Cinéma: « Survivre avec les loups » est-il une supercherie? (Could Misha Defonseca be another Wilkomirski?)

31 janvier, 2008
Surviving with wolvesC’est grotesque (…) ce n’est pas vrai. Demandez-lui comment elle a traversé le Rhin, au milieu de la guerre, quand les SS gardaient les ponts aux deux extrémités. Trouvez l’Elbe sur une carte et demandez-lui comment une petite fille traverse un tel fleuve. Elle ne parle pas un mot d’allemand, elle est juive, mal habillée, et personne ne lui demande: ‘qui es-tu, petite fille?’
La vérité est importante en ce qui concerne l’Holocauste. J’ai passé des années à interroger des rescapés de l’Holocauste. Si les gens commencent à raconter des histoires, ça peut les faire douter de leurs propres souvenirs. Ca donne des munitions aux sceptiques, que chacun exagère. Mais ce n’est pas vrai. Lawrence L. Langer
Lorsque, ressurgie de son enfer, cette petite Cosette est soignée dans un centre d’accueil en 1945, une scène saisissante nous la montre nue et cheveux rasés par des infirmières qui veulent lui redonner visage humain, la débarrasser de sa crasse et de ses poux. Elle est alors, le temps d’un plan, transformée en déportée, une apparence cadavérique et infiniment plus pitoyable que celle, inusable malgré les plaies et l’épuisement, qu’elle arborait lorsqu’elle était au milieu des loups, figure fantômatique et spectrale de ce à quoi elle a échappé, ce que les juifs ont enduré. Jean-Luc Douin (Le Monde)
De ce périple fou de trois années, à travers l’Europe de la deuxième guerre mondiale, de ce retour à la vie sauvage d’une enfant incroyablement obstinée, Véra Belmont a fait un conte naturaliste sur quatre saisons. Superbes plans où Misha, la Petite Poucette rousse, lancée sur les routes par l’ogre nazi, se fond littéralement dans un tapis de feuilles automnales. Où cette survivante, trottant de sous-bois émeraude en plaines enneigées, hurle avec les loups. Guillemette Odicino (Télérama)

« Survivre avec les loups » n’est-il qu’un joli conte pour enfants?

Succès littéraire et bientôt cinématographique en Europe, fiasco et procès en Amérique …

Curieux destin que celui du récit de Misha Defonseca dont l’émouvante adaptation vient de sortir au cinéma (Véra Belmont) …

Et qui pourrait se révéler tout aussi incroyable que son histoire (un hallucinant périple de trois ans d’une petite fille juive russo-allemande, partie seule et à pied de sa Belgique natale à l’Ukraine, à la recherche de ses parents emportés dans une rafle) ……

Après les nombreuses histoires d’enfants sauvages qui se sont révélées des supercheries …

Mais aussi les fausses histoires de rescapés juifs comme celle il y a à peine dix ans du musicien suisse Binjamin Wilkomirski

Survivre avec les loups se révélera-t-il un jour, comme semblent le penser les grands spécialistes de l’histoire de la Shoah Raul Hillberg ou Lawrence L. Langer ou même un spécialiste des histoires d’enfants-loups comme Serge Aroles, une escroquerie?

Mais surtout, comme le rappelle très justement Langer, au moment où 70 ans après les faits les derniers survivants commencent à disparaitre et les négationnistes à reprendre du poil de la bête, la vérité n’est-elle pas importante et ne risque-t-on pas là de faire leur jeu, voire de faire douter de leur propre mémoire… les rescapés eux-mêmes?

Autant de questions qui de toute évidence n’inquiètent pas trop nos journalistes français puisque, du Monde au Figaro, ils ne prennent même pas la peine de les évoquer …

Suite : « Survivre avec les loups », une escroquerie selon Serge Aroles
Le 18 janvier 2008

A l’occasion de la sortie au cinéma ce mois-ci de « Survivre avec les loups », d’après le récit soi-disant autobiographique de Misha Defonseca, nous avons publié ce 10 janvier l’avis de Serge Aroles, auteur de « L’Enigme des enfants-loups ». Cet article suscite bien des réactions et commentaires.

Serge Aroles a posté aujourd’hui une nouvelle réponse dans le forum intitulée « Point final. Enfants-loups : entre naïfs et salauds ».

Lire le post de Serge Aroles du 18 janvier.

Article de Serge Aroles, 10 janvier 2008 :

Enfant-loup découvert en Russie (décembre 2007) et sortie du film « Survivre avec les loups »

Attendu que je suis chirurgien et le premier à avoir enquêté sur les enfants-loups en allant sur le terrain pour ouvrir les archives (seules souveraines pour connaître la vérité), un journaliste britannique m’a questionné à propos d’un enfant découvert, ce mois de décembre 2007,  » parmi des loups  » dans une lointaine aire de Sibérie. Ma réponse fut sans appel : l’examen des pieds de cet « enfant-loup » objective bien que ce pauvre garçon (déficient mental et vagabond) a toujours porté des chaussures !

On m’a aussi interrogé à propos de la sortie du film « Survivre avec les loups « , tiré du best seller de Misha Defonseca. A leurs détracteurs, l’auteur et ses défenseurs répondent que d’autres fillettes ont vécu avec les loups : les célèbres indiennes Amala et Kamala. Or, je suis le premier à avoir exhumé les archives relatives à cette célébrissime histoire d’enfant-loup (Inde, 1920), qui a été validée dans des milliers de publications sans que quiconque se fût rendu en Inde pour enquêter : il s’agit d’une escroquerie monumentale.

A la vérité, Kamala était une fillette déficiente mentale (affectée d’un syndrome de Rett) qu’un escroc, Singh, frappait à coups de bâton afin qu’elle marchât à quatre pattes devant ses visiteurs :  » Attention ! C’est la fille élevée par des loups ! Elle est féroce ! » Devant l’évidence des documents d’archives que j’ai exhumés, nombre d’enseignants et d’auteurs ont désormais totalement reconsidéré leurs cours ou leurs textes à ce sujet.

L’exubérante fiction de Misha Defonseca reprend tous les habituels clichés surréalistes, que la science et les archives ont détruit sans recours chaque fois que j’ai enquêté sur un cas d’enfant-loup : – cette fillette partage la vie d’une meute (6 adultes, 4 louveteaux), car elle se fait des compagnons lupins en modulant le hurlement du loup ; – ses dents (de 9 ans), oui, ses dents, non ses mains, déchirent la peau d’un lièvre et croquent les os du gibier (essayez donc, fût-ce même avec des dents d’adultes) ; – sa langue lape l’eau avec efficience (là encore, essayez donc) ; – elle apaise les loups mâles menaçants en se jetant  » aussitôt sur le dos  » et en geignant  » comme les louveteaux  » ; – ses blessures guérissent par la vertu de la salive (à la vérité : surinfectée !) de toute la meute venue lécher ses meurtrissures, etc., etc., etc.

Mais il est deux inventions de Misha Defonseca dont la démesure est inégalée ; deux fables que je n’ai jamais rencontrées dans un historique de sept siècles (1304 – 1954) :

– 1) lors d’un  » jour exceptionnel « , tous les loups de la meute partent chasser en lui laissant la garde des louveteaux, dont l’un même est blessé, ce qui, selon l’auteur, témoigne de la haute considération qu’ils avaient pour elle… ;

– 2) « Suvivre avec les loups « , page 162, édition de 1997 : lorsque, désormais membre de la meute, la fillette s’enhardit à faire pipi en levant la patte, elle se fait « disputer » par la louve dominante, qui lui « intime l’ordre de continuer à s’accroupir comme les autres femelles » pour faire pipi.

Paradoxalement, dans mon ouvrage sur ce sujet, j’ai donné une explication scientifique irréfutable au phénomène des enfants-loups : dans l’histoire de l’humanité, ce furent exclusivement des nourrissons recueillis par une louve solitaire en état de pseudogestation (« grossesse nerveuse »). La louve les allaite et les défend, mais leur espérance de vie est comptée ; ils ne seront jamais Mowgli.

Un cas présentant une certaine authenticité – un jeune garçon grièvement brûlé lors de l’enfumage de sa tanière, en 1872 – est contemporain de famines majeures : lors, en faisant expirer les parents par millions et en multipliant le nombre d’enfants en état d’abandon, des drames d’une telle ampleur, à l’exemple des guerres, ont favorisé cette potentialité, car l’adoption d’un nourrisson par une louve en état de pseudogestation est un accident statistique relevant de la loi des grands nombres.

Voyez la couverture de mon ouvrage : cet « enfant-loup » indien de 1954, qui n’est pas l’enfant idéalisé de la littérature et du cinéma (Mowgli, Victor du film de Truffaut, etc.), est décharné, hémiplégique, couvert de cicatrices, en grande souffrance…

Synopsis du film « Survivre avec les loups »

Une petite fille de 8 ans parcourt l’Europe nazie à la recherche de ses parents. Elle s’appelle Misha. Elle est juive. Son père et sa mère viennent d’être déportés. Elle ne sait qu’une seule chose : ils sont à l’est. A l’aide d’une simple petite boussole, elle quitte sa Belgique natale et rejoint l’Ukraine à pied, traversant l’Allemagne et la Pologne, dans l’espoir de les retrouver. Pour survivre, elle vole de la nourriture et des vêtements. Pour survivre, elle évite les hommes et leur violence. Pour survivre, elle intègre une meute de loups. Et devient l’une des leurs.

Incredible journey
From Misha Defonseca’s flight from Nazis to publication of her memoir, life has been a battle against the odds
David Mehegan

Globe Staff

October 31, 2001

IT’S an amazing story. But then, it’s often said, all Holocaust survivor stories are amazing.

It starts in autumn 1941. A Belgian Jewish girl, age 7, runs away from the family that took her in when her parents were arrested by the Germans. Determined to find her parents, she sets out on foot toward the east.

Over the next four years, she wanders through Germany, Poland, and Ukraine, turning south through Romania and the Balkans, hitching a boat to Italy, then walking back to Belgium via France.

For most of this time, the girl sleeps in forests and is, for weeks at a stretch, fed and protected by packs of friendly wolves. She joins bands of partisans, sneaks into and out of the Warsaw ghetto, witnesses the execution of children, kills a German soldier with a pocket knife, and finally has a happy reunion at war’s end with her Belgian foster grandfather.

That’s the story of Misha Levy Defonseca, 67, who today lives in Milford with her husband, two dogs, and 23 cats. Her book,  »Misha: A Memoire of the Holocaust Years, » was published in 1997 by tiny Mt. Ivy Press, owned by Jane Daniel of Gloucester.

The book drew high-profile endorsements by Leonard P. Zakim, late director of the New England Anti-Defamation League ( »a scary must-read for anyone interested in the Holocaust »); journalist/historian Padraig O’Malley; and Nobel laureate Elie Wiesel ( »very moving »).

Though it sold poorly in the United States,  »Misha » was a surprise bestseller in France and Italy, and aroused interest from Hollywood (Walt Disney) and TV’s Oprah Winfrey. But about a year after it was published, everything froze when Defonseca and coauthor Vera Lee sued the publisher for breach of contract, claiming they never got their share of overseas royalties and that the book was never properly marketed in America.

There was a long and bitter battle. Last summer, a Middlesex Superior Court jury found against the publisher, awarding Defonseca and Lee a total of $10.8 million. The legal quarrel has been complex and very public. And it’s not over — a judge must still review the appropriateness of the jury award.

Daniel, to this day, rejects all the allegations made by the authors.

BUT what has gone almost unobserved is the disquieting subtext of the tale: Can Defonseca’s story be believed?

Two renowned Holocaust scholars told the Globe they do not believe her story. They say it’s impossible for one child to have been everywhere she says she was, to have witnessed all she did.

Odder still, even her coauthor and publisher, while they consider her a remarkable woman with a compelling story, had their doubts. And they still do. Misha, however, remains adamant.  »This is fact, this is history, » she says.

The making of  »Misha » is almost as curious as the tale it tells. In the mid-1990s, Jane Daniel, then living in Newton, was doing public relations for  »Play It Again Video » of Needham, which makes keepsake tapes from family photos.

The owner’s most memorable customer was a woman who had ordered a two-hour video made about her late dog, Jimmy. The woman was Misha Defonseca.

When Daniel heard about Defonseca’s childhood odyssey, she smelled a book for her fledgling publishing business. She met with Defonseca and her husband, Maurice, to pitch the idea. Daniel says Defonseca was reluctant at first, but eventually warmed to the idea:  »First she said it would be very painful, » the publisher said in a telephone interview,  »and then she said she would like to do it for her son. »

Defonseca’s spoken English is clear (she and her husband came to the States in 1988), but she is no author — someone would have to help turn a collection of memories into a book. Daniel recruited her neighbor and longtime friend, Vera Lee.

A French specialist, Lee was a former professor of romance languages at Boston College and former director of Boston’s French Library. Like Defonseca, Lee says she was reluctant at first, but agreed after her friend  »said I was the only one she could trust. »

Lee and Defonseca set to work in 1995.  »We did a lot of talking, » Lee said during an interview at her home with her and Defonseca. Misha’s experiences had happened

 »over 50 years ago and she had some very vivid recollections of certain episodes and scenes, but naturally there were certain loopholes. I was trying to piece it together in a way that was as true to life as possible. In other word, there had to be transitions: She went to a country, we had to know how did she get to the next one? How did she do her traveling?

 »So I would write and bring it back to Misha and very often it would jog her memory. This was a child — she was not going to have an exact memory of every single thing that happened, yet you had to make a book. And it had to be true to Misha. »

Lee says she would write as many as three versions of a chapter, take them to Daniel, they would pore over them together, revise them further, then Lee would bring one back to Defonseca.

 »I speak French, » Defonseca says.  »Vera has a tape and she [makes] notes and I tell her the story. And then she brings me the manuscript, I correct and send it back to her. And for me it was a very difficult thing. I had no understanding that she had not been through [experiences such as] this. And for her it was difficult. »

Indeed, Lee says that listening to Defonseca’s story was often wrenching. To grasp it, she would try to experience things directly.  »At one point, [Misha] ate mud, » she says,  »and I went out and ate mud to see how it would taste. »

To imagine what it must have been like to climb a wall out of the Warsaw Ghetto, which the book describes,  »I was trying to climb this brick wall in front of my neighbor’s. I really wanted to understand what she was thinking. She wanted me to taste raw meat, which I did after she assured me it was from Bread and Circus. »
Differences of opinion

Daniel began to take a more active writing role, showing the result to Lee. Their disagreements grew. Lee says Daniel wanted the book longer and wanted more sentimental and emotional content. She says she wanted Misha to be in love with somebody, for there to be a romantic twist to the tale.

 »Misha objected to this, » Lee says,  »this wasn’t the way it was at all, but the publisher wanted this love interest. On every page, I would say ‘not Misha, not Misha,’ but she would keep it in. »

The friction came to a climax in 1996 when Daniel gave Lee a choice of being paid for what she had done thus far, or taking all of her work out of the book. Lee refused the choice and began to talk to a lawyer. Lee says Daniel tried to turn Defonseca against the coauthor, a complaint Daniel dismisses as petty.

What is not in dispute is that Daniel took over the writing and rewriting, and published the book with only Defonseca’s name on the cover. Daniel furiously denies all the allegations made by Lee and DeFonseca. She says she intervened in the manuscript to save the project. She maintained in court motions that the manuscript Lee turned in  »contained numerous historical errors … and the style of writing was too juvenile. »

It also came in late, and was much shorter than promised, she alleged. As for the claim that Mt. Ivy shortchanged Lee and Defonseca on royalties, she insists,  »The weight of the evidence does not support the jury’s findings. »

She said the handling of the overseas royalties conformed to standard publishing practices.  »There was not a dime that was not accounted for, » she said. That there was money to fence over at all is a tribute to the book’s remarkable overseas success.

Though Defonseca got TV and newspaper feature attention, the book got few if any American reviews. But Boston literary agent Ike Williams (then head of Boston’s Palmer & Dodge literary agency, since shifted to Hill & Barlow), representing Mt. Ivy, and Lee and Defonseca for foreign print and film rights, had good success overseas.

The French version, by Editions Laffont, sold more then 30,000 copies, and the Italian edition, published by Longanesi, sold more than 37,000. There were also Dutch and Japanese editions, and rights were sold to the German publisher Verlag [sic], though apparently the book never made it into print there.

Defonseca had a triumphant French tour, with readings and TV appearances.
Hollywood calls

Poor US sales notwithstanding — about 5,000 copies were sold — the outlook was bright for other media. Walt Disney studios paid for a six-month option on a movie, and there were feelers from other movie producers, including Universal Pictures and Henson Productions, as well as a French filmmaker, Marne Productions.

There was television: Defonseca was taped frolicking with wolves at Wolf Park, an Ipswich animal park, by a crew from Oprah Winfrey’s program. There were also inquiries from  »20/20 » and  »60 Minutes. »

When Defonseca and Lee filed suit in May 1998, this interest faded. The Winfrey segment never aired. The book,  »Misha: A Memoire of the Holocaust Years » is as real as those who created it and quarreled over it. But lost in the conflict is the question of whether the events it purports to narrate are fact or fiction.

The book was not unknown to Holocaust scholars, in addition to Wiesel, even before it appeared.

 »It’s preposterous, » says Lawrence L. Langer of Newton, author of numerous books on the Holocaust and considered by many the preeminent authority on survivor narratives. Langer says a woman — he can’t remember who — called him about  »Misha » to get his view of it.

 »She sketched the story and I said, ‘Don’t do it, »’ he recalls.  »She said, ‘Why not?’ I said, ‘because it isn’t true.’ I said, ‘Ask her how she crossed the Rhine, in the middle of the war, when the SS is guarding the bridges at both ends. Find the Elbe on a map and ask how a little girl goes across that river. She speaks no German, she’s Jewish, poorly dressed, and no one says, ‘Who are you, little girl?’ I said it’s a bad idea, don’t do it, it will prove an embarrassment. »

Daniel remembers sending the manuscript to Langer, but not the telephone call. Langer says he also discussed the story with Vermont-based historian Raul Hilberg, author of  »The Destruction of the European Jews, » and Hilberg also thought it impossible. Consulted by phone for this story, Hilberg reiterated his disbelief.

