Tintin/80e: Tous les travers de l’Amérique y sont représentés (Tintin in Amerikkka)

31 mai, 2009
Tintin in AmerikaTintin in Amerika (original black nanny)
Tintin in Amerika (whitened nanny)
African slaves on route to Mecca (Red Sea sharks)
Nous, Occidentaux, devons dénoncer fermement tout ce qui est américain dans sa maison, ses vêtements, son âme. George Duhamel (« Scènes de la vie future », 1930)
Il y a du grabuge en perspective parce que le capitalisme et les capitalistes français sont en train de craquer. Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne vieille révolution. Olivier Besancenot (2009)
Le seul endroit acceptable pour ce livre est dans un musée, avec un grand panneau indiquant ‘âneries racistes à l’ancienne’. Commission for Racial Equality
Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : « Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là ! », etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. George Rémy (dit Hergé, 1971)
Dans Coke en Stock, en montrant les Noirs promis à l’esclavage et des Arabes esclavagistes, je fais aussi du racisme, mais vis-à-vis des Arabes, cette fois! On en finira jamais!… (…) Et notez que, déjà dans Tintin en Amérique, je montrais la puissance blanche, la finance exploitant les Indiens. Pour un « raciste », je ne cachais pas mes sympathies, il me semble! Hergé (1971)
Moi, Monsieur, je ne veux pas aller à La Mecque. (…) Dans mon village, trois jeunes hommes sont partis pour La Mecque … Deux ans déjà déjà … Et jamais revenus … Ils sont sûrement esclaves maintenant… Je ne veux plus aller à la Mecque, moi, Monsieur. Personnage africain de « Coke en stock » (1958)
On a souvent dit d’Hergé qu’il était raciste dans Tintin au Congo ou anti-bolchevik dans Tintin au pays des Soviets mais ce sont deux oeuvres de jeunesse et de commande datant de 1930 – 1931 (commande émanant de son patron l’abbé Wallez) Hergé exprime enfin ses idées personnelles dans Tintin en Amérique, c’était son voeu initial d’envoyer Tintin dans le nouveau monde. Tous les travers de l’Amérique y sont représentés: L’alcoolisme, le début de la « malbouffe », la guerre des gangs stigmatisée par Al Capone (seul personnage authentique figurant sous son vrai nom dans les aventures de Tintin), le lynchage des Noirs, les exécutions sans procès et l’exploitation des indiens spoliés de leurs territoires.Dans Tintin et le lotus bleu (1936), Hergé s’engagera encore et y dénoncera cette fois l’impérialisme japonais qui occupe la Chine avec l’assentiment de la SDN (Société Des Nations) et le racisme des occidentaux envers le peuple chinois, il récidivera dans Coke en Stock (1958) en défendant les Noirs musulmans destinés à un trafic d’esclaves. Fontaine Peter
Et si, contre toute attente, le reporter du Petit Vingtième avait finalement plus en commun avec le petit facteur de Neuilly qu’avec le national-poujadiste, octogénaire lui aussi, de Trinité-sur-mer?

Au lendemain, en cette année du 80e anniversaire de Tintin, de l’inauguration (polémique à souhait avec l’interdiction des photos par ses héritiers) et à la veille de l’ouverture du Musée Tintin de Louvain-la-Neuve dans la banlieue de Bruxelles ….

Avant, suite à sa première incursion en 1931, son grand retour en Amérique dans deux ans et sur grand écran avec la très attendue adaptation du « Secret de la Licorne » par Steven Spielberg, une trilogie étant même prévue …

Machinisme, « malbouffe », alcoolisme, dérives de la prohibition, guerre des gangs, kidnappings, corruption policière, carences de la Justice, exécutions sans procès, exploitation et spoliation des Indiens, lynchage des Noirs …

Retour sur l’un des secrets apparemment les mieux gardés de l’auteur de « Tintin au Congo ».

A savoir, derrière les sempiternelles accusations d’anti-bolchévisme primaire (« Tintin aux pays des soviets ») et de racisme anti-noir (« Tintin au Congo »), le fait que Georges Rémy était en fait un anti-impérialiste et tiers-mondiste pur et dur digne de nos Georges Duhamel d’alors (« Scènes de la vie future » sont , avec le journal satirique Le Crapouillot, l’une de ses sources d’inspiration) ou de nos Besancenot actuels dont le Pleurnichard en chef de Chicago lui-même pourrait être fier.

Car, comme le montre un texte trouvé sur le net (d’un certain Fontaine Peter), après ses publications sous la Belgique occupée dans un journal aux mains des nazis qui lui valurent une interdiction de publier pendant deux ans après-guerre et l’album de commande contre la Russie stalinienne, y a-t-il un travers de l’Amérique qu’il n’ait dénoncé dans son « Tintin en Amérique » de 1931?

Sans parler, outre les centaines de corrections auxquelles il s’est dûment soumis tout au long de sa carrière (« Tintin au Congo » compris, mais aussi la blanchisation en 1973 des portier d’hôtel et porteuse du bébé de « Tintin en Amérique »!), sa dénonciation des trafiquants de diamants (organisé par Al-Capone ! – « Tintin au Congo »), de drogue (« Les Cigares du Pharaon », « Le Lotus bleu » et « Le Crabe aux pinces d’or ») et d’esclaves (« Coke en Stock »), l’invasion de la Chine par le Japon dans les années 1930 et la lâcheté des Européens retranchés dans leurs concessions de Shanghaï (« Le Lotus bleu »).

L’identité des cerveaux desdits trafics ne pouvant d’ailleurs prêter à confusion.

Outre le banquier Blumenstein financier new-yorkais de l’expédition concurrente de « l’Etoile mystérieuse « …

Et le marchand qui lui dispute le fétiche sacré de « L’Oreille cassée » (« nez crochu, cheveux huilés et crépus, petites bésicles et frottage de mains en signe manifeste d’avarice ») …

Ou le tristement célèbre Al Capone de « Tintin en Amérique » …

Le sinistre Rastatopoulos et faux producteur de cinéma des « Cigares du Pharaon » derrière l’odieuse filière esclavagiste de « Coke en stoke » comme de l’ignoble trafic d’opium du Lotus bleu, n’est autre, derrière le milliardaire américain d’origine grecque qui l’incarne, que le capitalisme américain le plus sauvage

Tintin en Amérique, une Bande Dessinée engagée?

Fontaine Peter
I) Critique du mode de vie des Américains
a) économie et Industrie
Hergé critique le mode de vie Américain dans Tintin en Amérique, notamment les usines alimentaires qui sortent de terre un peu partout à cette époque et le début de la nourriture industrielle de mauvaise qualité fabriquée à la chaine qu’on appelle aujourd’hui la « malbouffe »: Le patron de l’entreprise est prêt à jeter Tintin dans la broyeuse comme les animaux rentrent d’un coté sur un tapis roulant et ressortent de l’autre coté sans aucune intervention humaine « Vous voyez …Les bœufs arrivent par ici, sur un tapis roulant à la queue-leu-leu….. et ils sortent à l’autre bout, sous forme de corned beef, de saucisses, de saindoux, etc. »)

Il critique aussi l’apparition des »villes champignon » proches des lieux où l’ont trouve en abondance des ressources naturelles tels que le pétrole par exemple :

b) Gang, Police et Corruption
Hergé dénonce aussi la guerre des gangs qui fait rage depuis toujours dans ce pays. (« Je vous offre une prime de 20000 dollars si vous me tuez Al Capone »). La corruption policière est aussi représenté de plusieurs façon, dans un premier cas ce sera un policier qui salue un gangster. Dans d’autres cas on voit que les associations de malfaiteur ont pignon sur rue sans intervention de la police.

Dans les vignettes suivantes, on apprend que les kidnappings sont fréquents en Amérique. Les gangs les pratiquent afin de récolter des fonds (« votre chien ne vous sera rendu que contre une rançon de 100 000 dollars »).

c) Les dérives de la prohibition

L’alcoolisme des américains durant la prohibition est aussi critiqué dans cet album, ici Hergé nous montre avec humour le shérif tomber complètement ivre au pied d’un panneau qu’il a lui même planter afin de prévenir les citoyen des peines encourues en cas d’alcoolisme.

II) L’exploitation des Indiens

Hergé nous montre aussi dans cette case pathétique, la place des Indiens aux États-Unis, certains de ces Indiens ne sont là que pour être pris en photo tels des sites touristiques. Mais aussi, la facilité des Américains à spolier les Indiens de leurs terres lorsqu’il y a un intérêt financier derrière. Là on peut voir que l’américain achète pour vingt cinq dollars les terres (« Voici vingt-cinq dollars, vieil hibou ») avec le soutien de l’armée qui, une heure après l’achat, expulse les Indiens

III) Dénonciation des carences de la Justice américaine

Pour finir, Hergé dénonce aussi la justice Américaine, le lynchage et la pendaison arbitraire de Noirs (« J’ai donné l’alarme, on a immédiatement pendu sept nègres, mais le coupable s’est enfui… »,
« 44 nègres ont été lynchés »). Mais aussi l’auto-défense et la justice aveugle par les citoyens sans procès. Dans la vignette suivante Tintin se retrouve au bout d’une corde sans comprendre pourquoi. Le bourreau est encouragé par les spectateurs qui crient « A mort! »

Conclusion

On a souvent dit d’Hergé qu’il était raciste dans Tintin au Congo ou anti-bolchevik dans Tintin au pays des Soviets mais ce sont deux oeuvres de jeunesse et de commande datant de 1930 – 1931 (commande émanant de son patron l’abbé Wallez) Hergé exprime enfin ses idées personnelles dans Tintin en Amérique, c’était son voeu initial d’envoyer Tintin dans le nouveau monde. Tous les travers de l’Amérique y sont représentés: L’alcoolisme, le début de la « malbouffe », la guerre des gangs stigmatisée par Al Capone (seul personnage authentique figurant sous son vrai nom dans les aventures de Tintin), le lynchage des Noirs, les exécutions sans procès et l’exploitation des indiens spoliés de leurs territoires.Dans Tintin et le lotus bleu (1936), Hergé s’engagera encore et y dénoncera cette fois l’impérialisme japonais qui occupe la Chine avec l’assentiment de la SDN (Société Des Nations) et le racisme des occidentaux envers le peuple chinois, il récidivera dans Coke en Stock (1958) en défendant les Noirs musulmans destinés à un trafic
d’esclaves.

Le clou était sans conteste la tente de Bédouin installée dans les jardins de l’hôtel Marigny. Elle était incongrue, ce qui était probablement le but recherché. Elle ressemblait à celle que le petit Abdallah, avec tous ses serviteurs et sa panoplie de farces et attrapes, plante au beau milieu du salon du château de Moulinsart, au grand dam du capitaine Haddock, dans Coke en stock. Il y a un côté Abdallah chez Kadhafi.

Voir aussi:

Vu & commenté
Le petit Abdallah campe à Moulinsart
Dominique Dhombres
Le Monde
12.12.07

Question spectacle, le colonel Kadhafi n’a pas raté son entrée. Une heure de retard à Orly, qui a obligé Michèle Alliot-Marie, l’air renfrogné, à grelotter pour l’attendre dans le froid et sous la pluie.

Une limousine blanche interminable, un cortège d’une centaine de voitures, et bien sûr les athlétiques jeunes femmes en treillis qui lui servent de gardes du corps. Le clou était sans conteste la tente de Bédouin installée dans les jardins de l’hôtel Marigny. Elle était incongrue, ce qui était probablement le but recherché. Elle ressemblait à celle que le petit Abdallah, avec tous ses serviteurs et sa panoplie de farces et attrapes, plante au beau milieu du salon du château de Moulinsart, au grand dam du capitaine Haddock, dans Coke en stock.

Il y a un côté Abdallah chez Kadhafi. On pouvait suivre toutes ces facéties dans les journaux télévisés et sur les chaînes d’info, car le colonel était incontestablement, lundi 10 décembre, le héros du jour. On le voyait avancer lentement, et même très lentement, en gandoura brune et toque noire, dans la cour de l’Elysée. Il n’avait pas foulé ce gravier depuis 1973. Il savourait son plaisir. Question polémique, le colonel était également servi. Cela avait commencé tôt lundi matin avec l’entretien donné au Parisien par Rama Yade dans lequel celle-ci expliquait que la République n’était pas « un paillasson ». Plus tard dans la journée, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, après avoir affirmé qu’elle ne démissionnerait pas, restait obstinément muette.

Bernard Kouchner ajoutait un gag à cet ensemble déjà fourni en déclarant, l’air mutin, qu’il ne pourrait se rendre au dîner donné lundi soir à l’Elysée en l’honneur du colonel car, « heureux hasard », il était retenu à Bruxelles pour des réunions importantes. Cela faisait un peu désordre, et Nicolas Sarkozy jugeait utile d’intervenir à son tour. « La France reçoit un chef d’Etat qui a choisi de renoncer définitivement au terrorisme », disait-il. L’argument selon lequel « la France parle à tout le monde » était classique. Les contrats industriels et d’armement aussi, d’ailleurs. Plus originale était la dénonciation des donneurs de leçons du Café de Flore. Nicolas Sarkozy visait probablement Bernard-Henri Lévy. Dans le flot de déclarations des uns et des autres, un propos se détachait. Il émanait d’un expert sur tout ce qui concerne le colonel Kadhafi. Sur LCI, Roland Dumas interprétait la phrase récemment prononcée par ce dernier à Lisbonne : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » L’ancien ministre des affaires étrangères y voyait « davantage une tentative d’explication scientifique ou historique qu’une justification du terrorisme ». Le colonel a acquis de nouveaux fans, mais il en conserve quelques anciens.

Voir enfin:

Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste… Mais enfin, soit! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: «Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là! etc…» Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le plus pur esprit qui était celui de l’époque, en Belgique. Plus tard, au contraire, dans Coke en Stock – et même si l’on parle «petit nègre» -, il me semble que Tintin fait assez la preuve de son anti-racisme, non?… C’est comme avec les romanichels des Bijoux. L’attitude de Tintin et celle du capitaine Haddock sont identiques: ils prennent leur défense, à l’encontre de tous les préjugés. Seulement dans Coke en Stock, en montrant les Noirs promis à l’esclavage et des Arabes esclavagistes, je fais aussi du racisme, mais vis-à-vis des Arabes, cette fois! On en finira jamais!… Pour le Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. En fait, Les Soviets et le Congo ont été des péchés de jeunesse. Ce n’est pas que je les renie. Mais enfin, si j’avais à les refaire, je les referais tout autrement, c’est sûr. Et puis quoi qu’il en soit, à tout péché miséricorde!… Et notez que, déjà dans Tintin en Amérique, je montrais la puissance blanche, la finance exploitant les Indiens. Pour un «raciste», je ne cachais pas mes sympathies, il me semble! Et mes Chinois du Lotus Bleu? Souvenez-vous des avanies que les Blancs leur faisaient subir… Je ne cherche pas à m’excuser: j’avoue que mes livres de jeunesse étaient typiques de la mentalité bourgeoise belge d’alors: c’étaient des livres «belgicains»!…Blumenstein/Bohlwinckelc J’ai effectivement représenté un financier antipathique sous les apparences sémites, avec un nom juif: le Blumenstein de L’étoile mystérieuse. Mais cela signifie-t-il antisémitisme?… Il me semble que, dans ma panoplie d’affreux bonshommes, il y a de tout: j’ai montré pas mal de « mauvais » de diverses origines, sans faire un sort particulier à telle ou telle race. On a toujours raconté des histoires juives, des histoires marseillaises, des histoires écossaises. Ce qui, en soi, n’a rien de bien méchant. Mais qui aurait prévu que les histoires juives, elles, allaient se terminer, de la façon que l’on sait, dans les camps de la mort de Treblinka et d’Auschwitz?… A un moment donné, j’ai d’ailleirs supprimé le nom Blumenstein et je l’ai remplacé par un autre nom qui signifie, en bruxellois, une petite boutique de confiserie: bollewinkel. Pour faire plus « exotique » je l’ai ortographié Bohlwinckel. Et puis, plus tard, j’ai appris que ce nom était, lui aussi, un véritable patronyme israélite!

Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé , 1971, pp, 74- 75.


Présidence Obama: Obama va-t-il finir par demander pardon pour la 2e Guerre mondiale? (Will Obama Apologize for WWII?)

30 mai, 2009

Apologizer in chief on DDay

L’ensemble du musée célèbre une forme d’année « zéro » du Japon, passé soudain, en août 1945, du statut d’agresseur brutal de l’Asie à celui de victime. Non loin de là, dans le mémorial pour les victimes de la bombe atomique, construit au début des années 2000 par le gouvernement, quelques lignes expliquent vaguement « qu’à un moment, au XXe siècle, le Japon a pris le chemin de la guerre » et que « le 8 décembre 1941, il a initié les hostilités contre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et d’autres ». Nulle évocation de la colonisation brutale de la région par les troupes nippones au début des années trente. Rien sur les massacres de civils et les viols de masse commis en Chine, à Nankin. Pas une ligne sur le sort des milliers de jeunes femmes asiatiques transformées en esclaves sexuelles pour les soldats nippons dans la région. Aucune mise en perspective permettant aux visiteurs japonais de tenter un travail de mémoire similaire à celui réussi en Allemagne dès la fin du conflit. Les enfants japonais n’ont pas d’équivalent de Dachau à visiter. Beaucoup ont, un temps, espéré que Barack Obama bouleverserait cette lecture, qui a été confortée par des années d’un enseignement et d’une culture populaire expliquant que le pays et son empereur, Hirohito, avaient été entraînés malgré eux par une poignée de leaders militaires brutaux. Le dirigeant allait, par un discours de vérité, forcer le Japon à se regarder dans le miroir. Mais le président américain a déjà annoncé qu’il ne prononcerait pas à Hiroshima les excuses symboliques qui auraient pu contraindre les élites nippones à entamer une introspection sur leur vision biaisée de l’histoire. Le responsable devrait essentiellement se concentrer sur un discours plaidant pour un monde sans armes nucléaires, au grand soulagement du Premier ministre nippon, Shinzo Abe, qui estime que son pays a, de toute façon, suffisamment demandé pardon et fait acte de contrition. (…) S’ils craignent que la venue du président américain à Hiroshima n’incite le Japon à se cloîtrer dans cette amnésie et cette victimisation, les partisans d’un réexamen du passé nippon veulent encore croire que la seule présence de Barack Obama alimentera un débat sur la capacité de Tokyo à entamer une démarche similaire auprès de ses grands voisins asiatiques et de son allié américain. Déjà, mercredi soir, des médias ont embarrassé Shinzo Abe en le questionnant publiquement sur son éventuelle visite du site américain de Pearl Harbor, à Hawaii. Le 7 décembre 1941, cette base américaine fut attaquée par surprise par l’aéronavale japonaise et 2.403 Américains furent tués au cours du raid, qui reste vécu comme un traumatisme aux Etats-Unis. Les médias sud-coréens et chinois vont, eux, défier le Premier ministre japonais d’oser venir dans leur pays déposer des fleurs sur des monuments témoins de l’oppression nippone d’autrefois. A quand une visite de Shinzo Abe à Nankin, demanderont-ils. Jamais, répondra le gouvernement conservateur. En déstabilisant Pékin, qui nourrit sa propagande des trous de mémoire de Tokyo, un tel geste symbolique témoignerait pourtant d’une maturité du Japon plus marquée et lui donnerait une aura nouvelle dans l’ensemble de l’Asie-Pacifique. Yann Rousseau
Apparemment, la diplomatie française rêvait d’images où l’on verrait, seuls, Nicolas Sarkozy et Barack Obama, les pans de vestes balayés par le vent de la liberté. Mais la diplomatie française devrait réviser ses classiques. Impossible d’honorer la mémoire des morts sans associer les dirigeants des pays qui ont participé au sacrifice. Ne pas inviter la reine d’Angleterre, voire même le premier ministre canadien, et pourquoi pas l’australien, serait insupportable, et presque honteux. (…) Ce loupé trahit une obsession du pouvoir français. Il s’agit, encore et toujours, aujourd’hui comme hier, de se mesurer à la puissance américaine. Nous continuons à vivre dans l’illusion d’un tête-à-tête avec l’Amérique. Nous continuons, au fond de nos consciences, car nos intelligences bien sûr l’ont enregistré, à refuser la domination d’un pays si jeune et sans histoire, deux siècles à peine, des blancs becs, sur un pays saturé d’épreuves et qui a naguère illuminé le monde par la puissance de ses idées. Alors, chaque fois que nous le pouvons, dans la célébration de l’amitié le plus souvent, mais parfois aussi dans l’opposition, nous organisons des rencontres avec l’Amérique pour montrer à la planète que le dialogue se fait à égalité, entre pairs, entre grands du monde, France et Amérique, car la France ne saurait être en rien inférieure à l’Amérique. (…) dans l’esprit des décideurs et des organisateurs, l’important n’était peut-être pas tant la célébration de la mémoire que la mise en scène de la rencontre de deux présidents fraîchement installés, partenaires et rivaux à la fois, concurrents et alliés, figure classique de la relation franco-américaine. Jean-Michel Aphatie

Obama va-t-il finir par demander pardon pour la 2e Guerre mondiale?

Après Hiroshima, le « génocide indien », l’esclavage, la discrimination …

Et, pour faire oublier les GI’s barbares, notre Chirac national qui la dernière fois avait invité Poutine et Schroeder à Omaha beach …

Telle est la très judicieuse question que pose John Rosenthal (merci No pasaran!) à l’heure où l’Europe s’apprête à recevoir à nouveau le Pleurnicheur en chef.

Officiellement pour célébrer le 65e anniversaire du Débarquement de Normandie pour lequel, curieusement (mais il ne fallait peut-être pas trop encombrer les photos de notre Sarko national avec la rock star de Chicago?) le chef de l’Etat britannique, Elizabeth II dont les troupes formaient quand même la moitié des forces, ne sera pas invitée.

Mais les premiers contacts de l’équipe de la Maison Blanche avec les autorités de Dresde semblent pointer vers autre chose …

Comme, après le fameux rappel des mérites de l’islam et au train où le révisionnisme avance,… celui peut-être des incontournables apports du nazisme?

The Next Europe Trip: Will Obama Apologize for WWII?
John Rosenthal
Pajamas Media
May 12, 2009

According to reports in the German media, President Obama is planning a trip to Germany in the first week in June. The Germany trip would precede Obama’s June 6 participation in ceremonies in France marking the 65th anniversary of the Allied invasion of Normandy.

That Obama would be planning a trip to Germany in connection with ceremonies marking the anniversary of the Normandy invasion is already rather odd. Following the turning point represented by the Battle of Stalingrad, the invasion was, after all, the crucial event that all but guaranteed Germany’s defeat in the Second World War.

But when one considers just where exactly in Germany Obama is headed, then the significance of the visit becomes more clear. There is some talk of Obama visiting the Buchenwald concentration camp outside Weimar, in whose liberation Obama’s great uncle Charlie Payne is famously supposed to have taken part. But the Buchenwald visit appears not to be the main event and indeed it can be presumed to have been included in discussions as something of an alibi.

The latest German reports suggest Obama’s principal German destination will be Dresden. According to [1] an article in the local paper Die Dresdner Neueste Nachrichten, representatives of the German and American governments met in Dresden last Wednesday to discuss preparations for the visit. An American security detail is reported to have already scoped out sites in the city: presumably for a public speech.

The symbolic significance of a visit to Dresden by the American president — especially one undertaken in connection with a D-Day commemoration in France — may be missed by some Americans, but it is absolutely unmistakable for the German public. For Germans, Dresden is the symbol bar none of German suffering at the hands of the Allies. The city was heavily bombed by British and American air forces in February 1945, toward the end of the war. According to the most recent estimates of professional historians, anywhere from 18,000 to at most 25,000 persons died in the attacks. These numbers come from a historical commission established by the city of Dresden itself. But far higher numbers — ranging into the hundreds of thousands — have long circulated in Germany and beyond. The bombing of Dresden is commonly described as a “war crime” in German discussions.

Alleged crimes committed by the Allies against Germans and Germany have indeed become a sort of German literary obsession in recent years, with numerous books being devoted to the subject. The taste of the German public for the theme was made particularly clear by the enormous success of author Jörg Friedrich’s 2002 volume The Fire [Der Brand], which is about the Allied bombardment of Germany. The book’s success was so great that Friedrich and his publisher quickly followed up with [2] a picture book on the same topic titled Scenes of the Fire: How the Bombing Looked.

The rhetoric employed by Friedrich went so far as to suggest an equivalence between the Allied bombing of German cities and the genocidal conduct of Nazi Germany itself. In keeping with this rhetoric, the publisher’s original blurb for the volume described the Allied bombing campaign as a “campaign of extermination [Vernichtungskampagne] that was systemically planned and carried out by the British and Americans.” In the meanwhile, the publisher has toned down the formulation. [3] The current version of the blurb “merely” speaks of a “terror campaign against German cities and their residents that was systematically planned and carried out by the British and Americans.”

As a result of the passions provoked or released by Friedrich’s book, the expression “Bombing-Holocaust” has passed into the German lexicon. Although especially favored by so-called “extreme right” circles (i.e., more-or-less openly neo-Nazi ones), the term merely expresses what is implicit in ostensibly more mainstream discourse.

It is virtually unthinkable that Obama could give a speech in Dresden and not allude to the bombing of the city. Most of the city’s historical monuments — which Obama’s advance team were apparently inspecting — were severely damaged or destroyed in the bombing and had to be rebuilt. Moreover, for Obama to visit both Dresden and Buchenwald would suggest precisely the sort of outrageous parallels that have become commonplace in Germany at least since the publication of Friedrich’s The Fire.

(As so happens, although tens of thousands of persons died there, Buchenwald was not one of the camps specifically devoted to the extermination of Jews. But far be it from Obama to know that. When, during the election campaign, he first referred to his Uncle Charlie’s WWII exploits, he said that his uncle had helped to liberate “Auschwitz.” Moreover, Charlie Payne did not really participate in the liberation of Buchenwald either, but rather in that of Ohrdruf: a lesser-known, affiliated camp some sixty kilometers away.)

As discussed in my earlier PJM report [4] here, the principal sponsor of Obama’s literary career has been Germany’s Bertelsmann Corporation, which offered him a reported $2 million advance when he was still largely unknown. Obama’s 2004-2008 tax returns list over $6 million in income from the Bertelsmann subsidiary Random House (and over $2 million in what appears to be indirect income from Random House). This would not be worth mentioning here, were it not the case that the “in-house” historian of Bertelsmann and the Mohn family, which controls the corporation, is none other than Dirk Bavendamm. As likewise discussed in [4] my earlier report, Bavendamm is an openly revisionist historian of the Second World War who, among other things, describes WWII as “Roosevelt’s war.”

As bizarre as it may seem, President Obama’s impending trip to Dresden suggests that German revisionists have a friend in the White House.

Voir aussi:

Obama and Dresden
What is he doing there? Making apologies for World War II?
Daniel Schwammenthal
The Wall Street Journal
June 5, 2009

On his way to the 65th D-Day commemorations in France, President Obama plans a curious stop-over in Germany, my home country. He will travel to Buchenwald, the concentration camp his great uncle helped liberate, a visit that makes personal and historical sense. It is his other German destination, Dresden, that seems out of place. Will the president, who likes to apologize for America’s alleged sins, now also apologize for World War II?

For many Germans, the destruction of Dresden in February 1945 has become a symbol of Allied « bombing terror. » Many still believe the true number of deaths is closer to the Nazi propaganda of 200,000 than the 20,000 to 35,000 historians believe is correct.

Google « Dresden » and « Kriegsverbrechen, » the German word for « war crimes, » and you’ll get almost 26,000 results. Neo-Nazis marched through the streets of Dresden this February commemorating the « Bombing Holocaust. » A flood of recent books, articles and documentaries has shifted Germany’s historical debate from its war crimes to its own war victims. As part of this trend, in 2006 public TV station ZDF broadcast « Dresden: The Inferno, » the most expensive German television production at the time. Its graphic display of carnage and burning people is at odds with German movie tradition. Films about the Holocaust tend to be more subtle and less emotional.

