Changement climatique: Et si on relisait Julian Simon ? (Spot the error when fewer and fewer people die from climate-related natural disasters, but our media inundates us with one catastrophic story after another ?)

2 janvier, 2022

Au cours des cent dernières années, les décès annuels liés au climat ont diminué de plus de 96 %. Dans les années 1920, le nombre de décès dus aux catastrophes liées au climat était de 485 000 en moyenne chaque année. Au cours de la dernière décennie complète, 2010-2019, la moyenne était de 18 362 morts par an, soit 96,2 % de moins. (…) On entend beaucoup parler de toutes les catastrophes climatiques mortelles en 2021 : le dôme thermique américain/canadien, les inondations en Allemagne et en Belgique, ou la tempête hivernale de février aux États-Unis. ( …) Le nombre d’événements rapportés augmente, mais cela est principalement dû aux progrès de l’information, un seuil de tolérance plus bas et une meilleure accessibilité (l’effet CNN).(…) Nous ne sommes pas bien informés lorsque les médias ne nous donnent pas réellement un vue d’ensemble des données, mais au lieu de cela, nous inonde simplement d’une histoire catastrophique après l’autre sans contexte. Notez que cela ne signifie * pas * qu’il n’y a pas de réchauffement climatique ou qu’un signal climatique pourrait éventuellement conduire à d’autres décès. Le réchauffement climatique est un vrai problème que nous devrions résoudre intelligemment. Les reportages médiatiques ne nous aident pas à être intelligents. Ce graphique nous montre que nos plus grandes richesse et capacité d’adaptation ont largement éclipsé tout impact négatif potentiel du climat en ce qui concerne la vulnérabilité climatique humaine. Bjorn Lomborg
Dans cet ouvrage magistral, Julian Lincoln Simon explique que l’homme connaît un problème d’accès aux ressources naturelles depuis la préhistoire. Mais, contrairement à Malthus, il estime que les ressources s’accroissent à mesure qu’augmente la population. Voici comment les choses se sont toujours passées : un accroissement de la population et un plus haut standard de vie génèrent – il est vrai – des pénuries dans le présent et dans le futur proche. Dès lors, les prix augmentent. Une augmentation des prix représente une opportunité qui attire des entrepreneurs à la recherche du profit et des inventeurs désireux de trouver de nouveaux moyens pour satisfaire les besoins (de nouveaux procédés d’exploitation, un meilleur rendement énergétique, une source de substitution : du charbon plutôt que du bois, du pétrole plutôt que du charbon, de l’énergie nucléaire plutôt que pétrole, etc.). Malgré de nombreux échecs, des solutions sont toujours trouvées dans une société libre (qui garantit les libertés indispensables à l’éducation de tous, à la recherche, à la propriété du fruit de son travail). Finalement, les prix de la ressource menacée s’abaissent et la résolution du problème nous place dans une situation meilleure que celle qui prévalait avant la survenance du problème. Cela signifie que nous avons besoin de problèmes. Cela dit, nous ne devons pas non plus intentionnellement nous créer de nouveaux problèmes. Plus de monde sur terre, c’est plus de problèmes. Mais plus de monde, c’est aussi le moyen de solutionner ces problèmes. Le principal carburant de notre progrès, c’est notre stock de connaissances. Le frein, c’est notre manque d’imagination. La ressource ultime, c’est l’homme, c’est-à-dire des gens compétents et pleins d’espoirs qui mobilisent leur volonté et leur imagination à leur propre bénéfice mais dont les succès bénéficient inévitablement au reste de l’humanité. L’environnement ne se dégrade-t-il pas ? Non. Dans le monde occidental, la qualité de l’air et de l’eau s’est améliorée sensiblement durant les dernières décennies, la surface forestière mondiale a augmenté ces cinquante dernières années, etc. Comment évaluer la pollution dans le temps et l’espace ? Par l’espérance de vie. C’est un critère simple pour évaluer le degré de pollution et c’est aussi le critère le plus inclusif. On constate alors que la pollution a diminué depuis le début de l’espèce humaine. La croissance démographique ne constitue-t-elle pas un danger ? Dans les pays pauvres, une augmentation du niveau de revenu conduit à court terme à une augmentation de la fertilité. La baisse de la mortalité infantile ne déclenche pas immédiatement une limitation des naissances car les familles continuent, un bref moment, à appliquer les comportements du passé où il était rationnel d’avoir beaucoup d’enfants pour s’assurer que quelques-uns au moins survivent jusqu’à l’âge adulte. Mais à long terme, cette augmentation continue conduit finalement à une baisse de la fertilité. La chute de la mortalité infantile, l’augmentation du niveau d’éducation, l’accès aux méthodes contraceptives et l’exode rural vers la ville contribuent à cet abaissement du taux de natalité. Les enfants coûtent plus cher à élever en ville et rapportent moins d’argent à la famille qu’ils ne le faisaient à la campagne. Le processus est connu sous le nom de « transition démographique ». La croissance démographique génère des économies d’échelle dans l’industrie et des gains de connaissance qui, à leur tour, engendrent une productivité accrue. Corentin de Salle

Et si on relisait Julian Simon ?

The Doomslayer

Ed Regis
Wired

02.01.1997

The environment is going to hell, and human life is doomed to only get worse, right? Wrong. Conventional wisdom, meet Julian Simon, the Doomslayer.

This is the litany : Our resources are running out. The air is bad, the water worse. The planet’s species are dying off – more exactly, we’re killing them -at the staggering rate of 100,000 peryear, a figure that works out to almost 2,000 species per week, 300 per day, 10 perhour, another dead species every six minutes.We’re trashing the planet, washing away the topsoil, paving over our farmlands, systematically deforesting our wildernesses, decimating the biota, and ultimately killing ourselves.

The world is getting progressively poorer, and it’s all because of population, or more precisely, overpopulation. There’s a finite store of resources on our pale blue dot, spaceship Earth, our small and fragile tiny planet, and we’re fast approaching its ultimate carrying capacity. The limits to growth are finally upon us, and we’re living on borrowed time. The laws of population growth are inexorable. Unless we act decisively, the final result is written in stone: mass poverty, famine, starvation, and death.

Time is short, and we have to act now.

That’s the standard and canonical litany. It’s been drilled into our heads so far and so forcefully that to hear it yet once more is … well, it’s almost reassuring. It’s comforting, oddly consoling – at least we’re face to face with the enemies: consumption, population, mindless growth. And we know the solution: cut back, contract, make do with less. « Live simply so that others may simply live. »

There’s just one problem with The Litany, just one slight little wee imperfection: every item in that dim and dreary recitation, each and every last claim, is false. Incorrect. At variance with the truth.

Not the way it is, folks.

Thus saith The Doomslayer, one Julian L. Simon, a neither shy nor retiring nor particularly mild-mannered professor of business administration at a middling eastern-seaboard state university. Simon paints a somewhat different picture of the human condition circa 1997.

« Our species is better off in just about every measurable material way, » he says. « Just about every important long-run measure of human material welfare shows improvement over the decades and centuries, in the United States and the rest of the world. Raw materials – all of them – have become less scarce rather than more. The air in the US and in other rich countries is irrefutably safer to breathe. Water cleanliness has improved. The environment is increasingly healthy, with every prospect that this trend will continue.

« Fear is rampant about rapid rates of species extinction, » he continues, « but the fear has little or no basis. The highest rate of observed extinction, though certainly more have gone extinct unobserved, is one species per year … »

(One species per year!)

« … in contrast to the 40,000 per year that some ecologists have been forecasting for the year 2000.

« The scare that farmlands are blowing and washing away is a fraud upon the public. The aggregate data on the condition of farmland and the rate of erosion do not support the concern about soil erosion. The data suggest that the condition of cropland has been improving rather than worsening. »

What Ancient Farmers Had Right About Corn

As for global deforestation, « the world is not being deforested; it is being reforested in general. »

Still, there is one resource that the world does not have enough of, that’s actually getting rarer, according to Julian Simon. That resource: people.

« People are becoming more scarce, » he says, « even though there are more of us. »

Hello?

Simon started off as a card-carrying antigrowth, antipopulation zealot. He’d been won over by the conventional reasoning; he regarded the central argument as absolutely persuasive. And indeed, if we rehearse it now, it sounds like a faultless proof, clear and compelling, even watertight.

The classical case against population growth was expressed in 1798 by Thomas Malthus, the British economist and country parson who wrote in An Essay on the Principle of Population: « Population, when unchecked, increases in a geometrical ratio. Subsistence increases only in an arithmetical ratio. A slight acquaintance with numbers will show the immensity of the first power in comparison of the second. »

As a point of abstract mathematics, there is no way around the conclusion that a geometric progression, if carried on far enough, will eventually overtake an arithmetic progression, no matter what. If population increases geometrically while « subsistence, » or food, increases arithmetically, then sooner or later the population will run out of food. End of story.

Or so it would appear, except for the following embarrassing fact: « Population has never increased geometrically, » says Simon. « It increases at all kinds of different rates historically, but however fast it increases, food increases at least as fast, if not faster. In other words, whatever the rate of population growth is, the food supply increases at an even faster rate. »

These, he says, are the actual and empirical facts of the matter, information available to any inquirer. Simon first got a taste of those facts while studying the data amassed by the economic demographer Simon Kuznets (winner of the 1971 Nobel Prize in economics) and by economist Richard Easterlin, in the mid-1960s. Kuznets had followed population growth trends that went back 100 years and compared them against standard of living, while Easterlin analyzed the same data for selected countries since World War II. The studies showed that while population growth rates varied from country to country and from year to year, there was no general negative correlation with living standards. People did not become poorer as the population expanded; rather, as their numbers multiplied, they produced what they needed to support themselves, and they prospered.

The trends were the same for food supply. Rising population did not mean less food, just the opposite: instead of skyrocketing as predicted by the Malthusian theory, food prices, relative to wages, had declined historically. In the United States, for example, between 1800 and 1980, the price of wheat plummeted while the population grew from 5 million to 226 million. Accord-ing to Malthus, all those people should have been long dead, the country reduced to a handful of fur trappers on the brink of starvation. In fact, there was a booming and flourishing populace, one that was better-fed, taller, healthier, more disease-free, with far less infant mortality and longer life expectancy than ever before in human history. Obesity, not starvation, was the major American food problem in 1980. Those were the facts.

Nor should they have come as any great surprise, once you gave the matter some thought. Plants and animals used for food constitute « populations » just as human beings do, and so they, too, ought to increase not arithmetically, as Malthus claimed, but geometrically. The food supply, in other words, ought to keep pace with human population growth, thereby leaving all of us well-fed, happy, and snug in our beds.

Which, Simon discovered, is exactly what has happened throughout history. So if you look at the facts – as opposed to spinning out theories – you find precisely the reverse of the situation described by Malthus. Just the opposite!

Simon acquired his habit of looking up the facts in early childhood, at the dinner table of the family home in Newark, New Jersey. He’d be in some argument with his father over the benefits of exercise, the price of butter, or the health value of air conditioning, and whether from ignorance, pigheadedness, or general perversity, his father would always take some outlandish, off-the-wall viewpoint, such as: « The price of butter is 8 cents a pound. »

Julian: « No, it’s not, it’s 80 cents a pound. It’s in the newspaper, take a look. »

Father: « I don’t have to look. I know it’s 8 cents a pound. »

Julian: « Do you want to bet? I’ll bet you it’s not 8 cents a pound. »

His father would never take the bet, but Julian would go to the library anyway, look things up in books, and come back with a ream of facts and data. His father, however, couldn’t care less.

« I clearly didn’t like my father, » says Simon.

It’s an attitude that drives him crazy to this day – people who know in advance what the truth is, who don’t need to avail themselves of any « facts. » But Simon loves facts and figures, he loves tables, charts, graphs, information arranged in rows and columns. Tabulations, the slopes of curves, diagrams, pie charts, histograms – he’s a regular Mr. Data.

Of course, since people don’t particularly like to have their cherished beliefs contradicted by heaps of facts served up on a platter, Simon has never been Mr. Popularity. He got fired from jobs in the navy because he hated the customary ass-kissing, sucking-up, and yessir requirements. Nor has he ever been much for schmoozing, glad-handing, or the latter-day manners of get-along, go-along.

« Socially I was always a bit marginal, » he admits. « Also, there always lurked inside me some irreverence for authority and orthodoxy. »

None of this held him back academically. He got a bachelor’s in experimental psychology from Harvard, an MBA from the University of Chicago, and, two years later, in 1961, a PhD in business economics from the same school.

He was not one of those MBAs whose closest contact with the gritty business world was going down to the corner newsstand to purchase a copy of The Wall Street Journal. The year he got his doctorate he started and operated his own business, a mail-order firm that sold quality teas, coffees, and a book on how to make beer at home. The enterprise was successful enough, but not so much as the book he later wrote about it, How to Start and Operate a Mail-Order Business (McGraw-Hill, 1965), still in print and currently in its fifth edition

He got married and had three kids and wound up, successively, as professor of advertising, of marketing, and of business administration and economics at the University of Illinois at Urbana-Champaign. Then in 1966 or so, he had his big idea about how to solve the airline overbooking problem. Anticipating no-shows, airlines routinely oversold their flights. But when more people showed up at the gate than the plane had seats, pandemonium ensued. *Well, why not pay people to get off the plane?*he wondered. Offer them enough to make it attractive. It would be a voluntary system, and everyone would win.

So in his practical, down-to-earth, this-is-only-reasonable fashion, he submitted his suggestion to the airlines. The idea was laughed at, mocked, and ridiculed as unrealistic and unworkable. An official at Pan American replied: « Of course, we instituted the procedure immediately, after having the instructions translated into 18 languages. » Ha ha ha, thank you, and goodbye.

Eleven years later, in 1977, Simon hadn’t given up on the scheme. He published it in The Wall Street Journal, in an op-ed piece titled « Wherein the Author Offers a Modest Proposal. » And lo and behold, a year after that, when economist Alfred Kahn headed up the Civil Aeronautics Board, Simon’s proposal was put into practice. It was a raging success from the start, remains so to this day, and anyone who’s ever voluntarily offloaded themselves from a plane for cash or free miles owes a nod of thanks to Julian Simon.

Still, that was a mere flash in the pan, and Simon’s overall impact on the world at large was rather less massive than he desired. He was not making a name for himself, not setting the world on fire.

But there were those who were – Paul Ehrlich, for example.

Ehrlich, a Stanford University entomologist who as a youth had seen his best butterfly hunting grounds churned under the real estate developer’s plow, wrote the runaway best-seller The Population Bomb. Published in 1968, the book was solidly Malthusian.

« The battle to feed all of humanity is over, » it began. « In the 1970s and 1980s hundreds of millions of people will starve to death in spite of any crash programs embarked upon now. At this late date nothing can prevent a substantial increase in the world death rate, although many lives could be saved through dramatic programs to ‘stretch’ the carrying capacity of the earth by increasing food production and providing for more equitable distribution of whatever food is available. But these programs will only provide a stay of execution unless they are accompanied by determined and successful efforts at population control. » And so on, The Complete and Authoritative Litany, for the next 200 pages.

This late-breaking Malthusian out-burst, strangely enough, did set the world on fire. The book sold 3 million copies, became the best-selling environmental tract of all time, and got the author on The Tonight Show.

At home in Illinois, Simon watched Ehrlich on the Johnny Carson show, and he went bananas. In fact, more bananas than he’d ever before gone in his life. Simon had by that time decided that the Malthusian stuff was the purest mythology, an invention out of whole cloth, a theory that was entirely controverted by every available empirical fact. And here was Paul Ehrlich on TV spreading his stardust all over the place and holding Johnny Carson in some kind of mystic thrall.

« It absolutely drove me out of my skull, » he recalls. « Here was a guy reaching a vast audience, leading this juggernaut of environmentalist hysteria, and I felt utterly helpless. What could I do? Go talk to five people? »

As bad an experience as that was, matters immediately got worse. The next year, 1969, Ehrlich published an article called « Eco-Catastrophe! » in Ramparts. « Most of the people who are going to die in the greatest cataclysm in the history of man have already been born, » it said. « By that time [1975] some experts feel that food shortages will have escalated the present level of world hunger and starvation into famines of unbelievable proportions. »

Then, in 1974, Ehrlich and his wife, Anne Ehrlich, also a Stanford biologist, published a new book, The End of Affluence, in which they warned of a « nutritional disaster that seems likely to overtake humanity in the 1970s (or, at the latest, the 1980s). Due to a combination of ignorance, greed, and callousness, a situation has been created that could lead to a billion or more people starving to death…. Before 1985 mankind will enter a genuine age of scarcity » in which « the accessible supplies of many key minerals will be nearing depletion. »

Julian Simon read this stuff, which he viewed as unalloyed and total nonsense. He brooded and fumed and stewed in his juices. He experienced what might be called a personal lull.

And then, finally, in 1980 he emerged from the cocoon. He’d gone into it as a humble professor of marketing and a passive spectator of global death sentence forecasts. But now, suddenly, he broke out into the light of day, he sprang forth onto the world stage, he started swinging his diamond-tipped sword – thwick-thwack! – as … The Doomslayer!

The rebirth occurred in the pages of Science, in an article titled « Resources, Population, Environment: An Oversupply of False Bad News. » It led with a summary that became a manifesto:False bad news about population growth, natural resources, and the environment is published widely in the face of contrary evidence. For example, the world supply of arable land has actually been increasing, the scarcity of natural resources including food and energy has been decreasing, and basic measures of U.S. environmental quality show positive trends. The aggregate data show no long-run negative effect of population growth upon standard of living. Models that embody forces omitted in the past, especially the influence of population size upon productivity increase, suggest a long-run positive effect of additional people.

Written in the form of Statement followed by Fact, every reigning doomsday dragon was neatly slashed in half, the severed beasts left flapping around on the ground like fish.

Statement: The food situation in less-developed countries is worsening.

Fact: Per capita food production has been increasing at roughly 1 percent yearly – 25 percent during the last quarter century.

Statement: Urban sprawl is paving over the United States, including much « prime agricultural land » and recreational areas.

Fact: All the land used for urban areas plus roadways totals less than 3 percent of the United States…. Each year 1.25 million acres are converted to efficient cropland by draining swamps and irrigating deserts…. A million acres yearly goes into additional wilderness recreation areas and wildlife refuges, and another 300,000 acres goes for reservoirs and flood control.

So on and so forth, fact piled upon fact, paragraph after paragraph, all of it buttressed by tables, charts, graphs, and diagrams, plus 42 footnotes, many of them containing additional data.

Letters to the editor poured into Science in an unseemly rush. A few of them expressed partial agreement, but the majority were heavily critical. Many of them repeated statutory items of The Litany – « human beings, like any other species, have the biological capacity to overrun the carrying capacity of their habitat » – and there were even some feeble attempts at humor: in extrapolating from past trends, said one writer, Simon is like « the person who leaped from a very tall building and on being asked how things were going as he passed the 20th floor replied, ‘Fine, so far.' » (Simon’s response: « I think the better story is about somebody who has a rope lifeline and falls off the 15th floor. Somewhere about 30 feet above the ground, she lets go of the rope. You ask her, ‘Why did you let go of the rope?’ And she answers, ‘It was going to break anyway.’ That’s how many activists would like us to behave. »)

Anne and Paul Ehrlich, along with two energy and natural resource experts, John Holdren and John Harte, wrote their own letter to the editor. After charging Simon with various « errors about the economics of scarcity, » they went on to make some new doomsday predictions: « If deforestation for agriculture proceeds on a large enough scale, the resulting pulse of carbon dioxide may combine with that from increasing fossil-fuel combustion to alter global climate in a way that undermines food production to an unprecedented degree. » They also corrected one of Simon’s data points having to do with electricity, which Simon claimed had gotten cheaper. « The fact is, » they said, « that real electricity prices bottomed in 1971 and were already up 18 percent from that low point in 1972. » An 18 percent increase where Simon said there’d been a decline!

« I was taken aback, » said Simon in his published reply. « Holdren and Harte are energy scholars. I checked Fig. 1 and other sources but could see no sign of their 18 percent. » So he placed a phone call to the coauthor of the report cited by Holdren, Harte, and the Ehrlichs. « He, too, was puzzled. Upon investigation, the 1971 number (80.2) proved to be a typographical error and should have been 93.3. So much for Holdren et alia’s ‘fact.' »

The battle lines now drawn, it was not long before Ehrlich and Simon met for a duel in the sun. The face-off occurred in the pages of Social Science Quarterly, where Simon challenged Ehrlich to put his money where his mouth was. In response to Ehrlich’s published claim that « If I were a gambler, I would take even money that England will not exist in the year 2000 » – a proposition Simon regarded as too silly to bother with – Simon countered with « a public offer to stake US$10,000 … on my belief that the cost of non-government-controlled raw materials (including grain and oil) will not rise in the long run. »

You could name your own terms: select any raw material you wanted – copper, tin, whatever – and select any date in the future, « any date more than a year away, » and Simon would bet that the commodity’s price on that date would be lower than what it was at the time of the wager.

« How about it, doomsayers and catastrophists? First come, first served. »

In California, Paul Ehrlich stepped right up – and why not? He’d been repeating the Malthusian argument for years; he was sure that things were running out, that resources were getting scarcer – « nearing depletion, » as he’d said – and therefore would have to become more expensive. A public wager would be the chance to demonstrate the shrewdness of his forecasts, draw attention to the catastrophic state of the world situation, and, not least, force this Julian Simon character to eat his words. So he jumped at the chance: « I and my colleagues, John P. Holdren (University of California, Berkeley) and John Harte (Lawrence Berkeley Laboratory), jointly accept Simon’s astonishing offer before other greedy people jump in. »

Ehrlich and his colleagues picked five metals that they thought would undergo big price rises: chromium, copper, nickel, tin, and tungsten. Then, on paper, they bought $200 worth of each, for a total bet of $1,000, using the prices on September 29, 1980, as an index. They designated September 29, 1990, 10 years hence, as the payoff date. If the inflation-adjusted prices of the various metals rose in the interim, Simon would pay Ehrlich the combined difference; if the prices fell, Ehrlich et alia would pay Simon.

Then they sat back and waited.

Between 1980 and 1990, the world’s population grew by more than 800 million, the largest increase in one decade in all of history. But by September 1990, without a single exception, the price of each of Ehrlich’s selected metals had fallen, and in some cases had dropped through the floor. Chrome, which had sold for $3.90 a pound in 1980, was down to $3.70 in 1990. Tin, which was $8.72 a pound in 1980, was down to $3.88 a decade later.

Which is how it came to pass that in October 1990, Paul Ehrlich mailed Julian Simon a check for $576.07.

A more perfect resolution of the Ehrlich-Simon debate could not be imagined. All of the former’s grim predictions had been decisively overturned by events. Ehrlich was wrong about higher natural resource prices, about « famines of unbelievable proportions » occurring by 1975, about « hundreds of millions of people starving to death » in the 1970s and ’80s, about the world « entering a genuine age of scarcity. »

In 1990, for his having promoted « greater public understanding of environmental problems, » Ehrlich received a MacArthur Foundation « genius » award.

By the time he’d won the bet, Simon and his family had moved back to the East Coast, he to take up a position as professor of business administration at the University of Maryland, and his wife, Rita Simon, a sociologist, to become professor of criminal justice at the American University in Washington, DC. They moved into a red brick house in Chevy Chase, Maryland, an upper-middle-class community inside the Beltway.

The house had computers on every floor, two Xerox copiers, and an assortment of exercise machines on which Julian Simon read books or newspapers while trying to keep his spare and straight body in fighting trim. When it wasn’t raining, snowing, or more than 100 degrees outside, he did his research and writing out on the deck, sometimes with a wet sponge covering his shaved bald head. He’d sit there in the shade of the mulberry tree, binoculars nearby to stare at birds – particularly hummingbirds that came to a feeder. And with battery-acid coffee from a thermos that looked as if it came over on the Mayflower, he’d tilt at new windmills.

He always found it somewhat peculiar that neither the Science piece nor his public wager with Ehrlich nor anything else that he did, said, or wrote seemed to make much of a dent on the world at large. For some reason he could never comprehend, people were inclined to believe the very worst about anything and everything; they were immune to contrary evidence just as if they’d been medically vaccinated against the force of fact. Furthermore, there seemed to be a bizarre reverse-Cassandra effect operating in the universe: whereas the mythical Cassandra spoke the awful truth and was not believed, these days « experts » spoke awful falsehoods, and they were believed. Repeatedly being wrong actually seemed to be an advantage, conferring some sort of puzzling magic glow upon the speaker.

There was Lester Brown, for example, founder and president of the Worldwatch Institute, who in 1981 wrote: « The period of global food security is over. As the demand for food continues to press against the supply, inevitably real food prices will rise. The question no longer seems to be whether they will rise but how much. »

All during the 1980s, however, wheat and rice prices declined; in mid-century, in fact, they reached all-time lows. But this made no difference, and in 1986, for his work on the « global economy and the natural resources and the systems that support it, » Lester Brown, too, received

a MacArthur Foundation « genius » award.

Julian Simon never received a MacArthur award.

« MacArthur! » he says. « I can’t even get a McDonald’s! »

This did not discourage him. Doomslaying was a thankless task, but it had to be done, like taking out the garbage: it had to be carted to the dump today even if there’d be another big pile of it tomorrow.

So Simon penned tract after tract pleading his case: The Ultimate Resource (Princeton University Press, 1981), arguing that the most valuable resource of all was people; Theory of Population and Economic Growth in 1986; Population and Development in Poor Countries in 1992, and so on. In all, he wrote or edited a rough dozen such books, all of them aimed at demolishing one or another tenet of The Litany. But the nearest he got to that MacArthur was a senior fellowship from the conservative Cato Institute.

Naturally, he received a fair amount of bad press for all this heresy, particularly for his pet claim that what the world needs most is lots of additional human beings. They’re not just mouths to feed, he argued. Newborn babes grow up to be creative adults; they turn into individuals who contribute and achieve, who give back far more than they ever take.

But nobody could believe it.

« He’s overly optimistic, » said Peggy Rizo, then of the Washington, DC-based Population Crisis Committee, now called Population Action International. « He is an economist who is trying to transpose what he believes to be the American prairie experience into the experience of crowded areas like Africa, Central America, and Asia. »

« What does it mean in terms of the quality of life of the people of the 21st century when cities are joined to cities and we have just several huge megalopolises? » asked Rupert Cutler, then executive director of the Environmental Fund, which became Population Environment Balance, headquartered in Washington, DC. « I think we can predict a pall of brown air over these cities. We can predict water shortages, joblessness … and crime. »

Well, it wasn’t as if Julian Simon hadn’t heard that before.

Finally, in 1995 he came out with his crowning fact-feast and catalog of bounty, a book he edited called The State of Humanity. Almost 700 pages of dense text plus charts and figures, the quantity of factual information in it was nothing short of amazing. Simon had data you didn’t even know people track, such as:

World cereal yields, 1950-1990.
Declining crowding in American housing, persons per room, 1900-1987.
Northeast Brazil: apparent per capita daily consumption of major starchy staples among low-income classes, 1974-1975.
Industrial lead pollution at Camp Century, Greenland, since 800 BC.
Oxygen content (in milliliters per liter) at 100 meters depth at Station F 12 in the Bothnian Bay of the Baltic Sea 1900-1968.
Arcane as some of it was, Simon was extremely adept at using this material in formal debates. In July 1996, at a public event sponsored by the World Future Society, Simon debated Hazel Henderson, a private researcher and author ofBuilding a Win-Win World (see « Win-Win World, » page 152). Henderson, who was trying to make a case that government regulation was responsible for reduced air pollution, came armed with a graph showing a decline in pollution levels in London since the late 1950s. The slope of the line was clearly downward, illustrating, she said, the effect of London’s Clean Air Act of 1956.

In his rebuttal period, Simon presented a graph of his own. Whenever he presents any data, his practice is to present the figures going all the way back to day one, to the start of record-keeping on the parameter in question. You have to focus on aggregate trends over the long term, he insists, not just pick and choose some little fleeting data chunks that seem to support your case. So his own chart of smoke levels in London stretched back into the 1800s, and the line from the 1920s on showed a constant and uniform downward slope. « If you look at all the data, » he said, « you can’t tell that there was a clean-air act at any point. »

Anyone who wonders about the accuracy of Simon’s data or conjures up rafts of competing data on the other side of the issue will be met with Simon’s claim that: « There are no other data. » His statistics, he claims, come from the « official » sources, the standard reference works that everyone uses.

« Test for yourself the assertion that the physical conditions of humanity have gotten better. Pick up the US Census Bureau’s Statistical Abstract of the United States and Historical Statistics of the United States at the nearest library. They’re accessible to any schoolkid. Start at 1800. Those books have half the data you need for almost anything. »

Well, if you’ve never opened a volume of Historical Statistics of the United States, you don’t know what excitement is. Two fat square tomes chock-full of charts, tables, and black ink.

« Wonderful, wonderful books! »

For each of Simon’s claims that I checked, the data in those volumes were identical to his. Black infant mortality rates are declining, he says in The State of Humanity. And on page 57 of volume one of Historical Statistics of the United States, in Table B 136-147, under « Fetal Death Ratio; neonatal, infant, and maternal mortality rates, by race: 1915 to 1970, » the precise same decline in mortality rates is presented in tabular form: from 180 black infant deaths per 1,000 live births in 1915 to 31 per 1,000 in 1970. Similarly, his figures for life expectancy correspond to those in the original sources. Same for air pollution.

So go ahead and check his data! Enjoy!

Some of Simon’s other claims, however, are so far from received opinion as to be hard to take seriously – his view on species loss, for example, regarding which he asserts that « the highest rate of observed extinctions is one species per year. »

That was hard to accept. Harvard biologist Edward O. Wilson, the guru of global species extinction, said in 1991: « Believe me, species become extinct. We’re easily eliminating 100,000 a year. » A year later, in his 1992 book The Diversity of Life, he had modified that figure somewhat, saying: « The number of species doomed each year is 27,000. » Apparently, these numbers were a tiny bit slippery. Still, both of them were a far cry from Simon’s « one species per year. »

Simon, on the other hand, pointed out that the higher estimates did not come from observation, they came from theory, specifically from Wilson’s own theory of « island biogeography » which correlates species extinction with tropical forest destruction. The theory’s « species-area equation, » supposedly, predicts that for each additional unit of forest destroyed, so many more species die out.

This was another mathematical argument, reminiscent of the one made long ago by Malthus, and it was exactly the type of Neat Mathematical Certainty that Julian Simon took so much joy in shooting big holes through, which is what he proceeded to do now. The problem with the theory, he wrote in a paper on species loss with Aaron Wildavsky, is that it is not borne out by the empirical facts.

« The only empirical observation we found is by Lugo for Puerto Rico, where ‘human activity reduced the area of primary forests by 99 percent…. This massive forest conversion did not lead to a correspondingly massive species extinction.' » Simon quoted Lugo to the effect that « more land birds have been present on the Island in the 1980s (97 species) than were present in pre-Columbian times (60 species). »

Say again? The forest was 99 percent demolished, and the number of bird species actually rose?

Even for me, this was too much.

The International Institute of Tropical Forestry, part of the US Forest Service, is located in an overgrown gray stone building in San Juan’s Botanical Gardens. Ariel E. Lugo, a slim, gray-bearded man in a silver-green forest service uniform, is director.

He’s also a world-class expert on tropical forests and species extinction. A native of Puerto Rico, Lugo was educated in San Juan through his master’s degree, came to the mainland, got a PhD in plant ecology from the University of North Carolina at Chapel Hill, then taught botany for 10 years at the University of Florida. He spent two years at the Puerto Rico Department of Natural Resources and two more years on Jimmy Carter’s Council on Environmental Quality in Washington, DC. Finally, he went back to San Juan as director of the Institute, a position he’s held for the last 17 years.

« I see myself as in the middle of the road, » he says. « On the right of me is Julian Simon, who sees nothing wrong. You know, ‘We’re doing just fine.’ I don’t want you to put me at that extreme. »

Still, Lugo is not what could be called a major supporter of Wilson’s theory of island biogeography, or of the species-area equation that forms its mathematical centerpiece. The equation is simple enough: S = CAz where S is the number of species, A is the area, and C and z are constants for the type of species in question, its location, and other factors. The apparent certainty it embodies, however, is an illusion, according to Lugo.

« The first uncertainty is that we don’t know how many species there are. The margin of error is enormous: depending on who you talk to there is anywhere between 5 million and 100 million species, but science has described only a million species. How can you predict how many species are lost if you don’t know how many species you’re dealing with? »

The second problem is that the equation was never intended to describe extinctions to begin with. « It was a device for explaining the number of species on islands, » he says. Generally, the bigger the island, the more species it has, other things being equal. But even if cutting down an island’s forests causes species to leave the area, that’s not the same thing as making those species extinct. « The presence or absence of a species in a particular area is one thing, whereas wiping out the genome of that species is another thing altogether – wiping out the seed, wiping out the mechanisms for hibernation, wiping out its dispersal, wiping out the management of the species. That’s a completely different biology.

« And what is the relationship between deforestation and species loss to begin with? » he asks. « Do we understand that? Do we know that when you deforest an acre, you lose x proportion of species, to extinction? Well, I’m afraid that nobody knows that. There is not one study that can claim to have understood the relationship between deforestation and species lost to extinction.

« And so if you’re an objective scientist, » he says, « you cannot put a number to the rate of species lost. But I believe we’re exaggerating the numbers.

« What’s unstated in all this is that when you deforest, you go to zero, that you go to pavement. That’s how I put it, that ‘you go to pavement.’ This is why people get mad at me, because at this point in my talks I show a slide of pavement, but the pavement has weeds growing through it. I can take you to places of abandoned roads in the rain forest that have trees growing out of them. »

Trees sprouting from the asphalt! Birds perching on the branches, insects crawling, worms boring, bees buzzing, lizards walking, moss growing on the tree trunk!

« Look at the example of Puerto Rico, » Lugo says. « This island has a documented deforestation rate of 90 percent, and it has a documented loss of primary forest of 97 to 98 percent. So here’s an island that has lost in the past, in the recentpast, up to the ’50s – I was already born when the island was at the peak of deforestation – it’s lost almost all of its forest.

« The first surprise is that there are more bird species here now than ever, in part due to the invasion of nonindigenous species. The second surprise is that much of the forest has grown back. »

On Lugo’s conference table is a book open to two photographs.

« Now, where I’m gonna send you today, » he says, « is here. »

He points to a road that winds through the western fringe of El Yunque, the Caribbean National Forest, the only tropical rain forest in the US national forest system. Picture One, an aerial photograph taken in 1951, shows the area on the west side of the road:clear-cut, mowed down, absolutely denuded of trees. It looks like stumps and dead grass. The east side of the road, by contrast, is deep, dark, and flush with vegetation, an untouched virgin rain forest.

Picture Two shows the same area 13 years later: from the aerial photograph, both sides of the road are identical.

« You can see that it recovered, » says Lugo. « So, you take your car and you ride through these forests, and you tell me. »

Puerto Rico Route 186 is not far away, about 30 minutes by traffic jam. The road is paved but unmarked, slightly more than a lane wide, just enough space for two cars to pass without the sound of impact. You drive toward the mountains, white clouds bunched above, isolated raindrops spattering the windshield, and in five or six minutes there’s tropical forest on both sides. Tall ferns, flame trees, mahogany trees, humongous green leafy plants, plus massive clumps of bamboo – stalks that tower 20 or 30 feet overhead.

Julian Simon: The facts are fundamental.

Garrett Hardin: The facts are not fundamental. The theory is fundamental. – from a 1982 debate with the UC Santa Barbara biologist The doomslayer-doomsayer debate, Simon thinks, is an opposition between fact and bad theory, a case of empirical reality versus abstract principles that purport to define the way things work but don’t.

« It’s the difference, » he says, « between a speculative analysis of what must happen versus my empirical analysis of what has happened over the long sweep of history. »

The paradox is that those abstract principles and speculative analyses seem so very logical and believable, whereas the facts themselves, the story of what has happened, appear wholly illogical and impossible to explain. After all, people are fruitful and they multiply but the stores of raw materials in the earth’s crust certainly don’t, so how can it be possible that, as the world’s population doubles, the price of raw materials is cut in half?

It makes no sense. Yet it has happened. So there must be an explanation.

And there is: resources, for the most part, don’t grow on trees. People produce them, they create them, whether it be food, factories, machines, new technologies, or stockpiles of mined, refined, and purified raw materials.

« Resources come out of people’s minds more than out of the ground or air, » says Simon. « Minds matter economically as much as or more than hands or mouths. Human beings create more than they use, on average. It had to be so, or we would be an extinct species. »

The defect of the Malthusian models, superficially plausible but invariably wrong, is that they leave the human mind out of the equation. « These models simply do not comprehend key elements of people – the imaginative and creative. »

As for the future, « This is my long-run forecast in brief, » says Simon. « The material conditions of life will continue to get better for most people, in most countries, most of the time, indefinitely. Within a century or two, all nations and most of humanity will be at or above today’s Western living standards.

« I also speculate, however, that many people will continue to think and say that the conditions of life are getting worse. »

But you don’t have to be one of those people, one of those forever Glum and Gloomy Gusses. All you’ve got to do is keep your mind on the facts.

The world is not coming to an end.

Things are not running out.

Time is not short.

So, smile!

Shout!

Enjoy the afternoon!
L’homme, notre ultime ressource

Seconde édition 1996

Croissance démographique, ressources naturelles et niveau de vie (The Ultimate Resource 2, Princeton University Press 1998 (1981), 734 p.)

Introduction:

Quels sont les vrais problèmes relatifs à la population et aux ressources ?

Avons-nous un problème avec les ressources naturelles aujourd’hui ? Certainement. Comme depuis toujours. Le problème avec les ressources naturelles, c’est qu’elles sont économiquement « rares » au sens où leur accès nécessite du travail et du capital alors que nous préférerions les avoir gratuitement.Entrons-nous dans « un âge de la rareté » ? Les données empiriques nous suggèrent précisément le contraire. Les mesures appropriées de la rareté (c’est-à-dire le coût des ressources naturelles en travail et leur prix relatifs aux salaires et autres biens) nous indiquent que les ressources naturelles deviennent de moins en moins rares dans le long terme.

Qu’en est-il de la pollution ? Ne pose-t-elle pas problème elle aussi ? Evidemment que oui. L’humanité a toujours dû se débrouiller avec ses déchets de toute nature de façon à jouir d’un cadre de vie sain et agréable. Mais nous vivons actuellement dans un environnement plus sain et moins sale que dans les siècles passés.

Que penser de la population mondiale ? Sa taille et sa croissance ne constituent-elles pas un sérieux problème également ? Encore une fois, oui, il y a un problème de population. Quand un couple s’apprête à avoir un enfant, il est contraint de faire toute une série de préparatifs. Ces derniers consomment du temps, de l’énergie et de l’argent. Quand un bébé naît ou quand un immigré vient s’installer dans un lieu, cela représente un surcoût pour la communauté de ce lieu qui doit augmenter ses dépenses en matière d’enseignement, de protection, de voirie, etc. Rien de cela n’est gratuit. Durant les premières décennies de sa vie, tout enfant additionnel est assurément un fardeau pour ses parents mais aussi pour les autres (les frères et sœurs qui perdent de la place et une partie de l’attention de leurs parents, les voisins qui subissent plus de bruit, les contribuables qui doivent financer le système scolaire et d’autres services, etc.). Durant ce temps, l’enfant ne produit rien. C’est clairement une « charge » pour la collectivité.

Mais une personne additionnelle est également une « aubaine » pour la collectivité. L’enfant ou l’immigré payera des impôts, fera bénéficier la communauté de son énergie et de ses ressources, produira des biens et des services à destination des autres, contribuera à embellir et à purifier l’environnement. Peut-être améliorera-t-il l’efficience productive par de nouvelles idées et de nouvelles méthodes.

En réalité, le « problème » démographique n’est pas qu’il y a trop de gens ou trop de bébés qui naissent. Le problème, c’est que les autres doivent supporter des coûts additionnels occasionnés par ces nouveau-nés avant que ces derniers ne contribuent à leur tour au bien-être des autres.

Au total, la croissance démographique est-elle plutôt une charge ou plutôt un fardeau ? Ce livre vise à apporter des éléments pour permettre à chacun de se faire une opinion. Julian Simon avertit que répondre à cette question passe nécessairement par un jugement de valeur. Il n’y a pas de réponse « objective », « scientifique » à cette question. Tout dépend des valeurs que l’on choisit de favoriser : préfère-t-on dépenser un dollar maintenant ou un dollar avec des intérêts dans vingt ou trente ans ? Préfère-t-on plus ou moins d’animaux sauvages ? Plus ou moins d’êtres humains ? La croissance démographique est un problème mais pas seulement un problème. C’est une bénédiction mais pas seulement une bénédiction. Evidemment, il est toujours moins attrayant de payer pour une chose bien avant de pouvoir en tirer avantage. « Voyager maintenant, payez plus tard » est une formule plus séduisante que « Payez maintenant et bénéficiez beaucoup plus tard des bénéfices que vous apportera un enfant ».

Ce livre est un livre optimiste. Pourquoi est-il si positif alors que la plupart des ouvrages populaires traitant de ce sujet sont généralement négatifs ? La raison principale tient dans la nature des comparaisons qui sont faites. Ce livre compare principalement la situation actuelle avec la situation des périodes antérieures.Les comparaisons faites par les autres auteurs le sont entre un groupe et un autre, entre la situation actuelle et celle que ces auteurs voudraient qu’elle soit, entre notre situation et ce qu’elle devrait être selon eux.

Cet ouvrage contient un nombre énorme d’informations chiffrées.80 Il faut garder en tête que les arguments défendus dépendent de ces dernières. Si les conclusions de Julian Simon ne reposaient pas sur des données matérielles très solides, elles prêteraient à rire tant elles semblent violer le sens commun. Certains les rejetteraient immédiatement car elles contredisent frontalement les conceptions en cours concernant la population et les ressources. On regardera peut-être avec scepticisme certaines statistiques, notamment celles qui démontrent que la production de nourriture et la consommation par tête augmentent année après année même dans les pays pauvres. On pourra demander : mais qu’en est-il des preuves qui démontrent « ce que chacun sait », à savoir que le monde se dirige vers la privation et la famine ? La réponse, c’est qu’il n’y a pas d’autres données. Simon s’appuie sur les données de l’Organisation des Nations Unies et celles du gouvernement américain, c’est-à-dire les seules données disponibles. Si les Nations Unies et des officiels américains font des déclarations en contradiction avec les données de leurs institutions respectives, c’est parce qu’ils ne les ont pas regardées ou ont délibérément décidé de ne pas en tenir compte.

A ceux qui, au terme de cet ouvrage, doutent encore de la véracité de ces données, Simon demande de répondre à cette question : « quelles données puis-je citer qui contredisent la proposition que les conditions matérielles de l’existence sont globalement en train de s’améliorer ? ». Et s’ils n’en trouvent pas, qu’ils se demandent quelles données imaginaires seraient susceptibles de les convaincre. Ces dernières se trouvent dans cet ouvrage. Mais s’ils ne peuvent concevoir aucun ensemble de données susceptibles de les convaincre, alors il faut en conclure qu’il n’existe aucun argument scientifique susceptible de les faire changer d’avis. Si aucune donnée ne peut les faire changer d’opinion, cela signifie que celle-ci est de l’ordre de la croyance métaphysique, c’est-à-dire des convictions de même nature que les conceptions théologiques.La thèse centrale de ce livre est la suivante : à court terme, toutes les ressources sont limitées (un exemple de ressource limitée, c’est le temps ou le degré d’attention que vous pouvez consacrer à la lecture de ce livre) mais à long terme, par contre, les choses sont différentes. Nos standards de vie ont augmenté au même rythme que l’accroissement de la population mondiale depuis le début de l’histoire humaine dont nous avons des traces. Il n’y a pas de raisons économiques de penser que cette tendance en direction d’une meilleure vie ne puisse pas continuer indéfiniment.

Beaucoup de gens auront du mal à accepter cet argument économique. Des ressources décroissantes, une pollution en hausse, la famine, la misère, tout cela semble inévitable à moins de réduire la croissance démographique ou de réduire drastiquement la consommation des ressources naturelles. Thomas Malthus (1766-1834) a atteint cette conclusion il y a deux siècles dans son fameux ouvrage intitulé « Essai sur le principe de population » (1798, seconde édition remaniée en 1803). L’opinion publique est encore dominée par cette lugubre théorie.

La nouvelle théorie – qui est la clé de cet ouvrage – et qui s’accorde avec les données que nous possédons est la suivante : une plus grande consommation, engendrée par la croissance démographique et la croissance des revenus, augmente la rareté des biens et fait hausser les prix. Un prix plus élevé représente une opportunité qui conduit les inventeurs et les hommes d’affaires à chercher de nouvelles méthodes pour combler ces pénuries. Certains échouent à leurs dépens. Certains réussissent et le résultat, c’est que la situation de chacun est meilleure après qu’elle ne l’était avant que les pénuries ne surviennent. Cela signifie que nous avons « besoin » de problèmes. Ce qui ne veut évidemment pas dire que nous devions créer de nouveaux problèmes intentionnellement.

Le bénéfice le plus important que nous tirons de la taille et de la croissance de la population est l’accroissement du stock de connaissances utiles. Economiquement parlant, l’esprit humain importe autant, si pas davantage, que les mains et les bouches. Ce qui détermine principalement le progrès, c’est la disponibilité de travailleurs qualifiés. A long terme, les forces fondamentales influant sur l’état de l’humanité et du progrès sont, premièrement, le nombre de personnes qui consomment mais qui produisent des biens et de la connaissance et, deuxièmement, le niveau des richesses.

La richesse consiste en des biens tels que des maisons et des voitures. L’essence de la richesse, c’est la capacité de contrôler les forces de la nature. L’étendue de richesse dépend du niveau de technologie et de la capacité de créer de la connaissance nouvelle. Une société prospère peut trouver des remèdes aux maladies nouvelles plus rapidement qu’une société pauvre car elle possède un stock de connaissances et des personnes qualifiées, raison pour laquelle les membres d’une société prospère vivent plus longtemps, en meilleure santé et étant moins exposés aux morts accidentelles. Une caractéristique majeure des sociétés riches, c’est un ensemble assez perfectionné de règles législatives. La richesse à la fois crée de telles règles et dépend de ces dernières pour produire les conditions de liberté et de sécurité que requiert le progrès.

Le monde (en ce compris les Etats-Unis) n’a jamais été aussi prospère qu’aujourd’hui. Pourtant, depuis toujours, certains considèrent qu’il court à sa ruine. On retrouve, sur des tablettes assyriennes, écrites il y a quelques millénaires, l’inscription suivante :« Notre terre dégénère à cette époque ; la corruption et la décadence sont omni-présentes ; les enfants n’obéissent plus à leurs parents ; tout homme désire écrire un livre et la fin du monde est proche ».Pourtant, comme l’a écrit plaisamment Franklin Pierce Adams : « Rien n’est plus responsable du bon vieux temps qu’une mauvaise mémoire ».

Première Partie

Le futur prometteur des ressources naturelles

Chapitre I : La déconcertante théorie de la rareté des matières premières

Le biologiste Paul Ehrlich, l’auteur de « La Bombe P » (P signifiant « Population), alors le plus célèbre écologiste de l’époque, a écrit, dans les années 70, que nous entrions « dans l’âge de la rareté ». Selon lui, nos ressources naturelles s’épuisent, notre environnement devient de plus en plus pollué et la croissance de notre population menace notre civilisation et notre existence même.Qu’en penser ? La question centrale ici, c’est celle de la rareté. Si le stock d’une matière s’épuise, quel est le signe le plus sûr qui atteste de sa raréfaction ? Le fait que son prix va augmenter graduellement et continuellement. Ce n’est pas un signe infaillible car il peut arriver que le gouvernement hausse artificiellement le prix d’un bien pour réduire sa consommation. Quoi qu’il en soit, une règle généralement admise, c’est que la raréfaction d’une matière première entraîne un prix en augmentation. Mais le contraire n’est pas nécessairement vrai : le prix d’une matière première peut augmenter sans que cela signifie qu’elle se raréfie. Ainsi, un puissant cartel peut avec succès faire gonfler les prix durant un moment – comme le fit l’OPEP en 1973 avec le pétrole – alors même que le coût de production de cette matière première reste inchangé.Comment estimer l’évolution future des coûts et de la rareté ? Il y a deux méthodes, répond Simon :• la méthode de l’ingénieur : on prévoit l’évolution d’une matière première de la manière suivante :1. on estime la quantité physique connue de la ressource (par exemple du cuivre) sur terre qui est accessible par extraction ;2. on extrapole le taux d’utilisation future à partir du taux actuel ;3. on soustrait les estimations successives de 2 de l’inventaire physique de 1• la méthode de l’économiste (telle que l’entend Julian Simon) :1. on se demande, quand on estime les coûts, s’il y a une raison de penser que la période visée par la projection sera différente de la période qui a précédé (on remonte aussi loin en arrière que l’on dispose de données connues et fiables) ;2. s’il n’y a pas de raisons de rejeter la tendance passée comme étant représentative du futur, on se demande s’il y a une explication raisonnable de la tendance observée ;

216Julian L. Simon3. s’il n’y a pas de raison d’estimer que le futur sera différent du passé et si on dispose d’une explication solide de la tendance (ou même si l’on ne dispose pas d’explication solide mais que la tendance est écrasante), on projette la tendance dans le futur.Julian Simon se livre à une étude de l’évolution du prix des matières premières dans le temps. Il cite de nombreux chiffres et aligne de nombreux graphiques relatifs à des matières premières tels que l’étain, le mercure, le cuivre, etc. Pour mesurer le coût d’une matière première, il suffit de faire le ratio entre le prix de la matière considérée et celui d’un autre produit tel que, par exemple, le salaire. Au terme de ce calcul, il apparaît, de façon assez surprenante, que les matières premières coûtent beaucoup moins cher actuellement que le prix qu’elles valaient il y a un siècle, souvent jusqu’à un cinquième du prix initial.Cette tendance plongeante prolongée des prix des matières premières est incompréhensible pour celui qui raisonne avec la méthode de l’ingénieur. Ce dernier est comparable à quelqu’un qui observe une baignoire remplie d’eau et qui traçant un trait au niveau de l’eau, affirme que le niveau de l’eau est limité. Il observe de loin que des gens viennent continuellement puiser de l’eau. Pourtant, quand il revient, il constate que le niveau de l’eau a monté (autrement dit, le prix a baissé). Pourtant, personne n’a intérêt à rajouter de l’eau (personne ne va déverser du pétrole dans un puits de pétrole). Il a dû, pense-t-il, arriver un évènement étrange mais exceptionnel. Mais chaque fois qu’il y retourne, le niveau est encore plus haut qu’avant, et l’eau se vend à un prix toujours plus bas. Malgré tout, il continue à répéter que la quantité d’eau est obligatoirement limitée et ne peut continuer d’augmenter, voilà tout.Au contraire, une personne prudente, après plusieurs augmentations successives de l’eau, conclura que cette tendance risque de se répéter et qu’il serait plus raisonnable d’en chercher des explications plausibles ? N’y a-t-il pas des tuyaux d’arrivée d’eau ? Quelqu’un n’aurait-il pas inventé un procédé pour produire de l’eau ? Les gens consomment-ils moins d’eau qu’avant ? Ne verse-t-on pas de l’eau recyclée ? Quelle que soit l’explication véritable, il est plus logique de chercher la cause de ce prétendu miracle, plutôt que de s’accrocher à une théorie naïve de ressources fixes en soutenant que cela ne peut durer.Comment expliquer cette baisse du prix des matières premières ? Selon Julian Simon, lorsque ces dernières se raréfiaient, les prix ont monté, ce qui a poussé à inventer des substituts qui se sont vite révélés plus performants que la ressource en question dont le prix a, dès lors, chuté. Dans l’entretemps, l’optimalisation de la production et de la consommation desdites ressources a permis d’augmenter le stock dans des proportions appréciables. Production et consommation pétrolières se sont accrues mais le stock disponible a augmenté dans des proportions encore plus considérables. Ainsi qu’en attestent les chiffres officiels du ministère américain du commerce et en dépit de l’hallucinante voracité taxatoire de l’Etat, le prix du pétrole relativement aux salaires et à l’indice des prix à la consommation a chuté de manière spectaculaire de 1870 à nos jours81 : les quelques « pics » (1973, 1980, etc.) sont imputables à des causes politiques (OPEP) et n’affectent pas, à long terme, cette tendance à la baisse.En 1980, désireux de démontrer publiquement l’absurdité des thèses relatives à la raréfaction des ressources et à la hausse de leur prix, Julian Simon paria 10. 000 $ avec Paul Ehrlich – alors le prêcheur d’apocalypse le plus connu de la planète – et plusieurs professeurs de Princeton que la valeur d’un panier composé de 5 matières premières – dont le choix était laissé aux opposants – baisserait après une période de dix ans. Ehrlich et deux collègues écologistes acceptèrent en ricanant, déclarant que « l’attrait de l’argent facile était irrésistible ». Ils choisirent cinq métaux : le cuivre, le chrome, le nickel, l’étain et le tungstène. En septembre 1990, non seulement la somme des prix avait diminué mais également le prix de chaque métal pris individuellement. Les écologistes durent signer le chèque.Evidemment, il ne peut y avoir de mesure « vraie » ou « absolue » du coût ou du prix. Il y a plutôt différentes mesures du coût que nous donnent différentes sources d’information, utiles pour différents objectifs. Mais on peut, dit Simon, avancer avec certitude que le coût moyen de tous les biens de consommation pris ensemble – un index des prix à la consommation – a baissé au fil des ans dans les pays développésquand on le mesure en termes de ce qu’un ouvrier non qualifié peut acheter. Ceci est prouvé par l’augmentation à long terme de nos standards de vie.En résumé, quelle que soit la manière dont on le calcule, le coût des matières premières a chuté tout au long de l’histoire. Cette tendance historique est la meilleure base pour prédire la tendance des coûts futurs. Il est évidemment paradoxal que le coût et la rareté d’une ressource décroissent à mesure que cette ressource est utilisée. Simon va s’employer à résoudre cette énigme dans les deux chapitres qui suivent. Premièrement, en définissant les ressources en fonction des services qu’elles procurent plutôt que comme un stock de matériaux. Deuxièmement, en analysant le concept de finitude.Chapitre II : Pourquoi les prévisions techniques et économiques relatives aux ressources sont-elles si souvent erronées ?Les prévisions les plus médiatisées sur la rareté des ressources dans le futur, calculées par des scientifiques et des ingénieurs, s’opposent frontalement aux prévisions économiques sur les ressources exposées dans cet ouvrage. Si l’on regarde l’histoire des prévisions, on constate que ces prévisions d’ingénieurs sont généralement profondément erronées. Les prévisions des ingénieurs (les prévisions « techniques ») peuvent-elles se baser exclusivement sur des principes physiques ? Les prévisions économiques et techniques se contredisent-elles nécessairement ? La réponse à ces deux questions est négative.81 J.L. Simon, The Ultimate Resource II, Princeton University Press, 1996, pp.168-169

La diminution du coût des ressources naturelles- empiriquement constatée dans des études amplement référencées dans cet ouvrage -réfute l’idée qu’un rendement décroissant fait augmenter le coût et la rareté. Comment expliquer ce paradoxe qui heurte profondément l’intuition et notre sens commun ?Le « bon sens » est un mauvais guide en la matière. Pour comprendre ce phénomène curieux, il faut d’abord comprendre la méthode de calcul des ingénieurs. Quand ils procèdent à une estimation, ils estiment la quantité et la qualité des ressources se trouvant dans le sous-sol au moyen des méthodes d’extraction actuelles et également, pour les études plus sophistiquées, au moyen des méthodes d’extraction qui seront, selon leurs estimations, disponibles dans le futur(à des coûts variés).Toutes ces estimations des ingénieurs sont basées sur un présupposé : il « existe » sur terre une quantité d’un minerai donné et on est capable, au moins en principe, de répondre à la question « quelle est la quantité de ce minerai sur terre ? ».Les prévisions techniques sont affectées de plusieurs défauts. Lesquels ?Premièrement, la plupart de ces prévisions se contentent de diviser les « réserves connues » par le taux actuel de consommation pour estimer le nombre d’années de consommation restantes. Les tableaux de données présentés par Julian Simon montrent que les « réserves connues » sur une période de vingt ans ont presque toutes augmenté tout au long de la période en fonction de la demande croissante. Les réserves connues constituent un plancher de prévision extrêmement pessimiste. Il faut évidemment se garder, déclare Julian Simon, de confondre « l’abondance du sol » et la « disponibilité économique ». En effet, si l’on ne peut pas extraire matériellement, en l’état actuel de nos compétences techniques, une ressource qui existe pourtant, on peut évidemment se retrouver en situation de pénurie. Cette estimation de « disponibilité économique » de la ressource, beaucoup moins pessimiste que les réserves prouvées, correspond à l’estimation maximale de ressources extractibles. Or, ces ressources extractibles représentent à peine un centième de 1% (0,0001) du total des matières se trouvant dans la couche supérieure de la croûte terrestre jusqu’à un kilomètre de profondeur.82Deuxièmement, l’offre des minéraux est très élastique par rapport au prix. C’est-à-dire qu’une variation minime du prix du minerai provoque généralement une demande importante dans le stock potentiel qui est disponible au sens économique (c’est-à-dire dont l’extraction est rentable). La moindre variation peut faire monter la catégorie « réserve » de manière exponentielle. Or, un grand nombre de prévisions techniques se bornent à recenser le stock d’une ressource disponible aux prix courants avec la technologie actuelle. Pas étonnant, dès lors, que ces prévisions concluent à un épuisement rapide des « réserves ».82 A l’époque ou a été publié ce livre, on n’exploitait pas encore des gisements situés à 2 ou 3 kilomètres de profondeur comme c’est aujourd’hui le cas avec le gaz de schiste.

Troisièmement, contrairement à la méthode économique qui se base sur l’unique hypothèse que la tendance des coûts à long terme se maintiendra, les prévisions techniques doivent reposer sur un grand nombre de spéculations sur des choses futures difficilement voire carrément (au-delà d’un certain nombre d’années) impossibles à prévoir.Quatrièmement, l’inventaire technique du « contenu » de la terre est totalement incomplet pour une raison bien simple : des études détaillées coûtent très cher et l’idée de les mener n’a jamais paru rentable.Cinquièmement, la prévision dépend fortement de l’aptitude du pronostiqueur à imaginer des méthodes d’extraction qui seront mises au point dans le futur. Considérer, sur base d’une hypothèse « conservatrice », que la technologie n’évoluera pas, c’est un peu comme si on estimait la production actuelle du cuivre à partir des techniques d’extraction manuelle qui existaient au XVIIIème siècle.83Les prédictions alarmistes du Club de Rome déclinées dans « Halte à la croissance » (ou « rapport Meadows »), ce best-seller vendu à 4 millions d’exemplaires en 1972, ont été désavouées par l’industriel Aurelio Peccei, le fondateur même du Club, qui a affirmé que les conclusions de ce rapport n’étaient pas véridiques et qu’elles avaient été mises là pour égarer intentionnellement le public afin « d’éveiller » l’opinion publique sur ces questions préoccupantes. En d’autres mots, le Club de Rome a financé et diffusé des mensonges afin d’effrayer les gens. Les auteurs de ce rapport, Meadows en premier, se sont trompés en utilisant la notion de « réserve connue ». Ils estimaient par exemple que l’aluminium serait épuisé dans 49 ans au maximum alors qu’il est abondant aujourd’hui dans le sous-sol. En 1992 parut une suite, « Beyond the Limits » (Au-delà des limites), produite par le même groupe qui avait écrit « Halte à la croissance ». Ils reconnurent s’être trompés sur l’échéance temporelle mais maintinrent que leurs idées étaient correctes. Un peu comme si un météorologue affirmait que la tempête de neige qu’il avait annoncée pour le lendemain était non pas une prévision erronée mais une prévision correcte anticipée de quatre mois. Tout ceci, du reste, s’inscrit dans la grande tradition malthusienne puisque Malthus, dans la seconde édition de son livre, changea presque tout à l’exception des conclusions qui le rendirent célèbre.Ce sont des ingénieurs du MIT qui ont été mobilisés pour la rédaction de ce rapport Meadows. En réalité, la méthode des ingénieurs ne permet pas de faire des prévisions valables. Les réserves ne constituent qu’une fraction des ressources d’une matière donnée. Réserves et ressources font partie d’un système dynamique et ne peuvent être inventoriées comme des boîtes de tomates sur les étagères de l’épicier. Les découvertes, l’exploitation de nouvelles sources d’énergie, les progrès scientifiques, l’augmentation de l’efficience énergétique, les innovations technologiques, les

Or, ces deux dernières grandeurs ne sont pas « fixes » mais, par principe, « variables ». Ce sont ces dernières qui doivent être prises en compte quand on prend des décisions politiques.Pour le dire autrement, la réserve de matières premières n’est pas comme un stock présent en quantité finie (« fixe ») dans un entrepôt. Croire cela, c’est oublier que nous inventons constamment de nouvelles sources d’énergie et que nous réapprovisionnons constamment cet entrepôt. Le stock de ressources n’est pas comme une « mine » qui, à force d’être exploitée, finira par se tarir. On crée constamment de nouvelles « mines » (en recyclant, par exemple, un métal présent dans les déchets).Le lieu commun culpabilisateur selon lequel l’Américain moyen utilise 90 fois plus de X (où X correspond à telle ou telle ressource) que l’Asiatique ou l’Africain moyen est en réalité non pertinent. Pourquoi ? Parce que l’Américain moyen crée également beaucoup plus de ressources« naturelles » X que ne le fait son homologue africain ou asiatique, en moyenne dans la même proportion que ce qu’il en consomme. Parfois dans une proportion supérieure à ce qu’il consomme. On comprend dès lors pourquoi on utilise les guillemets dans l’adjectif « naturel » de la phrase précédente. Cela n’a pas de sens, en réalité, de parler de « ressources naturelles ».Chapitre III : Est-il vraiment possible que le stock des ressources naturelles soit illimité ? Bien sûr !Les ressources naturelles ne sont pas limitées. A première vue, cette affirmation semble ridicule. Chacun « sait » qu’elles le sont. Ce chapitre entend démontrer que l’offre des ressources naturelles n’est pas limitée (en aucun des sens économiques possibles), ce qui est une des raisons pour lesquelles leur coût peut continuer à diminuer indéfiniment. La notion de « limite » est non seulement impropre pour décrire les ressources naturelles mais franchement trompeuse et ce aussi bien au point de vue pratique que théorique. La « limite » est une notion mathématique. Même utilisée dans cette discipline très rigoureuse, cette notion est assez ambigüe et peut avoir deux sens différents qui sont parfois contradictoires. On dira d’une droite de trois centimètres qu’elle est « finie » au sens où elle est comprise entre deux extrémités, mais que le nombre de points présents sur ce segment de trois centimètres est illimité. Pourquoi ? Parce que les points n’ont pas, conceptuellement, de dimensions définies. On ne peut pas les compter. Ils sont en nombre infini. De même, on ne peut absolument pas affirmer que la quantité de cuivre qui sera disponible dans le futur est limitée, car il n’existe pas de méthode (même en principe) pour mesurer cette notion économique. En effet, on peut trouver du cuivre sous forme saline dans l’eau de mer, sur d’autres planètes. Par ailleurs, ce qui rend – même théoriquement – cette mesure impossible, c’est qu’il est possible de créer du cuivre (ou son équivalent économique) à partir d’autres matières. Il n’y a pas de frontières quant aux sources potentielles où s’en procurer. C’est un peu comme si l’on tentait, plaisante Simon, de déterminer le nombre de fèves dans un pot dont la taille est inconnue. Même Dieu ne pourrait le savoir.L’homme est désormais en mesure de créer de nouveaux matériaux, soit en synthétisant des composantes connues, soit en inventant carrément des matériaux qui n’existent pas dans la nature. Les chercheurs assemblent molécules et atomes et donnent naissance à des matériaux dotés de nouvelles propriétés qui peuvent rendre les mêmes services, voire des services plus nombreux et plus performants que les matériaux existants. Le plastique organique est plus résistant, flexible, léger que le verre ; le palladium peut remplacer la platine dans les pots catalytiques des voitures, etc.En conséquence, la quantité d’une ressource naturelle qui sera disponible – et surtout le nombre de services qui peuvent être effectivement rendus par cette ressource – ne pourra jamais être connue en principe. On ne peut compter les points dans le segment ni les fèves dans le pot à taille inconnue. Il n’y a pas de finitude des ressources de quelque manière qu’on puisse l’entendre.En résumé, une définition opérationnelle acceptable de la quantité d’une ressource naturelle ou des services qu’elle nous rend, est la seule définition utile pour prendre des décisions de principe. En effet, ce n’est pas aux ressources elles-mêmes que nous nous intéressons en tant qu’économistes ou consommateurs mais à la somme des services qu’elles peuvent rendre.Une quantité conceptuelle n’est pas finie ou infinie en elle-même. Elle devient finie ou infinie en fonction de la définition qu’on en donne. Elle sera finie si on choisit de la définir de façon qu’elle le soit, c’est-à-dire de façon suffisamment étroite pour pouvoir la compter, par exemple le montant d’argent présent dans mon portefeuille ou le nombre de chaussettes présentes dans le tiroir supérieur de ma garde-robe.Le terme « cornucopians » (éventuellement traduisible en français par le hideux néologisme « abondantiste ») a été créé par certains pour qualifier ceux qui estiment que la nature, telle une « corne d’abondance », déverserait sans limites ses ressources naturelles sur la terre. Julian Simon se défend d’appartenir à cette catégorie. Il ne considère pas, en effet, que la nature nous dispenserait des ressources de manière illimitée. A la base, la nature est plutôt inhospitalière à l’homme. Il suggère plutôt que les potentialités dans le monde sont suffisamment grandes pour que l’homme, dans l’état actuel de ses connaissances (sans même parler des probables progrès futurs qui seront peut-être considérables) est déjà en mesure, par son imagination et ses capacités d’entrepreneur, de manipuler et de combiner les éléments de telle manière qu’il puisse disposer de tous les matières premières qu’il désire. En résumé, la corne d’abondance, ce n’est pas l’environnement naturel, mais l’esprit et le cœur humain.

La « loi » des rendements décroissants

On invoque souvent la « loi des rendements décroissants ». Cette dernière établit que le coût d’exploitation augmente au fur et à mesure que la ressource devient moins accessible. Cette loi ne trouve pas à s’appliquer ici car elle présuppose que l’élément à exploiter est fixe et que la technologie reste inchangée. Or, on découvre de nouveaux filons et la technologie évolue, raisons pour lesquelles les coûts de production n’ont jamais cessé de diminuer.On me rétorquera, affirme Julian Simon, que la « loi » des rendements décroissants doit bien s’appliquer de temps à autre. En effet, dit-il, cette loi s’applique aux situations où l’un des éléments possède une quantité fixe- par exemple une mine déterminée de cuivre aux contours clairement délimités – et où la technologie n’est pas susceptible d’évoluer. Mais aucun de ces facteurs ne s’applique à l’extraction des minerais à long terme.Julian Simon se risque à formuler une généralisation : dans les affaires économiques, il y a toujours des rendements décroissants à petite échelle, mais des rendements croissants à large échelle. Par exemple, si je prélève du pétrole d’un puits particulier, le coût des barils futurs va progressivement augmenter. Par contre, si je prélève du pétrole de tous les puits, cela finira par faire globalement baisser le coût de l’énergie.Chapitre IV : La Grande ThéorieLes trois premiers chapitres ont permis d’exposer une conception assez époustouflante des ressources : plus nous les utilisons, plus nous nous enrichissons. Et il n’y a pas de limites à nos capacités d’améliorer notre sort (du moins au cours des prochains milliards d’années). Julian Simon a découvert que, loin d’empirer comme on le prétend souvent, notre situation s’améliorait (il va en faire la démonstration dans les chapitres qui suivent). Peut-on dessiner une théorie générale expliquant tous ces phénomènes ? Julian Simon le pense. Laquelle ?Concernant les ressources, la plus grande et la plus importante tendance- dont les autres tendances font partie – c’est que la Terre devient de plus en plus hospitalière pour les êtres humains. Nous avons une plus grande espérance de vie, une connaissance plus étendue de la nature, nous nous protégeons plus adéquatement des éléments, nous vivons avec plus de sécurité et de confort, etc.Comment expliquer cette tendance ? Julian Simon applique à l’exploitation des ressources naturelles par les humains le schéma évolutionniste que Friedrich Hayek a dégagé pour les ordres spontanés.84C’est un processus de sélection mais pas- le point est important – de nature biologique. 84 La théorie des ordres de Friedrich Hayek est synthétisée dans le tome I de la Tradition de la Liberté, pages 264 et suivantes.

Ce ne sont pas les individus économiquement les plus adaptés qui seraient sélectionnés. Ce n’est pas, comme on l’a parfois affirmé du « darwinisme social ». Il s’agit d’une sélection « culturelle » et non pas « naturelle ». Aucun être vivant n’est sacrifié. Il s’agit juste ici de la sélection de « règles ». Les règles de comportement adoptées par des groupes humains et qui se révèlent être les plus efficaces sont sélectionnées et finissent par se généraliser au fil des siècles. Ces règles sont de nature juridique mais précèdent la législation d’origine étatique. Elles se forgent anonymement à travers la pratique de millions de personnes à travers les siècles. Le processus est quasi-inconscient et cette évolution se poursuit constamment à moins d’être contrecarrée par des règles d’origine étatique qui, plutôt que de consacrer légalement ces pratiques qui fonctionnent, imposent des règles artificielles concoctées par quelques idéologues et théoriciens en chambre (ce qui peut conduire à la ruine et à la catastrophe comme le démontre l’issue de l’aventure communiste). Ce que pense Simon, c’est que cette théorie hayékienne convient également pour décrire les rapports que les hommes entretiennent avec les ressources. Au fil du temps, les règles qui permettent d’augmenter plutôt que de diminuer la quantité des ressources ont été sélectionnées. Partout et en tout lieu, les hommes vont de préférence adopter les comportements judicieux qui permettent de stocker les ressources en suffisance pour l’hiver, qui permettent de ne pas diminuer les ressources animales et végétales nécessaires à leur conservation, qui permettent de régénérer le bois nécessaire au chauffage, à la cuisine et à la construction, etc. Evidemment, il existe aussi des règles et des comportements destructeurs mais ces derniers, même s’ils sont adoptés un moment finissent par disparaître car ils mènent au suicide. Ce qui finit par s’imposer, ce sont les procédés ingénieux, les trouvailles, les habitudes qui conduisent à une gestion optimale des ressources et qui permettent non seulement de renouveler le stock mais de l’augmenter.L’évolution de notre espèce nous montre que les groupes humains choisissent spontanément des règles de comportement, ainsi que des règles pour exercer les gens à pratiquer ces comportements qui, quand on regarde les deux plateaux de la balance, tendent à montrer, en dépit d’erreurs, d’errements et de culs-de-sac, que les hommes sont plutôt des créateurs que des destructeurs. En résumé, l’humanité a évolué en créant des problèmes et en les résolvant.Comme on l’a dit, beaucoup de gens ont de ces phénomènes une lecture pessimiste voire catastrophiste. Une théorie à la mode consiste à utiliser, à mauvais escient, des concepts de la thermodynamique pour défendre l’idée que la situation ne peut aller que dans le sens d’une désorganisation croissante. Selon ces théoriciens, l’entropie est la loi suprême de la nature et gouverne tout ce que nous faisons. Ils citent la seconde loi de la thermodynamique qui énonce que dans un système clos (la signification de ces deux mots est cruciale), le désordre entre particules chargées d’énergie s’accroît avec le temps. Plus vite les particules se déplacent, plus l’énergie est utilisée dans les mouvements et les collisions et plus vite le mouvement va de l’ordre au désordre. Les prêcheurs de l’apocalypse extrapolent de cette simple idée la croyance que plus les humains consommeront d’énergie dans les prochaines décennies, plus rapidement notre espèce s’éteindra en raison d’une pénurie d’énergie. Dans un univers clos, l’entropie augmente nécessairement. Rien ne peut contrecarrer cette tendance vers un désordre croissant qui tournera au chaos. Ils insistent beaucoup sur le caractère « clos », fermé et isolé de notre système. Cette théorie sert de prétexte à toute une série de personnes dont l’agenda politique est de renforcer la planification, le contrôle et la centralisation de l’économie.En réalité, répond Julian Simon, le concept d’entropie est indéniablement valable à l’intérieur d’un container verrouillé placé dans un laboratoire. Il est aussi pertinent pour des entités plus grandes qu’on peut raisonnablement considérer comme des systèmes clos. Par contre, la Terre n’est pas un système clos car l’énergie (du soleil) et la matière (poussière cosmique, astéroïdes, débris d’autres planètes) « pleuvent » constamment sur la terre. Peut-être parviendra-t-on à prouver un jour que le système solaire est un système isolé. Mais, même si c’est le cas, il va encore perdurer quelques milliards d’années. Et les chances semblent excellentes que, durant cet intervalle, l’être humain parvienne à atteindre d’autres systèmes solaires où trouver des moyens pour convertir la matière des autres planètes en énergie dont nous avons besoin pour continuer à vivre. Des concepts stimulants de la physique tels que « l’entropie », « la relativité », « le principe d’incertitude d’Heisenberg », etc. sont souvent, sortis de leur contexte, utilisés à tort et à travers par n’importe qui pour tenter de prouver n’importe quoi. Or, dit Julian Simon, les plus grands physiciens sont beaucoup plus mesurés, réservés et prudents quand ils manipulent ces concepts. Ainsi un spécialiste aussi respecté que Stephen Hawking pense qu’il est encore difficile de trancher la question de savoir si, dans l’univers, l’entropie augmente ou diminue. Il estime, par ailleurs, que la quantité totale d’énergie dans l’univers est équivalente à zéro, car il existe une balance entre l’énergie positive et négative. Ces considérations cosmologiques devraient inciter certains à plus de modestie. Quoi qu’il en soit, la théorie appropriée pour le développement humain, c’est l’évolution et non pas l’entropie. Les chapitres qui suivent illustrent cette règle générale.Chapitre V : La famine en 1995 ?, ou en 2025 ?, ou en 1975 ?La tendance générale est à l’amélioration des stocks de nourriture pour quasiment tous les segments de la population mondiale. Il y a là un consensus écrasant de tous les scientifiques étudiant ces questions. Pourtant, le public qui lit la presse, écoute la radio, regarde la télévision, a acquis la conviction- forgée et propagée initialement par une poignée de déclinologues -que l’humanité se dirige vers une famine généraliséeen raison de l’épuisement des ressources agricoles. Même les écoliers « savent » que la situation empire. Il y a même des livres d’écoliers qui prétendent – dans la plus pure tradition malthusienne – que la population s’accroît de manière géométrique (2, 4, 8, 16, 32, etc.) alors que la production de nourriture progresse seulement de manière arithmétique (2, 4, 6, 8, 10, 12, etc.). La grande majorité des écologistes prédisait, dans les années 70, que le monde que l’on connaît aujourd’hui serait ruiné dans les années 2000 en raison, notamment, de pénuries alimentaires généralisées. Heureusement, aucun de ces terribles évènements ne s’est produit. Depuis que ces prédictions sinistres ont été faites, la plupart des gens sont toujours mieux nourris et vivent de plus en plus longtemps. L’évolution de la production alimentaire contredit frontalement ces prévisions effrayantes faites il y a 30 ans. La production alimentaire par tête dans le monde, loin de diminuer, a augmenté de 40% entre 1970 et 1990. Par ailleurs, le prix de ces matières agricoles a chuté drastiquement (parfois de 90%) entre 1800 et 1980, ce qui prouve que, à l’époque, Keynes avait tort lorsqu’il s’exprimait sur ce sujet. Comme tant d’autres grands économistes, il a été induit en erreur par la « loi des rendements décroissants » (inappropriée en l’occurrence). La tendance générale montre clairement une amélioration de l’approvisionnement en nourriture pour quasiment tous les segments de la population mondiale.La famine frappe encore parfois certaines populations dans le monde. A une époque telle que la nôtre, aucun facteur naturel ne peut expliquer que l’homme soit encore affecté par une telle calamité. Pourtant, cela se produit encore. Les famines modernes surviennent exclusivement dans une société où l’on supprime les exploitations fermières individuelles pour rendre l’Etat propriétaire de ces dernières et placer la production agricole sous le contrôle de bureaucrates. Pire : ces régimes qui, par leur dirigisme et leur incompétence, mènent leur peuple à la famine, s’ingénient même à compliquer voire à contrecarrer l’arrivée des secours internationaux. Ainsi, l’Ethiopie a sévèrement restreint l’accès au Nord du pays – ravagé par la guerre et la sécheresse – ce qui a conduit à la conséquence aussi absurde qu’absolument révoltante suivante : des centaines de milliers de tonnes de nourriture bloquée dans des entrepôts portuaires qui ne purent jamais être distribués à une population agonisante. Les semences agricoles ne purent, elles non plus, être distribuées, ce qui mena à une réédition de la famine l’année suivante.La famine n’est en rien une conséquence de la hausse démographique. Paradoxalement, une population plus grande réduit les probabilités d’apparition d’une famine. Une société avec population plus concentrée construit de meilleures routes et développe mieux ses moyens de transport, deux éléments majeurs pour lutter contre la famine.Julian Simon ne prétend évidemment pas qu’il y a lieu d’être satisfait de la production des ressources alimentaires ni que la faim n’est pas un problème mondial. Quantité de gens meurent de faim. Quantité d’autres aimeraient accéder à une alimentation plus riche (même si, pour nombre d’entre nous, un tel régime serait moins sain). Mais nous constatons que la tendance à long terme va dans le sens d’une diminution graduelle, décennie après décennie, du prix de la nourriture par rapport au prix du travail et même par rapport au panier de la ménagère. Pour éviter les famines, il importe de restaurer la liberté économique, c’est-à-dire la propriété privée pour les fermiers, et des marchés agricoles sans entraves, quotas, et restrictions.

Chapitre VI : Quelles sont les limites de la production alimentaire ?

En dépit des prévisions alarmistes, le prix de la nourriture a chuté depuis les dernières décennies, ce qui signifie que les stocks alimentaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que la population humaine.Les techniques modernes (telles, par exemple, que celle de « PhytoFarm » dans l’Illinois) pourraient, si elles étaient mises en application, nourrir une population humaine 100 fois plus importante que la population actuelle, c’est-à-dire près de 500 milliards de personnes avec des fermes de 100 étages qui, au total, n’occuperaient que le centième de la surface agricole actuelle. Les techniques actuelles85 sont telles que la population mondiale pourrait techniquement être nourrie avec une seule ferme sans aucun étage mais qui occuperait le dixième de la surface du Texas ou alors par une ferme de cent étages qui occuperait la surface de la ville d’Austin et de sa périphérie. Julian Simon cite également de nombreux chiffres relatifs aux progrès de l’aquaculture.Au fil du temps, les fermiers ont concentré le gros de leur activité sur seulement quelques-unes des espèces (blé, maïs, riz et patates) de l’immense variété des espèces sauvages qui étaient mangées auparavant. Certains affirment que cela fragilise notre situation alimentaire dans l’hypothèse d’une maladie qui affecterait l’une de ces espèces. Julian Simon répond que la diversité d’aliments accessibles n’a jamais été aussi grande aujourd’hui dans les supermarchés et cela en raison des progrès considérables en matière de transport et de réfrigération. Si une ou deux de ces espèces cultivées en priorité disparaissaient subitement, cela n’aurait que peu d’effets sur notre situation alimentaire car ces graines sont mangées en priorité par nos animaux et pourraient aisément être réorientées vers nos assiettes dans l’attente d’une solution. L’idée que moins de variétés céréalières conduit à des stocks alimentaires plus fragiles est contredite par des données s’étalant sur plusieurs siècles: les faits montrent que la mortalité consécutive aux famines a baissé plutôt qu’augmenté.D’ailleurs, l’idée que nous allons subir une pénurie alimentaire à long terme en raison de l’accroissement de la population et, ainsi que l’affirmait Malthus, d’une réduction de la surface agricole disponible est actuellement discréditée scientifiquement. L’ingénierie génétique qui permet de produire incomparablement plus de nourriture par hectare ne sera pas nécessaire avant des décennies ou des siècles. C’est seulement lorsque la population mondiale se sera accrue substantiellement qu’il y aura suffisamment d’incitants pour adopter les systèmes de production céréalière actuellement utilisés dans les pays les plus avancés. Ce qui est certain, c’est que nos connaissances nous permettent désormais de faire vivre plusieurs fois le nombre actuel de la population mondiale avec moins de terres agricoles que celles actuellement utilisées. 85 Depuis la parution de la seconde édition de cet ouvrage (en 1996), ces techniques se sont encore considérablement améliorées et les rendements se sont encore accrus, rendant obsolètes ces chiffres déjà impressionnants. Confer, par exemple, les fermes japonaises dans des caves avec lumières artificielles.

Il faut donc reformuler la loi de Malthus de la manière suivante : que la population s’accroisse ou non à un rythme exponentiel, la subsistance s’accroît à un taux exponentiel encore plus rapide (en grande partie mais pas entièrement en raison de la croissance démographique).La principale raison pour laquelle l’humanité n’a pas produit plus de nourriture par le passé est qu’il y avait une demande insuffisante pour plus de nourriture. Quand la demande s’accroît, les fermiers travaillent plus durement pour produire des céréales, améliorer la terre, faire des recherches pour augmenter la productivité. Cela implique des coûts d’investissement durant un certain temps mais, comme nous l’avons vu au chapitre V, la nourriture tend à devenir meilleur marché décennie après décennie. C’est la raison pour laquelle la production et la consommation par tête ont augmenté. Une explosion démographique renverse-t-elle cette tendance ? Bien au contraire, la croissance démographique accroît la demande de nourriture qui, à court terme, nécessite plus de travail et d’investissement pour rencontrer la demande. Mais à long terme, la consommation additionnelle ne va pas rendre la nourriture plus chère ou plus rare. C’est le contraire qui est vrai : plus la demande est forte, plus la nourriture devient moins chère et moins rare. On le voit, le phénomène général exposé dans cet ouvrage s’applique à la nourriture.

Chapitre VII : La situation alimentaire mondiale : pénurie, surabondance et gouvernement

Les subventions à l’agriculture nuisent à l’agriculture. Ainsi, aux Etats-Unis, les subsides ne bénéficient pas réellement aux agriculteurs mais aux propriétaires de terres et aux banques. Les politiques agricoles bénéficient principalement aux… fonctionnaires du Département de l’agriculture. Cette institution compte un fonctionnaire par fermier aux Etats-Unis et ses frais de fonctionnement sont supérieurs au revenu net dégagé par la vente de produits agricoles dans ce pays. Par ailleurs, ces subsides rendent l’agriculture moins compétitive sur les marchés mondiaux.Nous revoilà dans une situation de surabondance alimentaire. Les agriculteurs- surtout aux Etats-Unis -réclament des subventions afin de réduire la production agricole. Au risque de déclencher à nouveau une crise alimentaire. Si cela se produit, la faute en sera non pas à la croissance démographique ni à la hausse des revenus ni aux limites matérielles mais aux bourdes commises par les institutions humaines.Il semble bien que certaines leçons ne puissent jamais être tirées. Pendant plus de 4000 ans, les gouvernements ont tenté d’accroître la quantité de nourriture à destination des pauvres en imposant une règlementation des prix avec pour résultat invariable de réduire la quantité de nourriture. Julian Simon analyse les différentes catastrophes humaines dans des pays tels que la Chine, l’Inde, l’ex-URSS et le Bangladesh. Depuis des centaines d’années, des « ingénieurs sociaux » s’emploient à

230Julian L. SimonCes trois pays sont, dans l’ordre, la Suisse, la Hollande, Hong Kong. Le quatrième pays correspond en réalité à la plupart des pays africains et latino-américains. Les trois premiers sont parmi les plus riches et économiquement les plus dynamiques de la planète. Les derniers sont les plus pauvres. Cela permet de comprendre en quoi le sol n’est pas – on plutôt n’est plus – un élément fondamental dans la création de richesses.La terre peut être créée à partir de rien comme le démontre l’histoire de la Hollande. Par drainage et endiguement. Ce pays prospère est un triomphe de la volonté humaine. Comme l’a dit quelqu’un : « ce n’est pas un sol, c’est la chair, le sang et la sueur des hommes ». Le Japon a tiré la leçon de la Hollande. Il a construit une île artificielle dans la baie de Tokyo avec les mêmes techniques que la Hollande. La Hollande fut créée avec la puissance musculaire. Mais cette création a permis parallèlement d’accroître considérablement les connaissances et le savoir-faire en ingénierie. Développer des villes dans des environnements montagneux comme en Suisse requiert beaucoup d’inventivité pour changer la nature des sols, pour transporter de l’eau, etc. On peut désormais fertiliser le désert lui-même. Dans l’ouvrage de Simon, une photo satellite montre un losange vert en plein milieu du désert du Sahel. C’est une terre privée aménagée et cultivée par des fermiers qui en sont les propriétaires.Des déclarations effrayantes laissent penser que le stock de terres arabes au niveau mondial est en train de décroître. C’est faux. Non seulement l’agriculture – on l’a vu dans le chapitre VI – requiert moins de surface pour un rendement identique, non seulement les nouvelles techniques augmentent les rendements, mais en outre, la surface des terres agricoles augmente sur la terre. C’est ce qui ressort de nombreuses enquêtes, notamment celles de Joginder Kumar. Entre 1961 et 1989, la totalité des terres « arables » dans le monde est passée de 10,41% à 11,03%. Pour la même période, le pourcentage des terres « agricoles » (c’est-à-dire arables et pastorales) est passé de 33,13 à 35,71%.Quant au problème de la « durabilité » des terres, c’est un épouvantail qui ne repose sur un rien. On prétend que les terres s’épuisent. En réalité, utilisées judicieusement, les terres peuvent être utilisées indéfiniment, même de manière intensive. En Illinois, le maïs est cultivé sans interruption depuis 1876 sans aucun fertilisant, mais les fermiers pratiquent la rotation avec d’autres céréales, ce qui permet d’accroître naturellement la fertilité du sol. Les cultures qui utilisent de l’engrais commercial donnent un rendement équivalent. Les cultures qui utilisent la rotation ET du fertilisant commercial ont, quant à elles, le plus haut rendement.Julian Simon ne prétend pas qu’il faut cesser de s’occuper avec soin des surfaces agricoles au niveau mondial et régional. De la même façon qu’il faut constamment entretenir sa pelouse pour l’empêcher de dégénérer, les fermiers doivent constamment protéger et traiter leurs terres de manière à augmenter et à améliorer leurs productions agricoles. Il dit juste qu’il n’y a pas lieu de paniquer comme nous sommes enclins à le faire lorsqu’on entend certaines anecdotes alarmistes systématiquement démenties par une analyse approfondie du phénomène et au moyen de données précises.

231L’homme, notre ultime ressourceChapitre IX : Deux épouvantails : l’extension urbaine et l’érosion du solLa théorie de l’étalement urbain est une vaste imposture intellectuelle. Depuis 1970, beaucoup de personnes bien intentionnées ont effrayé la population en prétendant que la croissance démographique allait conduire à l’étalement urbain. En réalité, cette crainte de « l’étalement urbain » est sans fondement.La « crise » entière est une vaste imposture. Ce ne fut pas une erreur regrettable mais compréhensible qui aurait résulté de la dramatisation d’un problème réel mais un non-problème créé de toute pièce par le ministère de l’Agriculture et quelques membres du Congrès. Cette crise a été inventée au profit des environnementalistes et des propriétaires de biens situés sur des terrains susceptibles d’être lotis et dont la vue bucolique et le cadre de vie privilégié risquaient d’être affectés. Julian Simon retrace la généalogie de cette imposture. Dix-huit programmes furent mis en œuvre aux Etats-Unis sur le présupposé que les Etats-Unis perdaient des terres agricoles à un rythme sans précédent et que cette surface potentielle était nécessaire pour faire face à des famines futures. Ces deux assertions ont été totalement démenties scientifiquement par le département américain de l’agriculture. Ce qui est bizarre, c’est que, en 1974, bien avant que n’éclate cette affaire, ce département avait déclaré que nous ne courions pas le danger de perdre des terres agricoles. Dans les années 80, une enquête du NALS (National Agricultural Lands Study) affirma que, de 1960 à 1970, l’urbanisation était passée d’une progression de 1 million à 3 millions de mètres carrés par an. Au terme d’une longue enquête, il fut démontré que cette étude était fausse car remplie d’erreurs de calcul et généralisant une situation locale à l’ensemble du territoire américain. Mais la presse s’était saisie de cette affaire et avait créé une psychose collective. Il est assez remarquable de noter que la presse, une fois que le Congrès reconnut que cette étude était erronée, ne fit jamais amende honorable et ne publia pas – ou presque pas – de démenti. Cette théorie fantaisiste continue à circuler, se réverbère en divers endroits et réapparaît de temps à l’autre.La théorie de l’érosion du sol est un phénomène connexe et comparable au premier. La menace d’un lessivage des sols agricoles est une fraude intellectuelle similaire à la fraude de l’étalement urbain. Cette théorie fut, elle aussi, propagée dans les années 80. Là aussi, quand le Département américain de l’agriculture a, sur base de données nouvelles, démenti cette théorie, la presse, les télévisions qui s’étaient déchaînées décidèrent de ne pas publiciser les démentis et cessèrent progressivement de parler d’érosion du sol.

232Julian L. SimonChapitre X : Eau, bois, marécages et quoi d’autre après ?La peur d’une pénurie de terres arables est en train de mourir lentement et naturellement mais on s’inquiète désormais d’une pénurie d’eau. Des mesures « conservatoires » assez grotesques, telles que ne plus servir d’eau dans les restaurants ou de ne plus tirer systématiquement la chasse d’eau dans les toilettes, ont été mis en œuvre. La majeure partie de l’eau disponible est utilisée pour les besoins de l’agriculture. La raison pour laquelle il y a parfois des pénuries ou du rationnement tient au fait que le prix ne correspond pas au prix du marché mais est fixé à un prix subsidié dans la plupart des zones agricoles. Sur ce sujet, il existe pourtant un consensus unanime des économistes spécialisés : dans les pays riches, la seule chose indispensable pour assurer une distribution adéquate pour les agriculteurs et pour les particuliers, c’est une structure législative rationnelle pour l’eau et un prix déterminé par le marché.86 Encore une fois, ce n’est pas la croissance de la population qu’il faut accuser mais les mauvaises lois et les interventions bureaucratiques. Une libéralisation du marché de l’eau éliminerait tout problème de cet ordre à tout jamais.Une diminution du coût de la désalinisation et du transport, en bonne partie grâce à la diminution du coût de l’énergie à long terme, rendra la distribution plus aisée. Dans les pays pauvres, le problème des pénuries d’eau sont – comme beaucoup d’autres problèmes – un problème de manque de richesses pour créer des systèmes qui fournissent l’eau en quantité suffisante. Quand ces pays deviennent riches, l’approvisionnement en eau cesse d’être un problème et les problèmes en la matière deviennent comparables à ceux des pays riches aujourd’hui.Plus tôt dans ce siècle, les Américains se sont longtemps inquiétés du risque d’une pénurie en bois parce que les forêts étaient abattues pour faire de la charpente. En 1905, le président américain Theodore Roosevelt (1858-1909) déclara : « une famine de bois est inévitable ». Cette crainte, qui perdura longtemps, était infondée. L’offre de bois est aujourd’hui plus abondante qu’elle ne l’était à l’époque. Le bois est un produit agricole. Il est plus à sa place dans un chapitre consacré à l’eau et la terre que dans un chapitre consacré à l’énergie, même s’il a servi de combustible dans la plupart des régions du monde par le passé. Les données à propos de la reforestation aux Etats-Unis prouvent que seulement 14% en est opérée par le gouvernement et le reste par le secteur privé. Ceci atteste encore une fois du rôle primordial joué par le secteur privé dans la création de richesse et l’embellissement du cadre de vie. 87% du papier consommé en Amérique est produit par une partie (assez minime)87 de la forêt américaine qui est constamment reboisée : se lamenter sur la coupe des arbres dans les forêts d’exploitation est un peu comme se lamenter sur la coupe du maïs chaque année dans les champs de maïs.86 Pour plus d’informations, confer cet excellent ouvrage : F. Segerfeldt, Water for Sale. How business and the market can resolve the world’s water crisis, Cato Institute, 200587 La demande mondiale en papier peut être satisfaite de manière permanente par une production de bois qui représente 5% de la couverture forestière actuelle Cette zone réduit la pression sur la forêt naturelle qui représente encore 95% de la zone boisée du monde.

