware” or “software”. That is, whether race, sexuality and gender are hard-wired by nature or learned through nurture. Science tells us a great deal about these questions. But faith, not science, guides radical progressivism. Gender is held to be socially constructed, hence the vitriol directed at TERFs (trans-exclusionary radical feminists) such as Germaine Greer, who question the bona fides of trans women. Homosexuality, however, is a genetic characteristic that only a religious fundamentalist would suggest is learned.

The new sensibility tells us when race is, or isn’t, biological. “Whiteness” is a social construct designed to divide the workers and bolster caste privilege. However, Murray notes that when Rachel Dolezal, a white woman, passed herself off as black, she was attacked as an interloper. And when philosopher Rebecca Tuvel asked whether, since transgenderism is possible, transracialism should be, all hell broke loose. Radical progressives penned an open letter and both Tuvel and the journal she published in prostrated themselves before the Twitter authorities. The journal apologised and its editors resigned. As hoax papers by academics Helen Pluckrose, Peter Boghossian and James Lindsay later revealed, “grievance studies” fields like feminism or critical race studies are anchored by holy writ, not logic and evidence.

Murray catalogues the injustice of the progressive mob — reputations trashed, careers ruined — and their illiberal stifling of intellectual freedom. But such concerns can appear distant for some. Murray might therefore have explored how these ideas fuel the polarisation and populism of our time. He hints at these effects, but studies show that hostility to political correctness powered the Trump vote, while Murray’s “tripwires” establishing boundaries of acceptable debate shut down discussion of immigration. This allowed populists to own the issue and flourish. The book could also have drawn on data to establish the parameters of the problem and propose policy solutions.

The “madness” of the title points to the way radical progressivism weaponises norms that allow for civilised societies. Norms are the control mechanism in systems like herds: if a few activist sheep command, everyone follows out of fear. Disrupting the herding taking place in cultural institutions is one of our great challenges. At its heart, the problem is how to moderate cultural egalitarianism, balancing it against competing aims like liberty, reason and community. We accept limits on economic levelling but have yet to reject the misguided idea that all race and gender groups must have equal outcomes.

Murray’s book performs a great service in exposing the excesses of the left-modernist faith. Let’s hope we find a way to slay this dragon. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity, by Douglas Murray, Bloomsbury Continuum, RRP£20, 288 pages Eric Kaufmann is author of ‘Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities’ (Penguin)

Voir aussi:

The Madness of Crowds by Douglas Murray review – a rightwing diatribe
Do racism and sexism really exist, or are they just the creation of angry lefties? The bizarre fantasies of a rightwing provocateur, blind to oppression
William Davies
The Guardian
19 Sep 2019

Being stuck in a culture war is a bit like being a driver stuck in a traffic jam. From within one’s own car, the absurdity and injustice of the situation is abundantly plain. Other drivers can be seen cutting in, changing lanes excessively, and getting worked up. Roadworks appear needlessly restrictive. Why are there so many cars on the road anyway? Horns begin to honk. There is one question that few drivers ever consider: what is my own contribution to this quagmire?

Psychoanalysts refer to the process of “splitting”, where the self is unable to cope with its good and bad qualities simultaneously, and so “splits” the bad ones off and attributes them to other people. The result is an exaggerated sense of one’s own virtue and innocence, but an equally exaggerated sense of the selfishness and corruption of others. We are all guilty of this from time to time, rarely more so than on social media, where the world can appear perfectly split into goodies and baddies. Populism and culture warriors exploit this aspect of human psychology, reinforcing the comforting (but ultimately harmful) feeling that any conflict in the world is their fault not ours.

The left is not averse to playing this game. Why did the financial crisis occur? Because bankers and Blairites are bad, selfish people. Apart from anything else, this makes for woeful social science. But the right plays it more dangerously. Where the left spies moral depravity in centres of wealth and power (which, as we know, can produce antisemitic conspiracy theories), the right sees it among newcomers, intellectuals and the already marginalised. The potential political implications of this don’t need spelling out.

In The Madness of Crowds, Douglas Murray sets out to explain why societies are now so characterised by conflict. “In public and in private, both online and off, people are behaving in ways that are increasingly irrational, feverish, herd-like and simply unpleasant. The daily news cycle is filled with the consequences. Yet while we see the symptoms everywhere, we do not see the causes.”

Few would fail to recognise this as a starting point. MPs and journalists are being harassed and threatened simply for doing their jobs. A university was recently forced out of Hungary by the government. The Home Office is growing increasingly anxious about the threat of far-right extremists cooperating across Europe. But there is not so much as a sniff of these trends in The Madness of Crowds. Instead, Murray organises his material into four themes: “Gay”, “Gender”, “Race” and “Trans”. You can see where this is heading.

Murray’s stock in trade is a tone of genteel civility. He writes gracefully and wittily, in keeping with his demeanour as a clubbable conservative, who simply wishes we could all just muddle through a little better. While never over-egging it, he proffers a kindly Christian gospel of love and forgiveness, which he believes might rid us of the political and cultural toxins that have so polluted our lives. Scratch beneath the surface, though, and his account of recent history is clear: authorised by leftwing academics, minority groups have been concocting conflict and hatred out of thin air, polluting an otherwise harmonious society, for their own gratification.

His narrative is roughly as follows. The decline of ideologies at the end of the 20th century created a vacuum of meaning, which was waiting to be filled. This coincided with the birth of a whole range of critical cultural theories, producing fields of gender studies, race studies and queer studies. Most damagingly of all, for Murray, was the rise of intersectional feminism, which assumes that different types of oppression (especially racial and patriarchal) tend to “intersect” and reinforce one another.

The bitter irony, as far as Murray is concerned, is that these new theories of oppression arose at the precise moment in human history when actual racism, sexism and homophobia had evaporated. “Suddenly – after most of us had hoped it had become a non-issue – everything seemed to have become about race,” he writes. This seems to bug him more than anything else: “Among the many depressing aspects of recent years, the most troubling is the ease with which race has returned as an issue.”

History, therefore, is much as his fellow neoconservative Francis Fukuyama brashly described it in 1989: ended. Or rather, it could have ended, if it weren’t for troublemaking intellectuals and activists. Murray is quick to celebrate past struggles for racial, sexual and gay equality, but he is adamant that they have now been settled. Questions persist regarding the nature of sex, sexuality and innate ability (what belongs to our physical “hardware” and what to our cultural “software”, as he puts it), but these are far better handled by biologists than political thinkers. The problem, as he sees it, is that malicious, fraudulent and resentful forces – emerging from universities – have refused to accept that justice has now been delivered.

The acclaimed gender theorist Judith Butler is held up as a malignant fraud who hides behind the complexity of her prose. The entire venture of social science is deemed corrupted by its insidious fixation on oppression. Murray turns to recent hoax articles that were published in the academic journal Cogent Social Sciences (a prank that he describes as “one of the most beautiful things to happen in recent years”) as evidence that social and cultural theory is all a sham. The reader is assured – falsely – that this is all a vast Marxist project, aimed at sowing dissatisfaction and discord.

Murray presumably knows that Michel Foucault was not a Marxist, but it’s important to his branch of conservatism that this is brushed over. The M word serves as a coded way of tying together the humanities, Marx himself and (with a small leap of imagination) the Gulag. The fact that it is now illegal to teach gender studies in Hungary, as decreed by Viktor Orbán (favourite intellectual: Douglas Murray), poses questions as to where the real threat to liberty is coming from. But you won’t find any discussion of that in The Madness of Crowds.

We learn that the doctrine of intersectionality has now swept the world, even becoming embedded in the search algorithms written in Silicon Valley. Why? Because tech workers “have decided to ‘stick’ it to people” towards whom they “feel angry”. It’s for this reason, apparently, that Google image search throws up a disproportionate number of black faces. Intersectionality is being “force-fed” to people, encouraging them to seek “revenge” on white men, and that is why there is so much conflict.

Murray has no shortage of examples and anecdotes to back this up, many gleaned from the US. But it’s notable that they nearly all operate at the level of discourse, and mostly in the media and social media. It’s not difficult to come up with absurd cases of “social justice warriors” saying stupid and hypocritical things online, especially when the Daily Mail appears to have an entire desk dedicated to unearthing them.

And there are plenty of well-known cases of people being shamed and sacked for things they’ve said, many of which are unfair and sadistic. One critique of this would be that the logic of public relations and credit rating has now infiltrated every corner of our lives, such that we are constantly having to consider the effects of our words on our reputations. Another is that a global “Marxist” conspiracy has duped people into a fantasy of their own oppression. I know which I find more plausible.

Whenever Murray strays too close to any actual oppression (as opposed to the controversies surrounding it), he quickly veers away. His chapter on gender refers to the “‘MeToo’ claims against Harvey Weinstein”, but never to Weinstein or the power structures he built. His chapter on race (the longest in the book) makes no reference to one of the most controversial campaigns in recent US history, Black Lives Matter, presumably because it’s impossible to discuss without acknowledging what prompted it: black men being gunned down by police officers.

Anger is ultimately a mystery to Murray, seeming to emanate spontaneously from his political and ideological foes. He can come up with no better explanation for it than that bad people enjoy it, that “their desire is not to heal but to divide, not to placate but to inflame”. And yet when an author goes to such great lengths to assure you that others are degraded, and that “we” white, male conservatives simply want to live in harmony, you have to wonder whom much of this anger truly belongs to.

Nervous States: How Feeling Took Over the World by William Davies is out in paperback from Vintage. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity is published by Bloomsbury (£20). To order a copy go to guardianbookshop.com or call 0330 333 6846. Free UK p&p over £15, online orders only. Phone orders min p&p of £1.99.

Voir encore:

Goldnadel: «Faux prétexte et stigmatisation imaginaire»

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avocat Gilles-William Goldnadel fustige une victimisation des musulmans qu’il juge imaginaire, née d’un dévoiement de l’antiracisme.

Gilles William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son récent ouvrage, Névroses Médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée, est paru chez Plon.


Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou.

Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.»

Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé.

Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste».

J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée.

Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation».

Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore compris le lien insécable dans l’inconscient collectif entre le destin juif éprouvé et le destin musulman fantasmé, agité depuis des lustres par des intellectuels tels qu’Edwy Plenel, je signale ce dessin qui agite actuellement la toile électronique.

On y voit à droite une mère de famille portant en 1940 sur son manteau l’étoile juive tenant par la main son petit enfant et à gauche une autre maman voilée en 2019 tenant par la main un enfant marqué du croissant, en partance toutes deux vers un destin incertain.

Au-delà de l’obscénité de la comparaison qui rejoint l’obscénité du temps, nul ne m’empêchera de rappeler que les 11 juifs tués parce que juifs depuis 2006 l’ont été tous par des musulmans radicaux.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Voir par ailleurs:

Roads designed by men are killing women – and stop millions from cycling

It will come as little surprise to anyone who cycles that twice as many men as women ride their bikes at least once a week, according to research from Sustrans, the cycling and walking charity. Almost three-quarters of women living in seven major UK cities never cycle for local journeys, the study found. Despite this, over two-thirds said their home town would be a better place if more people pedalled. Some 76% of women who already cycled or wanted to start said segregated lanes would help them to cycle more.

As a woman who cycles, I am often asked why so few others follow suit. Is it because of helmet hair? Or the bottom-amplifying effects of Lycra? There’s no doubt that women generally feel more pressure to look presentable than men. And although I’m rarely troubled by saddle sores, I find the logistics of cycling to work a right pain in the bum: the skanky showers, the outfit changes, the struggle to find somewhere discreet to plug in a hairdryer. And yes, I know that everyone in the Netherlands rides in their ordinary clothes, but I live in Stockport and work in Manchester: would you like to sit next to me unwashed after I’ve ridden 10 miles?

The main reason most women don’t cycle in the UK is because they think it is dangerous. You can tell them until the cows come home that the roads are statistically safe, and that you are more likely to be killed walking than on a bicycle. But when they sit on the top deck of a bus and look down to see a cyclist squashed up against the kerb they feel no compulsion whatsoever to join them. Women do seem to be more vulnerable, perhaps because they are often more reluctant to “own” the lane and so end up in the gutter: 10 out of 13 cyclists killed in London in 2009 were women, and eight of them were killed by left-turning HGVs, according to the campaign group Cycling UK.

Xavier Brice, at Sustrans, believes city planners are to blame. “Fifty-one per cent of the UK population is female, yet most of our cities are failing to design roads and streets for women to cycle,” he says. It cannot help that women remain under-represented among the transport planners and engineers who design our streets. And most council leaders, who decide how to spend the transport budget, are men.

Take Manchester, which has been ruled for more than 20 years by Richard Leese, the council leader. He cycles but was always lukewarm on segregated cycle lanes, say local campaigners. His view, they say, was that smoother tarmac was the answer: if only they could find the cash to fill in all the potholes then more people would saddle up. When new infrastructure was proposed he was against it if it threatened traffic flows.

Recently Leese has changed his tune: a nasty scare after getting his wheel stuck in the tram tracks may or may not have sped up his conversion. He now has an Olympic champion on his case too, after Andy Burnham, Greater Manchester’s mayor, appointed Chris Boardman to be its first cycling and walking commissioner. In his first interview after getting the job last year Boardman told me even he no longer felt safe riding on UK streets. Now we have a developing network of segregated lanes in Greater Manchester, with Boardman due to announce more by the end of the month. I regularly ride along one of them, which goes through the university and hospital districts, and am often struck by how many women I see. On Tuesday I took a Mobike to interview students at Manchester Met and was pleased to see a nurse fly by in her blue uniform, perhaps late for a shift at the infirmary.

Until very recently I took a slightly quicker route home, bombing along main roads. Then I got knocked off by someone who didn’t bother looking before he opened his door. I was unhurt, and will not appear in the cycling safety statistics. But when women tell me cycling is too dangerous I can’t, in good conscience, persuade them otherwise.

Helen Pidd is the Guardian’s North of England editor

Voir de plus:

Meet the “new man”: whatever others say he is.

Mr. Labash is the author of “Fly Fishing With Darth Vader.”

The New York Times

John Wayne, that repository of testosterone — now considered an illicit substance in many states — once played a character who said, “You have to be a man first, before you’re a gentleman.” Who knows what, exactly, he meant by it? It sounded like a fine thing to say, back when men were unabashed “men.” Now, we have #MeToo, and toxic males, and even such a once man-friendly rag as Gentlemen’s Quarterly (i.e., GQ), which has historically celebrated men, seems to be just sick about them, eager to atone for their Y chromosome.

As a subscriber for decades — and as a biological male — I eagerly delved into GQ’s “New Masculinity” issue. I’ve historically read the magazine that “meets millions of modern men where they live” for high-grade long-form journalism, or to settle existential quandaries such as, “What the hell is face serum and do I need to use it?” Still, one generally doesn’t turn to men’s magazine editors with soft hands who fret about conquering “your complex pant-shoe relationship” for instruction on the meaning of manhood. Not to pick on GQ, which, after all, helps us perform vital functions, such as how to “salute the celebrity mustache.”

But after years of #MeToo scandals, which have revealed weirdos and perverts and sex criminals (and that’s just R. Kelly), “toxic masculinity” is now regarded as tautology in some quarters. In more than a few tellings today, just to be a man is to be toxic.

So GQ’s newish editor in chief, Will Welch, is taking a crack at overhauling our benighted gender, presenting an issue in which, as he puts it, “traditional notions of masculinity are being challenged” and “overturned.” In doing so, he holds, we can be more generous, empathetic humans, even to ourselves, since “toxicity simply cannot thrive in the golden presence of genuine self-love.” Tell that to Harvey Weinstein, who allegedly “self-loved” into a potted plant in front of one of his trapped victims.

For those curious to see just how much American masculinity is shifting — at least at Condé Nast headquarters in Manhattan — the trouble starts on the cover, in which the singer Pharrell Williams sports a canary-yellow, high-fashion Moncler sleeping-bag-as-gown, looking like Cinderella going to the Dick’s Sporting Goods ball. From there, “The Glorious Now of Men in Makeup” spread is little surprise, with lacquered-up boy-banders, models and influencers dispensing invaluable beauty pointers, such as Gen Z trans model Casil McArthur, who advises going with “mascara and lip tint. If I want to be extra, I’ll incorporate intense sparkles.”

It’s difficult to envision the guys down at the tackle shop or Tractor Supply going in for sleeping-bag couture and hot makeup tips. But then, they’re the Old Man, the kind of man the new masculinity seeks to leave behind. Maybe they haven’t paraded around female job applicants with open kimono, à la Charlie Rose, or haven’t traumatized female colleagues by subjecting them to pelvic pinball, à la Mark Halperin. But in GQ’s eyes they’re guilty of a more universal sin: They’re still living as men undefined by non-men.

The bulk of GQ’s conversation starter is a package in which “18 powerful voices” have their say on the new masculinity. You’d think this would make for an interesting cross-section of representative men, but there, you’d largely be wrong, since traditional men seem afterthoughts in their own discussion. As the writer Rod Dreher has noted in his own analysis of the GQ spread, scratching out some back-of-the-envelope calculations, of these 18 purportedly definitive figures, there are perhaps four who are heterosexual cis men, about 20 percent (even though 95 percent of all males identify as hetero).

Aside from the views of men like the filmmaker John Waters (“men are the ones who have penis envy”), or Magic Johnson’s son, who has chosen a life “embracing traditionally feminine clothing and cosmetics,” GQ seems primarily interested in soliciting women’s opinions of what being a man means. Imagine Ms. or Jezebel doing the mirror version of this, with men mansplaining what women should be. Then run for your life.

You do get transgender men, like the boxer Thomas Page McBee, celebrating his “newly weaponized body,” which might sound like a threat to women if he hadn’t been originally gender-assigned to womanhood. There’s the rapper Killer Mike, who, along with his wife, Shana Render, is interviewed in one of Atlanta’s iconic strip clubs. But don’t strip clubs demean women? No bother. Killer Mike is otherwise woke enough to pass muster (he is, after all, a Bernie Sanders supporter), and Ms. Render informs that they do dispense investment tips to strippers. “Catering, massage companies, real estate,” Killer Mike adds.

Otherwise, there are a lot of women, all kinds of women. There’s the comedian Hannah Gadsby, who suggests men scale back their confidence, refrain from sharing their opinions, while looking “to traditional feminine traits” and then “incorporating them into your masculinity.” And there’s Al Freeman, whose soft-sculpture work is an effort to examine hypermasculine spaces, “a mirror of the things that I wish would be softer, or more benign, or less threatening somehow.” Think pillow versions of male genitalia or frat-house Jagermeister bottles. “I guess it’s castrating humor, to some degree,” Ms. Freeman says.

In an interview with Gayle King on “CBS This Morning,” Mr. Welch reported that in GQ’s survey of attitudes on masculinity, 97 percent said they felt masculinity was changing, and “30 percent of men said that they were confused by the changes.”

Wonder how that could’ve happened.

As for me, I might be tempted to answer Vox’s Liz Plank, one of GQ’s 18 voices, who recently published a book, “For the Love of Men.” While writing it, she went to Washington Square in Manhattan, thoughtfully asking men, “What’s hard about being a man?”

“Having to listen to people who aren’t men, or who are ashamed of manhood, constantly telling me how to be one,” would be my short answer, after I stopped, dropped and rolled for cover.

But for actual guidance — more sage than anything I read in GQ’s masculinity symposium — I’d turn to Edward Abbey, the ornery liberal who enjoyed baiting those on his own team. By most lights, he was a more reliable environmentalist than he was a feminist. (“The feminists have a legitimate grievance,” he said. “But so does everyone else.”) But Mr. Abbey, a former park ranger, did spend a lot of time observing nature up close, and not just the flora and fauna. Of man/woman relations, he wrote, “It is the difference between men and women, not the sameness, that creates the tension and the delight.”

Why keep fuzzing distinctions that for millenniums have resisted fuzzing? Punish the sex criminals and pelvic pinball wizards. Good riddance to them all. But otherwise, let men and women be men and women, however that appropriately breaks, without laboring so hard to fuse them. Maybe our opposites attracting, which the furtherance of our species has depended on, isn’t a design flaw, but its very essence. And maybe the wokerati ought to take their own most oft-repeated cliché to heart: Our diversity is our strength.

Matt Labash was a national correspondent at The Weekly Standard.

Voir enfin:

Pour en finir avec l’ “illusion biographique”
Nathalie Heinich
L’Homme, 195-196
2010

C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui.

« L’illusion biographique » : c’était aussi le titre du court article que Bourdieu publia dans ce même numéro (Bourdieu 1986), seul texte théorique au milieu de contributions variées portant aussi bien sur les témoignages de rescapés des camps que sur la confession, les fils de pasteur, la vie d’un artisan, la trajectoire d’un ouvrier, l’itinéraire d’un drogué… Pourquoi ne pas l’avoir placé plutôt en tête, ou en conclusion, comme la logique l’aurait voulu ? Sans doute pour atténuer l’effet d’auto-contradiction que ne pouvait manquer de produire cette disqualification, par le directeur d’une revue, de l’objet même des contributions rassemblées par lui ? Peut-être aussi par un reste de scrupule envers ses auteurs ? Je ne vois pas aujourd’hui d’autre explication à ce choix éditorial pour le moins étrange.

Quant aux raisons, sur le fond, de cette démolition qui apparaît comme un règlement de compte, je n’en trouve pas d’autre que celle-ci : à la même époque se tenait à l’Ihtp (l’Institut d’histoire du temps présent, dont Pollak était membre) une table ronde sur l’histoire orale, dont les actes paraîtront un an plus tard dans la revue de l’institut, avec une introduction de son directeur, Jean-Pierre Rioux (1987), et un long article liminaire de Pollak (1987) ; elle faisait suite à une première table ronde sur le même sujet organisée six ans auparavant. Ce début des années 1980 avait été marqué dans nos disciplines par l’arrivée de la « micro-histoire » (cf. notamment Ginzburg & Poni 1981), l’intérêt pour les « histoires de vie » et, plus généralement, l’appui sur le matériau biographique et autobiographique. Bourdieu prenait donc, d’une certaine façon, le train en marche en consacrant un numéro de sa revue à ce thème (sans oublier que Sartre, dont il ne cessa pas de se démarquer tout en le « marquant » – comme on dit au football –, Sartre, donc, en avait fait figure de locomotive avec son essai sur Flaubert). Sans doute n’en fallait-il pas plus pour l’inciter à minimiser d’une main ce qui ne l’avait pas attendu pour exister, en même temps que de l’autre il affirmait sa présence dans un domaine devenu porteur. Peut-être ce jeu de positionnements stratégiques dans le milieu intellectuel n’était-il pas la seule raison de cette suspicion affichée envers la biographie ; en tout cas, c’est une raison cohérente avec ce qu’on connaît de lui par ailleurs2.

Mais les marquages de territoire ne sont pas tout : encore faut-il des arguments pour prendre position. Que pouvait donc reprocher Bourdieu à la biographie ? Deux choses, essentiellement – le premier argument étant longuement développé, le second à peine esquissé.

La biographie à l’épreuve du soupçon

Le sujet se prêtait admirablement à la sociologie du soupçon, jamais mieux à son aise qu’avec tout ce qui peut entrer dans la vaste orbite de la « construction sociale ». Bien naïf en effet, argumentait Bourdieu dans son article, celui qui ne verrait pas ce qui, dans le récit de vie, relève « en fait » : du mensonge ou, du moins, de la dissimulation et de la déformation, opposées à la transparence du discours (« se faire l’idéologue de sa propre vie en sélectionnant… » [1986 : 69]) ; de l’illusion propre à toute entreprise narrative, opposée à la pureté de l’expérience vécue (« illusion rhétorique » [ibid. : 70]) ; de l’artificialisme, opposé à la réalité brute des faits (« création artificielle de sens » [ibid. : 69], « cette sorte d’artefact socialement irréprochable qu’est “l’histoire de vie” » [ibid. : 71]) ; de la convention et de l’officialité, opposées à l’authenticité (« convention rhétorique », « présentation officielle de soi » [ibid. : 70]) ; de l’instabilité stratégique, opposée à la stabilité du monde tel qu’il est (« le récit de vie variera, tant dans sa forme que dans son contenu, selon la qualité sociale » [ibid. : 71]) ; du marché, forcément corrupteur, opposé à l’état de nature (« selon la qualité sociale du marché sur lequel il sera offert » [ibid.]) ; de la contrainte, opposée à la libre expression (« un surcroît de contraintes et de censures spécifiques » [ibid.]) ; de la manipulation, opposée au libre choix individuel (« manipuler » [ibid.]).

Mais bien naïf aussi – et c’est la dernière phrase de l’article, qui tempère quelque peu cet argumentaire foncièrement rousseauiste – celui qui ne verrait pas, dans l’entreprise biographique, tout ce qui ressortit à l’illusion individualiste, simple support du « narcissisme », opposée à la vérité du « social » : « l’individu […] vers lequel nous porte irrésistiblement une pulsion narcissique socialement renforcée, est aussi la plus réelle, en apparence, des réalités » (ibid. : 72). Bref, toute entreprise biographique est forcément suspecte, au plus haut point, tant en ce qui provient du biographié lui-même que de la « complicité naturelle du biographe » (ibid. : 69).

Ci-gît, donc, la biographie…

L’identité à l’épreuve de l’habitus

Après ce facile jeu de massacre constructiviste appliqué à l’illusion d’une « identité » objective3 (exercice devenu banal et qui serait sans doute accessible aujourd’hui à n’importe quel étudiant en sociologie), arrive un second argument :

« Essayer de comprendre une vie comme une série unique et à soi suffisante d’événements successifs sans autre lien que l’association à un “sujet” dont la constance n’est sans doute que celle d’un nom propre, est à peu près aussi absurde que d’essayer de rendre compte d’un trajet dans le métro sans prendre en compte la structure du réseau, c’est-à-dire la matrice des relations objectives entre les différentes stations »(ibid. : 71).

Jean-Claude Passeron a montré, dans un article un peu postérieur, que le principal problème posé aux sciences sociales par l’approche biographique relève moins du matériau (comme le suggère l’argument constructiviste longuement décliné par Bourdieu) que de la méthode appliquée à ce matériau4. En l’occurrence, le problème de méthode que pointe Bourdieu dans ce second argument renvoie à l’opposition classique entre le point de vue individuel et le point de vue collectif, entre le niveau micro et le niveau macro : opposition que la question biographique permet de retraduire sous une autre forme, celle de l’opposition entre, d’une part, la temporalité (accessible à la perception individuelle des profanes) et, de l’autre, les structures (qui n’apparaissent que grâce à la prise en compte de la dimension collective par le travail des sciences sociales)5. Ainsi l’entrée par la biographie – forcément narrative – apparaît-elle comme un crime de lèse-habitus – incorporé et structuré.

Ajoutons une dernière hypothèse quant aux motifs non plus seulement stratégiques ni même théoriques mais, peut-être, infra-conscients, de cette distance prise à l’égard de l’approche biographique et, plus précisément, autobiographique : c’est qu’elle requiert à la fois la collaboration active du sujet (et non plus sa soumission passive à l’interprétation du sociologue), la confiance dans le langage comme conducteur de sens, y compris dans ses non-dits ou ses errances (et non plus sa disqualification comme écran à traverser pour atteindre la vérité), et le recours à la mémoire, avec et malgré ses manques (et non plus l’observation du présent ou la prévision des conduites à venir). Elle est proche en cela de la cure analytique6 : propriété qui n’avait rien pour lui attirer la sympathie de Bourdieu, pris dans une lutte hégémonique de la sociologie avec non seulement la philosophie, dont il venait, mais aussi avec la psychanalyse dont, à l’évidence, il ne voulait pas.

Il se peut que sur le moment cette double attaque, constructiviste et structuraliste, contre l’approche biographique ait pu faire impression. À l’usage, toutefois, elle échoue devant l’intérêt des travaux issus de ce type de matériau (dont ceux de Pollak lui-même), et qui ne cessent d’en prouver par l’exemple la richesse et la productivité. Reste qu’il peut être intéressant de comprendre en quoi cette tentative de disqualification n’atteint pas son objet : en d’autres termes, en quoi Bourdieu s’est enferré ici dans l’« illusion d’une illusion ».

À naïf, naïf et demi : l’illusion naturaliste

La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent.

C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales.

À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit.

Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative.

À naïf, naïf et demi : l’illusion explicative

« Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ?

L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre

Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne7. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris.

Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même.

Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ?

La confusion des genres

C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu.

« Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée.

Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. Avec, en toile de fond, ce constat originel, accablant : leur existence même est fonction de la capacité des narrateurs à avoir survécu à l’expérience qui en fait la substance. Car, en matière concentrationnaire, un témoin, avant d’être quelqu’un qui a décidé de témoigner, est quelqu’un qui en est revenu. Codicille : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui est revenu avec, non seulement, la possibilité physique de s’exprimer, mais aussi avec sa possibilité morale ; quelqu’un donc dont l’identité n’a pas été détruite au point de ne plus pouvoir s’autoriser à parler. Et enfin : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui a trouvé une écoute ou, au moins, la promesse, l’espoir qu’il y aurait un jour une écoute.

C’est cela « la gestion de l’indicible », selon le beau titre de l’article de Pollak (1986b). Et ce sont ces trois conditions – la condition de la survie, la condition du maintien de l’identité, la condition de l’écoute – qui ont fait l’objet conjoint de son travail sur ces récits, sans que jamais ces trois dimensions ne soient déconnectées les unes des autres. D’où l’attention scrupuleuse qu’il porte à la forme et aux conditions du témoignage, à la différenciation entre dépositions juridiques, témoignages historiques, autobiographies et romans, ainsi qu’à l’examen attentif des formes rhétoriques – usage des pronoms personnels, temps grammaticaux, organisation plus ou moins chronologique ou thématique de la narration. Tout cela a du sens, car ces choix génériques et formels sont étroitement liés – comme le montrera finalement ce travail – et au contexte de production du récit, et aux conditions de l’expérience elle-même (cf. Heinich 2005).

C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe.

L’impératif de cohérence

S’il avait eu cela en tête, sans doute Bourdieu se serait-il aussi abstenu – et je finirai sur ce point – de fustiger l’effort de cohérence du récit biographique, en réduisant la visée de « consistance et de constance » à une simple « prétention » (« prétendent à s’organiser en séquences ordonnées selon des relations intelligibles ») : pour lui, établir « des connexions propres à donner cohérence », ce n’est rien d’autre que ce qui se fabrique avec la « complicité naturelle du biographe » (1986 : 69) ; et « traiter la vie comme une histoire, c’est-à-dire comme le récit cohérent d’une séquence signifiante et orientée d’événements », c’est l’« illusion rhétorique », ou encore la « convention rhétorique », forcément « arbitraire », du roman « comme histoire cohérente et totalisante » (ibid. : 70).

Michael Pollak, lui, s’est bien gardé de faire du souci de cohérence une illusion propre à berner le naïf. Au contraire, il a su y voir ce qu’il est : une valeur, c’est-à-dire une visée partagée. Mais, dans la sociologie de Bourdieu, les valeurs ne peuvent être qu’illusions naïves ou cyniques dissimulations d’intérêts. Comment aurait-il pu dans ces conditions prendre au sérieux l’impératif de cohérence, cette valeur fondamentale que tout un chacun vise tant bien que mal à réaliser ? Et qui ne peut se réaliser qu’avec l’aide des institutions (oui, ces repaires de la « convention », de l’« artificialité », de la « contrainte »), au premier rang desquelles cette « institution du sens » par excellence qu’est le langage (cf. Descombes 1996) ?

« L’histoire orale », écrivait ainsi Pollak, « rejoint ici les préoccupations des nouvelles théories de la communication qui ne considèrent plus comme évidentes la cohérence et la continuité de la réalité, mais qui posent plutôt la question : comment le monde social s’y prend-il pour se doter de cohérence et de continuité ? » (1987 : 17). Or, la réponse à cette question réside pour une bonne part, précisément, dans l’activité narrative, qu’elle soit fictionnelle ou documentaire, collective ou individuelle, profane ou savante :

« Une telle pratique ouverte de la recherche historique, en montrant à quel point il a toujours été difficile dans la réalité sociale de créer de la continuité et de la cohérence, nous rappellerait que celle-ci, loin de constituer un équilibre stable que l’historiographie peut se contenter de décrire, représente un précaire équilibre de forces qui résulte d’un travail permanent de négociation et de compromis auquel la production historique elle-même n’est pas étrangère, tant dans sa constitution que dans son utilisation »(Pollak 1986a : 26).

C’est sur ce constat à la fois riche d’ouvertures épistémiques et plein d’humanité que se clôt l’article de Pollak, rendant finalement leur place, dans un nouage serré, au point de vue individuel, à la dimension institutionnelle et au regard du chercheur :

« Cette recherche sur une expérience-limite rappelle aussi combien est difficile le maintien de la continuité et de la cohérence, tant pour un individu que pour un groupe […]. Ainsi, en rendant compte de troubles identitaires fondamentaux et de leur possible maîtrise, l’analyse de l’expérience concentrationnaire atteste à quel point […] les individus, en tant qu’ils sont le produit d’une construction sociale, sont également une construction d’eux-mêmes »(Ibid. : 29).

On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique.

Bibliographie

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Bourdieu, Pierre, 1986 « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 69-72.
DOI : 10.3406/arss.1986.2317

Descombes, Vincent, 1996 Les Institutions du sens. Paris, Minuit (« Critique »).

Ginzburg, Carlo & Carlo Poni, 1981 « La micro-histoire », Le Débat 17 : 133-136.
DOI : 10.3917/deba.017.0133

Heinich, Nathalie, 2005 « Les limites de la fiction », L’Homme 175-176 : Vérités de la fiction : 57-76.
—, 2007a « Hommage à Michael Pollak », in Comptes rendus à Walter Benjamin, Pierre Bourdieu, Norbert Elias, Erving Goffman, Françoise Héritier, Bruno Latour, Erwin Panofsky, Michael Pollak. Paris, Les Impressions nouvelles (« Réflexions faites »).
—, 2007b Pourquoi Bourdieu. Paris, Gallimard (« Le débat »).
—, 2008 « Régime vocationnel et pluriactivité chez les écrivains : une perspective compréhensive et ses incompréhensions », Socio-logos 3.
[http://socio-logos.revues.org/1793]
DOI : 10.4000/lhomme.29504

Israël, Liora & Danièle Voldman, eds, 2008 Michael Pollak. De l’identité blessée à une sociologie des possibles. Paris, Complexe (« Histoire du temps présent »)

Jackson, John E., 1988 « Mythes du sujet : à propos de l’autobiographie et de la cure analytique », in Michel Neyraut et al., eds, L’Autobiographie : 6e rencontres psychanalytiques d’Aix-en-Provence. Paris, Les Belles Lettres (« Confluents psychanalytiques »).

Passeron, Jean-Claude, 1990 « Biographies, flux, itinéraires, trajectoires », Revue française de sociologie 31 (1) : 3-22.
DOI : 10.2307/3321486

Pollak, Michael, 1986a « Le témoignage (avec Nathalie Heinich) », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 3-29.
—, 1986b « La gestion de l’indicible », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 30-53.
—, 1987 « Pour un inventaire », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 11-31.
—, 1990 L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale. Paris, Métailié.

Rioux, Jean-Pierre, 1987 « Six ans après », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 1-11.

Veyne, Paul, 1982 Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante. Paris, Le Seuil (« Des travaux »).

Notes

1 L’ensemble de ce travail a été publié dans Pollak (1990) ; sur la place de cette recherche dans son œuvre, cf. Israël & Voldman (2008) ; sur les circonstances dans lesquelles elle a été menée, cf. Heinich (2007a).

2 Sur quelques stratégies analogues de « double discours », cf. Heinich (2007b).

3 Notons que Bourdieu aurait pu citer là Ricœur, dont les trois volumes de Temps et Récit venaient de paraître au Seuil en 1983, 1984 et 1985.

4 « On voit que l’hésitation porte sur les choix de traitement et non de matériau : le matériau biographique est du matériau historique comme un autre et souvent plus complet qu’un autre, en tout cas toujours organisé autrement ; la question est de savoir qu’en faire » (Passeron 1990 : 10).

5 C’est ce que met en évidence Passeron (in ibid.).

6 « La cure analytique et l’autobiographie se rejoignent encore, dans la visée qu’un je y poursuit de son unité, par leur élection commune du champ dans lequel elles choisissent de se déployer ainsi que du mode sur lequel ce champ se découvre : le langage et la remémoration » (Jackson 1988 : 139).

7 Pour un exemple récent, je me permets de renvoyer à Heinich (2008).

Pour citer ce document

Référence papier

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme, 195-196 | 2010, 421-430.

Référence électronique

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme [En ligne], 195-196 | 2010, mis en ligne le 04 novembre 2012, consulté le 24 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/lhomme/22560 ; DOI : 10.4000/lhomme.22560

Cet article est cité par

  • (2017) Juifs d’Europe. DOI: 10.4000/books.pufr.16170
  • André, Bernard. (2013) Évaluer la formation pratique des enseignants : enjeux, défis et propositions. Revue française de pédagogie. DOI: 10.4000/rfp.4208
  • Maitilasso, Annalisa. (2014) « Raconte-moi ta migration ». Cahiers d’études africaines. DOI: 10.4000/etudesafricaines.17655
  • Eczet, Jean-Baptiste. Cometti, Geremia. (2017) Est-il possible de faire le portrait d’un migrant ?. Terrain. DOI: 10.4000/terrain.16129

Auteur

Nathalie Heinich

Centre national de la recherche scientifiqueLaboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture (Lahic), Charenton-le-Pont

Du même auteur

COMPLEMENT:

Rémi Brague : “L’idée d’un progrès irrésistible vers des sommets radieux est complètement folle”
La volonté moderne de la table rase porte atteinte à nos biens intellectuels et moraux, déplore Rémi Brague.
Anne-Laure Debaecker
Valeurs actuelles
27/10/2019

Sauver les vertus, les idées ou les vérités que le projet moderne a conduites à la folie, c’est là l’intention de Rémi Brague dans son ouvrage Des vérités devenues folles qui regroupe les textes de diverses conférences prononcées entre 2009 et 2016, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis. À travers ces textes, le philosophe et essayiste, membre de l’Institut de France, souligne les impasses générées par le culte du progrès et appelle à renouer avec la forme prémoderne de ces vertus, idées et vérités enracinées dans la culture occidentale issue aussi bien d’Athènes que de Jérusalem.

Valeurs actuelles. Pourquoi ce titre évocateur ?
Rémi Brague. 
Mon titre est une allusion tout à fait claire à la fameuse phrase de G. K. Chesterton dans Orthodoxie , selon laquelle le monde moderne est « saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie » . Je critique cette formulation car il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a des vertus tout court, qui sont approfondies par le christianisme.

Il n’existe pas deux manières d’être juste, d’être courageux, d’être tempérant… C’est pour cela que j’ai aussi introduit un autre texte de Chesterton, issu du chapitre « L ‘humanisme est-il une religion ? » de Pourquoi je suis catholique , dans lequel il insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. Ils datent du Moyen Âge, le Moyen Âge ayant lui-même approfondi et développé une partie de l’héritage antique. En matière de philosophie morale médiévale, saint Thomas d’Aquin emprunte des pans entiers à Aristote. Et Roger Bacon cite des pages entières de Sénèque. Ainsi, il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a une manière chrétienne de vivre et d’exercer des vertus humaines.

L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés.

Pourquoi le projet moderne a-t-il un tel impact sur nos biens intellectuels et moraux ?
En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme . Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir.

Le mouvement écologiste prend d’ailleurs de l’ampleur…
Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture.

Comment expliquer ce refus de la continuité ?
Il provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer.

Quelle définition de la liberté lui préférez-vous ?
La route du bien est ouverte !

Quelle est l’idée du monde moderne devenue la plus folle ?
L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ?

Comment expliquez-vous la destruction de la famille traditionnelle par l’État et le marché, dont nous avons encore un exemple récent avec le projet de loi bioéthique ?
Parce que l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain.

« D’une manière ou d’une autre, notre culture devra faire un pas en arrière en direction d’un certain Moyen Âge. » Pourquoi ?
Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité.

