Science: Attention, un détournement peut en cacher un autre (If a single flap of a butterfly’s wings can start a tornado, it can also stop one)

30 avril, 2008
Seagull effect (Jonathan Seagull)Si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l’empêcher. Edward Lorenz

Toujours en hommage au tout récemment disparu mathématicien et météréologue américain Edward Lorenz …

Intéressante enquête de Nicolas Witkowski, sur le site Alliage, à propos de la remarquable fortune médiatique de la théorie du chaos.

Et de l’expression qui en est devenue, pour le meilleur et le pire, l’incontournable métaphore, le fameux « effet papillon », qui était en fait une mouette avant l’heureuse suggestion de son collègue Philip Merilees, l’ayant lui-même emprunté à la science-fiction.

Reste que s’il a raison que de telles métaphores ouvrent la porte à toutes sortes de détournements de la part des non-scientifiques et notamment des journalistes, elles peuvent aussi permettre en retour de rappeler à l’ordre certains de ces scientifiques lorsqu’ils malmènent trop le sens commun ou l’expérience directe de tout un chacun.

Comme ces maitres de l’antiracisme qui nous matraquent que le racisme n’a pas lieu d’être puisque les races n’existent pas du fait de la faible diversité génétique de la population humaine (ainsi notre ADN serait identique à 99, 99%).

Oubliant de préciser au passage que, comme le rappelle Bertrand Jordan dans son dernier livre, « un taux de divergence de 0,1% correspond tout de même à trois millions de différences réparties au sein de trois milliards de bases que contient notre ADN », susceptibles, selon leur répartition et comme le montrent tant le récent affinement des techniques de séquençage génétique que nos simples yeux d’ignorants, de « séparer notre espèce en variétés bien distinctes » …

La chasse à l’effet papillon
Nicolas Witkowski
Alliage, numéro 22, 1995

Le chaos déterministe a le vent en poupe. Près d’un siècle après que Poincaré eut mis en évidence le caractère imprédictible de certains systèmes dynamiques non linéaires, nombre de physiciens et de mathématiciens se sont mués en chaoticiens, entraînant dans leur sillage turbulent biologistes, économistes, spécialistes des sciences sociales, philosophes, psychanalystes, journalistes et cinéastes. Les colloques foisonnent, les articles scientifiques pullulent (environ 900 en 1993 pour les seules sciences dures, selon l’INIST du CNRS, et autant d’articles en mathématiques qu’en sciences sociales ces dix dernières années), tandis que le grand public est régulièrement tenu informé des nouveaux champs d’application de la « théorie du chaos », nouvelle science parée d’un angélisme qui fait défaut à l’ancienne : le chaos, nous dit-on, * remet la science entre les mains des gens .1

L’ampleur de ce phénomène médiatique, qui déborde largement le cadre scientifique, montre à l’évidence que le concept de chaos fait vibrer quelque fibre mythique ou à tout le moins qu’il entre en résonance avec des préoccupations essentielles. Une première analyse pourrait conclure à un succès de nature purement linguistique : l’expression « chaos déterministe » est construite sur le modèle auto-contradictoire qui a fait ses preuves d' »inflation cosmique », de « réalité virtuelle » ou d' »intelligence artificielle ». Mais s’il est vrai que les mots « équilibre », « désordre » ou « attracteur étrange », qui sont au coeur de la théorie se prêtent volontiers à une riche variété de détournements de sens, il semble que le succès du chaos soit surtout de nature épistémologique : le fait qu’un phénomène régi par des équations déterministes puisse être imprévisible signale, pour de nombreux auteurs, une cuisante défaite du sacro-saint principe de causalité.2

En somme, le chaos tirerait le tapis sous les belles certitudes scientifiques, ce qui n’est négligeable ni pour ceux qui recherchent désespérément un gage de scientificité, ni pour ceux qui voient dans la science un obstacle à leurs idéologies. Certains chercheurs en sciences sociales comme ailleurs et de nombreux adeptes du New Age brandissent ainsi la bannière chaotique en évoquant, pour les plus sages, un * changement de paradigme , et pour les plus hardis, une * révolution qui marque la fin de l’utopie matérialiste. Bien que les équations non linéaires qui régissent la société n’aient pas encore été trouvées, anthropologues3 et sociologues4 la considèrent comme un système « loin de l’équilibre », qu’ils préconisent de maintenir « au bord du chaos » entre la sclérose autoritariste et le désordre anarchiste.

Il est même des historiens pour prédire l’avènement d’un « âge chaotique », des mythologues pour tisser le lien oublié depuis les Grecs entre le Chaos, Gaïa et Eros,5 des critiques littéraires pour trouver des attracteurs étranges dans l’oeuvre de Michel Serres,6 des philosophes préoccupés de « chaoïdes »7 et des esprits religieux pour voir dans ces mêmes attracteurs l’empreinte (fractale) de Dieu.8 Quels que soient leurs buts, tous ces auteurs citent au passage ce qui est devenu l’emblème du chaos : l’effet papillon. Impossible en effet de faire l’économie de cet insignifiant papillon capable, d’un seul coup d’aile, de déclencher un cyclone. D’abord parce qu’il désigne un trait essentiel des systèmes chaotiques la sensibilité aux conditions initiales, ensuite parce que la théorie des systèmes dynamiques non linéaires n’est pas facile à vulgariser et que le fait d’y introduire un papillon a l’énorme intérêt de faire image dans un domaine très mathématisé, c’est-à-dire très austère.

Cette métaphore présente le danger de toutes les métaphores : elle tend à supplanter, voire à effacer, la théorie qu’elle est censée illustrer. Nombre de journalistes, mais aussi de sociologues et de politiciens, s’en tiennent ainsi à cette notion de la petite cause qui a de grands effets, ou du petit ruisseau qui fait la grande rivière. L’effet papillon ayant joué un rôle déterminant dans la diffusion du concept de chaos, il n’est peut-être pas inutile d’en rechercher l’origine et d’en suivre les péripéties. Les perversions subies par l’effet papillon auraient-elles quelque chose à voir avec celles qui mènent aux déviations chaotiques ?

La littérature sur le chaos attribue l’effet papillon à Edward Lorenz, le météorologue du MIT qui a mis un frein aux espoirs des prévisionnistes en montrant que l’atmosphère terrestre est chaotique et sensible aux conditions initiales. Il aurait donc complété, avec son papillon, la célèbre phrase de Poincaré (La science et l’hypothèse, 1908) :
* Un dixième de degré en plus ou en moins en un point quelconque (….) un cyclone éclate ici et non pas là.

Poincaré, on le voit, avait fait la moitié du chemin. Il évoquait le cyclone, qui est devenu un ingrédient indispensable de l’effet papillon moderne, mais son * dixième de degré , il faut bien le reconnaître, est moins évocateur qu’un fragile papillon.

En fait, Edward Lorenz n’est en aucune façon à l’origine de « son » papillon. Il affirme avoir utilisé l’image d’une mouette jusqu’en 1972 date à laquelle il a donné une conférence intitulée, bien malgré lui :
* Le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? *
Car l’auteur de cette surprenante accroche est un autre météorologue, Philip Merilees, l’organisateur de la session, qui n’a pas eu le temps de la soumettre à Lorenz avant sa communication. Il se peut aussi que l’attracteur « atmosphérique » souvent baptisé « papillon de Lorenz » pour des raisons évidentes soit intervenu dans la genèse de la métaphore, comme d’ailleurs le best-seller du journaliste James Gleick, La théorie du chaos, dont un des chapitres s’intitule * L’effet papillon .

Comme on trouve toujours, à condition de chercher, des antécédents à tout, certains amateurs de science fiction ont très justement fait remarquer que le papillon de Lorenz-Merilees-Gleick avait un ancêtre littéraire dans une nouvelle de Ray Bradbury A sound of Thunder, parue en 1948.9 Elle met en scène un safari un peu particulier : une chasse au tyrannosaure organisée en 2055 par une société exploitant une machine à remonter le temps. Afin de ne pas perturber le passé ce qui pourrait avoir des conséquences redoutables dans le futur, les chasseurs doivent impérativement rester sur une passerelle métallique… mais le héros, Eckels, en tombe et fait quelques pas dans la boue. De retour en 2055, il constate que son pays est gouverné par un abominable dictateur. Terriblement anxieux, Eckels observe ses semelles :
* …enchâssé dans la boue, jetant des éclairs verts, or et noirs, il y avait un papillon admirable et, bel et bien, mort.
Pas une petite bête pareille, pas un papillon ! s’écria Eckels

Eh bien si, ce sera un papillon, dont la signification symbolique habituelle celle de la métamorphose se double ici d’une autre : celle de l’espoir déterministe s’enfuyant en battant des ailes, et générant un coup de vent qui fait claquer les portes des laboratoires de sociologie et des salles de presse. Mathématiciens et physiciens, eux, ne recourent au papillon qu’avec des pincettes. Lorenz lui-même, dans sa conférence de 1972, précisait que si le papillon pouvait déclencher une tornade qui, sans lui, ne se serait pas formée, il pouvait tout aussi bien empêcher une tornade de se former. D’une façon générale, les chercheurs se méfient des métaphores, et éprouvent même parfois le besoin de s’en débarrasser. On lit ainsi dans un article paru dans CNRS Info :
* …la belle image du battement d’aile de papillon induisant une tornade de l’autre côté de la planète est inexacte, car il existe aussi une dissipation de l’erreur à très petite échelle.
Le fait est confirmé par David Ruelle, un des pionniers du chaos : les papillons, explique-t-il, volent en air calme, et sont à ce titre moins susceptibles que les mouettes de voir leurs perturbations amplifiées exponentiellement pour générer des cyclones.

Dissipé ou pas, l’effet mouette-papillon frappe l’imagination, au point qu’un auteur de récits pour enfants10 s’efforce d’en donner une variante plus vraisemblable :
* Il existe en Chine une région sauvage où viennent se reproduire les papillons. Des millions de papillons se déplacent par nuages entiers, comme des nuées de sauterelles. Or, ces papillons présentent une particularité, ils naissent tous exactement à la même minute et se mettent à battre des ailes tous en même temps. Eh bien, croyez-le ou non, les chercheurs estiment que les perturbations atmosphériques causées par tous ces battements d’ailes de papillons provoquent une altération dans le ciel qui peut à son tour déclencher un cyclone.
Cet effet multi-papillon laisse songeur, mais il convient de remarquer que les éclosions soudaines d’insectes dans les régions tropicales sont souvent données comme exemples de phénomènes chaotiques.

Dans Havana, film de Sidney Pollack, Robert Redford laisse pantoise sa partenaire en lui racontant qu’une libellule en mer de Chine peut provoquer un ouragan dans les Caraïbes ; dans Jurassic Park, le mathématicien prédit la dino-catastrophe en évoquant un papillon chinois déclenchant une tempête sur New York ; dans le Nouvel Observateur, Jean-Edern Hallier explique comment un mot malheureux lui a coûté une condamnation en appel de 1 million et demi de francs :
* …ce qui confirme, entre autres, la thèse de Prigojine (sic) selon laquelle le battement d’une aile de papillon en Amazonie peut finir par provoquer un raz-de-marée au Mexique.
Sous ses multiples avatars, l’effet papillon fait fureur dans la littérature de vulgarisation. On y trouve une grande variété de papillons, voire de lépidoptères, de libellules ou de coléoptères, battant des ailes dans les régions les plus exotiques. Au contraire de l’Afrique peut-être épargnée parce que le chaos n’y est pas qu’une métaphore , la forêt amazonienne et la Chine sont les régions les plus citées, mais on remarque deux autres lieux attirant étrangement les papillons chaotiques : la baie de Sidney et la muraille de Chine. On trouve même un papillon parisien modifiant le climat à Paris, ce qui est doublement atypique, puisque le schéma habituel veut qu’un papillon très exotique, batifolant aux antipodes, génère une catastrophe climatique dans un lieu aussi familier que possible.

Mais si l’on excepte ce papillon franco-français, on observe que ce schéma idéal est très rarement respecté, sauf chez les Américains. L’examen d’une quarantaine d’effets papillons attrapés au vol dans la littérature scientifique française et anglo-saxonne montre que tous les auteurs américains citent les Etats-Unis, et que seul un auteur français sur six cite la France. L’effet papillon est donc perçu comme typiquement américain, de même d’ailleurs que la théorie du chaos, dont les principales applications (en biologie et en sciences sociales, surtout) sont le fait d’universitaires américains. Cela souligne bien sûr l’américanisation croissante de la science, ainsi que le dynamisme des sciences sociales aux Etats-Unis. Elles bénéficient outre-Atlantique d’une médiatisation qu’elles sont loin d’avoir acquise en Europe. Cela montre aussi qu’une des figures du mythe évoquées par Roland Barthes,11 la « privation d’histoire », est à l’oeuvre. Un objet ne peut devenir mythique que s’il est neuf, débarrassé de son encombrante charge historique : le chaos comme l’effet papillon doivent impérativement se faire une virginité en oubliant leur lointaine origine. Poincaré, Kolmogorov, Krylov12 et les autres ne peuvent être inclus dans la genèse du chaos. Comment la « nouvelle science » de Gleick pourrait-elle avoir des antécédents aussi lointains ?

Voilà sans doute pourquoi, après avoir soigneusement oublié de citer tous les travaux européens ou russes sur la question du chaos, les chercheurs et journalistes américains il fallait s’y attendre se sont concoctés un papillon générant des catastrophes exclusivement américaines. A y regarder de plus près, la dissémination du chaos partage un autre point commun avec celle de l’effet papillon : l’absence d’adaptation. On note en effet deux grands types très majoritaires d’effets papillons. Ceux qui, suivant la métaphore originale de Lorenz-Merilees, partent du Brésil et arrivent aux Etats-Unis, et ceux qui, suivant James Gleick, partent de Chine et arrivent aux Etats-Unis. Plutôt que d’adapter la métaphore à leur propos, les auteurs préfèrent utiliser telle quelle la version made in USA, sacrifiant ainsi la pertinence à ce qu’ils croient être une légitimation scientifique. Le même mécanisme est de toute évidence à l’oeuvre dans la dissémination du concept, où deux grands types de chaos sont utilisés tels quels comme points de départ pour les supputations les plus hasardeuses : le chaos des physiciens, bien que le rapport entre système social et système physique soit mal élucidé, et celui, moins assuré encore, mis au jour par les biologistes dans les rythmes cardiaques13 ou les neurones du bulbe olfactif du lapin.14 Là aussi, l’analogie directe est de règle, entre l’individu et le neurone ou la société et le système solaire, sans que le moindre effort d’adaptation vienne enrichir une traduction aussi platement littérale.

La convergence entre chaos et effet papillon est parfois même totale, le second étant pris comme archétype du premier. Tel politicien15 l’utilise par exemple pour encourager ses concitoyens à influer, par leurs battements d’ailes, sur une société très sensible aux conditions initiales :
* Battez des ailes, gentils papillons, chaque fois qu’on vous demande à quoi sert une pétition, une manifestation, une prise de parole ! Il n’y a pas d’acte humain en politique qui soit inutile.
Après nous avoir promis une science angélique, le chaos nous préparerait-il une société de papillons ? Les plus prudents se méfieront tout de même des mouettes, voire des vautours, qu’un tel état de fait ne manquera pas d’intéresser.

L’auteur remercie Jean-Marc Lévy-Leblond et David Ruelle pour les nombreux documents chaologiques qu’ils lui ont transmis.

Un papillon à : A une catastrophe à B sources
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Brésil – Texas (tornade) E. Lorenz, AAAS, 29.12.72

Brésil – Floride (tornade) LeFigaro 3.94

Notre Dame de Paris Paris C. Allègre, Le Point 18.6.94

Forêt amazonienne – Chicago (tempête) R. Lewin, La Complexité, 94

Sumatra – Angleterre (ouragan) J. Schwartz, The Creative Moment, 92

Le jardin de ma tante – Manille (cyclone) Science et Vie Junior

Baie de Sidney – Jamaïque (cyclone) Les Echos, 18.4.90

Californie – Normandie (tornade) Ca m’intéresse, 87

Pékin – Côte ouest des Etats-Unis La Recherche, 10.90

Rio – Australie (tempête) Explora, 12.88

Pékin – New York (tempête) J. Gleick, La Théorie du Chaos, 87

Pékin – New York M. Crichton, Le parc jurassique, 92

Mer de Chine – Caraïbes (ouragan)

Havana – Sidney (libellule) Pollack

Brésil – ?? E. Brézin, Pour la Science, avril 92

Rio – San Francisco H. Reeves, Dernières nouvelles du cosmos, 94

Forêt amazonienne – Bangladesh (cyclone) R. Chaboud, France-Inter, 6.93

Rio – Japon (tornade) Explora 89 ?

muraille de Chine – Paris Actuel, 90

Honolulu – New York (pluie) ??

Brésil – Texas A. Boutot, L’invention des formes, 94

Amazonie – Mexique (raz-de-marée) J. E. Hallier, Le Nouvel Observateur, 6.94

Philippines – Californie J. F. Kahn, 94

Tokyo Brésil – I. Stewart, The Collapse of Chaos, 93

Brésil – ?? Pour la science, 93

Tokyo – Chicago B. Appleyard, Understanding the Present, 94

Australie – Limousin (ouragan) Sciences et Avenir, 9.94

Brésil – Alaska (tempête de neige) J. L. Casti, Complexification, 94

Cité impériale de Pékin – Jamaïque La Recherche 10.90

Antilles – Océanie S. Deligeorges, France- Culture, 6.92

Chine – Floride (cyclone) Libération 3.3.94

Pékin – New York Le Nouvel Observateur, 4.4.91

Baie de Sidney – Jamaïque (cyclone) Le Quotidien du médecin, 6.6.91

Rio Paris – Pour la science, 10.91

Shangaï – New York (orage) Libération, 23.3.92

Brésil – Londres (orage) Sunday Times, 31.1.93

Pékin – New York Libération, 7.7.93

Rio – Chicago S. Kaufmann, Scientific American, 8.91

Martinique – Chine L’Evénement du Jeudi,24.2.94

Pékin – New York G. Mélenchon

Afrique – Jamaïque P. Tambourin, France-Culture, 9.11.94

Australie – Brésil Sciences et avenir, 12.94

Australie – Bermudes Ben, Lettre aux peuples inquiets nø6, 2.95

1.* Extases et chaos , Actuel, juillet-août 1990.
2. Voir en particulier Jean Largeault, Systèmes de la nature, Vrin, 1985.
3.* From the interstices of chaos to the heart of complexity : perspectives on time and society , Patrick L. Baker, Département de sociologie et d’anthropologie, Mount Allison University, Sackville, N.B.
4.* Sociodynamics : the application of process methods to the social sciences , Hector Sabelli et Linnea Carlson-Sabelli, communication au colloque* Chaos et société , université du Québec à Hull, juin 1994.
5. Chaos, Gaïa, Eros, Ralph Abraham, à paraître.
6.* Portrait d’un système dynamique non linéaire : le discours de Michel Serres , Maria L. Assad, Epistémocritique et cognition 2, Presses universitaires de Vincennes, 1993.
7. Qu’est-ce que la philosophie ?, Gilles Deleuze et Félix Guattari, Minuit, 1991.
8.* The love of randomness , D.K. Mano, National Review, vol. 49, 1989.
9. Traduction française : Un coup de tonnerre, Folio Junior, 1992.
10. Les traces des animaux, Hugo Verlomme, Fleurus Idées, 1992.
11. Mythologies, Roland Barthes, Seuil, 1957.
12. Voir en particulier les articles de Simon Diner et de Giorgio Israël dans Chaos et déterminisme, Seuil, Points Sciences, 1992.
13.* Applications of non linear dynamics to clinical cardiology , A.L. Goldberger et B.J. West, Ann. N.Y. Acad. Sci. 504, 195 (1987).
14.* Chaotic state transitions in brains as a basis for the formation of social groups , Walter J. Freeman, communication au colloque* Chaos et société , Hull, 1994.
15. G. Mélenchon.

Voir également:

Le père de « l’effet papillon », Edward Lorenz, est mort
Le Monde
Le 17.04.08

En étudiant la difficulté de prévoir le temps qu’il fera avec précision, le scientifique américain Edward Lorenz a révolutionné la science. Il a montré que des systèmes déterministes avaient des limites de prévisibilité.

Le météorologiste américain Edward Lorenz est mort des suites d’un cancer, mercredi 16 avril, à Cambridge. Au début des années 1960, alors qu’il s’interrogeait sur la difficulté de prédire avec précision l’évolution de la météo, il a abouti à la théorie dite « du chaos », qui a révolutionné la science bien au-delà de son champ de recherche.

Depuis les travaux de Newton, on pensait pouvoir prédire avec précision l’évolution d’un système donné en connaissant ses conditions initiales et les forces qui s’y appliquent. Edward Lorenz a prouvé que de toutes petites variations entre deux situations initiales pouvaient engendrer, au bout d’un certain temps, des situations finales très éloignées. Au XIXe siècle, le mathématicien français Henri Poincaré l’avait pressenti, mais avait été incapable de le démontrer, faute de calculateurs capables de réaliser des millions, voire des milliards d’opérations.

TROISIÈME RÉVOLUTION SCIENTIFIQUE DU XXe SIÈCLE

En 1972, Lorenz publie un article scientifique au titre saugrenu : « Prévisibilité, le battement d’aile d’un papillon au Mexique peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Cette publication est restée célèbre sous le nom d' »effet papillon ». Ces découvertes ont eu des implications dans la plupart des domaines scientifiques. Dans le sien, Lorenz est arrivé à la conclusion qu’il ne serait jamais possible de prédire avec précision la météo à plus de deux ou trois semaines.

Certains scientifiques ont vu dans les travaux de Lorenz, la troisième révolution scientifique du XXe siècle après celles de la relativité et de la mécanique quantique. Dans un communiqué du MIT annonçant la mort de Lorenz, Kerry Emanuel, professeur de sciences atmosphériques à la célèbre université de Boston, a estimé qu’ il « avait planté le dernier clou dans le cercueil de la science cartésienne en prouvant que les systèmes déterministes avaient des limites de prévisibilité ». Edward Lorenz a reçu, conjointement avec Henry Stommel, le prestigieux Prix Crafoord de l’Académie royale des sciences de Suède.

Edward Lorenz
Pierre Le Hir
Le Monde
Le 23.04.08

Père de la théorie du chaos, le scientifique américain, dont toute la carrière s’est déroulée au Massachusetts Institute of Technology (MIT), s’était rendu célèbre par la formulation de l’« effet papillon »
onsidéré comme le père de la théorie du chaos, qui a mis en évidence la dynamique complexe de systèmes apparemment simples, le scientifique américain Edward Lorenz est mort, mercredi 16 avril, à son domicile de Cambridge (Massachusetts), des suites d’un cancer, à l’âge de 90 ans. Il s’était rendu célèbre par la formulation de « l’effet papillon ». L’annonce en a été faite par le Massachusetts Institute of Technolgy (MIT), où il avait effectué toute sa carrière.

« En montrant que certains systèmes déterministes avaient des limites formelles de prédictibilité, Ed. [Lorenz] a enfoncé le dernier clou dans le cercueil de l’univers cartésien et fomenté ce que certains ont appelé la troisième révolution scientifique du XXe siècle, après la relativité et la mécanique quantique », explique, en lui rendant hommage, son collègue Kerry Emmanuel, professeur de science atmosphérique au MIT. Ses travaux ont ouvert un nouveau champ de recherches qui ont durablement influencé non seulement les mathématiques, mais aussi de nombreuses disciplines comme la biologie, la physique ou les sciences sociales.

Né en 1917 à West-Hartford (Connecticut), Edward Lorenz racontait que, enfant, il s’était « toujours intéressé aux nombres » et qu’il était « fasciné par les changements du temps ». Après des études de mathématiques au Dartmouth College (New Hampshire) et à l’Université d’Harvard (Massachusetts), il obtient, en 1948, un doctorat de météorologie au MIT. Une discipline à laquelle il avait décidé de se consacrer lorsqu’il était, durant la seconde guerre mondiale, météorologiste pour l’armée de l’air américaine. Nommé professeur au département de météorologie du MIT, il en sera responsable de 1977 à 1981, avant de prendre sa retraite en 1987.

Au début des années 1960, c’est en faisant tourner un modèle informatique de prévision du temps qu’il observe que des modifications infimes dans les paramètres initiaux peuvent aboutir, au final, à des résultats radicalement différents. Il en tire la conclusion, dans un article publié en 1963, qu’il est impossible de réaliser une prévision météorologique à long terme – au-delà de deux ou trois semaines – avec un degré de précision acceptable, étant donné d’une part les incertitudes inévitables dans les données fournies aux modèles, d’autre part la multiplicité des paramètres (vent, température, humidité…) à prendre en compte.

Il formalise ce constat l’année suivante en décrivant comment, en jouant sur quelques variables seulement, un comportement chaotique peut apparaître dans un système formellement très simple. La théorie du chaos est née. Elle devra sa notoriété à la fameuse question qu’il pose en 1972, lors d’une réunion de l’American Association for the Advancement of Science : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil déclenche-t-il une tornade au Texas ? »

La formule fera florès. Mais elle sera souvent été interprétée, à tort, comme l’affirmation d’un principe de causalité, une petite cause pouvant avoir de grands effets. En réalité, elle souligne la sensibilité d’un système dynamique – atmosphérique ou autre – aux conditions initiales. Lorenz ajoute d’ailleurs : « Si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l’empêcher. »

Développements féconds

Pour certains historiens des sciences, Edward Lorenz a redécouvert plutôt que véritablement découvert la théorie du chaos. Dès la fin du XIXe siècle, le mathématicien français Henri Poincaré, qui travaillait sur le mouvement des planètes, avait pressenti que les systèmes déterministes n’avaient pas forcément un comportement prédictible, une erreur, même minime, dans la connaissance de l’état initial étant rapidement amplifiée. L’intuition de Poincaré ne fut pas reconnue à sa juste valeur par ses contemporains.

Lorenz, lui, bénéficia de l’émergence de l’informatique et des ordinateurs, dont la puissance de calcul donnait les moyens d’étudier des systèmes gouvernés par un très grand nombre de variables ou des opérations réitérées à l’infini. Ses travaux mirent toutefois plusieurs années à être assimilés par de multiples disciplines scientifiques, à commencer par les mathématiques, pour lesquelles ils ont eu des développements extrêmement féconds.

Membre de l’Académie des sciences américaine, colauréat du prix Crafoord 1983, Edward Lorenz avait reçu, en 1991, le prix Kyoto pour les sciences de la Terre et de la planète, couronnant « une découverte qui a entraîné l’un des changements les plus radicaux dans la conception humaine de la nature depuis Isaac Newton ».

Décrit par ses proches comme « un parfait gentleman et un modèle d’intelligence, d’intégrité et de modestie », cet amateur de ski de fond continuait, quelques semaines avant sa mort, à pratiquer la randonnée, tout en mettant la dernière main à un ultime article scientifique.


Racines de l’Europe: Touche pas à mon islam! (Please give us back our debt to islam!)

29 avril, 2008
Dhimmi Sigrid HunkeLes racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
Cette histoire a été effacée quand l’Europe a fondé ses relations avec le monde arabo-musulman sur le partenariat politique, économique et culturel. L’Europe a alors élaboré le mythe andalou comme modèle de civilisation multiculturelle, âge d’or des trois religions. Tout ce qui concernait le djihad et la dhimmitude a été éliminé. Bat Ye’or
Si ces livres contiennent déjà ce qui est dit dans le Coran, ils sont inutiles. S’ils contiennent des choses contraires, ils sont nuisibles. Omar (au sujet des livres de la Bibliothèque d’Alexandrie qui serviront à chauffer les bains de ses troupes, 642)
Alors que l’Europe se débattait dans un Moyen Age de conflits et de blocages, le monde arabe était le théâtre d’une admirable civilisation fondée sur les échanges économiques, intellectuels et spirituels. Dans toutes les disciplines – mathématiques, astronomie, médecine, architecture, musique et poésie -, les Arabes multiplièrent les plus prodigieuses réalisations. Venant d’Italie, de Sicile, d’Espagne et autres territoires soumis à la domination ou à l’influence arabe, passant par l’entremise de grands princes, comme Frédéric II de Hohenstaufen ou par le canal de nombreux voyageurs (négociants, pèlerins, croisés, étudiants), les réalisations de cette prestigieuse civilisation ont peu à peu gagné l’Europe où elles jouèrent un rôle déterminant dans l’éclosion de la civilisation occidentale. Sigrid Hunke brosse un tableau saisissant de cette rencontre entre l’Orient et l’Occident. L’influence décisive de la civilisation arabe sur celle de l’Europe – influence trop souvent passée sous silence, sinon ouvertement contestée – est enfin mise en pleine lumière. Quatrième de couverture (Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident- Notre héritage arabe, Sigrid Hunke, 1960, trad. 1997)

Non, M. Chirac, hormis l’esclavage des Africains, l’étoile jaune, le ghetto des Juifs ou la guerre sainte, l’Islam n’a rien apporté d’essentiel à Europe!