Mr. Obama’s visit to Dresden is an unfortunate gesture. Even if the president were not to make an outright apology for the allied bombings, he could hardly not mention them in this city so preoccupied with its wartime history. And even if he were not to give any speech at all and just toured the city, he’d inevitably be led to the many landmarks that were once reduced to rubble.

His mere presence in Dresden — on the heels of a visit to Buchenwald and just before attending the Normandy commemorations — would boost the revisionist cause. It would suggest a sort of moral equivalence between industrialized genocide and the bombings of German cities — bombings, remember, that were designed to bring an end to the genocidal regime.

Mr. Obama’s encounter with the reality of governing does not seem to have tempered his appetite for second-guessing past U.S. presidents. Having already come close to a mea culpa for America’s use of atomic bombs against Japan, he may now add Dresden to the revisionist charges against the U.S. Even if the president doesn’t say that America lost its moral bearings by bombing Dresden, people will read between the lines of his visit.

Mr. Schwammenthal is an editorial writer for The Wall Street Journal Europe.

Voir encore:

Hiroshima : pourquoi le Japon préfère qu’Obama ne s’excuse pas

Barack Obama a choisi de ne pas prononcer d’excuses, au grand soulagement de Shinzo Abe et des élites japonaises, tant cette tragédie occulte encore aujourd’hui le vrai rôle du Japon pendant la guerre.
Yann Rousseau
Les Echos

Au Japon, c’est la saison des voyages scolaires. Jeudi, à la veille de la visite historique de Barack Obama, premier président américain en exercice à venir dans la ville martyre, des milliers d’élèves de primaire et de secondaire se pressaient dans les allées du musée de la Paix d’Hiroshima pour tenter d’appréhender le drame.

Ils ont vu les statues de cire, à taille réelle, représentant des enfants brûlés vifs dans les trois secondes qui ont suivi l’explosion, le 6 août 1945, de la bombe atomique « Little Boy » au-dessus de la ville. Plus loin, des restes de peau et d’ongles prélevés par une mère sur le cadavre de son fils. Et des images atroces, en noir et blanc, de corps irradiés. Dans le dernier couloir, ils ont signé un livret appelant la communauté internationale à renoncer aux armes nucléaires. Enfin, ils sont ressortis effarés par la violence et l’inhumanité du drame qu’a vécu leur nation il y a soixante et onze ans. A aucun moment, ils n’auront été exposés aux causes du drame.

L’ensemble du musée célèbre une forme d’année « zéro » du Japon, passé soudain, en août 1945, du statut d’agresseur brutal de l’Asie à celui de victime. Non loin de là, dans le mémorial pour les victimes de la bombe atomique, construit au début des années 2000 par le gouvernement, quelques lignes expliquent vaguement « qu’à un moment, au XXe siècle, le Japon a pris le chemin de la guerre » et que « le 8 décembre 1941, il a initié les hostilités contre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et d’autres ».

Pas d’excuses, pas d’introspection

Nulle évocation de la colonisation brutale de la région par les troupes nippones au début des années trente. Rien sur les massacres de civils et les viols de masse commis en Chine, à Nankin. Pas une ligne sur le sort des milliers de jeunes femmes asiatiques transformées en esclaves sexuelles pour les soldats nippons dans la région. Aucune mise en perspective permettant aux visiteurs japonais de tenter un travail de mémoire similaire à celui réussi en Allemagne dès la fin du conflit. Les enfants japonais n’ont pas d’équivalent de Dachau à visiter.

Beaucoup ont, un temps, espéré que Barack Obama bouleverserait cette lecture, qui a été confortée par des années d’un enseignement et d’une culture populaire expliquant que le pays et son empereur, Hirohito, avaient été entraînés malgré eux par une poignée de leaders militaires brutaux. Le dirigeant allait, par un discours de vérité, forcer le Japon à se regarder dans le miroir. Mais le président américain a déjà annoncé qu’il ne prononcerait pas à Hiroshima les excuses symboliques qui auraient pu contraindre les élites nippones à entamer une introspection sur leur vision biaisée de l’histoire. Le responsable devrait essentiellement se concentrer sur un discours plaidant pour un monde sans armes nucléaires, au grand soulagement du Premier ministre nippon, Shinzo Abe, qui estime que son pays a, de toute façon, suffisamment demandé pardon et fait acte de contrition.

Il est vrai que plusieurs responsables politiques japonais ont, au fil des décennies, formulé des excuses fortes pour les exactions commises par l’armée impériale avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais autant de dirigeants ont fait douter, ces dernières années, de la sincérité de ces regrets. Plusieurs membres de l’actuel gouvernement ont eux aussi flirté avec un révisionnisme malsain. Des ministres proches de la droite nationaliste continuent aussi de se rendre plusieurs fois par an au sanctuaire shinto de Yasukuni, à Tokyo, considéré à Pékin et Séoul comme le symbole odieux du passé militariste du Japon. Ils y honorent les 2,5 millions de morts pour le Japon dans les derniers grands conflits, mais aussi 14 criminels de guerre condamnés pour leurs exactions dans la région lors de la Seconde Guerre mondiale. Et l’exécutif n’émet jamais de communiqué clarifiant sa position sur ces visites controversées.

Amnésie et victimisation

S’ils craignent que la venue du président américain à Hiroshima n’incite le Japon à se cloîtrer dans cette amnésie et cette victimisation, les partisans d’un réexamen du passé nippon veulent encore croire que la seule présence de Barack Obama alimentera un débat sur la capacité de Tokyo à entamer une démarche similaire auprès de ses grands voisins asiatiques et de son allié américain. Déjà, mercredi soir, des médias ont embarrassé Shinzo Abe en le questionnant publiquement sur son éventuelle visite du site américain de Pearl Harbor, à Hawaii. Le 7 décembre 1941, cette base américaine fut attaquée par surprise par l’aéronavale japonaise et 2.403 Américains furent tués au cours du raid, qui reste vécu comme un traumatisme aux Etats-Unis.

Les médias sud-coréens et chinois vont, eux, défier le Premier ministre japonais d’oser venir dans leur pays déposer des fleurs sur des monuments témoins de l’oppression nippone d’autrefois. A quand une visite de Shinzo Abe à Nankin, demanderont-ils. Jamais, répondra le gouvernement conservateur. En déstabilisant Pékin, qui nourrit sa propagande des trous de mémoire de Tokyo, un tel geste symbolique témoignerait pourtant d’une maturité du Japon plus marquée et lui donnerait une aura nouvelle dans l’ensemble de l’Asie-Pacifique.


Guerre d’Obama: Les choses ne sont pas désespérées mais… (Obama’s war: From quagmire of choice to quagmire of necessity)

29 mai, 2009
Obama's warMener une guerre claire contre des ennemis est dangereux. Ne pas mener clairement une guerre contre des ennemis pourrait être plus dangereux. Mais mener un peu une guerre tout en faisant un peu comme si on ne la menait pas pourrait être la chose la plus dangereuse de toutes. Victor Davis Hanson
L’Anbar n’a basculé que lorsque les insurgés sunnites ont été convaincus que les Américains étaient là pour rester et que l’alternative à l’arrangement avec les Américains et le gouvernement de Bagdad était une défaite sunnite garantie et générale. Les Talibans en sont très très loin. Et encore, les hésitations actuelles de Washington ne peuvent que les encourager à attendre, avec l’espoir que les Américains se lassent. Fouad Ajami

La différence entre le Vietnam et les jihadistes, c’est que les Viet Congs ne nous ont pas suivis jusque chez nous. Cité par Herschel Smith

Seul un naïf interpréterait la révolte des tribus sunnites comme le signe de leur soutien au gouvernement irakien ou aux forces de la Coalition. David Kilcullen
Les choses ne sont pas désespérées mais elles sont extrêmement graves. Dave Kilcullen (février 2009)
On peut forer un puits en un jour et construire une école en un mois, mais ça prend très longtemps pour construire une route. Quand on lance le chantier d’une route, on envoie le message que ce n’est pas une association pour un mois mais pour le très long terme. Colonel américain en Afghanistan
Si les Américains utilisaient nos méthodes, personne ne tirerait sur eux, mais ils sont trop cool avec eux et ils facilitent ainsi la tâche des terroristes. Capitaine Hassan (forces irakiennes, défendant les méthodes d’interrogation musclées)
Si nous avons des informations exploitables sur des cibles terroristes importantes et que le président Musharraf n’agit pas, nous le ferons. Obama (août 2008)

Quand le « bourbier choisi » se transforme en « bourbier nécessaire »…

173 million d’habitants, 100 têtes nucléaires, armée plus nombreuse que l’Armée américaine, quartier-général d’al-Qaeda situé dans les deux tiers du pays que ne contrôle plus son gouvernement, double jeu des forces de sécurité et de renseignement, réconciliation des chefs talibans afghans et pakistanais (à qui l’on devait déjà probablement l’assassinat de Benazir Bhutto), possibilité de la chute dans les six mois du pays aux mains des jihadistes …

A l’heure où, à la veille d’une nouvelle saison des combats et à un mois d’élections présidentielles afghanes plus que compromises, la nouvelle guerre de choix d’un président Obama toujours plus obsédé de se démarquer de son prédécesseur est en train d’accoucher d’une méga-guerre à l’échelle du Pakistan tout entier

Retour sur les récentes déclarations d’un des principaux conseillers du Général Petraeus pour sa victorieuse stratégie irakienne (qui, redécouvrant les méthodes de David Galula, a eu la chance de coïncider avec la volte-face des Sunnites irakiens face aux exactions d’Al Qaeda), l’ancien officier australien et auteur d’un récent livre sur la contre-insurrection David Kilcullen (« The Accidental Guerrilla ») qui vient d’appeler à l’arrêt des attaques de drones sur le Pakistan…

Où l’on découvre, de la part de quelqu’un qui était opposé à l’intervention en Irak (sans jamais nous dire comment il aurait réglé la question des ADM de Saddam), que la capture ou l’élimination de Ben Laden dont l’ancien sénateur de l’Illinois et actuel locataire de la maison Blanche n’avait pas arrêté de nous rabattre les oreilles, ne servirait en fait qu’à en faire un martyr …

Que la fameuse distinction obamienne entre les troupes combattantes et non-combattantes sur laquelle est basée la fameuse promesse de campagne d’évacuer toute troupe américiane d’Irak avant 18 mois est parfaitement « théorique » et qu’il faudra au moins encore 3 à 5 ans avant quue les Irakiens puissent se défendre eux-mêmes …

Que, sans le général Petraeus et les deux rares sénateurs McCain et Lieberman, la fameuse et victorieuse stratégie du « surge » , aurait probablement été tuée dans l’œuf par l’hostilité d’un Congrès dont l’actuel Pleurnicheur en chef était l’un des plus énergiques membres …

Et enfin que non seulement l’idée évoquée par l’actuelle Administration de négocier avec les Talibans « modérés » ne peut que renforcer leur engagement mais que la nouvelle stratégie afghano-pakistanaise d’éliminations ciblées des chefs talibans et d’Al Qaeda est le meilleur agent recruteur de nos ennemis …

A Conversation With David Kilcullen
Interview by Carlos Lozada
Washington Post
March 22, 2009

Why is an Aussie anthropologist coaching American generals on how to win wars? David Kilcullen, an Australian army reservist and top adviser to Gen. David H. Petraeus during the troop surge in Iraq, has spent years studying insurgencies in countries from Indonesia to Afghanistan, distinguishing hard-core terrorists from « accidental guerrillas » — and his theories are revolutionizing military thinking throughout the West. Kilcullen spoke with Outlook’s Carlos Lozada on why Pakistan is poised for collapse, whether catching Osama bin Laden is really a good idea and how the Enlightenment and Lawrence of Arabia helped Washington shift course in Iraq. Excerpts:

What is the real central front in the war on terror?

Pakistan. Hands down. No doubt.

Why?

Pakistan is 173 million people, 100 nuclear weapons, an army bigger than the U.S. Army, and al-Qaeda headquarters sitting right there in the two-thirds of the country that the government doesn’t control. The Pakistani military and police and intelligence service don’t follow the civilian government; they are essentially a rogue state within a state. We’re now reaching the point where within one to six months we could see the collapse of the Pakistani state, also because of the global financial crisis, which just exacerbates all these problems. . . . The collapse of Pakistan, al-Qaeda acquiring nuclear weapons, an extremist takeover — that would dwarf everything we’ve seen in the war on terror today.

How important is it to kill or capture Osama bin laden?

Not very. It depends on who does it. Let me give you two possible scenarios. Scenario one is, American commandos shoot their way into some valley in Pakistan and kill bin Laden. That doesn’t end the war on terror; it makes bin Laden a martyr. But here’s scenario two: Imagine that a tribal raiding party captures bin Laden, puts him on television and says, « You are a traitor to Islam and you have killed more Muslims than you have killed infidels, and we’re now going to deal with you. » They could either then try and execute the guy in accordance with their own laws or hand him over to the International Criminal Court. If that happened, that would be the end of the al-Qaeda myth.

President Obama has said that he will be « as careful getting out of Iraq as we were careless getting in. » Is his decision to remove combat forces by August 2010 and leave 50,000 non-combat troops careful or careless?

I think it is politically careful. The distinction between combat and non-combat forces in a counterinsurgency environment is largely theoretical. Anyone who is still in Iraq will actually or potentially be engaged in combat.

How much longer will the war last?

The intervention ends when the locals can handle it. Right now they can’t. I think that within three to five years, we can say that the chance that the Iraqis will be able to hold their own against their internal threats is pretty high. So I’d say we have another three to five years of substantial engagement in Iraq. But one other factor here is external interference. What are the Iranians doing, what are the Saudis doing, what are the Jordanians and the Syrians doing? The Iraq part is not the problem, it’s the regional security part that is the problem.

When history has its say, who will be the real father of the surge? Is it Jack Keane, David Petraeus, Raymond Odierno, Fred Kagan? Someone else?

It’s Petraeus. If this thing had [expletive] up, everyone would be blaming Petraeus. You wouldn’t find Keane and Odierno and Kagan and President Bush and everyone else stepping forward. So I think the true father of the thing was and is Petraeus.

You argue in your book, « The Accidental Guerrilla, » that if Petraeus had been killed in Iraq, the impact on morale alone could have lost the war. Do you fault President Bush for feeding the cult of Petraeus?

Our biggest problem during the surge was a hostile American Congress. They could have killed the thing. There was really nobody except [Senators] McCain and Lieberman arguing for a continued commitment. So I don’t fault President Bush for pushing General Petraeus forward. I think what he was trying to do was to find a figure with sufficient credibility to restore hope within Congress and to gain a measure of support for the effort from the U.S. domestic population.

What are the lessons of Iraq that most apply to Afghanistan?

I would say there are three. The first one is you’ve got to protect the population. Unless you make people feel safe, they won’t be willing to engage in unarmed politics. The second lesson is, once you’ve made people safe, you’ve got to focus on getting the population on your side and making them self-defending. And then a third lesson is, you’ve got to make a long-term commitment.

Obama has suggested that it might be possible to reach out to moderate elements of the Taliban, along the lines of the Anbar Awakening in Iraq. Would that work?

If the Taliban sees that we’re negotiating for a stay of execution or to stave off defeat, that’s going to harden their resolve. . . . I’m all for negotiating, but I think the chances of achieving a mass wave of people turning against the Taliban are somewhat lower in Afghanistan than they were in Iraq.

Did the U.S. military take too long to change course in Iraq?

I think it took them a historically standard period of time. In Vietnam it took three to four years to reorient. In Malaya the British took about the same amount of time. In Northern Ireland they took longer. The British in Iraq took longer than the Americans in Iraq. And again, it was Petraeus. . . . He put forward this whole change movement within the military. We were almost like insurgents within the U.S. government. My marker of success is that when I first arrived, we had to talk in whispers about stuff that is now considered commonplace. The conventional wisdom now was totally unorthodox in ’04, ’05.

Does having a medieval scholar as a father affect how you see war?

My father is a true believer in the Enlightenment. He always encouraged me to develop an evidence-based approach to whatever you do. But the other thing is, when I was 10 years old, my dad gave me a copy of a book by Robert Graves called « Good-Bye to All That, » which is about the first World War. That was where I first encountered T.E. Lawrence, Lawrence of Arabia. And as a child I was steeped in Lawrence’s way of thinking about tribes. In tribal warfare you don’t go directly to your objectives, you work through a ladder of tribes. You go from one tribe to the next tribe to the next tribe to get to your objective. That’s what we tried to do in Iraq.

In 2006 you wrote an essay on counterinsurgency called « 28 Articles, » one-upping Lawrence’s « 27 Articles. » Do you consider yourself a modern-day Lawrence of Arabia?

No. I don’t think there is a modern equivalent of Lawrence of Arabia. But we can all learn from his thinking about insurgency. The other thing about Lawrence is he understood and worked with the cultures that he dealt with, and he spent the rest of his life advocating policies to support the welfare of those people. He was one the biggest advocates of Arab independence, even when his own nation’s policies were against that.

Voir aussi:

Guerrillas in the midst
Jay Nordlinger
The New Criterion
March 2009

A review of The Accidental Guerrilla: Fighting Small Wars in the Midst of a Big One, by David Kilcullen.

Last fall, an army of brass in Iraq briefed a few journalists in a windowless room. These were Coalition brass—men from a variety of Western countries. And around the table were about ten generals; behind them were about fifteen officers supporting them. For two hours they held forth: on how they were bolstering the Iraqi government, and how they were combating the enemy. Our men were impressively bright, experienced, shrewd, well organized, and well funded. Their briefing was something like a shock-and-awe performance.

After they were done, I posed a peculiar question: “How does the enemy stand a chance? I mean, how can they possibly hope to prevail against you? Al Qaeda doesn’t have a room like this. I assume the Shiite militias do not. Why are these people so hard to put down?” And the commanding general said, “Don’t underestimate them: They are sophisticated, resilient, and absolutely ruthless.”

So they are. And one man who knows this very well is David Kilcullen, an Aus- tralian officer and military intellectual. A few years ago, he was seconded to the United States: as a counterterrorism and counterinsurgency adviser to the State Department, and then to General Petraeus. This reminds us of the unusually—almost uniquely—close relationship between Australia and the United States, for many generations. You may have noticed that one of the last things George W. Bush did as president was hang the Medal of Freedom around the neck of John Howard, the former prime minister of Australia. (At the same time, with the same medal, he honored Britain’s Tony Blair and Colombia’s µlvaro Uribe.)

Kilcullen has written a book called The Accidental Guerrilla: Fighting Small Wars in the Midst of a Big One. And, as you remember, the Cold War featured many small wars—and less-small wars—in the midst of that big, overarching one. What of “the accidental guerrilla”?

That is Kilcullen’s term for the fighter who does not really wish to harm the West or subjugate other people, but who gets caught up in the current global conflict anyway—and on the wrong side. What happens is this: Al Qaeda moves into his environs and establishes its hideous presence. Then it provokes some kind of intervention by the West. This, our man resents, and he winds up fighting alongside al Qaeda—“accidentally.” Our task is to wean him away or prevent him from joining up in the first place.

Kilcullen’s book is about more than the accidental guerrilla—it is about a global insurgency and how to deal with it—but the term makes a handy title. Kilcullen says, “This book … is the result of my wanderings, physical and intellectual, over the past several years.” It is part memoir, part treatise, part anthropology textbook. And it is highly interesting. There are brilliant things and questionable things, and they all make you think.

Much of the book is devoted to two “small wars” within the “big one”: Afghanistan and Iraq. Kilcullen points out that people have seen Afghanistan as “the good war,” a war truly of necessity. They also take for granted that we will win there. The media have given the impression that Afghanistan is going well while Iraq is going badly. In fact, the opposite may be true. Kilcullen says that the Afghan war is “winnable,” but requires a “concerted long-term effort,” lasting “five to ten years at least.”

And he emphasizes that many of the enemy fighters—the great majority of them—are co-optable and reformable. They can be persuaded to put down their arms and live normal, nonviolent lives. I have heard two presidents, Karzai and Musharraf, say this on many occasions. The problem is that the extremists—the to-the-death jihadists—are absolutely diabolical in their tactics. For example, they terrorize farmers into growing poppy: not because the extremists want more opium, but because the growing of poppy separates the farmers from legitimate society. When this happens, al Qaeda or the Taliban can own them.

What can the Coalition do (besides kill the extremists, which, although insufficient, is not unimportant)? Kilcullen gives the example of building a road. And what matters most is, not the road, but the process by which it is built. Anything that separates the insurgents from the people—that clutches the people to society—is helpful. Kilcullen speaks of a “political maneuver,” with “the road as a means to a political end.”

He further counsels a “population-centric approach to security”: “We must focus on providing human security to the Afghan population, where they live, twenty-four hours a day.” Is that all? “This, rather than destroying the enemy, is the central task in counterinsurgency.” I was amazed, in Iraq, to discover all that our militaries are doing there. One general told our group how hard he had worked to get Baghdadis to reopen a particular amusement park: “It was a return-to-normalcy issue.” I said, “Is that what you went to West Point for?” He grinned and replied, “We’re a full-service military.”

Kilcullen was opposed to the Iraq War, resolutely. He regards it as “an extremely severe strategic error.” What he does not address, in this book, is the issue of weapons of mass destruction: the main purpose of our going in. The civilized world was blind to what Saddam Hussein was doing; when we went in, we saw. In any case, Kilcullen believes that, once in, you must win. And he provides an explanation of the “surge” of 2007.

Later in the book, he turns to Europe, a special theater in the War on Terror. Muslims on the continent, and in the United Kingdom, are ripe for exploitation by al Qaeda. And Kilcullen says that a new radicalization among Muslims “has brought a backlash from nonimmigrant populations.” Some might argue that there has not been backlash enough. If I have read him correctly, Kilcullen favors a more gingerly approach to Muslim radicalism in Europe. I myself am not sure how the authorities, and society at large, could be more gingerly. Not long ago, London police ran—literal- ly ran—from Islamist demonstrators who were throwing things at them.

In a final chapter, Kilcullen gives us his bedrock views. He is of the school that says we have turned a mouse into an elephant: The mouse is terrorism, and the elephant is what we have caused it to become. We have overreacted, says Kilcullen, making the terrorists bigger and therefore more dangerous than they should be. We have played a “zero tolerance” game—insisting on no terrorism—rather than practicing a more grownup “risk management.” Kilcullen quotes John Kerry with approval on this score. And it seems to me he pooh-poohs the threats against us, sometimes sarcastically—for example, “[T]he 2001 anthrax attacks in the United States killed a grand total of five.”

Reading Kilcullen, I was reminded of a clear lesson from the Cold War: Finland was “Finlandized” instead of Sovietized only because it fought like hell against being Sovietized. Finland did not set Finlandization as a goal; it resisted Sovietization with all its might—and wound up, best-case scenario, being Finlandized (that is, retaining national sovereignty while having to toe the Soviet line in foreign policy and some other respects). Perhaps only by trying for no terrorism can we achieve an “acceptable level” (shudder-making phrase) of terrorism.

http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1233304815871&pagename=JPost%2FJPArticle%2FPrinter

To me, there are many annoying and objectionable things in this book: I will cite just a few of them. Throughout, Kilcullen puts the term “war on terrorism” in quotes, and those quotes are sneering. Sometimes he says “so-called war on terrorism.” Okay, he doesn’t like this term, thinking it stupid. What would he like to say instead? He comes up with no substitute—he just keeps sneering. He is also capable of writing such sentences as “[I]n invading Iraq, we set out to re-make the Middle East in our own image …” I doubt a single human being had this intent; the sentence is unworthy of Kilcullen.

Sometimes there is a mood of “I told you so,” which is always unbecoming (even if true). And the author likes to paint himself as the one native-knower—the Malinowski of the warrior class—amid oafish and insensitive palefaces. This, too, is unbecoming (even if occasionally—occasionally—true).

Yet this is a fine book, and, what’s more, a contribution to what Kilcullen hates to call the War on Terror. He is a smart, smart guy. There are other smart guys—and they should all be taken into account, as we proceed in a vexingly difficult war.

Jay Nordlinger is a Senior Editor at National Review, writing on a variety of subjects.

Voir enfin:

Raising Jihad
Andrew J. Bacevich
The National Interest
03.02.2009

David Kilcullen, The Accidental Guerrilla: Fighting Small Wars in the Midst of a Big One (New York: Oxford University Press, 2009), 384 pp., $27.95.

IN WASHINGTON, protracted crisis creates opportunities. The cold war gave rise to a national-security elite whose members flourished for decades while rotating in and out of government. To this very day, the Arab-Israeli “peace process” performs a similar function, supporting the existence of various research institutes and advocacy groups while providing fodder for endless conferencing and endlessly repetitive studies, essays and op-eds.

The Long War—the Pentagon’s preferred name for the global war on terror—promises to do much the same. Whatever else one may say of this conflict, it has demonstrated a remarkable capacity to generate jobs. Established federal agencies have expanded. New ones have come into existence. Think tanks have proliferated. Contractors and lobbyists have prospered. Given the assumption—shared by mainstream Democrats and Republicans alike—that the Long War will continue for decades if not generations, its potential as an engine for career opportunities appears vast indeed.

Protracted crisis also produces its own cult of celebrity, exalting the status of figures perceived to possess inside knowledge or to exercise particular clout. During the early days of the cold war, functionaries like George Kennan and Paul Nitze suddenly became boldfaced names. As the great struggle with the Soviet Union dragged on, the list of notable cold warriors lengthened. Some of these Washington celebrities—presidential assistants, politically savvy generals, agency heads, and “whiz kids” with sharp elbows and a knack for self-promotion—quickly flamed out, left town and were soon forgotten. Others fell from grace and yet continued to haunt the city where they once exercised power. (A few years ago I came across Robert McNamara lunching alone at the Old Ebbitt Grill; it was like suddenly encountering a spirit from the netherworld—and about as welcome.) A few celebs manage to retain enduring influence. The peace process may be a niche market, but even today on just about anything related to Arabs and Israelis, Martin Indyk and Dennis Ross head the short list of go-to guys. Like Cher and Madonna—or like Zbig and Henry—they’ve been at it so long that surnames are no longer required: Martin and Dennis will do just fine.

So too with the Long War. It is producing its own constellation of celebrities, of whom General David Petraeus is far and away the brightest, but that also includes the likes of Colonel H. R. McMaster, the hero of Tal Afar; retired–Lieutenant Colonel John Nagl, author of the influential book Learning to Eat Soup with a Knife and now a senior fellow at the Center for a New American Security (CNAS), the best of the think tanks spawned by the Long War; and Dr. David Kilcullen, who is perhaps the most interesting of this select group.

Kilcullen was once a soldier and now classifies himself as a “counterinsurgency professional.” A former officer in the Australian army with a PhD from the University of New South Wales (his dissertation dealt with Indonesian terrorists and guerrilla movements), Kilcullen has served as an adviser to General Petraeus in Baghdad and to former–Secretary of State Condoleezza Rice in Washington. As the Bush administration left office, he signed on with CNAS and also became a partner with the Crumpton Group, a Washington-based consulting firm founded by former–CIA official and terrorism specialist Henry “Hank” Crumpton. The Long War has been good to Dr. Kilcullen.

For perhaps just that reason, when it comes to taking stock of that conflict, Kilcullen is someone to reckon with. In his new book The Accidental Guerrilla, we actually encounter three Kilcullens. First there is Kilcullen the practitioner, who draws on considerable firsthand experience to offer his own take on the conflicts in Iraq and Afghanistan. In this regard, Accidental Guerrilla resembles dozens of other Washington books, blending memoir with policy analysis, generously laced with spin. Then there is Kilcullen the scholar, presenting his own grand theory of insurgency and prescribing a set of “best practices” to which counterinsurgents should adhere. In this regard, the book falls somewhere between academic treatise and military field manual: it is dry, repetitive and laced with statements of the obvious. Last, however, there is Kilcullen the apostate. With the administration whose policies he sought to implement now gone from office, Kilcullen uses Accidental Guerrilla to skewer those he served for gross strategic ineptitude. His chief finding—that through its actions the Bush administration has managed to exacerbate the Islamist threat while wasting resources on a prodigious scale—is not exactly novel. Yet given Kilcullen’s status as both witness and participant, his indictment carries considerable weight. Here lies the real value of his book.