Boston University professor Wiesel, who blurbed the book, was in Israel as this story was written and efforts to reach him through his staff have been unsuccessful. During an interview with the Globe, Wiesel affirmed the truth of her story. Indeed, she said she had recorded it before.

She repeated the story in her book about how, when she was taken in by two single women after the war, she wrote an account of her odyssey, but the women did not believe it and forced her to burn it. However, she added that she had written it all down again in a diary that she began to keep in her teens. After the French version of her book appeared,  »the French book was so much my real story, the way I am, that I don’t need all these fragments and papers. I burned them in a ceremony because, for me, it was accomplished. »

Listening to this, Lee appeared to be surprised. When asked if she had used these diaries in preparing the book, she said,  »I didn’t know they existed. »

In fact, Lee herself was uneasy from the start, especially about Defonseca’s way of remembering — later — solutions to inconsistencies the interviewer would point out.  »There were doubts, » she says,  »but so much seemed credible that I couldn’t just throw doubt on the whole thing. »

Fact or fiction?

Still, she was worried enough to call an official (she can’t remember his name) of Facing History and Ourselves, the national organization that teaches the Holocaust and its lessons in schools. She recalls the official told her that if he were her,  »’I would not write that, because it’s impossible,’ and I went back to the publisher and said, ‘Do you see a problem?’ And she said, ‘Don’t worry. These are the memoirs of a child. »’

Daniel herself became nervous in 1999, when  »Fragments, » a prize-winning Holocaust memoir by Swiss musician Binjamin Wilkomirski, was proved to be a fake.  »It sent a shudder through the industry, » Daniel says.  »Up until then, publishers had never been called upon to vet their stories » to ensure their accuracy.

To be on the safe side, she put a defensive memo  »From the publisher » on the Mt. Ivy Web site. It listed several reasons why Defonseca’s story could be true, but then said,

 »Is Misha’s story fact or invention? Without hard evidence one way or the other, questions will always remain. »

Daniel now says,  »I have no idea whether it is true or not. My experience is that all Holocaust stories are far-fetched. All survivor stories are miracles. »

Holocaust historians, of course, believe it matters a great deal whether a memoir is true.  »Truth matters where the Holocaust is concerned, » Langer says.  »I have spent years interviewing Holocaust survivors. If people start making up stories, it may make [real witnesses] doubt their memories. It feeds ammunition to the skeptical: that everyone exaggerates. But that’s not true. »

Misha Defonseca makes a compelling impression, and does not sound like an untruthful person. Asked why she thinks people are skeptical of her story, she says,  »Because it is with animals. People are afraid of animals. »

She says she hopes that now that the court has returned all rights to the book to her and to Lee that she will win for it a new and larger American audience. She also still hopes for a movie deal, thinking that somehow her story will reconnect her with the family she lost so long ago.

 »If there is a movie, » she says,  »maybe someone can see it and say, ‘I know her parents. »’ Meanwhile, the other principals to this saga have moved on. Lee is working on a new book about American popular music. Daniel says she has lost faith in the legal system, and has no plans for new book projects.  »I am burned on publishing right now, » she says.  »I think I’m out of the book business. »


Diplomatie: Respecter le Rwanda, renouer avec la vérité (Looking back on Dr. Kouchner’s stranger and stranger Rwandan case)

30 janvier, 2008
Kouchner on whitewashing mission to Rwanda (Jan 2008)Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis)
Nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma. Mais bien sûr nous le démentirons si vous me citez dans la presse. Philippe Jehanne, correspondant de la DGSE, à l’historien Gérard Prunier, en plein génocide rwandais, le 19 mai 1994)
Malgré des « erreurs d’appréciation » dans notre politique, et notamment une « coopération militaire trop engagée » et une « sous-estimation du caractère autoritaire, ethnique et raciste du régime rwandais », la France et ses soldats n’ont en aucune manière incité, encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide et qui l’ont déclenché dans les jours qui ont suivi l’attentat. Bernard Kouchner (« Renouer avec le Rwanda, respecter la vérité », Le Figaro, le 25/1/08)
On nous dit qu’au Rwanda, la France aurait commis une “faute politique”. C’est trop ou trop peu. De quelle faute s’agit-il? Il faut l’expliquer! Aurions-nous, par exemple, pris systématiquement le parti d’un camp contre l’autre, des Hutus contre les Tutsis? C’est une contre-vérité. Pendant la période où j’ai conduit la diplomatie française (d’avril 1993 à mai 1995), nous avons fait tous les efforts possibles pour aider à la réconciliation des Rwandais. (…)  l’opération Turquoise (…) a parfaitement accompli la mission qui lui avait été assignée, dans les conditions de temps et de lieu prévues. La présence de l’armée française a permis de sauver des dizaines de milliers de vie et d’arrêter le flux de plusieurs millions de personnes qui fuyaient vers le Zaïre voisin (devenu République Démocratique du Congo). Son intervention est à l’honneur de la France. Dès lors, de quelle faute nous parle-t-on? (…) La diplomatie française ne devrait pas s’écarter de la voie de la vérité et de la dignité.  Alain Juppé (27.04.08)

Au lendemain de la commémoration de la fin du génocide juif

Retour sur un autre génocide

Et surtout la manière de plus en plus douteuse et pathétique (s’abritant derrière une largement partisane commission parlementaire et jouant sur les mots « faute politique »/ »responsabilité militaire ») dont notre ministre des Affaires étrangères, à l’occasion de sa visite du Rwanda il y a quelques jours, tente à nouveau de faire oublier cette vérité qu’il dit « respecter ».

A savoir la réalité, qu’en tant qu’émissaire de Mitterrand au Rwanda (sous un gouvernement de cohabitation dont faisaient partie Védrine et Juppé), il était bien placé pour connaître et qu’ont confirmée depuis nombre de témoins dont le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, le documentariste Jean-Christophe Klotz ou encore tout récemment le général Dallaire, de ce que le ministre des Affaires étrangères rwandais Charles Murigande résumait parfaitement ainsi:

Les Français ont armé les tueurs et ils les ont formés même lorsqu’ils disaient qu’ils allaient tuer les Toutsis, et la France a soutenu le régime génocidaire jusqu’à la fin, aidant même les tueurs à s’échapper. Pourquoi ? Parce qu’ils ont cette obsession des Anglo-Saxons.

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Fondements historiques du nazisme: C’est l’imitation, imbécile! (After Communism, Nazism and facism, Islamism and a certain kind of pan-Arabism in the Arab and Muslim worlds are really further branches of the same impulse)

29 janvier, 2008
anti-semitism-shakes-hands-with-islamism-e1268155172440Le communisme, c’est le nazisme, le mensonge en plus. Jean-François Revel
Parler de choc des civilisations, c’est dire que c’est la différence qui l’emporte. Alors que je crois, moi, que c’est l’identité des adversaires qui sous-tend leur affrontement. J’ai lu le livre de l’historien allemand Ernst Nolte, La guerre civile européenne, où il explique que, dans le choc des idéologies issues de la Première Guerre mondiale – communisme et nazisme –, l’Allemagne n’est pas la seule responsable. Mais le plus important est ceci : Nolte montre que l’URSS et le IIIe Reich ont été l’un pour l’autre un « modèle repoussoir ». Ce qui illustre la loi selon laquelle ce à quoi nous nous heurtons, c’est ce que nous imitons. Il est frappant qu’un historien pense les rapports d’inimitié en terme d’identité, en terme de copie. Ce que Nolte appelle le modèle repoussoir, c’est ce que la théorie mimétique appelle le modèle obstacle : dans la rivalité, celui qu’on prend pour modèle, on désire ce qu’il désire et par conséquent il devient obstacle. Le rapport mimétique conduit à imiter ses adversaires, tantôt dans les compliments, tantôt dans le conflit. (…) Les islamistes tentent de rallier tout un peuple de victimes et de frustrés dans un rapport mimétique à l’Occident. René Girard
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
Le 30 janvier 33, la foule n’a pas acclamé l’antisémite Hitler, mais bien plus celui qui allait diriger un nouveau gouvernement national. Les Allemands étaient avides de changement. Il s’agissait pour eux de se libérer du carcan du Traité de Versailles, de faire oublier la honte allemande. Il s’agissait de retrouver une certaine grandeur nationale et de se détacher des querelles entre partis démocratiques. Les Allemands ont acclamé Hitler, parce qu’ils voulaient un gouvernement fort, dirigé par une figure charismatique. Ils en avaient assez des beaux parleurs, ils voulaient des résultats tangibles. (…) La peur d’une révolution communiste, la peur d’une guerre civile, c’est cela qui a le plus aidé Hitler dans sa conquête du pouvoir. Wolfgang Benz (historien, spécialiste de la Shoah)
Le bolchevisme (…) avait la volonté de détruire tous les autres courants politiques. Par imitation, le national-socialisme voulait de même détruire ses ennemis. On retrouve cela aussi dans le fascisme italien. On devine dans tous ces cas le même tropisme destructeur, appliqué bien entendu avec des méthodes tout à fait différentes. L’Italie exilait ses ennemis sur des îles ; Hitler les tuait. (…) J’ai tenté de définir l’islamisme comme un mouvement réactionnaire symptomatique de l’histoire de la révolution libérale ou capitaliste. Le marxisme fut une première réaction. Il ne voulait pas accepter le mélange du bon et du mauvais inhérent au pragmatisme libéral. Le marxisme visait une perfection, un monde totalement moral et bon. Ernst Nolte

Au lendemain de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste (date de la libération du camp d’Auschwitz) …

Et à la veille du 75e anniversaire de la prise de pouvoir par les Nazis

Petit retour sur l’intéressante intuition d’Ernst Nolte (au-delà, comme le rappelait René Girard dans son dernier livre, de ses « a priori nationalistes ») du nazisme comme « réponse mimétique au bolchévisme ».

Autrement dit comme forme particulière de fascisme en réaction, au sein d’une guerre civile à l’échelle d’un continent, à la révolution bolchévique.

Mais surtout, même si on ne peut le suivre quand il ne voit dans le nazisme qu’une simple « radicalisation » ou « exagération » d’un « noyau rationnel » (la présence juive dans le mouvement communiste, instrumentalisée par Hitler comme une menace pour l’identité allemande à éliminer physiquement) …

Salutaire antidote, en ces temps de nouvelle menace nazislamiste, au philo-marxisme encore largement dominant dans l’intelligentsia française…

Extraits:

Le fascisme de Mussolini et le fascisme d’Hitler, que j’appelle un « fascisme radical », se dirigeaient premièrement contre l’ennemi qu’était le marxisme. Hitler voulait comprendre ce phénomène qui le troublait parce que 40% de la population allemande étaient partisans d’un marxisme direct ou atténué (les libéraux sont des marxistes atténués pour Hitler). Quelle est la raison de cette adhésion ? Hitler a trouvé sa clé d’explication dans les Juifs. Le vrai problème qui provoquait la fureur d’Hitler n’était pas les Juifs en tant que tels mais ce grand mouvement mondial qui menaçait de détruire l’identité allemande. Hitler était naturellement un nationaliste ; il n’était pas seulement un antimarxiste. C’était un nationaliste radical antimarxiste.

Chacun sait son succès. Mais ce régime national-socialiste était une opposition imitative. Le marxisme était vraiment l’ennemi. L’antibolchevisme n’était pas, comme certains le pensent, un simple thème rhétorique, une façon de parler. Mon opinion est que l’antibolchevisme était authentique, que c’était quelque chose d’essentiel, d’originel dans le national-socialisme, pour plusieurs raisons. Hitler était raciste, naturellement, parce qu’il était un nationaliste extrémisé. Il croyait que l’Allemagne était menacée par ce courant international. Il voulait défendre la nation allemande mais il ne pouvait faire cela sans développer un certain internationalisme lui-même. C’est cette imitation qui fait du nazisme quelque chose de similaire au phénomène originel.

(…)

Le Fascisme dans son époque s’intéresse aussi à d’autres mouvements analogues, et notamment à l’Action française. L’opinion la mieux établie veut qu’il s’agisse de deux phénomènes très différents. Ma thèse est que Maurras, pour ainsi dire, était un Hitler plus profond et moins unilatéral. Maurras voit les Juifs, les étrangers, les protestants etc., comme une troupe d’ennemis. Pour Hitler, il n’y a que les Juifs comme origines du marxisme.

(…)

Mon idée est que dans la première moitié du XXe siècle il n’y a pas de régime ou mouvements proprement nationaux mais que ce que nous appelons aujourd’hui globalisation avait déjà commencé au XIXe siècle. La révolution industrielle est une première globalisation. Ainsi, nous devons interpréter aussi le national-socialisme dans le contexte de cette globalisation, ce que j’ai fait.

(…)

L’un des plus grands phénomènes de l’histoire européenne et de la première moitié du XXe siècle, le communisme, doit beaucoup à des Juifs. C’est en vain que l’on affirme que cela ne fut pas le cas. Ce qui n’est pas vrai, c’est que tous les Juifs participèrent à ce mouvement. Ce ne furent ni les Juifs orthodoxes, ni les Juifs sionistes, ni, pour la plus grande part, les Juifs assimilés, mais les Juifs polonais et russes qui étaient alors en situation très difficile. Une grande part a ainsi participé dans une mesure importante à l’histoire du communisme. Des dix ou douze membres du Comité politique qui prit la décision de faire la révolution, la moitié étaient des Juifs. La question est alors de savoir si, en tant que tel, le mouvement pouvait appartenir à la judéité, être juif. Je ne le crois pas. Le socialisme est plus vieux. Les Juifs n’inventèrent pas le socialisme dont ont peut identifier les origines déjà dans l’antiquité, en tous les cas dans le siècle des Lumières. Marx fut certainement le théoricien le plus important du communisme mais lui-même regardait le très allemand Friedrich Engels comme un homme d’une valeur équivalente à la sienne, comme un compagnon important. En ce sens, je ne dirais pas que le mouvement marxiste était un mouvement juif. Mais on a pu dire que les Juifs polonais et russes qui ont fait la révolution étaient guidés par le feu millénariste de l’internationalisme socialiste, par une propension à l’universalisme. On peut dénier cela mais c’est un fait fondamental. Mais dans ce XXe siècle, comme à la fin du XIXe siècle, les Juifs furent ceux qui se sentirent les plus opprimés en Russie et en Pologne. C’était la raison très claire pour laquelle ils ont adhéré dans une grande proportion au communisme, sans l’avoir pour autant fondé stricto sensu.

Hitler a perverti cette réalité en exagérant le phénomène et en le rendant principal, essentiel et exclusif, en fantasmant un complot visant la domination mondiale.

(…)

Le national-socialisme était aussi un nationalisme dans un pays vaincu. C’était aussi un mouvement revanchiste comme dans la France d’après 1870. Mais ça n’aurait pas suffit à faire d’Hitler un homme qui régna un temps sur l’Europe. Si Hitler n’avait été qu’un nationaliste allemand, cette domination n’eût pas été possible.

Déjà dans les années vingt, on trouvait dans le reste de l’Europe des tendances plutôt sympathiques envers un Hitler qui se dressait en rempart contre le bolchevisme. Il fallait donc ménager un mouvement qui entendait lutter contre le communisme. Si ces tendances ne connurent alors pas de grand succès, elles permirent dans la décennie suivante l’éclosion de mouvements fascisants importants à travers l’Europe.

(…)

L’anticommunisme est un phénomène très complexe, relevant tant du nazisme, que du maccarthysme, que de l’antisémitisme et de l’antitotalitarisme. Il faut prêter attention à cette diversité.

(…)

En effet, aussi originel que le concept de réaction fasciste au bolchevisme est celui de système libéral. C’est un système où des idéologies qui ont la prétention d’expliquer tout peuvent se battre dans une arène pacifiée, dans un cadre pluraliste. Les idéologies ne s’y entredétruisent donc pas. Le bolchevisme n’a pas cette tolérance. Il avait la volonté de détruire tous les autres courants politiques. Par imitation, le national-socialisme voulait de même détruire ses ennemis. On retrouve cela aussi dans le fascisme italien. On devine dans tous ces cas le même tropisme destructeur, appliqué bien entendu avec des méthodes tout à fait différentes. L’Italie exilait ses ennemis sur des îles ; Hitler les tuait.
Le libéralisme précède les deux grands totalitarismes. Il est le champ de leur naissance et de leurs affrontements. La genèse de ces régimes provient ainsi d’une crise particulièrement grave du système libéral.

(…)

C’est l’imitation le plus important. Une victoire sur le marxisme ne peut pas être moins que la victoire imaginée du marxisme. Pour être totale, elle doit user des mêmes armes : la destruction.

Si vous lisez le Fascisme dans son époque, vous trouverez un large chapitre sur les prodromes du national-socialisme, qui commencent avec Joseph de Maistre mais aussi avec Comte qui est un penseur progressiste mais aussi très marqué par la contre-révolution. On ne peut pas faire débuter l’histoire du fascisme en 1920. Il faut regarder le XIXe siècle, voie le XVIIIe.

(…)

Après ce grand évènement mondial que fut la Grande Guerre, ils devinrent, même en France, des mouvements importants mais non omnipotents. C’est seulement en Italie et en Allemagne, pays humiliés, qu’ils gagnèrent en puissance jusqu’à une domination totale.

(…)

C’est majoritairement le milieu philomarxiste qui affirme naturellement qu’on ne peut pas mettre sur le même plan un phénomène universaliste comme le marxisme et un phénomène abject comme le nazisme.