Succession de papes d’origine grecque et syriaque, lecture continue des évangiles dans leur grec original, circulation de manuscrits et textes grecs y compris entre un roi et un pape, traduction d’Aristote par les moines du Mont-Saint-Michel directement du grec au latin plusieurs décennies avant les traductions de l’arabe …

Traduction des textes grecs et création du vocabulaire médical et scientifique arabe effectuées en fait par des chrétiens, grands maitres musulmans ne connaissant tout simplement pas le grec …

Héllénisation très marginale d’une pensée arabe dominée par l’islam, où raison, politique et investigation scientifique ne furent jamais dissociées de la révélation coranique …

Voilà qu’est enfin confirmé par la recherche académique française (le dernier livre du médiéviste de l’ENS de Lyon Sylvain Gouguenheim: « Aristote Au Mont Saint-Michel. Les Racines grecques de L’Europe Chrétienne ») ce que ne cesse de rappeler depuis une bonne vingtaine d’années l’historienne britannique Bat Yeor.

A savoir que, contrairement à la vulgate bien-pensante d’un Occident assoupi dans les ténèbres de son Moyen-Age ne découvrant le savoir grec (philosophie, médecine, mathématique, astronomie) que grâce aux traductions et d’une science arabes largement en avance sur lui, le monde islamique n’eut non seulement qu’un rôle très limité d’intermédiaire mais ne sut pas réellement tirer parti des textes que ses savants chrétiens lui traduisirent

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Science: L’évolution va dans une direction et pas dans une autre

28 avril, 2008
Problems with DarwinL’évolution va dans une direction et pas dans une autre… il est évident que l’univers est orienté. Rémy Chauvin
La finalité est une femme avec laquelle un biologiste ne veut jamais être vu en public, mais dont il ne peut pas se passer! Pierre Paul Grassé
Les organismes sont autant coopératifs qu’ils sont compétitifs, aussi altruistes qu’ils sont égoïstes, aussi créatifs et joueurs qu’ils sont destructifs et répétitifs. Brian Goodwin

Suite à notre dernier billet sur le darwinisme

Petit rappel, par le philosophe des sciences Jean Staune, des insuffisances explicatives de la théorie (non reproductibilité de l’évolution, inexistence d’un programme ou d’une finalité dans l’évolution, sélection naturelle conçue comme moteur principal de l’évolution, toute puissance du hasard, etc) et présentation des différentes écoles de biologie non darwiniennes.

Et mise au point, par l’historien Ronald Numbers, sur nombre d’idées reçues et fausses sur les rapports religion-science (l’origine indéniablement chrétienne, de Copernic à Galilée, Newton, Boyle, Kepler, de la science – Giordanio Bruno ayant été brûlé non pour ses idées copeniciennes mais pour hérésie) et la grande ignorance de nombre de néo-darwinistes athées à la Dawkins sur la diversité des recherches dites « créationnistes »

LA BIOLOGIE NON DARWINIENNE : ESSAI DE TYPOLOGIE ET ANALYSE DES IMPLICATIONS PHILOSOPHIQUES

Jean STAUNE, Philosophe des sciences. Secrétaire général de l’UIP
Université Interdisciplinaire de Paris

Une présentation de toutes les différentes écoles de biologie non darwiniennes et des positions qui vont avec.

Qu’est-ce que la biologie non darwinienne ?

Il s’agit de l’ensemble des théories de l’évolution qui ont en commun le fait que le hasard et la sélection naturelle ne sont pas les seuls (ou même ne sont pas les principaux) facteurs qui dirigent l’évolution. Une telle définition a deux conséquences : elle exclut du cadre des théories non darwiniennes, des théories comme la théorie neutraliste de Kimura qui met l’accent sur le hasard au détriment de la sélection naturelle. Et elle ne permet pas une séparation nette et tranchée entre théories darwiniennes et théories non darwiniennes. Cela peut être porté à son crédit. En effet, s’il semble bien que, comme le montre la théorie des équilibres ponctués et, contrairement à ce que pensait Darwin, la « nature fasse des sauts », les théories de l’évolution sont graduelles même si l’évolution elle-même ne l’est pas !

En effet, à quel moment une théorie cesse-t-elle d’être darwinienne ? Lorsqu’elle attribue à des facteurs autres que le hasard et la sélection naturelle un rôle suffisant pour qu’ils aient un impact significatif sur le résultat du processus évolutif. On peut ainsi passer graduellement d’une théorie tout à fait darwinienne à une théorie non darwinienne en construisant toute une série de conceptions intermédiaires s’éloignant progressivement du modèle darwinien classique. La limite entre les deux domaines pourra donc différer d’un observateur à l’autre. Il y a deux grandes écoles de pensée aux implications philosophiques très différentes, dans la biologie non darwinienne : l’auto-organisation d’un côté, le finalisme ou la téléonomie de l’autre.

L’auto-organisation :

Pour cette école, l’apparition de structures plus complexes est due à une « propriété » émergente de la vie comme l’explique Brian Goodwin, Professeur de Biologie de la Open University, Milton Keynes, « Depuis 1859, le mécanisme de la sélection naturelle et la survie du plus fort s’est imposé comme la seule thèse explicatrice de la vie sur Terre. Les origines, les extinctions, les adaptations ont toutes été étudiées à travers le prisme du darwinisme. Il y a une autre explication pour l’origine et la diversité des espèces. Comme la vision Newtonienne du monde qui prédominait jusqu’à la révolution Einsteinienne au 20ème siècle, ainsi le darwinisme doit être remplacé par une nouvelle théorie qui admet que la complexité est une qualité inhérente et émergente de la vie et non seulement le résultat de mutations aléatoires et de la sélection naturelle. Les organismes sont autant coopératifs qu’ils sont compétitifs, aussi altruistes qu’ils sont égoïstes, aussi créatifs et joueurs qu’ils sont destructifs et répétitifs. » (1). Le tout est plus que la somme des parties est une démarche réductionniste qui ne peut rendre compte de ce qu’est la vie comme le dit Mae-Wan Ho, Maître de conférence en Biologie à la Open University Milton Keynes ,« La vie est un processus organisé global. La vie est un processus et non une chose, ni une propriété d’une chose matérielle ou une structure. Ainsi la vie doit se trouver dans les flux dynamiques de la matière et de l’énergie qui font que les organismes vivent, grandissent, se développent et évoluent. Ainsi on peut constater que le « tout » n’est pas une entité isolée et monadique. C’est un système ouvert sur l’environnement, qui se structure et s’organise en se dépliant simultanément sur l’environnement externe et en ’repliant’ son potentiel dans des formes stables qui sont hautement reproductibles » (2).

L’un des mots les plus importants ici c’est celui d’émergence. Il n’y a aucune pré-existence même potentielle ou virtuelle des formes complexes. Celles-ci émergent du processus du vivant car il est dans la nature même de ce processus de permettre cette émergence. Mae-Wan Ho et Brian Goodwin sont clairement non darwiniens. Pour eux, les mécanismes darwiniens ne jouent pas un rôle principal dans l’évolution. D’autres tenants de l’auto-organisation comme Stuart Kauffman (3) ou Francesco Varela donnent plus d’importance aux mécanismes darwiniens et peuvent être inclus parmi les « compagnons de route » du darwinisme. Nous rencontrons donc ici pour la première fois de façon concrète (mais non la dernière) le problème de la frontière entre darwinisme et non darwinisme que nous avons évoqué en introduction. Au plan philosophique, les tenants de l’auto-organisation sont perçus, au moins en Europe, comme étant lié aux conceptions panthéistes ou animistes du Monde. Et cela parce que la plupart des scientifiques de cette école de pensée partagent de telles conceptions (ou des conceptions bouddhistes comme Francisco Varela) et que la notion d’émergence permet de se passer d’un « premier moteur » au sens de Aristote, ou de toute extériorité fondatrice. Néanmoins, il est à noter qu’un certain nombre de théologiens et philosophes anglo-saxons (parmi lesquels Niels Gregersen et Philip Clayton) essaient de développer une conception chrétienne de l’émergence et de l’auto organisation en s’appuyant entre autres sur des théologies du process inspirées de Whitehead et ils entrent en débat avec des tenants de l’auto-organisation dans sa version panthéiste, comme Terrance Deacon (4) pour affirmer l’existence d’une pluralité des conceptions dans ce domaine. Pensant sans doute que l’auto-organisation va s’imposer comme un paradigme important au XXIème siècle, ils ne veulent pas que le christianisme en soit absent, même si le rapprochement des deux notions semble problématique.

Finalité ou Téléonomie.

Beaucoup de scientifiques que nous classons dans cette catégorie protesteraient sans doute en affirmant avec force qu’ils ne sont pas finalistes. Ils donneraient ainsi, post-mortem, raison à Pierre Paul Grassé qui disait : « La finalité est une femme avec laquelle un biologiste ne veut jamais être vu en public, mais dont il ne peut pas se passer !

On peut diviser les théories de l’évolution se rapportant à ce domaine en trois sous écoles : la logique interne, la reproductibilité de l’évolution, et l’existence de facteurs encore inconnus qui joueraient un rôle majeur dans l’évolution.

Logique interne

Un travail comme celui d’Anne Dambricourt (5) montre que l’apparition de la bipédie chez les ancêtres de l’homme n’est pas un événement fortuit comme l’ont cru les tenants de « East Side Story ». Selon cette dernière théorie, l’effondrement de la Rift Valley dans l’Est africain a permis le développement d’une savane qui a créé les conditions pour que la sélection naturelle avantage les primates porteurs de mutations allant dans le sens de la bipédie. Ces découvertes d’Anne Dambricourt sur la contraction cranio-faciale montrent que la bipédie est due chez l’homme à une rotation du tube neural. Et cette rotation constitue un processus interne d’origine embryonnaire qui se développe, en s’accélérant d’une espèce à l’autre pendant 60 millions d’années. Ce processus paraît pourvu d’une logique propre que ne vient troubler aucune modification de l’environnement. Une telle théorie prend à contre pieds trois constituants fondamentaux du darwinisme : l’idée que l’évolution est imprédictible, qu’elle est dirigée principalement par les changements de l’environnement et qu’elle est graduelle. Accessoirement, c’est une des meilleures façons (meilleure que certaines approches darwiniennes !) de prouver l’existence de l’évolution aux yeux de ceux qui seraient tentés de rejeter ce concept fondateur de la biologie moderne.

Pour Rosine Chandebois, le développement des organismes vivants n’est pas codé dans l’ADN. En tant qu’embryologiste, elle a recensé des expériences montrant, selon elle, que c’est le cytoplasme de l’œuf qui est « l’architecte », tandis que l’ADN ne définit que les matériaux employés pour la construction (le bois ici, le béton ailleurs) selon une de ses métaphores. Ses conceptions, qui peuvent apparaître comme un combat d’arrière-garde contre la toute puissance de la biologie moléculaire, viennent trouver des confirmations dans des recherches de jeunes chercheurs comme Andras Paldi qui dit « L’enjeu de la prochaine révolution génétique sera de redonner sa place à l’ADN dans l’énorme complexité d’interactions biochimiques du vivant. On ne le met plus sur un pied d’Estale comme un dictateur qui dirige le déroulement de la vie… Je crois que l’on arrive à la fin d’une période de développement de la génétique. Elle a débuté au début du XXème siècle et se caractérise par la notion clé du gène tout puissant, selon laquelle les gènes contiennent l’information nécessaire et suffisante pour le développement d’un organisme vivant. On s’aperçoit que ce schéma explicatif a de plus en plus de mal à rendre compte des phénomènes héréditaires que l’on observe. » et parle de hasard « canalisé »(6). Pour Rosine Chandebois, l’évolution est un programme qui se déroule depuis l’origine à l’image du développement embryonnaire qui va de la première cellule jusqu’à l’organisme complet. « Le programme génétique de développement existe uniquement dans l’imagination collective des biologistes (…) Tous ces travaux nous amènent à la même conclusion : le programme de développement n’est pas écrit dans l’ADN ! Il est contenu dans le cytoplasme de l’œuf qui doit avoir une composition moléculaire particulière et, plus encore, une organisation appropriée. En d’autres termes, l’ADN ne commande rien, et n’est certainement pas l’architecte. Mais parce qu’il produit les matériaux pour la construction, il donne à l’organisme son originalité (…). L’arbre de la vie a été fabriqué à partir de la première cellule, de la même façon que l’arbre à partir de la graine, exclusivement à travers des facteurs internes » (7). Elle semble rejoindre là Michel Denton dont nous verrons les conceptions dans la prochaine catégorie. Mais la différence réside dans le fait que pour elle l’existence d’un « programme » dans l’évolution est dû à des facteurs internes agissant sur le cytoplasme de l’œuf. Jean Chaline est lui aussi un spécialiste du développement, mais son travail le plus original est d’avoir essayé de mettre en évidence l’existence d’une structure fractale de l’évolution avec l’aide d’un astrophysicien spécialiste des fractales, Laurent Nottale, et d’un économiste Pierre Grou. Dans leur ouvrage commun (8) ainsi que dans la publication qu’ils ont présentée à l’Académie des Sciences française (9) ils définissent des lois qui semblent gouverner à grande échelle l’évolution de la vie mais aussi celle de l’Univers et des sociétés humaines. Nos auteurs se défendent de tout finalisme, ils n’éliminent pas complètement le rôle du hasard, mais n’hésitent pas à écrire : « Si vous mettez les principaux événements de l’histoire de l’évolution sur une ligne, vous pourrez voir apparaître une loi qui nous montre la logique interne de l’évolution. D’après cette loi, la prochaine mutation importante concernant l’être humain aura lieu dans 800 000 ans ». Ainsi, ici aussi, il existe une logique interne qui permet à l’évolution d’être un phénomène en partie prédictible. Mais des biologistes que nous avons regroupés dans cette école de pensée, Jean Chaline est le plus proche du darwinisme, car sa conception de l’évolution « au quotidien », qui fait appel à des macro-mutations non graduelles sur des gènes de régulation attribue un rôle clé aux mutations et à la sélection. C’est seulement dans une vision globale de l’évolution qu’apparaissent les différences avec le darwinisme. Nos trois auteurs sont catholiques. Mais Chaline ne le revendique nullement dans ses ouvrages et semble soutenir une position de séparation entre Science et Foi, comme le NOMA de Stephen Jay Gould (10). Anne Dambricourt est Secrétaire générale de Fondation Theilard de Chardin ; elle affirme avec force ne pas vouloir par ses recherches prouver l’existence d’un plan divin dans l’évolution. Néanmoins, elle a une position beaucoup plus « intégrationniste » que Chaline comme le montre son ouvrage « La légende maudite du XXème siècle ». Pour elle, « le néodarwinisme » et le matérialisme sont deux modes de pensée qui permettent de détruire les bases fondatrices du processus de la révélation. Ainsi, si la remise en cause du darwinisme ne conduit nullement à la preuve directe d’une finalité dans la nature, elle réouvre des portes que l’on croyait fermées, redonnant une légitimité nouvelle à certaines options philosophiques. Anne Dambricourt nous dit également qu’observer l’existence d’une logique interne dans l’évolution l’amène à ne pas s’étonner de constater qu’il existe des révélations dans l’histoire de l’humanité. En effet, si nous faisons partie d’un processus le sens de ce processus ne peut être compris de l’intérieur comme le poisson ne peut définir ce qu’est l’eau ; il faut donc un apport d’informations venant de l’extérieur pour pouvoir le comprendre. Rosine Chandebois semble partager les mêmes positions : ses travaux ne prouvent pas une conception non matérialiste de la vie, mais apportent à celle-ci un supplément de crédibilité, et cela parce que le darwinisme a puissamment contribué à la destruction de la spiritualité.

2- Répétibilité de l’évolution

Une des prédictions fondamentales qui découle des bases de la théorie darwinienne, c’est l’impossibilité que l’évolution atteigne deux fois le même but. Des auteurs aussi différents que Richard Dawkins ou Stephen Jay Gould sont d’accord sur ce point : le rôle de la contingence est central dans l’évolution (le tireur tire toujours au hasard) et il y a tant de cibles possibles (« l’espace des possibles est quasi infini »), qu’il est impensable que le processus d’évolution, s’il repose vraiment sur les mécanismes darwiniens produise deux fois le même résultat.

En théorie, si on recevait une image en provenance d’une autre planète, la simple présence d’un chat ou d’un chien suffirait à infirmer le darwinisme. Or pour les deux auteurs que nous rassemblons dans cette école, l’évolution se doit de suivre des chemins identiques en des lieux différents. Pour Christian de Duve, les lois biochimiques produisent des contraintes si strictes que le hasard est canalisé et que l’apparition de la vie, et même de la conscience se produit nécessairement plusieurs fois dans l’Univers :  » Selon la théorie que je défends, il est dans la nature même de la vie d’engendrer l’intelligence, partout où (et dès que) les conditions requises sont réunies. La pensée consciente appartient au tableau cosmologique, non pas comme un quelconque épiphénomène propre à notre biosphère, mais comme une manifestation fondamentale de la matière. La pensée est engendrée et nourrie par le reste du cosmos  » (12). Christian de Duve est le plus darwinien des auteurs que nous analysons : en effet pour lui plus encore que pour Jean Chaline, les mécanismes de l’évolution sont ceux postulés par les darwiniens. La différence vient du fait que quand on regarde l’évolution au niveau global, on s’aperçoit que le jeu est  » truqué  » et que les lois de la biochimie doivent amener non seulement la production de la Vie mais aussi (position encore bien plus audacieuse !) de la conscience. Comme le dit de Duve en réponse à la célèbre phrase d’Einstein  » Dieu ne joue pas aux dés « ,  » Dieu joue aux dés, parce qu’il est sûr de gagner ! ». C’est en cela que ses positions sont radicalement différentes de celles des  » maîtres  » du darwinisme, tels Jacques Monod ou François Jacob. Au plan philosophique, de Duve affirme  » J’ai opté en faveur d’un univers signifiant et non vide de sens. Non pas parce que je désire qu’il en soit ainsi mais parce que c’est ainsi que j’interprète les données scientifiques dont nous disposons  » (12). Ses conceptions semblent proches du panthéisme : son ouvrage est dédié  » A la Vie  » qui est pour lui  » un impératif cosmique « . Michael Denton va plus loin encore. Partant d’un raisonnement identique à celui de de Duve, il considère que les lois de la biochimie exercent sur l’évolution des contraintes encore plus importantes que celles postulées par de Duve. Il développe de nombreux arguments selon lesquels l’évolution se doit non seulement de créer la conscience une fois un certain niveau de complexité atteint, mais aussi des humanoïdes comme nous : « Toutes les évidences disponibles dans les sciences biologiques supportent la proposition centrale de la théologie naturelle traditionnelle : le cosmos est un tout agencé de telle façon que la vie et l’être humain en constituent les buts fondamentaux. Un tout dans lequel chaque facette de la réalité, depuis la taille des galaxies à la capacité thermale de l’eau, ont leur sens et leur explication dans ce fait central » (13). Le rôle du hasard est moins important chez Denton que chez de Duve ce qui l’éloigne plus du darwinisme que ce dernier. Au plan philosophique, Denton écrit : « En raison de la doctrine de l’Incarnation qui impliquait que Dieu avait pris la forme humaine, aucune religion ne dépendait plus que le christianisme de la notion d’une position absolument centrale et singulière de l’homme dans le cosmos. La vision anthropocentrique de la chrétienté médiévale est peut-être l’idée la plus extraordinaire que l’homme ait jamais formulée. C’est une théorie fondamentale, et d’une prétention radicale. Aucune théorie humaine ne l’égale en audace, puisqu’elle stipule que toute chose se rapporte à l’existence de l’homme (…) Quatre siècles après que la révolution scientifique eut paru détruire cette conception, bannir Aristote et rendre caduque toute spéculation téléologique, le flot incessant des découvertes s’est spectaculairement retrouvé en faveur de la téléologie. La science, qui depuis quatre cents ans semblait le grand allié de l’athéisme, est enfin devenue, en cette fin de deuxième millénaire, ce que Newton et beaucoup de ses premiers partisans avaient ardemment souhaité : le défenseur de la foi anthropocentrique » (13) C’est ainsi que l’on peut « exorciser » le « fantôme de Copernic ». L’homme n’est plus au centre de l’univers au plan géographique mais retrouve, de façon plus subtile, une place centrale en tant que but de l’évolution de l’univers.

3- Existence de facteurs inconnus.

Dans cette « école », nous regroupons un certain nombre de scientifiques qui pensent que les mécanismes postulés par les théories néo-darwiniennes ne peuvent pas expliquer la macro-évolution, (c’est-à-dire le passage non d’une espèce à une autre mais d’un genre à un autre). Ils déduisent donc des faits observés en paléontologie que d’autres mécanismes ont dû exister dans le passé pour permettre des transitions entre deux plans d’organisation. En effet, dans une telle vision, il faut raisonner non en espèces mais en plan d’organisation (tous les chiens partagent avec les loups et les renards un même plan d’organisation et l’on peut passer d’un membre de ce groupe à l’autre par des mécanismes darwiniens mais que les félins représentent un plan différent, les canidés etc…). Remy Chauvin, éthologiste, Professeur honoraire à la Sorbonne est l’auteur de nombreux ouvrages critiques à l’égard du darwinisme (14) (15) (16). Il s’attache particulièrement à démontrer que la sélection naturelle n’a pas le pouvoir que lui attribuent les darwiniens, et qu’on ne peut recourir à elle pour expliquer certaines adaptations extraordinaires. Il reprend aussi l’idée développée aux USA par Tom Bethell selon laquelle le darwinisme est une tautologie (il prédit la survivance des mieux adaptés. Mais qui sont les mieux adaptés ? Ceux qui survivent !). Pour lui, il est clair qu’il existe un programme dans l’évolution, ce qui pose la question de l’existence d’un progammeur. Il n’hésite pas à parler de finalité tout en précisant qu’il faut avoir de ce concept une vue beaucoup moins naïve que celle qui avait cours avant l’époque moderne. Il est perplexe concernant les buts du programmeur : « qui n’éprouvait, à contempler son œuvre une immense curiosité, une certaine épouvante, nuancée sans doute d’une certaine espérance » (15), même s’il est clair pour lui que le développement du psychisme est l’un d’entre eux. Roberto Fondi paléontologiste, Professeur à l’Université de Sienne, défend une position « organiciste » qu’il définit ainsi : « Le tout est plus que la somme des parties. La totalité détermine la nature des parties. On ne peut comprendre ces parties tant qu’on les considère isolément, sans référence à la totalité. Les parties sont dynamiquement reliées entre elles dans une interaction et une interdépendance incessantes. En conséquence, l’approche analytique, atomiste, caractéristique de la physique newtonienne classique, se révèle inadéquate pour comprendre la vie dans son ensemble, ou dans ses différentes expressions animales ou végétales » (17). Pour Roberto Fondi, les genres n’apparaissent pas par hasard. Ils pré existent sous une forme potentielle. Les plans d’organisation sont ainsi la manifestation d’archétypes. L’évolution est discontinue, allant d’un archétype à l’autre. Comme Remy Chauvin, Roberto Fondi fait appel à la physique quantique pour suggérer la voie par laquelle des facteurs encore inconnus pourraient agir sur l’évolution. Giuseppe Sermonti, Généticien, Professeur à l’Université de Pérouse est le co-auteur d’un ouvrage critique envers le darwinisme avec Roberto Fondi (18). Pour lui aussi, le passage d’un plan d’organisation à un autre (pas d’une espèce à une autre car cette évolution là relève de la micro-évolution et non de la macro) nécessite une macro mutation qui ne peut être produite par des mécanismes darwiniens. Les découvertes génétiques ne confirment pas les théories darwiniennes car les mutations sont trop rarement positives. Sermonti a fait scandale en accusant les leaders du néo-darwinisme contemporain de connaître parfaitement ce fait et donc d’être malhonnêtes en continuant à prêcher une théorie à laquelle, en privé, ils ne croient plus. Pour lui aussi, il y a bien une finalité dans l’évolution. Jean Dorst, zoologiste, membre de l’Académie des Sciences française, ancien Directeur du Muséum National d’Histoire Naturelle partage, lui aussi, l’idée que le néo-darwinisme ne peut expliquer les grandes transitions qui ont eu lieu au cours de l’évolution. Il croit en la finalité et souligne les insuffisances explicatives du darwinisme. « Le darwiniste est comme un homme qui cherche un chat noir dans une pièce noire. Et qui crie qu’il a attrapé le chat… alors que la chat n’est pas dans la pièce (10) ».

Marcel Paul Schutzenberger, médecin, biologiste et mathématicien, critique le darwinisme à partir de la théorie de l’information dont il est un des fondateurs. Pour lui certains niveaux de complexité ne peuvent être atteint par des processus d’essais et d’erreurs, comme ceux qui sont postulés par le néo-darwinisme. Certains darwiniens comme Richard Dawkins (21) ont essayé de produire des algorithmes pour simuler l’évolution. C’est ce qui permet de montrer à des spécialistes de la simulation que cette approche ne permet pas de rendre compte du phénomène évolutif. Ces idées sont reprises actuellement par Pierre Perrier dans cet ouvrage (Cf. p. )

Conclusion

Dans cet article, nous avons passé en revue, sans pouvoir les développer, les idées de plus d’une dizaine de personnalités scientifiques, certaines de très haut niveau : tous spécialistes d’une discipline ayant son mot à dire pour l’analyse de l’évolution (paléontologie, zoologie, éthologie, génétique, biochimie, biologie moléculaire, embryologie, mathématiques). Tous s’écartent, certains de peu, d’autres de beaucoup, de l’orthodoxie néo-darwinienne. Les raisons pour lesquelles ils s’en écartent peuvent varier fortement de l’un à l’autre. Ce qui est important c’est qu’ils contredisent tous un des points centraux du néo-darwinisme : non reproductibilité de l’évolution, inexistence d’un programme ou d’une finalité dans l’évolution, sélection naturelle conçue comme moteur principal de l’évolution, toute puissance du hasard, etc…

Le plus important, ce n’est pas tant la nature des critiques qu’ils font contre le darwinisme que leur simple existence. Pourquoi ? Parce que l’on entretient une confusion dans l’esprit du public. Tous les scientifiques acceptent l’évolution nous dit-on. Donc tous les scientifiques sont darwiniens. En fait les néo-darwiniens affirment (en général implicitement mais parfois même explicitement) que, s’il y a de nombreux débats en cours, il n’y a pas de débats sur l’essence même du darwinisme : le fait que les mécanismes de bases de l’évolution soient le hasard et la sélection naturelle.

Cet article démontre tout simplement que cela est gravement inexact. De nombreux scientifiques et théologiens ont cru à cette identité entre théorie darwinienne et évolution. Soit ils en ont conclu qu’il fallait rejeter l’évolution avec le darwinisme et ils ont alors versé dans le créationnisme. Ce qui a comme conséquences graves de ridiculiser la foi qu’ils prétendent défendre car nier l’évolution conduit à nier une grande partie des découvertes scientifiques contemporaines en biologie. Soit ils essaient d’accommoder le darwinisme avec la foi chrétienne, (« il n’y a pas d’autre choix étant donné que tous les biologistes pensent comme ça il faut donc s’adapter » m’a dit en privé un célèbre philosophe catholique américain). Il est à noter que la situation est pire aux Etats-Unis, car la présence de créationnistes anti-évolutionnistes gène gravement le développement d’une pensée évolutionniste anti-darwinienne en biologie. Je ne vais pas traiter ici, ce n’est pas le sujet, la question de savoir s’il est possible d’être darwinien et chrétien. Certains comme Michael Ruse (21) ou Kenneth Miller (22) répondent avec brio oui à cette question, ce dernier en faisant remarquer que la mécanique quantique, par son indéterminisme, qui exclut une compréhension complète de la nature par l’homme laisse une place pour l’existence de Dieu.