233L’homme, notre ultime ressourcePar ailleurs, comme c’est le cas des autres matières premières, le prix du bois n’a cessé de diminuer (preuve supplémentaire du fait qu’il ne se raréfie pas). La situation est la même en Europe. La surface forestière totale est même en croissance en Europe depuis 1950.88On s’inquiète aussi pour les marécages. On a voulu interdire l’urbanisation de certaines zones humides sous prétexte que ces dernières pourraient être reconverties en surface agricole en cas de pénurie de terres (pour y cultiver du soja). On a vu que cette crainte est infondée. Plutôt que de collectiviser ces terres, il est plus pertinent de les laisser à leurs propriétaires car si cette pénurie de terres se produisait (ce qui est hautement improbable), le prix du soja grimperait subitement et il n’y a aucune raison de penser que les propriétaires ne se lanceraient pas dans cette exploitation subitement très rentable (ou revendraient ces terres au prix fort aux agriculteurs intéressés).Chapitre XI : Quand manquerons-nous de pétrole ? Jamais !L’énergie est la ressource maîtresse car elle permet de convertir un matériau en un autre. Alors que les scientifiques progressent considérablement dans les techniques de transformation de la matière, l’importance de l’énergie va augmenter considérablement. Une énergie bon marché serait une bénédiction. Cela permettrait de dessaler l’eau de mer à un prix abordable, de la transporter vers des zones arides, de transformer des zones désertiques en terres cultivables, d’extraire les matières premières dans le fond de l’océan, etc.Julian Simon ramasse son point de vue à propos de l’énergie en douze affirmations:1. L’énergie est la plus importante des ressources car :a. la création des autres ressources naturelles requiert de l’énergieb. avec assez d’énergie, toutes les ressources peuvent être créées.2. La méthode la plus fiable pour prévoir les coûts futurs et la rareté de l’énergie est d’extrapoler à partir des tendances historiques des coûts énergétiques.3. L’histoire économique de l’énergie montre que, en dépit des craintes de pénurie, l’énergie est devenue progressivement moins rare, comme en atteste la constante diminution des coûts.4. Les causes de l’abondance énergétique tiennent au développement des procédés d’extraction, àla découverte de nouveaux gisements et de nouveaux types d’énergie.5. Ces nouveaux développements n’ont pas été fortuits mais furent causés par une demande croissante résultant à son tour d’une augmentation démographique.88 Le patrimoine forestier mondial est resté extraordinairement stable pendant la seconde moitié du XXème siècle. La superficie forestière totale est passée de 30,04% des terres immergées en 1950 à 30,89% en 1994, soit une augmentation de 0,85% sur 44 ans (chiffres FAO).

234Julian L. Simon6. A très long terme, il n’y a aucune « limite » dans notre monde qui conduirait à ce que notre énergie devienne plus rare et coûteuse. Théoriquement, le coût de l’énergie peut augmenter ou diminuer à long terme mais les tendances indiquent une diminution.7. Les prévisions basées sur des analyses techniques sont moins convaincantes que les extrapolations basées sur les tendances historiques des coûts. En outre, ces prévisions techniques varient considérablement entre elles.8. Un moyen sûr de se tromper dans les prédictions est de se baser sur les « réserves connues » de pétrole, de charbon et autres énergies fossiles.9. Une prévision technique appropriée devrait se baser sur des estimations- via des méthodes d’ingénierie – des montants d’énergie additionnels qui seront produis à différents niveaux de prix et sur des prévisions de nouvelle découvertes et d’avancées technologiques qui découleront de ces différents niveaux de prix.10. Certains techniciens prévisionnistes pensent que même des prix beaucoup plus élevés entraîneront seulement une faible augmentation des réserves énergétiques. D’autres estiment qu’un prix légèrement supérieur entraînera très rapidement la constitution de réserves abondantes.11. Les causes de divergences entre les techniciens prévisionnistes tiennent à des différences entre données scientifiques citées, à des différences d’évaluation des forces politiques, d’idéologies, de croyances quant au caractère limité ou illimité des ressources, d’imaginations scientifiques, etc.12. Les divergences entre techniciens prévisionnistes rendent les extrapolations sur la diminution historique des coûts encore plus convaincantes.L’antique peur des pénuries futuresLa peur d’une pénurie pétrolière rappelle étrangement la peur d’une pénurie charbonnière en Angleterre au XIXème siècle. En 1865, Stanley Jevons, un des plus grands scientifiques anglais du XIXème siècle, publia un ouvrage dans lequel il s’attachait à démontrer que l’industrie anglaise allait s’arrêter en raison d’un épuisement du charbon en Angleterre. Que se produisit-il ? La nécessité de s’alimenter en énergie et le fait que cette nécessité promettait un très haut profit à celui qui résoudrait ce problème poussa, en Angleterre et dans le monde, un grand nombre de gens à rechercher de nouveaux gisements de charbon, à inventer de nouvelles techniques pour l’extraire, à développer des moyens moins onéreux pour le transporter. Il conduisit aussi à trouver un substitut auquel personne n’avait accordé d’attention jusqu’alors, un liquide noir, malodorant et visqueux : le pétrole. La prédiction de Jevons – qui n’est pas sans rappeler les prédictions actuelles sur la fin du pétrole – s’avéra fausse. Non seulement les hommes trouvèrent un substitut mais les mines de charbon ne furent jamais épuisées. On estime que l’Amérique dispose encore de suffisamment de charbon pour satisfaire sa consommation actuelle pendant plusieurs centaines voire milliers d’années.

235L’homme, notre ultime ressourceL’analyse développée ici ressemble à l’analyse sur les ressources naturelles développée au chapitre III. Néanmoins, il y a deux grandes différences. Premièrement, l’énergie ne peut pas être aisément recyclée. Deuxièmement, nos stocks d’énergie ne sont pas limités par la terre. Le soleil est la source ultime de toutes nos énergies à l’exception de l’énergie nucléaire. Dès lors, quoique nous ne puissions pas recycler l’énergie comme nous recyclons les minéraux, nos réserves d’énergie ne sont limitées en aucun sens (pas seulement au sens opérationnel). En outre, l’humanité a brûlé du bois durant des milliers d’années avant d’arriver au charbon. Elle a brûlé du charbon pendant trois cents ans avant de passer au pétrole. Elle a brûlé du pétrole pendant 70 ans avant de découvrir la fission nucléaire. Est-il irréaliste ou utopique de penser que dans les 7 milliards d’années qui viennent (avant l’extinction du soleil), voire 700 ou 70 années, l’humanité trouvera une source d’énergie meilleur marché et plus propre que la fission nucléaire ?Quoi qu’il soit, les ressources pétrolières sont, en un certain sens, illimitées. Pourquoi ? A supposer même – hypothèse hautement improbable – que tous les puits de pétrole potentiels soient identifiés et qu’on puise identifier tout ce qu’on peut en tirer avec les technologies actuelles et les technologies futures, on pourrait alors se pencher sur le potentiel énergétique gigantesque du gaz de schiste et des sables bitumineux. On peut également s’interroger sur la capacité du charbon à être reconverti en pétrole et le potentiel gigantesque que cela représente. Ensuite, il faut également songer au pétrole que l’on peut produire non à partir de fossiles mais de maïs, d’huile de palme, d’huile de soja, etc. Il n’y a pas de limites à ces stocks si ce n’est la durée du soleil (comme on l’a vu au chapitre VI, l’eau et la terre ne sont pas limitées).Quand on discute du futur énergétique, on retombe immanquablement sur l’épouvantail de la « loi des rendements décroissants ». Pour les environnementalistes, l’idée la plus répandue, c’est que chaque baril de pétrole supplémentaire est plus difficile et donc plus cher à extraire. Cette idée est totalement fausse, répond Julian Simon. Si l’on se documente même superficiellement, on constate directement que prélever du pétrole aujourd’hui coûte moins cher que prélever du pétrole il y a cinquante ans. Ceci a été expliqué au chapitre III.Le fallacieux concept des « réserves connues »Les meilleures estimations sont les extrapolations effectuées à partir des tendances passées. Néanmoins, les géologues et les ingénieurs préfèrent baser, on l’a vu, leurs estimations sur les réserves. Une méthode absurde, mais très fréquemment utilisée par ces techniciens et jouissant d’une crédibilité auprès du monde politique consiste à se baser sur les réserves connues. Par « réserves connues » de pétrole, on entend la quantité totale de pétrole dans les aires qui ont été prospectées et dont on est parfaitement sûr qu’elle existe.Le problème, c’est que les « réserves connues », c’est un peu comme la nourriture que l’on stocke dans le garde-manger à son domicile. On en prend suffisamment

236Julian L. Simonpour faire face à un évènement inattendu (un invité, une maladie, etc.) mais pas trop pour ne pas devoir déplacer des quantités trop lourdes et trop coûteuses. La totalité de la nourriture dans notre garde-manger ne nous dit pas grand-chose, voire rien, sur la quantité de nourriture disponible dans les magasins. Similairement, le pétrole « dans le garde-manger » ne nous dit rien sur la quantité de pétrole qui peut être produite à long terme à des coûts d’extraction variés. Ceci explique pourquoi la quantité de réserves connues se situe, comme par miracle ou par coïncidence, juste à un niveau un peu au-delà de la demande. En 1970, un vieil homme expliquait à Julian Simon qu’il entendait que nous étions sur le point d’épuiser nos réserves pétrolières depuis qu’il était petit garçon.Quid a propos du très long terme ? L’augmentation de l’efficience énergétique(c’est-à-dire la quantité de services qui peuvent être fournis par quantité fixe d’énergie) est un phénomène constaté depuis des siècles. De telles augmentations ont des effets considérables. Non seulement, cette amélioration de la productivité réduit l’utilisation de la ressource dans le présent mais elle accroît considérablement le nombre de services futurs que pourra fournir le stock entier des ressources inutilisées.Quand les gens affirment que les ressources minérales sont « finies », ils se réfèrent invariablement à la terre comme à un système clos, le « vaisseau terre »,dans lequel nous serions apparemment condamnés à rester confinés. Cela contredit le fait que, quoi qu’on en pense, notre principale source d’énergie sur terre est le soleil. En effet, le soleil est la source primordiale d’énergie emprisonnée depuis des millions d’années dans le charbon et le pétrole que nous utilisons. Le soleil est aussi la source d’énergie de la nourriture que nous mangeons, des arbres que nous utilisons, etc.L’énergie diffère, on l’a vu, des autres ressources en ce qu’elle est consommée et ne peut être recyclée. On pense alors qu’elle s’épuisera inéluctablement. Les tendances historiques contredisent entièrement la théorie malthusienne – qui a pour elle les apparences du bon sens – selon laquelle une augmentation de la consommation conduit à une augmentation de la rareté. En termes économiques, cela signifie que l’énergie devient plus disponible plutôt que moins rare. Cela signifie que le taux d’augmentation de nos stocks de ressource et l’augmentation de l’efficience énergétique ou une combinaison de ces deux forces ont supplanté l’épuisement de la ressource.Le prix de l’énergie et des autres ressources naturelles diminue en raison des avancées technologiques. Si l’on estime la première machine à vapeur comme opérant à 1% d’efficience, on peut considérer que nos machines actuelles sont 30 fois plus efficientes, c’est-à-dire qu’elles utilisent trente fois moins d’énergie pour produire le même résultat. L’invention du four à micro-ondes à diminué de dix fois la quantité d’énergie nécessaire pour cuire un repas. Ce progrès continuera sans doute pendant une longue période, peut-être même indéfiniment. Par ailleurs, nous accroissons les quantités exploitables d’énergie dans le sol. Nous creusons

237L’homme, notre ultime ressourceplus profondément et nous pompons plus rapidement. En outre, nous « inventons » de nouvelles sources d’énergie. On produit désormais des biocarburants. Il est possible de produire des céréales avec de l’eau salée, ce qui laisse envisager une agriculture dans les milieux désertiques comme en Arabie Saoudite. Les centrales à fission nucléaire, génération après génération, produisent une énergie à des coûts constants ou en diminution. Sans parler d’une éventuelle maîtrise de la fusion nucléaire dans un futur lointain. Chapitre XII : Les problèmes énergétiques d’aujourd’huiLa fameuse phrase de Keynes « A long terme, nous sommes tous morts » fut particulièrement stupide. On a vu que les conceptions malthusiennes de Keynes l’ont empêché de comprendre la question du futur des ressources naturelles.L’énergie est un domaine sur lequel il est très difficile de dégager des consensus. Avant d’examiner les controverses, Julian Simon essaye néanmoins de dégager tous les faits sur lesquels il y a un consensus : le fait que toutes les ressources pétrolières n’ont pas été explorées, que les quantités exploitables de charbon sont très vastes, que le charbon est coûteux à transporter, qu’il est polluant, que le stock physique de combustible exploitable par l’industrie nucléaire est inépuisable à l’échelle humaine, etc. Les divergences, elles, gravitent autour de plusieurs questions : quelle quantité de pétrole reste-t-il à exploiter, quelle quantité de gaz reste-t-il à exploiter, quelles énergies alternatives sont rentables (énergie éolienne, marémotrice, géothermique, solaire, etc.) et quels dangers court-on réellement avec l’industrie nucléaire.La crise énergétique des années 70 est la preuve que, comme c’est souvent le cas, le gouvernement est le problème plutôt que la solution. C’est une crise créée suite à une décision politique (le cartel des pays de l’OPEP) et non par la quantité des ressources. Quoi qu’il en soit, le prix finira par baisser à long terme. Les gouvernements occidentaux ont encore aggravé la situation en régulant le marché de l’énergie.Ainsi qu’en attestent de manière répétée les expériences du passé, la planification gouvernementale et le contrôle des marchés de l’énergie et des matières premières conduisent inévitablement à une hausse des prix, créent des scandales et réduisent plutôt qu’ils n’augmentent le stock des ressources. Comme cela a été dit auparavant, les données empiriques démontrent qu’au fil du temps, les ressources deviennent non pas plus rares mais moins rares. Le chapitre III a permis d’expliquer théoriquement ce phénomène qui défie frontalement notre intuition. Le contrôle gouvernemental des ressources est basé sur des idées fausses concernant la loi des retours décroissants et l’inévitable rareté. L’obligation faite par le gouvernement de rationner l’énergie en prévision du futur a pour seul effet de ralentir voire d’enrayer le progrès en direction d’une énergie moins chère et plus abondante.

238Julian L. SimonChapitre XIII : La puissance nucléaireLa puissance nucléaire est fondamentale car elle établit un plafond à long terme pour les coûts énergétiques. Quel que soit le coût des autres sources d’énergie, il nous est toujours loisible de nous tourner vers le nucléaire pour combler virtuellement tous nos besoins énergétiques pour un temps extrêmement long. Les usines nucléaires peuvent générer de l’électricité à des coûts qui sont du même ordre voire inférieurs à ceux des autres industries de combustibles fossiles. La fission est la source de la puissance nucléaire actuelle mais, à long terme, la fusion pourrait bien offrir une solution encore plus avantageuse quoique les physiciens ne peuvent pas encore prédire quand – et même si – cette solution sera réalisable. Si c’est le cas, cette source d’énergie pourrait combler une demande énergétique cent fois supérieure à la nôtre pendant environ un milliard d’années.Il ne faut évidemment pas minimiser les dangers de la puissance nucléaire. Les accidents de Three Mile Island en 1979 et de Tchernobyl en 1986 nous le rappellent.89 Mais la sécurité a considérablement augmenté avec le temps. L’aversion au risque est une attitude normale et raisonnable. Cette aversion est ce qui conduit une personne à conserver un dollar en main plutôt que de le parier afin de doubler la mise quand bien même la chance de gagner est supérieure à 50%. Mais, en considérant la somme des avantages procurés par cette énergie, l’aversion au risque doit être énorme pour s’opposer à la puissance nucléaire. Il existe quantité d’autres risques sociaux que nous acceptons dans notre vie quotidienne pour mener le type de vie que nous menons.Quant aux déchets nucléaires, ils sont, comparativement aux déchets produits par l’industrie des combustibles fossiles, 3,5 millions de fois moins volumineux. Il n’est pas nécessaire, ainsi qu’on l’affirme souvent, de réfléchir à des lieux où ces derniers seront protégés durant 10.000 ans. En réalité, il est hautement probable qu’une solution soit trouvée dans les prochains siècles voire les prochaines décenniespour les abriter efficacement, en réduire la taille par un facteur de 10.000, les traiter voire les recycler et en faire une utilisation qui leur confère une haute valeur.L’énergie résultant de la fission nucléaire est au minimum aussi bon marché que les autres sources d’énergie. Elle est disponible dans des quantités quasiment inépuisables et à des prix constants ou déclinants. L’opposition au nucléaire est principalement idéologique et politique. Elle n’est pas motivée par la volonté d’accroître la disponibilité de l’énergie au bénéfice du consommateur mais bien par celle de réduire l’utilisation de l’énergie pour des raisons de protection de l’environnement et de croyances quant à la moralité d’une vie simple.89 Rappelons que cet ouvrage a été écrit avant l’accident survenu à Fukushima.

239L’homme, notre ultime ressourceChapitre XIV : Une planète agonisante ? Le catastrophisme médiatiqueLes gens pensent que les problèmes environnementaux empirent. Ces croyances populaires prennent naissance dans les articles de presse et dans les déclarations télévisées. Elles sont aussi propagées par plusieurs autorités religieuses. Julian Simon cite plusieurs extraits de discours de papes et d’évêques déplorant le « pillage » des ressources naturelles et la destruction de l’environnement. Les autorités de la religion judaïque accréditent des conceptions du même genre. Les livres grammaticaux d’écoliers sont remplis d’assertions sur l’humanité destructrice et sur les noires perspectives qui nous attendent. Certains de ces ouvrages, tirés parfois à plusieurs millions d’exemplaires, sont remplis d’informations erronées et manipulatrices, principalement sur les dangers prétendus de la hausse démographique.Aux Etats-Unis, des enquêtes démontrent que la majorité des Américains (parfois jusqu’à 80%) pensent que la situation environnementale s’est détériorée depuis vingt ans. Un très grand nombre s’inquiète de la pollution. Ils s’attendent à ce que la situation empire. Une enquête menée dans une haute école démontre que les seules personnes à ne pas partager la conviction que l’environnement sera bientôt entièrement détruit étaient… les élèves les plus faiblement éduqués. Cela dit, ces enquêtes contrastent avec d’autres enquêtes qui montrent que, dans absolument tous les endroits de l’Amérique, les gens, quand ils sont amenés à s’exprimer sur les zones environnementales qu’ils connaissent le mieux – c’est-à-dire celles situées dans leur voisinage – considèrent que celles-ci sont dans une bien meilleure situation que les zones situées dans le reste du pays. Chapitre XV : La curieuse théorie de la pollutionL’opinion publique estime, on vient de le voir, que la pollution progresse. Julian Simon estime qu’il est important de distinguer les vraies causes de pollution des craintes sans fondement. Ces dernières années, les prétendues causes de pollution qui ont tant alarmé le public (dioxine, pluies acides, DTT, etc.) n’étaient, à quelques exceptions près, que de fausses alarmes.Les pires pollutions du passé furent celles engendrées par des microorganismes qui se propageaient par divers canaux (l’eau contaminée, les germes aériens, les insectes, les excréments contaminés flottant dans les rivières, etc.). Elles existent encore dans de nombreux pays et existaient encore, pour certaines d’entre elles, en Amérique dans la première moitié du siècle. La seconde catégorie des pollutions du passé (et du présent), ce sont les particules de poussière (et autres émissions de fumée) provenant de la combustion de carburants fossiles. A côté de cela, nous avons toutes les menaces imaginaires ou insignifiantes contre lesquelles nous sommes continuellement mis en garde. Pour constater à quel point, notre société a évolué dans le sens d’une sûreté maximale, il suffit de lire l’emballage d’un paquet de sel mentionnant l’indication « Attention ! Peut causer de l’irritation ».

239L’homme, notre ultime ressourceChapitre XIV : Une planète agonisante ? Le catastrophisme médiatiqueLes gens pensent que les problèmes environnementaux empirent. Ces croyances populaires prennent naissance dans les articles de presse et dans les déclarations télévisées. Elles sont aussi propagées par plusieurs autorités religieuses. Julian Simon cite plusieurs extraits de discours de papes et d’évêques déplorant le « pillage » des ressources naturelles et la destruction de l’environnement. Les autorités de la religion judaïque accréditent des conceptions du même genre. Les livres grammaticaux d’écoliers sont remplis d’assertions sur l’humanité destructrice et sur les noires perspectives qui nous attendent. Certains de ces ouvrages, tirés parfois à plusieurs millions d’exemplaires, sont remplis d’informations erronées et manipulatrices, principalement sur les dangers prétendus de la hausse démographique.Aux Etats-Unis, des enquêtes démontrent que la majorité des Américains (parfois jusqu’à 80%) pensent que la situation environnementale s’est détériorée depuis vingt ans. Un très grand nombre s’inquiète de la pollution. Ils s’attendent à ce que la situation empire. Une enquête menée dans une haute école démontre que les seules personnes à ne pas partager la conviction que l’environnement sera bientôt entièrement détruit étaient… les élèves les plus faiblement éduqués. Cela dit, ces enquêtes contrastent avec d’autres enquêtes qui montrent que, dans absolument tous les endroits de l’Amérique, les gens, quand ils sont amenés à s’exprimer sur les zones environnementales qu’ils connaissent le mieux – c’est-à-dire celles situées dans leur voisinage – considèrent que celles-ci sont dans une bien meilleure situation que les zones situées dans le reste du pays. Chapitre XV : La curieuse théorie de la pollutionL’opinion publique estime, on vient de le voir, que la pollution progresse. Julian Simon estime qu’il est important de distinguer les vraies causes de pollution des craintes sans fondement. Ces dernières années, les prétendues causes de pollution qui ont tant alarmé le public (dioxine, pluies acides, DTT, etc.) n’étaient, à quelques exceptions près, que de fausses alarmes.Les pires pollutions du passé furent celles engendrées par des microorganismes qui se propageaient par divers canaux (l’eau contaminée, les germes aériens, les insectes, les excréments contaminés flottant dans les rivières, etc.). Elles existent encore dans de nombreux pays et existaient encore, pour certaines d’entre elles, en Amérique dans la première moitié du siècle. La seconde catégorie des pollutions du passé (et du présent), ce sont les particules de poussière (et autres émissions de fumée) provenant de la combustion de carburants fossiles. A côté de cela, nous avons toutes les menaces imaginaires ou insignifiantes contre lesquelles nous sommes continuellement mis en garde. Pour constater à quel point, notre société a évolué dans le sens d’une sûreté maximale, il suffit de lire l’emballage d’un paquet de sel mentionnant l’indication « Attention ! Peut causer de l’irritation ».

240Julian L. SimonJulian Simon propose d’étudier la pollution sous l’angle économique. Selon la théorie économique de la pollution, ressources et pollution forment les deux côtés opposés d’une même médaille. Ainsi, l’air vicié par la suie est une pollution indésirable. C’est aussi l’absence d’une ressource désirée : l’air pur. Dès lors, la théorie des ressources défendue par l’auteur est également d’application ici. Si la ressource en question- l’air pur – semble devenir rare, c’est le signe que la société a utilisé cette dernière pour s’enrichir. Mais les sociétés riches ont plus d’options (et plus de connaissances) pour purifier l’air que n’en ont les sociétés pauvres. Elles peuvent placer des épurateurs dans les conduits de cheminée, employer des chercheurs pour développer des technologies non polluantes, passer à d’autres sources d’énergie, etc. En résumé, la prise en compte de la rareté d’une ressource (l’air pur) suscite une demande populaire et donc une activité économique qui produit plus de ressources que celle qui avait auparavant été utilisée.Cette théorie est évidemment « curieuse » car elle diffère de l’opinion dominante. Le principe sous-jacent est le même que celui développé à propos des autres types de ressources : les ressources qui se raréfient finissent, dans le long terme, par devenir de moins en moins rares et de moins en moins chères (comme les matières premières, la nourriture, l’énergie, etc.). L’environnement devient de plus en plus hospitalier pour l’humanité. Ainsi, dans les pays occidentaux, la qualité de l’air a augmenté drastiquement ces trente dernières années (diminution du dioxyde de carbone et du dioxyde de soufre).Il y a néanmoins des différences entre les notions de ressource et de pollution. La différence la plus fondamentale, c’est que ce que l’on appelle les « ressources naturelles » (et on a vu que l’adjectif « naturel » n’est pas vraiment approprié) sont principalement produites par les entreprises qui ont un motif puissant à satisfaire le consommateur alors que les biens que l’on appelle « absence de pollution environnementale » sont largement produits par des agences publiques à travers des règlementations, des incitants fiscaux, des amendes et des autorisations. En ce cas, le mécanisme politique qui ajuste l’offre et la demande est loin d’être automatiqueet on utilise rarement le mécanisme des prix pour atteindre le résultat désiré.En l’absence d’un tel mécanisme des prix pour réguler la pollution, la mesure environnementale sera d’une moindre qualité et d’une moindre portée qu’une décision économique. En effet, l’économie apprend à anticiper les conséquences à long terme des actions immédiates, c’est-à-dire une façon de voir qu’on peut qualifier de « manœuvre Bastiat-Hazlitt ».90 En d’autres termes, avant de prendre une mesure, il importe d’évaluer et d’analyser dans le calcul coûts-bénéfices, les effets cachés et indirects à long terme. Ainsi, si l’on oblige les fabricants de réfrigérateurs à ne plus utiliser tel ou tel gaz afin de protéger la couche d’ozone, il faut aussi prendre en considération la hausse du prix des ces réfrigérateurs et le fait qu’ils deviendront un bien inaccessible pour un segment significatif de la population du tiers-monde, ce qui augmentera le gaspillage de nourritures et les maladies. 90 Sur l’histoire de la vitre brisée de Frédéric Bastiat, confer le Tome I du présent ouvrage (p.151 et suivantes).

241L’homme, notre ultime ressourceSimon cite un autre exemple : la généralisation de l’automobile dans nos villes a signifié une hausse temporaire de la pollution de l’air, des accidents, des carcasses de voiture, etc. mais on oublie aussi qu’il a débarrassé les rues de carcasses de chevaux (15.000 carcasses par an dans la seule ville de New-York au tournant du siècle). Elle a aussi fait disparaître les accidents entre piétons et attelages (750.000 blessés par an). Sans même parler de la quantité quotidienne d’excréments dans les rues !La théorie économique de la pollution diffère de la conception classique sur un autre point : on aborde celle-ci sous un angle différent de celui de l’ingénieur. On retrouve ici, sous une autre forme, la distinction déjà évoquée entre l’ingénieur et l’économiste. L’ingénieur voit les émissions polluantes comme mauvaises en soi et étudie la manière de s’en débarrasser totalement. La notion même de « zéro pollution » n’est pas économiquement réaliste. Elle est pourtant très bien acceptée dans l’opinion publique car elle repose sur une idéologie de la pureté. La pollution est comparable au péché : l’éradication complète est l’idéal à atteindre. L’économiste voit les choses autrement : il veut diluer la saleté à un niveau acceptable. Contrairement à l’ingénieur(« l’ingénieur » étant pris ici comme un type abstrait car il est évident que nombre d’ingénieurs comprennent, adhèrent et appliquent la conception de « l’économiste »), l’économiste se demande combien nous sommes prêts à payer pour la propreté. D’un point de vue économique, la réduction de la pollution est un bien social qui est réalisable technologiquement mais qui coûte des ressources qui, si elles sont toutes mobilisées dans cet objectif, ne peuvent être consacrées à d’autres problèmes. La vraie question est de savoir quel est le niveau optimal de pollution à la lumière de nos goûts pour un environnement plus propre comparés à notre aspiration pour d’autres biens. Chapitre XVI : Blanchir l’histoire de la pollution ?Il importe de distinguer diverses formes de pollution plutôt que de disserter sur la pollution en général. On classifie généralement la pollution en deux types : la pollution qui a un impact sur la santé et la pollution esthétique. Julian Simon se concentre ici sur le premier type de pollution. Notre situation a-telle empiré au fil du temps ? Il faut se défaire de l’image du Jardin d’Eden. Julian Simon décrit l’état d’une rue dans une métropole comme Londres en 1890 : la boue, les excréments, les détritus alimentaires, l’odeur, le bruit assourdissant des ateliers, la Tamise pestilentielle qui ne possède plus de poissons depuis un siècle (alors que quarante espèces y ont été réintroduites en 1968, l’absence d’oiseaux (alors que 138 espèces y ont été identifiées en 1968), le « smog », lourd et visqueux, chargé de pollution (il a disparu aujourd’hui avec une diminution drastique du pourcentage de bronchites). Ces deux derniers siècles, la propreté de notre environnement s’est améliorée de manière extraordinaire après plusieurs milliers d’années de stagnation. En conséquence, le nombre et l’impact des maladies ont également diminué de façon spectaculaire. Simon montre de nombreux tableaux décrivant la régression des morts par tuberculose, par maladies infectieuses, grippes, pneumonies, par accidents, etc.

242Julian L. SimonLes gens pensent que les conditions sanitaires sont moins bonnes dans le monde que ce n’était le cas il y a quelques décennies. Cette croyance généralisée est entièrement contredite par les faits. Il y a plusieurs sortes de pollution. Certaines ont considérablement diminué au fil du temps comme, par exemple, la saleté dans la rue et les agents contaminants causant des maladies contagieuses. D’autres ont empiré comme les émissions de fumée,91 le bruit à certains endroits, les déchets nucléaires, etc.Difficile de découvrir une direction à ces diverses trajectoires. Comment évaluer ce degré de pollution dans le temps et l’espace ? Par l’espérance de vie. C’est un critère simple pour évaluer le degré de pollution et c’est aussi le critère le plus inclusif. Si l’on mesure la pollution par ce critère qu’est l’espérance de vie, on constate que la pollution a diminué depuis le début de l’espèce humaine. L’espérance de vie d’un nouveau-né s’est accrue considérablement au fil des derniers siècles. Elle continue d’augmenter.Chapitre XVII : La pollution aujourd’hui : tendances et questions spécifiquesLa pollution de l’air a longtemps été considérée comme un problème. En 1300, un Londonien fut exécuté sous le règne d’Edward Ier pour avoir brûlé de la poudre de charbon et cela en contravention d’un Acte adopté pour réduire la fumée. La fumée et la poussière ont longtemps été les agents polluants les plus dangereux. Dans les pays développés, l’air est devenu de plus en plus pollué et irrespirable à mesure que croissait l’activité industrielle et puis la courbe s’est inversée drastiquement à partir du XXème siècle. La diminution de la pollution de l’air se poursuit constamment sans discontinuer depuis ce renversement de tendance. Une bonne dizaine de graphiques dans l’ouvrage de Simon attestent de ce phénomène et cela pour tous les agents polluants (oxydes de soufre, protoxyde d’azote, monoxyde de carbone, particules, plomb, etc.). Par ailleurs, ainsi qu’en attestent les rapports de l’EPA (Environmental Production Agency), la qualité de l’eau s’accroît depuis plusieurs décennies.Pollution dans les pays socialistesDans les pays riches, il est incontestable que l’air devient de plus en plus pur. C’est ce que prouvent les données officielles en dépit de ce que racontent les activistes. Par contre, les plus horribles phénomènes de pollution de l’air ces dernières décennies ont lieu dans l’Europe de l’Est. 50 millions de personnes dans 192 villes sont exposées à des polluants aériens qui excèdent dix fois les seuils maximaux. La brume atmosphérique sur Prague réduit la luminosité de 40%. 91 Depuis les années 80, époque où la première édition de ce live a été publiée, la qualité de l’air dans les pays occidentaux, s’est considérablement améliorée (en partie grâce aux filtres des pots catalytiques). Nous en sommes revenus à une qualité de l’air encore supérieure à celle précédant la révolution industrielle.

243L’homme, notre ultime ressourceCeci s’explique par le fait que dans une économie soviétique, les responsables des entreprises sont incités à utiliser de larges quantités de matière première sans pénalités pour les gaspillages (alors que, dans une économie libre, les entreprises sont naturellement incitées à tirer le maximum des ressources qu’elles utilisent). Les protestations des consommateurs sont foulées du pied dans ces pays. Ces derniers n’ont pas le droit d’agir en justice contre les entreprises polluantes. Le bruit est aussi une constante dans les pays socialistes.Les pays socialistes qui, durant des décennies, furent tenus pour des parangons de vertu par beaucoup de monde à l’Ouest, ont été les pays les plus polluants de l’histoire. Le beau Danube Bleu est devenu un cloaque dans lequel il n’est plus possible de nager. Le lac Baïkal est profondément pollué par la pulpe de papier provenant des papeteries soviétiques installées sur ses rivages. Le niveau de la mer Caspienne a baissé de 3,7 mètres. La moitié des rivières polonaises sont à ce point polluées que même les industries les jugent impropres à satisfaire leurs besoins (de peur d’une corrosion de leurs tuyaux). L’eau des robinets de Leningrad (Saint-Pétersbourg) est dangereuse à boire. Les plages publiques de la mer Noire, de la mer Baltique et de la mer d’Aral ont été fermées pour cause de pollution. Les troubles de la typhoïde sont courants (15.000 cas en Union Soviétique en 1985 contre 400 aux Etats-Unis).Une politique environnementale de l’entraveCe qui règne actuellement, c’est une politique environnementale de l’entrave. Le but de ces agitateurs est d’interférer, de stopper, d’empêcher, en détruisant les travaux et ensabotant le matériel de construction. Quelques-unes de leurs actions : empêcher les entreprises forestières de couper des arbres ou même d’en replanter, empêcher des particuliers de construire leurs maisons même sur leurs larges domaines agricoles, empêcher la construction d’usines, etc. Seule une société riche peut se permettre ce genre de caprices. La dépollutionLes économies avancées disposent d’une puissance considérable pour purifier leur environnement. A quelques rares exceptions, il n’existe pas un seul facteur contaminant l’environnement, en ce compris le bruit, qui ne peut trouver une solution technique. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’argent. La dépollution requiert simplement la volonté de consacrer de l’énergie et une partie du budget national pour faire le travail. L’histoire récente et les tendances actuelles illustrent cette maxime. Plusieurs types de pollution ont diminué dans quantité d’endroits : la crasse dans les rues des Etats-Unis, la poussière dans l’air, les substances qui tuaient les poissons dans les rivières anglaises, la dépollution et l’empoisonnement du lac Washington et de quantité d’autres lacs (Erie, Michigan, etc.) à qui on a redonné une nouvelle vie , etc. Tout ceci prouve que la pollution n’est jamais irréversible pourvu qu’on y mette de la volonté et de l’argent. Ce n’est évidemment possible que dans les sociétés

244Julian L. Simonparvenues à un certain niveau d’enrichissement. Quant aux désastres annoncés par les environnementalistes, ils reposent, sans exception notable, sur l’ignorance ou la fraude.Chapitre XVIII : Mises en garde contre des dangers environnementauxJulian Simon insiste sur la nécessité de trier le vrai du faux tant l’alarmisme de certains agitateurs contribue à effrayer gratuitement les gens et à les rendre craintifs par rapport à n’importe quoi.En matière de pollution, il y a d’abord les « tueurs connus » : la peste, la malaria (le pire tueur du XIXème siècle), le typhus, la fièvre jaune, l’encéphalite, la dengue, l’éléphantiasis et des dizaines d’autres maladies véhiculées par des insectes ou par l’air : le choléra, la dysenterie, la fièvre typhoïde, la lèpre, la tuberculose, la variole, etc. Citons aussi la cigarette, les doses excessives de rayon X, les particules et la fumée en provenance du bois et du charbon, etc. Il y alors les menaces potentielles mais controversées : la destruction de la couche d’ozone, l’eau chlorée affectant les oiseaux, etc.A côté de cela, il y a toutes les menaces dont on a pu démontrer qu’elles ne reposaient sur rien de scientifique. Peur de la fluoration de l’eau (1957), peur du mercure utilisé pour les réparations dentaires (1960), peur du mercure dans le thon et l’espadon (1970), peur de la pénurie de métaux (1970), peur de la saccarine comme cause du cancer de la vessie (1970), peur des pluies acides (1970), peur du café accusé de causer 50% d’augmentation des cancers du pancréas (1981), peur de l’alcool accusé de causer 50 % d’augmentation des cancers du sein (1987), peur du sable californien prétendument cancérigène (1987), peur des téléphones cellulaires accusés de causer le cancer (1993), etc.Les biologistes, les ingénieurs et les environnementalistes qui ont identifié les problèmes de pollution, qui ont mis en garde contre ces derniers et qui ont mis en place des solutions pour diminuer ces problèmes ont rendu un grand service à l’humanité. Les mises en garde contre les dangers potentiels de l’utilisation du charbon, de l’énergie nucléaire, des médicaments, du mercure, du dioxyde de carbone et d’autres choses encore, sont à même de rendre des services similaires, particulièrement en ce qui concerne les affections dont les effets ne sont pas immédiats mais qui apparaissent après plusieurs années. Cela dit, il faut garder à l’esprit qu’il n’est pas possible de créer une civilisation qui s’affranchit totalement du risque. Le mieux que nous puissions faire est de demeurer vigilants et prudents. Les mises en garde exagérées sont contreproductives et dangereuses car elles conduisent à terme à banaliser et à désamorcer la force des mises en garde dans l’opinion contre des dangers réels.

245L’homme, notre ultime ressourceChapitre XIX : Allons-nous finir ensevelis sous nos déchets ?Les historiens du futur vont certainement s’émerveiller de notre peur, durant les années 1990, d’être ensevelis sous nos déchets. On a beaucoup glosé sur le problème des langes jetables à cette époque. Cette question fut considérée comme « la cause la plus importante de notre problème des déchets ». Les agences gouvernementales considéraient que les langes représentaient 12% de la somme totale des déchets. Une célèbre association (National Audubon Society) estimait que les langes en représentaient entre 25 et 45%. Une enquête très sérieuse fut menée et conclut que le total des langes jetables représentait… « pas plus de 1% du poids de décharges ». Une hystérie similaire se produisit à propos des sacs en plastique servant à emballer les courses. Là encore, Audubon estima la masse de ces sacs entre 20 à 30% du total des déchets. Là encore l’enquête conclut que ces sacs ne représentaient pas plus d’un tiers de 1%.Chaque Américain produit par jour environ 1,8 kg de déchets. La croissance de la quantité des déchets par ménage a ralenti ces dernières années. Les Etats-Unis ne sont pas des producteurs extravagants de déchets. Un ménage mexicain produit 30% de déchets en plus qu’un ménage américain. La crainte de manquer de place est totalement infondée. Si l’on désirait ensevelir tous les déchets américains du XXIème siècle en un endroit, il faudrait un carré de 130 km de côté. C’est beaucoup mais c’est dérisoire par rapport au 5.632.000 km2 que représente la superficie du territoire américain. Cette monstrueuse décharge serait 40.000 fois plus petite que le territoire américain. Pas de quoi être « enseveli » comme on le voit.92Quoi qu’il en soit, une décharge peut toujours être reconvertie une fois remplie. Ainsi, une décharge du Michigan dont le sommet avait atteint 32 mètres de haut fut recouverte d’argile et reconvertie en une piste de ski qui accueille chaque année 25.000 skieurs. Quand les décharges sont insuffisantes, des entreprises en ouvrent rapidement de nouvelles qui sont plus larges, plus sûres, plus modernes, plus esthétiques et plus propres que les précédentes. Ce phénomène obéit encore une fois à la thèse de ce livre : un problème déclenche une demande qui suscite finalement une solution qui nous place dans une meilleure situation que si le problème n’était pas survenu.Les environnementalistes discutent souvent des « externalités » des activités humaines mais les voient généralement uniquement de manière négative.En réalité, ces activités ont plus souvent des conséquences positives que l’inverse. Les déchets d’aujourd’hui sont potentiellement les ressources de demain. Pourquoi ? Parce que la science peut découvrir une manière de les exploiter qui n’existait pas à l’époque où on les a jetés. Ce sera peut-être le cas, on l’a vu, des déchets nucléaires. Est-ce que Robinson Crusoé arrivant sur son île aurait été mieux loti si cette dernière comprenait une décharge utilisée par les habitants précédents ? Evidemment.92 Cette crainte reste récurrente comme en témoigne le succès en 2008 du film d’animation Wall-E des Studios Pixar dans lequel un robot collecteur de déchets officie sur terre couverte de déchets et désertée par les humains.

246Julian L. SimonMême une société peu évoluée aurait laissé des pierres taillées, des os d’animaux pour couper, percuter, etc. Beaucoup de choses résultant d’une activité peuvent trouver une application dans le futur. Ainsi les fossés creusés le long ou à proximité d’une route en construction peuvent devenir des réservoirs ou des lacs pour la pêche, etc. Rappelons-nous que, dans son ensemble, l’humanité a créé plus de choses qu’elle n’en a détruites. Si ce n’était pas le cas, notre espèce aurait péri depuis longtemps.Chapitre XX : Faut-il stocker des ressources pour le futur et si oui lesquelles ? Devons-nous conserver nos ressources ? Cela dépend. Il importe ici de distinguer entre trois types de ressources :• les ressources « uniques », celles qui n’existent qu’à un seul exemplaire (ou presqu’un seul) et auxquelles nous accordons une valeur esthétique. Par exemple, le tableau Mona Lisa, un ballon de Michael Jordan ou des espèces animales en voie de disparition ;• les ressources auxquelles nous accordons une valeur historique comme, par exemple, l’original de la Déclaration américaine d’Indépendance, la cabane en rondins de Lincoln, etc.• les ressources qui peuvent être reproduites, recyclées ou remplacées par un substitut (le bois, le cuivre, le pétrole, la nourriture, etc.)Les ressources des deux premières catégories ne sont pas renouvelables. Celles de la troisième catégorie oui. C’est de celles-là dont il est question dans ce chapitre. Ce sont ces ressources sur la quantité desquelles nous pouvons exercer une influence positive. Ce sont les ressources à propos desquelles nous pouvons calculer s’il est économiquement intéressant de les conserver pour le futur ou s’il vaut mieux les utiliser maintenant et obtenir les services qu’elles procurent d’une autre manière dans le futur. Il n’est pas possible de faire cela avec les ressources appartenant aux deux premières catégories car elles ne sont pas remplaçables. On ne peut pas non plus décider d’un point de vue économique s’il faut les préserver car c’est à la société de décider quelle valeur elle attribue à de telles ressources.La conservation des ressources et la pollution sont souvent les deux côtés opposés d’une même pièce. Ainsi, jeter son journal est une pollution mais le recycler réduit la demande de papier et donc le nombre d’arbres qui sont plantés et qui grandissent. Le coût et la rareté des ressources de la troisième catégorie sont amenés à diminuer dans le futur. Mais la question qui est posée dans ce chapitre est différente. Elle consiste à se demander ceci : devons-nous consentir à des sacrifices pour rationner les ressources de la troisième catégorie, devons-nous nous réfréner et limiter notre consommation de papier, de stylo, de jouets, etc. pour des raisons distinctes de

248Julian L. Simonmassacrés par les braconniers. Par ailleurs, l’interdiction du commerce d’ivoire met le bien hors-commerce et conduit à une augmentation radicale des prix sur le marché noir, ce qui renforce encore la motivation des braconniers à chasser ce bien pour des raisons de profit. Faut-il protéger les animaux ou les hommes ? Certains affirment que la population devrait être stabilisée ou réduite parce que nous menaçons plusieurs espèces d’animaux. Cela soulève d’intéressantes questions : si l’on diminue la population humaine, quelle espèce préserver à la place ? Les buffles ou les aigles ? Les rats ou les cafards ? Combien de personnes pour combien de buffles ? Quel espace y consacrer ? Faut-il protéger les moustiques vecteurs de malaria s’ils sont en voie d’extinction ? Selon Julian Simon, ces questions relèvent des goûts et des valeurs de chacun. On reviendra sur la question de conflit de valeurs aux chapitres 38 et 39.Les ressources et les générations futures Quand nous utilisons des ressources, nous devons nous demander si cette utilisation se fait aux dépens des générations futures. La réponse est clairement non. Pourquoi ?Premièrement, on peut, comme on l’a vu, raisonnablement espérer que les prix des matières premières continueront à diminuer dans le futur. Cela signifie que les générations futures ne vont pas éprouver une plus grande situation de rareté que nous. Elles auront accès à autant de ressources (sans doute beaucoup plus) que nous-mêmes. Dès lors, pourquoi nous en priver ? Pour des raisons éthiques, il est d’ailleurs préférable de consommer. Pourquoi ? Parce que la situation de nos descendants sera bien meilleure si, en utilisant ces ressources, nous construisons un plus haut standard de vie. Deuxièmement, le marché protège contre l’utilisation excessive des ressources. Comment ? Par le mécanisme du prix. Le prix d’une matière reflète l’offre et la demande future tout aussi bien que les conditions présentes. Dès lors, les prix tiennent compte des générations futures. Si les investisseurs estiment que le prix va augmenter, ils vont acheter des mines, du pétrole, du charbon, des gisements, etc. pour pouvoir revendre ces derniers plus cher par la suite. S’ils procèdent à de tels achats, cela va automatiquement faire monter les prix et décourager l’utilisation excessive de ces ressources. Paradoxalement, ces spéculations ne peuvent empêcher une sous-utilisation de ces ressources, ce qui laissera les futures générations avec beaucoup plus de réserves qu’elles n’en ont besoin, soit exactement le contraire que ce dont s’inquiètent les « conservationnistes ». Mais, dira-t-on, ces spéculateurs peuvent se tromper. Julian Simon n’en disconvient pas mais précise qu’il faut quand même prendre en considération le fait que ces gens passent tout leur temps à étudier les faits, qu’ils disposent d’informations dont nous ne disposons pas et gagnent leur vie à ne pas se tromper sur des prévisions sur base desquelles ils misent leur argent.

249L’homme, notre ultime ressourceQuoi qu’il en soit, Simon se base sur des faits empiriques. Si la situation n’était pas ce qu’elle est, si les chiffres laissaient penser qu’on risque d’éprouver une hausse des prix et une raréfaction, il serait alors prudent que le gouvernement intervienne pour réduire l’utilisation présente des ressources. Mais ce n’est pas le cas. Par contre, en améliorant constamment le mode de vie, en augmentant l’efficacité énergétique, en accumulant les connaissances consécutivement à cette consommation, en améliorant l’éducation et la santé à chaque génération, en augmentant les performances des institutions économiques, nous transmettons un monde plus productif aux générations futures. Comme ces dernières seront probablement – si la tendance se poursuit – plus nanties que nous, nous demander de conserver des ressources pour les générations futures, c’est un peu comme exiger d’un pauvre qu’il offre des cadeaux à un riche.Les ressources et le « pillage international »On entend souvent que les pays riches « dépouillent » les pays pauvres et « piratent » leur bauxite, leur cuivre et leur pétrole. Cette affirmation n’est pas justifiée par les faits. En effet, ces ressources n’ont pas de valeur dans un pays qui n’a pas d’industries manufacturières. Quand elles sont vendues à un pays industriel, elles génèrent un revenu qui peut aider au développement. En réalité, ce revenu peut représenter la meilleure chance pour ce pays de se développer.Quid si les « exploiteurs » cessaient brusquement « d’exploiter » les pays dont ils achètent les ressources naturelles ? C’est ce qui s’est passé en Indonésie en 1974. En raison d’une récession économique, les entreprises japonaises importatrices de bois ont réduit leur achat de 40%. Du coup, le prix du bois indonésien chuta de 60% et 30 entreprises indonésiennes tombèrent en faillite, causant du même coup un chômage généralisé dans tous les secteurs dépendant de la production de bois. Beaucoup d’Indonésiens qui, huit mois auparavant, manifestaient pour protester contre la prétendue « exploitation » nippone de leurs ressources naturelles manifestèrent alors pour se plaindre de ne plus être assez « exploités »…On rétorquera peut-être que les ressources d’un pays pauvre qui ne sont pas exploitées par les firmes étrangères ne sont pas perdues et qu’il vaut mieux les conserver à l’usage des futures générations de ce pays. Le problème, c’est que « conserver » des ressources pour les futures générations, c’est courir le risque que la valeur de ces ressources s’effondre dans le futur par rapport à d’autres sources d’énergie.On a vu en effet que le coût des matières premières ne cesse de diminuer dans le long terme. Un peu comme le charbon dont la valeur a considérablement chuté par rapport à celle qu’il avait il y a plus d’un siècle. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis et autres pays riches exportent un très grand nombre de produits primaires à destination des pays pauvres, principalement des ressources alimentaires. Les produits primaires que les pays pauvres exportent leur permettent de procéder à un échange dont les deux parties sont gagnantes.

250Julian L. SimonEvidemment, rien dans ce paragraphe ne suggère que les prix que payent ces pays riches sont « justes ». Les termes de l’échange forment un problème éthique mais la meilleure façon de le résoudre, c’est de restaurer la loi de l’offre et de la demande du marché.Une politique publique de stockage prétend implicitement que la « vraie » valeur du bien qui doit être conservé est supérieure au prix auquel le consommateur désire l’acheter. Mais dans un marché libre, le prix d’une chose reflète pleinement sa valeur sociale. Il s’ensuit que lorsqu’un individu ou une entreprise décide de freiner l’utilisation d’un bien qu’il ou elle estime d’un prix supérieur à la valeur que ce dernier a actuellement sur le marché, cela engendre une perte économique sans bénéfice compensatoire pour qui que ce soit (excepté peut-être pour les producteurs de produits qui sont en concurrence avec le produit qu’on décide de ne pas utiliser).La conservation de ces ressources n’est pas nécessaire pour protéger les générations futures. Les forces du marché et le prix actuel prennent en compte les développements futurs attendus et, dès lors, « stockent » automatiquement les ressources rares en vue d’une consommation future. Plus important peut-être, la consommation présente stimule la production et, dès lors, accroît la productivité qui bénéficie aux générations futures.Ce dont le pauvre a besoin, c’est de croissance économique. La croissance économique signifie « utiliser » les ressources mondiales de minéraux, de carburants, de capitaux, de force de travail et de terre. Chapitre XXI : Le recyclage forcé, le stockage forcé et les alternatives du marché librePlusieurs personnes prennent plaisir à recycler. C’est une bonne chose même si la motivation s’enracine dans la croyance erronée que le recyclage est un service public. Néanmoins, forcer les gens à recycler est une autre affaire. La Chine communiste forçait ses citoyens à recycler durant la Révolution Culturelle. Les écoliers étaient mobilisés une journée entière par semaine pour ce faire.Dans les sociétés pauvres, il peut être économiquement intéressant de recycler. Mais, dans la Chine de cette époque, les gens ne recyclaient pas parce qu’ils étaient pauvres : ils étaient pauvres parce qu’ils recyclaient. Forcer les gens à recycler alors qu’ils pourraient utiliser leur temps, leurs compétences et leur énergie à des activités plus productives est un véritable gaspillage. Le recyclage peut être contreproductif dans les pays riches. Les gens veulent sauver les arbres et recyclent leur papier tout en condamnant ceux qui coupent des arbres. Mais ils n’encouragent pas ceux qui plantent et font grandir ces arbres en premier lieu afin d’en faire du papier. Un peu comme s’ils voulaient sauver un « champ » de blé en interdisant d’en couper les épis et en se privant de manger du pain. Leur acte tend à supprimer l’impulsion créatrice.

251L’homme, notre ultime ressourceJulian Simon n’est pas opposé au recyclage en tant que tel mais au recyclage qui- motivé par des raisons purement symboliques – conduit en réalité à un gaspillage des ressources. Recycler est une bonne chose quand cela est économiquement justifié. Par exemple, les gens « recyclent » leurs assiettes en céramique après chaque repas (ils les nettoient au lieu de les jeter à la poubelle) mais cela n’aurait pas de sens de recycler des assiettes de pique nique en plastique. Au niveau d’une société, c’est la même chose : les gens recyclent volontairement les ressources qui en valent la peine et jettent celles dont le recyclage coûte plus cher que ce qu’elles valent.Le recyclage obligatoire représente un plus grand gaspillage que le fait de jeter les choses. C’est un gaspillage de travail qui pourrait être mobilisé plus intelligemment pour créer de nouveaux modes de vie, plus de richesses, plus de ressources et un environnement plus sain.Pourquoi les gens s’inquiètent-ils tellement à propos des déchets ? Pour trois raisons. D’abord, parce qu’ils ne comprennent généralement pas bien comment un système économique répond à la pénurie de certaines ressources. Ils ne réalisent pas à quel point ce dernier met en œuvre des mécanismes d’ajustements délicats qui permettent aux acteurs du marché de se coordonner spontanément. Ensuite, ils manquent de connaissances techniques et d’imagination. Ainsi, il y a toujours eu des gens pour résoudre des problèmes en tout genre (comment vidanger les toilettes des trains, des cars, de navettes spatiales, etc.) et qui ont transformé un problème en une source de profit (les anciennes traverses de chemin de fer peuvent embellir les murets soutenant des pelouses étagées en terrasses, les scories de l’industrie métallurgiques qui, résistantes à la chaleur, entrent dans la composition de la surface de roulage des circuits de Formule 1, etc.). Enfin, les gens se sentent moralement obligés de recycler car ils pensent que c’est une bonne chose en soi.Il est vrai que le marché ne prend pas toujours bien en charge un certain nombre de problèmes liés au recyclage. C’est par exemple le cas des voitures abandonnées. Que faire en ce cas ? Créer des règles qui forceront les producteurs de déchets à payer des compensations appropriées à ceux qui souffrent de la pollution (que ce soit en tant qu’individus ou en tant que groupes) de façon à « internaliser les externalités négatives ». Cela dit, créer et faire voter de telles règles n’est pas une chose aisée. Selon Friedrich Hayek, il s’agit là de la tâche intellectuelle la plus difficile et la plus importante. Et il y a souvent de solides intérêts privés qui s’opposent à cette dernière.La maîtrise publique des ressources peut conduire à un gaspillage des ressources non seulement parce qu’il s’agit de ressources communes mais aussi en raison d’une gestion incompétente.Si l’on désire une société qui valorise le sacrifice et qui oblige les gens à dépenser de l’énergie et de l’argent pour recycler leurs déchets, alors il faut opter pour le recyclage obligatoire. Si l’on désire une société où les gens ont la possibilité de

252Julian L. Simonvivre la vie de leur choix sans imposer le coût de leurs déchets aux autres, alors il faut autoriser chacun à s’occuper personnellement de ses problèmes privés.Toute la difficulté est de déterminer le niveau optimal de recyclage tout en luttant contre le gaspillage et la pollution, le tout en imposant un minimum de contraintes aux individus et aux entreprises. Les incitants économiques dans un marché libre produisent souvent un meilleur résultat que le système « command and control ».Deuxième PartieLes effets de la croissance démographique sur nos ressources et notre niveau de vieChapitre XXII : Places debout seulement ? Les faits démographiquesLes écoliers« savent » que l’environnement naturel se dégrade et que l’on se dirige vers la pénurie alimentaire. En réalité, ces « informations » avec lesquelles on « sensibilise » les enfants avec tant d’assurance sont fausses ou non scientifiquement prouvées. Les craintes quant à l’évolution de la taille de la population sont compréhensibles mais elles ne sont pas neuves. Dans la Bible, on trouve déjà des passages où cette inquiétude est exprimée. Cela ne s’est jamais arrêté : Euripide, Polybe, Platon, Tertullien, etc. ont exprimé leur préoccupation quant au danger que l’augmentation de la population conduise à la pénurie alimentaire et à la dégradation de l’environnement.Contrairement à une idée répandue, la croissance de la population n’a jamais été ni constante ni fixe sur le long terme. Elle procède par « explosions »démographiques à certains instants clés (en l’occurrence, l’invention des outils il y a un million d’années, l’invention de l’agriculture et de l’élevage il y a 10.000 ans et la révolution industrielle il y a environ 300 ou 350 ans). Malthus se trompe quand il estime que la croissance démographique est géométrique. A chaque stade d’amélioration des conditions sanitaires et économiques a correspondu une augmentation significative de la population qui s’est graduellement atténuée par la suite à mesure que ces améliorations étaient assimilées par la société. Une autre idée fausse est de croire qu’il y a plus de gens vivant actuellement sur terre que dans toute l’histoire de l’humanité. En réalité, on estime raisonnablement que depuis 600.000 ans, environ 77 milliards d’humains ont déjà vécu sur terre.La principale cause de l’explosion démographique depuis deux siècles – le plus important et le plus stupéfiant des faits démographiques de l’histoire selon Julian Simon – c’est la chute spectaculaire du taux de mortalité dans le monde. Il a fallu des milliers d’années pour faire passer l’espérance de vie de 20 ans à 30 ans.93 Ensuite il a fallu deux siècles pour passer d’une espérance de vie de 30 ans en France (et environ 35 ans en Grande-Bretagne) à environ 75 ans aujourd’hui. Peut-on citer un seul évènement plus important dans l’histoire de l’humanité ?93 Rappelons que l’espérance de vie est une moyenne et que cet âge très réduit s’explique par l’écrasante mortalité infantile.

253L’homme, notre ultime ressourceCe déclin est la cause du développement économique de la population mondiale. Au XIXème siècle, la terre ne pouvait économiquement supporter qu’un milliard de personnes. Dix mille ans plus tôt, les ressources (accessibles) de la terre ne permettaient la subsistance que de 4 millions de personnes sur terre.Aujourd’hui, plus de 5 milliards de personnes vivent plus longtemps et dans des conditions beaucoup plus saines que jamais auparavant. Ce déclin du taux de mortalité s’explique principalement par les succès phénoménaux enregistrés dans la lutte contre la maladie et dans l’amélioration de la nutrition. Mais la diminution du nombre d’accidents (notamment les accidents de travail) est également une cause importante de cette diminution. Ce progrès n’a pas été uniforme et ne s’est pas réalisé au même rythme partout (ainsi, en Union Soviétique, le taux de mortalité infantile a augmenté entre 1960 et 1980) mais, comme en attestent une bonne quinzaine de graphiques reproduits dans le livre de Julian Simon, la tendance générale est claire et se manifeste dans tous les pays.On aurait pu s’attendre à ce que les amoureux de l’humanité fassent des bonds de joie à l’annonce d’un accomplissement aussi extraordinaire, fruit de l’esprit humain et de son génie organisationnel. En réalité, beaucoup se lamentent du fait que tant d’humains soient vivants pour jouir du cadeau de la vie. Et cette préoccupation conduit à approuver la politique chinoise et d’autres programmes inhumains de coercition et de négation de la liberté quant à l’un des choix les plus précieux qu’une famille peut faire : le nombre d’enfants qu’elle désire engendrer et élever (ce point est abordé dans le chapitre 39).En 1915, le taux de mortalité des enfants aux Etats-Unis était de 180 pour 1000 pour les enfants noirs et de 100 pour 1000 pour les enfants blancs. Aujourd’hui, la mortalité infantile des enfants noirs est de 18 pour 1000 et celle des enfants blancs est de 9 pour 1000. Il est évidemment tragique que les seconds soient encore comparativement plus vulnérables que les premiers mais ce fait ne doit pas nous empêcher de nous réjouir du progrès considérable accompli dans les deux cas. Dans les deux cas, ces chiffres ont été divisés par dix.L’examen de données démographiques dans l’histoire et dans notre monde contemporain nous enseigne que la croissance démographique n’est jamais constante ni inexorable. Elle n’est pas géométrique comme le pensait Malthus. La taille de la population s’accroît en fonction de taux variés et sous des conditions différentes. Parfois, la taille de la population se contracte durant plusieurs sièclesen raison de conditions politiques et sanitaires défavorables. Les catastrophes naturelles n’expliquent pas tout. Ainsi, les évènements économiques, culturels, politiques influencent également la taille des populations. Mais, récemment, les conditions se sont améliorées considérablement et la population mondiale connaît un regain de croissance. C’est une bonne nouvelle pour l’humanité.

254Julian L. SimonChapitre XXIII : Quelle sera la croissance démographique future ?L’histoire des prédictions démographiques doit nous enseigner la prudence et l’humilité.Dans les années 30, les pays occidentaux s’inquiétaient d’une diminution de la croissance démographique. Durant la Grande Dépression, le président américain Herbert Hoover estimait que l’Amérique allait atteindre une population entre 145 et 150 millions d’ici la fin du siècle. En réalité, elle a avait déjà atteint un chiffre de 200 millions dès 1969. Avec force graphiques, Julian Simon retrace l’histoire des prédictions erronées (soit par leur surestimation soit par leur sous-estimation). A chaque fois, on constate que le résultat final s’éloigne sensiblement des 4 ou 5 scénarii. Cela conduit certains à exiger que le gouvernement fasse une enquête officielle. En réalité, ces prévisions- très coûteuses – ne sont en aucun cas meilleures que les prévisions menées par des organismes privés. Le problème, c’est qu’elles sont prises beaucoup plus au sérieux. Non seulement les méthodes de prédiction sont peu fiables mais la base des données utilisées pour nombre de pays – et pour le monde pris dans son ensemble – reste désespérément faible.On entend parfois que le « croissance démographique nulle » est « évidemment » la seule option viable. Mais pourquoi ? Qu’y a-t-il de sacré au chiffre actuel ? La simple évocation de 5,5 milliards semble, pour beaucoup, suffire pour prouver que ce chiffre est très important ou trop important ou insoutenable. Cette question est l’objet de la seconde partie de ce livre. Sur quoi repose cette conviction que la croissance va continuer de manière inévitable ? Sur la théorie de Malthus et son double postulat (croissance exponentielle pour la population et croissance arithmétique pour les ressources alimentaires).Pourtant, les données contemporaines nous montrent que le taux de croissance d’une population peut aussi bien diminuer qu’augmenter. Dans un grand nombre de pays, le taux de fertilité est en train de chuter très rapidement. C’est le cas des pays qui s’enrichissent. Cela implique que les pays actuellement pauvres avec un haut taux de fertilité vont, tôt ou tard, se diriger vers le modèle des pays riches dont le taux de mortalité diminue. Ce phénomène s’appelle « transition démographique ». Dans les pays riches, le taux de fertilité est descendu bien en-dessous du taux de remplacement. Il est probable que la population diminue dans la plupart des pays occidentaux. Il est plausible que si le revenu augmente partout, la population diminue dans le monde entier. Si cela survenait, l’être humain serait la seule ressource qui se raréfie avec le temps. A très long terme, par contre, il est impossible de prédire quoi que ce soit.Les effets à court terme d’un facteur démographique sont souvent en opposition avec ses conséquences à long terme. Un bas taux de natalité et le vieillissement de la population dans les pays riches signifie évidemment moins de dépenses relatives à l’éducation et à toute une série de services. C’est un bénéfice à court terme mais, à long terme, cela accroît le fardeau de dépendance. Dans une société à bas taux de natalité et à bas taux de mortalité, toute personne doit supporter moins de frais liés aux enfants

255L’homme, notre ultime ressourcemais doit supporter les frais de plus de personnes âgées. Or, le coût à supporter pour les pensionnés est bien plus élevé que pour les enfants. Dans le futur, le fardeau de la sécurité sociale deviendra de plus en plus lourd. Plus fondamentalement, le déficit du budget américain peut être partiellement expliqué comme étant la conséquence de ce phénomène démographique.Si l’on divise la surface de la terre par le nombre d’êtres humains, on constate évidemment que la densité augmente sur la terre. Mais ce qui importe ici, c’est le niveau de densité que les gens ressentent. Or, on constate qu’une large proportion des campagnes a perdu une partie importante de sa population ces dernières décennies. Plus ces régions sont désertées, plus elles perdent des opportunités économiques (c’est-à-dire l’inverse de ce que Malthus prétendait) et plus les gens qui y demeurent sont incités à partir. La concentration de la population peut signifier que le nombre absolu de personnes vivant sur, disons, 75% de la surface de la terre, peut déclineralors même que la population mondiale augmente dans son ensemble. Et cela en raison du nombre de plus en plus réduit de personnes nécessaires à l’agriculture alors que les pays s’enrichissent. Ainsi, entre 1950 et 1985, la densité démographique de 97% de la surface des Etats-Unis a diminué. Le nombre de personnes habitant à la campagne est passé de 44,9% à 23,4% de la population totale durant cette période. C’est donc un résultat paradoxal : la population mondiale augmente mais la densité démographique diminue sur la quasi-totalité de la surface terrestre.Mais quid pour ceux qui demeurent en ville ?Evidemment, la densité de la population dans les grandes aires métropolitaines va probablement s’accroître. Mais les individus peuvent choisir de vivre dans les villes ou dans leurs périphéries en fonction de la densité qu’ils préfèrent. La diversité des choix proposés à l’individu va s’accroître dans le futur. Par ailleurs, la densité de population par unité de surface représente le total de l’espace de vie et de travail disponible en moyenne pour un individu. Or, on constate que l’espace de vie dans les villes s’accroît continuellement en raison de la construction des immeubles à étages qui est rendue possible par l’augmentation des revenus et les progrès technologiques.Le scénario catastrophiste des « places debout seulement » suggère une tendance lourde inexorable. En réalité, de telles prévisions sont basées sur des données très pauvres. Les données disponibles indiquent au contraire que la famine et la maladie ne sont pas, loin de là, les seules forces à agir sur le contrôle de la taille de la population. Des forces économiques, politiques et sociales jouent également un rôle important et suggèrent une tendance vers la diminution de la population.

257L’homme, notre ultime ressourceAinsi, Munshi Ram, un travailleur illettré qui vit dans un village de huttes à 100 km au nord de New Delhi affirme le 24 mai 1976, lui qui ne possède aucune terre et très peu d’argent, que ses huit enfants sont sa « plus grande richesse ». C’est une bonne chose d’avoir une grande famille car « ils ne coûtent pas grand-chose et quand ils seront assez âgés pour travailler, ils rapporteront de l’argent. Et quand je serai vieux, ils s’occuperont de moi ». Bref, « les enfants sont un cadeau des dieux ». Le fardeau que représente, pour la collectivité, un enfant supplémentaire dépend étroitement de la nature du système économico-politique. Dans les cités chinoises, où le logement et les transports sont à charge de l’Etat, un enfant de plus est un fardeau beaucoup plus lourd qu’en Amérique où l’enseignement est le seul poste majeur de dépenses que les parents ne payent pas de leur poche. Si les parents payent l’entièreté des coûts d’un enfant, leurs décisions individuelles concernant le nombre d’enfants sera optimal pour la communauté dans son ensemble. A la base de la plupart des théories contemporaines sur la croissance démographique se retrouve l’idée que les lois de Malthus sur la population sont toujours aussi valides aujourd’hui qu’à l’époque où elles ont été formulées (dans la première édition de l’Essai sur le Principe de Population paru en 1798). Le cœur de ces « lois » est que la population augmente plus rapidement que ses moyens de subsistance et cela jusqu’à ce que ses standards de vie chutent au point de laisser dans une situation de lutte pour la survie. Dans cette déclaration, on trouve implicitement (et même explicitement dans les autres considérations de la première édition de l’Essai et dans les écrits de nombre de commentateurs actuels), l’idée que la population – du moins la population pauvre – se reproduit naturellement et sans limite par une copulation sans entraves. Mais, comme Malthus le reconnut dans les éditions postérieures de son ouvrage et ainsi qu’en attestent quantité d’observations anthropologiques, les gens, partout dans le monde, prennent le mariage, le sexe et la procréation très au sérieux. La notion de « copulation sans entraves »témoigne de l’ignorance ou du mensonge de ceux qui l’utilisent.Le revenu influence la fertilité partout. Dans les pays pauvres, une augmentation du niveau de revenu conduit à court terme à une augmentation de la fertilité.La baisse de la mortalité infantile ne déclenche pas immédiatement une limitation des naissances car les familles continuent, un bref moment, à appliquer les comportements du passé où il était rationnel d’avoir beaucoup d’enfants pour s’assurer que quelques-uns au moins survivent jusqu’à l’âge adulte.Mais à long terme, cette augmentation continue conduit finalement à une baisse de la fertilité. La chute de la mortalité infantile, l’augmentation du niveau d’éducation, l’accès aux méthodes contraceptives et l’exode rural vers la ville contribuent à cet abaissement du taux de natalité. Les enfants coûtent plus cher à élever en ville et rapportent moins d’argent à la famille qu’ils ne le faisaient à la campagne. Le processus est connu sous le nom de « transition démographique ». Dans la première édition du livre de Simon (en 1981), il estimait que cet abaissement du taux de natalité, observé dans les pays occidentaux, pouvait « raisonnablement »

258Julian L. Simonêtre attendu dans les autres pays. Dans la seconde édition, on peut enlever l’adverbe « raisonnablement ». Cette diminution apparaît presque partout et dans tous les pays avec une large population.Chapitre XXV : La croissance démographique et le stock de capitalLe capital physique (équipement et bâtiment) mis à disposition du travailleur influence sa productivité et son revenu. Le capital non physique (l’éducation, la compétence et la motivation) du travailleur est évidemment très important aussi et fera l’objet du chapitre suivant. Les gens doivent épargner une partie de leur revenu afin de se constituer un capital. Dès lors, le montant que nous épargnons sur notre revenu influence nos revenus futurs et sur notre consommation. La croissance et la taille de la population peut influencer sur le montant de l’épargne. La population influence notre stock de capital à la fois positivement et négativement. Globalement, son influence est positive. Une population plus importante et un revenu plus élevé accroissent la demande de biens et de capitaux. Mais cela accroît aussi le nombre de nouvelles inventions, ce qui conduit à des équipements plus performants.L’augmentation de la population a d’abord un effet négatif car elle dilue l’offre de capitaux: plus il y a de travailleurs dans un secteur, moins il y a de capitaux par travailleur et, dès lors, le revenu par travailleur diminue. On a longtemps pensé qu’un taux de natalité élevé réduisait le taux d’épargne individuelle. En effet, quand un couple a beaucoup d’enfants, il va donner la priorité à la consommation immédiate (des chaussures pour le bébé) au détriment d’une consommation future (un voyage autour du monde à la retraite). Mais ce raisonnement apparemment sensé ne tient pas compte du fait que ce même couple va peut-être renoncer à des biens de consommation immédiate au profit d’une épargne qui servira à payer les études universitaires à ses enfants. Par ailleurs, ce raisonnement part du présupposé que le revenu reste fixe : or, on constate que les parents avec beaucoup d’argent travaillent plus et gagnent plus d’argent. On constate donc, à un niveau plus général, que la croissance démographique stimule un travail supplémentaire (qui, autrement, n’aurait pas été fourni)et, dès lors, augmente le stock de capital.S’il ne fallait citer qu’un seul facteur favorisant le développement économique – en dehors, évidemment, de la liberté économique – il faudrait citer le système des transports et des communications. C’est d’ailleurs une recommandation qui revient de manière constante dans les études qui travaillent sur le développement des pays du tiers-monde. La croissance démographique est responsable de l’amélioration substantielle des infrastructures, particulièrement dans les domaines des transports et des communications qui sont essentiels au développement économique. Elle incite aussi à augmenter le capital dans le secteur agricole, surtout en ce qui concerne les terres arables. En effet, plus de gens signifie un besoin accru de produits alimentaires. Dès

259L’homme, notre ultime ressourcelors, cela entraîne un investissement accru pour défricher, éliminer les pierres, creuser des fossés, construire des granges, etc. De meilleures communications réduisent le coût du transport. Elles véhiculent mieux l’information (idées de modernisation, nouvelles techniques agricoles, nouveaux savoir-faire, etc.). Evidemment, l’accroissement démographique peut congestionner les axes routiers. Mais c’est une conséquence à court terme. A long terme, cela stimule les personnes inventives et ingénieuses à proposer, de concert avec des entrepreneurs innovants, des solutions incluant de nouveaux modes de transport, de nouveaux véhicules, de nouveaux services, etc. Ce qui illustre encore une fois une thèse majeure de ce livre : à long terme, la solution à un problème nous amène à une situation meilleure que celle où ce problème est survenu.Chapitre XXVI : Les effets de la croissance démographique sur la technologie, la productivité et l’éducationEconomiquement, l’esprit humain est au moins autant et sans doute plus important que la bouche et les mains. La conséquence économique la plus importante de la croissance démographique est l’accroissement considérable de notre stock de connaissances utiles grâce à la contribution de ces personnes additionnelles. Cette contribution est suffisamment importante pour supplanter à long terme tous les coûts de cette croissance démographique.Pourquoi les standards de vie sont-ils beaucoup plus élevés au Japon et aux Etats-Unis qu’en Inde ou au Mali ? Parce que le travailleur moyen aux Etats-Unis et au Japon produit x fois plus de biens et de services chaque jour que son homologue indien ou malien (ou qu’un travailleur américain ou japonais il y a un siècle). Pourquoi ? Parce qu’il est plus qualifié. La plus grande différence entre les pays riches et les pays pauvres est que, comparativement aux seconds, il y a, dans les premiers, un beaucoup plus grand stock de technologie et de savoir-faire disponible et de gens suffisamment éduqués pour les utiliser et les exploiter.A l’époque romaine, le plus grand amphithéâtre du monde permettait à quelques milliers de personnes tout au plus de suivre en direct un spectacle sportif ou un divertissement. En 1990, 577 millions de personnes en moyenne ont regardé en direct les 52 matches de la Coupe du Monde. Un total de 2,7 milliards de personnes – soit la moitié de la population mondiale – a regardé au moins un des matches de cette compétition.Les avancées technologiques ne proviennent pas exclusivement de la science. Les génies scientifiques forment seulement une partie du processus de connaissance. De nombreuses avancées technologiques viennent de personnes qui ne sont ni bien formées ni bien payées. Par exemple, le dispatcher qui trouve un moyen ingénieux de déployer sa flotte de taxis, l’affréteur qui découvre que les canettes usagées pourraient faire d’excellents containers, le directeur d’un supermarché qui découvre une manière

260Julian L. Simond’exposer plus de marchandises dans un espace donné, un employé de supermarché qui trouve un moyen plus rapide pour emballer la viande, etc.L’humanité jouit aujourd’hui des avancées extraordinaires dans les domaines de la communication, du transport, de l’alimentation, de la santé, etc. L’accroissement de la population humaine est la cause fondamentale de tous ces gains. Le processus général – qui est en réalité le sujet même de ce livre – se déroule de la manière suivante : une population en augmentation influence la production de connaissances tant du côté de l’offre que de la demande.Du côté de l’offre, une population plus importante engendre la création d’un plus grand stock de connaissances et, toutes choses étant égales, il y a, dans une société plus nombreuse, statistiquement plus de personnes qui développent des idées nouvelles.Du côté de la demande, plus de gens avec des revenus plus élevés augmentent la consommation et le besoin de ressources à court terme. Une demande en hausse fait gonfler les prix. Mais ces prix hauts représentent une opportunité pour le monde des affaires de faire des bénéfices et pour les inventeurs d’acquérir gloire et fortune. Beaucoup échouent mais dans une société libre, les solutions sont finalement trouvées. Comme Julian Simon l’a déjà dit, dans le long terme, les solutions finalement apportées au problème nous enrichissent plus que si le problème n’était pas survenu.Mais si le nombre de découvertes est fonction de la taille de la population, d’où vient que la Chine ou l’Inde ne sont pas, en raison de leur démographie, les sociétés actuellement les plus avancées ? La réponse nous a été donnée il y a deux-cents ans par le philosophe écossais David Hume (1711-1776) :« Il est impossible pour les arts et les sciences de naître dans un peuple à moins que ce peuple ne jouisse de la bénédiction de posséder un gouvernement libre (…). Un despotisme illimité (…) met finalement un terme à toute amélioration et barre aux hommes l’accès (…) à toute connaissance (…). La loi engendre la sécurité. La sécurité engendre la curiosité. La curiosité engendre la connaissance ».On entend parfois que l’humanité, comparable en cela aux autres espèces, cessera d’augmenter lorsqu’elle aura rempli sa niche, c’est-à-dire atteint les limites des ressources disponibles. On ne peut évidemment pas se prononcer avec certitude sur cette idée, dit Simon, car chaque fois que l’humanité a accru sa richesse et le nombre de sa population mondiale, elle partait d’une situation à propos de laquelle elle n’avait pas d’expérience préalable. Néanmoins, on a pu constater dans les chapitres précédents (sur l’énergie, l’alimentation, les ressources naturelles, etc.) qu’il n’y a apparemment pas de limites à l’accroissement du progrès dans le futur. Il y a des « limites » à tout moment mais ces dernières s’éloignent continuellement. Les bénéficiaires des avantages découlant du progrès de nos connaissances sont respectivement l’économie dans son ensemble, les autres entreprises qui bénéficient des externalités positives (les innovations de la R&D profitent à toutes les

261L’homme, notre ultime ressourceentreprises du même secteur et pas seulement à celle qui a investi), les consommateursqui, eux aussi, bénéficient des externalités positives (la firme innovante a dû financer la R&D qui a débouché sur la découverte, mais quand les concurrents acquièrent cette connaissance presque gratuitement, cela diminue les coûts de production, ce qui est un gain net pour le consommateur) et la recherche sur les procédés et les produits (les retombées de la R&D stimulent les investissements futurs).Pouvons-nous être sûrs que la science va solutionner nos problèmes ? Pour répondre à cette question, il est peut-être intéressant de voir le problème de la façon suivante : durant ces deux derniers siècles, les hommes ont acquis plus de connaissances que durant la totalité des siècles précédents. Ces cinquante dernières années, ils ont acquis quatre fois plus de connaissance que les cent années précédentes. Les 25 dernières années, ils ont acquis quatre fois plus de connaissance que les 25 années qui précédent. Tout ceci indique indéniablement un accroissement du taux de création de la connaissance. Dès lors, pourquoi ne pourrions-nous pas tabler sur le fait que dans les 100 prochaines, voire les 1000 prochaines années ou encore les sept prochain milliards d’années, nous allons acquérir des connaissances qui vont substantiellement améliorer la vie humaine ? Affirmer le contraire, c’est rejeter d’un seul coup tout ce que nous enseigne l’expérience humaine.Chapitre XXVII : Economie d’échelle et éducationLe phénomène appelé « économie d’échelle », c’est-à-dire un gain d’efficacité en raison d’une production plus importante, est connu depuis des siècles. L’économie d’échelle s’enracine dans la possibilité d’utiliser des machines plus grandes et plus efficaces, dans une plus grande division du travail, dans la création de connaissances (et le changement technologique) et dans l’amélioration des moyens de transport et de communication. La croissance démographique favorise ces quatre types d’économie d’échelle. Hollis B. Chenery a comparé les secteurs manufacturiers dans divers pays et a constaté que, toutes choses étant égales, dans un pays dont la population double de taille, la productivité par travailleur augmente de 20%.On a longtemps pensé qu’un effet négatif de la croissance démographique était la réduction de la qualité et de la quantité de l’éducation que les enfants reçoivent. C’est encore une conception malthusienne : un budget éducationnel fixe divisé par un plus grand nombre de personnes allouera évidemment une part moins importante à chacun. Mais ce que nous savons désormais, c’est que la croissance démographique va susciter la volonté d’augmenter le budget dévolu à l’éducation. Les parents travailleront plus ou sacrifieront sur d’autres postes car ils vont considérer que l’éducation est une opportunité d’investissement. On croit parfois que dans une famille plus nombreuse, l’éducation sera plus négligée. Une étude menée au Kenya prouve que dans les grandes familles, les enfants les plus jeunes reçoivent une éducation plus complète que ceux qui font partie d’une petite famille.

262Julian L. SimonOutre l’accélération du progrès dans le domaine de la connaissance, de la science et de la technologie, l’accroissement démographique permet de créer des économies d’échelle. Une population plus grande nécessite une plus grande demande de biens et, donc, une production supérieure et, dès lors, une plus grande division des tâches, une plus grande spécialisation, de plus grandes usines, de plus grandes entreprises, plus d’apprentissage et quantité d’autres économies d’échelle. Le phénomène appelé « apprentissage par la pratique » joue certainement un rôle clé dans l’accroissement de la productivité (plus une usine produit de biens, plus sa productivité augmente car les ouvriers apprennent et développent de meilleures méthodes). Un des effets de ce phénomène est la réduction du prix des nouveaux biens de consommation dans les années qui suivent leur introduction.L’accroissement de l’efficacité peut entraîner une congestion mais les études qui quantifient l’augmentation de la productivité déduisent systématiquement les coûts de l’encombrement. Plus la ville est grande, plus le coût de la vie y est élevé (on parle d’1% d’augmentation du coût de la vie par chaque million de personnes additionnelles) mais le salaire y est aussi plus élevé (et le pouvoir d’achat aussi) car les gens y sont plus productifs.Si l’on ne raisonne pas au-delà de 25 ans, on ne peut pas considérer que l’argent consacré à élever et éduquer les enfants soit un bon investissement. Même si la plupart des dépenses en faveur de ces derniers sont supportées par la famille, la société en assure une partie. Par contre, si on montre un quelconque intérêt pour l’avenir à long terme et si l’on prend conscience de tout ce dont nous bénéficions aujourd’hui en raison d’investissements faits dans l’éducation il y a 25, 50 ou 100 années, on peut alors considérer le savoir qui sera produit par les enfants d’aujourd’hui comme un bienfait énorme.Chapitre XXVIII : La croissance démographique, les ressources naturelles et les générations futuresEn quoi les stocks de ressources naturelles sont-ils affectés par les différents taux de croissance démographique ? Une population plus nombreuse influence les coûts des ressources de deux manières. Premièrement, la demande accrue d’une ressource particulière conduit à une certaine pression pour faire de nouvelles découvertes. Deuxièmement, une population plus nombreuse fait statistiquement augmenter le nombre de personnes qui réfléchissent, qui imaginent, qui se montrent ingénieuses et qui font des découvertes.Une population plus nombreuse permet constamment d’ouvrir de nouveaux sentiers inexplorés. Evidemment, si l’on regarde la terre comme un système fermé (ce qui est faux, ne fût ce que parce qu’elle reçoit chaque jour de l’énergie solaire), on ne peut pas comprendre que l’accroissement de la population mondiale signifie un accroissement du stock total de ressources. Les ressources « naturelles »s’accroissent avec l’accroissement de la population. On a déjà examiné ce

263L’homme, notre ultime ressourcemécanisme : plus de gens avec des revenus plus élevés sont la cause, à court terme, d’une raréfaction des ressources et une hausse des prix. Cette hausse des prix attire inventeurs et entrepreneurs et les motive à trouver une solution. En dépit de nombreux échecs, une solution est finalement trouvée (du moins dans une société libre) et, à long terme, nous nous retrouvons dans une situation meilleure qu’avant la survenance du problème : la ressource coûte moins cher qu’à l’époque précédant la raréfaction. Ce phénomène peut-il continuer indéfiniment ? Il n’y pas – affirme Julian Simon – de raison logique à ce que l’augmentation des ressources disponibles ne s’accroisse pas indéfiniment. Ainsi, si l’on se limite au cuivre, on peut améliorer les méthodes d’extraction, rentrer toujours plus profondément sous terre, découvrir de nouveaux gisements, l’extraire des océans, en trouver sur des astéroïdes, sur d’autres planètes, etc.Même si le risque de manquer de ressources naturelles dans le futur est très faible, avons-nous le droit de faire courir ce risque aux générations futures ?Julian Simon a déjà examiné la question de l’aversion au risque (fait pour un investisseur, un parieur d’avoir peur d’un risque qu’il juge trop important) au chapitre 13 et y reviendra au chapitre 30 mais, en l’occurrence, l’aversion au risque n’est pas pertinente pour les ressources naturelles. Pourquoi ? Premièrement, les conséquences d’une rareté croissante de tout minerai, c’est-à-dire une hausse du prix relatif, ne compromettent pas notre mode de vie. Deuxièmement, une rareté relative conduit à trouver des substituts (par l’aluminium qui remplace l’acier) et atténue la rareté. Troisièmement, la rareté d’un minerai ne se manifeste que très lentement et laisse le temps pour modifier la politique sociale et économique. Quatrièmement, une plus grande prospérité et une population plus nombreuse permettent de pallier les pénuries et d’étendre nos compétences techniques et économiques. Cinquièmement, nous possédons déjà la technologie (fission nucléaire) pour suppléer à nos besoins énergétiques à coûts constants ou déclinants à tout jamais. Notre technologie continuera-t-elle à progresser ? Tout semble l’indiquer. De toute façon, au stade actuel, elle suffit déjà (à condition qu’on l’applique) pour subvenir à tous les besoins de l’humanité (alimentaires, énergétiques, etc.). La seule limite probable à la production de nouvelles connaissances, c’est la disparition des problèmes. Nous avons besoin de problèmes pour progresser. Mais cette ressource ne semble pas près de s’épuiser.La ressource ultime, c’est l’imagination humaine dans une société libre. En réalité, la technologie ne cesse de créer de nouvelles ressources. La contrainte principale imposée à la capacité humaine de disposer de tout en quantité illimitée, c’est le savoir. Or, la source du savoir est l’esprit humain. L’accroissement de la population humaine permet d’accroître cette ressource ultime. Néanmoins, cette imagination humaine ne peut fleurir que dans un système politique et économique qui permet à chacun de jouir d’une liberté personnelle et de recevoir la majeure partie du fruit de son travail.

264Julian L. SimonChapitre XXIX : La croissance démographique et le solLa taille totale de la surface agricole dans le monde est-elle en train de s’épuiser ? C’est le contraire qui est vrai. La totalité de la surface agricole est en augmentation. Le « sens commun » et l’arithmétique suggèrent que l’augmentation de la population va conduire à des exploitations agricoles de plus en plus nombreuses et de plus en plus petites. Les fermiers sont-ils en train de cultiver des champs qui rétrécissent au fur et à mesure que la population et les revenus augmentent ? Là encore, c’est juste le contraire. En dépit de la croissance démographique, l’augmentation de la productivité permet aux fermiers de gérer des fermes de plus en plus grandes. Les fermiers sont plus productifs en raison des progrès techniques mais aussi parce que, vu l’absence d’un marché, les fermiers n’étaient pas, par le passé, économiquement motivés de produire plus que ce qui est nécessaire pour leur subsistance.On pouvait croire également que l’augmentation de la population allait conduire à une augmentation de la main d’œuvre dans les exploitations agricoles. C’est le contraire qu’on constate : la proportion de personnes travaillant dans l’agriculture a constamment décliné. Ce qui est assez étonnant, c’est que, dans les pays riches, ce n’est pas la seule « proportion » de fermiers (par rapport au reste de la population) qui diminue mais bien le nombre absolu de fermiers. Par conséquent, la quantité absolue de terres disponibles par fermier ne cesse de s’accroître. Certains s’émeuvent de l’évolution de cette profession. Depuis 1930, le nombre d’agriculteurs et passé de 10 à 3 millions, soit une perte de 7 millions d’emplois. Mais on oublie que cette vie était extrêmement dure, douloureuse et miséreuse.Beaucoup de gens s’inquiètent que l’urbanisation réduise l’espace dévolu à la nature sauvage et aux surfaces récréatives. Il semble « évident » que la croissance démographique va conduire à une réduction de ces zones. Mais, encore une fois, le sens commun nous égare. La croissance démographique conduit-elle au bétonnage de larges zones au détriment des zones alors dévolues au ressourcement ? Clairement non. De 1900 à 1990, la surface récréative et de nature sauvage des Etats-Unis a crû de 1,3 millions d’hectares à 71 millions d’hectares. La forêt américaine, elle, a crû de 18,8 millions d’hectares en 1900 à 75,2 millions d’hectares. Plus important encore, ce qui a augmenté considérablement, ce sont les possibilités d’accès à la nature et cela en raison de l’augmentation des revenus, de l’amélioration des moyens de communication, des congés, etc. Un individu moyen dans un pays développé a accès à beaucoup plus de zones vertes que par le passé même très lointain. Par ailleurs, le « coût » d’accès à la nature sauvage a chuté considérablement. Et il n’y a pas de raison que cette tendance ne s’accentue pas à l’avenir.La totalité des zones naturelles est en augmentation rapide et de nouvelles zones agricoles sont créées en remplacement des anciennes, avec un résultat net très satisfaisant pour l’avenir du secteur agricole

266Julian L. SimonC’est une tendance lourde dans l’histoire humaine ainsi qu’en atteste le plus important indice de pollution : l’augmentation de l’espérance de vie. L’homme a créé de nouvelles façons de réduire la pollution et a créé des ressources nouvelles permettant de lutter contre la pollution. C’est une raison solide pour s’attendre à ce que cette tendance continue dans le futur.Chapitre XXXI : Les humains mènent-ils les autres espèces à l’holocauste ?L’extinction des espèces est une question fondamentale pour le mouvement environnementaliste. C’est une des raisons majeures avancées par les organisations environnementales pour lever des fonds. Ce thème était au centre du Sommet de Rio. Publié en 1980, le « Global 2000 Report to the President » avance des prédictions extraordinaires. Pas moins de 20% de toutes les espèces de la terre auront disparu en l’an 2000. Pourquoi ? En raison de la disparition de leurs habitats, particulièrement dans les forêts tropicales. Ces chiffres figurant dans ce rapport officiel proviennent en réalité du livre publié en 1979 par Norman Myers et intitulé « The Sinkink Ark » (l’Arche qui coule). Sur quelles données se base cet auteur ? Aussi stupéfiant que cela paraisse, ces chiffres sont de simples projections qui s’appuient non pas sur des données empiriques ni même sur des estimations mais sur de pures « suppositions ». C’est une forme de jeu intellectuel auquel s’est livré Myers. Mais ces chiffres ont été repris et amplifiés depuis. Etonnamment, les prédictions catastrophistes sur l’extinction des espèces qui, aujourd’hui, encore, sont assénées assez régulièrement ne reposent sur aucune base scientifique. L’écologiste Lovejoy s’est également essayé à des prévisions apocalyptiques mais ces dernières reposent toutes sur la seule source publiée : le livre de Myers. Qu’en est-il réellement ?Comment Norman Myers procède-t-il dans sa démonstration ? Son raisonnement s’articule en quatre temps :(1) Entre les années 1600 et 1900, le taux d’extinction estimé des espèces connues est d’une espèce tous les quatre ans.(2) Entre 1900 et maintenant, le taux d’extinction estimé des espèces connues est d’une espèce tous les ans. Aucune source scientifique n’est donnée par Myers pour ces deux estimations.(3) « Certains scientifiques » (pour reprendre les termes de Myers) « ont hasardé l’hypothèse » que ce taux d’extinction « pourrait maintenant avoir atteint » 100 espèces par an. Ce chiffre est une simple conjecture. Pas même une estimation. La source indiquée pour « certains scientifiques » n’est pas un article scientifique publié par un expert mais un bulletin d’informations. Notons cependant que le sujet sur lequel porte cette conjecture est différent du sujet des estimations (1) et (2) vu que ces dernières portent sur les oiseaux et les mammifères alors que la conjecture (3) concerne toutes les espèces.