Mais je pense que la plus grande résistance se développe du côté de la pensée juive. S’il est vrai qu’il y avait un noyau rationnel dans l’antisémitisme national-socialiste, cela leur paraît une justification. Il semble y avoir condamnation sans réserve des tentatives de compréhension. Pour de nombreux juifs, la Shoah est l’oeuvre d’un Amalek nouveau. Il est faux de croire que si j’ai raison cela veut dire que le national-socialisme était quelque chose de légitime et de vrai. Je tiens à l’expression « überschiessen » (excéder, dépasser) qui désigne en quelque sorte une extrémisation d’une perception rationnelle, un excès. Je regrette et condamne absolument cette extrémisation mais je pense qu’on ne peut pas comprendre le national-socialisme si l’on fait de son antisémitisme une idée magique car abjecte. Je pense en outre qu’il est important, pour la représentation que les Juifs ont d’eux-mêmes et de leur histoire, qu’ils acceptent ce noyau rationnel non parce que c’est quelque chose d’une importance première, mais tout simplement parce qu’on ne peut pas le négliger.

(…)

Il y a encore un réflexe philo-marxiste en France, tout comme en Allemagne. Le communisme était un phénomène criminel, on ne peut nier cela, mais c’était un mouvement animé d’idées généreuses et humanistes. Ces bonnes idées ont été déformées alors que, dès le départ, celles du national-socialisme étaient mauvaises et ne pouvaient donc pas être perverties mais seulement appliquées. De la sorte, cette notion de réalisation ou d’incarnation ne peut pas être pareillement utilisée pour les deux phénomènes. Dans le cas du marxisme, c’était une déformation ; dans celui du nazisme, c’était une conséquence.

C’est une différenciation légitime et à prendre au sérieux. Je ne suis néanmoins pas favorable à cette distinction. La question est de savoir si la perversion d’idées bonnes n’est pas, au moins, un mal aussi grand que la réalisation d’idées mauvaises.

(…)

J’ai tenté de le définir [l’islamisme] comme un mouvement réactionnaire symptomatique de l’histoire de la révolution libérale ou capitaliste. Le marxisme fut une première réaction. Il ne voulait pas accepter le mélange du bon et du mauvais inhérent au pragmatisme libéral. Le marxisme visait une perfection, un monde totalement moral et bon.

Je pense que l’islamisme est une autre tentative de réaliser l’accomplissement d’une identité propre par l’opposition violente au libéralisme.


Un entretien avec Ernst Nolte

Parutions.com

Ernst Nolte, Les Fondements historiques du national-socialisme
Editions du Rocher 2002 / 18 € – 117.9 ffr. / 174 pages
ISBN : 2268043576

Fascisme, communisme, histoire et controverses…

Après Pierre Milza, Ian Kershaw et Zeev Sternhell, nous vous proposons un nouvel entretien avec l’un des grands spécialistes de l’histoire du fascisme et du nationalisme. Au terme d’une carrière féconde, jalonnée de livres importants et de controverses parfois violentes, Ernst Nolte revient ici sur son parcours, à l’occasion de la sortie d’un recueil de conférences sur le national-socialisme.

Parutions.com : Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Quelles ont été les oeuvres et les pensées qui ont influencé la vôtre ? Quels ont été vos tout premiers travaux de recherche ? Quelle unité donnez-vous à votre oeuvre ? Pourquoi cet intérêt pour les conflits idéologiques du XXe siècle ?

Ernst Nolte : C’est une question de vie, d’enfance. J’avais sept ans en 1930, au temps de Weimar. C’était l’année où j’écrivis mon premier petit livre, comme un enfant qui écrit des livres. Mais c’était un sujet sérieux. J’avais vu dans quelque salle d’attente de médecin, une copie d’une revue soviétique, dans une revue allemande, des fac simile, avec une attaque très véhémente contre l’Eglise catholique. Comme mes parents et toute ma famille étaient bien catholiques, j’étais consterné et plein de fureur, si l’on peut dire pour un petit enfant. Alors, je m’assis, je pris la table et écrivis un petit livre de quelques pages sur le danger du bolchevisme. Il s’agissait d’un danger confessionnel, idéologique pour l’Eglise, non pour les capitalistes, mais c’est ce que je sentis. Ca vous montre que ma première rencontre avec le communisme survint très tôt !

Peu de temps après eut lieu une seconde rencontre, celle avec le national-socialisme. Dans l’endroit où j’étais enfant, dans la Ruhr, une ville petite mais très industrielle où les communistes et les nationaux-socialistes étaient les deux partis les plus forts, je pus voir, dès avant la prise du pouvoir, ces deux partis interagir, se menacer etc. J’ai donc grandi dans une atmosphère de controverses idéologiques et politiques. En 1933, à dix ans, je suis entré au Gymnase, l’école nazie, mais durant ma scolarité, je n’ai pas trop souffert de pressions nationales-socialistes. C’était une petite ville où il y avait encore des professeurs qui n’étaient pas trop fanatisés.

Ce qu’il est important de préciser ensuite, c’est qu’à la différence de tous mes camarades, je ne fus pas un membre de l’armée allemande parce que j’avais une fourche à la main, un handicap de naissance. Les militaires ne pouvaient pas utiliser des gens comme moi, ce qui me permit d’étudier pendant la guerre à un moment où ceux qui le pouvaient étaient peu nombreux. Et j’ai étudié la philosophie, d’abord à Berlin avec Nicolai Hartmann qui était assez connu en ce temps, puis à Fribourg avec Martin Heidegger qui fit la plus grande impression sur moi. L’idée était que je serais son doctorant, que je ferais mon doctorat avec lui sur un thème des temps antiques, Plotin. Mais la fin de la guerre ne rendit pas cela possible. Je dus retourner chez moi et Heidegger ne revint pas à l’université parce qu’il était pour ainsi dire damné, condamné comme un sympathisant du nazisme. Ce n’est seulement qu’en 1950 que je pus retourner à Fribourg mais Heidegger n’était plus incliné à diriger une thèse. Il était déjà professeur émérite et ne voulait plus avoir d’étudiant normal. Je fus alors dirigé par Eugen Fink .

Ensuite, pendant dix ans, je fus professeur dans un lycée à Bonn. Il s’agissait de l’école où étudiaient des enfants d’ambassadeurs et d’administrateurs. Pendant cette décennie, je pris l’initiative d’écrire un livre, sans doute mon plus connu, le Fascisme dans son époque (3 tomes, Paris, Julliard, 1970) et je le publiais en 1963. C’est une chose qui aujourd’hui ne serait plus possible parce que les professeurs d’écoles supérieures ont tant à faire, ont tant de responsabilités. Mon époque fut un temps heureux pour ainsi dire, de sorte que je pus écrire ce livre assez volumineux en deux ou trois ans, avec une méthode qui était surprenante. Hitler n’était pas mon seul sujet d’étude ; Mussolini l’était aussi, de même que Charles Maurras et l’Action française. C’était alors un rapprochement singulier que cette méthode comparative qui est extra-scientifique parce que la science est toujours plus étroite et compartimentée. Ce travail, non situé dans un cadre universitaire, fut un succès qui me permit d’être nommé professeur à Marburg.

Le Fascisme dans son époque reste mon oeuvre initiale. Toutes les oeuvres suivantes ont pris leur départ de ce point. J’avais un cercle d’étude étroit pour ainsi dire mais un cercle non étroit au sens de spécialisation de la science. Je le transgressai en l’agrandissant toujours plus, d’abord à l’Allemagne de la Guerre froide, puis au marxisme et à la révolution industrielle, à la Guerre civile européenne enfin. Après, quand je fus professeur émérite, je me suis redirigé vers la philosophie mais une philosophie politique. J’ai alors écrit sur Nietzsche, Heidegger etc. Somme toute, c’est une oeuvre assez large.

Parutions.com : Vous défendez une historiographie que vous appelez « histoire des idéologies ». Dans ce cadre épistémologique, vous avez défini, je vous cite, une méthode « historico-génétique ». Pouvez-vous nous présenter plus précisément cette approche et nous dire en quoi elle se distingue de ce que l’on appelle l’histoire des idées ?

Ernst Nolte : Les objets de l’histoire des idées sont des penseurs. Les objets de mon histoire des idéologies sont des hommes d’action, des démagogues devenus hommes d’Etat mais qui tous sont très marqués par l’idéologie. Hitler l’est certainement, Maurras aussi. Mussolini l’a longtemps été mais avec un développement très intéressant d’un socialisme normal au fascisme.

Pour ce qui est de l’approche « historico-génétique » : ces deux grands mouvements, ces deux régimes totalitaires qui ont retenu l’attention depuis de nombreuses années sont normalement vus comme deux parallèles. Je les ai vus comme un phénomène originel et un phénomène dérivatif. Le fascisme de Mussolini et le fascisme d’Hitler, que j’appelle un « fascisme radical », se dirigeaient premièrement contre l’ennemi qu’était le marxisme. Hitler voulait comprendre ce phénomène qui le troublait parce que 40% de la population allemande étaient partisans d’un marxisme direct ou atténué (les libéraux sont des marxistes atténués pour Hitler). Quelle est la raison de cette adhésion ? Hitler a trouvé sa clé d’explication dans les Juifs. Le vrai problème qui provoquait la fureur d’Hitler n’était pas les Juifs en tant que tels mais ce grand mouvement mondial qui menaçait de détruire l’identité allemande. Hitler était naturellement un nationaliste ; il n’était pas seulement un antimarxiste. C’était un nationaliste radical antimarxiste.

Chacun sait son succès. Mais ce régime national-socialiste était une opposition imitative. Le marxisme était vraiment l’ennemi. L’antibolchevisme n’était pas, comme certains le pensent, un simple thème rhétorique, une façon de parler. Mon opinion est que l’antibolchevisme était authentique, que c’était quelque chose d’essentiel, d’originel dans le national-socialisme, pour plusieurs raisons. Hitler était raciste, naturellement, parce qu’il était un nationaliste extrémisé. Il croyait que l’Allemagne était menacée par ce courant international. Il voulait défendre la nation allemande mais il ne pouvait faire cela sans développer un certain internationalisme lui-même. C’est cette imitation qui fait du nazisme quelque chose de similaire au phénomène originel. C’est ce qui est intéressant. Ce fut mon effort d’interpréter cela, de démontrer qu’Hitler était un penseur en ce sens qu’il développa une pensée, certes très simple, qu’il y a une menace à la culture allemande, que cette menace dérive de l’histoire mais surtout des Juifs etc.

Le Fascisme dans son époque s’intéresse aussi à d’autres mouvements analogues, et notamment à l’Action française. L’opinion la mieux établie veut qu’il s’agisse de deux phénomènes très différents. Ma thèse est que Maurras, pour ainsi dire, était un Hitler plus profond et moins unilatéral. Maurras voit les Juifs, les étrangers, les protestants etc., comme une troupe d’ennemis. Pour Hitler, il n’y a que les Juifs comme origines du marxisme. C’était l’idée de ce premier livre qui est une histoire des idéologies et non des idées, c’est-à-dire de mouvements déterminés par des idées. En ce sens, je me considère comme un historien des idéologies. Ceci dit L’Allemagne et la Guerre froide (non publié en France) offre plus les traits d’une historiographie normale. Ce travail se concentre en effet moins sur les idées. Marxisme et révolution industrielle (non publié en France) relève plus de l’histoire des idéologies mais d’une idéologie qui n’est pas sans relation avec la réalité. Le marxisme avait d’ailleurs une grande affinité avec la réalité, sans quoi il n’eût pas connu un tel succès dans le mouvement ouvrier international. La Guerre civile européenne (Paris, Editions des Syrtes, 2000) fut l’oeuvre finale de mon parcours d’historien des idéologies. Ensuite, je suis revenu à l’histoire des idées, avec des sujets comme Heidegger ou Nietzsche (Nietzsche, le champ de Bataille, Paris, Bartillat, 2000) et la question de la pensée historique au XXe siècle.

Parutions.com : Votre oeuvre propose une vue d’ensemble de l’histoire du XXe siècle, autour de cette idée de guerre idéologique. Cette vision repose plus sur l’interprétation que sur la description à proprement parler, même si la première doit toujours se nourrir de la seconde. On a dès lors l’impression que votre œuvre relève plus de la philosophie de l’histoire que de l’histoire elle-même ? Horst Möller, directeur de l’Institut d’Histoire Contemporaine en Allemagne, vous définit d’ailleurs comme « le seul philosophe de l’histoire parmi les historiens et le seul historien parmi les philosophes de l’histoire » ? Acceptez-vous cette définition ? Comment vous situez-vous ?

Ernst Nolte : Oui, c’est un peu exagéré mais ce n’est pas faux. C’est vrai, c’est toujours l’interprétation qui m’a intéressé et non tant les processus de décisions des hommes politiques. Ma conviction est que l’idéologie est une force centrale pour certains. Il y a certes des politiciens pour lesquels elle reste un prétexte, un moyen de propagande. Pas dans le cas de Hitler. Maurras aussi était un idéologue acharné.

Parutions.com : Vous ouvrez votre deuxième cours ou chapitre du présent essai en insistant bien sur ce que la grande question relative au nazisme est celle d’une spécificité allemande conduisant directement à la Shoah. Comment vous inscrivez-vous et vous situez-vous dans ce débat autour de la « voie particulière » (Sonderweg) ?

Ernst Nolte : Le commencement de mon oeuvre était une sorte de révisionnisme en relation à cette thèse bien connue. Mon idée est que dans la première moitié du XXe siècle il n’y a pas de régime ou mouvements proprement nationaux mais que ce que nous appelons aujourd’hui globalisation avait déjà commencé au XIXe siècle. La révolution industrielle est une première globalisation. Ainsi, nous devons interpréter aussi le national-socialisme dans le contexte de cette globalisation, ce que j’ai fait.

Parutions.com : Vous dites d’ailleurs que les Allemands actuels se sentent moins coupables que les non-Allemands ne cherchent à les culpabiliser. Vous distinguez la culpabilité, qui ne peut-être selon vous que le fait de l’individu, de la responsabilité qui peut être celle, historique, d’un peuple. Qu’en est-il aujourd’hui, d’après vous, dans la société allemande ?

Ernst Nolte : Tout à fait. L’idée d’une culpabilité collective, je la rejette comme la plupart des historiens mais j’accepte le concept de responsabilité. Je définis le national-socialisme comme un « fascisme radical ». Il n’est pas mis sur le même niveau que le fascisme italien car il y a une différence essentielle. Il est une sorte d’équation différentielle : les deux fascismes sont tous les deux également anti-communistes mais la différence est dans l’attention prépondérante voire exclusive contre les Juifs en Allemagne. On ne la trouve pas en Italie même s’il y avait des expressions d’antisémitisme. Pendant la Première Guerre Mondiale, Mussolini a dit que les Juifs allemands avaient pris le pouvoir à Moscou parce que Zinoviev avait un patronyme allemand, etc. Mais ce n’était pas le coeur de l’idéologie italienne. C’était par contre celui de l’idéologie nationale-socialiste en Allemagne.

Parutions.com : Peut-on proposer facilement une histoire du XXe siècle ? Vous semblez dire dans le présent essai que rien n’est plus difficile que cela ? Pourquoi ?

Ernst Nolte : Cela dépend de ce que l’on entend par histoire globale. Si l’histoire du XXe siècle doit nommer tous les personnages, toutes les tendances, tous les pays, nous aurions une encyclopédie de beaucoup de volumes et elle serait encore insuffisante. Il me semble qu’il faut donc prendre l’essentiel et je crois que l’essentiel de l’histoire européenne de la première moitié du XXe siècle est un combat, un clash entre deux phénomènes, deux mouvements et régimes extrêmes : le bolchevisme et le national-socialisme. Il semble qu’ils ne furent pendant un temps que deux parallèles sans relation l’un avec l’autre. J’ai toujours pensé que l’un était plus original que l’autre, que l’autre développa une hostilité imitative. Si on écrit l’histoire du premier XXe siècle en dirigeant l’attention sur ces deux piliers qui entourent la masse des détails historiques, celle-ci peut être négligée. L’essence est la lutte de ces deux mouvements. C’est ce qui m’a intéressé.
S’il y a une histoire compréhensive du XXe siècle, cela ne peut être fait par l’addition des faits mais par la sélection des mouvements les plus importants.

Pour ce qui est de la seconde moitié du XXe siècle, et c’est le sujet de mon ouvrage l’Allemagne et la Guerre froide, la lutte qui devait être la première d’après les marxistes, entre mouvement ouvrier et capitalisme, avait été pour ainsi dire oubliée dans le première moitié. En effet, par le phénomène fasciste, les communistes se définissaient alors plus volontiers comme antifascistes. Ce fut différent ensuite mais dans une certaine continuité à mon avis.

Parutions.com : Parmi les grands historiens qui ont proposé récemment une interprétation de cette histoire, vous citez Eric Hobsbawm en disant qu’il y aurait bien des choses à dire de cet historien et de son œuvre ? Qu’en est-il ?

Ernst Nolte : Eric Hobsbawm est un historien très important mais c’est aussi un marxiste et durant toute sa vie il s’est attelé à écrire l’histoire de ce point de vue. Après l’effondrement de 1989-1991, il a changé d’avis mais seulement à certains égards. Son oeuvre la plus connue, l’Âge des extrêmes (Paris, Complexe, 1999), pourrait apparaître comme une version de la théorie du totalitarisme si vous comprenez « extrêmes » comme « phénomènes totalitaires ». Mais ce n’est pas vrai. Pour Hobsbawm, le capitalisme aussi est un extrême et il y en a d’autres. Il considère aussi le communisme ou, comme il dit, le stalinisme, comme un phénomène extrême. Mais c’est à toutes les manifestations de l’extrémisme qu’il consacre son étude.

Mon oeuvre est beaucoup plus abstraite et moins soumise à un effort de totalité empirique. Elle est plus dirigée vers les traits essentiels. Mais l’oeuvre de Hobsbawm est naturellement très importante, tout comme celle de François Furet.

Parutions.com : Vous définissez le fascisme comme un phénomène proprement européen et vous dites que l’enfermer dans des limites nationales, italiennes ou allemandes, manque de pertinence. A l’heure de l’Union Européenne, certains historiens se posent la question de la légitimité de traiter l’Europe comme un objet historique, de proposer des histoires globales de l’Europe. Quel est votre point de vue sur ces questions ?