ON IRAQ, Kilcullen the practitioner is generally bullish. As a member of Petraeus’s inner circle during the period of the so-called surge, he makes two points. First, the surge is working. Second, credit for this success belongs to those who served in Baghdad, above all General David Petraeus and Ambassador Ryan Crocker, rather than to paper pushers back in the White House or kibitzers congregating over lunch at the American Enterprise Institute.

The surge, Kilcullen contends, pulled Iraqi “society back from the brink of total collapse.” In terms of security, he describes the progress achieved as “substantive and significant.” U.S. efforts prior to February 2007, when Petraeus took command in Baghdad, had been almost entirely counterproductive. An excessive reliance on force had accomplished little apart from “progressively alienating village after village” while “creating a pool of people who hate the U.S.” Sectarian violence was driving the minority Sunni community into the arms of al-Qaeda in Iraq (AQI) and other extremist groups. As a result, by 2006 Iraq was drowning in “an immense tide of blood.”

The Joint Campaign Plan for 2007 and 2008, devised under Petraeus’s direction, reversed that tide. The new approach, according to Kilcullen, began with a detailed political strategy aimed at reconciling Iraq’s various sectarian and ethnic factions. Improved security would create conditions making reconciliation possible. The key to improving security was to pay less attention to killing the enemy and more attention to protecting the Iraqi people. This in turn required a wholesale shift in the way that U.S. and other coalition forces were doing business. President Bush’s decision to deploy a half-dozen additional brigades combined with Petraeus’s implementation of a newly revised (or freshly rediscovered) counterinsurgency doctrine made all the difference.

Here the triumphal narrative constructed by the Bush White House (and enshrined in neoconservative circles) ends. Kilcullen makes it clear that the actual story is more complicated and by implication more problematic.

Napoleon once remarked that the best generals were the ones favored by good luck. Petraeus is clearly a capable general; in Iraq circa 2007 he may well have been an especially lucky one as well.

Some months prior to his arrival in Baghdad, the character of the Iraq War had begun to change. Beginning in western Anbar Province, Sunni tribal leaders, whose followers provided the insurgent rank and file, began to turn on AQI. The Americans misleadingly dubbed this the Sunni Awakening, as if our adversaries had begun to see the light. As Kilcullen makes clear, Sunni behavior was utterly pragmatic. “Only a naif,” he writes, would interpret the Sunni tribal revolt as “indicating support for the Iraqi government or for Coalition forces.” Still, in exchange for guns and money, Sunni sheikhs promised to desist from attacking U.S. troops and to collaborate in efforts to target AQI. They proved as good as their word. In terms of reducing the overall level of violence, this development—which U.S. officials stumbled on belatedly and then scrambled to harness—proved crucial.

How long will this marriage of convenience endure and what sort of offspring will it produce? The truth is that it’s probably too soon to tell. When it comes to anything touching on Iraq’s future, Kilcullen, whose usual mode of expression does not suggest a want of self-confidence, becomes notably circumspect. He concedes that expectations of improved security producing a top-down political settlement have not panned out: the Iraqi government in Baghdad remains divided and dysfunctional. Yet as a stalwart defender of the surge, he nurtures hopes that deals being cut with local tribal leaders might foster an “Iraqi-led, bottom-up” process of reconciliation.

Kilcullen makes no promises on that score, instead acknowledging the self-evident: despite six years of prodigious effort, the Americans are along for the ride. The Iraqis are in charge. The Sunni Awakening, he writes, “was their idea, they started it, they are leading it, it is happening on their terms and their timeline.” By extension, the Iraqis will decide where things go from here, with Kilcullen venturing only that events “will play out in ways that may be good or bad, but are fundamentally unpredictable.” In short, the second-order benefits of a success that Kilcullen hails as undeniable, substantive and significant turn out to be partial, precarious and shrouded in ambiguity—a pretty meager return on a very substantial American investment.

In 2008, Kilcullen left Baghdad and turned his attention to Afghanistan, surveying the situation there at the behest of then-Secretary Rice. More than seven years after U.S. forces first arrived, the news coming out of Kabul is almost uniformly bad. Kilcullen knows this but insists that the war “remains winnable.” In this case, winning will require the United States and its allies to commit themselves to an intensive effort, lasting “five to ten years at least,” aimed at “building a resilient Afghan state and civil society” capable of fending off the Taliban. The key to success, in his view, is to extend “an effective, legitimate government presence into Afghanistan’s 40,020 villages.” Such a presence, he concedes, is something that has never existed.

Stripped to its essentials, this is a call for Western-engineered nation building on a stupendous scale—in Kilcullen’s own words, “building an effective state structure, for the first time in modern Afghan history.” Yet even that will not suffice. Given the porous Afghan-Pakistani border, unless the United States and its partners also fix Pakistan, “a military victory in Afghanistan will simply shift the problem a few miles to the east.” With this is mind, Kilcullen calls for a “full-spectrum strategy” designed to “improve governance, security, and economic conditions” throughout the region. Although he illustrates this approach anecdotally, he offers no estimates of costs or who will pay them. Nor does Kilcullen explain why the results to be achieved in Afghanistan-Pakistan, even in the very best case, would produce an outcome any more definitive than the one he foresees in Iraq.

KILCULLEN THE practitioner, intent on transforming Afghanistan and Pakistan, is not entirely on the same page with Kilcullen the scholar, whose grand theory of insurgency emphasizes the unintended consequences of mucking around in traditional societies.

Mucking around by outsiders converts small problems into big ones. An appreciation of this phenomenon lies at the heart of al-Qaeda’s strategy, which Kilcullen describes as “fundamentally one of bleeding the United States to exhaustion, while simultaneously using U.S. reaction to incite a mass uprising within the Islamic world.” With that end in mind, al-Qaeda conspires to lure the West into launching ill-advised military actions, confident that one result will be to antagonize the local population, which will then respond to al-Qaeda’s calls to expel the intruders. In essence, Western intervention serves as al-Qaeda’s best recruiting tool. This is Kilcullen’s Accidental Guerrilla Syndrome.

Kilcullen emphasizes that accidental guerrillas fight not to reinstitute the caliphate or to convert nonbelievers, but “principally to be left alone.” What they want above all is to preserve their way of life. The vast majority of those who take up arms against the United States and its allies do so “not because they hate the West and seek our overthrow, but because we have invaded their space to deal with a small extremist element.”

Of course, rather than depicting the threat posed by al-Qaeda as small, the Bush administration chose to cast it as equivalent to Nazi Germany. The premise underlying the administration’s Long War was that the Islamic world could not be “left alone.” Instead, it had to be coerced into changing. The administration invaded Afghanistan and then Iraq to jump-start that process of change. In doing so, however, the United States was playing directly into enemy hands. The decision to go after Saddam Hussein in particular, Kilcullen writes, was “a deeply misguided and counterproductive undertaking, an extremely severe strategic error.” The ostensible success of the surge notwithstanding, the Iraq War remains a “sorry adventure.”

The improved counterinsurgency techniques now being implemented by the United States military do not redeem that error. They merely offer, in the judgment of Kilcullen the apostate, “the best way out of a bad situation that we should never have gotten ourselves into.”

Here we arrive at the nub of the matter. According to a currently fashionable view, the chief operative lesson of the Iraq War is that counterinsurgency works, with U.S. forces having now mastered the best practices required to prevail in conflicts of this nature. Those who adhere to this view expect the Long War to bring more such challenges, with the neglected Afghan conflict even now presenting itself as next in line. Given this prospect, they want the Pentagon to gear itself up for a succession of such trials, enshrining counterinsurgency as the preferred American way of war in place of discredited concepts like “shock and awe.” Doing so will have large implications for how defense dollars are distributed among the various armed services and for how U.S. forces are trained, equipped and configured. Ask yourself how many fighter-bombers or nuclear submarines it takes to establish an effective government presence in each of Afghanistan’s 40,020 villages and you get the gist of what this might imply.

Yet given the costs of Iraq—now second only to World War II as the most expensive war in all U.S. history—and given the way previous efforts to pacify the Afghan countryside have fared, how much should we expect to spend in redeeming Afghanistan’s forty thousand villages? Having completed that task five or ten years hence, how many other villages in Pakistan, Iran, Syria and Egypt will require similar ministrations? And how many more accidental guerrillas will we inadvertently create along the way?

Kilcullen the apostate knows full well that an approach that hinges on wholesale societal transformation makes no sense. The consummate counterinsurgency professional understands that the application of technique, however skillful, will not suffice to salvage the Long War. Yet as someone deeply invested in that conflict, he cannot bring himself to acknowledge the conclusion to which his own analysis points: the very concept of waging a Long War as the antidote to Islamism is fundamentally and irrevocably flawed.

If counterinsurgency is useful chiefly for digging ourselves out of holes we shouldn’t be in, then why not simply avoid the holes? Why play al-Qaeda’s game? Why persist in waging the Long War when that war makes no sense?

When it comes to dealing with Islamism, containment rather than transformation should provide the cornerstone of U.S. (and Western) strategy. Ours is the far stronger hand. The jihadist project is entirely negative. Apart from offering an outlet for anger and resentment, Osama bin Laden and others of his ilk have nothing on offer. Time is our ally. With time, our adversary will wither and die—unless through our own folly we choose to destroy ourselves first.

Andrew J. Bacevich, a contributing editor to The National Interest, is a professor of history and international relations at Boston University. His most recent book is The Limits of Power: The End of American Exceptionalism (New York: Metropolitan Books, 2008).


Irak: Quand l’Université rivalisait d’ignorance avec l’Elysée (Gog and Magog: The day academic ignorance came to the rescue of political ignorance)

27 mai, 2009
The blind leading the blind
La parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots: Fils de l’homme, tourne ta face vers Gog, au pays de Magog, Vers le prince de Rosch, de Méschec et de Tubal, Et prophétise contre lui! Ezechiel 38: 1-2
Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l’abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme, ferma et scella l’entrée au-dessus de lui, afin qu’il ne séduisît plus les nations, jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu’il soit délié pour un peu de temps. Et je vis des trônes; et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image, et qui n’avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. C’est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n’a point de pouvoir sur eux; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel, et les dévora. Apocalypse 20: 1-9
Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin: Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Vous savez discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps. Jésus (Matthieu 16 : 2-3)
Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
La possibilité d’une annihilation existe. Le projet sioniste entier est apocalyptique. Il existe dans un environnement hostile et dans un certain sens son existence n’est pas raisonnable. (…) Oui, je pense à Armageddon. C’est possible. Dans les vingt prochaines années, il pourrait y avoir une guerre atomique ici. Benny Morris
Dans l’Islam, de même que dans le Judaïsme et le Christianisme, certaines croyances portent sur une bataille cosmique marquant la fin des temps – Gog et Magog, l’Antéchrist, Armageddon et, pour les Musulmans chiites, le retour tant attendu de l’Imam caché, qui doit déboucher sur la victoire finale des forces du bien sur celles du mal, quelle qu’en soit la définition. Il est évident qu’Ahmadinejad et ses adeptes croient que ce temps est venu et que la lutte finale est déjà entamée, et même bien avancée. Bernard Lewis
Vous comprendrez d’autant mieux la perplexité de Jacques Chirac qui a entendu, un jour de 2003, George W. Bush lui expliquer qu’il fallait intervenir militairement en Irak, parce que Gog et Magog y étaient à l’œuvre. Quand il livre ses convictions les plus intimes sur la politique proche-orientale, George W. Bush ne pense donc pas au pétrole ou à des bases susceptibles d’accueillir ses GI. Il ne parle ni d’économie ni de géostratégie. Il réagit comme un croyant qui attend que se réalise une prophétie biblique… Jocelyn Rochat
Comme ni Jacques Chirac ni ses services n’ont compris la référence du président américain, Paris s’est mis au travail. George W. Bush appartenant à la mouvance chrétienne évangélique, l’Élysée s’est orienté vers les protestants de France, qui ont transmis la requête à Thomas Römer. Jocelyn Rochat

Attention: une ignorance peut en cacher une autre!

En ces temps où 60 ans après Auschwitz, un chef d’Etat en exercice se permet d’évoquer explicitement et publiquement la solution finale de l’Etat juif tout en s’en préparant ostensiblement les moyens …

Et où moins de 25 ans après l’accident nucléaire de Tchernobyl, « la première société qui sache qu’elle peut se détruire de façon absolue » (y compris à travers des « formes douces » comme « l’extinction démographique qui guette l’Europe ») n’en finit pas d’afficher son mépris pour ces textes bibliques qui ont le mauvais goût de révéler la dimension proprement apocalyptique des temps que nous vivons

Retour, avec sa (re)sortie dans la blogosphère bien-pensante américaine, sur une énième confirmation que, des palais de nos gouvernants aux tours d’ivoire de nos universitaires, l’ignorance n’est décidément pas réservée au plus grand nombre.

Ainisi, cet article de 2007 de la revue de l’Université de Lausanne revenant, quatre ans après les faits en ces temps bénis de crasse ignorance et d’équivalence morale de la préparation à la guerre d’Irak où il était de bon ton de renvoyer dos à dos « le jihad évangélique de Bush » (dixit Le Figaro !) et celui de son soi-disant pendant islamiste Ben Laden à l’occasion d’une demande d’informations de l’Elysée à l’un de ses chercheurs, sur « les ahurissantes confidences de W. à Jacques Chirac » censées « révéler les soubassements religieux de la politique de Bush ».

Et qui avait beau jeu de moquer, derrière l’évocation par le président américain de la prophétie du livre biblique d’Ezéchiel sur une coalition de nations assemblées contre le peuple d’Israël, la vision effectivement naïve d’un partie très réduite des chrétiens américains de l’Apocalypse comme destruction divine.

Sans voir, comme le montre amplement l’histoire et en témoignent justement dans leur langue plus ou moins cryptique les textes bibliques eux-mêmes, que la destinée du peuple juif n’a jamais manqué d’épisodes similaires de tentatives de destruction de la part de ses voisins et que, comme le rappelait Reagan, « l’existence de la bombe atomique pouvait rendre réalisable ladite prophétie ».

Sans compter que, contrairement à la vulgate médiatique à laquelle n’échappe apparemment pas notre éminent bibliste, le président américain n’a jamais « appartenu à la mouvance chrétienne évangélique », les autorités de sa propre église – méthodiste – ayant, comme la plupart des autres églises américaines protestantes comme chrétiennes, dûment condamné l’intervention.

Et que, comme le révéleront plus tard deux journalistes du Parisien (“Chirac contre Bush, l’autre guerre“, Vernet et Cantaloube, 2004), le délinquant multirécidiviste qui squattait alors l’Elysée et n’en revenait pas des niveaux stratosphériques de ses sondages avait en fait dès la mi-décembre 2002, envoyé à Washington, dans le plus grand secret, le général Jean-Patrick Gaviard, sous-chef « opérations » à l’état-major des armées, pour qu’il présente des offres de service pour une guerre en Irak

Ce vent de Gog qui nous vient d’Amérique
Jocelyn Rochat
ALLEZ SAVOIR!
SEPTEMBRE 2007

Qui a entendu parler de Gog et de Magog? Rassurez-vous, cher lecteur ou chère lectrice, vous êtes une très large majorité à hausser les sourcils. Vous comprendrez d’autant mieux la perplexité de Jacques Chirac qui a entendu, un jour de 2003, George W. Bush lui expliquer qu’il fallait intervenir militairement en Irak, parce que Gog et Magog y étaient à l’œuvre. Ne cherchez pas ces désaxés du mal parmi l’état-major de Saddam Hussein. Ils n’y ont jamais travaillé. Et pour cause: Gog et Magog sont les vedettes d’une obscure prophétie, que l’on doit à un certain Ezéchiel et qui figure dans l’Ancien Testament. Quand il livre ses convictions les plus intimes sur la politique proche-orientale, George W. Bush ne pense donc pas au pétrole ou à des bases susceptibles d’accueillir ses GI. Il ne parle ni d’économie ni de géostratégie. Il réagit comme un croyant qui attend que se réalise une prophétie biblique…

Si «Allez savoir!» a choisi d’évoquer ces ahurissantes confidences de W. à Jacques Chirac dans ce numéro, c’est parce qu’un chercheur de l’UNIL s’est trouvé impliqué dans l’affaire. Le professeur de théologie Thomas Römer a ainsi été appelé par l’Elysée, qui cherchait à éclaircir les références ésotériques du président des Etats-Unis. Jacques Chirac ayant pris sa retraite, le chercheur lausannois peut s’exprimer librement sur cet entretien, qui appartient désormais à l’histoire.

Outre l’intérêt qu’il y a à découvrir les coulisses de la politique internationale, cet extrait des échanges Bush-Chirac sur l’Irak doit encore attirer notre attention sur les conséquences problématiques de notre méconnaissance de plus en plus crasse en matière de culture chrétienne.

Car, comme Jacques Chirac, nombre d’Européens n’auraient pas su que répondre à la référence biblique invoquée par George W. Bush en 2003. Par inculture religieuse, mais aussi parce que nous sommes nombreux à croire, en Suisse romande comme dans la France voisine, si fière de sa laïcité, que le religieux a été définitivement chassé de la conduite des affaires des Etats démocratiques avancés. Nous sommes aussi nombreux à imaginer que ce sentiment est désormais confiné à la sphère privée, où il peut s’exprimer sans (trop) faire couler de sang. Un espoir qu’il faudra relativiser très vite, sous peine de ne plus rien comprendre à la marche actuelle du monde.

Le 11 septembre nous avait rappelé que, dans le monde musulman, certains fanatiques sont prêts aux pires extrémités pour remettre leur Dieu au pouvoir. Et les références surréalistes de George W. Bush (c’est en page34 de ce magazine) achèveront de vous convaincre, si besoin en était, qu’il existe aussi des chrétiens qui travaillent à remettre l’Eglise au milieu du village planétaire.

Le hic, c’est que la bonne réponse à ces nouveaux fous de dieu passe par un retour aux textes religieux. Histoire de rappeler aux uns que le Coran interdit notamment d’attaquer des non-combattants, les femmes et les enfants, et d’expliquer aux autres que l’Irak d’hier et que l’Iran demain ne sont pas cette Perse ennemie de Dieu dont parlait le prophète Ezéchiel, quand il imaginait la fin des temps, il y a plus de 2000 ans. Davantage de paix dans le monde passe par cet effort d’explication. Le problème, c’est qu’il faut une excellente connaissance des Ecritures pour y parvenir. Un domaine qui n’est vraiment plus notre point fort. Et là, ce ne sont ni Gog, ni Magog, qui nous contrediront.

Gog et Magog
Le professeur Thomas Römer renseigne le président Jacques Chirac
Jocelyn Rochat
Allez savoir
Université de Lausanne
septembre 2007

Le téléphone a sonné. C’était la responsable du Service biblique de la Fédération protestante de France. Elle m’a demandé si je pouvais « écrire une page sur Gog et Magog pour l’Élysée. »

Professeur de théologie à l’Université de Lausanne (UNIL) et spécialiste de l’Ancien Testament, Thomas Römer vient de plonger dans les coulisses de la politique internationale. Car cette requête théologique apparemment banale a des ramifications insoupçonnées, puisqu’elle a été suscitée par George W. Bush.

« Les prophéties s’accomplissent »

J’ai encore appris durant ce coup de fil que le président des États-Unis avait évoqué Gog et Magog dans une conversation avec Jacques Chirac. La discussion portait sur l’actualité au Proche-Orient. Après avoir expliqué qu’il voyait Gog et Magog à l’œuvre, George W. Bush a ajouté que les prophéties bibliques étaient en train de s’accomplir, poursuit Thomas Römer.

Cette conversation, qui porta encore sur l’axe du mal, eut lieu au début 2003, quelques semaines avant l’intervention américaine en Irak. George W. Bush tentait alors, une fois de plus, de convaincre Jacques Chirac de le suivre dans son «opération Juste Cause», ce que la France refusait avec obstination.

Comme ni Jacques Chirac ni ses services n’ont compris la référence du président américain, Paris s’est mis au travail. George W. Bush appartenant à la mouvance chrétienne évangélique, l’Élysée s’est orienté vers les protestants de France, qui ont transmis la requête à Thomas Römer. « Il n’y a là rien d’inhabituel, poursuit le chercheur de l’UNIL. Nous collaborons souvent sur le plan scientifique avec nos voisins. »
Voilà donc le théologien lausannois chargé d’éclairer l’Élysée sur Gog et Magog. Un travail que ce spécialiste de l’Ancien Testament effectue de bonne grâce, et dont il parle pour la première fois aujourd’hui, maintenant que Jacques Chirac a pris sa retraite et que cet épisode appartient à l’histoire.

Un texte peu sûr et peu clair

«J’ai rédigé une page A4 qui expliquait les fondements théologiques de Gog et Magog, deux créatures qui apparaissent dans la Genèse, et surtout dans deux chapitres très obscurs du « Livre d’Ézéchiel » dans l’Ancien Testament, se souvient le théologien de l’UNIL. Avant d’ajouter qu’à plus d’un titre, « Ézéchiel » est un livre déroutant. La transcription qui nous est parvenue est peu sûre, les noms qui sont cités posent problème et le texte est difficile », ajoute Thomas Römer. Si cela ne suffisait pas à embrouiller le lecteur du XXIe siècle, ce livre « contient encore un message un peu dissimulé. Il fait partie d’un genre d’écrits qui spéculent sur l’avenir, dans une langue cryptique, et qui sont destinés à des initiés », précise-t-il.

Toutefois, il n’est pas nécessaire d’être un expert en ésotérisme pour saisir les grandes lignes de cette prophétie apocalyptique. Les rédacteurs du Livre d’Ézéchie» ont ajouté dans les chapitres 38 et 39 du livre une vision, selon laquelle une grande armée mondiale va se former, et que cette coalition de peuples viendra livrer une bataille finale à Israël.

«Cette confrontation est voulue par Dieu, qui veut profiter de ce conflit pour faire table rase des ennemis de son peuple, avant que ne débute un âge nouveau », poursuit Thomas Römer.

Gog, allié ou prince de Magog ?

L’auteur de ce texte place dans sa coalition des peuples connus des archéologues, comme les Perses et les Nubiens, les Assyriens et les Kushites. Il y ajoute d’autres noms qui rendent les historiens perplexes, mais qui ne laissent aucun doute sur le sens de la prophétie. L’armée qui se met en route est importante, et rassemble des peuples venus de loin à la ronde, mais majoritairement du nord d’Israël.

Selon ce texte, Ézéchiel annonce encore que cette grande coalition sera emmenée par un certain Gog, peut-être épaulé par Magog. Dans les différentes traductions de la Bible, on peut lire « Gog et Magog », « Gog de Magog » ou « Gog, au pays de Magog », voire « Gog, prince de Magog».

« Ces noms sont difficiles à décoder, souligne Thomas Römer, tout comme les noms de Mèshek et Toubal, qui sont aussi associés à la coalition et qui restent également énigmatiques. »

Des hypothèses récentes

Ce Gog énigmatique suscite des spéculations depuis plus de vingt siècles. George W. Bush le cherche probablement aujourd’hui du côté de cet Iran qui convoite l’arme atomique, après l’avoir traqué en Irak. Mais il n’est pas le seul à s’interroger. Avant lui, un autre président américain a cru à l’imminence de la réalisation de la prophétie d’Ézéchiel.

«Comme Ronald Reagan connaissait bien la Bible, il avait estimé que la guerre froide et l’existence de la bombe atomique rendaient réalisable la prophétie d’Ézéchiel, donc que le moment était venu », poursuit Thomas Römer.

« Parce que Gog est un ennemi qui vient du nord d’Israël, et parce que Mèshek peut facilement être apparenté à Moscou, les lecteurs d’Ézéchiel d’il y a vingt – vingt-cinq ans ont souvent associé Gog à la Russie communiste. Ils avaient également remarqué que le texte biblique dit que Gog est appelé « à la tête » de cette coalition. Or, en hébreu, la « tête » se dit rosh. De rosh, on passe facilement à « Russia », donc à la Russie communiste », sourit le théologien de l’UNIL.

La chute du Mur de Berlin ayant balayé cette hypothèse, l’imminence de l’apocalypse semble s’estomper. Pour des lecteurs rationalistes comme Thomas Römer, la « menace » a même disparu depuis plus de deux mille ans.

Gygos, Alexandre et Néron

Car tous les lecteurs d’Ézéchiel ne décortiquent pas l’actualité dans le but d’y déceler des signes de l’arrivée de Gog et de ses armées d’apocalypse. Nombre d’historiens et de théologiens recherchent plutôt sa trace dans le passé.

« Certains chercheurs ont identifié Gog avec un certain Gygos, qui fut un roi d’Anatolie au VIIe siècle av. J.-C. Il pourrait être à. l’origine de ce texte apocalyptique. Je pense que c’est le même procédé que dans le cas des prophéties apocalyptiques de Daniel, qui portent, elles, sur le grand ennemi de l’époque, Antiochus IV »

Si l’on ajoute à cela que de nombreux chercheurs estiment que l’empereur Néron est le fameux 666 évoqué dans l’Apocalypse de Jean, que la Grande Prostituée est Rome et que la chute annoncée est celle de l’Empire romain, on constate que le passé peut expliquer toutes ces prophéties apocalyptiques bibliques. Une analyse historique que privilégie Thomas Römer.

La prophétie d’Ézéchiel serait donc liée, si l’on en croit le chercheur de l’UNIL, au périple d’Alexandre le Grand. « L’arrivée de l’hellénisme au Proche-Orient a constitué un choc culturel majeur, explique Thomas Römer. Au point que la Bible a conservé plusieurs traces de l’équipée du roi macédonien, notamment des oracles sur la prise de Tyr. Cet épisode a sans doute amené les gens à développer une chronologie, à réfléchir à des successions de règnes, à évoquer l’avènement de forces et à spéculer sur la fin des temps et l’irruption d’un temps nouveau. »

Pas d’apocalypse sans reconstruction du Temple

Reste que tout le monde ne lit pas l’Ancien Testament aussi rationnellement que Thomas Römer. Il nous faut donc préciser aux plus inquiets de nos lecteurs qu’il ne suffit pas qu’une coalition de pays attaque Israël pour que la fin des temps intervienne. « Il y est longuement question du Temple reconstruit et cette reconstruction est, pour certains courants du judaïsme, la condition nécessaire pour le retour du Messie. »

Cette reconstruction du Temple de Jérusalem est longuement détaillée par Ézéchiel, qui y consacre des chapitres interminables. Avant de préciser que le Temple devra être reconstruit à son emplacement initial, soit la célèbre Esplanade du Temple, à Jérusalem, où s’élève désormais un des lieux les plus saints de l’islam, la Mosquée Al-Aqsa.

Autant dire qu’il faudra un concours de circonstances réellement apocalyptiques pour que les conditions évoquées dans la prophétie soient réunies.

Ézéchiel facilite le soutien américain à Israël

Plus largement, ce texte d’Ézéchiel explique les liens très forts qui se sont tissés entre les États-Unis et l’État d’Israël.

«Pour George W. Bush, ce texte a des conséquences politiques, poursuit Thomas Römer. Comme de nombreux chrétiens américains. il croit que Dieu sera auprès d’Israël lors de la confrontation finale, donc que les ennemis de ce pays seront dans le camp de l’Antéchrist. Il soutiendra donc Israël sans faiblir, parce qu’il est intimement persuadé que, quand la fin des temps arrivera, il faudra être du côté d’Israël. »

Voilà qui surprendra plus d’un Européen, habitué à des analyses davantage fondées sur la géopolitique, les rapports de force, la carte des pipelines transportant du pétrole que sur le religieux, quand il est question de la politique étrangère des États-Unis.

