« Zoos humains »: Arte invente la théorie du complot pour tous (It’s domination and racism, stupid ! – From commercial ethnological to colonial and missionary exhibitions, looking back at the very problematic indiscriminate use of the concept of the “human zoo”)

30 septembre, 2018

bal negre

Poster of an ethnological exposition in 1885 (picture-alliance/akg-images)

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Theodor Wonja Michael's parents (Familie Michael)

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Jésus (Matthieu 23: 29-31)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne
Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. (…) Peut-être cette sympathie fondamentale, indispensable pour le sérieux même du travail de l’ethnographe, celui-ci n’a-t-il aucun mal à l’acquérir. Il souffre plutôt d’un défaut symétrique de l’hostilité vulgaire que je relevais il y a un instant. Dès le début, Hérodote n’est pas avare d’éloges pour les Scythes, ni Tacite pour les Germains, dont il oppose complaisamment les vertus à la corruption impériale. Quoique évoque du Chiapas, Las Casas me semble plus occupé à défendre les Indiens qu’à les convertir. Il compare leur civilisation avec celle de l’antiquité gréco-latine et lui donne l’avantage. Les idoles, selon lui, résultent de l’obligation de recourir à des symboles communs à tous les fidèles. Quant aux sacrifices humains, explique-t-il, il ne convient pas de s’y opposer par la force, car ils témoignent de la grande et sincère piété des Mexicains qui, dans l’ignorance où ils se trouvent de la crucifixion du Sauveur, sont bien obligés de lui inventer un équivalent qui n’en soit pas indigne. Je ne pense pas que l’esprit missionnaire explique entièrement un parti-pris de compréhension, que rien ne rebute. La croyance au bon sauvage est peut-être congénitale de l’ethnologie. (…) Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béate d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants. (…) Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent. (…) Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès. Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres. Roger Caillois (1974)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
La tendance à légiférer sur le passé (…) est née des procédures lancées, dans les années 1970, contre d’anciens nazis et collaborateurs ayant participé à l’extermination des juifs. Celles-ci utilisaient pour la première fois l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, votée en 1964. Elles devaient aboutir aux procès Barbie, Touvier et Papon. (…) L’innovation juridique des « procès pour la mémoire » se justifiait, certes, par l’importance et la singularité du génocide des juifs, dont la signification n’est apparue que deux générations plus tard. Elle exprimait cependant un changement radical dans la place que nos sociétés assignent à l’histoire, dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Ces procès ont soulevé la question de savoir si, un demi-siècle après, les juges étaient toujours « contemporains » des faits incriminés. Ils ont montré à quel point la culture de la mémoire avait pris le pas, non seulement sur les politiques de l’oubli qui émergent après une guerre ou une guerre civile, afin de permettre une reconstruction, mais aussi sur la connaissance historique elle-même. L’illusion est ici de croire que la « mémoire » fabrique de l’identité sociale, qu’elle donne accès à la connaissance. Comment peut-on se souvenir de ce que l’on ignore, les historiens ayant précisément pour fonction, non de « remémorer » des faits, des acteurs, des processus du passé, mais bien de les établir ? Dans le cas du génocide des juifs, dans celui des Arméniens ou dans le cas de la guerre d’Algérie, encore pouvons-nous avoir le sentiment que ces faits appartiennent toujours au temps présent — que l’on soit ou non favorable aux « repentances ». L’identification reste possible de victimes précises, directes ou indirectes, et de bourreaux singuliers, individus ou Etats, à qui l’on peut demander réparation. Mais comment peut-on prétendre agir de la même manière sur des faits vieux de plusieurs siècles ? Comment penser sérieusement que l’on peut « réparer » les dommages causés par la traite négrière « à partir du XVe siècle » de la même manière que les crimes nazis, dont certains bourreaux habitent encore au coin de la rue ? (…) Pourquoi (…) promulguer une loi à seule fin rétroactive s’il n’y a aucune possibilité d’identifier des bourreaux, encore moins de les traîner devant un tribunal ? Pourquoi devons-nous être à ce point tributaires d’un passé qui nous est aussi étranger ? Pourquoi cette volonté d’abolir la distance temporelle et de proclamer que les crimes d’il y a quatre siècles ont des effets encore opérants ? Pourquoi cette réduction de l’histoire à la seule dimension criminelle et mortifère ? Et comment croire que les valeurs de notre temps sont à ce point estimables qu’elles puissent ainsi s’appliquer à tout ce qui nous a précédés ? En réalité, la plupart de ces initiatives relèvent de la surenchère politique. Elles sont la conséquence de la place que la plupart des pays démocratiques ont accordée au souvenir de la Shoah, érigé en symbole universel de la lutte contre toutes les formes de racisme. A l’évidence, le caractère universel de la démarche échappe à beaucoup. La mémoire de la Shoah est ainsi devenue un modèle jalousé, donc, à la fois, récusé et imitable : d’où l’urgence de recourir à la notion anachronique de crime contre l’humanité pour des faits vieux de trois ou quatre cents ans. Le passé n’est ici qu’un substitut, une construction artificielle — et dangereuse —, puisque le groupe n’est plus défini par une filiation passée ou une condition sociale présente, mais par un lien « historique » élaboré après coup, pour isoler une nouvelle catégorie à offrir à la compassion publique. Enfin, cette faiblesse s’exprime, une fois de plus, par un recours paradoxal à l’Etat, voie habituelle, en France, pour donner consistance à une « communauté » au sein de la nation. Sommé d’assumer tous les méfaits du passé, l’Etat se retrouve en même temps source du crime et source de rédemption. Outre la contradiction, cette « continuité » semble dire que l’histoire ne serait qu’un bloc, la diversité et l’évolution des hommes et des idées, une simple vue de l’esprit, et l’Etat, le seul garant d’une nouvelle histoire officielle « vertueuse ». C’est là une conception pour le moins réactionnaire de la liberté et du progrès. Henry Rousso
La loi (…) « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » risque, surtout en ses articles 1 et 4, de relancer une polémique dans laquelle les historiens ne se reconnaîtront guère. En officialisant le point de vue de groupes de mémoire liés à la colonisation, elle risque de générer en retour des simplismes symétriques, émanant de groupes de mémoire antagonistes, dont l' »histoire officielle » , telle que l’envisage cette loi, fait des exclus de l’histoire. Car, si les injonctions « colonialophiles » de la loi ne sont pas recevables, le discours victimisant ordinaire ne l’est pas davantage, ne serait-ce que parce qu’il permet commodément de mettre le mouchoir sur tant d’autres ignominies, actuelles ou anciennes, et qui ne sont pas forcément du ressort originel de l’impérialisme ou de ses formes historiques passées comme le(s) colonialisme(s). L’étude scientifique du passé ne peut se faire sous la coupe d’une victimisation et d’un culpabilisme corollaire. De ce point de vue, les débordements émotionnels portés par les »indigènes de la République » ne sont pas de mise. Des êtres humains ne sont pas responsables des ignominies commises par leurs ancêtres ­ – ou alors il faudrait que les Allemands continuent éternellement à payer leur épisode nazi. C’est une chose d’analyser, par exemple, les « zoos humains » de la colonisation. C’en est une autre que de confondre dans la commisération culpabilisante le « divers historique », lequel ne se réduit pas à des clichés médiatiquement martelés. Si la colonisation fut ressentie par les colonisés dans le rejet et la douleur, elle fut aussi vécue par certains dans l’ouverture, pour le modèle de société qu’elle offrait pour sortir de l’étouffoir communautaire. (…)Les historiens doivent travailler à reconstruire les faits et à les porter à la connaissance du public. Or ces faits établissent que la traite des esclaves, dans laquelle des Européens ont été impliqués (et encore, pas eux seuls), a porté sur environ 11 millions de personnes (27,5 % des 40 millions d’esclaves déportés), et que les trafiquants arabes s’y sont taillé la part du lion : la »traite orientale » fut responsable de la déportation de 17 millions de personnes (42,5 % d’entre eux) et la traite « interne » effectuée à l’intérieur de l’Afrique, porta, elle, sur 12 millions (30 %). Cela, ni Dieudonné ni les « Indigènes » , dans leur texte victimisant à sens unique, ne le disent ­ – même si, à l’évidence, la traite européenne fut plus concentrée dans le temps et plus rentable en termes de nombre de déportés par an. (…) L’historien ne se reconnaît pas dans l’affrontement des mémoires. Pour lui, elles ne sont que des documents historiques, à traiter comme tels. Il ne se reconnaît pas dans l’anachronisme, qui veut tout arrimer au passé ; il ne se reconnaît pas dans le manichéisme, qu’il provienne de la »nostalgérie » électoraliste vulgaire qui a présidé à la loi du 23 février 2005, ou qu’il provienne des simplismes symétriques qui surfent sur les duretés du présent pour emboucher les trompettes agressives d’un ressentiment déconnecté de son objet réel. Gilbert Meynier
The enigmatic showman Martin Couney showcased premature babies in incubators to early 20th century crowds on the Coney Island and Atlantic City boardwalks, and at expositions across the United States. A Prussian-born immigrant based on the East coast, Couney had no medical degree but called himself a physician, and his self-promoting carnival-barking incubator display exhibits actually ended up saving the lives of about 7,000 premature babies. These tiny infants would have died without Couney’s theatrics, but instead they grew into adulthood, had children, grandchildren, great grandchildren and lived into their 70s, 80s, and 90s. This extraordinary story reveals a great deal about neonatology, and about life. (…) Drawing on extraordinary archival research as well as interviews, [Raffel’s] narrative is enhanced by her own reflections as she balanced her shock over how Couney saved these premature infants and also managed to make a living by displaying them like little freaks to the vast crowds who came to see them. Couney’s work with premature infants began in Europe as a carnival barker at an incubator exposition. It was there he fell in love with preemies and met his head nurse Louise Recht. Still, even allowing for his evident affection, making the preemies incubation a public show seems exploitative. But was it? In the 21st century, hospital incubators and NICUs are taken for granted, but over a hundred years ago, incubators were rarely used in hospitals, and sometimes they did far more harm than good.  Premature infants often went blind because of too much oxygen pumped into the incubators (Raffel notes that Stevie Wonder, himself a preemie, lost his sight this way). Yet the preemies Couney and his nurses — his wife Maye, his daughter Hildegard, and lead nurse Louise, known in the show as “Madame Recht” — cared for retained their vision. The reason? Couney was worried enough about this problem to use incubators developed by M. Alexandre Lion in France, which regulated oxygen flow. Today it is widely accept that every baby – premature or ones born to term – should be saved.  Not so in Couney’s time. Preemies were referred to as “weaklings,” and even some doctors believed their lives were not worth saving. While Raffel’s tale is inspiring, it is also horrific. She does not shy away from people like Dr. Harry Haiselden who, unlike Couney, was an actual M.D., but “denied lifesaving treatment to infants he deemed ‘defective,’ deliberately watching them die even when they could have lived.” (…) True, he was a showman, and during most of his career, he earned a good living from his incubator babies show, but Couney, an elegant man who fluently spoke German, French and English, didn’t exploit his preemies (Hildegard was a preemie too).  He gave them a chance at the lives they might not have been allowed to live. Couney used his showmanship to support all of this life-saving. He put on shows for boardwalk crowds, but he also, despite not having a medical degree, maintained his incubators according to high medical standards. In many ways, Couney’s practices were incredibly advanced. Babies were fed with breast milk exclusively, nurses provided loving touches frequently, and the babies were held, changed and bathed. (…) Yet the efforts of Dr. Couney’s his nurses went largely ignored by the medical profession and were only mentioned once in a medical journal. As Raffel writes in her book’s final page, “There is nothing at his  grave to indicate that [Martin Couney] did anything of note.” The same goes for Maye, Louise and Hildegard. Louise’s name was misspelled on her shared tombstone (Louise’s remains are interred in another family’s crypt), and Hildegard, whose remains are interred with Louise’s, did not even have her own name engraved on the shared tombstone. With the exception of Chicago’s Dr. Julius Hess, who is considered the father of neonatology, the majority of the medical establishment patronized and excluded Couney. Hess, though, respected Couney’s work and built on it with his own scientific approach and research; in the preface to his book Premature and Congenitally Diseased Infants, Hess acknowledges Couney “‘for his many helpful suggestions in the preparation of the material for this book.’” But Couney cared more about the babies than professional respect. His was a single-minded focus: even when it financially devastated him to do so, he persisted, so his preemies could live. National Book Review
Carl Hagenbeck had the idea to open zoos that weren’t only filled with animals, but also people. People were excited to discover humans from abroad: Before television and color photography were available, it was their only way to see them. Anne Dreesbach
The main feature of these multiform varieties of public show, which became widespread in late-nineteenth and early-twentieth century Europe and the United States, was the live presence of individuals who were considered “primitive”. Whilst these native peoples sometimes gave demonstrations of their skills or produced manufactures for the audience, more often their role was simply as exhibits, to display their bodies and gestures, their different and singular condition. In this article, the three main forms of modern ethnic show (commercial, colonial and missionary) will be presented, together with a warning about the inadequacy of categorising all such spectacles under the label of “human zoos”, a term which has become common in both academic and media circles in recent years. Luis A. Sánchez-Gómez
Between the 29th of November 2011 and the 3rd of June 2012, the Quai de Branly Museum in Paris displayed an extraordinary exhibition, with the eye-catching title Exhibitions. L’invention du sauvage, which had a considerable social and media impact. Its “scientific curators” were the historian Pascal Blanchard and the museum’s curator Nanette Jacomijn Snoep, with Guadalupe-born former footballer Lilian Thuram acting as “commissioner general”. A popular sportsman, Thuram is also known in France for his staunch social and political commitment. The exhibition was the culmination (although probably not the end point) of a successful project which had started in Marseille in 2001 with the conference entitled Mémoire colonial: zoos humains? Corps Exotiques, corps enfermés, corps mesurés. Over time, successive publications of the papers presented at that first meeting have given rise to a genuine publishing saga, thus far including three French editions, one in Italian, one in English and another in German. This remarkable repertoire is completed by the impressive catalogue of the exhibition. All of the book titles (with the exception of the catalogue) make reference to “human zoos” as their object of study, although in none of them are the words followed by a question mark, as was the case at the Marseille conference. This would seem to define “human zoos” as a well-documented phenomenon, the essence of which has been well-established. Most significantly, despite reiterating the concept, neither the catalogue of the exhibition, nor the texts drawn up by the exhibit’s editorial authorities, provide a precise definition of what a human zoo is understood to be. Nevertheless, the editors seem to accept the concept as being applicable to all of the various forms of public show featured in the exhibition, all of which seem to have been designed with a shared contempt for and exclusion of the “other”. Therefore, the label “human zoo” implicitly applies to a variety of shows whose common aim was the public display of human beings, with the sole purpose of showing their peculiar morphological or ethnic condition. Both the typology of the events and the condition of the individuals shown vary widely: ranging from the (generally individual) presentation of persons with crippling pathologies (exotic or more often domestic freaks or “human monsters”) to singular physical conditions (giants, dwarves or extremely obese individuals) or the display of individuals, families or groups of exotic peoples or savages, arrived or more usually brought, from distant colonies. The purpose of the 2001 conference had been to present the available information about such shows, to encourage their study from an academic perspective and, most importantly, to publicly denounce these material and symbolic contexts of domination and stigmatisation, which would have had a prominent role in the complex and dense animalisation mechanisms of the colonised peoples by the “civilized West”. A scientific and editorial project guided by such intentions could not fail to draw widespread support from academic, social and journalistic quarters. Reviews of the original 2002 text and successive editions have, for the most part, been very positive, and praise for what was certainly an extraordinary exhibition (the one of 2012) has been even more unanimous. However, most commentators have limited their remarks to praising the important anti-racist content and criticisms of the colonial legacy, which are common to both undertakings. Only a few authors have drawn attention to certain conceptual and interpretative problems with the presumed object of study, the “human zoos”, problems which would undermine the project’s solidity. (…) Although the public display of human beings can be traced far back in history in many different contexts (war, funerals and sacred contexts, prisons, fairs, etc…) the configuration and expansion of different varieties of ethnic shows are closely and directly linked to two historical phenomena which lie at the very basis of modernity: exhibitions and colonialism. The former began to appear at national contests and competitions (both industrial and agricultural). These were organised in some European countries in the second half of the eighteenth century, but it was only in the century that followed that they acquired new and shocking material and symbolic dimensions, in the shape of the international or universal exhibition.The key date was 1851, when the Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations was held in London. The triumph of the London event, its rapid and continuing success in France and the increasing participation (which will be outlined) of indigenous peoples from the colonies, paved the way from the 1880s for a new exhibition model: the colonial exhibition (whether official or private, national or international) which almost always featured the presence of indigenous human beings. However, less spectacular exhibitions had already been organised on a smaller scale for many years, since about the mid-nineteenth century. Some of these were truly impressive events, which in some cases also featured native peoples. These were the early missionary (or ethnological-missionary) exhibitions, which initially were mainly British and Protestant, but later also Catholic. Finally, the unsophisticated ethnological exhibitions which had been typical in England (particularly in London) in the early-nineteenth century, underwent a gradual transformation from the middle of the century, which saw them develop into the most popular form of commercial ethnological exhibition. These changes were initially influenced by the famous US circus impresario P.T. Barnum’s human exhibitions. Later on, from 1874, Barnum’s displays were successfully reinterpreted (through the incorporation of wild animals and groups of exotic individuals) by Carl Hagenbeck.The second factor which was decisive in shaping the modern ethnic show was imperial colonialism, which gathered in momentum from the 1870s. The propagandising effect of imperialism was facilitated by two emerging scientific disciplines, physical anthropology and ethnology, which propagated colonial images and mystifications amid the metropolitan population. This, coupled with robust new levels of consumerism amongst the bourgeoisie and the upper strata of the working classes, had a greater impact upon our subject than the economic and geostrategic consequences of imperialism overseas. In fact, the new context of geopolitical, scientific and economic expansion turned the formerly “mysterious savages” into a relatively accessible object of study for certain sections of society. Regardless of how much was written about their exotic ways of life, or strange religious beliefs, the public always wanted more: seeking participation in more “intense” and “true” encounters and to feel part of that network of forces (political, economic, military, academic and religious) that ruled even the farthest corners of the world and its most primitive inhabitants.It was precisely the convergence of this web of interests and opportunities within the new exhibition universe that had already consolidated by the end of the 1870s, and which was to become the defining factor in the transition. From the older, popular model of human exhibitions which had dominated so far, we see a reduction in the numbers of exhibitions of isolated individuals classified as strange, monstrous or simply exotic, in favour of adequately-staged displays of families and groups of peoples considered savage or primitive, authentic living examples of humanity from a bygone age. Of course, this new interest, this new desire to see and feel the “other” was fostered not only by exhibition impresarios, but by industrialists and merchants who traded in the colonies, by colonial administrators and missionary societies. In turn, the process was driven forward by the strongly positive reaction of the public, who asked for more: more exoticism, more colonial products, more civilising missions, more conversions, more native populations submitted to the white man’s power; ultimately, more spectacle. Despite the differences that can be observed within the catalogue of exhibitions, their success hinged to a great extent upon a single factor: the representation or display of human beings labelled as exotic or savage, which today strikes us as unsettling and distasteful. It can therefore be of little surprise that most, if not all, of the visitors to the Quai de Branly Museum exhibiton of 2012 reacted to the ethnic shows with a fundamental question: how was it possible that such repulsive shows had been organised? Although many would simply respond with two words, domination and racism, the question is certainly more complex. In order to provide an answer, the content and meanings of the three main models or varieties of the modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– will be studied. (…) The opposition that missionary societies encountered at nineteenth-century international exhibitions encouraged them to organise events of their own. The first autonomous missionary events were Protestant and possibly took place prior to 1851. In any case, this has been confirmed as the year that the Methodist Wesleyan Missionary Society organised a missionary exhibition (which took place at the same time as the International Exhibition). Small in size and very simple in structure, it was held for only two days during the month of June, although it provided the extraordinary opportunity to see and acquire shells, corals and varied ethnographic materials (including idols) from Tonga and Fiji. The exhibition’s aim was very specific: to make a profit from ticket sales and the materials exhibited and to seek general support for the missionary enterprise.Whether or not they were directly influenced by the international event of 1851, the modest British missionary exhibitions of the mid-nineteenth century began to evolve rapidly from the 1870s, reaching truly spectacular proportions in the first third of the twentieth century. This enormous success was due to a particular set of circumstances which were not true for the Catholic sphere. Firstly, the exhibits were a fantastic source of propaganda, and furthermore, they generated a direct and immediate cash income. This is significant considering that Protestant church societies and committees neither depended upon, nor were linked to (at least not directly or officially) civil administration and almost all revenue came from the personal contributions of the faithful. Secondly, because Protestants organised their own events, there was no reason for them to participate in the official colonial exhibitions, with which the Catholic missions became repeatedly involved once the old prejudices of government had fallen away by the later years of the nineteenth century. In this way, evangelical communities were able to maintain their independence from the imperial enterprise, yet in a manner that did not preclude them from collaborating with it whenever it was in their interests to do so.However, whether Catholic or Protestant, the main characteristic of the missionary exhibitions in the timeframe of the late-nineteenth and early-twentieth century, was their ethnological intent. The ethnographic objects of converted peoples (and of those who had yet to be converted) were noteworthy for their exoticism and rarity, and became a true magnet for audiences. They were also supposedly irrefutable proof of the “backward” and even “depraved” nature of such peoples, who had to be liberated by the redemptive missions which all Christians were expected to support spiritually and financially. But as tastes changed and the public began to lose interest, the exhibitions started to grow in size and complexity, and increasingly began to feature new attractions, such as dioramas and sculptures of native groups. Finally, the most sophisticated of them began to include the natives themselves as part of the show. It must be said that, but for rare exceptions, these were not exhibitions in the style of the famous German Völkerschauen or British ethnological exhibitions, but mere performances; in fact, the “guests” had already been baptized, were Christians, and allegedly willing to collaborate with their benefactors.Whilst the Protestant churches (British and North American alike) produced representations of indigenous peoples with the greatest frequency and intensity, it was (as far as we know) the (Italian) Catholic Church that had the dubious honour of being the first to display natives at a missionary exhibition, and did so in a clearly savagist and rudimentary fashion, which could even be described as brutal. This occurred in the religious section of the Italian-American Exhibition of Genoa in 1892. As a shocking addition to the usual ethnographic and missionary collections, seven natives were exhibited in front of the audience: four Fuegians and three Mapuches of both sexes (children, young and fully-grown adults) brought from America by missionaries. The Fuegians, who were dressed only in skins and armed with bows and arrows, spent their time inside a hut made from branches which had been built in the garden of the pavilion housing the missionary exhibition. The Mapuches were two young girls and a man; the three of them lived inside another hut, where they made handicrafts under the watchful eye of their keepers.The exhibition appears to have been a great success, but it must have been evident that the model was too simple in concept, and inhumanitarian in its approach to the indigenous people present. In fact, whilst subsequent exhibitions also featured a native presence (always Christianised) at the invitation of the clergy, the Catholic Church never again fell into such a rough presentation and representation of the obsolete and savage way of life of its converted. To provide an illustration of those times, now happily overcome by the missionary enterprise, Catholic congregations resorted to dioramas and sculptures, some of which were of superb technical and artistic quality.Although the Catholic Church may have organised the first live missionary exhibition, it should not be forgotten that they joined the exhibitional sphere much later than the evangelical churches. Also, a considerable number of their displays were associated with colonial events, something that the Protestant churches avoided. (…) Whilst it was the reformed churches that most readily incorporated native participation, they seemed to do so in a more sensitive and less brutalised manner than the Genoese Catholic Exhibition of 1892. (…) The exhibition model at these early-twentieth century Protestant events was very similar to the colonial model. Native villages were reconstructed and ethnographic collections were presented, alongside examples of local flora and fauna, and of course, an abundance of information about missionary work, in which its evangelising, educational, medical and welfare aspects were presented. Some of these were equally as attractive to the audience (irrespective of their religious beliefs) as contemporary colonial or commercial exhibitions. However, it may be noted that the participation of Christianised natives took a radically different form from those of the colonial and commercial world. Those who were most capable and had a good command of English served as guides in the sections corresponding to their places of origin, a task that they tended to carry out in traditional clothing. More frequently these new Christians assumed roles with less responsibility, such as the manufacture of handicrafts, the sale of exotic objects or the recreation of certain aspects of their previous way of life. The organisers justified their presence by claiming that they were merely actors, representing their now-forgotten savage way of life. This may very well have been the case. At the Protestant exhibitions of the 1920s and 1930s, the presence of indigens became progressively less common until it eventually disappeared. This notwithstanding, the organisers came to benefit from a living resource which complemented displays of ethnographic materials whilst being more attractive to the audience than the usual dioramas. This was a theatrical representation of the native way of life (combined with scenes of missionary interaction) by white volunteers (both men and women) who were duly made up and in some cases appeared alongside real natives. Some of these performances were short, but others consisted of several acts and featured dozens of characters on stage. Regardless of their form, these spectacles were inherent to almost any British and North American exhibition, although much less frequent in continental Europe.Since the 1960s, the Christian missionary exhibition (both Protestant and Catholic) has been conducted along very different lines from those which have been discussed here. All direct or indirect associations with colonialism have been definitively given up; it has broken with racial or ethnological interpretations of converted peoples, and strongly defends its reputed autonomy from any political groups or interests, without forgetting that the essence of evangelisation is to maximize the visibility of its educational and charitable work among the most disadvantaged. (…)The three most important categories of modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– have been examined. All three resorted, to varying degrees, to the exhibition of exotic human beings in order to capture the attention of their audience, and, ultimately, to achieve certain goals: be they success in business and personal enrichment, social, political or financial backing for the colonial enterprise, or support for missionary work. Whilst on occasion they coincided at the same point in time and within the same context of representation, the uniqueness of each form of exhibition has been emphasised. However, this does not mean that they are completely separate phenomena, or that their representation of exotic “otherness” is homogeneous.Missionary exhibitions displayed perhaps the most singular traits due to their spiritual vision. However, it is clear that many made a determined effort to produce direct, visual and emotional spectacles and some, in so doing, resorted to representations of natives which were very similar to those of colonial exhibitions. Can we speak then, of a convergence of designs and interests? I honestly do not think so. At many colonial exhibitions, organisers showed a clear intention to portray natives as fearsome, savage individuals (sometimes even describing them as cannibals) who somehow needed to be subjugated. Peoples who were considered, to a lesser or greater extent, to be civilised were also displayed (as at the interwar exhibitions). However, the purpose of this was often to publicise the success of the colonial enterprise in its campaign for “the domestication of the savage”, rather than to present a message of humanitarianism or universal fraternity. Missionary exhibitions provided information and material examples of the former way of life of the converted, in which natives demonstrated that they had abandoned their savage condition and participated in the exhibition for the greater glory of the evangelising mission. Moreover, they also became living evidence that something much more transcendent than any civilising process was taking place: that once they had been baptised, anyone, no matter how wild they had once been, could become part of the same universal Christian family.It is certainly true that the shows that the audiences enjoyed at all of these exhibitions (whether missionary, colonial or even commercial) were very similar. Yet in the case of the former, the act of exhibition took place in a significantly more humanitarian context than in the others. And while it is evident that indigenous cultures and peoples were clearly manipulated in their representation at missionary exhibitions, this did not mean that the exhibited native was merely a passive element in the game. And there is something more. The dominating and spectacular qualities present in almost all missionary exhibitions should not let us forget one last factor which was essential to their conception, their development and even their longevity: Christian faith. Without Christian faith there would have been no missionary exhibitions, and had anything similar been organised, it would not have had the same meaning. It was essential that authentic Christian faith existed within the ecclesiastical hierarchy and within those responsible for congregations, missionary societies and committees. But the faith that really made the exhibitions possible was the faith of the missionaries, of others who were involved in their implementation and, of course, of those who visited. Although it was never recognised as such, this was perhaps an uncritical faith, complacent in its acceptance of the ways in which human diversity was represented and with ethical values that occasionally came close to the limits of Christian morality. But it was a faith nonetheless, a faith which intensified and grew with each exhibition, which surely fuelled both Christian religiosity (Catholic and Protestant alike) and at least several years of missionary enterprise, years crucial for the imperialist expansionism of the West. It is an objective fact that the display of human beings at commercial and colonial shows was always much more explicit and degrading than at any missionary exhibition. To state what has just been proposed more bluntly: missionary exhibitions were not “human zoos”. However, it is less clear whether the remaining categories: are commercial and colonial exhibitions worthy of this assertion (human zoos), or were they polymorphic ethnic shows of a much greater complexity?The principal analytical obstacle to the use of the term “human zoo” is that it makes an immediate and direct association between all of these acts and contexts and the idea of a nineteenth-century zoo. The images of caged animals, growling and howling, may cause admiration, but also disgust; they may sometimes inspire tenderness, but are mainly something to be avoided and feared due to their savage and bestial condition. This was definitely the case for the organisers of the scientific and editorial project cited at the beginning of this article, so it can be no surprise that Carl Hagenbeck’s joint exhibitions of exotic animals and peoples were chosen as the frame of reference for human zoos. Although the authors state in the first edition that “the human zoo is not the exhibition of savagery but its construction” [“le zoo humain n’est pas l’exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci”], the problem, as Blanckaert (2002) points out, is that this alleged construction or exhibitional structure was not present at most of the exhibitions under scrutiny, nor (and this is an added of mine) at those shown at the Exhibitions. Indeed, the expression “human zoo” establishes a model which does not fit with the meagre number of exhibitions of exotic individuals from the sixteenth, seventeenth or eighteenth centuries, nor with that of Saartjie Baartmann (the Hottentot Venus) of the early nineteenth century, much less with the freak shows of the twentieth century. Furthermore, this model can neither be compared to most of the nineteenth-century British human ethnological exhibitions, nor to most of the native villages of the colonial exhibitions, nor to the Wild West show of Buffalo Bill, let alone to the ruralist-traditionalist villages which were set up at many national and international exhibitions until the interwar period. Ultimately, their connection with many wandering “black villages” or “native villages” exhibited by impresarios at the end of the nineteenth century could also be disputed. Moreover, many of the shows organised by Hagenbeck number amongst the most professional in the exhibitional universe. The fact that they were held in zoos should not automatically imply that the circumstances in which they took place were more brutal or exploitative than those of any of the other ethnic shows.It is evident from all the shows which have been discussed, that the differential racial condition of the persons exhibited not only formed the basis of their exhibition, but may also have fostered and even founded racist reactions and attitudes held by the public. However, there are many other factors (political, economic and even aesthetic) which come into play and have barely been considered, which could be seen as encouraging admiration of the displays of bodies, gestures, skills, creations and knowledge which were seen as both exotic and seductive.In fact, the indiscriminate use of the very successful concept of “human zoo” generates two fundamental problems. Firstly it impedes our “true” knowledge of the object of study itself, that is, of the very varied ethnic shows which it intends to catalogue, given the great diversity of contexts, formats, persons in charge, objectives and materialisations that such enterprises have to offer. Secondly, the image of the zoo inevitably recreates the idea of an exhibition which is purely animalistic, where the only relationship is that which exists between exhibitor and exhibited: the complete domination of the latter (irrational beasts) by the former (rational beings). If we accept that the exhibited are treated merely as as more-or-less worthy animals, the consequences are twofold: a logical rejection of such shows past, present and future, and the visualization of the exhibited as passive victims of racism and capitalism in the West. It is therefore of no surprise that the research barely considers the role that these individuals may have played, the extent to which their participation in the show was voluntary and the interests which may have moved some of them to take part in these shows. Ultimately, no evaluation has been made of how these shows may have provided “opportunity contexts” for the exhibited, whether as commercial, colonial or missionary exhibitis. Whilst it is true that the exhibited peoples’ own voice is the hardest to record in any of these shows, greater effort could have been made in identifying and mapping them, as, when this happens, the results obtained are truly interesting. Before we conclude, it must be said that the proposed analysis does not intend to soften or justify the phenomenon of the ethnic show. Even in the least dramatic and exploitative cases it is evident that the essence of these shows was a marked inequality, in which every supposed “context of interaction” established a dichotomous relationship between black and white, North and South, colonisers and colonised, and ultimately, between dominators and dominated. My intention has been to propose a more-or-less classifying and clarifying approach to this varied world of human exhibitions, to make a basic inventory of their forms of representation and to determine which are the essential traits that define them, without losing sight of the contingent factors which they rely upon. Luis A. Sánchez-Gómez
Une théorie du complot (on parle aussi de conspirationnisme ou de complotisme) est un récit pseudo-scientifique, interprétant des faits réels comme étant le résultat de l’action d’un groupe caché, qui agirait secrètement et illégalement pour modifier le cours des événements en sa faveur, et au détriment de l’intérêt public. Incapable de faire la démonstration rigoureuse de ce qu’elle avance, la théorie du complot accuse ceux qui la remettent en cause d’être les complices de ce groupe caché. Elle contribue à semer la confusion, la désinformation, et la haine contre les individus ou groupes d’individus qu’elle stigmatise. (…) Derrière chaque actualité ayant des causes accidentelles ou naturelles (mort ou suicide d’une personnalité, crash d’avion, catastrophe naturelle, crise économique…), la théorie du complot cherche un ou des organisateurs secrets (gouvernement, communauté juive, francs-maçons…) qui auraient manipulé les événements dans l’ombre pour servir leurs intérêts : l’explication rationnelle ne suffit jamais. Et même si les événements ont une cause intentionnelle et des acteurs évidents (attentat, assassinat, révolution, guerre, coup d’État…), la théorie du complot va chercher à démontrer que cela a en réalité profité à un AUTRE groupe caché. C’est la méthode du bouc émissaire. (…) La théorie du complot voit les indices de celui-ci partout où vous ne les voyez pas, comme si les comploteurs laissaient volontairement des traces, visibles des seuls « initiés ». Messages cachés sur des paquets de cigarettes, visage du diable aperçu dans la fumée du World Trade Center, parcours de la manifestation Charlie Hebdo qui dessinerait la carte d’Israël… Tout devient prétexte à interprétation, sans preuve autre que l’imagination de celui qui croit découvrir ces symboles cachés. Comme le disait une série célèbre : « I want to believe ! » (…) La théorie du complot a le doute sélectif : elle critique systématiquement l’information émanant des autorités publiques ou scientifiques, tout en s’appuyant sur des certitudes ou des paroles « d’experts » qu’elle refuse de questionner. De même, pour expliquer un événement, elle monte en épingle des éléments secondaires en leur conférant une importance qu’ils n’ont pas, tout en écartant les éléments susceptibles de contrarier la thèse du complot. Son doute est à géométrie variable. (…) La théorie du complot tend à mélanger des faits et des spéculations sans distinguer entre les deux. Dans les « explications » qu’elle apporte aux événements, des éléments parfaitement avérés sont noués avec des éléments inexacts ou non vérifiés, invérifiables, voire carrément mensongers. Mais le fait qu’une argumentation ait des parties exactes n’a jamais suffi à la rendre dans son ensemble exacte !   (…) C’est une technique rhétorique qui vise à intimider celui qui y est confronté : il s’agit de le submerger par une série d’arguments empruntés à des champs très diversifiés de la connaissance, pour remplacer la qualité de l’argumentation par la quantité des (fausses) preuves. Histoire, géopolitique, physique, biologie… toutes les sciences sont convoquées – bien entendu, jamais de façon rigoureuse. Il s’agit de créer l’impression que, parmi tous les arguments avancés, « tout ne peut pas être faux », qu’ »il n’y a pas de fumée sans feu » (…) Incapables (et pour cause !) d’apporter la preuve définitive de ce qu’elle avance, la théorie du complot renverse la situation, en exigeant de ceux qui ne la partagent pas de prouver qu’ils ont raison. Mais comment démontrer que quelque chose qui n’existe pas… n’existe pas ? Un peu comme si on vous demandait de prouver que le Père Noël n’est pas réel. (…) A force de multiplier les procédés expliqués ci-dessus, les théories du complot peuvent être totalement incohérentes, recourant à des arguments qui ne peuvent tenir ensemble dans un même cadre logique, qui s’excluent mutuellement. Au fond, une seule chose importe : répéter, faute de pouvoir le démontrer, qu’on nous ment, qu’on nous cache quelque chose. #OnTeManipule !
Hoax[es], rumeurs, photos ou vidéos truquées… les fausses informations abondent sur internet. Parfois la désinformation va plus loin, et prend la forme de pseudo-théories à l’apparence scientifique qui vous mettent en garde : « On te manipule ! » A en croire ces « théoriciens » du complot, États, institutions et médias déploieraient des efforts systématiques pour tromper et manipuler les citoyens. Il faudrait ne croire personne… sauf ceux qui portent ces thèses complotistes ! Étrange, non ? Et si ceux qui dénoncent la manipulation étaient eux-mêmes en train de nous manipuler ? Oui, #OnTeManipule quand on invente des complots, quand on désigne des boucs émissaires, et quand on demande d’y croire, sans aucune preuve. Découvrez les bons réflexes à avoir pour garder son sens critique et prendre du recul par rapport aux informations qui circulent. On te manipule
Peintures, sculptures, affiches, cartes postales, films, photographies, moulages, dioramas, maquettes et costumes donnent un aperçu de l’étendue de ce phénomène et du succès de cette industrie du spectacle exotique qui a fasciné plus d’un milliard de visiteurs de 1800 à 1958 et a concerné près de 35 000 figurants dans le monde. À travers un vaste panorama composé de près de 600 oeuvres et de nombreuses projections de films d’archives, l’exposition montre comment ces spectacles, à la fois outil de propagande, objet scientifique et source de divertissement, ont formé le regard de l’Occident et profondément influencé la manière dont est appréhendé l’Autre depuis près de cinq siècles. L’exposition explore les frontières parfois ténues entre exotiques et monstres, science et voyeurisme, exhibition et spectacle, et questionne le visiteur sur ses propres préjugés dans le monde d’aujourd’hui. Si ces exhibitions disparaissent progressivement dans les années 30, elles auront alors accompli leur oeuvre : créer une frontière entre les exhibés et les visiteurs. Une frontière dont on peut se demander si elle existe toujours ? Musée du quai Branly
Pendant plus d’un siècle, les grandes puissances colonisatrices ont exhibé comme des bêtes sauvages des êtres humains arrachés à leur terre natale. Retracée dans ce passionnant documentaire, cette « pratique » a servi bien des intérêts. Ils se nomment Petite Capeline, Tambo, Moliko, Ota Benga, Marius Kaloïe et Jean Thiam. Fuégienne de Patagonie, Aborigène d’Australie, Kali’na de Guyane, Pygmée du Congo, Kanak de Nouvelle-Calédonie, ces six-là, comme 35 000 autres entre 1810 et 1940, ont été arrachés à leur terre lointaine pour répondre à la curiosité d’un public en mal d’exotisme, dans les grandes métropoles occidentales. Présentés comme des monstres de foire, voire comme des cannibales, exhibés dans de véritables zoos humains, ils ont été source de distraction pour plus d’un milliard et demi d’Européens et d’Américains, venus les découvrir en famille au cirque ou dans des villages indigènes reconstitués, lors des grandes expositions universelles et coloniales. S’appuyant sur de riches archives (photos, films, journaux…) ainsi que sur le témoignage inédit des descendants de plusieurs de ces exhibés involontaires, Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet restituent le phénomène des exhibitions ethnographiques dans leur contexte historique, de l’émergence à l’essor des grands empires coloniaux. Ponctué d’éclairages de spécialistes et d’universitaires, parmi lesquels l’anthropologue Gilles Boëtsch (CNRS, Dakar) et les historiens Benjamin Stora, Sandrine Lemaire et Fanny Robles, leur passionnant récit permet d’appréhender la façon dont nos sociétés se sont construites en fabriquant, lors de grandes fêtes populaires, une représentation stéréotypée du « sauvage ». Et comment, succédant au racisme scientifique des débuts, a pu s’instituer un racisme populaire légitimant la domination des grandes puissances sur les autres peuples du monde. Arte
On assiste au passage progressif d’un racisme scientifique à un racisme populaire, un passage qui n’est ni lié à la littérature ni au cinéma, puisque celui-ci n’existe pas encore, mais à la culture populaire, avec des spectateurs qu vont au zoo pour se divertir, sans le sentiment d’être idéologisés, manipulés. Pascal Blanchard
On payait pour voir des êtres hors norme, le frisson de la dangerosité faisait partie du spectacle. (… ) Imaginez ici des pirogues, un décorum de village lacustre wolof. Tout était fait pour donner au public l’illusion de voir le sauvage dans son biotope. C’est d’ailleurs dans ce décor factice que les frères Lumière tourneront leur douzième film, Baignade de nègres, comme s’ils étaient en Afrique… Pour le visiteur, cette représentation caricaturale du monde et de l’autre était perçue comme la réalité. (…) Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le “sauvage”. Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples “inférieurs” qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation. (…) Ici, vous aviez la grande esplanade des exhibitions humaines. Celle-là même où avaient été placés les Fuégiens de Patagonie en 1881. Sur les photos que nous avons pu retrouver, on voit qu’ils sont installés sur une planche, en hauteur, sans doute à cause du froid et de l’humidité. Ils étaient arrivés en plein mois d’octobre et n’étaient quasiment pas vêtus. Beaucoup avaient attrapé des maladies pulmonaires. (…) Ils étaient enterrés sur place, dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux. Dans certains cas, les corps étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie de Paris, où le public payait pour assister à leur dissection. (…) Même pour les spécialistes, ce pan de l’histoire coloniale était considéré com­me un élément secondaire. (…) Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de réaliser quelques séquences à l’intérieur du jardin, et nous ne l’avons eue que parce que nous avons menacé de filmer à travers les grilles… Pascal Blanchard
Grâce à l’historien Pascal Blanchard, que j’ai rencontré lors d’un colloque, à l’époque où je jouais à Barcelone. Après notre rencontre, il m’a envoyé un livre sur le sujet, et c’est comme ça que j’ai appris à connaître un peu mieux cette histoire des « zoos humains ». Une histoire extrêmement violente, dont les enjeux m’intéressent car elle permet de comprendre d’où vient le racisme, de saisir qu’il est lié à un conditionnement historique. (…) Les zoos humains sont le reflet d’un rapport de domination, celui de l’Occident sur le reste du monde. La domination de celui qui détient le pouvoir économique et militaire, et qui l’utilise pour que d’autres personnes, dominées, venues d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, soient montrées comme des animaux dans des espaces clos, au nom notamment de la couleur de leur peau. (…) Ces exhibitions ont attiré des millions de spectateurs et ont ancré dans leur tête l’idée d’une hiérarchie entre les personnes, entre les prétendues « races » – la race blanche étant considérée comme supérieure. Les mécanismes de domination qui existent dans nos sociétés se sont construits petit à petit. La plupart des gens sont devenus racistes sans le savoir, ils ont été éduqués dans ce sens-là. Après avoir visité ces zoos humains, les populations occidentales étaient confortées dans l’idée qu’elles étaient supérieures, qu’elles incarnaient la « civilisation » face à des «  sauvages ». Lorsque je préparais l’exposition au Quai Branly, en 2011, je me suis rendu à Hambourg. Là-bas, sur le portail d’entrée du zoo, une sculpture représente des animaux et des hommes, mis au même niveau. C’est d’une violence totale. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi certains sont aujourd’hui encore dans le rejet de l’autre. Il reste des séquelles de ce passé, les barrières existent toujours dans nos sociétés. Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui. (…) Mais ce n’est pas seulement l’évocation des zoos humains qui pose problème, c’est le passé en général. Ce passé lié à de la violence, au fait de s’accaparer des biens d’autrui. Mais, ce passé-là, nous devons nous l’approprier car il raconte l’histoire du monde actuel. Le regarder en face doit nous permettre de nous éclairer sur ce que nous sommes en train de vivre, pour essayer de choisir un futur différent. Dans nos sociétés, la chose la plus importante est-elle le profit, le fait de s’octroyer le bien des autres pour s’enrichir ? C’est important de se poser ces questions-là aujourd’hui. (…) Ces manifestations racistes dont vous parlez viennent directement des zoos humains. De cette histoire. Les gens ont été éduqués ainsi. Les cultures dans lesquelles il y a eu des zoos humains gardent ce complexe de supériorité, conscient ou inconscient, sur les autres cultures. Pour progresser, il faut savoir faire preuve d’autocritique. Dans le sport de haut niveau, c’est essentiel. Cela vaut aussi pour la société. Mais nos sociétés, françaises, européennes, portent très peu de critiques sur elles-mêmes. Très souvent, les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers. Les zoos humains sont liés à l’histoire coloniale. Les gens ont souvent tendance à croire qu’après la colonisation il y a eu l’égalité. Mais non, il y a une culture de la domination qui perdure. Notre système économique ne fait-il pas en sorte qu’une minorité, qui vit bien, exploite une majorité, qui vit mal ? (…) Avant toute chose, je pense qu’il faut connaître notre passé pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Pourquoi certaines personnes ne veulent-elles pas connaître cette histoire, de quoi ont-elles peur ? Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une société, c’est de lui apprendre à connaître son histoire. Il n’y a que sur des bases solides que l’on peut construire un présent et un futur solides. Lilian Thuram
Entre 1877 et 1937, des millions de Parisiens se bousculèrent ici, à la lisière du bois de Boulogne, pour assister au spectacle exotique de Nubiens, Sénégalais, Kali’nas, Fuégiens, Lapons exposés devant le public parés de leurs attributs « authentiques » (lances, peaux de bêtes, pirogues, masques, bijoux…). On se pressait pour voir les « sauvages », des hommes, des femmes et des enfants souvent parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme les animaux qui faisaient jusqu’alors la réputation du Jardin zoologique d’acclimatation. D’étranges étrangers, supposés non civilisés et potentiellement menaçants, à l’image de ces Kanaks présentés comme des cannibales et exhibés… dans la fosse aux ours. (…) Lorsque le directeur du Jardin d’acclimatation, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, organise les tout premiers « spectacles ethnologiques » en 1877 avec des Nubiens et des Esquimaux, il est en quête de nouvelles attractions pour remettre à flot son établissement. Quelques mois plus tôt, à Hambourg, un certain Carl Hagenbeck, marchand d’animaux sauvages, a connu un succès phénoménal en présentant une troupe de Lapons. Au bois de Boulogne, le premier ethnic show fait courir les foules. La fréquentation du jardin double, pour atteindre un million de visiteurs en un an. Certains dimanches, plus de soixante-dix mille personnes se pressent dans les allées. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles. Trente-cinq mille individus seront ainsi exhibés, attirant près d’un milliard et demi de curieux de l’Allemagne aux Etats-Unis, de la Grande-Bretagne au Japon. Pour le promeneur de 2018, impossible de deviner ce passé sinistre derrière les contours ripolinés du parc d’attractions. Les bâtiments de l’époque ont été démolis. Quant aux villages exotiques qui servaient de cadre aux « indigènes », ils étaient éphémères, un ailleurs succédant à un autre. Mais Pascal Blanchard, qui a compulsé des kilos d’images d’archives, n’a aucun mal à en faire ressurgir le souvenir face à ce paisible plan d’eau où patientent des barques (…) Une réalité dont on pouvait conserver le souvenir en s’offrant, après le show, ses produits dérivés, cartes postales, gravures ou coquillages samoans signés de la main des indigènes. Les exhibitions coloniales font le bonheur des anthropologues, qui se bousculent chaque matin avant l’arrivée du public et payent pour pouvoir observer et examiner les « spécimens », publiant ensuite des articles dans les revues les plus sérieuses. S’inspirant des clichés anthropométriques de la police, le photographe Roland Bonaparte constitue, lui, un catalogue de plusieurs milliers d’images « ethnographiques », dans lequel puiseront des générations de scientifiques. (…) Nombre d’exhibés sont ainsi morts dans les zoos humains. On estime entre trente-deux et trente-quatre le nombre de ceux qui auraient péri au Jardin d’acclimatation. » L’acte de décès était déposé à la mairie de Neuilly, mais les morts n’avaient le plus souvent pas de nom. C’est à la lettre « F » comme Fuégienne que les chercheurs ont retrouvé, sur les registres, la trace d’une fillette de 2 ans morte peu après son arrivée à Paris. Une des pièces du puzzle qu’il a fallu patiemment assembler pour reconstituer la mémoire des zoos humains, longtemps ignorée de tous. (…) Aujourd’hui encore, le sujet reste sensible, y compris pour la direction du Jardin d’acclimatation (géré par le groupe LVMH), comme l’a constaté Pascal Blanchard lors du tournage de son documentaire (…) En 2013, au terme d’un combat de cinq ans, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris, ont obtenu que soit posée au Jardin d’acclimatation une plaque commémorative faisant état de ce qu’avaient été les « zoos humains », « symboles d’une autre époque où l’autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Mais le visiteur doit avoir l’œil bien ouvert pour remarquer la discrète inscription un peu cachée dans les herbes, à l’extérieur de l’enceinte du jardin… Comme le signe d’un passé refoulé qui peine encore à atteindre la lumière. Télérama
Après l’antisémitismeArte invente le conspirationnisme pour tous !

« Grandes puissances colonisatrices »,  « exhibés comme des bêtes sauvages »,  « êtres humains arrachés à leur terre natale », « servi bien des intérêts », « curiosité d’un public en mal d’exotisme », « présentés comme des monstres de foire, voire comme des cannibales, « véritables zoos humains », « théâtre de cruauté », « exhibés involontaires », « représentation stéréotypée du ‘sauvage' », « racisme scientifique », « racisme populaire légitimant la domination des grandes puissances sur les autres peuples du monde », « voyages dans wagons à bestiaux », « histoire inventée de toutes pièces » et « mise en scène pour promouvoir la hiérarchisation des races et justifier la colonisation du monde », « page sombre de notre histoire », « séquelles toujours vivaces » …

Au lendemain, après l’exposition du Quai Branly de 2011, de la diffusion d’un nouveau documentaire sur les « zoos humains » …

Où, à grands coups d’anachronismes et de raccourcis entre le narrateur de couleur de rigueur (le joueur de football guadeloupéen Lilian Thuram sautant allégrement des « zoos humains » aux cris de singe des hooligans des stades de football ou aux actuelles barrières de sécurité contre l’immigration llégale « Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? »), la musique angoissante et les appels incessants à l’indignation, l’on nous déploie tout l’arsenal juridico-victimaire de l’histoire à la sauce tribunal de l’histoire …

Où faisant fi de toutes causes accidentelles ou naturelles (maladies, mort ou suicide), plus aucun fait ne peut être que le « résultat de l’action d’un groupe caché » au détriment de l’intérêt de populations qui ne peuvent autres que victimes …

Où la mise en épingle de certains éléments (colonisation, suprémacisme blanc) éclipse systématiquement tout élément susceptible de contrarier la thèse présentée (comme, au-delà par exemple de l’incohérence d’hommes âpres au gain censés mettre inconsidérément en danger à l’instar des esclavagistes dont l’on tient tant à les rapprocher la vie d’exhibés ramenés à grand frais d’Afrique ou de Nouvelle-Calédonie, les « exhibitions » non commerciales à fins humanitaires comme par exemple celles des sociétés missionnaires chrétiennes, l’implication ou la volonté, sans compter ceux qui décidèrent de rester en Europe et y compris à s’y marier avec des Européennes, de membres du groupe « victime » eux-mêmes comme le riche recruteur sénégalais Jean Thiam ou la danseuse nue au tutu de bananes du Bal nègre et future tenancière du « zoo humain » de Milandes présentant à la planète entière sa tribu arc en ciel recomposée d’enfants de toutes les races et ethnies du monde devient comme par enchantement « déconstructrice » de la facticité du mythe du sauvage) …

Où, écartant toute possibilité de véritable curiosité autre que morbide ou raciste (quel racisme attribuer à l’exhibition préalable et même parallèle des « monstres » blancs des « freak shows », dont le cas certes singulier du Dr. autoproclamé Couney sauvant ainsi des milliers de bébés incubés ? ou qui des actuels parcs ethnographiques ou de tourisme industriel où des artisans blancs dument costumés rejouent pour les visiteurs les gestes de leurs aïeux supposés ?), l’on impute invariablement les pires motivations aux méchants colons ou public voués de ce fait à l’exécration publique …

Comment ne pas reconnaitre, dans cette énième tentative d’absolution du péché originel de collusion de l’ethnologie avec l’ordre colonial, nombre des ingrédients des théories du complot que dénonce le site gouvernemental « #On te manipule »

Sauf que bien sûr on n’est plus cette fois dans la vulgaire théorie du complot ….

Mais – c’est pour une bonne cause (« Plus jamais ça ! ») – la théorie du complot vertueuse ?

Dans ce jardin, il y avait un “zoo humain”
Virginie Félix
Télérama
29/09/2018

Au Jardin d’acclimatation, de 1877 à 1937, on a parqué et exhibé des êtres humains venus d’ailleurs. L’historien Pascal Blanchard cosigne pour Arte un documentaire remarquable sur ces “zoos humains”, théâtres de cruauté. Et revient sur les lieux où le racisme s’exprimait sans vergogne. A voir samedi 29 septembre, 20h50.

Neuilly ronronne sous le soleil de septembre. En ce mardi de fin d’été, on pénètre dans les allées du Jardin d’acclimatation comme dans une parenthèse enchantée. Des haut-parleurs crachotent une mélodie guillerette, les brumisateurs nimbent l’air d’un brouillard vaporeux et quelques bambins tournicotent devant les manèges. Mais, au milieu des voix d’enfants, celle de l’historien Pascal Blanchard vient jeter une ombre sur ce décor insouciant. Pour le chercheur, qui nous guide ce matin-là parmi les carrousels et les autos tamponneuses, la féerie du parc d’attractions cache une autre histoire, plus ancienne, aussi sombre que méconnue. Celle des zoos humains, ces « exhibitions ethnographiques » qui attirèrent les foules sur les pelouses du Jardin d’acclimatation à l’orée du XXe siècle, et auxquels il vient de consacrer, avec Bruno Victor-Pujebet, un magistral documentaire pour Arte.

On se pressait pour voir les “sauvages” 

Entre 1877 et 1937, des millions de Parisiens se bousculèrent ici, à la lisière du bois de Boulogne, pour assister au spectacle exotique de Nubiens, Sénégalais, Kali’nas, Fuégiens, Lapons exposés devant le public parés de leurs attributs « authentiques » (lances, peaux de bêtes, pirogues, masques, bijoux…). On se pressait pour voir les « sauvages », des hommes, des femmes et des enfants souvent parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme les animaux qui faisaient jusqu’alors la réputation du Jardin zoologique d’acclimatation. D’étranges étrangers, supposés non civilisés et potentiellement menaçants, à l’image de ces Kanaks présentés comme des cannibales et exhibés… dans la fosse aux ours. « On payait pour voir des êtres hors norme, le frisson de la dangerosité faisait partie du spectacle », explique l’historien.

Une mode qui va gagner le monde entier

Lorsque le directeur du Jardin d’acclimatation, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, organise les tout premiers « spectacles ethnologiques » en 1877 avec des Nubiens et des Esquimaux, il est en quête de nouvelles attractions pour remettre à flot son établissement. Quelques mois plus tôt, à Hambourg, un certain Carl Hagenbeck, marchand d’animaux sauvages, a connu un succès phénoménal en présentant une troupe de Lapons. Au bois de Boulogne, le premier ethnic show fait courir les foules. La fréquentation du jardin double, pour atteindre un million de visiteurs en un an. Certains dimanches, plus de soixante-dix mille personnes se pressent dans les allées. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles. Trente-cinq mille individus seront ainsi exhibés, attirant près d’un milliard et demi de curieux de l’Allemagne aux Etats-Unis, de la Grande-Bretagne au Japon.

L’illusion de voir l’“indigène” dans son biotope

Pour le promeneur de 2018, impossible de deviner ce passé sinistre derrière les contours ripolinés du parc d’attractions. Les bâtiments de l’époque ont été démolis. Quant aux villages exotiques qui servaient de cadre aux « indigènes », ils étaient éphémères, un ailleurs succédant à un autre. Mais Pascal Blanchard, qui a compulsé des kilos d’images d’archives, n’a aucun mal à en faire ressurgir le souvenir face à ce paisible plan d’eau où patientent des barques : « Imaginez ici des pirogues, un décorum de village lacustre wolof. Tout était fait pour donner au public l’illusion de voir le sauvage dans son biotope. C’est d’ailleurs dans ce décor factice que les frères Lumière tourneront leur douzième film, Baignade de nègres, comme s’ils étaient en Afrique… Pour le visiteur, cette représentation caricaturale du monde et de l’autre était perçue comme la réalité. » Une réalité dont on pouvait conserver le souvenir en s’offrant, après le show, ses produits dérivés, cartes postales, gravures ou coquillages samoans signés de la main des indigènes.

La légitimation de l’ordre colonial 

Les exhibitions coloniales font le bonheur des anthropologues, qui se bousculent chaque matin avant l’arrivée du public et payent pour pouvoir observer et examiner les « spécimens », publiant ensuite des articles dans les revues les plus sérieuses. S’inspirant des clichés anthropométriques de la police, le photographe Roland Bonaparte constitue, lui, un catalogue de plusieurs milliers d’images « ethnographiques », dans lequel puiseront des générations de scientifiques. « Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le “sauvage”. Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples “inférieurs” qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation. »

Au pied de la Fondation Vuitton, Pascal Blanchard désigne une large pelouse. « Ici, vous aviez la grande esplanade des exhibitions humaines. Celle-là même où avaient été placés les Fuégiens de Patagonie en 1881. Sur les photos que nous avons pu retrouver, on voit qu’ils sont installés sur une planche, en hauteur, sans doute à cause du froid et de l’humidité. Ils étaient arrivés en plein mois d’octobre et n’étaient quasiment pas vêtus. Beaucoup avaient attrapé des maladies pulmonaires. »

Les morts, enterrés sur place, n’avaient le plus souvent pas de nom

Nombre d’exhibés sont ainsi morts dans les zoos humains. On estime entre trente-deux et trente-quatre le nombre de ceux qui auraient péri au Jardin d’acclimatation. « Ils étaient enterrés sur place, dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux. Dans certains cas, les corps étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie de Paris, où le public payait pour assister à leur dissection. » L’acte de décès était déposé à la mairie de Neuilly, mais les morts n’avaient le plus souvent pas de nom. C’est à la lettre « F » comme Fuégienne que les chercheurs ont retrouvé, sur les registres, la trace d’une fillette de 2 ans morte peu après son arrivée à Paris. Une des pièces du puzzle qu’il a fallu patiemment assembler pour reconstituer la mémoire des zoos humains, longtemps ignorée de tous. « Même pour les spécialistes, ce pan de l’histoire coloniale était considéré com­me un élément secondaire. » Aujourd’hui encore, le sujet reste sensible, y compris pour la direction du Jardin d’acclimatation (géré par le groupe LVMH), comme l’a constaté Pascal Blanchard lors du tournage de son documentaire : « Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de réaliser quelques séquences à l’intérieur du jardin, et nous ne l’avons eue que parce que nous avons menacé de filmer à travers les grilles… »

En 2013, au terme d’un combat de cinq ans, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris, ont obtenu que soit posée au Jardin d’acclimatation une plaque commémorative faisant état de ce qu’avaient été les « zoos humains », « symboles d’une autre époque où l’autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Mais le visiteur doit avoir l’œil bien ouvert pour remarquer la discrète inscription un peu cachée dans les herbes, à l’extérieur de l’enceinte du jardin… Comme le signe d’un passé refoulé qui peine encore à atteindre la lumière.


on aime passionnément Sauvages, au coeur des zoos humains, samedi 29 septembre, 20h50, Arte.

Voir aussi:

Lilian Thuram : “Les zoos humains permettent de comprendre d’où vient le racisme »
Virginie Félix
Télérama
29/09/2018

Engagé dans la lutte contre le racisme, l’ancien footballeur a été le commissaire d’une exposition consacrée aux zoos humains au musée du Quai Branly. Il évoque cette page sombre de notre histoire, et ses séquelles toujours vivaces, à l’occasion d’un documentaire coup de poing diffusé sur Arte.

Depuis qu’il a raccroché les crampons, l’ex-défenseur de l’équipe de France Lilian Thuram joue les attaquants sur le terrain de la lutte contre le racisme. En 2011, il fut le commissaire d’une exposition consacrée aux « zoos humains » organisée au musée du Quai Branly, mettant en lumière la violence de ces exhibitions de « sauvages » qui firent courir les foules dans le monde entier à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Alors qu’Arte consacre cette semaine un documentaire coup de poing à cette page d’histoire méconnue (Sauvages, au cœur des zoos humains), le footballeur devenu « passeur » explique pourquoi il est essentiel de mettre en lumière un passé qui dérange pour mieux en tirer les leçons.

Comment avez-vous découvert l’histoire des « zoos humains » ?
Grâce à l’historien Pascal Blanchard, que j’ai rencontré lors d’un colloque, à l’époque où je jouais à Barcelone. Après notre rencontre, il m’a envoyé un livre sur le sujet, et c’est comme ça que j’ai appris à connaître un peu mieux cette histoire des « zoos humains ». Une histoire extrêmement violente, dont les enjeux m’intéressent car elle permet de comprendre d’où vient le racisme, de saisir qu’il est lié à un conditionnement historique.

Qu’est-ce qui peut expliquer que certaines personnes se retrouvent ainsi exhibées dans des zoos, et que d’autres soient des visiteurs, de l’autre côté des barrières ?
Les zoos humains sont le reflet d’un rapport de domination, celui de l’Occident sur le reste du monde. La domination de celui qui détient le pouvoir économique et militaire, et qui l’utilise pour que d’autres personnes, dominées, venues d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, soient montrées comme des animaux dans des espaces clos, au nom notamment de la couleur de leur peau.

“Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui.”

Comment les zoos humains ont-ils participé à la fabrication d’un racisme populaire ?
Ces exhibitions ont attiré des millions de spectateurs et ont ancré dans leur tête l’idée d’une hiérarchie entre les personnes, entre les prétendues « races » – la race blanche étant considérée comme supérieure. Les mécanismes de domination qui existent dans nos sociétés se sont construits petit à petit. La plupart des gens sont devenus racistes sans le savoir, ils ont été éduqués dans ce sens-là. Après avoir visité ces zoos humains, les populations occidentales étaient confortées dans l’idée qu’elles étaient supérieures, qu’elles incarnaient la « civilisation » face à des «  sauvages ».

Lorsque je préparais l’exposition au Quai Branly, en 2011, je me suis rendu à Hambourg. Là-bas, sur le portail d’entrée du zoo, une sculpture représente des animaux et des hommes, mis au même niveau. C’est d’une violence totale. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi certains sont aujourd’hui encore dans le rejet de l’autre. Il reste des séquelles de ce passé, les barrières existent toujours dans nos sociétés. Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui.

Avez-vous le sentiment que c’est aujourd’hui un sujet tabou, difficile à aborder ?Effectivement. Mais ce n’est pas seulement l’évocation des zoos humains qui pose problème, c’est le passé en général. Ce passé lié à de la violence, au fait de s’accaparer des biens d’autrui. Mais, ce passé-là, nous devons nous l’approprier car il raconte l’histoire du monde actuel. Le regarder en face doit nous permettre de nous éclairer sur ce que nous sommes en train de vivre, pour essayer de choisir un futur différent. Dans nos sociétés, la chose la plus importante est-elle le profit, le fait de s’octroyer le bien des autres pour s’enrichir ? C’est important de se poser ces questions-là aujourd’hui.

“Les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers.”

Ce racisme populaire, en tant que footballeur, vous avez pu le voir s’exprimer dans les stades, par exemple à travers ces cris de singe des hooligans  ?
Ces manifestations racistes dont vous parlez viennent directement des zoos humains. De cette histoire. Les gens ont été éduqués ainsi. Les cultures dans lesquelles il y a eu des zoos humains gardent ce complexe de supériorité, conscient ou inconscient, sur les autres cultures.

Pour progresser, il faut savoir faire preuve d’autocritique. Dans le sport de haut niveau, c’est essentiel. Cela vaut aussi pour la société. Mais nos sociétés, françaises, européennes, portent très peu de critiques sur elles-mêmes. Très souvent, les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers. Les zoos humains sont liés à l’histoire coloniale.

Les gens ont souvent tendance à croire qu’après la colonisation il y a eu l’égalité. Mais non, il y a une culture de la domination qui perdure. Notre système économique ne fait-il pas en sorte qu’une minorité, qui vit bien, exploite une majorité, qui vit mal ?

Le message que vous voulez faire passer est un message de réconciliation plutôt que de culpabilisation ?
Avant toute chose, je pense qu’il faut connaître notre passé pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Pourquoi certaines personnes ne veulent-elles pas connaître cette histoire, de quoi ont-elles peur ? Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une société, c’est de lui apprendre à connaître son histoire. Il n’y a que sur des bases solides que l’on peut construire un présent et un futur solides.


on aime passionnément Sauvages, au cœur des zoos humains, samedi 29 septembre, à 20h50, sur Arte.

Voir de plus:

Exemple à suivre La fondation Lilian Thuram. Éducation contre le racisme

Lilian Thuram

D’origine guadeloupéenne, Lilian Thuram a mené une carrière prestigieuse de footballeur de haut niveau (Champion du monde 1998, Champion d’Europe 2000), il détient le record de sélections en équipe de France masculine. Il est membre du Haut conseil à l’intégration et du collectif antiraciste « Devoirs de mémoires ».

Si la Fondation Lilian Thuram-Education contre le racisme [1][1] Cf. site internet de la Fondation : www.thuram.org existe, c’est avant tout le fruit d’une rencontre à Barcelone, lorsque j’étais footballeur professionnel. Invité chez le Consul de France, je rencontrai un publicitaire espagnol qui me demanda ce que j’aimerais faire après le football. Je lui répondis : « changer le monde ». Il sourit et me dit : « vous le pensez parce que vous êtes jeune, c’est une tâche difficile, impossible ». Un débat s’ensuivit.

Il m’interroge sur ma vision des choses. Je lui explique que, pour moi, le racisme perdure parce qu’on n’a jamais pris le temps de déconstruire son mécanisme, que c’est avant tout une invention de l’homme. Toute forme de racisme est une construction sociale. Nous portons toutes et tous des lunettes culturelles : nous ne regardons jamais l’autre de façon innocente. Nous sommes marqués par l’éducation reçue, par nos religions, l’histoire racontée dans notre propre pays. Quelques jours après, cet homme me téléphone pour me dire que je l’ai convaincu, qu’il souhaite me rencontrer pour me faire part de son expérience professionnelle et m’aider dans cette tâche. Il me convainc de créer une fondation, ce que je fais en mars 2008, en Espagne, où je réside alors.

Du « boche » à l’« arabe »

Vous et moi, nous sommes conditionnés ; aujourd’hui, notre propre imaginaire est avant tout le fruit de notre éducation – parentale, scolaire, environnementale – et, pour toute analyse, nous faisons appel à notre connaissance et à nos croyances. Pour essayer de vous expliquer l’impact des croyances collectives, je vais vous raconter deux histoires. Un jour, parlant de « Mes étoiles noires »[2][2] Lilian Thuram, « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack… à une pharmacienne, elle me dit que ses parents normands avaient vu pour la première fois un homme noir en 1944, durant le débarquement. Elle me dit aussi que pendant toute son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, elle avait été conditionnée à détester les « boches », et ce n’est que par la réflexion et la compréhension de cette histoire, qu’elle avait pu comprendre que tous les Allemands n’étaient pas méchants et, surtout, que les Allemands nés après cette guerre n’étaient pas responsables de ce qui s’était passé avant eux. Une autre histoire, celle de « Papy Dédé » : il a vingt ans quand on l’envoie faire la guerre en Algérie. Il explique qu’on l’a conditionné à détester l’« arabe ». Aujourd’hui il ne se dit pas Français, il se dit Homme du monde, car, selon lui, la France lui a menti.

« Les noirs sont forts en sport »

Le conditionnement se fait par la répétition. Répétée mille fois, une bêtise, quelle qu’elle soit, devient une vérité. Les scientifiques du XIXe siècle, les politiques, les intellectuels, les sociétés du spectacle, ont prétendu qu’il y avait plusieurs races ; aujourd’hui, tous les scientifiques sont d’accord pour affirmer qu’il n’y a qu’une espèce, l’Homo sapiens. Pourtant en 2010, les enfants, conditionnés par l’imaginaire collectif, disent qu’il existe une race noire, une jaune, une blanche, une rouge. A la question : « puisque vous pensez qu’il existe plusieurs races, quelles sont les qualités de chacune ? », ils répondent que « les Noirs sont plus forts en sport ». Est-ce anodin ? Sachant que dans notre imaginaire collectif, le corps est dissocié de l’esprit, si les noirs sont plus forts en sport, ils sont aussi moins intelligents. Mais n’est-ce pas compréhensible quand vous savez que c’est à l’école, par le biais de l’esclavage, de l’apartheid et de la colonisation que 80 % de la population française a entendu parler pour la première fois des Noirs ? Ne sommes-nous pas conditionnés de façon inconsciente à voir les personnes de couleur noire comme inférieures ?

Retour à Socrate

L’antisémitisme, par exemple, est d’abord une construction intellectuelle ; on a diabolisé les personnes de religion juive, on leur a attribué des caractéristiques précises à certaines époques de l’Histoire. Un autre exemple concerne les Amérindiens : les Espagnols débarquant aux Amériques avaient en tête tous les préjugés des Européens sur les autres peuples, ils les voyaient comme inférieurs, et c’est pour cela que toutes les entreprises de colonisation et d’esclavagisme ont été présentées comme autant d’œuvres civilisatrices. On prétend civiliser des personnes qui ne le sont pas ; dès lors, dans cette non-civilisation, se retrouve la construction d’une non-humanité de l’autre.

La Fondation veut expliquer avec insistance que le racisme n’est pas un phénomène naturel, c’est un phénomène intellectuel et culturel qui peut être éradiqué en profondeur. Mais cette éradication demande une vigilance car, dans toute société, il y a des tensions identitaires. Pourtant une idée simple pourrait nous aider dans cette éducation contre le racisme : « connais-toi toi-même », selon l’injonction de Socrate. Ce qui singularise notre espèce, c’est cette capacité exceptionnelle d’apprentissage : nous sommes programmés pour apprendre, ce qui explique l’origine de la diversité culturelle et pourquoi chaque être humain peut acquérir n’importe quelle culture. Cette idée doit être absolument développée dans tout discours sur la diversité humaine.