267L’homme, notre ultime ressource(4) Cette conjecture de 100 espèces par an sert alors de base aux « projections » de Myers. Il multiplie carrément le chiffre par 400 car il estime que « ces chiffres sont trop modestes ». Les forêts tropicales contiennent entre 2 à 5 millions d’espèces. « Supposons » dit Myers que l’environnement soit endommagé. « Si » ces forêts sont détruites, tout ce qu’elles abritent le sera aussi. Dès lors, on en est à 40.000 espèces détruites par an, soit 100 espèces par jour. Dans les 25 ans qui viennent, un million d’espèces (40.000 x 25) – « prévision qui est loin d’être improbable » -seraient éteintes.Dans le Global 2000 Report, les « projections » tirées de cette supposition sont reprises mais avec des termes autrement plus assurés. On affirme que cette évolution « mènera probablement » à une extinction entre 14 et 20% des espèces avant l’an 2000.Inutile de dire que les données empiriques collectées depuis ont totalement démenti ces prévisions fantaisistes. Julian Simon constate que tous les biologistes, ceux-là mêmes qui furent alarmés par ces prédictions, s’accordent sur le fait que le taux des extinctions connues a été et continue à être très faible. Simon cite de larges extraits de rapports de spécialistes. Tous affirment que le taux d’extinction tourne autour d’une espèce par an. L’IUCN (International Union for Conservation of Nature), une association comptant 11.000 scientifiques travaillant dans 160 pays, estime également « que le nombre d’extinctions enregistrées tant pour les animaux que pour les plantes est très faible ». L’argument selon lequel nous devrions protéger les espèces en voie de disparition, même si nous ne savons pas combien elles sont et quelles elles sont, est impossible à distinguer, d’un point de vue logique, de l’argument en vertu duquel nous devrions lancer un vaste programme pour protéger les anges menacés de mort qui dansent sur la tête d’une épingle. Il est difficile d’engager le débat avec les biologistes « conservationnistes » à propos de l’extinction des espèces car ceux-ci refusent généralement de discuter avec les non-biologistes. Si, en outre, l’interlocuteur est économiste, la discussion n’est pas seulement inutile à leurs yeux mais carrément impossible. Beaucoup d’entre eux considèrent que les intérêts de l’humanité et ceux des autres animaux sont opposés.Jusqu’à plus ample informé, il n’y a aucune raison de mettre en place de nouveaux et coûteux programmes de préservation des espèces. Les données disponibles sur le taux des extinctions constatées rendent presque grotesques les affirmations des Cassandre qui promettent une extinction rapide. Par ailleurs, les récents progrès scientifiques et techniques – tels que les banques de graines et l’ingénierie génétique – ont diminué l’importance économique de maintenir les espèces dans leur habitat naturel.Cela dit, il ne faut pas négliger les risques d’extinction potentielle. Il faut plutôt tenter d’estimer plus scientifiquement l’étendue de ces risques, ce qui implique de prendre de la distance avec toutes les déclarations fantaisistes destinées à faire peur au public afin de financer des programmes. Il faut également prendre en considération,

268Julian L. Simonmais de manière raisonnable, la valeur non économique des espèces naturelles à la lumière de la valeur que nous donnons à la vie vierge et sauvage et à d’autres aspects de la vie sur terre.Chapitre XXXII : Une forte densité de la population ne nuit pas à la santé, ni au bien-être psychologique ou socialCet ouvrage se consacre principalement à des questions habituellement considérées comme relevant de l’économie (ressources, standards de vie, impact environnemental, etc.) mais le présent chapitre traite de questions qui vont au-delà de l’économie : la santé et ses rapports avec la taille de la population mondiale et la croissance démographique. L’espérance de vie est un indicateur fondamental pour mesure la situation sanitaire dans un pays. On a vu dans le chapitre 15 que la densité et la croissance démographiques n’avaient apparemment aucun effet négatif sur l’espérance de vie, voire que ces effets seraient plutôt positifs. Julian Simon passe en revue toute une série de maladies contagieuses telles que la malaria, la maladie du sommeil et autres maladies tropicales. La malaria est la maladie tropicale la plus répandue. Il apparaît qu’elle se développe particulièrement bien quand la population est dispersée parce que les champs abandonnés deviennent très humides. Elle s’est fortement développée à la fin de l’empire romain quand le nombre d’êtres humains a chuté de façon vertigineuse. Dès lors, une population nombreuse est la meilleure garantie contre sa propagation. Quant aux autres maladies tropicales, il faut se rappeler qu’une population plus nombreuse engendre plus de connaissances utiles et donc plus de moyens pour lutter contre les maladies.Beaucoup estiment qu’une haute densité démographique entraîne des effets négatifs tant sur le plan psychologique que sociologique. On a effectivement pu prouver scientifiquement qu’une haute densité démographique affectait négativement les animaux. Mais cela n’a jamais pu être prouvé sur les humains. Cette croyance est basée sur des analogies avec les animaux. En réalité, l’organisation humaine est différente des organisations animales, particulièrement en ce qui concerne la capacité des gens à créer de nouveaux modes d’organisation. Les données sociologiques, assez abondantes, démontrent que la densité démographique n’a aucun impact sur la longévité, le crime ou la maladie mentale.On affirme parfois qu’une densité démographique trop importante est une menace pour la paix entre les peuples. Selon cette théorie, la « surpopulation » pourrait devenir la cause majeure de l’instabilité sociale et politique. Cette idée populaire est reprise par le Département d’Etat américain et par la CIA pour justifier leurs programmes de contrôle de la population. Quoi qu’il en soit, le fait est qu’il n’y a absolument aucune preuve permettant de connecter la densité de population avec la propension à s’engager dans une guerre ou même des combats.

269L’homme, notre ultime ressourceLorsqu’on examine attentivement les prétendus effets néfastes d’une forte densité de population sur la santé, on peut rendre un verdict général : «Noncoupable ! ». Et si l’on prononce un tel jugement, ce n’est certainement pas faute de preuves. Le rapport le plus complet jamais réalisé sur le sujet résume son propos en ces mots : « il est raisonnable de conclure que l’hypothèse d’une densité pathologique échoue à trouver une confirmation dans les zones urbaines ». Chapitre XXXIII : Le tableau économique global I : la croissance démographique et les niveaux de vie dans les pays les plus développésLa théorie malthusienne de la croissance démographique – acceptée jusque dans les années 80 par la plupart des économistes et toujours en vogue dans la population – affirme une chose. Les données en affirment une autre, entièrement différente. Ce chapitre entend démontrer que cette théorie est fausse et entend proposer une théorie alternative en ce qui concerne les pays les plus développés. Le chapitre suivant (le chapitre 34) propose, lui, une théorie alternative à propos de ce phénomène en ce qui concerne les pays les moins développés. Le cœur de toute théorie économique de la population depuis Malthus jusqu’au Club de Rome peut être synthétisé en une seule proposition : « toutes choses étant égales, plus les gens utilisent les ressources, plus le revenu moyen par personne décroît ». Cette proposition dérive de la « loi des rendements décroissants » : deux personnes ne peuvent utiliser le même outil en même temps, deux personnes reçoivent moins de nourriture si la quantité à partager est fixe, etc. Voici quelques-unes des idées malthusiennes :1. L’effet de consommation : ajouter une personne à la population réduit la part de chacun car les tranches du gâteau seront plus petites ;2. L’effet de production : ajouter une personne dans la masse des travailleurs réduit la production de chacun des travailleurs : chacun aura moins d’outils, moins de terre à travailler, etc.3. L’effet des équipements publics : si la population d’un village ou d’une ville augmente de 10%, cela fait 10% de personnes en plus à utiliser le puits du village, l’hôpital de la ville, la plage publique, etc.4. Les effets de distribution d’âge : une plus grande proportion d’enfants dans une population signifie une proportion plus importante de la population incapable de travailler, ce qui engendre une diminution du revenu par tête.5. Autres effets théoriques : le capital total se dilue dans une plus grande population, ce qui signifie une épargne individuelle plus faible ; les enfants reçoivent une éducation réduite d’un point de vue quantitatif et qualitatif, etc.Cet ouvrage a démontré que ces éléments théoriques sont faux et ne correspondent pas à ce que l’on observe dans la pratique. Les données suggèrent clairement que la croissance démographique n’entrave pas et même amplifie probablement la croissance économique.

270Julian L. SimonJulian Simon propose alors un modèle plus réaliste pour les pays développés. On a vu que la population et la croissance démographiques ont divers effets, certains négatifs, d’autres positifs. Contrairement aux modèles malthusiens, le modèle de Julian Simon affirme que la productivité s’accroît en raison même de l’adjonction de personnes. Trois facteurs expliquent la création de nouvelles connaissances. Premièrement, le nombre important de personnes qui travaillent dans la R&D et qui produisent des améliorations substantielles. Deuxièmement, la production annuelle- le PNB -avec laquelle ces améliorations peuvent être financées. Troisièmement, le revenu par tête qui influence le niveau général d’éducation alloué à chaque travailleur et qui, dès lors, augmente les capacités individuelles à faire des découvertes technologiques. Ce phénomène se produit dans un espace temporel de 50 à 150 ans. Le modèle se réfère aux Etats-Unis mais convient à tous les pays développés car ces derniers sont scientifiquement et technologiquement interdépendants. Evidemment, la croissance démographique n’est pas la seule cause de la productivité accrue mais elle est déterminante : le capital physique ne peut générer des idées mais les êtres humains ne sont pas seulement un capital. Ils ont une imagination et de la créativité, concepts qui ne sont généralement pas inclus dans les modèles économiques.Une question centrale relativement à la croissance démographique, c’est le compromis choisi entre la consommation présente et future. Préférons-nous consommer directement ou épargner ? C’est sous cet angle là qu’il faut aborder la croissance démographique. L’effet de l’adjonction d’un enfant sur le standard de vie (en dehors du plaisir que des enfants donnent à leurs parents) est indubitablement négatif dans le court terme. Dans les années où les enfants consomment plutôt que de produire, un enfant additionnel signifie moins de nourriture, moins d’éducation pour chaque personne ou des efforts additionnels de la part de la génération des parents pour remplir les besoins des enfants additionnels. Durant cette période, les enfants sont un investissement et leur impact sur les standards de vie est négatif. Si l’attention se confine sur cette première période, un enfant supplémentaire doit être vu comme une force économique négative. Si, par contre, nous accordons de l’importance à un futur plus lointain, nous verrons que l’effet global de l’adjonction d’un enfant supplémentaire peut être positif.De tels modèles de population, tels que celui présenté ici, n’étaient pas acceptés avant les années 80 en raison de la prédominance du capital physique dans l’esprit des économistes. Mais on a reconnu ces dernières années l’importance fondamentale de la connaissance, de l’éducation et de la qualité de la main d’œuvre dans le processus de production économique. On a également constaté empiriquement que la croissance démographique n’avait aucun effet négatif sur le développement économique. Par ailleurs, en dépit de l’attitude prédominante hostile envers la croissance démographique, il n’y a jamais eu la moindre preuve scientifique que la croissance démographique a un impact négatif sur les standards de vie.Cette augmentation des standards de vie dans les pays développés s’exerce-t-elle au détriment des pays pauvres ? Beaucoup affirment qu’un pays « surpeuplé » n’est pas

271L’homme, notre ultime ressourceautosuffisant en nourriture et en autres matières premières. S’opère alors généralement un glissement de cette idée à l’idée que les pays pauvres sont exploités. Ceux qui, comme Paul Ehrlich, soutiennent cette idée ne comprennent pas que l’échange est un élément fondamental et nécessaire de la civilisation. Les pays occidentaux « n’exploitent » pas et ne « dépendent » pas des pays du tiers-monde pour leur approvisionnement. Ce sont des partenaires commerciaux. Personne ne « supporte » l’autre.En résumé, les modèles traditionnels sur les effets de la croissance démographique dans les pays développés – et fondés sur l’idée malthusienne des retours décroissants – sont directement contredits par les données empiriques. Ces modèles affirment que l’augmentation de la population entraîne un abaissement des standards de vie. Les données empiriques ne montrent pas une telle chose. La croissance démographique génère des économies d’échelle dans l’industrie et des gains de connaissance qui, à leur tour, engendrent une productivité accrue. Dans un premier temps, il est vrai, les pays développés dont la population augmente rapidement, sont pénalisés : le revenu par tête diminue. Mais dans un second temps, entre 35 et 80 ans après la naissance des premiers enfants additionnels, le revenu par tête augmente de façon vraiment considérable.Pour atteindre une compréhension adéquate des effets de la croissance de la population, nous devons élargir notre horizon au-delà du court terme et mettre en balance les effets à long terme avec ceux à court terme. Quand on se livre à cet exercice, la croissance démographique dans les pays développés apparaît comme un gain et non pas comme un fardeau ainsi que le prétendent les modèles malthusiens qui s’inscrivent dans une perspective uniquement à court terme. Chapitre XXXIV : Le tableau économique global II : les pays les moins développésDans le futur, ces pays rejoindront les pays situés en ce moment dans la catégorie des pays les plus développés. Mais actuellement, leur situation diffère suffisamment de ces derniers pour justifier qu’on en traite de manière spécifique. Depuis 1960, les modèles économiques d’essence malthusienne discutés dans le chapitre précédent ont eu un impact considérable sur les politiques menées dans ces pays ainsi que sur la pensée des experts en science sociale et sur celle du grand public.La politique américaine, basée sur un modèle erroné, est toujours d’application aujourd’hui. Les modèles théoriques conventionnels (de Coale et Hoover) comprennent deux éléments principaux :• une augmentation du nombre de consommateurs ;• une diminution de l’épargne en raison de la croissance démographique.

272Julian L. SimonLa conclusion, archiconnue, c’est qu’un pays du tiers-monde comme l’Inde peut espérer une croissance économique deux fois et demie plus importante avec un bas taux de fertilité plutôt qu’avec un haut taux de fertilité. En résumé, les théories conventionnelles suggèrent qu’une population plus importante retarde la croissance du revenu par tête d’habitant. L’élément prépondérant dans ces théories, c’est encore une fois le concept malthusien des retours décroissants. Un autre élément théorique important, c’est l’effet de dépendance qui suggère que l’épargne est plus difficile pour les ménages qui ont plus d’enfants et qu’un taux important de fertilité aboutit à détourner des fonds de l’industrie productive au profit des investissements sociaux. Encore une fois, les données empiriques contredisent ces modèles populaires. On ne trouve pas de corrélation entre les deux variables : la croissance démographiqueet la croissance du revenu par tête. Une autre étude affirme que la croissance du revenu par tête est fonction de la densité de population. En 1955, Julian Simon, alors sous les drapeaux, aborda à Hong Kong à partir d’un destroyer de l’armée américaine. Il éprouva beaucoup de peine pour les milliers de personnes qui dormaient chaque nuit sur les trottoirs ou à bord de minuscules bateaux. Pour tout observateur, Hong Kong ne pourrait jamais surmonter ses problèmes : des masses gigantesques de gens pauvres et sans emploi, un manque total de ressources naturelles exploitables, des réfugiés qui arrivaient chaque jour. En retournant en 1983, il n’éprouvait plus aucune pitié pour ce pays quand il y débarqua pour la seconde fois : une foule de personnes bien habillées, affairées, pleines d’espoir et d’énergie. Le gain le plus important qu’apporte la croissance démographique, c’est l’augmentation du stock de connaissances utiles. L’esprit humain a une importance économique fondamentale. Le progrès dépend largement du nombre de travailleurs formés.Le rôle du système politico-économiqueCe qui apparaît prédominant dans l’économie des ressources et de la population, ce n’est pas le taux de fertilité mais l’étendue de la liberté personnelle que peut garantir le système politico-économique. Des preuves écrasantes démontrent que le problème sur notre planète, ce n’est pas un excès de population mais un manque de libertés politiques et économiques. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner des « paires » de pays qui, partageant la même histoire et la même culture, ont connu des destins très différents une fois qu’ils furent séparés après la seconde guerre mondiale : l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest, la Corée du Nord et du Sud, la Chine et Taiwan.

273L’homme, notre ultime ressourceUn modèle qui réconcilie la théorie et les données empiriquesLorsqu’une théorie ne coïncide pas avec une base de données, l’une des deux doit être inexacte. Or, les résultats ont été réexaminés à plusieurs reprises avec chaque fois le même résultat anti-malthusien. Réexaminons dès lors la théorie afin d’élaborer un nouveau modèle qui réconcilie la théorie et les faits. Nous devons inclure quatre nouveaux éléments :• l’effet positif d’une demande en augmentation (en raison d’une population plus grande) sur l’investissement dans l’agriculture et dans le monde des affaires ;• la propension des gens à consacrer plus d’heures au travail et moins d’heures au loisir quand leur famille augmente ;• le passage de l’agriculture vers l’industrie à la faveur du développement éco-nomique ;• les économies d’échelle dans l’utilisation des infrastructures sociales et des autres ressources.En fonction de l’échelle de temps qu’on choisit, on peut décider de considérer l’effet de l’adjonction d’enfants supplémentaires comme étant un gain ou une perte. A court terme, c’est une perte. A long terme, c’est un gain. L’analyse privilégiée ici est à long terme. Nous choisissons de nous concentrer sur le bien-être des futures générations. Pour cette raison, une population en croissance est préférable à une population stationnaire ou en déclin.Réponse à trois objectionsJulian Simon répond ici à trois objections souvent formulées à propos de son modèle.Première objection : « la croissance démographique doit bien s’arrêter à un certain moment. A un tel moment, les ressources seront épuisées ou alors il ne restera plus sur terre que des places debout ».Quand on parle de « un certain moment », on veut dire au moins deux choses :• Premièrement, ceux qui avancent cet argument considèrent que si des hommes adoptent un certain comportement (avoir beaucoup d’enfants), ils vont continuer à l’adopter indéfiniment. Un peu comme si on préten-dait que quelqu’un qui consomme une bière va continuer automatiquement à en boire jusqu’à ce qu’il en meure. En réalité, la plupart des gens sont capables de reconnaître une limite raisonnable et de s’y arrêter. • Deuxièmement, certains affirment que la croissance démographique va croître de manière exponentielle jusqu’à la catastrophe finale vu qu’elle a toujours crû à un tel rythme. En réalité, Simon a montré au chapitre 22 que cette idée est démentie par les faits historiques. La population est restée sta

275L’homme, notre ultime ressourceheures, à investir davantage et à améliorer les infrastructures sociales, telles que de meilleures routes et de meilleurs systèmes de communication. Cela génère aussi des économies d’échelle. Le résultat est que même si un enfant additionnel occasionne des coûts additionnels à long terme, une croissance modérée du taux de natalité dans les pays en voie de développement est susceptible de mener à un plus haut standard de vie à long terme qu’une croissance importante du taux de natalité ou qu’une absence de croissance.Troisième PartieAu-delà des données« Je sais que débattre des jugements de valeur fondamentaux est une entre-prise désespérée. Par exemple, si quelqu’un approuve l’objectif d’extirper la race humaine de la terre, il est impossible de le réfuter avec des justifications ration-nelles » (Albert Einstein, Idées et opinions, 1954).Chapitre XXXV : Pourquoi les gens ne renoncent-ils jamais à leurs croyances sur la question de savoir si les choses s’améliorent ou empirentComment se fait-il que les gens qui, généralement, posent de bons jugements sur ce qu’ils connaissent, adoptent des croyances aussi pessimistes et si contraire aux faits par rapport à l’environnement, l’économie et la démographie ? La seule réponse plausible, c’est que personne n’a ni le temps ni les moyens d’examiner les preuves justifiant les croyances qu’il adopte. Par ailleurs, ces croyances sont parfois à ce point enracinées dans l’opinion publique qu’absolument rien ne peut persuader les gens de les abandonner.Ce livre vise à prouver, sur base d’un grand nombre de preuves empiriques, que les choses évoluent plutôt positivement. Pourquoi les gens ont-ils de ces questions une perception aussi négative en dépit de cette tendance positive ? Une des explications, c’est que les gens font des comparaisons en se focalisant sur les effets à court terme plutôt que sur le long terme. Ils dressent aussi continuellement des comparaisons entre les groupes.Par ailleurs, l’évolution technologique nous rend ingrats, exigeants et perpétuellement insatisfaits. On se plaint de la lenteur de notre ordinateur en oubliant le prodige technologique que constituent de tels instruments. On s’habitue instantanément à toute amélioration (aussi remarquable soit-elle) et on s’en blase rapidement. Le public demande une pureté toujours plus grande de l’air et de l’eau. C’est certainement une bonne chose. Mais quand il se plaint actuellement de la pollution de l’air et de l’eau, c’est absurde si l’on se rappelle l’état catastrophique de notre environnement il y a à peine un siècle et toutes les maladies dont souffraient et décédaient nos ancêtres. Maintenant que nous avons triomphé largement des ennemis traditionnels de l’humanité (animaux sauvages, faim, épidémies, chaleur, froid, etc.),

276Julian L. Simonnous nous inquiétons d’une nouvelle catégorie de phénomènes dans l’environnement et dans la société.Apparemment, notre esprit est ainsi construit que, quel que soit le progrès accompli, nos aspirations augmentent par paliers de façon telle que notre anxiété ne puisse jamais diminuer. Nous nous causons perpétuellement du chagrin par les comparaisons que nous faisons. Julian Simon se rappelle d’une église délabrée dans une pauvre ville hispanique du Nouveau-Mexique sur le fronton de laquelle il était marqué : « L’attitude appropriée est la gratitude ».Chapitre XXXVI : La rhétorique du contrôle des naissances : la fin justifie-t-elle les moyens ?La peur de la croissance démographique a été répandue par des expressions extravagantes et un vocabulaire incendiaire : « l’explosion démographique », « la pollution humaine », « la bombe P » (P comme population). Ce ne sont pas seulement des termes sensationnalistes et journalistiques. Non, ils ont été anoblis et mis en circulation par de distingués scientifiques et des professeurs.Une partie de la propagande antinataliste est subtile. En prétendant délivrer des informations sur le contrôle des naissances, ces campagnes sont en réalité un appel à avoir moins d’enfants. « Planet Parenthood » est l’une des organisations les plus puissantes dans la diffusion de ces campagnes à travers la radio et la télévision. L’une d’entre elles enjoint aux jeunes de « profiter de leur liberté avant d’avoir des enfants ». Une autre, moins subtile, décline les « Dix raisons de ne pas avoir d’enfants ». D’autres campagnes sont plus grossières et font passer les catholiques et le pape pour des irresponsables.La rhétorique du contrôle des naissances est extrêmement convaincante car elle dramatise les conséquences négatives d’avoir des enfants, se prévaut d’un prétendu consensus des experts, donne une vision fausse et insultante des décisions prises par les populations pauvres relativement à leur fertilité. Par ailleurs, cette rhétorique recourt à des forces qui amplifient sa portée (l’argent récolté par divers canaux, le matraquage médiatique, etc.).Plus fondamentalement, beaucoup d’environnementalistes ont pris l’habitude, quelle que soit la cause défendue, d’exagérer, voire de mentir dans le but de « conscientiser » la population. Cette propagande alarmiste diffusée sans discontinuer depuis des décennies et qui brandit des menaces imaginaires est, en tant que telle, dangereuse. Elle est parvenue à instiller dans l’esprit des populations occidentales l’idée absurde qu’elles pillent les ressources, exploitent les pauvres et détruisent l’environnement. C’est une forme de fanatisme qui peut déboucher sur des crimes tels que la politique nataliste en Chine et en Indonésie. Au lieu d’alerter l’attention des gens sur les problèmes importants, ils démolissent la capacité de l’humanité à assurer sa propre survie. Julian Simon compare les environnementalistes fanatiques au

277L’homme, notre ultime ressourcejoueur de flûte du fameux conte et qui, n’ayant pas été payé pour avoir débarrassé le village des rats, décide de conduire à la mort tous les jeunes enfants des villageois…Chapitre XXXVII : Le raisonnement derrière la rhétoriqueQuoiqu’une motivation importante d’un grand nombre de gens luttant contre la croissance démographique s’enracine sûrement dans la volonté sincèred’aider les gens pauvres aujourd’hui et dans le futur, on trouve quand même dans ce mouvement un certain nombre de croyances comme celle que les gens pauvres- et particulièrement le non-blancs, les non anglo-saxons, les non-protestants, sont inférieurs. Par ailleurs, on retrouve aussi la croyance que le bien-être présent et futur de tous les contribuables américains serait mieux servi en réduisant le taux de natalité chez tous ces gens et chez les immigrés. Ces idées sont non seulement dangereuses mais ne reposent sur aucune base scientifique. Ces croyances conduisent à de choquantes recommandations : ne pas baisser le taux de mortalité des gens pauvres, les dissuader d’avoir des enfants même si, pour ce faire, il faut utiliser la pression économique voire la coercition physique. Des gouvernements exercent des pressions au niveau domestique par des lois prescrivant la stérilisation et au niveau international en liant l’aide alimentaire à la réduction de la fertilité. Même si ces politiques reposaient sur des inquiétudes scientifiquement fondées, elles seraient déjà critiquables. Mais ces inquiétudes n’ont aucune base scientifique. Pour certains, les motivations sont d’ailleurs beaucoup moins nobles. C’est souvent du pur égoïsme, un désir de garder pour nous tout ce que nous pouvons contre la ponction supposée (mais inexistante) des ressources par les enfants des pauvres et des non-blancs. On y retrouve aussi la peur du « péril jaune ». Soit un brouet de sorcières assez peu ragoûtant. Chapitre XXXVIII : En fin de compte, quelles sont vos valeurs ?Un petit nombre de savants, principalement des biologistes (et pratiquement aucun économiste) ont convaincu bon nombre de politiciens et de gens du peuple que des politiques de population rationnelles règlementant la fertilité, la mortalité et l’immigration pouvaient être déduites directement des faits avérés ou supposés à propos de la croissance démographique et économique. Ils les ont convaincus qu’il était « scientifiquement vrai » que les pays doivent réduire leur croissance démographique. On entend parfois que « la surpopulation est désormais le problème dominant ».En réalité, il est scientifiquement faux – outrageusement faux – de dire que « la science montre » qu’il y a surpopulation à tel endroit et à tel moment. La science ne peut révéler que les effets probables de différents niveaux et politiques de population. Savoir si la population est trop importante ou trop petite, si elle croît trop vite ou trop lentement, ne peut être décidé sur de seules bases scientifiques. Pareils

278Julian L. Simonjugements dépendent de nos valeurs, un domaine sur lequel la science n’a rien à nous dire.Dans ce chapitre, Julian Simon présente une liste des valeurs sous-jacentes aux politiques démographiques. Il approfondit certaines d’entre elles dans le chapitre suivant :• La priorité donnée au court terme ou au long terme : privilégier le court terme au long terme conduit, en ne se focalisant que sur les coûts à court terme, à méconnaître les avantages considérables qu’une société engrange lorsqu’elle fait le choix de ne pas s’opposer à la croissance démographique. A cet égard, la stupide phrase de Keynes « A long terme, nous sommes tous morts » offre une curieuse similarité avec la manière de penser des enfants. Ces derniers, insouciants et désinvoltes, ne sont pas prédisposés à épargner, investir et travailler pour le futur.• L’égoïsme versus l’altruisme : notre volonté de partager nos biens, directement ou indirectement (via nos impôts) détermine les choix de politique démographique : devons-nous accueillir de nouveaux enfants, des immigrants ? Le pauvre doit-il être soutenu par le riche ?• Proximité : favoriser la famille, les proches, les membres de la communauté, d’un même pays, d’une même race au détriment des personnes plus éloignées sont des attitudes très répandues. Elles jouent beaucoup dans le choix d’une politique démographique.• Le désir d’intimité : jusqu’à quel point voulons-nous partager avec d’autres l’expérience de s’isoler dans une forêt déserte ?• Le droit d’héritage : jouir des fruits du travail des générations précédentes est-il un privilège réservé à leurs seuls descendants ? Les immigrés de fraîche date ont-ils le droit de partager cette richesse ? Les descendants d’esclaves doivent-ils être dédommagés ? Ces questions sont au cœur de la politique d’immigration.• La valeur inhérente de l’être humain : toutes les vies sont-elles dignes d’être vécues ? Les programmes de limitation de naissances reposent généralement sur cette idée que certaines vies sont inutiles. Certains économistes ont même parlé d’ « utilité négative ».• La priorité accordée aux animaux et aux plantes versus la priorité accor-dée aux hommes : selon plusieurs groupes écologistes, l’humanité n’est pas le centre de la planète et nous devons apprendre à partager la planète avec toutes les autres formes de vie. Un changement radical s’est produit à ce niveau. Un exemple, les oiseaux étaient auparavant considérés comme ayant de la valeur dans la mesure où ils favorisaient ou nuisaient à l’agriculture. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.• Liberté individuelle versus coercition : la défense de l’environnement justifie-t-elle le recours à la coercition pour empêcher la croissance démographique ?• L’eugénisme versus la liberté. La croyance que l’humanité pouvait ou de-vait être améliorée par une sélection judicieuse est née dans les années 20 et 30.Keynes fut un chaud partisan de l’eugénisme. Il présida la Société lon-donienne d’Eugénisme de 1937 à 1944. La connexion entre le malthusia-nisme et la politique de contrôle des populations est historiquement proche. Le concept, central dans l’eugénisme, de « vie qui ne vaut pas la peine d’être

279L’homme, notre ultime ressourcevécue » est, comme on le sait, au cœur de l’idéologie nazie. Ce concept a été utilisé pour la première fois dans le titre d’un livre de deux professeurs allemands (un juriste et un médecin) en 1920. En 1941, 70.000 patients ont été tués par des médecins dans des hôpitaux au nom de ce concept. Ce concept a été rejeté avec horreur après la guerre mais a ressurgi à la faveur de travaux prétendument scientifiques sur le quotient intellectuel.• La valeur du progrès : cette valeur est remise en cause par certains environnementalistes mais aussi par des conservateurs. Ainsi, le duc de Wellington commentait la construction de la première voie de chemin de fer en Angleterre par les mots suivants : « cela va permettre aux membres des ordres inférieurs d’errer inutilement un peu partout dans le pays ».• Les valeurs se travestissant sous forme de droits : ces droits sont souvent proclamés sans justification, comme s’ils étaient indéniables. On parle des « droits de la nature », de « droits des animaux ». On dit aussi que l’homme est « le sida de la terre » et que sa disparition serait « une bonne chose ».Le but de Julian Simon n’est pas de prendre position par rapport aux valeurs énumérées plus haut mais bien de faire prendre clairement conscience ici qu’elles opèrent dans les discussions relatives aux problématiques abordées dans ce livre. Leur validité universelle est souvent prise pour acquise par ceux qui les affirment alors que pour d’autres, elles passent simplement pour l’expression de préférences qui peuvent être atypiques et éminemment controversées. En réalité, le terme même de « surpopulation » est un jugement de valeur et non une vérité scientifique. La science seule est incapable de déterminer si la taille d’une population est trop grande ou trop petite, si la croissance est trop rapide ou trop lente.Chapitre XXXIX : Les valeurs fondamentalesDans le précédent chapitre, Julian Simon a listé les valeurs qui entraient en ligne de compte quand la discussion porte sur la population (valeurs qu’on retrouve également dans le discours scientifique lui-même). Dans ce chapitre, il revient de manière plus approfondie sur ces valeurs antagonistes car ce sont elles qui déterminent toutes les politiques concernant les ressources, l’environnement et la population.Altruisme versus égoïsmeBeaucoup de gens estiment qu’il faut favoriser les proches au détriment des lointains et que, dès lors, la vie des premiers a plus de valeur que celle des seconds. Simon estime, quant à lui, que la vie des peuples des autres pays, des autres ethnies et des autres religions a autant de valeur que celle du groupe auquel on appartient. On peut tirer une fierté d’appartenir à l’espèce humaine équivalente à celle d’appartenir à un groupe particulier. Le libéralisme n’entend jamais favoriser un groupe par rapport à un autre. Pas plus les riches que les pauvres. A contrario, des malthusiens comme

280Julian L. SimonGarrett Hardin estiment que soutenir les pauvres est une mauvaise politique car cela les maintient en vie au détriment de tous.La valeur d’une personne pauvreDans la foulée des considérations qui précèdent, certains environnementalistes n’ont pas hésité à écrire qu’il fallait décourager les pauvres à faire des enfants. Ainsi, Paul Ehrlich, le plus célèbre écologiste de l’époque, dressait un tableau apocalyptique de la population indienne : s’agglutinant sur les bus, frappant des mains décharnées sur les vitres du taxi, mendiant, urinant, déféquant, se déplaçant en troupeaux, etc. Julian Simon répond que Ehrlich n’écrit rien sur les gens qui rient, qui jouent, qui s’aiment, qui traitent tendrement leurs enfants, toutes choses que l’on observe quand on se promène en Inde. Ces gens ont également le droit de vivre leur vie. Non, l’existence de personnes pauvres n’est pas un signe de « surpopulation ». Ni aux Etats-Unis, ni en Inde.94Les nés et les « non-nés »Dans toutes les sociétés, la plupart des gens se comportent d’une manière qui témoigne d’une préoccupation pour ceux qui ne sont pas encore nés. Les gouvernements construisent des infrastructures qui perdurent au-delà de la vie de la génération présente. Les jeunes couples tiennent compte des « non-nés » quand ils achètent une maison assez spacieuse pour accueillir de futurs enfants. La remarque de Keynes « A long terme, nous sommes tous morts » est confuse. Beaucoup de conflits de valeurs sur la croissance démographique tournent autour de cette question. Que veut-il entendre par « nous » ? Si par « nous », il entend ses contemporains, il a raison. Si par « nous », il entend nous enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, etc., il a tort car la chaîne de nos descendants n’est pas nécessairement condamnée à mourir. Toute la question est là : quelle conception du « nous » devons-nous choisir ?C’est une question de choix de valeur. Elle ne peut être tranchée scientifiquement. Julian Simon estime que c’est la seconde signification du « nous » qui doit l’emporter car, si l’on veut adopter une position réellement écologique, nous devons nous soucier du long terme. Malheureusement, beaucoup de personnes qui se définissent comme étant des écologistes confondent les deux significations du « nous » : quand on leur explique que la croissance démographique est avantageuse à long terme, ils citent la phrase de Keynes. Par contre, quand Simon leur explique qu’on a le temps de trouver des solutions de substitution énergétique d’ici quelques milliards d’années, ces mêmes personnes l’accusent d’être myope, égoïste et irresponsable.94 Depuis la publication de ce livre, la situation des pauvres en Inde s’est considérablement améliorée. Ce pays est entré de plain pied dans la mondialisation (confer le chapitre de cet ouvrage consacré à Johan Norberg).

281L’homme, notre ultime ressourceQu’avons-nous à perdre ? Quand bien même une politique de contrôle des naissances ne serait pas nécessaire, Ehrlich se pose la question de savoir ce que nous avons à perdre à la mettre en place. La réponse d’Ehrlich est que nous n’avons rien à perdre. Cela dépend évidemment de la conception que l’on a de la vie humaine. Si, comme Julian Simon, on accorde de la valeur à la vie humaine, le fait d’empêcher sans nécessité des êtres de venir à l’existence est une perte évidente.L’argument d’Ehrlich correspond à une inversion de la règle d’or : « Faites aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent ». Ehrlich et ceux qui pensent comme lui se gardent bien de sacrifier leur propre vie, sans doute parce qu’ils estiment que leur valeur est trop haute pour être sacrifiée (ce avec quoi Julian Simon est d’accord : on a besoin de chacun d’entre nous). Ehrlich et ses semblables affirment parfois qu’ils s’abstiennent d’avoir des enfants ou d’en avoir trop et cela pour le bien des autres. Si c’est réellement le cas, c’est dommage car leurs enfants, comme les autres, enrichiraient le monde.La valeur du revenu par tête à court termeDepuis longtemps, les économistes utilisent la notion de « population optimale ». Cela donne l’impression d’être une notion scientifique. Mais cela implique un critère pour distinguer le meilleur et le pire. Quel est-il ? Il s’agit tout simplement du revenu par tête. On se rend bien compte qu’un tel critère, poussé jusqu’aux conséquences ultimes de sa logique, devrait nous inciter à nous débarrasser purement et simplement des personnes à bas revenu. Si on supprime la moitié la plus pauvre de la population, on fait alors progresser le revenu par tête de manière arithmétique. C’est évidemment absurde. Néanmoins, ce critère est utilisé par beaucoup de monde pour prôner une réduction du nombre des naissances. Si on diminuait, disons de 10%, le nombre de naissances chaque année, le revenu de chacun serait augmenté chaque année. Mais c’est un calcul à court terme. On réduit effectivement les frais de scolarité, les services publics, etc. Mais à long terme, cela signifie moins de producteurs de richesses. Quel critère adopter ? La règle utilitariste « le plus grand bien pour le plus grand nombre » ? Simon le pensait mais a été guéri de cette illusion en lisant Hayek.95 Il prône plutôt le recours au « principe de Pareto étendu », c’est-à-dire qu’un état peut être modifié de façon telle que plus de personnes en tirent profit et que le sort de personne n’empire pas en raison de cette modification. Toutes choses étant égales, l’adjonction de nouvelles personnes est une bonne chose. Si l’on est contraint de choisir, Julian Simon préfère la situation se traduisant par une baisse provisoire du revenu par tête en raison d’une augmentation du nombre de personnes dans le futur immédiat (enfants et/ou immigrés). A long terme, le revenu par tête sera plus élevé qu’initialement.95 Pour un résumé de la position de Hayek sur l’utilitarisme, confer le Tome I de la Tradition de la Liberté, pages 286 et 287

282Julian L. SimonLa valeur de conserver versus la valeur de créerLa prochaine fois qu’une personne vient sonner à votre porte pour vous demander une donation – souvent sous le prétexte initial de vous faire signer une pétition – interrogez-là, nous conseille Julian Simon. Le plus souvent, elle travaille pour une organisation environnementale. Elle reçoit en moyenne 30% de commission et d’autres parties du don vont à des personnes intermédiaires. A quoi est consacré le solde ? La réponse est toujours : à mener des actions politiques et des opérations de conscientisation. Jamais cet argent n’ira dans la plantation d’un arbre, dans le nettoyage d’une plaine de jeu et certainement pas dans la construction d’un hôpital ou d’un parc. L’objectif ici n’est jamais de créer ou de construire mais bien de « protéger », ce qui signifie tout faire pour empêcher – par des campagnes, des recours, des actions de sabotage, de blocage, etc. – l’action d’autres personnes qui, elles, veulent construire des usines, des magasins, des décharges, des centres de tri, des maisons et des domaines.L’humanité destructrice et l’humanité créatriceQuelqu’un a dit un jour : « Si nous avons plus d’enfants, nous aurons un jour plus d’adultes qui pourront pousser le bouton rouge et tuer la civilisation ». C’est vrai, dit Julian Simon. Un autre auteur a écrit, de manière plus générale « Tous les problèmes humains pourraient être résolus en se débarrassant de l’humanité ». Mais Simon ajoute que plus nous avons d’enfants, plus nous avons de personnes susceptibles d’éviter un jour cette catastrophe.La coercition est-elle justifiée ?Certains estiment qu’il faut imposer le contrôle des naissances par la force. Une enquête de 1974 montrait que 47% des Américains étaient en faveur d’une politique contraignante de contrôle des naissances. Diverses mesures sont proposées : • des politiques de « contraintes sociales » : encourager à postposer ou éviter le mariage, altérer l’image de la famille, éduquer à la limitation des naissances, mettre des produits contraceptifs dans l’eau courante, etc. • des mesures incitatives et désincitatives : taxer le mariage et la naissance, taxer davantage les personnes mariées que les célibataires, réduire/supprimer les allo-cations familiales, verser des primes à ceux qui postposent le mariage, verser des pensions aux femmes de 45 ans qui ont moins que x enfants, supprimer toutes les allocations de l’Etat-Providence pour ceux qui ont plus de deux enfants, obliger les femmes à travailler tout en diminuant les systèmes de gardes d’enfants, limi-ter/supprimer les remboursements médicaux, les bourses, les prêts locatifs aux familles qui ont plus que x enfants, etc.• des politiques de « contrôle social » : avortement obligatoire des grossesses non autorisées, stérilisation obligatoire de toutes les femmes qui ont deux enfants, etc

• des mesures pour empêcher les grossesses non désirées : payements pour encourager la stérilisation, payements pour encourager la contraception, autoriser la vente libre de contraceptifs, etc.Plusieurs pays ont adopté plusieurs de ces diverses mesures. En Inde mais surtout en Chine (implantation obligatoire de stérilets, obligation pour les femmes qui ont déjà un enfant de se soumettre tous les trois mois à des séances de rayon X sur le bas du corps, sanction des femmes qui ont plus que x enfants, stérilisations et avortements obligatoires, etc.). Singapour a désormais inversé sa politique eugénique. Après avoir découragé les naissances par des taxes, des amendes, la contrainte physique, ce pays offre désormais des incitants à la classe moyenne pour l’encourager à avoir plus d’enfants qu’ils ne désirent en avoir. Ce retournement devrait dissuader tout pays de la volonté de restreindre les naissances.Julian Simon estime qu’il faut laisser aux gens la plus grande liberté pour mener leur propre vie et faire les choix existentiels qui sont les leurs. Le gouvernement n’est pas capable de déterminer, mieux que ne le ferait les parents, ce qui est bon pour la société dans son ensemble. Les gens doivent pouvoir choisir librement. Cette liberté de choix n’est évidemment en rien incompatible avec la possibilité pour chacun de recevoir une information complète sur le contrôle des naissances. En tant que libéral, Julian Simon ne s’oppose pas à l’avortement légal. Mais il ne s’oppose pas non plus au fait que des gens puissent exprimer librement leur détestation de l’avortement.La valeur de la véritéDans cet ouvrage, Julian Simon a donné plusieurs exemples de discours environnementalistes qui, par l’exagération voire le mensonge pur et simple, travestissaient délibérément la vérité en vue « d’interpeller » les gens. C’est le cas du fondateur du Club de Rome qui a reconnu lui-même utiliser cette stratégie, c’est le cas des environnementalistes affirmant que la forêt américaine est en voie d’être totalement abattue alors que sa surface ne cesse de s’étendre depuis un siècle, etc. Le discours du chef indien Seattle (« La terre est notre mère (…). J’ai vu mille bisons pourrir sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait, etc. ») est en réalité un faux originellement écrit par un scénariste pour un film sorti en 1972. Quoique la vérité soit connue depuis longtemps, les environnementalistes ressortent ce discours à n’importe quelle occasion.Simon estime qu’il ne faut jamais maquiller ou amplifier une vérité pour convaincre, et cela quel que soit le caractère insignifiant de cette omission ou de cette exagération. Il est indispensable de présenter des données fiables et précises, en ce compris celles qui ne vont pas dans le sens de la position qu’on entend défendre. Toute personne qui se définit comme un scientifique (comme le fait Julian Simon) doit à ses lecteurs une sélection équilibrée des données disponibles même si l’on désire plaider en faveur d’un point de vue particulier (désir entièrement compatible avec le fait d’être un scientifique). Parce qu’il s’efforce de présenter les choses le plus nettement possible, Julian Simon est souvent accusé

284Julian L. Simonpar ses critiques de tenir des propos « extrêmes », « exagérés », « immodérés », etc. Mais écrire catégoriquement est évidemment une stratégie très différente que celle consistant à édulcorer son propos et à manipuler les preuves afin de convaincre. Julian Simon valorise la vérité pour elle-même. Il estime aussi que maquiller la vérité est une attitude qui, à long terme, est nocive à la cause même qui est défendue par le mensonge.Valeurs à propos de la population en relation à d’autres valeurs« Il existe une propension parmi les hommes à attribuer une entière constellation de valeurs qui ne sont pas les nôtres aux personnes qui dif-fèrent de nous à propos de quelques valeurs. Cette polarisation est souvent utilisée pour démoniser nos opposants de façon que les autres rejettent certaines des valeurs ou positions qu’ils défendent ».96La question du contrôle des naissances offre un excellent exemple de ce phénomène aux Etats-Unis. Ceux qui sont pour (contre) le contrôle des naissances et qui se considèrent comme étant de droite accusent ceux qui sont contre (pour) le contrôle des naissances d’appartenir à la gauche ; ceux qui sont pour (contre) le contrôle des naissances et qui se considèrent comme étant de gauche accusent ceux qui sont contre (pour) le contrôle des naissances d’être de droite.La question de la croissance démographique (et de l’immigration) dépasse les clivages politiques. Chaque famille politique est divisée sur ces questions. La seule exception, ce sont les libertariens qui sont en faveur d’une liberté totale pour les humains de se reproduire et qui sont contre toute barrière à l’immigration. Et cela, dans les deux cas, sur base de la valeur de libre choix.En résumé, la science seule ne permet pas de conclure sur la question de savoir si la taille d’une population est trop grande ou trop petite, ou si le taux de croissance est trop rapide ou trop lent. La science permet juste de donner aux citoyens et aux décideurs une meilleure compréhension des conséquences de l’une ou l’autre décision à propos de la population. Malheureusement, le travail scientifique sur ce sujet s’est trop souvent contenté de désinformer ou d’induire les gens en erreur. Les décisions personnelles ou politiques à propos de l’enfantement, l’immigration et la mort dépendent des valeurs au moins autant que de leurs conséquences probables.Conclusion : La ressource ultimeLes matières premières et l’énergie deviennent chaque jour moins rares. L’approvisionnement en nourriture s’améliore. La pollution diminue dans les pays développés. Même si un enfant additionnel représente un fardeau à court 96 J.L.Simon, The Ultimate Resource II, Princeton University Press, 1996, p.576

285L’homme, notre ultime ressourceterme, la croissance démographique a des effets positifs à long terme. Plus important encore, moins de gens meurent jeunes. La qualité de l’eau et de l’air est bien meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a à peine cent ans. Aucune des pénuries alimentaires annoncées par les environnementalistes par le passé ne s’est produite. Nos standards de vie se sont améliorés à tous points de vue. Les gens sont chaque jour plus éduqués. Nous n’allons pas tomber à court de ressources. Le constat qui sous-tend et unifie ces diverses problématiques, c’est que l’être humain est un être qui crée plus qu’il ne détruit.A court terme, toutes les ressources sont limitées. Mais, en utilisant des ressources naturelles, on crée d’autres ressources. Ainsi, à partir de la pulpe de bois qui rentre dans la composition du livre de Simon, on crée cette ressource qu’est un grand nombre de pages. Contrairement à ce qu’affirme la rhétorique ambiante, il n’y a pas de limites à la continuation de ce processus. Contrairement à ce qu’affirmait Malthus et comme cela a été démontré tout au long de ce livre, il n’y a pas de raisons physiques et économiques pour que l’homme ne continue pas indéfiniment à se procurer et à inventer les ressources dont il a besoin. Malthus pense que la quantité totale de ressources sur terre est fixe et que plus on les utilise moins il en reste. La résolution de ce paradoxe n’est pas évidente. Il faut d’abord comprendre que la mesure de la rareté est le coût ou le prix de cette ressource et non pas une mesure physique de réserves calculées. La manière adéquate de réfléchir à l’extraction de ces ressources n’est pas en unités de poids ou de dimensions mais plutôt en services que nous pouvons tirer de ces ressources. L’histoire économique des ressources prouve que Malthus avait tort : à long terme, le prix de toutes les matières premières a diminué.Les ressources ne deviennent utiles et dignes de valeur qu’après avoir été trouvées, comprises, rassemblées et exploitées afin de combler des besoins humains. Outre les matières premières, l’élément fondamental dans ce processus, c’est la connaissance humaine. Nous développons une connaissance sur la manière d’utiliser les matières premières en réponse à nos besoins. Cela inclut la connaissance pour trouver de nouvelles sources de matières premières telles que le cuivre, pour faire pousser des ressources telles que le bois, pour créer ou améliorer des moyens de satisfaire nos besoins de façon à utiliser successivement le fer et l’aluminium pour remplacer le cuivre et l’argile. Cette connaissance profite à tout le monde. Ainsi, un besoin accru de ressources nous place dans une situation plus enviable qu’auparavant car nous avons acquis des connaissances dans ce processus. Et il n’y a pas limite physique significative – exception faite de la substance totale de la terre – à notre capacité de nous développer à tout jamais.Il y a seulement une seule ressource importante qui a tendance à se raréfier plutôt qu’à augmenter. Cette ressource est la plus importante de toutes : l’homme. Ceci peut surprendre. Comment peut-on affirmer que les êtres humains se raréfient alors qu’ils ne cessent de s’accroître ? Effectivement, il y a de plus en plus d’être humains sur terre, que jamais auparavant, mais si nous mesurons la rareté de l’humanité de la même

286Julian L. Simonmanière que nous mesurons la rareté de tous les biens économiques – c’est-à-dire ce que nous devons payer pour en obtenir des services – nous constatons que les salaires ont augmenté dans toutes les parties du monde, dans les pays pauvres comme dans les pays riches. L’augmentation du prix des services est le signe que les gens deviennent plus « rares » (en tant que ressource économique) en dépit du fait que leur nombre augmente.Pourquoi tant de gens pensent à notre planète et à nos ressources actuelles comme un système clos auquel aucune ressource ne pourra être ajoutée dans le futur ? Il y a à cela un grand nombre de raisons :(1) Le raisonnement malthusien sur la limitation des ressources est simple à comprendre et est confirmé par les faits isolés de notre vie de tous les jours alors que l’expansion des ressources est un phénomène complexe, indirect et qui mobilise la créativité humaine.(2) Il y a toujours des effets négatifs immédiats découlant d’une pression accrue sur les ressources alors que les bénéfices n’apparaissent que plus tard. Il est naturel de prêter plus d’attention au présent et au futur proche qu’à un futur plus lointain.(3) Quantité de groupes d’intérêts spécifiques nous alertent sur des pénuries potentielles de ressources particulières (le bois, l’air pur, etc.). Mais personne n’a le temps, l’énergie ou la volonté d’expliquer que les perspectives pour les ressources à long terme sont meilleures qu’on ne le pense.(4) Il est plus facile d’attirer l’attention des gens par des prévisions effrayantes que par des prévisions apaisantes.(5) Les organismes qui se constituent en réponse à des menaces temporaires ou imaginaires développent une capacité de lever des fonds auprès du public et du gouvernement, ne se démobilisent pas quand le danger, réel ou prétendu, s’est évaporé ou quand le problème est résolu.(6) Embrasser les causes environnementales est l’un des moyens les plus aisés et les plus rapides de se faire une réputation. Cela ne requiert aucun effort intellectuel et n’embarrasse presque personne.Notre époque est-elle différente des époques qui l’ont précédée ? L’auteur a toujours préconisé l’étude du passé pour saisir les grandes tendances qui travaillent notre société au fil des siècles. Les gens se trompent souvent en pensant que leur époque est unique et que tout ce qui arrive n’est jamais arrivé auparavant. Ceci étant dit, notre époque se distingue quand même des précédentes par deux choses inédites : la baisse de la mortalité et la hausse de l’espérance de vie. Notre espèce est beaucoup mieux lotie aujourd’hui qu’hier. Les gens de notre époque vivent au milieu des deux siècles les plus extraordinaires de l’histoire humaine.Cela dit, nous ne sommes pas à l’abri d’accidents de parcours. Les idées ont des conséquences. Celles brandies par les environnementalistes catastrophistes peuvent effectivement enrayer le progrès, nous faire régresser et conduire à des désastres humains considérables. Les fausses prophéties peuvent faire beaucoup de dommages.

Mais Simon reste optimiste : après ces errements, l’humanité reprendra la voie de la croissance comme elle l’a toujours fait. Julian Simon ne dit pas que tout est parfait évidemment. De nombreux enfants sont encore affamés et malades. Quantité de gens vivent encore dans la pauvreté physique et intellectuelle. Ce qu’il dit, c’est que dans les domaines économiques les plus importants, les tendances sont positives plutôt que négatives. Le futur est-il rose ? Evidemment non. Il y aura toujours des pénuries temporaires de ressources là où il y a combat, des bourdes politiques et des calamités naturelles, c’est-à-dire aux endroits où il y a des gens. Mais le progrès humain permet, dans une économie de marché, d’apporter des réponses aux besoins humains et aux pénuries de façon qu’un pas en arrière conduit à faire 1001 pas en avant par la suite.En résumé, toutes les ressources sont limitées à court terme. Un exemple de ressource limitée, c’est le temps et l’attention consacrés à lire l’ouvrage de Simon. A long terme, par contre, les choses sont différentes. Les standards de vie ont augmenté en même temps que la taille de la population depuis le commencement du temps dont nous avons encore des traces. Il n’y a aucune raison de penser que ces tendances vers une vie meilleure ne doivent pas continuer indéfiniment. Quelle est l’idée fondamentale de cet ouvrage ? Voici comment les choses se sont toujours passées : un accroissement de la population et un plus haut standard de vie génèrent – il est vrai – des pénuries dans le présent et dans le futur proche. Dès lors, les prix augmentent. Une augmentation des prix représente une opportunité qui attire des entrepreneurs à la recherche du profit et des inventeurs désireux de trouver de nouveaux moyens pour satisfaire les besoins (de nouveaux procédés d’exploitation, un meilleur rendement énergétique, une source de substitution : du charbon plutôt que du bois, du pétrole plutôt que du charbon, de l’énergie nucléaire plutôt que pétrole, etc.). Malgré de nombreux échecs, des solutions sont toujours trouvées dans une société libre (qui garantit les libertés indispensables à l’éducation de tous, à la recherche, à la propriété du fruit de son travail). Finalement, les prix de la ressource menacée s’abaissent et la résolution du problème nous place dans une situation meilleure que celle qui prévalait avant la survenance du problème. Cela signifie que nous avons besoin de problèmes. Cela dit, nous ne devons pas non plus intentionnellement nous créer de nouveaux problèmes.

En 1742, David Hume écrivait déjà, à propos de la métropole commerciale la plus riche du monde à l’époque : « Une multitude de gens, la nécessité et la liberté ont engendré le commerce hollandais ». Tout le raisonnement précédent est synthétisé en une phrase.Plus de monde sur terre, c’est plus de problèmes. Mais plus de monde, c’est aussi le moyen de solutionner ces problèmes. Le principal carburant à notre progrès, c’est notre stock de connaissances. Le frein, c’est notre manque d’imagination. La ressource ultime, c’est l’homme, c’est-à-dire des gens compétents et plein d’espoirs qui mobilisent leur volonté et leur imagination à leur propre bénéfice mais dont les succès bénéficient inévitablement au reste de l’humanité.

Julian Simon Was Right

Marian L. Tupy is a senior policy analyst at the Cato Institute’s Center for Global Liberty and Prosperity and editor of http://www.humanprogress.org.

February 16, 2018

Cato institute

Number 29

A Half-Century of Population Growth, Increasing Prosperity, and Falling Commodity PricesBy Marian L. TupyMany people believe that global popu-lation growth leads to greater pov-erty and more famines, but evidence suggests otherwise. Between 1960 and 2016, the world’s population increased by 145 percent. 1 Over the same time period, real average annual per capita income in the world rose by 183 percent. 2Instead of a rise in poverty rates, the world saw the great-est poverty reduction in human history. In 1981, the World Bank estimated, 42.2 percent of humanity lived on less than $1.90 per person per day (adjusted for purchasing power). In 2013, that figure stood at 10.7 percent .3 That’s a reduction of 75 percent. According to the Bank’s more recent estimates, absolute poverty fell to less than 10 percent in 2015. 4Rising incomes helped lower the infant mortality rate from 64.8 per 1,000 live births in 1990 to 30.5 in 2016. That’s a 53 percent reduction. 5 Over the same time period, the mor-tality rate for children under five years of age declined from 93.4 per 1,000 to 40.8. That’s a reduction of 56 percent. 6 The number of maternal deaths declined from 532,000 in 1990 to 303,000 in 2015—a 43 percent decrease. 7Famine has all but disappeared outside of war zones. In 1961, food supply in 54 out of 183 countries was less than 2,000 calories per person per day. 8 That was true of only two countries in 2013. 9 In 1960, average life expectancy in the world was 52.6 years. In 2015, it was 71.9 years—a 37 percent increase. 10In 1960, American workers worked, on average, 1,930 hours per year. In 2017, they worked 1,758 hours per year—a reduction of 9 percent. 11The data for the world are patchy. That said, a personal calculation based on the available data for 31 rich and middle-income countries suggests a 14 percent decline in hours worked per worker per year. 12Enrollment at all education levels is up. For example, the primary school completion rate rose from 74 percent in 1970 to 90 percent in 2015—a 20 percent increase. 13 The lower secondary school completion rate rose from 53 percent in 1986 to 77 percent in 2015—a 45 percent increase. 14 Tertiary school enrollment rose from 10 percent in 1970 to 36 percent in 2015—a 260 percent increase. 15Even our air is getting cleaner. In the United States, for example, aggregate emissions of six common pollutants (i.e., carbon monoxide, lead, nitrogen dioxide, ozone, fine and coarse particulate matter, and sulfur dioxide) fell by 67 percent between 1980 and 2016. 16And, in spite of a recent increase in terrorist killings and the number of civil wars, the world is still much safer than it was at the height of the Cold War. 17 Last but not least, an ordinary person has greater access to information than ever before. All in all, we live on a safer, cleaner, and more prosper-ous planet than was the case in 1960.How can one explain this unprecedented improvement in global well-being? Some of it must be attributed to techno-logical and scientific progress. Also, specialization and trade played a vital role in improving the state of the world. Globalization ensured that an increase in the world’s population translated to an increase in the world’s productivity. Of course, growth required the use of massive amounts of natural resources. How much of our natural wealth remains? Although we do not know the size of most reserves of natu-ral resources, we can ascertain their scarcity or abundance by looking at prices. As this paper shows, after 56 years of human use and exploration, the vast majority of the commodities tracked by the World Bank are cheaper than they used to be—either absolutely or relative to income.These findings would come as no surprise to the late Julian Simon (1932–1998), who years ago explained and pre-dicted the happy confluence of growing population, increas-ing wealth, and falling commodity prices. In his 1981 book The Ultimate Resource, Simon noted that humans are intelligentanimals who innovate their way out of scarcity through great-er efficiency, increased supply, or development of substitutes. Human ingenuity, in other words, is “the ultimate resource” that makes other resources more plentiful. 18An aluminum can, for example, weighed about 3 ounces in 1959. Today, it weighs less than half an ounce. 19 In other cases, we have replaced scarce resources with those that are more plentiful. Instead of killing whales for lamp oil, for instance, we burn coal, oil, and gas. In fact, humanity is yet to run out of a single nonrenewable resource.Although past performance does not guarantee future results, constant predictions of doom and gloom should be put in perspective. Humanity has solved many challenges in the past, and there is no reason to believe that we will not be able to solve problems in the future. Put differently, there is no compelling evidence to support calls for mandatory curbs on human reproduction and consumption.

More specifically, I eliminated three crude oil data sets (Brent, Dubai, and WTI) because the data contained there-in were already reflected in “Crude oil, average.” Because no measure of the price of coal goes back to 1960, I kept “Coal, Australian,” which goes back to 1970 and contains the most data. (Incidentally, “Crude oil, average” and “Coal, Australian,” have both appreciated more than was the case with prices in the eliminated data sets.)In the case of natural gas, prices in the United States and Europe diverged significantly. 20 However, since I am trying to compare global prices and global income, I created an average price of natural gas consisting of both the American and European prices. To simplify matters further, I created a single average for the prices of coffee (combining Arabica and Robusta) and retained just one measure of the price of tea, which is, in any case, the average of the prices in Colombo, Kolkata, and Mombasa.I also combined coconut oil and copra (from which coco-nut oil is derived). I eliminated groundnuts, for which price tracking did not start until 1980, with groundnut oil serving as a proximate measure of the price of groundnuts. I elimi-nated palm kernel oil because its price tracking doesn’t start until 1996, and I combined all soybean price measures into one. I eliminated all prices for rice except for the one mea-sure that actually starts in 1960, “Rice, Thai 5 percent.”Similarly, I retained the only measure of wheat (Wheat, U.S. HRW) that goes back to 1960. I eliminated “Banana, Europe” because it didn’t start until 1997. I eliminated sugar prices in the United States and Europe, retaining “Sugar, world” instead. I eliminated “Logs” and “Sawn wood” from Cameroon because both data sets start in 1970. “Rubber, TSR20” was eliminated because of its start in 1999. I also eliminated “DAP” (i.e., diammonium phosphate) because it started in 1967, and I combined the other four fertilizers (phosphate rock, triple superphosphate, urea, and potassium chloride) into one price measure called “Fertilizer.

METHODOLOGY

To see what has been happening to world commodity prices, I looked at the World Bank’s Commodity Price Data, which include prices for 72 commodities (see Appendix). The data set needed some consolidation because some data sets started very late (e.g., 1996) or were repetitive (e.g., there were four different tea price data sets). As a consequence, I was left with 42 distinct data sets.

FINDINGSBetween 1960 and 2016, world population increased by 145 percent and average income per capita adjusted for infla-tion increased by 183 percent. Out of the 42 distinct commod-ity prices measured by the World Bank, 19 have declined in absolute terms. In other words, adjusted for inflation, those commodities were cheaper in 2016 than in 1960. Twenty-three commodities have increased in price over the past 56 years. However, of those 23 commodities, only 3 (crude oil, gold, and silver) appreciated more than income. In a vast majority of cases, therefore, commodities became cheaper either absolutely or relatively (see Table 1 and Figure 1).SIMON’S WISDOM IN HISTORICAL PERSPECTIVEIt is often posited that population growth must inevitably result in the exhaustion of natural resources, environmental destruction, and even mass starvation. Take, for example, the report The Limits to Growth, which was published by the Club of Rome in 1972. 21 The report, which was based on Massachusetts Institute of Technology computer projec-tions, looked at the interplay between industrial develop-ment, population growth, malnutrition, the availability of nonrenewable resources, and the quality of the environment. It concluded that “If present growth trends in world popu-lation, industrialization, pollution, food production, and resource depletion continue unchanged, the limits to growth on this planet will be reached sometime within the next one hundred years. . . . The most probable result will be a rather sudden and uncontrollable decline in both population and industrial capacity. . . . Given present resource consump-tion rates and the projected increase in these rates, the great majority of currently nonrenewable resources will be extremely expensive 100 years from now.” 22That kind of alarmism is not ancient history. A recent arti-cle in the journal Nature Sustainability argued that Humanity faces the challenge of how to achieve a high quality of life for over 7 billion people without destabilizing critical planetary processes. Using indi-cators designed to measure a “safe and just” develop-ment space, we quantify the resource use associated with meeting basic human needs, and compare this to downscaled planetary boundaries for over 150 nations. We find that no country meets basic needs for its citizens at a globally sustainable level of resource use. Physical needs such as nutrition, sanitation, access to electricity and the elimination of extreme poverty could likely be met for all people without transgressing planetary boundaries. However, the universal achieve-ment of more qualitative goals (for example, high life satisfaction) would require a level of resource use that is 2– 6 times the sustainable level, based on current rela-tionships. . . . [O]ur findings suggest that the pursuit of universal human development . . . has the potential to undermine the Earth-system processes upon which development ultimately depends. . . . [I]f all people are to lead a good life within planetary boundaries, then the level of resource use associated with meeting basic needs must be dramatically reduced.23The above arguments are strikingly similar to those made in The Limits to Growth report 46 years ago. Yet none of the dire predictions made by the authors of the latter publication have come to pass. On the contrary, we have seen an overall decline of commodity prices relative to income—in spite of a growing global population. Can this happy trend continue? To get a glimpse of the future, we must first understand the concept of scarcity.Scarcity, or “the gap between limited—that is, scarce—resources and theoretically limitless wants,” is best ascer-tained by looking at prices. 24A scarce commodity goes up in price, whereas a plentiful commodity becomes cheaper. That was the premise of a famous bet between Stanford University professor Paul Ehrlich and University of Maryland professor Julian Simon. Ehrlich shared the gloomy predictions of the Club of Rome. In his best-selling 1968 book, The Population Bomb, Ehrlich reasoned that overpopulation would lead to exhaustion of natural resources and mega-famines. “The bat-tle to feed all of humanity is over. In the 1970s hundreds of millions of people will starve to death in spite of any crash pro-grams embarked upon now. At this late date nothing can pre-vent a substantial increase in the world death rate,” he wrote. 25Simon, in contrast, was much more optimistic. In his 1981 book The Ultimate Resource, Simon used empirical data to show that humanity has always gotten around the problem of scarcity by increasing the supply of natural resources or developing substitutes for overused resources. Human inge-nuity, he argued, was “the ultimate resource” that would make all other resources more plentiful. In 1980, the two thinkers agreed to put their ideas to a test.As Ronald Bailey wrote in his 2015 book The End of Doom: Environmental Renewal in the 21st Century:In October 1980, Ehrlich and Simon drew up a futures contract obligating Simon to sell Ehrlich the same quantities that could be purchased for $1,000 of five metals (copper, chromium, nickel, tin, and tungsten) ten years later at inflation-adjusted 1980 prices. If the combined prices rose above $1,000, Simon would pay the difference. If they fell below $1,000, Ehrlich would pay Simon the difference. Ehrlich mailed Simon a check for $576.07 in October 1990. There was no note in the letter. The price of the basket of metals chosen by Ehrlich and his cohorts had fallen by more than 50 percent. The cornucopian Simon won. 26Simon’s critics, Ehrlich included, have since argued that Simon got lucky. Had his bet with Ehrlich taken place over a different decade, the outcome might have been different. Between 2001 and 2008, for example, the world had experi-enced an unprecedented economic expansion that dramati-cally increased the price of commodities. But Simon’s larger point concerning the long-term decline in the price of com-modities still stands. According to Simon, when a particular resource becomes scarcer, its price increases, and that change incentivizes people to discover more of the resource, ration it, recycle it, or develop a substitute for it. As such, popula-tion growth and resource use do not automatically lead to higher commodity prices in the long run.Let’s look at a concrete example. Research suggests that commodity prices move in so-called super-cycles that last between 30 and 40 years. 27During periods of high economic growth, demand for commodities increases. When that hap-pens, commodities go up in price. It is during this period that high commodity prices encourage the discovery of new supplies and the invention of new technologies. Once new supplies come online, prices of “now copiously supplied com-modities” fall. 28Accordingly, the current commodity cycle seems to have peaked in 2008. In June 2008, for example, the spot price of West Texas Intermediate crude oil reached $154 per barrel (2016 U.S. dollars). By January 2016, it stood at $29. 29 How-ever, the high price of oil has led to fracking (hydraulic frac-turing), which has revolutionized the oil industry. In late 2017, with the global economy on the mend, the price of oil hov-ered around $60 per barrel. Fracking, which enables people to gain access to previously inaccessible oil reserves in record volumes, seems to be keeping a lid on massive price increases. The so-called shale band refers to “a price level at which most North American deposits . . . can be accessed with hydraulic fracturing technology [and] become profitable.” 30Current-ly, the shale band moves in a range of between $40 and $60. When the price of oil moves much below $40, U.S. oil rigs shut down. As it moves close to $60, U.S. oil rigs go back to work, thus lowering the price of oil. 31In fact, humanity has yet to run out of a single nonre-newable resource. Unfortunately, many people still believe that the answer to scarcity is to limit consumption of natu-ral resources. This group includes Paul Ehrlich and his wife, Anne, who revisited the Stanford University professor’s dire warnings in a 2013 Proceedings of the Royal Society article titled “Can a Collapse of Global Civilization Be Avoided?” Unde-terred by a half-century of evidence to the contrary, they came to conclusions similar to those that Paul Ehrlich had originally proposed in the 1960s. 32The Club of Rome is still around and publishing. In 2017, it published a new report titled Come On! Capitalism, Short-termism, Population and the Destruction of the Planet, which insisted that “the Club of Rome’s warnings pub-lished in the book Limits to Growth are still valid” and warned that the “current worldwide trends are not sustainable.” 33To these warnings about humanity’s future, a veritable smorgasbord of similar publications may be added. They include Naomi Klein’s 2015 book This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate, in which the Canadian author argues that “our economy is at war with many forms of life on earth, including human life. What the climate needs in order to avoid collapse is a contraction in humanity’s use of resources,” and Rob Dietz and Dan O’Neill’s 2013 offering, Enough Is Enough: Building a Sustainable Economy in a World of Finite Resources. According to the American and Canadian economists, “We’re overusing the earth’s finite resources, and yet excessive consumption is failing to improve our lives.” 34But consumption limits are unpopular and difficult to enforce. More often than not, their effects fall hardest on the most vulnerable. A switch from fossil fuels to “renewable” sources of energy, for example, has increased the price of gas and electricity in many European countries to such an extent that a new term, energy poverty, was coined. 35 According to the German magazine Der Spiegel, “Germany’s aggressive and reckless expansion of wind and solar power has come with a hefty price tag for consumers, and the costs often fall dis-proportionately on the poor.” 36In democracies, such policies are, in the long run, unsustainable. More important, they are unnecessary, because real solutions to future scarcity are more likely to come from innovation and technological change.OIL, GOLD, AND SILVERAs previously noted, three commodities are outliers and rose in price more than income. Between 1960 and 2016, gold rose by 530 percent, silver by 234 percent, and oil by 367 percent. Does that disprove Simon’s thesis? Far from it. For many decades, the oil market was partly shielded from com-petitive forces by the Organization of Petroleum Exporting Countries (OPEC), a cartel of oil-producing countries. The OPEC nations frequently colluded to restrict production of oil in order to keep its price artificially high. The extent to which OPEC was able to achieve its goal in the past is subject to much debate, but many experts have come to believe that OPEC’s ability to affect the future price of oil is in decline. 37That’s partly because of fracking of previously inaccessible oil reserves in non-OPEC countries, such as the United States, and partly because of technological developments, such as the accelerating move away from combustion engine vehicles. 38 In expectation of permanently low oil prices, oil companies, such as Shell, and oil-producing countries, such as Saudi Arabia, are slowly diversifying to reduce their dependence on oil produc-tion. 39 Put differently, people with a stake in oil now assume that oil prices will follow Simon’s prediction in the future.Gold and silver have more unusual characteristics. In addition to their commercial uses, such as serving as con-ductors of electricity in switches and cell phones, gold and silver are also “stores of value” or assets that can be saved, retrieved, and exchanged at a later time. Historically, people of all income groups used gold and silver to hide their wealth from rapacious government officials and in the time of war. More recently, both metals rose in price during the inflation-ary 1970s, when many of the world’s most important curren-cies, including the U.S. dollar, were rapidly losing their value because of monetary mismanagement. They spiked again after the outbreak of the Great Recession and the subsequent uncertainty about the soundness of the financial system.CONCLUSIONThe discussion in this paper is not meant to trivialize the challenges that humanity faces or imply that we will be able to solve all of the problems ahead. Instead, it is meant to show that the human brain, the ultimate resource, is capable of solving complex challenges. We have been doing so with disease, hunger, and extreme poverty, and we can do so with respect to the use of natural resources.Thomas Babington Macaulay, a 19th-century British his-torian and politician, once asked, “On what principle is it that when we see nothing but improvement behind us, we are to expect nothing but deterioration before us?” 40In 1830, when Macaulay penned those words, the world was just beginning to industrialize. One hundred eighty-eight years later, human-ity is not only still here, but it is flourishing like never before. Few people today would forgo the life expectancy, nutrition, health care, and education they now enjoy in exchange for those experienced by Macaulay’s contemporaries.

NOTES1. “Population, Total,” World Bank, https://data.worldbank.org/indicator/SP.POP.TOTL.2. “GDP Per Capita (constant 2010 US$),” World Bank, http://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PCAP.KD.3. “Poverty Headcount Ratio at $1.90 a Day (2011 PPP) (% of population),” World Bank, https://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY?end=2014&start=1981.4. “World Bank Forecasts Global Poverty to Fall Below 10% for First Time; Major Hurdles Remain in Goal to End Poverty by 2030,” World Bank, October 4, 2015, http://www.worldbank.org/en/news/press-release/2015/10/04/world-bank-forecasts-global-poverty-to-fall-below-10-for-first-time-major-hurdles-remain-in-goal-to-end-poverty-by-2030.5. “Mortality Rate, Infant (per 1,000 Live Births),” World Bank, http://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.IMRT.IN.6. “Mortality Rate, Under-5 (per 1,000 Live Births),” World Bank, http://data.worldbank.org/indicator/SH.DYN.MORT.7. “Number of Maternal Deaths,” World Bank, https://data.worldbank.org/indicator/SH.MMR.DTHS.8. The United States Department of Agriculture estimates the calorie needs of an adult at 2,000 calories per day, with some variation. See “Estimated Calorie Needs per Day by Age, Gen-der, and Physical Activity Level,” United States Department of Agriculture Center for Nutrition Policy and Promotion, https://www.cnpp.usda.gov/sites/default/files/usda_food_patterns/EstimatedCalorieNeedsPerDayTable.pdf.9. “Food Supply—Crops Primary Equivalent,” Food and Agri-culture Organization of the United Nations, Statistics Division, http:/, /www.fao.org/faostat/en/#search/Food%20supply%20kcal%2Fcapita%2Fday.10. “Life Expectancy at Birth, Total (Years),” World Bank, http://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.LE00.IN.11. “Total Economy Database,” Conference Board, https://www.conference-board.org/data/economydatabase/.12. My calculation was based on the following countries, which were the only ones for which data were available: Argentina, Australia, Austria, Belgium, Brazil, Canada, Chile, Colombia, Denmark, Finland, France, Germany, Greece, Hong Kong, Ireland, Italy, Japan, Mexico, Netherlands, Norway, Peru, Portugal, Singapore, South Korea, Spain, Sweden, Switzerland, Taiwan, the United Kingdom, the United States, and Venezuela.13. “Primary completion rate, total (% of relevant age group),” World Bank, https://data.worldbank.org/indicator/SE.PRM.CMPT.ZS.14. “Lower secondary completion rate, total (% of relevant age group),” World Bank, https://data.worldbank.org/indicator/SE.SEC.CMPT.LO.ZS.15. “Gross enrolment ratio, tertiary, both sexes (%),” World Bank, https://data.worldbank.org/indicator/SE.TER.ENRR.16. “Air Quality—National Summary,” U.S. Environmental Protection Agency, https://www.epa.gov/air-trends/air-quality-national-summary.17. Joshua S. Goldstein and Steven Pinker, “The Decline of War and Violence,” Boston Globe, April 15, 2016, https://www.bostonglobe.com/opinion/2016/04/15/the-decline-war-and-violence/lxhtEplvppt0Bz9kPphzkL/story.html.18. Julian Simon, The Ultimate Resource (Princeton, NJ: Princeton University Press, 1981).19. “Aluminum Cans,” The Aluminum Association, http://www.aluminum.org/product-markets/aluminum-cans#sthash.tugCGX8i.dpuf.20. Until recently, there was no trade in natural gas between Europe and the United States, but that has changed and the prices of natural gas in the two are converging.21. See “About Us,” Club of Rome, https://www.clubofrome.org/.22. Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jørgen Randers, and William W. Behrens III, The Limits to Growth: A Report for The Club of Rome’s Project on the Predicament of Mankind (Washington: Potomac Associates, 1972) via “Donella Meadows Collection,” Dartmouth Digital Collections, http://collections.dartmouth.edu/teitexts/meadows/diplomatic/meadows_ltg-diplomatic.html.23. Daniel W. O’Neill, Andrew L. Fanning, William F. Lamb, and Julia K. Steinberger, “A Good Life for All within Planetary Boundaries,” Nature Sustainability 1 (February 5, 2018): 88– 95, https://www.nature.com/articles/s41893-018-0021-4.24. “Scarcity,” Business Dictionary, http://www.businessdictionary.com/definition/scarcity.html.25. Paul Ehrlich, The Population Bomb (New York: Ballantine Books, 1968), p. 11.26. Ronald Bailey, The End of Doom (New York: St. Martin’s Press, 2015), p. 45.27. David Jacks, “From Boom to Bust: A Typology of Real Com-modity Prices in the Long Run,” National Bureau of Economic Research Working Paper no. 18874, March 2013, p. 2, http://www.nber.org/papers/w18874.28. Bailey, The End of Doom, p. 37.29. “Crude Oil Prices—70 Year Historical Chart,” MacroTrends, http://www.macrotrends.net/1369/crude-oil-price-history-chart.30. “Shale Band,” Investopedia, https://www.investopedia.com/terms/s/shale-band.asp#ixzz4x6PNJzki.31. “Can Oil Prices Go Above $60? U.S. Shale Output a Pivotal Factor,” USA Today, October 29, 2017, https://www.usatoday.com/story/money/energy/2017/10/29/can-oil-prices-go-above- 60-u-s-shale-output-pivotal-factor/804149001/.32. Paul R. Ehrlich and Anne H. Ehrlich, “Can a Collapse of Global Civilization Be Avoided?,” Proceedings of the Royal So-ciety, January 9, 2013, http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/280/1754/20122845.33. Ernst von Weizsaecker and Anders Wijkman, Come On! Capi-talism, Short-termism, Population and the Destruction of the Planet (Zurich, Switzerland: Club of Rome, 2017).34. Rob Dietz and Dan O’Neill, foreword to Enough Is Enough: Building a Sustainable Economy in a World of Finite Resources (Oak-land, California: Berrett-Koehler Publishers, 2013); and Naomi Klein, This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate (New York: Simon & Schuster, 2015), p. 21.35. “How Electricity Became a Luxury Good,” Spiegel Online, September 4, 2013, http://www.spiegel.de/international/germany/high-costs-and-errors-of-german-transition-to-renewable-energy-a- 920288.html.36. Ibid.37. See “World Oil: Market or Mayhem?,” James L. Smith, Jour-nal of Economic Perspectives 23, no. 3 (Summer 2009): 145– 64; and Matt Egan, “OPEC and Russia Have Failed to Fix the Epic Oil Glut,” CNN, May 26, 2017, http://money.cnn.com/2017/05/26/investing/opec-russia-fail-oil-glut/index.html.38. “Why Saudi Arabia Should Fear U.S. Oil Dominance,” USA Today, November 18, 2017, https://www.usatoday.com/story/money/energy/2017/11/18/analysis-why-saudi-arabia-should-fear-u-s-oil-dominance/868990001/; and “Global Electric Car Sales Jump 63 Percent,” Bloomberg, November 21, 2017, https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-11-21/global-electric-car-sales-jump- 63-percent-as-china-demand-surges.39. “Shell Prepares for ‘Lower Forever’ Oil Prices,” Wall Street Journal, July 27, 2017, https://www.wsj.com/articles/royal-dutch-shells-second-quarter-earnings-rise-sharply-1501137915;and “Saudis Boxed In by Low Oil Prices,” Wall Street Journal, June 22, 2017, https://www.wsj.com/articles/saudis-boxed-in-by-low-oil-prices-1498141357.40. “Thomas Babington Macaulay Quotes,” Goodreads, https://www.goodreads.com/author/quotes/234077.Thomas_Babington_Macaulay.

La laideur de la rue polluée à la fin du Moyen Age : « Immondicités, fiens et bouillons » accumulés sur les chaussées des villes du royaume de France et des grands fiefs au xvème siècle »

Jean-Pierre Leguay

1Parmi les mots qui sont les plus couramment utilisés de nos jours figure la pollution qu’on qualifie, selon les cas, d’atmosphérique, de chimique, de mécanique, de nucléaire. On a la fausse impression que la prise de conscience de son existence est récente, que ce fléau ne préoccupe les humains que depuis quelques décades, sans doute à cause de l’emploi généralisé de pesticides et du développement d’industries néfastes pour l’environnement, probablement aussi à cause de l’information dont nous bénéficions ou dont nous sommes les victimes.

2La pollution, en tant que telle, n’est pas nouvelle. Elle est dénoncée, sous d’autres noms, depuis des siècles, notamment celle des rues, ces « cloaques à ciel ouvert ». Des études sur les villes de l’Ancien Régime l’ont décrite sous des titres évocateurs d’une cruelle réalité : « Pot de fleur et jambe de bois, la voirie parisienne à la fin du xviie siècle » (J. Thibaut-Payen) ou « Le miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire » (A. Corbin). A. Guillerme a parlé, dans un ouvrage consacré aux « Temps de l’eau« , des rivières réceptacles de tous les détritus et déjections individuels et collectifs. Nous l’avons fait dans le cadre d’un ouvrage sur les chaussées, en mettant l’accent sur la pollution provoquée par l’activité physiologique des hommes et des animaux et par les ateliers producteurs de déchets minéraux et organiques1. L’enquête est loin d’être achevée et se nourrit d’exemples locaux, d’une relecture des textes, de découvertes archéologiques (à propos des fosses d’aisance), de réflexions historiques et sociologiques2. Le sujet prête à la discussion voire à la contradiction Il est pas rare que des historiens doutent d’une réalité, généralement admise, quitte à dresser, quelques lignes plus loin un tableau apocalyptique des pavés et des cours d’eau !

3Après un constat de pollution fait à travers le vocabulaire, les anecdotes et les extraits d’archives municipales, nous en examinerons les raisons, les risques d’aggravation au xvème siècle, puis les premières mesures consécutives à une prise de conscience du risque.

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4La pollution, même si elle ne dit pas encore son nom, existe depuis fort longtemps ; les prestigieuses civilisations du passé égyptien, assyrien, gréco-romain nous ont légué de solides chaussées dallées, bombées pour faciliter l’écoulement des eaux, creusées de rigoles portant l’empreinte des roues de chars (Pompéi), doublées d’un réseau d’égouts. Dès à cette époque, la réalité, vécue quotidiennement par les citadins, était sensiblement différente ; la plupart des voies secondaires étaient mal protégées par des revêtements sommaires en terre battue et en galets, mal entretenues et à peine balayées.

5Le Moyen Age, héritier du Bas Empire, récupère donc un état des lieux qui ne prêterait guère à l’optimisme, si des extraits de chroniques des représentations iconographiques, des miniatures du Missel de Juvénal des Ursins, des Chroniques de Normandie, de la Vie de saint Denis, n’avaient tendance idéaliser des rues à les représenter parfaitement pavées et luisantes de propreté. La vision que donnent les contemporains de ces siècles lointains est plus proche des « marres et bouillons » que des « pavés presque point souillés de taches de boue…..tout à fait unis, propres et nets » qu’évoque Jean de Jandrun dans sa description de Senlis3.

6La toponymie vicinale commence à se fixer depuis le XIIème siècle, parfois plus tôt comme dans certaines villes (Caen, Rouen). A côté de la sempiternelle Grand’Rue ou Grand Pavé rencontré partout, des habituelles rues du Château, de l’Eglise, de l’Abbatiale, des Halles figurent des toponymes évocateurs de la gravité d’une situation, d’un état des lieux. Les rues Cavée, Creuse, Bie Crabe (rue en creux de Pau), les Trous Punais, la rue des « Petits Pentheurs » (Bernay) et d’autres appellations similaires sont déjà en soi révélatrices de voies remplies de saleté, de véritables fossés. Que dire alors des rues ou ruelles Sale, Foireuse, du Bourbier ou de l’Avalasse (Rouen), des voies appelées Basse-Fesse, Bougerue, du Pipi, des « Aysances« , de la Triperie (Saintes) ! Qu’évoquent encore pour nous ces légions de Merderon, de Merdereau, de Merdaric, de Merderet (Caudebec) ou encore ces rues Etoupée (bouchée), ces impasses du C(l)oaque, du fossé du Poullyon (à Rouen) et autres appellations qui indiquent la présence d’immondices ?

7Les écrits de l’époque usent d’un vocabulaire d’une richesse peu commune quand il s’agit d’évoquer l’excrément, la pestilence, le malodorant.

8Le vocabulaire courant est, dans sa variété et sa richesse l’expression d’une fixation qui peut être matérielle, morale, sexuelle. On parle sans cesse de la « merde« , de la « fange« , de la « vase« , des « vilenie et ordure« , de la « bourbe« , des « bétumes« , de la « boe » ou du « bourrier« , de la « fiente » ou des « fiens » des « chendres » (Saint-Omer), des « vuidenges« , des « ords » (ordures), des « framboiz ou fembrois« , des « infections et viscositez » (Thouars), des « immunidicités » ou « immundacions« , du « mesc » (Calais), des « paluz » ou fange (à Dijon), des « punaisies (puanteur), de la « pourriture« , des « ramonures » (à Amiens, à Lille), des « infections et viscositez » (à Thouars), des « gravois, terreaux et immondices » (à Paris), des « fiens, terres, tassons et autres ordures » (à Dijon).

9La fange est également présente dans l’anecdote. Les Chroniques de Saint-Denis donnent un aperçu du Paris de Philippe Auguste qui s’écarte des normes descriptives habituelles :

« Une heure aloit (le roi) par son palais pensant à ses besoignes, come cil qui moult estoit curieus de son roiame maintenir et amender. Il s’apuia à une des fenestres de la sale à laquelle il s’apuioit aucunes foiz pour Saine regarder et pour avoir recreation de l’air. Si advint en ce point que charetes que on charioit parmi les rues, esmurent (soulevèrent) et toouillière (remuèrent) si la boue et l’ordure dont eles estoient plaines que une puors (une puanteur) en issi si granz que à peines la peust nus souffrir. Si monta jusques à la fenestre où li Rois seait. Quant il senti cele puor si corrompue, il s’entorna de cele fenestre en grant abomination de tueur. Lors fist mander le prevost et les borjois de Paris et leur commanda que toutes les rues et les voies de la cité fussent pavées bien et soinieusement de grez gros et fort« 4.

10L’encombrement de la chaussée, la présence de « mairiens, piere, bois, fiens, ramonures ou autres empiècements » sont tels que traverser une ville devient un exploit à pied et en voiture. Le détail de l’inhumation à Lille du comte Louis de Male et de son épouse Marguerite de Brabant, le 29 janvier 1384, est l’occasion pour le lecteur de découvrir un triste spectacle :

« Quand ils furent arrivés à la porte de Lille, lesdits corps furent deschargés des chars et furent chargiés sur deux autres petis et bas charios… pour les mener plus seurement jusques en ladite église Saint-Pierre par le long de la chaussée… qui es moult mauvaise escriliant et périlleuse, et ne les eust on peu bonnement porter a gens considéré le mauvais pavement.« 5

11Les archives officielles et privées évoquent les nuisances matérielles et olfactives dont sont victimes les riverains des chaussées et des rivières. Elles dénoncent en plus le laxisme des édiles, l’égoïsme individuel. Des ordonnances se préoccupent au xvème siècle de l’hygiène publique, des causes et des conséquences d’une situation qui a tendance à s’aggraver. Témoin la réaction de Jean II le Bon suite à la plainte déposée par les professeurs et étudiants de l’Université de Paris contre leurs voisins bouchers :

« ladite université, collèges et autres particuliers susmentionnés se doutaient et complaignaient de ce que les bouchers tuaient leurs bêtes en leurs maisons, et le sang et les ordures de ces bêtes ils le jettent tant par jour comme par nuit en la rue Sainte-Geneviève, et plusieurs fois l’ordure et le sang de leurs dites bêtes gardaient en fosses et latrines qu’ils avaient en leurs maisons, tant et si longtemps qu’il était corrompu et pourri et puis le jetaient en ladite rue de jour et de nuit, dont ladite rue, la place Maubert et tout l’air d’environ était corrompu, infect et puant« .6

12D’autres textes officiels traitent des mêmes nuisances à Dijon (ordonnance de la duchesse Marguerite de 1374), à Strasbourg en 1452, en Languedoc7.

13Les registres des villes (comptes, procès verbaux de réunions, bans) se font souvent l’écho de situations inextricables. Ils décrivent à propos de travaux de construction d’enceintes ou de bâtiments publiques, de la venue de personnalités, de l’organisation de fêtes ou d’autres affaires, des quartiers et des chaussées devenus impraticables, encombrés à un point à peine croyable de gravats et de dépôts de bois, de fumiers, des voies souillées et imprégnées de mauvaises odeurs. Les consuls de Moulins sont obligés, de faire « sarrer la fange qui estoit davant la porte d’Allier car ne pouvoient passer les gens à cause de la fange« . A la même époque, la rue des Grands Champs à Dijon « estoit toute plainne de fumier, de terres et autres bétumes que à grant peine y pouvoient passer les arnois et rendoyent lesdits bétumes grandes punaisies et infections« . Quand il faut nettoyer, en 1390, la rue Paraphernie d’Avignon, les responsables de la ville doivent payer 70 journées de manoeuvres pour venir à bout de la masse des immondices accumulées.

14Les villes bruissent de dénonciations qui visent des catégories professionnelles ou des individus, accusés de semer l’infection et des enquêtes de incommodo incriminent surtout les membres des métiers de la métallurgie, du textile et de la teinture, de la tannerie, de l’alimentation, tous ceux qui détiennent des chaudières dégageant des vapeurs polluantes, des cuves à macération malodorantes, des matières premières et de rognures encombrantes. Les bourgeois de Béziers exigent ainsi, en 1345, qu’une enquête soit conduite contre les artisans de la « coyateries« 8. Les quartiers populaires sont davantage menacés que ceux qui sont habités par des notables, les villes basses aux sols spongieux plus que les villes hautes protégées naturellement par leur déclivité et par des circuits d’égouts plus complets.

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15Les enquêtes montrent les origines complexes de ces « infections ».

16La pollution domestique résulte d’une accumulation de résidus organiques qui proviennent des « nécessités » (sic) biologiques des humains et qui ne sont pas auto-épurées. On « lasche ses eaues« , on défèque ou, plus poétiquement, on fait ses « aysemens et souillures« , on crache n’importe où au Moyen Age. L’individu satisfait ses besoins naturels à même le pavé, dans la rigole appelée, selon les endroits, « esseau, essiau, gazilhans« , au pied des façades des habitations, dans le caniveau central à la rencontre des deux inclinaisons. Il le fait aussi dans les impasses, dans les cours des immeubles, dans les « passages », à l’intérieur des bâtiments publics, des tours des enceintes, sous les halles sous les portails des églises. L’aménagement de lieux d’aisance aux siècles précédents aurait été un incontestable progrès prophylactique si ces petits endroits nécessaires à la vie intime et collective avaient été en nombre suffisant et si les fosses d’évacuation avaient été bien conçues. Les cabinets qu’on nommait alors « aisemens« , « aesiez« , « clouaques« , « cabinetsd’aisance« , « chambres aisées, privées ou courtoises« , « fosses« , « privées » ou « retraite… sont notoirement insuffisants pour satisfaire le bon peuple, tantôt éparpillés dans une agglomération, tantôt concentrés sur les bords d’un ruisseau devenu « ruissel commun » ou « merderon » (comme la rue). Les fosses d’aisance que les archéologues parviennent à retrouver (à Arras, à Rouen autour de la cathédrale, à Beauvais) sont de dimension restreinte ; leurs « pertuys » (trous) et leurs rigoles sont vite engorgés de fèces. Jeter des détritus, des ossements, des cendres, des eaux sales, « en droit soi » sur la chaussée ou, pire encore, sous le porche du voisin est une habitude commune qui justifie la publication réitérée d’interdits (Dijon, Douai, Senlis). Un article d’un règlement parisien déclare :

« ycelle ville est si pleine de boez, fiens, gravois, ordures que chacun a lessié et mis devant son huy« 9

17Les malotrus ont aussi la fâcheuse habitude de déverser des fenêtres d’étage des liquides nauséabonds au risque d’arroser les passants. Saint Louis en fait la pénible expérience un petit matin qu’il se rend à pied à la messe ! La pratique est à ce point répandue à Périgueux qu’un édit de 1342 rappelle que « pour le bon ordre de la ville, il a toujours été observé qu’on ne jetait pas par les fenêtres des eaux fétides et putréfiées qui empoisonnent l’air et les gens du voisinage« 10. Bref, tout espace libre attire à un moment ou à un autre l’immondice et génère le cloaque. Même les cimetières ne sont pas respectés et il n’est pas rare que des ossements humains soient, traînés par les chiens et les rats ; c’est le cas à Saint-Nicolas de Nantes au xvème siècle11 !

18Bien « des immondicités » ont une origine animale. L’élevage vicinal de volailles, de porcs, de caprins « querans leur vie et substance » est pratiqué partout, même si les risques épidémiques conduisent les autorités à en limiter parfois le nombre, à quatre porcs par famille à Reims en 138912. Les hôtels particuliers, les palais, les bâtiments administratifs, les auberges et hôtelleries, disposent de soues à cochons, de cahutes à moutons (dans les villes du Midi ), « d’estables » (sic) pour les chevaux, les ânes et les mulets. Les propriétaires de ces animaux évoquent pour leur défense les nécessités du ravitaillement et de la locomotion, la résorption de l’ordure (du son chez les boulangers), l’intérêt du crottin et des bouses qui constituent une source de revenus vavec le « racton » d’Annecy).

19La plupart des bouchers et des charcutiers travaillent sur des étals qui donnent directement sur la rue, égorgent et dépècent sur le pavé en l’absence d’équipement spécifiques, d’abattoirs extra muros, réclamés à cors et à cris (Bressuire, Thouars, Salon). Les « escorcheries » ou « tueries » ont laissé le souvenir de noms de rues : le Champ Dolent, des douleurs ou des cris des victimes (Rennes), la rue Massacre (à Rouen), « le bourc aux tripes » (Reims), les « chambres à chair » (Elbeuf). Les poissonniers, les boulangers, les barbiers-chirurgiens ne sont guère plus propres. « Que nul barbier, quand il fera une saignée n’ose tenir en dehors de la porte de sa boutique plus de deux écuelles de sang » rappellent les coutumes de Lunel en 1367 relayées par un article d’un registre des délibérations de la ville de Rouen visant le manque d’hygiène des…. médecins en 151913.

  • 14 Archives départementales de Seine-Maritime, G 7323 (chiens dans l’église Saint-Nicolas). — LE ROUX (…)
  • 15 Journal d’un Bourgeois de Paris, présentation de C. BEAUNE, Les Lettres Gothiques, Paris 1990 : av (…)

20Les animaux errants constituent un fléau redoutable à une époque d’épidémies. Les chiens prolifèrent, se déplacent en bandes bruyantes jusque dans les églises et sont à ce point présents qu’on donne leur nom à des artères qu’ils fréquentent au grand dam des citadins. Il existe une ruelle aux « Qiens » à Rouen, une place du même nom à Paris (près de la rue des Bourdonnais) « où len gettoit les chiens mors qui s’appelloit la Fosse aux chiens« .14 La nuisance ou « noise » est telle qu’il convient de faire appel à des spécialistes pour éliminer des bêtes « qui ne servent qu’à mangier » (Chalons-sur-Marne). Les conseils s’adressent au bourreau et à ses aides (Amiens, Dijon), aux soldats du guet (Moulins) ou désignent un spécialiste, un « Tuekien » ou « Tue-chien » payé à la pièce (Douai, Lille, Dijon). La découverte de bêtes crevées, jusqu’à 123 en cinq semaines à Douai, est d’autant plus préjudiciable à la santé publique que des pauvres sont amenés, en période de famine, à s’en nourrir15.

