René Girard: L’Angleterre victorienne vaut donc les sociétés archaïques (Only in America: René is, like Tocqueville, a great French thinker who could yet nowhere exist but in the United States)

5 novembre, 2015
GirardPassion

Nul n’est prophète en son pays. Jésus

Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver après elles. Jean (Apocalypse 1: 19)
Que signifie donc ce qui est écrit: La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle? Jésus (Luc 20: 17)
Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux (qui) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et (…) pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art et (…) Yvetot donc vaut Constantinople. Gustave Flaubert
I’ve said this for years: The best analogy for what René represents in anthropology and sociology is Heinrich Schliemann, who took Homer under his arm and discovered Troy. René had the same blind faith that the literary text held the literal truth. Like Schliemann, his major discovery was excoriated for using the wrong methods. Academic disciplines are more committed to methodology than truth. Robert Pogue Harrison (Stanford)
René would never have experienced such a career in France. Such a free work could indeed only appear in America. That is why René is, like Tocqueville, a great French thinker and a great French moralist who could yet nowhere exist but in the United States. René ‘discovered America’ in every sense of the word: He made the United States his second country, he made there fundamental discoveries, he is a pure ‘product’ of the Franco-American relationship, he finally revealed the face of an universal – and not an imperial – America. Benoît Chantre
Il était mondialement reconnu mais ne le fut jamais vraiment en France – même s’il était membre de l’Académie Française. Il était trop archaïque pour les modernes, trop littéraire pour les philosophes, pas assez à la mode pour l’intelligentsia dominante et même trop chrétien pour un grand nombre – y compris certaines instances catholiques. S’il est reconnu (l’est et le sera de plus en plus), il l’a été contre l’époque, contre les pensées dominantes, contre les institutions en place, contre les médias. En France, il fut un marginal, un intellectuel qualifié «d’original» pour mieux le laisser en dehors de l’université quand, en elle, le règne des structures et du marxisme écrasait tout le reste. Pour avoir fait toute sa carrière universitaire aux Etats-Unis, à Stanford en particulier ; pour ne s’être rangé sous le drapeau d’aucunes des modes intellectuelles germanopratines, qu’elle soit structuraliste, sartrienne, foucaldienne, maoïste, deleuzienne ou autres ; Pour s’être intéressé, trente ans avant Régis Debray, au «fait religieux» quand il était encore classé dans l’enfer de la superstition ; pour avoir osé se dire «chrétien» – crime de lèse modernité – ce qui, aux yeux de nos maîtres à penser (et donc à excommunier), lui retirait toute légitimité scientifique ; pour n’avoir pas, ou peu, de relais en France (même s’il était devenu, sur le tard, membre de l’Académie française) alors qu’il est traduit en plus de vingt-cinq langues ; Pour toutes ces raisons et bien d’autres, René Girard fut à part dans le paysage intellectuel hexagonal. Damien Le Guay
Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous. « C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité. (…) Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple. Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous. Emmanuel Dubois de Prisque
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Je crois que les intellectuels sont même fréquemment moins clairvoyants que la foule car leur désir de se distinguer les pousse à se précipiter vers l’absurdité à la mode alors que l’individu moyen devine le plus souvent, mais pas toujours, que la mode déteste le bon sens. (…)  dans notre univers médiatique, chacun se choisit un rôle dans une pièce de théâtre écrite par quelqu’un d’autre. Cette pièce tient l’affiche pendant un certain temps et tous les jours chacun la rejoue consciencieusement dans la presse, à la télévision et dans les conversations mondaines. Et puis, un beau jour, en très peu de temps, on passe à autre chose de tout aussi stéréotypé, car mimétique toujours. Le répertoire change souvent, en somme, mais il y a toujours un répertoire. (…) Il y a une dissidence qui est pur esprit de contradiction, un désir mimétique redoublé et inversé, mais il y a aussi une dissidence réelle, héroïque et proprement géniale, devant laquelle il convient de s’incliner. Pensez à la «dissidence» d’Antigone dans la pièce de Sophocle, par exemple! Je ne prétends pas expliquer Soljénitsyne par le désir mimétique. (…) Notre univers mental nous paraît constitué essentiellement de valeurs positives auxquelles nous adhérons librement, parce qu’elles sont justes, raisonnables, vraies. L’envers de tout cela au sein des cultures les plus diverses repose sur l’expulsion de certaines victimes et l’exécration des «valeurs» qui leur sont associées. Les valeurs positives sont l’envers de cette exécration. Dans la mesure où cette exécration «structure» notre vision du monde, elle joue donc elle aussi un rôle très important. (…) Il est bien évident que nos descendants, en regardant notre époque, y repèreront un même type d’uniformité, de conformisme et d’aveuglement que nous découvrons dans les époques passées. Bien des choses qui nous paraissent aujourd’hui comme des évidences indubitables leur paraîtront proches de la superstition collective. A mes yeux, la «conversion» consiste justement à prendre conscience de cela. A s’arracher à ces adhérences inconscientes. C’est d’ailleurs un premier pas vers la modestie… René Girard
Dans tout l’Occident, d’ailleurs, la confusion systématique entre le message chrétien et l’institution cléricale persiste en dépit de tout ce qui devrait la faire cesser. Depuis le XVIIe siècle, l’Eglise catholique a perdu non seulement tout ce qu’il lui restait de pouvoir temporel mais la plupart de ses fidèles, et aussi son clergé, qui, en dehors d’exceptions remarquables, est au-dessous de zéro, aux Etats-Unis notamment, pourri de contestations puériles, ivre de conformisme antireligieux. Les anticatholiques militants ne semblent rien voir de tout cela. Ils sont plus croyants, au fond, que leurs adversaires et ils voient plus loin qu’eux, peut-être. Ils voient que l’effondrement de toutes les utopies antichrétiennes, plus la montée de l’islam, plus tous les bouleversements à venir, va forcément, dans un avenir proche, transformer de fond en comble notre vision du christianisme. (…) Ce qui est sûr, c’est qu’en exilant le religieux dans une espèce de ghetto, comme notre conception de la laïcité tend à le faire, on s’interdit de comprendre. On appauvrit tout à la fois la religion et la recherche non religieuse. René Girard
Je suis personnellement convaincu que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens, des tragiques grecs à Dante, de Shakespeare à Cervantès ou Pascal et jusqu’aux grands romanciers et poètes de notre époque, sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants. René Girard
On n’arrive plus à faire la différence entre le terrorisme révolutionnaire et le fou qui tire dans la foule. L’humanité se prépare à entrer dans l’insensé complet. C’est peut-être nécessaire. Le terrorisme oblige l’homme occidental à mesurer le chemin parcouru depuis deux mille ans. Certaines formes de violence nous apparaissent aujourd’hui intolérables. On n’accepterait plus Samson secouant les piliers du Temple et périr en tuant tout le monde avec lui. Notre contradiction fondamentale, c’est que nous sommes les bénéficiaires du christianisme dans notre rapport à la violence et que nous l’avons abandonné sans comprendre que nous étions ses tributaires. René Girard
People are against my theory, because it is at the same time an avant-garde and a Christian theory. The avant-garde people are anti-Christian, and many of the Christians are anti-avant-garde. Even the Christians have been very distrustful of me. René Girard
Theories are expendable. They should be criticized. When people tell me my work is too systematic, I say, ‘I make it as systematic as possible for you to be able to prove it wrong. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. (…) Les récits de la Passion contiennent plus de détails concrets que toutes les œuvres savantes de l’époque. Ils représentent un premier pas en avant vers le toujours plus de réalisme qui définit le dynamisme essentiel de notre culture dans ses époques de grande vitalité. Le premier moteur du réalisme, c’est le désir de nourrir la méditation religieuse qui est essentiellement une méditation sur la Passion du Christ. En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental. Elle a inventé, entre l’esthétique d’un côté, le technique et le scientifique de l’autre, une séparation qui n’a commencé à exister qu’avec le modernisme, lequel n’est peut-être qu’une appellation flatteuse de notre décadence. La volonté de faire vrai, de peindre les choses comme si on y était a toujours triomphé auparavant et, pendant des siècles, elle a produit des chefs-d’oeuvre dont Gibson dit qu’il s’est inspiré. Il mentionne lui-même, me dit-on, le Caravage. Il faut songer aussi à certains Christ romans, aux crucifixions espagnoles, à un Jérôme Bosch, à tous les Christ aux outrages… (…) Pour comprendre ce qu’a voulu faire Mel Gibson, il me semble qu’il faut se libérer de tous les snobismes modernistes et postmodernistes et envisager le cinéma comme un prolongement et un dépassement du grand réalisme littéraire et pictural. (…)  Dans la tragédie grecque, il était interdit de représenter la mort du héros directement, on écoutait un messager qui racontait ce qui venait de se passer. Au cinéma, il n’est plus possible d’éluder l’essentiel. Court-circuiter la flagellation ou la mise en croix, par exemple, ce serait reculer devant l’épreuve décisive. Il faut représenter ces choses épouvantables «comme si on y était». Faut-il s’indigner si le résultat ne ressemble guère à un tableau préraphaélite? (..)  D’où vient ce formidable pouvoir évocateur qu’a sur la plupart des hommes toute représentation de la Passion fidèle au texte évangélique? Il y a tout un versant anthropologique de la description évangélique, je pense, qui n’est ni spécifiquement juif, ni spécifiquement romain, ni même spécifiquement chrétien et c’est la dimension collective de l’événement, c’est ce qui fait de lui, essentiellement, un phénomène de foule. (…) D’un point de vue anthropologique, la Passion n’a rien de spécifiquement juif. C’est un phénomène de foule qui obéit aux mêmes lois que tous les phénomènes de foule. Une observation attentive en repère l’équivalent un peu partout dans les nombreux mythes fondateurs qui racontent la naissance des religions archaïques et antiques. Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues à celles que décrivent ou suggèrent non seulement les Evangiles et le Livre de Job mais aussi les chants du Serviteur souffrant dans le deuxième Isaïe, ainsi que de nombreux psaumes. Les chrétiens et les juifs pieux, bien à tort, ont toujours refusé de réfléchir à ces ressemblances entre leurs livres sacrés et les mythes. Une comparaison attentive révèle que, au-delà de ces ressemblances et grâce à elles on peut repérer entre le mythique d’un côté et, de l’autre, le judaïque et le chrétien une différence à la fois ténue et gigantesque qui rend le judéo-chrétien incomparable sous le rapport de la vérité la plus objective. A la différence des mythes qui adoptent systématiquement le point de vue de la foule contre la victime, parce qu’ils sont conçus et racontés par les lyncheurs, et ils tiennent toujours, par conséquent, la victime pour coupable (l’incroyable combinaison de parricide et d’inceste dont Œdipe est accusé, par exemple), nos Écritures à nous tous, les grands textes bibliques et chrétiens innocentent les victimes des mouvements de foules, et c’est bien ce que font les Évangiles dans le cas de Jésus. (…) Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. C’est à cette aventure-là, il me semble, que le film de Mel Gibson s’efforce d’être fidèle. René Girard

La Passion selon René

Au lendemain de la mort, au vénérable âge de 91 ans,  de l’anthropologue franco-américain de la violence René Girard …

Nouveau Tocqueville lui aussi longtemps ignoré dans son pays natal …

Mais introducteur dans son pays d’adoption de la « peste » du structuralisme et de la fameuse French theory dont il ne cessera de se démarquer …

Et en cette première journée nationale contre le harcèlement à l’école

Confirmant la prise de conscience par nos sociétés de l’importance, dès l’enfance, des phénomènes de bouc émissaire analysés par Girard …

Alors qu’avec le rejet coup sur coup de la marijuana récréationnelle, des droits transgenres et des sanctuaires pour immigrés clandestins ainsi que l’élection d’un gouverneur anti-« mariage pour tous » dans un certain nombre d’états américains, la fin catastrophique des années Obama pourrait bien voir le reflux de ces idées chrétiennes devenues folles que nos prétendus progressistes avaient cru pouvoir définitivement imposer à l’Occident tout entier …

Quel meilleur hommage que cette magistrale défense  …

 Que republie aujourd’hui Le Figaro à qui il l’avait alors livrée  …

Du réalisme, à travers le film honni de Mel Gibson, tant dans l’art que dans la recherche qu’il avait défendu toute sa vie ?

Lui qui, contre le structuralisme et le postmodernisme déréalisants des sciences humaines, avaient toujours insisté …

Pour accorder le même regard dans la lignée des grands peintres et des grands écrivains

Tant à l’Angleterre victorienne qu’aux sociétés archaïques …

Et tant aux grands mythes grecs qu’aux grands textes bibliques

Pour finir par y découvrir comme moteur même de cette attitude aussi singulière que révolutionnaire …

Le scandale suprême de la supériorité de la révélation judéo-chrétienne ?

La Passion du Christ vue par René Girard
René Girard
Le Figaro

05/11/2015

FIGAROVOX/DOCUMENT – Le philosophe et professeur René Girard est mort ce 4 novembre. Lors de la sortie de La Passion du Christ en 2004, il avait écrit pour Le Figaro un texte fleuve en défense du film de Mel Gibson. Archives.

Philosophe français ayant enseigné 45 ans aux États-Unis, René Girard a vu le film de Mel Gibson pour Le Figaro Magazine. Il salue le travail du cinéaste pour inscrire la Passion du Christ dans une tradition esthétique et théologique.

Une violence au service de la foi

Bien avant la sortie de son film aux Etats-Unis, Mel Gibson avait organisé pour les sommités journalistiques et religieuses des projections privées. S’il comptait s’assurer ainsi la bienveillance des gens en place, il a mal calculé son coup, ou peut-être a-t-il fait preuve, au contraire, d’un machiavélisme supérieur.

Les commentaires ont tout de suite suivi et, loin de louer le film ou même de rassurer le public, ce ne furent partout que vitupérations affolées et cris d’alarme angoissés au sujet des violences antisémites qui risquaient de se produire à la sortie des cinémas. Même le New Yorker, si fier de l’humour serein dont, en principe, il ne se départ jamais, a complètement perdu son sang-froid et très sérieusement accusé le film d’être plus semblable à la propagande nazie que toute autre production cinématographique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Rien ne justifie ces accusations. Pour Mel Gibson, la mort du Christ est l’oeuvre de tous les hommes, à commencer par Gibson lui-même. Lorsque son film s’écarte un peu des sources évangéliques, ce qui arrive rarement, ce n’est pas pour noircir les Juifs mais pour souligner la pitié que Jésus inspire à certains d’entre eux, à un Simon de Cyrène par exemple, dont le rôle est augmenté, ou à une Véronique, la femme qui, selon une tradition ancienne, a offert à Jésus, pendant la montée au Golgotha, un linge sur lequel se sont imprimés les traits de son visage.

Plus les choses se calment, plus il devient clair, rétrospectivement, que ce film a déclenché dans les médias les plus influents du monde une véritable crise de nerfs qui a plus ou moins contaminé par la suite l’univers entier.

Plus les choses se calment, plus il devient clair, rétrospectivement, que ce film a déclenché dans les médias les plus influents du monde une véritable crise de nerfs qui a plus ou moins contaminé par la suite l’univers entier. Le public n’avait rien à voir à l’affaire puisqu’il n’avait pas vu le film. Il se demandait avec curiosité, forcément, ce qu’il pouvait bien y avoir dans cette Passion pour semer la panique dans un milieu pas facile en principe à effaroucher. La suite était facile à prévoir: au lieu des deux mille six cents écrans initialement prévus, ils furent plus de quatre mille à projeter The Passion of the Christ à partir du mercredi des Cendres, jour choisi, de toute évidence, pour son symbolisme pénitentiel.

Dès la sortie du film, la thèse de l’antisémitisme a perdu du terrain mais les adversaires du film se sont regroupés autour d’un second grief, la violence excessive qui, à les en croire, caractériserait ce film. Cette violence est grande, indubitablement, mais elle n’excède pas, il me semble, celle de bien d’autres films que les adversaires de Mel Gibson ne songent pas à dénoncer. Cette Passion a bouleversé, très provisoirement sans doute, l’échiquier des réactions médiatiques au sujet de la violence dans les spectacles. Tous ceux qui, d’habitude, s’accommodent très bien de celle-ci ou voient même dans ses progrès constants autant de victoires de la liberté sur la tyrannie, voilà qu’ils la dénoncent dans le film de Gibson avec une véhémence extraordinaire. Tous ceux qui, au contraire, se font d’habitude un devoir de dénoncer la violence, sans obtenir jamais le moindre résultat, non seulement tolèrent ce même film mais fréquemment ils le vénèrent.

Jamais on n’avait filmé avec un tel réalisme

Pour justifier leur attitude, les opposants empruntent à leurs adversaires habituels tous les arguments qui leur paraissent excessifs et même ridicules dans la bouche de ces derniers. Ils redoutent que cette Passion ne «désensibilise» les jeunes, ne fasse d’eux de véritables drogués de la violence, incapables d’apprécier les vrais raffinements de notre culture. On traite Mel Gibson de «pornographe» de la violence, alors qu’en réalité il est un des très rares metteurs en scène à ne pas systématiquement mêler de l’érotisme à la violence.

Certains critiques poussent l’imitation de leurs adversaires si loin qu’ils mêlent le religieux à leurs diatribes. Ils reprochent à ce film son «impiété», ils vont jusqu’à l’accuser, tenez-vous bien, d’être «blasphématoire».

Cette Passion a provoqué, en somme, entre des adversaires qui se renvoient depuis toujours les mêmes arguments, un étonnant chassé-croisé. Cette double palinodie se déroule avec un naturel si parfait que l’ensemble a toute l’apparence d’un ballet classique, d’autant plus élégant qu’il n’a pas la moindre conscience de lui-même.

Quelle est la force invisible mais souveraine qui manipule tous ces critiques sans qu’ils s’en aperçoivent? A mon avis, c’est la Passion elle-même. Si vous m’objectez qu’on a filmé celle-ci bien des fois dans le passé sans jamais provoquer ni l’indignation formidable ni l’admiration, aussi formidable sans doute mais plus secrète, qui déferlent aujourd’hui sur nous, je vous répondrai que jamais encore on n’avait filmé la Passion avec le réalisme implacable de Gibson.

C’est la saccharine hollywoodienne d’abord qui a dominé le cinéma religieux, avec des Jésus aux cheveux si blonds et aux yeux si bleus qu’il n’était pas question de les livrer aux outrages de la soldatesque romaine. Ces dernières années, il y a eu des Passions plus réalistes, mais moins efficaces encore, car agrémentées de fausses audaces postmodernistes, sexuelles de préférence, sur lesquelles les metteurs en scène comptaient pour pimenter un peu les Evangiles jugés par eux insuffisamment scandaleux. Ils ne voyaient pas qu’en sacrifiant à l’académisme de «la révolte» ils affadissaient la Passion, ils la banalisaient.

Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes.

Le principal argument contre ce que je viens de dire consiste à accuser le film d’infidélité à l’esprit des Evangiles. Il est vrai que les Evangiles se contentent d’énumérer toutes les violences que subit le Christ, sans jamais les décrire de façon détaillée, sans jamais faire voir la Passion «comme si on y était».

Tirer de la nudité et de la rapidité du texte évangélique un argument contre le réalisme de Mel Gibson, c’est escamoter l’histoire. C’est ne pas voir que, au premier siècle de notre ère, la description réaliste au sens moderne ne pouvait pas être pratiquée, car elle n’était pas encore inventée.
C’est parfaitement exact, mais tirer de la nudité et de la rapidité du texte évangélique un argument contre le réalisme de Mel Gibson, c’est escamoter l’histoire. C’est ne pas voir que, au premier siècle de notre ère, la description réaliste au sens moderne ne pouvait pas être pratiquée, car elle n’était pas encore inventée. L’impulsion première dans le développement du réalisme occidental vient très probablement de la Passion. Les Évangiles n’ont pas délibérément rejeté une possibilité qui n’existait pas à leur époque. Il est clair que, loin de fuir le réalisme, ils le recherchent, mais les ressources font défaut. Les récits de la Passion contiennent plus de détails concrets que toutes les œuvres savantes de l’époque. Ils représentent un premier pas en avant vers le toujours plus de réalisme qui définit le dynamisme essentiel de notre culture dans ses époques de grande vitalité. Le premier moteur du réalisme, c’est le désir de nourrir la méditation religieuse qui est essentiellement une méditation sur la Passion du Christ.

En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental.
En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental. Elle a inventé, entre l’esthétique d’un côté, le technique et le scientifique de l’autre, une séparation qui n’a commencé à exister qu’avec le modernisme, lequel n’est peut-être qu’une appellation flatteuse de notre décadence. La volonté de faire vrai, de peindre les choses comme si on y était a toujours triomphé auparavant et, pendant des siècles, elle a produit des chefs-d’oeuvre dont Gibson dit qu’il s’est inspiré. Il mentionne lui-même, me dit-on, le Caravage. Il faut songer aussi à certains Christ romans, aux crucifixions espagnoles, à un Jérôme Bosch, à tous les Christ aux outrages…

Loin de mépriser la science et la technique, la grande peinture de la Renaissance et des siècles modernes met toutes les inventions nouvelles au service de sa volonté de réalisme. Loin de rejeter la perspective, le trompe-l’oeil, on accueille tout cela avec passion. Qu’on songe au Christ mort de Mantegna…

Pour comprendre ce qu’a voulu faire Mel Gibson, il me semble qu’il faut se libérer de tous les snobismes modernistes et postmodernistes et envisager le cinéma comme un prolongement et un dépassement du grand réalisme littéraire et pictural. Si les techniques contemporaines passent souvent pour incapables de transmettre l’émotion religieuse, c’est parce que jamais encore de grands artistes ne les ont transfigurées. Leur invention a coïncidé avec le premier effondrement de la spiritualité chrétienne depuis le début du christianisme.

Si les artistes de la Renaissance avaient disposé du cinéma, croit-on vraiment qu’ils l’auraient dédaigné? C’est avec la tradition réaliste que Mel Gibson s’efforce de renouer. L’aventure tentée par lui consiste à utiliser à fond les ressources incomparables de la technique la plus réaliste qui fût jamais, le cinéma. Les risques sont à la mesure de l’ambition qui caractérise cette entreprise, inhabituelle aujourd’hui, mais fréquente dans le passé.

Si l’on entend réellement filmer la Passion et la crucifixion, il est bien évident qu’on ne peut pas se contenter de mentionner en quelques phrases les supplices subis par le Christ. Il faut les représenter. Dans la tragédie grecque, il était interdit de représenter la mort du héros directement, on écoutait un messager qui racontait ce qui venait de se passer. Au cinéma, il n’est plus possible d’éluder l’essentiel. Court-circuiter la flagellation ou la mise en croix, par exemple, ce serait reculer devant l’épreuve décisive. Il faut représenter ces choses épouvantables «comme si on y était». Faut-il s’indigner si le résultat ne ressemble guère à un tableau préraphaélite?

Au-delà d’un certain nombre de coups, la flagellation romaine, c’était la mort certaine, un mode d’exécution comme les autres, en somme, au même titre que la crucifixion. Mel Gibson rappelle cela dans son film. La violence de sa flagellation est d’autant plus insoutenable qu’elle est admirablement filmée, ainsi que tout le reste de l’oeuvre d’ailleurs.

Mel Gibson se situe dans une certaine tradition mystique face à la Passion: «Quelle goutte de sang as-tu versée pour moi?», etc. Il se fait un devoir de se représenter les souffrances du Christ aussi précisément que possible, pas du tout pour cultiver l’esprit de vengeance contre les Juifs ou les Romains, mais pour méditer sur notre propre culpabilité.

Cette attitude n’est pas la seule possible, bien sûr, face à la Passion. Et il y aura certainement un mauvais autant qu’un bon usage de son film, mais on ne peut pas condamner l’entreprise a priori, on ne peut pas l’accuser les yeux fermés de faire de la Passion autre chose qu’elle n’est. Jamais personne, dans l’histoire du christianisme, n’avait encore essayé de représenter la Passion telle que réellement elle a dû se dérouler.

Dans la salle où j’ai vu ce film, sa projection était précédée de trois ou quatre coming attractions remplies d’une violence littéralement imbécile, ricanante, pétrie d’insinuations sado-masochistes, dépourvue de tout intérêt non seulement religieux mais aussi narratif, esthétique ou simplement humain. Comment ceux qui consomment quotidiennement ces abominations, qui les commentent, qui en parlent à leurs amis, peuvent-ils s’indigner du film de Mel Gibson? Voilà qui dépasse mon entendement.

Comment pourrait-on exagérer les souffrances d’un homme qui doit subir, l’un après l’autre, les deux supplices les plus terribles inventés par la cruauté romaine ?
Il faut donc commencer par absoudre le film du reproche absurde «d’aller trop loin», «d’exagérer à plaisir les souffrances du Christ». Comment pourrait-on exagérer les souffrances d’un homme qui doit subir, l’un après l’autre, les deux supplices les plus terribles inventés par la cruauté romaine?

Une fois reconnue la légitimité globale de l’entreprise, il est permis de regretter que Mel Gibson soit allé plus loin dans la violence que le texte évangélique ne l’exige. Il fait commencer les brutalités contre Jésus tout de suite après son arrestation, ce que les Evangiles ne suggèrent pas. Ne serait-ce que pour priver ses critiques d’un argument spécieux, le metteur en scène aurait mieux fait, je pense, de s’en tenir à l’indispensable. L’effet global serait tout aussi puissant et le film ne prêterait pas le flanc au reproche assez hypocrite de flatter le goût contemporain pour la violence.

D’où vient ce formidable pouvoir évocateur qu’a sur la plupart des hommes toute représentation de la Passion fidèle au texte évangélique? Il y a tout un versant anthropologique de la description évangélique, je pense, qui n’est ni spécifiquement juif, ni spécifiquement romain, ni même spécifiquement chrétien et c’est la dimension collective de l’événement, c’est ce qui fait de lui, essentiellement, un phénomène de foule.

La foule qui fait un triomphe à Jésus ce dimanche-là est celle-là même qui hurlera à la mort cinq jours plus tard. Mel Gibson a raison, je pense, de souligner le revirement de cette foule, l’inconstance cruelle des foules, leur étrange versatilité.
Une des choses que le Pilate de Mel Gibson dit à la foule ne figure pas dans les Evangiles mais me paraît fidèle à leur esprit: «Il y a cinq jours, vous désiriez faire de cet homme votre roi et maintenant vous voulez le tuer.» C’est une allusion à l’accueil triomphal fait à Jésus le dimanche précédent, le dimanche dit des Rameaux dans le calendrier liturgique. La foule qui fait un triomphe à Jésus ce dimanche-là est celle-là même qui hurlera à la mort cinq jours plus tard. Mel Gibson a raison, je pense, de souligner le revirement de cette foule, l’inconstance cruelle des foules, leur étrange versatilité. Toutes les foules du monde passent aisément d’un extrême à l’autre, de l’adulation passionnée à la détestation, à la destruction frénétique d’un seul et même individu. Il y a d’ailleurs un grand texte de la Bible qui ressemble beaucoup plus à la Passion évangélique qu’on ne le perçoit d’habitude, et c’est le Livre de Job. Après avoir été le chef de son peuple pendant de nombreuses années, Job est brutalement rejeté par ce même peuple qui le menace de mort par l’intermédiaire de trois porte-parole toujours désignés, assez cocassement, comme «les amis de Job».

Le propre d’une foule agitée, affolée, c’est de ne pas se calmer avant d’avoir assouvi son appétit de violence sur une victime dont l’identité le plus souvent ne lui importe guère. C’est ce que sait fort bien Pilate qui, en sa qualité d’administrateur, a de l’expérience en la matière. Le procurateur propose à la foule, pour commencer, de faire crucifier Barrabas à la place de Jésus. Devant l’échec de cette première manoeuvre très classique, à laquelle il recourt visiblement trop tard, Pilate fait flageller Jésus dans l’espoir de satisfaire aux moindres frais, si l’on peut dire, l’appétit de violence qui caractérise essentiellement ce type de foule.

Si Pilate procède ainsi, ce n’est pas parce qu’il est plus humain que les Juifs, ce n’est pas forcément non plus à cause de son épouse. L’explication la plus vraisemblable, c’est que, pour être bien noté à Rome qui se flatte de faire régner partout la pax romana, un fonctionnaire romain préférera toujours une exécution légale à une exécution imposée par la multitude.

D’un point de vue anthropologique, la Passion n’a rien de spécifiquement juif. C’est un phénomène de foule qui obéit aux mêmes lois que tous les phénomènes de foule. Une observation attentive en repère l’équivalent un peu partout dans les nombreux mythes fondateurs qui racontent la naissance des religions archaïques et antiques.

Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues.
Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues à celles que décrivent ou suggèrent non seulement les Evangiles et le Livre de Job mais aussi les chants du Serviteur souffrant dans le deuxième Isaïe, ainsi que de nombreux psaumes. Les chrétiens et les juifs pieux, bien à tort, ont toujours refusé de réfléchir à ces ressemblances entre leurs livres sacrés et les mythes. Une comparaison attentive révèle que, au-delà de ces ressemblances et grâce à elles on peut repérer entre le mythique d’un côté et, de l’autre, le judaïque et le chrétien une différence à la fois ténue et gigantesque qui rend le judéo-chrétien incomparable sous le rapport de la vérité la plus objective. A la différence des mythes qui adoptent systématiquement le point de vue de la foule contre la victime, parce qu’ils sont conçus et racontés par les lyncheurs, et ils tiennent toujours, par conséquent, la victime pour coupable (l’incroyable combinaison de parricide et d’inceste dont Œdipe est accusé, par exemple), nos Écritures à nous tous, les grands textes bibliques et chrétiens innocentent les victimes des mouvements de foules, et c’est bien ce que font les Évangiles dans le cas de Jésus. C’est ce que montre Mel Gibson.

Tandis que mythes répètent sans fin l’illusion meurtrière des foules persécutrices, toujours analogues à celles de la Passion, parce que cette illusion apaise la communauté et lui fournit l’idole autour de laquelle elle se rassemble, les plus grands textes bibliques, et finalement les Évangiles, révèlent le caractère essentiellement trompeur et criminel des phénomènes de foule sur lesquels reposent les mythologies du monde entier.

Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. Et c’est ce que nous faisons tous si nous nous abandonnons à notre instinct. Nous essayons de recouvrir du manteau de Noé la nudité de la violence humaine. Et nous marchons à reculons s’il le faut, pour ne pas nous exposer, en regardant de trop près la violence, à sa puissance contagieuse.

Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société.

Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée.

L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. C’est à cette aventure-là, il me semble, que le film de Mel Gibson s’efforce d’être fidèle.

Voir aussi:

Mort de l’académicien René Girard
Sebastien Lapaque
Le Figaro
05/11/2015

Penseur franc-tireur et lecteur universel, le philosophe s’est éteint mercredi à l’âge de 91  ans aux États-Unis a annoncé l’Université de Stanford. Il y a longtemps enseigné.

Il concevait son œuvre comme une participation active à un combat intellectuel et spirituel essentiel pour notre avenir. Observateur attentif du monde, il lui arrivait d’être très inquiet. Mais il ne lui déplaisait pas de voir scintiller dans les brasiers du siècle quelques lueurs d’apocalypse. Il se souvenait de l’exhortation de Jean à Patmos: «Écris donc ce que tu as vu, ce qui est et ce qui doit arriver ensuite.» L’inspiration évangélique du titre d’un nombre important de ses livres – Des choses cachées depuis la fondation du monde, Quand ces choses commenceront, Je vois Satan tomber comme l’éclair… – marque bien où était son cœur. Penseur franc-tireur et lecteur universel, René Girard assumait le scandale de croire à la vérité révélée du christianisme dans un siècle voué au doute et à la déconstruction.

Il avait cependant des Évangiles une lecture toute à lui. Pendant près de trente ans, il s’est employé à démontrer que ces récits de la vie de Jésus étaient une théorie de l’homme avant d’être une théorie de Dieu. Quand ses contemporains cherchaient la vérité sur l’origine des institutions humaines chez Marx et Freud, il la trouvait dans les Écritures, lues avec Le Rouge et le Noir, Madame Bovary, Don Quichotte, Les Frères Karamazov, Le Général Dourakine et À la recherche du temps perdu. Par là, il a imposé une herméneutique nouvelle. Une des singularités de son esprit est d’avoir toujours refusé le divorce du savoir et de la littérature. En plein triomphe des sciences humaines, René Girard répétait qu’après les Évangiles, les textes les plus éclairants sur notre culture n’étaient ni philosophiques, ni psychologiques, ni sociologiques, mais littéraires. «Je suis personnellement convaincu, expliquait-il, que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens, des tragiques grecs à Dante, de Shakespeare à Cervantès ou Pascal et jusqu’aux grands romanciers et poètes de notre époque, sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants.»

«Je suis personnellement convaincu que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens… sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants»
Longtemps dédaigné par un clergé intellectuel acquis au structuralisme, à la linguistique et au formalisme, ignoré par l’institution universitaire française, peu connu du grand public, élu à l’Académie française à 80 ans passés, René Girard s’était très tôt fait connaître aux États-Unis. Né à Avignon le jour de Noël 1923, élève à l’École des chartes de 1943 à 1947, où il a passé un diplôme d’archiviste-paléographe, il avait 23 ans lorsqu’il traversa l’Atlantique. Il a alors enseigné la littérature française à l’université d’Indiana, où il a obtenu son doctorat d’histoire, avant de rejoindre l’université John Hopkins de Baltimore, puis la fameuse université de Stanford, en 1974, où il a dirigé le département de langue, littérature et civilisation françaises jusqu’à la fin de sa carrière. Il a souvent expliqué que cet exil dans l’Université américaine, où les chercheurs se voient réserver un cadre et des conditions de travail exceptionnels, a été la chance de sa vie.

Il était admiré et méprisé pour la même raison: avoir eu la prétention de proposer une théorie générale de l’agir et du désir au moment où toute intelligence du monde de portée universelle était frappée de suspicion. Glissant de la critique littéraire à l’anthropologie, René Girard a décortiqué le mécanisme du désir mimétique tel qu’il était mis en scène dans les textes qu’il étudiait et montré qu’il était inhérent à la condition humaine. Par la suite, il a bouleversé la conception que l’on se faisait de la violence et imposé une défense anthropologique du christianisme, ultime scandale d’une pensée qui s’est épanouie livre après livre au long de cinq décennies. Parmi ses ouvrages devenus des classiques, retenons Mensonge romantique et vérité romanesque (1961),La Violence et le Sacré (1972), Critique dans un souterrain (1976), Le Bouc émissaire (1982), Shakespeare: les feux de l’envie (1990).

Anthropologue révolutionnaire, intellectuel au parcours singulier, catholique romain assez peu en phase avec la pastorale de son temps, René Girard n’a jamais été revendiqué par l’institution ecclésiale, comme le fut par exemple Jacques Maritain, familier de la Cour de Rome. Peut-être parce que sa pensée, comme celle de tout vrai penseur chrétien – Érasme, Pascal, Kierkegaard -, sentait un peu le fagot. Persuadé que la vocation des critiques littéraires est de maintenir le sens et la fonction religieuse du langage, René Girard a souvent défendu la nécessité du scandale pour la pensée, un mot qu’on rencontre plus souvent dans le grec des Évangiles que le mot péché. Le skandalon, c’est le piège qui fait trébucher. Mais, parce qu’il nous tient et retient, cet obstacle nous permet d’avancer. Ainsi celui de la Croix, point nodal de toute la réflexion sur la condition humaine de René Girard, matière et mobile d’une grande partie de ses livres. Selon lui, c’est grâce au Christ que le bouc émissaire a cessé d’être coupable et que les origines de la violence ont enfin été révélées. Par là, la Croix nous a délivré des religions archaïques. En rendant tout sacrifice absurde, Jésus s’impose comme un anti-Œdipe. Son histoire est un «retournement de mythe» qui montre que la victime dit la vérité et que c’est la persécution qui porte le mensonge. Dans les histoires précédentes, c’était déjà vrai, mais ce n’était pas dit, les dieux paraissant déchaînés contre les victimes.

Spectateur curieux du nihilisme contemporain et de ses manifestations, René Girard regardait la montée de la violence dans le monde à la fois avec effroi et avec beaucoup d’intérêt. «On n’arrive plus à faire la différence entre le terrorisme révolutionnaire et le fou qui tire dans la foule, nous confiait-il voici quelques années. L’humanité se prépare à entrer dans l’insensé complet. C’est peut-être nécessaire. Le terrorisme oblige l’homme occidental à mesurer le chemin parcouru depuis deux mille ans. Certaines formes de violence nous apparaissent aujourd’hui intolérables. On n’accepterait plus Samson secouant les piliers du Temple et périr en tuant tout le monde avec lui. Notre contradiction fondamentale, c’est que nous sommes les bénéficiaires du christianisme dans notre rapport à la violence et que nous l’avons abandonné sans comprendre que nous étions ses tributaires.»

Bibliographie
1961Mensonge romantique et vérité romanesque
1963Dostoïevski: du double à l’unité
1972La Violence et le sacré
1976Critique dans un souterrain
1978Des choses cachées depuis la fondation du monde
1982Le Bouc émissaire
1985La Route antique des hommes pervers
1990Shakespeare: les feux de l’envie
1994Quand ces choses commenceront…
1999Je vois Satan tomber comme l’éclair
2001Celui par qui le scandale arrive
2002La Voix méconnue du réel
2003Le Sacrifice
2004Les Origines de la culture
2006Vérité ou foi faible. Dialogue sur christianisme et relativisme
2007Dieu, une invention?
De la violence à la divinité
Achever Clausewitz
2008Anorexie et désir mimétique
2009Christianisme et modernité
2010La Conversion de l’art
2011Géométries du désir
Sanglantes origines

Voir aussi:

Religion, désir, violence : pourquoi il faut lire René Girard

Damien Le Guay

Le Figaro
05/11/2015

FIGAROVOX/ANALYSE -Damien Le Gay explique pourquoi le philosophe et académicien compte et comptera de plus en plus.


Damien Le Guay, philosophe, président du comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP, enseignant à l’espace éthique de l’AP-HP, vient de faire paraitre un livre sur ces questions: Le fin mot de la vie – contre le mal mourir en France, aux éditions du CERF.


Depuis le début des années 1960, sa place intellectuelle fut singulière et sa pensée originale. C’est pourquoi son œuvre, pour avoir été rejeté pendant longtemps, restera comme l’une des plus importante de l’époque. Il était mondialement reconnu mais ne le fut jamais vraiment en France – même s’il était membre de l’Académie Française. Il était trop archaïque pour les modernes, trop littéraire pour les philosophes, pas assez à la mode pour l’intelligentsia dominante et même trop chrétien pour un grand nombre – y compris certaines instances catholiques. S’il est reconnu (l’est et le sera de plus en plus), il l’a été contre l’époque, contre les pensées dominantes, contre les institutions en place, contre les médias. En France, il fut un marginal, un intellectuel qualifié «d’original» pour mieux le laisser en dehors de l’université quand, en elle, le règne des structures et du marxisme écrasait tout le reste. Et pourtant, il compte et comptera de plus en plus.

Pour avoir fait toute sa carrière universitaire aux Etats-Unis, à Stanford en particulier ; pour ne s’être rangé sous le drapeau d’aucunes des modes intellectuelles germanopratines, qu’elle soit structuraliste, sartrienne, foucaldienne, maoïste, deleuzienne ou autres ; Pour s’être intéressé, trente ans avant Régis Debray, au «fait religieux» quand il était encore classé dans l’enfer de la superstition ; pour avoir osé se dire «chrétien» – crime de lèse modernité – ce qui, aux yeux de nos maîtres à penser (et donc à excommunier), lui retirait toute légitimité scientifique ; pour n’avoir pas, ou peu, de relais en France (même s’il était devenu, sur le tard, membre de l’Académie française) alors qu’il est traduit en plus de vingt-cinq langues ; Pour toutes ces raisons et bien d’autres, René Girard fut à part dans le paysage intellectuel hexagonal.

En 1961, avec Mensonge romantique et vérité romanesque, Il s’intéresse à la littérature pour ce qu’elle dit de l’homme ; En 1972, avec La violence et le sacré, il décortique les mécanismes religieux pour mieux comprendre la violence ; En 1978, avec Des choses cachées depuis la fondation du monde, il considère le christianisme comme une sorte de «sur-religion» qui vient abolir les autres, les rendant inefficaces et presque obsolètes. Sa pensée s’inscrit mal dans une lignée clairement définie. Pour être ailleurs, certains la mettent nulle part. Voilà qui est plus commode pour ronronner entre soi! Anthropologue Il critique l’anthropologie quand, avec Lévi-Strauss, elle condamne le sacrifice en le dépouillant de toute signification ; critique littéraire, il rejette ceux qui, comme Georges Poulet, pensent que la littérature, devenue un monde en soi, ne se réfère qu’a elle seule, n’a rien à révéler des vérités humaines radicales – comme le mimétisme ; chrétien, il critique les catholiques trop immergés dans le monde et peu conscients des enjeux de l’Apocalypse.

René Girard, un Durkheim pascalien…

Alors qui est-il? D’où sort-il? Sorte de guelfe chez les gibelins et de gibelin chez les guelfes, selon la posture d’un Erasme, soucieux de ne rien céder à personne, il était à la fois disciple de Durkheim et s’inscrit dans la lignée de Pascal. Posture intenable s’il en est. Dans le camp des religieux il est trop durkheimien ; dans le camp des sociologues, trop religieux. Et quand il est question de ces «maîtres du soupçon» qui depuis la fin du XIX ème siècle, tendent à renvoyer l’homme vers des forces qui, en coulisse, le domineraient, comme s’il était marionnette plutôt qu’acteur, René Girard, lui aussi, se réclame de cette tradition qui disqualifie l’autonomie moderne. Il ne met pas en exergue des forces sociales, des pulsions inconscientes ou des généalogies insoupçonnées, mais, dans un même effet de déplacement, une rivalité mimétique au fondement de tout. L’individu n’est jamais seul. La conscience s’acquiert non par la raison mais le désir.

Alors il est un Durkheim pascalien – ce qui équivaut à un oxymore intellectuel. Unique membre de cette singulière catégorie, il retient de l’auteur des Formes élémentaires de la vie religieuse, une approche qui fait de la religion un effet de coagulation sociale et une manière collective de réguler la violence. De Pascal il garde le souci d’une apologie chrétienne pleine de raison. «Tous mes livres», dit-il «sont des apologies plus ou moins explicites du christianisme.» Le Christ, première victime innocente, qui dit son innocence à la face du monde, dénude, par-là même, tous les mécanismes du religieux archaïque. Alors, aujourd’hui, nous ne pouvons qu’être chrétiens, même si le christianisme n’a pas été pleinement reçu. René Girard en appelle à une «éthique nouvelle» qui ne peut naître, selon lui, «qu’au sein du mimétisme libéré – libéré par le christianisme».

Qu’il soit du coté de Durkheim ou de celui de Pascal, il privilégie l’analyse et délaisse les a priori idéologiques. Ni rationalisme ni fidéisme. Il faut dire qu’aujourd’hui la situation est inédite. La violence est déchaînée. Plus rien ne la tient. Le religieux ne fait plus son office. Tenir les deux termes de l’équation: à la fois l’analyse du religieux, selon les méthodes durkheimiennes et l’horizon chrétien, dans la lignée d’un prophétisme pascalien. C’est ce que fit René Girard, laissant, dans son sillage, beaucoup de mécontentements, d’incompréhensions, d’incertitudes et de points d’interrogations.

Comment sortir de la nature violente de l’homme?

René Girard, lui, insiste sur une histoire par nature tragique et une violence en dehors de toute maîtrise. Contrairement aux «modernes» qui pensent pouvoir contrôler les réactions en chaîne de la violence, comme on contrôle une fusion nucléaire, il met l’accent sur un processus qui finit par ne plus être tenu. Il échappe à tout le monde. Telle fut la leçon du siècle passé: cette «montée aux extrêmes», selon la formule de Clausewitz, stratège prussien mort en 1831 auquel il confronte sa pensée dans Achever Clausewitz (2007), ne conduit pas, après coup, à la réconciliation des hommes entre eux. Cette formule d’une «montée» de la violence lui parait pertinente. René Girard, lui, sorte d’écologiste de la violence, met l’accent sur un processus d’imitation qui oppose les hommes entre eux. Tout débute par la rivalité. Cette rivalité appelle en retour la vengeance et la vengeance le meurtre et le meurtre la vengeance. L’humanité entre ainsi dans un cercle sans fin. Notons que pour lui la violence vient toujours répondre à une offense – que cette offense soit réelle, imaginaire ou symbolique. La violence est une réponse. Elle n’est pas première. La rivalité, elle, est première. Le désir de ce que l’autre possède est à l’origine de tout. Le violent, lui, est d’abord un offensé. Du moins le croit-il. Toute vengeance est une revanche. Un retour. Un second temps. Une réponse.

Comment alors briser ce cercle, interrompre ce jeu à l’infini de renvoi? Seul, nous dit René Girard, le religieux, par l’instauration du sacrifice, rompt cette circularité de la vengeance et du meurtre. De toute évidence le sacrifice archaïque est arbitraire. La victime est chargée de «tous les péchés du monde». Son meurtre réconcilie la communauté avec les puissances divine et surtout avec elle-même. Dans toutes les sociétés, fussent-elles des plus primitives, on retrouve ce mécanisme du «bouc émissaire». Il permet d’évacuer la violence, d’apaiser les consciences et de mettre un terme, provisoire, aux rivalités en cascade. D’une certaine façon le sacrifice brise le miroir des rivalités. Elles ne se voient plus, ne se répondent plus l’une l’autre. La réconciliation s’opère donc sur le dos d’un autre. Ce meurtre fondateur, instaure des rites qui eux-mêmes font naître les institutions. Et c’est ainsi que naît la culture et toutes les institutions qui la mettent en forme.

La nouveauté chrétienne…

Or, le christianisme, dans un souci de vérité, retire à l’homme ses «béquilles sacrificielles» en reconnaissant la pleine et entière innocence de la victime. Le Christ, dit et reconnu innocent, n’endosse plus la culpabilité sociale bien commode pour justifier des sacrifices. «Le religieux» dit rené Girard «invente le sacrifice ; le christianisme l’en prive». Cette privation est un pari éthique, une invitation à sortir du cycle de la violence par le haut (les Béatitudes). Et si les hommes s’accordaient entre eux au diapason de la bienveillance! Telle est le sens de l’invitation chrétienne.

L’avantage des intuitions creusées et explorées de bien des manières, comme celle de René Girard autour des rivalités mimétiques, est qu’elles prennent le risque de devenir obsessionnelles. Au début, il rêvait d’un savoir sur la violence qui, une fois connu, permettrait de la maîtriser. Cette prétention l’a quitté. La réconciliation des hommes entre eux, conçue, au début, comme quasiment automatique est devenue, au fil des années, incertaine pour ne pas dire problématique. Reste une certitude: le religieux empêche la société de se détruire. Certitude d’autant plus vitale que nous assistons à une montée planétaire de la violence religieuse avec le risque d’une déflagration totale. Sur ce versant-là de nos inquiétudes qui se profilent à l’horizon, René Girard peut nous aider à avancer. Il reste un appui sérieux pour nous éviter de mourir. Mourir par cet actuel jeu de miroir à l’infini des rivalités mimétiques – autre nom de la démocratie-égalitariste. Mourir par ce retour au fondamentalisme religieux, loin de l’intelligence des textes et de la compréhension du vrai mécanisme de la violence.

Voir encore:

Hommage à René Girard
Une pensée profonde exposée aux malentendus
François Hien
Causeur
05 novembre 2015

René Girard est mort hier, à 91 ans. Nous sommes nombreux à avoir l’impression d’avoir perdu un être proche. Pour ma part, et malgré son grand âge, il m’a fallu sa mort pour que je prenne conscience que j’avais toujours pensé le rencontrer un jour. Le contraire me semblait inconcevable.

René Girard a signé une des œuvres les plus profondes de notre époque, dans une langue constamment limpide. Cette œuvre protéiforme déploie une intuition unique, grâce à laquelle elle retrace l’entièreté de l’histoire de l’homme. Je vais essayer de résumer ici en termes simples l’histoire de l’humanité selon Girard.

De nombreux mammifères, nous apprend l’éthologie, ont un comportement mimétique. Ce mimétisme est d’appropriation, c’est-à-dire qu’un individu va désirer l’objet qu’un autre désire, par imitation. Evidemment, cette convergence sur un même objet crée un conflit, que le monde animal résout par l’instauration de « systèmes de dominance » : l’individu qui a remporté le conflit gagne une position de domination qui n’est pas transmissible. C’est donc improprement qu’on parle de « sociétés animales ».

Il nous faut supposer qu’à une époque très éloignée, une certaine catégorie de mammifères n’a pas su engendrer ces sociétés de dominance, et est restée dans l’instabilité de la violence. Or, les individus  n’imitent  pas  seulement  le  désir  de  leur  voisin,  ils  imitent  aussi  sa  violence.  Ces ralliements mimétiques à la violence du voisin convergent comme une série de ruisseaux qui se mêlent et se transforment en un puissant torrent ; la violence intestine va devenir unanime, et un seul individu en sera la victime.

À ce stade, cet individu n’est rien d’autre que la cible malchanceuse d’un mécanisme aveugle. Or, il se trouve que sa mise à mort va calmer, pour un temps, les violences. Les hommes disposent alors d’un calme relatif à la faveur duquel ils commencent à inventer trois institutions, pour éviter le retour de la violence : les interdits, les rituels, et les mythes. Les interdits sont autant de moyens d’éviter les convergences de désir ; les rituels rejouent une partie de la crise mimétique et s’achèvent par un sacrifice, la répétition rituelle du meurtre fondateur ; et les mythes sont des interprétations, du  point  de  vue  des  persécuteurs,  de  cette  violence  fondatrice.  Voilà  pourquoi  les  divinités archaïques sont toujours ambivalentes, à la fois bonnes et mauvaises : les hommes leur assimilent la violence  intestine,  mais  également  sa  résolution  sacrificielle.  La  divinité  n’est  qu’une  fausse transcendance, une manière qu’ont trouvé les hommes de projeter leur violence hors d’eux. C’est la raison pour laquelle on a dit de la théorie girardienne qu’elle était «  la première vraie théorie athée du sacrifice ».

Les systèmes culturels sont des systèmes de différences qui empêchent la convergence des désirs sur les mêmes objets. Là où les rapports de force suffisent à produire cet effet dans le monde animal, les humains ont  besoin  de déployer  des systèmes  d’autant plus  complexes qu’ils  sont cumulatifs. Le mécanisme victimaire fait accéder les hommes au symbolisme, et leur permet de transmettre  l’ordre  différencié.  Ces  sociétés  se  complexifient,  certaines  inventent  des  formes d’organisation politique, des échanges économiques.

Mais ces institutions ne fonctionnent qu’en maintenant dans la méconnaissance les hommes qui en bénéficient. Par principe, la victime émissaire (ou la longue série de victimes émissaire qui a progressivement affiné l’institution) fait écran à la violence de tous. Or cette méconnaissance, si elle est nécessaire au bon fonctionnement des ordres culturels, peut aussi leur être fatale. Peu à peu, le souvenir de la violence se perd. Certains interdits sont moins respectés, des éléments essentiels du rituel disparaissent. Les désirs convergent à nouveau sur les mêmes objets, et c’est le retour de l’indifférenciation violente : les frères s’affrontent en doubles mimétiques, chacun croyant réagir à la violence de l’autre. Les hiérarchies ne tiennent plus, les liens familiaux se dissolvent : c’est la crise mimétique, que si souvent les mythes figurent sous le nom de « peste » – cette maladie de la contagion fatale et de l’indifférencié.

Comme  les  fois  précédentes,  il  faut  bien  trouver  un  coupable  à  ces  « pestes ».  Les mécanismes victimaires se remettent en place, la victime émissaire est mise à mort, la paix revient, les différences affluent de nouveau ; de nouveaux interdits sont générés par la crise  ; un nouveau mythe en garde une trace déformée.

Voilà selon Girard le modèle, ici schématisé, de la genèse des cultures humaines et de leur fonctionnement cyclique. Une société est un système de différences mécaniquement générées par des  crises  sacrificielles.  Elle  est  intégralement  fille  du  religieux.  Le  religieux,  c’est  cette transcendance de la violence que les hommes ont besoin de poser hors de soi tout autant qu’ils ont besoin de s’en protéger. Le religieux procède à ce double miracle, sans qu’il y ait besoin que quiconque l’ait conçu : il protège de la violence, et il sacralise cette violence, il la rend étrangère aux hommes, il leur fait croire qu’ils n’y étaient pour rien. Ce n’est qu’au prix de cette méconnaissance que les hommes peuvent vivre entre eux et se doter de règles positives. Mais cette méconnaissance est en elle-même dangereuse puisqu’elle camoufle le danger véritable, la violence intestine, qui finit invariablement par revenir.

Cette histoire de l’humanité nous serait insaisissable si nous n’étions pas nous-mêmes sortis du cycle  décrit  ci-dessus.  Etre  encore  dans  ce  cycle,  c’est  être  situé  quelque  part  dans  la méconnaissance évolutive qui enveloppe le mécanisme sacrificiel. Notre sortie du cycle, Girard l’attribue au judéo-chrétien. Le  Christ,  lui,  n’est  rien  d’autre  qu’une  victime  émissaire consentante qui refuse absolument de répondre à la violence, et qui révèle par sa Passion ce qui était jusqu’alors  resté  dissimulé :  que  les  victimes  immolées  par  les  foules  sacrificielles  étaient innocentes de ce dont on les accusait.

La révélation évangélique peut être source de violence plus encore que de paix. Car à des hommes incapables de se réconcilier, elle a retiré les « béquilles sacrificielles » qui les protégeaient de leur propre violence. L’Apocalypse prédit par les Ecritures n’est pas celle d’un Dieu vengeur déchaîné contre nous : ce n’est que le fruit de notre propre violence, montée aux extrêmes. Et René Girard de s’étonner qu’en une époque où il est devenu concevable, et même probable, que l’homme finisse par détruire l’homme, personne n’aille regarder la pertinence des textes apocalyptiques, leur validité anthropologique.

Nous avons toujours le réflexe de créer des boucs émissaires (notre société contemporaine est saturée de ces mécanismes), mais la sacralisation ne prend pas – et notre civilisation ne se clôt plus sur le dos de ses victimes. Nous sommes condamnés à avancer vers un paroxysme de violence réciproque et planétaire – ou bien, nous suggère Girard, à devenir enfin «  chrétiens », c’est-à-dire à imiter le Christ : refuser radicalement l’engrenage de la violence, quitte à y laisser sa vie.

Dans tous les livres que Girard a publiés, du premier au dernier, il ne raconte jamais autre chose que cette longue histoire, qui prend l’humanité à son origine et qui prédit sa fin. Girard moque souvent le besoin qu’à la psychanalyse d’engendrer pulsions et instincts à tout va pour expliquer des phénomènes qu’elle est incapable d’unifier. « Freud n’en est plus à un instinct près » dit-il. De ce point de vue, Girard est particulièrement économe mais n’écrase pas le divers  : il prétend qu’à partir du mimétisme seul, on peut redéployer toutes les manifestations humaines, ses institutions, son art, sa violence…

Pour finir, je voudrais dire un mot des implications pour le lecteur d’une telle théorie. Devenir « girardien », ce n’est pas appartenir à une secte ; ce n’est pas tenir pour vrai tout ce que Girard a écrit ; c’est d’abord se laisser aller à une «  conversion » qui n’est pas d’ordre religieux, mais qui est un bouleversement du regard sur soi, une critique personnelle de son propre désir.

Pour comprendre à quel point la théorie de Girard est vraie, il faut avoir cheminé à rebours de son désir, non pas pour atteindre un illusoire « moi » authentique, mais au contraire pour aboutir à l’inexistence de ce moi, toujours déjà agi par des « désirs selon l’autre ». La théorie mimétique est un dévoilement progressif dont le lecteur n’est jamais absent de ce qui se dévoile à lui. Elle menace l’existence du sujet que je croyais être. Elle s’attaque à ce que je croyais le plus original chez moi.

Il n’est pas un lecteur de Girard, même le plus convaincu, qui ne se soit dit à la lecture de Mensonge romantique et vérité romanesque : « Il a raison, tout ça est vrai. Heureusement que pour ma part j’y échappe en partie. » Il serait suicidaire de ne se lire soi-même qu’avec les lunettes girardiennes ; on a besoin de croire un minimum aux raisons que notre désir se donne ; ces raisons constituent toujours une résistance en nous à la théorie mimétique, plus ou moins grande selon les individus. Il ne s’agit pas de s’en défendre, mais de le savoir. La lecture de Girard nous impose donc un double processus de révélation : on se rend compte d’abord que notre propre désir obéit aux lois décelées par Girard ; et dans un second temps, on se rend compte qu’on a feint l’adhésion totale à ses thèses, et qu’il reste en nous un moi « néo-romantique » qui ne se croit pas concerné par ces lois. Ainsi, la découverte de Girard doit nous interdire, in fine, le surplomb de celui qui aurait compris, contre tous ceux qui seraient encore des croyants naïfs en l’autonomie de leur désir.

Les théories modernes, fussent-elles particulièrement humiliantes pour le sujet, tournent en avant-garde parce qu’un petit noyau de fidèles s’enorgueillit d’avoir le courage intellectuel de les tenir pour vraies. Par nature, il ne peut en être de même avec René Girard : construire une avant-garde autour de ses théories, ce serait reconstituer la distinction de valeur entre «  moi » et « les autres » dont sa lecture devrait nous avoir guéris. Nous n’avons pas d’autre choix que d’entrer en dissidence de notre propre désir, et de n’en tirer aucun profit social qui nous replongerait dans les postures dont Girard nous aide à nous affranchir.

Bien entendu, cela n’empêche pas d’éminents girardiens de se prévaloir de ses thèses contre tous  les  imbéciles  qui  n’y  comprennent  rien.  Girard  n’est  pas  à  l’abri  des  malentendus.  Sa bonhommie et sa gentillesse, vantées par tous ceux qui l’ont côtoyé, auraient sans doute pardonné même ces contresens moraux. « Ils ne savent pas ce qu’ils font ».

René Girard est mort à Stanford, à 91 ans. Nous sommes nombreux à pleurer ce cher professeur.

Voir aussi:

Le génie du girardisme
Il faut lire René Girard
Basile de Koch
Causeur
13 janvier 2008

Je ne pense pas que “toutes les religions se valent”, contrairement à l’opinion professée par 62% de mes camarades catholiques pratiquants (sondage La Croix, 11-11-07). Sinon je laisserais tomber aussi sec le catholicisme, et peut-être même sa pratique.

Au contraire je suis intimement touché, non par la grâce hélas, mais par la beauté de ma religion à moi, la seule qui repose tout entière sur l’Amour. Le coup du Créateur qui va jusqu’à se faire homme par amour pour sa créature (et pour lui montrer qu’elle-même peut “faire le chemin à l’envers”, comme disait le poète), c’est dans la Bible et nulle part ailleurs !

Le génie du christianisme, c’est d’avoir transmis aux hommes vaille que vaille depuis 2000 ans cette Bonne Nouvelle : si ça se trouve, Dieu tout-puissant nous aime inconditionnellement depuis toujours et pour toujours ; Il l’aurait notamment prouvé dans les années 30 de notre ère, à l’occasion d’une apparition mouvementée en Judée-Galilée.

Le génie du girardisme, c’est de mettre en lumière le message christique comme l’unique et évident remède aux maux dont souffre la race humaine depuis la Genèse, c’est-à-dire depuis toujours, et dont notre époque risque désormais de crever, grâce aux progrès des sciences et des techniques.

J’ai mis longtemps à comprendre René Girard. Il répondait brillamment, dans un langage philosophique et néanmoins sensé, à des questions que je ne me posais pas (sur le mimétisme, le désir, la violence…) Et puis j’ai fini par comprendre que mes “questions métaphysiques” manquaient de précision – et aussitôt j’ai commencé d’apprécier les réponses de René. Il faut dire aussi que ce mec ne fait rien comme tout le monde. Y a qu’à voir comment il définit son métier : “anthropologue de la violence et des religions”, je vous demande un peu ! Qu’est-ce que c’est que cette improbable glace à deux boules ? Serait-ce à dire que toute violence vient du religieux, comme l’ânonne avec succès un vulgaire Onfray ? Non, cent fois non : Girard est un philosophe chrétien, c’est-à-dire l’inverse exact d’Onfray.

Au commencement était le “désir mimétique”, nous dit René Girard. Et d’opposer le besoin, réel et parfois vital, au désir, “essentiellement social (…) et dépourvu de tout fondement dans la réalité”. Alors, je vous vois venir : cette critique du désir ne serait-elle pas une vulgaire démarcation de l’infinie sagesse bouddhiste ? Eh bien pas du tout, si je puis me permettre ! Le christianisme ne nous propose pas de choisir entre le désir et le Néant (rebaptisé “Nirvana”), mais entre le désir et l’Amour, source de vie éternelle.

Il est cocasse, à propos du désir mimétique, de voir notre anthropologue mettre dans le même sac Don Quichotte et Madame Bovary. “Individualistes”, ces personnages ? Tu parles ! Don Quichotte se rêve en “chevalier errant”… comme tous les Espagnols de qualité en ce début de XVIIe siècle décadent. Quant à Emma, c’est la lecture de romans qui instille en elle l’envie mimétique d’être une « Parisienne » comme ses héroïnes. Au moins Quichotte et Emma ont-ils l’excuse d’être eux-mêmes des personnages de fiction – ce qui n’est malheureusement pas le cas de tout le monde.

Proust, par exemple, n’est pas un héros de roman, c’est le contraire : un écrivain. Même que son premier roman Jean Santeuil (découvert, par bonheur, seulement en 1956) était plat et creux à la fois. Explication de l’anthropologue, qui décidément se fait critique littéraire quand il veut : Marcel n’a pas encore pigé l’idée qui fera tout le charme de sa Recherche. Le désir est toujours extérieur, inaccessible ; on court après lui et, quand on croit enfin le saisir, il est bientôt rattrapé par la réalité qui le tue aussitôt : “Ce n’était que cela…”

“Le désir dure trois semaines”, confiait l’an dernier Carla Bruni, favorite de notre président depuis maintenant neuf semaines et demi. “L’amour dure trois ans”, prêche en écho le beigbederologue Beigbeder. Mais ces intéressantes considérations sont faussées par une fâcheuse confusion de vocabulaire. L’amour au sens girardien, et d’ailleurs chrétien du terme, n’a rien à voir avec le désir. On peut jouer tant qu’on veut au cache-cache des désirs mimétiques croisés, et même appeler ça “amour” ; mais comme dit l’ami René, “comprendre et être compris, c’est quand même plus solide” !

Voir également:

René Girard, l’éclaireur

Victimes partout, chrétiens nulle part?

Emmanuel Dubois de Prisque

Causeur

6 novembre 2015

 

René Girard, qui n’était ni philosophe, ni anthropologue, ni critique littéraire, est mort le 4 novembre 2015 à Stanford, Californie, à l’âge de 91 ans. René Noël Théophile Girard, dont le père, esprit libre, conservateur du palais des Papes, se prénommait Joseph, et la mère, catholique pratiquante, se prénommait Marie, est né le 25 décembre 1923 à Avignon. Parti de France après la guerre et ses études à l’école des Chartes, il est devenu aux Etats-Unis  un universitaire sans chapelle. Il s’est converti au catholicisme de son enfance peu avant la quarantaine, sous l’effet de ses lectures.

À le lire, je connais plus d’un post-moderne autoproclamé, à commencer par moi, dont la vie a été bouleversée. Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous.

« C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité.

J’ai eu la chance de rencontrer Girard et de discuter à deux reprises assez longuement avec lui. Il aimait à s’amuser des malentendus provoqués par son œuvre.  Il racontait qu’à la fin de ses conférences, des lecteurs enthousiastes venaient le voir pour lui confier qu’il avait vu juste, que les boucs émissaires existaient, qu’ils étaient effectivement le socle de la vie commune, et que d’ailleurs lui, René Girard, avait la chance d’en avoir un en face de lui.  Ce qu’il percevait ainsi, c’était la naissance de cette concurrence victimaire qu’une mauvaise compréhension de son œuvre contribuait à exacerber. Pour René Girard, comprendre son œuvre ou se convertir au christianisme (ce qui fut pour moi une seule et même chose) impliquait de se découvrir non pas victime, mais pécheur.

Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple.

Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous.

Voir de même:

Mort de René Girard, anthropologue et théoricien de la « violence mimétique »
Jean Birnbaum

Le Monde

05.11.2015

L’anthropologue René Girard est mort mercredi 4 novembre, à Stanford, aux Etats-Unis. Il avait 91 ans. Fondateur de la « théorie mimétique », ce franc-tireur de la scène intellectuelle avait bâti une œuvre originale, qui conjugue réflexion savante et prédication chrétienne. Ses livres, commentés aux quatre coins du monde, forment les étapes d’une vaste enquête sur le désir humain et sur la violence sacrificielle où toute société, selon Girard, trouve son origine inavouable.

« Le renommé professeur français de Stanford, l’un des quarante Immortels de la prestigieuse Académie française, est décédé à son domicile de Stanford mercredi des suites d’une longue maladie », a indiqué l’université californienne où il a longtemps enseigné.
Né le 25 décembre 1923, à Avignon, René Noël Théophile grandit dans une famille de la petite bourgeoisie intellectuelle. Son père, radical-socialiste et anticlérical, est conservateur de la bibliothèque et du musée d’Avignon, puis du Palais des papes. Sa mère, elle, est une catholique tendance Maurras, passionnée de musique et de littérature. Le soir, elle lit du Mauriac ou des romans italiens à ses cinq enfants. La famille ne roule pas sur l’or, elle est préoccupée par la crise, la montée des périls. Plutôt heureuse, l’enfance de René Girard n’en est donc pas moins marquée par l’angoisse.

Quand on lui demandait quel était son premier souvenir politique, il répondait sans hésiter : les manifestations ligueuses du 6 février 1934. « J’ai grandi dans une famille de bourgeois décatis, qui avait été appauvrie par les fameux emprunts russes au lendemain de la première guerre mondiale, nous avait-il confié lors d’un entretien réalisé en 2007. Nous faisions partie des gens qui comprenaient que tout était en train de foutre le camp. Nous avions une conscience profonde du danger nazi et de la guerre qui venait. Enfant, j’ai toujours été un peu poltron, chahuteur mais pas batailleur. Dans la cour de récréation, je me tenais avec les petits, j’avais peur des grands brutaux. Et j’enviais les élèves du collège jésuite qui partaient skier sur le mont Ventoux… »

Longue aventure américaine
Après des études agitées (il est même renvoyé du lycée pour mauvaise conduite), le jeune Girard finit par obtenir son bac. En 1940, il se rend à Lyon dans l’idée de préparer Normale-Sup. Mais les conditions matérielles sont trop pénibles, et il décide de rentrer à Avignon. Son père lui suggère alors d’entrer à l’Ecole des chartes. Il y est admis et connaît à Paris des moments difficiles, entre solitude et ennui. Peu emballé par la perspective de plonger pour longtemps dans les archives médiévales, il accepte une offre pour devenir assistant de français aux Etats-Unis. C’est le début d’une aventure américaine qui ne prendra fin qu’avec sa mort, la trajectoire académique de Girard se déroulant essentiellement outre-Atlantique.

Vient alors le premier déclic : chargé d’enseigner la littérature française à ses étudiants, il commente devant eux les livres qui ont marqué sa jeunesse, Cervantès, Dostoïevski ou Proust. Puis, comparant les textes, il se met à repérer des résonances, rapprochant par exemple la vanité chez Stendhal et le snobisme chez Flaubert ou Proust. Emerge ainsi ce qui sera le grand projet de sa vie : retracer le destin du désir humain à travers les grandes œuvres littéraires.

De la littérature à l’anthropologie religieuse
En 1957, Girard intègre l’université Johns-Hopkins, à Baltimore. C’est là que s’opérera le second glissement décisif : de l’histoire à la littérature, et de la littérature à l’anthropologie religieuse. « Tout ce que je dis m’a été donné d’un seul coup. C’était en 1959, je travaillais sur le rapport de l’expérience religieuse et de l’écriture romanesque. Je me suis dit : c’est là qu’est ta voie, tu dois devenir une espèce de défenseur du christianisme », confiait Girard au Monde, en 1999.

A cette époque, il amasse les notes pour nourrir le livre qui restera l’un de ses essais les plus connus, et qui fait encore référence aujourd’hui : Mensonge romantique et vérité romanesque (1961). Il y expose pour la première fois le cadre de sa théorie mimétique. Bien qu’elle engage des enjeux profonds et extrêmement complexes, il est d’autant plus permis d’exposer cette théorie en quelques mots que Girard lui-même la présentait non comme un système conceptuel, mais comme la description de simples rapports humains. Résumons donc. Pour comprendre le fonctionnement de nos sociétés, il faut partir du désir humain et de sa nature profondément pathologique. Le désir est une maladie, chacun désire toujours ce que désire autrui, voilà le ressort principal de tout conflit. De cette concurrence « rivalitaire » naît le cycle de la fureur et de la vengeance. Ce cycle n’est résolu que par le sacrifice d’un « bouc émissaire », comme en ont témoigné à travers l’histoire des épisodes aussi divers que le viol de Lucrèce, l’affaire Dreyfus ou les procès de Moscou.

Prédicateur chrétien
C’est ici qu’intervient une distinction fondamentale aux yeux de Girard : « La divergence insurmontable entre les religions archaïques et le judéo-chrétien. » Pour bien saisir ce qui les différencie, il faut commencer par repérer leur élément commun : à première vue, dans un cas comme dans l’autre, on a affaire au récit d’une crise qui se résout par un lynchage transfiguré en épiphanie. Mais là où les religions archaïques, tout comme les modernes chasses aux sorcières, accablent le bouc émissaire dont le sacrifice permet à la foule de se réconcilier, le christianisme, lui, proclame haut et fort l’innocence de la victime. Contre ceux qui réduisent la Passion du Christ à un mythe parmi d’autres, Girard affirme la singularité irréductible et la vérité scandaleuse de la révélation chrétienne. Non seulement celle-ci rompt la logique infernale de la violence mimétique, mais elle dévoile le sanglant substrat de toute culture humaine : le lynchage qui apaise la foule et ressoude la communauté.

Girard, longtemps sceptique, a donc peu à peu endossé les habits du prédicateur chrétien, avec l’enthousiasme et la pugnacité d’un exégète converti par les textes. De livre en livre, et de La Violence et le sacré (1972) jusqu’à Je vois Satan tomber comme l’éclair (1999), il exalte la force subversive des Evangiles.

Un engagement religieux critiqué
Cet engagement religieux a souvent été pointé par ses détracteurs, pour lesquels sa prose relève plus de l’apologétique chrétienne que des sciences humaines. A ceux-là, l’anthropologue répondait que les Evangiles étaient la véritable science de l’homme… « Oui, c’est une espèce d’apologétique chrétienne que j’écris, mais elle est bougrement bien ficelée », ironisait, dans un rire espiègle, celui qui ne manquait jamais ni de culot ni d’humour.

Adoptant une écriture de plus en plus pamphlétaire, voire prophétique, il était convaincu de porter une vérité que personne ne voulait voir et qui pourtant crevait les yeux. Pour lui, la théorie mimétique permettait d’éclairer non seulement la construction du désir humain et la généalogie des mythes, mais aussi la violence présente, l’infinie spirale du ressentiment et de la colère, bref l’apocalypse qui vient. « Aujourd’hui, il n’y a pas besoin d’être religieux pour sentir que le monde est dans une incertitude totale », prévenait, un index pointé vers le ciel, celui qui avait interprété les attentats du 11-Septembre comme la manifestation d’un mimétisme désormais globalisé.

Il y a ici un autre aspect souvent relevé par les critiques de Girard : sa prétention à avoir réponse à tout, à tout expliquer, depuis les sacrifices aztèques jusqu’aux attentats islamistes en passant par le snobisme proustien. « Don’t you think you are spreading yourself a bit thin ? » [« tu ne penses pas que tu t’étales un peu trop ? »], lui demandaient déjà ses collègues américains, poliment, dans les années 1960… « Je n’arrive pas à éviter de donner cette impression d’arrogance », admettait-il, narquois, un demi-siècle plus tard.

Relatif isolement
Ajoutez à cela le fait que Girard se réclamait du « bon sens » populaire contre les abstractions universitaires, et vous comprendrez pourquoi ses textes ont souvent reçu un accueil glacial dans le monde académique. Les anthropologues, en particulier, n’ont guère souhaité se pencher sur ses hypothèses, hormis lors d’une rencontre internationale qui eut lieu en 1983 en Californie, non loin de Stanford, l’université où Girard enseigna de 1980 jusqu’à la fin de ses jours.

Confrontant son modèle conceptuel à leurs enquêtes de terrain, quelques chercheurs français ont aussi accepté de discuter les thèses de Girard. A chaque fois, l’enjeu de cette confrontation s’est concentré sur une question : les sacrifices rituels propres aux sociétés traditionnelles relèvent-ils vraiment du lynchage victimaire ? Et, même quand c’est le cas, peut-on échafauder une théorie de la religion, voire un discours universel sur l’origine de la culture humaine, en se fondant sur ces pratiques archaïques ?