Ils sont ce qu’on leur a appris à être

La couleur de la peau d’une personne, son apparence physique n’ont rien à voir avec la langue qu’elle parle, la religion qu’elle pratique, les valeurs et les systèmes politiques qu’elle défend, ce qu’elle aime ou déteste.

C’est cette idée, pourtant simple, qu’un certain nombre de personnes ne comprend pas ou dont elles n’ont tout simplement pas conscience. Elles sont souvent essentialistes : elles croient, plus ou moins confusément, qu’une « nature physique » est reliée substantiellement à une « nature culturelle ». Elles naturalisent la culture. Un exemple de la version la plus radicale de cette croyance a été produit par l’idéologie nazie. Les racistes naturalisent la culture, comme le misogyne naturalise la femme (sa nature fait que sa place est déterminée), comme les homophobes naturalisent l’homosexualité (on naît homosexuel). C’est donc cette connexion « culture/nature » qu’il faut déconstruire.

Ce qu’il faut expliquer aux enfants, c’est qu’ils sont des constructions sociales et culturelles, qu’ils intègrent des modes de pensée, de façon consciente comme inconsciente, qu’ils sont bourrés de traits culturels qui n’ont rien à voir avec leurs patrimoines génétiques ni avec leur apparence physique. Ils sont ce qu’on leur a appris à être. Le problème fondamental du racisme est qu’il y a trop de personnes qui n’acceptent pas cette idée… Ils n’acceptent pas ou ne comprennent pas que les humains sont construits par d’autres humains.

Heureuse diversité

Nous devons apprendre vraiment à nous connaître nous-mêmes en tant qu’espèce, car nous sommes capables d’apprendre n’importe quoi, le pire comme le meilleur. Nous sommes très sensibles au conditionnement et avons, par nature, du mal à admettre que nous en sommes victimes et à accepter d’en changer. Nous sommes tous persuadés que nous détenons la Vérité. C’est ce qui explique que nous soyons parfois intolérants.

Fort heureusement, le côté positif de notre spécificité est de pouvoir « bricoler » ce qu’on apprend de nos semblables, d’où les changements culturels. Les femmes et les hommes d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles et ceux qui vivaient il y a quatre ou cinq générations ; nos ancêtres du Moyen Âge ne comprendraient rien au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. On voudrait nous faire croire que nous vivons une période de régression du vivre ensemble, mais heureusement c’est tout le contraire : dans l’inconscient collectif, la diversité n’a jamais été aussi présente.

Les enfants d’abord

Avant tout, j’aime aller régulièrement à la rencontre des enfants, dans les écoles principalement, pour les écouter et les interroger, m’inspirer de leurs expériences. La première grande action de la fondation a été la publication en janvier dernier de « Mes étoiles noires ». Nous avons préparé pour la mi-octobre un outil pédagogique multimédia pour les enseignants de CM1-CM2 et leurs élèves. Ce sera une proposition de contribution à l’éducation contre le racisme sous la forme de deux DVD et d’un livret. Il sera envoyé gratuitement à tous les enseignants qui en feront la demande, le moment venu. La troisième grande action est une exposition consacrée aux exhibitions, qui, entre 1880 et 1931, ont vu défiler près d’un milliard d’occidentaux devant 40 000 « indigènes » montrés dans des « zoos humains ». L’exposition aura lieu au musée du quai Branly, de fin novembre 2011 à mai 2012. Elle participera à la déconstruction du racisme dans nos imaginaires. Elle voyagera ensuite en Espagne, en Allemagne et en Suisse, puis, nous l’espérons, en Angleterre et aux Etats-Unis.

Notes

[1]

Cf. site internet de la Fondation : www.thuram.org

[2]

Lilian Thuram, « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama », Editions Philippe Rey, 2010.

[3]

Avec le soutien de la banque CASDEN, de la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale) et la Fondation du FC Barcelone.

Voir encore:

Human Zoos or Ethnic Shows? Essence and contingency in Living Ethnological Exhibitons
Luis A. Sánchez-Gómez
Facultad de Geografía e Historia, Universidad Complutense, Madrid, Spain
Culture & History Digital Journal
Dec. 22, 2013

INTRODUCTION

Between the 29th of November 2011 and the 3rd of June 2012, the Quai de Branly Museum in Paris displayed an extraordinary exhibition, with the eye-catching title Exhibitions. L’invention du sauvage, which had a considerable social and media impact. Its “scientific curators” were the historian Pascal Blanchard and the museum’s curator Nanette Jacomijn Snoep, with Guadalupe-born former footballer Lilian Thuram acting as “commissioner general”. A popular sportsman, Thuram is also known in France for his staunch social and political commitment. The exhibition was the culmination (although probably not the end point) of a successful project which had started in Marseille in 2001 with the conference entitled Mémoire colonial: zoos humains? Corps Exotiques, corps enfermés, corps mesurés. Over time, successive publications of the papers presented at that first meeting have given rise to a genuine publishing saga, thus far including three French editions (Bancel et al., 2002, 2004; Blanchard et al., 2011), one in Italian (Lemaire et al., 2003), one in English (Blanchard et al., 2008) and another in German (Blanchard et al., 2012). This remarkable repertoire is completed by the impressive catalogue of the exhibition (Blanchard; Boëtsch y Snoep, 2011). All of the book titles (with the exception of the catalogue) make reference to “human zoos” as their object of study, although in none of them are the words followed by a question mark, as was the case at the Marseille conference. This would seem to define “human zoos” as a well-documented phenomenon, the essence of which has been well-established. Most significantly, despite reiterating the concept, neither the catalogue of the exhibition, nor the texts drawn up by the exhibit’s editorial authorities, provide a precise definition of what a human zoo is understood to be. Nevertheless, the editors seem to accept the concept as being applicable to all of the various forms of public show featured in the exhibition, all of which seem to have been designed with a shared contempt for and exclusion of the “other”. Therefore, the label “human zoo” implicitly applies to a variety of shows whose common aim was the public display of human beings, with the sole purpose of showing their peculiar morphological or ethnic condition. Both the typology of the events and the condition of the individuals shown vary widely: ranging from the (generally individual) presentation of persons with crippling pathologies (exotic or more often domestic freaks or “human monsters”) to singular physical conditions (giants, dwarves or extremely obese individuals) or the display of individuals, families or groups of exotic peoples or savages, arrived or more usually brought, from distant colonies.[1]The purpose of the 2001 conference had been to present the available information about such shows, to encourage their study from an academic perspective and, most importantly, to publicly denounce these material and symbolic contexts of domination and stigmatisation, which would have had a prominent role in the complex and dense animalisation mechanisms of the colonised peoples by the “civilized West”. A scientific and editorial project guided by such intentions could not fail to draw widespread support from academic, social and journalistic quarters. Reviews of the original 2002 text and successive editions have, for the most part, been very positive, and praise for what was certainly an extraordinary exhibition (the one of 2012) has been even more unanimous.[2] However, most commentators have limited their remarks to praising the important anti-racist content and criticisms of the colonial legacy, which are common to both undertakings. Only a few authors have drawn attention to certain conceptual and interpretative problems with the presumed object of study, the “human zoos”, problems which would undermine the project’s solidity (Blanckaert, 2002; Jennings, 2005; Liauzu, 2005: 10; Parsons, 2010; McLean, 2012). Problems which may arise from the indiscriminate use of the concept of the “human zoo” will be discussed in detail at the end of this article.Firstly, however, a revision of the complex historical process underlying the polymorphic phenomenon of the living exhibition and its configurations will provide the background for more detailed study. This will consist of an outline of three groups which, in my view, are the most relevant exhibition categories. Although the public display of human beings can be traced far back in history in many different contexts (war, funerals and sacred contexts, prisons, fairs, etc…) the configuration and expansion of different varieties of ethnic shows are closely and directly linked to two historical phenomena which lie at the very basis of modernity: exhibitions and colonialism. The former began to appear at national contests and competitions (both industrial and agricultural). These were organised in some European countries in the second half of the eighteenth century, but it was only in the century that followed that they acquired new and shocking material and symbolic dimensions, in the shape of the international or universal exhibition.The key date was 1851, when the Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations was held in London. The triumph of the London event, its rapid and continuing success in France and the increasing participation (which will be outlined) of indigenous peoples from the colonies, paved the way from the 1880s for a new exhibition model: the colonial exhibition (whether official or private, national or international) which almost always featured the presence of indigenous human beings. However, less spectacular exhibitions had already been organised on a smaller scale for many years, since about the mid-nineteenth century. Some of these were truly impressive events, which in some cases also featured native peoples. These were the early missionary (or ethnological-missionary) exhibitions, which initially were mainly British and Protestant, but later also Catholic.[3] Finally, the unsophisticated ethnological exhibitions which had been typical in England (particularly in London) in the early-nineteenth century, underwent a gradual transformation from the middle of the century, which saw them develop into the most popular form of commercial ethnological exhibition. These changes were initially influenced by the famous US circus impresario P.T. Barnum’s human exhibitions. Later on, from 1874, Barnum’s displays were successfully reinterpreted (through the incorporation of wild animals and groups of exotic individuals) by Carl Hagenbeck.The second factor which was decisive in shaping the modern ethnic show was imperial colonialism, which gathered in momentum from the 1870s. The propagandising effect of imperialism was facilitated by two emerging scientific disciplines, physical anthropology and ethnology, which propagated colonial images and mystifications amid the metropolitan population. This, coupled with robust new levels of consumerism amongst the bourgeoisie and the upper strata of the working classes, had a greater impact upon our subject than the economic and geostrategic consequences of imperialism overseas. In fact, the new context of geopolitical, scientific and economic expansion turned the formerly “mysterious savages” into a relatively accessible object of study for certain sections of society. Regardless of how much was written about their exotic ways of life, or strange religious beliefs, the public always wanted more: seeking participation in more “intense” and “true” encounters and to feel part of that network of forces (political, economic, military, academic and religious) that ruled even the farthest corners of the world and its most primitive inhabitants.It was precisely the convergence of this web of interests and opportunities within the new exhibition universe that had already consolidated by the end of the 1870s, and which was to become the defining factor in the transition. From the older, popular model of human exhibitions which had dominated so far, we see a reduction in the numbers of exhibitions of isolated individuals classified as strange, monstrous or simply exotic, in favour of adequately-staged displays of families and groups of peoples considered savage or primitive, authentic living examples of humanity from a bygone age. Of course, this new interest, this new desire to see and feel the “other” was fostered not only by exhibition impresarios, but by industrialists and merchants who traded in the colonies, by colonial administrators and missionary societies. In turn, the process was driven forward by the strongly positive reaction of the public, who asked for more: more exoticism, more colonial products, more civilising missions, more conversions, more native populations submitted to the white man’s power; ultimately, more spectacle.Despite the differences that can be observed within the catalogue of exhibitions, their success hinged to a great extent upon a single factor: the representation or display of human beings labelled as exotic or savage, which today strikes us as unsettling and distasteful. It can therefore be of little surprise that most, if not all, of the visitors to the Quai de Branly Museum exhibiton of 2012 reacted to the ethnic shows with a fundamental question: how was it possible that such repulsive shows had been organised? Although many would simply respond with two words, domination and racism, the question is certainly more complex. In order to provide an answer, the content and meanings of the three main models or varieties of the modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– will be studied.

ETHNOLOGICAL COMMERCIAL EXHIBITIONS: LEISURE, BUSINESS AND ANTHROPOLOGICAL SCIENCE

Commercial ethnological exhibitions were managed by private entrepreneurs, who very often acted as de facto owners of the individuals they exhibited. With the seemingly-noble purpose of bringing the inhabitants of exotic and faraway lands closer to the public and placing them under the scrutiny of anthropologists and scholarly minds, these individuals organised events with a rather carnival-like air, whose sole purpose was very simple: to make money. Such exhibitions were held more frequently than their colonial equivalents, which they predated and for which they served as an inspiration. In fact, in some countries where (overseas) colonial expansion was delayed or minimal –such as Germany (Thode-Arora, 1989; Kosok y Jamin, 1992; Klös, 2000; Dreesbach, 2005; Nagel, 2010), Austria (Schwarz, 2001) or Switzerland (Staehelin, 1993; Minder, 2008)– and even in some former colonies –such as Brazil (Sánchez-Arteaga and El-Hani, 2010)– they were regular and popular events and could still be seen in some places as late as the 1950s. Even in the case of overseas superpowers, commercial exhibitions were held more regularly than the strictly-colonial variety, although it is true that they sometimes overlapped and can be difficult to distinguish from one another. This was the case in France (Bergougniou, Clignet and David, 2001; David, s.d.) and to an even greater extent in Great Britain, with London becoming a privileged place to experience them throughout the nineteenth century (Qureshi, 2011).Almost all of these exhibitions attracted their audiences with a clever combination of racial spectacle, erotism and a few drops of anthropological science, although there was no single recipe for a successful show. Dances, leaps, chants, shouts, and the blood of sacrificed animals were the fundamental components of these events, although they were also part of colonial exhibitions. All of these acts, these strange and unusual rituals, were as incomprehensible as they were exciting; as shocking as they were repulsive to the civilised citizens of “advanced” Europe. It is unsurprising that spectators were prepared to pay the price of admission, which was not cheap, in order to gain access to such extraordinary sights as these “authentic savages”. Over time, the need to attract increasingly demanding audiences, who quickly became used to seeing “blacks and savages” of all kinds in a variety of settings, challenged the entrepreneurs to provide ever more compelling spectacles.For decades the most admired shows on European soil were organised by Carl Hagenbeck (1844–1913), a businessman from Hamburg who was a seasoned wild animal showman (Ames, 2008). His greatest success was founded on a truly spectacular innovation: the simultaneous exhibition in one space (a zoo or other outdoor enclosure) of wild animals and a group of natives, both supposedly from the same territory, in a setting that recreated the environment of their place of origin. The first exhibition of this type, organised in 1874, was a great success, despite the relatively low level of exoticism of the individuals displayed: a group of Sami (Lap) men and women accompanied by some reindeer. Whilst not all of Hagenbeck’s highly successful shows (of which there were over 50 in total) relied upon the juxtaposition of humans and animals, all presented a racial spectacle of exotic peoples typically displayed against a backdrop of huts, plants and domestic ware, and included indigenous groups from the distant territories of Africa, the Arctic, India, Ceylon, and Southeast Asia. For many scholars Hagenbeck’s Völkerschauen or Völkerausstellungen constituted the paradigmatic example of a human zoo, which is also accepted by the French historians who organised the project under the same name. They tended to combine displays of people and animals and took place in zoos, so the analogy could not be clearer. Furthermore, the performances of the exhibited peoples were limited to songs, dances and rituals, and for the most part their activities consisted of little more than day-to-day tasks and activities. Therefore, little importance was attached to their knowledge or skills, but rather to the scrutiny of their gestures, their distinctive bodies and behaviours, which were invariably exotic but not always wild.However, despite their obvious racial and largely-racist components, Hagenbeck’s shows cannot be simply dismissed as human zoos. As an entrepreneur, the German’s objective was obviously to profit from the display of animals and people alike, and yet we cannot conclude that the humans were reduced to the status of animals. In fact, the natives were always employed and seem to have received fair treatment. Likewise, their display was based upon a premise of exoticism rather than savagery, in which key ideas of difference, faraway lands and adventure were ultimately exalted. Hagenbeck’s employees were apparently healthy; sometimes slender, as were the Ethiopians, or even athletic, like the Sudanese. In some instances (for example, with people from India and Ceylon) their greatest appeal was their almost-fantastic exoticism, with their rich costumes and ritual gestures being regarded as remarkable and sophisticated.Nevertheless, on many other occasions, people were displayed for their distinctiveness and supposed primitivism, as was the case on the dramatic tour of the Inuit Abraham Ulrikab and his family, from the Labrador Peninsula, all of whom fell ill and died on their journey due to a lack of appropriate vaccination. This is undoubtedly one of the best-documented commercial exhibitions, not because of an abundance of details concerning its organisation, but owing to the existence of several letters and a brief diary written by Ulrikab himself (Lutz, 2005). As can easily be imagined, it is absolutely exceptional to find information originating from one of the very individuals who featured in an ethnic show; not an alleged oral testimony collected by a third party, but their own actual voice. The vast majority of such people did not know the language of their exhibitors and, even if they knew enough to communicate, it is highly unlikely that they would have been able to write in it. All of this, coupled with the fact that the documents have been preserved and remain accessible, is almost a miracle.However, in spite the tragic fate of Ulrikab and his family, other contemporary ethnic shows were far more exploitative and brutal. This was the case with several exhibitions that toured Europe towards the end of the 1870s, whose victims included Fuegians, Inuits, primitive Africans (especially Bushmen and Pygmies) or Australian aboriginal peoples. Some were complex and relatively sophisticated and included the recreation of native villages; in others, the entrepreneur simply portrayed his workers with their traditional clothes and weapons, emphasising their supposedly primitive condition. Slightly less dramatic than these, but more racially stigmatising than Hagenbeck’s shows, were the exhibitions held at the Jardin d’Aclimatation in Paris, between 1877 and the First World War. A highly-lucrative business camouflaged beneath a halo of anthropological scientifism, the exhibitions were organised by the director of the Jardin himself, the naturalist Albert Geoffroy Saint-Hilaire (Coutancier and Barthe, 1995; Mason, 2001: 19–54; David, n.d.; Schneider, 2002; Báez y Mason, 2006). This purported scientific and educational institution enjoyed the attention of French anthropologists for a time; however, after 1886, the Anthropological Society in Paris distanced itself from something that was little more than it appeared to be: a spectacle for popular recreation which was hard to justify from an ethical point of view. In the case of many private enterprises from the 1870s and 1880s, in particular, shows can be described as moving away from notions of fantasy, adventure and exotism and towards the most brutal forms of exploitation. However, despite what has been said about France, Qureshi (2011: 278–279) highlights the role that ethnologists and anthropologists (and their study societies) played in Great Britain in approving commercial exhibitions of this sort. This enabled exhibitions to claim legitimacy as spaces for scientific research, visitor education and, of course, the advancement of the colonial enterprise.Leaving aside the displays of isolated individuals in theatres, exhibition halls, or fairgrounds (where the alleged “savage” sometimes proved to be a fraud), photographs and surviving information about the aforementioned commercial ethnological shows speak volumes about the relations which existed between the exhibitors and the exhibited. In nearly all cases the impresario was a European or North American, who wielded almost absolute control over the lives of their “workers”. Formal contracts did exist and legal control became increasingly widespread, especially in Great Britain, (Qureshi, 2011: 273) as the nineteenth century progressed. It is also evident, nevertheless, that this contractual relationship could not mask the dominating, exploitative and almost penitentiary conditions of the bonds created. Whether Inuit, Bushmen, Australians, Pygmies, Samoans or Fuegians, it is hard to accept that all contracted peoples were aware of the implications of this legal binding with their employer. Whilst most were not captured or kidnapped (although this was documented on more than one occasion) it is reasonable to be skeptical about the voluntary nature of the commercial relationship. Moreover, those very same contracts (which they were probably unable to understand in the first place) committed the natives to conditions of travel, work and accommodation which were not always satisfactory. Very often their lives could be described as confined, not only when performances were taking place, but also when they were over. Exhibited individuals were very rarely given leave to move freely around the towns that the exhibitions visited.The exploitative and inhuman aspects of some of these spectacles were particularly flagrant when they included children, who either formed part of the initial contingent of people, or swelled the ranks of the group when they were born on tour. On the one hand, the more primitive the peoples exhibited were, the more brutal their exhibition became and the circumstances in which it took place grew more painful. Conversely, conditions seemed to improve, albeit only to a limited extent, when individuals belonged to an ethnic group which was more “evolved”, “prouder”, held warrior status, or belonged to a local elite. This was true of certain African groups who were particularly resistant to colonial domination, with the Ashanti being a case in point. In spite of this, their subordinate position did not change.There was, however, a certain type of commercial show in which the relations between the employer and the employees went beyond the merely commercial. More professionalised shows often required natives to demonstrate skills and give performances that would appeal to the audience. This was the case in some (of the more serious and elaborate) circus contexts and dramatised spectacles, the most notable of which was the acclaimed Wild West show. Directed by William Frederick Cody (1846–1917), the famous Buffalo Bill, the show featured cowboys, Mexicans, and members of various Native American ethnic groups (Kasson, 2000). This attraction, and many others that followed in the wake of its success, could be considered the predecessors of present-day theme park shows. Many of the shows which continued to endure during the interwar period were in some measure similar to those of the nineteenth century, although they were unable to match the popularity of yesteryear. Whilst the stages were still set with reproduction native villages, as had been the case in the late-nineteenth and early-twentieth century, the exhibition and presentation of natives acquired a more fair-like and circus-like character, which harked back to the spectacles of the early-nineteenth century. Although it seems contradictory, colonial exhibitions at this time were in fact much larger and more numerous, as we shall see in the following section. It was precisely then, in the mid-1930s, that Nazi Germany, a very modern country with the most intensely-racist government, produced an ethnic show which illustrates the complexity of the human zoo phenomenon. The Deutsche Afrika-Schau (German African Show) provides an excellent example of the peculiar game which was played between owners, employees and public administrators, concerning the display of exotic human beings. The show, a striking and an incongruous fusion of variety spectacle and Völkerschau, toured several German towns between 1935 and 1940 (Lewerenz, 2006). Originally a private and strictly commercial business, it soon became a peculiar semi-official event in which African and Samoan men and women, resident in Germany, were legally employed to take part. Complicated and unstable after its Nazification, the show aimed to facilitate the racial control of its participants while serving as a mechanism of ideological indoctrination and colonial propaganda. Incapable of profiting from the show, the Nazi regime would eventually abolish it.After the Second World War, ethnic shows entered a phase of obvious decline. They were no longer of interest as a platform for the wild and exotic, mainly due to increasing competition from new and more accessible channels of entertainment, ranging from cinema to the beginnings of overseas tourism within Europe and beyond. While the occasional spectacle tried to profit from the ancient curiosity about the morbid and the unusual as late as the 1950s and even the 1960s, they were little more than crude and clumsy representations, which generated little interest among the public. Nowadays, as before, there are still contexts and spaces in which unique persons are portrayed, whether this is related to ethnicity or any other factor. These spectacles often fall into the category of artistic performances or take the banal form of reality TV.

COLONIAL EXHIBITIONS: LEISURE, BUSINESS AND INDOCTRINATION
This category of exhibition was organised by either public administrations or private institutions linked to colonial enterprise, and very often featured some degree of collaboration between the two. The main aim of these events was to exhibit official colonial projects and private initiatives managed by entrepreneurs and colonial settlers, which were supposedly intended to bring the wealth and well-being of the metropolis to the colonies. The presentation also carried an educational message, intended not only to reinforce the “national-colonial conscience” among its citizens, but also to project a powerful image of the metropolis to competing powers abroad. Faced with the likelihood that such content would prove rather unexciting and potentially boring for visitors, the organisers resorted to various additions which were considered more attractive and engaging. Firstly they devised a museum of sorts, in which ethnographic materials of the colonised peoples: their traditional dress, day-to-day objects, idols and weapons, were exhibited. These exotic and unusual pieces did draw the interest of the public, but, fearing that this would not be sufficient, the organisers knew that they could potentially sell thousands of tickets by offering the live display of indigenous peoples. If the exhibition was official, the natives constituted the ideal means by which to deliver the colonial message to the masses. In the case of private exhibitions, they were seen as the fastest and safest way to guarantee a show’s financial success.Raw materials and a variety of other objects (including ethnographic exhibitions) from the colonies were already placed on show at the Great Exhibition of 1851 in London. These items were accompanied by a number of individuals originating from the same territories, either as visitors or as participants in the relevant section of the exhibition. However, such people cannot be considered as exhibits themselves; neither can similar colonial visitors at the Paris (1855) or London (1862) exhibitions; nor the Paris (1867) and (1878) exhibitions, which featured important colonial sections. It was only at the start of the 1880s that Europeans were able to enjoy the first colonial exhibitions proper, whether autonomous or connected (albeit with an identity and an entity of their own) to a universal or international exhibition. It could be argued that the Amsterdam International Colonial and Export Exhibition of 1883 acted as a letter of introduction for this model of event (Bloembergen, 2006), and it was quickly followed by the London Colonial and Indian Exhibition of 1886 (Mathur, 2000) and, to a lesser though important extent, by the Madrid Philippines Exhibition of 1887 (Sánchez-Gómez, 2003). All three housed reproductions of native villages and exhibited dozens of individuals brought from the colonies. This was precisely what attracted the thousands of people who packed the venues. Such success would not have been possible by simply assembling a display of historical documents, photographs or ethnographic materials, no matter how exotic.Thereafter, colonial exhibitions (almost all of which featured the live presence of native peoples) multiplied, whether they were autonomous or connected with national or international exhibitions. In France many municipalities and chambers of commerce began to organise their own exhibits, some of which (such as the Lyon Exhibition of 1894) were theoretically international in scope, although some of the most impressive exhibits held in the country were the colonial sections of the Paris Universal Exhibition of 1889 (Palermo, 2003; Tran, 2007; Wyss, 2010) and 1900 (Wilson, 1991; Mabire, 2000; Geppert, 2010: 62–100). Equally successful were the colonial sections of the Belgian exhibitions of the last quarter of the nineteenth century, which displayed the products and peoples of what was called the Congo Independent State (later the Belgian Congo), which until 1908 was a personal possession of King Leopold II. The most remarkable was probably the 1897 Tervuren Exhibition, an annex of the Brussels International Exposition of the same year (Wynants, 1997; Küster, 2006). In Germany, one of the European capitals of commercial ethnological shows, several colonial exhibitions were orchestrated as the overseas empire was being built between 1884 and 1918. Among them, the Erste Deutsche Kolonialausstellung or First German Colonial Exhibition, which was organised as a complement to the great Berlin Gewerbeausstellung (Industrial Exhibition) of 1896, was particularly successful (Arnold, 1995; Richter, 1995; Heyden, 2002).As far as the United States was concerned, the country’s late but impetuous arrival as a world power was almost immediately heralded by the phenomenon of the World’s Fair, and the respective colonial sections (Rydell, 1984 y 1993; Rydell, Findling y Pelle, 2000). Whilst a stunning variety of ethnic performances were already on show at the 1893 Chicago World’s Fair, it was at Omaha, (1898) Buffalo, (1901) and above all at the 1904 Saint Louis Exhibition, that hundreds of natives were enthusiastically displayed with the purpose of publicising and gathering support for the complex and “heavy” civilising task (“The White Man’s Burden”) that the North American nation had to undertake in its new overseas possessions (Kramer, 1999; Parezo y Fowler, 2007).In principle, those natives who took part in the live section of a colonial exhibition did so of their own accord, whether they were allegedly savage or civilised individuals, and regardless of whether the show had been organised through concessions to private company owners or those who indirectly depended on public agencies. Although neither violence nor kidnapping has been recorded, it is highly unlikely that most of the natives who took up the invitation were fully aware of its implications: again, the great distances they had to travel, the discomforts they would endure and the situations in which they would be involved upon arrival in the metropolis.Until the early-twentieth century, the sole purpose of native exhibitions was to attract an audience and to show, with the exemplar of a “real” image, the inferior condition of the colonised peoples and the need to continue the civilising mission in the faraway lands from which they came. In all cases their living conditions in the metropolis were unlikely to differ greatly from those of the participants in purely commercial shows: usually residing inside the exhibition venue, they were rarely free to leave without the express permission of their supervisors. However, it must be said that conditions were considerably better for the individuals exhibited when the shows were organised by government agencies, who always ensured that formal contracts were signed, and were probably unlikely to house people in the truly gruesome conditions present in some domains of the private sector. In some cases, added circumstances can be inferred which reveal a clear interest in “doing things properly”, by developing an ethical and responsible show, no matter how impossible this was in practice. Perhaps the clearest example of this kind of event is the Philippines Exhibition which was organized in Madrid in 1887.The most striking feature of this exhibition was its stated educational purpose, to present a sample of the ethnic and social diversity of the archipelago. Other colonial exhibitions attempted to do the same, but in this case the intentions of the Spanish appeared to be more authentic and credible. Of course the aim was not to provide a lesson in island ethnography, but to prove the extent to which the Catholic Church had managed to convert the native population, and to show where savage tribes still existed. Representing the latter were, among others, several Tinguian and Bontoc persons (generically known as Igorots by the Spanish) and an Aeta person, referred to as a Negrito. Several Muslim men and women from Mindanao and the Joló (Sulu) archipelago (known to the Spanish as Moros or “Moors”) also took part in the exhibition, not because they were considered savages but on account of their pagan and unredeemed condition. Finally, as an example of the benefits of the colonial enterprise, Christian Filipinos (both men and women) were invited to demonstrate their artistic skill and craftsmanship and to sell their artisan products from various structures within the venue. All were legally employed and received regular payment until their return to the Philippines, which was very unusual for an exhibition at that time.However, despite the “good intentions” of the administration, an obvious hierarchy can be inferred from the spatial pattern through which the Filipino presence in Madrid was organised. Individuals considered savage lived inside the exhibit enclosure and were under permanent control; they could visit the city but always in a scheduled and closely-directed way. Muslims, however, did not live inside the park, but in boarding houses and inns. Their movements were also restricted, but this was justified on the basis of their limited knowledge of their surroundings. Christians also lodged at inns, and although they did enjoy a certain autonomy, their status as “special guests” imposed a number of official commitments and the compulsory attendance of events. Such differences became even more obvious, especially for the audience, not just because the savages lived inside the ranchería or native village, where they were exhibited, but also because their only purpose was to dance, gesture, eat and display their half-naked bodies. Muslims were not exhibited, nor did they have a clear or specific task to perform beyond merely “representing”. Christian men and women (cigar makers and artisans) simply performed their professional tasks in front of the audience, and were expected to complete a given timetable and workload as would any other worker.In the light of the above, it may be concluded that the Philippines Exhibition of 1887 (specifically the live exhibition section) was conducted in a manner which questions the simplistic concept of a human zoo that many historians apply to these spectacles. Although there were certain similarities with commercial shows, we must admit that the Spanish government made considerable efforts to ensure that the exhibition, and above all the participation of the Filipinos, was carried out in a relatively dignified fashion. It must be reiterated that this is not intended to project a benevolent image of nineteenth-century Spanish colonialism. The position of some of the exhibited, especially those considered savages, was not only subordinate but almost subhuman (almost being the key word), in spite of the fact that they received due payment and were relatively well fed. Moreover, we cannot forget that three of the participants (a Carolino man and woman, and a Muslim woman) died from diseases which were directly related to the conditions of their stay on the exhibition premises.As the twentieth century advanced, colonial shows changed their direction and content, although it was some time before these changes took effect. The years prior to the First World War saw several national colonial exhibitions (Marseille and Paris in 1906; London in 1911),[4] two binational exhibitions (London, 1908 and 1910)[5] and a trinational (London, 1909),[6] which became benchmarks for exhibition organisers during the interwar years. The early twentieth century also saw several national colonial sections, wich had varying degrees of impact, in three universal exhibitions organised in Belgium: Liège (1905), Brussels (1910) and Ghent (1913) and in several exhibitions organised in three different Italian cities, although none of these included a native section.[7] However, it was during the 1920s and 1930s that a true eclosion of national and international exhibitions, whose main focus was colonial or which included important colonial elements, occurred.[8] The time was not only ripe for ostentatious reasons, but also because the tension originated by certain European powers, especially Italy, encouraged a vindication of overseas colonies through the propaganda that was deployed at these events.For all these reasons, and in addition to many other minor events, national colonial exhibitions were staged in Marseille (1922), Wembley (1924–25),[9] Stuttgart (1928),[10] Koln (1934), Oporto (1934), Freiburg im Breisgau (1935), Como (1937),[11] Glasgow (1938),[12] Dresden (1939), Vienna (1940) and Naples (1940).[13] At an international colonial level, the most important was the 1931 Parisian Exposition Coloniale Internationale et des Pays d’Outre Mer. In addition, although they were not specialised international colonial exhibitions, outstanding and relevant colonial sections could be found at the Turin National Exhibition of 1928, the Iberian-American Exhibition of 1929, the Brussels Universal Exhibition of 1935, the Paris International Exhibition of 1937 and the Lisbon National Exhibition of 1940.At most of these events, a revised perspective of overseas territories was projected. Although, with some exceptions, metropolises continued to import indigenous peoples and persisted in presenting them as exotic, the focus was now shifted on to the results of the civilising process, as opposed to strident representations of savagery. This meant that it was no longer necessary for exhibited peoples to live at the exhibition venue. The aim was now to show the most attractive side of empire, and displays of the skills of its inhabitants, such as singing or dancing continued, albeit in a more serious, professional fashion. In principle, natives taking part in these exhibitions could move around more freely; in addition, they were all employed as any other professional or worker would be. However, once again the ethnic factor came into play, materialising under many different guises. For example, at the at the Paris Exhibition of 1931, people who belonged to “oriental civilisations” appeared at liberty to move around the venue, they were not put on display, and devoted their time to the activities for which they had been contracted (such as traditional songs and dances, handicrafts or sale of products). Once their working day was completed, they were free to visit the exhibition or travel around Paris. However, the same could not be said for the Guineans arriving at the Seville Ibero-American Exhibition of 1929, where they were clearly depicted in a savagist context, similar to the way in which Africans had been displayed in colonial and even commercial exhibitions in the nineteenth century (Sánchez-Gómez, 2006).Another interwar colonial exhibition which was unable to free itself from nineteenth-century stereotypes was the one held in Oporto in 1934, which included several living villages inhabited by natives, children included (Serén, 2001). Their presence in the city and the fact that they were displayed and lived within the same exhibition space was something that neither the press nor contemporary politicians saw fit to criticise. In fact it was the pretos (black African men) and especially pretas (black African women) who were the main attraction for thousands of visitors who thronged to the event, which was probably related to the fact that all the natives were bare-chested. Interestingly, the Catholic Church did not take offense, perhaps interpreting the women shown as being merely “black savages” who had little to do with chaste Portuguese women. Of course they had no objections to the exhibition of human beings either.Two interwar exhibitions (Seville and Oporto) have been cited as examples where the management of indigenous participants markedly resembled the practices of the nineteenth century. However, this should not imply that other events refrained from the (more or less) sophisticated manipulation of the native presence. The most significant example was the Parisian International Colonial Exhibition of 1931.[14] Some historians highlight the fact that the general organiser, Marshall Lyautey, managed to impose his criterion that the exhibition should not include displays of the traditional “black villages” or “indigenous villages” inhabited by natives. Although it is true that the official (French and International) sections did not include this feature,[15] there can be little doubt that this was a gigantic ethnic spectacle, where hundreds of native peoples (who were present in the city as artists, artisans or simply as guests) were exhibited and manipulated as a source of propaganda of the highest order for the colonial enterprise. This is just one more example, although a particularly significant one, of the multi-faceted character that ethnic shows acquired. It is difficult to define these simply on the basis of their brutality or “animal” characteristics, their closeness to Hagenbeck’s Völkerschauen or the anthropological exhibitions that were organised at the Jardin d’Acclimatation in late-nineteenth century Paris.The last major European colonial exhibition took place in the anachronistic Belgian Congo section of the Brussels Universal Exhibition of 1958, the first to be held after the Second World War.[16] In principle, its contents were organised around a discourse which defended the moral values of interracial fraternity and which set out to convince both Belgian society and the Congolese that Belgians were only in Congo to civilise, and not to exploit. In order to prove the authenticity of this discourse, the organisers went to great pains to avoid the jingoistic exoticism which had characterised most colonial exhibits thus far. In accordance with this, the event did not include the traditional, demeaning spectacle of natives living within the exhibition space. However, it did include an exotic section, where several dozen Congolese artisans demonstrated their skills to the audience and sold the products manufactured there in a context which was intended to be purely commercial. Unfortunately, the good will of the organisers was betrayed by an element of the public, who could not help confronting the Africans in a manner reminiscent of their grandparents back in 1897. This resulted in the artisans abruptly leaving the exhibition for Congo after being shocked by the insolence and bad manners of some of the visitors.The Congolese presence in Brussels was not limited to these artisans: almost seven hundred Africans arrived, two hundred of which were tourists who had been invited with the specific purpose of visiting the exhibition. Most of them were members of the “Association of African Middle Classes”, that is, they were part of the “evolved elite”. The remaining figures were made up of people who were carrying out some sort of task in the colonial section of the exhibition, whether as specialised workers, dancers, guides or as assistants in the various sections, perhaps including some members of the Public Force, made up of natives. The presence in Brussels of the tourists, in particular, was part of a policy of association, which, according to the organisers, was intended to prepare “the Congolese population for the complete realisation of their human destiny.” The Belgian population, in turn, would have the chance to become better acquainted with these people through a “direct, personal and free contact with the civilised Congolese” (Delhalle, 1985: 44). Neither this specific measure nor any others taken to bring blacks and whites closer seem to have had any practical effect whatsoever. In fact, although the Congolese visitors were cared for relatively well (although not without differences or setbacks), their movements during their stay in Brussels were under constant scrutiny, to prevent them from being “contaminated” by the “bad habits” of the metropolitan citizens.Despite everything mentioned thus far, or perhaps even because of it, the 1958 exhibition was an enormous public success, on a par with the colonial events of the past. This time, as before, it was predicated on a largely negative image of the Congolese population. Barely any critical voices were heard against the exhibiting model or the abuses of the colonial system, not even from the political left. Finally, as with earlier colonial exhibitions, it is obvious that what was shown in Brussels had little to do with the reality of life in Congo. In fact, as the exhibition closed down, in October 1958, Patrice Lumumba founded the Congolese National Movement. On the 11th of January of 1959, repression of the struggles for independence escalated into the bloody killings of Léopoldville, the colonial capital. Barely one year later, on the 30th of June 1960, Belgium formally acknowledged the independence of the new Democratic Republic of Congo; two years later Rwanda and Burundi followed.
MISSIONARY EXHIBITIONS: DOMINATION, FAITH AND SPECTACLE
The excitement that exhibitions generated in the second half of the nineteenth century provoked reactions from many quarters, including Christian churches. Of course, the event which shook Protestant propagandist sensibilities the hardest (as Protestants were the first to take part in the exhibition game) was the 1851 London Exhibition. However, the interest which both the Anglican Church and many evangelical denominations expressed in participating in this great event was initially met with hesitation and even rejection by the organisers (Cantor, 2011). Finally their participation was accepted, but only two missionary societies were authorised to officially become an integral part of the exhibition, and they could only do so as editors of printed religious works.The problems that were documented in London in 1851 continued to affect events organised throughout the rest of the century; in fact, the presence of the Christian churches was permitted on only two occasions, both in Paris, at the exhibitions of 1867 and 1900. At the first of these, it was only Protestant organisations that participated, as the Catholic Church did not yet recognise the importance of such an event as an exhibitional showcase. By the time of the second, which was the last great exhibition of the nineteenth century and one of the most grandiose of all time, the situation had changed dramatically; both Protestants and Catholics participated and the latter (the French Church, to be precise) did so with greater success than its Protestant counterpart.[18]The opposition that missionary societies encountered at nineteenth-century international exhibitions encouraged them to organise events of their own. The first autonomous missionary events were Protestant and possibly took place prior to 1851. In any case, this has been confirmed as the year that the Methodist Wesleyan Missionary Society organised a missionary exhibition (which took place at the same time as the International Exhibition). Small in size and very simple in structure, it was held for only two days during the month of June, although it provided the extraordinary opportunity to see and acquire shells, corals and varied ethnographic materials (including idols) from Tonga and Fiji.[19] The exhibition’s aim was very specific: to make a profit from ticket sales and the materials exhibited and to seek general support for the missionary enterprise.Whether or not they were directly influenced by the international event of 1851, the modest British missionary exhibitions of the mid-nineteenth century began to evolve rapidly from the 1870s, reaching truly spectacular proportions in the first third of the twentieth century. This enormous success was due to a particular set of circumstances which were not true for the Catholic sphere. Firstly, the exhibits were a fantastic source of propaganda, and furthermore, they generated a direct and immediate cash income. This is significant considering that Protestant church societies and committees neither depended upon, nor were linked to (at least not directly or officially) civil administration and almost all revenue came from the personal contributions of the faithful. Secondly, because Protestants organised their own events, there was no reason for them to participate in the official colonial exhibitions, with which the Catholic missions became repeatedly involved once the old prejudices of government had fallen away by the later years of the nineteenth century. In this way, evangelical communities were able to maintain their independence from the imperial enterprise, yet in a manner that did not preclude them from collaborating with it whenever it was in their interests to do so.However, whether Catholic or Protestant, the main characteristic of the missionary exhibitions in the timeframe of the late-nineteenth and early-twentieth century, was their ethnological intent (Sánchez-Gómez, 2013). The ethnographic objects of converted peoples (and of those who had yet to be converted) were noteworthy for their exoticism and rarity, and became a true magnet for audiences. They were also supposedly irrefutable proof of the “backward” and even “depraved” nature of such peoples, who had to be liberated by the redemptive missions which all Christians were expected to support spiritually and financially. But as tastes changed and the public began to lose interest, the exhibitions started to grow in size and complexity, and increasingly began to feature new attractions, such as dioramas and sculptures of native groups. Finally, the most sophisticated of them began to include the natives themselves as part of the show. It must be said that, but for rare exceptions, these were not exhibitions in the style of the famous German Völkerschauen or British ethnological exhibitions, but mere performances; in fact, the “guests” had already been baptized, were Christians, and allegedly willing to collaborate with their benefactors.Whilst the Protestant churches (British and North American alike) produced representations of indigenous peoples with the greatest frequency and intensity, it was (as far as we know) the (Italian) Catholic Church that had the dubious honour of being the first to display natives at a missionary exhibition, and did so in a clearly savagist and rudimentary fashion, which could even be described as brutal. This occurred in the religious section of the Italian-American Exhibition of Genoa in 1892 (Bottaro, 1984; Perrone, n.d.). As a shocking addition to the usual ethnographic and missionary collections, seven natives were exhibited in front of the audience: four Fuegians and three Mapuches of both sexes (children, young and fully-grown adults) brought from America by missionaries. The Fuegians, who were dressed only in skins and armed with bows and arrows, spent their time inside a hut made from branches which had been built in the garden of the pavilion housing the missionary exhibition. The Mapuches were two young girls and a man; the three of them lived inside another hut, where they made handicrafts under the watchful eye of their keepers.The exhibition appears to have been a great success, but it must have been evident that the model was too simple in concept, and inhumanitarian in its approach to the indigenous people present. In fact, whilst subsequent exhibitions also featured a native presence (always Christianised) at the invitation of the clergy, the Catholic Church never again fell into such a rough presentation and representation of the obsolete and savage way of life of its converted. To provide an illustration of those times, now happily overcome by the missionary enterprise, Catholic congregations resorted to dioramas and sculptures, some of which were of superb technical and artistic quality.Although the Catholic Church may have organised the first live missionary exhibition, it should not be forgotten that they joined the exhibitional sphere much later than the evangelical churches. Also, a considerable number of their displays were associated with colonial events, something that the Protestant churches avoided. This happened, for example, at the colonial exhibitions of Lyon (1894), Berlin 1896 (although this also involved Protestant churches) and Brussels-Tervuren (1897), as well as at the National Exhibition of 1898 in Turin. Years later, the great colonial (national and international) exhibitions of the interwar period continued to receive the enthusiastic and uncritical participation of Catholic missions (although some, as in 1931, included Protestant missions too). The most remarkable examples were the Iberian-American Exhibition of Seville in 1929, the International Exhibitions held at Amberes (1930) and Paris (1931), and the Oporto (1934) and Lisbon (1937 and 1940) National Exhibitions.[20] This colonial-missionary association did not prevent the Catholic Church from organising its own autonomous exhibitions, through which it tried to emulate and even surpass its more experienced Protestant counterpart. Their belated effort culminated in two of the most spectacular Christian missionary exhibitions of all time: the Vatican Missionary Exhibition of 1925 and the Barcelona Missionary Exhibition of 1929, which was associated with the great international show of that year (Sánchez-Gómez, 2007 and 2006). Although both events documented native nuns and priests as visitors, no humans were exhibited. Again, dioramas and groups of sculptures were featured, representing both religious figures and indigenous peoples. Let us return to the Protestant world. Whilst it was the reformed churches that most readily incorporated native participation, they seemed to do so in a more sensitive and less brutalised manner than the Genoese Catholic Exhibition of 1892. We know of their presence at the first North American exhibitions: one of which was held at the Ecumenical Conference on Foreign Missions, celebrated in New York in 1909 and, most significantly, at the great interdenominational The World in Boston Exhibition, in 1911 (Hasinoff, 2011). Native participation has also been recorded at the two most important British contemporary exhibitions: The Orient in London (held by the London Missionary Society in 1908) and Africa in the East (organised by the Church Missionary Society in 1909). Both exhibitions toured a number of British towns until the late 1920s, although for the most part without indigenous participation (Coombes, 1994; Cheang, 2006–2007).[21] However, the most spectacular Protestant exhibition, with hundreds of natives, dozens of stands, countless parades, theatrical performances, the latest thrill rides and exotic animals on display, was the gigantic Centenary Exhibition of American Methodist Missions, celebrated in Columbus in 1919 and popularly known as the Methodist’s World Fair (Anderson, 2006).The exhibition model at these early-twentieth century Protestant events was very similar to the colonial model. Native villages were reconstructed and ethnographic collections were presented, alongside examples of local flora and fauna, and of course, an abundance of information about missionary work, in which its evangelising, educational, medical and welfare aspects were presented. Some of these were equally as attractive to the audience (irrespective of their religious beliefs) as contemporary colonial or commercial exhibitions. However, it may be noted that the participation of Christianised natives took a radically different form from those of the colonial and commercial world. Those who were most capable and had a good command of English served as guides in the sections corresponding to their places of origin, a task that they tended to carry out in traditional clothing. More frequently these new Christians assumed roles with less responsibility, such as the manufacture of handicrafts, the sale of exotic objects or the recreation of certain aspects of their previous way of life. The organisers justified their presence by claiming that they were merely actors, representing their now-forgotten savage way of life. This may very well have been the case.At the Protestant exhibitions of the 1920s and 1930s, the presence of indigens became progressively less common until it eventually disappeared. This notwithstanding, the organisers came to benefit from a living resource which complemented displays of ethnographic materials whilst being more attractive to the audience than the usual dioramas. This was a theatrical representation of the native way of life (combined with scenes of missionary interaction) by white volunteers (both men and women) who were duly made up and in some cases appeared alongside real natives. Some of these performances were short, but others consisted of several acts and featured dozens of characters on stage. Regardless of their form, these spectacles were inherent to almost any British and North American exhibition, although much less frequent in continental Europe.Since the 1960s, the Christian missionary exhibition (both Protestant and Catholic) has been conducted along very different lines from those which have been discussed here. All direct or indirect associations with colonialism have been definitively given up; it has broken with racial or ethnological interpretations of converted peoples, and strongly defends its reputed autonomy from any political groups or interests, without forgetting that the essence of evangelisation is to maximize the visibility of its educational and charitable work among the most disadvantaged.
FINAL WORD
The three most important categories of modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– have been examined. All three resorted, to varying degrees, to the exhibition of exotic human beings in order to capture the attention of their audience, and, ultimately, to achieve certain goals: be they success in business and personal enrichment, social, political or financial backing for the colonial enterprise, or support for missionary work. Whilst on occasion they coincided at the same point in time and within the same context of representation, the uniqueness of each form of exhibition has been emphasised. However, this does not mean that they are completely separate phenomena, or that their representation of exotic “otherness” is homogeneous.Missionary exhibitions displayed perhaps the most singular traits due to their spiritual vision. However, it is clear that many made a determined effort to produce direct, visual and emotional spectacles and some, in so doing, resorted to representations of natives which were very similar to those of colonial exhibitions. Can we speak then, of a convergence of designs and interests? I honestly do not think so. At many colonial exhibitions, organisers showed a clear intention to portray natives as fearsome, savage individuals (sometimes even describing them as cannibals) who somehow needed to be subjugated. Peoples who were considered, to a lesser or greater extent, to be civilised were also displayed (as at the interwar exhibitions). However, the purpose of this was often to publicise the success of the colonial enterprise in its campaign for “the domestication of the savage”, rather than to present a message of humanitarianism or universal fraternity. Missionary exhibitions provided information and material examples of the former way of life of the converted, in which natives demonstrated that they had abandoned their savage condition and participated in the exhibition for the greater glory of the evangelising mission. Moreover, they also became living evidence that something much more transcendent than any civilising process was taking place: that once they had been baptised, anyone, no matter how wild they had once been, could become part of the same universal Christian family.It is certainly true that the shows that the audiences enjoyed at all of these exhibitions (whether missionary, colonial or even commercial) were very similar. Yet in the case of the former, the act of exhibition took place in a significantly more humanitarian context than in the others. And while it is evident that indigenous cultures and peoples were clearly manipulated in their representation at missionary exhibitions, this did not mean that the exhibited native was merely a passive element in the game. And there is something more. The dominating and spectacular qualities present in almost all missionary exhibitions should not let us forget one last factor which was essential to their conception, their development and even their longevity: Christian faith. Without Christian faith there would have been no missionary exhibitions, and had anything similar been organised, it would not have had the same meaning. It was essential that authentic Christian faith existed within the ecclesiastical hierarchy and within those responsible for congregations, missionary societies and committees. But the faith that really made the exhibitions possible was the faith of the missionaries, of others who were involved in their implementation and, of course, of those who visited. Although it was never recognised as such, this was perhaps an uncritical faith, complacent in its acceptance of the ways in which human diversity was represented and with ethical values that occasionally came close to the limits of Christian morality. But it was a faith nonetheless, a faith which intensified and grew with each exhibition, which surely fuelled both Christian religiosity (Catholic and Protestant alike) and at least several years of missionary enterprise, years crucial for the imperialist expansionism of the West. It is an objective fact that the display of human beings at commercial and colonial shows was always much more explicit and degrading than at any missionary exhibition. To state what has just been proposed more bluntly: missionary exhibitions were not “human zoos”. However, it is less clear whether the remaining categories: are commercial and colonial exhibitions worthy of this assertion (human zoos), or were they polymorphic ethnic shows of a much greater complexity?The principal analytical obstacle to the use of the term “human zoo” is that it makes an immediate and direct association between all of these acts and contexts and the idea of a nineteenth-century zoo. The images of caged animals, growling and howling, may cause admiration, but also disgust; they may sometimes inspire tenderness, but are mainly something to be avoided and feared due to their savage and bestial condition. This was definitely the case for the organisers of the scientific and editorial project cited at the beginning of this article, so it can be no surprise that Carl Hagenbeck’s joint exhibitions of exotic animals and peoples were chosen as the frame of reference for human zoos. Although the authors state in the first edition that “the human zoo is not the exhibition of savagery but its construction” [“le zoo humain n’est pas l’exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci”] (Bancel et al., 2002: 17), the problem, as Blanckaert (2002) points out, is that this alleged construction or exhibitional structure was not present at most of the exhibitions under scrutiny, nor (and this is an added of mine) at those shown at the Exhibitions. L’invention du sauvage exhibit.Indeed, the expression “human zoo” establishes a model which does not fit with the meagre number of exhibitions of exotic individuals from the sixteenth, seventeenth or eighteenth centuries, nor with that of Saartjie Baartmann (the Hottentot Venus) of the early nineteenth century, much less with the freak shows of the twentieth century. Furthermore, this model can neither be compared to most of the nineteenth-century British human ethnological exhibitions, nor to most of the native villages of the colonial exhibitions, nor to the Wild West show of Buffalo Bill, let alone to the ruralist-traditionalist villages which were set up at many national and international exhibitions until the interwar period. Ultimately, their connection with many wandering “black villages” or “native villages” exhibited by impresarios at the end of the nineteenth century could also be disputed. Moreover, many of the shows organised by Hagenbeck number amongst the most professional in the exhibitional universe. The fact that they were held in zoos should not automatically imply that the circumstances in which they took place were more brutal or exploitative than those of any of the other ethnic shows.It is evident from all the shows which have been discussed, that the differential racial condition of the persons exhibited not only formed the basis of their exhibition, but may also have fostered and even founded racist reactions and attitudes held by the public. However, there are many other factors (political, economic and even aesthetic) which come into play and have barely been considered, which could be seen as encouraging admiration of the displays of bodies, gestures, skills, creations and knowledge which were seen as both exotic and seductive.In fact, the indiscriminate use of the very successful concept of “human zoo” generates two fundamental problems. Firstly it impedes our “true” knowledge of the object of study itself, that is, of the very varied ethnic shows which it intends to catalogue, given the great diversity of contexts, formats, persons in charge, objectives and materialisations that such enterprises have to offer. Secondly, the image of the zoo inevitably recreates the idea of an exhibition which is purely animalistic, where the only relationship is that which exists between exhibitor and exhibited: the complete domination of the latter (irrational beasts) by the former (rational beings). If we accept that the exhibited are treated merely as as more-or-less worthy animals, the consequences are twofold: a logical rejection of such shows past, present and future, and the visualization of the exhibited as passive victims of racism and capitalism in the West. It is therefore of no surprise that the research barely considers the role that these individuals may have played, the extent to which their participation in the show was voluntary and the interests which may have moved some of them to take part in these shows. Ultimately, no evaluation has been made of how these shows may have provided “opportunity contexts” for the exhibited, whether as commercial, colonial or missionary exhibitis. Whilst it is true that the exhibited peoples’ own voice is the hardest to record in any of these shows, greater effort could have been made in identifying and mapping them, as, when this happens, the results obtained are truly interesting (Dreesbach, 2005: 78).Before we conclude, it must be said that the proposed analysis does not intend to soften or justify the phenomenon of the ethnic show. Even in the least dramatic and exploitative cases it is evident that the essence of these shows was a marked inequality, in which every supposed “context of interaction” established a dichotomous relationship between black and white, North and South, colonisers and colonised, and ultimately, between dominators and dominated. My intention has been to propose a more-or-less classifying and clarifying approach to this varied world of human exhibitions, to make a basic inventory of their forms of representation and to determine which are the essential traits that define them, without losing sight of the contingent factors which they rely upon.

NOTES

ABSTRACT
The aim of this article is to study the living ethnological exhibitions. The main feature of these multiform varieties of public show, which became widespread in late-nineteenth and early-twentieth century Europe and the United States, was the live presence of individuals who were considered “primitive”. Whilst these native peoples sometimes gave demonstrations of their skills or produced manufactures for the audience, more often their role was simply as exhibits, to display their bodies and gestures, their different and singular condition. In this article, the three main forms of modern ethnic show (commercial, colonial and missionary) will be presented, together with a warning about the inadequacy of categorising all such spectacles under the label of “human zoos”, a term which has become common in both academic and media circles in recent years.Figure 8.   Postcard from the Deutsche Colonial-Ausstellung, Gewerbe Ausstellung (German Colonial Exhibition, Industrial Exhibition, Berlin 1896). Historische Bildpostkarten, Universität Osnabrück, Sammlung Prof. Dr. S. Giesbrecht (http://www.bildpostkarten.uni-osnabrueck.de).

[1]In order to avoid loading the text through the excessive use of punctuation marks, I have decided not to put words as blacks, savages or primitives in inverted commas; but by no means does this mean my acceptance of their contemporary racist connotations.

[2]Apart from its magnificent catalogue, the contents of the exhibition are also available online: http://www.quaibranly.fr/uploads/tx_gayafeespacepresse/MQB_DP_Exhibitions_01.pdf [accessed 13/November/2012].

[3]Missionary exhibitions are not an integral part of the repertoire of exhibitions studied as part of the French project on “Human zoos”, nor do they appear at the great Quai de Branly exhibition of 2012.

[4]The Marseille and Paris exhibitions competed with each other. The Festival of Empire was organised in London to celebrate the coronation of George V, thus also being known as the Coronation Exhibition. For more information about these and other British colonial exhibitions, or exhibitions which had important colonial sections, organised between 1890 and 1914, see Coombes (1994: 85–108) and Mackenzie (2008).

[5]These were the Franco-British exhibition (1908) and the Japan-British Exhibition (1910); although their contents were not exclusively colonial these do make up an important part of the exhibitions. They are both private and run by the successful show businessman Imre Kiralfy. For the former, see Coombes (1994: 187–213), Leymarie (2009) and Geppert (2010: 101–133); and for the latter, Mutsu (2001).
[6]This was the International Imperial Exhibition, where the Great Britain, France and Russia took part, although other countries also had a minor presence. It was organized by the businessman Imre Kiralfy.
[7]The exhibition fever of those years even hit Japan, where colonial and anthropological exhibitions were organized in Osaka (1903) and Tokyo (1913). These showed Ainu peoples and persons from the newly incorporated territories of the Japanese Empire (Siddle, 1996; Nanta, 2011).
[8]For a good summary of the extensive colonial propaganda movement which spread around Europe during the interwar period (with detailed references to the exhibitions) see Stanard (2009).
[9]British Empire Exhibition.
[10]After its defeat in the Great War, the 119 Versailles Treaty article specified that Germany should give up all its overseas territories. Therefore, whenever exhibitions were celebrated during the interwar period Germany lacked any possessions whatsoever. Thus, German competitions mentioned (including Vienna) were nothing but mere patriotic exhibitions of colonial revisionism, which were celebrated during the Weimar Republic and reached their heyday in the Nazi era.
[11]This was the Mostra Coloniale Celebrativa della Vittoria Imperiale, a propagandist national-colonial exhibition of a strong rationalist character.
[12]This was the British Empire Exhibition.
[13]This was the grandiose Prima (and unique) mostra triennale delle Terre Italiane d’Oltremare, which was to be celebrated between the 9 of May and the 15 of October 1940, and which was suspended after a month owing to Mussolini’s declaration of war on France and Great Britain. See Kivelitz (1999: 162–171), Abbattista and Labanca (2008), Vargaftig (2010) and, more specifically, Dore (1992).
[14]The available literature on the exhibition of 1931 is very abundant. A very brief selection of titles could include the following: Ageron (1984), Blévis et al. (2008), Exposition Coloniale (2006), Hodeir and Pierre (1991), L’ Estoile (2007), Lebovics (2008) and Morton (2000).
[15]However, the organization of two purely commercial ethnological exhibitions was authorized.
[16]On the Congolese section of the 1958 Brussels exhibition, the works of Cornelis (2005), Halen (1995), and Stanard (2005 and 2011) can be used as references.
[17]The territory of Rwanda-Urundi (former German colony of Rwanda and Burundi) was administered as a trusteeship by Belgium from 1924, on accepting a League of Nations mandate which was renewed through the UN after the end of the Second World War.
[18]For the encounters and disagreements between Christian exhibitions and Universal exhibitions during the nineteenth century, see Sánchez-Gómez (2011).
[19]The New-Zealander (Auckland), 22 October 1851. Available at http://paperspast.natlib.govt.nz/cgi-bin/paperspast [accessed 3/April/2009].
[20]This was the Historical Exhibition of Occupation (1937) and the Exhibition of the Portuguese World (1940); For the Catholic Church’s participation in these events, see Sánchez-Gómez (2009).
[21]The presence of natives has not been recorded at Protestant exhibitions celebrated in France, Sweden, Switzerland or Germany during those years.

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Voir aussi:

Human zoos: When people were the exhibits
Annika Zeitler
Dw.com
10.03.2017

From the German Empire through the 1930s, humans were locked up and exhibited in zoos. These racist « ethnological expositions » remain a traumatizing experience for Theodor Wonja Michael.

« We went throughout Europe with circuses, and I was always traveling – from Paris to Riga, from Berne to Bucharest via Warsaw, » remembers Theodor Wonja Michael. He is the youngest son of a Cameroonian who left the then German colony at the turn of the century to live in the German Empire.

« We danced and performed along with fire-eaters and fakirs. I began hating taking part in these human zoos very early on, » says the now 92-year-old. For several years, did stopped talking about that period in his life. Then in 2013, Theodor Wonja Michael wrote about his and his family’s story in the book « Deutsch sein und schwarz dazu » (Being German and also Black).

Traveling with a human zoo

Theodor Wonja Michael’s father moved with his family from Cameroon to Europe at the end of the 19th century. In Berlin, he quickly realized that he wouldn’t be allowed to do normal jobs. The only available way of making a living was through ethnological expositions, also called human zoos.

At the time, performers of a human zoo would tour through Europe just like rock bands today. They were scheduled to do several presentations a day while visitors would gawk at them.

« In some cases, the performers had contracts, but they didn’t know what it meant to be part of Europe’s ethnological expositions, » says historian Anne Dreesbach. Most of them were homesick; some died because they didn’t manage to get vaccinated. That’s how an Inuit family, which was part of an exhibition, died of smallpox after shows in Hamburg and Berlin in 1880. Another group of Sioux Indians died of vertigo, measles and pneumonia.

Carl Hagenbeck’s exposition of ‘exotics’

A 1927 photo of Carl Hagenbeck, surrounded by the Somalians he put in a Hamburg zoo

Up until the 1930s, there were some 400 human zoos in Germany.

The first big ethnological exposition was organized in 1874 by a wild animal merchant from Hamburg, Carl Hagenbeck. « He had the idea to open zoos that weren’t only filled with animals, but also people. People were excited to discover humans from abroad: Before television and color photography were available, it was their only way to see them, » explains Anne Dreesbach, who published a book on the history of human zoos in Germany a few year ago.

An illusion of travel

The concept already existed in the early modern age, when European explorers brought back people from the new areas they had traveled to. Carl Hagenbeck took this one step further, staging the exhibitions to make them more attractive: Laplanders would appear accompanied by reindeer, Egyptians would ride camels in front of cardboard pyramids, Fuegians would be living in huts and had bones as accessories in their hair. « Carl Hagenbeck sold visitors an illusion of world travel with his human zoos, » says historian Hilke Thode-Arora from Munich’s ethnological museum.

How Theodor Wonja Michael experienced racism in Germany

« In these ethnological expositions, we embodied Europeans perception of ‘Africans’ in the 1920s and 30s – uneducated savages wearing raffia skirts, » explains Theodor Wonja Michael. He still remembers how strangers would stroke his curled hair: « They would smell me to check if I was real and talked to me in broken German or with signs. »

Hordes of visitors

Theodor Wonja Michael’s family was torn apart after the death of his mother, who was a German seamstress from East Prussia. A court determined that the father couldn’t properly raise his four children, and operators of a human zoo officially became the young Theodor’s foster parents in the 1920s. « Their only interest in us was for our labor, » explains Michael.

All four children were taken on by different operators of ethnological expositions and had to present and sell « a typical African lifestyle » for a curious public, like their father had done previously. For Theodor Wonja Michael, it was torture.

Just like fans want to see stars up close today, visitors at the time wanted to see Fuegians, Eskimos or Samoans. When one group decided to stay hidden in their hut during the last presentation of a day in a Berlin zoo in November 1881, thousands of visitors protested by pushing down fences and walls and destroying banks. « This shows what these expositions subconsciously triggered in people, » says Dreesbach.

Theodor Wonja Michael was nine years old when his father died in 1934, aged 55. He only has very few memories of him left. From his siblings’ stories, he knows that his father worked as an extra on silent films at the beginning of the 1920s. The whole family was brought with him to the studio and also hired as extras because they were viewed as « typically African. »

Several human zoos stopped running after the end of World War I. Hagenbeck organized his last show of « exotic people » in 1931 – but that didn’t end discrimination.

Theodor Wonja Michael’s book is available in German under the title, « Deutsch sein und Schwarz dazu. Erinnerungen eines Afro-Deutschen » (Being German and also Black. Memoires of an Afro-German).

Voir de même:

REVIEW: The Strange Tale of a Coney Island ‘Doctor’ Who Saved 7,000 Babies

The Strange Case of Dr. Couney: How a Mysterious European Showman Saved Thousands of American Babies by Dawn Raffel (Blue Rider Press, 284 pp.)

By Laura Durnell

The National Book Review

8.15. 2018

With a couturier’s skill, Dawn Raffel’s The Strange Case of Dr. Couney: How a Mysterious European Showman Saved Thousands of American Babies threads facts and education into a dramatic and highly unusual narrative.  The enigmatic showman Martin Couney showcased premature babies in incubators to early 20th century crowds on the Coney Island and Atlantic City boardwalks, and at expositions across the United States. A Prussian-born immigrant based on the East coast, Couney had no medical degree but called himself a physician, and his self-promoting carnival-barking incubator display exhibits actually ended up saving the lives of about 7,000 premature babies. These tiny infants would have died without Couney’s theatrics, but instead they grew into adulthood, had children, grandchildren, great grandchildren and lived into their 70s, 80s, and 90s. This extraordinary story reveals a great deal about neonatology, and about life.

Raffel, a journalist, memoirist and short story writer, brings her literary sensibilities and great curiosity, to Couney’s fascinating tale. Drawing on extraordinary archival research as well as interviews, her narrative is enhanced by her own reflections as she balanced her shock over how Couney saved these premature infants and also managed to make a living by displaying them like little freaks to the vast crowds who came to see them. Couney’s work with premature infants began in Europe as a carnival barker at an incubator exposition. It was there he fell in love with preemies and met his head nurse Louise Recht. Still, even allowing for his evident affection, making the preemies incubation a public show seems exploitative.

But was it? In the 21st century, hospital incubators and NICUs are taken for granted, but over a hundred years ago, incubators were rarely used in hospitals, and sometimes they did far more harm than good.  Premature infants often went blind because of too much oxygen pumped into the incubators (Raffel notes that Stevie Wonder, himself a preemie, lost his sight this way). Yet the preemies Couney and his nurses — his wife Maye, his daughter Hildegard, and lead nurse Louise, known in the show as “Madame Recht” — cared for retained their vision. The reason? Couney was worried enough about this problem to use incubators developed by M. Alexandre Lion in France, which regulated oxygen flow.

Today it is widely accept that every baby – premature or ones born to term – should be saved.  Not so in Couney’s time. Preemies were referred to as “weaklings,” and even some doctors believed their lives were not worth saving. While Raffel’s tale is inspiring, it is also horrific. She does not shy away from people like Dr. Harry Haiselden who, unlike Couney, was an actual M.D., but “denied lifesaving treatment to infants he deemed ‘defective,’ deliberately watching them die even when they could have lived.”

Haiselden’s behavior and philosophy did not develop in a vacuum. Nazi Germany’s shadow looms large in Raffel’s book. Just as they did with America’s Jim Crow laws, Raffel acknowledges the Nazis took America’s late nineteenth and early twentieth century fascination with eugenics and applied it to monstrous ends in the T4 euthanasia program and the Holocaust. To better understand Haiselden’s attitude, Raffel explains the role eugenics played throughout Couney’s lifetime. She dispassionately explains the theory of eugenics, how its propaganda worked and how belief in eugenics manifested itself in 20th century America.

Ultimately, Couney’s compassion, advocacy, resilience, and careful maintenance of his self-created narrative to the public rose above this ignorant cruelty. True, he was a showman, and during most of his career, he earned a good living from his incubator babies show, but Couney, an elegant man who fluently spoke German, French and English, didn’t exploit his preemies (Hildegard was a preemie too).  He gave them a chance at the lives they might not have been allowed to live. Couney used his showmanship to support all of this life-saving. He put on shows for boardwalk crowds, but he also, despite not having a medical degree, maintained his incubators according to high medical standards.

In many ways, Couney’s practices were incredibly advanced. Babies were fed with breast milk exclusively, nurses provided loving touches frequently, and the babies were held, changed and bathed. “Every two hours, those who could suckle were carried upstairs on a tiny elevator and fed by breast by wet nurses who lived in the building,” Raffel writes.  “The rest got the funneled spoon.”

Yet the efforts of Dr. Couney’s his nurses went largely ignored by the medical profession and were only mentioned once in a medical journal. As Raffel writes in her book’s final page, “There is nothing at his  grave to indicate that [Martin Couney] did anything of note.” The same goes for Maye, Louise and Hildegard. Louise’s name was misspelled on her shared tombstone (Louise’s remains are interred in another family’s crypt), and Hildegard, whose remains are interred with Louise’s, did not even have her own name engraved on the shared tombstone.

With the exception of Chicago’s Dr. Julius Hess, who is considered the father of neonatology, the majority of the medical establishment patronized and excluded Couney. Hess, though, respected Couney’s work and built on it with his own scientific approach and research; in the preface to his book Premature and Congenitally Diseased Infants, Hess acknowledges Couney “‘for his many helpful suggestions in the preparation of the material for this book.’” But Couney cared more about the babies than professional respect. His was a single-minded focus: even when it financially devastated him to do so, he persisted, so his preemies could live.

A Talmud verse Raffel cites early in her book sums up Martin Couney: “If one saves a single life, it is as if one has saved the world.” The Strange Case of Dr. Couney gives Couney his due as a remarkable human being who used his promotional ability for the betterment of premature infants, and for, 7,000 times over, saving the world.


Laura Durnell’s work has appeared in The Huffington Post, Fifth Wednesday Journal, Room, The Antigonish Review, Women’s Media Center, Garnet News, others. She currently teaches at DePaul University, tutors at Wilbur Wright College, one of the City Colleges of Chicago, and is working on her first novel. Twitter handle:  @lauradurnell

Voir par ailleurs:

On te manipule

Une Théorie du complot, c’est quoi ?

Youtubeur cagoulé Une théorie du complot (on parle aussi de conspirationnisme ou de complotisme) est un récit pseudo-scientifique, interprétant des faits réels comme étant le résultat de l’action d’un groupe caché, qui agirait secrètement et illégalement pour modifier le cours des événements en sa faveur, et au détriment de l’intérêt public. Incapable de faire la démonstration rigoureuse de ce qu’elle avance, la théorie du complot accuse ceux qui la remettent en cause d’être les complices de ce groupe caché. Elle contribue à semer la confusion, la désinformation, et la haine contre les individus ou groupes d’individus qu’elle stigmatise.Les 7 commandements de la théorie du complot

1. Derrière chaque événement un organisateur caché tu inventeras

Bureau national des complotsDerrière chaque actualité ayant des causes accidentelles ou naturelles (mort ou suicide d’une personnalité, crash d’avion, catastrophe naturelle, crise économique…), la théorie du complot cherche un ou des organisateurs secrets (gouvernement, communauté juive, francs-maçons…) qui auraient manipulé les événements dans l’ombre pour servir leurs intérêts : l’explication rationnelle ne suffit jamais. Et même si les événements ont une cause intentionnelle et des acteurs évidents (attentat, assassinat, révolution, guerre, coup d’État…), la théorie du complot va chercher à démontrer que cela a en réalité profité à un AUTRE groupe caché. C’est la méthode du bouc émissaire.