Néanmoins pour terminer je voudrais citer le célèbre texte du Saint Père sur l’Évolution où il dit que « de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse ». Il est très significatif que les darwiniens, chrétiens ou non, citent abondamment cette phrase mais jamais les deux passages suivants qui se trouvent pourtant juste après : « Plus que de la théorie de l’évolution il convient de parler des théories de l’évolution. Cette pluralité tient, d’une part, à la diversité des explications qui ont été proposées du mécanisme de l’évolution et, d’autre part, aux diverses philosophies auxquelles on se réfère. » et « En conséquence les théories de l’évolution qui, en fonction des philosophies qui les inspirent, considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la matière vivante ou comme un simple épiphénomène de cette matière sont incompatibles avec la vérité de l’homme. Elles sont d’ailleurs incapables de fonder la dignité de la personne. » (23)

Le premier passage affirme de la façon la plus nette qu’il n’y a pas une seule théorie de l’évolution mais qu’il existe bien un choix entre plusieurs théories. Le deuxième semble dire que le darwinisme est incompatible avec la foi chrétienne, puisque le darwinisme affirme justement que les seules forces de la matière vivante permettent l’émergence de toutes les formes vivantes et de leurs caractéristiques, l’une d’entre elles étant justement l’esprit qui est associé avec la forme « Homo sapiens ». Nous permettra-t-on de conclure sur ce thème par une boutade ? Le cardinal Marty, ancien archevêque de Paris, a dit un jour qu’on ne pouvait pas être à la fois un bon communiste et un bon chrétien.. Peut-être pourrions-nous dire qu’il est possible d’être un bon darwinien et un mauvais chrétien ou un bon chrétien et un mauvais darwinien ! Mais une fois que l’on a démontré l’existence de nombreuses options alternatives au darwinisme, il est néanmoins une question à laquelle on doit faire face : les néo-darwiniens qui se divisent eux-mêmes en nombreuses écoles sont encore très largement dominants dans la biologie actuelle. Pourquoi ? Cela tient à la nature du paradigme dominant dans les Sciences de la Vie. Hérité de la physique classique de Newton, il s’agit du paradigme mécaniste et réductionniste qui conçoit l’univers et les êtres vivants comme des mécaniques assimilables, au moins par analogie, aux mécanismes d’une montre. Or justement ce paradigme-là est totalement dépassé de nos jours en physique comme l’ont déjà évoqué certains auteurs que nous avons cités. Les physiciens ont déjà remarqué cette anomalie conceptuelle : la biologie actuelle s’appuie pour parler des fondements des objets qui constituent son domaine d’étude sur des conceptions qui ont déjà été réfutées. Comme l’ont dit, par exemple, Sven, Ortoli et Jean-Pierre Pharabod : la Science du XVIIIème siècle avait abouti au matérialisme mécanique qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles, agencement réglé par diverses forces d’interactions qu’ils exerçaient entre eux. Cette vision assez primitive à laquelle se tiennent encore la plupart des biologistes avait pour conséquence l’inutilité des religions et des philosophies qui font appel à l’existence d’entités non matérielles. Le fait que ces morceaux de matière se soient révélés n’être en réalité que les abstractions mathématiques non locales, c’est-à-dire pouvant s’étendre sur tout l’espace et de plus n’obéissant pas au déterminisme a porté un coup fatal au matérialisme classique (24). Les biologistes établissent une sorte de front de refus en clamant haut et fort que la physique quantique qui concerne des objets situés à une échelle bien plus petite que la cellule ne vient pas bouleverser leur domaine malgré le fait qu’en dernière analyse les mutations sont dues à des déplacements d’atomes, qui eux, relèvent de la physique quantique. Mais cette barrière commence à se fissurer. Il est significatif de voir un livre comme « Quantum Évolution, The New Science of Life » (25) écrit par un biologiste John Joe Mac Fadden, maître de conférence en micro-biologie moléculaire à l’Université de Surrey (Angleterre) alors que jusqu’ici c’était plutôt des physiciens comme Paul Davies ou des physico-chimistes comme Lothar Shafer qui se risquaient dans ce domaine. Mac Fadden affirme que l’évolution n’est pas due au hasard, qu’elle est dirigée, et que la physique quantique permet de comprendre, selon lui, qu’une molécule peut, pour répondre à une modification de son environnement, provoquer la mutation de certains gènes. Cela peut paraître fou et même plus que fou… hérétique, puisque le lamarkisme, autrement dit l’idée selon laquelle les mutations n’auraient (parfois) pas lieu par hasard mais en réaction à des modifications de l’environnement, est la grande hérésie de la biologie moderne.

Or le lamarkisme effectue depuis peu un retour au premier plan grâce à certaines expériences comme celles de John Cairns à Harvard (26), puis celles de Steele (27) qui semblent montrer (l’interprétation est difficile) que lorsque des bactéries ont besoin pour survivre d’une certaine mutation, cette dernière se produit à un taux plus important que d’autres bactéries de la même espèce qui sont dans un environnement où elles n’ont pas besoin de cette mutation pour survivre. Cairns en a conclu « combien peu sûre est la croyance dans la spontaneité ou dans le caractère aléatoire de la plupart des mutations ». Mais si depuis 10 ans ces expériences ont donné lieu à un vaste débat, la position de Carins est fragilisée par le fait qu’il n’y a pas de mécanismes pour expliquer le phénomène observé. Or en recourant à la mécanique quantique, Mac Fadden lui en fournit un.

Il peut paraître anormal de développer autant un exemple particulier dans une conclusion ; si je l’ai fait c’est parce que je voulais montrer un aperçu de la richesse des perspectives de recherches possibles lorsqu’on sortait des dogmes fondamentaux du darwinisme (et, pour des raisons historiques, la non-existence de processus lamarkiens dans la nature est peut-être le plus fondamental de tous). Ce n’est pas par quelque obscur complot que les chercheurs n’explorent pas massivement les pistes qui s’offrent à eux, mais par habitude, l’habitude de ne pas remettre en cause comme l’a très bien montré Thomas Kuhn (28) le paradigme dominant. C’est pourquoi, l’on peut penser que lorsque la biologie sera libérée de ce carcan, la biologie non-darwinienne sera l’un des domaines scientifiques les plus prometteurs du XXIème siècle*.

*Cet article est dédié à ma mère Nicole Staune pour son soutien pendant les années où j’ai étudié ces questions, et à la mémoire de M. P. Schutzenberger pour les heures de discussions passionnantes qu’il m’a accordées.

BIBLIOGRAPHIE

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Voir également:

Unlike many people, I haven’t gone out of my way to attack or ridicule critics of evolution. I know some of the people I’ve written about. They’re good people. I know it’s not because they’re stupid that they are creationists. I’m talking about all my family, too, who are still creationists. So that easy explanation that so many anti-creationists use — that they’re just illiterate hillbillies — doesn’t have any appeal to me, although I’m quite happy to admit that there are some really stupid creationists.

Most of the contributors to the so-called scientific revolution were believers. They were theists. They didn’t see any inherent conflict between what they were doing and their religious beliefs. (…) In fact, I don’t know of a single pioneer in science who lost his life for his scientific beliefs.

Seeing the light — of science
Steve Paulson
Salon
Jan. 02, 2007

Ronald Numbers — a former Seventh-day Adventist and author of the definitive history of creationism — discusses his break with the church, whether creationists are less intelligent and why Galileo wasn’t really a martyr.

Despite massive scientific corroboration for evolution, roughly half of all Americans believe that God created humans within the past 10,000 years. Many others believe the « irreducible complexity » argument of the intelligent design movement — a position that, while somewhat more flexible, still rankles most scientists. This widespread refusal to accept evolution can drive scientists into a fury. I’ve heard biologists call anti-evolutionists « idiots, » « lunatics » … and worse. But the question remains: How do we explain the stubborn resistance to Darwinism?

University of Wisconsin historian Ronald Numbers is in a unique position to offer some answers. His 1992 book « The Creationists, » which Harvard University Press has just reissued in an expanded edition, is probably the most definitive history of anti-evolutionism. Numbers is an eminent figure in the history of science and religion — a past president of both the History of Science Society and the American Society of Church History. But what’s most refreshing about Numbers is the remarkable personal history he brings to this subject. He grew up in a family of Seventh-day Adventists and, until graduate school, was a dyed-in-the-wool creationist. When he lost his religious faith, he wrote a book questioning the foundations of Adventism, which created a huge rift in his family. Perhaps because of his background, Numbers is one of the few scholars in the battle over evolution who remain widely respected by both evolutionists and creationists. In fact, he was once recruited by both sides to serve as an expert witness in a Louisiana trial on evolution. (He went with the ACLU.)

Numbers says much of what we think about anti-evolutionism is wrong. For one thing, it’s hardly a monolithic movement. There are, in fact, fierce battles between creationists of different stripes. And the « creation scientists » who believe in a literal reading of the Bible have, in turn, little in common with the leaders of intelligent design. Numbers also dismisses the whole idea of warfare between science and religion going back to the scientific revolution. He argues this is a modern myth that serves both Christian fundamentalists and secular scientists.

Numbers stopped by my radio studio to talk about the competing brands of creationism, his quarrel with atheism and his breaking with faith, and why some famous scientists — like Galileo — hardly deserve the label « scientific martyr. »

Given the overwhelming scientific support for evolution, how do you explain the curious fact that so many Americans don’t believe it?

I don’t think there’s a single explanation. To many Americans, it just seems so improbable that single-celled animals could have evolved into humans. Even monkeys evolving into humans seems highly unlikely. For many people, it also conflicts with the Bible, which they take to be God’s revealed word, and there’s no wiggling room for them. And you have particular religious leaders who’ve condemned it. I think there’s something else that I hate to mention but probably is a serious contributing factor. I don’t think evolution has been taught well in the United States. Most students do not learn about the overwhelming evidence for evolution.

At the university level or the high school level?

Grade school, high school and university. There are very few general education courses on evolution for the nonspecialist. It’s almost assumed that people will believe in evolution if they’ve made it that far. So I think we’ve done a very poor job of bringing together the evidence and presenting it to our students.

There’s a stereotype that creationists just aren’t that smart. I mean, how can you ignore the steady accumulation of scientific evidence for evolution? Is this a question of intelligence or education?

Not fundamentally. There is a slight skewing of anti-evolutionists toward lower levels of education. But it’s not huge. One recent poll showed that a quarter of college graduates in America reject evolution. So it’s not education itself that’s doing this. There are really dumb creationists and there are really dumb evolutionists. Of the 10 founders of the Creation Research Society, five of them earned doctorates in the biological sciences from major universities. Another had a Ph.D. from Berkeley in biochemistry. Another had a Ph.D. from the University of Minnesota. These were not dumb, uneducated people. They rejected evolution for religious and, they would say, scientific reasons.

But that’s so hard to understand. If you get a graduate degree in the biological sciences, how can you still allow religion to trump science?

They don’t see it that way. They see religion as informing their scientific choices. I think it’s extremely hard for human beings to see the world as others see it. I have a hard time seeing the world as Muslim fundamentalists see it. And yet, there are many very smart Muslims out there who have a totally different cosmology and theology from what I have. I think one of the goals of education is to help students, and perhaps help ourselves, see the world the way others see it so we don’t just judge and say, « They’re just too stupid to know better. »

My guess is that the most persuasive arguments for evolution are not going to come through scientific reasoning. They’re going to come from scientists, and from theologians and other people of faith, who say you can believe in God and still accept evolution, that there’s nothing incompatible about the two. Do you agree?

To a large extent, I do. But I think the influence of those middle-ground people is limited. Conservatives don’t trust them. They think they’ve already sold out to modernism and liberalism. And a lot of the more radical scientists spurn them as well. Richard Dawkins, for example, would argue that evolution is inherently atheistic. That’s exactly what the fundamentalists are saying. They agree on that. So you have these people in the middle saying, « No, no. It’s not atheistic for me. I believe in God and maybe in Jesus Christ. And in evolution. » Having these loud voices on either side of them really tends to restrict the influence that they might otherwise have.

If you’re going to persuade devout Christians to accept evolution, don’t you also have to show that you can’t read the Bible literally, especially the story of Genesis?

Good luck! They do read it literally. Six thousand years, six 24-hour days, a worldwide flood at the time of Noah that buried the fossils, people that lived over 900 years before the flood. There are millions of people who don’t seem to have much trouble reading it literally.

What about those creation scientists with Ph.D.s at the Creation Research Society? That’s what is hard to understand.

Well, most people who reject evolution do not see themselves as being anti-scientific in any way. They love science. They love what science has produced. It’s allowed the conservative Christians to go on the airwaves, to fly to mission fields. They’re not against science at all. But they don’t believe evolution is real science. So they’re able to criticize one of the primary theories of modern science and yet not adopt an anti-scientific attitude. A lot of critics find that just absolutely amazing. And it’s a rhetorical game that has been played fairly successfully for a long time. In the latter part of the 19th century, when Mary Baker Eddy came up with her system that denied the existence of a material world — denying the existence of sickness and death, which flew in the face of everything that late 19th century science was teaching — what did she call it? « Christian science. » The founder of chiropractic thought that he had found the only true scientific view of healing. The creationists around 1970 took the view that’s most at odds with modern science and called it « creation science. » They love science! And they want to partake in the cultural authority that still comes to science.

Given your field of study, you have a particularly interesting personal history. You grew up in a family of Seventh-day Adventists.

That’s correct. All my male relatives were ministers of one kind or another.

All? Going how far back?

Both my grandfathers. My maternal grandfather was president of the international church. My father and all my uncles on both sides worked for the church. My brother-in-law is a minister. My nephew is a minister.

Did you go to Adventist schools?

First grade through college. I graduated from Southern Missionary College in Tennessee.

And what did you think about life’s origins as you were growing up?

I was never exposed to anything other than what we now call « young earth creationism. » Creation science came out of Seventh-day Adventism. My father was a believer, all my teachers were believers, all my friends believed in that. I can remember as a college student — I majored in math and physics — there was a visiting professor from the University of Chicago lecturing on carbon-14 dating, and he was talking about scores of thousands of years. And my friends and I just looked at each other, wincing and smiling, saying he just didn’t know the truth.

But at some point, your ideas obviously changed. What caused you to question the creationist account?

I wish I knew. There are a few moments that proved crucial for me. I went to Berkeley in the ’60s as a graduate student in history and learned to read critically. That had a profound influence on me. I was also exposed to critiques of young earth creationism. The thing that stands out in my memory as being decisive was hearing a lecture about the fossil forest of Yellowstone, given by a creationist who’d just been out there to visit. He found that for the 30 successive layers you needed — assuming the most rapid rates of decomposition of lava into soil and the most rapid rates of growth for the trees that came back in that area — at least 20,000 to 30,000 years. The only alternative the creationists had to offer was that during the year of Noah’s flood, these whole stands of forest trees came floating in, one on top of another, until you had about 30 stacked up. And that truly seemed incredible to me. Just trying to visualize what that had been like during the year of Noah’s flood made me smile.

Did your beliefs come crashing down at that moment?

Well, the night after I heard that, I stayed up till very, very late with a fellow Adventist graduate student, wrestling with the implications of it. Before dawn, we both decided the evidence was too strong. This was a crucial night for me because I realized I was abandoning the authority of the prophet who founded Adventism, and the authority of Genesis.

You went on to write a book about Ellen White, the founder of the Seventh-day Adventists. Didn’t that prove to be quite controversial?

It did. I wrote about her as a historian would, without invoking supernatural explanations. That bothered a lot of people because according to traditional Adventism, she was a chosen of God, who would take her into visions, where she would see events past, present and future. Once, God actually took her back to witness the Creation. And she saw that the Creation occurred in six literal 24-hour days. Which made it impossible for most Adventists to play around with symbolic interpretations of Genesis. I also found in my research that she had been copying some of her so-called testimonies, which were supposed to be coming directly from God. So it did create something of a stir.

That must have created trouble for you in your own family of Adventists.

It did. And it created trouble for my father, who was a minister. Some church ministers were very harsh with him. Here I was, about 30 or so. They were telling him he had no right being a minister if he couldn’t control his son. So he took early retirement.

Because of your book?

Yes. He was thoroughly humiliated by this.

Did he try to talk you out of the book?

Oh yes. We had hours and hours of argument. He had a limited number of explanations for why I would be saying this about the prophetess. One was that I was lying. But he knew me too well, so the only explanation left for him was that somehow Satan had gained control of my mind. And what I was writing reflected the power of Satan. For a number of years, he could not bear to be seen in public with me.

Did you ever heal that rift?

We did. Some information came out a number of years later that he read before he died. It showed that the early ministerial leaders of the church had some of these qualms and decided to bury it. So he regretted that the church had not dealt with this issue a hundred years earlier and come clean. Before he died, he said, « I understand you now. And I understand what you said about Ellen White is probably true. But if I fully accept the implications of what you’re saying, I’d have to give up all my religious belief. » And I said, « Dad, I don’t want you to. It’s too important for you. »

What are your religious beliefs now?

I don’t have any.

Are you an atheist?

I don’t think so. I think that’s a belief — that there’s no God. I really wanted to have religious beliefs for a long time. I miss not having the certainty of religious knowledge that I grew up with. But after a number of years of trying to resolve these issues, I decided they’re not resolvable. So I think the term « agnostic » would be best for me.

You mentioned that Seventh-day Adventism actually played a crucial role in the history of creationism. Didn’t an early Adventist lay out the whole idea of « flood geology »?

Exactly. George McCready Price, a disciple of Ellen White’s, came along in the early 20th century and made Noah’s flood the key actor in the history of life on earth. He tried to show that the conventional interpretations of the geological column were fallacious and that, in fact, the entire geological column could have been deposited in about one year. And that became the centerpiece of what he called « the new catastrophism. »

Then, in about 1970, that view — flood geology — was renamed « creation science » or « scientific creationism. » Two fundamentalists — a theologian named John Whitcomb Jr. and a hydraulic engineer named Henry Morris — took Price’s flood geology, reworked it a little bit and published it as « The Genesis Flood. » Notice that the seminal books in the history of creationism have focused on geology and the flood, not so much on biology. And as a result of what Whitcomb and Morris did, Price’s views exploded among fundamentalists and other conservative Christians.

But why did this particular version of creationism catch on? Why did Noah’s flood somehow resolve all the contradictions in the fossil record?

Your question is all the more difficult to answer because fundamentalists had two perfectly orthodox interpretations of Genesis One that would have allowed them to accept all of the paleontological evidence. One was that the days of Genesis represented vast geological epochs, or even cosmic epochs. William Jennings Bryan accepted that. The founder of the World Christian Fundamentals Association accepted that.

So in that account, you could have the Earth going back billions of years.

Time was no problem. Another view, very popular among fundamentalists, was called the gap theory. After the original creation, when God created the heavens and the Earth, Moses — the author of Genesis — skipped in silence a vast period of Earth history before coming to the Edenic creation in six days, associated with Adam and Eve. Those fundamentalists and Pentecostals could slip the entire geological column into that period between the original creation and the much, much later « Edenic restoration. » You had these perfectly good interpretations of Genesis available to fundamentalists. So why would they accept this radical, reactionary theory that everything was created only about 6,000 or 7,000 years ago?

I’m willing to bet you have some explanation. Why did flood geology suddenly explode in popularity in the 1960s?

The biggest explanation, I think, is that for more than a hundred years, Christians had been reinterpreting God’s sacred word — the Bible — in the light of new scientific discoveries. And people like Whitcomb and Morris, the authors of « The Genesis Flood, » struck a really sensitive chord when they said, « It’s time to quit interpreting God in the light of science, and start with God’s revealed word and then see if there’s any model of Earth history that will fit with that. »

Otherwise, science keeps chipping away at religion.

Exactly. It never ends. It always changes and it means you’ll have to be constantly reinterpreting God. It wasn’t so much that they invested in the Genesis account as that many of them were concerned about the last book of the Bible. Revelation foretold the end of the world. And they would argue, how can we expect Christians to believe in the prophecies of Revelation, about end times, when we symbolically interpret Genesis, and interpret it away? So if you want people to take Revelation seriously, you have to get them to take Genesis really seriously.

More recently, we’ve had the intelligent design movement. I know some people just see this as a new version of creationism, stripping away all the talk about God and religion so you can teach it in the schools. Is that true?

There’s a little bit of evidence to support that. But I think that both demographically and intellectually, it doesn’t hold a lot of water. The intelligent design leaders are people, by and large, who do not believe in young earth creationism.

So they would accept the Earth’s being four-and-a-half billion years old.

That’s not an issue with most of them. They want to create a big tent for all anti-evolutionists, even non-Christians. Whitcomb and Morris and the Creation Research Society wanted to create a tightly knit group of people who all subscribed to flood geology. The intelligent design leaders say it’s premature to insist on a particular interpretation of Genesis. This approach has really irritated many of the young earth creationists, who feel they’re being told by these intellectual leaders of intelligent design, « You’re just a divisive group dedicated to a particular interpretation of Scripture. » They are. But they’ve been very successful. And they’re not about to abandon their crusade to get people to accept scientific creationism in favor of some mushy intelligent design.

The intelligent design leaders insist that they are doing science. Michael Behe has said that the scientific discovery of « irreducible complexity » should rank in the annals of the history of science alongside the discoveries of Newton and Lavoisier and Einstein. They’re after something much bigger than a natural theology. They want to change one of the most fundamental ground rules for practicing science. Around 1800, the practitioners of science reached a consensus that whatever they proposed would have to be natural.

Not supernatural. You can never resort to a supernatural explanation in science.

Exactly. To be scientific meant to be natural. But it said nothing about the religious beliefs of these people. Evangelical Christians believed that; liberal Christians believed that; secularists believed that’s the way we’re going to do science. And it worked out beautifully. But the leaders of the intelligent design movement, beginning with Berkeley, Calif., lawyer Philip Johnson, have wanted to re-sacralize science. They want to ditch the commitment to naturalism and allow for supernatural explanations. That’s the most radical revolution I can imagine in doing science. And many Christians who are scientists don’t want to do that.

Now, one thing I find curious is your own position in this debate. Your book « The Creationists » is generally acknowledged to be the history of creationism. You’ve also been very upfront about your own lack of religious belief. Yet, as far as I can tell, you seem to be held in high regard both by creationists and by scientists, which — I have to say — is a neat trick. How have you managed this?

Unlike many people, I haven’t gone out of my way to attack or ridicule critics of evolution. I know some of the people I’ve written about. They’re good people. I know it’s not because they’re stupid that they are creationists. I’m talking about all my family, too, who are still creationists. So that easy explanation that so many anti-creationists use — that they’re just illiterate hillbillies — doesn’t have any appeal to me, although I’m quite happy to admit that there are some really stupid creationists.

Can you put the current battles over evolution in some historical context? If we take this history back to the scientific revolution — back to Newton and Galileo — was there a war between science and religion then?

There were conflicts at times. But there was no inevitable war. Just think about it. Most of the contributors to the so-called scientific revolution were believers. They were theists. They didn’t see any inherent conflict between what they were doing and their religious beliefs.

These were the giants — Newton, Galileo, Boyle, Kepler. Weren’t they all devout Christians?

Well, Newton was a little lax at times, though he was certainly a theist. Boyle was a good sound Christian. I think Galileo was a true believer in the church. And Copernicus was a canon in the Catholic Church. Kepler was a deep believer in God. So yeah, these people were believers. Occasionally, there were problems — for instance, between Galileo and the pope. But Galileo had gone out of his way to insult the pope, who had previously supported him. He put the pope’s favorite argument against heliocentricism into the mouth of the character Simplicio — the simple-minded person.

So Galileo wasn’t really arrested because of his science. It was because he was a lousy diplomat?

Yeah, he was a terrible diplomat, thumbing his nose at the most powerful person who critiqued him. Also, Galileo was not as badly treated as many people suggest. When he was summoned down to Rome by the Inquisition, he lived in the Tuscan palace. And then when he was asked to move into the Vatican, to the palace of the Inquisition, one of the officials in the Inquisition vacated his three-room apartment so that the distinguished guest, Galileo, could have a nice apartment. And they allowed him to have his meals catered by the chef at the Tuscan embassy. Ultimately, he was under house arrest in his villa outside of Florence.

Is the whole notion, then, that Galileo faced possible execution because of his scientific statements just baloney?

[It was] highly unlikely [he faced execution]. In fact, I don’t know of a single pioneer in science who lost his life for his scientific beliefs.

Well, what about the 16th century philosopher and cosmologist Giordano Bruno? I’ve always heard that he was burned at the stake because of his Copernican view of the universe.

No, it was for his theological heresies, not for his Copernicanism. He happened to be a Copernican, but that’s not what got him into trouble. No, the bitterest arguments have taken place within religious groups. If you want to hear bitter argument, listen to some old age fundamentalists argue with young earth creationists. Then you’re talking about warfare.

If science and religion aren’t really historical enemies, why do so many people think they are?

Because it serves the needs of two different groups. Scientists who are beleaguered today by creationists and by opponents of stem cell research like to dismiss religion as something that has been an eternal impediment to the progress of science. And the conservatives — whether they’re creationists or intelligent design theorists — probably represent a majority in our society. But they also love to present themselves as martyrs. They’re being oppressed by the secularists of the world. The secularists may only amount to about 10 percent of American society, but of course they do control many of the papers and the radio stations and TV stations of the country. So clearly these ideas serve some intellectual need of the parties involved, or they wouldn’t persist, especially in the face of so much historical evidence to the contrary.

My sense is that you don’t much like the stridency of certain atheists. The most obvious examples would be Richard Dawkins and Daniel Dennett.

Right. I don’t know what the figures are right now, but I bet half of the scientists in America believe in some type of God. So I think Dawkins and Dennett are in a minority of evolutionists in saying that evolution is atheistic. I also think it does a terrible disservice to public policy in the United States.

So even if they believe that, you’re saying, politically, it’s a real mistake for them to link atheism to evolution?

Yes. Because in the United States, our public schools are supposed to be religiously neutral. If evolution is in fact inherently atheistic, we probably shouldn’t be teaching it in the schools. And that makes it very difficult when you have some prominent people like Dawkins, who’s a well-credentialed biologist, saying, « It really is atheistic. » He could undercut — not because he wants to — but he could undercut the ability of American schools to teach evolution.

Dawkins himself acknowledges that, politically, this is not the smartest thing to do. But he says there is a higher principle at stake, and it’s really the war between supernaturalism and naturalism. He says that’s the real fight he’s waging.

But you have to be careful. In the United States, the 90 percent who are theists far outnumber the 10 percent who are nontheists. So you want to remember that you are a minority, and that you need to get along, so some compromise might be in order. I’m not suggesting that he should compromise his own views. But by arguing not only that the implications of evolution for him are atheistic but that evolution is inherently atheistic is a risky thing.

So far, the rejection of evolution seems to be a predominantly Christian movement. Do we see much of this in other religious traditions?

We are now. It was mostly a Christian tradition, although to a certain extent, the reason we didn’t see this in other religious cultures is because it was so dormant. Most modern Muslims weren’t accepting evolution, but they weren’t coming out in opposition to it. Most ultra-Orthodox Jews didn’t accept evolution, but they didn’t see any reason to say anything about scientific evolution. Today — especially in the last decade or two — we’re seeing anti-evolutionism erupt in these non-Christian cultures. It’s very big in the Muslim culture. The center for that is in Turkey, and the leader goes by the pen name Harun Yahya. His work circulates in millions of copies. They’re translated into virtually every language [spoken by] Muslims.

Are we going to see this war between evolutionism and creationism continue for years to come?