Ernst Nolte : C’est une chose antique vous savez ! Ranke a toujours considéré l’Europe comme un tout. Ce n’est pas une chose neuve. Ce qui est neuf c’est de savoir si l’on peut parler d’un fascisme européen et si le fascisme était, non une force extérieure, comme un violateur de l’Europe, mais une expression de cette Europe. C’est une question qui demeure non élucidée mais essentielle. Elle doit alimenter le débat historiographique.

Parutions.com : La plupart des historiens spécialistes d’Hitler ou du nazisme sont très réservés quant à l’identification de l’antisémitisme hitlérien. Ils sont particulièrement méfiants vis-à-vis d’explications psychologiques. Les travaux récents de Brigitte Hamann (La Vienne d’Hitler, Paris, Editions des Syrtes, 2001) et de Ian Kershaw (Hitler, Tome 1, Hubris, Tome 2, Nemesis, Paris, Flammarion, 1999, 2000) n’apportent pas de réponse définitive à cette question. Comme vous le rappelez, Brigitte Hamann considère, sources à l’appui, qu’Hitler n’est pas foncièrement antisémite à la veille de la Grande Guerre et que c’est sans doute celle-ci qui provoqua ou catalysa sa haine des Juifs. A partir de Mein Kampf, vous laissez entendre qu’Hitler a rationnellement construit son antisémitisme. Pouvez-vous développer cette thèse ? Pensez-vous que l’on puisse être rationnellement antisémite ?

Ernst Nolte : L’un des plus grands phénomènes de l’histoire européenne et de la première moitié du XXe siècle, le communisme, doit beaucoup à des Juifs. C’est en vain que l’on affirme que cela ne fut pas le cas. Ce qui n’est pas vrai, c’est que tous les Juifs participèrent à ce mouvement. Ce ne furent ni les Juifs orthodoxes, ni les Juifs sionistes, ni, pour la plus grande part, les Juifs assimilés, mais les Juifs polonais et russes qui étaient alors en situation très difficile. Une grande part a ainsi participé dans une mesure importante à l’histoire du communisme. Des dix ou douze membres du Comité politique qui prit la décision de faire la révolution, la moitié étaient des Juifs. La question est alors de savoir si, en tant que tel, le mouvement pouvait appartenir à la judéité, être juif. Je ne le crois pas. Le socialisme est plus vieux. Les Juifs n’inventèrent pas le socialisme dont ont peut identifier les origines déjà dans l’antiquité, en tous les cas dans le siècle des Lumières. Marx fut certainement le théoricien le plus important du communisme mais lui-même regardait le très allemand Friedrich Engels comme un homme d’une valeur équivalente à la sienne, comme un compagnon important. En ce sens, je ne dirais pas que le mouvement marxiste était un mouvement juif. Mais on a pu dire que les Juifs polonais et russes qui ont fait la révolution étaient guidés par le feu millénariste de l’internationalisme socialiste, par une propension à l’universalisme. On peut dénier cela mais c’est un fait fondamental. Mais dans ce XXe siècle, comme à la fin du XIXe siècle, les Juifs furent ceux qui se sentirent les plus opprimés en Russie et en Pologne. C’était la raison très claire pour laquelle ils ont adhéré dans une grande proportion au communisme, sans l’avoir pour autant fondé stricto sensu.
Hitler a perverti cette réalité en exagérant le phénomène et en le rendant principal, essentiel et exclusif, en fantasmant un complot visant la domination mondiale.

Parutions.com : Cette approche est agaçante pour ce qu’elle est justement rationnelle. Beaucoup confondent encore explication, compréhension et sympathie. Vous dites vous-même que comprendre n’est pas excuser, et c’est sans doute là l’une des tâches les plus dures du métier d’historien. On comprend à votre écoute combien votre approche se veut objective et dépassionnée. Le problème est que cette période de notre histoire est toujours présente et suscite encore l’émotion avant la réflexion, d’où les agressions, pas seulement verbales et écrites d’ailleurs, dont vous êtes l’objet. Nous vivons encore « un passé qui ne passe pas ». Quelle est votre position par rapport à ce phénomène, par rapport à cette croyance qu’il faille traiter cette époque comme un objet spécifique et unique, voire, dans une attention quasi-religieuse, ne pas chercher à rendre compte de la Shoah ?

Ernst Nolte : Je suis ce que beaucoup de Juifs étaient avant la Shoah : un rationaliste. Je suis un homme qui essaie de trouver des raisons. Je suis tout à fait d’accord pour dire que la Shoah, dans son intensité et son horreur, est d’un genre singulier. Mais cette explication n’est pas suffisante. Laisser de côté le contexte historique est à mon sens une erreur.

Parutions.com : L’une des questions certainement les plus disputées et les plus insolubles en apparence est celle de l’adhésion de tout un peuple envers un homme dont l’idéologie ne bénéficiait pas, contrairement au communisme, d’un crédit sympathie. Il semble que la thèse d’une nation allemande massivement antisémite soit hors de propos. Je pense au livre polémique de Daniel Goldhagen (Les Allemands ordinaires et l’Holocauste, Paris, Le Seuil, 1997). Comment interprétez-vous le ralliement massif des Allemands à Hitler, jusqu’à la fin de la guerre ? La menace bolchevique suffisait-elle ?

Ernst Nolte : Bien sûr que non. Le national-socialisme était aussi un nationalisme dans un pays vaincu. C’était aussi un mouvement revanchiste comme dans la France d’après 1870. Mais ça n’aurait pas suffit à faire d’Hitler un homme qui régna un temps sur l’Europe. Si Hitler n’avait été qu’un nationaliste allemand, cette domination n’eût pas été possible.

Déjà dans les années vingt, on trouvait dans le reste de l’Europe des tendances plutôt sympathiques envers un Hitler qui se dressait en rempart contre le bolchevisme. Il fallait donc ménager un mouvement qui entendait lutter contre le communisme. Si ces tendances ne connurent alors pas de grand succès, elles permirent dans la décennie suivante l’éclosion de mouvements fascisants importants à travers l’Europe.

Parutions.com : Depuis les interventions que vous avez faites en Italie, aujourd’hui publiées, Ian Kershaw a écrit une monumentale biographie sur Hitler, fondée sur des sources nouvelles et selon une approche « structuraliste » contrairement à vous qui choisissez plutôt le camp de l’ « intentionnalisme ». Que pensez-vous de ce nouvel ouvrage ?

Ernst Nolte : Je connais très bien Ian Kershaw. C’est un très bon historien. Mais si vous lisez ce qu’il a écrit sur le jeune Hitler de la République de Weimar, sur les commencements de sa carrière politique, c’est assez court. Kershaw ne semble pas tenter de comprendre cet Hitler là.

Son sujet est premièrement le chancelier et non l’anticommuniste militant. L’anticommunisme militant n’est d’ailleurs pas l’ami de beaucoup d’auteurs car ils pensent que cela pourrait être interprété comme une apologie. On ne veut pas s’identifier avec Staline, encore moins avec Hitler. Mais, dans un monde où chacun aujourd’hui est, en ce sens précis, anticommuniste, on peut être amené à penser « Pas d’ennemi dans l’anticommunisme ! L’anticommunisme est un phénomène très complexe, relevant tant du nazisme, que du maccarthysme, que de l’antisémitisme et de l’antitotalitarisme. Il faut prêter attention à cette diversité.

Parutions.com : Vous semblez insérer la réaction nazie au bolchevisme dans une histoire plus globale qui serait celle de la révolution libérale et des oppositions nées contre elle. Vous citez notamment l’ouvrage de Theodore Von Laue (The World Revolution of Westernization, New York, 1987). Pouvez-vous développer ce point de vue ?

Ernst Nolte : Theodore Von Laue est un ami. Je le cite dans ce petit livre. En effet, aussi originel que le concept de réaction fasciste au bolchevisme est celui de système libéral. C’est un système où des idéologies qui ont la prétention d’expliquer tout peuvent se battre dans une arène pacifiée, dans un cadre pluraliste. Les idéologies ne s’y entredétruisent donc pas. Le bolchevisme n’a pas cette tolérance. Il avait la volonté de détruire tous les autres courants politiques. Par imitation, le national-socialisme voulait de même détruire ses ennemis. On retrouve cela aussi dans le fascisme italien. On devine dans tous ces cas le même tropisme destructeur, appliqué bien entendu avec des méthodes tout à fait différentes. L’Italie exilait ses ennemis sur des îles ; Hitler les tuait.
Le libéralisme précède les deux grands totalitarismes. Il est le champ de leur naissance et de leurs affrontements. La genèse de ces régimes provient ainsi d’une crise particulièrement grave du système libéral.

Parutions.com : En revenant, dans le présent ouvrage, sur l’héritage idéologique du nazisme, héritage provenant du XIXe siècle, avec trois grands courants (le pangermanisme, le social-darwinisme et l’antisémitisme), ne relativisez-vous pas cette importance de la Révolution d’Octobre dans la genèse d’un régime dont l’essence est aussi la détestation de la démocratie libérale ?

Ernst Nolte : Dans ce petit livre, j’ai proposé une esquisse de ces précédents qui étaient importants. Ils ne l’étaient cependant pas autant que le laissent entendre quelques auteurs. C’est une des petites rivières qui aboutirent en fin de compte au grand lac du national-socialisme. C’est une des rivières mais non la principale.

Parutions.com : Vous confortez en fait votre thèse du rôle premier du marxisme et du bolchevisme en expliquant que le mouvement ouvrier était porteur, pour la première fois dans l’histoire moderne, d’une « idéologie puissante qui représentait une véritable prophétie destructrice. » (p. 56.) Autrement dit, pour rendre compte des philosophies vitalistes et pré-fascistes du XIXe siècle, vous semblez répéter la thèse d’une réaction idéologique au marxisme. Vous évoquez le « postulat exterminateur du marxisme » (p. 79.). Est-ce cela ?

Ernst Nolte : C’est l’imitation le plus important. Une victoire sur le marxisme ne peut pas être moins que la victoire imaginée du marxisme. Pour être totale, elle doit user des mêmes armes : la destruction.

Parutions.com : Comment vous situez-vous par rapport à l’analyse proposée par Zeev Sternhell sur les origines du fascisme européen dans la France de la Belle Epoque ? L’auteur de la Droite Révolutionnaire (Paris, Fayard, 2000) minimise le rôle moteur de la Guerre en identifiant dans les années 1880-1914 des mouvements présentant déjà, contre l’ordre libéral, une physionomie fasciste. Quel est votre point de vue ?

Ernst Nolte : Si vous lisez le Fascisme dans son époque, vous trouverez un large chapitre sur les prodromes du national-socialisme, qui commencent avec Joseph de Maistre mais aussi avec Comte qui est un penseur progressiste mais aussi très marqué par la contre-révolution. On ne peut pas faire débuter l’histoire du fascisme en 1920. Il faut regarder le XIXe siècle, voie le XVIIIe.

Sternhell a accentué l’importance des mouvements de l’époque, alors qu’ils n’étaient, si l’on file la métaphore, que de tout petits ruisseaux. Après ce grand évènement mondial que fut la Grande Guerre, ils devinrent, même en France, des mouvements importants mais non omnipotents. C’est seulement en Italie et en Allemagne, pays humiliés, qu’ils gagnèrent en puissance jusqu’à une domination totale.

Parutions.com : Vous rappelez dans la première parti du présent essai qu’il « est parfaitement possible de construire l’idéaltype d’une réaction particulièrement révolutionnaire et que la national-socialisme doit certainement ne pas être éloigné de cet idéal-type. » (p. 34.) Pouvez-vous développer ? Il semble en effet y avoir opposition entre des mouvements qui, réactionnaires, se tournent résolument vers un passé révolu, un âge d’or, et des mouvements qui, révolutionnaires, visent avant tout à construire l’avenir selon des préceptes nouveaux.

Ernst Nolte : Regardez par exemple les prophètes d’Israël qui étaient des révolutionnaires. Les révolutionnaires modernes les ont quelquefois pris comme exemples : « changer les armes en faucilles », etc. Ces prophètes regardaient fondamentalement en direction de temps antérieurs. Ils étaient des révolutionnaires conservateurs.

Même le marxisme peut être considéré comme un « révolutionnarisme » conservateur. Marx explique qu’il est possible de conserver en Russie une forme de production pré-capitaliste, que la révolution ne rendra pas nécessaire de transgresser le phénomène honni du capitalisme. Je crois qu’en général on ne peut pas séparer totalement la révolution et le regard en arrière. Au contraire, je dirais que presque toutes les révolutions regardaient vers un passé où elles pouvaient identifier un état sociétaire meilleur. Mais, comme dit Marx, les révolutions doivent répéter ces états à un niveau supérieur.

Parutions.com : Comment expliquez-vous les critiques vives qui ont été portées contre vos thèses en France particulièrement mais aussi en Allemagne ou aux Etats Unis ?

Ernst Nolte : Ce ne sont que quelques milieux qui agissent ainsi. C’est majoritairement le milieu philomarxiste qui affirme naturellement qu’on ne peut pas mettre sur le même plan un phénomène universaliste comme le marxisme et un phénomène abject comme le nazisme.

Mais je pense que la plus grande résistance se développe du côté de la pensée juive. S’il est vrai qu’il y avait un noyau rationnel dans l’antisémitisme national-socialiste, cela leur paraît une justification. Il semble y avoir condamnation sans réserve des tentatives de compréhension. Pour de nombreux juifs, la Shoah est l’oeuvre d’un Amalek nouveau. Il est faux de croire que si j’ai raison cela veut dire que le national-socialisme était quelque chose de légitime et de vrai. Je tiens à l’expression « überschiessen » (excéder, dépasser) qui désigne en quelque sorte une extrémisation d’une perception rationnelle, un excès. Je regrette et condamne absolument cette extrémisation mais je pense qu’on ne peut pas comprendre le national-socialisme si l’on fait de son antisémitisme une idée magique car abjecte. Je pense en outre qu’il est important, pour la représentation que les Juifs ont d’eux-mêmes et de leur histoire, qu’ils acceptent ce noyau rationnel non parce que c’est quelque chose d’une importance première, mais tout simplement parce qu’on ne peut pas le négliger.

Parutions.com : Selon vous, y a-t-il chez nous, en France, un rapport particulier de la gauche intellectuelle vis-à-vis du communisme en général et du bolchevisme en particulier ?

Ernst Nolte : Il y a encore un réflexe philo-marxiste en France, tout comme en Allemagne. Le communisme était un phénomène criminel, on ne peut nier cela, mais c’était un mouvement animé d’idées généreuses et humanistes. Ces bonnes idées ont été déformées alors que, dès le départ, celles du national-socialisme étaient mauvaises et ne pouvaient donc pas être perverties mais seulement appliquées. De la sorte, cette notion de réalisation ou d’incarnation ne peut pas être pareillement utilisée pour les deux phénomènes. Dans le cas du marxisme, c’était une déformation ; dans celui du nazisme, c’était une conséquence.

C’est une différenciation légitime et à prendre au sérieux. Je ne suis néanmoins pas favorable à cette distinction. La question est de savoir si la perversion d’idées bonnes n’est pas, au moins, un mal aussi grand que la réalisation d’idées mauvaises.

Parutions.com : Comment caractériseriez-vous notre époque, celle de l’après Guerre froide et, surtout, de l’après 11 septembre ? Doit-on y voir, à travers la montée de l’anti-américanisme, tant dans le Tiers monde qu’en Europe, une nouvelle grande phase de crise du libéralisme, un nouvel épisode de la guerre idéologique ?

Ernst Nolte : J’ai donné une conférence en Italie il y a quelques mois, où j’ai parlé de l’islamisme. J’ai tenté de le définir comme un mouvement réactionnaire symptomatique de l’histoire de la révolution libérale ou capitaliste. Le marxisme fut une première réaction. Il ne voulait pas accepter le mélange du bon et du mauvais inhérent au pragmatisme libéral. Le marxisme visait une perfection, un monde totalement moral et bon.

Je pense que l’islamisme est une autre tentative de réaliser l’accomplissement d’une identité propre par l’opposition violente au libéralisme. Mais il est possible qu’un jour cet islamisme, qui représente le Tiers-monde désavantagé à bien des égards, joue un rôle positif dans l’intégration future de l’humanité.

Parutions.com : Actuellement en France, un débat anime et émeut parfois violemment la classe intellectuelle, autour d’un ouvrage publié récemment par l’historien et politologue Daniel Lindenberg. Cet essai, sous la forme d’un pamphlet, s’intitule Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Paris, Le Seuil, 2002). L’auteur y dénonce une dérive réactionnaire chez des intellectuels réputés libéraux, contre Mai 68, l’Islam, les DDH ou le féminisme. Comment interprétez-vous cette polémique née à l’intérieur même de la partie libérale et antitotalitaire de la cléricature parisienne ? Est-ce un signe de la montée d’un nouvel antilibéralisme, passée l’euphorie des années 1990 ?

Ernst Nolte : Le libéralisme est une crise permanente et on peut considérer cela comme quelque chose de très positif et fructueux. Si Hitler avait gagné la guerre, nous aurions eu un monde de grande stabilité sans aucun mouvement humain et intellectuel. En ce sens, la crise du libéralisme est très féconde. La critique de mouvements comme le féminisme ou le gauchisme, dans leurs versions radicalisées, est sans doute utile et légitime, tant que l’on ne porte pas atteinte à leur essence. La critique ne doit pas signifier le reniement, c’est-à-dire ce qu’il y a d’essentiel et de positif dans ces mouvements.

Parutions.com : Toujours autour de ces questions, comment qualifieriez-vous, tant quantitativement que qualitativement, la montée, en France notamment, de l’antisémitisme ? De même, comment avez-vous vu la victoire au premier tour de Jean-Marie Le Pen?