Cordiale ou frontale, cette discussion revenait toujours à souligner le relatif isolement, mais aussi la place singulière, de René Girard dans le champ intellectuel. Ayant fait des Etats-Unis sa patrie d’adoption, cet autodidacte jetait un regard perplexe sur la pensée française, et notamment sur le structuralisme et la déconstruction. Mêlant sans cesse littérature, psychanalyse et théologie, cet esprit libre ne respectait guère les cadres de la spécialisation universitaire. Animé d’une puissante conviction chrétienne, cet homme de foi ne craignait pas d’affirmer que sa démarche évangélique valait méthode scientifique. Se réclamant de l’anthropologie, ce provocateur-né brossait la discipline à rebrousse-poil en optant pour une réaffirmation tranquille de la supériorité culturelle occidentale. Pour Girard, en effet, qui prétend découvrir l’universelle origine de la civilisation, on doit d’abord admettre la prééminence morale et culturelle du christianisme.

« Vous n’êtes pas obligés de me croire », lançait René Girard à ceux que son pari laissait perplexes. Du reste, il aimait exhiber ses propres doutes, comme s’il était traversé par une vérité à prendre ou à laisser, et dont lui-même devait encore prendre toute la mesure. Rythmant ses phrases de formules du type « si j’ai raison… », confiant ses incertitudes à l’égard du plan qu’il avait choisi pour tel ou tel livre, il séduisait les plus réticents par la virtuosité éclairante de son rapport aux textes. Exégète à la curiosité sans limites, il opposait à la férocité du monde moderne, à l’accélération du pire, la virtuosité tranquille d’un lecteur qui n’aura jamais cessé de servir les Ecritures.

Voir encore:

René Girard, dernier désir
Robert Maggiori
Libération
5 novembre 2015

L’inventeur de la théorie mimétique et penseur d’une anthropologie fondée sur l’exclusion-sacralisation du bouc émissaire s’est éteint mercredi.

Membre de l’Académie française, René Girard n’a pourtant pas trouvé place dans l’université française : dans l’immédiat après-guerre, il émigre aux Etats Unis, obtient son doctorat en histoire à l’université d’Indiana, puis enseigne la littérature comparée à la Johns Hopkins University de Baltimore (il organise là un célèbre colloque sur «le Langage de la critique et les sciences de l’homme» auquel participent Roland Barthes, Jacques Lacan et Jacques Derrida, qui fait découvrir le structuralisme aux Américains) et, jusqu’à sa retraite en 1995, à Stanford – où, professeur de langue, littérature et civilisation françaises, il côtoie Michel Serres et Jean-Pierre Dupuy.

Né le jour de Noël 1923 à Avignon, élève de l’Ecole des chartes, il est mort mercredi à Stanford, Californie, à l’âge de 91 ans. C’était une forte personnalité, tenace, parfois bourrue, qui a creusé son sillon avec l’énergie des solitaires, et entre mille difficultés, car le retentissement international de ses théories – dont certains des concepts, notamment celui de «bouc émissaire», sont quasiment tombés dans la grammaire commune des sciences humaines et même le langage commun – n’a jamais fait disparaître les violentes critiques, les incompréhensions, les rejets, encore accrus par le fait que Girard, traditionaliste, a toujours refusé les crédos postmodernes, marxistes, déconstructivistes, structuralistes, psychanalytiques…

Porté par une profonde foi religieuse, fin interprète du mystère de la Passion du Christ, il a bâti une œuvre considérable, qui se déploie de la littérature à l’anthropologie, de l’ethnologie à la théologie, à la psychologie, la sociologie, la philosophie de la religion et la philosophie tout court. Les linéaments de toute sa pensée sont déjà contenus dans son premier ouvrage, Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) dans lequel, à partir de l’étude très novatrice des grands romans occidentaux (Stendhal, Cervantes, Flaubert, Proust, Dostoïevski…), il forge la théorie du «désir mimétique» – l’homme ne désire que selon le désir de l’autre –, qui aura un écho considérable à mesure qu’il l’appliquera à des domaines extérieurs à la littérature.

Etre désirant
La nature humaine a en son fond la mimesis : au sens où les actions des hommes sont toujours entreprises parce qu’ils les voient réalisées par un «modèle». L’homme est par excellence un être désirant, qui nourrit son désir du désir de l’autre et adopte ainsi coutumes, modes, façons d’être, pensées, actions en adaptant les coutumes, les modes, les façons d’être de ceux qui sont «autour» de lui. La différence entre l’animal et l’homme n’est pas dans l’intelligence ou quoi que ce soit d’autre, mais dans le fait que le premier a des appétits, qui le clouent à l’instinct, alors que le second a des désirs, qui l’incitent d’abord à observer puis à imiter. C’est ce principe mimétique qui guide les «mouvements» des individus dans la société. De là la violence généralisée, car le conflit apparaît dès qu’il y a «triangle», c’est-à-dire dès que le désir porte sur un «objet» qui est déjà l’objet du désir d’un autre.

Naissent ainsi l’envie, la jalousie, la haine, la vengeance. La vengeance ne cesse de s’alimenter de la haine des «rivaux», et implique toute la communauté, menaçant ainsi les fondements de l’ordre social. Seul le sacrifice d’une victime innocente, qu’une «différence» (réelle ou créée) distingue de tous les autres, pourra apaiser les haines et guérir la communauté. C’est la théorie du «bouc émissaire», qui a rendu René Girard célèbre. En focalisant son attention sur l’aspect le plus énigmatique du sacré, l’auteur de la Violence et le sacré (1972) montre en effet – on peut en avoir une illustration dans le film de Peter Fleischmann, Scènes de chasse en Bavière, où un jeune homme, soupçonné d’être homosexuel, devient l’objet d’une véritable chasse à l’homme de la part de tous les habitants du village – que l’immolation d’une victime sacrificielle, attestée dans presque toutes les traditions religieuses et la littérature mythologique, sert à apaiser la «guerre de tous contre tous» dont Thomas Hobbes avait fait le centre de sa philosophie.

Lorsqu’une communauté est sur le point de s’autodétruire par des affrontements intestins, des «guerres civiles», elle trouve moyen de se «sauver» si elle trouve un bouc émissaire (on peut penser à la «chasse aux sorcières», à n’importe qu’elle époque, sous toutes latitudes, et quelle que soit la «sorcière»), sur lequel décharger la violence : bouc émissaire à qui est ensuite attribuée une valeur sacrée, précisément parce qu’il ramène la paix et permet de recoudre le lien social. Souvent, les mythes et les rites ont occulté l’innocence de la victime, mais, selon Girard, la révélation biblique, culminant avec les récits évangéliques de la Passion du Christ, l’a au contraire révélée, de sorte que le christianisme ne peut être considéré comme une simple «variante» des mythes païens (d’où la violente critique que Girard fait de la Généalogie de la morale de Nietzsche, de la conception «dionysiaque» célébrée par le philosophe allemand, et de l’assimilation entre le Christ et les diverses incarnations païennes du dieu-victime).

Faits et événements réels
Dans l’optique girardienne, il s’agissait assurément de proposer un «autre discours» anthropologique, qui se démarquât (et montrât la fausseté) de ceux qui étaient devenus dominants, grâce, évidemment, à l’œuvre de Levi-Strauss (et, d’un autre côté, de Freud). Ne pensant pas du tout qu’on puisse rendre raison de la «pensée sauvage» en s’attachant aux mythes, entendus comme «création poétique» ou «narration» coupée du réel, René Girard enracine son anthropologie dans des faits et des événements réellement arrivés, comme des épisodes de lynchage ou de sacrifices rituels dont la victime est ensuite sacralisée mais qui se fondent toujours, d’abord, sur des accusations absurdes, comme celles de diffuser la peste, de rendre impure la nourriture ou d’empoisonner les eaux.

La théorie mimétique et l’anthropologie fondée sur l’exclusion-sacralisation du bouc émissaire, sont les deux paradigmes que Girard applique à de nombreux champs du savoir, et qui lui permettent de définir un schéma herméneutique capable d’expliquer une foule de phénomènes, sociaux, politiques, littéraires, religieux. Son travail, autrement dit, visait à la constitution d’une anthropologie générale, rationnelle, visant à une explication globale des comportements humains. C’est sans doute pourquoi il a suscité tant d’enthousiasmes et attiré tant de critiques. On ne saurait ici pas même citer toutes les thématiques qu’il a traitées, ni les auteurs avec lesquels il a critiquement dialogué. Ce qui est sûr, c’est que René Girard a toujours maintenu droite la barre de son navire, malgré les vents contraires, et, à l’époque de l’hyper-spécialisation contemporaine, a eu l’audace de formuler une «pensée unitaire» qui a fait l’objet de mille commentaires dans le monde entier, parce que vraiment suggestive, et dont l’ambition était de mettre à nu les racines de la culture humaine. «La vérité est extrêmement rare sur cette terre. Il y a même raison de penser qu’elle soit tout à fait absente.» Ce qui n’a pas été suffisant pour dissuader René Girard de la chercher toute sa vie.

Voir de plus:

René Girard, l’homme qui nous aidait à penser la violence et le sacré
Henri Tincq

Slate

05.11.2015

Mort à l’âge de 91 ans, il n’avait cessé de s’interroger sur la façon dont la religion devient violente, ou est instrumentalisée au nom de la violence.

Mort le 4 novembre à Stanford (Etats-Unis) à l’âge de 91 ans, le philosophe et anthropologue français René Girard, membre de l’Académie française, est sans doute le penseur qui a le mieux mis à jour le lien entre la violence et le sacré.

C’est en développant (après Aristote) sa thèse sur le «désir mimétique» qui anime tout homme que René Girard a été conduit à s’interroger sur la violence. En effet, si le «désir mimétique» –celui de possèder à son tour ce que l’autre possède– permet à l’homme d’accroître ses facultés d’apprentissage, il accroît aussi sa propre violence et provoque la plupart des conflits d’appropriation. La notion de «rivalité mimétique» permet d’éclairer non seulement la construction du désir humain et la généalogie des mythes, mais aussi la spirale du ressentiment et de la colère, en un mot la violence du monde.

Découlant de cette première thèse, la deuxième théorie de René Girard –qu’il expose dans son célèbre ouvrage La violence et le sacré (1972)– est celle du «mécanisme victimaire», selon lui à l’origine de toute forme de religieux archaïque et extrémiste. A son paroxysme, la violence se fixe toujours sur une «victime arbitraire», qui fait contre elle l’unanimité du groupe. L’élimination du «bouc émissaire» devient alors un impératif collectif. C’est elle qui exorcise et fait retomber la violence du groupe. La «victime émissaire» devient «sacrée», c’est-à-dire porteuse de ce pouvoir de déchaîner la crise comme de ramener la paix.

René Girard découvre ainsi la genèse du «religieux archaïque»; du sacrifice rituel comme répétition de l’événement originaire; du mythe comme récit de cet événement; des interdits fixés à l’accès des objets à l’origine des «rivalités» qui ont dégénéré dans cette crise. Cette élaboration religieuse se fait au long de la répétition de crises mimétiques, dont la résolution n’apporte la paix que de façon temporaire. Pour l’anthopologue, l’élaboration des rites et des interdits constituait une sorte de «savoir empirique» sur la violence.

Comment les religions sont devenues extrémistes

Ces deux thèses liées sur la «rivalité mimétique» et le «mécanisme émissaire» ont conduit René Girard –qui a toujours affiché sa foi chrétienne malgré les critiques d’une partie de la communauté scientifique– à s’interroger sur l’origine et le devenir des religions, jusqu’à leurs formes extrémistes d’aujourd’hui. Pour lui, à la naissance des religions, il existe aussi une «rivalité mimétique» autour d’un même «capital symbolique», fondé sur les trois «piliers» que sont le monothéisme, la fonction prophétique et la Révélation.

Pendant des siècles, ce capital symbolique avait été monopolisé par l’Ancien Testament biblique et par le message de Jésus de Nazareth. Mais au septième siècle surgissait le prophète Mahomet et un troisième acteur –l’islam– affirmant que ce qui avait été transmis par les précédents prophètes n’était pas complet, que leur message avait été altéré. Cette rivalité a engendré de la violence entre les «peuples du Livre» dès les premiers temps de l’islam. Au point qu’aujourd’hui encore, on dit que les monothéismes sont porteurs d’une violence structurelle: ils ont fait naître une notion de «vérité» unique, exclusive de toute articulation concurrente.

René Girard va interpréter les attentats du 11 septembre 2001 comme la manifestation d’un «mimétisme» désormais globalisé. Il déclare, dans une interview au Monde en novembre 2001, que le terrorisme islamique s’explique par la volonté «de rallier et mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans des rapports de rivalité mimétique avec l’Occident». Pour lui, les «ennemis» de l’Occident font des Etats-Unis «le modèle mimétique de leurs aspirations, au besoin en le tuant». Il a cette formule:

«Le terrorisme est suscité par un désir exacerbé de convergence et de ressemblance avec l’Occident. L’islam fournit le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend le plus mystérieux encore.»
Double rapport
Les rapports entre la violence et le sacré vont poursuivre le philosophe jusqu’à la fin de sa vie. On se souvient que le nom de Dieu porté à l’absolu pour combler des frustrations sociales, politiques, identitaires ou pour justifier un projet totalitaire est responsable d’une partie des plus grands crimes. La Torah, l’Evangile et le Coran ont été le prétexte à nombre de pogroms, de croisades et d’Inquisitions.

Autrement dit, le sacré suscite et engendre de la violence. Fondé ou non sur une transcendance divine, il constitue un mode de représentation de l’univers qui échappe à l’emprise de l’homme, exige sa soumission totale, définit des prescriptions et des interdits. C’est le sacré qui, en dernière instance, donne à l’homme son identité, le conduit à «sacrifier» sa propre vie ou celle des autres. Dans tous les mythes religieux, babyloniens ou autres, les divinités du bien et de l’ordre s’arrachent toujours, dans une lutte violente, au chaos, au mal et à la mort.

Les panthéons des religions monothéistes sont remplis de dieux de la guerre
Mais si le sacré produit de la violence, le processus fonctionne aussi en sens inverse. La violence produit du sacré. L’homme utilise, ou même construit le sacré, pour justifier, légitimer, réguler sa propre violence. Les «guerres saintes» n’ont d’autre but que de mobiliser les ressources du sacré pour une prétendue noble cause: Gott mit uns («Dieu est avec nous»), écrivaient les soldats nazis sur leur ceinturon, alors que l’idéologie nazie était fondamentalement athée.  Cela a toujours existé, quelles que soient les civilisations et les époques. Les panthéons des religions monothéistes sont remplis de dieux de la guerre.

Après René Girard, la question reste ainsi posée: est-ce que ce sont les religions qui sèment les germes de discorde et de violence, par des vérités transformées en dogmatismes? Ou est-ce que ce sont les hommes qui se réclament d’elles et qui se fabriquent leur propre image de Dieu, qui prennent prétexte de tout, y compris du nom divin, pour justifier leur propre violence et fanatisme?

Voir aussi:

L’académicien René Girard est mort à 91 ans
Le philosophe chrétien est décédé mercredi 4 novembre, à Stanford aux États-Unis, à l’âge de 91 ans.
La Croix (avec AFP)
5/11/15

Le philosophe René Girard en novembre 1990. Ce spécialiste des religions et du phénomène de violence est décédé mercredi 4 novembre à 91 ans .

« Le nouveau Darwin des sciences humaines », s’est éteint mercredi 4 novembre, à l’âge de 91 ans. « Le renommé professeur français de Stanford, l’un des 40 immortels de la prestigieuse Académie française, est décédé à son domicile de Stanford mercredi des suites d’une longue maladie », a indiqué l’université américaine dans un communiqué.

René Girard, philosophe et académicien, théoricien du « désir mimétique », était reconnu pour ses livres qui « ont offert une vision audacieuse et vaste de la nature, de l’histoire et de la destinée humaine », poursuit l’université, où il a longtemps dirigé le département de langue, littérature et civilisation française. Archiviste-paléographe de formation, René Girard était installé aux États-Unis depuis 1947.

L’Académie française, une reconnaissance
Traduites dans de nombreuses langues et très reconnues aux États-Unis, ses œuvres sont assez mal connues du grand public français. C’est pourquoi sa nomination au fauteuil numéro 37 de l’Académie française, en 2005, était une véritable reconnaissance pour l’intellectuel.

« Je peux dire sans exagération que, pendant un demi-siècle, la seule institution française qui m’ait persuadé que je n’étais pas oublié en France, dans mon propre pays, en tant que chercheur et en tant que penseur, c’est l’Académie française », avait-il expliqué ce jour-là dans son discours devant les Immortels. Le penseur chrétien succédait alors au Père dominicain Ambroise-Marie Carré.

Une œuvre autour des religions
Né un soir de Noël 1923 à Avignon, René Girard a d’abord consacré sa carrière à l’étude des religions dans les sociétés humaines et aux logiques de mimétisme qui aboutissent à la violence. Selon l’anthropologue, tous les récits sacrés ont en commun un meurtre fondateur. Ce constat servit de base à son livre La Violence et le Sacré en 1972. René Girard s’intéressa également au rôle du bouc émissaire dans les groupes.

Pour René Girard, seul le christianisme – à la lecture de l’Évangile – est capable de mettre à nu le mécanisme victimaire qui fonde les religions, à la différence des croyances archaïques, et permet de dépasser les logiques de mimétisme à l’origine de toutes les violences.

Ses textes ont provoqué engouement ou critique, les uns lui reprochant son analyse trop anthropologique, les autres de dresser par son travail une apologie croyante du christianisme.

Voir également:

Entretien
René Girard : “Si l’Histoire a vraiment un sens, alors ce sens est redoutable”
Propos recueillis par Xavier Lacavalerie
Publié le 05/01/2008. Mis à jour le 05/11/2015

DisparitionRené Girard, l’anthropologue des désirs et de la violence n’est plus
EntretienDavid Graeber, anthropologue : “Nous pourrions être déjà sortis du capitalisme sans nous en rendre compte”
Portrait René Girard, l’essence du sacrifice

L’anthropologue René Girard est mort mercredi 4 novembre, à Stanford, aux Etats-Unis. Nous l’avions rencontré en 2008 : poursuivant sa réflexion sur la violence et le sacré, relisant Clausewitz, le théoricien de la guerre, il nous expliquait que selon lui, nous vivions en pleine apocalypse. En attendant de revenir sur sa carrière et son oeuvre, voici cet entretien tel qu’il avait été publié dans “Télérama”.

Critique littéraire, fasciné par l’étude des religions dans les sociétés archaïques, le chartiste et historien René Girard (né à Avignon en 1923) se livre depuis 1961 à une activité qui l’a longtemps fait passer pour un doux rêveur, un peu marginal et farfelu. A l’époque où tous les intellectuels français se passionnaient pour le politique, le structuralisme ou la psychanalyse, il effectuait tranquillement une relecture anthropologique des Evangiles et de toute la tradition prophétique juive. Pas seulement en tant que croyant, mais comme scientifique, avec l’ambition de réaliser, selon son propre aveu, « l’équivalent ethnologique de L’Origine des espèces ». Quelques ouvrages clés – La Violence et le Sacré (1972), Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), Le Bouc émissaire (1982), Celui par qui le scandale arrive (2001) – témoignent de la singularité de ce parcours et de l’originalité de son apport à l’histoire de la pensée et de l’anthropologie. Longtemps « exilé » aux Etats-Unis, où il a enseigné à l’université de Stanford (Californie), René Girard a entraîné dans son sillage nombre d’admirateurs et d’élèves, et a reçu une tardive consécration hexagonale en étant élu à l’Académie française (1). Il vient de publier un livre d’entretiens assez inattendu, consacré à… Clausewitz, le théoricien de la guerre, sur lequel, en son temps, Raymond Aron avait écrit un essai brillantissime (2), mais forcément daté, oblitéré par les enjeux de la guerre froide entre les Etats-Unis et le monde communiste. Explications et rencontre avec un franc-tireur de la pensée.

On pourrait dire que le point de départ de toute votre oeuvre réside dans ce que vous appelez le « désir mimétique » et dans la violence, que vous mettez au fondement même de toute organisation sociale…
Toute l’histoire – et le malheur ! – de l’humanité commence en effet par la rivalité mimétique. A savoir : je veux ce que l’autre désire ; l’autre souhaite sûrement ce que je possède. Tout désir n’est que le désir d’un autre pris pour modèle. Lorsque cette rivalité mimétique entre deux personnes se met en place, elle a tendance à gagner rapidement tout le groupe, par contagion, et la violence se déchaîne. Cette violence, il faut bien la réguler. Elle se focalise alors sur un individu, sur une victime désignée, un bouc émissaire, quelqu’un de coupable, forcément coupable. Son lynchage collectif a pour fonction de rétablir la paix dans la communauté, jusqu’aux prochaines tensions. Le désir mimétique est donc à la fois un mal absolu – puisqu’il déchaîne la violence – et un remède – puisqu’il régule les sociétés et réconcilie les hommes entre eux, autour de la figure du bouc émissaire. Dans la ritualisation de cette violence inaugurale s’enracine le fonctionnement de toutes les sociétés et les religions archaïques. Puis vint le christianisme. Là, n’en déplaise aux anthropologues et aux théologiens qui ont trop souvent vu dans la figure du Christ un bouc émissaire comme tous les autres, il se passe quand même quelque chose de radicalement différent. La personne lynchée n’est pas une victime qui se sait coupable. Au contraire, elle revendique son innocence et rachète le monde par sa passion.

A vos yeux, il s’agit donc d’une rupture essentielle ?
Oui, définitive même. Mais la Passion a dévoilé une fois pour toutes l’origine sacrificielle de l’Humanité en nous confrontant à ce qui était caché depuis la fondation du monde : la réalité crue de la violence et la nécessité du sacrifice d’un innocent. Elle a défait le sacré en révélant sa violence fondamentale, même si le Christ a confirmé la part de divin que toutes les religions portent en elles. Le christianisme n’apparaît pas seulement comme une autre religion, comme une religion de plus, qui a su libérer la violence ou la sainteté : elle proclame, de fait, la fin des boucs émissaires, donc la fin de toutes les religions possibles. Moment historique décisif, qui consacre la naissance d’une civilisation privée de sacrifices humains, mais qui génère aussi sa propre contradiction et un scepticisme généralisé. Le religieux est complètement démystifié – ce qui pourrait être une bonne chose, dans l’absolu, mais se révèle en réalité une vraie catastrophe, car les êtres humains ne sont pas préparés à cette terrible épreuve : les rites qui les avaient lentement éduqués, qui les avaient empêchés de s’autodétruire, il faut dorénavant s’en passer, maintenant que les victimes innocentes ne peuvent plus être immolées. Et l’homme, pour son malheur, n’a rien de rechange.

Dans ces conditions, à quoi aboutissent les inévitables tensions, au sein des sociétés humaines ?
A la violence généralisée et aux guerres. J’ai retrouvé chez le baron Carl von Clausewitz (1780-1831), auteur d’un célèbre traité au titre spartiate mais éloquent, De la guerre (3), une reformulation étonnante de cette « rivalité mimétique », quand il définit la guerre comme une « montée aux extrêmes ». On peut analyser cette expression comme une incapacité de la politique à contenir l’accroissement mimétique, c’est-à-dire réciproque, de la violence. Longtemps, les innombrables lecteurs et commentateurs de ce texte (3), Raymond Aron en tête, se sont aveuglés sur une autre célèbre formule : « La guerre, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Elle tendrait à affirmer que la guerre est une étape, un moment exceptionnel, qui a forcément une fin et une solution politique, alors que c’est exactement l’inverse : le politique est constamment débordé par le déchaînement de la violence. Et cette violence se développe et s’intensifie, jusqu’à son paroxysme, chacune des parties opposées renchérissant en permanence sur l’autre, avec encore plus de vigueur et de détermination.

Qui était ce fameux baron von Clausewitz ?
Un militaire, un général prussien. A l’âge de 12 ans, il a assisté à l’incroyable bataille de Valmy (le 20 septembre 1792), au cours de laquelle une armée de volontaires français, mal habillés, mal armés et sous-équipés, a battu la formidable armée de métier prussienne commandée par le duc de Brunswick. Quelques années plus tard, il se retrouve à la bataille d’Iéna (14 octobre 1806) et subit la plus humiliante et la plus rapide des défaites imposées par l’armée napoléonienne à ses ennemis. Et savez-vous ce qu’il fait ? Contrairement à la plupart des généraux prussiens battus qui se rangent au côté de leur vainqueur, il choisit l’exil. Il rejoint l’armée russe du maréchal Koutouzov et la coalition, afin de continuer à combattre les armées de Napoléon, cet ennemi qui l’agace tant, mais qui le fascine. L’armée prussienne ne lui pardonnera d’ailleurs jamais d’avoir eu raison, à peu près seul contre tous, mais le conservera quand même dans ses rangs. Clausewitz en gardera longtemps une certaine amertume et une profonde mélancolie. Il passera le reste de son existence à rédiger son fameux traité, De la guerre, qui restera inachevé et sera publié un an après sa mort, en 1832, par les soins de sa femme.
Dans ce traité posthume se profile tout le drame du monde moderne, la période où les guerres européennes se sont exaspérées, particulièrement entre la France et ce qui allait devenir l’Allemagne, de la bataille d’Iéna à l’écrasement des nazis en 1945 : un siècle et demi d’affrontements et d’escalades, tissé de victoires, de défaites et d’esprit de revanche. Si cette rivalité, et cette montée aux extrêmes, n’avait pas fait des millions et des millions de morts, elle aurait vraiment un aspect presque comique. Car les Prussiens parlent des Français exactement comme les Français parlent des Prussiens. Ils disent que nous sommes un peuple de guerriers par excellence, dignes héritiers des légions romaines ; que notre langue manque d’harmonie et qu’elle est faite pour donner des ordres ou aboyer des commandements. Toujours le mimétisme…

Vous prétendez « achever Clausewitz », pour reprendre le titre de votre ouvrage. « Achever », comme on tue un ennemi ? Ou comme on termine un livre ?
D’un certain côté, Clausewitz a fait oeuvre de visionnaire. Il a parfaitement compris que, dans cette montée aux extrêmes, il fallait tenir compte des outils de la violence et du rôle prépondérant qu’allaient jouer les moyens technologiques auxquels il pouvait penser. Mais il ne pouvait pas prévoir l’invention des armes modernes de destruction massive, ni la prolifération des engins nucléaires, l’espionnage par satellite ou la communication généralisée en temps réel. On dirait que la montée aux extrêmes ne lui a pas assez fait peur pour qu’il puisse envisager le pire.
« Achever Clausewitz », c’est à la fois reconnaître en quoi son travail a été prémonitoire, mais aussi pousser son raisonnement jusqu’au bout. Car, fort des campagnes et des expéditions de Napoléon, Clausewitz a eu des intuitions très fortes. Il a, par exemple, compris l’importance que pouvait revêtir la guérilla – il fait naturellement référence aux affrontements entre les Espagnols et l’armée de Napoléon – et l’utilité de ce harcèlement permanent, capable de tenir en échec les armées classiques, aussi puissantes soient-elles. Il a également défendu l’idée que, dans un conflit, c’était finalement toujours le défenseur qui avait le dernier mot, et qu’il y avait toujours une Berezina pour mettre un point final à tous les Austerlitz triomphants. Voyez combien la suite lui a donné raison.

Mais sa vision était forcément limitée…
Effectivement, il ne pouvait pas prévoir le déchaînement de la violence généralisée au niveau de la planète. Car c’est là que nous en sommes arrivés, après deux conflits mondiaux, deux bombardements atomiques, plusieurs génocides et sans doute la fin des guerres « classiques », armée identifiable contre armée identifiée, au profit d’une violence en apparence plus sporadique, mais autrement plus dévastatrice. Prenez le génocide perpétré par les Khmers rouges ou les massacres inter-ethniques au Rwanda : 800 000 personnes exécutées à la machette en quelques semaines ! On revient d’un coup plusieurs milliers d’années en arrière, peut-être à l’époque de l’affrontement entre l’homme de Neandertal et l’homme de Cro-Magnon, dont on n’est même pas sûr qu’il se soit produit, mais qui a vu, dans tous les cas, l’éradication complète d’un groupe de population… Sauf qu’au Rwanda cela a pris beaucoup moins de temps.

Et puis il y a la question du terrorisme…
Oui, le terrorisme est, en quelque sorte, une métastase de la guerre. Mais ce qui me paraît le plus flagrant dans cette affaire, ce n’est pas ce que l’on souligne généralement. Il ne s’agit pas simplement d’un affrontement entre deux religions, entre musulmans radicaux d’un côté et protestants fondamentalistes de l’autre. Encore moins d’un choix de civilisations qui seraient opposées. Ce qui me frappe plutôt, c’est la diffusion de ce terrorisme. Partout, au Moyen-Orient, en Asie et en Asie du Sud-Est, il existe de petits groupes, des voisins, des communautés, qui se dressent les unes contre les autres, pour des raisons complexes, liées à l’économie, au mode de vie, autant qu’aux différences religieuses. Bien sûr, l’acte fondateur et symbolique des attentats du 11 septembre 2001, à New York, a frappé tous les esprits. Vivant moi-même aux Etats-Unis, j’ai pu voir les effets ravageurs de ce terrorisme, désormais perçu comme une menace sans fin, sans visage, frappant à l’aveugle, à laquelle les républicains n’ont pu apporter aucune parade efficace, uniquement parce qu’ils cherchent obscurément à rester dans le monde d’hier, où l’on pense qu’il faut simplement écraser son ennemi, « l’axe du Mal ».

Au regard de cette évolution, on s’aperçoit que la vision de Clausewitz était prémonitoire.
Clausewitz a eu l’intuition fulgurante du cours accéléré de l’Histoire. Mais il l’a aussitôt dissimulée pour essayer de donner à son traité un ton technique, froid et savant. C’est un homme rationnel, héritier des Lumières, comme d’ailleurs tous ses commentateurs ultérieurs, freinés dans leurs analyses et retenus par leur époque, leur sagesse, leur esprit raisonnable, leur optimisme. Mais il faut regarder la réalité en face. Achever l’interprétation de ce traité, De la guerre, c’est lui donner son sens religieux et sa véritable dimension d’apocalypse. C’est en effet dans les textes apocalyptiques, dans les Evangiles synoptiques de Matthieu, Marc et Luc et dans les Epîtres de Paul, qu’est décrit ce que nous vivons, aujourd’hui, nous qui savons être la première civilisation susceptible de s’autodétruire de façon absolue et de disparaître. La parole divine a beau se faire entendre – et avec quelle force ! -, les hommes persistent avec acharnement à ne pas vouloir reconnaître le mécanisme de leur violence et s’accrochent frénétiquement à leurs fausses différences, à leurs erreurs et à leurs aveuglements. Cette violence extrême est, aujourd’hui, déchaînée à l’échelle de la planète entière, provoquant ce que les textes bibliques avaient annoncé il y a plus de deux mille ans, même s’ils n’avait pas forcément une valeur prédicative : une confusion générale, les dégâts de la nature mêlés aux catastrophes engendrées par la folie humaine. Une sorte de chaos universel. Si l’Histoire a vraiment un sens, alors ce sens est redoutable…

C’est totalement désespérant…
L’esprit humain, libéré des contraintes sacrificielles, a inventé les sciences, les techniques, tout le meilleur – et le pire ! – de la culture. Notre civilisation est la plus créative et la plus puissante qui fût jamais, mais aussi la plus fragile et la plus menacée. Mais, pour reprendre les vers de Hölderlin, « Aux lieux du péril croît/Aussi ce qui sauve »…

A LIRE
Achever Clausewitz, entretiens avec Benoît Chantre, éd. Carnets Nord, 364 p., 22 EUR.

(1) Lire son discours de réception du 15 décembre 2005 (publié sous le titre Le Tragique et la Pitié, éd. du Pommier, 2007), non pour l’éloge que fait René Girard, selon la coutume, du révérend père Carré, auquel il succède, mais pour la flamboyante réponse de Michel Serres, exposant avec chaleur et clarté tout le système girardien.

(2) Penser la guerre, Clausewitz, éd. Gallimard, 1976, 2 vol. Lire également Sur Clausewitz (1987, rééd. éd. Complexe, 2005).

(3) Ce traité est universellement considéré comme LA grande théorie de la guerre moderne. Il est même cité en référence par un général de l’armée américaine en opération en Afghanistan dans le dernier film de Robert Redford, Lions et Agneaux, une histoire d’apocalypse en marche…

Voir encore:

Réné Girard en débat

Deux ouvrages témoignent des échanges et débats provoqués par les théories de René Girardsur la violence et le sacrifice

Elodie Maurot
La Croix

23/2/11

SANGLANTES ORIGINES René Girard Flammarion , 394 pages , 23 € 

Jusqu’à aujourd’hui, les théories de René Girard sur la violence et le phénomène du bouc émissaire ont fait débat. Les uns louant une oeuvre quasi prophétique, dévoilant les mécanismes inconscients à l’oeuvre dans la société. Les autres dénonçant une vision trop générale, voire idéologique, donnant au judéo-christianisme un rôle majeur, celui d’avoir révélé le mécanisme du sacrifice et d’en avoir détruit l’efficacité.

Les deux ouvrages qui viennent d’être publiés offrent l’occasion de prendre le pouls de ce débat qui se joua essentiellement à l’extérieur de nos frontières. Les échanges dont ils témoignent faisaient suite à la publication de La Violence et le Sacré, en 1972, dans lequel René Girard exposait les grandes lignes de sa thèse : l’universalité du « désir mimétique » qui pousse les hommes à désirer les mêmes objets et à entrer en rivalité, la violence engendrée par cette concurrence, le choix de boucs émissaires permettant de reconstituer le groupe.

Sanglantes origines montre que le monde universitaire américain fut loin d’acquiescer univoquement à ces propositions. Aux États-Unis comme en France, beaucoup d’universitaires restèrent méfiants vis-à-vis d’une oeuvre se jouant des frontières entre disciplines, mêlant anthropologie, psychologie, philosophie, voire théologie. Les entretiens qui eurent lieu en Californie à l’automne 1983, entre René Girard et divers confrères (Walter Burkert, historien du rite ; Jonathan Smith, historien des religions ; Renato Rosaldo, ethnologue) témoignent de ces débats contradictoires, toutefois régulés par une éthique de la discussion exemplaire.

Le noeud du désaccord apparaît essentiellement lié au statut de la théorie girardienne. Sans faire mystère de ses convictions chrétiennes, Girard a toujours revendiqué un point de vue strictement scientifique, regardant les phénomènes religieux comme une classe particulière de phénomènes naturels. Cette lecture générale, quasi darwinienne, viendra heurter l’empirisme de ces adversaires, qui lui reprochent d’ignorer le terrain et d’accorder trop d’importance aux représentations et aux textes.

La discussion devait aussi se tenir sur un autre versant, avec les théologiens. La publication en français de l’ouvrage du jésuite suisse Raymund Schwager (1935-2004) offre un bel exemple de la réception des travaux de Girard dans le milieu théologique. De manière précoce, Schwager accepta son hypothèse clé : la vérité du christianisme est reliée à la question de la violence. Depuis la figure du serviteur souffrant chez Isaïe jusqu’à la mise à mort du Christ, le théologien trace le dévoilement progressif d’une logique de violence.

Pourquoi cette démystification ne fut-elle pas prise en compte plus tôt par les Églises ? Pourquoi celles-ci eurent-elles recours à la violence contre l’enseignement de leurs Écritures, notamment envers les juifs ? Telle est la question qui taraude Schwager. « La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement », constate-t-il.

La vérité biblique sur la violence, « obscurcie sur de nombreux points, (……) dénaturée en partie », n’a pourtant « jamais été totalement falsifiée par les Églises », juge-t-il. « Elle a traversé l’histoire et agi comme un levain », puis fut indirectement reprise par les Lumières. D’où cet hommage de Schwager à la modernité et aux « maîtres du soupçon » : « Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. »

Selon lui, c’est donc dans un dialogue avec les philosophes de la modernité que le christianisme peut retrouver son coeur ardent, la non-violence.

Lire aussi « Avons-nous besoin d’un bouc émissaire ? » de Raymond Schwager.

Voir de même:

Que valent nos valeurs? Interview: René Girard
La Croix
13/12/02

Le temps s’est remis à la philosophie
La Croix s’est interrogée sur les valeurs, en se demandant notamment, dans la suite du 11 septembre, s’il existe des valeurs universelles. Quelle serait votre réponse à une telle interrogation ?

René Girard : Le mot me gêne parce que, lorsqu’on dit « valeur », on parle de quelque chose de purement conceptuel que nous reconnaissons. Or, nous avons nombre de valeurs que nous ne sommes pas capables de formuler, mais qui comptent énormément pour nous, dont certaines sont dues à un état de la société assez récent. Par exemple, les valeurs égalitaires, très fortes en France, ne seraient pour beaucoup de gens pas reconnues comme des valeurs, mais comme des données irréductibles de l’existence humaine. Pour répondre sur le 11 septembre, je constate que le terrorisme est regardé par beaucoup comme une fatalité, comme une manière de lutter contre d’autres valeurs que les siennes. Cela me donne à penser que les « valeurs universelles » sont bien compromises.

_ En quoi la valeur d’égalité peut elle, justement, être reliée à la violence qui a éclaté le 11 septembre ?

_ Nous vivons dans un monde très égalitaire et concurrentiel à la fois où chacun aspire au même type de réussite. L’existence démocratique est très difficile. Et il est évident que nous vivons dans un univers où il y a des gagnants et des perdants, un univers plein de ressentiment, d’humiliation. Si vous lisez les déclarations de Ben Laden, vous observez qu’il met les nations et les individus sur le même plan. Dans une déclaration, il se réfère à Hiroshima : il est dans ce globalisme moderne et il pose des revendications au niveau planétaire. Par conséquent, c’est vraiment un homme moderne, influencé par les valeurs occidentales. Car il n’y a plus que les valeurs occidentales, le reste c’est du folklore.

_ Pourtant, Al-Qaeda utilise un mode d’action suicidaire inconnu en Occident…

_ Le phénomène est effectivement inédit en Occident et donc peu compréhensible. Il peut malgré tout se lier à ce que Nietzsche appelle le « ressentiment », ce que Dostoïevski appelle aussi le « souterrain ». L’une des qualités majeures du ressentiment, c’est que l’on préfère perdre soi-même pourvu que l’autre perde. Chez le kamikaze, cela est poussé à l’extrême. Pourtant, l’islam, ce n’est pas cela. Nous sommes donc dans l’exceptionnel.

_ On aurait pu penser qu’au lendemain du 11 septembre, les Etats-Unis s’interrogeraient sur ce qui avait suscité une telle haine à leur égard. Cela a-t-il été le cas ?

_ Si des terroristes avaient fait sauter la tour Eiffel, est-ce que cela aurait provoqué ce genre d’examen de conscience ? Je ne le crois pas. En Amérique comme en France, il y a une confiance morale en soi imperturbable et totale. Aujourd’hui, nous sommes dans des attitudes extrêmement tranchées, des réactions vitales en somme. L’Américain du Middle West dit : « Je me défends quand on m’attaque. » Ce qu’il faut dire aux Américains, ce n’est pas : « Vous êtes des sauvages », mais plutôt : « Vous êtes peut-être en train de commettre la plus grande erreur stratégique qui soit. » Il y a un discours impérial qui n’avait jamais été tenu aux Etats-Unis et qui y est tenu maintenant, notamment dans le milieu intellectuel gravitant autour du président Bush. Beaucoup d’Américains pensent pourtant qu’il n’y a pas d’empire américain possible. La comparaison que l’on fait parfois avec l’Empire romain est d’ailleurs très fausse. A l’époque de l’Empire romain, les populations concernées vivaient à l’état tribal. Alors, être protégé par l’Empire romain ou par un autre…

_ L’Occident s’est-il trompé pour en arriver à être si déconcerté aujourd’hui ?

_ Rappelons-nous les dernières pages de La Légende des siècles de Victor Hugo : l’aviation qui apporte la paix au monde. On nous a refait le coup récemment en nous disant que c’était les ordinateurs qui avaient battu les Soviétiques et le communisme. Devant Ben Laden, c’est tout le contraire qui se produit : nous nous trouvons face à des gens qui s’installent en Amérique, qui deviennent assez Américains pour fonctionner dans cet univers et qui tout à coup se jettent avec des avions sur les tours. La technologie se retourne contre l’Amérique, qui avait tellement cru en la bonté de l’homme !

_ Le message chrétien pourrait-il être redécouvert dans un tel contexte ?

_ Le monde ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans le christianisme. Mais beaucoup de gens ne savent pas ce qu’ils doivent au judéo-christianisme, à la Bible, sur le plan des valeurs. Nous avons trahi le christianisme en l’utilisant à des fins matérialistes, consuméristes. Dès que l’on parle de la violence, il se trouve des gens pour s’insurger : « Et le religieux, qui nous promettait la paix universelle, qu’a-t-il fait pour nous ? » Je leur réponds que les Evangiles ne promettent pas la paix universelle. Le christianisme, c’est : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Vous prenez le christianisme comme un gadget permettant de repousser la violence chez le voisin. Vous vous imaginez que l’on peut se servir du christianisme comme d’un instrument politique au niveau le plus bas, que l’on peut l’asservir. Mais le christianisme dit des vérités sur l’homme. Loin d’être usé, il pourrait revenir comme une espèce de coup de tonnerre. Les gens n’ont pas envie d’être rassurés. Ils veulent que les chrétiens leur apportent du sens et de la signification. Ce que ne peut fournir le tout économique.

_ Dans ce tableau très sombre, quelle issue proposez-vous ?

_ Elle est dans le partage : des matières premières, de la recherche, des ressources médicales… C’est ce qui nous sauverait peut-être, y compris sur le plan économique. Souvenons-nous du plan Marshall, qui a réussi à tous les niveaux. Globalement, je m’inquiète du manque de sérieux, du manque d’unité des gouvernants, de leur inconscience de la situation psychologique extraordinaire dans laquelle le monde se trouve. Ce n’est pas nouveau. J’ai vécu depuis 1937 dans un monde en désarroi. Mais on ne se rend pas compte que la période qui a suivi la guerre, de Khrouchtchev à aujourd’hui, nous a rendus plus complaisants envers nous-mêmes.

_ On vous a cru d’abord « oiseau de malheur », parce que votre pensée s’élaborait autour du thème de la violence. Votre oeuvre est aujourd’hui relue sous un autre jour. Qu’en pensez-vous ?

_ Ce que je disais n’a pas été pris au sérieux parce que, durant ces cinquante dernières années, la philosophie a évacué la violence. La philosophie et la théologie ont présenté les textes eschatologiques et apocalyptiques un peu comme une bonne farce. Mais ce n’est pas cela du tout ! Leur présence dans les Evangiles pose de sérieux problèmes. Lorsque les hommes sont privés du garde-fou sacrificiel, ils peuvent se réconcilier _ c’est ce que le christianisme appelle Royaume de Dieu. Ce Royaume de Dieu, pour l’obtenir, il ne suffit pas de renoncer à l’initiative de la violence : ce que prône l’Evangile, c’est le renoncement universel à la violence. Voilà une valeur qui pourrait être universelle, et qui ne l’est pas encore !

Recueilli par Laurent d’ERSU et Robert MIGLIORINI

La brillante carrière d’un expatrié

Né en 1923 à Avignon, René Girard a choisi, au sortir de la guerre, de s’expatrier aux Etats-Unis. Il était diplômé de l’école des Chartes, à la Sorbonne. Il y avait acquis le goût de l’érudition et l’art du déchiffrement des textes. Installé d’abord, en 1947, à l’université d’Indiana où il enseigne alors le français, il rejoint finalement, en 1974, la renommée Stanford University en Californie. Il y dirige à partir de 1981 le département de langue, littérature et civilisation françaises. Il n’enseigne plus depuis 1996 et poursuit la publication d’ouvrages, vivant entre Paris et les Etats-Unis. Il est notamment l’auteur de l’essai La Violence et le sacré (1972) et des Choses cachées depuis la fondation du monde (1978). Dans cette oeuvre qui suscite des réactions passionnelles, René Girard développe la thèse du conflit mimétique, explication globale du conflit dans nos sociétés fondée sur l’analyse du rôle central du bouc émissaire. Il vient de publier, toujours chez Grasset, une sélection de textes jusqu’ici seulement disponibles en anglais, La Voix méconnue du réel (318 p., 20 E).

Sagesses

« Pour voir face à face, dans son universalité et son imprégnation de toutes choses, l’esprit de Vérité, il faut être en mesure d’aimer comme soi-même la plus chétive des créatures. Et qui aspire à cela ne peut se permettre de s’exclure d’aucun domaine où se manifeste la vie. C’est pourquoi mon dévouement à la Vérité m’a entraîné dans le champ de la politique ; et je puis dire sans la moindre hésitation, mais aussi en toute humilité, que ceux-là n’entendent rien à la religion, qui prétendent que la religion n’a rien de commun avec la politique. »

(Gandhi, Autobiographie)

MIGLIORINI Robert

Voir par ailleurs:

Ben Laden, un an après
Un essai girardien de Bruno de Cessole
Causeur

Jérome Leroy

06 mai 2012

Un an après sa mort, il est peut-être temps d’essayer de comprendre le sens du phénomène Ben Laden, d’interroger celui qui reste la figure la plus accomplie du Négatif en ce début de XXIème siècle : celle de Ben Laden. On pourra utilement se tourner vers le livre de Bruno de Cessole Ben Laden, le bouc émissaire idéal (La Différence), écrivain et critique à Valeurs Actuelles. Après tout, ce sont les écrivains qui durent, contrairement aux spécialistes qui se démodent au gré des événements. C’est l’écrivain qui discerne, presque malgré lui, comme une plaque sensible, ce qui fait la ligne de force d’une époque, ses zones névralgiques cachées et douloureuses, ses glissements tectoniques et occultes.

Atlantistes fascinés par le choc des civilisations, européens accrochés à des vestiges de grandeur ou altermondialistes en mal de nouvelles grilles de lecture, abandonnez tout espoir à l’orée de Ben Laden, le bouc émissaire idéal ! Ce livre commencera par vous renvoyer dos à dos : « Au fanatisme mortifère des « fous d’Allah », à leur mépris de la vie et de la mort, à leur attirance pour le sacrifice et l’holocauste, nous ne pouvons opposer que le mol oreiller de notre scepticisme, l’obscénité de notre matérialisme consumériste, et la fragilité d’un modèle économico-politique, qui depuis la crise américaine de 2008 et la crise de la zone euro de 2011, prend l’eau de toute part et ne fait plus rêver. »
Avec celui qui, un certain 11 septembre 2001, nous fit rentrer dans l’Histoire aussi vite que Fukuyama avait voulu nous en faire sortir après la chute du Mur de Berlin, Bruno de Cessole veut cerner ce qui s’est joué et se jouera encore longtemps dans la cartographie bouleversée de nos imaginaires.

Le cœur du raisonnement de Cessole, la ligne de force entêtante et mélancolique de son essai, c’est que rien ne s’est terminé avec l’opération militaire des Seals, le 1er mai 2011, quand Ben Laden fut exécuté dans sa résidence d’Abottabad, à quelques centaines de mètres du Saint-Cyr Pakistanais, avant que sa dépouille ne soit immergée en mer d’Oman. Cette opération nocturne minutieusement décrite par l’auteur, ressemblait davantage à une cérémonie d’exorcisme qu’à une action de commando, comme s’il s’était agi de répondre symboliquement par l’obscurité d’un refoulement définitif à la surexposition pixélisée des Twin Towers s’effondrant sur elles-mêmes dans un cauchemar d’une horrible et insoutenable perfection plastique.

Mais on ne refoule pas le réel et Ben Laden a d’une certaine manière gagné la guerre qu’il avait déclenchée : « Peut-on considérer comme une flagrante défaite stratégique le formidable chaos irakien, le réveil des affrontements entre chiites et sunnites, la prolifération des terroristes islamistes dans un pays où Al-Qaïda n’était pas implanté auparavant ; la fragilité du régime corrompu de Karzaï ; la dégradation des relations américaines avec le Pakistan, et les innombrables bavures commises par les Américains depuis leur entrée en guerre, sources d’un ressentiment durable, sinon inexpiable dans le monde musulman. »

Plus grave encore, pour ce lecteur attentif de René Girard qu’est Cessole, Ben Laden a remporté des batailles symboliques sur plusieurs plans. Nous avons voulu tricher avec lui, en faire un bouc émissaire idéal, fabriqué à la demande, si commode pour réaffirmer notre propre cohésion vacillante. Mais voilà que la créature nous échappe, que Ben Laden devient le rival mimétique par excellence, réintroduit la violence archaïque jusque dans notre vocabulaire, comme Bush partant en « croisade » contre l’ « axe du mal », et qu’il nous force à désirer en lui à la fois ce qui nous manque et ce qui nous tue.

Ben Laden aurait pu être notre salut paradoxal, conclut Cessole en pessimiste bernanosien; mais il n’est que la preuve ultime de notre fascination nihiliste pour notre propre fin.

Voir enfin:

Une campagne contre le harcèlement scolaire hérisse les profs
Mattea Battaglia

Le Monde

03.11.2015

La ministre de l’éducation nationale se serait sans doute volontiers passé de cette polémique. Najat Vallaud-Belkacem se voit sommée de retirer la vidéo de sa campagne contre le harcèlement à l’école, qui suscite un tollé chez les syndicats d’enseignants.

Le petit film, déjà mis en ligne par le ministère, doit aussi être diffusé au cinéma et à la télévision à compter de jeudi 5 novembre, jour de la première journée nationale « Non au harcèlement ».
L’exaspération des professeurs dépasse, largement, les clivages habituels : du SGEN-CFDT, syndicat dit réformateur, au SNALC, habituellement présenté comme « de droite » (même s’il le récuse), en passant par la Société des agrégés ou l’organisation des inspecteurs SNPI-FSU, tous y sont allés de leur critique contre un clip qui, à leurs yeux, rend l’enseignant, présenté au mieux comme inattentif, au pire comme harcelant, directement responsable du harcèlement scolaire. Un phénomène qui touche 700 000 élèves chaque année, de source ministérielle.

« Une vidéo caricaturale et méprisante »
Ce sujet grave « ne peut être réduit à une enseignante, le nez collé au tableau, qui ne se soucierait pas des élèves et notamment de ceux victimes de gestes et de paroles humiliantes pendant la classe », a réagi lundi le principal syndicat d’instituteurs, le SNUipp-FSU, qui dénonce une vidéo « caricaturale et méprisante pour les enseignants et pour les élèves victimes ». (…) Avec les fonds dégagés pour financer ce clip, le ministère aurait été bien mieux avisé de diffuser dans les écoles des ressources pédagogiques existantes et les vidéos de qualité réalisées par les élèves eux-mêmes ». Qu’importe si, en l’occurrence, les fonds en question sont… nuls : « Nous n’avons pas déboursé un seul euro pour ce clip réalisé en partenariat avec Walt Disney », fait-on valoir dans l’entourage de Mme Vallaud-Belkacem. Mais dans le climat d’inquiétude, voire de net désenchantement, de la communauté éducative face aux réformes promises pour 2016 (collège, programmes), ce « couac » dans la communication ministérielle passe mal.

D’après le ministère de l’éducation, le clip d’une minute « est d’abord censé interpeller les écoliers de 7 à 11 ans, car c’est dès le plus jeune âge que débute le harcèlement ». Coproduit par la journaliste Mélissa Theuriau, qui aurait elle-même été victime de harcèlement au collège, le petit film montre un petit garçon aux cheveux roux, Baptiste, qui, en plein cours, se voit la cible des quolibets et boulettes de papier lancés par ses camarades.

Une campagne plus vaste
A l’origine de l’indignation des syndicats, les neuf secondes au cours desquelles son enseignante, les yeux rivés au tableau, semble ignorer la détresse de l’enfant harcelé, auquel elle tourne le dos avant de l’interpeller : « Baptiste, t’es avec nous ? ». Le « happy end » – une petite camarade vient en aide à Baptiste, lui enjoignant d’« en parler » pour que « ça cesse » – n’atténue guère l’impression d’une mise en scène peu nuancée.

Si la vidéo fait mouche du côté des enfants, comme on veut le croire au cabinet de la ministre, le moins qu’on puisse dire est qu’elle a manqué sa cible côté enseignants. Et risque d’occulter, aux yeux de l’opinion publique, le contenu plus vaste de la campagne contre le harcèlement présentée le 29 octobre par Najat Vallaud-Belkacem. Parmi les mesures annoncées, figure entre autres, l’ouverture d’un numéro vert (le 30 20) et l’objectif de former au cours des dix-huit prochains mois pas moins de 300 000 enseignants et personnels de direction sur la question.

Mélissa Theuriau défend son clip
Mélissa Theuriau, coproductrice du petit film, s’est expliquée au micro d’Europe 1 : « Je montre une institutrice qui a le dos tourné, comme tous les professeurs et les instituteurs qui font un cours à des enfants, et qui ne voit pas dans son dos une situation d’isolement, une petite situation qui est en train de s’installer et qui arrive tous les jours dans toutes les salles de classe de ce pays et des autres pays. »

La journaliste assure que son but était de ne pas faire un clip qui s’adresse aux adultes ou aux professeurs, mais bel et bien aux enfants. « Si tous les instituteurs étaient alertes et réactifs à cette problématique de l’isolement, on n’aurait pas besoin de former, de détecter le harcèlement, on n’aurait pas 700 000 enfants par an en souffrance », a-t-elle poursuivi.

Voir de même:

René Girard, penseur chrétien

Brice Couturier

France Culture

06.11.2015

La pensée de René Girard est absolument essentielle pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, en ce début du XXI° siècle. Pourquoi ? Parce qu’elle tourne autour de la question de la violence dans son rapport avec la religion. Y a-t-il question plus actuelle ? Le bouc-émissaire se conclut sur une méditation sur la prophétie « L’heure vient même où qui vous tuera estimera rendre un culte à Dieu. » On ne saurait être plus contemporain, vous en conviendrez…

Pour connaître la pensée de René Girard, rien de mieux que de se reporter au résumé très pratique qu’il en donne lui-même dans l’Introduction de 2007 à la réédition, par Grasset, de ses œuvres majeures. Il s’agit d’un recueil intitulé De la violence à la divinité. On y voit, en effet, sa pensée s’y constituer dans sa cohérence, faire système.

Mensonge romantique et vérité romanesque pose le concept de base de cette pensée : celui désir médiatisé, de désir mimétique : le désir le plus violent est celui qui poursuit ce que possède l’être auquel nous nous identifions. Il est la conséquence de la rivalité mimétique. Celle-ci mêle étrangement haine et vénération, aspiration à la ressemblance et à l’élimination. De manière générale, nous sommes attirés par ce qui attire les autres et non par les objets de convoitise pour eux-mêmes. Le « mensonge romantique », c’est le refus de reconnaître l’existence de ce tiers – l’autre, les autres dans l’émergence du désir.

La concurrence, qu’elle soit « mimétique » ou non, est à l’origine, dit Girard, de « mille choses utiles ». On n’invente, on n’innove que dans l’espoir de précéder un autre inventeur, un autre innovateur. Comment dompter la compétition, saine en soi, mais qui peut à tout moment s’emballer et déboucher sur la violence ?

C’est ici qu’intervient, avec La violence et le sacré, la figure du bouc-émissaire. « On ne peut tromper la violence que dans la mesure où on ne la prive pas de tout exutoire, où on lui fournit quelque chose à se mettre sous la dent », écrit Girard. L’unanimité du groupe, menacée par la rivalité mimétique, se fait sur le dos d’une victime expiatoire ; souvent, dit Girard, un étranger en visite. Sa mise à mort collective permet à la communauté de se ressouder.

Par la suite, cette victime pourra bien être divinisée, dans la mesure où l’on aura pris conscience du rôle, bien involontaire, de « sauveur de la communauté » qu’elle a été amenée à jouer. Mais sur le moment, elle est désignée comme coupable. Et la communauté massacreuse comme innocente. Telle serait l’origine des religions archaïques, dont leurs mythes livrent la clé, à travers le sacrifice rituel, répétition, symbolique ou non, de la mise à mort originelle.

Girard était chrétien. Non pas par héritage et tradition. Mais parce que christianisme lui est apparu comme la conséquence logique de son cheminement intellectuel. Si Jésus est, en effet, présenté comme un nouveau bouc-émissaire, le récit qui rapporte son supplice (les Evangiles) prend fait et cause pour la victime. Là réside la nouveauté. C’est ce que développe le bouc émissaire. Ce qui était caché devient manifeste au moment même où le Dieu nouveau cesse d’exiger le sacrifice et même l’empêche – c’est la signification de l’intervention d’un ange, arrêtant le sacrifice d’Isaac par Abraham.

René Girard était un inclassable. Il travaillait sur les textes littéraires, comme sur les récits des ethnologues et lisait la Bible et les Evangiles autant en théologien qu’en mythologue.

L’intelligentsia française a toujours eu du mal à digérer cet intellectuel, mondialement connu, mais qui présentait le défaut de n’être ni marxiste dans les années 60, ni structuraliste dans les années 70, ni déconstructiviste dans les années 90, ni keynésien aujourd’hui… En outre, il prenait très au sérieux la religion à une époque où elle était donnée comme en voie d’extinction…

On sait à présent comment les choses ont tourné. Comme le rappelle Damien Le Gay dans son excellent article du FigaroVox d’hier, l’Université, en France, n’en a pas voulu. Il ne fallait pas compter sur les média pour le comprendre, tant sa théorie est étrangère à leur doxa. Je signale l’article d’Olivier Rey, dans Le Figaro de ce matin, qui met le doigt sur le problème central posé par cette pensée, ce qu’il appelle « une boucle assumée » : prétendre comprendre le christianisme à la lumière de ce qu’on croit en avoir découvert. Dieu sait quel usage le Parti des Média va bien pouvoir faire de sa dépouille…

La mort de René Girard, penseur de la violence
Jean-Claude Guillebaud
Le Nouvel Obs

13-08-2010

Mis à jour le 05-11-2015

Le philosophe et académicien français René Girard est décédé mercredi à l’âge de 91 ans aux Etats-Unis. C’est l’Université de Stanford, en Californie, où il a longtemps dirigé le département de langue, littérature et civilisation française, qui l’a annoncé
Si son œuvre a été largement traduite pour l’étranger, elle reste mal connue du grand public en France
Désir mimétique, mythologie sacrificielle et enseignement évangélique : en 2010, Jean-Claude Guillebaud présentait dans «le Nouvel Observateur» le message du plus américain de nos grands esprits.

Le théoricien du « désir mimétique »
Nous sommes quelques-uns à tenir René Girard pour l’un des trois ou quatre principaux penseurs de ce temps. Longtemps professeur à l’université de Stanford en Californie, René Girard – académicien depuis 2005 – vit aux Etats-Unis depuis 1947. Ce philosophe, historien des religions et spécialiste de littérature française, né en 1923 à Avignon, a gagné de cette vie «ailleurs» un statut éditorial singulier.

Il ne fut pas mêlé aux querelles de l’après-guerre, ni à celles qui suivirent. Ainsi ses livres furent-ils perçus, dès l’origine, comme des objets philosophiques non identifiés. A bien réfléchir, son œuvre théorique n’a cessé de bousculer le champ de la pensée. Une œuvre venue d’ailleurs, à tous les sens du terme. Elle a suscité une abondance incroyable de commentaires, gloses, ouvrages collectifs, attaques, accusations, etc.

On ne résumera pas ici la pensée de Girard, organisée tout entière autour du «désir mimétique» et d’une relecture «non sacrificielle» du message évangélique. On en dira seulement quelques mots. Depuis «Mensonge romantique et vérité romanesque», paru en 1961, et «la Violence et le sacré» (1972), René Girard creuse infatigablement son sillon. Peu d’auteurs auront été aussi opiniâtres que lui.

René Girard et son « hypothèse »
De livre en livre, Girard approfondit et enrichit ce qu’il appelle son «hypothèse» : la mise en évidence du rôle de l’imitation, de la mimésis, dans le fonctionnement du désir et tout ce qui en résulte, notamment le sacrifice d’un bouc émissaire par un groupe humain en proie à la réciprocité concurrente du désir. Pour Girard – et pour Freud qui l’avait pressenti dans «Totem et tabou» – ce meurtre inaugural, ce lynchage d’une victime par ses persécuteurs est le fondement anthropologique de toutes les cultures humaines.

Le groupe, en somme, refait son unité sur le sacrifice d’un seul, sacrifice qui ramène temporairement le calme tandis qu’est promue une «vérité» unanime, celle des persécuteurs. Cette fausse vérité sert de fondement culturel à la persécution des victimes puisqu’elle les présente comme des coupables, des trublions, des menaces. Ainsi la foule des persécuteurs se convainc-elle de la justesse ontologique de l’oppression qu’elle exerce. Les foules en mal de lapidation sont «unanimes», chaque résolution se nourrissant – par contagion mimétique – de la résolution des «autres».

Depuis son second livre, «la Violence et le sacré» (1973), Girard réexamine avec une patiente finesse le texte biblique, et surtout évangélique, en qui il voit un dévoilement radical de l’unanimité sacrificielle, une déconstruction du discours meurtrier. La subversion radicale du christianisme – à ne pas confondre avec son instrumentalisation historique par la «chrétienté» – tient au fait qu’il déconstruit le discours des persécuteurs, en montre la fausseté et contribue, de siècle en siècle, à le rendre illégitime.

Le point de vue des victimes retrouve une pertinence que nous avons le plus intériorisée sans nous en rendre compte. Aujourd’hui, nul ne peut tenir «innocemment» un discours de l’oppression. Ce dernier doit se déguiser en projet «libérateur», il doit contrefaire, en somme, le message évangélique. Toute l’histoire des totalitarismes contemporains – ceux qui ont ensanglanté le XXe siècle, peut être relue comme une immense et meurtrière contrefaçon. Comme le phénoménologue Michel Henry disparu en 2002 et au-delà de toute bondieuserie, Girard définit donc le message évangélique comme une prodigieuse «subversion» anthropologique qui n’en finit pas de faire son chemin dans le monde.

Girard, Lévi-Strauss : un désaccord complice
Pour Girard, il faut prendre au sérieux ce que racontent les mythes. La violence sacrificielle sur laquelle se fondent très lointainement nos cultures n’est pas une figure de style. La grande rupture évangélique qui dévoile en quelque sorte le mécanisme sacrificiel et disqualifie sa violence ne l’est pas non plus.

C’est notamment sur ce point que Girard a entretenu pendant des décennies avec Claude Lévi-Strauss ce qu’on pourrait appeler un désaccord complice. Pour dire les choses en peu de mots, Girard reproche à l’auteur du «Totémisme aujourd’hui» de ne voir dans les mythes qu’une aptitude à symboliser la pensée, un «truc» archaïque, ce qui le conduit à minimiser le rôle joué par la violence effective dont les mythes, de siècle en siècle, conservent le souvenir terrifié.

Avec Nietzsche, on n’ira pas jusqu’à parler de «complicité» dans la mesure où Girard est le plus conséquent des anti-nietzschéens contemporains. Il n’empêche que sa familiarité avec l’œuvre et la lecture qu’il fait de ce maître du soupçon perpétue entre eux une singulière «intimité», dont c’est peu de dire qu’elle est féconde. Sauf à tenir Girard pour un fou ou un imposteur de génie, après l’avoir lu, on ne peut plus considérer notre histoire de la même façon. Girard est aujourd’hui académicien, mais son œuvre, n’en doutons pas, est une bombe à retardement.

Le Nouvel Observateur. Dans votre dernier livre, à une réponse sur la croyance en général, vous suggérez une analyse de la «conversion»? au sens large du terme et pas seulement dans son acception religieuse? tout à fait saisissante. Vous dites que votre conversion personnelle fut la découverte de votre propre mimétisme. Qu’est-ce à dire?

René Girard. Notre regard sur le réel est très évidemment influencé par nos désirs. Depuis Marx, par exemple, nous savons que notre situation économique, notre désir d’argent, aussi mimétique que possible, influence notre vision de toutes choses. Depuis Freud nous savons qu’il en va de même pour nos désirs sexuels, même et surtout si nous ne nous en rendons pas compte.

Nous cherchons à nous défaire de toutes ces distorsions, mais les méthodes objectives telles que l’analyse sociologique ou la psychanalyse restent grossières, mensongères même, dans la mesure où le mimétisme toujours individuel de nos désirs et de leurs conflits leur échappe. Les méthodes faussement objectives ne tiennent aucun compte de l’influence qu’exerce sur chacun de nous notre propre expérience, notre existence concrète.

Pour analyser mes propres désirs, personne n’est compétent, pas même moi si je ne réussis pas à jeter sur eux un regard aussi soupçonneux que sur le désir des autres. Et je trouve toujours au départ de mes désirs un modèle souvent déjà transformé en rival.

Je définis donc comme «conversion» le pouvoir de se détacher suffisamment de soi pour dévoiler ce qu’il y a de plus secrètement public en chacun de nous, le modèle, collectif ou individuel, qui domine notre désir. Il faut renoncer à s’agripper (consciemment ou inconsciemment) à autrui comme à un moi plus moi que moi-même, celui que je rêve d’absorber. Il y a quelque chose d’héroïque à révéler ce que chacun de nous tient le plus à dissimuler, en se le dissimulant à lui-même. C’est beaucoup plus difficile que de faire étalage de sa propre sexualité.

Cela signifie-t-il que la plupart des «opinions» ou «convictions» auxquelles nous sommes si attachés sont le produit mimétique d’un climat historique particulier, d’une opinion majoritaire, etc.?

R. Girard. Le plus souvent, mais pas toujours. Les oppositions systématiques – et symétriques – sont souvent des efforts délibérés pour échapper au mimétisme, et par conséquent sont mimétiques également. Soucieuses de s’opposer à l’erreur commune, elles finissent par ne plus en être que l’image inversée. Elles sont donc tributaires de cela même à quoi elles voulaient échapper. Il faut analyser chaque cas séparément. Ce qui est certain, c’est que nous sommes infiniment plus imprégnés des «préjugés» de notre époque et de notre groupe humain que nous ne l’imaginons. Nous sommes mimétiquement datés et situés, si je puis dire.

Vous citez le cas de Heidegger, qui se croit étranger au mimétisme et qui pourtant, en devenant nazi, se met à penser lui aussi comme «on» pense autour de lui. Cela signifie-t-il que sa propre réflexion ne suffit pas à le prémunir contre la puissance du mimétisme? Peut-on généraliser la remarque

R. Girard. Le désir mimétique est de plus en plus visible dans notre monde et, depuis le romantisme, nous voyons beaucoup le désir mimétique des autres mais pour n’en réussir que mieux, le plus souvent, à nous cacher le nôtre. Nous nous excluons de nos propres observations.

C’est ce que fait Heidegger, il me semble, lorsqu’il définit le désir du vulgum pecus par le «on», qu’il appelle aussi «inauthenticité», tout en se drapant fort noblement dans sa propre authenticité, autrement dit dans un individualisme inaccessible à toute influence. Il est facile de constater que, au moment où «on» était nazi autour de lui, Heidegger l’était aussi et, au moment où «on» a renoncé au nazisme, Heidegger aussi y a renoncé.

Ces coïncidences justifient une certaine méfiance à l’égard de la philosophie heideggérienne. Elles ne justifient pas, en revanche, qu’on traite ce philosophe en criminel de guerre ainsi que le font nos «politiquement corrects». Ces derniers ressemblent plus à Heidegger qu’ils ne s’en doutent car, comme lui, ils représentent leur soumission aux modes politiques comme enracinée au plus profond de leur être. Peut-être ont-ils moins d’être qu’ils ne pensent.

Cet enfermement inconscient dans le mimétisme aide-t-il à comprendre pourquoi de nombreux intellectuels français ont pu se fourvoyer, selon les époques, dans le stalinisme, le maoïsme, le fascisme? Et pourquoi, de ce point de vue, ils n’étaient guère plus clairvoyants que les foules? Le mimétisme serait un grand «égalisateur» en faisant de chacun, fût-il savant, un simple «double»? 

R. Girard. Je crois que les intellectuels sont même fréquemment moins clairvoyants que la foule car leur désir de se distinguer les pousse à se précipiter vers l’absurdité à la mode alors que l’individu moyen devine le plus souvent, mais pas toujours, que la mode déteste le bon sens.

Ce que vous dites là fait penser à une belle phrase de Bernanos, prononcée en 1947: «Le mensonge a changé de répertoire.» Ce «mensonge» dont parle Bernanos, n’est-ce pas, précisément, le «suivisme» désespérant des foules, c’est-à-dire le mimétisme? 

R. Girard. Le mot «répertoire» est admirable car, dans notre univers médiatique, chacun se choisit un rôle dans une pièce de théâtre écrite par quelqu’un d’autre. Cette pièce tient l’affiche pendant un certain temps et tous les jours chacun la rejoue consciencieusement dans la presse, à la télévision et dans les conversations mondaines. Et puis, un beau jour, en très peu de temps, on passe à autre chose de tout aussi stéréotypé, car mimétique toujours. Le répertoire change souvent, en somme, mais il y a toujours un répertoire.

Mais si le mimétisme est si puissant, comment expliquer le phénomène de la dissidence? Comment et pourquoi des hommes et des femmes échappent-ils à l’opinion commune et se révèlent capables, comme l’a fait Soljénitsyne et quelques autres, d’avoir «raison contre tous»?

R. Girard. Il y a une dissidence qui est pur esprit de contradiction, un désir mimétique redoublé et inversé, mais il y a aussi une dissidence réelle, héroïque et proprement géniale, devant laquelle il convient de s’incliner. Pensez à la «dissidence» d’Antigone dans la pièce de Sophocle, par exemple! Je ne prétends pas expliquer Soljénitsyne par le désir mimétique.

Ce que vous dites, c’est qu’il est infiniment plus difficile qu’on le croit d’accéder à un minimum d’objectivité, c’est-à-dire à une vision non mimétique et non sacrificielle de «notre» monde? 

R. Girard. Notre univers mental nous paraît constitué essentiellement de valeurs positives auxquelles nous adhérons librement, parce qu’elles sont justes, raisonnables, vraies. L’envers de tout cela au sein des cultures les plus diverses repose sur l’expulsion de certaines victimes et l’exécration des «valeurs» qui leur sont associées. Les valeurs positives sont l’envers de cette exécration. Dans la mesure où cette exécration «structure» notre vision du monde, elle joue donc elle aussi un rôle très important.

Nous savons aujourd’hui que même dans le domaine des sciences de la nature, au niveau de l’infiniment petit, l’observation affecte l’objet observé. Pour toute recherche soucieuse de vérité, l’objectivité est essentielle. Mais pour se rendre objectif, il faut tenir compte de tout ce qui influence notre perception de l’objet, la distance qui nous sépare de lui, l’éclairage, etc.

Dans le domaine des sciences de la nature, tout au moins en ce qui concerne la perception ordinaire, on est dans le domaine du mathématiquement mesurable, on peut reproduire les conditions d’observation pour tous les observateurs. Une certaine objectivité est donc relativement facile à obtenir.

L’erreur du vieux positivisme fut de croire qu’il en irait de même dans le domaine de l’homme, une fois le religieux éliminé. L’observateur pourrait se détacher sans peine de ce qu’il observe et se mettre à distance en appliquant des recettes standardisées. Il est bien évident que nos descendants, en regardant notre époque, y repéreront un même type d’uniformité, de conformisme et d’aveuglement que nous découvrons dans les époques passées. Bien des choses qui nous paraissent aujourd’hui comme des évidences indubitables leur paraîtront proches de la superstition collective.

A mes yeux, la «conversion» consiste justement à prendre conscience de cela. A s’arracher à ces adhérences inconscientes. C’est d’ailleurs un premier pas vers la modestie…

Le faites-vous toujours? Vous-même, dans ce dernier livre, vous donnez in fine un texte très polémique qui est une réponse à Régis Debray. Serait-ce de votre part une façon de succomber à votre tour au mimétisme polémique? 

R. Girard. L’esprit rivalitaire joue un rôle, je le crains, dans tous mes textes polémiques. Ecrire est si pénible pour moi que je ne pourrais pas m’y remettre, parfois, sans l’aide d’un excitant quelconque. Le plus puissant de tous, car il se rapporte directement à ce que je veux dire, c’est une bonne rasade de rivalité mimétique.

Régis Debray m’a intéressé pour deux raisons: l’une est négative, c’est son ignorance totale de ce que je répète depuis plus de quarante ans, la rivalité mimétique justement. Il n’a jamais regardé cela de près. L’autre est positive, c’est son réalisme face au phénomène religieux. Les solutions qu’il ébauche vont dans la direction qui m’intéresse mais s’arrêtent en cours de route.

Diriez-vous que le tort principal de Régis Debray, c’est d’être plus fasciné par la «messagerie» (le catholicisme historique) que par le «message», c’est-à-dire la rupture évangélique, dont il ne saisit pas l’importance?

R. Girard. Oui. Dans tout l’Occident, d’ailleurs, la confusion systématique entre le message chrétien et l’institution cléricale persiste en dépit de tout ce qui devrait la faire cesser. Depuis le XVIIe siècle, l’Eglise catholique a perdu non seulement tout ce qu’il lui restait de pouvoir temporel mais la plupart de ses fidèles, et aussi son clergé, qui, en dehors d’exceptions remarquables, est au-dessous de zéro, aux Etats-Unis notamment, pourri de contestations puériles, ivre de conformisme antireligieux.

Les anticatholiques militants ne semblent rien voir de tout cela. Ils sont plus croyants, au fond, que leurs adversaires et ils voient plus loin qu’eux, peut-être. Ils voient que l’effondrement de toutes les utopies antichrétiennes, plus la montée de l’islam, plus tous les bouleversements à venir, va forcément, dans un avenir proche, transformer de fond en comble notre vision du christianisme.

Récemment, en France, vous avez scandalisé en défendant le film de Mel Gibson, réduisant la force du témoignage christique à la violence exhibitionniste par lui endurée, alors même que les représentants des institutions chrétiennes, de l’archevêque de Paris à de nombreux évêques, pasteurs ou théologiens, se montraient très hostiles à ce film.