I probably shouldn’t even try to answer that question. Historians generally shouldn’t try to be prophets. But it doesn’t seem to be declining in any way right now. I think the creation scientists are still extremely strong. Some people say the intelligent design movement has eclipsed the creation scientists. But I think that’s judging strength by press coverage. And the press will cover it only when it’s exciting, when there’s a legislative battle or a court case. I’m shocked by how much publicity the intelligent design movement has gotten in 15 years. They have a very good public relations machinery. So you have a handful of people in Seattle at the Discovery Institute and a few million dollars a year to play with, and they’ve convinced Time, Newsweek and others that the whole scientific community is divided over intelligent design. It’s amazing!

— By Steve Paulson

Voir enfin:

L’argument de la cause première

Freeman DYSON
SCIENCES & RELIGIONS
Université pluridisciplinaire de Paris

Mêler science et religion est devenu une idée taboue pour les scientifiques professionnels d’aujourd’hui. Il n’en fut pas toujours ainsi. Quand Thomas Wright, l’homme qui repéra le premier les galaxies, annonça sa découverte en 1750, dans un ouvrage intitulé An Original Theory or New Hypothesis of the Universe, il n’hésita pas à recourir à une argumentation théologique pour étayer sa théorie astronomique.

 » Puisque la Création, tout comme le Créateur, est magnifiée, et que par conséquent le monde serait infini, de même que le pouvoir créateur, il nous faut admettre que par-delà le monde visible, plein de corps célestes et de systèmes planétaires, s’étend une immensité sans limites de créations semblables à l’univers que nous connaissons…Certains faits semblent confirmer la véracité d’une telle supposition, comme l’existence de nombreuses masses obscures, à peine perceptibles de la Terre, au-delà de nos régions étoilées, dans lesquelles il existe des espaces lumineux mais aucune étoile ou autre corps céleste remarquable. Il s’agit là sans doute d’autres mondes, situés aux confins du monde connu, trop éloignés pour être observés même à l’aide de nos téléscopes ».

Trente-cinq ans plus tard, les spéculations de Wright furent confirmées par les observations précises de William Herschel. Wright calcula aussi le nombre de mondes habitables dans notre galaxie.

« Au total, nous pouvons avancer le chiffre de 170 000 000, qui me paraît raisonnable, et qui exclut les comètes dont je pense qu’elles occupent une place majeure dans la création ».

Ce qu’il dit sur les comètes est exact, bien qu’il ne se prononce pas sur leur nombre. Pour lui, l’existence de tant de mondes habitables n’est pas une simple hypothèse scientifique mais une source de réflexion morale :

« Dans cette grande création céleste, la destruction catastrophique d’un monde tel que le nôtre, ou même la dissolution totale d’un ensemble de mondes, n’est peut-être, pour l’Auteur de la Nature, guère plus qu’un banal accident de la vie pour nous, et selon toutes probabilités, de telles apocalypses dans ce monde-là sont aussi fréquentes que la naissance ou la mort sur notre Terre.

Je trouve, pour ma part, cette idée fort réjouissante, et je ne peux contempler les étoiles sans me demander pourquoi nous ne sommes pas tous astronomes. Comment des hommes doués de bon sens et de raison peuvent-ils négliger une science qui les intéresse au plus haut point, et se refuser d’élargir un champ de connaissances qui devrait les convaincre de leur immortalité, et leur permettre de vivre sans angoisse les petites difficultés auxquelles est confrontée la nature humaine ?

C’est tout cela que semble nous promettre l’apparente foison de demeures étoilées. Que faut-il faire ou ne pas faire, dès lors, pour préserver notre droit naturel à ces trésors et pour mériter cet héritage, dont hélas nous pensons qu’il fut créé pour satisfaire la vanité d’une race de géants qui vivent confinés dans un monde étroit, enchaînés comme des atomes sur un grain de sable ? »

Ce discours était celui du dix-huitième siècle. Ecoutons maintenant ce que nous dit le vingtième, à travers les voix du biologiste Jacques Monod : « Toute confusion entre connaissance et valeurs est interdite », et du physicien Steven Weinberg : « Plus l’univers nous semble compréhensible, plus il nous paraît dénué de sens. »

Si Monod et Weinberg parlent vraiment au nom du vingtième siècle, alors je préfère le dix-huitième. Mais en fait, Monod et Weinberg, qui sont tous deux de grands hommes de science et de grands chercheurs, chacun dans sa spécialité, ne prennent pas en compte certaines subtilités et ambiguïtés de la physique du vingtième siècle. Leur position philosophique s’enracine dans le dix-neuvième siècle et non dans le vingtième.

C’est au dix-neuvième siècle que fut décrétée tabou toute velléité d’établir des liens entre science et morale, au cours du terrible conflit qui opposa les biologistes évolutionnistes menés par Thomas Huxley et les hommes d’Eglise guidés par l’évêque Wilberforce. Huxley remporta la bataille, mais cent ans plus tard, Monod et Weinberg se battent encore contre le fantôme de l’évêque Wilberforce.

La bataille du dix-neuvième siècle était centrée autour du vieil argument dit de la cause première. Il s’appuie sur un raisonnement fort simple qui dit par exemple que l’existence d’une montre suppose celle de l’horloger. Thomas Wright jugeait cet argument valable dans le cas de l’astronomie, et jusqu’au dix-neuvième siècle, savants et hommes d’Eglise s’accordaient pour l’accepter également dans le domaine de la biologie. La nageoire du pingouin, l’instinct qui conduit l’hirondelle à bâtir son nid, l’œil perçant du faucon étaient pour eux autant de marques du Créateur, et ces animaux pouvaient déclarer, comme les étoiles et les plantes dans l’hymne d’Addison : « La main qui nous a créées est celle de Dieu. ». Puis vinrent Darwin et Huxley, qui expliquèrent l’existence du pingouin, de l’hirondelle et du faucon par le processus de sélection naturelle, c’est-à-dire les variations aléatoires des caractères héréditaires au cours des âges. Si Darwin et Huxley avaient raison, l’argument de la cause première se trouvait du même coup démoli.

L’évêque Wilberforce méprisait les biologistes, qu’il jugeait comme des irresponsables, ennemis de la religion, et il s’appliqua à les couvrir de ridicule. Lors d’un débat public, il demanda à Huxley s’il descendait du singe du côté de son grand-père, ou du côté de sa grand-mère. Les biologistes ne lui ont jamais pardonné, et ne lui pardonneront jamais. Le combat qu’ils ont mené a ouvert des blessures qui ne se sont pas refermées.

Si l’on considère à nouveau ce conflit un siècle plus tard, on peut constater que Darwin et Huxley avaient raison. La découverte de la structure et de la fonction de l’ADN a montré la nature des variations génétiques sur lesquelles joue la sélection naturelle. Le fait que la structure de l’ADN reste stable pendant plusieurs millions d’années, tout en pouvant varier occasionnellement, s’explique par les lois de la chimie et de la physique.

Il n’y a aucune raison pour que la sélection naturelle opérant sur cette structure, chez une espèce d’oiseau ayant acquis un goût marqué pour le poisson, ne produise pas une nageoire de pingouin. Les variations aléatoires, sélectionnées par la lutte continuelle pour la survie, peuvent remplir la mission du Créateur. Pour les biologistes, l’argument de la cause première est mort. Ils ont gagné la bataille. Mais hélas, en remportant cette victoire amère sur le clergé, ils ont fondé un nouveau dogme selon lequel l’univers est dépourvu de sens.

Jacques Monod énonce ce dogme avec le tranchant dont il est coutumier : « La pierre angulaire de la méthode scientifique est le postulat de l’objectivité de la Nature. C’est-à-dire le refus systématique de considérer comme pouvant conduire à une connaissance « vraie » toute interprétation des phénomènes donnée en termes de causes finales, c’est-à-dire de « projet » ».

Une telle définition de la méthode scientifique exclut définitivement Thomas Wright du monde de la science. Elle rejette aussi certaines des branches les plus vivantes de la physique contemporaine et de la cosmologie.

Il est aisé de comprendre comment certains biologistes moléculaires d’aujourd’hui en sont venus à accepter une définition aussi étroite de la connaissance scientifique. Leurs brillants succès, ils les ont obtenus en réduisant le comportement complexe des créatures vivantes au comportement plus simple des molécules dont ces créatures sont composées. Tout leur champ d’étude est fondé sur une réduction du plus complexe au plus simple, c’est-à-dire la réduction des mouvements apparemment motivés d’un organisme évolué aux mouvements purement mécaniques de ses parties constituantes.

Pour le biologiste moléculaire, une cellule est une machine chimique ; les protéines et les acides nucléiques qui contrôlent son comportement sont comme des pièces d’horlogerie aux états bien définis et qui réagissent à leur environnement en passant d’un état à un autre. Tout étudiant en biologie apprend son métier de chercheur en construisant des modèles à partir de petites billes et de chevilles en plastique.

Ces modèles sont des outils indispensables pour l’étude détaillée de la structure et de la fonction des enzymes et des acides nucléiques. Ils permettent de visualiser les molécules qui nous constituent. Mais pour un physicien, fabriquer de tels modèles est une pratique appartenant au dix-neuvième siècle. Tout physicien sait parfaitement que les atomes ne sont pas en réalité des petites billes dures. Tandis que les biologistes moléculaires préparaient leurs découvertes spectaculaires en jouant avec ces modèles mécaniques, la physique se tournait vers une tout autre direction.

Pour les biologistes, chaque pas franchi vers la conception d’un élément plus petit en taille signifie l’étude d’un comportement plus simple et plus mécanique. Une bactérie est plus simple et plus mécanique qu’une grenouille, une molécule d’ADN est plus mécanique qu’une bactérie.

Mais la physique du vingtième siècle a montré que la tendance s’inverse si l’on poursuit encore cette réduction. En effet, si l’on divise une molécule d’ADN pour en isoler les composants, on trouve des atomes dont le comportement est moins mécanique que celui des molécules.

Si l’on divise un atome, on trouve un noyau et des électrons dont le comportement est encore moins mécanique que celui de l’atome. Une expérience devenue célèbre, conçue par Einstein, Podolsky et Rosen en 1935 comme une expérience mentale pour illustrer les difficultés auxquelles se heurtait la théorie quantique, démontre qu’on ne peut déterminer l’état d’un électron à un moment donné sans tenir compte de l’expérimentateur.

Cette expérience a été effectuée de plusieurs façons avec différents types de particules, et les résultats montrent clairement que la description de l’état d’une particule n’a de sens qu’en fonction du procédé d’observation mis en œuvre. Les points de vue philosophiques diffèrent selon les physiciens, et le rôle de l’observateur dans la description des processus sous-atomiques a été diversement interprété.

Mais tous les physiciens s’accordent pour reconnaître que l’expérimentation ne peut donner lieu à une description indépendante du mode d’observation. Quand nous traitons d’objets aussi petits que les atomes et les électrons, l’observateur ou l’expérimentateur ne peut être exclu de la description de la nature observée. Dans ce domaine, le dogme de Monod, « la pierre angulaire de la méthode scientifique est le postulat de l’objectivité de la Nature  » est faux.

Si nous nions le postulat de Monod, cela ne veut pas dire que nous nions les découvertes de la biologie moléculaire et que nous soutenons la doctrine de l’évêque Wilberforce. Nous ne disons pas que le hasard et le réarrangement mécanique des molécules ne peuvent pas transformer le singe en homme ; nous disons simplement que si nous essayons d’observer dans ses moindres détails le comportement d’une molécule isolée, la signification des mots « hasard » et « mécanique » dépendra de la façon dont nous menons notre observation.

Les lois de la physique sous-atomique ne peuvent être formulées sans référence à l’observation. La notion de « hasard » ne peut être définie sinon comme une mesure de l’ignorance de l’observateur en ce qui concerne l’avenir. Ces lois réservent une place au rôle de « l’esprit » dans la description que l’homme fait de chaque molécule.

Il est intéressant de noter que « l’esprit » joue un rôle dans notre perception de la nature à deux niveaux différents. Au niveau le plus élevé, celui de la conscience humaine, notre esprit perçoit directement, en un sens, le réseau complexe de relations chimiques et électriques qui régissent notre cerveau. Au niveau inférieur, celui des atomes et des électrons, l’esprit de l’observateur est à nouveau impliqué dans la description des événements. Entre les deux se situe le niveau de la biologie moléculaire, pour laquelle les modèles mécaniques sont adéquats et où l’esprit ne semble jouer aucun rôle. Mais en tant que physicien, je ne peux m’empêcher de soupçonner qu’il existe un lien logique entre les deux manières dont l’esprit se manifeste dans mon univers.

Je ne peux m’empêcher de penser que la conscience que nous avons du fonctionnement de notre propre cerveau a à voir avec le processus que l’on nomme « observation » en physique atomique. En d’autres termes, je pense que notre conscience n’est pas seulement un phénomène passif mis en œuvre par des réactions chimiques dans notre cerveau, mais un agent actif forçant les ensembles moléculaires à faire un choix entre tel état quantique et tel autre.

Autrement dit, « l’esprit » est présent dans chaque électron, et le fonctionnement de la conscience humaine ne diffère qu’en degré et non en nature du processus de choix entre deux états quantiques, choix que nous appelons « hasard » quand il est fait par un électron.

Jacques Monod a un profond mépris pour les gens comme moi ; il nous appelle « animistes », c’est-à-dire ceux qui croient aux esprits. « L’animisme », dit-il, « établissait entre la Nature et l’Homme une profonde alliance hors laquelle ne semble s’étendre qu’une effrayante solitude. Faut-il rompre ce lien, parce que le postulat d’objectivité l’impose ? ».

Monod répond oui :  » L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. « Je réponds non. Je crois en cette alliance. Il est vrai que notre venue dans l’univers est due au hasard, mais l’idée de hasard elle-même ne fait que masquer notre ignorance. Je ne me sens pas étranger dans l’univers. Plus je l’examine et étudie en détail son architecture, plus je découvre de preuves qu’il attendait sans doute notre venue.

Certaines lois de la physique nucléaire des accidents numériques semblent conspirer pour rendre l’univers habitable. La puissance des forces d’attraction nucléaire est tout juste suffisante pour s’opposer à la répulsion électrique qui s’opère entre les charges positives des noyaux des atomes ordinaires comme les atomes de fer ou d’oxygène.

Mais les forces nucléaires ne sont pas assez puissantes pour rassembler deux protons (noyaux d’hydrogène) en un seul système, que l’on appellerait diproton s’il existait. Si ces forces étaient légèrement plus grandes, le diproton existerait donc et tout l’hydrogène de l’univers serait transformé en diprotons et en noyaux lourds.

L’hydrogène serait un élément rare, et les étoiles comme le soleil, qui vivent longtemps car leur cœur contient de l’hydrogène à combustion lente, n’existeraient pas. D’autre part, si ces forces nucléaires étaient beaucoup plus faibles qu’elles ne le sont, l’hydrogène ne pourrait pas brûler et il n’y aurait aucun élément lourd dans l’univers.

Si, comme cela semble probable, l’évolution de la vie nécessitait la présence d’une étoile comme le soleil capable de fournir de l’énergie en quantité constante pendant plusieurs milliards d’années, alors la puissance des forces nucléaires devait se situer dans un ordre de grandeur bien précis pour permettre l’émergence de la vie.

Il existe un accident numérique semblable, mais indépendant du premier, qui concerne l’interaction faible par laquelle l’hydrogène se consume dans le soleil. Celle-ci est un million de fois plus faible que la force nucléaire. Elle est juste assez faible pour que l’hydrogène du soleil brûle à une vitesse lente et régulière. Si cette interaction était beaucoup plus faible ou beaucoup plus forte, là encore toute forme de vie dépendant d’une étoile comme le soleil n’aurait pu voir le jour.

L’astronomie nous a fait connaître d’autres accidents numériques qui parlent en faveur de ma théorie. Par exemple, l’univers est bâti à une telle échelle que la distance moyenne qui sépare deux étoiles dans une galaxie de taille moyenne comme la nôtre est d’environ vingt millions de millions de miles, distance extravagante selon nos critères d’évaluation.

Si un savant affirme que des étoiles situées à de telles distances jouent un rôle décisif dans les conditions d’apparition de la vie, il sera soupçonné de croire à l’astrologie. Mais il se trouve qu’en vérité nous n’aurions pu survivre si la distance moyenne séparant deux étoiles n’était que de deux millions de millions de miles au lieu de vingt.

Si ces distances étaient inférieures d’un facteur 10, il est probable qu’une autre étoile, au cours des quatre milliards d’années d’existence de la Terre, serait passée si près du soleil que son champ gravitationnel aurait modifié les orbites des planètes. Pour détruire la vie sur la Terre, il n’est nul besoin de retirer la Terre du système solaire ; il suffit de modifier légèrement son orbite elliptique.

Toute la diversité de la chimie organique dépend d’un équilibre fragile entre les forces électriques et les forces de la mécanique quantique. Cet équilibre n’existe que parce que les lois de la physique contiennent un « principe d’exclusion » qui interdit à deux électrons d’occuper le même état. Si ces lois étaient différentes et si les électrons ne s’excluaient pas mutuellement, toute notre chimie de base s’en trouverait bouleversée.

Et il existe bien d’autres accidents fort chanceux en physique atomique. Sans ces accidents, l’eau n’existerait pas sous sa forme liquide, les chaînons d’atomes de carbone ne pourraient pas se combiner en molécules organiques complexes, et les atomes d’hydrogène ne pourraient pas servir de ponts entre les molécules.

C’est donc grâce à tous ces accidents physiques et astronomiques que l’univers est un lieu aussi hospitalier pour les créatures vivantes. Étant un scientifique éduqué dans le mode de pensée et le langage du vingtième siècle et non du dix-huitième siècle, je ne prétends pas que l’architecture de l’univers prouve l’existence de Dieu, je dis seulement que cette architecture est compatible avec l’hypothèse selon laquelle « l’esprit » joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’univers.

Nous avons dégagé précédemment deux niveaux auxquels « l’esprit » se manifeste dans la description de la nature : au niveau de la physique sous-atomique, l’observateur est étroitement impliqué dans la définition qu’il donne des objets qu’il observe ; au niveau de l’expérience humaine directe, nous sommes conscients du fonctionnement de notre propre esprit, et nous sommes accoutumés à penser que les autres êtres humains et les animaux n’ont pas le même esprit que nous.

Nous devons maintenant ajouter un troisième niveau aux deux premiers : l’harmonie particulière qui existe entre la structure de l’univers et les besoins de la vie et de l’intelligence est une troisième manifestation de « l’esprit » dans l’ordre des choses. En tant que scientifique, on ne peut pousser plus loin le raisonnement. Nous avons des preuves que « l’esprit » est important sur trois niveaux ; nous n’avons aucune preuve qu’il existe un principe unificateur plus profond liant ces trois niveaux ensemble.

En tant que personne, certains souhaitent peut-être aller plus loin, et caressent l’hypothèse qu’il existe un esprit ou une âme universelle qui sous-tend toute manifestation de « l’esprit » que nous constatons. Si nous prenons cette hypothèse au sérieux, nous sommes, d’après la définition de Monod, des animistes. L’existence d’une âme universelle est une question d’ordre religieux plus que scientifique.

A l’âge de quatre-vingt-cinq ans, ma mère ne pouvait déjà presque plus marcher. Elle se contentait de petites sorties autour de sa maison. L’une de ses promenades favorites la conduisait au cimetière tout proche, d’où l’on a une vue splendide sur la vieille ville de Winchester et les collines environnantes. Je l’accompagnais souvent, et je l’écoutais parler gaiement de la mort qui pour elle approchait.

Parfois, en constatant la stupidité de l’humanité, elle se mettait en colère. « Quand je regarde le monde aujourd’hui », me dit-elle un jour, « j’ai l’impression de voir une fourmilière dans laquelle trop de fourmis se bousculent, et je me dis qu’il vaudrait peut-être mieux tout détruire. » Je protestai et elle rit. Non, si forte que fût sa colère contre les fourmis, elle ne se résoudrait jamais à détruire la fourmilière. Elle la trouvait beaucoup trop intéressante.

Parfois, nous parlions de la nature de l’âme humaine et de l’Unité Cosmique de toutes les âmes en laquelle j’avais cru lorsque j’avais quinze ans. Ma mère n’aimait pas ce terme d’Unité Cosmique. Elle le trouvait prétentieux et préférait celui d’âme universelle. Elle pensait qu’elle en était elle-même une partie, à qui on avait donné la liberté de croître et de se développer seule tant qu’elle était en vie. Après sa mort, elle espérait se fondre à nouveau dans cette âme universelle, perdant son identité individuelle mais conservant ses souvenirs et son intelligence.

Toute la connaissance et la sagesse qu’elle avait accumulées durant sa vie viendraient s’ajouter à la somme de connaissances et de sagesse que contenait l’âme du monde. « Mais comment sais-tu que l’âme universelle veut encore de toi ? » lui demandai-je. « Peut-être, après toutes ces années, l’âme universelle te trouvera-t-elle trop dure et indigeste et refusera-t-elle de te prendre en son sein. » « Ne t’inquiète pas », répondit ma mère. « Cela prendra peut-être un certain temps, mais je réussirai bien à me faire accepter. L’âme du monde a bien besoin d’un peu d’intelligence supplémentaire. »


Science/Religion: Le Coran contre Darwin (Islam joins the crusade against Darwin)

27 avril, 2008
Harun YahyaL’Ecriture n’apprend pas comment est le ciel mais comment on va au ciel. Galilée (Lettre à la duchesse Christine de Lorraine, 1615)
L’action de ce principe est exactement comme celle du régulateur centrifuge d’un moteur à vapeur, qui vérifie et corrige toutes les irrégularités presque avant qu’elles ne soient visibles ; et de manière semblable aucune insuffisance déséquilibrée dans le règne animal ne peut jamais atteindre d’ampleur manifeste, car elle se ferait sentir à la toute première étape, en rendant l’existence difficile et l’extinction à venir presque sûre. Alfred Russel Wallace (1858)
Le darwinisme est une tautologie, il prédit la survivance des mieux adaptés… mais qui sont les mieux adaptés? Ceux qui survivent! Rémy Chauvin
Le principe de NOMA prône le respect mutuel, sans empiètement quant aux matières traitées, entre deux composantes de la sagesse dans une vie de plénitude: notre pulsion à comprendre le caractère factuel de la Nature (c’est le magistère de la Science) et notre besoin de trouver du sens à notre existence et une base morale pour notre action (c’est le magistère de la Religion). Stephen Jay Gould (Et Dieu dit : « que Darwin soit », 2000)

Plus forts que les créationnistes américains,… les anti-darwinistes islamiques!

En ce 150e anniversaire de la présentation de l’hypothèse darwinienne et à la veille du bicentenaire de la naissance de son auteur …

Qui, avec son co-découvreur Arthur Russel Wallace et un demi-siècle après Lamarck et via l’idée de hasard ou de sélection aveugle, portait non seulement le coup de grâce au fixisme, mais à tout finalisme ou sens de l’histoire …

Fournissant ainsi au monde la première explication rationnelle du fonctionnement du vivant et rendant possible les plus fructueuses découvertes, mais aussi hélas les pires dérives (lutte des classes, lutte des races) …

Retour sur l’étrange campagne dont fut l’objet notre pays l’an dernier, de la part du fondateur d’une secte islamique kurde mondialisée, un certain Adnan Oktar (alias Harun Yahya, Aaron Jean en turc) qui bombarda des centaines de proviseurs, professeurs, bibliothécaires et universitaires français d’un luxueux ouvrage illustré de 700 pages (« Atlas de la Création ») dénonçant le darwinisme comme source de tous les maux, terrorisme compris.

Mais aussi sur ces enseignants belges en formation, notamment d’origine musulmane, qui, à l’instar de certains de nos élèves français refusant les cours de biologie, se refusent à enseigner la théorie de l’évolution …

Offensive du créationnisme islamique en France
Marc Mennessier
Le Figaro
Le 15/10/2007

Depuis une semaine, la plupart des universités, lycées et collèges de France ont reçu un livre luxueux, intitulé L’Atlas de la Création, qui réfute sur 770 pages très richement illustrées le darwinisme et la théorie de l’évolution. Écrit par un certain Harun Yahya (de son vrai nom Adnan Oktar), de nationalité turque, l’ouvrage, directement expédié à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires depuis la Turquie et l’Allemagne, entend dénoncer « l’imposture des évolutionnistes, leurs affirmations trompeuses » et surtout « les liens occultes existant entre le darwinisme et les sanglantes idéologies telles que le fascisme et le communisme ».
Selon l’auteur, les théories de Charles Darwin (1809-1882) seraient même « la réelle source du terrorisme ». On peut lire par exemple, sous une photo représentant les attentats du 11 Septembre, cette légende stupéfiante : « Ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes. Le darwinisme est la seule philosophie qui valorise et donc encourage le conflit. »

« Bien plus insidieux »
Très vite alerté, le cabinet du ministre de l’Éducation nationale, Gilles de Robien, a discrètement demandé aux recteurs d’académie de veiller à ce que ce livre, « qui ne correspond pas au contenu des programmes établis par le ministre, ne figure pas dans les centres de documentation et d’information des établissements scolaires ».
« Il s’agit d’une nouvelle forme de créationnisme, bien plus insidieuse que celle, d’inspiration chrétienne, qui sévit en Amérique du Nord » explique au Figaro le biologiste Hervé Le Guyader, de la faculté de Jussieu à Paris, qui vient de procéder à la demande de l’Inspection générale de l’Éducation nationale à une analyse détaillée de L’Atlas de la Création.

Harun Yahya ne prétend pas, en effet, que le monde et ce qui l’habite a été créé il y a six mille ans et en sept jours, comme le dit la Genèse. L’auteur, de confession musulmane, admet au contraire que la Terre a bel et bien 4,6 milliards d’années, son âge réel. Il s’appuie d’ailleurs sur les très nombreux fossiles retrouvés depuis deux siècles dans le monde entier pour asséner que « les espèces n’ont jamais changé ».

Une série de sept ouvrages

L’auteur présente ainsi, dans le désordre le plus complet, de magnifiques photos de spécimens de poissons, de hyènes, de fourmis, d’étoiles de mer ou encore de feuilles d’arbres, vieux de plusieurs dizaines de millions d’années, qu’il compare à une photo de leur descendant actuel pour bien montrer qu’ils se ressemblent. Et que, donc, « les êtres vivants n’ont pas subi d’évolution, mais furent bien créés »…

« La méthode peut s’avérer redoutablement efficace sur un public non averti, s’inquiète Hervé Le Guyader. Car ces espèces a priori semblables sont en fait très différentes les unes des autres tant sur le plan anatomique que génomique. La plupart seraient incapables de se reproduire entre elles ! »

L’auteur, qui cite abondamment le Coran, conclut que « la création est un fait », prouve « l’existence de l’âme » et prophétise « la fin du matérialisme ». Reste à savoir qui se cache derrière Harun Yahya et surtout qui a financé l’édition et la distribution massive – et gratuite – de ce livre hors de prix ? D’autant qu’il s’agit du premier volume d’une série de sept ouvrages. Autre mystère : comment la maison d’édition s’est-elle procuré les noms des destinataires de l’ouvrage, mentionnés en toutes lettres sur les colis ?

Voir aussi:

Un ouvrage turc antidarwinien diffusé en masse auprès de l’éducation nationale
Hervé Morin
Le Monde
Le 04.02.07

Un singulier ouvrage a été diffusé ces dernières semaines à des milliers d’exemplaires. Destiné aux établissements scolaires et universitaires et aux centres de documentation pédagogique, il s’intitule Atlas de la création, volume 1. Fort de 800 pages grand format, richement illustrées, il est signé Harun Yahya.

La conclusion de ce livre, édité et imprimé en Turquie, est claire : « La création est un fait » et « l’évolution une imposture ». Pire encore, le darwinisme conduirait au terrorisme. Sous la photo des tours jumelles du World Trade Center embrasées, une légende précise ainsi que « ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes ».

La diffusion massive de cet Atlas a conduit le ministère de l’éducation nationale à faire passer un message de vigilance à l’attention des recteurs d’académie, a révélé Le Figaro, vendredi 2 février. Il leur est demandé de faire en sorte que le livre n’apparaisse pas dans les établissements de l’éducation nationale.