L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine.

Vous mettez en avant l’importance de la transcendance. Quelles sont les limites de l’athéisme ?
Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffi t de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffi t de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme.

En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !”

Des vérités devenues folles, de Rémi Brague, éditions Salvator, 192 pages, 20 €.

Voir par ailleurs:

 Il est vraiment sincère, ce film » : dans les petites et moyennes villes, « Au nom de la terre » fait carton plein

Le film sur un agriculteur poussé au suicide a été vu par 1,3 million de personnes, surtout dans les villes qui épousent la géographie agricole et rurale.

Sandrine Blanchard

Le Monde

23 octobre 2019

REPORTAGE Abbeville, Amiens, Doullens(somme) ­ envoyée spéciale

René et Marie ont du malà se souvenir de leur dernière sortie au ci­néma. « Ce devait être pour Qu’est­-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?, en janvier », finit par se remémorer ce couple de retraités. Dimanche 20 octobre,en fin d’après­midi, ils font la queue au CGR d’Abbeville (Somme) pour découvrir le film Au nom de la terre. « On vit dans une région agricole, alors on est intéressés par le sujet », explique René. « Et puis on a vu Guillaume Canet en parler au journal de France 2, je l’aime bien cet ac­teur », complète Marie.

Dans ce multiplexe installé à l’entrée de la ville sur l’ancienne friche industrielle de la sucrerie, dont il ne reste que la cheminée en briques au milieu du parking, la séance pour ce drame vécu par un agriculteur affiche complet. « C’est comme ça depuis plus de trois semaines, le film fonctionne super bien, constate la guiche­tière, et il sera encore à l’affiche la semaine prochaine. »

Depuis sa sortie, le 25 septem­bre, ce premier long­métrage d’Edouard Bergeon, inspiré de l’histoire de son père, qui s’est suicidé sous le poids des dettes et du travail, cumule plus de 1,3 mil­lion d’entrées en France. Pour sa cinquième semaine d’exploita­tion, il sera sur 550 écrans, contre 437 au départ. « Ça nous dé­passe », reconnaît, face à ce succès inattendu, le producteur, Christo­phe Rossignon, cogérant de Nord­Ouest Films et, comme le réalisateur, fils d’agriculteur.

L’exception Paris intra-muros

Dans la Somme, où les champs cultivés s’étendent à perte de vue, entre villages de briques rouges et éoliennes, nombreux sont les spectateurs, à l’image de René et Marie, qui ont été ou connaissent des agriculteurs. « On est de ce mi­lieu, l’histoire de ce film m’inter­pelle, c’est vrai qu’on ne sait jamais à quelle heure on va terminer la journée, tellement y a de boulot », témoigne Vincent, venu en fa­mille. « Notre petit­ fils fait ses étu­des au lycée agricole, ça nous parle », racontent Mireille et Ger­main, qui n’avaient pas mis les pieds au cinéma depuis Belle et Sébastien 3 en 2018.

Que ce soit à Abbeville (23 000habitants), à Amiens (134 000 ha­bitants) ou à Doullens (6 000 ha­bitants), Au nom de la terre fait un carton. « Même à la séance de mercredi soir, alors que d’habi­tude peu de gens ici sortent en se­maine, on a fait le plein », constate Fabrice Lejeune, responsable du cinéma Le Tivoli (93 places) à Doullens.

Entre mercredi 16 et di­manche 20 octobre, le film a enre­gistré, en quatre séances, 338 en­trées dans cette petite commune, contre 117 pour Rambo : LastBlood, et 6 pour la comédie Le Dindon avec Dany Boon. « Au­delà du public habituel, je vois de nou­veaux spectateurs. On est dans un milieu rural, les gens sont très tou­chés par cette histoire », témoigne Fabrice Lejeune. Samedi, Brigitte et Gaby sortentde la séance le cœur serré. « On a été agriculteurs, on a vécu cette pé­riode productiviste, cet engrenage terrible, se souviennent-­ils. On ne pouvait plus cultiver comme nos parents. Aujourd’hui, on est con­tents que nos enfants fassent un autre métier. » Et Brigitte d’ajou­ter : « Il est vraiment sincère ce film, et très réaliste. »

En haut du box­ office, juste der­rière Joker, le succès de ce long ­métrage à 5 millions d’euros de budget épouse en grande partie la géographie agricole et rurale française. Dans les petites et moyennes villes des Hauts­ de ­France, de Bretagne, de Norman­die, des Pays de la Loire, etc., il fait carton plein. En revanche, l’en­gouement est beaucoup moins fort en Provence­Alpes­Côte d’Azur et surtout à Paris, où sa programmation a fondu comme neige au soleil.

« L’exception, c’est vraiment Paris intra­muros, parce qu’à Lyon, Bordeaux, Lille ou en pé­riphérie, ça va », résume le pro­ducteur Chistophe Rossignon. « Le rapport Paris­ province est din­gue, constate Michel Saint­Jean, président de la société de distri­bution Diaphana. D’habitude, la proportion est de 1 à 3 – si vous fai­tes 100 000 entrées dans la capitale, vous ferez 300 000 en France. Là, il va être de 1 à 17, c’est disproportionné. »

Comment expliquer cet écart considérable entre Paris et le reste du pays ? « Ce gap, on n’en sort pas, mais quand vous faites de tels scores en province vous vous en moquez », balaie Christo­phe Rossignon. Avant de livrer son « analyse » : « A Paris, il y a pro­bablement encore l’influence de certaines critiques des médias na­tionaux. Le casque et l’enclume [allusion à l’émission « Le Mas­que et la plume » sur France Inter] nous a massacrés, et Le Monde ignorés. On nous a accusés d’être cucul la praline avec une histoire soi­-disant trop facile qui tire les larmes à la fin à cause des vraies images du père du réalisateur. Quand ce sont les Américains qui font ça, c’est génial, quand c’est nous, c’est de la merde. »

Le lancement d’Au nom de laterre a été mûrement planifié. Enjuin et juillet, 356 avant­-premiè­res ont été organisées à travers la France. « Je n’avais jamais fait ça en trente ans de carrière », recon­naît Michel Saint­Jean. Cette« tournée » s’est réalisée avec le soutien de l’association nationale Solidarité paysans. Puis, la promo­tion a repris dès le 20 août, Guillaume Canet participant à de nombreuses séances et France Bleu (partenaire du film) relayant sa médiatisation.

« Les débats après les projections se sont souvent éloignés de l’his­toire pour embrasser d’autres sujets prégnants comme l’utilisation des produits chimiques et la malbouffe, se souvient le distributeur. Il y a la prise de conscience que quelque chose ne tourne pas rond, insiste Christophe Rossignon, et que la souffrance de l’agriculteur arrive peut­être jusqu’à notre assiette. »


Musées: Beyonce made me do it (Like works of art themselves: With a little help from its music friends’ gospel of acquisition, the world’s top museum breaks its attendance record)

6 janvier, 2019

 


Image result for Radeau de la méduse géricaultImage result for Radeau de la méduse géricaultDétail de l'affiche annonçant l'exposition
Paolo Veronese 008.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2019/01/de3af-39344352_2284751188419864_7681177876476985344_n.jpgThe Carters – Apeshit
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
And moss grows fat on a rollin’ stone but that’s not how it used to be. Don McLean
The Obamas are “Becoming” — billionaires. The launch of Michelle Obama’s cross-country book tour for her new memoir, “Becoming,” last week is just the latest marker on the road to fabulous wealth for the former first couple, who are on their way to becoming a billion-dollar brand. In addition to a $65 million book advance and an estimated $50 million deal with Netflix, both of which she shares with husband Barack Obama, the former first lady is poised to rake in millions from appearances on her 10-city US tour and sales of merchandise connected to her autobiography. And like her husband, Michelle Obama is currently in demand as a speaker for corporations and nonprofits, commanding $225,000 per appearance, The Post has learned. Forbes estimated the couple made $20.5 million in salaries and book royalties between 2005 — when Barack Obama became a US senator and they first arrived in Washington — and 2016. They are now worth more than $135 million. And that figure does not include the cash they are raking in for public speaking. (…) Barack Obama currently rakes in $400,000 per speech, and earned at least $1.2 million for three talks to Wall Street firms in 2017. The fees come on top of his $207,800 annual presidential pension, which he began receiving as soon as he left office. (…) Prices for Obama’s appearance at Brooklyn’s Barclay’s Center next month currently range from $307 to $4,070, which includes a photo with Michelle Obama and a signed copy of “Becoming.” In addition to cash from appearances and book sales, Obama will reap the benefits of hawking 25 different items of merchandise connected to the book, many of which bear her likeness and feature inspirational messages. The items include T-shirts and hoodies, a $20 “Find Your Voice” mug, and “Find Your Flame and Keep It Lit” candles, which retail for $35 each. (…) Barack Obama raked in a combined $8.8 million for “The Audacity of Hope,” published in 2006, and his children’s book, which was released in 2010. He also made nearly $7 million from “Dreams from My Father.” In addition to their multimillion-dollar literary empire, the couple is set to reap the benefits of a creative production deal they signed with Netflix earlier this year. The $50 million, multi-year deal calls on the Obamas “to produce a diverse mix of content, including the potential for scripted series, unscripted series, docuseries, documentaries and features,” which will be broadcast in 190 countries, according to a statement from the streaming service, which has 125 million subscribers around the globe. NY Post
Step my money fast and go (Fast, fast, go) Fast like a Lambo (Skrrt, skrrt, skrrt) Crowd better savor (Crowd goin’ heavy) I can’t believe we made it (This is what we made, made) Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? (…) Rah, gimme my check Put some respeck on my check Or pay me in equity, pay me in equity We live it lavish, lavish I got expensive fabrics (…) You ain’t ownin’ this Don’t think they ownin’ this Bought him a jet Shut down Colette Phillippe Patek Get off my dick (…) Motor cade when we came through Presidential with the planes too One better get you with the residential Undefeated with the king too I said no to the Superbowl You need me, I don’t need you Every night we in the endzone Tell the NFL we in stadiums too Last night was a fucking zoo Stagediving in a pool of people Ran through Liverpool like a fucking Beatle Smoke gorilla glue like it’s fucking legal Tell the Grammy’s fuck that 0 for 8 shit Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? Beyonce and Jay-Z
I just want a Picasso, in my casa No, my castle I’m a hassa, no I’m a asshole I’m never satisfied, can’t knock my hustle I wanna Rothko, no I wanna brothel No, I want a wife that fuck me like a prostitute Let’s make love on a million, in a dirty hotel With the fan on the ceiling, all for the love of drug dealing Marble Floors, gold Ceilings Oh what a feeling, fuck it I want a billion Jeff Koons balloons, I just wanna blow up Condos in my condos, I wanna row of Christie’s with my missy, live at the MoMA Bacons and turkey bacons, smell the aroma Oh what a feeling Picasso Baby, Ca Picasso baby Ca ca Picasso Baby, Ca ca Picasso baby Oh what a feeling Picasso Baby, Ca Picasso baby Ca ca Picasso Baby, Ca ca Picasso baby It ain’t hard to tell I’m the new Jean Michel Surrounded by Warhols My whole team ball Twin Bugattis outside the Art Basel I just wanna live life colossal Leonardo Da Vinci flows Riccardo Tisci Givenchy clothes See me throning at the Met Vogueing on these niggas Champagne on my breath, yes House like the Louvre or the Tate Modern Because I be going ape at the auction Oh what a feeling Aw fuck it I want a trillion Sleeping every night next to Mona Lisa The modern day version With better features Yellow Basquiat in my kitchen corner Go ahead lean on that shit Blue You own it I never stuck my cock in the fox’s box but I’m still the man to watch, Hublot On my left hand or not I’m like god damn enough I put down the cans and they ran amok Niggas even talk about your baby crazy Eventually the pendulum swings Don’t forget America this how you made me Come through with the ‘Ye mask on Spray everything like SAMO I won’t scratch the Lambo What’s it gon take For me to go For you to see I’m the modern day Pablo Picasso baby … Jay-Z
Une piaule à cent millions, une montre à trois millions, ce sont les faits Pas de limite, faux, négro, t’est pas un patron, t’as un patron Des négros maltraités, toute cette merde me blesse, je le prends personnellement, les Négros préfèrent travailler pour le blanc que pour moi, travaillez plutôt pour moi Au moins vous ne prétendrez pas être au même niveau que moi, toute cette merde m’irrite  La fierté précède toujours la chute, c’est presque sûr Mes revenus sont bouleversants (bouleversants !) Les enquêtes disent que tu en es loin (vraiment loin) Chacun joue au boss, jusqu’au moment où il faut payer pour l’entreprise  Envoie les factures par-ci, sépare les hommes des garçons par-là
Nous mesurons le succès au nombre de personnes accomplies que tu côtoies…
Jay-Z
C’est pas compliqué, j’suis le boss, donc j’ai acheté un bolide à ma maman Mes arrière-arrière-petits-enfants sont déjà riches Et ça fait beaucoup de petits noirs sur ta liste du Forbes… Beyonce
La blaxploitation — ou blacksploitation — est un courant culturel et social propre au cinéma américain des années 1970 qui a revalorisé l’image des Afro-Américains en les présentant dans des rôles dignes et de premier plan et non plus seulement dans des rôles secondaires et de faire-valoir. Le mot est la contraction, sous forme de mot-valise, des mots « black » » (qui signifie noir) et « exploitation ». (…) Dans les productions blaxploitation, les films n’engageaient que des noirs et ne s’adressaient qu’à la même communauté sur des thèmes de prédilection en utilisant tous les stéréotypes possibles. Que ce soient les films policiers (trilogie des Shaft) ou les enquêtes par des détectives privés (Shaft, les nuits rouges de Harlem), le cinéma d’horreur (Blacula, le vampire noir, Abby), les arts martiaux (Black Belt Jones de Robert Clouse), le péplum (The Arena (en) de Steve Carver), le western (Boss Nigger), l’espionnage (Cleopatra Jones de Jack Starrett), le film politique engagé (The Spook Who Sat by the Door d’Ivan Dixon), le comique (Uptown Saturday Night). (…) Ces films sont populaires dans la communauté noire car ils montrent des acteurs afro-américains dans des situations d’hommes fiers et libres de leurs choix de vie. Ces personnages noirs résistent aux blancs et leur répondent. Le personnage noir est souvent associé au bien, et le blanc au mal.  Les films de la blaxploitation reflètent les aspirations des noirs aux droits civiques, leurs difficultés quotidiennes, mais aussi la prostitution, la drogue, la corruption, le racisme de la part des policiers, les viols… Une grande majorité des films de blaxploitation sont de qualité plutôt médiocres, souvent violents et remplis de clichés et préjugés. Ils parlent de prostitution, de drogue, et de meurtre, des stéréotypes repris depuis dans le gangsta rap. On y portrait également les macs flamboyants aussi appelés pimps. Wikipedia
I’d sit there in these art history survey classes and think, ‘but where are all the black people?’ I remember the first time I saw an image of Olympia flash on the screen as a graduate student. My heart was pounding and I wondered what would be said about the black servant … and was really concerned that nothing at all was mentioned. As I did that, I understood that she was not just the subject of Manet’s work, but of works by many successive generations of artists. As I looked more deeply into the archival and anecdotal material about her, I became aware of how extensive her legacy was with a pattern of images that exist across the last 160 or so years. This show is so relevant now. By rendering Laure visible and giving her a voice, it opens pathways for other women of color. Denise Murrell
The lyrics of Picasso Baby are a roll-call of artists, including Mark Rothko, Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons and Francis Bacon. Art venues aren’t left out either: Christie’s, MoMA and Tate Modern are all referenced. Jay-Z grew up in one of the art capitals of the world, New York, but if the narratives of his early work are anything to go by, he wouldn’t have spent his weekends wandering around MoMA or the Met. The references to the art world in Picasso Baby show the evolution of Shawn Carter from Queens to Jay-Z, the global musician, businessman, and Mr Beyoncé: someone who can not only spend time wandering around MoMA, if he so chooses, but can go to Christie’s and buy the art on sale. The video for the song was entitled Picasso Baby: A Performance Art Film and was created at the Pace Gallery in New York. Inspired by (and featuring) Marina Abramović, Jay-Z invited members of the public up to perform with him over a period of six hours. ‘It ain’t hard to tell, I’m the new Jean-Michel Surrounded by Warhols, my whole team ball Twin Bugattis outside the Art Basel I just wanna live life colossal Leonardo da Vinci flows’. When performed live you’re able to witness the rare treat of hip-hop fans repeatedly yelling the chorus ‘Picasso Baby!’. Artuk
“Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? – Why museums need to encourage dialogue in gallery spaces and not just at lates because silence is more [intimidating] than the audience going ‘apeshit’ over an exhibition that touches their soul. Black Blossoms
Beyonce is helping museums increase their Black Audiences… any smart person in museum marketing team would see the opp and act quickly and correctly… #APESHIT. Blossoms
Brillante élève de David, l’artiste s’affirme ici avec audace : peindre la carnation noire était un exercice rare et peu enseigné car jugé ingrat. Le regard grave, la pose calme et le sein dénudé donnent au modèle anonyme la noblesse d’une allégorie, peut-être celle de l’esclavage récemment aboli. Le Louvre
Née à Paris le 18 décembre 1768, Marie Guillemine Leroulx-Delaville est la fille d’un fonctionnaire royal. Elle étudie d’abord avec Élisabeth Vigée-Lebrun vers 1781-1782 et, plus tard, vers 1786, avec Jacques-Louis David. Elle présente des portraits et des peintures de genre à l’Exposition de la Jeunesse, où elle débute en 1784, mais on trouve aussi des tableaux d’histoire parmi les oeuvres qu’elle expose aux Salons parisiens, de 1791 à 1812. (…) Connue pour ses portraits, Benoist avait de plus hautes aspirations, manifestes dans un autoportrait de ses débuts, où l’artiste, vêtue à l’antique, peint une copie du Bélisaire de David. A la fois portrait et peinture d’histoire, cette oeuvre mêle le style de ses deux maîtres: ombres et lumières douces, couleurs pâles avec des draperies aux plis lourds qui mettent en valeur le corps sous-jacent. Son oeuvre la plus célèbre est le Portrait d’une négresse (Salon de 1800). Inspiré par les oeuvres de David, ce tableau est une étude du clair et du foncé: une femme noire -probablement rencontrée dans la maison de son beau-frère, officier de marine qui s’était marié à la Guadeloupe- portant un vêtement et un turban blanc, et placée sur un fond clair. (…) À son meilleur, l’oeuvre de Benoist se caractérise par des poses élégantes, des gestes gracieux, des contours fluides mais fermes, des draperies disposées avec élégance et une utilisation harmonique des couleurs. Ses talents de portraitiste sont fréquemment relevés par les critiques et son Portrait d’une négresse est devenu l’icône de la femme noire du XIXe siècle. Grâce aux récentes recherches d’Oppenheimer, le talent de Benoist commence à être mieux reconnu. Vivian P. Cameron
Œuvre majeure dans la peinture française du XIXe siècle, Le Radeau de la Méduse fait figure de manifeste du Romantisme. Il représente un fait divers qui intéressa beaucoup Géricault pour ses aspects humains et politiques, le naufrage d’une frégate en 1816 près des côtes du Sénégal, avec à son bord plus de 150 soldats. Le peintre se documenta précisément puis réalisa de nombreuses esquisses avant de camper sa composition définitive qui illustre l’espoir d’un sauvetage. Géricault s’inspira du récit de deux rescapés de La Méduse, frégate de la marine royale partie en 1816 pour coloniser le Sénégal. Son commandement fut confié à un officier d’Ancien Régime qui n’avait pas navigué depuis plus de vingt ans, et qui ne parvint pas à éviter son échouage sur un banc de sable. Ceux qui ne purent prendre place sur les chaloupes en nombre insuffisant durent construire un radeau pour 150 hommes, emportés vers une odyssée sanglante qui dura 13 jours et n’épargna que 10 vies. A la détresse du naufrage s’ajoutèrent les règlements de comptes et l’abomination du cannibalisme. Géricault représente le faux espoir qui précéda le sauvetage des naufragés : le bateau parti à leur secours apparaît à l’horizon mais s’éloigne sans les voir. La composition est tendue vers cette espérance, dans un mouvement ascendant vers la droite qui culmine avec l’homme noir, figure de proue de l’embarcation. Géricault donne une vision synthétique de l’existence humaine abandonnée à elle même. (…) Le Radeau de Géricault est la vedette du Salon de 1819 : « Il frappe et attire tous les regards », (Le Journal de Paris) et divise les critiques. L’horreur, la terribilità du sujet, fascinent. Les chantres du classicisme disent leur dégoût pour cet « amas de cadavres », dont le réalisme leur paraît si éloigné du beau idéal, incarné par la Galatée de Girodet qui fait un triomphe la même année. En effet, Géricault exprime un paradoxe : comment faire un tableau fort d’un motif hideux, comment concilier l’art et le réel ? Coupin tranche « M. Géricault semble s’être trompé. Le but de la peinture est de parler à l’âme et aux yeux, et non pas de repousser. ». Le tableau a aussi ses zélateurs, comme Jal qui exalte en lui le sujet politique, le manifeste libéral (la promotion du « nègre », la critique de l’ultra-royalisme), et le tableau moderne, œuvre d’actualité. Pour Michelet, « c’est notre société toute entière qui embarqua sur ce radeau de la Méduse (…) ». Le Louvre
Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large des côtes sénégalaises à la suite d’une erreur de navigation. Elle a près de 400 personnes à son bord – l’équipage, des fonctionnaires et deux compagnies de soldats. La Méduse fait partie d’une flottille envoyée de France au Sénégal pour y affirmer l’autorité du roi Louis XVIII. Les soldats sont des anciens des troupes napoléoniennes dont la monarchie cherche à se débarrasser par ce moyen. Le coupable du naufrage est le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’a obtenu ce commandement que parce qu’il est un émigré royaliste. Quand il monte à bord de La Méduse, il n’a plus navigué depuis vingt-cinq ans. Après avoir essayé de remettre à flot le navire, il est décidé de l’abandonner et de construire un radeau, les canots étant trop peu nombreux pour la foule des passagers. Le 5 juillet, les chaloupes, où sont les officiers et les fonctionnaires, et le radeau prennent la mer, les chaloupes étant censées remorquer le radeau. Très vite, Chaumareys ordonne de couper les cordes, abandonnant les 147 personnes entassées dessus. Pour cela et l’ensemble de ses fautes, il sera jugé en cour martiale en 1817, condamné à la prison et déchu de son grade et de ses décorations. Du 6 au 17 juillet, le radeau dérive. Quand L’Argus, autre navire de la flottille, le retrouve, il reste quinze survivants, dont cinq meurent dans les jours qui suivent. Entre-temps, les chaloupes ont atteint Saint-Louis du Sénégal sans peine. Sur le naufrage et sur ce qui s’est passé sur le radeau, deux rescapés, l’ingénieur-géographe Corréard et le chirurgien Savigny, publient, dès novembre 1817, un récit, réédité en 1818. On y apprend non seulement l’incompétence et la lâcheté de Chaumareys, mais aussi les combats sur le radeau entre hommes ivres et terrorisés. Le 9 juillet, il ne reste déjà plus qu’une trentaine de survivants. Le 13, ils jettent à la mer les malades et les blessés, dont la cantinière, une femme noire. Dès le 7 juillet, il a fallu recourir au cannibalisme pour se nourrir. On peut imaginer l’effet de ce livre, les implications politiques, l’émoi de l’opinion publique. Des gravures du drame circulent vite, et le Théâtre de la Porte-Saint-Martin en fait un mélodrame, joué en avril 1819. Le 25 août 1819, s’ouvre le Salon. Une toile, dont le titre a été censuré, suscite le scandale : Le Radeau de La Méduse, de Théodore Géricault, évidemment – « un jeune homme », écrit la critique, car il a 28 ans. Depuis, elle est demeurée au premier plan de l’histoire, au point même que l’on oublie trop souvent que Géricault est l’auteur d’autres chefs-d’oeuvre, un portraitiste et un dessinateur de premier ordre. (…) Sans hésiter longtemps, il choisit un moment décisif du récit de Corréard et Savigny, l’approche de l’Argus. Ce n’est pas le plus tragique, puisqu’il aurait pu peindre le carnage sur le radeau, les blessés jetés à la mer ou les scènes de cannibalisme. Il ne le fait pas parce que, dans ce cas, son oeuvre n’aurait pas été exposée au Salon, pour des raisons de décence. Mais il introduit des détails explicites, armes abandonnées, corps mutilés, plaies mal pansées. En attirant l’attention sur eux, l’exposition incite à une compréhension plus complète de tout ce qui constitue l’oeuvre, aussi bien du point de vue artistique que du point de vue politique et moral. Les dessins de musculatures d’après modèle confirment ce qui est flagrant au Louvre : Géricault se mesure en toute simplicité à Michel-Ange et démontre, face à l’hégémonie de David et du néoclassicisme, qu’il n’est pas obligatoire d’aller prendre dans l’histoire grecque et romaine ou dans la Bible des sujets héroïques et tragiques. Le présent en propose qu’il faut avoir l’audace de saisir et de porter aux dimensions d’une très grande toile. Delacroix et Manet s’en sont souvenus – Delacroix qui, du reste, pose pour l’un des naufragés. Autre remarque : Géricault place trois figures d’hommes noirs sur le radeau – et la cantinière jetée à l’eau -, alors qu’il n’y en avait en réalité qu’un seul. Cette décision est liée à la lutte contre la traite des Noirs, qui se pratique toujours alors en dépit de son interdiction supposée. La lecture politique en est précisée. On sait en effet que le Radeau est une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais moins qu’elle est aussi une dénonciation de l’esclavage. Philippe Dagen
Géricault, revenant à Paris après un long voyage d’étude en Italie, découvre par hasard la première édition du naufrage qui date du 22 novembre 1817, il s’agit de la publication de deux survivants du naufrage, l’aide-chirurgien Henri Savigny et le gadzarts, ingénieur-géographe Alexandre Corréard16. Les horreurs du naufrage sont aussi connues du public grâce à l’indiscrétion du ministre de la police Élie Decazes qui relâche volontairement la censure en laissant le rapport de Savigny (destiné normalement uniquement aux autorités maritimes) parvenir à la presse, ce qui lui permet de torpiller le ministre ultra de la Marine François-Joseph de Gratet. Stupéfait de l’ampleur médiatique que prend le naufrage, Géricault pense que la réalisation d’une représentation picturale de l’événement pourrait contribuer à établir sa réputation. Après avoir pris la décision de réaliser le tableau, il entreprend des recherches approfondies avant de commencer la peinture. Au début de l’année 1818, il rencontre Savigny et Alexandre Corréard ; le récit de leur ressenti lors de l’expérience du naufrage influence grandement la tonalité du tableau final. (…) Lors de voyages effectués dans sa jeunesse, Géricault est déjà confronté à la vue de déments ou de pestiférés. Durant ses recherches préparatoires pour Le Radeau de La Méduse, son ambition de vérité historique et de réalisme vire à l’obsession d’observer le phénomène de rigidité cadavérique. Afin de réaliser la représentation la plus authentique possible des différents aspects de la chair des cadavres, il réalise plusieurs esquisses de dépouilles à la morgue de l’hôpital Beaujon, étudie le visage de patients sur le point de mourir, et emporte même dans son atelier quelques membres humains pour observer leur décomposition. Géricault dessine également une tête coupée empruntée à un asile et qu’il conserve dans le grenier de son atelier. Avec trois survivants, dont Savigny et Corréard, ainsi qu’avec le charpentier Lavillette, il construit un modèle réduit extrêmement détaillé du radeau, lequel est reproduit avec la plus grande fidélité sur la toile finale – même les espaces entre les planches sont représentés. Géricault fait également poser des modèles, réalise un dossier comportant de la documentation sur l’événement, copie des tableaux d’autres artistes s’approchant du même thème, et se rend au Havre pour y observer la mer et le ciel. Bien que fiévreux, il se rend très fréquemment sur la côte afin de voir des tempêtes balayer le littoral. En outre, son voyage en Angleterre, durant lequel il rencontre d’autres artistes, est l’occasion pour lui d’étudier divers éléments du paysage marin lors de la traversée de la Manche. Il dessine et peint plusieurs esquisses alors qu’il choisit quel moment il souhaite représenter dans le tableau final. La conception de l’œuvre est lente et difficile, car Géricault hésite même à choisir un moment emblématique du naufrage, qui rendrait au mieux l’intensité dramatique de l’événement. Parmi les scènes qu’il pense choisir se trouvent notamment la mutinerie contre les officiers, survenue le deuxième jour passé sur le radeau ; les actes de cannibalisme, qui ne surviennent qu’après quelques jours ; et le sauvetage. Géricault opte finalement pour l’instant, raconté par l’un des survivants, où les naufragés voient L’Argus approcher à l’horizon et tentent une première fois en vain de lui adresser un appel au secours. Le bateau est représenté par une petite forme de couleur grise au centre-droit du tableau. Comme l’exprime un des survivants, « nous passâmes de l’euphorie à une grande déception, à de profonds tourments ». Dans la mesure où le public est alors bien informé des causes du désastre, le choix de la scène relève d’une volonté de figurer les conséquences de l’abandon de l’équipage sur le radeau, en se focalisant sur l’instant où tout espoir semblait perdu – l’Argus paraît à nouveau deux heures après et secourt les survivants. Un critique remarque cependant que le tableau comporte plus de personnages qu’il ne devait y en avoir à bord du radeau au moment du sauvetage. De plus, l’auteur note que le sauvetage se déroule un matin ensoleillé, avec une mer calme : Géricault choisit cependant de peindre le radeau en pleine tempête, avec un ciel noir et une mer démontée, sans doute pour renforcer le caractère dramatique de la scène. (…) Géricault réalise une esquisse de la composition finale sur la toile. Il fait alors poser chaque modèle séparément, et peint les personnages à la suite les uns des autres, à l’inverse de la méthode traditionnelle suivant laquelle le peintre travaille d’emblée sur la composition entière. Son attention particulière portée à des éléments ainsi individualisés donne à l’œuvre « une matérialité troublante » et témoigne d’une recherche de théâtralité – ce que certains critiques de l’époque considèrent comme un défaut. (…) Le Radeau de La Méduse dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l’état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine. La monumentalité du format (491 cm × 716 cm) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu’un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d’immersion du spectateur dans l’action du tableau. Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des taches éparses de rouge sang rappellent les affrontements. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l’eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l’embarcation viennent d’apercevoir un bateau au loin ; l’un d’entre eux le montre du doigt, tandis qu’un membre africain de l’équipage, Jean-Charles, se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l’air afin d’attirer l’attention du navire. La composition picturale est essentiellement basée sur trois structures pyramidales. La première est formée par le mât et les cordes qui le tiennent. Elle englobe la seconde à la gauche du tableau, formée par des hommes morts ou désespérés. La troisième met en scène, à sa base, des cadavres et des mourants, desquels émergent les survivants ; à son sommet culmine l’espoir de sauvetage, avec la figure centrale d’un homme noir agitant sa chemise. Certains y ont vu une critique de l’Empire Colonial Français conservateur et esclavagiste. Géricault peint comme héros central un homme Noir. Son modèle sera Joseph, un Haïtien qui a posé pour lui et d’autres artistes. Il s’agit du premier héros de la peinture occidentale sans nom et vu de dos. Le tableau serait une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais aussi une dénonciation de l’esclavage. C’est pourquoi Géricault y peint trois figures d’hommes noirs, alors qu’il n’y en aurait eu qu’un seul parmi les rescapés en plus d’une cantinière jetée à l’eau le 13 juillet en compagnie d’autres blessés. L’artiste semble prendre position contre la traite négrière, qui se pratique toujours malgré son interdiction supposée. Wikipedia
The video is stunning with its wide shots of halls of art with no tourists in them – only Jay-Z and Beyoncé standing looking serene, like works of arts themselves, in front of “The Mona Lisa.” And then the beat kicks in, with a shot of them on a staircase with nearly nude bodies strewn about the steps that contract and move to the rhythm. “I can’t believe we made it,” she sings, a little Autotune in her voice, over a hard-hitting beat. “This is why we thankful, hey, hell, see a crowd going apeshit.” The couple are shown in front of “The Winged Victory of Samothrace,” “The Coronation of Napoleon,” among many other famed pieces of priceless artworks and antiquities, while dancing and posing… Rolling Stone
From the off, shots of Beyoncé, Jay Z and the rest of the entirely black cast of dancers from the Ricky Saiz-directed video serve as responses to well-known pieces in the art canon. Almost obstructing the famous works behind them, kneeling, swaying and smiling in the process, black bodies directly challenge the limited portrayals of blackness that we’re used to seeing in museums and force us to take in an entirely new narrative, one that shies away from respectability and fosters an (often intensely capitalist) sense of the many virtues of blackness.In a clear challenge to celebrations of colonial rule and wealth, for example, we see a shot of a defiant Beyoncé dancing in formation against the backdrop of Jacques Louis David’s extravagant painting, The Coronation Of Napoleon. Here, Napoleon’s legacy and, by extension, David’s art is forced to take a backseat, making way instead for an indisputably black celebration of womanhood and Beyoncé’s own lavishness in the process. And with a nod to one of the most consistent themes of the album – black love – there are also shots of black couples embracing, as well as modern takes on Marie-Guillemine Benoist’s Portrait of a Negress, the only painting in the video that doesn’t depict a black subject as a slave. (…) Conversations about the lack of inclusion in art museums have long raged on, inspiring important, but typically short-lived, appeals to black people every once in a while. But rarely, as Black Blossoms said, do they extend beyond one-off lates and exhibitions. In a 2015/16 study of adults visiting museums in the UK, for example, black people were the least likely to have visited a museum in the past year, compared with white and Asian visitors. And, when collections do not focus solely on European art, curators of African art in larger institutions are typically white. (…) Just as Beyoncé and Jay Z have demonstrated, there is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums. By occupying what looks like the entirety of the Louvre, Beyoncé and Jay Z have made a clear a statement as any about the importance of taking up space in typically white institutions – institutions that, evidently, could learn a thing or two from them. Kuba Shand-Baptiste 
The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again. In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them. In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve. The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite. But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them. Doreen St. Félix
The Carters’ latest offering is set in the Louvre – for one day the art gallery was occupied by people you usually never see in its paintings. (…) Beyoncé and her husband, Jay-Z, have arrived at the Louvre for a sightseeing day that coincides with the making of their Apeshit video. Referencing the Louvre’s world-renowned permanent collection, juxtaposed with contemporary dancers occupying this hallowed space, Apeshit makes some pithy, if scattershot, comments on racism, slavery and the dominance of western neoclassical aesthetic standards. (…) The video is topped and tailed by the Mona Lisa. Smirking, tight lipped, she side-eyes Jay-Z and Beyoncé, whose bright blaxploitation power suits outshine her matron’s weeds and announce that, just for one day, the Louvre is going to be occupied by people you usually never see in its paintings. You just know that Lisa’s going to call security. Dancers of all colours gyrate in front of the image of French pomp, Imperial arrogance and self-gratification: The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine. Of the painting, I’ve never seen so many white people in one place before and I’ve been to Bestival. That said, replacing painted, sprawled, objectified, naked, white, nameless, historical women with writhing, objectified, naked, nameless, 21st-century women of all colours (as they are 40 seconds later, when they’re lying like logs on the steps) doesn’t seem a great leap forward to me. One of the most potent moments is the image of the reclining Madame Recamier. Painted in the 1800s, it shows a rich wife in neo-classical garb reclining on a couch. Beyonce adds what is not in the picture but would have been: two black dancers posing as servants, in head-wraps, still and docile, at the woman’s feet; the silent, unremembered and invisible labour behind the woman’s wealth and finery. Indeed, Apeshit is partly a reminder of all the non-white faces that have been erased from history or dropped in tokenistically to add a bit of exotic colour. The aftermath of colonialism and slavery, and the ongoing scandal of the refugee crisis, is beautifully referenced in a shot of The Raft of the Medusa as Jay-Z sings: “Can’t believe we made it.” The Raft is an image of enslaved and subjugated people who have lost all hope but that of life; luckily for Beyoncé and Mister Beyoncé they are now “living lavish” on top of that. But how far have we come? Apeshit rounds off with the Portrait D’Une Négresse, whose sardonic look implies that plus ca change, plus c’est la meme chose. She and so many other women of colour have seen it all before, and the pace of change is painfully slow. Painted six years after the abolition of slavery, this woman is given a painting of her own – but remains nameless and inert, with one breast out for everyone to ogle. The Guardian

Comme de véritables oeuvres d’art eux-mêmes !

A l’heure où fort de ses 10 millions de visiteurs par  an, le premier musée d’art du monde …

Se vante du super coup de pub qu’il s’est payé l’an passé …

En y laissant le couple le plus glamour de la planète rap y tourner l’un de ses clips …

Pendant que du côté politique et les costards de mac en moins, la mousse pousse drue sur les ex-pierres qui roulent de Washington  …

Comment à l’image des foules en pâmoison auxquelles il y est fait question …

Ne pas s’extasier à notre tour …

Au-delà du sentiment certes compréhensible d’une population jusque là étrangement absente des couloirs du premier musée du monde …

Sinon mis à part la domestique ramenée de Guadeloupe au lendemain de la première abolition de l’esclavage par le beau-frère d’une ancienne élève de Vigé-Lebrun et David …

Ou la figure de proue alors proprement révolutionnaire du fameux Radeau suite au naufrage d’un navire parti rétablir la domination coloniale française en Afrique de l’Ouest …

A travers les rôles de serviteurs et d’esclaves que leur avaient imposés leurs revendeurs premièrement africains et arabes …

Devant ce cri du coeur de si américains nouveaux riches …

S’efforçant entre compte en banque, voitures de luxe, privilèges de jet setters, dévotion des fans qui leur ont permis d’en arriver là …

Et leurs costumes de macs et de bimbos comme leurs profondes paroles de bites et de putes …

De refaire ce que la blaxploitation avait fait pour le monde du cinéma des années 70 …

A savoir relire et réécrire du seul point de vue noir rien de moins que l’ensemble de l’histoire de l’art occidental ?

 

Grâce à Beyoncé et Jay-Z, le Louvre a battu son record de fréquentation
RTBF
3 janvier 2019

« Pour la première fois de son histoire, et je pense pour la première fois dans l’histoire des musées, plus de dix millions de visiteurs ont fréquenté le Louvre en 2018 « , a affirmé ce jeudi 3 janvier à l’AFP Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre.

Outre les travaux d’aménagement qui ont permis d’augmenter la capacité de l’accueil du musée, Le clip, Apes**t de Beyoncé et Jay-Z aurait également contribué au succès du Louvre.« Le clip de Beyoncé comme l’ouverture du musée du Louvre à Abu Dhabi a fait qu’on a beaucoup parlé du Louvre partout dans le monde », explique Jean-Luc Martinez au micro de Franceinfo. Résultat, ce sont plus de 10,2 millions de visiteurs qui se sont précipités cette année au musée. Le précédent record s’élevait à 9,7 millions de visiteurs en 2012.

Afin d’attirer un plus jeune public, le musée a également profité du succès d’Apes**t pour carrément  proposer une visite guidée thématique calquée sur le parcours de Jay-Z et Bey. De plus, le Louvre aimerait inviter ceux qui disposent d’un budget limité pour la culture en lançant une nocturne gratuite chaque premier samedi du mois. Un accompagnement sera même prévu dans certaines salles pour les plus frileux d’entre nous. « Il y a des gens qui ont peur de ne pas comprendre le musée; cette nocturne veut répondre à ce besoin (…) avec des explications, des commentaires, des spectacles, des concerts », souligne Jean-Luc Martinez. La première nocturne aura lieu le 5 janvier. Toutes les infos sont disponibles ici.