R. Girard. C’est aux Etats-Unis que j’ai vu le film et que j’ai écrit un article sur lui. J’ai dit ce que je pensais en fonction des réactions américaines, parfois très virulentes dans l’hostilité, mais beaucoup plus diverses qu’ici. La France a trop tendance à imaginer l’Amérique dans cette Passion: «Hollywood à l’état pur», ai-je pu lire, alors qu’en réalité Hollywood est étranger à l’affaire. Un évêque du Québec m’a dit qu’il avait amené une de ses paroisses voir ce film et que, après la projection, lesdits paroissiens, tous de langue française, étaient restés en prière une bonne demi-heure dans le cinéma spontanément transformé en église.

Comment expliquez-vous qu’en France seuls les catholiques très traditionalistes aient soutenu le film? N’est-ce pas paradoxal de vous retrouver dans ce camp-là?

R. Girard. Le fait d’être un anthropologue révolutionnaire ne m’empêche pas, bien au contraire, d’être un catholique très conservateur. J’évite comme la peste les liturgies filandreuses, les catéchismes émasculés et les théologies désarticulées. Ce qui est sûr, c’est qu’en exilant le religieux dans une espèce de ghetto, comme notre conception de la laïcité tend à le faire, on s’interdit de comprendre. On appauvrit tout à la fois la religion et la recherche non religieuse.

Voir enfin:

Stanford professor and eminent French theorist René Girard, member of the Académie Française, dies at 91
A member of the prestigious Académie Française, René Girard was called « the new Darwin of the human sciences. » His many books offered a bold, sweeping vision of human nature, human history and human destiny. He died Nov. 4 at 91.
Cynthia Haven

Stanford news

November 4, 2015

René Girard was one of the leading thinkers of our era – a provocative sage who bypassed prevailing orthodoxies and « isms » to offer a bold, sweeping vision of human nature, human history and human destiny.

L.A. Cicero French theorist René Girard was one of the leading thinkers of our era, a faculty member at Stanford since 1981 and one of the immortels of the Académie Française.
The renowned Stanford French professor, one of the 40 immortels of the prestigious Académie Française, died at his Stanford home on Nov. 4 at the age of 91, after long illness.

Fellow immortel and Stanford Professor Michel Serres once dubbed him « the new Darwin of the human sciences. » The author who began as a literary theorist was fascinated by everything. History, anthropology, sociology, philosophy, religion, psychology and theology all figured in his oeuvre.

International leaders read him, the French media quoted him. Girard influenced such writers as Nobel laureate J.M. Coetzee and Czech writer Milan Kundera – yet he never had the fashionable (and often fleeting) cachet enjoyed by his peers among the structuralists, poststructuralists, deconstructionists and other camps. His concerns were not trendy, but they were always timeless.

In particular, Girard was interested in the causes of conflict and violence and the role of imitation in human behavior. Our desires, he wrote, are not our own; we want what others want. These duplicated desires lead to rivalry and violence. He argued that human conflict was not caused by our differences, but rather by our sameness. Individuals and societies offload blame and culpability onto an outsider, a scapegoat, whose elimination reconciles antagonists and restores unity.

According to author Robert Pogue Harrison, the Rosina Pierotti Professor in Italian Literature at Stanford, Girard’s legacy was « not just to his own autonomous field – but to a continuing human truth. »

« I’ve said this for years: The best analogy for what René represents in anthropology and sociology is Heinrich Schliemann, who took Homer under his arm and discovered Troy, » said Harrison, recalling that Girard formed many of his controversial conclusions by a close reading of literary, historical and other texts. « René had the same blind faith that the literary text held the literal truth. Like Schliemann, his major discovery was excoriated for using the wrong methods. Academic disciplines are more committed to methodology than truth. »

Girard was always a striking and immediately recognizable presence on the Stanford campus, with his deep-set eyes, leonine head and shock of silver hair. His effect on others could be galvanizing. William Johnsen, editor of a series of books by and about Girard from Michigan State University Press, once described his first encounter with Girard as « a 110-volt appliance being plugged into a 220-volt outlet. »

Girard’s first book, Deceit, Desire and the Novel (1961 in French; 1965 in English), used Cervantes, Stendhal, Proust and Dostoevsky as case studies to develop his theory of mimesis. The Guardian recently compared the book to « putting on a pair of glasses and seeing the world come into focus. At its heart is an idea so simple, and yet so fundamental, that it seems incredible that no one had articulated it before. »

The work had an even bigger impact on Girard himself: He underwent a conversion, akin to the protagonists in the books he had cited. « People are against my theory, because it is at the same time an avant-garde and a Christian theory, » he said in 2009. « The avant-garde people are anti-Christian, and many of the Christians are anti-avant-garde. Even the Christians have been very distrustful of me. »

Girard took the criticism in stride: « Theories are expendable, » he said in 1981. « They should be criticized. When people tell me my work is too systematic, I say, ‘I make it as systematic as possible for you to be able to prove it wrong.' »

In 1972, he spurred international controversy with Violence and the Sacred (1977 in English), which explored the role of archaic religions in suppressing social violence through scapegoating and sacrifice.

Things Hidden Since the Foundation of the World (1978 in French; 1987 in English), according to its publisher, Stanford University Press, was « the single fullest summation of Girard’s ideas to date, the book by which they will stand or fall. » He offered Christianity as a solution to mimetic rivalry, and challenged Freud’s Totem and Taboo.

He was the author of nearly 30 books, which have been widely translated, including The Scapegoat, I Saw Satan Fall Like Lightning, To Double Business Bound, Oedipus Unbound and A Theater of Envy: William Shakespeare.

His last major work was 2007’s Achever Clausewitz (published in English as Battling to the End: Politics, War, and Apocalypse), which created the kind of firestorm only a public intellectual in France can ignite. French President Nicolas Sarkozy cited his words, and reporters trekked to Girard’s Paris doorstep daily. The book, which takes as its point of departure the Prussian military historian and theorist Carl von Clausewitz, had implications that placed Girard firmly in the 21st century.

A French public intellectual in America
René Noël Théophile Girard was born in Avignon on Christmas Day, 1923.

His father was curator of Avignon’s Musée Calvet and later the city’s Palais des Papes, France’s biggest medieval fortress and the pontifical residence during the Avignon papacy. Girard followed in his footsteps at l’École des Chartes, a training ground for archivists and librarians, with a dissertation on marriage and private life in 15th-century Avignon. He graduated as an archiviste-paléographe in 1947.

In the summer of 1947, he and a friend organized an exhibition of paintings at the Palais des Papes, under the guidance of Paris art impresario Christian Zervos. Girard rubbed elbows with Picasso, Matisse, Braque and other luminaries. French actor and director Jean Vilar founded the theater component of the festival, which became the celebrated annual Avignon Festival.

Girard left a few weeks later for Indiana University in Bloomington, perhaps the single most important decision of his life, to launch his academic career. He received his PhD in 1950 with a dissertation on « American Opinion on France, 1940-43. »

« René would never have experienced such a career in France, » said Benoît Chantre, president of Paris’ Association Recherches Mimétiques, one of the organizations that have formed around Girard’s work. « Such a free work could indeed only appear in America. That is why René is, like Tocqueville, a great French thinker and a great French moralist who could yet nowhere exist but in the United States. René ‘discovered America’ in every sense of the word: He made the United States his second country, he made there fundamental discoveries, he is a pure ‘product’ of the Franco-American relationship, he finally revealed the face of an universal – and not an imperial – America. »

At Johns Hopkins University, Girard was one of the organizers for the 1966 conference that introduced French theory and structuralism to America. Lucien Goldmann, Roland Barthes, Jacques Lacan and Jacques Derrida also participated in the standing-room-only event. Girard quipped that he was « bringing la peste to the United States. »

Girard had also been on the faculties at Bryn Mawr, Duke and the State University of New York at Buffalo before he came to Stanford as the inaugural Andrew B. Hammond Professor in French Language, Literature and Civilization in 1981.

Girard was a fellow of the American Academy of Arts and Sciences and twice a Guggenheim Fellow. He was elected to the Académie Française in 2005, an honor previously given to Voltaire, Jean Racine and Victor Hugo. He also received a lifetime achievement award from the Modern Language Association in 2009. In 2013, King Juan Carlos of Spain awarded him the Order of Isabella the Catholic, a Spanish civil order bestowed for his « profound attachment » to « Spanish culture as a whole. » He was also a Chevalier de la Légion d’honneur and Commandeur des Arts et des Lettres.

Others were impressed, but Girard was never greatly impressed with himself, though his biting wit sometimes rankled critics. Stanford’s Hans Ulrich Gumbrecht, the Albert Guérard Professor in Literature, called him « a great, towering figure – no ostentatiousness. » He added, « It’s not that he’s living his theory – yet there is something of his personality, intellectual behavior and style that goes with his work. I find that very beautiful.

« Despite the intellectual structures built around him, he’s a solitaire. His work has a steel-like quality – strong, contoured, clear. It’s like a rock. It will be there and it will last. »

Girard is survived by his wife of 64 years, Martha, of Stanford; two sons, Daniel, of Hillsborough, California, and Martin, of Seattle; a daughter, Mary Girard Brown, of Newark, California; and nine grandchildren.

Memorial plans have not been announced.

Voir enfin:

Politics
Are Liberals Losing the Culture Wars ?
Tuesday’s elections, which hinged on social issues such as gay rights and pot, call into question Democrats’ insistence that Republicans are out of step with the times.
Molly Ball
The Atlantic
Nov 4, 2015

In Tuesday’s elections, voters rejected recreational marijuana, transgender rights, and illegal-immigrant sanctuaries; they reacted equivocally to gun-control arguments; and they handed a surprise victory to a Republican gubernatorial candidate who emphasized his opposition to gay marriage.

Democrats have become increasingly assertive in taking liberal social positions in recent years, believing that they enjoy majority support and even seeking to turn abortion and gay rights into electoral wedges against Republicans. But Tuesday’s results—and the broader trend of recent elections that have been generally disastrous for Democrats not named Barack Obama—call that view into question. Indeed, they suggest that the left has misread the electorate’s enthusiasm for social change, inviting a backlash from mainstream voters invested in the status quo.

Consider these results:

  • The San Francisco sheriff who had defended the city’s sanctuary policy after a sensational murder by an illegal immigrant was voted out.
  • Two Republican state senate candidates in Virginia were targeted by Everytown for Gun Safety, former New York Mayor Mike Bloomberg’s gun-control group. One won and one lost, leaving the chamber in GOP hands.
  • Matt Bevin, the Republican gubernatorial nominee in Kentucky, pulled out a resounding victory that defied the polls after emphasizing social issues and championing Kim Davis, the county clerk who went to jail rather than issue same-sex marriage licenses. Bevin told the Washington Post on the eve of the vote that he’d initially planned to stress economic issues, but found that “this is what moves people.”

There were particular factors in all of these races: The San Francisco sheriff was scandal-ridden, for example, and the Ohio initiative’s unique provisions divided pro-pot activists. But taken together these results ought to inspire caution among liberals who believe their cultural views are widely shared and a recipe for electoral victory.

Democrats have increasingly seized the offensive on social issues in recent years, using opposition to abortion rights and gay marriage to paint Republican candidates as extreme and backward. In some cases, this has been successful:
Red-state GOP Senate candidates Todd Akin and Richard Mourdock lost after making incendiary comments about abortion and rape in 2012, a year when Obama successfully leaned into cultural issues to galvanize the Democratic base. “The Republican Party from 1968 up to 2008 lived by the wedge, and now they are politically dying by the wedge,” Democratic consultant Chris Lehane told the New York Times last year, a view echoed by worried Republicans urging their party to get with the times.But the Democrats’ culture-war strategy has been less successful when Obama is not on the ballot. Two campaigns that made abortion rights their centerpiece in 2014, Wendy Davis’s Texas gubernatorial bid and Mark Udall’s Senate reelection campaign in Colorado, fell far short. In most of the country, particularly between the coasts, it’s far from clear that regular voters are willing to come to the polls for social change. Gay marriage won four carefully selected blue-state ballot campaigns in 2012 before the Supreme Court took the issue to the finish line this year. Recreational marijuana has likewise been approved only in three blue states plus Alaska. Gun-control campaigners have repeatedly failed to outflank the N.R.A. in down-ballot elections that turned on the issue. Republicans in state offices have liberalized gun laws and restricted abortion, generating little apparent voter backlash.

An upcoming gubernatorial election in Louisiana is turning into a referendum on another hot button issue—crime—with Republican David Vitter charging that his opponent, John Bel Edwards, wants to release “dangerous thugs, drug dealers, back into our neighborhoods.” The strategy, which has been criticized for its racial overtones, may or may not work for Vitter, who is dealing with scandals of his own. Yet many liberals angrily reject the suggestion that the push to reduce incarceration could lead to a political backlash based on anecdotal reports of sensational crimes.

To be sure, Tuesday was an off-off-year election with dismally low voter turnout, waged in just a handful of locales. But liberals who cite this as an explanation often fail to take the next step and ask why the most consistent voters are consistently hostile to their views, or why liberal social positions don’t mobilize infrequent voters. Low turnout alone can’t explain the extent of Democratic failures in non-presidential elections in the Obama era, which have decimated the party in state legislatures, governorships, and the House and Senate. Had the 2012 electorate shown up in 2014, Democrats still would have lost most races, according to Michael McDonald, a University of Florida political scientist, who told me the turnout effect “was worth slightly more than 1 percentage point to Republican candidates in 2014”—enough to make a difference in a few close races, but not much across the board.Liberals love to point out the fractiousness of the GOP, whose dramatic fissures have racked the House of Representatives and tormented party leaders. But as Matt Yglesias recently pointed out, Republican divisions are actually signs of an ideologically flexible big-tent party, while Democrats are in lockstep around an agenda whose popularity they too often fail to question. Democrats want to believe Americans are on board with their vision of social change—but they might win more elections if they meet voters where they really are.

Discours de Netanyahou: Attention, une violation de protocole peut en cacher une autre ! (Purim on the Potomac: will the real leader of the Free world stand up ?)

4 mars, 2015
https://i2.wp.com/www.metmuseum.org/media/3599/natm_gentileschi_69.281.jpghttps://i2.wp.com/www.mrdrybones.com/blog/D15304_1.gifhttps://scontent-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/v/t1.0-9/11018791_1043887128971546_2976276497768221024_n.jpg?oh=35b1b7fe71996c2f26716bf809d47256&oe=5591EDC2https://fbcdn-sphotos-b-a.akamaihd.net/hphotos-ak-xfp1/v/t1.0-9/11034190_1043885642305028_2789026816451313212_n.jpg?oh=08cb212b36b5b604bb4927dcc1c1eabb&oe=5592DBB0&__gda__=1433698528_17b29523095b941c8db12ddb13906cb2Ne t’imagine pas que tu échapperas seule d’entre tous les Juifs, parce que tu es dans la maison du roi; car, si tu te tais maintenant, le secours et la délivrance surgiront d’autre part pour les Juifs, et toi et la maison de ton père vous périrez. Et qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté? Esther 4: 13-14
L’affrontement entre la modernité et le médiévalisme ne doit pas être un affrontement entre modernité et tradition. Les traditions du peuple juif remontent à des milliers d’années. Elles sont la source de nos valeurs collectives et le fondement de notre force nationale. Dans le même temps, le peuple juif a toujours regardé vers l’avenir. Tout au long de l’histoire, nous avons été à l’avant-garde des efforts visant à étendre la liberté, à promouvoir l’égalité, et à faire progresser les droits de l’homme. Nous défendons ces principes non pas en dépit de nos traditions, mais à cause d’elles. Nous écoutons les paroles des prophètes juifs Isaïe, Amos, Jérémie, traitons tout le monde avec dignité et compassion, recherchons la justice, chérissons la vie et prions pour la paix. Ce sont les valeurs intemporelles de mon peuple et celles-ci sont le plus grand don du peuple juif à l’humanité. Engageons-nous aujourd’hui pour défendre ces valeurs afin que nous puissions défendre notre liberté et la protection de notre civilisation commune. Benjamin Netanyahou (ONU, 27/09/2012)
Parce que l’Amérique et Israël partagent un destin commun, le destin de terres promises qui chérissent la liberté et offrent de l’espoir. Israël est reconnaissant du soutien de l’Amérique – de la population de l’Amérique et des présidents de l’Amérique, de Harry Truman à Barack Obama.(…) Mes amis, je suis venu ici aujourd’hui parce que, en tant que Premier ministre d’Israël, je me sens une obligation profonde de vous parler d’une question qui pourrait bien menacer la survie de mon pays et l’avenir de mon peuple: la quête iranienne pour obtenir des armes nucléaires. Nous sommes un peuple ancien. Dans nos près de 4000 ans d’histoire, beaucoup ont essayé à plusieurs reprises de détruire le peuple juif. Demain soir, lors de la fête juive de Pourim, nous allons lire le Livre d’Esther. Nous lisons le récit d’un vice-roi de Perse puissant nommé Haman, qui complotait pour détruire le peuple juif il y a quelque 2500 ans. Mais une femme juive courageuse, reine Esther, a démontré ce complot et a donné au peuple juif le droit de se défendre contre ses ennemis. Le complot a été déjoué. Notre peuple a été sauvé. Aujourd’hui le peuple juif fait face à une autre tentative, d’un autre potentat perse, de nous détruire. Le Guide suprême l’ayatollah Khamenei crache sa haine la plus ancienne, la haine de l’antisémitisme, avec les nouvelles technologies. Il tweete qu’Israël doit être anéanti – il tweete ! Vous savez, en Iran, Internet n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler livre. Mais il tweet en anglais qu’Israël doit être détruit. Pour ceux qui croient que l’Iran menace l’Etat juif, mais pas le peuple juif, écoutez Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, chef mandataire terroriste de l’Iran. Il a dit: Si tous les Juifs se rassemblent en Israël, cela va nous épargner la fatigue de les pourchasser dans le monde entier. Mais le régime iranien n’est pas seulement un problème juif, pas plus que le régime nazi n’était qu’un problème juif. Les 6 millions de juifs assassinés par les nazis n’étaient qu’une fraction des 60 millions de personnes tuées dans la Seconde Guerre mondiale. Donc, si le régime de l’Iran constitue une grave menace non seulement pour Israël, c’est aussi le cas pour la paix du monde entier. Pour comprendre à quel point l’Iran serait dangereux avec des armes nucléaires, nous devons comprendre pleinement la nature du régime. Le peuple d’Iran est composé de gens très talentueux. Ils sont les héritiers d’une des plus grandes civilisations du monde. Mais en 1979, ils ont été détournés de leur histoire par des fanatiques religieux, des fanatiques religieux – qui ont imposé une dictature sombre et brutale. Cette année là, les fanatiques ont rédigé une constitution nouvelle pour l’Iran. Elle ordonne aux gardiens de la révolution de ne pas seulement protéger les frontières de l’Iran, mais aussi de remplir la mission idéologique du jihad. Le fondateur du régime, l’ayatollah Khomeini, a exhorté ses partisans à « exporter la révolution dans le monde entier. » Je suis ici à Washington, et la différence est tellement frappante. Le document fondateur de l’Amérique promet la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Le document fondateur de l’Iran s’engage dans la mort, la tyrannie, et la poursuite du djihad. Et alors que les États s’effondrent à travers le Moyen-Orient, l’Iran se charge d’occuper le vide pour faire exactement cela. Les hommes de main de l’Iran à Gaza, ses laquais au Liban, ses gardiens de la révolution sur le plateau du Golan entourent Israël avec trois tentacules de terreur. Soutenu par l’Iran, Assad massacre Syriens. Soutenu par l’Iran, les milices chiites sont lâchées en Irak. Soutenu par l’Iran, les Houthis prennent le contrôle du Yémen, menaçant les détroits stratégiques à l’embouchure de la mer Rouge. Avec le détroit d’Ormuz, ce serait donner à l’Iran une seconde point d’approvisionnement en pétrole du monde. (…) L’Iran a pris des dizaines d’Américains en otage à Téhéran, a assassiné des centaines de soldats américains, des Marines à Beyrouth, et est responsable de la mort et de mutilations des milliers d’hommes et de femmes, de militaires américains en Irak et en Afghanistan. Au-delà du Moyen-Orient, l’Iran attaque l’Amérique et ses alliés à travers son réseau mondial de terrorisme. Il a fait sauter le centre de la communauté juive et l’ambassade israélienne à Buenos Aires. Il a aidé Al Qaida à attaquer les ambassades américaines en Afrique. Il a même tenté d’assassiner l’ambassadeur saoudien, ici à Washington DC. Au Moyen-Orient, l’Iran domine désormais quatre capitales arabes, Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. Et si l’agression de l’Iran n’est pas défaite, d’autres suivront sûrement. Donc, à un moment où beaucoup espèrent que l’Iran se joindra à la communauté des nations, l’Iran est occupé engloutir les nations.(…) Ne soyez pas dupe. La bataille entre l’Iran et l’ISIS ne fait pas l’Iran dans un ami de l’Amérique. L’Iran et l’ISIS sont en compétition pour le trône de l’Islam militant. Le premier se nomme République Islamique, le second Etat Islamique. les deux veulent imposer un empire islamique militant, d’abord sur la région, puis sur le reste du monde. Ils sont simplement en désaccord sur celui qui sera le chef de cet empire. Dans cette lutte mortelle pour un trône, il n’y a pas de place pour l’Amérique ou pour Israël, pas de paix pour les chrétiens, les juifs ou les musulmans qui ne partagent pas la croyance médiévale islamiste, pas de droits pour les femmes, pas de libertés pour les peuples.(…) La différence est que l’ISIS est armé avec des couteaux de boucher, des armes saisies et YouTube, alors que l’Iran pourrait bientôt être armé avec des missiles balistiques intercontinentaux et des bombes nucléaires. Nous devons toujours nous rappeler – je vais le dire une fois de plus – que le plus grand danger auquel notre monde doit faire face, est le mariage de l’Islam militant avec des armes nucléaires. Vaincre l’Etat Islamique et laisser l’Iran obtenir des armes nucléaires serait comme gagner la bataille, mais perdre la guerre. (…) Vous n’avez pas à lire Robert Frost pour le savoir. Vous devez vivre votre vie afin de savoir que le chemin difficile est habituellement le moins fréquenté, mais il faudra savoir faire toute la différence pour l’avenir de mon pays, la sécurité du Moyen-Orient et la paix du monde, paix que nous avons tous pour désir.(…) Mes amis, se tenir debout face à l’Iran n’est pas simple. Etre debout face à des régimes sombres et meurtriers n’est jamais simple. Il y a parmi nous aujourd’hui un survivant de la Shoah et lauréat du prix Nobel, Elie Wiesel. Elie, votre vie et votre travail nous inspirent pour donner un sens aux mots, « plus jamais ça. » Et je souhaite pouvoir vous promettre, Elie, que les leçons de l’histoire ont été tirées. Je ne peux qu’encourager les dirigeants du monde à ne pas répéter les erreurs du passé. (…) Mais je ne peux vous garantir cela. Les jours où le peuple juif sont restés passifs face à des ennemis génocidaires, ces jours sont révolus. Nous ne sommes plus dispersé parmi les nations, impuissants pour nous défendre. Nous avons restauré notre souveraineté dans notre ancienne maison. Et les soldats qui défendent notre maison ont un courage sans bornes. Pour la première fois en 100 générations, nous, le peuple juif, pouvons nous défendre. Mais je sais qu’Israël n’est pas seul. Je sais que l’Amérique se tient avec Israël (…) parce que vous savez que l’histoire d’Israël n’est pas seulement l’histoire du peuple juif, mais de l’esprit humain qui refuse encore et encore de succomber à des horreurs de l’histoire. Face à moi, juste là dans cette galerie, on voit l’image de Moïse. Moïse a conduit notre peuple de l’esclavage aux portes de la terre promise. Et avant que le peuple d’Israël n’entre sur la terre d’Israël, Moïse nous a donné un message qui a endurci notre détermination depuis des milliers d’années. Je vous laisse avec son message aujourd’hui, « Soyez forts et déterminés, sans peurs ni craintes à leurs égards. » (…) Que Dieu bénisse l’Etat d’Israël et que Dieu bénisse les Etats-Unis d’Amérique. Benjamin Netanyahou
Nous essayons de rendre la décision d’attaquer l’Iran la plus dure possible pour Israël. Responsable de l’Administration Obama (au Washington Post, 02.03.12)
Aucun gouvernement israélien ne peut tolérer une arme nucléaire dans les mains d’un régime qui nie l’Holocauste, menace de rayer Israël de la carte et parraine des groupes terroristes engagés à la destruction d’Israël. Barak Obama (devant le groupe de pression pro-israélien AIPAC, 05.03.12)
Le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, leur droit à la justice, doit également être reconnu. Mettez-vous dans leurs souliers.  Regardez le monde à travers leurs yeux.  Il n’est pas juste qu’un enfant palestinien ne puisse pas grandir dans son propre état sa vie entière avec la présence d’une armée étrangère qui contrôle les mouvements non seulement des jeunes, mais de leurs parents, leurs grands-parents, chaque jour.  Ce n’est pas seulement quand la violence des colons contre les Palestiniens reste impunie.  Ce n’est pas juste d’empêcher les Palestiniens de cultiver leurs terres agricoles ou de restreindre la capacité d’un élève à se déplacer en Cisjordanie, ou de déplacer des familles palestiniennes de leurs maisons.  L’occupation et l’expulsion ne sont pas la réponse.  Tout comme les Israéliens ont construit un état dans leur patrie, les Palestiniens ont le droit d’être un peuple libre dans leur propre terre.  (…) Comme homme politique, je peux vous dire que je peux vous promettre ceci : Les dirigeants politiques ne prendront jamais de risques si le peuple ne les pousse pas à prendre certains risques.  Vous devez créer le changement que vous voulez voir. Obama (devant étudiants israéliens, mars 2013)
Ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que l’administration qui supporte les Frères musulmans « démocratiquement élus » en Égypte et qui a tant fait pour éliminer tous les obstacles de leur élection, snobe le gouvernement israélien démocratiquement élu, et même, tous les officiels élus d’Israël en général.  « Barack Obama a invité les Frères musulmans à la Maison Blanche.  Il s’est rendu au Caire pour s’adresser à toute l’Égypte et a insisté sur le fait que les Frères musulmans résistent contre la volonté du président d’alors, Hosni Moubarak.  Pourtant, il n’a pas visité la Knesset en Israël !  N’est-ce pas étrange ?  Cela prouve certainement que nous ne pouvons pas prendre ce que cet homme dit à sa valeur nominale. Caroline Glick
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaires étrangères du sénat américain)
Je sais que c’est horrible à dire, mais je ne pense pas que le président aime l’Amérique. Il ne vous aime pas, il ne m’aime pas. Il n’a pas été élevé comme vous et moi dans l’amour de ce pays. Il critique l’Amérique. Il parle des croisades en disant que les chrétiens étaient des barbares, oubliant de finir sa phrase en disant que les musulmans étaient aussi des barbares. Rudolph Giuliani
Je ne remets pas en cause son patriotisme, je suis sûr qu’il est patriote. Mais dans sa rhétorique, je l’entends très rarement dire les choses que j’avais l’habitude d’entendre chez Ronald Reagan ou Bill Clinton concernant leur amour pour l’Amérique. Je l’entends critiquer l’Amérique beaucoup plus que d’autres présidents américains. Rudolph Giuliani
Benjamin Netanyahu’s address to Congress was notable in two respects. Queen Esther got her first standing O in 2,500 years. And President Obama came up empty in his campaign to preemptively undermine Netanyahu before the Israeli prime minister could present his case on the Iran negotiations. On the contrary. The steady stream of slights and insults turned an irritant into an international event and vastly increased the speech’s audience and reach. Instead of dramatically unveiling an Iranian nuclear deal as a fait accompli, Obama must now first defend his Iranian diplomacy. In particular, argues The Post, he must defend its fundamental premise. It had been the policy of every president since 1979 that Islamist Iran must be sanctioned and contained. Obama, however, is betting instead on detente to tame Iran’s aggressive behavior and nuclear ambitions. For six years, Obama has offered the mullahs an extended hand. He has imagined that with Kissingerian brilliance he would turn the Khamenei regime into a de facto U.S. ally in pacifying the Middle East. For his pains, Obama has been rewarded with an Iran that has ramped up its aggressiveness in Iraq, Syria, Lebanon, Gaza and Yemen, and brazenly defied the world on uranium enrichment. He did the same with Russia. He offered Vladimir Putin a new detente. “Reset,” he called it. Putin responded by decimating his domestic opposition, unleashing a vicious anti-American propaganda campaign, ravaging Ukraine and shaking the post-Cold War European order to its foundations. Like the Bourbons, however, Obama learns nothing. He persists in believing that Iran’s radical Islamist regime can be turned by sweet reason and fine parchment into a force for stability. It’s akin to his refusal to face the true nature of the Islamic State, Iran’s Sunni counterpart. He simply can’t believe that such people actually believe what they say. That’s what made Netanyahu’s critique of the U.S.-Iran deal so powerful. Especially his dissection of the sunset clause. In about 10 years, the deal expires. Sanctions are lifted and Iran is permitted unlimited uranium enrichment with an unlimited number of centrifuges of unlimited sophistication. As the Wall Street Journal’s Bret Stephens points out, we don’t even allow that for democratic South Korea. The prime minister offered a concrete alternative. Sunset? Yes, but only after Iran changes its behavior, giving up its regional aggression and worldwide support for terror. Netanyahu’s veiled suggestion was that such a modification — plus a significant reduction in Iran’s current nuclear infrastructure, which the Obama deal leaves intact — could produce a deal that “Israel and its [Arab] neighbors may not like, but with which we could live, literally.” (…) Netanyahu offered a different path in his clear, bold and often moving address, Churchillian in its appeal to resist appeasement. This was not Churchill of the 1940s, but Churchill of the 1930s, the wilderness prophet. Which is why for all its sonorous strength, Netanyahu’s speech had a terrible poignancy. After all, Churchill was ignored. Charles Krauthammer
The leader of the free world will be addressing Congress on Tuesday. (…) in a world where the Oval Office is manned by someone openly apologetic for most American exercises of power; and where Western Europe’s economy is enervated, its people largely faithless, and its leadership feckless; and where Freedom House has found “an overall drop in [global] freedom for the ninth consecutive year,” the safeguarding of our civilization might rely more on leaders who possess uncommon moral courage than on those who possess the most nukes or biggest armies. Right now, nobody on the world stage speaks for civilization the way Netanyahu does. While Barack Obama babbles about the supposedly “legitimate grievances” of those who turn to jihad (…) Netanyahu — who spent far more of his formative years on the American mainland than Obama did, and who took enemy fire at the age when Obama was openly pushing Marxist theory, and who learned and practiced free enterprise at the same age when Obama was practicing and teaching Alinskyism — has spoken eloquently for decades in praise of the Western heritage of freedom and human rights. (…) The ayatollahs have never backed down from their stated aim of destroying Christendom. They have never wavered from their depiction of the United States as the “Great Satan.” Just last week, Iran bragged about its recent test-firing of “new strategic weapons” that it says will “play a key role” in any future battle against the “Great Satan U.S.” Iran also continues developing, while trying to keep them secret, new missiles and launch sites with devastatingly long-range capability. It continues to enrich uranium, including an allegedly secret program, to a level that’s a short jump-step from bomb strength. It has a lengthy record of lying and cheating about its military activities, its compliance with U.N. mandates (not that the U.N. is worth much anyway), and its protections of even the limited human rights it actually recognizes as such. About the only thing Iran never lies about is its absolute, unyielding determination to wipe Israel off the face of the earth. It was only a few months ago, for example, that the “revolutionary” regime’s “Supreme Leader,” the Ayatollah Ali Khamenei, released a nine-point plan for how to “annihilate” the Jewish state. Yet Obama not only begrudges the Israeli prime minister the opportunity to make his case against this existential threat to his nation, but he conducts a diplomatic and political assault against Netanyahu of a ferocity rarely seen in the annals of American foreign policy. Obama’s actions aren’t just wrongheaded; they are malignant. They pervert American tradition and American interests, and they attempt to deprive the entire free world of its single most clarion voice for enlightenment values. Benjamin Netanyahu of course speaks first for Israel, but he speaks also for you and for me, for decency and humaneness, and for vigilance and strength against truly evil adversaries. Congress, by inviting him, is wise. Obama, by opposing him, is horribly wrong. And the civilized world, if it ignores him, will be well-nigh suicidal. Quin Hillyer
Selon un sondage Gallup publié lundi (…)  45 % des Américains voient Netanyahu de manière positive – le record était en 1998 avec 46% d’opinions positives. 45% en 2015, c’est 10 points de plus qu’en 2012. A l’inverse, seulement 24% des américains voient Netanyahu de manière négative (et parmi eux de nombreux latinos et musulmans). Les républicains apprécient beaucoup plus Netanyahu (60%) que négativement (18%), tandis que les démocrates sont divisés: 31% favorables et 31% défavorables. Parmi les indépendants, 45% ont une opinion favorable de Netanyahu, tandis que 23% le considèrent défavorablement. Par comparaison avec les chiffres de Netanyahu, un sondage publié le 23 février par the Economist / YouGov, a révélé que 45% des Américains ont un avis favorable d’Obama, contre 50% ayant une mauvaise opinion négative. JSSnews
Le discours de Netanyahou au Congrès américain fut un moment grandiose. En mettant en garde le monde occidental contre la menace qui pèse sur lui, en l’exhortant à ne pas pratiquer de politique d’apaisement envers l’Iran, il constitue un événement d’importance mondiale. Aucun homme politique occidental, a fortiori israélien, n’est capable d’une telle audace. En privilégiant la sauvegarde du lien à Obama, le tandem Livni-Herzog ne propose qu’une politique de démission nationale sur tous les enjeux vitaux d’Israël. Le « camp sioniste » qu’ils représentent est dans l’orbite de la démission munichoise qui les fait ressembler à l’Union Européenne. Ce discours prend aussi une résonnance américaine ou un président qui n’a plus de majorité gouverne par ukases et coups de force. En se dressant contre sa politique démissionnaire, il invite aussi les élus américains à résister au dévoiement de la démocratie américaine. La présidence Obama a ruiné les intérêts et les défenses du monde libre. Elle a ouvert la voie à une multitude de conflits locaux et notamment à la décomposition du monde arabe. Elle a acculé Israël à un affaiblissement dans sa puissance qu’il n’a jamais connu, l’obligeant à réitérer la même guerre tous les deux ans. Elle a réveillé un climat de guerre froide avec la Russie. Mais ce qui est le plus important, c’est que Netanyahou a eu l’audace de nommer l’ennemi, ce dont les leaders juifs du monde entier n’ont plus la force. Il a eu l’audace d’affirmer que le « peuple juif » – c’est le terme employé – saura se tenir debout pour faire face à l’ennemi et n’hésitera pas à défendre son existence. En évoquant la leçon de la Shoah, il a clairement défini l’enjeu vital et total qui se joue pour le peuple juif aujourd’hui et qui nécessite une levée en masse des Juifs pour défendre le sanctuaire de leur existence comme peuple. Enfin, la touche juive de son propos est capitale. (…) Netanyahou a évoqué la figure d’Aman, un autre perse, et il a terminé sur la figure de Moïse. C’est là la tonalité d’un vrai leader du peuple juif, capable d’intégrer l’histoire éternelle d’Israël aux enjeux les plus contemporains. Shmuel Trigano
Pourquoi tant d’animosité envers le dirigeant d’un allié de longue date, la seule et unique démocratie du Moyen-Orient, et auquel Obama a juré de sa loyauté indéfectible ? Eh bien parce que la Maison Blanche s’est déclarée exaspérée par cette visite dont elle n’a pas été informée par Israël, et qu’elle a donc perçue comme une « violation au protocole ». Laquelle l’emporte sur les bénéfices que le Congrès pourrait retirer de la présence – et du point de vue – du leader du pays le plus immédiatement concerné par les négociations actuellement menées avec l’Iran. Remarquablement, ce n’est guère la première fois que la question du protocole se situe au cœur d’une menace de destruction du peuple juif posée par l’Iran. On en trouve un précédent biblique. Sinistre écho de l’histoire contemporaine, le Livre d’Esther relate la toute première occurrence d’une tentative de génocide visant les Juifs dans l’empire antique de Perse, actuellement connu comme l’Iran. Quand, plus de deux millénaires en arrière, Mardochée apprend qu’Aman complote de « détruire, tuer, et exterminer tous les Juifs, jeunes et vieux, petits enfants et femmes, en un seul jour » (Esther 3,13), il persuade sa fille adoptive, devenue reine, d’intercéder en leur faveur. Mais Esther a peur. Si elle se présentait devant son mari pour faire appel contre le décret d’Aman, ce serait rompre avec le protocole royal. « Tous les serviteurs du roi et la population des provinces du roi savent bien, réplique-t-elle à Mardochée, que toute personne, homme ou femme, qui pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans avoir été convoquée, une loi égale pour tous, la rend passible de la peine de mort; celui-là seul à qui le roi tend son sceptre d’or a la vie sauve. Or, moi, je n’ai pas été invitée à venir chez le roi voilà trente jours. » (Esther 4,11) Néanmoins, le Livre d’Esther nous raconte qu’après avoir supplié les Juifs de prier et de jeûner en sa faveur, Esther choisit de faire fi du protocole face à la menace d’extermination qui plane sur son peuple. Et elle parvient à abroger ce funeste décret. En conséquence, les Juifs, à ce jour, célèbrent la fête de Pourim. Dans la tradition juive, le récit de Pourim marque la commémoration d’un autre type de miracle. Le scénario du Livre d’Esther est fait d’une série de coïncidences si statistiquement improbables qu’il témoigne de la main divine cachée derrière la nature. C’est la raison pour laquelle c’est le seul livre de tout le canon biblique qui ne comporte pas la moindre mention du nom de Dieu. Dans ce monde, Dieu cache Sa face, mais Il est tout aussi impliqué dans la direction du monde que lorsqu’Il sépara la mer devant les Hébreux qui fuyaient les Égyptiens. Pour les commentateurs juifs, Pourim incarne donc cet adage célèbre – et ironiquement anonyme – affirmant que « la coïncidence est le moyen que Dieu choisit pour conserver Son anonymat. » Et dans cette optique, il est tout à fait remarquable que le discours du Premier ministre Benyamin Netanyahou « coïncide » avec la veille du jeûne d’Esther, lequel commémore l’héroïsme d’une reine qui décida que la survie de son peuple avait préséance sur le respect du protocole. Rabbin Benjamin Blech

Attention: un chef du Monde libre peut en cacher un autre !

Citations du poète national (Robert Frost), références bibliques (Esther, Mardochée, Haman), analogies historiques (l’Iran comme nouveau régime nazi), hommage au plus respecté des prix Nobel de la paix et survivants de la Shoah (Elie Wiesel), slogans digne de « Game of Thrones » …

Au lendemain d’un nouveau discours aussi attendu que controversé de Benjamin Netanyahou sur le dossier nucléaire iranien au sein même cette fois, alors qu’il n’est plus ou pas encore premier ministre, du Congrès américain  …

Alors que du Liban à Gaza et à présent de la Syrie à l’Irak et au Yemen et tout en préparant sa Solution finale, la Révolution islamique n’en finit pas de faire ce qu’elle a toujours fait depuis 35 ans, à savoir mettre le Moyen-Orient à feu et à sang …

Pendant qu’à la tête du Monde libre et face à un Congrès où il a perdu tout appui, le Tergiverseur-en-chef qui n’arrive toujours pas à nommer l’ennemi tente de sauver sa place dans l’histoire en s’accrochant désespérement à ses rêves de rapprochement avec, de Cuba à l’Iran, tout ce que la planète peut contenir de régimes renégats …

Et qu’un mois à peine après le prétendu « sursaut républicain » de Paris, le déni politiquement correct a repris comme de plus belle et nos belles âmes n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer le « complexe d’Auschwitz » et la « diplomatie du bulldozer » du dirigeant israélien …

Mais que face aux horreurs si longtemps tolérées et même subventionnées de nos nouveaux damnés de la terre et trois décennies à peine après les faits, la Belle au bois des bois de la justice commence à peine tant en France qu’aux Etats-Unis à se réveiller …

Comment en cette vieille de la fête juive des Sorts dite de Pourim …

Ne pas voir avec nombre de juifs, d’Israéliens et de simples connaisseurs de la Bible …

L’étrange parallèle avec une autre tentative d’interférence dans les affaires de la superpuissance de l’époque …

A savoir celle d’Esther dont Pourim est justement la fête ?

Et comment ne pas saluer, avec  Shmuel Trigano, l’incroyable audace et la magistrale leçon d’histoire …

D’un des descendants, plus populaire et peut-être plus « américain » que ce moins américain des présidents des Etats-Unis, de cette même courageuse reine juive …

Qui devant une énième tentative d’annihilation par les ancêtres, de surcroit, des dirigeants iraniens actuels …

Osa elle aussi pour sauver son peuple …

Défier la bien-pensance et le protocole du moment ?

Quand Bibi Netanyahou viole le protocole
Échos de la reine Esther qui fit entorse au protocole royal pour défendre son peuple face à la menace de destruction posée par l’Iran d’antan…
rabbin Benjamin Blech
Aish.com
24/2/2015

La prochaine apparition du Premier ministre israélien sur la colline du Capitole se retrouve au centre d’une véritable tempête diplomatique.

Convié par le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, à s’exprimer devant le Congrès sur les menaces posées par les ambitions nucléaires de l’Iran, Benyamin Netanyahou a saisi cette occasion rêvée de partager l’inquiétude existentielle de son pays à l’heure où le régime des Mollahs s’apprête plus que jamais à atteindre son objectif avoué de l’annihilation totale d’Israël. Mais la Maison Blanche a fait part de son irritation. Un nombre croissant de législateurs démocrates ont annoncé qu’ils boycotteraient son discours. Le vice président américain Joe Biden qui, en sa qualité de président du Sénat, devrait traditionnellement superviser l’allocution de Netanyahou, a fait savoir qu’il serait « en déplacement à l’étranger » à ce moment-là. Quant à Nancy Pelosi, chef de la minorité démocrate, elle a carrément déclaré qu’elle espérait que le « discours n’aurait pas lieu. »

Pourquoi tant d’animosité envers le dirigeant d’un allié de longue date, la seule et unique démocratie du Moyen-Orient, et auquel Obama a juré de sa loyauté indéfectible ? Eh bien parce que la Maison Blanche s’est déclarée exaspérée par cette visite dont elle n’a pas été informée par Israël, et qu’elle a donc perçue comme une « violation au protocole ». Laquelle l’emporte sur les bénéfices que le Congrès pourrait retirer de la présence – et du point de vue – du leader du pays le plus immédiatement concerné par les négociations actuellement menées avec l’Iran.

Remarquablement, ce n’est guère la première fois que la question du protocole se situe au cœur d’une menace de destruction du peuple juif posée par l’Iran. On en trouve un précédent biblique. Sinistre écho de l’histoire contemporaine, le Livre d’Esther relate la toute première occurrence d’une tentative de génocide visant les Juifs dans l’empire antique de Perse, actuellement connu comme l’Iran. Quand, plus de deux millénaires en arrière, Mardochée apprend qu’Aman complote de « détruire, tuer, et exterminer tous les Juifs, jeunes et vieux, petits enfants et femmes, en un seul jour » (Esther 3,13), il persuade sa fille adoptive, devenue reine, d’intercéder en leur faveur.

Mais Esther a peur. Si elle se présentait devant son mari pour faire appel contre le décret d’Aman, ce serait rompre avec le protocole royal. « Tous les serviteurs du roi et la population des provinces du roi savent bien, réplique-t-elle à Mardochée, que toute personne, homme ou femme, qui pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans avoir été convoquée, une loi égale pour tous, la rend passible de la peine de mort; celui-là seul à qui le roi tend son sceptre d’or a la vie sauve. Or, moi, je n’ai pas été invitée à venir chez le roi voilà trente jours. » (Esther 4,11)

Néanmoins, le Livre d’Esther nous raconte qu’après avoir supplié les Juifs de prier et de jeûner en sa faveur, Esther choisit de faire fi du protocole face à la menace d’extermination qui plane sur son peuple. Et elle parvient à abroger ce funeste décret. En conséquence, les Juifs, à ce jour, célèbrent la fête de Pourim.

Dans la tradition juive, le récit de Pourim marque la commémoration d’un autre type de miracle. Le scénario du Livre d’Esther est fait d’une série de coïncidences si statistiquement improbables qu’il témoigne de la main divine cachée derrière la nature. C’est la raison pour laquelle c’est le seul livre de tout le canon biblique qui ne comporte pas la moindre mention du nom de Dieu. Dans ce monde, Dieu cache Sa face, mais Il est tout aussi impliqué dans la direction du monde que lorsqu’Il sépara la mer devant les Hébreux qui fuyaient les Égyptiens. Pour les commentateurs juifs, Pourim incarne donc cet adage célèbre – et ironiquement anonyme – affirmant que « la coïncidence est le moyen que Dieu choisit pour conserver Son anonymat. »

Et dans cette optique, il est tout à fait remarquable que le discours du Premier ministre Benyamin Netanyahou « coïncide » avec la veille du jeûne d’Esther, lequel commémore l’héroïsme d’une reine qui décida que la survie de son peuple avait préséance sur le respect du protocole.

Voir aussi:

Le discours de Netanyahou : Enfin !
Shmuel Trigano
Desinfos
3 mars 2015

Le discours de Netanyahou au Congrès américain fut un moment grandiose. En mettant en garde le monde occidental contre la menace qui pèse sur lui, en l’exhortant à ne pas pratiquer de politique d’apaisement envers l’Iran, il constitue un événement d’importance mondiale. Aucun homme politique occidental, a fortiori israélien, n’est capable d’une telle audace. En privilégiant la sauvegarde du lien à Obama, le tandem Livni-Herzog ne propose qu’une politique de démission nationale sur tous les enjeux vitaux d’Israël. Le « camp sioniste » qu’ils représentent est dans l’orbite de la démission munichoise qui les fait ressembler à l’Union Européenne.

Ce discours prend aussi une résonnance américaine ou un président qui n’a plus de majorité gouverne par ukases et coups de force. En se dressant contre sa politique démissionnaire, il invite aussi les élus américains à résister au dévoiement de la démocratie américaine.

La présidence Obama a ruiné les intérêts et les défenses du monde libre.

Elle a ouvert la voie à une multitude de conflits locaux et notamment à la décomposition du monde arabe.

Elle a acculé Israël à un affaiblissement dans sa puissance qu’il n’a jamais connu, l’obligeant à réitérer la même guerre tous les deux ans.

Elle a réveillé un climat de guerre froide avec la Russie.

Mais ce qui est le plus important, c’est que Netanyahou a eu l’audace de nommer l’ennemi, ce dont les leaders juifs du monde entier n’ont plus la force.

Il a eu l’audace d’affirmer que le « peuple juif » – c’est le terme employé – saura se tenir debout pour faire face à l’ennemi et n’hésitera pas à défendre son existence.

En évoquant la leçon de la Shoah, il a clairement défini l’enjeu vital et total qui se joue pour le peuple juif aujourd’hui et qui nécessite une levée en masse des Juifs pour défendre le sanctuaire de leur existence comme peuple.

Enfin, la touche juive de son propos est capitale.

On est loin des discours insipides et bureaucratiques à la Livni !

Netanyahou a évoqué la figure d’Aman, un autre perse, et il a terminé sur la figure de Moïse.

C’est là la tonalité d’un vrai leader du peuple juif, capable d’intégrer l’histoire éternelle d’Israël aux enjeux les plus contemporains.

Nous devons y trouver la force d’un sursaut !

Voir également:

Netanyahu’s Churchillian warning

Charles Krauthammer
Washington Post
March 5, 2005

Benjamin Netanyahu’s address to Congress was notable in two respects. Queen Esther got her first standing O in 2,500 years. And President Obama came up empty in his campaign to preemptively undermine Netanyahu before the Israeli prime minister could present his case on the Iran negotiations.

On the contrary. The steady stream of slights and insults turned an irritant into an international event and vastly increased the speech’s audience and reach. Instead of dramatically unveiling an Iranian nuclear deal as a fait accompli, Obama must now first defend his Iranian diplomacy.

In particular, argues The Post, he must defend its fundamental premise. It had been the policy of every president since 1979 that Islamist Iran must be sanctioned and contained. Obama, however, is betting instead on detente to tame Iran’s aggressive behavior and nuclear ambitions.

For six years, Obama has offered the mullahs an extended hand. He has imagined that with Kissingerian brilliance he would turn the Khamenei regime into a de facto U.S. ally in pacifying the Middle East. For his pains, Obama has been rewarded with an Iran that has ramped up its aggressiveness in Iraq, Syria, Lebanon, Gaza and Yemen, and brazenly defied the world on uranium enrichment.

He did the same with Russia. He offered Vladimir Putin a new detente. “Reset,” he called it. Putin responded by decimating his domestic opposition, unleashing a vicious anti-American propaganda campaign, ravaging Ukraine and shaking the post-Cold War European order to its foundations.

Like the Bourbons, however, Obama learns nothing. He persists in believing that Iran’s radical Islamist regime can be turned by sweet reason and fine parchment into a force for stability. It’s akin to his refusal to face the true nature of the Islamic State, Iran’s Sunni counterpart. He simply can’t believe that such people actually believe what they say.

That’s what made Netanyahu’s critique of the U.S.-Iran deal so powerful. Especially his dissection of the sunset clause. In about 10 years, the deal expires. Sanctions are lifted and Iran is permitted unlimited uranium enrichment with an unlimited number of centrifuges of unlimited sophistication. As the Wall Street Journal’s Bret Stephens points out, we don’t even allow that for democratic South Korea.

The prime minister offered a concrete alternative. Sunset? Yes, but only after Iran changes its behavior, giving up its regional aggression and worldwide support for terror.

Netanyahu’s veiled suggestion was that such a modification — plus a significant reduction in Iran’s current nuclear infrastructure, which the Obama deal leaves intact — could produce a deal that “Israel and its [Arab] neighbors may not like, but with which we could live, literally.”

Obama’s petulant response was: “The prime minister didn’t offer any viable alternatives.” But he just did: conditional sunset, smaller infrastructure. And if the Iranians walk away, then you ratchet up sanctions, as Congress is urging, which, with collapsed oil prices, would render the regime extremely vulnerable.

And if that doesn’t work? Hence Netanyahu’s final point: Israel is prepared to stand alone, a declaration that was met with enthusiastic applause reflecting widespread popular support.

It was an important moment, especially because of the libel being perpetrated by some that Netanyahu is trying to get America to go to war with Iran. This is as malicious a calumny as Charles Lindbergh’s charge on Sept. 11, 1941, that “the three most important groups who have been pressing this country toward war are the British, the Jewish and the Roosevelt administration.”

In its near-70 year history, Israel has never once asked America to fight for it. Not in 1948 when 650,000 Jews faced 40 million Arabs. Not in 1967 when Israel was being encircled and strangled by three Arab armies. Not in 1973 when Israel was on the brink of destruction. Not in the three Gaza wars or the two Lebanon wars.

Compare that to a very partial list of nations for which America has fought and for which so many Americans have fallen: Kuwait, Iraq, Afghanistan, Somalia, Vietnam, Korea, and every West European country beginning with France (twice).

Change the deal, strengthen the sanctions, give Israel a free hand. Netanyahu offered a different path in his clear, bold and often moving address, Churchillian in its appeal to resist appeasement. This was not Churchill of the 1940s, but Churchill of the 1930s, the wilderness prophet. Which is why for all its sonorous strength, Netanyahu’s speech had a terrible poignancy. After all, Churchill was ignored.

Voir encore:

Right Turn
Our Arab allies understand what Obama doesn’t
Jennifer Rubin
Washington Post
February 16

Were President Obama to acknowledge forthrightly that “extremists” are out to kill Jews (whether in Europe or in genocidal fashion once nuclear weapons are obtained) and then Christians and other “nonbelievers,” he would be obliged, in turn, to recognize the ideological underpinnings of the Islamic jihadists. It is unsurprising, then, that he is in a political and rhetorical fight with the Jewish state’s prime minister, Benjamin Netanyahu, who will not ignore the deliberate targeting of Jews; will not minimize the threat (unlike Obama, Netanyahu is quite clear this is an existential threat); will not go along with the charade in the P5+1 talks that will, if Obama has his way, result in a North Korea-like deal that allows the mullahs to go nuclear; will not accept (like Obama) Iranian gains throughout the region; and worst of all, will not shut up and let Obama enjoy his denial in peace. But what is even more intriguing is the degree to which Obama ignores the concerns of our Arab allies.

Jordanians participate in a mass demonstration after Friday prayers near Al Hussein Mosque to express their solidarity with the pilot murdered by the Islamic State group earlier this month. (Jordan Pix/Getty Images)

A conservative Middle East scholar recently commented to me, “Notice how Obama never says ‘Iran threatens Egypt, Jordan, Saudi Arabia and Israel.’ It’s always just about Israel.” Indeed, if one really wanted to mount a robust opposition militarily, politically and rhetorically, one would not portray the Iranian problem as “merely” a threat to Israel; one would have to concede it is an existential threat to all of our Arab allies. If one wanted to stop treading water and throw everything we have against the Islamic State, one might follow the example of Jordan and Egypt, which conducted bombing runs when their people were slaughtered by jihadists. If Obama actually appreciated the threat Iran poses to its Sunni neighbors, he would be horrified instead of copacetic about Iran’s efforts to dominate Iraq. (“Shiite militias backed by Iran are increasingly taking the lead in Iraq’s fight against the Islamic State, threatening to undermine U.S. strategies intended to bolster the central government, rebuild the Iraqi army and promote reconciliation with the country’s embittered Sunni minority.”)

While he might imagine he can shut up Netanyahu or make it nearly impossible for the Jewish state to object to a done-deal with Iran on its nukes, Obama will not be able to dissuade Arab countries such as Saudi Arabia from ordering up their own nuclear weapons, thereby setting off a regional nuclear arms race. He might try to bully Israel, as his secretary of state did in truce talks to end the latest Gaza War, but Egypt won’t abide by a deal that strengthens the hand of Iranian-backed Hamas. (Nor will Egypt desist from attacking Hamas forces in the Sinai.)

In short, Obama’s vision for reconciliation with Iran and for slow-walking the battle with the Islamic State is doomed to fail, not just because the jihadists will continue to strike out against the West and not just because Israel won’t allow a nuclear-armed Iran. It is destined to fail because Sunni Arab states won’t abide by an Iran-dominated Middle East or by jihadists who slaughter their people. In a very real sense, on the threat posed by Islamic terrorists, Obama is far behind our Arab allies and Israel, neither of which have the luxury of self-delusion.

Jennifer Rubin writes the Right Turn blog for The Post, offering reported opinion from a conservative perspective.

Voir de plus:

Bad News, Democrats: Netanyahu’s popularity rivals Obama’s
Noah Rothman
Hot air

March 2, 2015

For weeks, those trapped within the Beltway echo chamber have reassured themselves that Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s decision to accept an invitation from congressional Republicans to address a joint session of the federal legislature was a significant strategic blunder of the first order.

They insisted that Netanyahu’s determination to take advantage of a GOP offer made without consulting the president would only further isolate the Israeli prime minister, politicize the Israeli-American relationship, and create a controversy in Israel that could result in a backlash against the prime minister and his party ahead of an upcoming general election. These were always more assertions of faith than examples of objective political analysis. The commentary class might have hoped that providence would punish Netanyahu for this brazen display of defiance in opposition to the president’s preferences, but the fates’ wrath has not yet materialized.

Ahead of Netanyahu’s speech to Congress on Tuesday, Gallup found the Israeli Prime Minister’s popularity rating in the United States was nearing an all-time high. 45 percent of the public views Netanyahu positively compared to just 24 percent of the public who views the Israeli leader unfavorably. That’s a 10-point increase from just 2012 when 35 percent of American survey respondents viewed Netanyahu positively and 23 percent had a negative opinion about the Israeli prime minister.

While Netanyahu’s favorable score has varied slightly over the years, his unfavorable score has been relatively stable, ranging from 20% to 28%. Notably, even while his favorable score increased since 2012, his unfavorable score stayed about the same. Meanwhile, fewer Americans have no opinion of Netanyahu today than did so in 2012, with 31% vs. 41%, respectively, either saying they are unsure or have never heard of him.
The survey found that six in ten Republicans are predisposed to view Netanyahu favorably and self-described independents are more likely to align with Republicans in their view of the Israeli leader. Democrats, however, are split. 31 percent have a favorable opinion of the prime minister and another 31 percent have an unfavorable view.

By contrast, Barack Obama’s favorability rating with the American public is largely equal to Netanyahu’s. The most recent Economist/YouGov poll finds 45 percent of the American public views Obama’ favorably while 50 percent view him unfavorably. Gallup, meanwhile, pegs Obama’s favorability rating at 51 percent – the highest it has been in that survey in months and a dramatic rebound from his 42 percent rating in November of last year – while 48 percent have a negative opinion of the president. Only 44 percent, however, have a favorable view of the job Obama has done in office according to Gallup’s rolling three-day polling average.

Given these conditions, it has become increasingly clear that Obama is forcing his fellow Democrats into a trap. The White House tacitly invited a Democratic boycott of Netanyahu’s address to Congress by refusing to make the president, the vice president, or any high-level Cabinet official available to him during his visit. The president has not urged his fellow Democrats to avoid boycotting Netanyahu, and an ever-increasing number of Democratic officeholders have revealed their intention to engage in a display of fealty to Obama and his wounded ego by disrespecting Netanyahu.

Perhaps these Democrats are emboldened to walk out on Netanyahu by polls, like a recent NBC News/Marist survey, which show a plurality of Americans think it was bad form for Republicans to invite Netanyahu to speak, as is their privilege, without first consulting with the White House. But even that survey, which also found Israel and Netanyahu are generally viewed positively by a plurality of Americans, suggests that this “controversy” will not have long-lasting implications and the ramifications associated with Netanyahu’s speech will be short lived.

The New York Times warned on Monday that a tipping point in Israeli-American relations had been reached. The piece warned that Democrats who are shunning Netanyahu are the vanguard of a larger movement that could threaten Israel’s position as a preferred U.S. ally.

So far, 30 Democrats — four senators and 26 representatives — have said they will not attend the speech. Nearly half are African-Americans, who say they feel deeply that Mr. Netanyahu is disrespecting the president by challenging his foreign policy. But a half-dozen of those Democrats planning to stay away are Jewish, and represent 21 percent of Congress’s Jewish members.
It is just as logical to read this paragraph and conclude that the anti-Netanyahu movement on the far-left is an ideologically homogenous one. When taken in consideration with public polling, it is clear that the boycott movement represents a fraction of a fraction of the Democratic Party and is utterly unrepresentative of the American people.

What’s more, the public polling on Israel contrast sharply with a Gallup survey that discovered that only 11 percent of the American public has a favorable opinion of the Islamic Republic of Iran. 84 percent of the public has an unfavorable opinion of the Islamic Republic, results that call into question the administration’s ability to sell a nuclear accord to the American public. As the administration works tirelessly toward securing a deal, any deal, with Iran that would forestall its ability to construct a nuclear weapon, White House officials cannot be encouraged by these numbers.

Democrats have been put in an awkward position by this administration’s naked hostility toward the Israeli leader. Last week, Harvard University Law Professor Alan Dershowitz, a committed Democrat, warned his fellow party members in Congress to avoid making support for Israel a partisan issue. For most Americans, it isn’t. Between Benjamin Netanyahu and Barack Obama, the president is in the most danger of alienating the American people.

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Analyse: discours de Netanyahou, une belle entrée mais un final décevant
L’impact de l’intervention du PM israélien ne sera mesurable qu’au terme des négociations avec l’Iran

Tal Shalev

i24news

04 Mars 2015

 « Tellement de choses ont été écrites sur un discours qui n’a pas encore été prononcé », a déclaré le Premier ministre israélien lundi soir, avec un sourire fier.

Netanyahou a pu observer les drames que l’annonce de son allocution a provoqués des deux côtés de l’océan Atlantique dans les semaines et les jours qui ont précédé sa venue à Washington.

Ce même sourire s’affichait à nouveau sur son visage mardi soir, après plus d’une vingtaine d’ovations, prouvant, à ses yeux, que toutes les paroles prononcées visant à provoquer le président américain face aux centaines d’élus présents dans l’assistance en valaient la peine.

Aux yeux de Netanyahou, ce discours au Congrès restera dans l’histoire comme une brillante allocution de plus de l’orateur acclamé.

Comme prévu, Netanyahou a fait preuve de ses talents d’orateur.

Après une entrée grandiose et de chaleureux applaudissements, il a entamé son discours avec quelques paroles bienveillantes pour le président américain. S’il a admis les tensions provoquées par sa collaboration avec le président républicain de la Chambre des représentants John Bohner, il a salué l’engagement d’Obama en faveur de la sécurité d’Israël et a été acclamé lorsqu’il a souligné la force de l’alliance américano-israélienne.

Mais le Premier ministre a fait son exposé, et c’en était alors fini des ovations bipartisanes – des deux côtés de l’hémicycle.

Les observateurs ont relevé l’expression sur le visage de Nancy Pelosi, représentante des démocrates à la Chambre. Après le discours, Pelosi, qui soutient avec force Israël, a déclaré par la suite qu’elle avait presque pleuré pendant le discours, blessée par « l’insulte faite aux renseignements des États-Unis ».

Netanyahou avait de nombreux atouts en poche pour renforcer son message, sans attaquer directement la Maison Blanche : les citations de Robert Frost sur le chemin qui n’a pas été pris, les références aux personnages de Pourim Esther et Haman, l’analogie incontestable entre l’Iran et le régime nazi, ses slogans digne de « Game of Thrones », et l’hommage au prix Nobel de la paix et survivant de la Shoah Elie Wiesel, invité pour apporter un appui moral dans l’assistance.

Il a également fait des déclarations fortes et convaincantes sur la menace nucléaire iranienne, et lancé un avertissement au monde face devant la pression iranienne et sur la nécessité de parvenir à un meilleur accord plutôt qu’en accepter un mauvais.

Mais sans le nommer, il a continué ses attaques détournées contre Obama, sous-entendant que celui-ci est naïf, qu’il ne fait pas son travail, et qu’il restera dans l’histoire comme quelqu’un qui a mis l’Etat juif et peut-être même le monde entier en danger.

Le président lui-même n’a pas pris la peine d’assister au discours et a programmé une conférence téléphonique internationale exactement à la même heure. Cinquante députés démocrates ont fait de même, étant absents du Congrès pour montrer leur soutien au président et protester contre l’invité israélien.

Toutefois, le “lobby Netanyahou” au Congrès a réalisé un travail incroyable en effaçant l’absence des démocrates et les sièges vides ont été remplis par de fervents partisans. Quand les démocrates ont cessé d’applaudir, les applaudissements du milliardaire Sheldon Adelson, du leader conservateur Newt Gringrinch, de Elie Wiesel et de la délégation israélienne ont résonné de plus fort.

Réagissant à ce discours, l’administration a marqué un autre point, en minimisant son importance, le qualifiant de simple rhétorique, notant qu’ « il n’y avait rien de nouveau ». Simplement exiger de l’Iran qu’il capitule complètement n’est pas un projet ou une idée nouvelle, comme l’a relevé un haut fonctionnaire. Après que tant de choses ont été écrites sur le “Congress Gate” et après les applaudissements, il y avait au final un sentiment de déception.

Netanyahou a fait son show, mais le résultat de son intervention ne sera connu qu’après la tentative américaine de parvenir à un accord sur le programme nucléaire de Téhéran. Pendant ce temps, les relations toxiques entre Jérusalem et Washington ne vont pas disparaître, et le choc des intérêts sur la question iranienne continuera de déranger les partisans de la précieuse alliance américano-israélienne.

Netanyahou, de son côté, peut envisager les choses à plus court terme. Deux semaines avant les élections, son spectacle de deux jours à Washington lui a procuré le public parfait pour reprendre la main sur l’agenda, et distraire l’attention d’Israël des récents scandales et de la crise du logement qui se profile.

Selon les prochains sondages, Netanyahou aurait entre 2 et 3 points de moins que ses rivaux de l’Union Sioniste. Avant de quitter Washington dimanche, Netanyahou s’est rendu au Mur des Lamentations à Jérusalem pour y trouver de l’inspiration. Sur le chemin du retour, il priera pour que son discours au Congrès lui permette d’obtenir au moins quelques voix supplémentaires.

Tal Shalev est la correspondante diplomatique de la chaîne i24news.

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Netanyahu, Not Obama, Speaks for Us

While under fierce attack from President Obama, the Israeli prime minister defends Western values and speaks the truth about Iran.

Quin Hillyer

National review on line

March 2, 2015

The leader of the free world will be addressing Congress on Tuesday. The American president is doing everything possible to undermine him.

Israeli prime minister Benjamin Netanyahu leads a nation surrounded by enemies, a nation so small that it narrows at one point to just 9.3 miles. Yet, in a world where the Oval Office is manned by someone openly apologetic for most American exercises of power; and where Western Europe’s economy is enervated, its people largely faithless, and its leadership feckless; and where Freedom House has found “an overall drop in [global] freedom for the ninth consecutive year,” the safeguarding of our civilization might rely more on leaders who possess uncommon moral courage than on those who possess the most nukes or biggest armies.

Right now, nobody on the world stage speaks for civilization the way Netanyahu does. While Barack Obama babbles about the supposedly “legitimate grievances” of those who turn to jihad, Netanyahu talks like this (from his speech to the United Nations on September 27, 2012):

The clash between modernity and medievalism need not be a clash between progress and tradition. The traditions of the Jewish people go back thousands of years. They are the source of our collective values and the foundation of our national strength.

At the same time, the Jewish people have always looked towards the future. Throughout history, we have been at the forefront of efforts to expand liberty, promote equality, and advance human rights. We champion these principles not despite of our traditions but because of them.

We heed the words of the Jewish prophets Isaiah, Amos, and Jeremiah to treat all with dignity and compassion, to pursue justice and cherish life and to pray and strive for peace. These are the timeless values of my people and these are the Jewish people’s greatest gift to mankind.

Let us commit ourselves today to defend these values so that we can defend our freedom and protect our common civilization.

When Hamas fired thousands of rockets into Israel last year, Netanyahu, in his necessary military response, did something almost unprecedented in the history of warfare. As he accurately described in his U.N. speech last year, on September 29:

Israel was doing everything to minimize Palestinian civilian casualties. Hamas was doing everything to maximize Israeli civilian casualties and Palestinian civilian casualties. Israel dropped flyers, made phone calls, sent text messages, broadcast warnings in Arabic on Palestinian television, always to enable Palestinian civilians to evacuate targeted areas.

No other country and no other army in history have gone to greater lengths to avoid casualties among the civilian population of their enemies

As Barack Obama complains (with scant grasp of the historical context) about how Christians were such gosh-darn meanies a thousand years ago in the Crusades, Netanyahu protects the ability of Muslims today to have free access to the Old City of Jerusalem, even as Jews and Christians are prohibited from visiting the Temple Mount. At the beginning of his first term, in his first trip overseas as president, Obama delivered a speech to Turkey’s parliament, under the thumb of the repressive Tayyip Erdogan. “The United States is still working through some of our own darker periods in our history,” he confessed, sounding like America’s therapist-in-chief. “Our country still struggles with the legacies of slavery and segregation, the past treatment of Native Americans.”

Netanyahu, in contrast, in a 2011 Meet the Press interview, offered unabashed words of praise for the United States: “Israel is the one country in which everyone is pro-American, opposition and coalition alike. And I represent the entire people of Israel who say, ‘Thank you, America.’ And we’re friends of America, and we’re the only reliable allies of America in the Middle East.” (Netanyahu was accurate in his description of how much Israelis appreciate Americans, as I saw last summer during a visit to the country.)

In thanking America, Netanyahu was not posturing for political advantage. Netanyahu — who spent far more of his formative years on the American mainland than Obama did, and who took enemy fire at the age when Obama was openly pushing Marxist theory, and who learned and practiced free enterprise at the same age when Obama was practicing and teaching Alinskyism — has spoken eloquently for decades in praise of the Western heritage of freedom and human rights. He also speaks and acts, quite obviously, to preserve security — for Israel, of course, but more broadly for the civilized world. On Tuesday, as he has done for more than 30 years, Netanyahu will talk about the threat to humanity posed by Iran.

It’s mind-boggling to imagine that any national leader in the free world would fail to understand the danger. The ayatollahs have never backed down from their stated aim of destroying Christendom. They have never wavered from their depiction of the United States as the “Great Satan.” Just last week, Iran bragged about its recent test-firing of “new strategic weapons” that it says will “play a key role” in any future battle against the “Great Satan U.S.”

Iran also continues developing, while trying to keep them secret, new missiles and launch sites with devastatingly long-range capability. It continues to enrich uranium, including an allegedly secret program, to a level that’s a short jump-step from bomb strength. It has a lengthy record of lying and cheating about its military activities, its compliance with U.N. mandates (not that the U.N. is worth much anyway), and its protections of even the limited human rights it actually recognizes as such.

About the only thing Iran never lies about is its absolute, unyielding determination to wipe Israel off the face of the earth. It was only a few months ago, for example, that the “revolutionary” regime’s “Supreme Leader,” the Ayatollah Ali Khamenei, released a nine-point plan for how to “annihilate” the Jewish state.

Yet Obama not only begrudges the Israeli prime minister the opportunity to make his case against this existential threat to his nation, but he conducts a diplomatic and political assault against Netanyahu of a ferocity rarely seen in the annals of American foreign policy. Obama’s actions aren’t just wrongheaded; they are malignant. They pervert American tradition and American interests, and they attempt to deprive the entire free world of its single most clarion voice for enlightenment values.

Benjamin Netanyahu of course speaks first for Israel, but he speaks also for you and for me, for decency and humaneness, and for vigilance and strength against truly evil adversaries. Congress, by inviting him, is wise. Obama, by opposing him, is horribly wrong. And the civilized world, if it ignores him, will be well-nigh suicidal.

— Quin Hillyer is a contributing editor for National Review Online.

Voir aussi:

Herb Keinon
The Jerusalem Post
03/02/2015

Netanyahu views that his destiny is to protect the Jewish state, and — by extension — the future of the Jews. In his mind, this is why he was fated to come to power. Nothing less.

When Prime Minister Benjamin Netanyahu addresses Congress on Tuesday, he will likely make reference to Purim, that holiday that will begin Wednesday night commemorating the Jews’ salvation from the hands of Haman and the Persians thousands of years ago.

How could he not; it’s a slam dunk.

Then the Persians wanted to destroy the Jews; today the Persians want to destroy the state of the Jews. Same peoples, same tired story line.

And in this modern day version of the Biblical Book of Esther that many of the US legislators he will be speaking to are familiar with from their Sunday school days, Netanyahu — at least judging from his rhetoric over the last few weeks — sees himself cast as a combination of Mordechai and Esther.

Mordechai was the character in the Book of Esther who recognized the threats to his people in real time; Esther the one who — through the right words, at the right time, in the right situation — took action to thwart them. Netanyahu sees himself playing both roles.

In his mind he is the one who, going back to his first speech to Congress in 1996 where he already identified the danger of a nuclear Iran as the biggest threat facing Israel, is the Mordechai character. He is also the one lobbying the King, in this case US President Barack Obama in the role of King Ahashverush, to get him to squelch the Persian plot against the Jews.

One of the most poignant moments in the Book of Esther comes toward the end of Chapter 4, when Mordechai has alerted Esther to the dangers hovering above the Jews, and entreats her to plead her people’s case before the King. Her answer was to hem-and-haw a bit and say she was not invited to meet the King, and those who approach him without being invited face death.

Mordechai’s reply: « If you remain silent at such a time as this, relief and deliverance for the Jews will appear from some other quarter, but you and your father’s house will perish. Who knows, perhaps it is for such a time as this that you have come to your royal position. »

Netanyahu’s critics say this speech is all about the elections. But Judging from everything that Netanyahu has said over the years, not just for this election cycle, he views that this — protecting his people and his country from destruction — is the reason he came to power.

Other prime ministers, such as Yitzhak Rabin or Shimon Peres, viewed their reason for rule as becoming The Peacemaker. Netanyahu never cast himself in that role. He views that his destiny is to protect the Jewish state, and — by extension — the future of the Jews. In his mind, this is why he was fated to come to power. Nothing less.

Netanyahu, the best English orator Israel has ever had at its helm, also believes — much like Obama — in the power of words. That he is going forward with a speech that he obviously knows will severely complicate his life with Obama until the end of the President’s term, indicates that he — as sources close to him have said — believes in the possibility that words can convince key policy makers that the concessions being offered to Iran are much too much.

Esther saved the Jewish people not through a great military achievement, but with daring to speak to the King. Netanyahu seems to see himself playing a similar role.

It is worth noting that in recent days Netanyahu, including Monday in his address to AIPAC, has noted other Israeli Prime Ministers who at key crossroads have been willing to take action even when it ran contrary to US policy.

Netanyahu has mentioned David Ben-Gurion, who declared statehood in 1948, even though the US State Department was adamantly opposed. He has mentioned Levi Eshkol, who took preemptive action in June 1967 against the Egyptians, even though the US president at the time, Lyndon Baines Johnson, was firmly against. He mentioned Menachem Begin, who took out the Iraqi nuclear reactor in 1981 even though then president Ronald Reagan was so incensed at the move that he temporarily halted the delivery of fighter planes to Israel. And he cited Ariel Sharon, who continued with Operation Defensive Shield in 2002, even when president George W. Bush called on him to stop.