« Nous avons été alertés par des recteurs à qui [le message] avait été adressé de façon personnelle, confirme-t-on dans l’entourage du ministre de l’éducation nationale, Gilles de Robien. La liberté d’expression existe en France, mais, dans un contexte où l’on doit prendre garde aux phénomènes sectaires et prosélytes, l’éducation nationale est en droit de se protéger à l’égard de livres qui s’inscrivent dans une stratégie antiscientifique. »

TENEUR SCIENTIFIQUE « AFFLIGEANTE »

Une première analyse de l’ouvrage a été confiée par l’inspection générale du ministère à Hervé Le Guyader, professeur de biologie de l’évolution à l’université Paris-VI. Celui-ci juge le livre « beaucoup plus dangereux que les initiatives créationnistes précédentes, souvent d’origine anglo-saxonne. » La facture de l’ Atlas, luxueuse, peut, selon lui , « convaincre quelqu’un qui ne connaît pas sa biologie ».

Pourtant, la teneur scientifique de l’ Atlas lui semble d’une « pauvreté affligeante ». Harun Yahya admet que la Terre a bien 4,6 milliards d’années, contrairement aux créationnistes classiques. Mais il se contente de s’appuyer sur la ressemblance des fossiles avec des espèces actuelles pour affirmer qu’il n’y a pas eu évolution, mais créations successives. L’ensemble du raisonnement renvoie au Coran. « Où que nous nous tournions, la face de Dieu est là », conclut-il.

Auteur prolifique – 45 000 pages traduites en 57 langues, si l’on en croit le communiqué de presse accompagnant l’ Atlas -, M. Yahya se nomme en réalité Adnan Oktar. En 1999, il a passé neuf mois en prison pour chantage. Sa « Fondation pour la recherche scientifique » (BAV), dont l’origine des fonds reste mystérieuse, était considérée, en 2001, par le magazine Science comme « l’un des mouvements antiévolutionnistes les plus puissants hors des Etats-Unis ».

Voir enfin:

ECOLE / Offensive créationniste et exigences scientifiques
Quand Darwin dérange
Hugues Dorzee
Le Soir
Le 14 avril 2008

Des futurs professeurs refusent d’enseigner la théorie de l’évolution. Les ministres sont interpellés.

Darwin ne plaît décidément pas à tout le monde. Aujourd’hui, en Belgique, de futurs enseignants (biologistes, normaliens…) se montrent réticents à l’idée de dispenser la théorie de l’évolution. Préférant, de loin, les thèses créationnistes affirmant que la naissance de l’univers et des êtres vivants ont été « dirigés » par une entité supérieure.

Cette situation inquiète certaines directions d’écoles, ainsi que les formateurs.

Le député libéral Philippe Fontaine (MR) a récemment interpellé au Parlement les ministres francophones de l’enseignement, Christian Dupont (PS, Éducation) et Marie-Dominique Simonet (CDH, Enseignement supérieur) sur le sujet. Pour ce parlementaire, il y a clairement lieu de « combattre ces dérives ».

L’enseignement du darwinisme figure pourtant noir sur blanc dans les programmes scolaires adoptés par la commission ad hoc.

Ceux-ci s’adressent aux élèves de 6e secondaire, dans tout l’enseignement subventionné. En outre, les jeunes instituteurs ou professeurs devront se conformer aux prescrits du décret « missions ». « On ne peut pas empêcher un pédagogue d’avoir des convictions religieuses, c’est une liberté fondamentale, rappelle Laurence Perbal, aspirante au FNRS (ULB). Mais il n’a pas le droit d’aller à l’encontre des programmes officiels. »

Les ministres Dupont et Simonet se disent préoccupés par le sujet et insistent sur le rôle essentiel des inspecteurs. « Mais ceux-ci ne peuvent pas être partout et tout le temps », précise Laurence Perbal. En 2007, la ministre Arena a diffusé une circulaire mettant en garde les équipes éducatives contre le fameux « Atlas de la Création », cet ouvrage rédigé par le Turc Harun Yahya, qui sous le couvert d’une « invitation à la Vérité » réfute clairement la théorie de l’évolution. Mais, comme le souligne Christian Dupont, le corps enseignant est « parfois démuni face à cette situation ». D’où le budget débloqué par la Communauté française (138.000 euros) pour confier à trois chercheurs de l’ULB le soin de mener à bien une enquête dans une soixantaine d’écoles afin de mesurer l’ampleur du phénomène et créer, à terme, des outils pour mieux appréhender ces thèses créationnistes. D’ici là, annonce le ministre Dupont, les profs bénéficieront d’un module de formation continue portant sur « les conflits de loyauté vécus par l’élève vis-à-vis de ses pairs ou vis-à-vis de sa famille ». En effet, nombre d’élèves ayant reçu une éducation religieuse sont parfois écartelés entre leur vécu et ce qu’on leur enseigne en classe (biologie, psychologie, cours philosophiques…). Et pour les futurs enseignants ? « Nous devons être fermes, estime Jean-Christophe de Biseau, responsable de l’agrégation en biologie (ULB). Certains futurs profs de bio présentent de sérieuses lacunes en matière de théorie de l’évolution. Et puis il y a ceux qui se refusent à enseigner cette matière. C’est le cas de certains musulmans ou de stagiaires venus du Maroc. On ne peut pas transiger là-dessus : à chacun ses croyances ; mais la science, c’est autre chose. »


Salariés « sans papiers »: Attention, une dérive peut en cacher bien d’autres (Reasonable accomodations: how our workplaces are being subtly islamized)

24 avril, 2008

Réglarisation de tous les sans papiersFrance riotsManifestations contre les caricatures (France)Salles de prières clandestines, revendications de pauses et jours chômés, interdits alimentaires, prosélytisme religieux, port du voile, refus de l’autorité de cadres femmes, prise de contrôle de filières de recrutement, boycotts ou tentatives d’interdiction de produits, micro-trafics, trafic de drogue, détournements de fonds, économie parallèle, contrebande avec les pays d’origine, fraudes liées à la commercialisation de la viande halal ou même au pèlerinage à la Mecque

A l’heure où, suite à la première grande grève simultanée et coordonnée par la CGT et Droits devant de 300 salariés à faux papiers (ou vrais papiers avec photo falsifiée) de la région parisienne …

Et sur fond de chômage à 22% pour les immigrés réguliers mais aussi de multiplication de saisies de drogue record dans les milieux issus de l’immigration, notamment les pratiques de « go fast » (convoyage de drogue en voitures rapides, qui auront droit à leur film à la prochaine rentrée) …

Nos belles âmes des beaux quartiers sont reparties avec leurs critiques du gouvernement et leurs slogans démagogiques de « papiers pour tous » …

Retour, via le « Rapport Denécé » de septembre 2005 (l’équivalent, pour les entreprises, du fameux Rapport Obin) sur des formes d’illégalités moins spectaculaires mais autrement pénalisantes pour nos entreprises (comme pour nos services publics, hôpitaux, prisons, écoles).

A savoir, sous le prétexte de la lutte contre le racisme et pour l’intégration et la diversité (les fameux « accommodements raisonnables » de nos cousins québecois), la montée progressive (la stratégie des petits pas) des risques de type sectaire (islamiste) comme la multiplication de pratiques criminelles (des micro-trafics au gangsterrorisme) dans l’enceinte même des entreprises.

Notamment, au-delà de la restauration, du bâtiment ou du nettoyage, dans la grande distribution, les transports et le gardiennage et particulièrement dans ou à proximité des banlieues défavorisées à fortes concentrations de jeunes d’origine immigrée et sans diplôme …

LE DÉVELOPPEMENT DE L’ISLAM FONDAMENTALISTE EN FRANCE. ASPECTS SÉCURITAIRES, ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX

(…)

LA POUSSÉE ISLAMISTE DANS LES ENTREPRISES

Lorsqu’elle ne débouche pas sur l’action violente, la montée en puissance de l’islamisme se traduit de plus en plus fréquemment par des attitudes virulentes de remise en cause du fonctionnement de la société française, sous couvert d’une liberté de culte devant être légitimement accordée aux pratiquants de la religion du Prophète, quel que soit le contexte, comme évoqué précédemment. Ces revendications ont lieu à l’école et dans les services publics, dans les hôpitaux et dans les prisons. Mais la pression islamiste s’exerce aussi dans les entreprises, principalement selon deux modalités : le prosélytisme militant et contestataire et le développement de trafics susceptibles d’alimenter la cause. Cela n’exclut nullement l’hypothèse d’attentats contre les acteurs économiques. Du prosélytisme aux tentatives de prise de contrôle Selon Yves Bertrand, ancien directeur des Renseignements généraux, « le monde du travail est désormais visé, avec, comme cibles, certaines catégories de personnel. Il s’agit évidemment des plus modestes, comme les caissières, les manutentionnaires ou les chauffeurs-livreurs ». La stratégie comprend trois étapes : d’abord le prosélytisme religieux ; puis la prise de contrôle de la communauté musulmane au sein de l’entreprise ; enfin la remise en question des règles de fonctionnement de celle-ci pour imposer les valeurs islamiques. La tactique est partout la même. Les islamistes formulent d’abord des demandes pouvant apparaître comme « légitimes » :

– création de salles de prières sur les lieux de travail,

– adaptation des pauses quotidiennes pour permettre la pratique religieuse, – – aménagement du temps de travail lors du Ramadan ou pour pouvoir disposer du vendredi comme jour chômé,

– respect des interdits alimentaires dans les restaurants d’entreprise. Plusieurs enseignes de la grande distribution ainsi que des constructeurs automobiles ont ainsi constaté une multiplication des demandes de salles de prières sur les lieux de travail et des exigences des salariés voulant organiser leur emploi du temps en fonction des exigences de la vie religieuse. Si ces premières démarches n’ont pas provoqué de réaction frontale de la direction ou des autres salariés, les islamistes passent alors à l’action plus ouverte et aux pressions :

– prosélytisme religieux actif sur le lieu de travail,

– rejet de certains produits (vin, porc) dans les restaurants d’entreprise lorsque la majorité des employés sont musulmans,

– pressions sur les femmes pour le port du voile,

– refus de certains salariés musulmans de reconnaître l’autorité de cadres quand il s’agit de femmes,

– souhait de voir certaines fêtes religieuses islamiques chômées,

– prise de contrôle de certaines filières de recrutement au sein de l’entreprise. Les exemples sont nombreux, même si encore peu d’entreprises acceptent de les évoquer ouvertement :

– – une dizaine de salles de prières clandestines ont été découvertes à Eurodisney1 ;

– en 2002, le président d’une société de fret à l’aéroport de Roissy, employant environ 3 000 salariés, s’était plaint auprès des RG de « l’implantation d’un petit groupe de confession musulmane décidé à imposer leur mode de travail sous la menace de grèves à répétition ». Le personnel de manutention était particulièrement virulent. Le chef d’entreprise s’indignait que des recrutements soient effectués par cooptation avec un critère de sélection « en fonction de la religion ». Il ajoutait que les attentats du 11 septembre avaient été « salués à l’époque avec satisfaction par certains de ses salariés ».

– Le secteur de la grande distribution apparaît comme le plus concerné :

– à Massy (Essonne) comme à Montbéliard (Doubs), les salariés islamistes de grandes surfaces ont converti d’autres salariés français. Ces nouveaux adeptes de l’islam sont désormais plus radicaux, exaltés et prosélytes que leurs « parrains » ;

– de nombreux hypermarchés observent que les employés les plus engagés dans le prosélytisme islamique cherchent systématiquement à occuper les postes qui se situent à des interfaces : standard téléphonique, chauffeurs-livreurs, coursiers, caissières (passage obligé), sécurité ; autant des fonctions qui permettent des échanges d’information, d’argent et de marchandises (surveillance, trafics détournement, etc). Par ailleurs, les « beurettes » qui sont employées dans les grandes surfaces constituent la nouvelle cible des islamistes. En mars 2003, un cas se déclare dans l’hypermarché Auchan de Bagnolet : « Engagée en 1998, l’une des caissières convole en justes noces. Peu après elle revêt le voile. Par souci de compromis, la direction lui propose de porter un béret. Les dirigeants de cette enseigne Auchan veulent à tout prix éviter des éclats, dès lors que plus de la moitié des effectifs du magasin

– huit cent cinquante personnes – sont d’origine maghrébine. Mais la dame en question, élue du comité d’entreprise sous l’étiquette CGT, refuse de céder (…). Il est donc décidé de l’affecter au standard pour éviter tout contact avec la clientèle »3. La direction du supermarché Casino de Vaux-en-Velin a été moins hésitante : elle a licencié l’une de ses caissières refusant de retirer son voile pendant les heures de travail pour « non-respect du règlement intérieur ». Parallèlement, dans un hypermarché de Livry-Gargan, deux caissières qui refusaient de porter le voile sont considérées comme étant séquestrées par leur famille. Elles n’ont donné aucune nouvelle depuis qu’elles ont quitté normalement leur emploi, un soir, et les appels répétés de leur employeur n’ont pas permis d’entrer en contact avec elles. Derrière ces premières manifestations visibles de l’action islamiste, plusieurs dangers menacent les hypermarchés implantés à proximité des banlieues sensibles et employant une main d’œuvre d’origine immigrée ou issue de ces quartiers difficiles :

– sectarisme interne (prise en main d’une partie des salariés par les intégristes),

– apparition de salariées voilées et pressions pour « légaliser » le port du foulard,

– boycotts ou tentatives d’interdiction des produits alimentaires présents en rayon, liés aux interdits religieux ou à l’origine géographique des produits (Israël, Etats-Unis, etc.). Dans ces banlieues sensibles, il est possible d’envisager à terme un dilemme pour les enseignes de la grande distribution, entre une certaine adaptation aux exigences de la clientèle musulmane et le risque de voir grandir la concurrence des commerces ethniques. Les sociétés de sécurité sont également une cible privilégiée pour les islamistes. Deux raisons à cela : tout d’abord, le faible niveau de qualification demandé pour les tâches de gardiennage permet aux immigrés sans diplôme d’y trouver un débouché ; d’autre part, en raison de l’Affirmative Action qui a fait son chemin en France, les entreprises de sécurité se doivent de recruter en priorité des individus issus des minorités (« beurs et blacks ») afin que leurs agents de sécurité ne se fassent pas taxer de racisme lors des contrôles. En conséquence, certaines sociétés de sécurité sont complètement infiltrées par des islamistes – Eurodisney en a été l’exemple – ou des réseaux de délinquants liés à l’immigration. Ce « contrôle » du recrutement leur permet de trouver un emploi aux membres de leur réseau – souvent sous une fausse identité – de prétendre au chômage, voire d’approcher des sites sensibles (aéroports notamment). De récentes enquêtes exercées à l’encontre de sociétés soustraitantes de la grande distribution ont permis d’évaluer que dans 30% des cas, les agents de sécurité travaillaient avec de faux papiers. C’est un sujet d’inquiétude des responsables de sécurité du secteur, qui passent désormais autant de temps à surveiller leur propres vigiles sous-traitants que les délinquants présents dans leurs magasins. La montée en puissance du phénomène islamiste ne concerne pas exclusivement le secteur privé. Il se manifeste également dans la fonction publique, les collectivités territoriales et les associations. En 2002, la mairie de Montreuil a été confrontée à deux animatrices de centres de loisirs qui venaient travailler voilées. Le maire a discuté avec elles, mais elles n’ont pas voulu enlever le voile. « Nous les avons licenciées. Depuis je n’en ai plus eu ». De même, le Secours catholique est confronté de plus en plus fréquemment à des SDF musulmans créant des problèmes car ils exigent le respect de leurs interdits alimentaires, alors même qu’ils viennent recevoir l’aide d’une organisation confessionnelle chrétienne. Pour les entreprises françaises, la montée en puissance de l’islam radical représente une nouvelle menace qui doit être assimilée à un risque sectaire davantage que constestataire. Certes l’islam est en train de remplacer la CGT comme soutien des salariés musulmans dans leurs revendications contre la hiérarchie. Mais ce phénomène exprime surtout une volonté de prise de contrôle des comportements et des modes de pensée d’autres salariés afin d’imposer un système de valeur conforme à l’idéologie religieuse extrémiste qu’il préconise. Il présente toutes les caractéristiques des dangers propres aux sociétés fermées à caractère prosélyte voulant imposer leurs règles au détriment des lois et coutumes ambiantes. L’islamisme peut ainsi menacer l’intégrité de l’entreprise; il doit donc être traité de la même manière que les risques représentés par l’église de scientologie ou les autres sectes.

– Des micro-trafics au gangsterrorisme : les dérives de type criminel

– Parallèlement à ces risques de type sectaire, on observe la multiplication de pratiques criminelles dans l’enceinte des entreprises. Ces activités illicites connaissent un accroissement préoccupant du fait de la présence, dans nos banlieues, d’individus revenus déçus des camps d’Al-Qaeda. Ne croyant plus désormais ni en leurs chances d’intégration dans la société française, ni en la possibilité de voir l’islam leur offrir une alternative attrayante, ils « sombrent » dans la délinquance et les dérives mafieuses, s’alliant ou s’opposant, selon leurs intérêts, avec les islamistes des quartiers sensibles. Dans ce contexte, les entreprises – notamment la grande distribution et le transport – leurs locaux et bien sûr les salariés sont à la fois théâtres et enjeux des pratiques criminelles. Celles-ci nuisent à leur image comme à leur réputation, et perturbent le bon déroulement de leurs activités (recrutement, accueil de la clientèle) et impactent sur leur marge (coût des vols et de la sécurité). Les pratiques criminelles revêtent plusieurs formes :

– vol de produits dans les stocks de l’entreprise ;

– cambriolage ou agression contre l’entreprise, ses fournisseurs ou les transporteurs de fonds grâce à des informations provenant de l’interne ou d’entreprises sous-traitantes dans lesquelles se trouvent des informateurs : gardiennage, nettoyage, restauration, transports ;

– détournement de fonds : une personne chargée des encaissements dans un magasin n’enregistre pas certaine des ventes réalisées en liquide. Elle conserve la somme versée par le client, qui ne reçoit pas de ticket de caisse. La disparition du produit est alors attribuée à du vol en rayon ;

– détournement et falsification de chèques ;

– trafic de cartes de paiement ou de fidélité ;

– escroqueries sur les crédits à la consommation. Ces pratiques criminelles ont deux finalités : d’une part, la délinquance utilisant l’islam comme prétexte ; d’autre part, le financement local du terrorisme. La délinquance d’origine communautariste concerne essentiellement des vols à des fins familiales ou des opérations d’enrichissement personnel. Elles sont à l’origine du développement d’une véritable économie parallèle dans les banlieues sensibles, dans lesquelles les contrôles de police sont particulièrement difficiles. Elles donnent également lieu à une intense contrebande, principalement avec l’Algérie (Trabendo).

– L’opacité de la filière halal

– Les nombreux trafics que l’on voit se développer vont jusqu’à toucher la filière de la viande halal. Il existe en effet en France plus de 2 500 boucheries, fast-food, pizzerias et commerces halal. Le halal représente un dixième du volume de la viande consommée en France et ce marché connaît une progression supérieure à 10% depuis 1988. Aujourd’hui, 15% des produits carnés vendus à Rungis sont halal, soit 40 000 tonnes par an. Les hypermarchés et supermarchés qui représentent environ 20% de la distribution halal (contre 80% aux boucheries spécialisées) ont développé une offre adaptée à leurs zones de chalandise : c’est en particulier le cas de Carrefour, Auchan et Franprix. Cette activité, qui n’était au départ qu’une niche commerciale, devient peu à peu un marché significatif. A l’heure actuelle, seules trois mosquées – Paris, Lyon et Evry – sont habilitées à délivrer des cartes de sacrificateurs autorisant à égorger les bêtes selon le rite musulman. En échange, elles perçoivent environ 150 euros par carte et par an. Environ 500 cartes sont accordées chaque année. Ce sont des revenus qu’elles ne souhaitent pas partager. Par ailleurs, selon la Direction de la répression des fraudes du ministère de l’Economie, les associations islamiques perçoivent une redevance pour chaque kilo de produit certifié halal et collectent ainsi des montants importants. Avec un surcoût au kilo estimé entre 3 et 15 centimes d’euros, la somme totale pourrait atteindre 45 millions d’euros. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a créé une commission halal chargée de proposer des solutions pour organiser ce marché opaque où la fraude est marché courant. Il serait extrêmement dommageable pour cette filière économique qu’une partie de ses revenus, même occulte, soit détournée afin de financer des activités liées au crime ou au djihad.

– Une contribution ponctuelle au financement du djihad

– Tous ces financements occultes, trafics et opérations illicites peuvent servir, au même titre que les braquages, le trafic de drogue ou l’impôt révolutionnaire, à financer des cellules djihadistes locales ou des mouvements terroristes étrangers (notamment algériens et marocains). C’est ce que les policiers appellent le gangsterrorisme, c’est-à-dire un mélange entre l’intégrisme et la voyoutocratie. C’est une nouvelle forme de délinquance ayant pour objectif la constitution d’un butin au nom du djihad (Ghanina). Une des illustrations de cette pratique a été donnée avec le cas d’Hassan Batoumi, membre français du GICM, arrêté par la DST début 2005. Né à Agadir, âgé de 38 ans et résidant au Val Fourré de Mantes-la-Jolie (Yvelines), Batoumi serait l’un des principaux responsables logistiques du GICM en Europe. Il se livrait au trafic de faux passeports et à des escroqueries au crédit, pour assurer le financement de la cause et son propre train de vie. La création de sociétés fictives lui permettait d’obtenir des prêts bancaires, grâce auxquels il achetait des voitures qu’il revendait aussitôt. Il ne remboursait jamais les prêts, car il mettait ses sociétés en liquidation judiciaire. Cela lui permettait de dégager des bénéfices substantiels. Cependant, les principales sources de financement des opérations terroristes ne proviennent pas de l’argent volé aux entreprises. En 1997, une étude menée dans le quartier du Val d’Argent, à Argenteuil (Val d’Oise), a évalué à 2 750 000 euros les bénéfices dégagés par les trafics d’héroïne et de cannabis. A titre de comparaison, la vague d’attentats de Paris de 1995 a coûté 23 000 euros et les attentats du 11 septembre 2001, approximativement 175 000 dollars.

– Les risques d’attentat

– La multiplication des pratiques criminelles n’exclut nullement l’hypothèse d’attentats contre les acteurs économiques ou en utilisant certains de leurs moyens, même si le risque d’occurrence de tels événements reste faible. Cependant, face aux menaces terroristes, la sécurisation des centres commerciaux et des entreprises de transport est une priorité aussi bien pour les acteurs économiques concernés que pour les services de l’Etat. Le but des terroristes étant de faire le plus grand nombre de victimes avec le maximum de publicité, il ne faut pas écarter l’hypothèse d’un attentat à l’explosif ou à l’aide de substances chimiques dans un hypermarché ou sa galerie marchande. La concentration de population, notamment à l’occasion d’animations commerciales majeures (rentrée des classes, Noël, etc.) est susceptible d’en faire un objectif d’intérêt majeur pour les djihadistes. Plusieurs bombes savamment placées dans ces « temples de la consommation occidentale » pourraient provoquer de très gros dégâts humains et matériels. Ces très grandes surfaces, d’une superficie allant de 5 000 m2 à 20 000 m2, comptent en ces occasions un ratio minimal d’une personne au m2. Par ailleurs, il a été possible de constater, lors d’incendies récents, ce qui pourrait advenir dans ces structures architecturales en cas d’attentat : écroulement du toit, fort risque d’explosions en chaîne dans les rayons proposant à la vente des substances chimiques (produits d’entretien et de bricolage), phénomènes de paniques accentués en raison de la concentration de population, sorties de secours parfois bloquées pour empêcher les vols à l’occasion de l’évacuation des locaux, etc. D’autre part, la vigilance reste de mise dans les entreprises de transport, notamment celles convoyant des matières dangereuses. Comme l’illustre quotidiennement la situation en Irak, l’attentat au moyen de camions-citernes est devenu l’un des moyens d’action favoris des terroristes, en raison de sa très grande efficacité (plusieurs dizaines de morts à chaque fois). En conséquence, le contrôle du parc de véhicules et du recrutement des employés dans les entreprises du secteur est une tâche d’une importance essentielle.


Pédophilie/Islam: Aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète (Ayaan Hirsi Ali)

23 avril, 2008
YemeniChildbrideQuiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Mon père m’a battue et m’a dit que si je n’épousais pas cet homme, je serais violée et personne dans ce pays ne m’aiderait. J’ai supplié mon père, ma mère, ma tante : rien n’y a fait. (….) Chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me frappait et m’entraînait dans la chambre à coucher. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le mariage. Je pleurais tout le temps. Il me faisait des choses désagréables. Je courais de pièce en pièce, mais il arrivait à me rattraper. Ensuite, il faisait ce qu’il voulait. Noyoud Ali (Yéménite, 8 ans)
L’âge de la puberté est de quinze ans pour les garçons et de neuf ans pour les filles. Le mariage d’une fille qui se marie pour la première fois est conditionné à la permission du père ou du tuteur ou d’un grand-père …
Le mariage avant l’âge de la puberté est interdit, toutefois les contrats de mariage décidés par le père ou le tuteur des fillettes avant cet âge sont validés si les intérêts de la personne sous tutelle sont respectés.
Le mariage temporaire est légal pour une durée variant de une heure à quatre-vingt-dix-neuf ans. L’homme peut contracter autant de mariages temporaires simultanés qu’il le désire. Il peut cesser le contrat quand il le veut. La femme ne le peut pas. Constitution de la République islamique (articles 1210, 1041 et 1075)
Si vous prenez par exemple la question des droits des femmes, vous seriez surpris de découvrir à quel point Mahomet était loin d’être un prophète plus sexiste que certains pères de l’église. Mahomet a vécu plus tard que les deux précédents prophètes, il était entouré de femmes à fort caractère, comme sa première femme khadija ou sa très jeune femme Aïcha, et il s’est plutôt battu pour certaines avancées dans ce domaine. Caroline Fourest (conférence, Rimini, le 29 octobre 2006)
L’islam n’est pas incompatible avec les valeurs républicaines, pas plus que n’importe quelle autre religion. (…) Quand j’ai lu le Coran, pour les besoins de mes recherches, j’ai souvent été surprise de son contenu souvent plutôt progressiste. Mahomet s’est battu pour que les femmes héritent (au moins la moitié des hommes), que l’excision soit modérée, il a refusé que l’on marie une fille de force, sans son consentement. Bien sûr, il y a aussi des passages très durs, mais comme dans tous les textes sacrés. Ce sont aux hommes de faire le tri et de garder le meilleur. L’islam ne pose en soi aucun problème. Seul l’intégrisme menace les libertés et le vivre ensemble. Caroline Fourest
Oui, le Prophète (…) est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique. Ayaan Hirsi Ali

Alors que, grande première dans le monde islamique

(combien de millions de fillettes musulmanes légalement mariées de force à ne pas confondre, Mlle Forest, avec les victimes catholiques ou mormones d’actes de pédophilie condamnés en Occident?),

une petite Yéménite de 8 ans vient, deux mois après avoir été mariée de force à un homme de 22 ans son aîné et au péril de sa vie, d’oser demander le divorce

Pendant qu’au « Pays autoproclamé des droits de l’homme » et dans l’indifférence générale, il s’est quand même trouvé une juridiction française pour annuler quatre ans après la mesure disciplinaire qui frappait le professeur d’histoire Louis Chagnon (pour avoir rappelé, en une « formulation simpliste susceptible de heurter la sensibilité de jeunes élèves », que, « le fondateur d’une religion dont la prudence aujourd’hui recommande de taire le nom » – un certain Mahomet – était « un chef de guerre ne reculant ni devant le pillage ni devant le massacre »), confirmant que : « la vérité historique des propos relatés n’était pas contestée » et que « la provocation n’était pas établie » …

Retour, avec un entretien d’il y a trois ans dans l’Express de la dissidente musulmane néerlandaise Ayaan Hirsi Ali (elle-même menacée de mort depuis des années et attendant toujours l’aide du susdit « Pays autoproclamé des droits de l’homme ») …

Et derrière la fausse distinction islam-islamisme également dénoncée par l’islamologue Anne-Marie Delcambre comme par l’historienne Bat Ye’or

Sur la réalité de cette religion qui, au nom de la conduite prétendument exemplaire de son fondateur, continue, 14 siècles après, à imposer la pédophilie à une bonne partie du monde.