Ernst Nolte : 18 % d’une population votant pour un homme comme Jean-Marie Le Pen est quelque chose de révélateur et à prendre au sérieux. Cela n’est pas quantité négligeable. Ces citoyens expriment quelque chose qui doit être alors vu comme semi-légitime, comme ayant une sorte de légitimité.

Si la gauche xénophile était conséquente, elle devrait faire la proposition que la grande masse des pauvres du Tiers-monde soient invités chez elle. La situation actuelle est que seuls les plus riches et les plus diplômés, ceux qui sont potentiellement des entrepreneurs, bénéficient de cet accueil. Mais les plus pauvres ne le sont pas. Dans ce sens, je crois que le Front National exprime une idée qui a certainement, elle aussi, un noyau rationnel. Il faut découvrir ce noyau rationnel et en répudier les exagérations.

Parutions.com : Quels sont vos projets ? Travaillez-vous actuellement à un nouvel ouvrage ?

Ernst Nolte : Non, je suis un octogénaire et j’en suis à la fin de ma carrière intellectuelle. J’ai assez écrit. Je n’écrirai plus de grand livre.

Propos recueillis à Paris par Thomas Roman le 25 novembre 2002.
(Mis en ligne le 11/12/2002)


Sarkophobie: L’antiaméricanisme est grand et Kahn, Todd et Badiou sont ses prophètes (Anti-Americans of France, unite!)

26 janvier, 2008
Badiou
La résolution d’une contradiction exige que quelque chose disparaisse. Alain Badiou
Le sarkozysme, c’est l’alignement de la France sur le modèle américain. François Bayrou
Quand on est président, on ne va pas à Disneyland, on fait semblant d’aimer le Louvre. Alain Finkielkraut
La venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. Alain Badiou

« Folie », « extrême-droitisme » (« à droite de Le Pen »), « pétainisme », « cléricalisme rampant », « apatride » …

« Ralliement », « alignement », « vassalisation », « chouchou de Bush » …

Retour, en couverture du Nouvel Obs de cette semaine et à la veille de toutes prochaines municipales, des imprécations de nos sarkophobes, français et, via une revue de presse sur mesure, étrangers.

Aidés, il est vrai, par l’aubaine d’une série plutôt calamiteuse de choix présidentiels (dont on a aussi parlé ici, notamment le retour, entre deux pantalonnades médiatiques, à la politique tyrannophile des gros contrats, sans parler des chiraqueries sur le rôle « civilisateur » de l’islam dans la capitale même de la théocratie saoudienne).

Mais avec surtout en point commun (surprise)… la dénonciation de l’américanolâtrie du président!

Autrement dit les bons vieux réflexes anti-américains qui nous avaient déjà donné, pendant la campagne et avec les résultats que l’on sait, la diabolisation de « Sarko l’américain »

Pourquoi ils deviennent sarkophobes
Les prophètes

Hervé Algalarrondo
Le Nouvel Observateur
Le 24 janvier 2008

Mon premier a osé la question à la une de ce qui était alors son magazine : «Sarko est-il fou ?» Mon deuxième n’hésite pas à situer le président de la République à droite de Le Pen. Mon troisième va jusqu’à opérer «une analogie» entre sarkozysme et pétainisme. Jean-François Kahn, l’ex-directeur de «Marianne», Emmanuel Todd, le démographe et historien, et Alain Badiou, le penseur phare de la gauche radicale, sont les trois prophètes de l’anti-sarkozysme.

Leur regard sur l’hôte de l’Elysée n’est pas critique, il est assassin. Loin de s’en tenir à dénoncer tel ou tel aspect de sa politique, ces grands intellectuels n’hésitent pas à s’en prendre à l’homme. Kahn stigmatise «l’abus, parfois hallucinant, du «je»». Todd a décrit «un président banalement agressif en tant qu’homme» à propos de son face-à-face avec les pêcheurs du Guilvinec.

Point commun des trois hommes: leur dénonciation de l’américanolâtrie de Sarkozy. Kahn a écrit et récrit que Sarkozy, s’il avait été à l’époque président, aurait entraîné la France dans l’expédition en Irak. Todd voit dans le sarkozysme «un respect des forts», donc sur le plan international un alignement sur les Etats-Unis, en crise, selon le politologue, mais qui restent «la» puissance dominante pour le président français. Badiou dénonce pareillement un ralliement à un système américain pourtant lui-même «largement décomposé». Il fustige un «positionnement rapide en chouchou de Bush».

Pour le reste, à chacun sa sarkophobie. Kahn déplore «la formidable régression» que constitue à ses yeux l’«ultracentralisation de tous les pouvoirs autour d’un monarque omniprésent et omniscient, entouré de sa cour, quotidiennement adoubé par sa télé, qui tranche de tout, choisit en public ses favorites, etc.». Todd juge que le sarkozysme «fonctionne depuis l’origine sur la désignation de boucs émissaires», en particulier «les enfants d’immigrés». Selon lui, Sarkozy ministre de l’Intérieur «a utilisé l’appareil d’Etat pour enflammer les banlieues». Badiou estime qu’avec la mort du communisme «le capitalisme peut à nouveau se présenter comme la solution indépassable, et l’argent être réintroduit comme valeur». «Sarkozy est l’homme de tout ça», ajoute-t-il.
Kahn, Todd, Badiou, ou les prophètes de malheur du sarkozysme …

Voir aussi:

Badiou à la mode
Hervé Algalarrondo
Le 24 janvier 2008-01-26
Le Nouvel Observateur

Jean-François Kahn et Emmanuel Todd sont habitues a figurer sur les listes de best-sellers. Mais c’est le succès du dernier livre d’Alain Badiou, «De quoi Sarkozy est-il le nom ?» (1), qui sidère aujourd’hui la planète littéraire. A ce jour, près de 20 000 exemplaires ont été écoulés. Preuve que Sarkozy ne fait pas seulement vendre des ouvrages people… Cet agrégé de philosophie, militant maoïste dans les années 1970, avait jusqu’ici multiplié les livres aux tirages confidentiels. C’est dans le cadre du séminaire qu’il anime à l’Ecole normale supérieure qu’est née au printemps dernier, au moment de la campagne présidentielle, l’idée de ce livre. De quoi Badiou est-il le nom ? D’une des expressions les plus achevées de la sarkophobie !

(1)Editions Lignes, 14 euros.

Voir enfin:

Les critiques de l’étranger
Sylvain Courage
Le Nouvel Observateur
Le 24 janvier 2008

Angela Merkel déteste sa familiarité. Sa façon de vous attraper par le bras, de vous embrasser et de vous parler sous le nez. Mais l’aversion de la chancelière pour Sarko ne tient pas qu’à son comportement : elle lui reproche aussi sa politique «m’as-tu-vu», sa conception d’une Europe méditerranéenne qui pourrait miner l’Union, son opportunisme commercial… Ainsi à propos de Kadhafi, le «Zeit» écrit : «A l’inverse a Angela Merkel, Nicolas Sarkozy excelle à éviter les questions qui fâchent avec un hôte aussi bien argenté.» Surnommé «Monsieur Muscle» dans les gazettes d’outre-Rhin, Sarko est «Action Man» ou «Speedy» dans la presse britannique. Flatteur ? Pas vraiment. «II serait naïf d’attendre de lui une quelconque cohérence», assène un éditorialiste du très libéral «Financial Times». Tandis que le «Guardian», de gauche et sans illusions, s’interroge : «Comment expliquer son cursus placé sous le signe de l’esbroufe et de la félonie ?» Aux Etats-Unis, «Newsweek» doute : «Les gros titres disent que Sarkozy roule à un train d’enfer. Mais où va-t-ïl à cette vitesse ? On ne le sait pas.» L’image n’est guère meilleure en Espagne. «Sarkozy n’agit pas en vrai libéral mais en monarque d’un empire évanoui», tranche «la Vanguardia». Tandis que dans le monde arabe la presse déplore sa vassalisation à un président finissant : «Bush peut faire croire que son interventionnisme militaire n’a pas échoué puisque la France, son adversaire le plus déterminant, rentre au bercail», souligne «Al-Hayat», un quotidien saoudien basé à Londres. Et en Afrique ? Le quotidien sénégalais «Sud» résume le malaise : «Sarkozy est en mission coloniale à lui tout seul.» Joli dossier de presse !


Antichristianisme: Cachez cette religion que je ne saurais voir: les philosophes aussi!

24 janvier, 2008
CommandmentsDeclaration des droits de l'hommeIl n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Les hommes sont inégaux par nature: voilà le point d’où il faut partir. Clémence Royer
Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes […] Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture. Nicolas Sarkozy (Rome, le 20 décembre 2007)
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac (octobre 2001)
Quant aux droits de l’homme d’abord proclamés en Europe, ils proviennent de la théorie du droit naturel, elle-même inspirée de l’humanisme de la philosophie antique et notamment de l’universalisme stoïcien, et non du christianisme. Si on veut à tout prix évoquer les racines, il faut les citer toutes, et de façon équitable. Henri Pena-Ruiz

Cachez cette religion que je ne saurais voir!

Après les scientifiques, les philosophes …

Ou étaient nos maitres en bien-pensance en octobre 2001 quand notre Tyrannophilus Rex avait inventé à l’Europe d’imaginaires racines musulmanes prétendument aussi importantes que ses racines chrétiennes ?

Et que dire de l’indignation d’un philosophe spécialiste de la laïcité devant l’évocation par le président Sarkozy des racines « ESSENTIELLEMENT » chrétiennes de l’Europe (ce qui bien sûr n’exclut en rien son évident héritage grec comme juif – et n’exonère pas plus ledit président des âneries qu’il a pu prononcer par ailleurs) alors que lui-même prétend exclure le christianisme des sources des droits de l’homme ?

Et, oubliant commodément au passage toute une tradition rationaliste et athée comme notamment les introducteurs de Darwin en France, attribue au seul christianisme ses dérives antidémocratiques.

Il faut dire que le monsieur n’est pas à un raccourci ou amalgame près.

Comme assimiler la lutte de la compagne de route Simone de Beauvoir face à l’Occident chrétien à celle de la dissidente Taslima Nasreen dont la tête a été littéralement mise à prix par les théocraties islamistes.

Ou qualifier dl’humaniste athée le communiste Guy Môquet qui, au moment de son arrestation, soutenait le défaitisme révolutionnaire de ses chefs totalitaires de Moscou.

Ou faire des dékoulakisateurs Lénine et Staline les torquemadas d’un Jésus marxiste.

Autrement dit les pauvres victimes d’une application un peu trop à la lettre de la « loi de l’histoire » et de la disparition de la paysannerie anglaise du XIXe siècle décrites par le célèbre résident de Soho.

Ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler, toutes proportions gardées, la manière dont à la fin du XIXe siècle on avait présenté deux brillants et prometteurs étudiants de la Faculté de Médecine de Paris (Lebiez et Barré) comme de malheureuses victimes de Darwin, qui, aveuglés par leur mauvaise compréhension de sa théorie de la lutte pour la vie, avait sauvagement assassiné une pauvre laitière …

Laicité : les cinq fautes du président Sarkozy
Henri Pena-Ruiz
Le Figaro
Le 3 janvier 2008

Philosophe, professeur, écrivain, ancien membre de la commission Stasi sur l’application du principe de laïcité dans la République. Derniers ouvrages parus : Qu’est-ce que la laïcité? (Gallimard) et Leçons sur le bonheur (Flammarion).

Nicolas Sarkozy a prononcé au Vatican, un discours choquant à plus d’un titre. Soutenir, en somme, que la religion mérite un privilège public car elle seule ouvrirait sur le sens profond de la vie humaine est une profession de foi discriminatoire. Il est regrettable qu’à un tel niveau de responsabilité cinq fautes majeures se conjuguent ainsi.
Une faute morale d’abord. Lisons : «Ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent.»
Dénier implicitement l’espérance aux humanistes athées est inadmissible. C’est montrer bien peu de respect pour ceux qui fondent leur dévouement pour la solidarité ou la justice sur un humanisme sans référence divine. Ils seront nombreux en France à se sentir blessés par de tels propos. Était-ce bien la peine de rendre hommage au jeune communiste athée Guy Môquet pour ainsi le disqualifier ensuite en lui déniant toute espérance et toute visée du sens ? En fait, monsieur le président, vous réduisez indûment la spiritualité à la religion, et la transcendance à la transcendance religieuse. Un jeune héros de la Résistance transcende la peur de mourir pour défendre la liberté, comme le firent tant d’humanistes athées à côté de croyants résistants.
Une faute politique. Tout se passe comme si M. Sarkozy était incapable de distinguer ses convictions personnelles de ce qui lui est permis de dire publiquement dans l’exercice de ses fonctions, celles d’un président de la République qui se doit de représenter tous les Français à égalité, sans discrimination ni privilège. Si un simple fonctionnaire, un professeur par exemple, commettait une telle confusion dans l’exercice de ses fonctions, il serait à juste titre rappelé au devoir de réserve. Il est regrettable que le chef de l’État ne donne pas l’exemple. Curieux oubli de la déontologie.
Une faute juridique. Dans un État de droit, il n’appartient pas aux tenants du pouvoir politique de hiérarchiser les options spirituelles, et de décerner un privilège à une certaine façon de concevoir la vie spirituelle ou l’accomplissement humain. Kant dénonçait le paternalisme des dirigeants politiques qui infantilisent le peuple en valorisant autoritairement une certaine façon de conduire sa vie et sa spiritualité. Des citoyens respectés sont assez grands pour savoir ce qu’ils ont à faire en la matière, et ils n’ont pas besoin de leçons de spiritualité conforme.
Lisons à nouveau : «Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur.» On est surpris d’une telle hiérarchie éthique entre l’instituteur et le curé. L’école de la République a été inventée pour que les êtres humains puissent se passer de maître. Tel est l’honneur des instituteurs et des professeurs.
Grâce à l’instruction, l’autonomie éthique de chaque personne se fonde sur son autonomie de jugement. Elle n’a donc pas à être jugée moins bonne que la direction de conscience exercée par des tuteurs moraux. Étrange spiritualité que celle qui veut assujettir la conscience à la croyance !
Une faute historique. L’éloge du christianisme comme fondement de civilisation passe sous silence les terribles réalités historiques qui remontent à l’époque où l’Église catholique disposait du pouvoir temporel, puisque le pouvoir politique des princes était alors conçu comme son «bras séculier».
L’Occident chrétien peut-il s’enorgueillir du thème religieux du «peuple déicide» qui déboucha sur un antisémitisme particulièrement virulent là où l’Église était très puissante ? Les hérésies noyées dans le sang, les guerres de religion avec le massacre de la Saint-Barthélemy (3500 morts en un jour : autant que lors des attentats islamistes du 11 Septembre contre les Twin Towers), les croisades et les bûchers de l’Inquisition (Giordano Bruno brûlé vif en 1600 à Rome), l’Index Librorum Prohibitorum, censure de la culture humaine, l’anathématisation des droits de l’homme et de la liberté de conscience (syllabus de 1864) doivent-ils être oubliés ? Les racines de l’Europe ? L’héritage religieux est pour le moins ambigu…
L’approche discriminatoire est évidente dès lors que le christianisme est invoqué sans référence aux atrocités mentionnées, alors que les idéaux des Lumières, de l’émancipation collective, et du communisme sont quant à eux stigmatisés à mots couverts au nom de réalités contestables qu’ils auraient engendrées. Pourquoi dans un cas délier le projet spirituel de l’histoire réelle, et dans l’autre procéder à l’amalgame ? Si Jésus n’est pas responsable de Torquemada, pourquoi Marx le serait-il de Staline ? De grâce, monsieur le président, ne réécrivez pas l’histoire à sens unique !
Comment par ailleurs osez-vous parler de la Loi de séparation de l’État et des Églises de 1905 comme d’une sorte de violence faite à la religion, alors qu’elle ne fit qu’émanciper l’État de l’Église et l’Église de l’État ? Abolir les privilèges publics des religions, c’est tout simplement rappeler que la foi religieuse ne doit engager que les croyants et eux seuls. Si la promotion de l’égalité est une violence, alors le triptyque républicain en est une. Quant aux droits de l’homme d’abord proclamés en Europe, ils proviennent de la théorie du droit naturel, elle-même inspirée de l’humanisme de la philosophie antique et notamment de l’universalisme stoïcien, et non du christianisme. Si on veut à tout prix évoquer les racines, il faut les citer toutes, et de façon équitable.
Une faute culturelle. Toute valorisation unilatérale d’une civilisation implicitement assimilée à une religion dominante risque de déboucher sur une logique de choc des civilisations et de guerre des dieux. Il n’est pas judicieux de revenir ainsi à une conception de la nation ou d’un groupe de nations qui exalterait un particularisme religieux, au lieu de mettre en valeur les conquêtes du droit, souvent à rebours des traditions religieuses. Comment des peuples ayant vécu avec des choix religieux différents peuvent-ils admettre un tel privilège pour ce qui n’est qu’un particularisme, alors que ce qui vaut dans un espace politique de droit c’est justement la portée universelle de conquêtes effectuées souvent dans le sang et les larmes ?
Si l’Europe a une voix audible, ce n’est pas par la valorisation de ses racines religieuses, mais par celle de telles conquêtes. La liberté de conscience, l’égalité des droits, l’égalité des sexes, toujours en marche, signent non la supériorité d’une culture, mais la valeur exemplaire de luttes qui peuvent affranchir les cultures, à commencer par la culture dite occidentale, de leurs préjugés. Simone de Beauvoir rédigeant Le Deuxième Sexe pratiquait cette distanciation salutaire pour l’Occident chrétien. Taslima Nasreen fait de même au Bangladesh pour les théocraties islamistes. La culture, entendue comme émancipation du jugement, délivre ainsi des cultures, entendues comme traditions fermées. Assimiler l’individu à son groupe particulier, c’est lui faire courir le risque d’une soumission peu propice à sa liberté. Clouer les peuples à des identités collectives, religieuses ou autres, c’est les détourner de la recherche des droits universels, vecteurs de fraternité comme d’émancipation. Le danger du communautarisme n’est pas loin.
La laïcité, sans adjectif, ni positive ni négative, ne saurait être défigurée par des propos sans fondements. Elle ne se réduit pas à la liberté de croire ou de ne pas croire accordée avec une certaine condescendance aux «non-croyants». Elle implique la plénitude de l’égalité de traitement, par la République et son président, des athées et des croyants. Cette égalité, à l’évidence, est la condition d’une véritable fraternité, dans la référence au bien commun, qui est de tous. Monsieur le président, le résistant catholique Honoré d’Estienne d’Orves et l’humaniste athée Guy Môquet, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas, ne méritent-ils pas même considération ?