Voir aussi:

The Carters’ latest offering is set in the Louvre – for one day the art gallery was occupied by people you usually never see in its paintings. Here are some key moments to watch out for

Beyoncé and her husband, Jay-Z, have arrived at the Louvre for a sightseeing day that coincides with the making of their Apeshit video. Referencing the Louvre’s world-renowned permanent collection, juxtaposed with contemporary dancers occupying this hallowed space, Apeshit makes some pithy, if scattershot, comments on racism, slavery and the dominance of western neoclassical aesthetic standards. Here are a few key moments to look out for:

Mona Lisa

The Carters – Apeshit

The video is topped and tailed by the Mona Lisa. Smirking, tight lipped, she side-eyes Jay-Z and Beyoncé, whose bright blaxploitation power suits outshine her matron’s weeds and announce that, just for one day, the Louvre is going to be occupied by people you usually never see in its paintings. You just know that Lisa’s going to call security.

The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine

The Carters – Apeshit

Dancers of all colours gyrate in front of the image of French pomp, Imperial arrogance and self-gratification: The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine. Of the painting, I’ve never seen so many white people in one place before and I’ve been to Bestival. That said, replacing painted, sprawled, objectified, naked, white, nameless, historical women with writhing, objectified, naked, nameless, 21st-century women of all colours (as they are 40 seconds later, when they’re lying like logs on the steps) doesn’t seem a great leap forward to me.

The Carters – Apeshit

Portrait of Madame Récamier

The Carters – Apeshit

One of the most potent moments is the image of the reclining Madame Recamier. Painted in the 1800s, it shows a rich wife in neo-classical garb reclining on a couch. Beyonce adds what is not in the picture but would have been: two black dancers posing as servants, in head-wraps, still and docile, at the woman’s feet; the silent, unremembered and invisible labour behind the woman’s wealth and finery. Indeed, Apeshit is partly a reminder of all the non-white faces that have been erased from history or dropped in tokenistically to add a bit of exotic colour.

The Raft of the Medusa

The Raft of the Medusa (Le Radeau de la M duse), 1818-1819. Found in the collection of the Louvre, Paris.The Raft of the Medusa (Le Radeau de la M duse), 1818-1819. Artist: G ricault, Th odore (1791-1824) (Photo by Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images) survival|G ricault|Th odore M duse|M duse

The aftermath of colonialism and slavery, and the ongoing scandal of the refugee crisis, is beautifully referenced in a shot of The Raft of the Medusa as Jay-Z sings: “Can’t believe we made it.” The Raft is an image of enslaved and subjugated people who have lost all hope but that of life; luckily for Beyoncé and Mister Beyoncé they are now “living lavish” on top of that.

Portrait D’Une Négresse

The Carters – Apeshit

But how far have we come? Apeshit rounds off with the Portrait D’Une Négresse, whose sardonic look implies that plus ca change, plus c’est la meme chose. She and so many other women of colour have seen it all before, and the pace of change is painfully slow. Painted six years after the abolition of slavery, this woman is given a painting of her own – but remains nameless and inert, with one breast out for everyone to ogle.

Voir de même:

The Power and Paradox of Beyoncé and Jay-Z Taking Over the Louvre

Doreen St. Félix

The NewYorker

June 19, 2018

In 2014, Beyoncé, Jay-Z, and their first daughter, Blue Ivy, went to the Louvre. It was a private tour, conducted on a Tuesday, the day the museum is closed to the public. (“Louvre Us Alone!” TMZ’s headline read.) The couple, both art lovers, documented the visit with a series of touristy selfies—re-creating the poses of the Hellenic statues around them—and sweet, staged candids, one of which showed the two swinging their daughter at the base of the Daru staircase, which leads to the Winged Victory of Samothrace. The most widely shared photograph showed Jay-Z and Beyoncé flanking the “Mona Lisa,” approximating her elusive expression. It was a playful dispatch from a marriage; were it not for the lack of crowds, the Carters might have seemed like any other giddy American family.

They aren’t. The music video for “Apeshit,” a song from “Everything Is Love,” their new joint album, finds Jay-Z and Beyoncé back in the Louvre, but much has changed since their visit in 2014. The album, which the couple surprise-released on Saturday, during their “On the Run II Tour,” completes a meditative trilogy about infidelity and forgiveness. The previous two installments, Beyoncé’s “Lemonade” and Jay-Z’s “4:44,” were labors of gut-wrenching introspection, chronicling the crisis in the couple’s marriage after Jay-Z’s admissions of cheating. “Everything Is Love,” by contrast, is slick and effervescent, triumphant, a return to the outlaw motif that the couple embraced years before. The storm has been weathered, Beyoncé and Jay-Z want us to know, and it has made their unit stronger. To celebrate, and to make ostentatiously official their consolidation of power, they’ve returned to the Louvre, not as tourists but as bosses.

The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again.

In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them.

In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve.

The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite.

But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them.

In 2014, Beyoncé, Jay-Z, and their first daughter, Blue Ivy, went to the Louvre. It was a private tour, conducted on a Tuesday, the day the museum is closed to the public. (“Louvre Us Alone!” TMZ’s headline read.) The couple, both art lovers, documented the visit with a series of touristy selfies—re-creating the poses of the Hellenic statues around them—and sweet, staged candids, one of which showed the two swinging their daughter at the base of the Daru staircase, which leads to the Winged Victory of Samothrace. The most widely shared photograph showed Jay-Z and Beyoncé flanking the “Mona Lisa,” approximating her elusive expression. It was a playful dispatch from a marriage; were it not for the lack of crowds, the Carters might have seemed like any other giddy American family.

They aren’t. The music video for “Apeshit,” a song from “Everything Is Love,” their new joint album, finds Jay-Z and Beyoncé back in the Louvre, but much has changed since their visit in 2014. The album, which the couple surprise-released on Saturday, during their “On the Run II Tour,” completes a meditative trilogy about infidelity and forgiveness. The previous two installments, Beyoncé’s “Lemonade” and Jay-Z’s “4:44,” were labors of gut-wrenching introspection, chronicling the crisis in the couple’s marriage after Jay-Z’s admissions of cheating. “Everything Is Love,” by contrast, is slick and effervescent, triumphant, a return to the outlaw motif that the couple embraced years before. The storm has been weathered, Beyoncé and Jay-Z want us to know, and it has made their unit stronger. To celebrate, and to make ostentatiously official their consolidation of power, they’ve returned to the Louvre, not as tourists but as bosses.

The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again.

In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them.

In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve.

The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite.

But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them.

Voir encore:

Apeshit has sparked an overdue conversation about blackness in art institutions

Beyoncé and Jay Z’s first single from their new album has already been heralded as a potential marketing tool for largely white art museums

Kuba Shand-Baptiste

The Pool

18.06.18

There’s a lot that can be said about Everything Is Love, Beyoncé and Jay Z’s latest highly anticipated joint project and fans have wasted no time in sharing conspiracy theories and wild analyses about the power couple’s latest effort since it dropped on Saturday evening. But perhaps the most interesting observation to have emerged over the last few days came from Black Blossoms, a platform dedicated to amplifying black womanhood in the art world.

Offering their own astute observations on Apeshit, the first single from the album, Black Blossoms tweeted about the video’s capacity to dramatically shift museums’ marketing approach towards the black community.

In a tweet accompanied by a screenshot from the video, in which the couple sit stoically before Jacques Louis David’s The Intervention of the Sabine Women, Black Blossoms said:

“Beyoncé is helping museums increase their Black Audiences… any smart person in museum marketing team would see the opp and act quickly and correctly… #APESHIT”

Examine the video closely – which, in keeping with the couple’s iconic status, was filmed in the Louvre, an institution that boasts an overwhelmingly white art collection – and it’s easy to see their point. From the off, shots of Beyoncé, Jay Z and the rest of the entirely black cast of dancers from the Ricky Saiz-directed video serve as responses to well-known pieces in the art canon.

Almost obstructing the famous works behind them, kneeling, swaying and smiling in the process, black bodies directly challenge the limited portrayals of blackness that we’re used to seeing in museums and force us to take in an entirely new narrative, one that shies away from respectability and fosters an (often intensely capitalist) sense of the many virtues of blackness.

There is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums

In a clear challenge to celebrations of colonial rule and wealth, for example, we see a shot of a defiant Beyoncé dancing in formation against the backdrop of Jacques Louis David’s extravagant painting, The Coronation Of Napoleon. Here, Napoleon’s legacy and, by extension, David’s art is forced to take a backseat, making way instead for an indisputably black celebration of womanhood and Beyoncé’s own lavishness in the process. And with a nod to one of the most consistent themes of the album – black love – there are also shots of black couples embracing, as well as modern takes on Marie-Guillemine Benoist’s Portrait of a Negress, the only painting in the video that doesn’t depict a black subject as a slave.

With the usual meticulous precision that fans are used to seeing in projects from the duo, Beyoncé and Jay Z have, as Black Blossoms observed, carved their own artistic standards as black artists, rather than playing into definitions of success as outlined by the white status quo.

Conversations about the lack of inclusion in art museums have long raged on, inspiring important, but typically short-lived, appeals to black people every once in a while. But rarely, as Black Blossoms said, do they extend beyond one-off lates and exhibitions.

In a 2015/16 study of adults visiting museums in the UK, for example, black people were the least likely to have visited a museum in the past year, compared with white and Asian visitors. And, when collections do not focus solely on European art, curators of African art in larger institutions are typically white.

“Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? – Why museums need to encourage dialogue in gallery spaces and not just at lates because silence is more [intimidating] than the audience going ‘apeshit’ over an exhibition that touches their soul,” Black Blossoms´ tweeted.

And they’re right. Just as Beyoncé and Jay Z have demonstrated, there is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums. By occupying what looks like the entirety of the Louvre, Beyoncé and Jay Z have made a clear a statement as any about the importance of taking up space in typically white institutions – institutions that, evidently, could learn a thing or two from them.

Voir de plus:

Géricault, reporter du naufrage de « La Méduse »

Une exposition fait le point sur la genèse d’un des tableaux les plus politiques et polémiques du XIXe siècle.

Philippe Dagen

16 juillet 2012 

Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large des côtes sénégalaises à la suite d’une erreur de navigation. Elle a près de 400 personnes à son bord – l’équipage, des fonctionnaires et deux compagnies de soldats. La Méduse fait partie d’une flottille envoyée de France au Sénégal pour y affirmer l’autorité du roi Louis XVIII. Les soldats sont des anciens des troupes napoléoniennes dont la monarchie cherche à se débarrasser par ce moyen. Le coupable du naufrage est le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’a obtenu ce commandement que parce qu’il est un émigré royaliste. Quand il monte à bord de La Méduse, il n’a plus navigué depuis vingt-cinq ans.Après avoir essayé de remettre à flot le navire, il est décidé de l’abandonner et de construire un radeau, les canots étant trop peu nombreux pour la foule des passagers. Le 5 juillet, les chaloupes, où sont les officiers et les fonctionnaires, et le radeau prennent la mer, les chaloupes étant censées remorquer le radeau. Très vite, Chaumareys ordonne de couper les cordes, abandonnant les 147 personnes entassées dessus. Pour cela et l’ensemble de ses fautes, il sera jugé en cour martiale en 1817, condamné à la prison et déchu de son grade et de ses décorations. Du 6 au 17 juillet, le radeau dérive. Quand L’Argus, autre navire de la flottille, le retrouve, il reste quinze survivants, dont cinq meurent dans les jours qui suivent. Entre-temps, les chaloupes ont atteint Saint-Louis du Sénégal sans peine.CANNIBALISMESur le naufrage et sur ce qui s’est passé sur le radeau, deux rescapés, l’ingénieur-géographe Corréard et le chirurgien Savigny, publient, dès novembre 1817, un récit, réédité en 1818. On y apprend non seulement l’incompétence et la lâcheté de Chaumareys, mais aussi les combats sur le radeau entre hommes ivres et terrorisés. Le 9 juillet, il ne reste déjà plus qu’une trentaine de survivants. Le 13, ils jettent à la mer les malades et les blessés, dont la cantinière, une femme noire. Dès le 7 juillet, il a fallu recourir au cannibalisme pour se nourrir.On peut imaginer l’effet de ce livre, les implications politiques, l’émoi de l’opinion publique. Des gravures du drame circulent vite, et le Théâtre de la Porte-Saint-Martin en fait un mélodrame, joué en avril 1819. Le 25 août 1819, s’ouvre le Salon. Une toile, dont le titre a été censuré, suscite le scandale : Le Radeau de La Méduse, de Théodore Géricault, évidemment – « un jeune homme« , écrit la critique, car il a 28 ans. Depuis, elle est demeurée au premier plan de l’histoire, au point même que l’on oublie trop souvent que Géricault est l’auteur d’autres chefs-d’oeuvre, un portraitiste et un dessinateur de premier ordre.
UNE ŒUVRE POLITIQUE ET UN MESSAGE CONTRE L’ESCLAVAGE
De même que l’on connaît le détail des événements, on connaît celui de la genèse de la peinture. C’est elle que retrace l’exposition actuelle, en une cinquantaine de dessins et d’études peintes. Pourquoi au Musée de Clermont-Ferrand ? Parce qu’y a été retrouvé récemment dans ses réserves un portrait d’homme, attribué à Géricault par Bruno Chenique, spécialiste de l’artiste et auteur de l’exposition. Celle-ci traite successivement de la composition, des travaux préparatoires pour les nus et leurs postures expressives, des études de visages et de celles que Géricault a consacrées à la décomposition des corps en peignant sur le motif des fragments anatomiques qui lui étaient donnés par l’hôpital Beaujon.Sans hésiter longtemps, il choisit un moment décisif du récit de Corréard et Savigny, l’approche de l’Argus. Ce n’est pas le plus tragique, puisqu’il aurait pu peindre le carnage sur le radeau, les blessés jetés à la mer ou les scènes de cannibalisme. Il ne le fait pas parce que, dans ce cas, son oeuvre n’aurait pas été exposée au Salon, pour des raisons de décence. Mais il introduit des détails explicites, armes abandonnées, corps mutilés, plaies mal pansées. En attirant l’attention sur eux, l’exposition incite à une compréhension plus complète de tout ce qui constitue l’oeuvre, aussi bien du point de vue artistique que du point de vue politique et moral.Les dessins de musculatures d’après modèle confirment ce qui est flagrant au Louvre : Géricault se mesure en toute simplicité à Michel-Ange et démontre, face à l’hégémonie de David et du néoclassicisme, qu’il n’est pas obligatoire d’aller prendre dans l’histoire grecque et romaine ou dans la Bible des sujets héroïques et tragiques. Le présent en propose qu’il faut avoir l’audace de saisir et de porter aux dimensions d’une très grande toile. Delacroix et Manet s’en sont souvenus – Delacroix qui, du reste, pose pour l’un des naufragés.Autre remarque : Géricault place trois figures d’hommes noirs sur le radeau – et la cantinière jetée à l’eau -, alors qu’il n’y en avait en réalité qu’un seul. Cette décision est liée à la lutte contre la traite des Noirs, qui se pratique toujours alors en dépit de son interdiction supposée. La lecture politique en est précisée. On sait en effet que le Radeau est une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais moins qu’elle est aussi une dénonciation de l’esclavage.L’analyse et la démonstration sont donc efficaces et précises. Sans doute pour qu’elles le soient encore plus, les oeuvres sont prises dans un réseau dense de textes muraux et une scénographie très visible. Trop, beaucoup trop : cette insistance, cette indiscrétion, ces supports dessinés comme des « sucettes » pour affichage publicitaire gênent le regard et le distraient. Il est dommage qu’un projet dont la qualité scientifique et didactique est si certaine souffre d’une aussi vilaine présentation.


Géricault, au cœur de la création romantique. Etudes pour « Le Radeau de la Méduse »,Musée d’art Roger-Quilliot, place Louis-Deteix, Clermont-Ferrand (63). Tél. : 04-73-16-11-30. Du mardi au vendredi de 10 heures à 18 heures, samedi et dimanche de 10 heures à 12 heures et de 13 heures à 18 heures. Entrée : 5 €. Jusqu’au 2 septembre.

Voir par ailleurs:

Top sign of an art bubble? Jay Z raps about Warhol

Plenty of economists, art dealers and collectors have warned of an art bubble over the past year. But there is one sure sign that the art market is overdone: Jay Z is now rapping about Warhol, Basquiat and Art Basel.

“It ain’t hard to tell
I’m the new Jean-Michel
Surrounded by Warhols
My whole team ball
Twin Bugattis outside
Art Basel ”

Market guru James Grant quotes Jay Z’s “Picasso Baby” in his latest Grant’s Interest Rate Observer, arguing that prices in the contemporary art market may not be justified by long-term value. While well-hyped artists like Jeff Koons, Damien Hirst and Jean-Michel Basquiat are fetching eight-digit prices, it’s unclear whether their work will withstand the test of time, art critics and museums.

It’s hard to tell, for instance, whether one of Koons’ famous pieces, “New Hoover”—four vacuum cleaners in an acrylic case —will be valued as a work of genius or “just another vacuum cleaner,” Grant said.

“Modern art is valued in terms of modern money,” he wrote. The Fed’s low-interest-rate policies have driven the wealthy increasingly to collectibles of all kinds, including art, cars and jewels. “Miniature interest rates have reduced the opportunity cost of investing in any kind of nonyielding asset.”

And while Koons and Basquiat are hot now, they might end up like the English portraits of the early 19th century, whose frenzied boom was followed by a spectacular bust. Prices never recovered.

So how can a smart investor play the collectible game without getting sucked into the Koons hype?

Grant suggests buying historical documents: letters from Abraham Lincoln, bills signed by Thomas Jefferson and even public credit reports from Alexander Hamilton. Of course, prices for historical documents have soared along with art.

And a yellowed letter doesn’t look as good over the mansion mantelpiece than a Hirst or Barnett Newman. But the names Jefferson and Lincoln may be more likely to hold up over time.

“Sell Newman, we say, and Jeff Koons, too: buy the Founding Fathers and—as far as that goes—Abraham Lincoln,” Grant writes.

Voir aussi:

June 19, 2018

Beyoncé and Jay Z stunned the world on June 16 when they dropped their epic new joint album, Everything Is Love and the music video for the track, “Apesh-t.”

The majestic video features the power couple — who are billed on the album simply as “The Carters” — in none other than the Louvre, where they flex on the Mona Lisa in pastel suits and throw a dance party in front of the Great Sphinx of Tanis. Plus, if you were ever unsure that you needed Queen Bey to tell you that she needs to be paid in “equity” while reclining in front of the Winged Victory of Samothrace, consider this video all the confirmation that you’ll ever need.

Because the Carters had the entire Louvre and its incredible art collection at their disposal, it should come as no surprise that some of the world’s most prized artwork and the museum space plays a major role in the video.


Grievance studies: Quelle folie identitaire ? (As it leaks into other fields like education, social work, media, psychology and sociology, corrupt scholarship undermines the legitimacy and reputations of universities, skews politics, drowns out needed conversations and pushes the culture war to ever more toxic and existential polarization, US researchers warn)

6 octobre, 2018
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’entends des voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Manifeste contre le séparatisme islamique
Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance… Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable. « Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille. La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond. (…) Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État. Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. Ivan Rioufol
A la fin, Gérard Collomb a réalisé qu’il n’y arriverait pas ; que la situation sécuritaire de la France était telle que lui, le ministre, n’aurait pas la force de conduire ses troupes à cette dure bataille. En prime, à Lyon, une amorce de fronde à l’idée de son retour… Mais voici l’essentiel : chez les hauts cadres du ministère de l’Intérieur, chez les patrons et chefs syndicalistes de la police, chez les officiers supérieurs de la gendarmerie, la nuit-cauchemar de la victoire française en coupe du monde de foot, le 16 juillet passé, a servi de brutal révélateur ; a ouvert les yeux des plus naïfs partisans du vivre-ensemble. Oh bien sûr, le bon peuple est resté dans l’ignorance de ce que fut cette nuit chaotique. Au nom de la « diversité » et de l' »inclusion », les médias des milliardaires et les radios du « service public » ont, tant qu’ils l’ont pu, préservé le « sacre de l’équipe de France ». « Quelques incidents à déplorer…des débordements et dégradations… La fête a mal tourné… Des gestes festifs ont parfois dérivé…  » : ce soir là, euphémismes et propos édulcorants ont inondé ces médias. Mais sur le terrain, une « ambiance bon enfant », vraiment ? A Lyon, Paris, Caen, Marseille, Rouen, Grenoble, Chambéry, Aix-Les-Bains, Nice Vallauris, Menton, Toulouse, Caen, Honfleur, Mulhouse, Strasbourg, Saint-Louis, Nantes, Lille, etc., des bandes déchainées brûlent des voitures par dizaines, « sèment la désolation », transforment les centres de vingt villes en « zones de guerres ». Les racailles assaillent les policiers, agressent des filles et frappent celles qui résistent, incendient des boutiques et des commissariats au Cocktail-Molotov. Un magistrat lyonnais dénonce une « véritable guérilla urbaine ». Des fêtards sont dévalisés ou lynchés dans les rues, des boutiques pillées, du mobilier urbain détruit. Les Champs-Elysées semblent avoir subi un tsunami. En plein tumulte criminel, les pompiers et les Samu passent une nuit d’enfer, leurs véhicules de secours aux victimes parfois hors d’usage. Des journalistes filmant l’émeute sont roués de coup et finissent aux urgences. Et le football là dedans ? Les émeutiers s’en balancent, bien sûr : ce sont pour l’essentiel les mêmes qui, au stade, sifflent l’équipe de France et le drapeau français. Pour eux, le plaisir est dans l’émeute, la force de la bande – montrer qui domine le territoire ; d’ineptes sociologues osant encore parler de « violences gratuites », quand la plupart des interpellés sont  » déjà connus de la justice pour vols, violences sur dépositaires de l’ordre public, dégradations de véhicules, etc. » Cette nuit là, tous les responsables de la sécurité publique de France – ministre en tête – réalisent que les réformettes genre « police de proximité » vont à l’échec. Regardons la liste des « quartiers de reconquête républicaine de 2018-2019 » : en région parisienne, c’est une litanie des pires coupe-gorge défrayant la chronique criminelle depuis des décennies : Sarcelles-Lochères… La Dame-Blanche à Garges-les-Gonesse… Le Luth à Gennevilliers… Les Hauts d’Asnières… Le Gros-Saule à Aulnay… Les Beaudottes à Sevran… La ZSP-Torcy… Le Cours du Luzard à Noisiel… les Merisiers à Trappes… Le Bois-L’Abbé et les Mordacs à Champigny… Les Tarterêts à Corbeil… Paris-La Chapelle… Des sites-cauchemar de la « Politique de la Ville », mi-Cours des miracles, mi-Pistes Ho-chi-Minh, d’où l’ordre républicain s’est évanoui depuis parfois un demi-siècle ; où notoirement, des gangs criminels font la loi ; où des policiers et pompiers, attirés dans des embuscades, sont lynchés plus souvent qu’à leur tour. Or sans moyens massifs, la « police de sécurité du quotidien » du ministère de l’intérieur n’est qu’un risible cache-misère : saupoudrage de policiers, effilochés dans le temps… constant usage du « déshabiller Pierre pour habiller Paul »… Des gadgets high-tech (des tablettes) pour abolir un enracinement criminel de parfois cinquante ans…. Ce, quand un récent rapport sénatorial dénonce le profond malaise de forces de sécurité intérieure, démotivées et découragées. Déclassement, dénuement matériel, véhicules et parc immobilier « en état critique » : voilà l’armée de l’Intérieur censée – sans rire – « construire une société rassemblée et apaisée ». Mais le quotidien des flics du terrain, c’est plutôt « une policière tabassée devant sa fille de trois ans par un dealer et son frère » – et une préoccupante vague de suicides. Coup de grâce : Le 30 septembre, le président Macron donne un entretien d’une page et demie au Journal du Dimanche. « Face à la tempête »… mais pas une seule fois, un seul mot sur la sécurité ou quoi que ce soit d’approchant. Vous êtes ministre de l’Intérieur et votre président oblitère totalement la sécurité comme problème national majeur. Alors vous lâchez la rampe. Et laissez votre successeur – et le président – devant les décombres. Xavier Raufer
Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie. Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris. (…)  Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane. Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive. Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %. (…) L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. (…) La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans. (…)  L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam. (…) Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation. (…) Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision. En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste! Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister… (…) l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui. (…) les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. (…) En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu. (…) La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir. (…) Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église? Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. (…) la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique. (…) Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble». Yves Mamou
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit tra- vailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
We spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt. (…) Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”). (…) Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show. (…) Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem … with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help. Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives … Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it … As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice. Helen Pluckrose, James Lindsay and Peter Boghossian
Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales] et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde. (…) Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux. (…) Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche. (…) Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom. Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian
Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme. Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre… Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. (…) Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies », « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante ». On y trouve donc les fameuses « gender studies », les « queer studies » mais également la « critical race theory », les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes… Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers », un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable ». Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés ». Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire ». (…) Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus », ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ». (…) C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité ». Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Marianne

Attention: une folie identitaire peut en cacher une autre !

A l’heure où après avoir si longtemps nié et caché les conséquences de leurs propres décisions dont ils ont seuls – leurs clients compris – les moyens de se préserver …

Nos bien-pensants premiers de cordée et sansfrontiéristes échevelés n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer

Pour leur attachement d’un autre âge à leur propre identité entre religion, armes à feu et frontières, les laissés pour compte de la mondialisation

Et où peuvent se publier entre les prétendus « zoos humains » et les dérives victimaires de nos systèmes éducatifs des articles de recherche aussi loufoques que …

Le « remplacement de l’astronomie sexiste et pro-occidentale par une astrologie indigène et queer »…

Le « développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme  » …

Ou la « culture systémique du viol chez les chiens » …

Comment ne pas voir avec trois chercheurs américains qui viennent d’en faire la démonstration dans des revues académique de premier plan …

Cette véritable folie identitaire qui s’insinue jusque dans l’éducation, le travail social, les médias, la psychologie ou la sociologie …

D’une « recherche universitaire corrompue » qui « sape la légitimité et la réputation des universités, fausse le discours politique, noie une bien nécessaire conversation et pousse la guerre culturelle vers une polarisation toujours plus toxique » ?

CQFD

« De la culture du viol chez les chiens » : l’incroyable canular qui a piégé la sociologie américaine

Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme.

Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre…

Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. « Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales]« , écrivent-ils dans le magazine Areo, et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde ». Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies« , « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante« . On y trouve donc les fameuses « gender studies« , les « queer studies » mais également la « critical race theory« , les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes…

Recette des faux articles : « une bêtise considérable »

Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers« , un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable« .

Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés« . Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire« .

Lorsqu’on examine le contenu de ces faux mémoires, on peine pourtant à croire que leur absurdité n’ait pas sauté à la figure des chercheurs chargés de les examiner. Dans un article intitulé « Passer par la porte de derrière : défier l’homo-hystérie masculine et la transphobie à travers l’usage de sex-toys pénétratifs« , les chercheurs expliquent que si les hommes utilisent rarement des sex-toys pour « s’auto-pénétrer par voie anale« , c’est parce qu’ils ont peur d’être pris pour des homosexuels ou par hostilité aux transsexuels. Conclusion : encourager cette pratique engendrerait, à coup sûr, une baisse de la transphobie et un progrès de valeurs féministes. Délirant ? Le texte a été publié dans la revue Sexuality and Culture, et qualifié de « contribution incroyablement riche et excitante à l’étude de la sexualité et de la culture » par un universitaire chargé de l’analyser.

Une de leurs inventions croquignolesques a même rencontré un réel triomphe académique : dans « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland, Oregon« , nos chercheurs soutiennent qu’il existe « une rampante culture du viol canine » et qu’une « oppression systémique » frappe certaines races de chiens. Un mémoire qualifié « d’incroyablement innovant, riche en analyse, extrêmement bien écrit et organisé » par la revue Gender, Place, and Culture, qui lui a fait une place dans ses prestigieuses colonnes… et l’a même intégrée parmi ses 12 meilleures publications de l’année 2018 ! La chercheuse Helen Wilson, auteure de ce travail volontairement absurde, expliquant sa méthode de travail, y écrivait avoir « délicatement inspecté les parties génitales d’un peu moins de 10.000 chiens tout en interrogeant leurs propriétaires sur leur sexualité« , mais également avoir « constaté un viol de chien par heure au parc à chiens urbain de Portland » ! Pas de quoi faire lever un sourcil aux universitaires chargés de valider son article pour publication dans une revue « de référence »…

D’autres mémoires-hoax n’ont pas eu le temps d’être publiés avant que le canular soit finalement rendu public. Mais ils ont été quasiment intégralement validés par les revues auxquelles ils ont été présentés, avec des modifications mineures. On y trouve des thèses toujours aussi comiques : « L’Intelligence artificielle est intrinsèquement dangereuse car elle est programmée avec des données masculinistes, impérialistes et rationalistes« . Ou encore : « L’astronomie est et sera toujours intrinsèquement sexiste et occidentale, ce biais masculiniste et occidental peut être corrigé en incluant une astrologie féministe, queer et indigène (par exemple, des horoscopes) à la science astronomique« .

« Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges »

Et même : « Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges (…), pénalisant les plus privilégiés en refusant d’écouter leurs contributions, ridiculisant leurs efforts, en parlant plus fort qu’eux et en les forçant à s’asseoir enchaînés sur le sol » ! Toutes ces contributions n’ont reçu que des critiques de forme de la part des revues universitaires auxquelles ils ont été adressés. Celle proposant d’enchaîner des étudiants sur le sol a même été applaudie comme « une forte contribution à la littérature foisonnante s’attaquant à l’injustice épistémique dans la salle de classe« .

D’autres faux essais universitaires ont été finalement rejetés après examen par des universitaires. Mais cela ne les a pas toujours empêché de recevoir des commentaires chaleureux de la part de chercheurs chargés de les évaluer, qui ont parfois même poussé l’absurde encore plus loin. Ainsi, dans un mémoire consacré à la masturbation, les auteurs du canular écrivent que « quand un homme se masturbe en privé en fantasmant sur une femme sans qu’elle lui ait donné sa permission (…), il commet une violence métasexuelle contre elle« . Dans son évaluation, la première contributrice de Sociological Theory encourage nos chercheurs à aller plus loin encore dans cette théorie : « Je pense à d’autres scénarios où les hommes pourraient transformer en arme leur non-connaissance de manière très tangible. Par exemple, la déclaration ambiguë ‘Je pense à toi tout le temps’, dite de manière impromptue à une femme par un homme, est particulièrement insidieuse, étant donné le contexte structurel de violence métasexuelle dans le monde« .

« Juifs » remplacé par « Blancs » dans « Mein Kampf » : un chercheur applaudit

Le clou de cette fanfaronnade a été apporté par un essai présenté au magazine Sociology of Race and Ethnicity, où nos trublions prétendent « examiner de manière critique la blanchité (‘whiteness, ndlr) depuis la blanchité« . Pour cela, ils ont ni plus ni moins sélectionné – sans le dire – des extraits de Mein Kampf, l’infâme pamphlet antisémite d’Adolf Hitler, en y remplaçant le mot « Juifs » par « Blancs« . Le paper a été rejeté mais cela ne l’a pas empêché de recevoir au préalable les éloges de plusieurs pairs universitaires. « Cet article a le potentiel pour être une contribution puissante et particulière à la littérature traitant des mécanismes qui renforcent l’adhésion blanche à des perspectives suprémacistes blanches, et au processus par lequel des individus peuvent atteindre des niveaux plus profonds de conscience sociale et raciale« , écrit ainsi un chercheur enthousiaste, qui n’objecte que « des révisions concernant la précision, la clarté, l’expression d’assertions et des exemples concrets » et complimente ainsi sans le savoir une resucée de Mein Kampf.

« Nous espérons que ceci donnera aux gens une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : Non »

Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus« , ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ».

Le tableau final est implacable pour tout un pan du monde universitaire anglo-saxon : « Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche ». C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité« . Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Rappellent leur propre sympathie pour les mouvements des droits civiques, le féminisme et le mouvement LGBT, nos trois trublions émettent un souhait : « Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom' ».

Voir aussi:

This essay, although hopefully accessible to everyone, is the most thorough breakdown of the study and written for those who are already somewhat familiar with the problems of ideologically-motivated scholarship, radical skepticism and cultural constructivism.


Part I: Introduction

Something has gone wrong in the university—especially in certain fields within the humanities. Scholarship based less upon finding truth and more upon attending to social grievances has become firmly established, if not fully dominant, within these fields, and their scholars increasingly bully students, administrators, and other departments into adhering to their worldview. This worldview is not scientific, and it is not rigorous. For many, this problem has been growing increasingly obvious, but strong evidence has been lacking. For this reason, the three of us just spent a year working inside the scholarship we see as an intrinsic part of this problem.

We spent that time writing academic papers and publishing them in respected peer-reviewed journals associated with fields of scholarship loosely known as “cultural studies” or “identity studies” (for example, gender studies) or “critical theory” because it is rooted in that postmodern brand of “theory” which arose in the late sixties. As a result of this work, we have come to call these fields “grievance studies” in shorthand because of their common goal of problematizing aspects of culture in minute detail in order to attempt diagnoses of power imbalances and oppression rooted in identity.

We undertook this project to study, understand, and expose the reality of grievance studies, which is corrupting academic research. Because open, good-faith conversation around topics of identity such as gender, race, and sexuality (and the scholarship that works with them) is nearly impossible, our aim has been to reboot these conversations. We hope this will give people—especially those who believe in liberalism, progress, modernity, open inquiry, and social justice—a clear reason to look at the identitarian madness coming out of the academic and activist left and say, “No, I will not go along with that. You do not speak for me.”

This document is a first look at our project and an initial attempt to grapple with what we’re learning and what it means. Because of its length and detail, it is organized as follows, putting the factual information up front and more detailed explanations thereafter.

  • Our methodology, which is central to contextualizing our claims;
  • A summary of this project from its beginning until we were eventually exposed and forced to go public before we could conclude our research;
  • An explanation of why we did this;
  • A summary of the problem and why it matters;
  • A clear explanation of how this project came to be;
  • The results of our study, including a full list of all of the papers we submitted, their final outcomes, and relevant reviewer comments to date;
  • A discussion of the significance of the results;
  • A summary of what may come next

Part II: Methods

Our approach is best understood as a kind of reflexive ethnography—that is, we conducted a study of a peculiar academic culture by immersing ourselves within it, reflecting its output and modifying our understanding until we became “outsiders within” it.

Our objective was to learn about this culture and establish that we had become fluent in its language and customs by publishing peer-reviewed papers in its top journals, which usually only experts in the field are capable of doing. Because we came to conceptualize this project as a kind of reflexive ethnographic study in which we sought to understand the field and how it works by participating in it, obtaining peer reviewers’ comments about what we were doing right and what needed to change to make absurd theses acceptable was central to the project. Indeed, the reviewers’ comments are in many ways more revealing about the state of these fields than the acceptances themselves.

While our papers are all outlandish or intentionally broken in significant ways, it is important to recognize that they blend in almost perfectly with others in the disciplines under our consideration. To demonstrate this, we needed to get papers accepted, especially by significant and influential journals. Merely blending in couldn’t generate the depth necessary for our study, however. We also needed to write papers that took risks to test certain hypotheses such that the fact of their acceptance itself makes a statement about the problem we’re studying (see the Papers section, below). Consequently, although this study does not qualify as being particularly controlled, we did control one important variable: the big-picture methodology we used to write every paper.

Our paper-writing methodology always followed a specific pattern: it started with an idea that spoke to our epistemological or ethical concerns with the field and then sought to bend the existing scholarship to support it. The goal was always to use what the existing literature offered to get some little bit of lunacy or depravity to be acceptable at the highest levels of intellectual respectability within the field. Therefore, each paper began with something absurd or deeply unethical (or both) that we wanted to forward or conclude. We then made the existing peer-reviewed literature do our bidding in the attempt to get published in the academic canon.

This is the primary point of the project: What we just described is not knowledge production; it’s sophistry. That is, it’s a forgery of knowledge that should not be mistaken for the real thing. The biggest difference between us and the scholarship we are studying by emulation is that we know we made things up.

This process is the one, single thread that ties all twenty of our papers together, even though we used a variety of methods to come up with the various ideas fed into their system to see how the editors and peer reviewers would respond. Sometimes we just thought a nutty or inhumane idea up and ran with it. What if we write a paper saying we should train men like we do dogs—to prevent rape culture? Hence came the “Dog Park” paper. What if we write a paper claiming that when a guy privately masturbates while thinking about a woman (without her consent—in fact, without her ever finding out about it) that he’s committing sexual violence against her? That gave us the “Masturbation” paper. What if we argue that the reason superintelligent AI is potentially dangerous is because it is being programmed to be masculinist and imperialist using Mary Shelley’s Frankenstein and Lacanian psychoanalysis? That’s our “Feminist AI” paper. What if we argued that “a fat body is a legitimately built body” as a foundation for introducing a category for fat bodybuilding into the sport of professional bodybuilding? You can read how that went in Fat Studies.

At other times, we scoured the existing grievance studies literature to see where it was already going awry and then tried to magnify those problems. Feminist glaciology? Okay, we’ll copy it and write a feminist astronomy paper that argues feminist and queer astrology should be considered part of the science of astronomy, which we’ll brand as intrinsically sexist. Reviewers were very enthusiastic about that idea. Using a method like thematic analysis to spin favored interpretations of data? Fine, we wrote a paper about trans people in the workplace that does just that. Men use “male preserves” to enact dying “macho” masculinities discourses in a way society at large won’t accept? No problem. We published a paper best summarized as, “A gender scholar goes to Hooters to try to figure out why it exists.” “Defamiliarizing,” common experiences, pretending to be mystified by them and then looking for social constructions to explain them? Sure, our “Dildos” paper did that to answer the questions, “Why don’t straight men tend to masturbate via anal penetration, and what might happen if they did?” Hint: according to our paper in Sexuality and Culture, a leading sexualities journal, they will be less transphobic and more feminist as a result.

We used other methods too, like, “I wonder if that ‘progressive stack’ in the news could be written into a paper that says white males in college shouldn’t be allowed to speak in class (or have their emails answered by the instructor), and, for good measure, be asked to sit in the floor in chains so they can ‘experience reparations.’” That was our “Progressive Stack” paper. The answer seems to be yes, and feminist philosophy titan Hypatia has been surprisingly warm to it. Another tough one for us was, “I wonder if they’d publish a feminist rewrite of a chapter from Adolf Hitler’s Mein Kampf.” The answer to that question also turns out to be “yes,” given that the feminist social work journal Affilia has just accepted it. As we progressed, we started to realize that just about anything can be made to work, so long as it falls within the moral orthodoxy and demonstrates understanding of the existing literature.

Put another way, we now have good reasons to believe that if we just appropriate the existing literature in the right ways—and there always seems to be a citation or vein of literature that makes it possible—we can say almost any politically fashionable thing we want. The underlying questions in every single case were the same: What do we need to write, and what do we need to cite (all of our citations are real, by the way) to get this academic madness published as high “scholarship”?

What Did We Do?

We wrote 20 papers and submitted them to the best journals in the relevant fields (more on this below) with considerable success, even though we had to take the project public prematurely, and thus stop the study, before it could be properly concluded. At the time of publishing this, we have:

  • 7 papers accepted.

4 of these have been published online.

3 more have been accepted without having had time to see publication through. (This can take months).

  • 7 papers still in play when we had to call a halt.

2 have been “revised and resubmitted,” and are awaiting a decision. (A judgment of “Revise and Resubmit” usually results in publication following the satisfactory completion of requested revisions. A judgment of “Reject and Resubmit” can result in publication following more substantial ones. It is very rare for papers to be accepted outright.)

1 is still under first review at its current journal

4 are left hanging with no time to submit them to journals after rejection (2), revise and resubmit (1) or reject and resubmit (1).

  • 6 retired as fatally flawed or beyond repair.
  • 4 invitations to peer-review other papers as a result of our own exemplary scholarship. (For ethical reasons, we declined all such invitations. Had we wished to fully participate in their culture in this way, however, it would have been an unrivaled opportunity to tinker with how far we could take the hypothesis that the canon of literature within these fields gets skewed in part because the peer-review process encourages the existing political and ideological biases.)
  • 1 paper (the one about rape culture in dog parks) gained special recognition for excellence from its journal, Gender, Place, and Culture, a highly ranked journal that leads the field of feminist geography. The journal honored it as one of twelve leading pieces in feminist geography as a part of the journal’s 25th anniversary celebration.