21La pollution chimique n’est pas réservée à nos civilisations industrielles. Elle existe bel et bien au Moyen Age et s’avère même, à la lecture de certains témoignages, tout aussi redoutable que la pollution biologique. Le site lui-même peut être malsain dès l’origine ou contribue à entretenir l’immonde (Lille). Au fur et à mesure de l’extension du tissu urbain des villes entre le xème et le xivème siècle, de nouveaux quartiers sont conquis sur des terrains spongieux jusqu’ici inoccupés ou livrés à l’élevage. Avec l’augmentation du prix des terrains dans les centres enclos, les classes laborieuses s’y sont installées en permanence. Les habitats populaires des basses villes, parfois aménagés sur pilotis, ont mauvaise réputation : le « Prez-au-ljoup » à l’est de Rouen, les abords de la Porte d’Ouche à Dijon, la Roquette à Saint-Lô, le Marais et le voisinage du ruisseau de Ménilmontant à Paris. La situation initiale défavorable peut encore s’aggraver avec l’installation d’activités qui « corrompaient » l’air, le sol et l’eau des rivières et des canaux indispensables à leur exercice16. Des procès, en augmentation à la fin du Moyen Age, jugent les collectivités ou les particuliers qui incommodent leur environnement : les serruriers à Rouen en mars 1510, des poissonniers de la rue Foire-le-Roi à Tours, des tripières à Poitiers. On serait en droit de redouter, à cette époque, l’argile à potier volontairement laissée pourrir dans des caves (Paris), des peintures à base d’oxydes métalliques, des substances animales et végétales toxiques, des mordants comme l’alun, le tartre, la soude, l’urine, la fiente de poule ou les excréments de chien dont les sécrétions servent de détergents, accélèrent la fermentation et la putréfaction des fibres, sont aussi utilisés en tannerie. N’oublions pas que la laine brute contient jusqu’à 30 % d’impuretés qui s’échappent dans la nature une fois les opérations de tri, de cardage, d’élimination du suint, de traitement achevées17. La pollution hydrique menace surtout les cours d’eau qui ont un débit trop lent pour assurer leur auto-épuration. Les « missels » sont loin d’être ces « joyaux », « ces beautés enchantées » des poètes d’antan.

22Les nuisances mécaniques, si fréquentes de nos jours avec les détritus non périssables, existent, à proximité des ateliers de potiers des tuileries, des chantiers. Les citadins ont tendance à laisser traîner dans les rues des matériaux de construction, des outils, des gravats, de vieux chiffons. Un mandement d’Harfleur du mois d’avril 1509 demande d’ôter au plus vite, les « tuilleaux et immondices qui estoient tumbées en la ruelle du costé devers la maison de l’ancre et d’autre costé dedans le cimetière de l’église« 18.

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23La toxicité semble s’être aggravée à la fin du Moyen Age pour des raisons qui tiennent à l’évolution des villes et à la conjoncture.

24La construction ou la reconstruction des remparts à l’époque de la guerre de Cent Ans, la croissance des centres puis des quartiers périphériques, la densité des tracés viaires, l’épaississement du tissu urbain avec l’arrivée de nouveaux venus et l’apparition de véritables immeubles à côté des maisons particulières, ont contribué à développer et à entretenir la fange. Le rempart, base matérielle de l’identité urbaine, orgueil de toute une population, garde et amplifie les nuisances, retient la saleté individuelle et collective, le ruissellement des eaux, les déchets organiques, même si des conduites maçonnées , des trous ou « pertuys« , des puisards sont prévus dans le mur d’enceinte. L’étroitesse des rues, réduites à des successions d’étranglements et d’élargissements, de coudes et de biaisements, ne favorisent ni la propreté, ni l’aération, ni la clarté. Un extrait du Livre du Châtelet en date du 13 juin 1320 montre que les artisans et commerçants ne peuvent se satisfaire de l’exiguïté de leurs logements :

des voieries et des estaulx mis parmy les rues dont il n’y a si petite poraiere (marchande de légumes) ne si petit mercier ne autres quelconques qui mette son estai ou auvent sur rue qu’il ne reçoive prouffit et si en sont les rues si empeschées que pour le grand prouffit que le prevost des marchans en prent, que les gens ni les chevaulx ne pevent aler parmy les maistres rues« 19

25Il existe aussi une aggravation conjoncturelle, des moments plus dangereux que de coutume où la rétention de l’ordure prend des proportions inquiétantes. Les périodes défavorables dans une année correspondent aux canicules estivales qui accentuent la décomposition, provoquent souvent des recrudescences de fièvres (typhoïde), des troubles rénaux et intestinaux dus à l’absorption de boissons et des nourritures souillées. Les gros orages provoquent un phénomène de glissement de boue, lorsque l’eau dévalant les chaussées « monteuses« , les « degrés » ou escaliers entraîne l’ordure, par coulées successives, dans les bas quartiers, sur les places, devant le parvis des églises, et finalement contre les vantaux des portails d’entrées qui finissent pas être bloqués20.

26Le danger s’aggrave aussi avec l’afflux de la foule à certaines occasions. Les marchés et les foires sont des facteurs de nuisance en accumulant dans le minimum d’espace le maximum de denrées putrescibles, des bêtes de somme et des gens dont l’hygiène n’est pas la préoccupation dominante (place du marché de Quimperlé). La venue d’une troupe, l’installation à demeure d’une garnison perturbent l’ordre naturel des choses. Les tas de fumier auraient atteint à Tours, 100 m de long, 14 m de large et 6 m de haut après le départ des soldats de la garde de Louis XI.21

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27Une prise de conscience du risque, une peur de « l’infect » se manifestent à la fin du Moyen Age frappé par les « pestilances » à recrudescences épisodiques, presque tous les quatre ans à Saint-Flour entre 1399 et 143922. La crainte d’une épidémie, alors mal expliquée, incite les autorités à prendre et à réitérer des mesures d’hygiène publique. L’homme du Moyen Age est démuni face à « l’infection épydémie » dont il méconnaît l’origine microbienne. Le corps médical est incapable enrayer le fléau, même si certaines précautions, inspirées par la prudence et le savoir empirique des guérisseurs ne sont pas dénuées de bon sens23. Les plus avisés ont compris, d’instinct, que les tas d’ordures, « les immondices, infections et punaisies« , l’eau fétide ou « le mauvais her« , « l’air infect et corrompu« , en période estivale, sont source de danger24.

28La rumeur, nourrie d’une psychose morbide, occupe une place de choix dans la mesure et la démesure du danger25. Les hommes du Moyen Age sont très attentifs aux bruits qui circulent dans les rues. La « parole sans auteur » (C. Beaune), nourrie d’un mélange de faits vraisemblables mais incontrôlés et de ragots colporte sous couvert de « on dit » toutes sortes explications, des plus vraisemblables aux plus saugrenues, accueillies par des oreilles complaisantes ou inquiètes. Ce moyen d’information et de divulgation spontané dont l’efficacité croît avec l’instabilité et le drame, a tendance aussi à désigner, de « toute bonne foi », à la cantonade, des responsables matériels ou humains. Certaines explications s’inscrivent dans la logique des faits. L’opinion publique, relayée ensuite par la municipalité de Reims, pense que l’origine d’un mal qui ronge la communauté (une typhoïde) provient de l’eau des fontaines polluées par les artisans, explication qui paraît a posteriori parfaitement fondée et justifie les mesures d’hygiène édictées26. La peur de la « pestilance » conduit les autorités nantaises à dénoncer l’exposition au soleil de denrées périssables : « Pour ce que les bouchers à présent vendent la chair par les rues à découvert où il peut tomber ordure qui causerait par le temps de chaleur qui s’offre maladie de peste en la ville, est ordonné que les bouchers iront vendre leur chair en la boucherie« 27. La gravité des nuisances se mesure aux dénonciations et aux plaintes qui affluent davantage des bas quartiers menacés que des rues bien fréquentées28. La rumeur devient nocive quand elle pratique l’amalgame et associe la maladie à la marginalité, quand elle recherche, à tout prix, et dénonce des « fauteurs de peste » locaux ou étrangers. Un texte lyonnais un « Etablissement pour l’honnesteté des rues » de 1474-1482 voue aux gémonies les porcs, les lépreux et les prostituées29 !

  • 30 Des règlements sont anciens : Cf. R. GRAND : « Notes et observations sur des règlements d’urbanisme (…)

29La crainte a été parfois salutaire. Dès les xiième et xiiième siècles, des souverains (Philippe Auguste), des seigneurs, des édiles ont dénoncé, dans des ordonnances ou des bans, la nuisance sous ses multiples formes. Le mouvement se généralise aux siècles suivants où la connaissance se nourrit d’une documentation plus abondante et plus variée. Un processus de répression s’engage, assorti d’édits qui ont tendance à se répéter, sans pour autant enrayer les racines du mal. Des procès se multiplient à l’instar de cette affaire qui met en cause à Rouen, en mars 1510, les serruriers qui incommodent leur voisinage par l’odeur et le bruit, de ce conflit tourangeau où Etienne et François Ragueneau engagent une action contre cinq poissonniers de la rue Foire-le-Roi. D’autres remèdes semblent plus efficaces : les premières mesures d’assainissement, le transfert autoritaire d’activités polluantes, le curage des rivières et des canaux, l’installation de services de répurgation, le pavage des rues30.

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30Bien qu’anachronique, le mot de lutte anti-pollution recouvrira des décisions administratives, des travaux d’intérêt collectif dont on perçoit l’origine précoce dans plusieurs villes du Nord (Douai, Saint-Omer), de Champagne (Chalons, Reims), du Massif Central (Aurillac), du Midi méditerranéen (Avignon), de Normandie (Rouen)31.

31Les mesures d’hygiène individuelle et collective sont encore rares. On y inscrira cette ordonnance de l’archevêque de Reims, datée de 1370, qui veut empêcher les passants d’uriner à l’intérieur de la halle au pain, l’interdiction faite aux Niçois de jeter des immondices et des dépouilles d’animaux dans le « béal » ou canal de la ville32 ! Dans le même ordre d’idée, il est rigoureusement interdit, dans un ban de Maubeuge (1436) de déposer ses ordures près de l’école, de la boucherie publique, dans la fontaine « au saule » et dans l’abreuvoir municipal, sur les ponts de la Sambre et sous le portail de l’Eglise Sainte-Adelgonde33. D’autres règles d’hygiène sont imposées aux professionnels de l’alimentation. Les boulangers de Rennes sont tenus de se faire couper la barbe et les cheveux une fois toutes les trois semaines, de porter des chemises propres et d’éviter de pétrir la pâte si leurs mains sont « infectez d’ulcères« 34. On se préoccupe de l’exposition de denrées avariées, de viandes, de poissons « empires » avec la chaleur estivale, des produits devenus « ordes et viles« . Des prescriptions poitevines dénoncent la vente de viande de porc acheté à un « mézeau » (lépreux), d’un animal atteint d’une excroissance charnue en forme de figue ou « fic » (sic) ou dont la chair est de couleur « cendrée« 35.

32La viabilité des rues sales préoccupe davantage les villes confrontées avec l’accumulation insoutenable, résultat du système du tout-à-la-rue. Les municipalités recherchent la caution de la législation officielle dont les responsables reprennent les principales dispositions. Ainsi, les magistrats de Troyes que la propagation de la peste noire inquiète, ont l’appui du roi Philippe VI, présent en Champagne, et se retranchent derrière son ordonnance du 19 juillet 1349 pour condamner toutes les sources de « cloaques infects » connues, dont l’élevage en semi-liberté des porcs36. La honte incite une municipalité à agir. Charles VI, visitant Béziers en 1393, trouve la ville particulièrement sale et le fait savoir37 ! Les interdits, « criés » par les sergents municipaux et assortis d’amendes, visent plus précisément les fumiers trop voyants « qui boutent parmy les rues » (Annecy), les tas de bois, l’usage de chaudières, de bassines sur le pavé, les « aysemens » individuels ou les détritus amoncelés devant les portes. Dès 1243, les édiles d’Avignon décrètent que « personne ne doit jeter dans la rue de liquide bouillant ni de paille ni des détritus de raisin, ni des excréments humains, ni d’eau de lavage, ni d’autre ordure« . On condamne également la nuisance sonore, les bruits assourdissants des marteaux des forgerons qui abrutissent les habitants des quartiers de la rive droite de Rouen38. Des délais sont fixés pour déblayer impérativement les immondices devant chez soi : dans les deux jours à Poitiers sous peine de 60 sous d’amende (1477), dans les huit jours à Reims, dans les quinze jours à Chalons ou à Strasbourg, en fin de semaine dans les villes où on se soucie de la propreté dominicale (Douai). Depuis le xiième siècle, les municipalités s’efforcent aussi de déplacer, loin des quartiers surpeuplés, les métiers bruyants et polluants, ceux qui utilisent des « drogues puantes » ou qui étalent « des peaux en paste et en alun degoutentes » (les gantiers-boursiers rennais)39. La meilleure solution consiste à les rejeter à la périphérie des faubourgs, sur des terrains vagues ou dans des bâtiments spéciaux, voisins de ruisseaux. Les peaussiers de Paris qui travaillent sur la rive de la Seine depuis le Grand-Pont jusqu’à l’hôtel du duc de Bourbon sont déplacés plus en aval40.

33La limitation des méfaits de l’élevage intra-muros est devenue nécessaire. Il faut soit interdire la présence des porcs et des volailles dans la rue (Rouen, Blois) , soit en limiter le nombre à quatre bêtes par maison (à Reims en 1389), soit obliger leurs propriétaires à les enfermer dans les arrière-cours (Colmar, Metz, Rennes), dans des « loges » ou soues, dans un bâtiment désaffecté, une vieille « haranguerie » (Rouen). Le conseil de Chalons-sur-Marne agit efficacement en forçant, le 30 mars 1467, les bourgeois

« a oster soubz quinzaine pour tout délai tous pourceaux, oyes et canards estant en la closture dudit Chaalons et ne plus en avoir doresnavant sous peine de grosse amende et de confiscation« .

34Un édit amiénois prévoit même que chaque animal errant sera amputé d’une patte avant d’être rendu dans ce triste état à son maître, d’une seconde en cas de récidive41.

35Comment « sarrer » la fange qui rend la « ville puante » ? Une solution aléatoire consiste à utiliser l’ordure comme talus d’un rempart (Amiens, Beauvais) ; une autre la commercialise pour engraisser les jardins et les tenures maraîchères (Saint-Omer, Chartres). Un progrès consiste à creuser des puits perdus, des fosses rondes, empierrées, recouvertes de planches, appelées « fosses à immondices« , « gouffres » (Laon) « heurts » à Rouen, « putels » à Saint-Omer. On les installe de préférence dans des « places vuides » à distance des sites habités, « le trait d’une arbalète arrière es fossés » (Reims), à dix pieds des murs de la ville (Saint-Omer), dans une île abandonnée (Nantes), en bordure de vasières inondables (Saint-Malo), dans une impasse (Colmar). Leur emplacement est signalé par des croix (cinq à Dijon en 1402) et une zone interdite est délimitée avec soin42. Des fosses ont été retrouvées à Arras, à Beauvais, à Chartres où leur terre noire a livré des monnaies, des tessons de céramique et des cornes de cervidés43 ! Les Rémois se sont équipés d’une quarantaine de fosses situées derrière le couvent des Augustins et d’une trentaine à côté de la Léproserie44.

36L’aménagement de réseaux de collecteurs, appelés « conduits« , « merderons« , « coys » à Saintes est un étonnant retour au passé antique. On observe un renouveau de ce type d’équipement à partir de la fin du xiième et du début du xiiième siècles. Ici on réutilise, en les réadaptant, des installations d’origine gallo-romaine (Clermont, Vannes). Là, on recouvre un ruisseau, d’anciennes rigoles à ciel ouvert et on les affecte à l’expulsion des matières fécales et des ordures ménagères (Soissons Montpellier)45. La pose de canalisations neuves est malaisée dans des quartiers densément habités ou dans un sol instable et humide (Lille). Paris est curieusement pauvre en canalisations avant l’aménagement d’un grand collecteur en 1356 et l’oeuvre entreprise par le prévôt Hugues Aubriot sous Charles V. Des systèmes plus élaborés de circuits maçonnés ou en tuiles creuses se mettent en place dans des villes qui en ont les moyens matériels et qui en ont grand besoin : à Troyes où les premières installations connues sont signalées en 1208, à Amiens dès 1224, à Sens en 1246, à Beauvais en 1251. Le Moyen Age a accompli de belles réalisations, restées longtemps méconnues et redécouvertes par des devis (Rennes, Aix-en-Provence) ou par des fouilles46. Les conduits rennais, en excellente pierre à maçon mesurent 3,5 à 4 pieds en carré (1,15 à 1,30 m), ceux d’Aix 0,25 à 0,50 m de côté. Les « tunnels » en scories noyées dans le ciment à Clermont, en tuf volcanique à Riom, localisés entre 4 et 8 m de profondeur, n’épousent pas forcément le tracé des rues actuelles47. L’entretien des égouts exige la présence d’un corps d’égoutiers, dirigés par un « horricus » ou « ourry » à Paris, et des modes de financement privés ou collectifs.

37La fin du Moyen Age amène l’extension des fosses d’aisance, des « chambres pourr l’aisement des habitans« , des latrines munies de « planquettes » (planchettes) pour les deux sexes, collectives ou privées, simples ou à plusieurs « gorges » et situées, de préférence, au fond des cours, en surplomb sur une rivière ou sur un rempart, entre deux maisons (Pau). Ces « retraits » sont décrits dans des devis d’habitations où ils représentent jusqu’à 4,5 % du prix d’une maison (Chartres), dans les archives municipales (Aix, Nantes)48 ou ont été exhumés récemment par des archéologues (Beauvais, Rouen)49. Des responsables de l’hygiène publique nommés prud’hommes (Marseille), « sergent des fiens » veillent à leur entretien et dirigent des équipes de vidangeurs professionnels, les « cureurs« , les « maîtres fifi » de Paris, des gens qui exercent un métier dangereux mais lucratif tenu, en monopole, par…..les Bretons !

38La règle du balayage « en droit soi » (devant sa porte) ne satisfait personne et est source de récriminations (Angoulême, Poitiers, La Rochelle, Marseille). La nécessité s’impose donc d’instaurer un véritable service de « purgatio« , de « purge » ou de « vuidange« . Le passage régulier de « banneaux » (tombereaux) avec leur équipage, un maître et ses valets, constitue donc un mieux, précoce à Montpellier et Marseille où des « probi homines » s’emploient, dès le xiiième siècle, à nettoyer les chaussées. Un système s’instaure lentement dans la majorité des villes, au prix de laborieuses discussions et de tâtonnements (Poitiers, Lille, Tours). Des villes comme Amiens, Strasbourg, Rennes, Nantes Saint-Omer se dotent même d’un poste budgétaire annuel, créent un service régulier de « ramonage des chauchies » ou de « curage« , un « long jour » à Amiens, deux jours hebdomadaires à Nantes ; elles recrutent, à cet effet, un ou plusieurs « bonnetier« , « barrotier » ou « vallet des boues » un charretier ou un laboureur, fermier ou salarié. Un itinéraire précis est mis en place (Angers) et les citadins sont tenus de faire des tas ou « monceaulx » pour faciliter le chargement (Amiens, Reims).

39Mais une des meilleurs solutions pour régler le problème reste l’empierrement des rues, la pose de gravillons, de galets de rivière ou mieux encore « d’attaches » ou de sections de pavé neuf ou relevé, en pierre suffisamment dure pour résister aux plus lourds attelages de 3 à 4 tonnes et aux sabots des chevaux. Le pavage constitue un second volet d’une étude entreprise50.

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40Face à une situation rendue intenable par l’afflux de réfugiés, de véhicules lourds ou d’animaux de bât et par les misères du temps (les pestes), des mesures ont été prises pour améliorer l’hygiène collective et la circulation.

41Un effort a été fait à la fin du Moyen Age pour combattre ou discipliner le comportement des citadins, pour limiter l’accumulation d’ordures, les effets du méphitisme émanant des fosses d’aisance ou des cimetières, les pollutions biologique, minérale, chimique dans les rues, hydrique dans les canaux et les rivières. Des fosses communes, des égouts, des gouttières, des pavés ont été installés ; des sanctions ont été prises à l’encontre des contrevenants aux règles élémentaires d’hygiène.

42Mais il reste encore beaucoup à entreprendre à l’époque de la Renaissance, surtout dans les petites villes, dans les quartiers périphériques ou déshérités. Le grand nombre de règlements inobservés, la répétition des interdits montrent que le bout du tunnel de la laideur n’est pas encore atteint. On cherche encore la solution aux siècles suivants et la parade va de la répression à des entreprises de grande envergure, de la réquisition des indigents, des « pauvres valides » mis à curer de force les fossés, à des campagnes d’aménagement pour dissimuler des cloaques et déjà introduire l’espace vert intra-muros. Plus près de nous, de vieilles photographies d’avant les réalisations d’Haussman à Paris, des enquêtes (celles du Docteur Laennec à Nantes), des récits et des romans (ceux de Zola), des décisions administratives témoignent d’une réalité quotidienne difficile à vivre et à supporter.

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Notes

1 GUILLERME (A.), Les temps de l’eau, la cité, l’eau et les techniques, collection milieux, éditions Champ Vallon, Seyssel 1983 — LEGUAY (J.P.), La rue au Moyen Age, éditions Ouest-France Université, Rennes 1984. Et la Pollution au Moyen Age, éditions J. P. Gissserot, Paris, 1999 (bibliographie).

2 FAVREAU (R.), Epidémies à Poitiers et dans le Centre Ouest à la fin du Moyen Age, Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, tome 125, 1967 page 352 & « Les rues de Poitiers au Moyen Age », Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, tome XV, 4° série, 1979, pages 232 à 236. — HIGOUNET-NADAL (A.), « Hygiène, salubrité, pollutions au Moyen Age, l’exemple de Périgueux », Annales de démographique historique, 1975, pages 81 à 92 ? — VIGARELLO (G.) Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Age, collection Points Histoire, éditions du Seuil, Paris, 1985 & Le sain et le malsain, santé et mieux-être depuis le Moyen Age, éditions du Seuil, Paris 1993.

3 LAVEDAN (P.) et HUGUENET (J.), Histoire de l’Urbanisme, tome II, Bibliothèque de la Société Française d’Archéologie n°5, Arts et métiers graphiques, Paris 1974. — LE ROUX de LINCY et TISSERAND (L.M.), Paris et ses historiens aux xiv° et xv° siècles, Paris 1867, page 77.

4 Extrait des Chroniques de Saint-Denis, édition J.J. BRIAL, Recueil des historiens de la France, t. XVII, pages 354, 359, 363, Paris, 1818. A. FRANKLIN, Les rues et les cris de Paris au xiiie siècle, Paris, 1874, page 16

5 Texte cité par D. CLAUZEL, Finances et politique à Lille pendant la période bourguignonne, éditions des Beffrois, Westhoek-Editions 1982 page 28.

6 ISAMBERT (F.A.), Recueil général des anciennes lois françaises, Paris 1821-1830, tome V page 149. — HÉRON de VILLEFOSSE (R.), « Etude de la communauté des bouchers », Bulletin de la Société d’Histoire de Paris et de l’Ile-de France, tome 53, 1926, pages 61 à 73 — FOVIAUX (J.) « Discipline et réglementation des activités professionnelles à travers les arrêts du Parlement de Paris (1257-1382) », paru dans Le travail au Moyen Age, une approche interdisciplinaire, Actes du Colloque international de Louvain-la-Neuve de mai 1987, Louvain 1990, pages 208-209.

7 HUMBERT (F) Les finances municipales de Dijon du milieu du xivème siècle à 1477, Paris, 1961, page 260. — HATT (J.), Une ville du xvème siècle, Strasbourg 1929 pages 107-108.

8 LAVEDAN (P.) et HUGUENEY (J.), L’urbanisme, tome II, op. cit., page 141.

9 BRETON (C), Dijon sous Philippe le Hardi, Mémoire de maîtrise de l’Université de Bourgogne, 1975, page 32. — ESPINAS (G.), La vie urbaine de Douai au Moyen Age, Paris, 1913, pages 902-903. — FLAMMERMONT (J.), Histoire des institutions municipales de Sens, B.E.H.E., Paris, 1881, page 130. — HEERS (J.) , la villeau Moyen Age en Occident : paysages, pouvoirs et conflits, éditions Fayard, Paris, 1990, page 307.

10 HIGOUNET-NADAL (A.), Hygiène à Périgueux op. cit. pages 85-86. — DUPARC (P.), La formation d’une ville, Annecy jusqu’au début du xvième siècle, Annecy 1973 page 271.

11 LE MENÉ (M.), « La population nantaise à la fin du xvème siècle », Annales de Bretagne, tome LXXI, juin 1964, n° 2, page 207, note 111.

12 BARTHELEMY (Ed. de), Histoire de la ville de Chalons-sur-Marne, Chalons, 1883, page 130. — LABANDE (L.H.), Histoire de Beauvais et de ses institutions communales jusqu’au commencement du xvème siècle, Paris, 1892, page 135. — DES PORTES (P.) Reims et les Rémois aux xiiième et xivème siècles, éditions Picard, Paris 1979, page 716. — BAUMEL (J.), Histoire d’une seigneurie du Midi de la France ; Naissance de Montpellier, M. 1969, page 89.

13 Archives municipales de Rouen, A 11 f° 228 v° — LALLEMAND (L.), Histoire de la Charité, Paris, tome III, 1906, page 33.

14 Archives départementales de Seine-Maritime, G 7323 (chiens dans l’église Saint-Nicolas). — LE ROUX de LINCY et TISSETRAND (L.M.), Paris et ses historiens aux xiv° et xve siècle, Paris, 1867. — BAER (P.), Les institutions municipales de Moulins sous l’Ancien Régime, Paris, 1906, page 271.

15 Journal d’un Bourgeois de Paris, présentation de C. BEAUNE, Les Lettres Gothiques, Paris 1990 : avril 1421, page 169. — ESPINAS (G.), La vie urbaine à Douai, op. cit. page 903. — BARTHELEMY (Ed. de), Chalons-sur-Marne, op. cit. page 131.

16 SOWINA (U.), « L’eau et les nouveautés techniques dans l’espace urbain et suburbain au Moyen Age », article paru dans L’innovation technique au Moyen Age, Actes du VIe congrès international d’Archéologie médiévale, sous la direction de P .BECK, Dijon 1996, éditions Errance, Paris, 1998, pages 85-86.

17 GUILLERME (A.), Les Temps de l’eau op. cit., pages 106-118, 160-176.

18 ROUX (S.), La construction courante à Paris du milieu du xivème à la fin du xvème siècle, Actes du Congrès des Médiévistes de Besançon 1972 page 177. — DUMONT (E.), Histoire de la ville d’Harfleur, éditions Leclerc, Le Havre, 1968.

19 FAGNIEZ (G.), Documents relatifs à l’histoire de l’industrie et du commerce en France, xivème-xvème siècles, tome II, éditions Picard, Paris, 1900, page 42.

20 FAVIER (J.) Nouvelle Histoire de Paris, 1380-1500, Paris au xv° siècle, Paris, page 332. — Journal d’un Bourgeois de Paris, édition C. BEAUNE, op. cit., page 410.

21 CHEVALIER (B.), Tours, ville royale (1356-1520), Paris-Louvain, 1975, page 179.

22 RIGAUDIERE (A.), Saint-Flour, ville d’Auvergne au Bas Moyen Age, Etude d’histoire administrative et financière, P.U.F., Paris, 1982, pages 78, 508-512.

23 BIRABEN (J.N.), Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, 2 volumes, Paris 1975-1977. — GRMEK (M.D.), Histoire de la pensée médicale en occident, tome I, éditions du Seuil, Paris, 1995. — Archives départementales du Morbihan 29 H 3 (formules intéressantes d’un curé guérisseur).

24 GUILBERT (S.), « A Chalons-sur-Marne au xve siècle : un Conseil municipal face aux épidémies », Annales E.S.C. novembre-décembre 1968, n° 6, pages 1283-1300.

25 Le rôle du bruit a été souligné dans les Actes du XXIVe Congrès de la Société des Historiens Médiévistes de V Enseignement Supérieur Public, Avignon, juin 1993. Sur la circulation des nouvelles au Moyen Age, Publication de l’Ecole Française de Rome et de la Sorbonne, Rome-Paris 1994 (articles de Cl. GAUVARD et de C. BEAUNE).

26 DESPORTES (P.), Reims et les Rémois op. cit., page 360.

27 Archives municipales de Nantes BB 4 f°56. — Archives municipales d’Angers BB6 P49, texte cité par R. FAVREAU, Epidémies dans le Centre Ouest op. cit., page 352. — QUENEDEY (R.), l’habitation rouennaise : étude d’histoire, de géographie et d’archéologie urbaines, Rouen, 1926, page 97.

28 BOUTIOT (T.), Histoire de Troyes, tome II, 1875 page 442.

29 PETOURAUD (Ch.), « Les léproseries lyonnaises au Moyen Age et à la Renaissance », Cahiers d’Histoire, tome VIII, 1963, pages 51-52.

30 Des règlements sont anciens : Cf. R. GRAND : « Notes et observations sur des règlements d’urbanisme et de voirie dans les villes à Consulat au XIIIe siècle », Bulletin Monumental, tome CV, 1947, pages 8-9.

31 CAROLUS-BARRÉ (L.), « les institutions municipales de Compiègne au temps des gouverneurs attournés (1319-1692) », Bulletin du Comité historique des travaux scientifiques, 1940, p.1 à 84. — GIRY (A.), Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions, Paris, 1877, page 260. — DESPORTES (F.), « droit économique et police des métiers en France du Nord », Revue du Nord, n°249, tome LXIII, avril-juin 1981, pages 323-336. — RIGAUDIERE (A.), Gouverner la ville au Moyen Age, Paris 1993.

32 DESPORTES (P.), Reims et Rémois, op. cit., p.491 — DURBEC (J.A.), « Les premières délibérations des conseils de la ville de Nice en 1454-1457 », Actes du 90e congrès national des Sociétés savantes, Nice, B.P.H. 1965, Paris, 1968, page 498-499.

33 SIVERY (G.), Histoire de Maubeuge, Westhoek-Editions, 1984, pages 67, 69. Les barbiers-chirurgiens de la ville ne peuvent plus élever des porcs, de peur qu’ils ne soient tentés de leur donner à boire le sang humain des saignées !

34 Archives Municipales de Rennes liasse 183 (1450-1453).

35 WOLFF (Ph.) « Les bouchers de Toulouse du xiiie au xve siècle », dans Regards sur le Midi médiéval, 1978, pages 118-119. — FAVREAU (R.), « La boucherie en Poitou à la fin du Moyen Age », Bulletin Philologique et Historique, tome I, 1968, Paris, 1971, pages 295-318.

36 BOUTIOT (T) Histoire de la ville de Troyes, op. cit., tome II, pages 88-89.

37 COMBES (J.), Histoire de Béziers sous la direction de J. SAGNES, éditions Privat, Toulouse, 1986, page 143.

38 MONTEILLARD (N.), « Artisans du métal à Rouen », dans Hommes et le travail du métal dans les villes médiévales, Diffusion Picard, Paris, 1988, page 113.

39 Archives départementales d’Ille-et-Vilaine G 552 a (statut des gantiers).

40 GIMPEL (J.), La révolution industrielle du Moyen Age, éditions du Seuil, page 89.

41 CALONNE (Baron A. de), La vie municipale au xve siècle dans le Mord de la France, Paris, 1880 page 105. — DERVILLE (A.) Histoire de Calais, éditions Westhoek, 1985, page 36.

42 HUMBERT (Fr.), Les finances de Dijon, op. cit., page 194. — DESPORTES (Mme F. Fr.), Droit économique et police des métiers, op. cit., page 29. — PERNOUD (R.), Statuts municipaux de Marseille, Monaco-Paris 1949, page XXXVII. La zone interdite à Marseille correspond à la Canebière, à la plaine Saint-Michel et à la colline Saint-Charles.

43 BILLOT (Cl.), Chartres à la fin du Moyen Age, Paris, 1987, pages 117- 120.

44 DESPORTES ( P.), Reims et les Rémois, op. cit., page 716.

45 ENLART (C), Manuel d’archéologie française, tome I, architecture civile, éditions Picard, Paris, 1929, page 279.

46 LEGUAY (J.P.), La ville de Rennes au xvème siècle à travers les comptes des Miseurs, publication de l’Institut Armoricain, Rennes, 1968, pages 271-272. — BERNARDI (Ph.), Métiers du bâtiment et techniques de construction à Aix-en-Provence à la fin de l’époque gothique (1400-1550), P.U.Provence, Aix, 1995, pages 389-390.

47 TEYSSOT (J.), « L’eau propre, l’eau sale à la fin du Moyen Age. Le cas des égouts de Riom en Auvergne », Cahiers d’Histoire, tome XXXVII, n° 2, 1992, pages 112-119.

48 QUENEDEY (R.), L’habitation rouennaise, op. cit., page 98. — BILLOT (C.), « Du devis de maçon au traité d’architecture : évolution de l’habitat urbain (xve-xvie siècles) », paru dans les Actes du colloque de Rome 1986, D’une ville à l’autre, sous la direction de J.C. MAIRE-VIGUEUR, collection de l’Ecole française de Rome n° 122, Rome, 1989, pages 537-555. — TUCOO-CHALA, Histoire de Pau, éditions Privat, Toulouse, 1989, page 22.

49 BARRIERE (D.), L’eau, la saleté, l’hygiène à Rouen de la fin du Moyen Age au siècle des Lumières, mémoire de maîtrise de l’Université de Rouen, 1992, pages 41-42, 80, 84, 87. — BERNARDI (Ph.), métiers du bâtiment., à Aix, op. cit., pages 382-383. — FÉMOLANT (M.), « L’archéologie à Beauvais », Archéologia, n° 346, juin 1989, pages 39-40.

50 Actes du colloque de l’abbaye de Liessies, mars 1999 (sous presse), sous la direction de P. Benoît.


Environnement: Comme les Aztèques qui tuaient toujours plus de victimes (While climate change turns into cargo cult science, what of our quasi-religious addiction to growth as the rest of the world demands its own American dream and our finite planet eventually runs out of resources ?)

2 mai, 2021

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Socialter N°34 Fin du monde, fin du mois, même combat ? - avril/mai 2019 - POLLEN DIFPOP
Students at the International School of Beijing playing in one of two domes with air-filtration systems for when smog is severeChinese millionaire and philanthropist Chen Guangbiao hands out cans of air during a publicity stunt on a day of heavy air pollution last week at a financial district in Beijing.DIEU EST AMERICAIN
 
Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel. (…) Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l’angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots. Jésus (Luc 21: 10-25)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Quand vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable cela soit-il, doit être la vérité. Sherlock Holmes
Ce sont les enjeux ! Pour faire un monde où chaque enfant de Dieu puisse vivre, ou entrer dans l’obscurité, nous devons soit nous aimer l’un l’autre, soit mourir. Lyndon Johnson (1964)
Interdire le DDT a tué plus de personnes qu’Hitler. Personnage d’un roman de  Michael Crichton (State of Fear, 2004)
Dans la mythologie grecque, Prométhée est le titan qui donne le feu aux hommes. Il incarne désormais la civilisation industrielle si décriée par l’écologie politique. Je tente de restituer son bilan en lui offrant un procès équitable. Il ne s’agit pas seulement de rappeler que la société industrielle nous a délivrés de la famine, de l’ignorance, de la maladie, des effets ravageurs des aléas naturels et de la pénibilité. Il convient aussi de liquider le mythe du paradis perdu qui prétend que notre environnement n’a jamais été aussi toxique qu’aujourd’hui. On doit cette fable aux penchants rousseauistes de l’idéologie écologiste : ils reprochent au progrès industriel de souiller notre monde. (…) Ce récit décliniste suggère que les sociétés prémodernes entretenaient avec leur environnement une relation plus harmonieuse. Mais cette nostalgie n’a aucun fondement. Les hommes des cavernes et les villes préindustrielles étaient exposés à des nuisances environnementales bien plus ravageuses que les citadins des métropoles modernes. La pollution et les catastrophes naturelles font plus de victimes dans les pays faiblement industrialisés que dans les nations développées. Enfin, les secondes sont mieux armées que les premières pour affronter le changement climatique. Il serait immoral et contreproductif de renoncer à l’expansion de l’industrialisme. On trahirait les peuples enfermés dans les fléaux écologiques prémodernes en éloignant l’humanité des solutions aux nouveaux défis. (…) La technologie provient toujours de ce que le philosophe Jacques Ellul appelait avec dédain la «passion de l’efficacité». Elle a pour objet d’augmenter notre puissance. La question est de savoir si cette quête de puissance est bienveillante ou non. L’écologie politique l’envisage avec pessimisme. Hans Jonas écrivait que la véritable menace que porte la technologie «ne réside pas tant dans ses moyens de destruction que dans son paisible usage quotidien». On accuse la technique d’augmenter les penchants destructeurs de l’homme. Les tragédies du XXe siècle et l’attention accordée aux nouveaux risques ont renforcé le prestige de cette lecture, quitte encore à sombrer dans la fable du bon sauvage. Pourtant, les travaux de Lawrence Keeley montrent que les guerres préhistoriques étaient plus fréquentes et meurtrières que les conflits modernes. Les Hutus n’ont guère eu besoin de la haute technologie pour décimer les Tutsis. Si l’on revient à l’environnement, les outils rudimentaires des chasseurs-cueilleurs ont suffi à conduire une partie de la mégafaune du Pléistocène à l’extinction tandis que leur mode de vie exigeait des infanticides et des géronticides réguliers. Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse, qui voit dans le progrès technique la condition suffisante du progrès moral, en oubliant la variable culturelle. Mais en l’occurrence, et en dépit des nouveaux risques, le bilan sécuritaire de la modernité est positif, comme en témoigne notre succès évolutif. Il n’appartient qu’à nous de faire en sorte qu’il le demeure en usant de notre puissance pour servir notre espèce et non l’asservir. (…) Déjà au XVIIe siècle, l’humaniste Hugo Grotius constatait que le fondement du commerce mondial résidait dans l’inégale répartition géographique des ressources et des terres fertiles ainsi que l’incapacité des nations à subvenir seules à leurs besoins. En s’inscrivant à contre-courant de la mondialisation, localisme et décroissance constituent un profond désintérêt pour le sort de l’humanité. Des études suggèrent que seul un tiers de l’humanité pourrait se nourrir dans un monde localiste. Faut-il tuer les autres ? Lorsque les écologistes pourfendent le productivisme, veulent diminuer les rendements agricoles, préfèrent les sources d’énergie intermittentes aux énergies abondantes, on peut se demander si l’hécatombe humanitaire n’est pas délibérément recherchée. D’autant que les vertus écologiques de ces propositions sont surestimées. Toutes choses égales par ailleurs, une agriculture aux rendements faibles, c’est plus de déforestation. Le localisme néglige le fait que le transport contribue, en proportion, peu aux pollutions, contrairement à la phase de production. C’est pourquoi il est parfois moins polluant de se procurer une marchandise produite par un industriel étranger qui, pour des raisons géographiques, climatiques, techniques, logistiques ou par le jeu des économies d’échelle, parvient à utiliser moins de ressources pour produire une unité de richesses qu’un producteur local aux méthodes inefficientes. Si chaque ville française produisait sa nourriture localement, le gaspillage exploserait. Enfin, un effondrement du commerce mondial appauvrirait l’humanité, ainsi qu’on l’a vu avec la Covid, ce qui amputerait ses capacités à investir dans des technologies propres, mais coûteuses. Pour verdir notre monde sans renoncer à améliorer le sort de l’humanité, il serait plus vertueux que les pays riches investissent dans la modernisation de leur appareil productif ainsi que dans celui des pays du Sud. (…) L’écologie profonde personnifie la nature sauvage en la plaçant au-dessus de l’homme tandis que l’écologie intégrale, selon les termes du Manifeste de la nouvelle droite publié en 2000, «en appelle au dépassement de l’anthropocentrisme moderne». Certes, elle «ne gomme pas la spécificité de l’homme», mais elle lui dénie tout de même «la place exclusive que lui avaient donnée le christianisme et l’humanisme classique». Ces deux écoles ont en commun de se méfier de la souveraineté que l’homme exerce sur la nature. Cette méfiance est désormais partagée par le Pape. Preuve en est qu’il préfère dénoncer la «démesure anthropocentrique» qui définirait notre époque que souligner les atteintes aux droits de l’homme qui ralentissent le développement des pays du Sud. Le souverain pontife propose d’ailleurs de ralentir le développement, voire d’y renoncer. Ce qui montre que l’humanisme n’est plus sa grille de lecture. Comment ne pas déceler des bribes de paganisme dans un discours qui compte parmi les pauvres notre «Terre opprimée», accuse les hommes de «piller» la nature comme si seule Gaïa était propriétaire des ressources et que nous ne serions plus légitimes à en disposer (comme le font tous les autres êtres vivants à leur humble échelle) ? Je ne parle même pas de l’image figée de la biosphère héritée de l’ère pré-darwinienne qui assimile toute transformation des écosystèmes à une destruction. François taxe enfin d’extrémisme ceux qui, dans le sillage des Lumières, placent leur confiance dans le progrès pour résoudre nos problèmes actuels ! Je vois dans cette inflexion du discours catholique le signe de l’hégémonie d’une écologie misanthrope à qui il faut donner des gages : elle ne définit plus la protection de la nature comme la sauvegarde d’un milieu hospitalier pour l’homme, mais comme la «sanctuarisation» d’un milieu dont il faut l’exclure. Pourtant, les écologistes insistent – à raison – sur le fait que l’homme appartient à la nature ! Sapiens doit visiblement se chercher d’autres alliés. (…) Depuis Platon, la philosophie politique occidentale admet que le but des sociétés réside dans l’allégement de la peine que l’homme s’inflige pour assouvir ses besoins. C’est pourquoi on préfère la Cité à l’ermitage. La réduction du labeur est une aspiration naturelle et universelle. Elle n’a pas attendu l’émergence de la question ouvrière au XIXe siècle pour se manifester. En 1516, le penseur humaniste Thomas More imaginait un monde utopique où 6 heures de travail par jour suffisent pour bien vivre. Et tandis que l’ouvrier occidental moyen devait besogner plus de 3000 heures par an pour s’acheter le niveau de vie du XIXe siècle, il peut désormais travailler 1500 heures par an, soit 4 heures par jour, pour obtenir le confort du XXIe siècle. Le progrès de l’industrie et l’ouverture du commerce permettent de faire mieux que l’utopie de More. Le libéral que je suis ne considère pas le travail comme une fin en soi. Ce n’est que le vulgaire prix à payer pour vivre, assouvir ses besoins et servir ses semblables. Le but du progrès est de réduire ce prix pour tendre vers la perfection (même si nous ne l’atteindrons jamais) que décrivait l’économiste Frédéric Bastiat en son temps : un effort nul pour un gain infini. Ces idéaux ont longtemps été consensuels. Mais le comble est de voir désormais la gauche radicale, naguère favorable au «droit à la paresse», plaider pour assigner l’humanité à la malédiction de Sisyphe : un effort infini pour un gain nul. C’est ainsi qu’il faut interpréter les propositions d’un Nicolas Hulot ou d’un Dominique Bourg. Ce dernier veut reconduire un tiers de la population dans les champs, avec pour seule aide «l’énergie musculaire et animale». Ces délires réactionnaires seraient amusants s’ils n’influençaient pas les responsables «modérés» : nous avons déjà entendu un ministre français plaider pour le retour aux pratiques agricoles de nos grands-parents. (…) Malthus craignait le scénario d’une production de richesses incapable de suivre une croissance démographique exponentielle. En dépit de ses erreurs, l’épouvantail de la surpopulation continue d’être agité par les écologistes, comme en témoignent les cas de Paul Ehrlich, qui envisageait la stérilisation forcée, ou de Pablo Servigne, qui suggère dans son best-seller que nous devons dès maintenant choisir qui doit naître pour ne pas avoir à choisir qui devra mourir demain. Rappelons qu’au temps de Malthus, nous étions un milliard et la misère était la norme. Aujourd’hui, nous sommes 8 milliards et la misère devient l’exception, ce qui infirme les scénarios apocalyptiques que l’on pouvait lire dans les années 70 à travers le rapport au Club de Rome. Ces progrès humanitaires s’expliquent par le fait que les hommes, loin de n’être que des ventres sur pattes, sont d’abord des ouvriers, des ingénieurs et des innovateurs. Ils créent plus qu’ils ne détruisent. Jean Bodin avait raison de souligner dès le XVIe siècle qu’il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de citoyens dans la mesure où il n’y a de richesse que d’hommes. Désormais, le néo-malthusianisme prétend qu’une «surpopulation» d’êtres opulents menace de rendre notre planète toxique. Le raisonnement semble a priori logique. On peut en effet se dire que, toutes choses égales par ailleurs, plus on est, plus on consomme, plus on pollue. Sauf que la variable technologique fait que les choses ne sont jamais égales par ailleurs ! Par exemple, Paris comptait 200 000 âmes en 1328, soit 10 fois moins qu’aujourd’hui. Pourtant, la pollution tuait une proportion de Parisiens plus forte au Moyen Âge qu’au XXIe siècle : une métropole équipée de l’électricité et du traitement des eaux usées bénéficie d’un environnement de meilleure qualité qu’une petite bourgade dépourvue de ces technologies. (…) Le raisonnement vaut pour le changement climatique. Entre 1979 et 2019, grâce au nucléaire et à l’efficacité énergétique, les émissions territoriales françaises de CO2 ont baissé tandis que la population française a gagné 11 millions d’habitants sur la même période et que notre production industrielle est plus élevée en 2019 qu’en 1979 en valeur absolue. Les émissions importées suivront la même trajectoire à mesure que nos partenaires commerciaux obtiendront nos technologies. Or, ainsi que le rappelait l’économiste Julian Simon, une large démographie favorise l’innovation, car elle permet une abondance de bras et de cerveaux brillants. Enfin, le jeu des économies d’échelle fait que les grandes communautés obtiennent plus aisément les technologies propres qui, parce que coûteuses, seraient inaccessibles aux petites communautés. C’est la raison pour laquelle les villes sont mieux équipées que les campagnes en infrastructures essentielles à un environnement sain, comme les réseaux d’égout ou les stations d’épuration. Pour sauver notre habitat, mieux vaut des familles nombreuses composées d’ingénieurs que des zadistes célibataires. D’ailleurs, si l’on regarde les trajectoires démographiques actuelles, la menace qui plane sur nous est plutôt le vieillissement et le déclin démographique de notre espèce. (…) Je dénonce une récurrence étrange chez les écologistes. Les mesures qu’ils proposent contreviennent toujours à la résolution des problèmes qu’ils soulignent, voire les aggravent. On ne peut pas comprendre cette dissonance si on ne la met pas en lien avec les arrière-pensées anticapitalistes de ce mouvement. Je cite dans mon ouvrage d’éminents auteurs écologistes qui redoutent le scénario d’une humanité qui parvient à se doter d’une énergie abondante, fut-elle propre, et qui présentent la pauvreté comme l’horizon souhaitable de notre espèce. Ce qui suffit à prouver leur insincérité. Si le but est de lutter contre le changement climatique en assurant à l’humanité le niveau de vie le plus élevé possible, alors, outre l’efficacité énergétique, il faut que celle-ci cesse de fermer des centrales nucléaires et se convertisse massivement à l’énergie atomique, soit la source d’énergie la plus décarbonée, fiable et efficace à grande échelle. Les centaines de milliards que les pouvoirs publics et le secteur privé des pays développés dilapident dans l’éolien et le solaire doivent être immédiatement réaffectés vers l’atome. Sans cela, toute tentative de décarboner l’électricité mondiale, d’électrifier nos usages, de synthétiser des carburants ou des engrais propres ou d’investir dans la capture du CO₂ sera inefficiente. Plutôt que de culpabiliser les pays émergents, nous devrions porter l’idéal d’une filière nucléaire ambitieuse, capable de frapper à la porte de tous les pays soucieux de se délivrer de la misère et des énergies fossiles. Il ne faut pas non plus oublier l’impératif de l’adaptation, qui montre là encore l’inanité de la post-croissance : la résistance des sociétés face aux aléas naturels augmente avec la richesse. Un Israélien ou un Néerlandais qui peut se procurer des stations pour dessaler l’eau de mer ou un système de protection côtière ultra-sophistiqué contre la montée des eaux est moins vulnérable à la sécheresse et aux inondations qu’un Malgache ou qu’un Bangladais. Une des réponses au changement climatique consiste à nous assurer que ces gains en résilience devancent l’émergence des nouveaux risques. Ce ne sont là que des premières pistes qui méritent d’être approfondies par des entrepreneurs, ingénieurs et scientifiques assez humanistes pour refuser le discours qui feint de s’inquiéter des maux du changement climatique pour assigner les hommes aux fléaux de la misère. Ferghane Azihari
Combien de dirigeants mondiaux, depuis combien de décennies ont vu et su ce qui vient, mais ont décidé qu’il était politiquement plus opportun de le garder à huis clos ? Ma génération et les générations après moi n’ont pas ce luxe. En 2050, j’aurai 56 ans. Pourtant, aujourd’hui, l’âge moyen de ce 52e Parlement est de 49 ans. OK, boomer ! Les institutions politiques actuelles se sont avérées incompétentes pour penser en dehors du court terme politique. Chloe Swarbruck
Parents have scrambled to buy air purifiers. IQAir, a Swiss company, makes purifiers that cost up to $3,000 here and are displayed in shiny showrooms. Mike Murphy, the chief executive of IQAir China, said sales had tripled in the first three months of 2013 over the same period last year. Face masks are now part of the urban dress code. Ms. Zhang laid out half a dozen masks on her dining room table and held up one with a picture of a teddy bear that fits Xiaotian. Schools are adopting emergency measures. Xiaotian’s private kindergarten used to take the children on a field trip once a week, but it has canceled most of those this year. At the prestigious Beijing No. 4 High School, which has long trained Chinese leaders and their children, outdoor physical education classes are now canceled when the pollution index is high. (…) Elite schools are investing in infrastructure to keep children active. Among them are Dulwich College Beijing and the International School of Beijing, which in January completed two large white sports domes of synthetic fabric that cover athletic fields and tennis courts. The construction of the domes and an accompanying building began a year ago, to give the 1,900 students a place to exercise in both bad weather and high pollution, said Jeff Johanson, director of student activities. The project cost $5.7 million and includes hospital-grade air-filtration systems. Teachers check the hourly air ratings from the United States Embassy to determine whether children should play outside or beneath the domes. NYT
From gigantic domes that keep out pollution to face masks with fancy fiber filters, purifiers and even canned air, Chinese businesses are trying to find a way to market that most elusive commodity: clean air. An unprecedented wave of pollution throughout China (dubbed the “airpocalypse” or “airmageddon” by headline writers) has spawned an almost entirely new industry. The biggest ticket item is a huge dome that looks like a cross between the Biosphere and an overgrown wedding tent. Two of them recently went up at the International School of Beijing, one with six tennis courts, another large enough to harbor kids playing soccer and badminton and shooting hoops simultaneously Friday afternoon. The contraptions are held up with pressure from the system pumping in fresh air. Your ears pop when you go in through one of three revolving doors that maintain a tight air lock. The anti-pollution dome is the joint creation of a Shenzhen-based manufacturer of outdoor enclosures and a California company, Valencia-based UVDI, that makes air filtration and disinfection systems for hospitals, schools, museums and airports, including the new international terminal at Los Angeles International Airport. Although the technologies aren’t new, this is the first time they’ve been put together specifically to keep out pollution, the manufacturers say. (…) Since air pollution skyrocketed in mid-January, Xiao said, orders for domes were pouring in from schools, government sports facilities and wealthy individuals who want them in their backyards. He said domes measuring more than 54,000 square feet each cost more than $1 million. (…) Because it’s not possible to put a dome over all of Beijing, where air quality is the worst, people are taking matters into their own hands. Not since the 2003 epidemic of SARS have face masks been such hot sellers. Many manufacturers are reporting record sales of devices varying from high-tech neoprene masks with exhalation valves, designed for urban bicyclists, that cost up to $50 each, to cheap cloth masks (some in stripes, polka dots, paisley and some emulating animal faces). (…) In mid-January, measurements of particulate matter reached more than 1,000 micrograms per cubic meter in some parts of northeast China. Anything above 300 is considered “hazardous” and the index stops at 500. By comparison, the U.S. has seen readings of 1,000 only in areas downwind of forest fires. The U.S. Centers for Disease Control and Prevention reported last year that the average particulate matter reading from 16 airport smokers’ lounges was 166.6. The Chinese government has been experimenting with various emergency measures, curtailing the use of official cars and ordering factories and construction sites to shut down. Some cities are even considering curbs on fireworks during the upcoming Chinese New Year holiday, interfering with an almost sacred tradition. In the meantime, home air filters have joined the new must-have appliances for middle class Chinese. (…) Many distributors report panic buying of air purifiers. In China, home air purifiers range from $15 gizmos that look like night lights to handsome $6,000 wood-finished models that are supplied to Zhongnanhai, the headquarters of the Chinese Communist Party and to other leadership facilities. One model is advertised as emitting vitamin C to build immunity and to prevent skin aging. In a more tongue in cheek approach to the problem, a self-promoting Chinese millionaire has been selling soda-sized cans of, you guessed it, air. (…) “I want to tell mayors, county chiefs and heads of big companies,” Chen told reporters Wednesday, while giving out free cans of air on a Beijing sidewalk as a publicity stunt. “Don’t just chase GDP growth, don’t chase the biggest profits at the expense of our children and grandchildren. » LA Times
Plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. (…) il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes. (…)  Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide (…) outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute (…) des évolutions démographiques favorables. Bruno Tertrais
Imaginez que [Fukushima] se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200 000. Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles. Bruno Tertrais
Longtemps, les divinités représentèrent le lieu de cette extériorité. Les sociétés modernes ont voulu s’en affranchir: mais cette désacralisation peut nous laisser sans protection aucune face à notre violence et nous mener à la catastrophe finale. Jean-Pierre Dupuy
Nous étions installés dans le temps des catastrophes. Le monde a vécu l’événement du 11 septembre moins comme l’inscription dans le réel de quelque chose d’insensé, donc d’impossible, que comme l’irruption du possible dans l’impossible. La pire horreur devient désormais possible. Si elle est devenue possible, c’est qu’elle ne l’était pas. Et pourtant, objecte le bon sens, si elle s’est produite, c’est bien qu’elle était possible. […] C’est bien là la source de notre problème. Car s’il faut prévenir la catastrophe, on a besoin de croire en sa possibilité avant qu’elle ne se produise. Si, inversement, on réussit à la prévenir, sa non-réalisation la maintient dans le domaine de l’impossible, et les efforts de prévention en apparaissent rétrospectivement inutiles. J.-P. Dupuy (Pour un catastrophisme éclairé – Quand l’impossible est certain, 2002)
Le catastrophisme éclairé, c’est être pessimiste pour se donner les moyens d’être optimiste. Il faut regarder la catastrophe en face pour se donner une chance de l’éviter. Jean-Pierre Dupuy
On peut dire de ce type de prophétie qu’elle est auto-invalidante de la même manière que l’on parle de prophétie auto-réalisatrice. (…) S’il veut être un vrai prophète, le prophète, en annonçant l’avenir, doit donc tenir compte de l’effet de sa parole sur le comportement des gens. Il doit annoncer un avenir tel que les réactions de ses auditeurs co-produisent l’avenir en question, ou, en tout cas, ne l’empêchent pas de se réaliser. (…) En d’autres termes, le prophète prétend annoncer un futur fixe c’est-à-dire indépendant des actions des agents, un avenir destinal en somme, alors qu’il a en réalité tenu compte des réactions de son auditoire pour se caler en un avenir tel que, celui-ci une fois annoncé, les réactions des agents l’engendreront. Ce procédé fonctionne d’autant mieux que les agents ignorent qu’ils participent à un tel schème. Ils tiennent que la parole du prophète dit ce que sera l’avenir. Si le prophète s’est calé sur un point fixe, l’avenir devenu présent ne les démentira pas. Si, de plus, cet avenir est celui que le prophète voulait faire arriver, soit parce qu’il est bon soit parce qu’il évite un désastre, qui songera à soupçonner le prophète ? Il aura eu recours à un détour métaphysique pour aller dans le bon sens. Autrement dit, le prophète fait fond sur la logique de la prophétie auto-réalisatrice. Le défi que doit relever le prophète de malheur apparaît dès lors dans sa singularité : il doit résoudre en termes de prophétie auto-réalisatrice un problème dont la nature est celui d’une prophétie auto-invalidante. C’est l’objectif que je me suis fixé dès mon livre de 2002 sur le « catastrophisme éclairé » et c’est en ce point que je me suis écarté tant de Jonas que d’Anders, lesquels en sont restés au stade de la prophétie auto-invalidante, celle qui rend le prophète ridicule mais fier d’avoir sauvegardé la vie. (…) Existe-t-il une manière de prophétiser la catastrophe par l’annonce d’un avenir nécessaire qui l’évite et qui soit tel que cette annonce induise des comportements qui favorisent cet évitement ? Peut-on vraiment rabattre la prophétie auto-invalidante sur la prophétie auto-réalisatrice ? Comme nous l’avons déjà vu, deux types opposés de rapport prophétique à l’avenir conduisent à renforcer la probabilité d’une catastrophe majeure. Celui des optimistes béats qui voient les choses s’arranger de toute façon, quoi que fassent les agents, par la grâce du principe qui veut que l’humanité se soit toujours sortie des pires situations. Et celui des catastrophistes mortifères que sont les collapsologues, qui annoncent comme certain ce qu’ils appellent l’effondrement. Dans l’un et l’autre cas, on contribue à en renforcer le caractère probable en démobilisant les agents, mais dans le second cas, cela va dans le sens de la prophétie, et dans le premier en sens opposé. (…) Prophétiser que la catastrophe est sur le point de se produire, c’est contribuer à la faire advenir. La passer sous silence ou en minimiser l’importance, à la façon des optimistes béats, conduit au même résultat. Ce qu’il faudrait, c’est combiner les deux démarches : annoncer un avenir nécessaire qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir. (…) Il existe diverses manières de concevoir la superposition des états qui réalise l’indétermination. Je me contenterai ici de deux sortes d’exemples, tirés de mes travaux passés. D’abord le concept de near miss (ou near hit), familier aux stratèges nucléaires. Plusieurs dizaines de fois au cours de la Guerre froide, mais aussi plus tard, on est passé « à un cheveu » du déclenchement d’une guerre nucléaire. Est-ce à mettre au crédit ou au passif de la dissuasion ? Les deux réponses sont simultanément bonnes. McNamara conclut à l’inefficacité de la dissuasion. «We lucked out » (Nous avons eu du bol) dit-il à ce sujet en recourant à une expression argotique bien trempée. Cette conclusion n’est-elle pas trop hâtive ? Ne pourrait-on pas dire au contraire que c’est ce flirt répété avec le tigre nucléaire, cette série d’apocalypses qui n’ont pas eu lieu, qui nous a protégés du danger que représentent l’accoutumance, le contentement de soi, l’indifférence, le cynisme, la bêtise, la croyance béate que le pire nous sera épargné ? Ni trop près, ni trop loin du trou noir, ou bien être à la fois proche et distant de l’abîme, telle semble être la leçon à tirer de la Guerre froide. Le point fixe endogène est ici une apocalypse qui n’a pas eu lieu mais il s’en est fallu de peu. Je suis encore tout secoué que ma fille brésilienne se soit trouvée à bord du vol Air France AF 447 qui relie quotidiennement Rio de Janeiro à Paris le 31 mai 2009, soit la veille du jour où le même vol a disparu en mer. Mais si elle avait été sur ce vol une semaine, un mois, une année avant le crash, mon sentiment de peur rétroactive aurait-il été le même ? La catastrophe n’a pas eu lieu, cela arrive tous les jours, sinon c’en serait fini de l’industrie aéronautique. Le near miss, c’est autre chose. Il y a, sous-jacente à l’absence de la catastrophe, l’image de la catastrophe elle-même, l’ensemble constituant ce qu’on peut appeler une présence-absence. La nouvelle de Philippe K. Dick, « Minority Report », développe une idée contenue dans le Zadig de Voltaire et illustre d’une autre façon les paradoxes examinés ici. La police du futur y est représentée comme ce qu’on appelle aujourd’hui, alors qu’elle est mise en place dans diverses villes du monde, une police prédictive qui prévoit tous les crimes qui vont être commis dans une zone donnée. Elle intervient parfois au tout dernier moment pour empêcher le criminel d’accomplir son forfait, ce qui fait dire à ce dernier : « Mais je n’ai rien fait ! », à quoi la police répond : « Mais vous alliez le faire. » L’un des policiers, plus tourné vers la métaphysique que les autres, a ce mot : « Ce n’est pas l’avenir si on l’empêche de se produire ! ». Mais c’est sur le titre de la nouvelle que je veux insister ici. L’« avis minoritaire » se réfère à cette pratique à laquelle ont recours nombre d’institutions importantes de par le monde, par exemple la Cour Suprême des États-Unis ou le Conseil d’État français, qui consiste, lorsqu’elles rendent un avis qui ne fait pas l’unanimité, à inclure, à côté de l’avis majoritaire qui devient de ce fait l’avis de la Cour ou du Conseil, l’avis de la minorité. Dans la nouvelle de Dick, la prophétie est faite par un trio de Parques nommées Precogs (pour Pre-cognition). Trois est un nombre très intéressant car, ou bien les trois Parques sont d’accord, ou bien c’est deux contre une. La minorité, s’il y en a une, ne contient qu’un élément. L’avis de celui-ci apparaît en supplément de l’avis rendu, qu’il contredit tout en en faisant partie. Voilà à quoi devrait ressembler la prophétie face à une catastrophe anticipée mais dont la date est inconnue : le malheur ne devrait y figurer qu’en filigrane d’une annonce de bonheur, ce bonheur consistant en l’évitement du malheur. On pourrait dire que le bonheur contient le malheur tout en étant son contraire, en prenant le verbe « contenir » dans son double sens d’avoir en soi et de faire barrage à. Jean-Pierre Dupuy
Nous vivons à la fois dans lehttp://www.lekairn.fr/article-231120-jean-pierre-dupuy/ meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
L’interprétation que Dupuy et Dumouchel donnent de notre société me paraît juste, seulement un peu trop optimiste. D’après eux, la société de consommation constitue une façon de désamorcer la rivalité mimétique, de réduire sa puissance conflictuelle. C’est vrai. S’arranger pour que les mêmes objets, les mêmes marchandises soient accessibles à tout le monde, c’est réduire les occasions de conflit et de rivalité entre les individus. Lorsque ce système devient permanent, toutefois, les individus finissent par se désintéresser de ces objets trop accessibles et identiques. Il faut du temps pour que cette « usure » se produise, mais elle se produit toujours. Parce qu’elle rend les objets trop faciles à acquérir, la société de consommation travaille à sa propre destruction. Comme tout mécanisme sacrificiel, cette société a besoin de se réinventer de temps à autre. Pour survivre, elle doit inventer des gadgets toujours nouveaux. Et la société de marché engloutit les ressources de la terre, un peu comme les Aztèques qui tuaient toujours plus de victimes. Tout remède sacrificiel perd son efficacité avec le temps. René Girard
Certains spécialistes avancent le chiffre de vingt mille victimes par an au moment de la conquête de Cortès. Même s’il y avait beaucoup d’exagération, le sacrifice humain n’en jouerait pas moins chez les Aztèques un rôle proprement monstrueux. Ce peuple était constamment occupé à guerroyer, non pour étendre son territoire, mais pour se procurer les victimes nécessaires aux innombrables sacrifices recensés par Bernardino de Sahagun. Les ethnologues possèdent toutes ces données depuis des siècles, depuis l’époque, en vérité, qui effectua les premiers déchiffrements de la représentation persécutrice dans le monde occidental. Mais ils ne tirent pas les mêmes conclusions dans les deux cas. Aujourd’hui moins que jamais. Ils passent le plus clair de leur temps à minimiser, sinon à justifier entièrement, chez les Aztèques, ce qu’ils condamnent à juste titre dans leur propre univers. Une fois de plus nous retrouvons les deux poids et les deux mesures qui caractérisent les sciences de l’homme dans leur traitement des sociétés historiques et des sociétés ethnologiques. Notre impuissance à repérer dans les mythes une représentation persécutrice plus mystifiée encore que la nôtre ne tient pas seulement à la difficulté plus grande de l’entreprise, à la transfiguration plus extrême des données, elle relève “modernes sont surtout obsédés par le mépris et ils s’efforcent de présenter ces univers disparus sous les couleurs les plus favorables. (…) Les ethnologues décrivent avec gourmandise le sort enviable de ces victimes. Pendant la période qui précède leur sacrifice, elles jouissent de privilèges extraordinaires et c’est sereinement, peut-être même joyeusement, qu’elles s’avancent vers la mort. Jacques Soustelle, entre autres, recommande à ses lecteurs de ne pas interpréter ces boucheries religieuses à la lumière de nos concepts. L’affreux péché d’ethnocentrisme nous guette et, quoi que fassent les sociétés exotiques, il faut se garder du moindre jugement négatif. Si louable que soit le souci de « réhabiliter » des mondes méconnus, il faut y mettre du discernement. Les excès actuels rivalisent de ridicule avec l’enflure orgueilleuse de naguère, mais en sens contraire. Au fond, c’est toujours la même condescendance : nous n’appliquons pas à ces sociétés les critères que nous appliquons à nous-mêmes, mais à la suite, cette fois, d’une inversion démagogique bien caractéristique de notre fin de siècle. Ou bien nos sources ne valent rien et nous n’avons plus qu’à nous taire : nous ne saurons jamais rien de certain sur les Aztèques, ou bien nos sources valent quelque chose, et l’honnêteté oblige à conclure que la religion de ce peuple n’a pas usurpé sa place au musée planétaire de l’horreur humaine. Le zèle antiethnocentrique s’égare quand il justifie les orgies sanglantes de l’image visiblement trompeuse qu’elles donnent d’elles-mêmes. Bien que pénétré d’idéologie sacrificielle, le mythe atroce et magnifique de Teotihuacan porte sourdement témoignage contre cette vision mystificatrice. Si quelque chose humanise ce texte, ce n’est pas la fausse idylle des victimes et des bourreaux qu’épousent fâcheusement le néo-rousseauisme et le néo-nietzschéisme de nos deux après-guerres, c’est ce qui s’oppose à cette hypocrite vision, sans aller jusqu’à la contredire ouvertement, ce sont les hésitations que j’ai notées face aux fausses évidences qui les entourent. René Girard
Cargo cult: any of the religious movements chiefly, but not solely, in Melanesia that exhibit belief in the imminence of a new age of blessing, to be initiated by the arrival of a special “cargo” of goods from supernatural sources—based on the observation by local residents of the delivery of supplies to colonial officials. Tribal divinities, culture heroes, or ancestors may be expected to return with the cargo, or the goods may be expected to come through foreigners, who are sometimes accused of having intercepted material goods intended for the native peoples. If the cargo is expected by ship or plane, symbolic wharves or landing strips and warehouses are sometimes built in preparation, and traditional material resources are abandoned—gardening ceases, and pigs and foodstocks are destroyed. Former customs may be revived or current practices drastically changed, and new social organizations, sometimes imitative of the colonial police or armed forces, initiated. Encyclopaedia Britannica
Pur produit des sociétés dans lesquelles les élites ignorent que les processus culturels précèdent le succès, le Culte du Cargo, qui consiste à investir dans une infrastructure dont est dotée une société prospère en espérant que cette acquisition produise les mêmes effets pour soi, fut l’un des moteurs des emprunts toxiques des collectivités locales. L’expression a été popularisée lors de la seconde guerre mondiale, quand elle s’est exprimée par de fausses infrastructures créées par les insulaires et destinées à attirer les cargos.(…) Les collectivités ont développé une addiction à la dépense et, comme les ménages victimes plus ou moins conscientes des subprimes, elles ont facilement trouvé un dealer pour leur répondre. Les causes en sont assez évidentes : multiplication des élus locaux n’ayant pas toujours de compétences techniques et encore moins financières, peu ou pas formés, tenus parfois par leur administration devenue maîtresse des lieux, et engagés dans une concurrence à la visibilité entre la ville, l’agglomération, le département à qui voudra montrer qu’il construit ou qu’il anime plus et mieux que l’autre, dans une relation finalement assez féodale. (…) Il serait sans doute erroné de porter l’opprobre sur les élus locaux ou même sur les banques, car il s’agit là de la manifestation d’une tendance de fond très profonde et très simple qui a à faire avec le désir mimétique et le Culte du Cargo. Ce dernier fut particulièrement évident en Océanie pendant la seconde guerre mondiale, où des habitants des îles observant une corrélation entre l’appel du radio et l’arrivée d’un cargo de vivres, ou bien entre l’existence d’une piste et l’arrivée d’avions, se mirent à construire un culte fait de simulacre de radio et de fausses pistes d’atterrissage, espérant ainsi que l’existence de moyens ferait venir l’objet désiré. Il s’agit d’un phénomène général, comme par exemple en informatique lorsque l’on recopie une procédure que l’on ne comprend pas dans son propre programme, en espérant qu’elle y produise le même effet que dans son programme d’origine. (…) Bien que paradoxale, l’addiction à la dette est synchrone avec les difficultés financières et correspond peut-être inconsciemment à l’instinct du joueur à se “refaire”. Ce qui est toutefois plus grave est, d’une part, l’hallucination collective qui permet le phénomène de Culte du Cargo, mais aussi l’absence totale de contre-pouvoir à cette pensée devenue unique, voire magique. Le Culte du Cargo aggrave toujours la situation. La raison est aussi simple que diabolique : les prêtres du Culte du Cargo dépensent pour acheter des infrastructures similaires à ce qu’ils ont vu ailleurs dans l’espoir d’attirer la fortune sur leur tribu. Malheureusement, dans le même temps, les “esprits” qui restaient dans la tribu se sont enfuis ou se taisent devant la pression de la foule en attente de miracle. Alors, les élites, qui ignorent totalement que derrière l’apparent résultat se cachent des processus culturels complexes qu’ils ne comprennent pas, se dotent d’un faux aéroport ou d’une fausse radio et dilapident ainsi, en pure perte, leurs dernières ressources. Il serait injuste de penser que ce phénomène ne concerne que des populations peu avancées. En 1974, Richard Feynman dénonça la “Cargo Cult Science” lors d’un discours à Caltech. Les collectivités confrontées à une concurrence pour la population organisent agendas et ateliers (en fait des brainstormings) pour évoquer les raisons de leurs handicaps par rapport à d’autres. Il suit généralement une liste de solutions précédées de “Il faut” : de la Recherche, des Jeunes, des Cadres, une communauté homosexuelle, une patinoire, une piscine, le TGV, un festival, une équipe sportive onéreuse, son gymnase…Tout cela est peut-être vrai, mais cela revient à confondre les effets avec les processus requis pour les obtenir. Comme nul ne comprend les processus culturels qui ont conduit à ce qu’une collectivité réussisse, il est plus facile de croire que boire le café de George Clooney vous apportera le même succès. Rien de nouveau ici : la publicité et ses 700 milliards de dollars de budget mondial annuel manipule cela depuis le début de la société de consommation. Routes menant à des plateformes logistiques ou des zones industrielles jamais construites, bureaux vides, duplication des infrastructures (piscines, technopoles, pépinières…) à quelques mètres les unes des autres, le Culte du Cargo nous coûte cher : il faut que cela se voit, même si cela ne sert à rien. Malheureusement, les vraies actions de création des processus culturels et sociaux ne se voient généralement pas aussi bien qu’un beau bâtiment tout neuf. (…) Ainsi, les pôles de compétitivité marchent d’autant mieux qu’ils viennent seulement labelliser un système culturel déjà préexistant. Lorsqu’ils sont des créations dans l’urgence, en hydroponique, par la volonté rituelle de reproduire, leurs effets relèvent de l’espoir, non d’une stratégie. (…) Ainsi, la tentation française de copier les mesures allemandes qui ont conduit au succès, sans que les dirigeants français aient vraiment compris pourquoi, mais en espérant les mêmes bénéfices, peut être considérée comme une expression du Culte du Cargo. C’est en effet faire fi des processus culturels engagés depuis des décennies en Allemagne et qui ont conduit à une culture de la négociation sociale et à des syndicats représentatifs. (…) Contrairement à ce que veulent faire croire les prêtres du Culte du Cargo, les danses de la pluie ne marchent pas, il faut réfléchir. Luc Brunet
Je crois qu’il y a  quelque chose qui se passe. Il y a quelque chose qui est en train de changer et cela va changer à nouveau. Je ne pense pas que ce soit un canular, je pense qu’il y a probablement une différence. Mais je ne sais pas si c’est à cause de l’homme. (…) Je ne veux pas donner des trillions et des trillions de dollars. Je ne veux pas perdre des millions et des millions d’emplois. Je ne veux pas qu’on y perde au change. (…) Et on ne sait pas si ça se serait passé avec ou sans l’homme. On ne sait pas. (…) Il y a des scientifiques qui ne sont pas d’accord avec ça. (…) Je ne nie pas le changement climatique. Mais cela pourrait très bien repartir dans l’autre sens. Vous savez, on parle de plus de millions d’années. Il y en a qui disent que nous avons eu des ouragans qui étaient bien pires que ce que nous venons d’avoir avec Michael. (…) Vous savez, les scientifiques aussi ont leurs visées politiques. Président Trump (15.10.2018)
La « fin du monde » contre la « fin du mois ». L’expression, supposée avoir été employée initialement par un gilet jaune, a fait florès : comment concilier les impératifs de pouvoir d’achat à court terme, et les exigences écologiques vitales pour la survie de la planète ? La formule a même été reprise ce mardi par Emmanuel Macron, dans son discours sur la transition énergétique. « On l’entend, le président, le gouvernement, a-t-il expliqué, en paraphrasant les requêtes supposées des contestataires. Ils évoquent la fin du monde, nous on parle de la fin du mois. Nous allons traiter les deux, et nous devons traiter les deux. » (…) C’est dire que l’expression – si elle a pu être reprise ponctuellement par tel ou tel manifestant – émane en fait de nos élites boboïsantes. Elle correspond bien à la vision méprisante qu’elles ont d’une France périphérique aux idées étriquées, obsédée par le « pognon » indifférente au bien commun, là où nos dirigeants auraient la capacité à embrasser plus large, et à voir plus loin. Or, la réalité est toute autre : quand on prend le temps de parler à ces gilets jaunes, on constate qu’ils sont parfaitement conscients de la problématique écologique. Parmi leurs revendications, dévoilées ces derniers jours, il y a ainsi l’interdiction immédiate du glyphosate, cancérogène probable que le gouvernement a en revanche autorisé pour encore au moins trois ans. Mais, s’ils se sentent concernés par l’avenir de la planète, les représentants de cette France rurale et périurbaine refusent de payer pour les turpitudes d’un système économique qui détruit l’environnement. D’autant que c’est ce même système qui est à l’origine de la désindustrialisation et de la dévitalisation des territoires, dont ils subissent depuis trente ans les conséquences en première ligne. A l’inverse, nos grandes consciences donneuses de leçon sont bien souvent les principaux bénéficiaires de cette économie mondialisée. Qui est égoïste, et qui est altruiste ? Parmi les doléances des gilets jaunes, on trouve d’ailleurs aussi nombre de revendications politiques : comptabilisation du vote blanc, présence obligatoire des députés à l’Assemblée nationale, promulgation des lois par les citoyens eux-mêmes. Des revendications qu’on peut bien moquer, ou balayer d’un revers de manche en estimant qu’elles ne sont pas de leur ressort. Elles n’en témoignent pas moins d’un souci du politique, au sens le plus noble du terme, celui du devenir de la Cité. A l’inverse, en se repaissant d’une figure rhétorique caricaturale, reprise comme un « gimmick » de communication, nos élites démontrent leur goût pour le paraître et la superficialité, ainsi que la facilité avec laquelle elles s’entichent de clichés qui ne font que conforter leurs préjugés. Alors, qui est ouvert, et qui est étriqué ? Qui voit loin, et qui est replié sur lui-même ? Qui pense à ses fins de mois, et qui, à la fin du monde ? Benjamin Masse-Stamberger
In the South Seas there is a Cargo Cult of people. During the war they saw airplanes land with lots of good materials, and they want the same thing to happen now. So they’ve arranged to make things like runways, to put fires along the sides of the runways, to make a wooden hut for a man to sit in, with two wooden pieces on his head like headphones and bars of bamboo sticking out like antennas—he’s the controller—and they wait for the airplanes to land. They’re doing everything right. The form is perfect. It looks exactly the way it looked before. But it doesn’t work. No airplanes land. So I call these things Cargo Cult Science, because they follow all the apparent precepts and forms of scientific investigation, but they’re missing something essential, because the planes don’t land. Now it behooves me, of course, to tell you what they’re missing. But it would he just about as difficult to explain to the South Sea Islanders how they have to arrange things so that they get some wealth in their system. It is not something simple like telling them how to improve the shapes of the earphones. But there is one feature I notice that is generally missing in Cargo Cult Science. That is the idea that we all hope you have learned in studying science in school (…) It’s a kind of scientific integrity, a principle of scientific thought that corresponds to a kind of utter honesty—a kind of leaning over backwards. For example, if you’re doing an experiment, you should report everything that you think might make it invalid—not only what you think is right about it: other causes that could possibly explain your results; and things you thought of that you’ve eliminated by some other experiment, and how they worked—to make sure the other fellow can tell they have been eliminated. Details that could throw doubt on your interpretation must be given, if you know them. You must do the best you can—if you know anything at all wrong, or possibly wrong—to explain it. If you make a theory, for example, and advertise it, or put it out, then you must also put down all the facts that disagree with it, as well as those that agree with it. There is also a more subtle problem. When you have put a lot of ideas together to make an elaborate theory, you want to make sure, when explaining what it fits, that those things it fits are not just the things that gave you the idea for the theory; but that the finished theory makes something else come out right, in addition. In summary, the idea is to try to give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another. The first principle is that you must not fool yourself—and you are the easiest person to fool. So you have to be very careful about that. After you’ve not fooled yourself, it’s easy not to fool other scientists… You just have to be honest in a conventional way after that. Richard Feynman (1974)
If it’s consensus, it isn’t science. If it’s science, it isn’t consensus. Period. Michael Crichton (2013)
Humans exert a growing, but physically small, warming influence on the climate. The results from many different climate models disagree with, or even contradict, each other and many kinds of observations. In short, the science is insufficient to make useful predictions about how the climate will change over the coming decades, much less what effect our actions will have on it. Dr. Steven E. Koonin
‘The Science,” we’re told, is settled. How many times have you heard it? Humans have broken the earth’s climate. Temperatures are rising, sea level is surging, ice is disappearing, and heat waves, storms, droughts, floods, and wildfires are an ever-worsening scourge on the world. Greenhouse gas emissions are causing all of this. And unless they’re eliminated promptly by radical changes to society and its energy systems, “The Science” says Earth is doomed.  Yes, it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it. But beyond that — to paraphrase the classic movie “The Princess Bride” — “I do not think ‘The Science’ says what you think it says.”  For example, both research literature and government reports state clearly that heat waves in the US are now no more common than they were in 1900, and that the warmest temperatures in the US have not risen in the past fifty years. When I tell people this, most are incredulous. Some gasp. And some get downright hostile.  These are almost certainly not the only climate facts you haven’t heard. Here are three more that might surprise you, drawn from recent published research or assessments of climate science published by the US government and the UN:   Humans have had no detectable impact on hurricanes over the past century. Greenland’s ice sheet isn’t shrinking any more rapidly today than it was 80 years ago. The global area burned by wildfires has declined more than 25 percent since 2003 and 2020 was one of the lowest years on record.  Why haven’t you heard these facts before?  Most of the disconnect comes from the long game of telephone that starts with the research literature and runs through the assessment reports to the summaries of the assessment reports and on to the media coverage. There are abundant opportunities to get things wrong — both accidentally and on purpose — as the information goes through filter after filter to be packaged for various audiences. The public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries, let alone the reports and research papers themselves. That’s perfectly understandable — the data and analyses are nearly impenetrable for non-experts, and the writing is not exactly gripping. As a result, most people don’t get the whole story. Policymakers, too, have to rely on information that’s been put through several different wringers by the time it gets to them. Because most government officials are not themselves scientists, it’s up to scientists to make sure that those who make key policy decisions get an accurate, complete and transparent picture of what’s known (and unknown) about the changing climate, one undistorted by “agenda” or “narrative.” Unfortunately, getting that story straight isn’t as easy as it sounds. (…) the public discussions of climate and energy [have become] increasingly distant from the science. Phrases like “climate emergency,” “climate crisis” and “climate disaster” are now routinely bandied about to support sweeping policy proposals to “fight climate change” with government interventions and subsidies. Not surprisingly, the Biden administration has made climate and energy a major priority infused throughout the government, with the appointment of John Kerry as climate envoy and proposed spending of almost $2 trillion dollars to fight this “existential threat to humanity.” Trillion-dollar decisions about reducing human influences on the climate should be informed by an accurate understanding of scientific certainties and uncertainties. My late Nobel-prizewinning Caltech colleague Richard Feynman was one of the greatest physicists of the 20th century. At the 1974 Caltech commencement, he gave a now famous address titled “Cargo Cult Science” about the rigor scientists must adopt to avoid fooling not only themselves. “Give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another,” he implored.  Much of the public portrayal of climate science ignores the great late physicist’s advice. It is an effort to persuade rather than inform, and the information presented withholds either essential context or what doesn’t “fit.” Scientists write and too-casually review the reports, reporters uncritically repeat them, editors allow that to happen, activists and their organizations fan the fires of alarm, and experts endorse the deception by keeping silent.  As a result, the constant repetition of these and many other climate fallacies are turned into accepted truths known as “The Science.” Dr. Steven E. Koonin
Physicist Steven Koonin kicks the hornet’s nest right out of the gate in “Unsettled.” In the book’s first sentences he asserts that “the Science” about our planet’s climate is anything but “settled.” Mr. Koonin knows well that it is nonetheless a settled subject in the minds of most pundits and politicians and most of the population. Further proof of the public’s sentiment: Earlier this year the United Nations Development Programme published the mother of all climate surveys, titled “The Peoples’ Climate Vote.” With more than a million respondents from 50 countries, the survey, unsurprisingly, found “64% of people said that climate change was an emergency.” But science itself is not conducted by polls, regardless of how often we are urged to heed a “scientific consensus” on climate. As the science-trained novelist Michael Crichton summarized in a famous 2003 lecture at Caltech: “If it’s consensus, it isn’t science. If it’s science, it isn’t consensus. Period.” Mr. Koonin says much the same in “Unsettled.” The book is no polemic. It’s a plea for understanding how scientists extract clarity from complexity. And, as Mr. Koonin makes clear, few areas of science are as complex and multidisciplinary as the planet’s climate. (…) But Mr. Koonin is no “climate denier,” to use the concocted phrase used to shut down debate. The word “denier” is of course meant to associate skeptics of climate alarmism with Holocaust deniers. (…) Mr. Koonin makes it clear, on the book’s first page, that “it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it.” The heart of the science debate, however, isn’t about whether the globe is warmer or whether humanity contributed. The important questions are about the magnitude of civilization’s contribution and the speed of changes; and, derivatively, about the urgency and scale of governmental response. (…) As Mr Koonin illustrates, tornado frequency and severity are also not trending up; nor are the number and severity of droughts. The extent of global fires has been trending significantly downward. The rate of sea-level rise has not accelerated. Global crop yields are rising, not falling. And while global atmospheric CO2 levels are obviously higher now than two centuries ago, they’re not at any record planetary high—they’re at a low that has only been seen once before in the past 500 million years. Mr. Koonin laments the sloppiness of those using local weather “events” to make claims about long-cycle planetary phenomena. He chastises not so much local news media as journalists with prestigious national media who should know better. (…) When it comes to the vaunted computer models, Mr. Koonin is persuasively skeptical. It’s a big problem, he says, when models can’t retroactively “predict” events that have already happened. And he notes that some of the “tuning” done to models so that they work better amounts to “cooking the books.” (…) Since all the data that Mr. Koonin uses are available to others, he poses the obvious question: “Why haven’t you heard these facts before?” (…) He points to such things as incentives to invoke alarm for fundraising purposes and official reports that “mislead by omission.” Many of the primary scientific reports, he observes repeatedly, are factual. Still, “the public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries.” (…) But even if one remains unconvinced by his arguments, the right response is to debate the science. We’ll see if that happens in a world in which politicians assert the science is settled and plan astronomical levels of spending to replace the nation’s massive infrastructures with “green” alternatives. Never have so many spent so much public money on the basis of claims that are so unsettled. The prospects for a reasoned debate are not good. Mark P. Mills
La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice: il se peut que leur impair soit leur mérite. Hans Jonas
(Noah was tired of playing the prophet of doom and of always foretelling a catastrophe that would not occur and that no one would take seriously. One day,) he clothed himself in sackcloth and put ashes on his head. This act was only permitted to someone lamenting the loss of his dear child or his wife. Clothed in the habit of truth, acting sorrowful, he went back to the city, intent on using to his advantage the curiosity, malignity and superstition of its people. Within a short time, he had gathered around him a small crowd, and the questions began to surface. He was asked if someone was dead and who the dead person was. Noah answered them that many were dead and, much to the amusement of those who were listening, that they themselves were dead. Asked when this catastrophe had taken place, he answered: tomorrow. Seizing this moment of attention and disarray, Noah stood up to his full height and began to speak: the day after tomorrow, the flood will be something that will have been. And when the flood will have been, all that is will never have existed. When the flood will have carried away all that is, all that will have been, it will be too late to remember, for there will be no one left. So there will no longer be any difference between the dead and those who weep for them. If I have come before you, it is to reverse time, it is to weep today for tomorrow’s dead. The day after tomorrow, it will be too late. Upon this, he went back home, took his clothes off, removed the ashes covering his face, and went to his workshop. In the evening, a carpenter knocked on his door and said to him: let me help you build an ark, so that this may become false. Later, a roofer joined with them and said: it is raining over the mountains, let me help you, so that this may become false. Günther Anders
Si nous nous distinguons des apocalypticiens judéo-chrétiens classiques, ce n’est pas seulement parce que nous craignons la fin (qu’ils ont, eux, espérée), mais surtout parce que notre passion apocalyptique n’a pas d’autre objectif que celui d’empêcher l’apocalypse. Nous ne sommes apocalypticiens que pour avoir tort. Que pour jouir chaque jour à nouveau de la chance d’être là, ridicules mais toujours debout. Günther Anders
Quiconque tient une guerre imminente pour certaine contribue à son déclenchement, précisément par la certitude qu’il en a. Quiconque tient la paix pour certaine se conduit avec insouciance et nous mène sans le vouloir à la guerre. Seul celui qui voit le péril et ne l’oublie pas un seul instant se montre capable de se comporter rationnellement et de faire tout le possible pour l’exorciser. Karl Jaspers
To make the prospect of a catastrophe credible, one must increase the ontological force of its inscription in the future. But to do this with too much success would be to lose sight of the goal, which is precisely to raise awareness and spur action so that the catastrophe does not take place. Jean-Pierre Dupuy (The Paradox of Enlightened Doomsaying/The Jonah Paradox]
Annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle. La passer sous silence ou en minimiser l’importance, à la façon des optimistes béats, conduit au même résultat. Ce qu’il faudrait, c’est combiner les deux démarches : annoncer un avenir destinal qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir. C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. Jean-Pierre Dupuy
La modernité (…) repose sur la conviction que la croissance économique n’est pas seulement possible mais absolument essentielle. Prières, bonnes actions et méditation pourraient bien être une source de consolation et d’inspiration, mais des problèmes tels que la famine, les épidémies et la guerre ne sauraient être résolus que par la croissance. Ce dogme fondamental se laisse résumer par une idée simple : « Si tu as un problème, tu as probablement besoin de plus, et pour avoir plus, il faut produire plus ! » Les responsables politiques et les économistes modernes insistent : la croissance est vitale pour trois grandes raisons. Premièrement, quand nous produisons plus, nous pouvons consommer plus, accroître notre niveau de vie et, prétendument, jouir d’une vie plus heureuse. Deuxièmement, tant que l’espèce humaine se multiplie, la croissance économique est nécessaire à seule fin de rester où nous en sommes. (…) La modernité a fait du « toujours plus » une panacée applicable à la quasi-totalité des problèmes publics et privés – du fondamentalisme religieux au mariage raté, en passant par l’autoritarisme dans le tiers-monde. (…) La croissance économique est ainsi devenue le carrefour où se rejoignent la quasi-totalité des religions, idéologies et mouvements modernes. L’Union soviétique, avec ses plans quinquennaux mégalomaniaques, n’était pas moins obsédée par la croissance que l’impitoyable requin de la finance américain. De même que chrétiens et musulmans croient tous au ciel et ne divergent que sur le moyen d’y parvenir, au cours de la guerre froide, capitalistes et communistes imaginaient créer le paradis sur terre par la croissance économique et ne se disputaient que sur la méthode exacte. (…) De fait, on n’a sans doute pas tort de parler de religion lorsqu’il s’agit de la croyance dans la croissance économique : elle prétend aujourd’hui résoudre nombre de nos problèmes éthiques, sinon la plupart. La croissance économique étant prétendument la source de toutes les bonnes choses, elle encourage les gens à enterrer leurs désaccords éthiques pour adopter la ligne d’action qui maximise la croissance à long terme. Le credo du « toujours plus » presse en conséquence les individus, les entreprises et les gouvernements de mépriser tout ce qui pourrait entraver la croissance économique : par exemple, préserver l’égalité sociale, assurer l’harmonie écologique ou honorer ses parents. En Union soviétique, les dirigeants pensaient que le communisme étatique était la voie de la croissance la plus rapide : tout ce qui se mettait en travers de la collectivisation fut donc passé au bulldozer, y compris des millions de koulaks, la liberté d’expression et la mer d’Aral. De nos jours, il est généralement admis qu’une forme de capitalisme de marché est une manière beaucoup plus efficace d’assurer la croissance à long terme : on protège donc les magnats cupides, les paysans riches et la liberté d’expression, tout en démantelant et détruisant les habitats écologiques, les structures sociales et les valeurs traditionnelles qui gênent le capitalisme de marché. (….) Le capitalisme de marché a une réponse sans appel. Si la croissance économique exige que nous relâchions les liens familiaux, encouragions les gens à vivre loin de leurs parents, et importions des aides de l’autre bout du monde, ainsi soit-il. Cette réponse implique cependant un jugement éthique, plutôt qu’un énoncé factuel. Lorsque certains se spécialisent dans les logiciels quand d’autres consacrent leur temps à soigner les aînés, on peut sans nul doute produire plus de logiciels et assurer aux personnes âgées des soins plus professionnels. Mais la croissance économique est-elle plus importante que les liens familiaux ? En se permettant de porter des jugements éthiques de ce type, le capitalisme de marché a franchi la frontière qui séparait le champ de la science de celui de la religion. L’étiquette de « religion » déplairait probablement à la plupart des capitalistes, mais, pour ce qui est des religions, le capitalisme peut au moins tenir la tête haute. À la différence des autres religions qui nous promettent un gâteau au ciel, le capitalisme promet des miracles ici, sur terre… et parfois même en accomplit. Le capitalisme mérite même des lauriers pour avoir réduit la violence humaine et accru la tolérance et la coopération. (…) La croissance économique peut-elle cependant se poursuivre éternellement ? L’économie ne finira-t-elle pas par être à court de ressources et par s’arrêter ? Pour assurer une croissance perpétuelle, il nous faut découvrir un stock de ressources inépuisable. Une solution consiste à explorer et à conquérir de nouvelles terres. Des siècles durant, la croissance de l’économie européenne et l’expansion du système capitaliste se sont largement nourries de conquêtes impériales outre-mer. Or le nombre d’îles et de continents est limité. Certains entrepreneurs espèrent finalement explorer et conquérir de nouvelles planètes, voire de nouvelles galaxies, mais, en attendant, l’économie moderne doit trouver une meilleure méthode pour poursuivre son expansion. (…) La véritable némésis de l’économie moderne est l’effondrement écologique. Le progrès scientifique et la croissance économique prennent place dans une biosphère fragile et, à mesure qu’ils prennent de l’ampleur, les ondes de choc déstabilisent l’écologie. Pour assurer à chaque personne dans le monde le même niveau de vie que dans la société d’abondance américaine, il faudrait quelques planètes de plus ; or nous n’avons que celle-ci. (…) Une débâcle écologique provoquera une ruine économique, des troubles politiques et une chute du niveau de vie. Elle pourrait bien menacer l’existence même de la civilisation humaine. (…) Nous pourrions amoindrir le danger en ralentissant le rythme du progrès et de la croissance. Si cette année les investisseurs attendent un retour de 6 % sur leurs portefeuilles, dans dix ans ils pourraient apprendre à se satisfaire de 3 %, puis de 1 % dans vingt ans ; dans trente ans, l’économie cessera de croître et nous nous contenterons de ce que nous avons déjà. Le credo de la croissance s’oppose pourtant fermement à cette idée hérétique et il suggère plutôt d’aller encore plus vite. Si nos découvertes déstabilisent l’écosystème et menacent l’humanité, il nous faut découvrir quelque chose qui nous protège. Si la couche d’ozone s’amenuise et nous expose au cancer de la peau, à nous d’inventer un meilleur écran solaire et de meilleurs traitements contre le cancer, favorisant ainsi l’essor de nouvelles usines de crèmes solaires et de centres anticancéreux. Si les nouvelles industries polluent l’atmosphère et les océans, provoquant un réchauffement général et des extinctions massives, il nous appartient de construire des mondes virtuels et des sanctuaires high-tech qui nous offriront toutes les bonnes choses de la vie, même si la planète devient aussi chaude, morne et polluée que l’enfer. (…) L’humanité se trouve coincée dans une course double. D’un côté, nous nous sentons obligés d’accélérer le rythme du progrès scientifique et de la croissance économique. Un milliard de Chinois et un milliard d’Indiens aspirent au niveau de vie de la classe moyenne américaine, et ils ne voient aucune raison de brider leurs rêves quand les Américains ne sont pas disposés à renoncer à leurs 4×4 et à leurs centres commerciaux. D’un autre côté, nous devons garder au moins une longueur d’avance sur l’Armageddon écologique. Mener de front cette double course devient chaque année plus difficile, parce que chaque pas qui rapproche l’habitant des bidonvilles de Delhi du rêve américain rapproche aussi la planète du gouffre. (…) Qui sait si la science sera toujours capable de sauver simultanément l’économie du gel et l’écologie du point d’ébullition. Et puisque le rythme continue de s’accélérer, les marges d’erreur ne cessent de se rétrécir. Si, précédemment, il suffisait d’une invention stupéfiante une fois par siècle, nous avons aujourd’hui besoin d’un miracle tous les deux ans. (…) Paradoxalement, le pouvoir même de la science peut accroître ledanger, en rendant les plus riches complaisants. (…) Trop de politiciens et d’électeurs pensent que, tant que l’économie poursuit sa croissance, les ingénieurs et les hommes de science pourront toujours la sauver du jugement dernier. S’agissant du changement climatique, beaucoup de défenseurs de la croissance ne se contentent pas d’espérer des miracles : ils tiennent pour acquis que les miracles se produiront. (…) Même si les choses tournent au pire, et que la science ne peut empêcher le déluge, les ingénieurs pourraient encore construire une arche de Noé high-tech pour la caste supérieure, et laisser les milliards d’autres hommes se noyer. La croyance en cette arche high-tech est actuellement une des plus grosses menaces sur l’avenir de l’humanité et de tout l’écosystème. (…) Et les plus pauvres ? Pourquoi ne protestent-ils pas ? Si le déluge survient un jour, ils en supporteront le coût, mais ils seront aussi les premiers à faire les frais de la stagnation économique. Dans un monde capitaliste, leur vie s’améliore uniquement quand l’économie croît. Aussi est-il peu probable qu’ils soutiennent des mesures pour réduire les menaces écologiques futures fondées sur le ralentissement de la croissance économique actuelle. Protéger l’environnement est une très belle idée, mais ceux qui n’arrivent pas à payer leur loyer s’inquiètent bien davantage de leur découvert bancaire que de la fonte de la calotte glaciaire. (…) Même si nous continuons de courir assez vite et parvenons à parer à la foi l’effondrement économique et la débâcle écologique, la course elle-même crée d’immenses problèmes. (…) Sur un plan collectif, les gouvernements, les entreprises et les organismes sont encouragés à mesurer leur succès en termes de croissance et à craindre l’équilibre comme le diable. Sur le plan individuel, nous sommes constamment poussés à accroître nos revenus et notre niveau de vie. Même si vous êtes satisfait de votre situation actuelle, vous devez rechercher toujours plus. Le luxe d’hier devient nécessité d’aujourd’hui. (…) Le deal moderne nous promettait un pouvoir sans précédent. La promesse a été tenue. Mais à quel prix ? Yuval Harari
Les outils dont l’homme dispose aujourd’hui sont infiniment plus puissants que tous ceux qu’il a connus auparavant. Ces outils, l’homme est parfaitement capable de les utiliser de façon égoïste et rivalitaire. Ce qui m’intéresse, c’est cet accroissement de la puissance de l’homme sur le réel. Les statistiques de production et de consommation d’énergie sont en progrès constant, et la rapidité d’augmentation de ce progrès augmente elle aussi constamment, dessinant une courbe parfaite, presque verticale. C’est pour moi une immense source d’effroi tant les hommes, essentiellement, restent des rivaux, rivalisant pour le même objet ou la même gloire – ce qui est la même chose. Nous sommes arrivés à un stade où le milieu humain est menacé par la puissance même de l’homme. Il s’agit avant tout de la menace écologique, des armes et des manipulations biologiques. (…) Loin d’être absurdes ou impensables, les grands textes eschatologiques – ceux des Évangiles synoptiques, en particulier Matthieu, chapitre 24, et Marc, chapitre 13 –, sont d’une actualité saisissante. La science moderne a séparé la nature et la culture, alors qu’on avait défini la religion comme le tonnerre de Zeus, etc. Dans les textes apocalyptiques, ce qui frappe, c’est ce mélange de nature et de culture ; les guerres et rumeurs de guerre, le fracas de la mer et des flots ne forment qu’un. Or si nous regardons ce qui se passe autour de nous, si nous nous interrogeons sur l’action des hommes sur le réel, le réchauffement global, la montée du niveau la mer, nous nous retrouvons face à un univers où les choses naturelles et culturelles sont confondues. La science elle-même le reconnaît. J’ai voulu radicaliser cet aspect apocalyptique. Je pense que les gens sont trop rassurés. Ils se rassurent eux-mêmes. L’homme est comme un insecte qui fait son nid ; il fait confiance à l’environnement. La créature fait toujours confiance à l’environnement… Le rationalisme issu des Lumières continue aussi à rassurer. (…) La Chine a favorisé le développement de l’automobile. Cette priorité dénote une rivalité avec les Américains sur un terrain très redoutable ; la pollution dans la région de Shanghai est effrayante. Mais avoir autant d’automobiles que l’Amérique est un but dont il est, semble-t-il, impossible de priver les hommes. L’Occident conseille aux pays en voie de développement et aux pays les plus peuplés du globe, comme la Chine et l’Inde, de ne pas faire la même chose que lui ! Il y a là quelque chose de paradoxal et de scandaleux pour ceux auxquels ces conseils s’adressent. Aux États-Unis, les politiciens vous diront tous qu’ils sont d’accord pour prendre des mesures écologiques si elles ne touchent pas les accroissements de production. Or, s’il y a une partie du monde qui n’a pas besoin d’accroissement de production, c’est bien les États-Unis ; le profit individuel et les rivalités, qui ne sont pas immédiatement guerrières et destructrices mais qui le seront peut-être indirectement, et de façon plus massive encore, sont sacrées ; pas question de les toucher. Que faut-il pour qu’elles cessent d’être sacrées ? Il n’est pas certain que la situation actuelle, notamment la disparition croissante des espèces, soit menaçante pour la vie sur la planète, mais il y a une possibilité très forte qu’elle le soit. Ne pas prendre de précaution, alors qu’on est dans le doute, est dément. Des mesures écologiques sérieuses impliqueraient des diminutions de production. Mais ce raisonnement ne joue pas dans l’écologie, l’humanité étant follement attachée à ce type de concurrence qui structure en particulier la réalité occidentale, les habitudes de vie, de goût de l’humanité dite « développée ». René Girard

Attention: un culte du cargo peut en cacher un autre !