Colombie: Comprendre que la guerilla est un cancer et résister au chantage de Chavez

22 janvier, 2008

Chavez-Chomsky connection

En principe cela ressemblerait à un organisation criminelle (…) La prise d’otages est un crime de lèse-humanité. Je suis très préoccupée par le fait qu’ils disent qu’ils sont l’armée du peuple et on voit qu’ils entraînent des gens à la prise d’otages. Clara Rojas

D’après nos chiffres, le nombre de combattants armés est passé de 16 900 en 2000 à 8 900 aujourd’hui. (…) La perte du contrôle de leur territoire, conséquence de la hausse des effectifs de policiers et de militaires et du perfectionnement de la capacité de feu de l’armée colombienne, a porté un coup fatal aux FARC dans la majorité du pays. Et la multiplication des désertions est sans doute le phénomène le plus flagrant : d’août 2002 à novembre 2007, 8 221 hommes des FARC ont déserté, dont 118 occupaient des postes importants au sein de l’organisation. Le nombre de guérilleros tués au combat est également éloquent. Selon une source officielle, 1 891 hommes ont été abattus en 2005, et 2 184 en 2006. A en croire notre informateur, en 2007, de janvier à la mi-novembre, 2 717 membres des FARC sont morts dans les combats. Cambio

L’unique objectif de ce projet est de renverser par la voie militaire le gouvernement de Bogotá. (…) depuis quelques années, l’organisation n’a rien fait d’autre que se livrer au narcotrafic, attaquer la population civile, effectuer des enlèvements, utiliser la force sans le moindre discernement et violer les règles de la guerre : autant de pratiques qui correspondent parfaitement et incontestablement à la définition du terrorisme pour la communauté internationale. (…) Chávez a une notion dilatée du temps, un peu comme les FARC, et pense pouvoir garder le pouvoir assez longtemps pour consolider sa révolution bolivarienne. Il joue sur le long terme et, depuis sa réussite dans la libération de Clara Rojas et Consuelo González, il cherche à prendre la température dans un contexte qui va bien au-delà du seul échange humanitaire: celui d’un véritable processus de paix en Colombie, soit avec le gouvernement d’Alvaro Uribe si les choses s’accélèrent, soit avec le gouvernement qui lui succédera en 2010 et qui pourrait d’ailleurs (qui sait ?) être de gauche, une gauche pas forcément pro-Chávez, mais qui serait en tout cas bien moins hostile que le gouvernement d’Uribe. Terra magazine

L’infiltration des FARC dans l’armée montre que la guérilla n’est pas seulement paysanne et qu’elle pratique des méthodes sophistiquées de renseignements grâce aux universitaires et aux professionnels qu’elle a formés avec patience. Semana

A l’heure où, après une première libération de deux des centaines d’otages encore retenus par des trafiquants de chair humaine minés par les désertions et les pertes, le président colombien Uribe vient, au début de sa tournée européenne, de tenter de convaincre un Nicolas Sarkozy qui n’a toujours pas renoncé à la carte du tyranneau Chavez …

Il faut lire la très complète remise des pendules de notre confrère Philippe Convers pour comprendre que la guerilla est un véritable cancer.

Mais qu’elle est surtout un cancer (malgré les infiltrations) en pleine régression et donc que c’est moins que jamais le moment, comme y invitent un Chavez jouant lui-même la continuité de son régime et ses légions d’idiots utiles, de relâcher la pression sur eux:

La Colombie, au-delà des clichés
Philippe Convers

Alors que le président Uribe entame ce lundi une visite en Europe et que son pays ne fait provisoirement plus la une des journaux français, il m’a semblé utile de donner à tous les curieux quelques éléments d’information et de réflexion. En reprenant les questions lues ou entendues. A quoi ça ressemble, la Colombie ? La Colombie fait deux fois la taille de la France. C’est le seul pays d’Amérique du Sud qui bénéficie de deux façades maritimes, sur la mer des Caraïbes au nord et sur l’océan Pacifique à l’ouest. Coupé en diagonale par les trois branches de la cordillère des Andes, le pays est aux deux tiers sud-est quasi vide (les départements à l’est des Andes, qui couvrent environ 60 % du territoire, rassemblent à peine 6% de la population). Peuplée d’un peu plus de 42 millions d’habitants, la Colombie est le deuxième pays le plus peuplé d’Amérique du sud et le troisième d’Amérique latine. Il n’y a depuis longtemps presque plus d’Indiens (moins de 2%). La population colombienne est essentiellement constituée de métis. Les noirs et les blancs non mélangés sont minoritaires. Quelle est son histoire politique ? A très grands traits, la Colombie prend son indépendance comme les autres pays de la région au début du XIXe siècle. Elle est dès son origine divisée entre les factions proches de Bolivar, qui rêve d’un ensemble vaste, une Grande Colombie alliée à l’Eglise et capable de rivaliser ou de tenir tête aux Etats-Unis, et celles qui se reconnaissent dans les discours de Santander, fédéraliste et assez violemment anti-clérical. Les partisans de Bolivar donneront naissance au parti conservateur, ceux de Santander au parti libéral. Au fil du temps, cette filiation s’atténuera. Les conservateurs sont présumés être un peu plus à droite que les libéraux. Relativement épargnée par la cascade de coups d’Etat qui secouent la région jusque dans les années 1980, la Colombie s’affirme tôt comme une démocratie formelle. L’Etat y est faible et incapable de lutter contre les féodalismes et l’individualisme de tous ceux qui se considèrent comme des pionniers ou des colons (au sens premier). Alors que le castrisme n’est pas encore né, la Colombie connaît au milieu du XXe siècle une véritable guerre civile, opposant conservateurs et libéraux suite à l’attentat d’une figure de proue libérale, populiste et populaire, Gaïtan. Pour sortir de cet atroce conflit fratricide, les deux partis se partagent le pouvoir sur une base égalitaire, c’est le front national qui a le mérite de pacifier le climat politique mais anémie le débat politique. Parmi les récalcitrants à cette solution, des bandes libérales clandestines vont notamment servir de base à une organisation qui va dériver vers le stalinisme le plus orthodoxe, les FARC. Et après ? Incapables de créer une véritable cohésion nationale autour de projets de développement fédérateurs, les gouvernement colombiens successifs, ballottés dans le contexte de la guerre froide, alternent les tentatives de réduction des guérillas (les FARC ne sont en effet pas seules) par la négociation ou par la force. Plusieurs guérillas finissent par accepter des négociations qui, de façon générale, leur assurent l’impunité contre leur renonciation aux armes. Les FARC, mieux structurées militairement et idéologiquement que d’autres, n’envisagent pas de négociation : l’objectif est bien la prise du pouvoir, par tous les moyens possibles. C’est dans ce contexte que, dans les années 1980, elles participent au projet de l’union patriotique (UP), qui se présente comme un retour au jeu politique démocratique de la gauche armée. A lire ou entendre certains, c’est cet épisode qui décourage durablement les FARC de s’engager à respecter les institutions. En effet, la plupart des membres de l’UP sont assassinés par une alliance de circonstance de groupes paramilitaires naissants, de propriétaires terriens et les FARC n’ont pas abandonné la lutte armée pendant cette expérience politique. Fidèle aux enseignements de la doctrine communiste, les FARC exploitent toutes les voies possibles pour atteindre leurs objectifs. Pas question de se fier aux institutions bourgeoises ! Et la drogue ? Faisant preuve d’une remarquable adaptation aux besoins croissants mais évolutifs du marché américain, la Colombie se lance dès les années 1960 dans la culture de marihuana puis, dans la décennie suivante, de la coca. Le marché de la drogue dérivée de cette dernière plante se structure dans les années 1980 autour d’une organisation mafieuse que l’on appellera le cartel de Medellin, puis d’un concurrent et rival, le cartel de Cali. Ce juteux négoce va inonder toutes les couches de la société, du petit paysan qui cultive de gré ou de force la coca plutôt que la pomme de terre ou le maïs jusqu’au promoteur immobilier qui ferme les yeux sur la provenance de l’argent de ses clients, en passant par les petits et grands trafiquants, nouvelle bourgeoisie qui supplante la vieille oligarchie terrienne. La puissance des cartels atteint son apogée entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990. Medellin et Cali sont successivement les deux grandes capitales du crime pendant cette période (avec un « avantage » très net pour Medellin, Pablo Escobar étant un psychopathe sanguinaire tandis que les frères Rodriguez, les patrons du cartel de Cali ressemblent davantage à des entrepreneurs, froids et rationnels). C’est à cette époque que la Colombie est susceptible de basculer, de devenir un véritable narco-Etat dans lequel le pouvoir politique n’est qu’un paravent installé par les barons de la drogue. Qui sont les paramilitaires ? C’est aussi à cette époque que le paramilitarisme moderne s’impose. Caractéristique ancienne de cette terre mal contrôlée par l’Etat, l’existence de milices privées subit une profonde mutation. Les précurseurs des grands mouvements paramilitaires dont on parle encore aujourd’hui rassemblent pêle-mêle des citoyens qui ont pris les armes pour se venger des séides des cartels, des narcotrafiquants tombés en disgrâce, des anciens guérilleros en mal d’employeur… L’armée, déjà soumise à certains impératifs de respectabilité interne et internationale, n’hésitera pas à nouer des alliances locales et ponctuelles avec tel ou tel groupe d’autodéfense, qui agira comme supplétif peu regardant sur les droits de l’Homme. Mais il est assez inepte de parler de milices d’extrême-droite, terme repris dans notre presse. Il n’y pas de base idéologique chez les paramilitaires : tout au plus une vague idée de nationalisme, une conception du pays proche de celle qu’avaient les pionniers du Far-West et, souvent, une solide haine de la guérilla et de ses modèles politiques importés. Et les FARC, dans cet écheveau ? Les FARC, dont la vigueur varie considérablement au gré des offensives, dérivent progressivement dès lors qu’elles commencent à s’impliquer dans le narcotrafic. D’abord hostiles à ce business, elles commencent par prélever sur les cultivateurs un impôt « révolutionnaire », puis contrôlent de plus en plus les zones de production, imposent la culture de la coca à ceux qui ne s’y sont pas encore mis puis, enfin, s’intéressent à l’ensemble du cycle (culture, transformation, exportation). Ce qui était initialement une ressource, un moyen, devient pour plusieurs fronts de la guérilla, puis pour les dirigeants, un objectif, voire l’objectif principal. Les patrons de la guérilla s’enrichissent, installent leurs familles en Europe, vivent comme les grands propriétaires qu’ils disent combattre dans les immensités vides du pays, où l’armée ne peut s’aventurer sérieusement. Après la fin des grands cartels et avant l’implication massive des Etats-Unis, pendant la deuxième moitié des années 1990, les FARC connaissent un âge d’or (et de sang). Elles arrondissent leurs coquettes ressources en recourant massivement aux enlèvements. Des dizaines de milliers de Colombiens quittent le pays pour fuir la terreur qui règne et le risque quotidien. En parallèle, l’argent des cartels n’inonde plus autant le pays, qui a été obligé de s’attaquer au phénomène. Le fric s’expatrie vers Panama ou Miami. En 1999, pour la première fois depuis cinquante ans, la Colombie connaît une récession économique. Et pendant ce temps là, le président Pastrana, élu pour négocier la paix avec les FARC, commence un dialogue de sourds avec cette guérilla imbue de sa puissance et des concessions qu’elle a arrachées au gouvernement (notamment une zone « démilitarisée », c’est-à-dire abandonnée par l’armée et investie par les guérilleros). Dans son domaine, Marulanda vit comme un seigneur féodal, fait tatouer les troupeaux à son nom et capitalise en paix. Les ambassadeurs en bras de chemise se succèdent à la table du guérillero (ce que c’est excitant !!!) et palabrent en vain avec l’état-major des FARC qui n’est pas prêt à renoncer à la moindre parcelle de son invraisemblable pouvoir. Le nombre d’enlèvements et les crimes atteint des records. Et les paramilitaires prolifèrent et tuent, pillent et violent à leur tour, en toute impunité. Et se mettent comme la guérilla à profiter des mannes de la drogue, quitte à se partager discrètement le pactole. Pourquoi Uribe gagne-t-il en 2002 ? Pastrana, avant de boucler sa présidence, met un terme à la farce des négociations avec la guérilla. L’armée, qui s’est modernisée avec le concours pas tout à fait désintéressé de Washington (Clinton est à l’origine du Plan Colombia, dénoncé bêtement comme une autre « busherie » par une large part de la presse et de l’intelligentsia européenne) est chargée de réinvestir le FARCland. Et c’est dans ce contexte qu’Ingrid Betancourt, imprudente, vient rejoindre les centaines d’otages de la guérilla. Alvaro Uribe Velez, un homme politique libéral, brillant mais plutôt effacé, mène campagne à la présidentielle comme candidat indépendant, gageure dans le paysage bipartiste du pays, sur le thème de la fermeté face à la guérilla et de l’affirmation de l’Etat. Et, devant le fiasco de la politique de conciliation menée par Pastrana, les Colombiens le portent à la présidence, où il est accueilli par une pluie de roquettes tirées par les guérilleros infiltrés dans la capitale, un jour d’été de 2002. C’est lui qui, une fois de plus, viendra porter la parole de l’immense majorité des Colombiens qui, bientôt six ans plus tard, le soutiennent et, surtout veulent faire comprendre que la guérilla est un cancer. Uribe, quel bilan ? Je suis trop long, je complèterai dans les commentaires. Merci d’avance à ceux qui feront l’effort de se documenter en profondeur sur ce pays. Quelques liens de presse locale : Cambio, Semana, el Tiempo, El Pais, El Nuevo Siglo. Je referai un article sur le bilan du mandat et demi d’Uribe. Comme tous les Colombiens, je constate que l’ensemble des indicateurs de la violence ont nettement progressé, que la croissance économique est forte (plus de 5%), qu’il existe dans le pays un véritable débat démocratique, qu’un parti de gauche institutionnel est né et se démarque de plus en plus de la guérilla et que, petit à petit le ménage se fait dans la classe politique fort naturellement contaminée par la corruption et les alliances mortelles, quoi qu’il en coûte. Et je crois que cela exige des commentateurs un peu de modestie et de prudence. Que nos dirigeants européens aient cette histoire en tête lorsqu’ils recevront le président des Colombiens, cette semaine ! Le 4 février, dans le monde entier et notamment à Paris, devant l’hôtel de ville, des gens viendront rendre témoignage de ce que leur pays vaut mieux que cette guérilla et ses alliés, que les clichés complaisamment colportés ici et là, que l’ostracisme dans lequel on voudrait garder ses institutions.

Voir aussi:

Une guérilla en perte de vitesse
Cambio
traduit par Courrier international
17 janv. 2008

Difficile de mesurer l’état des forces d’un mouvement clandestin. Pour l’hebdomadaire Cambio, qui a tenté cet exercice délicat en novembre dernier, les FARC sont en déclin. Mais elles sont encore loin d’être battues.