Et que, si l’on en croit deux récents rapports de l’Onu et du Conseil de l’Europe, nous serions censés « protéger de l’islamophobie » …

Extraits :

La liberté, est-ce pour autant la provocation? Vous avez quand même traité Mahomet de terroriste et de pervers…

Je ne le regrette pas. C’était dans un entretien accordé au quotidien Trouw, à propos des Dix Commandements. Oui, le Prophète a dit qu’il n’y avait qu’une et unique vérité et au nom de cette unicité a détruit toute liberté d’expression. Oui, le Prophète a désiré et volé Zaïnab, la femme de son disciple, qu’il a épousée en prétendant qu’il le faisait avec la bénédiction de Dieu. Oui, il est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique. [NDLR: En décembre 2004, le Maroc a repoussé finalement l’âge du mariage à 18 ans.]

Ce qui s’est passé aux Pays-Bas peut-il se produire ailleurs en Europe?

Bien sûr. En France, par exemple. Mais les musulmans qui pensent comme moi ne parleront plus désormais parce qu’ils ont peur. Je veux faire une exposition artistique sur Soumission avec des mannequins: aucun musée ou galerie n’est désormais prêt à l’accueillir.

«Sortir au grand jour, pour une musulmane, c’est braver les risques de la liberté»

Diriez-vous que l’islam est une religion, une culture arriérée?

On m’a posé la question en Hollande. Si vous le mesurez à l’aune des valeurs occidentales, oui, l’islam est arriéré. Prenez la place de l’individu par rapport à sa communauté, la place de la femme, la place de la connaissance. Cela relève des faits, pas de l’opinion. D’ailleurs, des rapports sur le monde arabe par les Nations unies le confirment.
Dans votre livre, Insoumise (Robert Laffont), vous écrivez ceci: «Depuis l’assassinat de Theo Van Gogh, je suis intimement convaincue que la seule manière de formuler mes critiques repose sur une parole libérée.»

Parler librement est en effet le seul moyen de mettre au jour le fardeau de l’islam, et d’abord pour les musulmans. Plus on le fera, plus on leur permettra de réfléchir sur leur religion – ce qui est tabou dans l’islam. 1,2 milliard de musulmans ne peuvent voir qu’une seule vérité, celle que le Prophète a permise.

Mais il existe des islams différents, plus ou moins stricts selon les pays…

C’est une supposition erronée. En Hollande, nous aurions ainsi l’islam des polders, plus consensuel, en Amérique latine l’ «islam-salsa», en France un islam… du vin. Ce n’est pas vrai! C’est ce que nous souhaiterions, mais ce n’est pas la réalité. Si on définit l’islam comme la religion fondée par le Prophète et expliquée par le Coran, et plus tard les hadiths, alors il n’y a qu’un seul islam, qui dicte un cadre moral. Cela dit, oui, il y a des musulmans, ici ou là, qui ne veulent pas respecter la totalité des préceptes – les alévis turcs, certains musulmans de France boivent du vin – mais il y a toujours le risque de les voir confrontés à la pression des fanatiques qui les interrogent sur leur observance. Or, ces derniers ne peuvent que gagner, car le Coran est très clair sur les commandements. C’est pourquoi il faut adopter une perspective historique et reconnaître que l’humanité s’est développée et a beaucoup appris depuis le VIIe siècle. C’est à cette condition qu’il y aura un nouveau mouvement.

L’islam ne connaît-il donc pas d’exégèse et de critique interne?

Non, à cause de la figure du Prophète. C’est la raison pour laquelle je suis un danger pour ceux qui veulent me tuer. Car, même si je reconnais qu’à l’époque le Prophète a mis fin à l’enterrement des petites filles vivantes, mis en place un système de protection des pauvres, uni les tribus, créé une immense civilisation, je le mets quand même en cause. Or, à leurs yeux, il est le guide moral infaillible.

Le problème pour vous, c’est l’islam plus que l’islamisme…

Oui. Le problème, c’est le Prophète et le Coran.
Il n’y a donc pas de cohabitation possible entre l’islam et l’Occident.

C’est ce que je dis. Mais la cohabitation est possible avec les musulmans qui peuvent critiquer le cadre moral que la religion leur impose. A tous ceux-là, je lance: «Voulez-vous vraiment suivre intégralement la pensée du Prophète?» Certains musulmans éclairés sont prêts à cette réflexion. C’est ce que je vais dire au recteur Boubakeur, de la Grande Mosquée de Paris. Je ne crois pas en un mouvement qui prétend libéraliser l’islam sans remettre en cause le Prophète et le Coran. C’est absurde. C’est comme redécorer la maison et rester en dehors. La critique de l’islam ne peut venir que des musulmans d’Occident. Car seul l’Occident offre ce contexte de liberté. Si j’avais tenu ces propos dans n’importe quel pays musulman, je serais morte depuis longtemps déjà.

A la lecture de votre livre, on est frappé par le conservatisme des femmes. C’est votre mère qui refuse que vous alliez à l’école, votre grand-mère qui impose l’excision, contre l’avis de votre père…

Oui. Parfois, ce sont les sœurs, les nièces qui veillent au respect de ces traditions. Il y a une part de masochisme. Mais aussi de peur. Sortir au grand jour, pour une musulmane, c’est braver les risques de la liberté. Que l’homme – le père, le mari, le frère – veille à votre existence matérielle, c’est très réconfortant, en théorie. Nombre de femmes en Occident veulent, par exemple, chercher leur mari librement, mais elles ne savent pas comment faire et se retrouvent contraintes de retourner vers leur famille, qui peut arranger un mariage.

Qu’avez-vous pensé en voyant les présumés terroristes aux Pays-Bas remis en liberté?

En France, vous avez subi de nombreux attentats. Ces épreuves vous ont conduits à mettre en place des tribunaux où les preuves sont présentées aux juges et aux avocats, mais gardées secrètes pour protéger les sources. Nous n’avons malheureusement pas un tel système. Je pense que nous devrions suivre le modèle français.

«Beaucoup d’Européens s’interrogent aujourd’hui sur la question de l’islam. N’ayez pas peur de la controverse!»

Pourquoi avez-vous quitté le parti social-démocrate pour rejoindre les rangs du parti libéral VVD?

Parce que la gauche est exactement comme les musulmans! Je voulais mettre la priorité sur la défense des femmes immigrées victimes de violences domestiques. On m’a dit: «Non, ce n’est pas la priorité! Ce problème se réglera tout seul quand les immigrés auront des emplois et seront intégrés.» C’est exactement ce que disent les imams qui nous demandent d’accepter aujourd’hui l’oppression et l’esclavage parce que demain, au ciel, Dieu nous donnera des dattes et des raisins… Je crois qu’il faut défendre l’individu d’abord. La gauche a peur de tout. Or la peur de l’offense entretient l’injustice et la souffrance. La révolution sexuelle, l’affirmation des droits de l’individu, l’amélioration des conditions de vie des immigrés ont été les grandes causes de la gauche néerlandaise. A ses yeux, le simple fait d’appartenir à une minorité aux Pays-Bas vous donne tous les droits. Ce multiculturalisme est désastreux. Hurlez à la discrimination et toutes les portes vous seront ouvertes! Criez au racisme et vos adversaires se tairont! Or, le multiculturalisme est une théorie inconsistante: si on veut laisser les communautés garder leurs traditions, que se passe-t-il dès lors que ces mêmes traditions s’exercent au détriment des femmes ou des homosexuels? La logique multiculturelle revient à accepter la subordination des femmes aux hommes. Pourtant, les partisans du multiculturalisme ne veulent pas le reconnaître. Ce qu’ils disent, c’est que les femmes le veulent elles-mêmes. Bien sûr, c’est faux: l’oppression des femmes vient de leur éducation.
Vous donnez des conseils aux musulmanes qui veulent échapper à l’islam…

Je leur dis ceci: si vous voulez quitter un milieu familial qui vous refuse l’autonomie, il faut vous préparer à l’épreuve de la liberté. Etre libre, cela passe par des amis, un emploi, un foyer, l’aide des assistantes sociales. Il faut aussi se préparer à se cacher, à vivre seule. C’est le prix à payer pour espérer façonner votre propre vie. Ou alors vous restez l’esclave des traditions.

A vous lire et à vous entendre, j’ai le sentiment que vous prônez une laïcité de combat…

L’Occident devrait se comporter avec l’islam comme la France jadis a réglé ses relations avec l’Eglise catholique. La laïcité a l’avantage d’être un modèle très clair, à la fois pour les Eglises et pour l’Etat neutre. Notre système n’est pas clair. Nous avons des partis chrétiens, y compris extrémistes, représentés au Parlement. La Constitution autorise les écoles religieuses et, bien sûr, l’islam tire avantage de cette ambiguïté. C’est pourquoi je soutiens l’interdiction du port des signes religieux à l’école, qui doit être un espace de neutralité. Pour y parvenir, les Pays-Bas devraient changer leur Constitution. Il faut une majorité des deux tiers au Parlement, et la gauche et les libéraux sont d’accord sur le principe.

Vous allez plus loin en demandant la fermeture des écoles islamiques aux Pays-Bas…

On ne naît pas arriéré, avec une religion dans la tête. L’école doit avoir pour ambition de préparer les enfants à la vie dans une société moderne, fondée sur l’esprit critique, à un apprentissage de la citoyenneté plutôt qu’à l’appartenance tribale. Le seul moyen d’empêcher des adultes de croire que, hors de l’islam, il n’y a point de vérité, c’est de mettre fin aux écoles religieuses, musulmanes ou chrétiennes.

Donc, il n’y a pas d’autre option que l’intégration…

Bien sûr! La religion doit être «privatisée» et les musulmans doivent se soumettre à l’Etat de droit. La pratique des crimes d’honneur, la persécution des homosexuels, les coups contre les femmes, l’excision sont illégales dans une société libérale.

Vous militez, par exemple, en faveur d’un contrôle obligatoire pour déceler les excisions sur les filles…

Le Parlement l’a demandé l’an dernier. Le gouvernement a formé une commission qui a rendu un rapport inutile, portant sur la définition de l’excision plutôt que sur les modalités. J’ai dit que c’était insuffisant. Avant-hier, j’en parlais à Waris Dirie, cette ancienne mannequin somalienne devenue ambassadrice de bonne volonté des Nations unies contre les mutilations génitales féminines, qui m’a apporté son soutien.

Les autorités néerlandaises ont-elles pris position sur la question des écoles religieuses?

Pour ouvrir une école chez nous, il faut déposer un dossier afin d’obtenir un financement. Le ministre des Finances exige désormais que ces écoles s’ouvrent à des Néerlandais de toutes ethnies, qu’elles enseignent l’Etat de droit et la démocratie libérale. C’est devenu difficile pour ces écoles de remplir ces critères… Nous recensons 42 écoles islamiques et 200 demandes d’ouverture.

Dans un pays comme la France, la pratique religieuse chez les musulmans est en baisse. Pourquoi ne pas juste attendre une «démusulmanisation» de l’Occident, comme notre pays a connu une déchristianisation?

Non, non, non! Ce n’est pas assez. Les chrétiens ont arrêté de pratiquer parce qu’ils se sont interrogés sur leur religion. Les musulmans pratiquent moins parce qu’il est difficile de pratiquer l’islam. Essayez de prier cinq fois par jour, pendant une semaine, rien que pour voir! Les musulmans pratiquent moins parce que c’est difficile, pas parce qu’ils doutent.

Quelle est votre réaction quand vous voyez que les auteurs des attentats commis au nom de l’islam, en Europe ou aux Etats-Unis, ont été éduqués ici?

Cela infirme la thèse que la pauvreté est la cause du terrorisme. Cela confirme la séduction du message islamiste. Ce ne sont pas les circonstances qui ouvrent la voie au terrorisme, c’est un choix individuel. Aux Pays-Bas, ce sont de jeunes diplômés passés par de bonnes universités, en passe de trouver de très bons emplois, qui sont allés chercher sur Internet le message fondamentaliste et ont cédé à la séduction totalitaire. Il y a des graines de fascisme dans l’islam. Nous devrions comprendre ce processus. Le choix est simple: soit les intellectuels européens ont le courage de défier les dogmes et la doctrine de l’islam, comme l’ont fait leurs prédécesseurs pour le christianisme ou le judaïsme, soit ils sont prisonniers de l’idée qu’une minorité doit être tolérée et abandonnée à son propre sort. Si cette dernière option l’emporte, nous aurons encore plus d’attentats et nous perdrons de jeunes esprits brillants emportés par la folie du totalitarisme.

Avez-vous le sentiment que le choix se pose aussi clairement dans ces termes pour tous?

Non. C’est pourquoi je le répète. Beaucoup d’Européens s’interrogent aujourd’hui sur la question de l’islam. N’ayez pas peur de la controverse! L’Europe est un continent bâti sur la controverse. La globalisation fait que nombre de jeunes issus du monde arabo-musulman viendront en Europe, même si vous tentez de les en empêcher. C’est une question de démographie. Et ils reproduiront le système. Nous avons tout intérêt en tant qu’Occidentaux à réformer l’islam.

Ayaan Hirsi Ali
« Le problème, c’est le Prophète et le Coran »
propos recueillis par Jean-Michel Demetz
L’Express du 16/05/2005

Son héros a pour nom Spinoza, un autre «allochtone» exclu, lui, voilà plus de trois siècles de la communauté juive d’Amsterdam pour ses positions ratio-nalistes et sa défense du libéralisme. Née en Somalie, Ayaan Hirsi Ali a fui à 22 ans pour échapper à un mariage forcé. Réfugiée aux Pays-Bas, vieille terre d’accueil, cette musulmane en a adopté les valeurs libérales au point de devenir une jeune députée à La Haye et de s’affirmer athée. Pour avoir travaillé dans les services sociaux du royaume, elle connaît, de l’intérieur, les horreurs tolérées à l’encontre des femmes au nom du multiculturalisme. Son combat contre l’emprise de l’islam a pris un tour tragique depuis le 2 novembre 2004, date de l’assassinat par un radical islamiste du cinéaste Theo Van Gogh, coauteur avec elle de Soumission. Menacée de mort, elle sait qu’elle est peut-être en sursis. Ce qui la rend grave, insolente, ironique. Tout simplement plus libre
On sait que vous êtes menacée de mort depuis l’assassinat de Theo Van Gogh et que vous êtes obligée de vous protéger. Comment vivez-vous?

Je vis sous la protection de gardes du corps vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une chambre a été aménagée pour eux dans mon appartement. Je ne suis jamais seule. La publicité autour de mon histoire a bouleversé ma vie quotidienne. Je suppose que cela l’a rendue plus intéressante… Après la mort de Theo, on m’a fait partir le 8 novembre pour les Etats-Unis, où j’ai séjourné dans les environs de Boston, d’abord, puis en Californie. Je suis rentrée le 18 janvier aux Pays-Bas. Il fallait laisser du temps à la justice pour déterminer si les menaces dont je fais l’objet émanent d’un seul individu ou, comme on l’a vérifié depuis, d’un groupe.

Pourquoi êtes-vous une cible?

Je suis devenue apostate: je ne crois plus en Dieu depuis les attentats du 11 septembre 2001. Aux yeux des fondamentalistes qui me menacent, cela justifie ma mise à mort. Ils me reprochent d’ «insulter» le Prophète, de dire que l’islam opprime les femmes, de «collaborer avec l’ennemi», c’est-à-dire les non-musulmans.

Savez-vous pourquoi Theo Van Gogh a été assassiné?

Le message de l’assassin est clair: voyez ce que nous faisons quand on touche à l’islam, quand on critique l’islam! C’est aussi l’illustration de ce qui se passe quand on autorise des mouvements radicaux à prendre racine et à se développer. C’est un avant-goût de ce que ce que l’avenir peut réserver aux Pays-Bas comme au reste du monde. Le débat entre la sécurité et la liberté ne fait que s’ouvrir.

La liberté, est-ce pour autant la provocation? Vous avez quand même traité Mahomet de terroriste et de pervers…

Je ne le regrette pas. C’était dans un entretien accordé au quotidien Trouw, à propos des Dix Commandements. Oui, le Prophète a dit qu’il n’y avait qu’une et unique vérité et au nom de cette unicité a détruit toute liberté d’expression. Oui, le Prophète a désiré et volé Zaïnab, la femme de son disciple, qu’il a épousée en prétendant qu’il le faisait avec la bénédiction de Dieu. Oui, il est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique. [NDLR: En décembre 2004, le Maroc a repoussé finalement l’âge du mariage à 18 ans.]

Ce qui s’est passé aux Pays-Bas peut-il se produire ailleurs en Europe?

Bien sûr. En France, par exemple. Mais les musulmans qui pensent comme moi ne parleront plus désormais parce qu’ils ont peur. Je veux faire une exposition artistique sur Soumission avec des mannequins: aucun musée ou galerie n’est désormais prêt à l’accueillir.

«Sortir au grand jour, pour une musulmane, c’est braver les risques de la liberté»

Diriez-vous que l’islam est une religion, une culture arriérée?

On m’a posé la question en Hollande. Si vous le mesurez à l’aune des valeurs occidentales, oui, l’islam est arriéré. Prenez la place de l’individu par rapport à sa communauté, la place de la femme, la place de la connaissance. Cela relève des faits, pas de l’opinion. D’ailleurs, des rapports sur le monde arabe par les Nations unies le confirment.
Dans votre livre, Insoumise (Robert Laffont), vous écrivez ceci: «Depuis l’assassinat de Theo Van Gogh, je suis intimement convaincue que la seule manière de formuler mes critiques repose sur une parole libérée.»

Parler librement est en effet le seul moyen de mettre au jour le fardeau de l’islam, et d’abord pour les musulmans. Plus on le fera, plus on leur permettra de réfléchir sur leur religion – ce qui est tabou dans l’islam. 1,2 milliard de musulmans ne peuvent voir qu’une seule vérité, celle que le Prophète a permise.

Mais il existe des islams différents, plus ou moins stricts selon les pays…

C’est une supposition erronée. En Hollande, nous aurions ainsi l’islam des polders, plus consensuel, en Amérique latine l’ «islam-salsa», en France un islam… du vin. Ce n’est pas vrai! C’est ce que nous souhaiterions, mais ce n’est pas la réalité. Si on définit l’islam comme la religion fondée par le Prophète et expliquée par le Coran, et plus tard les hadiths, alors il n’y a qu’un seul islam, qui dicte un cadre moral. Cela dit, oui, il y a des musulmans, ici ou là, qui ne veulent pas respecter la totalité des préceptes – les alévis turcs, certains musulmans de France boivent du vin – mais il y a toujours le risque de les voir confrontés à la pression des fanatiques qui les interrogent sur leur observance. Or, ces derniers ne peuvent que gagner, car le Coran est très clair sur les commandements. C’est pourquoi il faut adopter une perspective historique et reconnaître que l’humanité s’est développée et a beaucoup appris depuis le VIIe siècle. C’est à cette condition qu’il y aura un nouveau mouvement.

L’islam ne connaît-il donc pas d’exégèse et de critique interne?

Non, à cause de la figure du Prophète. C’est la raison pour laquelle je suis un danger pour ceux qui veulent me tuer. Car, même si je reconnais qu’à l’époque le Prophète a mis fin à l’enterrement des petites filles vivantes, mis en place un système de protection des pauvres, uni les tribus, créé une immense civilisation, je le mets quand même en cause. Or, à leurs yeux, il est le guide moral infaillible.

Le problème pour vous, c’est l’islam plus que l’islamisme…

Oui. Le problème, c’est le Prophète et le Coran.
Il n’y a donc pas de cohabitation possible entre l’islam et l’Occident.

C’est ce que je dis. Mais la cohabitation est possible avec les musulmans qui peuvent critiquer le cadre moral que la religion leur impose. A tous ceux-là, je lance: «Voulez-vous vraiment suivre intégralement la pensée du Prophète?» Certains musulmans éclairés sont prêts à cette réflexion. C’est ce que je vais dire au recteur Boubakeur, de la Grande Mosquée de Paris. Je ne crois pas en un mouvement qui prétend libéraliser l’islam sans remettre en cause le Prophète et le Coran. C’est absurde. C’est comme redécorer la maison et rester en dehors. La critique de l’islam ne peut venir que des musulmans d’Occident. Car seul l’Occident offre ce contexte de liberté. Si j’avais tenu ces propos dans n’importe quel pays musulman, je serais morte depuis longtemps déjà.

A la lecture de votre livre, on est frappé par le conservatisme des femmes. C’est votre mère qui refuse que vous alliez à l’école, votre grand-mère qui impose l’excision, contre l’avis de votre père…

Oui. Parfois, ce sont les sœurs, les nièces qui veillent au respect de ces traditions. Il y a une part de masochisme. Mais aussi de peur. Sortir au grand jour, pour une musulmane, c’est braver les risques de la liberté. Que l’homme – le père, le mari, le frère – veille à votre existence matérielle, c’est très réconfortant, en théorie. Nombre de femmes en Occident veulent, par exemple, chercher leur mari librement, mais elles ne savent pas comment faire et se retrouvent contraintes de retourner vers leur famille, qui peut arranger un mariage.

Qu’avez-vous pensé en voyant les présumés terroristes aux Pays-Bas remis en liberté?

En France, vous avez subi de nombreux attentats. Ces épreuves vous ont conduits à mettre en place des tribunaux où les preuves sont présentées aux juges et aux avocats, mais gardées secrètes pour protéger les sources. Nous n’avons malheureusement pas un tel système. Je pense que nous devrions suivre le modèle français.

«Beaucoup d’Européens s’interrogent aujourd’hui sur la question de l’islam. N’ayez pas peur de la controverse!»

Pourquoi avez-vous quitté le parti social-démocrate pour rejoindre les rangs du parti libéral VVD?

Parce que la gauche est exactement comme les musulmans! Je voulais mettre la priorité sur la défense des femmes immigrées victimes de violences domestiques. On m’a dit: «Non, ce n’est pas la priorité! Ce problème se réglera tout seul quand les immigrés auront des emplois et seront intégrés.» C’est exactement ce que disent les imams qui nous demandent d’accepter aujourd’hui l’oppression et l’esclavage parce que demain, au ciel, Dieu nous donnera des dattes et des raisins… Je crois qu’il faut défendre l’individu d’abord. La gauche a peur de tout. Or la peur de l’offense entretient l’injustice et la souffrance. La révolution sexuelle, l’affirmation des droits de l’individu, l’amélioration des conditions de vie des immigrés ont été les grandes causes de la gauche néerlandaise. A ses yeux, le simple fait d’appartenir à une minorité aux Pays-Bas vous donne tous les droits. Ce multiculturalisme est désastreux. Hurlez à la discrimination et toutes les portes vous seront ouvertes! Criez au racisme et vos adversaires se tairont! Or, le multiculturalisme est une théorie inconsistante: si on veut laisser les communautés garder leurs traditions, que se passe-t-il dès lors que ces mêmes traditions s’exercent au détriment des femmes ou des homosexuels? La logique multiculturelle revient à accepter la subordination des femmes aux hommes. Pourtant, les partisans du multiculturalisme ne veulent pas le reconnaître. Ce qu’ils disent, c’est que les femmes le veulent elles-mêmes. Bien sûr, c’est faux: l’oppression des femmes vient de leur éducation.
Vous donnez des conseils aux musulmanes qui veulent échapper à l’islam…

Je leur dis ceci: si vous voulez quitter un milieu familial qui vous refuse l’autonomie, il faut vous préparer à l’épreuve de la liberté. Etre libre, cela passe par des amis, un emploi, un foyer, l’aide des assistantes sociales. Il faut aussi se préparer à se cacher, à vivre seule. C’est le prix à payer pour espérer façonner votre propre vie. Ou alors vous restez l’esclave des traditions.

A vous lire et à vous entendre, j’ai le sentiment que vous prônez une laïcité de combat…

L’Occident devrait se comporter avec l’islam comme la France jadis a réglé ses relations avec l’Eglise catholique. La laïcité a l’avantage d’être un modèle très clair, à la fois pour les Eglises et pour l’Etat neutre. Notre système n’est pas clair. Nous avons des partis chrétiens, y compris extrémistes, représentés au Parlement. La Constitution autorise les écoles religieuses et, bien sûr, l’islam tire avantage de cette ambiguïté. C’est pourquoi je soutiens l’interdiction du port des signes religieux à l’école, qui doit être un espace de neutralité. Pour y parvenir, les Pays-Bas devraient changer leur Constitution. Il faut une majorité des deux tiers au Parlement, et la gauche et les libéraux sont d’accord sur le principe.

Vous allez plus loin en demandant la fermeture des écoles islamiques aux Pays-Bas…

On ne naît pas arriéré, avec une religion dans la tête. L’école doit avoir pour ambition de préparer les enfants à la vie dans une société moderne, fondée sur l’esprit critique, à un apprentissage de la citoyenneté plutôt qu’à l’appartenance tribale. Le seul moyen d’empêcher des adultes de croire que, hors de l’islam, il n’y a point de vérité, c’est de mettre fin aux écoles religieuses, musulmanes ou chrétiennes.

Donc, il n’y a pas d’autre option que l’intégration…

Bien sûr! La religion doit être «privatisée» et les musulmans doivent se soumettre à l’Etat de droit. La pratique des crimes d’honneur, la persécution des homosexuels, les coups contre les femmes, l’excision sont illégales dans une société libérale.

Vous militez, par exemple, en faveur d’un contrôle obligatoire pour déceler les excisions sur les filles…

Le Parlement l’a demandé l’an dernier. Le gouvernement a formé une commission qui a rendu un rapport inutile, portant sur la définition de l’excision plutôt que sur les modalités. J’ai dit que c’était insuffisant. Avant-hier, j’en parlais à Waris Dirie, cette ancienne mannequin somalienne devenue ambassadrice de bonne volonté des Nations unies contre les mutilations génitales féminines, qui m’a apporté son soutien.

Les autorités néerlandaises ont-elles pris position sur la question des écoles religieuses?

Pour ouvrir une école chez nous, il faut déposer un dossier afin d’obtenir un financement. Le ministre des Finances exige désormais que ces écoles s’ouvrent à des Néerlandais de toutes ethnies, qu’elles enseignent l’Etat de droit et la démocratie libérale. C’est devenu difficile pour ces écoles de remplir ces critères… Nous recensons 42 écoles islamiques et 200 demandes d’ouverture.

Dans un pays comme la France, la pratique religieuse chez les musulmans est en baisse. Pourquoi ne pas juste attendre une «démusulmanisation» de l’Occident, comme notre pays a connu une déchristianisation?

Non, non, non! Ce n’est pas assez. Les chrétiens ont arrêté de pratiquer parce qu’ils se sont interrogés sur leur religion. Les musulmans pratiquent moins parce qu’il est difficile de pratiquer l’islam. Essayez de prier cinq fois par jour, pendant une semaine, rien que pour voir! Les musulmans pratiquent moins parce que c’est difficile, pas parce qu’ils doutent.

Quelle est votre réaction quand vous voyez que les auteurs des attentats commis au nom de l’islam, en Europe ou aux Etats-Unis, ont été éduqués ici?

Cela infirme la thèse que la pauvreté est la cause du terrorisme. Cela confirme la séduction du message islamiste. Ce ne sont pas les circonstances qui ouvrent la voie au terrorisme, c’est un choix individuel. Aux Pays-Bas, ce sont de jeunes diplômés passés par de bonnes universités, en passe de trouver de très bons emplois, qui sont allés chercher sur Internet le message fondamentaliste et ont cédé à la séduction totalitaire. Il y a des graines de fascisme dans l’islam. Nous devrions comprendre ce processus. Le choix est simple: soit les intellectuels européens ont le courage de défier les dogmes et la doctrine de l’islam, comme l’ont fait leurs prédécesseurs pour le christianisme ou le judaïsme, soit ils sont prisonniers de l’idée qu’une minorité doit être tolérée et abandonnée à son propre sort. Si cette dernière option l’emporte, nous aurons encore plus d’attentats et nous perdrons de jeunes esprits brillants emportés par la folie du totalitarisme.

Avez-vous le sentiment que le choix se pose aussi clairement dans ces termes pour tous?