« Cette lecture américaine échappe effectivement aux Européens, qui ont perdu ce rapport aux textes bibliques, poursuit le théologien de l’UNIL. Les Allemands comprennent plus facilement George W. Bush que les Français ou les Suisses. Pour un Américain, ces questions sont centrales. Si on oublie le religieux dans l’analyse du soutien des États-Unis à Israël, on se trompe. »

Ces réflexions politiciennes figuraient-elles sur la page A4 que Thomas Römer a transmise à Élysée, au début 2003 ? « Non. J’ai envoyé une note biblique. Sur une page, j’ai situé ce texte, j’ai précisé qu’il s’agissait d’une prophétie de type apocalyptique, avec une bataille cosmique qui met en scène des peuples. J’ai parlé de Gygos et j’ai donné l’époque de sa rédaction. Et je n’ai plus eu de nouvelles, ni de Jacques Chirac, ni de ses conseillers. »

George W. Bush et le Code Ezéchiel Quand il évoque la situation politique au Proche-Orient, le président des Etats-Unis voit Gog et Magog à l’œuvre. Deux créatures qui apparaissent dans une vision apocalyptique de l’Ancien Testament! Les explications de Thomas Römer, un expert de l’UNIL qui a été contacté par l’Elysée en 2 003

«Seule une minorité de croyants voient l’Iran actuel comme la Perse dont parlait la Bible» Olivier Favreest docteur ès sciences sociales de l’UNIL et pasteur de l’Eglise évangélique apostolique. Il est le coauteur de la première étude empirique sur l’évolution du mouvement évangélique en Suisse*. Nous lui avons demandé comment les textes d’Ezéchiel étaient lus par les évangéliques helvétiques.

Allez savoir!: Les évangéliques suisses s’intéressent-ils autant que George W. Bush aux prophéties d’Ezéchiel?

Olivier Favre:En Suisse, les thématiques apocalyptiques sont bien moins présentes aujourd’hui que durant la période de la guerre froide. J’observe une prise de distance par rapport à cette manière de lire l’histoire et de croire en l’avenir. La tendance, dans les communautés évangéliques helvétiques, est plutôt de réinvestir le politique, de développer leur message sur l’ici-bas. On le voit notamment avec leur récent engagement (certes conservateur) dans la politique. Ces croyants ont pris conscience qu’ils ne sont pas réduits au fatalisme.

Les communautés évangéliques font-elles la même lecture de ces textes apocalyptiques que George W. Bush?

La grande majorité reste très prudente à ce propos. Mais, dans les extrêmes, on trouve effectivement une petite minorité de gens qui voient l’Iran actuel comme la Perse dont parlait la Bible, donc comme un ennemi d’Israël. Cette minorité croit que les prophéties bibliques s’accomplissent. Et à l’autre extrême, il y a des évangéliques qui considèrent George W. Bush comme l’Antéchrist, et qui voient dans les attentats du 11 septembre 2001 la preuve que Dieu désapprouve le matérialisme américain.

Ce sont des visions sensiblement différentes…

Oui, parce que les évangéliques ont des lectures sensiblement différentes de ces textes apocalyptiques, que ce soit Ezéchiel, mais aussi Daniel. En simplifiant, on peut dire qu’il y a deux positions, diamétralement opposées, sur les temps de la fin. Mais elles sont très minoritaires. La majorité s’attend simplement au retour du Christ sans se prononcer sur le reste.

Il y a des optimistes et des pessimistes? Ceux que j’appelle les évangéliques prémillénaristes sont effectivement catastrophistes. Ils pensent que le retour du Christ doit être précédé par la montée de l’Antéchrist dont le règne nous vaudra une longue période de catastrophes. A l’opposé de cette vision, il y a les postmillénaristes, qui, eux, croient que l’Eglise triomphera, et que le Christ reviendra dans une planète en paix. Enfin, très éloignée de ces positions, il y a la vision des protestants traditionnels, mais aussi d’évangéliques modérés, qui font une lecture symbolique de ces textes apocalyptiques et pensent que la Bible annonce la chute d’un empire, notamment celui de Rome.

A quel point le président des Etats-Unis est-il représentatif des idées évangéliques?

Il faut être prudent avec la figure de George W. Bush. Il est extrêmement difficile de savoir ce qui, dans ses discours et dans ses actes, relève de convictions personnelles, et ce qui relève d’une instrumentalisation de la foi évangélique. Notez enfin que l’électorat évangélique américain est aujourd’hui divisé à son égard. Si certains l’approuvent, d’autres le critiquent désormais, notamment à cause du réchauffement de la planète. ce qui frappe, quand on lance une recherche sur Gog et magog sur Wikipedia, l’encyclopédie sur Internet, c’est la différence entre les informations contenues dans les versions française et anglaise.I l y a cinq lignes en fançais et cinq pages en anglais. cela montre bien que ces relectures d’Ezéchiel sont surtout une thématique américaine. Le développement des évangélqies dans l’hémisphère sud (Amérique du sud, Afrique) a marginalisé ces thématiques apocalyptiques et a apporté d’autres priorités, car ces communautés sont plus soucieuses dss problèmes socaiaux et écologiques. On a tendance à croire que pluqss personne ne raisonne en trmes religieux. Or nous avons ds popuations qui restent croyantes dde diverses manières. La pr!ère es toujours pratiquée et les gens conservent la foi dans une vie après la mort. On peut donc s’aendre, à l’avenir, à c que la composante religieuse ressurgisse également chez nous dans l’espace public.te.

TEXTE D’EZECHIEL:

Il y eut une parole du SEIGNEUR pour moi : « Fils d’homme, dirige ton regard vers Gog, au pays de Magog, grand prince de Mèshek et Toubal; prononce un oracle contre lui. Tu diras : ainsi parle le Seigneur DIEU :
Je viens contre toi, Gog, grand prince de Mèshek et Toubal, et je t’entraînerai, je mettrai des crochets à tes mâchoires, je te ferai sortir avec toute ton armée : chevaux, cavaliers superbement vêtus, vaste troupe portant écu et bouclier, tous maniant l’épée. La Perse, la Nubie, Pouth seront avec eux ayant tous bouclier et casque – Gomer et tous ses escadrons, Beth-Togarma, à l’extrême nord, avec tous ses escadrons: de nombreux peuples seront avec toi. »
[…] Depuis bien des jours, on aurait dû intervenir contre toi (Gog) ! Cela arrivera à la fin des ans, sur une terre dont la population a été entraînée après le passage de l’épée. Venue de pays très peuplés, elle a été rassemblée sur les montagnes d’Israël qui avaient été longtemps en ruines. Cette population a été retirée des peuples et elle habitera tout entière en sécurité. Tu monteras, tu arriveras en tempête, tu seras comme une nuée recouvrant le pays, toi, tous tes escadrons et les nombreux peuples qui seront avec toi.
Ainsi parle DIEU : en ce jour-là, de nombreux projets te monteront au cœur, tu inventeras un plan malfaisant, tu diras : Je monterai contre un pays sans défense, j’arriverai vers des gens tranquilles, vivant en sécurité : ils habitent des villes sans murailles, ils n’ont ni verrou ni portes. Tu viendras pour entasser du butin, pour piller et pour tourner ta main contre des ruines repeuplées […]
C’est pourquoi, prononce un oracle, fils d’homme, tu diras à Gog : Ainsi parle le Seigneur DIEU […] Tu viendras de ton pays, de l’extrême nord, toi et de nombreux peuples avec toi ; tous montés sur des chevaux, vous formerez une grande assemblée, une immense armée.
Tu monteras contre mon peuple d’Israël, au point de recouvrir le pays comme une nuée. Cela se passera à la fin des temps ; je te ferai venir contre mon pays, afin que les nations me connaissent quand, sous leurs yeux, ô Gog, j’aurai montré ma sainteté à tes dépens.
[…] Ce jour-là, le jour où Gog arrivera sur la terre d’Israël[…] – il y aura un grand tremblement de terre sur le sol d’Israël […] J’exercerai le jugement contre lui (Gog) par la peste et le sang ; je ferai pleuvoir sur lui, sur ses escadrons et sur les nombreux peuples qui seront avec lui une pluie diluvienne, du grésil, du feu et du soufre.
Je montrerai ma grandeur et ma sainteté; je me ferai connaître aux yeux de nombreuses nations. Alors elles connaîtront que je suis le SEIGNEUR. Ézéchiel 38, traduction de la TOB


Présidence Obama: Plus ça change, plus c’est la même chose (Innocent abroad, Slick Obama at home: Will the real President please stand up?)

25 mai, 2009
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2009/05/64fab-6a010536b72a74970b01156fa02e40970c-pi.jpghttp://caveviews.blogs.com/.a/6a00d8341bffd953ef0133f18f7729970b-800wiL’irrespect conscient est à mon avis le vrai créateur et protecteur de la liberté humaine, au même titre que son contraire est le créateur et protecteur déterminé de toutes les formes de servage humain, corporel et spirituel. Mark Twain
We cannot play innocents abroad in a world that is not innocent. Ronald Reagan
Au cours de sa visite à la Maison Blanche Benjamin Netanyahu a finalement offert une bible à Barack Obama. Avant le départ pour Washington, la Présidence du conseil à Jérusalem avait laissé entendre que ce serait un livre moins sacré: « Le voyage des Innocents, un pique-nique dans l’ancien monde ». Charles Enderlin
Cheney et Obama peuvent bien affirmer le contraire, mais ce n’est pas l’Administration Obama qui a arrêté la torture. (…) Est-ce que je souhaite qu’il ait été plus élégant et plus honnête envers les fonctionnaires de l’Administration Bush dont il bénéficie aujourd’hui des mesures qu’ils avaient alors prises ? Oui. David Brooks
Le maintien de ces (…) programmes par Obama n’a entraîné aucune réaction hostile de la presse, des organisations non-gouvernementales ou des bonnes consciences européennes. (…) Des réactions aussi diamétralement opposées aux mêmes mesures, selon qu’elles sont décidées par un Républicain ou un Démocrate, montrent, une fois de plus, ce qui est évident pour tout observateur: les bonnes consciences se moquent éperdument des droits de l’homme. Sébastien Castellion

Plus ça change, plus c’est la même chose!

Calendrier et modalités du retrait d’Irak très exactement repris de ceux de son prédécesseur, renforcement des éliminations ciblées en Afghanistan, redémarrage des commissions militaires, maintien du programme d’écoute des citoyens américains, continuation du programme de livraison de terroristes à des pays alliés pour interrogatoires plus discrets, refus de publication dans la presse de nouvelles photos d’Abou Ghraib, maintien de fait, sans parler de Bagram, de Guantanamo en opération devant le refus de ses amis au Congrès comme de ses alliés en Europe …

Alors que nos mollahs de service comme leurs compères nord-coréens rivalisent d’ingéniosité (via de toujours nouveaux missiles dont on ne sait certes pas toujours où ils retombent?) pour « ramener au principe de réalité » notre « innocent en voyage » de la Maison Blanche …

Qu’Israël est maintenant traité avec tout le mépris exigé pour apaiser le reste du monde dont notre nouveau Carter tient tant à être aimé …

Et qu’avec la sortie des premiers prisonniers du goulag tropical de Guantanamo (à la limite d’une scandaleuse obésité pour certains!), apparaissent enfin au grand jour les sévices subis pendant les longues années Bush …

Retour, en ce jour où nos amis américains fêtent leurs morts au service de la liberté dont leur actuel Pleurnicheur en chef semble faire si peu de cas et avec Sébastien Castellion de la Mena, sur la situation tout à fait inédite du maitre ès opportunisme et double langage que la planète entière s’est choisi pour diriger le Monde libre en novembre dernier.

Qui, tout en évitant par des fuites bien orchestrées toutes les solutions qui pourraient présenter le moindre risque politique, « sait qu’il peut revenir sur sa parole dans tous les domaines, sans payer pour cela aucun prix politique dans la presse ou parmi ses alliés »

Guantanamo ne sera pas fermé
Sébastien Castellion
13 mai 2009
Metula News Agency

Qui se souvient encore de Guantanamo ?

Quand George W. Bush était Président, le centre de détention installé sur la base militaire américaine à Cuba était décrit, dans la presse anti-Bush (mais je me répète), comme une honte pour la civilisation. Les journalistes rapportaient, sans le moindre esprit critique, les histoires d’anciens détenus sur les méthodes que l’armée américaine était censée pratiquer dans l’interrogation des détenus. Démocrates américains et bonnes âmes européennes de tous bords présentaient l’existence du camp comme une insulte à l’humanité.

La secrétaire générale d’Amnesty International, Mme Irène Khan, avait fait sensation en 2005 en appelant ce centre de détention « le goulag des temps modernes ». Personne n’avait trouvé bon de lui faire remarquer la différence entre les millions de victimes du goulag et le nombre des détenus morts à Guantanamo, c’est-à-dire zéro à la date des déclarations de Mme Khan (il y a eu cependant, au cours des quatre dernières années, quatre suicides de détenus dans le camp).

Personne n’avait trouvé bon de rappeler, non plus, la différence entre les prisonniers du Goulag – dont la vie était irrémédiablement détruite pour une plaisanterie, un équipement défectueux ou une prière – et celle des détenus de Guantanamo. Plus de quatre cent de ces détenus ont été libérés à ce jour, et le même nombre, environ, y reste détenu (un taux de libération dont, là encore, les zeks du goulag auraient rêvé).

Ces hommes sont tous accusés d’action armée au sein du terrorisme islamiste ; ils ont été arrêtés soit sur le champ de bataille en Afghanistan, soit dans d’autres régions du monde, à la suite d’actions des services de renseignement des Etats-Unis ou de leurs alliés.

L’analyse juridique de l’administration américaine est que ces détenus ne sont pas des « prisonniers de guerre » au sens de la troisième Convention de Genève, adoptée en 1929 et révisée pour la dernière fois en 1949. En effet, cette appellation est réservée par l’article 4 de la convention aux combattants portant un uniforme militaire distinctif, portant leurs armes en évidence et conduisant leurs opérations selon le droit et les coutumes de la guerre.

Il est clair que les combattants d’al Qaeda ne respectent aucun élément de cette définition – et surtout pas la dernière, qui est la plus importante. Les conventions de Genève, dont le but était de réduire les horreurs de la guerre par des obligations réciproques entre combattants, n’ont de sens que sous cette condition de réciprocité. Face à des combattants qui, lorsqu’ils font un prisonnier, le décapitent au couteau de cuisine devant les caméras, les finesses de ces conventions deviennent quelque peu superflues.

En refusant aux détenus de Guantanamo le statut de prisonnier de guerre (les Américains parlent de « combattants illégitimes »), l’objectif de l’administration Bush n’était pas de les priver de tous droits, mais de pouvoir les juger selon des règles de procédure prenant en compte la particularité du temps de guerre.

Plus précisément, il fallait pouvoir prendre en compte des informations anonymes (celles que fournissent les services de renseignement, dont les sources doivent évidemment rester cachées) et limiter la possibilité, pour les juristes, de faire fuiter des informations à la presse et de faire traîner les procès en longueur.

L’administration Bush mit donc en place, pour juger les détenus de Guantanamo, des commissions militaires spécialisées, qui pouvaient juger selon des règles de procédure simplifiées.

Cela ne veut pas dire, naturellement, que les détenus n’ont aucun droit. Même s’ils ne sont pas des prisonniers de guerre au sens de l’article 4 de la convention, ils restent couverts par son article 3, qui définit les droits humanitaires de tous les prisonniers en temps de guerre (droit à une cour de justice régulièrement constituée, interdiction des atteintes à la dignité humaine). Contrairement à l’article 4, cet article 3 est n’est pas soumis à une obligation de réciprocité, car il est inspiré par des considérations purement humanitaires.

Dans le fonctionnement des commissions militaires elles-mêmes, les détenus bénéficient par ailleurs de la présomption d’innocence ; d’une charge de la preuve mise sur l’accusation ; du droit à un avocat, soit militaire et fourni par l’Etat, soit civil, si c’est le choix du prisonnier ; du droit d’accéder au dossier de l’accusation et à tout élément de preuve disculpatoire connu par l’accusation ; de l’accès à des interprètes ; de la liberté de témoigner ou non, sans qu’un refus de témoigner puisse être retenu contre l’accusé ; du droit de présenter des témoins, d’interroger les témoins de la partie adverse et de faire procéder à des enquêtes ; et de plusieurs niveaux d’appel pour contester les jugements des commissions. Après tout cela, ceux qui osent encore parler de Goulag ne font que prouver combien l’inculture peut être proche de l’insulte.

Ce qui, naturellement, nous conduit au cas de Barack Obama, actuel Président des Etats-Unis.

Au cours de sa campagne, le Président avait appelé Guantanamo « un triste chapitre de l’histoire américaine » et avait promis de fermer le camp. Deux jours après sa prise de fonctions, le 22 janvier dernier, il a signé l’ordre d’interrompre le fonctionnement des commissions militaires pour quatre mois et de mettre à l’étude un plan pour la fermeture du camp avant janvier 2010.

La Ména est aujourd’hui en mesure d’affirmer, avec un haut degré de probabilité, que cette fermeture ne se fera pas et que Guantanamo restera en opération pendant, au moins, la plus grande partie du mandat d’Obama.

Vendredi dernier, 8 mai, l’administration Obama a discrètement prévenu la presse que les commissions militaires allaient reprendre leur travail. La presse pro-Obama (décidément, je me répète beaucoup…) a accepté, sans aucune question, l’explication de l’administration – selon laquelle de nouvelles règles de procédure permettraient aux commissions d’être soudainement plus respectueuse des droits de l’homme.

Même si les nouvelles règles ne sont pas encore connues, ce qui en a filtré (« interdiction d’utiliser des témoignages obtenus sous torture, restreindre l’admissibilité des témoignages par ouï-dire, plus de liberté de choisir son avocat », selon Peter Finn du Washington Post) peut être résumé en quatre mots :

Exactement. Comme. Sous. Bush.

La décision de redémarrer les commissions militaires est donc déjà prise. Celle de maintenir Guantanamo en opération n’est pas encore officielle, mais elle est probablement imminente comme le montrent les faits suivants.

En premier lieu, Obama a déjà décidé plusieurs fois, sur les questions de sécurité nationale, de reprendre à son compte les politiques de son prédécesseur. Il en profite généralement pour prétendre qu’il y a une différence et pour critiquer celui dont il reprend toutes les conclusions, mais cela ne change rien aux faits.

Le calendrier et les modalités du retrait d’Irak par Obama sont, très exactement, ceux que Bush avait décidés avant son entrée en fonctions. Le programme d’écoute, sans décision judiciaire préalable, des citoyens américains parlant avec des terroristes connus basés à l’étranger, a été maintenu, à l’encontre des promesses de campagne du candidat Obama.

Le programme dit de « délivrance exceptionnelle » (dans lequel des terroristes présumés sont livrés pour interrogatoire à des pays alliés de l’Amérique, mais où des méthodes d’interrogatoire efficaces peuvent être utilisées sans qu’aucun juge ou journaliste n’ait jamais à le savoir) est également toujours en cours.

Le maintien de ces deux programmes par Obama n’a entraîné aucune réaction hostile de la presse, des organisations non-gouvernementales ou des bonnes consciences européennes. Mme Khan, pourtant toujours secrétaire générale d’Amnesty International, est restée remarquablement discrète.

Des réactions aussi diamétralement opposées aux mêmes mesures, selon qu’elles sont décidées par un Républicain ou un Démocrate, montrent, une fois de plus, ce qui est évident pour tout observateur : les bonnes consciences se moquent éperdument des droits de l’homme.

Leur seul et unique critère pour décider si une politique doit être critiquée est de savoir si cette critique est favorable ou non aux intérêts Démocrates. La haine de l’ennemi (qui est naturellement, pour eux, le Parti Républicain et non al Qaeda) l’emportera toujours sur les principes.

Obama sait donc qu’il peut revenir sur sa parole dans tous les domaines, sans payer pour cela aucun prix politique dans la presse ou parmi ses alliés. Au contraire, toutes les solutions qu’il a laissé fuiter pour organiser la fermeture du camp présentent, elles, un certain risque politique.

Les prisonniers pourraient être transférés dans d’autres pays. Au cours des derniers mois, Barak Obama a cherché à convaincre ses alliés d’en accepter certains sur leur sol. Cette proposition a évidemment été rejetée ; et le Président, qui tient tant à être aimé à l’étranger, n’a pas insisté.

Ils pourraient être jugés sur le territoire américain, selon le système judiciaire qui se charge des criminels. L’idée a des charmes pour une partie de la gauche, qui voudrait ne voir dans des terroristes que des criminels comme les autres, à traiter selon le droit. Elle a un seul défaut : tous les spécialistes américains de la sécurité savent que, si l’on charge les juges de la guerre contre le terrorisme, cette guerre sera perdue.

Les juges pourront exiger l’indentification des sources du renseignement américain, sous peine de relâcher les terroristes sur le territoire des Etats-Unis. Ils pourront décider que tout détenu brutalisé pendant sa détention, ou qui prétend l’être, doit être libéré par principe. Et, quand on connaît la culture gauchiste d’une grande partie de l’appareil judiciaire américain, tous ces « pourront » doivent en fait se comprendre « agiront, avec une certitude absolue ».

Enfin, une autre solution envisagée un moment par Obama serait de relâcher les détenus sur le territoire américain, avec une surveillance policière adaptée. Mais, naturellement, rien ne les empêcherait de contester immédiatement, devant les mêmes juges, cette surveillance. Et puis, les membres Démocrates du Congrès – dont Obama dépend pour le succès de son programme législatif – ont clairement fait savoir au Président qu’il n’était pas question d’imposer à leurs électeurs un voisin djihadiste.

Le Congrès a fait passer ce message de la manière la plus claire possible mercredi 6 mai, lorsque la Commission du Budget de la Chambre des Représentants (dominée par les Démocrates) a voté la suppression de 80 millions dollars de crédits alloués à la fermeture du camp de Guantanamo dans la loi de finances supplémentaire pour 2009.

Le président de la Commission, le Démocrate David Obey, a déclaré « je suis en faveur de ce que l’Administration propose, mais autant que je sache, il n’y a pas de programme concret pour cela ». Et comme, sans argent, il est impossible de préparer un programme concret, le message du Congrès est assez clair.

Il serait étonnant – et contraire à toutes les indications disponibles sur le caractère d’Obama – que le Président résiste aux pressions du Congrès et impose, conformément à ses promesses électorales, la fermeture du camp.

Le Président n’a jamais été un homme de principes – sauf, cependant, sur la question de la place de l’Etat dans l’économie, qu’il veut absolument augmenter. Pour le reste, il est un homme d’habileté politique, sans scrupules dès qu’il s’agit de gagner une voix supplémentaire et, aussi, très talentueux dans le double langage. Aujourd’hui, la solution politiquement la moins coûteuse est de revenir, une fois de plus, sur ses promesses électorales et de maintenir ouvert le camp de Guantanamo. Elle est donc, selon toute vraisemblance, celle qu’Obama va prendre.

Voir aussi:

Le pire président de l’histoire des Etats-Unis est à la Maison Blanche
Guy Millière
MENA
24 mai 2009

Obama est le premier président des Etats-Unis essentiellement et fondamentalement hostile à Israël

Il est très difficile d’être premier ministre d’Israël. Particulièrement après les années où Ehoud Olmert a occupé ce poste et mené une politique erratique qui a laissé des traces. C’est tout spécialement difficile maintenant que Barack Obama est à la Maison Blanche.

J’avais, suivant en cela l’avis de plusieurs commentateurs américains, considéré jusque là que Jimmy Carter avait été le pire président de l’histoire des Etats-Unis. C’était exact jusqu’à une date récente : Obama a, en quatre mois, montré qu’on pouvait faire pire encore que Jimmy Carter.

En ce court laps, Obama a permis au régime des mollahs de réaliser qu’il lui était possible de poursuivre son avancée vers l’arme nucléaire sans le moindre risque ; poussé le gouvernement pakistanais à abandonner une région du pays aux talibans, avant de lui demander de faire machine arrière ; distendu les liens de partenariat avec l’Inde, noués sous George Bush ; montré au Japon que les Etats-Unis n’étaient pas prêts à le défendre face à la menace nord-coréenne ; fait savoir aux dirigeants de Pékin que l’administration américaine ne prêtait plus aucune attention à la situation des droits de l’homme en Chine, et déclaré, à plusieurs reprises, que les Américains avaient, humblement, beaucoup à apprendre de l’islam et du monde musulman.

Je pourrais ajouter à la liste la promotion, en partenariat avec Hugo Chavez, d’un livre marxiste inepte d’Eduardo Galeano sur l’Amérique latine, un ensemble de décisions économiques engageant les Etats-Unis sur la voie d’un socialisme à l’européenne, ou l’invitation, comme oratrice au dîner annuel de la presse, d’une comédienne gauchiste, militante de la cause lesbienne, Wanda Sykes.

Cette dernière a beaucoup fait rire Barack et Michelle en souhaitant, en direct, la mort du commentateur conservateur Rush Limbaugh.

Mais je ne veux pas faire un catalogue exhaustif des facéties dangereuses du nouveau président. En ce qui concerne Israël, Obama procède à des glissements progressifs vers la trahison, et, si des présidents ont, auparavant, eu des attitudes assez nettement anti-israéliennes, Obama est le premier président des Etats-Unis essentiellement et fondamentalement hostile à Israël.

Si l’on prend les propos tenus lors de la brève conférence de presse qui a suivi sa rencontre avec Benyamin Netanyahu, on peut noter, outre le ton général paternaliste utilisé par Obama, et au-delà de l’hypocrisie évidente de ce dernier, plusieurs messages nets, constitutifs d’une « doctrine Obama » en gestation.

Parmi ceux-ci, le refus de fixer des dates limites aux pourparlers avec la République Islamique d’Iran, le refus de dire que l’option militaire reste sur la table (les seules menaces évoquées par Obama sont des sanctions supplémentaires, ce qui a dû faire beaucoup rire Ahmedinejad).

La condamnation des mesures de surveillance étroite et de sanctions mises en œuvre par Israël (accusé de ne laisser « aucun espoir aux Gazaouis ») ; les pressions pour que Netanyahu saisisse l’ « opportunité historique » présente et fasse des « gestes sérieux », non pas vers l’avancée du processus de paix, mais vers « la paix » tout court, donc vers la création rapide d’un Etat palestinien.

Dès lors qu’Obama a fait savoir, de manière redondante, qu’il était favorable au plan de paix arabe proposé par l’Arabie Saoudite, il n’est pas du tout difficile de savoir ce que la « paix » en question signifierait.

Abba Eban avait parlé autrefois des frontières de 1967 comme des « frontières d’Auschwitz » : Obama est favorable aux frontières d’Auschwitz. Les Etats-Unis, par ailleurs, viennent de réintégrer le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies : oui, celui qui vient d’organiser la si remarquable conférence de Durban II à Genève.

Ils entendent participer, dans le cadre de l’Onu, comme l’a confirmé récemment Susan Rice, dans la lignée de Rose Goettenmoeller, à un désarmement nucléaire et à une mise en œuvre stricte de la non prolifération, dans le cadre de laquelle Israël se verrait demander des comptes, ce qui rompt avec quarante années d’accords entre Israël et les Etats-Unis sur ce point.

Très significativement, lors de son voyage vers l’Europe et l’Egypte, où il va lire, au Caire, sur son téléprompteur, début juin, un discours que je n’ose imaginer à l’avance, Obama ne passera pas par Israël.

Lors de sa récente visite à Washington, Shimon Peres n’a, contrairement aux usages en vigueur et au minimum protocolaire, pas été invité à donner une conférence de presse en compagnie de son hôte, ce qui n’a pas été du tout une marque d’amitié : lui demandera-t-on passer par la porte de service la prochaine fois ?

Lors des entretiens que Peres a eu avec Obama, Hillary Clinton a, semble-t-il, été invitée à ne pas venir (parce qu’elle serait trop « pro-israélienne », dit-on à Washington : c’est dire ce que sont les positions des autres). Les discours tenus à Peres sur les implantations israéliennes ont été si durs et si blessants, qu’il s’est, lui, le modéré d’entre les modérés, légitimement mis en colère.