Après avoir consulté plusieurs sources officielles, réalisé de nombreuses interviews avec des chefs guérilleros démobilisés, rencontré des experts du comportement des FARC et avoir eu accès à des documents de cette organisation, nous sommes en mesure de voir plus clair dans la situation actuelle des FARC d’un point de vue militaire et politique. Le mouvement insurgé fondé par Manuel Marulanda en 1964 est certes loin d’être battu, mais nul ne peut nier que les cinq dernières années l’ont durement mis à mal. D’après nos chiffres, le nombre de combattants armés est passé de 16 900 en 2000 à 8 900 aujourd’hui. Certains fronts de la guérilla ont été décimés, et au moins vingt d’entre eux ont disparu. Même la colonne mobile Teófilo Forero, considérée comme le corps d’élite des FARC, est pratiquement démantelée. Preuve flagrante de la perte du contrôle territorial des FARC, il n’y a actuellement plus de fronts actifs dans le Cundinamarca et le Boyacá, et les FARC ne peuvent plus compter sur l’influence qu’elles exerçaient sur la majeure partie de la côte caraïbe. Aujourd’hui, les effectifs militaires du groupe rebelle ont été déplacés à la frontière avec le Venezuela, l’Equateur et le Panamá, et ses meilleurs hommes se sont repliés pour protéger ses anciens sanctuaires des provinces de Guaviare, de Caquetá, de Putumayo, de Nariño, et du sud du Meta. L’âge d’or des FARC a pris fin lorsque le président Uribe a lancé sa politique de sécurité démocratique et déployé environ 18 000 hommes dans les forêts du sud du pays pour que soit mis en place le plan Patriote, dont l’objectif était d’arracher aux FARC le contrôle qu’elles exerçaient dans le Caquetá, le Putumayo, le Guaviare, le Cauca et dans le sud du Meta. Les troupes colombiennes ont beau avoir été décimées par les fièvres et les facteurs climatiques – 2 000 hommes ont dû être évacués de la zone des combats –, cette stratégie s’est avérée judicieuse puisque les FARC se sont repliées et ont choisi de laisser leur arrière-garde affronter les militaires. Le plan Patriote a ensuite laissé place au plan Consolidation, soutenu par l’augmentation notable des effectifs de l’armée et de la police, qui sont passés de 200 000 hommes en 2002 à 380 000 en 2007. L’armée dispose aujourd’hui de 30 brigades qui quadrillent tout le territoire et de 20 structures mobiles très entraînées. Quant à la police, elle a réussi à reprendre les communes qu’elle avait dû abandonner. Les FARC ont été contraintes d’abandonner des territoires, et, du point de vue militaire, il leur a également fallu renoncer à la stratégie qui, à la fin des années 1990, leur avait valu leurs plus gros succès historiques contre l’armée et la police. La prise de la base de Las Delicias [le 30 août 1996, au cours de laquelle avaient été faits prisonniers 60 soldats, qui furent tous libérés en 2000], l’assaut de celle de Patascoy [le 21 décembre 1997, 28 militaires faits prisonniers, dont plusieurs sont encore retenus en otages] et l’occupation du centre-ville de Mitú [du 1er au 3 novembre 1998, 61 personnes prises en otages, dont 7 sont encore retenues] avaient démontré que la guérilla était passée à une étape supérieure, concentrant ponctuellement un grand nombre d’hommes pour prendre un objectif. Les effectifs de l’armée et de la police sont en hausse Cette tendance a commencé à s’inverser à la fin du mandat d’Andrés Pastrana. L’armée avait obtenu des crédits [dans le cadre du plan Colombie, qui détermine l’aide financière américaine] pour acheter 15 hélicoptères Black Hawk de dernière génération, qui lui ont permis de mettre en déroute les guérilleros et de mettre un terme à l’occupation des villages, aux enlèvements dans les rues et aux attaques contre la force publique. Le gouvernement d’Uribe leur a ensuite joué un autre mauvais tour en se dotant d’avions brésiliens Super Tucano. Ces avions sont en effet équipés de systèmes de tir très sophistiqués qui éliminent la marge d’erreur lors des bombardements des positions des guérilleros. D’où le succès des opérations militaires au cours desquelles deux chefs des FARC, Tomás Medina Caracas, alias El Negro Acacio, le 3 septembre dernier, et Gustavo Rueda Díaz, alias Martín Caballero, le 25 octobre, ont trouvé la mort. Grâce aux Super Tucano, ces hommes ont été abattus dans les combats ayant suivi les bombardements de leurs campements. La perte du contrôle de leur territoire, conséquence de la hausse des effectifs de policiers et de militaires et du perfectionnement de la capacité de feu de l’armée colombienne, a porté un coup fatal aux FARC dans la majorité du pays. Et la multiplication des désertions est sans doute le phénomène le plus flagrant : d’août 2002 à novembre 2007, 8 221 hommes des FARC ont déserté, dont 118 occupaient des postes importants au sein de l’organisation. Le nombre de guérilleros tués au combat est également éloquent. Selon une source officielle, 1 891 hommes ont été abattus en 2005, et 2 184 en 2006. A en croire notre informateur, en 2007, de janvier à la mi-novembre, 2 717 membres des FARC sont morts dans les combats. Au moins vingt fronts militaires ont disparu. Le cas du Front 52 est sans doute le plus frappant. Situé dans la région du Sumapaz, dans le Cundinamarca, il s’est désintégré par manque d’effectifs. Sur les 200 hommes présents, il n’en est resté que trois, qui ont dû être réaffectés à d’autres fronts. Le Front 40, au Meta, a subi le même sort. Les Fronts 26 et 31, qui comptaient au départ 220 hommes et qui en juin 2007 n’en comptaient plus que 50, ont eux aussi été dissous. En ce qui concerne la côte caraïbe, selon les informations obtenues par Cambio, désertions et pertes militaires sont venues à bout des Fronts 19 et 35 qui opéraient dans les monts de María et la sierra Nevada. S’il est indéniable que les FARC ont subi de graves revers, cette adversité les a contraintes à modifier leur mode opératoire. Ainsi la crainte des bombardements a-t-elle conduit les rebelles à agir de nouveau par petits groupes – pas plus de 10 personnes – et à limiter les grands rassemblements. “Il ne faut pas sous-estimer la capacité de réaction des FARC” Par ailleurs, le démantèlement des fronts a obligé l’organisation à se replier vers le sud du pays, où elle jouit encore d’une force militaire importante, et à se positionner aux frontières. En ce sens, le pouvoir de Jorge Briceño Suárez dit Mono Jojoy [un des principaux commandants des FARC, membre du secrétariat] reste intact. Il garde toujours le commandement des blocs ouest et sud. Le repli de ses hommes et sa connaissance du terrain lui ont permis d’affronter avec un succès relatif l’offensive des troupes colombiennes. Toujours est-il que, pour l’analyste politique Alejo Vargas, la défaite militaire des FARC n’est pas pour demain, l’organisation ayant toujours montré de grandes facultés d’adaptation. Selon lui, “il ne faut pas sous-estimer sa capacité de réaction”.

Voir enfin:

Chávez, la guérilla et le terrorisme
Les FARC sont-ils une organisation terroriste ? En affirmant que non, le président du Venezuela veut créer les conditions d’une future négociation globale.
Antonio Morales Riveira
Terra Magazine
traduit par Courrier international
17 janv. 2008

Dans un discours prononcé le vendredi 11 janvier devant l’Assemblée nationale du Venezuela, le président Hugo Chávez a lancé un gigantesque pavé dans la mare. Le chef de l’Etat vénézuélien a en effet déclaré ce jour-là que “les FARC et l’ELN [Armée de libération nationale, l’autre groupe de guérilla, d’obédience guévariste] ne sont pas des organisations terroristes, mais de véritables armées qui occupent un espace en Colombie”. Et il a demandé “aux gouvernements latino-américains et à l’Union européenne de retirer les FARC et l’ELN de la liste des groupes terroristes du monde”. Nous savions déjà que Chávez avait des affinités idéologiques “bolivariennes” avec les FARC. Mais, désormais, il ne se contente plus de les afficher : il vient d’exiger du gouvernement colombien – et de nombreux autres gouvernements du monde – qu’il reconnaisse la légitimité du combat de la guérilla et son statut de belligérant aux termes du droit international. Les exigences d’Hugo Chávez, que beaucoup considèrent comme un chantage à l’encontre de Bogotá, donnent à la question de la reconnaissance des FARC une nouvelle ampleur. Le président vénézuélien vient ainsi de laisser entrevoir pour la première fois des négociations à venir qui réuniraient autour de la même table les FARC, débarrassées de leur étiquette terroriste, le gouvernement colombien, les médiateurs internationaux et même les Américains. Chávez a une notion dilatée du temps, un peu comme les FARC, et pense pouvoir garder le pouvoir assez longtemps pour consolider sa révolution bolivarienne. Il joue sur le long terme et, depuis sa réussite dans la libération de Clara Rojas et Consuelo González [les deux otages libérées le 10 janvier], il cherche à prendre la température dans un contexte qui va bien au-delà du seul échange humanitaire : celui d’un véritable processus de paix en Colombie, soit avec le gouvernement d’Alvaro Uribe si les choses s’accélèrent, soit avec le gouvernement qui lui succédera en 2010 et qui pourrait d’ailleurs (qui sait ?) être de gauche, une gauche pas forcément pro-Chávez, mais qui serait en tout cas bien moins hostile que le gouvernement d’Uribe. Il est bien naturel que la proposition de Chávez ait suscité un tollé, les Colombiens condamnant ce qu’ils considèrent comme une ingérence dans leurs affaires. Même la gauche a réagi au coup d’éclat du Vénézuélien. Mais il faut lui reconnaître le mérite d’avoir rouvert le débat sur la légitimité et le statut des FARC dans la guerre, soit un débat de fond – même si, en Colombie, certains entendent enterrer le sujet sous prétexte cette fois qu’il a été soulevé par Chávez, ce qui serait proprement inadmissible. Dans l’immédiat, la suggestion vénézuélienne vient compliquer davantage encore la question de l’échange humanitaire et offre à Uribe de nouvelles raisons de le saboter. La libération des autres otages politiques s’embrouille encore plus, mais parallèlement s’ouvre la voie vers un dialogue de fond, sur la guerre en Colombie en général : car c’est sur cela que doivent porter le débat et les solutions proposées, pour en terminer avec ces remèdes inefficaces que sont les échanges, les libérations et le dialogue de sourds. En Colombie, les plus pointilleux, qui sont aussi les plus déphasés, se demandent comment Chávez peut soutenir le projet politique des FARC alors que l’unique objectif de ce projet est de renverser par la voie militaire le gouvernement de Bogotá. Là est bien sûr tout l’enjeu du statut de belligérant et de l’hypothétique légitimité. Les membres des FARC se sentent légitimes et souhaitent une reconnaissance internationale. Mais le problème est que, depuis quelques années, l’organisation n’a rien fait d’autre que se livrer au narcotrafic, attaquer la population civile, effectuer des enlèvements, utiliser la force sans le moindre discernement et violer les règles de la guerre : autant de pratiques qui correspondent parfaitement et incontestablement à la définition du terrorisme pour la communauté internationale. Soit les FARC abandonnent ces méthodes (qui sont l’essence de leur combat, de même que les enlèvements politiques sont en quelque sorte leur politique) et se rapprochent naturellement de la communauté internationale, soit elles poursuivent sur leur lancée, et ni Chávez ni qui que ce soit, aussi retentissantes soient ses exigences, ne convaincra jamais les Colombiens que cette guérilla respecte le droit international humanitaire et les conventions de Genève. Revoilà sur le tapis un dilemme que nous connaissons : les FARC sont peut-être une force révolutionnaire, une armée au sens classique de la guerre, mais nombre de leurs actes sont terroristes. Alors, qui sont ces gens ? Des terroristes qui veulent la révolution ou des révolutionnaires qui ont recours au terrorisme ? C’est en cela que nous sommes sur le fil du rasoir. Pourtant, la situation pourrait se stabiliser d’un côté ou de l’autre, ce qui serait un grand progrès non seulement pour les FARC, mais surtout pour la paix en Colombie. Justice “La justice colombienne vient de rouvrir 294 dossiers et d’émettre 6 nouveaux mandats d’arrêt dans le cadre de la révision des dossiers concernant les assassinats de 2 500 militants de l’Union patriotique commis à partir des années 1980”, souligne El Tiempo. L’Union patriotique, bras légal des FARC, avait été créée en 1984, lors des seules négociations de paix avec les FARC qui aient abouti à un accord. Mais ce parti a été littéralement décimé au cours de la décennie suivante. “Cette décision clé va permettre d’éclairer un épisode historique qui semblait promis à l’oubli judiciaire”, conclut El Tiempo. La Venezuela connection Le quotidien espagnol El País a publié fin décembre une longue enquête de John Carlin selon laquelle la guérilla bénéficierait de hautes protections en territoire vénézuélien, tant pour ses activités militaires que pour le trafic de drogue. “On savait déjà que les FARC trouvaient refuge du côté vénézuélien de la frontière colombienne. Les [quatre] déserteurs que nous avons interviewés soutiennent que les autorités vénézuéliennes protègent militairement au moins quatre camps guérilleros installés sur leur propre territoire. Et qu’elles ferment les yeux sur des programmes de formation assurés au sein de ces camps pour la fabrication de bombes.” Le journaliste ajoute qu’“Ingrid Betancourt se serait trouvée au début de l’année 2007 à Elorza, un village frontalier vénézuélien, sous la garde de Germán Briceño Suárez, alias Grannobles, membre de l’état-major des FARC et chef du Front 10”, mais précise cependant que “toutes les sources consultées ne s’accordent pas sur cette thèse ”.


Manuels scolaires: Comment l’antiaméricanisme est enseigné à nos enfants (II)

20 janvier, 2008
French crash courseLes Allemands trouvaient nos textes trop anti-américains et nous trouvions les leurs trop atlantistes. Je ne me suis jamais considéré comme anti-américain. Mais après avoir parlé aux Allemands, je me suis rendu compte qu’il y avait une culture française de l’anti-américanisme. Guillaume Le Quintrec
Nous sommes le seul pays d’Europe où le dialogue social n’existe à peu près pas, le seul pays d’Europe aussi où l’action publique est lourdement entravée par le manque de conscience collective de vérités comme « la gratuité n’existe pas, tout service à toujours un coût  » ou comme « tout déficit doit finalement être résorbé, tout prêt doit finalement être remboursé ». Nous restons aussi à ma connaissance, l’un des pays d’Europe où la presse d’information générale fait la moins grande place à l’économie. Michel Rocard
Les maisons d’édition savent ce qu’elles font: les manuels respectent les programmes, mais, pour être choisis, reflètent la pensée majoritaire des enseignants », remarque Jean Etienne, doyen des inspecteurs généraux de sciences économiques. Or, à en croire leurs détracteurs, ces enseignants auraient tendance à faire prévaloir une vision trop keynésienne de l’économie. La Rue de Grenelle n’est pas exempte de responsabilités puisqu’elle rédige les programmes. Les Echos
La seconde raison pour laquelle l’enseignement des Sciences Économiques et Sociales est rétif au parti-pris est tout simplement l’existence de nos élèves. C’est être particulièrement méprisant vis-à-vis d’eux de penser qu’ils sont dépourvus d’esprit critique, et incapa-bles de faire la différence entre l’expression d’une opinion et l’enseignement. Notre sys-tème éducatif tant brocardé forme des apprentis citoyens déjà capables de mettre en doute un discours systématique porteur d’opinions. Et croire qu’on pourrait leur “bourrer le crâne” en enseignant une vision positive de tel ou tel acteur économique et social est d’une vanité qui pourrait prêter à sourire. Pascal Binet (Professeur et co-auteur de manuels de Sciences Économiques et Sociales)
Jusqu’au milieu des années 1980, l’enseignement de l’histoire était si imprégné de marxisme qu’on ne pouvait formuler la moindre position critique vis-à-vis du régime soviétique dans les ouvrages scolaires. Jacques Dupâquier
Un manuel qui s’appuie sur des citations de Michael Moore est-il sérieux? Barbara Lefèvre et Nicolas Lecaussin
Les altermondialistes défendent le droit à l’existence de toutes les cultures menacées par la logique libérale. (manuel d’histoire de terminale technique Foucher)
Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde. (manuel de 3e , Magnard, 2003)

Après le silence radio sur la Terreur et le massacre des Vendéens, les crimes du stalinisme et le rôle de Vichy dans la déportation des Juifs ou les aspects positifs de la colonisation et, tout récemment, le floutage de Mahomet

Image largement étatique de l’économie, impasse sur la micro-économie, l’entreprise et l’économie de marché, caricatures et exemples systématiquement négatifs (marché de la drogue) ou triviaux (« économie du tatouage ») …

Couvertures antiglobalisation d’Alternatives économiques ou de militants altermondialistes, textes de Ben Laden, affirmations aussi gratuites que systématiquement anti-libérales et anti-américaines…

Confirmation, d’historiens dans le Figaro la semaine dernière suite à la demande par le ministère de l’Education d’un audit des manuels d’économie à une commission dirigée par le professeur du Collège de France Roger Guesnerie et au coup de gueule de Rocard (qualifiant, avant de se raviser, l’enseignement de l’économie en France de « catastrophe ambulante »), de la remarquable aptitude des manuels de nos enfants à rester parfaitement dans l’air du temps.

A telle enseigne que… “les polémiques qui portaient autrefois sur le communisme, le nazisme ou le colonialisme se sont déplacées sur l’altermondialisme”.

Les manuels d’histoire friands d’altermondialisme
Cyrille Louis, Aude Sérès et Marie-Estelle Pech
Le Figaro
Le 17/01/2008

Un survol des manuels scolaires montre que de nombreux enjeux de géopolitique contemporaine sont parfois traités sans nuances. Certains ouvrages critiquent sans nuances le libéralisme. D’ores et déjà engagé dans un audit des manuels d’économie, le ministère de l’Éducation nationale sera-t-il un jour contraint de se pencher sur les livres d’histoire et de géographie afin de vérifier qu’ils offrent un traitement équilibré de la période contemporaine ? Certains enseignants, franchement troublés par la tonalité antilibérale et antiaméricaine de certains chapitres, ne sont plus loin de le penser. Sans aller aussi loin, André Kaspi, professeur d’histoire à Paris-I, affirmait récemment dans un colloque universitaire : «On peut se demander s’il ne conviendrait pas de réunir une commission d’historiens qui relèverait les erreurs, les préjugés et les maladresses des manuels.» Certains thèmes qui ont longtemps fâché, périodes sombres de la Révolution française, crimes du stalinisme, rôle de Vichy dans la déportation des Juifs ou bilan de la colonisation font depuis une dizaine d’années l’objet d’une approche plus équilibrée. Mais un survol des principaux manuels scolaires suffit à montrer que les enjeux de géopolitique plus actuels sont parfois traités sans nuances. Dans un ouvrage conçu par l’éditeur Foucher à l’intention des classes de terminale technique, on peut ainsi lire : «Les altermondialistes défendent le droit à l’existence de toutes les cultures menacées par la logique libérale.» À l’intention des élèves de terminale générale, Magnard résume pour sa part, au début d’un chapitre consacré aux «fragilités de l’hyperpuissance» américaine: «Le libéralisme économique a des conséquences douloureuses: des fractures sociales et géographiques.» Pour expliquer le développement du terrorisme islamique, le manuel de troisième publié en 2003 par Magnard indique : «Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde.» Comme pour enfoncer le clou, l’éditeur a choisi une photo de militant altermondialiste, prise lors d’une manifestation organisée en Belgique courant 2001, pour illustrer la couverture de cet ouvrage. Un discours conservateur Plus généralement, il apparaît que la plupart des manuels de géographie consacrent autant de pages aux chapitres sur les «critiques et résistances face à la mondialisation» qu’à ceux traitant, par exemple, de «la Chine, puissance en devenir». «Les manuels s’intéressent, hélas, fort peu aux pôles émergents chinois et indiens, qui constitueront pourtant le centre du monde dans lequel vivront nos élèves, se désole Barbara Lefebvre, professeur d’histoire et auteur de plusieurs ouvrages sur l’enseignement de cette discipline (*). En revanche, ces ouvrages ont tendance à imposer un discours extrêmement conservateur, présentant la mondialisation américaine comme l’origine de tous les maux. En clair, les polémiques qui portaient autrefois sur le communisme, le nazisme ou le colonialisme se sont déplacées sur l’altermondialisme.» «En histoire, les sujets difficiles ont toujours existé, mais ils changent d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre», confirme André Kaspi. Dans les années 1970, l’historien et démographe Jacques Dupâquier, désormais membre de l’Institut, se rappelle avoir essuyé de violentes critiques alors que, membre du comité de lecture de l’éditeur Bordas, il avait voulu publier une photo du mur de Berlin ainsi qu’une pyramide des âges de l’URSS dans un manuel de géographie. «Jusqu’au milieu des années 1980, l’enseignement de l’histoire était si imprégné de marxisme qu’on ne pouvait formuler la moindre position critique vis-à-vis du régime soviétique dans les ouvrages scolaires», raconte-t-il. Jusqu’à la diffusion des travaux de François Furet et de Mona Ozouf, le traitement de la Révolution française par les manuels faisait de même étonnamment l’impasse sur la Terreur ainsi que sur les guerres de Vendée. Par ailleurs, des voix s’élèvent régulièrement pour regretter que les chapitres consacrés à la colonisation n’évoquent pas ses aspects positifs ou n’insistent pas suffisamment, à l’inverse, sur ses épisodes les plus sombres. Au ministère de l’Éducation nationale, on considère toutefois que «les manuels sont désormais conformes aux exigences du programme et qu’ils ne prêtent donc pas le flanc à la polémique». Directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Louis Nembrini concède tout juste se demander «si la part réservée à la leçon d’histoire proprement dite n’est pas trop réduite par rapport à la part des documents» dans ces ouvrages. Ainsi, Hatier publie un texte attribué à Oussama Ben Laden dans une page consacrée au «désordre mondial», tandis que Magnard multiplie volontiers, au gré des chapitres, les couvertures antiglobalisation d’Alternatives économiques.