2. Des signes du complot partout tu verras

Signe du complot La théorie du complot voit les indices de celui-ci partout où vous ne les voyez pas, comme si les comploteurs laissaient volontairement des traces, visibles des seuls « initiés ». Messages cachés sur des paquets de cigarettes, visage du diable aperçu dans la fumée du World Trade Center, parcours de la manifestation Charlie Hebdo qui dessinerait la carte d’Israël… Tout devient prétexte à interprétation, sans preuve autre que l’imagination de celui qui croit découvrir ces symboles cachés. Comme le disait une série célèbre : « I want to believe ! »

3. L’esprit critique tu auras… mais pas pour tout

La théorie du complot a le doute sélectif : elle critique systématiquement l’information émanant des autorités publiques ou scientifiques, tout en s’appuyant sur des certitudes ou des paroles « d’experts » qu’elle refuse de questionner. De même, pour expliquer un événement, elle monte en épingle des éléments secondaires en leur conférant une importance qu’ils n’ont pas, tout en écartant les éléments susceptibles de contrarier la thèse du complot. Son doute est à géométrie variable.

4. Le vrai et le faux tu mélangeras

Affiche "i want to believe"La théorie du complot tend à mélanger des faits et des spéculations sans distinguer entre les deux. Dans les « explications » qu’elle apporte aux événements, des éléments parfaitement avérés sont noués avec des éléments inexacts ou non vérifiés, invérifiables, voire carrément mensongers. Mais le fait qu’une argumentation ait des parties exactes n’a jamais suffi à la rendre dans son ensemble exacte !

5. Le « millefeuille argumentatif » tu pratiqueras

C’est une technique rhétorique qui vise à intimider celui qui y est confronté : il s’agit de le submerger par une série d’arguments empruntés à des champs très diversifiés de la connaissance, pour remplacer la qualité de l’argumentation par la quantité des (fausses) preuves. Histoire, géopolitique, physique, biologie… toutes les sciences sont convoquées – bien entendu, jamais de façon rigoureuse. Il s’agit de créer l’impression que, parmi tous les arguments avancés, « tout ne peut pas être faux », qu’ »il n’y a pas de fumée sans feu ».

6. La charge de la preuve tu inverseras

ILivre sur "la vérité"ncapables (et pour cause !) d’apporter la preuve définitive de ce qu’elle avance, la théorie du complot renverse la situation, en exigeant de ceux qui ne la partagent pas de prouver qu’ils ont raison. Mais comment démontrer que quelque chose qui n’existe pas… n’existe pas ? Un peu comme si on vous demandait de prouver que le Père Noël n’est pas réel.

7. La cohérence tu oublieras

A force de multiplier les procédés expliqués ci-dessus, les théories du complot peuvent être totalement incohérentes, recourant à des arguments qui ne peuvent tenir ensemble dans un même cadre logique, qui s’excluent mutuellement. Au fond, une seule chose importe : répéter, faute de pouvoir le démontrer, qu’on nous ment, qu’on nous cache quelque chose. #OnTeManipule !

Voir enfin:

« Le clip de Nick Conrad illustre la montée de la haine raciale en France »
Céline Pina
Le Figaro
28/09/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Réagissant au clip du rappeur Nick Conrad appelant à massacrer des «Blancs», Céline Pina assure que cet épisode n’est que la partie visible d’une idéologie raciste de plus en plus violente, prenant les «Blancs» pour cible.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle avait dénoncé en 2015 le salon de «la femme musulmane» de Pontoise et a récemment publié Silence Coupable (éd. Kero, 2016). Avec Fatiha Boutjalhat, elle est la fondatrice de Viv(r)e la République, mouvement citoyen laïque et républicain, appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l’indispensable universalité des valeurs républicaines.


«Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs,

attrapez-les vite et pendez leurs parents

Écartelez-les pour passer le temps

Divertir les enfants noirs de tout âge, petits et grands.

Fouettez-les fort, faites-le franchement,

Que ça pue la mort, que ça pisse le sang»

Si vous pensez que l’État islamique donne maintenant ses ordres en rimes laborieuses ou que la nouvelle mode est de semer la haine et de lancer des appels au meurtre en chanson, c’est, d’après l’auteur de ce texte, que vous êtes plein de préjugés racistes. Certes tuer des enfants dans les écoles ou les crèches est bien un mot d’ordre que les terroristes islamistes ont lancé, certes le clip de ce rappeur appelle au meurtre de masse des Blancs, mais, selon ses défenseurs, il s’agit d’Art, de création, d’amour incompris. En fait, être choqués par ces paroles, témoignerait d’un refus collectif de prendre conscience de nos fautes et de celles de nos pères et serait un effet de notre racisme ontologique puisque le rappeur explique avoir voulu «inverser les rôles, (…) le système, de manière à ce que Blancs comme noirs puissent se rendre compte de la situation.». Son clip serait «une fiction qui montre des choses qui sont vraiment arrivées au peuple noir.». Rappelons qu’il s’agit ici de montrer des actes de torture, d’humiliation puis l’exécution d’un homme blanc, le tout filmé avec une jouissance sadique.

Au regard de la ligne de défense du rappeur on peut constater d’abord que s’il chante la haine, c’est qu’il la porte en lui. Il la légitime d’ailleurs par l’histoire. Dans son imaginaire et sa représentation du monde, tuer des «blancs» est une œuvre de justice pour un «noir» puisqu’il ne ferait que remettre les compteurs de l’histoire à zéro et venger les souffrances de son peuple, victime de l’esclavage. Sauf que pour raisonner ainsi il faut être profondément inculte et ne pas craindre la falsification historique. L’historien Olivier Petré-Grenouilleau a travaillé sur l’histoire des traites négrières. À l’époque il fut violemment attaqué car son travail déconstruisait un discours idéologique visant à réduire l’esclavage à la seule histoire de l’oppression de l’homme blanc sur l’homme noir. Or la réalité est bien plus diverse. Il y eut trois types de traite: la traite africaine, celle où des noirs capturaient et vendaient des esclaves noirs, on estime cette traite à 14 millions de personnes déportées. La traite arabo-musulmane où les marchands arabes capturaient et vendaient des esclaves noirs, celle-ci a concerné 17 millions d’individus et avait une particularité notable, la castration systématique de tous les hommes. Enfin la traite transatlantique, celle des «blancs», qui a concerné 11 millions d’individus.

Au vu de ce triste constat, nul ne peut pavoiser. Aucune couleur de peau ne peut revendiquer un quelconque avantage moral sur l’autre. En revanche, ce sont les Européens qui ont aboli les premiers l’esclavage, à l’issue d’un travail intellectuel et politique amorcé durant Les Lumières, qui changèrent la conception de l’homme et de la société. Grâce au concept d’égale dignité de l’être humain, il devenait impossible pour un homme d’en posséder un autre. Cette idée d’égalité est une construction, une représentation, une vision de l’homme et du monde qui rendit l’esclavage illégitime. En Europe, cette situation perdure car elle est liée à une perception du monde sur laquelle nous nous efforçons d’appuyer nos lois et nos mœurs. En Afrique et en Orient, l’esclavage existe encore (souvenez-vous des images du marché d’esclaves en Libye) et le combat pour l’abolir complètement est très discret, alors que la mémoire de l’esclavage, en Occident, finie par être instrumentalisée à des fins politiques douteuses. L’esclavage n’intéresse les idéologues gauchistes que pour faire le procès du blanc et justifier tous les passages à l’acte. Ce qui ne sert ni la connaissance historique, ni la lutte contre les discriminations.

Quant à l’excuse par l’art, mobilisée pour donner un boulevard à la haine et censurer ceux qui s’en indignent, elle a pour corollaire le droit de juger et de rejeter du spectateur. Elle a également pour limite l’appel au meurtre. Souvenez-vous de la radio Mille collines au Rwanda. Un bien joli nom pour une entreprise génocidaire. A coup d’appels enflammés et de texte haineux auquel celui-ci n’a rien à envier, elle sema sciemment la détestation et la mort. Et elle fut entendue. Largement.

C’est ce que fait à son niveau ce rappeur. Car son délire ne lui appartient pas en propre. Il relaie une logique, un discours de haine et un projet politique qui a été forgé d’abord aux États-Unis et qui revient ici porté par le PIR (Parti des Indigènes de la République), par l’extrême-gauche et par leurs alliés islamistes. Ce discours de haine raciale est légitimé et s’installe dans nos représentations car cette idéologie trouve des relais politiques et intellectuels. Elle se développe même au sein des universités à travers l’imposture du champ des études post-coloniales, où l’on préfère souvent former des activistes politiques, plutôt que s’astreindre à l’aride rigueur de la démarche scientifique. Ce discours est porté politiquement dans les banlieues où il construit les représentations des jeunes, il est accueilli dans les médias mainstream où les lectures raciales de la société se développent de plus en plus. Cette dérive violente est nourrie par un travail politique mené par des forces identifiables et il porte ses fruits: oui, il y a bien un racisme «anti-blancs» qui se développe dans les banlieues. Oui, on peut se faire agresser pour le seul crime d’être «blanc». Oui, la montée de la haine raciale aujourd’hui participe aux passages à l’acte et à l’explosion de la soi-disant violence gratuite.

Mais cela, une partie du système médiatique le nie, participant aussi à la légitimation de ceux qui font monter les tensions raciales. Imaginons juste qu’un chanteur ait chanté les mêmes horreurs à propos des noirs. Croyez-vous que la presse lui aurait ouvert ses colonnes pour qu’il se justifie? N’eût-il été immédiatement mis au ban par ses pairs? Quand les bien-pensants réclament qu’Eric Zemmour soit interdit d’antenne, alors que sa sortie ridicule n’a rien à voir de près ni de loin avec un appel au meurtre, ils sont curieusement muets quand il s’agit d’un rappeur pourtant indéfendable sur le fond et qui, lui, lance des appels à la haine.

Pire encore, pour ne pas avoir à se positionner sur des sujets épineux, ils vont jusqu’à nier la réalité. C’est Dominique Sopo, président de SOS Racisme, qui refuse de voir monter la haine raciale érigée en posture politique et estime que le racisme anti-blanc n’est qu’une invention de l’extrême-droite. Même son de cloche chez le député France insoumise Eric Cocquerel. En cela, la justification du rappeur qui prétend «inverser», mettre le blanc à la place du noir et évoque un clip copié sur le passage d’un film américain où deux membres du Klu Klux Klan font subir les mêmes atrocités à un homme noir, est calibrée pour fermer la bouche à ceux qui confondent gauche et repentance. Et cela marche. Pourtant le raisonnement sous-tendu par cette référence est stupide: les membres du KKK appartiennent à une idéologie particulière. Ils ne sont pas des références, ni des modèles, encore moins des exemples. Ils font honte à leurs concitoyens et leurs idées politiques sont combattues et rejetées. Ils ne représentent pas les «blancs». Leur donner une telle portée symbolique, c’est un peu comme confondre nazi et allemand ou islamistes et musulmans.

Quant à l’ultime provocation du rappeur, le fait que d’après lui, si on creuse un peu, derrière le couplet «pendez les blancs», c’est de l’amour que l’on entend, nous avons déjà eu droit à ce salmigondis stupide quand Houria Bouteldja a tenté de défendre son livre raciste: «les Blancs, les Juifs et nous». Et s’il fallait une preuve de ce que ce rappeur pense vraiment, la phrase de Malcom X qui clôt son clip nous le rappelle: «Le prix pour faire que les autres respectent vos droits humains est la mort.». Une phrase qui ne peut être entendue par les jeunes que comme un appel au meurtre dans le contexte du clip. Pire, même, qui voit dans le fait de donner la mort, la marque de ceux qui savent se faire respecter. Phrase toute aussi terrible et impressionnante que fausse: le prix pour faire que les autres respectent vos droits est la reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains, la fraternité qui naît du partage de cette condition humaine et les devoirs qu’elle nous donne les uns envers les autres. Et la couleur de la peau n’a aucune importance dans cette histoire-là.


Yom Kippour/5779: Attention, un Grand Pardon peut en cacher un autre (Yokes and chains: How much more mass immigration will the West have to endure to atone for its historical wrongs ?)

19 septembre, 2018
Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. (…) Car en ce jour on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier: vous serez purifiés de tous vos péchés devant l’Éternel. Ce sera pour vous un sabbat, un jour de repos, et vous humilierez vos âmes. C’est une loi perpétuelle. Lévitique 16:10-31
Parce qu’aujourd’hui, chez les juifs, c’est le Kippour. Aujourd’hui dans le monde entier, tous les juifs, ils pardonnent à ceux qui leur ont fait du mal. Tous les juifs, sauf un. Moi. Moi, je pardonne pas. Raymond Bettoun
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
Les « traites d’exportation » des Noirs hors d’Afrique remontent au VIIe siècle de notre ère, avec la constitution d’un vaste empire musulman qui est esclavagiste, comme la plupart des sociétés de l’époque. Comme on ne peut réduire un musulman en servitude, on répond par l’importation d’esclaves venant d’Asie, d’Europe centrale et d’Afrique subsaharienne. Olivier Pétré-Grenouilleau
A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. Jean-Louis Harouel
Jusqu’ici – mais la vulgate perdure – les synthèses à propos de l’Afrique se limitaient ordinairement à une seule traite: la traite européenne atlantique entre l’Afrique et les Amériques, du XVe siècle à la première partie du XIXe siècle. En fait, jusqu’à la seconde moitié du de ce siècle puisque l’abolition ne met pas fin à la traite qui se poursuit illégalement. Or, le trafic ne s’est borné ni à ces quatre siècles convenus ni à l’Atlantique. La traite des Africains noirs a été pratiquée dans l’Antiquité et au Moyen Age; elle s’est prolongée jusqu’au XXe siècle et se manifeste encore sous divers avatars en ce début de XXIe siècle; elle s’est étendue à l’océan indien et au-delà; elle a été le fait non seulement des Européens, mais des Arabes et des Africains eux-mêmes. Pourtant, le programme de « La Route de l’esclave », élaboré par l’UNESCO et qui visait à briser le silence historique et scientifique observé sur la traite, véhicule, pour des raisons idéologiques (sous la pression des représentants du monde et des états africains), les mêmes distorsions. En effet, l’emploi du singulier (« La Route ») exclut de la reconnaissance et de la construction mémorielle aussi bien la traite interne à l’Afrique, la plus occultée, que les routes transsaharienne et orientale et montre à quel point l’histoire des traites est aujourd’hui un enjeu politique, en raison principalement des réparations que seul le Nord, parmi les régions impliquées, se devrait de verser. Roger Botte
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Le Parlement européen a approuvé, le 12 septembre 2018, par 448 contre 197 (avec 48 abstentions), le rapport de l’eurodéputée Sargentini constatant des « risques graves » de violation des « valeurs » de l’Union, selon les termes des articles 2 et 7 du Traité sur l’Union européenne. C’est le début d’une longue procédure qui pourrait, comme dans le cas de la Pologne le 20 décembre dernier, aboutir à l’adoption de sanctions (suspension des droits de vote) pour la Hongrie. (…) Toutefois (…) il est possible que les européistes aient remporté une victoire à la Pyrrhus. Au lendemain du vote, c’est toute l’Europe du groupe de Višegrad (V4) qui risque de se considérer comme mise à l’index. La Pologne, déjà visée en décembre dernier par la procédure de l’article 7, la Tchéquie et la Slovaquie ne peuvent que se solidariser avec la Hongrie au sein du V4. Et la coalition de gouvernement en Autriche ÖVP-FPÖ visée par l’article 7 en 1999 peut elle aussi, à terme, bloquer le processus. Mais surtout, ce revers au Parlement de Strasbourg consacre a contrario le leadership de la Hongrie en étendard d’un mouvement profond sur les échiquiers politiques nationaux qui dépasse le cadres de l’Europe centrale et orientale, comme en témoigne les convergences avec la Ligue de Salvini en Italie ou les Démocrates Suédois à Stockholm. (…) À Varsovie et à Rome, à Stockholm et à Athènes, la Hongrie peut maintenant fédérer tous ceux dénoncent les décisions de l’UE concernant la répartition obligatoire des réfugiés, tous ceux qui prétendent défendre l’identité de l’Europe contre l’islam et tous ceux qui promeuvent un retour des souverainetés nationales. Ce vote peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la construction européenne. Il peut aussi devenir l’événement fondateur d’un leadership orbanien dans les opinions publiques des États membres. The Conversation
Dans ce livre, Douglas Murray analyse la situation actuelle de l’Europe dont son attitude à l’égard des migrations n’est que l’un des symptômes d’une fatigue d’être et d’un refus de persévérer dans son être. Advienne que pourra ! « Le Monde arrive en Europe précisément au moment où l’Europe a perdu de vue ce qu’elle est ». Ce qui aurait pu réussir dans une Europe sûre et fière d’elle-même, ne le peut pas dans une Europe blasée et finissante. L’Europe exalte aujourd’hui le respect, la tolérance et la diversité. Toutes les cultures sont les bienvenues sauf la sienne. « C’est comme si certains des fondements les plus indiscutables de la civilisation occidentale devenaient négociables… comme si le passé était à prendre », nous dit Douglas Murray. Seuls semblent échapper à celle langueur morbide et masochiste les anciens pays de la sphère soviétique. Peut-être que l’expérience totalitaire si proche les a vaccinés contre l’oubli de soi. Ils ont retrouvé leur identité et ne sont pas prêts à y renoncer. Peut-être gardent-ils le sens d’une cohésion nationale qui leur a permis d’émerger de la tutelle soviétique, dont les Européens de l’Ouest n’ont gardé qu’un vague souvenir. Peut-être ont-ils échappé au complexe de culpabilité dont l’Europe de l’Ouest se délecte et sont-ils trop contents d’avoir survécu au soviétisme pour se voir voler leur destin. Cette attitude classée à droite par l’Europe occidentale est vue, à l’Est, comme une attitude de survie, y compris à gauche comme en témoigne Robert Fico, le Premier ministre de gauche slovaque : «  j’ai le sentiment que, nous, en Europe, sommes en train de commettre un suicide rituel… L’islam n’a pas sa place en Slovaquie. Les migrants changent l’identité de notre pays. Nous ne voulons pas que l’identité de notre pays change. » (2016) Il y a un orgueil à se présenter comme les seuls vraiment méchants de la planète. Tout ce qui arrive, l’Europe en est responsable directement ou indirectement. Comme avant lui Pascal Bruckner, Douglas Murray brocarde l’auto-intoxication des Européens à la repentance. Les gens s’en imbibent, nous dit-il, parce qu’ils aiment ça. Ça leur procure élévation et exaltation. Ça leur donne de l’importance. Supportant tout le mal, la mission de rédemption de l’humanité leur revient. Ils s’autoproclament les représentants des vivants et des morts. Douglas Murray cite le cas d’Andrews Hawkins, un directeur de théâtre britannique qui, en 2006, au mi-temps de sa vie, se découvrit être le descendant d’un marchand d’esclaves du 16ème siècle. Pour se laver de la faute de son aïeul, il participa, avec d’autres dans le même cas originaires de divers pays, à une manifestation organisée dans le stade de Banjul en Gambie. Les participants enchainés, qui portaient des tee-shirts sur lesquels était inscrit « So Sorry », pleurèrent à genoux, s’excusèrent, avant d’être libérés de leurs chaines par  le Vice-Président  gambien. « Happy end », mais cette manie occidentale de l’auto-flagellation, si elle procure un sentiment pervers d’accomplissement, inspire du mépris à ceux qui n’en souffrent pas et les incitent à en jouer et à se dédouaner de leurs mauvaises actions. Pourquoi disputer aux Occidentaux ce mauvais rôle. Douglas Murray raconte une blague de Yasser Arafat qui fit bien rire l’assistance, alors qu’on lui annonçait l’arrivée d’une délégation américaine. Un journaliste présent lui demanda ce que venaient faire les Américains. Arafat lui répondit que la délégation américaine passait par là à l’occasion d’une tournée d’excuses à propos des croisades ! Cette attitude occidentale facilite le report sur les pays occidentaux de la responsabilité de crimes dont ils sont les victimes. Ce fut le cas avec le 11 septembre. Les thèses négationnistes fleurirent, alors qu’on se demandait aux États-Unis qu’est-ce qu’on avait bien pu faire pour mériter cela. Cette exclusivité dans le mal que les Occidentaux s’arrogent ruissèle jusques et y compris au niveau individuel. Après avoir été violé chez lui par un Somalien en avril 2016, un politicien norvégien, Karsten Nordal Hauken, exprima dans la presse la culpabilité qui était la sienne d’avoir privé ce pauvre Somalien, en le dénonçant, de sa vie en Norvège et renvoyé ainsi à un avenir incertain en Somalie. Comme l’explique Douglas Murray, si les masochistes ont toujours existé, célébrer une telle attitude comme une vertu est la recette pour fabriquer « une forte concentration de masochistes ». « Seuls les Européens sont contents de s’auto-dénigrer sur un marché international de sadiques ». Les dirigeants les moins fréquentables sont tellement habitués à notre autodénigrement qu’ils y voient un encouragement. En septembre 2015, le président Rouhani a eu le culot de faire la leçon aux Hongrois sur leur manque de générosité dans la crise des réfugiés. Que dire alors de la richissime Arabie saoudite qui a refusé de prêter les 100 000 tentes climatisées qui servent habituellement lors du pèlerinage et n’a accueilli aucun Syrien, alors qu’elle offrait de construire 200 mosquées en Allemagne ? La posture du salaud éternel, dans laquelle se complait l’Europe, la désarme complètement pour comprendre les assauts de violence dont elle fait l’objet et fonctionne comme une incitation. Beaucoup d’Européens, ce fut le cas d’Angela Merkel, ont cru voir, dans la crise migratoire de 2015, une mise au défi de laver le passé : « Le monde voit dans l’Allemagne une terre d’espoir et d’opportunités. Et ce ne fut pas toujours le cas » (A. Merkel, 31 août 2015). N’était-ce pas là l’occasion d’une rédemption de l’Allemagne qu’il ne fallait pas manquer ?  Douglas Murray décrit ces comités d’accueils enthousiastes qui ressemblaient à ceux que l’on réservait jusque là aux équipes de football victorieuses ou à des combattants rentrant de la guerre. Les analogies avec la période nazie fabriquent à peu de frais des héros. Lorsque la crise migratoire de 2015 survient il n’y a pas de frontière entre le Danemark et la Suède. Il suffisait donc de prendre le train pour passer d’un pays à l’autre. Pourtant, il s’est trouvé une jeune politicienne danoise de 24 ans – Annika Hom Nielsen – pour transporter à bord de son yacht, en écho à l’évacuation des juifs en 1943, des migrants qui préféraient la Suède au Danemark mais qui, pourtant, ne risquaient pas leur vie en restant au Danemark. Si beaucoup de pays expient l’expérience nazie, d’autres expient leur passé colonial. C’est ainsi que l’Australie a instauré le « National Sorry Day » en 1998. En 2008, les excuses du Premier ministre Kevin Rudd aux aborigènes furent suivies de celles du Premier ministre canadien aux peuples indigènes. Aux États-Unis, plusieurs villes américaines ont rebaptisé « Colombus Day » en « Indigenous People Day ». Comme l’écrit Douglas Murray, il n’y a rien de mal à faire des excuses, même si tous ceux à qui elles s’adressent sont morts. Mais, cette célébration de la culpabilité « transforme les sentiments patriotiques en honte ou à tout le moins, en sentiments profondément mitigés ». Si l’Europe doit expier ses crimes passés, pourquoi ne pas exiger de même de la Turquie ? Si la diversité est si extraordinaire, pourquoi la réserver à l’Europe et ne pas l’imposer à, disons, l’Arabie saoudite ? Où sont les démonstrations de culpabilité des Mongols pour la cruauté de leurs ascendants ? « il y a peu de crimes intellectuels en Europe pires que la généralisation et l’essentialisation d’un autre groupe dans le monde».  Mais le contraire n’est pas vrai. Il n’y a rien de mal à généraliser les pathologies européennes, et les Européens ne s’en privent pas eux-mêmes. Michèle Tribalat

Attention: un Grand Pardon peut en cacher un autre !

En cette journée pénitentielle de l’Expiation

Où pour s’assurer un bon nouveau départ dix jours après leur Nouvel An, nos amis juifs font en quelque sorte leur examen de conscience pour l’année précédente …

Comment ne pas repenser …

A cette institution qui donna au monde le terme et la théorie pour débusquer l’un des phénomènes les plus prégnants de notre modernité …

Mais aussi ne pas s’inquiéter …

De ces étranges perversions des vertus judéo-chrétiennes dont le monde moderne est décidément devenu si friand …

D’un Occcident et d’une Europe qui …

A l’image de ces processions de nouveaux flagellants

Qui des Etats-unis et du Royaume-Uni refont à l’envers le tristement fameux voyage de la seule traite atlantique

Pour, chaines aux pieds et jougs autour du cou, demander pardon – cherchez l’erreur ! – aux actuels descendants des esclavagistes africains

N’ont pas de mots assez durs pour fustiger les erreurs de leur propre passé …

Mais aussi, entre leurs classes populaires et les pays tout récemment délivrés du joug communiste, ces peuples …

Qui devant la véritable invasion migratoire qui leur est imposée, ne veulent tout simplement pas mourir ?

Film follows Camano Island family’s effort to atone
Krista J. Kapralos
Herald
February 19, 2008

“So sorry.”

Members of the Lienau family of Camano Island have walked hundreds of miles, over the course of four years and on four continents, to say those words.

Sometimes, there is more explanation:

“I want to apologize on behalf of the United States for the enslavement of African children,” Jacob Lienau said in 2006, when he was just 14 years old, in a stadium in Gambia.

“We’re apologizing for the legacy of the slave trade, particularly where Christians were involved,” Shari Lienau, mother of nine children, said at a Martin Luther King Jr. Day march in Everett that same year.

“I wanted to say I was sorry,” Anna Lienau said two years ago, when she was 12 years old and saving money to travel to Africa to apologize.

But most often, there are just the two simple words, and sometimes they’re not even spoken. When Michael and Shari Lienau and their children march, they wear black T-shirts with “So Sorry” emblazoned in white block letters.

It was in 2004 that filmmaker Michael Lienau and his family first joined Lifeline Expedition, an England-based organization dedicated, for the past seven years, to traveling the world and apologizing for the part of white Europeans and Americans in the African slave trade. The expedition has attracted a loyal group concerned with the long-term effects of slavery on relations among whites and blacks. In historic slave ports in the United States, South America, Caribbean islands, Great Britain and Africa, members of the group, including several Lienau children, allow themselves to be chained and yoked together in a jarring acknowledgment of the practice of human trade.

Michael Lienau documented many of the Lifeline Expedition’s trips and recently completed production on “Yokes and Chains: A Journey to Forgiveness and Freedom.”

The documentary will be shown Wednesday at Everett Community College as part of Black History Month.

Reporter Krista J. Kapralos: 425-339-3422 or kkapralos@heraldnet.com.

See the documentary

“Yokes and Chains: A Journey to Forgiveness and Freedom,” a documentary by Camano Island filmmaker Michael Lienau, is scheduled for 11 a.m. Wednesday at the Parks Building at Everett Community College, at 2000 Tower St., Everett.

To see a trailer for the documentary, go to http://www.yokesandchains.com. To read a 2006 Herald article on the Lienau family and the Lifeline Expedition and see photographs, go to http://www.heraldnet.com/article/20060521/NEWS01/605210777.

Voir aussi:

‘My ancestor traded in human misery’
Mario Cacciottolo
BBC News

Sorry is often said to be the hardest word but Andrew Hawkins felt compelled to apologise to a crowd of thousands of Africans.

His regret was not for his own actions but offered on behalf of his ancestor, who traded in African slaves 444 years ago.

Sir John Hawkins was a 16th Century English shipbuilder, merchant, pirate and slave trader.

He first captured natives of Sierra Leone in 1562 and sold them in the Caribbean. His cousin was Sir Francis Drake, who joined him on expeditions.

Hawkins is famed for reconstructing the design of English ships in the 1580s and commanded part of the fleet which repelled the Spanish Armada in 1588.

‘Family joke’

But it was his drive to acquire and sell African slaves which prompted Hawkins’s distant relation to take his own journey to that continent several centuries later.

Andrew Hawkins, of Liskeard, Cornwall, is a 37-year-old married father-of-three who runs a youth theatre company and claims to be the sailor’s descendant.

« It had always been part of the verbal history of our family, that we were related to Sir John Hawkins.

« It was a standing joke in the family that we had a pirate in the family.

« When I was a child I was quite pleased to learn of this family link and in Plymouth John Hawkins is a bit of a local hero.

« His picture used to be up in a subway there, along with Plymouth heroes. As a boy I used to be pleased to see it and to think I was related to him. »

‘Unjustifiable’

But in 2000 Andrew’s perspective was forever altered when he learned the truth about his ancestor.

« I heard David Pott, from the Lifeline Expedition, speak in 2000 and he mentioned how Hawkins was the first English slave trader.

« It was a bit of a shock and it really challenged me, particularly because Hawkins named his ships things like Jesus of Lubeck and the Grace of God.

SIR JOHN HAWKINS

Born Plymouth, 1535
Cousin of Sir Francis Drake
Famed for voyages to West Africa and South America
Trades slaves in the Caribbean in 1562, beginning England’s participation in slave trade
Helped fight the Spanish Armada in 1588 (Photo: National Maritime Museum)
« That really offended me, particularly the latter name. God’s grace has nothing to do with being chained up in the hold of a ship, lying in your own excrement for several months.

« So often things are done in the name of God that are horrific for mankind and I think God would consider what Sir John Hawkins did to be an abomination.

« It’s quite shocking that he could think it was justifiable. »

Andrew says slavery was never justifiable, even in the 16th Century, when people often say society « didn’t know any different ».

He says: « We don’t try to justify the Jewish Holocaust but this was an African Holocaust.

« We have to face our history and our own personal consequences. I went to show people that I didn’t think what happened was right and not everybody thought it was acceptable. »

Andrew and his fellow members from the Lifeline Expedition made their apology at The International Roots Festival, held in the Gambia in June.

This event, which runs for several weeks, encourages Africans to discover their ancestral identity.

Crowd hushed

The group of 27 spoke up at a football stadium in the capital Banjul, at the end of the festival’s opening ceremony.

They made their way to the stadium by walking through the streets laden in yokes and chains, before eventually speaking their words of atonement.

They included people from European nations such as England, France and Germany but there were also representatives from Jamaica, Barbados, Mali, the Ivory Coast and Sierra Leone.

The apologists walked to the stadium in chains and yokes
« Black people came to apologise because black people sold black people to Europeans, » Andrew said.

Andrew estimates the 25,000-capacity stadium was about two-thirds full, with delegates from African nations, Gambian vice-president, Isatou Njie-Saidy, and Rita Marley, widow of reggae legend Bob Marley, among the crowd.

He says: « The crowd died down to a hush. Some were looking at us, others were reading through their programmes to work out what we were doing.

« One lady at the front must have realised because she started applauding, then everyone did the same.

« That was a moving moment, because I wasn’t sure if they would be happy to see us. »

Multi-lingual apology

The group apologised in French, German and English – the languages of the nations responsible for much of the African slave trade.

It’s never too late to say you’re sorry

Andrew Hawkins
The apology had not been rehearsed. Andrew said: « It’s hard to remember what I said. I did say that as a member of the Hawkins family I did not accept what had happened was right.

« I said the slave trade was an abomination to God and I had come to ask the African people for their forgiveness. »

‘Emotional responses’

Vice-president Njie-Saidy joined them on stage and, in an impromptu speech, said she was « touched » by the apology before coming forward to help the group out of their chains.

Andrew says: « I was really overwhelmed with her generosity because she chose to forgive us, which is a very powerful thing.

« Afterwards people came on to the pitch to talk to us and there were some very emotional responses. »

But does Andrew really believe it was worth apologising for events that happened more than four centuries ago, on behalf of a relative who is so very distant?

« Yes. It’s never too late to say you’re sorry, » he said.

Voir également:

The March of the Abolitionists
Can reconciliation and forgiveness be achieved by wearing the yokes and chains of imprisonment? The abolition marchers believe their 250-mile walk will go at least some way toward promoting a greater understanding of our role in the slave trade.

Campaigners call it ‘an act of apology’ and as such, the March of the Abolitionists is being billed as the first major public event to mark the 200th anniversary of the Abolition of the Slave Trade Act.

Image: Lifeline Expedition website
Beginning in Hull on Friday 2nd March, hundreds of people will don yokes and chains and attempt the 250-mile journey from Humberside to London – the gruelling route taken by enslaved Africans during the period of the Atlantic Slave Trade.

Marching through the county
The abolition marchers’ route will link up sites throughout the country that played a significant role in the slave trade in the United Kingdom.

In Cambridgeshire, these include Wisbech, the birthplace of abolitionist Thomas Clarkson; Cambridge, where both Clarkson and William Wilberforce were educated; and Soham, where the African abolitionist Olaudah Equiano was married.

You’re welcome to walk with the marchers as they pass through your part of the county.

Route details
Monday 12th March – Holbeach to Wisbech
Tuesday 13th March – Wisbech to Wimblington
Wednesday 14th March – Wimblington to Sutton
Thursday 15th March – Sutton to Soham
Friday 16th March – Soham to Cambridge
Saturday 17th March – Cambridge to Royston
Sunday 18th March – Royston (rest day)
Monday 19th March – Royston to Buntingford
The march will culminate in an Anglican Apology event in Greenwich on Saturday 24th March.

Why and who?
The March of the Abolitionists is an initiative of the Lifeline Expedition in partnership with Anti-Slavery International, CARE, Church Mission Society, the Equiano Society, Northumbria Community, Peaceworks, USPG, Wilberforce 2007 (Hull) and Youth With A Mission. The march is also associated with the Set All Free and Stop the Traffik coalitions.

Image: Lifeline Expedition website
Marchers include a number of children aged between five and 15, two of whom will occasionally wear the yokes and chains.  The organisers stress that these children are aged 12 and 15 and have chosen to wear the yokes after seeing pictures of enslaved children.

The march of the Abolitionists aims to bring about an apology for the slave trade, and especially the role of the Church, and so help people deal with its legacy; to raise greater awareness of the true history of both slavery and abolition; remember and celebrate the work of both the black and white abolitionists; and promote greater understanding, reconciliation and forgiveness.


Crise migratoire: Attention, un déni peut en cacher un autre ! (A long series of denials: Beyond the usual pieties and denunciations, who will talk about the hundreds of thousands of young Muslim males running away from sexual misery, the tens of thousands of ever young African females forced into sex work and in the end the many social and cultural problems of massive immigration imposed on destabilized European populations ?)

3 septembre, 2018
Nigerian women working as prostitutes in Turin, Italy.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
D’abord, il faut que je vous dise. Il y a des gens en Occident (…) qui ont incité les gens à se rebeller contre leurs propres gouvernements (…) Et quand ces sociétés se sont révoltées et les gouvernements se sont confrontées à ces rebellions, des centaines de milliers sinon des millions de gens ont alors commencé à quitter leurs foyers,  leurs territoires et leurs terres et l’approche la plus humaine était d’accepter ces réfugiés sur votre territoire et les territoires étrangers puisque c’est vous qui êtes responsables de les avoir poussés et incités à se rebeller. Bon, c’est arrivé. Mais maintenant ce que nous essayons de faire, c’est de convaincre les pays arabes et surtout les riches (…)  est  de financer l’accueil de réfugiés syriens et irakiens et d’autres réfugiés. (…) Les pays arabes ne limitent pas l’entrée des réfugiés. Le problème, c’est que les réfugiés arrivent dans des pays qui sont aussi en difficulté mais ils vont plutôt en Turquie et de la Turquie en Grèce et dans l’UE pour trouver du travail et les équipements dont ils ont besoin. Ahmed Aboul Gheit (président de la Ligue arabe)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être. Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité. (…) Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. (…)  Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité. Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. Kamel Daoud
Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. (…) Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens. Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. (…) Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.(…) Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée. (…) L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe. Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres. Kamel Daoud
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans. (…) Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. (…) Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation. (…) Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant. (…) C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes. Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud. Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles. (…) Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire. Collectif d’anthropologues, sociologues, journalistes et historiens
Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m’a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universitaires un peu bien-pensants, c’est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires – qui ne devraient pas être tes adversaires. Le ton de la lettre m’a dérangé. Je n’aimais pas le style de dénonciation publique, un style qui me rappelait un peu le style gauche-soviétique-puritain. Et tu dois savoir qu’en tant qu’ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus férocement encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times. Pour moi, c’est très difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n’était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j’ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j’étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n’aime pas) ; par exemple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émancipées sexuellement. Dans tes écrits récents, c’est comme si toute l’ambiguïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pourrais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l’as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs occidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d’idées fixes. Je ne dis pas que tu l’as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « impérialistes ». Non, je ne t’accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l’idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l’islamisme, voire l’« Islam » tout court. Je te rappelle qu’on a vu, il y a quelques années, des événements similaires, certes pas de la même ampleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n’étaient pas sous l’influence de l’Islam mais de l’alcool… Sans preuve que l’Islam agissait sur les esprits de ces hommes à Cologne, il me semble curieux de faire de telles propositions, et de suggérer que cette « maladie » menace l’Europe… Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bourgois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l’idée de « maladie » a une histoire pas très reluisante, souvent liée au fascisme. Les juifs, comme tu le sais, étaient considérés comme une espèce de maladie ; et les antisémites d’Europe, au XIXsiècle, à l’époque de l’émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutumes sexuelles des juifs, et de la domination des hommes juifs sur les femmes… Les échos de cette obsession me mettent mal à l’aise. (…) Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C’est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t’engager dans la politique, mais je veux que tu saches que je m’inquiète pour toi, et j’espère que tu réfléchiras bien à tes positions… et que tu retourneras au mode d’expression qui, à mon avis, est ton meilleur genre : la littérature. J’espère que tu comprendras que je t’écris avec le sentiment de la plus profonde amitié. Adam Shatz
Nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre; le texte sur « Cologne », j’en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l’époque, cela n’a fait réagir personne ou si peu. Aujourd’hui, l’époque a changé : des crispations poussent à interpréter et l’interprétation pousse au procès. J’avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d’islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l’Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m’est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition. Je pense que c’est honteux de m’accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens. (…) Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d’autrui. (…) Comme autrefois, l’écrivain venu du froid, aujourd’hui, l’écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d’islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c’est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C’est ce qui s’est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l’assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d’humanité de l’Autre. L’écrivain venu des terres d’Allah se retrouve aujourd’hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n’y peux rien mais je peux m’en soustraire : par la prudence comme je l’ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais. Je vais donc m’occuper de littérature et en cela tu as raison. J’arrête le journalisme sous peu. Kamel Daoud
Les pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. Jeremy Harding
La guerre, la faim et l’effondrement social n’ont pas causé des migrations massives au-delà de la frontière naturelle que constitue le Sahara. Mais les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Jeremy Harding
Plus de 11 000 femmes nigérianes ont été secourues en Méditerranée l’année dernière, selon l’Office pour les migrations internationales (OMI). 80% d’entre elles faisaient l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle. “Il y a maintenant des filles qui n’ont que 13, 14 ou 15 ans”, m’a dit un agent anti-trafic de l’OMI. “L’Italie n’est qu’un point d’entrée. De là, elles sont dispatchées et vendues à des mères maquerelles partout en Europe.” Ben Taub
Do you have any idea how much I earn on immigrants? They’re more profitable than drugs. Salvatore Buzzi (Italian mafioso)
More than 80% of women brought to Europe from Nigeria are unknowingly “sponsored” by sex traffickers who have paid for their journey, according to the International Organization for Migration (IOM). The rest will have paid the smugglers to get them to Europe, but once they get there, will be unlikely to escape the sex-trafficking rings. (…) The centre has become a lawless place where people are easy prey for criminal gangs. The state funds these centres by giving them a sum of money for each asylum seeker, but many of them cut corners on food and other amenities, and pocket the profits. Low-level members of Italy’s various mafia organisations and Nigerian gangs come to the centre to recruit drug mules and petty criminals among the bored, idle men who have given up on the life they dreamed of when they crossed the sea. (…) Posing as asylum seekers, traffickers lure women out of the centre on the pretext of shopping trips or other excursions, and deliver them to the Nigerian women who control forced prostitution rings. They are then forced into sex work under the threat of violence, most of them – like Joy – terrorised by a curse that binds them into slavery. Several centres have become the subject of criminal investigations, revealing corruption at local and state level, and infiltration by powerful crime syndicates. Always quick to exploit new opportunities, the mafia is making vast profits off the backs of migrants. (…) Many of the Nigerian women and girls rescued from the smugglers’ boats by charities or coastguard vessels are from small villages around Benin City. Most are single and travelling alone. Many of those trafficked for sex slavery are assured by their “sponsors” that they will take care of getting the necessary documents for them once they leave the centres. Others are provided with false personal details that they are told to use for their applications. Most of the trafficked women end up with fake documents provided by Italian organised-crime groups. The documents are another link in the chain that keeps the women trapped in sexual slavery, because the madams threaten to take them away if they try to escape. In 2012, an investigation was opened into forced prostitution at Cara di Mineo, after doctors at the centre received a series of requests for abortions. In three months, the centre’s doctors performed 32 abortions on migrants – an increase of more than 200% on the year before. The authorities concluded that this was due to an increase in prostitution, along with a lack of birth control options. Because of the church’s influence over migrant care, contraception was not being distributed, and few migrants have the means to source their own. Some aid groups have since tried handing out condoms. In December 2016, four Nigerian asylum seekers were arrested in Cara di Mineo, accused of drugging and raping a female resident. The woman had been told, like Joy, to wait on the street for someone to pick her up. Realising she was being put to work as a prostitute, she had refused to leave the camp. The men raped her as a warning – a typical punishment in sex trafficking. The theory is that if a woman realises that the penalty for refusing to prostitute herself is gang rape, she will likely agree that roadside sex is a better alternative. It is rare to meet a trafficked woman who has not been faced with this choice. After the incident, Francesco Verzera, a prosecutor with jurisdiction over Cara di Mineo, appealed to the authorities to close down the camp, stating that overcrowding and lack of supervision is creating a dangerous criminal environment. (…) Most of the residents are divided by ethnic or religious background, which has done nothing to reduce tensions and fighting. Every year at Cara di Mineo, on average, 10 migrants die while waiting for their asylum requests to be heard, killed in fights or dying from untreated medical conditions, according to Amnesty International and other aid groups that operate in the centre. (…) Verzera’s investigation into criminal activity at the centre turned up inconsistencies in the record-keeping of who was living there. Many of the migrants on the official roster had long since disappeared, even though the centre, under the direction of Maccarrone, was still reimbursed €35 (£31) a day for them. By law, each migrant awaiting asylum is given an electronic card to check in and out of the centre when making outings. If they don’t check back in after three days, they are supposed to be taken off the roster, and that information sent to Rome so the reimbursement will be stopped. But Verzera says he found that migrants who had been gone for months were kept on the list for financial support. The centre was, on paper, far over capacity, and received extra funds to help with the overload when, in reality, they were taking care of far fewer people than the documents stated. In 2016, Maccarrone, who previously ran the migrant reception centre on the island of Lampedusa, came under criminal investigation for corruption at Cara di Mineo. He was accused of collusion with the mafia, and of using funds intended for the care of migrants and refugees for personal gain. Last year, Catania’s chief prosecutor, Carmelo Zuccaro, tried to make it illegal for NGO charity ships to rescue migrants at sea and bring them to Italian shores. In March 2017, in an interview with the rightwing newspaper Il Giornale, he revealed that the state had started investigations into prisons and refugee camps where extremists were recruiting migrants awaiting word on their asylum requests. (…) The alarm about radicalisation overshadowed the fact that criminal groups are recruiting migrants from the camps for forced or low-paid labour. At harvest times, men leave Cara di Mineo in the early morning and gather along a triangle of dirt off the state highway. Local farmers come in pick-up trucks, looking for i neri (“the blacks”), choosing the biggest and strongest for casual labour, harvesting tomatoes and citrus fruits. The farmers call them ragazzo or “boy”, demanding they turn around or show them how straight their backs are. It is a degrading display, made worse by the fact that they are paid a mere fraction of what Italians would be paid for the same work. Their wages are part of the illicit economy that makes up around 20% of Italy’s overall GDP. When asylum requests are rejected, applicants have one chance to appeal. If they fail, they are given a slip of paper that says they have five days to leave the country, but no means to do so. Torn-up shreds of those papers are a common sight in the ditches beside the road near the centre. Those turned down are easy bait for criminal gangs working inside the camps, who get paid for providing mafia groups with illegal cheap labour, running drugs and arms or working in the many industries those groups have infiltrated. In 2014, an investigation known as “Mafia Capitale” found that a criminal group had been running Rome’s municipal government for years. The group, which prosecutors defined as a mafia-style association, had siphoned off millions of euros intended to fund public services. The group had also infiltrated asylum centres across the country, buying and selling names and details of migrants who had long disappeared, in order to keep the per-person state funding coming. (…) Administrators in some centres are accused of taking kickbacks for selling personal details of asylum seekers who have escaped to smaller centres (some of whom don’t exist). Those in charge of the smaller centres then use the names to claim daily allowances. This is one of the reasons trafficked women have been allowed to leave so easily: their names tend to stay on the lists, and the centres continue to receive funding. As they leave, they are quickly replaced. Some centres take on more migrants than they can manage, in order to earn extra revenue, so refugees end up living in dangerously overcrowded conditions. Trafficked women who disappear to work as sex slaves have little chance of being rescued, because their absence causes no concern. Nigerian girls who are trafficked directly to madams in Naples and elsewhere are forced to do sex work to pay off large debts. Before they’ve even started work, they will owe around €60,000 (£53,000). A cut goes to the recruiter in Nigeria, a cut to the traffickers and smugglers who expedited the women’s journey, and a large portion goes to the Nigerian gang members, who must pay the Naples mafia, the Camorra, or other crime syndicates in whose territories the women will be forced to work. There are other incidentals, including room, board, clothing and rent for the space on the pavement from which they solicit sex. If we assume half of the estimated 11,000 Nigerian girls who came to Italy in 2016 generated €60,000 each through debt bondage for the madams’ gangs, the profits off those girls alone would top €300m (£264m), even after their travel costs are deducted. It can take five years or more of sexual slavery to pay the debts. Then, women are free to go, but some end up becoming madams themselves, either convinced there are lucrative profits to be made, or as an act of revenge: to visit on others what they had to endure. This cycle has continued for more than a decade, but in 2016, the number of Nigerian women who arrived by smugglers’ boats was 60% higher than the previous year. Many of the trafficked Nigerian women end up in Castel Volturno, outside Naples, known as the most lawless part of Italy. Murder rates are the highest in the country, and locals call it Beirut, or the Bronx. Sergio Nazzaro, a local journalist, says it is the Camorra’s graveyard. (…) African migrants first started coming to the area in large numbers in the 1980s, to work in the tomato fields for low wages. The Africans were not welcome to integrate with the Italians and instead set up a peripheral society where they lived outside the law, often squatting in illegally built or unfinished buildings. Italian authorities did not pay much attention to them at the time, but they were not ignored by the Camorra. By the 1990s, women started arriving in greater numbers. They were rarely hired for farm work, so many had no choice but to prostitute themselves. Many of those first prostitutes eventually became madams, controlled by Nigerian drug-smuggling gangs, who had to pay protection money to the Camorra to operate on their territory. When the gangs discovered there was a demand, madams recruited more women from Nigeria to the area. They started using traffickers to trick them into coming, eventually expanding the trade further north to Italy’s larger cities and into Europe. The Guardian
En 2015, le risque de mourir en Méditerranée (0, 37%) était inférieur au risque en France d’une personne de plus de 45 ans de subir un AVC (0, 4$%); en 2016, 363 000 migrants ont traversé la Mare nostrum (…) et 4 576 s’y sont noyés ou ont disparu, soit 1, 3% ou le double du risque de décéder apres une intervention chirurgicale – toutes catégories confondues – dans un pays industrialisé, ou encore le double du risque de mourir d’une anesthésie générale au sud du Sahara. En 2017, entre janvier et fin aout, 126 000 migrants ont traversé la Méditerranée et 2 428 ont été portés disparus, soit 1, 92%, ce qui est légèrement inférieur à la mortalité post-opératoire en chirurgie cardiaque en Europe de l’ouest (2%). Même si le risque est heureusement limité, on se demande évidemment pourquoi il ne cesse d’augmenter alors que les yeux du monde sont braqués sur la Méditerranée et que les secours devraient se perfectionner. La réponse: l’humanitaire est trop bon ! En effet, les bateaux de secours se rapprochent de plus en plus des eaux territoriales libyennes et, s’il y a danger de naufrage, n’hésitent plus à y entrer pour sauver les migrants. Si bien que les trafiquants embarquent un nombre croissant de migrants sur des embarcations toujours plus précaires (notamment des canots pneumatiques longs de 9 mètres, fabriqués en Chine, sur lesquels se serrent 130 personnes). (…) Les trafiquants emmènent donc les migrants à la limite des eaux territoriales, avant de repartir avec le moteur hors-bord dans un autre bateau en laissant les leurs clients dériver. A charge pour les humanitaires … Ceux-ci font bien, voire très bien leur travail, au risque de voir les migrants de moins en moins regardants sur la navigabilité des embarcations choisies par les trafiquants. Au cours des premiers six mois de 2017, quelque 93 000 migrants ont été secourus et transportés vers l’Italie, soit presque les trois quarts du total ayant embarqué pour la traversée pendant cette période. Stephen Smith
Je dis ça sans affolement. Quand vous avez un voisin qui en 2050 sera 5 fois plus nombreux que toute l’Europe comprise, il y a une pression migratoire qui est très forte et il faut s’arranger entre voisins (européens), il faut négocier. Il faut prendre la mesure du réel d’abord. Puis il faut des négociations entre l’Europe et l’Afrique pour éviter notamment que ses forces vives quittent le continent. Tant que l’Afrique croit à ce rythme, c’est impossible (de juguler). Tous les progrès sont noyés par la progression démographique. Il faut à un moment maitriser cette croissance démographique. C’est un problème de long terme qui se jouera sur les deux générations à venir, pas avant 2050. Toutes les régions du monde ont migré. En Europe il y avait 300 millions d’habitants et 60 millions en sont partis, dont 40 millions vers les Etats-Unis. L’Afrique ne fait que reproduire des scenarii qui ont eu lieu en Europe et en Amérique latine. Et il est évident que l’Europe va faire face à une migration très forte depuis l’Afrique, c’est inévitable. [l’aide au développement] c’est une imposture. Nous allons développer un continent d’1,3 milliards, soit l’équivalent de la Chine. Et tous ceux qui se sont développés, les millions de personnes qui sont sortis de la pauvreté ces dernières décennies – les Chinois, les Indiens -, n’en sont jamais sortis par l’aide au développement. L’aide au développement va d’abord permettre à une classe moyenne qui émerge de migrer, de partir du continent. Toutes les volontés de fermer les frontières sont inutiles. Avec 6 milliards d’euros, les européens se sont achetés la paix de 2,5 millions de migrants, bloqués en Turquie. Mais c’est cynique de parler comme ça. Les gens passeront, par une porte ou une autre. C’est inévitable. Mettez-vous à la place des Africains qui voient de telles inégalités et qui pensent à leur vie ou à leurs enfants. Nous ferions pareil à leur place. Bien sûr qu’un moment l’Afrique arrivera à retenir ses forces vives. On oublie souvent qu’un tiers des européens partis en Amérique sont revenus en Europe. Ce n’est pas forcément le bonheur d’arriver en Europe, beaucoup de migrants sont déçus, et vous préférez toujours rester parmi les vôtres ». Stephen Smith
Le problème, c’est que quand vous aidez, dans un premier temps, vous créez un horizon qui est plus large: les gens commencent à penser qu’ils peuvent bouger puisqu’ils ont aussi les moyens – il faut plusieurs milliers d’euros pour entreprendre ce voyage – et donc ce ne sont pas les plus pauvres, les plus désespérés qui partent mais ceux qui commencent à sortir la tête de l’eau. Et c’est donc cet effet de seuil qui fait que dans un premier temps l’aide aide les gens à partir. Stephen Smith
Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale. Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen. Stephen Smith
The problem of migration deaths has been created entirely by policy attempts to outlaw migration. (…) There should be no reason for Syrian refugees to be getting on these boats, except that there has been no proper pathway for safe refugee acceptance opened up. (…) It is the border controls that have forced migrants to take more dangerous routes, and that have made them more and more dependent on smugglers to cross borders. Smuggling is a reaction to border controls rather than a cause of migration in itself. Ironically, further toughening of border controls will therefore force migrants and refugees to take more risks and only increase their reliance on smugglers. Hein de Haas (Oxford University’s International Migration Institute)
 Stricter immigration policies might not be effective, because they deter potential legal migrants more than potential illegal migrants. Linguère Mously Mbaye
J’aimerais entendre des critiques contre la politique des réfugiés de Mme Merkel ailleurs qu’à l’AfD. Ahmad Mansour (écrivain allemand)
Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins. Jonathan Goodluck (ancien président nigérian)
Angela Merkel n’a pas mâché ses mots. Les images des manifestations à Chemnitz de ces deux derniers jours « n’ont pas leur place dans un Etat de droit », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin avec son homologue croate. Évoquant les scènes d’agression d’étrangers par des sympathisants d’extrême droite dimanche à Chemnitz, la chancelière a parlé de « chasses collectives ». Plusieurs vidéos font état de manifestants remontés, pourchassant et s’en prenant physiquement à des étrangers le long du parcours. A l’origine de ce déferlement de haine, la mort d’un Allemand de 35 ans, poignardé dimanche matin en marge d’une fête locale. Les deux suspects de cet homicide, un Syrien de 22 ans et un Irakien de 23 ans, sont soupçonnés d’avoir « sans justification, à plusieurs reprises, porté des coups de couteau à la victime, à la suite d’une altercation », selon le Parquet. Des centaines de personnes s’étaient spontanément rassemblées pour appeler le gouvernement allemand à garantir « la sécurité des Allemands ». Une manifestation marquée par l’agression d’étrangers et de policiers. Lundi, un nouveau rassemblement à l’initiative de Pegida et de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) – deux formations politiques d’extrême droite – a réuni plus de 6000 sympathisants. Outre les violentes attaques dont ils ont fait l’objet, les policiers ont fait état de plusieurs manifestants faisant le salut hitlérien. Pour le parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale d’Angela Merkel, ces manifestations s’inscrivent dans un contexte de raidissement idéologique au plan national et international. Pour l’extrême droite allemande, cet événement est l’occasion de mobiliser l’opinion contre l’immigration et la politique du gouvernement d’Angela Merkel, à qui elle reproche d’avoir laissé entrer plus d’un million de demandeurs d’asile venant notamment de Syrie et d’Irak, en 2015 et 2016. L’hebdomadaire allemand Der Spiegel va jusqu’à comparer ces démonstrations de force à « la situation de la République de Weimar ». Une référence au régime politique démocratique né en Allemagne dans le sillage de la Première Guerre mondiale, qui dut affronter régulièrement des tentatives de déstabilisation dans la rue et finit par disparaître lors de la prise du pouvoir d’Adolf Hitler en 1933. Le Figaro
The Mediterranean boat people have been coming for more than a decade, paying small fortunes to enter the continent aboard disturbingly overpacked vessels. They began arriving after Europe’s legal migration routes shut down in the 1990s, but never have their numbers been so large – or the death toll so high. When an estimated 850 people died in a single capsizing incident last weekend, driving this year’s toll to over 1,600 – 30 times higher than the toll for the same period last year – their fate became a continent-wide crisis, provoking an emergency European Union meeting on Thursday and an outraged response from across the political spectrum. (…) An unstoppable flood of desperate poor people fleeing Africa to a new life in Europe – that is the phrase uttered, in one form or another, by headline writers and politicians to summarize the crisis. Yet, every word of that sentence is wrong. And much of the current catastrophe, most of the drowning horrors, have been caused by the failure of policy-makers to understand how wrong those words are. (…) To understand why the crisis has become so acute in 2014 and 2015, it helps to understand why it was bad once before, a decade ago; and why it suddenly stopped, almost completely, for several years, then erupted again in 2011, virtually stopped again, then came back in its most dramatic form. It obviously isn’t unstoppable: It has stopped, several times. (…) There were two reasons: First, Italy struck deals with the Arab dictators of Tunisia and Libya, paying them generously to police their beaches. Second, the post-2008 economic crisis reduced demand sharply: Migrants don’t come when there are no jobs. (In fact, there was a net outflow of migrants from Europe back to Africa at the peak of the crisis.) There was a burst of activity on this route in 2011, when the dictators were overthrown and Arabs (often middle-class and educated) left for Europe. (…) And then it fell again to negligible levels in 2012, until the huge spike of 2014 and 2015. This was hardly a constant increase in people: It has stopped and started many times. Even in its worst years, the Mediterranean boat-people flow is only a small part of the migration picture: tens of thousands of entrants in a continent of half a billion people that receives three million immigrants a year. Most Africans living in Europe are fully legal, visa-carrying immigrants who arrive at airports. Even the majority of illegal African immigrants in Europe aren’t boat people: They’re legal visitors who’ve overstayed their visas. What has compounded the matter during the past 24 months has been the conflict in Syria. While only a fraction of people fleeing that country have attempted to go to Europe – the vast majority are encamped in Turkey, Jordan or Lebanon – that fraction has multiplied the numbers of boat people dramatically in 2014 and 2015. It now accounts for perhaps half of Mediterranean boat migrants (though the boat that was the subject of last weekend’s tragedy carried passengers almost entirely from sub-Saharan Africa). Refugees tend to be temporary (the much larger exodus of asylum seekers that confronted Western Europe during the Balkan wars of the 1990s – a population shift that seemed even more intractable – mostly returned to their countries after the conflicts ended), and are dealt with through different policies than are migrants. The most insidious notion is the one that holds that the Africans on the boats are starving villagers escaping famine and death. In fact, every boat person I’ve met has been ambitious, urban, educated, and, if not middle-class (though a surprising number are, as are an even larger number of Syrian refugees), then far from subsistence peasantry. They are very poor by European standards, but often comfortable by African and Middle Eastern ones. And no wonder: The boats cost upward of $2,000 to board (and you need more money to make a start in Europe). That’s a year’s income in many African countries. (…) Linguère Mously Mbaye, a scholar at the Bonn-based Institute for the Study of Labour, conducted a study of hundreds of people in Dakar, Senegal, who were planning to make the crossing to Europe. The migrants tended not to be very poor. And they tended to be well-connected in Europe: They knew large numbers of people from their home country already living in Europe and working in similar occupations. In other words, they were tied into « migration networks » that communicated information about employment, small-business, housing and migration opportunities. Migrants tend to choose their European destinations not according to culture, language or history, but according to the number of people from their network who are living there – and also according to the economic success of their destination country. The Syrian refugees are less tactical – and not as well linked into existing economies – than the Africans, but they, too, tend to come because they have connections to people or organizations in Europe.(…) Both major studies found that the Africans who get onto the boats are not running from something awful, but running toward a specific, chosen opportunity, in employment or small business. That’s a big reason that the boat-people flows have gone up and down so dramatically: Dr. de Haas’s studies found that the main driver of cross-Mediterranean migration is not any economic or political factor in Africa but « sustained demand [in Europe] for cheap labour in agriculture, services, and other informal sectors. » Even those who are fleeing – the Syrians, some Eritreans – are choosing where they flee based on a sense of opportunity. « You saw a lot more people coming into Europe from Africa in the 1960s and 1970s than you do now, » Dr. de Haas notes. But they didn’t make headlines – or die at sea – because they weren’t illegal. The big labour shortages that required migrants (mainly seasonal) were filled because most countries allowed Africans to come and go. (…) By cracking down on these informal and seasonal movements – something that began in the early 1990s with the formation of the EU – Europe turned migration into an all-or-nothing proposition: Once you were in Europe, legally or otherwise, you stayed, because you might not get in again. As a result, Africans now come in, do some agricultural or service work, and then knock around the continent, without opportunities, once they’re done. That’s the paradox of Europe’s response to the migrant crisis: By making entry tougher, it makes illegal entry more commonplace. (…) By turning migration into an all-or-nothing proposition, there’s a risk that a temporary refuge will become a permanent settlement. The flow of people back and forth between Africa and Europe has been a part of both continents’ economies for decades. Europe’s economies need their African workers, more than ever: Germany alone expects to lose seven million working-age people to demographic change, in a fast-growing economy with virtually no unemployment, in the next 10 years. By stopping that flow through ham-fisted measures, Europe’s governments have turned the legal into the illegal, the temporary into the permanent, the routine into the desperate, and a life-improving act into a death-delivering risk. A set of decisions that were bad for both continents’ economies has left thousands of bodies floating in the sea. The Globe and Mail
To see the crisis as an event that began in 2015 and ended the following year is a mistake, because it obscures the fact that the underlying causes have not changed. (…) The European Union has perhaps the world’s most complex system to deter unwanted migrants. Since the 1990s, as borders have come down within Europe, giving most EU citizens free movement and passport-free travel, its external frontier has become increasingly militarised. Amnesty International estimates that, between 2007-2013, before the crisis, the EU spent almost €2bn on fences, surveillance systems and patrols on land or at sea. (…) in 1990, according to research by the geographer Reece Jones, 15 countries had walls or fences on their border; by the beginning of 2016, that number had risen to almost 70. (…) The UN’s refugee agency, the UNHCR, says there are more people displaced by conflict in the world today than at any point since the second world war. This is true: an estimated 66 million people are currently displaced, either within their home countries or abroad. But 86% of these remain in the developing world, not in wealthy regions such as Europe. And despite recent conflicts, according to De Haas, refugees account for around 0.3% of the world’s population; a small and relatively stable proportion. The problem is one of resources and policy, not overwhelming numbers. (…) It is also important to recognise that the stories we consume are, for the most part, commodities produced by profit-making companies. Like other commodities, their production, value and demand are driven by market forces. This can harm those at the centre of the stories, distort our understanding of a crisis and even contribute to a sense of panic – which, in turn, provokes panicked responses from the authorities. Daniel Trilling
For the past several years, the German Federal Criminal Police Office (BKA) has released an annual situation report on crime across the country, with a special emphasis on criminality among immigrants. The term « immigrants » in this context includes; asylum-seekers; those who have been allowed to stay temporarily despite not having received asylum status; illegal immigrants; and refugees who have been brought into Germany on the basis of quotas. Suspects whose asylum applications have been approved are not included. At least one immigrant was indentified as a suspect in 3,404 of the sexual offenses committed in 2016. That’s more than twice as many cases as in the previous year (see graphic below). The increase proved especially dramatic in cases of sexual assault and the sexual abuse of children. « We, as the Bavarian police, take very seriously the fact that immigration influences people’s feeling of security, » says Harald Pickert, the leader of an expert panel in the state’s Interior Ministry, which has been investigating sex crimes that have taken place in the state over the last five years. The group is seeking to identify what might have changed and what has remained the same. It is looking to answers to questions like: Where are the crimes committed? Who are the perpetrators and who are the victims? Is there something that perpetrators typically have in common? The panel exists because Bavarian Interior Minister Joachim Herrmann announced shortly before the German federal election last September that the number of rapes and serious sexual abuses had risen in Bavaria during the first half of 2017 by 47.9 percent. He said 126 of the 685 crimes could be attributed to immigrants, 91 percent more than in the same period the previous year. The latter statistic roughly reflects the findings of the BKA, but the Bavarian crime statistics additionally count those who have been granted asylum as part of its figures for the category of immigrants. Pickert, 54, a deputy police commissioner in Bavaria, ties the rise in reports of sexual offenses to several factors. One is that many German citizens first learned that groping was a punishable offense following the debate over the Cologne attacks. And a change in the law in 2016 meant that groping is no longer solely punishable as an insult, but is now explicitly considered to be sexual harassment. Previously, groping had been absent from the statistics on sexual offenses maintained by police, but now such incidents are included. « It’s that and not some change in everyday reality that explains the sudden surge in the number of crimes reported, » Pickert explains. What is conspicuous in the statistics, however, is the fact that the number of suspected German sex-crime perpetrators has either stagnated or gone down, while the number of immigrants suspected of committing such crimes has increased significantly. This trend, Pickert claims, has been visible for five years. « It’s no wonder, » he adds, since more immigrants have arrived during that time. Futhermore, he says, when compared to the German population, immigrants are more frequently young and male and are more likely to live in a large city, lack education, be unemployed and have no income. « These can all be factors that promote criminal behavior. » During the first half of 2017, Pickert says, about one-fifth of all sex crimes were committed by immigrants living in refugee housing. About 20 percent of all victims were themselves refugees, he says. This means that, at least proportionally speaking, other refugees are at particular risk of becoming victims of sexual assaults by immigrants. So, what can be done to counter this development? « Just because a certain segment of the population is conspicuous for the number of sex crimes it commits doesn’t mean we need new answers, » argues Martin Rettenberger, the director of the Center for Criminology. He says that some of the immigrants come from societies where sex offenses are more rarely punished, where these kinds of crimes are committed more frequently. « But most people quickly adapt their behaviors to their new social environment, » Rettenberger says. « Social values and norms that were once internalized can still be changed. Arabs or Africans are not intrinsically more likely to commit assaults than Europeans. » In the United States, he notes, five times as many people are victims of intentional homicide than in Germany. « And yet nobody would say Americans are more violent than Germans. » What’s key, he believes, is the background of the individual. He notes that many sex offenders have impaired impulse control, often combined with low self-esteem. In a particularly high number of cases, perpetrators have unstable personalities or have suffered trauma — and many aren’t subject to the natural controls exerted by close social relationships, having fled to Germany on their own. Unsurprisingly, such factors are more present among refugees than among other segments of the population. The « only long-term solution, if we want safety, » Rettenberger argues, is sustainable integration: education, jobs and social assistance. « I can understand any citizen who doesn’t feel like investing more money into potential sexual offenders. But I expect more from the politicians. » Der Spiegel
Si nous regardons la question de l’emploi, nous voyons que, toutes catégories confondues, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi s’élève à 6 255 800 personnes. Une économie en sous-emploi n’est pas en mesure d’absorber des millions de migrants. N’oublions pas que les vagues d’immigration des années 50-60 arrivaient dans une France en plein boom économique et où le chômage n’existait pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais surtout, l’immigration de masse pose un problème identitaire et culturel. L’Homme n’est pas qu’un homo economicus désincarné, sans histoire ni racines ; il est avant tout un être de culture. La culture européenne -fille de l’Antiquité, du judéo-christianisme et des Lumières- risque d’être submergée par des populations dont le mode de vie est incompatible avec le mode de vie européen et dont la présence massive sur notre sol ne peut aboutir qu’à des tensions. L’immigration de masse sape la cohérence, l’unité et la solidarité des sociétés occidentales. Au lieu d’une société unie, l’immigration fragmente le corps social en une multitude de communautés indifférentes, voire hostiles, les unes aux autres. Certains membres des minorités (pas tous heureusement!) refusent de s’intégrer et basculent dans la délinquance, leur haine de notre pays pouvant aller jusqu’au terrorisme. Cette crise identitaire risque bien de se transformer en crise politique. D’une part, on constate partout en Europe l’inquiétante progression des mouvements extrémistes – en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce…. Ce phénomène politique est une conséquence directe de l’immigration. (…) Il y a quelque chose de paradoxal chez les bonnes âmes bien pensantes qui à la fois fustigent les partis extrémistes et soutiennent l’immigration. Cela est incohérent. En effet, c’est l’immigration qui nourrit les partis extrémistes et risque un jour de les amener au pouvoir. D’autre part, la crise migratoire risque de détruire l’Union européenne. 73 % des Européens considèrent que l’UE ne les protège pas. Partout, l’immigration favorise la montée des populismes. Au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s’explique en grande partie par le rejet de l’immigration. Les pays d’Europe centrale refusent tout diktat de Berlin leur enjoignant d’accepter des migrants sur son sol. L’Italie n’en peut plus, qui a vu plus de 70 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013. (…) Nous devons réduire massivement l’immigration. Pour atteindre cet objectif, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières, suspendre le regroupement familial, lutter drastiquement contre l’immigration clandestine, rétablir la double peine. Toute personne étrangère qui commet un acte de violence ou connaît un début de criminalisation doit être aussitôt expulsée. Pour l’immigration illégale, terrorisons les passeurs en démantelant leurs réseaux, en menant des actions de guerre contre eux et en leur infligeant des peines drastiques lorsque nous les capturons. Montrons bien aux migrants que leur démarche est vaine en leur refusant systématiquement tout titre de séjour et toute aide sociale. Cela nous permettra d’arrêter l’appel d’air européen. Et faisons le savoir dans leurs pays pour décourager les tentatives. À cela doit s’ajouter, dans la plus pure tradition gaulliste, une politique humaniste, solidaire et active de codéveloppement avec les pays pauvres afin de leur permettre un développement économique, respectueux de l’environnement, créateur d’emplois et réducteur d’inégalités, de façon à réduire la tentation du départ. Nous devons aussi cesser les aventures néocoloniales dans les pays du Moyen-Orient. Sans la catastrophique Guerre en Irak en 2003, il n’y aurait pas eu Daech ni les hordes de migrants syriens et irakiens de l’été 2015. En Libye, Kadhafi n’était peut-être pas très sympathique, mais il nous rendait service en servant de verrou face à l’immigration. (…) Les nouvelles priorités sont limpides: reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d’êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d’êtres humains vers leur rivage d’origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l’Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire, avec les autres États d’Afrique du nord doit évidemment se poursuivre. En Afrique noire, il faut en même temps accroître l’aide économique de l’Union européenne et la soumettre à condition. Tout d’abord, il faut être sûr que cette aide bénéficie bien aux populations et ne soit pas détournée par des administrations ou des gouvernements corrompus. Ensuite, il faut lier cette aide, c’est-à-dire la conditionner, à la mise en place d’un planning familial efficace. Soixante ans de coopération technique européenne avec l’Afrique n’ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial. (…) Le but de cette aide n’est pas d’industrialiser l’Afrique (ce qui ne ferait qu’augmenter les déséquilibres et donc accroître l’immigration) mais de développer des projets locaux, respectueux des sociétés traditionnelles (microcrédit, circuits courts, agriculture vivrière, biologique et équitable…). (…) C’est un jeu auquel tout le monde perd. Le trafic d’êtres humains sur lequel repose aujourd’hui l’immigration africaine est profondément délétère à la fois pour les États africains et pour les États européens. Comme je l’ai dit, l’Europe y perd sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire. L’Afrique y perd, car elle se vide de sa sève. L’émigration prive l’Afrique d’une jeunesse intelligente, entreprenante et débrouillarde. Car les 3000 euros qu’il faut payer pour le trajet y représentent une somme considérable à rassembler. Dans les pays du Continent noir, c’est un beau capital de départ pour créer une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovoltaïque. Bien souvent, les migrants ne sont pas les plus pauvres mais des membres de la petite classe moyenne. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes pressés de faire fortune, les éloignant de l’élevage, de l’agriculture, de l’artisanat. Il n’est pas sain que les villages africains vivent dans l’attente des mandats qu’envoient ou qu’enverront les migrants une fois arrivés en Europe, plutôt que de chercher à se développer par eux-mêmes. Il est vital que les aides financières de l’Union européenne pour le Sahel et l’Afrique centrale aillent dans des actions qui combattent l’économie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou énergétiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales. Enfin, les migrants eux-mêmes sont perdants. Ils déboursent de l’argent pour voir leurs rêves déçus. Ils attendaient le Paradis et se retrouvent perdus dans des pays où leur situation est très difficile. Les seuls gagnants, ce sont les passeurs. (…) Les passeurs sont des bandes mafieuses sans scrupule, qui promettent monts et merveilles aux migrants avant de se livrer aux pires exactions sur eux (escroquerie, racket, violences, viols, abandon en pleine mer…). Aujourd’hui, ce sont les mêmes réseaux mafieux qui procèdent indifféremment au trafic d’armes (destinées aux djihadistes), à l’acheminement de la drogue vers l’Europe, au trafic des êtres humains. Les passeurs – ces nouveaux Barbaresques – ont une méthode éprouvée. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu’aux eaux internationales à 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils émettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu’un naufrage est imminent ; puis ils s’en retournent dans leurs repaires, abandonnant à leur sort leurs malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne coûte plus rien aux passeurs, puisqu’il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG européennes. Pourquoi ces derniers ne ramènent pas simplement les naufragés vers les ports les plus proches du littoral libyen? Parce qu’ils considèrent qu’il s’agirait d’un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont passés maîtres dans l’art d’exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale. (…) Sans le vouloir, certaines ONG participent, de manière gratuite, à un immense trafic, qui a dépassé depuis longtemps en chiffre d’affaires le trafic de stupéfiants. Les ONG détournent le droit d’asile. Le meilleur moyen de s’installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d’invoquer le droit d’asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. Le droit d’asile ne peut concerner que des individus, et non pas des groupes. Il ne peut s’appliquer qu’à des gens engagés politiquement et visés personnellement à cause de leur engagement. Il ne saurait valoir pour des gens qui fuient la misère ou même la guerre. Or, on assiste aujourd’hui à un détournement massif du droit d’asile, car l’écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu’il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu’il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l’Afrique sont statistiquement rares. Pour comprendre le problème des ONG, il faut revenir à la distinction du sociologue allemand Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d’eux-mêmes et agissent doctrinalement. Ils suivent des principes sans regarder les conséquences de leurs actes. Au contraire, l’éthique de responsabilité repose sur le réalisme, le pragmatisme et l’acceptation de répondre aux conséquences de ses actes. Aujourd’hui, les ONG qui viennent au secours des migrants sont dans l’éthique de conviction. Elles déposent les migrants sur les côtes italiennes et s’offrent un frisson narcissique en jouant au sauveteur. Mais après elles n’assurent pas la suite du service: elles ne se demandent pas ce que devient le migrant en question ni quelles sont les conséquences politiques et culturelles de ces migrations sur l’Europe. Pour sortir de la facilité, les membres des ONG devraient héberger eux-mêmes les migrants, les éduquer, leur trouver du travail. Peut-être auraient-ils une autre attitude (…) L’arrivée incontrôlée et en masse de migrants peu au fait de la culture européenne déstabilise profondément les États de l’UE, comme on l’a vu avec le vote référendaire britannique et le vote législatif italien. Dans les années cinquante et soixante, les peuples européens se sont exprimés par les urnes pour accepter les indépendances des ex-colonies. En revanche on ne les a jamais consultés démocratiquement sur l’immigration, qui est le phénomène social le plus important qu’ils aient connu depuis la seconde guerre mondiale. En France, la décision d’État la plus importante du dernier demi-siècle porte aussi sur la question migratoire. C’est le regroupement familial. Il a changé le visage de la société française. Il est fascinant qu’une décision aussi cruciale ait été prise sans le moindre débat démocratique préalable. Il s’agit d’un décret simple d’avril 1976, signé par le Premier ministre Jacques Chirac et contresigné par Paul Dijoud. Ce ne fut donc ni un sujet de débat, ni l’objet d’un référendum, ni une loi discutée par des représentants élus, ni même un décret discuté en Conseil des Ministres, mais un décret simple comme le Premier Ministre en prend chaque jour sur des sujets anodins. Cette mesure provoqua immédiatement un afflux très important de jeunes personnes en provenance de nos anciennes colonies d’Afrique du nord. Consultés par référendum par le général de Gaulle – qui ne voulait pas d’un «Colombey-les-deux-Mosquées» -, les Français ont accepté, en 1962, de se séparer de leurs départements d’Algérie, où une insurrection arabe brandissant le drapeau de l’islam avait surgi huit ans auparavant. Cinquante-six ans plus tard, ils voient les titres inquiets de leurs journaux: «450 islamistes vont être libérés de prison!». Ils s’aperçoivent alors qu’on leur a imposé en France une société multiculturelle, sans qu’ils l’aient réellement choisie. Jamais les Français ne furent interrogés sur l’immigration de masse, le multiculturalisme et le regroupement familial. De même, Angela Merkel (qui avait pourtant reconnu l’échec du multiculturalisme allemand en 2010) n’a pas jugé bon de consulter son peuple lorsqu’elle déclara unilatéralement que l’Allemagne accueillerait 800 000 migrants. Pourtant il s’agit là de choses fondamentales qui concernent à la fois la vie quotidienne des citoyens et l’identité profonde du pays. (…) dans une démocratie qui fonctionne, le minimum est que la population soit consultée sur l’ampleur du multiculturalisme qu’elle aura ensuite à gérer sur le long terme. Renaud Girard

Attention: un déni peut en cacher un autre !