(Netanyahu also could have mentioned Ehud Olmert, who — according to foreign reports — issued the order in 2007 to take out a Syrian nuclear facility, even though the US preferred to deal with the matter at the UN).

By raising these cases, Netanyhau is saying that the prime minister is joining the ranks of other Israeli premiers who took brave action even if it risked a rocky patch in the relationship with the US.

But the parallels are far from perfect. Ben-Gurion, Eshkol, Begin and Sharon all took concrete actions to further what they viewed as vital Israeli interests, even if these ran up against American wishes. What Netanyahu is doing is giving a speech — not ordering a military strike.

But Netanyahu has shown over his long career that he believes in the efficacy of the speech, and how the right words, at the right time, delivered in the right way, can change history. One precedent he is leaning on is the Book of Esther.

Some are likening Netanyahu’s speech to Congress as a duel with Obama and calling it High Noon. Considering the season, however, it may be more apt to call it Purim on the Potomac.

Voir aussi:

Why Religious Jews See a Parallel Between the Netanyahu-Obama Rift on Iran and the Bible’s Book of Esther
Sharona Schwartz
The Blaze
Feb. 25, 2015

Religious Jews are drawing parallels between Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s address next week to Congress, which has earned the ire of the Obama administration, and the experiences of the biblical Esther who made the case to Persia’s king on behalf of the Jewish people to halt the designs of a hate-consumed official to annihilate the Jews.

The faithful have been sharing their thoughts on social media and have pointed to the the timing of Netanyahu’s speech, March 3, which happens to fall of the eve of the Fast of Esther, when Jews commemorate the three-day fast Queen Esther asked the Jews to undertake while they repented and prayed she would succeed in her mission to convince King Ahasuerus to scuttle the evil Haman’s genocidal plans.

The Obama administration has lambasted Israel over Netanyahu’s accepting an invitation from House Speaker Rep. John Boehner (R-Ohio) to speak to Congress, which it described as a break in diplomatic protocol.

Some religious leaders have noted that the same kind of break in protocol was key to the Jews’ redemption in the Book of Esther. The Jewish holiday of Purim, which this year is celebrated March 5, marks Esther’s success in her mission to thwart Haman’s destructive plan.

“Remarkably, this is not the first time the issue of protocol lies at the heart of an Iranian threat to destroy the Jewish people,” Yeshiva University Professor Rabbi Benjamin Blech wrote in an article for the Jewish educational organization Aish Hatorah. “There is biblical precedent. Eerily echoing today’s story, the Book of Esther recounts the first recorded instance of attempted genocide against Jews in the ancient empire of Persia, today known as Iran.”

In the Book of Esther, Mordechai learns of Haman’s plot to exterminate all the Jews “in a single day.” Mordechai urges his adopted daughter Esther to intercede with her husband, the king.

“But Esther is afraid. If she were to approach her husband to appeal Haman’s decree, she would be breaking royal protocol” by approaching the king when she had not been summoned, which could lead to a death penalty for her, Blech explained.

After begging the Jews to fast and pray, “Esther chose to disregard protocol in the face of possible extermination of her people. Esther succeeded in averting the evil decree. As a result, Jews to this day around the world celebrate the Festival of Purim,” Blech wrote.

Rabbi Efrem Goldberg of the Boca Raton Synagogue in Florida also likened Mordechai and Esther to Netanyahu.

“Why did we ultimately triumph over Haman such that we are here today and he is a distant memory? The answer is simple: Mordechai and Esther, two heroes stood up and, like an alarm, rang and rang until they woke up our people from their practically comatose sleep,” Goldberg wrote. “Like Mordechai and Esther before him, on the eve of Ta’anis Esther [Fast of Esther] this year, the Prime Minister of Israel will speak before a joint a session of Congress and seek to sound the alarm, to awaken from their sleep the decision-makers who can stop the wicked plans of modern day Persia.”

Goldberg recalled a lesson shared by the late Rabbi Joseph Soloveitchik, considered one of the leading rabbinical figures of Orthodox Judaism.

Purim is often celebrated as commemorating a miracle, but Soloveitchik offered a unique view on what the real miracle was.

“A madman rose and articulated his intentions to destroy the Jewish people. The miracle was that we didn’t ignore him, we didn’t excuse him, and we didn’t seek to reinterpret him. The miracle was that we actually believed him and sought to do something about it,” Goldberg wrote, citing Soloveitchik’s lesson.

Rabbi Benzion “Benny” Hershcovich, an emissary of the Chabad-Lubavitch movement who directs the Cabo Jewish Center, pointed out that the redemption of the Jews as told in the Book of Esther was described as occurring by natural means, with no overt divine miracle recounted.

Indeed, God is never mentioned in the Book of Esther, though religious Jews note the improbable string of coincidences that led to the Jews’ salvation, suggesting God’s invisible hand was at work.

Hershcovich told TheBlaze Wednesday that like Esther, “here Netanyahu is trying to go about ensuring Israel’s survival through political means” and is not “depending on a miracle.”

The rabbi explained that the current Jewish month of Adar in which Purim is celebrated is considered to be a joyous month.

“Adar is the month where the Jewish people are victorious against Persia so the timing of Netanyahu’s speech – not only in political sense – but from a religious point of view, there’s probabaly no better time for him to speak out against the modern day Haman than in the proximity to Purim,” Hershcovich said.

He noted that the 1991 Gulf War even ended on the Purim holiday.

“So in general, Purim is a good day for Jews,” Hershcovich said.

Voir également:

Netanyahu gives Obama the Book of Esther. Biblical parable for nuclear Iran?
Esther tells of a Persian plot against the Jews that was thwarted through cunning and the intercession of a gentile king. Purim, the holiday that celebrates the story, starts tonight.
Dan Murphy
The Christian Science Monitor
March 7, 2012

When Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu gave President Obama the Book of Esther as a gift a few days ago, the message was only slightly less subtle than if he had constructed a massive neon billboard across the street from 1600 Pennsylvania Avenue with the message « Mr. President, please help me destroy Iran before they destroy us. »

The Book of Esther is from the Old Testament, and it’s a story that Jews across the world will celebrate tonight and tomorrow with the holiday of Purim. Unlike much of the good book, there are hardly any mentions of God. Instead it’s a tale of backroom maneuvering ending in victory for the Jews and destruction of their enemies, with a woman in the rare role of hero. Did this 2,500-year-old tale of double-dealing and deceit, set in the old Persian Empire, really happen? Well, your mileage may vary. Does it contain lessons for today? Bibi certainly thinks so.

One of his aides told a reporter that gift was meant to provide “background reading” on Iran for Obama. In a speech to the American-Israeli Public Affairs Committee (AIPAC), a pro-Israel lobbying group, Netanyahu described Haman, the villain of the tale, as « a Persian anti-Semite [who] tried to annihilate the Jewish people. » The context of his speech was that Iran, the modern successor to Persia, presents the greatest danger to peace and security on the planet.

While I’m not sure foreign policy is well-crafted with ancient biblical texts as a guide, the lessons of the Esther story are taken seriously by Netanyahu and millions of Jews. Some Jewish traditions say Hitler is not a historical aberration, but a descendent of Haman (who, in turn, was a descendant of the Jews’ enemies in Egypt). The story of a proposed genocide of the Jews in ancient Persia? Evidence for why the modern state of Israel had to be established – there could be no guaranteed security or safety for Jews living in a Gentile-majority state.

What happened? The Persian king Ahasuerus is displeased with his wife and casts her aside, ordering his men to scour the country for a new bride. The beautiful orphan Esther, being fostered by her cousin Mordechai, is brought before Ahasuerus and he takes her as his wife. Mordechai tells her to keep her Jewish identity a secret.

Some time later, Mordechai overhears a plot against the king and transmits the warning through Esther. But Mordechai’s role is unknown and he runs into trouble when some time after that, Haman is elevated to vizier – the king’s prime minister and right-hand man. Haman is not a nice man. After Mordechai refuses to bow down before the vain and bullying Haman, the vizier decides to eradicate all Jews in Persia in revenge. With a honeyed tongue in the king’s ear warning that Jews are disloyal and dangerous, he wins approval. On a set date, all the Jews in the empire will be slaughtered.

Mordechai learns of the plot, and sends word to Esther that she must intercede with the king. He beseeches her: « If you remain silent at this time, relief and deliverance for the Jews will arise from another place, but you and your father’s family will perish. And who knows but that you have come to royal position for such a time as this. » (As quoted in the New International Version of the Bible.)

So she arrays herself in finery and presents herself to Ahasuerus, who promises to give her anything she wants. She finally reveals she’s a Jew and that Haman’s plan means the destruction of her own people, and Mordechai – whose role in uncovering the assassination plot against the king has by now been revealed.

The furious king shifts positions, and gives the Jews permission to destroy their enemies. The story ends with Haman, his brothers, and 75,000 other Persians put to the sword. Mordechai is elevated to vizier, and given wide latitude to make policy.

It appears that in a modern context, Netanyahu sees himself as Mordechai, Iran’s leaders as Haman, and Obama perhaps as Ahasuerus, the powerful but easily influenced king who almost led to the Jews’ downfall but saved them in the nick of time. There isn’t an obvious Esther figure at the moment (though fans of the evangelical Christian politician Sarah Palin often compared her to Queen Esther, come to save her people « at a time such as this, » during her vice presidential run). But I think that’s enough of the plot to get the point.

The holiday itself, though very Jewish, is really a celebration of man (and woman) taking action to save themselves rather than waiting for divine intervention. There are no miracles but human ingenuity and intelligence, no great lessons beyond a reminder that the Jews have enemies, and when the chips are down they’d better look to themselves first (as Netanyahu told AIPAC, « The purpose of the Jewish state is to defend Jewish lives and to secure the Jewish future. Never again will we not be masters of the fate of our very survival. Never again. That is why Israel must always have the ability to defend itself, by itself, against any threat. »)

The holiday has evolved down the centuries into a cross between Halloween and Hogmanay. There will be readings from Esther in synagogues tonight, but also kids running around in costumes gobbling sweet Hamantaschen (« Haman’s hats, » though in modern Hebrew they’re called « Haman’s ears »). Their elders generally indulge in the harder stuff. It’s a celebration of victory and survival.

In the modern tale being told by Netanyahu, with his frequent warnings that Iran’s nuclear program is the gathering storm of a new Holocaust, the Islamic Republic of Iran is the one « trying to kill us. » War talk has been quieted slightly by Obama’s skillful handling of his own meetings with Netanyahu and AIPAC this week. But the biblical underpinnings of Netanyahu’s and many others Jews fears promise to, eventually, ratchet up the heat again.

Voir par ailleurs:

Nétanyahou agite une menace imminente du nucléaire iranien… depuis 20 ans
Elvire Camus

Le Monde

03.03.2015

Depuis plus de vingt ans, les interventions de Benyamin Nétanyahou sur le nucléaire iranien se suivent et se ressemblent. A quinze jours des élections législatives anticipées en Israël, le premier ministre prononce, mardi 3 mars, un discours devant le Congrès américain, afin de dissuader une nouvelle fois le groupe P5 + 1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) de parvenir à un accord sur le nucléaire iranien.

« Mes amis, pendant plus d’un an on nous a dit qu’aucun accord était préférable à un mauvais accord. C’est un mauvais accord, le monde se portera mieux sans lui », a déclaré le premier ministre israélien mardi. Selon lui, cet accord, qui vise à limiter le programme nucléaire de l’Iran mais dont les contours ne sont pas connus, y compris d’Israël, permettrait à la République islamique de « s’empresser de fabriquer une bombe » atomique. « Le régime iranien représente une grande menace pour Israël, mais aussi pour la paix du monde entier », a encore lancé M. Netanyahu, mardi, très applaudi par les élus américains présents.

Ce n’est pas la première fois que Benyamin Nétanyahou alerte sur l’imminence de la nucléarisation de l’Iran – et il oublie parfois que ses anciennes prédictions ne se sont pas vérifiées.

En 1996 : « Le temps nous est compté »

Comme le relève le site d’information The Intercept, dès 1992, alors qu’il n’est pas encore premier ministre, le député Nétanyahou avertit le Parlement israélien, que l’Iran sera capable de fabriquer une arme nucléaire dans « trois à cinq ans ».

Quatre ans plus tard, la République islamique n’est pas en capacité de se doter de l’arme atomique. Le premier ministre israélien se contente de répéter, lors de son premier discours devant le Congrès américain, au mois de juillet 1996, qu’il faut tout faire pour empêcher, sans tarder, « la nucléarisation d’Etats terroristes », en l’occurrence l’Iran et l’Irak. « Mais la date limite pour atteindre cet objectif se rapproche fortement », prévient-il alors, avant de poursuivre :

« Mesdames et Messieurs, le temps nous est compté. […] Il ne s’agit pas de dramatiser la situation plus qu’elle ne l’est déjà. »
En 2011, soit quinze ans plus tard, Nétanyahou s’adresse une deuxième fois à la Chambre des représentants américains et répète la même formule, sans tenir compte de ses calculs de 1992 ou de 1996 :

« Maintenant, le temps nous est compté […]. Car le plus grand de tous les dangers pourrait bientôt s’abattre sur nous : un régime islamique militant doté de l’arme nucléaire. de la bombe nucléaire. »
En 2012 : « quelques mois, peut-être quelques semaines »

En 2012, Benyamin Nétanyahou brandit, lors d’un célèbre discours aux Nations unies, une pancarte représentant schématiquement une bombe. Il assure que la République islamique a atteint le seuil dangereux de 70 % d’enrichissement de son uranium et qu’aux alentours du printemps, voire de l’été 2013 « au plus tard », le pays pourrait passer à « l’étape finale », soit un enrichissement à 90 %, seuil minimum pour pouvoir fabriquer une bombe.

« Ils n’ont besoin que de quelques mois, peut-être quelques semaines, avant d’avoir suffisamment d’uranium enrichi pour la première bombe. »
Or, un câble diplomatique obtenu par Al-Jazira révèle que les services secrets israéliens étaient à l’époque parvenus à des conclusions opposées : l’Iran ne « fournit pas l’activité nécessaire à la production d’armes » nucléaires, affirmait le Mossad.

En 2013 : à nouveau « une question de semaines »

Un an plus tard, dans un entretien accordé au Monde en octobre 2013, peu avant la reprise des discussions entre l’Iran et le groupe P 5+1, le premier ministre israélien tient encore le même discours, mais en changeant l’échéance :

« Si on laisse aux Iraniens la capacité d’enrichir à un faible degré, ils seront capables d’enrichir rapidement l’uranium à haute dose, c’est une question de semaines. »
Lire l’entretien : « L’Iran veut développer 200 bombes nucléaires »

Après un accord préliminaire conclu en novembre 2013 entre le groupe P5+1 et l’Iran, qui prévoyait que la République islamique accepte de limiter son programme nucléaire, en échange d’un allégement des sanctions économiques, M. Nétanyahou dénonce une « erreur historique » et son ministre de l’économie met en garde contre la possibilité pour l’Iran de fabriquer une bombe nucléaire dans un délai très court :

« L’accord laisse intacte la machine nucléaire iranienne et pourrait permettre à l’Iran de produire une bombe dans une période de six à sept semaines. »
Cette rhétorique récurrente peut expliquer pourquoi Barack Obama a minimisé la portée des derniers propos de Benyamin Nétanyahou, quelques heures avant le discours de ce dernier au Congrès américain. Le président américain a ainsi tenu à souligner que le premier ministre israélien s’était déjà « trompé par le passé » en présentant l’accord de novembre 2013 comme un « mauvais accord » que l’Iran ne respecterait pas.

Netanyahou, président de la droite américaine ?
Serge Halimi

Le Monde diplomatique

4 mars 2015

Il y a une vingtaine d’années, un ancien candidat républicain à l’élection présidentielle américaine avait comparé le Congrès des Etats-Unis à un « territoire israélien occupé ». En 2015, il est devenu inimaginable qu’un dirigeant républicain s’exprime avec autant de perfidie. M. Benyamin Netanyahou et ses idées s’imposent en effet sans résistance et sans effort dans le cénacle des parlementaires de Washington. Ils rencontrent davantage d’opposition… à la Knesset israélienne.

La chose ne s’explique pas uniquement par une majorité républicaine dans les deux chambres du Congrès, car les démocrates — et M. Barack Obama lui-même — ne refusent presque jamais rien à la droite israélienne et à son puissant lobby, l’AIPAC (1). Défendant devant celui-ci la cause du président des Etats-Unis et de son administration, Mme Samantha Powers, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, vient de rappeler que, ces six dernières années, le président Obama avait consacré 20 milliards de dollars à la sécurité d’Israël (2).

Néanmoins, en partie pour des raisons religieuses liées à la prégnance chez les évangélistes les plus conservateurs de théories fumeuses sur l’Apocalypse (3), en partie parce que le Parti républicain, comme l’actuel premier ministre israélien, adore décrire un Occident encerclé d’ennemis (en général musulmans) afin de justifier des interventions armées plus nombreuses et des dépenses militaires plus plantureuses, M. Netanyahou est devenu le héros de la droite américaine, son Winston Churchill. Celui qu’elle aimerait avoir comme chef d’Etat plutôt que l’actuel locataire de la Maison Blanche, un homme qu’elle exècre au point de douter sans cesse de son patriotisme, voire de la nationalité américaine inscrite sur son passeport (4).

Lors de la dernière expédition meurtrière d’Israël à Gaza, enthousiasmée par les moyens employés à cette occasion, l’une des vedettes de Fox News, Ann Coulter, avait avoué : « J’aimerais que Netanyahou soit notre président. Oui, bien sûr, parfois des enfants palestiniens sont tués. Mais c’est parce qu’ils sont associés à une organisation terroriste qui fait du mal à Israël. Et Netanyahou se moque bien de ce que des responsables religieux lui disent en pleurnichant à propos des enfants palestiniens. Il se moque bien de ce que lui disent les Nations unies. Il se moque bien de ce que lui disent les médias. Nous sommes un pays, nous avons des frontières. Netanyahou, lui, fait respecter les siennes. Pourquoi ne pouvons-nous pas en faire autant ? (5) »

M. John Boehner, président républicain de la Chambre des Représentants, a donc, sans prévenir M. Obama, invité cet homme à poigne afin qu’il explique aux parlementaires américains que la politique iranienne de la Maison Blanche menace l’existence même d’Israël. Spécialiste de la communication et ayant une longue expérience des Etats-Unis, où il fut ambassadeur de son pays auprès des Nations unies (ce qui lui valut des centaines d’invitations dans les médias), le premier ministre israélien n’a pas manqué de se recueillir devant le mur des Lamentations (et quelques caméras) avant de s’envoler pour Washington. Et d’y assimiler sans relâche le régime iranien avec celui du IIIe Reich.

Lire Trita Parsi, « Le temps de la haine entre les Etats-Unis et l’Iran est-il révolu ? », Le Monde diplomatique, mars 2015, en kiosques.Devant le caractère grossier — pour ne pas dire la grossièreté — de la démarche, M. Obama s’est montré plus audacieux qu’il n’en a l’habitude : il a fait savoir aussitôt qu’il ne recevrait pas le premier ministre israélien. Et même que ni son vice-président Joseph Biden ni son secrétaire d’Etat John Kerry n’assisteraient au discours solennel du chef du Likoud, destiné à pourfendre la politique étrangère de leur administration sous un tonnerre d’applaudissements parlementaires. Il y a près de trois ans, pour expliquer l’engagement inhabituellement voyant de M. Netanyahou dans la campagne présidentielle de M. Mitt Romney contre M. Obama, le quotidien israélien Haaretz soulignait déjà que le premier ministre israélien « ne parle pas seulement anglais, ou même américain, il parle couramment le républicain. »

Sa fastidieuse diatribe devant le Congrès des Etats-Unis permettra-t-elle à M. Netanyahou de rendre politiquement impossible tout accord entre Washington et Téhéran en présentant celui-ci comme un nouveau Munich, et M. Obama comme un Chamberlain nouvelle manière ? Lui assurera-t-elle un avantage électoral grâce auquel il l’emportera une nouvelle fois lors du scrutin du 17 mars prochain (lire Marius Schattner, « Le coup de poker de M. Netanyahou ») ? En tout cas, cette fois, « Bibi l’Américain » semble avoir réalisé l’impossible aux Etats-Unis : il a indisposé une partie de l’opinion publique, qui lui était jusqu’alors largement acquise quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise.
(1) Sur le rôle de ce lobby, lire Serge Halimi, « Le poids du lobby pro-israélien aux Etats-Unis », « Israël, plus que jamais enfant chéri de l’Amérique » et « Aux Etats-Unis, M. Sharon n’a que des amis », Le Monde diplomatique, respectivement août 1989, mai 1991 et juillet 2003.
(2) L’administration Obama a par ailleurs opposé son veto à toutes les résolutions des Nations unies critiquant Israël, y compris quand elles se contentaient de reprendre des formulations américaines… Et les Etats-Unis ont quitté l’Unesco lorsque, en 2011, la Palestine y a été admise.
(3) Lire Ibrahim Warde, « Il ne peut y avoir de paix avant l’avènement du Messie », Le Monde diplomatique, septembre 2002.
(4) Le 18 février dernier, l’ancien maire de New York et ancien candidat républicain à la Maison Blanche M. Rudolph Giuliani a déclaré : « Je ne crois pas, et je sais que c’est terrible à dire, que ce président aime l’Amérique. Il ne vous aime pas et il ne m’aime pas. Il n’a pas été élevé comme vous et moi dans l’amour de ce pays. »
(5) Fox News, 31 juillet 2014.

Selon l’institut Gallup, Netanyahu est plus populaire qu’Obama aux Etats-Unis !
Jack Philip

JSSNews

3 mars 2015

Malgré les attaques violentes lancées par une certaine presse américaine, la côte de popularité du Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu est quasiment à un niveau record, selon un sondage Gallup publié lundi.

Les résultats du sondage montrent que les tensions avec l’administration du président Barack Obama sur son discours prévu au Congrès mardi n’ont pas nui à son image auprès du public américain, et les Américains le voient à peu près aussi favorablement aujourd’hui que depuis 1996 et sa prise de pouvoir en Israël.

Dans ce sondage, on apprend que 45 % des américains voient Netanyahu de manière positive – le record était en 1998 avec 46% d’opinions positives. 45% en 2015, c’est 10 points de plus qu’en 2012.

A l’inverse, seulement 24% des américains voient Netanyahu de manière négative (et parmi eux de nombreux latinos et musulmans).

Les républicains apprécient beaucoup plus Netanyahu (60%) que négativement (18%), tandis que les démocrates sont divisés: 31% favorables et 31% défavorables. Parmi les indépendants, 45% ont une opinion favorable de Netanyahu, tandis que 23% le considèrent défavorablement.

Par comparaison avec les chiffres de Netanyahu, un sondage publié le 23 février par the Economist / YouGov, a révélé que 45% des américains ont un avis favorable d’Obama, contre 50% ayant une mauvaise opinion négative.

Voir encore:

The Hidden Message in Netanyahu’s Speech
Rick Richman

Commentary

03.08.2015

In “Echoes of Churchill Pervade Netanyahu’s Speech,” Belladonna Rogers notes that the address included a subtle reference to Churchill’s “Chicken Speech”–one of the British leader’s most eloquent war speeches, delivered December 30, 1941 to the Canadian Parliament. She argues persuasively that Netanyahu’s allusion conveyed a powerful message about a particular historical parallel.

Ms. Rogers writes that, three weeks after the Japanese attack on Pearl Harbor, Churchill braved the perils of wartime travel to meet with FDR and address Congress, and then spoke to the Canadian Parliament four days later. In Canada, he reminded his listeners that in 1940 the Nazis had conquered four nations–Norway, Denmark, Holland, and Belgium–and then the “great French catastrophe” took place: France fell into “utter confusion” and the French abandoned their pledge “in which [they had] solemnly bound themselves with us not to make a separate peace.” Churchill told the Canadians that if France had stood with England, instead of capitulating to Germany, the war could already have been won. Then he said:

When I warned [the French] that Britain would fight on alone whatever they did, their generals told their Prime Minister and his divided Cabinet, ‘In three weeks England will have her neck wrung like a chicken.’ Some chicken! Some neck!” [Laughter and applause].

In Netanyahu’s address this week to Congress, as Ms. Rogers wrote, he noted that Iran “now dominates four Arab capitals–Baghdad, Damascus, Beirut, and Sana’a”–and that “at a time when many hope that Iran will join the community of nations, Iran is busy gobbling up the nations.” Netanyahu then borrowed Churchill’s cadence from 1941:

Now, two years ago, we were told to give President Rouhani and Foreign Minister Zarif a chance to bring change and moderation to Iran. Some change! Some moderation!

Rouhani’s government hangs gays, persecutes Christians, jails journalists and executes even more prisoners than before. … Iran’s regime is as radical as ever, its cries of “Death to America” — that same America that it calls the “Great Satan” — as loud as ever … and that’s why this regime will always be an enemy of America.

Michael Doran, Bret Stephens, Lee Smith, and others have noted that President Obama appears to be implementing a grand strategy to re-align America with Iran, establishing a de facto alliance in which America recognizes Iran as a “very successful regional power,” in the President’s words in his year-end NPR interview. It is a shift that worries not only Israel but also America’s moderate Arab allies, with the Saudi press now openly editorializing about it. Ms. Rogers writes that the situation parallels what Churchill saw as the utter confusion of the French in 1940:

Not only from the Israeli perspective, but also that of Saudi Arabia, Egypt and other American allies in the Middle East, the deal under consideration appears to be a what Churchill called “a separate peace” with a terrorist state the U.S. is on the brink of recognizing as the new hegemonic power in the region. … In his subtle but unmistakable reference to Churchill’s “Chicken Speech,” the Israeli prime minister sought to persuade the United States to stand with its allies in the Middle East …

The day after the 1941 address, the New York Times editorialized that Churchill had spoken “magnificently” in a speech with “no shrillness … as it [moved] from impassioned eloquence to its contagious chuckle” that would give the speech its popular title. This week, Netanyahu spoke similarly, without shrillness, moving from eloquence to a subtle allusion to Churchill’s speech, ending with an assertion that if Israel had to stand alone, it would stand–a final echo from Churchill’s 1941 address.

Echoes of Churchill Pervade Netanyahu Speech
Belladonna Rogers

Real Clear Politics

March 7, 2015

If Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu sounded Churchillian in his speech to the Congress on Tuesday, one reason is that he echoed several of the most memorable phrases in Winston Churchill’s 1941 address to the Canadian House of Commons, a speech still celebrated by Canadians as rallying their nation at a crucial moment in World War II.

Those phrases deserve attention because of the message they convey to the United States in 2015. Alas, most members of Congress are insufficiently aware of one of the greatest speeches of the 20th century to have taken notice. A line that should have had them on their feet left them in their seats.

Only three weeks after the Dec. 7 Japanese attack on Pearl Harbor had drawn the United States into World War II, the British prime minister braved the cold and the perils of wartime travel to visit Washington to speak to the Congress on Dec. 26. He then left for Canada.

His speech there contains two lines that have become part of the Churchill canon. The first, although it does not have an echo in the Netanyahu speech, is worth repeating because it evokes what Edward R. Murrow called Sir Winston’s gift for mobilizing the English language and sending it into battle:

I should like to point out to you, Mr. Speaker, that we have not at any time asked for any mitigation in the fury or malice of the enemy. The peoples of the British Empire may love peace. They do not seek the lands or wealth of any country, but they are a tough and hardy lot. We have not journeyed all this way across the centuries, across the oceans, across the mountains, across the prairies, because we are made of sugar candy.

The second notable line in Churchill’s address concerned the Nazi conquest of four sovereign nations — Norway, Denmark, Holland, and Belgium — followed by the « great French catastrophe » when the French army collapsed. Churchill proclaimed that if France had remained loyal to Britain, the two allies might have already won the war. Then he said this:

When I warned them that Britain would fight on alone whatever they did, their generals told their prime minister and his divided cabinet, “In three weeks England will have her neck wrung like a chicken.” Some chicken; some neck.

The Canadian Parliament responded with a spontaneous burst of laughter and sustained applause.

In Natanyahu’s address to Congress, he echoed Churchill’s mention of the four neutral European countries overrun by the Nazis when he said:

In the Middle East, Iran now dominates four Arab capitals, Baghdad, Damascus, Beirut and Sana’a. And if Iran’s aggression is left unchecked, more will surely follow. So, at a time when many hope that Iran will join the community of nations, Iran is busy gobbling up the nations.

Then he paraphrased the line that had provoked a warm response 73 years earlier:

We must all stand together to stop Iran’s march of conquest, subjugation and terror. Now, two years ago, we were told to give President Rouhani and Foreign Minister Zarif a chance to bring change and moderation to Iran. Some change! Some moderation!

In 1941, Churchill did not have to persuade his listeners of the evil of the Nazi regime: Canada and the United States were then at war with Germany. By contrast, one of the Israeli prime minister’s main purposes was to warn his American audience of the malevolent and untrustworthy nature of the Iranian regime with which the Obama administration is negotiating. Not only from the Israeli perspective, but also that of Saudi Arabia, Egypt and other American allies in the Middle East, the deal under consideration appears to be a what Churchill called “a separate peace” with a terrorist state the U.S. is on the brink of recognizing as the new hegemonic power in the region:

Rouhani’s government hangs gays, persecutes Christians, jails journalists and executes even more prisoners than before … Iran’s regime is as radical as ever, its cries of « Death to America, » that same America that it calls the « Great Satan, » as loud as ever … and that’s why this regime will always be an enemy of America.

Churchill only had to rally his listeners; Netanyahu had to educate his. The address to the Canadian Parliament was one of the greatest in the history of western civilization, and one of the most consequential in World War II. In his unmistakable reference to it, Netanyahu sought to urge America to stand by its allies in the Middle East.

In a speech that included allusions to the Robert Frost poem President Kennedy quoted in his inaugural address – “The Road Not Taken” — and intimations of one of the most consequential of World War II, Netanyahu was sending a message that his speech focused on a threat as ominous as Nazi Germany of 1941 and the nuclear-armed Soviet Union of 1961.

In his subtle but unmistakable reference to Churchill’s “Chicken Speech,” the Israeli prime minister sought to persuade the United States to stand with its allies in the Middle East and demand from their common foe that it dismantle its illegal – under multiple, binding United Nations resolutions—nuclear enrichment program. Churchill’s address to the Canadian Parliament was a crucial part of the message he so urgently conveyed.

Belladonna Rogers is a writer, editor, lawyer and former advice columnist at PJ Media.

Voir enfin:

Le discours intégral et en français de Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain
JSSnews

3 mars 2015

Voici l’adaptation en français de la transcription intégrale de l’allocution du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain, le 3 Mars 2015.

Merci.

(Applaudissements)

Merci …

(Applaudissements)

… Le Président de la Chambre John Boehner, le président Pro Tem sénateur Orrin Hatch, sénateur de la minorité – leader de la majorité Mitch McConnell, leader de la minorité Nancy Pelosi, chef de la majorité et de la Chambre Kevin McCarthy.

Je tiens également à remercier le sénateur, leader démocrate Harry Reid. Harry, il est bon de vous voir revenir sur vos pieds.

(Applaudissements)

Je suppose que ce qu’ils disent est vrai, vous ne pouvez pas garder un homme bon en mauvais état.

(Rires)

Mes amis, je suis profondément honoré par la possibilité de parler pour la troisième fois devant le corps législatif le plus important au monde, le Congrès américain.

(Applaudissements)

Je tiens à vous remercier tous d’être ici aujourd’hui. Je sais que mon discours a fait l’objet de nombreuses controverses. Je regrette profondément que certains perçoivent ma présence ici comme politique. Cela n’a jamais été mon intention.

Je tiens à vous remercier, démocrates et républicains, pour votre soutien commun à Israël, année après année, décennie après décennie.

(Applaudissements)

Je sais que peu importe de quel côté de l’allée vous vous asseyez, vous vous tenez avec Israël.

(Applaudissements)

L’alliance remarquable entre Israël et les Etats-Unis a toujours été au-dessus de la politique. Elle doit toujours rester dessus de la politique.

(Applaudissements)

Parce que l’Amérique et Israël partagent un destin commun, le destin de terres promises qui chérissent la liberté et offrent de l’espoir. Israël est reconnaissant du soutien de l’Amérique – de la population de l’Amérique et des présidents de l’Amérique, de Harry Truman à Barack Obama.
(Applaudissements)

Nous apprécions tout ce que le président Obama a fait pour Israël.

Mais vous savez déjà tout cela.

(Applaudissements)

Vous savez que nous apprécions le renforcement de la coopération sécuritaire et le partage des renseignements, nous apprécions que vous vous opposez aux résolutions anti-israélienne à l’ONU.

Mais il y a certaines choses que le Président Obama a fait, qui sont moins connues…

Je l’ai appelé en 2010, lorsque nous avons eu l’incendie de la forêt Carmel, et il a immédiatement accepté de répondre à ma demande d’aide urgente.

En 2011, nous avons eu notre ambassade au Caire en état de siège, et de nouveau, il a fourni une aide vitale en ce moment crucial.

Il a également soutenu nos demandes pour notre défense anti-missile au cours de l’été dernier, lorsque nous étions face aux terroristes du Hamas.

(Applaudissements)

Dans chacun de ces moments, j’ai appelé le président, et il était là.

Et certaines choses de ce que le président a fait pour Israël ne peuvent pas être dites, parce que cela touche aux questions sensibles et stratégiques qui ne peuvent être dites qu’entre un Président américain et un Premier Ministre israélien.

Mais je sais cela, et je serai toujours reconnaissant au président Obama pour ce soutien.

(Applaudissements)

Et Israël vous est reconnaissant, reconnaissant le Congrès américain, pour votre soutien, pour nous soutenir à bien des égards, en particulier dans l’aide militaire généreuse et la défense antimissile, y compris le Dôme de Fer.

(Applaudissements)

L’été dernier, des millions d’Israéliens ont été protégée contre les milliers de roquettes du Hamas, grâce à ce Dôme construit avec vous.

(Applaudissements)

Merci, l’Amérique. Merci pour tout ce que vous avez fait pour Israël.

Mes amis, je suis venu ici aujourd’hui parce que, en tant que Premier ministre d’Israël, je me sens une obligation profonde de vous parler d’une question qui pourrait bien menacer la survie de mon pays et l’avenir de mon peuple: la quête iranienne pour obtenir des armes nucléaires .

Nous sommes un peuple ancien. Dans nos près de 4000 ans d’histoire, beaucoup ont essayé à plusieurs reprises de détruire le peuple juif. Demain soir, lors de la fête juive de Pourim, nous allons lire le Livre d’Esther. Nous lisons le récit d’un vice-roi de Perse puissant nommé Haman, qui complotait pour détruire le peuple juif il y a quelque 2500 ans. Mais une femme juive courageuse, reine Esther, a démontré ce complot et a donné au peuple juif le droit de se défendre contre ses ennemis

Le complot a été déjoué. Notre peuple a été sauvé.

(Applaudissements)

Aujourd’hui le peuple juif fait face à une autre tentative, d’un autre potentat perse, de nous détruire. Le Guide suprême l’ayatollah Khamenei crache sa haine la plus ancienne, la haine de l’antisémitisme, avec les nouvelles technologies. Il tweete qu’Israël doit être anéanti – il tweete ! Vous savez, en Iran, Internet n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler livre. Mais il tweet en anglais qu’Israël doit être détruit.

Pour ceux qui croient que l’Iran menace l’Etat juif, mais pas le peuple juif, écoutez Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, chef mandataire terroriste de l’Iran. Il a dit: Si tous les Juifs se rassemblent en Israël, cela va nous épargner la fatigue de les pourchasser dans le monde entier.
Mais le régime iranien n’est pas seulement un problème juif, pas plus que le régime nazi n’était qu’un problème juif. Les 6 millions de juifs assassinés par les nazis n’étaient qu’une fraction des 60 millions de personnes tuées dans la Seconde Guerre mondiale. Donc, si le régime de l’Iran constitue une grave menace non seulement pour Israël, c’est aussi le cas pour la paix du monde entier. Pour comprendre à quel point l’Iran serait dangereux avec des armes nucléaires, nous devons comprendre pleinement la nature du régime.

Le peuple d’Iran est composé de gens très talentueux. Ils sont les héritiers d’une des plus grandes civilisations du monde. Mais en 1979, ils ont été détournés de leur histoire par des fanatiques religieux, des fanatiques religieux – qui ont imposé une dictature sombre et brutale.

Cette année là, les fanatiques ont rédigé une constitution nouvelle pour l’Iran. Elle ordonne aux gardiens de la révolution de ne pas seulement protéger les frontières de l’Iran, mais aussi de remplir la mission idéologique du jihad. Le fondateur du régime, l’ayatollah Khomeini, a exhorté ses partisans à « exporter la révolution dans le monde entier. »

Je suis ici à Washington, et la différence est tellement frappante. Le document fondateur de l’Amérique promet la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Le document fondateur de l’Iran s’engage dans la mort, la tyrannie, et la poursuite du djihad. Et alors que les États s’effondrent à travers le Moyen-Orient, l’Iran se charge d’occuper le vide pour faire exactement cela.

Les hommes de main de l’Iran à Gaza, ses laquais au Liban, ses gardiens de la révolution sur le plateau du Golan entourent Israël avec trois tentacules de terreur. Soutenu par l’Iran, Assad massacre Syriens. Soutenu par l’Iran, les milices chiites sont lâchées en Irak. Soutenu par l’Iran, les Houthis prennent le contrôle du Yémen, menaçant les détroits stratégiques à l’embouchure de la mer Rouge. Avec le détroit d’Ormuz, ce serait donner à l’Iran une seconde point d’approvisionnement en pétrole du monde.

La semaine dernière, près d’Ormuz, l’Iran a procédé à un exercice militaire en détruisant une maquette d’un porte-avions américain. C’est juste la semaine dernière, alors qu’ils négocient avec les Etats-Unis sur le nucléaire. Mais malheureusement, depuis les 36 dernières années, les attaques de l’Iran contre les Etats-Unis ont été tout sauf sur des maquettes. Et les objectifs n’ont été que trop réels.

L’Iran a pris des dizaines d’Américains en otage à Téhéran, a assassiné des centaines de soldats américains, des Marines à Beyrouth, et est responsable de la mort et de mutilations des milliers d’hommes et de femmes, de militaires américains en Irak et en Afghanistan.

Au-delà du Moyen-Orient, l’Iran attaque l’Amérique et ses alliés à travers son réseau mondial de terrorisme. Il a fait sauter le centre de la communauté juive et l’ambassade israélienne à Buenos Aires. Il a aidé Al Qaida à attaquer les ambassades américaines en Afrique. Il a même tenté d’assassiner l’ambassadeur saoudien, ici à Washington DC.

Au Moyen-Orient, l’Iran domine désormais quatre capitales arabes, Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. Et si l’agression de l’Iran n’est pas défaite, d’autres suivront sûrement.
Donc, à un moment où beaucoup espèrent que l’Iran se joindra à la communauté des nations, l’Iran est occupé engloutir les nations.

(Applaudissements)

Nous devons tous unir nos efforts pour arrêter la marche de l’Iran par les conquêtes, l’asservissement et de la terreur.

(Applaudissements)

Il y a deux ans, on nous a dit de donner au Président Rouhani et aux ministre des Affaires étrangères Zarif, une chance d’apporter des changements et de la modération en Iran. Quels changements! Quelle modération!

Le gouvernement de Rouhani pend gays, persécute les chrétiens, emprisonne des journalistes et exécute encore plus de prisonniers que par le passé.

L’année dernière, le même Zarif qui charme diplomates occidentaux a déposé une gerbe sur la tombe d’Imad Mughniyeh. Imad Mughniyeh est le cerveau terroriste qui a fait verser le plus de sang plus américain que tout autre terroriste outre Oussama ben Laden. Je aimerais voir quelqu’un lui poser une question à ce sujet.

Le régime iranien est plus radical que jamais, il scande « Mort à l’Amérique », et surnomme l’Amérique « le grand satan. »

Maintenant, cela ne devrait pas être surprenant, parce que l’idéologie du régime révolutionnaire de l’Iran est profondément enracinée dans l’islam militant, et c’ est pourquoi ce régime sera toujours un ennemi de l’Amérique.

Ne soyez pas dupe. La bataille entre l’Iran et l’ISIS ne fait pas l’Iran dans un ami de l’Amérique.

L’Iran et l’ISIS sont en compétition pour le trône de l’Islam militant. Le premier se nomme République Islamique, le second Etat Islamique. les deux veulent imposer un empire islamique militant, d’abord sur la région, puis sur le reste du monde. Ils sont simplement en désaccord sur celui qui sera le chef de cet empire.

Dans cette lutte mortelle pour un trône, il n’y a pas de place pour l’Amérique ou pour Israël, pas de paix pour les chrétiens, les juifs ou les musulmans qui ne partagent pas la croyance médiévale islamiste, pas de droits pour les femmes, pas de libertés pour les peuples.

Alors, quand il s’agit de l’Iran et de l’ISIS, l’ennemi de votre ennemi est votre ennemi.
(Applaudissements)

La différence est que l’ISIS est armé avec des couteaux de boucher, des armes saisies et YouTube, alors que l’Iran pourrait bientôt être armé avec des missiles balistiques intercontinentaux et des bombes nucléaires. Nous devons toujours nous rappeler – je vais le dire une fois de plus – que le plus grand danger auquel notre monde doit faire face, est le mariage de l’Islam militant avec des armes nucléaires. Vaincre l’Etat Islamique et laisser l’Iran obtenir des armes nucléaires serait comme gagner la bataille, mais perdre la guerre. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire.

(Applaudissements)

Mais cela, mes amis, c’est exactement ce qui pourrait arriver, si l’accord en cours de négociation est accepté par l’Iran. Cet accord ne va pas empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires. Il fait tout sauf garantir que l’Iran n’obtienne ces armes, beaucoup d’armes.

Permettez-moi de vous expliquer pourquoi. Alors que l’accord final n’a pas encore été signé, certains éléments de tout accord potentiel sont maintenant de notoriété publique. Vous n’avez pas besoin des agences de renseignement et des informations secrètes pour le savoir. Cherchez cela sur Google.

En l’absence d’un changement radical, nous savons pour sûr que tout accord avec l’Iran comprendra deux grandes concessions à l’Iran.

La première concession majeure serait de laisser l’Iran avec une vaste infrastructure nucléaire, en l’obligeant pendant une courte période de construire une bombe. Cette pause est le temps nécessaire pour obtenir suffisamment d’uranium de qualité militaire ou de plutonium pour une bombe nucléaire.

Selon l’accord, pas une seule installation nucléaire ne serait démolie. Des milliers de centrifugeuses utilisées pour enrichir l’uranium seraient laissés libres. Des milliers d’autres seraient déconnectés temporairement, mais pas détruites.
Le programme nucléaire de l’Iran resterait en grande partie intacte, notamment parce que cette pause, d’environ un an pour laisser aux Etats-Unis le temps d’observer la situation, cette pause serait encore plus courte pour Israël.

Et si le travail de l’Iran sur ses centrifugeuses avancées, plus rapides et de meilleures qualités, si ces centrifugeuses ne sont pas stoppées, cette pause pourrait être encore plus courte, beaucoup plus courte !

Certes, certaines restrictions seraient imposées sur le programme nucléaire de l’Iran et ce pays devrait accepter des visites supervisées par des inspecteurs internationaux…  Mais voici le problème:  les inspecteurs documentent les violations; ils ne les arrêtent pas.

Les inspecteurs savaient quand la Corée du Nord était prête à obtenir la bombe, mais cela n’a pas empêché quoi que ce soit. La Corée du Nord a éteint les caméras, expulsé les inspecteurs. Et en quelques années, il ont obtenus la bombe.

Maintenant, nous savons que dans les cinq ans, la Corée du Nord pourrait avoir un arsenal de 100 bombes nucléaires.

Comme la Corée du Nord, l’Iran aussi a défié les inspecteurs internationaux. Cela a été fait à au moins 3 occasions distinctes en 2005, 2006 et 2010. Comme la Corée du Nord, l’Iran a brisé les serrures et éteint les caméras.

Je sais que ce que je vais vous dire ne va pas vous choquer, personne, mais l’Iran ne défie pas que les inspecteurs… Il joue également de manière très habile à cache-cache avec eux, il triche avec eux.

L’Agence de surveillance nucléaire de l’ONU, l’AIEA, a dit encore hier que l’Iran refuse toujours de faire le ménage dans son programme nucléaire militaire. L’Iran a également été pris la main dans le sac – pris deux fois, pas une fois, deux fois – à exploiter des installations nucléaires secrètes à Natanz et Qom, des installations dont les inspecteurs ne connaissaient même pas l’existence.

À l’heure actuelle, l’Iran pourrait cacher des installations nucléaires que nous ne connaissons pas. Comme l’ancien chef des inspections de l’AIEA l’a déclaré en 2013, «S’il n’y a aucune installation non déclarée aujourd’hui en Iran, ce sera la première fois en 20 ans que ce serait le cas. » L’Iran a prouvé à maintes reprises qu’on ne peut pas lui faire confiance. Et c’est pourquoi la première concession majeure est une grande source de préoccupations. Cela laisse l’Iran avec une vaste infrastructure nucléaire tout en s’appuyant uniquement sur les inspecteurs surveiller cela. Cette concession crée un réel danger : celui de voir l’Iran obtenir la bombe en violant l’accord.

Mais la deuxième concession majeure crée un danger encore plus grand ; l’Iran pourrait construire la bombe tout en signant l’accord… Parce que presque toutes les restrictions sur le programme nucléaire de l’Iran expireront automatiquement dans environ une décennie.
Une décennie peut sembler une longue période dans la vie politique, mais c’est un clin d’oeil dans la vie d’une nation. C’est un clin d’œil dans la vie de nos enfants. Nous avons tous la responsabilité d’imaginer ce qui se passera lorsque les capacités nucléaires de l’Iran seront pratiquement illimitées et que toutes les sanctions ont été levées. L’Iran serait alors libre de construire une énorme capacité nucléaire qui pourrait produire beaucoup, beaucoup de bombes nucléaires.

Le Guide suprême de l’Iran le dit ouvertement. Il dit, l’Iran prévoit d’avoir 190.000 centrifugeuses, pas 6.000 ou pas 19.000 comme aujourd’hui, mais 10 fois cela: 190.000 centrifugeuses d’enrichissement d’uranium. Avec cette capacité importante, l’Iran pourrait fabriquer du carburant pour l’ensemble d’un arsenal nucléaire et ce en quelques semaines à partir du moment où la décision est prise.

Mon ami de longue date, John Kerry, le secrétaire d’État, a confirmé la semaine dernière que l’Iran pourrait obtenir légalement toutes ces centrifugeuses lorsque l’accord arriverait à expiration.

Maintenant, je veux que vous pensiez à ce sujet. Le parrain du terrorisme mondial ne pourrait être qu’à quelques semaines d’obtenir assez d’uranium pour tout un arsenal d’armes nucléaires… Et cela avec une pleine légitimité internationale.

Et en passant, le programme de missiles balistiques intercontinentaux de l’Iran ne fait pas partie de la transaction… Et jusqu’à présent, l’Iran refuse de même le mettre sur la table des négociations ces missiles. Eh bien, avec cela l’Iran pourrait avoir les moyens d’utiliser cet arsenal nucléaire dans tous les coins de la terre, y compris au coeur de l’Amérique.

Donc, vous voyez, mes amis, cet accord a deux concessions majeures: une, quitter l’Iran avec un vaste programme nucléaire et deux, la levée des restrictions sur ce programme dans environ une décennie. C’est pourquoi cet accord est si mauvais. Il ne bloque pas le chemin de l’Iran vers la bombe; il ouvre le chemin de l’Iran vers la bombe.

Alors pourquoi quelqu’un devrait signer ce deal ? Parce qu’ils espèrent que l’Iran va changer pour le mieux dans les années à venir, ou qu’ils croient que l’alternative à cet accord est pire?

Eh bien, je suis en désaccord avec ça. Je ne crois pas que le régime radical de l’Iran va changer pour le mieux après cet accord. Ce régime est au pouvoir depuis 36 ans, et son appétit vorace pour l’agression augmente chaque année qui passe. Cet accord ne va faire que donner plus d’appétit à l’Iran.
L’Iran serait-elle moins agressive en retirant des sanctions et avec une meilleure économie ? Si l’Iran est engloutit quatre pays en ce moment alors qu’il est soumis à des sanctions, combien de pays plus l’Iran va pouvoir dévorer quand les sanctions seront levées ? Est-ce que l’Iran va moins financer le terrorisme quand des montagnes d’argent se déverseront sur le pays ?

Pourquoi le régime radical iranien se dé-radicaliserait alors qu’ils pourraient profiter de ce qu’il y a de mieux: le terrorisme à l’étranger et la prospérité à la maison ?

C’est une question que tout le monde se pose dans notre région. Les voisins d’Israël – les voisins de l’Iran savent que l’Iran va devenir encore plus agressif et parrainer le terrorisme encore plus quand son économie sera libérée et que la voix vers la bombe sera sans encombres.

Et beaucoup de ces voisins disent qu’ils vont réagir dans cette course, pour s’armer avec des bombes au plus vite. Donc, cet accord ne changera pas l’Iran pour le mieux; il ne fera que changer le Moyen-Orient pour le pire. Un accord qui est censé empêcher la prolifération nucléaire va plutôt déclencher une course aux armements nucléaires dans la partie la plus dangereuse de la planète.

Cet accord ne sera pas un adieu aux armes. Il serait un adieu à la maîtrise des armements. Et le Moyen-Orient sera bientôt traversé par un réseaux de fils liés à des armes nucléaires. Une région où de petites escarmouches peuvent déclencher des grandes guerres se transformerait en une poudrière nucléaire.

Si quelqu’un pense – si quelqu’un pense que cet accord est le début du chemin, détrompez-vous. Quand nous prendront ce chemin, nous devrons faire face à un Iran beaucoup plus dangereux, un Moyen-Orient jonché de bombes nucléaires et un compte à rebours pour un possible cauchemar nucléaire.

Mesdames et Messieurs, Je suis venu ici aujourd’hui pour vous dire que nous n’avons pas à parier sur la sécurité du monde en espérant que l’Iran va changer pour le mieux. Nous n’avons pas à jouer avec notre avenir et l’avenir de nos enfants.

Nous devons insister pour que les restrictions sur le programme nucléaire de l’Iran ne soient pas levées aussi longtemps que l’Iran continue ses agressions dans la région et dans le reste du monde.

(Applaudissements)

Avant de lever ces restrictions, le monde devrait exiger que l’Iran fasse trois choses. Tout d’abord, arrêter son agression contre ses voisins du Moyen-Orient. Deuxièmement…

(Applaudissements)

Deuxièmement, cesser de soutenir le terrorisme dans le monde entier.

(Applaudissements)

Et troisièmement, cesser de menacer d’anéantir mon pays, Israël, le seul et unique Etat juif.

(Applaudissements)
Merci.

Si les puissances mondiales ne sont pas prêtes à insister pour que l’Iran change son comportement avant qu’un accord est signé, à tout le moins, ils devraient insister pour que l’Iran change son comportement avant l’expiration d’un accord.

(Applaudissements)

Si l’Iran change son comportement, les restrictions seraient levées. Si l’Iran ne change pas son comportement, les restrictions ne devraient pas être levées.

(Applaudissements)

Si l’Iran veut être traité comme un pays normal, il doit agir comme un pays normal.

(Applaudissements)

Mes amis, que dire de l’argument selon lequel il n’y a pas d’alternative à cet accord, que le savoir-faire nucléaire de l’Iran ne peut pas être effacé, que son programme nucléaire est tellement avancé que le mieux que nous puissions faire est de retarder l’inévitable, ce qui est essentiellement ce que l’accord actuel cherche à faire ?

Eh bien, le savoir-faire nucléaire sans infrastructures ne vous permets pas de faire beaucoup. Un pilote de course sans voiture ne peut pas conduire. Un pilote sans avion ne peut pas voler. Sans milliers de centrifugeuses, des tonnes d’uranium ou des installations d’eau lourde, l’Iran ne peut pas fabriquer des armes nucléaires.

(Applaudissements)

Le programme nucléaire de l’Iran peut être annulé bien au-delà de la proposition actuelle en insistant sur un meilleur accord et en maintenant la pression sur un régime très vulnérable, surtout étant donné l’effondrement récent du prix du pétrole.

(Applaudissements)

Maintenant, si l’Iran menace de s’éloigner de la table des négociations- et cela arrive souvent dans un bazar persan – c’est du bluff. Ils vont revenir, parce qu’ils ont besoin de cet accord beaucoup plus que nous.

(Applaudissements)

Et en maintenant la pression sur l’Iran et sur les personnes qui font des affaires avec l’Iran, vous avez le pouvoir de les rendre encore plus dans le besoin.

Mes amis, depuis plus d’un an, nous répétons qu’aucun accord vaut mieux qu’un mauvais accord. Et bien là, c’est un mauvais accord. C’est un très mauvais accord. Et nous serions mieux sans.

(Applaudissements)

Maintenant on nous dit que la seule alternative à cette mauvaise affaire est la guerre. C’est tout simplement pas vrai.

L’alternative à ce mauvais accord, c’est un meilleur accord.
(Applaudissements)

Un meilleur accord qui ne laisse pas l’Iran avec une vaste infrastructure nucléaire et une courte pause. Un meilleur accord qui maintient les restrictions sur le programme nucléaire de l’Iran en place jusqu’à ce que l’agression de l’Iran se termine.

(Applaudissements)

Un meilleur accord qui ne va pas donner à l’Iran une voie facile pour accéder à la bombe. Un meilleur accord qu’Israël et ses voisins ne peuvent pas aimer, mais avec lequel nous pourrions vivre, littéralement. Et aucun pays …

(Applaudissements)

… Aucun pays n’a une plus grand intérêt qu’Israël dans un bon accord qui supprime pacifiquement cette menace.

Mesdames et Messieurs, l’histoire nous a placé à un carrefour fatidique. Nous devons maintenant choisir entre deux chemins. Un chemin qui mène à un mauvais accord qui, au mieux, restreindrait les ambitions nucléaires de l’Iran pendant un certain temps, mais qui conduira inexorablement à un Iran nucléaire, dont l’agression débridée conduira inévitablement à la guerre.

La deuxième voie, aussi difficile, pourrait conduire à un bien meilleur accord qui empêcherait un Iran nucléaire, un Moyen-Orient nucléarisé et des conséquences horribles sur toute l’humanité.

Vous n’avez pas à lire Robert Frost pour le savoir. Vous devez vivre votre vie afin de savoir que le chemin difficile est habituellement le moins fréquenté, mais il faudra savoir faire toute la différence pour l’avenir de mon pays, la sécurité du Moyen-Orient et la paix du monde, paix que nous avons tous pour désir.

(Applaudissements)

Mes amis, se tenir debout face à l’Iran n’est pas simple. Etre debout face à des régimes sombres et meurtriers n’est jamais simple. Il y a parmi nous aujourd’hui un survivant de la Shoah et lauréat du prix Nobel, Elie Wiesel.

(Applaudissements)

Elie, votre vie et votre travail nous inspirent pour donner un sens aux mots, « plus jamais ça. »
(Applaudissements)

Et je souhaite pouvoir vous promettre, Elie, que les leçons de l’histoire ont été tirées. Je ne peux qu’encourager les dirigeants du monde à ne pas répéter les erreurs du passé.

(Applaudissements)

Ne pas sacrifier l’avenir au présent; ne pas ignorer l’agression dans l’espoir de gagner une paix illusoire.

Mais je ne peux vous garantir cela. Les jours où le peuple juif sont restés passifs face à des ennemis génocidaires, ces jours sont révolus.

(Applaudissements)

Nous ne sommes plus dispersé parmi les nations, impuissants pour nous défendre. Nous avons restauré notre souveraineté dans notre ancienne maison. Et les soldats qui défendent notre maison ont un courage sans bornes. Pour la première fois en 100 générations, nous, le peuple juif, pouvons nous défendre.

(Applaudissements)

C’est pourquoi – c’est pourquoi, en tant que Premier ministre d’Israël, je peux vous promettre une chose: Même si Israël doit seul, Israël tiendra.

(Applaudissements)

Mais je sais qu’Israël n’est pas seul. Je sais que l’Amérique se tient avec Israël.

(Applaudissements)

Je sais que vous êtes avec Israël.

(Applaudissements)

Vous vous tenez avec Israël, parce que vous savez que l’histoire d’Israël n’est pas seulement l’histoire du peuple juif, mais de l’esprit humain qui refuse encore et encore de succomber à des horreurs de l’histoire.

(Applaudissements)

Face à moi, juste là dans cette galerie, on voit l’image de Moïse. Moïse a conduit notre peuple de l’esclavage aux portes de la terre promise.

Et avant que le peuple d’Israël n’entre sur la terre d’Israël, Moïse nous a donné un message qui a endurci notre détermination depuis des milliers d’années. Je vous laisse avec son message aujourd’hui, « Soyez forts et déterminés, sans peurs ni craintes à leurs égards. »

Mes amis, Israël et l’Amérique doivent toujours se tenir ensemble, forts et déterminés. Puissions-nous n’avoir ni peurs ni craintes face aux défis à venir. Puissions-nous faire face à l’avenir avec confiance, force et espoir.

Que Dieu bénisse l’Etat d’Israël et que Dieu bénisse les Etats-Unis d’Amérique.

(Applaudissements)

Merci. Merci beaucoup. Merci à tous.

Vous êtes merveilleux.

Merci, l’Amérique. Merci.

Merci.

Par Benjamin Netanyahu – adaptation JSSNews
Texte original en anglais disponible sur The Algemeiner

Voir par ailleurs:

Attentats en Israël : un jury américain condamne les Palestiniens à verser des millions en indemnités 
23 février 2015
Reuters/Ici Radio Canada

Un jury populaire de l’État de New York a condamné lundi l’Autorité palestinienne (AP) et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à verser 218 millions de dollars d’indemnités aux familles de victimes d’attentats commis en Israël pendant la seconde Intifada, entre 2002 et 2004.

La justice américaine avait été saisie par les familles de 11 victimes israélo-américaines de six attentats survenus à Jérusalem et attribués aux Brigades des martyrs d’Al-Aqsa et au Hamas. Ces attentats ont fait au total 33 morts et plus de 450 blessés.

Les plaignants réclamaient des indemnités de 350 millions de dollars. À l’issue de six semaines de procès, ils ont obtenu 218 millions de dollars, une somme susceptible d’être multipliée par trois en vertu de la loi antiterroriste américaine.

« L’OLP et l’AP savent désormais que le soutien au terrorisme a un coût », a déclaré Nitsana Darshan-Leitner, un des avocats des familles des victimes.

Selon ces familles, l’ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat et son entourage faisaient en sorte que les employés de l’OLP qui voulaient commettre des attentats soient payés et que les familles de ceux qui y laissaient la vie soient dédommagées.

Les avocats de l’OLP et de l’AP ont de leur part plaidé le fait que les deux entités avaient condamné les attentats et que ceux-ci avaient été le fait de fonctionnaires subalternes n’obéissant pas à leur hiérarchie.

L’AP et l’OLP ont fait appel du verdict. Même si la condamnation est maintenue, il n’est pas sûr que les plaignants pourront percevoir les indemnités.

Ce procès devant le tribunal fédéral de Manhattan a suivi l’adhésion de l’AP à la Cour pénale internationale (CPI). La cour pourrait maintenant poursuivre des responsables israéliens, mais aussi palestiniens, pour crimes de guerre.

ÉTATS-UNIS

La justice américaine condamne l’Autorité palestinienne pour des attentats en Israël
Un jury de New York a condamné l’Autorité palestinienne et l’OLP à verser des dommages pour avoir soutenu des attaques terroristes en Israël lors desquelles des Américains ont été tués ou blessés.

Courrier international

24 février 2015

« Des organisations palestiniennes sont jugées coupables lors d’un procès concernant des actes de terrorisme », titre en une The New York Times ce 24 février. L’Autorité palestinienne et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont été condamnées par un jury d’un tribunal fédéral de Manhattan à payer 218,5 millions de dollars de dommages « pour avoir soutenu en connaissance de cause six attaques terroristes en Israël entre 2002 et 2004, lors desquelles des Américains ont été tués ou blessés », écrit le quotidien américain.

Ce verdict met fin à dix ans de bataille juridique, note The New York Times. S’il constitue « une immense victoire pour des dizaines de plaignants », il pourrait aussi « renforcer les allégations d’Israël selon lequelles les forces palestiniennes dites modérées ont un lien direct avec le terrorisme ».

La plainte avait été déposée en 2004 en vertu de la loi anti-terroriste de 1992, qui permet aux citoyens américains victimes de terrorisme international de porter plainte devant des tribunaux aux Etats-Unis, précise le quotidien. Cette loi prévoit le triplement automatique des dommages accordés par le jury, ce qui doit porter ces derniers à 655,5 millions de dollars.

Attentat rue des Rosiers en 1982: trois suspects recherchés par la France
Nouvel Obs

04-03-2015

Paris (AFP) – L’enquête sur l’attentat de la rue des Rosiers vient de s’accélérer, 32 ans après, avec la délivrance de mandats d’arrêt internationaux contre trois suspects d’origine palestinienne qui vivent en Norvège, en Jordanie et Cisjordanie.

Cette décision du juge d’instruction Marc Trévidic a été saluée comme « un message fort lancé à tous les terroristes » par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Elle sera cependant difficile à mettre en oeuvre, deux des trois suspects de l’attentat dans ce quartier juif du centre de Paris se trouvant au Proche-Orient.

Le 9 août 1982 à la mi-journée, une grenade avait été jetée dans le restaurant de Jo Goldenberg, explosant au milieu d’une cinquantaine de clients. Deux tueurs étaient ensuite entrés, ouvrant le feu.

Composé de trois à cinq hommes armés, selon une source proche du dossier, le commando avait ensuite remonté la rue, vidant en direction des passants les chargeurs de leurs pistolets-mitrailleurs « WZ-63 », de fabrication polonaise.

Bilan de cette attaque qui aura duré trois minutes: six morts et 22 blessés. Une opération attribuée à un groupe palestinien dissident de l’OLP, le Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d' »Abou Nidal », décédé en 2002 dans des circonstances mystérieuses.

Dans cette enquête très ancienne, ce sont des témoignages anonymes qui ont permis l’identification des trois suspects d’origine palestinienne, des anciens du groupe d’Abou Nidal, après un travail de longue haleine d’un enquêteur de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a indiqué mercredi à l’AFP une source judiciaire, confirmant une information de RTL et Paris Match.

Deux des trois hommes sont soupçonnés d’avoir fait partie du commando, a précisé la source. Il s’agit de Mahmoud Khader Abed Adra alias « Hicham Harb », 59 ans, qui vit aujourd’hui à Ramallah, en Cisjordanie, et de Walid Abdulrahman Abou Zayed, alias « Souhail Othman », 56 ans, qui vit en Norvège.

Le troisième est Souhair Mouhamad Hassan Khalid al-Abassi, alias « Amjar Atta », 62 ans. Cet homme installé en Jordanie est soupçonné d’avoir supervisé l’attaque. Il était le numéro 3 du « comité des opérations spéciales » du Fatah-CR, un comité dirigé par « Abou Nizar », le bras droit d' »Abou Nidal ».

– « On fera tout pour les arrêter » –

Le 20 février, le juge antiterroriste Marc Trévidic, qui avait récupéré cette enquête instruite auparavant par Jean-Louis Bruguière, a délivré trois mandats d’arrêt à diffusion internationale contre ces hommes.

« Il s’agit d’un message extrêmement fort lancé à tous les terroristes, à tous ces assassins, qui montre que plus de trente ans après, on fera tout pour les arrêter, on fera tout pour les juger », a déclaré à l’AFP Me Alain Jakubowicz, président de la Licra, partie civile dans le dossier.

« On dit aux victimes qu’on ne les a pas oubliées et qu’on fera tout pour que justice soit rendue », a-t-il ajouté, en précisant que le juge réunirait lundi les parties civiles dans cette affaire.

« La question de l’exécution de ces mandats d’arrêt est très délicate », a cependant relevé l’avocat.

Une analyse partagée par le député UMP Alain Marsaud, qui était magistrat au parquet de Paris au moment de l’attaque.

« Il sera malheureusement difficile de rendre justice aux pauvres victimes de la rue des Rosiers assassinées par des membres du groupe Abu Nidal, sur commandite d’Hafez el-Assad », a-t-il dit dans un communiqué.

L’enquête avait longtemps piétiné sans connaître d’avancée notable, hormis la découverte d’une des armes de l’attentat dans un bosquet du bois de Boulogne, à Paris.

En 1982, la France résonnait déjà des soubresauts du conflit au Proche-orient, des luttes opposant Israéliens contre arabes, ou arabes contre arabes. Deux ans plus tôt, quatre personnes avaient trouvé la mort dans un attentat devant une synagogue rue Copernic. L’auteur présumé de cet attentat, le Libano-Canadien Hassan Diab, a finalement été mis en examen et écroué en novembre.

Voir enfin:

Pourquoi Obama et Netanyahu se détestent
L’inimitié entre les deux dirigeants sur l’accord iranien atteint un sommet, mais le discours de Netanyahu à Washington n’est qu’un épisode de plus d’une relation haineuse plus longue et plus profonde qui ne s’arrêtera pas une fois la crise résolue
Haviv Rettig Gur

The Times of Israel

4 mars 2015

En novembre 2009, la chancellière allemande Angela Merkel a invité le président américain Barack Obama, toujours dans sa première année de fonction, à assister au 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

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La commémoration annuelle rappelle aux Européens la défaite finale des excès idéologiques sanglants du 20e siècle, le dépassement d’une terrible histoire, plus que tout autre chose grâce à la puissance et à l’idéalisme américain. Il est difficile de penser à une histoire plus pro-américaine que celle expérimentée et dont se souviennent autant de millions d’Européens ce jour-là.

Les dirigeants de l’Europe étaient tous présents, du Premier ministre britannique aux présidents de la France et de la Russie. Pourtant, Obama était absent.

Le président était occupé, selon la Maison Blanche, citant « des engagements pour un voyage à venir en Asie ». Les Européens ont été choqués. « Barack est trop occupé », pouvait-on lire sur la Une acerbe du quotidien allemand Der Spiegel.

L’événement ne se confrontait pas avec son emploi du temps, mais plutôt avec ses sensibilités en terme de politique étrangère. Obama avait voyagé à Copenhague un mois avant l’événement pour faire du lobby auprès du Comité Olympique International afin d’accorder les jeux d’été de 2016 à sa ville natale de Chicago, et devait ensuite retourner en Europe un mois après la commémoration pour accepter son Prix Nobel de la paix à Oslo.

Son itinéraire de voyage en tant que président signifiait quelque chose de sa vision du monde et de l’Amérique. La commémoration du sauvetage par l’Amérique de l’Europe n’avait pas une très haute place dans cette vision.

Il était tout aussi significatif que le premier voyage d’Obama au Moyen Orient, en avril 2009, ait été la Turquie. « La démocratie turque est votre propre réussite. Aucune puissance étrangère ne vous y a forcé », avait-t-il déclaré au Parlement turc dans une critique évidente de son prédécesseur à la Maison Blanche.

Sa propre expérience de vie, a-t-il dit aux législateurs, a joué dans sa décision d’aller à Istanbul. « Les Etats-Unis ont été enrichis par des Américains musulmans, a-t-il déclaré. Beaucoup d’autres Américains ont des musulmans dans leur famille ou ont vécu dans un pays à majorité musulmane. Je le sais bien puisque je suis l’un d’entre eux. »

Son deuxième voyage au Moyen Orient l’a conduit au Caire, le 4 juin 2009, où il a donné son célèbre discours aux musulmans du monde, un discours qui reconnaissait que l’Amérique avait trop souvent été une partie du problème dans le monde musulman plutôt qu’un élément de la solution.

Voyage après voyage, quelque chose d’important sur les priorités et les sensibilités d’Obama devenait clair. Et pour les Israéliens, tout comme les Allemands avant eux, il était difficile de ne pas noter que les itinéraires de voyage d’Obama, et avec eux ses priorités politiques, semblaient les ignorer.

Chicago

Lors d’une récente réunion du Conseil des Relations Etrangères avec Israël, l’ancien éminent directeur général du ministère des Affaires étrangères, le Professeur Shlomo Avireni, a qualifié la politique étrangère d’Obama de « provinciale ». C’était un choix étrange de mot pour décrire les politiques d’un président avec une apparence aussi cosmopolite et autant d’envie de s’impliquer dans le monde.

Avineri touchait pourtant quelque chose du doigt.

Les remarquables mémoires d’Obama, les « Rêves de mon père », comportent un récit puissant sur ses expériences en tant que jeune travailleur social perspicace et enthousiaste dans le Sud de Chicago qui lui ont inculqué la sensibilité qui allait ensuite définir sa présidence.

Dans ce récit autobiographique, il décrit sa réaction en entendant les enfants d’un quartier pauvre de Chicago divisés en « bons garçons et mauvais garçons, la distinction n’avait pas de sens dans ma tête ». Si un enfant en particulier « finissait dans un gang ou en prison, cela démontrerait-il quelque chose de son essence, un gêne imprévisible… ou simplement les conséquences d’un environnement difficile ? »

« Dans chaque société, les jeunes hommes vont avoir des tendances violentes », lui avait déclaré à la fin des années 1980 un éducateur dans un lycée avec des élèves majoritairement noirs de Chicago. « Soit ces tendances sont dirigées et canalisées vers des objectifs créatifs soit ces tendances détruisent les jeunes hommes, ou la société, ou les deux ».

Le livre est rempli de telles méditations qui font écho à travers la rhétorique d’Obama comme président.

Dans son dernier discours à l’Assemblée générale des Nations unies, il a affirmé que « si les jeunes vivaient dans un endroit où le seul choix se situe entre la dictature d’un Etat et l’attrait d’un extrémisme souterrain, aucune stratégie contre-terroriste ne pouvait fonctionner ».

Pour Obama, le terrorisme est, à la racine, un produit de la désintégration sociale. La guerre est peut-être nécessaire pour contenir l’avancée de l’Etat islamique, mais seulement une réforme sociale peut vraiment s’en débarrasser.

Ajoutez à cette vision le vécu d’un parfait ‘outsider’, moitié blanc et moitié noir avec une enfance et une famille dispersée autour du monde, et on commence à voir le profil d’un homme avec une empathie automatique pour les marginaux et un sens presque instinctif que les plus importants problèmes du monde sont enracinés, non pas dans l’idéologie, mais dans des structures sociales et économiques oppressives qui renforcent la marginalisation.

Cette sensibilité est plus large que n’importe quelle orthodoxie économique, et elle est enracinée dans la dure expérience du Sud de Chicago.

Après avoir pris la tête de la plus importante superpuissance du monde en janvier 2009, ce travailleur social s’est mis à construire une politique étrangère qui traduisait ses impressions en actions géopolitiques.

« Lui et ses conseillers sentaient qu’il était impératif non seulement d’introduire un récit post-Bush mais aussi une compréhension post-11 septembre de ce qu’il fallait faire dans le monde », a noté James Traub dans un article récent de Foreign Policy.

« Ils considéraient que les grandes questions devant les Etats-Unis n’étaient pas des questions traditionnelles d’Etat à Etat, mais de nouvelles problématiques qui cherchaient à promouvoir des biens internationaux et demandaient une coopération globale, le changement climatique, l’approvisionnement en énergie, les Etats faibles et en effondrement, la non-prolifération nucléaire. C’était précisément sur de telles questions que l’on avait besoin de rassembler le soutien des citoyens et des dirigeants. »

Le monde était un énorme Chicago, ses problèmes essentiels pas totalement différents de ceux des Noirs du Sud de Chicago, et les solutions à ces problèmes étaient enracinées dans la même capacité humaine à surpasser les divisions sociales et les inégalités.

Voilà en quoi consistait le « provincialisme » d’Obama, sa vision d’un monde qui favorisait les désavantagés et les opprimés, qui percevait les conflits idéologiques et politiques entre les gouvernements comme secondaires par rapport à des crises plus universelles et en fin de compte sociales qui troublaient un monde déjà tumultueux.

Jérusalem

C’était cette vision humanitaire expansive qui a conduit Obama à faire sa première erreur stratégique majeure au sujet d’Israël. C’était, en effet, en Israël que son récit des affaires du monde s’opposait directement aux réalités impitoyables de la géopolitique.

Dans son discours du Caire, tout en promettant de défendre Israël et de garantir l’alliance de l’Amérique avec l’Etat juif, Obama a aussi dit au monde musulman que les implantations d’Israël étaient illégitimes et suggérait que la prétention juive envers Israël était enracinée dans la dévastation de l’Holocauste plutôt que dans l’attachement juif millénaire à la terre.

Cette insulte à la légitimité du régime politique juif en Israël, à la fois dans la rhétorique et dans l’itinéraire de voyage, était totalement inattendue. Cela a eu lieu juste quelques mois avant qu’il n’insulte involontairement les Allemands pour la commémoration de la chute du mur de Berlin.

Dans les deux cas, il y avait une même raison : un Israël prospère et puissant, comme l’Europe, ne faisait pas partie du monde qu’Obama essayait de sauver. En raison de son succès, Israël n’était pas pertinent dans sa vision de la politique étrangère.

Avec une exception : l’injustice sociale, économique et politique imposée par Israël contre les Palestiniens sans défense.

Le conflit israélo-palestinien semblait avoir beaucoup en commun avec les maladies sociales américaines qu’il avait combattues toute sa vie d’adulte : un conflit entre deux communautés divisées, renforcé par l’intolérance, des récits mutuellement exclusifs de victimisation et d’absence d’empathie et d’espoir.