Ce qui rassure un peu est que le projet de deux Etats ne peut, au delà des formules verbales, avancer. En dehors des hurluberlus qui ont participé aux « accords de Genève » il y a quelques années, nul ne peut voir sérieusement comment Jérusalem pourrait être divisée : un immeuble pour le Hamas, celui d’à côté pour Israël, bien sûr…

Je doute très fortement que la Jordanie, quoi que dise le roi Abdallah, ait l’ardent désir de voir se constituer un Etat contrôlé par le Hamas en Judée-Samarie. Et je pense que ni l’Egypte, ni l’Arabie Saoudite ne veulent voir la République Islamique d’Iran accroître son influence et son emprise dans leur jardin.

Dois-je l’ajouter : seuls les antisémites européens et les membres de l’administration Obama font semblant de croire que la Judée-Samarie, laissée aux mains de l’Autorité Palestinienne, ne serait pas très vite contrôlée par le Hamas.

Ce ne sont que des paroles, donc.

Néanmoins, l’administration Obama contribue à la délégitimation et à la diabolisation internationale d’Israël, qui gagne du terrain sur la planète, et cela est, en soi, un crime moral impardonnable. L’administration Obama permet à toutes les dictatures, et plus particulièrement à l’Iran, de se renforcer, ce qui est un crime concret tout aussi impardonnable.

Ceux qui voudront prendre au mot les propos hypocrites, pourront retenir les mots d’ « amitié » prononcés par Obama. Dans la mafia, comme dans la diplomatie, on peut embrasser sa future victime juste avant de la poignarder : c’est ce que fait Obama.

Netanyahu a répondu en prenant au mot les propos hypocrites qui lui étaient tenus, faisant comme s’il n’avait pas entendu le reste.

Sa position, je l’ai dit, est très difficile. Obama reste populaire et jouit du soutien de la majorité de la communauté juive américaine. En Israël, une bonne partie de la population rêve d’une solution reposant sur deux Etats pour deux peuples. Tôt ou tard, quelqu’un devra oser parler comme Menahem Begin en son temps, et dire que le peuple juif ne se laissera pas écraser une seconde fois, et qu’Israël n’est pas un Etat servile, soumis au bon vouloir pervers des antisémites et des antisionistes : il se trouvera des millions de gens en Amérique pour entendre ce discours.

Une vieille phrase de Benjamin Disraeli dit que l’ignorance et l’aveuglement ne sont jamais le bon moyen de résoudre un problème, et c’est exactement ce que je pense. L’aveuglement volontaire de millions de gens, qui se croient amis d’Israël ou qui se font encore des illusions sur Obama, ne contribuera pas à une avancée vers la résolution du problème, sauf si on veut penser que la résolution du problème serait une victoire accordée à l’islamisme et une nouvelle solution finale.

Rien ne doit être cédé à l’ignorance, et beaucoup trop lui a été accordé depuis les accords d’Oslo : la plupart des commentateurs ne savent rien de l’histoire de la région et de la généalogie de la renaissance d’Israël. Quasiment tous les commentateurs en viennent à croire qu’il existe un peuple palestinien qui a été spolié de ses terres.

Benyamin Netanyahu, dit la presse, a fait un cadeau à Obama : Pleasure Excursion to the Holy Land, un extrait du livre de Mark Twain, The Innocents Abroad. C’est une excellente idée. Si Obama lit le récit de voyage de Twain, il verra que la Terre d’Israël, au dix-neuvième siècle, était peuplée de Juifs et de quelques Arabes, dont aucun ne se disait Palestinien.

Il verra que le territoire était, très largement, un désert. S’il lit quelques autres ouvrages que, j’en suis sûr, le premier ministre israélien sera prêt à lui recommander, il découvrira que c’est quand le foyer national juif s’est reconstitué que des Arabes sont arrivés en nombre. Il verra que les Juifs ont mis les terres en culture et que, très vite, les Arabes ont été imprégnés de dogmes haineux et racistes.

Il pourra être conduit à se demander pourquoi tous les racismes sont condamnés sur la planète, sauf la haine anti-juive, qui imprègne assez largement le monde arabe, et les Palestiniens en particulier.

Mais attendre d’Obama qu’il se pose des questions est attendre bien trop de sa part. Il n’a pas besoin des questions : il possède les réponses. Il les a depuis qu’il a fréquenté Jeremiah Wright et Rachid Khalidi. Il les avait même avant, au temps où il se rendait au Pakistan pour des voyages d’études, au temps où il était musulman, il y a un peu plus de vingt ans et où, comme s’en souviennent ceux qui l’ont connu lorsqu’il était étudiant à l’Occidental College à Los Angeles, il priait vers La Mecque cinq fois par jour.


ONU: Quand j’entends le mot culture, je sors mon Farouk! (UN: When I hear the word culture, I reach for my Farouk!)

24 mai, 2009
(The Office of War Information, 1943)Quand j’entends le mot culture, j’arme mon Browning! Thiemann (personnage de la pièce de 1933 du poète lauréat d’Hitler Hanns Johst sur le « martyr nazi » Albert Leo Schlageter exécuté pour sabotage dans la Ruhr par les Français en 1923)
S’ils disent la même chose que le Coran, ils sont inutiles; s’ils le contredisent, ils sont nuisibles; dans les deux cas, il faut les détruire. Calife Omar Al-Farouk (bâtisseur de la Mosquée du Rocher et brûleur de la Bibliothèque d’Alexandrie en 642)
J’ai dit: “Je brûlerai tous les livres israéliens moi-même, si jamais j’en trouvais un seul” ; c’était une hyperbole, une manière un peu populaire de dire qu’il n’y en a pas. Je suis sémite, comment serais-je antisémite? Farouk Hosni (ministre de la Culture égyptien)
Israël n’a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres. Farouk Hosni (avril 2001)
La culture israélienne est une culture inhumaine; c’est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple : voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l’approprier. Farouk Hosni (juin 2001)
Nous avons vécu avec nos mères qui nous ont élevés et éduqués tout en allant à l’université ou au travail sans hidjab. Pourquoi revenons-nous aujourd’hui en arrière? Des crimes se commettent aujourd’hui au nom du hidjab et du niqab. Le monde va de l’avant et nous ne progresserons pas tant que nous continuerons à penser de façon rétrograde et à aller écouter des fetwas de cheikhs à “trois millimes”. Farouk Hosni (novembre 2006)
Chaque année se tiennent en France des célébrations pour les “homosexuels” et il s’y rend pour célébrer avec eux. Ragab Helal Hemeida (député égyptien)
Je tends personnellement à croire que les porcs en vie aujourd’hui descendent de ces Juifs, et c’est pourquoi Allah nous en a interdit la consommation en ces termes: ‘Seront pour vous interdits [à la consommation] les charognes, le sang et la chair du porc [Coran 5:3].’ En outre, l’une des actions de Jésus quand il reviendra sur terre au Jour du Jugement sera de tuer tous les porcs, et c’est là la preuve qu’ils descendent des Juifs. Tous les porcs de la Terre seront détruits par Jésus au Jour du Jugement. Cheikh Ahmad Ali Othman (inspecteur des affaires relatives à la Dawa au ministère égyptien des cultes, extrait d’une fatwa demandant l’abattage des porcs, 9 mai 2009)
L’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture –ISESCO- a appelé tous les Etats membres à boycotter le Salon international du Livre à Paris dont l’invité d’honneur est Israël à l’occasion du 60e anniversaire de sa création. ISESCO (le 26 février 2008)
Plasticien ayant longtemps vécu à Rome et à Paris, cet homme, qui ne fait pas vraiment mystère d’une discrète homosexualité, cultive une image de progressiste ouvert à la modernité occidentale et luttant avec ténacité contre l’obscurantisme et le fanatisme religieux. Yves Gonzalez-Quijano
Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé. Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel

A l’heure où le pays qui avait jadis recueilli la Sainte famille détruit aujourd’hui les églises, vitriole les jeunes chrétiennes et, profitant de la menace de l’épidémie de grippe porcine, appelle à détruire le seul moyen de subsistance d’une partie de sa population chrétienne

Appel à l’autodafé de livres israéliens, invitation de négationnistes à venir mettre en doute la Shoah à la télé, bloquage de l’ouverture d’un musée juif, interdiction de la présentation d’un film israélien au festival de cinéma du Caire, opposition à toute normalisation culturelle avec Israël 30 ans après les accords de Camp David …

Après la résolution « sionisme= racisme », le pogrom symbolique de Durban, la Libye à la présidence de la commission des droits de l’homme (depuis 2003) et tout récemment une conférence sur le racisme présidée par la Lybie, l’Iran et Cuba et ouverte par le rayeur de cartes en personne …

Devinez qui l’ONU nous propose, avec le soutien des pays arabes et de l ‘Europe (dont l’Italie, l’Espagne et la France – date de clôture des candidatures le 30 mai prochain!), à l’un des postes de responsabilité culturelle les plus importants de la planète?

Comme nous le rappelions il y a un an et quelques rares personnalités françaises dans Le Monde il y a quelques jours, il ne s’agit rien de moins que l’inamovible ministre de la culture égyptien Farouk Hosni.

Qui depuis plus de 15 ans (entre – cherchez l’erreur ! – une courageuse condamnation du voile et une visite à nos fêtes sodomites?) multiplie les déclarations les plus littéralement incendiaires contre l’Etat avec lequel son propre pays a signé un traité de paix il y a maintenant 30 ans …

Unesco: la honte d’un naufrage annoncé

Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel
Le Monde
21.05.09

Qui a déclaré en avril 2001 : « Israël n’a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres » – et a réitéré deux mois plus tard : « La culture israélienne est une culture inhumaine ; c’est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple : voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l’approprier » ?

Qui a expliqué en 1997, et l’a répété ensuite sur tous les tons, qu’il était « l’ennemi acharné » de toute tentative de normalisation des rapports de son pays avec Israël ? Ou encore, en 2008, qui a répondu à un député du Parlement égyptien qui s’alarmait que des livres israéliens puissent être introduits à la bibliothèque d’Alexandrie : « Brûlons ces livres ; s’il s’en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous » ?

Qui, en 2001, dans le journal Ruz Al-Yusuf, a dit qu’Israël était « aidé », dans ses sombres menées, par « l’infiltration des juifs dans les médias internationaux » et par leur habileté diabolique à « répandre des mensonges » ? A qui devons-nous ces déclarations insensées, ce florilège de la haine, de la bêtise et du conspirationnisme le plus échevelé ?

INCENDIAIRE DES COEURS

A Farouk Hosni, ministre de la culture égyptien depuis plus de quinze ans et, à coup sûr, le prochain directeur général de l’Unesco si rien n’est fait avant le 30 mai, date de clôture des candidatures, pour arrêter sa marche irrésistible vers l’un des postes de responsabilité culturelle les plus importants de la planète.

Pire : les phrases que nous venons de citer ne sont que quelques-unes – et pas les plus nauséabondes – des innombrables déclarations de même teneur qui jalonnent la carrière de Farouk Hosni depuis une quinzaine d’années, et qui, par conséquent, le précèdent lorsqu’il prétend à un rôle culturel fédérateur à l’échelle du monde contemporain.

L’évidence est donc là : Farouk Hosni n’est pas digne de ce rôle ; Farouk Hosni est le contraire d’un homme de paix, de dialogue et de culture ; Farouk Hosni est un homme dangereux, un incendiaire des coeurs et des esprits ; il ne reste que très peu de temps pour éviter de commettre la faute majeure que serait l’élévation de Farouk Hosni à ce poste éminent entre tous.

Nous appelons donc la communauté internationale à s’épargner la honte que serait la désignation, déjà donnée pour quasiment acquise par l’intéressé lui-même, de Farouk Hosni au poste de directeur général de l’Unesco. Nous invitons tous les pays épris de liberté et de culture à prendre les initiatives qui s’imposent afin de conjurer cette menace et d’éviter à l’Unesco le naufrage que constituerait cette nomination.

Nous invitons le président égyptien lui-même, en souvenir de son compatriote Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, qui doit, à l’heure qu’il est, se retourner dans sa tombe, nous l’invitons, pour l’honneur de son pays et de la haute civilisation dont il est l’héritier, à prendre conscience de la situation, à désavouer de toute urgence son ministre et à retirer, en tout cas, sa candidature.

L’Unesco a, certes, commis d’autres fautes dans le passé – mais cette forfaiture-ci serait si énorme, si odieuse, si incompréhensible, ce serait une provocation si manifeste et si manifestement contraire aux idéaux proclamés de l’Organisation qu’elle ne s’en relèverait pas. Il n’y a pas une minute à perdre pour empêcher que soit commis l’irréparable.

Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé.

Bernard-Henri Lévy, philosophe ;

Claude Lanzmann, cinéaste et directeur de la revue Les Temps modernes ;

Elie Wiesel, écrivain et Prix Nobel de la paix en 1986.


Médias: Si vous ne pouvez pas charger Bush, chargez Cheney! (The buck will NEVER stop here!)

23 mai, 2009
When in doubt, blame Bush!L’enquête sur le 11/9 aura au moins mis à jour comment, un mois après que Bush a reçu un dossier des renseignements intitulé « Ben Laden déterminé à frapper aux États-Unis », 3 000 Américains ont été massacrés pendant son mandat et celui de Cheney. Frank Rich
Cheney et Obama peuvent bien affirmer le contraire, mais ce n’est pas l’Administration Obama qui a arrêté la torture. (…) L’investiture de Barack Obama n’a tout simplement pas marqué un changement radical dans la substance de la politique anti-terroriste américaine. Elle a marqué un changement dans la crédibilité publique de cette politique. (…) Est-ce que je souhaite qu’il ait été plus élégant et plus honnête envers les fonctionnaires de l’Administration Bush dont il bénéficie aujourd’hui des mesures qu’ils avaient alors prises ? Oui. David Brooks
La Cour estime (…)que s’il avait été mis à exécution, le traitement dont le requérant a été menacé aurait été constitutif de torture. Cependant, l’interrogatoire n’a duré qu’une dizaine de minutes et, comme la procédure pénale dirigée contre les policiers a permis de l’établir (…), a eu lieu dans une atmosphère empreinte d’une tension et d’émotions exacerbées car les policiers, totalement épuisés et soumis à une pression extrême, croyaient ne disposer que de quelques heures pour sauver la vie de J. ; ce sont des éléments qui doivent être considérés comme des circonstances atténuantes (…) D’ailleurs, les menaces de mauvais traitements ne furent pas mises à exécution et il n’a pas été démontré qu’elles aient eu de graves répercussions à long terme sur la santé du requérant. Cour européenne des Droits de l’Homme (Strasbourg, le 30 juin 2008)

Si vous ne pouvez pas charger Bush, chargez Cheney!

New York, Washington, Israël, Islamabad, Daniel Pearl, Bali, Moscou,
John Allen Mohammed, Madrid, Londres, Istanbul, Djerba …

Comment reconnaître, sans le reconnaître (même si l’amnésie générale ambiante aide beaucoup), que l’auteur du hold up du siècle nous mène en bateau depuis le début ?

Tel est le problème de tous ces journalistes, NYT en tête, qui ont combattu sept ans durant la politique anti-terroriste de l’Administration Bush ayant permis la sanctuarisation de leur pays dont ils profitent encore aujourd’hui avec la nouvelle administration et qui, après avoir largement contribué à l’élection de ladite administration, sont bien obligés de reconnaître l’évidence que leur héros a non seulement repris la même politique mais n’a en plus ni la bonne foi ni l’élégance de le reconnaître.

D’où, puisqu’il n’est pas question de reconnaître qu’après un bref recours à une probablement inévitable forme de torture dans l’urgence de l’immédiat après-11/9, l’équipe Bush est largement revenue aux pratiques que propose de reprendre aujourd’hui le président Obama, l’évidente solution: charger le baudet Cheney!

Cheney Lost to Bush
David Brooks
The New York Times
May 22, 2009

President Obama and Dick Cheney conspired on Thursday to propagate a myth. The myth is that we lived through an eight-year period of Bush-Cheney anti-terror policy and now we have entered a very different period called the Obama-Biden anti-terror policy. As both Obama and Cheney understand, this is a completely bogus distortion of history.

The reality is that after Sept. 11, we entered a two- or three-year period of what you might call Bush-Cheney policy. The country was blindsided. Intelligence officials knew next to nothing about the threats arrayed against them. The Bush administration tried just about everything to discover and prevent threats. The Bush people believed they were operating within the law but they did things most of us now find morally offensive and counterproductive.

The Bush-Cheney period lasted maybe three years. For Dick Cheney those might be the golden years. For Democrats, it is surely the period they want to forever hang around the necks of the Republican Party. But that period ended long ago.

By 2005, what you might call the Bush-Rice-Hadley era had begun. Gradually, in fits and starts, a series of Bush administration officials — including Condoleezza Rice, Stephen Hadley, Jack Goldsmith and John Bellinger — tried to rein in the excesses of the Bush-Cheney period. They didn’t win every fight, and they were prodded by court decisions and public outrage, but the gradual evolution of policy was clear.

From 2003 onward, people like Bellinger and Goldsmith were fighting against legal judgments that allowed enhanced interrogation techniques. By 2006, Rice and Hadley brought Khalid Shaikh Mohammed in from a secret foreign prison to regularize detainee procedures. In 2007, Rice refused to support an executive order reviving the interrogation program. Throughout the second Bush term, officials were trying to close Guantánamo, pleading with foreign governments to take some prisoners, begging senators to allow the transfer of prisoners onto American soil. (It didn’t occur to them that they could announce the closure of Gitmo first, then figure out what to do with prisoners.)

Cheney and Obama might pretend otherwise, but it wasn’t the Obama administration that halted the practice of waterboarding. It was a succession of C.I.A. directors starting in March 2003, even before a devastating report by the C.I.A. inspector general in 2004.

When Cheney lambastes the change in security policy, he’s not really attacking the Obama administration. He’s attacking the Bush administration. In his speech on Thursday, he repeated in public a lot of the same arguments he had been making within the Bush White House as the policy decisions went more and more the other way.

The inauguration of Barack Obama has simply not marked a dramatic shift in the substance of American anti-terror policy. It has marked a shift in the public credibility of that policy.

In the first place, it is absurd to say this administration doesn’t take terrorism seriously. Obama has embraced the Afghan surge, a strategy that was brewing at the end of the Bush years. He has stepped up drone activity in Pakistan. He has promoted aggressive counterinsurgency fighters and racked up domestic anti-terror accomplishments.

As for the treatment of terror suspects, Jack Goldsmith has a definitive piece called “The Cheney Fallacy” online at The New Republic. He lists a broad range of policies — Guantánamo, habeas corpus, military commissions, rendition, interrogation and so on. He shows how, in most cases, the Obama policy represents a continuation of or a gradual evolution from the final Bush policy.

What Obama gets, and what President Bush never got, is that other people’s opinions matter. Goldsmith puts it well: “The main difference between the Obama and Bush administrations concerns not the substance of terrorism policy, but rather its packaging. The Bush administration shot itself in the foot time and time again, to the detriment of the legitimacy and efficacy of its policies, by indifference to process and presentation. The Obama administration, by contrast, is intensely focused on these issues.”

Obama has taken many of the same policies Bush ended up with, and he has made them credible to the country and the world. In his speech, Obama explained his decisions in a subtle and coherent way. He admitted that some problems are tough and allow no easy solution. He treated Americans as adults, and will have won their respect.

Do I wish he had been more gracious with and honest about the Bush administration officials whose policies he is benefiting from? Yes. But the bottom line is that Obama has taken a series of moderate and time-tested policy compromises. He has preserved and reformed them intelligently. He has fit them into a persuasive framework. By doing that, he has not made us less safe. He has made us more secure.

Voir aussi:

Obama Can’t Turn the Page on Bush
Frank Rich
The New York Times
May 17, 2009

TO paraphrase Al Pacino in “Godfather III,” just when we thought we were out, the Bush mob keeps pulling us back in. And will keep doing so. No matter how hard President Obama tries to turn the page on the previous administration, he can’t. Until there is true transparency and true accountability, revelations of that unresolved eight-year nightmare will keep raining down drip by drip, disrupting the new administration’s high ambitions.

That’s why the president’s flip-flop on the release of detainee abuse photos — whatever his motivation — is a fool’s errand. The pictures will eventually emerge anyway, either because of leaks (if they haven’t started already) or because the federal appeals court decision upholding their release remains in force. And here’s a bet: These images will not prove the most shocking evidence of Bush administration sins still to come.

There are many dots yet to be connected, and not just on torture. This Sunday, GQ magazine is posting on its Web site an article adding new details to the ample dossier on how Donald Rumsfeld’s corrupt and incompetent Defense Department cost American lives and compromised national security. The piece is not the work of a partisan but the Texan journalist Robert Draper, author of “Dead Certain,” the 2007 Bush biography that had the blessing (and cooperation) of the former president and his top brass. It draws on interviews with more than a dozen high-level Bush loyalists.

Draper reports that Rumsfeld’s monomaniacal determination to protect his Pentagon turf led him to hobble and antagonize America’s most willing allies in Iraq, Britain and Australia, and even to undermine his own soldiers. But Draper’s biggest find is a collection of daily cover sheets that Rumsfeld approved for the Secretary of Defense Worldwide Intelligence Update, a highly classified digest prepared for a tiny audience, including the president, and often delivered by hand to the White House by the defense secretary himself. These cover sheets greeted Bush each day with triumphal color photos of the war headlined by biblical quotations. GQ is posting 11 of them, and they are seriously creepy.

Take the one dated April 3, 2003, two weeks into the invasion, just as Shock and Awe hit its first potholes. Two days earlier, on April 1, a panicky Pentagon had begun spreading its hyped, fictional account of the rescue of Pvt. Jessica Lynch to distract from troubling news of setbacks. On April 2, Gen. Joseph Hoar, the commander in chief of the United States Central Command from 1991-94, had declared on the Times Op-Ed page that Rumsfeld had sent too few troops to Iraq. And so the Worldwide Intelligence Update for April 3 bullied Bush with Joshua 1:9: “Have I not commanded you? Be strong and courageous. Do not be terrified; do not be discouraged, for the LORD your God will be with you wherever you go.” (Including, as it happened, into a quagmire.)

What’s up with that? As Draper writes, Rumsfeld is not known for ostentatious displays of piety. He was cynically playing the religious angle to seduce and manipulate a president who frequently quoted the Bible. But the secretary’s actions were not just oily; he was also taking a risk with national security. If these official daily collages of Crusade-like messaging and war imagery had been leaked, they would have reinforced the Muslim world’s apocalyptic fear that America was waging a religious war. As one alarmed Pentagon hand told Draper, the fallout “would be as bad as Abu Ghraib.”

The GQ article isn’t the only revelation of previously unknown Bush Defense Department misbehavior to emerge this month. Just two weeks ago, the Obama Pentagon revealed that a major cover-up of corruption had taken place at the Bush Pentagon on Jan. 14 of this year — just six days before Bush left office. This strange incident — reported in The Times but largely ignored by Washington correspondents preparing for their annual dinner — deserves far more attention and follow-up.

What happened on Jan. 14 was the release of a report from the Pentagon’s internal watchdog, the inspector general. It had been ordered up in response to a scandal uncovered last year by David Barstow, an investigative reporter for The Times. Barstow had found that the Bush Pentagon fielded a clandestine network of retired military officers and defense officials to spread administration talking points on television, radio and in print while posing as objective “military analysts.” Many of these propagandists worked for military contractors with billions of dollars of business at stake in Pentagon procurement. Many were recipients of junkets and high-level special briefings unavailable to the legitimate press. Yet the public was never told of these conflicts of interest when these “analysts” appeared on the evening news to provide rosy assessments of what they tended to call “the real situation on the ground in Iraq.”

When Barstow’s story broke, more than 45 members of Congress demanded an inquiry. The Pentagon’s inspector general went to work, and its Jan. 14 report was the result. It found no wrongdoing by the Pentagon. Indeed, when Barstow won the Pulitzer Prize last month, Rumsfeld’s current spokesman cited the inspector general’s “exoneration” to attack the Times articles as fiction.

But the Pentagon took another look at this exoneration, and announced on May 5 that the inspector general’s report, not The Times’s reporting, was fiction. The report, it turns out, was riddled with factual errors and included little actual investigation of Barstow’s charges. The inspector general’s office had barely glanced at the 8,000 pages of e-mail that Barstow had used as evidence, and interviewed only seven of the 70 disputed analysts. In other words, the report was a whitewash. The Obama Pentagon officially rescinded it — an almost unprecedented step — and even removed it from its Web site.

Network news operations ignored the unmasking of this last-minute Bush Pentagon cover-up, as they had the original Barstow articles — surely not because they had been patsies for the Bush P.R. machine. But the story is actually far larger than this one particular incident. If the Pentagon inspector general’s office could whitewash this scandal, what else did it whitewash?

In 2005, to take just one example, the same office released a report on how Boeing colluded with low-level Pentagon bad apples on an inflated (and ultimately canceled) $30 billion air-tanker deal. At the time, even John Warner, then the go-to Republican senator on military affairs, didn’t buy the heavily redacted report’s claim that Rumsfeld and his deputy, Paul Wolfowitz, were ignorant of what Warner called “the most significant defense procurement mismanagement in contemporary history.” The Pentagon inspector general who presided over that exoneration soon fled to become an executive at the parent company of another Pentagon contractor, Blackwater.

But the new administration doesn’t want to revisit this history any more than it wants to dwell on torture. Once the inspector general’s report on the military analysts was rescinded, the Obama Pentagon declared the matter closed. The White House seems to be taking its cues from the Reagan-Bush 41 speechwriter Peggy Noonan. “Sometimes I think just keep walking,” she said on ABC’s “This Week” as the torture memos surfaced. “Some of life has to be mysterious.” Imagine if she’d been at Nuremberg!

The administration can’t “just keep walking” because it is losing control of the story. The Beltway punditocracy keeps repeating the cliché that only the A.C.L.U. and the president’s “left-wing base” want accountability, but that’s not the case. Americans know that the Iraq war is not over. A key revelation in last month’s Senate Armed Services Committee report on detainees — that torture was used to try to coerce prisoners into “confirming” a bogus Al Qaeda-Saddam Hussein link to sell that war — is finally attracting attention. The more we learn piecemeal of this history, the more bipartisan and voluble the call for full transparency has become.

And I do mean bipartisan. Both Dick Cheney, hoping to prove that torture “worked,” and Nancy Pelosi, fending off accusations of hypocrisy on torture, have now asked for classified C.I.A. documents to be made public. When a duo this unlikely, however inadvertently, is on the same side of an issue, the wave is rising too fast for any White House to control. Court cases, including appeals by the “bad apples” made scapegoats for Abu Ghraib, will yank more secrets into the daylight and enlist more anxious past and present officials into the Cheney-Pelosi demands for disclosure.

It will soon be every man for himself. “Did President Bush know everything you knew?” Bob Schieffer asked Cheney on “Face the Nation” last Sunday. The former vice president’s uncharacteristically stumbling and qualified answer — “I certainly, yeah, have every reason to believe he knew…” — suggests that the Bush White House’s once-united front is starting to crack under pressure.

I’m not a fan of Washington’s blue-ribbon commissions, where political compromises can trump the truth. But the 9/11 investigation did illuminate how, a month after Bush received an intelligence brief titled “Bin Laden Determined to Strike in U.S.,” 3,000 Americans were slaughtered on his and Cheney’s watch. If the Obama administration really wants to move on from the dark Bush era, it will need a new commission, backed up by serious law enforcement, to shed light on where every body is buried.

Voir enfin:

Once Upon a Time in 2002
Victor Davis Hanson
Tribune Media Services
May 20, 2009

For over a year after the murder of 3,000 innocent people in New York and Washington on Sept. 11, 2001, shell-shocked Americans were gripped by other horrific images of terrorism across the globe.

Palestinian suicide bombers blew up Israeli civilians during a renewed intifada. Pakistani terrorists attacked India’s parliament over the disputed Kashmir region. Other terrorists in Pakistan beheaded U.S. journalist Daniel Pearl.