A l’heure où déjà submergée par l’arrivée massive des millions de migrants des années 2015-2016 …

Une Europe de plus en plus divisée voit ses dirigeants dénoncer la haine qu’ils ont eux-mêmes semée chez leurs concitoyens par leur laxisme immigrationniste …

Qui rappelle que des ONG occidentales s’engagent désormais ouvertement pour faciliter – avec les risques de mortalité accrue que l’on sait pour les migrants – la tâche des passeurs et des mafias qui approvisionnent en chair fraiche les rues et les eros centers allemands ou italiens …

Qui s’étonne que fuyant la « misère sexuelle » et attirés par « l’impudeur et la luxure de l’Occident » tant de jeunes « réfugiés » musulmans hésitent à gagner ces pays arabes riches qui pourtant leur tendent les bras …

Qui ose encore dire avec l’éditorialiste du Figaro Renaud Girard

Au-delà de son obsession de la guerre d’Irak dont ce n’est pas tant l’invasion (par Bush) mais son abandon (par Obama) qui a généré l’Etat islamique…

Et contre l’angélisme de nos belles âmes et les intérêts bien compris de nos industriels en manque de main d’oeuvre bon marché pour qui, oubliant commodément – entre deux attaques au couteau ou à la voiture-bélier de « déséquilibrés » – les coûts annexes sociaux et culturels, ce sont les frontières qui créent les problèmes

Non seulement le scénario perdant-perdant qu’est devenue, entre une Afrique incapable de contrôler sa démographie qui se vide de ses forces vives et une Europe déstabilisée sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire, l’immigration de masse incontrôlée …

Mais le véritable déni de démocratie que constitue, de la part de nos dirigeants et élites protégés, son imposition à l’ensemble des populations qui doivent désormais en subir les conséquences ?

Renaud Girard : « L’immigration de masse est un scénario perdant-perdant »
Jean-Loup Bonnamy/Renaud Girard
31/08/2018
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que la question de la crise migratoire occupe l’espace médiatique et le débat public, Renaud Girard analyse les conséquences de l’immigration massive sur les pays d’Europe comme ceux d’Afrique.

Renaud Girard est correspondant de guerre et chroniqueur international du Figaro.
FIGAROVOX.- Aujourd’hui, le continent africain connaît une explosion démographique et l’Europe vieillit. Pourquoi ne pas tout simplement accepter l’immigration?

Renaud GIRARD.- Il est évident que les pays européens n’ont plus les moyens économiques, sociaux et politiques d’accueillir toute la misère du monde.

Prenons le cas de la France. Si nous regardons la question de l’emploi, nous voyons que, toutes catégories confondues, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi s’élève à 6 255 800 personnes. Une économie en sous-emploi n’est pas en mesure d’absorber des millions de migrants. N’oublions pas que les vagues d’immigration des années 50-60 arrivaient dans une France en plein boom économique et où le chômage n’existait pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Mais surtout, l’immigration de masse pose un problème identitaire et culturel. L’Homme n’est pas qu’un homo economicus désincarné, sans histoire ni racines ; il est avant tout un être de culture. La culture européenne -fille de l’Antiquité, du judéo-christianisme et des Lumières- risque d’être submergée par des populations dont le mode de vie est incompatible avec le mode de vie européen et dont la présence massive sur notre sol ne peut aboutir qu’à des tensions. L’immigration de masse sape la cohérence, l’unité et la solidarité des sociétés occidentales. Au lieu d’une société unie, l’immigration fragmente le corps social en une multitude de communautés indifférentes, voire hostiles, les unes aux autres. Certains membres des minorités (pas tous heureusement!) refusent de s’intégrer et basculent dans la délinquance, leur haine de notre pays pouvant aller jusqu’au terrorisme.

Cette crise migratoire peut-elle avoir de graves conséquences politiques?

Cette crise identitaire risque bien de se transformer en crise politique.

D’une part, on constate partout en Europe l’inquiètante progression des mouvements extrêmistes – en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce…. Ce phénomène politique est une conséquence directe de l’immigration. Dans les années 70, le Front National était un obscur groupuscule de nostalgiques de l’Algérie française. Sa percée électorale à partir du début des années 80 s’explique par l’immigration massive et les craintes qu’elle suscite. Il y a quelque chose de paradoxal chez les bonnes âmes bien pensantes qui à la fois fustigent les partis extrêmistes et soutiennent l’immigration. Cela est incohérent. En effet, c’est l’immigration qui nourrit les partis extrêmistes et risque un jour de les amener au pouvoir.

D’autre part, la crise migratoire risque de détruire l’Union européenne. 73 % des Européens considèrent que l’UE ne les protège pas. Partout, l’immigration favorise la montée des populismes. Au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s’explique en grande partie par le rejet de l’immigration. Les pays d’Europe centrale refusent tout diktat de Berlin leur enjoignant d’accepter des migrants sur son sol. L’Italie n’en peut plus, qui a vu plus de 70 000 migrants illégaux débarquer sur ses côtes depuis 2013.

Sa générosité a des limites. Son nouveau ministre de l’Intérieur a prévenu que l’Europe institutionnelle jouait son existence même sur la question migratoire. Venant de la part d’un pays fondateur du Marché commun, c’est un message qu’il faut prendre au sérieux.

Mais alors comment s’y prendre concrètement pour régler le problème migratoire?

Nous devons réduire massivement l’immigration.

Pour atteindre cet objectif, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières, suspendre le regroupement familial, lutter drastiquement contre l’immigration clandestine, rétablir la double peine. Toute personne étrangère qui commet un acte de violence ou connaît un début de criminalisation doit être aussitôt expulsée.

Pour l’immigration illégale, terrorisons les passeurs en démantelant leurs réseaux, en menant des actions de guerre contre eux et en leur infligeant des peines drastiques lorsque nous les capturons. Montrons bien aux migrants que leur démarche est vaine en leur refusant systématiquement tout titre de séjour et toute aide sociale. Cela nous permettra d’arrêter l’appel d’air européen. Et faisons le savoir dans leurs pays pour décourager les tentatives.

À cela doit s’ajouter, dans la plus pure tradition gaulliste, une politique humaniste, solidaire et active de codéveloppement avec les pays pauvres afin de leur permettre un développement économique, respectueux de l’environnement, créateur d’emplois et réducteur d’inégalités, de façon à réduire la tentation du départ.

Nous devons aussi cesser les aventures néocoloniales dans les pays du Moyen-Orient. Sans la catastrophique Guerre en Irak en 2003, il n’y aurait pas eu Daech ni les hordes de migrants syriens et irakiens de l’été 2015. En Libye, Kadhafi n’était peut-être pas très sympathique, mais il nous rendait service en servant de verrou face à l’immigration.

De manière plus précise, quelles sont les priorités pour faire face à l’afflux de migrants africains traversant la Méditerranée depuis les côtes libyennes?

Les nouvelles priorités sont limpides: reconstruire un État en Libye et aider ses forces armées à combattre les trafiquants d’êtres humains et à sécuriser ses frontières méridionales dans le Fezzan ; déployer, aux côtés de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance européens capables de ramener les naufragés ou les dinghies surchargés d’êtres humains vers leur rivage d’origine. Le littoral libyen était naguère équipé de radars de surveillance que l’Union européenne avait financés. Ils furent détruits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le régime de Kadhafi. La coopération militaire, policière, humanitaire, avec les autres États d’Afrique du nord doit évidemment se poursuivre.

En Afrique noire, il faut en même temps accroître l’aide économique de l’Union européenne et la soumettre à condition. Tout d’abord, il faut être sûr que cette aide bénéficie bien aux populations et ne soit pas détournée par des administrations ou des gouvernements corrompus. Ensuite, il faut lier cette aide, c’est-à-dire la conditionner, à la mise en place d’un planning familial efficace. Soixante ans de coopération technique européenne avec l’Afrique n’ont pas réussi à y greffer le concept pourtant élémentaire de planning familial.

«Si nous ne réduisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera à souffrir de la pauvreté parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins», a reconnu Jonathan Goodluck, ancien président (2010-2015) du Nigeria. C’est de ce pays aux richesses naturelles fabuleuses, mais mal gérées et mal partagées depuis l’indépendance en 1960, que proviennent aujourd’hui le plus grand nombre de ces jeunes immigrants illégaux qui essaient par tous les moyens d’atteindre les rivages du nord de la Méditerranée. Le Nigeria comptait 34 millions d’habitants en 1960. Il en compte aujourd’hui presque 200 millions. Enfin, il faut orienter cette aide vers un développement de projets agricoles et énergétiques concrets, capables de nourrir et retenir chez elles les familles africaines. Le but de cette aide n’est pas d’industrialiser l’Afrique (ce qui ne ferait qu’augmenter les déséquilibres et donc accroître l’immigration) mais de développer des projets locaux, respectueux des sociétés traditionnelles (microcrédit, circuits courts, agriculture vivrière, biologique et équitable…).

Vous dites que l’immigration de masse est un «scénario perdant-perdant». Pouvez-nous nous expliquer ce concept?

C’est un jeu auquel tout le monde perd. Le trafic d’êtres humains sur lequel repose aujourd’hui l’immigration africaine est profondément délétère à la fois pour les États africains et pour les États européens.

Comme je l’ai dit, l’Europe y perd sur les plans économique, culturel, sécuritaire et identitaire.

L’Afrique y perd, car elle se vide de sa sève. L’émigration prive l’Afrique d’une jeunesse intelligente, entreprenante et débrouillarde. Car les 3000 euros qu’il faut payer pour le trajet y représentent une somme considérable à rassembler. Dans les pays du Continent noir, c’est un beau capital de départ pour créer une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovoltaïque. Bien souvent, les migrants ne sont pas les plus pauvres mais des membres de la petite classe moyenne. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes pressés de faire fortune, les éloignant de l’élevage, de l’agriculture, de l’artisanat. Il n’est pas sain que les villages africains vivent dans l’attente des mandats qu’envoient ou qu’enverront les migrants une fois arrivés en Europe, plutôt que de chercher à se développer par eux-mêmes. Il est vital que les aides financières de l’Union européenne pour le Sahel et l’Afrique centrale aillent dans des actions qui combattent l’économie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou énergétiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales.

Enfin, les migrants eux-mêmes sont perdants. Ils déboursent de l’argent pour voir leurs rêves déçus. Ils attendaient le Paradis et se retrouvent perdus dans des pays où leur situation est très difficile.

Les seuls gagnants, ce sont les passeurs.

Justement, parmi les acteurs centraux de cette immigration illégale, il y a les passeurs…

Les passeurs sont des bandes mafieuses sans scrupule, qui promettent monts et merveilles aux migrants avant de se livrer aux pires exactions sur eux (escroquerie, racket, violences, viols, abandon en pleine mer…).

Aujourd’hui, ce sont les mêmes réseaux mafieux qui procèdent indifféremment au trafic d’armes (destinées aux djihadistes), à l’acheminement de la drogue vers l’Europe, au trafic des êtres humains.

Les passeurs – ces nouveaux Barbaresques – ont une méthode éprouvée. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu’aux eaux internationales à 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils émettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu’un naufrage est imminent ; puis ils s’en retournent dans leurs repaires, abandonnant à leur sort leurs malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne coûte plus rien aux passeurs, puisqu’il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG européennes. Pourquoi ces derniers ne ramènent pas simplement les naufragés vers les ports les plus proches du littoral libyen? Parce qu’ils considèrent qu’il s’agirait d’un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont passés maîtres dans l’art d’exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale.

Quel regard portez-vous sur les ONG?

Sans le vouloir, certaines ONG participent, de manière gratuite, à un immense trafic, qui a dépassé depuis longtemps en chiffre d’affaires le trafic de stupéfiants.

Les ONG détournent le droit d’asile. Le meilleur moyen de s’installer en Europe pour un immigré illégal est de se faire passer pour un réfugié politique et d’invoquer le droit d’asile. Celui-ci a été forgé par les Français de 1789 pour accueillir les étrangers persécutés dans leurs pays pour avoir défendu les idéaux de la Révolution française. Le droit d’asile ne peut concerner que des individus, et non pas des groupes. Il ne peut s’appliquer qu’à des gens engagés politiquement et visés personnellement à cause de leur engagement. Il ne saurait valoir pour des gens qui fuient la misère ou même la guerre. Or, on assiste aujourd’hui à un détournement massif du droit d’asile, car l’écrasante majorité des réfugiés sont des réfugiés économiques. Une fois qu’il a mis le pied sur le sol européen, le migrant sait qu’il pourra y rester à loisir, car les reconduites forcées vers l’Afrique sont statistiquement rares.

Pour comprendre le problème des ONG, il faut revenir à la distinction du sociologue allemand Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Ceux qui agissent selon une éthique de conviction sont certains d’eux-mêmes et agissent doctrinalement. Ils suivent des principes sans regarder les conséquences de leurs actes. Au contraire, l’éthique de responsabilité repose sur le réalisme, le pragmatisme et l’acceptation de répondre aux conséquences de ses actes.

Aujourd’hui, les ONG qui viennent au secours des migrants sont dans l’éthique de conviction. Elles déposent les migrants sur les côtes italiennes et s’offrent un frisson narcissique en jouant au sauveteur. Mais après elles n’assurent pas la suite du service: elles ne se demandent pas ce que devient le migrant en question ni quelles sont les conséquences politiques et culturelles de ces migrations sur l’Europe. Pour sortir de la facilité, les membres des ONG devraient héberger eux-mêmes les migrants, les éduquer, leur trouver du travail. Peut-être auraient-ils une autre attitude.

Bien sûr, la compassion et la bienveillance sont des valeurs cardinales. Il n’est pas envisageable de laisser des gens se noyer en mer quand un navire les croise. Il faut les sauver. Mais il faut ensuite les redéposer sur les côtes libyennes, leur point de départ. Puisque de toute façon, leur présence en Europe est illégale.

Pourquoi les politiques migratoires européennes sont-elles selon vous un «déni de démocratie»?

L’arrivée incontrôlée et en masse de migrants peu au fait de la culture européenne déstabilise profondément les États de l’UE, comme on l’a vu avec le vote référendaire britannique et le vote législatif italien. Dans les années cinquante et soixante, les peuples européens se sont exprimés par les urnes pour accepter les indépendances des ex-colonies. En revanche on ne les a jamais consultés démocratiquement sur l’immigration, qui est le phénomène social le plus important qu’ils aient connu depuis la seconde guerre mondiale.

En France, la décision d’État la plus importante du dernier demi-siècle porte aussi sur la question migratoire. C’est le regroupement familial. Il a changé le visage de la société française. Il est fascinant qu’une décision aussi cruciale ait été prise sans le moindre débat démocratique préalable. Il s’agit d’un décret simple d’avril 1976, signé par le Premier ministre Jacques Chirac et contresigné par Paul Dijoud. Ce ne fut donc ni un sujet de débat, ni l’objet d’un référendum, ni une loi discutée par des représentants élus, ni même un décret discuté en Conseil des Ministres, mais un décret simple comme le Premier Ministre en prend chaque jour sur des sujets anodins. Cette mesure provoqua immédiatement un afflux très important de jeunes personnes en provenance de nos anciennes colonies d’Afrique du nord.

Consultés par référendum par le général de Gaulle – qui ne voulait pas d’un «Colombey-les-deux-Mosquées» -, les Français ont accepté, en 1962, de se séparer de leurs départements d’Algérie, où une insurrection arabe brandissant le drapeau de l’islam avait surgi huit ans auparavant. Cinquante-six ans plus tard, ils voient les titres inquiets de leurs journaux: «450 islamistes vont être libérés de prison!». Ils s’aperçoivent alors qu’on leur a imposé en France une société multiculturelle, sans qu’ils l’aient réellement choisie. Jamais les Français ne furent interrogés sur l’immigration de masse, le multiculturalisme et le regroupement familial.

De même, Angela Merkel (qui avait pourtant reconnu l’échec du multiculturalisme allemand en 2010) n’a pas jugé bon de consulter son peuple lorsqu’elle déclara unilatéralement que l’Allemagne accueillerait 800 000 migrants. Pourtant il s’agit là de choses fondamentales qui concernent à la fois la vie quotidienne des citoyens et l’identité profonde du pays.

La démocratie ne consiste-t-elle pas à interroger les populations sur les choses les plus importantes? La démocratie ne sert-elle pas à ce que les peuples puissent décider librement de leurs destins? On peut fort bien soutenir que le brassage culturel enrichit les sociétés modernes. Mais, dans une démocratie qui fonctionne, le minimum est que la population soit consultée sur l’ampleur du multiculturalisme qu’elle aura ensuite à gérer sur le long terme.

Voir aussi:

L’identité allemande plus divisée que jamais
L’identité allemande plus divisée que jamais
Madeleine Rouot

Les Echos

30/08/2018

DANS LA PRESSE ETRANGERE: Selon le « Spiegel », l’Allemagne souffre d’une crise identitaire, avec deux courants antagonistes : les « tolérants excessifs » et les « nationalistes alarmistes ».
« Hitler est-il vraiment de retour ? », s’interroge le « Spiegel », préoccupé par l’état de l’identité allemande après les manifestations d’extrême droite anti-immigration en début de semaine. « Pas Hitler lui-même… », répond Timur Vermes, écrivain allemand interrogé par le magazine allemand, « … mais l’AfD [le parti nationaliste Alternative pour l’Allemagne, NDLR] n’a aucun problème avec le fait qu’un grand nombre de ses partisans soient nazis ».

La peur d’un retour en force du national-socialisme est de plus en plus récurrente dans les milieux de gauche dont fait partie l’écrivain. Mais c’est « un milieu qui entretient exactement le genre de polarisation qu’elle accuse la droite de créer », analyse l’article. Elle cultive une forme d’arrogance morale, où tous ceux qui critiquent les réfugiés sont perçus comme « extrémistes » ou « ultranationalistes ». « J’aimerais entendre des critiques contre la politique des réfugiés de Mme Merkel ailleurs qu’à l’AfD », confie Ahmad Mansour, un écrivain allemand. Mais le sujet est devenu tabou et inabordable dans les milieux centristes. La gauche allemande aurait donc, elle aussi, une part de responsabilité dans l’essor des mouvements radicaux.

Le débat sur l’intégration n’implique aujourd’hui plus que deux courants de pensée : d’un côté « les tolérants excessifs », gardant en mémoire les ravages du nazisme, et de l’autre « les alarmistes » nationalistes, qui réagissent violemment à l’impression d’un afflux migratoire. L’Allemagne devient « un pays où la communication politique n’est plus que prise de position idéologique » entre moralisateurs et nationalistes, affirme l’article. Ce qui apporte finalement peu de solutions concrètes pour l’avenir du pays.

Voir également:

Manifestations anti-migrants en Allemagne : Merkel dénonce «la haine de la rue»
International|V.I.A avec AFP

Le Parisien

28 août 2018

La chancelière a réagi aux incidents survenus dimanche et lundi à Chemnitz, lors de manifestations d’extrême droite contre les étrangers.
Angela Merkel n’a pas mâché ses mots. Les images des manifestations à Chemnitz de ces deux derniers jours « n’ont pas leur place dans un Etat de droit », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin avec son homologue croate.

De l’émoi à la haine
Évoquant les scènes d’agression d’étrangers par des sympathisants d’extrême droite dimanche à Chemnitz, la chancelière a parlé de « chasses collectives ». Plusieurs vidéos font état de manifestants remontés, pourchassant et s’en prenant physiquement à des étrangers le long du parcours.

A l’origine de ce déferlement de haine, la mort d’un Allemand de 35 ans, poignardé dimanche matin en marge d’une fête locale. Les deux suspects de cet homicide, un Syrien de 22 ans et un Irakien de 23 ans, sont soupçonnés d’avoir « sans justification, à plusieurs reprises, porté des coups de couteau à la victime, à la suite d’une altercation », selon le Parquet. Des centaines de personnes s’étaient spontanément rassemblées pour appeler le gouvernement allemand à garantir « la sécurité des Allemands ». Une manifestation marquée par l’agression d’étrangers et de policiers.

Lundi, un nouveau rassemblement à l’initiative de Pegida et de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) – deux formations politiques d’extrême droite – a réuni plus de 6000 sympathisants. Outre les violentes attaques dont ils ont fait l’objet, les policiers ont fait état de plusieurs manifestants faisant le salut hitlérien.

Le réveil des radicalités
Pour le parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale d’Angela Merkel, ces manifestations s’inscrivent dans un contexte de raidissement idéologique au plan national et international. Pour l’extrême droite allemande, cet événement est l’occasion de mobiliser l’opinion contre l’immigration et la politique du gouvernement d’Angela Merkel, à qui elle reproche d’avoir laissé entrer plus d’un million de demandeurs d’asile venant notamment de Syrie et d’Irak, en 2015 et 2016.

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel va jusqu’à comparer ces démonstrations de force à « la situation de la République de Weimar ». Une référence au régime politique démocratique né en Allemagne dans le sillage de la Première Guerre mondiale, qui dut affronter régulièrement des tentatives de déstabilisation dans la rue et finit par disparaître lors de la prise du pouvoir d’Adolf Hitler en 1933.

« Une menace pour la cohésion de nos sociétés »
Pour le chef de la diplomatie, Heiko Maas, ce sursaut d’extrême droite doit être pris au sérieux : « Il représente une menace pour la cohésion de nos sociétés. Nous devons tout faire pour défendre […] la démocratie et la liberté, pas seulement à Chemnitz, mais partout dans le monde ». Josef Schuster, le chef du Comité central des Juifs en Allemagne, a lui aussi exprimé ses inquiétudes, jugeant que « chaque citoyen avait le devoir de s’élever contre les mouvances d’extrême droite ».

Mardi après-midi, une nouvelle manifestation prévue à Dresde, où l’extrême droite est fortement implantée, n’a rencontré que peu d’écho.

Voir encore:

Crime families have cashed in on the ‘refugee industry’.

Barbie Latza Nadeau

Joy, a young Nigerian woman, was standing in the street outside the sprawling, overcrowded Cara di Mineo reception centre for asylum seekers in central Sicily, waiting for someone to pick her up when I met her. It was late summer 2016, and the weather was still hot. She said she was 18, but looked much younger. She was wearing a faded denim jacket over a crisp white T-shirt and tight jeans, and six or seven strings of colourful beads were wrapped around her neck. A gold chain hung from her left wrist, a gift from her mother.

As we spoke, a dark car came into view and she took a couple of steps away from me to make sure whoever was driving saw her, and saw that she was alone. There were a handful of other migrants loitering along the road. The approaching car didn’t slow down, so Joy came back over to me and carried on our conversation.

The oldest of six children, Joy (not her real name) told me she had left her family in a small village in Edo state in Nigeria at the age of 15, and gone to work for a wealthy woman who owned a beauty salon in Benin City. She had since come to suspect that her parents had sold her to raise money for their younger children. “They probably had no choice,” she said as she looked down the road toward the thick citrus groves that hid the coming traffic.

There were six other girls who worked for the woman, whom Joy said they called their maman, meaning “mother”. When Joy turned 16, she went through a ceremony that bound her to the maman by a curse: if she disobeyed the maman, her family would die. A few weeks later, she was told she was moving to Italy, where she would work for her maman’s sister. She believed she would be working in a hair salon. She was given €45 (£40) and a phone number to call once she got to Italy – but no name, no address, and no documents.

Joy’s new life would turn out to be nothing like what she had expected. Instead of working for a hairdresser, she fell into the trap set by traffickers who lure women into slavery and prostitution. More than 80% of women brought to Europe from Nigeria are unknowingly “sponsored” by sex traffickers who have paid for their journey, according to the International Organization for Migration (IOM). The rest will have paid the smugglers to get them to Europe, but once they get there, will be unlikely to escape the sex-trafficking rings.

After an appalling journey, via Tripoli, which took nearly three weeks, Joy arrived at the port of Augusta on Sicily’s east coast. She had no papers or passport. All she had was an Italian phone number, which her maman had stitched into the sleeve of her jacket. When the migrants got off the boat, an armed military policeman in a bulletproof vest stood guard as another patted them down and took knives from some of the men. Those with documents were taken to a large tent lined with army cots. One woman handed out shoes and flip-flops, and another gave them bruised yellow apples from a large metal tub. An officer used a black marker pen to write a number on the migrants’ left hands. Joy was number 323.

The new arrivals were divided into groups and put on buses. Joy’s bus headed to the Cara di Mineo migrant camp, one of the biggest in Europe. In this context, Cara stands for centro di accoglienza per richiedenti asilo, or asylum seekers reception centre; cara also means “dear” in Italian, but Mineo is not a place that makes people who have risked everything for a new chance at life feel cherished. About 70km from the coast in central Sicily, it is a hellish place where the vast majority of African migrants who arrive by sea start their lengthy journey to asylum. But often, before they can obtain legal status, they are claimed by the criminal underworld.

The site was built as luxury housing for US military personnel, but it is ill-equipped to deal with the number of migrants washing up on the shores of Sicily. (At last count, it housed 4,000 people.) Accommodation blocks are often so overcrowded that people have to sleep on the floor or in tents. The buildings are overrun by cockroaches and rats that feed off festering piles of garbage, while mangy, flea-infested dogs duck in and out of holes in the razor-wire fence. Mount Etna, and its steady stream of smoke, is clearly visible in the distance.

The centre has become a lawless place where people are easy prey for criminal gangs. The state funds these centres by giving them a sum of money for each asylum seeker, but many of them cut corners on food and other amenities, and pocket the profits. Low-level members of Italy’s various mafia organisations and Nigerian gangs come to the centre to recruit drug mules and petty criminals among the bored, idle men who have given up on the life they dreamed of when they crossed the sea.

Cara di Mineo, like the Sant’Anna asylum centre in Isola di Capo Rizzuto in Calabria, and others on the mainland, has also become a hunting ground for traffickers. Posing as asylum seekers, traffickers lure women out of the centre on the pretext of shopping trips or other excursions, and deliver them to the Nigerian women who control forced prostitution rings. They are then forced into sex work under the threat of violence, most of them – like Joy – terrorised by a curse that binds them into slavery. Several centres have become the subject of criminal investigations, revealing corruption at local and state level, and infiltration by powerful crime syndicates. Always quick to exploit new opportunities, the mafia is making vast profits off the backs of migrants.


Once Joy was taken off the bus in the reception centre with the other passengers, she was given a bed in a villa with 10 Nigerian women around her age. Most of them had come to Italy to work in hair salons, and all had contact numbers to call. A Catholic charity had given Italian phone cards to all those who had been rescued, which they could use to call home. Joy still had her jacket with the phone number sewn inside. The woman who answered the phone told her to apply for political asylum using a fake name and birthdate, and never to give the phone number she had just called to anyone.

She applied for asylum the morning after she arrived, using her own birth date and the name of her younger sister. Once migrants apply for asylum, they can come and go from the centre at designated times, while they wait for word about their application, which can take months. After three days, a man Joy didn’t recognise came to find her in the camp and told her she was to wait at a roundabout down the road from the entrance every morning, and eventually someone would come for her. Joy asked how she would know who was picking her up.

“You will know,” the man told her. “Just get into the car when it stops.”

It was at that roundabout that I met Joy. When I asked her what she thought would happen when she was picked up, she said she was sure she would be taken to a beauty salon owned by her maman’s sister, where she would be given a job as a hair braider, as she had been in Benin City. She said she might have to start by cleaning floors, but that she would work her way up. I asked her if she knew that a lot of girls like her ended up as sex workers. She said she had heard about Nigerian women who ended up as prostitutes after coming to Italy, and that she would “never do that”, no matter how desperate she got.

Eventually, she had to go back inside the compound, or risk missing her evening meal. Once again, her ride had not come. I wished her good luck and gave her my phone number, which she saved in her phone before walking through the sliding metal gate back inside the centre. Later I would regret not trying to warn her in a more concrete way. At the time, she was just one of so many young women I saw sliding into the abyss.

Many of the Nigerian women and girls rescued from the smugglers’ boats by charities or coastguard vessels are from small villages around Benin City. Most are single and travelling alone. Many of those trafficked for sex slavery are assured by their “sponsors” that they will take care of getting the necessary documents for them once they leave the centres. Others are provided with false personal details that they are told to use for their applications. Most of the trafficked women end up with fake documents provided by Italian organised-crime groups. The documents are another link in the chain that keeps the women trapped in sexual slavery, because the madams threaten to take them away if they try to escape.

In 2012, an investigation was opened into forced prostitution at Cara di Mineo, after doctors at the centre received a series of requests for abortions. In three months, the centre’s doctors performed 32 abortions on migrants – an increase of more than 200% on the year before. The authorities concluded that this was due to an increase in prostitution, along with a lack of birth control options. Because of the church’s influence over migrant care, contraception was not being distributed, and few migrants have the means to source their own. Some aid groups have since tried handing out condoms.

In December 2016, four Nigerian asylum seekers were arrested in Cara di Mineo, accused of drugging and raping a female resident. The woman had been told, like Joy, to wait on the street for someone to pick her up. Realising she was being put to work as a prostitute, she had refused to leave the camp. The men raped her as a warning – a typical punishment in sex trafficking. The theory is that if a woman realises that the penalty for refusing to prostitute herself is gang rape, she will likely agree that roadside sex is a better alternative. It is rare to meet a trafficked woman who has not been faced with this choice.

After the incident, Francesco Verzera, a prosecutor with jurisdiction over Cara di Mineo, appealed to the authorities to close down the camp, stating that overcrowding and lack of supervision is creating a dangerous criminal environment. “This sort of violence will become the norm if you continue to operate a community-based asylum centre with nearly 4,000 people,” he warned. “The crimes continue to get more violent, and the growing disregard for life is a clear sign of a deteriorating situation.”


The complex that houses Cara di Mineo was built in 2005 by the Pizzarotti Company of Parma, which is still the primary contractor for US defence logistics in Italy. It was built for officers stationed at the Sigonella naval air base about 40km away. The boulevards and tree-lined streets of the compound were meant to replicate a US suburb, complete with a recreation centre, supermarket, American-style steakhouse and a coffee and pastry shop. There was a baseball diamond and American football field, along with a non-denominational house of worship that doubled as a cinema. More than 400 villas were built to accommodate the standard family of five.

In 2011, the US navy gave up its $8.5m (£6m) annual lease and returned the property to Pizzarotti. The same year, during the height of the Arab spring, Silvio Berlusconi’s government decided to lease the complex as an asylum “hot spot”, for processing the growing number of asylum seekers coming to Italy. At that time, the complex was completely locked down, and the mostly Tunisian and Moroccan migrants were held until they were repatriated. Now the people inside are called “guests” and are free to come and go once they have applied for asylum.

Ghosts of the centre’s former life remain. The playground equipment scattered throughout the compound is rusty and in disrepair, now mostly used by men in their 20s who sit on the swings and lie on the slides, whiling away the long hours. The bar is now the medical centre, and the restaurant a canteen where migrants pick up rations of rice and bananas. The recreation room is now a makeshift school, and offices have become dormitories.

Inhabitants dry their laundry next to signs protesting against the Italian government, condemning the bad food and the time it takes to process asylum requests. The compound is guarded by military police who check the asylum seekers in and out, and keep out anyone who isn’t registered. The incentive to return each night runs beyond food and shelter. They come back for the promise of documents that will allow free movement through Europe’s passport-free Schengen zone, and the right to work. Still, dozens of people disappear each month, quickly replaced by new arrivals from Sicily’s ports.

The conditions are deplorable. Most of the villas house 15 to 20 people, sleeping in bunk beds or on mattresses on floors. The villas are falling apart, and the migrants are left to do what they can to take care of maintenance with scant tools. The stench of sewage permeates the grounds, attracting rodents and insects. There is no cleaning service other than in the administrative and kitchen areas. Some of the villas are burnt out, and others are missing windows or doors. After the Americans left, Pizzarotti removed many of the amentities – from washing machines and air-conditioning units to ceiling fans and bathtubs – leaving exposed wires and holes in the walls.

Most of the residents are divided by ethnic or religious background, which has done nothing to reduce tensions and fighting. Every year at Cara di Mineo, on average, 10 migrants die while waiting for their asylum requests to be heard, killed in fights or dying from untreated medical conditions, according to Amnesty International and other aid groups that operate in the centre.

The camp’s director, Sebastiano Maccarrone, admitted in a series of media interviews in early 2016 that it was virtually impossible to protect the inhabitants. “It’s like a small city,” he said. “The big crimes get reported, but the smaller ones are usually handled among the residents.”

Verzera’s investigation into criminal activity at the centre turned up inconsistencies in the record-keeping of who was living there. Many of the migrants on the official roster had long since disappeared, even though the centre, under the direction of Maccarrone, was still reimbursed €35 (£31) a day for them. By law, each migrant awaiting asylum is given an electronic card to check in and out of the centre when making outings. If they don’t check back in after three days, they are supposed to be taken off the roster, and that information sent to Rome so the reimbursement will be stopped. But Verzera says he found that migrants who had been gone for months were kept on the list for financial support. The centre was, on paper, far over capacity, and received extra funds to help with the overload when, in reality, they were taking care of far fewer people than the documents stated.

In 2016, Maccarrone, who previously ran the migrant reception centre on the island of Lampedusa, came under criminal investigation for corruption at Cara di Mineo. He was accused of collusion with the mafia, and of using funds intended for the care of migrants and refugees for personal gain. The charges against him have since been reduced to aggravated fraud and corruption. He maintains he is innocent, and is working as a volunteer at one of the smaller migrant centres in Catania while he awaits trial.


Last year, Catania’s chief prosecutor, Carmelo Zuccaro, tried to make it illegal for NGO charity ships to rescue migrants at sea and bring them to Italian shores. In March 2017, in an interview with the rightwing newspaper Il Giornale, he revealed that the state had started investigations into prisons and refugee camps where extremists were recruiting migrants awaiting word on their asylum requests. “We have received very specific reports of recruitment activities and radicalisation,” he told the paper. “There are radicalised individuals who attract foreigners in order to incite them to fundamentalism.”

The alarm about radicalisation overshadowed the fact that criminal groups are recruiting migrants from the camps for forced or low-paid labour. At harvest times, men leave Cara di Mineo in the early morning and gather along a triangle of dirt off the state highway. Local farmers come in pick-up trucks, looking for i neri (“the blacks”), choosing the biggest and strongest for casual labour, harvesting tomatoes and citrus fruits. The farmers call them ragazzo or “boy”, demanding they turn around or show them how straight their backs are. It is a degrading display, made worse by the fact that they are paid a mere fraction of what Italians would be paid for the same work. Their wages are part of the illicit economy that makes up around 20% of Italy’s overall GDP.

When asylum requests are rejected, applicants have one chance to appeal. If they fail, they are given a slip of paper that says they have five days to leave the country, but no means to do so. Torn-up shreds of those papers are a common sight in the ditches beside the road near the centre. Those turned down are easy bait for criminal gangs working inside the camps, who get paid for providing mafia groups with illegal cheap labour, running drugs and arms or working in the many industries those groups have infiltrated.

In 2014, an investigation known as “Mafia Capitale” found that a criminal group had been running Rome’s municipal government for years. The group, which prosecutors defined as a mafia-style association, had siphoned off millions of euros intended to fund public services. The group had also infiltrated asylum centres across the country, buying and selling names and details of migrants who had long disappeared, in order to keep the per-person state funding coming.

During the investigation, one of the alleged bosses of the group, Salvatore Buzzi, was caught on a wiretap bragging about how much money he made off the backs of asylum seekers. “Do you have any idea how much I earn on immigrants?” he was heard telling an associate. “They’re more profitable than drugs.” Buzzi and his associates were sentenced to decades in prison after a trial that ended in 2017, although their sentences were reduced on appeal. Another appeal is under way.

In 2017, anti-mafia police arrested 68 people, including the local parish priest, in the Calabrian town of Isola di Capo Rizzuto, where one of the country’s largest migrant and refugee reception centres has been in operation for more than a decade. Investigators say the criminals stole tens of millions of euros in public funds intended for asylum seekers to live on while their applications were heard. Gen Giuseppe Governale, chief of the anti-mafia forces, said the centre was a lucrative source of funds for the Calabrian mafia, the ‘Ndrangheta. Prosecutor Nicola Gratteri said detectives had filmed appalling conditions inside the centre. “There was never enough food, and we managed to film the food that was on offer,” he said. “It was the kind of food we usually give to pigs.” The local mafia had set up shell companies that were being paid to provide services including feeding the migrants. (The investigation is ongoing, and no trial date has been set. The priest has denied the charges and claims he has always fought against the mafia.)

Administrators in some centres are accused of taking kickbacks for selling personal details of asylum seekers who have escaped to smaller centres (some of whom don’t exist). Those in charge of the smaller centres then use the names to claim daily allowances. This is one of the reasons trafficked women have been allowed to leave so easily: their names tend to stay on the lists, and the centres continue to receive funding. As they leave, they are quickly replaced. Some centres take on more migrants than they can manage, in order to earn extra revenue, so refugees end up living in dangerously overcrowded conditions. Trafficked women who disappear to work as sex slaves have little chance of being rescued, because their absence causes no concern. Nigerian girls who are trafficked directly to madams in Naples and elsewhere are forced to do sex work to pay off large debts. Before they’ve even started work, they will owe around €60,000 (£53,000). A cut goes to the recruiter in Nigeria, a cut to the traffickers and smugglers who expedited the women’s journey, and a large portion goes to the Nigerian gang members, who must pay the Naples mafia, the Camorra, or other crime syndicates in whose territories the women will be forced to work. There are other incidentals, including room, board, clothing and rent for the space on the pavement from which they solicit sex. If we assume half of the estimated 11,000 Nigerian girls who came to Italy in 2016 generated €60,000 each through debt bondage for the madams’ gangs, the profits off those girls alone would top €300m (£264m), even after their travel costs are deducted.

It can take five years or more of sexual slavery to pay the debts. Then, women are free to go, but some end up becoming madams themselves, either convinced there are lucrative profits to be made, or as an act of revenge: to visit on others what they had to endure. This cycle has continued for more than a decade, but in 2016, the number of Nigerian women who arrived by smugglers’ boats was 60% higher than the previous year.

Many of the trafficked Nigerian women end up in Castel Volturno, outside Naples, known as the most lawless part of Italy. Murder rates are the highest in the country, and locals call it Beirut, or the Bronx. Sergio Nazzaro, a local journalist, says it is the Camorra’s graveyard. “You can’t imagine how many bodies are buried in fields and tied to rocks at the bottom of the river.”

Most migrants live in another former military residential development, now dilapidated and controlled by the Camorra, who charge rent to squatters and trafficked women. African migrants first started coming to the area in large numbers in the 1980s, to work in the tomato fields for low wages. The Africans were not welcome to integrate with the Italians and instead set up a peripheral society where they lived outside the law, often squatting in illegally built or unfinished buildings. Italian authorities did not pay much attention to them at the time, but they were not ignored by the Camorra.

By the 1990s, women started arriving in greater numbers. They were rarely hired for farm work, so many had no choice but to prostitute themselves. Many of those first prostitutes eventually became madams, controlled by Nigerian drug-smuggling gangs, who had to pay protection money to the Camorra to operate on their territory. When the gangs discovered there was a demand, madams recruited more women from Nigeria to the area. They started using traffickers to trick them into coming, eventually expanding the trade further north to Italy’s larger cities and into Europe.

In 2016, anti-mafia police conducted an operation named “Skin Trade”, which uncovered one of the networks set up to get women out of the Cara di Mineo camp and on to the streets. Among those arrested were Nigerian women who worked with what were termed “connection men” inside the camp. The women arrested in Castel Volturno included Irene Ebhoadaghe, 44, who called herself Mummy Shade. The investigators say that in 2016 she was waiting for three young women to make their way to Naples from Cara di Mineo. One of those young women was Joy. The car she was waiting for was never going to take her to a hairdressing job. It was going to take her straight to Mummy Shade.

During the investigation, an undercover police officer was tipped off by one of the aid agencies working in Cara di Mineo, and picked Joy up on the road leading through the citrus groves. He convinced her to help them catch the people who had trafficked her, and her evidence became key to the operation’s success. Because Joy was named in the sealed arrest warrant as a victim of trafficking, after cooperating with the police, she was given asylum and moved to northern Europe to join a relative.

I caught up with Joy by email thanks to a local anti-trafficking advocate in Sicily who took an interest in her case and acted as a liaison with the court. She remembered our conversation outside Cara di Mineo.

“I was so stupid,” she wrote. “How could I have been so trusting? How could I have been so dumb?”

I wrote back to console her, telling her not to worry, that many women fell into the same trap.

She wrote again. “You knew about this. Why didn’t you tell me what was going to happen?”

I had tried, I thought, but obviously not hard enough. I admitted that I hadn’t known exactly what to do. I had no idea how to help her. I was also selfishly scared that if I intervened, I might get caught up in some sort of retaliation act, that someone might harm me or my children for taking one of the madam’s precious “assets” off the streets. She wrote back a third and final time.

“You could have saved me.”

Roadmap to Hell: Sex Drugs and Guns on the Mafia Coast by Barbie Latza Nadeau is published by Oneworld.

Voir de même:

I met Marlon, a Sudanese man who had walked across great expanses of desert to Libya, on the edge of Tripoli as he prepared to visit a remote beach at midnight and pay a hard-saved $2,000 to get onto an overcrowded, unseaworthy boat headed to Italy. He knew that the risk of death was high, so was trying to choose his boat carefully, to avoid the sort of fate that has made headlines around the world. He knew the risk too well: « My good friend paid the man and then disappeared, and then I learned that he had drowned when his ship sank, » he told me. « I want to get out of here, but not that badly. »

I met Jacques Kamra, a 27-year-old Liberian, in Madrid’s Plaza Mayor, a few weeks after he got off a similar boat. Like Marlon, he was well educated and articulate, and had made a tough gamble, and a big investment, in his family’s future to get there. « When I arrived here alive, » he told me, « I started praying every day that Spain will win the World Cup, to bring them a miracle like the one that has brought me here. » He knew he would eventually be deported, but, he believed, the earnings would be enough to transform the fate of his family.

And I met Jouhar in an eastern Tunisian beach town shortly after he had been returned by Italian authorities. His packed boat had broken in half at sea, killing his best friend and dozens of others, many of them university graduates with connections in Europe, in the process wasting the almost $1,500 Jouhar had saved to pay the smuggler.

People like these three – and dozens of others I have met in Tunis, Alexandria, Marseilles, Paris, Munich and London – have now become Europe’s biggest concern.

The Mediterranean boat people have been coming for more than a decade, paying small fortunes to enter the continent aboard disturbingly overpacked vessels. They began arriving after Europe’s legal migration routes shut down in the 1990s, but never have their numbers been so large – or the death toll so high. When an estimated 850 people died in a single capsizing incident last weekend, driving this year’s toll to over 1,600 – 30 times higher than the toll for the same period last year – their fate became a continent-wide crisis, provoking an emergency European Union meeting on Thursday and an outraged response from across the political spectrum.

But « How do we stop this from happening? » is not such a simple question. To answer it, you first need to answer another question: « Why are these people taking such risks? » And it’s worth asking a third, often ignored question, as well: Why has illegal-boat migration to Europe peaked during certain years, then virtually vanished for long periods, only to reappear again? What has made it stop before, and what will make it stop again?

We know what doesn’t work. Efforts to end the nautical tragedy by force – by banning migration, or by cracking down on people-smuggling, or, as European governments did last year, by refusing to rescue drowning migrants – have all resulted in driving migration further underground, raising both the cost and demand for passage on illegal boats, and increasing net numbers of undocumented migrants, as well as the danger they face.

« The problem of migration deaths has been created entirely by policy attempts to outlaw migration, » said Hein de Haas, the Dutch scholar who runs Oxford University’s International Migration Institute, in an interview this week. He and his colleagues recently assembled a large-scale database, Determinants of International Migration, which looks at the motivations for migration for tens of thousands of people. What it, and a growing body of other research, shows is that we have framed the European migration problem wrong.

An unstoppable flood of desperate poor people fleeing Africa to a new life in Europe – that is the phrase uttered, in one form or another, by headline writers and politicians to summarize the crisis.

Yet, every word of that sentence is wrong. And much of the current catastrophe, most of the drowning horrors, have been caused by the failure of policy-makers to understand how wrong those words are. It’s worth looking at them one by one.

Unstoppable

To understand why the crisis has become so acute in 2014 and 2015, it helps to understand why it was bad once before, a decade ago; and why it suddenly stopped, almost completely, for several years, then erupted again in 2011, virtually stopped again, then came back in its most dramatic form. It obviously isn’t unstoppable: It has stopped, several times.

I spoke to Marlon, the Sudanese man in Libya who opened this article, in 2004. That was a full year before the boats first erupted into front-page headlines, but after the first really tragic sinking, earlier in 2004, in which a boat headed for Italy had capsized and 64 people drowned. That led to an Italian clampdown, which provoked a huge burst of illegal crossings until 2008.

Most of the boat tragedies a decade ago were in what the EU border service Frontex calls the West African Route, which passes from West Africa into Spanish territory in the Canary Islands; and the Western Mediterranean Route, which crosses the narrow strait between Morocco and Spain. More than 30,000 people a year were crossing each of these routes in 2005, and the tragedies were mounting. I spoke to Jacques in Madrid in 2006, when the smugglers had become more desperate, expensive and dangerous.

Then, Spain took action. Madrid negotiated deals with Morocco, Algeria, Mauritania and West African countries that included not only agreements to take returnees back to their home countries (in exchange for aid money) and to police their borders, but also to open legal migration channels, and pathways to Spanish citizenship. Those changes drew criticism from Spain’s tougher-minded neighbours, but they effectively ended illegal migration in that part of the Mediterranean for many years.

The Central Mediterranean Route, as the pathway of this year’s crisis is known, goes from Tunisia, Libya and Egypt across to Italy, Malta and the region’s islands. It became crisis-prone in the mid-2000s, and then, in 2009 and 2010, its traffic virtually halted. There were two reasons: First, Italy struck deals with the Arab dictators of Tunisia and Libya, paying them generously to police their beaches. Second, the post-2008 economic crisis reduced demand sharply: Migrants don’t come when there are no jobs. (In fact, there was a net outflow of migrants from Europe back to Africa at the peak of the crisis.)

There was a burst of activity on this route in 2011, when the dictators were overthrown and Arabs (often middle-class and educated) left for Europe. That was when I spoke to Jouhar in eastern Tunisia. And then it fell again to negligible levels in 2012, until the huge spike of 2014 and 2015. This was hardly a constant increase in people: It has stopped and started many times.

Flood

Even in its worst years, the Mediterranean boat-people flow is only a small part of the migration picture: tens of thousands of entrants in a continent of half a billion people that receives three million immigrants a year. Most Africans living in Europe are fully legal, visa-carrying immigrants who arrive at airports. Even the majority of illegal African immigrants in Europe aren’t boat people: They’re legal visitors who’ve overstayed their visas.

What has compounded the matter during the past 24 months has been the conflict in Syria. While only a fraction of people fleeing that country have attempted to go to Europe – the vast majority are encamped in Turkey, Jordan or Lebanon – that fraction has multiplied the numbers of boat people dramatically in 2014 and 2015. It now accounts for perhaps half of Mediterranean boat migrants (though the boat that was the subject of last weekend’s tragedy carried passengers almost entirely from sub-Saharan Africa).

Refugees tend to be temporary (the much larger exodus of asylum seekers that confronted Western Europe during the Balkan wars of the 1990s – a population shift that seemed even more intractable – mostly returned to their countries after the conflicts ended), and are dealt with through different policies than are migrants. In Europe, those policies are deeply dysfunctional, with little agreement among the 28 EU countries about how to handle refugee claimants or how to deport illegitimate ones – which has contributed to the death toll.

« There should be no reason for Syrian refugees to be getting on these boats, except that there has been no proper pathway for safe refugee acceptance opened up, » Dr. de Haas says. If Western countries would take their United Nations refugee responsibilities more seriously, Syrians wouldn’t be dying at sea.

Desperate poor people

The most insidious notion is the one that holds that the Africans on the boats are starving villagers escaping famine and death. In fact, every boat person I’ve met has been ambitious, urban, educated, and, if not middle-class (though a surprising number are, as are an even larger number of Syrian refugees), then far from subsistence peasantry. They are very poor by European standards, but often comfortable by African and Middle Eastern ones. And no wonder: The boats cost upward of $2,000 to board (and you need more money to make a start in Europe). That’s a year’s income in many African countries.

Why would somebody risk their life, and their comfort, for a journey that at best would promise a marginal life in the underground economies of Europe?

Linguère Mously Mbaye, a scholar at the Bonn-based Institute for the Study of Labour, conducted a study of hundreds of people in Dakar, Senegal, who were planning to make the crossing to Europe.

The migrants tended not to be very poor. And they tended to be well-connected in Europe: They knew large numbers of people from their home country already living in Europe and working in similar occupations. In other words, they were tied into « migration networks » that communicated information about employment, small-business, housing and migration opportunities. Migrants tend to choose their European destinations not according to culture, language or history, but according to the number of people from their network who are living there – and also according to the economic success of their destination country.

The Syrian refugees are less tactical – and not as well linked into existing economies – than the Africans, but they, too, tend to come because they have connections to people or organizations in Europe. Concludes Dr. Mbaye, « Illegal migration starts first in thoughts, based upon the belief that success is only possible abroad. »

Fleeing

Both major studies found that the Africans who get onto the boats are not running from something awful, but running toward a specific, chosen opportunity, in employment or small business.

That’s a big reason that the boat-people flows have gone up and down so dramatically: Dr. de Haas’s studies found that the main driver of cross-Mediterranean migration is not any economic or political factor in Africa but « sustained demand [in Europe] for cheap labour in agriculture, services, and other informal sectors. » Even those who are fleeing – the Syrians, some Eritreans – are choosing where they flee based on a sense of opportunity.

A new life

« You saw a lot more people coming into Europe from Africa in the 1960s and 1970s than you do now, » Dr. de Haas notes. But they didn’t make headlines – or die at sea – because they weren’t illegal. The big labour shortages that required migrants (mainly seasonal) were filled because most countries allowed Africans to come and go.

And, in the main, they weren’t out to start a new life in Europe. Only a small fraction of Africans who went to Europe for work before the 1990s settled there: Most used their earnings to support families back home, and eventually returned, knowing they could do another stint in Europe in the future.

By cracking down on these informal and seasonal movements – something that began in the early 1990s with the formation of the EU – Europe turned migration into an all-or-nothing proposition: Once you were in Europe, legally or otherwise, you stayed, because you might not get in again. As a result, Africans now come in, do some agricultural or service work, and then knock around the continent, without opportunities, once they’re done.

That’s the paradox of Europe’s response to the migrant crisis: By making entry tougher, it makes illegal entry more commonplace. « Stricter immigration policies, » Dr. Mbaye says, « might not be effective, because they deter potential legal migrants more than potential illegal migrants. »

And a slow-paced and disunited asylum policy, combined with the lack of legal pathways, means that large numbers of refugee claimants, legitimate and otherwise, spend years moving around Europe, neither deported nor accepted, and afraid to leave. In the process, they are tarnishing the image of immigrants and creating an unnecessary social problem.

« It is the border controls that have forced migrants to take more dangerous routes, and that have made them more and more dependent on smugglers to cross borders, » Hein de Haas notes. « Smuggling is a reaction to border controls rather than a cause of migration in itself. Ironically, further toughening of border controls will therefore force migrants and refugees to take more risks and only increase their reliance on smugglers. »

And rigidly closed borders will also make the Syrian refugee problem worse than it needs to be: By turning migration into an all-or-nothing proposition, there’s a risk that a temporary refuge will become a permanent settlement.

The flow of people back and forth between Africa and Europe has been a part of both continents’ economies for decades. Europe’s economies need their African workers, more than ever: Germany alone expects to lose seven million working-age people to demographic change, in a fast-growing economy with virtually no unemployment, in the next 10 years.

By stopping that flow through ham-fisted measures, Europe’s governments have turned the legal into the illegal, the temporary into the permanent, the routine into the desperate, and a life-improving act into a death-delivering risk. A set of decisions that were bad for both continents’ economies has left thousands of bodies floating in the sea.

Doug Saunders is The Globe and Mail’s international-affairs columnist, and was European bureau chief from 2003 to 2012.

Voir également:

Fact-Check Is There Truth To Refugee Rape Reports?
Right-wing websites claim that Germany is facing an alleged epidemic of rape cases committed by refugees, fueling panic about the recent influx of foreigners and the safety of women in the country. We investigated one site’s reports and found many problems with them.
Der Spiegel
January 17, 2018

On April 6, 2016, an unidentified assailant attacked a 20-year-old woman on a playground in the German port city of Rostock and forced her to engage in oral sex before fleeing the scene. The woman reported that the man had been dark-skinned.

On Aug. 6, 2016, an unidentified man attacked a 21-year-old female university student from China near the university of Bochum, choked her with a rope and raped her. The woman said the perpetrator had spoken with a foreign accent. The police conducted a manhunt for a suspect with a « Central Asian/dark skin type. »

The two rapes in Germany were picked up by the national media. But one of them didn’t even happen.

The « university rapist » in Bochum, it turns out, did actually exist — and he would go on to attack another female student from China three months later. Ultimately, police captured a 31-year-old asylum-seeker from Iraq, who had lived with his wife and two children in a refugee camp located near the crime scene. A court sentenced him in the first verdict to 11 years in prison.
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But the alleged Rostock rapist did not exist. Police had expressed some doubt about whether the incident had in fact taken place in their first press release on the case and a forensic investigation indicated that the woman herself had been responsible for her injuries. In June 2016, the public prosecutor in Rostock closed the investigation, but by then the news of a dark-skinned rapist had already been shared thousands of times on the internet. The Schweriner Volkszeitung newspaper in the state capital even reported on its website about the alleged sex crime, citing « internal sources. » The article began with the words: « The Rostock chief of police is keeping silent. »

Baseless Rumors

Meanwhile, in a report on the Facebook page NonStopNews Rostock, the dark-skinned man became a « Südländer, » a term often used to describe those living in some Mediterranean countries. « Sex crime in Warnemünde? Was a young woman raped? Südländer reportedly attacked woman. »

The website Rapefugees.net, meanwhile, was even more precise in its allegations. « Rostock police are hushing up oral rape perpetrated by an Arab. »

The truth behind these baseless rumors is important because such stories influence Germans’ image of refugees. They play into age-old clichés about the threat of foreign rapists. Few other arguments were cited as frequently by people in Germany in recent years for wanting to keep refugee camps from being opened in their immediate proximity. Once « they » are here, the argument went, the streets would no longer be safe for women or children unaccompanied by men.

After the events of new year’s eve in Cologne on Dec. 31, 2015, during which hundreds of women were sexually assaulted, the police held young men, largely of North African extraction, responsible for the attacks. The night brought an end to the sense of euphoria that had accompanied the welcoming of hundreds of thousands of refugees into the country earlier that year. Some Germans now found to their horror that the migrants had also brought problems along with them into the country.

In fall 2016, the body of Maria L., a university student, was found in a river in the city of Freiburg, where she had been drowned after getting raped. The suspect in the killing, an Afghan asylum-seeker, is currently on trial. In spring 2017, an asylum-seeker from Ghana whose application had been rejected raped a woman who was camping with her boyfriend near the city of Bonn. In an initial verdict in the case, a court sentenced the man to 11.5 years in prison.

Is Everyday Life More Dangerous for Women Than Before?

These kinds of reports reaffirm the attitudes of those who have always held the view that refugees are dangerous. But is there any truth to the claim that everyday life has grown more dangerous for women living in Germany as a result of the growing numbers of immigrants? Is life in fact less safe than it was for women three years ago? And how often do refugees commit sex crimes?

To answer these questions, DER SPIEGEL reviewed crime statistics, interviewed police officials, consulted academic experts and analyzed around 450 online news reports about purported sex crimes alleged to have been committed by asylum-seekers and immigrants. Our reporters also visited police stations, public prosecutors and courts to uncover the background behind the news reports and the ultimate outcome of any proceedings. Some cases were revisited up to five different times and in several instances, reporters also met with people involved in the cases for background interviews. The reporters then analyzed the documents and information together with data-journalism specialists and fact-checkers.

Incitement?

As soon as you hit the like button on Facebook pages like Heimatliebe.Deutschland (Love for the German Fatherland), Truth24.net or any local branch page of the right-wing populist Alternative for Germany (AfD) party, you enter a parallel reality. And it is dark. Day after day, your timeline is filled with reports of horrific violent crimes and rapes. The images show men who look Arab or African and women looking into the camera as someone holds a hand over their mouth from behind. Or images of children cowering in the shadows.

One particularly egregious page is Rapefugees.net. The site’s creators claim that the police, politicians and the media are working together to cover up the truth. Using an online map of Germany, they use pins to mark sites of violence or sexual offenses purportedly committed by refugees.

The inflammatory term « rapefugee » has been appearing with increasing frequency on far-right web pages since the events of new year’s eve 2015 in Cologne. « Rapefugees not welcome » T-shirts have also appeared from time to time at demonstrations in Dresden by PEGIDA, the anti-immigration group known in full as Patriotic Europeans Against the Islamization of the West.

Spending a bit of time on the site is enough to leave anyone frightened. It renders Germany, a country generally celebrated for its relative safety, nearly unrecognizable. The entire map is covered with red, yellow and purple flags, squares and pins purportedly marking the locations of incidents of rape, sexual abuse and exhibitionism. There are also a few gravestones marked with « RIP » for alleged murders committed by refugees.

A closer look at the site reveals that other immigrants suspected of committing these types of crimes are also listed, not just refugees. The site’s creators claim their data is based on reputable sources, including police and newspaper reports. It all looks real. Anonymous authors post stories with headlines like, « Gang Rape: Bed-Ridden Grandmother Hospitalized Following Rape by Economic Migrants. » Or: « Gang Rape: How Justice Officials in North Rhine-Westphalia Banned a Local Newspaper from Publishing These Pictures. » Each story is packed with the same narrative — that rapes like the ones in Bochum, Freiburg and Bonn aren’t isolated cases and that refugees, mostly Muslims, represent a real threat to women.

DER SPIEGEL researched the veracity of the supposed incidents on the Rapefugees.net map. To create the most comprehensive overview possible, the reporters chose 10 German states, both large and small: among them the city-states of Berlin, Bremen and Hamburg; the western German states of Bavaria, North Rhine-Westphalia, Rhineland-Palatinate, Saarland and Schleswig-Holstein; and the eastern states of Mecklenburg-Western Pomerania and Saxony Anhalt. In each of these states, reporters looked into all of the alleged incidents reported for 2016. In many cases, results from police and justice investigations were available for that period. There were 445 cases in all.

Some cases appeared multiple times on the map and some of the locations marked had broken links or led to pages that did not contain any information about the alleged crime. In some instances, neither prosecutors nor police had ever heard of the purported crime. All of these pins, roughly a third of the total, were filtered out before the in-depth reporting began.

Strong Exaggeration?

The remaining reports, as is true with most well-constructed lies, contain at least a bit of truth. In about one-third of the cases DER SPIEGEL investigated — around a hundred of them — the suspects or perpetrators are indeed refugees. In a further third of the cases, the assailants remain unidentified. The remaining ones are foreigners with unresolved residency status, European Union citizens or, in 22 cases, German nationals (see graphic below). But the website’s incendiary name creates the impression that 445 sex crimes had all been committed by refugees.

The descriptions of the crimes provided on the website are often erroneous. The website lists 205 of the 291 incidents reviewed as cases of rape. But reporting into the claims found that rape was only suspected in 59 of the cases. Although these should not be downplayed, many of the cases in question were less severe incidences of sexual assault or harassment. In 47 cases, the authorities determined that the incident did not meet the criteria to be considered a criminal act. In other words, the map seems to involve some strong exaggeration, at least when compared to the findings of police and judicial officials.

Twenty-six suspects or perpetrators were refugees in the rapes investigated. Each of the crimes committed is, of course, one too many, but the ultimate figure is low compared to what the map suggests.

Eighteen refugees were convicted on charges of rape, and courts also convicted or upheld rulings against 51 refugees — for sexual abuse or sexual assault in more than half of the cases. An additional 18 foreigners have been convicted who are not refugees but whose residency status remains unresolved, including Turks and Afghans, several Serbians, an Azerbaijani and a Ukrainian tourist who sexually abused an inebriated woman at Oktoberfest in Munich. Six of those convicted are EU citizens and eight are German. They include a 46-year-old man who attacked a blind woman in the Bavarian town of Pfaffenhofen from behind on an open street and sexually assaulted her.

On the Rapefugees.net map, the case is noted as a « cover-up attempt. » But no information is provided about what might have been swept under the rug.

A closer inspection of the crimes for which refugees were convicted showed that many took place in refugee camps. In most cases, the victims were the children of other refugees. In August 2016, for example, a young Eritrean man lured a six-year-old girl, likewise from Eritrea, into his room in a Hamburg camp and abused her. Police arrested the man.

Twenty-four of the reports investigated on Rapefugees.net appear to be false claims. They include the rape in Rostock that was likely fabricated, but nevertheless remains listed on the map. And the case of a 15-year-old school girl from the city of Möchengladbach, who claimed in January 2016 that she had been raped near the city’s central train station. The perpetrator had a « tanned face » she said and spoke with a foreign accent. In response, angry local residents formed their own vigilante group. A week later, the police announced that the crime « had not happened » in the way described by the teen. The alleged perpetrator was an acquaintance who said everything had happened with mutual consent. Public prosecutors opened an investigation into the 15-year-old for making up a crime, but later dropped it.

A Less Dramatic Reality

For most of the news reports on the Rapefugees map, it’s unclear at first glance whether the story is true or false. With most, the only takeaway is that there was some kind of encounter between the perpetrator and victim. Nevertheless, the incidents on the map are often listed as attempted rape, gang rape or, rather inventively: « GANG RAPE Attempt and Beating Attacks by ISIS Sex Jihadists. » The actual incidents as reported by police seem a lot less dramatic.

To cite but a few examples:

May 13, 2016, in Hagen, Germany: At midnight, three young men harassed a 13-year-old girl at the train station and groped her. The 13-year-old boy accompanying her intervened and the three young men then attacked him. Passersby arrived and the three young men fled. The description given of the men: « North African appearance. »
May 21, 2016, Düsseldorf: A couple was walking along the banks of the Rhine River when the young woman was suddenly hugged from behind and fondled. As her boyfriend stepped in, he was hit by several people. The description of all perpetrators: « Mediterranean appearance. »

July 2, 2016, Nuremberg: A young women was walking home at 3 a.m. when someone approached her from behind and touched her sexually. She screamed and he fled. The physical description provided: « Mediterranean appearance. »
Aug. 28, 2016, Türkismühle in rural Saarland: An unidentified man approached a 38-year-old woman at the train station. He pushed her against the wall, grabbed her from behind and attempted to kiss her. As she « energetically spoke to him, » he fled. Description: « Mediterranean appearance. »

There’s no question about the seriousness of the four cases, but contrary to the claims made by Rapefugees.net, they were not rapes. And there was no indication of alleged « ISIS sex jihadists. »

Prosecutors dropped the investigations in all of these cases because they were unable to identify any assailants. The same is true of the investigations into about 29 percent of the incidents listed on the map: The question as to whether the perpetrators were refugees will likely never be resolved. It is certainly possible that it is true in some of the cases. And theoretically, it’s also possible that all of the unidentified assailants were asylum-seekers. But that’s unlikely in the case that unfolded at the train station in Hagen. Witnesses say there was only one perpetrator and that he spoke accent-free German.

Research into this data is highly detailed and complex, but it’s the only way of getting a true grasp on what these kinds of claims really amount to and the way in which right-wing websites operate. It is the convergence of many things that unsettle people in Germany: the refugee crisis, concern about domestic security and the loss of trust in politics and the traditional media. It also demonstrates the growing influence of websites and forums where people can mutually affirm their questionable worldviews.

Spreading Fear

There has been an assumption in Germany — one that goes deep into even the middle class — that the traditional media made a pact with Chancellor Angela Merkel to hide widespread criminal activity in order not to threaten support for her refugee policies.

In the past two years, many readers have written to DER SPIEGEL imploring the newsmagazine to stop hiding the truth and clearly state the danger: that refugees are raping women and children in Germany. One woman wrote that it was imperative « to report about the cover-up of information about rapes committed by migrants. » She also frequently sent links to internet sites collecting alleged rape cases purportedly perpetrated by refugees.