Non. C’est pourquoi je le répète. Beaucoup d’Européens s’interrogent aujourd’hui sur la question de l’islam. N’ayez pas peur de la controverse! L’Europe est un continent bâti sur la controverse. La globalisation fait que nombre de jeunes issus du monde arabo-musulman viendront en Europe, même si vous tentez de les en empêcher. C’est une question de démographie. Et ils reproduiront le système. Nous avons tout intérêt en tant qu’Occidentaux à réformer l’islam.


Dhimmitude: Nous revivons les années 30 (Bat Ye’or)

21 avril, 2008
islam will dominate the worldL’Assemblée invite les Etats membres du Conseil de l’Europe à prendre des mesures fermes contre la discrimination dans tous les domaines ; à condamner et combattre l’islamophobie (…) Offenser les croyances religieuses d’autrui peut être perçu comme du harcèlement, de la discrimination voire un crime. Mota Amaral (Rapport sur Les communautés musulmanes européennes face à l’extrémisme, le 27 mars 2008)

A lire d’urgence sur l’excellent site de notre confrère du blog drzz, l’interview de l’historienne britannique Bat Ye’or, qui remet un certain nombre de pendules à l’heure.

Notamment, sur la sorte de retour aux années 30 que nous vivons actuellement, avec sa fausse distinction entre islam et islamisme et ses appels non seulement à la solution finale contre Israël mais contre les valeurs universelles de liberté et de démocratie qui nous sont les plus chères.

Et ce hélas avec la complicité d’une Europe dhimmisée et, s’il est élu (à bon entendeur salut!), un certain Barack Obama

Extraits:

(…) Je crois que Barack Obama ne fera pas une politique isolationniste mais plutôt une politique tiers-mondiste, multilatérale et multiculturelle semblable à celle d’Eurabia et qu’il engagera l’Amérique dans ce même processus de fausse paix obtenue par des concessions et des reniements.

La mutation eurabienne n’est pas hostile aux Juifs seulement. Elle représente la destruction de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés comme fondements de la dignité humaine. Elle s’attaque aux bases de la civilisation judéo-chrétienne érigées sur le rationalisme, l’objectivité de la recherche et de la vérité, le sécularisme, l’égalité des sexes et des droits, la sacralité de la vie et de la liberté, pour nous imposer les normes des sociétés structurées par la chari’a, c’est-à-dire la paix-soumission du jihad et l’apartheid de la dhimmitude. C’est pourquoi cette mutation est combattue vigoureusement par des musulmans qui ont émigré en Occident parce qu’ils ont choisi nos valeurs universalistes. Eux aussi sont menacés par des fatwas, il est scandaleux de devoir assurer leur sécurité par une garde policière parce qu’ils manifestent un droit normal: leur liberté de pensée.

L’eurabisme recourt à des politiques inspirées par le communisme et le fascisme – toujours présents en Europe – et dégurgite la haine nazie et les théories conspirationnistes dont la dernière accuse les Américains d’avoir fomenté les attaques du 11 septembre. Ce canard, à l’origine limité à des milieux marginaux, revient maintenant en boucle dans de grands quotidiens comme pour habituer les gens aux contre-vérités. Le but de ces manipulations d’opinion est de diaboliser l’Amérique pour exonérer les criminels jihadistes et victimiser les musulmans. Comme le dit Doudou Diène, le rapporteur spécial sénégalais au Conseil des Droits de l’homme, ce sont les musulmans qui furent victimes du 11 septembre car ils sont stigmatisés par les mesures de sécurité. Doudou Diène ne voit pas les victimes du jihadisme, les contraintes imposées aux Occidentaux par les terroristes, il ignore les victimes des attentats, les bébés privés de leurs biberons dans les avions, les malades obligés de se séparer de leurs médicaments, les longues heures d’attente aux contrôles sécuritaires, les frais énormes des contribuables européens pour maintenir leur droit naturel à la sécurité mais qui désormais leur est contesté par les islamistes dans le contexte d’un jihad global qui menace n’importe qui n’importe où. C’est la politique du chaos initiée par Arafat contre Israël et qui ravage maintenant ses promoteurs, l’Algérie, l’Irak, le Liban, le Pakistan, l’Afghanistan, la Somalie.

(…) Islam et islamisme …. C’est couper les cheveux en quatre. L’Islam c’est une civilisation qui s’est répandue sur 3 continents depuis treize siècles. Elle se caractérise par une religion fondée sur un livre, le Coran, par une juridiction: la shari’a établie sur le Coran et la Sunna (Traditions du Prophète), et une politique unissant ces deux éléments. Ses manifestations sociales et culturelles se différencient en fonction de la diversité des peuples qu’elle a supplantés et colonisés. Ce que Pipes appelle « islamisme » c’est l’élément jihadiste, les combattants pour la foi, les fedayy présents dès le début de l’islam, chargés de mener des razzias dans les pays infidèles (dar al-harb) pour y semer la terreur, prendre du butin et faire fuir les habitants infidèles afin de faciliter l’expansion de l’islam. Cette stratégie a toujours existé dans le cadre des Etats musulmans, elle jouit d’une légitimité sacrée dans la politique islamique de conquête mondiale. C’est pourquoi l’on n’a pas vu de démonstration monstre ni dans les pays musulmans ni parmi les millions de musulmans émigrés en Europe pour protester contre les attentats aux EU, à Madrid et à Londres. Sur ce thème j’approuve totalement les opinions d’Anne-Marie Delcambre, islamologue chevronnée et à l’érudition impeccable. Je crois qu’il ne faut pas confondre la civilisation islamique établie sur des textes sacrés et les musulmans, population appartenant à divers courants et qu’on ne peut classer dans une seule catégorie immuable.

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Israël 60e: Israël est détruit (How can a 3,000-year-old nation be now celebrating its 60th birthday?)

19 avril, 2008

Merneptah Stele: Proving Israel's 3,200-Year Existence - Watch ...Mesha stele

Tel Dan stele
Israël est détruit, sa semence même n’est plus. Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 Av. JC)
Je me suis réjoui contre lui et contre sa maison. Israël a été ruiné à jamais. Mesha (roi de Moab, Stèle de Mesha, 850 av. J.-C.)
J’ai tué Jéhoram, fils d’Achab roi d’Israël et j’ai tué Ahziahu, fils de Jéoram roi de la Maison de David. Et j’ai changé leurs villes en ruine et leur terre en désert. Hazaël (stèle de Tel Dan, c. 835 av. JC)
Je les planterai dans leur pays et ils ne seront plus arrachés du pays que je leur ai donné, dit L’Éternel, ton Dieu. Amos (9: 15)
Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin. Charles Krauthammer

Comment un peuple annoncé « détruit à jamais » à trois reprises par un pharaon, un roi moabite et un roi syrien au XIIIe puis au IXe siècles AVANT Jésus-Christ peut-il cette année fêter… son 60e anniversaire?

Intéressante question de Steve Feldman et Robert Sklaroff sur le site American Thinker en ce début de Pâque juive et à un mois du 60e anniversaire de la création d’Israël …

Israel at 60 – Give or Take a Few Thousand Years
Steve Feldman and Robert Sklaroff
American Thinker
April 15, 2008

The nation of Israel is about to commemorate its 60th birthday. That’s the official, politically correct, line. But to be truly accurate, a cake celebrating the milestone should have more candles than 60 — thousands more.

While it is most certainly true that David Ben-Gurion stood in Tel Aviv in front of a portrait of Zionist Patriarch Theodor Herzl and proclaimed Israel’s independence from Britain on May 14, 1948, (immediately after which the armies of five Arab nations attacked the Jewish state), this year’s celebration would more accurately be « Israel 3,200 » or perhaps even « Israel 3,400. »

In other words, the popularly promoted notion that Israel was « founded », « created », or « established » just in 1948 to give the Jews a piece of land by the Western powers out of guilt over the Holocaust is not accurate. Israel’s detractors use this claim to try to delegitimize the Middle East’s only true democracy.

After all, Israel has really been in existence since at least 1200 BCE and some experts place the establishment of Israel as the home of the Jewish people as early as 1406 BCE.

It is dutifully recorded in Scripture (Book of Joshua, ArtScroll Edition) that after the Children of Israel had gathered on the eastern bank of the Jordan River, as instructed to do so by G-d, that « When the bearers of the Ark [of the Covenant] arrived at the Jordan and the feet of the Kohanim, the bearers of the Ark, were immersed in the edge of the water – and the Jordan was overflowing its banks all the days of the harvest season – the waters descending from upstream stood still and they rose up in one column … and was cut off; and the people crossed opposite Jericho. … [A]ll Israel crossing on dry land until the entire nation finished crossing the Jordan. » Joshua 3:14-17

Next, G-d commanded Joshua to select 12 men – one from each Israelite tribe — to each gather one stone from amidst the river bed, bring it into the land of Israel and erect a memorial « and these stones shall remain a remembrance for the children of Israel forever. » Joshua 4:7.

Scripture chronicles the date of this miracle: « The people ascended from the Jordan on the tenth of the first month, and encamped at Gilgal at the eastern end of Jericho. » Joshua 4:19.

Nisan is the first month of the Jewish calendar, and this year the 10th of Nisan coincides with April 15 in the Gregorian calendar. [Note: Though Nisan is the first month, the Jewish New Year is marked in a different month.]

The Children of Israel — better known today as the Jewish People — has inhabited the land of Israel continuously ever since, despite a string of wars, conquests and expulsions. There has always been a remnant, as noted in Jerome Verlin’s book Homeland: The Jewish People’s 3,000-Year Presence in Palestine, which cites the works of the top Middle East historians and scholars of all time.

The first Jew to set foot in the Land of Israel was the Patriarch Abraham. He purchased the cave of Machpelah in Hebron from the Hittites (as is recorded in Genesis 23:16) as a place to bury his wife, Sarah. Later Abraham himself and the other Jewish Patriarchs and Matriarchs (except for Rachel) were interred there.

This is the same city of Hebron which the media commonly — and erroneously — refer to as a « Palestinian » [i.e., « Arab »] city. [Other Biblical cities such as Jericho, Shechem (a k a Nabulus) and other areas] are commonly and erroneously referred to as « Palestinian » or « Arab » cities.

Abraham did not permanently establish a Jewish community in the Land of Israel at the time.

There is considerable debate among academics as to precisely when the Hebrews entered the Promised Land to stay — though to be sure it is thousands of years before 1948.

Much of this dispute surrounds a record of early Egyptian history known as « the Merneptah Stele, » an artifact dating to 1209 or 1208 BCE which was discovered in the first court of Merneptah’s mortuary temple at Thebes by Flinders Petrie in 1896. Merneptah was a pharaoh who ruled over Egypt in the late 13th Century BCE.

The stele refers to Israel as a « foreign people » and it is the only ancient Egyptian document generally accepted as mentioning « Isrir » or « Israel. »

Merneptah’s father, Ramesses II, reigned over Egypt during the period when Moses led the exodus of the Jewish People out of Egypt. The Jews then « wandered » in the desert for 40 years before the aforementioned Joshua led them into Canaan/Israel from areas to the east. It was then that the Israelites remained in the Land of Israel (including the areas of Judea and Samaria) and later established Jerusalem as their capital.

Another similar ancient artifact known as The Mesha Stele (also called the Moabite Stone), said to date from the 9th Century BCE, records a victory by Moabite King Mesha over Israel and thus also establishes the fact that Israel existed thousands of years ago.

The government and people of Israel — and their supporters throughout the world — must remove the shackles of political correctness and proudly proclaim a legitimate legacy tied to the land of Israel that goes back more than 3,000 years. As the song goes: « Joshua fought the battle of Jericho and the walls came tumbling down. » It is high time that the fallacy that Israel is only 60 years old be brought down.

An annual celebration on the 10th of Nisan would mark the occasion and help insure that younger generations – which particularly need to be made aware — – never forget the Jewish Peoples’ true birthright to the Land.

Steve Feldman is a journalist and executive director of the Greater Philadelphia District of the Zionist Organization of America. Robert Sklaroff is a member of the Philadelphia ZOA Board and a physician.

stèle de Tel Dan

« Une grande joie est advenue en Égypte et la jubilation monte dans les villes du Pays bien-aimé. Elles parlent des victoires qu’a remportées Mérenptah sur le Tjehenou. Comme il est aimé, le prince victorieux ! Comme il est grand le roi, parmi les dieux ! Comme il est avisé, le maître du commandement !
Oh qu’il est doux de s’asseoir et de bavarder ! Oh ! Pouvoir marcher à grands pas sur le chemin sans qu’il n’y ait plus de crainte dans le cœur des hommes. Les forteresses sont abandonnées, les puits sont rouverts, accessibles désormais aux messagers ; les créneaux du rempart sont tranquilles et c’est seulement le soleil qui éveille les guetteurs. Les gendarmes sont couchés et dorment. Les éclaireurs sont aux champs (marchant) selon leur désir. Le bétail, dans la campagne, est laissé en libre pâture, sans berger, traversant (seul aussi) le flot de la rivière. Plus d’appel, plus de cri dans la nuit : « Halte ! Voyez, quelqu’un vient qui parle la langue d’autres hommes. » On marche en chantant, et l’on n’entend plus de cri de lamentation. Les villes sont habitées de nouveau et celui qui laboure en vue de la moisson, c’est celui qui la mangera.
Rê s’est tourné vers l’Égypte, tandis qu’a été mis au monde, grâce au destin, son protecteur, le roi de Haute et de Basse-Égypte, Baenrê, le fils de Rê, Mérenptah.
Les chefs tombent en disant : Paix ! Pas un seul ne relève la tête parmi les Neuf Arcs.
Défait est le pays des Tjehenou.
Le Hatti est paisible.
Canaan est dépouillé de tout ce qu’il avait de mauvais.
Ascalon est emmené.
Gezer est saisie.
Yenoam devient comme si elle n’avait jamais existé.
Israël est détruit, sa semence même n’est plus.
La Syrie est devenue une veuve pour l’Égypte.
Tous les pays sont unis ; ils sont en paix.
(Chacun de) ceux qui erraient sont maintenant liés par le roi de Haute et Basse Égypte, Baenrê, le fils de Rê, Mérenptah, doué de vie, comme Rê, chaque jour. » Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 Av. JC)

C’est moi, Mesha, fils de Kamosh(gad), roi de Moab, le Dibonite. Mon père a régné trente ans sur Moab et moi, j’ai régné après mon père. J’ai construit ce sanctuaire pour Kamosh de Qerihoh, (sanctuaire) de salut car il m’a sauvé de tous les agresseurs et il m’a fait me réjouir de tous mes ennemis.

Omri fut roi d’Israël et opprima Moab pendant de longs jours, car Kamosh était irrité contre son pays. Son fils lui succéda et lui aussi il dit : « J’opprimerai Moab ». De mes jours, il a parlé (ainsi), mais je me suis réjoui contre lui et contre sa maison. Israël a été ruiné à jamais. Omri s’était emparé du pays de Madaba et (Israël) y demeura pendant son règne et une partie du règne de son fils, à savoir quarante ans : mais de mon temps Kamosh l’a habité.

J’ai bâti Ba’al-Me’on et j’y fis le réservoir, et j’ai construit Qiryatan.

L’homme de Gad demeurait dans le pays d' »Atarot depuis longtemps, et le roi d’Israël avait construit « Atarot pour lui-même. J’attaquai la ville et je la pris. Je tuai tout le peuple de la ville pour réjouir Kamosh et Moab. J’emportai de là l’autel de Dodoh et je le traînai devant la face de Kamosh à Qeriyot où je fis demeurer l’homme de Saron et celui de Maharot.

Et Kamosh me dit : « Va, prends Neboh à Israël ». J’allai de nuit et je l’attaquai depuis le lever du jour jusqu’à midi. Je la pris et je tuai tout, à savoir sept mille hommes et garçons, femmes, filles et concubines parce que je les avais voués à « Ashtar-Kamosh. J’emportai de là les vases de Yahwé et je les traînai devant la face de Kamosh.

Le roi d’Israël avait bâti Yahas et il y demeura lors de sa campagne contre moi. Kamosh le chassa de devant moi. Je pris deux cents hommes de Moab, tous ses chefs, et j’attaquai Yahas et je la pris pour l’annexer à Dibon.

J’ai construit Qerihoh, le mur du parc et celui de l’acropole, j’ai construit ses portes et ses tours. J’ai bâti le palais royal et j’ai fait les murs de revêtement du réservoir pour les eaux, au milieu de la ville. Or, il n’y avait pas de citerne à l’intérieur de la ville, à Qerihoh, et je le dis à tout le peuple : « Faites- vous chacun une citerne dans votre maison ». J’ai fait creuser les fossés (autour) de Qerihoh par les prisonniers d’Israël. J’ai construit Aro’er et j’ai fait la route de l’Arnon. J’ai construit Bet-Bamot, car elle était détruite. J’ai construit Bosor, car elle était en ruine, avec cinquante hommes de Dibon, car tout Dibon m’était soumis.

J’ai régné … cent avec les villes que j’ai ajoutées au pays. J’ai construit … Madaba, Bet-Diblatan et Bet-Ba’al-Me’on. J’ai élevé là …troupeaux du pays.

Et Horonan où demeurait … Et Kamosh me dit : « Descends et combats contre Horonan ». J’allai (et je combattis contre la ville et je la pris ; et) Kamosh y (demeura) sous mon règne … de là … C’est moi qui …

Stèle de Mesha (Wikipedia)

Voir aussi:

At Last, Zion
Charles Krauthammer
The Weekly Standard
May 11, 1998

I. A SMALL NATION

Milan Kundera once defined a small nation as « one whose very existence may be put in question at any moment; a small nation can disappear, and it knows it. »

The United States is not a small nation. Neither is Japan. Or France. These nations may suffer defeats. They may even be occupied. But they cannot disappear. Kundera’s Czechoslovakia could — and once did. Prewar Czechoslovakia is the paradigmatic small nation: a liberal democracy created in the ashes of war by a world determined to let little nations live free; threatened by the covetousness and sheer mass of a rising neighbor; compromised fatally by a West grown weary « of a quarrel in a far-away country between people of whom we know nothing »; left truncated and defenseless, succumbing finally to conquest. When Hitler entered Prague in March 1939, he declared, « Czechoslovakia has ceased to exist. »

Israel too is a small country. This is not to say that extinction is its fate. Only that it can be.

Moreover, in its vulnerability to extinction, Israel is not just any small country. It is the only small country — the only period, period — whose neighbors publicly declare its very existence an affront to law, morality, and religion and make its extinction an explicit, paramount national goal. Nor is the goal merely declarative. Iran, Libya, and Iraq conduct foreign policies designed for the killing of Israelis and the destruction of their state. They choose their allies (Hamas, Hezbollah) and develop their weapons (suicide bombs, poison gas, anthrax, nuclear missiles) accordingly. Countries as far away as Malaysia will not allow a representative of Israel on their soil nor even permit the showing of Schindler’s List lest it engender sympathy for Zion.

Others are more circumspect in their declarations. No longer is the destruction of Israel the unanimous goal of the Arab League, as it was for the thirty years before Camp David. Syria, for example, no longer explicitly enunciates it. Yet Syria would destroy Israel tomorrow if it had the power. (Its current reticence on the subject is largely due to its post-Cold War need for the American connection.)

Even Egypt, first to make peace with Israel and the presumed model for peacemaking, has built a vast U.S.-equipped army that conducts military exercises obviously designed for fighting Israel. Its huge « Badr ’96 » exercises, for example, Egypt’s largest since the 1973 war, featured simulated crossings of the Suez Canal.

And even the PLO, which was forced into ostensible recognition of Israel in the Oslo Agreements of 1993, is still ruled by a national charter that calls in at least fourteen places for Israel’s eradication. The fact that after five years and four specific promises to amend the charter it remains unamended is a sign of how deeply engraved the dream of eradicating Israel remains in the Arab consciousness.

II. THE STAKES

The contemplation of Israel’s disappearance is very difficult for this generation. For fifty years, Israel has been a fixture. Most people cannot remember living in a world without Israel.

Nonetheless, this feeling of permanence has more than once been rudely interrupted — during the first few days of the Yom Kippur War when it seemed as if Israel might be overrun, or those few weeks in May and early June 1967 when Nasser blockaded the Straits of Tiran and marched 100,000 troops into Sinai to drive the Jews into the sea.

Yet Israel’s stunning victory in 1967, its superiority in conventional weaponry, its success in every war in which its existence was at stake, has bred complacency. Some ridicule the very idea of Israel’s impermanence. Israel, wrote one Diaspora intellectual, « is fundamentally indestructible. Yitzhak Rabin knew this. The Arab leaders on Mount Herzl [at Rabin’s funeral] knew this. Only the land-grabbing, trigger-happy saints of the right do not know this. They are animated by the imagination of catastrophe, by the thrill of attending the end. »

Thrill was not exactly the feeling Israelis had when during the Gulf War they entered sealed rooms and donned gas masks to protect themselves from mass death — in a war in which Israel was not even engaged. The feeling was fear, dread, helplessness — old existential Jewish feelings that post- Zionist fashion today deems anachronistic, if not reactionary. But wish does not overthrow reality. The Gulf War reminded even the most wishful that in an age of nerve gas, missiles, and nukes, an age in which no country is completely safe from weapons of mass destruction, Israel with its compact population and tiny area is particularly vulnerable to extinction.

Israel is not on the edge. It is not on the brink. This is not ’48 or ’67 or ’73. But Israel is a small country. It can disappear. And it knows it.

It may seem odd to begin an examination of the meaning of Israel and the future of the Jews by contemplating the end. But it does concentrate the mind. And it underscores the stakes. The stakes could not be higher. It is my contention that on Israel — on its existence and survival — hangs the very existence and survival of the Jewish people. Or, to put the thesis in the negative, that the end of Israel means the end of the Jewish people. They survived destruction and exile at the hands of Babylon in 586 B.C. They survived destruction and exile at the hands of Rome in 70 A.D., and finally in 132 A.D. They cannot survive another destruction and exile. The Third Commonwealth — modern Israel, born just 50 years ago — is the last.

The return to Zion is now the principal drama of Jewish history. What began as an experiment has become the very heart of the Jewish people — its cultural, spiritual, and psychological center, soon to become its demographic center as well. Israel is the hinge. Upon it rest the hopes — the only hope – – for Jewish continuity and survival.

III. THE DYING DIASPORA

In 1950, there were 5 million Jews in the United States. In 1990, the number was a slightly higher 5.5 million. In the intervening decades, overall U.S. population rose 65 percent. The Jews essentially tread water. In fact, in the last half-century Jews have shrunk from 3 percent to 2 percent of the American population. And now they are headed for not just relative but absolute decline. What sustained the Jewish population at its current level was, first, the postwar baby boom, then the influx of 400,000 Jews, mostly from the Soviet Union.

Well, the baby boom is over. And Russian immigration is drying up. There are only so many Jews where they came from. Take away these historical anomalies, and the American Jewish population would be smaller today than today. In fact, it is now headed for catastrophic decline. Steven Bayme, director of Jewish Communal Affairs at the American Jewish Committee, flatly predicts that in twenty years the Jewish population will be down to four million, a loss of nearly 30 percent. In twenty years! Projecting just a few decades further yields an even more chilling future.

How does a community decimate itself in the benign conditions of the United States? Easy: low fertility and endemic intermarriage.

The fertility rate among American Jews is 1.6 children per woman. The replacement rate (the rate required for the population to remain constant) is 2.1. The current rate is thus 20 percent below what is needed for zero growth. Thus fertility rates alone would cause a 20 percent decline in every generation. In three generations, the population would be cut in half.

The low birth rate does not stem from some peculiar aversion of Jewish women to children. It is merely a striking case of the well-known and universal phenomenon of birth rates declining with rising education and socio- economic class. Educated, successful working women tend to marry late and have fewer babies.

Add now a second factor, intermarriage. In the United States today more Jews marry Christians than marry Jews. The intermarriage rate is 52 percent. (A more conservative calculation yields 47 percent; the demographic effect is basically the same.) In 1970, the rate was 8 percent.

Most important for Jewish continuity, however, is the ultimate identity of the children born to these marriages. Only about one in four is raised Jewish. Thus two-thirds of Jewish marriages are producing children three-quarters of whom are lost to the Jewish people. Intermarriage rates alone would cause a 25 percent decline in population in every generation. (Math available upon request.) In two generations, half the Jews would disappear.

Now combine the effects of fertility and intermarriage and make the overly optimistic assumption that every child raised Jewish will grow up to retain his Jewish identity (i.e., a zero dropout rate). You can start with 100 American Jews; you end up with 60. In one generation, more than a third have disappeared. In just two generations, two out of every three will vanish.

One can reach this same conclusion by a different route (bypassing the intermarriage rates entirely). A Los Angeles Times poll of American Jews conducted in March 1998 asked a simple question: Are you raising your children as Jews? Only 70 percent said yes. A population in which the biological replacement rate is 80 percent and the cultural replacement rate is 70 percent is headed for extinction. By this calculation, every 100 Jews are raising 56 Jewish children. In just two generations, 7 out of every 10 Jews will vanish.

The demographic trends in the rest of the Diaspora are equally unencouraging. In Western Europe, fertility and intermarriage rates mirror those of the United States. Take Britain. Over the last generation, British Jewry has acted as a kind of controlled experiment: a Diaspora community living in an open society, but, unlike that in the United States, not artificially sustained by immigration. What happened? Over the last quarter- century, the number of British Jews declined by over 25 percent.

Over the same interval, France’s Jewish population declined only slightly. The reason for this relative stability, however, is a one-time factor: the influx of North African Jewry. That influx is over. In France today only a minority of Jews between the ages of twenty and forty-four live in a conventional family with two Jewish parents. France, too, will go the way of the rest.

« The dissolution of European Jewry, » observes Bernard Wasserstein in Vanishing Diaspora: The Jews in Europe since 1945, « is not situated at some point in the hypothetical future. The process is taking place before our eyes and is already far advanced. » Under present trends, « the number of Jews in Europe by the year 2000 would then be not much more than one million — the lowest figure since the last Middle Ages. »

In 1990, there were eight million.

The story elsewhere is even more dispiriting. The rest of what was once the Diaspora is now either a museum or a graveyard. Eastern Europe has been effectively emptied of its Jews. In 1939, Poland had 3.2 million Jews. Today it is home to 3,500. The story is much the same in the other capitals of Eastern Europe.

The Islamic world, cradle to the great Sephardic Jewish tradition and home to one-third of world Jewry three centuries ago, is now practically Judenrein. Not a single country in the Islamic world is home to more than 20,000 Jews. After Turkey with 19,000 and Iran with 14,000, the country with the largest Jewish community in the entire Islamic world is Morocco with 6, 100. There are more Jews in Omaha, Nebraska.

These communities do not figure in projections. There is nothing to project. They are fit subjects not for counting but for remembering. Their very sound has vanished. Yiddish and Ladino, the distinctive languages of the European and Sephardic Diasporas, like the communities that invented them, are nearly extinct.

IV. THE DYNAMICS OF ASSIMILATION

Is it not risky to assume that current trends will continue? No. Nothing will revive the Jewish communities of Eastern Europe and the Islamic world. And nothing will stop the rapid decline by assimilation of Western Jewry. On the contrary. Projecting current trends — assuming, as I have done, that rates remain constant — is rather conservative: It is risky to assume that assimilation will not accelerate. There is nothing on the horizon to reverse the integration of Jews into Western culture. The attraction of Jews to the larger culture and the level of acceptance of Jews by the larger culture are historically unprecedented. If anything, the trends augur an intensification of assimilation.

It stands to reason. As each generation becomes progressively more assimilated, the ties to tradition grow weaker (as measured, for example, by synagogue attendance and number of children receiving some kind of Jewish education). This dilution of identity, in turn, leads to a greater tendency to intermarriage and assimilation. Why not? What, after all, are they giving up? The circle is complete and self-reinforcing.

Consider two cultural artifacts. With the birth of television a half- century ago, Jewish life in America was represented by The Goldbergs: urban Jews, decidedly ethnic, heavily accented, socially distinct. Forty years later The Goldbergs begat Seinfeld, the most popular entertainment in America today. The Seinfeld character is nominally Jewish. He might cite his Jewish identity on occasion without apology or self- consciousness — but, even more important, without consequence. It has not the slightest influence on any aspect of his life.