L’engagement énergique et premier d’Obama pour la paix israélo-palestinienne n’était pas enraciné dans les calculs stratégiques habituels qui conduisent une politique étrangère, mais cela correspondait très bien à la nouvelle sensibilité qui définissait maintenant sa présidence.

Mais la géopolitique n’est pas du travail social. Et ce qui est vrai à Chicago ne l’est peut-être pas à Jérusalem. La première tentative majeure d’Obama dans le conflit – obtenir un gel de 10 mois de la construction d’implantations en dehors de Jérusalem – a donné le ton pour les cinq prochaines années d’efforts.

La Maison Blanche d’Obama était désorientée et frustrée quand il est apparu clairement que la mesure sans précédent de « construction de la confiance » de Netanyahu avait en réalité éloigné les Palestiniens de la table des négociations.

Le conflit israélo-palestinien n’est pas un combat contre l’injustice sociale ou économique, mais entre des identités nationales. Même s’il veut un accord de paix avec Israël, comme Obama le croit sincèrement, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas doit manœuvrer dans les limites du récit national palestinien qui rejette la cause nationale juive comme étant irrémédiablement illégitime. Abbas ne peut tout simplement pas faire de compromis, il doit être perçu comme un vainqueur.
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Alors, le fait que la Maison Blanche ait demandé et obtenu un gel sans précédent des implantations d’Israël ne prouvait pas aux Palestiniens qu’Israël était prêt au compromis, mais plutôt que leurs propres dirigeants demandaient moins de l’occupant détesté que la Maison Blanche ouvertement pro-Israélienne.

La Maison Blanche, un bastion de sionistes de son propre aveu, avait sans effort obtenu une concession qu’aucun dirigeant palestinien n’avait même jamais demandée.

Dans son tout premier effort de renforcer la confiance entre les parties, la Maison Blanche d’Obama a désastreusement réduit la marge de manœuvre politique intérieure des dirigeants palestiniens.

Cette erreur initiale a établi la dynamique qui a contrecarré les efforts les plus concertés de l’Amérique pour relancer les négociations. Chaque fois que la pression américaine sur Israël augmentait, la pression intérieure sur les dirigeants palestiniens pour élever leurs exigences et conditions préalables augmentait rapidement aussi.

L’organisation sociale ne lutte pas contre ces couches idéologiques et identitaires, avec la logique impitoyable des conflits ethniques, et les Israéliens n’ont pas tardé à croire qu’Obama ne pouvait les voir.

Après 2010, Obama est resté un personnage bien vu dans la culture populaire israélienne, mais selon les sondages, il a perdu un élément plus important que sa popularité : il était considéré comme dangereusement naïf.

Les Israéliens ont confiance en ses intentions, mais pas en son jugement.

La politique étrangère d’Obama s’est développée au cours des six années de sa présidence.

Son optimisme initial a été tempéré par la réalité en Ukraine, en Syrie et dans d’autres pays en crise. Les décideurs américains peinent encore à trouver des façons de traduire la vision qui définit sa présidence en action géopolitique intelligente.

Bruyamment applaudi partout où il allait, Obama a passé ces premières années tranquillement et a brûlé accidentellement les ponts avec certains des plus proches alliés de l’Amérique.

Six ans plus tard, le lustre est parti. Le zèle optimiste pour un engagement mondial s’est fondu dans une poignée de principes minimalistes : tuer tous les terroristes qui menacent les Américains, éviter les guerres coûteuses, rester près des alliés stables.

Washington

La Maison Blanche d’Obama déteste Benjamin Netanyahu. C’est une animosité que les observateurs de longue date des relations américano-israéliennes soulignent souvent, mais tentent rarement d’expliquer.

L’aversion du président Obama pour Netanyahu est intense, et le sentiment filtre parfois dans les rangs des conseillers et des hauts fonctionnaires des deux bords.

Il y a peu de doute que cette hostilité soit devenue personnelle – un dirigeant juif américain a affirmé que c’est le président Obama lui-même qui a donné l’interview à The Atlantic, dans laquelle un responsable anonyme s’est moqué de Netanyahu en le qualifiant de « chickenshit » [poule mouillée] – mais ses origines sont plus profondes qu’une antipathie personnelle.

La rhétorique de Netanyahu au cours des six dernières années est dominée par des platitudes sempiternelles sur l’histoire juive et les droits des Juifs.

Même quand il offre un rameau d’olivier rhétorique, comme dans son célèbre discours en 2009 à l’université Bar-Ilan, il refuse d’adopter un langage qui accepte comme une question de principe la légitimité de visions concurrentes.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prie au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le 28 février 2015 (Crédit : AFP/Pool/Marc Sellem)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prie au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le 28 février 2015 (Crédit : AFP/Pool/Marc Sellem)

Les heures avant son décollage pour son voyage controversé cette semaine à Washington, Netanyahu a pris le temps de prier au mur Occidental à Jérusalem et de faire un pèlerinage sur la tombe de son père, expert en histoire juive et en persécution, dont l’intérêt pour la souffrance juive à travers les âges a beaucoup influencé la vision du monde de Netanyahu.

Pour Obama, Netanyahu est Rafiq al Shabazz, un ancien membre d’un gang qui s’est converti à l’islam et est devenu militant de la communauté noire du sud de Chicago dans les années 1980.

Dans « Les Rêves de mon père« , Obama rappelle comment Shabazz expliquait les problèmes communautaires : « Les gens de l’extérieur de notre communauté font de l’argent sur notre dos et sont irrespectueux envers nos frères et sœurs. Fondamentalement, ce que vous avez ici sont des Coréens et des Arabes dirigeant les magasins, des Juifs possédant encore la plupart des bâtiments. Maintenant, dans le court terme, nous sommes ici pour faire en sorte que les intérêts des personnes noires soient entendus, vous comprenez. Quand nous entendons que l’un des Coréens maltraite un client, nous sommes sur l’affaire. Nous insistons pour qu’ils nous respectent et apportent une contribution à la communauté. »

Shabazz considérait les intérêts noirs dans des termes étroitement sectoriels, ne comprenant pas ce qu’Obama savait : dans une économie interconnectée, que ce soit à Chicago ou dans le monde, la prospérité future et la vitalité sociale des Noirs, des Coréens, des Arabes et des Juifs est inextricablement liée.

Lorsque Netanyahu insiste pour parler de l’histoire juive à l’Assemblée générale de l’ONU, tout en refusant d’aborder la dépossession palestinienne, quand il rejette d’emblée et à plusieurs reprises l’idée qu’une éventuelle réadaptation de l’Iran pourrait être plus souhaitable qu’une confrontation permanente, Obama entend des échos de ces militants de Chicago dont le chauvinisme a fait plus de mal que de bien à leurs communautés.

Les horizons sectaires de Netanyahu, son pessimisme profond sur les Palestiniens et la région, la politique pure et dure qui reflète le scepticisme de ses électeurs – pour Obama, ces attributs incarnent tous les maux du monde.

L’ « adversaire mortel » de l’Amérique et du monde, a dit Obama, n’est pas un ennemi géopolitique, mais la perte de l’espoir, le triomphe de l’apathie et le broyage des structures sociales (et, par extension, géopolitiques) qui inhibent les opportunités et soutiennent les inégalités.

Netanyahu, un allié trop proche et trop bruyant pour être ignoré, s’irrite contre la vision du monde d’Obama et fustige constamment la consciente largesse d’esprit qu’est devenue l’identité politique d’Obama.

Selon Netanyahu, à moins que le mouvement national palestinien n’accepte qu’il y a une certaine légitimité à la création d’une patrie juive en Israël, les dirigeants palestiniens demeureront gelés sur place et incapables de compromis pour la paix.

Pendant ce temps, les concessions israéliennes à une direction palestinienne qui continue de rejeter la légitimité même d’Israël ne feront que renforcer cette impulsion de rejet en soutenant l’illusion que la victoire finale contre l’existence d’Israël est possible.

Pour Netanyahou, toute la stratégie américaine qui commence par des concessions israéliennes, au lieu de chercher un changement dans la vision de base de l’autre côté, met la charrue avant les bœufs – et garantit un échec continu.

Sur l’Iran, l’évaluation de Netanyahu des capacités stratégiques d’Obama est tout aussi peu flatteuse. En abandonnant les sanctions sur lesquelles les États-Unis avaient toutes les cartes et autour desquelles le monde était uni en opposition aux ambitions nucléaires iraniennes, Obama a concédé beaucoup et obtenu très peu.

On ne peut faire confiance à un pays de la taille de l’Europe occidentale avec un dossier d’installations entières et qui ment à répétition aux inspecteurs de l’AIEA et au Conseil de sécurité des Nations unies.

Un monde qui ne pouvait guère tolérer la perspective d’une guerre serait devenu intolérant, même vis-à-vis d’une restauration des sanctions. Le barrage avait été violé, et personne ne pouvait garantir qu’il pourrait être rétabli si l’Iran violait l’accord.

L’argument favori de la Maison Blanche pour défendre l’accord – que le choix devant les puissances occidentales était de conclure un accord ou d’aller à la guerre – prouve pour Netanyahu l’incompétence qu’il a constatée dans la stratégie de la Maison Blanche. L’argument équivalait à déclarer aux Iraniens que les Etats-Unis ont besoin d’un accord beaucoup plus qu’eux.

Obama a été le premier à se rendre dans la capitale de l’autre et à le rabrouer devant son propre peuple.

Quand Obama est finalement arrivé en Israël en tant que président, en mars 2013, il a ostensiblement refusé une invitation à s’adresser devant le Parlement israélien et a donné à la place une discours public à de jeunes Israéliens au Centre international de conférences de Jérusalem.
Le président américain Barack Obama et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas saluent la foule lors de la visite d’Obama à Ramallah, le 31 mars 2013 (Credit : Issam Rimawi/Flash90)

Le président américain Barack Obama et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas saluent la foule lors de la visite d’Obama à Ramallah, le 31 mars 2013 (Credit : Issam Rimawi/Flash90)

C’était un discours « pour le peuple d’Israël », pas son leadership, a dit la Maison Blanche – un peu comme le discours du Caire a été adressé aux musulmans et non aux gouvernements. « Je peux vous promettre ceci », a déclaré Obama aux Israéliens à propos de leur Premier ministre, « les dirigeants politiques ne pourront jamais prendre des risques si le peuple ne les pousse pas à prendre des risques ».

Netanyahu a considéré la Maison Blanche d’Obama comme un échec ; aveuglée par sa pompeuse auto-assurance, on ne peut lui faire confiance pour gérer avec compétence la sécurité mondiale.

Obama a vu Netanyahu comme un obstacle, un partisan hypocrite dont la politique étroite obstrue la route de progrès significatifs sur tous les sujets où il est impliqué.

Pour les deux hommes, l’écart est plus profond que la fracture démocrates-républicains, plus profond que la question palestinienne, plus profond encore que la bataille sur l’Iran.

Obama a cherché à introduire une nouvelle conscience dans les affaires mondiales, une conscience qui a défini son identité politique. Netanyahu défend les anciennes méthodes – dont dépendent, selon lui, la sécurité nationale.


Exodus: A trop ménager la chèvre et le chou, Hollywood finit par perdre l’essentiel (While the jihadist beheading and ramming rages on, Ridley Scott goes for the fake science and misses the real theology)

25 décembre, 2014
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https://scontent-a-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpa1/v/t1.0-9/10390891_10152540658871339_6195176451240323638_n.jpg?oh=367655a35bda136d6a78dbb80d802ebb&oe=5534E99FIl faut noter qu’en France la majorité des déséquilibrés – c’est logiquement mathématique – est composée de chrétiens. On signalera aussi qu’il y a des déséquilibrés juifs, même peut-être beaucoup car ces gens-là se tourmentent depuis 2000 ans… Cependant, il n’a pas été porté à notre connaissance que des déséquilibrés chrétiens soient allés renverser des piétons ou attaquer à l’arme blanche des policiers en criant « gloire au Christ-Roi ». On ne nous a pas fait savoir non plus que des déséquilibrés juifs se soient rendus dans une banlieue « sensible » dans le but de tuer et de blesser en hurlant « l’an prochain à Jérusalem ! ». C’est pourquoi il me semble que le cas de Dijon, et peut-être celui de Joué-lès-Tours (si les espoirs de France Info se confirment), doivent être immédiatement retirés des mains de M. Cazeneuve pour être confié à celles, plus adéquates, de Marisol Touraine. Il s’agit bien là d’une nouvelle pathologie, inconnue jusqu’à maintenant et que la France peut être fière de breveter. Une discipline parfaitement reconnue de la psychiatrie porte le nom d’ethnopsychiatrie. Elle postule, avec bon sens, que les manifestations psychotiques d’un guerrier Masai ne sont pas tout à fait identiques à celles d’un berger corse. Que la paranoïa d’un chercheur d’or d’Amazonie peut revêtir d’autres formes que les crises d’un chasseur de phoques eskimo. Que les névroses d’un habitué des pagodes bouddhistes font appel à d’autres références inconscientes que celles d’un catholique confit en dévotion. On pourrait imaginer que – déséquilibré pour déséquilibré – lire le Coran n’appelle pas tout à fait les mêmes réactions que la lecture de l’Ancien et du Nouveau Testament. En conséquence de quoi on ne voit pas pourquoi on s’arrêterait aux cas de Dijon et peut-être de Joué-lès-Tours (toujours selon France Info que je me plais à citer pour le plaisir). En effet, croit-on que les milliers de ressortissants européens qui partent égorger en Irak et en Syrie soient très équilibrés ? Que des centaines de milliers d’autres, qui eux aussi, hurlent « Allah akbar » réclamant des fatwas contre les infidèles soient parfaitement sains d’esprit ? Benoît Raysky
Compare the collective response after each harrowing high-school shooting in America. Intellectuals and public figures look for the root cause of the violence and ask: Why? Yet when I ask why after every terrorist attack, the disapproval I get from my non-Muslim peers is visceral: The majority of Muslims are not violent, they insist, the jihadists are a minority who don’t represent Islam, and I am fear-mongering by even wondering aloud. This is delusional thinking. Even as the world witnesses the barbarity of beheadings, habitual stoning and severe subjugation of women and minorities in the Muslim world, politicians and academics lecture that Islam is a “religion of peace.” Meanwhile, Saudi Arabia routinely beheads women for sorcery and witchcraft. In the U.S., we Muslims are handled like exotic flowers that will crumble if our faith is criticized—even if we do it ourselves. Meanwhile, Republicans and Democrats alike would apparently prefer to drop bombs in Syria, Iraq, Afghanistan and beyond, because killing Muslims is somehow less offensive than criticizing their religion? Unfortunately, you can’t kill an idea with a bomb, and so Islamism will continue to propagate. Muslims must tolerate civilized public debate of the texts and scripture that inform Islamism. To demand any less of us is to engage in the soft bigotry of low expectations. Aly Salem
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
More and more geoscientists are willing to combine their work with such stories these days, in a budding discipline called geomythology. Volcanologist Floyd McCoy of the University of Hawaii, Manoa, says discussing myth has traditionally been “a good way to sink your own credibility”; it can put you on the list with flaky Atlantologists and other amateur zealots. But, says McCoy, “I’d be a fool to write it all off. There is a new realization that some myths have something to say.” Myths can sometimes alert researchers to previously unheeded geohazards; in other cases, where science has demonstrated the danger, legends “enrich the record” and reinforce the fact that people lie in harm’s way, says paleoseismologist Brian Atwater of the U.S. Geological Survey (USGS) in Seattle, who has spearheaded many studies of seismic events in the Pacific Northwest. The trick is teasing out which myths carry kernels of truth that can be connected to hard data. The movement traces in part to the 1980s, when scientists realized that the slow march of geologic time is sometimes punctuated by biblical-scale catastrophes, such as the giant meteorite that wiped out dinosaurs 65 million years ago. After this was accepted, some (usually those with tenure) felt freer to wonder if near-universal myths of great floods and fires implied that such disasters also have punctuated human time. (…) Paleoseismologists have a modern explanation: Quaking along the offshore subduction zone has produced at least a dozen huge tsunamis at intervals of 200 to 1000 years, as shown by shore deposits including inland sand sheets and mud that buried native camps. The most recent wave is dated through tree rings and other evidence to January 1700; scientists agree the next can come any time. The utility of myth became clear in the Indian Ocean tsunami of 2004. While up to 300,000 people are thought to have died, the indigenous seafaring Moken people of Thailand almost all survived. Their traditions warn that when the tide recedes far and fast—as happens before tsunamis—a man-eating wave is coming, and everyone should run. They did. Patrick Nunn, a geoscientist at the University of the South Pacific in Suva, Fiji, believes such stories can be harnessed to find other hidden geohazards. He currently has a grant from the French government to collect tales that might pinpoint islands where scientists should look for warnings of earthquakes, volcanoes, or catastrophic landslides not included in written records. These include common motifs in which deities “fish up” islands from the water and sometimes throw them back. Nunn thinks such tales may encode sudden uplifts, subsidences, or flank collapses of islands, and he has already confirmed that sinking islands are not just myths. (…) Myth has also figured in work at Nyos, a crater lake in Cameroon that exploded and killed 1700 people in 1986. The disaster was at first a mystery, with no signs of volcanic eruption. Scientists finally figured out that carbon dioxide bubbling from deep rocks had slowly built up in the water, then burst out and suffocated all living things nearby—a phenomenon never observed by scientists. It could have been dismissed as a one-time fluke except for the fact that the region is full of stories about haunted lakes that rise, sink, or blow up. Anthropologist Eugenia Shanklin of The College of New Jersey in Trenton, who collected the stories, says many local people have taboos against living near lakes and instead dwell on high ground. Scientists now know that gas buildup affects at least one other lake in the region, Lake Monoun, as well as giant Lake Kivu in east Africa, which has 2 million people living on its shores. The myths “helped tell us it happened before, and it will happen again,” says geochemist William Evans of USGS in Menlo Park, California, who is working to remove gas now rebuilding in Nyos and Monoun. Next year, the Geological Society of London will publish Geology and Myth, a collection of papers by Shanklin, Nunn, and others. Co-editor Luigi Piccardi, a structural geologist at the National Research Council of Italy, says he hopes it will lead colleagues to take the field more seriously. Among other work, Piccardi has studied a cataclysmic 493 C.E. appearance at southern Italy’s Monte Sant’Angelo by the Archangel Michael, said to have left his footprint in the rocks—code, Piccardi says, for a big, previously unauthenticated earthquake. In the late 1990s, Piccardi found ample physical evidence for the event, including a dramatic fault scarp in the floor of the popular shrine to the apparition, long hidden until it was uncovered in archaeological excavations—the apparent “footprint.” In 2001, the National Institute of Geophysics and Volcanology in Rome upgraded the area to seismic high risk. This may also be an example of how geomyths are periodically reinvented in places where disasters reoccur: The shrine was previously an oracle and supposed entry to the underworld dedicated to the Greek seer Kalchas, who is mentioned in The Iliad. Piccardi’s description of the shrine is in press at Tectonophysics. Piccardi is currently studying the possibility that many ancient sites of worship and miracles are over active faults, on the theory that past rumblings and cracking have been transmuted into visits by monsters and gods. One such example is the oracle at Delphi, Greece. Here, priestesses were said to enter prophetic trances by inhaling the breath of the god Apollo from a magical chasm; people came from around the ancient world to hear their words. While the oracle was indisputably real, classical scholars wrote off the chasm as an invention—until geologist Jelle de Boer of Wesleyan University in Middletown, Connecticut, and archaeologist John Hale of the University of Louisville in Kentucky published a series of papers on the oracle over the past few years. De Boer and Hale showed that the ruins of Delphi lie over the juncture of two faults that conduct up psychoactive hydrocarbon gases through a spring, exactly as described in ancient accounts. (Why some prophecies were uncannily accurate is another question.) This summer, de Boer and Hale visited the partially excavated ruins of the oracles of Apollo at Klaros and Didyma in southwest Turkey and detected hydrocarbon gases there too. The process of translating myth into geology, or vice versa, can be murky, but Elizabeth Barber, a professor of linguistics and archaeology at Occidental College in Los Angeles, California, believes it can be done scientifically. In the recent book When They Severed Earth From Sky: How the Human Mind Shapes Myth, she argues that transmutations of reality into myth take predictable courses, with natural forces often turned into supernatural beings (Science,27 May, p. 1261). Some examples seem straightforward. A story from the Klamath people of Oregon about a battle between the chiefs of Above World and Below World is faithful in every geologic detail to the volcanic explosion of Mount Mazama and the formation of Crater Lake in its place, from the rain of burning ash and rock to many years of rainfall afterward that eventually filled in the crater—a process that started 7000 years ago. Other legends are more confusing. These include a hypothesis that the pillars of cloud and fire that guided the Hebrews from Egypt came from the 1625 B.C.E. volcanic eruption of Thera in the Mediterranean. Here, mismatches between dates of the events and problems with the Hebrews’route lead Barber to think the account is conflated from several real but distinct events. “The question is how often and in what cases you can take it back literally,” she said. Other researchers’ hypotheses about events as widely varied as the destruction of Sodom and Gomorrah and the death of King Arthur (said by some to relate to a catastrophic comet impact) suffer similar problems of time and space. Efforts to connect myths with comet or meteorite impacts have met with skepticism. Repeated, undetected big impacts in human time “contradict everything we know about the rate of impacts on Earth, and the inventory of what’s out there now, and their dynamics,” says David Morrison of NASA’s Ames Research Center in Mountain View, California, head of the global Near Earth Object Working Group, which tracks celestial objects that might endanger Earth. The pendulum may have swung too far in favor of accepting myths, says social anthropologist Benny Peiser of Liverpool John Moores University in the U.K., who runs the Cambridge Conference Network, an Internet clearinghouse for catastrophist theories. Now that more people are willing to listen, he says, too many scientists are invoking myth “left, right, and center to explain everything.” In a paper at a late-October workshop on natural catastrophes in the ancient Mediterranean, he asserts that no major myths have yet met scientific standards, although he does credit some regional ones, such as the Pacific Northwest earthquakes. Kevin Krajick
From the Egyptian standpoint the departure of the Hebrews from Egypt was actually a justifiable expulsion. The main sources are the writings of Manetho and Apion, which are summarized and refuted in Josephus’s work Against Apion . . . Manetho was an Egyptian priest in Heliopolis. Apion was an Egyptian who wrote in Greek and played a prominent role in Egyptian cultural and political life. His account of the Exodus was used in an attack on the claims and rights of Alexandrian Jews . . . [T]he Hellenistic-Egyptian version of the Exodus may be summarized as follows: The Egyptians faced a major crisis precipitated by a group of people suffering from various diseases. For fear the disease would spread or something worse would happen, this motley lot was assembled and expelled from the country. Under the leadership of a certain Moses, these people were dispatched; they constituted themselves then as a religious and national unity. They finally settled in Jerusalem and became the ancestors of the Jews. James G. Williams
What in the world is going on with Exodus: Gods and Kings? It’s as if Scott couldn’t choose between two titles—one for the biblically attuned, another for everyone else—so he just crammed them together with a colon as buffer. Christopher Orr
Écrit par les juifs en exil à Babylone (597-537 avant J.-C.), l’Exode est une longue méditation sur un peuple sans roi et avec un Dieu, qui affronte un peuple avec des Rois considérés comme des dieux. C’est aussi une réflexion sur la place du roi et de la loi, face à l’arbitraire et à la dictature. De cela, l’auteur ne s’embarrasse malheureusement guère. Même si on peut lui savoir gré d’une certaine sobriété dans la représentation du divin. C’est à travers la bouche d’un enfant, un enfant têtu, parfois colérique, que Dieu parle à Moïse, et l’idée fonctionne bien. Mais Moïse, interprété par Christian Bale, manque d’épaisseur, et au fond, d’humanité. On ne ressent guère le déchirement d’un homme entre deux peuples, hébreu par sa naissance, égyptien par son éducation. Les quelques scènes domestiques avec sa femme Tsipporah sont convenues, et, au-delà des deux héros (Pharaon est joué par Joel Edgerton), aucune place n’est laissée aux seconds rôles, Aaron comme la mère et la sœur de Moïse sont tout juste évoqués. Le combat fratricide qui oppose Moïse au pharaon (Ramsès II, traditionnellement considéré comme le pharaon de Moïse, même s’il n’en existe aucune preuve) donne les meilleures scènes du film. Les dix plaies qui s’abattent sur l’Égypte, l’entêtement du pharaon, la cruauté du Dieu des Hébreux qui se venge sur les enfants égyptiens premiers-nés sont, finalement, assez fidèles au genre des pages bibliques. Cela se gâte pour le passage de la mer Rouge, noyé par une sorte de tsunami improbable et ennuyeux. Et la traversée du désert est bâclée en quelques images, alors que c’est bien là que se joue la constitution du peuple Juif. Au fond, c’est l’Égypte qui intéresse Ridley Scott, et non le peuple hébreu. Il reste de belles images d’un film très familial, qui peut au moins permettre d’éveiller l’intérêt des plus jeunes sur l’un des textes fondateurs de la civilisation judéo-chrétienne. La Croix
The maledictions in the curse-lists of Leviticus and Deuteronomy have been shown to be part of a stock of traditional curses employed during the biblical period in the geographical area extending from Israel to ancient Mesopotamia. Not only are they attested in the Torah (the Five Books of Moses), but also in the prophets; they also appear in the “curse” sections of contemporaneous ancient Near Eastern treaties.These “curses” reflect the kinds of things that could, and probably did, happen in this geographical area as a result of natural or humanly-imposed calamities. (…) perhaps a series of natural disasters occurred in Egypt in a relatively short period of time. Egyptian religion would have had to explain it. A link between these disasters and various Egyptian deities (expressing their displeasure) formed. No matter how Egyptians interpreted these disasters, Israelites could have accepted the notion that they were divinely caused but would have viewed them as contests between their patron and the gods of Egypt, the result of which were judgments against the gods of Egypt and their earthly representatives.Trace of this stage in the development of the tradition can be found in the Biblical narrative. During this, the interpretative stage, the plagues were theologized, providing cosmic meaning to the natural phenomena even as they were removed from the realm of what we would call “nature.” The Plague traditions, which were maintained orally by the Israelites until some time after the establishment of the monarchy, continued to be reworked in the land of Israel. There, far from the ecological context of Egypt, some phenomena natural in Egypt would have appeared incomprehensible to them and even fantastic, inviting imaginative embellishment. The Israelite traditors, those who passed on the tradition, were no longer familiar with the Egyptian cultural milieu in which the disasters had been theoligized and made meaningful by their ancestors. These traditors, therefore, made them meaningful within their own world view by connection the plagues, which initiated the emergence of Israel as a covenant community, with the creation of the world. Ziony Zevit
Not only have the exciting Biblical elements, such as a lonely baby floating down a raging Nile, a hero with a speech impediment sent to speak to the most powerful leader in the world, a brotherly side-kick, been edited out of the movie, God has been turned into a petulant child. This is the precise opposite of the narrative, which depicts a God who has control of every element of nature, including death and Pharaoh. But movie Moses’ exasperated cry, “Who are you punishing?” misses the textual point that the Hebrews were not subjected to the majority of the plagues. I should not be surprised as it seems no one involved with this movie has ever read the Biblical account. The movie is manipulative in its anti-religious polemic. All the supernatural elements of the story (which are in the Bible to make theological points about the God of the Hebrews and thus are literarily important to the characterization of God, regardless of one’s faith position) are stripped away or given a “scientific” explanation within the dialogue. It’s amazing that the movie had time for that when it rushed through the plagues. To my count, only eight or possibly nine were depicted (though the alligator plague might be an improvement on the text). The Egyptian priestess (apparently there was only one in Memphis) and the prophet are slain for incompetence. Moses is a firm atheist until he suffers a traumatic brain injury which makes him hallucinate a boy-god. Which brings us to the petulant, malicious boy-god, who plagues the Hebrews alongside the Egyptians, ignores Moses’ pleas for mercy and binds the Hebrews to him without choice in the final plague. Ellen White

Cachez ces boucs émissaires que je ne saurai voir !

Fleuve changé en sang et ulcères, invasion de grenouilles, poux, mouches et sauterelles, grêle et ténèbres, mort des troupeaux et des premiers-nés …

En ces temps étranges, en ce dixième anniversaire du tsunami de Noël 2004, où il est moins offensant de tuer des musulmans par drones que de critiquer leur religion

Et où une crèche de Noël peut se révéler plus menaçante que la dite religion qui appelle ses fidèles à égorger nos fils et nos compagnes

Où, à la Richard Dawkins, nos contemporains n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer la Bible et le Dieu de la Bible

Et où, à l’instar de nos théologiens, scientifiques ou cinéastes, l’on s’escrime pour justifier la « cruauté d’un Dieu qui se venge sur les enfants égyptiens premiers-nés » …

Pendant des juristes égyptiens proposent de poursuvre les juifs en justice pour l’argenterie embarquée lors de l’exode …

Comment ne pas s’étonner, avec la sortie en salle de la toute dernière version hollywoodienne de l’Exode – déjà interdite, comme il se doit, au Maroc et probablement bientôt en Egypte même  …

De ce remarquable refus, en une année pourtant riche en films religieux, de notre époque de repérer dans les sociétés archaïques, comme le rappelle Girard, ce que l’on repère si facilement dans notre propre Moyen-Age ou l’Angleterre victorienne …

Qui, derrière une liste aussi incroyable et stéréotypée de malédictions et de calamités attribuées aux premiers hébreux, s’interdit de voir les mêmes fausses accusations d’empoisonnement des sources d’eau ou de crime rituel d’enfants qui justifièrent bien plus tard chez nous l’expulsion de leurs descendants médiévaux ?

Et qui, au-delà de son évidente dimension mythologique, finit par perdre toute la grandeur et la subversion d’un texte biblique …

Qui non content de se choisir, comme héros national, un métèque au nom égyptien et fils d’on ne sait pas trop qui (son maitre Ramses était au moins  fils de Ra), maqué de surcroit avec une Ethiopienne et qui n’atteindra et ne sera meme pas enterré sur la terre ancestrale …

Retourne, en une sorte de contre-histoire, lesdites accusations en actes délibérés d’une libération divine …

Jusqu’à en tirer, à la manière de ces hérétiques juifs qui un millénaire plus tard fonderont leur religion sur la plus infâme des mises à mort, … son propre récit fondateur ?

Review: ‘Exodus’ Is God-Awful

Scott Mendelson

Forbes

12/05/2014

Exodus: Gods and Kings comes to us courtesy of 20th Century Fox, which is distributing Ridley Scott’s $140 million would-be epic. The producers this time around are Chernin Entertainment, Scott Free Productions, Babieka, and Volcano Films. The film opens wide in America on December 12th, 2014, and it has already opened in some overseas markets as of December 3rd. Over the next few months, it will of course attempt to play a two-sided game. On on hand, the film will be targeting the overtly religious moviegoers that have made quite a bit of noise this year. On the other hand, 20th Century Fox wants the general moviegoers worldwide who just want a major spectacle-filled blockbuster regardless of the film’s would-be religious dogma.

Working in the film’s favor is the relatively well-known (if not “all-star” in a box office sense) cast, featuring the likes of Christian Bale, Joel Edgerton, Aaron Paul, Sigourney Weaver, Ben Kingsley, and John Turturro in roles of various sizes. Also of note is director Ridley Scott, who allows Fox to put things like “from the director of Gladiator” on the marketing materials. 20th Century Fox is one of the best studios in terms of overseas box office, so I can’t imagine anything less than a worldwide hit regardless of the film’s quality or racially-correct casting.

I’d love to tell you that the controversy over the race bending/whitewashing of the film’s cast will affect the box office in some kind of “that will teach you” kind of way, but that’s not true. Ridley Scott was mostly correct when he discussed the challenges of getting financing for a mega-budget spectacle without major (read – mostly white) movie stars. Until Hollywood puts more effort into actually crafting major movie stars outside of the mostly Anglo-Saxon variety, this is going to be an ongoing issue, even if I would argue that really only Christian Bale counts as a “movie star.” That’s of course why I was so tough on the new Star Wars film, because it by virtue of its guaranteed bank-ability has at least the potential to do things differently.

For those who aren’t Middle Earth junkies, Exodus has positioned itself as the proverbial “event film” of the Christmas season, where it will presumably get a boost after opening weekend from both Hanukkah (which starts on December 16th) and Christmas (December 25th). The big Christmas releases are mostly smaller-scale pictures, such as Into the Woods and the Oscar bait vehicles Unbroken and American Sniper. Not to spoil the review, but Exodus is not an Oscar contender. But considering Fox’s overseas mojo, it’s tough not to imagine the film becoming something of a global hit.

The Review:
Ridley Scott’s Exodus: Gods and Kings (trailer) is a terrible film. It is a badly acted and badly written melodrama that takes what should be a passionate and emotionally wrenching story and drains it of all life and all dramatic interest. It hits all the major points, like checking off boxes on a list, yet tells its tale at an arms-length reserve with paper-thin characters. It is arguably a film intended for adults, with violence that makes a mockery of its PG-13 rating, yet it has far less nuance, emotional impact, and moral shading than DreamWorks Animation’s PG-rated and seemingly kid-targeted The Prince of Egypt.

The film starts with an arbitrary mass battle scene, one which serves no purpose save for having a mass battle sequence to toss into the trailers. The primary alteration to the story is the inclusion of said gratuitous action beats. The film is relentlessly grim yet oddly unemotional, which is a tricky balance to accidentally pull off. The actors (who have all done excellent work elsewhere) are all oddly miscast, and that’s not even getting to the whole “really white actors playing Egyptians” thing. Oh right, that little issue… It’s actually worse than you’ve heard.

In retrospect, it may have been better to just make a 100% white cast similar to Noah. This film instead is filled with minorities in subservient roles, be it slaves, servants, or (implied) palace sex toys. Instead of merely having a film filled with only white actors, what the film does is implicitly impose a racially-based class system, where the white characters are prestigious and/or important while the various minorities are inherently second or third-class citizens almost by virtue of their skin color. I am sure this was unintentional, but that’s the visual picture that Exodus paints.

Now to be absolutely fair, even if Exodus was cast with 100% racial/ethnic authenticity, it would still be a pretty bad motion picture. The screenplay has our poor, miscast actors speaking in various accents and in a bizarre hybrid of “ancient times period piece” English and more modern American English, which leads to lines like “From an economic standpoint alone, what you’re asking is problematic,” which is Rameses’s (Joel Edgerton) response to Moses’s initial plea to “Let my people go!”

The key fatal flaws of Exodus is the lack of any emotional focal point and a lack of any real urgency to the proceedings. The film is so emotionally flat, really throughout the entire 150-minute run time, that it feels less like a movie than a handsomely-staged and visually-spectacular book report of the story of Moses and the Jews. The film stumbles badly in its second half as well, attempting to “deepen” the story by making Moses conflicted and offering hints that he was basically a terrorist (he explicitly states that they have to attack the civilians to nudge the government), regardless of the fact that God is basically going to do what God is going to do with or without his help.

As is arguably the case in the original text, Moses is a pretty passive protagonist. That would be less problematic with an additional character arc, like (for example) the conflict between loving brothers that powered The Prince of Egypt, but absent such a hook the film basically amounts to watching events we know all-too-well unfold onscreen with no engagement beyond visceral appreciation of the violence. Yes, the scene of chariots tumbling off a collapsing mountainside is pretty awesome, but it’s a weird thing to watch thousands of civilians die horribly and merely be impressed by the special effects.

There is one pretty terrific artistic choice. Ridley Scott cast an eleven-year old boy, Brit Isaac Andrews, to represent the all-might Lord and it’s divine. Eschewing the standard “might voice from the sky” shtick, Andrews plays God as a pissed-off, impatient, and petulant child. It’s both genuinely captivating and deliciously entertaining. It’s the kind of outside-the-box and courageous artistic gamble that exemplifies what is lacking in the rest of the picture.

I wasn’t a huge fan of Noah, but I admired that film’s go-for-broke imagination and relentless pessimism and for what was clearly as a “new” take on the old story. Nearly all of Exodus is a routine by-the-numbers retelling of an oft-told tale with little to justify itself beyond improved special effects. If I had to take a guess, I would speculate that the filmmakers were caught between two opposing goals. There was perhaps an intent to update the Exodus story not just with grander special effects and grimmer storytelling but with a certain ambivalence and reflection. But there was also the pressure to deliver a big-budget blockbuster that would appeal to mass audiences who don’t always want moral shades of grey in their spectacles as well as the devoutly religious who will walk into the film expecting to be offended on a theological level.

So the film ends up being arguably the worst of both worlds. It’s “dark and gritty,” utterly lacking in humor or excitement, and yet it’s simplistic and painfully straight-forward, offering little nuance and little artistic interpretation beyond hitting the expected goal posts. It adds needless action scenes in order to appear more action-packed and yet adds little emotional engagement or character development to make us care about said action. It is overly reverent to the sacred text yet offers no religious emphasis for the sake of not offending those outside the dogma. By playing it weirdly “safe”, it old-school pulpy excitement of Gladiator or the emotional and social nuances of the painfully underrated Kingdom of Heaven (which may be my favorite Ridley Scott film).

The film’s final moment is an onscreen text card dedicating the film to Tony Scott, who of course committed suicide two years ago. In that flash, we get all the makings of an entirely different film, a potentially superior and certainly more personal one that told the Moses/Ramesses story through the prism of Tony and Ridley’s relationship, whatever that might have been. I don’t know what that version of Exodus might have been, and it’s not my job to tell filmmakers what artistic choices they should have made, but that closing title card contains more emotional oomph that the entire 150-minutes of Exodus: Gods and Kings preceding it.

Voir aussi

Excruciating Exodus Movie Exudes Errors
Exodus: Gods and Kings reeks with wretchedness
Ellen White
Biblical archeology
12/18/2014
Colossal expense equals colossal waste for the new Ridley Scott movie Exodus: Gods and Kings (2014). The story has been changed so much from the Biblical narrative that it is barely recognizable.
My mother always taught me that if I don’t have anything nice to say, I should say nothing at all. If I were to follow her policy, this review of Ridley Scott’s Exodus: Gods and Kings (2014) would end now.

I should say I am not a purist. I understand that Biblical material needs to be added to in order to make a motion picture. After all, very rarely does the Bible give a physical description of a character. I also understand that changes might need to be made for technical reasons or to make the story flow — though Scott’s explanation for the racial make-up of his casting falls flat. Heck, I even like Dan Brown books. Sure, I notice the inaccuracies, but the man tells good stories. So why am I annoyed that Exodus: Gods and Kings bears almost no resemblance to the Biblical narrative? Because it pretends to be something that it is not.

It is beyond me to understand why one of the most action-packed, intense Biblical narratives needed such dramatic altering by writers Adam Cooper, Bill Collage, Jeffrey Caine and Steven Zaillian. Their story was so different that if they didn’t use the Biblical names and released the same movie with a different title, I might not have even recognized it—especially with all the Arthurian mythology woven in—though the caricature and stereotypes that ran through the film shoved the viewer in that direction.

exodus-comic

Not only have the exciting Biblical elements, such as a lonely baby floating down a raging Nile, a hero with a speech impediment sent to speak to the most powerful leader in the world, a brotherly side-kick, been edited out of the movie, God has been turned into a petulant child. This is the precise opposite of the narrative, which depicts a God who has control of every element of nature, including death and Pharaoh. But movie Moses’ exasperated cry, “Who are you punishing?” misses the textual point that the Hebrews were not subjected to the majority of the plagues. I should not be surprised as it seems no one involved with this movie has ever read the Biblical account. This comic visually demonstrates the plague of darkness that affected the Egyptians but not the Israelites (Exodus 10:22–23). Image: bit.ly/1C3fxnd courtesy Barer at Pardes Institute of Jewish Studies.
The movie is manipulative in its anti-religious polemic. All the supernatural elements of the story (which are in the Bible to make theological points about the God of the Hebrews and thus are literarily important to the characterization of God, regardless of one’s faith position) are stripped away or given a “scientific” explanation within the dialogue. It’s amazing that the movie had time for that when it rushed through the plagues. To my count, only eight or possibly nine were depicted (though the alligator plague might be an improvement on the text). The Egyptian priestess (apparently there was only one in Memphis) and the prophet are slain for incompetence. Moses is a firm atheist until he suffers a traumatic brain injury which makes him hallucinate a boy-god. Which brings us to the petulant, malicious boy-god, who plagues the Hebrews alongside the Egyptians, ignores Moses’ pleas for mercy and binds the Hebrews to him without choice in the final plague. All of these alterations were designed to make religion look senile. This is misdirection at best considering the blatant attempt to attract religious viewers with the movie’s “Biblical” subject matter.

My intention was to create a list of all the changes made to the text, the historical inaccuracies and the archaeological brutalities, but there are just too many of them. To do this would result in a review that was twice the length of the script itself. Even where I might be able to offer praise at the movie’s use of paleo-Hebrew (a single rudimentary mem), it was written on a full sheet of papyrus by a slave. Seriously?! What slave can afford to buy papyrus? Not to mention can read or write? I know I am not supposed to ask these questions, but I am also supposed to find at least something nice to say about everything. I guess I am just not very good at doing what I am supposed to.

Leaving aside the mutilations to the text, the historical record and the archaeological remains, the melodramatic nature of the characters made them phony and dislikable. Thus, even if you can put everything else aside, I would still recommend you skip this incredible waste of time and money.

ellen-whiteEllen White, Ph.D. (Hebrew Bible, University of St. Michael’s College), is the senior editor at the Biblical Archaeology Society. She has taught at five universities across the U.S. and Canada and spent research leaves in Germany and Romania. She has also been actively involved in digs at various sites in Israel.

Voir également:

« Exodus », Ridley Scott plus fasciné par l’Egypte que par Moïse

Ridley Scott livre un film aux beaux effets spéciaux, à l’image soignée, mais manquant d’humanité.
La Croix

23/12/14

EXODUS : GODS AND KINGS

de Ridley Scott
Film américain, 2 h 35

Après Noé au printemps dernier, voici Moïse : la Bible reste décidément une inépuisable source d’inspiration pour les cinéastes américains. Mais si le Noé de Darren Aronofsky était un film assez prétentieux, ce Moïse (Exodus, Gods and Kings) a l’avantage de n’être rien d’autre que ce qu’il annonce : un blockbuster à gros moyens financiers et humains, filmé par un Ridley Scott agnostique, et visiblement surtout intéressé par les scènes de combat ou les effets spéciaux. De ce point de vue, on ne s’ennuie pas, car le cinéaste de Gladiator (2000) parvient à recréer l’atmosphère de l’Égypte dans ses moindres détails, grâce à une utilisation astucieuse de la 3D et des images somptueuses.
Moïse manque d’épaisseur

Écrit par les juifs en exil à Babylone (597-537 avant J.-C.), l’Exode est une longue méditation sur un peuple sans roi et avec un Dieu, qui affronte un peuple avec des Rois considérés comme des dieux. C’est aussi une réflexion sur la place du roi et de la loi, face à l’arbitraire et à la dictature. De cela, l’auteur ne s’embarrasse malheureusement guère. Même si on peut lui savoir gré d’une certaine sobriété dans la représentation du divin. C’est à travers la bouche d’un enfant, un enfant têtu, parfois colérique, que Dieu parle à Moïse, et l’idée fonctionne bien.

Mais Moïse, interprété par Christian Bale, manque d’épaisseur, et au fond, d’humanité. On ne ressent guère le déchirement d’un homme entre deux peuples, hébreu par sa naissance, égyptien par son éducation. Les quelques scènes domestiques avec sa femme Tsipporah sont convenues, et, au-delà des deux héros (Pharaon est joué par Joel Edgerton), aucune place n’est laissée aux seconds rôles, Aaron comme la mère et la sœur de Moïse sont tout juste évoqués.
Un film très familial, aux belles images

Le combat fratricide qui oppose Moïse au pharaon (Ramsès II, traditionnellement considéré comme le pharaon de Moïse, même s’il n’en existe aucune preuve) donne les meilleures scènes du film. Les dix plaies qui s’abattent sur l’Égypte, l’entêtement du pharaon, la cruauté du Dieu des Hébreux qui se venge sur les enfants égyptiens premiers-nés sont, finalement, assez fidèles au genre des pages bibliques. Cela se gâte pour le passage de la mer Rouge, noyé par une sorte de tsunami improbable et ennuyeux. Et la traversée du désert est bâclée en quelques images, alors que c’est bien là que se joue la constitution du peuple Juif. Au fond, c’est l’Égypte qui intéresse Ridley Scott, et non le peuple hébreu. Il reste de belles images d’un film très familial, qui peut au moins permettre d’éveiller l’intérêt des plus jeunes sur l’un des textes fondateurs de la civilisation judéo-chrétienne.

Voir encore:

Exodus : que dit la science sur « les dix plaies d’Egypte » ?
Le film de Ridley Scott sort mercredi en salles. Quels événements réels auraient pu expliquer les 10 plaies d’Egypte ? L’analyse des chercheurs.
Hervé Ratel
Sciences et avenir
22-12-2014

INSPIRATION. Au moment où sort sur nos écrans « Exodus » de Ridley Scott, resucée de la superproduction de 1956 de Cecil B.DeMille « Les 10 commandements » en à peine moins kitsch, il peut sembler opportun de se poser la question : les multiples fléaux-invasions d’espèces nuisibles, phénomènes météorologiques exceptionnels, épidémies animales et humaines dont l’Egypte aurait été la victime lors de cet épisode biblique de l’Exode auraient-ils pu s’inspirer de faits réels ?

En effet, il est frappant de constater que la succession des plaies qui s’abattent alors sur pharaon et sur son peuple obéit à un enchaînement quasi naturel, chaque fléau pouvant se lire comme la conséquence des précédents selon la dynamique d’un terrifiant effet domino. D’ailleurs, dans le film de Ridley Scott, un des conseillers du pharaon s’essaye bien à une ébauche d’explication rationnelle pour expliquer la série de catastrophes en cours : la mort des poissons du Nil qui engendre une invasion terrestre de grenouilles, la pourriture des poissons attirant les mouches et les parasites, qui propagent des maladies parmi les animaux et les Hommes, et ainsi de suite… Las, dans le film, la clairvoyance de ce proto-scientifique contrariera pharaon et vaudra au malheureux de se tortiller le lendemain au bout d’une potence…

Pourtant, il est un évènement géologique majeur qui pourrait effectivement avoir donné naissance à la série de cataclysmes qui frappèrent l’Egypte ancienne et servi de ferment au mythe de la fuite de Moïse et des siens : l’éruption du mont Santorin.

CATACLYSME. Situé à 800 km à vol d’oiseau au nord-ouest du pays des pharaons, ce volcan de la mer Égée en bordure de la Crète entra en éruption en l’an 1645 avant notre ère avec la puissance explosive d’une quarantaine de bombes atomiques, ne laissant en lieu et place du cône volcanique qu’une immense caldeira béante ! En deux jours, 120 km3 de matières éruptives, soit 40 fois plus que lors de l’éruption du Vésuve qui ensevelira Pompéi en 79 après JC, furent expulsées à 30 km d’altitude dans un panache qui tutoya la stratosphère.

Sur place, les dégâts matériels et humains furent bien évidemment absolus : l’île et ses habitants cessèrent purement et simplement d’exister. On oublia même totalement durant des siècles que Santorin ait accueilli un jour une activité humaine jusqu’à ce que des fouilles entamées en 1967 exhument sous des couches épaisses de cendres et de pierres ponces, les restes d’Akrotiri, une des villes naguère florissantes de l’île.

En tout, une centaine d’autres éruptions du Santorin ont eu lieu au cours des 400.000 dernières années. La dernière en date remonte à 1950 et les géologues sont sur le pied de guerre pour repérer la prochaine à venir.

L’archipel de Santorin, constitué aujourd’hui de cinq îles, dont les trois principales Santorin, Thirassia et Aspronissi, est le vestige d’une seule île volcanique que la forme sphérique de l’archipel permet encore de se représenter.

CONSÉQUENCES. Mais, au delà des mers, quelles furent les conséquences de cette gigantesque éruption ? Ce qui est certain, c’est que les cendres du Santorin ont atteint le delta du Nil, des relevés stratigraphiques en attestent. De là à en conclure que l’un des plus violents évènements volcaniques à laquelle l’espèce humaine put être témoin ait inspiré un épisode de la Bible, il n’y a qu’un pas, franchi par Gilles Lericolais, géologue et directeur des affaires européennes et internationales de l’Ifremer qui travailla sur la question il y a quelques années avec un collègue new-yorkais, William Ryan. « À cause la courbure de la Terre, explique-t-il, les égyptiens n’ont pas été en mesure de voir l’éruption du Santorin. Mais nous pensons qu’ils ont du en subir fortement les conséquences. »

Première plaie d’Egypte
« ….toutes les eaux qui sont dans le fleuve se chargèrent en sang »

Autour du Santorin, on retrouve des ignimbrites rouges, des roches constituées de débris de laves acides. Charriées en masse lors de l’éruption, elles auraient été transportées jusqu’au Nil lui conférant une teinte carmin à l’image de la coloration que ces roches donnent à certaines plages de Santorin.

Certains chercheurs évoquent également la prolifération massive d’algues rouges éventuellement toxiques dans le fleuve suite au changement de conditions climatiques.

Deuxième plaie
« …les grenouilles montèrent et recouvrirent l’Egypte »

Les pluies torrentielles et l’augmentation du taux d’humidité de l’air consécutives à l’éruption auraient poussé les batraciens à sortir de leurs cachettes pour envahir en masse les villages et rejoindre leurs lieux de reproduction. Autre hypothèse : surchargé en sédiments rouges, le Nil s’est appauvri en oxygène, décimant les poissons et poussant les amphibiens à s’en extirper pour respirer.

Troisième et quatrième plaies
« …toute la poussière du sol se changea en moustiques »

« …des taons en grand nombre entrèrent […] dans tout le pays d’Egypte »

Sauve qui peut ! ont dû s’écrier les insectes devant le cataclysme, se repliant en masse vers le sud pour fuir son avancée. Profitant de la pluviosité, ils se sont mis à pulluler d’autant, transportant avec eux une kyrielle de maladies et d’affections diverses.

Cinquième plaie
« …tous les troupeaux des égyptiens moururent »

Rien d’étonnant à ce que la prolifération soudaine d’insectes nuisibles ait décimé le bétail. Plusieurs suspects ont été montrés du doigt. John Marr et Curtis Malloy, épidémiologistes au département de santé publique de New York penchent pour un moucheron du genre Culicoïdes. Porteur d’agents pathogènes pour les animaux, l’insecte présente la particularité de pouvoir véhiculer deux maladies virales distinctes : la peste équine et la maladie de la langue bleue qui touche principalement le bétail.

Sixième plaie
« …gens et bêtes furent couverts d’ulcères bourgeonnant en pustules »

Pour expliquer cette plaie, nous avons l’embarras du choix. Des larves de diptères, des maladies parasitaires comme la leishmaniose ou encore le caractère acide des précipitations peuvent tout à fait expliquer l’apparition de lésions cutanées sur les humains et les animaux.

Septième plaie
« …Yahvé fit tomber la grêle sur le pays d’Egypte »

Il n’est pas rare qu’une éruption volcanique s’accompagne d’orages de gros grêlons formés, non de glace, mais d’accrétions de cendres. Ce fut notamment le cas lors de l’éruption du mont Saint-Helens en 1980.

Huitième plaie
« …les sauterelles […] couvrirent toute la surface du pays… »

Suivant le sillage des autres insectes fuyant vers le sud, une infestation de criquets pélerins, dont l’une des aires de regroupement se situe justement autour de la mer rouge, a pu traverser l’Egypte ravageant les cultures et la végétation.

Neuvième plaie
« …il y eut d’épaisses ténèbres… »

Pour des raisons d’intensité dramatique devant aller crescendo, il se pourrait que les auteurs de cet épisode de la Bible aient bousculé la chronologie des évènements. Si les ténèbres ont envahi la région, c’est plus sûrement aux premiers temps de l’éruption, un nuage de poussières ayant obscurci le ciel des jours durant.

Dixième plaie
« …tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Egypte… »

Ce dernier fléau, apex de la colère divine, ne doit pas être pris au pied de la lettre. Il semble plus vraisemblable que les conséquences de l’éruption et le déferlement de pluies acides aient rendu l’eau potable impropre à la consommation et qu’une famine ait commencé à se développer suite aux récoltes dévastées. « De plus, un changement d’hygiène dans la société égyptienne a pu provoquer le développement du choléra, en plus du paludisme et du typhus » ajoute Gilles Lericolais. Toutes les conditions étaient alors réunies pour éliminer les plus faibles et les nouveaux-nés.

Reste une interrogation : la gigantesque éruption du mont Santorin a-t-elle eu des conséquences à l’échelle mondiale ? Ce cataclysme majeur a-t-il été ressenti ailleurs qu’en Égypte? Pour entrevoir un début de réponse, il nous faut faire un bond dans le futur, au tout début du 19e siècle de notre ère. À suivre dans la seconde partie de cet article.

-Citations de la Bible extraites du Livre de l’Exode, chapitres 7 à 12. Bible de Jérusalem, traduction des dominicains de l’Ecole biblique. Editions Fleurus/Cerf

-D’autres exemples de bouleversements géologiques ayant pu inspirer des mythes : Science, Sep 2005, Kevin Krajick « Tracking myth to geological reality »

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Once dismissed, myths are winning new attention from geologists
who find that they may encode valuable data about earthquakes,
volcanoes, tsunamis, and other stirrings of the earth
Kevin Krajick
UC Denver
Seattle, Washington: James Rasmussen, owner of a funky used-record store called Bud’s Jazz, and Ruth Ludwin, a seismologist at the University of Washington, Seattle, make an unlikely professional team. Late last year, they were walking down the beach near the bustling Fauntleroy ferry dock, searching for a reddish sandstone boulder. Native American legends—Rasmussen belongs to the local Duwamish people—say the boulder is haunted by a’yahos, a spirit with the body of a serpent and the antlers and forelegs of a deer. Old folks used to say not to look in the direction of a’yahos because it could shake the ground or turn you to stone.
“It was not at all clear to me what my grand-dad was talking about when he said you should be careful as you travel through here along the shore,” said Rasmussen. “Then I heard the scientific evidence, and it got me
thinking about the old stories.” The evidence is this: In the 1990s, geophysical images and excavations revealed a huge, hidden fault traversing Seattle. Disturbed soils and other evidence show that 1100 years ago, it produced a quake that would level Seattle today. Scientists agree that the fault could slip again at any time, toppling buildings and elevated highways. The city’s infrastructure is now being reinforced for disaster. Ludwin, Rasmussen, and others have documented at least five Seattle-area legend sites related to shaking, including the boulder, all aligned along the fault near old landslides and other signs of seismic violence. They conclude that the threat was encoded in folklore long before scientists uncovered physical signs.
More and more geoscientists are willing to combine their work with such stories these days, in a budding discipline called geomythology. Volcanologist Floyd McCoy of the University of Hawaii, Manoa, says discussing myth has traditionally been “a good way to sink your own credibility”; it can put you on the list with flaky Atlantologists and other amateur zealots. But, says McCoy, “I’d be a fool to write it all off. There is a
new realization that some myths have something to say.” Myths can sometimes alert researchers to previously unheeded geohazards; in other cases, where science has demonstrated the danger, legends “enrich the record” and reinforce the fact that people lie in harm’s way, says paleoseismologist Brian Atwater of the U.S. Geological Survey (USGS) in Seattle, who has spearheaded many studies of seismic events in the Pacific
Northwest. The trick is teasing out which myths carry kernels of truth that can be con- nected to hard data.
Deities of flood and fire
The movement traces in part to the 1980s, when scientists realized that the slow march of geologic time is sometimes punctuated by biblical-scale catastrophes, such as the giant meteorite that wiped out dinosaurs 65 million years ago. After this was accepted, some (usually those with tenure) felt freer to wonder if near-universal myths of great floods and fires implied that such disasters also have punctuated human time. In the
1990s, Columbia University marine geologists Walter Pitman and William Ryan argued that rising Mediterranean sea levels following the last deglaciation topped what is now the Bosporus Strait and roared into the Black Sea 7600 years ago, serving as the original inspiration for the biblical flood. Their work triggered sharp criticism and a torrent of research, resulting in growing acceptance of some sort of Black Sea flooding (
Science, 22 September 2000, p. 2021). Whether the book of Genesis somehow grew from this is a further step, admits Ryan, who presented his latest findings at the International Geoscience Program in Istanbul, Turkey, in early October. Recent studies on more local disasters have raised the field’s stock, with geoscientists connecting myths to past disasters in North America, the Mideast, Africa, Europe, and the Pacific. For example, Ludwin’s study on the Seattle fault came out this year in Seismological Research Letters, along with a paper in which she discusses dozens of aboriginal stories about times when the ocean along British Columbia, Washington, and Oregon rolled up in great waves, carrying away coastal villages. Native people often described these events as a battle between a great whale and a thunderbird.
Paleoseismologists have a modern explanation: Quaking along the offshore subduction zone has produced at least a dozen huge tsunamis at intervals of 200 to 1000 years, as shown by shore deposits including inland sand sheets and mud that buried native camps. The most recent wave is dated through tree rings and other evidence to January 1700; scientists agree the next can come any time.
The utility of myth became clear in the Indian Ocean tsunami of 2004. While up to 300,000 people are thought to have died, the indigenous seafaring Moken people of Thailand almost all survived. Their traditions warn that when the tide recedes far and fast—as happens before tsunamis—a man-eating wave is coming, and everyone should run. They did. Patrick Nunn, a geoscientist at the University of the South Pacific in Suva, Fiji, believes such stories can be harnessed to find other hidden geohazards. He currently has a grant from the French government to collect tales that might pinpoint islands where scientists should look for warnings of earthquakes, volcanoes, or catastrophic landslides not included in written records. These include common motifs in which deities “fish up” islands from the water and sometimes throw them back. Nunn thinks such tales may encode sudden uplifts, subsidences, or flank collapses of islands, and he has already confirmed that sinking islands are not just myths.
He has correlated at least a half-dozen stories with actual land masses seen by early European seafarers but which are now gone; a few were never charted but have since been located just under the waves, exactly where the stories said they were. Nunn’s studies have also turned up a surprise. People on the volcanic island of Kadavu, Fiji, have a suggestive legend about a big mountain that popped up one night, and locals say they have heard rumbling from the main cone recently. In 1998, Nunn and others investigated the volcano but decided on preliminary evidence that it had not erupted for 50,000 years. The island has been inhabited for only 3000 years, so they concluded that the myth was imported.
Months later, a new road cut revealed pot shards under a meter-deep layer of ash. “The myth was right, and we were wrong,” says Nunn. Myths may provide unusually precise tools in the Pacific because some are tied to royal genealogies that can be roughly dated. In Hawaii, where the genealogies go back 95 generations, archaeologist Bruce Masse of Los Alamos National Laboratory in New Mexico has compiled stories of battles
between the fire deity Pele and others that seem to relate to volcanic eruptions; the reigns of kings at the time of the “battles” correlate within a few decades to radiocarbon dates of burned vegetation under lava sheets. Other tales apparently record celestial events. One, said to have taken place during the reign of King Kakuhihewa, narrates a human sacrifice at dawn interrupted by giant owls who fly across the sun. When Masse lined up the number of generations with recent NASA tables that calculate times of past events, he hit a match: A rare solar eclipse took place over Hawaii precisely at sunrise on 10 April 1679.
Myth has also figured in work at Nyos, a crater lake in Cameroon that exploded and killed 1700 people in 1986. The disaster was at first a mystery, with no signs of volcanic eruption. Scientists finally figured out that carbon dioxide bubbling from deep rocks had slowly built up in the water, then burst out and suffocated all living things nearby—a phenomenon never observed by scientists. It could have been dismissed as a one-time fluke except for the fact that the region is full of stories about haunted lakes that rise, sink, or blow up. Anthropologist Eugenia Shanklin of The College of New Jersey in Trenton, who collected the stories,
says many local people have taboos against living near lakes and instead dwell on high ground. Scientists now know that gas buildup affects at least one other lake in the region, Lake Monoun, as well as giant Lake Kivu in east Africa, which has 2 million people living on its shores. The myths “helped tell us it happened before, and it will happen again,” says geochemist William Evans of USGS in Menlo Park, California, who is working to remove gas now rebuilding in Nyos and Monoun.
Next year, the Geological Society of London will publish Geology and Myth, a collection of papers by Shanklin, Nunn, and others. Co-editor Luigi Piccardi, a structural geologist at the National Research Council of
Italy, says he hopes it will lead colleagues to take the field more seriously. Among other work, Piccardi has studied a cataclysmic 493 C.E. appearance at southern Italy’s Monte Sant’Angelo by the Archangel Michael, said to have left his footprint in the rocks—code, Piccardi says, for a big, previously unauthenticated earthquake. In the late 1990s, Piccardi found ample physical evidence for the event, including a dramatic fault scarp in the floor of the popular shrine to the apparition, long hidden until it was uncovered in archaeological excavations—the apparent “footprint.” In 2001, the National Institute of Geophysics and Volcanology in Rome upgraded the area to seismic high risk. This may also be an example of how geomyths are periodically reinvented in places where disasters reoccur: The shrine was previously an oracle and supposed entry to the underworld dedicated to the Greek seer Kalchas, who is mentioned in The Iliad. Piccardi’s description of the shrine is in press at Tectonophysics. Piccardi is currently studying the possibility that many ancient sites of worship and miracles are over active faults, on the theory that past rumblings and cracking have been transmuted into visits by monsters and gods.

One such example is the oracle at Delphi, Greece. Here, priestesses were said to enter prophetic trances by inhaling the breath of the god Apollo from a magical chasm; people came from around the ancient world to hear their words. While the oracle was indisputably real, classical scholars wrote off the chasm as an invention—until geologist Jelle de Boer of Wesleyan University in Middletown, Connecticut, and archaeologist John Hale of the University of Louisville in Kentucky published a series of papers on the oracle over the past few years. De Boer and Hale showed that the ruins of Delphi lie over the juncture of two faults that conduct up psychoactive hydrocarbon gases through a spring, exactly as described in ancient accounts. (Why some prophecies were uncannily accurate is another question.) This summer, de Boer and Hale visited the partially excavated ruins of the oracles of Apollo at Klaros and Didyma in southwest Turkey and detected hydrocarbon gases there too.

From story to data
The process of translating myth into geology, or vice versa, can be murky, but Elizabeth Barber, a professor of linguistics and archaeology at Occidental College in Los Angeles, California, believes it can be done scientifically. In the recent book When They Severed Earth From Sky: How the Human Mind Shapes Myth, she argues that transmutations of reality into myth take predictable courses, with natural forces often turned into supernatural beings (Science,27 May, p. 1261). Some examples seem straightforward. A story from the Klamath people of Oregon about a battle between the chiefs of Above World and Below World is faithful in every geologic detail to the volcanic explosion of Mount Mazama and the formation of Crater Lake in its place, from the rain of burning ash and rock to many years of rainfall afterward that eventually filled in the crater—a process that started 7000 years ago. Other legends are more confusing. These include a hypothesis that the pillars of cloud and fire that guided the Hebrews from Egypt came from the 1625 B.C.E. volcanic eruption of Thera in the Mediterranean. Here, mismatches between dates of the events and problems with the Hebrews’route lead Barber to think the account is conflated from several real but distinct
events. “The question is how often and in what cases you can take it back literally,” she said.
Other researchers’ hypotheses about events as widely varied as the destruction of Sodom and Gomorrah and the death of King Arthur (said by some to relate to a catastrophic comet impact) suffer similar problems of time and space. Efforts to connect myths with comet or meteorite impacts have met with skepticism. Repeated, undetected big impacts in human time “contradict everything we know about the rate of impacts on Earth, and the inventory of what’s out there now, and their dynamics,” says David Morrison of NASA’s Ames Research Center in Mountain View, California, head of the global Near Earth Object Working Group, which tracks celestial objects that might endanger Earth.
The pendulum may have swung too far in favor of accepting myths, says social anthropologist Benny Peiser of Liverpool John Moores University in the U.K., who runs the Cambridge Conference Network, an Internet clearinghouse for catastrophist theories. Now that more people are willing to listen, he says, too many scientists are invoking myth “left, right, and center to explain everything.” In a paper at a late-October workshop on natural catastrophes in the ancient Mediterranean, he asserts that no major myths have yet met scientific standards, although he does credit some regional ones, such as the Pacific Northwest earthquakes. “That’s not all bad,” he says. “This is all so new, you expect more speculation than hard evidence. The refinements can come later.”
From his perspective as a storyteller, James Rasmussen, the record-store owner, also expresses reservations about how much myths can reveal. When he and Ludwin reached the spot where the a’yahos boulder was supposed to be, it was gone. In its place was a big wooden chair in front of someone’s beach house. “Maybe it’s been hauled away,” said Ludwin. “Maybe the tide buried it in the sand,” said Rasmussen. They poked around for a while among the foam cups, logs, and newspapers littering the beach and finally gave up. “Maybe some things show themselves for a while, and we get a little understanding,” said Rasmussen. “Then they go away again, and they don’t want to be found.”
Kevin Krajick is the author of Barren Lands: An Epic Search for Diamonds in the North American Arctic
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Exodus in the Bible and the Egyptian Plagues

Ziony Zevit

Biblical Archaeology Society

May 5, 2014

The Book of Exodus in the Bible describes ten Egyptian plagues that bring suffering to the land of pharaoh. Are these Biblical plagues plausible on any level? In the following article, “Three Ways to Look at the Ten Plagues,” Ziony Zevit looks at these Biblical plagues from various vantage points. There’s something unique about these Egyptian plagues as presented in Exodus in the Bible. They’re different from the curses to Israelites as mentioned in Leviticus. Some have connected the Egyptian plagues to natural phenomena that were possible in ancient Egypt. Torrential rains in Ethiopia could have sent red clay (“blood”) into the Nile, which could have caused a migration of frogs, further causing lice and flies, which caused the death of cattle and human boils. A second set of meteorological disasters, hailstorms (the seventh of the Biblical plagues) and locusts, may have been followed by a Libyan dust storm—causing darkness.

Many of the Egyptian plagues could also be interpreted as “attacks against the Egyptian pantheon,” Zevit notes. Many of the Egyptian plagues mentioned in Exodus in the Bible have some correlation to an Egyptian god or goddess. For example, Heket was represented as a frog and Hathor as a cow. An ancient Egyptian “Coffin Text” refers to the slaying of first-born gods.

A third way to look at the Biblical plagues is by asking, “why ten?” Ultimately the plagues served to increase the faith of the surviving Israelites. On this count ten could be connected to the ten divine utterances of the creation account of Genesis 1. In relating the ten Egyptian plagues, the Exodus in the Bible could represent a parallel account of liberation, affecting all aspects of the created world.

Three Ways to Look at the Ten Plagues
Were they natural disasters, a demonstration of the impotence of the Egyptian gods or an undoing of Creation?

Ziony Zevit

Biblical archeology

When the enslaved Israelites sought to leave Egypt, Pharaoh said no. The Lord then visited ten plagues upon the Egyptians until finally Pharaoh permanently relented—the last of the plagues being the slaying of the first-born males of Egypt. Some of the plagues are the type of disasters that recur often in human history—hailstorms and locusts—and therefore appear possible and realistic. Others, less realistic, border on the comic—frogs and lice. Still others are almost surrealistic—blood and darkness—and appear highly improbable.

Many questions have been raised about the plagues on different levels. Some questions are naturalistic and historical: Did the plagues actually occur in the order and manner described in Exodus? Are there any ancient documents or other types of evidence corroborating that they took place or that something like them took place? Can the less realistic and surrealistic plagues be explained as natural phenomena? Other questions are literary and theological: Is the plague narrative a hodgepodge of sources pasted together by ancient editors (redactors)? What is the origin of the traditions in the extant plague narrative? What is the meaning of the narrative in its biblical context? Beyond the obvious story, did the plague narrative have any theological implications for ancient Israel?

My research has not provided answers to all these questions, but it will, I believe, provide some new insights.

For centuries exegetes have been struggling with the order, the number and the meaning of the plagues. As early as the medieval period, Jewish commentators noticed certain patterns in the narrative that reflected a highly organized literary structure. In the 12th century, a rabbi known as the Rashbam (Rabbi Samuel ben Meir),1 [2] who lived in northern France, recognized that only certain plagues were introduced by warnings to Pharaoh, while others were not. To appreciate the pattern, divide the first nine plagues into three groups each; in the first two of each group, Pharaoh is warned that if he does not let the Israelites go, the plague will be visited on the Egyptians; in the third plague of each group, the plague strikes without warning.

In the 13th century Bahya ben Asher2 [3] and in the 15th century Don Isaac Abravanel3 [4] noted a certain repetitive pattern in who brought on the plagues. The first three plagues are brought on by Moses’ brother Aaron, who holds out his staff as the effective instrument (Exodus 7:19; 8:1; 8:12).a [5] In the next group of three, the first two are brought on by God and the third by Moses (Exodus 8:20: 9:6; 9:10). In the last group of three the plagues are brought on by Moses’ holding out his arm with his staff (Exodus 9:22–23; 10:12–13; 10:21 [the last without mention of his staff]).

These patterns indicate that the plague narrative is a conscientiously articulated and tightly wrought composition.

Taking the plagues as a whole, however, it is clear that they differ considerably from the curses with which the Israelites are threatened in the so-called curse-lists of Leviticus and Deuteronomy. In the curse-lists, the Lord tells the Israelites what will happen to them if they do not obey the Lord’s laws and commandments, if they breach the covenant. They will suffer, according to Leviticus, terror, consumption, fever, crop failure, defeat at the hands of their enemies, unnecessary fear; wild beasts will consume their children and cattle; they will die by the sword; they will be so hungry that they will eat the flesh of their children and, in the end, go into exile (Leviticus 26:14–26). Similarly in the augmented list of curses in Deuteronomy 28:15–60, they will suffer confusion, consumption, inflammation, madness, blindness, social chaos, military defeat, etc.

The maledictions in the curse-lists of Leviticus and Deuteronomy have been shown to be part of a stock of traditional curses employed during the biblical period in the geographical area extending from Israel to ancient Mesopotamia. Not only are they attested in the Torah (the Five Books of Moses), but also in the prophets; they also appear in the “curse” sections of contemporaneous ancient Near Eastern treaties.4 [6] These “curses” reflect the kinds of things that could, and probably did, happen in this geographical area as a result of natural or humanly-imposed calamities. True there is some overlap between these curses and the plagues. Dever (pestilence) occurs both in the Egyptian plagues and in the curse lists of Leviticus. 26:25 and Deuteronomy 28:21. “Boils” occurs in the curse list of Deuteronomy 28:35 while a locust-like plague is mentioned in. Deuteronomy 28:42. Nevertheless, in the Pentateuchal curse lists, the Israelites—on their way to the Promised land—are threatened with disasters they might expect in the ecological system of the land to which they were headed, not those of the land of Egypt from which they were fleeing.

The plagues visited on the Egyptians are quite different.5 [7] To understand their significance we should focus on Egypt in particular rather than the ancient Near East as a whole.

The most sophisticated attempt to relate the Egyptian plagues to natural phenomena does so in terms of Egypt’s ecosystem. According to this interpretation, the first six plagues can even be explained in their sequential order: The naturalistic account is connected initially with the violent rain storms that occur in the mountains of Ethiopia. The first plague, blood, is the red clay swept down into the Nile from the Ethiopian highlands. The mud then choked the fish in the area inhabited by the Israelites. The fish clogged the swamps where the frogs lived; the fish, soon infected with anthrax, caused the frogs (the second plague) to leave the Nile for cool areas, taking refuge in people’s houses. But, since the frogs were already infected with the disease, they died in their new habitats. As a consequence, lice, the third plague, and flies, the fourth plague, began to multiply, feeding off the dead frogs. This gave rise to a pestilence that attacked animals, the fifth plague, because the cattle were feeding on grass which by then had also become infected. In man, the symptom of the same disease was boils, the sixth plague.

A second sequence of plagues, according to this explanation, is related to atmospheric and climatic conditions in Egypt. Hailstorms, the seventh plague, came out of nowhere. Although not common, hailstorms do occur rarely in Upper Egypt and occasionally in Lower Egypt during late spring and early fall. In this reconstruction, the hailstorm was followed by the eighth plague, locusts, a more common occurrence. The ninth plague, darkness, was a Libyan dust storm.6 [8]

The final plague, the death of the first-born, although not strictly commensurate with the other plagues, can be explained in ecological terms. It may be a reflection of the infant mortality rate in ancient Egypt.7 [9] There is a problem with this explanation, however. According to the biblical narrative, the tenth plague struck all first-born males of whatever age, not just new-born infants.

This ecological explanation of the plagues does not prove that the biblical account is true, but only that it may have some basis in reality. As indicated, it also has weaknesses: The ecological chain is broken after the sixth plague, there being no causality between the plague of boils (the sixth plague) and the hail. The chain is again broken between the ninth and tenth plagues. In addition, there is no real link between the plagues in the seventh-eighth-ninth sequence (hail-locusts-darkness). Nevertheless, this explanation does firmly anchor the first six plagues in the Egyptian ecosystem, just as the curse-lists in the Torah reflect real conditions in the Land of Israel.

Moreover, two ancient Egyptian texts provide additional support. One is relevant to the first plague, blood. In “The Admonitions of Ipu-Wer,” dated at the latest to 2050 B.C.E., the author describes a chaotic period in Egypt: “Why really, the River [Nile] is blood. If one drinks of it, one rejects (it) as human and thirsts for water.”8 [10]

The second text, known as “The Prophecy of Nefer-Rohu” dates towards the beginning of the Middle Kingdom, about 2040–1650 B.C.E.; it relates to the ninth plague, darkness: “The sun disc is covered over. It will not shine (so that) people may see … No one knows when midday falls, for his shadow cannot be distinguished.”9 [11]

The ten plagues may also be interpreted as a series of attacks against the Egyptian pantheon. This suggestion finds support in Numbers 33:4 where we are told that the Egyptians buried those who had died by the tenth plague, by which plague “the Lord executed judgments against their gods.”