The classical media find themselves in a quandary here. If we don’t write about the issue and about the rumors circulating on the internet, skeptics see that as proof that something is being hidden. Yet if we do write about specific websites like the one covered in this story, we run the risk of enhancing the profile of pages meant to incite hatred online.

The people behind Rapefugees.net, who spend so much time filling the map with content, are apparently equally fastidious in their efforts to conceal their identities. The imprint refers to a person named F. Mueller in Uruguay and the page is hosted on a server based in the United States. Queries made by DER SPIEGEL went unanswered. Facebook deleted the site’s page on the social media platform in May 2016.

The site’s operators exploit the fundamental fear of foreignness — a latent fear that most people can harbor. To make the world simpler, people have a tendency to ascribe certain traits to certain groups of foreigners, meaning that whole groups of people can quickly get lumped into certain problematic stereotypes: Roma steal, Italians like to flirt and refugees, most of whom are Muslims, are dangerous and rape women.

Amplifiers

Why this specific prejudice is attached to refugees is something that Wolfgang Benz is trying to explain. The professor emeritus at the Technical University of Berlin, who researches prejudice, believes that the arrival of the refugees has « reactivated » an image that has long existed in the minds of Germans — one of a country occupied by foreign forces behaving like barbarians.

« Today, the horde that is invading us, is no longer the Russians but the refugees, and the rapes, as in every past war, are part of the conduct of war, » says Benz, describing the most recent iteration of that image. He says the events of new year’s eve 2015 in Cologne and the tone of the reporting on them has exacerbated that prejudice. Every report of a refugee committing sexual assault or harassment, he says, acts as an amplifier, and reports to the contrary are no longer taken seriously.

The public does, in fact, only hear about a small number of the sexual assaults that are committed each year, although this is not because they are covered up. There are so many that you could fill an entire newspaper with reports about them every day. According to police crime statistics, approximately 47,401 alleged criminal offenses against sexual self-determination were recorded in 2016, committed by Germans as well as by non-Germans. That represents about 130 reported crimes per day. The true number is likely much higher than that, but many victims don’t go to the police.

When the term « rape » comes up, many people instinctively think of an unknown assailant pulling women into the bushes at night. But according to calculations by the Center for Criminology, a research institute run by Germany’s federal government in conjunction with state governments, the alleged perpetrator is only a stranger in one-fifth of all reported rapes and serious sexual assaults. Most often, the alleged perpetrator is an acquaintance, friend or relative.

For the past several years, the German Federal Criminal Police Office (BKA) has released an annual situation report on crime across the country, with a special emphasis on criminality among immigrants. The term « immigrants » in this context includes; asylum-seekers; those who have been allowed to stay temporarily despite not having received asylum status; illegal immigrants; and refugees who have been brought into Germany on the basis of quotas. Suspects whose asylum applications have been approved are not included. At least one immigrant was indentified as a suspect in 3,404 of the sexual offenses committed in 2016. That’s more than twice as many cases as in the previous year (see graphic below). The increase proved especially dramatic in cases of sexual assault and the sexual abuse of children.

« We, as the Bavarian police, take very seriously the fact that immigration influences people’s feeling of security, » says Harald Pickert, the leader of an expert panel in the state’s Interior Ministry, which has been investigating sex crimes that have taken place in the state over the last five years.

The group is seeking to identify what might have changed and what has remained the same. It is looking to answers to questions like: Where are the crimes committed? Who are the perpetrators and who are the victims? Is there something that perpetrators typically have in common?

The panel exists because Bavarian Interior Minister Joachim Herrmann announced shortly before the German federal election last September that the number of rapes and serious sexual abuses had risen in Bavaria during the first half of 2017 by 47.9 percent. He said 126 of the 685 crimes could be attributed to immigrants, 91 percent more than in the same period the previous year. The latter statistic roughly reflects the findings of the BKA, but the Bavarian crime statistics additionally count those who have been granted asylum as part of its figures for the category of immigrants.

Did New Groping Offense Shift Statistics?

Pickert, 54, a deputy police commissioner in Bavaria, ties the rise in reports of sexual offenses to several factors. One is that many German citizens first learned that groping was a punishable offense following the debate over the Cologne attacks. And a change in the law in 2016 meant that groping is no longer solely punishable as an insult, but is now explicitly considered to be sexual harassment. Previously, groping had been absent from the statistics on sexual offenses maintained by police, but now such incidents are included. « It’s that and not some change in everyday reality that explains the sudden surge in the number of crimes reported, » Pickert explains.

What is conspicuous in the statistics, however, is the fact that the number of suspected German sex-crime perpetrators has either stagnated or gone down, while the number of immigrants suspected of committing such crimes has increased significantly. This trend, Pickert claims, has been visible for five years. « It’s no wonder, » he adds, since more immigrants have arrived during that time. Futhermore, he says, when compared to the German population, immigrants are more frequently young and male and are more likely to live in a large city, lack education, be unemployed and have no income. « These can all be factors that promote criminal behavior. »

During the first half of 2017, Pickert says, about one-fifth of all sex crimes were committed by immigrants living in refugee housing. About 20 percent of all victims were themselves refugees, he says. This means that, at least proportionally speaking, other refugees are at particular risk of becoming victims of sexual assaults by immigrants.

So, what can be done to counter this development? « Just because a certain segment of the population is conspicuous for the number of sex crimes it commits doesn’t mean we need new answers, » argues Martin Rettenberger, the director of the Center for Criminology.

‘Arabs or Africans Not Intrinsically More Inclined to Assaults’

He says that some of the immigrants come from societies where sex offenses are more rarely punished, where these kinds of crimes are committed more frequently. « But most people quickly adapt their behaviors to their new social environment, » Rettenberger says. « Social values and norms that were once internalized can still be changed. Arabs or Africans are not intrinsically more likely to commit assaults than Europeans. »

In the United States, he notes, five times as many people are victims of intentional homicide than in Germany. « And yet nobody would say Americans are more violent than Germans. » What’s key, he believes, is the background of the individual. He notes that many sex offenders have impaired impulse control, often combined with low self-esteem. In a particularly high number of cases, perpetrators have unstable personalities or have suffered trauma — and many aren’t subject to the natural controls exerted by close social relationships, having fled to Germany on their own. Unsurprisingly, such factors are more present among refugees than among other segments of the population.

The « only long-term solution, if we want safety, » Rettenberger argues, is sustainable integration: education, jobs and social assistance. « I can understand any citizen who doesn’t feel like investing more money into potential sexual offenders. But I expect more from the politicians. »

By Laura Backes, Anna Clauss, Maria-Mercedes Hering, Beate Lakotta, Sandra Öfner, Ansgar Siemens and Achim Tack

Voir enfin:

The cameras have gone – but the suffering endures. deconstructs the beliefs that still shape policy and public opinion

Myth 1: The crisis is over

The refugee crisis that dominated the news in 2015 and 2016 consisted primarily of a sharp rise in the number of people coming to Europe to claim asylum. Arrivals have now dropped, and governments have cracked down on the movement of undocumented migrants within the EU; many thousands are stuck in reception centres or camps in southern Europe, while others try to make new lives in the places they have settled.

But to see the crisis as an event that began in 2015 and ended the following year is a mistake, because it obscures the fact that the underlying causes have not changed. To see it in those terms only gives the impression of a hitherto unsullied Europe, visited by hordes of foreigners it has little to do with. This is misleading. The disaster of recent years has as much to do with immigration policies drawn up in European capitals as it does with events outside the continent, and the crisis also consists of overreaction and panic, fuelled by a series of misconceptions about who the migrants are, why they come, and what it means for Europe.

The European Union has perhaps the world’s most complex system to deter unwanted migrants. Since the 1990s, as borders have come down within Europe, giving most EU citizens free movement and passport-free travel, its external frontier has become increasingly militarised. Amnesty International estimates that, between 2007-2013, before the crisis, the EU spent almost €2bn on fences, surveillance systems and patrols on land or at sea.

In theory, refugees – who have the right to cross borders in search of asylum under international law – should be exempt from these controls. But in reality, the EU has tried to prevent asylum seekers from reaching its territory wherever possible: by closing down legal routes, such as the ability to claim asylum at overseas embassies; by introducing penalties for transport companies that allow people to travel into the EU without the correct documents; and by signing treaties with its neighbours so they control migration on the EU’s behalf. And within the EU, an agreement called the Dublin regulation forces asylum seekers to apply in whatever country they reach first.

After the Arab uprisings of 2011, the number of people coming to Europe to seek asylum – via Turkey, or across the central Mediterranean from north Africa – began to rise. But Europe continued to make security its priority, rather than the protection of vulnerable people. In the same period as it spent €2bn euros on border security, the EU spent only an estimated €700m on reception conditions for refugees. Almost 3 million people claimed asylum in the EU in 2015 and 2016 – still only a small fraction of the EU’s total population of 508 million – but the manner of their arrival was chaotic; thousands died in the attempt. Most of the migrants who arrived tried to continue their journeys to north-west Europe, and enforcement of the Dublin regulation temporarily collapsed.

Border defences often produce or exacerbate the very problems they purport to solve, by forcing irregular migrants to take more dangerous routes, often with increasing reliance on people smugglers, which in turn encourages states to crack down even harder. In November 2017, a coalition of human rights groups published a list of 33,293 people who had died since 1993 as a result of “militarisation, asylum laws, detention policies and deportations” in Europe. But Europe has continued to try and push the thousands of uninvited migrants who try to reach European shores further and further away from the continent. A deal with Turkey, launched in March 2016, has reduced the movement of Syrians towards Europe, even though over 12 million Syrians remain displaced by the war – 5 million of these outside their country – and many are still in need of urgent humanitarian assistance. Even as Afghanistan becomes more dangerous, European governments persist in their attempts to deport many Afghans to Kabul. And to stem unwanted migration from sub-Saharan Africa, Europe has tried to strike deals to stop the people-trafficking routes that run across the desert and through north Africa. Italy has cracked down on NGO sea rescues and paid off militias in Libya, even as evidence of torture and abuse in Libyan detention centres trickles out; the EU has explored deals with Sudan’s repressive dictatorship; in Niger, one of the world’s poorest countries, European money, troops and diplomats have flooded the desert city of Agadez, to try to put a stop to the smuggling trade. Hundreds of thousands of vulnerable individuals will be directly affected by these new policies.

We are often encouraged to think about “solutions” to the crisis, but there is no neat end to it. For as long as wars continue – wars that are sometimes started or joined by European states, or fuelled by their arms sales – people will continue to flee them. And others will continue to try to migrate even when states don’t want them to. But our governments’ efforts to stem unwanted migration can end up creating or exacerbating the very problems they purport to solve. Decisions to ramp up immigration control taken at moments of crisis, or in response to media pressure, can have profound and long-lasting effects – from the treatment of Windrush citizens in the UK to the thousands of refugees languishing in filthy camps on Greece’s Aegean islands.

The crisis is not only the movement of refugees, but the border systems designed to keep them out – and it is still happening.

Myth 2: We can neatly separate ‘refugees’ from ‘economic migrants’

Most of us are economic migrants – even if within our own countries – but the term has taken on a new and pejorative meaning since the refugee crisis. It is often deployed in much the same way that “bogus asylum seeker” was in the past by the British tabloid press – to suggest that people are trying to play the system, that their presence is the cause of problems at the border, and that if we could only filter them out, order would be restored. In fact, the history of migration is a history of controls on the movement of all but a wealthy elite.

In the past, states sought to restrict the movement of their own populations, through slavery or serfdom, or poor laws and vagrancy acts; today the right to move freely within one’s own territory is enshrined in the 1948 Universal Declaration of Human Rights. Most of us take this right for granted, even though it is relatively recent. Now, instead, the movement of people across international borders is tightly controlled and regulated. As a proportion of the world population, the total number of international migrants – of any kind – has stayed relatively steady: roughly 3% since 1960, according to the sociologist Hein de Haas.

This might seem surprising in an age where goods, communication and certain kinds of people can move with greater ease than ever before, but globalisation is a highly unequal process. Although the proportion of migrants has not grown significantly, the origin and direction of migration has changed: research by De Haas and Mathias Czaika suggests that people are leaving a much wider range of countries than ever before, and they are heading to a much narrower range of destinations than ever before. They are going to the places where power and wealth have become concentrated. Europe, and north-west Europe in particular, is one of those places. It is by no means the only destination – most African migration, for instance, occurs within Africa. And most migration to Europe takes place legally: an estimated 90% of migrants who enter Europe do so with permission. But wealthier countries are making increasingly severe efforts to keep out the uninvited: in 1990, according to research by the geographer Reece Jones, 15 countries had walls or fences on their border; by the beginning of 2016, that number had risen to almost 70.

International law aims to protect refugees while allowing states to retain control of their borders – but the definition of “refugee” status is political, and subject to a constant struggle over who is deserving and who is not. The term has both a legal meaning, in that it describes a person who is eligible for asylum under international law, and a colloquial meaning, in that it describes a person who has fled their home.

Under the 1951 refugee convention, a refugee is defined as someone who has left their country due to “a well-founded fear of being persecuted for reasons of race, religion, nationality, membership of a particular social group or political opinion”. At first, the convention only applied to Europeans, and did not cover everyone who fled a war zone; this kind of protection was only created after pressure from newly independent African states in the 1960s and Latin American states in the 1980s. People forced from their homes by economic disaster or catastrophic climate change have never been included. Even today, the convention leaves power mainly in the hands of nation states. It does not oblige its signatories to give anybody asylum, merely to hear their case and not push them back to a country where they might be in danger.

In the 21st century, a border is not just a line on a map; it is a system for filtering people that stretches from the edges of a territory into its heart, affecting those who are already in the country – as we have learned since Theresa May’s “hostile environment” has come to light. Asylum seekers are subject to particularly complex and often violent filtering. Once they cross Europe’s frontiers, their movement is restricted: they are locked up or segregated in accommodation far from city centres. Their right to work or to access social security is denied or severely limited. While their claims are being assessed, often by a process that is opaque, hostile and inconsistent, they live with the threat that the freedoms they do have may be curtailed at any moment. The system tries to place them into categories – refugee or economic migrant, legal or illegal, deserving or undeserving – that do not always fit the reality of their lives. And if the system breaks down, people are cast into a legal and moral grey zone that lasts for many months or even years. As Caesar, a young man from Mali who I met while reporting in Sicily, put it to me: “It’s not as if one person has ‘refugee’ printed on his forehead and another has ‘economic migrant’.”

Myth 3: Telling ‘human stories’ is enough to change people’s minds

Empathy matters, but it always has limits, and it should not be a precondition for people to access their rights. Caesar arrived in Sicily in late 2014, rescued from a drifting smuggler boat in the Mediterranean by the Italian navy. When he arrived, Sicily had the attention of the world’s media: journalists wanted to know the stories of people like Caesar: where they had come from, what kind of journeys they had taken, what the worst things they had experienced were. But by the following summer, attention had drifted elsewhere. In late August 2015, as unprecedented numbers of refugees from Syria and elsewhere in the Middle East made their long walk through the Balkans, I was visiting Caesar at his home in Sicily. As we watched TV, which was showing looped footage of people clamouring to board trains to Germany at Budapest’s Keleti station, Caesar gestured towards the screen. “You see? The cameras don’t come here any more because it’s only blacks arriving in Sicily now.” He felt very strongly that people like him had been abandoned – by the media, and by a system that was taking years to process his asylum claim.

When there is a major disaster, the understandable response of journalists is to rush in and find the most urgent stories as quickly as possible. It serves a necessary purpose: to tell people what the problem is, who is affected and what help is needed. Aid agencies and NGOs often follow a similar logic in their public communications. The idea is that vivid “human stories” that focus on the experiences of vulnerable individuals – very often children – will elicit sympathy from an audience whose attention is fleeting.

But these stories also have the potential to alienate. If I tell you that Caesar spent 18 months being handed from one trafficking gang to another in Algeria and Libya, during which time he was tortured and put to work as a slave, does that help you understand who he is and why he has made the choices he has – particularly if that is all you know about his life? And what if hundreds of people all have similar stories? At some point, we feel overwhelmed and start to switch off. Some of us may even start to feel hostile: why are we constantly being told to feel sorry for these strangers?

What is more, media coverage that jumps from one flashpoint of a crisis to another can neglect to examine underlying causes – Europe’s complex border system, for instance. And a sense of panic can inadvertently be encouraged by well-meaning attempts to produce dramatic statistics and soundbites. The idea of a “global refugee crisis” may provoke sympathy among some, but for others it may increase the sense that we are, in the words of Ukip’s leave campaign, at “breaking point”.

The UN’s refugee agency, the UNHCR, says there are more people displaced by conflict in the world today than at any point since the second world war. This is true: an estimated 66 million people are currently displaced, either within their home countries or abroad. But 86% of these remain in the developing world, not in wealthy regions such as Europe. And despite recent conflicts, according to De Haas, refugees account for around 0.3% of the world’s population; a small and relatively stable proportion. The problem is one of resources and policy, not overwhelming numbers.

If we want to understand why some people will keep moving despite the obstacles put in their way, then we need to see the whole person, rather than only the worst aspects of their situation or their most traumatic experiences. I have met a number of people who had journeys similar to Caesar’s, and each one is trying in very different ways to retain control of their lives and make decisions about the future. Caesar told me he just wants to find a dull job and “forget about the past”. By contrast, Fatima, a woman from Nigeria who also ended up in Sicily, made “a bargain with God” when she stepped on to an inflatable boat on the Libyan coast, and wants to devote the rest of her life to raising the alarm about trafficked women. Azad fled Syria because although he was sympathetic to the uprising against Bashar al-Assad, and proud of his Kurdish identity, he simply didn’t want to kill people.

It is also important to recognise that the stories we consume are, for the most part, commodities produced by profit-making companies. Like other commodities, their production, value and demand are driven by market forces. This can harm those at the centre of the stories, distort our understanding of a crisis and even contribute to a sense of panic – which, in turn, provokes panicked responses from the authorities.

Myth 4: The crisis is a threat to European values

In recent years, “European values” have been invoked both in support of refugees and migrants and to attack them. On the one hand, demagogues such as Hungary’s Viktor Orbán have positioned themselves as defenders of a Christian European civilisation, enacting anti-migrant policies to protect Europe from being overrun by Muslim hordes. On the other, humanitarians have frequently appealed to a vision of Europe like the one set out by José Manuel Barroso, president of the European commission in 2012, when the EU was awarded the Nobel peace prize. “As a community of nations that has overcome war and fought totalitarianism,” Barroso said in his acceptance speech, “we will always stand by those who are in pursuit of peace and human dignity.”

Both visions are wrong. The first tries to erase the fact that Europe is a diverse continent, in which Christian, Muslim, Jewish and secular traditions have been present for centuries. Orbán’s vision also has a liberal companion, especially popular in western Europe, which holds that Muslim immigrants present a threat to “European” traditions of tolerance, freedom and democracy: this, too, ignores the fact that where these principles do exist they have been fought for and won, usually against the violent resistance of European elites. It is no small irony, either, that many of the refugees who arrive on European shores today have been engaged in similar struggles for rights and equality in their home countries.

The second vision presents Europe as a beacon of hope to the rest of the world. Europe certainly has great power to affect the world for better or worse, and pressing our politicians to live up to such an aspiration is worthwhile. But the aspiration will remain unfulfilled if we ignore the fact that while the nations of Europe have overcome war and fought totalitarianism, many of these same nations became rich and powerful by conquering and administering huge empires, which were partially justified by the idea of European racial supremacy. And European unity, in its founding documents, was conceived of as a way of maintaining imperial power, as well as preventing future conflict in Europe.

Rather than seeing European racism as a thing of the past, the recognition of its persistence is essential if we are to understand the refugee crisis and some of the responses to it. Thousands of people from former European colonies, whose grandparents were treated as less than human by their European rulers, have drowned in the Mediterranean in the past two decades, yet this only became a “crisis” when the scale of the disaster was impossible for Europeans to ignore.

In 2015, the UN’s special rapporteur on migration proposed two responses that would have done much to alleviate the crisis: mass international resettlement of refugees from Syria, and a temporary work visa scheme so that economic migrants could come and go, without getting trapped in the deadly clandestine routes. The reason this hasn’t happened is because European governments simply don’t want to do it. There are domestic political pressures within Europe, and a wider crisis of the international system through which conflicts and disagreements between states are supposed to be resolved.

Even now, a hierarchy of suffering pervades much of the debate, in which people’s struggles are ignored or dismissed depending on their background, with little discussion of how Europe might have contributed to the situation of the countries the migrants leave behind – either historically, or through the military and economic policies of current governments. And when local conflicts involving newly arrived refugees break out in European countries, many commentators jump seamlessly from an incident that needs a considered response, to declaration of an existential threat to Europe from its Muslim minority. At its extreme end, this is genocidal logic, of a kind Europe has known in its past.

We do not have to accept this. A more honest conversation about the crisis would involve a reckoning with our own past – and a good starting point would be to recognise that for many of the migrants making perilous journeys to Europe today, Europe is already a part of their lives. “We remember the past, we remember slavery; they started the world wars and we fought for them,” I was once told by a group of men from west Africa marooned in a southern Italian reception centre. This isn’t about apportioning blame or guilt. It is about recognising that the world is not easily divided into “European” and “non-European”. This is as true for Britain as it is for the rest of Europe, even if Britain leaves the political union. “I’m always surprised when people ask, ‘Why are refugees coming to the UK?’” said Zainab, who fled Islamic State in Iraq and brought her three young children to Britain via Calais, hidden in a series of lorries. “I would like to answer back: ‘Hasn’t Iraq been occupied by Britain and America?’ I want people to see the suffering that the populations from these places have gone through. I really wish for people to see the connection.”

Myth 5: History is repeating and there’s nothing we can do about it

The Holocaust is never far from the surface of European consciences. And its presence has been felt in a range of responses to the refugee crisis – from grand political statements about Europe’s duty to act, to the invocation of the Kindertransport in Britain’s debate over child refugees, to stories about elderly Jewish Europeans helping today’s displaced migrants cross borders. But it can lead us to a Schindler’s List interpretation of history – the one dramatic moment of rescue that either averts disaster, or absolves us of a greater crime.

An awareness of this history matters, and can motivate us to act, but there are considerable differences from the past. Our system of refugee protection was set up primarily to deal with the huge population upheavals in Europe that were caused by the two world wars. Now largely in the past, these upheavals are generally seen as having provided a moral lesson – one of several ways in which Europe declared: “Never again”. But although Europe’s crisis of displacement had a beginning and an end, for much of the world, displacement is persistent, its causes apparently more complicated, the people at the centre of it afforded less significance. Often, they are given no story at all, reduced to a shadow that occasionally flits across European vision.

But it is vital that we pay attention, not just for humanitarian reasons but because displacement points to a dangerous weakness in liberal democratic societies. Although we have come to regard certain rights as fundamental and universal, these are often only guaranteed through membership of a nation-state. In her 1951 book The Origins of Totalitarianism, the political theorist Hannah Arendt argued that the inability of states to guarantee rights to displaced people in Europe between the world wars helped create the conditions for dictatorship. Statelessness reduced people to the condition of outlaws: they had to break laws in order to live and they were subject to jail sentences without ever committing a crime. Being a refugee means not doing what you are told – if you did, you would probably have stayed at home to be killed. And you continue bending the rules, telling untruths, concealing yourself, even after you have left immediate danger, because that is the way you negotiate a hostile system.

But the presence of millions of displaced people also became a powerful tool for those regimes that wanted to undermine the idea of universal human rights. “Look,” they could say, “there’s no such thing; you only get rights by being part of the nation”. Instead of resolving this problem, governments cracked down on unwanted migrants, giving police forces extensive powers that were eventually also wielded over their own citizens. This happened in the western European democracies, argued Arendt, and not just in the totalitarian states.

This has a disturbing parallel with the new powers and security infrastructure – from Britain’s “hostile environment” and laws criminalising European citizens who help migrants to the “temporary-stay facilities” that Italy’s new, far-right interior minister has proposed as part of a plan to increase deportations – that European governments are creating. Far from being the barbarians they are often portrayed as – a mass of “illegals” threatening European security and identity – rightless people appear “as the first signs of a possible regression from civilisation”, Arendt warned.

But Arendt points out a threat, not something inevitable – and importantly, governments respond to pressure from the electorate. In the autumn of 2015, for instance, public outcry over the photograph of a drowned toddler, Alan Kurdi, that circulated in international media pressured the British government into expanding a scheme to resettle Syrian refugees.

We must be alert to the ways in which some politicians try to convince people to give up rights and protections that exist for the benefit of everyone. Any authority figure who says: “We should look after our own before we look after refugees,” probably isn’t interested in doing either. And we should recognise the importance of collective action. There will not be “solutions” to this crisis, in the sense of one or more policy decisions that will make refugees vanish.

Wars produce refugees. People will continue to move to improve their quality of life – not only because of extreme poverty, but because they are connected to global culture and global networks of communication. Climate change has the potential to create far greater displacement than we have seen in recent years; as with refugees from war, it is likely to be poorer countries who feel the greatest impact. We cannot control whether these things happen; what matters will be how we respond, and whether we repeat the errors of this crisis.

You do not have to let your thinking be limited by the categories that currently exist. It is possible to defend the protections that the current system of refugee law offers, while recognising their limits. Politicians may try to draw a distinction between “genuine” refugees and other irregular migrants, and our economy may assign relative values to people’s lives based on their use as workers, but that doesn’t mean we should accept that one of those people is any less a person, or that their experiences are any less real. Refugee law provides an essential protection for some kinds of displaced people, but not all of them. Drawn up in a world where power and wealth are unequally distributed, it has always reflected the concerns of the powerful. The more rigidly we enforce distinctions between the deserving and undeserving, the more likely we are to accept the violence done in our name.

Throughout 2015, I kept hearing and reading about refugees having a “dream” of Europe. Perhaps that’s the case; we are all moved at times by an ideal. But it implies a certain naivety on the part of the beholder, that someone is being pulled by an illusion that the rest of us do not share. It belittles them, while at the same time aggrandising us. To the European audience, and by extension audiences in other rich parts of the world, it is reassuring: they are dreaming of having lives like ours – and who can blame them for idealising our existence?

Yet it is striking how often the word “dream” seems to crop up in place of the less comforting words “want” and “need”. This person has arrived in Europe and they want to go to Britain, where their uncle lives. Wouldn’t you? This person needs to get to Europe to work. Why can’t they earn a living at home? Why should anyone have to put up with these conditions? Whose interests does it serve to regulate their movement? And how likely is it that states which treat migrants with such callousness will behave similarly towards their own citizens? These, I think, are the sorts of questions we should be asking.

Daniel Trilling’s Lights in the Distance, based on years of reporting on refugees in Europe, has just been published by Picador and is available from the Guardian Bookshop


Macronie: Le FN et l’islamisme du surclassé (Flip-side to class-based politics: If you replace the old left-right divide with the divide between the haves and the have-nots, haven’t you created a monster of a different sort?)

23 février, 2018

Image result for Bombe politique : mais comment recréer du lien social dans cette France où les classes favorisées ont fait sécession ?

Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
We want our country back ! Marion Maréchal-Le Pen
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal-Le Pen
Le journaliste de TMC (….) s’est livré à une manipulation et a tendu une embuscade (…) il n’a pas fait un travail d’enquête, il a contacté les élèves en amont, manipulé l’un d’entre eux pour le convaincre d’enregistrer ces propos dans mon dos et à mon insu, pour ensuite en sortir ces extraits, dans une rupture totale du contrat de confiance. (…) Quel est mon grand crime ? D’avoir une parole libre ? (…) J’ai eu droit à un défouloir médiatique pendant 4 jours. (…) Il y a deux poids deux mesures. (…) La droite a souvent fait l’objet de procès médiatiques. (…)  Si je suis venu sur votre plateau, c’est pour vous dire que ça ne m’impressionne pas, que ça ne me fera pas reculer et que ma détermination n’a jamais été aussi forte. (…) J’ai bien compris que j’étais une cible du travail de démolition de certains journalistes. (…) Donald Trump n’est pas mon modèle. Laurent Wauquiez
Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas. (…) [Avec la Catalogne] Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib. (…) L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général. (…) [Pour Macron] Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs. (…) On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson. Christophe Guilluy
En Europe comme aux Etats-Unis, la contestation émerge sur les territoires les plus éloignés des métropoles mondialisées. La « France périphérique » est celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. En Grande-Bretagne, c’est aussi la « Grande-Bretagne périphérique » qui a voté pour le Brexit. Attention : il ne s’agit pas d’un rapport entre « urbains » et « ruraux ». La question est avant tout sociale, économique et culturelle. Ces territoires illustrent la sortie de la classe moyenne des catégories qui en constituaient hier le socle : ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants. Ces catégories ont joué le jeu de la mondialisation, elles ont même au départ soutenu le projet européen. Cependant, après plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie-monde, elles font le constat d’une baisse ou d’une stagnation de leur niveau de vie, de la précarisation des conditions de travail, du chômage de masse et, in fine, du blocage de l’ascenseur social. Sans régulation d’un libre-échange qui défavorise prioritairement ces catégories et ces territoires, le processus va se poursuivre. C’est pourquoi la priorité est de favoriser le développement d’un modèle économique complémentaire (et non alternatif) sur ces territoires qui cumulent fragilités socio-économiques et sédentarisation des populations. Cela suppose de donner du pouvoir et des compétences aux élus et collectivités de ces territoires. En adoptant le système économique mondialisé, les pays développés ont accouché de son modèle sociétal : le multiculturalisme. En la matière, la France n’a pas fait mieux (ni pire) que les autres pays développés. Elle est devenue une société américaine comme les autres, avec ses tensions et ses paranoïas identitaires. Il faut insister sur le fait que sur ces sujets, il n’y a pas d’un côté ceux qui seraient dans l’ouverture et de l’autre ceux qui seraient dans le rejet. Si les catégories supérieures et éduquées ne basculent pas dans le populisme, c’est parce qu’elles ont les moyens de la frontière invisible avec l’Autre. Ce sont d’ailleurs elles qui pratiquent le plus l’évitement scolaire et résidentiel. La question du rapport à l’autre n’est donc pas seulement posée pour les catégories populaires. Poser cette question comme universelle – et qui touche toutes les catégories sociales – est un préalable si l’on souhaite faire baisser les tensions. Cela implique de sortir de la posture de supériorité morale que les gens ne supportent plus. J’avais justement conçu la notion d’insécurité culturelle pour montrer que, notamment en milieu populaire, ce n’est pas tant le rapport à l’autre qui pose problème qu’une instabilité démographique qui induit la peur de devenir minoritaire et de perdre un capital social et culturel très important. Une peur qui concerne tous les milieux populaires, quelles que soient leurs origines. C’est en partant de cette réalité qu’il convient de penser la question du multiculturalisme. Christophe Guilluy
[Macron’s] views mirror those held by most of this “elite” class. He thinks the left-right divide should be transcended. He doesn’t care about outworn ideologies, but about solutions that work, wherever they come from. He thinks startups are cool and the economy should be generally entrepreneurship-friendly, but he also wants some sort of welfare state. He’s got no problem whatsoever with gay marriage. He believes immigration is desirable for both economic and moral reasons. But he doesn’t just think like an elite. He embodies many elites’ idealized lifestyle. He did very well academically (but not too well, having failed the entrance exam to the ultra-prestigious ENS civil service school), in a way that suggests some depth of mind (master’s degree in philosophy), but also practical success (ENA’s graduates run the country’s public and private sectors), because come on, how many people actually want to be philosophers? He did very well in investment banking, but not too well. His marriage to a much older woman who was once his drama teacher is socially transgressive to just the right degree. He’s handsome, but not too handsome. In other words, Emmanuel Macron is the Donald Trump of the elite class. He’s not just their representative—he’s their avatar. Trump’s die-hard followers love him with such devotion not just because they like what he says, but because his image is that of the guy they wish they were or could be. It’s the same thing with Macron and his own elite base. And this is the stuff out of which Messianic movements are made. (…) His brand of pragmatic centrist politics is really just class-interest-based politics. As Christophe Guilluy, a sociologist and leading analyst of contemporary society, pointed out, Macron’s supporters can be boiled down to one word: They are the “haves.” They are the people who rode the waves of change that have inundated the West over the past few decades—globalization, technological transformation—to great success. Education is the best predictor of voting for Macron, which makes sense, since it correlates not just with financial capital but also with cultural capital. Another predictor is age, although in a perhaps-unexpected way: Macron is highly popular with the elderly, whose pensions protect them from the liberalizing reforms Macron campaigned on, and very unpopular with the young, who disproportionately come out the losers in France’s contemporary economy. This explains why, after having used the oddities of the French electoral system to get elected as an alternative to worse candidates, Macron is extremely unpopular. Non-elite French people smell exactly what the elites smell, and their reaction is equally predictable. Now, Macron supporters don’t believe that they support him for the crass reason that he will benefit their class at the expense of the rest of the country; instead, they just believe that what’s good for them is good for the country. Call it “trickle-down economics.” But, of course, nobody believes they support a certain policy simply because it’s good for them. Building the U.S.-Mexico border wall is cast as being about American identity, something all Americans can identify with, not about a protectionist barrier for the wages of Trump supporters at the expense of the well-heeled beneficiaries of low-wage immigration.There’s nothing uniquely bad about this: Groups defending their interests just is what politics is. Democratic politics endures because it’s the least-bad mechanism we’ve come up with for handling precisely that. But there’s a flip-side to Macron’s class-based politics: If you decide to replace the old left-right divide with the divide between the haves and the have-nots, haven’t you created a monster of a different sort? The Macron tsunami has hit, and the traditional parties of the French left and right are deeply wounded and struggling to survive. But two people are doing fine: Jean-Luc Mélenchon, France’s leading far-left firebrand, and the infamous Marine Le Pen, France’s hard-right populist leader. In fact, it’s in Macron’s political interest for them to do well, to squeeze the last pangs of breath out of the traditional parties that might supplant his new centrist party. The better Mélenchon and Le Pen do, the worse the traditional parties do, and the more Macron looks like the only alternative to candidates the majority of French people still reject. This might work to get him re-elected. But here’s what many don’t understand about Macron’s attempt to steer French politics away from the left-right divide we invented: If it is successful, it will mean that the opposition party (whatever it looks like, whoever its leader is) will be the anti-elite party par excellence. Put Donald Trump, Nigel Farage, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon, and Marine Le Pen in a bottle, shake vigorously—and, in a Macronified politics, whatever comes out is almost guaranteed to run the country. Not today. Not tomorrow. But, if Macron’s bet is successful, at some point. Pascal-Emmanuel Gobry
L’association de financement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, elle, n’a versé que 7 949 euros de salaires pour toute la campagne. Moins que François Asselineau ou Jacques Cheminade. Comment l’expliquer ? Jean-Luc Mélenchon a fait le choix très inhabituel de faire salarier une large partie de son équipe de campagne dans des structures extérieures, dirigées par certains de ses proches. Celles-ci lui ont ensuite refacturé leurs services. Ce type de montage a nourri les soupçons du rapporteur de la CNCCFP qui claqué la porte avec fracas avant la fin de sa mission. Il s’est demandé si l’association de financement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon n’avait pas accepté des surfacturations avant d’en demander le remboursement par l’État. Comme l’ont déjà expliqué nos confrères du Monde, une association a particulièrement tiré profit de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Il s’agit de L’Ere du peuple, fondée à la veille du début de la campagne électorale par des proches de l’ancien ministre socialiste. L’Ere du peuple a salarié, selon nos informations, quatre permanents de l’équipe de campagne de Mélenchon, dont les deux actuels députés France insoumise Bastien Lachaud et Mathilde Panot. Nous avons eu accès au détail de ces marchés : il apparaît que l’association a refacturé très cher les « prestations intellectuelles » de ces membres du staff de campagne. Un exemple : Bastien Lachaud a été payé 29 000 euros brut pour son rôle de coordonnateur du pôle « action de campagne et événements ». Or, L’Ere du peuple a refacturé ses services 129 000 euros à l’association de financement du candidat Mélenchon. Un différentiel incompréhensible pour la Commission des comptes de campagne. La CNCCFP se demande si L’Ere du peuple, présidée par un très proche de Jean-Luc Mélenchon, le conseiller d’État Bernard Pignerol, n’a pas cherché à surfacturer plusieurs prestations. Plus de 11% des dépenses de campagne de Jean-Luc Mélenchon (plus de 10 millions d’euros au total) ont bénéficié à une société : Mediascop, créée et dirigée par Sophia Chikirou, la directrice de communication de la campagne, qui en est également la seule actionnaire. Les 1 161 768 euros qu’elle a facturés pendant la présidentielle ont également éveillé la curiosité des rapporteurs. Ils ont constaté qu’un certain nombre de prestations étaient facturées au-dessus de la grille tarifaire de la société. Surtout, Mediascop semble n’exister que pour porter la communication de Jean-Luc Mélenchon. La société n’a pas de locaux, pas de salariés en dehors des périodes de campagne, pas de matériel. Ce qui ne l’empêche pas de réaliser des profits importants : Mediascop affichait une rentabilité nette de 47% en 2016, alors que les premières factures de la présidentielle venaient de lui être réglées. Si l’association de campagne de Jean-Luc Mélenchon a payé étonnamment peu de salaires, c’est aussi parce qu’elle a eu recours à l’auto-entreprenariat. D‘après nos informations, une dizaine de membres de l’équipe de campagne ont été payés en honoraires via une société, créée souvent pour l’occasion. Certains l’ont d’ailleurs fermée juste après la campagne. Parmi eux, Alexis Corbière. Le porte-parole du candidat Mélenchon n’était pas salarié, mais a perçu 28 700 euros d’honoraires pendant la campagne. Jean Luc Mélenchon a pourtant maintes fois brocardé ce statut, qu’il avait même promis de supprimer s’il était élu en 2012, le qualifiant « d’arnaque de première grandeur ». FranceTVinfo
Pourquoi nous ne parlons pas du manque de cohérence du Gouvernement en matière d’immigration qui présente un texte qui n’a qu’une fermeté de façade ? Pourquoi ne pas parler de la baisse du pouvoir d’achat des Français depuis l’élection d’Emmanuel Macron ? Quand on voit l’énergie déployée pour attaquer Laurent Wauquiez on se dit que le Gouvernement est prêt à tout pour dissimuler son échec sur le pouvoir d’achat : choc fiscal de 4.5 milliards pour les ménages (8 nouvelles taxes et impôts en 9 mois), hausse de 25 % de la CSG pour 8 millions de retraités, hausse du diesel  (+4.6 € par plein), baisse brutale des dotations de l’Etat de 216 millions d’euros… Malheureusement comme je l’ai dit précédemment cela n’est pas nouveau. Jacques Chirac avait été brocardé, le traitement médiatique réservé à Nicolas Sarkozy a été d’une rare violence sous la Ve République, ce qui lui a couté sa réélection. Enfin, n’oublions pas non plus l’élection présidentielle de 2017 et cet acharnement contre François Fillon qui a, non seulement privé les Français d’un débat sur les programmes, mais pire encore, qui a fait changer leur vote. A travers plusieurs documentaires certains ont tenté de maquiller un assassinat politique en suicide. Nous avons assisté à un véritable tribunal médiatique (…) Tout le monde se refuse à parler de « complot » mais rappelons-le, au moment où la campagne de François Fillon redémarrait après le Trocadéro, les médias informés sortent l’affaire des costumes dans un seul but : « détruire François Fillon » selon l’instigateur de cette affaire. Le résultat nous le connaissons aujourd’hui, une abstention record et un véritable hold-up démocratique. Maquiller l’assassinat de François Fillon en suicide simplifie tout et justifie l’indéfendable. Bref, comme les idées de la droite sont majoritaires dans notre pays (et le succès de la Primaire de la Droite en est la preuve), il faut détruire la réputation des leaders de notre famille politique. Les médias ont été plus discrets lorsque Emmanuel Macron, alors en visite au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage d’Etel s’est essayé à une plaisanterie sur les frêles embarcations de l’Océan indien sur lesquelles ont péri de nombreux migrants voulant rejoindre Mayotte: « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent. » Ou encore lorsqu’il a méprisé les Français en parlant « d’alcooliques », de « fainéants » de « ceux qui foutent le bordel », de ceux « qui ne sont rien » et tout cela de manière officielle, allant même jusqu’à critiquer les Français à l’étranger. Jamais Laurent Wauquiez n’a tenu des propos blessants contre les Français. Enfin, alors que l’actualité nationale et internationale ne manquait pas de sujets majeurs, les médias se sont mobilisés pour feuilletonner cette affaire d’enregistrements volés. Par exemple, les dernières expertises dans l’affaire Théo, rendues publiques vendredi confirmait que la version des policiers était la bonne. Le silence autour de ces informations a été inversement proportionnel au battage médiatique où une partie de la classe politique s’était précipitée pour bafouer l’honneur de nos policiers avec les hommages d’Emmanuel Macron qui avait exprimé il y a un an « toute [sa] solidarité à l’égard de Théo et de sa famille » reprenant le slogan #JusticePourTheo. Il est étonnant de voir que personne n’ait demandé au Président de la République comment comptait-il rendre aux policiers leur honneur bafoué par ceux qui criaient avec les loups ? Malgré les méthodes utilisées contre Laurent Wauquiez, qui sont lamentables et condamnables, malgré le « deux poids, deux mesures », le Président de notre famille politique a démontré hier soir la force de ses convictions. Rien ne le détournera de son objectif, celui de donner à la France un projet de redressement fort. Valérie Boyer
Contrairement à ce que beaucoup de commentateurs ont voulu laisser entendre, 58 % des Français de droite ont dit ne pas juger « choquantes » ses déclarations. Valeurs actuelles
L’islamisme, c’est le FN du musulman déclassé. Hakim El Karoui
Emmanuel Macron a su « mettre en marche » une nouvelle génération de dirigeants politiques. Il faut faire exactement la même chose  chez les musulmans de France. L’Algérie, le Maroc et la Turquie sont comme les vieux partis qui se déchiraient  tout en se partageant les places avec souvent la ferme ambition de ne rien faire. Place à une nouvelle génération, soucieuse non pas des pays d’origine, mais de la France… engagée dans la vie de la cité, et respectueuse des us et coutumes de la République Française. (…) Et puis surtout, il faut changer le discours. Il est temps de faire preuve de responsabilité et d’arrêter de se cacher derrière des discours lénifiants et sympathies ( « l’islam est une religion de paix », « l’islam est l’ennemi de la violence ») évidemment vrais mais qui font litière du fait que l’islam c’est aussi ce qu’en font les musulmans. Et notamment ceux qui font le plus de bruit. Par ignorance collective des textes sacrés, personne n’est capable de répondre à la propagande des salafistes. Hakim El Karoui
Chère Mennel Official L’affaire dure. Je l’ai découverte tardivement, du fait de déplacements successifs hors de France. Je pourrais en rire et railler, voilà, dès que je m’éloigne, ce pays s’égare. Mais cette histoire ne donne guère envie de plaisanter. D’abord l’essentiel : votre voix, imbibée d’émotion et de chaleur, est pleine de personnalité. Et cette interprétation que vous donnez d’Hallelujah est un enchantement. Leonard Cohen la chantait divinement dans ses récentes années. Jamais la spiritualité et la sensualité ne furent mêlées dans une voix et un corps d’homme avec autant de grâce et de puissance. Comme un vin de glace ou un rhum vieux qui aurait fait mine de s’être assoupi dans un fût de chêne ou de wapa d’Amazonie. Il chante, implore, exalte et sublime. Dance me to the end of love s’en approche, mais Hallelujah transcende tout, si merveilleusement. Et que vous, si jeune, rendiez un tel hommage à cet immense poète, si tendre, si triste, si raffiné et qui nous demeure si indispensable, donne envie de renouer avec un optimisme d’essence et d’existence. Chaque fois que je vais au Canada je ramène un recueil de ses poèmes que j’achète en librairie à Montréal, Québec ou Ottawa ; et comme je les ai déjà tous, je les offre. Vous l’avez probablement vu ou entendu chanter The Partisan. Cohen fait partie de mes grandes amours des années soixante-dix, du temps de mes études universitaires. Ce fut d’abord Suzanne, évidemment, puis le temps passant je l’ai poursuivi de concert en concert. Vous avez vu comme il tient son micro lorsqu’il interprète So long, Marianne, tout en joie et en mélancolie ? Et ce solo de violon… Nous imaginons, vous et moi, ce que donnerait, en notes plus graves, un solo de oud ou un duo violon-oud. Mais revenons à l’hystérie. On vous reproche votre ‘turban’, disent-ils. Il vous sied délicieusement, sans rien dissimuler de votre beauté encore en éclosion. Ils vous reprochent de chanter en arabe… incultes, ils ne savent pas finir la phrase : en arabe la chanson d’un Juif magnifique. Quelle somptueuse audace, et quelle promesse pour notre monde ! On vous reproche des tweets passés. Vos références intellectuelles étaient loin d’être recommandables. Je ne me situe pas dans le champ moral, il est le moins fécond. Sur le plan philosophique d’une conception de la vie, du rapport à l’autre, de l’exigence envers soi-même, d’une vision de la socialité possible et souhaitable, ces deux références sont simplement indigentes et lamentables. Manifestement fourbes, parfois immondes. Ils ne sont pas les seuls. Le souci, c’est la fascination qu’ils parviennent à exercer sur de jeunes esprits, même brillants. C’est cela le seul sujet, pour nous autres adultes. Vous vous êtes excusée et vous avez bien fait. N’en ayez surtout aucun regret, c’est votre hauteur. Et tant pis si les fâcheux eurent le dernier mot sur les pusillanimes et les commerciaux. Ce n’est qu’un avant-dernier mot. Le dernier, c’est vous qui l’aurez si vous décidez qu’il vous revient de tracer vous-même votre chemin de vie. Les seules personnes que vous devez avoir à l’esprit sont les familles et les proches des victimes de l’attentat à Nice ainsi que celles du père Jacques Hamel. Il y a tout lieu de croire, pour ce que nous savons de sa bonté, que lui aurait su vous offrir une écoute et vous dire en quoi vous faites gravement erreur. Vos excuses sont la marque de votre dignité. Elles ne doivent pas vous exonérer d’une vigilance sur la sensibilité des autres, sur les plaies qui ne referment pas, sur ces cicatrices qui saignent et saigneront encore, selon les mots du poète Antara. Le philosophe Emmanuel Levinas confiait que son père, s’adressant à ses fils, les adjurait de s’installer en France, c’est là qu’il faut aller vivre, dans ce pays où l’on est capable de se déchirer pour l’honneur d’un capitaine juif, le capitaine Dreyfus. Tant d’agressions antisémites, de défiance et d’injures à l’encontre des musulmans, d’actes et de propos racistes, de déchaînement xénophobe, de résurgence homophobe, d’arrogance sexiste, laisseraient accroire que ce temps est révolu, que l’intolérance règne sans partage. En attestent les victoires des pleutres à pseudonymes, aux doigts fébriles sur leurs claviers. Il n’en est rien. La France reste une terre de passion et de générosité, elle est une béance du monde d’où surgissent, toujours vives, des querelles et des fureurs qui n’ont jamais su dissoudre ses ardeurs fraternelles. C’est bien là qu’il faut vivre. Et d’abord, c’est votre pays. Ne vous le faites pas voler. Christiane Taubira
Pour élaborer son rapport, Gilles Clavreul s’est déplacé entre le 22 octobre et le 15 janvier dans des départements à «dominante urbaine», à savoir les Bouches-du-Rhône, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, le Nord, le Bas-Rhin, le Rhône, les Yvelines, et un département rural, la Meuse, au contact des acteurs associatifs et des agents de l’État. Son constat est clair: les «manifestations d’affirmation identitaire se multiplient et se diversifient», avec, sur certains territoires – agglomérations de Lille, Maubeuge, Toulouse, Marseille, Lyon ou dans les Yvelines – des «contestations de la laïcité». Ces troubles sont majoritairement le fait d’un «islam rigoriste voire radical» et concernent également des mouvements de «catholiques intégristes», et «évangéliques et juifs orthodoxes». Ils ont été identifiés dans le cadre d’activités scolaires, culturelles et sportives. Ce sont, par exemple, des assistantes maternelles exerçant à domicile qui portent le voile et refusent parfois de remettre l’enfant au père, le cas d’auxiliaires en milieu scolaire «faisant acte de prosélytisme», des célébrations «spectaculaires» de certaines communautés juives, l’organisation de prières collectives chrétiennes et musulmanes. En ce qui concerne la restauration collective et le débat autour des fameux «repas de substitution», Gilles Clavreul note l’existence de cantines à Strasbourg qui proposent des menus halal et casher, ce qui peut porter atteinte au principe de laïcité. «Dans les lieux où la population de confession musulmane est présente, parfois de façon très majoritaire, le rapport à la République se tend sous l’effet d’une foi de plus en plus ouvertement revendiquée», est-il expliqué, entraînant la «différenciation et séparation croissante entre les hommes et les femmes», «le développement d’une offre éducative alternative», «la remise en cause des principes républicains et plus particulièrement de la laïcité, perçue comme une ‘arme contre les musulmans’». Le phénomène de radicalisation est notamment présent dans les structures sportives avec des tentatives de prosélytisme mais aussi des «parents qui exigent le voilement de leur fille». «L’adhésion aux principes républicains recule par endroits», constate Gilles Clavreul, ce qui génère «le désarroi et l’inquiétude parmi de nombreux agents publics et responsables associatifs». Autre enseignement notable: la sensibilisation à la laïcité et à la citoyenneté, qui a progressé après les attentats de 2015, «menace de retomber». «Ce fléchissement de la mobilisation doit être corrigé», exhorte Clavreul. L’auteur du rapport n’est pas n’importe qui. Gilles Clavreul est un préfet engagé. Ancien conseiller à l’Elysée de François Hollande, où il suivait les dossiers de politique intérieure, il est devenu au fil des mois un proche de Manuel Valls, dont il partage aujourd’hui les combats. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’avait nommé à la tête de la Dilcrah, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, où il est resté en poste jusqu’au changement de majorité. Sortant volontiers de son devoir de neutralité, Gilles Clavreul s’est rapidement attiré les foudres sur les réseaux sociaux de nombreuses associations comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), mais aussi du journaliste Edwy Plenel ou du chercheur Pascal Boniface. Il est par ailleurs l’un des membres fondateurs du mouvement «Printemps républicain», avec le politologue Laurent Bouvet, qui bataille pour une vision stricte de la laïcité. Ses prises de position s’inscrivent dans une ligne plus dure que celle portée par l’Observatoire de la laïcité, de Jean-Louis Bianco. Ce dernier a d’ailleurs vivement réagi dès jeudi après-midi, dans un communiqué au vitriol publié sur Twitter. «Je regrette le manque de rigueur méthodologique de ce rapport (…) et la méconnaissance d’actions déjà mises en œuvre par les pouvoirs publics», assène-t-il notamment, estimant que le travail de Gilles Clavreul «ne répond pas directement à la demande» de Beauvau. Le Figaro
Les musulmans sont, de loin, ceux qui expriment le plus faible sentiment national. Plus la foi de ces jeunes est affirmée, plus leur adhésion à l’Etat est faible (…) seulement 30,7% des collégiens musulmans disent se sentir français, alors que leurs camarades catholiques répondent oui à 76,8%. L’Express
Il faut préciser que nous avons tout fait pour cela. Nous avons cassé tous les lieux où s’opérait le mixage social. Le rapport parle du service militaire, qui n’était d’ailleurs plus depuis longtemps le principal lieu de brassage : tous les jeunes des classes supérieures partaient en coopération et ne moisissaient plus dans les casernes. Mais plus encore : sous prétexte de principe de précaution, on a rendu le scoutisme carrément impraticable – or c’était un lieu suprême pour le brassage social. Il en va de même pour les écoles libres : en leur imposant cette limite non-écrite mais réelle des 20%, on en fait des écoles d’élite, alors que si elles pouvaient se développer elles seraient davantage des lieux d’éducation pour ceux qui en manquent. Car le problème aigu, c’est la place qu’a pris l’éducation dans la vie sociale. Ce qui importe est moins à présent de savoir que de savoir-être. On va embaucher un jeune moins en raison de son diplôme que parce qu’il sera arrivé à l’heure au rendez-vous et sans chewing-gum dans la bouche. Et cela ne s’apprend que dans la famille, ou bien dans une troupe scoute, ou bien dans certaines écoles plus attentives que d’autres… Il faut bien convenir que nos gouvernements ont tout fait pour déconsidérer tous ces lieux éducatifs et jeter sur eux la dérision. Evidemment E.Macron est le représentant typique de cette classe supérieure désormais détachée du peuple. Pour être élu il lui a fallu déborder largement cette couche sociale, qui demeure très restreinte. Mais il en demeure le prisonnier typique : apparemment il ignore que les autres classes existent, et ne les a jamais rencontrées. C’est inquiétant. Le « séparatisme social » qui s’est développé en France dans les catégories les plus favorisées a progressivement engendré un recul du sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Et si le populisme pouvait être un outil qui, dosé avec une juste mesure, permettrait de renouer ce lien social perdu ? N’est-ce pas, dans un certaine mesure, ce qu’essaye de faire Emmanuel Macron avec le service civil pour renforcer la cohésion nationale ? Chantal Delsol
Emmanuel Macron a obtenu un score massif au deuxième tour à Paris alors qu’il ne faisait que 66% au niveau national; Il y avait cette polarisation très forte de son électorat sur Paris intra-muros et Emmanuel Macron a d’abord été le candidat de cette France qui va bien, de celle qui s’en sort et qui est optimiste et regarde la mondialisation plutôt comme une opportunité plus qu’une menace. D’autant qu’il a été soutenu par les grandes métropoles dont Paris en premier lieu et il a été massivement été soutenu par les Français de l’étranger, les fameux expatriés. Electoralement il correspond en parti à cette mutation sociologique. Néanmoins une partie des catégories moyennes et populaires ont voté pour lui, ne serait-ce que pour faire barrage à Marine Le Pen au deuxième tour. (….) Les catégories moyennes et populaires ont pleinement conscience d’avoir été abandonnées et que les catégories les plus favorisées et une partie de l’élite a « largué les amarres » et résonne non plus dans un cadre national mais dans un cadre global et est guidée non plus par les intérêts nationaux mais par ses propres intérêts. Jérome Fourquet
L’idéologie de la gauche est grandement responsable de cet état de fait. La fuite vers les écoles privées ? La dégradation de l’école publique ne doit-elle pas aux effets conjugués du pédagogisme et du refus de l’autorité ? La disparition des fils d’ouvriers dans les grandes écoles au refus de la sélection ? Quant au regret de la fin d’un service militaire « creuset de la nation », qui peut surprendre chez une gauche volontiers antimilitariste, le service « égalitaire » relève partiellement du mythe, certains fils d’archevêques le faisant dans des conditions bien différentes des autres, entre planqués de Balard et vacanciers de nos ambassades. La fin des « jolies colonies de vacances », dont s’écartent non des riches, qui n’y ont jamais envoyé leurs enfants, mais plutôt des classes moyennes qui ne bénéficient pas des aides sociales, ne doit-elle pas aussi au refus de l’autorité cette fois conjugué à la volonté de ne pas stigmatiser de nouvelles catégories peu soucieuses de s’intégrer aux jeux de plage ? Quant à l’exil fiscal, la fiscalité français est telle qu’elle ne conduit plus seulement à l’exil des riches, mais aussi à celui des retraités des classes moyennes. Il est donc permis de se demander si la sécession des « riches » n’est pas partiellement due aux excès commis par une certaine gauche idéologique et sectaire. Mais c’est aussi parce que, dans les trente années envisagées, ces « riches » ont changé. Fini les « notables » d’antan qui participaient à la vie sociale locale, ces notaires, avocats, pharmaciens, médecins, magistrats et autres. Cette catégorie, pour qui le statut social ne se résumait pas au pouvoir d’achat et dont la propriété était enracinée, généralement à droite, a été remplacée par des « nouveaux riches » déterritorialisés, dont l’écart de revenu avec le salaire de base s’accroît sans cesse, et qui professent volontiers un libéralisme individualiste hédoniste qui trouve son origine… à gauche. Christophe Boutin
Attention: un repli peut en cacher un autre !
A l’heure où nos belles âmes de la politique et des médias n’ont pas de mots assez durs …
Pour dénoncer le franc-parler la « trumpisation » du président des Républicains Laurent Wauquiez …
A l’encontre précisément d’une majorité d’électeurs de droite qui continuent à le soutenir …
Pendant qu’au pays de Trump justement et sans parler de la bombe à retardement démographique africaine
Marion Maréchal-Le Pen vient de rappeler la menace à la fois islamiste et politiquement correcte …
Et qu’après le casse du siècle de l’an dernier en France les doutes se précisent sur la sincérité des comptes de campagne du « candidat du peuple »
Comment ne pas en voir la confirmation …
Dans ces deux rapports qui viennent de sortir …
Sur tant l’emprise toujours plus forte du communautarisme islamiste sur des pans entiers du pays …
Que le repli (pardon – la sécession) de la France d’en haut
Et ne pas se ranger à l’avis de la philosophe Chantal Delsol …
Quand elle se demande si une certaine dose de populisme ne pourrait pas « permettre de renouer ce lien social perdu »  …
Contre ceux qui persistent à le dénoncer …
A l’instar justement de ces gagnants de la mondialisation (pardon: de « l’ouverture ») …
Dont le macronisme n’est en fait …
Pour reprendre (et détourner) la formule du Monsieur « Islam-religion de paix » auto-déclaré Hakim El Karaoui
Que le FN et l’islamisme du surclassé ?

Charles Jaigu : «Musulmans de France, encore un effort!»

CHRONIQUE – L’essayiste Hakim El Karoui décrit un islam de France très contrasté et parie sur sa génération, parfaitement assimilée, pour réussir la «contre-insurrection» face à l’islam salafiste en expansion.

Charles Jaigu

­Ha­kim El Ka­roui a la sil­houette souple et lon­gi­ligne, l’élé­gance ur­baine et feu­trée, et l’air tran­quille­ment dé­ta­ché. Il a créé son ca­bi­net de consul­tant il y a deux ans et il tra­vaille place de l’Étoile. Avant ce­la, il a pas­sé plu­sieurs an­nées dans la banque Roth­schild, « en même temps qu’Em­ma­nuel (Ma­cron, NDLR) ». Il n’était pas pré­dis­po­sé à ce mé­tier de fi­nan­cier, lui qui a com­men­cé comme jeune nor­ma­lien char­gé d’écrire les livres et dis­cours de Jean-Pierre Raf­fa­rin avant et pen­dant Ma­ti­gnon. Un « stage de mise à ni­veau pen­dant cinq mois » lui a per­mis de trou­ver ses marques. Son père, uni­ver­si­taire tu­ni­sien, lui a trans­mis sa pra­tique du Co­ran, sa mère, pro­tes­tante de l’est de la France, et brillante ma­thé­ma­ti­cienne, lui a lais­sé cette li­ber­té. À 46 ans, il est donc un en­fant heu­reux de l’is­lam à la fran­çaise. Sa trajectoire est in­té­res­sante : briè­ve­ment che­vè­ne­men­tiste, Ha­kim El Ka­roui a fi­na­le­ment re­joint les rives de la droite li­bé­rale parce qu’il était aga­cé par « la gauche mo­rale » des an­nées Jos­pin. En 2004, il est fa­vo­rable à l’in­ter­dic­tion du voile à l’école. Puis il se re­tire de la vie pu­blique en 2007 pour de­ve­nir ban­quier. Mais les at­ten­tats de jan­vier 2015 ont été un ré­veil brutal. Et même s’il s’agace de la de­mande des Fran­çais que les mu­sul­mans ma­ni­festent leur so­li­da­ri­té, il a en­ten­du l’ap­pel. « Je ne pou­vais pas res­ter les bras bal­lants, j’ai vou­lu prendre mes res­pon­sa­bi­li­tés à ma ma­nière. » Il en est ré­sul­té, en sep­tembre 2016, la pré­sen­ta­tion d’une grande en­quête me­née par l’Ins­ti­tut Mon­taigne sur l’is­lam en France.

Le livre qu’il pu­blie en est la suite, et tombe à pic au mo­ment où Em­ma­nuel Ma­cron pro­pose de ré­for­mer les ins­ti­tu­tions qui le re­pré­sentent. Mais il faut re­ve­nir sur le constat, qui trouve sa cré­di­bi­li­té grâce à l’état des lieux très dé­taillé de l’en­quête de l’Ins­ti­tut Mon­taigne. El Ka­roui pointe à nou­veau la si­tua­tion très contras­tée de l’im­mi­gra­tion mu­sul­mane en France. Une si­tua­tion qui donne rai­son à la fois aux pes­si­mistes et aux op­ti­mistes. Il dé­crit en ef­fet une com­mu­nau­té très hé­té­ro­gène et cli­vée entre d’une part une classe moyenne nou­velle, une élite mu­sul­mane en for­ma­tion ; et de l’autre une po­pu­la­tion en per­di­tion.

On peut par­ler d’op­ti­misme pour la moi­tié des 5,1 mil­lions de Fran­çais mu­sul­mans – et non pas les dix ou vingt mil­lions comme on peut l’en­tendre de la part des alar­mistes, soit en­vi­ron 8 % de la po­pu­la­tion fran­çaise. Ceux-là sont en train de trou­ver leur place dans la so­cié­té, grâce aux ma­riages mixtes. Ce qui au­to­rise El Ka­roui à af­fir­mer qu’il y a en France une « as­si­mi­la­tion par l’amour » qui marche et qui est une des ori­gi­na­li­tés re­mar­quables du mo­dèle ré­pu­bli­cain – par op­po­si­tion aux mo­dèles mul­ti­cul­tu­ra­listes an­glo-saxons où la sé­pa­ra­tion des com­mu­nau­tés est la règle, ce qui fa­vo­rise moins la mixi­té conju­gale. Par ­de­là les des­crip­tions apo­ca­lyp­tiques, l’as­cen­sion so­ciale des mu­sul­mans se fait donc. Le pro­blème, sou­ligne El Ka­roui, est qu’elle ne se voit pas. Et que « ceux des mu­sul­mans qui en bé­né­fi­cient ne sou­haitent pas, con­trai­re­ment à leurs équi­va­lents juifs ou pro­tes­tants, jouer la carte de l’en­ga­ge­ment com­mu­nau­taire au tra­vers d’as­so­cia­tions cultuelles ou cultu­relles ». Ce livre veut convaincre les mu­sul­mans trop bien as­si­mi­lés de s’en­ga­ger fi­nan­ciè­re­ment ou per­son­nel­le­ment en fa­veur de l’af­fir­ma­tion d’un is­lam de France : « Pour eux, la re­li­gion est vrai­ment de­ve­nue une af­faire pri­vée », ré­sume El Ka­roui. Il pro­pose no­tam­ment de pré­le­ver une taxe sur le com­merce du hal­lal, dont il dé­crypte très bien l’im­pos­ture mar­ke­ting et théo­lo­gique. Il sug­gère aus­si de fa­vo­ri­ser les dons pri­vés au tra­vers d’une fon­da­tion afin de mettre un terme à la main­mise des ca­pi­tales arabes sur la for­ma­tion des imams et la construc­tion des mos­quées. Car, c’est une réa­li­té, en France, l’is­lam reste plus pra­ti­qué par les mu­sul­mans, y com­pris as­si­mi­lés, que le ca­tho­li­cisme par les ca­tho­liques : « 5 % des 27 mil­lions de ca­tho­liques de plus de 15 ans sont des pra­ti­quants ré­gu­liers, soit 1,35 mil­lion ; 75 % des 3,7 mil­lions de mu­sul­mans de plus de 15 ans sont pra­ti­quants, soit 2,5 mil­lions ». Chiffres cruels pour la fille aî­née de l’Église.

Mais il le re­con­naît, la ré­no­va­tion de cet is­lam ins­ti­tu­tion­nel ne se­ra pas ca­pable à elle seule de contrer la pro­pa­ga­tion sau­vage d’un fon­da­men­ta­lisme qui contourne aus­si les mos­quées et qui sé­vit via You­Tube. « L’imam Google », voi­là l’en­ne­mi. Il veut « une contre-in­sur­rec­tion cultu­relle » sur In­ter­net pour ne pas lais­ser les plus ex­tré­mistes écra­ser de leurs pro­pa­gandes les jeunes in­ter­nautes fas­ci­nés par le mode de vie hal­lal et la conver­sion au dji­had.

Car El Ka­roui ne sous-es­time pas le dan­ger que re­pré­sentent les deux mil­lions et de­mi de mu­sul­mans, dont la moi­tié est jeune, qui sont de plus en plus ten­tés par une pra­tique très conser­va­trice de l’is­lam.

Il re­con­naît qu’il a lui-même été sur­pris de consta­ter com­bien « la pra­tique re­li­gieuse s’est ren­for­cée au fil des an­nées » chez ces jeunes qui uti­lisent l’is­lamisme comme un po­pu­lisme, et en font une ban­nière an­ti­sys­tème. « L’is­la­misme, c’est le FN du mu­sul­man dé­clas­sé », ré­sume-t-il.

On no­te­ra au passage que l’au­teur uti­lise le terme d’as­si­mi­la­tion, qui est en ef­fet le meilleur car il est au plus près de l’his­toire fran­çaise. Le mot in­té­gra­tion brouille le dé­bat. Ce mo­dèle as­si­mi­la­tion­niste est « na­tu­rel­le­ment xé­no­phobe », avance l’au­teur, car il to­lère mal que l’étran­ger de­ve­nu fran­çais d’adop­tion af­fiche son étran­ge­té ou sa dif­fé­rence. Il est xé­no­phobe, en ef­fet, comme dans 90 % des cas de par le monde, où le mul­ti­cul­tu­ra­lisme n’a pas cours. Plu­tôt que xé­no­phobe, qui est tou­jours accompagné du soup­çon de ra­cisme, sug­gé­rons le terme d’eth­no­cen­tré. L’au­teur prend d’ailleurs la peine d’écar­ter toute al­lé­ga­tion d’un ra­cisme fran­çais : les Fran­çais ne le sont pas.

Fort de ce constat, El Ka­roui re­fuse les des­crip­tions qui font de la com­mu­nau­té mu­sul­mane un tout in­di­vi­sible, ani­mé d’une vo­lon­té de conquête. Il ré­clame avec convic­tion de la nuance, ce qui l’amène à cri­ti­quer le chro­ni­queur avec qui nous par­ta­geons cette page – Éric Zem­mour – ain­si que d’autres com­pa­gnons de route de ce jour­nal, tels Alain Fin­kiel­kraut ou Pas­cal Bru­ck­ner aux­quels il re­proche leur nos­tal­gie d’une Ré­pu­blique idéa­li­sée. Pour­tant, ils ont ré­ar­mé le dis­cours pro­ré­pu­bli­cain face à la ten­ta­tion mul­ti­cul­tu­ra­liste qui pré­va­lait dans la gauche fran­çaise et sup­po­sait la gé­nu­flexion pé­ni­ten­tielle face à l’étran­ger idéa­li­sé. Mais El Ka­roui s’en prend aus­si à Edwy Ple­nel et son or­chestre de contemp­teurs de l’is­la­mo­pho­bie. Comme il le montre, sta­tis­tiques en main, les actes is­la­mo­phobes n’ont ces­sé de bais­ser en France de­puis 2015. Mal­gré les at­ten­tats, les Fran­çais n’ont ja­mais fait le fa­meux « amal­game » entre l’is­lam et les dji­ha­distes. Fort de ce constat, El Ka­roui re­fuse les des­crip­tions qui font de la com­mu­nau­té mu­sul­mane un tout in­di­vi­sible, ani­mé d’une vo­lon­té de conquête. Il ré­clame avec convic­tion de la nuance, ce qui l’amène à cri­ti­quer le chro­ni­queur avec qui nous par­ta­geons cette page – Éric Zem­mour – ain­si que d’autres com­pa­gnons de route de ce jour­nal, tels Alain Fin­kiel­kraut ou Pas­cal Bru­ck­ner aux­quels il re­proche leur nos­tal­gie d’une Ré­pu­blique idéa­li­sée. Pour­tant, ils ont ré­ar­mé le dis­cours pro­ré­pu­bli­cain face à la ten­ta­tion mul­ti­cul­tu­ra­liste qui pré­va­lait dans la gauche fran­çaise et sup­po­sait la gé­nu­flexion pé­ni­ten­tielle face à l’étran­ger idéa­li­sé. Mais El Ka­roui s’en prend aus­si à Edwy Ple­nel et son or­chestre de contemp­teurs de l’is­la­mo­pho­bie. Comme il le montre, sta­tis­tiques en main, les actes is­la­mo­phobes n’ont ces­sé de bais­ser en France de­puis 2015. Mal­gré les at­ten­tats, les Fran­çais n’ont ja­mais fait le fa­meux « amal­game » entre l’is­lam et les dji­ha­distes.

Voir encore:

Bye bye les pauvres
Bombe politique : mais comment recréer du lien social dans cette France où les classes favorisées ont fait sécession ?
Une étude de la Fondation Jean Jaurès montre qu’alors que de nombreux observateurs ont souligné le développement de communautarismes ethnoreligieux dans certains quartiers, la cohésion de la société française est également mise à mal par un autre processus, moins visible à l’œil nu mais lourd de conséquences : un véritable séparatisme social qui concerne toute une partie de la frange supérieure de la société.
Atlantico
22 Février 2018

Jérôme Fourquet : On peut faire un lien avec les phénomènes décrits de séparatisme social et ce qu’il s’est passé au premier tour et au deuxième tour de la présidentielle. Mais un lien partiel seulement. On voit par exemple que Emmanuel Macron a obtenu un score massif au deuxième tour à Paris alors qu’il ne faisait que 66% au niveau national; Il y avait cette polarisation très forte de son électorat sur Paris intra-muros et Emmanuel Macron a d’abord été le candidat de cette France qui va bien, de celle qui s’en sort et qui est optimiste et regarde la mondialisation plutôt comme une opportunité plus qu’une menace. D’autant qu’il a été soutenu par les grandes métropoles dont Paris en premier lieu et il a été massivement été soutenu par les Français de l’étranger, les fameux expatriés. Electoralement il correspond en parti à cette mutation sociologique.

Néanmoins une partie des catégories moyennes et populaires ont voté pour lui, ne serait-ce que pour faire barrage à Marine Le Pen au deuxième tour, mais aussi au premier où il obtient des scores qui ne sont pas négligeables (aux alentours de 15% dans les communes rurales ou populaires par exemple). Il ne faut donc pas tordre le bâton à l’extrême et occulter le fait qu’il y avait une assise minimale dans ces catégories de population. Néanmoins il avait un soutien beaucoup plus important dans les catégories qui sont décrites dans cette note.