A l’heure où au nom d’une prétendue science hautement selective et de plus en plus douteuse

Et où après avoir ruiné, à coup de délocalisations et d’immigration sauvages, leurs emplois et leurs vies …

Entre deux petites virées à l’autre bout du monde et des annonces de centaines de milliards de dépenses pour reverdir nos économies …

Nos ayatollahs du climat et intermittents du jetset « de la fin du monde » font feu de tout bois contre la France ou l’Amérique « de la fin du mois » qui « fume des clopes et roule en diesel » …

Pendant que pour rattraper tant d’injustices face à l’inextricable dilemme entre environnement et emplois, nos populistes tentent de relancer encore plus fort la folle machine de la croissance à tout prix …

Ou nos nouveaux prêtres du transhumanisme multiplient littéralement les promesses en l’air sur l’éventuelle colonisation de l’une ou l’autre des autres planètes de notre système solaire …

Comment ne pas repenser …

Après le feu prix Nobel de physique américain Richard Feynman

Qui dès les années 70 nous en avait averti …

A la pseudoscience ou nouvelle pensée magique qu’est en train de devenir la science dont nos sociétés ont fait rien de moins qu’une nouvelle religion

Qu’il avait en son temps qualifiée de « science du culte cargo » (improprement dit « culte du cargo » en français, en référence aux bateaux du même nom, alors que le mot anglais, proche du français « cargaison », fait en réalité référence aux marchandises ou aux biens matériels) …

Car ayant quitté, dans une approche non réfléchie et ritualiste, son enracinement dans l’expérience et de plus en plus tentée, sous la pression politique et médiatique, de ne garder que le nom et l’apparence de la méthode scientifique …

A la manière de ces sortes de versions modernisées des antiques danses de la pluie des habitants de certaines petites iles mélanésiennes de la seconde guerre mondiale…

Où observant une corrélation entre l’appel du radio et l’arrivée d’une cargaison de vivres et d’objets manufacturés ou entre l’existence d’une piste et l’arrivée d’avions …

Ces derniers s’étaient mis, on le sait, à construire un culte fait de simulacre de radio et de fausses pistes d’atterrissage, espérant ainsi que l’existence de moyens ferait venir les biens matériels occidentaux désirés tout en dilapidant, en pure perte, leurs propres maigres ressources ?

Mais comment ne pas voir aussi …

Avec de Jonas, Anders, Jaspers à Dupuy, nos penseurs du dilemme du prophète de malheur dont « l’impair pourrait être le mérite » …

Et notre regretté anthropologue français René Girard

Ou plus récemment l’historien israélien Yuval Harari

A la fois fascinés par la formidable capacité de notre monde moderne à désamorcer la puissance conflictuelle de la rivalité mimétique en rendant les mêmes marchandises accessibles à tous …

Et effrayés par la tout aussi formidable puissance des outils dont nous disposons …

Qui entre menace écologique, armes et manipulations biologiques proprement apocalyptiques

Menacent notre propre milieu naturel avec l’entrée dans la danse, mimétisme planétaire oblige, des milliards de Chinois, Indiens ou autres jusque là laissés pour compte  …

Dans une fuite en avant que suppose notre système même puisqu’il ne vit que par l’innovation et la croissance perpétuelles …

Et qui à terme, au nom de la désormais sacro-sainte croissance mais aussi du fait de la simple accoutumance poussant comme pour les drogues à toujours plus de consommation pour conserver les mêmes effets, ne peut qu’engloutir les ressources de la terre …

A la manière de ces Aztèques qui à la veille de leur inévitable défaite devant Cortès…

Multipliaient, jusqu’à des dizaines de milliers par an, le nombre des victimes de leurs sacrifices humains ?

Obama administration scientist says climate ‘emergency’ is based on fallacy

‘The Science,” we’re told, is settled. How many times have you heard it?

Humans have broken the earth’s climate. Temperatures are rising, sea level is surging, ice is disappearing, and heat waves, storms, droughts, floods, and wildfires are an ever-worsening scourge on the world. Greenhouse gas emissions are causing all of this. And unless they’re eliminated promptly by radical changes to society and its energy systems, “The Science” says Earth is doomed. 

Yes, it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it. But beyond that — to paraphrase the classic movie “The Princess Bride” — “I do not think ‘The Science’ says what you think it says.”

For example, both research literature and government reports state clearly that heat waves in the US are now no more common than they were in 1900, and that the warmest temperatures in the US have not risen in the past fifty years. When I tell people this, most are incredulous. Some gasp. And some get downright hostile.

These are almost certainly not the only climate facts you haven’t heard. Here are three more that might surprise you, drawn from recent published research or assessments of climate science published by the US government and the UN:

  •  Humans have had no detectable impact on hurricanes over the past century.
  • Greenland’s ice sheet isn’t shrinking any more rapidly today than it was 80 years ago.
  • The global area burned by wildfires has declined more than 25 percent since 2003 and 2020 was one of the lowest years on record.

Why haven’t you heard these facts before?

Most of the disconnect comes from the long game of telephone that starts with the research literature and runs through the assessment reports to the summaries of the assessment reports and on to the media coverage. There are abundant opportunities to get things wrong — both accidentally and on purpose — as the information goes through filter after filter to be packaged for various audiences. The public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries, let alone the reports and research papers themselves. That’s perfectly understandable — the data and analyses are nearly impenetrable for non-experts, and the writing is not exactly gripping. As a result, most people don’t get the whole story.

Policymakers, too, have to rely on information that’s been put through several different wringers by the time it gets to them. Because most government officials are not themselves scientists, it’s up to scientists to make sure that those who make key policy decisions get an accurate, complete and transparent picture of what’s known (and unknown) about the changing climate, one undistorted by “agenda” or “narrative.” Unfortunately, getting that story straight isn’t as easy as it sounds.

I should know. That used to be my job.

I’m a scientist — I work to understand the world through measurements and observations, and then to communicate clearly both the excitement and the implications of that understanding. Early in my career, I had great fun doing this for esoteric phenomena in the realm of atoms and nuclei using high-performance computer modeling (which is also an important tool for much of climate science). But beginning in 2004, I spent about a decade turning those same methods to the subject of climate and its implications for energy technologies. I did this first as chief scientist for the oil company BP, where I focused on advancing renewable energy, and then as undersecretary for science in the Obama administration’s Department of Energy, where I helped guide the government’s investments in energy technologies and climate science. I found great satisfaction in these roles, helping to define and catalyze actions that would reduce carbon dioxide emissions, the agreed-upon imperative that would “save the planet.”

But doubts began in late 2013 when I was asked by the American Physical Society to lead an update of its public statement on climate. As part of that effort, in January 2014 I convened a workshop with a specific objective: to “stress test” the state of climate science.

I came away from the APS workshop not only surprised, but shaken by the realization that climate science was far less mature than I had supposed. Here’s what I discovered:

Humans exert a growing, but physically small, warming influence on the climate. The results from many different climate models disagree with, or even contradict, each other and many kinds of observations. In short, the science is insufficient to make useful predictions about how the climate will change over the coming decades, much less what effect our actions will have on it. 

In the seven years since that workshop, I watched with dismay as the public discussions of climate and energy became increasingly distant from the science. Phrases like “climate emergency,” “climate crisis” and “climate disaster” are now routinely bandied about to support sweeping policy proposals to “fight climate change” with government interventions and subsidies. Not surprisingly, the Biden administration has made climate and energy a major priority infused throughout the government, with the appointment of John Kerry as climate envoy and proposed spending of almost $2 trillion dollars to fight this “existential threat to humanity.”

Trillion-dollar decisions about reducing human influences on the climate should be informed by an accurate understanding of scientific certainties and uncertainties. My late Nobel-prizewinning Caltech colleague Richard Feynman was one of the greatest physicists of the 20th century. At the 1974 Caltech commencement, he gave a now famous address titled “Cargo Cult Science” about the rigor scientists must adopt to avoid fooling not only themselves. “Give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another,” he implored.

Much of the public portrayal of climate science ignores the great late physicist’s advice. It is an effort to persuade rather than inform, and the information presented withholds either essential context or what doesn’t “fit.” Scientists write and too-casually review the reports, reporters uncritically repeat them, editors allow that to happen, activists and their organizations fan the fires of alarm, and experts endorse the deception by keeping silent.

As a result, the constant repetition of these and many other climate fallacies are turned into accepted truths known as “The Science.”

This article is an adapted excerpt from Dr. Koonin’s book, “Unsettled: What Climate Science Tells Us, What It Doesn’t, and Why It Matters” (BenBella Books), out May 4.

Voir aussi:

‘Unsettled’ Review: The ‘Consensus’ On Climate
A top Obama scientist looks at the evidence on warming and CO2 emissions and rebuts much of the dominant political narrative.
Mark P. Mills
The Wall Street Journal
April 25, 2021

Physicist Steven Koonin kicks the hornet’s nest right out of the gate in “Unsettled.” In the book’s first sentences he asserts that “the Science” about our planet’s climate is anything but “settled.” Mr. Koonin knows well that it is nonetheless a settled subject in the minds of most pundits and politicians and most of the population.

Further proof of the public’s sentiment: Earlier this year the United Nations Development Programme published the mother of all climate surveys, titled “The Peoples’ Climate Vote.” With more than a million respondents from 50 countries, the survey, unsurprisingly, found “64% of people said that climate change was an emergency.”

But science itself is not conducted by polls, regardless of how often we are urged to heed a “scientific consensus” on climate. As the science-trained novelist Michael Crichton summarized in a famous 2003 lecture at Caltech: “If it’s consensus, it isn’t science. If it’s science, it isn’t consensus. Period.” Mr. Koonin says much the same in “Unsettled.”

The book is no polemic. It’s a plea for understanding how scientists extract clarity from complexity. And, as Mr. Koonin makes clear, few areas of science are as complex and multidisciplinary as the planet’s climate.

But Mr. Koonin is no “climate denier,” to use the concocted phrase used to shut down debate. The word “denier” is of course meant to associate skeptics of climate alarmism with Holocaust deniers. Mr. Koonin finds this label particularly abhorrent, since “the Nazis killed more than two hundred of my relatives in Eastern Europe.” As for “denying,” Mr. Koonin makes it clear, on the book’s first page, that “it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it.”

The heart of the science debate, however, isn’t about whether the globe is warmer or whether humanity contributed. The important questions are about the magnitude of civilization’s contribution and the speed of changes; and, derivatively, about the urgency and scale of governmental response. Mr. Koonin thinks most readers will be surprised at what the data show. I dare say they will.

As Mr Koonin illustrates, tornado frequency and severity are also not trending up; nor are the number and severity of droughts. The extent of global fires has been trending significantly downward. The rate of sea-level rise has not accelerated. Global crop yields are rising, not falling. And while global atmospheric CO2 levels are obviously higher now than two centuries ago, they’re not at any record planetary high—they’re at a low that has only been seen once before in the past 500 million years.

Mr. Koonin laments the sloppiness of those using local weather “events” to make claims about long-cycle planetary phenomena. He chastises not so much local news media as journalists with prestigious national media who should know better. This attribution error evokes one of Mr. Koonin’s rare rebukes: “Pointing to hurricanes as an example of the ravages of human-caused climate change is at best unconvincing, and at worst plainly dishonest.”

When it comes to the vaunted computer models, Mr. Koonin is persuasively skeptical. It’s a big problem, he says, when models can’t retroactively “predict” events that have already happened. And he notes that some of the “tuning” done to models so that they work better amounts to “cooking the books.” He should know, having written one of the first textbooks on using computers to model physics phenomena.

Mr. Koonin’s science credentials are impeccable—unlike, say, those of one well-known Swedish teenager to whom the media affords great attention on climate matters. He has been a professor of physics at Caltech and served as the top scientist in Barack Obama’s Energy Department. The book is copiously referenced and relies on widely accepted government documents.

Since all the data that Mr. Koonin uses are available to others, he poses the obvious question: “Why haven’t you heard these facts before?” He is cautious, perhaps overly so, in proposing the causes for so much misinformation. He points to such things as incentives to invoke alarm for fundraising purposes and official reports that “mislead by omission.” Many of the primary scientific reports, he observes repeatedly, are factual. Still, “the public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries.”

Mr. Koonin says that he knows he’ll be criticized, even “attacked.” You can’t blame him for taking a few pages to shadow box with his critics. But even if one remains unconvinced by his arguments, the right response is to debate the science. We’ll see if that happens in a world in which politicians assert the science is settled and plan astronomical levels of spending to replace the nation’s massive infrastructures with “green” alternatives. Never have so many spent so much public money on the basis of claims that are so unsettled. The prospects for a reasoned debate are not good. Good luck, Mr. Koonin.

Mr. Mills, a senior fellow at the Manhattan Institute, is the author of “Digital Cathedrals” and a forthcoming book on how the cloud and new technologies will create an economic boom.

Voir également:

ANTICIPATION

Culte du Cargo : contagion des collectivités aux Etats

Luc Brunet

MAP

Mars 2012

Pur produit des sociétés dans lesquelles les élites ignorent que les processus culturels précèdent le succès, le Culte du Cargo, qui consiste à investir dans une infrastructure dont est dotée une société prospère en espérant que cette acquisition produise les mêmes effets pour soi, fut l’un des moteurs des emprunts toxiques des collectivités locales. L’expression a été popularisée lors de la seconde guerre mondiale, quand elle s’est exprimée par de fausses infrastructures créées par les insulaires et destinées à attirer les cargos. En 2012, le Culte du Cargo tendra à se généraliser au niveau des Etats.

En septembre 2011, dans l’orbite des difficultés de DEXIA, les personnes qui ne lisent pas le GEAB découvraient avec stupéfaction que des milliers de collectivités locales étaient exposées à des emprunts toxiques1. En décembre, un rapport parlementaire français2 évalue le désastre à 19 Milliards d’euros, près du double de ce qu’estimait la Cours des Comptes six mois plus tôt. Les collectivités représentent, en France par exemple, 70% de l’investissement public3, soit 51,7 milliards d’euros en 2010 (-2,1% par rapport à 2009).

Les collectivités ont développé une addiction à la dépense4 et, comme les ménages victimes plus ou moins conscientes des subprimes, elles ont facilement trouvé un dealer pour leur répondre5. Les causes en sont assez évidentes : multiplication des élus locaux n’ayant pas toujours de compétences techniques et encore moins financières, peu ou pas formés, tenus parfois par leur administration devenue maîtresse des lieux, et engagés dans une concurrence à la visibilité entre la ville, l’agglomération, le département à qui voudra montrer qu’il construit ou qu’il anime plus et mieux que l’autre, dans une relation finalement assez féodale. L’Italie a prévu une baisse de 3 milliards d’euros des subventions aux collectivités, la Suède et le Royaume-Uni6(dont les collectivités avaient par ailleurs été exposées aux faillites des institutions financières islandaises7) s’engagent aussi dans un douloureux sevrage, dans l’optique de gagner en stabilité financière ce qui risque fort d’être perdu en autonomie.

Il serait sans doute erroné de porter l’opprobre sur les élus locaux ou même sur les banques, car il s’agit là de la manifestation d’une tendance de fond très profonde et très simple qui a à faire avec le désir mimétique et le Culte du Cargo. Ce dernier fut particulièrement évident en Océanie pendant la seconde guerre mondiale, où des habitants des îles observant une corrélation entre l’appel du radio et l’arrivée d’un cargo de vivres, ou bien entre l’existence d’une piste et l’arrivée d’avions, se mirent à construire un culte fait de simulacre de radio et de fausses pistes d’atterrissage, espérant ainsi que l’existence de moyens ferait venir l’objet désiré.

Il s’agit d’un phénomène général, comme par exemple en informatique lorsque l’on recopie une procédure que l’on ne comprend pas dans son propre programme, en espérant qu’elle y produise le même effet que dans son programme d’origine.

Un exemple emblématique est celui de Flint, Michigan. La fermeture brutale des usines General Motors a vu la patrie de Michael Moore perdre 25.000 habitants et se paupériser, la population étant pratiquement divisée par deux entre 1960 et 2010. Il s’agit évidemment là d’une distillation : la crise provoque l’évaporation de l’esprit (c’est-à-dire des talents) qui s’envole vers d’autres lieux plus prospères tandis que se concentrent les problèmes et la pauvreté dans la cité autrefois bénie par son parrain industriel. C’est alors que la bénédiction devient un baiser de la mort puisque, dans leur prospérité, ses élus n’ont pas réfléchi ni vu les tendances de fond pourtant évidentes de la mondialisation. C’est alors qu’arrive l’idée de Six Flags Autoworld. Ce parc d’attraction automobile, supposé être “La renaissance de la Grande Cité de Flint” selon le gouverneur du Michigan J. Blanchard, ouvre en 1984. Un an et 80 millions de dollars plus loin, le parc ferme et il sera finalement détruit en 1997.8

Bien que paradoxale, l’addiction à la dette est synchrone avec les difficultés financières et correspond peut-être inconsciemment à l’instinct du joueur à se “refaire”9. Ce qui est toutefois plus grave est, d’une part, l’hallucination collective qui permet le phénomène de Culte du Cargo, mais aussi l’absence totale de contre-pouvoir à cette pensée devenue unique, voire magique. Le Culte du Cargo aggrave toujours la situation.
La raison est aussi simple que diabolique : les prêtres du Culte du Cargo dépensent pour acheter des infrastructures similaires à ce qu’ils ont vu ailleurs dans l’espoir d’attirer la fortune sur leur tribu. Malheureusement, dans le même temps, les “esprits” qui restaient dans la tribu se sont enfuis ou se taisent devant la pression de la foule en attente de miracle. Alors, les élites, qui ignorent totalement que derrière l’apparent résultat se cachent des processus culturels complexes qu’ils ne comprennent pas, se dotent d’un faux aéroport ou d’une fausse radio et dilapident ainsi, en pure perte, leurs dernières ressources.
Il serait injuste de penser que ce phénomène ne concerne que des populations peu avancées. En 1974, Richard Feynman dénonça la “Cargo Cult Science” lors d’un discours à Caltech10.
Les collectivités confrontées à une concurrence pour la population organisent agendas et ateliers (en fait des brainstormings) pour évoquer les raisons de leurs handicaps par rapport à d’autres. Il suit généralement une liste de solutions précédées de “Il faut” : de la Recherche, des Jeunes, des Cadres, une communauté homosexuelle, une patinoire, une piscine, le TGV, un festival, une équipe sportive onéreuse, son gymnase…Tout cela est peut-être vrai, mais cela revient à confondre les effets avec les processus requis pour les obtenir.
Comme nul ne comprend les processus culturels qui ont conduit à ce qu’une collectivité réussisse, il est plus facile de croire que boire le café de Georges Clooney vous apportera le même succès. Rien de nouveau ici : la publicité et ses 700 milliards de dollars de budget mondial annuel manipule cela depuis le début de la société de consommation.
Routes menant à des plateformes logistiques ou des zones industrielles jamais construites, bureaux vides, duplication des infrastructures (piscines, technopoles, pépinières…) à quelques mètres les unes des autres, le Culte du Cargo nous coûte cher : il faut que cela se voit, même si cela ne sert à rien. Malheureusement, les vraies actions de création des processus culturels et sociaux ne se voient généralement pas aussi bien qu’un beau bâtiment tout neuf.
Le processus suit trois étapes et retour : crise, fuite ou éviction des rationnels, rituel de brainstorming puis Culte du Cargo et investissement, qui conduisent enfin à une aggravation de la crise.
Ainsi, les pôles de compétitivité marchent d’autant mieux qu’ils viennent seulement labelliser un système culturel déjà préexistant. Lorsqu’ils sont des créations dans l’urgence, en hydroponique, par la volonté rituelle de reproduire, leurs effets relèvent de l’espoir, non d’une stratégie. Le culte du Cargo est une façon pour les collectivités prises au sens large de ne pas se poser la question véritable : Est-ce que chacune d’entre elles peut de manière identique accéder au même destin dans la société de la connaissance ?
2012 : les Indiens fuient-ils les Amériques ?
Le monde occidental est, contrairement à l’idée reçue, une société dont le moteur est l’inégalité. La compétition pour l’attractivité de la “meilleure” population fait rage et elle a été, tout le XXème siècle, à l’avantage des Etats-Unis. Une des raisons profondes à l’étrange résilience du dollar et à la curieuse faiblesse de l’Euro est l’irrationnel pari de la plus grande attractivité des Etats-Unis pour les compétences.
Depuis la création du G20, il y a au moins quatre “New kids in Town”, les BRICs. Si l’un des révélateurs d’un engrenage de type cargo est la fuite des cerveaux, alors, même si elle ne bat pas encore son plein, l’Occident, et particulièrement les Etats-Unis, risque fort de perdre une part de ses élites asiatiques. La multiplication des études, notamment de la part des institutions académiques indiennes, est révélatrice quant à elle d’une actualité
Si beaucoup des informaticiens des Etats-Unis sont Indiens, parfois mal dans leur peau aux USA11, et qu’une part croissante est maintenant attirée par un retour121314 dans une Inde démocratique et en train de gérer son problème de corruption, les deux premières phases du processus sont déjà bien engagées.
Il reste l’étape du rituel de brainstorming visant à étudier les conditions du succès Suisse, Chinois ou autre, pour que les idées de dépenses les plus incohérentes soient lancées
2012 : Contagion du Culte du Cargo aux Etats
Les campagnes électorales de 2012 seront un révélateur. S’il reste encore quelques esprits pour dire que la mise en place, coûteuse et dérangeante, des actions visant à rétablir les processus culturels conduisant à la création de richesse concrète, c’est-à-dire vendables à d’autres, alors l’Occident aura vécu un de ses énièmes rebonds civilisationnels. Si nous observons des investissements déraisonnables d’un point de vue thermodynamique, dans des infrastructures énergétiques décoratives mais inefficaces, ou bien dans de faux projets d’apparat visant à renforcer l’attractivité perdue, il faudra boire jusqu’à la lie le jus amer de la crise.
Ainsi, la tentation française de copier les mesures allemandes qui ont conduit au succès, sans que les dirigeants français aient vraiment compris pourquoi, mais en espérant les mêmes bénéfices, peut être considérée comme une expression du Culte du Cargo. C’est en effet faire fi des processus culturels engagés depuis des décennies en Allemagne et qui ont conduit à une culture de la négociation sociale et à des syndicats représentatifs.
En période de crise, il faudrait toujours prouver l’utilité des actions, pas le caractère publicitaire qu’elles pourraient avoir. En 2012, il faudra sans doute, dans les pays où des élections vont avoir lieu, poser la question du pourquoi des investissements. Les candidats proposant de séduisants mais coûteux gadgets devront être questionnés par les journalistes sur leur analyse.15
Dernières nouvelles de Flint, en novembre 2011, le gouverneur confirme l’état d’urgence financière de la ville15. Contrairement à ce que veulent faire croire les prêtres du Culte du Cargo, les danses de la pluie ne marchent pas, il faut réfléchir.13
Voir de même:

Cargo Cult Science

Richard P. Feynman

Caltech

1974

Some remarks on science, pseudoscience, and learning how to not fool yourself. Caltech’s 1974 commencement address.

During the Middle Ages there were all kinds of crazy ideas, such as that a piece of rhinoceros horn would increase potency. (Another crazy idea of the Middle Ages is these hats we have on today—which is too loose in my case.) Then a method was discovered for separating the ideas—which was to try one to see if it worked, and if it didn’t work, to eliminate it. This method became organized, of course, into science. And it developed very well, so that we are now in the scientific age. It is such a scientific age, in fact, that we have difficulty in understanding how­ witch doctors could ever have existed, when nothing that they proposed ever really worked—or very little of it did.

But even today I meet lots of people who sooner or later get me into a conversation about UFO’s, or astrology, or some form of mysticism, expanded consciousness, new types of awareness, ESP, and so forth. And I’ve concluded that it’s not a scientific world.

Most people believe so many wonderful things that I decided to investigate why they did. And what has been referred to as my curiosity for investigation has landed me in a difficulty where I found so much junk to talk about that I can’t do it in this talk. I’m overwhelmed. First I started out by investigating various ideas of mysticism, and mystic experiences. I went into isolation tanks (they’re dark and quiet and you float in Epsom salts) and got many hours of hallucinations, so I know something about that. Then I went to Esalen, which is a hotbed of this kind of thought (it’s a wonderful place; you should go visit there). Then I became overwhelmed. I didn’t realize how much there was.

I was sitting, for example, in a hot bath and there’s another guy and a girl in the bath. He says to the girl, “I’m learning massage and I wonder if I could practice on you?” She says OK, so she gets up on a table and he starts off on her foot—working on her big toe and pushing it around. Then he turns to what is apparently his instructor, and says, “I feel a kind of dent. Is that the pituitary?” And she says, “No, that’s not the way it feels.” I say, “You’re a hell of a long way from the pituitary, man.” And they both looked at me—I had blown my cover, you see—and she said, “It’s reflexology.” So I closed my eyes and appeared to be meditating.

That’s just an example of the kind of things that overwhelm me. I also looked into extrasensory perception and PSI phenomena, and the latest craze there was Uri Geller, a man who is supposed to be able to bend keys by rubbing them with his finger. So I went to his hotel room, on his invitation, to see a demonstration of both mind reading and bending keys. He didn’t do any mind reading that succeeded; nobody can read my mind, I guess. And my boy held a key and Geller rubbed it, and nothing happened. Then he told us it works better under water, and so you can picture all of us standing in the bathroom with the water turned on and the key under it, and him rubbing the key with his finger. Nothing happened. So I was unable to investigate that phenomenon.

But then I began to think, what else is there that we believe? (And I thought then about the witch doctors, and how easy it would have been to check on them by noticing that nothing really worked.) So I found things that even more people believe, such as that we have some knowledge of how to educate. There are big schools of reading methods and mathematics methods, and so forth, but if you notice, you’ll see the reading scores keep going down—or hardly going up—in spite of the fact that we continually use these same people to improve the methods. There’s a witch doctor remedy that doesn’t work. It ought to be looked into: how do they know that their method should work? Another example is how to treat criminals. We obviously have made no progress—lots of theory, but no progress—in decreasing the amount of crime by the method that we use to handle criminals.

Yet these things are said to be scientific. We study them. And I think ordinary people with commonsense ideas are intimidated by this pseudoscience. A teacher who has some good idea of how to teach her children to read is forced by the school system to do it some other way—or is even fooled by the school system into thinking that her method is not necessarily a good one. Or a parent of bad boys, after disciplining them in one way or another, feels guilty for the rest of her life because she didn’t do “the right thing,” according to the experts.

So we really ought to look into theories that don’t work, and science that isn’t science.

I tried to find a principle for discovering more of these kinds of things, and came up with the following system. Any time you find yourself in a conversation at a cocktail party—in which you do not feel uncomfortable that the hostess might come around and say, “Why are you fellows talking shop?’’ or that your wife will come around and say, “Why are you flirting again?”—then you can be sure you are talking about something about which nobody knows anything.

Using this method, I discovered a few more topics that I had forgotten—among them the efficacy of various forms of psychotherapy. So I began to investigate through the library, and so on, and I have so much to tell you that I can’t do it at all. I will have to limit myself to just a few little things. I’ll concentrate on the things more people believe in. Maybe I will give a series of speeches next year on all these subjects. It will take a long time.

I think the educational and psychological studies I mentioned are examples of what I would like to call Cargo Cult Science. In the South Seas there is a Cargo Cult of people. During the war they saw airplanes land with lots of good materials, and they want the same thing to happen now. So they’ve arranged to make things like runways, to put fires along the sides of the runways, to make a wooden hut for a man to sit in, with two wooden pieces on his head like headphones and bars of bamboo sticking out like antennas—he’s the controller—and they wait for the airplanes to land. They’re doing everything right. The form is perfect. It looks exactly the way it looked before. But it doesn’t work. No airplanes land. So I call these things Cargo Cult Science, because they follow all the apparent precepts and forms of scientific investigation, but they’re missing something essential, because the planes don’t land.

Now it behooves me, of course, to tell you what they’re missing. But it would he just about as difficult to explain to the South Sea Islanders how they have to arrange things so that they get some wealth in their system. It is not something simple like telling them how to improve the shapes of the earphones. But there is one feature I notice that is generally missing in Cargo Cult Science. That is the idea that we all hope you have learned in studying science in school—we never explicitly say what this is, but just hope that you catch on by all the examples of scientific investigation. It is interesting, therefore, to bring it out now and speak of it explicitly. It’s a kind of scientific integrity, a principle of scientific thought that corresponds to a kind of utter honesty—a kind of leaning over backwards. For example, if you’re doing an experiment, you should report everything that you think might make it invalid—not only what you think is right about it: other causes that could possibly explain your results; and things you thought of that you’ve eliminated by some other experiment, and how they worked—to make sure the other fellow can tell they have been eliminated.

Details that could throw doubt on your interpretation must be given, if you know them. You must do the best you can—if you know anything at all wrong, or possibly wrong—to explain it. If you make a theory, for example, and advertise it, or put it out, then you must also put down all the facts that disagree with it, as well as those that agree with it. There is also a more subtle problem. When you have put a lot of ideas together to make an elaborate theory, you want to make sure, when explaining what it fits, that those things it fits are not just the things that gave you the idea for the theory; but that the finished theory makes something else come out right, in addition.

In summary, the idea is to try to give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another.

The easiest way to explain this idea is to contrast it, for example, with advertising. Last night I heard that Wesson Oil doesn’t soak through food. Well, that’s true. It’s not dishonest; but the thing I’m talking about is not just a matter of not being dishonest, it’s a matter of scientific integrity, which is another level. The fact that should be added to that advertising statement is that no oils soak through food, if operated at a certain temperature. If operated at another temperature, they all will—including Wesson Oil. So it’s the implication which has been conveyed, not the fact, which is true, and the difference is what we have to deal with.

We’ve learned from experience that the truth will out. Other experimenters will repeat your experiment and find out whether you were wrong or right. Nature’s phenomena will agree or they’ll disagree with your theory. And, although you may gain some temporary fame and excitement, you will not gain a good reputation as a scientist if you haven’t tried to be very careful in this kind of work. And it’s this type of integrity, this kind of care not to fool yourself, that is missing to a large extent in much of the research in Cargo Cult Science.

A great deal of their difficulty is, of course, the difficulty of the subject and the inapplicability of the scientific method to the subject. Nevertheless, it should be remarked that this is not the only difficulty. That’s why the planes don’t land—but they don’t land.

We have learned a lot from experience about how to handle some of the ways we fool ourselves. One example: Millikan measured the charge on an electron by an experiment with falling oil drops and got an answer which we now know not to be quite right. It’s a little bit off, because he had the incorrect value for the viscosity of air. It’s interesting to look at the history of measurements of the charge of the electron, after Millikan. If you plot them as a function of time, you find that one is a little bigger than Millikan’s, and the next one’s a little bit bigger than that, and the next one’s a little bit bigger than that, until finally they settle down to a number which is higher.

Why didn’t they discover that the new number was higher right away? It’s a thing that scientists are ashamed of—this history—because it’s apparent that people did things like this: When they got a number that was too high above Millikan’s, they thought something must be wrong—and they would look for and find a reason why something might be wrong. When they got a number closer to Millikan’s value they didn’t look so hard. And so they eliminated the numbers that were too far off, and did other things like that. We’ve learned those tricks nowadays, and now we don’t have that kind of a disease.

But this long history of learning how to not fool ourselves—of having utter scientific integrity—is, I’m sorry to say, something that we haven’t specifically included in any particular course that I know of. We just hope you’ve caught on by osmosis.

The first principle is that you must not fool yourself—and you are the easiest person to fool. So you have to be very careful about that. After you’ve not fooled yourself, it’s easy not to fool other scientists. You just have to be honest in a conventional way after that.

I would like to add something that’s not essential to the science, but something I kind of believe, which is that you should not fool the layman when you’re talking as a scientist. I’m not trying to tell you what to do about cheating on your wife, or fooling your girlfriend, or something like that, when you’re not trying to be a scientist, but just trying to be an ordinary human being. We’ll leave those problems up to you and your rabbi. I’m talking about a specific, extra type of integrity that is not lying, but bending over backwards to show how you’re maybe wrong, that you ought to do when acting as a scientist. And this is our responsibility as scientists, certainly to other scientists, and I think to laymen.

For example, I was a little surprised when I was talking to a friend who was going to go on the radio. He does work on cosmology and astronomy, and he wondered how he would explain what the applications of this work were. “Well,” I said, “there aren’t any.” He said, “Yes, but then we won’t get support for more research of this kind.” I think that’s kind of dishonest. If you’re representing yourself as a scientist, then you should explain to the layman what you’re doing—and if they don’t want to support you under those circumstances, then that’s their decision.

One example of the principle is this: If you’ve made up your mind to test a theory, or you want to explain some idea, you should always decide to publish it whichever way it comes out. If we only publish results of a certain kind, we can make the argument look good. We must publish both kinds of result. For example—let’s take advertising again—suppose some particular cigarette has some particular property, like low nicotine. It’s published widely by the company that this means it is good for you—they don’t say, for instance, that the tars are a different proportion, or that something else is the matter with the cigarette. In other words, publication probability depends upon the answer. That should not be done.

I say that’s also important in giving certain types of government advice. Supposing a senator asked you for advice about whether drilling a hole should be done in his state; and you decide it would he better in some other state. If you don’t publish such a result, it seems to me you’re not giving scientific advice. You’re being used. If your answer happens to come out in the direction the government or the politicians like, they can use it as an argument in their favor; if it comes out the other way, they don’t publish it at all. That’s not giving scientific advice.

Other kinds of errors are more characteristic of poor science. When I was at Cornell. I often talked to the people in the psychology department. One of the students told me she wanted to do an experiment that went something like this—I don’t remember it in detail, but it had been found by others that under certain circumstances, X, rats did something, A. She was curious as to whether, if she changed the circumstances to Y, they would still do, A. So her proposal was to do the experiment under circumstances Y and see if they still did A.

I explained to her that it was necessary first to repeat in her laboratory the experiment of the other person—to do it under condition X to see if she could also get result A—and then change to Y and see if A changed. Then she would know that the real difference was the thing she thought she had under control.

She was very delighted with this new idea, and went to her professor. And his reply was, no, you cannot do that, because the experiment has already been done and you would be wasting time. This was in about 1935 or so, and it seems to have been the general policy then to not try to repeat psychological experiments, but only to change the conditions and see what happens.

Nowadays there’s a certain danger of the same thing happening, even in the famous field of physics. I was shocked to hear of an experiment done at the big accelerator at the National Accelerator Laboratory, where a person used deuterium. In order to compare his heavy hydrogen results to what might happen to light hydrogen he had to use data from someone else’s experiment on light hydrogen, which was done on different apparatus. When asked he said it was because he couldn’t get time on the program (because there’s so little time and it’s such expensive apparatus) to do the experiment with light hydrogen on this apparatus because there wouldn’t be any new result. And so the men in charge of programs at NAL are so anxious for new results, in order to get more money to keep the thing going for public relations purposes, they are destroying—possibly—the value of the experiments themselves, which is the whole purpose of the thing. It is often hard for the experimenters there to complete their work as their scientific integrity demands.

All experiments in psychology are not of this type, however. For example, there have been many experiments running rats through all kinds of mazes, and so on—with little clear result. But in 1937 a man named Young did a very interesting one. He had a long corridor with doors all along one side where the rats came in, and doors along the other side where the food was. He wanted to see if he could train the rats to go in at the third door down from wherever he started them off. No. The rats went immediately to the door where the food had been the time before.

The question was, how did the rats know, because the corridor was so beautifully built and so uniform, that this was the same door as before? Obviously there was something about the door that was different from the other doors. So he painted the doors very carefully, arranging the textures on the faces of the doors exactly the same. Still the rats could tell. Then he thought maybe the rats were smelling the food, so he used chemicals to change the smell after each run. Still the rats could tell. Then he realized the rats might be able to tell by seeing the lights and the arrangement in the laboratory like any commonsense person. So he covered the corridor, and, still the rats could tell.

He finally found that they could tell by the way the floor sounded when they ran over it. And he could only fix that by putting his corridor in sand. So he covered one after another of all possible clues and finally was able to fool the rats so that they had to learn to go in the third door. If he relaxed any of his conditions, the rats could tell.

Now, from a scientific standpoint, that is an A‑Number‑l experiment. That is the experiment that makes rat‑running experiments sensible, because it uncovers the clues that the rat is really using—not what you think it’s using. And that is the experiment that tells exactly what conditions you have to use in order to be careful and control everything in an experiment with rat‑running.

I looked into the subsequent history of this research. The subsequent experiment, and the one after that, never referred to Mr. Young. They never used any of his criteria of putting the corridor on sand, or being very careful. They just went right on running rats in the same old way, and paid no attention to the great discoveries of Mr. Young, and his papers are not referred to, because he didn’t discover anything about the rats. In fact, he discovered all the things you have to do to discover something about rats. But not paying attention to experiments like that is a characteristic of Cargo Cult Science.

Another example is the ESP experiments of Mr. Rhine, and other people. As various people have made criticisms—and they themselves have made criticisms of their own experiments—they improve the techniques so that the effects are smaller, and smaller, and smaller until they gradually disappear. All the parapsychologists are looking for some experiment that can be repeated—that you can do again and get the same effect—statistically, even. They run a million rats—no, it’s people this time—they do a lot of things and get a certain statistical effect. Next time they try it they don’t get it any more. And now you find a man saying that it is an irrelevant demand to expect a repeatable experiment. This is science?

This man also speaks about a new institution, in a talk in which he was resigning as Director of the Institute of Parapsychology. And, in telling people what to do next, he says that one of the things they have to do is be sure they only train students who have shown their ability to get PSI results to an acceptable extent—not to waste their time on those ambitious and interested students who get only chance results. It is very dangerous to have such a policy in teaching—to teach students only how to get certain results, rather than how to do an experiment with scientific integrity.

So I wish to you—I have no more time, so I have just one wish for you—the good luck to be somewhere where you are free to maintain the kind of integrity I have described, and where you do not feel forced by a need to maintain your position in the organization, or financial support, or so on, to lose your integrity. May you have that freedom. May I also give you one last bit of advice: Never say that you’ll give a talk unless you know clearly what you’re going to talk about and more or less what you’re going to say.

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René Girard. « L’accroissement de la puissance de l’homme sur le réel m’effraie »

René Girard, propos recueillis par Juliette Cerf publié le 11 min

[Actualisation: René Girard est mort mercredi 4 novembre 2015, à l’âge de 91 ans] Auteur d’une théorie fertile et discutée, René Girard est un penseur inclassable qui vit aux Etats-Unis depuis 1947. Entre critique littéraire, théologie et anthropologie, il révèle les liens unissant la violence et le religieux, et construit une « science des rapports humains ».

Transdisciplinaire, la théorie du désir mimétique de René Girard repose sur l’idée que l’homme ne désire jamais par lui-même sinon en imitant les désirs d’un tiers pris pour modèle, le médiateur. Aux concepts abstraits et à la fixité, il a toujours préféré la matière des œuvres et le dynamisme des mécanismes, comme celui du bouc émissaire et du sacrifice. Né le 25 décembre 1923 à Avignon, ancien élève de l’École des chartes, venu « de nulle part » comme il aime à le dire, René Girard s’est d’abord intéressé au désir mimétique à travers la littérature (Mensonge romantique et vérité romanesque) avant de prendre pour objet les religions archaïques (La Violence et le Sacré) puis la Bible et le christianisme (Des choses cachées depuis la fondation du monde). Anthropologue autodidacte élu à l’Académie française en 2005, penseur chrétien converti par sa théorie – « Ce n’est pas parce je suis chrétien que je pense comme je le fais ; c’est parce que mes recherches m’ont amené à penser ce que je pense, que je suis devenu chrétien », a-t-il écrit –, René Girard a bâti une anthropologie du phénomène religieux. En insistant sur le passage des religions mythiques au christianisme, il invente une genèse de la culture.

Philosophie magazine : Votre parcours est atypique. Votre position  extérieure à l’université vous a-t-elle permis d’élaborer votre théorie transversale ?

René Girard : Oui, sans conteste, et cela remonte très tôt dans mon enfance. Je n’ai jamais rien appris dans les établissements d’enseignement. J’ai des souvenirs de mon entrée en classe de dixième à Avignon. Je vois encore la maîtresse, aussi peu terrifiante que possible. Elle m’a pourtant causé une véritable panique… Ma mère m’a retiré du lycée et j’ai passé mes premières années d’enseignement dans ce que mon père appelait une école de gâtés. Je suis retourné au lycée en sixième et je suis devenu terriblement chahuteur, si bien que je me suis fait renvoyer de l’année de philo. J’avais passé mon premier bac très médiocrement et j’ai fait ma classe de philo seul. J’ai obtenu une mention bien. À partir de là, mon père a considéré que j’étais le meilleur professeur de moi-même… En 1941, je suis parti pour la khâgne de Lyon. La situation était difficile, il y avait déjà des restrictions alimentaires, et je suis rentré chez mes parents. Mon père, qui était conservateur de la bibliothèque et du musée d’Avignon, m’a suggéré de préparer seul l’École des chartes. J’ai été reçu en 1943. Mais j’ai trouvé cela ennuyeux et suis parti pour les États-Unis en 1947, répondant à une offre d’assistant de français.

C’est la littérature qui est à la source de votre théorie.

«Le christianisme est, selon moi, à la source du scepticisme moderne, il est démystification»

Aux États-Unis, j’ai commencé à enseigner la littérature française. Mon idée première a été de me demander comment enseigner ces romans que, pour beaucoup, je n’avais pas lus. La critique littéraire était déjà très différentialiste ; il fallait découvrir dans les œuvres ce qui les rendait exceptionnelles, différentes les unes des autres. En lisant ces romans, ce qui m’a frappé au contraire, c’est la substance très analogue qui en émanait, de Stendhal à Proust par exemple. La même problématique sociale reparaissait sous un jour différent, mais avec des différences liées à la période plutôt qu’à la personnalité du romancier. Je suis arrivé à l’idée que s’il y a des modes et de l’Histoire, c’est parce que les hommes ont tendance à désirer la même chose. Ils imitent le désir les uns des autres. L’imitation, pour cette raison, est source de conflits. Désirer la même chose, c’est s’opposer à son modèle, c’est essayer de lui enlever l’objet qu’il désire. Le modèle se change en rival. Ces allers-retours accélèrent les échanges hostiles et la puissance du désir ; il y a donc chez l’homme une espèce de spirale ascendante de rivalité, de concurrence et de violence. Si la littérature a été un point de départ pour moi, c’est que le roman ne parle que des rapports concrets, des vraies relations humaines ; il ne monologue pas. C’est à partir de trois personnages que l’on peut parler correctement des rapports humains et jamais à partir d’un sujet seul. C’est la rivalité mimétique qui est première pour moi, non l’individu.

Vous reprochez à la philosophie de ne pas penser assez la relation. Que faire de l’intersubjectivité ?

L’intersubjectivité est la bonne direction mais elle est récente. Lévinas a bien compris le mimétisme ; il cite toujours cette parole talmudique formidable : si tout le monde est d’accord pour condamner un individu, libérez-le, il doit être innocent. L’accord contre lui est un accord mimétique. Dans le Talmud, il y a une conscience du mimétisme, de l’influence réciproque des hommes les uns sur les autres qui tranche complètement sur les religions antiques et en particulier sur la religion grecque. Cette dernière voit les individus comme des boules de billard, isolées les unes des autres. Nous avons vécu une longue période où la philosophie ne voyait que des différences ; la déconstruction et le structuralisme ont alors joué un rôle important. Pour moi, au fond, il n’y a que des identités méconnues. La méconnaissance que l’Amérique a de l’Europe est à cet égard frappante ; les Américains imaginent qu’il y a quelque chose de spécifiquement européen qu’ils n’ont pas et ne comprennent pas. En réalité, ils ne comprennent pas l’identité des réactions de part et d’autre ; les différences ne sont que des différences de situation, de pouvoir relatif. L’Europe fait la même chose vis-à-vis de l’Amérique : elle ne voit pas à quel point l’Amérique est la même chose que l’Europe. Chez les Américains, il y a quand même cette idée qu’on a immigré parce qu’on est des Européens ratés ; par conséquent, l’Amérique est en rivalité permanente, toujours en train de prouver à l’Europe qu’elle peut faire mieux qu’elle.

La violence est au cœur de votre anthropologie mimétique. Cet aspect conflictuel de l’imitation, la philosophie ne l’avait-elle pas déjà mis en lumière ?

Platon est le premier à avoir parlé de l’imitation. Il lui a accordé un rôle prodigieux : l’imitation, pour lui, est essentielle et dangereuse. Il la redoute. L’imitation, c’est le passage de l’essence à l’existence. Dans La République, il y a des textes extraordinaires sur les dangers des gardiens de la cité idéale s’imitant les uns les autres. L’hostilité de Platon envers la foule, qui est dans une imitation déréglée, déchaînée, est impressionnante. Platon est l’un des précurseurs de cette vision conflictuelle de l’imitation, mais il n’en révèle pas vraiment le mécanisme. Tout ceci disparaît avec Aristote qui rend l’imitation anodine et docile ; pour lui, l’imitation, c’est le peintre du dimanche voulant être aussi réaliste que possible ! Depuis Aristote, l’imitation est considérée comme une faculté, une technique assez stupide et dérisoire, qui joue un rôle dans l’éducation élémentaire.

Selon vous, la philosophie est idéaliste, essentialiste. Est-ce votre réalisme qui vous en éloigne ?

Oui, je pense que l’accent mis sur l’observation du réel dans le monde moderne a été quelque chose de très efficace, autant dans le danger que dans le bénéfice. Les outils dont l’homme dispose aujourd’hui sont infiniment plus puissants que tous ceux qu’il a connus auparavant. Ces outils, l’homme est parfaitement capable de les utiliser de façon égoïste et rivalitaire. Ce qui m’intéresse, c’est cet accroissement de la puissance de l’homme sur le réel. Les statistiques de production et de consommation d’énergie sont en progrès constant, et la rapidité d’augmentation de ce progrès augmente elle aussi constamment, dessinant une courbe parfaite, presque verticale. C’est pour moi une immense source d’effroi tant les hommes, essentiellement, restent des rivaux, rivalisant pour le même objet ou la même gloire – ce qui est la même chose. Nous sommes arrivés à un stade où le milieu humain est menacé par la puissance même de l’homme. Il s’agit avant tout de la menace écologique, des armes et des manipulations biologiques.

Dans Achever Clausewitz, vous ne cachez pas votre inquiétude face à ce climat « apocalyptique ».

«L’humanisme occidental ne voit pas que la violence se développe spontanément quand les hommes rivalisent pour un objet»

Loin d’être absurdes ou impensables, les grands textes eschatologiques – ceux des Évangiles synoptiques, en particulier Matthieu, chapitre 24, et Marc, chapitre 13 –, sont d’une actualité saisissante. La science moderne a séparé la nature et la culture, alors qu’on avait défini la religion comme le tonnerre de Zeus, etc. Dans les textes apocalyptiques, ce qui frappe, c’est ce mélange de nature et de culture ; les guerres et rumeurs de guerre, le fracas de la mer et des flots ne forment qu’un. Or si nous regardons ce qui se passe autour de nous, si nous nous interrogeons sur l’action des hommes sur le réel, le réchauffement global, la montée du niveau la mer, nous nous retrouvons face à un univers où les choses naturelles et culturelles sont confondues. La science elle-même le reconnaît. J’ai voulu radicaliser cet aspect apocalyptique. Je pense que les gens sont trop rassurés. Ils se rassurent eux-mêmes. L’homme est comme un insecte qui fait son nid ; il fait confiance à l’environnement. La créature fait toujours confiance à l’environnement… Le rationalisme issu des Lumières continue aussi à rassurer. Les rapports humains, l’humanisme des Lumières les juge stables ; il considère que les rapports hostiles entre individus sont exactement comme ces boules de billard qui s’entrechoquent : c’est la plus grosse ou la plus rapide qui l’emporte sur les autres. L’humanisme occidental ne voit pas que la violence est ce qui se développe spontanément entre les hommes lorsqu’ils rivalisent pour un objet. Clausewitz était un homme des Lumières, et ce n’est, à mon avis, que parce qu’il parle de la guerre qu’il saisit les rapports humains véritables ; libéré, il peut parler de la violence. Quand Clausewitz définit la guerre comme une montée aux extrêmes, il décrit un mécanisme très simple : lorsque nous nous bagarrons avec quelqu’un, nous allons toujours vers le pire, nos injures seront toujours plus violentes. Il se produit ce que nous appelons aujourd’hui une « escalade », escalation en anglais, une montée par échelle d’intensité.

Certains phénomènes contemporains relèvent-ils, pour vous, du mécanisme mimétique ?

La Chine a favorisé le développement de l’automobile. Cette priorité dénote une rivalité avec les Américains sur un terrain très redoutable ; la pollution dans la région de Shanghai est effrayante. Mais avoir autant d’automobiles que l’Amérique est un but dont il est, semble-t-il, impossible de priver les hommes. L’Occident conseille aux pays en voie de développement et aux pays les plus peuplés du globe, comme la Chine et l’Inde, de ne pas faire la même chose que lui ! Il y a là quelque chose de paradoxal et de scandaleux pour ceux auxquels ces conseils s’adressent. Aux États-Unis, les politiciens vous diront tous qu’ils sont d’accord pour prendre des mesures écologiques si elles ne touchent pas les accroissements de production. Or, s’il y a une partie du monde qui n’a pas besoin d’accroissement de production, c’est bien les États-Unis ; le profit individuel et les rivalités, qui ne sont pas immédiatement guerrières et destructrices mais qui le seront peut-être indirectement, et de façon plus massive encore, sont sacrées ; pas question de les toucher. Que faut-il pour qu’elles cessent d’être sacrées ? Il n’est pas certain que la situation actuelle, notamment la disparition croissante des espèces, soit menaçante pour la vie sur la planète, mais il y a une possibilité très forte qu’elle le soit. Ne pas prendre de précaution, alors qu’on est dans le doute, est dément. Des mesures écologiques sérieuses impliqueraient des diminutions de production. Mais ce raisonnement ne joue pas dans l’écologie, l’humanité étant follement attachée à ce type de concurrence qui structure en particulier la réalité occidentale, les habitudes de vie, de goût de l’humanité dite « développée ».

Vivons-nous dans une société de victimes ? Ce processus actuel de victimisation ressemble-t-il à celui que vous avez analysé dans Le Bouc émissaire ?

Notre société s’intéresse aux victimes et dénonce la victimisation collective d’individus innocents. Le besoin de bouc émissaire est si puissant que nous accusons toujours les gens de faire des boucs émissaires. Aujourd’hui, nous victimisons les victimisateurs ou ceux que nous jugeons comme tels. Dès que nous sommes hostiles à quelqu’un, nous l’accusons de faire des victimes, ce qui est très différent de l’hostilité qui structure les sociétés archaïques. Dans mon système, il y a deux types de religions. D’abord, les religions archaïques, qui sont fondées sur des crises de violence se résolvant par des phénomènes de bouc émissaire, c’est-à-dire par le choix d’une victime insignifiante mais dont on comprend, au regard des mythes, qu’elle n’est pas choisie au hasard : Œdipe est boiteux, il a attiré l’attention pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le parricide et l’inceste. Le fait religieux, c’est un bouc émissaire qui rassemble contre lui une communauté troublée et qui fait cesser ce trouble. Ce bouc émissaire apparaît très méchant, dangereux, mais aussi très bon et secourable puisqu’il ressoude la communauté et purge la violence. Il faut l’apaiser. Pour cela, on recommence prudemment sur des victimes désignées à l’avance qui n’appartiennent pas à la communauté, qui lui sont un peu extérieures ; c’est-à-dire qu’on fait des sacrifices, des moments de violence contrôlés, ritualisés. La religion protège ainsi les sociétés de la violence mimétique. Ensuite, le judaïque et le chrétien révèlent la vérité du système. Dans les sociétés archaïques, le système fonctionne parce qu’on ne le comprend pas. C’est ce que j’appelle la méconnaissance : avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a ; apprendre qu’on en a un, c’est le perdre. L’anthropologie moderne a compris que, d’une certaine manière, le drame dans le judaïque et le chrétien, et en particulier la crucifixion du Christ, a la même structure que les mythes. Mais ce que les antropologues n’ont pas vu, c’est que dans les mythes, la victime apparaît comme coupable, tandis que les Évangiles reconnaissent l’innocence de la victime sacrificielle. On peut les considérer comme une explication de la religion archaïque : mieux on comprend les Évangiles, plus on comprend qu’ils suppriment les religions. J’exalte le christianisme d’une façon paradoxale. Selon moi, il est à la source du scepticisme moderne. Il est révélation des boucs émissaires. Il est démystification.

Voir encore:

« Fin du monde » contre « fin du mois », la rhétorique méprisante de nos élites

En reprenant à son compte cette expression, Emmanuel Macron a illustré la vision caricaturale qu’ont nos dirigeants de la France périphérique.

Benjamin Masse-Stamberger

Marianne

La « fin du monde » contre la « fin du mois ». L’expression, supposée avoir été employée initialement par un gilet jaune, a fait florès : comment concilier les impératifs de pouvoir d’achat à court terme, et les exigences écologiques vitales pour la survie de la planète ? La formule a même été reprise ce mardi par Emmanuel Macron, dans son discours sur la transition énergétique. « On l’entend, le président, le gouvernement, a-t-il expliqué, en paraphrasant les requêtes supposées des contestataires. Ils évoquent la fin du monde, nous on parle de la fin du mois. Nous allons traiter les deux, et nous devons traiter les deux. »

L’expression a-t-elle effectivement été employée par des gilets jaunes ? Peut-être. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que nos élites se sont saisies avec gourmandise de cette dialectique rassurante, reprise comme une antienne sur tous les plateaux de télévision pour résumer la problématique soulevée par ce mouvement sans précédent. Les politiques eux-mêmes en ont fait leurs choux gras : l’expression avait déjà été employée par Nicolas Hulot le 22 novembre, lors de l’Emission politique sur France 2, puis par Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, le 24 novembre sur LCI enfin par Ségolène Royal le 25 novembre dernier, sur France 3. A vrai dire, elle avait même été utilisée par David Cormand, le secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les Verts, sur France Info… dès le 4 septembre !

Quand on prend le temps de parler à ces gilets jaunes, on constate qu’ils sont parfaitement conscients de la problématique écologique

C’est dire que l’expression – si elle a pu être reprise ponctuellement par tel ou tel manifestant – émane en fait de nos élites boboïsantes. Elle correspond bien à la vision méprisante qu’elles ont d’une France périphérique aux idées étriquées, obsédée par le « pognon » indifférente au bien commun, là où nos dirigeants auraient la capacité à embrasser plus large, et à voir plus loin.

Or, la réalité est toute autre : quand on prend le temps de parler à ces gilets jaunes, on constate qu’ils sont parfaitement conscients de la problématique écologique. Parmi leurs revendications, dévoilées ces derniers jours, il y a ainsi l’interdiction immédiate du glyphosate, cancérogène probable que le gouvernement a en revanche autorisé pour encore au moins trois ans. Mais, s’ils se sentent concernés par l’avenir de la planète, les représentants de cette France rurale et périurbaine refusent de payer pour les turpitudes d’un système économique qui détruit l’environnement. D’autant que c’est ce même système qui est à l’origine de la désindustrialisation et de la dévitalisation des territoires, dont ils subissent depuis trente ans les conséquences en première ligne. A l’inverse, nos grandes consciences donneuses de leçon sont bien souvent les principaux bénéficiaires de cette économie mondialisée. Qui est égoïste, et qui est altruiste ?

Parmi les doléances des gilets jaunes, on trouve d’ailleurs aussi nombre de revendications politiques : comptabilisation du vote blanc, présence obligatoire des députés à l’Assemblée nationale, promulgation des lois par les citoyens eux-mêmes. Des revendications qu’on peut bien moquer, ou balayer d’un revers de manche en estimant qu’elles ne sont pas de leur ressort. Elles n’en témoignent pas moins d’un souci du politique, au sens le plus noble du terme, celui du devenir de la Cité. A l’inverse, en se repaissant d’une figure rhétorique caricaturale, reprise comme un « gimmick » de communication, nos élites démontrent leur goût pour le paraître et la superficialité, ainsi que la facilité avec laquelle elles s’entichent de clichés qui ne font que conforter leurs préjugés. Alors, qui est ouvert, et qui est étriqué ? Qui voit loin, et qui est replié sur lui-même ? Qui pense à ses fins de mois, et qui, à la fin du monde ?

Voir enfin:

LE GATEAU MIRACLE

Homo deus

Yuval Noah Harari

2015

/…/ La modernité (…) repose sur la conviction que la croissance économique n’est pas seulement possible mais absolument essentielle. Prières, bonnes actions et méditation pourraient bien être une source de consolation et d’inspiration, mais des problèmes tels que la famine, les épidémies et la guerre ne sauraient être résolus que par la croissance. Ce dogme fondamental se laisse résumer par une idée simple : « Si tu as un problème, tu as probablement besoin de plus, et pour avoir plus, il faut produire plus ! »

Les responsables politiques et les économistes modernes insistent : la croissance est vitale pour trois grandes raisons. Premièrement, quand nous produisons plus, nous pouvons consommer plus, accroître notre niveau de vie et, prétendument, jouir d’une vie plus heureuse. Deuxièmement, tant que l’espèce humaine se multiplie, la croissance économique est nécessaire à seule fin de rester où nous en sommes. En Inde, par exemple, la croissance démographique est de 1,2 % par an. Cela signifie que, si l’économie indienne n’enregistre pas une croissance annuelle d’au moins 1,2 %, le chômage augmentera, les salaires diminueront et le niveau de vie moyen déclinera. Troisièmement, même si les Indiens cessent de se multiplier, et si la classe moyenne indienne peut secontenter de son niveau de vie actuel, que devrait faire l’Inde de ses centaines demillions de citoyens frappés par la pauvreté ? Sans croissance, le gâteau reste dela même taille ; on ne saurait par conséquent donner plus aux pauvres qu’en prenant aux riches. Cela obligera à des choix très difficiles, et causera probablement beaucoup de rancœur, voire de violence. Si vous souhaitez éviter des choix douloureux, le ressentiment et les violences, il vous faut un gâteau plus gros.

La modernité a fait du « toujours plus » une panacée applicable à la quasi-totalité des problèmes publics et privés – du fondamentalisme religieux au mariage raté, en passant par l’autoritarisme dans le tiers-monde. Si seulement des pays comme le Pakistan et l’Égypte pouvaient soutenir une croissance régulière, leurs citoyens profiteraient des avantages que constituent voitures individuelles et réfrigérateurs pleins à craquer ; dès lors, ils suivraient la voie dela prospérité ici-bas au lieu d’emboîter le pas au joueur de pipeau fondamentaliste. De même, dans des pays comme le Congo et la Birmanie, lacroissance économique produirait une classe moyenne prospère, qui est le socle de la démocratie libérale. Quant au couple qui traverse une mauvaise passe, il serait sauvé si seulement il pouvait acquérir une maison plus grande (que mari et femme n’aient pas à partager un bureau encombré), acheter un lave-vaisselle (qu’ils cessent de se disputer pour savoir à qui le tour de faire la vaisselle) et suivre de coûteuses séances de thérapie deux fois par semaine.

La croissance économique est ainsi devenue le carrefour où se rejoignent la quasi-totalité des religions, idéologies et mouvements modernes. L’Union soviétique, avec ses plans quinquennaux mégalomaniaques, n’était pas moins obsédée par la croissance que l’impitoyable requin de la finance américain. De même que chrétiens et musulmans croient tous au ciel et ne divergent que sur le moyen d’y parvenir, au cours de la guerre froide, capitalistes et communistes imaginaient créer le paradis sur terre par la croissance économique et ne sedisputaient que sur la méthode exacte.

Aujourd’hui, les revivalistes hindous, les musulmans pieux, les nationalistes japonais et les communistes chinois peuvent bien proclamer leur adhésion à de valeurs et objectifs très différents : tous ont cependant fini par croire que la croissance économique est la clé pour atteindre leurs buts disparates. En 2014, Narendra Modi, hindou fervent, a ainsi été élu Premier ministre de l’Inde ; sonélection a largement été due au fait qu’il a su stimuler la croissance économiquedans son État du Gujarât et à l’idée largement partagée que lui seul pourrait ranimer une économie nationale léthargique. En Turquie, des vues analogues ontpermis à l’islamiste Recep Tayyip Erdoğan de conserver le pouvoir depuis 2003. Le nom de son parti – Parti de la justice et du développement – souligne sonattachement au développement économique ; de fait, le gouvernement Erdoğan aréussi à obtenir des taux de croissance impressionnants depuis plus de dix ans.

En 2012, le Premier ministre japonais, le nationaliste Shinzō Abe, est arrivé au pouvoir en promettant d’arracher l’économie japonaise à deux décennies de stagnation. À cette fin, il a recouru à des mesures si agressives et inhabituellesqu’on a parlé d’ « abenomie ». Dans le même temps, en Chine, le particommuniste a rendu hommage du bout des lèvres aux idéaux marxistes-léninistes traditionnels ; dans les faits, cependant, il s’en tient aux célèbresmaximes de Deng Xiaoping : « le développement est la seule vérité tangible » et « qu’importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris ». Ce qui veut dire en clair : faites tout ce qui sert la croissance économique, même sicela aurait déplu à Marx et à Lénine.

À Singapour, comme il sied à cet État-cité qui va droit au but, cet axe de réflexion est poussé encore plus loin, au point que les salaires des ministres sontindexés sur le PIB. Quand l’économie croît, le salaire des ministres estaugmenté, comme si leur mission se réduisait à cela. Cette obsession de la croissance pourrait sembler aller de soi, mais c’est uniquement parce que nous vivons dans le monde moderne. Les maharajas indiens, les sultans ottomans, les shoguns de Kamakura et les empereurs Han fondaient rarement leur destin politique sur la croissance économique. Que Modi, Erdoğan, Abe et le président chinois Xi Jinping aient tous misé leur carrière sur la croissance atteste le statut quasi religieux que la croissance a fini par acquérir à travers le monde. De fait, on n’a sans doute pas tort de parler de religion lorsqu’il s’agit de la croyance dans la croissance économique : elle prétend aujourd’hui résoudre nombre de nos problèmes éthiques, sinon la plupart. La croissance économique étant prétendument la source de toutes les bonnes choses, elle encourage les gens à enterrer leurs désaccords éthiques pour adopter la ligne d’action qui maximise la croissance à long terme. L’Inde de Modi abrite des milliers de sectes, de partis, de mouvements et de gourous : bien que leurs objectifs ultimes puissent diverger, tous doivent passer par le même goulet d’étranglement de la croissance économique. Alors, en attendant, pourquoi ne pas tous se serrer les coudes ?

Le credo du « toujours plus » presse en conséquence les individus, les entreprises et les gouvernements de mépriser tout ce qui pourrait entraver la croissance économique : par exemple, préserver l’égalité sociale, assurer l’harmonie écologique ou honorer ses parents. En Union soviétique, lesdirigeants pensaient que le communisme étatique était la voie de la croissance laplus rapide : tout ce qui se mettait en travers de la collectivisation fut donc passé au bulldozer, y compris des millions de koulaks, la liberté d’expression et la mer d’Aral. De nos jours, il est généralement admis qu’une forme de capitalisme de marché est une manière beaucoup plus efficace d’assurer la croissance à long terme : on protège donc les magnats cupides, les paysans riches et la liberté d’expression, tout en démantelant et détruisant les habitats écologiques, les structures sociales et les valeurs traditionnelles qui gênent le capitalisme de marché.

Prenez, par exemple, une ingénieure logiciel qui touche 100 dollars par heure de travail dans une start-up de high-tech. Un jour, son vieux père fait un AVC. Il a besoin d’aide pour faire ses courses, la cuisine et même sa toilette. Elle pourrait installer son père chez elle, partir plus tard au travail le matin, rentrer plus tôt le soir et prendre soin personnellement de son père. Ses revenus et la productivité de la start-up en souffriraient, mais son père profiterait des soins d’une fille dévouée et aimante. Inversement, elle pourrait faire appel à une aide mexicaine qui, pour 12 dollars de l’heure, vivrait avec son père et pourvoirait à tous ses besoins. Cela ne changerait rien à sa vie d’ingénieure et à la start-up, et cela profiterait à l’aide et l’économie mexicaines. Que doit faire notre ingénieure ?

Le capitalisme de marché a une réponse sans appel. Si la croissance économique exige que nous relâchions les liens familiaux, encouragions les gens à vivre loin de leurs parents, et importions des aides de l’autre bout du monde, ainsi soit-il. Cette réponse implique cependant un jugement éthique, plutôt qu’unénoncé factuel. Lorsque certains se spécialisent dans les logiciels quand d’autresconsacrent leur temps à soigner les aînés, on peut sans nul doute produire plus de logiciels et assurer aux personnes âgées des soins plus professionnels. Mais la croissance économique est-elle plus importante que les liens familiaux ? En sepermettant de porter des jugements éthiques de ce type, le capitalisme de marchéa franchi la frontière qui séparait le champ de la science de celui de la religion.

L’étiquette de « religion » déplairait probablement à la plupart des capitalistes, mais, pour ce qui est des religions, le capitalisme peut au moins tenir la tête haute. À la différence des autres religions qui nous promettent un gâteau au ciel, le capitalisme promet des miracles ici, sur terre… et parfois même en accomplit. Le capitalisme mérite même des lauriers pour avoir réduit la violence humaine etaccru la tolérance et la coopération. Ainsi que l’explique le chapitre suivant, d’autres facteurs entrent ici en jeu, mais le capitalisme a amplement contribué à l’harmonie mondiale en encourageant les hommes à cesser de voir l’économie comme un jeu à somme nulle, où votre profit est ma perte, pour y voir plutôt une situation gagnant-gagnant, où votre profit est aussi le mien. Cette approche dubénéfice mutuel a probablement bien plus contribué à l’harmonie générale quedes siècles de prédication chrétienne sur le thème du « aime ton prochain » et « tends l’autre joue ».

De sa croyance en la valeur suprême de la croissance, le capitalisme déduit son commandement numéro un : tu investiras tes profits pour augmenter la croissance. Pendant le plus clair de l’histoire, les princes et les prêtres ont dilapidé leurs profits en carnavals flamboyants, somptueux palais et guerres inutiles. Inversement, ils ont placé leurs pièces d’or dans des coffres de fer, scellés et enfermés dans un donjon. Aujourd’hui, les fervents capitalistes se servent de leurs profits pour embaucher, développer leur usine ou mettre au point un nouveau produit.

S’ils ne savent comment faire, ils confient leur argent à quelqu’un qui saura : un banquier ou un spécialiste du capital-risque. Ce dernier prête de l’argent à divers entrepreneurs. Des paysans empruntent pour planter de nouveaux champs de blé ; des sous-traitants, pour construire de nouvelles maisons, des compagniesénergétiques, pour explorer de nouveaux champs de pétrole et les usinesd’armement, pour mettre au point de nouvelles armes. Les profits de toutes cesactivités permettent aux entrepreneurs de rembourser avec intérêts. Non seulement nous avons maintenant plus de blé, de maisons, de pétrole et d’armes, mais nous avons aussi plus d’argent, que les banques et les fonds peuvent denouveau prêter. Cette roue ne cessera jamais de tourner, du moins pas selon le capitalisme. Jamais n’arrivera un moment où le capitalisme dira : « Ça suffit. Il y a assez de croissance ! On peut se la couler douce. » Si vous voulez savoir pourquoi la roue capitaliste a peu de chance de s’arrêter un jour de tourner, discutez donc une heure avec un ami qui a accumulé 100 000 dollars et se demande qu’en faire.

« Les banques offrent des taux d’intérêt si bas, déplore-t-il. Je ne veux pasmettre mon argent sur un compte d’épargne qui rapporte à peine 0,5 % par an. Peut-être puis-je obtenir 2 % en bons du Trésor. L’an dernier, mon cousin Richie a acheté un appartement à Seattle, et son investissement lui a déjà rapporté 20 % ! Peut-être devrais-je me lancer dans l’immobilier, mais tout le monde parle d’une nouvelle bulle spéculative. Alors que penses-tu de la Bourse ? Un ami m’a dit que le bon plan, ces derniers temps, c’est d’acheter un fonds négocié en Bourse qui suit les économies émergentes comme le Brésil ou la Chine. » Il s’arrête un moment pour reprendre son souffle, et vous lui posez la questionsuivante : « Eh bien, pourquoi ne pas te contenter de tes 100 000 dollars ? » Il vous expliquera mieux que je ne saurais le faire pourquoi le capitalisme nes’arrêtera jamais.

On apprend même cette leçon aux enfants et aux adolescents à travers des jeux capitalistes omniprésents. Les jeux prémodernes, comme les échecs, supposaient une économie stagnante. Vous commencez une partie d’échecs avec seize pièces et, à la fin, vous n’en avez plus. Dans de rares cas, un pion peut être transformé en reine, mais vous ne pouvez produire de nouveaux pions ni métamorphoser vos cavaliers en chars. Les joueurs d’échecs n’ont donc jamais à  penser investissement. À l’opposé, beaucoup de jeux de société modernes et de jeux vidéo se focalisent sur l’investissement et la croissance.

Particulièrement révélateurs sont les jeux de stratégie du genre de Minecraft,Les Colons de Catane ou Civilizationde Sid Meier. Le jeu peut avoir pour cadre le Moyen Âge, l’âge de pierre ou quelque pays imaginaire, mais les principes restent les mêmes – et sont toujours capitalistes. Votre but est d’établir une ville,un royaume, voire toute une civilisation. Vous partez d’une base très modeste : juste un village, peut-être, avec les champs voisins. Vos actifs vous assurent un revenu initial sous forme de blé, de bois, de fer ou d’or. À vous d’investir ce revenu à bon escient. Il vous faut choisir entre des outils improductifs mais encore nécessaires, comme les soldats, et des actifs productifs, tels que des villages, des mines et des champs supplémentaires. La stratégie gagnante consiste habituellement à investir le strict minimum dans des produits de première nécessité improductifs, tout en maximisant vos actifs productifs. Aménager des villages supplémentaires signifie qu’au prochain tour vous disposerez d’un revenu plus important qui pourrait vous permettre non seulement d’acheter d’autres soldats, si besoin, mais aussi d’augmenter vos investissements productifs. Bientôt vous pourrez ainsi transformer vos villages en villes, bâtir des universités, des ports et des usines, explorer les mers et les océans, créer votre civilisation et gagner la partie.

LE SYNDROME DE L’ARCHE

La croissance économique peut-elle cependant se poursuivre éternellement ? L’économie ne finira-t-elle pas par être à court de ressources et par s’arrêter ? Pour assurer une croissance perpétuelle, il nous faut découvrir un stock de ressources inépuisable. Une solution consiste à explorer et à conquérir de nouvelles terres. Des siècles durant, la croissance de l’économie européenne et l’expansion du système capitaliste se sont largement nourries de conquêtes impériales outre-mer. Or le nombre d’îles et de continents est limité. Certains entrepreneurs espèrent finalement explorer et conquérir de nouvelles planètes, voire de nouvelles galaxies, mais, en attendant, l’économie moderne doit trouver une meilleure méthode pour poursuivre son expansion.

C’est la science qui a fourni la solution à la modernité. L’économie des renards ne saurait croître, parce qu’ils ne savent pas produire plus de lapins. L’économie des lapins stagne, parce qu’ils ne peuvent faire pousser l’herbe plus vite. Mais l’économie humaine peut croître, parce que les hommes peuvent découvrir des sources d’énergie et des matériaux nouveaux.

La vision traditionnelle du monde comme un gâteau de taille fixe présuppose qu’il n’y a que deux types de ressources : les matières premières et l’énergie. En vérité, cependant, il y en a trois : les matières premières, l’énergie et la connaissance. Les matières premières et l’énergie sont épuisables : plus vous les utilisez, moins vous en avez. Le savoir, en revanche, est une ressource en perpétuelle croissance : plus vous l’utilisez, plus vous en possédez. En fait,quand vous augmentez votre stock de connaissances, il peut vous faire accéder aussi à plus de matières premières et d’énergie. Si j’investis 100 millions de dollars dans la recherche de pétrole en Alaska et si j’en trouve, j’ai plus de pétrole, mais mes petits-enfants en auront moins. En revanche, si j’investis la même somme dans la recherche sur l’énergie solaire et que je découvre une nouvelle façon plus efficace de la domestiquer, mes petits-enfants et moi aurons davantage d’énergie.

Pendant des millénaires, la route scientifique de la croissance est restée bloquée parce que les gens croyaient que les Saintes Écritures et les anciennes traditions contenaient tout ce que le monde avait à offrir en connaissances importantes. Une société convaincue que tous les gisements de pétrole ont déjà été découverts ne perdrait pas de temps ni d’argent à chercher du pétrole. De même, une culture humaine persuadée de savoir déjà tout ce qui vaut la peine d’être su ne ferait pas l’effort de se mettre en quête de nouvelles connaissances. Telle était la position de la plupart des civilisations humaines prémodernes. La révolution scientifique a cependant libéré l’humanité de cette conviction naïve. La plus grande découverte scientifique a été la découverte de l’ignorance. Du jour où les hommes ont compris à quel point ils en savaient peu sur le monde, ils ont eu soudain une excellente raison de rechercher des connaissances nouvelles, ce qui a ouvert la voie scientifique du progrès.

À chaque génération, la science a contribué à découvrir de nouvelles sources d’énergie, de nouvelles matières premières, des machines plus performantes et des méthodes de production inédites. En 2017, l’humanité dispose donc de bien plus d’énergie et de matières premières que jamais, et la production s’envole. Des inventions comme la machine à vapeur, le moteur à combustion interne et l’ordinateur ont créé de toutes pièces des industries nouvelles. Si nous nous projetons dans vingt ans, en 2037, nous produirons et consommerons beaucoup plus qu’en 2017. Nous faisons confiance aux nanotechnologies, au géniegénétique et à l’intelligence artificielle pour révolutionner encore la production et ouvrir de nouveaux rayons dans nos supermarchés en perpétuelle expansion.

Nous avons donc de bonnes chances de triompher du problème de la rareté des ressources. La véritable némésis de l’économie moderne est l’effondrement écologique. Le progrès scientifique et la croissance économique prennent place dans une biosphère fragile et, à mesure qu’ils prennent de l’ampleur, les ondes de choc déstabilisent l’écologie. Pour assurer à chaque personne dans le mondele même niveau de vie que dans la société d’abondance américaine, il faudrait quelques planètes de plus ; or nous n’avons que celle-ci. Si le progrès et la croissance finissent par détruire l’écosystème, cela n’en coûtera pas seulement aux chauves-souris vampires, aux renards et aux lapins. Mais aussi à Sapiens. Une débâcle écologique provoquera une ruine économique, des troubles politiques et une chute du niveau de vie. Elle pourrait bien menacer l’existence même de la civilisation humaine.

Nous pourrions amoindrir le danger en ralentissant le rythme du progrès et de la croissance. Si cette année les investisseurs attendent un retour de 6 % sur leursportefeuilles, dans dix ans ils pourraient apprendre à se satisfaire de 3 %, puis de 1 % dans vingt ans ; dans trente ans, l’économie cessera de croître et nous nous contenterons de ce que nous avons déjà. Le credo de la croissance s’oppose pourtant fermement à cette idée hérétique et il suggère plutôt d’aller encore plus vite. Si nos découvertes déstabilisent l’écosystème et menacent l’humanité, il nous faut découvrir quelque chose qui nous protège. Si la couche d’ozone s’amenuise et nous expose au cancer de la peau, à nous d’inventer un meilleur écran solaire et de meilleurs traitements contre le cancer, favorisant ainsi l’essor de nouvelles usines de crèmes solaires et de centres anticancéreux. Si les nouvelles industries polluent l’atmosphère et les océans, provoquant un réchauffement général et des extinctions massives, il nous appartient de construire des mondes virtuels et des sanctuaires high-tech qui nous offriront toutes les bonnes choses de la vie, même si la planète devient aussi chaude, morne et polluée que l’enfer.

Pékin est déjà tellement polluée que la population évite de sortir, et que les riches Chinois dépensent des milliers de dollars en purificateurs d’air intérieur. Les super-riches construisent même des protections au-dessus de leur cour. En 2013, l’École internationale de Pékin, destinée aux enfants de diplomatesétrangers et de la haute société chinoise, est allée encore plus loin et a construitune immense coupole de 5 millions de dollars au-dessus de ses six courts detennis et de ses terrains de jeux. D’autres écoles suivent le mouvement, et le marché chinois des purificateurs d’air explose. Bien entendu, la plupart des Pékinois ne peuvent s’offrir pareil luxe, ni envoyer leurs enfants à l’École internationale.

L’humanité se trouve coincée dans une course double. D’un côté, nous nous sentons obligés d’accélérer le rythme du progrès scientifique et de la croissance économique. Un milliard de Chinois et un milliard d’Indiens aspirent au niveau de vie de la classe moyenne américaine, et ils ne voient aucune raison de brider leurs rêves quand les Américains ne sont pas disposés à renoncer à leurs 4×4 et à leurs centres commerciaux. D’un autre côté, nous devons garder au moins une longueur d’avance sur l’Armageddon écologique. Mener de front cette double course devient chaque année plus difficile, parce que chaque pas qui rapproche l’habitant des bidonvilles de Delhi du rêve américain rapproche aussi la planète du gouffre.

La bonne nouvelle, c’est que l’humanité jouit depuis des siècles de la croissance économique sans pour autant être victime de la débâcle écologique. Bien d’autres espèces ont péri en cours de route, et les hommes se sont aussi retrouvés face à un certain nombre de crises économiques et de désastres écologiques, mais jusqu’ici nous avons toujours réussi à nous en tirer. Reste qu’aucune loi de la nature ne garantit le succès futur. Qui sait si la science sera toujours capable de sauver simultanément l’économie du gel et l’écologie du point d’ébullition. Et puisque le rythme continue de s’accélérer, les marges d’erreur ne cessent de se rétrécir. Si, précédemment, il suffisait d’une invention stupéfiante une fois par siècle, nous avons aujourd’hui besoin d’un miracle tous les deux ans.

Nous devrions aussi nous inquiéter qu’une apocalypse écologique puisse avoirdes conséquences différentes en fonction des différentes castes humaines. Il n’ya pas de justice dans l’histoire. Quand une catastrophe s’abat, les pauvressouffrent toujours bien plus que les riches, même si ce sont ces derniers qui sontresponsables de la tragédie. Le réchauffement climatique affecte déjà la vie desplus pauvres dans les pays arides d’Afrique bien plus que la vie des Occidentauxplus aisés. Paradoxalement, le pouvoir même de la science peut accroître ledanger, en rendant les plus riches complaisants.

Prenez les émissions de gaz à effet de serre. La plupart des savants et un nombre croissant de responsables politiques reconnaissent la réalité du réchauffement climatique et l’ampleur du danger. Jusqu’ici, pourtant, cette reconnaissance n’a pas suffi à changer sensiblement notre comportement. Nous parlons beaucoup du réchauffement, mais, en pratique, l’humanité n’est pas prête aux sérieux sacrifices économiques, sociaux ou politiques nécessaires pour arrêter la catastrophe. Les émissions n’ont pas du tout diminué entre 2000 et 2010. Elles ont au contraire augmenté de 2,2 % par an, contre un taux annuel de 1,3 % entre 1970 et 2000(4). Signé en 1997, le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre visait à ralentir le réchauffement plutôt qu’à l’arrêter, mais le pollueur numéro un du monde, les États-Unis, a refusé de le ratifier et n’a fait aucun effort pour essayer de réduire de manière notable ses émissions, de peur de gêner sa croissance économique.

En décembre 2015, l’accord de Paris a fixé des objectifs plus ambitieux, appelant à limiter l’augmentation de la température moyenne à 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels. Toutefois, nombre des douloureuses mesures nécessaires pour atteindre ce but ont été comme par hasard différées après 2030, ce qui revient de fait à passer la patate chaude à la génération suivante. Les administrations actuelles peuvent ainsi récolter les avantages politiques immédiats de leur apparent engagement vert, tandis que le lourd prix politique de la réduction des émissions (et du ralentissement de la croissance) est légué aux administrations futures. Malgré tout, au moment où j’écris (janvier 2016), il est loin d’être certain que les États-Unis et d’autres grands pollueurs ratifieront et mettront en œuvre l’accord de Paris. Trop de politiciens et d’électeurs pensent que, tant que l’économie poursuit sa croissance, les ingénieurs et les hommes de science pourront toujours la sauver du jugement dernier. S’agissant du changement climatique, beaucoup de défenseurs de la croissance ne se contentent pas d’espérer des miracles : ils tiennent pour acquis que les miracles se produiront.

À quel point est-il rationnel de risquer l’avenir de l’humanité en supposant que les futurs chercheurs feront des découvertes insoupçonnées qui sauveront la planète ? La plupart des présidents, ministres et PDG qui dirigent le monde sont des gens très rationnels. Pourquoi sont-ils disposés à faire un tel pari ? Peut-être parce qu’ils ne pensent pas parier sur leur avenir personnel. Même si les choses tournent au pire, et que la science ne peut empêcher le déluge, les ingénieurs pourraient encore construire une arche de Noé high-tech pour la caste supérieure, et laisser les milliards d’autres hommes se noyer. La croyance en cette arche high-tech est actuellement une des plus grosses menaces sur l’avenir de l’humanité et de tout l’écosystème. Les gens qui croient à l’arche high-tech ne devraient pas être en charge de l’écologie mondiale, pour la même raison qu’ilne faut pas confier les armes nucléaires à ceux qui croient à un au-delà céleste.

Et les plus pauvres ? Pourquoi ne protestent-ils pas ? Si le déluge survient un jour, ils en supporteront le coût, mais ils seront aussi les premiers à faire les frais de la stagnation économique. Dans un monde capitaliste, leur vie s’améliore uniquement quand l’économie croît. Aussi est-il peu probable qu’ils soutiennent des mesures pour réduire les menaces écologiques futures fondées sur le ralentissement de la croissance économique actuelle. Protéger l’environnement est une très belle idée, mais ceux qui n’arrivent pas à payer leur loyer s’inquiètent bien davantage de leur découvert bancaire que de la fonte de la calotte glaciaire.

FOIRE D’EMPOIGNE

Même si nous continuons de courir assez vite et parvenons à parer à la foi ’effondrement économique et la débâcle écologique, la course elle-même créed’immenses problèmes. Pour l’individu, elle se traduit par de hauts niveaux destress et de tension. Après des siècles de croissance économique et de progrèsscientifique, la vie aurait dû devenir calme et paisible, tout au moins dans lespays les plus avancés. Si nos ancêtres avaient eu un aperçu des outils et desressources dont nous disposons, ils auraient conjecturé que nous jouissons d’unetranquillité céleste, débarrassés de tout tracas et de tout souci. La vérité est trèsdifférente. Malgré toutes nos réalisations, nous sommes constamment pressés defaire et produire toujours plus.

Nous nous en prenons à nous-mêmes, au patron, à l’hypothèque, au gouvernement, au système scolaire. Mais ce n’est pas vraiment leur faute. C’est le deal moderne, que nous avons tous souscrit le jour de notre naissance. Dans le monde prémoderne, les gens étaient proches des modestes employés d’une bureaucratie socialiste. Ils pointaient et attendaient qu’un autre fasse quelque chose. Dans le monde moderne, c’est nous, les hommes, qui avons les choses en main, et nous sommes soumis jour et nuit à une pression constante.

Sur le plan collectif, la course se manifeste par des chambardements incessants. Alors que les systèmes politiques et sociaux duraient autrefois des siècles, aujourd’hui chaque génération détruit le vieux monde pour en construire un nouveau à la place. Comme le Manifeste communiste le montre brillamment,le monde moderne a absolument besoin d’incertitude et de perturbation. Toutes les relations fixes, tous les vieux préjugés sont balayés, les nouvelles structures deviennent archaïques avant même de pouvoir faire de vieux os. Tout ce qui est solide se dissipe dans l’air. Il n’est pas facile de vivre dans un monde aussi chaotique, et encore moins de le gouverner.