Islamists killed over 200 at a nightclub in Bali, Indonesia. Chechnyan separatists stormed a Moscow theater and took over 800 hostages; over 100 died before the nightmare was over.

In the U.S., John Allen Mohammed and his young partner were busy murdering citizens in counties adjoining Washington, D.C. — a city still jittery from anonymous anthrax-laced letters sent in late 2001 to various media organizations and two senators.

In other words, Americans in 2002 were scared of the spreading worldwide conflagration of radical Islam, and looked to the president to keep them safe. And he did — to bipartisan applause of most in government.

By the end of Nov. 2002, the Bush administration had created the new Department of Homeland Security. We all began removing belts and shoes, as well as surrendering any liquids in our carry-on luggage, at the airport. Air marshals began flying selected routes. The recently passed Patriot Act allowed American anti-terrorism agents to intercept phone calls and e-mails of suspected jihadists.

At the newly opened Guantanamo Bay Detention Center, jihadists were detained. While specific dates of who was briefed when concerning the waterboarding of certain detainees is now being debated, it seems clear that select members of Congress, on both sides of the aisle, became aware of the practice — and that no objections were publicly voiced.

And former Clinton Justice Department official Eric Holder — now the attorney general — even declared in a 2002 interview that none of the terrorists detained at Guantanamo were protected by the Geneva Convention statutes concerning prisoners of war.

In Oct. 2002, Congress, with a majority of both Democratic senators and representatives, authorized the removal of Saddam Hussein.

A number of liberal journalists also endorsed the Iraq war. By Nov. 2002, after almost two years in office, George Bush enjoyed an approval rating of over 60 percent.

Now, seven years later, we live in a different world. Since then, some unforeseen events have transpired — and other predicted events have not.

The U.S. has not been attacked again in the manner of 9/11 — although almost all terrorist experts had assured us we would be.

After a three-week victory in Iraq that removed Saddam Hussein and won the support of nearly 80 percent of the American people, an insurgency grew that would eventually claim over 4,000 American lives. Terrorists almost toppled Iraq’s nascent democracy until Gen. David P. Petraeus’ troop « surge » quelled the violence.

By then, politics had begun to change. Most who called for invading Iraq long ago abandoned their own zeal and advocacy — and loudly blamed the Bush administration for the violence of the postwar occupation. (Now, they are largely silent about the quiet in Iraq that the Obama administration inherited.)

Of course, had we suffered another major terrorist attack between 2001-09, critics would have damned the Bush administration for its perceived laxity as vehemently as they now do in quieter times for its supposed extremism.

Opportunism, not principles, guides most in Washington. Almost no proponents of the Iraq war withdrew their support right after the successful three-week effort to remove Saddam. Had there been little Iraqi violence during the transition to democracy, former supporters would probably still be vying to take credit for the war’s success.

Consider also the dexterous Obama administration’s own about-face. It still finds it useful to damn the old Bush government’s embrace of wiretaps, military tribunals and renditions — even as it dares not drop or completely discount these apparently useful Bush policies, albeit under new names and with new qualifiers.

What does this political opportunism teach us?

If we get hit again by a major terrorist attack, you can bet that today’s cooing doves will flip a third time and revert to the screeching hawks of 2002 — and once again scream that their president must do something to keep us safe.

Cheney Agonistes
Victor Davis Hanson
NRO
May 17, 2009

What is strange about the furor over the Cheney interviews is that so many of the arguments against them simply have no precedent or logic.

If one were to say the vice president emeritus, as a matter of understood decorum, should refrain from criticism of the subsequent administration, then why did former vice president Al Gore — to the delight of much of the media — go on a virtual barnstorming crusade against the Bush administration in language far more partisan and hysterical (e.g., « He [Bush] lied to us! He betrayed this country! He played on our fears! »)?

If one were to say that the vice president was representing some fringe position on the status of detainees at Guantánamo, then one need only review the transcript of Attorney General Eric Holder’s 2002 CNN interview when Holder explicitly said those at Guantánamo could be held indefinitely for the duration of the war and were without the benefit of the protections offered by the Geneva Convention Accords.

If one were to argue Cheney is simply covering his tracks on the subject of waterboarding, then one need only be reminded that Cheney admits he was briefed and approved the techniques and now candidly tells us why he did so — while the Speaker of the House was likewise briefed, and by her silence as a congressional overseer approved de facto the techniques, but now quite disingenuously denied such complicity at the very time she seeks to ruin the careers of lawyers who merely offered opinions rather than set or oversaw policy.

If one were to believe that Cheney was selectively trying to refashion the past, then consider that (a) his points are clearly in reply to the Obama’s administration’s own prior selective release of Bush-administration legal counsel briefs, done for partisan political purposes and over the objections of career CIA officers, and (b) Cheney is asking for full, let-the-chips-fall-where-they-may disclosure in his requests to make the entire record public of both the interrogations and their relevance to preventing further attacks.

In short, while pundits still believe Cheney is a marginalized figure and an easy target of scorn, in fact, his methodical defense of the past is both logical and principled, and is beginning to illustrate, in quite painful fashion, the utter hypocrisy of the entire Democratic position on enhanced interrogations techniques and Guantánamo Bay. The American people more likely agree with Cheney than not; and even if they did not, they still prefer a candid and honest opponent to a disingenuous and self-serving ally.

As a footnote: In these Machiavellian times, it almost seems that the White House and some in the Democratic Congress who are still calling for hearings are at ease embarrassing Nancy Pelosi, whose prior value to the party as anti-Bush bomb thrower has now been eclipsed, since she appears as a looney, undisciplined partisan that can do far more damage to the cause than she ever did to Bush.


Relations internationales: Attention, une crise peut en cacher d’autres! (Will the Bono celebrity tour ever end?)

21 mai, 2009
Chamberlain-Obama
Il faut qu’il arrête de jouer les messies et se rende compte que des millions d’âmes courageuses, qui de par le monde investissent à grand risque dans la démocratie, la liberté, les marchés libres, etc., comptent sur un président américain pour le soutien moral et les conseils contre une Russie qui joue les caïds, un Hezbollah soutenu par l’Iran, les gangsters de Chavez, les garde-chiourmes de Castro, etc. (…) Alors, qu’il sourit et serre toutes les mains qu’il veut, mais qu’il ne confonde pas ça avec la rude diplomatie ou la protection des intérêts globaux américains. L’accroissement des milliards de dollars de déficit de Bush jusqu’à 1,7 milliers de milliards avec encore 9 mille milliards de dette globale additionnelle va très vite réduire les options américaines à l’étranger, moment qu’attendent impatiemment nos ennemis pour l’exploiter. Victor Davis Hanson
L’essai balistique nord-coréen, quelques heures avant le discours de Barack Obama à Prague sur le désarmement, est un retour du principe de réalité, bien compris comme tel par le président des Etats-Unis. C’est ce principe qui doit guider les bonnes politiques. Thérèse Delpech
Le risque est que, dans la mesure ou nombre de ces organismes ne proposent pas d’alternatives nouvelles aux idées que formulent les experts de l’administration, ils perdent de leur pertinence et que leur plus-value intellectuelle sur le marché mondial des idées ne soit pas suffisamment reconnue. Centre d’analyse et de prévision du quai d’Orsay

Attention: une crise peut en cacher d’autres!

Au lendemain d’une nouvelle preuve, après celles du Sud-Liban et de Gaza ou de Colombie et contre ce qui est régulièrement répété, qu’une guerre contre des mouvements terroristes peut être gagnée
.
Alors que, menacés par leur excessive dépendance de l’Etat et leur provincialisme hexagonal, les centres de recherche français en relations internationales sont, mis à part une 10e place pour l’IFRI, « massacrés dans un classement américain »

Et que, crise aidant, les déclarations vont bon train, de nos dénonciateurs nationaux de “l’hyperpuissance” et champions de la “multipolarité”, sur le prétendu déclin des Etats-Unis et l’émergence de la Chine comme « la grande puissance stratégique du XXIe siècle » …

Petite remise des pendules à l’heure par l’une des rares pointures françaises des relations internationales, la spécialiste du désarmement et des questions stratégiques de l’IFRI justement, Thérèse Delpech:

Fausse comparaison avec la crise de 1929 où le PIB américain avait fondu de 50 % en trois ans, économie chinoise ne repésentant pas même 7 % de la richesse mondiale, dépendance de la Chine à l’égard des Etats-Unis en raison du poids des exportations dans la croissance chinoise et l’absence d’un marché intérieur suffisant comme d’un système de santé et de retraite convenable, épargne détenue à hauteur de 20 % par des banques à la solvabilité douteus, 26 millions de chômeurs parmi les seuls migrants des campagnes, multiplication des incidents sociaux chaque année (dizaines de milliers avant la crise), demande d’ « obéissance absolue » à l’armée, économie en développement qui souffrirait terriblement si elle devait respecter des normes de qualité des produits, des normes de protection sociale élémentaires ou des normes d’environnement, innovation marginale, pollution maximale, désordres sociaux potentiels innombrables, place de l’Etat excessive.…

Russie réduite à sa capacité de nuisance, ne produisant rien hors énergie et matières premières (important son papier de Finlande ou ses médicaments d’Europe), seul le secteur militaire jouant un rôle sérieux pour le développement des hautes technologies comme du temps de l’URSS (à l’exception des nanotechnologies), rigidités liées à la présence massive de l’Etat dans le secteur industriel, démographie déclinante …

Iran n’arrivant pas à choisir entre son avenir et son programme nucléaire, comme le Pakistan entre son avenir et une rupture claire de ses autorités politiques et de ses services secrets avec les islamistes …

Administration Obama toujours sans stratégie claire autre que la volonté de négocier à tout va et d’améliorer « l’atmosphère » (milliards à nouveau investis à perte au Pakistan, avènement d’un Iran nucléaire, crises du Moyen-Orient, nouvelles aventures des Russes à leur périphérie, Corée du Nord) …

Thérèse Delpech et François Heisbourg
Penser le monde de l’après-crise
Le Monde
15.04.09

Notre intention est de nous projeter dans les années qui vont suivre la crise économique, d’imaginer ses répercussions stratégiques. Est-ce qu’on peut imaginer que, après la crise, une fois la confiance financière et la croissance retrouvées, la puissance politique sera répartie de la même manière qu’aujourd’hui ?

François Heisbourg. La réponse courte, c’est évidemment non.

Cadrons tout de même nos ambitions analytiques. Quelqu’un qui aurait prétendu se projeter dans l’après-crise en 1931 pour en évaluer l’impact géostratégique n’aurait pu que se tromper, parce que la crise a duré longtemps, qu’elle a été très profonde et que, par définition, elle accroissait les probabilités déjà importantes de rupture stratégique.

Nous ne savons pas si la crise sera aussi longue et aussi dure que celle des années 1930, mais on sait déjà qu’elle sera la plus longue et la plus dure depuis les années 1930. Nous avons, pour la première fois depuis soixante-dix ans, une crise qui n’est pas mono-causale, qui est systémique et qui est mondiale.

Nous sommes aujourd’hui dans un de ces grands moments historiques où énormément de choses basculent et, par définition, nous ne savons pas quel sera le point de repos final des plaques tectoniques qui auront été ainsi bousculées.

Thérèse Delpech. Dans ses grandes lignes, il n’est pas impossible que la répartition de la puissance politique soit comparable à ce qu’elle est actuellement, même si l’idée contraire est souvent avancée. Il faut se garder de prédire des effets stratégiques majeurs de cette crise, malgré sa dimension mondiale.

Je ne suis pas sûre non plus que la bonne référence soit la crise de 1929, où le produit intérieur brut (PIB) américain avait fondu de 50 % en trois ans. Il y avait, en outre, en 1929, des données politiques, stratégiques et militaires qui ont permis à la crise économique de jouer un rôle accélérateur dans la course vers la seconde guerre mondiale. Enfin, de nombreuses incitations à la coopération économique existent aujourd’hui – on a pu le voir avec le G20 – qui n’existaient pas en 1929.

Pour moi, la crise actuelle est plutôt un symptôme parmi d’autres d’un monde en plein bouleversement qu’une cause à proprement parler. Et dans cette crise, ce qui frappe, c’est l’excès, le rôle du virtuel et la religion de l’immédiat. Ces éléments – excès, virtuel, courte vue voire aveuglement – constituent une assez bonne définition du monde contemporain dans ce qu’il a d’inquiétant.

François Heisbourg. Je rejoins ce qu’a dit Thérèse Delpech sur la crise liée au court-termisme et à l’économie virtuelle, une crise du modèle de croissance. A savoir, dans le contexte actuel, le réchauffement climatique, l’incapacité pour la planète à soutenir un mode de croissance comme celui que les Européens et les Américains ont connu pendant une bonne partie du XIXe et du XXe siècles.

Ce modèle de croissance n’est tout simplement pas soutenable. La notion que la Chine ou l’Inde soient aussi motorisées que les Etats-Unis voudrait dire que nous n’aurions plus d’air pour respirer, que l’air serait de toute façon trop chaud pour pouvoir être supporté, et ainsi de suite.

Quelles peuvent être les conséquences de cette crise pour les Etats-Unis et la Chine ?

François Heisbourg. Cette crise est liée très directement à la synergie économique, financière et commerciale qui s’était établie entre la Chine et les Etats-Unis au cours des dernières décennies. Ce modèle économique peut se résumer par une formule très simple : la Chine exporte et épargne, les Etats-Unis s’endettent et achètent.

Cette synergie entre les Etats-Unis et la Chine a duré parce qu’elle est apparue comme mutuellement bénéfique pendant très longtemps : croissance chinoise, croissance américaine. Et cette synergie avait un effet stratégique majeur : ni la Chine ni les Etats-Unis n’avaient un intérêt particulier à faire monter les enchères en termes de recours à la force.

Les Etats-Unis pouvaient faire la leçon à la Chine sur les droits de l’homme, sur le Tibet et faire jouer leur garantie de sécurité à l’égard de Taïwan, du Japon, de la Corée du Sud. La Chine pouvait faire valoir ce qu’elle estime être ses droits – à tort – sur Taïwan et ses droits vis-à-vis du Tibet, pouvait estimer ne pas avoir à entendre le message sur les droits de l’homme. Mais ni les Etats-Unis ni la Chine n’avaient un intérêt économique particulier à ce que ces différends stratégiques majeurs, ces différences d’intérêts et de valeurs se traduisent par une vraie confrontation.

Aujourd’hui, ce facteur n’existe plus. Ce modèle, un des moteurs qui a conduit à la crise, est en panne. Alors ce qui va suivre au niveau des relations entre les Etats-Unis et la Chine est une des grandes interrogations pour les années qui viennent.

Thérèse Delpech. Très franchement, on voit beaucoup mieux dans cette crise la dépendance de la Chine à l’égard des Etats-Unis que l’inverse, en raison du poids des exportations dans la croissance chinoise. Pékin essaie à présent de relancer le marché intérieur, mais en l’absence d’un système de santé et de retraite convenable, ce ne sera pas facile, surtout dans un pays dont l’épargne de la population est détenue à hauteur de 20 % par des banques dont la solvabilité est douteuse !

Socialement, la Chine est-elle plus fragilisée que les autres puissances ?

Thérèse Delpech. La réponse à cette question a été fournie par les dirigeants chinois eux-mêmes, qui considèrent que la crise actuelle, qui a déjà fait 26 millions de chômeurs parmi les seuls migrants des campagnes, est « un test pour la capacité de gouverner du parti ». Il y avait déjà, avant la crise, des dizaines de milliers d’incidents sociaux chaque année, auxquels les pays occidentaux prêtaient une attention distraite. Avec la crise, ils se multiplient. Les autorités chinoises disposent certes de forces antiémeute conséquentes, mais des avertissements ont aussi été adressés à l’armée, à qui il a été demandé une « obéissance absolue ». C’est à tout le moins un signe de nervosité. Une politique de répression sociale peut aussi bien réussir qu’échouer. Je ne fais pas de pari sur ce point.

En revanche, je ne crois pas au concept de « Chine-Amérique », qu’il est plus juste de décrire comme le font certains de « chimérique ». La Chine a eu une croissance impressionnante depuis dix ans, elle a une épargne colossale qui lui permet de faire des plans de relance, mais c’est encore une économie en développement qui, par exemple, souffrirait terriblement si elle devait respecter des normes de qualité des produits, des normes de protection sociale élémentaires ou des normes d’environnement ! Peut-on entrer dans le XXIe siècle sans ces normes ?

Thérèse Delpech, vous vous érigez donc contre la pensée dominante qui consiste à dire que la Chine va sortir de la crise économique comme étant la grande puissance stratégique du XXIe siècle. Quel est votre avis, François Heisbourg ?

François Heisbourg. Je me garde d’émettre toute prévision sur qui va sortir renforcé ou affaibli de la crise entre les deux membres de ce couple étrange qu’ont formé les Etats-Unis et la Chine au plan économique et, d’une certaine façon, au plan stratégique, au cours des quinze ou vingt dernières années. C’est l’une des très grandes inconnues, c’est un des très grands enjeux de cette crise.

Je voudrais d’abord revenir sur deux points. Premier point : cette histoire de « Chine-Amérique ». S’il y a eu une Chine-Amérique, c’est ce dont nous sortons, ce n’est pas vers quoi nous entrons. Deuxième point : il est évident que personne dans le monde n’a intérêt à ce que les relations entre les Etats-Unis et la Chine tournent à la confrontation. La stabilité et la prospérité de l’Asie orientale sont aussi importantes pour l’avenir du monde que ne l’étaient la stabilité et la prospérité de l’Europe pour le monde de la première moitié du XXe siècle. Et quand on n’a eu ni l’un ni l’autre, on a vu ce que ça a donné.

Alors, comment se présentent la Chine et les Etats-Unis par rapport à la crise et quels peuvent en être les conséquences stratégiques ? Je ne dirai pas que la Chine sera forcément une perdante de la crise, ou que la Chine sera forcément gagnante. Je m’inscris contre la vulgate, mais je n’en tire pas la conclusion que la Chine sera forcément perdante.

Regardons du côté des Etats-Unis. Ceux-ci vont devoir apprendre à épargner. C’est une leçon de ce qui vient de se passer, et la Chine va devoir apprendre à fonctionner sur la base de la demande intérieure. Revenir au statu quo antérieur, c’est-à-dire à l’économie de l’excès, voudrait dire que nous sommes tous de fieffés masochistes.

En attendant d’apprendre à épargner, les Etats-Unis vont dépenser l’équivalent de 8 à 10 trillions de dollars en mesures anticrise d’ici à 2013, c’est-à-dire 10 points ou plus de PIB par an. Au global, près des deux tiers du PIB américain sur la durée ! Autrement dit, il va falloir financer la dette américaine. Même si les Chinois utilisaient leur argent pour acheter des bons du Trésor américain, il n’y en aurait pas assez. Ce n’est évidemment pas une situation dans laquelle les Etats-Unis se présentent dans un bon rapport de forces.

Puis se pose la grande question politico-sociale : la société chinoise a-t-elle la résilience nécessaire pour que le régime puisse s’autoperpétuer sur la base d’une légitimité qui, selon ses propres dires, repose uniquement sur sa performance ? La vraie question est la capacité de la Chine non démocratique à gérer ses contradictions internes avec, en toile de fond, un fort ralentissement économique.

Les Etats-Unis pourraient-ils, selon vous, maintenir leur leadership mondial après cette crise ?

Thérèse Delpech. Ce sont eux tout d’abord qui sortiront les premiers de cette crise. Quant à leur maîtrise des espaces communs et notamment de la mer et de l’espace, elle leur laisse de beaux jours devant eux. Enfin, leur nouveau président a des atouts pour reconstruire l’image des Etats-Unis dans le monde. Ce tableau n’incite pas au pessimisme en ce qui concerne l’Amérique.

Plus généralement, souvenez-vous, avant la crise économique, la vulgate était celle du déclin relatif de l’Occident, des miracles asiatiques et des économies émergentes.

Pour les discours sur le déclin de l’Occident, les orfèvres se trouvent depuis les Grecs dans les pays occidentaux eux-mêmes, qui ont une sorte d’obsession de leur propre chute. L’ouvrage du philosophe allemand Oswald Spengler (paru en 1918) n’est qu’un avatar tardif – et assez mauvais – de ce thème. Je ne crois pas à ce déclin, même si l’ordre international issu de la seconde guerre mondiale doit être revu, avec l’arrivée sur la scène de nouveaux pays – qui ont d’ailleurs fait leur fortune avec des idées occidentales.

Deuxièmement, les miracles asiatiques. J’ai dit ce que je pensais de la Chine, et j’ajoute qu’il faudrait parfois garder le sens de la mesure pour ce pays qui ne représente pas même 7 % de la richesse mondiale.

Enfin, les économies émergentes. Un des atouts de la crise, sur le plan intellectuel, a été de faire voler en éclats ce concept de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), qui réunissait quatre pays très différents. Ceux qui se tirent le mieux d’affaire pour l’instant, ce sont le Brésil et l’Inde, les deux démocraties. La Russie ne produit rien hors énergie et matières premières – pas même du papier, qui vient de Finlande, ou des médicaments, qui viennent d’Europe.

Comme du temps de l’URSS, seul le secteur militaire joue un rôle sérieux pour le développement des hautes technologies, avec l’exception aujourd’hui des nanotechnologies. Et pour ce qui est de la puissance, on voit surtout pour l’instant sa capacité de nuisance.

François Heisbourg. La Russie plonge de la façon la plus évidente. Les prévisions de la Banque mondiale ont fait passer la croissance russe prévue pour 2009 de + 3 % en novembre à – 4,5 % en mars, c’est-à-dire – 7,5 % de points de croissance en l’espace de quatre mois. C’est très impressionnant.

La crise est cependant d’origine trop récente pour pouvoir dire qui va s’en sortir le mieux. Je réserve mon jugement. Instinctivement, j’aurais tendance à dire que les démocraties brésilienne et indienne, du fait de leur nature politique, auront peut-être une résilience sociale et politique plus forte que la Chine et la Russie, mais je ne sais pas du tout comment cela va se comparer en termes de performance économique.

Quels sont les perdants évidents de la crise ?

François Heisbourg. Il y a trois types de perdants. La première catégorie, ce sont les petits pays très exposés, souvent situés dans des régions de tension stratégique, et qui ont joué un grand rôle dans l’organisation de la mondialisation : des pays extraordinairement divers, comme Singapour, Taïwan, Dubaï, l’Irlande, l’Islande, ou les petits pays de la nouvelle Europe…

La deuxième catégorie, ce sont les grands monoproducteurs peuplés : Russie, Iran, Venezuela. Nous savons d’expérience que, dans ce genre de situation, on peut être amené soit au compromis, soit à la radicalisation.

Dans le cas de l’Iran, je ne sais absolument pas où ira se caler le curseur. En ce qui concerne la Russie, les chances sont relativement bonnes que le grand dialogue stratégique avec les Etats-Unis puisse démarrer cette année. Je pense que Barack Obama a raison de vouloir tout faire pour amener la Russie à pencher du côté de la coopération plutôt que du côté de la radicalisation.

La troisième grande catégorie de perdants, ce sont les grands pays très peuplés qui étaient déjà très vulnérables avant : l’Egypte, avec une crise de succession larvée, ou l’Algérie, qui avait l’argent du pétrole mais n’avait pas d’emplois.

La notion de « rupture stratégique » est liée en grande partie aux effets de la mondialisation, fût-elle heureuse. Ces risques de rupture sont magnifiés dans une époque de mondialisation malheureuse.

Thérèse Delpech. Les gagnants et les perdants ? Tout dépend des critères retenus pour définir de bonnes conditions de redémarrage. A mon avis, les mieux placés seront ceux qui privilégieront la formation, l’innovation, une main-d’oeuvre flexible, la mobilité du capital, une économie diversifiée, et… les pays où la confiance jouera un rôle moteur…

Où se situe un pays comme la Russie dans cette liste ? Très mal sur la diversification, la présence massive de l’Etat dans le secteur industriel en fait une économie peu flexible, et sa démographie déclinante ne porte pas à voir l’avenir avec confiance.

Où se situe la Chine ? Pas très bien non plus : l’innovation y est marginale, la pollution maximale, les désordres sociaux potentiels innombrables et la place de l’Etat excessive.

L’Iran ? L’essentiel se jouera sur le dossier nucléaire : Téhéran pourrait avoir à choisir entre son avenir et son programme nucléaire, comme le Pakistan entre son avenir et une rupture claire de ses autorités politiques et de ses services secrets avec les islamistes. Sans négliger l’importance des phénomènes économiques, je crois surtout à la politique comme instance décisive des mutations en cours.

François Heisbourg. Dans le cas de l’Iran, la crise est ce qui donne aux sanctions officielles de l’ONU et aux sanctions financières leur mordant. Je ne sais pas si cela conduira à une radicalisation ou à une issue plus bénigne.

Pour l’Arabie saoudite, la crise de succession est déjà là.

J’ajouterai l’Irak à la liste des dangers. Les besoins budgétaires de l’Irak sont deux fois supérieurs à ce que sont ses revenus, sur une toile de fond de grande fragilité politique.

La crise économique et financière au Pakistan depuis l’automne est extrêmement grave. Elle a pu être en partie stabilisée grâce aux mesures d’urgence du FMI.

Quel regard portez-vous sur l’administration Obama ?

Thérèse Delpech. Cette nouvelle administration et ce nouveau président bénéficient d’une énorme popularité, dont les Etats-Unis doivent tirer parti. Mais ils sont très occupés par l’économie, et pour la première puissance mondiale – car c’est toujours la place de l’Amérique -, les affaires stratégiques peuvent amener des surprises. Certes, Barack Obama sera sans doute jugé dans quatre ans par les Américains sur la façon dont il aura ou non tiré le pays d’une crise qui a déjà produit le plus fort taux de chômage depuis un quart de siècle, mais les erreurs stratégiques éventuelles seront elles aussi payées très cher.

Par exemple, en dehors de l’Afghanistan, pour lequel les décisions annoncées paraissent raisonnables (à l’exception des milliards à nouveau investis au Pakistan), la première décision du président américain a porté sur de nouvelles négociations avec les Russes. Je n’ai évidemment rien contre le principe de telles négociations, mais il faut reconnaître que c’est un domaine où l’intérêt de Moscou est beaucoup plus clair que celui de Washington. La Russie veut contraindre les développements américains dans tout un ensemble de domaines – offensifs et défensifs -, tandis que l’administration cherche surtout à améliorer « l’atmosphère » avec Moscou, ce qui n’est pas une stratégie.

Or, comme le disait Henry Kissinger, les accords liés au contrôle des armes nucléaires n’ont pas grand-chose à voir avec le contrôle ou avec les armes nucléaires, mais ils ont un rapport étroit avec la stratégie. Les négociateurs russes sont mieux préparés de ce point de vue que leurs homologues américains.

En revanche, sur des questions où les intérêts de Washington – et les nôtres – sont clairs : prévenir l’avènement d’un Iran nucléaire, contrôler les crises au Moyen-Orient, empêcher les Russes de se lancer dans de nouvelles aventures à leur périphérie, on ne voit toujours pas ce que fera Barack Obama. Pas davantage d’ailleurs sur la Corée du Nord.

François Heisbourg. Obama et son équipe souffrent d’un mal très classique aux Etats-Unis : lorsqu’un problème ne se pose plus dans l’immédiat, on cesse de nourrir l’expertise. C’est ce qui est arrivé pendant les années 1990 sur l’Afghanistan. Il est arrivé la même chose pour les négociations stratégiques avec la Russie.

Mais je ne suis pas sûr que les Américains cesseront de vouloir bouger dans le domaine stratégique, sans pour autant être aventureux en la matière, du fait de la crise. La politique étrangère, en période de crise, peut-être encore plus qu’en période ordinaire, est toujours un sujet de grande satisfaction pour un président. Dans un système présidentiel à l’américaine, comme dans le système présidentiel à la française.