Ce qui est aussi intéressant, en reprenant le cas de Paris, lorsque l’on parle d’une homogénéisation idéologique de ces catégories supérieures, il faut noter qu’il y a encore des différences (au premier tour Macron n’est pas majoritaire à Paris),  mais au deuxième tour il y a quand même un 90/10 en faveur du président.  Ce que Macron est ensuite parvenu à faire et ce qu’il continu à faire, c’est-à-dire poursuivre cette recomposition politique en agrégeant des gens qui viennent du PS, du Modem et des Républicains, on remarque qu’il y a de plus en plus de passerelles et de points de convergence qui sont encore plus fréquents dans ces milieux favorisés.

Christophe Boutin : Relativisons d’abord certains éléments de cette note. Le premier critère présenté comme prouvant cette rupture est que « la densité de cadres vivant dans le cœur des métropoles ne cesse de se renforcer ». Elle est effectivement multipliée par deux, mais dans la même période les cadres supérieurs sont passés en France de 8% à au minimum 12, et selon certaines études 16%, ce qui modère l’interprétation. Viennent ensuite comme éléments de preuve les questions scolaires : plus de catégories CSP+ dans les écoles privées, par ailleurs moins « défavorisées » (un critère qui n’est d’ailleurs pas expliqué et semble négliger l’aide étatique spécifique destinée aux établissements « à problèmes »), ou moins d’ouvriers dans les grandes écoles. Troisième critère, la fin du brassage social par le service militaire, auquel tous participaient de manière égale. Puis la fin du même brassage social dans les colonies de vacances. Enfin, la progression de l’exil fiscal.

L’idée est on le voit assez simple, pour ne pas dire simpliste : les « riches » font sécession et restent entre eux, abandonnant une nation de laquelle ils devraient pourtant se sentir solidaires. Mais la Fondation Jean Jaurès qui a commandité cette note gagnerait à faire ce constat : l’idéologie de la gauche est grandement responsable de cet état de fait.

Reprenons. La fuite vers les écoles privées ? La dégradation de l’école publique ne doit-elle pas aux effets conjugués du pédagogisme et du refus de l’autorité ? La disparition des fils d’ouvriers dans les grandes écoles au refus de la sélection ? Quant au regret de la fin d’un service militaire « creuset de la nation », qui peut surprendre chez une gauche volontiers antimilitariste, le service « égalitaire » relève partiellement du mythe, certains fils d’archevêques le faisant dans des conditions bien différentes des autres, entre planqués de Balard et vacanciers de nos ambassades. La fin des « jolies colonies de vacances », dont s’écartent non des riches, qui n’y ont jamais envoyé leurs enfants, mais plutôt des classes moyennes qui ne bénéficient pas des aides sociales, ne doit-elle pas aussi au refus de l’autorité cette fois conjugué à la volonté de ne pas stigmatiser de nouvelles catégories peu soucieuses de s’intégrer aux jeux de plage ? Quant à l’exil fiscal, la fiscalité français est telle qu’elle ne conduit plus seulement à l’exil des riches, mais aussi à celui des retraités des classes moyennes.

Quant au lien avec le vote en faveur d’Emmanuel Macron, si effectivement il existe avec cette catégorie de nouveaux riches, rappelons que ces derniers n’ont pas été les seuls à porter au pouvoir l’actuel chef de l’État et qu’il faut ici être prudent avant d’en faire le « président des riches ».

Chantal Delsol : Tout cela est bien connu et même, hélas, palpable. Rappelez-vous Cicéron qui racontant le songe de Scipion, disait : Scipion s’étonne d’avoir vu deux soleils dans le même ciel, alors qu’il devrait plus encore s’étonner de voir deux peuples dans la même république. Et c’est bien ce qui nous arrive.

Il faut préciser que nous avons tout fait pour cela. Nous avons cassé tous les lieux où s’opérait le mixage social. Le rapport parle du service militaire, qui n’était d’ailleurs plus depuis longtemps le principal lieu de brassage : tous les jeunes des classes supérieures partaient en coopération et ne moisissaient plus dans les casernes. Mais plus encore : sous prétexte de principe de précaution, on a rendu le scoutisme carrément impraticable – or c’était un lieu suprême pour le brassage social. Il en va de même pour les écoles libres : en leur imposant cette limite non-écrite mais réelle des 20%, on en fait des écoles d’élite, alors que si elles pouvaient se développer elles seraient davantage des lieux d’éducation pour ceux qui en manquent.

Car le problème aigu, c’est la place qu’a pris l’éducation dans la vie sociale. Ce qui importe est moins à présent de savoir que de savoir-être. On va embaucher un jeune moins en raison de son diplôme que parce qu’il sera arrivé à l’heure au rendez-vous et sans chewing-gum dans la bouche. Et cela ne s’apprend que dans la famille, ou bien dans une troupe scoute, ou bien dans certaines écoles plus attentives que d’autres…  Il faut bien convenir que nos gouvernements ont tout fait pour déconsidérer tous ces lieux éducatifs et jeter sur eux la dérision.

Evidemment E.Macron est le représentant typique de cette classe supérieure désormais détachée du peuple. Pour être élu il lui a fallu déborder largement cette couche sociale, qui demeure très restreinte. Mais il en demeure le prisonnier typique : apparemment il ignore que les autres classes existent, et ne les a jamais rencontrées. C’est inquiétant.

Jérôme Fourquet : D’abord Emmanuel Macron a entièrement conscience de cette fracture. C’est pour cela par exemple qu’il a placé ses vœux sous le signe de la cohésion nationale. Certes on peut dire que cette cohésion nationale est attaquée et menacée par le communautarisme, ce qui est vrai, mais il y a aussi cette forme insidieuse qui est peut-être moins visible à l’œil nu mais qui sape au moins tout autant la cohésion nationale.

Emmanuel Macron, même s’il a été plutôt élu par cette France qui va bien, il est pleinement conscient du fait qu’il y a des catégories qui ne se croisent plus, qui ne se comprennent pas et qu’il faut absolument retisser des liens. Lors de ses vœux, il reprend la fameuse phrase de Kennedy « Arrêtez de vous demander ce que le pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». A mon avis je pense qu’il s’adresse très clairement aux premiers de cordées. A l’électorat qui l’a élu en leur disant qu’il fallait maintenant « renvoyer l’ascenseur » et qu’ils adoptent un comportement civique, citoyen et patriote en se démenant pour le « bien commun ». Supprimer l’ISF est une invitation lancée à ces catégories favorisées à « renvoyer la balle ». Cette volonté exprimée dans ses vœux est une clé de compréhension du pourquoi il s’arc-boute sur la question du service national alors que les militaires freinent des quatre fers et que tout le monde explique que tout cela est une usine à gaz qui va coûter extrêmement cher. Ce service national serait un moyen de recréer le sentiment de cohésion nationale non seulement auprès des couches défavorisées comme on l’imagine le plus souvent mais aussi auprès des couches favorisées qui elles aussi font sécession.

Comment cela sera perçu par son électorat c’est toute la question. Il y avait un article du Point avec un journaliste qui était allé rencontrer les Français expatriés en Belgique qui ne tarissaient pas d’éloges sur Emmanuel Macron mais n’envisageaient quand même pas de revenir. Ce qui est clair c’est que tout ce que je décris là c’est un des principaux carburant du populisme. Les catégories moyennes et populaires ont pleinement conscience d’avoir été abandonnées et que les catégories les plus favorisées et une partie de l’élite a « largué les amarres » et résonne non plus dans un cadre national mais dans un cadre global et est guidée non plus par les intérêts nationaux mais par ses propres intérêts.

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Laïcité : les 5 propositions choc du rapport Clavreul remis au gouvernement

DOCUMENT EXCLUSIF – Alors que le premier ministre présente son plan de lutte contre la radicalisation vendredi, un rapport administratif commandé par Beauvau fait état de nombreuses dérives identitaires et de remises en cause de la laïcité et préconise des mesures fortes.

C’est un document explosif, un rapport d’une quarantaine de pages qui met en lumière les failles du respect du principe de laïcité dans certains territoires. En amont de la présentation du plan de lutte contre la radicalisation, dévoilé vendredi par Édouard Philippe, le ministère de l’Intérieur a commandé au préfet Gilles Clavreul, proche de Manuel Valls, cet état des lieux intitulé «Laïcité, valeurs de la République et exigences minimales de la vie en société», qui esquisse plusieurs mesures choc. Le Figaro les révèle en exclusivité.

1 – Conditionner le soutien de l’État (subventions, emplois aidés) au respect de la laïcité

Estimant qu’il revient aux pouvoirs publics de «promouvoir les valeurs de la République», le préfet propose de «conditionner le soutien de l’État (attribution de subvention, agrément, soutien à un événement) à l’engagement de respecter et promouvoir» ces valeurs. Ainsi, en dépit des «réserves ou des commentaires» de l’Observatoire de la laïcité, il suggère par exemple de «faire signer une charte», comme le font certaines CAF et préfectures ; de «conditionner l’examen de subvention ou d’un emploi aidé à l’engagement de suivre une formation sur les valeurs de la République et la laïcité», comme le fait la préfecture des Bouches-du-Rhône ; ou encore d’«inciter le soumissionnaire ou le partenaire à conduire certaines actions, à contribuer à un évènement, ou à faire figurer la thématique ‘laïcité et valeurs de la République’ dans un document partenarial».

2- Former tous les agents de l’État à la laïcité «d’ici à 2020»

Gilles Clavreul entend instaurer «une formation laïcité pour tous les agents de l’État d’ici à 2020», en renforçant le plan de formation déjà déployé par le Commissariat général à l’égalité des territoires. Il envisage donc d’«élargir encore l’assiette des publics formés pour l’année en cours», en «réévaluant» à la hausse l’objectif 2018 qui table sur 13.000 personnes et en ciblant davantage les publics à former en priorité, à savoir «les adultes-relais, les membres des conseils citoyens, les agents des collectivités locales, les éducateurs sportifs, les intervenants dans le secteur péri-scolaire, les professionnels de la petite enfance, les acteurs de la prévention spécialisée, les agents du service public de l’emploi, ou encore les personnels de la fonction publique hospitalière».

3 – Intégrer la laïcité dans les épreuves du Bafa

Autre secteur ciblé par le rapport: la jeunesse, qui constitue l’un des principaux enjeux en termes de laïcité. Ainsi, pour assurer une meilleure «transmission des valeurs de la République», le préfet propose de «renforcer les exigences de formation à la laïcité et aux valeurs de la République du brevet d’aptitude à la fonction d’animateur (Bafa) et au brevet d’aptitude à la fonction de directeur (BAFD)». Il suggère également de «conditionner l’agrément des centres de formation au respect de cette exigence».

4 – Cartographie des «situations problématiques»

Le rapport stipule la mise en place, «au niveau national, des diagnostics fiabilisés des incidents relatifs à la laïcité, à la contestation des valeurs républicaines, et au non-respect des exigences minimales de la vie en société». Il s’agit d’établir une cartographie précise des «situations problématiques» rencontrées «dans le secteur sanitaire et social d’une part, et dans le milieu sportif d’autre part», pour réduire les «zones d’ombre» en matière de connaissance des dérives.

5 – Établir un «corps de doctrine» sur les «atteintes à la laïcité»

Pour «mieux établir un “corps de doctrine” s’agissant des atteintes à la laïcité», Gilles Clavreul dit vouloir «transformer» les Comités opérationnels de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Cora) en «comités départementaux pour la laïcité pour la promotion de la laïcité et des valeurs de la République». Pour ce faire, il entend «constituer, au niveau régional, une instance auprès de laquelle toutes les administrations pourraient évoquer des situations conflictuelles ou problématiques et solliciter un avis de sa part». Si elle voit le jour, cette structure nouvelle serait alors «présidée par un magistrat de l’ordre administratif».

Quatre mois de consultations pour un constat alarmiste

Pour élaborer son rapport, Gilles Clavreul s’est déplacé entre le 22 octobre et le 15 janvier dans des départements à «dominante urbaine», à savoir les Bouches-du-Rhône, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, le Nord, le Bas-Rhin, le Rhône, les Yvelines, et un département rural, la Meuse, au contact des acteurs associatifs et des agents de l’État. Son constat est clair: les «manifestations d’affirmation identitaire se multiplient et se diversifient», avec, sur certains territoires – agglomérations de Lille, Maubeuge, Toulouse, Marseille, Lyon ou dans les Yvelines – des «contestations de la laïcité».

Ces troubles sont majoritairement le fait d’un «islam rigoriste voire radical» et concernent également des mouvements de «catholiques intégristes», et «évangéliques et juifs orthodoxes». Ils ont été identifiés dans le cadre d’activités scolaires, culturelles et sportives.

Ce sont, par exemple, des assistantes maternelles exerçant à domicile qui portent le voile et refusent parfois de remettre l’enfant au père, le cas d’auxiliaires en milieu scolaire «faisant acte de prosélytisme», des célébrations «spectaculaires» de certaines communautés juives, l’organisation de prières collectives chrétiennes et musulmanes. En ce qui concerne la restauration collective et le débat autour des fameux «repas de substitution», Gilles Clavreul note l’existence de cantines à Strasbourg qui proposent des menus halal et casher, ce qui peut porter atteinte au principe de laïcité.

«Dans les lieux où la population de confession musulmane est présente, parfois de façon très majoritaire, le rapport à la République se tend sous l’effet d’une foi de plus en plus ouvertement revendiquée», est-il expliqué, entraînant la «différenciation et séparation croissante entre les hommes et les femmes», «le développement d’une offre éducative alternative», «la remise en cause des principes républicains et plus particulièrement de la laïcité, perçue comme une ‘arme contre les musulmans’». Le phénomène de radicalisation est notamment présent dans les structures sportives avec des tentatives de prosélytisme mais aussi des «parents qui exigent le voilement de leur fille».

«L’adhésion aux principes républicains recule par endroits», constate Gilles Clavreul, ce qui génère «le désarroi et l’inquiétude parmi de nombreux agents publics et responsables associatifs». Autre enseignement notable: la sensibilisation à la laïcité et à la citoyenneté, qui a progressé après les attentats de 2015, «menace de retomber». «Ce fléchissement de la mobilisation doit être corrigé», exhorte Clavreul.

Le choix d’un auteur clivant

L’auteur du rapport n’est pas n’importe qui. Gilles Clavreul est un préfet engagé. Ancien conseiller à l’Elysée de François Hollande, où il suivait les dossiers de politique intérieure, il est devenu au fil des mois un proche de Manuel Valls, dont il partage aujourd’hui les combats. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’avait nommé à la tête de la Dilcrah, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, où il est resté en poste jusqu’au changement de majorité.

Sortant volontiers de son devoir de neutralité, Gilles Clavreul s’est rapidement attiré les foudres sur les réseaux sociaux de nombreuses associations comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), mais aussi du journaliste Edwy Plenel ou du chercheur Pascal Boniface. Il est par ailleurs l’un des membres fondateurs du mouvement «Printemps républicain», avec le politologue Laurent Bouvet, qui bataille pour une vision stricte de la laïcité. Ses prises de position s’inscrivent dans une ligne plus dure que celle portée par l’Observatoire de la laïcité, de Jean-Louis Bianco. Ce dernier a d’ailleurs vivement réagi dès jeudi après-midi, dans un communiqué au vitriol publié sur Twitter. «Je regrette le manque de rigueur méthodologique de ce rapport (…) et la méconnaissance d’actions déjà mises en œuvre par les pouvoirs publics», assène-t-il notamment, estimant que le travail de Gilles Clavreul «ne répond pas directement à la demande» de Beauvau.

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Laurent Wauquiez persiste et signe

Pas d’excuse au programme : invité sur le plateau de BFMTV mardi 20 février, le chef des Républicains a lancé une contre-attaque.

Laurent Wauquiez est au cœur de la polémique. Mardi 20 février, il s’explique et se montre extrêmement offensif. “Quel est donc mon grand crime ? Mon grand crime, c’est d’avoir une parole libre. Ce que je pense, c’est que la droite a souvent fait l’objet de ces procès médiatiques. Si je suis venu sur votre plateau, c’est pour vous dire que ça ne m’impressionne pas, que ça ne me fera pas reculer et que ma détermination n’a jamais été aussi forte”, a déclaré Laurent Wauquiez.

Il porte plainte

Sa seule erreur, concède-t-il, concerne Nicolas Sarkozy. Déjà des députés de la majorité ont réagi aux explications de Laurent Wauquiez. Des parlementaires de la majorité traités de “guignols” par des enregistrements diffusés ces dernières heures. Autres cibles : Valérie Pécresse et Alain Juppé. En marge d’un déplacement ce matin, Emmanuel Macron n’a pas souhaité réagir. Mardi soir, Laurent Wauquiez a annoncé également qu’il va porter plainte et saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

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Enregistré à son insu alors qu’il disait pis que pendre de ses collègues politiques devant les étudiants d’une école de commerce, ses propos largement diffusés dans les médias, Laurent Wauquiez est empêtré depuis cinq longues journées dans la polémique. Mais, si la situation l’a obligé à se défendre et a semblé montrer son isolement à la tête de son mouvement, l’épisode a plu au cœur de ses partisans. C’est l’une des leçons à tirer du nouveau sondage « L’Opinion en direct » dirigé par l’institut Elabe que nous publions ce mercredi.

Politique. Invitée jeudi 22 février à un rassemblement conservateur à Washington, aux États-Unis, Marion Maréchal-Le Pen s’est livrée sans concession sur plusieurs thèmes d’actualité.

Valeurs actuelles

22 février 2018 

Loin de la France et de la politique hexagonale, Marion Maréchal-Le Pen s’est offert une apparition remarquée à Washington, ce jeudi 22 février. Invitée dans la capitale américaine à s’exprimer lors de la « Conservative Political Action Conference », un rassemblement de la droite américaine, la nièce de Marine Le Pen n’a pas mâché ses mots.

« Je veux la France d’abord pour le peuple français »

« Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français« , a notamment expliqué l’ancienne élue du Vaucluse au cours de son allocution d’une dizaine de minutes, en anglais, rapporte Le Figaro.

Partisane du Brexit, la jeune femme s’en est aussi prise à l’Union européenne. « Notre liberté est maintenant entre les mains » de cette institution « qui est en train de tuer des nations millénaires« , a-t-elle fustigé. Et d’ajouter : « Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne ».

La France deviendrait la « petite nièce de l’islam »

« Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam« , a encore estimé Marion Maréchal-Le Pen, qui a même abordé les sujets de la PMA et de la GPA. « On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père« .

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Entretien. La députée LR Valérie Boyer, également secrétaire générale adjointe des Républicains, réagit à la polémique crée par des enregistrements de propos de Laurent Wauquiez.

Valeurs actuelles

22 février 2018

Valeurs actuelles. Comment avez-vous réagi suite à la publication de l’enregistrement d’une conversation privée de Laurent Wauquiez ?

Valérie Boyer. Depuis des jours les médias relaient des informations volées. Au-delà du fond je m’interroge sur la forme. J’ai l’impression de revivre ce que nous avons connu pendant l’élection présidentielle ou d’autres périodes de l’histoire de la Droite. Le feuilletonnage, le déchainement médiatique, les manipulations… les méthodes utilisées aujourd’hui contre Laurent Wauquiez ont été les mêmes contre Nicolas Sarkozy ou François Fillon.

Il est clair qu’une personnalité politique de droite ne bénéficie pas de la même indulgence qu’une autre. Je m’interroge également sur le respect de la vie privée.

Par exemple, dans l’affaire « Hulot », la petite fille de François Mitterand, Pascale Mitterrand  a vu son nom dévoilé dans la presse alors qu’elle avait expressément stipulé vouloir rester anonyme. En plus de se sentir « victime » (réelle ou supposée), d’un homme, elle est devenue victime d’une tempête médiatique.

Nous pouvons dire que nous sommes passés de la transparence au voyeurisme. D’un côté nous soutenons #BalanceTonPorc et de l’autre nous ne respectons pas ces femmes qui se considèrent comme des victimes. Ce double langage ne fait pas avancer la cause des femmes.

Valeurs actuelles. Comprenez-vous que cet enregistrement fasse autant parler et soit devenu un sujet d’actualité ?

Nous nous focalisons sur les propos d’un homme au lieu de condamner unanimement les agissements d’une personne, qui a décidé d’enregistrer à son insu, avec une intention malveillante, un Président de parti élu démocratiquement, avec une large majorité (75 % des voix). L’ampleur qu’a prise ce sujet me semble disproportionnée.

Le Président de la République va jusqu’à commenter cette actualité et se dit « non inspiré » par Laurent Wauquiez et en même temps les membres du Gouvernement et la majorité parlementaire commentent au nom d’Emmanuel Macron cette affaire pour détourner l’attention des Français et pour tenter de décrédibiliser un homme qui séduit de plus en plus de Français au moment où le Chef de l’Etat voit sa côte de popularité se détériorer.

Il est vrai que l’objectif d’Emmanuel Macron est d’occuper l’ensemble du spectre politique en réduisant l’opposition aux extrêmes avec d’un côté Jean-Luc Mélenchon et de l’autre Marine Le Pen.

Valeurs actuelles. Trouvez-vous que les propos de Laurent Wauquiez font du mal aux Républicains ?

Bien sûr il n’est jamais agréable de devoir faire face à ces polémiques.

Mais je me refuse de faire partie de ceux qui cherchent à alimenter le climat de défiance des Français envers les responsables politiques dans une période où nous avons plus que jamais besoin d’unité et de rassemblement.

Pourquoi nous ne parlons pas du manque de cohérence du Gouvernement en matière d’immigration qui présente un texte qui n’a qu’une fermeté de façade ? Pourquoi ne pas parler de la baisse du pouvoir d’achat des Français depuis l’élection d’Emmanuel Macron ? Quand on voit l’énergie déployée pour attaquer Laurent Wauquiez on se dit que le Gouvernement est prêt à tout pour dissimuler son échec sur le pouvoir d’achat : choc fiscal de 4.5 milliards pour les ménages (8 nouvelles taxes et impôts en 9 mois), hausse de 25 % de la CSG pour 8 millions de retraités, hausse du diesel  (+4.6 € par plein), baisse brutale des dotations de l’Etat de 216 millions d’euros…

Je peux comprendre que le Gouvernement ne veuille pas non plus évoquer la baisse de l’aide à l’accueil du jeune enfant qui exclura du dispositif 10 % des bénéficiaires ou encore le changement de plafond pour la prime à la naissance qui exclura 6 % des familles qui en bénéficient aujourd’hui.

Valeurs actuelles. Comment jugez-vous le traitement médiatique de cet enregistrement ? 

Malheureusement comme je l’ai dit précédemment cela n’est pas nouveau. Jacques Chirac avait été brocardé, le traitement médiatique réservé à Nicolas Sarkozy a été d’une rare violence sous la Ve République, ce qui lui a couté sa réélection. Enfin, n’oublions pas non plus l’élection présidentielle de 2017 et cet acharnement contre François Fillon qui a, non seulement privé les Français d’un débat sur les programmes, mais pire encore, qui a fait changer leur vote.

A travers plusieurs documentaires certains ont tenté de maquiller un assassinat politique en suicide.

Nous avons assisté à un véritable tribunal médiatique et nous n’avons aujourd’hui toujours aucune réponse sur la vraie question qu’il faillait se poser : qui a tué la démocratie ? Selon le droit parlementaire, c’était au bureau de l’Assemblée nationale de se saisir de cette affaire et d’enquêter, non au Parquet National Financier (PNF).

Un secret de l’instruction ignoré. La salle de presse était dans le bureau du juge ou le bureau du juge était dans la salle de presse. D’ailleurs, à l’instar de l’ensemble des magistrats du parquet, le PNF dépend hiérarchiquement du ministère de la justice et n’est donc pas statutairement indépendant.

Tout le monde se refuse à parler de « complot » mais rappelons-le, au moment où la campagne de François Fillon redémarrait après le Trocadéro, les médias informés sortent l’affaire des costumes dans un seul but : « détruire François Fillon » selon l’instigateur de cette affaire.

Le résultat nous le connaissons aujourd’hui, une abstention record et un véritable hold-up démocratique. Maquiller l’assassinat de François Fillon en suicide simplifie tout et justifie l’indéfendable. Bref, comme les idées de la droite sont majoritaires dans notre pays (et le succès de la Primaire de la Droite en est la preuve), il faut détruire la réputation des leaders de notre famille politique.

Valeurs actuelles. Il y a-t-il un « deux poids / deux mesures » entre le traitement de cette « affaire » et le reste de l’actualité » ?

Les médias ont été plus discrets lorsque Emmanuel Macron, alors en visite au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage d’Etel s’est essayé à une plaisanterie sur les frêles embarcations de l’Océan indien sur lesquelles ont péri de nombreux migrants voulant rejoindre Mayotte: « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent. »

Ou encore lorsqu’il a méprisé les Français en parlant « d’alcooliques », de « fainéants » de « ceux qui foutent le bordel », de ceux « qui ne sont rien » et tout cela de manière officielle, allant même jusqu’à critiquer les Français à l’étranger. Jamais Laurent Wauquiez n’a tenu des propos blessants contre les Français.

Enfin, alors que l’actualité nationale et internationale ne manquait pas de sujets majeurs, les médias se sont mobilisés pour feuilletonner cette affaire d’enregistrements volés. Par exemple, les dernières expertises dans l’affaire Théo, rendues publiques vendredi confirmait que la version des policiers était la bonne.

Le silence autour de ces informations a été inversement proportionnel au battage médiatique où une partie de la classe politique s’était précipitée pour bafouer l’honneur de nos policiers avec les hommages d’Emmanuel Macron qui avait exprimé il y a un an « toute [sa] solidarité à l’égard de Théo et de sa famille » reprenant le slogan #JusticePourTheo.

Il est étonnant de voir que personne n’ait demandé au Président de la République comment comptait-il rendre aux policiers leur honneur bafoué par ceux qui criaient avec les loups ? Malgré les méthodes utilisées contre Laurent Wauquiez, qui sont lamentables et condamnables, malgré le « deux poids, deux mesures », le Président de notre famille politique a démontré hier soir la force de ses convictions. Rien ne le détournera de son objectif, celui de donner à la France un projet de redressement fort.

Entretien réalisé par Pierre Dumazeau

Voir de plus:

Johnny, la Corse et la France périphérique – Le Figaro interroge Christophe Guilluy
Le Figaro
18 décembre 2017

Christophe Guilluy, géographe, auteur notamment de Fractures françaises et de La France périphérique, répond au journal Le Figaro. ♦ FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Victoire des nationalistes en Corse, référendum controversé en Catalogne, élection de Donald Trump, Brexit, phénomène Johnny : pour le géographe, tous ces événements témoignent des fractures qui traversent les sociétés modernes.
Le Figaro : Comment analysez-vous la victoire des nationalistes en Corse ?

Christophe Guilluy : La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier.

La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. »

Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux.

Qu’est-ce qui prime dans le ressort du vote : l’insécurité sociale ou l’insécurité culturelle ?

La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent.

L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique.

Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas.

Le cas de la Corse est-il comparable à celui de la Catalogne ?

Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib.

Le clivage nation/ville monde est-il celui de demain ?

L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général.

Macron a souvent été présenté comme la quintessence de la France d’en haut. Peut-il, malgré tout, s’adresser à celle d’en bas ?

Il est trop tôt pour le dire. Je ne suis pas dans le cerveau de Macron. Cela nécessiterait une profonde révolution intellectuelle de sa part. Notons simplement que, depuis son élection, il a su se montrer suffisamment transgressif pour ne pas tenir exactement les discours qu’on attendait de lui. Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs.

Que révèle le phénomène Johnny ?

On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson.

Christophe Guilluy
Propos recueillis par Alexandre Devecchio
13/12/2017

Source : Le FigaroVox du 13/12/2017

(*) Bernard Mazin a analysé cet ouvrage pour Polémia. Voy. :

Voir par ailleurs:

What Foreigners Don’t Get About Emmanuel Macron

In transcending left-right divides, the French president may be creating a monster of a different sort.

Foreigners are fascinated by French President Emmanuel Macron. And why shouldn’t they be? He’s the youngest-ever president of the French Republic, elected with no party and no previous electoral experience, a virtual nobody just two years before he leaped to the forefront of the French political scene. Of course people are curious.But there’s another reason my non-French friends bombard me with questions about my president. Like myself, most of them have advanced degrees and upper-middle-class backgrounds. This sort of socioeconomic status correlates strongly with affection for Macron.His views mirror those held by most of this “elite” class. He thinks the left-right divide should be transcended. He doesn’t care about outworn ideologies, but about solutions that work, wherever they come from. He thinks startups are cool and the economy should be generally entrepreneurship-friendly, but he also wants some sort of welfare state. He’s got no problem whatsoever with gay marriage. He believes immigration is desirable for both economic and moral reasons.
But he doesn’t just think like an elite. He embodies many elites’ idealized lifestyle. He did very well academically (but not too well, having failed the entrance exam to the ultra-prestigious ENS civil service school), in a way that suggests some depth of mind (master’s degree in philosophy), but also practical success (ENA’s graduates run the country’s public and private sectors), because come on, how many people actually want to be philosophers? * He did very well in investment banking, but not too well. His marriage to a much older woman who was once his drama teacher is socially transgressive to just the right degree. He’s handsome, but not too handsome.In other words, Emmanuel Macron is the Donald Trump of the elite class. He’s not just their representative—he’s their avatar. Trump’s die-hard followers love him with such devotion not just because they like what he says, but because his image is that of the guy they wish they were or could be. It’s the same thing with Macron and his own elite base. And this is the stuff out of which Messianic movements are made.The comparison is not perfect—for one thing, I have no problem with the idea of Macron having his finger over my country’s nuke button, while the idea of Trump with his finger over the American nuke button gives me cold sweats. But it gets at what I wish every American understood about Macron: His brand of pragmatic centrist politics is really just class-interest-based politics.As Christophe Guilluy, a sociologist and leading analyst of contemporary society, pointed out, Macron’s supporters can be boiled down to one word: They are the “haves.” They are the people who rode the waves of change that have inundated the West over the past few decades—globalization, technological transformation—to great success. Education is the best predictor of voting for Macron, which makes sense, since it correlates not just with financial capital but also with cultural capital. Another predictor is age, although in a perhaps-unexpected way: Macron is highly popular with the elderly, whose pensions protect them from the liberalizing reforms Macron campaigned on, and very unpopular with the young, who disproportionately come out the losers in France’s contemporary economy.
This explains why, after having used the oddities of the French electoral system to get elected as an alternative to worse candidates, Macron is extremely unpopular. Non-elite French people smell exactly what the elites smell, and their reaction is equally predictable. Now, Macron supporters don’t believe that they support him for the crass reason that he will benefit their class at the expense of the rest of the country; instead, they just believe that what’s good for them is good for the country. Call it “trickle-down economics.” But, of course, nobody believes they support a certain policy simply because it’s good for them. Building the U.S.-Mexico border wall is cast as being about American identity, something all Americans can identify with, not about a protectionist barrier for the wages of Trump supporters at the expense of the well-heeled beneficiaries of low-wage immigration.There’s nothing uniquely bad about this: Groups defending their interests just is what politics is. Democratic politics endures because it’s the least-bad mechanism we’ve come up with for handling precisely that.But there’s a flip-side to Macron’s class-based politics: If you decide to replace the old left-right divide with the divide between the haves and the have-nots, haven’t you created a monster of a different sort?The Macron tsunami has hit, and the traditional parties of the French left and right are deeply wounded and struggling to survive. But two people are doing fine: Jean-Luc Mélenchon, France’s leading far-left firebrand, and the infamous Marine Le Pen, France’s hard-right populist leader. In fact, it’s in Macron’s political interest for them to do well, to squeeze the last pangs of breath out of the traditional parties that might supplant his new centrist party. The better Mélenchon and Le Pen do, the worse the traditional parties do, and the more Macron looks like the only alternative to candidates the majority of French people still reject.This might work to get him re-elected. But here’s what many don’t understand about Macron’s attempt to steer French politics away from the left-right divide we invented: If it is successful, it will mean that the opposition party (whatever it looks like, whoever its leader is) will be the anti-elite party par excellence. Put Donald Trump, Nigel Farage, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon, and Marine Le Pen in a bottle, shake vigorously—and, in a Macronified politics, whatever comes out is almost guaranteed to run the country. Not today. Not tomorrow. But, if Macron’s bet is successful, at some point.Voir aussi:

« L’islam, une religion française » : Un livre clé, pour comprendre et agir
L’islam et les musulmans en France, ce qu’est la situation, actuellement, et ce qui peut advenir: Hakim El Karoui a pris le parti de l’évoquer de manière à la fois très documentée, sans parti-pris, et très pragmatique. Le résultat est exemplaire et bouscule bien des clichés.
Bertrand Devevey
Atlantico
29 janvier 2018

LIVRE
L’islam, une religion française

d’Hakim El Karoui
Ed. Le débat Gallimard

283 pages
RECOMMANDATION : EN PRIORITE
THÈME 
L’islam en France, tout le monde en parle ! A droite, à gauche, au centre. Plus souvent pour s’alarmer, s’invectiver, s’accuser de tous les racismes… finalement ne rien dire de nouveau et d’utile pour l’avenir. L’entrepreneur et essayiste Hakim El Karoui a convaincu l’Institut Montaigne de réaliser, en 2016, une enquête, première du genre, sur l’islam en France. Et sortir de ce silence assourdissant, les musulmans de France, français ordinaires, intégrés et républicains. Cet essai s’appuie sur les grandes lignes de cette enquête, pour permettre au lecteur d’apprécier, en connaissance de cause, ce que représente l’islam en France d’abord, l’islamisme ensuite, ses origines, ses ressources, ses caisses de résonance. Il milite pour l’inscription de cet islam sans voix, car modéré, dans le paysage religieux français, comme toute autre religion en terre des droits de l’homme. Cela ne va pas sans réforme du culte musulman, mais de cela aussi, il est question dans cet ouvrage.
POINTS FORTS 
1- Franco-tunisien, enfant de la république, de culture musulmane, fils d’un professeur d’anthropologie juridique sur l’Islam (à la Sorbonne) : Hakim El Karoui sait de quoi il parle. Sur le sujet, à bien y regarder, c’est assez rare pour être souligné,
2- Son livre ne repose pas sur des fantasmes, des peurs ou des opportunités politiques : il repose sur la première enquête qui vise à dessiner le portrait de l’islam en France, la réalité de ses pratiques, l’évolution des interprétations du Coran, des comportements communautaires (mais pas nécessairement communautaristes), la sociologie des radicaux (« les plus jeunes et les mois éduqués »)…
3- Cet ouvrage suit un cheminement très cartésien. Au lieu de se lancer dans l’analyse des racines de l’islamisme, il prend le temps de raconter les musulmans de France et l’organisation de leur culte. Et c’est intéressant, car bien loin des idées reçues et rabâchées dans les médias. Il témoigne, et c’est encore à souligner, des réussites de l’intégration et de l’assimilation « à la française », de ses vertus et différences par rapport au modèle anglo-saxon. Ensuite seulement, il explore les tensions que provoque le conflit entre la recherche identitaire de certains musulmans, une orthodoxie religieuse agitée comme une ressource pour les « damnés de la terre », et le respect des valeurs fondamentales de la société française.
4- Il analyse les discours dominants sur l’islamisme et « le grand remplacement » (les musulmans qui voudraient faire de la France une terre de la communauté universelle et hypothétique de l’Ouma), analysé tant du coté des prédicateurs, des médias et des associations qui les relaient, que du coté de ceux qui les dénoncent ou les excusent, de Zemmour à Plenel, sans oublier quelques autres chroniqués sur Culture-Tops : Finkielkraut, Bruckner, Todd…
5 – Il propose des solutions pour donner une voix aux musulmans de France, dont il explique la difficulté à la rendre audible, faute d’organisation nationale et d’indépendance des grandes mosquées par rapport à l’Algérie, le Maroc ou la Turquie.
POINTS FAIBLES 
1- Et bien…. j’en vois peu.
2- Ah si : Hakim El Karoui a été conseiller de Jean-Pierre Raffarin, a eu deux oncles ministres en Tunisie (dont un « Premier »), et il n’aime pas particulièrement la façon dont Edwin Plenel prend la parole au nom des musulmans de France  (« mineurs » sans capacités de se défendre eux même, ou « bébés phoques ») – alors forcement, il est suspect aux yeux de certains !
3- Les propositions qui forment le dernier chapitre (et dont certaines sont en cours de mise en œuvre)  sonnent un peu comme un manifeste pour faire de Hakim El Karoui l’homme de synthèse dont les musulmans de France ont besoin. On va dire que c’est de bonne guerre tant paraît évident que pour faire avancer la cause d’un islam de France, modéré et respectueux des valeurs républicaines, il vaut mieux un ambassadeur motivé, compétent et concerné.
EN DEUX MOTS 
De toute la littérature qui est sortie ces dernières années sur l’islam, l’islamisme, les musulmans de France, les territoires perdus de la République, le djihadisme, l’islamophobie… si vous voulez commencer la série, n’en lisez qu’un : celui là ! Très documenté, à des sources sûres (Crédoc, Ined, Institut Montaigne…) il donne le sentiment de revenir à l’essentiel, qui est de jeter un regard objectif sur une réalité sociologique et religieuse. Il dédramatise de façon convaincante l’image d’un islam identitaire, replié sur soi, que donnent à foison les médias.  Il ne cache pas les dérives intégristes, communautaristes, mais le replace dans un contexte qui ne culpabilise pas à longueur de lignes le colonisateur brutal et criminel que chaque français a l’impression d’être à la lecture de certaines tribunes.
Hakim El Karoui ne cache pas que des problèmes demeurent. Pour autant, le modèle d’assimilation « à la française » fonctionne beaucoup mieux qu’on le dit, et l’islam doit être en France, selon ses dires, une religion comme les autres.
Le chemin pour y parvenir, dit il, passe par l’unification de l’organisation du culte, la clarification des financements caritatifs et la redistribution des fonds de l’économie halal, nécessaires au fonctionnement des mosquées.
Une solution française à l’Islam de France : une idée simple qui concerne 6 à 7 millions de français.
UN EXTRAIT
Ou plutôt 9, car le livre en vaut la peine:
– « … la représentation fausse que la société se donne du fait musulman en France trouve des explications rationnelles : une très grande concentration géographique des musulmans, une pratique religieuse très supérieure à celle des catholiques , […] la surdélinquance des enfants de l’immigration et notamment des musulmans, la violence terroriste commise au nom de l’islam. Ces fait objectifs concourent à déformer la place réelle qu’occupe l’islam en France. » P 64
– « Petit à petit, le halal devient un mode de vie, une façon d’être au monde, qui distingue ceux qui s’y trouvent et ceux qui n’en sont pas. Certains se chargent d’imposer cette vision manichéenne à l’ensemble de la société, qu’ils divisent entre les bons musulmans et les mécréants. » P 89
– « L’islamisme français est le produit de la rencontre entre la crise de transition du monde arabe et la crise du sens, française et occidentale. » P 103
– « Tout naturellement donc et comme partout avant, l’évolution des familles et des sociétés « arabo-musulmanes » conduit non pas à un retour en arrière, mais plutôt vers la famille de type occidental, nucléaire, peu nombreuse, avec des femmes égales aux hommes. » P 111
– « Dans cette société marquée par l’individualisation des rapports sociaux, on s’affirme plus que jamais par ce qui nous différencie des autres. La religion peut être un moyen de cette affirmation. Et le repli, une solution pour ceux qui se sentent agressés par le monde extérieur.  » P 121
– « L’islam est une foi et un ensemble de règles de vie, mais ce n’est pas une politique. Contrairement à l’islamisme qui est, comme le communisme, une idéologie, un projet de société ! » P 179
– « La cécité des intellectuels est inquiétante : ils ne voient ni la France telle qu’elle est, ni l’islam et les musulmans tels qu’ils sont. Ils plaquent leur vision du monde sur cette crise religieuse, sociale et identitaire et en tirent les conclusions qui les arrangent.  La colonisation pour les uns, la République pour les autres, la gauche, la droite, tout le monde est coupable. » P 181
– « Emmanuel Macron a su « mettre en marche » une nouvelle génération de dirigeants politiques. Il faut faire exactement la même chose  chez les musulmans de France. L’Algérie, le Maroc et la Turquie sont comme les vieux partis qui se déchiraient  tout en se partageant les places avec souvent la ferme ambition de ne rien faire. Place à une nouvelle génération, soucieuse non pas des pays d’origine, mais de la France… engagée dans la vie de la cité, et respectueuse des us et coutumes de la République Française. » P 247
– « Et puis surtout, il faut changer le discours. Il est temps de faire preuve de responsabilité et d’arrêter de se cacher derrière des discours lénifiants et sympathies ( « l’islam est une religion de paix », « l’islam est l’ennemi de la violence ») évidemment vrais mais qui font litière du fait que l’islam c’est aussi ce qu’en font les musulmans. Et notamment ceux qui font le plus de bruit. Par ignorance collective des textes sacrés, personne n’est capable de répondre à la propagande des salafistes. » P 248
L’AUTEUR  
Hakim El Karoui est normalien, spécialisé en géopolitique. Conseiller technique du premier Ministre Jean Pierre Raffarin puis du Ministre de l’économie Thierry Breton ; il a aussi été banquier et conseil en stratégie, fondateur de sa propre société de conseil, Volentia. Attaché à la promotion de la « diversité », il crée le « Club 21ème Siècle » pour sensibiliser les leaders d’opinion sur ce thème et agir au profit des jeunes. Chroniqueur dans l’hebdomadaire L’opinion, il est aussi l’auteur de 3 autres essais de prospective (sur l’Europe, le modèle occidental et la crise financière de 2008), auteur pour l’Institut Montaigne, en 2016 du rapport « un islam français est possible » (qui est la base de cet essai) et en 2017, du rapport sur la nouvelle politique arabe de la France. Depuis sa création fin 2016, il est membre de la Fondation de l’Islam de France, présidée par Jean Pierre Chevènement.

Voir encore:

ENQUÊTE FRANCEINFO. Les étranges factures de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon

Des structures dirigées par des proches de Jean-Luc Mélenchon ont-elles surfacturé leurs services pendant la campagne présidentielle et bénéficié du remboursement de l’État ? Plusieurs centaines de milliers d’euros de factures posent question.

Cellule Investigation de Radio France, Sylvain Tronchet, Elodie Guéguen, Radio FranceFranceTVinfo
22/02/2018

Jean-Luc Mélenchon insiste : ses comptes de campagne ont été validés, il n’y aurait donc, selon lui, plus matière à évoquer de possibles irrégularités. Pourtant, à bien la lire, la décision de la Commission nationale des comptes de campagne et du financement politique (CNCCFP) est plus nuancée. Si elle confirme que le candidat de La France insoumise (LFI) n’a pas dépassé le plafond autorisé des dépenses de campagne, elle a retoqué plus de 400 000 euros de factures présentées par son équipe, estimant que certaines prestations étaient surfacturées.

Un recours massif à la « sous-traitance » très inhabituel

Les principaux candidats à la présidentielle ont versé des millions d’euros de salaire à leur équipe pendant la campagne. Ces collaborateurs étaient soit directement salariés par l’association de financement du candidat, soit mis à disposition par un parti politique, auquel cas l’association remboursait leurs rémunérations. À ce titre, en 2017, Marine Le Pen a dépensé 2,4 millions d’euros pour son staff, Emmanuel Macron 1,7 million et Benoît Hamon 1,3 million. L’association de financement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, elle, n’a versé que 7 949 euros de salaires pour toute la campagne. Moins que François Asselineau ou Jacques Cheminade. Comment l’expliquer ? Jean-Luc Mélenchon a fait le choix très inhabituel de faire salarier une large partie de son équipe de campagne dans des structures extérieures, dirigées par certains de ses proches. Celles-ci lui ont ensuite refacturé leurs services. Ce type de montage a nourri les soupçons du rapporteur de la CNCCFP qui claqué la porte avec fracas avant la fin de sa mission. Il s’est demandé si l’association de financement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon n’avait pas accepté des surfacturations avant d’en demander le remboursement par l’État (Lire son interview à Mediapart ici (lien payant).

Une opération lucrative pour une petite association

Comme l’ont déjà expliqué nos confrères du Monde, une association a particulièrement tiré profit de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Il s’agit de L’Ere du peuple, fondée à la veille du début de la campagne électorale par des proches de l’ancien ministre socialiste. L’Ere du peuple a salarié, selon nos informations, quatre permanents de l’équipe de campagne de Mélenchon, dont les deux actuels députés France insoumise Bastien Lachaud et Mathilde Panot. Nous avons eu accès au détail de ces marchés : il apparaît que l’association a refacturé très cher les « prestations intellectuelles » de ces membres du staff de campagne. Un exemple : Bastien Lachaud a été payé 29 000 euros brut pour son rôle de coordonnateur du pôle « action de campagne et événements ». Or, L’Ere du peuple a refacturé ses services 129 000 euros à l’association de financement du candidat Mélenchon. Un différentiel incompréhensible pour la Commission des comptes de campagne. La CNCCFP se demande si L’Ere du peuple, présidée par un très proche de Jean-Luc Mélenchon, le conseiller d’État Bernard Pignerol, n’a pas cherché à surfacturer plusieurs prestations.

Une agence de communication incontournable

Plus de 11% des dépenses de campagne de Jean-Luc Mélenchon (plus de 10 millions d’euros au total) ont bénéficié à une société : Mediascop, créée et dirigée par Sophia Chikirou, la directrice de communication de la campagne, qui en est également la seule actionnaire. Les 1 161 768 euros qu’elle a facturés pendant la présidentielle ont également éveillé la curiosité des rapporteurs. Ils ont constaté qu’un certain nombre de prestations étaient facturées au-dessus de la grille tarifaire de la société. Surtout, Mediascop semble n’exister que pour porter la communication de Jean-Luc Mélenchon. La société n’a pas de locaux, pas de salariés en dehors des périodes de campagne, pas de matériel. Ce qui ne l’empêche pas de réaliser des profits importants : Mediascop affichait une rentabilité nette de 47% en 2016, alors que les premières factures de la présidentielle venaient de lui être réglées.

>> Présidentielle 2017 : Mediascop, la très rentable société de la dircom’ de Mélenchon

Des collaborateurs auto-entrepreneurs

Si l’association de campagne de Jean-Luc Mélenchon a payé étonnamment peu de salaires, c’est aussi parce qu’elle a eu recours à l’auto-entreprenariat. D‘après nos informations, une dizaine de membres de l’équipe de campagne ont été payés en honoraires via une société, créée souvent pour l’occasion. Certains l’ont d’ailleurs fermée juste après la campagne. Parmi eux, Alexis Corbière. Le porte-parole du candidat Mélenchon n’était pas salarié, mais a perçu 28 700 euros d’honoraires pendant la campagne. Jean Luc Mélenchon a pourtant maintes fois brocardé ce statut, qu’il avait même promis de supprimer s’il était élu en 2012, le qualifiant « d’arnaque de première grandeur ».

Silence de l’entourage de Jean-Luc Mélenchon

Nous avons adressé une longue liste de questions à l’attachée de presse de Jean Luc Mélenchon, Juliette Prados. Nous avons également sollicité Alexis Corbière, Sophia Chikirou, Bernard Pignerol, Bastien Lachaud et Mathilde Panot. Ils n’ont pas donné suite à nos multiples relances, et n’ont pas souhaité commenter nos informations.

Voir enfin:

Affaire Mennel : Taubira apporte son soutien à la chanteuse

Société. Christina Taubira a pris la défense d’une jeune participante évincée de l’émission The Voice pour des propos complotistes.

Valeurs actuellesChristiane Taubira ravive « l’affaire Mennel ». Cette candidate de The Voice avait du quitter l’émission, le 9 février dernier, après la mise au jour de plusieurs de ses messages complotistes ou jugés complaisants à l’égard de l’islam radical. Ce jeudi 22 février, l’ancienne ministre de François Hollande apporte son soutien à la jeune femme dans une publication sur Facebook.

« Quelle somptueuse audace, et quelle promesse pour notre monde »

« On vous reproche des tweets passés. Vos références intellectuelles étaient loin d’être recommandables« , affirme Christiane Taubira, estimant que les références de Mennel à Tariq Ramadan ou Dieudonné « sont simplement indigentes et lamentables. Manifestement fourbes, parfois immondes. Ils ne sont pas les seuls. Le souci, c’est la fascination qu’ils parviennent à exercer sur de jeunes esprits, même brillants. C’est cela le seul sujet, pour nous autres adultes« .

« Vous vous êtes excusée et vous avez bien fait. N’en ayez surtout aucun regret, c’est votre hauteur« , ajoute l’ancienne responsable politique, avant de dénoncer l' »hystérie » qui a suivie l’affaire. Et de poursuivre : « On vous reproche votre ‘turban’, disent-ils. Il vous sied délicieusement, sans rien dissimuler de votre beauté encore en éclosion. Ils vous reprochent de chanter arabe… incultes, ils ne savent pas finir la phrase: en arabe la chanson d’un Juif magnifique. Quelle somptueuse audace, et quelle promesse pour notre monde« .

Voir enfin:

« Chers camarades conservateurs ! » Le discours américain de Marion Maréchal-Le Pen décrypté

Qu’a dit la nièce de Marine Le Pen au grand raout des conservateurs américains ? Il a fallu lire entre les lignes.

 Paul Laubacher

Tout le monde l’attendait, Marion Maréchal-Le Pen. Les conservateurs américains d’abord, qui se sont entre-déchirés à l’annonce de sa venue. Ses « amis » aussi, de l’autre côté de l’Atlantique : sa tante et les cadres du Front national avec une certaine angoisse, et puis la droite « hors les murs » et les proches de l’ancienne députée FN, avec une certaine impatience.

Elle était attendue, Marion Maréchal-Le Pen, avant tout parce qu’elle a réussi là où sa tante a échoué : se faire connaître et adouber chez les « alliés », les conservateurs et les membres d’un Parti républicain de plus en plus trumpisé. Marine Le Pen n’avait pas dépassé le rez-de-chaussée de la Trump Tower. Sa nièce a eu droit à 10 minutes de gloire, juste après le vice-président Mike Pence mais avant Donald Trump.

« De ce que j’ai pu entendre, le discours de Marion Maréchal-Le Pen était d’une banalité extrême », fait valoir à « l’Obs » Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques. « Elle a montré patte blanche aux conservateurs en leur parlant de liberté, d’immigration massive, de religion, de famille, de patriotisme. »

Elle n’a donc pas mis en scène les « subtiles » différences qu’elle peut avoir avec Marine Le Pen, mais clairement, son discours, qui n’était pas destiné à la politique française intérieure, avait un but : se faire connaître et se montrer avant le congrès du FN les 10 et 11 mars à Lille.

Qu’a-t-elle dit, l’enfant prodige ? Que voulait-elle dire ? Il va falloir lire entre les lignes.

« Fasciste » et « socialiste »

« Hello my fellow conservatives ! [Bonjour mes chers camarades conservateurs !] J’espère que les Américains aiment vraiment l’accent français. J’espère être moins terrifiante que la façon dont les médias américains m’ont représentée. Parce que c’est fou, hier j’étais ‘fasciste’, aujourd’hui je suis ‘socialiste’… Pourquoi pas… Quoi que disent les médias, c’est un véritable honneur d’ajouter ma voix française à cette vague de patriotes américains. »Quoi de mieux qu’un peu de « média bashing » pour commencer un discours ? Marion Maréchal-Le Pen réagit à sa manière aux remous qu’a provoqués sa visite aux Etats-Unis en suivant le modèle de sa tante ou de Donald Trump : montrer que les médias américains, et français, racontent n’importe quoi. Plusieurs conservateurs américains avaient critiqué sa présence, parce qu’elle était membre d’un parti d’extrême droite et parce qu’elle est la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, plusieurs fois condamnés pour contestation de crime contre l’humanité et antisémitisme.

Le second terme associé à Marion Maréchal-Le Pen est aussi intriguant. Est-elle « socialiste » ? Aux Etats-Unis, la connotation du terme est largement négative, surtout chez les conservateurs américains. Le Tea Party avait souvent attaqué Barack Obama et sa politique en la caractérisant de « socialiste ». Le mot est encore associé à l’Union soviétique et l’idée d’un gouvernement qui s’immisce dans la vie des citoyens, contrôlant tout et laissant peu de place à cette liberté, tant chérie par les Américains.

Pourquoi Marion Maréchal-Le Pen est-elle accusée d’être « socialiste » ? C’est avant tout à cause du programme politique du Front national, et donc de Marine Le Pen. Malgré le départ de Florian Philippot, la ligne souverainiste-sociale est encore très présente dans la matrice politique du Front national. Une ligne que les conservateurs américains, qui ne sont pas tous pro-Trump, identifient au socialisme, et ce n’est pas un compliment dans leur bouche. Surtout, c’est une ligne dans laquelle Marion Maréchal-Le Pen ne se reconnaît pas, elle qui est plus libérale qu’étatiste, plus identitaire que souverainiste.

En pointant qu’elle n’est ni « fasciste » ni « socialiste », Marion Maréchal-Le Pen veut avant tout rassurer et assurer qu’elle a sa propre structure idéologique, malgré un héritage politique qu’elle n’a jamais renié.

« 240 ans d’amitié » franco-américaine

« Aujourd’hui, je suis venue honorer 240 ans d’amitié. Notre amitié a commencé il y a longtemps, avant les plages de Normandie et les tranchées de Belleau Wood, où l’écho de la bravoure de vos soldats résonne encore. Notre alliance est formée par la quête commune de la liberté. Mon pays, la France, fut la première à reconnaître votre indépendance. Ce fut avec le sang français, répandu sur le sol américain, que commença notre amitié. Aujourd’hui, plus de deux siècles plus tard, ici à la CPAC, nous nous tenons à nouveau côte à côte dans une autre bataille pour la liberté. »Comme le notait Jean-Yves Camus dans un note publiée, en août 2016, par la Fondation Jean-Jaurès sur le Front national et ses relations internationales :

« Le FN cherche à inscrire son projet dans la tradition gaulliste, en insistant sur la dénonciation de l’alignement sur les Etats-Unis, en défendant ‘l’avènement d’une Europe des nations’ et en formulant le souhait ‘d’une sortie du commandement intégré de l’OTAN' ».Surtout : « Le FN considère que les Etats-Unis incarnent l’ennemi ultime de la souveraineté des Etats, non seulement en raison de leur interventionnisme mais parce qu’ils auraient fait de l’ONU, de l’OTAN et de l’Union européenne des instruments au service de leurs intérêts. »

Clairement, Marion Maréchal-Le Pen ne reprend pas le projet frontiste, encore d’actualité malgré l’élection de Donald Trump qui avait ravi Marine Le Pen. Elle flatte l’histoire commune entre les Etats-Unis et la France, une histoire sanglante où les batailles et les guerres sont centrales. Comme pour un roman national.

La nièce de la présidente du Front national est plutôt dans la droite ligne de son grand-père, fan de Ronald Reagan. C’était l’époque où le Front national était atlantiste et pro-américain, et qu’il avait, comme le Parti républicain, une même vision ultralibérale avec une conception minimaliste du rôle l’Etat.

L’UE et les « nations millénaires »

« Cette liberté est un bienfait. Libertés économiques et politiques, liberté d’expression, liberté de conscience sont nos trésors communs. Après 1.500 ans d’existence, c’est nous, Français, qui devons à présent nous battre pour notre indépendance. Non, la France n’est aujourd’hui plus libre. Les Français ne sont pas libres de choisir leur politique, qu’elle soit économique, monétaire, migratoire ou même diplomatique. Notre liberté est dans les mains de l’Union européenne. » « Cette Union européenne n’est pas l’Europe. C’est une idéologie qui ne sait que regarder vers l’avenir tout en souffrant d’amnésie historique. Une idéologie hors-sol, sans peuple, sans racines, sans âme et sans civilisation. L’UE est en train de lentement tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80% – oui, vous avez bien entendu – 80% des lois sont imposées par l’UE. La seule fonction de notre Assemblée est aujourd’hui de valider des lois faites par d’autres. »S’attaquer à l’Union européenne sans évoquer un Frexit et la sortie de l’Euro ? Marion Maréchal-Le Pen l’a fait. Plutôt que de se placer dans une position souverainiste, qu’elle n’a jamais eue, l’ancienne députée frontiste place le combat contre l’UE sur le plan du projet de civilisation. Selon elle, il existe une idée européenne, mais bien loin du monstre technocratique et bureaucratique que représenteraient Bruxelles et Strasbourg.

Les proches de Marion Maréchal-Le Pen le précisent toujours : « Elle n’est pas là pour parler de 3% de déficit ou de point de PIB. Ce n’est pas un projet de société, ni de civilisation. Le FN a choisi de faire ce choix, de faire la politique du vide. Marion Maréchal-Le Pen veut parler de peuples, de racines, d’âme. »

De son côté, Marine Le Pen essaye encore de montrer que le projet européen du FN n’a plus rien à voir avec la sortie de l’euro qu’elle prônait pendant la présidentielle. Le désastre du débat d’entre-deux tours face à Macron a fait comprendre au parti d’extrême droite qu’il fallait oublier un « Frexit » qui ne disait pas son nom pour promouvoir une « Europe des nations » et changer l’UE de l’intérieur. Au FN, on se dit aujourd’hui « européen » mais pas « européiste ». Et on essaye de parler « civilisation ». Un peu comme Marion Maréchal-Le Pen.

« Je veux la France pour les Français ! »

« Que je sois claire : je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Trump dire ‘America First’. En fait, je veux que l’Amérique passe en premier pour les Américains. Je veux l’Angleterre pour les Anglais. Et je veux la France pour les Français ! » « C’est pourquoi je me bats pour que la diplomatie française conserve son rôle unique, de lien entre l’Est et l’Ouest. Une longue histoire nous a permis de former des liens privilégiés avec l’Afrique, la Russie, l’Asie et le Moyen-Orient. Nous devons être capables de garder les capacités de décider pour nous-mêmes sur les sujets militaires et diplomatiques. Nos forces sont complémentaires. » « Comme vous, si nous voulons que la France redevienne grande, nous devons défendre nos intérêts économiques dans la globalisation. L’UE nous soumet à une concurrence déloyale face au reste du monde. Nous ne pouvons accepter un modèle qui produit des esclaves dans les pays en voie de développement et des chômeurs en Occident. »C’est la partie la plus « trumpienne » du discours de Marion Maréchal-Le Pen. Marion Maréchal-Le Pen prend fait et cause pour l’isolationnisme et le protectionnisme, que prétendent pratiquer Donald Trump et son entourage, face à la mondialisation.

Et si la petite fille du cofondateur du FN cite la Russie, c’est n’est pas un hasard. Comme l’explique Jean-Yves Camus, dans sa note à la Fondation Jean Jaurès, « face au prétendu impérialisme américain », avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, la Russie « symbolise » pour le FN « la seule véritable opposition ». « Le projet de société russe ainsi que la vision du monde proposée par Vladimir Poutine rejoignent parfaitement l’idéologie frontiste. Ils dessinent l’Etat russe comme protecteur des plus faibles et des opprimés à travers le monde (en Ukraine ou en Syrie) et comme le garant des valeurs traditionnelles chrétiennes ».

En novembre 2016, Marion Maréchal-Le Pen avait fait un voyage remarqué en terre poutinienne. Face à « l’uniformisation du monde » et au « multiculturalisme », « la Russie est un partenaire incontournable » car « elle a su défendre ses racines », avait-elle lancé.

Mais Jean-Yves Camus tempère l’intérêt que pourrait porter Marion Maréchal-Le Pen à la Russie par rapport aux Etats-Unis : « Je pense qu’elle sait qu’elle a plus à apprendre en allant voir et parler avec les conservateurs américains et qu’avec les Russes ».

« Une contre-société islamiste »

« Je refuse le monde standardisé proposé par l’UE. Je considère que les peuples ont le droit à une continuité historique. Ce que je veux, c’est la survie de ma nation, être capable de transmettre, pas seulement mon héritage matériel mais aussi mon patrimoine immatériel. Les jeunes Français ne sont pas encouragés à découvrir et à aimer cet héritage culturel. On leur fait subir un lavage de cerveaux, à base de culpabilité et de honte de leur pays. » « Le résultat, c’est le développement d’une contre-société islamiste en France. » « Après 40 ans d’immigration massive, de lobbies islamiques et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Église à petite nièce de l’islam. Et le terrorisme n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ce n’est pas la France pour laquelle nos grands-parents se sont battus. » « Comment en sommes-nous arrivés là ? Parce que l’UE et la France ont oublié un point crucial : ‘pour s’ouvrir à l’autre, il faut un cœur ferme ; pour accueillir, il faut rester, et pour partager il faut avoir quelque chose à offrir’. »Là, pas de surprise. Marion Maréchal-Le Pen fait ce qu’elle a toujours su faire, au FN et en dehors : critique d’un monde marchand, critique du travail de mémoire et de la perte d’influence de l’Eglise catholique, de la présence de l’islam en France…

En évoquant la religion, elle bâtit un pont avec les conservateurs américains. Elle souligne sa foi chrétienne, elle qui a fait une partie de sa scolarité à l’Institution St-Pie X de St-Cloud, école catholique traditionaliste. Elle en fait même un fondement de son engagement politique.

Elle le fait aussi parce que, comme l’explique Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire, dans une interview au « Monde », « elle part d’une extrême droite nationale qui est assez proche de celle qu’incarne Trump ». Il explique :

« On sait que son projet est d’aller grignoter la droite conservatrice pour la faire exploser afin de former une sorte de mouvement national conservateur dont elle serait le pivot. C’est ce qu’a réussi Trump. »

« Sans genre, sans père, sans mère et sans nation »

« Dans cette perspective, le modèle de société que nous portons est basé sur une conception de l’humain enraciné dans sa mémoire collective et sa culture partagée. Sans nation et sans famille, le bien commun, la loi naturelle et la morale collective disparaissent cependant que perdure le règne de l’égoïsme. » « Même les enfants sont devenus une marchandise ! Nous entendons dans le débat public ‘nous avons le droit de commander un enfant sur catalogue’. ‘Nous avons le droit de louer le ventre d’une femme’. ‘Nous avons le droit de priver un enfant de mère ou de père’. Non, vous ne l’avez pas ! Un enfant n’est pas un droit. » « Est-ce cela, la liberté que nous désirons ? Non, nous ne voulons pas de ce monde atomisé de l’individu sans genre, sans père, sans mère et sans nation. Que voulons-nous alors ? Comme vous, je veux retrouver mon pays ! »Il y a des batailles que l’on n’oublie pas. Pour Marion Maréchal-Le Pen, c’est celle du Mariage pour tous, contrairement à Marine Le Pen. En se positionnant sur ces questions sociétales, la frontiste avait marqué des points dans l’électorat catholique. Et en marque toujours.

Aujourd’hui, malgré sa retraite, Marion Maréchal-Le Pen fait entendre sa voix sur la PMA et la GPA. Evidemment elle est contre. D’autres en France, le sont aussi. C’est le cas de Sens commun, émanation politique de la Manif pour tous affiliés à LR, dont l’ancien président Christophe Billan, avait déclaré dans une interview à « l’Incorrect », le mensuel créé par des proches de Marion Maréchal Le Pen :

« Si Marion MaréchalLe Pen vient demain avec ses idées rejoindre une plateforme, cela ne me posera aucun problème. Mais si elle est plus Le Pen que Marion, j’aurais un souci ».Aujourd’hui, il semble que Marion soit plus Maréchal que Le Pen.

« Le but ? Former les chefs de demain »

« Je suis venu vous dire qu’il y a aujourd’hui une jeunesse prête pour cette bataille en Europe : une jeunesse qui croit au dur labeur, qui croit que ses drapeaux signifient quelque chose, qui veut défendre les libertés individuelles et la propriété privée. Une jeunesse conservatrice qui veut protéger ses enfants de l’eugénisme et des délires de la théorie du genre. Une jeunesse qui veut protéger ses parents de l’euthanasie et l’humanité du transhumanisme. » « Comme la jeunesse américaine, la jeunesse française est héritière d’une grande nation. À qui beaucoup est donné, et de qui beaucoup est attendu. » « Notre combat ne doit pas être seulement électoral : nous devons diffuser nos idées dans les médias, la culture et l’éducation, afin de stopper la domination des libéraux et des socialistes. » « C’est pourquoi j’ai récemment lancé une école de management et de sciences politiques. Le but ? Former les chefs de demain. Ceux qui auront le courage, le discernement et les techniques pour défendre les intérêts de leur peuple. » « Le défi est gigantesque, mais les deux années qui viennent de s’écouler ont montré une chose : ne sous-estimez jamais le peuple ! Une bataille qui n’est pas menée est déjà perdue. » « Le Brexit au Royaume-Uni, Manif pour tous en France, et, bien sûr, l’élection de Donald Trump prouvent une chose : quand les peuples ont l’opportunité de reprendre leur pays, ils la saisissent ! »  « Par votre action et votre talent, vous avez réussi à remettre le conservatisme en priorité dans l’agenda politique. Construisons sur ce que vous avez accompli ici, afin que des deux côtés de l’Atlantique un agenda conservateur domine. » « Je termine par une citation de Mahler que j’aime particulièrement. Une citation qui résume le conservatisme moderne : ‘La Tradition n’est pas la vénération des cendres, mais la transmission de la flamme’. Vous fûtes l’étincelle. C’est maintenant à nous de nourrir la flamme conservatrice dans notre pays. » Vivent les nations libres, vivent les peuples libres et longue vie à l’amitié franco-américaine. Merci.Le retour médiatique de Marion Maréchal-Le Pen s’est, en fait, réalisé en deux temps : d’un côté, le discours au CPAC, et de l’autre, le même jour, la publication d’une tribune dans l’hebdomadaire de référence de la droite identitaire, « Valeurs actuelles », dans laquelle elle annonce participer à « la création d’une académie de sciences politiques ».

Et ce n’est pas un hasard si elle évoque ce projet dans son discours devant les conservateurs américains. « Comme ce n’est pas un hasard qu’elle participe au CPAC deux semaines avant le congrès. Elle n’a pas choisi la date, mais elle a choisi d’y aller », précise Jean-Yves Camus.

En lectrice assidue du philosophe italien Gramsci, elle a retenu la leçon de la théorie de la bataille de l’hégémonie culturelle en préalable de la victoire politique. Les nouveaux hérauts du conservatisme français ne disent pas autre chose : ils entendent réinvestir les métiers de la transmission, l’enseignement et le journalisme, cruciaux pour parvenir à imposer ses idées.

Par exemple, Eugénie Bastié, journaliste au « Figaro » et nouvelle égérie de la jeunesse conservatrice (elle a 26 ans, deux ans de moins que Marion Maréchal-Le Pen), lors d’une conférence à Versailles intitulée « reconquérir les médias pour gagner la bataille des idées » (et aussi ici) expliquait pourquoi et comment la « droite a abandonné l’hégémonie culturelle à la gauche » :

« Je crois qu’il y a dans ce basculement une responsabilité de la bourgeoisie, catholique et conservatrice notamment, qui n’a jamais encouragé ses enfants à aller vers les métiers de la transmission et à épouser une carrière médiatique. »Avec son école qui « ne sert aucun » parti politique mais qui a vocation à « détecter et former les dirigeants de demain », Marion Maréchal-Le Pen a l’ambition de passer de la théorie aux travaux pratiques. Son projet s’inscrit pleinement dans la recomposition politique encore en cours, provoquée par l’élection d’Emmanuel Macron. La droite républicaine est encore et toujours fracturée et divisée. Le Front national subit une crise d’identité et de leadership. Et la nièce prodige entend bien en tirer profit, un jour ou l’autre.


Diplomatie: Vous avez dit pays de merde ? (It’s not shit holes, it’s shit shows, stupid !)