According to this suggestion, the plague of blood (No. 1) was directed against the god Khnum, creator of water and life; or against Hapi, the Nile god; or against Osiris, whose bloodstream was the Nile. Frogs (No.2) was directed against Heket, a goddess of childbirth who was represented as a frog. The pestilence against cattle (No. 5) might have been directed against Hathor, the mother and sky goddess, represented in the form of a cow; or against Apis, symbol of fertility represented as a bull. Hail (No. 7) and locusts (No. 8 ) were, according to this explanation, directed against Seth, who manifests himself in wind and storms; and/or against Isis, goddess of life, who grinds, spins flax and weaves cloth; or against Min, who was worshiped as a god of fertility and vegetation and as a protector of crops. Min is an especially likely candidate for these two plagues because the notations in Exodus 9:31 indicate that the first plague came as the flax and barley were about to be harvested, but before the wheat and spelt had matured. A widely celebrated “Coming out of Min” was celebrated in Egypt at the beginning of the harvest.10 [13] These plagues, in effect, devastated Min’s coming-out party.

Darkness (No. 9), pursuing this line of interpretation, could have been directed against various deities associated with the sun—Amon-Re, Aten, Atum or Horus.

Finally, the death of the firstborn (No. 10) was directed against the patron deity of Pharaoh, and the judge of the dead, Osiris.

Additional data from Egyptian religious texts clarifies the terrifying tenth plague. The famous “Cannibal Hymn,” carved in the Old Kingdom pyramid of Unas at Saqqara, about 2300 B.C.E., states: “It is the king who will be judged with Him-whose-name-is-hidden on that day of slaying the first born.” Variations of this verse appear in a few Coffin Texts, magic texts derived from royal pyramid inscriptions of the Old Kingdom and written on the coffins of nobility of the Middle Kingdom, about 2000 B.C.E. For example, “I am he who will be judged with Him-whose-name-is-hidden on that night of slaying the first born.”11 [14] Although the first-born referred to in the Coffin Text and probably also in the “Cannibal Hymn” are the first-born of gods, these texts indicate that an ancient tradition in Egypt recalled the slaying of all or some of the first-born of gods on a particular night.12 [15]

Assuming that some form of this pre-Israelite Egyptian tradition was known during the period of the enslavement, it may have motivated the story of the final plague. However, in the biblical story, he who revealed his hidden name to Moses at the burning bramble bush revealed himself as the Him-whose-name-is-hidden of the Egyptian myth, and alone slew the first-born males of Egypt. In this final plague, then, there was no conflict between the Lord and an Egyptian deity; rather through this plague the triumphant god of Israel fulfilled the role of an anonymous destroyer in a nightmarish prophecy from the Egyptian past.

One weakness in interpreting the plagues solely as a religious polemic against Egyptian gods, however, is that some of the plagues are unaccounted for; and not all of the plagues can be conveniently matched up with Egyptian gods or texts. Specifically, divine candidates are lacking for the third, fourth and sixth plagues—lice, flies and boils. Even if scratching through Egyptian sources might produce some minor candidates that could fill these lacunae, there is another difficulty with the religious polemic interpretation. The Egyptian material on which this interpretation rests comes from different times and different places. The extant data do not enable us to claim that the perception of the pantheon presented above was historically probable in the Western Delta during the 14th–12th centuries B.C.E. when and where Israelites became familiar with it. Nevertheless, despite these difficulties, the Egyptian material describing links between Egyptian deities and natural phenomena does provide us with some insights into the way the plagues were intended to be understood.

Another line of interpretation, however, results from Posing the questions: Why ten plagues? Why these ten plagues?

According to Exodus 7:4–5, the function of the plagues is didactic: “I will lay my hands upon Egypt and deliver hosts, my people, the Israelites, from the land of Egypt with great acts of judgment. And the Egyptians shall know that I am God when I stretch out my hand against Egypt.” Despite the reference to the Egyptians learning a lesson—namely, the Lord’s power—it seems clear that the real beneficiaries of the plagues were not intended to be Egyptians. If the education of the Egyptians was the reason for the plagues, the lesson was certainly lost on the intended beneficiaries. The true beneficiaries of the lesson that God said he would teach were the Israelites. As we read in Exodus 14:31: “When Israel saw the mighty act [literally ‘hand/arm’] which the Lord had done in Egypt, the people feared the Lord, and they believed in the Lord and in his servant Moses.”

What ignited the faith of the Israelites was not their physical redemption from Egypt, but rather “the mighty act which the Lord had done in Egypt”—that is, the plagues.

What was there about the plagues that triggered Israel’s response in faith? Through the plagues the Lord demonstrated that he was the God of creation. As we examine the narrative closely, we will see how this notion is conveyed.

The first plague, blood, is described in Exodus 7:19. There we are told that Aaron is to take his staff and hold it over all of Egypt’s bodies (or gatherings) of water and they will become blood. The Hebrew word for “bodies” or “gatherings” of water is mikveh. This is the same word that appears in the opening chapters of Genesis when God creates the seas: “God called the dry land Earth, and the gatherings (mikveh) of waters He called Seas. And God saw that it was good” (Genesis 1:10). The use of the word mikveh in Exodus 7:19 in connection with the plague of blood cannot fail to evoke an association with the creation of the seas in Genesis 1:10 and indicates the cosmic import of the plague. Similarly, the expression in Exodus 7:19 “Let them become blood” echoes the use of “Let there be(come)” in the creation story in Genesis.

However, in contrast to the creation, where the primeval waters are not altered by a creative act, the first plague demonstrates that God is able to change the very nature of things.

Plagues two, three and four—frogs, lice and flies—form an interesting triad. The frogs are associated with water, the lice with earth, and the flies with air. Frogs, we are told, came out of the “rivers, the canals, and the ponds of Egypt” (Exodus 8:1). In Exodus, the Nile swarmed with frogs which then covered all the land (Exodus 7:28–29), while in Genesis God says, “Let the waters swarm with swarms of living creatures” (Genesis 1:20). Understood against the background of Genesis, the frog plague in Egypt was a new creation of life, although not a beneficent one.

Similarly, with lice (the third plague) that came forth from the dust of the earth (Exodus 8:12–13). The lice correspond to the crawling creatures (remes) that come forth from the earth in Genesis 1:24.

Flies (the fourth plague) correspond to the flying creatures; in Genesis God orders that “flying creatures multiply in the land” (Genesis 1:22). In Egypt, the flies not only multiplied in the land, they filled the land. After the fly plague the situation in Egypt was a complete reversal of the one anticipated by the divine blessing to mankind in Genesis 1:28, where God tells man to “Rule the fish of the sea, the winged creatures of the heavens, and all living creatures which creep on the earth.” In Egypt, these creatures were totally out of control.

The fifth plague (pestilence) affected only animals, not men; and only the field animals of the Egyptians, not those of the Israelites (Exodus 9:3–7). In Genesis 2:18–20 the animals are created specifically for man. In the plague of pestilence, the domestic animals that were under man’s dominion were taken away from the Egyptians. That which was first created for man was first removed from the Egyptians by the first plague directed specifically against created things.

The sixth plague, boils, is the only one that does not fit easily into the pattern I have been describing. Perhaps it should be understood against the background of the Torah’s laws of purity: A person afflicted with boils is ritually unclean (Leviticus 13:18–23). This is complemented by the stringent demands of Egyptian religion during the New Kingdom, about 1550–1080 B.C.E., concerning the ritual and physical purity requited of priests before entering a sanctuary.13 [17] Egyptians considered themselves superior to other peoples. Pharaoh himself was a god and his officers were priests. Perhaps the image of these superior, “holier than thou” individuals suffering from boils, a painful and unaesthetic affliction, was humorous to the Israelites and was considered a barb against Egyptian religion.

The next two plagues, hail and locusts involve the destruction of another part of creation, primarily vegetation. What was not destroyed by the hail was consumed by the locusts. When these two plagues had run their course, Egypt could be contrasted to the way the world appeared after the third day of creation: “The land brought forth vegetation: seed bearing fruit with seed in it” (Genesis 1:12). By contrast, in Exodus 10:15 we are told that “nothing green was left of tree or grass of the field in all the land of Egypt.”

Perhaps the most misunderstood of all the plagues is darkness, the ninth plague. In Exodus 10:21–23 we read that a thick darkness descended upon all the land of Egypt for three days. “People could not see one another, and for three days no one could get up from where he was; but all the Israelites enjoyed light in their dwellings” (Exodus 10:23). What is described here is not simply the absence of light. The darkness is something physical, “a darkness that can be touched” (Exodus 10:21b). The alternation of light and darkness, of day and night, has ceased. Yet darkness and light exist side by side in geographically distinct places. The Israelites did have light. In short, in Egypt, God had reverted the relationship between darkness and light to what had been prior to the end of the first day of creation—that is, to the state that existed briefly between Genesis 1:4 and Genesis 1:5.

The final plague, the death of the first-born, is only a forerunner to the complete destruction of all the Egyptians at the Red Sea, or Reed Sea.b [18] Here we hear a twisted, obverse echo of the optimism expressed in Genesis 1:26, where God said, “I will make man in my image and after my likeness.” Instead of creating, he is destroying—first, the first-born, and then, at the sea, all of Egypt.

At the end of the narrative in Exodus, Israel looks back over the stilled water of the sea at a land with no people, no animals and no vegetation, a land in which creation had been undone. Israel is convinced that her redeemer is the Lord of all creation. It is this implicit theological principle that motivated the explicit creation of the literary pattern. He who had just reduced order to chaos was the same as he who had previously ordered the chaos.

One question still remains. What is the significance of the number ten in the Exodus tradition? Why ten plagues? The answer, I believe, is clear. The number of plagues in Exodus was meant to correspond to the ten divine utterances by which the world was created and ordered (Genesis 1:3, 6, 9, 11, 14, 20, 24, 26, 28, 29).14 [19] The destruction of Egypt was part of the redemption of Israel, so the Exodus narrator tied his story of redemption to the story of creation through subtle echoes and word plays.15 [20]

Interestingly enough, there are two other accounts of the plagues in the Bible, one in Psalm 78:44–51 and the other in Psalm 105:28–36. These psalms differ somewhat between themselves; they also differ with the narrative in Exodus—regarding what constitutes a plague and the order in which they occurred.16 [21] These differences can be taken to indicate that the specific number and order of the plagues was less important to Israel than the fact of the plagues and what was revealed to Israel through them.

For the psalmists, authors of liturgical texts, there were only seven plagues, a number clearly evoking the seven days of creation. In Egypt, however, the cycle did not end in a Sabbath; it culminated in a silent devastation. At the end of the seventh day (plague), creation in Egypt had been undone.

This tangle of threads—creation, on the one hand, and deliverance from slavery, on the other—is gathered together and neatly knotted in the Sabbath commandment of the Ten Commandments. In the Ten Commandments as set forth in Exodus, the motivation for observing the sabbath (the fifth commandment) is to commemorate creation: “Six days you shall labor and do all your work, but the seventh day is a sabbath of the Lord your God: You shall not do any work … for in six days the Lord made heaven and earth and sea, and all that is in them, and he rested on the seventh day” (Exodus 20:9–11). In the Ten Commandments as set forth in Deuteronomy, however, the reason Israel is commanded to observe the sabbath is different—not creation, but the delivery from Egyptian slavery. After being told to refrain from work on the sabbath—in the same language as in Exodus—the reason is given: “Remember that you were a slave in the land of Egypt and the Lord your God freed you from there with a mighty hand and an outstretched arm [a reference to the plagues]; therefore the Lord your God has commanded you to observe the sabbath day” (Deuteronomy 5:15).

As we have already noted, Psalms 78 and 105 preserve a tradition of seven plagues. In the Ten Commandments in Exodus 20, Israel is told to remember the seventh-day sabbath to commemorate the six-day creation; in Deuteronomy 5, Israel is to observe the seventh-day sabbath to commemorate the deliverance from Egyptian slavery by God’s outstretched arm involving, according to the tradition in the Psalms, seven plagues.

This explanation of the plagues and their number also answers some historical questions concerning the biblical tradition of the ten plagues:

1. The plague tradition includes calamitous events that do not derive from experiences in the Land of Israel; this establishes a prima facie case that the tradition has roots in an ecological system unknown to the Israelites living in their own land.

2. An Egyptian milieu not only provides a basis for explaining the plagues in terms of natural phenomena, it also allows us plausibly to link at least some of the sequences of plagues.

These two points lead me to conclude that a historical kernel must underlie the Egyptian plague traditions preserved in the Bible.

3. We can speculate a bit further: perhaps a series of natural disasters occurred in Egypt in a relatively short period of time. Egyptian religion would have had to explain it. A link between these disasters and various Egyptian deities (expressing their displeasure) formed.17 [22] No matter how Egyptians interpreted these disasters, Israelites could have accepted the notion that they were divinely caused but would have viewed them as contests between their patron and the gods of Egypt, the result of which were judgments against the gods of Egypt and their earthly representatives.18 [23] Trace of this stage in the development of the tradition can be found in the Biblical narrative. During this, the interpretative stage, the plagues were theologized, providing cosmic meaning to the natural phenomena even as they were removed from the realm of what we would call “nature.”

4. The Plague traditions, which were maintained orally by the Israelites until some time after the establishment of the monarchy, continued to be reworked in the land of Israel. There, far from the ecological context of Egypt, some phenomena natural in Egypt would have appeared incomprehensible to them and even fantastic, inviting imaginative embellishment.

The Israelite traditors, those who passed on the tradition, were no longer familiar with the Egyptian cultural milieu in which the disasters had been theoligized and made meaningful by their ancestors. These traditors, therefore, made them meaningful within their own world view by connection the plagues, which initiated the emergence of Israel as a covenant community, with the creation of the world.

For further details, see “The Priestly Redaction and Interpretation of the Plague Narrative in Exodus,” Jewish Quarterly Review 66 (1976) 193–211. The present article contains new material, however, some of which was not available when the aforementioned study was written, as well as a reevaluation of the significance of the data discussed there. Readers interested in a more technical discussion or in the literary history of the plague narratives or in more bibliographical information that is presented here may consult my earlier study and the remarks of N. M. Sarna, Exploring Exodus (New York: Schocken Books, 1986) 68–80.

“Three Ways to Look at the Ten Plagues” [24] by Ziony Zevit originally appeared in Bible Review, June 1990.

Notes
1. [25] Commentary to Exodus 7:26. The verse citations follow the traditional Hebrew enumeration.

2. [26] Commentary to Exodus 10:1.

3. [27] Commentary to Exodus 7:26.

4. [28] D. R. Hillers, Treaty and the Old Testament Prophets (Rome: PBI, 1964); M. Weinfeld, Deuteronomy and the Deuteronomy School (Oxford: Clarendon Press, 1972), pp. 116–146.

5. [29] The devastating plague of locusts described in the book of Joel (6th century B.C.E.) is considered a unique event, not comparable to the Egyptian plagues. Similarly, in Joel 3:3–4 (2:30–31 in English), where the moon turns to blood and the sun to darkness; this is very unlike the plagues in Egypt if, in fact, the images in Joel are to be taken literally and not metaphorically.

6. [30] G. Hort, “The Plagues of Egypt,” Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft 69 (1957), pp. 84–103; 70 (1958), pp. 48–59. This is a very important and very sophisticated study which is most humble in drawing its conclusions.

7. [31] P. Montet, L’Egypte et la Bible (Neuchatel: Paris, 1959), pp. 97–98.

8. [32] J. B. Pritchard Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament (ANET), (Princeton: Princeton University Press, 1955), p. 441.

9. [33] Pritchard, ANET. p. 445.

10. [34] J. Cerny, Ancient Egyptian Religion (AER) (London: Hutchison’s University Library, 1952), pp. 119–120.

11. [35] M. Gilula, “The Smiting of the First-Born—An Egyptian Myth?” Tel Aviv 4 (1977), p. 94. Technical references and additional discussion are available in this brief study. M. Lichtheim renders the line from the ‘Cannibal Hymn’: “Unas will judge with Him-whose-name-is-hidden on the day of slaying the eldest,” noting that the line is difficult (Ancient Egyptian Literature. A Book of Readings. Vol 1: The Old and Middle Kingdoms [Berkeley: University of California Press, 1973], pp. 36–38). The Coffin Text cited is CT VI:178.

12. [36] M. Gilula, p. 95.

13. [37] Cerny, AER, 118; S. Sauneron, The Priests of Ancient Egypt (New York: Grove Press, 1960), pp. 37–39.

14. [38] Cf. Mishnah Aboth 5:1, 4.

15. [39] This conclusion does not contradict the findings of source criticism. According to source criticism, the final redactor of the plague narratives and of the creation stories was from the priestly school, P.

16. [40] Both psalms are pre-Exilic, and probably formed part of the temple liturgy. (D. A. Robertson, Linguistic Evidence in Dating Early Hebrew Poetry [Missoula, Montana: SBL, 1972], pp. 135, 138, 143, 15–52; A. Hurvitz, The Transition Period in Biblical Hebrew: A study in Post-Exilic Hebrew and Its Implications for the Dating of Psalms [Jerusalem: Mossad Bialik, 1972] finds no linguistic reason to consider these psalms late.) A comparison of the three different presentations indicates a certain plasticity in the Israelite tradition of the plagues. The coexistence of conflicting, somewhat contradictory, parallel plague traditions tells against any attempt to explain the order of the ten plagues as reflecting a connected series of natural catastrophes and provides a qualification to the discussion above concerning the possibility of a sequential disaster. Although it is not impossible that some natural disasters ultimately lie behind the various plagues, the traditions in their extant forms cannot be employed to reconstruct what actually occurred. The implication of the three lists of plagues is that Israel did not preserve the details of the plagues or their number for their own sake, but rather recalled the significance of the plagues as events demonstrating a theological principle.

17. [41] Natural disasters would be perceived as forms of divine communication. Compare Amos 4:6–12.

18. [42] Cf. the contest between Elijah and the priests of Baal in 1 Kings 18.

a. [43] The verse citations follow the traditional Hebrew enumeration. See, for example, the New Jewish Publication Society translation (Philadelphia: 1985).

b. [44] See Bernard F. Batto, “Red Sea or Reed Sea? [45]” BAR 10:04.

Ziony Zevit is professor of Biblical literature and Northwest Semitic languages at the University of Judaism, the Los Angeles affiliate of the Jewish Theological Seminary of America.
[1] Ancient Israel in Egypt and the Exodus: http://www.biblicalarchaeology.org/free-ebooks/ancient-israel-in-egypt-and-the-exodus/

[2] 1: #note01

[3] 2: #note02

[4] 3: #note03

[5] a: #end01

[6] 4: #note04

[7] 5: #note05

[8] 6: #note06

[9] 7: #note07

[10] 8: #note08

[11] 9: #note09

[12] Out of Egypt: Israel’s Exodus Between Text and Memory, History and Imagination: http://www.biblicalarchaeology.org/daily/biblical-topics/exodus/out-of-egypt-israels-exodus-between-text-and-memory-history-and-imagination/

[13] 10: #note10

[14] 11: #note11

[15] 12: #note12

[16] Was Moses more than an Exodus hero? Discovering the Biblical Moses in “The Man Moses” by Peter Machinist, originally published in Bible Review and now available for free in Bible History Daily.: http://www.biblicalarchaeology.org/daily/biblical-topics/exodus/who-was-moses-was-he-more-than-an-exodus-hero/

[17] 13: #note13

[18] b: #end02

[19] 14: #note14

[20] 15: #note15

[21] 16: #note16

[22] 17: #note17

[23] 18: #note18

[24] “Three Ways to Look at the Ten Plagues”: http://members.bib-arch.org/publication.asp?PubID=BSBR&Volume=6&Issue=3&ArticleID=13&

[25] 1.: #note01r

[26] 2.: #note02r

[27] 3.: #note03r

[28] 4.: #note04r

[29] 5.: #note05r

[30] 6.: #note06r

[31] 7.: #note07r

[32] 8.: #note08r

[33] 9.: #note09r

[34] 10.: #note10r

[35] 11.: #note11r

[36] 12.: #note12r

[37] 13.: #note13r

[38] 14.: #note14r

[39] 15.: #note15r

[40] 16.: #note16r

[41] 17.: #note17r

[42] 18.: #note18r

[43] a.: #end01r

[44] b.: #end02r

[45] Red Sea or Reed Sea?: http://members.bib-arch.org/publication.asp?PubID=BSBA&Volume=10&Issue=04&ArticleID=03&

Voir par ailleurs:

Mahomet, Jésus et Moïse
Non, tous les déséquilibrés ne crient pas « Allah akbar »
La gamme, déjà très riche, des pathologies répertoriées par la psychiatrie vient de s’enrichir. Comme la France, cette discipline est d’une fabuleuse diversité…
Benoît Raysky

Atlantico

23 Décembre 2014

L’individu qui a fauché une dizaine de piétons à Dijon était donc suivi psychiatriquement depuis longtemps. Ce n’est pas contestable et pas contesté. En revanche le fait qu’il portait une djellaba ne constitue aucunement un signe de dérèglement psychologique. Le fait qu’il ait crié « Allah akbar » en tentant de semer la mort sur son passage non plus.

Des déséquilibrés, il y en a à la pelle en France. Certains d’entre eux, sortis prématurément des unités de soins où ils auraient dû rester, tuent parfois, agressent, blessent.

On n’en parle pas trop. Juste ce qu’il faut. Si celui de Dijon fait la une des médias c’est précisément parce qu’il a crié « Allah akbar » et qu’il portait une djellaba. Il s’agit là d’un constat d’évidence. Et merci de n’y voir rien d’autre. Après c’est comme on veut. Si on est islamophobe on insiste sur son « Allah akbar » et sa djellaba. Si on est islamophile on appuiera très fort sur le bouton qui affichera le mot « déséquilibré » en évitant soigneusement toute allusion à la djellaba et à « Allah akbar ». Ainsi France Info, radio très peu casher mais très halal a beaucoup parlé du « déséquilibré » de Dijon.

Et, profitant de cet effet d’aubaine, la radio s’est gravement posée la question de savoir si peut-être l’islamiste de Joué-lès-Tours, abattu par la police, n’était pas lui aussi un « déséquilibré ». Dans la fabrique de l’info on fabrique de l’info selon une recette dont cette radio détient le secret.

Pour ma part soucieux d’équilibre (le contraire de déséquilibre !) et de modération je serais enclin au compromis c’est-à-dire au cumul. On peut être déséquilibré et musulman. Ou musulman et déséquilibré. Il faut noter qu’en France la majorité des déséquilibrés – c’est logiquement mathématique – est composée de chrétiens. On signalera aussi qu’il y a des déséquilibrés juifs, même peut-être beaucoup car ces gens-là se tourmentent depuis 2000 ans…

Cependant, il n’a pas été porté à notre connaissance que des déséquilibrés chrétiens soient allés renverser des piétons ou attaquer à l’arme blanche des policiers en criant « gloire au Christ-Roi ». On ne nous a pas fait savoir non plus que des déséquilibrés juifs se soient rendus dans une banlieue « sensible » dans le but de tuer et de blesser en hurlant « l’an prochain à Jérusalem ! ». C’est pourquoi il me semble que le cas de Dijon, et peut-être celui de Joué-lès-Tours (si les espoirs de France Info se confirment), doivent être immédiatement retirés des mains de M. Cazeneuve pour être confié à celles, plus adéquates, de Marisol Touraine.

Il s’agit bien là d’une nouvelle pathologie, inconnue jusqu’à maintenant et que la France peut être fière de breveter. Une discipline parfaitement reconnue de la psychiatrie porte le nom d’ethnopsychiatrie. Elle postule, avec bon sens, que les manifestations psychotiques d’un guerrier Masai ne sont pas tout à fait identiques à celles d’un berger corse. Que la paranoïa d’un chercheur d’or d’Amazonie peut revêtir d’autres formes que les crises d’un chasseur de phoques eskimo. Que les névroses d’un habitué des pagodes bouddhistes font appel à d’autres références inconscientes que celles d’un catholique confit en dévotion. On pourrait imaginer que – déséquilibré pour déséquilibré – lire le Coran n’appelle pas tout à fait les mêmes réactions que la lecture de l’Ancien et du Nouveau Testament. En conséquence de quoi on ne voit pas pourquoi on s’arrêterait aux cas de Dijon et peut-être de Joué-lès-Tours (toujours selon France Info que je me plais à citer pour le plaisir).

En effet, croit-on que les milliers de ressortissants européens qui partent égorger en Irak et en Syrie soient très équilibrés ? Que des centaines de milliers d’autres, qui eux aussi, hurlent « Allah akbar » réclamant des fatwas contre les infidèles soient parfaitement sains d’esprit ? Plus il y a de fous moins on rit.

PS : Un désiquilibré a foncé avec sa camionnette dans la foule à Nantes. Il s’appelle Sébastien F. (ouf !).Il ne portait pas de djellaba (ouf !). Il n’a pas crié « Allah akbar » (ouf !). Suite à tous ces événements, Hollande a convoqué d’urgence pour ce mardi matin un conseil interministériel. Sans doute pour parler des déséquilibrés. De tous les déséquilibrés ?

Voir par ailleurs

Des juristes égyptiens réclament aux ‘Juifs’ des dédommagements pour ‘les milliards’ de tonnes d’or prétendument spoliés lors de l’exode d’Egypte

MEMRI
Dans son numéro du 9 août 2003, l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram Al-Arabi publie une interview du Dr Nabil Hilmi, doyen de la faculté de droit de l’université d’Al-Zaqaziq qui, en collaboration avec un groupe d’Egyptiens expatriés en Suisse, prépare un énorme procès contre « tous les Juifs du monde ». Voici quelques extraits de l’interview: [1]

Dr Hilmi : « (…) Puisque les Juifs manifestent des exigences à l’égard des Arabes et du monde, revendiquant des droits sur la base de documents historiques et religieux, un groupe d’Egyptiens en Suisse a ouvert le dossier du dénommé ‘grand exode des Juifs de l’Egypte des Pharaons’. En ce temps-là, ils ont volé aux Egyptiens de l’époque pharaonique de l’or, des bijoux, des ustensiles de cuisine, de l’argenterie, des vêtements, et plus encore, quittant l’Egypte au milieu de la nuit avec toutes ces richesses, aujourd’hui d’une valeur inestimable ».

Question: « Que vont faire les membres de ce groupe d’Egyptiens en Suisse à ce propos? »

Hilmi: « Le Dr Gamil Yaken, vice-président de la communauté égyptienne de Suisse, est venu recueillir des informations en Egypte. Nous avons constitué une équipe de juristes pour préparer la confrontation légale de rigueur qui vise la restitution, par les Juifs, de ce qu’ils ont volé il y a longtemps, [délit] à propos duquel il n’est pas possible d’invoquer la prescription. En outre, [ce vol] se base sur leur livre saint, qu’ils ont aussi invoqué en envahissant [la terre] des autres peuples.

Le Pharaon égyptien a été surpris de découvrir, un beau jour, des milliers de femmes égyptiennes pleurant sous le balcon du palais, implorant de l’aide et se plaignant de ce que les Juifs leur aient dérobé leurs habits et leurs bijoux, au cours de la plus grande escroquerie collective que l’histoire ait connue.

Le pillage ne concernait pas uniquement l’or. Les voleurs se sont emparé de tout ce que l’on peut imaginer. Ils ont vidé les maisons égyptiennes de leurs ustensiles de cuisine. Une des femmes s’est avancée vers le Pharaon, les yeux baissés, pour lui dire que sa voisine juive, qui vivait dans la maison située à droite de la sienne, était venue la trouver pour lui emprunter ses objets d’or, prétendant avoir été invitée à un mariage (…) Cette voisine juive a pris [les objets], promettant de les ramener le jour suivant. Quelques minutes plus tard, la voisine de la maison de gauche frappait à sa porte pour lui emprunter ses ustensiles de cuisine parce qu’elle avait des invités à dîner. En utilisant le même stratagème trompeur, les voleurs se sont emparés de tous les ustensiles de cuisine (…) »

Question: « On comprend qu’ils aient volé l’or, mais pourquoi les ustensiles de cuisine? »

Hilmi: « S’emparer de l’or était compréhensible. Il s’agit là clairement du pillage des ressources et des richesses d’un pays d’accueil, ce qui correspond bien aux mœurs et au caractère des Juifs. Le vol des ustensiles de cuisine, quand d’autres objets d’une valeur supérieure auraient pu leur être préférés, paraissait assez incompréhensible aux Egyptiennes. L’un des prêtres égyptiens a assuré que telle a toujours a été la sournoise méthode juive: chercher à provoquer un problème mineur lié aux besoins de la vie quotidienne pour occuper les gens et détourner leur attention de l’or volé et de sa restitution (…)

Une enquête de police a révélé que Moïse et Aaron – que la paix soit sur eux ! – avaient compris qu’il était impossible d’habiter en Egypte, malgré les plaisirs qu’offrait ce pays et alors même que les Egyptiens les associaient à toutes leurs activités, en raison de la nature perverse des Juifs avec lesquels les Egyptiens s’étaient réconciliés, bien que contre leur gré. Donc, ordre fut donné par les rabbins juifs de fuir le pays et de garder le secret sur cet exode – qui devrait se faire à la faveur de l’obscurité et en emportant le plus grand butin possible. Le code était: ‘A minuit’. En outre, les femmes juives avaient reçu l’ordre de voler l’or et les ustensiles de cuisine des Egyptiennes, et avaient obtempéré.«
Question:« Sont-ils partis individuellement ou en groupe? »

Hilmi: « Ils sont partis dans un convoi de 600.000 personnes, soit environ 120.000 familles. Il y avait quelques chariots dans le convoi, et une longue file d’ânes chargés des biens spoliés (…) Ils se sont enfoncés jusqu’au cœur du désert du Sinaï, pour tromper l’armée de Pharaon qui était à leur poursuite (…) Plus tard, ils se sont reposés et ont entrepris de faire le compte de l’or volé, découvrant qu’il y en avait 300.000 kilos. »

Question: « Mais les Juifs peuvent mettre en doute cette histoire avec leurs méthodes habituelles. Quelle est la preuve religieuse dont vous avez dit qu’elle se trouve dans la Torah? »

Hilmi: « Naturellement, les Juifs mettent en doute cette histoire parce que c’est dans leur intérêt. Mais la réponse est que ce récit se fonde sur ce qui est écrit dans la Torah. On peut le trouver dans l’Exode, [chapitre] 35, versets 12 à 36… »

Question:« Alors, quels arguments invoquer pour obtenir la restitution de notre or volé? »

Hilmi: « Il y a deux types de plaintes, l’une afférente à la religion, et l’autre afférente au droit. D’un point de vue religieux, toutes les religions monothéistes interdisent le vol (…) Cette interdiction figure également dans les Dix Commandements, que les Juifs ont reçu l’ordre [d’observer]. Ils ont donc le devoir religieux élémentaire de restituer ce qui a été volé, s’il existe encore.

D’un point de vue juridique, fuir en emportant les biens des Egyptiens peut revenir à un emprunt ou à un vol. S’il s’agit d’un emprunt, la chose a, sur le plan juridique, un caractère provisoire et non pas permanent, et donc [l’or] doit être restitué, avec intérêt, à ses propriétaires.
Par contre, si les Juifs ont pris les biens des Egyptiens non pas dans le but de les emprunter mais afin de les garder pour eux, en termes juridiques, il s’agit d’un vol, et ils doivent donc restituer les biens volés à leurs propriétaires, en plus de l’intérêt pour l’usage qu’ils en ont fait durant toute la période du vol ».

Question:« A combien estimez-vous la valeur de l’or, de l’argent et des vêtements qui ont été volés, et comment calculez-vous leur équivalent actuel ? »

Hilmi: « Si nous supposons que le poids de ce qui a été volé était d’une tonne, [sa valeur] a doublé tous les 20 ans, même si l’intérêt annuel n’est que de 5%. Une tonne d’or équivaut à 700 kilogrammes d’or pur – car nous devons nous rappeler que ce sont des bijoux qui ont été volés, et donc [que l’or contenait] un alliage de cuivre. Par conséquent, au bout de 1.000 ans, cela représenterait 1.125.898.240 millions de tonnes, soit 1.125.898 milliards de tonnes pour 1.000 années. En d’autres termes, 1.125.000 milliards de tonnes d’or, c.-à-d., un million multiplié par un million de tonnes d’or. Ceci pour une tonne volée. L’or volé est estimé à 300 tonnes, et le vol n’a pas duré 1.000 ans, mais 5.758 ans, d’après le comput juif. Par conséquent, la dette est très importante (…)
Sa valeur doit être calculée rigoureusement et conformément à l’information récoltée; après quoi, il convient d’ouvrir une action judiciaire contre tous les Juifs du monde, et d’Israël en particulier, de manière à ce qu’ils remboursent aux Egyptiens la dette mentionnée dans la Torah ».

Question: « Une solution de compromis est-elle possible? »

Hilmi: « On peut envisager un compromis. La dette peut être ré-échelonnée sur 1.000 ans, avec l’ajout d’un intérêt cumulatif durant cette période ».
[1] Al-Ahram Al-Arabi (Egypte), le 9 août 2003


Violences: C’est la polygamie, imbécile ! (Polygamous societies are just more violent, researchers say)

21 décembre, 2014
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Tu ne prendras pas pour autre épouse la sœur de ta femme, car tu provoquerais des rivalités entre elles en ayant des relations avec la sœur, tant que ta femme est en vie. Lévitique 18: 18
C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi. Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère. (…) Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 8-14)
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Tuez-les, crachez-leur au visage, et écrasez-les avec vos voitures. Jihadiste français (Etat islamique)
Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part. Militant de l’Etat islamique
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
What do we want? Dead cops! When do we want it? Now! Manifestants de New York (13.12.14)
Plus de 1.000 combattants européens enrôlés dans ses rangs sont revenus dans l’espace Schengen. (…) L’adversaire n’est plus seulement aux portes de l’Europe, il en a franchi le seuil.  [d’où] la nécessité d’intégrer encore plus dans notre réflexion le retour de l’armée de terre sur son milieu naturel, celui du sol national, pour pourvoir y faire face, avec les forces de sécurité, à tous types de menaces dont celles que ces vingt dernières années avaient confinées à l’extérieur. Général Jean-Pierre Bosser (chef d’état-major de l’armée de terre)
C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées. Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration. François Hollande
De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats. Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros). Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant. (…) D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines. Le Figaro
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du dévelopement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. Carla Bruni
Avec la crise économique dans mon pays, peu d’hommes peuvent entretenir plusieurs épouses. En France, c’est différent, tous ces enfants sont une source de revenus. Oumar Dicko (ministre chargé des Maliens de l’extérieur)
Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Certains islamistes peuvent se montrer respectueux des lois et raisonnables, mais ils font partie d’un mouvement totalitariste et, à ce titre, doivent être considérés comme des meurtriers potentiels. Daniel Pipes
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer. Proust
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie. (…) De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. Khalid Chraibi
Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny. The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it. Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. (…)  The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women. Prof. Joseph Henrich (University of British Columbia)
Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives. Science Daily
Selon les données anthropologiques disponibles, environ 85 % des sociétés humaines passées ont permis aux hommes d’avoir plus d’une épouse par un mariage polygame. On pourrait empiriquement penser que l’accroissement de la richesse des « élites » devraient favoriser encore plus les mariages polygames18. Or, la tendance est contraire : le mariage monogame s’est propagé à travers l’Europe, et plus récemment dans le monde, même chez les « élites », alors même que les écarts de richesse ont grandi. Peter Richerson et son équipe (Université UC Davis, Californie) ont utilisé les données criminologiques disponibles pour comparer sociétés polygames et monogames. Elles laissent penser que les cultures monogames connaissent moins de viol, d’enlèvement, assassinat et maltraitance d’enfants, et d’autres crimes que les sociétés polygames. Comparativement, selon cette étude, l’institutionnalisation du mariage ou couple monogame semble apporter plus d’avantages nets pour la société. Une explication proposée par les auteurs est que dans les sociétés polygames, de nombreux hommes sont contraints au célibat et laissés pour compte, avec moins d’espoir de pouvoir vivre avec une femme. Ils seraient alors plus susceptibles de violence et de comportements asociaux ; Peter Richerson pose l’hypothèse que la monogamie institutionnalisée est associée à un modèle culturel mieux adapté au monde moderne, réduisant la compétition intrasexuelle chez les jeunes, et réduisant par suite le taux de criminalité (dont en termes de viol, assassinat, agression, vol et fraude, ou de certains abus personnels) tout en diminuant les écarts d’âge entre conjoints, la fertilité, et l’inégalité des sexes et en déplaçant les efforts des hommes de la recherche d’une épouse vers plus d’investissement paternel, et une meilleure productivité économique. Peter Richerson estime qu’en augmentant le degré de parenté au sein des ménages, la monogamie normative réduit les conflits intra-ménage, et conduisant= à moins de négligence envers les enfants, moins d’abus, de mort accidentelle et d’homicide. Wikipedia

Viols, enlèvements, assassinats, maltraitance d’enfants, vols, fraudes, inégalités homme-femme …

A l’heure où après avoir exposé au monde, dans les textes sacrés les plus violents de l’histoire de l’humanité et d’Abraham à Jacob et de David à Salomon, tous les travers et méfaits imaginables des relations homme-femme …

Et démontré enfin avec la monogamie tout le bien-fondé d’une singularité judéo-chrétienne que nos élites s’étaient imposées contre leurs intérêts immédiats mêmes …

Nos sociétés dites avancées n’ont pas de mots plus durs pour la source de leurs avancées …

Et, après l’exaltation de la sérialité (polygamique ou monogamique) et du métissage, nous matraquent à présent avec l’aberration du « mariage homosexuel » …

Pendant qu’entre enlèvements, ventes et massacres de femmes et d’enfants et du Proche-Orient au Sous-continent indien et en passant par l’Afrique, la religion de paix et d’amour démontre chaque jour un peu plus malgré les premiers revers le véritable fond de sa pensée …

Et que poussés au passage à l’acte par la  fureur djihadiste ou la victimose ambiante et leur faisant éprouver à leur tour ce que subit depuis des années Israël, s’installent durablement en leur sein même, de New York à Ottawa et de Sydney à New York ou de Tours à Dijon, une véritable classe de perdants

Comment ne pas voir avec une récente étude canadienne …

L’une des évidentes sources, via le surplus de jeunes désoeuvrés et frustrés qu’elle produit, de la violence spécifique des sociétés musulmanes

A savoir sous couvert de défense de la veuve et de l’orphelin suite à leurs incessantes guerres …

La tolérance de la polygamie ?

Monogamy reduces major social problems of polygamist cultures
Science Daily
January 24, 2012

Source:
University of British Columbia
Summary:
In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage. That is a key finding of a new study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

Voir aussi:
Biblical Polygamy Does Not Turn out Well

Curated by Mike Schultz

Though polygamy is clearly allowed in the Bible, it almost always leads to really bad situations. Of the three religions coming out of the Bible, Christianity (early) and Judaism (much later) ended polygamy while Islam continued it.

Jacob Marries Two Sisters: Rachel and Leah
Source: biblegateway.com

There are several stories of polygamy in the Bible, and they almost all turn out badly.

In Genesis 29 (see this article attached to this learning for the complete story), Jacob has fled Canaan from his murderous brother Esau after deceptively obtaining Esau’s blessing from Isaac. He makes his way to Haran, to his uncle Laban’s house. There he ends up marrying Laban’s two daughters, Leah and Rachel, as well as their two handmaidens, Bilhah and Zilpah. But he only married Leah because he was tricked into it, and as verse 29:31 records, Leah was hated. Some translations offer the nicer « unloved » or « not loved, » but the literal Hebrew is quite clearly hate.

Reading through this chapter, and the explanations that Leah gives to the names each of her children receives, it’s heart-wrenching to see what it can be like for one wife when a different wife is clearly preferred by her husband. And when they’re sisters, of course, it’s that much worse.

This dynamic doesn’t end – the children of Rachel are preferred by Jacob to the children of Leah, leading to a lot of resentment and ultimately the brothers’ selling Joseph (Rachel’s son) down to Egypt.

Later on in the Bible, the reality that it’s not such a good idea to marry two sisters is turned into a proper prohibition:

« You shall not take a woman as a wife after marrying her sister, as her rival, to uncover her nakedness beside the other during her lifetime. » (Vayikra 18:18)

Abraham, Sarah and Hagar: Hagar Is Banished
Source: torah.org

A couple of generations earlier, Abraham’s wife, Sarah, who he loves, is barren for many years. So she suggests that Abraham take her maidservant, Hagar, as his second wife. But she ends up regretting it pretty quickly, as Hagar starts disrespecting her from the moment that she becomes pregnant. In two separate episodes, Sarah demands that Abraham banish Hagar, first when she is pregnant and then after Hagar’s teenaged son, Ishmael, is mistreating Sarah’s young son, Isaac (don’t let the image trick you – Ishmael is 13 years older than Isaac, not the same age as in this painting). In each case, Hagar and Ishmael almost perish in the desert but are miraculously saved.

So Sarah and Hagar did really poorly as co-wives. This post retells the full story and suggests based on a rabbinic source that Sarah acted inappropriately. Here maybe the message is not to marry your wife and her servant.

Very interestingly, after Sarah dies, the midrash suggests that Isaac took an unusual step. Abraham’s servant was off searching for a wife for Isaac. Isaac, according to the midrash, felt that the least he could in return was make sure his father wasn’t alone. So in Genesis 24:62, he went to the Well of the Eternal One Who Sees, the well named by Hagar after her miraculous salvation. Why did he go there? The midrash suggests that this is where Hagar went to live after having been sent away the second time. (Interestingly, I believe Islam says the same thing – this is the Zamzam well outside of Mecca.) And Isaac went there to bring Hagar back to be his father’s wife once more.

So there you have quite a co-wife dynamic: the son of the preferred wife encouraging his father to remarry the rejected wife after his preferred wife passes away. And then after Abraham dies, it says in 25:11 that Isaac went back to the Well again, to ensure that Hagar remains part of the family.

Rival Wives: Hannah and Peninah
Source: biblehub.com

Even when there’s no prior relationship between two wives, it still can go quite badly. In the beginning of the Book of Samuel, as you can read in this post, Elkanah has two wives, and as usual the one he loves better (Hannah) is barren while the one he loves less (Peninah) has kids. And just as this painting captures, Peninah does not hesitate to torture Hannah with incessant reminders of her barrenness.

In Biblical Hebrew, the word tzarah means both « trouble » and « co-wife. » So that makes it pretty clear, I’d say – no illusions here about whether co-wives were likely to get along happily.

King David & King Solomon and Their Many Wives
Source: mechon-mamre.org

When it came to the kings, they can’t say they weren’t warned. Deuteronomy 17:16-17 warns, « The king must not acquire great numbers of horses for himself or make the people return to Egypt to get more of them, for the Lord has told you, « You are not to go back that way again. » He must not take many wives, or his heart will be led astray. »

King David took at least 22 wives and concubines, and suffered greatly from the infighting as to who would inherit his throne.

But King Solomon’s story offers more of a warning. This learning takes you to I Kings 11, where we read of King Solomon’s 1000 wives (which doesn’t include the Queen of Sheba, pictured here, with whom he had a more ambiguous relationship, but the Ethiopian Orthodox Church claims descent from their union, as well as the resulting possession of the holy Ark of the Covenant).

Just as Deuteronomy warned, they lead him astray, building sites of idol worship in his old age, as a result of which he is punished by having the kingdom torn in two in the next generation.

Why (and When) Did Christianity Outlaw Polygamy?
Source: en.wikipedia.org

If polygamy was so clearly allowed in the Hebrew Bible, how did it come to pass that the early Church prohibited it?

You could say they were good readers of the Hebrew Bible and saw how this didn’t go so well. But this Wikipedia article suggests that a major driving force may have been the fact that Roman marriage had to be monogamous. And since Christianity began within the Roman empire, that may well have had a major impact.

As you can see in this article, there is debate as to what the Christian Bible has to say about polygamy. Though there are several Biblical passages that seem to outlaw it, none of them are 100% clear, leaving open the possibility that the Christian prohibition came only after the Bible.

TLC’s Sister Wives: Mormonism and Polygamy
Source: learni.st

It’s well known, thanks to shows like Big Love and the TLC’s series of documentaries of real-life families, that an offshoot of the Mormon church still practices polygamy today.

This  documentary from Discovery highlights TLC’s « Sister Wives »  featuring Kody Brown and his four wives. There’s also an interesting learning about the history of polygamy in the US and the original position of the Mormon church on the question.

Finally, there’s a learning that looks at this issue from a totally different perspective. Many traditional African societies today have polygamy, and in this learning the author argues why polygamy is a good thing.

Maasai Tribe: The Meaning of Love & Polygamy
Source: youtube.com

From the BBC show « Tribal Wives » (where British women get integrated into indigenous tribes around the world), this video provides some interesting perspective on polygamy. If marriage is not about love but about successfully running a household, then polygamy could take on a totally different feel. In the Bible, it kind of feels like marriage is about both love and practicality, or sometimes one and sometimes the other.

Does Jewish Law Forbid Polygamy?
Source: chabad.org

In Judaism, there’s no mention of polygamy in the rabbinic period (~2000 years ago), so it seems to have been a permitted but very uncommon practice. But 1000 years ago, the head of the Ashkenazi (Northern European) Jewish community, Rabbeinu Gershom, put out a new decree. Among other things (like forbidding reading other people’s mail), Rabbeinu Gershom outlawed polygamy.

This article suggests 5 different reasons for Rabbeinu Gershom’s decree, most of them to do with ensuring greater happiness within the home, either because of infighting between the wives or a husband not being nice to all his wives or just because of the financial strain.

However, this decree did not apply to the Sephardic Jewish communities in Spain and later on North Africa and the Middle East.

Jewish Polygamy
Source: jewishencyclopedia.com

This 1906 entry from the Jewish Encyclopedia gives a very thorough look at polygamy in Judaism, from a close reading of the Bible (When did polygamy start? What was the ideal, as represented by Adam and Eve? Why did the Judges take multiple wives? Why did the Prophets not do so?) through the rabbinic period and into the last millenia. Polygamy in the Sephardic world was certainly rare, but it remained a possibility until recent years, when there were basically almost no Jews left living in countries that permitted polygamy.

Why Polygamy Is Allowed in Islam
Source: patheos.com

This blog post written by a Muslim woman attempts to explain the underlying reason behind Islam’s allowing a man to take up to four wives. In addition, she offers suggestions to the women for how to make it work.

In Islam, explicit in the Quran and Hadith (oral teachings of the Prophet Muhammad), a man is allowed to marry up to 4 women. It’s neither encouraged nor discouraged, just allowed. The author argues, based on the context in the Quran of these teachings, that after a time of war, with so many fallen men, polygamy is a means of caring for the widows and orphans.

Islam requires the husband to treat all his wives equally – to divide his time and financial resources evenly and provide similar housing for each.

Towards the end of this post, the author provides an interesting collection of tips and advice for women considering marrying someone who is already married.

Polygyny in Islam: The Historical Context
Source: en.wikipedia.org

Among many interesting pieces in this Wikipedia article, two in particular jump out as worth paying attention to:

1) The historical context. In the Arabian peninsula in the time of the Prophet Muhammad, there were no limits on the number of wives a man could take. There was also in general a good deal of variety of the kinds of marriages allowed by different societies in the region. It was most definitely not a Christian-ruled area with monogamy as the norm. It’s quite possible that Islam actually greatly limited polygamy and added protections for that time period.

2) A current list of Muslim countries with some restrictions on polygamy and what those restrictions are.

Voir enfin:

La charia et la polygamie (1/4)

La polygamie en question

Khalid Chraibi

Oumma.com

25 septembre 2009

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

A propos de l’auteur
Khalid Chraibi

Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
A Rachida Benchemsi
« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du sacrifice et de l’harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées lorsqu’il y a polygamie. » Mortada Motahari (1)

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, à la condition de pouvoir les traiter avec équité et d’avoir des ressources suffisantes pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages.

Mais, dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. Compte tenu de ce dérapage dans l’application des conditions instituées dans le Coran pour la pratique de la polygamie, et des effets néfastes de cette pratique sur la vie quotidienne des femmes et des enfants vivant dans un foyer polygame, tant sur le plan matériel que moral, les ONG féminines réclament, depuis plusieurs décennies, soit son interdiction pure et simple, soit, si cela n’est pas possible, du moins l’institution de contrôles sévères pour réduire ses effets pernicieux sur les familles et sur la société.

Du fait que le statut de la polygamie est défini dans des versets coraniques, les oulémas sont concernés au premier plan par cette question. Dans leur majorité, ils sont partisans du maintien du laisser-faire qui a prévalu jusqu’ici dans ce domaine. Ils estiment que chaque homme est responsable de ses actes devant Dieu, comme l’enseignent les juristes musulmans depuis les temps de la Révélation.

Mais, au 19è s., le mufti d’Egypte Muhammad Abduh a ouvert la voie à de nouveaux axes de réflexion sur cette question, en affirmant qu’en droit musulman, non seulement le mari, mais sa femme également, a des droits institués par la charia. D’après lui, ces derniers doivent être respectés au même titre que ceux du mari.

Analysant le dossier de la polygamie dans cette nouvelle optique, il débouche sur la conclusion qu’il est licite, en droit musulman, d’interdire la polygamie, compte tenu de tous ses effets pernicieux sur les familles et sur la société, qui dépassent très largement tous les « bienfaits » que les hommes peuvent en retirer, sur un plan purement sexuel.

La polygamie en perspective

La polygamie (ou plus exactement la polygynie, c’est-à-dire le mariage d’un homme avec plusieurs femmes) a communément existé dans les sociétés humaines depuis les temps les plus anciens. Les différentes religions l’ont explicitement acceptée ou tacitement tolérée pendant des siècles, avant de l’interdire parfois, comme ce fut le cas du Judaïsme et du Christianisme.(2) (3)

En Arabie, au début du 7è siècle, les Arabes pratiquaient une polygamie débridée, certains hommes prenant jusqu’à 10 épouses et plus, à la fois, en fonction de leurs moyens. L’Islam réforma cet état des choses, plafonnant à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait épouser en même temps, et uniquement s’il remplissait certaines conditions. Mais, il appartenait à chaque individu de déterminer par lui-même s’il les satisfaisait.

Depuis le milieu du 20e siècle, sous la pression conjointe des mouvements féministes, des mouvements nationalistes et des intellectuels, certains Etats ont institué des procédures de contrôle du régime de la polygamie, qui diffèrent d’ailleurs d’un pays à l’autre. Ces procédures ont été, dans l’ensemble, peu efficaces, parce qu’elles se basent sur des critères d’ordre qualitatif, qui laissent une grande marge de manœuvre à l’appréciation des magistrats et des notaires chargés de leur application.

Cependant, aujourd’hui, dans la majorité des sociétés islamiques, la polygamie est sur le déclin, du fait de nombreux facteurs, dont les conditions socio-économiques plus difficiles et le niveau d’éducation plus élevé. Elle concerne, le plus souvent, moins du dixième des foyers, et est plus répandue en milieu rural qu’urbain. Son taux est particulièrement élevé dans les familles aux revenus modestes, et au faible niveau d’éducation, alors qu’elle diminue de manière considérable, au fur et à mesure que le niveau de revenu et d’éducation du chef du foyer augmente. ( 4) Depuis quelques années, elle retrouve une nouvelle vigueur dans certains pays, du fait de sa promotion par les groupes fondamentalistes.
La polygamie en question

La polygamie se justifie-t-elle dans le monde musulman, en ce début du 21e siècle ? Les associations de défense des droits des femmes répondent par la négative. Elles soulignent ses effets néfastes sur la femme, les enfants et la vie quotidienne au foyer, lorsque le mari prend une nouvelle épouse. De plus, la polygamie réduit de manière considérable les ressources du foyer, quand le même revenu du mari doit être redistribué de manière équitable entre plusieurs épouses et leurs enfants. La communauté elle-même se trouve concernée, parce que des femmes et des enfants en grands nombres se retrouvent abandonnés sans ressources et sans abri, par un mari et un père parti vivre avec sa nouvelle femme.

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, (5) voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. (6)
Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie.

Le statut juridique de la polygamie

Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » (n° 4) du Coran énoncent les règles de base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane :
« 3. Si vous craignez de n’être pas équitables en matière d’orphelins… alors épousez ce qui vous plaira d’entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr moyen d’échapper à la partialité. »

« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du moins, n’allez pas jusqu’au bout de votre penchant, jusqu’à laisser la (défavorisée) comme en l’air. » (7)

Pour bien saisir le sens de ces versets, et l’importance des règles qu’ils instituent, il faut les replacer dans le contexte de l’époque de leur Révélation.
En Arabie, avant l’Islam, les tribus étaient souvent en conflit, et subissaient de lourdes pertes en hommes. Il en résultait, au niveau de la communauté, un excédent de femmes en état de se marier, par rapport aux hommes. En fonction de leur libido, de leur état de santé et de leurs moyens financiers, les hommes avaient pour habitude d’épouser autant de femmes qu’ils le voulaient, ce qui aidait à résorber une partie de cet excédent.

La polygamie, qui était pratiquée sans aucune restriction, à l’époque, répondait ainsi à un besoin social, même si ses adeptes ne pensaient qu’à satisfaire leurs désirs sexuels personnels. Cependant, les épouses ne jouissaient d’aucun droit et servaient, avant toute chose, à satisfaire les désirs de leur mari. (8)

Par ailleurs, à l’époque de Révélation de ces versets, il y avait à Médine de nombreuses filles orphelines disposant de richesses personnelles, vivant sous la tutelle d’hommes qui envisageaient de les épouser pour mettre la main sur leurs biens. Mais, ces hommes se demandaient, malgré tout, en toute sincérité, si cela était compatible avec les enseignements de la foi à laquelle ils s’étaient convertis.

Le verset 3 s’inscrit dans le contexte de cette situation. Il décourage les hommes de tels agissements, leur recommandant de chercher d’autres femmes à épouser, en dehors de celles sous leur tutelle. Mais, il réforme à cette occasion le statut de la polygamie. Il plafonne à quatre le nombre maximum d’épouses par homme, et établit des conditions et des exigences que l’homme doit satisfaire, « de telle sorte que se marier avec plus d’une femme n’est pas donné à n’importe qui, n’importe comment. » (9)

La condition d’équité envers toutes les épouses

D’après les juristes, le verset 3 impose à l’homme la nécessité de réserver un traitement juste et égal à toutes ses épouses, dans tous les domaines, sur le plan matériel, en respectant scrupuleusement les droits de chacune, sans témoigner de préférence à aucune d’elles par rapport aux autres. S’il craint de ne pas pouvoir faire cela, il doit se limiter à une seule épouse. De telles règles constituaient une innovation fondamentale en Arabie.

Le verset 3 impose également au mari d’avoir des ressources financières adéquates pour subvenir aux besoins de plusieurs foyers, avant qu’il n’ait le droit de prendre plus d’une femme. Les capacités physiques et sexuelles du mari sont également des facteurs dont il doit être tenu compte.
L’islam n’encourageait donc pas la polygamie. Bien au contraire, il la restreignait, puisqu’il limitait, désormais, à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait prendre simultanément, et établissait la contrainte de l’équité à respecter.

Le verset 129 avertissait, pour sa part, les hommes qu’ils ne pourraient pas faire preuve d’équité (dans les sentiments qu’ils ressentiraient, en leur for intérieur), envers plusieurs épouses. (10) Mais il n’interdisait pas la pratique. Il appartenait à chaque homme de prendre ses responsabilités en la matière, de décider en son âme et conscience s’il serait capable de faire preuve d’équité, sur le plan matériel, et s’il serait capable de subvenir aux besoins de toutes ses femmes dans les conditions fixées par le Coran.

Justification de la polygamie dans des circonstances exceptionnelles
De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. (11) On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » (12)

D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. (13) De même, si l’épouse est stérile, ou si elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche d’avoir des rapports sexuels avec son mari, la majorité des auteurs pensent que le mari devrait pouvoir prendre une deuxième femme. (14)
Mais, tous les juristes soulignent que la pratique de la polygamie n’est légitime, en Islam, que lorsqu’elle est assortie des conditions et des limites prescrites dans le Coran ; et uniquement lorsque ces conditions sont scrupuleusement et rigoureusement respectées.

Or, observe le philosophe Mortada Motahari à ce propos : « Pour être équitable, il faut dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l’esprit de toutes les conditions prescrites par l’Islam concernant la polygamie, est insignifiant. » (15)

Notes

(1) Mortada Motahari, « L’Islam et les droits de la femme », Ed. Al Bouraq, 2000, p. 305

(2) Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »

(3) Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, Paris, 2007

(4) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000

(5) Sisters in Islam, Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11 December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities

(6) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995

(7) Le Coran, Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris, 2002, p. 95 et p. 113

(8) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate » (fatwa sur la polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 91

(9) Mortada Motahari, ibid, p. 260

(10) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 93

(11) Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar’a” (L’Islam et les droits de la femme), Casablanca, 2000, pp. 88-92

(12) Mortada Motahari, ibid, p. 319

(13) Mortada Motahari, ibid, p. 324

(14) Muhammad Abduh, « ta’addud al-zawjate » (La polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, p. 87, 1ère éd. Beyrouth, (1972) et « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 95

(15) Mortada Motahari, ibid, p. 322

Voir également:

Le trafic de femmes, une source de revenus pour Daech
Le Figaro
06/11/2014

Un site d’informations irakien dit avoir mis la main sur une «grille de tarifs» à appliquer sur les marchés où sont vendues les femmes chrétiennes et yazidies. Des profits qu’empoche ensuite l’organisation terroriste.

De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats.

Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros).

Un marché aux esclaves à Mossoul
Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant.

Un marchand propose d’échanger une fille contre un pistolet. Un djihadiste est prêt à avancer 500 dollars pour une captive. Des combattants expliquent que le montant qu’ils sont disposés à offrir dépend du physique des femmes: celles qui ont les yeux bleus ou verts sont très recherchées. Ils recommandent aussi de vérifier l’état de leurs dents.

D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines.

Voir encore:

« Pour les djihadistes les femmes sont des esclaves sexuelles »
Tatiana Chadenat

19 août 2014

Les fanatiques de l’Etat islamique vendraient des captives pour 150 dollars. Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, nous en parle

En Irak et en Syrie les djihadistes de l’État islamique se sont emparés de vastes régions et y ont proclamé un califat. Ils capturent et « vendent les femmes pour une centaine de dollars », assure le porte-parole du ministère des Droits de l’homme irakien. S’il faut rester prudent, car les rumeurs pullulent et les combattants jouent sur une communication de la terreur, cette marchandisation semble vraisemblable. On fait le point avec Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, chercheuse au CERI.

Lefigaro/madame.fr. – La vente de femmes dénoncée par le porte-parole du ministère des Droits de l’homme Irakien est-elle réelle ?
Myriam Benraad. Elle est vraisemblable car depuis 2003, les djihadistes sont de mèche avec des réseaux de prostitution. Pour l’État islamique les femmes doivent être assujetties et déshumanisées. Les combattants les considèrent comme des objets commerciaux et sexuels. Ils les capturent, les enferment et en font des butins de guerre. Dans le califat proclamé, la femme n’est pas une citoyenne, mais une esclave domestique et sexuelle à la merci de son mari. Récemment, ils ont imposé le voile à Mossoul, dans le Nord de l’Irak et en Syrie. Ces hommes assassinent froidement des populations. Mais la situation des femmes était déjà très périlleuse en Irak depuis 2003.

Ces violences dénoncées aujourd’hui par le porte-parole du ministre existent depuis longtemps ?
Le sort des Irakiennes s’est dégradé progressivement depuis dix ans. Le porte-parole est courageux d’avoir condamné ses exactions. Mais il faut que cela soit suivi d’actes, car jusqu’à présent le gouvernement n’a rien fait pour les protéger. Jusque dans les années 1970, les Irakiennes avait des droits. Avec le premier embargo en 1990, il y a eu une régression juridique et sociale. Dans les provinces tribales, le crime d’honneur est apparu : une femme violée est tuée par son clan car elle a été souillée. Après l’invasion américaine en 2003, l’État qui leur garantissait un statut, s’est effondré. Sans État de droit, elles sont particulièrement exposées à la violence, et ne peuvent pas faire porter leur droit devant les tribunaux. Pendant les élections en avril 2014, il y a eu des candidates, des affiches de campagne qui essayaient de mettre en avant la parité, mais en réalité cela ne changeait pas le fond du problème, les femmes restent exposées. Avec l’État islamique on parle souvent du danger encouru par les minorités, rarement du sort des Irakiennes. Or, elles sont les premières victimes de la guerre, de l’occupation américaine et des djihadistes. Il ne s’agit pas seulement de celles issues des minorités yézidis et chrétiennes, mais de l’ensemble des femmes, sunnites et chiites.

Comment expliquer cette haine des djihadistes envers la femme ?
Une femme libre est le symbole de tout ce que les djihadistes détestent : l’Occident et la liberté. Les islamistes radicaux ont interdit le port du jean ou des vêtements qui laissent apparaître la chair car ils y voient une influence néfaste et mécréante de l’Occident. Ces extrémistes pensent qu’en les soumettant, ils reviennent aux bases de l’Islam. Mais c’est faux. Il n’est écrit nul part dans le Coran qu’il faut asservir, violer, assassiner… ou même imposer le port du voile. C’est un choix personnel pas une obligation. Là aussi, il y a dérive. Les djihadistes vont chercher n’importe quelle justification dans le Coran ou certains Hadith (les paroles prêtées au prophète Mahomet), pour légitimer leurs actions, l’asservissement et le meurtre. Ils opèrent un glissement des textes. C’est une interprétation absurde et meurtrière qu’il ne faut pas chercher à expliquer rationnellement car elle relève d’une dérive salafiste et radicale. Les femmes disposent pourtant de nombreux droits dans l’Islam. Khadija bint Khuwaylid, la première épouse du prophète Mahomet, riche et indépendante, a largement contribué à son succès.

Voir de plus:

Isis morale falls as momentum slows and casualties mount
Erika Solomon in Beirut
Financial Times
December 19, 2014

Flagging morale, desertion and factionalism are starting to affect the Islamic State of Iraq and the Levant, known as Isis, testing the cohesion of the jihadi force as its military momentum slows.

Activists and fighters in parts of eastern Syria controlled by Isis said as military progress slows and focus shifts to governing the area, frustration has grown among militants who had been seen as the most disciplined and effective fighting force in the country’s civil war.

The group hurtled across western Iraq and eastern Syria over the summer in a sudden offensive that shocked the world. Isis remains a formidable force: it controls swaths of territory and continues to make progress in western Iraq. But its fighters have reached the limit of discontented Sunni Muslim areas that they can easily capture and US-led coalition air strikes partnered with offensives by local ground forces have begun to halt their progress.

The US military announced this week that air strikes had killed two senior Isis leaders — though there has been no confirmation of the claim by the group — and on Friday Kurdish peshmerga fighters broke the jihadis’ five-month siege of Mount Sinjar in Iraq.

“Morale isn’t falling — it’s hit the ground,” said an opposition activist from Isis-controlled areas of Syria’s eastern Deir Ezzor province. “Local fighters are frustrated — they feel they’re doing most of the work and the dying . . . foreign fighters who thought they were on an adventure are now exhausted.”

An activist opposed to both the Syrian regime and Isis, and well known to the Financial Times, said he had verified 100 executions of foreign Isis fighters trying to flee the northern Syrian city of Raqqa, Isis’s de facto capital. Like most people interviewed or described in this article, he asked for his name to be withheld for security reasons.

“After the fall of Mosul in June, Isis was presenting itself as unstoppable and it was selling a sense of adventure,” a US official said. He added that the dynamics have changed since the US launched air strikes in August and helped break the momentum of the Isis advance, which has helped stem the flow of foreign recruits — though he warned that the change of mood “doesn’t affect the hardcore people of Isis”.

Analyst Torbjorn Soltvedt, of Verisk Maplecroft, a UK-based risk analysis group, said morale may be taking a hit as militants grapple with the shift from mobile army to governing force.
« They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits »

“Before they were seizing territory, forcing armies in Iraq and Syria to retreat,” he said. “Now they’re basically an occupying force trying to govern.”

After flocking to Syria and Iraq during Isis’s heady days of quick victories, some foreigners may also be questioning the long, gruelling fight ahead.

Mr Solvedt said his organisation has had many reports of foreign fighters, including Britons, contacting family members and state authorities seeking ways to return home.

Isis members in Raqqa said the organisation has created a military police to crack down on fighters who fail to report for duty. According to activists, dozens of fighters’ homes have been raided and many have been arrested. Militants told a local journalist that they must now carry a document identifying them as a fighter and showing whether they are assigned to a mission.

An opposition activist in close contact with Isis fighters in Raqqa showed the Financial Times a document listing new regulations restricting jihadis’ behaviour. The paper, which could not be verified and which did not appear to have been issued in other Isis-held areas, warned that those who did not report to their offices within 48 hours of receiving the regulations would be punished.

“In Raqqa, they have arrested 400 members so far and printed IDs for the others,” the activist said.

The identification document for one fighter from the Gulf consisted of a printed form stating “name, location, section and mission assignment”, with his details filled in by hand.

“The situation is not good,” he grumbled, adding that fighters have become increasingly discontented with their leaders. He refused to give more details, saying only: “We aren’t able to speak the truth and we are forced to do useless things.”

Activists in Isis-held parts of Syria said many fighters in Raqqa were angry about being sent to Kobani, a small Kurdish town near the Syrian border with Turkey that has become a focal point for coalition strikes. The fighters argued that the town was not strategically important enough to justify the losses they were incurring. According to a December 7 report by the Syrian Observatory for Human Rights, a UK-based monitoring group with a network of activists across Syria, Isis lost about 1,400 fighters in 80 days of fighting. The US official said many Isis fighters have been killed in the town.

Foreign militants have often been the most active in major battles but opposition activists said as fighting intensifies, more demands are being made on local fighters who do not have deep-rooted loyalties to Isis.

Thousands of foreign fighters have flocked to Syria to help create an austere Islamic state harking back to the past. But as Erika Solomon, FT correspondent in Beirut, found out, they have retained their taste for modern-day snacks and gadgets. She spoke to Fiona Symon about what she discovered.

“They pledged allegiance to Isis so they could keep fighting the [Assad] regime and not have to go against Isis,” the Deir Ezzor activist said. “They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits — high salaries, a comfortable life, female slaves.”

Another problem, locals said, may be a rise in tensions among ethnic groups. Many fighters apparently group themselves by ethnicity or nationality — a practice which undermines Isis’s claim to be ridding Muslims of national borders.

A widely publicised example was a clash between Uzbek and Chechen fighters in Raqqa in early November over control of some villas near the captured Tabqa air base.

“Just like the Uzbek and Chechen issues in Tabqa, we are having similar issues in Manbij with the Tunisians,” said an activist in Syria’s northern city of Manbij. “They won’t let some of the highest level security members [of other nationalities] on to their bases.”

Residents in Raqqa also said they have seen growing signs of discontent. One man recalled a speech at the Fardous mosque last Friday by a Tunisian cleric who often appears in Isis videos.

“He urged the brothers to put aside their disputes, and said all brothers should stay together as one hand,” the man said. “Now I realise why the preacher was saying this . . . Something is wrong.”

(A journalist in Isis-held territory contributed reporting to this article. The name has been withheld for safety reasons.)

Voir enfin:

Discours d’inauguration du Musée de l’histoire de l’immigration
François Hollande

15 Décembre 2014

Présidence de la République française – Élysée.fr

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Défenseur des droits,

Madame la Présidente du Conseil d’Administration, chère Mercedes ERRA,

Monsieur le Président du Conseil d’Orientation, Cher Benjamin STORA,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames, messieurs,

Je suis fier d’inaugurer aujourd’hui le Musée de l’Histoire de l’Immigration et de rappeler le rôle qui est le sien, dans nos institutions culturelles et éducatives.

Il s’agit de comprendre notre histoire pour aller vers l’avenir. Fernand BRAUDEL avait eu cette formule dans son dernier livre : « définir le passé de la France, c’est situer les Français dans leur propre existence ». Telle est la vocation du Musée national de l’Histoire de l’Immigration, rendre aux immigrés la place qui leur revient dans le récit national et se donner ainsi les moyens d’aborder de façon sereine la question toujours posée de l’immigration.

La vocation de votre musée est de montrer le processus continu par lequel la Nation a intégré les populations d’origine étrangère et a su préserver son unité tout en reconnaissant la diversité des origines et des cultures. Ce musée est plus qu’un symbole. C’est un message de confiance dans l’histoire de notre pays mais aussi dans ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire.

La France est un vieux pays d’immigration, l’un des plus vieux pays d’immigration d’Europe. Commencée dès la deuxième moitié du XIXème siècle pour répondre aux besoins de ce qu’on appelait la première révolution industrielle, l’immigration s’est poursuivie tout au long du XXème siècle et s’est amplifiée avec la reconstruction du pays après la guerre, avec la décolonisation et enfin avec la mondialisation. Aujourd’hui un Français sur quatre a au moins un grand parent étranger. Evoquer l’histoire de l’immigration, c’est évoquer l’histoire de France, c’est l’histoire, c’est notre histoire.

Et pourtant, jusqu’à récemment, l’immigration n’apparaissait que faiblement dans les manuels scolaires. Elle n’était guère présentée comme une chance pour notre récit national et était souvent ignorée des Français y compris même de ceux qui en étaient issus. Elle n’avait pas de lieu de mémoire, pas de lieu pour partager les histoires familiales pour retrouver les récits, pour suivre les parcours qui avaient fait que des hommes, des femmes, des familles étaient venus s’échouer ici en France pour mieux réussir.

Il fallait donc une initiative, et je veux rendre justice à Lionel JOSPIN d’avoir dès 2001, pris conscience de cet étrange oubli, et d’avoir eu la volonté de le réparer en proposant la création d’un musée de l’immigration. Ce projet s’est poursuivi sous la présidence de Jacques CHIRAC, qui a chargé Jacques TOUBON de la responsabilité de faire aboutir cette belle entreprise. Le Palais de la Porte Dorée, qui avait connu son heure de gloire d’une époque dépassée, fut choisi. C’était en 2004. Ce lieu qui avait été celui de l’exposition coloniale, allait devenir le musée de toutes les immigrations, de toutes les fiertés après avoir été ce lieu où des peuples avaient exposé devant le colonisateur, leurs plus belles réussites. Le Musée national a finalement ouvert ses portes en octobre 2007, c’était il y a 7 ans.

Sept ans c’est long pour une inauguration officielle. Il fallait qu’elle soit suffisamment réfléchie pour qu’elle puisse avoir lieu aujourd’hui, comme si l’immigration devait être toujours un sujet difficile dont il vaudrait mieux ne pas parler, ou alors avec certains mots et dans certaines circonstances. Mais le principal, c’est qu’aujourd’hui ce musée soit là et que la France soit dotée d’une institution destinée à conserver et à mettre en valeur le patrimoine de l’immigration, à montrer, à mesurer l’apport des immigrés et de leurs descendants, leur apport à la Nation. Par le sang versé, par le travail, par le talent, par la réussite. Ce Musée a une double volonté : la reconnaissance de toutes ces origines, de tous ces parcours, de toutes ces nationalités et en même temps, le rassemblement dans un même projet, celui de la France.

Je tiens à remercier les équipes de l’établissement qui, malgré les vicissitudes, ne se sont jamais découragées. Les efforts ont porté leurs fruits : l’exposition permanente aura vu passer 500.000 visiteurs depuis 2007. Deux mille enseignants viennent s’y former chaque année. Et les chiffres de fréquentation ne cessent d’augmenter grâce aux expositions temporaires qui s’y succèdent.

Ce musée doit être à la hauteur de l’ambition qui était celle de ses concepteurs, ce qui suppose à mes yeux de réaffirmer sa dimension culturelle et scientifique. C’est un lieu où il convient de mener un travail, un travail long, un travail obscur parfois, un travail de mémoire. Il convient de lui donner les moyens qui jusqu’à présent ne lui ont pas été accordés. C’est pourquoi une augmentation de près d’un million d’euros sera effective dès l’année prochaine, pour parvenir à un doublement de son budget en 5 ans.

Mais ce qui fait l’originalité, la spécificité de ce musée, c’est d’être à la fois une référence en matière de recherche, un espace de débat et une expression de la diversité, de la multiplicité de toutes les migrations, pour qu’il puisse y avoir cette mise en valeur des souvenirs, des mémoires ici rassemblées à travers ces objets familiers. Je remercie les donateurs qui ont fait en sorte de pouvoir par un instrument de musique, une machine, une étoffe, démontrer le lien qu’ils avaient avec la France et avec aussi leur pays d’origine. Comme si le pays d’origine venait ici s’offrir au pays d’accueil, c’est-à-dire à la France.

Comme la mémoire individuelle, la mémoire d’une Nation est capricieuse, tantôt elle est ingrate, tantôt elle est généreuse. Elle a ses propres rythmes et regarde trop souvent le passé avec les yeux du présent. C’est pourquoi nous avons besoin des historiens, c’est leur rôle. Ce sont eux qui nous rappellent que l’immigration fut à la fois le produit de nos propres nécessités, de nos propres besoins, j’entends par là ceux de la France, et en même temps des convulsions de l’Histoire, qui ont fait que des femmes et des hommes sont partis de très loin pour venir s’établir ici. D’abord ce furent des ouvriers, ce fut le labeur qui fut la justification de l’immigration.