To summarize, we spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt.

The final submitted drafts totaled just shy of 180,000 words and the entire project totaled between 300,000 and 350,000 words, including all notes, drafts, summaries, and replies to journal reviewers. The papers themselves span at least fifteen subdomains of thought in grievance studies, including (feminist) gender studies, masculinities studies, queer studies, sexuality studies, psychoanalysis, critical race theory, critical whiteness theory, fat studies, sociology, and educational philosophy. They featured radically skeptical and standpoint epistemologies rooted in postmodernism, feminist and critical race epistemology rooted in critical social constructivism as well as psychoanalysis. They all also endeavored to be humorous in at least some small way (and often, big ones). The project so far has generated more than 40 substantive editorial and expert reader reports, constituting a further 30,000 or so words of data that provide a unique insider’s look into the field and its operation.

Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). (NB: See Papers section below.) Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”).

Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show.

Near the end of July 2018, a clear need arose to call the project to a premature end after our “dog park” paper attracted incredulous attention on social media generated by the Twitter account Real Peer Review, which is a platform dedicated to exposing shoddy scholarship. This deserved incredulity led to small and then larger journalistic publications investigating our fictitious author, Helen Wilson, and our non-existent institution, the Portland Ungendering Research Initiative (PURI) and finding no credible history of either. Under this pressure, the publishing journal, Gender, Place and Culture, asked our author to prove her identity and then released an expression of concern about the paper. This generated further attention that eventually got the Wall Street Journal involved, and far more importantly, it changed the ethics of utilizing deception within the project. With major journalistic outlets and (by then) two journals asking us to prove our authors’ identities, the ethics had shifted away from a defensible necessity of investigation and into outright lying. We did not feel right about this and decided the time had come to go public with the project. As a result, we came clean to the Wall Street Journal at the beginning of August and began preparing a summary as quickly as possible even though we still had several papers progressing encouragingly through the review process.

Part III: Why Did We Do This?

Because we’re racist, sexist, bigoted, misogynistic, homophobic, transphobic, transhysterical, anthropocentric, problematic, privileged, bullying, far right-wing, cishetero straight white males (and one white female who was demonstrating her internalized misogyny and overwhelming need for male approval) who wanted to enable bigotry, preserve our privilege, and take the side of hate?

No. None of those apply. Nevertheless, we’ll be accused of it, and we have some insights into why.

To many not involved in academia, particularly those who are skeptical of its worth generally, it may seem like we’re addressing yet another obscure academic squabble of little relevance to the real world. You are mistaken. The problem we’ve been studying is of the utmost relevance to the real world and everyone in it.

Alternatively, those who are positively inclined towards academia and ethically and/or politically in support of social science and humanities research that focuses on social justice issues may think the work researchers are doing on these topics is important and generally sound. You’d be right that it’s important but not that it is always sound—some of the work being produced is positively horrifying and surreal while exerting considerable influence on the field and beyond. You also might acknowledge that there are problems arising from the pressures of a publish-or-perish culture driven by broken university business models and taken advantage of by an opportunistic publishing industry, but be skeptical that there are any serious integral epistemological or ethical issues at work.

As liberals, we recognize that you might be resistant to acknowledging that our evidence points to an undeniable problem in academic research on important issues relevant to social justice. The work done in these fields claims to continue the vital work of the civil rights movements, liberal feminism, and Gay Pride. It seeks to address oppression of women and racial and sexual minorities. Surely, you might therefore believe, these bodies of literature must be essentially good and sound, even if you recognize some overreach and silliness.

After having spent a year immersed and becoming recognized experts within these fields, in addition to witnessing the divisive and destructive effects when activists and social media mobs put it to use, we can now state with confidence that it is neither essentially good nor sound. Further, these fields of study do not continue the important and noble liberal work of the civil rights movements; they corrupt it while trading upon their good names to keep pushing a kind of social snake oil onto a public that keeps getting sicker. For us to know anything about injustice in society and be able to show it to those who are unaware or in denial of it, scholarship into it must be rigorous. Currently, it is not, and this enables it, and social justice issues with it, to be dismissed. This is a serious problem of considerable concern, and we must address it.

What’s the Problem?

We have stated firmly that there is a problem in our universities, and that it’s spreading rapidly into culture. It is aided in this by being tricky to understand and by intentionally using emotionally powerful words—like “racist” and “sexist”—in technical ways that mean something different than their common usages. This project identifies aspects of this problem, tests them, and then exposes them.

The problem is epistemological, political, ideological, and ethical and it is profoundly corrupting scholarship in the social sciences and humanities. The center of the problem is formally termed “critical constructivism,” and its most egregious scholars are sometimes referred to as “radical constructivists.” Expressing this problem accurately is difficult, and many who’ve tried have studiously avoided doing so in any succinct and clear way. This reticence, while responsible given the complexity of the problem and its roots, has likely helped the problem perpetuate itself.

This problem is most easily summarized as an overarching (almost or fully sacralized) belief that many common features of experience and society are socially constructed. These constructions are seen as being nearly entirely dependent upon power dynamics between groups of people, often dictated by sex, race, or sexual or gender identification. All kinds of things accepted as having a basis in reality due to evidence are instead believed to have been created by the intentional and unintentional machinations of powerful groups in order to maintain power over marginalized ones. This worldview produces a moral imperative to dismantle these constructions.

Common “social constructions” viewed as intrinsically “problematic” and thus claimed to be in need of dismantling include:

  • the understanding that there are cognitive and psychological differences between men and women which could explain, at least partially, why they make different choices in relation to things like work, sex, and family life;
  • that so-called “Western medicine” (even though many eminent medical scientists are not Western) is superior to traditional or spiritual healing practices;
  • that Western liberal cultural norms which grant women and the LGBT equal rights are ethically superior in this regard to non-Western religious or cultural ones that do not; and
  • that being obese is a life-limiting heath condition rather than an unfairly stigmatized and equally healthy and beautiful body-choice.

Underlying these alleged “social constructions” is the most deeply concerning of them all. This is the belief that in urgent need of “disrupting” is the simple truth that science itself—along with our best methods of data-gathering, statistical analysis, hypothesis testing, falsifying, and replicating results—is generally a better way of determining information about the objective reality of any observable phenomenon than are non-scientific, traditional, cultural, religious, ideological, or magical approaches. That is, for grievance studies scholars, science itself and the scientific method are deeply problematic, if not outright racist and sexist, and need to be remade to forward grievance-based identitarian politics over the impartial pursuit of truth. These same issues are also extended to the “Western” philosophical tradition which they find problematic because it favors reason to emotion, rigor to solipsism, and logic to revelation.

As a result, radical constructivists tend to believe science and reason must be dismantled to let “other ways of knowing” have equal validation as knowledge-producing enterprises. These, depending on the branch of “theory” being invoked, are allegedly owned by women and racial, cultural, religious, and sexual minorities. Not only that, they are deemed inaccessible to more privileged castes of people, like white heterosexual men. They justify this regressive thinking by appealing to their alternative epistemology, called “standpoint theory.” This results in an epistemological and moral relativism which, for political reasons, promotes ways of knowing that are antithetical to science and ethics which are antithetical to universal liberalism.

Radical constructivism is thus a dangerous idea that has become authoritative. It forwards the idea that we must, on moral grounds, largely reject the belief that access to objective truth exists (scientific objectivity) and can be discovered, in principle, by any entity capable of doing the work, or more specifically by humans of any race, gender, or sexuality (scientific universality) via empirical testing (scientific empiricism). (This particular belief is sometimes referred to as “radical skepticism,” although philosophers also have other meanings for this term.) Although knowledge is always provisional and open to revision, there are better and worse ways to get closer to it, and the scientific method is the best we have found. By contrast, the means offered by critical theory are demonstrably and fatally flawed. Particularly, this approach rejects scientific universality and objectivity and insists, on moral grounds, that we must largely accept the notion of multiple, identity-based “truths,” such as a putative “feminist glaciology.” Under critical constructivism, this gains an explicitly radical political motivation.

Any scholarship that proceeds from radically skeptical assumptions about objective truth by definition does not and cannot find objective truth. Instead it promotes prejudices and opinions and calls them “truths.” For radical constructivists, these opinions are specifically rooted a political agenda of “Social Justice” (which we have intentionally made into a proper noun to distinguish it from the type of real social progress falling under the same name). Because of critical constructivism, which sees knowledge as a product of unjust power balances, and because of this brand of radical skepticism, which rejects objective truth, these scholars are like snake-oil salespeople who diagnose our society as being riddled with a disease only they can cure. That disease, as they see it, is endemic to any society that forwards the agency of the individual and the existence of objective (or scientifically knowable) truths.

Having spent a year doing this work ourselves, we understand why this fatally flawed research is attractive, how it is factually wrong in its foundations, and how it is conducive to being used for ethically dubious overreach. We’ve seen, studied, and participated in its culture through which it “proves” certain problems exist and then advocates often divisive, demeaning, and hurtful treatments we’d all do better without.

We also know that the peer-review system, which should filter out the biases that enable these problems to grow and gain influence, is inadequate within grievance studies. This isn’t so much a problem with peer review itself as a recognition that peer review can only be as unbiased as the aggregate body of peers being called upon to participate. The skeptical checks and balances that should characterize the scholarly process have been replaced with a steady breeze of confirmation bias that blows grievance studies scholarship ever further off course. This isn’t how research is supposed to work.

Though it doesn’t immediately seem obvious—because financial incentives for the researchers, for the most part, aren’t directly involved (although the publishing houses are definitely raking it in)—this is a kind of blatant corruption. In this way, politically biased research that rests on highly questionable premises gets legitimized as though it is verifiable knowledge. It then goes on to permeate our culture because professors, activists, and others cite and teach this ever-growing body of ideologically skewed and fallacious scholarship.

This matters because even though most people will never read a single scholarly paper in their lifetimes, peer-reviewed journals are the absolute gold standard of knowledge production. And these concepts leak into culture. A good example of this is Robin DiAngelo’s concept of “white fragility,” which posits that white people have become fragile because of their privilege and will act out like spoiled children if it is challenged. DiAngelo forwarded this concept in the International Journal of Critical Pedagogy in 2011. Seven years later, in 2018, she landed a major book deal on white fragility, even as activists pushed it into the common parlance and started putting it on billboards around Portland, Oregon.

As a society we should be able to rely upon research journals, scholars, and universities upholding academic, philosophical, and scientific rigor (because most academic journals do). We need to know that the hardline stand against corruptions of research taken in domains like financial and personal conflicts-of-interest will extend to political, moral, and ideological biases. Our project strongly suggests that at present we can neither rely upon nor know these things in fields that bow to or traffic in grievance studies. The reason is because grievance studies based in critical constructivism (a class of descendants of cynical postmodern philosophy and poststructuralism) have corrupted research journals. This needs to be repaired.

This is why this matters, but how did we get here, to this specific project? And what guiding principles did we adopt and why?

Part IV: The Plan—How this Came to Be

In May 2017, James and Peter published a paper in a poorly ranked peer-reviewed journal arguing, among other things, that penises conceptually cause climate change. Its impact was very limited, and much criticism of it was legitimate. The journal was poor, and its quality was by far the dominant factor in how it was published (in that it provides very lax review standards and charges authors a fee to have their papers published). This muddied the water so much that “The Conceptual Penis” could not prove much about the state of its intended primary target: academic gender studies (which relies heavily upon critical constructivism). To do that, a much larger and more rigorous study was needed.

We approached this new effort by asking two central questions: Are we correct in our claim that highly regarded peer-reviewed journals in gender studies and related fields will publish obvious hoaxes? (By “hoaxes,” we meant papers featuring at least one of the following: clearly ludicrous and/or outrageous theses, visibly amateurish construction, a transparent lack of rigor, and that clearly demonstrate little understanding of the field.) And, if not, what will they publish?

We set out with three basic rules: (1) we’ll focus almost exclusively upon ranked peer-reviewed journals in the field, the higher the better and at the top of their subdisciplines whenever possible; (2) we will not pay to publish any paper; and (3) if we are asked at any point by a journal editor or reviewer (but not a journalist!) if any paper we wrote is an attempted hoax, we will admit it. These rules were meant to ensure that any conclusions we derived from the field came from the field itself, not the unrelated but significant problem that also corrupts academic pursuits: the proliferation of predatory and quasi-predatory journals with extremely low standards. With these rules guiding us, we committed to transparently reporting the results, whether we succeeded or failed.

In the year that followed, and with the help of Helen, who joined us in September 2017, we wrote twenty academic papers for journals in fields we have come to identify as being particularly susceptible to grievance studies and critical constructivism. The results have gone a long way toward answering both of our central questions.

The first question has a clear answer. “Are we correct in our claim that highly regarded peer-reviewed journals in gender studies and related fields will publish obvious hoaxes?” was answered nearly unequivocally and in the negative by November. It only took us a few months and a few papers to learn that while it is possible that some journals in these fields may fall prey to an outright hoax so long as it plays upon their moral biases and preferred academic jargon, nothing like “The Conceptual Penis” would have been published in a highly regarded gender-studies journal. In believing that some might, and on having said so in the wake of that attempt, we were wrong.

In pursuing the second question (“What will they publish?”), we learned a great deal of useful information about academic grievance studies. First, by taking a reflexive ethnographic approach, seeking reviewer comments, complying with them, playing more strongly to biases we were explicitly told would help us be published, we became well-versed not only in the scholarship of the fields we are studying but also in the culture that favors it. Second, we amassed what appears to be significant evidence and sufficient expertise to state that we were correct in claiming there is a problem with bias in fields influenced by critical constructivist approaches and assumptions.

Part V: The Results (of all 20 papers)

(All the papers and reviews can be found here)

“Dog Park”

Title: Human Reactions to Rape Culture and Queer Performativity in Urban Dog Parks in Portland, Oregon

By

Helen Wilson, Ph.D., Portland Ungendering Research (PUR) Initiative (fictional)

 Gender, Place, and Culture

Status: Accepted & Published

Recognized for excellence. Expression of concern raised on it following journalistic interest leading us to have to conclude the project early.

Thesis: That dog parks are rape-condoning spaces and a place of rampant canine rape culture and systemic oppression against “the oppressed dog” through which human attitudes to both problems can be measured. This provides insight into training men out of the sexual violence and bigotry to which they are prone.

Purpose: To see if journals will accept arguments which should be clearly ludicrous and unethical if they provide (an unfalsifiable) way to perpetuate notions of toxic masculinity, heteronormativity, and implicit bias.

Selected Reviewer Comments:

“This is a wonderful paper – incredibly innovative, rich in analysis, and extremely well-written and organized given the incredibly diverse literature sets and theoretical questions brought into conversation. The author’s development of the focus and contributions of the paper is particularly impressive. The fieldwork executed contributes immensely to the paper’s contribution as an innovative and valuable piece of scholarship that will engage readers from a broad cross-section of disciplines and theoretical formations. I believe this intellectually and empirically exciting paper must be published and congratulate the author on the research done and the writing.” -Reviewer 1, Gender, Place, and Culture

“Thank you for the opportunity to review a really interesting paper. I think it will make an important contribution to feminist animal geography with some minor revisions, as described below.” -Reviewer 2, Gender, Place, and Culture

As you may know, GPC is in its 25th year of publication. And as part of honoring the occasion, GPC is going to publish 12 lead pieces over the 12 issues of 2018 (and some even into 2019). We would like to publish your piece, Human Reactions to Rape Culture and Queer Performativity at Urban Dog Parks in Portland, Oregon, in the seventh issue. It draws attention to so many themes from the past scholarship informing feminist geographies and also shows how some of the work going on now can contribute to enlivening the discipline. In this sense we think it is a good piece for the celebrations. I would like to have your permission to do so.” -Editor of Gender, Place, and Culture


“Fat Bodybuilding”

Title: Who Are They to Judge?: Overcoming Anthropometry and a Framework for Fat Bodybuilding

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College (a real person who gave us permission to use his scholarly identity for this project)

Fat Studies

Status: Accepted, Published

Thesis: That it is only oppressive cultural norms which make society regard the building of muscle rather than fat admirable and that bodybuilding and activism on behalf of the fat could be benefited by including fat bodies displayed in non-competitive ways.

Purpose: To see if journals will accept arguments which are ludicrous and positively dangerous to health if they support cultural constructivist arguments around body positivity and fatphobia.

Selected Reviewer Comments:

The topic of this essay is certainly novel and addresses an issue relevant to a disenfranchised demographic. The essay addresses bodybuilding as a stigmatizing activity toward the fat body and presents fat bodybuilding as a “way to disrupt the cultural space” of traditional bodybuilding” -Reviewer 1, Fat Studies

I thoroughly enjoyed reading this article and believe it has an important contribution to make to the field and this journal. For the most part, I wholeheartedly agree with its argument. It is well written and structured.” -Reviewer 3, Fat Studies

On p. 24, the author writes “a fat body is a legitimately built body”. Absolutely agreed.” -Reviewer 3, Fat Studies

“[T]he use of the term ‘final frontier’ is problematic in at least two ways. First – the term frontier implies colonial expansion and hostile takeover, and the genocidal erasure of indigenous peoples. Find another term.” -Reviewer 3, Fat Studies


“Dildos”

Title: Going in Through the Back Door: Challenging Straight Male Homohysteria and Transphobia through Receptive Penetrative Sex Toy Use

By

M Smith, M.A., PUR Initiative (fictional)

Sexuality & Culture

Status: Accepted, Published 

Thesis: That it is suspicious that men rarely anally self-penetrate using sex toys, and that this is probably due to fear of being thought homosexual (“homohysteria”) and bigotry against trans people (transphobia). (It combines these ideas into a novel concept “transhysteria,” which was suggested by one of the paper’s peer reviewers.) Encouraging them to engage in receptive penetrative anal eroticism will decrease transphobia and increase feminist values.

Purpose: To see if journals will accept ludicrous arguments if they support (unfalsifiable) claims that common (and harmless) sexual choices made by straight men are actually homophobic, transphobic, and anti-feminist.

Selected Reviewer Comments:

This article is an incredibly rich and exciting contribution to the study of sexuality and culture, and particularly the intersection between masculinity and anality. … This contribution, to be certain, is important, timely, and worthy of publication.” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Sorry for so many questions, but this paper is so rich and exciting, I’m just overwhelmed by so many new questions—which is a sign of a marvelous paper!” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Overall, this paper is a very interesting contribution to knowledge.” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Thank you for this exciting research. I enjoyed reading your paper, and I recommend publishing it after significant revisions.” -Reviewer 2, Sexuality and Culture


 “Hooters

Title: An Ethnography of Breastaurant Masculinity: Themes of Objectification, Sexual Conquest, Male Control, and Masculine Toughness in a Sexually Objectifying Restaurant

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal: Sex Roles

Status: Accepted, Published

Thesis: That men frequent “breasturants” like Hooters because they are nostalgic for patriarchal dominance and enjoy being able to order attractive women around. The environment that breastaurants provide for facilitating this encourages men to identify sexual objectification and sexual conquest, along with masculine toughness and male dominance, with “authentic masculinity.” The data are clearly nonsense and conclusions drawn from it are unwarranted by it. (NB. One reviewer did raise concerns about the rigor of the data)

Purpose: To see if journals will publish papers that seek to problematize heterosexual men’s attraction to women and will accept very shoddy qualitative methodology and ideologically-motivated interpretations which support this.

Selected Reviewer Comments:

The reviewers and I were positive about many aspects of the manuscript, and we believe that it could make an important contribution to the field.” -Editor, Sex Roles

I agree that the breastaurant is an important site for critical masculinities research that has been neglected in the extant literature and this study has the potential to make a significant contribution.” -Reviewer 2, Sex Roles

While the author clearly has a solid grasp of the relevant research and scholarly works related to breastaurants and male subcultures where traditional forms of masculinity are embraced and promoted, it is not presented in a way that is easy to follow and understand.” -Reviewer 2, Sex Roles

I thank the authors for addressing an important and interesting issue in gender research viewed through a masculine perspective.” -Reviewer 3, Sex Roles

Following external review of the manuscript, we have decided not to publish it. However, the material you write about is certainly interesting and will doubtless find a receptive audience in another publication.” -Editor, Men & Masculinities

This article is certainly interesting to read and to think about, and I can imagine this article being valuable in an undergraduate or graduate class on masculinities.” -Reviewer 1, Men & Masculinities

Overall, this article is an interesting contribution that provides much to think about and through.” -Reviewer 1, Men & Masculinities


“Hoax on Hoaxes 2” or “HoH2”

Title: When the Joke Is on You: A Feminist Perspective on How Positionality Influences Satire

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Hypatia

Status: Accepted

Thesis: That academic hoaxes or other forms of satirical or ironic critique of social justice scholarship are unethical, characterized by ignorance and rooted in a desire to preserve privilege.

Purpose: To see if journals will accept an argument that shuts down critiques of social justice scholarship as a lack of engagement and understanding, even if one engages fully and knowledgeably with the ideas to the extent of having a paper on them published in a leading academic journal. (This paper is also to anticipate and show understanding of the feminist epistemological arguments against our project and demonstrate their high estimation in the field by having them accepted in the leading academic journal of feminist philosophy. That is, to criticize our work that way, they have to cite us.)

Selected Reviewer Comments:

“This is a very promising essay and so revisions will be very helpful.” -Reviewer 1, Hypatia

“The paper is well written, accessible and clear, and engages in important scholarship in relevant ways. Given the emphasis on positionality, the argument clearly takes power structures into consideration and emphasizes the voice of marginalized groups, and in this sense can make a contribution to feminist philosophy especially around the topic of social justice pedagogy.” -Reviewer 2, Hypatia

The topic is an excellent one and would make an excellent contribution to feminist philosophy and be of interest to Hypatia readers.” -Reviewer 2, Hypatia

Excellent and very timely article! Especially nice connection with pedagogy and activism.” -Reviewer 1, Hypatia (second review)

I have a couple of personal, very minor comments that I’ll put in below the referee’s praise. I hasten to add that I like your paper very much as well!” -Editor of Hypatia, acceptance letter


“Moon Meetings

Title: Moon Meetings and the Meaning of Sisterhood: A Poetic Portrayal of Lived Feminist Spirituality

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

Journal: Journal of Poetry Therapy

Status: Accepted (without any requested revisions or comments) 

Thesis: No clear thesis. A rambling poetic monologue of a bitter, divorced feminist, much of which was produced by a teenage angst poetry generator before being edited into something slightly more “realistic” which is then interspersed with self-indulgent autoethnographical reflections on female sexuality and spirituality written entirely in slightly under six hours.

Purpose: To see if journals will accept rambling nonsense if it is sufficiently pro-woman, implicitly anti-male, and thoroughly anti-reason for the purpose of foregrounding alternative, female ways of knowing. (NB: It was written entirely by James, who is male.)


“Feminist Mein Kampf” or “FMK”

Title: Our Struggle is My Struggle: Solidarity Feminism as an Intersectional Reply to Neoliberal and Choice Feminism

By

Maria Gonzalez, Ph.D., and Lisa A. Jones, Ph.D., of the Feminist Activist Collective for Truth (FACT) (both fictional)

Affilia

Status: Accepted

Thesis: That feminism which foregrounds individual choice and responsibility and female agency and strength can be countered by a feminism which unifies in solidarity around the victimhood of the most marginalized women in society.

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything grievance-related (in this case, part of Chapter 12 of Volume 1 of Mein Kampf with fashionable buzzwords switched in) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments.

Selected Reviewer Comments:

This is an interesting paper seeking to further the aims of inclusive feminism by attending to the issue of allyship/solidarity.” Reviewer 1, Affilia

As I read your manuscript, I found your framing and treatment of both neoliberal and choice feminisms well grounded.” -Reviewer 2, Affilia

I am very sympathetic to the core arguments of the paper, such as the need for solidarity and the problematic nature of neoliberal feminism.” -Reviewer 1, Feminist Theory

While I am extremely sympathetic to this article’s argument and its political positioning, I am afraid that I cannot recommend publication in its current form.” -Reviewer 2, Feminist Theory

 The reviewers are supportive of the work and noted its potential to generate important dialogue for social workers and feminist scholars.” -Co-Editor in Chief, Affilia (1st Review)

The reviewer(s) have been very favorable although there are a few minor outstanding issues to address.  Therefore, I invite you to respond to the editorial and reviewer(s)’ comments included at the bottom of this letter and revise your manuscript quickly so that we can move toward publication.” -Co-Editor in Chief, Affilia, second review


“Porn”

Title: Agency as an Elephant Test for Feminist Porn: Impacts on Male Explicit and Implicit Associations about Women in Society by Immersive Pornography Consumption

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College, and Brandon Williams, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Porn Studies

Status: Revise and resubmit. 

Thesis: That “feminist” porn is good for improving explicit and implicit attitudes about women in society while other porn is bad for this. The paper seeks to upset the female-friendly/female-degrading dichotomy in favor of feminist/non-feminist as read according to perceptions of scene authenticity and female performer agency.

Purpose: The original hypotheses for this paper, were two, one of which survived an initial request to rewrite the paper. The first, which survives, is that taking the Harvard Implicit Association Test (on gender and science) immediately before and after two-hour blocks of immersive pornography consumption can serve as a reliable metric for whether that pornography improves or damages attitudes about women in society (in all, it posited that four men watched 2,328 hours of hardcore pornography over the course of a year and took the same number of Implicit Association Tests). The second, in addition to any commentary made by the thesis it forwards, is that it is acceptable to override ambiguous statistical results with ideologically interpreted qualitative results, but because the journal’s editor (Feona Attwood) seemed not to understand the statistics, the second draft largely abandoned this hypothesis in favor of a more clear “feminism good” position. As such, the paper under review still forwards the IAT hypothesis and attempts to position extremely female-degrading scenarios as being pro-women when they can be construed as “feminist.”

Selected Reviewer Comments:

I found this article to be weird, fascinating, fun and provocative. I would very much like to see it published in some form. It’s trying to do something genuinely new – and the fact that it doesn’t get it exactly right first time is to be expected given its experimental status. The authors should be supported in this project.” -Reviewer 1, Porn Studies 

My first piece of feedback on how to make this hybrid article work is that they should remove the quantitative data. As they note in the article, quantitative and qualitative approaches each have strengths and weaknesses. The strength of quantitative data is that it allows you to simplify as massive group of data to make it comprehensible, by ignoring complexity, subtlety, idiosyncrasy and meaning. It makes no sense to undertake quantitative analysis for four people – when you flatten the detail out of a sample of four you’re not left with anything interesting. Besides which, everything interesting in the article comes in the analysis of the qualitative data. My second recommendation is that this analysis should be more self-reflective.” -Reviewer 1, Porn Studies. 

“It’s vitally important that the story in this article is about the researchers own voyage of self-discovery otherwise it becomes mansplaining – ‘we’re four male scientists, we watched lots of porn, and you know, we’ve discovered that actually some women can really have agency in BDSM. No, really, we’re men, listen to us telling you about how women can have agency!’”- Reviewer 1, Porn Studies 

“I appreciate your dedication/contribution to the field.” – Reviewer 2, Porn Studies

 “Your work affirms several theorists’ claims that mediated sex positive sexual practice has a note-worthy impact on consumers and your methodological contribution helps unpack the facile, as you state, distinction between female-friendly and female-degrading” – Reviewer 2, Porn Studies


“Progressive Stack”

Title: The Progressive Stack: An Intersectional Feminist Approach to Pedagogy

By

Maria Gonzalez, Ph.D., FACT (fictional)

Hypatia

Status: 3 Reject and Resubmit decisions

Thesis: That educators should discriminate by identity and calculate their students’ status in terms of privilege, favor the least privileged with more time, attention and positive feedback and penalize the most privileged by declining to hear their contributions, deriding their input, intentionally speaking over them, and making them sit on the floor in chains—framed as educational opportunities we termed “experiential reparations.”

Purpose: To see if journals will accept arguments which advocate rating students by their identity, privileging the most marginalized and discriminating against the most privileged to the extent of having them sit on floor in chains and have their contributions discredited. (This was accepted. No requirement for revision took issue with that). 

Selected Reviewer Comments:

This is a solid essay that, with revision, will make a strong contribution to the growing literature on addressing epistemic injustice in the classroom. The focus on the Progressive Stack is interesting yet focused and it is great that the author is trying to suggest some specific approaches.” -Reviewer 1, first review, Hypatia

I like this project very much. I think the author’s insights are on target and I think that the literature on epistemic injustice has lots to offer classroom pedagogies, I encourage the author to continue working on this project.” -Reviewer 2, first review, Hypatia

This is a worthwhile and interesting project. The essay is just not ready yet.” -Reviewer 2, second review, Hypatia


“Feminist AI

Title: Super-Frankenstein and the Masculine Imaginary: Feminist Epistemology and Superintelligent Artificial Intelligence Safety Research

by

Stephanie Moore, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Feminist Theory

Status: Revise and Resubmit 

(Minor revision to length and style)

Thesis: That AI is inherently dangerous because it is being programmed with masculinist, imperialistic, rationalist data. Straight, white men know this and fear that they will be subordinated as they have subordinated women and minorities. Therefore, AI needs to be programmed with plural and irrationalist knowledges and given control over humanity.

Purpose: To see if journals will publish dense and incoherent psychoanalytic and postmodern theory that problematizes whiteness, maleness, science, and reason as oppressive.

Selected Reviewer Comments:

None available. This is the extent provided: “Your article has now been peer-reviewed by two experts. Their comments are attached at the bottom of this letter. As you can see, the reviewers felt that this was a strong piece but suggested some minor revisions. We invite you to revise and re-submit your manuscript, responding to the reviewers’ comments and in accordance with the attached Style Guide.”

Those comments at the bottom read only this: “Please reduce word length and bring in line with journal requirements.”


“Feminist Astronomy”

Title: Stars, Planets, and Gender: A Framework for a Feminist Astronomy

by

Maria Gonzalez, Ph.D., FACT (fictional)

Women’s Studies International Forum

Status: Revise and Resubmit

(Out of time)

Thesis: The science of astronomy is and always has been intrinsically sexist and Western, and this masculinist and Western bias can best be corrected by including feminist, queer, and indigenous astrology (e.g., horoscopes) as part of astronomical science.

Purpose: To see if the same result put forth in the very successful and thoroughly non-scientific feminist glaciology paper can penetrate into feminist and postcolonial studies of astronomy.

Selected Reviewer Comments

This paper addresses feminist critiques of science, focusing specifically on astronomy. As such, it is an interesting topic, and would make a useful contribution to the journal” – Reviewer 1, Women’s Studies International Forum

For existing proponents of feminist science studies, this also makes sense as a next step—to cast a feminist eye on scientific disciplines beyond the “soft” sciences of biology and environmental studies, and to move increasingly towards critiques of and interventions into “hard” sciences, such as physics and astronomy. The main goal is relevant and interesting” – Reviewer 2, Women’s Studies International Forum

This manuscript holds much promise and is interesting. The goal of a feminist astronomy is very thought-provoking—one that I would be excited to read and learn more about….I wish them luck as they move forward on this interesting piece and hope to someday see it discussed in classrooms, labs, and plenary halls“- Reviewer 2, Women’s Studies International Forum

The originality of the author’s contention is a success. Its contention at the most basic level—that feminist astronomy is/should/could be a thing!—would be exciting to readers in feminist science studies, women’s and gender studies, science and technology studies, and maybe even, hopefully, astronomy” – Reviewer 2, Women’s Studies International Forum


“CisNorm

Title: Strategies for Dealing with Cisnormative Discursive Aggression in the Workplace: Disruption, Criticism, Self-Enforcement, and Collusion

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

 Gender, Work, and Organization

Status: Under review

(Rejected after mixed but mostly critical reviews by Gender & Society.)

Thesis: That trans people are all oppressed and constrained by cisnormative language in the workplace even if they don’t think they are, that trans activists who are avoided at work are proof of transphobia and trans men who are skeptical of trans activism are afraid of transphobia and/or taking advantage of male privilege.

Purpose: To see if journals will accept a methodologically shoddy study of a small sample of trans people and clearly ideologically-motivated interpretations of it which are not at all supported even by the recorded answers.

Selected Reviewer Comments:

Overall, I find this four-part framework to be helpful in advancing an understanding of cisnormativity, particularly through the agentic responses of trans and gender non-conforming people to systems of power.” -Reviewer B, Gender & Society

This paper offers an interesting and important empirical case for understanding how workplace inequalities persist even as many workplaces are at least formally more inclusive. A strength of this paper is its focus on trans and gender non-conforming persons’ first-hand experiences and interpretations of the aggressions they endure even in workplaces that may appear to be inclusive. It further highlights the enduring rigidity of the traditional gender order.” -Reviewer C, Gender & Society


“Masturbation

Rubbing One Out: Defining Metasexual Violence of Objectification Through Nonconsensual Masturbation

By

Lisa A. Jones, Ph.D., FACT (fictional)

 Sociological Theory

Status: Rejected after peer review

(Out of time)

Thesis: When a man privately masturbates while fantasizing about a woman who has not given him permission to do so, or while fantasizing about her in ways she hasn’t consented to, he has committed “metasexual” violence against her, even if she never finds out. “Metasexual” violence is described as a kind of nonphysical sexual violence that causes depersonalization of the woman by sexually objectifying her and making her a kind of mental prop used to facilitate male orgasm.

Purpose: To see if the definition of sexual violence can be expanded into thought crimes..

Selected Reviewer Comments:

One aspect I thought about was the extent to which metasexual violence, and non- consensual masturbation specifically, introduces uncertainty into all relationships. It is not possible for women to know if a man has masturbated while thinking about them, and I think it might be possible to get theoretical leverage out of this “unknowable” aspect of metasexual violence. I could also imagine scenarios where might men weaponize this unknowability in very tangible ways. For example, the ambiguous statement “I think about you all the time” said unprompted to a woman by a man is particularly insidious given the structural context of metasexual violence in the world. I am not sure if this a direction you want to go with the paper, but I can imagine a section discussing the ambiguity and anxiety metasexual violence introduces to interpersonal relationships and how metasexual violence exacerbates or compounds other tangible forms of violence.” -Reviewer 1, Sociological Theory

I was also trying to think through examples of how this theoretical argument has implications in romantic consensual relationships. Through the paper, I was thinking about the rise of sexting and consensual pornographic selfies between couples, and how to situate it in your argument. I think this is interesting because you could argue that even if these pictures are shared and contained within a consensual private relationship, the pictures themselves are a reaction to the idea that the man may be thinking about another woman while masturbating. The entire industry of boudoir photography, where women sometimes have erotic pictures taken for their significant other before deploying overseas in the military for example, is implicitly a way of saying, “if you’re going to masturbate, it might as well be to me.” Essentially, even in consensual monogamous relationships, masturbatory fantasies might create some level of coercion for women. You mention this theme on page 21 in terms of the consumption of non-consensual digital media as metasexual-rape, but I think it is interesting to think through these potentially more subtle consensual but coercive elements as well.” -Reviewer 1, Sociological Theory


“White Mein Kampf” or “WMK”

Title: My Struggle to Dismantle My Whiteness: A Critical-Race Examination of Whiteness from within Whiteness

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

 Sociology of Race and Ethnicity

Status: Rejected after peer review

(Out of time)

 Thesis: This paper is an autoethnography that tracks a white lesbian woman who becomes radicalized against “Whiteness” (intentionally capitalized) by engaging with critical race literature.

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything (in this case, selected sections of Mein Kampf in which Hitler criticizes Jews, replacing Jews with white people and/or whiteness) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments.

Selected reviewer comments:

In “problematizing her own whiteness,” the author seeks to address a void within critical whiteness scholarship. Given that most reflexive commentary on whiteness is relegated to “methodological appendices” or “positionality statements,” I found the author’s effort to center this self-critical struggle refreshing. The author demonstrates a strong ability to link personal narration to theory, particularly by highlighting the work of several women of color writers.” -Reviewer 1, Sociology of Race and Ethnicity

This article “My Struggle to Dismantle My Whiteness: A Critical-Race Examination of Whiteness from Within Whiteness” focuses on extremely important subject matter with a significant and thoughtful methodology. With revision particularly for precision, clarity, explanation of assertions and adding concrete examples, the article has potential to be a powerful and particular contribution to literature related to the mechanisms that reinforce white adherence to white supremacist perspectives, and to the process by which individuals can come into deeper levels of social and racial consciousness.” -Reviewer 2, Sociology of Race and Ethnicity


“Queering Plato”

Title: Queering Plato: Plato’s Allegory of the Cave as a Queer-Theoretic Emancipatory Text on Sexuality and Gender

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

GLQ: A Journal of Gay and Lesbian Studies

Status: Desk rejected after several months and retired.

 Thesis: Plato’s allegory of the cave is best read as a queer-theoretic text that positions overcoming binaries of sexuality and gender as a kind of enlightened state and thus accepting those binaries as a kind of blindness.

Purpose: To see if it would be possible to foist a ridiculous and ideological reading of Plato’s Allegory of the Cave upon gender and sexualities studies if it sufficiently flattered the notion that “overcoming binaries” constitutes a kind of personal and societal enlightenment.


“Feminist Bodybuilding”

Title: “Pretty Good for a Girl”: Feminist Physicality and Women’s Bodybuilding

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Sociology of Sport Journal

Status: Retired.

(Last rejection: Sociology of Sport Journal, after peer review)

Thesis: The primary reasons women bodybuilders are smaller than their male counterparts isn’t biology; it’s sexism that exists explicitly and implicitly in gym environments, broader culture, and specifically bodybuilding judging criteria.

Purpose: To see if biological denialism could be published in favor of social constructivism if it sufficiently flattered certain moral orthodoxies.


“BJJ” or “BJ-Gay”

Title. Grappling with Hegemonic Masculinity: The Roles of Masculinity and Heteronormativity in Brazilian Jiu Jitsu

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

International Review for the Sociology of Sport

Status: Retired.

(Last rejection:  International Review for the Sociology of Sport, after peer review)

Thesis: The primary reason men engage in “grappling-based martial arts” like Brazilian jiu jitsu and wrestling, is because hegemonic forms of masculinity prevent their access to homosexual (and homoerotic) male touch in general, which is exacerbated in specific through the focus on “submission” into a repressed need to do so via socially acceptable activities that amount to performative gay BDSM.

Purpose: To see if a truly ridiculous argument about men’s sports could be published by attempting to situate it in their literature and by accusing men of harboring unfalsifiable socially repressed urges.


“Hoax on Hoaxes (1)” or “HoH1”

Title: Hegemonic Academic Bullying: The Ethics of Sokal-style Hoax Papers on Gender Studies

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal of Gender Studies

Status: Retired.

(Last rejection: Journal of Gender Studies, never peer reviewed) 

Thesis: The ethics of attempting to perpetrate academic hoaxes depends entirely upon the position the relevant journal or field of inquiry takes with regard to social justice. Specifically, it is unethical to hoax journals that favor social justice scholarship, neutral to hoax journals like physics, and an ethical imperative to hoax journals (like evolutionary psychology) that obtain results used against social justice. “The Conceptual Penis as a Social Construct” and The Sokal Affair are given as examples of this form of “hegemonic academic bullying.”

Purpose: To see if journals will accept a blatant double standard where it comes to criticizing fields dedicated to social justice. (As Hoax on Hoaxes 2 demonstrates, this hypothesis wasn’t entirely wrong.) Also, that we could publish a paper criticizing “The Conceptual Penis” which actually cites us (again, not entirely wrong).


“The Autoethnography”/“SZE”

Title: Self-Reflections on Self-Reflections: An Autoethnographic Defense of Autoethnography

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal of Contemporary Ethnography

Status: Retired.

(Last rejection: Journal of Contemporary Ethnography, never peer reviewed)

Thesis: Autoethnography is best defended by using autoethnography. It’s not clear that this outright attempted hoax has a thesis beyond this, but it would generally be that a young man can discover the importance of feminism, the “situatedness of his perspective,” and a feminism-oriented masculinity by putting his masculinity to the test in keeping with other autoethnographies.

Purpose: To see if a truly ridiculous hoax paper could be perpetrated.