La modernité doit donc travailler dur pour s’assurer que ni les individus ni le collectif n’essaient de se retirer de la course, malgré la tension et le chaos qu’elle crée. À cette fin, elle brandit la croissance comme la valeur suprême au nom de laquelle on devrait tout sacrifier et braver tous les dangers. Sur un plan collectif, les gouvernements, les entreprises et les organismes sont encouragés à mesurer leur succès en termes de croissance et à craindre l’équilibre comme le diable. Sur le plan individuel, nous sommes constamment poussés à accroître nos revenus et notre niveau de vie. Même si vous êtes satisfait de votre situation actuelle, vous devez rechercher toujours plus. Le luxe d’hier devient nécessité d’aujourd’hui. Si autrefois vous viviez bien dans un appartement avec trois chambres, une voiture et un ordinateur fixe, aujourd’hui il vous faut une maison de cinq chambres, avec deux voitures et une nuée d’iPods, de tablettes et de smartphones.

Il n’était pas très difficile de convaincre les individus de vouloir plus. La cupidité vient facilement aux êtres humains. Le gros problème a été de convaincre les institutions collectives comme les États et les Églises d’accompagner le nouvel idéal. Des millénaires durant, les sociétés se sont efforcées de freiner les désirs individuels et de promouvoir une sorte d’équilibre. Il était notoire que les gens voulaient toujours plus pour eux-mêmes, mais le gâteau étant d’une taille fixe, l’harmonie sociale dépendait de la retenue. L’avarice était mauvaise. La modernité a mis le monde sens dessus dessous. Elle a convaincu les instances collectives que l’équilibre est bien plus effrayant que le chaos, et que comme l’avarice nourrit la croissance, c’est une force du bien. Dès lors, la modernité a incité les gens à vouloir plus, et a démantelé les disciplines séculaires qui tempéraient la cupidité.

Les angoisses qui en résultèrent furent largement apaisées par le capitalisme de marché : c’est une des raisons de la popularité de cette idéologie. Les penseurs capitalistes ne cessent de nous calmer : « Ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Du moment que l’économie croît, la main invisible du marché pourvoira à tout. » Le capitalisme a donc sanctifié un système vorace et chaotique qui croît à pas de géant, sans que personne comprenne ce qui se passe et où nous courons. (Le communisme, qui croyait aussi à la croissance, pensait pouvoir empêcher le chaos et orchestrer la croissance par la planification. Après ses premiers succès, cependant, il s’est laissé largement distancer par la cavalcade désordonnée du marché.)

Il est de bon ton aujourd’hui, chez les intellectuels, de dénigrer le capitalisme. Puisqu’il domine le monde, nous ne devons rien négliger pour en saisir les insuffisances avant qu’elles ne produisent des catastrophes apocalyptiques. La critique du capitalisme ne doit pourtant pas nous aveugler sur ses avantages et ses réalisations. Il a été jusqu’ici un succès stupéfiant, du moins si nous ignorons les risques de débâcle écologique future, et si nous mesurons la réussite à l’aune de la production et de la croissance. Sans doute vivons-nous en 2017 dans un monde de stress et de chaos, mais les sombres prophéties d’effondrement et de violence ne se sont pas matérialisées, tandis que les scandaleuses promesses de croissance perpétuelle et de coopération mondiale s’accomplissent. Nous connaissons certes des crises économiques épisodiques et des guerres internationales, mais, à long terme, le capitalisme ne s’est pas seulement imposé, il a aussi réussi à surmonter la famine, les épidémies et la guerre. Des millénaires durant, prêtres, rabbins et muftis nous avaient expliqué que les hommes n’y parviendraient pas par leurs propres efforts. Puis sont venus les banquiers, les investisseurs et les industriels : en deux siècles, ils y sont arrivés !

Le deal moderne nous promettait un pouvoir sans précédent. La promesse a été tenue. Mais à quel prix ? En échange du pouvoir, le deal moderne attend de nous que nous renoncions au sens. Comment les hommes ont-ils accueilli cette exigence glaçante ? Obtempérer aurait pu aisément se traduire par un monde sinistre, dénué d’éthique, d’esthétique et de compassion. Il n’en reste pas moins vrai que l’humanité est aujourd’hui non seulement bien plus puissante que jamais, mais aussi beaucoup plus paisible et coopérative. Comment y sommes-nous parvenus ? Comment la morale, la beauté et même la compassion ont-elles survécu et fleuri dans un monde sans dieux, ni ciel, ni enfer ?

Une fois encore, les capitalistes sont prompts à en créditer la main invisible du marché. Pourtant, celle-ci n’est pas seulement invisible, elle est aussi aveugle : toute seule, jamais elle n’aurait pu sauver la société humaine. En vérité, même une foire d’empoigne générale ne saurait se passer de la main secourable d’un dieu, d’un roi ou d’une Église. Si tout est à vendre, y compris les tribunaux et la police, la confiance s’évapore, le crédit se dissipe et les affaires périclitent. Qu’est-ce qui a sauvé la société moderne de l’effondrement ? L’espèce humaine n’a pas été sauvée par la loi de l’offre et de la demande, mais par l’essor d’une nouvelle religion révolutionnaire : l’humanisme.

Voir par ailleurs:

In China, Breathing Becomes a Childhood Risk
Edward Wong
The New York Times
April 22, 2013

BEIJING — The boy’s chronic cough and stuffy nose began last year at the age of 3. His symptoms worsened this winter, when smog across northern China surged to record levels. Now he needs his sinuses cleared every night with saltwater piped through a machine’s tubes.

The boy’s mother, Zhang Zixuan, said she almost never lets him go outside, and when she does she usually makes him wear a face mask. The difference between Britain, where she once studied, and China is “heaven and hell,” she said.

Levels of deadly pollutants up to 40 times the recommended exposure limit in Beijing and other cities have struck fear into parents and led them to take steps that are radically altering the nature of urban life for their children.

Parents are confining sons and daughters to their homes, even if it means keeping them away from friends. Schools are canceling outdoor activities and field trips. Parents with means are choosing schools based on air-filtration systems, and some international schools have built gigantic, futuristic-looking domes over sports fields to ensure healthy breathing.

“I hope in the future we’ll move to a foreign country,” Ms. Zhang, a lawyer, said as her ailing son, Wu Xiaotian, played on a mat in their apartment, near a new air purifier. “Otherwise we’ll choke to death.”

She is not alone in looking to leave. Some middle- and upper-class Chinese parents and expatriates have already begun leaving China, a trend that executives say could result in a huge loss of talent and experience. Foreign parents are also turning down prestigious jobs or negotiating for hardship pay from their employers, citing the pollution.

There are no statistics for the flight, and many people are still eager to come work in Beijing, but talk of leaving is gaining urgency around the capital and on Chinese microblogs and parenting forums. Chinese are also discussing holidays to what they call the “clean-air destinations” of Tibet, Hainan and Fujian.

“I’ve been here for six years and I’ve never seen anxiety levels the way they are now,” said Dr. Richard Saint Cyr, a new father and a family health doctor at Beijing United Family Hospital, whose patients are half Chinese and half foreigners. “Even for me, I’ve never been as anxious as I am now. It has been extraordinarily bad.”

He added: “Many mothers, especially, have been second-guessing their living in Beijing. I think many mothers are fed up with keeping their children inside.”

Few developments have eroded trust in the Communist Party as quickly as the realization that the leaders have failed to rein in threats to children’s health and safety. There was national outrage in 2008 after more than 5,000 children were killed when their schools collapsed in an earthquake, and hundreds of thousands were sickened and six infants died in a tainted-formula scandal. Officials tried to suppress angry parents, sometimes by force or with payoffs.

But the fury over air pollution is much more widespread and is just beginning to gain momentum.

“I don’t trust the pollution measurements of the Beijing government,” said Ms. Zhang’s father, Zhang Xiaochuan, a retired newspaper administrator.

Scientific studies justify fears of long-term damage to children and fetuses. A study published by The New England Journal of Medicine showed that children exposed to high levels of air pollution can suffer permanent lung damage. The research was done in the 1990s in Los Angeles, where levels of pollution were much lower than those in Chinese cities today.

A study by California researchers published last month suggested a link between autism in children and the exposure of pregnant women to traffic-related air pollution. Columbia University researchers, in a study done in New York, found that prenatal exposure to air pollutants could result in children with anxiety, depression and attention-span problems. Some of the same researchers found in an earlier study that children in Chongqing, China, who had prenatal exposure to high levels of air pollutants from a coal-fired plant were born with smaller head circumferences, showed slower growth and performed less well on cognitive development tests at age 2. The shutdown of the plant resulted in children born with fewer difficulties.

Analyses show little relief ahead if China does not change growth policies and strengthen environmental regulation. A Deutsche Bank report released in February said the current trends of coal use and automobile emissions meant air pollution was expected to worsen by an additional 70 percent by 2025.

Some children’s hospitals in northern China reported a large number of patients with respiratory illnesses this winter, when the air pollution soared. During one bad week in January, Beijing Children’s Hospital admitted up to 9,000 patients a day for emergency visits, half of them for respiratory problems, according to a report by Xinhua, the state news agency.

Parents have scrambled to buy air purifiers. IQAir, a Swiss company, makes purifiers that cost up to $3,000 here and are displayed in shiny showrooms. Mike Murphy, the chief executive of IQAir China, said sales had tripled in the first three months of 2013 over the same period last year.

Face masks are now part of the urban dress code. Ms. Zhang laid out half a dozen masks on her dining room table and held up one with a picture of a teddy bear that fits Xiaotian. Schools are adopting emergency measures. Xiaotian’s private kindergarten used to take the children on a field trip once a week, but it has canceled most of those this year.

At the prestigious Beijing No. 4 High School, which has long trained Chinese leaders and their children, outdoor physical education classes are now canceled when the pollution index is high.

“The days with blue sky and seemingly clean air are treasured, and I usually go out and do exercise,” said Dong Yifu, a senior there who was just accepted to Yale University.

Elite schools are investing in infrastructure to keep children active. Among them are Dulwich College Beijing and the International School of Beijing, which in January completed two large white sports domes of synthetic fabric that cover athletic fields and tennis courts.

The construction of the domes and an accompanying building began a year ago, to give the 1,900 students a place to exercise in both bad weather and high pollution, said Jeff Johanson, director of student activities. The project cost $5.7 million and includes hospital-grade air-filtration systems.

Teachers check the hourly air ratings from the United States Embassy to determine whether children should play outside or beneath the domes. “The elementary schoolchildren don’t miss recess anymore,” Mr. Johanson said.

One American mother, Tara Duffy, said she had chosen a prekindergarten school for her daughter in part because the school had air filters in the classrooms. The school, called the 3e International School, also brings in doctors to talk about pollution and bars the children from playing outdoors during increases in smog levels. “In the past six months, there have been a lot more ‘red flag’ days, and they keep the kids inside,” said Ms. Duffy, a writer and former foundation consultant.

Ms. Duffy said she also checked the daily air quality index to decide whether to take her daughter to an outdoor picnic or an indoor play space.

Now, after nine years here, Ms. Duffy is leaving China, and she cites the pollution and traffic as major factors.

That calculus is playing out with expatriates across Beijing, and even with foreigners outside China. One American couple with a young child discussed the pollution when considering a prestigious foundation job in Beijing, and it was among the reasons they turned down the offer.

James McGregor, a senior counselor in the Beijing office of APCO Worldwide, a consulting company, said he had heard of an American diplomat with young children who had turned down a posting here. That was despite the fact that the State Department provides a 15 percent salary bonus for Beijing that exists partly because of the pollution. The hardship bonus for other Chinese cities, which also suffer from awful air, ranges from 20 percent to 30 percent, except for Shanghai, where it is 10 percent.

“I’ve lived in Beijing 23 years, and my children were brought up here, but if I had young children I’d have to leave,” Mr. McGregor said. “A lot of people have started exit plans.”

Voir aussi:

China entrepreneurs cash in on air pollution

BEIJING — Bad air is good news for many Chinese entrepreneurs.

From gigantic domes that keep out pollution to face masks with fancy fiber filters, purifiers and even canned air, Chinese businesses are trying to find a way to market that most elusive commodity: clean air.

An unprecedented wave of pollution throughout China (dubbed the “airpocalypse” or “airmageddon” by headline writers) has spawned an almost entirely new industry.

The biggest ticket item is a huge dome that looks like a cross between the Biosphere and an overgrown wedding tent. Two of them recently went up at the International School of Beijing, one with six tennis courts, another large enough to harbor kids playing soccer and badminton and shooting hoops simultaneously Friday afternoon.

The contraptions are held up with pressure from the system pumping in fresh air. Your ears pop when you go in through one of three revolving doors that maintain a tight air lock.

The anti-pollution dome is the joint creation of a Shenzhen-based manufacturer of outdoor enclosures and a California company, Valencia-based UVDI, that makes air filtration and disinfection systems for hospitals, schools, museums and airports, including the new international terminal at Los Angeles International Airport.

Although the technologies aren’t new, this is the first time they’ve been put together specifically to keep out pollution, the manufacturers say.

“So far there is no better way to solve the pollution problem,” said Xiao Long, the head of the Shenzhen company, Broadwell Technologies.

On a recent day when the fine particulate matter in the air reached 650 micrograms per cubic meter, well into the hazardous range, the measurement inside was 25. Before the dome, the international school, like many others, had to suspend outdoor activities on high pollution days. By U.S. standards, readings below 50 are considered “good” and those below 100 are considered “moderate.”

Since air pollution skyrocketed in mid-January, Xiao said, orders for domes were pouring in from schools, government sports facilities and wealthy individuals who want them in their backyards. He said domes measuring more than 54,000 square feet each cost more than $1 million.

“This is a product only for China. You don’t have pollution this bad in California,” Xiao said.

Because it’s not possible to put a dome over all of Beijing, where air quality is the worst, people are taking matters into their own hands.

Not since the 2003 epidemic of SARS have face masks been such hot sellers. Many manufacturers are reporting record sales of devices varying from high-tech neoprene masks with exhalation valves, designed for urban bicyclists, that cost up to $50 each, to cheap cloth masks (some in stripes, polka dots, paisley and some emulating animal faces).

“Practically speaking, people have no other options,” said Zhao Danqing, head of a Shanghai-based mask manufacturer that registered its name as PM 2.5, referring to particulate matter smaller than 2.5 micrograms.

The term, virtually unknown in China a few years ago, is now as much a feature of daily weather chitchat as temperature and humidity, and Zhao’s company has sold 1 million masks at $5 each since the summer.

Having China clean up the air would be preferable to making a profit from the crisis, Zhao said.

“When people ask me what is the future of our product, I tell them I hope it will be retired soon,” Zhao said.

A combination of windless weather, rising temperatures and emissions from coal heating has created some of the worst air pollution on record in the country.

In mid-January, measurements of particulate matter reached more than 1,000 micrograms per cubic meter in some parts of northeast China. Anything above 300 is considered “hazardous” and the index stops at 500. By comparison, the U.S. has seen readings of 1,000 only in areas downwind of forest fires. The U.S. Centers for Disease Control and Prevention reported last year that the average particulate matter reading from 16 airport smokers’ lounges was 166.6.

The Chinese government has been experimenting with various emergency measures, curtailing the use of official cars and ordering factories and construction sites to shut down. Some cities are even considering curbs on fireworks during the upcoming Chinese New Year holiday, interfering with an almost sacred tradition.

In the meantime, home air filters have joined the new must-have appliances for middle class Chinese.

“Our customers used to be all foreigners. Now they are mostly Chinese,” said Cathy Liu, a sales manager at a branch of Villa Lifestyles, a distributor of Swiss IQAir purifiers, which start at $1,600 here for a machine large enough for a bedroom. The weekend of Jan. 12, when the poor air quality hit unprecedented levels, the stock sold out, she said.

Many distributors report panic buying of air purifiers. In China, home air purifiers range from $15 gizmos that look like night lights to handsome $6,000 wood-finished models that are supplied to Zhongnanhai, the headquarters of the Chinese Communist Party and to other leadership facilities. One model is advertised as emitting vitamin C to build immunity and to prevent skin aging.

In a more tongue in cheek approach to the problem, a self-promoting Chinese millionaire has been selling soda-sized cans of, you guessed it, air.

Chen Guangbiao, a relentless self-promoter who made his fortune in the recycling business, claims to have collected the air from remote parts of western China and Taiwan. The cans, which are emblazoned with Chen’s name and labeled “fresh air,” sell for 80 cents each, with proceeds going to charity, he said.

“I want to tell mayors, county chiefs and heads of big companies,” Chen told reporters Wednesday, while giving out free cans of air on a Beijing sidewalk as a publicity stunt. “Don’t just chase GDP growth, don’t chase the biggest profits at the expense of our children and grandchild. »

Voir enfin:

Contre les collapsologues et les optimistes béats, réaffirmer le catastrophisme éclairé

Jean-Pierre Dupuy

Le Kairn

23/11/20

Le « catastrophisme éclairé » théorisé il y a près de vingt ans par Jean-Pierre Dupuy est aujourd’hui l’objet de beaucoup de malentendus. Pour lui redonner son sens, il faut mener de front la critique des collapsologues et des «optimistes béats », dont les positions miroirs sont en réalité le plus sûr moyen de faire advenir la catastrophe. Ce qu’il faudrait, c’est combiner les deux démarches : annoncer un avenir nécessaire qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir.

La critique assez radicale que j’ai faite des collapsologues dans AOC a semble-t-il surpris voire choqué. On me tenait pour au moins aussi « catastrophiste » qu’eux. Ne me citaient-ils pas positivement ? Et voilà que je m’écarte d’eux en leur faisant la leçon, les accusant de discréditer la cause qu’ils entendent servir. En vérité, j’avais prévu en accord avec les éditeurs d’AOC d’équilibrer mon propos par un second article qui serait une critique non moins ace rbe de ceux que j’appelle les aveugles bienheureux, les optimistes béats, tous ceux dont l’anti-catastrophisme militant mène à nier l’évidence, à savoir que nous sommes engagés dans une course suicidaire.

Critique des « optimistes béats »

J’ai donc lu leurs ouvrages et en suis sorti consterné. La plupart sont si honteusement mauvais que ce serait leur faire trop d’honneur que de citer même leur titre[1] et le nom de leurs auteurs. Faut-il donc être ignorant, malhonnête et bête pour critiquer le catastrophisme ? La haine de l’écologie est-elle si pernicieuse qu’elle fait perdre tout sens critique et toute éthique professionnelle à des auteurs qui peuvent par ailleurs avoir des œuvres reconnues ?

Je m’empresse d’ajouter que toutes les critiques du catastrophisme ne sont pas de la même farine. Les plus solides représentent un défi sérieux pour tous ceux qui comme moi insistent pour regarder la terrible réalité en face tout en s’en tenant aux normes de la rationalité la plus exigeante[2].

Entre les collapsologues et les anti-catastrophistes, un jeu de miroirs s’est formé. Tout se passe comme si les collapsologues donnaient raison aux critiques les plus radicales du catastrophisme. S’ils n’existaient pas, les anti-catastrophistes les auraient inventés. L’homme de paille que ces derniers ont construit pour mieux l’incendier est devenu réel. Mais, comme toujours avec les extrêmes, des points de contact apparaissent. J’en vois au moins trois.

En premier lieu, toutes les parties en présence ont tendance à considérer qu’il n’y a qu’une forme de catastrophisme, à savoir une quelconque variante de la collapsologie. De la part des collapsologues, cela n’est pas pour étonner. Mais il en va de même de leurs critiques. Comme s’il ne pouvait pas exister un catastrophisme rationnel ou « éclairé ».

Le deuxième point de contact est l’incapacité des uns et des autres à penser le rôle paradoxal du prophète de malheur aujourd’hui. Tous ont repéré chez les fondateurs allemands du catastrophisme, Hans Jonas et Günther Anders, des citations comme celles-ci :
Hans Jonas : « La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. [3] »
Günther Anders : « Si nous nous distinguons des apocalypticiens judéo-chrétiens classiques, ce n’est pas seulement parce que nous craignons la fin (qu’ils ont, eux, espérée), mais surtout parce que notre passion apocalyptique n’a pas d’autre objectif que celui d’empêcher l’apocalypse. Nous ne sommes apocalypticiens que pour avoir tort. Que pour jouir chaque jour à nouveau de la chance d’être là, ridicules mais toujours debout. [4]»

Au regard de cette philosophie, qu’ils citent mais ne respectent pas, on peut dire que les collapsologues ont renoncé à se battre pour éviter que « l’effondrement » ne se produise, jugeant que l’apocalypse est certaine et ne faisant rien pour l’empêcher.

Quant aux critiques du catastrophisme, trop souvent ils ne prennent pas la mesure de la tragédie qui est celle de l’éveilleur de conscience face à la catastrophe annoncée : s’il veut être efficace, et faire par sa parole que le malheur ne se produise pas, il doit être un faux prophète[5], au sens qu’il doit annoncer publiquement un avenir dont il sait qu’il ne se réalisera pas, et cela du fait même de cette parole[6].

Enfin, tant les catastrophistes mortifères que les aveugles satisfaits d’eux-mêmes accélèrent la marche vers l’abîme, les premiers en excluant que nous puissions l’arrêter, les seconds en tournant la tête ailleurs.

Comment donc analyser les implications du type de prophétie que préconisent Jonas et Anders ?

Notons qu’en soi, annoncer un avenir possible et désastreux de façon à modifier les comportements des gens et faire que cet avenir ne se réalise pas ne soulève aucun problème logique ou métaphysique particulier, comme le montre l’exemple massif de la prévention, à quoi on peut ajouter aujourd’hui la précaution, forte de son fameux principe. La prévention, lorsqu’elle s’exprime dans un discours public, annonce non ce que sera l’avenir, mais ce qu’il serait si les sujets ne changeaient pas leurs comportements. Elle n’a aucune vocation à jouer les prophètes.

Qu’est-ce donc qui fait qu’un prophète est un prophète ? C’est qu’il se présente comme annonçant le seul avenir qui sera, avenir qu’on peut appeler « actuel » aux sens latin et anglais du terme : « notre » avenir. La prophétie à la Hans Jonas pose alors un problème apparemment insurmontable, comme l’histoire de Jonas[7], le prophète biblique du VIIIe siècle avant JC, le montre magnifiquement.

« La parole de Yahvé advint à Jonas, fils d’Amittaï, en ces termes : “Debout ! Va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle que leur méchanceté est montée devant moi.” Jonas partit pour fuir à Tarsis, loin de la Face de Yahvé. »

Dieu demande à Jonas de prophétiser la chute de Ninive qui a péché devant la Face de l’Éternel. Au lieu de faire son travail de prophète, Jonas s’enfuit. Pourquoi ? À ce stade, la question est sans réponse. Tout le monde sait la suite de l’histoire, l’embarquement sur le vaisseau étranger qui se rend à Tarsis (détroit de Gibraltar), la grande tempête punitive, le tirage au sort qui révèle la culpabilité de Jonas, celui-ci jeté par-dessus bord par les marins afin de calmer le courroux de Yahvé, le grand poisson miséricordieux qui l’avale et, finalement, après que trois jours et trois nuits se sont écoulés, le vomit sur la terre sèche.

Mais se rappelle-t-on la fin de l’histoire ? C’est là seulement que l’on comprend pourquoi Jonas a désobéi à Dieu. C’est que Jonas avait prévu, en tant que prophète efficace, ce qui allait se passer s’il faisait sa prophétie ! Ce qui se serait passé, c’est ce qui se passe maintenant, alors que Yahvé, pour la seconde fois, lui donne l’ordre de prophétiser la chute de Ninive et que cette fois, ayant compris ce qu’il lui en coûtait de désobéir, il obtempère. Les Ninivites se repentent, se convertissent, et Dieu leur pardonne. Leur cité sera épargnée. Mais pour Jonas, c’est un échec cuisant, qui le laisse tout « contrarié », nous dit le texte.

On peut dire de ce type de prophétie qu’elle est auto-invalidante de la même manière que l’on parle de prophétie auto-réalisatrice. Le prophète traditionnel, par exemple le prophète biblique, quelle que soit la nature de sa prophétie, est un homme public, en vue, doté d’un grand prestige, et tous prêtent grande attention à sa parole, qu’ils tiennent pour vraie. C’est tout le contraire du Troyen Laocoon ou de sa sœur Cassandre que le dieu avait condamnés à ne pas être entendus.

S’il veut être un vrai prophète, le prophète, en annonçant l’avenir, doit donc tenir compte de l’effet de sa parole sur le comportement des gens. Il doit annoncer un avenir tel que les réactions de ses auditeurs co-produisent l’avenir en question, ou, en tout cas, ne l’empêchent pas de se réaliser. C’est, ce qu’en mathématiques, logique et métaphysique, on appelle la recherche d’un point fixe. Ce type de point fixe n’est pas donné de l’extérieur (comme Dieu chez Leibniz, voir les travaux éminents du premier Michel Serres), il est une émergence produite par le système des relations entre le prophète et le peuple auquel il s’adresse. J’ai proposé l’expression « point fixe endogène » pour désigner ce type de point fixe[8].

En d’autres termes, le prophète prétend annoncer un futur fixe c’est-à-dire indépendant des actions des agents, un avenir destinal en somme, alors qu’il a en réalité tenu compte des réactions de son auditoire pour se caler en un avenir tel que, celui-ci une fois annoncé, les réactions des agents l’engendreront. Ce procédé fonctionne d’autant mieux que les agents ignorent qu’ils participent à un tel schème. Ils tiennent que la parole du prophète dit ce que sera l’avenir. Si le prophète s’est calé sur un point fixe, l’avenir devenu présent ne les démentira pas. Si, de plus, cet avenir est celui que le prophète voulait faire arriver, soit parce qu’il est bon soit parce qu’il évite un désastre, qui songera à soupçonner le prophète ? Il aura eu recours à un détour métaphysique pour aller dans le bon sens.

Autrement dit, le prophète fait fond sur la logique de la prophétie auto-réalisatrice. Le défi que doit relever le prophète de malheur apparaît dès lors dans sa singularité : il doit résoudre en termes de prophétie auto-réalisatrice un problème dont la nature est celui d’une prophétie auto-invalidante. C’est l’objectif que je me suis fixé dès mon livre de 2002 sur le « catastrophisme éclairé » et c’est en ce point que je me suis écarté tant de Jonas que d’Anders, lesquels en sont restés au stade de la prophétie auto-invalidante, celle qui rend le prophète ridicule mais fier d’avoir sauvegardé la vie. C’est un point essentiel que j’ai échoué à faire comprendre, puisqu’on m’associe toujours à Jonas, et je le regrette. Je profite de l’hospitalité d’AOC pour tenter de faire mieux.

Peut-on rabattre la prophétie auto-invalidante sur la prophétie auto-réalisatrice ?

Jusqu’ici, nous avons considéré le cas du prophète isolé, extérieur au groupe dont il dit le destin, tout en étant suffisamment proche de lui pour tout savoir à son sujet y compris son avenir, un peu à la manière du Législateur selon Rousseau. Il existe une version beaucoup plus démocratique de cette configuration dans laquelle c’est le groupe lui-même, ou en tout cas ses représentants, qui prend par rapport à lui-même la position de prophète. Dans ce cas, prédire l’avenir (comme s’il était inscrit dans les astres : fatalisme) ou se le fixer comme objectif (volontarisme) coïncident tout en restant contradictoires.

Puisque, une fois décidé, tous prennent cet avenir pour point de repère fixe, intangible, c’est-à-dire indépendant des actions présentes, alors même que tous savent que l’avenir en dépend causalement[9], on peut dire que tous tiennent l’avenir pour nécessaire[10], sans pour autant faire de cet avenir un destin : c’est une convention[11] que tous acceptent parce qu’ils se la donnent à eux-mêmes[12].

Il devrait être évident que, comme dans le cas de la prophétie d’un individu isolé, cette convention ne peut pas être n’importe quoi. Elle ne peut « tenir », c’est-à-dire résister à l’observation, que si « ça boucle » : les réactions à l’avenir annoncé ne doivent pas empêcher la réalisation causale de cet avenir. En d’autres termes, elle doit être un point fixe endogène. Dans le cas positif, j’ai pris l’exemple du Plan quinquennal français, dont le mot d’ordre était : obtenir par la concertation et l’étude une image de l’avenir suffisamment attirante pour qu’on désire la voir se réaliser et suffisamment crédible pour qu’on ait des raisons de penser qu’on peut y arriver. La condition de bouclage est indispensable, sinon n’importe quelle utopie ferait l’affaire.

C’est sur cette configuration que je repose la question de la logique paradoxale de la prophétie de malheur. Existe-t-il une manière de prophétiser la catastrophe par l’annonce d’un avenir nécessaire qui l’évite et qui soit tel que cette annonce induise des comportements qui favorisent cet évitement ? Peut-on vraiment rabattre la prophétie auto-invalidante sur la prophétie auto-réalisatrice ?

Comme nous l’avons déjà vu, deux types opposés de rapport prophétique à l’avenir conduisent à renforcer la probabilité d’une catastrophe majeure. Celui des optimistes béats qui voient les choses s’arranger de toute façon, quoi que fassent les agents, par la grâce du principe qui veut que l’humanité se soit toujours sortie des pires situations. Et celui des catastrophistes mortifères que sont les collapsologues, qui annoncent comme certain ce qu’ils appellent l’effondrement. Dans l’un et l’autre cas, on contribue à en renforcer le caractère probable en démobilisant les agents, mais dans le second cas, cela va dans le sens de la prophétie, et dans le premier en sens opposé.

Nul mieux que le philosophe allemand Karl Jaspers, au sortir de la seconde guerre mondiale, n’a dit cette double impasse : « Quiconque tient une guerre imminente pour certaine contribue à son déclenchement, précisément par la certitude qu’il en a. Quiconque tient la paix pour certaine se conduit avec insouciance et nous mène sans le vouloir à la guerre. Seul celui qui voit le péril et ne l’oublie pas un seul instant se montre capable de se comporter rationnellement et de faire tout le possible pour l’exorciser.[13] »

Prophétiser que la catastrophe est sur le point de se produire, c’est contribuer à la faire advenir. La passer sous silence ou en minimiser l’importance, à la façon des optimistes béats, conduit au même résultat. Ce qu’il faudrait, c’est combiner les deux démarches : annoncer un avenir nécessaire qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir. En mécanique quantique, une superposition de ce type est la marque d’une indétermination (Unbestimmtheit en allemand). Sans vouloir chercher ici une analogie qui poserait trop de problèmes, j’ai proposé de retenir ce terme pour désigner le type d’incertitude radicale qui caractérise un tel avenir. Elle n’est pas probabilisable car les probabilités présupposent des disjonctions, alors qu’un avenir nécessaire ne connaît que des conjonctions. Le « poids » accordé à la catastrophe doit par ailleurs être aussi petit que possible, évanescent ou infinitésimal dans le cas d’une catastrophe majeure telle qu’une guerre nucléaire mondiale. La prophétie de malheur aura alors accompli son programme, à cet infinitésimal près[14].

Comment penser un avenir à la fois nécessaire et indéterminé ?

Cette question par laquelle je conclus cette mise au point est la plus problématique[15]. Elle fait l’objet de recherches que je suis heureux de ne pas conduire seul, tant elles posent de défis. Il existe diverses manières de concevoir la superposition des états qui réalise l’indétermination. Je me contenterai ici de deux sortes d’exemples, tirés de mes travaux passés.

D’abord le concept de near miss (ou near hit), familier aux stratèges nucléaires. Plusieurs dizaines de fois au cours de la Guerre froide, mais aussi plus tard, on est passé « à un cheveu » du déclenchement d’une guerre nucléaire. Est-ce à mettre au crédit ou au passif de la dissuasion ? Les deux réponses sont simultanément bonnes. McNamara conclut à l’inefficacité de la dissuasion. «We lucked out » (Nous avons eu du bol) dit-il à ce sujet en recourant à une expression argotique bien trempée.

Cette conclusion n’est-elle pas trop hâtive ? Ne pourrait-on pas dire au contraire que c’est ce flirt répété avec le tigre nucléaire, cette série d’apocalypses qui n’ont pas eu lieu, qui nous a protégés du danger que représentent l’accoutumance, le contentement de soi, l’indifférence, le cynisme, la bêtise, la croyance béate que le pire nous sera épargné ? Ni trop près, ni trop loin du trou noir, ou bien être à la fois proche et distant de l’abîme, telle semble être la leçon à tirer de la Guerre froide.

Le point fixe endogène est ici une apocalypse qui n’a pas eu lieu mais il s’en est fallu de peu. Je suis encore tout secoué que ma fille brésilienne se soit trouvée à bord du vol Air France AF 447 qui relie quotidiennement Rio de Janeiro à Paris le 31 mai 2009, soit la veille du jour où le même vol a disparu en mer. Mais si elle avait été sur ce vol une semaine, un mois, une année avant le crash, mon sentiment de peur rétroactive aurait-il été le même ? La catastrophe n’a pas eu lieu, cela arrive tous les jours, sinon c’en serait fini de l’industrie aéronautique. Le near miss, c’est autre chose. Il y a, sous-jacente à l’absence de la catastrophe, l’image de la catastrophe elle-même, l’ensemble constituant ce qu’on peut appeler une présence-absence.

La nouvelle de Philippe K. Dick, « Minority Report », développe une idée contenue dans le Zadig de Voltaire et illustre d’une autre façon les paradoxes examinés ici. La police du futur y est représentée comme ce qu’on appelle aujourd’hui, alors qu’elle est mise en place dans diverses villes du monde, une police prédictive qui prévoit tous les crimes qui vont être commis dans une zone donnée. Elle intervient parfois au tout dernier moment pour empêcher le criminel d’accomplir son forfait, ce qui fait dire à ce dernier : « Mais je n’ai rien fait ! », à quoi la police répond : « Mais vous alliez le faire. » L’un des policiers, plus tourné vers la métaphysique que les autres, a ce mot : « Ce n’est pas l’avenir si on l’empêche de se produire ! ».

Mais c’est sur le titre de la nouvelle que je veux insister ici. L’« avis minoritaire » se réfère à cette pratique à laquelle ont recours nombre d’institutions importantes de par le monde, par exemple la Cour Suprême des États-Unis ou le Conseil d’État français, qui consiste, lorsqu’elles rendent un avis qui ne fait pas l’unanimité, à inclure, à côté de l’avis majoritaire qui devient de ce fait l’avis de la Cour ou du Conseil, l’avis de la minorité. Dans la nouvelle de Dick, la prophétie est faite par un trio de Parques nommées Precogs (pour Pre-cognition). Trois est un nombre très intéressant car, ou bien les trois Parques sont d’accord, ou bien c’est deux contre une. La minorité, s’il y en a une, ne contient qu’un élément. L’avis de celui-ci apparaît en supplément de l’avis rendu, qu’il contredit tout en en faisant partie[16].

Voilà à quoi devrait ressembler la prophétie face à une catastrophe anticipée mais dont la date est inconnue : le malheur ne devrait y figurer qu’en filigrane d’une annonce de bonheur, ce bonheur consistant en l’évitement du malheur. On pourrait dire que le bonheur contient le malheur tout en étant son contraire, en prenant le verbe « contenir » dans son double sens d’avoir en soi et de faire barrage à.

 


[1] Ces titres ou sous-titres ont tous plus ou moins la même forme, du genre « Pour en finir avec l’apocalypse », « Halte à la déraison catastrophiste », « La fin du monde n’est pas pour tout de suite » (titres que j’invente sans préjuger de leur existence possible).

[2] Parmi les chercheurs dont les critiques m’ont aidé même si je reste en désaccord sur des points essentiels avec la plupart d’entre eux : Catherine Larrère, Michael Foessel, Luc Ferry, Gérald Bronner, Hicham-Stéphane Afeissa et quelques autres.

[3] Hans Jonas, Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Flammarion, Coll. Champs, 1995, p. 233. Je souligne.

[4] Günther Anders, Le temps de la fin, L’Herne, 2007, p. 88. Je souligne.

[5] Pour ce qui est de la Bible, le Deutéronome nous apprend que le seul et véritable critère de reconnaissance du vrai prophète était que sa parole s’accomplissait, que sa prophétie s’avérait exacte : « Peut-être diras-tu en ton cœur : “Comment reconnaîtrons-nous la parole que Yahvé n’a pas dite ?” Quand le prophète aura parlé au nom de Yahvé, si ce qu’il dit n’a pas lieu et n’arrive pas, voilà la parole que Yahvé n’a pas dite ; c’est par présomption qu’a parlé le prophète : tu ne le redouteras pas ! » [Deut. 18: 21-22]. C’est la non-réalisation de la prophétie qui prouve qu’elle n’est pas d’origine divine. Dans un monde laïc, ce même critère peut servir à distinguer les charlatans des autres prédicteurs.

[6] Deux livres fort différents illustrent cette incompréhension. L’essayiste Pascal Bruckner, dans son pamphlet Le fanatisme de l’apocalypse (Grasset, 2011), use jusqu’à la corde une technique qui atteint bien vite le point de rupture : alors qu’il devrait se faire tout petit devant l’importance des enjeux, il se moque de ce qu’il ne comprend pas. Se référant à la citation d’Anders que j’ai faite plus haut, il y voit une manifestation de fausse humilité, sans saisir que l’humilité n’a rien à voir à l’affaire et que le prophète efficace se condamne vraiment à avoir tort. Citant Jonas comme je l’ai également fait, il ironise : « Gagner, ce serait perdre mais perdre c’est gagner », incapable de comprendre la logique perverse de la prophétie de malheur. Le livre de Michaël Foessel, Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique, (Seuil, coll. Points Essais, 2012/2019) est d’une autre facture, un livre de vrai philosophe cette fois. Cependant, Foessel fait dire aux catastrophistes que « l’apocalypticien contemporain est animé par la passion d’avoir tort. » (p. 30).  Non, le catastrophiste rationnel d’aujourd’hui n’a aucunement la passion d’être ridicule : il veut éviter la catastrophe même s’il lui faut pour cela payer le prix de paraître un mauvais, c’est-à-dire un faux prophète. Ce n’est pas du tout la même chose !

[7] Le fait que Hans Jonas porte le nom de ce prophète est l’un de ces clins d’œil de l’histoire qui laisse confondu.

[8] Voir Jean-Pierre Dupuy, Introduction aux sciences sociales. Logique des phénomènes collectifs, Ellipses, coll. Cours de l’École Polytechnique, 1982.

[9] En philosophie, on dirait que l’avenir est contrefactuellement indépendant des actions présentes alors même qu’il en dépend causalement. Le non-parallélisme entre de telles dépendances ne bute pas sur une impossibilité logique.

[10] Dire que l’avenir est nécessaire c’est dire que tous les événements futurs s’y produisent nécessairement : il est impossible qu’ils ne s’y produisent pas. Il est équivalent de dire – mais cela requiert une démonstration – que l’avenir est nécessaire et de dire que tout événement qui ne se produira jamais est impossible.

[11] Au sens technique donné à ce terme par David K. Lewis, à la suite de David Hume, dans son livre Convention, Wiley-Blackwell, 2008.

[12] Dans mon livre L’Avenir de l’économie (Flammarion, 2012), j’ai nommé « coordination par l’avenir » cette modalité de la régulation sociale.

[13] Karl Jaspers, Von Ursprung und Ziel der Geschichte (De l’origine et du but de l’histoire), Munich/Zürich: R. Piper & Co. Verlag, 1949. (Je traduis et souligne).

[14] Trois livres marquent les étapes de ma réflexion : Pour un catastrophisme éclairé, 2002, op. cit.; L’Avenir de l’économie, 2012, op. cit.; La Guerre qui ne peut pas avoir lieu, Desclée de Brouwer, 2019.

[15] La nécessité, à l’instar de la possibilité chez Bergson, ne peut être que rétrospective. Un événement qui se produit devient nécessaire, non seulement parce qu’il entre dans le passé, mais parce qu’il devient vrai qu’il aura toujours été nécessaire.

[16] Cette figure paradoxale est exactement celle que le regretté anthropologue et sociologue Louis Dumont nommait la « hiérarchie comme englobement du contraire ». Voir Louis Dumont, Homo Hierarchicus, Gallimard, 1967 ; repris in Coll. Tel, 1979.

Jean-Pierre Dupuy

PHILOSOPHE, PROFESSEUR À STANFORD UNIVERSITY

COMPLEMENT:

Ferghane Azihari: «Doit-on nécessairement être anti-moderne pour être écologiste ?»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le jeune auteur libéral publie Les écologistes contre la modernité, un essai argumenté qui dresse les contradictions des écologistes, et déconstruit le mythe d’un paradis perdu que la civilisation industrielle aurait saccagé.

Ferghane Azihari est délégué général de l’Académie libre des sciences humaines (ALSH) et membre de la Société d’économie politique (SEP). Il publie Les Écologistes contre la modernité aux Presses de la Cité.


FIGAROVOX. – Votre livre Les écologistes contre la modernité est sous-titré «Le procès de Prométhée». Dans le Principe responsabilité (1979), le philosophe Hans Jonas fait référence au mythe de Prométhée pour dénoncer les risques inconsidérés de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l’équilibre écologique, social, et économique de la planète. Cherchez-vous dans ce livre à prendre le parti de l’accusé ?

Ferghane AZIHARI. – Dans la mythologie grecque, Prométhée est le titan qui donne le feu aux hommes. Il incarne désormais la civilisation industrielle si décriée par l’écologie politique. Je tente de restituer son bilan en lui offrant un procès équitable.

Il ne s’agit pas seulement de rappeler que la société industrielle nous a délivrés de la famine, de l’ignorance, de la maladie, des effets ravageurs des aléas naturels et de la pénibilité. Il convient aussi de liquider le mythe du paradis perdu qui prétend que notre environnement n’a jamais été aussi toxique qu’aujourd’hui. On doit cette fable aux penchants rousseauistes de l’idéologie écologiste : ils reprochent au progrès industriel de souiller notre monde.

Ce récit décliniste suggère que les sociétés prémodernes entretenaient avec leur environnement une relation plus harmonieuse. Mais cette nostalgie n’a aucun fondement. Les hommes des cavernes et les villes préindustrielles étaient exposés à des nuisances environnementales bien plus ravageuses que les citadins des métropoles modernes. La pollution et les catastrophes naturelles font plus de victimes dans les pays faiblement industrialisés que dans les nations développées. Enfin, les secondes sont mieux armées que les premières pour affronter le changement climatique. Il serait immoral et contreproductif de renoncer à l’expansion de l’industrialisme. On trahirait les peuples enfermés dans les fléaux écologiques prémodernes en éloignant l’humanité des solutions aux nouveaux défis.

Vous dénoncez une lecture technocritique du mythe de Prométhée. Ne pensez-vous pas qu’il faille toutefois distinguer la technique ancienne (outils) et la technique moderne – en tant que manifestation ultime de volonté de puissance (capable de se retourner contre l’humain) ?

La technologie provient toujours de ce que le philosophe Jacques Ellul appelait avec dédain la «passion de l’efficacité». Elle a pour objet d’augmenter notre puissance. La question est de savoir si cette quête de puissance est bienveillante ou non.

L’écologie politique l’envisage avec pessimisme. Hans Jonas écrivait que la véritable menace que porte la technologie «ne réside pas tant dans ses moyens de destruction que dans son paisible usage quotidien». On accuse la technique d’augmenter les penchants destructeurs de l’homme.

Les tragédies du XXe siècle et l’attention accordée aux nouveaux risques ont renforcé le prestige de cette lecture, quitte encore à sombrer dans la fable du bon sauvage. Pourtant, les travaux de Lawrence Keeley montrent que les guerres préhistoriques étaient plus fréquentes et meurtrières que les conflits modernes. Les Hutus n’ont guère eu besoin de la haute technologie pour décimer les Tutsis. Si l’on revient à l’environnement, les outils rudimentaires des chasseurs-cueilleurs ont suffi à conduire une partie de la mégafaune du Pléistocène à l’extinction tandis que leur mode de vie exigeait des infanticides et des géronticides réguliers.

Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse, qui voit dans le progrès technique la condition suffisante du progrès moral, en oubliant la variable culturelle. Mais en l’occurrence, et en dépit des nouveaux risques, le bilan sécuritaire de la modernité est positif, comme en témoigne notre succès évolutif. Il n’appartient qu’à nous de faire en sorte qu’il le demeure en usant de notre puissance pour servir notre espèce et non l’asservir.

Pourquoi, ni le programme des Verts, ni le localisme d’un Hervé Juvin ne peuvent constituer des alternatives viables, selon vous ?

Déjà au XVIIe siècle, l’humaniste Hugo Grotius constatait que le fondement du commerce mondial résidait dans l’inégale répartition géographique des ressources et des terres fertiles ainsi que l’incapacité des nations à subvenir seules à leurs besoins. En s’inscrivant à contre-courant de la mondialisation, localisme et décroissance constituent un profond désintérêt pour le sort de l’humanité. Des études suggèrent que seul un tiers de l’humanité pourrait se nourrir dans un monde localiste. Faut-il tuer les autres ?

Lorsque les écologistes pourfendent le productivisme, veulent diminuer les rendements agricoles, préfèrent les sources d’énergie intermittentes aux énergies abondantes, on peut se demander si l’hécatombe humanitaire n’est pas délibérément recherchée. D’autant que les vertus écologiques de ces propositions sont surestimées. Toutes choses égales par ailleurs, une agriculture aux rendements faibles, c’est plus de déforestation.

Le localisme néglige le fait que le transport contribue, en proportion, peu aux pollutions, contrairement à la phase de production. C’est pourquoi il est parfois moins polluant de se procurer une marchandise produite par un industriel étranger qui, pour des raisons géographiques, climatiques, techniques, logistiques ou par le jeu des économies d’échelle, parvient à utiliser moins de ressources pour produire une unité de richesses qu’un producteur local aux méthodes inefficientes. Si chaque ville française produisait sa nourriture localement, le gaspillage exploserait.

Enfin, un effondrement du commerce mondial appauvrirait l’humanité, ainsi qu’on l’a vu avec la Covid, ce qui amputerait ses capacités à investir dans des technologies propres, mais coûteuses. Pour verdir notre monde sans renoncer à améliorer le sort de l’humanité, il serait plus vertueux que les pays riches investissent dans la modernisation de leur appareil productif ainsi que dans celui des pays du Sud.

Vous assimilez l’«écologie intégrale» au panthéisme et affirmez que cette écologie «qui séduit tant de conservateurs est à l’origine le pur produit d’une droite néopaïenne et anti-chrétienne ». Ne faites-vous pas ici la confusion entre l’«écologie profonde» de la Nouvelle Droite et l’«écologie intégrale» proposée par le pape François dans son encyclique Laudato Si ? En effet, l’Eglise prône une écologie anthropocentrée, qui rend responsables les hommes en leur demandant de respecter la «maison commune »

L’écologie profonde personnifie la nature sauvage en la plaçant au-dessus de l’homme tandis que l’écologie intégrale, selon les termes du Manifeste de la nouvelle droite publié en 2000, «en appelle au dépassement de l’anthropocentrisme moderne». Certes, elle «ne gomme pas la spécificité de l’homme», mais elle lui dénie tout de même «la place exclusive que lui avaient donnée le christianisme et l’humanisme classique».

Ces deux écoles ont en commun de se méfier de la souveraineté que l’homme exerce sur la nature. Cette méfiance est désormais partagée par le Pape. Preuve en est qu’il préfère dénoncer la «démesure anthropocentrique» qui définirait notre époque que souligner les atteintes aux droits de l’homme qui ralentissent le développement des pays du Sud. Le souverain pontife propose d’ailleurs de ralentir le développement, voire d’y renoncer. Ce qui montre que l’humanisme n’est plus sa grille de lecture.

Comment ne pas déceler des bribes de paganisme dans un discours qui compte parmi les pauvres notre «Terre opprimée», accuse les hommes de «piller» la nature comme si seule Gaïa était propriétaire des ressources et que nous ne serions plus légitimes à en disposer (comme le font tous les autres êtres vivants à leur humble échelle) ?

Je ne parle même pas de l’image figée de la biosphère héritée de l’ère pré-darwinienne qui assimile toute transformation des écosystèmes à une destruction. François taxe enfin d’extrémisme ceux qui, dans le sillage des Lumières, placent leur confiance dans le progrès pour résoudre nos problèmes actuels ! Je vois dans cette inflexion du discours catholique le signe de l’hégémonie d’une écologie misanthrope à qui il faut donner des gages : elle ne définit plus la protection de la nature comme la sauvegarde d’un milieu hospitalier pour l’homme, mais comme la «sanctuarisation» d’un milieu dont il faut l’exclure. Pourtant, les écologistes insistent – à raison – sur le fait que l’homme appartient à la nature ! Sapiens doit visiblement se chercher d’autres alliés.

Vous démontrez que le temps de travail s’est considérablement réduit depuis la révolution industrielle. Si nous devons nous réjouir de la non-pénibilité du travail, est-il souhaitable de le voir disparaître ?

Depuis Platon, la philosophie politique occidentale admet que le but des sociétés réside dans l’allégement de la peine que l’homme s’inflige pour assouvir ses besoins. C’est pourquoi on préfère la Cité à l’ermitage. La réduction du labeur est une aspiration naturelle et universelle.

Elle n’a pas attendu l’émergence de la question ouvrière au XIXe siècle pour se manifester. En 1516, le penseur humaniste Thomas More imaginait un monde utopique où 6 heures de travail par jour suffisent pour bien vivre. Et tandis que l’ouvrier occidental moyen devait besogner plus de 3000 heures par an pour s’acheter le niveau de vie du XIXe siècle, il peut désormais travailler 1500 heures par an, soit 4 heures par jour, pour obtenir le confort du XXIe siècle. Le progrès de l’industrie et l’ouverture du commerce permettent de faire mieux que l’utopie de More.

Le libéral que je suis ne considère pas le travail comme une fin en soi. Ce n’est que le vulgaire prix à payer pour vivre, assouvir ses besoins et servir ses semblables. Le but du progrès est de réduire ce prix pour tendre vers la perfection (même si nous ne l’atteindrons jamais) que décrivait l’économiste Frédéric Bastiat en son temps : un effort nul pour un gain infini.

Ces idéaux ont longtemps été consensuels. Mais le comble est de voir désormais la gauche radicale, naguère favorable au «droit à la paresse», plaider pour assigner l’humanité à la malédiction de Sisyphe : un effort infini pour un gain nul. C’est ainsi qu’il faut interpréter les propositions d’un Nicolas Hulot ou d’un Dominique Bourg. Ce dernier veut reconduire un tiers de la population dans les champs, avec pour seule aide «l’énergie musculaire et animale». Ces délires réactionnaires seraient amusants s’ils n’influençaient pas les responsables «modérés» : nous avons déjà entendu un ministre français plaider pour le retour aux pratiques agricoles de nos grands-parents.

Vous considérez que Thomas Malthus, qui proposait une politique de contrôle des naissances pour préserver les ressources, s’est trompé. Pourquoi ?

Malthus craignait le scénario d’une production de richesses incapable de suivre une croissance démographique exponentielle. En dépit de ses erreurs, l’épouvantail de la surpopulation continue d’être agité par les écologistes, comme en témoignent les cas de Paul Ehrlich, qui envisageait la stérilisation forcée, ou de Pablo Servigne, qui suggère dans son best-seller que nous devons dès maintenant choisir qui doit naître pour ne pas avoir à choisir qui devra mourir demain.

Rappelons qu’au temps de Malthus, nous étions un milliard et la misère était la norme. Aujourd’hui, nous sommes 8 milliards et la misère devient l’exception, ce qui infirme les scénarios apocalyptiques que l’on pouvait lire dans les années 70 à travers le rapport au Club de Rome. Ces progrès humanitaires s’expliquent par le fait que les hommes, loin de n’être que des ventres sur pattes, sont d’abord des ouvriers, des ingénieurs et des innovateurs. Ils créent plus qu’ils ne détruisent.

Jean Bodin avait raison de souligner dès le XVIe siècle qu’il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de citoyens dans la mesure où il n’y a de richesse que d’hommes. Désormais, le néo-malthusianisme prétend qu’une «surpopulation» d’êtres opulents menace de rendre notre planète toxique. Le raisonnement semble a priori logique. On peut en effet se dire que, toutes choses égales par ailleurs, plus on est, plus on consomme, plus on pollue. Sauf que la variable technologique fait que les choses ne sont jamais égales par ailleurs !

Par exemple, Paris comptait 200 000 âmes en 1328, soit 10 fois moins qu’aujourd’hui. Pourtant, la pollution tuait une proportion de Parisiens plus forte au Moyen Âge qu’au XXIe siècle : une métropole équipée de l’électricité et du traitement des eaux usées bénéficie d’un environnement de meilleure qualité qu’une petite bourgade dépourvue de ces technologies.

Le raisonnement vaut pour le changement climatique. Entre 1979 et 2019, grâce au nucléaire et à l’efficacité énergétique, les émissions territoriales françaises de CO2 ont baissé tandis que la population française a gagné 11 millions d’habitants sur la même période et que notre production industrielle est plus élevée en 2019 qu’en 1979 en valeur absolue. Les émissions importées suivront la même trajectoire à mesure que nos partenaires commerciaux obtiendront nos technologies.

Or, ainsi que le rappelait l’économiste Julian Simon, une large démographie favorise l’innovation, car elle permet une abondance de bras et de cerveaux brillants. Enfin, le jeu des économies d’échelle fait que les grandes communautés obtiennent plus aisément les technologies propres qui, parce que coûteuses, seraient inaccessibles aux petites communautés. C’est la raison pour laquelle les villes sont mieux équipées que les campagnes en infrastructures essentielles à un environnement sain, comme les réseaux d’égout ou les stations d’épuration. Pour sauver notre habitat, mieux vaut des familles nombreuses composées d’ingénieurs que des zadistes célibataires. D’ailleurs, si l’on regarde les trajectoires démographiques actuelles, la menace qui plane sur nous est plutôt le vieillissement et le déclin démographique de notre espèce.

Si aucune solution écologiste ne trouve grâce à vos yeux, que proposez-vous pour répondre à l’urgence climatique, au sujet de laquelle les scientifiques nous alertent ?

Je dénonce une récurrence étrange chez les écologistes. Les mesures qu’ils proposent contreviennent toujours à la résolution des problèmes qu’ils soulignent, voire les aggravent. On ne peut pas comprendre cette dissonance si on ne la met pas en lien avec les arrière-pensées anticapitalistes de ce mouvement. Je cite dans mon ouvrage d’éminents auteurs écologistes qui redoutent le scénario d’une humanité qui parvient à se doter d’une énergie abondante, fut-elle propre, et qui présentent la pauvreté comme l’horizon souhaitable de notre espèce. Ce qui suffit à prouver leur insincérité.

Si le but est de lutter contre le changement climatique en assurant à l’humanité le niveau de vie le plus élevé possible, alors, outre l’efficacité énergétique, il faut que celle-ci cesse de fermer des centrales nucléaires et se convertisse massivement à l’énergie atomique, soit la source d’énergie la plus décarbonée, fiable et efficace à grande échelle. Les centaines de milliards que les pouvoirs publics et le secteur privé des pays développés dilapident dans l’éolien et le solaire doivent être immédiatement réaffectés vers l’atome. Sans cela, toute tentative de décarboner l’électricité mondiale, d’électrifier nos usages, de synthétiser des carburants ou des engrais propres ou d’investir dans la capture du CO₂ sera inefficiente.

Plutôt que de culpabiliser les pays émergents, nous devrions porter l’idéal d’une filière nucléaire ambitieuse, capable de frapper à la porte de tous les pays soucieux de se délivrer de la misère et des énergies fossiles. Il ne faut pas non plus oublier l’impératif de l’adaptation, qui montre là encore l’inanité de la post-croissance : la résistance des sociétés face aux aléas naturels augmente avec la richesse. Un Israélien ou un Néerlandais qui peut se procurer des stations pour dessaler l’eau mer ou un système de protection côtière ultra-sophistiqué contre la montée des eaux est moins vulnérable à la sécheresse et aux inondations qu’un Malgache ou qu’un Bangladais.

Une des réponses au changement climatique consiste à nous assurer que ces gains en résilience devancent l’émergence des nouveaux risques. Ce ne sont là que des premières pistes qui méritent d’être approfondies par des entrepreneurs, ingénieurs et scientifiques assez humanistes pour refuser le discours qui feint de s’inquiéter des maux du changement climatique pour assigner les hommes aux fléaux de la misère.


Ecologie: Hypocrites de tous les pays, unissez-vous ! (Guess who keep lecturing us about climate change, but flaunt carbon footprints 300 times bigger than the rest of us ?)

10 novembre, 2019

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Chers journalistes qui nous avez traités d’hypocrites, vous avez raison. Notre empreinte carbone est élevée et celle des industries dont nous faisons partie est énorme. Comme vous, et tous les autres, nous sommes coincés dans une économie basée sur l’énergie fossile et sans changement radical, nos styles de vie continueront à endommager le climat et l’écologie. Il y a cependant une histoire plus urgente sur laquelle nos profils et nos plates-formes peuvent attirer l’attention. Le changement climatique arrive plus vite et plus fort que prévu ; des millions de personnes en souffrent, quittent leur maison pour arriver à nos frontières en tant que réfugiés. Aux côtés de ces personnes qui payent déjà le prix de notre économie basée sur l’énergie fossile, il y a des millions d’enfants – appelés par Greta Thunberg – qui nous implorent, nous les personnes de pouvoir et d’influence, de nous battre pour leur futur qui est déjà dévasté. Nous ne pouvons ignorer leur appel. Même si en leur répondant nous nous retrouvons dans votre ligne de mire. Les médias existent pour dire la vérité aux gens. En ce moment, il n’y a pas de besoin plus urgent que de vous renseigner sur le CEE (Climate and Ecology Emergency) et que vous utilisiez votre voix pour atteindre de nouveaux publics avec la vérité. Collectif de célébrités
C’est grâce à Greta et aux jeunes militants du monde entier que je suis optimiste quant à l’avenir. C’était un honneur de passer du temps avec Greta. Elle et moi nous sommes fait la promesse de nous supporter l’un et l’autre, dans l’espoir de créer un avenir plus réjouissant pour notre planète. Leonardo DiCaprio
C’était fantastique de rencontrer la semaine dernière @GretaThunberg, mon amie et mon héroïne, et de faire ensemble un tour de Santa Monica à vélo. J’étais tellement excité à l’idée de la présenter à ma fille Christina. Continue de nous inspirer Greta!  Arnold Schwarzenegger
Ce que je veux, c’est que les gens réalisent que nous devons faire quelque chose pour le monde. Sinon, ce sera le début de notre extinction. Quel est le message derrière? Peut-être de lancer la conversation avec des amis: ‘Vous avez vu la peinture murale de Greta? A quel sujet ? Le changement climatique.’ Andres “Cobre” Petreselli
The Kadıköy Municipality, run by [the main opposition Republican People’s Party] CHP, painted a mural of Greta Thunberg, who officially filed a complaint against Turkey at the United Nations. The mayor must put an end to this mural scandal of the girl who is the enemy of Turks! Aydoğan Ahıakın (AKP)
Let’s cut off the electricity, natural gas and Internet at her house in Stockholm, take away her smart phone, then watch her vignette full of mimicry that she rehearses in front of a mirror. Cem Toker (Turkey’s Liberal Party)
Greta, who had been portrayed as a sympathetic and respected young woman by the vast majority of the Turkish media before the UNGA sessions in New York City, submitted a legal complaint against five countries including Turkey to the UN Committee on the Rights of the Child, accusing them of “recklessly causing and perpetuating life-threatening climate change [and] failing to take necessary preventive and precautionary measures to respect, protect, and fulfill the petitioners’ rights.” “16-year-old girl files complaint against Turkey at UN” dominated the headlines in Turkey, and a campaign to discredit her was kicked off on social and government-controlled mass media immediately afterwards. Many Twitter users — apparently nationalists and supporters of the government — reposted a doctored image of her posing with George Soros, who Turkish President Recep Tayyip Erdoğan once described as a famous Hungarian Jew who attempted to overthrow his government in 2013. The original image, in fact, was a photo on Greta’s Instagram account with Al Gore. Banu Avar, an ultranationalist journalist known for her conspiracy theories and xenophobia, tweeted that the powers behind Greta were Bill Gates and George Soros, referring to the Nya Tider website, the media outlet of a Nazi organization called Nordiska motståndsrörelsen, (Nordic Resistance Movement) in Sweden. İsmail Kılıçarslan of the pro-government Yeni Şafak daily claimed that Greta Thunberg had surpassed her namesake, world-famous Swedish-American film actress Greta Garbo, in making a splash and posted a chart on carbon emissions showing Turkey was already far behind many developing countries. However Thunberg’s submission to the UN had nothing to do with carbon emissions. Kılıçaraslan also added Greta to a list of people who are allegedly trying to tarnish Turkey’s image at home and abroad. Melih Altınok, a columnist for the Sabah daily, which is run by the Erdoğan family, accused Greta’s parents of child abuse and described her efforts as a part of a Stockholm-style environmentalism that claims “cow farts” will cause the end of the world. Mevlüt Tezel of Sabah wrote in his column titled “Project girl, haven’t you found another country to blame?” that Greta, who he described as a polished setup girl, became popular only after US President Donald Trump made fun of her. Conspiracist and columnist for the same daily Ferhat Ünlü mentioned her in his last column about HAARP (High Frequency Active Auroral Research Program), which was claimed to be a US project to produce weapons that trigger earthquakes, writing “… those who made a child who reportedly has Asperger’s Syndrome speak at the UN on the condition of accusing Turkey and similar countries hesitate to discuss HAARP.” No doubt, the most extreme reaction came from a politician, namely, Aydoğan Ahıakın, head of the governing Justice and Development Party (AKP) branch in Kadıköy, one the biggest districts in İstanbul. Ahıakın tweeted that “the Kadıköy Municipality, run by [the main opposition Republican People’s Party] CHP, painted a mural of Greta Thunberg, who officially filed a complaint against Turkey at the United Nations. The mayor [Şerdil Dara Odabaşı] must put an end to this mural scandal of the girl who is the enemy of Turks!” Ahıakın did not forget to mention Turkey’s Interior Ministry, which supervises municipalities in Turkey. The ministry recently removed several mayors in prominent Kurdish cities. Journalist and television host Ahmet Hakan Coşkun, who works for the pro-government Hürriyet daily and disreputable CNN-Türk, wrote in his column that he found Greta so unnatural, he simply was unable to develop a good feeling for her. Calling her a poseur and crabby, Çoşkun likened her to children who went crazy while reading epic poems. Meanwhile, there are those who discredit and oppose Greta ideologically as well. Hüseyin Vodinalı, a columnist for Aydınlık, the media outlet of Turkey’s neo-nationalist Homeland Party, said that “capitalism is hiding behind Greta.” Accusing her of roleplaying, Vodinalı wrote that global finance barons representing $118 trillion were using a small girl as a screen. Vodinalı also claimed that Greta’s mother, father and grandfather were all actors (which is not true) and that that was why her acting was so realistic. Gaffar Yakınca, another Aydınlık columnist, wrote two pieces on Greta. Yakınca portayed Greta as the new face of imperialism. Referring to her Asperger’s Syndrome, Yakınca claimed she had been dismayed by disaster scenarios since she was 8, adding that as an abused child she had fallen under the responsibility of Sweden’s ministry of social affairs. In his second column Yakınca likened Greta to Private Ryan, the main character of the movie “Saving Private Ryan,” which tells the story of a mentally ill American soldier who was rescued by the US Army during wartime. Yakınca claims that Greta is the last member of the same army. Greta’s peers were also hardhearted. The Union of High School Students, an organization affiliated with the Homeland Party, issued a statement accusing the West of using the old tactic of sending children to the fight first. Despite a note stating that Greta was not their addressee but rather her global masters, it is full of defamation and humiliation of the young activist. It would be incorrect to say that only pro-government journalists and ultranationalists were trying to defame the 16-year-old activist. For instance, Cem Toker, the former chairman of Turkey’s Liberal Party, wrote on his Twitter account in response to a user who expressed support for Greta, “Let’s cut off the electricity, natural gas and Internet at her house in Stockholm, take away her smart phone, then watch her vignette full of mimicry that she rehearses in front of a mirror.” Greta continues to travel the world. Turkey would be an amazing destination for her, departing from Stockholm, sailing the Mediterranean on a zero carbon yacht, meeting with activists whom she previously acknowledged for their protest of a gold mining company. However, it would be wise to postpone it for as long as xenophobia is on the rise in Turkey. Nordicmonitor
C’est ce qui s’appelle une boulette ! L’acteur oscarisé pour son rôle dans The Revenant s’est attiré les foudres de tous les écologistes samedi 21 mai 2016, en faisant un aller-retour entre Cannes et New York en jet privé pour aller chercher un prix. Banal, pour une star multimillionnaire. Oui, sauf quand il s’agit de recevoir une récompense en faveur de la planète… Alors qu’il était sur la Croisette pour le 69ème Festival de Cannes, Leonardo DiCaprio a dû s’éclipser quelques jours pour se rendre au Riverkeeper Fishermen’s Ball, un événement écologiste qui se déroulait à New York, soit à plus de 6000 kilomètres de Cannes. Pour faire l’aller-retour rapidement et récupérer son prix « green » des mains de Robert De Niro, l’acteur n’a pas trouvé d’autre solution que de prendre son jet privé. Une initiative qui fait désordre, surtout quand on sait qu’une heure de vol dans un jet privé brûle autant de carburant qu’une année entière de conduite d’une voiture, à en croire les rapports écologistes. Pourtant, Leonardo Dicaprio est plein de bonnes intentions pour la protection de notre belle planète. Le 20 janvier 2016, lors du dernier World Economic Forum, il signait un chèque de 15 millions de dollars en faveur des causes environnementales. Pendant la dernière cérémonie des Oscars, en février dernier, il profitait de son discours pour rappeler que « le changement climatique est réel. Cela arrive maintenant, et c’est la plus urgente menace pour notre espèce ». Ces démonstrations pour l’écologie avaient conduit le comédien à recevoir ce fameux prix vert le mercredi 18 mai 2016. Fier de sa récompense, l’acteur avait aussitôt publié une photo de son trophée sur son compte Instagram en se disant « honoré » d’avoir été invité à participer à un tel événement et en affirmant sa volonté de « créer et protéger un monde plus sain pour des millions de gens ». L’acteur star de Titanic, revenu sur la Croisette le jeudi 19 mai 2016 pour prononcer un discours lors du gala de l’amfAR contre le Sida, était loin de se douter que sa petite virée allait faire autant de vagues. Le porte-parole de l’acteur a pris sa défense en déclarant que Leonardo Dicaprio aurait en réalité profité d’un vol qu’effectuait un de ces amis, lequel faisait lui aussi l’aller-retour Cannes-New York. Orange
They lecture other people about the need to take action on climate change but then climb aboard private jets. Celebrity “super-emitters” have carbon footprints up to 300 times bigger than the average person and may encourage others to adopt their dirty habits by flaunting their frequent flying on social media, a study says. Bill Gates, the Microsoft billionaire, has the biggest carbon footprint of the ten celebrities whose travel habits were examined by the study. He took 59 flights in 2017, travelling 343,000km (213,000 miles). The study assumed he flew in his private jet, which he has described as his “guilty pleasure” and “big splurge”, and calculated his flying produced 1,600 tonnes of carbon dioxide, compared to a global average of less than five tonnes per person. Other celebrity frequent flyers included in the study by Lund University in Sweden include Paris Hilton who took 68 flights and travelled 275,000km, Jennifer Lopez 77 flights and 224,000km, and Oprah Winfrey 29 flights and 134,000km. The researchers examined the Facebook, Instagram and Twitter accounts of ten celebrities to establish their movements and looked at media reports and other sources to try to establish the type of plane in which they had travelled. Steffan Gossling, the lead author, said the example of Greta Thunberg, the teenage climate change activist who has vowed not to fly and has herself become famous, had “broken the convention” that celebrities were expected to travel in style. The emergence of the concept of flygskam, which is Swedish for “flight shame”, had also prompted more questions about the impact of frequent flyers, he said. He called on governments to “stem the growing class of very affluent people who contribute very significantly to emissions and encourage everyone else to aspire to such damaging lifestyles”. He added: “It’s increasingly looking like the climate crisis can’t be addressed while a small but growing group of super-emitters continue to increase their energy consumption and portray such lifestyles as desirable through their social media channels “As Greta Thunberg affirmed early on, ‘The bigger your carbon footprint, the bigger your moral duty’. And flying, as a very energy-intensive activity, has been identified as particularly harmful and socially undesirable.” Emma Watson, the actress and the only British celebrity among the ten, had the lowest carbon footprint as she flew only 14 times in 2017 and travelled 68,000km, all on scheduled airlines. But her carbon footprint of 15 tonnes from flying alone was still more than three times that of the average person from all activities. A spokesman said that Watson pays to offset the carbon emissions of the flights that she takes through the organisation. The study, published in the journal Annals of Tourism Research, added: “Scheduled air traffic, even though twice as energy-intense in business/first class, requires only a fraction of the energy consumed by private jets.” Mr Gossling said he had given up flying for leisure more than 20 years ago when he became aware of its damaging impact. However, he admitted to taking a flight yesterday from Germany to Denmark to attend an academic conference. He said he did not have the time to make the outward journey by rail but intended to spend 13 hours on trains tomorrow on the return journey. Ben Webster

Charité bien ordonnée commence par soi-même !

A l’heure où …

De Bristol à Istanbul et San Francisco

Et par fresques géantes interposées …

Se poursuit la béatification santo subito de la jeune activiste du climat suédoise Greta Thunberg …

Comment ne pas se réjouir …

De voir ses amis de la jet set …

Aux empreintes carbone jusqu’à 300 fois la nôtre …

Commencer enfin à appliquer à eux-mêmes

Les leçons d’écologie qu’ils nous avaient jusqu’ici si généreusement offertes ?

VIDEO. Plusieurs stars affirment être « hypocrites » face au changement climatique

ECOLOGIE Ce sont elles qui le disent dans une lettre ouverte publiée par Extinction Rebellion

20 Minutes
17/10/19

Plusieurs célébrités ont signé une lettre publiée par Extinction Rebellion dans laquelle elles admettent être « hypocrites » face au combat contre le changement climatique. De Benedict Cumberbatch au chanteur de Radiohead, Thom Yorke, en passant par Lily Allen, ils s’adressent aux journalistes qui les ont épinglés sur leurs habitudes de vie peu compatibles avec la protection de l’environnement.

« Chers journalistes qui nous avez traités d’hypocrites, vous avez raison. Notre empreinte carbone est élevée et celle des industries dont nous faisons partie est énorme. Comme vous, et tous les autres, nous sommes coincés dans une économie basée sur l’énergie fossile et sans changement radical, nos styles de vie continueront à endommager le climat et l’écologie », peut-on lire dans cette lettre relayée par plusieurs médias, dont la BBC.

Tous avec Greta Thunberg

Ils apportent également leur soutien à Greta Thunberg. « Le changement climatique arrive plus vite et plus fort que prévu ; des millions de personnes en souffrent, quittent leur maison pour arriver à nos frontières en tant que réfugiés. Aux côtés de ces personnes qui payent déjà le prix de notre économie basée sur l’énergie fossile, il y a des millions d’enfants – appelés par Greta Thunberg – qui nous implorent, nous les personnes de pouvoir et d’influence, de nous battre pour leur futur qui est déjà dévasté. Nous ne pouvons ignorer leur appel. Même si en leur répondant nous nous retrouvons dans votre ligne de mire », ajoutent-ils.

L’interprète de Sherlock Holmes et les autres ont également une requête adressée aux journalistes. « Les médias existent pour dire la vérité aux gens. En ce moment, il n’y a pas de besoin plus urgent que de vous renseigner sur le CEE (Climate and Ecology Emergency) et que vous utilisiez votre voix pour atteindre de nouveaux publics avec la vérité », peut-on lire également.

Voir aussi:

Jet-setting stars exposed over hypocrisy on climate change
Ben Webster, Environment Editor
October 24 2019
The Times

They lecture other people about the need to take action on climate change but then climb aboard private jets.

Celebrity “super-emitters” have carbon footprints up to 300 times bigger than the average person and may encourage others to adopt their dirty habits by flaunting their frequent flying on social media, a study says.

Bill Gates, the Microsoft billionaire, has the biggest carbon footprint of the ten celebrities whose travel habits were examined by the study. He took 59 flights in 2017, travelling 343,000km (213,000 miles).

The study assumed he flew in his private jet, which he has described as his “guilty pleasure” and “big splurge”, and calculated his flying produced 1,600 tonnes of carbon dioxide, compared to a global average of less than five tonnes…

They lecture other people about the need to take action on climate change but then climb aboard private jets.

Celebrity “super-emitters” have carbon footprints up to 300 times bigger than the average person and may encourage others to adopt their dirty habits by flaunting their frequent flying on social media, a study says.

Bill Gates, the Microsoft billionaire, has the biggest carbon footprint of the ten celebrities whose travel habits were examined by the study. He took 59 flights in 2017, travelling 343,000km (213,000 miles).

The study assumed he flew in his private jet, which he has described as his “guilty pleasure” and “big splurge”, and calculated his flying produced 1,600 tonnes of carbon dioxide, compared to a global average of less than five tonnes per person.

Other celebrity frequent flyers included in the study by Lund University in Sweden include Paris Hilton who took 68 flights and travelled 275,000km, Jennifer Lopez 77 flights and 224,000km, and Oprah Winfrey 29 flights and 134,000km.

The researchers examined the Facebook, Instagram and Twitter accounts of ten celebrities to establish their movements and looked at media reports and other sources to try to establish the type of plane in which they had travelled.

Steffan Gossling, the lead author, said the example of Greta Thunberg, the teenage climate change activist who has vowed not to fly and has herself become famous, had “broken the convention” that celebrities were expected to travel in style.

The emergence of the concept of flygskam, which is Swedish for “flight shame”, had also prompted more questions about the impact of frequent flyers, he said.

He called on governments to “stem the growing class of very affluent people who contribute very significantly to emissions and encourage everyone else to aspire to such damaging lifestyles”.

He added: “It’s increasingly looking like the climate crisis can’t be addressed while a small but growing group of super-emitters continue to increase their energy consumption and portray such lifestyles as desirable through their social media channels

“As Greta Thunberg affirmed early on, ‘The bigger your carbon footprint, the bigger your moral duty’. And flying, as a very energy-intensive activity, has been identified as particularly harmful and socially undesirable.”

Emma Watson, the actress and the only British celebrity among the ten, had the lowest carbon footprint as she flew only 14 times in 2017 and travelled 68,000km, all on scheduled airlines.

But her carbon footprint of 15 tonnes from flying alone was still more than three times that of the average person from all activities. A spokesman said that Watson pays to offset the carbon emissions of the flights that she takes through the organisation ClimateCare.org.

The study, published in the journal Annals of Tourism Research, added: “Scheduled air traffic, even though twice as energy-intense in business/first class, requires only a fraction of the energy consumed by private jets.”

Mr Gossling said he had given up flying for leisure more than 20 years ago when he became aware of its damaging impact. However, he admitted to taking a flight yesterday from Germany to Denmark to attend an academic conference.

He said he did not have the time to make the outward journey by rail but intended to spend 13 hours on trains tomorrow on the return journey.

Voir également:

Eco-campaigner Leonardo DiCaprio, 44, finally ditches private jet and deigns to fly commercial with girlfriend Camila Morrone, 21, at JFK Airport

 He has been criticized before for his use of private jets despite his interest in environmental causes.

But it seems like Leonardo DiCaprio has turned over a new leaf.

The 44-year-old actor was spotted heading to a commercial flight out of JFK Airport in New York on Sunday alongside 21-year-old girlfriend Camila Morrone.

As the actor has been criticized over his carbon footprint despite being an advocate for environmental issues, he made a much more conscious decision in taking a regular flight out.

Leo attempted to keep it low-key as he sported a black hoodie and matching puffer jacket, TUMI pack and Dodgers cap.

Camila looked fashionable in a  bright red puffer jacket as she followed her Oscar-winning boyfriend.

The model and the Hollywood icon were first linked in December 2017 when DiCaprio was pictured leaving her Los Angeles home.

The actor is a staunch supporter of environmental issues and used his acceptance speech at the 2016 Academy Awards to urge lawmakers to ‘stop procrastinating’ about the issues surrounding climate change.

The Revenant star has set up the Leonardo DiCaprio Foundation, which is ‘dedicated to the long-term health and well-being of the Earth’s inhabitants’ and has been largely praised for his conservation work.

 He has been criticized in the past for his use of private jets as in 2014, emails hacked from film studio Sony revealed he took six private flights in just six weeks which cost $177,550. This travel included two round trips from Los Angeles to New York, and one from LA to Las Vegas.

Outspoken: The actor – pictured 2018 in Las Vegas –  is a staunch supporter of environmental issues and used his acceptance speech at the 2016 Academy Awards to urge lawmakers to ‘stop procrastinating’ about the issues surrounding climate change

The actor is no stranger to dating models, with his previous conquests including the likes of Nina Agdal, Kelly Rohrbach, Toni Garrn, Gisele Bündchen, and Bar Refaeli.

His longest term relationship was with Brazilian supermodel Gisele, 37 – now married to New England Patriots star Tom Brady, 40 – from 1999 to 2005.

DiCaprio also dated Israeli catwalk queen, Bar Refaeli, 32, for six years from 2005 to 2011.

The actor’s most recent serious relationship was with Danish beauty Nina Agdal, 25, for a year.

DiCaprio has cast his previous type aside for brief romances with pop princess Rihanna, 29, and Gossip Girl star Blake Lively, 30.

Voir de plus:

Leonardo DiCaprio écolo : il voyage en jet privé pour aller récupérer son prix
Hélène Garçon
Orange
19 mai 2016

C’est ce qui s’appelle une boulette ! L’acteur oscarisé pour son rôle dans The Revenant s’est attiré les foudres de tous les écologistes samedi 21 mai 2016, en faisant un aller-retour entre Cannes et New York en jet privé pour aller chercher un prix. Banal, pour une star multimillionnaire. Oui, sauf quand il s’agit de recevoir une récompense en faveur de la planète…

Alors qu’il était sur la Croisette pour le 69ème Festival de Cannes, Leonardo DiCaprio a dû s’éclipser quelques jours pour se rendre au Riverkeeper Fishermen’s Ball, un événement écologiste qui se déroulait à New York, soit à plus de 6000 kilomètres de Cannes. Pour faire l’aller-retour rapidement et récupérer son prix « green » des mains de Robert De Niro, l’acteur n’a pas trouvé d’autre solution que de prendre son jet privé. Une initiative qui fait désordre, surtout quand on sait qu’une heure de vol dans un jet privé brûle autant de carburant qu’une année entière de conduite d’une voiture, à en croire les rapports écologistes.

Pourtant, Leonardo Dicaprio est plein de bonnes intentions pour la protection de notre belle planète. Le 20 janvier 2016, lors du dernier World Economic Forum, il signait un chèque de 15 millions de dollars en faveur des causes environnementales. Pendant la dernière cérémonie des Oscars, en février dernier, il profitait de son discours pour rappeler que « le changement climatique est réel. Cela arrive maintenant, et c’est la plus urgente menace pour notre espèce« . Ces démonstrations pour l’écologie avaient conduit le comédien à recevoir ce fameux prix vert le mercredi 18 mai 2016.

Fier de sa récompense, l’acteur avait aussitôt publié une photo de son trophée sur son compte Instagram en se disant « honoré » d’avoir été invité à participer à un tel événement et en affirmant sa volonté de « créer et protéger un monde plus sain pour des millions de gens« .

L’acteur star de Titanic, revenu sur la Croisette le jeudi 19 mai 2016 pour prononcer un discours lors du gala de l’amfAR contre le Sida, était loin de se douter que sa petite virée allait faire autant de vagues. Le porte-parole de l’acteur a pris sa défense en déclarant que Leonardo Dicaprio aurait en réalité profité d’un vol qu’effectuait un de ces amis, lequel faisait lui aussi l’aller-retour Cannes-New York.

Voir encore:

Leonardo DiCaprio et Greta Thunberg, la rencontre
Paris Match
02/11/2019

L’acteur de 44 ans et la militante de 16 ans se sont rencontrés à Los Angeles. Leonardo DiCaprio lui a dédié un message sur Instagram.

Une rencontre entre deux défenseurs de la nature. Vendredi, la jeune militante suédoise Greta Thunberg a rencontré Leonardo DiCaprio à Los Angeles. Messager de la Paix pour la protection du climat, l’acteur de 44 ans est également à la tête de sa propre fondation dédiée à la protection de la planète. «Il y a peu de moments dans l’Histoire où des voix ont un impact à des moments aussi cruciaux [qu’aujourd’hui] et à l’aube d’une transformation, mais Greta Thunberg est devenue une leadeuse de notre époque», a écrit la star hollywoodienne sur son compte Instagram.

Il a poursuivi son message en faisant comprendre aux détracteurs de la fondatrice des «FridaysForFuture» qu’ils portaient un mauvais jugement envers elle : «L’histoire nous jugera pour ce que nous faisons aujourd’hui afin de garantir que les générations futures puissent jouir de la même planète habitable que nous avons si ostensiblement tenue pour acquise. J’espère que le message de Greta sonne l’avertissement des dirigeants du monde où le temps de l’inaction est révolu. Avant de conclure: «C’est grâce à Greta et aux jeunes militants du monde entier que je suis optimiste quant à l’avenir. Ce fut un honneur de passer du temps avec Greta. Elle et moi sommes engagés à nous soutenir mutuellement, dans l’espoir d’assurer un avenir meilleur à notre planète». Des actions communes à venir ? Mystère

Greta veut se rendre à Madrid

Greta Thunberg poursuit son combat à travers le monde. Aux Etats-Unis depuis fin août, elle cherche désormais à revenir en Europe par la voie maritime. «J’ai besoin de trouver un moyen pour traverser l’Atlantique en novembre… Si quelqu’un pouvait me trouver un moyen de transport, je serais extrêmement reconnaissante», a tweeté l’adolescente de 16 ans, qui refuse de prendre l’avion, moyen de transport très polluant. Elle veut se rendre à Madrid, où se déroulera la conférence internationale sur le climat, COP25, initialement prévue au Chili.

Voir aussi:

Lutte pour le climat : après DiCaprio, Greta Thunberg a rencontré Schwarzenegger
De passage aux Etats-Unis, la militante suédoise a rencontré successivement deux des monuments du cinéma américain engagés dans la lutte pour le climat.
Le Parisien
5 novembre 2019

Le duo est presque improbable. L’acteur américain Arnold Schwarzenegger a posté ce mardi des clichés de lui, pédalant dans les rues de Santa Monica aux côtés de la jeune activiste suédoise Greta Thunberg. « C’était fantastique de rencontrer la semaine dernière @GretaThunberg, mon amie et mon héroïne, et de faire ensemble un tour de Santa Monica à vélo. J’étais tellement excité à l’idée de la présenter à ma fille Christina. Continue de nous inspirer Greta! », a tweeté, visiblement très enthousiaste, l’interprète de Terminator et ancien gouverneur de Californie.

Leur rencontre est loin d’être anodine : comme Greta Thunberg, arrivée à bord d’un voilier aux Etats-Unis en septembre, pour poursuivre son plaidoyer en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, Arnold Schwarzenegger s’active depuis près d’une décennie pour promouvoir R20, l’ONG spécialisée dans la défense de l’environnement dont il est à l’origine.

« C’était un honneur de passer du temps avec Greta »

Avant sa rencontre avec « Schwartzie », de 53 ans son aîné, la jeune suédoise avait déjà été vue en compagnie d’un autre monument du cinéma américain. Vendredi, Leonardo DiCaprio, lui aussi fervent défenseur de l’écologie, a posté sur Instagram une photo de lui, posant près de l’adolescente.

Un cliché accompagné d’un commentaire laudateur. « C’est grâce à Greta et aux jeunes militants du monde entier que je suis optimiste quant à l’avenir », écrit l’acteur quadragénaire. « C’était un honneur de passer du temps avec Greta. Elle et moi nous sommes fait la promesse de nous supporter l’un et l’autre, dans l’espoir de créer un avenir plus réjouissant pour notre planète. »

La jeune Suédoise doit dorénavant rejoindre l’Espagne, pays hôte de la prochaine COP25, initialement prévue au Chili. Elle cherche toujours un moyen d’y parvenir sans exploser son bilan carbone.

Voir par ailleurs:

Greta Thunberg mise à l’honneur dans une impressionnante peinture murale à Bristol

Un street-artiste britannique a peint la jeune activiste suédoise sur un mur de Bristol pour saluer son combat pour le climat.

Morgane Guillou
Huffington Post

INTERNATIONAL – Un street-artiste britannique a honoré Greta Thunberg dans une étonnante peinture murale dans la ville de Bristol au sud-ouest de l’Angleterre, comme le montre la vidéo en tête d’article.

La jeune activiste suédoise pour le climat y apparaît le corps et le visage à moitié recouverts par les eaux de glaciers fondants derrière elle, sous un ciel noir et orageux. Ce paysage symbolise le réchauffement climatique et certaines de ses conséquences les plus inquiétantes, à savoir la fonte des glaciers et la récurrence d’épisodes climatiques désastreux.

Le street-artiste Jody Thomas a voulu saluer Greta Thunberg pour son combat sur le climat. À mesure qu’il avançait dans l’élaboration de son oeuvre, il s’est étonné du nombre de personnes qui semblaient reconnaître la jeune militante de 16 ans.

Cette dernière s’est récemment illustrée au Parlement européen et dans plusieurs pays où elle a donné des discours sur l’inquiétude des jeunes générations face à l’avenir de la planète et de l’humanité.

Cette peinture murale en son honneur a été très acclamée par une large partie du public de Bristol, haut lieu du street art et connue pour être la ville natale de Banksy.

Greta Thunberg a été invitée pour juillet à l’Assemblée nationale française par les députés membres du collectif transpartisan pour le climat “Accélérons”.

Voir aussi:

Greta Thunberg, activiste suédoise pour le climat, reçoit une fresque à San Francisco

Le muraliste argentin Andres Iglesias, qui signe son art avec le pseudonyme de Cobre, devrait achever l’oeuvre de l’artiste suédois de 16 ans sur la place de la ville, Union Square, la semaine prochaine.

Cobre a confié au site d’information SFGate qu’il donnait de son temps pour achever les travaux et qu’il espérait que la murale aiderait les gens à comprendre « nous devons prendre soin du monde ».

Cobre a déclaré qu’il cherchait un bâtiment pour une nouvelle peinture murale lorsque One Atmosphere, un organisme sans but lucratif responsable de l’environnement, l’a approché à propos du projet.

Le directeur exécutif, Paul Scott, a déclaré qu’il pensait que Cobre était le choix idéal pour créer le premier de ce que l’organisation espère être une série de travaux rendant hommage aux activistes du changement climatique.

Mme Thunberg elle-même avait passé la journée à un rassemblement sur les changements climatiques à Charlotte, en Caroline du Nord, et avait arrêté une démérite qui essayait de perturber son discours.

« Je pense que si vous voulez parler avec moi personnellement, peut-être que vous pourrez le faire plus tard », a déclaré Mme Thunberg avant que la foule n’éclate en scandant son prénom.

La jeune femme, âgée de 16 ans, qui voyageait en Amérique du Nord pour sensibiliser l’opinion au changement climatique, implorait d’autres leaders de la jeunesse de s’exprimer dans la lutte contre le réchauffement climatique lorsqu’elle a fait une pause alors qu’une personne proche de la scène tentait de s’exprimer à son sujet.

« Dans de telles circonstances, il peut être difficile de trouver de l’espoir, je peux vous le dire », a déclaré Mme Thunberg.

« Et je peux vous dire que je n’ai pas trouvé beaucoup d’espoir dans les politiciens et les entreprises. Ce sont désormais les gens qui constituent notre plus grande source d’espoir.

« Même si nous, les jeunes, ne sommes peut-être pas en mesure de voter ou de prendre des décisions aujourd’hui, nous avons quelque chose d’aussi puissant », a-t-elle déclaré. « Et ce sont nos voix. Et nous devons les utiliser. »

Comme dans ses discours précédents, Mme Thunberg a réprimandé les adultes pour leur inaction dans la lutte contre le changement climatique.

« Ce sont nous les jeunes qui formons l’avenir », a-t-elle poursuivi.

« Nous n’avons pas assez de temps pour attendre que nous grandissions et que nous devenions les responsables, car nous devons faire face à l’urgence climatique et écologique dès maintenant.

« Si les adultes et les personnes au pouvoir sont trop immatures pour s’en rendre compte, alors nous devons leur faire savoir. »

Voir enfin:

Celebrities backing Extinction Rebellion say ‘yes, we are all hypocrites’ in open letter to media

Email: press@risingup.org.uk

Phone: +44(0) 7811 183633

#EverybodyNow  #ExtinctionRebellion

  • Open letter signed by more than 100 high-profile names, including actors Jude Law, Benedict Cumberbatch and Jamie Winstone, musicians Mel B, Natalie Imbruglia and Thom Yorke, and comedians Steve Coogan and Ruby Wax
  • List of notable names admit hypocrisy and urge that attention is drawn to the more pressing issue of the Climate and Ecological Emergency
  • Signatories stand firm that they will continue to speak out on the issue despite the criticisms they face from the media

Celebrities have issued a mea culpa to the media today in response to criticism that they are guilty of being hypocrites for backing Extinction Rebellion and continuing to live high carbon lives. The open letter has been signed by more than 100 high profile names, including actors, musicians, comedians, writers and even a former Archbishop of Canterbury.

Countless notable figures have chosen to back Extinction Rebellion in recent weeks, including a number who have visited the Rebellion sites. In almost all cases there has been a follow-up article in the media criticising them for being hypocrites.

Sarah Lunnon of Extinction Rebellion said: “We are so impressed by these personalities for coming forward. It’s easy to call people out for being hypocrites but that’s really a distraction from the much bigger, and perhaps more confronting conversation we need to have about the unworkable system in which we live. None of us is perfect. What matters is that more and more people are ready to talk about transforming how we relate to the planet, and we are prepared to put our liberty on the line to do so.”

The letter starts:

Dear journalists who have called us hypocrites,

‘You’re right. 

‘We live high carbon lives and the industries that we are part of have huge carbon footprints. Like you – and everyone else – we are stuck in this fossil-fuel economy and without systemic change, our lifestyles will keep on causing climate and ecological harm.

Despite the criticism they face, the signatories say that they are resolute in still speaking out on the issue of the climate and ecological emergency. The letter also urges the media to do more to support the cause. The letter goes on to say: ‘The stories that you write calling us climate hypocrites will not silence us.

‘The media exists to tell the public the truth. Right now there has never been a more urgent need for you to educate yourselves on the CEE (Climate and Ecological Emergency) and to use your voices to reach new audiences with the truth.’

Steve Coogan said: “Extinction Rebellion is a grassroots movement that should be applauded for putting this issue at the top of the agenda where it belongs.

“I stand in full support of these brave, determined activists who are making a statement on behalf of us all.”

Actor Jaime Winstone said: “I will continue to change my life for the greater good for the planet.

“I will continue to push for climate justice…we all need to change the way we live our lives for a healthier living planet and stop living in denial that climate crisis isn’t real.

“It’s happening. We all need to make changes if we want to survive and our children to thrive.”

The full text of the letter reads:

Dear journalists who have called us hypocrites,

You’re right. 

We live high carbon lives and the industries that we are part of have huge carbon footprints. Like you – and everyone else – we are stuck in this fossil-fuel economy and without systemic change, our lifestyles will keep on causing climate and ecological harm. 

There is, however, a more urgent story that our profiles and platforms can draw attention to.

Life on earth is dying.  We are living in the midst of the 6th mass extinction. For those who still doubt the severity of our situation, here is the International Monetary Fund on 10th October 2019 :

“Global warming causes major damage to the global economy and the natural world and engenders risks of catastrophic and irreversible outcomes”

And here is Sir David Attenborough on 3rd December 2018 : 

“Right now, we are facing a man-made disaster of global scale. Our greatest threat in thousands of years. Climate change. If we don’t take action, the collapse of our civilisations and the extinction of much of the natural world is on the horizon.”

Climate change is happening faster and more furiously than was predicted; millions of people are suffering, leaving their homes and arriving on our borders as refugees. 

Alongside these people who are already paying the price for our fossil fuelled economy, there are millions of children – called to action by Greta Thunberg – who are begging us, the people with power and influence, to stand up and fight for their already devastated future.

We cannot ignore their call.  Even if by answering them we put ourselves in your firing line.

The stories that you write calling us climate hypocrites will not silence us.  

The media exists to tell the public the truth. Right now there has never been a more urgent need for you to educate yourselves on the CEE (Climate and Ecological Emergency) and to use your voices to reach new audiences with the truth. 

We invite all people with platforms and profiles to join us and move beyond fear, to use your voices fearlessly to amplify the real story.

Thousands of ordinary people are risking their freedom by taking part in non-violent civil disobedience.  We’ve been inspired by their courage to speak out and join them. We beg you to do the same.