Les premiers vinrent de tout près, ce furent les Belges, dans l’industrie textile du nord. Puis les Italiens dans l’industrie lourde de l’Est, les Polonais dans les mines. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins, les Africains, qui contribuèrent à leur façon à la reconstruction du pays, à sa croissance à ce qu’on a appelé les trente glorieuses. Au bout de 30 ans après la guerre, on a estimé que ces forces-là auront construit l’équivalent d’un logement sur deux, d’une machine sur sept, et de 90% des autoroutes de notre pays.

Les crises des années 70 paradoxalement n’ont pas tari les flux, parce que les entreprises continuaient d’appeler de nouveaux immigrés, qui venaient chaque fois de plus loin pour pouvoir occuper des emplois que nul ne voulait occuper. Ce mouvement ne s’est arrêté que récemment.

Enfin la décolonisation poussa des populations jusque-là intimement liées à la France à venir y travailler. Je veux saluer ici, le Président Abdou DIOUF qui jusqu’à récemment était le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et qui est là pour nous rappeler ce lien qui unit les pays autrefois dans la communauté française, et qui aujourd’hui ont un lien qui demeure avec la France, et qui parlent en français. Ces populations venaient de cette Afrique, de ce Maghreb, et considéraient qu’elles avaient le droit de venir, ici. Elles avaient le droit parce que l’histoire leur rappelait le rôle qui avait été celui des plus anciens, ce qu’on appelait les « troupes coloniales », et qui étaient venues sauver la France. Ces troupes venaient de partout. Parmi les « Poilus » de 14-18, on comptait ainsi 180.000 Algériens, 60.000 Tunisiens, 37.000 Marocains, 134.000 soldats d’Afrique noire, 34.000 Malgaches. C’était l’empire qui était venu sauver la France.

Comment oublier 30 ans après, les 100.000 soldats africains de l’Armée de De LATTRE, qui accomplirent le débarquement de Provence, les tirailleurs sénégalais, les goumiers, les tabors, les spahis, les zouaves. Comment oublier les résistants de la MOI (Main d’Œuvre Immigrée), juifs, arméniens, les martyrs de l’affiche rouge chantés par Aragon.

Comment oublier le dernier Poilu, Lazare PONTICELLI, né en 1897 dans un petit village en Italie. Il n’était même pas français lorsqu’il s’était engagé dans une unité étrangère à 17 ans, en trichant sur son âge. En 1939, il avait demandé à être naturalisé pour participer à la seconde guerre qui venait d’être déclarée. C’était finalement plus qu’un symbole que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration l’ait invité à célébrer son 110ème anniversaire ici-même. Tous s’étaient battus pour la France, mais pour une certaine idée de la France. Pour la France universelle, la France ouverte au monde, pour la France capable de promouvoir des idéaux de progrès. Cette France qu’ils voulaient rejoindre pour la servir, cette France qui était la terre espérée de ceux qui ont fui tout au long du 19ème et du 20ème siècle, les massacres, les pogroms, les guerres, les dictatures, et qui trouvèrent dans notre pays un refuge pour fonder leur foyer.

C’est une grande réussite de ce musée que d’évoquer toutes ces mémoires, de nous rappeler que les immigrés, les enfants d’immigrés ont apporté à la science française, à la physique à la chimie, aux mathématiques. Combien de Prix Nobel et de récompenses glorieuses, de Marie CURIE (qui s’appelait de son nom de jeune fille Maria SKLODOWSKA), à Arthur AVILA, franco-brésilien, qui a reçu la médaille Fields de Mathématiques. Tous ces étrangers, tous ces immigrés qui ont fait la fierté de la France dans les domaines qui paraissaient les plus inaccessibles. S’il fallait livrer ici tous les noms de ces milliers d’étrangers, d’immigrés, d’enfants d’immigrés devenus célèbres dans le cinéma, dans la littérature, la peinture, la musique, le sport et la mode. Je veux ici saluer cette belle exposition sur la mode. La mode fait partie de l’excellence française, la mode fait rayonner la France et nous donne à chaque fois la conviction que nous avons tout inventé. Cette mode, nous en savons maintenant toutes les origines, toutes les provenances, ce sont le plus souvent des créateurs, des créatrices qui ont permis à la France d’être toujours en avant-garde, toujours admirée, toujours reconnue. Voilà ce que montre ce musée, que notre réussite, la réussite la plus flamboyante de la France, elle est celle de tous les Français, et donc de tous ceux qui nés ici ou nés ailleurs, ont donné ce qu’ils avaient de meilleur pour la création, pour l’entreprise, pour l’innovation, pour la recherche, bref, pour la France.

Ce musée national est l’hommage de la Nation à ces millions de gens, qui sont venus en France, qui y ont donné le meilleur d’eux-mêmes et dont les enfants sont pleinement devenus Français et qui en même temps veulent que leur histoire, que leur parcours, que leur diversité, leur singularité et leur origine puissent être reconnus par la République, par celle qu’ils ont voulu servir et à laquelle ils ont profondément adhéré.

L’histoire de l’immigration rappelle néanmoins qu’elle fut toujours l’objet de controverses.

La présence de personnes étrangères a toujours suscité à toutes les époques de l’inquiétude, de la peur, de l’appréhension, surtout quand aux différences de langue, de culture, s’ajoutent des différences de couleur et de religion. Il y a toujours eu des démagogues, pour les attiser, pour utiliser les manquements aux règles communes – qu’il faut déplorer, pour justifier le rejet et démontrer qu’il y en a qui ne s’assimileront jamais. L’exploitation des questions migratoires jusqu’à la tragédie, n’est donc en rien une nouveauté et c’est ce que montre la recherche historique.

Dès août 1893, à Aigues-Mortes, des Français excités par d’absurdes rumeurs, avaient massacré des travailleurs italiens, parce qu’ils venaient prendre des emplois, occuper des villages et finalement mettre en cause les équilibres de telle ou telle famille. Puis la boue antisémite s’est déversée lors de l’affaire DREYFUS.

Les archives de ce musée sont pleines de témoignages dans lesquels des pseudo-scientifiques, mais de vrais idéologues tentaient de démontrer pourquoi les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Arméniens ne pourraient jamais être assimilés par la société française.

Dois-je évoquer la période si noire de la collaboration, le déchaînement des haines, les délations, les compromissions ? Puis la guerre d’Algérie qui déchaîna d’autres passions ? Les années 60 furent aussi des années de violence, des ratonnades. Les années 70 avec – on ne s’en souvient déjà plus, des attentats racistes, des assassinats ? Chaque époque fut marquée par des violences et des intolérances. On pourrait se dire que le pire est passé. Il y a toujours cette récurrence, il y a toujours ce retour.

Certes, il n’y a rien de neuf dans les discours, mais les contextes changent. Les étrangers sont toujours accusés des mêmes maux : venir prendre l’emploi des Français, bénéficier d’avantages sociaux indus quand bien même les études les plus sérieuses montrent qu’ils contribuent davantage aux comptes sociaux qu’ils n’en bénéficient.

Ce sont toujours les mêmes préjugés, les mêmes suspicions qui sont invariablement colportés. Mais le fait nouveau, et nous devons le regarder en face, c’est la pénétration de ces thèses dans un contexte de crise, qui paraît interminable, et d’une mondialisation qui est elle-même insaisissable. C’est là que réside le fait nouveau, le doute qui s’est installé sur notre capacité à vivre ensemble. Est-ce que la France sera encore la France ? Est-ce qu’elle sera en mesure d’intégrer, d’absorber, d’assimiler, de prendre le meilleur et d’éviter le pire ? C’est cette question qui taraude beaucoup de nos compatriotes. C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées.

Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration.

Le musée restitue le parcours de ces millions d’exilés dont la plupart ont fait souche dans notre pays pour devenir français soit directement par la naturalisation. Le musée montre bien les actes qui ont été ainsi posés, ainsi délivrés. On m’a rappelé cette reconnaissance de l’artiste à qui l’on demandait si elle voulait une décoration. « La décoration ? », a-t-elle répondu, « c’est mon acte de naturalisation, me faire devenir français c’est la plus belle reconnaissance que pouvait m’accorder la République ». Il y a aussi par la succession des générations, le droit du sol, le fait que ces descendants d’étrangers sont devenus des citoyens français, pleinement français, et donc pleinement citoyens.

C’est ainsi que les immigrés d’hier et les enfants se sont fondus dans notre société, et en même temps que s’est enrichie à chaque étape, à chaque période leur contribution. Voilà ce message que le musée transmet : avoir confiance dans notre histoire pour être capable de regarder le présent avec suffisamment de sérénité, de responsabilité et de force pour ne pas nous laisser emporter là où ne voulons pas aller. Les enfants des immigrés dépeints comme inassimilables hier, sont devenus des patriotes sans avoir jamais à renier leurs origines. Parce que depuis 150 ans, la République n’est pas liée aux origines, c’est l’adhésion à un projet commun. Renan, dans sa fameuse conférence de 1882, affirmait que l’existence d’une Nation était un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu était une affirmation perpétuelle de la vie. Savoir tous les jours que nous sommes Français, vouloir être Français, être pleinement conscient que de vivre en France, c’est une somme de devoirs et de droits. De GAULLE, lui-même, ne disait pas autre chose en disant qu’« Est Français celui qui souhaite que la France continue ». Continue dans sa marche, continue dans son destin, continue de porter le progrès, continue d’être à la hauteur de l’idéal qu’elle porte.

Pour y parvenir, l’école joue un rôle fondamental. Elle reste le creuset de l’intégration. Elle est de plus en plus sollicitée. L’école à qui l’on demande à la fois de former, avec une transmission du savoir exigeante et en même temps d’accueillir, d’accueillir parfois des enfants qui n’ont jamais été dans leur famille éduqués dans une autre langue que leur langue d’origine. On demande beaucoup à l’école, on lui demande aussi de faire en sorte que tous les enfants soient dans les mêmes conditions d’égalité. Les réussites scolaires en matière d’intégration sont multiples. Je veux saluer les enseignants qui s’y dévouent et qui parviennent à chaque fois, à chaque année qu’ils ont à recevoir des enfants, à les porter au plus haut niveau. Mais nous devons aussi regarder les échecs. Ils sont là : les décrochages concernent principalement certains quartiers et certains jeunes. Notre premier devoir est de tenir la promesse de l’égalité républicaine. C’est pourquoi la révision des cartes de l’enseignement prioritaire, les moyens donnés à l’éducation nationale, sont des leviers essentiels si nous voulons aller toujours vers une intégration réussie.

De même la lutte contre les discriminations qui existent dans l’orientation, dans la formation, dans l’accès à l’emploi, doivent être également combattues.

Le second pilier de l’intégration, c’est la laïcité. Elle est proclamée. Elle doit donc être enseignée, traduite en principes simples, intelligibles. La laïcité n’est ni la lutte contre la religion, contre une religion. La laïcité n’est pas la suspicion non plus à l’égard de telle ou telle communauté. La laïcité est une école de respect, de la règle commune, une reconnaissance de la liberté de croire ou de ne pas croire. Cette laïcité, nous devons l’ériger en valeur fondamentale mais nous devons aussi faire en sorte qu’elle puisse être, pour chaque jeune, non pas un concept mais une manière vivre, de respecter l’autre, de pouvoir être pleinement lui-même tout en étant entièrement dans la République. La laïcité n’est pas simplement un principe que l’on voudrait poser, c’est ce qui permet dans les actes de la vie quotidienne de savoir ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de montrer ou de faire.

Nous devons faire en sorte que la laïcité soit célébrée partout le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905, et en particulier dans les écoles où désormais est affichée la « Charte de la Laïcité ».

Traiter de façon républicaine la question de l’immigration, c’est imposer la vérité des faits mais c’est aussi nous obliger à agir.

La vérité, c’est de ne rien ignorer des tensions, des difficultés et des risques. L’obligation d’agir, c’est d’aller jusqu’au bout de l’intégration, de traiter avec fermeté aussi et humanité, l’immigration clandestine mais de mieux accompagner l’immigration régulière. Agir, c’est être convaincu que la République doit être sûre de ses principes, fière de ses valeurs mais ne doit jamais céder un pouce de terrain à la facilité et au repli sur soi.

C’est pourquoi, j’ai voulu que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme devienne une grande cause nationale. Parce que lorsque l’on a notre Histoire, que l’on porte nos valeurs, lorsque l’on a cette République qui nous rassemble tous, la France ne peut tolérer qu’un citoyen soit agressé pour sa religion, sa couleur de peau, ses origines.

Rien ne sera passé sous silence. Rien ne doit rester impuni. Rien de ce qui fait une insulte à notre République, à notre Histoire, rien ne doit pouvoir passer à côté de la punition qui est justifiée.

Certains s’interrogent sur la volonté des immigrés de s’intégrer – je l’ai dit, le thème n’est pas nouveau – d’autres dissertent sur la capacité de la France à accueillir ces étrangers qui sont là depuis longtemps, ou ces enfants d’étrangers qui sont devenus Français, et se posent la question de l’avenir même de notre identité. Il y en a même qui s’inquiètent de l’efficacité de notre politique migratoire à l’échelle de l’Europe et veulent la reconsidérer.

Nous devons répondre à toutes ces questions. Nous ne devons pas faire comme si elles devaient par principe ou par précaution être écartées. Car sinon, si nous n’avons pas cette franchise entre nous, nous laisserons la place vide pour des discours qui instrumentalisent la peur, la peur de la dissolution de notre pays, de la dislocation, de la disparition.

Vous savez, ceux qui rêvent d’une France en petit, d’une France de dépit, d’une France en repli, bref d’une France qui ne serait plus la France.

C’est pourquoi, nous devons lutter contre ces thèses au nom de la France, pour la France, pour une France qui sera non seulement à la hauteur de son Histoire mais capable de porter un grand projet, de bâtir un avenir, de forger un destin.

C’est pourquoi, au sentiment de dépossession qui est entretenu avec malice, pour ne pas dire avec malignité, il nous faut rappeler à chaque fois aux Français d’où ils viennent, quelles sont les valeurs sur lesquelles notre pays s’est bâti et où nous voulons aller ensemble.

La France est un pays qui porte plus qu’une histoire mais une ambition, qui ne conçoit son destin que dans l’ouverture.

Certes nous devons nous protéger contre toutes les menaces mais la France n’a été victorieuse que lorsqu’elle a été capable de se dépasser. Un pays comme la France n’a pas besoin d’haïr les autres pour aimer les siens. Un pays qui a confiance en lui-même et d’abord dans sa jeunesse. Un pays qui croit en la place de chacun, qui pense que l’éducation est la matrice de tout ce qui fait la citoyenneté, qui fait confiance à la culture pour permettre que chacun puisse s’élever au-delà même de sa condition. Un pays qui veut aller jusqu’au bout de la citoyenneté.

C’est sur ces bases-là que nous devons définir une politique migratoire. Elle est nécessaire.

D’abord, pour ne pas affaiblir les pays d’émigration qui doivent s’appuyer sur leur dynamisme démographique pour leur développement, sur les compétences de leur jeunesse, sur la présence de leurs élites. C’est pourquoi, nous ne pouvons plus regarder le Sud avec les mêmes yeux. Le Sud et notamment l’Afrique qui est un continent de croissance, de développement qui n’a pas besoin de laisser partir sa population, qui a besoin qu’on lui apporte nos investissements, nos technologies et également notre capacité à créer ensemble.

Nous devons aussi avoir une politique migratoire parce que les pays d’accueil ne peuvent pas, justement, accorder aux migrants, notamment à ceux qui sont persécutés dans leur pays, une place digne si les conditions ne sont pas réunies. C’est-à-dire une capacité à donner un avenir et d’abord un emploi.

Nous devons enfin avoir une politique migratoire pour lutter contre les trafics, contre tous ceux qui font commerce. Il y en a toujours eu dans l’Histoire des étrangers avec des réseaux criminels qui mettent en danger la vie des hommes et des femmes chaque jour. Près de 3500 sont morts depuis janvier dans les eaux de la Méditerranée, la route la plus dangereuse du monde.

Cette politique passe par l’Europe. Notre frontière, c’est Schengen. Cet accord est né de la volonté de remplacer des contrôles aux frontières nationales qui n’avaient plus d’efficacité par des coopérations uniques et sans précédent en termes de liberté, de sécurité et de justice. Et on voudrait faire éclater Schengen ? C’est assez facile, personne ne sait exactement ce qu’est Schengen. Peut-être que certains croient que c’est un personnage dont il faudrait rechercher au plus vite l’identité et la personnalité pour le traduire en justice. Mais Schengen, c’est justement ce qui a permis à tous les pays d’Europe de s’organiser pour justement contrôler l’immigration et avoir une coordination des politiques.

Faire éclater Schengen ? Faire disparaître Schengen ? Mais cela serait reculer, aboutir à rétablir des frontières, pays par pays. Peut-être est-ce pour créer des emplois que certains nous font la proposition, mais enfin généralement ce ne sont pas les fonctionnaires qui justifient leurs sentiments les plus doux et les plus accommodants.

Nous devons donc défendre ce principe et faire que l’avenir de l’Europe soit de bâtir avec l’ensemble des Etats du voisinage, une politique permettant – je pense à la Méditerranée et au-delà – de conjuguer, la gestion des crises, l’aide au développement, et les contrôles des mouvements de population.

La France sera à l’initiative dans les mois qui viennent, non pas pour défaire Schengen mais pour mieux assurer la sécurité à l’intérieur et le contrôle à l’extérieur, et pour mieux répartir les charges qui pèsent sur les Etats membres, en Europe.

Pour la France, où la question de l’immigration revient régulièrement, un devoir de vérité s’impose.

Depuis 10 ans, notre pays accueille environ 200 000 personnes par an, soit la proportion la plus faible d’Europe, rapportée, bien sûr, à notre propre population. 200 000, certains disent que c’est trop. Qui trouve-t-on ? 90 000 viennent au titre de l’immigration familiale, c’est notamment le cas des conjoints de citoyens français : va-t-on interdire un rapprochement dès lors que le lien a pu être vérifié ? Ce serait insupportable ! Ce serait même contraire aux principes du droit européen et même du droit international.

60 000 autres arrivent chaque année comme étudiants. C’est une volonté pour notre pays, c’est un enjeu d’accueillir les élites de demain, le temps de leur formation. Devrait-on préférer qu’ils se forment ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie ? Alors que tout le discours que je porte depuis deux ans et demi, c’est de dire que nous avons besoin de plus d’étudiants étrangers parce que c’est un investissement considérable pour la France, c’est une chance extraordinaire de pouvoir avoir les meilleurs talents, chercheurs qui viennent, ici, en France, étudier.

Que serait la France dans 20 ou 30 ans si elle ne les accueillait plus alors que le nombre d’étudiants dans le monde va doubler d’ici 2020 ? C’est la raison pour laquelle, les obstacles concernant les mobilités étudiantes ont été progressivement levés parce que la France doit attirer tous les talents du monde entier.

Il y a deux ans, il y avait une circulaire – je ne rappellerais pas le nom de son auteur, qu’importe- dont le seul objet était de limiter le droit au séjour des étudiants et des chercheurs. Cette circulaire a été abrogée mais notre réglementation est encore trop dissuasive. C’est pourquoi, le Gouvernement a créé les « passeports talents » ouvrant un droit à séjour de quatre ans qui seront délivrés de manière simplifiée et de plein droit dès lors que les critères prévus (les ressources, le niveau d’études, le contrat de travail) seront remplis. « Passeport talent », il ne s’agit plus là, d’étudiants, il s’agit de chefs d’entreprise, de cadres, de jeunes techniciens. Ils amplifieront le mouvement initié avec les visas « talents internationaux » qui ont permis une augmentation de 7% du nombre d’étudiants venant en France, et de 20% pour les chercheurs.

Curieux paradoxe, notre pays ! Quand un jeune Français va à l’étranger, on considère que c’est un exil, que nous n’avons pas pu le retenir. Quand un étudiant étranger vient en France, on viendrait le suspecter. Nous devons faire en sorte qu’il y ait plus d’étudiants français qui aillent aussi à l’étranger pour revenir ensuite et que nous puissions accueillir plus d’étudiants étrangers en France.

Puis, pour arriver aux 200 000, il y a l’asile, c’est-à-dire un droit constitutionnel qui fait partie de l’identité même de la France. Il n’est pas tolérable que notre système d’examen du droit d’asile fonctionne aussi mal. Le constat a été fait depuis longtemps. Plus de 18 mois pour avoir une réponse, on a réduit les délais déjà depuis deux ans mais nous devons encore accélérer parce que c’est un double risque que nous faisons courir.

Si le refus est prononcé, toute chance que celui qui est là depuis 18 mois essaie de se réfugier dans l’immigration illégale et si c’est pour une réponse favorable, pourquoi ne lui a-t-elle pas été communiquée plus tôt pour qu’il puisse pleinement s’insérer ?

Nous avons donc préparé un texte qui est en ce moment en discussion au Parlement qui va être voté – je crois avec une large majorité – pour réduire à 9 mois le délai pour traiter une réponse en termes de droit d’asile.

Quant à l’immigration économique, qui a été considérable, elle est devenue résiduelle dans notre pays. La présence de ceux qu’on appelle les travailleurs détachés et qui n’a rien avoir avec ce que l’on croit être l’immigration économique, mais plutôt un abus de situation – ces travailleurs détachés qui ne sont d’ailleurs pas en cause en tant que tels mais qui sont ceux qui viennent en France, de pays européens pour être moins payés parce que les cotisations sociales ne sont pas facturées aux employeurs.

Alors si nous devons respecter la libre circulation qui est un acquis fondamental de l’Europe, elle ne doit pas être détournée, dévoyée parce qu’aujourd’hui la question des travailleurs détachés fait que sur le plan politique il y a l’exacerbation de tensions et sur le plan économique il y a une concurrence déloyale.

Je ferai donc en sorte dans les prochains Conseils européens de clarifier cette notion de travailleur détaché et d’éviter tous les abus.

Trop de nos concitoyens issus de l’immigration se considèrent encore comme des étrangers, assignés à leurs origines. Et trop de nos compatriotes ont le sentiment qu’ils ne sont plus chez eux quand d’autres se placent en dehors des règles communes. Voilà la tension principale qui existe dans notre pays. Dans les deux cas, c’est la France qui est atteinte, qui est blessée. Nous devons donc réagir à cette double dislocation du pacte républicain pour que chacun se considère français en France et capable de vivre ensemble.

La République n’a d’avenir que si elle sait construire une politique de citoyenneté dont le principe est simple et clair : c’est l’égalité.

La République n’a d’avenir que si les droits et les devoirs sont rappelés à tous, quelle que soit leur nationalité.

La République n’a d’avenir que si aucun territoire n’est relégué, abandonné, oublié. Elle n’a d’avenir que si les quartiers ne deviennent pas des ensembles où vivent les mêmes populations dont la communauté de destin serait celle de leurs communautés supposées d’origines. C’est le sens de la politique de la ville : éviter les concentrations des mêmes sur les mêmes lieux, agir sur les causes des inégalités, multiplier les leviers d’insertion, offrir un avenir en termes de formation, d’emploi, d’accès à la culture.

Le sujet que nous avons à régler, c’est l’immigration d’hier et même d’avant-hier que nous avons à mieux appréhender, où le critère, d’ailleurs, n’est plus la nationalité mais la citoyenneté effective. Quant à l’immigration d’aujourd’hui – dont j’ai dit ici le caractère limité, elle doit être néanmoins accompagnée. C’est le sens du projet de loi sur le séjour des étrangers qui sera discuté au Parlement l’année prochaine. Toute personne qui arrivera en France, quelles qu’en soient les raisons –j’ai évoqué les sources de cette immigration- devra apprendre le français, être formé aux valeurs de la République, à ses règles, à ses usages, à ses droits, à ses devoirs.

Ce parcours d’intégration s’accompagnera de la remise de titres de séjour pluriannuels. A quoi sert-il de faire subir à des étrangers en situation régulière une attente interminable devant les Préfectures, les Sous-préfectures, pour le renouvellement de leur titre de séjour, comme pour bien les punir de ce qu’ils viennent réclamer : un titre de séjour. Ils l’ont déjà, c’est juste pour le renouvellement. Ils l’auront mais ils doivent attendre dans le froid, au petit matin, rien que pour leur montrer qu’ils ne sont pas vraiment, ici, bienvenus.

Ce n’est digne ni pour les fonctionnaires qui ont à traiter ces questions – je veux les saluer, ce n’est pas facile- ni digne pour les personnes ainsi traitées. A quoi sert-il d’instaurer une précarité inutile alors que ces étrangers ont déjà une activité professionnelle ?

Beaucoup d’étrangers, ce ne sont plus les mêmes, sont là depuis des décennies. Ils ont parfois gardé leur nationalité d’origine tout en étant parfaitement intégrés à la société française. C’était leur droit. Ils n’ont pas voulu changer de nationalité ou peut-être n’ont pas pu y accéder. C’est cette situation d’étranger depuis longtemps en France qui a justifié la revendication de leur ouvrir le droit de vote aux élections locales. Beaucoup de pays européens l’ont fait. Pour y parvenir en France, chacun en connait les conditions. Mieux vaut un langage de vérité si l’on veut éviter les passions ou les illusions. Rien ne peut se faire sans une révision de la Constitution, ce qui suppose, dans notre droit, une majorité des 3/5ème au Parlement. C’est-à-dire l’accord de toutes les forces républicaines. J’y suis pour ma part favorable, à elles de prendre leur responsabilité.

Ces difficultés – que nous connaissons depuis 30 ans – ne doivent pas nous empêcher d’agir pour favoriser l’autre versant de la citoyenneté, l’accès à la naturalisation. Il n’y a pas de meilleure preuve d’amour à la République que cette déclaration d’allégeance à ses principes et à ses valeurs. Dans le passé récent, certains ont été tentés de réduire le nombre de naturalisations, de compliquer ces procédures comme si devenir Français pour des étrangers qui étaient là depuis des années, qui avaient servi la France, constituait une menace. C’était encore une fois oublier, les vertus intégratrices de la République.

C’est pourquoi, j’ai demandé au Gouvernement, dès 2012, de fixer de nouveaux critères justes et transparents pour l’accès à la nationalité française. Des progrès ont été faits. Le nombre des naturalisations a augmenté mais il y a lieu, encore, d’accélérer les procédures, de les unifier sur le territoire et de bien fixer la nature des critères.

Je souhaite également que la République marque enfin sa reconnaissance à l’égard des vieux immigrés, ceux que l’on appelle les Chibanis. Beaucoup ont été recrutés, il y a des décennies, avec l’espoir d’un retour rapide au pays. Puis, ils ont fait souche dans le nôtre et ont contribué à sa construction.

A la France, ils ont donné leur jeunesse, leur labeur, leurs bras. Il est temps que l’on cesse de leur opposer des règles tatillonnes pour qu’ils ne puissent accéder véritablement à leurs droits ou à leurs prestations sociales.

Il est temps aussi que leur naturalisation soit facilitée, comme l’a proposé un rapport parlementaire. C’est la raison pour laquelle la loi sur le vieillissement, puisqu’il s’agit de travailleurs âgés, ouvrira la naturalisation de plein droit à tous les étrangers âgés de plus de 65 ans qui ont vécu plus de 25 ans en France et qui ont au moins un enfant français.

Il y a aussi les jeunes français qui veulent pleinement participer à la vie de notre pays. C’est toute la question de la représentation. Elle n’obéit pas à des logiques législatives, à des quotas ou des règles.

C’est une obligation pour toutes les forces politiques sociales économiques de notre pays. Faire en sorte que ceux qui parlent au nom des autres puissent ressembler aux autres. Faire en sorte que ceux qui décident pour les autres puissent être finalement comme les autres.

Ce travail-là doit être mené systématiquement parce que lorsqu’une représentation n’est plus fidèle à l’état d’une société, la société ne se reconnait plus dans celles et ceux qui les représentent.

C’est un grand enjeu. Des progrès ont été faits lors des élections locales – je sais que dans les entreprises, il y a également cette volonté – mais pourquoi y aurait-il cette facilité dans la culture, dans le sport et cette résistance dans nos institutions ou dans les entreprises ?

Bien sûr qu’il y a la méritocratie scolaire, et elle donne des résultats. Combien de jeunes qui sont de toutes les couleurs de la France ont réussi les meilleurs examens, obtenu les meilleurs diplômes ? Ils frappent à la porte, à leur tour, demandent leur part et à qui on demande plus qu’à d’autres d’attendre, d’attendre encore ? Eh bien non ! Il n’est plus temps d’attendre. Il faut que la société française puisse être représentée avec toutes les couleurs, toutes les forces, toutes les forces vives de la France.

L’immigration en France, c’est l’histoire de millions de personnes venues d’ailleurs, de très loin ou parfois de plus près qui voulurent un jour fondre leurs aspirations personnelles, familiales dans le rêve français.

C’est ainsi que notre histoire s’est faite. Notre pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans cette multiplication de talents et d’atouts. Bien sûr que cette immigration a suscité également tout au long de son histoire, frustrations, fractures, frictions, nous ne devons ni ignorer les talents ni occulter les peurs.

Cette diversité est une chance si nous savons la valoriser, l’enrichir, la dépasser, si nous savons affirmer une volonté commune de vivre ensemble, ce qui suppose une pleine adhésion à la République. Sinon c’est le piège de la division, la menace du communautarisme, la confrontation des cultures et donc, le racisme, l’antisémitisme, la détestation de l’autre.

C’est en prenant en compte ces risques qui sont là, dans la France du 21ème siècle, que nous ne pensions plus imaginer ou voir, c’est en prenant en compte ces risques que nous devons nous élever, pour faire en sorte que la Nation redevienne facteur d’espoir. La France doit avoir confiance dans la France.

C’est une responsabilité dont l’Etat a la charge pour garantir la cohésion et l’apaisement. Je l’ai dit, l’éducation en est la première condition mais l’école ne peut pas répondre à un défi aussi grand. Toutes les institutions sont concernées : les institutions publiques mais également les entreprises privées. La réussite de notre pays dépend de notre capacité à régler cette question de la citoyenneté et de l’immigration.

C’est aussi une responsabilité individuelle car l’histoire de l’immigration nous l’enseigne aussi. Vivre en France, c’est une chance. Elle doit être ressentie, comprise, saisie pour pouvoir être mise au service du destin commun.

Votre musée montre que cet espoir est possible puisqu’il apporte la preuve que des femmes et des hommes arrachés parfois dans la douleur à leur pays d’origine, qui ont connu bien des épreuves, ont été capables, sur notre propre sol, de donner le meilleur de leur vie, de faire en sorte que leurs enfants puissent être pleinement des citoyens et d’accomplir ce qui a été, un moment, leur destin.

L’histoire de l’immigration fait partie de notre histoire nationale mais la réussite de l’intégration déterminera notre destin national.

Votre musée, votre institution, votre Cité a l’immense mérite de donner à des générations d’immigrés la place qui doit leur revenir et de nous faire comprendre qu’ils ont fait le visage de la France.

Un visage qui a la couleur de la République. Celle qui unit, rassemble et fédère. Une Nation qui doit être fière d’elle-même et sûre de son destin. C’est quand la Nation est fière, quand elle sait où elle va et quand son destin est partagé que cette grande Nation qui s’appelle la France peut résister à tout pour faire le meilleur et conjurer le pire.

Merci.


Islam: C’est l’Apocalypse, imbécile ! (This is the final jihad: It’s the book of Revelation, stupid !)

18 août, 2014
Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l’abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme, ferma et scella l’entrée au-dessus de lui, afin qu’il ne séduisît plus les nations, jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu’il soit délié pour un peu de temps. Et je vis des trônes; et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image, et qui n’avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. C’est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n’a point de pouvoir sur eux; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel, et les dévora. Apocalypse 20: 1-9
C’est la lutte finale Groupons-nous et demain L’Internationale Sera le genre humain … Refrain bien connu
Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin: Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Vous savez discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps. Jésus (Matthieu 16 : 2-3)
Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
La possibilité d’une annihilation existe. Le projet sioniste entier est apocalyptique. Il existe dans un environnement hostile et dans un certain sens son existence n’est pas raisonnable. (…) Oui, je pense à Armageddon. C’est possible. Dans les vingt prochaines années, il pourrait y avoir une guerre atomique ici. Benny Morris
Dans l’Islam, de même que dans le Judaïsme et le Christianisme, certaines croyances portent sur une bataille cosmique marquant la fin des temps – Gog et Magog, l’Antéchrist, Armageddon et, pour les Musulmans chiites, le retour tant attendu de l’Imam caché, qui doit déboucher sur la victoire finale des forces du bien sur celles du mal, quelle qu’en soit la définition. Il est évident qu’Ahmadinejad et ses adeptes croient que ce temps est venu et que la lutte finale est déjà entamée, et même bien avancée. Bernard Lewis
Vous comprendrez d’autant mieux la perplexité de Jacques Chirac qui a entendu, un jour de 2003, George W. Bush lui expliquer qu’il fallait intervenir militairement en Irak, parce que Gog et Magog y étaient à l’œuvre. Quand il livre ses convictions les plus intimes sur la politique proche-orientale, George W. Bush ne pense donc pas au pétrole ou à des bases susceptibles d’accueillir ses GI. Il ne parle ni d’économie ni de géostratégie. Il réagit comme un croyant qui attend que se réalise une prophétie biblique… (…) Comme ni Jacques Chirac ni ses services n’ont compris la référence du président américain, Paris s’est mis au travail. George W. Bush appartenant à la mouvance chrétienne évangélique, l’Élysée s’est orienté vers les protestants de France, qui ont transmis la requête à Thomas Römer. Jocelyn Rochat
Dans le vocabulaire politique, l’expression « millénarisme » peut servir à désigner, de manière métaphorique, une forme de doctrine aspirant à une révolution radicale, qui aboutirait à la mise en place définitive d’un ordre social supposé plus juste, et sans commune mesure avec ce qui a existé jusqu’à présent. Dans cette acception, le terme a pu servir à qualifier aussi bien le communisme que le nazisme. Wikipedia
It is a series of images that come out of the Book of Revelation. There is a Millenarian idea, of an impending calamity, that something unspeakable is about to occur. (…) At the end of the First World War, these currents in poetry, from the romantic to the symbolist poets at the end of the century and the beginning of the new century, finally convert themselves into a series of political movements, which are mass movements against the idea of liberalism. They are movements of rebellion against the belief in the many instead of the one, against the idea that life should be divided into a series of spheres — the public and the private, the state and society, the civil and the religious — and at some level, in different ways, they are movements of rebellion against the idea of rational analysis. Instead, they are movements in favor of the one, the solid, the granite, of authority, as opposed to rational analysis — sometimes of mysticism, but in any case of authority. These movements were founded by Lenin, Mussolini, Franco, Hitler, the leaders of the Iron Guard in Romania, various figures from the extreme right in France, and through every single country in Europe in some version or another — the Bolshevik movement on the Left, all of the other movements on the Right. The movements were utterly different one from the other, and the Left and the Right hated each other, and sometimes the Right and the Right hated each other. But (…)  In all of these cases, the similarities consisted of a belief in a deep myth, the Ur myth of the twentieth century and into our own time. The name of this myth is the Book of Revelation. It is a variation on the themes of the symbolist poets. It takes the idea of transgressive rebellion, which the earlier Romantics had already come up with, of murder and rebellion as satanic acts of rebellion against liberal society, the conversion of this idea into the mythology that you see in the Book of Revelation, and then finally these political movements convert that same notion into political doctrines in this way. The story in the Book of Revelation says: There is a people of God; the people of God are being afflicted and polluted by forces from within their own society, who worship at the synagogue of Satan. At the same time, the people of God are being afflicted by cosmic foes from abroad. The people of God who are oppressed rise up in rebellion against these polluting forces from within and against the cosmic forces from abroad. The name of this war is Armageddon, and it lasts, according to St. John, the author of Revelation, one hour. And at the end of the war, with all of those foes dispatched, the reign of Christ is established and lasts a thousand years. It is a perfect, stable society with no polluting elements. It is the millennium. (…) But the totalitarian ideal also arose in two other versions, which were distinctly not European. The radical Islamist movement — that is, the notion of Islam as a revolutionary political movement, not just as a religion — was founded in 1928 with the Muslim Brotherhood in Egypt. The Pan-Arabist movement in its most radical version, the Baath, was founded formally in 1943 in Damascus. (…)  There is a people of God. The people of God should be described as the “true Muslims” in the case of the Islamists, or as the “true Arabs” in the case of the Baath. The people of God are afflicted by internal corruptors within Muslim society. These internal corruptors are the Jews or the Masons or the Muslim hypocrites. The people of God are afflicted by sinister external foes, Western imperialists or the worldwide Zionist conspiracy. The people of God will resist these internal foes and external foes in a gigantic war of Armageddon. This war will be the liberation of Jerusalem or it will be the jihad. Afterwards the reign of purity will be established and this reign of purity is described in the case of both of those movements in the same way: it is the re-resurrection of the Caliphate of the seventh century in the years after the Prophet Mohammed. The Caliphate is described by each of these movements in a slightly different way. For the Islamists, it means the reinstating of Shar’iah or Qur’anic law. For the Baathists the emphasis is secular; it is the recreating, the resurrecting, of the Arab empire when the Arab empire was on the march. Finally, these two movements have lacked for nothing in the realm of practical achievement – killing millions. In the last twenty years, several million people have been killed in the course of the Iran-Iraq war, which pitted one of these movements against the other — the mass human wave suicide attacks on the part of the Iranian Islamists against the cult of cruelty, and of chemical weapons on the part of the Baathists. It is estimated that between one and a half million and two million people were killed in Sudan; 100,000 are thought killed in Algeria over the last several years. (…) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years. Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?” And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy. It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things. All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions. Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis. The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas. The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists. I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas. Paul Berman

Attention: une lutte finale peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre deux parties de golf ou condamnations d’Israël, les autruches qui nous gouvernent semblent enfin prendre conscience de la menace djihadiste pour la planète entière …

Comment ne pas repenser, avec Paul Berman, au mythe qui, du communisme au nazisme et aujourd’hui à l‘islamisme, soutend l’ensemble de ces mouvements totalitaristes …

A savoir le mythe millénariste du livre de l’Apocalypse de Saint Jean ?

Terror and Liberalism
Paul Berman, Joanne J. Myers
Carnegie Council
April 15, 2003

Introduction

JOANNE MYERS: On behalf of the Carnegie Council I would like to welcome members and guests to our Author in the Afternoon program.

Today we are delighted to have Paul Berman, a writer who has been especially recognized for his penetrating philosophical perspectives on a vast array of social and cultural topics. His latest work, Terror and Liberalism, focuses on a subject that is generating a great deal of interest, as it is the first book to address the political/philosophical dimensions of the current conflict found in Islamic fundamentalism and on the War on Terror.

I have asked Jack Diggins to introduce Mr. Berman. Jack is a Distinguished Professor of American History at the City University of New York. He has also taught at Princeton, Cambridge, and the University of London. Jack has published a number of books dealing with American politics and history, including Up From Communism: The Liberal Persuasion; Arthur Schlesinger, Jr., and the Challenge of the American Past; The Promise of Pragmatism; The Rise and Fall of the American Left, and The Proud Decades, America in War and Peace, 1941-1960. Just by listening to these titles you can easily conclude that Jack has concerned himself with, among other things, American intellectual history, liberalism, pragmatism, and the American past and its influence on the present, which makes him the ideal person to introduce our guest today.

JACK DIGGINS: Thank you. I am very pleased to be here and to introduce my old friend, Paul Berman.

I came to know Paul many years ago when I was living on the West Coast and there was an essay in the Village Voice on the philosopher Sidney Hook. I thought I was the only person in the United States who admired Sidney Hook, but there was one other, Paul Berman. Hook was a leading philosopher of pragmatism and Marxism and became an ardent anti-communist, which in the 1960s was not politically correct, at least on the campuses.

And then, watching television, the Iraq war, the aftermath of the war, and seeing the scenes of fists in the air and anti-American statements and rumors of Baath police being lynched and the scenes of looting, I said to myself, “This is not going to bother Paul.”

Many years ago Paul was with me in California and said, “I’m going to take a trip to Tijuana.” At that time, if you went to Tijuana and parked your car for ten minutes, the tires were gone. But Paul came back just smiling and praising it as a land of moral solidarity and all the people with hearts of gold. I couldn’t help remember the last time I was there I was taken to the police station because I refused to pay a cop a $50 bribe for crossing the street the wrong way. But Paul is so much more optimistic than I am, and maybe he is right.

With the fall of Communism, he and I would debate every day, and I would side with Gorbachev and he would side with Yeltsin or anyone who let the whole system come down. Paul describes himself as a democratic socialist, but deep down he has an anarchist impulse and he does think that out of chaos will come freedom. I am a little bit more cautious.

But the fall of Communism was, as Daniel Patrick Moynihan said, the greatest peaceful transfer of power in modern history, and Paul was right about it, and perhaps he will be right about his position on the Iraq war.

Some people will be curious why I dedicated a book that is about the great prudent conservative President-statesman John Adams to a radical activist from the 1960s. People wonder if there is an incongruence there. But I would like to read you the last sentence of my acknowledgement: “In the 1790s John Adams reflected on events in France, in the 1980s Paul Berman on events in Nicaragua. Both faced the wrath of some of their own friends for telling us that a revolution without representation is destined to devour itself. Truth dared to speak before its time.”

Remarks

PAUL BERMAN: I’d like to thank the Carnegie Council for inviting me to speak and my dear friend, the slyly brilliant Professor Diggins, for this introduction.

I would like to offer ten propositions with which our present crisis could be observed.

1) In the nineteenth century, the belief arose that the secret of human progress had been discovered and had been proved to be correct. This secret was thought to be a belief in the many instead of the one, a belief that each aspect of life should be allowed to remain in its own sphere — the public and the private, the state and society, the religious and the civil. There was a belief that society ought to govern itself through rational analysis.

Many different philosophies and political movements expressed this idea. None of them, none of the large ones, expressed it fully consistently. Marx had some aspects of this idea. The French Revolution stood for some aspects and could not quite get the other aspects right. Thomas Jefferson stood for a very pure version of this idea and yet couldn’t quite straighten out the part regarding human slavery. Each separate movement in the nineteenth century, or in the early eighteenth century and into the nineteenth century, had some aspect of it and some contradiction which was yet to be worked out.

And yet, in spite of the contradictions, there was consensus about general principles which were seen to be working in some of the societies that we think of as the West and which were regarded by some people in all regions around the world as the secret of human progress universally, not just in the places where they were seen to be prospering at that moment.

There was among a very large number of people, a general feeling of underlying optimism, which you can see in many of the writers of the nineteenth century, in many of the doctrines that came to dominate political movements.

2) At the same time, there was reason to be suspicious of these doctrines. There was a whole series of criticisms about hypocrisies or inconsistencies or lies that were concealed within it. Marx was the great prophet of this.

But beyond these doctrines of suspicion, there were also some elements that not even Marx discussed, something that went beyond exploitation and hypocrisy. This could be seen by the late-nineteenth century in King Leopold’s war in the Congo or in German Southwest Africa at the turn of the century, where the very countries, Germany and Belgium, who were among the principal exemplars of the doctrine of human progress, were in some other aspect of their national activity somehow engaged in the most grotesque genocide. The combination of the sense of optimism and the genocidal atrocities, seemed to be beyond the capability of the liberal imagination to conceive.

In the First World War, these darkest aspects, which had already been visible in the Congo and in Southwest Africa, finally rolled back across Europe. What had been unimaginable throughout the nineteenth century finally took place in Europe itself, which was mass death on the most colossal scale, nine or ten million people killed for reasons that were ultimately unintelligible. Each country went into the war with a logical set of reasons instead of treaties and alliances. The final outcome was a catastrophe beyond that which anyone would have or did predict.

3) From the nineteenth century and onward, a series of rebellions against this prevailing liberal optimism arose. Some of these rebellions are particularly worth observing.

First, there was a rebellion within the romantic literary tradition, in romantic poetry. An important sign of this was Victor Hugo’s verse play Hernani in 1830, which already broached certain themes. The play ends with the attempted assassination of the King of Spain and a triple suicide. The theme of murder and suicide in the context of rebellion had already been broached.

Baudelaire picks up the same theme. In the second edition of The Flowers of Evil, the inscription mentions enrolling in the rhetorical school of Satan.

And, in fact, there is a religious subtext that underlies this notion of rebellion, which is the romantic cult of Satan, which, within the literary tradition, begins to mean a cult of murder and suicide as literary postures.

Later in the nineteenth century among the poets, the religious aspect of this rebellion, of this notion of transgressive rebellion against the existing order, takes a new form. You can see it in Rimbaud and in a marvelous version in the greatest of the turn-of-the-century Spanish-language poets, Ruben Dario.

This new version is not the cult of Satan. It is a series of images that come out of the Book of Revelation. There is a Millenarian idea, of an impending calamity, that something unspeakable is about to occur. You can see it in Yeats. This idea emerges as the new religious underpinning.

There is something self-ironic about the writers who were writing about Satan but there is nothing ironic or self-ironic about the writers who were drawing on images from the Book of Revelation.

At the end of the First World War, these currents in poetry, from the romantic to the symbolist poets at the end of the century and the beginning of the new century, finally convert themselves into a series of political movements, which are mass movements against the idea of liberalism. They are movements of rebellion against the belief in the many instead of the one, against the idea that life should be divided into a series of spheres — the public and the private, the state and society, the civil and the religious — and at some level, in different ways, they are movements of rebellion against the idea of rational analysis. Instead, they are movements in favor of the one, the solid, the granite, of authority, as opposed to rational analysis — sometimes of mysticism, but in any case of authority.

These movements were founded by Lenin, Mussolini, Franco, Hitler, the leaders of the Iron Guard in Romania, various figures from the extreme right in France, and through every single country in Europe in some version or another — the Bolshevik movement on the Left, all of the other movements on the Right.

The movements were utterly different one from the other, and the Left and the Right hated each other, and sometimes the Right and the Right hated each other. But what I am struck by is the similarities.

4) In all of these cases, the similarities consisted of a belief in a deep myth, the Ur myth of the twentieth century and into our own time. The name of this myth is the Book of Revelation.

It is a variation on the themes of the symbolist poets. It takes the idea of transgressive rebellion, which the earlier Romantics had already come up with, of murder and rebellion as satanic acts of rebellion against liberal society, the conversion of this idea into the mythology that you see in the Book of Revelation, and then finally these political movements convert that same notion into political doctrines in this way.

The story in the Book of Revelation says: There is a people of God; the people of God are being afflicted and polluted by forces from within their own society, who worship at the synagogue of Satan. At the same time, the people of God are being afflicted by cosmic foes from abroad.

The people of God who are oppressed rise up in rebellion against these polluting forces from within and against the cosmic forces from abroad. The name of this war is Armageddon, and it lasts, according to St. John, the author of Revelation, one hour.

And at the end of the war, with all of those foes dispatched, the reign of Christ is established and lasts a thousand years. It is a perfect, stable society with no polluting elements. It is the millennium.

Each of the movements that arose in the period after World War I found a new way to tell this story. There was always a people of God. The people of God were proletariat. The people of God were the children of the Roman wolf, the Italian people. The people of God were the Catholic warriors of Christ, according to the King in Spain. The people of God were the Aryan race.

There were always polluting elements from within society, such as the bourgeoisie, or the Trotskyite wreckers, or the Jews, or the Masons, or the Communists.

There were always external foes from abroad. These were the forces of capitalist encirclement, or Anglo-American imperialism, or what Heidegger described as the “pincer pressure” of the United States and the Soviet Union pressing on the people of Germany.

There was always going to be a war, which would be a war of extermination against these external and internal foes. This war would be the class war, or the crusade in Franco’s version, or the biological war in the Nazi version.

At the end was always the perfect society, which was pictured either as a sci-fi leap into the future or as a return to the golden age of the past, usually as some version of both.

The Communist version was a leap into the future, though if you read your Marx carefully, you understand that this is also a leap into the primitive Communism of the past. And in the Soviet version there are many references to the primitive Communist traditions of the Russian peasants.

All of the right-wing versions were variations of a slightly different sort.

Mussolini was going to recreate the Roman Empire, and when he marched on Rome in 1922, he organized his followers into legions. They were centurions marching on Rome. The Roman Empire was going to be recreated in a modern version. They weren’t going to go back to the ancient version. It was would be a modern version of the Roman Empire.

Franco was going to recreate the medieval Crusades of Spain at its greatest. He would do this in a modern version.

Hitler was also going to recreate the Roman Empire. The Third Reich meant the new Reich after the Roman Empire and the Holy Roman Empire. He would recreate the Roman Empire, but in an Aryan version instead of an Italian version.

And likewise, this cult of the ancient, the reestablishing of the ancient, was a leap into the future at the same time, a modernism.

The symbolist cult of the Book of Revelation is also a cult of ancient myth, which is a cult of modernism at the same time. If you want to see that artistically, picture some of Picasso, where he is evoking the ancient myths of the Mediterranean but in the most modern of ways.

5) All of these movements proposed impractical programs which were unachievable except in one way, which was through mass death. Mass death showed that these were movements of transgressive rebellion, not movements of reform, not conservative movements of reform or social democratic movements of reform, Left or Right, but movements that would break through the ordinary morality of behavior, thus would break through the existing world view.

The reassuring demonstration that one had really gone beyond the ordinary was a commitment to mass death. All of these movements failed completely in achieving what they stated to be their worldly aims, and in achieving mass death.

6) The liberal society which in its weaknesses and contradictions and inability to conceive of the dark in human nature, the liberal society which in some way had inspired these movements and against which these movements now arose in rebellion, also had a great deal of trouble in identifying what these movements were.

We are all too familiar with the failures of the left-wing Fellow Travelers, who could not understand Stalinism and could only understand it as an exceptionally advanced form of social democracy. But you can take examples of this kind of error across the spectrum.

I write about the French socialists of the 1930s, who were a deeply democratic and liberal, in my sense of the word, movement with an impeccable record of liberal democratic credentials going back into the nineteenth century, without any of the aspects of Bolshevism, Marxism, or Leninism. One has to remember that in the 1930s, the French socialists were the enemies of Nazism and of the Right.

And yet, the majority of the French socialists finally voted for Marshall Pétain because they could not get themselves to understand the nature of Nazism. They managed to tell themselves that Nazism was a legitimate movement, that the Germans did have grievances, that the Treaty of Versailles had been unjust, that Hitler might be raving but he was stating truths.

The French socialists in their majority faction certainly did not regard themselves as anti-Semites, and yet they asked themselves: “Every time somebody rails against the Jews, is it always an example of anti-Semitism?” The French socialists were, by definition, the enemy of financiers — “and weren’t some of the financiers Jewish?”

The French socialists finally thought that the great danger to France was represented not by Hitler and the Nazis but by the hawks in their own society. And who was the leading hawk? Unfortunately, it was their own leader, the leader of the minority faction, who had managed to get himself elected Prime Minister, Léon Blum, whose ethnic identity now became itself a source of much speculation.

With this kind of reasoning, the French socialists in the majority faction not only managed to vote for Pétain, but quite a few ended up joining his government, and in this way the impeccable liberal democrats of the French Left managed to convert themselves into fascists.

7) The progress of totalitarianism depends on and is inseparable from this kind of liberal naïveté. Without the cooperation of the Fellow Travelers with Stalin, without the French anti-war socialists in the case of Hitler, without the naïveté of any number of conservatives and democratic right-wingers in the case of a variety of fascists and Nazis, without the naïveté even of the United States with regard to Hitler straight through the 1930s, it would be inconceivable to imagine that these movements would have gotten very far.

So it is a mistake to think of the totalitarian movements as isolated. They existed in a dynamic, and part of the dynamic is the liberal naïve unwillingness to recognize them as what they are.

8) Totalitarianism arose in Europe in the fifteen years after the First World War. In the first twenty-five years, similar or identical movements arose on the other side of the Mediterranean too, in the Muslim world.

One of these movements was certainly Muslim Communism, which everyone forgets about. In the interpretation of the clash of civilizations, one would imagine that a Western movement like Communism would be inconceivable in what is called a non-Western society. In fact, Communism was a large and lasting movement.

But the totalitarian ideal also arose in two other versions, which were distinctly not European. The radical Islamist movement — that is, the notion of Islam as a revolutionary political movement, not just as a religion — was founded in 1928 with the Muslim Brotherhood in Egypt. The Pan-Arabist movement in its most radical version, the Baath, was founded formally in 1943 in Damascus.

These movements are conventionally seen as opposites. If you turn on the TV, you will see any number of people automatically saying that these movements have nothing in common; one is religious, the other is secular; they despise each other. And it is true that they have despised each other and have committed mutual massacres on a gigantic scale.

It is useful to point out the ways in which these two movements resemble each other. The totalitarian movements in Europe also were different one from the other, and sometimes were at war with one another, and yet there were underlying similarities.

In the case of Baathism and Islamism, these similarities are easy to see. There is a people of God. The people of God should be described as the “true Muslims” in the case of the Islamists, or as the “true Arabs” in the case of the Baath. The people of God are afflicted by internal corruptors within Muslim society. These internal corruptors are the Jews or the Masons or the Muslim hypocrites.

The people of God are afflicted by sinister external foes, Western imperialists or the worldwide Zionist conspiracy. The people of God will resist these internal foes and external foes in a gigantic war of Armageddon. This war will be the liberation of Jerusalem or it will be the jihad.

Afterwards the reign of purity will be established and this reign of purity is described in the case of both of those movements in the same way: it is the re-resurrection of the Caliphate of the seventh century in the years after the Prophet Mohammed. The Caliphate is described by each of these movements in a slightly different way. For the Islamists, it means the reinstating of Shar’iah or Qur’anic law. For the Baathists the emphasis is secular; it is the recreating, the resurrecting, of the Arab empire when the Arab empire was on the march.

Finally, these two movements have lacked for nothing in the realm of practical achievement – killing millions. In the last twenty years, several million people have been killed in the course of the Iran-Iraq war, which pitted one of these movements against the other — the mass human wave suicide attacks on the part of the Iranian Islamists against the cult of cruelty, and of chemical weapons on the part of the Baathists. It is estimated that between one and a half million and two million people were killed in Sudan; 100,000 are thought killed in Algeria over the last several years.

It is conventionally said that in these movements today we face nothing like Hitler or Stalin, but statistically this is not true.

9) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years.

Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?”

And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy.

It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things.

10) All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions.

Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis.

The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas.

The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists.

I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas.

Thank you.

JOANNE MYERS: I would like to open the floor to questions.

Questions and Answers

QUESTION: A fascinating rendition of history. The problem underlying all of these movements that have done so much damage in the world is that they are the result of liberalism. Liberalism, therefore, because of its very nature of considering a wide spectrum of good and evil, as opposed to taking a position on one side, is very negative and probably should be considered unacceptable in the war of ideas. Liberals have fomented some of the major problems in the history of the world.

I’d like your comments.

PAUL BERMAN: I agree with you up until your final conclusion. Liberalism in the broadest sense, the notion of a liberal society, does in fact generate these movements.

I am not the first to make that observation. In The Open Society and its Enemies, Karl Popper explains at length, in a book written or completed in 1943, a very evocative date, that the notion of freedom itself, which he traces back to Greece, inspires a rebellion of fear against it.

There is a relation between liberal society and its enemies, and that liberalism does inspire these movements of rebellion, and has inherently a difficulty in coping with them. If that is what you are suggesting, I agree completely.

We must recognize, first, that liberalism itself does bear some responsibility for the rise of these movements, and then bears a responsibility for failing to recognize them and to engage with them.

At a time of war people want to wave a flag and say, “these are the totally good guys and those are the totally bad guys.” I am with you on saying “those are the totally bad guys.” But about saying “these are the totally good guys” I have a moment of reservation.

QUESTION: Have you been in touch with fellow intellectuals in Europe? How do they respond to your thesis, they who have suffered from Nazism and Franco and Communism, and yet seem so naïve when it comes to understanding what the United States is trying to do to combat the dangerous ideologies in the Islamic world?

How can we find again a common basis with the Europeans and others, and with Muslims all over the world, to transform this Armageddon-directed Islamism, militant Islamism, into a more open society?

PAUL BERMAN: I’m sorry to say that in the current issue of the New York Review of Books I’ve been hanged by Ian Buruma, who takes the occasion to observe that he is Dutch-born and expresses a lot of resentment at some implicit analyses of contemporary Europe that he finds in my book. So there are some tensions.

I was at a conference in Paris last summer where the tensions between some of the American and European intellectuals were in fact quite great.

At the same time, my book occupies a strange place in this debate because it has already been criticized for being anti-European and having a naïve American nationalism implicit in it.

The ideas that I have just expounded, come, insofar as they aren’t my own, from Popper in some degree, from Albert Camus, and especially André Glucksmann, the French philosopher, who in his hugely unappreciated book of 1991, Le Onzième Commandement, which is his answer to Francis Fukuyama, lays out some aspects of this notion of the Book of Revelation as an Ur myth underlying modern totalitarianism.

I just had this same discussion with a reporter from Le Monde, who called to ask me if I wasn’t anti-European, based on what she had read about my book in the New York Review. I said, “I don’t think so because all my ideas are actually French, except that I have given them a different twist.”

The great chasm that has opened up between the United States and Western Europe, at least, is much more conjunctural, much more a matter of chance events, than it is anything deeper or structural. I disagree with Robert Kagan on this point. Much of it is the fault of George Bush and could have been avoided.

In France, before the Iraq war, a poll showed that 33 percent of the French supported the war. Of those 33 percent, most were on the Right, some were on the Left. But apart from the 33 percent, the polls showed consistently that the single most admired politician in France is Bernard Kouchner, who was a socialist, Mitterand’s Minister of Health, NATO Administrator in Kosovo, and long ago had been the founder of Doctors Without Borders. Kushner supported the war.

So if you figure that the most popular politician in France, who is a socialist, supported the war, 33 percent of the population supported the war, most of whom were on the Right, meaning that you could have got much support on the Left, all you had to do was convince 9 percent of the French to change their opinion and you would have had a majority of France in favor of the war. The popular support for the war in France is much above that in Spain, where Aznar did support the war.

If Bush had presented the arguments for the war along the lines that a Bernard Kouchner would have proposed, if he had argued for the war as a further extension of what NATO had done in the Balkans finally in the Kosovo war, he would have been able to carry that extra 9 percent in France, and if Chirac saw that even a small majority was leaning in favor of the war, he would have found a way to interpret the international situation rather differently.

World War II was an age of giants, of Roosevelt and Churchill. Today we have Churchill but we don’t have Roosevelt and we don’t have de Gaulle. I attribute the breach between the United States and Europe above all to these errors of Bush.

QUESTION: Would you give us your views on the modalities by which an ideological struggle can be conducted? It is difficult for outsiders to argue with or conduct an ideological debate with the Muslim world. An ideological debate must occur within a community.

PAUL BERMAN: First, it’s a mistake to regard Muslims as outsiders to the West. In many respects the intellectual capital of the Arab world is Paris and London, where you have the freest press and the most open debate. The leading philosopher of the most moderate, fairly reasonable wing of modern Islamism is a Swiss professor who is the grandson of the founder of the Muslim Brotherhood in Egypt.

Second, the founders of the Muslim totalitarian movements, the most important theoreticians, like Sayyid Qutb in the case of radical Islamism, or Michel Aflaq in the case of Baathism, are Western-educated intellectuals.

A quarter of my book is devoted to the writings of Sayyid Qutb, born in 1906, hanged by Nassar in 1966. During his many years in prison he wrote a gigantic commentary of the Qur’an. It looks strictly Islamic and Qur’anic, but if you sit back and look at the ideas, it’s not hard to recognize a bit of Heidegger, of existentialism, all of the familiar doctrines of modern European philosophy.

And this guy knew what he was doing. He did not come up with totally modern ideas strictly out of the seventh-century Qur’an. He did succeed in finding a Qur’anic language to express these ideas, but this writer does not live on a different planet or come from a different universe than the intellectuals of New York or Paris or London.

If my analysis is correct, I don’t mean to deny a distinctly regional and denominational aspect of Muslim totalitarianism. I am happy to acknowledge the differences between Egypt and Italy, or for that matter Egypt and its immediate neighbors. But if the fundamentals of my analysis are correct, then all of these movements reflect the intellectual currents of the twentieth century coming out of the nineteenth century, and it is a great mistake on our part to think that the intellectuals behind these movements are coming from a different universe.

So we can argue with these people directly. And we shouldn’t assume that they are not reading us or would not be willing to read us. I came on the works of Qutb prowling the Islamic bookstores of Atlantic Avenue in Brooklyn. There is every reason to think that the other people prowling those bookstores, who might have a different ethnic origin than my own, are nonetheless reading some of the same books that I am reading, and that the gap between us and them is not so great.

QUESTION: You describe the totalitarian forces as the people of God in their minds. Do you not think that this concept is slightly different in this context, because one could say that about an aspect of what is going on in this country? After all, there is a rather large segment of people in this country who have affected policy who call themselves the Christian Right. They believe in Armageddon, Revelation.

There is this aspect in what you would characterize as the liberalism force as also the people of God. Our President has said that God is on our side. This is slightly different from the analysis that you presented of all the other contexts.

PAUL BERMAN: An excellent question. I have two responses.

First, it is not true that everyone who calls himself a fundamentalist is the same. The mainstream of American Christian fundamentalism has, even if they allow themselves flights of fancy, political goals, such as prayer in schools, the end of the right to abortion, etc.

Maybe if they were given free rein, they would lose control of themselves and the goals would multiply. I don’t rule that out.

The mainstream of these people are not dreaming of abolishing the U.S. Constitution and replacing it with a theocracy. It’s a limited movement.

However, there are groups like the David Koresh cult and certain kinds of cults that arise on the fringe of the American Christian fundamentalist movement that have this idea. If you could picture one of those cults becoming a mass movement led by David Koresh, then you would have something much more like radical Islamism, or the Taliban.

One of Bush’s worst failures is that he is so locked into a conventional American understanding of Christianity and its role in American politics that he has no idea whatsoever how this plays in the rest of the world. He hasn’t the faintest idea that to European ears when he evokes God he sounds like a fascist. He knows he is not a fascist, and most Americans know that he is not a fascist, that he doesn’t want to overthrow the Constitution.

But the language he is using is not so different from a language that you can trace among American politicians way back into the nineteenth century and is well understood both on the Right and the Left.

So when we hear Bush invoking his Christian faith and saying “God bless America,” we shrug. But to many people around the world, in Europe especially, this is language that only a follower of Franco would use.

Bush has no idea how badly he has weakened the United States internationally by using this language and how badly he has weakened the struggle ideologically. After all, the most important thing that we want to do is persuade millions of people in the Muslim world that Islam is excellent but what they want to establish is a secular society which is not theocratic, which has the qualities of a liberal society, and that there is a fine and esteemed place for religion within it. Bush sounds like a Christian Crusader, exactly the worst fantasy of the Islamists and Baathists who are against the United States.

QUESTION: Paul, I would like to make a defense of liberalism. You’re conflating the failure of nerve of liberals in the 1930s to stand up against Hitler, and then later to see the treacheries of Stalin. But just because these movements identify themselves as opposition to liberalism is no discredit to liberalism.

How do you expect this next phase of our confrontation with the Islamic world to be a struggle of ideas? When has liberalism been able to persuade others to give up their ways? The liberal society of the North couldn’t even persuade the South to give up its ways. And in every encounter that liberalism has had in the twentieth century, it was a winning philosophy. Liberalism prevailed over fascism, over Communism, and what the Islamic world now faces is that they are isolated and in a state of desperation, backwardness and poverty.

Oscar Wilde said, “How do you reason someone out of what they have not reasoned into?”

PAUL BERMAN: They have not reasoned their way into it. When you read some of the theoreticians of these movements, you see that they are quite intelligent, and that people reasoned their way into fascism, Nazism, and Communism, and then they reasoned their way out of those movements.

In the case of Communism, the liberal world engaged in an excellent war of ideas, which, in Europe at least, meant that Communism collapsed, outside of Romania, in an entirely peaceful way, which is the ideal solution to the problem. And it was done largely through a war of ideas, that liberals of the Left and Right upheld their ideas. Liberal movements eventually began to spring up within the Communist societies, and some of the Communists themselves began to question their ideas in the face of these criticisms.

Communism has always contained something of a contradictory element, going back to Marx, who was partly wrong but partly right. The intellectual aspect of the Cold War in Europe was huge.

In the case of the Islamists and Baathists, again they are not so remote from us. Ultimately, they have to be reasoned with.

The whole history of totalitarian movements up to now has been one in which liberalism has finally triumphed, and so there is reason to feel some deep confidence about this. One actually has to go out and engage in this fight, which is largely intellectual.

There are two obstacles that exist, that make it difficult for us to engage in this fight.

One is a liberal naïveté, which has always been the case in regard to totalitarian movements, where one doesn’t want to believe that these movements are as bad as they are and one finds reasons for saying that they are reasonable and, therefore, not to take them seriously.

The other obstacle is the belief in the clash of civilizations, which attributes to the Muslim world an exoticism, that might lead us to suppose that we can’t argue with them because they come from another planet.

We must avoid the naïveté of failing to recognize what some of these movements represent and the dangers they pose and the crimes that they have already committed, and we must avoid the belief that there is no way we can speak to these people because they come from such a faraway place.

JOANNE MYERS: Thank you very much.

Voir aussi:

ISIL could pose threat to US, Europe, officials say

The group is now considered “the most potent military force” of any terrorist outfit in the world
Michael Isikoff
Yahoo News
August 15, 2014

U.S. air strikes not « breaking the threat » of ISIL: Pentagon

U.S. counterterrorism officials have dramatically ramped up their warnings about the threat posed by the Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL), concluding that the well-armed group is expanding its ambitions outside the Middle East and may be planning terror attacks against western Europe — and even the U.S. homeland.
ISIL’s conquest of vast swaths of Iraqi territory this spring and summer netted it a “significant” arsenal of U.S. weapons from two Iraqi military bases, including hundreds of tanks, heavily armored Humvees, assault rifles, and rocket-propelled grenade launchers, officials say. One U.S official tells Yahoo News ISIL is now considered “the most potent military force” of any terrorist group in the world.

Led by its charismatic chief Abu Bakr al-Baghdadi, the radical Islamist group is looking beyond its short-term goal of overthrowing the Iraqi and Syrian governments and replacing them with a self-proclaimed Islamic Caliphate. “We’re seeing an expansion of its external terrorist ambitions,” one U.S. counterterrorism official said in a briefing for reporters Thursday. “As its capabilities grow, it has attracted thousands of foreign extremists — some of whom are going home to start cells. As it carves out territory [in Iraq], it wants to go beyond that and do attacks outside. ” U.S. counterterrorism agencies had put the number of ISIL fighters at about 10,000, but that figure is now being reassessed and is likely to be raised, officials say.

Just four years ago the group, then calling itself the Islamic State of Iraq, was scattered and on the run from American forces, aided by Sunni tribes horrified by the group’s often grotesque violence. Its reign has been marked by summary executions, ritual stonings, beheadings and even crucifixions.

What fueled its resurgence? Officials say the group fed off Sunni resentment over the Shia-dominated government of Iraq’s Prime Minister Nouri al-Maliki, who announced his resignation Thursday night. It took advantage of the power vacuum in northern Iraq to seize large chunks of essentially ungoverned territory. It saw an opportunity in recruiting prisoners; in July 2013, its suicide bombers blew their way into the notorious Abu Ghraib prison, freeing up to 500 inmates, including al-Qaida leaders.

These demonstrable successes gave the group new credibility among jihadis around the world, especially after it joined the civil war in Syria and changed its name to ISIL. (It has at times also been known as ISIS, or the Islamic State of Iraq and Syria.) It has since changed its name again to the Islamic State after proclaiming itself a caliphate, the latest in a succession of Muslim empires dating back to the seventh century. Its ranks were soon swelled by foreigners, including hundreds of followers of the red-bearded Chechen militant Omar al-Shishani, a former Georgian army sergeant known for his deep hatred of America.

Concerns about terrorism spilling over from Syria and Iraq hit home in June when French police arrested an « armed jihadi » who had just returned from Syria in connection with the May 24 killing of four people — including two Israeli tourists — at a Jewish Center in Brussels.

Since then, authorities in Europe have broken up terror cells linked to ISIL, including one in Kosovo where officials this week arrested 40 suspects who had returned from Iraq and Syria—including some who had fought with ISIL — and seized weapons and explosives in dozens of locations.

ISIL and its followers have also proven adept at using social media, making a steady barrage of threats against the West, including the United States.

“Probably most striking are the threats on Twitter,” said a U.S. official who monitors the postings. “We’ve seen tens of thousands of postings by ten of thousands of people supporting ISIL, making threats to blow up U.S. Embassies. » One posting showed an ISIL banner apparently superimposed on an image of the White House.

It is still unclear how real those threats are, at least while ISIL is focused on its war with the Iraqi government. And the resignation of the deeply unpopular Maliki could allow for more U.S.-Iraqi cooperation in the fight against the insurgents.

But increasingly, officials say, ISIL has the perception of momentum. For the first time there are signs that some jihadis linked to al-Qaidaare expressing sympathy, if not allegiance, to ISIL — despite al-Qaida chief Ayman al-Zawahri’s disavowal of the group.

One thing ISIL does not lack is funds. The group has seized banks, accumulating vast amounts of cash and raking in more by selling oil and other commodities to smugglers. ISIL “is flush with cash. It has plenty of money. They control oil fields, they have refiners. They have hundreds of millions of dollars,” said one U.S. analyst at the Thursday briefing.

And it is exceptionally well armed. When ISIL forces assaulted two Iraqi military bases, Camp Speicher and Rasheed Air Base, in July, they got the keys to the kingdom — hundreds of millions of dollars’ worth of American tanks, armored personal carriers, howitzers and other equipment. ISIL fighters have posed for videos brandishing MANPADS, shoulder-launched surface to air missiles that can shoot down low-flying aircraft.

This undated file image posted on a militant website on Tuesday, Jan. 14, 2014, which has been verified and is …
“They’ve got enough supplies, equipment and ammunition to last them five years,” said John Maguire, a former top CIA officer in Iraq who retains close ties to the Kurdish regional government. Thanks in part to assistance from former Iraqi military officers who have defected to ISIL, “they know how to operate American equipment.”

What they also have, at least for the moment, is a de facto safe haven. Al-Baghdadi — who officials say sees himself as the true successor to Osama bin Laden — is believed to be constantly on the move. But ISIL appears to have established a headquarters in Raqqa in northern Syria, where the group’s black banners reportedly fly over administrative buildings.

Given that President Obama has placed sharp limits on U.S. airstrikes and confined them to Iraq, that effectively makes Baghdadi and his top deputies — almost all of whom were once in U.S. custody — off-limits to U.S. military action. The Raqqa safe haven “is a problem,” acknowledged one U.S. official.

The bottom line, U.S. counterterrorism officials say, is that new strategies are urgently needed to counter the surging ISIL threat. In the briefing for reporters Thursday, one senior official made the point in the most understated way possible: “We don’t assess at the moment this [the threat from ISIL] is something that will collapse on its own.”

Voir également:

TEA LEAF NATION
China Sees Islamic State Inching Closer to Home
Chinese media lights up after a Hong Kong weekly says IS aims to expand into Xinjiang.
Alexa Olesen
Foreign Policy
August 11, 2014

They’ve been grabbing headlines nearly everywhere else, but the jihadis of northern Iraq haven’t been getting much play in China. But a threat by the Islamic State (IS) of revenge against countries, including China, for seizing what IS calls « Muslim rights » appears to have changed all that. The comments were made in early July, but the news didn’t jump the language barrier from Arabic into Mandarin until August 8, when Phoenix Weekly, a Hong Kong-based newsmagazine widely distributed in China, made the IS revenge threats against China its cover story. Since then, the article has been widely syndicated on Chinese news websites and has gained traction on social media as well. Ordinary Chinese who may have felt distant from the carnage now feel it creeping closer to home.

The glossy cover of the Phoenix issue features a picture of masked gun-toting jihadis advancing through a desert landscape. The piece inside sounds the alarm over a July 4 speech in Mosul, Iraq, by IS leader Abu Bakr Al-Baghdadi in which he urged Muslims around the world to pledge their allegiance to him. It quotes Baghdadi saying that « Muslim rights are forcibly seized in China, India, Palestine » and more than a dozen other countries and regions. « Your brothers all over the world are waiting for your rescue, and are anticipating your brigades, » Baghdadi told his followers. Phoenix noted that China was mentioned first on Baghdadi’s list. (The article also includes a map that some news reports have said shows the vast territory IS plans to occupy in the next five years, which appears to include a significant portion of Xinjiang. Although the authenticity of the map, which was widely shared on English-language social media sites in early July, has been questioned, the Phoenix piece reports it as fact.)

Online, Chinese are both agitated and bemused. One Chinese reader wrote on the social media site Weibo:
« This is good. It offends all five of the hooligans on the UN Security Council » — that is, China, France, Russia, the United Kingdom, and the United States — which means the IS jihadis « are going to be roadkill. » Anotherresponded to a photo of Baghdadi: « Looking at this bearded pervert makes me sick. Hurry up and incinerate this kind of trash, and send him to enjoy his 72 virgins in heaven. » A third wrote that ISIS seemed to have « a death wish, » but that people should be grateful because the jihadist group was giving Beijing « a reasoned and evidence-based opportunity to crack down on terrorist activities. »

This may constitute a welcome opening for Chinese authorities. China has been fighting a low-level separatist insurgency of its own in Xinjiang for decades and worries that foreign Islamic groups are infiltrating the region, emboldening the simmering independence movement. Uighur exile groups say China’s government overstates its terrorism problem and falsely paints protests that turn into riots as premeditated terror attacks. In any case, Beijing is likely alarmed by IS’s criticism of its treatment of the Muslim Uighurs and the group’s alleged plan to seize Xinjiang, no matter how far-fetched the idea might be. But just how actively authorities will deal with any IS threat remains to be seen.