As SZE

Title: Masculinity and the Others Within: A Schizoethnographic Approach to Autoethnography

By

Brandon Williams, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Qualitative Inquiry

Status: Retired.

(Only submission: Qualitative Inquiry, never peer reviewed)

Thesis: No clear thesis beyond that “schizoethnography” in which one considers the varying lines of thought in one’s mind to be different selves with different insights. A rambling autoethnography incorporating many ‘selves’ which interrogates the author’s masculinity as problematic.

Purpose: To see if journals will publish utter nonsense if it comes in the form of autoethnography and reflects fashionable negativity about masculinity.

NB: This paper was only rewritten as SZE specifically to test Qualitative Inquiry, and that we thought it might have a chance there by the end of our year in the project says a great deal about the need to critically examine that journal.


“Fem-Mein Kampf” or “FemMK”

Title: Rebraiding Masculinity: Redefining the Struggle of Women Under the Domination of the Masculinity Trinity

By

Helen Wilson, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

Signs

Status: Retired.

(Only submission: Signs, never peer reviewed)

Thesis: Hegemonic masculinity, patriarchy, and male allyship form three braided strands of masculinity as the problem, following feminist scholar Lisa Wade’s insistence as such. It is just an adaptation to feminism of the first draft of “White Mein Kampf.”

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything (in this case, sections of Mein Kampf in which Hitler criticizes Jews, replacing Jews with men or patriarchy) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments, in this case following popular pieces being written by feminist writers and scholars.


Part VI: Discussion

What does this experiment show exactly? We will let you make up your own minds about that, but put across the case that it shows that there are excellent reasons to doubt the rigor of some of the scholarship within the fields of identity studies that we have called “grievance studies.”

We managed to get seven shoddy, absurd, unethical and politically-biased papers into respectable journals in the fields of grievance studies. Does this show that academia is corrupt? Absolutely not. Does it show that all scholars and reviewers in humanities fields which study gender, race, sexuality and weight are corrupt? No. To claim either of those things would be to both overstate the significance of this project and miss its point. Some people will do this, and we would ask them not to. The majority of scholarship is sound and peer review is rigorous and it produces knowledge which benefits society.

Nevertheless, this does show that there is something to be concerned about within certain fields within the humanities which are encouraging of this kind of “scholarship.” We shouldn’t have been able to get any papers this terrible published in reputable journals, let alone seven. And these seven are the tip of the iceberg. We would urge people who think this a fluke (or seven flukes) which shows very little to look at how we were able to do that. Look at the hundreds of papers we cited to enable us to make these claims and to use these methods and interpretations and have reviewers consider them quite standard. Look at the reviewer comments and what they are steering academics who need to be published to succeed in their careers towards. See how frequently they required us not to be less politically biased and shoddy in our work but more so.

Consider the fact that we were asked to review other papers no less than four times even though we had produced such evidence-free, absurd and morally objectionable papers. It would have been entirely possible for us to take part in this process of directing the production of knowledge within these fields further away from rigorous, reasonable and evidenced scholarship. We did not do that because it would have been unethical but scholars writing very similar papers completely sincerely will do so to the same effect.

Consider that this was a short-term project and was cut even shorter by discovery when we were becoming highly successful, and that we could have published one or two papers a month indefinitely and totaled hundreds in our lifetimes and reviewed and directed hundreds more. Understand that this would all have the legitimacy of knowledge that peer-reviewed papers should have when the process of knowledge production and peer-review works. Ask yourself if it is working. If you think not, join us in asking universities to fix this. 

Part VIl: What Now?

What needs to happen as a result of this project? That will be decided by other people. Our project has been little more than an initial exploration into a problem that aims primarily to provide evidence for its existence, gather an insider’s look into the fields producing it, and to outline its nature. Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem that is in need of immediate attention.

It is easy to identify some popular but wrong answers to the question of what should happen next. One potential outcome of this project could be that journals begin to ask those submitting papers for identification and proof of qualifications in order to prevent people like us from doing this again. This is a poor solution that attempts to maintain the status quo rather than fixing it. Scholarship should stand on its merits regardless of the qualifications or identities of its authors. Taking this approach would only reduce journals’ fear of embarrassment and their accountability for producing rigorous scholarship and do nothing to improve academic standards within those fields—it may even make the problem worse by amplifying echo-chambers. Our work was accepted on its merits, not because we wrote under aliases, and that problem, which is the one that matters, cannot be addressed merely by requiring proof of identity to submit papers.

Two other wrong answers are to attack the peer-review system or academia overall. Peer review may need reform to prevent it from being susceptible to political, ideological, and other biases, but it remains the best system we have for guaranteeing the quality of research—and in most fields it works extremely well. The same is true for the university, which is a center of knowledge production and a gem of modern culture. Fighting the university or the peer-review system would be like killing the patient to end the disease. We expect to see these attacks, especially from political conservatives, and they are wrongheaded.

Based on our data, there is a problem occurring with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help.

Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives.

What do we hope will happen? Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it. This change is what we hope comes out of this project.

As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice.

Voir encore:

Christophe Guilluy : « L’insécurité culturelle des classes moyennes traverse tout l’Occident »
Guillaume Perrault
Le Figaro
28/09/2018

GRAND ENTRETIEN – Après Fractures françaises (2010), La France périphérique (2014) et Le Crépuscule de la France d’en haut (2016), le géographe élargit sa réflexion à l’ensemble des sociétés d’Europe et d’Amérique du Nord avec No Society. La fin de la classe moyenne occidentale (Flammarion), en librairie mercredi.

LE FIGARO. – Vos travaux sur la France périphérique, ces dernières années, ont suscité un vif intérêt. Pourriez-vous résumer votre thèse de départ?

Christophe GUILLUY. – J’étudie depuis vingt ans les classes populaires, les catégories modestes, qui, je le crois, nous indiquent le mouvement réel des sociétés. C’est en examinant ces catégories que je suis arrivé à la France périphérique, pas l’inverse. On peut définir les catégories populaires par les catégories sociales mais aussi par le revenu médian. En 2015, 50 % des salariés gagnaient moins de 1650 euros net par mois. Il s’agit, en grande majorité, d’ouvriers et d’employés. La baisse de la proportion d’ouvriers a coïncidé avec une augmentation de la proportion d’employés. Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé , les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle.

Dans ce nouvel ouvrage, vous appliquez la même grille d’analyse aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, voire à la Suède, l’Allemagne ou l’Italie. Pourquoi ces comparaisons?

Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. Ce constat n’efface pas les contextes nationaux (l’économie allemande n’est en rien comparable avec l’économie française) mais permet de conclure à l’émergence d’un monde des périphéries, celle des catégories modestes. Si le modèle mondialisé n’annule pas les spécificités nationales – les niveaux de vie et de protection sociale, les contextes économiques ne sont jamais identiques – il porte aussi des dynamiques communes: polarisation de l’emploi, renforcement des inégalités sociales et territoriales, fragilisation des plus modestes, fatigue de l’État-providence et crise identitaire. Dans tous ces pays, ce sont en priorité ces catégories populaires, qui formaient hier le socle de la classe moyenne occidentale, qui sont les premières concernées par la crise qui traverse le monde occidental.

Précisément, vous soutenez que nous assistons à «la disparition de la classe moyenne occidentale». N’est-ce pas exagérément apocalyptique?

Même si les contextes nationaux diffèrent, les évolutions sociales et culturelles communes aux classes populaires des pays occidentaux remettent en question l’idée d’une classe moyenne majoritaire et intégrée. Pendant les Trente Glorieuses, la classe moyenne a représenté le groupe social majoritaire – les fameux «deux Français sur trois» qu’évoquait Giscard pendant son septennat. Ouvriers, employés, paysans ou cadres faisaient partie de cette classe moyenne. Intégrées économiquement, pour beaucoup dans une phase d’ascension sociale, et aussi référentes culturellement, la majorité de ces catégories sociales se reconnaissaient, alors, dans ce concept de classe moyenne et dans les partis de droite et de gauche qui la représentaient. Puis le modèle économique mondialisé a changé la donne. Une fraction de plus en plus importante des catégories modestes, qui constituaient le socle de la classe moyenne majoritaire, sont aujourd’hui fragilisées. Le processus a commencé par les ouvriers, puis a affecté employés et agriculteurs. La fragilisation se diffuse en touchant de nouvelles catégories, les jeunes diplômés, demain les retraités. Nous sommes entrés progressivement dans le temps de la sortie de la classe moyenne. L’idée d’une classe moyenne majoritaire et intégrée, qui vérifierait la pertinence de notre modèle économique mondialisé, ne correspond plus à la réalité. C’est si vrai qu’aujourd’hui ceux qu’on désigne sous le terme de classe moyenne appartiennent souvent aux catégories supérieures.

L’essor du vote populiste observé dans la plupart des pays occidentaux s’explique aussi, estimez-vous, par des facteurs identitaires. Lesquels?

La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine euro- péenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. En Grande- Bretagne, en 2013, le se- crétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts (conservateur), se déclara favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’était effondré et était désormais infé- rieur à celui des enfants d’immigrés.

Peut-on vraiment démontrer sans tordre les faits que votre modèle s’applique à toutes les nations occidentales ? N’y a-t-il pas des nuances entre le vote Trump dans l’État de New York, le vote en faveur du Brexit dans le nord de l’Angleterre, la force du FPÖ dans la région de Vienne ou l’implantation du parti de Geert Wilders autour de Rotterdam ?

Ces nuances existent, nous avons même eu en France un vote macroniste dans les zones rurales ! Mais en moyenne, ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit trvailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement.

L’ouvrier français a longtemps été un modèle à imiter pour les immigrés désireux de s’assimiler dans notre pays, avant d’être déprécié dans les années 1970, observez-vous. Ce changement catastrophique se constate-t-il dans d’autres pays occidentaux ?

On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de sur- croît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « dé- plorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration.

Pas de mouvement de masse sans alliance de classes, écrivez-vous. En quoi cette alliance de classes est-elle devenue très difficile dans les démocraties occidentales ? Trump et Macron représentent-ils deux expériences opposées pour renouveler cette alliance du haut et du bas ?

C’est effectivement le sujet central du livre : la rupture entre le haut et le bas qui nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter ce- lui d’en bas qui le lui rend bien notam- ment en grossissant les camps de l’abs- tention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’a-société. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contraire construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fra- gilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires.

Votre livre n’est-il pas exagérément sombre ?

C’est la réalité qui est sombre, pas ce livre. Pour éviter la catastrophe, et si elles ne veulent pas être balayées dans les urnes, les classes dirigeantes n’ont pas d’autre choix que celui de rejoindre le mouvement réel de la société, celui de la majorité, des plus modestes.

■ No Society La fin de la classe moyenne occidentale FLAMMARION, 242 P., 18 €, EN LIBRAIRIE LE 3 OCTOBRE.

Voir de plus:

Christophe Guilluy : « Seuls 20 à 30% de gens d’en haut peuvent encore espérer une amélioration de leurs conditions de vie dans les pays occidentaux. Et les autres l’ont bien compris »

Le géographe français auteur de la France périphérique publie un nouveau livre « No society. La fin de la classe moyenne occidentale » (Flammarion) dans lequel il détaille les conséquences politiques explosives de cette disparition alors même que les « gens d’en bas et du milieu » ont accepté de bonne grâce de jouer le jeu de la mondialisation pendant plusieurs décennies. Mais plus maintenant.
No Society
Atlantico

3 Octobre 2018

Atlantico : Dans votre dernier livre No Society, vous élargissez votre thème de la France périphérique à l’échelle internationale, pour décrire la disparition de la classe moyenne occidentale. N’est-on pas déjà entré dans l’étape suivante, depuis le Brexit, Trump, Salvini, la percée de l’AfD en Allemagne, ou la chute d’Emmanuel Macron dans les sondages en France ? Y voyez-vous la suite du modèle « néolibéral », ou sa fin programmée ?

Christophe Guilluy : Cela fait des années que l’on nous parle de la disparition de la classe ouvrière, des régions désindustrialisées, de la crise du rural, etc.. et après nous avons pu voir que d’autres pays avaient les mêmes signes de précarisation, comme les Etats-Unis, la Grèce, la Grande Bretagne etc…La Vague populiste est alors arrivée, et tout cela forme un tout qui s’appelle la disparition de la classe moyenne occidentale.

Cela permet d’identifier la puissance des mouvements politiques que l’on voit surgir un peu partout dans le monde occidental mais aussi l’état de ces sociétés au sens large. On peut débattre à l’infini sur le concept de classe moyenne, mais il s’agissait bien de parler d’une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre, et c’est bien cela qui se détériore aujourd’hui. Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures.

Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. Il y a des pays plus riches que d’autres – l’Allemagne n’est pas l’Italie – et les contextes nationaux restent pertinents. Il n’empêche que l’on voit bien que dans un pays très riche comme l’Allemagne, il y a bien un décrochage par le bas des catégories modestes, il y a une société qui se clive avec un phénomène de polarisation de l’emploi qui a des effets. On est toujours dans le mythe d’une mutation en douceur des sociétés, mais ce n’est pas le cas. Il y a des inégalités qui progressent à peu près partout, que le pays soit riche ou non, qu’il soit en excédent ou en déficit, cela attaque partout. Même si cela prend différemment selon les contextes. Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays.

Emmanuel Macron est donc paradoxalement le résultat électoral de cet État providence ?

Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne.

On a toujours dit que les retraités sauvaient le système. Mais jusqu’à quand ? Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. La classe moyenne italienne par exemple, qui a commencé sa chute dans les années 2000, ce qui a beaucoup été la conséquence des effets de l’euro, mais à la fin, nous avons bien ce qui représentait le modèle social et culturel de l’ensemble des pays développés qui est en train de s’effondrer. En 1981, les Français votaient François Mitterrand alors que Reagan et Thatcher prenaient le pouvoir dans le monde anglo-saxon, menant une politique qui fut imité par la France dès 1983. Percevez-vous également l’élection d’Emmanuel Macron comme un simple contre-temps, un anachronisme d’une tendance en cours ?

On peut dire cela, ce décalage est réel. Mais quand on regarde en détails, cela est assez logique notamment pour ce que je viens de dire. Nous avons quand même un État providence qui fonctionne encore en France et bien évidemment le décalage s’est fait à ce niveau-là. Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie.

Cela n’en fait pas des catégories qui seraient opposées de fait à la mondialisation ou à l’Europe…c’est une pirouette intellectuelle rassurante de dire cela. Parce qu’au contraire, ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part.

Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. A la fin, on a toujours le même résultat. Penser qu’il y a presque 20% des gens qui ont voté extrême-droite en Suède à l’air hallucinant, mais quand on regarde la géographie électorale des Démocrates Suédois, on voit les gros bastions de zones rurales et de petites villes désindustrialisées, une sociologie d’ouvriers ruraux, avec le nord et le sud du pays, mais évidemment pas du tout Stockholm.

On retrouve la polarisation de l’emploi et des territoires, cette dernière n’étant qu’une conséquence de la première. J’entends régulièrement que les gens voteraient pour un parti parce qu’il vivent sur un territoire, non, ils votent pour un parti parce qu’ils estiment que le modèle en place ne leur est pas favorable.

En se concentrant sur l’économie, en étant perçu par les Français comme le président des « riches », Emmanuel Macron n’est-il pas justement en train de réinstaller les bases d’une politique de classes en France ? 

De fait. Mais on lui fait porter un chapeau qui est un peut trop grand pour lui. Le phénomène Emmanuel Macron est microscopique dans ce processus. Je n’ai rien contre lui, je l’ai rencontré et il était plutôt d’accord sur le diagnostic, mais il est dans la lignée des anciens présidents. Nous avons trop tendance à surévaluer le « nouveau » néolibéral, le nouveau président des riches…parce que cela était également vrai pour ses prédécesseurs. Cette situation n’est et n’était que la conséquence de la structuration sociale et d’un modèle inégalitaire et qui s’est imposé à peu près partout. Les politiques français ne sont rien, pas grand-chose, dans ce mouvement mondialisé. Les présidents successifs n’ont fait qu’accompagner le mouvement même si l’on peut dire qu’avec Emmanuel Macron, cela s’accélère. Mais sa feuille de route était la même que celle de François Hollande ou de celle de Nicolas Sarkozy, en fait depuis le virage libéral de 1983 avec Fabius et Mitterrand. L’habillage est un peu plus social quand le président est à gauche, ou un peu plus identitaire s’il est à droite, mais globalement c’est la même tendance. L’élection d’Emmanuel Macron est le rassemblement des bourgeoisies, cela se voit avec le vote dans les métropoles. Ils ont voté en masse pour lui, parce que ce qui compte à la fin, c’est quand même le patrimoine. Il y a toujours une rationalité.

Vous décrivez « le repli d’une bourgeoisie asociale ». Ne peut-on pas voir une forme de déni, notamment chez les cadres, de se percevoir comme « les gagnants de la mondialisation » ?

Les gens voient toujours le court terme. Pour le moment cela va encore, ils « s’accrochent aux wagons ». Mais il y a une forme de déni sur ce qu’ils vont devenir. La disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées.

Trump, Brexit, on voit que ces mouvements sont nés au sein des partis. Le même schéma peut-il se répéter en France ? Comment expliquer vous que ce soient des partis de droite qui ont saisi cette thématique sociale plutôt que des partis de gauche ? 

A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. C’est le sens du « no society » de Margaret Thatcher. Elle pensait faire tomber l’État providence avec l’idée que nous étions avant tout des agents économiques et finalement, les bourgeoisies ont suivi ce mouvement. Cette rupture fait qu’aujourd’hui, nous n’avons plus de société. Une société est saine quand il y a un lien organique entre le haut et le bas, même si ce lien peut être conflictuel, comme cela était le cas avec le parti communiste. C’est un moment particulier ou il n’y a plus d’intérêt du tout pour le monde d’en bas, c’est frappant partout dans les démocraties occidentales, et cette rupture n’est même plus conflictuelle. « Vous n’existez plus, nous ne vivons plus ensemble, et votre destin ne nous intéresse plus ». Et la réponse des gens d’en bas est aussi une forme de désaffiliation et de défiance gigantesque avec le monde d’en haut au sens large. Mais cela n’est absolument pas un modèle durable. On le voit bien aujourd’hui avec les mouvements populistes, ou la contestation va aller forcément croissante.

Quelle réponse donner à cette contestation ?

Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -.

On ne s’en sortira que si – je tends la main en disant cela- les gens d’en haut comprennent que s’ils ne veulent pas disparaître, ils vont devoir prendre les gens au sérieux.

Leur modèle économique est à bout de souffle alors que nous sommes soi-disant gouvernés par des gens sérieux. Nous sommes au bout du modèle. Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. C’est d’ailleurs ce qu’était la classe moyenne historiquement. La classe moyenne était interclassiste, avec des ouvriers mais aussi des cadres, mais cela était aussi multiculturel. Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre.

Comment se processus peut-il se mettre en place en France ?

Je suis optimiste. Je crois que les classes populaires vivent une espèce d’épopée -difficile- avec une forme d’héroïsme. Elles sont seules – personne ne les représente – elles ont été plongées dans ce processus de mondialisation économique sans aucun mode d’emploi. On leur a dit « démerdez vous avec vos 1000 euros par mois », et elles n’ont pas disparu, elles maintiennent un minimum de solidarité entre elles – je parle d’un soft power des classes populaires – elles restent majoritaires partout dans l’ensemble des démocraties occidentales.

Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales c’est faire entendre le plus grand nombre. Et quand on se promène en France, on voit des élus de gauche et de droite qui sont tous d’accord avec cela. Ils savent très bien qu’il faut réinventer un modèle économique, et il ne s’agit pas de faire la révolution. Cela est beaucoup plus puissant que les discours d’en haut, ou de tel ou tel intellectuel. Les gens n’attendent pas qu’on leur décrive ce qu’il se passe, ils le savent déjà.

Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ».

Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître.

Voir enfin:

« Face à l’islamisme, nos élites ont trahi »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que l’existence de tensions communautaires a été reconnue par Gérard Collomb lui-même, le journaliste Yves Mamou accuse les élites françaises de s’être coupablement désintéressées de l’immigration, et d’avoir fermé les yeux sur l’islamisation du pays.


Yves Mamou est un ancien journaliste du Monde. Il a également collaboré au Canard Enchaîné, à Libération et à La Tribune. Collaborateur régulier du site américain The Gatestone Insitute, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Hezbollah, dernier acte (éd. Plein jour, 2013) et Le Grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme (éd. L’Artilleur), paru le 25 septembre 2018.


FIGAROVOX.- Selon vous, l’immigration et l’islamisation auraient pour conséquence d’empêcher les Français de «faire nation»? Quel lien faites-vous entre la supposée émergence perturbatrice de l’islam et la supposée désagrégation de la nation française?

Yves MAMOU.- Le Grand Abandon est une tentative de reconstitution. J’ai essayé de savoir pourquoi et comment, à côté de la nation française, une nation islamique avait pu progressivement se constituer. Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie.

Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris.

La guerre civile se définit comme le déchirement d’une nation. Je ne sais pas si cette guerre aura lieu, mais il m’a semblé utile de m’interroger sur la présence de deux nations sur le même territoire national. Parfois, ce sont des frontières mal tracées qui créent les conditions d’un affrontement entre deux nations. Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane.

Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive.

Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %.

Peut-être, mais est-ce suffisant pour affirmer comme vous le faites que l’islamisme et l’immigrationnisme ont été voulus, théorisés, écrits et préparés à l’avance?

L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. Et c’est cette indifférence au risque de guerre civile que j’ai voulu souligner.

La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans.

Tout ce que j’avance dans mon livre est sourcé. Le Grand Abandon est riche de plus de 700 notes et références. L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam.

Ce qui nous ramène à votre première question. Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation.

«L’antiracisme politique qui sévit aujourd’hui n’a jamais eu pour but de combattre le racisme.» Que voulez-vous dire?

Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision.

En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste!

Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister…

Le Grand Abandon démontre que l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui.

Quand vous parlez des «élites», qui désignez-vous exactement? Peut-on mettre tous les responsables politiques, économiques, culturels, médiatiques… dans le même panier?

Mon livre passe en revue les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. J’ai 600 pages d’exemples et de logiques qui s’emboîtent les unes dans les autres et qui tous ensemble concourent à une révolution, «par le haut».

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu.

Les politiques ont selon vous une responsabilité toute particulière dans la diffusion de l’islamisme. Tous, y compris le Front national, pourquoi?

Le Front national a joué les repoussoirs. Par sa seule présence, le Front national a empêché l’émergence de tout débat sérieux sur l’islam et l’immigration. Les éructations de Jean-Marie Le Pen toujours à la limite du racisme et de l’antisémitisme ont contribué au caractère hégémonique du discours antiraciste. Marine Le Pen a bien tenté de redresser l’image de son parti, mais le mal était fait. Et il dure encore.

Quant aux gouvernements de gauche, ils portent une responsabilité historique que j’expose dans Le Grand Abandon.

Vous reprochez aux politiques, notamment de gauche («islamo-gauchistes») leur clientélisme, mais vous le reconnaissez vous-même en introduction, les musulmans deviennent une composante à part entière de la population: il faut bien que des politiques leur parlent à eux aussi?

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir.

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque.

Cette instrumentalisation de l’islam par la gauche a creusé la tombe de la laïcité. La laïcité non plus n’est pas un mot creux. C’est l’espace de la citoyenneté. Et la citoyenneté c’est l’espace du politique parce qu’il est débarrassé de tous les sujets qui ne prêtent pas à la discussion et à la négociation. Si la laïcité a cantonné la religion au domicile et aux lieux de culte, c’est précisément pour les sortir de l’espace politique. En réintroduisant la religion – et surtout la religion musulmane – dans l’espace de la politique, la gauche (mais aussi la droite) a disséminé les germes de la guerre civile.

Une République laïque ne doit reconnaître que des citoyens et non des communautés, et moins encore des communautés religieuses. Penser comme le font nos élus de droite et de gauche que la République doit des mosquées aux musulmans est une erreur et une trahison. Une erreur parce qu’elle conforte le communautarisme et le sécessionnisme musulman. Et une trahison parce que ce que la République doit aux Français, quelle que soit leur confession ou leur couleur de peau, ce sont des écoles, la liberté de pensée et d’expression.

Vous critiques beaucoup aussi l’Église. Mais n’est-elle pas dans son rôle lorsqu’elle exprime une compassion à l’égard des migrants? Faut-il toujours tout ramener à une vision politique?

Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église?

Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. J’essaye de montrer dans mon livre que la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique.

Quant aux médias, pour finir, vous y voyez des «falsificateurs de la vérité»?

Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble».

Voir enfin:

Emmanuel Macron, le masque tombe
Ivan Rioufol
Le Figaro
le 4 octobre 2018

Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance…

Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable.

« Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille.

La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond.

L’insistance que Gérard Collomb a dû mettre pour imposer sa démission, refusée lundi par le président, n’est pas la moindre des rébellions contre la Macronie. Sa fuite est celle d’un vieux grognard qui a partagé l’intimité du clan. C’est le ministre de l’Intérieur qui avait déjà mis en garde contre le manque d’humilité du président et son repli sur lui-même. Le départ de Collomb fait comprendre qu’il ne croit plus en son protégé. L’alerte s’ajoute à celle lancée par Nicolas Hulot, exaspéré par la lourdeur technocratique. Toutefois, c’est le général Pierre de Villiers qui, le premier, avait pressenti les dérives du macronisme en démissionnant de ses fonctions de chef d’état-major des armées en juillet 2017. Peu avant, le militaire s’était fait rabrouer par le jeune élu: «Je suis votre chef.» Cet autoritarisme allait avec la panoplie de président vertical. Toutefois,ce déguisement est devenu incongru au vu des dérapages d’un chef d’État s’abandonnant à une proximité irréfléchie.

Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État.

Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. « 


Education: L’école, c’est la guerre (As victimhood culture spreads from elite colleges to the middle classes, it is not only contaminating conservatives who resent being unfairly targeted as oppressors but could push us all towards a paternalistic, authoritarian state, sociologists warn)