On n’assiste pas exactement en ce moment à une baisse d’activisme de la part d’Obama et de son équipe par rapport aux grands dossiers de politique étrangère. On n’a pas du tout l’impression d’un président américain qui a l’intention de laisser la crise l’empêcher de retirer les satisfactions que l’on peut avoir quand on a les pouvoirs d’un président américain en politique étrangère et de sécurité. Reste à voir si cette politique sera bonne ou mauvaise.

Thérèse Delpech. L’essai balistique nord-coréen, quelques heures avant le discours de Barack Obama à Prague sur le désarmement (dimanche 5 avril), est un retour du principe de réalité, bien compris comme tel par le président des Etats-Unis. C’est ce principe qui doit guider les bonnes politiques.

Thérèse Delpech est directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
Dernier ouvrage paru : « L’Ensauvagement : le retour de la barbarie au XXIe siècle » (Hachette, 2007).

François Heisbourg est directeur de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres.
Dernier ouvrage paru : « Après Al-Qaida, la nouvelle génération du terrorisme » (Stock, 2009).

Propos recueillis par Alain Frachon et Rémy Ourdan

Voir aussi:

RELATIONS INTERNATIONALES
Les think tanks français massacrés dans un classement américain
Jean Guisnel
Défense Ouverte
Le Point
le 21/05/2009

En matière d’analyse stratégique et de réflexion sur les relations internationales, les centres d’études (think tanks) parisiens sont quasiment ignorés par une étude américaine classant les organismes de recherche internationaux. Très américano-centrée, mais cela peut se comprendre tant les think tanks américains tiennent le haut du pavé, cette étude de 53 pages titrée The Global Go-To Think Tanks , est passée inaperçue en France, alors qu’elle est assez instructive. Moins sur la réelle qualité des instituts français, sans doute, que sur la perception que l’on peut en avoir à Washington certes, mais pas seulement. Car le classement établi par le chercheur James McGann est basé sur une enquête mondiale auprès des différents instituts, chacun notant les collègues.

A ce petit jeu, les instituts français sont extrêmement mal classés. Parmi les 407 think tanks considérés comme les plus influents internationalement (sur un nombre total de 5465), seuls neuf sont installées en France : le CEAN (Centre d’études sur l’Afrique noire), dont la home page est squattée depuis des semaines par un tract , l’IES ( Institut d’études de sécurité de l’Union européenne ), la FRS ( Fondation pour la recherche stratégique ), l’IFRI ( Institut français des relations internationales ), le CEPII ( Centre d’étude et de recherche en économie internationale ), l’IRIS ( Institut des relations internationales et stratégiques ), l’IES ( Institute for Economic Studies Europe ), l’ Institut Montaigne , et la Fondation pour l’innovation politique .

Pertinence des think tanks français discutée

Quantitativement, les think tanks français sont à la remorque. Notamment du Royaume Uni, qui compte 263 instituts, mais aussi de l’Allemagne (186). Paris n’est pas répertoriée parmi les villes constituant des carrefours continentaux, puisque seules Berlin, Londres et Bruxelles sont citées en Europe. Dans les dix premiers think tanks spécialisés dans les relations internationales, l’IFRI sauve l’honneur français, mais de justesse, en étant classé à la dixième place. Mais aucun organisme français ne figure dans les tablettes dans les domaines pourtant importants que sont le développement international, la politique de santé, l’environnement, l’économie internationale, ou la politique sociale. Tandis que – sur les cinquante premiers toutes catégories confondues- l’IRIS et l’Institut Montaigne pointent au quarante-septième et quarante-huitième places…

Dans une note destinée au ministre des affaires étrangères, que Le Point a pu lire, le centre d’analyse et de prévision du quai d’Orsay livre des commentaires cruels sur les think tanks français, accusés à peu de choses près de faire dans le provincialisme hexagonal : « fonctionnant davantage comme des cercles de réflexion, leur influence reste cantonnée à la formulation d’idées pour les courants politiques locaux. Ces organismes n’interviennent que très marginalement dans le processus de décision concernant les questions internationales ».

Critiquant « la certitude, en France, que l’institutionnalisation de l’expertise, de même que son financement, est du ressort de l’autorité étatique », la note souligne que les think tanks français « tendent parfois à confondre le travail de synthèse ou de reformulation avec la véritable recherche ». Et d’ajouter : « le risque est que, dans la mesure ou nombre de ces organismes ne proposent pas d’alternatives nouvelles aux idées que formulent les experts de l’administration, ils perdent de leur pertinence et que leur plus-value intellectuelle sur le marché mondial des idées ne soit pas suffisamment reconnue ». C’est sévère. Est-ce juste ?

Voir enfin:
Obama’s Foreign Policy Disasters
Jamie Glazov
FrontPageMagazine
May 13, 2009

FP: Victor Davis Hanson, welcome to Frontpage Interview.

What report card would you give the Obama administration in terms of foreign policy right now? Why?

Hanson: An Incomplete that at the present rate will turn into a D/F if he is not careful.

Obama has confused a number of issues: intractable problems like North Korea, Iran, Pakistan, Venezuela, Cuba, Russia, Islamic terrorism, etc. both pre- and post-dated George Bush; they present only bad and worse choices, and are predicated on different agendas of authoritarians that hinge on whether the United States can or cannot deter their regional megalomaniac dreams.

In the long-term, Obama’s nontraditional heritage and charisma make little difference; on the other hand, serial apologies, « Bush did it », the « reset button » ad nauseam, trumpeting the « I was only (fill in the blank) when that happened » etc. have a brief shelf life, and achieve only a transitory buzz, similar to a Bono-celebrity tour.

He needs to cut out the messianic style, and realize that millions of brave souls, who invest at great danger in democracy, freedom, open markets, etc. around the world, count on an American President for moral support and guidance against a bullying Russia, Iranian-backed Hezbollah, Chavez’s thugs, Castro jailers, et al.

When they see Obama’s moral equivalence, they realize they are on their own and must cut their own deals to survive — understanding that multicultural trendiness is now a cynical cover for moral laxity and ‘can’t we all get along?’ appeasement. So by all means smile and shake hands, but don’t confuse that for tough diplomacy or protecting American global interests. Increasing the Bush billion-dollar deficit to $1.7 trillion, with another $9 trillion in additional aggregate debt will very soon curtail American options abroad, and our enemies are now waiting for opportune moments for exploitation.

FP: What danger does Putin’s regime pose to the West? What is your recommendation in terms of U.S. policy toward Putin? What mistakes has the new administration made so far in that department? For instance, in terms of the reset button fiasco, it means that the Obama team doesn’t even have a sound translator on hand. This is real grounds for worry, yes?

Hanson: We have three or four broad aims at this juncture: one, to ensure that former Soviet republics, which on their free accord sought integration with the West — the Baltic Republics, Ukraine, Georgia, etc. — are not forced back into a Russian Empire against their will; that Eastern European states remain autonomous and free to protect themselves from Iranian nuclear blackmail should they wish anti-ballistic missile protection; that Russia understands that there will be consequences if its technology ensures an Iranian bomb; and that Europe has assurances of support should Russia engage in energy blackmail — or worse.

Putin et al. know that their brinksmanship agendas were not predicated on Bush’s smoke ’em out lingo; so to suggest Bush’s tough talk, even if gratuitous in the first team, created crises where they otherwise did not exist, is absurd. Ms. Clinton — completely marginalized so far by Obama’s obsessive need to bask in the pop-star limelight abroad — should know that. She has competent advisors; I cannot believe they really fall for the campaign mode nonsense that their sensitivity and diplomatic adroitness ipsis factis will translate into either friendship or better Russian behavior.

FP: The Obama administration apparently is set to give 900 million to Hamas. In other words, they want to give money to the Palestinian Nazi Party. What do you make of this? What must Obama do toward Hamas, the Iranian-backed Hezbollah, etc? Do you think he will do it and/or is he even capable or cognizant of what is actually going on and what is at stake?

Hanson: I am very worried. Israel I think is alone now. The failed Freeman appointment, the historically puerile Al Arabiya interview (cf. e.g., Obama’s praise of the good ole days, some thirty years ago, when Sadat was murdered, Khomeini took over, Saddam was flexing his muscles, Americans were routinely murdered, etc.), the Samantha Power appointment, the ‘outreach’ to Syria, the video for Iran, the Gaza/Hamas rebuilding, the tough behind-the-scenes lectures to Israel — all this bodes ill.

Does Team Obama really believe that a murderous autocratic cabal like Hamas is merely different from a democratic constitutional republic like Israel? At best we have naiveté at the helm (Obama thinks he can mesmerize misunderstood killers), at worst, a genuine feeling that Israel is an aggressive, Western imperialist power exploiting indigenous people of color who simply wish to be free — in other words, the Rev. Wright-Bill Ayers-Rashid Khalidi view of the Middle East.

FP: What did you make of Obama’s Chavez meeting and his new disposition toward Latin America? Perhaps it is time to try something new?

Hanson: Not really. We stand for open markets, free trade, personal freedom, human rights, and consensual government. Others like Castro, Morales, Chavez, and Ortega simply don’t. Why would anyone any more believe these thugs, who justify their lust for power by the age-old mantra of « we suffer for the people, » as they try to engineer an equality of result — through any means necessary, with all power and prestige going to themselves?

They will say anything to blame a successful U.S., to rationalize the self-inflicted misery and failure of Latin America. Shaking Chavez’s hand is a minor lapse if that; but in aggregate, the continuance of the glad-handing, trashing the U.S., showcasing his racial solidarity, listening to Ortega’s rant, photo-oping with thugs — all that does two things abroad: first, it undercuts brave democrats in places like Columbia and elsewhere in Central America; two, it sends a message to fence-sitters in more important states like Peru, Brazil, Chile, etc. that authoritarian socialism, not free-market democracy, is now the wave of the future, and so they better get with the new neighborhood — or else!

FP: What do you think is the greatest threat right now facing the U.S. , Israel and the West?

Hanson: We have three: one, we have mortgaged our options to the Chinese and other debt holders. By going into $20 trillion in aggregate debt we will cut our military, pull back, dress it up with utopian rhetoric, and cede huge areas of the globe over to regional autocracies.

Second, some are already prepping for the Iranian catastrophe to come, by talking of « containing » Iran, as if we have given up on embargoing, blockading, and other more severe 11th hour measures to stop a Khomeinist nuke. Once that happens the Arab-Sunni states will rush to get a bomb, Israel will be periodically blackmailed as Hamas, Hezbollah, etc will be given Iranian nuclear assurance (acting deranged with your finger on the trigger is smart in nuclear poker). Add in al Qaeda that thinks there are now new rules in Washington that can be tested — and you have a recipe for a dangerous world. We seem to think that not being attacked since 9/11 was some sort of natural occurrence, or perhaps yet another government ensured entitlement.

FP: Victor Hanson, thank you for joining us in these tough times.


Tiananmen/20e: Massacre? Quel massacre? (Real architect of China’s economic miracle reaches out from the grave to lash out at Tiananmen’s butchers)

20 mai, 2009
Execution (Yue Minjun)Un gouvernement qui n’est pas responsable face à son propre peuple ne peut être responsable face au reste du monde. (…) Ne pas vouloir offenser la Chine signifie qu’ils ne peuvent pas aider la Chine, ne peuvent pas aider le peuple chinois à jouir de ses droits et ne peuvent pas aider la communauté internationale à intégrer un membre fiable, stable et pacifique. Cela n’est pas une bonne chose. Si le monde est indifférent, il porte une grande part de la responsabilité. Bao Tong (ami personnel de Zhao Ziyang)
Tant que le parti ne reverra pas son jugement sur le 4 juin, et ne reconnaîtra pas que c’était un mouvement patriotique et démocratique, la démocratie ne pourra pas avancer ici. Cela veut dire que tout ce qu’ils nous racontent sur la démocratie en marche et les droits de l’Homme ne sont que mensonges. Qi Zhiyong (ancien étudiant ayant perdu une jambe sous les balles le 4 juin)
Jusqu’à présent la communauté internationale (…) a adopté une politique d’apaisement à l’égard du gouvernement chinois. Ding Zilin (Mère d’une des victimes du 4 juin)
Nous les démocrates chinois, nous sommes comme les Juifs dans l’Allemagne Nazie. Pourquoi les Occidentaux ne viennent pas à notre secours est un grand mystère. Lorsque nous aurons tous été exterminés, vous aurez honte de votre passivité. Vous vous demanderez pourquoi vous ne nous aviez pas vu disparaître? Liu Xia (épouse du dissident emprisonné Liu Xiaobo)
Il a été l’homme qui, lorsque le pouvoir absolu est devenu fou, a sonné la cloche de la compassion et de la raison. Bao Tong (ancien secrétaire particulier de Zhao Ziyang)
J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants. (…) En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. Zhao Ziyang
A la lecture du compte rendu sans fioritures et prétentions de Zhao concernant sa propre gestion à la tête du Parti, il devient évident que c’était lui plutôt que Deng qui était l’architecte réel des réformes. Roderick MacFarquhar (historien de Harvard et préfacier des mémoires de Zhao)
Tout se passe comme si les intérêts économiques prévalaient sur la solidarité élémentaire avec ceux qui souffrent du manque de liberté. Vaclav Havel

Au moment même où après la brouille vite oubliée de l’an dernier sur le dalai lama, l’Europe à la mémoire courte « célèbre ses retrouvailles » à Prague avec les bouchers de Tiananmen …

Et où, à trois semaines du XXe anniversaire du massacre du 4 juin, les quelque peu nerveux dits bouchers commencent déjà à interpeller ou harasser les dissidents, anciens et actuels …

Retour sur les mensonges de « la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une ‘bande de gangsters’  » .…

Avec la sortie des mémoires posthumes (et enregistrés secrètement) de Zhao, l’ancien numéro un du Parti communiste décédé il y a quatre ans et véritable auteur du miracle économique chinois qui s’était alors opposé à la répression du mouvement étudiant et l’avait payé au prix fort, finissant sa vie en résidence surveillée …

Tiananmen : les émouvants Mémoires de Zhao Ziyang
Arnaud de La Grange
Le Figaro
15/05/2009

Du fond de sa tombe, Zhao Ziyang vient une fois de plus tirer la manche des dirigeants chinois. À trois semaines du XXe anniversaire de Tiananmen, l’annonce de la publication des Mémoires inédits du patron du Parti communiste évincé à l’époque est un joli lever de rideau. L’ancien numéro un du parti s’était opposé à la répression du mouvement étudiant de 1989.

L’histoire même de ces Mémoires est un roman. Après avoir été évincé de la direction communiste, Zhao avait été placé en résidence surveillée pendant quinze ans, jusqu’à sa mort à Pékin le 17 janvier 2005. Le livre est le fruit d’une trentaine d’heures d’enregistrement réalisé en secret, les cassettes étant ensuite transmises clandestinement à trois de ses proches et sorties aussi discrètement du pays. Le document va être publié ce mois-ci en anglais, sous le titre Prisonnier de l’État, par la maison d’édition Simon & Schuster. Pour la version chinoise, cela reste une affaire de famille. C’est le fils de Bao Tong, ancien bras droit de Zhao Ziyang, qui a passé sept ans en prison après 1989, qui va publier l’ouvrage à Hongkong.

Selon Bao Pu, qui dirige la maison d’édition New Century Press, Zhao n’avait pas laissé d’instructions mais voulait donner sa version des faits pour contester l’histoire officielle.

Témoigner pour l’histoire

De fait, Zhao Ziyang bat en brèche la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une « bande de gangsters ». Dans son récit, on peut lire : « J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. »

Après d’âpres débats et autant d’atermoiements, tout se joue le 18 mai, quand est prise la décision d’imposer la loi martiale. Zhao s’y refuse. « Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants », écrit-il.

La suite se lit sur un film émouvant. On se souvient de ces incroyables images où l’on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s’excuse, devant les caméras. « Nous sommes venus trop tard », finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. « J’étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j’ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n’avait pu être évitée. »

Mais Zhao ne témoigne pas seulement pour l’histoire. Il voulait aussi passer son message pour l’avenir chinois, celui d’une transition progressive vers une démocratie à l’occidentale. « En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité, avance-t-il. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. » À plusieurs reprises cette année, des responsables chinois ont affirmé que cette évolution vers les pervers systèmes politiques occidentaux était hors sujet.

Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l’histoire apprise par les jeunes générations a été efficace.

Voir aussi:

Tiananmen: le brûlot posthume de Zhao Ziyang
Brice Pedroletti
Le Monde
16.05.09
Pékin Correspondance

Ce sont trente heures de monologues enregistrées en secret sur de vieilles cassettes audio pour enfants alors qu’il était en résidence surveillée, au début des années 2000. Les Mémoires posthumes de Zhao Ziyang, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, écarté du pouvoir lors des événements de Tiananmen – survenus en mai 1989, et que le gouvernement veut faire oublier – et mort en 2005, constituent un véritable brûlot politique.

L’ouvrage, Prisoner of the State : the Secret Journal of Zhao Ziyang (« Prisonnier de l’Etat : le journal secret de Zhao Ziyang »), a été mis en vente à Hongkong, en anglais, il y a quelques jours, en avant-première de sa sortie, mardi 19 mai, dans le reste du monde (Simon & Schuster éd.). Personne ne s’attendait à cette charge, à moins d’une semaine des vingt ans du massacre de Tiananmen, le 4 juin.

 » C’est très important, c’est la première fois qu’on a la version directe d’un acteur fondamental de ces événements. On n’avait jamais vu un dirigeant communiste chinois raconter de manière aussi directe ce qui s’est passé au sein du pouvoir, et parler aussi librement de ses collègues », réagit au téléphone, depuis Hongkong, Jean-Philippe Béja, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et spécialiste du mouvement démocratique chinois. L’ancien bras droit de Zhao Ziyang, Bao Tong, encore très surveillé à Pékin, a aidé à rassembler les éléments disséminés par Zhao Ziyang. Son fils Bao Pu est l’un des traducteurs de l’ouvrage à Hongkong.

Des internautes chinois ont, selon la presse hongkongaise, téléchargé des extraits sonores des paroles de l’ancien dirigeant, très peu connu des jeunes générations. Le livre écorne sérieusement le mythe de Deng Xiaoping (dirigeant de 1976 à 1997) comme architecte des réformes. Il fustige la lâcheté et l’incompétence de Li Peng et de Jiang Zemin, les partisans de la ligne dure et successeurs de Zhao Ziyang, et se termine sur un appel à l’instauration d’une démocratie parlementaire en Chine. Cela n’a pas encore suscité de réaction officielle en République populaire, où toute mention de l’ex-secrétaire général est taboue. Mais l’ouvrage renforce la lutte des acteurs, persécutés mais non moins actifs, du mouvement démocratique qui réclament une réforme du système politique.

Partisan d’un dialogue avec les étudiants dont les revendications étaient pour lui légitimes, Zhao Ziyang raconte les manoeuvres de Li Peng pour faire publier, en son absence, dans le Quotidien du peuple, le fameux éditorial du 26 avril, étiquetant comme  » troubles antiparti et antisocialistes » les rassemblements pacifiques sur la place Tiananmen. Un éditorial qui radicalisera les manifestants.

Le 17 mai, invité à se rendre chez Deng Xiaoping, Zhao Ziyang, alors numéro un du parti, découvre que celui-ci a rassemblé les membres du comité permanent du bureau politique. Le patriarche décidera de l’application de la loi martiale, qui ne fait même pas l’objet d’un vote, en violation des procédures internes du parti. « Ma mission historique était, semble-t-il, terminée… Je me suis dit alors que, quoi qu’il arriverait, je ne serais pas le secrétaire général qui donnerait l’ordre à l’armée de mener l’assaut contre les étudiants », écrit M. Zhao.

Les détails des luttes entre les factions réformistes et conservatrices autour de Deng Xiaoping lors des événements de 1989 avaient en grande partie été dévoilés par les documents officiels secrets exfiltrés à l’étranger et rassemblés dans l’ouvrage Tiananmen Papers (Les Archives de Tiananmen) par un mystérieux compilateur se faisant appelé Zhang Liang, en 2001. Les Mémoires de Zhao Ziyang les confirment.

« A part le fait qu’il n’y a pas eu de vote le 17 mai – ce qui de toute façon était déjà en soi une violation des procédures -, on retrouve le déroulement des événements au sein du parti. Ce qui va plus loin, c’est de voir confirmé combien Deng Xiaoping avait très peur de tout ce qui est réforme politique, et qu’il avait une sainte horreur de la libération bourgeoise. Alors qu’avait été longtemps véhiculée la thèse selon laquelle Deng avait été trompé par Li Peng et les conservateurs, et qu’il avait agi à cause de ça… », explique M. Béja, qui a préfacé et traduit en français Les Archives de Tiananmen.

Dans le récit qu’il fait de la période de l’ouverture économique, Zhao Ziyang, qui lança les premières réformes sur le terrain au Sichuan avant d’être nommé premier ministre par Deng Xiaoping en 1980, déboulonne le mythe du « petit timonier » comme architecte des réformes économiques. Même s’il reconnaît que celles-ci n’auraient pas pu se faire sans lui, Deng Xiaoping y apparaît comme un « parrain », arbitre des différentes tendances au sein du parti, alors que c’est Zhao Ziyang qui impulse la décollectivisation et met en place les réformes-clés de conversion à l’économie de marché.

Il fustige les manigances d’officiels aujourd’hui couronnés pour leur prétendue contribution au développement économique, alors qu’ils ont tout fait pour le contrer. Expédié aux oubliettes de l’histoire officielle, l’ancien numéro un du parti fait résonner, dans le silence assourdissant qui entoure aujourd’hui la question des réformes politiques en Chine, ses réflexions sur la démocratie et l’impérieuse nécessité pour Pékin de mettre en place une « démocratie parlementaire » s’il souhaite « maintenir une économie de marché saine ». Sans quoi, la Chine se retrouvera confrontée, comme les autres pays en développement, à « la commercialisation du pouvoir, à une corruption rampante, et à une polarisation de la société entre les riches et les pauvres ».

Voir enfin:

photo of munroAs a researcher in 1989 for Human Rights Watch in Beijing, Robin Munro witnessed first hand the weeks of pro-democracy demonstrations in the city and the People’s Liberation Army’s final assault on June 3-4. In this interview, he describes what he saw, the threat the Tiananmen protest movement posed for the Party and the symbolism of the young man who stood up to the tanks. Munro is a Hong Kong-based specialist on human rights in China. This is an edited transcript of interviews conducted on Nov. 11, 2005.

I think a common perception in the West among people at large is that the events of 1989 were just a student protest. Actually, the students did light the initial flame, but this soon became a mass protest all over the country.

Oh, absolutely. The students started the ’89 pro-democracy movement, and they played a magnificent role in inspiring ordinary citizens in Beijing, Shanghai, dozens of cities. They became icons to the general public, especially after they started their mass hunger strike in Tiananmen Square. … [At] the height of the hunger strike, every few minutes there was a hunger striker collapsing, and there were ambulances going in and out all the time down this emergency avenue. … [T]his spectacle of students starving themselves for the good of the nation, this scene of self-sacrifice, really touched the hearts of ordinary Beijing people, and they came out in the hundreds of thousands to show support for and solidarity with those students. They began to think of them as « our » students.

… Once all those ordinary Beijing residents, workers and others were out on the streets, then another momentum began. Those people began raising their own demands. They had their own class interests and complaints to raise, and then it snowballed, and every single sector of Chinese society came out overwhelmingly in support of the students and [began] to press their own demands. Those demands were pretty consistent across the board: It was freedom of speech, press freedom in particular, end to corruption and some kind of movement towards more democracy. … [T]his became a multi-class, across-the-board, national movement for democracy and greater freedom. …

… Every sector and interest group and strata of Chinese society was out there with their own banners, saying: « We are the Beijing journalists. We demand press freedom. We demand the right to tell the truth. » … Then you had the Beijing steelworkers out, saying, « We demand better working conditions, higher pay, an end to corruption in society. » All the groups were out there. It was a carnival of protest. So yes, it was very, very widespread. …

What were the ordinary people protesting?

… [T]he economy had run into real trouble in the couple of years before May ’89. Inflation was rampant. The cost of living was soaring. Meanwhile, workers’ wages were staying steady, and they were hurting economically. On top of that, there was intense anger and resentment at what was perceived to be just corruption within the Party. It’s almost ironic when we look back from our current vantage point some 16 years in the future, and what we see is that corruption then couldn’t hold a candle to the level of corruption that we have now all over the country.

It’s important to see it in context, because … the Mao era was still a very recent memory in 1989, and Mao did many things wrong, but one thing that he did do that had a lasting impact on the Chinese population is insist on egalitarianism. The official ideology was that everyone was equal. Of course, they weren’t in reality, but by and large, there were not big disparities of wealth and income and living standards. … [F]or ordinary Chinese people, your neighbor would not have a lot more money than you did. This belief in equality was still very strong at that time, so the amount of corruption that had emerged by the late ’80s really occasioned great resentment among ordinary Chinese people.

… [B]y giving all that emphasis to the students’ movement, in a sense they were kind of playing into the government’s hands, weren’t they?

Yes, I think it served the government’s interests to focus on the student dimension of this whole movement. Once the workers began to get involved, this was the Chinese Communist Party’s worst nightmare come to life. … They knew that as long as protest stayed with the students and/or the intelligentsia, they could handle it. What could the students or the intellectuals do? They could boycott classes. Intellectuals could stop writing. … [A]s long as it was mainly students and intellectuals, they felt that they could keep it under control.

What was surprising is that they allowed it to go on for so long. That, I think, signaled that there was division at the highest levels of the leadership over how to act. There was clearly a policy paralysis of some kind within the Chinese leadership. But once you had hundreds of thousands of workers and their families coming out — by the end of the week of [Soviet President Mikhail] Gorbachev’s visit, there were more than a million people in Tiananmen Square; that number of people is just astonishing when you’re in the middle of it — that, I think, is when the government really realized that this was out of its control.

The decision was made to end it by any means necessary, because once the workers were involved, they can actually shut down the economy. It’s as simple as that. …

You gave me moving descriptions of the protests you saw during your walks around this city, the peacefulness of the popular demonstration and the new spirit among Beijingers. Can you tell us about that?

This was in a way the most extraordinary thing. … [T]he whole tone and ambience of the protests was, first of all, absolutely peaceful. I am not aware of any violence that occurred throughout those several weeks of protest from the demonstrators’ side. The second was a sense of extraordinary civic responsibility that people in Beijing at all levels of society consciously displayed. You talked to them, and they’d tell you: « We have a great responsibility here. We must not allow our peaceful pro-democracy movement to turn into disorder, chaos, violence of any kind. »

People were on their best behavior, but also [they had] the feeling of being engaged in this totally unprecedented enterprise for China. The sense of empowerment they had was very much coupled with a deep sense of responsibility, so they were determined that nothing would upset the apple cart. …

If you had seen between 1 million and 2 million people out on the streets in almost any other capital in the world, it would have inevitably led to genuine violence, disorder. There would have been clashes with police. Hot-headed people would have prevailed. It would have unraveled quickly. But nothing of that nature happened in Beijing. They were immensely disciplined and most impressive. …

Why did the government use overwhelming force to quell the protest?

Well, I think on the decision to impose martial law, from what we know now, was probably several weeks before May 19, when Deng Xiaoping met with military leaders from around the country. … [H]is goal there was to make military leaders from every part of the country sign off on the coming crackdown. Everyone was to be involved so no one could criticize it later. They were all to share the responsibility.

When they sent in 300,000 troops, … I believe the government and the Party leadership had no doubt that they would prevail at that time. The thought that huge numbers of citizens, including old ladies, old gentlemen, would come out and lie down in front of the tanks never occurred to them. Really, it was beyond their political experience. No one had ever done this kind of thing in China before. …

This changed the whole equation entirely for the Chinese leadership. They had, from what had been a peaceful protest movement, they now had a civil resistance movement under way, showing all signs of being utterly determined to resist martial law, and they prevailed. The people prevailed. There was no martial law imposed that night and not for the next two weeks, until the night of the massacre. …

But can you describe how they blocked the army?