15 janvier, 2018
Lorsqu’un Sanhédrin s’est déclaré unanime pour condamner, l’accusé sera acquitté. Le Talmud
Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha. La foule sans tête  était à la fête  Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas  C’est plus juste en somme  d’abattre un seul homme.  Ce jeune homme a dit la vérité  Il doit être exécuté… Guy Béart
Tous les problèmes du monde viennent actuellement de ce petit pays de merde Israël. Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, Londres, décembre 2001)
Over the past few days, I have been the subject of grave accusations because of a comment I am reported to have made during a conversation with Lord Black. The facts are: while we were discussing the Israeli-Palestinian issue, I pointed out to Lord Black that this tragedy was taking place in a geographically limited area (I even specified that it was the equivalent of three French departments) that for 40 years had been suffering from a conflict whose equitable solution seems more out of reach than ever. Of course, I never meant to insult Israel or any other part of that region. The deliberately biased presentation of this conversation in some circles, accompanied by malicious accusations, is deeply shocking and insulting. Daniel Bernard
In the course of the discussion the ambassador referred to ‘little Israel’ in the sense that it is geographically small, but that nevertheless the scale of the consequences is huge and the repercussions around the world are tremendous. Yves Charpentier (French embassy spokesman)
Bernard assure ne pas s’en souvenir et le Quai d’Orsay a qualifié l’attribution de cette phrase à l’ambassadeur de France d’insinuations malveillantes. Libération
Beaucoup de déçus dans la lutte entre le monde islamique et les infidèles ont essayé de rejeter la responsabilité en annonçant qu’il n’est pas possible d’avoir un monde sans les États-Unis et le sionisme. Mais vous savez que ce sont un but et un slogan réalisables. Pour étayer ses propos, le président se réfère à la chute, dans l’histoire récente, de plusieurs régimes que personne ne voyait sombrer. Lorsque notre cher imam (Khomeiny) a annoncé que le régime (du Shah) devait être supprimé, beaucoup de ceux qui prétendaient être politiquement bien informés ont déclaré que ce n’était pas possible. Qui pouvait penser qu’un jour, nous pourrions être témoins de l’effondrement de l’empire de l’Est (Union soviétique) ? L’Imam a annoncé que Saddam devait s’en aller puis a ajouté qu’il s’affaiblirait plus vite que personne ne l’imagine.  L’Imam (Khomeiny) a annoncé que le régime occupant Jérusalem devait disparaître de la page du temps. Ahmadinejad (Conférence du monde sans sionisme, 25 octobre 2005)
L’Imam disait que ce régime qui occupe Jérusalem doit être rayé de la carte. Ahmadinejad (traduction fautive de l’Islamic Republic New Agency)
Mess is the president’s diplomatic term; privately, he calls Libya a “shit show,” in part because it’s subsequently become an isis haven—one that he has already targeted with air strikes. It became a shit show, Obama believes, for reasons that had less to do with American incompetence than with the passivity of America’s allies and with the obdurate power of tribalism. Jeffrey Goldberg (The Atlantic, April 2016)
You said at the outset that we need to phase this. I think the first phase is what Chuck and Steny and I have mentioned, and others as well: We have a deadline looming and a lot of lives hanging. We can agree on some very fundamental and important things together on border security, on chain, on the future of diversity visas. Comprehensive, though, I worked on it for six months with Michael Bennet, and a number of — Bob Menendez, and Schumer, and McCain, and Jeff Flake — and it took us six months to put it together. We don’t have six months for the DACA bill. Dick Durbin
The people coming across the southern border live in hellholes. They don’t like that. They want to come here. Our problem is we can’t have everybody in the world who lives in a hellhole come to America. There are 11 million people coming through the southern border ‘cause they come from countries where they can’t find work, and life is miserable. So it seems to me that if you can control who gets a job you’ve gone a long way in controlling illegal immigration. Because as long as the jobs are available in America you can’t build a fence high enough to stop people. (…) I wasn’t slandering Mexico, I was just talking about all the places people want to leave, for whatever reason. Lindsay Graham (2013)
President Donald Trump is absolutely right. When you have heads of state who mess with the constitutions to perpetuate their power. When you have rebel factions that kill children, disembowel women as saints, who mutilate innocent civilians. Mamady Traore (sociologist, Guinea)
La gauche angélique et irresponsable fait faussement passer Emmanuel Macron pour un opposant déterminé à l’immigration de peuplement. (…) Cet étalement de bons sentiments en dit long sur l’aveuglement face au raidissement de l’opinion. Partout en Europe, et singulièrement en France, les gens rejettent majoritairement une immigration qui ne s’assimile plus et qui porte en elle un nouvel antisémitisme. Reste que Macron n’est pas l’homme à poigne que croient voir les inconditionnels de l’accueil pour tous. Son soutien à la politique d’Angela Merkel, qui a fait entrer en Allemagne plus d’un million de « migrants » musulmans en 2015, ajouté à son mépris des « populistes » qui réclament le retour aux frontières, ne font pas du président un obstacle sérieux à l’idéologie immigrationniste. Tandis que les pays d’Europe de l’Est, qui ont déjà sauvé l’Europe de l’envahisseur ottoman en 1683, sonnent une nouvelle fois l’alarme sur une histoire qui se répète, Macron joint sa voix à celle de l’Union européenne pour accabler la Pologne ou la Hongrie. Le député Guy Verhofstadt a récemment sermonné ces deux nations : « Il n’y a pas de place pour des pays qui rejettent nos valeurs. Toute référence à l’identité nationale est potentiellement fanatique ». Pour sa part, le commissaire européen aux migrations, Dimitris Avramopoulos, a admis (Le Figaro, vendredi), parlant d’ »impératif moral » mais aussi d’impératif « économique et social » : « Il est temps de regarder en face la vérité. Nous ne pourrons pas arrêter la migration ». Macron l’européen demeure, jusqu’à présent, dans cette logique de l’ouverture et du remplacement. Ivan Rioufol
Autant je n’apprecie pas l’homme mais cette fois-ci,Il a dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.cette sortie mediatique doit interpeller nos decideurs africains qui appauvrissent leurs peuples.qui sont obligEs d’immigrer a la recherche d’une vie meilleure et certains au peril de leurs vie. Lûcïus L’inusable Ngoy
Il lui fallait un minimum de diplomatie. Il a parlé tout haut ce que les autres pensent tout bas. C est aux presidents africains de faire respecter leurs gouvernés. Madeleine Ngendakumana
J’espère juste que les dirigeants africains qui se plient devant les USA en tireront des leçons et seront agir dorénavant avec dignité sous la dépendance des grandes nations. André Bernard
Les autres utilisent les paroles diplomatiques pour cajoler les maux,mais Trump n’a pas besoin de ca. Il est direct dans ses propos et les diplomates les traitent d’un malade mental.Non,non,non il dit ce que les autres disent tt bas car depuis que les paroles diplomatiques sont prononces les maux ont atteint un niveau inexprimable. Adjuabe Tanzi
Mr Trump peut être qualifié de tous les maux sauf d’être hypocrite. Il reste cohérent ici et ailleurs lorsqu’il parle du système des nations unies , de l’ otan ou autres G5 SAHEL. Amara Tidiani Kante
N a t il pas raison? Pourtant en se retournant la tete on peut voir des presidents a vie, une pauvrete extreme, des pilleurs de l economie, des manipulations constitutionnelle et beaucoup d autres choses, alors si tu veux etre respecter, respecte toi le premier. Balde Moutarou
Ce président est tres important pour l’afrique! il aide les africains à faire l’introspection! il a dit la verité! mais ces africains qui viennent chez-vous cher puissant président ont peur de l’insécurité créée par des dirigeants africains mediocres et qui veulent s’eterniser au pouvoir! comme tu es puissant, aide les africains à faire partir ces dirigeants mediocres et ils ne viendront plus là chez-toi au paradis! je t’admire puisque tu n’est pas hypocrite, donc diplomate comme les autres le disent! Pascal Murhula
c’est que j’aime chez ce monsieur quoi qu’on dise de lui il ne pas hypocrite, il parle tout haut ce que les autres disent tout bas. il est temps de faire comprendre aux médiocres qu’ils sont mesquins. Ntinti Luzolo Junior (RFI)
Trump Is a Racist. Period. I find nothing more useless than debating the existence of racism, particularly when you are surrounded by evidence of its existence. It feels to me like a way to keep you fighting against the water until you drown. The debates themselves, I believe, render a simple concept impossibly complex, making the very meaning of “racism” frustratingly murky. (…) The history of America is one in which white people used racism and white supremacy to develop a racial caste system that advantaged them and disadvantaged others. (…) Trump is a racist. We can put that baby to bed. Charles M. Blow (NYT)
The recent protests by black players in the National Football League were rather sad for their fruitlessness. They may point to the end of an era for black America, and for the country generally—an era in which protest has been the primary means of black advancement in American life. There was a forced and unconvincing solemnity on the faces of these players as they refused to stand for the national anthem. They seemed more dutiful than passionate, as if they were mimicking the courage of earlier black athletes who had protested: Tommie Smith and John Carlos, fists in the air at the 1968 Olympics; Muhammad Ali, fearlessly raging against the Vietnam War; Jackie Robinson, defiantly running the bases in the face of racist taunts. The NFL protesters seemed to hope for a little ennoblement by association.(…) For the NFL players there was no real sacrifice, no risk and no achievement. Still, in black America there remains a great reverence for protest. Through protest—especially in the 1950s and ’60s—we, as a people, touched greatness. Protest, not immigration, was our way into the American Dream. Freedom in this country had always been relative to race, and it was black protest that made freedom an absolute. It is not surprising, then, that these black football players would don the mantle of protest. The surprise was that it didn’t work. They had misread the historic moment. They were not speaking truth to power. Rather, they were figures of pathos, mindlessly loyal to a black identity that had run its course. What they missed is a simple truth that is both obvious and unutterable: The oppression of black people is over with. This is politically incorrect news, but it is true nonetheless. We blacks are, today, a free people. It is as if freedom sneaked up and caught us by surprise. (…) Freedom came to blacks with an overlay of cruelty because it meant we had to look at ourselves without the excuse of oppression. Four centuries of dehumanization had left us underdeveloped in many ways, and within the world’s most highly developed society. When freedom expanded, we became more accountable for that underdevelopment. So freedom put blacks at risk of being judged inferior, the very libel that had always been used against us. To hear, for example, that more than 4,000 people were shot in Chicago in 2016 embarrasses us because this level of largely black-on-black crime cannot be blamed simply on white racism. (…) That’s why, in the face of freedom’s unsparing judgmentalism, we reflexively claim that freedom is a lie. We conjure elaborate narratives that give white racism new life in the present: “systemic” and “structural” racism, racist “microaggressions,” “white privilege,” and so on. All these narratives insist that blacks are still victims of racism, and that freedom’s accountability is an injustice. We end up giving victimization the charisma of black authenticity. Suffering, poverty and underdevelopment are the things that make you “truly black.” Success and achievement throw your authenticity into question. (…) For any formerly oppressed group, there will be an expectation that the past will somehow be an excuse for difficulties in the present. This is the expectation behind the NFL protests and the many protests of groups like Black Lives Matter. The near-hysteria around the deaths of Trayvon Martin, Michael Brown, Freddie Gray and others is also a hunger for the excuse of racial victimization, a determination to keep it alive. To a degree, black America’s self-esteem is invested in the illusion that we live under a cloud of continuing injustice. (…) Watching the antics of Black Lives Matter is like watching people literally aspiring to black victimization, longing for it as for a consummation. But the NFL protests may be a harbinger of change. They elicited considerable resentment. There have been counterprotests. TV viewership has gone down. Ticket sales have dropped. What is remarkable about this response is that it may foretell a new fearlessness in white America—a new willingness in whites (and blacks outside the victim-focused identity) to say to blacks what they really think and feel, to judge blacks fairly by standards that are universal. We blacks have lived in a bubble since the 1960s because whites have been deferential for fear of being seen as racist. The NFL protests reveal the fundamental obsolescence—for both blacks and whites—of a victim-focused approach to racial inequality. It causes whites to retreat into deference and blacks to become nothing more than victims. It makes engaging as human beings and as citizens impermissible, a betrayal of the sacred group identity. Black victimization is not much with us any more as a reality, but it remains all too powerful as a hegemony. Shelby Steele
I have interviewed six presidents of the United States. I have traveled with them. I have been in their homes. They’ve been in my home on multiple occasions. I have flown on Air Force One with them and commercial jets and private jets and car caravans and Winnebagos. Went to Disney World with one. They all have used the ‘S-word.’ Even that old gentleman, Ronald Reagan, would sometimes occasionally, rarely use the ‘F-word.’ So, the White house is going to endure. Doug Wead
Sometimes choice words were reserved for the political opponents. President Reagan famously referred to enemies a few times as “SOBs.” While former President Obama once called Mitt Romney a « bullshitter » in a “Rolling Stone” interview. One of the more profane presidents in recent history was Richard Nixon. Nixon was caught on White House tapes using numerous vulgarities, including some offensive terms about gay people. Likewise, President Johnson was accused of often using the “N-word” when talking about African-Americans. Some of these remarks were caught on video. In 2000, George W. Bush was caught on a hot mic during a campaign rally calling Adam Clymer, a reporter with The New York Times, a « major league asshole. » In fact, both the younger Bush and his father, former President George H.W. Bush, are quoted in Mark Updegrove’s book, “The Last Republicans,” as dropping the “F-bomb.” George W. Bush even had this to say about two former colleagues. « [Former Vice President Dick Cheney and Defense Secretary Donald Rumsfeld] never made one f—-ing decision. » Even the silver-tongued President Clinton had his moments. In 2008, Clinton forgot to hang up a phone call with reporter Susan Phillips before saying he wouldn’t take any « shit » from Obama, then a candidate. The Hill
« Shithole countries » : l’expression grossière utilisée par Donald Trump suscite un tollé mondial depuis vendredi. Mais comment est elle traduite ? Incontestablement vulgaire, le terme « shithole » a nécessité quelques trésors d’imagination aux médias du monde entier pour exprimer de manière fidèle la réalité de la grossièreté de Trump sans trop choquer le public. Car Shithole se réfère aux latrines extérieures pour désigner un endroit particulièrement repoussant. En français, de nombreux médias, dont l’AFP ou LCI, ont retenu la formule très crue de « pays de merde », proche du sens littéral et conforme au style souvent sans fioritures de Donald Trump. Des dictionnaires bilingues comme le Harrap’s suggèrent toutefois des alternatives moins grossières, comme « porcherie », « taudis » ou « trou paumé ». LCI
Dismissing places where human rights abuses, hunger, and disease are rampant as “shitholes” without offering a viable alternative for running their governments is unproductive. But silencing anyone who dares speak the truth about these places – and what that says about their ruling ideologies – is even worse. Frances Martel

Attention: un pays de merde peut en cacher un autre !

Alors qu’après la reconnaissance de Jérusalem

C’est avec la même belle unanimité …

Que nos belles âmes condamnent à nouveau …

Une expression volée du président Trump lors d’une réunion à huis clos avec des sénateurs américains …

Sur les « pays merdiques » – l’anglais étant plus proche de « pays taudis » ou « trous paumés – dont les ressortissants continuent à se bousculer, on se demande bien pourquoi, pour entrer aux Etats-Unis …

Comment ne pas rappeler …

Sans parler au sein même de l’ONU de certains pays appelant explicitement à l’annihilation d’un de ses membres …

A cette tristement fameuse petite phrase, volée elle aussi il y a 17 ans, d’un ambassadeur de France sur le « petit pays de merde Israël » …

Ou à cette allusion en privée de l’ancien président Obama sur le « show de merde » libyen …

Ou à l’évocation il y a quelques semaines par le même sénateur ayant probablement dénoncé M. Trump …

Des termes mêmes d’immigration « en chaine » qu’il lui reprochait quelques jours plus tard …

Ou la référence il y a à peine cinq ans du sénateur Graham aux « trous d’enfer » mexicains ?

Et comment ne pas  repenser …

Alors que contre les derniers défenseurs de la terre plate, l’essouflement du mouvement des droits civiques afro-américain est de plus en plus patent …

Comme le confirme la réaction – « inattendue » dixit RFI –  de nombre de commentateurs africains

A l’instar des millions de migrants des pays évoqués votant ou s’apprêtant à voter avec leurs pieds …

Tandis qu’au niveau de nos élites et face à l’immigration clandestine, c’est l’aveuglement à tous les étages …

A la fameuse chanson de Guy Béart …

Sur les appels, vieux comme le monde, à l’exécution de celui qui dit  la vérité ?

Martel: The Value of Calling a Shithole a ‘Shithole’

In a news cycle full of poverty, war, political intrigue, and all the usual torment, America’s media have wasted valuable time this week debating the value of President Donald Trump’s use of a bad word.

Leftist journalists, politicians, and celebrities have scuttled out of the woodwork to decry that Trump allegedly branded some unspecified nations “shitholes.” The use of the term, they argue, proves the president is racist – and, as we all learned during the Obama era, all “racist” talk must be silenced.

The circumstances surrounding how we got to this point in the news cycle – where a nation is hanging on to every word of the president’s, and this word happens to be “shithole” – matter little in comparison to what this outbreak of decency among the elite liberal left exposes. It is a fact that those of us with family roots in oppressed nations know all too well: the left divides the world into “paradises” and “shitholes” all the time, depending on how much money there is to be had in duping apolitical Americans into buying their classifications.

It takes barely any time to find a handful of examples of profiteers selling naive thrill seekers the notion that any variety of impoverished, exploited underdeveloped country is a secret oasis full of exotic beauty and free of the “stain” of Western luxury.

“North Korea is probably one of the safest places on Earth to visit provided you follow the laws as provided by our documentation and pre-tour briefings,” Young Pioneer Tours, the company that swindled 22-year-old Otto Warmbier into an excruciating state murder, still boasts on its website today. “North Korean’s [sic] are friendly and accommodating, if you let them into your world and avoid insulting their beliefs or ideology.”

“Deeply embedded in the past, Belarus offers a rare insight into a bygone world,” the British travel website Wanderlust boasts of Europe’s last remaining communist nation, which remains heavily contaminated after Soviet negligence resulted in 2.2 million citizens being bombarded with radioactive waste in the 1986 Chernobyl nuclear disaster. “Located in the heart of Europe, Belarus is a living museum to Soviet Communism.”

“For 2,500 years, this powerful country has entranced, mystified and beguiled the world,” the New York Times boasts of the Islamic Republic of Iran (the Times offers its wealthiest subscribers tours to some of the world’s most repressive destinations through its “journeys” travel program). The tour includes a tour of the “family home of the religious leader who engineered Iran’s transition to an Islamic republic,” presumably former Supreme Leader Ruhollah Khomenei.

“Though Iran often rejects Western ways and is frequently under fire for its positions on human rights, its nuclear program and Israel, its role as a birthplace of civilization cannot be denied,” the Times gushes.

“The Republic of Congo is on the cusp of becoming one of the finest ecotourism destinations in Africa,” the travel guide publisher Lonely Planet‘s website claims, listing “a pleasantly laid-back capital city in Brazzaville, some decent beaches on its Atlantic coastline and the warm and welcoming Congolese culture” as its evidence.

Amnesty International’s page on Congo lists repression of dissidents, lack of press freedom, “harsh and inhumane” prison conditions, and widespread discrimination against the Pigmy ethnic minority as human rights concerns in the country. The World Bank found in its 2017 assessment that two-thirds of students who graduate primary school lack basic literacy and mathematical skills and nearly half the nation’s residents live below the poverty line.

Cuba, a nation drowning in garbage where unarmed mothers are beaten and arrested for going to church, you can find a “sexual Disneyland” where, “thankfully,” the Cuban government turns a blind eye to rampant sex trafficking.

Venezuela, where Marxism has forced people to actually eat the garbage laying around everywhere, was a “paradise for $20” in 2015, according to a Reuters headline quoting tourists at the time. “People should come. It’s so cheap, it’s ridiculous,” one tourist is featured as urging in the piece.

Do not be deceived by the earlier date on that piece – In 2015, Venezuela’s maternity wards were already killing infants with vermin infestations and McDonald’s was charging $133 for an order of fries.

Zimbabwe, a tyranny under leftist nonagenarian Robert Mugabe – and now spring chicken Emmerson Mnangagwa, 75 – for decades, isn’t a tragedy, but a profitable investment opportunity. “For companies willing to take on some risks, now is the time to buy local assets, which, though priced in USD [U.S. dollars], are still fairly cheap because of the associated risk,” the Harvard Business Review suggested last week, despite Mnangagwa exhibiting the same signs of authoritarianism as his predecessor and the nation’s impoverished growing impatient.

Silence is complicit in the propaganda of the oppression of these “shitholes.” Silence is necessary to keep the pockets of everyone from Carnival Cruises to the New York Times to the tourism arms of the regimes that welcome them.

President Trump’s alleged “crudening” of the language to describe these places from which so many flee serves as an opportunity to deny those who profit from masking reality the ability to do so.

President Trump is, of course, not the prime vehicle for the message that truth sets nations free in this particular case. His sons have publicly showcased vacations in Zimbabwe, very likely profiting longtime tyrant Robert Mugabe with their presence. Though, conversely, it is worth noting that Trump himself has, on multiple occasions, written about his refusal to build real estate commodities in Cuba citing human rights concerns. And then there’s the fact that the reporting surrounding Trump’s comments during the meeting in question is so convoluted and weaponized that it is difficult to even understand what argument he was trying to make by using the word.

Dismissing places where human rights abuses, hunger, and disease are rampant as “shitholes” without offering a viable alternative for running their governments is unproductive. But silencing anyone who dares speak the truth about these places – and what that says about their ruling ideologies – is even worse.

Voir aussi:

« Pays de merde » : les mille et une manières de traduire les « Shithole countries » de Trump

LCI
TRADUCTION – L’expression « pays de merde » que Donald Trump aurait prononcée alors qu’il abordait le thème de l’immigration venant de pays d’Afrique, du Salvador ou d’Haïti n’est pas traduite de manière équivalente par nos voisins. Certains sont plus poétiques que d’autres.

« Shithole countries » : l’expression grossière utilisée par Donald Trump  suscite un tollé mondial depuis vendredi. Mais comment est elle traduite ?  Incontestablement vulgaire, le terme « shithole » a nécessité quelques trésors d’imagination aux médias du monde entier pour exprimer de manière fidèle la réalité d e la grossièreté de Trump sans trop choquer le public. Car Shithole se réfère aux  latrines extérieures pour  désigner un endroit particulièrement repoussant.

En français, de nombreux médias, dont l’AFP ou LCI, ont retenu la formule très crue de « pays de merde », proche du sens littéral et conforme au style souvent  sans fioritures de Donald Trump. Des dictionnaires bilingues comme le Harrap’s suggèrent toutefois des  alternatives moins grossières, comme « porcherie », « taudis » ou « trou paumé ».

« Pays de chiottes » pour les Grecs, « endroit où les loups copulent » pour les Serbes

 La presse espagnole est à l’unisson de la française avec « paises de  mierda », des médias grecs introduisant quant à eux une nuance : « pays de  chiottes ».   Aux Pays-Bas, le grand quotidien Volkskrant et une bonne partie de la  presse néerlandophone esquivent la vulgarité en utilisant le terme  « achterlijke », ou « arriéré ». En Russie Ria Novosti parle de « trou sale », mais Troud (journal syndical)  va plus loin avec « trou à merde ». En Italie, le Corriere della Sera avance « merdier » (merdaio), et l’agence  tchèque CTK choisit de son côté de parler de « cul du monde ».

Les médias allemands optent souvent pour l’expression « Dreckslöcher », qui  peut se traduire par « trous à rats ». L’allégorie animalière est aussi de mise  dans la presse serbe, avec l’expression « vukojebina », à savoir « l’endroit où  les loups copulent ».

« Pays où les oiseaux ne pondent pas d’oeufs »

En Asie les médias semblent davantage à la peine pour trouver le mot juste  en langue locale, tout en évitant parfois de choquer.  Au Japon, la chaîne NHK a choisi de parler de « pays crasseux », l’agence  Jiji utilisant un terme familier mais pas forcément injurieux pouvant de  traduire par « pays ressemblant à des toilettes ».

Les médias chinois se contentent en général de parler de « mauvais pays »,  évitant de reproduire l’expression originale dans sa grossièreté. La version la plus allusive et la plus imagée revient sans conteste à  l’agence taïwanaise CNA, qui évoque des « pays où les oiseaux ne pondent pas  d’oeufs ».

Voir encore:

WATCH: A history of presidential potty mouths

« I have interviewed six presidents of the United States. I have traveled with them. I have been in their homes. They’ve been in my home on multiple occasions. I have flown on Air Force One with them and commercial jets and private jets and car caravans and Winnebagos. Went to Disney World with one. They all have used the ‘S-word.’ Even that old gentleman, Ronald Reagan, would sometimes occasionally, rarely use the ‘F-word.’ So, the White house is going to endure, » conservative author Doug Wead said.

Let’s take a look at some presidential profanity throughout history.

Sometimes choice words were reserved for the political opponents. President Reagan famously referred to enemies a few times as “SOBs.” While former President Obama once called Mitt Romney a « bullshitter » in a “Rolling Stone” interview.

One of the more profane presidents in recent history was Richard Nixon. Nixon was caught on White House tapes using numerous vulgarities, including some offensive terms about gay people.

Likewise, President Johnson was accused of often using the “N-word” when talking about African-Americans.

Some of these remarks were caught on video.

In 2000, George W. Bush was caught on a hot mic during a campaign rally calling Adam Clymer, a reporter with The New York Times, a « major league asshole. »

In fact, both the younger Bush and his father, former President George H.W. Bush, are quoted in Mark Updegrove’s book, “The Last Republicans,” as dropping the “F-bomb.”

George W. Bush even had this to say about two former colleagues.

« [Former Vice President Dick Cheney and Defense Secretary Donald Rumsfeld] never made one f—-ing decision. »

Even the silver-tongued President Clinton had his moments. In 2008, Clinton forgot to hang up a phone call with reporter Susan Phillips before saying he wouldn’t take any « shit » from Obama, then a candidate.

Voir par ailleurs:

Immigration : Macron, ce faux dur

La gauche angélique et irresponsable fait faussement passer Emmanuel Macron pour un opposant déterminé à l’immigration de peuplement. Ce lundi, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a de nouveau jugé « scandaleux » le « tri » voulu selon lui par le gouvernement entre les « bons » et les « mauvais » migrants. ‘L’histoire de notre pays et le devoir de notre pays c’est d’accueillir des gens qui sont dans la souffrance, les accueillir tous, tous », a déclaré Martinez sur France Inter. Jeudi, sur RTL, l’ancien candidat à la présidentielle, Benoit Hamon, avait déjà asséné : ‘Le tri des migrants, c’est le tri des pauvres ». Dimanche, sur BFMTV, le socialiste Julien Dray a comparé le recensement des migrants dans les centres d’hébergement d’urgence – opérations diligentées par des fonctionnaires et annoncées 48 h à l’avance – à des « rafles », assimilables à celle du Vel d’Hiv organisée en France occupée (1942) contre les juifs étrangers ou apatrides : une outrance inaugurée par L’Obs qui, sur sa une de jeudi, représente le visage de Macron entouré de barbelés. Déjà en 2015, le prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, un des témoins cités dans le dossier de L’Obs, déclarait à l’hebdomadaire argentin Revista N : « Nous devrions éliminer les frontières pour laisser les gens circuler (…) Les restrictions de l’espace Schengen sont une honte. On ferme l’Europe à l’Afrique, l’Orient, l’Amérique latine, on se referme sur nous ».

Cet étalement de bons sentiments en dit long sur l’aveuglement face au raidissement de l’opinion. Partout en Europe, et singulièrement en France, les gens rejettent majoritairement une immigration qui ne s’assimile plus et qui porte en elle un nouvel antisémitisme. Reste que Macron n’est pas l’homme à poigne que croient voir les inconditionnels de l’accueil pour tous. Son soutien à la politique d’Angela Merkel, qui a fait entrer en Allemagne plus d’un million de « migrants » musulmans en 2015, ajouté à son mépris des « populistes » qui réclament le retour aux frontières, ne font pas du président un obstacle sérieux à l’idéologie immigrationniste. Tandis que les pays d’Europe de l’Est, qui ont déjà sauvé l’Europe de l’envahisseur ottoman en 1683, sonnent une nouvelle fois l’alarme sur une histoire qui se répète, Macron joint sa voix à celle de l’Union européenne pour accabler la Pologne ou la Hongrie. Le député Guy Verhofstadt a récemment sermonné ces deux nations : « Il n’y a pas de place pour des pays qui rejettent nos valeurs. Toute référence à l’identité nationale est potentiellement fanatique ». Pour sa part, le commissaire européen aux migrations, Dimitris Avramopoulos, a admis (Le Figaro, vendredi), parlant d’ »impératif moral » mais aussi d’impératif « économique et social » : « Il est temps de regarder en face la vérité. Nous ne pourrons pas arrêter la migration ». Macron l’européen demeure, jusqu’à présent, dans cette logique de l’ouverture et du remplacement.

Voir encore:

Black Protest Has Lost Its Power
Have whites finally found the courage to judge African-Americans fairly by universal standards?
Shelby Steele
WSJ
Jan. 12, 2018

The recent protests by black players in the National Football League were rather sad for their fruitlessness. They may point to the end of an era for black America, and for the country generally—an era in which protest has been the primary means of black advancement in American life.

There was a forced and unconvincing solemnity on the faces of these players as they refused to stand for the national anthem. They seemed more dutiful than passionate, as if they were mimicking the courage of earlier black athletes who had protested: Tommie Smith and John Carlos, fists in the air at the 1968 Olympics; Muhammad Ali, fearlessly raging against the Vietnam War; Jackie Robinson, defiantly running the bases in the face of racist taunts. The NFL protesters seemed to hope for a little ennoblement by association.

And protest has long been an ennobling tradition in black American life. From the Montgomery bus boycott to the march on Selma, from lunch-counter sit-ins and Freedom Rides to the 1963 March on Washington, only protest could open the way to freedom and the acknowledgment of full humanity. So it was a high calling in black life. It required great sacrifice and entailed great risk. Martin Luther King Jr. , the archetypal black protester, made his sacrifices, ennobled all of America, and was then shot dead.

For the NFL players there was no real sacrifice, no risk and no achievement. Still, in black America there remains a great reverence for protest. Through protest—especially in the 1950s and ’60s—we, as a people, touched greatness. Protest, not immigration, was our way into the American Dream. Freedom in this country had always been relative to race, and it was black protest that made freedom an absolute.

It is not surprising, then, that these black football players would don the mantle of protest. The surprise was that it didn’t work. They had misread the historic moment. They were not speaking truth to power. Rather, they were figures of pathos, mindlessly loyal to a black identity that had run its course.

What they missed is a simple truth that is both obvious and unutterable: The oppression of black people is over with. This is politically incorrect news, but it is true nonetheless. We blacks are, today, a free people. It is as if freedom sneaked up and caught us by surprise.

Of course this does not mean there is no racism left in American life. Racism is endemic to the human condition, just as stupidity is. We will always have to be on guard against it. But now it is recognized as a scourge, as the crowning immorality of our age and our history.

Protest always tries to make a point. But what happens when that point already has been made — when, in this case, racism has become anathema and freedom has expanded?

What happened was that black America was confronted with a new problem: the shock of freedom. This is what replaced racism as our primary difficulty. Blacks had survived every form of human debasement with ingenuity, self-reliance, a deep and ironic humor, a capacity for self-reinvention and a heroic fortitude. But we had no experience of wide-open freedom.

Watch out that you get what you ask for, the saying goes. Freedom came to blacks with an overlay of cruelty because it meant we had to look at ourselves without the excuse of oppression. Four centuries of dehumanization had left us underdeveloped in many ways, and within the world’s most highly developed society. When freedom expanded, we became more accountable for that underdevelopment. So freedom put blacks at risk of being judged inferior, the very libel that had always been used against us.

To hear, for example, that more than 4,000 people were shot in Chicago in 2016 embarrasses us because this level of largely black-on-black crime cannot be blamed simply on white racism.

We can say that past oppression left us unprepared for freedom. This is certainly true. But it is no consolation. Freedom is just freedom. It is a condition, not an agent of change. It does not develop or uplift those who win it. Freedom holds us accountable no matter the disadvantages we inherit from the past. The tragedy in Chicago—rightly or wrongly—reflects on black America.

That’s why, in the face of freedom’s unsparing judgmentalism, we reflexively claim that freedom is a lie. We conjure elaborate narratives that give white racism new life in the present: “systemic” and “structural” racism, racist “microaggressions,” “white privilege,” and so on. All these narratives insist that blacks are still victims of racism, and that freedom’s accountability is an injustice.

We end up giving victimization the charisma of black authenticity. Suffering, poverty and underdevelopment are the things that make you “truly black.” Success and achievement throw your authenticity into question.

The NFL protests were not really about injustice. Instead such protests are usually genuflections to today’s victim-focused black identity. Protest is the action arm of this identity. It is not seeking a new and better world; it merely wants documentation that the old racist world still exists. It wants an excuse.

For any formerly oppressed group, there will be an expectation that the past will somehow be an excuse for difficulties in the present. This is the expectation behind the NFL protests and the many protests of groups like Black Lives Matter. The near-hysteria around the deaths of Trayvon Martin, Michael Brown, Freddie Gray and others is also a hunger for the excuse of racial victimization, a determination to keep it alive. To a degree, black America’s self-esteem is invested in the illusion that we live under a cloud of continuing injustice.

When you don’t know how to go forward, you never just sit there; you go backward into what you know, into what is familiar and comfortable and, most of all, exonerating. You rebuild in your own mind the oppression that is fading from the world. And you feel this abstract, fabricated oppression as if it were your personal truth, the truth around which your character is formed. Watching the antics of Black Lives Matter is like watching people literally aspiring to black victimization, longing for it as for a consummation.

But the NFL protests may be a harbinger of change. They elicited considerable resentment. There have been counterprotests. TV viewership has gone down. Ticket sales have dropped. What is remarkable about this response is that it may foretell a new fearlessness in white America—a new willingness in whites (and blacks outside the victim-focused identity) to say to blacks what they really think and feel, to judge blacks fairly by standards that are universal.

We blacks have lived in a bubble since the 1960s because whites have been deferential for fear of being seen as racist. The NFL protests reveal the fundamental obsolescence—for both blacks and whites—of a victim-focused approach to racial inequality. It causes whites to retreat into deference and blacks to become nothing more than victims. It makes engaging as human beings and as citizens impermissible, a betrayal of the sacred group identity. Black victimization is not much with us any more as a reality, but it remains all too powerful as a hegemony.

Mr. Steele, a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is author of “Shame: How America’s Past Sins Have Polarized Our Country” (Basic Books, 2015).

Voir enfin:

Trump Is a Racist. Period.
Charles M. Blow
The NYT
Jan. 14, 2018

I find nothing more useless than debating the existence of racism, particularly when you are surrounded by evidence of its existence. It feels to me like a way to keep you fighting against the water until you drown.

The debates themselves, I believe, render a simple concept impossibly complex, making the very meaning of “racism” frustratingly murky.

So, let’s strip that away here. Let’s be honest and forthright.

Racism is simply the belief that race is an inherent and determining factor in a person’s or a people’s character and capabilities, rendering some inferior and others superior. These beliefs are racial prejudices.

The history of America is one in which white people used racism and white supremacy to develop a racial caste system that advantaged them and disadvantaged others.

Understanding this, it is not a stretch to understand that Donald Trump’s words and deeds over the course of his life have demonstrated a pattern of expressing racial prejudices that demean people who are black and brown and that play to the racial hostilities of other white people.

It is not a stretch to say that Trump is racist. It’s not a stretch to say that he is a white supremacist. It’s not a stretch to say that Trump is a bigot.

Those are just facts, supported by the proof of the words that keep coming directly from him. And, when he is called out for his racism, his response is never to ameliorate his rhetoric, but to double down on it.

I know of no point during his entire life where he has apologized for, repented of, or sought absolution for any of his racist actions or comments.

Instead, he either denies, deflects or amps up the attack.

Trump is a racist. We can put that baby to bed.

“Racism” and “racist” are simply words that have definitions, and Trump comfortably and unambiguously meets those definitions.

We have unfortunately moved away from the simple definition of racism, to the point where the only people to whom the appellation can be safely applied are the vocal, violent racial archetypes.

Racism doesn’t require hatred, constant expression, or even conscious awareness. We want racism to be fringe rather than foundational. But, wishing isn’t an effective method of eradication.

We have to face this thing, stare it down and fight it back.

The simple acknowledgment that Trump is a racist is the easy part. The harder, more substantive part is this: What are we going to do about it?

Every weekday, get thought-provoking commentary from Op-Ed columnists, the Times editorial board and contributing writers from around the world.

First and foremost, although Trump is not the first president to be a racist, we must make him the last. If by some miracle he should serve out his first term, he mustn’t be allowed a second. Voters of good conscience must swarm the polls in 2020.

But before that, those voters must do so later this year, to rid the House and the Senate of as many of Trump’s defenders, apologists and accomplices as possible. Should the time come where impeachment is inevitable, there must be enough votes in the House and Senate to ensure it.

We have to stop thinking that we can somehow separate what racists believe from how they will behave. We must stop believing that any of Trump’s actions are clear of the venom coursing through his convictions. Everything he does is an articulation of who he is and what he believes. Therefore, all policies he supports, positions he takes and appointments he makes are suspect.

And finally, we have to stop giving a pass to the people — whether elected official or average voter — who support and defend his racism. If you defend racism you are part of the racism. It doesn’t matter how much you say that you’re an egalitarian, how much you say that you are race blind, how much you say that you are only interested in people’s policies and not their racist polemics.

As the brilliant James Baldwin once put it: “I can’t believe what you say, because I see what you do.” When I see that in poll after poll a portion of Trump’s base continues to support his behavior, including on race, I can only conclude that there is no real daylight between Trump and his base. They are part of his racism.

When I see the extraordinary hypocrisy of elected officials who either remain silent in the wake of Trump’s continued racist outbursts or who obliquely condemn him, only to in short order return to defending and praising him and supporting his agenda, I see that there is no real daylight between Trump and them either. They too are part of his racism.

When you see it this way, you understand the enormity and the profundity of what we are facing. There were enough Americans who were willing to accept Trump’s racism to elect him. There are enough people in Washington willing to accept Trump’s racism to defend him. Not only is Trump racist, the entire architecture of his support is suffused with that racism. Racism is a fundamental component of the Trump presidency.


Présidentielle 2017: Le roi est mort, vive le roi ! (Are France’s presidents turning into African sacred kings and their terms into the extended intermissions of a violent sacrificial ritual ?)

8 mai, 2017

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Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Mais surtout dès que je la vis entrer, dans son manteau de crêpe, je m’aperçus — ce qui m’avait échappé à Paris — que ce n’était plus ma mère que j’avais sous les yeux, mais ma grand’mère. Comme dans les familles royales et ducales, à la mort du chef le fils prend son titre et, de duc d’Orléans, de prince de Tarente ou de prince des Laumes, devient roi de France, duc de la Trémoïlle, duc de Guermantes, ainsi souvent, par un avènement d’un autre ordre et de plus profonde origine, le mort saisit le vif qui devient son successeur ressemblant, le continuateur de sa vie interrompue. Peut-être le grand chagrin qui suit, chez une fille telle qu’était maman, la mort de sa mère, ne fait-il que briser plus tôt la chrysalide, hâter la métamorphose et l’apparition d’un être qu’on porte en soi et qui, sans cette crise qui fait brûler les étapes et sauter d’un seul coup des périodes, ne fût survenu que plus lentement. Marcel Proust
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Il arrive que les victimes d’une foule soient tout à fait aléatoires ; il arrive aussi qu’elles ne le soient pas. Il arrive même que les crimes dont on les accuse soient réels, mais ce ne sont pas eux, même dans ce cas-là, qui joue le premier rôle dans le choix des persécuteurs, c’est l’appartenance des victimes à certaines catégories particulièrement exposées à la persécution. (…) il existe donc des traits universels de sélection victimaire (…) à côté des critères culturels et religieux, il y en a de purement physiques. La maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et même les infirmités en général tendent à polariser les persécuteurs. (…) l’infirmité s’inscrit dans un ensemble indissociable du signe victimaire et dans certains groupes — à l’internat scolaire par exemple — tout individu qui éprouve des difficultés d’adaptation, l’étranger, le provincial, l’orphelin, le fils de famille, le fauché, ou, tout simplement, le dernier arrivé, est plus ou moins interchangeables avec l’infirme. (…) lorsqu’un groupe humain a pris l’habitude de choisir ses victimes dans une certaine catégorie sociale, ethnique, religieuse, il tend à lui attribuer les infirmités ou les difformités qui renforceraient la polarisation victimaire si elles étaient réelles. (…) à la marginalité des miséreux, ou marginalité  du dehors, il faut en ajouter une seconde, la marginalité du dedans, celle des riches et du dedans. Le monarque et sa cour font parfois songer à l’oeil d’un ouragan. Cette double marginalité suggère une organisation tourbillonnante. En temps normal, certes, les riches et les puissants jouissent de toutes sortes de protections et de privilèges qui font défaut aux déshérités. Mais ce ne sont pas les circonstances normales qui nous concernent ici, ce sont les périodes de crise. Le moindre regard sur l’histoire universelle révèle que les risques de mort violente aux mains d’une foule déchaînée sont statistiquement plus élevés pour les privilégiés que pour toute autre catégorie. A la limite ce sont toutes les qualités extrêmes qui attirent, de temps en temps, les foudres collectives, pas seulement les extrêmes de la richesse et de la pauvreté, mais également ceux du succès et de l’échec, de la beauté et de la laideur, du vice de la vertu, du pouvoir de séduire et du pouvoir de déplaire ; c’est la faiblesse des femmes, des enfants et des vieillards, mais c’est aussi la force des plus forts qui devient faiblesse devant le nombre (…) La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
PORTRAIT – Récit de l’histoire d’un jeune conseiller du roi qui, saisi par l’impuissance de son maître, décide sans vraiment le savoir de le remplacer et part à la conquête de l’Élysée, seul contre tous. Le Figaro (07.05.2017)
La trahison se paie souvent cash en politique. Mais l’élève aura réussi la prouesse de ne pas abîmer son image en prenant peu à peu la place du maître. « Le hold-up du siècle », résume la ministre de la santé, Marisol Touraine. Ou le crime parfait. « Il y aura Clausewitz, Sun Tzu et Emmanuel Macron », dit le patron des députés socialistes, Olivier Faure. Reste une question qui hante le chef de l’Etat et les siens : tout cela était-il prémédité ? Depuis quand le natif d’Amiens regarde-t-il le bureau de François Hollande, au premier étage du palais, en se disant qu’il pourrait être le sien ? (…) C’était en 2008. L’ancien conseiller spécial de François Mitterrand, Jacques Attali, tient à lui présenter un nouveau talent. Sorti de l’ENA en 2004, membre de la prestigieuse inspection des finances, soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, le jeune loup qui se pique de philosophie et de littérature rêve surtout de politique. (…) Hollande termine alors son mandat de premier secrétaire du Parti socialiste. Le jeune Macron, qui a déjà su s’attirer les bonnes grâces de bon nombre de messieurs importants dans le monde politique ou dans celui des affaires, fait des étincelles comme rapporteur de la « commission Attali pour la libération de la croissance », nommée par Nicolas Sarkozy. Il brigue une implantation dans le Nord-Pas-de-Calais. « Si tu veux cette vie-là, je te présenterai qui il faut », lui promet Hollande, séduit par l’intelligence du prodige. Aujourd’hui, il relativise : « Je n’ai pas été particulièrement ébloui… C’était un jeune haut fonctionnaire qui voulait faire de la politique. » Les caciques du vieux parti d’Epinay s’opposent à l’arrivée d’un énarque jamais passé par le syndicalisme étudiant ou par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Emmanuel Macron comprend qu’il devra patienter longtemps avant de décrocher une investiture. Ce sera donc le privé et la banque Rothschild. Mais les retrouvailles avec François Hollande se feront plus vite que prévu, cette fois par l’intermédiaire de Jean-Pierre Jouyet, l’ami intime de l’actuel chef de l’Etat, alors à la tête de l’Inspection générale des finances. Il introduit le banquier dans le cercle des conseillers qui préparent la primaire de la gauche de 2011, puis la présidentielle. Rapide, travailleur, charmeur, toujours de bonne humeur, Macron réunit une fois par semaine un groupe d’économistes à La Rotonde, une brasserie du quartier Montparnasse. « Déjà, pendant la campagne, il n’y avait pas un iota entre ce que pensaient Hollande et Macron, se souvient l’ancien conseiller élyséen Aquilino Morelle. Ils étaient très proches. » Le président élu appelle naturellement son protégé, alors âgé de 34 ans, à l’Elysée. Il est promis au poste de sherpa. Mais, pour le banquier, qui accepte de baisser drastiquement son salaire, ce sera secrétaire général adjoint, sinon rien. Il n’est encore personne, mais il s’impose déjà. Très vite, le conseiller au physique de jeune premier prend la lumière. Le Tout-Paris cherche à le rencontrer. Lui profite de ce prestigieux bureau élyséen pour étoffer son carnet d’adresses. De son côté, le chef de l’Etat développe une véritable affection pour ce surdoué, dans lequel il voit une projection de lui-même. « Emmanuel, c’est le fils qu’on voudrait avoir », confie-t-il à son conseiller Gaspard Gantzer. « Emmanuel, c’est moi », déclare-t-il un autre jour aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça… », Stock). (…) « Macron n’a pas choisi le couteau mais le poison lent, résume alors un poids lourd de la majorité. Il est dans une stratégie d’empêchement. » (…) Jusqu’au dernier moment, Hollande refuse de voir l’évidence. Devant Gérard Davet et Fabrice Lhomme, il prend systématiquement la défense de son protégé. Confidences édifiantes. « Macron n’est pas quelqu’un qui cherche à se faire une existence politique au détriment du gouvernement, veut-il croire à l’automne 2015. Il peut avoir de la maladresse, mais pas de perversité (…). C’est un garçon gentil. Il n’est pas duplice. » Au début de l’été 2016, alors que les preuves du contraire s’accumulent, même naïveté : « Je pense qu’il est loyal. » « Macron a mieux cerné la psychologie du président que le président a compris la sienne », résume le député PS Richard Ferrand, secrétaire général d’En marche !. Lui continue d’avancer, capitalisant sur l’impopularité et la fragilité du chef de l’Etat. Son premier meeting, le 12 juillet, à la Mutualité, est un coup de tonnerre. A la fin de son discours survolté fusent des premiers « Macron président ! ». A deux jours de l’intervention du chef de l’Etat pour le 14-Juillet, c’est une provocation insensée. (…) « A lui de commettre la faute », conclut le président. « Macron sait qu’il a un “problème Brutus”, analyse Julien Dray. S’il part, ce ne sera plus le gendre idéal. Il préférait se faire virer, pour se libérer. » (…) Hollande est effondré. Revisitant les cinq années qui viennent de s’écouler, il dit le soir même devant ses proches : « Il m’a trahi avec méthode. » (…) Quinze jours plus tard, François Hollande annonce, depuis l’Elysée, qu’il renonce à briguer un second mandat. « Macron a été une des causes objectives de l’empêchement, a analysé le président devant ses proches. Il y en a d’autres, notamment la contestation dans mon propre camp et la division de la gauche… » (…) Hollande, lui, jure qu’il préfère voir Emmanuel Macron lui succéder plutôt que François Fillon ou Marine Le Pen. « Si Emmanuel est élu, ce ne serait pas la plus mauvaise sortie pour toi, l’a conforté Julien Dray. Un pied de nez de l’Histoire ! » Le Monde
L’élection présidentielle française est loin d’avoir seulement une dimension politique. Comme l’explique Quartz, d’un point de vue symbolique, psychanalytique et psychologique, les deux adversaires du second tour illustrent jusqu’à la caricature le complexe d’Œdipe mis en avant par Sigmund Freud. Freud croyait que tous les hommes ont de façon inconsciente le désir de tuer leur père et d’épouser leur mère. De la même façon, les femmes voudraient inconsciemment tuer leur mère et épouser leur père. Il a baptisé ce complexe du nom d’Œdipe, ce roi de la mythologie grecque qui a, comme l’avait prévu la prophétie, a tué son père et épousé sa mère. Emmanuel Macron et Marine le Pen, au moins sur le plan symbolique, correspondent bien aux schémas psychanalytiques. Concernant Emmanuel Macron, il n’est pas difficile de considérer comme un figure maternelle une professeure plus âgée de 25 ans. Et de la même façon, Marine Le Pen a politiquement détruit et éliminé son père pour prendre sa place. Slate
Attention aux effets d’optiques ! Depuis le début de cette longue soirée électorale, tous les experts, présentateurs et politologues vous annoncent les résultats en pourcentages. Et c’est normal puisque la participation est un pourcentage du nombre d’électeurs et les résultats cruciaux de 20 heures donnant les scores du résultat des deux finalistes sont deux pourcentages qui sont scandés pendant des heures. Mais il est bon aussi de revenir à l’essentiel, c’est à dire au nombre de voix et à ces simples bulletins de vote jetés à un à un dans près de 50.000 bureaux de vote partout en France tout au long de cette journée. 46,9 millions de français sont inscrits sur les listes électorales dont 1,3 million à l’étranger. Le taux d’abstention étant de 26 %, cela ramène le nombre de votants à 34,7 millions. Le nombre de bulletins blancs ou nuls s’établit à 4,16 millions selon les décodeurs du Monde (12 % des votants, contre 2 % au premier tour). Ce qui ramène donc à 30,5 millions le nombre de suffrages exprimés. Pour l’heure le score estimé d’Emmanuel Macron est de 65,7 %. Ce qui lui confère en théorie 20 millions de voix. Ce qui représente à peine deux millions de voix de plus que François Hollande en 2012 et quelques centaines de milliers de voix de plus que Nicolas Sarkozy en 2007. On est donc bien loin d’une victoire triomphale telle qu’elle nous est présentée par les médias. Ce n’est pas vrai quand il est dit et répété ce soir que deux tiers des français ont voté Macron, puisque seulement 42 % des français ont déposé dans l’urne un bulletin à son nom alors qu’ils étaient 62 % à avoir réellement voter Chirac en 2002. Mais le plus grave, c’est que selon les estimations d’Ipsos, seulement 40 % des électeurs d’Emmanuel Macron adhèrent à son projet. Voici donc un Président élu avec un score officiel de 65,7 %, mais avec le soutien effectif de seulement 8 millions d’électeurs, soit 17 % des inscrits. Rarement un Président a paru si bien élu, avec le soutien de 90 % des médias. Mais rarement aussi il a disposé de si peu de soutiens pour appliquer sa politique. Cela explique pourquoi 61 % des français sondés aujourd’hui souhaitent une victoire de la droite aux élections législatives des 11 et 18 juin. Le message est clair. A la droite de l’écouter et de faire ce qu’il faut. Yves de Kerdrel
Seulement 4 % des 17 047 personnes interrogées dans la 7e vague de l’enquête électorale du Cevipof se déclarent satisfaits (3 % « plutôt satisfaits », 1 % « très satisfaits ») de l’action de François Hollande. C’est le taux le plus faible enregistré depuis le lancement de ce vaste sondage, en novembre 2015. Lors de la première vague, 12 % des sondés se disaient satisfaits. Ce taux était tombé à 8 % six semaines plus tard, en janvier, lors de la controverse sur la déchéance de nationalité. Puis, de mars à septembre, il a oscillé entre 5 et 6 %. La proportion d’insatisfaits atteint 70 % (+1 par rapport à septembre), soit deux points en dessous du record d’insatisfaction qui avait été enregistré en mai, au plus fort des crispations sur la loi El Khomri. (…) François Hollande n’a toutefois pas attendu cette nouvelle vague de sondage pour battre le record d’impopularité d’un président français depuis 1958. Dès novembre 2013, l’institut de sondage Ipsos l’avait fait franchir ce cap, avec une côte de popularité à 20 %, avant que tous les instituts de sondages finissent par s’accorder sur ce record, en septembre 2014. Le Monde (25.10.16)
Une enquête électorale du Cevipof pour « Le Monde » ce mardi 25 octobre montre que seuls 4% des Français se disent « satisfaits » de l’action du président de la République. « Un record d’impopularité », soulignent de nombreux observateurs. Mais inutile de tirer sur l’ambulance : si François Hollande cumule bien les records d’impopularité, ce sondage-ci a une particularité qui relativise son résultat… (…) Depuis le mois de novembre 2015, cette enquête mesure régulièrement le taux de satisfaction à l’égard de l’action de François Hollande. Lequel avait démarré très bas, après déjà trois ans de présidence, à seulement 12% de satisfaits. Un taux tombé à 8% dès janvier, avant d’osciller depuis mars entre 5 et 6%. Ce mois-ci, le chef de l’Etat perd donc encore deux points. Sauf que de là à dire que le Président bat son record d’impopularité, il y a un pas qu’on ne peut objectivement pas franchir. Si 4% est effectivement le score le plus bas qu’il ait atteint dans ce baromètre-ci, il n’est pas comparable aux chiffres habituels de popularité. Car à la différence des autres baromètres, celui du Cevipof pour Le Monde propose aux personnes interrogées trois réponses : Satisfait (…)Pas satisfait (…) Ni satisfait ni insatisfait (…) Ce que révèle ce sondage Cevipof par rapport aux autres, c’est donc surtout qu’un quart des Français est incapable de dire ce qu’ils pensent de l’action de François Hollande. Alors que les autres sondages ne leur donnent pas l’opportunité de se dire indécis. Les sondés y ont simplement la possibilité de ne pas répondre à la question, ce qui les classe le cas échéant dans la catégorie « Ne se prononce pas » (NSP). La « popularité » de François Hollande au sens où on l’entend habituellement, c’est-à-dire mesurée sur la base de sondages ne proposant que deux réponses possibles (« oui » ou « non », « satisfait » ou « insatisfait »…) s’établit donc pour le mois d’octobre entre 13 et 18% selon les enquêtes (…) De fait, en termes d’impopularité, François Hollande vole de record en record depuis… 2013. En novembre de cette année-là, sa cote avait baissé à 20% dans le baromètre de l’IFOP pour le JDD, qui est le plus ancien de tous, soit le score le plus bas enregistré par un président français depuis le début de la Ve République, en 1958. En septembre 2014, François Hollande avait encore creusé son propre record à 13%, le plancher le plus bas qu’il ait jamais atteint à ce jour. Marianne
Abstention de 25,3%, et bulletins blancs et nuls de 8,8%, deux chiffres qui relativisent l’ampleur de la victoire de Macron. Mathieu Gaillard (Ipsos)
La tradition de « retenue » du juge à la veille d’une élection a toujours été scrupuleusement respectée par le juge administratif. Elle le conduit, à l’approche d’une élection, à reporter certaines décisions – découpage des circonscriptions, affaire mettant en cause un candidat, etc. – et à en suspendre l’instruction – pour éviter de perturber les opérations électorales ou d’altérer la sincérité du scrutin. C’est aussi une question de dignité de la justice qui ne doit ni se laisser instrumentaliser par les joutes politiques ni donner le sentiment qu’elle cède à un biais partisan. C’est enfin une question de déontologie et d’éthique de la responsabilité. Le juge du siège, a fortiori le parquet – dont la mission est d’apprécier l’opportunité des poursuites – ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs actes. Ainsi, la considération de l’impact d’une décision sur l’ordre public ou la prise en compte de l’état d’encombrement carcéral influent fréquemment sur la nature et les modalités d’exécution des mesures d’instruction ou de la peine prononcée. L’anticipation, par le juge, des incidences de ses actes sur l’environnement social se justifie plus encore pour le calendrier de la procédure, dès lors, d’une part, que les poursuites peuvent avoir lieu ultérieurement et que, d’autre part, les faits ne sont pas si graves et avérés que la célérité s’impose nonobstant le contexte. En l’espèce, l’empressement à poursuivre, souligné par la promptitude de la mise en examen – dont les répercussions sur l’opinion publique sont considérables, celle-ci y voyant une confirmation de la culpabilité –, fait fi des réalités du temps électoral. S’il n’y a pas volonté de faire échec à une candidature, ce qui constituerait un cas gravissime de « partialité subjective », il y a du moins froissement de « l’impartialité objective » : un magistrat ne doit pas seulement être impartial, il doit aussi donner à voir qu’il l’est. En la matière, comme nous le répète avec insistance la Cour européenne des droits de l’homme, les apparences comptent. L’indépendance du juge doit s’affirmer « à la cantonade » non seulement à l’égard des autres pouvoirs, mais encore à l’endroit de ses propres inclinations, préjugés et passions. Comment, dans ces conditions, ne pas ressentir un profond malaise devant un feuilleton judiciaire devenu le carburant essentiel du bûcher médiatique, alimentant régulièrement celui-ci, à coups de communiqués et de fuites, aux dépens de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du secret de l’enquête et de l’instruction ? Pourquoi cette mise en examen décidée quelques jours après l’ouverture de l’instruction, en plein recueil des parrainages, alors que, dans les cas ordinaires, sauf évidence accablante ou demande du justiciable, la mise en examen n’intervient qu’après des semaines ou des mois ? L’impression produite est que le contexte est bien, en effet, pris en compte, mais à l’inverse de ce à quoi invite le respect des échéances démocratiques. Le candidat est plus malmené que le justiciable ordinaire. L’électeur devient l’otage de la procédure. Comment ne pas s’inquiéter de la santé de notre vie démocratique en voyant une personnalité politique éminente, porteuse d’un projet qui, quoi qu’on en pense sur le fond, a rallié des millions de suffrages lors d’une primaire impeccablement conduite, déstabilisée en plein compte à rebours de l’élection présidentielle – y compris après que le décret de convocation a été publié au Journal officiel – par des imputations diffusées en boucle, portant sur des faits anciens, non avérés et d’importance subalterne au regard des perspectives collectives ? Comment ne pas se désoler, en tant que citoyen, en voyant les questions programmatiques évincées par un battage que l’intéressé ne peut combattre qu’en se faisant accuser de conspirer contre l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, s’enferrant ainsi dans un piège qui rappelle les procès staliniens – peloton d’exécution en moins, mais avec un même enjeu d’élimination d’un acteur politique ? Quels lendemains ce charivari aux conséquences imprévisibles prépare-t-il aux rapports entre élus et justice ? Et, plus généralement, à une collectivité nationale qui, remontée contre les partis de gouvernement, habitée par la petite musique du « tous pourris », troublée par ce qu’elle comprend d’autant moins qu’on le lui ressasse de façon brouillonne, se tourne de plus en plus vers des aventuriers ? (…) En l’espèce, la retenue judiciaire n’aurait pourtant pas eu d’effet exonérateur et n’aurait pas rompu l’égalité devant la justice, puisque des poursuites sont possibles au lendemain de la défaite du candidat ou, s’il est élu président de la République, à l’expiration de son mandat. Les délais de prescription sont, en effet, suspendus en vertu de l’article 67 de la Constitution dans sa rédaction issue de la loi constitutionnelle du 23 février 2007. Bien sûr, comme le souligne le garde des sceaux, la justice n’a pas à suspendre son cours à la veille d’une élection. Mais il ne s’agit, ici, ni de la justice en général ni de la généralité des instances. Il s’agit d’une affaire singulière, intéressant un événement crucial pour notre vie démocratique. Il était loisible au parquet, en l’absence de toute plainte d’un tiers, d’ouvrir son enquête – ou du moins l’instruction – après le scrutin, s’il estimait que les faits le méritaient et qu’il était compétent pour en connaître. L’obstination à poursuivre se manifeste, en outre, de façon significative, par la saisine du juge d’instruction la veille, ou presque, de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale, qui aurait provoqué la prescription de la plus grande partie des faits incriminés. Jean-Eric Schoettl
En ce 8 mai 2017, la France (…) s’éveille en pleine supercherie, vaguement honteuse d’avoir dû juguler le Mal. «L’hypocrisie est, chez une nation, le dernier degré du vice. C’est donc faire acte de citoyen que de s’opposer à cette tartuferie sous laquelle on couvre ses débordements» écrivait Balzac. La République est « sauvée ». Vraiment ? Simulacre et coup d’État démocratique. Bienvenue en post-République. Le 25 octobre 2016, Hollande était crédité de 4 % d’opinions favorables, selon une enquête Ipsos pour le CEVIPOF et Le Monde. Jamais un chef d’État n’avait autant été discrédité. Et jamais un parti politique au pouvoir, son leader et la politique menée durant 5 ans n’avaient été à ce point rejetés. Hollande ne pouvait pas se représenter. Une première. (…) Les élections ? Une mitraillette de tartufferies. Du simulacre à répétition. Fort de sa popularité et de ses réussites, Hollande engage tranquillement sa Conquête de Plassans. Comme chez Zola, il dépêche un émissaire sur le terrain. De quoi s’agit-il ? De conserver un pouvoir devenu illégitime. Un nouveau président de la République élu comme « candidat officiel du pouvoir ». (….) En marche vers les larmes. Tartufferie ? Au 1er tour, le candidat Macron a obtenu 8 656 346 voix, soit 24 % des votants. 18,19 % des inscrits. Un peu plus de 8 millions de voix sur les 33 millions de votes exprimés. 8 millions sur les 47 millions d’inscrits. Lors de sa campagne de 2e tour, notre nouveau président a répété que son projet était légitime car « porté en tête par les Français ». Pour adresser une fin de non-recevoir aux demandes des Insoumis. 8 millions d’électeurs, ce n’est pas la France. Tartufferie ? Un scénario électoral trop beau pour être vrai. Pas besoin d’évoquer un « cabinet noir » ou des thèses complotistes pour remarquer que beaucoup, dans cette élection, s’est déroulé dans le meilleur des mondes macronien possible. En la personne de Marine Le Pen, le « danger » nécessaire et voulu pour être élu au 2e tour était au rendez-vous. Et ce « danger » a été massivement monté en épingle par des médias menant aussi campagne En Marche. À de rares exceptions près. Les règles de la déontologie médiatique ont été bafouées entre les deux tours, où nous avons assisté à un remake de la lutte entre les forces de la lumière et des ténèbres. Dans le rôle-titre des ténèbres, la candidate Le Pen ramenée à sa responsabilité présumée dans les drames de la 2e Guerre Mondiale. Macron s’est rendu sur des lieux de mémoire, histoire de nous dire combien un parti politique républicain puisque autorisé est… en fait un parti antirépublicain démoniaque. Que l’on pense au ridicule d’un David Pujadas tentant de transformer Marine Le Pen en héritière de l’antisémitisme français. Vieille supercherie à laquelle plus personne ne croit, pas même ceux qui l’utilisent. (…) Tartufferie de nombre de médias, acquis aux thèses politiques dominantes et aux divers pouvoirs qui appliquent ces thèses depuis le tournant libéral de Mitterrand, à droite comme à gauche. Tartufferie dès l’offensive anti-Fillon. Présumé innocent en théorie, l’homme a été abattu en vol. Il ne cadrait pas dans le scénario. Coupable ou pas ? Pour l’heure, personne ne le sait. Promis pour être élu mais éliminé. Sauf mauvaise foi, personne ne peut décemment soutenir que la machinerie mise en œuvre contre Fillon avait la morale pour finalité… L’avenir dira ce qu’il en a été. Et nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises. Que se passera-t-il si Fillon est innocenté et s’il parvient à démontrer la culpabilité de certains médias dans la propagation de fausses accusations ayant influées sur cette élection ? Les médias contre Fillon, c’était du très grand Tartuffe. (…) Tartuffe au Pays des Français, cela vaut bien Tintin au pays des Soviets. Une campagne électorale indigne. Le sentiment d’un scénario écrit par avance. D’un président élu par une minorité agissante, un relent de copinages à tous les étages. Macron, légitimité zéro malgré le score obtenu dimanche 7 mai, un score qui n’a aucune signification réelle. (…) Ce 8 mai 2017, le peuple de France se réveille victime d’un hold-up au forceps, à nouveau berné par des élites mondialisées minoritaires ayant fait le job comme disent les Américains : faire en sorte que le vote voulu soit le vote obtenu. Le président représente 18 % du corps électoral. Et la démocratie ? Le pouvoir aux sans-dents, ça ne va pas la tête ? Bienvenue en post-République française. Allez Dany, dis-le un peu pour voir : « élections, piège à cons ? ». Dis-moi, Dany, il est comment le bon côté du manche ? Mathieu Baumier
Pendant la guerre froide, on les nommait les « idiots utiles ». Ils n’étaient pas membres du Parti communiste, mais ils le considéraient d’un œil favorable, parlaient de lui positivement et ne condamnaient pas les idées de Lénine et Staline. Au 21ème siècle, le communisme a globalement disparu, mais l’islamisme a pris le relais de principale menace mondiale. De la même manière que le communisme produisait ses Idiots utiles, le totalitarisme islamique produit ses « Infidèles utiles ». A une importante différence près : à l’époque de l’Union soviétique, les Idiots utiles étaient des intellectuels. Maintenant, les Infidèles utiles sont des politiciens, et l’un d’entre vient d’être élu président de la République française. Emmanuel Macron, Infidèle Utile, n’est pas un partisan du terrorisme ou de l’islamisme. C’est pire : il ne voit même pas la menace. Peu après les horribles attaques du 13 novembre 2015 à Paris, Macron a déclaré que la société française devait assumer une « responsabilité » dans le « terreau » sur lequel le djihadisme a pu prospérer. « Quelqu’un sous prétexte qu’il a une barbe ou un nom à consonance qu’on pourrait croire musulmane, a quatre fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche qu’un autre » a-t-il ajouté. Ce qui revient à considérer que faire ses bagages pour la Syrie et revenir en France armé d’une kalachnikov et d’une ceinture d’explosifs ne peut être que le geste de dépit d’un chômeur de longue durée. Macron en vient presque à accuser les Français d’être racistes et « islamophobes ». « Nous avons une part de responsabilité », a-t-il averti » parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s’installer dans la société. Il se nourrit de cette lèpre insidieuse qui divise les esprits, et, si demain nous n’y prenons pas garde, il les divisera plus encore ». Par conséquent, a conclu M. Macron, la société française « doit changer et être plus ouverte ». Plus ouverte à quoi? À l’islam, bien sûr. Le 20 avril 2017, après qu’un terroriste islamiste ait assassiné un policier et blessé deux autres à Paris, sur les Champs Elysées, Macron a déclaré : « Je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit ». Après deux ans d’attentats terroristes ininterrompus sur le territoire français, le candidat à la présidence de la République considère les problèmes de sécurité du pays comme quantité négligeable. (…) Il serait bien sur absurde d’affirmer que Emmanuel Macron est un promoteur patenté de l’islamisme et du terrorisme en France. Mais il est plus juste et plus politiquement correct de dire qu’il est un « mondialiste » et un « partisan déclaré du multiculturalisme ». En tant que tel, il ne considère pas l’islamisme comme une menace nationale parce que, pour lui, la nation française ou, comme il l’a dit, la culture française n’existe pas réellement. Macron a en effet nié que la France avec son histoire et sa culture n’a pas d’existence réelle. Le 22 février, en visite aux expatriés français à Londres, Macron a déclaré : « La culture française n’existe pas, il y a une culture en France et elle est diverse ». En d’autres termes, sur le territoire français, la culture française et les traditions françaises n’ont aucune priorité par rapport aux cultures immigrées importées. Le même jour, à Londres, il a ajouté : « l’art français? Je ne l’ai jamais rencontré ». Multiculturaliste et politicien, Macron ne s’adresse pas à la population française mais à des publics segmentés. En Algérie, Macron a déclaré que la colonisation française était un « crime contre l’humanité » pour séduire les votes des citoyens français d’origine algérienne. Mais au magazine Causeur dont les positions anti-islamistes sont connues, il déclare :« La France n’a jamais été et ne sera jamais un pays multiculturel ». Désormais président, Macron ne pourra plus tenir ces discours multiples et contradictoires. Mais les Français qui tiennent à leur culture, à leur langue, à leur patrimoine historique ainsi qu’à l’idée qu’ils se font de leur pays pourraient bien avoir quelques déceptions. Yves Mamou
L’élection d’Emmanuel Macron (66,10% des voix) a été saluée, dimanche à 20H, par « une salve d’applaudissements » venant de l’Elysée. (…) Bref, le renouvellement, unanimement salué ce lundi, ressemble fort, dans ses premiers pas en tout cas, à une authentique duperie. Voici en effet le retour flamboyant des figures socialistes, des commentateurs de la victorieuse presse de gauche, des journalistes cireurs de pompes, des hagiographes du « nouveau Bonaparte », des gendarmes de la pensée lisse. Voici le retour en force de la bien-pensance, confortée par les soutiens de Barack Obama (Etats-Unis) et Justin Trudeau (Canada), qui ont porté le conformisme intellectuel à son apex. L’élection de Macron, ce casse du siècle dont il faudra un jour connaître les coulisses, est la victoire du progressisme et de ses leçons de morale. Les médias unanimes auront largement contribué à soutenir ce candidat du Bien, en désignant son adversaire comme le Mal incarné. Si la presse veut être à la hauteur de son rôle de contre-pouvoir, elle va devoir cesser de se pelotonner contre lui. (…) Mais l’écueil pour Macron serait de poursuivre dans ce faux confort qui, au prétexte légitime de « renouer avec l’optimisme », en viendrait à fermer encore plus les oeillières sur les réalités en se chatouillant sous les bras. La France en colère n’est pas prête à chantonner : « Tout va très bien, Madame la marquise …  » derrière la macromania qui se profile, avec sa cour, son show-biz, ses flatteurs. Seuls 40% des 20,4 millions d’électeurs de Macron ont voté pour son projet libéral, multiculturel, européen, mondialiste. 60% ont voté Macron pour faire obstacle à Le Pen, qui a néanmoins encore accru ses soutiens (10,5 millions). 17 millions de Français ont choisi de voter blanc ou nul (4 millions) ou de s’abstenir (13 millions) en dépit des mises en garde des faux résistants à un « fascisme » inexistant. La France en colère pèse plus lourd que le noyau de l’électorat Macron, qui représente en fait un quart des votants. Si Macron se montre incapable d’entendre très vite ces Oubliés, il est à craindre qu’ils ne respectent longtemps ce tour de passe-passe démocratique, qui a fait se réjouir l’Elysée, hier soir à 20h. Ivan Rioufol
Présidentielle: Fillon sacrifié, Le Pen dépassée, Macron bientôt martyrisé? (…) Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)

Attention: un sacrifice peut en cacher un autre !

Jet de l’éponge inédit d’un président trop normal en fin de premier mandat, mise à mort juridico-médiatique du seul véritable candidat de l’alternance, mise au pilori national pour cause de malpensance d’une candidate et de son électorat de sans dents, score presque africain – et même avec 90% soviétique ou nord-coréen à Paris ! – au tour final de l’élection présidentielle à partir d’à peine 17% des inscrits au premier tour, abstention, votes nuls et blancs records (pas moins de 16 millions – du jamais vu depuis près de 50 ans ! – face aux 20 millions de voix du vainqueur !) …

Après les 20% transformés magiquement face à un épouvantail créé de toutes pièces en 80% africains puis en dix longues années d’immobilisme de l’escroc Chirac …

Et l’explosion en vol in extremis d’un DSK associé à l’ignoble diabolisation de son prédécesseur transmutant un François Hollande trop « normal » en président par défaut puis, après un chemin de croix de cinq ans jusqu’à, dans un sondage récent, un 4% historique de satisfaits, en recordman de l’impopularité de la Ve république …

Comment ne pas voir …

Derrière le sacre hier soir sur les pavés mêmes de l’ancien palais des rois de France …

Et surtout entre cabinet noir et cabale des juges et des médias

Le nouveau président que viennent de se faire imposer hier soir les Français …

Comme autre chose, malgré ses couleurs affichées, qu’un nouveau président accidentel dans ce qui commence à devenir une série ?

Et surtout ne pas repenser …

Au moment où le mort saisit le vif

A cet entretien prophétique, deux semaines à peine avant le lancement de l’affaire par le Canard enchainé …

De cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et auteur d’un livre girardien sur les « parias de la République » dans le Figaro …

Voyant en François Fillon « le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute » …

Et  à l’heure où les mandats présidentiels ressemblent de plus en plus aux entractes prolongés du processus sacrificiel

Ne pas s’inquiéter …

Pour le sort s’il persiste à oublier les circonstances ô combien particulières de son élection

Comme la montée de la colère des oubliés qu’il a tant stigmatisés pour ce faire …

D’un président que certains n’hésitent pas à accuser déjà …

D’avoir sans compter les soupçons d’homosexualité

Figurativement tué père et épousé mère ?

Maxime Tandonnet : «La classe politique est en quête permanente d’un bouc émissaire
Alexis Feertchak
Le Figaro
13/01/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie de son livre, Les parias de la République, Maxime Tandonnet a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. L’auteur décrit plus d’un siècle de vie républicaine où une violence collective imméritée s’abat parfois sur certains hommes d’État.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour le FigaroVox. Auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République (éd. Perrin, 2013) et Au cœur du Volcan, carnet de l’Élysée (éd. Flammarion, 2014), il vient de publier Les parias de la République (éd. Perrin, 2017). Découvrez également ses chroniques sur son blog.