Assimilation of this sort is not entirely unprecedented. In some ways, it parallels the pattern in Western Europe after the emancipation of the Jews in the late 18th and 19th centuries. The French Revolution marks the turning point in the granting of civil rights to Jews. As they began to emerge from the ghetto, at first they found resistance to their integration and advancement. They were still excluded from the professions, higher education, and much of society. But as these barriers began gradually to erode and Jews advanced socially, Jews began a remarkable embrace of European culture and, for many, Christianity. In A History of Zionism, Walter Laqueur notes the view of Gabriel Riesser, an eloquent and courageous mid-19th-century advocate of emancipation, that a Jew who preferred the non-existent state and nation of Israel to Germany should be put under police protection not because he was dangerous but because he was obviously insane.

Moses Mendelssohn (1729-1786) was a harbinger. Cultured, cosmopolitan, though firmly Jewish, he was the quintessence of early emancipation. Yet his story became emblematic of the rapid historical progression from emancipation to assimilation: Four of his six children and eight of his nine grandchildren were baptized.

In that more religious, more Christian age, assimilation took the form of baptism, what Henrich Heine called the admission ticket to European society. In the far more secular late-20th century, assimilation merely means giving up the quaint name, the rituals, and the other accouterments and identifiers of one’s Jewish past. Assimilation today is totally passive. Indeed, apart from the trip to the county courthouse to transform, say, (shmattes by) Ralph Lifshitz into (Polo by) Ralph Lauren, it is marked by an absence of actions rather than the active embrace of some other faith. Unlike Mendelssohn’s children, Seinfeld required no baptism.

We now know, of course, that in Europe, emancipation through assimilation proved a cruel hoax. The rise of anti-Semitism, particularly late-19th- century racial anti-Semitism culminating in Nazism, disabused Jews of the notion that assimilation provided escape from the liabilities and dangers of being Jewish. The saga of the family of Madeleine Albright is emblematic. Of her four Jewish grandparents — highly assimilated, with children some of whom actually converted and erased their Jewish past — three went to their deaths in Nazi concentration camps as Jews.

Nonetheless, the American context is different. There is no American history of anti-Semitism remotely resembling Europe’s. The American tradition of tolerance goes back 200 years to the very founding of the country. Washington’s letter to the synagogue in Newport pledges not tolerance — tolerance bespeaks non-persecution bestowed as a favor by the dominant upon the deviant — but equality. It finds no parallel in the history of Europe. In such a country, assimilation seems a reasonable solution to one’s Jewish problem. One could do worse than merge one’s destiny with that of a great and humane nation dedicated to the proposition of human dignity and equality.

Nonetheless, while assimilation may be a solution for individual Jews, it clearly is a disaster for Jews as a collective with a memory, a language, a tradition, a liturgy, a history, a faith, a patrimony that will all perish as a result.

Whatever value one might assign to assimilation, one cannot deny its reality. The trends, demographic and cultural, are stark. Not just in the long-lost outlands of the Diaspora, not just in its erstwhile European center, but even in its new American heartland, the future will be one of diminution, decline, and virtual disappearance. This will not occur overnight. But it will occur soon — in but two or three generations, a time not much further removed from ours today than the founding of Israel fifty years ago.

V. ISRAELI EXCEPTIONALISM

Israel is different. In Israel the great temptation of modernity — assimilation — simply does not exist. Israel is the very embodiment of Jewish continuity: It is the only nation on earth that inhabits the same land, bears the same name, speaks the same language, and worships the same God that it did 3,000 years ago. You dig the soil and you find pottery from Davidic times, coins from Bar Kokhba, and 2,000-year-old scrolls written in a script remarkably like the one that today advertises ice cream at the corner candy store.

Because most Israelis are secular, however, some ultra-religious Jews dispute Israel’s claim to carry on an authentically Jewish history. So do some secular Jews. A French critic (sociologist Georges Friedmann) once called Israelis « Hebrew-speaking gentiles. » In fact, there was once a fashion among a group of militantly secular Israeli intellectuals to call themselves  » Canaanites, » i.e., people rooted in the land but entirely denying the religious tradition from which they came.

Well then, call these people what you will. « Jews, » after all, is a relatively recent name for this people. They started out as Hebrews, then became Israelites. « Jew » (derived from the Kingdom of Judah, one of the two successor states to the Davidic and Solomonic Kingdom of Israel) is the post- exilic term for Israelite. It is a latecomer to history.

What to call the Israeli who does not observe the dietary laws, has no use for the synagogue, and regards the Sabbath as the day for a drive to the beach — a fair description, by the way, of most of the prime ministers of Israel? It does not matter. Plant a Jewish people in a country that comes to a standstill on Yom Kippur; speaks the language of the Bible; moves to the rhythms of the Hebrew (lunar) calendar; builds cities with the stones of its ancestors; produces Hebrew poetry and literature, Jewish scholarship and learning unmatched anywhere in the world — and you have continuity.

Israelis could use a new name. Perhaps we will one day relegate the word Jew to the 2,000-year exilic experience and once again call these people Hebrews. The term has a nice historical echo, being the name by which Joseph and Jonah answered the question: « Who are you? »

In the cultural milieu of modern Israel, assimilation is hardly the problem. Of course Israelis eat McDonald’s and watch Dallas reruns. But so do Russians and Chinese and Danes. To say that there are heavy Western (read: American) influences on Israeli culture is to say nothing more than that Israel is as subject to the pressures of globalization as any other country. But that hardly denies its cultural distinctiveness, a fact testified to by the great difficulty immigrants have in adapting to Israel.

In the Israeli context, assimilation means the reattachment of Russian and Romanian, Uzbeki and Iraqi, Algerian and Argentinian Jews to a distinctively Hebraic culture. It means the exact opposite of what it means in the Diaspora: It means giving up alien languages, customs, and traditions. It means giving up Christmas and Easter for Hanukkah and Passover. It means giving up ancestral memories of the steppes and the pampas and the savannas of the world for Galilean hills and Jerusalem stone and Dead Sea desolation. That is what these new Israelis learn. That is what is transmitted to their children. That is why their survival as Jews is secure. Does anyone doubt that the near- million Soviet immigrants to Israel would have been largely lost to the Jewish people had they remained in Russia — and that now they will not be lost?

Some object to the idea of Israel as carrier of Jewish continuity because of the myriad splits and fractures among Israelis: Orthodox versus secular, Ashkenazi versus Sephardi, Russian versus sabra, and so on. Israel is now engaged in bitter debates over the legitimacy of conservative and reform Judaism and the encroachment of Orthodoxy upon the civic and social life of the country.

So what’s new? Israel is simply recapitulating the Jewish norm. There are equally serious divisions in the Diaspora, as there were within the last Jewish Commonwealth: « Before the ascendancy of the Pharisees and the emergence of Rabbinic orthodoxy after the fall of the Second Temple, » writes Harvard Near East scholar Frank Cross, « Judaism was more complex and variegated than we had supposed. » The Dead Sea Scrolls, explains Hershel Shanks, « emphasize a hitherto unappreciated variety in Judaism of the late Second Temple period, so much so that scholars often speak not simply of Judaism but of Judaisms. »

The Second Commonwealth was a riot of Jewish sectarianism: Pharisees, Sadducees, Essenes, apocalyptics of every stripe, sects now lost to history, to say nothing of the early Christians. Those concerned about the secular- religious tensions in Israel might contemplate the centuries-long struggle between Hellenizers and traditionalists during the Second Commonwealth. The Maccabean revolt of 167-4 B.C., now celebrated as Hanukkah, was, among other things, a religious civil war among Jews.

Yes, it is unlikely that Israel will produce a single Jewish identity. But that is unnecessary. The relative monolith of Rabbinic Judaism in the Middle Ages is the exception. Fracture and division is a fact of life during the modern era, as during the First and Second Commonwealths. Indeed, during the period of the First Temple, the people of Israel were actually split into two often warring states. The current divisions within Israel pale in comparison.

Whatever identity or identities are ultimately adopted by Israelis, the fact remains that for them the central problem of Diaspora Jewry — suicide by assimilation — simply does not exist. Blessed with this security of identity, Israel is growing. As a result, Israel is not just the cultural center of the Jewish world, it is rapidly becoming its demographic center as well. The relatively high birth rate yields a natural increase in population. Add a steady net rate of immigration (nearly a million since the late 1980s), and Israel’s numbers rise inexorably even as the Diaspora declines.

Within a decade Israel will pass the United States as the most populous Jewish community on the globe. Within our lifetime a majority of the world’s Jews will be living in Israel. That has not happened since well before Christ.

A century ago, Europe was the center of Jewish life. More than 80 percent of world Jewry lived there. The Second World War destroyed European Jewry and dispersed the survivors to the New World (mainly the United States) and to Israel. Today, 80 percent of world Jewry lives either in the United States or in Israel. Today we have a bipolar Jewish universe with two centers of gravity of approximately equal size. It is a transitional stage, however. One star is gradually dimming, the other brightening.

Soon an inevitably the cosmology of the Jewish people will have been transformed again, turned into a single-star system with a dwindling Diaspora orbiting around. It will be a return to the ancient norm: The Jewish people will be centered — not just spiritually but physically — in their ancient homeland.

VI. THE END OF DISPERSION

The consequences of this transformation are enormous. Israel’s centrality is more than just a question of demography. It represents a bold and dangerous new strategy for Jewish survival.

For two millennia, the Jewish people survived by means of dispersion and isolation. Following the first exile in 586 B.C. and the second exile in 70 A. D. and 132 A.D., Jews spread first throughout Mesopotamia and the Mediterranean Basin, then to northern and eastern Europe and eventually west to the New World, with communities in practically every corner of the earth, even unto India and China.

Throughout this time, the Jewish people survived the immense pressures of persecution, massacre, and forced conversion not just by faith and courage, but by geographic dispersion. Decimated here, they would survive there. The thousands of Jewish villages and towns spread across the face of Europe, the Islamic world, and the New World provided a kind of demographic insurance. However many Jews were massacred in the First Crusade along the Rhine, however many villages were destroyed in the 1648-1649 pogroms in Ukraine, there were always thousands of others spread around the globe to carry on.

This dispersion made for weakness and vulnerability for individual Jewish communities. Paradoxically, however, it made for endurance and strength for the Jewish people as a whole. No tyrant could amass enough power to threaten Jewish survival everywhere.

Until Hitler. The Nazis managed to destroy most everything Jewish from the Pyrenees to the gates of Stalingrad, an entire civilization a thousand years old. There were nine million Jews in Europe when Hitler came to power. He killed two-thirds of them. Fifty years later, the Jews have yet to recover. There were sixteen million Jews in the world in 1939. Today, there are thirteen million.

The effect of the Holocaust was not just demographic, however. It was psychological, indeed ideological, as well. It demonstrated once and for all the catastrophic danger of powerlessness. The solution was self-defense, and that meant a demographic reconcentration in a place endowed with sovereignty, statehood, and arms.

Before World War II there was great debate in the Jewish world over Zionism. Reform Judaism, for example, was for decades anti-Zionist. The Holocaust resolved that debate. Except for those at the extremes — the ultra-Orthodox right and far left — Zionism became the accepted solution to Jewish powerlessness and vulnerability. Amid the ruins, Jews made a collective decision that their future lay in self-defense and territoriality, in the ingathering of the exiles to a place where they could finally acquire the means to defend themselves.

It was the right decision, the only possible decision. But oh so perilous. What a choice of place to make one’s final stand: a dot on the map, a tiny patch of near-desert, a thin ribbon of Jewish habitation behind the flimsiest of natural barriers (which the world demands that Israel relinquish). One determined tank thrust can tear it in half. One small battery of nuclear- tipped Scuds can obliterate it entirely.

To destroy the Jewish people, Hitler needed to conquer the world. All that is needed today is to conquer a territory smaller than Vermont. The terrible irony is that in solving the problem of powerlessness, the Jews have necessarily put all their eggs in one basket, a small basket hard by the waters of the Mediterranean. And on its fate hinges everything Jewish.

VII. THINKING THE UNTHINKABLE

What if the Third Jewish Commonwealth meets the fate of the first two? The scenario is not that far-fetched: A Palestinian state is born, arms itself, concludes alliances with, say, Iraq and Syria. War breaks out between Palestine and Israel (over borders or water or terrorism). Syria and Iraq attack from without. Egypt and Saudi Arabia join the battle. The home front comes under guerilla attack from Palestine. Chemical and biological weapons rain down from Syria, Iraq, and Iran. Israel is overrun.

Why is this the end? Can the Jewish people not survive as they did when their homeland was destroyed and their political independence extinguished twice before? Why not a new exile, a new Diaspora, a new cycle of Jewish history?

First, because the cultural conditions of exile would be vastly different. The first exiles occurred at a time when identity was nearly coterminous with religion. An expulsion two millennia later into a secularized world affords no footing for a reestablished Jewish identity.

But more important: Why retain such an identity? Beyond the dislocation would be the sheer demoralization. Such an event would simply break the spirit. No people could survive it. Not even the Jews. This is a people that miraculously survived two previous destructions and two millennia of persecution in the hope of ultimate return and restoration. Israel is that hope. To see it destroyed, to have Isaiahs and Jeremiahs lamenting the widows of Zion once again amid the ruins of Jerusalem is more than one people could bear.

Particularly coming after the Holocaust, the worst calamity in Jewish history. To have survived it is miracle enough. Then to survive the destruction of that which arose to redeem it — the new Jewish state — is to attribute to Jewish nationhood and survival supernatural power.

Some Jews and some scattered communities would, of course, survive. The most devout, already a minority, would carry on — as an exotic tribe, a picturesque Amish-like anachronism, a dispersed and pitied remnant of a remnant. But the Jews as a people would have retired from history.

We assume that Jewish history is cyclical: Babylonian exile in 586 B.C., followed by return in 538 B.C. Roman exile in 135 A.D., followed by return, somewhat delayed, in 1948. We forget a linear part of Jewish history: There was one other destruction, a century and a half before the fall of the First Temple. It went unrepaired. In 722 B.C., the Assyrians conquered the other, larger Jewish state, the northern kingdom of Israel. (Judah, from which modern Jews are descended, was the southern kingdom.) This is the Israel of the Ten Tribes, exiled and lost forever.

So enduring is their mystery that when Lewis and Clark set off on their expedition, one of the many questions prepared for them by Dr. Benjamin Rush at Jefferson’s behest was this: « What Affinity between their [the Indians’] religious Ceremonies & those of the Jews? » « Jefferson and Lewis had talked at length about these tribes, » explains Stephen Ambrose. « They speculated that the lost tribes of Israel could be out there on the Plains. »

Alas, not. The Ten Tribes had melted away into history. As such, they represent the historical norm. Every other people so conquered and exiled has in time disappeared. Only the Jews defied the norm. Twice. But never, I fear, again.


Education: Un système éducatif français éternellement condamné au syndrome du lemming? (Are France’s students like lemmings striking over the right to a steeper cliff?)

18 avril, 2008
Lemming syndromeLa plupart des décideurs politiques et économiques ne sont pas passés par l’université et n’y envoient pas leurs enfants, qui fréquentent comme eux les classes préparatoires et les grandes écoles, alors que le lycée concerne tout le monde. Ils ne sont pas intéressés par l’université, même si l’on prend conscience maintenant des inconvénients d’un vivier trop restreint des élites. Jean-Richard Cytermann (Inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche)
1. Pays-Bas 2. Finlande 3. Royaume-Uni 4. Etats-Unis 5. Canada 6. Australie 7. Irlande 8. France 9. Suède 10. Italie 11. Allemagne 12. Belgique 13. Autriche. Global Higher Education rankings 2005 (Classement d’accessibilité aux études supérieures, 2005)
Un aspect important du débat sur la démocratisation de l’enseignement porte sur l’évolution temporelle – réduction, maintien ou accentuation – des écarts d’accès aux diplômes entre individus originaires des différents groupes sociaux. Les deux conclusions suivantes sont valides. D’une part, évaluées sur toute la population, les inégalités d’accès aux diplômes selon l’origine sociale ont diminué entre des générations espacées d’une cinquantaine d’années. D’autre part, en raisonnant sur les seuls diplômés du baccalauréat (ou équivalent), les inégalités d’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur, en fonction de l’origine sociale, ont augmenté entre les mêmes générations. Le paradoxe n’est qu’apparent. Marion Selz, Louis-André Vallet
Il n’est pas possible de se désintéresser de ce que coûte l’éducation à la nation et de ce qu’elle obtient en contrepartie des dépenses auxquelles elle consent. Or le problème de la dette concerne avant tout les lycéens, ceux qui sont aujourd’hui dans la rue. Personne ne peut affirmer que le système n’est pas généreux, puisque le budget de l’Education nationale a doublé en vingt ans! Xavier Darcos

Véritables rituels contestataires (une manifestation tous les 13 mois depuis une vingtaine d’années), y compris d’ailleurs sur des sujets contradictoires (contre les travaux pratiques encadrés d’Allègre puis contre leur suppression par Fillon quelques années plus tard), « cycle infernal décision-manifestation-abandon » …

A l’instar d’improbables lemmings en grève pour des falaises toujours plus hautes, les élèves et étudiants français seraient-il éternellement condamnés à ces poussées régulières de comportements suicidaires?

Ainsi, c’est au moment-même où la paupérisation de leurs universités était la plus éclatante (notamment dans les classements internationaux) et où un nouveau gouvernement avait l’air décidé à les revaloriser, que nos étudiants ont repris à la rentrée dernière leurs refus de toute sélection ou augmentation des droits d’entrée, seules à même d’éviter la sélection autrement sauvage et cachée qui conduit à l’abandon ou à l’échec de quasiment un étudiant sur deux pendant les deux premières années.

De même, comme le rappelle Xavier Darcos, c’est quand la logique des moyens (qui depuis une vingtaine d’années a fait de nos lycées – écoles préparatoires et grandes écoles exceptées – la partie la plus « favorisée » de notre système scolaire) vient de démontrer sa totale inefficacité puisqu’elle n’a modifié en rien la relative médiocrité de nos résultats dans les comparaisons internationales que nos lycéens choisissent de descendre dans la rue.

Contestant ainsi non seulement des aménagements d’effectifs déjà bien insuffisants (à peine 0,7% de réductions de postes de professeurs – eux-mêmes largement sous-payés, notamment en début de carrière) mais condamnant à terme toute réforme du système là où, on l’a vu, il en a le plus besoin, à savoir les universités et donc leurs propres chances futures d’en sortir dans les meilleures conditions.

Résultats des courses: pendant que des lycéens toujours plus coûteux ploient, au nom du principe sacro-saint du maintien à tout prix des postes de leurs enseignants (mais aussi la multiplication de personnels de soutien spécialisé non enseignants: documentation, surveillance, orientation), sous des volumes d’heures – dès 3 ans en primaire contre 7 ans ailleurs ! – et un nombre de matières et d’options toujours plus élevé (jusqu’à 59 langues vivantes et régionales dont le bambara, le tamoul ou le malgache, le persan, l’arménien, le laotien ou le peule mais aussi surf, escalade, rugby, planche à voile, danse contemporaine ou « arts du cirque » pour des effectifs de plus en plus restreints!), la réelle démocratisation de l’éducation de ces 50 dernières années aux niveaux inférieurs du système (primaire et secondaire) se voit maintenant menacée, au nom du refus de toute sélection, à un niveau supérieur toujours plus inégal.

Permettant notamment à 4% des effectifs (prépas et grandes écoles) de truster 30% des ressources (pour un coût par élève 10 fois plus élevé… jusqu’à la rémunération des élèves, pourtant non majoritairement défavorisés, pour les plus prestigieuses: ENS, ENA, Polytechnique!) alors que des universités toujours plus surchargées et paupérisées (et refusant de plus aussi bien les parrainages privés que la tradition anglo-saxonne des dons et du mécénat des anciens élèves) relâchent dans la nature des étudiants sans diplômes ou aux diplômes dévalués.

Au point qu’en tenant compte de l’ensemble des facteurs (redistributivité des dispositifs fiscaux et sociaux: taux des bourses et prêts d’honneur, possibilité de travail sur place, etc.), une étude internationae attribuait ainsi à notre pays en 2005 la 9e place pour l’accessibilité des études supérieures, derrière (tenez-vous bien !) aux 3e et 4e places… les Etats-Unis et la Grande-Bretagne!

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« Les Parisiens sous l’Occupation »: La troublante beauté de la puissance (Troubling new pictures of occupied Gai Paris)

17 avril, 2008
Occupied ParisC’était le style particulier du fascisme et du national-socialisme qui m’avait séduit, tout d’abord, plutôt que tel ou tel aspect de leurs doctrines sociales ou économiques […]. J’avais constaté que la puissance et la beauté sont deux phénomènes inséparables et que les grandes époques politiques coïncident invariablement avec les grandes époques de l’art. Jacques Benoist-Méchin (Historien et ministre)
Le régime national-socialiste répondant le mieux aux besoins réels et aux aspirations intellectuelles de l’Européen moderne, il faut inculquer aux peuples vaincus la croyance de la supériorité de ce régime, tout en les détournant de leurs propres gouvernements, coupables de l’avoir combattu. Ce résultat doit être obtenu par tous les moyens : persuasion, coercition, corruption, etc. Gérard Walter
La France vaincue aurait pu en rester aux relations conflictuelles classiques entre occupants et occupés. Mais le Führer permit à la France – cas unique dans l’Europe occupée – de garder un gouvernement sous tutelle mais théoriquement souverain, l’Etat français, installé à Vichy. Mieux, pour rallier une partie des élites, il autorisa en zone occupée – et nulle part ailleurs en Europe – l’existence de mouvements, il est vrai surveillés par son ambassadeur Otto Abetz. Déat constatait: «Les Allemands font du jardinage politique pour voir si quelque chose va pousser.» De son côté, Pétain, au lieu d’adopter un profil bas vis-à-vis du vainqueur, en choisissant la collaboration politique, jouait la carte du vainqueur probable et surtout ménageait sa neutralité bienveillante pour mettre en œuvre sa «Révolution nationale». Jean-Pierre Azéma

Après l’exposition au Musée d’Art moderne l’an dernier sur la Léna Riefenstahl soviétique, le chantre de l’extermination par le travail du tiers des quelque 140 000 prisonniers du goulag (via le percement en 1931-1933 du tristement fameux Canal de la mer Blanche à la Baltique), le photographe avant-gardiste Alexandre Rodtchenko

Voici, à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et au même moment qu’une nouvelle sortie complaisante de l’auteur franco-américain des « Bienveillantes » sur le Volksführer de Wallonie Léon Degrelle, « L’Occupation tranquille » du photographe français de la Propaganda-Staffel André Zucca (“Les Parisiens sous l’Occupation”)

Troublante démonstration de la fascination que, comme le rappellent L’Express ou La Croix, les vainqueurs de juin 40 avaient exercée sur les exaltés, affairistes et fêtards d’une certaine « France allemande » (quasi-érotique pour nombre de jeunes filles en fleur ou cinéastes et littérateurs à la Cocteau ou à la Genet) …

Les derniers secrets de l’Occupation
L’EXPRESS
16/04/2008

Il fut un peu le Doisneau des années sombres, le Cartier-Bresson de l’Occupation. Armé d’un Leica et d’une pellicule couleur fournie par ses employeurs nazis du magazine Signal, le Français André Zucca a mitraillé sans relâche les rues de Paris entre 1941 et 1944. Un Paris plein d’élégantes à semelles de bois et de reîtres en goguette, d’affiches de films avec Edwige Feuillère et de publicités pour la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF). Exposés aujourd’hui à Paris, ses clichés suscitent malaise et polémique. Peut-être parce qu’ils auraient mérité d’être présentés avec plus de pincettes. Mais surtout parce qu’ils nous confrontent à une capitale ensoleillée, aux terrasses bondées, où les bourreaux vert-de-gris semblent faire partie d’un paysage à la Prévert. Que ce «gai Paris» ait coexisté avec les rafles et les fusillés du mont Valérien est l’un des derniers tabous de notre mémoire collective. La France occupée a fait surgir une noire élite qui s’est grisée de son éphémère triomphe. C’est ce que rappelle un essai dérangeant signé Patrick Buisson dont L’Express publie des extraits. Son auteur y lève le voile sur la fascination quasi érotique envers les vainqueurs, sur fond de bacchanale interlope.

Enfoncée dans le déni et la honte, la France, après la guerre, aurait même stipendié Klaus Barbie, d’après les nouvelles révélations du général Aussaresses. Décidément, cette «France allemande» qui n’a dansé que quelques étés n’a pas fini de dégorger ses secrets. Ni, d’un siècle à l’autre, de se rappeler à notre bonne conscience…

Voir aussi:

L’ambiguïté des images de Paris sous l’Occupation
La Croix
07-04-2008

André Zucca, payé par les nazis, renvoie de la capitale une image déconcertante qui gomme le tragique de la situation

Une promenade presque sereine et en couleurs à travers le Paris occupé. C’est ce que semble proposer, jusqu’au 1er juillet 2008, la Bibliothèque historique de Paris avec les 250 clichés troublants d’un reporter de la revue nazie Signal.

André Zucca (1897-1973), après avoir été correspondant de guerre au côté de Joseph Kessel pour Paris-Soir, est réquisitionné par le magazine de propagande jusqu’à l’été 1944. Aucun cliché du photographe ne sera cependant publié, la revue préférant les scènes de guerre aux balades urbaines. Le poste d’André Zucca lui permet de profiter de la technologie allemande. Il est le seul Français à disposer de pellicules Agfacolor et offre des images couleur de Paris occupé.

Images de scènes oisives
Le spectateur suit pas à pas les déambulations du photographe à travers les rues aisées, du quartier de la Concorde aux quartiers populaires de Belleville. André Zucca ne s’arrête pas sur le rationnement et les queues interminables. Avec lui, Paris est heureux, s’amuse. Il photographie la mode, gros plans sur les semelles compensées des promeneuses, les loisirs, les sorties bondées des salles de cinéma.

Les animations festives n’ont pas disparu et ces images de scènes oisives dérangent, dévoilant un aspect inattendu de l’Occupation. L’historien Jean-Pierre Azéma rappelle que Joseph Goebbels ordonna aux fonctionnaires de la « Propaganda Staffel » de relancer « à tout prix » l’animation de la ville (1). Mais cela suffit-il à expliquer les thèmes choisis par André Zucca ?

Le photographe ne s’arrête pas à ce Paris flâneur mais dessine une œuvre propagandiste. Les drapeaux nazis, d’un rouge éclatant, flottent sur une profonde rue de Rivoli, quasiment vide. Dans le Marais, une femme marche le regard hagard et, au second plan, un homme barbu porte une étoile jaune…

Personnage ambivalent
La couleur rehausse le caractère tragique du personnage. André Zucca, qui n’utilisait pas de zoom mais se rapprochait de ses sujets, capte ce détail. Mais cette photographie n’est qu’une exception, seulement deux clichés de l’auteur représentant des juifs sont connus.

Une autre image montre un père de famille, accompagné de ses deux filles, tirant une charrette à la force de ses bras où s’entassent les vêtements et meubles qu’il a pu sauver. L’image n’a pas été prise au hasard : cet homme a subi le bombardement des Alliés, le 19 avril 1944. Plus ambiguë encore, cette photographie des Halles où des personnes âgées, habillées de noir, fouillent les poubelles.

Le personnage ambivalent d’André Zucca déconcerte. Jean Baronnet, commissaire de l’exposition, prend sa défense et soutient qu’« à la différence d’un Robert Capa, il n’appartenait à aucun cercle politique ». Le photographe serait plutôt un individualiste forcené. Arrêté début octobre, inculpé de collaboration avec l’ennemi, il sera libéré grâce à l’intervention d’un adjoint du général de Lattre de Tassigny.

Il s’est ensuite caché du côté de Dreux, où il ouvrira une boutique de photographie, sous un pseudonyme. Le passé d’André Zucca n’enlève cependant rien à son talent. Ses clichés demeurent un témoignage impressionnant, mais un témoignage bien incomplet.

Jean-Baptiste MOUTTET

À la Bibliothèque historique de la ville de Paris jusqu’au 1er juillet 2008.
Rens. : 01.44.59.29.60.

(1) Les Parisiens sous l’Occupation, Jean Baronnet, Gallimard, 175 p., 35 €.


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