Oh, they just came out in human-wave tactics and just stood in front of the advancing tanks. I remember the following day I went down to the southwest of the city, where a major highway came into the city, and that had been one of the main points of advance for the army the night before. The scene that greeted my eyes was just unbelievable. I could see for about a mile in the distance, endless series of tanks and APCs [armored personnel carriers] and troop transport trucks simply standing there. All lanes on the highway going as far back as the eye could see [were] completely surrounded by tens of thousands of people, citizens blocking them in the front and by the sides. … Young women, middle-aged housewives, elderly retired workers were coming out, climbing onto the troop trucks where the PLA [People’s Liberation Army] soldiers were sitting with their steel helmets and AK-47s. … Probably millions of Beijing citizens took to the streets that night, put themselves physically in front of those tanks and said: « We’re staying. You’re not coming in. Sorry, this is our city. Go back where you came from. You’re not needed. There’s no chaos. Leave us alone. » … This went on for days and days.

Eventually, after a few days, the troops withdrew to temporary barracks in the suburbs of the city, … and the police stopped coming onto the streets of Beijing. There was effectively no civilian authority imposed for those two weeks, and this makes it all the more extraordinary that crime didn’t suddenly escalate, that there wasn’t violence, that there wasn’t disorder or anarchy of any kind during those two weeks. The sense of civic responsibility just got stronger, because « [Without] the government controlling us through police and troops on the street, our duty is even greater now to be restrained, reasonable, peaceful. »

… Can you describe that what happened on the night of June 3 and [the morning of the] 4th out there and your personal experiences?

I was an observer for Human Rights Watch in Beijing at that time. I arrived in Beijing on May 13, which was the day when the mass hunger strike started in the square. After June Fourth, I interviewed many eyewitnesses who had been in different parts of the city on that night. I was in the square itself that night myself, throughout the night. … Basically, there was a one-sided pitched battle waged by the PLA all the way from the western suburbs several miles through the city until they finally, several hours later, at about 1:30 a.m., began to actually arrive at Tiananmen Square, which was ground zero. …

I arrived at Tiananmen Square just after 1:00 a.m. on June Fourth. … There were people running out from all directions, and I could see this massive blaze of flame up in the northeast corner of the square from hundreds of yards away. … I went up, and I could see this was an armored personnel carrier that had been set on fire and tremendous heat and flames coming up all from it. The whole sky was illuminated with this. …

On the Monument [to the People’s Heroes] itself, there was a determined band of students who had remained. [It was] very difficult to estimate how many — there could have been 1,000 or there could have been more — but the whole monument was covered in students on all the different levels, just sitting there. I went up to talk to them. Many of them were writing wills. They knew the end was coming. They were convinced that this was it, and I was so impressed at their resolve in the face of this Armageddon force that was descending on them. They were simply sitting there, determined to make their point and to go ahead and make history that night. It was just stunning, so impressive. …

[W]e all — everyone in that square — really thought that all hell was about to break loose and that the troops were going to fire. … [B]ecause I was the human rights observer, I was supposed to see what happened and record it, so I decided I would try to find a vantage point where I would be able to see what was happening without being in the direct line of fire. I decided I would go up to the top of the History Museum steps. To my horror, when I turned round, … I saw this horrifying sight of literally thousands and thousands of PLA troops occupying every spare square inch on the steps. … [T]he massive steps of the Great Hall of the People were covered with this human sea of troops, just stationed there. There were tens and tens of thousands of them, so you had that on both sides. And up in the north under the Mao portrait, Tiananmen Gate, were just increasing numbers of military hardware, tanks, APCs all facing down. …

… [At] about 4:15 in the morning, suddenly all of the lights in the square went out — pitch, pitch dark. This was very frightening. … We knew that the troops had orders to clear the square by dawn — that was the deadline. Dawn was approaching. Dawn came at 5:00 a.m. in Beijing. … We could hear a lot of noise; there seemed to be a clattering of boots over on the west of the square. … I thought, this is it; this must be the signal. They’re going to start the attack now; they’re going to start firing. … [B]ut, in fact, nothing happened.

After about 10 minutes, the lights came on again, but not the normal lights of the square. They stayed off. Instead, they put on the special display lights that lit up the Great Hall of the People from the front, which was an extraordinary sight. … It was like this Gotterdammerung [« Twilight of the Gods »] effect of this vast cavernous Great Hall of the People, lit-up floodlights and smoke rising all around. At that point, we could see that thousands and thousands of troops were running out of the Great Hall of the People onto to the steps and deploying … in the front of the Monument to the People’s Heroes. It was clear that this was the crunch time. [For] the students, this was their last chance to get out. …

Several older intellectuals — there had been four of them who had been staging a hunger strike on the top of the monument starting on June 2 — they took the initiative. They took up the loudspeaker, the microphone, and announced over the student PA, « Look, » they said, « we have to leave now; otherwise we’re all going to be killed needlessly. There will be a terrible bloodshed in the square unless we leave now. The sacrifice will be pointless. » They said, « We should preserve our revolutionary forces and not be squandering them here. »

Then one of them proposed a vote. … A voice vote was taken, and … we couldn’t actually make out which of the shouts was louder, but it didn’t matter, because the guy with the microphone announced that the democratic decision had been to evacuate, and sure enough, within a few minutes, people started getting up off the monument. They … started filing out. The column was about five, six, seven people across, gradually formed, and they began walking away from the square. … I’ll never forget those faces, those young people’s faces. They were walking out with their heads held high. They’d finessed their retreat from the square so well. They’d performed so bravely, and finally … they’d made the right decision. There would have been no point in staying there. Everybody would have been killed. …

… The students’ decision to peacefully evacuate the square minutes before the final assault was definitely going to come, was a triumph of rationality over violence. It was a triumph of political wisdom and sanity over what was, on the government’s side, panic, fear, cowardice in mobilizing an army against an unarmed citizenry. … The future prevailed in the sense of those students who walked out of the square and said: « We’ve made our point. OK, you have the tanks. We’re not going to let you kill us pointlessly. »

The theater of the massacre was, by and large, elsewhere. It was the rest of the city, and that was where the Beijing citizens fought and died to protect their students, and also to protect the sense of civic pride and consciousness they themselves had developed in those crucial few weeks leading up to that.

… Reports in the week after June Fourth stated that troops had assaulted the monument about 4:30 a.m. and massacred all the students on the monument, saying that thousands of students had been shot down in cold blood. That didn’t happen, and had it happened, I wouldn’t be here today — as simple as that. …

Can I talk to you about the young man who stood in front of the tanks? I think it’s clear from most people’s accounts that he wasn’t a student; he was another ordinary Beijinger. He may have been an office worker; he may have been a factory worker. But seeing him as a symbol for those citizens you’ve talked about, who showed that courage and dignity, does that have any value to you, judging it in that way?

Yes. In a sense, it could have been anyone who went up there and played this almost mythic, symbolic role of simply saying no to the PLA. … It could have been anyone, but he did it. He did this extraordinary heroic act of standing in front of a column of tanks, no one around him. He was all on his own with his shopping bag in his hand. He stood there and wouldn’t move. He climbed on top of the tank, banged on the lid, said: « Get out of my city. … You’re not wanted here. » He spoke for the Beijing people, who had fought this magnificent campaign of civic, peaceful resistance for weeks against all the odds.

From the footage we have and the pictures we have, he didn’t look at all like a student. He looked like someone on his way to work or who had just knocked off and was on his way home, doing the shopping on the way home. In a sense, he stood for the ordinary people. The symbolism of what he did was overwhelmingly clear. … Before June Fourth, you had millions of people all over China, in the cities, up in the streets, peacefully demanding more rights, freedom, democracy, press freedom, end to corruption. After June Fourth, what did you have? You had one man, one sacrificial figure almost, who took it on himself to speak for everyone else who had been silenced by that time.

What does it say about China, the system, that we don’t have a clue about who he is?

Oh, it speaks volumes about the system. … This lies at the heart of the Communist enterprise in China: control of knowledge; control of information; the official version of what happened, which must be endlessly worked on by historians and hacks to get just the right message to justify the Party’s continued monopoly on power. The facts have to be bent so that the story can be totally rewritten. …

Most Chinese people have no idea that this incident even happened. It did not appear on Chinese television, needless to say. Foreign footage was censored. Pictures were cut out of any newspapers that came into the country that had this figure of the man in front of the tanks. … They’re robbed of their own history, of their own political symbolism as a people, [of] acts like this, and it’s because of the obsessive, seamless control of information that the Communist Party has evolved over the decades. …

… It’s quite extraordinary, though, that even after the market reforms, the freeing up of the economy, the great proliferation of the media that you now have in China, the commercialization of the press — still, even with all that ferment going on, the key political issues in which no debate is allowed are still completely defined and crafted by the Party to suit its purposes.

Inconvenient facts, or facts which totally undermine that official version, are excluded totally. They can still do that. They still have the means and the determination to do that on key issues that strike at the heart of the myth of the Communist Party’s right to rule China indefinitely, without elections. …

… Walking around Beijing, looking at the faces of ordinary Beijingers, what does it do to you, psychically, to have been through an experience like this — to have had an army double the size of the army that the Americans sent into Iraq occupying your city, deaths, and [you’re] not allowed to speak about it?

… I think it’s deeply painful for countless Beijing citizens and residents even today. What they experienced in May ’89 was, for the first time, a real sense of civic pride, civic responsibility and a feeling that their efforts would contribute to a better China. There was great sincerity and commitment on the part of the average person in Beijing at that time.

After the massacre, the enforced prohibition on any discussion of it, no challenge allowed to what the government did that night, no debate — that has induced deep cynicism among those same people who were active participants in the May ’89 movement towards the realm of politics as a whole. They have been beaten back. Once again, the message has been driven home that they have no role in politics. They’re not wanted. None of their business! Stay out!

They’ve gotten the message. They’re now deeply cynical about anything like that. Those aspirations have been crushed, and all that’s left is what the Party is now offering them, which is the chance to make more money, if they’re lucky. Who wouldn’t take up that offer if it’s all that’s on offer? We all would. It’s all that’s left is just to just think of your own life, your own family, getting ahead in life, making more money. Just don’t even think of entering into the big debate about China’s future and political reform. …

It doesn’t surprise you that for today’s students at Beijing University [also called Peking University], the picture of him was absolutely meaningless?

… I think it’s terribly tragic that Beijing University students who were at the forefront of the May ’89 democracy movement, … that several generations of students later have no conception of what happened, don’t even know that this incident of the man in front of the tanks ever happened. It tells us the depth extent of the government’s monopoly over truth and knowledge in China. …

The first article claiming to identify him appeared in the Sunday Express giving him the name Wang Wei Lin. Later, the London Evening Standard said that it had hard evidence that he’d been executed. You were very skeptical of these reports. Why?

Well, my job was as a China human rights researcher, working both for Amnesty International and then at that time for Human Rights Watch, to get the facts, [and] if I could, to get names of detainees, find out how long prison terms they’d been sentenced to. After June Fourth, … I followed the paper trail of the reports that appeared in the Western press, naming him as Wang Wei Lin, the reports that he’d been executed.

… So I talked to one of the journalists from Britain who had published that story naming him and saying he had been executed, and I interviewed him. By the end of the interview, I had a very clear sense that actually this man’s sources were not reliable. … I just concluded at the end of that investigation that we actually had no idea of what that man was called, what his real name was, and we had even less idea of what had happened to him. He’d simply disappeared. … He may have been executed, but those reports were not based on information that I thought stood up to examination. So we were left with just a huge question mark over that man. …

But we know what he stood for.

We know what he stood for. … [H]e didn’t need to have a name. He spoke for the masses, the many who had been silenced on June Fourth. He was all of them, you know. He didn’t need a name, because the point he made, everyone got it. Everyone heard it. It will endure long after this regime has become history. …

But there’s another dimension that’s important: [It’s] that the government allowed that slaughter of the ordinary Beijing people citizens to take place. It could have said no. It could have stopped it, could have pulled back from the brink. It didn’t, and I think there we see a very ruthless determination on the government’s part. … The tactics of overwhelming force that were used had a point. They were meant to shock, terrify and awe, and they did. Terror works. The crackdown of June ’89, combined several years later with the sudden inauguration of the market economy and Chinese-style capitalism — I mean, how bizarre that a Communist Party which has spent decades trying to fight capitalism should suddenly turn to capitalism as its savior! There was a point to that. This was meant to buy … the Communist Party a new lease on life on the one hand, intimidate opposition for a generation on the other hand, and give the people bread and circuses. The deal is there must be no challenge to one-party rule. That’s the terms of today’s China. That’s the deal, and that’s what we still have. …


Economie: La face cachée du modèle français (Vive la différence, but for how long and at what cost?)

19 mai, 2009
Sarkozy (The Economist)Les points forts qui donnent plus de résistance à l’Europe continentale en temps de récession, pourraient se transformer en faiblesses dans le rebond. Car il y a un prix à payer pour plus de sécurité et plus de protection de l’emploi : moins de souplesse et d’innovation qui signifient, à plus long terme, moins de croissance. (…) Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pourraient sortir de la récession plus vite que la majeure partie de l’Europe continentale. The Economist

Douce ironie, vue d’outre-Manche, d’un étatiste aussi incorrigible que Sarkozy perçu en France comme le plus sauvage des hyper-libéraux!

Recul du PIB de 3 % contre 4,1 % en Grande-Bretagne, 4,4 % en Italie et 5,6 % en Allemagne (car dépendant moins des exportations, augmentation de la consommation des ménages (grâce aux primes de l’Etat ?), déficit de 6,2 % du PIB contre 13,6 % pour les Etats-Unis et 9,8 % pour la Grande-Bretagne, forte épargne et faible endettement des ménages (inférieur de moitié à celui de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis), salaires des patrons qui n’ont rien d’extravagant et inégalités plus faibles qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, 21 % de tous les employés dans le secteur public, 49 % des actifs ou retraités que modérément vulnérables à la récession, couverture maladie universelle tout en préservant la relative bonne santé de la population pour un coût par personne moitié moindre qu’outre-Atlantique et avec des délais d’attente pour accéder aux soins moins longs qu’en Grande-Bretagne, planification à long terme des infrastructures publiques (TGV, RER), écoles d’ingénieurs, de commerce et d’administration publique de stature mondiale, obsession de la réglementation (nombre d’officines que peut posséder un pharmacien, taxis de Paris, jours où les camions peuvent parcourir les routes de France, périodicité des soldes (deux fois par an, aux dates fixées par les autorités), grandes banques mieux sorties de la crise que leurs homologues britanniques ou américaines, prêts avec bien plus de prudence, dette hypothécaire que 35 % du PIB contre 48% pour l’Allemagne, 78% pour le Royaume-Uni, 75 % pour l’Irlande et 62 % pour l’Espagne …

Intéressante traduction, dans Courrier international et après les récents éloges d’une certaine presse américaine, d’un article à première vue très favorable sur l’économie française de l’hebdomadaire britannique The Economist qui, en bon porte-drapeau de l’hyper-libéralisme, avait soutenu Kerry puis Sarkozy et Obama …

Et conclue néanmoins que si le dirigisme permet d’amortir les effets des crises, il se paie en réalité par une économie moins dynamique et moins innovante (croissance faible et taux de chômage élevé).

Ainsi en fait qu’un système à deux vitesses entre emplois stables et protégés et emplois précaires et chômage, ou, pour l’enseignement, entre des grandes écoles réputées pour une toute petite élite et des universités de second choix pour les masses …

Et si les Français avaient raison…
Courrier International
14/19 Mai 2009

Il y a encore quelques mois, le “modèle français” était moqué, voire méprisé. Trop interventionniste et trop protecteur. Aujourd’hui, et pour les mêmes raisons, le très libéral The Economist lui trouve beaucoup de qualités.

Flatteuse pour la France, la une de The Economist, titrée “La nouvelle hiérarchie européenne”, vient après une série d’articles parus dans la presse anglo-saxonne sur le sujet. Le premier à avoir tiré, en septembre 2008, est le magazine américain Time, dans un article très commenté intitulé “Comment nous sommes devenus les Etats-Unis de France”. La thèse était simple : les méthodes employées par l’administration américaine pour contenir la crise ressemblaient à s’y méprendre à celles de notre bon vieil Etat colbertiste. Newsweek remettait le sujet à l’ordre du jour en janvier dernier, avec un long article sur notre pays intitulé : “Le dernier modèle encore debout est le modèle français”. Entre-temps, même le prestigieux New York Times s’est interrogé sur le “modèle français”, qui sous-tendrait les premières décisions de l’administration Obama. Ces dernières années, avant le krach financier, ce que l’on définissait vaguement comme le modèle français était l’objet de critiques acharnées. On lui reprochait essentiellement de ne pas parvenir à créer suffisamment de croissance et d’emplois. Parmi ses détracteurs, on trouvait non seulement les Anglo-Saxons, mais aussi Nicolas Sarkozy en personne. Or il se trouve que l’économie française a été moins durement touchée que bien d’autres. D’après le FMI, son PIB devrait reculer de 3 % cette année, alors qu’il plongera de 4,1 % en Grande-Bretagne, de 4,4 % en Italie et de 5,6 % en Allemagne.

La France dépend moins des exportations que l’Allemagne, et la consommation des ménages a même augmenté au premier trimestre de 2009, par rapport à la même période l’an dernier. L’Etat, d’ordinaire dénoncé pour ses libéralités, devrait pourtant afficher un déficit (6,2 % du PIB) nettement inférieur à celui des Etats-Unis (13,6 %) et de la Grande-Bretagne (9,8 %). Les Français épargnent beaucoup, et la plupart n’ont pas souscrit de crédits immobiliers qu’ils ne pouvaient honorer, ni trop dépensé à crédit. L’endettement des ménages, en France, est inférieur de moitié à celui de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Pour l’heure, Paris n’a pas encore eu besoin de sauver ses grandes banques du naufrage et encore moins de les nationaliser.

Si les primes que touchent les dirigeants d’entreprises qui licencient soulèvent un tollé, les salaires des patrons français n’ont rien d’extravagant, et le fossé qui sépare les 10 % de la population active les mieux payés des 10 % les moins bien rémunérés est bien moins large qu’en Grande-Bretagne ou qu’aux Etats-Unis. A vrai dire, pris entre l’autosatisfaction et l’amusement, les Français contemplent ces Anglo-Saxons qui de plus en plus, se mettent à franciser leur discours. Mais au-delà des lieux communs, en quoi exactement consiste le modèle français ? Fonctionne-t-il vraiment ? Alors que les gouvernements s’efforcent de trouver l’équilibre idéal entre le marché et l’Etat, les Français auraient-ils la solution, eux ?

Le plateau de Picardie, dans le nord du pays, a été aussi durement frappé par la récession planétaire que n’importe quelle autre région. Les ouvriers de Continental, un fabricant de pneumatiques, ont saccagé il y a peu les bureaux de la sous-préfecture de l’Oise, à Compiègne, au moment où la justice a confirmé la fermeture d’une usine à Clairoix, entraînant la perte de 1 120 emplois – un coup terrible pour les salariés, qui avaient accepté de travailler plus longtemps si l’employeur s’engageait à maintenir le site en activité. Non loin de là, à Beauvais, Bosch a fermé son usine l’an dernier, mettant 240 personnes au chômage. Aujourd’hui, la ville s’inquiète de l’avenir d’une usine qui produit des éponges.

Pourtant, à l’heure du déjeuner par une chaude journée de printemps, les tables des cafés dans les rues pavées du centre de Beauvais, près de la cathédrale corsetée d’échafaudages, sont toutes occupées. Les massifs de fleurs municipaux, où des lupins bleutés côtoient des choux ornementaux, sont luxuriants et soigneusement entretenus. Le parking de l’hypermarché du coin est bondé. La circulation reste dense aux alentours de l’aéroport, un employeur important, fréquenté par des compagnies à bas prix. Et les usines d’électronique et de parfum s’en sortent bien. “Ce n’est pas une ville riche”, reconnaît Caroline Cayeux, le maire de centre droit. “Mais, grâce au système social français, les gens peuvent garder la tête hors de l’eau.” Beauvais, préfecture du département de l’Oise, est un exemple de la façon dont le système social français (et ses principes égalitaires) amortit l’impact de la récession. Près de la moitié des Beauvaisiens vivent dans des logements sociaux. La mairie elle-même fournit de nombreux emplois : ainsi, quelque 130 jardiniers s’occupent des massifs tout au long de l’année, ils bêchent, plantent et désherbent. Elle distribue également des aides directes de toutes sortes aux familles, des subventions pour les vacances des enfants ou encore pour les activités extrascolaires. La municipalité a par ailleurs mis au point un programme spécial pour les 4 500 “travailleurs démunis” qui ne sont pas pris en charge par les autres filets de sécurité du système social national.

La France adore planifier, souvent pour le meilleur

Dans toute la France, 5,2 millions de salariés, soit 21 % de tous les employés, travaillent dans le secteur public. Si l’on compte ceux dont les emplois ou les revenus ne sont pas exposés au cycle économique, 49 % des actifs ou des retraités ne sont, en France, que modérément vulnérables à la récession, à en croire Xerfi, une entreprise spécialisée dans les études de marché. A cela s’ajoutent plusieurs niveaux de protection sociale, dont des allocations chômage, qui peuvent représenter jusqu’à 75 % du dernier salaire perçu, et des aides directes aux familles, comme la prime de 889,72 euros versée pour une naissance [sous condition de ressources]. On comprend donc que les Français soient relativement à l’abri des aléas du marché.

Qui plus est, le système français de santé réussit à garantir une couverture maladie universelle tout en préservant la relative bonne santé de la population, et ce pour un coût par personne moitié moindre qu’outre-Atlantique et avec des délais d’attente pour accéder aux soins moins longs qu’en Grande-Bretagne. Après contrôle des ressources, l’Etat prend en charge les personnes qui ne peuvent pas se payer une mutuelle, nécessaire pour compléter les remboursements de la Sécurité sociale.

Mais au cœur du modèle français se trouve l’interventionnisme de l’Etat, qui amortit les chocs pour les citoyens, redistribue les richesses et stimule la demande en cas de coup dur. Mais l’Etat remplit également deux autres fonctions, la planification et la réglementation. La planification à long terme des infrastructures publiques constitue le plus bel exemple de ce qui fonctionne à merveille. L’inauguration de la première ligne de métro express interurbain de Londres, le Crossrail, est prévue en 2017, alors que Paris peut se vanter d’avoir un réseau de cinq lignes de RER, dont la première a été mise en service à la fin des années 60. Le Président Sarkozy vient de dévoiler la prochaine étape : un projet décennal de métro automatique qui ferait le tour de la capitale en passant par les communes de banlieue et qui relierait les grands aéroports. Le réseau actuel de TGV, dont la réalisation fut lancée en 1974, sous la présidence de Georges Pompidou, continue de s’étendre. Avec des vitesses moyennes de 300 kilomètres à l’heure, le train est une solution de rechange viable et écologique, par rapport au transport aérien et routier.

La planification stratégique à la française ne se contente pas de prévoir les infrastructures à long terme, elle cherche aussi à créer la chaîne industrielle nécessaire pour les mener à bien. L’Etat a soit créé des entreprises (EDF, Areva), soit renfloué des sociétés privées en difficulté (Alstom, le constructeur des rames du TGV), de manière à ne pas interrompre l’approvisionnement. Et cette planification concerne également l’enseignement. La France possède des écoles d’ingénieurs, de commerce et d’administration publique de stature mondiale, les fameuses « grandes écoles » chargées de former les élites techniquement compétentes pour diriger ces firmes. Ce n’est pas un hasard si les patrons d’EDF (Pierre Gardonneix), d’Alsthom (Patrick Kron) et d’Areva (Anne Lauvargeon) sont tous diplomés des grandes écoles scientifiques.

Tout réglementer, une utile obsession hexagonale

La tendance à tout contrôler, à la base du modèle français, se reflète également dans la troisième fonction de l’Etat, celle de réglementer. Les Français sont les rois de la réglementation. Il en existe sur le nombre d’officines que peut posséder un pharmacien (une) comme sur celui des taxis circulant dans les rues de Paris (15 300) ; sur les jours où les camions peuvent parcourir les routes de France (jamais le dimanche) ou sur la périodicité des soldes (deux fois par an, aux dates fixées par les autorités). Certaines règles paraissent incongrues. Mais dans le secteur financier, la manie française de légiférer s’est révélée salutaire en ces temps de crise.

Les grandes banques françaises ont sans doute perdu beaucoup d’argent, mais elles s’en sont certainement mieux sorties que leurs homologues britanniques ou américaines, et la plupart restent même bénéficiaires. Pour le marché du crédit immobilier, par exemple, les banques françaises ont accordé des prêts avec bien plus de prudence. En 2007, la dette hypothécaire n’a représenté que 35 % du PIB, selon la Fédération hypothécaire européenne, moins que l’Allemagne (48%) et très loin derrière les chiffres enregistrés dans les « économies de bulle » comme le Royaume-Uni (78%), l’Irlande (75 %) et l’Espagne (62 %). Certes, les prix de l’immobilier se sont envolés. Mais la Banque de France impute cette hausse autant à la croissance démographique, à l’augmentation des revenus réels disponibles, et à la pénurie de logements qu’à la spéculation.

Si le modèle français est parvenu à protéger l’essentiel de sa population des excès du marché tout en préservant une demande forte, en maintenant les inégalités à un niveau acceptable et en continuant d’entretenir ses bâtiments et ses massifs fleuris, faut-il en déduire qu’il marche ? La réponse à cette question est à chercher dans des performances macroéconomiques généralement médiocres – croissance faible et taux de chômage élevé –, également imputables au rôle de l’Etat français. L’Etat-providence impose de telles charges aux entreprises et aux contribuables pour financer le système de sécurité sociale qu’il décourage la création d’emplois. Si les Français affichent une meilleure productivité horaire que les Américains, c’est en partie parce qu’ils sont très peu nombreux à avoir un travail. Bon nombre de travailleurs alternent stages et emplois temporaires. Le responsable d’une chaîne de restauration rapide déclare qu’en France ses établissements emploient un tiers de salariés de moins qu’au Royaume-Uni.

L’université, l’exemple type d’un gâchis collectif

Le phénomène se traduit donc par une segmentation du marché du travail avec, d’une part, les emplois stables et protégés par les conventions professionnelles et, d’autre part, les emplois précaires, non protégés, et le chômage. Les jeunes sont tout particulièrement touchés : en France, le taux de chômage des moins de 25 ans se situe à 21 %. Dans les cités de banlieue, c’est le double. L’Etat planificateur a également ses faiblesses. Ainsi que le note un haut fonctionnaire, la culture industrielle colbertiste se prête mieux à l’organisation de grands projets qu’à faire remonter des idées de la base ou à gérer des marchés incertains. La France manque de start-up, et ses petites entreprises ont du mal à se développer. Presque toutes les grandes sociétés cotées à la Bourse de Paris ont été fondées il y a plus de cinquante ans.

L’impératif égalitaire n’est pas non plus nécessairement synonyme de qualité, comme le montrent les universités françaises. En réalité, le système d’enseignement supérieur a deux vitesses : les grandes écoles, internationalement renommées, forment une toute petite élite, tandis que les masses échouent dans les universités de second choix. Des réformes récentes ont commencé à introduire un début de concurrence entre établissements et pourraient aboutir à l’émergence de pôles d’excellence, mais, jusqu’à présent, la méfiance des Français envers toute forme de concurrence et de sélection s’est traduite par des amphithéâtres bondés, une surabondance d’étudiants en philosophie et en sciences sociales, et un fort taux d’abandon en cours d’année. Quant à l’Etat législateur, il a peut-être su protéger l’économie française d’une extrême instabilité, mais il n’est pas sans défauts non plus. Une économie plus stable en période de récession est également moins dynamique et moins innovante en phase d’expansion. En dépit de tous ses aspects positifs, le modèle français n’est donc pas encore assez flexible, car il rend la solidarité obligatoire sans susciter la croissance économique nécessaire à sa propre survie à long terme.


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