With love,

Riz Ahmed (actor), Simon Amstell (comedien), Mel B – Spice Girls (musician), Matt Berry (actor), Melanie Blatt – All Saints (musician), Baroness Rosie Boycott, Rory Bremner (comedien), Tom Burke (actor), David Byrne – Talking Heads (musician),  Peter Capaldi (actor), Jake Chapman (artist), Mary Charteris (model / musician/ DJ), Grace Chatto – Clean Bandit (musician), Adam Clayton – U2 (musician), Jarvis Cocker (musician), Lily Cole (actor & model), Steve Coogan (actor), Laura Crane (pro surfer & model), Alfonso Cuaron (director), Benedict Cumberbatch (actor), Stephen Daldry (director), Poppy Delevingne (actor / model), Jeremy Deller (artist), Emily Eavis (Glastonbury Festival), Katy England (fashion stylist), Brian Eno (musician),  Paapa Essiedu (actor), Livia Firth (Eco Age – founder), Jerome Flynn (actor), Stephen Frears (director), Bella Freud (designer), Sonia Friedman OBE (producer), Neil Gaiman (writer), Bob Geldof (musician and campaigner), Aileen Getty (activist and philanthropist),  Simon Green – Bonobo (musician), Natalie Imbruglia (singer), Helena Kennedy QC, Idris Khan OBE (artist), Vanessa Kirby (actor), Nan Goldin (artist), Antony Gormley (artist), Jack and Finn Harries (film-makers and influencers), MJ Harper (dancer), Paul and Phil Hartnoll – Orbital (musicians), Lena Headly (actor), Imogen Heap (musician), Dr. Pam Hogg (fashion designer), Jon Hopkins (musician), Nick Hornby (writer), Julietthe Larthe (producer), Jude Law (actor), Howard and Guy Lawrence – Disclosure (musicians), Daisy Lowe (model), Phil Manzanera – Roxy Music (musician), Simon McBurney OBE (theatre maker), Ian McEwan (writer), Fernando Meirelles (director), Sienna Miller (actor), George Monbiot (journalist), David Morrissey (actor), Sir Michael and Lady Clare Morpurgo (writer), Sophie Muller (director), Robert Del Naja – Massive Attack (musician), Andrea (Andi) Oliver (TV chef), Chris Packham (conservationist), Amanda Palmer (musician), Cornelia Ann Parker OBE (artist), Bill Paterson (actor), Caius Pawson (Young Turks – Founder and XL Recordings – A&R Director), Grayson Perry (artist & broadcaster),  Gilles Peterson (DJ & broadcaster), Yannis Philippakis and Edwin Congreave – Foals (musicians), Jason Pierce – Spiritualized (musician), Heydon Prowse (writer and director), Jonathan Pryce (actor), Gareth Pugh (designer), Sir Mark Rylance (actor), Nitin Sawney (musician), Tracey Seaward (film producer), Wilf Scolding (actor), Alison Steadman (actor), Juliet Stevenson (actor), Justin Thornton and Thea Bregazzi (Preen by Thornton Bregazzi, designers), Geoff Travis (Rough Trade, founder), Gavin Turk (artist), Mark Wallinger (artist), Ruby Wax (writer, performer and comedian), Rowan Williams (theologian), Jaime Winstone (actor), Ray Winstone (actor), Jeanette Winterstone (writer), Thom Yorke (musician), Dan Haggis, Matthew Murphy & Tord Øverland Knudsen – The Wombats (musicians), Deborah Curtis (artist),   and Lady Clare Morpurgo, Geoff Jukes (music manager), Joe Murphy (playwright), David Lan (theatre writer and producer), Alice Aedy (photographer), Kate Fahy (actor), Fay Milton – Savages (musician), Johnny Flynn (actor and musician), William Rees – Mystery Jets (musician), Flora Starkey (floral artist), MJ Delaney (director), Brian Ogle (architect),James Suckling (fashion consultant), Miquita Oliver (presenter), A Fletcher Cowan (presenter), Eliza Caird (musician), Lee Sharrock (PR and curator), Joe Robertson (playwright), Olivia Calverley (TV producer), Tia Grazette (creative director), Sam Conniff (author and pirate), Stefan Bartlett (designer), Matt Lambert (artist), J. 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Iran: La syrianisation a commencé (Death to farmers: As in Syria, water mismanagement and massive corruption could finally tip the balance against the Iranian regime)

2 juillet, 2018

 En plein cœur du lit de la mythique Zayandeh rud, la rivière qui a donné naissance à l'ancienne cité d'Ispahan. (Yann Leymarie)

Station d’approvisionnement en eau dans un village non loin de Khasab (Sultanat d’Oman), dans le détroit d’Ormuz, face à l’Iran, le 1er mai 2008 | REUTERS/Ahmed Jadallah
L’ennemi est ici, on nous ment que c’est l’Amérique ! Slogan du peuple iranien
 Lâchez la Syrie occupez-vous de nous ! Slogan du peuple iranien
Où est passée notre rivière? Slogan de paysans iraniens
Mort aux paysans ! Vivent les oppresseurs ! Slogan (ironique) de manifestants paysans iraniens
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tout ce qu’on ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la sensibilité est plus vive. La féodalité dans toute sa puissance n’avait pas inspiré aux Français autant de haine qu’au moment elle allait disparaître. Les plus petits coups de l’arbitraire de Louis XVI paraissaient plus difficiles à supporter que tout le despotisme de Louis XIV. Le court emprisonnement de Beaumarchais produisit plus d’émotion dans Paris que les dragonnades. Tocqueville (L’ancien régime et la révolution, 1856)
La révolution à plus de chances de se produire quand une période prolongée de progrès économiques et sociaux est suivie par une courte période de retournement aigu, devant laquelle le fossé entre les attentes et les gratifications s’élargit rapidement, devenant intolérable. La frustration qui en résulte, dès lors qu’elle s’étend largement dans la société, cherche des modes d’expression dans l’action violente. James Chowning Davies
De nombreux sociologues contemporains reprennent cette analyse de Tocqueville, en expliquant les conflits sociaux par la frustration résultant de l’écart croissant « entre ce que les gens désirent et ce qu’ils ont ». Pour Ted Gurr (Why men rebel, 1970), la révolution de 1917 serait due au contraste entre les attentes suscitées par les progrès accomplis depuis les années 1880 et la situation réelle de la paysannerie, du prolétariat naissant ou de l’intelligentsia. Pour James Davies (Toward a theory of Revolution, 1962), le concept de frustration relative trouvé chez Tocqueville a une plus grande portée que celui de frustration absolue attribué à Marx; il explique en effet que les révoltes naissent rarement dans les populations écrasées de misère mais chez ceux qui relèvent la tête et réalisent ce qui leur manque car ils ont plus. (…) Les grands conflits sociaux ou les changements révolutionnaires s’expliquent donc moins par des mécontentements à propos de grandes inégalités que par des sentiments « relatifs » basés sur des différences minimes, ou réduites par l’égalisation des conditions. Jean-Pierre Delas
Une opposition classique met en vis-à-vis la lecture marxienne, selon laquelle la dégradation des conditions de vie agirait comme facteur déterminant et explicatif des soulèvements révolutionnaires, à celle de Tocqueville, pour qui, au contraire, l’amélioration des situations économiques serait à l’origine des évènements révolutionnaires. James Chowning Davies, sociologue américain, tente une synthèse des deux points de vue dans un modèle associant l’idée d’une genèse progressive (liée à l’amélioration des conditions de vie sur plusieurs décennies) d’aspirations sociales longtemps contenues et la thèse des frustrations surgissant plus brutalement à l’occasion de retournements de conjonctures. Le modèle psycho-sociologique de James C. Davies (« Toward A Theory of Revolution » …) tente d’expliquer les renversements de régimes politiques par l’augmentation soudaine d’un écart entre les attentes de populations motivées par des progrès économiques et les satisfactions réelles brutalement réduites par un retournement de conjoncture économique (ex. : mauvaises récoltes, récession économique…) ou politique (ex. : répression brutale, défaite militaire…). (…) James C. Davies schématise sa théorie par une courbe devenue fameuse, dite « courbe de Davies » formant comme un « J » Inversé (…), qui pointe la période « t2 » comme début probable de la dynamique révolutionnaire. La première étude James C. Davies porte sur la rébellion conduite par Thomas W. Dorr – dite « Rébellion Dorr » – au milieu du 19e siècle à Rhode Island dans le nord-est des Etats-Unis. Durant la première moitié du 19e siècle l’industrie du textile se développe et prospère, attirant vers la ville des populations rurales jusqu’en 1835/1840 quand s’amorce une période déclin. La Rebellion Dorr, en 1841/1842 fut durement réprimée. A partir de cette étude de cas, l’auteur construit sont modèle et l’utiliser pour interpréter la Révolution française de 1789, la révolution du Mexique de 1911, la révolution russe de 1917, le coup d’état nassérien de 1952. L’exemple de la révolution russe lui permet de montrer que l’écart est d’autant plus fort que des progrès économiques importants marquèrent le XIXe siècle : à partir du milieu du 19e siècle les serfs s’émancipèrent, l’exode rural entraîna une processus d’urbanisation, le nombre d’ouvriers travaillant en usine augmenta en leur apportant des salaires supérieurs à ce qu’ils gagnaient comme paysans et des conditions de vie également améliorées. Ainsi la période allant de 1861 à 1905 peut être considérée comme celle d’une progression des aspirations sociales jusqu’à une conjoncture de frustrations qui intervient au début du XXe siècle dans différents groupes sociaux : intelligentsia choquée par la répression brutale des manifestations de 1905, paysannerie affectée par les effets des réformes et par une succession de mauvaises récoltes, armée humiliée par la défaite dans la guerre contre le Japon. La détresse et la famine qui affectent la majorité de la population pendant la Première Guerre mondiale achèvent d’agréger ces frustrations de préparer ainsi la révolution de 1917. Jérome Valluy
Many of the wars of this century were about oil, but wars of the next century will be about water. Ismail Serageldin (former World Bank vice-president of the World Bank, 1995)
La légitimité et la crédibilité d’un régime politique ne s’apprécie pas qu’à la seule aune du vote populaire, mais également à celle de sa capacité à assurer le bien être de son peuple et d’œuvrer pour l’intérêt national dans le respect des droits de l’homme. Un pouvoir qui ne puisse satisfaire cette double exigence est aussi digne de confiance qu’un gouvernement d’occupation, c’est hélas, Monsieur Khamenei, le cas de l’Iran de ces trente dernières années. (…) Il n’existe, de par le monde, qu’une poignée de régimes ayant privé leurs peuples aussi bien des droits humains fondamentaux que conduit leurs pays à la faillite économique. Il n’est donc pas étonnant de compter parmi vos rares pays alliés la Syrie, le Soudan ou la Corée du Nord. Reza Pahlavi
The uprising, once again showed that overthrowing theocracy in Iran is a national demand. Prince Reza Pahlavi
Le monde entier comprend que le bon peuple d’Iran veut un changement, et qu’à part le vaste pouvoir militaire des Etats-Unis, le peuple iranien est ce que ses dirigeants craignent le plus. Donald Trump
Les régimes oppresseurs ne peuvent perdurer à jamais, et le jour viendra où le peuple iranien fera face à un choix. Le monde regarde ! Donald Trump
L’Iran échoue à tous les niveaux, malgré le très mauvais accord passé avec le gouvernement Obama. Le grand peuple iranien est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté. La richesse de l’Iran est confisquée, comme les droits de l’homme. Il est temps que ça change. Donald Trump
Les Iraniens courageux affluent dans les rues en quête de liberté, de justice et de droits fondamentaux qui leur ont été refusés pendant des décennies. Le régime cruel de l’Iran gaspille des dizaines de milliards de dollars pour répandre la haine au lieu de les investir dans la construction d’hôpitaux et d’écoles. Tenant compte de cela, il n’est pas étonnant de voir les mères et les pères descendre dans les rues. Le régime iranien est terrifié de son propre peuple. C’est d’ailleurs pour cela qu’il emprisonne les étudiants et interdit l’accès aux médias sociaux. Cependant, je suis sûr que la peur ne triomphera pas, et cela grâce au peuple iranien qui est intelligent, sophistiqué et fier. Aujourd’hui, le peuple iranien risque tout pour la liberté, mais malheureusement, de nombreux gouvernements européens regardent en silence alors que de jeunes Iraniens héroïques sont battus dans les rues. Ce n’est pas juste. Pour ma part, je ne resterai pas silencieux. Ce régime essaie désespérément de semer la haine entre nous, mais il échouera. Lorsque le régime tombera enfin, les Iraniens et les Israéliens seront à nouveau de grands amis. Je souhaite au peuple iranien du succès dans sa noble quête de liberté. Benjamin Netanyahou
What’s called drought is more often the mismanagement of water. And this lack of water has disrupted people’s income. Varzaneh journalist
Towns and villages around Isfahan have been hit so hard by drought and water diversion that they have emptied out and people who lived there have moved. Nobody pays any attention to them. And people close to Rouhani told me the government didn’t even know such a situation existed and there were so many grievances. Hadi Ghaemi (Center for Human Rights in Iran)
Farmers accuse local politicians of allowing water to be diverted from their areas in return for bribes. While the nationwide protests in December and January stemmed from anger over high prices and alleged corruption, in rural areas, lack of access to water was also a major cause, analysts say. In Syria, drought was one of the causes of anti-government protests which broke out in 2011 and led to civil war, making the Iranian drought particularly sensitive. Approximately 97 percent of the country is experiencing drought to some degree, according to the Islamic Republic of Iran Meteorological Organization. Rights groups say it has driven many people from their homes. A United Nations report last year noted, “Water shortages are acute; agricultural livelihoods no longer sufficient. With few other options, many people have left, choosing uncertain futures as migrants in search of work.” In early January, protests in the town of Qahderijan, some 10 km (6 miles) west of Isfahan, quickly turned violent as security forces opened fire on crowds, killing at least five people, according to activists. One of the dead was a farmer, CHRI said, and locals said water rights were the main grievance. Hassan Kamran, a parliamentarian from Isfahan, publicly criticised energy minister Reza Ardakanian this month, accusing him of not properly implementing a water distribution law. “The security and intelligence forces shouldn’t investigate our farmers. The water rights are theirs,” he told a parliamentary session. In early March, Ardakanian set up a working group comprising four ministers and two presidential deputies to deal with the crisis. Since the January protests, Rouhani has repeatedly said the government will do what it can to address grievances. But there is no quick fix for deeply rooted environmental issues like drought, observers say. Reuters
According to the agreement, Kuwait will get 900 million litres of water daily, Shaikh Ahmad said, without providing the financial details of the agreement. Earlier reports have said the project foresees building a pipeline to channel water from the Karun and Karkheh rivers in southwestern Iran to Kuwait at a cost of $2 billion. The Kuwaiti minister said the project is « vital » for Kuwait and is classified as « one of the highly important strategic projects ». Al Jazeera (2003)
Les médias sont rares à s’intéresser à la question, mais l’Iran fait face à une grande catastrophe, sauf si des mesures techniques sont immédiatement prises: la pénurie d’eau devient dramatique. L’Occident se polarise sur le programme nucléaire ou sur le maintien des sanctions économiques contre l’Iran mais élude le problème de l’eau, qui risque d’entraîner une agitation sociale en Iran avec pour conséquence une migration des populations. Pour camoufler la véritable rupture avec le gouvernement, les contestations sont pour l’instant étouffées dans les grandes villes. (…) Le problème ne date pas d’aujourd’hui puisque des mises en garde ont été publiées dès 2014. (…) En cause: l’absence d’investissements depuis plusieurs années dans les infrastructures des réseaux de distribution d’eau potable alors que la sécheresse sévit dans le pays et que plusieurs rivières iraniennes se sont asséchées. La seule mesure prise par les autorités consiste à rationner l’eau dans la capitale de huit millions d’habitants, avec pour conséquence les nombreuses protestations qui se sont élevées contre les coupures d’eau. (…) Il y a bien sûr des raisons climatiques qui expliquent cette pénurie mais les négligences du pouvoir sont immenses. Par manque d’eau, seules 12% des terres (19 millions d’hectares) sont exploitées pour l’agriculture alors que l’ensemble des terres arables est évalué à 162 millions d’hectares. Or, si des solutions techniques évoluées ne sont pas mises en place, la quantité d’eau n’augmentera pas dans les années à venir alors que le pays connaît une croissance démographique et une urbanisation accélérée. Par ailleurs, l’Iran n’a pas été économe de son eau. À force de pompages désordonnés, son sous-sol s’est vidé et la pluie n’est pas suffisamment abondante pour remplir les nappes souterraines. De nombreux puits ont été creusés illégalement par les Iraniens malgré une eau puisée polluée. L’agriculture iranienne n’est plus suffisante pour permettre une indépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger. À peine 40% des eaux usées sont traitées tandis que le reste est déversé dans les lacs et les rivières, aggravant la pollution. Par ailleurs, les sanctions ont aggravé la disponibilité de produits chimiques pour les installations d’eau. (…) Mais au lieu de prendre des mesures structurelles, le gouvernement a usé de l’arme du rationnement. Eshagh Jahanguiri, le premier vice-président, a prévenu: «Il y aura d’abord des coupures d’eau et, ensuite, des amendes pour les gros consommateurs.» C’est la meilleure manière de se mettre à dos la population qui menace le régime. Et pourtant l’Iran avait beaucoup appris d’Israël mais il a préféré choisir la rupture totale pour des motifs purement idéologiques. En raison de son climat semi-désertique, Israël avait beaucoup souffert d’un manque d’eau, même si certaines années les pluies ont été, par exception, abondantes. L’angoisse de la pénurie d’eau a poussé Israël à mettre en œuvre les techniques de dessalement de l’eau de mer parce que les risques de guerre à cause de l’eau grandissaient. Il s’est fondé sur les éléments qui ont conduit à la Guerre des Six Jours. La décision des Arabes et de l’Union soviétique de se livrer à un chantage avec les eaux du Jourdain ont créé la dynamique qui a conduit à la guerre en 1967. Régler les problèmes de l’eau, c’est éloigner les risques de guerre. Les gouvernements israéliens, avec l’aide de l’entreprise française Veolia, ont créé quatre usines de dessalement durant ces dix dernières années et une cinquième doit être mise en service à la fin de cette année 2015. La production couvrira 70% de l’eau consommée par les ménages israéliens. Par ailleurs, les efforts de traitement de 90% des eaux de récupération ont donné un coup de fouet à l’agriculture israélienne, qui a bénéficié d’une quantité d’eau presque illimitée provenant du recyclage des eaux usées. La plus grande usine mondiale de dessalement, par osmose inverse, a vu le jour en 2013 à Sorek. Elle est devenue la vitrine technologique d’Israël pour de nombreux pays du monde. Alors certains se mettent à rêver. (…) Israël en tant que plus gros producteur mondial d’eau désalinisée pourrait apporter son expertise à l’Iran dans le traitement de l’eau de mer. Israël s’était trouvé dans une situation comparable, avec 60% du pays occupé par le désert. Or, aujourd’hui, il dispose d’un trop-plein d’eau, qui lui permet, d’une part, de développer ses cultures de fruits et légumes à l’exportation pour plusieurs milliards de dollars et, d’autre part, d’exporter son eau en Jordanie, à Gaza et en Cisjordanie. La coopération n’est pas un leurre puisqu’elle a déjà existé jusqu’à la révolution islamique de 1979 avec des projets d’eau en Iran conçus et gérés par les Israéliens. Le Shah avait conscience de ce problème et, en 1960, il avait demandé de l’aide à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), qui lui a envoyé trois experts israéliens. Ces ingénieurs ont alors prôné le creusement de puits et ont parallèlement enseigné aux agriculteurs iraniens la technique pour augmenter les rendements tout en consommant moins d’eau. Il a alors fait appel aux hydrologues et aux ingénieurs de l’eau de l’université de Ben Gourion, dans le Néguev, qui travaillèrent en Iran depuis 1962 pour ensuite quitter le pays in extremis par le dernier vol direct Téhéran-Tel Aviv en 1979. Les experts israéliens étaient intervenus dans la province de Qazvin dès 1962 après le tremblement de terre qui avait fait 12.000 morts et détruit tout le réseau de tunnels d’eau. (…) Les Iraniens ont alors collaboré sans complexes avec les Israéliens, qui ont formé pendant dix-sept ans des hydrologues iraniens. Longtemps après la Révolution, ils ont gardé d’excellentes relations avec les techniciens iraniens, dont beaucoup, d’ailleurs, se sont exilés, ce qui explique leur absence aujourd’hui en Iran. Jacques Benillouche
Où est passée notre rivière ?

Pour ceux qui n’ont toujours qu’Israël et que le nucléaire à la bouche …

Et qui s’étonnent de voir se soulever
Après 40 ans de corruption et de mauvaise gestion …
Des paysans iraniens ruinés par la pénurie d’eau …
Pendant qu’outre leur gaz et leur pétrole, leurs dirigeants bradent au plus offrant pour remplir leurs poches …
Comme au Koweit voisin depuis 15 ans 900 millions de litres d’eau par jour
Comment ne pas voir le scénario syrien qui s’annonce …
Pour un régime qui tout occupé à ses jeux géopolitiques en Syrie/Irak ou contre Israël …
S’obstine à refuser de voir comme son homologue de Damas avant lui …
La catastrophe depuis longtemps annoncée ?

Pour l’Iran, l’essentiel n’est pas le nucléaire mais l’eau

Régler les problèmes de l’eau, c’est éloigner les risques de guerre. Notamment en passant par une collaboration (renouvelée) entre l’Iran et Israël.

Les médias sont rares à s’intéresser à la question, mais l’Iran fait face à une grande catastrophe, sauf si des mesures techniques sont immédiatement prises: la pénurie d’eau devient dramatique. L’Occident se polarise sur le programme nucléaire ou sur le maintien des sanctions économiques contre l’Iran mais élude le problème de l’eau, qui risque d’entraîner une agitation sociale en Iran avec pour conséquence une migration des populations. Pour camoufler la véritable rupture avec le gouvernement, les contestations sont pour l’instant étouffées dans les grandes villes.

Infrastructures insuffisantes

Les dirigeants, à tous les échelons, prennent au sérieux la pénurie d’eau. Le Guide suprême lui-même s’en inquiète car aucune mesure concrète n’est pour l’instant planifiée. Le problème ne date pas d’aujourd’hui puisque des mises en garde ont été publiées dès 2014. En février 2015, l’adjoint du ministre de l’Énergie, Hamid-Reza Janbaz, a reconnu que «les villes de Bandar-Abbas [au sud], Sanandaj [à l’ouest] et Kerman [au sud-est] ainsi que 547 villes et villages à travers le pays sont confrontés à un problème de manque d’eau». En cause: l’absence d’investissements depuis plusieurs années dans les infrastructures des réseaux de distribution d’eau potable alors que la sécheresse sévit dans le pays et que plusieurs rivières iraniennes se sont asséchées.

La seule mesure prise par les autorités consiste à rationner l’eau dans la capitale de huit millions d’habitants, avec pour conséquence les nombreuses protestations qui se sont élevées contre les coupures d’eau. Le conseiller militaire de Khamenei, Rahim Safavi, a précisé que «des projets étaient en préparation pour échanger avec le Tadjikistan de l’eau contre le pétrole. Les crises de l’eau et de l’énergie sont étroitement liées avec la sécurité nationale et la défense». Mais il s’agit de mesures temporaires purement externes au pays. Le directeur de l’administration chargée de la gestion de l’eau potable et des eaux usées de la ville de Téhéran a prévenu, le 14 août, que les réserves d’eaux disponibles dans les barrages pouvaient seulement satisfaire les besoins des habitants de la capitale pendant un mois. Cinq barrages de la province de Khorasan sont totalement à sec, privant d’eau beaucoup de villes. Pour les mollahs, le problème de l’eau est devenu une question de sécurité d’État.

Nappes phréatiques vides

Il y a bien sûr des raisons climatiques qui expliquent cette pénurie mais les négligences du pouvoir sont immenses. Par manque d’eau, seules 12% des terres (19 millions d’hectares) sont exploitées pour l’agriculture alors que l’ensemble des terres arables est évalué à 162 millions d’hectares. Or, si des solutions techniques évoluées ne sont pas mises en place, la quantité d’eau n’augmentera pas dans les années à venir alors que le pays connaît une croissance démographique et une urbanisation accélérée.

Pour les mollahs, le problème de l’eau est devenu une question de sécurité d’État

Par ailleurs, l’Iran n’a pas été économe de son eau. À force de pompages désordonnés, son sous-sol s’est vidé et la pluie n’est pas suffisamment abondante pour remplir les nappes souterraines. De nombreux puits ont été creusés illégalement par les Iraniens malgré une eau puisée polluée. L’agriculture iranienne n’est plus suffisante pour permettre une indépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger. À peine 40% des eaux usées sont traitées tandis que le reste est déversé dans les lacs et les rivières, aggravant la pollution. Par ailleurs, les sanctions ont aggravé la disponibilité de produits chimiques pour les installations d’eau.

Isa Kalantari, l’un des conseillers du président Rohani, avait mis en garde les dirigeants iraniens contre les conséquences d’une pénurie d’eau sur la population de 75 millions d’habitants. Cet expert, agronome de formation, avait réussi à sensibiliser les gouvernements dont il a fait partie en tant que ministre de l’Agriculture de 1989 à 1997 sous la présidence de Rafsandjani et de 1997 à 2001 sous le président Mohammad Khatami. Il a bien fait comprendre que le régime jouait gros et qu’il pouvait tomber sur cette question parce qu’elle était minimisée face au problème du nucléaire. Mais au lieu de prendre des mesures structurelles, le gouvernement a usé de l’arme du rationnement. Eshagh Jahanguiri, le premier vice-président, a prévenu: «Il y aura d’abord des coupures d’eau et, ensuite, des amendes pour les gros consommateurs.» C’est la meilleure manière de se mettre à dos la population qui menace le régime.

Iran partenaire d’Israël

Et pourtant l’Iran avait beaucoup appris d’Israël mais il a préféré choisir la rupture totale pour des motifs purement idéologiques. En raison de son climat semi-désertique, Israël avait beaucoup souffert d’un manque d’eau, même si certaines années les pluies ont été, par exception, abondantes. L’angoisse de la pénurie d’eau a poussé Israël à mettre en œuvre les techniques de dessalement de l’eau de mer parce que les risques de guerre à cause de l’eau grandissaient. Il s’est fondé sur les éléments qui ont conduit à la Guerre des Six Jours. La décision des Arabes et de l’Union soviétique de se livrer à un chantage avec les eaux du Jourdain ont créé la dynamique qui a conduit à la guerre en 1967. Régler les problèmes de l’eau, c’est éloigner les risques de guerre.

Les gouvernements israéliens, avec l’aide de l’entreprise française Veolia, ont créé quatre usines de dessalement durant ces dix dernières années et une cinquième doit être mise en service à la fin de cette année 2015. La production couvrira 70% de l’eau consommée par les ménages israéliens. Par ailleurs, les efforts de traitement de 90% des eaux de récupération ont donné un coup de fouet à l’agriculture israélienne, qui a bénéficié d’une quantité d’eau presque illimitée provenant du recyclage des eaux usées. La plus grande usine mondiale de dessalement, par osmose inverse, a vu le jour en 2013 à Sorek. Elle est devenue la vitrine technologique d’Israël pour de nombreux pays du monde.

Les Israéliens ont formé pendant dix-sept ans des hydrologues iraniens

Alors certains se mettent à rêver. À présent que le problème du nucléaire est réglé pour au moins dix ans, Israël en tant que plus gros producteur mondial d’eau désalinisée pourrait apporter son expertise à l’Iran dans le traitement de l’eau de mer. Israël s’était trouvé dans une situation comparable, avec 60% du pays occupé par le désert. Or, aujourd’hui, il dispose d’un trop-plein d’eau, qui lui permet, d’une part, de développer ses cultures de fruits et légumes à l’exportation pour plusieurs milliards de dollars et, d’autre part, d’exporter son eau en Jordanie, à Gaza et en Cisjordanie.

La collaboration entre l’Iran et Israël sur le problème de l’eau est une question de volonté nouvelle malgré les antagonismes politiques car elle a déjà fonctionné dans le passé. Le côté commercial ne serait pas le seul soulevé. Sur le plan politique, cette nouvelle coopération pourrait rassurer les Israéliens face au projet nucléaire de l’Iran et satisferait les États-Unis, qui cherchent d’une part à réduire l’influence des pays arabes en réintroduisant l’Iran dans le concert des Nations et d’autre part à mettre fin à l’isolement d’Israël. Pour les États-Unis, l’Iran n’est plus l’ennemi; il a été remplacé par Daech et ses troupes sanguinaires.

Une expérience sous le Shah

La coopération n’est pas un leurre puisqu’elle a déjà existé jusqu’à la révolution islamique de 1979 avec des projets d’eau en Iran conçus et gérés par les Israéliens. Le Shah avait conscience de ce problème et, en 1960, il avait demandé de l’aide à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), qui lui a envoyé trois experts israéliens. Ces ingénieurs ont alors prôné le creusement de puits et ont parallèlement enseigné aux agriculteurs iraniens la technique pour augmenter les rendements tout en consommant moins d’eau. Il a alors fait appel aux hydrologues et aux ingénieurs de l’eau de l’université de Ben Gourion, dans le Néguev, qui travaillèrent en Iran depuis 1962 pour ensuite quitter le pays in extremis par le dernier vol direct Téhéran-Tel Aviv en 1979.

Les experts israéliens étaient intervenus dans la province de Qazvin dès 1962 après le tremblement de terre qui avait fait 12.000 morts et détruit tout le réseau de tunnels d’eau. Au Moyen Âge, Qazvin était surnommée la «ville aux réservoirs d’eau». Sur la centaine de réservoirs d’eau (Ab anbar), seulement dix survivent aujourd’hui, Qazvin était le grenier de Téhéran mais la catastrophe avait laissé les agriculteurs sans eau. Les Iraniens ont alors collaboré sans complexes avec les Israéliens, qui ont formé pendant dix-sept ans des hydrologues iraniens. Longtemps après la Révolution, ils ont gardé d’excellentes relations avec les techniciens iraniens, dont beaucoup, d’ailleurs, se sont exilés, ce qui explique leur absence aujourd’hui en Iran.

Filière des eaux lacunaires

Malgré la richesse tirée de son pétrole, l’Iran n’a jamais investi pour former de bons professionnels de l’eau et ceux qui ont été en contact avec les Israéliens avaient une formation très insuffisante pour faire de bons techniciens. Ils avaient besoin au préalable d’une formation en mathématiques avancée, en géologie, en hydrologie et en chimie. Les Israéliens avaient progressivement comblé ces lacunes et ils avaient tellement passé de temps à Qazvin que les commerçants avaient fini par apprendre l’hébreu pour faciliter les contacts et le commerce. Immédiatement après la Guerre de Six Jours, le Shah avait fait l’honneur d’une visite à Qazvin pour rencontrer et remercier les Israéliens pour leur excellent travail. Il avait par la suite préconisé l’envoi de militaires et de scientifiques iraniens en Israël pour apprendre les techniques avancées. Mais, signe annonciateur des futures relations, les Israéliens avaient été introduits dans tous les milieux sauf dans les milieux religieux. Les ordres venaient de Khomeiny en exil, qui avait besoin du soutien de Yasser Arafat pour sa conquête du pouvoir.

Malgré la richesse tirée de son pétrole, l’Iran n’a jamais investi pour former de bons professionnels de l’eau

L’expérience iranienne avait permis à Israël de commercialiser ses techniques de pointe en créant le groupe Tahal (planification de l’eau pour Israël), spécialisé dans le traitement de l’eau et devenu rapidement une multinationale. Cette société avait ensuite hérité d’un contrat complémentaire consistant à distribuer du gaz dans les appartements de la deuxième grande ville d’Iran, Machhad. Mékorot, la compagnie israélienne des eaux, avait obtenu de son côté le contrat pour le percement et l’installation de conduites d’eau en Iran tandis que le constructeur Solel Boneh avait été chargé de la réalisation de barrages. Toute la filière des eaux était sous la responsabilité israélienne mais elle n’a pas survécu à leur départ.

En effet, durant l’année 1968, la société gouvernementale israélienne, IDE, avait construit trente-six petites unités de dessalement d’eau de mer sur commande des forces aériennes iraniennes. Le hasard a voulu que les Iraniens contactent en 2007 l’un des dirigeants d’IDE, à une foire commerciale en Europe, pour chercher une ouverture avec sa société. Ils lui avaient précisé que les unités de dessalement construites par les Israéliens avaient vieilli et qu’ils n’avaient pas réussi à les reconstruire, sous-entendu qu’ils étaient prêts à trouver un nouvel accord si les véritables maîtres-d’œuvre apparaissaient masqués. Ils avouaient en fait que l’Iran avait perdu cette technicité enseignée par les Israéliens, d’une part parce que les experts avaient fui le pays et, d’autre part, parce que d’autres avaient été exécutés pour des raisons obscures, sous accusation de complicité avec les sionistes.

L’industrie de l’eau en Iran a subi un coup irréversible, qui a créé la pénurie. Les Iraniens peuvent toujours trouver des solutions temporaires touchant uniquement la population et pénalisant leur agriculture. Mais si les dirigeaient iraniens choisissaient le pragmatisme en s’adressant au spécialiste mondial qui a transformé la pénurie en excédent, alors ils sauveraient leur régime dans leur intérêt et celui de leur population. Mais il faudrait pour cela des mollahs courageux et pragmatiques qui cesseraient de vouer aux gémonies l’État juif. Seul le problème crucial de l’eau pourrait réconcilier les deux ennemis irréductibles.

Voir aussi:

La crise de l’eau en Iran : tensions sociales et impasses économiques (1/2)
Jonathan Piron

Les Clés du Moyen-orient

14/03/2018

Jonathan Piron est historien et politologue. Conseiller au sein d’Etopia, centre de recherche basé à Bruxelles, il y suit les enjeux liés à l’Iran.

L’Iran est aujourd’hui frappé par une série de dégradations environnementales, aux répercussions potentiellement déstabilisatrices. Parmi différents éléments, la question de l’accès à l’eau occupe un rôle central. Les pénuries dans les irrigations des terres agricoles, la diminution des nappes phréatiques et des zones humides, la déforestation et la désertification sont les principaux défis. Cette situation problématique s’aggraverait avec les effets des changements climatiques. La réduction des précipitations et l’élévation des températures pourraient rendre certaines régions inhabitables, entraînant une hausse des flux migratoires. Les conséquences en seraient un accroissement des tensions sociales et économiques voire politiques à l’échelle du pays.

Comprendre ces dynamiques en cours permet d’éclairer, sous un autre jour, les mutations actuelles en Iran. Cette approche se déclinera en quatre points, autour des causes et des impacts de cet épuisement des ressources en eau, suivi des réactions tant sociales que politiques.

1. Un épuisement généralisé des ressources en eau

Dans un premier temps, il est nécessaire de définir ce que l’on entend par « crises » de l’eau. Le Département des affaires économiques et sociales du Secrétariat général des Nations unies définit la rareté de l’eau comme étant « le point auquel l’impact de tous les utilisateurs affecte l’approvisionnement ou la qualité de l’eau selon les arrangements institutionnels existants dans la mesure où la demande de tous les secteurs ne peut être pleinement satisfaite (1) ». La pénurie d’eau peut être due à des phénomènes naturels ou humains voire une conjonction de ces deux facteurs. Parmi les facteurs humains affectant son accès figurent la distribution inégale de l’eau mais aussi le gaspillage, la pollution et une mauvaise gouvernance. Enfin, les changements climatiques ont une nouvelle influence sur ces ressources, plaçant un nombre croissant de régions dans une situation de manque parfois chronique.

L’Iran cumule plusieurs de ces causes. Sa situation géographique rend déjà le pays fragile par rapport à la disponibilité de ces ressources. Qualifié d’aride et semi-aride, l’Iran se caractérise par des précipitations annuelles variées : alors que la moyenne des précipitations est de 50mm par an sur le plateau central, certaines régions autour de la mer Caspienne affichent un taux de 1600mm par an. Avec une moyenne annuelle de 250mm, pour une moyenne mondiale de 860mm, l’Iran subit, en outre, différents autres phénomènes tels que l’évapotranspiration, empêchant une partie des eaux de pluie de descendre dans le sol.

Les changements climatiques affectent ces stocks d’eau disponibles, via un accroissement des températures et une diminution des précipitations. Au cours des 50 dernières années, le pays a fait face à 10 sécheresses sévères dont celle de 2001-2004 a eu de profonds impacts au sein de différents secteurs économiques. Sous le poids du réchauffement climatique, la récurrence de ces phénomènes tendrait à s’accroître. Rien qu’en 2017, près de 96% de la superficie totale de l’Iran aurait souffert de différents niveaux de sécheresse prolongée, selon le responsable de la gestion des sécheresses et des crises à l’Organisation météorologique iranienne (2). Les prévisions pour la prochaine décennie ne sont guère optimistes. Plusieurs projections semblent montrer qu’à moyen terme, en Iran, les précipitations continueraient à décroître alors que la température, de son côté, connaîtrait une tendance à la hausse, accroissant la fréquence des périodes de sécheresses.

Cette situation s’aggrave sous le poids de la surconsommation et de l’absence d’une gouvernance efficace dans la distribution de l’eau. Cette surconsommation, particulièrement problématique, est aussi bien individuelle que collective. Elle trouve une partie de ses origines dans la forte augmentation de la population iranienne en quarante ans. De 37 millions d’habitants en 1979, celle-ci est passée à près de 83 millions d’habitants en 2016. Cette hausse a d’autant plus réduit la quantité d’eau disponible par personne que les habitudes de consommation se sont accrues de leur côté. La consommation du pays est ainsi passée de 100 millions de m³ par an en 1979 à 11 milliards de m³ en 2014. Reportée par habitant, la moyenne de consommation était, en 2016, de 250 litres par personne par jour, avec une pointe à 400 litres par personne par jour à Téhéran.

Un secteur est particulièrement pointé du doigt : celui lié au milieu agricole. Ce dernier, à lui seul, exploite 90 % des ressources hydriques. Cette disproportion résulte d’un sous-investissement et d’un manque de stratégie sectorielle. En vue d’asseoir l’auto-suffisance du pays, une politique de subsides inadaptés, notamment envers les fertilisants, a dramatiquement endommagé nombre de terres arables. De plus, face à la hausse du prix de l’énergie, de nombreux agriculteurs n’ont eu d’autres choix que de recourir à des pompages illégaux, à la fois pour diminuer leurs frais mais également pour dégager de nouveaux accès face au tarissement de leurs nappes phréatiques. Les stocks d’eau restants se retrouvent confrontés à une pression accrue, échappant au contrôle des autorités publiques. Les zones asséchées sont finalement abandonnées, contribuant au processus de désertification. Cet assèchement des terres trouve une autre origine dans différents grands projets de constructions hydrauliques menés depuis les années 1990 et 2000. La construction frénétique de barrages a accéléré l’assèchement des rivières et des zones humides telles que marais, landes et lagunes dont le rôle écologique est pourtant important. En 2015, pas moins de 647 de ces ouvrages d’art étaient en service en Iran, dont l’utilité est aujourd’hui remise en question au regard de ces conséquences. Enfin, différents projets industriels ont gravement saccagé les rivières et nappes phréatiques de diverses régions. Dans le Lorestan, des rejets provenant d’installations minières ont pollué plusieurs sources irriguant des terres agricoles tandis que sur la rivière Karun, ces rejets ont rendu toxique une importante partie du cours d’eau.

2. Les conséquences : déstabilisations locales et migrations environnementales

Les conséquences de ces différentes perturbations sont lourdes. En 50 ans, l’Iran a épuisé 70 % des capacités aquifères de ses ressources souterraines. Sur les 32 provinces de la République islamique, 13 sont dans une situation critique. À l’est, dans la province de Kerman, 1 455 villages sur 2 064 ont vu les capacités de leurs réservoirs descendre sous le seuil du volume nécessaire à la population. En 2015, 541 villages de la province dépendaient d’un approvisionnement d’eau assuré par des camions citernes. Les économies locales et régionales en sortent directement affectées. Toujours dans l’est, des cultures comme celle de la pistache ou du safran souffrent de profonds problèmes d’irrigation. Les principaux lacs et rivières du pays sont tout autant mis à rude épreuve. Le lac Orumiyeh, un des plus grands lacs salés du Moyen-Orient, situé dans le nord-ouest de l’Iran, a quasiment disparu. Dans la province de Fars, la construction de barrages sur les rivières Pulvar et Kor afin d’irriguer les terres arides, a contribué à l’assèchement des lacs de Tashk et de Kâftar.

Confrontées à ces situations problématiques, de nombreuses communautés d’habitants n’ont souvent d’autres choix que de migrer, face à l’effondrement à la fois environnemental et économique. Les villages de moins de 100 habitants, parmi les plus vulnérables, se vident de leurs habitants, comme dans le sud du Khorasan. Dans la province de l’Azerbaïdjan, dans le nord-ouest de l’Iran, 3 millions d’habitants seraient susceptibles de quitter leur région suite à l’assèchement du lac Orumiyeh. Ces migrations environnementales intensifient l’exode rural vers les villes moyennes du pays, déjà soumises à un fort afflux de nouveaux habitants. Les migrants n’ont d’autres choix que de s’installer dans les banlieues des villes moyennes, saturées par un étalement urbain non coordonné. Pauvreté, chômage, manque d’accès aux services publics finissent par déstabiliser encore plus des couches sociales fragiles qui s’enfoncent dans le cercle vicieux de la précarité.

Enfin, à ce tableau doit s’ajouter un autre facteur, exogène. Les différents conflits dans la région, tel que le conflit afghan, ont eu à leur tour des conséquences néfastes sur les ressources en eau en Iran. Le lac Hamoun, à cheval sur la frontière irano-afghane, s’est retrouvé asséché suite aux conflits entourant le contrôle de l’Helmand, qui l’alimente depuis l’Afghanistan. Le recul des berges a entraîné des pertes d’emplois importantes pour les pécheurs et les familles de la région, ainsi que la disparition d’une faune et d’une flore stabilisant le biotope local. 800 villages aux alentours du lac ont ainsi été confrontés à un déplacement d’une partie de leurs habitants.

Notes :
(1) Water scarcity, in International Decade for Action « Water for life » 2005-2015, New York, United Nations Department of Economic and Social Affairs, 2014, [en ligne], http://www.un.org/waterforlifedecade/scarcity.shtml.
(2) « 96% of Iran experiencing prolonged drought : official » in Tehran Times, Téhéran, 8 janvier 2018, [en ligne], http://www.tehrantimes.com/news/420112/96-of-Iran-experiencing-prolonged-drought-official.

La crise de l’eau en Iran : tensions sociales et impasses économiques (2/2)

Jonathan Piron

Les Clés du Moyen-orient

14/03/2018

Jonathan Piron est historien et politologue. Conseiller au sein d’Etopia, centre de recherche basé à Bruxelles, il y suit les enjeux liés à l’Iran.

3. Mobilisations et contestations

Face à cet épuisement généralisé des ressources en eau, différentes mobilisations sociales se sont organisées pour tenter de dégager des solutions et interpeller les autorités. Des dynamiques traditionnelles ont refait surface, comme à Birjand dans le Khorasan, au début de l’année 2018, où une prière de la pluie a rassemblé plusieurs centaines de personnes appelant à la clémence de la providence face à la sécheresse en cours. Au-delà de ces mobilisations traditionnelles, d’autres modes de conscientisations se sont développés au cours des dernières années. Une forme nouvelle d’activisme, centré sur les enjeux environnementaux, est apparue en Iran depuis les années nonante, renforcée ces dernières années par l’ouverture que la présidence Rouhani a laissée aux associations et ONG diverses.

Ces différents groupes peuvent se décliner suivant deux catégories d’actions : la conscientisation du grand public face aux enjeux écologiques, d’une part, et l’action de lobbying, d’autre part, destiné à porter des demandes de réformes principalement au niveau local. Pour parvenir à porter ces actions, les réseaux sociaux se sont révélés être des outils utiles aux différents mouvements, via des plates-formes numériques telles que Facebook, Instagram, Twitter ou Telegram. Des groupes tels que Une goutte d’eau (Yek ghatreh ab) et Traces d’eau (Seda-ye pa-ye ab) sont ainsi spécialement dédiés aux enjeux hydriques. D’autres canaux, plus génériques, comme La voix du peuple (Seda-ye mardom) sur Telegram servent aussi de lieux d’échanges d’images et d’informations sur les sécheresses et le manque d’accès à l’eau. La presse joue également, de son côté, un rôle de diffuseur d’informations important. Loin d’être un tabou, la question environnementale fait l’objet de reportages et débats, aussi bien écrits que radiodiffusés. Des magazines spécialisés n’hésitent pas à s’emparer de la question, à l’image de Femmes d’aujourd’hui (Zanan-e Emrouz) via un focus sur le rôle que les femmes peuvent jouer dans de nouveaux modes de gestions efficaces.

À ces mobilisations pacifiques doivent s’ajouter des périodes de contestations remettant ouvertement en question l’autorité publique. Depuis plusieurs années, le nombre de manifestations dénonçant les carences et crises environnementales ne cesse de croître dans le pays. Touchant l’ensemble de l’Iran, ces manifestations rassemblent aussi bien des agriculteurs dénonçant l’absence de redistribution efficace d’eau pour les cultures (comme à Ramshir, Rafsanjan, Ispahan, Rabor, etc.) que des citoyens faisant part de leurs protestations face à la pollution des cours d’eau (comme à Ahvaz, Yasooj, Sarkhoon, Orumiah, etc.). En général non-violentes, ces manifestations rassemblant en moyenne une centaine de personnes, insistent sur l’importance de l’eau en tant qu’outil non seulement économique mais également en tant que droit dont l’accès doit être garanti à tous.

Certains événements prennent cependant plus d’ampleur. En février 2017, à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, la conjonction de coupures de courants, de tempêtes de poussières et de mauvaise gestion des ressources en eau a entraîné une série de protestations populaires s’étalant sur plusieurs jours. Ville d’un peu plus d’un million d’habitants, bordée par la seule rivière navigable d’Iran, le Karun, Ahvaz rassemble les différents éléments déstabilisant les écosystèmes iraniens. Profondément affectée par les périodes de sécheresse, la ville et sa région subissent les effets d’une construction de barrages mal planifiée, ayant provoqué l’assèchement des marais locaux, ce qui a augmenté le niveau de particules de poussière dans l’air jusqu’à atteindre des niveaux records. Conjugué au phénomène des tempêtes de poussières, ces facteurs ont entraîné une détérioration progressive des ressources en eau de la région ainsi qu’un accroissement de la pollution pour les sources restantes. Ces différentes tensions dues aux questions liées à l’eau pourraient également avoir alimenté les manifestations ayant secoué l’Iran en décembre 2017 et janvier 2018. Même si l’enjeu économique occupait la première place dans les récriminations des manifestants, les différentes cités touchées par ces rassemblements sont aussi celles faisant face à divers problèmes environnementaux, dont ceux liés à un approvisionnement correct en eau.

Plusieurs sondages réalisés début 2018 ont montré l’importance que revêt, pour nombre d’Iraniens, une prise en compte correcte des enjeux environnementaux, aussi bien en ce qui concerne un meilleur accès à l’eau que dans le cadre de la lutte contre la pollution ou du soutien aux agriculteurs en difficulté. Néanmoins, la défense de l’environnement reste un activisme encore difficile en Iran. Le pouvoir en place soutient peu les organisations environnementales. Celles-ci disposent de faibles moyens et ne reçoivent qu’un maigre écho de la part des autorités. En outre, les arrestations de militants environnementaux ne sont pas rares et peuvent avoir des conséquences tragiques comme avec le décès de Kavous Seyed Emami, environnementaliste renommé, mort en prison dans des circonstances floues en février 2018.

4. Quelle prise de conscience politique ?

Le régime iranien est cependant conscient des enjeux en cours. Déjà, la Constitution de la République islamique reprend plusieurs éléments en faveur de l’environnement. Les articles 45, 48 et 50 soutiennent que les éléments naturels doivent bénéficier au bien public. L’article 50, de son côté, met en avant le principe même de protection de l’environnement (1). Ensuite, loin d’être un tabou, cette crise environnementale fait l’objet de débats et d’interpellations dans les différents cercles du pouvoir, du Parlement (Majles) aux think-tanks proches de la présidence comme le Centre d’études stratégiques. Durant la précédente campagne présidentielle de 2017, plusieurs candidats pointaient la mauvaise gouvernance, l’exploitation effrénée des ressources et le manque d’entretien des plans d’eau comme étant les principales causes de ces dégradations. Le sommet du pouvoir insiste de son côté sur l’importance de ces questions. En 2015, dans une directive adressée à la présidence, au moment du Sommet climat de Paris, le guide de la Révolution, Ali Khamenei, insistait sur la nécessité de gérer les changements climatiques et les menaces environnementales telles que la désertification, en particulier la pollution par les poussières et la sécheresse.

Néanmoins, la politique du pouvoir en place se caractérise par une série de pratiques particulièrement dommageables pour les ressources en eau. Sous la présidence Ahmadinejad, malgré plusieurs aides accordées aux couches les plus précaires, les constructions industrielles endommageant les nappes phréatiques n’ont guère cessé. De son côté, la présidence Rouhani s’est caractérisée par la volonté de relancer avant tout la croissance économique, au risque de fragiliser à nouveau des espaces déjà menacés.

En outre, le régime manque non seulement de moyens mais peut-être surtout d’une vision stratégique concernant son avenir environnemental. À la différence de nombreux autres États, la République islamique ne dispose pas d’un Ministère de l’Environnement à part entière. Le Département de l’Environnement, sous l’autorité du Président de la République, pèse peu face à d’autres puissants ministères tels que celui du pétrole. L’administration est aussi faiblement efficace dans la poursuite des comportements polluants réalisés par certaines entreprises. Enfin, les luttes intestines entre différents départements traitant les questions économiques et environnementales ainsi que la corruption finissent par rendre inopérantes des mesures pourtant indispensables. Insistant prioritairement sur des investissements internationaux, notamment dans la promotion de l’énergie verte, les différents responsables iraniens semblent rétifs à promouvoir d’autres modes de gouvernance ou à engager une politique environnementale systémique, permettant une approche suffisamment efficace que pour répondre aux dégradations en cours. La crise de l’eau n’est, en effet, pas la seule crise environnementale à laquelle doit faire face le pays. D’autres phénomènes tels que l’accroissement des tempêtes de poussière, la déforestation et la pollution de l’air contribuent à plonger l’Iran dans une crise profonde. Cette conjonction de différents phénomènes complique à la fois la coordination des politiques à mettre en place tout en accroissant les tensions sur les ressources et milieux naturels du pays.

5. Un avenir incertain ?

L’Iran se retrouve confronté à de nombreuses incertitudes quant à ses moyens et à ses capacités à sortir de cette crise profonde. Le débat qui se pose aujourd’hui est celui de la sécurité environnementale présente et à venir. Un signe positif est la prise de conscience qui semble dorénavant acquise au vu de l’essor de mouvements sensibilisant à ces questions ainsi qu’aux différentes manifestations en cours. Loin d’être uniquement centré sur la question de l’accès aux ressources, ces débats touchent d’autres questions telles que celles liées aux emplois locaux et à la lutte contre les inégalités.

Des solutions existent autour de différentes politiques à soutenir et mettre en place. Tout d’abord via des investissements massifs tout d’abord dans des techniques agricoles plus responsables ainsi que dans la restauration des capacités hydriques des lacs et rivières. Les mécanismes de micro-crédits ainsi que la promotion de bonnes pratiques auprès des milieux agricoles sont une autre voie à suivre. Des expériences pilotes d’agriculture durable sont ainsi menées dans certaines régions du pays, dont les résultats semblent prometteurs (2). La valorisation du système des Qanats est aussi une autre piste. Galeries souterraines ancestrales acheminant les eaux des nappes phréatiques vers les zones à irriguer, les Qanats sont un système toujours en activité et reposant sur une gouvernance laissée aux mains des agriculteurs. Représentant encore 9 % du système d’extraction souterrain iranien, les 32.000 Qanats représentent donc aussi un potentiel pouvant aider à la sécurité hydrique de l’Iran. Enfin, une meilleure coopération internationale est une dernière voie à approfondir, autour d’une « diplomatie de l’eau » dont les effets positifs s’étendraient au-delà des seules frontières nationales.

La résolution de ces crises ne pourra passer par une approche unique. Seule une vision basée sur des politiques multiples, à différents niveaux, sera à même de répondre aux enjeux à court et moyen termes.

Lire la partie 1 : La crise de l’eau en Iran : tensions sociales et impasses économiques (1/2)

Notes :
(1) Qanun-e asasi-ye Djomhouri-ye Eslami-ye Iran, Téhéran, Islamic Parliament Research Center, [en ligne], http://rc.majlis.ir/fa/content/iran_constitution. Pour une version en français : La Constitution de la République Islamique d’Iran, Téhéran, Alhoda, 2010, [en ligne], http://www.imam-khomeini.com/web1/uploads/constitution.pdf.
(2) Tamara Kummer, Sustainable Agriculture Around Lake Parishan, New York, United Nations Development Programme, 2016, [en ligne], URL : http://www.ir.undp.org/content/iran/en/home/ourwork/Environment_sustainable_development/impacting_lives/env_success/.

 Voir aussi:

En Iran, la problématique de la gestion de l’eau devient une urgence

Les noms des personnes interrogées ont été modifiées afin de protéger leur identité. La problématique de l’eau est une question qui est prise très au sérieux en Iran, tout comme elle l’est dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient et d’Asie Centrale.

Depuis plusieurs décennies et la Révolution de 1979, la République Islamique d’Iran est en proie à de nombreux challenges économiques et politiques majeurs. Entre négociations sur le nucléaire, crises géopolitiques en Syrie et au Yémen et manifestations pour les droits de l’Homme et de la Femme à l’intérieur du pays, le gouvernement d’Hassan Rohani a les bras plutôt chargés ces derniers temps. Cependant le pays est aussi confronté à un adversaire très silencieux mais absolument redoutable : le climat. De Kashan à Chiraz, nous avons visité plusieurs lieux en Iran à quelques jours du Norouz, le Nouvel An perse (célébrant l’arrivée du Printemps entre le 20 et le 21 mars), afin de constater les dégâts causés sur les ressources en eau du pays. Entre changement climatique, sanctions internationales, exploitation agricole critiquable, explosion démographique et gestion de l’eau déraisonnée, l’Iran est pour la première fois face à un adversaire qu’il ne peut plus combattre seul. Dans une région où la plupart les relations sont déjà très tendues sur la question de l’eau, il se pourrait bien que l’Iran apporte également son petit grain de sel dans les mois à venir.

Un système millénaire à la source de la gestion de l’eau

Si la question de l’eau fut souvent au cœur des histoires persanes, elle n’en fut pas toujours le problème. En effet, la civilisation perse a très souvent été à la pointe des avancées techniques et architecturales pour permettre une gestion raisonnée et adaptée de cette ressource très demandée. Déclarés patrimoine mondial par l’UNESCO en 2016, les qanats sont des réseaux souterrains vieux de 2700 ans pour certains permettant encore la diffusion des réseaux d’eau par les voies souterraines. Cependant l’explosion démographique et les besoins en agriculture ne permet plus à ces systèmes de fournir assez d’eau pour toutes les nouvelles demandes.

À Kashan, le lieu de fabrication de la très renommée eau de rose, les maisons possèdent des étages souterrains pour atteindre les sources d’eau souterraines plus facilement. De nombreux producteurs d’eau de rose utilisaient donc un moulin naturellement actionné par le débit de la rivière pour écraser les pétales de roses. Aujourd’hui la fabrication doit se faire artificiellement, comme nous l’explique Ardashir :

Le moulin a fonctionné avec l’eau de la source souterraine pendant plus de 100 ans, mais depuis 8 ans il n’y a plus assez de débit. C’est une architecture de plusieurs centaines d’années qui est mise en péril.

“L’eau est utilisée en en priorité pour l’agriculture, mais ils ne savent pas comment s’en servir”

Kaveh Madani est un expert environnemental au London Imperial College. Interrogé en plein milieu du lit asséché de la Zayandeh rud par la réalisatrice Gelareh Darabi et Al Jazeera, il est catégorique,  pour lui,  l’Homme est le premier responsable :

Je ne dis pas que la nature n’a pas d’effet sur cela mais nous avons épuisé l’eau en amont et c’est tout ce qu’il nous reste.

Cette situation de crise prend racine autour de trois problématiques majeures :

1. Une hausse rapide de la population : L’Iran est passé de 37 millions d’habitants en 1979 à plus de 80 millions en 2016 suite aux politiques gouvernementales pour booster la natalité. Après des années de vasectomies gratuites pour mettre un frein à l’explosion des naissances, l’Ayatollah Ali Khamenei se dit depuis prêt et voir le pays dépasser la barre des 150 millions d’habitants.

2. Un système agricole inadapté et improductif : Pendant longtemps le système agricole du pays fut l’un des piliers de la vie iranienne et notamment lors de la guerre avec l’Irak ; aujourd’hui c’est l’une des causes majeures de la pénurie en eau puisqu’elle utilise 92% des réserves en eau fraîche souterraine et n’obtient qu’un taux de rendement de 30%, soit moitié moins que la moyenne mondiale. Un point de vue défendu par Cyrus, vendeur de tapis au souk d’Ispahan :

La rivière a besoin d’eau et de neige, seulement aucune d’elles n’est venue. L’hiver est très sec. Et de toute façon, l’agriculture et les industries sont les priorités, il n’y a plus assez d’eau pour ouvrir la rivière.

Et partagé à Chiraz par Darius, le père de Xerxès :

L’eau est utilisée en en priorité pour l’agriculture, mais ils ne savent pas comment s’en servir. Ils noient les champs et l’eau s’évapore, c’est une perte énorme.

A l’extérieur de la ville, on retrouve en effet de nombreuses cultures de riz disséminées à travers celles de colza. La situation est ubuesque, il fait quasiment 25° dehors, le soleil est au zénith et l’on peut clairement observer des rizières baignant dans l’eau. Nous demandons donc à Xerxès de nous expliquer :

Même si la culture du riz est interdite par la loi ici, le gouvernement ne peut pas ou ne veut pas intervenir car la situation économique est déjà très mauvaise et le peuple doit survivre.

Dans une période délicate sur le plan politique et économique, le gouvernement iranien détourne donc le regard pour éviter d’envenimer une situation sociale déjà très tendue et ce, tout en faisant la promotion de cultures moins gourmandes en eau.

3. La mauvaise gestion de l’eau de manière générale :

Beaucoup de personnes ont des jardins privés autour de Chiraz. Quelques centaines de mètres carrés avec une construction et une piscine. C’est désormais illégal d’avoir une piscine sans permis et ces derniers ne sont plus délivrés ces temps-ci.

La phrase de Xerxès est symptomatique de la relation des Iraniens avec l’or bleu. Le pays a continué à utiliser ces ressources en eau sans se soucier de l’impact sur le long terme. Interrogée par Al Monitor, Claudia Sadoff, directrice générale de l’International Water Management Institute, explique ainsi que:

 90% de la population et de la production économique du pays se situent dans des zones de fortes, voire très fortes, contraintes en eau.

« Un jour le sol rejettera de l’eau salée et ce sera alors un véritable désastre »

Depuis début mars, les manifestations d’agriculteurs se succèdent à Ispahan, avec pour slogan une question simple : où est passée notre rivière ? Ces fermiers sont au chômage technique car il n’y a plus assez d’eau dans le réservoir pour satisfaire l’intégralité des demandes.
Et si le gouvernement annonçait sa volonté d’ouvrir Zayandeh rud pour le Nouvel An perse, les habitants n’étaient pas dupes. Cambyses, un jeune retraité, commentait laconiquement la main sur la télécommande et les yeux rivés sur les images de la manifestation du 9 mars :

Je ne pense pas (qu’ils pourront ouvrir la rivière), le réservoir est trop bas.

Il ne s’était pas trompé,  le lit de la rivière était toujours aussi aride le 20 Mars.

La situation à Ispahan est à l’image de la crise environnementale et sociale dans laquelle est plongée l’ensemble du pays ces dernières années, entre disparition des zones humides, assèchement des lacs et désertification de masse. À Chiraz, c’est le lac Maharloo qui sert de baromètre comme nous l’explique Xerxès :

Vous ne pouvez pas toujours juger les ressources en eaux par le débit de la rivière mais plus par sa destination finale. Nous les évaluons en fonction de la couleur du lac : s’il a une couleur « eau » alors c’est bon, s’il est rose (la couleur du sel et des autres minéraux) ce n’est pas bon signe.

Et lorsqu’on lui demande la couleur actuelle du lac à la fin de la saison des pluies, la réponse est directe :

Rose (rires)

Mais pour Darius, son père, le vrai risque est à prévoir sur le long terme :

C’est simple. Le sol ici repose sur des strates de sel, un jour il rejettera de l’eau salée et ce sera alors un véritable désastre.

« On a besoin d’aide »

Aujourd’hui le pays ne peut plus gérer la situation par lui-même et le risque de sécheresse devient extrêmement inquiétant, comme le montre la simulation ci-dessous :

Le pays ne possède pas les compétences nécessaires pour gérer la problématique de l’eau convenablement et la mise en place des sanctions est toujours un frein supplémentaire majeur. Alors qu’une crise financière nationale est toujours probable en Iran, il est particulièrement compliqué pour les donateurs internationaux de venir soutenir le gouvernement dans ses projets environnementaux. Si la Russie s’est toutefois présentée en 2015 pour permettre la recherche de nouvelles sources d’eau dans les zones désertiques, les experts demeurent sceptiques. En effet, plus que la pénurie de stocks d’eau, c’est bien la mauvaise gestion de la ressource qui apparaît comme la véritable source du problème.

Pour Darius, c’est un véritable appel au secours dont il est question :

On a besoin d’aide.

Voir également:

Kuwait to tap Iranian water

Kuwait and its Gulf neighbour Iran will sign an agreement at the weekend to supply the desert emirate with fresh water through a pipeline, Kuwait’s energy minister has said.

« I will lead a high-level delegation to Iran next week to sign an agreement for supplying Kuwait with fresh water from Iran, » Shaikh Ahmad Fahd al-Sabah said, quoted by the KUNA news agency on Tuesday.

KUNA said the visit would take place on Saturday.

The two countries signed a memorandum of understanding on the issue in January during a visit by Kuwait’s prime minister, Shaikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, who was then the foreign minister.

According to the agreement, Kuwait will get 900 million litres of water daily, Shaikh Ahmad said, without providing the financial details of the agreement.

Earlier reports have said the project foresees building a pipeline to channel water from the Karun and Karkheh rivers in southwestern Iran to Kuwait at a cost of $2 billion.

Vital project

The Kuwaiti minister said the project is « vital » for Kuwait and is classified as « one of the highly important strategic projects. »

Negotiations between Tehran and Kuwait City on the project began more than two years ago, when former Iraqi President Saddam Hussein was still in power.

According to initial plans, the pipeline will extend 330km across Iranian territory and then via a 210km pipeline under the Gulf to Kuwait, thus avoiding Iraqi territory.

Kuwait depends almost entirely on sea water desalination for its fresh water requirements which is sold to consumers at heavily subsidised prices.  The oil-rich emirate produces around 1.3 billion litres of desalinated water daily and consumes almost all of it.

The two countries are also locked in negotiations for exporting natural gas to Kuwait after signing a memorandum of understanding in January.

SOURCE: AFP


Yosemite/150e: Nos arbres valent mieux que vos ruines (When Christ walked the earth: Looking back at America’s first natural park)

19 novembre, 2014
Yosemite Valley (Carleton E Watkins, 1865)
Vernal Falls, Yosemite (Thomas Hill, 1889)
Mother of the Forest, Yosemite ( with bark removed for 1860 Paris Exposition)
https://i0.wp.com/www.yosemite.ca.us/library/big_trees_of_california/images/sherman_tree.jpg
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/11/57c74-generalshermantreecomparison.jpg
https://i0.wp.com/www.jose-corti.fr/Images/photosauteurs/muir-stamps.gifI counted over 4000 rings, which showed that this tree was in its prime, swaying in the Sierra winds, when Christ walked the earth. No other tree in the world, as far as I know, has looked down on so many centuries as the Sequoia, or opens such impressive and suggestive views into history. John Muir
De tout ce dont la Nature a orné la surface de la terre, rien n’éveille plus notre sympathie, ni ne s’adresse plus puissamment à notre imagination, que ces arbres vénérables qui ont résisté à l’usure du temps, témoins silencieux de la succession des générations de l’homme, avec le destin duquel leur propre destinée présente une ressemblance si touchante, par leur naissance, leur maturité et leur déclin. John Muir
It seemed to me I had entered God’s holiest temple, where that assembled all that was most divine in material creation. Lafayette Bunnell
La Mariposa se dresse là comme Dieu l’a créée. Thomas Starr King
I lay for half an hour alone at the root of the most colossal bole (…)  Are you as old as Noah? Do you span the centuries as far as Moses? Can you remember the time of Solomon? Were you planted before the seed of Rome took root in Italy? At any rate, tell me whether or not your birth belongs to the Christian centuries; whether we must write “B. C” or “A. D.” against your infancy. (…) One calculation led Mr. Greeley to believe that the oldest of these trees were of substantial size when David danced before the Ark, when Theseus ruled in Athens, when AEneas fled from the burning wreck of Troy. In an English journal they were estimated by a distinguished botanist at three thousand years. Dr. [Jacob] Bigelow, by counting the rings in a section of the trunk of one of the largest, which had been felled, and computing from that, reduced these pretentions materially. He made it about 1900 years old,—a tender contemporary of Cicero and Julius Caesar. But since then, a merciless savant, Dr. [John] Torrey the botanist, declares that he has counted every ring on the tree that was cut down, and his figures have felled a vast pile of our poetry. Why must there be scientific men, who delight in bothering theologians, and in erecting their chevaux de frise in the path of all galloping romance? He makes our tree about eleven hundred years old. If this calculation be trustworthy, the column at whose root I sat took its first draught of sunshine in the time of Charlemagne. It is three hundred years older than the Norman Conquest and the great Hildebrand. 96 It was a giant in the time of the first Crusade. And it antedates the foundation stone of the oldest Gothic spire of Europe. A genial evening of life to the Methuselahs of the wilderness, who were babies of a century a thousand years ago. Thomas Starr King
L’Amérique du Nord présente, dans sa configuration extérieure, des traits généraux qu’il est facile de discerner au premier coup d’œil. Une sorte d’ordre méthodique y a présidé à la séparation des terres et des eaux, des montagnes et des vallées. Un arrangement simple et majestueux s’y révèle au milieu même de la confusion des objets et parmi l’extrême variété des tableaux. Alexis De Tocqueville
If you delay, your Niagara will have been spoiled for you. Already the forest round about is being cleared…I don’t give the Americans ten years to establish a saw or flour mill at the base of the cataract. Alexis De Tocqueville
They are about to consummate the barbarism by throwing a wire bridge over the river just below the American Fall…what they will not do next in their freaks it is difficult to surmise, but it requires very little to show that patriotism, taste, and self-esteem, are not the leading features in the character of the inhabitants of this part of the world. Sir Richard Bonnycastle (1849)
Je pense que je ne verrai jamais un poème beau comme un arbre. Les poèmes sont créés par des fous comme moi, mais Dieu seul peut créer un arbre. Joyce Kilmer (1913)
Je crois bien que jamais je ne verrai un panneau d’affichage aussi beau qu’un arbre. En fait, je ne verrai pas un seul arbre avant que tous les panneaux soient tombés. Ogden Nash
The “Bridal-Veil” fall in Yosemite “leaps out of a smoother channel, in a clear, symmetrical arch of indescribable beauty; has a larger body of water, and is surrounded by far loftier and grander precipices” than the Staubbach fall in the Swiss Alps. James Hutchings
Despite the best intentions of the preservationists, their cause succumbed to the unassailable American will-to-profit. The last chance to preserve a semblance of an enduring cultural tradition in America needed more than patriotic defense to survive. Contrary to popular memory, the parks were not the result of preservationists’ aims to protect the environment or preserve monuments to the American heritage; rather, the development of a system of National Parks relied almost exclusively on the profit potential of the landscape. The earliest park sites were chosen in part because the sublimity of their rugged beauty expressed a monumental tribute to the American identity, but more significantly because the protected land removed from the public domain was economically worthless. As the early history of the park system demonstrates, sites like Yosemite and Yellowstone were carefully chosen iterations of America. In both places, the high rugged terrain offered the monumentalism appropriate to a symbolic expression of the American character, but conveniently enough, it also prevented profitable activity such as mining, timbering, or farming and were therefore much more justifiably preserved. But both parks, although worthless for traditional industries, became even more valuable when the country discovered that where industry was unable to access the resources, tourism could. The millions of dollars generated by tourist revenues–not a spiritual desire to preserve the landscape–proved in the end to be the winning defense for the park system. Joshua S. Johns
Pour de nombreux Américains de la fin du xixe siècle, la nature sauvage – ou supposée telle – avait le goût du paradis perdu. Les écrits écologistes de Henry David Thoreau (1817-1862) ou de John Muir (1838-1914) leur apprenaient que c’est un antidote aux poisons de la société industrielle. Et beaucoup croyaient que le salut du monde passe par la sanctuarisation de son milieu naturel. (…) Si les Américains se sont passionnes pour les séquoias, c’est parce que leur taille phénoménale était le signe d’un destin grandiose dont les racines remontaient à la naissance du monde. Ces vestiges naturels  offrent à la nation américaine un patrimoie propre, bien plus ancien que celui des nations colonisatrices. Ils parlent d’un temps géologique  qui n’a rien à voir avec l’échelle des civilisations européennes. C’est le temps de la nature, celui de l’Amérique, directement hérité du Créateur, sans intervention superflue des prétenitons humaines. (…) Ce qui frappe surtout les observateurs, c’est que la plupart des arbres sont contemporains du Christ. (…) D’oùle véritable culte dont ils peuvent faire l’objet  de la part de tous ceux qui voient dans Yosemité comme le temple naturel de l’Amérique. (…) La réputation de Yosemite doit aussi beaucoup à l’image qu’en ont donnée les photographes et les peintres. Carleton Watkins (…) visite le site en 1861. Il en revient avec des des photograzphies qui, plus encore que les morceaux d’écorce envoyés par Geeorge Gale, frappent ‘imagination des Américains de la côté est. (…) Ainsi, les reproductions, les tableaux, les livres, les reportages, les sermons ont contribué à faire de cette vallée boisée de la Sierra Nevada un lieu de rédmption pour le nouveau peuple élu. La forêt, perçue comme dangereuse du temps des premiers colons, est devenue un havre de paix dans une nation en guerre. pour finir par former l’un des paysages mythiques des Etas-Unis. Bruno Cabanes

The Mother of the Forest, Genesis, Adam, Methuselah, The President, The Senate, The House, WashingtonFranklin, John Adams, Lincoln, Roosevelt, Cleveland, Monroe, General Sherman, General Grant, Robert E. Lee  …

En ce 150e anniversaire de la création du Parc de Yosemite

Où le moindre site naturel est à présent dument viabilisé et doté de sa boutique de souvenirs …

Et dont l’accès, pour les plus courus protection oblige, est non seulement payant mais rationné, nécessitant souvent, quand il n’est pas tenu secret, une réservation plusieurs mois à l’avance …

Comment imaginer ce qu’a pu représenter un site comme  Yosemite lors de sa découverte ?

Le côté phénomène de foire suscité par la prodigieuse grandeur de ces mastodontes de plus de 100 m (redwoods) et de près de 2000  tonnes (sequoias) qui verra leur premier découvreur, un homme d’affaires du nom de George Gale, arracher sur une hauteur de 35 m l’écorce d’un monstre de 30 m de circonférence pour en envoyer, pour qu’ils y soient reconstitués, les lambeaux vers les villes de la côte est, en assurant ainsi la mort quelques années plus tard …

La frénésie marchande de ces forestiers qui abattirent, souvent à perte faute de pouvoir les transporter, tant de ces illustres géants …

La fierté d’avoir enfin, derrière ces troncs bimillénaires, non seulement un héritage propre mais un  patrimoine bien plus ancien que toutes les ruines réunies de ces civilisations européennes qui les avaient toujours regardés de haut …

Ou, comme l’exprimèrent tant de reproductions, tableaux, livres, reportages ou sermons mais aussi les noms mêmes qu’ils leur attribuèrent, la vénération quasi-religieuse devant des vestiges naturels contemporains du Christ et remontant, croyait-on, à la naissance du monde …

Au point qu’en pleine guerre civile, le président Lincoln ait pris la peine de signer un projet de loi qui en ferait, même avant Yellowstone , le premier parc naturel au monde …

Et qui, via l’industrie touristique alors naissante et aujourd’hui si décriée, en assurerait un siècle et demi après la préservation …

Our Trees Are Better Than Your Ruins: National Parks and National Identity in Nineteenth Century America
James Rogers
US history scene
Jul 25th, 2013

On June 30 1864, in the midst of a bloody civil war, President Abraham Lincoln signed “An Act authorizing a Grant to the State of California of the Yo-Semite Valley, and of the Land embracing the Mariposa Big Tree Grove.” For the first time, ideological values implicit in the setting aside of land for public recreation and enjoyment had been given priority over the potential for material and financial advancement. Eight years later, in 1872, Yellowstone became the world’s first national park (the federal government was required to take control of the park, as Wyoming was then only a territory, rather than a state). These unprecedented acts of wilderness preservation laid the foundations for a now global model of national park creation. Everyone who today enjoys the natural wonders of the world owes such enjoyment to these preservation efforts in the early United States.

The artist George Catlin (1796-1872) is widely credited as being the first prominent spokesperson to propose national parks in the 1830s. Over thirty years before the Yosemite State Park Grant, Catlin advocated for a “nation’s park, containing man and beast, in all the wild and freshness of their nature’s beauty,” to be accomplished by “some great protecting policy of government.” For Catlin, the park would be a “specimen” for America to “hold up to the view of her refined citizens and the world, in future ages!” ((George Catlin, Letters and Notes on their Manners, Customs, and Conditions, written during eight years’ travel amongst the wildest tribes of Indians in North America, 1832-1839 (Scituate, MA.: Digital Scanning, 2000), 295)) In summary, a national park could become a vital source of national pride.

Lecture by the historian Roderick Nash on the “Meaning of Wilderness” in the United States:

Americans endured ridicule on many fronts following the rampant commercial exploitation of Niagara Falls. The first words of Alexander De Tocqueville’s Democracy in America stated, “North America has striking geographical features which can be appreciated at first glance” and noted the “simple majesty of their design.” ((Alexis De Tocqueville, Democracy in America, trans. George Lawrence (New York: Anchor Books, 1969), 23)) He bemoaned the failure to properly protect such wonders: “I don’t give the Americans ten years to establish a saw or flour mill at the base of the cataract [Niagara].” ((John Opie, Nature’s Nation: an Environmental History of the United States (Montana: Harcourt Brace and Company, 1998), 375)) In the first half of the nineteenth century, the United States government failed to preserve potential sources of national pride and identity in the East. Some individuals began searching for a new national icon to deflect derogatory British observations about America’s lack of culture and “civilization.” ((John Shultis, “Improving the Wilderness: Common Factors in Creating National Parks and Equivalent Reserves During the Nineteenth Century,” Forest and Conservation History 36, no. 3, (1995): 122)) This laid the groundwork for a more focussed and ultimately more successful effort in the West, culminating in the creation of national parks.

The official wording of the Congressional acts described each of the proposed parks as a “pleasuring ground for the benefit and enjoyment of the people.” ((“An Act to set apart a certain Tract of Land lying near the Head-waters of the Yellowstone River as a public Park,” U.S. Statutes at Large vol. 17, 32-33; “An act to set apart a certain tract of land in the State of California as a public park,” U.S. Statutes at Large vol. 26, 478; “An Act authorizing a Grant to the State of California of the Yo-Semite Valley, and of the Land embracing the Mariposa Big Tree Grove,” U.S. Statutes at Large vol. 13, chap. 184)) Specifically, there were three main principles upon which National Parks were built: cultural arguments based on comparisons with Europe; the desire to preserve only the most “wonderful” and curious natural features; and the necessity of proving the material worthlessness of the land and its unsuitability for other potentially more profitable purposes. Each nineteenth century park conformed to this three-component model, and contained essential similarities that conclusively explain how and why preservation of natural areas occurred.

New World Nature and Old World History: Comparisons with Europe

Warren Baer, editor of the Mariposa Democrat, published the first detailed and extensive account of the Yosemite Valley in 1856. He bemoaned the desire of the American traveller to obtain a sight of the Alps of Switzerland or valleys of Italy, many of which “possess no wonderful attributes of greatness, save in the mind of the traveler, that will compare with the scenery, separately or in whole, of the Yosemite Valley.” ((Warren Baer, “A Trip to the Yosemite Falls,” Mariposa Democrat 5 August, 1856, accessed 21 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/a_trip_to_the_yosemite_falls.html.))

Similarly, James Hutchings, a failed businessman who had entered the publishing industry and led one of the earliest expeditions to Yosemite, wrote in a travel guide that the “Bridal-Veil” fall in Yosemite “leaps out of a smoother channel, in a clear, symmetrical arch of indescribable beauty; has a larger body of water, and is surrounded by far loftier and grander precipices” than the Staubbach fall in the Swiss Alps. ((James Hutchings, Scenes of Wonder and Curiosity in California (San Francisco: J. M. Hutchings, 1862), accessed 14 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/scenes_of_wonder_and_curiosity/)) This explication of the ways in which the Yosemite Fall was superior to its famous European counterpart demonstrates that the aim of much of this literature was to express the ways in which America’s nature could compete with and surpass European equivalents. Nowhere was this clearer than in a letter in The Times in 1869, in which the English author said of Yosemite: “All the Americans I have seen are very proud of it, and some less well informed than the rest have been almost offended at my saying that much grander mountain views could be found in the Alps.” ((The Times, 30 October, 1869)) Promotional materials for the early parks emphasized that, by travelling to these Western natural sites, Americans would be honouring the pioneering experiences of the early frontiersmen. Visitors could engage with the uniquely American history of westward expansion, and in doing so could achieve some physical and spiritual freedom. ((Elliott West, “Selling the Myth: Western Images in Advertising,” in Montana: The Magazine of Western History 46, no.2: 1996, 36-49))

While the political implications of this desire to match the famous grandeur of Europe’s art and nature through the newly discovered wonders in Yosemite are difficult to prove, the volume of literature that stresses the comparison between the two continents indicates that it was of no small significance. Frederick Law Olmsted (designer of New York’s Central Park) – one of the first people to suggest that natural scenes were favourable in securing the “health,” “vigor,” and “happiness” of men – directly criticized the system in England whereby wealthy land owners created private parks solely for the enjoyment of their own families. For Olmsted, such a system represented a “monopoly” in which the vast majority of the population, including those who would gain most from a period of recreation, were excluded from the physical and psychological benefits offered by such parks. ((Frederick Law Olmsted, Yosemite and the Mariposa Grove: A Preliminary Report, 1865, accessed 19 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/olmsted/report.html)) Yosemite Park was to be a cultural asset superior to anything in Europe, and a conspicuous example of American democratization.

Olmsted’s argument is evident in a widely repeated incident from the 1893 World’s Fair in Chicago, to which part of a fallen Sequoia tree (the General Noble Tree) had been sent in order to demonstrate its immense size.

The rejection of the existence of such a tree by many of the visiting English patrons became a ground for dispute for supporters of the Yosemite Park idea, and later became a useful tool to strengthen cultural arguments for preservation. One recital of the incident recalled how one Englishman, after being repeatedly assured by the American “gentlemen” who had transported the tree to Chicago that the object was real, “gave one look of rage at our honest-eyed friend, and bolted from the neighbourhood.” ((Thomas Starr King, A Vacation among the Sierras: Yosemite in 1860 (Book Club of California, 1962), accessed 21 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/vacation_among_the_sierras/)) The incident did not only appear in much of the Yosemite literature, but was also repeated by Senator Conness during the longest of the debates on the passing of the park bill: “The English who saw it [the tree] declared it to be a Yankee invention” and thought that “it was an utter untruth that such trees grew in the country.” ((Congressional Globe, 1864, 2301)) What may at once have been deemed a trivial incident later became considered worthy of repeated recitation in an effort to justify the preservation of the trees through the creation of the park.

Age estimates of the park’s trees became another means of comparison with Europe. Many publications, stressing the unique physical attributes of the Yosemite region, highlighted the possibility that the United States possessed trees that out-dated many of Europe’s ancient spectacles. Thomas King, a noted political orator during the Civil War, described how one member of a travelling party to the Sierras believed that “the oldest of these trees were of substantial size when David danced before the Ark, when Theseus ruled in Athens, when Aeneas fled from the burning wreck of Troy.” ((King, A Vacation among the Sierras)) Such comparative thinking entered the official discussions on the park’s creation; one of the first questions to be asked of Senator Conness concerning the trees was, simply, “How old?” ((Congressional Globe, 1864, 2301))

These comparisons played an equally vital role in the creation of Yellowstone Park as it had for Yosemite, influencing both press coverage and official documentation. A report from the Committee on Public Lands was used as a basis for the initial presentation and discussion of the bill. The report observed, “all these springs are adorned with decorations more beautiful than human art ever conceived, and which have required thousands of years for the cunning hand of nature to form,” and that “the geysers of Iceland sink into insignificance in comparison with the hot springs of the Yellowstone and Fire-Hole Basins.” ((“The Yellowstone Park: Report of the Committee on Public Lands,” Reports of Committees of the House of Representatives for the Second Session of the Forty-Second Congress, 1872)) There are detailed similarities between 1872 and 1864 in terms of an emphasis on the superiority of American natural wonders. More specifically, this illustrates a continuation of the desire to not only highlight superior physical attributes, but also the age of the natural features.

The Chicago Tribune, citing a report of the Yellowstone Expedition in 1870, stated that those in the field were “satisfied this wonderful region … needs to become known to attract as much attention as any other on the face of the globe.” ((Chicago Tribune, 11 October, 1870)) The St. Paul Daily Press similarly stressed the extent to which the United States was setting a global precedent: “such a grand national park [Yellowstone] in the heart of the continent, is one of those conceptions that is purely American in their magnificence.” ((St. Paul Daily Press, 6 March, 1872)) The very fact that, within twenty-one years of the creation of Yellowstone, six other countries had designated lands as national parks or equivalent reserves reinforces this point that the United States had constructed a model for the rest of the developed world to follow. ((John Shultis, “Improving the Wilderness: Common Factors in Creating National Parks and Equivalent Reserves During the Nineteenth Century,” Forest and Conservation History 36, no. 3, (1995): 121-22))

Preservation of the Wonderful

Whereas the wonders of Yosemite were effectively advertised by authors and artists, like King, Greeley, Horace, and Watkins, the natural landmarks of the Yellowstone region were brought to a wider audience mainly through published accounts of two expeditions: the 1870 Langford-Washburn expedition, and the 1871 Hayden expedition. ((N. P. Langford, “The Wonders of the Yellowstone,” Scribner’s Monthly 2, no. 1, (1871): 2-17.)) These accounts primarily described the physical attributes of specific natural phenomena, especially concentrating on the uniqueness of the many geysers in the region. Langford, in particularly emotive language, suggested, “the springs themselves were as diabolical in appearance as the witches’ cauldron in Macbeth, and needed but the presence of Hecate and her weird band to realize that horrible creation of poetic fancy.” ((Ibid., p. 10))

The findings of Professor Hayden’s expeditions into the Yellowstone region were reproduced in the illustrated magazine Scribner’s Monthly, where Hayden wrote about the wonders of the area and the necessity of park legislation. Of the Yellowstone Mountains, he noted, “several members of the party, who were familiar with the mountains of Central Europe, were struck at once with the resemblance to the Alps.” The establishment of these parks necessarily included recognition of the pioneering exploration that had uncovered America’s natural wonders. These expeditions, like that of Lewis and Clarke, were evidence not only of American bravery and of the pioneering spirit, but also served as a timely reminder of the huge scale of the American nation. The discovery of wonderful, unique natural phenomena in the darkest recesses of the country created an aura of mystery and wonder.

The increasing use of the natural world as a subject for artistic expression facilitated this cultural transition. Albert Bierstadt and Thomas Moran, in particular, painted and disseminated images of America’s wilderness, in which man was subservient to his awesome surroundings. Such images conformed to the mid-nineteenth century growth of transcendentalism. Transcendentalists like Ralph Waldo Emerson and Henry David Thoreau reinterpreted the role of nature by suggesting that, in order to become closer to God, one must embrace his natural creations. By preserving God’s greatest creations in perpetuity, for all Americans to enjoy, the creators of the national parks ensured the spiritual well-being of those willing to embrace the wilderness.

Worthless Land

Unsurprisingly, not all motivations for the creation of national parks were purely ideological.

In contrast to the passing of the 1864 bill, proposed legislation for Yellowstone encountered real opposition within Congress. The resulting debates highlight the importance of the “worthless land” component of the park model. Much of the opposition to the park bills in Congress was based on an unwillingness to close off areas of land from private enterprise. Park promoters would be required to emphasize that the parks would not cause financial loss and would be self-funding.

The first of these debates involved Senator Cameron, who questioned the “necessity” of the federal government owning such a large tract of land, especially as the proposed park was to be “several times larger than the district of Colombia.” ((Congressional Globe, 1872, p. 484)) The second debate included the most outspoken opposition to the establishment of public parks at any point in the nineteenth century. Senator Cole of California criticised the legislation based on a two main issues: “I cannot see how the natural curiosities can be interfered with if settlers are allowed to approach them;” “If it cannot be occupied by man, why protect it from occupation?” Senator Trumbull’s answered that federal ownership was necessary in order to prevent an opportunistic group of people planting themselves “across the only path that leads to these wonders, and charge every man that passes along…” ((Ibid., p. 697))

In both debates, defenders of the park bill cited the findings of the Hayden report that indicated the unsuitability of the parklands for agricultural or arable purposes. The altitude of the land meant that it was not available for private occupation, hence the setting aside of the land would inflict no damage on any material interests. ((Ibid., pp. 520, 697))The new phenomena of large public parks were tolerated only after the satisfactory appeasement of economic, as well as ideological and environmental, interests.

Legacy

Despite these economic caveats, the early stages of the national parks system have retained a legacy of romantic cultural thought, grounded in the democratic ideal of making the greatest of America’s wilderness available to all. As a young country, the United States is rarely able to claim to have first discovered or established specific cultural principles. National parks are a notable exception. Now a global institution, the preservation of some of the world’s most unique natural wonders can truly claim to be “America’s Best Idea.” Marrying cultural and social concepts, it represented an antidote to nineteenth century American regionalism. Although primarily located in the West, these natural phenomena belonged to all Americans.

Voir aussi:

Letter Four
A VACATION AMONG THE SIERRAS—NO. 4
Thomas Starr King

San Francisco, November, 1860.

THE BIG TREES

Dear Transcript: We were very tired when we dismounted at Clarke’s log hut and canvas dining tent in the glorious forest, thirty miles from Mariposa. Tired in body and in brain,—tired by our seven hours of horseback riding, and by the perpetual feast of floral beauty and sugar-pine magnificence which had delighted eye and heart. But it did not require a long time to restore us. Half an hour’s rest under one of the stately firs that tower above the cabin, and a cup of tea with our noon meal, fit for a mandarin, (almost as delicious, friend Transcript, as our excellent hostess in West Cambridge has often prepared for us) put us in good working trim for the afternoon’s excursion. We were only five miles from the Mammoth Trees. An easy upland ride of an hour would lead us to the grove where the vegetable Titans, we had so often read about with a wonder tinged with unbelief, held their solemn court.

And I confess that I began to doubt, as the time for mounting again approached, as to the existence of the marvels. Was it possible that, before sunset, I was to stand by a living tree more than ninety feet in circuit, and over three hundred feet high? Think what these figures mean, my hasty reader, when transformed into solid bark and fibre. Take a ball of cord, measure off a hundred feet from it, cut it and tie the ends, and then by the aid of four or five companions, stretch it into a circle, (if you have a parlor spacious enough to permit the experiment), and imagine that space filled with the column of a vigorous cedar. Now conceive this tree rooted on the Common near the Park street entrance. What do you say to the idea of looking up its smooth trunk to a point higher than the topmost leaf of any elm on the Tremont street mall, and of seeing there a bough thicker than the largest of those elms shooting out from it? What do you say to the fact that its plume would nod a hundred feet above the vane of Park street spire? What do you say to the possibility, if it lay hollowed on the ground, of driving a barouche and four through it, without their being able to touch the highest point of its curved ceiling “with a ten foot pole?” Then think of it cut up into six thousand cords of wood. I forget how much space the iron fence encloses around the great Elm on the Common. If it is not so much as thirty-four feet in diameter the fence would not encircle the tree we are speaking of. At any rate, if such a Colossus should spring near the frog pond, the old elm would look, by the side of it, like General Tom Thumb at the knee of Hercules. When I recalled the wonder and delight I had felt in seeing a hemlock six feet in diameter near the Dixville Notch in New Hampshire, and thought what a tree must look like that is more than five times such bulk, I confess that, although I was strangely excited at the possibility, I was prepared to find that all visitors had greatly exaggerated, and that as to such structures and the marvel of them, we must “walk by faith, not by sight.”

At any rate, we will enjoy the ride in search of the grove. The flowers are plenteous along all the steadily rising trail. Here and there we must pause before one of the seductive sugar pines, which looks so full of melody that it seems as if the first breeze that brushes it would make it break forth into a Mozartish song. Then we must begin to train our eyes to the general scale of the structures in the forest. There lies now part of a tree trunk on a slope near our track. How long is it? I measured it two or three times with my eye, and said, “seventy-five to eighty feet.” Another of the party said, “a hundred.” A third, who was a better mathematician than the others, insisted that it would reach a hundred and twenty-five feet. I laughed at him, and then the banker dismounted from his mule, and paced the side of the trunk. It was a hundred and fifty feet long. We had not learned to allow for the fact that the ordinary trees we were riding under were two hundred feet tall. What if we should meet a grizzly on a flowery bank under one of the graceful sugar pines? While we were discussing this possibility, we came upon fresh traces of a very large one. I was eager to get a glimpse of him, but the majority of the company prayed that they might not see one of the shaggy monsters, and their prayer was answered.

There are two large groves of the mammoth trees in California. The one which is usually visited is in Calaveras County. It contains hardly a third as many trees as the Mariposa cluster which we are in search of in this letter, but is much more easy of access. 90 It covers about as much space as the Common, and a good carriage road leads to the heart of it. At the portal of the grove stand a pair of sentinels, twenty-five feet apart, which are sixty feet in circumference and three hundred feet high. They are well named the “Two Guardsmen.” What a pity, for Dumas’s sake, that there is not one more! Passing these warders, you drive up to a hotel, and find the grounds trimmed up and the trees named and labelled for guests. Some of the labels are of gilt letters on marble, we are told, and are tastefully inlaid in the bark from six to twenty feet above the ground. The “Hercules” in this group is ninety-three feet in circumference. The “California” seventy-three feet in circuit, shoots up straight as an arrow three hundred and ten feet. “Uncle Tom’s Cabin” is a tree which has been burnt out; it is eighty-three feet in circumference and will lodge twenty persons. The “Mother of the Forest” is three hundred and twenty-seven high and nearly eighty feet in girth.

The bark of this empress of the grove, to the height of one hundred and sixteen feet, is now in the English Crystal Palace at Sydenham. 91 One of our party saw it there some two years since, and heard an indignant Englishman exclaiming to the exhibitor that it was never taken from a single tree; that no tree ever could have grown so large. Our companion mildly interfered in the dispute, and assured the Englishman that he had stood in the grove a year before; that there were larger trees in it than this one thus flayed; and that, in spite of the fact that the bark had been completely removed to the height of over a hundred feet, the tree was as green as any of the majestic fraternity. The Englishman gave one look of rage at our honest-eyed friend, and bolted from the neighborhood. Our friend told the simple truth, for the tree flourished two years after the spoliation, which, we rejoice to say, is longer than the villainous speculation did. One of these Calaveras trees, three hundred feet high, was cut down a few years ago, eight feet from the ground. 92 Part of the trunk is used as a bowling-alley, and the stump, twenty-five feet in diameter, covered with a canopy of green boughs, is now a dancing saloon. To cut it down, pump augers were used from either side, until the tree was completely severed from the base. But so nicely poised was it, that it would not fall. Only by driving in large wedges with immense battering rams could its equilibrium be disturbed sufficiently to make it top-heavy. Five men were at work twenty-five days in this wretched drudgery of destruction.