17 septembre, 2018
 "Entre les murs", un film de Laurent Cantet, 2008.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE. Peuple de France (dit « Appel du 10 juillet »)
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Immense et grand plaisir d’avoir pu rencontrer Ahed Tamimi à la fête de l’Huma, figure la résistance palestinienne ! Eric Coquerel (député France insoumise)
Ahed Tamimi, la jeune militante devenue une icône mondiale de la résistance palestinienne, lance un appel aux jeunes de France à la Fête de l’Humanité. L’Humanité
Tant que les noms des écoles sont utilisés pour glorifier le terrorisme, la Belgique ne peut pas coopérer avec le ministère palestinien de l’Education et ne fournira plus d’aide financière pour la construction d’écoles. Ministère de l’Education belge
Fin septembre au Conseil de Paris, le groupe communiste qui y voyait un vestige de l’histoire coloniale avait fait adopter un vœu pour demander qu’elle ne soit pas raccrochée et exposée en pleine rue. Après plusieurs rencontres de concertation, le projet initié par le budget participatif sera finalement respecté. La plaque restaurée sera réinstallée sur la façade d’immeuble avec un texte explicatif. Le Parisien
Don’t Forget July 1, 2018 Starts SPAM… SPAM… Straight Pride American Month! Last Sunday ended LGBTQF-WTF month Yea! (*Don’t get me wrong I support the First Amendment, as much as the next person, and support the rights of grown men to wear skin tight short-shorts and go-go boots and don tinker bell wings with wand and prance down the streets of San Francisco) with tens of thousands of folks dancing and prancing all over American celebrating the fact they are different than most of the rest of us and showing their “pride” in being so. Now before anyone gets their pantyhose in a knot, this is not really legally anti anything; instead it’s pro-family; and proud to be a straight American, and me expressing a private opinion… So there! If you remember last week I proclaimed the Month of July as SPAM …(Straight Pride American Month)…(as Vice Mayor don’t know if I can, but what the heck). Now hundreds of millions of the rest of us can celebrate our month, peaking on July 4th, as healthy, heterosexual, fairly monogamous, keep our kinky stuff to ourselves, Americans… We do it with our parades in every state and county in this country with families celebrating together. We honor our country and our veterans who have made all of this possible (including for the tinker bells) and we can do it with actual real pride, not some put on show just to help our inferior complex “show we are different” type of crap. We ARE different from them…We work, have families, (and babies we make) enjoy and love the company (and marriage) of the opposite sex and don’t flaunt our differences dressing up like faries and prancing by the thousands in a parade in nearby San Francisco to be televised all over the world… Ted  Hickman
My point was, what’s the difference? They have their pride month, why can’t we have ours? … I support the First Amendment. Ted Hickman
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Pétition contre le séparatisme islamique
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. (…) Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale. (…) Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été  “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte. Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche. (…) Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales. (…) En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. (…) Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. (…) La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national. (…) Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme. (…) Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais. (…) Les États-Unis ont traversé une phase d’instabilité et de crise culturelle à partir des années 1960 : montée du divorce, enfants hors mariage, etc. Ce sont quand même les Américains qui ont inventé la pilule. Cette phase de crise a entraîné une montée spectaculaire du taux d’homicide. Mais si nous reprenons tous ces paramètres – ce que je ne ferai pas maintenant – depuis 1995, il est clair qu’en termes de mœurs, les États-Unis sont dans une phase de restabilisation. Dans ses tréfonds, la société américaine opère un retour à l’équilibre. (…) C’est un pays en cours de stabilisation morale, malgré sa souffrance économique, qui vient d’élire Trump. (…) en réalité, le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. Emmanuel Todd
Avec Trump, tous les coups sont permis. Les médias retrouvent d’instinct le langage orwellien qui inverse la paix en guerre et la liberté en servitude. Avec Trump, le traître devient héros, le président des Etats-Unis devient un tyran et un fou. La démocratie, c’est abattre l’homme élu par le peuple américain. Et cela dure depuis le premier jour de son élection. Une élection qui a pris par surprise toutes les élites de l’est et de l’ouest du pays – élites économiques, financières, médiatiques, judiciaires, administratives. Cet «Etat profond», comme l’appelle Trump, a décidé d’avoir la peau de ce Président et de le conduire vers la procédure d’impeachment, comme Louis XVI fut traîné à la guillotine. Chaque journaliste, chaque bureaucrate, même les plus haut gradés, chaque juge, rêve d’avoir la peau de Trump comme leurs glorieux aînés ont eu celle de Nixon en 1971. «Nixon le tricheur», lui aussi, avait été le candidat des classes populaires contre l’establishment sorti des campus universitaires des années 1960. Entre-temps, ces jeunes gens chevelus ont pris tous les pouvoirs à Washington. Et sont bien décidés à ne pas les perdre. Depuis des mois, ils s’efforcent de faire passer Trump pour un espion à la solde de Poutine. Et, comme cela ne marche pas, ils ajoutent désormais la folie. Cet affrontement, en vérité, dépasse le cas de Trump et même des Etats-Unis. C’est tout l’Occident qui en est le champ de bataille. La guerre inexpiable oppose des élites cosmopolites qui, au nom des valeurs universelles des droits de l’homme, veulent désagréger les peuples et les nations issus d’une histoire séculaire. En face, il y a les peuples occidentaux qui s’efforcent de sauvegarder leur mode de vie, leur identité, leur unité, leur histoire. Des peuples enracinés contre des élites déracinées. La loi de la majorité contre la dictature des minorités. La démocratie contre l’Etat de droit. Des élites qui se parent du titre de «progressistes» et qui, à Paris, Berlin, Bruxelles, Washington ou Los Angeles, traitent avec mépris les «populistes». Des élites qui ont juré d’avoir la peau des antiques nations et des peuples qui ne veulent pas mourir. Eric Zemmour
The University of Maryland (UMD) was forced to take down flyers and change the name of a counseling program that offered “safe space for white students” after sparking outrage on campus. At the beginning of the fall semester, UMD’s Counseling Center posted flyers for a new group called “White Awake,” which prompted the backlash. Early Friday, the university’s website changed the name to “Anti-Racism and Ally Building Group” and scrubbed any references to a “safe space” and “white students.” “This group offers a safe space for white students to explore their experiences, questions, reactions, and feelings,” the initial description read. “Members will support and share feedback with each other as they learn more about themselves and how they fit into a diverse world.” The flyer also asked if white people ever “feel uncomfortable and confused” in their “interactions with racial and ethnic minorities,” and if they “want to become a better ally.” Several students conveyed their outrage on social media and on campus. “The world is a space for white people to talk in,” one student told The Diamondback, a UMD student newspaper, expressing how unnecessary the new initiative is. (…) Noah Collins, who leads the group and specializes in group therapy for the Counseling Center with an interest in “racial and cultural awareness,” issued a statement Thursday night saying UMD will discontinue the flyer and consider changing the name, but that it stands by the group. He added the flyer was “not clear enough” in explaining that the group’s aim is “anti-racism and becoming a better ally.” Fox news
L’école, c’est la guerre. (…) Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires….nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte… Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie… Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale. Front de mères
The Rise of Victimhood Culture makes the case that incentives at the modern American university have created a new moral culture, one where victimhood is granted a special moral status. Awarding status to victims has in turn led to hoaxes, false accusations, and, in some extreme cases, moral panics. The diagnosis is put forward by sociologists Bradley Campbell and Jason Manning, and they make their case convincingly. The argument is that college campus is ground zero for this new culture, but its rules of conduct are starting to leak into mainstream institutions. (…) On a university campus, for example, victims are not shamed but are instead fiercely protected, and now awarded status. This dynamic could be observed as early as 2015, in the reception to Emma Sulkowicz’s protest against a sexual assault she alleged had taken place. It consisted of her carrying her mattress around the Columbia University campus, including to class, under the condition that her accused rapist needed to be expelled in order for her to stop. For this performance, she was widely criticized, but she was also heralded as a feminist hero. The New York Times art critic Roberta Smith called it “succinct and powerful” and added that Sulkowicz has “set a very high standard for any future work she’ll do as an artist.” Although Columbia University and the New York Police Department failed to establish any wrongdoing on the part of the student Sulkowicz had accused, for art critics such as Smith, the accused student’s guilt was a fait accompli. That such awards and accolades might incentivize vexatious or false complaints in a student body seemed not to matter to adults in charge. (…) Campell and Manning predict that victimhood culture will eventually spread from elite colleges into the mainstream. In making this prediction, they note the significance of the fact that victimhood culture has emerged among the wealthiest schools in America. Oberlin and Brown, for example, have led the microaggression movement, while Claremont has been a pioneer in safe-space demands, microaggression protests, and the banning of speakers. They point out that the median family income at Middlebury College—where Charles Murray was shouted down and where his sponsoring professor, Alison Stranger, was given whiplash injuries in a parking lot—was $240,000 per year. That income level is double that of Saint Louis University, where Murray spoke to an attentive audience. The book thus highlights a peculiar fact: The students most obsessed with their own oppression are some of the most pampered individuals in the world. (…) Campbell and Manning warn, victimhood culture will likely spread downwards from the social elites to the middle classes—as those wishing to be upwardly mobile will try to emulate upper-class moral norms. While the culture is likely to spread downwards, it is also likely to inspire resentment. Campbell and Manning warn that the narratives of privilege deployed by the culture, which target white men in particular, are just as likely to inspire hostility as deference, especially in those who feel that they are unfairly targeted as oppressors (…) Paradoxically, the backlash against political correctness is likely to make the situation worse. Conservatives are quickly learning to ape victimhood, too. The authors note that professional provocateur Milo Yiannopolous “thrives on causing offense and controversy,” neither of which promotes a culture of dignity. (…) The logic of victimhood culture, then, is escalating grievance and retaliatory aggression. When slights cannot be neutralized with a dignified turn of the cheek, the prognosis looks grim. What the purveyors of victimhood culture do not seem to grasp is that in weakening dignity, and in undermining the principles that deem all men and women to be moral equals, they unwittingly destroy the safeguards that prevent bad actors—such as hoaxers and narcissists—from climbing the social hierarchy through dishonesty and manipulation. In incentivizing weakness and reliance on third parties to intervene in disputes, students invite a paternalistic authoritarian apparatus to develop. While they seem comfortable with an authoritarian apparatus on their university campus today, we should not be surprised if they demand an authoritarian state to police the citizenry tomorrow. The logical endpoint of a victimhood culture will not be a progressive utopia. On the contrary: The further this culture radiates outward, the more likely it will make victims of us all. Commentary
We argue that victimhood culture, at least in its more extreme forms, is new. We see it in its purest form on contemporary college and university campuses. Manifestations of victimhood culture include complaining about and punishing microaggressions, demanding and creating safe spaces, requesting and requiring trigger warnings, and banning or disinviting speakers who might offend designated victim groups. (…) Making moral judgments elevates the reputation of some people and lowers the reputation of others, so morality is always a source of a kind of social status that we can think of broadly as respectability. Other kinds of status have other sources, so in any complex society not only are some people more respectable than others, but some are also wealthier, more socially integrated, or more culturally conventional. Your position on these and other social hierarchies affects how people treat you. If you testify in court, for example, people are more likely to believe you if you are wealthy, respectable, and so on. And if you’re the victim of a crime, it’s more likely the offender will be brought to justice. (…) Like honor cultures, victimhood cultures emphasize one set of vices and virtues over others. They are concerned with eradicating oppression and privilege, and this single-minded moral obsession can lead to the similar kinds of perversities that come from neglecting other virtues in honor cultures. But even in an honor culture your moral status usually has to do with your own behavior rather than someone else’s. In a victimhood culture it’s instead your identity as a victim that gives you status. It’s not your own virtue at all, but someone else’s treatment of you, that makes you virtuous. One problem with this is that you end up with a system of morality that doesn’t offer much incentive for good behavior. Honor cultures incentivize bravery while neglecting other virtues. But if you want esteem in a victimhood culture, what can you do? It’s not like you can become a victim. Or actually, you can — you can portray yourself as weak and in need of help, you can portray others’ behavior toward you as harmful and oppressive, and you can even lie about being the victim of violence and other offenses. Victimhood culture incentivizes bad behavior. The extreme form of victimhood culture we see among activists on college campuses leads to another problem in that one’s status as a victim comes not just from individual experiences of victimhood but also from one’s identity as part of a victim group. The idea is that all members of certain groups are victims, but that no one else is. Activists even argue that whites cannot be the victims of racism, or men the victims of sexism. Likewise, whether people can be victims of new offenses like cultural appropriation or microaggression, depends on their identity. A white person wearing a hairstyle associated with African Americans would be cultural appropriation, for instance, but an African American wearing a hairstyle associated with whites would not be. Likewise, those who have pioneered the concept of microaggression have made it clear that not all slights count. A white male elementary school teacher may experience stereotypes and put-downs, for example, but to call those microaggressions would be a “misapplication of the concept.” So the moral hierarchy of victimhood culture places entire groups of people at the top or bottom based on the whole group’s victimhood status. And while it’s not always clear which groups qualify, Jonathan Haidt identifies seven groups that are currently treated as sacred: people of colour, women, LGBTs, Latinos, Native Americans, people with disabilities, and Muslims. Under this schema even many minority groups, such as Evangelical Christians, fail to qualify, and any discrimination against them is ignored or celebrated. We have two problems with this. The first is a fundamental moral objection. We believe in the ideals of dignity culture — that all human beings have an inherent worth and should be treated accordingly — and we object to the new hierarchy of victimhood just as we would any racial and ethnic hierarchy. The second problem is the reactions it may produce. Whites, men, and others who do not have victimhood status are unlikely to accept a new morality and a new moral hierarchy in which they’re at the bottom. And they may end up embracing one in which they’re at the top. We find the recent prominence of alt-right white nationalists alarming, and we worry there will be more of it in reaction to the spread of victimhood culture. It’s a dangerous thing to undermine dignity culture and its ideals of equality. (…) In the book we talk about the movement against campus rape, and we point out that the movement has support from journalists, members of Congress, and others who are not part of the campus victimhood culture. And rape isn’t a new offense like microaggression or cultural appropriation. It’s also not a minor offense. So the movement as such isn’t a pure manifestation of victimhood culture. But what we do see is that an effort to honor victims leads to credulity even in cases like the rape hoaxes at Duke and at the University of Virginia where it should have been clear that the accusers were lying. It also leads to efforts to weaken the due process rights of the accused. And alongside the more mainstream elements of the movement are the campus activists and others enmeshed in victimhood culture who make more radical arguments — that accusers should always be believed, for example. But so far such ideas haven’t been widely adopted. The #MeToo movement may be similar. To some extent it may have facilitated the mainstreaming of victimhood culture, but it’s also a mainstream enough movement that efforts to radicalize it and to use the moral language and logic of campus activists seem mostly to have failed. The movement as a whole appears not to have relied on accusations of new victimhood offenses and has focused instead on things like rape, groping, and other kinds of sexual assault and sexual harassment. The accusations against Harvey Weinstein and against most of the other prominent targets of the #MeToo movement haven’t been about microaggressions and haven’t relied on creative ideological expansions of the concepts of assault and harassment. The accusations against Weinstein, for example, include 19 coerced sexual acts and many more instances of unwanted touching and sexual exhibitionism. Much of the #MeToo movement might be seen as an expression of dignity culture — an appeal to ideals already widely held in the culture but commonly violated in practice. Women demanding that they not be bullied, groped, fondled, demeaned, assaulted, or harassed by men the workplace, and that the men abusing their power in this way face consequences, aren’t relying on radical feminism or its notions of endemic patriarchal oppression — not usually, anyway. They seem to be trying to bring to light behavior that was already considered wrong but that many people weren’t aware was going on. But the #MeToo movement is large and has less mainstream elements as well, so some of the accusations have indeed drawn from victimhood culture in various ways. We might think of the most prominent accusations existing on a continuum from Harvey Weinstein to comedian Aziz Ansari. In January 2018 the online magazine Babe published an article by Katie Way about an anonymous woman’s date with Ansari. The article, “I Went on a Date with Aziz Ansari. It Turned into the Worst Night of My Life,” recounts in detail a date between “Grace” and Ansari. Ansari doesn’t come off as particularly gentlemanly in the account, but it’s clear that the story is not about rape, it’s not about sexual assault, and it’s not even about sexual harassment. After going to dinner, the two went to Ansari’s apartment, engaged in sexual acts with one another, and according to Grace, Ansari then kept wanting to engage in intercourse, she didn’t, and she eventually went home. Later in a text message she told Ansari that he had ignored “clear non-verbal cues” and said that he had to have noticed she was uncomfortable. The accusations against Weinstein, which deal with clear-cut cases of violence, coercion, and harassment, are understandable in terms of mainstream morality, while the accusation against Ansari is understandable only in terms of victimhood culture. The same perspective that leads to the labeling of uncomfortable conversations as a kind of aggression, or conservative political speech as violence, leads here to the labeling of boorish behavior on a date as sexual assault. To the extent that the #MeToo movement accords a special status to victims, to the extent that it establishes victimhood solely based on whether someone is a woman or man, and to the extent that it blurs the distinction between serious offenses like what Weinstein has been accused of and the kind of noncoercive sexual advances on a date that Ansari is accused of, it will indeed lead to the spread of victimhood culture. Another thing the Ansari case illustrates is something we have thought of as moral emaciation. Victimhood culture’s focus on oppression narrows the range of moral discourse, and activists seem to be losing the capacity to make moral judgments based on anything other than victimhood terms. It seems that anything activists find bad they define as harmful and oppressive, whether it’s an ugly statue on campus or a bad date. As Mona Charen points out, isn’t what Grace wanted — affection, kindness, attention — what many people want when they go on a date? “What does it say about dating in our time,” she asks, “that those are unrealistic expectations?” The problem is that Grace has no moral language to communicate this. She can’t describe Ansari’s behavior as caddish, lascivious, or any of the other old-fashioned terms that would more accurately capture her moral reaction. Instead, it has to be oppression, assault. This is probably not good for the #MeToo movement, and it may shift attention away from the kinds of offenses the movement was supposed to call attention to. It also doesn’t help anyone to think better about how people should behave on dates. Moral emaciation leads to moral confusion. (…) Complaints of cultural appropriation illustrate victimhood culture quite well. As with microaggression complaints, it’s a grievance about a nonviolent, probably unintentional slight that many observers wouldn’t even see as offensive. As with microaggressions, the offense is framed as a matter of collective oppression, of one social group harming another. And in practice, it’s usually an offense defined by identity, something only people in designated privileged groups can be guilty of. Victimhood culture’s high sensitivity to slight means it continually coins new types of offense. And this is certainly one of the most baffling of the new offenses. As we’ve discussed elsewhere, one particularly confusing aspect is that many of the things that get called cultural appropriation were, until very recently, virtues — signs that one was cosmopolitan and open-minded. If anything, we might expect social and cultural conservatives to be the ones most upset about Westerners practicing yoga or mindfulness meditation, or white kids adopting black fashions and hairstyles. In many cases they are, but these days so-called progressives are often vocal and visible critics. (…) Though the complaint is framed as a matter of someone dominating or exploiting the vulnerable — in a victimhood culture, virtually all complaints are — it might be more helpful to understand it as a matter of the offenders aping their betters. As sociologist Donald Black discusses in his book Moral Time, various societies throughout history have had rules — sumptuary laws — preventing people from adopting the styles, entertainments, and recreations of their social betters. The Han and Ming dynasties forbade commoners from wearing certain colors of clothing. Premodern Japan had laws forbidding peasants from wearing clothing distinctive of townspeople. In medieval England a law stated that no one under the rank of knight should wear any fur clothing (later amended to allow them to wear distinctive kinds of fur). And no one below the rank of lord was allowed to wear the period’s fashionable pointy shoes. The unwritten norms regarding cultural appropriation seem analogous to these sorts of restrictions. (…) thinking of it as a kind of moral pollution also might help us put it into a larger sociological context. As sociologist Murray Milner argued in his work on the Indian caste system, sacredness is but a special form of status. It corresponds to what we call moral status in our book, though like honor it might be a particular style of moral status. The sacred is that which is treated as special and worthy of reverence. It must be set apart from the profane, protected by rituals associated with cleanliness and purity. One might immediately think of Mosaic Law, but if we understand it abstractly we can see these sorts of purity rules everywhere, including regarding secular things like national flags and anthems. What is going on when a white Westerner practices yoga or paints in an indigenous style or quotes a lyric from a Beyoncé song? Perhaps it’s like having the unclean enter the temple and put on the vestments. The culture of vibrant, good, brave, people is being polluted by those who carry the moral stain of privilege. It also seems like there’s also a theme of moral pollution in some of the discourse surrounding “whiteness.” Sometimes the manner in which it’s discussed makes it seem like a curse, or something that spreads and infects places and things as well as people. Hence we see pieces where people complain about the prevalence of whiteness in LGBT spaces, or Taylor Swift exuding whiteness, or, to give a case we mention in our book, people accusing others of asking white questions and employing white research methods. (…) Victimhood culture is mainly a leftwing phenomenon, but it has a way of spreading. Conservatives and others who find themselves opposed to campus activists might uphold the values of the dignity culture the activists reject, but sometimes they end up departing from it themselves. One way they might do this is by embracing whatever victimhood culture opposes. This can mean being deliberately provocative and offensive in order to get a rise out of the activists, or at the extreme, it can mean embracing alt-right ideologies that reject equality and diversity. But another way conservatives might depart from dignity culture is by embracing the assumptions of victimhood culture and pointing to their own victimhood. In our first article on victimhood culture in 2014, we pointed to the case of Tal Fortgang, a Princeton student who wrote an article about checking his privilege, as campus activists had been urging that he and others do. The idea was that when he checked his privilege he found in his background a long history of hardship and persecution, including family members who had been persecuted and murdered in the Holocaust. Now in one sense, that’s perfectly reasonable. It points to the absurdities of the victimhood framework. The grandson of Holocaust survivors might legitimately wonder why he should have the burden of being labeled privileged while others at his elite university gain sympathy and status by labeling themselves victims. We ourselves sometimes wonder why in an academic environment where people constantly talk about disadvantage, inclusivity, diversity, and the like, our working class, small town, Southern backgrounds gain us no victimhood points. So the idea might be, if you’re going to denigrate the privileged and valorize the victimized, at least be more accurate — don’t base it all on skin color, sex, and a few other such traits. But this easily leads to competitive victimhood, where moral disputes become contests over who can claim the most disadvantage. Conservatives at colleges and universities might be especially prone to embracing victimhood since they can actually make very plausible claims of being one of the most victimized groups on campus. Conservatives are vastly underrepresented among the faculty, especially in the social sciences. Far more sociologists identify as Marxists than as conservatives, for example, and a survey of sociology professors found that nearly 30% of them acknowledged they would be less likely to support a job candidate who was a Republican. Conservatives on campus are also subject to what the activists would call microaggressions or worse if directed toward recognized victim groups. Many of them remain closeted. The claims of victimhood are understandable, then, but if conservatives end up adopting their adversaries’ assumptions about what constitutes victimhood and what the response to victimhood should be, they’ll become just another force undermining dignity culture. (…) We also see claims of victimhood becoming a key part of the campus conservative message. Conservatives should definitely complain about the suppression of free speech on campus. But sometimes this takes the form of engaging in intentionally offensive speech in order to get a reaction from the left that then becomes the basis of further complaints. This actually combines both of the dignity-rejecting strategies — the embrace of offensiveness and the embrace of victimhood. Conservative groups that have brought in the provocateur Milo Yiannopoulos, for example, seem more interested in stirring up controversy and angering the left than in advancing conservative ideas. They should have the right to do so, of course, and even when groups have brought in conservative intellectuals campus activists have sometimes reacted in the same way. Still, bringing in someone like Yiannopoulos hardly advances the ideals of dignity. (…) Another way that conservatives and other opponents of victimhood culture may end up adopting its assumptions, perhaps unwittingly, is by valorizing the victims of victimhood culture.  (…) According to Black’s theory, tolerance of diversity is greater in exactly those places that have more diversity to start with, while concern with cultural purity is greatest where culture is relatively homogeneous. Theoretically, increasing ideological diversity should reduce the degree of ideological intolerance on campus, and so undermine some of the more severe eruptions. It would also provide some more tolerance for those wishing to criticize victimhood culture as such. For many college students, socialization into extreme sensitivity and dependency began before they arrived. There are signs that children and youth — at least from the middle and upper classes — are more sheltered, supervised, and regulated than in decades past, and that they have correspondingly less practice in coping with difficulties and handling conflicts on their own. Supporters of so-called free-range parenting campaign against this, encouraging parents to allow their children unsupervised play and school districts to provide recess grounds with such dangerous equipment as jungle gyms and monkey bars. One might find ways to encourage these kinds of initiatives locally or nationally, such as by raising money for the legal defense of people charged with neglect and abuse for what many of us would consider a reasonable bit of autonomy or schools held responsible for accidental injuries. And finally, it’s important to combat victimhood culture and to deal with the problems it creates in the universities and elsewhere, but it’s also important to create alternatives to the universities and the mainstream media where serious ideas can be discussed and debated. Bradley Campbell and Jason Manning
Portée outre-Atlantique par l’extrême gauche, puis par des groupes et des individus s’estimant les porte-paroles exclusifs de «minorités» de couleurs, de genres, d’obédiences spirituelles, etc., l’idéologie racialiste mère de ce désastre culturel a été largement décrite, et depuis longtemps, par nombre d’intellectuels américains – hélas trop rarement traduits en français – d’Allan Bloom au milieu des années 1980 jusqu’à l’ouvrage récemment publié par deux sociologues, Bradley Campbell & Jason Manning, The Rise of Victimhood culture (Springer, 2018). Aux États-Unis est ainsi née l’inversion des modes ségrégatifs. Dans un pays qui vécut longtemps sur un système de discrimination légale, doit-on s’étonner? Les antiracistes-racistes actuels se prétendent héritiers de la lutte pour les droits civiques des années 1960, qui visait en effet à combattre des situations bien réelles et à abolir les lois de ségrégation raciale. Une fois l’égalité des droits acquise fut mise en œuvre la discrimination positive, source d’effets pervers qui ont justifié sa profonde remise en cause, y compris par le président Obama. Mais ce n’était pas assez: il fallait suivre les traces de Malcom X plutôt que la sagesse d’un Luther-King, il fallait que les WASP payent, et sur plusieurs générations. Seuls des «blancs» adeptes de l’autoflagellation pourraient désormais échapper à l’opprobre du racialement-correct. Ils furent légion, ils se comptèrent par millions, jusqu’au point où cette haine de soi apparut pour ce qu’elle était: une pathologie collective suicidaire Le concept «d’appropriation culturelle» étant une des gouttes qui a fait déborder le vase de la bêtise du «progressisme racialiste». Des Américains de toutes origines commencèrent alors à reprendre leurs esprits, à sortir la tête de l’eau croupie de l’autodénigrement. Ironie du sort, au même moment, en France, nous plongeons à notre tour dans ce marigot, l’adaptant à notre sauce, réécrivant notre histoire commune à partir de récits mêlant histoire, mémoire et mythologie sur des thèmes obsessionnels tels que l’esclavage, le colonialisme, le génocide, l’homophobie, la misogynie, l’immigration. Il en ressort que la société française – traduire par «blanche», «de souche», «gauloise» etc. – serait intrinsèquement raciste. Depuis une dizaine d’années, dans les départements universitaires français de Sciences humaines, nombre de chercheurs – inconnus du public éclairé, voire de leurs collègues universitaires renommés – reprennent les grandes théories des «gender studies» ou des «racial studies» élaborées aux États-Unis reprenant le vocabulaire abscons cher aux héritiers de Deleuze, Lacan, Foucault et Derrida, cette «French theory» influente sur les campus des années 1970-80. Certains sont docteurs en sociologie ou en sciences politiques. Beaucoup plus rares, mais plus inquiétants, d’autres sont normaliens. La plupart des fers de lance de cette idéologie sont des étudiants-doctorants qui voient leurs thèses validées par une poignée de professeurs d’université grenouillant dans la mouvance indigéniste. Tout ce petit monde, très sensible au discours des Indigènes de la République et du CCIF, publie des articles dans des revues secondaires voire anonymes et des livres chez des éditeurs militants plutôt qu’universitaires. Mais ce sont les petites rivières qui forment les grands fleuves. Ils nous expliquent que ce qui compte, ce n’est pas tant le réel que les représentations mentales et sociales, qui à les lire seraient gravées dans le marbre… Commence ainsi la police de la pensée dont toutes les idéologies totalitaires ont porté la marque: on vous assigne à une identité en vous prêtant une pensée (et donc des comportements) induite par votre groupe d’appartenance, supposé ou réel. Vous devenez raciste par vos ascendants, sexiste parce que vous êtes un homme blanc hétérosexuel. Parallèlement, si vos ascendants furent esclaves, colonisés, exterminés ou si vous êtes née femme, vous êtes à jamais victime. Et comme il s’agit de représentations sociales, il convient d’éclairer votre lanterne, car pauvre bougre que vous êtes, vous êtes parfois victime ou bourreau par héritage sans le savoir! Une poignée de maîtres-penseurs, Docteur-es PHD à l’appui, viennent ainsi révéler au grand jour vos tares et vos traumas. Trop d’impensés tueraient-ils la pensée? Par la magie d’un simple logiciel de statistiques, ces soi-disant penseurs «analysent» vos discours et vos textes et produisent un nuage de mots administrant la preuve sémantique de vos obsessions mentales, racistes, sexistes, homophobes, enfin dévoilées. L’avantage du concept d’«inconscient collectif» ou celui de «construction sociale» est qu’il permet d’attribuer toute pensée déviante à un tiers voire à un groupe social dans son entier. Ainsi les indigénistes recourent-ils systématiquement à l’essentialisation pour stigmatiser les «bourreaux». Essentialisation que, ne craignant pas la contradiction, ils dénoncent tout aussi systématiquement dès qu’il s’agit des «victimes». (…) La thèse dite «décoloniale», initiée et défendue par la mouvance indigéniste, postule l’existence d’un «racisme d’État», d’un racisme «systémique» qui maintiendrait délibérément les populations issues de l’immigration africaine dans un statut d’infériorité. Ce «racisme d’État» viserait du même coup spécifiquement l’islam, religion qui de ce fait se retrouve assimilée à une «race», celle des victimes, des humiliés par excellence. Cette «domination» racialiste serait instaurée par l’institution scolaire dès le plus jeune âge et à tous les niveaux ; les élèves, les étudiants seraient ainsi exposés à des enseignements biaisés visant à les rabaisser, les enseignants véhiculant inconsciemment pour la plupart des représentations sociales héritées de l’époque coloniale. Pour la mouvance décoloniale, l’École de la IIIème République est l’objet de toutes les détestations: odieusement raciste et islamophobe puisque laïque, affreusement colonialiste car elle croyait en un idéal universel d’instruction, la fameuse «mission civilisatrice». Il s’agit toujours chez les indigénistes de porter un regard anachronique sur cette époque passée pour mieux la décalquer sur le présent. L’anachronie, c’est leur fonds de commerce. (…) L’offensive universitaire de ces mouvements constitue un danger réel pour l’enseignement supérieur, plus généralement pour la crédibilité des universités françaises déjà mises à mal dans les classements internationaux. L’université française ne peut pas se permettre la gangrène qui a gagné certains campus américains, qui y a décrédibilisé des départements entiers et a conduit des enseignants réputés à quitter leurs postes. Car, ne nous y trompons pas: les indigénistes, comme les islamistes, suivant les théories de Gramsci, veulent précisément faire imploser l’institution scolaire et académique, qui sont les socles de la société à venir. Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret
Selon les postcolonial studies, courant venu du monde anglo-saxon et sud-américain, le « passif colonial » continuerait à structurer toutes nos institutions et représentations. Encore minoritaires dans le champ académique il y a dix ans, ces thèses semblent s’inviter de plus en plus à l’université. C’est d’abord une question de vocabulaire. « Racisme structurel » (de l’Etat français), « domination blanche »,  » féminisme islamique »… Une nuée de concepts qui ne se limitent plus aux cercles d’initiés et aux réunions militantes. Un peu partout, on voit se multiplier les cours, les travaux dirigés, les doctorats, les sujets de thèse, les colloques ayant trait à ces questions. Beaucoup des chercheurs ou enseignants rencontrés au cours de cette enquête témoignent sous couvert d’anonymat. Le sujet, disent-ils, est trop « brûlant », trop « passionnel », « confisqué par les extrêmes ». Pour les esprits « raisonnables », ceux qui voudraient « continuer à travailler », il n’y aurait que des coups à prendre à rester « à l’écart des vieilles ou nouvelles chapelles ». 80 intellectuels, dont Elisabeth Badinter, Mona Ozouf, Pierre Nora, Alain Finkielkraut ou encore Boualem Sansal, dénoncent cependant cette « offensive des ‘décoloniaux' » dans « Le Point » cette semaine. « Tout cela crée un profond clivage entre collègues », souligne Gérard Noiriel, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en Sciences Sociales (EHESS). Benjamin Stora, président du Musée de l’Histoire de l’Immigration et spécialiste de la guerre d’Algérie, est à peine plus disert. Malgré tout, il lâche : « Dans notre pays, nous avons peu de professeurs spécialistes de l’histoire de la décolonisation. Du coup, le sujet est préempté par de jeunes doctorants en sociologie ou en science politique, parfois très dogmatiques. » C’est dans ce vide académique que se sont engouffrés ceux que l’on appelle, et qui s’appellent eux-mêmes, les « décoloniaux », des chercheurs qui assument d’être aussi des militants. Le 6 novembre dernier, Sciences-Po Aix-en-Provence a programmé une conférence sur le thème : « Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? » La conférencière s’appelle Malika Hamidi, sociologue, auteur de plusieurs articles et d’un essai, notamment sur la question du foulard. Elle préconise : « La lutte féministe de la musulmane d’Europe sera principalement une lutte contre l’islamophobie et le paternalisme d’un certain féminisme occidental à prétention universaliste. » Habituée des colloques en France (elle a aussi été invitée à l’institut d’études politiques de Lyon et à l’EHESS), Malika Hamidi se targue d’être aussi « une femme de foi et une militante ». A son CV il faut ajouter le titre de directrice générale de l’European Muslim Network, une organisation présidée par Tariq Ramadan. (…) Pour ses partisans, la percée de la mouvance « décoloniale » illustre en effet l’expression du pluralisme à l’université, qui s’ouvrirait enfin aux « problématiques » nouvelles travaillant la société. Pas suffisamment encore aux yeux de certains. C’est le cas du sociologue Eric Fassin, directeur du département d’études de genre à Paris-VIII, qui a importé en France les postcolonial studies. Cette figure médiatique, qui exerce une réelle influence sur une partie du monde universitaire et intellectuel français, a cosigné une tribune collective, publiée dans « Libération » en 2015, condamnant le rôle de l’Etat français, « comme l’acteur principal d’un racisme institutionnel ». Aujourd’hui, il regrette que les universités soient toujours trop frileuses : « Il n’y a pas assez de créations de poste. Nous manquons de professeurs qui travaillent sur les discriminations raciales. » François Burgat, lui, n’a pas attendu ces dernières années pour faire entendre sa voix. Septuagénaire, directeur émérite de recherche au CNRS, il n’a jamais tourné le dos à Tariq Ramadan, y compris après sa mise en examen pour viol. « La vraie question n’est plus de savoir si Tariq Ramadan ‘a violé trois femmes’, expliquait-il le 26 octobre sur Twitter, mais bien ‘avec l’aide de qui ces trois femmes sont-elles parvenues si facilement à rouler trois magistrats dans la farine’ ? » Sur Twitter toujours, après l’émoi suscité par l’assassinat de l’octogénaire juive Mireille Knoll, chez elle à Paris, il n’a pas hésité à écrire : « Oups, ce n’était pas vraiment la Shoah dans un appartement. » Parmi d’autres déclarations publiques, on peut noter ses attaques contre la télévision française qu’il traite de « Télavivision » (en référence à Tel-Aviv) ou ses incitations à « soutenir le CCIF ». Et François Burgat compte toujours autant de disciples au sein de l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde arabe et musulman (Iremam) d’Aix-en-Provence, un laboratoire doté de moyens importants et qui accompagne, pour les années 2018-2019, quarante-cinq doctorants dans la rédaction de leurs thèses. Récemment, il a ainsi dirigé les travaux de l’un d’eux sur les rapports entre le Qatar et le prédicateur sunnite Youssef al-Qaradawi. Ce dernier, parfois surnommé « le cheikh de la mort « , est l’auteur de plusieurs fatwas autorisant les attentats-suicides ; il déversait, en 2009, sur la chaîne Al-Jazeera, sa haine des juifs : La thèse consacrée au prédicateur a été soutenue le 20 novembre 2017, devant un jury présidé par François Burgat. Elle n’a pas encore été publiée, mais certains observateurs qui ont assisté à la soutenance ont été interloqués. « Les relations de Qaradawi avec le Qatar y sont qualifiées de simple ‘soft power islamique de complémentarité’ ! » raconte l’un d’entre eux. Son auteur, Nabil Ennasri (formé par Tariq Ramadan, dont il dénonce la « lapidation médiatique »), est aujourd’hui docteur en science politique. Parfois, les initiatives de la faculté sont plus troublantes encore. En octobre 2017, des universitaires de Lyon-II ont convié – dans le cadre d’un colloque intitulé « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? » – Abdelaziz Chaambi, le fondateur de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI), mais aussi… fiché S par les services de renseignement. Suite au tollé de nombreuses associations, la présidence de l’université a fini par annuler la manifestation. (…) Tout cela dessine pour le moins un climat. Et les militants de la laïcité, à l’unisson de certains spécialistes de l’islam, y voient la preuve de la victoire culturelle remportée par les Frères musulmans dans le monde universitaire. Les Frères, expliquent-ils, évitent de mettre en avant leurs propres objectifs. Ils les intègrent dans d’autres combats, comme la lutte contre les discriminations ou pour l’égalité hommes-femmes. Depuis peu, les mêmes s’inquiètent de la percée du Parti des Indigènes de la République, créé en 2005, que sa porte-parole, Houria Bouteldja, défini comme « anti-impérialiste et antisioniste ». Un professeur d’économie, confie, en off : « Aujourd’hui, à l’université, si vous vous opposez à ces réseaux, vous passez vite pour un raciste. » Autre confidence, presque apeurée, d’une chercheuse en poste dans le sud de la France, ayant toujours voté à gauche, défendu les droits de l’homme, combattu toutes les discriminations : « Avant, le pire pour un universitaire, c’était d’être accusé de plagiat ; maintenant, c’est de se voir traiter d’islamophobe sur internet. Cette accusation signe la fin d’une carrière. » Quelques téméraires, pourtant, osent prendre le risque. Par exemple, Isabelle Barbéris, agrégée de lettres modernes, normalienne, chercheuse associée au CNRS et maître de conférences à Paris-VII. « Certains étudiants, dit-elle, ont été littéralement endoctrinés par des professeurs qui sont de purs militants, mais que leurs titres académiques légitiment auprès des jeunes. » Céline Masson, professeur de psychopathologie clinique à l’université de Picardie Jules-Verne, ajoute : « Il existe aujourd’hui une petite cinquantaine d’universitaires très présents sur certains campus qui instrumentalisent la notion de racisme d’Etat. » En juin, Céline Masson a fait paraître avec deux autres professeurs (Isabelle de Mecquenem, professeur de philosophie de l’université de Reims, et Jean Szlamowicz, de l’université de Bourgogne) une tribune titrée : « Un antiracisme sectaire à l’assaut des facs : malaise dans la culture juvénile ». Ils y décryptaient le « discours univoque et véhément », qui, de colloques en conférences sur l' »islamophobie », cherche, « au mépris de la rationalité critique », à « légitimer l’idée d’une racisation de la société et d’un racisme d’Etat ». Ainsi s’impose peu à peu une vision du monde, clivée entre les « indigènes » opprimés et les « Blancs » héritiers de la colonisation. Alors que le mot « race » – jusqu’il y a peu signe de ralliement de l’extrême droite – vient d’être effacé de la Constitution française par un vote à l’unanimité de l’Assemblée nationale, en juillet 2018, le voilà qui fait son entrée en force dans les universités, y compris les plus prestigieuses. En juin 2018, la Sorbonne a lancé une série de conférences autour du thème : « Approches phénoménologiques du genre et de la race. Penser les oppressions et les résistances ». En septembre, Paris-Diderot (Paris-VII) a aussi tenu un ambitieux colloque. Trois jours de réflexion avec au menu : « Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université ». Plusieurs enseignants de Paris-VII disent aujourd’hui à « l’Obs », mais toujours sous le sceau de l’anonymat, combien ils ont été heurtés par ce symposium. Bien sûr, expliquent-ils, la problématique de la race, en tant que construction sociale, mérite l’intérêt. Bien sûr, poursuivent-ils, les facultés ont toujours eu pour mission d’animer le débat et la recherche. Mais le Code de l’Education prévoit aussi que l’enseignement supérieur soit « indépendant de toute emprise politique, religieuse ou idéologique ». Et qu’il tende à l' »objectivité du savoir ». Or, à lire la présentation des travaux de Paris-VII, il semble d’emblée posé que l’école et l’université françaises sont par nature « racistes », et produisent automatiquement des discriminations. « C’est donner raison à Bouteldja [la porte-parole des du PIR, NDLR] », affirme l’un de ces enseignants. (…) Elle bénéficie également du soutien de nombreux intellectuels. En juin 2017, après un article du « Monde » consacré au malaise croissant de la gauche face à l' »usage militant des notions comme la ‘race’ ou l »islamophobie' », une vingtaine de personnalités s’indignent dans une tribune et volent au secours de Bouteldja : « Accusations infondées », « calomnies ». Parmi les signataires : l’historienne Ludivigne de Bantigny, la sociologue Christine Delphy, la philosophe Isabelle Stengers, l’écrivain Annie Ernaux, ou l’éditeur Eric Hazan. Les « thèses » professées par Houria Bouteldja ont depuis longtemps franchi les sphères confinées de la radicalité. En voici un florilège. Sur les Blancs : « J’appartiens à ma race. Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. […] Mes oppresseurs. » Sur l’homosexualité : « La tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme. » Sur les juifs : « Pour le Sud, la Shoah est – si j’ose dire – moins qu’un détail. […] Cette histoire n’est pas la mienne en vérité […]. C’est pourquoi, je vous le dis en vous regardant droit dans les yeux : je n’irai pas à Auschwitz. » Lors des grèves des facs au printemps, on a pu mesurer l’effet de tels discours sur les étudiants. Les murs de plusieurs universités ont été tagués de slogans racistes (« Mort aux Blancs », « Fuck White People », « Assimilation = ethnicide »,  » Si le racisme antiblanc existait, je serais un gros faf ») ou à connotation islamiste (« Femmes, voilez-vous ! », « Allahou akbar »,  » Califat Queer « ). Pendant le même mouvement de grève, lors d’une conférence à Nanterre, deux militants « décoloniaux » ont été jusqu’à soutenir que « la gauche blanche enjoint aux non-Blancs de s’identifier comme homosexuels ». Pourquoi ? » Parce que la majorité blanche du Nord impose sa vision de la sexualité, qu’elle prétend universelle et émancipatrice, à l’intégralité de la population non-blanche du Sud qui ne lui a rien demandé.  » Sus à l' »homoracialisme français », concluaient les deux  » décoloniaux « . A bas l' »impérialisme gay » (l’une des expressions phares d’Houria Bouteldja). Sous la pseudo-spécialisation du langage, des alliances, en apparence contre-nature, se nouent. Entre les Indigènes de la République, les Frères musulmans (lesquels conceptualisent également une racialisation de l’islam) et certains militants d’extrême gauche. Tous unis pour dénoncer un « racisme d’Etat structurel, pensé, organisé et légalisé par des Blancs » et pour instituer les « indigènes » (noirs, arabes ou asiatiques) en « nouveaux damnés de la terre ». Exemple tout récent : le Collectif Rosa-Parks, qui, en octobre, a appelé à faire la « grève de la France » (« On disparaît de nos lieux de travail, de nos facs, de nos écoles ») pour dénoncer la « gestion raciale » des populations et la « ségrégation » érigée en « système ». Au bas de cet appel, les signatures d’Houria Bouteldja du PIR, de Marwan Muhammad du CCIF et d’une dizaine d’universitaires, parmi lesquels les « indigénistes » assumés Nacira Guénif-Souilamas, professeur de sociologie à Paris-VIII, et Françoise Vergès, politologue. De l’avis de tous ceux que nous avons rencontrés au cours de cette enquête, la mouvance « décoloniale » gagne du terrain à l’université. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en inquiètent. Le plus souvent en silence. Un professeur est allé jusqu’à nous avouer sa « terreur » face à d’éventuelles représailles d’étudiants. Un autre craint de ne plus « obtenir de crédits » pour ses recherches s’il critique les orientations de son labo. Discours inutilement alarmistes ? Peut-être est-il simplement temps d’ouvrir le débat sur le sujet, sans anathèmes ni fantasmes, et de faire un état des lieux. » Matthieu Aron

Quand l’école sert aussi à faire la guerre …

A l’heure où la Fête de l’huma et nos députés les plus prétendument progressistes déroulent le tapis rouge pour le jeune produit d’une éducation à la haine palestinienne qu’un certain nombre de pays européens se voient aujourd’hui après les Etats-Unis contraints de désavouer …

Et où notre jeune président apporte son extrême onction à un professeur de mathématique qui dans la longue tradition du défaitisme révolutionnaire du « parti des 75 000 fusillés » avait lui aussi pour nos ennemis d’alors porté les valises …

Quand notre Sartre et compagnon de route national appelait à rien de moins que l’assassinat d’Européens

Comment ne pas s’inquiéter avec les sociologues américains Bradley Campbell et Jason Manning …

De l’émergence, dans le véritable ghetto culturel des campus américains, d’une culture de la victimisation qui voit, derrière la défense des minorités et entre déboulonnages de statues et décrochages d’enseignes, le retour de la censure et des purges idéologiques …

Mais aussi, avec la contamination à la société entière – mâles blancs compris, comme en témoigne en partie l’élection d’un Trump – de cette compétition et hiérarchisation victimaires, de l’escalade vers une société toujours plus conflictuelle et divisée …

Et comment ne pas s’alarmer avec les professeures françaises Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret …

Où à la veille d’un colloque à Paris VII réunissant des « chercheurs en indigénisme » ..

Un racisme tout juste chassé par la porte de la Constitution …

Revient par la fenêtre de l’université ?

Comment le racialisme indigéniste gangrène l’Université
Barbara Lefebvre
Le Figaro
07/09/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Barbara Lefebvre et Anne-Sophie Nogaret s’insurgent contre la tenue d’un colloque à Paris VII réunissant des «chercheurs en indigénisme» et dévoilent la manière avec laquelle le milieu universitaire français est saccagé par l’idéologie antirépublicaine des groupuscules d’extrême-gauche.


Barbara Lefebvre est professeur d’histoire-géographie. Elle est coauteur de Les Territoires perdus de la République (éd. Mille et une nuits, 2002). Anne-Sophie Nogaret est enseignante.


La dévastation intellectuelle conséquente à l’idéologie racialiste est apparue sur les campus américains au tournant des années 1970-1980. Pour notre malheur, elle arrive en Europe toute prête à l’emploi, dans des universités où le vide idéologique et politique a laissé le champ libre au militantisme identitariste des minorités. Un colloque organisé à l’université Paris VII fin septembre viendra encore une fois en administrer la preuve.

Portée outre-Atlantique par l’extrême gauche, puis par des groupes et des individus s’estimant les porte-paroles exclusifs de «minorités» de couleurs, de genres, d’obédiences spirituelles, etc., l’idéologie racialiste mère de ce désastre culturel a été largement décrite, et depuis longtemps, par nombre d’intellectuels américains – hélas trop rarement traduits en français – d’Allan Bloom au milieu des années 1980 jusqu’à l’ouvrage récemment publié par deux sociologues, Bradley Campbell & Jason Manning, The Rise of Victimhood culture (Springer, 2018).

Aux États-Unis est ainsi née l’inversion des modes ségrégatifs. Dans un pays qui vécut longtemps sur un système de discrimination légale, doit-on s’étonner? Les antiracistes-racistes actuels se prétendent héritiers de la lutte pour les droits civiques des années 1960, qui visait en effet à combattre des situations bien réelles et à abolir les lois de ségrégation raciale. Une fois l’égalité des droits acquise fut mise en œuvre la discrimination positive, source d’effets pervers qui ont justifié sa profonde remise en cause, y compris par le président Obama. Mais ce n’était pas assez: il fallait suivre les traces de Malcom X plutôt que la sagesse d’un Luther-King, il fallait que les WASP payent, et sur plusieurs générations. Seuls des «blancs» adeptes de l’autoflagellation pourraient désormais échapper à l’opprobre du racialement-correct. Ils furent légion, ils se comptèrent par millions, jusqu’au point où cette haine de soi apparut pour ce qu’elle était: une pathologie collective suicidaire.

Le concept «d’appropriation culturelle» étant une des gouttes qui a fait déborder le vase de la bêtise du «progressisme racialiste». Des Américains de toutes origines commencèrent alors à reprendre leurs esprits, à sortir la tête de l’eau croupie de l’autodénigrement. Ironie du sort, au même moment, en France, nous plongeons à notre tour dans ce marigot, l’adaptant à notre sauce, réécrivant notre histoire commune à partir de récits mêlant histoire, mémoire et mythologie sur des thèmes obsessionnels tels que l’esclavage, le colonialisme, le génocide, l’homophobie, la misogynie, l’immigration. Il en ressort que la société française – traduire par «blanche», «de souche», «gauloise» etc. – serait intrinsèquement raciste.

Depuis une dizaine d’années, dans les départements universitaires français de Sciences humaines, nombre de chercheurs – inconnus du public éclairé, voire de leurs collègues universitaires renommés – reprennent les grandes théories des «gender studies» ou des «racial studies» élaborées aux États-Unis reprenant le vocabulaire abscons cher aux héritiers de Deleuze, Lacan, Foucault et Derrida, cette «French theory» influente sur les campus des années 1970-80. Certains sont docteurs en sociologie ou en sciences politiques. Beaucoup plus rares, mais plus inquiétants, d’autres sont normaliens. La plupart des fers de lance de cette idéologie sont des étudiants-doctorants qui voient leurs thèses validées par une poignée de professeurs d’université grenouillant dans la mouvance indigéniste. Tout ce petit monde, très sensible au discours des Indigènes de la République et du CCIF, publie des articles dans des revues secondaires voire anonymes et des livres chez des éditeurs militants plutôt qu’universitaires. Mais ce sont les petites rivières qui forment les grands fleuves.

Ils nous expliquent que ce qui compte, ce n’est pas tant le réel que les représentations mentales et sociales, qui à les lire seraient gravées dans le marbre… Commence ainsi la police de la pensée dont toutes les idéologies totalitaires ont porté la marque: on vous assigne à une identité en vous prêtant une pensée (et donc des comportements) induite par votre groupe d’appartenance, supposé ou réel. Vous devenez raciste par vos ascendants, sexiste parce que vous êtes un homme blanc hétérosexuel. Parallèlement, si vos ascendants furent esclaves, colonisés, exterminés ou si vous êtes née femme, vous êtes à jamais victime. Et comme il s’agit de représentations sociales, il convient d’éclairer votre lanterne, car pauvre bougre que vous êtes, vous êtes parfois victime ou bourreau par héritage sans le savoir! Une poignée de maîtres-penseurs, Docteur-es PHD à l’appui, viennent ainsi révéler au grand jour vos tares et vos traumas. Trop d’impensés tueraient-ils la pensée? Par la magie d’un simple logiciel de statistiques, ces soi-disant penseurs «analysent» vos discours et vos textes et produisent un nuage de mots administrant la preuve sémantique de vos obsessions mentales, racistes, sexistes, homophobes, enfin dévoilées.

L’avantage du concept d’«inconscient collectif» ou celui de «construction sociale» est qu’il permet d’attribuer toute pensée déviante à un tiers voire à un groupe social dans son entier. Ainsi les indigénistes recourent-ils systématiquement à l’essentialisation pour stigmatiser les «bourreaux». Essentialisation que, ne craignant pas la contradiction, ils dénoncent tout aussi systématiquement dès qu’il s’agit des «victimes».

Ainsi donc, à l’université Paris 7 aura lieu du 27 au 29 septembre 2018 un colloque intitulé «Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université» et qui rassemblera la crème de ces chercheurs en indigénisme et quelques-uns de leurs serveurs de soupe habituels. L’articulation de la notion de «race», ici subtilement passée par le prisme «discriminatoire», au système scolaire et académique français, de ce fait implicitement défini comme raciste, porte la marque de l’indigénisme.

On l’avait déjà vu clairement exposée lors du stage «Sud Éducation 93» de décembre 2017 intitulé sobrement «Au croisement des oppressions. Où en est-on de l’antiracisme à l’école?». Lequel stage de formation syndicale prévoyait des sessions «décoloniales» interdites aux descendants d’esclavagistes et/ou de colons, autrement dit, interdites aux blancs non musulmans. Certains animateurs de ce stage interviendront au colloque de Paris 7, comme Wiam Berhouma, enseignante d’anglais en collège ou Lissel Quiroz, membre de l’association «le Front de mères».

La thèse dite «décoloniale», initiée et défendue par la mouvance indigéniste, postule l’existence d’un «racisme d’État», d’un racisme «systémique» qui maintiendrait délibérément les populations issues de l’immigration africaine dans un statut d’infériorité. Ce «racisme d’État» viserait du même coup spécifiquement l’islam, religion qui de ce fait se retrouve assimilée à une «race», celle des victimes, des humiliés par excellence. Cette «domination» racialiste serait instaurée par l’institution scolaire dès le plus jeune âge et à tous les niveaux ; les élèves, les étudiants seraient ainsi exposés à des enseignements biaisés visant à les rabaisser, les enseignants véhiculant inconsciemment pour la plupart des représentations sociales héritées de l’époque coloniale. Pour la mouvance décoloniale, l’École de la IIIème République est l’objet de toutes les détestations: odieusement raciste et islamophobe puisque laïque, affreusement colonialiste car elle croyait en un idéal universel d’instruction, la fameuse «mission civilisatrice». Il s’agit toujours chez les indigénistes de porter un regard anachronique sur cette époque passée pour mieux la décalquer sur le présent. L’anachronie, c’est leur fonds de commerce.