FIGAROVOX. – Votre dernier ouvrage, Les parias de la République, dresse le portrait de huit parias de la République, personnages politiques haut en couleur devenus pestiférés, rejetés de tous, diabolisés. Quel est leur rôle dans l’histoire?

Maxime TANDONNET. – Les huit parias de la République sont des hommes et des femmes qui ont tous pris une part active au gouvernement du pays. Ce ne sont pas de simples trublions ou provocateurs qui se seraient contentés de paroles et de protestations ou de démagogie. Ils ont été confrontés à la réalité du pouvoir et aux responsabilités. Ils furent présidents du Conseil, Premier ministre, président de la République pour l’un d’eux, ou bien un ministre essentiel. Ils ont été des décideurs, des gouvernants, de hauts dirigeants, animés de convictions ou d’une volonté politique forte. Cependant, du fait de leur intelligence, de leur culture, de leur volontarisme et de leur attachement au bien commun, ils n’ont pas été compris par les élites, la classe politique de leur temps. Donc, ils ont été rejetés, diabolisés, maudits à leur époque. Mais ce qui m’a le plus sidéré, c’est la poursuite de leur statut de pestiférés dans le temps. Malgré les aspects positifs de leur action, leur image reste maudite des décennies ou des siècles plus tard. Cette injustice souligne la vanité de toute prétention à laisser «sa trace dans l’histoire».

Au fond, sont-ce des caractères indépendants et visionnaires qui ont eu raison avant tout le monde?

Oui, c’est un point essentiel. Chaque époque a sa pensée unique ou son idéologie dominante. Les parias sont des personnalités qui, du fait de leur intelligence visionnaire, se sont élevées au-dessus du conformisme triomphant. Souvent, ils ont eu raison avant tout le monde. C’est pourquoi, ils ont été broyés par leur époque. On a beaucoup caricaturé le duc de Broglie et la formule d’«ordre moral» qui lui fut prêtée dans les années 1870. De fait, sa passion des valeurs traditionnelles notamment autour de la famille, se présente comme une mise en garde contre l’anomie, un monde relativiste, sans repères, sans principes, sans valeurs. Il voyait poindre dès 1875 les horreurs du XXe siècle, d’une société relativiste, sans bien ni mal, la barbarie, les guerres sanguinaires, les régimes totalitaires. Dans un tout autre genre, Joseph Caillaux est un personnage hors norme. Il était l’un des seuls, dans la classe politique et intellectuelle, à mettre en garde son époque contre l’ultra-nationalisme dominant dans les années 1900 et à prédire les atrocités de la Grande guerre ainsi que ses conséquences épouvantables: le totalitarisme, les guerres apocalyptiques, la cascade «de malheurs sans nom», l’effondrement de l’Europe. Non seulement il n’a pas été écouté, mais il a été persécuté par la classe dirigeante de l’époque. De même, Alexandre Millerand et André Tardieu furent de véritables visionnaires dans les années 1920 et 1930, fustigeant la faiblesse de la IIIe République et l’angélisme des élites françaises devant la montée du nationalisme allemand puis du nazisme. Eux aussi ont été ignorés et traités comme des pestiférés.

Attention, je ne dis pas que ces hommes eurent toujours raison! Ils se sont parfois trompés. Je songe à Georges Bidault, prophétique dans son engagement dans la résistance au côté de Jean Moulin et dans les années de reconstruction, visionnaire de la réconciliation franco-allemande, mais sombrant dans un étrange aveuglement face à la décolonisation… De mes huit parias, il est celui dont le destin est le plus mystérieux, le plus insaisissable. Quant à Michel Poniatowski, lui aussi avec ses forces et ses faiblesses, ses excès et ses erreurs, il fut le premier des hommes politique français en 1974 à tirer la sonnette d’alarme contre la montée de la violence dans des sociétés privées de repères, le communautarisme, la fragmentation de la société, la nécessité de maîtriser les frontières. Trop tôt, trop fort: son appel en faveur de l’autorité de l’État, quelques années après mai 1968, ne lui a pas été pardonné.

Un homme d’État est-il un paria qui a réussi?

Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle.

Votre description des parias fait penser à la figure chère à René Girard du bouc émissaire. Le bouc émissaire chez Girard sert à réguler la violence de la société par une violence qui converge vers une unique personne. Les parias que vous décrivez traduisent-ils une violence inhérente à la forme démocratique et au régime républicain?

En effet, pour tout vous dire, la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos.

Parmi les huit parias que vous décrivez, si vous deviez en choisir un, qui vous serait particulièrement cher, lequel serait-ce?

J’éprouve une tendresse particulière pour André Tardieu et rêverais de pouvoir passer une heure avec lui. C’est un grand bourgeois parisien d’une puissance intellectuelle hors normes, éternel major des concours les plus prestigieux. Avec ses allures de dandy, il fréquente les restaurants et l’opéra, ne se prend jamais au sérieux. D’une gaîté et d’une drôlerie permanente, charismatique, éblouissant, d’où son surnom de Mirobolant, il est un grand séducteur des plus jolies actrices de son temps. Parvenu au pouvoir en 1929, il pressent avant tout le monde la gravité de la crise de 1929-1932 et lance, trois ans avant Roosevelt une politique de relance par les grands investissements, un véritable New Deal français. Totalement incompris, notamment pas le parti radical, il est chassé du pouvoir et empêché d’accomplir son projet de modernisation du pays. C’est un tournant de sa vie. Il en conçoit une profonde amertume et bascule dans une vision tragique du monde. Il met en garde les élites françaises contre la faiblesse des institutions de la IIIe République qui ne permettent pas de gouverner. Il dénonce, bien avant tout le monde, dès 1933, le danger mortel que le nazisme fait courir à la civilisation, contre l’angélisme de la classe politique et des élites à cet égard. Il réclame un renforcement du pouvoir du gouvernement face aux partis politiques alors tout puissants. Non seulement il n’est pas écouté, mais il est véritablement lynché, traité de réactionnaire et de fasciste, par la gauche, mais aussi par la droite, dont ses anciens amis politiques par exemple Paul Reynaud. Dès lors, il se retire en 1936 dans la solitude absolue du hameau de Monti, sur les hauteurs de Menton, pour y trouver le soleil. Je trouve profondément injuste le procès qui lui est fait encore aujourd’hui. Il suffit de lire dans son œuvre maîtresse La Révolution à refaire, son engagement en faveur du vote des femmes – contre l’ensemble de la classe politique de l’époque, surtout la gauche radicale – pour comprendre à quel point sa vision est moderne et démocratique. Elle a inspiré, de A à Z, la Ve République du général de Gaulle qui hélas, ne lui a pas assez rendu hommage…

Pourquoi insistez-vous tant sur la vie privée de vos parias? N’est-ce pas une forme de voyeurisme?

Je ne le pense pas. Leur vie intime explique beaucoup de leurs convictions et de leur politique. On ne peut pas comprendre leur engagement sans une analyse approfondie de leur caractère, de leur histoire personnelle, et sans se plonger délibérément dans leur vie privée. Si je parle longuement des amours de Joseph Caillaux et du drame de l’assassinat du directeur du Figaro, Gaston Calmette, par sa seconde épouse, Henriette, c’est parce que ce drame, fruit d’un hallucinant quiproquo, a peut-être eu des conséquences vertigineuses sur la grande histoire… De même, la vie de famille de Jules Moch est au centre de son comportement et de sa politique. La mort de son fils aîné, André, qu’il aimait passionnément, grand résistant assassiné par la Milice en 1944, fut un traumatisme infini qui peut expliquer certains aspects de son engagement. Chez lui, le désordre et le chaos sont la voie royale vers la guerre, la dictature et le crime. Homme de gauche d’une autre époque, difficilement compréhensible aujourd’hui, il est foncièrement attaché à l’ordre républicain et à la stabilité qui sont les garanties de la paix. La liberté et l’égalité sont incompatibles avec le désordre. Il est réellement socialiste, au sens de son époque, favorable à l’étatisme et à l’égalité. Mais il ne supporte pas l’anarchie. Il est d’une gauche autoritaire, qui trouve ses racines dans la Convention, mais aussi dans la politique de Clemenceau et dans la Résistance, étant l’un des Quatre-Vingts parlementaires qui ont refusé les pleins pouvoirs à Pétain. Sa diabolisation actuelle et sa réputation «d’assassin des ouvriers» sont une grave injustice. Contrairement à la légende, il n’a jamais ordonné de «tirer sur les mineurs». Dans un pays dévasté par les pénuries alimentaires et de charbon en 1947-1948, vivant sous la menace des chars de Staline, alors que l’Europe de l’Est était placée sous le joug soviétique, Jules Moch, ministre de l’Intérieur, a assuré le maintien de l’ordre et la sauvegarde de la Nation. Cet ami fidèle de Léon Blum dont il était particulièrement proche, était alors considéré, jusqu’à 1950, comme un véritable sauveur et encensé par toute la classe politique, en particulier le parti socialiste, à l’exception des communistes. Il a refusé le tournant «libéral libertaire» de mai 1968 de la gauche française et détestait Mitterrand, symbole à ses yeux du «social-narcissisme». Ennemi du désordre, obsédé par l’horreur de la guerre et de l’oppression, détestant l’arme atomique, homme d’autorité, une autorité républicaine, mais hostile à toute forme de culte de la personnalité, il est le plus inclassable de tous nos parias…

Vous écrivez également que notre société ne permet plus aujourd’hui à de grands parias politiques d’émerger, comme s’ils étaient tués dans l’œuf car pour qu’il y ait de grands parias, encore faut-il qu’il y ait de forts tempéraments? La fin des grands parias signe-t-elle la mort de la politique?

Oui, mais il me faut être clair: j’éprouve une immense admiration pour les maires et les grands élus politiques qui consacrent leur vie à l’intérêt général, souvent dans la discrétion et la modestie. En revanche, il me semble que globalement, la vie politique médiatisée, apparente, nationale, sombre dans une médiocrité toujours plus grande, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Je ne suis pas sûr qu’il existe en ce moment des hommes ou femmes d’État potentiels, visionnaires, davantage concernés par le bien public que par leur destin personnel, sans peur et déterminés. La vie politique médiatisée devient de plus en plus une affaire d’image, de coups médiatiques, de manipulations, de polémiques et de posture. Elle est orientée vers le culte du «moi», le bavardage, la communication narcissique au détriment de l’action et du bien public. Jusqu’aux années 1980, les grands politiques étaient souvent des personnes d’une haute culture historique et littéraire, qui leur donnait une hauteur, un recul, une vision historique, une perspective par rapport à l’actualité, à leur propre destin, à l’avenir du pays.

Aujourd’hui, nous assistons au triomphe du narcissisme qui faisait horreur à Jules Moch. C’est pourquoi nous n’avons plus semble-t-il de grands parias de l’histoire, maudits à cause de leur supériorité intellectuelle et de leur caractère. De tels tempéraments sont étouffés dans l’œuf, écartés par anticipation de la carrière politique. Il me semble que les jeunes les plus brillants d’une génération choisissent d’autres voies que la politique qui de toute façon devient de plus en plus, à la base, une affaire de réseau personnel, familial ou clanique. Jadis, me semble-t-il, les politiques, candidats aux élections, à l’exemple de mes parias, étaient souvent repérés et désignés pour leurs qualités personnelles, intelligence et caractère. Aujourd’hui, les choses se jouent davantage sur le népotisme familial ou le copinage. D’où cette impression de médiocratie montante. Nous avons en revanche, dans notre univers politique ultra-médiatisé, une multitude de petits parias quotidiens qui font l’objet d’un passage à tabac médiatique, mimétique, à la suite de fautes de comportement, de paroles déviantes au regard du politiquement correct, ou de la pure calomnie. Ces parias d’un jour, d’une semaine, banalisés, n’ont rien à voir avec les grands parias de l’histoire, en voie de disparition… Ce phénomène exprime bien un déclin de la vie politique et démocratique.

Vous avez été le conseiller de Nicolas Sarkozy. Considérez-vous qu’il fut un paria?

Franchement, c’est difficile à dire en l’absence de recul historique. Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias…

François Fillon a choisi d’incarner une droite assez dure, stratégie validée lors de primaires où il a su d’adresser au cœur de son électorat, mais qui se heurte aujourd’hui à un électorat beaucoup plus large, peut-être apeuré par son programme économique. L’ancien Premier ministre est austère, d’aucuns diront rigide. A-t-il le profil d’un paria?

Il a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun.

Voir aussi:

François Fillon : le nouveau paria de la République ?
Maxime Tandonnet
Le Figaro
30/01/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’il fait l’objet d’accusations concernant l’emploi de son épouse, le candidat des Républicains tenait dimanche son grand meeting à La Villette. Pour Maxime Tandonnet, il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur.


Maxime Tandonnet est haut-fonctionnaire, historien et auteur des Parias de la République (éd. Perrin, 2017).


La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort: le duc Albert de Broglie qui lançait un cri d’alarme contre l’affaiblissement de la morale et le risque de l’anomie ; Joseph Caillaux, prophète du carnage de la Grande guerre et de «la cascade de malheurs sans fins» qui devait en résulter ; Alexandre Millerand et André Tardieu, pourfendeurs des faiblesses de la IIIe République, traités de «réactionnaires» et de «fascistes» pour avoir réclamé un renforcement du gouvernement face à la montée du nationalisme en Europe et du nazisme ; Jules Moch, socialiste d’ordre, authentique résistant au nazisme – dont le fils aîné fut massacré par la Milice – et à la menace stalinienne en pleine guerre froide, injustement traité «d’assassin des ouvriers» ; Michel Poniatowski, chantre de l’autorité de l’État contre le chaos sociétal, six ans après mai 1968 et dès lors voué aux gémonies, Edith Cresson, seule femme Premier ministre, dont les bonnes idées ont été gâchées par une communication défaillante et les jalousies…

Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité.

Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image.

Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon.

L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics.

Voir également:

Maxime Tandonnet : « En marche… mais vers quoi ? »
Maxime Tandonnet
Le Figaro
07/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE- Pour Maxime Tandonnet, malgré sa victoire, le flou qui entoure la vision et le programme d’Emmanuel Macron n’est toujours pas dissipé.


Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, auteur d’Histoire des présidents de la République (2013, 2017) et des Parias de la République (2017) Perrin.


L’élection d’Emmanuel Macron, le 7 mai 2017, a l’apparence d’un «miracle républicain». Le système politique français est depuis longtemps accusé de sclérose et d’incapacité à se renouveler. En 2016-2017, l’électorat a donné un fulgurant coup de balai dans la fourmilière et l’homme qui entre à l’Élysée est à 39 ans le plus jeune président de l’histoire. La vie politique française se trouvait empêtrée dans le vieux clivage droite/gauche. Soudain, cet archaïsme semble voler en éclats. Sa victoire ébranle un système de partis discrédité, annonçant peut-être une recomposition du jeu politique. Elle écarte les solutions démagogiques. Son exploit apporte un air de fraîcheur à la vie publique. L’histoire n’offre aucun exemple équivalent de l’ascension fulgurante d’un inconnu qui bouscule les chasses gardées et les rentes de situation, à l’exception de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République le 10 décembre 1848 à 40 ans.

Miracle français ou étrange illusion? Aujourd’hui, les interrogations l’emportent sur les certitudes. Que sait-on de M. Macron? Sa percée médiatique fut le résultat de déclarations tonitruantes qui rompaient avec les dogmes de son camp (35 heures). Inclassable, il donne des gages à la droite comme à la gauche. Mais comment sortira-t-il du flou sans provoquer de vifs mécontentements? Adulé des médias, merveilleux communicant, sans aucun doute, mais cette qualité ne préjuge en rien, chez un homme peu expérimenté, de sa capacité à s’élever au rang d’homme d’État, de décideur et de visionnaire. De quel renouveau parle-t-on? Au-delà du visage neuf qu’il apporte, son accession au pouvoir est-elle réellement synonyme de renouvellement de la classe politique, de son état d’esprit? Ses soutiens affichés n’incarnent pas un franc rajeunissement… Comment échappera-t-il au soupçon d’un recyclage des notables du parti socialiste?

M. Macron affiche ses convictions libérales sur le plan économique. Mais en revanche, ses intentions sur les sujets de société qui préoccupent les Français – éducation, sécurité, autorité de l’État, maîtrise des frontières – demeurent mystérieuses. Dans son positionnement atypique, ni droite/ni gauche, quelle est la part de l’authenticité et celle de la posture? Et que dire de son mouvement, «En marche» cette étrange coalition centrale aux contours et ligne indéfinis qui renvoie au souvenir des Radicaux sous la IIIe République? «En marche», oui, mais vers quoi?

L’autre inconnue majeure tient aux sentiments profonds des Français envers leur nouveau président. La jubilation médiatique qui accompagne cette élection est-elle le reflet d’un phénomène d’adhésion dans les profondeurs du pays? Rien de moins sûr. La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir?

Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains.

Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958.

Voir de même:

Présidentielle: Fillon sacrifié, Le Pen dépassée, Macron bientôt martyrisé?

Sept leçons et un espoir

Marin de Viry

Causeur

05 mai 2017

Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions.

Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime –  et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ».

Macron et le hub France

Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré.

Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs.

Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique.

La naïveté restauratrice du FN

Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France.

Leçon numéro 7. Nous vivons dans une démocratie où l’intimidation était jusqu’à très récemment considérée comme une technique argumentative supérieure à la délibération dans le calme. J’écris « était », car c’est fini, les puissances intimidantes ont été tellement odieuses qu’elles sont puissamment rejetées. Mais tout de même, on se pose beaucoup la question autour de moi : «au fait, comment appelle-t-on un régime qui fait financer par l’impôt l’immixtion à contretemps de l’autorité judiciaire dans un processus démocratique qui vise à choisir l’exécutif, la partialité voire la propagande des médias publics (il faudra en juger calmement, car c’est un scandale), et l’aide directe et indirecte à une presse contrôlée par des gens en affaire avec le pouvoir ? ». Il doit y avoir un mot…

J’ai fait un rêve…

Espoir unique. Au fond, tout va bien. A peine Macron élu, un mouvement intellectuel va exploser : il viendra de tous ceux qui ne supportent plus que la grandeur de l’homme, la dignité du citoyen, et la solidarité réelle entre les Français soient foulés aux pieds, et qui pensent que l’histoire de notre pays, notre espace politique, nos ressources de toutes natures contiennent les idées et les moyens qui nous permettront de redresser le pays et de donner à chacun sa chance et son dû, pourvu que le pouvoir reste dans la patrie et qu’il en soit fait un usage sage, intelligent, ardent, imaginatif. Et surtout : pensé par nous, pensé pour nous et tous ceux qui s’y reconnaîtraient dans le monde. Emmanuel Macron sera un bon point de repère pour ce mouvement, un peu comme une sorte d’amer sinistre que les marins laissent le plus au large possible. Nous allons lui tomber dessus démocratiquement, mais à bras raccourcis. Nous allons faire la fête au cyber mirliflore et aux turbos bécassines. Nous allons démonter son petit hub, boulon par boulon. Ce sera la France contre les robots, enfin ! Emmanuel Macron, merci d’avance pour ce moment.

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La machine à « éliminer Fillon rappelle les procès staliniens »

Jean-Eric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, estime que le candidat François Fillon est plus malmené que le justiciable ordinaire. Pour lui, l’électeur est devenu l’otage de la procédure.

Jean-Eric Schoettl (ancien secrétaire général du Conseil Constitutionnel (1997-2007)

Le Monde

02.03.2017

[Dans sa déclaration mercredi 1er mars, François Fillon a fait référence à une analyse de Jean-Eric Schoettl publiée dans la revue Les Petites Affiches, mardi 14 février. Consacré aux assistants parlementaires du candidat LR dans le cadre de l’enquête préliminaire, ce texte insistait notamment sur la séparation des pouvoirs. M. Schoettl livre ici une tribune en défense de M. Fillon.]

La reconnaissance empressée par le juge judiciaire de sa compétence – pourtant contestable – dans ce qui est devenu l’affaire Fillon, pose d’autant plus problème qu’elle accompagne un pilonnage médiatique ayant pour effet, sinon pour objet, de fausser le jeu du suffrage universel à la veille d’une élection déterminante pour l’avenir de la nation. Elle est préoccupante pour l’équilibre des institutions parce que, au-delà de la notion juridique de séparation des pouvoirs, elle fait objectivement interférer la justice avec une échéance électorale majeure.

La tradition de « retenue » du juge à la veille d’une élection a toujours été scrupuleusement respectée par le juge administratif. Elle le conduit, à l’approche d’une élection, à reporter certaines décisions – découpage des circonscriptions, affaire mettant en cause un candidat, etc. – et à en suspendre l’instruction – pour éviter de perturber les opérations électorales ou d’altérer la sincérité du scrutin. C’est aussi une question de dignité de la justice qui ne doit ni se laisser instrumentaliser par les joutes politiques ni donner le sentiment qu’elle cède à un biais partisan. C’est enfin une question de déontologie et d’éthique de la responsabilité.

Le juge du siège, a fortiori le parquet – dont la mission est d’apprécier l’opportunité des poursuites – ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs actes. Ainsi, la considération de l’impact d’une décision sur l’ordre public ou la prise en compte de l’état d’encombrement carcéral influent fréquemment sur la nature et les modalités d’exécution des mesures d’instruction ou de la peine prononcée.

L’anticipation, par le juge, des incidences de ses actes sur l’environnement social se justifie plus encore pour le calendrier de la procédure, dès lors, d’une part, que les poursuites peuvent avoir lieu ultérieurement et que, d’autre part, les faits ne sont pas si graves et avérés que la célérité s’impose nonobstant le contexte. En l’espèce, l’empressement à poursuivre, souligné par la promptitude de la mise en examen – dont les répercussions sur l’opinion publique sont considérables, celle-ci y voyant une confirmation de la culpabilité –, fait fi des réalités du temps électoral.

S’il n’y a pas volonté de faire échec à une candidature, ce qui constituerait un cas gravissime de « partialité subjective », il y a du moins froissement de « l’impartialité objective » : un magistrat ne doit pas seulement être impartial, il doit aussi donner à voir qu’il l’est. En la matière, comme nous le répète avec insistance la Cour européenne des droits de l’homme, les apparences comptent. L’indépendance du juge doit s’affirmer « à la cantonade » non seulement à l’égard des autres pouvoirs, mais encore à l’endroit de ses propres inclinations, préjugés et passions.

Un feuilleton judiciaire

Comment, dans ces conditions, ne pas ressentir un profond malaise devant un feuilleton judiciaire devenu le carburant essentiel du bûcher médiatique, alimentant régulièrement celui-ci, à coups de communiqués et de fuites, aux dépens de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du secret de l’enquête et de l’instruction ? Pourquoi cette mise en examen décidée quelques jours après l’ouverture de l’instruction, en plein recueil des parrainages, alors que, dans les cas ordinaires, sauf évidence accablante ou demande du justiciable, la mise en examen n’intervient qu’après des semaines ou des mois ?

L’impression produite est que le contexte est bien, en effet, pris en compte, mais à l’inverse de ce à quoi invite le respect des échéances démocratiques. Le candidat est plus malmené que le justiciable ordinaire. L’électeur devient l’otage de la procédure.

Comment ne pas s’inquiéter de la santé de notre vie démocratique en voyant une personnalité politique éminente, porteuse d’un projet qui, quoi qu’on en pense sur le fond, a rallié des millions de suffrages lors d’une primaire impeccablement conduite, déstabilisée en plein compte à rebours de l’élection présidentielle – y compris après que le décret de convocation a été publié au Journal officiel – par des imputations diffusées en boucle, portant sur des faits anciens, non avérés et d’importance subalterne au regard des perspectives collectives ?

Comment ne pas se désoler, en tant que citoyen, en voyant les questions programmatiques évincées par un battage que l’intéressé ne peut combattre qu’en se faisant accuser de conspirer contre l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, s’enferrant ainsi dans un piège qui rappelle les procès staliniens – peloton d’exécution en moins, mais avec un même enjeu d’élimination d’un acteur politique ?

Quels lendemains ce charivari aux conséquences imprévisibles prépare-t-il aux rapports entre élus et justice ? Et, plus généralement, à une collectivité nationale qui, remontée contre les partis de gouvernement, habitée par la petite musique du « tous pourris », troublée par ce qu’elle comprend d’autant moins qu’on le lui ressasse de façon brouillonne, se tourne de plus en plus vers des aventuriers ?

Obstination à poursuivre

C’est à ces lendemains qui déchantent que risque de mener, quoi qu’on en dise, l’empressement à poursuivre. Pense-t-on vraiment que la justice n’a pas à s’en soucier ? L’indépendance du juge est-elle synonyme d’autisme ? Doit-elle se payer au prix fort d’une issue électorale chaotique ?

En l’espèce, la retenue judiciaire n’aurait pourtant pas eu d’effet exonérateur et n’aurait pas rompu l’égalité devant la justice, puisque des poursuites sont possibles au lendemain de la défaite du candidat ou, s’il est élu président de la République, à l’expiration de son mandat. Les délais de prescription sont, en effet, suspendus en vertu de l’article 67 de la Constitution dans sa rédaction issue de la loi constitutionnelle du 23 février 2007.

Bien sûr, comme le souligne le garde des sceaux, la justice n’a pas à suspendre son cours à la veille d’une élection. Mais il ne s’agit, ici, ni de la justice en général ni de la généralité des instances. Il s’agit d’une affaire singulière, intéressant un événement crucial pour notre vie démocratique. Il était loisible au parquet, en l’absence de toute plainte d’un tiers, d’ouvrir son enquête – ou du moins l’instruction – après le scrutin, s’il estimait que les faits le méritaient et qu’il était compétent pour en connaître.

L’obstination à poursuivre se manifeste, en outre, de façon significative, par la saisine du juge d’instruction la veille, ou presque, de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale, qui aurait provoqué la prescription de la plus grande partie des faits incriminés. La mission du parquet est d’apprécier l’opportunité des poursuites et, dans ce cadre, de tenir compte du retentissement que peut avoir une collision entre temps judiciaire et temps électoral.

Voir de plus:

Emmanuel Macron, plébiscité mais fragile
Ivan Rioufol
8 mai 2017

L’élection d’Emmanuel Macron (66,10% des voix) a été saluée, dimanche à 20H, par « une salve d’applaudissements » venant de l’Elysée. La précision a été donnée par France 2, lors de sa soirée électorale. Sur le plateau, Ségolène Royal ouvrait le bal, dans un troublant retour en arrière mettant en scène également François Bayrou et quelques autres acteurs du monde ancien. Deux éditorialistes du Monde et de France Inter avaient été chargés par la chaîne publique de commenter d’emblée l’événement et la plate défaite de Marine Le Pen (33,90%). Ce lundi, François Hollande a reconnu ressentir « beaucoup d’émotion » à la perspective de donner « la marche à suivre » à son successeur. Il aurait sans doute aimé dire : son hériter. Bref, le renouvellement, unanimement salué ce lundi, ressemble fort, dans ses premiers pas en tout cas, à une authentique duperie. Voici en effet le retour flamboyant des figures socialistes, des commentateurs de la victorieuse presse de gauche, des journalistes cireurs de pompes, des hagiographes du « nouveau Bonaparte », des gendarmes de la pensée lisse. Voici le retour en force de la bien-pensance, confortée par les soutiens de Barack Obama (Etats-Unis) et Justin Trudeau (Canada), qui ont porté le conformisme intellectuel à son apex. L’élection de Macron, ce casse du siècle dont il faudra un jour connaître les coulisses, est la victoire du progressisme et de ses leçons de morale. Les médias unanimes auront largement contribué à soutenir ce candidat du Bien, en désignant son adversaire comme le Mal incarné. Si la presse veut être à la hauteur de son rôle de contre-pouvoir, elle va devoir cesser de se pelotonner contre lui.

Clint Eastwood avait expliqué son soutien à Donald Trump en pestant contre « une génération de mauviettes ». « Tout le monde est fatigué par le politiquement correct. On est en plein dans une génération lèches-cul », s’était agacé l’acteur américain avant la victoire de Trump. Il faut croire qu’une partie des citoyens français ne ressent pas cette exaspération devant l’angélisme et le béni-oui-ouisme que supporte le pays depuis des décennies. Apparemment, cette France-là en redemanderait même. Mais l’écueil pour Macron serait de poursuivre dans ce faux confort qui, au prétexte légitime de « renouer avec l’optimisme », en viendrait à fermer encore plus les oeillières sur les réalités en se chatouillant sous les bras. La France en colère n’est pas prête à chantonner : « Tout va très bien, Madame la marquise …  » derrière la macromania qui se profile, avec sa cour, son show-biz, ses flatteurs. Seuls 40% des 20,4 millions d’électeurs de Macron ont voté pour son projet libéral, multiculturel, européen, mondialiste. 60% ont voté Macron pour faire obstacle à Le Pen, qui a néanmoins encore accru ses soutiens (10,5 millions). 17 millions de Français ont choisi de voter blanc ou nul (4 millions) ou de s’abstenir (13 millions) en dépit des mises en garde des faux résistants à un « fascisme » inexistant. La France en colère pèse plus lourd que le noyau de l’électorat Macron, qui représente en fait un quart des votants. Si Macron se montre incapable d’entendre très vite ces Oubliés, il est à craindre qu’ils ne respectent longtemps ce tour de passe-passe démocratique, qui a fait se réjouir l’Elysée, hier soir à 20h.

Voir encore:

Emmanuel Macron. Rarement un Président a paru si bien élu, avec le soutien de 90 % des médias. Mais rarement il a disposé de si peu de soutiens pour appliquer sa politique.

Yves de Kerdrel

7 mai 2017

Attention aux effets d’optiques ! Depuis le début de cette longue soirée électorale, tous les experts, présentateurs et politologues vous annoncent les résultats en pourcentages. Et c’est normal puisque la participation est un pourcentage du nombre d’électeurs et les résultats cruciaux de 20 heures donnant les scores du résultat des deux finalistes sont deux pourcentages qui sont scandés pendant des heures.

Mais il est bon aussi de revenir à l’essentiel, c’est à dire au nombre de voix et à ces simples bulletins de vote jetés à un à un dans près de 50.000 bureaux de vote partout en France tout au long de cette journée.

A peine deux millions de voix de plus que François Hollande en 2012

46,9 millions de français sont inscrits sur les listes électorales dont 1,3 million à l’étranger. Le taux d’abstention étant de 26 %, cela ramène le nombre de votants à 34,7 millions. Le nombre de bulletins blancs ou nuls s’établit à 4,16 millions selon les décodeurs du monde (12 % des votants, contre 2 % au premier tour). Ce qui ramène donc à 30,5 millions le nombre de suffrages exprimés.

Pour l’heure le score estimé d’Emmanuel Macron est de 65,7 %. Ce qui lui confère en théorie 20 millions de voix. Ce qui représente à peine deux millions de voix de plus que François Hollande en 2012 et quelques centaines de milliers de voix de plus que Nicolas Sarkozy en 2007. On est donc bien loin d’une victoire triomphale telle qu’elle nous est présentée par les médias. Ce n’est pas vrai quand il est dit et répété ce soir que deux tiers des français ont voté Macron, puisque seulement 42 % des français ont déposé dans l’urne un bulletin à son nom alors qu’ils étaient 62 % à avoir réellement voter Chirac en 2002.

Mais le plus grave, c’est que selon les estimations d’Ipsos, seulement 40 % des électeurs d’Emmanuel Macron adhèrent à son projet. Voici donc un Président élu avec un score officiel de 65,7 %, mais avec le soutien effectif de seulement 8 millions d’électeurs, soit 17 % des inscrits. Rarement un Président a paru si bien élu, avec le soutien de 90 % des médias. Mais rarement aussi il a disposé de si peu de soutiens pour appliquer sa politique. Cela explique pourquoi 61 % des français sondés aujourd’hui souhaitent une victoire de la droite aux élections législatives des 11 et 18 juin. Le message est clair. A la droite de l’écouter et de faire ce qu’il faut.

Voir aussi:

Macron président: Tartuffe au pays des Français

Bienvenue en post-République!

Matthieu Baumier
est essayiste et romancier.

Valeurs actuelles

08 mai 2017

En ce 8 mai 2017, la France a un nouveau président de la République. Elle s’éveille en pleine supercherie, vaguement honteuse d’avoir dû juguler le Mal. «L’hypocrisie est, chez une nation, le dernier degré du vice. C’est donc faire acte de citoyen que de s’opposer à cette tartuferie sous laquelle on couvre ses débordements» écrivait Balzac. La République est « sauvée ». Vraiment ? Simulacre et coup d’État démocratique. Bienvenue en post-République.

Le 25 octobre 2016, Hollande était crédité de 4 % d’opinions favorables, selon une enquête Ipsos pour le CEVIPOF et Le Monde. Jamais un chef d’État n’avait autant été discrédité. Et jamais un parti politique au pouvoir, son leader et la politique menée durant 5 ans n’avaient été à ce point rejetés. Hollande ne pouvait pas se représenter. Une première.

Échec de la lutte contre le chômage de masse, malgré les manipulations de chiffres. Échec de la relance de l’économie libérale, malgré l’affirmation indécente selon  laquelle le pays se porterait mieux. Échec de la politique scolaire, jamais les fondamentaux n’ayant autant manqué aux enfants. Échec de la politique de sécurité, malgré un État d’urgence où l’urgence n’implique pas l’interdiction de manifestations, au risque d’attentats dans la foule, et où l’on traverse sans souci des frontières abandonnées. La France, un État en guerre, attaqué, des citoyens et des policiers assassinés dans les rues par des tueurs se déplaçant librement. La France, un État dans lequel des groupuscules d’extrême gauche brûlent des policiers le 1er mai. État d’urgence ? Ces mêmes groupuscules — ou faut-il écrire « ligues » ? — dont le pouvoir politique n’imagine même pas la dissolution. Il a parfois suffit de moins pour des factions d’autres bords. Après tout, à l’instar de ces groupes, l’ennemi de Hollande c’était la finance. Hollande, son humour a toujours été remarqué. Garcimore sortant Macron de son chapeau. Un candidat officiel pour un régime aux abois.

Un parfum de Second empire

Les élections ? Une mitraillette de tartufferies. Du simulacre à répétition. Fort de sa popularité et de ses réussites, Hollande engage tranquillement sa Conquête de Plassans. Comme chez Zola, il dépêche un émissaire sur le terrain. De quoi s’agit-il ? De conserver un pouvoir devenu illégitime. Un nouveau président de la République élu comme « candidat officiel du pouvoir ». Souvenirs du Second empire. En marche pour continuer les politiques économiquement libérales et culturellement libertaires à l’œuvre depuis plus de 30 ans. Belle tartufferie que celle-ci : se mettre en marche dans les pas de Hollande et prétendre incarner la « nouveauté », la « modernité » en politique.

Rien de surprenant sous le soleil, ni dans le personnel politique recyclé ni dans la politique annoncée, qui sera bien plus gestionnaire d’options venues d’ailleurs que « révolutionnaire », n’en déplaise à un titre de livre. Gestion ? Tendance DRH en phase de « licenciement soft ». Tout dans la gestuelle de Macron s’inscrit dans ce monde des communicants et des DRH, le lecteur verra Corporate et comprendra. En marche vers les larmes. Tartufferie ? Au 1er tour, le candidat Macron a obtenu 8 656 346 voix, soit 24 % des votants. 18,19 % des inscrits. Un peu plus de 8 millions de voix sur les 33 millions de votes exprimés. 8 millions sur les 47 millions d’inscrits. Lors de sa campagne de 2e tour, notre nouveau président a répété que son projet était légitime car « porté en tête par les français ». Pour adresser une fin de non-recevoir aux demandes des Insoumis. 8 millions d’électeurs, ce n’est pas la France. Tartufferie ? Un scénario électoral trop beau pour être vrai.

Pire qu’un complot, une supercherie!

Pas besoin d’évoquer un « cabinet noir » ou des thèses complotistes pour remarquer que beaucoup, dans cette élection, s’est déroulé dans le meilleur des mondes macronien possible. En la personne de Marine Le Pen, le « danger » nécessaire et voulu pour être élu au 2e tour était au rendez-vous. Et ce « danger » a été massivement monté en épingle par des médias menant aussi campagne En Marche. À de rares exceptions près. Les règles de la déontologie médiatique ont été bafouées entre les deux tours, où nous avons assisté à un remake de la lutte entre les forces de la lumière et des ténèbres. Dans le rôle-titre des ténèbres, la candidate Le Pen ramenée à sa responsabilité présumée dans les drames de la 2e Guerre Mondiale. Macron s’est rendu sur des lieux de mémoire, histoire de nous dire combien un parti politique républicain puisque autorisé est… en fait un parti antirépublicain démoniaque. Que l’on pense au ridicule d’un David Pujadas tentant de transformer Marine Le Pen en héritière de l’antisémitisme français. Vieille supercherie à laquelle plus personne ne croit, pas même ceux qui l’utilisent. Un Tartufisme, cette « sottise prétentieuse de notre époque » ou « pureté dégoûtante », à lire Cocteau.

La (bonne) surprise Mélenchon

Une petite surprise tout de même : Mélenchon. L’homme a de l’honneur. Il respecte ses idées et ses électeurs. Ses engagements. En laissant libres les Insoumis. Comme prévu. Que n’entend-il pas ! Le voici transformé en soutien du FN. À ce point de ridicule, il n’y a plus de dupes. Tartufferie de nombre de médias, acquis aux thèses politiques dominantes et aux divers pouvoirs qui appliquent ces thèses depuis le tournant libéral de Mitterrand, à droite comme à gauche. Tartufferie dès l’offensive anti-Fillon. Présumé innocent en théorie, l’homme a été abattu en vol. Il ne cadrait pas dans le scénario. Coupable ou pas ? Pour l’heure, personne ne le sait. Promis pour être élu mais éliminé. Sauf mauvaise foi, personne ne peut décemment soutenir que la machinerie mise en œuvre contre Fillon avait la morale pour finalité… L’avenir dira ce qu’il en a été. Et nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises. Que se passera-t-il si Fillon est innocenté et s’il parvient à démontrer la culpabilité de certains médias dans la propagation de fausses accusations ayant influées sur cette élection ? Les médias contre Fillon, c’était du très grand Tartuffe. À côté, la libération d’un otage le jour du vote ou un macronleaks, c’est peanuts. Il faut aussi un peu de chance pour gagner.

Le vrai front républicain a perdu

Tartuffe au Pays des Français, cela vaut bien Tintin au pays des Soviets. Une campagne électorale indigne. Le sentiment d’un scénario écrit par avance. D’un président élu par une minorité agissante, un relent de copinages à tous les étages. Macron, légitimité zéro malgré le score obtenu dimanche 7 mai, un score qui n’a aucune signification réelle. Un pays dans un état déplorable, pour lequel les mêmes hommes, devenus officiellement interchangeables, se préparent à mettre en œuvre les mesures qui auraient été prises aussi bien par Hollande, Fillon, Macron, Sarkozy, DSK, Juppé, Valls, Baroin, Bayrou ou Royal. Et à oublier toutes les promesses de campagne, ce qui sera aisé tant tout et n’importe quoi a été promis. Une sordide impression de sectarisme quand ces personnalités politiques affirment qu’il n’est qu’un chemin possible. Un seul chemin ? Alors, pourquoi des élections ? Et pourquoi un peuple ? Le voici revenu en 2005, ce peuple, même s’il ne le sait pas encore.

18% du corps électoral

Ce 8 mai 2017, le peuple de France se réveille victime d’un hold-up au forceps, à nouveau berné par des élites mondialisées minoritaires ayant fait le job comme disent les américains : faire en sorte que le vote voulu soit le vote obtenu. Le président représente 18 % du corps électoral. Et la démocratie ? Le pouvoir aux sans-dents, ça ne va pas la tête ? Bienvenue en post-République française. Allez Dany, dis-le un peu pour voir : « élections, piège à cons ? ». Dis-moi, Dany, il est comment le bon côté du manche ?

Voir  également:

Hollande-Macron, récit d’un parricide

S’il doit beaucoup à François Hollande, le candidat d’En marche ! a capitalisé sur l’impopularité et la fragilité du chef de l’Etat. Une opération menée de main de maître.

Solenn de Royer et Vanessa Schneider

Le Monde

31.03.2017

Il ne peut pas ne pas y penser. A cette matinée de mai, dans la cour d’honneur de l’Elysée, où il pourrait remettre à Emmanuel Macron, si c’est lui que les Français ont choisi, les clés de ce palais qu’il aura occupé pendant cinq ans. Lui, le président sortant, se faire raccompagner sur le perron par son ancien conseiller âgé de 39 ans, jamais élu, inconnu des Français il y a encore trois ans, auquel il aura donné, sans le vouloir, sa place et son destin. Cruauté de la vie politique. Chez tout autre que lui, un tel scénario provoquerait rage et sentiment d’humiliation. Mais François Hollande semble prendre son parti de cette éventualité inédite. Comme à son habitude, il s’en tire par une pirouette : « Je ne vais pas m’accrocher aux rideaux, me cacher dans un coin, dire à Emmanuel : Retourne dans ton bureau, je garde le mien !” »

La trahison se paie souvent cash en politique. Mais l’élève aura réussi la prouesse de ne pas abîmer son image en prenant peu à peu la place du maître. « Le hold-up du siècle », résume la ministre de la santé, Marisol Touraine. Ou le crime parfait. « Il y aura Clausewitz, Sun Tzu et Emmanuel Macron », dit le patron des députés socialistes, Olivier Faure. Reste une question qui hante le chef de l’Etat et les siens : tout cela était-il prémédité ? Depuis quand le natif d’Amiens regarde-t-il le bureau de François Hollande, au premier étage du palais, en se disant qu’il pourrait être le sien ?

« Je te présenterai qui il faut »

La première fois qu’il a rencontré Emmanuel Macron, le président s’en souvient encore. C’était en 2008. L’ancien conseiller spécial de François Mitterrand, Jacques Attali, tient à lui présenter un nouveau talent. Sorti de l’ENA en 2004, membre de la prestigieuse inspection des finances, soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, le jeune loup qui se pique de philosophie et de littérature rêve surtout de politique.

Les trois hommes se retrouvent au Bristol, un palace de la rive droite, pour un verre. Hollande termine alors son mandat de premier secrétaire du Parti socialiste. Le jeune Macron, qui a déjà su s’attirer les bonnes grâces de bon nombre de messieurs importants dans le monde politique ou dans celui des affaires, fait des étincelles comme rapporteur de la « commission Attali pour la libération de la croissance », nommée par Nicolas Sarkozy. Il brigue une implantation dans le Nord-Pas-de-Calais. « Si tu veux cette vie-là, je te présenterai qui il faut », lui promet Hollande, séduit par l’intelligence du prodige. Aujourd’hui, il relativise : « Je n’ai pas été particulièrement éblouiC’était un jeune haut fonctionnaire qui voulait faire de la politique. »

Les caciques du vieux parti d’Epinay s’opposent à l’arrivée d’un énarque jamais passé par le syndicalisme étudiant ou par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Emmanuel Macron comprend qu’il devra patienter longtemps avant de décrocher une investiture. Ce sera donc le privé et la banque Rothschild. Mais les retrouvailles avec François Hollande se feront plus vite que prévu, cette fois par l’intermédiaire de Jean-Pierre Jouyet, l’ami intime de l’actuel chef de l’Etat, alors à la tête de l’Inspection générale des finances. Il introduit le banquier dans le cercle des conseillers qui préparent la primaire de la gauche de 2011, puis la présidentielle.

Rapide, travailleur, charmeur, toujours de bonne humeur, Macron réunit une fois par semaine un groupe d’économistes à La Rotonde, une brasserie du quartier Montparnasse. « Déjà, pendant la campagne, il n’y avait pas un iota entre ce que pensaient Hollande et Macron, se souvient l’ancien conseiller élyséen Aquilino Morelle. Ils étaient très proches. »

« Le fils qu’on voudrait avoir »

Le président élu appelle naturellement son protégé, alors âgé de 34 ans, à l’Elysée. Il est promis au poste de sherpa. Mais, pour le banquier, qui accepte de baisser drastiquement son salaire, ce sera secrétaire général adjoint, sinon rien. Il n’est encore personne, mais il s’impose déjà. Très vite, le conseiller au physique de jeune premier prend la lumière. Le Tout-Paris cherche à le rencontrer. Lui profite de ce prestigieux bureau élyséen pour étoffer son carnet d’adresses.

De son côté, le chef de l’Etat développe une véritable affection pour ce surdoué, dans lequel il voit une projection de lui-même. « Emmanuel, c’est le fils qu’on voudrait avoir », confie-t-il à son conseiller Gaspard Gantzer. « Emmanuel, c’est moi », déclare-t-il un autre jour aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça… », Stock). En plus de son intelligence, Hollande apprécie par-dessus tout l’humour de Macron qui « apporte de la joie et de la fantaisie dans le travail ».

Un jour, à l’Elysée, où doit se tenir un conseil sur l’attractivité, le jeune homme arrive sans cravate. François Hollande s’en irrite, mais préfère en rire. « Il lui passait tout », se souvient un membre du gouvernement. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, se moque de cet entichement pour celui qu’il surnomme « le petit marquis poudré ». Les hollandistes, Stéphane Le Foll en tête, prennent en grippe ce conseiller si peu discret dont les idées sociales-libérales font tousser la gauche.

Mais, peu à peu, l’ancien banquier déchante. Comme d’autres, il découvre la difficulté de travailler pour un président solitaire, qui cultive le flou et l’ambiguïté, repousse les arbitrages. Dans les dîners en ville, il ne retient plus ses flèches. Insolent, il lui reproche notamment de « baisser son bénard ». Le conseiller, qui a préparé le tournant libéral de 2014, juge le rythme et l’intensité des réformes insuffisants. Il piaffe d’impatience d’aller plus loin. Impudent et imprudent, il envoie de son portable à des poids lourds du gouvernement une photo d’une fausse plaque de médecin où il est écrit : « Institut international de la procrastination. Revenez demain. »

Un ministre, alors simple député, se souvient d’un drôle d’entretien : « Il a passé notre rendez-vous à se moquer d’un président passant ses soirées tout seul, accroché à son portable, à guetter les dépêches de l’AFP. Depuis le début, il est l’un de ceux qui ont fait passer Hollande pour un charlot dans tout Paris. » « C’est un agent immobilier, cingle un ex-ministre de premier plan. Il dit à chacun ce qu’il a envie d’entendre. »

L’un des premiers, le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, prévient le président : « Méfie-toi, Macron dit du mal de toi dans tout Paris. » Hollande hausse les épaules, sans y croire. Comme il ne perçoit pas à quel point, avec sa légèreté habituelle, il blesse son protégé lorsque celui-ci enterre Monette, sa grand-mère préférée, en 2013. De retour des funérailles, le chef de l’Etat, pourtant parfaitement au courant, fait remarquer son absence à « Emmanuel », qui ne compte pas ses heures à l’Elysée : « Ah tu es là, toi ? Je t’ai cherché ! » L’intéressé glisse à Aquilino Morelle : « Ça, je ne lui pardonnerai jamais… »

« On se retrouvera… »

Au lendemain des municipales perdues par la gauche, François Hollande est rattrapé par la somme de ses indécisions passées et doit tout changer d’un coup. Il congédie Jean-Marc Ayrault, le remplace par Manuel Valls. A l’Elysée, il exfiltre le secrétaire général, Pierre-René Lemas, et appelle son ami intime Jean-Pierre Jouyet. Déception de Macron, qui visait le poste. Valls propose alors de le faire entrer au gouvernement, au budget. Mais le président, qui se méfie des technos n’ayant jamais été élus, s’y oppose. Doublement amer, l’ancien banquier décide de quitter l’Elysée, pour enseigner et créer une société de conseil. Alors que Lemas hérite de la prestigieuse Caisse des dépôts, lui part sans rien. « Emmanuel considère qu’il a construit son parcours de manière indépendante, insiste son porte-parole Benjamin Griveaux. Il n’y a pas de lien de féodalité. »

Lors du pot de départ de son conseiller, le 15 juillet 2014, François Hollande lui rend un affectueux hommage. Ce soir-là, son ironie a quelque chose de prémonitoire : « Qui ne connaît pas Emmanuel ? Souvent, on me dit : “C’est vous qui travaillez avec M. Macron ?” » Ce dernier le remercie pour sa « confiance ». Et conclut ainsi ses adieux : « Il reste trente-quatre mois. A la fin, il y aura de nouveaux combats. Je serai là, à coup sûr ! » Le chef de l’Etat en est persuadé : « Avec Emmanuel, on se retrouvera… »

Les retrouvailles seront plus rapides qu’imaginé. Emmanuel Macron a quitté le palais depuis deux mois à peine qu’Arnaud Montebourg défie François Hollande à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse. Il faut remanier. Hollande et Valls évoquent plusieurs noms pour le remplacer à Bercy : Gérard Collomb, Bertrand Delanoë ou Louis Gallois, qui déclinent. Le premier ministre revient donc à la charge avec Macron, cette fois avec succès. « Valls était aux anges, se souvient un ex-ministre. Il pense qu’il a renforcé l’aile droite au gouvernement. Il ne sait pas encore qu’il a mis le ver dans le fruit. »

Dans l’ivresse du succès, Emmanuel Macron multiplie les provocations, notamment sur les 35 heures (qu’il attaque) ou la déchéance de la nationalité (qu’il condamne). Manuel Valls comprend le danger : le jeune ministre lui ravit le créneau de la transgression et de la modernité. A l’Elysée, sûr de lui et de sa suprématie, Hollande croit tirer les ficelles, utilisant Macron pour neutraliser Valls. Sans le savoir, le chef de l’Etat est en train de mettre en place un triangle des Bermudes, dont lui et son premier ministre ne réchapperont pas.

Pour l’heure, le chef du gouvernement croit avoir gagné un point en brandissant le 49.3 sur la loi Macron, alors que le ministre de l’économie avait passé des heures à convaincre les députés de voter chacun des articles. Plus tard, il convainc le président de ne pas laisser à ce ministre iconoclaste la possibilité de froisser une nouvelle fois la majorité, déjà excédée par la déchéance de la nationalité : il n’y aura donc pas de « loi Macron 2 » sur le déverrouillage de l’économie. Au remaniement de février 2016, Macron sera même rétrogradé dans l’ordre protocolaire. « Macron était en souffrance au gouvernement, rappelle le ministre Thierry Mandon. Valls serrait le nœud coulant. »

Depuis sa citadelle de Bercy, le ministre de l’économie observe l’état de décomposition du quinquennat et de la gauche. Tout au long de l’hiver, il assure, bravache, à ses interlocuteurs que le président ne sera pas en situation de se représenter. Il rencontre des parlementaires socialistes à la chaîne, pour les sonder. « Hollande ne sera pas candidat, dit-il ainsi au député de l’Hérault Sébastien Denaja, fidèle soutien du chef de l’Etat. Tu auras le choix entre Valls et moi. »

« Un summum dans la duplicité »

La jeune garde du gouvernement, Fleur Pellerin, Matthias Fekl ou Axelle Lemaire, agacés par les tours qu’il essaie de leur jouer, voient clair dans le jeu de leur collègue, qui prend toute la lumière. « Il est sans foi ni loi, assure l’un d’eux. On voyait bien qu’il n’était pas loyal. » Dans l’entourage du président, l’inquiétude grandit, alors que la presse commence à relayer les escapades du ministre à l’étranger pour lever des fonds. Lors d’un dîner à l’Elysée, Julien Dray prévient François Hollande.

L’ami du président a pris Macron sous son aile. Insomniaques, les deux hommes, qui ont sympathisé, aiment dialoguer par SMS au milieu de la nuit. Mais Dray constate que Macron supporte de moins en moins la critique. « Il est en train de t’échapper !, dit-il à Hollande. Comme Ségolène [Royal] en 2006. Mais tu ne veux pas voir… » Michel Sapin y va lui aussi de ses prédictions pessimistes : « Depuis qu’il a fini sa loi, Macron est ailleurs. Sa stratégie est d’une autre nature. » Le chef de l’Etat écoute d’une oreille. « Je sais ce que tu penses, soupire le ministre des finances, que je suis jaloux. Je te dis juste que, pour toi, ça va être un problème… »

Prisonnier de son vieux logiciel politique et de son attachement aux partis, Hollande ne croit pas que Macron puisse réussir son pari. A l’époque, il est surtout obsédé par sa réélection. Tous les samedis matin se tient, dans le plus grand secret, une réunion stratégique à l’Elysée avec sa garde rapprochée, Jean-Pierre Jouyet, Vincent Feltesse et Gaspard Gantzer, et deux communicants amis, Robert Zarader et Philippe Grangeon, devenus depuis conseils du candidat d’En marche !. Le 2 avril 2016, ce cénacle s’ouvre à ceux qui sont alors considérés comme de fidèles piliers de la Hollandie, dont Ségolène Royal et… Emmanuel Macron, pour un premier séminaire de campagne. C’est ce jour-là, entre deux portes, que le ministre de l’économie confie au président, l’air de rien : « Tiens, au fait, je voulais te dire : je fais un truc à Amiens le 6 avril, je lance un mouvement de jeunesse, une sorte de think tank. » « Il a atteint ce jour-là un summum dans la duplicité », se rappelle un ex-conseiller.

Quatre jours plus tard, à Amiens, Emmanuel Macron lance En marche !, dont le point de mire apparaît alors clairement : l’Elysée. Le lendemain, François Hollande masque son inquiétude d’une pirouette : « Il est en marche ? Mais moi je cours, je cours… » Encalminé dans les sondages, le président se trouve au contraire dans une impasse. Plutôt que de l’aider à s’en extirper, le ministre de l’économie a décidé d’accélérer, pour le doubler. « Macron n’a pas choisi le couteau mais le poison lent, résume alors un poids lourd de la majorité. Il est dans une stratégie d’empêchement. »

En effet, les grandes manœuvres sont lancées. Le 13 avril, Paris Match fait sa « une » sur le couple Macron, « ensemble, sur la route du pouvoir ». Le lendemain, à la télévision, Hollande se décide enfin à hausser le ton : « C’est entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie – il sait ce qu’il me doit –, mais une question de loyauté personnelle et politique. » Comme Jacques Chirac avec Nicolas Sarkozy (« Je décide, il exécute »), les mots claquent mais restent sans effet. « Je ne suis pas son obligé », répond crânement Macron dans un entretien au Dauphiné libéré, le 22 avril.

Les deux hommes se retrouvent le jour même à l’Elysée, en marge d’une réunion consacrée à EDF. Comme souvent, Macron jure à Hollande que ses propos ont été « sortis de leur contexte ». Le président préfère croire son poulain. « Emmanuel ne partira pas », répète-t-il. Il imagine toujours que, le moment venu, son ministre pourra l’aider à « ratisser » plus large. Il songe même à en faire son directeur de campagne et, pourquoi pas, en cas de victoire, son premier ministre. Mais l’intéressé caresse déjà des projets bien plus ambitieux. « La vie est inventive, il faut lui faire confiance », résume aujourd’hui au Monde celui qui s’est hissé aux premières places dans les sondages.

« Problème Brutus »

Jusqu’au dernier moment, Hollande refuse de voir l’évidence. Devant Gérard Davet et Fabrice Lhomme, il prend systématiquement la défense de son protégé. Confidences édifiantes. « Macron n’est pas quelqu’un qui cherche à se faire une existence politique au détriment du gouvernement, veut-il croire à l’automne 2015. Il peut avoir de la maladresse, mais pas de perversité (…). C’est un garçon gentil. Il n’est pas duplice. » Au début de l’été 2016, alors que les preuves du contraire s’accumulent, même naïveté : « Je pense qu’il est loyal. » « Macron a mieux cerné la psychologie du président que le président a compris la sienne », résume le député PS Richard Ferrand, secrétaire général d’En marche !.

Lui continue d’avancer, capitalisant sur l’impopularité et la fragilité du chef de l’Etat. Son premier meeting, le 12 juillet, à la Mutualité, est un coup de tonnerre. A la fin de son discours survolté fusent des premiers « Macron président ! ». A deux jours de l’intervention du chef de l’Etat pour le 14-Juillet, c’est une provocation insensée. Ce soir-là, les leaders de la majorité, qui dînent à l’Elysée, suivent en direct le meeting sur leurs smartphones. Fou de rage, Manuel Valls, avec le soutien de Stéphane Le Foll, enjoint à François Hollande de sévir : « Ça suffit, il faut le virer ! » Le sujet du maintien ou non de Macron au gouvernement se pose jusqu’au défilé du de la Fête nationale. « A lui de commettre la faute », conclut le président. « Macron sait qu’il a un problème Brutus, analyse Julien Dray. S’il part, ce ne sera plus le gendre idéal. Il préférait se faire virer, pour se libérer. »

Malgré ses doutes, sa décision est prise : il quittera le gouvernement. L’attentat de Nice, au soir du 14-Juillet, lui fait changer son plan. Début août, le ministre et son épouse partent se reposer à Biarritz. Le couple pose sur la plage pour une fausse « paparrazade », maillot de bain à fleurs pour elle, caleçon et polo marine pour lui. Nouvelle « une » de Paris Match, au creux de l’été. Pendant leur séjour, la sénatrice PS des Pyrénées-Atlantiques, Frédérique Espagnac, retrouve Emmanuel et Brigitte pour dîner. Quand elle les quitte, tard dans la soirée, c’est avec la conviction qu’il est prêt à claquer la porte. Elle téléphone aussitôt à Hollande : « Tu as une semaine pour le voir… ! » Le président ignore ce conseil.

Sauf progression spectaculaire du FN, Hollande ne devrait pas soutenir son ancien conseiller avant le premier tour. Il sait aussi qu’un appel de sa part pourrait être contre-productif

De retour à Paris, le ministre invite ses proches à déjeuner à Bercy. Un 24 août, journée caniculaire. Impatients de voir leur poulain se lancer dans la course à l’Elysée, les convives l’incitent à accélérer. « Tes soutiens vont se démotiver. Tu dois clarifier », lance un élu fidèle. « Je ne serai jamais le rabatteur de Hollande », rétorque le ministre. Tout est dit. Mais il veut créer la surprise. Le 29 août, dans le bureau du président, ce dernier lui pose clairement la question : « Tu t’en vas ? » « Je ne sais pas », répond Macron… avant de lui remettre sa démission le lendemain. Le chef de l’Etat est abasourdi : « Mais moi, je ne t’avais pas nommé pour que tu sortes ! Tu t’en vas pour faire quoi ? » L’ancien conseiller lui jure qu’il ne fera « rien » contre lui. « Je suis parti sur un désaccord politique, explique-t-il aujourd’hui. Je n’avais pas la même vision que lui sur la refondation de la vie politique, le PS et les primaires. Ç’a été coûteux pour l’un comme pour l’autre de se séparer. Ce qui s’est passé n’enlève rien à l’amitié que nous nous portons. » Ce 30 août, Hollande est effondré. Revisitant les cinq années qui viennent de s’écouler, il dit le soir même devant ses proches : « Il m’a trahi avec méthode. »

Deux mois et demi plus tard, le 16 novembre, Emmanuel Macron se déclare candidat à l’élection présidentielle. Sans attendre la décision du chef de l’Etat. C’est un choc dans la majorité. « C’est destructeur pour le président », note alors le député PS Christophe Caresche, qui juge le geste « sidérant de la part d’un ex-collaborateur ». Le soir même, sur France 2, Macron assure que sa candidature est « irrévocable », même si Hollande est lui aussi candidat. En vol entre Marrakech et Paris, le président a suivi le JT dans son A330, grâce à la cabine de retransmission. Il va aussitôt, à l’arrière de l’avion, retrouver deux députés fidèles, Sébastien Denaja et Razzy Hammadi, qui l’ont accompagné au Maroc pour le lancement de la COP 22. « Vous avez vu, il a dit que sa candidature était irrévocable ? », leur dit le président, troublé. « Irrévocable, comme ta candidature, François ! », répond Denaja. « Dans son œil, on a vu qu’il se disait non, pas comme moi », se souvient le député de l’Hérault. Ce jour-là, j’ai compris que c’était fini. »

« Pied de nez de l’Histoire »

Quinze jours plus tard, François Hollande annonce, depuis l’Elysée, qu’il renonce à briguer un second mandat. « Macron a été une des causes objectives de l’empêchement, a analysé le président devant ses proches. Il y en a d’autres, notamment la contestation dans mon propre camp et la division de la gauche… » Puis, comme pour l’excuser encore une fois, il ajoute : « Il n’a pas fait cette démarche contre moi. » Le ministre Michel Sapin décrypte : « Ce n’est jamais facile de s’avouer à soi-même qu’on s’est trompé. »

Hollande et Macron ne se sont pas revus depuis, à part au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, brièvement, le 22 février dernier. Mais ils échangent toujours des SMS. Le président, qui dissèque la stratégie de son ancien protégé, lui conseille notamment de « rester de gauche ». Malin, jamais Macron n’attaque son ancien mentor. « Je fais attention à être respectueux de lui et des institutions », dit-il. Jacques Chirac avait eu le cœur crevé de laisser son bureau à Nicolas Sarkozy. Hollande, lui, jure qu’il préfère voir Emmanuel Macron lui succéder plutôt que François Fillon ou Marine Le Pen. « Si Emmanuel est élu, ce ne serait pas la plus mauvaise sortie pour toi, l’a conforté Julien Dray. Un pied de nez de l’Histoire ! »

Sauf progression spectaculaire du FN, Hollande ne devrait pas soutenir son ancien conseiller avant le premier tour. Il sait aussi qu’un appel de sa part pourrait être contre-productif. « Je ne veux pas prendre une position qui pourrait lui être défavorable, a-t-il récemment confié à des visiteurs. Déjà que Fillon dit qu’il est mon porte-serviettes”… » Emmanuel Macron, lui, avec l’aplomb dont il ne s’est jamais départi, ne doute pas un seul instant que le chef de l’Etat saura l’aider au bon moment : « Il regarde ce qu’il y a autour comme offre, le chemin que je trace n’est pas celui qui le rend le plus triste. » Quand bien même il le serait, François Hollande n’en montrerait rien, comme toujours. « Il le vivra avec humour, anticipe Julien Dray. Il fera une petite blague sur le tapis rouge. Ce sera sa manière de se protéger. »

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L’une a tué son père et l’autre a épousé sa mère, la Présidentielle française est freudienne

Slate.fr

01.05.2017

L’élection présidentielle française est loin d’avoir seulement une dimension politique. Comme l’explique Quartz, d’un point de vue symbolique, psychanalytique et psychologique, les deux adversaires du second tour illustrent jusqu’à la caricature le complexe d’Œdipe mis en avant par Sigmund Freud.

Freud croyait que tous les hommes ont de façon inconsciente le désir de tuer leur père et d’épouser leur mère. De la même façon, les femmes voudraient inconsciemment tuer leur mère et épouser leur père. Il a baptisé ce complexe du nom d’Œdipe, ce roi de la mythologie grecque qui a, comme l’avait prévu la prophétie, a tué son père et épousé sa mère.

Emmanuel Macron et Marine le Pen, au moins sur le plan symbolique, correspondent bien aux schémas psychanalytiques. Concernant Emmanuel Macron, il n’est pas difficile de considérer comme un figure maternelle une professeure plus âgée de 25 ans. Et de la même façon, Marine Le Pen a politiquement détruit et éliminé son père pour prendre sa place.

Mais comme le reconnaît Quartz, les thèses oedipiennes de Freud sont aujourd’hui très contestées par de nombreux experts en psychologie. Tout d’abord cette théorie est impossible à démontrer scientifiquement. Ensuite, elle définit l’être humain comme avant tout déterminé par des impulsions perverses inconscientes. C’est attirant, mais sans doute simpliste et réducteur.

Voir  de plus:

4% de satisfaits : pourquoi ce n’est pas (encore) le record d’impopularité de Hollande

Une enquête électorale du Cevipof pour « Le Monde » ce mardi 25 octobre montre que seuls 4% des Français se disent « satisfaits » de l’action du président de la République. « Un record d’impopularité », soulignent de nombreux observateurs. Mais inutile de tirer sur l’ambulance : si François Hollande cumule bien les records d’impopularité, ce sondage-ci a une particularité qui relativise son résultat…

C’est le chiffre star de la journée de ce mardi 25 octobre. Seuls 4% des Français se disent « satisfaits » de l’action de François Hollande comme président de la République, révèle la dernière vague de l’enquête électorale du Cevipof pour Le Monde.

Depuis le mois de novembre 2015, cette enquête mesure régulièrement le taux de satisfaction à l’égard de l’action de François Hollande. Lequel avait démarré très bas, après déjà trois ans de présidence, à seulement 12% de satisfaits. Un taux tombé à 8% dès janvier, avant d’osciller depuis mars entre 5 et 6%. Ce mois-ci, le chef de l’Etat perd donc encore deux points.

Sauf que de là à dire que le Président bat son record d’impopularité, il y a un pas qu’on ne peut objectivement pas franchir. Si 4% est effectivement le score le plus bas qu’il ait atteint dans ce baromètre-ci, il n’est pas comparable aux chiffres habituels de popularité. Car à la différence des autres baromètres, celui du Cevipof pour Le Monde propose aux personnes interrogées trois réponses :

  • Satisfait (4% en octobre, donc)

  • Pas satisfait (70%, +1 point)

  • Ni satisfait ni insatisfait (26%, +1 point)

Un Français sur 4 ne sait pas quoi penser de Hollande

Ce que révèle ce sondage Cevipof par rapport aux autres, c’est donc surtout qu’un quart des Français est incapable de dire ce qu’ils pensent de l’action de François Hollande. Alors que les autres sondages ne leur donnent pas l’opportunité de se dire indécis. Les sondés y ont simplement la possibilité de ne pas répondre à la question, ce qui les classe le cas échéant dans la catégorie « Ne se prononce pas » (NSP).

La « popularité » de François Hollande au sens où on l’entend habituellement, c’est-à-dire mesurée sur la base de sondages ne proposant que deux réponses possibles (« oui » ou « non », « satisfait » ou « insatisfait »…) s’établit donc pour le mois d’octobre entre 13 et 18% selon les enquêtes :

  • Pour Odoxa, 16% des Français diraient qu’il est « un bon président de la République », un chiffre stable par rapport à septembre (pas de NSP)

  • Pour Kantar TNS dans Le Figaro-Magazine, 13% disent « faire confiance » à François Hollande « pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement » (pas de NSP)

  • Pour l’Ifop dans le JDD, 14% des Français se disent « satisfaits » de François Hollande comme Président de la République (1% de NSP)

  • Pour Ipsos dans Le Point, 18% portent un jugement « défavorable » sur l’action de François Hollande (3% de NSP)

De fait, en termes d’impopularité, François Hollande vole de record en record depuis… 2013. En novembre de cette année-là, sa cote avait baissé à 20% dans le baromètre de l’IFOP pour le JDD, qui est le plus ancien de tous, soit le score le plus bas enregistré par un président français depuis le début de la Ve République, en 1958. En septembre 2014, François Hollande avait encore creusé son propre record à 13%, le plancher le plus bas qu’il ait jamais atteint à ce jour. Et non pas (encore) 4%.

Voir de même:

Il est le huitième président de la Ve République. Emmanuel Macron a été élu ce dimanche 7 mai avec 65,5% des suffrages exprimés, contre 34,5% pour Marine Le Pen, selon une estimation Ipsos Sopra-Steria.

Ce second tour a été marqué par un taux d’abstention particulièrement élevé, autour de 25-26% des inscrits. C’est l’abstention la plus forte depuis 1969.

Autre record, celui des votes blancs et nuls : plus de 4,2 millions des électeurs qui se sont déplacés ce dimanche ont mis un bulletin blanc ou nul dans l’urne. Selon plusieurs instituts de sondages, le taux de blancs et nuls est de 8,8% (Ipsos-Steria) ou 9% (Elabe) des inscrits, soit environ 12% des votants.

« Cela ferait au total plus d’un Français sur trois qui aurait choisi de ne pas choisir entre les deux candidats. C’est vraiment beaucoup pour une présidentielle. »

Deux fois plus qu’en 2012

Au premier tour de la présidentielle de 2017, 2,56% des électeurs avaient voté blanc ou nul. C’était plus qu’au premier tour de 2012 (1,92%) et 2007 (1,4%), mais moins qu’en 2002 (3,38%), selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Si le nombre de bulletins blancs ou nuls est traditionnellement plus élevé au second tour qu’au premier, un taux de 12% des votants est exceptionnellement élevé.

Les blancs et nuls sont ainsi près de deux fois plus nombreux qu’au second tour de 2012 où 2,15 millions de personnes (5,82% des votants) n’avaient pas voulu trancher entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. En 2002, l’abstention avait atteint un niveau record de 28,4% au premier tour mais la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour avait mobilisé massivement, provoquant une chute de l’abstention à 20,3%.

Les raisons du non-choix

Selon un sondage Ipsos-Steria pour France Télévisions, Radio-France, LCP/Public Sénat, France24, « le Point » et « le Monde », 51% de ceux qui ont voté blanc ont refusé de choisir entre deux candidats, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qu’ils « rejettent totalement ».

Pour 39% d’entre eux, ce vote ne manifeste pas un rejet mais « aucun ne correspond à leurs idées ». Enfin pour 10%, un vote ne servait à rien, la victoire d’Emmanuel Macron étant certaine.

Pour ce qui est de l’abstention, 31% des abstentionnistes disent avoir « refusé de choisir entre deux candidats [qu’ils] rejettent totalement », 28% trouvent que « aucun des deux candidats ne correspond à leurs idées », 16% considéraient que Marine Le Pen serait battue, 15% n’étaient « pas disponibles » le jour du scrutin, et 10% ne s’intéressent pas à la politique.

Le désarroi à gauche

Le vote blanc et nul ainsi que l’abstention sont donc principalement motivés par une opposition aux deux candidats du second tour.

« Le vote blanc est revendiqué comme de l’abstention civique, cela manifeste un attachement à l’exercice du droit de vote tout en renvoyant dos à dos les candidats », commente Anne Jadot.

Une partie des électeurs de gauche ont exprimé à l’issue du premier tour leurs tiraillements en vue du second. Voter Macron ? Blanc ? S’abstenir ? Pour trancher, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, arrivée en quatrième position, avait consulté ses soutiens en ligne. Les résultats témoignaient du clivage : 36,12% souhaitaient voter blanc ou nul, 34,83% pour Emmanuel Macron et 29,05% se disaient favorables à une abstention

A. R. avec AFP

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