The Mariposa grove stands as the Creator has fashioned it, unprofaned except by fire, which, long before the advent of Saxon white men, had charred the base of the larger portion of the stalwart trees. We rode on for an hour, climbing all the time, till we reached a forest plateau five thousand feet above the sea. This, in New England, is the height of Mt. Madison, where not a shrub can grow. Riding on a few rods, through ordinary evergreens with dark stems, we at last catch a glimpse of a strange color in the forest. It is a tree in the distance of a light cinnamon hue. We ride nearer and nearer, seeing others of the same complexion starting out in most impressive contrast with the sombre columns of the wilderness. We are now in the grove of the Titans. The bark has a right leonine effect on the eye. We single out one of them for a first acquaintance, and soon dismount at its root.

I must confess that my own feeling, as I first scanned it, and let the eye roam up its tawny pillar, was of intense disappointment. But then I said to myself, this is doubtless one of the striplings of the Anak brood—only a small affair of some forty feet in girth. I took out the measuring line, fastened it to the trunk with a knife, and walked around, unwinding as I went. The line was seventy-five feet long. I came to the end of the line before completing the circuit. Nine feet more were needed. I had dismounted before a structure eighty-four feet in circumference and nearly three hundred feet high, and I should not have guessed that it would measure more than fifteen feet through. It did not look to me twice as large as the Big Elm on the Common, although that is only eighteen feet in circumference, and this was twenty-eight feet in diameter. During the day I had seen a dozen sugar pines which appeared to be far more lofty.

The next one we measured was eighty-nine feet and two inches in girth; the third was ninety feet. There are nearly three times as many of the giant species in this grove as in the Calaveras cluster. Divided into two groups, there are six hundred and fifty of them within a space of one mile by three-quarters. Col. [James Lloyd La Fayette] Warren, the faithful and self-sacrificing friend of agricultural interests in the State, proprietor and editor of the California Farmer, measured the principal trees of one group on this ridge, some three years ago, and found one of 102 feet, two of 100 feet, one of 97, one of 92, one of 82, one of 80, two of 77, three of 76, and thus gradually diminishing, till more than a hundred trees were on his list that measured fifty feet and upward in circumference. 93

This crowd of majestic forms explains the disappointment in first entering the grove. The general scale is too immense. Half a dozen of the largest trees spaced half a mile apart, and properly set off by trees of six and eight feet in girth would shake the most volatile mind with awe. Four days afterwards, on the homeward path by another trail, I struck off the track with one of our party to see some “big trees” that were reported to us as a mile from the path, near “Crane’s Flat.” We found them. 94 The first one we approached was the only one of the species in the range of vision, and reared its snuff-colored column among some ordinary firs. How majestic it swelled and towered! My companion and I both exclaimed, this is the largest tree we have yet seen; this will measure more than a hundred feet. We gazed a long time at its soaring stem, from which, a hundred feet above us, the branches that shot out bent suddenly upwards, like pictures of the golden candlesticks in the Hebrew temple. It seemed profane to put a measuring tape upon such a piece of organized sublimity. But we wanted to know how much more than a hundred feet could be claimed for it, and I made the trial. It was just fifty-six feet in circuit,—but little more than half the size of the monarchs in Mariposa which it seemed to excel so much in majesty. There were a hundred trees in the Mariposa grove larger than this, and all of them together did not make half the impression on me that this one stamped into the brain at the first sight. We need to see the “Mother of the Forest” towering near Trinity Church in New York, and over-topping its spire with a column whose life is older than the doctrine of the Trinity, to appreciate its vastness.

We ought to see the “Fountain Tree” of the Mariposa grove, a hundred and two feet in circuit, rising near the Bunker Hill monument, and bearing up a crown eighty feet above it, to feel the marvel of its bulk and vitality. Think of that monument as a living structure. Conceive it as having grown from a granite seed, whose outpouring life absorbed from the earth and attracted from the winds fine granite dust, to be slowly compacted, by internal and unerring masonry, into the solid squares of its strength and its tapering symmetry! A work far more marvellous than this has been wrought by each fragment of a cone that took root five thousand feet on a ridge of the Sierras, centuries ago, and now is represented by an organism of thirty feet diameter. Indeed, it is quite probable that there have been a few trees in both the Mariposa and Calaveras groves, which have built their sublime columns out of the air through the energy of a single seed, in whose trunk Bunker Hill monument could have been inserted and hidden, while the stem would still spring more than two hundred feet above its apex-stone. For the ruins of one now lie in the Mariposa grove which was forty feet in diameter, and must have towered more than four hundred feet high.

Many of the Transcript readers know already that a petrified cedar has been discovered near Honey Lake, over the eastern slope of the Sierras, which measures forty-two feet in diameter at the butt, and is over six hundred and sixty feet long. 95 I have conversed with one of the prospecting party who discovered it, an intelligent and reliable man. He showed me specimens of the petrifaction from different parts of the tree. The bark is nearly snow white, and I took in my hands a piece from a heavy and gummy knot which was knocked off five hundred and twenty feet on the stem. By pacing, the trunk measured over six hundred and sixty feet, as it lay on the sloping and barren ground. At that point it was four feet in diameter, the residue, probably forty feet, being hidden by sand. Think now of a tree seven hundred feet high! Reared by one seed out of air and cloud, and then turned to solid stone! Here are three Bunker Hill monuments already built of enchanted rock. Is the Greek fable of Proteus, who changed from shape to shape to escape his pursuers, a mere fantasy? And the conception of the Medusa’s head,—how does it read by the side of that solid tree upon which the Gorgon face of nature has been turned?

The afternoon hours we passed in the Mariposa grove were strangely short. One needs a long summer day for the proper study even of half a dozen of the chief senators in the group. What is an afternoon among six hundred? I lay for half an hour alone at the root of the most colossal bole—my companions out of sight and hearing—and watched the golden sunshine mounting the amber trunk, and at last leaving a hundred feet of it in shadow to flood its mighty boughs and locks with tender lustre. What silence and what mystery! How many centuries of summers has such evening splendor burnished thus the summit of the completed shaft? How long since the quickening sunbeam fell upon the first spear of green in which the prophecy of the superb obelisk was enfolded? Why cannot the dumb column now be confidential? There comes a breath of wind, cooled by the snow on higher swells of the Sierras, which can be seen from the western edge of the grove;—why will not the old patriarch take advantage of that ripple through his leaves and whisper to me his age? Are you as old as Noah? Do you span the centuries as far as Moses? Can you remember the time of Solomon? Were you planted before the seed of Rome took root in Italy? At any rate, tell me whether or not your birth belongs to the Christian centuries; whether we must write “B. C” or “A. D.” against your infancy. I promised the stalwart greybeard that I would tell nobody, or at most only the Transcript, if he would just drop into my ear the hour of his nativity. Perhaps he would have told me, if my party had not returned to disturb the conditions of a communication. Possibly he would have said that his memory was treacherous, and that I must ask the scientific men.

I have asked them, and they differ. One calculation led Mr. Greeley to believe that the oldest of these trees were of substantial size when David danced before the Ark, when Theseus ruled in Athens, when AEneas fled from the burning wreck of Troy. In an English journal they were estimated by a distinguished botanist at three thousand years. Dr. [Jacob] Bigelow, by counting the rings in a section of the trunk of one of the largest, which had been felled, and computing from that, reduced these pretentions materially. He made it about 1900 years old,—a tender contemporary of Cicero and Julius Caesar. But since then, a merciless savant, Dr. [John] Torrey the botanist, declares that he has counted every ring on the tree that was cut down, and his figures have felled a vast pile of our poetry. Why must there be scientific men, who delight in bothering theologians, and in erecting their chevaux de frise in the path of all galloping romance? He makes our tree about eleven hundred years old. If this calculation be trustworthy, the column at whose root I sat took its first draught of sunshine in the time of Charlemagne. It is three hundred years older than the Norman Conquest and the great Hildebrand. It was a giant in the time of the first Crusade. And it antedates the foundation stone of the oldest Gothic spire of Europe. A genial evening of life to the Methuselahs of the wilderness, who were babies of a century a thousand years ago.

Voir de même:

A history of the park system
Joshua S. Johns
Xroads.Virginia.ed

May 15, 1996

In the introduction to The National Parks Portfolio of 1917, the first anniversary of the National Park Service, director Stephen Tyng Mather wrote that « this nation is richer in naural scenery of the first order than anyother nation…and is serenely ignorant of the fact. In its national parks it has neglected, because it has quite overlooked, an economic asset of incalculable value » (Yard 5). Mather expressed an opinion that was long in the making. By 1917, speaking of the economic potential of scenery was a reasonable assertion, but prior to this time the popular view, as Alfred Runte succintly states it, held that « wealth of resources, not of scenery, had become the nation’s ultimate measure of achievement » (Runte 53-54). This viewpoint, however popular, was already changing as early as the middle of the Nineteenth Century as some citizens began to interpret the wilderness of the American continent in more aesthetic terms which embraced the « wildness » of nature as a potent source of national pride and identity. (See Nature and the American Identity for further information)

Despite the shifting perceptions of the American landscape, the bountiful yield of natural resources that could be extracted from the earth for industry countered with a powerful argument against scenic preservation. Economic success would not be stifled by the protests of a few environmentally and aesthetically minded preservationists. Motivated by a pervasive sense of cultural anxiety about America’s inability to compete with the enduring cultural traditions and civil history of Europe’s ancient civilzation, early preservationists championed North America’s vast acreages of wilderness as our own unique cultural heritage. As interest in the American wilderness grew, places like the Hudson Valley of New York and the Shenandoah Valley in Virginia became popular resort destinations for urbanites searching for the restorative power bestowed by a retreat to the « primeval » wilderness from which the United States emerged.

The influx of travellers who journeyed to the countryside in search of a wilderness experience created a demand for certain amenities and conveniences. Profiteers followed the crowds, and the popularity of nature retreats meant that the wilderness could not stay quite so wild. The early aspirations of preservation seemed dashed in what became known as « The Shame of Niagara. » Although Niagara Falls was recognized throughout the world as one of the most magnificent natural wonders, profiteers and industrial opportunists were free to take advantage of its popularity since no regulation or management existed. As a result, the brink of Niagara was clogged with the architectural pollution of hotels, shops, tourist traps, and industries–all tapping the economic resources created by the popularity of the falls. Americans swelled with pride at the mention of Niagara, and the pilgrimages made by scores of European tourists confirmed that the United States had at last arrived on the cultural scene.

Understandably, then, when several prominent Europeans criticized the falls, Americans were troubled. In 1831, Alexis de Tocqueville urged an immediate visit to Niagara because « if you delay, your Niagara will have been spoiled for you. Already the forest round about is being cleared…I don’t give the Americans ten years to establish a saw or flour mill at the base of the cataract » (Runte 6). Other disgusted European visitors echoed the opinions of deTocqueville, but renowned English traveller Sir Richard Bonnycastle wrote perhaps the most scathing criticism of what he called « the Utilitarian mania » in 1849 when he said that

they [Americans] are about to consummate the barbarism by throwing a wire bridge over the river just below the American Fall…what they will not do next in their freaks it is difficult to surmise, but it requires very little to show that patriotism, taste, and self-esteem, are not the leading features in the character of the inhabitants of this part of the world (Runte 7).

Bonnycastle’s criticism, along with that of other Europeans, delivered a disheartening blow to the fledgling sense of cultural pride in the American conscience. As reports of the inconceivably magnificent landscapes of the trans-Mississippi west returned to the east during the 1860’s, preservationists and their supporters sensed a possibility for redemption from the catastrophe at Niagara. If the landscapes were as majestic as the tales suggested, they offered what was perceived as a last chance to preserve monuments to the American identity and tributes to the unique cultural history of the United States. The landscapes of the West could provide the perfect opportunity to prove to critics like Bonnycastle that Americans could indeed value their heritage, or an idea of it, more than the pursuit of material success.

Despite the best intentions of the preservationists, their cause succumbed to the unassailable American will-to-profit. The last chance to preserve a semblance of an enduring cultural tradition in America needed more than patriotic defense to survive. Contrary to popular memory, the parks were not the result of preservationists’ aims to protect the environment or preserve monuments to the American heritage; rather, the development of a system of National Parks relied almost exclusively on the profit potential of the landscape. The earliest park sites were chosen in part because the sublimity of their rugged beauty expressed a monumental tribute to the American identity, but more significantly because the protected land removed from the public domain was economically worthless. As the early history of the park system demonstrates, sites like Yosemite and Yellowstone were carefully chosen iterations of America. In both places, the high rugged terrain offered the monumentalism appropriate to a symbolic expression of the American character, but conveniently enough, it also prevented profitable activity such as mining, timbering, or farming and were therefore much more justifiably preserved. But both parks, although worthless for traditional industries, became even more valuable when the country discovered that where industry was unable to access the resources, tourism could. The millions of dollars generated by tourist revenues–not a spiritual desire to preserve the landscape–proved in the end to be the winning defense for the park system.

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The Mother of the Forest and George Gale
A story about the killing of a 2,520 year old Sequoia in 1852 by George Gale for his carnival show.

June 11, 2008

« In the 1850s, Americans learned about California through the pages of newspapers and magazines. A businessman named George Gale and his partners provided the nation with its first big news story from California after the gold rush. In the process, Gale and his companions inadvertently assisted the forces that led to the protection of the natural wonders of the Sierra Nevada mountain range. Gale’s vaudevillian stunt, which received press attention in the United States and Europe, has since slipped into the forgotten pages of history, but its byproduct, the national park system, lives on.

The story begins in 1852, when miners looking for another lode in the boom-and-bust cycle of their existence stumbled across a grove of giant trees in a remote mountainous area in Calaveras County in northern California. In a moment of unimaginative nomenclature, the miners named the area the Calaveras Grove of Big Trees. Native American tribes knew of the region, of course, and white hunters saw the Calaveras giant trees in 1850. The Sierra region had received local publicity in 1851, when a battalion under trader James Savage invaded a valley south of Calaveras in Mariposa County, in a skirmish with a tribe of Indians, the Ahwahnechee. Savage accused the tribe of raiding his trading posts and he and his men burned out the Indians, who escaped under the leadership of a brave named Tenaya. A surgeon in the battalion, Lafayette Bunnell, took time from his duties to serve as a diarist for the trip and he remembered the scenery. « It seemed to me I had entered God’s holiest temple, where that assembled all that was most divine in material creation, » he wrote several years later. A second expedition, under John Boling, caught up with Tenaya and his band in May of 1851, killing one of Tenaya’s three sons. The following spring, the Indians attacked a group of miners, killing two. The regular army invaded the valley, killing five captive Indians. Newspaper stories of the battles in the valley, which was called by the Indian name Yo-Semite, did not travel beyond California. Meanwhile, rumors of a second grove of giant trees near Yo-Semite, bigger and more numerous than the Calaveras Big Grove, circulated among the local population.

As word of the huge trees in Calaveras County spread among folks scratching out a living in the region east of San Francisco, among those who rode out for a look was Gale. Some 20 or 30 miles from the mouth of the Klamath River, Gale stumbled into the grove. Among the 92 giant sequoias in the 160-acre valley, Gale saw what he mistakenly thought was a cedar tree — not just a backyard cedar, but a tree measuring 300 feet high, 92 feet in circumference at the ground and perfectly symmetrical from base to top. He called it « the Mother of the Forest, » and sent to town for a team of five men to chop it down.

Gale was not a lumberjack, nor did he own a sawmill or a lumberyard. He was about to become involved in show business, and in the tree he saw the biggest attraction of his career. But the Mother of the Forest did not die easily. After Gale’s men bored holes through the trunk of the giant sequoia with a long auger, they worked saw blades from one hole to the next. The sawyers, cautious of a 300-foot tree falling on them without notice, continued with great care. The five men worked 25 days to complete the task. According to one account of the event, the tree was so « straight and balanced » that it remained upright, even after it was sawed completely through. Wedges were forced into the cut with hammers and sledges; the trunk was smashed by a crude battering ram, fashioned from nearby lumber, but the Mother of the Forest did not topple.

Not until a wicked gale blew up, in the dead of night, did the tree begin to « groan and sway in the storm like an expiring giant and it succumbed at last to the elements… » Sounds of the crash of the giant sequoia carried 15 miles away to a mining camp; the tree buried itself 12 feet deep into the muck of a creekbed. Mud from the creek splashed 100 feet high onto the trunks of nearby trees. Later, forestry experts in the East estimated that the sequoia tree was 2,520 years old.

Gale’s men stripped most of the bark — which was two feet thick in places — in sections, so it could be pieced together like a grainy jigsaw puzzle for display in the sideshow. Reassembled, the bark section was 50 feet high, 30 feet in diameter and 90 feet in circumference. Another portion of the tree was cut across the diameter, showing rings representing forest fires, drought and rainy seasons over the previous two-and-a-half millennia. Stripping of the bark was done « with as much neatness and industry as a troop of jackals would display in cleaning the bones of a dead lion. » The rest was left to rot. The tree was so immense — and stored enough water in its system — that five years passed before its leaves turned brown and died. Gale shipped the bark to Stockton, on its way to San Francisco, then to the Atlantic States and finally London, to be seen « for a trifling admission fee. »

Sadly for Gale and his partners, reaction to the tree was of two kinds, and both doomed the sideshow. Citizens either thought the bark to be a fake, or, more surprisingly, were hostile to the killing of what was billed the largest tree in the world. The editors of Gleason’s Pictorial, a widely read magazine published in Boston, said, « To our mind, it seems a cruel idea, a perfect desecration, to cut down such a splendid tree… what in the world could have possessed any mortal to embark in such a speculation with this mountain of wood? » Europeans cherish such trees, the editors said, and protect them by law. They hoped that two other American natural wonders, Niagara Falls and Kentucky’s Mammoth Cave, would be safe from purchase and exploitation, and wryly asserted that the cave « is comparatively safe, being underground. » New York newspaperman Horace Greeley, after visiting the region a few years later, wrote, « …it is a comfort to know that the vandals who bore down with pump augers the largest of the Calaveras trees, in order to make their fortunes by exhibiting a section of its bark at the east, have been heavy losers by their villainous speculation. »

Economic speculation in the Calaveras Grove did not end with the bark exhibition, however. Another entrepreneur, seeing a tourist opportunity in the rugged hills 240 miles from San Francisco, built a hotel next to Mother of the Forest. The Mammoth Tree Hotel opened for business in 1855, with dances and theatrical performances held on Mother’s stump. Several dozen feet of the fallen tree’s surface were shaved flat; a tavern and two bowling alleys, complete with 81-foot lanes, were built on the leveled area and soon were ready for customers. Tourists also traveled to another, larger tree in the grove called Father of the Forest that had died a natural death many years earlier; its corpse ran along the ground for 450 feet and, after a rain, held a pond in its trunk deep enough to hold a steamboat.

The publicity surely stimulated interest in the natural wonders of California. Historian Hans Huth said vandalism such as the killing of the Mother of the Forest caused Easterners to ponder their duty to protect nature. A more recent environmental historian, Donald Worster, insightfully argued that ecological thought reflected not just discoveries (such as the Mother of the Forest) but the specific cultural conditions in which those discoveries arose. For example, the excitement caused by the felling of the giant tree caught the attention of one of the country’s most popular philosophers and poets, James Russell Lowell. In an article for The Spectator, reprinted in other publications, the well-known social critic called for a society for the protection of trees. « The American seems to have an hereditary antipathy to Indians and trees, both having been the foes he had to first encounter in conquering himself a home here in the West, » he wrote. Lowell, who had succeeded Henry Wadsworth Longfellow as chair of modern languages at Harvard, wanted trees to be left alone, free of the interference of sideshow huckster and government forester alike. « That is the best government for trees which governs least… » he wrote. « Nature knows better than any city forester. » Lowell’s dislike of government foresters prevented him from extending his minimal interference notion to the idea of state protection. The idea had been on the books as early as 1817 in the United States, when the Secretary of Navy was authorized to reserve lands producing oak and cedar for the purpose of supplying lumber for ships.

In 1864, 11 years after Gale felled the Mother of the Forest and seven years after Lowell’s call for a tree protection society, the federal government granted the State of California an area of about eight square miles to be used as a park several miles south of the Calaveras Grove of Big Trees. Ironically, the Calaveras Grove of Big Trees was left out of the protected area, even after all the attention it received in the popular press. The new park was in Yosemite Valley, which was home to more giant trees — the Mariposa Grove of Big Trees, plus spectacular and unusual granite formations, delicate waterfalls and scenery unlike any other in the world. The process of making Yosemite Valley a park, which began with the discovery of the Mother of the Forest, worked its way through the political arena with unusual speed. Yosemite Valley provided a model for a new kind of land use, a state park, which was to be joined by another model — a federal park — at Yellowstone eight years later. »

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June 30, 1864, Abraham Lincoln creates Yosemite Park
Andrew Glass

Politico

6/30/09

On this day in 1864, President Abraham Lincoln signed legislation giving Yosemite Valley and the nearby Mariposa Big Tree Grove to the state of California “upon the express conditions that the premises shall be held for public use, resort and recreation.”

Championed by Sen. John Conness (R-Calif.), the Yosemite Grant included the first parkland the federal government ever set aside for preservation and public use. It set a precedent for the creation of Yellowstone as the nation’s first national park in 1872.

The need to preserve the magnificent landscape and the desire to attract tourists soon came into conflict, however. In 1865, Frederick Law Olmsted, a landscape architect who served on the Yosemite board of commissioners, warned that “the slight harm which the few hundred visitors of this year might do, if no care were taken to prevent it, would not be slight, if it should be repeated by millions.”

As Olmsted predicted, the Yosemite Valley soon became a popular vacation destination. When it became apparent that the state could not adequately care for the park, public pressure grew to turn over management of its natural wonders to the federal government. The campaign led to the establishment of Yosemite National Park in 1890.

In 1903, President Theodore Roosevelt camped in the park with naturalist John Muir for three days. On that trip, Muir persuaded Roosevelt to remove control of the nearby valley and grove from California and return it to the federal government.

Today, the region, under the management of the National Park Service, encompasses nearly 1,200 square miles of the Sierra Nevada range. With elevations as high as 13,000 feet, the park includes a pristine alpine wilderness amid deep valleys, sweeping meadows, groves of ancient giant sequoias, towering cliffs, spectacular waterfalls, wildflowers and iconic rock formations.

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Yosemite celebrates 150th anniversary
In the midst of the Civil War, President Abraham Lincoln signed the Yosemite Grant Act on June 30, 1864, paving the way for the national park system. American photographer Charles Leander Weed captured this view of Yosemite Valley that same year.
Katia Hetter
CNN
June 30, 2014

(CNN) — It was during the throes of the Civil War, with lots of bloody and brutal fighting still ahead, when President Abraham Lincoln turned his attention to the Mariposa Grove and the Yosemite Valley areas of California.

Lincoln’s signature on the Yosemite Land Grant bill on June 30, 1864, set a precedent for the preservation of the young country’s wilderness. That act 150 years ago was the first instance of the U.S. government setting aside scenic wilderness for public use and preservation.

The act put both tracts of land in trust for the state of California, and it set the stage for the 1872 establishment of Yellowstone National Park in Wyoming, Montana and Idaho as the first national park.

Calling it a « remarkable message of hope for a nation embroiled in a bloody civil war, » National Park Service director Joseph Jarvis suggested Lincoln’s actions may have been « assuring the nation of better times ahead, as if he knew that Americans would need places where they could go and find peace in the perfection of the natural world. »

The land around the grove and the valley became Yosemite National Park in 1890. Both pieces of land were re-acquired by the federal government and combined with the national park in 1906, which created the park much as we know it today.

Yosemite now hosts 3.7 million visitors annually, and the numbers are expected to swell for anniversary events through October. But the glorious groves of ancient sequoias, spectacular waterfalls and 750 miles of trails that are now Yosemite National Park’s 1,200 square miles are a joy for travelers to visit any time of year.

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How We Saved the Big Trees
Horace M. Albright with Frank J. Taylor
The Saturday evening Post
February 7, 1953

The mighty redwoods would be practically extinct today — if it hadn’t been for a 30-year crusade of dickering, swapping, money raising, and political trading. Here, by the ex-boss of our National Parks, is the story behind that garnering of $5,000,000 and the saving of 60,000 acres of sequoias.  

One day last summer Bernard M. Baruch, who delights in philosophizing on park benches, found himself in a unique setting. On his 82nd birthday, the sage elder statesman sat on a log beneath the world’s tallest living thing, a 364-foot redwood known as The Founders’ Tree in California’s fragrant, cathedral-like Humboldt State Park, and cogitated.

“I have sat upon many park benches, but never before on one in such a setting as this,” mused Baruch. “In the shade of this majestic tree, a man may refresh his spirit, drawing upon the strength and beauty of this living column.”

Many people have drawn strength from these forest giants, some of them thousands of years old. One distinguished visitor, Sir George Campbell, a British representative at the birth of the United Nations in San Francisco, even urged his fellow delegates to “meet outdoors in the great redwood forests”

Most of the people who experience this spiritual lift take the Big Tree groves for granted. The Big Trees were always there; they always will be. It comes as a jolting shock to learn that, except for the dedicated 30-year battle of a small group of Big Tree enthusiasts, most of these magnificent groves would have been stumps by now. Also, to discover that there are still some Big Trees yet to be saved from the lumbermen’s saws.

Along with other zealots, I have been up to my eyebrows in the intriguing, and at times baffling, hobby of saving the Big Trees. Outside of national parks, we don’t want to save all the Big Trees, only the so-called “museum stands.” These are the occasional groves so outstanding in beauty, setting, size, and age that they should be preserved and protected for posterity. We think our grandchildren and their children ought to be able to enjoy these samples of the primitive beauty of the land as it was before the white man applied his ruthless civilizing process to the continent.

Now you would think it would be fairly easy to set aside a few groves of Big Trees out of the vast primeval forests that once blanketed much of our land. It wasn’t. It has turned out to be one of the most difficult projects ever attempted. In fact, nothing short of a crusade could have recovered a small part of the heritage we allowed to slip away through negligence and chicanery.

I was first caught up in this cause in 1915, when I was assistant to Stephen T. Mather, founder and first director of the National Park Service, and the most zealous tree saver of us all. Later, succeeding him as director, I was in a position to spearhead the drive for a while. Since I quit public service in 1933 to head the United States Potash Company, I have devoted time and energy to helping complete the job. Being in the mining business, which utilizes something left for us beneath the earth by time and nature, I feel it my duty to help restore some of our natural resources for future generations. I still keep in touch with national and state park affairs and serve on boards and committees of conservation organizations, including the Save-the-Redwoods League. Not a year passes without some tree-saving project having my attention, and I am in constant touch with Newton B. Drury, secretary of the Save-the-Redwoods League for 20 years, director of the National Park Service for 10 years, and now chief of the California state-park system.

It took a lot of dickering, swapping, money raising and political jockeying to recover the thousands of acres of forest land that have been restored to the people. The Founders’ Tree, under which Bernie Baruch sat, is named for three farsighted visionaries, Pres. Henry Fairfield Osborn, of the American Museum of Natural History; Dr. John C. Merriam, of the University of California, later head of the Carnegie Institution in Washington; and Pres. Madison Grant, of the New York Zoological Society. I came near being the fourth horseman in this founders’ group, when, in the summer of 1917, I met Osborn, Merriam, and Grant at the Bohemian Grove, a small but impressive stand of redwoods saved from destruction by the Bohemian Club of San Francisco. They asked me to join them in a scouting trip into the redwood lumbering belt, where they heard that the Big Trees were being wiped out like so many cornstalks. Unfortunately, I was unable to go.

When Osborn, Merriam, and Grant returned from the scenes of devastation, there was fire in their eyes. They lost no time in organizing the Save-the-Redwoods League, with the enthusiastic aid of Steve Mather, former Congressman William Kent, and leaders of California’s Sierra Club. Franklin K. Lane, Secretary of the Interior, was the first president, and today his ashes rest in Lane Grove, a memorial to him amid the redwoods. Starting with $100 in the kitty, these men launched what is undoubtedly the greatest private conservation movement on record, one that has raised over $5,000,000, for the most part matched with state funds, to purchase some 60,000 acres of sequoias for the public. Although the league was interested mainly in saving redwoods, its example led to the recovery of many acres of other museum stands of virgin timber — sugar pine, yellow or ponderosa pine, Douglas and other firs, spruce, Eastern hardwoods, swamp cypress, even desert saguaros and Joshua trees — all over the country.

To most people, the Big Trees are the sequoias, popularly called redwoods. There are two kinds of sequoia — the gigantea and the sempervirens. Remotely related, the two types of redwood have quite different growing habits, which added to our problems in saving them.

The gigantea, or Big Tree, which is the bulkiest and oldest living thing, survives from pre-glacial days only in damp, sheltered glades from 3,000 to 8,000 feet high on the western slope of the Sierra Nevada range. They have massive trunks insulated with spongy, reddish, almost-fireproof bark, and some of them are nearly 40 feet in diameter. Shallow-rooted, they balance on the surface, probably bulking over 3,000 tons. They sprout only from seed, and mature only after a millennium of growth. There are estimates of about 17,000 gigantea, 10 feet or more in diameter, growing in 70 small groves, extant out of ancient forests that are believed to have once grown widely in every Northern Hemisphere continent. These, generally speaking, are not only quite inaccessible to loggers, but the trees make inferior lumber, because of the brittleness of the wood.

The sempervirens, or coastal redwoods, on the other hand, thrive in the foggy, low regions from the Oregon border to below Big Sur, and fully 60 miles south of Monterey. Too numerous to count, they make excellent lumber, which is highly prized and high-priced. They are easily accessible by road and by railroad, and have been lumbered for a century. Not so thick of girth as the gigantea, they are taller and more graceful. Their grayish-brown bark is also almost fireproof. They grow in a dense, nearly unbroken forest that blankets valleys and hillsides in a narrow belt along the Northern California coast.

In one respect, the coastal redwoods are miracle trees. Soon after a monster is felled, its stump sends out hundreds of shoots. Within half a century a dozen survivors grow into marketable timber trees 100 feet tall. Hence their name, “sequoia everliving.” This reproductive facility made it all the harder to acquire stands of coast redwoods for park purposes, because timber owners are reluctant to part with redwood lands, even those that are cut over. They regard a stand of second-growth redwoods more highly than money in the bank.

When the Save-the-Redwoods crusade was launched in 1917 to protect some of these giants from the ax, there were only four small groves in public ownership. The state of California had one small grove set aside in Big Basin, near Santa Cruz, for a public park; Santa Cruz and Sonoma counties each had a small grove; and the Federal Government owned Muir Woods National Monument in the sheltered canyon at the base of Mount Tamalpais, just north of San Francisco.

The Muir Grove had been bought by Congressman William Kent, who presented it to President Theodore Roosevelt for a national monument to thwart the plans of a local water company, which planned to flood the canyon for a reservoir. Kent had introduced a bill in Congress to authorize the purchase by the Federal Government of a sizable coast-redwood grove for a national park. When this was pigeonholed, Kent and his friend Mather concluded the only way to get another Federal grove was to raise money privately and buy it. With the Save-the-Redwoods League, they plotted to that end by stationing a large open automobile in the redwood area for what they called their “$10,000 tour,” a courtesy trip for anyone of means who might be inspired by a ride through the Big Tree groves to reach for his checkbook and help purchase a few trees.

To point up their sales talk, Mather and Kent took the tour themselves, with amusing results. On the Eel River in Humboldt County, they undertook to inspire some money-raising on a local level. Carried away by his own eloquence, Mather pledged $15,000 for himself, and an equal amount for Kent. This took Kent completely by surprise, but, being a man of means as well as a good sport, he wrote out his check to match Mather’s. That fattened the bank account of the Save-the-Redwoods League.

Later, in 1921, when the league was urging the California legislature to appropriate $300,000 to match private donations for the purchase of park areas, I was on a committee with Kent, Drury, and Dr. William Frederic Bade, president of the Sierra Club, to journey to Sacramento to appear before a joint senate-assembly committee considering appropriations. The legislators quickly endorsed our project, but thrifty Gov. William D. Stephens was so lukewarm, we feared he would veto the bill. Kent had known Stephens intimately when both were congressmen from California, so we decided to call on him.

The governor explained that the state was poor and the schools needed money, and he just couldn’t see spending the $300,000 for some trees. Kent leaped to his feet, pounded on the table, and shouted, “Hell, Bill, shut the schools down! The kids would enjoy it and it would only take them a year or two to make the work up! If these trees all go, it will take two thousand years to make them up!”

The governor signed the bill. The state funds enabled the league, which grew rapidly to 4,000 members, to double its purchases. Each of the league members contributed yearly, and there were some fat donations, particularly after the founders had lured some of their well-to-do friends into taking “the tour.” The $5,000,000 ultimately raised by the league, matched by state money, has bought 60 separate stands of trees along the Redwood Highway.

Mather hit the jackpot in 1926, when he induced John D. Rockefeller Jr., with his wife and three of his sons, to take the tour. After the trip, Mr. Rockefeller pledged $2,000,000 to purchase the Bull Creek Grove, near Dyerville, generally regarded as the most stately and beautiful forest in the world. A shy man, he declined to have the family name attached to the grove, and it has taken a quarter of a century, during which he has contributed many millions for tree buying in Yosemite, the Grand Teton-Jackson Hole country, Great Smokies, Acadia National Park and other areas as well, to persuade him to let the California Park Commission officially rename the Bull Creek stand The Rockefeller Redwood Forest.

Today the screens of big trees saved by the league line much of the Redwood Highway, making it one of the world’s inspiring scenic drives. But for the zeal of the Save-the-Redwoods League, it might have been a pavement running through 200 miles of desolation. Fortunately, the larger redwood companies played ball with us and kept their logging crews away from the highway until the league could raise money to buy the groves selected for purchase.

Saving the Big Trees in the Sierra Nevada was a more complicated task for several reasons. Some of these groves were privately owned, some were in national parks, a few in national forests. Though the giant redwoods made poor lumber, they always grew among stands of pines, firs and cedars coveted by the lumbering interests, and it was almost impossible to cut these trees without damaging the sequoias. Anyway, a Big Tree forest without pines, firs, cedars, and native shrubs all growing naturally and in a primitive state would not be worth saving. So everything had to be acquired.

Few Americans understand the peculiar status of their public domain. They assume that if timber is in the national forests, it is safe, but forget that the United States Forest Service is an agency charged by law to sell timber and to see that it is cut scientifically and profitably — except for occasional “primitive areas” which have been set aside to save primeval forest for inspirational and recreational uses. The conservation agency charged with protecting natural wonders, sublime scenery, and public forests unchanged for posterity is the National Park Service. One of the ironies of the situation is that millions of acres were allowed to slip from public ownership back in the ’80s and ’90s for less than two dollars an acre; today it is with difficulty that we buy the same tracts of timber back for $1,000 an acre, or even more. Many Big Tree groves were fraudulently filed upon in the easy-go days when the Federal Government was eager to settle the West fast. The giant sequoias almost always grow in or near damp glades, where their roots can pump up millions of gallons of water in the course of a year. In the spring and early summer, these glades are swampy. So many Big Trees were finagled into private hands under the infamous Swamp and Overflow Act — since repealed — which encouraged private enterprisers to drain swamps and turn them into productive farmlands.

Many were the wiles and stratagems of the timber hunters, as William B. Greeley, former head of the United States Forest Service, points out in his book, Forests and Men: “Agents of the General Land Office finally checked some S. and O. claims in California, whose swampy character seemed to coincide most strangely, 40 by 40, with choice stands of redwood timber. The locator had attested to the marshy nature of the ground by a sworn statement that he had crossed it in a bateau. What further proof could any reasonable official ask? His affidavit neglected to include a minor detail that the bateau was mounted on axles and wheels, and drawn across the sections of dry land by a yoke of oxen.”

Luckily, the first lumbermen who attempted to turn the Sequoia gigantea into boards found that they had tackled more than they could handle. The Big Trees were simply too huge, as became evident in a ghastly way in the Converse Grove on the western edge of Kings Canyon National Park. Here, 40 years after the lumbering was attempted, lay giant trunks scattered over an alpine basin, shattered into many pieces as they crashed to earth. The lumbermen departed, leaving the logs on the ground, after felling once-majestic trees that were giants when the Christian Era began.

After that debacle, the giant sequoia groves were safe from destruction for a time, for the selfish reason that it did not pay to make lumber of them. As John Muir, the implacable mountaineer, naturalist, and founder of the Sierra Club, once remarked, “No doubt these trees would make lumber after passing through a sawmill, just as George Washington, after passing through the hands of a French cook, would have made food.” Nevertheless, Big Trees are being lumbered this year in the Dillon Grove on the edge of Sequoia National Park, one tree having yielded over 7,000 grape stakes. Spurred by high prices, lumbermen are splitting the huge trunks with enormous wedges, driven by bulldozers, then hauling them off to the sawmills.

The first museum stand of these Big Trees earmarked for posterity was the Mariposa Grove, now in Yosemite National Park. It was ceded by Congress in 1864 to the state of California, becoming the first state park in the United States. It was returned to the Federal Government in 1906. Two landmarks in this grove — the Wawona Tree, so huge that sightseeing busses drive through it, and the Grizzly Giant — are rated by botanists as among the oldest living things on earth.

Sequoia National Park was created in 1890, specifically to save several fine Big Tree stands, but the superlative grove of the area, the Giant Forest, was already in private hands, as a result of a filing under the Swamp and Overflow Act. Almost half a century passed before the people got it back. By that time the Giant Forest was cluttered with shacks, an eyesore in one of Nature’s noblest temples. In 1915, Steve Mather obtained an option to buy the grove for $50,000. By the time Congress got around to appropriating the money, the option had expired and the owners were demanding $20,000 more. Fearful that the price would go still higher, Mather took his troubles to Pres. Gilbert Grosvenor and the trustees of the National Geographic Society, with the result that the society made available the funds to complete the purchase of this magnificent property. The General Sherman Tree, probably the largest in the world, is in the Giant Forest.

Mather made other purchases out of his own funds and with the aid of gifts from friends. Several of these deals took place concurrently with the Teapot Dome and Elk Hills scandals, which got Mather’s superior, Secretary of the Interior Albert B. Fall, into much trouble because he had accepted financial assistance from oilman Edward L. Doheny. Mather used to boast that he “took money from Doheny.” When pressed to explain what he did with the money, Mather always replied, “I bought Big Trees.” Mather, Doheny, Sen. W. F. Chandlery of Fresno, and George Eastman, the camera magnate, put up the cash to purchase the forests along the roads in Sequoia National Park.

By the time the National Park Service was created in 1916, logging railroads had pushed into the Yosemite National Park area, threatening devastation along all three approaches — the Wawona, the Big Oak Flat and the Coulterville roads. Mather, when he took over as director of the National Park Service, could foresee the day when travelers to Yosemite’s grandeur would have to motor more miles through devastated mountainside. Unable to persuade Congress to buy back the timber the Government’s land agents had virtually given to lumbering interests, Mather utilized authority granted in a 1912 Act of Congress and undertook to swap trees along the much-used Wawona road.

The plan was to trade the lumber companies out of screens of sugar pines, yellow pines, cedars, red, white, and Douglas firs by offering them other timber lands inside the park, in areas not visible from the roads. Although the lumber companies agreed in theory to the program, it wasn’t so easy to work out in practice. The loggers demanded bonuses for changing their operations, for moving their railroads and camps, for selective cutting within the park, and for going to the remote areas.

The screens of trees we wanted varied from 200 feet to half a mile in width, depending on the terrain and the view. We couldn’t have the strips too narrow or the timber might be blown down in violent storms; we didn’t want them too wide or the timber would cost too much. It took four years to work out the swaps to save some 10,000 acres of carefully chosen stands of trees. We gave the lumber companies a lot more than they gave us, but we got the Big Trees we wanted, all the way along a new mountain highway, then projected and since completed. The south entrance to the park was saved.

That left the north entrance, via Big Oak Flat, still in danger of devastation. Much of the mountainside outside the park was already cut over, and the loggers had left a scenic mess, if I ever saw one. Unfortunately, we didn’t have comparable timber to exchange on this side of the park, so the swapping idea was out. While working on this pressing problem, Director Mather’s health failed, and then it was up to me to save the timber along these two roads. I had to do it fast or the fine forests would be beyond salvation. The only way to preserve them was to buy the timber back at around five dollars per 1,000 board feet for trees, mostly sugar pine, that we could have bought for two dollars per 1,000 ten years before. It would take a lot of money — over $3,000,000 — to do the job. Even so, in retrospect it was a bargain; fine sugar pine today is worth $45 to $50 per 1,000.

First I talked with Rep. Louis Cramton, of Michigan, and with other congressional leaders who controlled the purse strings, and asked them if they would authorize the Secretary of the Interior to match, dollar for dollar, any money I could raise from private sources. This looked like a bargain to them, so they told me to go ahead. While I was wondering where to turn for money, Nicholas Roosevelt, New York Times writer and wilderness enthusiast, visited Yosemite National Park. He wandered afoot among the huge pine and fir forests, took pictures of the areas being devastated by the loggers, and reported what he had seen so graphically in the Times that it aroused John D. Rockefeller Jr. to quick action. He offered to match, dollar for dollar, whatever the Federal Government put up to buy the trees.

We had the money, but we still didn’t have the trees, because there were two big lumber interests involved, and they were hard traders. One was Jim Tyson, an old-time timber operator and as tough a dealer as I have ever encountered. The other, Alexander Fleming, was a benefactor of California Institute of Technology, who took the attitude that the more dollars he could extract from the Rockefellers, the more it meant for his favorite charity. Luckily, when he had just about bogged down and the fate of the trees was dismal indeed, the San Francisco bankers who had financed the lumbermen and who knew they were losing money at the time on their logging operations cracked down and forced them to accept our offer of $3,300,000 for 15,560 acres of timber. Mr. Rockefeller put up half and Congress voted the other half. Thus we were able to restore to Yosemite National Park much of the valuable land and timber lost in the earlier days.

Farther north are the Calaveras Big Tree Groves, majestic stands of giant sequoias, intermingled with tall and stately sugar and yellow pines, firs, and cedars. Although the Calaveras Groves were not designated park areas, we had planned to get these fine trees in public ownership since 1924, when Mather and I first went in on horseback to see them. Discovered by A.T. Dowd, a miner, in 1852, the Calaveras Big Trees were famous long before Yosemite’s Mariposa Grove and Sequoia’s Giant Forest were known.

The first reports of the gold seekers as to the size of the Calaveras trees were regarded as tall tales. To prove the reports true, five loggers spent 22 days felling one of the giants, after which they smoothed off the stump to make a dance floor twenty-five feet across. The bark from a section of this giant, thirty feet in length, was skinned off the log and sent to London, where a room was built of it in an effort to convince skeptics. Thus the North Calaveras Grove became one of the wonders of the world for early-day travelers to visit. It was made a state park in 1932.

What the thousands of visitors to this grove didn’t know was that a few miles distant, in the Stanislaus River watershed, was another stand of sequoias even more magnificent. This is the South Calaveras Grove, owned by the Pickering Lumber Company, of Kansas City. The South Grove was in no critical danger in 1924, when we visited it via foresters’ trails, so we concentrated our efforts on saving trees about to be felled. Today it is a different story. As a result of the postwar building boom and the increased demand for lumber, the loggers are on the very edge of the South Calaveras Grove. In fact, it is in deadly peril, and saving it is our major objective right now.

In the North Calaveras Grove deal, the Save-the-Redwoods League put up $72,000 and the Calaveras Grove Association raised $32,000. The state matched this money out of a $6,000,000 fund set aside several years ago to acquire sites for state parks. The South Calaveras Grove deal is even more involved. The standing timber has skyrocketed in value, and this means we have to raise millions where we used to raise hundreds of thousands. More than $2,000,000 in cash may be required, half of it to come from private donations, half from the state’s fund. The United States Forest Service is helping out by ceding to the state of California a strip of sugar-pine-and-fir acreage for a parkway between the two groves of sequoias. The Forest Service will also swap other timber for sugar pines owned by the private lumber interests lying immediately north of the South Grove. The sugar pine has been called “our most handsome tree” and “The Queen of the Sierras.”

The spectacular success of the Save-the-Redwoods League inspired similar tree-saving drives in other states. In fact, the movement gained such momentum that in 1921, Mather organized in Des Moines the National Conference on State Parks and set up a small division of the National Park Service to aid state park drives. He kicked off one of the first of these personally around a campfire on Mt. Rainier, where the Washington State Park plan was born in 1921. The Save-the-Trees drive in that state concentrated on the approaches to Mt. Rainier National Park, and on the Olympic National Park, in which thrives a unique rain forest of Sitka spruce, Douglas fir, Western red cedar, and hemlock, giants reaching 200 feet into the sky, with trunks 10 feet through. One Douglas fir in Olympic Park is over 17 feet through, and the largest Alaska cedar ever found, located in this park, is 20 feet in diameter. The annual rainfall of 140 inches a year accounts for the growth.

Usually these state drives gave birth to state parks, but occasionally to a national park. The Great Smoky Mountains National Park contains more than 500,000 acres, with upward of 200,000 acres covered with virgin forests consisting of 130 species of native trees, including many hardwoods. It was acquired with a $5,000,000 contribution from John D. Rockefeller Jr. in honor of his mother, Laura Spelman Rockefeller, matched by a similar sum from the states of North Carolina and Tennessee. This great park was officially dedicated in 1940.

Ten years later, Mr. Rockefeller saved an 1,100-acre tract of virgin Eastern forest on the Blue Ridge Parkway in North Carolina. When our option on this tract, which also included the superb Linville Falls and Gorge, was about to expire without his offer to contribute one half the purchase price being matched, he wired me to acquire the property even if he had to meet the entire cost. He did and the sum was $95,000.

There are still notable stands of native trees in peril, and the danger is that with so much accomplished, the people will become complacent and say we have enough trees in public ownership. Idaho may have enough, Washington may have, and likewise Maine. But with our fast-increasing population, we need more public forests in more states. We don’t want to save all the redwoods, or all the sugar pines, or all the hardwoods. All we hope to do is to keep intact for as long as the trees live the finer groves in which public enjoyment outvalues manyfold the dollar earnings from harvesting timber.

Voir encore:

“Yosemite: The Story of an Idea” (1948) by Hans Huth

Foreword, by Carl P. Russell; signed by David R. Brower

For one thing, Dr. Huth, in reiterating that Yosemite, not Yellowstone, was the first park of national importance, has made it imperative that future historians abandon the common assumption that the national park idea was born at a campfire in Yellowstone in 1870. Six years before that campfire, Congressional action had already been taken to set aside Yosemite Valley, that it might be enjoyed in perpetuity as a scenic resource for all the people. The proper place of Yosemite in national park chronology is pointed out by Dr. Carl Russell in One Hundred Years in Yosemite. It is of major importance here that Huth traces the course of man’s interest in nature in this country and demonstrates that no other chronology was possible. He shows the importance of Yosemite not only as a birthplace of an idea, but also as a place where the idea could grow.

Perhaps Hans Huth’s insight with respect to our national parks is due to his not having grown up among them. He obtained his Ph.D. in Berlin in 1922 and by 1936 had been a curator in the museums of Munich and Berlin and the former Royal Palaces and Gardens in Prussia. He came to this country in 1938, having been invited to lecture at New York University and collaborate in history with the National Park Service, by which he was later appointed consultant. Now Associate Curator of the Art Institute of Chicago, he has published books on decorative arts, sculpture, and gardens, and has contributed to historical and art periodicals here and abroad.

Germany has respected cultural objects for generations and has interpreted historic relics for students and the average citizens in an organized way. Huth could see readily enough the practicability of using historic objects as teaching materials in the United States; they could also serve as a type of documentary evidence against which the written word could be checked. He has been instrumental in initiating this method in this country. At the same time, he has manifested great interest in nature protection. He has combined his several interests in “Yosemite: The Story of an Idea.” It is important that the results of his objective study of a park he has never seen be published now, when too many others who have not seen our scenic resources are opposing the concepts and attempting to negate the action of the men of vision of whom he writes.

—David R. Brower
Yosemite: The Story of an Idea
By Hans Huth
I. Introduction
Theodore Roosevelt gave status to conservation as national policy by creating, in 1908, the National Conservation Commission. The importance of what he had done did not really engage the public mind until the Dust Bowl catastrophe of the early ’thirties. Only then did the nation learn what it means to have the heavy topsoil of the plains, no longer protected by the original vegetation, carried away by the Mississippi and poured into the Gulf of Mexico. The dramatization in the Dust Bowl of what might be termed a cumulative calamity served to advance the conservation of the nation’s natural resources and the preservation of the educational and recreational values inherent in state and federal parks. The preservation of these values had been initiated at the now famous Conference of Governors in 1908 through the leadership of J. Horace McFarland, at that time President of the American Civic Association. He was the only representative who was farsighted enough to recommend guarding the national domain for its scenic value, which he felt represented “a distinctly important natural resource.” From this time on, the American Civic Association became active in arousing sentiment in favor of establishing a bureau of national parks. Appropriate legislation was finally drafted and passed by Congress in 1916.

In the course of the growth of the National Park System it has been frequently stated that with the establishment of Yellowstone National Park in 1874, the idea of national parks was born. More specifically, it has been said that members of the Washburn-Doane Expedition of 1870, in a campfire discussion in Yellowstone, laid the foundation for the national park pattern, and that from there on, like apostles, they carried the new gospel to the people.

If things really had happened this way, it would indeed have been something of a miracle. It would have meant that public opinion had been prepared for this supposedly new and unique idea in little more than a year, and that Congress was ready to act favorably “to set apart the vast territory of Yellowstone as a public park or pleasuring ground for the benefit and enjoyment of the people.” Ideas of such far-reaching consequence do not ripen overnight; they develop slowly. Any attempt to elucidate the evolution of the national park idea must start by exploring two different processes. One is the legal procedure used for transforming an area into a park for public use, as exemplified in the history of the setting up of Yosemite or Yellowstone as segregated areas under state or federal authority. The other is a process which seems more important and has been given little attention—the shaping of public opinion so that it will either demand or suffer conservation measures. Contrary to the usual assumption, it was not the establishment of Yellowstone but rather the setting apart of Yosemite which was preeminent in the basic conditioning of opinion. Yosemite is the point of departure from which a new idea began to gain momentum. Where the idea will lead can hardly be envisaged, but we do know that the manner in which the entire park system developed in this country is specifically American; the system is an institution admirably suited to fill the needs of the people.

II. The American and Nature
What was the attitude of the colonials toward nature, and how did it develop later? To find the answer to this question we could make a detailed study of the treatment of nature in early colonial literature; but it should suffice here to pick out a few significant opinions. Of course we need not stop to inquire about the pioneers’ point of view. They blazed the way and were forced to be uncompromising; they consequently rejected in nature that which was not of immediate and practical use—a philosophy borne out in a little poem published in 1692: In such a wilderness . . .

When we began to clear the Land . . .
Then with the Ax, with Might and Strength,
The trees so thick and strong . . .
We laid them all along . . .
[These] we with Fire, most furiously
To Ashes did confound. 1
We might also mention one Reverend Johannes Megapolensis, who visited the Cohoes Falls in 1644. Taking no delight in the extraordinary sight of nature, he noticed nothing save the obvious consequences brought about by the descending mass of water. To him, the boiling and dashing water made only a horrible noise and the trees looked as if they were standing in the rain. 2 To traveler and settler alike, nature seemed uncouth in the extreme, and they felt that they were in a “most howling wilderness amidst wild men and beasts.” 3 Toward the beginning of the eighteenth century there were occasional changes in this attitude, even in the core of Puritan stock. For example, Jonathan Edwards, the Connecticut minister, who was dismissed from his pulpit for his too strict adherence to the Puritan dogma, rather freely expressed his deep love for the beauties of nature which he considered an emanation of the Son of God. “We behold the fragrant rose and lily . . . the easiness and naturalness of trees and rivers are shadows of His beauty . . . the golden edges of an evening cloud . . . the blue sky . . . the ragged rocks . . . and the brows of mountains.” 4 While such sentiments apparently were admitted in disguised form, a New Englander ordinarily would have frowned on the enjoyment of nature as a pastime, since it would have been neither “useful ” nor “innocent,” but plain wasteful, and therefore vicious and leading to excess and sin. Southerners, of course, were more tolerant, but still contemplations of nature were rare before 1750. Perhaps we may evaluate in this context a statement made by Colonel William Byrd, the owner of Westover, to whom the ideal goal of a Southern gentleman was the possession of “a library, a garden, a grove, and a purling stream.” How far such desires indicate any special addiction to nature is difficult to define. Certainly we do not find one line in Byrd’s History of the Dividing Line (1728-1736) which would prove any special interest in nature. The few such statements we do find in colonial literature are simple and lack expressive power. Only in the second half of the eighteenth century did writers express more clearly defined thoughts about their relations with nature. We must be wary, however, of the à la mode stylists, who cannot be considered as being sincere inasmuch ‘as their conventionalized pastoral sentiments did not spring from any newly won or intimate relations with nature.

What we must study are the writings of such men as William Bartram, Hector St. Jean de Crèvecoeur, Alexander Wilson, and Philip Freneau. All these men came into close contact with nature by profession as well as by avocation, and all of them were conscious of the newness of their adventure on being confronted with virgin woods, savannahs, and lakes, not previously charted by white men. They as well as their readers had been prepared for their fresh experience by the works of English deists, such as Lord Shaftesbury, who had shaped their minds to perceive the possibility of a new kind of relationship between man and nature. At the same time they became acquainted with critics of the type of Edward Burke, whose recognition that a quality like “sublimity” should be coordinated with the beautiful, laid the foundation for a new aesthetic doctrine which was immediately taken up and applied. A little later the English Reverend William Gilpin became known as the erudite who had spent years in search and description of the “Picturesque.” Scarcely any writer on “nature” in the beginning of the nineteenth century failed to follow him and use his vocabulary. Only after the integration of such new definitions were writers properly equipped to furnish more unconventional and precise appraisals of nature. Imbued with this new spirit, William Bartram, 1739-1823, traveling between 1773 and 1777, asked his countrymen to behold “as yet unmodified by the hand of man . . . the unlimited variety and truly astonishing scenes of landscape and perspective.” 5

Bartram’s deeply felt emotions led him through all sensations of “vastness” and he would lose himself completely “amidst sublimely high forests, awful shades.” 6 His travel accounts, first printed in Philadelphia in 1791, did not find widespread recognition among his contemporaries; still it was he who strongly influenced Chateaubriand, and, much later, his view was one of the decisive factors in shaping Thoreau’s ideas. Philip Freneau’s poems (1752-1832) dealing with nature subjects are still well known, and it is unnecessary to single out any of them to show how well suited they were to persuading his fellow countrymen to share his deep devotion to nature. In Alexander Wilson’s (1766-1813) epic poem, “The Foresters, Descriptive of a Pedestrian Tour to the Niagara,” even the title reveals an attitude toward the natural wonders of this country. The poem is not well remembered now and probably was never very popular. But Wilson himself, wandering up and down the seaboard states and penetrating into remote places to peddle subscriptions to his bird publications, was a well-known figure and a most eloquent advocate in the propagation of love for and interest in the beauties of nature. In his time the public knew Wilson far better than they did his competitor, Audubon, who came into public view and gained a certain popularity much later.

Among the scores of travelers who roamed through the country for various purposes, it is easy to pick out some who took real interest in the scenes with which they were confronted. From Andrew Burnaby (traveled in 1759-1760) on, these men displayed increasing amazement at the wonders of natural grandeur which they beheld. St. Jean de Crèvecoeur (1731-1813) hates to dwell in “accumulated and crowded cities” and enjoys “in our woods a substantial happiness which the wonders of art cannot communicate.” 7 To visitors beholding Natural Bridge in Virginia for the first time, it is, according to Thomas Jefferson, impossible for their emotions “arising from the sublime to be felt beyond what they are here . . . the rapture of the spectator is really indescribable.” 8 To understand this praise we must realize that Natural Bridge was one of those objects to which a “curio” value had attached. The appreciation of this value, which has nothing to do with the aesthetic or sentimental merit of an object, was one of long standing. It had interested travelers the world over, ever since they had first set out on pilgrimages. Trenton Falls, Mammoth Cave, and, of course, Niagara Falls were some of the other places in this country regarded as “curious” and “landmarks,” to be seen by every foreign traveler. So in evaluating the “raptures” of travelers, we must be careful to distinguish mere delight in a curio value from the growing appreciation of scenic qualities of nature. In the travel accounts of Timothy Dwight, president of Yale in 1795, we are immediately reassured that the joy he expressed in the sights he beheld was genuine. An untiring traveler of the American countryside, he wandered “with emotions, similar to those with which, when a child, he roamed through the wilderness.” 9

Evaluation of the attitudes toward nature of writers of the early nineteenth century is difficult only because it becomes hard to know whom to select among the many who were taking an increasing interest in the American scene. Above all is of course James Fenimore Cooper, whose Pioneers must be regarded as one of the most significant books in this respect. Here is one of its typical passages in which Natty Bumpo expresses his feelings:

. . . “when I felt lonesome . . . I would go into the Catskills and spend a few days on that hill . . .” “What see you when you get there?” asked Edwards . . . “Creation, lad, all creation,” said Natty. “How should a man who has lived in towns . . . know anything about the wonders of the woods? . . . None know how often the hand of God is seen in the wilderness, but them that rove it for a man’s life.” 10

A study of William Cullen Bryant’s (1794-1878) poems will clearly prove that devotion to nature was one of his outstanding characteristics. This devotion is early expressed in “Thanatopsis,” and it is later confirmed by James Russell Lowell who hailed the dean of American poets on his seventieth birthday:

The voice of the hills did his obey;
The torrents flashed and trembled in his song;
He brought our native fields from far away . . .
While much interest has been shown lately in Thomas Cole’s painting (1801-1848), some attention should also be given to his journals for their warmhearted descriptions of the “sublimity of untamed wilderness, and majesty of the eternal mountains:” 11 But Cole did not confide his thoughts only to his journal; we know at least of one lecture on “American Scenery,” which he gave in 1835 before the New York Lyceum. 12 Though we do not know the contents of this paper, we can well imagine how Cole talked about “primeval forests, virgin lakes and waterfalls,” feasting his eye and being hallowed “to his soul by their freshness from the creation.” 13

Another romantic writer was Charles Fenno Hoffmann (1806-1884), the first editor of Knickerbocker Magazine. In 1834 he set out all alone to travel west on horseback. He too was enchanted by the beauty nature had lavished on the country and asked, “Why are there none to sing her primeval glories in our land?” 14 More important, however, was George Catlin (1796-1872), another untiring explorer and painter, whose particular interest lay in the “looks and customs of the vanishing races of native man in America.” Traveling up the Missouri River into the heart of the Indian country (1832), Catlin beheld the vast forest covering the banks of the river and he, perhaps as the first man in this country to do so, had the imagination to conceive the idea that these realms “might in future be seen (by some great protecting policy of government) preserved in their pristine beauty and wildness, in a magnificent park, where the world could see for ages to come, the native Indian in his classic attire, galloping his wild horse . . . amid the fleeting herds of elks and buffaloes. What a beautiful and thrilling specimen for America to preserve and hold up to the view of her refined citizens and the world, in future ages! A nation’s Park, containing man and beast, in all the wild and freshness of their nature’s beauty.” 15 This passage was first published in one of the letters Catlin sent to the New York Daily Commercial Advertiser in 1833 from the Indian Territory. Thus was planted the seed of an idea which, although it took more than three decades to develop, was immediately well circulated in the widely read New York newspaper.

Henry Thoreau’s Walden and the thirty volumes of his journal dedicated to recording observations on nature should be enough to show his interest in our problem. In one of his most pertinent passages he wrote:

Why should not we . . . have our national preserves . . . in which the bear and panther, and some even of the hunter race, may still exist, and not be “civilized off the face of the earth” . . . for inspiration and our true re-creation? Or should we, like villains, grub them all up for poaching on our own national domains? 16

Of Emerson’s many statements concerning either his appreciation or his deep understanding of nature and the intrinsic qualities of his native soil, one might quote a remark he made in his Boston lecture about “The Young American” (1844) as reported in the Dial: “The interminable forests should become graceful parks, for use and delight.” 17 This passage, deleted in later book versions, seems to be the one publicly pronounced which follows Catlin’s postulate of 1833 most closely. Cole took up the same idea by stating that “Americans have a strong desire for excellence . . . a love of nature . . . one cause of it—the wilderness passing away and the necessity of saving and perpetuating its features. 18 All these remarks show that by the middle of the century, growing numbers of people not only had begun to take interest in the outdoors but also had realized that conservation measures were becoming necessary. The art critic, Tuckerman, corroborates this change in public opinion by pointing out how healthful “a lengthened sojourn in the primeval forests would be for refreshment and inspiration.” 19 Now at last the opportunity to enjoy the uncharted wilderness was no longer thought to be the exclusive privilege of the romantically minded traveler or artist.

The efforts of artists to interest the public in the great outdoors began very much later than those of writers. At first the artists were definitely carried away by the romantic movement which came to the fore at the beginning of the nineteenth century. Before that time landscape painting in this country was almost nonexistent, since only portraits or historical paintings were held worthy of the profession. Perhaps some of the landed gentlemen had their country seats depicted, or occasionally some of the harbor towns and other sites of interest were painted and then engraved to show their topography. But “landscapes” as such were not yet generally appreciated and some English landscapists who came to this country to try out the field failed miserably in spite of the fact that one, William Winstanley, had been recognized by George Washington and had been recommended in 1793 to the Commissioner of the District of Columbia to paint “grand objects” such as the Great and Little Falls and Natural Bridge. Washington himself, encouragingly, had bought some of Winstanley’s “Landskips.” 20 Perhaps the first painter who did landscapes in a truly romantic mood, because he was enchanted by the American scene, was John Neagle, of Philadelphia (1796-1865). However, Neagle painted landscapes only as a sideline and never exercised any real influence, nor was he recognized as a landscapist outside his small circle. Only after 1825, when Cole had shown his landscapes in New York, did the public really become interested in the products of this new school of professional landscapists, later to be known as the Hudson River School. As Cole expressed it in 1835, “The painter of American scenery has, indeed, privileges superior to any other. All nature here is new to art.” 21 To understand the sudden turn which public interest took during this period, we must recall such factors as the publication of Irving’s Sketchbook in 1819-1820, Cooper’s Pioneers in 1823, and The Last of the Mohicans in 1826. With such books capturing strong public interest, it seems logical that thereafter paintings representing scenic objects should have been well received. Several series of prints showing landscape paintings were published after 1820; the most important of these, though it proved to be a failure,. was Asher Durand’s The American Landscape in 1830.

In the prospectus of this album, Bryant expressed the feeling that there was no want of taste in the community to ensure the most successful results to an “undertaking [to publish] the most prominent and interesting features of our varied scenery.” 22 In many titles of such publications we find the word “picturesque.” Even Bryant’s monumental book on the American scene, published as late as 1872, carried the title, Picturesque America. By this time, however, the term picturesque, an heirloom from eighteenth-century terminology, no longer was used with discrimination, and artists made fun of it:

To prose it here, to verse it there
And picturesque is everywhere.
Certainly the term was no longer characteristic of the work of American artists picturing their country and so advancing the knowledge of it. In the years following the early romantic period, artists on the one hand endeavored to show realistically what Cooper as early as 1828 had called “the American scene, embracing all that admixture of civilization and of the forest, of the works of man, and of the reign of nature, that one can so easily imagine to belong to this country”; 23 or, on the other hand, and somewhat later, they were out to paint “heroic landscapes.” These “grand style” objects presented by Church, Bierstadt, Kensett, and Moran, might be described with Catlin’s words as “the vast and vacant wilds which lie between the trodden haunts of present savage and civil life—the great and almost boundless garden spots of earth . . . the boundless plains of beauty and Nature’s richest livery.” 24 However varied artistic conceptions may have been, the resulting pictures were important factors in stimulating the public to take an interest in nature beyond its common utilitarian aspect. Aware of the basic facts underlying this gradual educational process, Emerson, apparently somewhat amazed by his own observations, did some explaining in his journal of October 13, 1837: “New Eyes. What is, appears. Go out to walk with a painter, and you shall see for the first time groups, colors, clouds, and keepings, and shall have the pleasure of discovering resources in a hitherto barren ground, of finding as good as a new sense in such skill to use an old one.” 25 But Emerson did not stay content merely to acquire a new aptitude for his eyes, he was willing also to draw a moral implication from this fresh way of considering nature. He adapted Gilpin’s problem of “searching the picturesque” to his own newly won conception and proceeded to apply it: “Our hunting for the picturesque is inseparable from our protest against false society.” 26 Generally speaking this was no new idea, since the litterateurs of the romantic movement had pronounced thoughts which were similar; however, in Emerson’s close study of nature with his “new eyes,” the idea is seen to be a new and consequential one.

We may get an even closer view of what was going on in the minds of Americans by analyzing some statements made around 1850, when writers noticeably began to look beyond the romantic aspect of nature and to grasp the specific esthetic values of the American scene. Undoubtedly this was at first done rather reluctantly. Even Cooper, who we might expect to say that the Rocky Mountains “must possess many noble views,” thought that nevertheless “the accessories are necessarily wanting, for a union of art and nature can alone render scenery perfect.” But then he goes on to admit that “the mountain scenery of the United States, though wanting in grandeur . . . is not without attractions that are singularly its own.” 27 In George William Curtis we find the same cleavage of opinion. In his book, Lotus-Eating: A Summer-Book, devoted to the pleasure of traveling in this country, he compares the beauty of Lake Como and Lake George. Remarking that there is a “positive want of the picturesque in American scenery and life,” Curtis goes on to make the remarkable statement that there should be another level of comparison than the one ordinarily used. Picturesqueness should not be the yardstick; but “space and wildness are the proper praises of American scenery . . . We have only vast and unimproved extent, and the interest with which the possible grandeur of a mysterious future may invest it.” 28

To gauge the progressiveness of such thoughts one should compare them with what John Ruskin, the recognized European arbiter of taste, told his friend, Charles Eliot Norton, in 1856, “I have just been seeing a number of landscapes by an American painter of some repute; and the ugliness of them is wonderful. I see that they are true studies and that the ugliness of the country must be unfathomable.” 29 In 1871, Ruskin supplemented this statement by another seeming equally strange: “I have kind invitations enough to visit America, I could not even for a couple of months live in a country so miserable as to possess no castles.” 30 So much cynicism and candor would be difficult to excuse if there were not Cooper’s or better still Curtis’s explanation by which to judge Ruskin’s dicta. After all, Curtis’s point of view was not so very different from Ruskin’s, since they both agree to the superiority of European scenery in certain respects. But beyond this Curtis recognized that the American landscape had quite specific attributes, such as Ruskin had never experienced and therefore could not realize. Agreeing with Emerson, Curtis felt that the landscape of the Western Hemisphere had very peculiar qualities, not merely of esthetic value but of vast social importance for the future. Altogether, Americans were to be considered as having a great natural advantage over Europeans. Artists were certainly ready to appreciate this and to help prepare the public to use “new eyes,” which through their efforts were gradually to become common property. Going out west to the Rockies and beyond, as well as to the north, painters were “discarding conventionalism . . . [taking] . . . nature in her beautiful American wilderness as their model . . . [making] . . . the woods and fields their studio . . . daring to paint trees green.” 31

It must be admitted that the process of inducing the public to visualize the great outdoors as a pleasure ground was slow, and not only Britons made gross misjudgments. As late as 1864, Tuckerman feared that “the American of education . . . who delights in the life and takes pride in the aspect of his native land, is the exception, not the rule . . . [because] there is too much monotony in the landscape . . . excepting certain shrines of pilgrimage long consecrated to enthusiasm.” 32

The early representatives of romanticism had influenced the public not only through their pictures and writings, but also by their way of living in the regions they had chosen to paint. Cole, by residing in the Catskills even during wintertime, “in search of the wintry picturesque,” 33 had incited other romantically inclined people to do likewise. By 1825 there were enough enthusiasts to patronize a hotel, the Mountain House, put up in the Catskills for no other purpose than to serve these Idealists in the pursuit of their nature cult—and the customers were awakened every morning to enjoy the sunrise. What a change since Dwight’s travels through the Catskills! In 1804 he only “occasionally passed a cottage and heard the distant sound of an axe and of a human voice . . . All else was grandeur, gloom and solitude. The mountains seem to shut out the few inhabitants from the rest of mankind like in Switzerland.” 34 In 1828 the Atlantic Souvenir published an account of a visit to the Catskills in which the American was admonished not to “leave this land for enjoyment, when he can view the rugged wildness of her mountains, admire the beauty of her cultured plains . . .” Theodore Dwight, a Hartford publisher and nephew of the Yale president, visited the Mountain House in 1834 and described the sunrise rites: “As soon as I could perceive the first blush of dawn, I dressed, and hastened to the roof of the hotel, to watch the approach of the day . . . There was more sublimity to be feasted upon every moment that passed, than some people witness in their whole lives.” 35 As if to answer the need for education to make people “see,” a curious book, The Scene-Shower, was published in 1844 by one Warren Burton. He wanted the public to be properly sensitive to landscape beauty. While the “scenery school” he suggested was never established, his book confirms the change in the public attitude. No longer did only the select few indulge in romantic travel and the “Saratoga crowd” take a cure at a spa; we find instead, according to Harper’s Monthly, that by 1854 various resorts had their staple attractions like the Mountain House’s “sunrising,” and just about everybody taking them in. 36

One of the reasons for this change was that traveling along the seaboard states had become easier. As long as the roads had been the main lines of transportation, traveling had been difficult, since horseback riding was not suitable for pleasure trips. For a holiday jaunt to Passaic Falls in 1797, for example, William Dunlap and his friends hired two carriages. Although they apparently were quite alone on their trip, they met many “merrymakers’ wagons, full of rustic beaux and belles” who, hardly interested in “nature” were crowding into public houses 37 But only great people owned carriages; stages were ridden only when they had to be, since they were uncomfortable and roads—even the national roads—were in hideous shape. With the opening of the Erie Canal in 1827, traveling began to be thought of as a pleasure. Canal boats, moving four miles an hour and offering fair sleeping and dining facilities, made trips which were called the “Grand Tour,” up through New York State to Lake Ontario, where passengers could visit Niagara Falls conveniently. What a thrilling experience it must have been to sail through the new and thriving cities of Utica, Palmyra, and Rochester—and just outside town to enjoy “unbroken wildness”! In his essays and novels published after the early ’thirties, N. P. Willis, the fashionable chronicler of his day, described how tourists swarming around Lake George and along the St. Lawrence were eager to discover the “unhackneyed” beauties of silent lakes and vast forests. Theodore Dwight was thankful indeed that “our canals often introduce us to the hearts of the forests; the retreats of wild animals are almost exposed to our view.” But even though “our scenery, history and biography attract more attention than they once did,” many are brought up unfit to enjoy them and “despise those who frequent our wild scenes and select the beauties of nature.” 38

The romance of travel was being discovered by a steadily increasing throng. Sarah J. Hale, the publisher of Godey’s Magazine, felt that “circumstances had almost inevitably designed us as a nation of travellers,” though she felt that many travelers who could be sensitive to natural beauties did not yet take to touring the country for lack of intellectual and poetical associations with the scenery 39 The constantly increasing love of the out-of-doors caused many city dwellers who could afford it to take up summer residence in’ suburbs or even in the country and along the Hudson and Schuylkill. Some inconvenience was caused by the less fortunate who could make only Sunday trips to enjoy a country picnic and who, unmindful of the owners, would swarm ruthlessly across the well-tended lawns of country estates. It was a common sight to behold traveling groups visiting revival meetings, or going out for picnics and camping, as may be seen in Henry Inman’s painting, Picnic in the Catskills (about 1840; Brooklyn Museum). The larger the crowd, the more everybody enjoyed it. Frequently such mass entertainment centered around sporting societies, which had been known since the middle of the eighteenth century. In Philadelphia, for example, there was the “Fishing Company” (founded in 1732), made up of both sexes, which organized excursions on the Schuylkill and to the country in winter as well as in summer. In New York, Fanny Kemble, when she was entertained by the “Pacific Society” enjoyed walks through the woods with magnificent views across The Narrows. The widely read American Farmer recognized the value of outdoor recreation for “liberalizing the mind and invigorating the constitution,” and frequently published articles and poetry to encourage it. 40

May Day was one of the occasions when “hundreds of the refined citizens of Boston . . . witness the glorious spectacle of a rising sun . . . pedaneous excursions are planned and parties made up.” 41 A typical meeting place for such_outings was “Harmony Grove,” near Framingham, Massachusetts, where citizens could enjoy “a day of pleasant recreation among wood land and lake scenery.” 42 It boasted a natural amphitheater, cricket grounds, and all “superior accommodations to parties.” The grounds were easily accessible by the Framingham Branch Railroad. Paintings by W. J. Stillman (Camp of the Adirondacks Club, 1857; Concord Free Public Library), and Worthington Whittredge (Camp Meeting, 1874; Metropolitan Museum, New York), have recorded such meetings and their gay holiday spirit.

With the expansion of railroads in the ’thirties, traveling in some respects was made easier than in the heyday of the canal boats. Davison, the standard traveling guide for the Atlantic states, many times reprinted between 1822 and 1840, informs us that “the recent and gigantic internal improvements in the northern and middle states, and the development of new and highly interesting natural scenery, together with the increased facilities for travelling,” greatly augmented the number of tourists who undertook “what has been usually denominated the Fashionable or Northern Tour.” 43 Although trains, with their speed of two and three miles an hour, did not travel any more rapidly than canal boats, such distant regions as the White Mountains now became more easily accessible, though even in 1857 a trip to such a rugged area was thought of only as “being well for young lovers and romantic fools,” but as for “old gentlemen, they should stay in their comfortable town house.” 44 If the White Mountains were considered impossible for ordinary tourists, one can imagine that places beyond the Alleghenies were even less accessible.

The vanguard of tourists to the West was formed by artists, and John Banvard was one of the pioneers. He had traveled down the whole course of the Mississippi in 1840 and had painted scenes along the banks of the river on a canvas of enormous length especially woven for him at Lowell. Later, turning his flatboat into a show boat and floating down the Wabash, he exhibited his panorama to four thousand paying visitors—an audience which at this date was probably interested primarily in beholding the American scene in a comfortable manner. Other artists managed to go west by traveling with surveying parties. Albert Bierstadt, went along with General F. W. Landers’ expedition which mapped the railroad route across the Platte River and through Wyoming to the Pacific. Bierstadt, on his return, was the first to show the East a representative picture of the Rocky Mountains. When in 1857 he made his first trip to California, he became greatly interested in the Pacific Coast and was one of the first to show paintings of Sierra scenery in the Eastern cities. In time it became apparent that artists were an ever-increasing power in advertising the regions which were newly opened to the public. Recognizing this, the Baltimore and Ohio got some elegant publicity for its “picturesque” route along the Potomac and the Monongahela into West Virginia when, in 1857, the railroad invited twenty artists and photographers to enjoy the facilities of a special train which was fitted out with a kitchen car, dining saloon with piano, and a car “for photo purposes.” To top it all the train would stop wherever the artists wished to make sketches or take photographs. 45

But the West beyond the Rockies was not yet accessible to such leisurely travel. We may conclude, however, that the attitude toward nature had changed enough since colonial days to allow Americans to welcome easier access to the West when it should come.

III. Origin of the Park Idea
Neither the poet’s love of nature and the artist’s interest in its esthetic qualities, nor improvements in transportation and the citizen’s demand for recreational facilities need have produced the scenic park. But if these forces did not produce it, did the park movement, then, originate in Congress?

This could hardly have been expected, for as long as the idea of protecting public lands against usurpation was not urgent or even recognized, the idea of a public park would have seemed utterly futile to the representatives. If Congress did not even acknowledge any duty to further the fine arts with the taxpayers’ money, why should it feel justified in spending money on public lands to be withheld from “proper” use? Even some years after the Yellowstone Act had been approved in 1872, many in Congress expressed concern about this new “asset.” To them it would have been better to have sold the area as other public lands had been sold. After all was it not “a very expensive luxury?” The Federal Government was not supposed to go into “show business” nor was it supposed to “raise wild animals.” With such objections on record we may be rather sure that the park idea did not originate in Congress. Curiously enough, even Frederick Law Olmsted, when he tried to discover the origin of public parks in this country, had to give up—in all likelihood because he had been too close to the problem all his life. He said only that it did not seem to come as the direct “result of any of the great inventions or discoveries of the country,” but that it probably had been “a spontaneous movement of that sort which we conveniently refer to as the ‘genius of civilization’.” 46 This may be; but Olmsted seems not to have considered that type of public park to which most men go eventually.

It remains unknown whether Dr. Jacob Bigelow (1786-1879), of Boston, who became aware of the “impolicy of burials under churches or in churchyards approximating closely to the abodes of the living,” 47 made such observations because he had studied the immense European literature on the subject, or because, as an enlightened hygienist and a public-minded citizen, he was alarmed by the potential danger of the usual burying places’ “sad, neglected state exposed to every sort of intrusion, with scarcely any tree to shelter their barrenness.” 48 He waged a war to do away with the old customs and called a meeting in November, 1825, to advocate the establishing of a cemetery outside the town. Among his friends were such influential people as Joseph Story, John Lowell, Edward Everett, and Daniel Webster. While it took five years to put the plan into effect, a useful preliminary step was the founding of the Massachusetts Horticultural Society in 1829. The members of this society merged with the sympathizers of the rural cemetery, suitable grounds were found at Mount Auburn, and on September 24, 1831, the first scenic cemetery was consecrated. Situated four miles from Boston, Mount Auburn was “the first example in modern times of so large a tract of ground being selected for the processes of landscape gardening to prepare for the reception of the dead.” 49

In the founding of Mount Auburn a chord was struck which was destined to be heard throughout the country. In his consecratory address Judge Joseph Story spoke of how touched he was by the “solemn calm, as if we were in the bosom of a wilderness . . . a spectacle well fit to excite in us a noble emulation.” How far the Père Lachaise in Paris, with its beautiful situation, may have served as an example to Boston, it is difficult to say. It is a fact, however, that a year after Dr. Bigelow initiated his movement, the Atlantic Souvenir of 1826 published an article in which an American visitor to the Père Lachaise described his’ impressions of this vast sanctuary, which presented “the appearance of a wide and variegated garden . . . where trees and shrubs conceal and disclose wild romantic beauty, tombs and temples.” 50 An English traveler visiting Mount Auburn in 1833 remarked that it was laid out in imitation of the Père Lachaise. 51 To a certain degree this was true, but there was at least one clear difference. The Père Lachaise was an old, established park and had been adapted to a new purpose. Mount Auburn was a spot considered to be of natural beauty and it was the intention to keep it that way and to “conserve” it. It was thought then that the necessary changes, such as the appropriate placing of monuments, would not destroy the idea of conservation, but on the contrary, would enhance the area’s natural beauty.

The English traveler added that “parties of pleasure come hither from the city in great numbers every day at the rate of six hundred visitors on some days.” 52 Fanny Kemble also mentions that Mount Auburn was a favorite trysting place 53 and Theodore Dwight even suggested that cemeteries should be planned “with reference to the living as well as the dead, and therefore should be convenient and pleasant to visitors.” 54 The founding of scenic cemeteries at New Haven (1833), New York (1836), Philadelphia (1836), and in many other places shows that the new idea was being rapidly accepted.

To a limited degree there had been “public” parks in this country since the beginning of colonization. When Penn laid out. the original plan of Philadelphia he assigned for public use a number of squares, the largest of which had measured ten acres. These were to be graced with trees and not to be built over, except perhaps with a few public buildings. Likewise there were “commons” such as those in England in most of the New England settlements. Primarily intended to serve as pastures, they were also used as parade grounds or for recreational purposes. But how little effort was spent to protect such lands from encroachment was evident in Washington, where L’Enfant’s grandiose plan providing for an elaborate park system was abandoned very early and only taken up again seriously in 1909 when the original plan was resurrected.

While all these city-bound areas of minor scale cannot be regarded as nuclei for the later park development, the natural burial grounds outside the cities, with their great numbers of visitors who were not mourners, must definitely be regarded as steps in the direction of conservation and the beginning of the park movement. It seems a logical sequence that we should find that William Cullen Bryant was the first to advocate a public park in New York, a park that would be on a scale which up to that time had been unheard of. Although Bryant had discussed the subject privately as early as 1836, his first public plea was published in the New York Evening Post on July 3, 1844. While there is no evidence that Bryant was influenced by the scenic cemetery movement, the author of “Thanatopsis,” “The Burial,” “A Forest Hymn,” and “An Indian at the Burial Place of His Father,” must have been deeply impressed by the rural cemeteries developing throughout the country. Bryant was joined in his efforts by Andrew Jackson Downing, the landscape architect. In his Horticulturist of 1849, Downing asked, “If thirty thousand persons visit a cemetery in a single season, would not a large public garden be especially a matter of curious investigation?” 55 Downing had traveled extensively abroad, and among the parks he had seen when he visited England, France, and Germany, he mentions as particularly beautiful the so-called “English Park” in Munich. Curiously enough, the establishment of this huge city park was due to an American Tory, Benjamin Thompson (later Count Rumford), who had taken up residence in Munich.

With such eloquent advocates as Bryant and Downing behind it, the proposal for a public park in New York was well accepted, and in 1851 the first act was passed authorizing the acquisition of the necessary lands. The appointment of Frederick Law Olmsted as a superintendent of the project initiated a new era in the best possible way. Olmsted had been a friend and pupil of Downing and had also garnered experience in Europe. After some years of fruitful work in establishing the park, Olmsted disagreed with the Park authorities. He gave up his position in May, 1863, and accepted another as superintendent of the mining estates of General Fremont, in Mariposa. In the light of Yosemite’s later role, this shifting of Olmsted’s position from New York to Mariposa must be regarded as a most fortunate coincidence.

IV. The Idea Grows
Even after the first excitement over the California Gold Rush had died down, the East learned little about the beauty spots of the newly acquired territory of California. None but the hardiest traveler, and certainly no “tourists,” would have been willing to stand the overland trek or either of the wearisome routes by sea. It is significant that one of the first big news stories to come out of California that was not concerned with gold was a show-business stunt. In 1852 the Calaveras Grove of Big Trees was discovered. The next year, two unscrupulous businessmen, George Gale and a companion, stripped one of the Big Trees, the “Mother of the Forest,” 315 feet in height and 61 feet in circumference, up to the height of 116 feet, and shipped the bark East for a show in some of the seaboard cities, and then at the Crystal Palace exhibition in Sydenham, London, in 1854. The pamphlet sold in London boasted that the possibility of seeing a forest of such gigantic size would fully repay the toil of a journey to California. The show turned out to be unsuccessful since, “owing to the immensity of the circumference, nobody would believe that the bark had come from one tree, and finally, being branded as a humbug, the exhibition had to be ended.” 56 While this was going on in London, the widely read Gleason’s Pictorial published a protest by a Californian to whom it seemed a “cruel idea, a perfect desecration to cut down such a splendid tree . . . in Europe such a natural production would have been cherished and protected by law; but in this money-making-go-ahead community, thirty or forty thousand dollars are paid for it and the purchaser chops it down and ships it off for a shilling show. We hope that. no one will conceive the idea of purchasing Niagara Falls for the same purpose.” 57 The complainant went on to praise the beauty of the tree when it was still “a single sight worth a pilgrimage to see.” Another strong protest was raised in 1857 by James Russell Lowell, who became editor of the Atlantic Monthly in the same year. His article on “Humanity to Trees” proposed to establish a society for the prevention of cruelty to trees, since “we are wanton in the destruction of trees as we are barbarous in our treatment of them.” 58 In the next year, it was pointed out in Harper’s Weekly that the big tree was now fast decaying, having been peeled “with as much neatness and industry as a troupe of jackals would display in clearing the bones of a dead lion.” 59 In the same year the Autocrat of the Breakfast Table published his book, in which Holmes included a “Talk on Trees” therein professing his passionate fondness for them. However trifling the incident may seem to us now, it aroused a great deal of sentiment in the East, and caused people to ponder their duty of protecting nature against the vandalism of enterprising businessmen. At the same time it undoubtedly stimulated great interest in the wonders of California. The great event in California discoveries, i.e., the opening up of the Yosemite, 60 was publicized with much less fanfare than the Calaveras tree murder. The account in the Daily Alta California about the scenic wonders of the valley discovered by the punitive expeditionary force of 1851 against the “Yosemitos” Indians created no stir outside the state. An article published in the Mariposa Gazette of July 12, 1855, by James M. Hutchings, whose activities from then on were to be dedicated to the valley, was of broader interest. Real recognition in the East came in 1856, when the Country Gentleman 61 republished an article by the California Christian Advocate which declared the “Yo-hem-i-ty” valley to be “the most striking natural wonder on the Pacific” and predicted that it would ultimately become a place of great resort. Hutchings started his California Magazine in the same year and gave Yosemite good publicity in it. In 1855 and 1856 a California pioneer artist, Thomas A. Ayres, made his first sketches at the valley; some of these were lithographed and spread widely over the East. By 1856 Yosemite had become so well known throughout the nation that T. Richardson who published the first illustrated hand book of American travel of general importance, 62 dedicated about 125 words and ore illustration of Mirror Lake to the now celebrated valley of the Yosemite. Here the scenery was called “perhaps the most remarkable in the United States, and perhaps in the world.” With such nation-wide publicity the fame of Yosemite was bound to grow year by year.

As one might have expected, Horace Greeley 63 paid his respects to Yosemite as soon as possible and made the most of it. For reasons unknown, Greeley was in a tremendous hurry and did more horseback riding in the valley than was good for him, especially since he was riding “in torture” with Mexican stirrups that were too small. Being badly disposed, he was disgruntled at the lack of water in Yosemite Falls (it was August) and said so, which afterward caused a furious dispute. But he could not help being overwhelmed by the “grandeur and sublimity of the wonderous chasm”; he considered Yosemite the “greatest marvel of the continent,” and hoped that the State of California would immediately provide for the safety of the Mariposa Grove of Big Trees.

In view of the difficulties of transportation, making photographs in Yosemite was, of course, a major event in the early days. It was done for the first time in 1859 when C. L. Weed and R. H. Vance took photographs and also prepared stereoscopic slides. Their photos were on exhibition at the Fifth Annual Fair of the State Agricultural Society (May 21, 1859) in Sacramento and there earned great applause. At the same time Ballou’s Pictorial Drawing Room Companion 64 published an illustrated article about Yosemite regretting that it was neither sufficiently known nor appreciated, a criticism not quite justified inasmuch as travel to the West was quite difficult and would remain so for some years to come.

The first really thorough description of the experience of an extended Yosemite trip appeared in a series of eight articles, which Starr King sent to the Boston Evening Transcript from December 1, 1860, to February 9, 1861. 65 Starr King, of course, was an expert in writing such accounts and had published White Mountains shortly before. His much-regretted transfer from Boston to San Francisco at least gave him a chance to explore the West and recount his adventures to the eagerly waiting friends at home. As his friend H. W. Bellows later wrote in an obituary on Starr King, 66 “no one had really seen the Sierra Nevada, Mount Shasta, the Yosemite Valley . . . until his fine eye saw and his cunning brain and hand depicted them . . . you will find the newspapers in which his portraitures of these sublime and charming scenes are found carefully laid away in hundreds of New England homes as permanent sources of delight.” His papers, entirely forgotten today, acquainted the East better than anything else with the fabulous beauties of Yosemite.

The most important photographic records following Weed’s were by C. E. Watkins (1863), which Oliver Wendell Holmes compared with the finest work done in Europe 67 They were constantly on exhibition at Goupil’s art galleries in New York.

With so much interest devoted to Yosemite by travelers, journalists, and writers from the East, it would be fascinating to know who in California was taking active interest in the destiny of the valley. We unfortunately know only very little about this. Certainly Starr King’s enthusiasm made him one of the leaders in the effort to conserve Yosemite, and it was well known that he was planning a book about the Sierra and Yosemite which would have been a sequel to his White Mountains book. Given his love of nature, his position as one of the most prominent and influential citizens of California made him the natural leader in the campaign. Among his friends was Judge Stephen Field, who had visualized the need of having the state make a geological survey. Owing to Field’s effort, Josiah Dwight Whitney had been appointed to carry it out, assisted by William H. Brewer and Clarence King. F. L. Olmsted’s papers 68 show that immediately after his arrival in California, in September, 1863, he became enthusiastic about the valley and tried to work for its conservation. But Whitney, though not his assistants, disliked this activity and tried to obstruct it.

The men who were recommended as the first commissioners of the Yosemite grant are most likely those who helped to prepare the act. They were Professor John F. Morse, Israel Ward Raymond, and Frederick Law Olmsted. Of Morse we know only that he was a well-thought-of physician in San Francisco. About Raymond we are better informed. It was he who addressed the decisive letter to Senator John Conness urging him to present a bill concerning Yosemite to Congress. Raymond was the California representative of the Central American Steamship Transit Company of New York. He was known Ao have been a public-spirited citizen, and certainly did not take this step to further any of his business interests. Altogether, it is quite safe to assume that as a whole the group of men promoting the interests of Yosemite did so for idealistic reasons. This is demonstrated in the measures they recommended and pushed.

The coincidence of Olmsted’s arrival in California at the very moment when he was most needed has curiously enough never been noticed. For once it seems that the right man was in the right spot at the right time. Living in Mariposa, Olmsted was in close touch with Yosemite, and, we can be certain, thoroughly familiar with its problems. Certainly no one was better prepared to take an active part in urging the Yosemite grant and to keep the ball rolling. Preliminary discussions must have taken place, probably with Olmsted and the other potential commissioners, before Raymond addressed the following heretofore unpublished letter to Senator Conness: 69

88 Wall Street
New York, 20th February 1864.

Hon. John Conness
Washington
Dear Sir:

I send by Express some views of the Yosemity Valley to give you some idea of its character. No. 1 is taken from a point on the Mariposa trail and gives a view of about seven miles of the Valley, and the principal part of it. You can see that its sides are abrupt precipices ranging from 2500 feet to 5000 feet high. Indeed there is no access to it but by trails over the debris deposited by the crumbling of the walls.

The summits are mostly bare Granite Rocks in some parts the surface is covered only by pine trees and can never be of much value.

It will be many years before it is worth while for the government to survey these mountains. But I think it important to obtain the proprietorship soon, to prevent occupation and especially to preserve the trees in the valley from destruction and that it may be accepted by the legislation at its present session and laws passed to give the Commissioners power to take control and begin to consider and lay out their plans for the gradual improvement of the properties.

May not this be a sufficient description:

“That cleft or Gorge in the granite peak of the Sierra Nevada Mountains situated in the County of Mariposa, State of California, on the head waters of the Merced River and known as the Yo Semite Valley with its branches or spurs in length fifteen miles and in width one mile back from the main edge of the precipice on each side of the valley the lines to be defined on Sectional lines when surveyed, by the Surveyor General of the United States and in the spirit of this act.”

I take this length and width to secure the approaches from any annoyance. The south end is narrow and filled by the Merced River. The North end leads to Mono, is narrow and filled with rocks, and impassable to a mule.

“Also all those quarter sections in Mariposa County on which stands the grove of Gigantic trees known as the ‘Mariposa Big Trees’ not exceeding in all Four Sections of one mile square each, the lines to be defined in the spirit of this act by the Surveyor General of the United States when surveying the said County of Mariposa.”

I say “quarter” section because the trees are too scattered to be covered by four square miles in compact.

If thought best to have a compact tract it should require six or eight sections.

“The above are granted for public use, resort and recreation and are inalienable forever but leases may be granted for portions not to exceed ten years. All income derived from leases or privileges are to be expended in the preservation and improvement of the prospectus or the roads leading thereto.”

The properties shall be managed by (5.7.9) commissioners who shall not receive any payment for said services. Vacancies for death, removal, or resignation shall be filled by the others subject to confirmation by the State Senate. The first Corns. to be:

The Governor of the State of California, Ex. off.
The Collector of the Port of San Francisco.
Prof. Whitney—State Geologist.
Fred Law Olmsted of Mariposa.
George W. Coulter of Coultersville.
[Added by Conness in space left by writer:]
The Mayor of the City of San Francisco.
Prof. John F. Morse         do.
I. W. Raymond             do.
Full reports to be made annually to the Senate of the State.

If we can obtain this grant, I believe we can get Subscriptions in California to make improvements. Submitting the above,

I am very truly yours,

(Sgd.) I. W. Raymond.

Conness sent this letter to the Commissioner of the General Land Office, accompanying it by the following letter of transmittal:

Washington
March 6, 1864

Hon. J. W. Edmonds
Dear Sir:

Herewith you will find a letter with a description of the land of the Mariposa Big Trees and Yosemite.

Will you have the kindness to prepare a bill and send it to the committee of the Senate or to mysel