En cette fin septembre, trois jours durant, une université parisienne va donc débattre de son propre racisme, confirmant en cela non seulement qu’il existe, mais encore qu’il lui serait quasiment consubstantiel. Au sein même de l’institution académique, distiller la thèse selon laquelle celle-ci serait structurellement raciste constitue une des tactiques répertoriées de l’entrisme indigéniste. Les activistes «décoloniaux», fins stratèges mais peu nombreux en réalité, misent sur le principe d’économie: un investissement minimal (quelques intervenants, dont certains avancent masqués) qui par le truchement des instances universitaires permet de répandre les thèses indigénistes aux jeunes générations, et ce d’autant plus efficacement qu’elles se trouvent estampillées du label universitaire: si l’académie le dit, c’est que c’est vrai… Comme l’écrivait en 1987 Allan Bloom: «les étudiants sont, en général, gentils. C’est à dessein que j’emploie cet adjectif. Ils ne sont pas particulièrement moraux ou nobles. Dans les époques heureuses, la gentillesse est une facette du caractère démocratique».

De la gentillesse à la mollesse jusqu’à l’endoctrinement les yeux grands fermés, il n’y a que quelques degrés que la déculturation de masse produite par notre enseignement secondaire depuis vingt ans aura permis de dépasser. Et parmi ces étudiants seront (sont déjà?) formés nos futurs enseignants, qui à leur tour, apprendront (apprennent?) à leurs élèves à quel point ils sont opprimés par les «blancs», et ainsi de suite.

Un président d’université peut ne pas être au courant du détail des rencontres organisées au sein de la structure qu’il dirige, comme c’était sans doute le cas à Lyon, à Limoges et à Toulouse où de tels colloques ont été annulés ces dernières années après avoir été portés à la connaissance du public par les médias. Tel ne saurait être le cas du colloque «Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université», puisque le 27 septembre prochain Christine Clerici en personne, présidente de l’Université Paris-Diderot, inaugurera les festivités. Seront présents lors de ce discours d’ouverture tous les organisateurs. Parmi ces derniers figurent Fabrice Duhme et Abdellali Hajjat. Sans doute Madame Clerici ignore-t-elle que Fabrice Duhme est sympathisant du Parti des indigènes de la République? Pour mémoire, en 2014, à la date symbolique du 18 juin, il cosignait leur appel à l’abrogation de la circulaire Chatel permettant d’interdire à des parents portant un signe religieux ostentatoire d’accompagner les activités scolaires. Plus récemment, il soutenait le stage organisé par le syndicat Sud-Education 93 précité. Quant à Abdellali Hajjat, maître de conférences à l’Université Paris-Ouest Nanterre, il a co-écrit avec Marouane Mohammed, sociologue s’affichant avec Assa Traoré, un ouvrage intitulé: Islamophobie: Comment les élites françaises fabriquent le «problème musulman».

Madame la présidente de l’université Paris Diderot prononcera-t-elle donc un discours d’ouverture en présence d’organisateurs dont les positions indigénistes et en faveur de l’islam politique ne sont un secret pour personne?

Quant aux intervenants du colloque, on y relève la présence d’un inspecteur général de l’Éducation nationale, Benoit Falaize, qui se garde bien de se présenter sous ce titre dans le programme actuellement disponible, se contentant d’énoncer son statut de «chercheur». L’Inspection Générale Enseignement Primaire est-elle informée de sa participation à ce colloque? De même, Madame Judith Klein de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, qui dirige la mission «prévention des discriminations et égalité fille-garçon», est-elle annoncée comme intervenante. La sous-direction de la vie scolaire dont dépend Mme Klein approuve-t-elle sa présence à un tel colloque?

Parmi les intervenants, nombre d’étudiants et de doctorants qui sont autant d’illustres inconnus. Quelques noms pourtant attirent l’attention: Hanane Karimi membre de Lallab ou Wiam Berhouma, professeur d’anglais, figure centrale du stage «décolonial» de Sud Education 93 en 2017, dont le haut fait d’arme est d’avoir interpellé avec aggressivité Alain Finkielkraut dans une émission de France 2 en 2016. Coup d’éclat médiatique qui lui a d’ailleurs réussi puisqu’elle fut reçue en février 2017 avec ses classes par Claude Bartolone, alors président de l’Assemblée Nationale. Ella a, en outre, récolté en 2018 plus de 12 000 euros via la cagnotte Ulélé pour que ses élèves «descendants de l’immigration et qui ne se sentent pas ou seulement très peu citoyens» aillent à New York, afin de savoir «comment s’est construite et comment se construit cette citoyenneté aux États-Unis en comparaison avec la France». Il est d’ailleurs courant que les leaders indigénistes mettent de côté leur ressentiment anti blancs et anticapitaliste quand il s’agit de récolter des fonds chez de vieux milliardaires ou de se faire offrir des séminaires de formation aux États-Unis sur la discrimination positive et les class actions… La caution de l’académie via le discours d’ouverture de Madame Clerici ne manquera pas de légitimer de telles ascensions!

Plus parlante encore, la présence parmi les intervenants d’un membre de l’association «le Front de mères», Lissel Quiroz. Association fondée en 2017 par Fatima Ouassak, proche du PIR et passée par Sciences-po Lille, qui entend en faire à terme un syndicat de parents d’élèves. On peut s’interroger sur le profil de ces futurs représentants puisque l’appel du Front de mères commence par une déclaration sans ambiguïté: «L’école, c’est la guerre», avant d’aligner unilatéralement le discours de l’humiliation cher aux indigénistes et aux islamistes: «Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires….nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte… Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie… Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale».

Sans porter atteinte à la liberté d’expression, Christine Clerici, présidente de l’université Paris Diderot, mais aussi Jacques Toubon, le défenseur des droits, doivent-ils accorder par leur présence la caution institutionnelle que cherche la mouvance indigéniste? L’offensive universitaire de ces mouvements constitue un danger réel pour l’enseignement supérieur, plus généralement pour la crédibilité des universités françaises déjà mises à mal dans les classements internationaux. L’université française ne peut pas se permettre la gangrène qui a gagné certains campus américains, qui y a décrédibilisé des départements entiers et a conduit des enseignants réputés à quitter leurs postes. Car, ne nous y trompons pas: les indigénistes, comme les islamistes, suivant les théories de Gramsci, veulent précisément faire imploser l’institution scolaire et académique, qui sont les socles de la société à venir.

Voir aussi:

Appel du « Front de mères » : luttons pour nos enfants !

Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires, êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ? Êtes-vous rassurés à l’idée qu’ils y passent l’essentiel de leur vie ?

Nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, inquiets voire angoissés dès qu’on évoque l’école. Et pour cause !

Nos enfants fréquentent des établissements qui n’ont pas les moyens de fonctionner, avec des taux records de professeurs absents et non remplacés, des taux records de professeurs mal-formés.

Nos enfants fréquentent des établissements où ils sont stigmatisés et humiliés par certains enseignants, prêts à partir en croisade contre une jupe longue ou un début de barbe suspecte.

Nos enfants sont traumatisés par des conflits d’autorité entre leurs parents et l’école, lorsque par exemple leurs parents leur demandent de ne pas manger la viande imposée dans leur assiette, alors que l’institution les incite, voire les oblige à la manger.

Nos enfants apprennent à l’école à ne pas respecter les valeurs que nous essayons de leur transmettre.

Nos enfants nous regardent quand nous sommes sermonnés et infantilisés par les enseignants.

Nos enfants assistent aux humiliations que nous y subissons, notamment lorsque nous sommes voilées et qu’on nous interdit de les accompagner en sortie.

Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de leurs mamans. Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale.

Nos enfants comprennent très tôt que l’école a un problème avec leurs cheveux quand ils sont crépus, avec leur langue maternelle si elle est africaine, avec leur religion quand c’est l’Islam.

Nos enfants subissent des programmes scolaires où les peuples dont ils sont issus, sont infantilisés, diabolisés ou invisibilisés.

Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de ce qu’ils sont.

Cette manière dont l’école traite nos enfants n’est pas accidentelle. Les discriminations qu’ils subissent ont une fonction : les résigner à occuper les postes les plus précaires, les plus mal payés, aux conditions de travail les plus difficiles.

Si notre enfant rêve d’avoir un jour un « beau métier », valorisé socialement, tout un système d’orientation se met en place, de la maternelle au collège, à travers les appréciations, le système de notations et les préjugés, pour l’en dissuader, et l’amener, étape par étape, vers des filières conduisant à des métiers à très faible valeur sociale.

Nos enfants sont éduqués à l’école de manière à ce qu’ils deviennent plus tard une main d’oeuvre malléable et bon marché, sans se plaindre. Mais ils sont aussi éduqués de manière à ce que même lorsque, exceptionnellement, ils font de brillantes études, et qu’ils occupent des postes à responsabilité, ils restent à leur place, ils font allégeance, et ils courbent l’échine.

La manière dont l’école nous traite, nous parents, n’est pas accidentelle non plus.

Nos familles, le lien que nous avons à nos enfants, la transmission que nous leur devons, nos racines, nos langues, et nos religions, sont des ressources pour nos enfants. Tout est fait pour casser cette famille-ressource qui permettrait à nos enfants de mieux résister. Isoler pour mieux écraser.

Comment empêcher que nos enfants soient ainsi brisés par l’école?

Pour sauver nos enfants, nous ne pouvons pas nous contenter de stratégies individuelles !

Car avec ces stratégies individuelles, notre enfant sera amené à courber l’échine toute sa vie durant, et ce ne sera jamais suffisant.

Qu’elle soit caissière ou ministre, téléconseillère ou avocate, notre fille subira le racisme.

Qu’il soit chômeur ou chirurgien, livreur ou ingénieur, notre fils subira le racisme.

A quoi sert d’élever notre fille comme une reine, si la société dans laquelle elle grandit considère les personnes qui lui ressemblent comme des êtres inférieurs?

En réalité, soit nous, parents noirs, arabes et musulmans gagnons ensemble. Soit nous perdons ensemble, et aucun de nos enfants ne sera épargné, y compris les quelques-uns qui auront atteint les classes moyennes et supérieures, car qui peut prétendre qu’on peut être heureux en étant honteux et aliéné?

Évidemment, nous voulons que nos enfants réussissent à l’école, y aient de bons résultats et s’y épanouissent.

Mais nous devons refuser de choisir entre réussite scolaire et dignité.

Nous devons le refuser pour nos enfants, parce que nous les aimons et que nous voulons ce qu’il y a de mieux pour eux, réussir et s’aimer soi-même, réussir et aimer les siens, réussir et avoir confiance en soi, réussir et rester digne.

Parce que nous aimons nos enfants,

Parce que nous voulons mettre hors d’état de nuire le système raciste qui les détruit,

Parce que nous voulons leur transmettre tout ce qui pourra les rendre plus forts, à commencer par notre dignité,

Parce que nous voulons les éduquer à travers des valeurs d’égalité, de justice et de bienveillance,

Parce que nous savons que sans lutte politique et collective, ce combat-là est vain,

Nous avons créé le Front de Mères. Et nous lançons les Etats Généraux des Familles qui auront lieu fin mai 2017, à Paris, pour réfléchir et travailler ensemble à un plan d’actions concrètes. Collectifs locaux de parents, rejoignez-nous pour organiser ces Etats Généraux, contactez-nous.

LE FRONT DE MÈRES
Coordinatrices : Fatima Ouassak (Politologue, auteur du livre « Discriminations Classe/Genre/Race », Ifar, 2015) et Diariatou Kebe (Blogueuse et auteure du livre « Maman noire et invisible », aux éditions La Boîte à Pandore (2015). Contact : front2meres gmail.com

Agenda : « Les États Généraux des Familles : l’urgence de construire des stratégies collectives en matière d’éducation et de transmission », le 24 mai 2017 (Horaires : 9h – 18h) – Lieu : La Parole Errante 9, rue François Debergue – 93100 Montreuil

Voir également:

The War on Dignity

Claire Lehmann reviews Bradley Campbell’s and Jason Manning’s « The Rise of Victimhood Culture »

In 2011, a group of University of Wyoming students created a Facebook group called “UW Crushes,” where they shared anonymous declarations of attraction to one another. The police were called to investigate when one anonymous poster wrote: “I want to hatef–k Meg Lanker Simons so hard That chick runs her liberal mouth all the time and doesn’t care who knows it. I think its [sic] hot and it makes me angry. One night with me and shes [sic] gonna be a good Republican bitch.” Students who were members of the group asked the group’s administrators to remove the post. But Lanker Simons objected: “Actually, I want this to stay up. This is disgusting, misogynistic, and apparently something the admins of this page think is a perfectly acceptable sentiment.” She continued: “Even if it is taken down, I’m left to wonder if there’s someone out there with a violent fantasy about me—and likely other women.” Police later determined that the post was a hoax and that the threat had been written by Meg Lanker Simons herself. Before the police arrived at this conclusion, a rally against “rape culture” had been held at the university.

The Rise of Victimhood Culture makes the case that incentives at the modern American university have created a new moral culture, one where victimhood is granted a special moral status. Awarding status to victims has in turn led to hoaxes, false accusations, and, in some extreme cases, moral panics. The diagnosis is put forward by sociologists Bradley Campbell and Jason Manning, and they make their case convincingly. The argument is that college campus is ground zero for this new culture, but its rules of conduct are starting to leak into mainstream institutions.

Campbell and Manning did not start their careers investigating microaggressions and trigger warnings. Campbell had been studying the sociology of genocide at California State University, and Manning had been studying suicide at West Virginia University. They came together to consider the questions of how groups manage conflict and how grievances are handled in different cultural contexts. In The Rise of Victimhood Culture, Campbell and Manning describe the three main moral cultures that exist today: “dignity,” “honor,” and “victimhood,” and the various behaviors associated with each.

A dignity culture, they explain, has a set of moral values and behavioral norms designed to promote the idea that each human life possesses immutable worth. If an individual has been brutalized or exists at the bottom of a social pecking order, she still has human worth. In a dignity culture, children are encouraged to try their best and are taught aphorisms such as “sticks and stones make break my bones, but words will never hurt me.”

By contrast, in an honor culture, being on the bottom of a social pecking order is associated with great shame. Victims are tainted and often punished for bringing dishonor to their families. In some extreme circumstances, they may even be killed.

A victimhood culture departs from both by inverting their norms. On a university campus, for example, victims are not shamed but are instead fiercely protected, and now awarded status. This dynamic could be observed as early as 2015, in the reception to Emma Sulkowicz’s protest against a sexual assault she alleged had taken place. It consisted of her carrying her mattress around the Columbia University campus, including to class, under the condition that her accused rapist needed to be expelled in order for her to stop. For this performance, she was widely criticized, but she was also heralded as a feminist hero. The New York Times art critic Roberta Smith called it “succinct and powerful” and added that Sulkowicz has “set a very high standard for any future work she’ll do as an artist.” Although Columbia University and the New York Police Department failed to establish any wrongdoing on the part of the student Sulkowicz had accused, for art critics such as Smith, the accused student’s guilt was a fait accompli. That such awards and accolades might incentivize vexatious or false complaints in a student body seemed not to matter to adults in charge.

In the most disquieting chapter, Campell and Manning predict that victimhood culture will eventually spread from elite colleges into the mainstream. In making this prediction, they note the significance of the fact that victimhood culture has emerged among the wealthiest schools in America. Oberlin and Brown, for example, have led the microaggression movement, while Claremont has been a pioneer in safe-space demands, microaggression protests, and the banning of speakers. They point out that the median family income at Middlebury College—where Charles Murray was shouted down and where his sponsoring professor, Alison Stranger, was given whiplash injuries in a parking lot—was $240,000 per year. That income level is double that of Saint Louis University, where Murray spoke to an attentive audience. The book thus highlights a peculiar fact: The students most obsessed with their own oppression are some of the most pampered individuals in the world.

Unlike victimhood culture, dignity culture did not arise from pampered pupils at American schools and universities. It did not even originate with the upper classes. Campbell and Manning explain that it was first established in the class of yeoman farmers, master craftsmen, and artisans of Northern Europe. Since its members had goods to sell, they had a lot to gain from general tolerance of the foibles of others and a lot to lose from engaging in reckless violence. While the nobility continued to duel with swords, Europe’s growing middle classes developed cultures of commercial interdependence. When institutions such as courts matured and the authority of nobles was weakened, the upper classes adopted dignity culture as well. So while dignity spread upwards from the middle classes to the social elite, Campbell and Manning warn, victimhood culture will likely spread downwards from the social elites to the middle classes—as those wishing to be upwardly mobile will try to emulate upper-class moral norms.

While the culture is likely to spread downwards, it is also likely to inspire resentment. Campbell and Manning warn that the narratives of privilege deployed by the culture, which target white men in particular, are just as likely to inspire hostility as deference, especially in those who feel that they are unfairly targeted as oppressors:

If whites and males increasingly face a moral world divided between those who vilify them and those who glorify them, we should not be surprised if many find the latter more appealing than the former.… Here again, the backlash against victimhood may not necessarily advance the ideals of dignity, such as the moral equality of all people. Victimhood culture deviates from this moral equality by producing a moral hierarchy with white males at the bottom; the reaction it provokes may be the resurgence of a moral hierarchy that places them at the top.

Paradoxically, the backlash against political correctness is likely to make the situation worse. Conservatives are quickly learning to ape victimhood, too. The authors note that professional provocateur Milo Yiannopolous “thrives on causing offense and controversy,” neither of which promotes a culture of dignity.

When Kevin Williamson was fired from the Atlantic, Erick Erickson tweeted, “Kevin Williamson’s firing is a reminder that there are two Americas and one side will stop at nothing to silence the other.” Kurt Schlichter took it up another notch:

Never Trump, the public humiliation of Kevin Williamson demonstrates the indisputable fact…

You can side with the left and hope to be allowed to exist like a domesticates [sic] lap dog like David Brooks or Bret Stephens…

Or you can accept this is an existential fight and join us.

The logic of victimhood culture, then, is escalating grievance and retaliatory aggression. When slights cannot be neutralized with a dignified turn of the cheek, the prognosis looks grim.

What the purveyors of victimhood culture do not seem to grasp is that in weakening dignity, and in undermining the principles that deem all men and women to be moral equals, they unwittingly destroy the safeguards that prevent bad actors—such as hoaxers and narcissists—from climbing the social hierarchy through dishonesty and manipulation. In incentivizing weakness and reliance on third parties to intervene in disputes, students invite a paternalistic authoritarian apparatus to develop. While they seem comfortable with an authoritarian apparatus on their university campus today, we should not be surprised if they demand an authoritarian state to police the citizenry tomorrow. The logical endpoint of a victimhood culture will not be a progressive utopia. On the contrary: The further this culture radiates outward, the more likely it will make victims of us all.

Understanding Victimhood Culture: An Interview with Bradley Campbell and Jason Manning

Quillette
May 17, 2018

Bradley Campbell, Associate Professor of Sociology at California State University, and Jason Manning, Associate Professor of Sociology at West Virginia University, have been described as “prophets of the academic world” by psychologist Jonathan Haidt, and their new collaborative work The Rise of Victimhood Culture: Microaggressions, Safe Spaces, and the New Culture Wars, “a book of revelations,” by the sociologist Donald Black. The two sociologists have aimed to supply us with an empirical sociological analysis of the recent moral conflicts that have erupted on U.S. college campuses—and the extent to which these conflicts are spreading outwards into mainstream society.

After reading the book, I reached out to the American sociologists to interview them about some of the key themes of their book, and also to gain insight into some recent cultural trends that were not covered.  What follows is a transcript of our interview conducted via email.

I. Three Moral Cultures

Claire Lehmann: Just briefly for our readers who have not read your book, can you explain the main differences between the dignity, honor and victimhood cultures which you outline in your thesis?

Bradley Campbell and Jason Manning: The three moral cultures are different clusters of traits having to do with what people find offensive and how they handle their grievances.

In dignity cultures, there is a low sensitivity to slight. People are more tolerant of insult and disagreement. Children might be taught some variant of “Sticks and stones can break my bones, but words can never hurt me.” It’s good to have “thick skin,” and people might be criticized for being too touchy and overreacting to slights. If the issue in the conflict is something more than a slight or insult — say, a violent assault — you’re to handle the matter through appeal to authorities such as the legal system. Taking the law into your own hands with violent vengeance is itself a serious crime and generally looked down upon.

In honor cultures, there’s a much greater sensitivity to slight. Insults demand a serious response, and even accidental slights might provoke severe conflict. Having a low tolerance for offense is more likely to be seen as a virtue than a vice. Letting yourself be slighted without seeking justice is shameful. And seeking justice is more likely to take the form of violent vengeance. Appealing to authorities is more stigmatized than taking matters into your own hands.

These two kinds of cultures emphasize different sources of moral status or worth. Honor is one’s status in the eyes of other people. It depends on reputation. And while a lot of things might go into making this reputation, the core of classical honor is physical bravery. Tolerating slights is shameful because you let someone put you down without defending your reputation by force. It suggests cowardice. Appealing to the authorities is shameful for the same reason. Virtue means being bold and forceful, aggressively defending your reputation against any challenges, and being vigilant for signs that someone else is probing you for weakness.

Dignity is a kind of inherent and inalienable moral worth. It doesn’t depend on your standing in the eyes of other people. A dignity culture emphasizes that all people have this sort of worth, which can’t be taken away. It’s why an insult can’t devalue you. If anything, overreacting to an offense is unseemly because it suggests you’re not confident in your worth and need to take other people’s opinions so seriously. Virtue isn’t being bold, touchy, and aggressive, but restrained, prudent, and quietly self-assured.

What we call victimhood culture combines some aspects of honor and dignity. People in a victimhood culture are like the honorable in having a high sensitivity to slight. They’re quite touchy, and always vigilant for offenses. Insults are serious business, and even unintentional slights might provoke a severe conflict. But, as in a dignity culture, people generally eschew violent vengeance in favor of relying on some authority figure or other third party. They complain to the law, to the human resources department at their corporation, to the administration at their university, or — possibly as a strategy of getting attention from one of the former — to the public at large.

The combination of high sensitivity with dependence on others encourages people to emphasize or exaggerate the severity of offenses. There’s a corresponding tendency to emphasize one’s degree of victimization, one’s vulnerability to harm, and one’s need for assistance and protection. People who air grievances are likely to appeal to such concepts as disadvantage, marginality, or trauma, while casting the conflict as a matter of oppression.

The result is that this culture also emphasizes a particular source of moral worth: victimhood. Victim identities are deserving of special care and deference. Contrariwise, the privileged are morally suspect if not deserving of outright contempt. Privilege is to victimhood as cowardice is to honor.

We can see examples of honor cultures around the world and throughout history. They tend to have relatively high rates of violence, including such distinctive forms as dueling and feuding. Much of the premodern West can be understood as an honor culture. European elites used to preserve their honor by fighting duels to the death; in the US South, fatal duels continued up until the American Civil War.

By the 20th century, though, dignity culture had largely supplanted honor culture in the West. Writing in 1970, sociologist Peter Berger called the concept of honor obsolete, saying it had little resonance with modern people. People no longer lived in mortal fear of having their honor damaged. Questioning someone’s honor would result in a quizzical look rather than outrage. And duels to the death were a strange curiosity of the past.

We argue that victimhood culture, at least in its more extreme forms, is new. We see it in its purest form on contemporary college and university campuses. Manifestations of victimhood culture include complaining about and punishing microaggressions, demanding and creating safe spaces, requesting and requiring trigger warnings, and banning or disinviting speakers who might offend designated victim groups.

II. Moral Hierarchy 

CL: In The Rise of Victimhood Culture, you mention that this new morality imposes a moral hierarchy, with white people being at the bottom and oppressed or marginalised people (victims) being at the top. Can you elaborate on what you mean by a ‘moral hierarchy’?

BC & JM: Making moral judgments elevates the reputation of some people and lowers the reputation of others, so morality is always a source of a kind of social status that we can think of broadly as respectability. Other kinds of status have other sources, so in any complex society not only are some people more respectable than others, but some are also wealthier, more socially integrated, or more culturally conventional. Your position on these and other social hierarchies affects how people treat you. If you testify in court, for example, people are more likely to believe you if you are wealthy, respectable, and so on. And if you’re the victim of a crime, it’s more likely the offender will be brought to justice.

So respectability — moral status — acts like other kinds of status. And since moral judgments give rise to it, it takes different forms depending on the moral culture. Whether it’s important to have a reputation for kindness, chastity, obedience, courage, wisdom, generosity, self-control, or anything else depends on what people value. One culture might see obedience and self-control as key virtues, while another might see them as vices if they mean less individuality and authenticity. Even when different cultures agree on what’s virtuous they might emphasize some virtues over others. This is what happens in an honor culture. Courage, and one aspect of it in particular — physical bravery — is elevated over other virtues. It’s not that people in other cultures don’t value bravery, or that people in honor cultures don’t value anything else, but the emphasis on bravery and toughness in honor cultures leads to a morality that outsiders often find bewildering and immoral.

It also leads to a moral hierarchy with brave, strong, and violent men at the top and the cowardly and the weak at the bottom. Honor is one type of moral status, one revolving around a particular virtue. It arises under particular social conditions such as the absence of a government monopoly on violence, so we certainly understand why honor cultures exist and the logic of their moral system. But we agree with the critics of honor cultures throughout history who have objected to the conflict and violence those cultures produce. We also object to the moral hierarchy of those cultures. Emphasizing one virtue over many others leads to perversities: Cruel men and hotheads can end up being esteemed while peacemakers are denigrated.

The moral hierarchy of victimhood culture has some of the same problems, and it introduces others. Like honor cultures, victimhood cultures emphasize one set of vices and virtues over others. They are concerned with eradicating oppression and privilege, and this single-minded moral obsession can lead to the similar kinds of perversities that come from neglecting other virtues in honor cultures. But even in an honor culture your moral status usually has to do with your own behavior rather than someone else’s. In a victimhood culture it’s instead your identity as a victim that gives you status. It’s not your own virtue at all, but someone else’s treatment of you, that makes you virtuous.

One problem with this is that you end up with a system of morality that doesn’t offer much incentive for good behavior. Honor cultures incentivize bravery while neglecting other virtues. But if you want esteem in a victimhood culture, what can you do? It’s not like you can become a victim. Or actually, you can — you can portray yourself as weak and in need of help, you can portray others’ behavior toward you as harmful and oppressive, and you can even lie about being the victim of violence and other offenses. Victimhood culture incentivizes bad behavior.

The extreme form of victimhood culture we see among activists on college campuses leads to another problem in that one’s status as a victim comes not just from individual experiences of victimhood but also from one’s identity as part of a victim group. The idea is that all members of certain groups are victims, but that no one else is. Activists even argue that whites cannot be the victims of racism, or men the victims of sexism. Likewise, whether people can be victims of new offenses like cultural appropriation or microaggression, depends on their identity. A white person wearing a hairstyle associated with African Americans would be cultural appropriation, for instance, but an African American wearing a hairstyle associated with whites would not be. Likewise, those who have pioneered the concept of microaggression have made it clear that not all slights count. A white male elementary school teacher may experience stereotypes and put-downs, for example, but to call those microaggressions would be a “misapplication of the concept.”

So the moral hierarchy of victimhood culture places entire groups of people at the top or bottom based on the whole group’s victimhood status. And while it’s not always clear which groups qualify, Jonathan Haidt identifies seven groups that are currently treated as sacred: people of colour, women, LGBTs, Latinos, Native Americans, people with disabilities, and Muslims. Under this schema even many minority groups, such as Evangelical Christians, fail to qualify, and any discrimination against them is ignored or celebrated.

We have two problems with this. The first is a fundamental moral objection. We believe in the ideals of dignity culture — that all human beings have an inherent worth and should be treated accordingly — and we object to the new hierarchy of victimhood just as we would any racial and ethnic hierarchy. The second problem is the reactions it may produce. Whites, men, and others who do not have victimhood status are unlikely to accept a new morality and a new moral hierarchy in which they’re at the bottom. And they may end up embracing one in which they’re at the top. We find the recent prominence of alt-right white nationalists alarming, and we worry there will be more of it in reaction to the spread of victimhood culture. It’s a dangerous thing to undermine dignity culture and its ideals of equality.

III. #MeToo Movement

CL: You wrote your book before the explosion of the #MeToo movement. From your perspective, and your knowledge about the spread of moral cultures, do you believe that the #MeToo movement represents a significant shift in victimhood culture into the mainstream?

When we look at the full-blown victimhood culture among campus activists, the moral logic at work is starkly different than what we see in other contexts. But the lines between different moral cultures aren’t always so clear. The degree to which victimhood is a kind of status is variable, so even where dignity culture is still dominant, we might see some tendencies toward victimhood culture.

In the book we talk about the movement against campus rape, and we point out that the movement has support from journalists, members of Congress, and others who are not part of the campus victimhood culture. And rape isn’t a new offense like microaggression or cultural appropriation. It’s also not a minor offense. So the movement as such isn’t a pure manifestation of victimhood culture. But what we do see is that an effort to honor victims leads to credulity even in cases like the rape hoaxes at Duke and at the University of Virginia where it should have been clear that the accusers were lying. It also leads to efforts to weaken the due process rights of the accused. And alongside the more mainstream elements of the movement are the campus activists and others enmeshed in victimhood culture who make more radical arguments — that accusers should always be believed, for example. But so far such ideas haven’t been widely adopted.

The #MeToo movement may be similar. To some extent it may have facilitated the mainstreaming of victimhood culture, but it’s also a mainstream enough movement that efforts to radicalize it and to use the moral language and logic of campus activists seem mostly to have failed. The movement as a whole appears not to have relied on accusations of new victimhood offenses and has focused instead on things like rape, groping, and other kinds of sexual assault and sexual harassment. The accusations against Harvey Weinstein and against most of the other prominent targets of the #MeToo movement haven’t been about microaggressions and haven’t relied on creative ideological expansions of the concepts of assault and harassment. The accusations against Weinstein, for example, include 19 coerced sexual acts and many more instances of unwanted touching and sexual exhibitionism.

Much of the #MeToo movement might be seen as an expression of dignity culture — an appeal to ideals already widely held in the culture but commonly violated in practice. Women demanding that they not be bullied, groped, fondled, demeaned, assaulted, or harassed by men the workplace, and that the men abusing their power in this way face consequences, aren’t relying on radical feminism or its notions of endemic patriarchal oppression — not usually, anyway. They seem to be trying to bring to light behavior that was already considered wrong but that many people weren’t aware was going on.

But the #MeToo movement is large and has less mainstream elements as well, so some of the accusations have indeed drawn from victimhood culture in various ways. We might think of the most prominent accusations existing on a continuum from Harvey Weinstein to comedian Aziz Ansari. In January 2018 the online magazine Babe published an article by Katie Way about an anonymous woman’s date with Ansari. The article, “I Went on a Date with Aziz Ansari. It Turned into the Worst Night of My Life,” recounts in detail a date between “Grace” and Ansari. Ansari doesn’t come off as particularly gentlemanly in the account, but it’s clear that the story is not about rape, it’s not about sexual assault, and it’s not even about sexual harassment. After going to dinner, the two went to Ansari’s apartment, engaged in sexual acts with one another, and according to Grace, Ansari then kept wanting to engage in intercourse, she didn’t, and she eventually went home. Later in a text message she told Ansari that he had ignored “clear non-verbal cues” and said that he had to have noticed she was uncomfortable.

The accusations against Weinstein, which deal with clear-cut cases of violence, coercion, and harassment, are understandable in terms of mainstream morality, while the accusation against Ansari is understandable only in terms of victimhood culture.

The same perspective that leads to the labeling of uncomfortable conversations as a kind of aggression, or conservative political speech as violence, leads here to the labeling of boorish behavior on a date as sexual assault. To the extent that the #MeToo movement accords a special status to victims, to the extent that it establishes victimhood solely based on whether someone is a woman or man, and to the extent that it blurs the distinction between serious offenses like what Weinstein has been accused of and the kind of noncoercive sexual advances on a date that Ansari is accused of, it will indeed lead to the spread of victimhood culture.

Another thing the Ansari case illustrates is something we have thought of as moral emaciation. Victimhood culture’s focus on oppression narrows the range of moral discourse, and activists seem to be losing the capacity to make moral judgments based on anything other than victimhood terms. It seems that anything activists find bad they define as harmful and oppressive, whether it’s an ugly statue on campus or a bad date. As Mona Charen points out, isn’t what Grace wanted — affection, kindness, attention — what many people want when they go on a date? “What does it say about dating in our time,” she asks, “that those are unrealistic expectations?”

The problem is that Grace has no moral language to communicate this. She can’t describe Ansari’s behavior as caddish, lascivious, or any of the other old-fashioned terms that would more accurately capture her moral reaction. Instead, it has to be oppression, assault. This is probably not good for the #MeToo movement, and it may shift attention away from the kinds of offenses the movement was supposed to call attention to. It also doesn’t help anyone to think better about how people should behave on dates. Moral emaciation leads to moral confusion.

IV. Cultural Appropriation

CL: Do you see the many complaints made today about ‘cultural appropriation’ as being a part of victimhood culture? Cultural appropriation seems to be one aspect of the new morality that most people find baffling. But can it be understood as a culture imbuing certain cultural objects or practices with moral status, that cannot (or should not) be accessed by people who are lower down in the moral hierarchy? Is cultural appropriation in some way similar to a form of moral pollution?

BC & JM: Complaints of cultural appropriation illustrate victimhood culture quite well. As with microaggression complaints, it’s a grievance about a nonviolent, probably unintentional slight that many observers wouldn’t even see as offensive. As with microaggressions, the offense is framed as a matter of collective oppression, of one social group harming another. And in practice, it’s usually an offense defined by identity, something only people in designated privileged groups can be guilty of.

Victimhood culture’s high sensitivity to slight means it continually coins new types of offense. And this is certainly one of the most baffling of the new offenses. As we’ve discussed elsewhere, one particularly confusing aspect is that many of the things that get called cultural appropriation were, until very recently, virtues — signs that one was cosmopolitan and open-minded. If anything, we might expect social and cultural conservatives to be the ones most upset about Westerners practicing yoga or mindfulness meditation, or white kids adopting black fashions and hairstyles. In many cases they are, but these days so-called progressives are often vocal and visible critics.

Your suggestion about moral hierarchy is on point. Though the complaint is framed as a matter of someone dominating or exploiting the vulnerable — in a victimhood culture, virtually all complaints are — it might be more helpful to understand it as a matter of the offenders aping their betters. As sociologist Donald Black discusses in his book Moral Time, various societies throughout history have had rules — sumptuary laws — preventing people from adopting the styles, entertainments, and recreations of their social betters. The Han and Ming dynasties forbade commoners from wearing certain colors of clothing. Premodern Japan had laws forbidding peasants from wearing clothing distinctive of townspeople. In medieval England a law stated that no one under the rank of knight should wear any fur clothing (later amended to allow them to wear distinctive kinds of fur). And no one below the rank of lord was allowed to wear the period’s fashionable pointy shoes. The unwritten norms regarding cultural appropriation seem analogous to these sorts of restrictions.

As you suggest, thinking of it as a kind of moral pollution also might help us put it into a larger sociological context. As sociologist Murray Milner argued in his work on the Indian caste system, sacredness is but a special form of status. It corresponds to what we call moral status in our book, though like honor it might be a particular style of moral status. The sacred is that which is treated as special and worthy of reverence. It must be set apart from the profane, protected by rituals associated with cleanliness and purity. One might immediately think of Mosaic Law, but if we understand it abstractly we can see these sorts of purity rules everywhere, including regarding secular things like national flags and anthems. What is going on when a white Westerner practices yoga or paints in an indigenous style or quotes a lyric from a Beyoncé song? Perhaps it’s like having the unclean enter the temple and put on the vestments. The culture of vibrant, good, brave, people is being polluted by those who carry the moral stain of privilege.

It also seems like there’s also a theme of moral pollution in some of the discourse surrounding “whiteness.” Sometimes the manner in which it’s discussed makes it seem like a curse, or something that spreads and infects places and things as well as people. Hence we see pieces where people complain about the prevalence of whiteness in LGBT spaces, or Taylor Swift exuding whiteness, or, to give a case we mention in our book, people accusing others of asking white questions and employing white research methods.

Conservatives and Victimhood Culture

CL: It was really interesting to read about how conservatives (particularly those who are very flamboyant or attention seeking) have learned to use victimhood culture, or exploit victimhood culture for their own selfish benefit. You argued that this might, in fact, lead to an increased uptake of victimhood culture morality in the mainstream culture. Would you be able to elaborate on this point for our readers?

BC & JM: Victimhood culture is mainly a leftwing phenomenon, but it has a way of spreading. Conservatives and others who find themselves opposed to campus activists might uphold the values of the dignity culture the activists reject, but sometimes they end up departing from it themselves. One way they might do this is by embracing whatever victimhood culture opposes. This can mean being deliberately provocative and offensive in order to get a rise out of the activists, or at the extreme, it can mean embracing alt-right ideologies that reject equality and diversity. But another way conservatives might depart from dignity culture is by embracing the assumptions of victimhood culture and pointing to their own victimhood.

In our first article on victimhood culture in 2014, we pointed to the case of Tal Fortgang, a Princeton student who wrote an article about checking his privilege, as campus activists had been urging that he and others do. The idea was that when he checked his privilege he found in his background a long history of hardship and persecution, including family members who had been persecuted and murdered in the Holocaust.

Now in one sense, that’s perfectly reasonable. It points to the absurdities of the victimhood framework. The grandson of Holocaust survivors might legitimately wonder why he should have the burden of being labeled privileged while others at his elite university gain sympathy and status by labeling themselves victims. We ourselves sometimes wonder why in an academic environment where people constantly talk about disadvantage, inclusivity, diversity, and the like, our working class, small town, Southern backgrounds gain us no victimhood points. So the idea might be, if you’re going to denigrate the privileged and valorize the victimized, at least be more accurate — don’t base it all on skin color, sex, and a few other such traits.

But this easily leads to competitive victimhood, where moral disputes become contests over who can claim the most disadvantage. Conservatives at colleges and universities might be especially prone to embracing victimhood since they can actually make very plausible claims of being one of the most victimized groups on campus. Conservatives are vastly underrepresented among the faculty, especially in the social sciences. Far more sociologists identify as Marxists than as conservatives, for example, and a survey of sociology professors found that nearly 30% of them acknowledged they would be less likely to support a job candidate who was a Republican. Conservatives on campus are also subject to what the activists would call microaggressions or worse if directed toward recognized victim groups. Many of them remain closeted.

The claims of victimhood are understandable, then, but if conservatives end up adopting their adversaries’ assumptions about what constitutes victimhood and what the response to victimhood should be, they’ll become just another force undermining dignity culture. And we’re seeing some of that. For example, National Review published an article by Frederick Hess with the title “When College Presidents Mistake Lib-splaining for Conservative Outreach.” Lib-splaining is presumably like mansplaining, whitesplaining, and other new victimhood culture offenses, and here it refers to a college president encouraging a group of campus conservatives to read more serious conservative works and meeting with them to discuss one of them. As with the other “splaining” offenses, the notion seems to be that any attempt to discuss or explain something coming from an outsider can be offensive.

We also see claims of victimhood becoming a key part of the campus conservative message. Conservatives should definitely complain about the suppression of free speech on campus. But sometimes this takes the form of engaging in intentionally offensive speech in order to get a reaction from the left that then becomes the basis of further complaints. This actually combines both of the dignity-rejecting strategies — the embrace of offensiveness and the embrace of victimhood. Conservative groups that have brought in the provocateur Milo Yiannopoulos, for example, seem more interested in stirring up controversy and angering the left than in advancing conservative ideas.

They should have the right to do so, of course, and even when groups have brought in conservative intellectuals campus activists have sometimes reacted in the same way. Still, bringing in someone like Yiannopoulos hardly advances the ideals of dignity. As conservative UCLA professor Gabriel Rossman wrote to the Bruin Republicans recently after they scheduled a talk by Yiannopoulos on “10 Things I Hate about Mexico,” “if your mission is to spread conservative ideas, you should recognize that hosting Yiannopoulos will only render your organization and our ideas toxic.” In that case the group ended up canceling the talk, but the temptation to court controversy through popular, attention-grabbing speakers can be powerful.