Voir aussi:

Les manuels de l’économiquement correct
L’entreprise, l’économie et la mondialisation dans les manuels scolaires
Barbara Lefèvre1 et Nicolas Lecaussin
Société Civile Actions Médias iFRAP-2007

– le rôle de l’entreprise dans la création de richesses est souvent minimisé, voire complètement ignoré

– le marché doit être encadré et corrigé par les pouvoirs publics et par l’Etat

– aucun ne soulève la question d’un possible échec de certaines politiques publiques

– la notion de « société civile » est inexistante dans les manuels

– la revue gauchisante Alternatives économiques est la Bible de la plupart des manuels d’économie

– les sciences sociales font la part belle aux théories marxisantes de Pierre Bourdieu

– un manuel qui s’appuie sur des citations de Michael Moore est-il sérieux ?

Les manuels de ce dossier ne sont pas aussi marxistes qu’ils l’étaient dans les années 1970. Toutefois, pour ce qui est de l’économie, les manuels privilégient l’Etat et les pouvoirs publics dans leur rôle de régulation du marché. L’économie d’aujourd’hui est mondialisée, le libre-échange s’impose un peu partout et c’est pour cela que l’Etat est essentiel. Pour illustrer ces idées, on privilégie les auteurs keynésiens, les revues plutôt de gauche et étatistes ou bien les dessins et les représentations politiquement et économiquement corrects. Une économie de marché inévitable mais créatrice d’inégalités et de pauvreté. Méfiance aussi à l’égard des entreprises, des multinationales et, implicitement, des Etats-Unis. Pour ce qui est de la société civile, seuls les mouvements alter-mondialistes sont mentionnés tandis que l’individu n’est jamais pris en compte. Ce dossier propose une analyse de texte, s’efforce de voir exactement ce que disent les manuels. Les commentaires seront réduits au minimum. Nous nous mettrons dans la situation de l’élève qui découvre une matière ou qui prend connaissance de nouvelles informations. Nous partons donc du principe qu’il ne sait pas grand-chose sur le sujet.

1/ L’économie dans les manuels

Manuel de Sciences économiques et sociales (1ère ES), sous la direction de Marc Montoussé, Editions Bréal.

Les « Indications complémentaires » en début de manuel sont très claires :

« On montrera que le marché ne fonctionne pas (et n’a jamais fonctionné) sans règles de droit, qu’il suppose l’existence d’un certain nombre d’institutions (organisations professionnelles, tribunaux de commerce…) et le développement de nouveaux droits (droit de la concurrence et de la consommation). La participation au marché requiert des comportements adaptés : des exemples pris dans l’histoire et dans l’actualité permettront de montrer que les formes de socialisation du marché sont indispensables à son fonctionnement. » (…) « On s’attachera à mettre en évidence l’ambivalence du marché. On fera prendre conscience aux élèves que le marché ne peut exister sans règles encadrant le comportement des échangistes et sanctionnant le non-respect des obligations contractuelles. On montrera, en outre, que le marché peut être défaillant soit parce qu’il ne permet pas la production de certains biens et services, soit parce qu’il suscite une amplification des déséquilibres, source de creusement des inégalités et d’exclusion. En bref, il s’agit de montrer (en continuité avec ce qui a été vu à propos de l’organisation politique) qu’il n’y a pas d’économie de marché sans règles juridiques ». (p. 11) Dans l’Introduction, on nous avertit que « Le programme de la classe de première invite les élèves à poursuivre une réflexion consacrée à une question centrale : comment la société est-elle possible ? Comment la vie sociale ne débouche-t-elle pas sur la guerre de tous contre tous ? Si la société se produit elle-même, quels sont les dispositifs qui permettent d’assurer la cohésion sociale ? Cette réflexion est articulée autour de l’analyse de trois liens : le lien marchand, le lien social, le lien politique » (Programme officiel de la classe de Première). Avec ces quelques précisions, le ton est donné : méfiez-vous du marché ! Celui-ci doit être encadré, surveillé, maîtrisé. En faisant ce genre de mises en garde dès le début du manuel, l’élève part d’emblée avec un a priori idéologique. Ensuite, le manuel décrit les « liens économiques et politiques » à partir d’exemples « concrets » dont celui de la Micronésie, un des sous-ensembles de l’Océanie, avec la Mélanésie et la Polynésie. Les échanges marchands sur ces îles sont considérés comme une véritable contribution à la cohésion sociale (« les individus sont unis par une forme de solidarité ») (p.19). Ces précisions qui fleurent bon le tiers-mondisme ne s’arrêtent pas là. L’organisation politique et les élections dans ces îles sont données comme exemples. Une fois entrés dans le vif du sujet, le manuel nous explique (p.32) la mesure des échanges extérieurs à l’aide d’une citation tirée de la revue Alternatives économiques : « (…) un produit peut ainsi être « made in China », mais son achat peut donner lieu à un flux de revenus bien plus élevé au profit des Etats-Unis, sous la forme de rémunération de licences ou de brevets ». C’est toujours la même revue qui est citée dans le chapitre consacré à la monnaie : « La monnaie comme lien social » et « La monnaie comme lien politique ». (p. 65). Plus loin, c’est l’économiste étatiste Jacques Généreux qui nous explique « le contrôle de la Banque centrale sur la création monétaire » (voir l’encadré sur les économistes). Pierre Bourdieu avec sa « domination des classes » et son « capital économique et social » ouvre le chapitre intitulé « Classes sociales et stratifications sociales ». Il est vrai, ce chapitre est complété par les approches de Weber et de Boudon mais la position marxiste est renforcée par de nombreuses citations tirées des revues comme Alternatives Economiques et Le Monde Diplomatique. Bourdieu réapparaît ensuite pour expliquer les inégalités de réussite scolaire grâce à sa théorie sur La reproduction : tout individu se situerait dans une position de classe et serait caractérisé par un « habitus » de classe. Comment donner envie aux élèves de s’en sortir lorsque les manuels leurs disent qu’un enfant n’est pas doué scolairement par nature mais par culture, que ce n’est pas la peine de travailler pour réussir si l’on est fils d’ouvrier ou d’agriculteur. Que l’enseignement n’aurait jamais servi qu’à reproduire la « classe dominante » et tout ce qui se passe à l’école découle de facteurs extérieurs à celle-ci. Malgré l’indigence scientifique et la fausseté de cette théorie (Bourdieu a écrit son ouvrage après une « enquête » dans un lycée parisien. Un seul et à Paris. N’importe quel sociologue qui fait correctement son métier dira que cet échantillon n’est nullement représentatif de toute l’école française), elle continue à occuper une place de choix dans l’enseignement français depuis déjà les années soixante-dix.Pour ce qui est de l’Organisation politique (chapitre 5), l’Etat est le maillon le plus important et précède celui consacré au Marché et à la société. Les élèves apprennent donc que « la marchandisation de l’économie et de la société est néanmoins limitée par certaines règles et par la persistance de rapports sociaux non marchands ». Nous voilà rassurés d’autant plus que les auteurs du manuel font appel à un article du Monde sur la compagnie Ryanair pour nous démontrer que la « concurrence déloyale » est sévèrement condamnée par les Tribunaux, un entretien avec Nicole Notat, une citation de l’historien de gauche J.K. Galbraith, une photo d’une école cadenassée par un maire en colère contre la fermeture d’une classe élémentaire, un tract publicitaire qui dénonce « l’intrusion de l’entreprise dans l’école » (voir ci-joint) et même à un paragraphe du livre Dégraissez-moi ça ! de Michael Moore, l’excité gauchiste d’outre Atlantique. « Le marché n’est pas efficace pour certains biens et il n’alloue pas égalitairement (sic) les ressources. L’intervention des pouvoirs publics est donc indispensable pour protéger et encadrer la concurrence. Ils doivent par ailleurs prendre en charge certaines activités pour lesquelles le marché est défaillant » (chapitre 7). Les paroles (voir ci-joint) de la chanson de Jean-Jacques Goldman, Les Restos du cœur, font comprendre aux élèves que le marché est la cause de la pauvreté et du malheur des milliers de SDF affamés qui hantent nos rues.

Grâce à la réglementation, « les pouvoirs publics luttent contre les inégalités, corrigent les défauts du marché et redistribuent les revenus ». Au moins deux chapitres sont consacrés au rôle des pouvoirs publics et aux politiques de l’Etat mais aucun ne soulève la question d’un possible échec de certaines politiques publiques. L’Etat est infaillible.

Manuels de sciences économiques et sociales (1 ère),
sous la direction de Christophe Longuet, Editions Hatier

Le premier Dossier de ce manuel consacré aux « Activités économiques et sociales » s’ouvre en page 12 avec deux articles de Libération et un d’Alternatives économiques. « Quand l’Internet dissout l’Etat », c’est le titre d’un autre article de la revue d’Alternatives économiques qui nous effraie quelques pages plus loin. Toutefois, ce manuel est beaucoup plus éclectique que le précédent dans le choix des citations et aussi plus théorique et les élèves peuvent lire des textes moins idéologiques. Toutefois, l’entreprise n’est toujours pas considérée comme une créatrice de richesses et le marché est la bête à dompter. Un article de Serge Marti publié dans Le Monde énumère les « dangers d’une approche strictement économique du marché » : les groupes pharmaceutiques ne se soucient guère de la santé des populations africaines, les accidents des chemins de fer britanniques et la vache folle (sic) sont imputables aux privatisations.

Comme le marché est défaillant, il faut compter sur l’action menée par les mouvements de contestation (les alter-mondialistes) et les ONG (Greenpeace). Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il s’agit là des seuls « représentants de la société civile » mentionnés par le manuel. Non contents de ne donner que ces exemples, les auteurs du manuel considèrent que le marché est « myope » et qu’il peut devenir « néfaste à la collectivité s’il est laissé à lui-même ». Les biens collectifs ne sont pas forcément pris en charge par le secteur public non marchand, comme on le voit dans les pays connaissant une régulation marchande plus poussée qu’en France ; aux Etats-Unis, aucun service n’est exclu a priori du marché, l’Etat paie la pension des prisonniers à des entreprises privées, santé et éducation sont en grande partie privées, etc. » (p.231). Cette assertion est doublement contestable : d’abord, la santé et l’éducation sont largement financées par l’Etat aux Etats-Unis, plus qu’en France, ensuite, en France, il existe bien un important secteur privé éducatif et un autre dans le domaine de la santé.

« Une des fonctions de l’Etat : la redistribution ». C’est à lui d’assurer la cohérence sociale et de prendre en charge « les plus démunis ». Pour illustrer cela, le manuel propose à l’élève trois textes avec pratiquement le même contenu en faveur de l’Etat-providence. Ce n’est pas étonnant lorsque ce sont les revues Alternatives économiques et Problèmes économiques qui les fournissent… L’intervention de l’Etat peut avoir des limites comme le précise le chapitre 10. Mais ces limites sont très bien désignées car il existe le risque des « effets pervers » comme par exemple la privatisation des chemins de fer britanniques (page 301). Et la dissertation de la fin du manuel pose la question-réponse imparable : « Pourquoi l’économie de marché ne peut-elle pas se passer de l’intervention économique et sociale ? »

Manuel de Sciences économiques et sociales, Terminale ES, Editions Nathan

En commentant la notion de « croissance économique », le manuel nous met tout de suite en garde : dès la page 12, on apprend que « la croissance touche inégalement les différents pays, de sorte que les inégalités entre régions du monde ne cessent d’augmenter ». Même si l’on reconnaît que « la croissance réduit la pauvreté », des « documents » tirés de la revue Alternatives Economiques et du Rapport sur le développement humain du PNUD (organisme des Nations-Unies) dénoncent « la concentration du revenu au sommet de la hiérarchie sociale (qui) compromet les politiques d’éducation publique universelle et de qualité ». Car la croissance a ses limites : « les relations humaines ne sont-elles pas plus difficiles dans des sociétés où l’enrichissement économique est devenu une valeur essentielle ? Les activités humaines ne sont-elles pas en train de détruire la planète ? » (page 32). Toujours dans ce chapitre sur la croissance économique, il faut remarquer que sur plus de 50 pages, l’entreprise et son rôle de créatrice de richesses – et donc de croissance – n’est pratiquement pas mentionnée.

Dans le chapitre sur « Les transformations de l’investissement », le manuel insiste plus sur le « rôle croissant des administrations publiques » (page 67) et beaucoup moins sur celui de l’entreprise ; le chapitre sur « Le progrès technique » n’oublie pas de souligner l’apparition des « working poor(s) » aux Etats-Unis (page 87), celui sur les inégalités est parsemé de textes provenant de la revue – vous l’avez deviné – Alternatives économiques. L’entreprise, la mondialisation, le marché seraient des facteurs « normaux » d’accroissement des inégalités.

Même si le libre-échange est considéré comme le facteur important de la réussite de certains pays comme les dragons asiatiques, l’interventionnisme de l’Etat apparaît comme inévitable. Les « Travaux pratiques » (page 312) posent une question-réponse : « La mondialisation est-elle responsable du chômage en France ? » Tous les textes qui accompagnent ces travaux prouvent que la mondialisation s’accompagne de la destruction d’emplois partout dans le monde. Quelques pages plus loin, un sujet de dissertation est intitulé : « Dans quelle mesure les firmes multinationales imposent-elles leur logique aux Etats-nations ? ».

« Faut-il renoncer à contrôler ce processus au motif qu’il serait synonyme de modernité, ou faut-il le transformer, le réguler dans une logique de solidarité sociale et environnementale et dans le souci de préserver les cultures locales ». On a rarement vu des questions plus orientées que celle-ci. Tout le chapitre dédié à la mondialisation culturelle (page 320) est construit comme cette question. La mondialisation induirait une « marchandisation de la culture, comme en témoignent l’américanisation des sociétés européennes (exemple d’Halloween)»2 (page 334) et la victoire quasi universelle d’une idéologie (le libéralisme). Dans ces conditions, il est tout à fait normal de s’orienter vers de « nouvelles régulations », voire même vers une « gouvernance mondiale » comme le préconisent les mouvements alter-mondialistes. D’ailleurs, le sujet de dissertation proposé aux élèves est le suivant : « La mondialisation est-elle favorable au développement ? ». Pour leur faciliter le travail, le manuel propose des textes de Joseph Stiglitz, Bill Clinton et Zaki Laïdi, pas vraiment des défenseurs de la mondialisation (page 338).

Enfin, les derniers chapitres traitent des services publics et du rôle des politiques tant aux niveaux national qu’européen pour assurer la cohérence des sociétés d’aujourd’hui. « Généralement fournis par des entreprises ou des administrations en situation de monopole, ces services publics sont spécialement développés en France, où ils sont une expression essentielle de la solidarité nationale » (page 378).

Alternatives économiques :
Une revue de fonctionnaires pour les fonctionnaires

Fondée en novembre 1980 par Denis Clerc, professeur agrégé d’économie, Alternatives Economiques est devenue aujourd’hui la revue incontournable des enseignants français. Conçue comme un mensuel qui présente l’économie « autrement », Alternatives Economiques ne cache pas son ancrage à gauche. Dès son lancement, la rédaction a souhaité « combattre l’économie de l’entreprise et du libéralisme » et expliquer aux enseignants comment fonctionne, d’après eux, « la vraie économie », celle qui « est au service du Citoyen ». Il faut reconnaître que les résultats de cette entreprise sont remarquables : l’Education nationale méprise l’entreprise, la mondialisation de l’économie est vue comme une menace et les enseignants sont largement attachés à l’étatisme et à l’interventionnisme économique. Sans oublier que les élèves préfèrent, une fois les études finies, entrer dans la fonction publique que créer leur entreprise…

Alternatives économiques est un magazine mensuel traitant de l’économie en tant qu’enjeu collectif et social. Le premier numéro a été tiré à 2000 exemplaires. Les ventes du magazine fondé par Denis Clerc ont ensuite continuellement augmenté pour atteindre aujourd’hui environ 100.000 exemplaires. La direction de la rédaction est maintenant assurée par Philippe Frémeaux. La revue est une société coopérative ouvrière de production (SCOP), elle est donc détenue par ses propres rédacteurs.

En plus du magazine mensuel, Alternatives économiques édite plusieurs publications :

2 hors-série de synthèse : l’état de l’économie en février et les Chiffres de l’économie en octobre.


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