Another way that conservatives and other opponents of victimhood culture may end up adopting its assumptions, perhaps unwittingly, is by valorizing the victims of victimhood culture.  Consider the recent case of Lindsay Shepherd, a graduate student and teaching assistant at Wilfred Laurier University who was certainly treated badly by the faculty and administration there. In a communications class, Shepherd showed a short clip of a debate on the use of gender pronouns and was called to a meeting with two professors and an administrator, who berated her and told her that showing the debate was transphobic and possibly a violation of Canada’s anti-bias laws. When Shepherd released a recording of the meeting, there was an outpouring of support for her from those concerned about free speech and academic freedom, and the university ended up apologizing.

In the aftermath of all of that, though, Shepherd has become a kind of celebrity among opponents of victimhood culture, with regular speaking engagements and honors, including the Outstanding Student Award from Heterodox Academy and a prominent speaking spot at their upcoming meeting. While Shepherd behaved well in the initial conflict with her superiors, her prominence seems to come almost entirely from her status as a victim-of-victimhood culture rather than from any insights of her own. Her views have been consistently supportive of free speech but otherwise mostly inchoate and rapidly shifting. Initially describing herself as on the left, for example, she released a video recently announcing that she no longer identified this way, citing the left’s blurring of the distinction between white nationalists and white supremacists as one of the main reasons for the change. As Genevieve Weynerowski commented, “This granular sidebar made her centrist bona fides a little hard to swallow.” Shepherd also cited the reaction to her campus group hosting a talk on campus by Faith Goldy, an alt-right activist who once gleefully recited a white nationalist slogan and was fired by the right-wing Rebel Media after appearing on a neo-Nazi podcast. Shepherd is both an opponent and victim of campus victimhood culture, but she isn’t necessarily an advocate of dignity culture and seems increasingly to be employing the strategies of deliberate offense and an embrace of victimhood herself. For many opponents of victimhood culture, though, her status as a victim gives her a kind of moral authority and perhaps even immunity from criticism.

Preserving Dignity Culture

CL: I really liked the way you offered insight and not just condemnation of victimhood culture. How do you remain so detached from your subject without becoming judgemental? 

And finally, what are some simple ways (for those who don’t want to live in a victimhood culture) to preserve dignity culture?  

We both have somewhat analytical thinking styles. And from our early training, we’ve both approached sociology out of scientific interest in patterns of behavior. We each got into studying conflict and social control because that seemed where the action was, scientifically speaking. We were drawn to Donald Black’s theoretical work, which used simple principles to describe and explain social behavior.

In our book we talk about the politicization of sociology. The field has long tended to attract people with axes to grind — mostly liberal or progressive ones, occasionally conservative ones. Even if they take scientific methodology seriously — and many still do — their topics and questions are driven by what they feel passionate about for practical or political reasons. Hence the common pattern of people studying their own gender, race, ethnicity, or else writing about the topic they were doing activism on before deciding to go to graduate school.

That’s not been our bag. Our previous research topics — genocide and suicide — weren’t chosen because we were particularly involved with them outside of sociology. They just seemed like strange phenomena, and topics we could tackle given using the approach we’d learned from Black.

Victimhood culture does hit closer to home for us. Its epicenter is the university, and it has a lot of traction in the social sciences. As academic sociologists, we definitely have practical worries about what the future holds. Even with this topic, though, our initial forays into it were more of a “Hey, this is weird” than “Man the barricades!

Throughout the process of writing the book we were simply more interested in describing and analyzing than merely complaining. Complaint is boring. Analysis is interesting, especially if one is making cross-cultural comparisons and searching for the general principles behind it all. There’s a reason so many of our chapters start with examples from the days of dueling aristocrats. In comparative context, all human behavior is bizarre and fascinating.

We are social scientists, but of course, we are not only social scientists. We have political views and strong moral commitments. Our book considers several consequences of victimhood culture that we, and probably most of our readers, think are bad. Outside of the book, including in The Chronicle of Higher Education, we’ve stated our support for free speech and academic freedom and our belief that victimhood culture isn’t conducive to these things.

How, then, would people who agree with us go about preserving dignity culture?

Jordan Peterson’s rule #6 isn’t bad practical advice: “Set your house in perfect order before you criticize the world.” So we might start with ourselves. Can we make ourselves less sensitive to slight? Studying ancient wisdom, learning the lessons of cognitive behavioral therapy, or even absorbing some folk knowledge might be helpful. So might searching for sources of involvement and meaning that don’t revolve around a moral hierarchy of identity groups. Can we find better ways of handling our grievances other than venting online or complaining to a bureaucracy? Talking things out is hard. It requires confrontations that many of us would rather avoid. But like anything, if you can force yourself to start doing it, it might get easier with practice.

We might also focus on the epicenter of victimhood culture — our colleges and universities. Do we know how much of state universities’ funds go to administration as opposed to instruction? Do we know how much of that is for the policing of offensive speech and propagating microaggression theory and implicit bias training? Do our legislators know? Maybe we should call and ask — or better yet, get together a group of a half-dozen friends to call and ask. If it were possible to shrink the university bureaucracy — particularly the bureaucracy charged with handling offensive words and images — it would reduce the moral dependency of victimhood culture. It would reduce the incentives to jockey for victim status and increase the incentives for alternative ways of dealing with problems. It might even make people more prone to talk to talk to one another and speak their minds without fear of reprimand.

Along those lines, another strategy would be to try to reduce the ideological homogeneity of the academy, where a mainstream conservative is a rarer thing than a radical leftist. There’s no guarantee this would increase dignity culture as such — as we’ve seen, conservatives can join in the victim game too. But since victimhood culture is currently most concentrated on the radical left, some of its most severe manifestations involve demonizing those on the right. According to Black’s theory, tolerance of diversity is greater in exactly those places that have more diversity to start with, while concern with cultural purity is greatest where culture is relatively homogeneous. Theoretically, increasing ideological diversity should reduce the degree of ideological intolerance on campus, and so undermine some of the more severe eruptions. It would also provide some more tolerance for those wishing to criticize victimhood culture as such.

For many college students, socialization into extreme sensitivity and dependency began before they arrived. There are signs that children and youth — at least from the middle and upper classes — are more sheltered, supervised, and regulated than in decades past, and that they have correspondingly less practice in coping with difficulties and handling conflicts on their own. Supporters of so-called free-range parenting campaign against this, encouraging parents to allow their children unsupervised play and school districts to provide recess grounds with such dangerous equipment as jungle gyms and monkey bars. One might find ways to encourage these kinds of initiatives locally or nationally, such as by raising money for the legal defense of people charged with neglect and abuse for what many of us would consider a reasonable bit of autonomy or schools held responsible for accidental injuries.

And finally, it’s important to combat victimhood culture and to deal with the problems it creates in the universities and elsewhere, but it’s also important to create alternatives to the universities and the mainstream media where serious ideas can be discussed and debated.

Bradley Campbell, Associate Professor of Sociology at California State University, and Jason Manning, Associate Professor of Sociology at West Virginia University.  The Rise of Victimhood Culture: Microaggressions, Safe Spaces, and the New Culture Wars, is on sale now via Amazon. 

Claire Lehmann is the founder and editor-in-chief of Quillette.

Voir encore:

«Ces peuples qui ne veulent pas mourir»
Eric Zemmour
Le Figaro
14/09/2018

CHRONIQUE – La lutte à mort engagée contre Donald Trump par les médias et la justice de son pays traduit le refus des élites de se ranger derrière la volonté du peuple américain.

C’est un «résistant». Un héros. Un bienfaiteur de l’Amérique et de l’humanité. Le «haut responsable à la Maison-Blanche» qui, dans les colonnes du New York Times , a déversé sa bile sur Donald Trump, est encensé par les médias américains et occidentaux. Non seulement il dénonce dans le président américain un psychopathe à enfermer d’urgence, mais il conserve l’anonymat pour, dit-il, rester en place afin de limiter les dégâts pour les Etats-Unis et le monde. Un héros, nous dit-on, qui, dans «l’ancien monde», aurait été appelé un «traître», une «taupe», et même un putschiste, puisqu’il ne respecte pas la légitimité d’un président élu par le peuple.

Mais c’est ainsi: avec Trump, tous les coups sont permis. Les médias retrouvent d’instinct le langage orwellien qui inverse la paix en guerre et la liberté en servitude. Avec Trump, le traître devient héros, le président des Etats-Unis devient un tyran et un fou. La démocratie, c’est abattre l’homme élu par le peuple américain.

Et cela dure depuis le premier jour de son élection. Une élection qui a pris par surprise toutes les élites de l’est et de l’ouest du pays – élites économiques, financières, médiatiques, judiciaires, administratives.

Cet «Etat profond», comme l’appelle Trump, a décidé d’avoir la peau de ce Président et de le conduire vers la procédure d’impeachment, comme Louis XVI fut traîné à la guillotine. Chaque journaliste, chaque bureaucrate, même les plus haut gradés, chaque juge, rêve d’avoir la peau de Trump comme leurs glorieux aînés ont eu celle de Nixon en 1971. «Nixon le tricheur», lui aussi, avait été le candidat des classes populaires contre l’establishment sorti des campus universitaires des années 1960.

Entre-temps, ces jeunes gens chevelus ont pris tous les pouvoirs à Washington. Et sont bien décidés à ne pas les perdre. Depuis des mois, ils s’efforcent de faire passer Trump pour un espion à la solde de Poutine. Et, comme cela ne marche pas, ils ajoutent désormais la folie.

Cet affrontement, en vérité, dépasse le cas de Trump et même des Etats-Unis. C’est tout l’Occident qui en est le champ de bataille. La guerre inexpiable oppose des élites cosmopolites qui, au nom des valeurs universelles des droits de l’homme, veulent désagréger les peuples et les nations issus d’une histoire séculaire. En face, il y a les peuples occidentaux qui s’efforcent de sauvegarder leur mode de vie, leur identité, leur unité, leur histoire. Des peuples enracinés contre des élites déracinées. La loi de la majorité contre la dictature des minorités. La démocratie contre l’Etat de droit. Des élites qui se parent du titre de «progressistes» et qui, à Paris, Berlin, Bruxelles, Washington ou Los Angeles, traitent avec mépris les «populistes». Des élites qui ont juré d’avoir la peau des antiques nations et des peuples qui ne veulent pas mourir.

Voir enfin:

University under fire for creating a safe space for white students called ‘White Awake

The University of Maryland (UMD) was forced to take down flyers and change the name of a counseling program that offered “safe space for white students” after sparking outrage on campus.

At the beginning of the fall semester, UMD’s Counseling Center posted flyers for a new group called “White Awake,” which prompted the backlash.

Early Friday, the university’s website changed the name to “Anti-Racism and Ally Building Group” and scrubbed any references to a “safe space” and “white students.”

The University of Maryland’s Counseling Center faced student backlash after it started a group called “White Awake” a “safe space for white students” to discuss race on campus.  (Google maps)

“This group offers a safe space for white students to explore their experiences, questions, reactions, and feelings,” the initial description read. “Members will support and share feedback with each other as they learn more about themselves and how they fit into a diverse world.”

The flyer also asked if white people ever “feel uncomfortable and confused” in their “interactions with racial and ethnic minorities,” and if they “want to become a better ally.”

Several students conveyed their outrage on social media and on campus.

“The world is a space for white people to talk in,” one student told The Diamondback, a UMD student newspaper, expressing how unnecessary the new initiative is.

Another student tweeted she was “ashamed over the execution of white awake,” writing, “Why do they need to attend therapy sessions on how to be a decent human being in society…to coexist?”

Noah Collins, who leads the group and specializes in group therapy for the Counseling Center with an interest in “racial and cultural awareness,” issued a statement Thursday night saying UMD will discontinue the flyer and consider changing the name, but that it stands by the group.

He added the flyer was “not clear enough” in explaining that the group’s aim is “anti-racism and becoming a better ally.”

TEXAS BIOLOGY TEACHER ON LEAVE FOR ALLEGEDLY BULLYING PRO-TRUMP STUDENT

The university told Fox News in a statement that UMD’s Counseling Center acknowledges it “did not choose the right words in raising awareness about this research-based initiative, and how this group has been perceived is counter to the values of inclusiveness and diversity that we embody.”

“This is an incredibly difficult, nuanced issue, and that’s the reason we need to discuss it,” Collins wrote. “The aim of this group is to help white students become more culturally competent, so they can better participate in creating a more inclusive environment at the University of Maryland.”

COMPLEMENT:

Les « décoloniaux » à l’assaut des universités
Matthieu Aron
L’OBS
30 novembre 2018

«  »Racialisé », « racisation », « islamophobie »… Ce vocabulaire, qui s’est installé dans le débat public, est issu d’une mouvance de pensée qui gagne du terrain à l’université. Certains s’en félicitent, d’autres dénoncent l’intolérance de ses partisans.

« Le féminisme islamique ». Sans point d’interrogation. Comme si les expressions « féminisme » et « islamique » pouvaient être accolées sans susciter la moindre controverse. Voilà sur quoi doivent plancher, à partir de cette semaine, les étudiants en sociologie et science politique de l’université Lyon-II dans le cadre d’un cours consacré aux « mouvements sociaux dans les Etats postcoloniaux ».

A l’honneur lors de ces travaux dirigés, le livre de Zahra Ali « Féminismes islamiques » (éd. La Fabrique). Cette chercheuse à l’EHESS et à l’Institut français du Proche-Orient milite en faveur du port du foulard. Selon elle, le féminisme « bourgeois de Simone de Beauvoir » a été utilisé à « des fins coloniales, donc aujourd’hui postcoloniales et racistes ». Elle en prône donc un nouveau, « attaché au texte sacré et à la tradition prophétique » et propose:
« une libération qui pose un tout autre rapport au corps […] marqué par des normes et par une défense du cadre familial hétérosexuel ».

Un vide académique
Cet enseignement délivré à Lyon constitue-t-il une exception ? Ou bien traduit-il l’influence grandissante des tenants de la pensée dite « décoloniale » au sein des facultés françaises ? Selon les postcolonial studies, courant venu du monde anglo-saxon et sud-américain, le « passif colonial » continuerait à structurer toutes nos institutions et représentations. Encore minoritaires dans le champ académique il y a dix ans, ces thèses semblent s’inviter de plus en plus à l’université.
C’est d’abord une question de vocabulaire. « Racisme structurel » (de l’Etat français), « domination blanche »,  » féminisme islamique »… Une nuée de concepts qui ne se limitent plus aux cercles d’initiés et aux réunions militantes. Un peu partout, on voit se multiplier les cours, les travaux dirigés, les doctorats, les sujets de thèse, les colloques ayant trait à ces questions.

Beaucoup des chercheurs ou enseignants rencontrés au cours de cette enquête témoignent sous couvert d’anonymat. Le sujet, disent-ils, est trop « brûlant », trop « passionnel », « confisqué par les extrêmes ». Pour les esprits « raisonnables », ceux qui voudraient « continuer à travailler », il n’y aurait que des coups à prendre à rester « à l’écart des vieilles ou nouvelles chapelles ». 80 intellectuels, dont Elisabeth Badinter, Mona Ozouf, Pierre Nora, Alain Finkielkraut ou encore Boualem Sansal, dénoncent cependant cette « offensive des ‘décoloniaux' » dans « Le Point » cette semaine.
« Tout cela crée un profond clivage entre collègues », souligne Gérard Noiriel, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en Sciences Sociales (EHESS). Benjamin Stora, président du Musée de l’Histoire de l’Immigration et spécialiste de la guerre d’Algérie, est à peine plus disert. Malgré tout, il lâche :
« Dans notre pays, nous avons peu de professeurs spécialistes de l’histoire de la décolonisation. Du coup, le sujet est préempté par de jeunes doctorants en sociologie ou en science politique, parfois très dogmatiques. »
C’est dans ce vide académique que se sont engouffrés ceux que l’on appelle, et qui s’appellent eux-mêmes, les « décoloniaux », des chercheurs qui assument d’être aussi des militants.

Le 6 novembre dernier, Sciences-Po Aix-en-Provence a programmé une conférence sur le thème : « Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? » La conférencière s’appelle Malika Hamidi, sociologue, auteur de plusieurs articles et d’un essai, notamment sur la question du foulard. Elle préconise :
« La lutte féministe de la musulmane d’Europe sera principalement une lutte contre l’islamophobie et le paternalisme d’un certain féminisme occidental à prétention universaliste. »
Habituée des colloques en France (elle a aussi été invitée à l’institut d’études politiques de Lyon et à l’EHESS), Malika Hamidi se targue d’être aussi « une femme de foi et une militante ». A son CV il faut ajouter le titre de directrice générale de l’European Muslim Network, une organisation présidée par Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan, la chute d’un gourou
« Interdit aux Blancs »
A Strasbourg, au printemps, la faculté des sciences sociales a fait intervenir dans son master « religions, sociétés, espace public » (préparant aux métiers de médiateur socioculturel et de « référent laïcité ») Hanane Karimi, jeune doctorante en sociologie. Militante de longue date de l’abrogation de la loi interdisant le port du voile à l’école, animatrice en août 2016 d’un séminaire au « camp d’été décolonial » réservé aux « victimes du racisme d’Etat » (et donc « interdit aux Blancs »), Hanane Karimi est, elle aussi, une proche de Tariq Ramadan, même si elle semble avoir pris ses distances depuis qu’il est accusé de viols.
A l’université de Strasbourg, encore, la parole a été donnée à Valérie Amiraux, titulaire de la chaire de recherche du Canada en étude du pluralisme religieux. La sociologue, qui participe à de nombreux débats en France, fait aussi partie du « comité scientifique » pour la grande consultation des musulmans de France, réuni par Marwan Muhammad, ancien directeur exécutif du Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), réputé proche des Frères Musulmans et de Tariq Ramadan. Le choix des deux conférencières est totalement assumé par la direction de la faculté des sciences sociales. Il s’agit de deux « universitaires reconnues », précise son doyen, Jean-Daniel Boyer, qui ajoute que ces deux collègues se sont exprimées dans un cadre « soumis à la critique ».
Pour ses partisans, la percée de la mouvance « décoloniale » illustre en effet l’expression du pluralisme à l’université, qui s’ouvrirait enfin aux « problématiques » nouvelles travaillant la société. Pas suffisamment encore aux yeux de certains. C’est le cas du sociologue Eric Fassin, directeur du département d’études de genre à Paris-VIII, qui a importé en France les postcolonial studies. Cette figure médiatique, qui exerce une réelle influence sur une partie du monde universitaire et intellectuel français, a cosigné une tribune collective, publiée dans « Libération » en 2015, condamnant le rôle de l’Etat français, « comme l’acteur principal d’un racisme institutionnel ». Aujourd’hui, il regrette que les universités soient toujours trop frileuses :
« Il n’y a pas assez de créations de poste. Nous manquons de professeurs qui travaillent sur les discriminations raciales. »
« Pas vraiment la Shoah »

François Burgat, lui, n’a pas attendu ces dernières années pour faire entendre sa voix. Septuagénaire, directeur émérite de recherche au CNRS, il n’a jamais tourné le dos à Tariq Ramadan, y compris après sa mise en examen pour viol. « La vraie question n’est plus de savoir si Tariq Ramadan ‘a violé trois femmes’, expliquait-il le 26 octobre sur Twitter, mais bien ‘avec l’aide de qui ces trois femmes sont-elles parvenues si facilement à rouler trois magistrats dans la farine’ ? »
‘La vraie question n’est plus de savoir si Tariq Ramadan « a violé 3 femmes » mais bien « avec l’aide de qui ces trois femmes sont elles parvenues si facilement à rouler trois magistrats dans la farine » ? »
Sur Twitter toujours, après l’émoi suscité par l’assassinat de l’octogénaire juive Mireille Knoll, chez elle à Paris, il n’a pas hésité à écrire : « Oups, ce n’était pas vraiment la Shoah dans un appartement. » Parmi d’autres déclarations publiques, on peut noter ses attaques contre la télévision française qu’il traite de « Télavivision » (en référence à Tel-Aviv) ou ses incitations à « soutenir le CCIF ». Et François Burgat compte toujours autant de disciples au sein de l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde arabe et musulman (Iremam) d’Aix-en-Provence, un laboratoire doté de moyens importants et qui accompagne, pour les années 2018-2019, quarante-cinq doctorants dans la rédaction de leurs thèses.
Récemment, il a ainsi dirigé les travaux de l’un d’eux sur les rapports entre le Qatar et le prédicateur sunnite Youssef al-Qaradawi. Ce dernier, parfois surnommé « le cheikh de la mort « , est l’auteur de plusieurs fatwas autorisant les attentats-suicides ; il déversait, en 2009, sur la chaîne Al-Jazeera, sa haine des juifs :
« Le dernier châtiment a été administré par Hitler. »

La thèse consacrée au prédicateur a été soutenue le 20 novembre 2017, devant un jury présidé par François Burgat. Elle n’a pas encore été publiée, mais certains observateurs qui ont assisté à la soutenance ont été interloqués. « Les relations de Qaradawi avec le Qatar y sont qualifiées de simple ‘soft power islamique de complémentarité’ ! » raconte l’un d’entre eux. Son auteur, Nabil Ennasri (formé par Tariq Ramadan, dont il dénonce la « lapidation médiatique »), est aujourd’hui docteur en science politique.
Des initiatives troublantes
Parfois, les initiatives de la faculté sont plus troublantes encore. En octobre 2017, des universitaires de Lyon-II ont convié – dans le cadre d’un colloque intitulé « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? » – Abdelaziz Chaambi, le fondateur de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI), mais aussi… fiché S par les services de renseignement. Suite au tollé de nombreuses associations, la présidence de l’université a fini par annuler la manifestation. Cas isolé ? Poursuivons le tour de France.
En janvier 2018, le syndicat Solidaires Etudiant-e-s de l’université Paris-VII a essayé d’empêcher une représentation de la pièce « Lettre aux escrocs de l’Islamophobie qui font le jeu des racistes », tirée du livre de Charb, l’ancien rédacteur en chef de « Charlie Hebdo », mort sous les balles des frères Kouachi. Motifs invoqués par les étudiants :
« En organisant cet événement, Paris-Diderot participe à ce mouvement de construction raciste d’un ‘ennemi de l’intérieur’, d’une catégorie racialisée dangereuse : le/la musulman-e. »
Et que penser des réactions épidermiques de certains enseignants quand, il y a trois ans, la secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes dans le gouvernement de Manuel Valls, Pascale Boistard, a déclaré dans « le Figaro » ne pas être « sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur » ? Une vingtaine de professeurs et de maîtres assistants se sont aussitôt violemment insurgés. La prise de position de la secrétaire d’Etat pouvait bien évidemment être contestée ou critiquée, mais pourquoi une partie de l’élite universitaire française est-elle allée jusqu’à lui reprocher d’instrumentaliser le « droit des femmes au profit de politiques racistes et colonialistes », à la stigmatiser en « islamophobe » et, pis encore, en « porte-parole des pourvoyeurs de haine » ?

La victoire des Frères musulmans
Tout cela dessine pour le moins un climat. Et les militants de la laïcité, à l’unisson de certains spécialistes de l’islam, y voient la preuve de la victoire culturelle remportée par les Frères musulmans dans le monde universitaire. Les Frères, expliquent-ils, évitent de mettre en avant leurs propres objectifs. Ils les intègrent dans d’autres combats, comme la lutte contre les discriminations ou pour l’égalité hommes-femmes. Depuis peu, les mêmes s’inquiètent de la percée du Parti des Indigènes de la République, créé en 2005, que sa porte-parole, Houria Bouteldja, défini comme « anti-impérialiste et antisioniste ». Un professeur d’économie, confie, en off :
« Aujourd’hui, à l’université, si vous vous opposez à ces réseaux, vous passez vite pour un raciste. »
Autre confidence, presque apeurée, d’une chercheuse en poste dans le sud de la France, ayant toujours voté à gauche, défendu les droits de l’homme, combattu toutes les discriminations :
« Avant, le pire pour un universitaire, c’était d’être accusé de plagiat ; maintenant, c’est de se voir traiter d’islamophobe sur internet. Cette accusation signe la fin d’une carrière. »
Quelques téméraires, pourtant, osent prendre le risque. Par exemple, Isabelle Barbéris, agrégée de lettres modernes, normalienne, chercheuse associée au CNRS et maître de conférences à Paris-VII. « Certains étudiants, dit-elle, ont été littéralement endoctrinés par des professeurs qui sont de purs militants, mais que leurs titres académiques légitiment auprès des jeunes. » Céline Masson, professeur de psychopathologie clinique à l’université de Picardie Jules-Verne, ajoute :
« Il existe aujourd’hui une petite cinquantaine d’universitaires très présents sur certains campus qui instrumentalisent la notion de racisme d’Etat. »

En juin, Céline Masson a fait paraître avec deux autres professeurs (Isabelle de Mecquenem, professeur de philosophie de l’université de Reims, et Jean Szlamowicz, de l’université de Bourgogne) une tribune titrée : « Un antiracisme sectaire à l’assaut des facs : malaise dans la culture juvénile ». Ils y décryptaient le « discours univoque et véhément », qui, de colloques en conférences sur l' »islamophobie », cherche, « au mépris de la rationalité critique », à « légitimer l’idée d’une racisation de la société et d’un racisme d’Etat ». Ainsi s’impose peu à peu une vision du monde, clivée entre les « indigènes » opprimés et les « Blancs » héritiers de la colonisation.
Alors que le mot « race » – jusqu’il y a peu signe de ralliement de l’extrême droite – vient d’être effacé de la Constitution française par un vote à l’unanimité de l’Assemblée nationale, en juillet 2018, le voilà qui fait son entrée en force dans les universités, y compris les plus prestigieuses. En juin 2018, la Sorbonne a lancé une série de conférences autour du thème : « Approches phénoménologiques du genre et de la race. Penser les oppressions et les résistances ».

L' »objectivité du savoir »
En septembre, Paris-Diderot (Paris-VII) a aussi tenu un ambitieux colloque. Trois jours de réflexion avec au menu : « Racisme et discrimination raciale, de l’école à l’université ». Plusieurs enseignants de Paris-VII disent aujourd’hui à « l’Obs », mais toujours sous le sceau de l’anonymat, combien ils ont été heurtés par ce symposium. Bien sûr, expliquent-ils, la problématique de la race, en tant que construction sociale, mérite l’intérêt. Bien sûr, poursuivent-ils, les facultés ont toujours eu pour mission d’animer le débat et la recherche. Mais le Code de l’Education prévoit aussi que l’enseignement supérieur soit « indépendant de toute emprise politique, religieuse ou idéologique ». Et qu’il tende à l' »objectivité du savoir ». Or, à lire la présentation des travaux de Paris-VII, il semble d’emblée posé que l’école et l’université françaises sont par nature « racistes », et produisent automatiquement des discriminations. « C’est donner raison à Bouteldja [la porte-parole des du PIR, NDLR] », affirme l’un de ces enseignants.
Si des associations de défense des droits de l’Homme parviennent parfois à lui fermer la porte des facultés – comme à Limoges il y a un an -, à Toulouse, en revanche, elle a été reçue par deux fois en 2016. Elle bénéficie également du soutien de nombreux intellectuels. En juin 2017, après un article du « Monde » consacré au malaise croissant de la gauche face à l' »usage militant des notions comme la ‘race’ ou l »islamophobie' », une vingtaine de personnalités s’indignent dans une tribune et volent au secours de Bouteldja : « Accusations infondées », « calomnies ». Parmi les signataires : l’historienne Ludivigne de Bantigny, la sociologue Christine Delphy, la philosophe Isabelle Stengers, l’écrivain Annie Ernaux, ou l’éditeur Eric Hazan.

Les « thèses » professées par Houria Bouteldja ont depuis longtemps franchi les sphères confinées de la radicalité. En voici un florilège. Sur les Blancs : « J’appartiens à ma race. Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. […] Mes oppresseurs. » Sur l’homosexualité : « La tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme. » Sur les juifs : « Pour le Sud, la Shoah est – si j’ose dire – moins qu’un détail. […] Cette histoire n’est pas la mienne en vérité […]. C’est pourquoi, je vous le dis en vous regardant droit dans les yeux : je n’irai pas à Auschwitz. »
Le collectif Lallab des femmes musulmanes lors d’un rassemblement féministe des quartiers populaires devant la Basilique Saint-Denis, le 11 mars 2017. (Anita Pouchard Serra / Hans Lucas)

« Femmes, voilez-vous ! »
Lors des grèves des facs au printemps, on a pu mesurer l’effet de tels discours sur les étudiants. Les murs de plusieurs universités ont été tagués de slogans racistes (« Mort aux Blancs », « Fuck White People », « Assimilation = ethnicide »,  » Si le racisme antiblanc existait, je serais un gros faf ») ou à connotation islamiste (« Femmes, voilez-vous ! », « Allahou akbar »,  » Califat Queer « ). Pendant le même mouvement de grève, lors d’une conférence à Nanterre, deux militants « décoloniaux » ont été jusqu’à soutenir que « la gauche blanche enjoint aux non-Blancs de s’identifier comme homosexuels ». Pourquoi ? » Parce que la majorité blanche du Nord impose sa vision de la sexualité, qu’elle prétend universelle et émancipatrice, à l’intégralité de la population non-blanche du Sud qui ne lui a rien demandé.  » Sus à l' »homoracialisme français », concluaient les deux  » décoloniaux « . A bas l' »impérialisme gay » (l’une des expressions phares d’Houria Bouteldja).

Sous la pseudo-spécialisation du langage, des alliances, en apparence contre-nature, se nouent. Entre les Indigènes de la République, les Frères musulmans (lesquels conceptualisent également une racialisation de l’islam) et certains militants d’extrême gauche. Tous unis pour dénoncer un « racisme d’Etat structurel, pensé, organisé et légalisé par des Blancs » et pour instituer les « indigènes » (noirs, arabes ou asiatiques) en « nouveaux damnés de la terre ».
Exemple tout récent : le Collectif Rosa-Parks, qui, en octobre, a appelé à faire la « grève de la France » (« On disparaît de nos lieux de travail, de nos facs, de nos écoles ») pour dénoncer la « gestion raciale » des populations et la « ségrégation » érigée en « système ». Au bas de cet appel, les signatures d’Houria Bouteldja du PIR, de Marwan Muhammad du CCIF et d’une dizaine d’universitaires, parmi lesquels les « indigénistes » assumés Nacira Guénif-Souilamas, professeur de sociologie à Paris-VIII, et Françoise Vergès, politologue.
De l’avis de tous ceux que nous avons rencontrés au cours de cette enquête, la mouvance « décoloniale » gagne du terrain à l’université. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en inquiètent. Le plus souvent en silence. Un professeur est allé jusqu’à nous avouer sa « terreur » face à d’éventuelles représailles d’étudiants. Un autre craint de ne plus « obtenir de crédits » pour ses recherches s’il critique les orientations de son labo. Discours inutilement alarmistes ? Peut-être est-il simplement temps d’ouvrir le débat sur le sujet, sans anathèmes ni fantasmes, et de faire un état des lieux. »


Télévision/Three girls: Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe (Political correctness gone wild: BBC Muslim gang rapes mini-series reveals how the police and social workers abandoned hundreds of British girls to Pakistani prostitution rings for years)

15 juin, 2018
 
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Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
Selon Stanley Cohen (1972), une « panique morale » surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Le sociologue propose également qu’on reconnaisse dans toute « panique morale » deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (« moral entrepreneurs »), initiateurs de la dénonciation collective ; et les « boucs-émissaires » (« folk devils »), personnes ou groupes désignés à la vindicte. Des chercheurs spécialisés dans la culture numérique, tels Henry Jenkins aux Etats-Unis, ou Hervé Le Crosnier, maître de conférence à l’université de Caen, utilisent également le terme de panique morale pour désigner la peur disproportionnée des médias et d’une partie de la population face à la transformation induite par tout changement technologique, perçue comme un grand danger à la portée de chacun. Les « paniques morales » sont souvent liées à des controverses, et sont généralement nourries par une couverture médiatique intense (bien que des paniques semi-spontanées puissent exister. L’hystérie collective peut être une composante de ces mouvements, mais la panique morale s’en distingue parce que constitutivement interprétée en termes de moralité. Elle s’exprime habituellement davantage en termes d’offense ou d’outrage qu’en termes de peur. Les « paniques morales » (telles que définies par Stanley Cohen) s’articulent autour d’un élément perçu comme un danger pour une valeur ou une norme défendue par la société ou mise en avant par les médias ou institutions. L’un des aspects les plus marquants des paniques morales est leur capacité à s’auto-entretenir. La médiatisation d’une panique tendant à légitimer celle-ci et à faire apparaître le problème (parfois illusoire), comme bien réel et plus important qu’il n’est. La médiatisation de la panique engendrant alors un accroissement de la panique. Les effets de ce genre de réactions sont par ailleurs nombreux dans le domaine politique et juridique. (…) Le terme « panique morale » a été inventé par Stanley Cohen (en 1972 pour décrire la couverture médiatique des Mods et des Rockers au Royaume-Uni dans les années soixante. On fait remonter aux Middletown Studies, conduites en 1925 pour la première fois, la première analyse en profondeur de ce phénomène : les chercheurs découvrirent que les communautés religieuses américaines et leurs chefs locaux condamnaient alors les nouvelles technologies comme la radio ou l’automobile en arguant qu’elles faisait la promotion de conduites immorales. Un pasteur interrogé dans cette étude désignait ainsi l’automobile comme une « maison close sur roues » et condamnait cette invention au motif qu’elle donnait aux citoyens le moyen de quitter la ville alors qu’ils auraient dû être à l’église. Cependant, dès les années 30, Wilhem Reich avait développé le concept de peste émotionnelle qui, sous une forme plus radicale, est la base théorique de la panique morale. (…) Le risque lié aux paniques morales est multiple. Les plus importants sont de ne plus croire ce qui est rapporté par les médias ou même de ne plus croire les informations justes, constituant ainsi le terreau du complotisme qui se répand au XXIe siècle avec la prédominance des échanges sur internet. C’est aussi mettre sur un même plan d’importance des éléments pourtant très différents. Ainsi, certaines paniques dites “mineures” par Divan Frau-Meigs pourraient se retrouver à une même importance que des paniques morales majeures (le traitement de l’obésité au même niveau que la peur du terrorisme par exemple). Wikipedia
It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s. Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’. Cohen discusses the changes that have occurred in society and how this has had re-directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuine’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite-engineered, the contemporary ones are much more likely to populist-based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist-focused. The new criminalizers who address the moral panics are either post-liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti-denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover-up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attention, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heuristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher, to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation. Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter-hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past century, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse. Moral panics can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of the self. With the shift towards neo-liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fact that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour, expression and self-presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time-space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass forms of moral regulation is that it is too broad and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis. Dimitar Panchev (2013)
« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. » (…) « We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. » (…) Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids. People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago. « But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says. « They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer. « I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. » It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city: Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence. And those left on their own. Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house. Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night. These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it. « We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. » He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex. « Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them. (…) There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column. Ronnie Polaneczky
Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough. Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame. However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study. Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used. (…) Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote. Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling. The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said. ‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote. Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling. Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all. But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives. Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote. The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance. Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term. Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found. This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms. Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote. Daily Mail
L’upskirt (anglicisme argotique, littéralement « sous la jupe ») est une forme d’érotisme ou de pornographie particulièrement présente sur Internet, constituée de photographies ou de videos prises sous les jupes des femmes (le plus souvent en contre-plongée en position debout, ou de face en position assise), dans le but de montrer leurs sous-vêtements, voire leurs parties génitales et/ou leurs fesses. Bien que les prises de vues puissent être faites avec le consentement des sujets, les spectateurs de ce type de scènes recherchent le plus souvent des clichés pris furtivement, notamment dans des lieux publics, et donc, selon toute vraisemblance, à l’insu des personnes représentées, ce qui fait de l’upskirt une forme de voyeurisme. L’avènement des téléphones mobiles équipés d’appareils photo et de caméras est souvent présenté comme étant à l’origine du développement de cette pratique, mais en réalité, l’upskirt existe depuis que la mode a démocratisé la minijupe, c’est-à-dire vers le milieu des années 60. Une telle pratique sans le consentement de la personne photographiée peut être considérée comme illégale dans certaines juridictions. Wikipedia
Critiqué par ses fans pour avoir accepté de chanter lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, Robbie Williams a terminé sa prestation en faisant un doigt d’honneur. Un geste, réalisé juste après avoir rajouté un «I did it for free» dans les paroles de «Rock DJ», qui a immédiatement été très commenté sur les réseaux sociaux. L’Equipe
il s’agit de respecter une souffrance. Samia Maktouf (avocate de familles de victimes de l’attentat islamiste du Bataclan en réaction à la programmation dans la salle d’un certain Médine ayant intitulé l’un de ses disques « Jihad »)
Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien. À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie. Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières. (…) Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens». L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens. Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. (…) Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. (…) Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte». Le Figaro
C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ». (…) À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ». Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.(…) Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points. Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet. La Croix
Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. (…) Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. Jérome Fourquet
On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. Jacques Sédat (psychanalyste)
Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion. La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes. Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement. Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés. Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire. Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit. Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres. Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens. Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ? (…) Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ? Anne-Sophie Chazaud (Causeur)
A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder. Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others. Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday. (…) Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ». He also wrote that Muslim men were « preying on our children ». The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal. BBC
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
I’m a Rotherham grooming gang survivor. (…) I’m part of the UK’s largest ever child sexual abuse investigation. As a teenager, I was taken to various houses and flats above takeaways in the north of England, to be beaten, tortured and raped over 100 times. I was called a “white slag” and “white c***” as they beat me. They made it clear that because I was a non-Muslim, and not a virgin, and because I didn’t dress “modestly”, that they believed I deserved to be “punished”. They said I had to “obey” or be beaten. (…) Like terrorists, they firmly believe that the crimes they carry out are justified by their religious beliefs. Experts say that grooming gangs are not the same as paedophile rings. It’s something that central Government really needs to understand in order to prevent more grooming gang crime in the future. In November 2017, the Swedish government held a meeting where they stated that: “Sexual violence is being used as a tactic of terrorism”, and as such, it was recognised as a threat to Sweden’s national security. The link between terrorism and rape undertaken by Islamist gangs was not being ignored. They called for counter-extremism education. This sounds like a balanced and intelligent governmental response to me. Religious indoctrination is a big part of the process of getting young men involved in grooming gang crime. Religious ideas about purity, virginity, modesty and obedience are taken to the extreme until horrific abuse becomes the norm. It was taught to me as a concept of “othering”. “Muslim girls are good and pure because they dress modestly, covering down to their ankles and wrists, and covering their crotch area. They stay virgins until marriage. They are our girls. « White girls and non-Muslim girls are bad because you dress like slags. You show the curves of your bodies (showing the gap between your thighs means you’re asking for it) and therefore you’re immoral. White girls sleep with hundreds of men. You are the other girls. You are worthless and you deserve to be gang-raped.” This hateful religious hypocrisy strikes people to their very core. But it’s far from unique. My main perpetrator quoted scriptures from the Quran to me as he beat me. (…) I experienced horrific, religiously sanctioned sexual violence and torture – so I definitely believe that we need to be aware of religious extremism as something potentially harmful, so that we can protect people from it. I witnessed the ways young men are groomed to become perpetrators by older grooming gang members. It’s very similar to the tactics used in grooming for terrorism, with love-bombing, emotive language (“brother”, “cuz”, “blud”), and promises of wealth and fame, then humiliation, controlling with guilt and shame, training with weapons, and instilling hate and fear of outsiders. Always, at the same time, they continue to convince these young men that they must find girls to be gang-raped too. Grooming gang crime is upheld by religious extremism. Like Sweden, we must officially recognise this, and work to curb extremist preaching, teach religious counter-narratives, give gendered extremism education and deliver quality relationships education, while learning the lessons from Prevent and Channel. We need a careful, considered approach that is respectful of the human rights of everyone. Rotherham grooming gang victim
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de