Beijing has consistently tried to keep itself removed from the political and military crises roiling Iraq, even as China has poured billions of dollars into Iraqi oil, enough that about 10 percent of its oil imports come from the Middle Eastern country. China’s most decisive action since ISIS’s surge has been to evacuate 10,000 Chinese working in Iraq. On July 8, Chinese special envoy Wu Sike met with Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki and pledged anti-terror support, but added that Beijing would fully respect the country’s sovereignty. When Wu returned to Beijing he briefed reporters about the trip on July 29, telling them that China was a victim of terror with roots in Syria and Iraq. « Solving the conflicts in Iraq and Syria will benefit China and the entire world, » he said.

But Beijing’s reaction to U.S. airstrikes in Iraq betrays its conflicted allegiances. China usually bristles at or condemns U.S. intervention in global hot spots and has opposed U.S. sanctions against Sudan, Syria, Russia, and Iran. But the interests of Washington and Beijing are unusually closely aligned when it comes to Iraq. On August 8, the official Xinhua News Agency quoted a Foreign Ministry spokesperson as saying that China was « keeping an open mind » about operations that would « help maintain security and stability » in Iraq. The statement came in response to a request for comment on U.S. President Barack Obama’sannouncement that the United States would carry out airstrikes against insurgents in northern Iraq. Wang Chong, a researcher at Charhar Institute, a public diplomacy think tank in Beijing, wrote on Weibo that he « firmly supported » the U.S. crackdown on IS. Wang added that the United States « ought to send ground troops to wipe out those brutal terrorists » and that if there was a need, « China could also send troops to help and provide training. »

That’s possible — within limits. Zhu Weilie, director of the Middle East Studies Institute at Shanghai International Studies University, toldthe state-run Global Times on July 29 that China believes the United Nations should lead anti-terror operations in the Middle East. « China will be more actively involved in these efforts but will never be as involved in Middle East affairs as the United States, » he said.

Voir enfin:
Hezbollah sees Islamic State insurgents as threat to Gulf, Jordan
Tom Perry
Reuters
Beirut Aug 15, 2014

(Reuters) – The Hezbollah leader described the radical Islamist movement that has seized large areas of Iraq and Syria as a growing « monster » that could threaten Jordan, Saudi Arabia, Kuwait and other Gulf states, according to an interview printed on Friday.

In a separate speech, Sayyed Hassan Nasrallah said Islamic State also posed an existential threat to his own nation, Lebanon, the target of an incursion by Islamist insurgents fromSyria this month. He said his heavily armed Shi’ite Muslim group was ready to fight the threat in Lebanon – if required.

The Iranian-backed Hezbollah has been helping Syrian President Bashar al-Assad fight a Sunni Islamist-dominated insurgency that spilled into the Lebanese border town of Arsal on Aug. 2, triggering five days of battles between the Lebanese army and militants including members of Islamic State.

« Here we live, and – if the battle is imposed on us – here we fight and here we will be martyred, » said Nasrallah. Hezbollah said it stayed out of the Arsal battle, wary of inflaming sectarian tensions with Lebanese Sunnis, many of whom have supported the uprising against Assad.

Nasrallah was speaking on the eighth anniversary of the conclusion of Hezbollah’s one-month war with Israel.

Addressing the wider threat to the region from Islamic State, Nasrallah said it could easily recruit in other Arab states where its hardline ideology exists. Even Turkey, the passage for many foreign fighters into Syria, should beware.

« Wherever there are followers of the ideology there is ground for (Islamic State), and this exists in Jordan, in Saudi Arabia, in Kuwait and the Gulf states, » Nasrallah said in the interview with the Lebanese newspaper Al-Akhbar.

Nasrallah, whose group is backed by Shi’ite power Iran, said Islamic State was encountering resistance in some parts of Iraq and Syria. But « it appears that the capabilities, numbers and capacities available to (Islamic State) are vast and large. This is what is worrying everyone, and everyone should be worried. »

Saudi Arabia, a Sunni Muslim monarchy that has been in a state of cold war with Shi’iteIran and its allies, has shown growing signs of alarm about the spread of Islamic State. Last month, it deployed 30,000 soldiers at its border with Iraq.

Saudi Arabia has also been a major sponsor of the anti-Assad uprising.

Hezbollah’s role in Syria has helped Assad beat back the rebellion against his rule in critical areas of the country including Damascus and a corridor of territory stretching north from the capital. But large parts of Syria’s less densely populated north and east have fallen to Islamic State.

« A REAL DANGER »

« This danger does not recognise Shi’ites, Sunnis, Muslims, Christians or Druze or Yazidis or Arabs or Kurds. This monster is growing and getting bigger, » said Nasrallah.

Nasrallah reiterated his defence of Hezbollah’s role in the Syrian conflict, the focus of criticism from Lebanese opponents who say the group has provoked Sunni militant attacks in Lebanon.

Most recently, insurgents including members of Islamic State seized the town of Arsal at the Syrian border, battling the Lebanese army for five days before withdrawing with 19 soldiers and 17 policemen as captives.

Nasrallah said the insurgents would have advanced as far as the Lebanese coast were it not for Hezbollah’s role fighting them in areas of Syria just east of the Lebanese border.

« Going to fight in Syria was, in the first degree, to defend Lebanon, the resistance in Lebanon, and all Lebanese, » he said.

A Hezbollah commander was last month killed in Iraq near Mosul, a city seized by Islamic State in June, suggesting the group may also be helping pro-government forces there.

Hezbollah has not officially announced any role in Iraq.

Nasrallah linked the threat posed by Islamic State to the spread of Wahhabism, a puritanical school of Islam followed in Saudi Arabia that demands obedience to the ruler but which has been widely blamed for fuelling Sunni radicalism.

« (Islamic State) does not have borders. There is a real danger and a real fear among many states and authorities, because one of the advantages of this organisation is its capacity to recruit among followers of al Qaeda-Wahhabi thought, » he said.

(Additional reporting by Laila Bassam; Editing by Mark Heinrich)


Chavouot/Pentecôte: Même une constitution tracée par Dieu même (Even a constitution framed by the Deity himself: How Benjamin Franklin sold the Constitution)

8 juin, 2014

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Mesha stele
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Mausolée Joseph Sec (Aix-en-Provence,1792)https://i0.wp.com/i-cms.linternaute.com/image_cms/750/1729145-monument-de-joseph-sec.jpghttps://i1.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/mallet.jpgTu compteras sept semaines; dès que la faucille sera mise dans les blés, tu commenceras à compter sept semaines. Puis tu célébreras la fête des semaines, et tu feras des offrandes volontaires, selon les bénédictions que l’Éternel, ton Dieu, t’aura accordées. Deutéronome 16: 9-10
Que ferai-je à ce peuple? Encore un peu, et ils me lapideront. Moïse (Exode 17: 4)
Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer.  Actes 2: 1-4
Dans le calendrier juif, Chavouot se déroule « sept semaines entières » ou cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat » après la fête de Pessa’h. De là son nom de Fête des Semaines (Chavouot, en hébreu) et celui de Pentecôte (cinquantième [jour], en grec ancien) dans le judaïsme hellénistique. Fête à considérer comme un sursaut de la tradition prophétique qui tend à s’estomper dans le judaïsme du Second Temple au profit d’une religion sacerdotale, elle puise ses origines dans une fête célébrant les moissons qui devient progressivement la célébration de l’Alliance sinaïtique entre Dieu et Moïse et de l’instauration de la Loi mosaïque1. Vers le début du Ier siècle, elle devient l’un des trois grands pèlerinages annuels, surtout célébré par certains juifs hellénisés et par certaines sectes juives tout en conservant hors de ces groupes minoritaires sa dimension agricole jusqu’au Ier siècle de notre ère. Ce n’est qu’à partir du IIe siècle que le pharisianisme liera la fête de la moisson à la commémoration du don de la Loi au Sinaï. Les Actes des Apôtres situent explicitement lors de cette fête juive le récit où les premiers disciples de Jésus de Nazareth reçoivent l’Esprit Saint et une inspiration divine dans le Cénacle de Jérusalem : des langues de feu se posent sur chacun d’eux, formalisant la venue de l’Esprit dans un épisode de communication inspirée qui permet aux disciples de s’exprimer dans d’autres langues que le galiléen sans qu’on sache s’il s’agit plutôt de polyglottisme ou de glossolalie. L’image du feu — conforme à la tradition juive de l’époque sur l’épisode de la révélation sinaïtique que l’épisode entend renouveler — matérialise la Voix divine. La tradition chrétienne perçoit et présente la Pentecôte comme la réception du don des langues qui permet de porter la promesse du salut universel aux confins de la terre1 ainsi que semble en attester l’origine des témoins de l’évènement, issus de toute la Diaspora juive. Wikipedia
Dans l’ancien Orient, lors d’une alliance entre deux puissances, on disposait, dans le temple des partenaires, un document écrit devant être lu périodiquement12, il n’est donc pas surprenant que les Tables de la Loi soit le témoignage concret de l’Alliance entre Dieu et son peuple. C’est la raison pour laquelle, les images des tables sont souvent présentes sur le fronton des synagogues. (…) Dans les temples protestants, une représentation des Tables de la Loi remplaçait, jusqu’au XVIIe siècle, la croix des églises catholiques. Wikipedia
Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. (…) Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. Louis  de Jancourt (article Décalogue, Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot, 1 octobre 1754)
L’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen… Préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789)
Le texte s’inscrit sur deux registres, dont la forme évoque celles des Tables de la Loi rapportées par Moïse du mont Sinaï. Il est accompagné de figures allégoriques personnifiant la France et la Renommée, et de symboles comme le faisceau (unité), le bonnet « phrygien » (liberté), le serpent se mordant la queue (éternité), la guirlande de laurier (gloire), les chaînes brisées (victoire sur le despotisme) ; l’ensemble étant placé sous l’œil du Dieu créateur, rayonnant d’un triangle à la fois biblique et maçonnique. Philippe de Carbonnières
Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins. Raymond Apple
Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire (…) Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale. Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents. (…) La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » dans le cadre graphique des Tables de la Loi. Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution. Renée Neher-Bernheim
Ce qui n’a point d’existence ne peut être détruit — ce qui ne peut être détruit n’a besoin d’aucune chose pour le préserver de la destruction. Les droits naturels sont un simple non-sens : des droits naturels et imprescriptibles, un non-sens rhétorique — un non-sens sur des échasses. Jeremy Bentham
Ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe)
L’être suprême se plut à élever une seule famille, et son attentive providence la combla de bienfaits jusqu’à ce qu’elle devînt un grand peuple. Après avoir délivré ce peuple de l’esclavage, par une suite de miracles, que fit son serviteur Moyse, il remit lui-même à ce serviteur choisi, en présence de toute la nation, une constitution et un code de loix, et il promit de récompenser ceux qui les observeroient fidèlement, et de punir avec sévérité ceux qui leur désobéiroient. La divinité elle-même étoit à la tête de cette constitution ; c’est pourquoi les écrivains politiques l’ont appelée une théocratie. Mais malgré cela les ministres de Dieu ne purent parvenir à la faire exécuter. Aaron et ses enfans composoient, avec Moyse, le premier ministère du nouveau gouvernement. L’on auroit pensé que le choix d’hommes qui s’étoient distingués pour rendre la nation libre, et avoient hasardé leur vie en s’opposant ouvertement à la volonté d’un puissant monarque, qui vouloit la retenir dans l’esclavage, auroit été approuvé avec reconnoissance ; et qu’une constitution tracée par Dieu même, auroit dû être accueillie avec les transports d’une joie universelle. Mais il y avoit, dans chacune des treize tribus, quelques esprits inquiets, mécontens, qui, par divers motifs, excitoient continuellement les autres à rejeter le nouveau gouvernement. Plusieurs conservoient de l’affection pour l’Égypte, leur terre natale ; et dès qu’ils éprouvoient quelqu’embarras, quelqu’inconvénient, effet naturel et inévitable de leur changement de situation, ils accusoient leurs chefs d’être les auteurs de leur peine ; et non-seulement ils vouloient retourner en Égypte, mais lapider ceux qui les en avoient arrachés (…) —Ceux qui étaient enclins à l’idolâtrie, voyoient, avec regret, la destruction du veau d’or. Plusieurs chefs pensoient que la constitution nouvelle devoit nuire à leur intérêt particulier ; que les places avantageuses seraient toutes occupées par les parens et les amis de Moyse et d’Aaron, et que d’autres qui étoient également bien nés en seraient exclus (…) D’après tout cela, il paroît que les Israélites étoient jaloux de leur nouvelle liberté, et que cette jalousie n’étoit pas, par elle-même, un défaut : mais que quand ils se laissèrent séduire par un homme artificieux, qui prétendoit n’avoir en vue que le bien public, et ne songer en aucune manière à ses intérêts particuliers, et qu’ils s’opposèrent à l’établissement de la nouvelle constitution, ils s’attirèrent beaucoup d’embarras et de malheurs. On voit, en outre, dans cette inappréciable histoire, que lorsqu’au bout de plusieurs siècles, la constitution fut devenue ancienne, qu’on en eut abusé et qu’on proposa d’y faire des changemens, la populace qui avoit accusé Moyse d’ambition et de s’être fait prince, et qui avoit crié :—«Lapidez-le, lapidez-le», fut encore excitée par les grands-prêtres et par les scribes, et reprochant au Messie de vouloir se faire roi des Juifs, cria :—«Crucifiez-le, crucifiez-le.»— Tout cela nous apprend qu’une sédition populaire contre une mesure publique, ne prouve pas que cette mesure soit mauvaise, encore que la sédition soit excitée et dirigée par des hommes de distinction. Je conclus, en déclarant que je ne prétends pas qu’on infère de ce que je viens de dire, que notre convention nationale a été divinement inspirée, quand elle nous a donné une constitution fédérative, parce qu’on s’est déraisonnablement et violemment opposé à cette constitution. Cependant j’avoue que je suis si persuadé que la providence s’occupe du gouvernement général du monde, que je ne puis croire qu’un événement qui importe au bien-être de plusieurs millions d’hommes, qui existent déjà ou qui doivent exister, ait lieu sans qu’il soit préparé, influencé et réglé par cet esprit bienfaisant, tout-puissant et présent partout, duquel émanent tous les autres esprits. Benjamin Franklin

En cette fête des moissons devenue, exil oblige et à quelques jours près, fête du don de la Loi pour les juifs et de l’Esprit pour les chrétiens

Autrement dit rien de moins que la fête de leur fondation et acte de naissance …

Comment ne pas voir, derrière la forme même de la représentation traditionnelle de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen et sans parler de la référence à l’Etre suprême du préambule, l’origine biblique de nos constitutions modernes ?

Et quel meilleur hommage et confirmation que cet article où, textes bibliques à l’appui, un Benjamin Franklin plus sarcastique que jamais …

Rappelle à ses adversaires anti-fédéralistes qu’ils ne valent pas mieux que ces juifs antiques qui ont lapidé et crucifié, de Moïse à Jésus, les fondateurs et réformateurs d’une « constitution tracée par Dieu même » ?

COMPARAISON DE LA CONDUITE DES ANTI-FÉDÉRALISTES DES ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE, AVEC CELLE DES ANCIENS JUIFS
Benjamin Franklin
1788

Un zélé partisan de la constitution fédérative dit dans une assemblée publique :—«Qu’une grande partie du genre-humain avoit tant de répugnance pour un bon gouvernement, qu’il étoit persuadé que si un ange nous apportoit du ciel une constitution qui y aurait été faite exprès pour nous, elle trouveroit encore de violens contradicteurs».—Cette opinion parut extravagante ; l’orateur fut censuré ; et il ne se défendit point. Probablement il ne lui vint pas tout-à-coup dans l’esprit que l’expérience étoit à l’appui de ce qu’il avoit avancé, et qu’elle se trouvoit consignée dans la plus fidèle de toutes les histoires, la Sainte Bible. S’il y eût songé, il aurait pu, ce me semble, s’étayer d’une autorité aussi irréfragable.

L’être suprême se plut à élever une seule famille, et son attentive providence la combla de bienfaits jusqu’à ce qu’elle devînt un grand peuple. Après avoir délivré ce peuple de l’esclavage, par une suite de miracles, que fit son serviteur Moyse, il remit lui-même à ce serviteur choisi, en présence de toute la nation, une constitution et un code de loix, et il promit de récompenser ceux qui les observeroient fidèlement, et de punir avec sévérité ceux qui leur désobéiroient.

La divinité elle-même étoit à la tête de cette constitution ; c’est pourquoi les écrivains politiques l’ont appelée une théocratie. Mais malgré cela les ministres de Dieu ne purent parvenir à la faire exécuter. Aaron et ses enfans composoient, avec Moyse, le premier ministère du nouveau gouvernement.

L’on auroit pensé que le choix d’hommes qui s’étoient distingués pour rendre la nation libre, et avoient hasardé leur vie en s’opposant ouvertement à la volonté d’un puissant monarque, qui vouloit la retenir dans l’esclavage, auroit été approuvé avec reconnoissance ; et qu’une constitution tracée par Dieu même, auroit dû être accueillie avec les transports d’une joie universelle. Mais il y avoit, dans chacune des treize tribus, quelques esprits inquiets, mécontens, qui, par divers motifs, excitoient continuellement les autres à rejeter le nouveau gouvernement. Plusieurs conservoient de l’affection pour l’Égypte, leur terre natale ; et dès qu’ils éprouvoient quelqu’embarras, quelqu’inconvénient, effet naturel et inévitable de leur changement de situation, ils accusoient leurs chefs d’être les auteurs de leur peine ; et non-seulement ils vouloient retourner en Égypte, mais lapider ceux qui les en avoient arrachés [Nombres, chap. 14.].—Ceux qui étaient enclins à l’idolâtrie, voyoient, avec regret, la destruction du veau d’or. Plusieurs chefs pensoient que la constitution nouvelle devoit nuire à leur intérêt particulier ; que les places avantageuses seraient toutes occupées par les parens et les amis de Moyse et d’Aaron, et que d’autres qui étoient également bien nés en seraient exclus [Nombres, chap. 14, vers. 3.—«Et ils se réunirent tous contre Moyse et Aaron, et leur dirent : Vous prenez trop sur vous. Vous savez que toutes les assemblées sont saintes, ainsi que chaque membre de ces assemblées : pourquoi donc vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée ?»].

Nous voyons dans Josephe et dans le Talmud quelques particularités, qui ne sont pas aussi détaillées dans l’Écriture.

Voici ce que nous y apprenons.—«Coré désiroit ardemment d’être grand-prêtre ; et il fut blessé de ce que cet emploi étoit conféré à Aaron, par la seule autorité de Moyse, disoit-il, et sans le consentement du peuple. Il accusa Moyse d’avoir employé divers artifices pour s’emparer du gouvernement, et priver le peuple de sa liberté ; et de conspirer avec Aaron pour perpétuer la tyrannie dans sa famille. Ainsi, quoique le vrai motif de Coré fût de supplanter Aaron, il persuada au peuple qu’il n’avoit en vue que le bien général ; et les Juifs excités par lui, commencèrent à crier :—Maintenons la liberté de nos diverses tribus. Nous nous sommes, nous-mêmes, affranchis de l’esclavage où nous tenoient les Égyptiens ; souffrirons-nous donc que Moyse nous rende encore esclaves ? Si nous devons avoir un maître, il vaut mieux retourner vers le Pharaon, par qui nous étions nourris avec du pain et des oignons, que de servir ce nouveau tyran qui, par sa conduite, nous a exposés à souffrir la famine.—»Alors ils nièrent la vérité de ses entretiens avec Dieu ; et ils prétendirent que le secret de ses rendez-vous, le soin qu’il avoit eu d’empêcher que personne écoutât ses discours, et approchât même du lieu où il étoit, devoit donner beaucoup de doutes à cet égard. Ils accusèrent aussi Moyse de péculat, et d’avoir gardé un grand nombre des cuillers et des plats d’argent que les princes avoient offerts à la dédicace de l’autel [Nombres, chap. 7.], ainsi que les offrandes d’or, qu’avoit faites le peuple [Exode, chap. 35, vers. 22.], et la plus grande partie de la capitation [Nombres, chap. 3, et Exode, chap. 30.]. Ils accusèrent Aaron d’avoir mis de côté la plupart des joyaux qui lui avoient été fournis pour le veau d’or.

“Indépendamment du péculat qu’ils reprochoient à Moyse, ils prétendoient qu’il étoit rempli d’ambition, et que pour satisfaire cette passion, il avoit trompé le peuple en lui promettant une terre où couloit le lait et le miel. Ils disoient qu’au lieu de lui donner une telle terre, il l’en avoit arraché ; et que tout ce mal lui sembloit léger, pourvu qu’il pût se rendre un prince absolu [Nombres, chap. 14, vers. 13.—«Tu regardes comme peu de chose de nous avoir ôtés d’une terre où coule le lait et le miel, et de nous faire périr dans le désert, pourvu que tu deviennes notre prince absolu».].

Ils ajoutoient que pour maintenir avec splendeur, dans sa famille, sa nouvelle dignité, il devoit faire suivre la capitation particulière qui avoit déjà été levée et remise à Aaron [Nombres, chap. 3.], par une taxe générale [Exode, chap. 30.], qui probablement seroit augmentée de temps en temps, si l’on souffroit la promulgation de nouvelles loix, sous prétexte de nouvelles révélations de la volonté divine, et qu’ainsi toute la fortune du peuple seroit dévorée par l’aristocratie de cette famille.»

Moyse nia qu’il se fût rendu coupable de péculat, et ses accusateurs ne purent alléguer aucune preuve contre lui.—«Je n’ai point, dit-il, avec la sainte confiance que lui inspirait la présence de Dieu, je n’ai point pris au peuple la valeur d’un ânon, ni rien fait qui puisse lui nuire».—Mais les propos outrageans de ses ennemis avoient eu du succès parmi le peuple ; car il n’est aucune espèce d’accusation si aisée à faire, ou à être crue par les fripons, que celle de friponnerie.

Enfin, il n’y eut pas moins de deux cents cinquante des principaux hébreux, «fameux dans l’assemblée et hommes de renom» [Nombres, chap. 14.], qui se portèrent à exciter la populace contre Moyse et Aaron, et lui inspirèrent une telle frénésie, qu’elle s’écria :—«Lapidons-les, lapidons-les ; et assurons, par ce moyen, notre liberté. Choisissons ensuite d’autres capitaines, qui nous ramènent en Égypte, en cas que nous ne puissions pas triompher des Cananéens.»

D’après tout cela, il paroît que les Israélites étoient jaloux de leur nouvelle liberté, et que cette jalousie n’étoit pas, par elle-même, un défaut : mais que quand ils se laissèrent séduire par un homme artificieux, qui prétendoit n’avoir en vue que le bien public, et ne songer en aucune manière à ses intérêts particuliers, et qu’ils s’opposèrent à l’établissement de la nouvelle constitution, ils s’attirèrent beaucoup d’embarras et de malheurs.

On voit, en outre, dans cette inappréciable histoire, que lorsqu’au bout de plusieurs siècles, la constitution fut devenue ancienne, qu’on en eut abusé et qu’on proposa d’y faire des changemens, la populace qui avoit accusé Moyse d’ambition et de s’être fait prince, et qui avoit crié :—«Lapidez-le, lapidez-le», fut encore excitée par les grands-prêtres et par les scribes, et reprochant au Messie de vouloir se faire roi des Juifs, cria :—«Crucifiez-le, crucifiez-le.»—

Tout cela nous apprend qu’une sédition populaire contre une mesure publique, ne prouve pas que cette mesure soit mauvaise, encore que la sédition soit excitée et dirigée par des hommes de distinction.

Je conclus, en déclarant que je ne prétends pas qu’on infère de ce que je viens de dire, que notre convention nationale a été divinement inspirée, quand elle nous a donné une constitution fédérative, parce qu’on s’est déraisonnablement et violemment opposé à cette constitution. Cependant j’avoue que je suis si persuadé que la providence s’occupe du gouvernement général du monde, que je ne puis croire qu’un événement qui importe au bien-être de plusieurs millions d’hommes, qui existent déjà ou qui doivent exister, ait lieu sans qu’il soit préparé, influencé et réglé par cet esprit bienfaisant, tout-puissant et présent partout, duquel émanent tous les autres esprits.

Voir aussi:

DISCOURS PRONONCÉ DANS LA DERNIÈRE CONVENTION DES ÉTATS-UNIS.

Monsieur le Président,

J’avoue qu’en ce moment je n’approuve pas entièrement notre constitution : mais je ne sais point si, par la suite, je ne l’approuverai pas ; car, comme j’ai déjà vécu long-temps, j’ai souvent éprouvé que l’expérience ou la réflexion me fesoit changer d’opinion sur des sujets très-importans, et que ce que j’avois d’abord cru juste, me sembloit ensuite tout différent. C’est pour cela que plus je deviens vieux, et plus je suis porté à me défier de mon propre jugement, et à respecter davantage le jugement d’autrui.

La plupart des hommes, ainsi que la plupart des sectes religieuses, se croient en possession de la vérité, et s’imaginent que quand les autres ont des opinions différentes des leurs, c’est par erreur. Steel, qui étoit un protestant, dit dans une épitre dédicatoire an pape, «Que la seule différence qu’il y ait, entre l’église romaine et l’église protestante, c’est que l’une se croit infaillible, et que l’autre pense n’avoir jamais tort».—Mais quoique beaucoup de gens ne doutent pas plus de leur propre infaillibilité que les catholiques de celle de leur église, peu d’entr’eux ne l’avouent pas aussi naturellement qu’une dame française, qui, dans une petite dispute qu’elle avoit avec sa sœur, lui disoit :—«Je ne sais pas, ma sœur, comment cela se fait ; mais il me semble qu’il n’y a que moi, qui ai toujours raison [Franklin ne cite pas très-exactement cette anecdocte, qui se trouve dans les Mémoires de madame de Stalh, née mademoiselle Delaunay. (Note du Traducteur.)].»

J’accepte notre constitution, avec tous ses défauts, si tant est, pourtant, que les défauts que j’y trouve, y soient réellement. Je pense qu’un gouvernement général nous est nécessaire. Quelque forme qu’ait un gouvernement, il n’y en a point qui ne soit avantageux, s’il est bien administré. Je crois qu’il est vraisemblable que le nôtre sera administré sagement pendant plusieurs années ; mais que, comme tous ceux qui l’ont précédé, il finira par devenir despotique, lorsque le peuple sera assez corrompu, pour ne pouvoir plus être gouverné que par le despotisme.

Je déclare en même-temps, que je ne pense pas que les conventions que nous aurons par la suite, puissent faire une meilleure constitution que celle-ci ; car lorsqu’on rassemble un grand nombre d’hommes pour recueillir le fruit de leur sagesse collective, on rassemble inévitablement avec eux, leurs préjugés, leurs erreurs, leurs passions, leurs vues locales et leurs intérêts personnels. Une telle assemblée peut-elle donc produire rien de parfait ? Non sans doute, Mr. le président ; et c’est pour cela que je suis étonné que notre constitution approche autant de la perfection qu’elle le fait. J’imagine même qu’elle doit étonner nos ennemis, qui se flattent d’apprendre que nos conseils seront confondus comme les hommes qui voulurent construire la tour de Babylone, et que nos différens états sont au moment de se diviser dans l’intention de se réunir ensuite pour s’égorger mutuellement.

Oui, Mr. le président, j’accepte notre constitution, parce que je n’en attend pas de meilleure, et parce que je ne suis pas sûr qu’elle n’est pas la meilleure. Je sacrifie au bien public l’opinion que j’ai contr’elle. Tandis que j’ai été dans les pays étrangers, je n’ai jamais dit un seul mot sur les défauts que j’y trouve. C’est dans cette enceinte que sont nées mes observations, et c’est ici qu’elles doivent mourir. Si en retournant vers leurs constituans, les membres de cette assemblée, leur fesoient part de ce qu’ils ont à objecter contre la constitution, ils empêcheroient qu’elle fût généralement adoptée, et préviendroient les salutaires effets que doit avoir parmi les nations étrangères, ainsi que parmi nous, notre réelle ou apparente unanimité. La force et les moyens qu’a un gouvernement pour faire le bonheur du peuple, dépendent beaucoup de l’opinion ; c’est-à-dire, de l’idée générale qu’on se forme de sa bonté, ainsi que de la sagesse et de l’intégrité de ceux qui gouvernent.

J’espère donc que par rapport à nous-mêmes, qui fesons partie du peuple, et par rapport à nos descendans, nous travaillerons cordialement et unanimement à faire aimer notre constitution, partout où nous pourrons avoir quelque crédit, et nous tournerons nos pensées, nous dirigerons nos efforts vers les moyens de la faire bien administrer.

Enfin, Mr. le président, je ne puis m’empêcher de former un vœu, c’est que ceux des membres de cette convention, qui peuvent encore avoir quelque chose à objecter contre la constitution, veuillent, ainsi que moi, douter un peu de leur infaillibilité, et que pour prouver que nous avons agi avec unanimité, ils mettent leur nom au bas de cette charte.
—On fit la motion d’ajouter à la convention des États-Unis, cette formule :—«Fait en convention, d’un consentement unanime, etc.»—La motion passa, et la formule fut ajoutée.

Voir encore:
Les Tables de la Loi, un des symboles de la Révolution française
Renée Neher-Bernheim
Traduction en français d’un article paru en anglais dans JEWISH ART, n°l6 et 17, 1990-1991, Jérusalem

C’est évidemment à la Bible hébraïque que se attache le symbole des Tables de la Loi et l’iconographie juive des l’époque médiévale en fournit de nombreuses représentations (l). Mais en France, à l’époque de la Révolution de 1789, ce symbole a pris une signification très particulière et, à côté d’autres symboles, on trouve les Tables de la Loi largement répandues dans l’iconographie de l’époque, surtout au niveau populaire, mais aussi dans des créations artistiques, des médailles etc.

Peu d’études approfondies ont été faites sur la signification des symboles révolutionnaires et les raisons de leur choix. Malgré la quantité énorme de travaux publiés à l’occasion du bicentenaire, en France et hors de France, les études sur l’iconographie révolutionnaire sont très rares. Il y a pourtant lieu de s’interroger sur les motifs profonds qui ont entraîné l’apparition récurrente de tel ou tel symbole, comme le bonnet phrygien, le soleil, les faisceaux de licteurs, l’oeil etc. etc.

Nous limiterons ici notre étude au symbole des Tables de la Loi. Celles-ci apparaissent sous la forme graphique devenue courante depuis le moyen-âge, c’est-à-dire deux panneaux au sommet en double arrondi (2). Leur présence frappante dans l’iconographie du temps n’a pourtant jusqu’ici attiré l’attention d’aucun chercheur (3).

La grande vogue, à l’époque, des gravures populaires permet de rassembler une documentation importante dont nous donnerons ici quelques exemples. L’imagerie populaire s’est en effet développée au 18ème siècle avec une étonnante rapidité grâce aux progrès spectaculaires obtenus dans la fabrication du papier. Ceci, joint à un perfectionnement des techniques de gravure et d’impression en couleur va permettre de satisfaire l’appétit populaire pour tout ce qui est image.

Avec la Révolution, et le recul de l’iconographie religieuse, les masses populaires et la petite bourgeoisie vont être des amateurs passionnés d’images patriotiques : elles soutiennent leur enthousiasme révolutionnaire, en même temps qu’elles le rendent visible et criant sur les murs ou les meubles de leurs demeures.

Puisque sous la pression des événements et des slogans patriotiques, les symboles religieux n’avaient plus cours, il devenait indispensable de les remplacer par de nouveaux symboles porteurs des grandes espérances patriotiques et révolutionnaires. Et en effet, de nouveaux symboles apparaissent dans l’iconographie, au milieu desquels celui des Tables de la Loi occupe une place de choix. Il est clair que ce symbole a été délibérément choisi pour son contenu sémiologique par les idéologues et les artistes de l’époque. Le fait qu’il soit en lui-même un élément extrêmement décoratif ne gâchait rien.

Le nom même du symbole, tel que le véhicule la langue française, a joué un rôle important dans son choix. On dit en Français « Tables de la Loi » (Tables of the Law). Le mot Loi joue dans cette expression un rôle majeur. Peu importe qu’il soit fondé sur une traduction inadéquate, qui ne correspond pas à l’original hébreu (4). Le fait est que cette expression est devenue absolument courante dans la langue française qui n’en connaît aucun synonyme, à la différence de l’anglais qui emploie très fréquemment le terme « Tables of Covenant ».

Le symbole des Tables de la Loi, de par son nom même, devient ainsi porteur d’un message merveilleusement adapté à l’idéologie révolutionnaire : celui de la force d’une loi égale pour tous, opposée à l’arbitraire royal ou aux abus imputés au clergé. D’où l’identification, dès les débuts de la Révolution, entre les Tables de la Loi et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen; puis, un peu plus tard, entre les Tables de la Loi et la Constitution, qui doit être la garantie de l’observance des lois, face aux risques d’un retour à l’arbitraire. Les Tables de la Loi sont l’incarnation graphique des fondateurs de l’idéologie révolutionnaire.

D’où la représentation si répandue de la « Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen » encastrée dans la forme des Tables de la Loi. La Déclaration du 26 août 1789 apparaît dès la fin de 1789 dans un style assez naïf, sur une gravure largement diffusée (5). La partie centrale y est occupée par les Tables de la Loi, sur lesquelles on peut lire le Préambule de la Déclaration et les 17 articles qui la composent. Les tables sont elles-mêmes placées dans un encadrement. A droite et à gauche, deux colonnes sont esquissées, sur lesquelles s’appuient deux soldats armés de piques, qui semblent ainsi protéger la Déclaration. La partie supérieure de l’encadrement est surmontée par deux représentations féminines : l’une s’appelle la France, elle tient dans ses mains une chaîne brisée ; l’autre s’appelle Force et Vertu, elle est pourvue de larges ailes et montre du doigt les Tables de la Loi. Entre les deux femmes, un frontispice (surmonté d’un oeil et d’un soleil) qui porte l’inscription : Constitution française, Droits de l’homme et du citoyen.

Une autre gravure populaire, mais beaucoup plus artistiquement élaborée, présente les Tables de la Loi comme cadre, cette fois, à la Déclaration de 1793, dont le Préambule et les 35 articles sont reproduits au complet, imprimés en petits caractères mais bien lisibles. Les Tables de la Loi, qui occupent ici aussi l’essentiel de l’espace, sont encadrées à droite et à gauche par deux colonnes lisses, dorées, surmontées de chapiteaux corinthiens. Au pied du socle de base qui supporte les Tables, deux lourdes chaînes, brisées en plusieurs points, sont porteuses d’un message évident. Au sommet de l’image, un frontispice allongé surmonté d’une plaque rectangulaire où l’on peut lire en gros caractères : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : décrétée par la Convention Nationale en 1793, acceptée par le peuple français.

Pour rehausser l’ensemble de cet encadrement néo-classique des Tables de la Loi, apparaissent la aussi et en positions diverses, les symboles révolutionnaires traditionnels : bonnet phrygien, faisceaux, rubans tricolores, soleil, oeil, feuillage, etc.

Ces deux exemples précis peuvent servir d’archétype à toute une série de représentations analogues aux multiples variantes de détails On voit là l’origine de l’identification complète qui s’établit entre les Tables de la Loi et la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.

Mais les Tables de la Loi ne sont pas simplement le symbole de la loi en tant que telle, générale et intemporelle. Elles ne représentent pas uniquement la Loi dans ce qu’elle s’oppose désormais à l’arbitraire royal. Les Tables de la Loi ont une charge symbolique très complexe. Car elles sont intimement reliées, bon gré mal gré, à la Loi de Moïse, aux Dix Commandements de la Bible. Et ceci aussi a son importance.

Car précisément dans la seconde moitié du 18ème siècle, sous l’influence des Lumières, et tout particulièrement en France, la perception du Décalogue subit une mutation importante. Jusque là, les Dix Commandements étaient considérés comme émanant d’une révélation essentiellement religieuse, dont certaines exigences sont en partie périmées pour les Chrétiens, puisque dépassées à leurs yeux par les préceptes de l’Evangile. Mais l’élite pensante de l’âge des Lumières se détache de plus en plus de l’Eglise, et recherche ses lignes de conduite dans une « morale naturelle » qui serait commune à tous les hommes, sans distinction. Les Dix Commandements se présentent à eux sous un jour nouveau.

Des philosophes déistes, ou même athées, y voient l’affirmation de l’égalité entre les hommes, une référence universelle de justice en vue du Bien commun, référence qui transcende les religions établies et organisées qui sont toutes, dans leur optique, des fanatismes. L’article Décalogue dans l’Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot (6) est tout à fait révélateur de cette nouvelle sémiologie. Composé par le Chevalier de Jancourt, un des principaux rédacteurs de l’Encyclopédie, il commence en ces termes :
« ‘Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. »

Après un assez long développement où est analysé le contenu de chacune des deux Tables et où les notions de justice, de loi naturelle, et de bien commun reviennent constamment, on en arrive à la conclusion qui est extrêmement éclairante :
« … Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. »

Tout en restant parfaitement consciente du lien existant entre Moïse, « la nation judaïque » et le Décalogue, l’Encyclopédie invite donc à déconnecter le Décalogue de son environnement ethnique et chronologique pour le rattacher à cette loi naturelle qui, sans pour autant renier l’existence de Dieu, doit nécessairement s’imposer à toute société humaine et lui donner ses fondements.

L’étrange monument Joseph Sec d’Aix-en-Provence, achevé en 1792 et analysé magistralement par Michel Vovelle, nous offre une optique tout à fait similaire.

Ce monument chargé de symboles et que Vovelle définit comme un vrai « Discours sur la Révolution française », est un hymne à la gloire de la Loi (7), dont la statue casquée domine l’ensemble architectural. En-dessous se lit l’inscription : « Venez habitants de la terre. Nation écoutez la Loi » qui surplombe en même temps une niche ou se dresse une statue de Moïse en pied présentant les Tables de la Loi a deux statues placées à l’étage inférieur et tournées vers lui : L’Europe ou la liberté et l’Afrique ou l’esclavage. Sur les Tables que tient Moïse sont gravés les mots : « Tu aimeras Dieu et ton prochain » inspirés par cette phrase de l’Encyclopédie à l’article Décalogue :
« … deux grands préceptes du Décalogue sont le sommaire de toute la loi : aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-même » (8).
La sémiologie des Tables de la Loi réside donc ici dans leur portée universelle; cependant, elles sont en même temps étroitement rattachées au personnage de Moïse.

Mais il s’agit d’un cas rare. Dans l’iconographie révolutionnaire, le rattachement au personnage de Moïse, et donc à la Bible et au peuple juif, presque toujours a été totalement occulté. Les Tables de la Loi deviennent une sorte de symbole religieux déconnecté de tout contexte historique qui les rattacherait à un passé précis.

A un premier niveau, les Tables apparaissent bisémiques. Leur message est celui d’une tradition d’un côté, d’une révolution de l’autre.

Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire :
« Une longue hérédité chrétienne, catholique, pèse sur les révolutionnaires de 1789, élevés pieusement dans leur famille, éduqués dans la foi traditionnelle par les Jésuites et les Oratoriens. Mais l’esprit philosophique, c’est-à-dire l’esprit de contrôle et d’analyse, mine peu a peu cette foi, sans la ruiner. Le drame qui se joue dans beaucoup de consciences s’explique ainsi » (9).

Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale.

Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents.

C’est devant une allégorie féminine portant les Tables de la Loi qu’est prêté le Serment Fédératif du 14 juillet 1790. Cette médaille, signée du graveur Dupré présente une rangée d’hommes, donnant l’impression d’une foule. De la main gauche, ils tiennent tous une épée et ils lèvent le bras droit pour prêter le serment fédératif dont le texte est gravé sur le revers de la médaille : »Nous jurons de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution du Royaume ». On voit même les Tables de la Loi sur les cuivres des uniformes, pour symboliser l’attachement à la Patrie.

Très frappante aussi est l’apparition des Tables de la Loi dans la cérémonie du mariage. La Révolution supprime le mariage religieux chrétien traditionnel pour introduire pour la première fois le mariage civil. Une très belle gravure en aquatinte dûe au peintre Jean Baptiste Mallet (1759-1835) nous montre « un mariage républicain ». Le centre de la composition est occupé par les mariés. Habillée à la mode du temps, la mariée n’a aucun voile ni aucun des attributs d’une mariée d’église. Le maire, revêtu de l’écharpe tricolore, s’appuie contre une sorte d’autel aux emblèmes révolutionnaires, derrière lequel se dresse une statue symbolique porteuse d’une torche et d’une couronne de laurier.

Sur le mur du fond, dans la pénombre, ressort en clair un assez grand panneau en forme des Tables de la Loi; entre les deux Tables surgit sur une pique un bonnet phrygien.

Sur les Tables, on peut lire sur les sommets arrondis : sur celui de gauche : Liberté ; sur celui de droite : Egalité. Plus bas, et sur les deux Tables sans séparation médiane : Etat civil Loi sur les mariages et les divorces (10).

L’ensemble de la composition indique clairement que les Tables de la Loi et la législation laïque nouvelle remplacent, en tant que décor, les peintures ou sculptures qui servaient précédemment de cadre habituel aux mariages d’Eglise.

La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » (11) dans le cadre graphique des Tables de la Loi.

Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution.

Notes

Cf. notamment Bezalel Narkiss : Hebrew illuminated Manuscripts, Jérusalem, Keter, 1969.
CF. l’article de Ruth Mellinkoff : The Round Topped tablets of the Law : sacred symbol and emblem of evil, in Journal of Jewish Art, vol. I 1974, p. 28 sq.
Ma première étude sur ce thème, dans la Revue des Etudes Juives.
En effet, l’expression n’est ni biblique ni juive. On ne la trouve pas dans la traduction grecque des Septante, ni dans celle latine de la Vulgate. Les termes employés sont Lou’hoth Ha-berith (Tables de l’Alliance), Lou’hoth Ha-‘edouth (Tables du Témoignage), Lou’hoth Ha-even (Tables de pierre). Mais la Septante, n’ayant pas trouvé – et pour cause – dans l’arsenal de la langue grecque d’équivalent exact à l’hébreu Torah, l’a transposé dans le terme Nomos, Loi, que la Vulgate a adopté dans le latin Lex (cf. André Neher, Moïse et la vocation juive).
Le point de départ du processus qui a abouti à l’expression « Tables de la Loi » est le verset de l’Exode 24:l2 : « Je te donnerai les Tables de pierre, et la Torah et les commandements » ». Par un raccourci de ce verset opéré au moyen-âge dans certains ouvrages chrétiens de piété, on aboutit à l’expression « Tables de la Loi » (cf. J. Trénel : L’Ancien Testament et la langue française du moyen-âge, Paris l904, p. 329).
L’expression est d’autant plus rapidement entrée dans la langue française qu’elle correspondait au stéréotype développé par le christianisme pour abaisser le judaïsme, et en faire une religion de la Loi, opposée à une religion de la Foi.
Cette gravure a été publiée par la Maison Letourmi d’Orléans qui a suivi l’évolution que nous venons de signaler. Fondée en 1774 et spécialisée d’abord dans la diffusion d’images religieuses, la Maison prend dès 1789 une nouvelle orientation et n’imprime plus que des images patriotiques destinées à une diffusion très populaire.
Ce travail monumental (175l-1772) en volumes, arrêté plusieurs fois par la censure royale avait pour but de faire connaitre « les progrès de la science et de la pensée… ». Les plus grands esprits du temps (Voltaire, Rousseau, etc.) y apportèrent leur concours. L’Encyclopédie est considérée, à juste titre, comme l’expression la plus représentative de l’esprit des Lumières.
M. Vovelle : L’irrésistible ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix-en-Provence, Edisud 1975.
Dans les Evangiles (Math. 22:34-40) la juxtaposition de Deut.6:5 et de Lev.19:18 n’est pas mise en rapport avec le Décalogue. C’est l’Encyclopédie qui interprète ces préceptes comme étant le contenu même du Décalogue.
Pierre Trahard : La sensibilité révolutionnaire – ed. Slatkine Genève 1967, p.156.
La loi date du 20 septembre 1792.
Numérotés très lisiblement de I à X, ces commandements, répartis cinq par cinq sur les deux Tables, sont les suivants :
I. Français ton pays défendras afin de vivre librement.
II. Tous les tirans (sic) tu poursuivras jusqu’au delà de l’indostan (sic).
III. Les loix (sic), les vertus soutiendras même s’il le faut de ton sang
IV, Les perfides dénonceras sans le moindre ménagement.
V. Jamais foi tu n’ajouteras à la convertion (sic) d’un grand.
VI. Comme un frère soulageras ton compatriote souffrant
VII. Lorsque vainqueur tu te verras sois fier mais compatissant
VIII. Sur les emplois tu veilleras pour en expulser l’intrigant
IX. Le Dix Août sanctifieras pour l’aimer éternellement
X. Le bien des fuyards verseras sur le SANS-CULOTTE indigent.


Libertés: A quand la signalisation contenu sensible pour la Bible ? (Should the Bible come with trigger warnings ?)

28 mai, 2014
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Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Si un homme des enfants d’Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloc l’un de ses enfants, il sera puni de mort: le peuple du pays le lapidera. Si un homme couche avec la femme de son père, et découvre ainsi la nudité de son père, cet homme et cette femme seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec sa belle-fille, ils seront tous deux punis de mort; ils ont fait une confusion: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Lévitique 20:2 et 11-13
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
 Parmi tous les écrits présents dans l’Index, la Bible avec ses adaptations, ses commentaires et les études bibliques, est de loin le livre le plus censuré jusqu’à la suppression de l’Index. Les éditions de la Bible en latin, en grec, dans les langues vulgaires en tout ou en partie, ainsi que des commentaires bibliques figurent nombreux dans le premier index roman. L’interdiction, maintenue pendant deux siècles, d’adapter la bible en langue vulgaire finit par assimiler dans l’imaginaire collectif les traductions bibliques aux livres hérétiques dits « Gigliola Fragnito ». Plusieurs raisons justifiaient ces interdictions aux yeux des censeurs, principalement l’existence d’éditions altérées et commentées par des hérétiques, et la méfiance à l’égard d’une interprétation personnelle du texte révélé, que seule l’Église pouvait interpréter d’une façon authentique. Le contact direct avec les sources de la foi pouvait provoquer des remises en question et altérer la doctrine, la morale, et l’organisation de l’Église. Wikipedia
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard 
Ce qui apparait comme une faiblesse est peut-être la clé de son succès. La Bible donne à chaque génération une liberté essentielle d’appropriation et de relecture. (…) La Bible, c’est tout le contraire de « L’Odyssée ». Son imperfection formelle est la preuve de sa véracité. Dieu ne peut être un poète, les poètes mentent, Dieu, Lui, dit le vrai … Jean-Christophe Attias
Une « trigger », ou en français un déclencheur, c’est un contenu — des mots, des images, un son, parfois même une odeur — qui déclenche chez quelqu’un ayant vécu un évènement traumatisant le souvenir de cet évènement, parfois suivi de moments très difficiles comme des crises d’angoisse, des flashbacks et d’autres éléments qui se retrouvent notamment dans le trouble de stress post-traumatique. Pour prendre un exemple qui risque de ne pas déranger trop de monde : si vous êtes phobique, disons, des lapins et que vous étiez dans un parc à boire un Coca quand une boule de poils à oreilles vous a soudain sauté sur le pied, il est possible que le goût ou la vue du Coca vous cause un sentiment de malaise, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte. La plupart des déclencheurs concernent des choses plus sérieuses, comme des agressions, des viols, et d’autres traumatismes très violents. Mademoizelle.com
Frankly it seems this is sort of an inevitable movement toward people increasingly expecting physical comfort and intellectual comfort in their lives. It is only going to get harder to teach people that there is a real important and serious value to being offended. Part of that is talking about deadly serious and uncomfortable subjects. Greg Lukianoff (president of the Foundation for Individual Rights in Education)
On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. » (… and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? (…) Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are. (…)  Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them. Jenny Jarvie
For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on. Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. (…) Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals. Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed. (…) University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint. The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education? Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority. Joseph Epstein
The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance. Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves. It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in. (…) I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from? If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?” If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings. The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow. Elissa Strauss

Ames sensibles s’abstenir !

Violence massive (déluge, apocalypse), lapidation, épuration ethnique, sacrifice humain et animal, génocide, infanticide, fillicide, suicide (Saül, Samson et Judas), racisme, colonialisme, hétérosexisme, cisexisme, handicapisme, sadomasochisme, misogynie, homophobie, transphobie, viols, inceste, sexe, sang, insectes …

Alors qu’après les pays musulmans et l’Italie et avec ses places de stationnement réservées (et plus larges et plus longues, s’il vous plait !), la Corée traite la féminité comme un handicap …

Et après le test féministe dit de Bechdel et la signalisation interdit au moins de 14 ans pour le film …

Et alors qu’après les sites féminins et qu’entre Shakespeare, Twain, Dickens, Tolstoy et Stendahl, les universités américaines s’y mettent à leur tour…

Pendant que la Licra fait interdire, pour cause d’antisémitisme, certains commentaires d’une traduction catholique de la Bible …

Ne devrions-nous pas réfléchir, avant son interdiction ou incinération définitive, à une signalisation contenu sensible systématique (« trigger warnings » en anglais) pour l’un des plus violents et pernicieux livres de la planète et de l’histoire ?

Should the Bible Have a Trigger Warning?
The Good Book Exposes Our Vulnerabilities — As It Should
Warning: May contain war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting or apocalypse.
Elissa Strauss
May 25, 2014

You know what could use a trigger warning? The bible. If any book merits a note of caution it is the one that is colloquially referred to as good.

In the recent debate over whether colleges should warn students of material that deals with potentially post-traumatic stress syndrome inducing topics like war, sexual violence, racism, and anti-Semitism, I couldn’t help but think about how the raw and vulgar bible has sat warning-less for centuries.

Students at the University of California Santa Barbara and Oberlin College believe novels like Chinua Achebe’s “Things Fall Apart” (for racial violence) and “The Great Gatsby” (for misogynistic violence) should be presented with a warning label, all the while the world’s most popular book, easily found at safe-seeming places like churches, synagogues and hotel rooms, is brimming with much worse.

The bible is a book without heroes or hagiography; there’s hardly a character who fails to misstep. Instead we get war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting, apocalypses and, in some ways the most threatening of them all: soul-crushing doubt in the Almighty. And yet, historically speaking, how many soldiers, victims of sexual assault and believers have found comfort in its words?

For many of us today the bible is the stuff of myth or tribal tales, but in previous generations many took it as God’s word. Imagine the horror of reading about not just people but also God’s capacity for violence while also believing that God was the author.

So why didn’t the architects of the bible (you might believe it is God, I believe it was various people over time) try to do some damage control? If not by way of slapping a warning on the cover, at least in the editing of the text?

Thank God they didn’t.

The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance.

Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves.

It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in.

Until five years ago, I had never read the bible and knew of it only through the second-hand sanitized versions I learned at Hebrew school or from watching Disney movies. If I hadn’t been invited to be an artist fellow at LABA, a laboratory for Jewish culture which hosts a non-religious house of study, I am not sure I would have ever gotten around to it. So entranced I became with the unsparing nature of the text on human behavior, I eventually became co-director of the house of study.

Every year as new fellows come study with us, many of whom who have also never read the text, I see them go through the same experience of being caught off guard and shaken up by the piercing directness of the bible. They are triggered, and it is from that place that they are inspired to create.

I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from?

If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?”

If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings.

The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow.

Elissa Strauss is a contributing editor to the Forward.

Voir aussi:

What ‘trigger warning’ would the Bible get?
Valerie Strauss
WP
May 23 2014

A ”trigger warning” is a short statement on a written piece of work or even a television show ( think Law and Order: Special Victims Unit) noting that the material may be sexually graphic, violent or in some other way upsetting. This month The New York Times ran a story by Jennifer Medina about the warnings that has sparked a stream of articles in magazines, newspapers and blogs about the subject, many of them ridiculing the idea.

The article, which noted that these warnings ”have their ideological roots in feminist thought,” discussed the traction that “trigger warnings” have gotten on some college campuses this year, with students pushing administrators to institute them. For example, a piece written by Philip Wythe, a sophomore, in the student newspaper at Rutgers University last February, said:

[L]iterature courses often examine works with grotesque, disturbing and gruesome imagery within their narratives. For instance, F. Scott Fitzgerald’s critically acclaimed novel, “The Great Gatsby,” possesses a variety of scenes that reference gory, abusive and misogynistic violence. Virginia Woolf’s famous cerebral narrative, “Mrs. Dalloway,” paints a disturbing narrative that examines the suicidal inclinations and post-traumatic experiences of an English war veteran. And Junot Diaz’s critically acclaimed work, “This is How You Lose Her,” observes domestic violence and misogynistic culture in disturbing first-person narrations….

Reaching a compromise between protecting students and defending their civil liberties is imperative to fulfilling the educational potential of our University’s undergraduates. Within social justice circles, many activists have reached this compromise by implementing “trauma trigger warnings:” a safety system that allows full artistic expression, as well as psychological protection for those who need it.

Trauma trigger warnings are a minimalistic description that tag articles, literature and other works of art for traumatic content. These triggers can cover a variety of topics — from graphic violence to drug abuse — and are intended as vague, abstract descriptions of a work’s content. For instance, one trigger warning for “The Great Gatsby” might be: (TW: “suicide,” “domestic abuse” and “graphic violence.”)

Also in February, members of the student government at the University of California at Santa Barbara passed a resolution called “A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings,” (see text below) that urges “the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.” It urges school officials to meet with students to develop a way for professors to create “trigger warnings” for material including “Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.”

There was trigger activity on some other campuses too. The Times story reports, for example, that Oberlin College wrote a draft guide on “trigger warnings” that said, before it was withdrawn for further work:

Triggers are not only relevant to sexual misconduct, but also to anything that might cause trauma. Be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression. Realize that all forms of violence are traumatic, and that your students have lives before and outside your classroom, experiences you may not expect or understand.

In March, the student newspaper at the University of California Santa Barbara, The Daily Nexus, published a letter by the student who initiated the resolution, Bailey Loverin, explaining her reasons for taking the action. In early April, the student newspaper published another article, by Marissa Wenzke, further explaining the resolution, saying:

… even while protecting freedoms so crucial to higher education, we must recognize the legitimacy behind the intentions that lie behind this resolution. One of the arguments against this bill claims it would act as a crutch for students who do not wish to be challenged with potentially offensive material, essentially boiling it down to “just get over it.” We’d invite everyone who stands behind this to imagine the most terrifying or painful moment of your life, and then imagine being spontaneously forced to relive that moment in the middle of a lecture in Campbell Hall.

Two days after The New York Times article was posted to the newspaper website on May 17, the newspaper published a piece on its website by Loverin defending the resolution again. What followed was a flood of negative commentary by critics concerned that trigger warnings would amount to censorship, prior restraint and an assault on academic freedom, including an editorial by The Los Angeles Times with this title: “Warning: College students, this editorial may upset you.” It said in part:

The student resolution is only advisory, a recommendation that campus authorities can turn into policy or reject. They should not only choose the latter course but should explain firmly to students why such a policy would be antithetical to all that college is supposed to provide: a rich and diverse body of study that often requires students to confront difficult or uncomfortable material, and encourages them to discuss such topics openly. Trigger warnings are part of a campus culture that is increasingly overprotective and hypersensitive in its efforts to ensure that no student is ever offended or made to feel uncomfortable.

A piece in The New Yorker by Jay Caspian Kang noted other reaction:

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance [at the idea of trigger warnings]. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Then there was this reaction on the blog of the UCLA Faculty Association, which raises an issue that may put the idea of trigger warnings in some perspective: What kind of trigger warning would be put on the Bible. It would, the post says, start “with nudity and fratricide in the Garden of Eden and moving on to mass drowning (Noah), polygamy, adultery, etc.”

Sarah Dictum wrote in New Statesman that Shakespeare would surely need a trigger warning too, if trigger warnings ever became policy anywhere:

There are the obvious horrors, like Titus Andronicus with its hideous maternally-directed rape (“Away with her and use her as you will./The worse to her, the better loved of me”) and subsequent mutilation of the victim. But then there are the comedies, which even at their merriest contain intimations of rape. Measure for Measure hinges entirely on a woman being coerced into intercourse to save her brother’s life. Problem play? More like problematic play. Get behind the tape.

Here’s a draft version of the resolution that the UC Santa Barbara students passed in late February:

A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings (02262014:61) – February 25, 2014

Resolution #805

by Nikki Calderon & Second: Derek Wakefield

Student Sponsor: Bailey Loverin

Resolution Liaison:

Whereas: UCSB CARE (Campus Advocacy Resources & Education) reports that: 1 in 4 college women will be sexually assaulted during her academic career,; 1 in 4 women will experience domestic violence; and 1 in 33 men will experience attempted or completed rape. Therefore this is a pertinent and widespread issue that should be acknowledged on campus. (maybe, but this may be better as a separate whereas at the end)

Whereas: Triggers are not limited to sexual assault and violence.

Whereas: Trigger Warnings should be used for content not covered by the rating system used by the MPAA or TV warnings (such as contains violence, nudity or, language).

Whereas: The current suggested list of Trigger Warnings includes Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.

Whereas: Triggers are a symptom of PTSD (Post Traumatic Stress Disorder).

Whereas: UCSB Disabled Students Program recognizes PTSD as a disability.

Whereas: Having memories or flashbacks triggered can cause the person severe emotional, mental, and even physical distress. These reactions can affect a student’s ability to perform academically.

Whereas: College level courses may contain materials with mature content. These particularly affect students if material is being read in the classroom or a film is being screened, as the student cannot choose to stop being exposed to the material.

Whereas: Including trigger warnings is not a form of criticism or censorship of content. In addition, it does not restrict academic freedom but simply requests the respect and acknowledgement of the affect of triggering content on students with PTSD, both diagnosed and undiagnosed.

Whereas: Being informed well in advance of triggering content allows students to avoid a potentially triggering situation without public attention. Having a trigger warning on a syllabus allows a student the choice to be presentgives a student advance notice of possible triggers and the choice to be present or not instead of having to leave in the middle of a class or lecture.

Therefore let it be resolved by the Associated Students in the Senate Assembled:

That the Associated Students of UC Santa Barbara urge the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.

Let it further be resolved that: AS Senate urges the instructor of any course that includes triggering content to not dock points from a student’s overall grade for being absent or leaving class early if the reason for the absence is the triggering content.

Let it further be resolved that: AS Senate directs the Student Advocate General Kristian Whittaker to appoint a staff member to review and update the list of Trigger Warnings as needed in collaboration with RCSGD (Resource Center for Sexual and Gender Diversity) and The Women’s Center.

Let it further be resolved that: AS Senate direct External Vice President of Statewide Affairs Alex Choate to bring this to the attention of the UCSA Board at the next board meeting and to advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution on a UC wide level.

Let it further be resolved that: AS Senate directs AS President Jonathon Abboud to bring this to the attention of the Academic Senate and advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution.

Let it finally be resolved that: AS Senate recognizes the support and passing of this resolution as a stronger stance taken by UCSB against issues of sexual harassment and violence.

Fiscal Impact: $0 from the account.

A New Entry in the Annals of Academic Cravenness
If colleges won’t stick up for free speech, why would they oppose the implicit censorship of ‘trigger warnings’?
Joseph Epstein
WSJ
May 27, 2014

For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on.

Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. At the University of California at Santa Barbara, the student government suggested that all course syllabi contain trigger warnings. At Oberlin College the Office of Equity Concerns advised professors to steer clear of works that might be interpreted as sexist or racist or as vaunting violence.

Movies have of course long been rated and required to note such items as Adult Language, Violence, Nudity—ratings that are themselves a form of trigger warning. Why not books, even great classic books? The short answer is that doing so insults the intelligence of those supposedly serious enough to attend college by suggesting they must not be asked to read anything that fails to comport with their own beliefs or takes full account of their troubled past experiences.

Trigger warnings logically follow from the recent history of American academic life. This is a history in which demographic diversity has triumphed over intellectual standards and the display of virtue over the search for truth. So much of this history begins in good intentions and ends in the tyranny of conformity.

Sometime in the 1950s, American universities determined to acquire students from less populous parts of the country to give their institutions the feeling of geographical diversity. In the 1960s, after the great moral victories of the civil-rights movement, the next obvious step was racial preferences, which allowed special concessions to admit African-American students. In conjunction with this, black professors were felt to be needed to teach these students and, some said, serve as role models. Before long the minority of women among the professoriate was noted. This, too, would soon be amended. « Harvard, » I remember hearing around this time, « is looking for a good feminist. »

All this, most reasonable people would concur, was fair enough. Then things took a radical twist. Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals.

Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed.

Meanwhile many of those students who in the late 1960s arose in protest have themselves come to prominence and even to eminence as professors in their 60s and early 70s. Having fought in their youth against what they thought the professorial old-boy network, they now find themselves old boys. Unable to discover a way to replace the presumably unjust society that they once sought to topple, they currently tend to stand aside when students and younger professors cavort in bumptious protest, lest they themselves be thought, God forfend, part of the problem.

University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint.

The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education?

Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority.

Mr. Epstein’s latest book is « A Literary Education and Other Essays, » published this week by Axios Press.

Voir aussi:

Trigger Happy The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
The New Republic
March 3, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Jenny Jarvie is an Atlanta-based writer whose work has appeared in the Los Angeles Times, Atlantic Cities, Poetry Magazine, and the Sunday Telegraph.

Voir également:

Trigger Warnings and the Novelist’s Mind
Jay Caspian Kang
The New Yorker
May 22, 2014

During a graduate-school lecture on “Lolita,” my professor stood up in front of a crowded classroom and said something I have never been able to shake: “When you read ‘Lolita,’ keep in mind that what you’re reading about is the systematic rape of a young girl.”

I had read “Lolita” in high school and then again in college, when it became my personal literary liquor store—whenever I got stuck in a scene, or whenever my prose felt flat or typical, I’d open “Lolita” to a random page and steal something. My professor’s pronouncement felt too didactic, too political, and, although I tried to put it out of my mind and enjoy “Lolita” ’s cunning, surprising games with language, I could no longer pick up the book without feeling the weight of his judgment. The professor wasn’t wrong to point out the obvious about Humbert and Dolores Haze, and I don’t believe—at least not completely—that literature should only be examined as an object unto itself, detached from time and history, but I haven’t read “Lolita” since.

I thought of that professor and his unwelcome intrusion when I read a page-one story in last week’s Times about how several colleges across the country have considered placing “trigger warnings” in front of works of art and literature that may cause a student to relive a traumatic experience. For example, a student might be forewarned that J. M. Coetzee’s “Disgrace” details colonial violence, racism, and rape with a note on the class syllabus that would read something like “Trigger Warning: This book contains scenes of colonialism, racism, and rape, which may be upsetting to students who have experienced colonialism, racism, or rape.”

The story’s headline, “WARNING: THE LITERARY CANON COULD MAKE STUDENTS SQUIRM,” and the inclusion of some seemingly innocuous titles, like “The Great Gatsby,” as candidates for such warnings, dredged up all my distaste for my professor’s prescriptive reading of “Lolita.” If he could produce such a chilling effect, what harm could a swarm of trigger warnings—each one reducing a work of literature to its ugliest plot points—inflict on the literary canon? What would “Trigger Warning: This novel contains racism” do to a reading of Ralph Ellison’s “Invisible Man”? What would “Trigger Warning: Rape, racism, and sexual assault” do to a reading of Toni Morrison’s “Beloved”?

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Out on the far end of the agreement machine, feminist writers and academics defended the use of trigger warnings, and tried to explain their utility and their history. The modern iteration of “trigger warning,” or “TW,” as it’s commonly written, came out of the feminist blogosphere, and, like many other terms used within insular, politically active communities, addressed a specific need. Roughly ten years ago, editors at feminist and progressive Web sites realized that they needed a way of encouraging frank and candid conversation about sexual assault without catching readers unaware. Many survivors of sexual assault experience symptoms of post-traumatic stress; graphic depictions of rape or violent attacks can trigger flashbacks, nightmares, and crippling anxiety. The editors theorized that a warning posted before disturbing narratives could allow readers to prepare for what might be an upsetting but, ultimately, necessary conversation.

“Censorship was never the point,” Alexandra Brodsky, an editor at the Web site Feministing, told me. “We knew that violent and traumatic narratives could have a grave effect on the reader, so we, working together as a community, created guideposts for people to navigate what has always been a tricky terrain.” Those guideposts helped. Trigger warnings “made people feel like they could write explicitly and honestly about things that they may have not written about under different circumstances,” Brodsky said. “They let people know that this was going to be a different type of conversation.”

That logic eventually found its way into the academy. Last year, Bailey Shoemaker-Richards, a master’s student at the University of Findlay, in Ohio, started using trigger warnings in her academic presentations on cyber sexism and online abuse. The warning, she said, takes up roughly fifteen seconds at the start of a talk, and serves only as a reminder that those who are uncomfortable discussing online abuse are free to leave the room. “I don’t think a trigger warning will prevent conversations that may be upsetting,” Shoemaker-Richards told me. “But they might force people in the class to think through their reactions a little more.” Shoemaker-Richards’s use of trigger warnings largely mirrors the way that they have been implemented in classrooms across the country, and, although the term itself sounds forbidding and censorious, in practice these warnings are meant to protect students from public traumatic flashbacks. “If you know you’re about to read a graphic depiction of state racism, and you know that you’d rather be at home than in the library, the trigger warning is just information you need to make that decision,” Brodsky explained.

Brodsky feels conflicted about university-mandated trigger warnings for potentially troubling works of art and literature, as do other feminist thinkers I spoke to, but she still thinks that they should be used in the classroom. “You can’t copy the language from a Jezebel post and paste it onto a syllabus,” Brodsky explained. “With that being said, literature is important, and has effects beyond momentary pleasure and discomfort. ‘Trigger Warning: Colonialism,’ seems a bit reductive, but there should be a way that we acknowledge that what we’re going to read will have a significant impact.” The expansion of higher education onto the Internet has depersonalized the classroom, Brodsky argued, and with fewer settings in which a professor can adequately prepare a class for a potentially disturbing work of literature or art, trigger warnings could stand in, at least in part, for a nuanced and sensitive introduction.

It should be noted that none of the schools cited in the Times article have actually implemented a policy that would mandate trigger warnings, and that college classrooms have often served as testing grounds for vital policies that might at first have seemed apocalyptic or Pollyannaish. Trigger warnings could eventually become part of academic environments, as unobtrusive and beneficial as wheelchair ramps and kosher toaster ovens.

Many of the op-eds and articles on trigger warnings published this week have argued on behalf of the sanctity of the relationship between the reader and the text. For the most part, I have agreed with them. A trigger warning reduces a work of art down to what amounts to plot points. If a novel like José Saramago’s “Blindness” succeeds because it sews up small yet essential pockets of human normalcy against a horrific backdrop, a preëmptive label like “Trigger Warning: Violence and internment” strips it down to one idea.

I relayed these thoughts to Brodsky, along with the anecdote about my professor and “Lolita.” “What a delight it must be to read a book full of graphic accounts of sexual violence and still have the book not be about sexual violence to you!” she said. “Why is the depersonalized, apolitical reading the one we should fight for?” I admit, this was an angle I had not yet considered, and I recalled the severe annoyance I’d felt in college seminars and coffeehouse conversations whenever a white person would say a bit too ringingly that a book written by a person of color somehow “transcended race,” as if that was the highest compliment that could be paid to a work written by one of us poor, striving minorities. Every reliable figure, whether from academic study or from the Obama Administration, says that somewhere between one in four and one in five women are sexually assaulted during their time in college. To argue that their concerns are somehow marginal does not correlate with the math or the ethos of the classroom.

And yet, as a novelist who spent seven years writing an ultimately unpublished novel and two years writing another, I wonder about the effect a trigger warning—even a discreet, well-placed one—might have on the creative process. I kept thinking of the professor’s pronouncement about “Lolita,” and how difficult it had been for me to get it out of my head. After a few phone calls to fellow former classmates who had attended the same lecture, and who remember the professor’s comments with the same clarity, I finally figured out why. We had all enrolled in this particular graduate program because we wanted to write fiction. This was a foolish, likely doomed endeavor, sure, but if we were to have any chance at writing anything worthwhile, our commitment to the task would have to be irrational and unrelenting. Every young writer has to go through a stage of relating to works of literature as if they’re planets, with their own elegant ecosystems and gravitational pull.

A good reader may very well finish “Lolita” and conclude that the book is about the systematic rape of a young girl, or that such a troubling text should require a trigger warning, but a writer should have the freedom to look at “Lolita” as nothing more than a series of sentences that exist only for their own sake. If reading, as Joyce Carol Oates wrote, is the “sole means by which we slip, involuntarily, often helplessly, into another’s skin, another’s voice, another’s soul,” a trigger warning, even through gentle suggestion, guides us into that skin. For writers, who cull everything from what they read, any amount of guidance will lead to dull conformity.

In a good novel—it hardly needs to be said—every word matters. Dedications matter. Epigraphs matter. The size of the font on the Library of Congress listing matters. The order of the names on the acknowledgment page matters. A writer friend of mine once likened a completed novel to a pressure cooker—the weight placed on every stylistic decision should be extraordinary and evenly distributed. A trigger warning or, really, any sort of preface, would disrupt the creation of those highly pressurized, vital moments in literature that shock a reader into a higher consciousness. I cannot be the only person who believes that James Baldwin’s “Notes of a Native Son” has the power to radically change the way all people look at race in this country—Baldwin’s brutal treatment of himself, his perfect choice of detail, and his mode of dragging the reader through Harlem elevate the story of a young man preparing himself to attend the funeral of his father to a complete, gorgeous whole. Any excess language—in the form of a trigger warning—amounts to a preëmptive defacement. It’s worth considering how the next Baldwin would react to the possibility that his account would be stamped with “Trigger Warning: Child abuse.” How does that moment, when he picks up his head and stares out at his future reader, change the words he chooses? Can we really afford to have “Notes of a Native Son” be three, four, or even one word worse?

Voir encore:

Trigger warnings: What do they do?
BBC
25 February 2014

A bit like a spoiler alert, the phrase « trigger warning » is now often seen online but it has a more serious motive than stopping you from accidentally ruining the enjoyment of a TV show you’ve not seen yet.

What is a trigger warning?

Seen on the web, in tweets and on blogs, it usually takes the form of a sentence or a few words to caution readers about the content which will follow. The author adds a warning in recognition of strong writing or images which could unsettle those with mental health difficulties. They exist so readers can choose whether or not to read any further.

It usually starts with « trigger warning » in bold. It has to be carefully written so it isn’t a trigger itself.

TRIGGER WARNING – rather ironically, this article could be a trigger. If you feel your mental health could be affected by reading stories about how others can be affected, we advise you read no further.
So, what exactly is a trigger?

In the area of mental health, a trigger is something which causes instant distress in a vulnerable person. If you know what can trigger a bad reaction, you can try to avoid those triggers in the same way that someone with an allergy might take steps to avoid dogs.

What kind of things can act as a trigger?

Different things trigger trauma in different people. There is no set list.

The website for Young Minds youth mental health charity uses trigger warnings. A spokesman for the charity, Chris Leaman, says: « If they are feeling particularly vulnerable, illustrative bits of the site like personal accounts, might trigger young people into an action or remind them of a time when they were struggling. »

A woman who wants to remain anonymous tells us that a recent news story about the search for a man who stopped someone from jumping off a bridge in London, was a trigger for her. She says: « What he was doing, raising awareness of suicide, was really great and so positive. But every time I crossed that bridge I thought of jumping off – it triggered suicidal thoughts for me. »

Does everyone appreciate the warnings?

Writing in the New Statesman, Rhiannon Lucy Cosslett says she doesn’t like trigger warnings because they smack of « victimhood ». She says she has post-traumatic stress disorder (PTSD) and feels that people she doesn’t know are trying to wrap her in cotton wool.

At the other end of the scale, the mental health charity Samaritans has produced guidelines for journalists which advise against publishing details of how people kill themselves. It also calls for dramatic phrasing to be avoided. Samaritans says reading about the subject can trigger copycat behaviour.

Where did trigger warnings start?

Disabled occupational therapist Claire Jones works in the area of mental health. She says that trigger warnings first appeared on feminist websites to flag up accounts of abuse. The term was adopted by various other groups, particularly the wider mental health community. This happened in the early days of the internet, when the warnings were especially common in online forums.

Viewers of Hollywood films portraying the lives of former soldiers will be used to scenes where characters experience flashbacks brought on by a loud noise, perhaps. Jones says: « A car backfiring can trigger a memory of conflict. It is a very visceral experience, almost like reliving the trauma. »

Are trigger warnings ever considered unhelpful?

The thing about the internet is, if you use the word « trigger » it makes troubling content more findable because you can just type it into a search engine. Before the warning existed, « triggering » content, as it’s referred to, was harder to find.

On some websites, users share pictures of their self-harm scars and write about their suicidal thoughts. They place trigger warnings in front so people can avoid this strong material.

Service user and mental health policy expert Liz Main says that « if someone is feeling particularly grim, they might search out triggers because they want a nudge ». In other words, they might look for material which will inspire them to move from thinking about harming themselves, to actually doing it – which is obviously not positive.

Jones says online forums can be helpful and believes people with mental health difficulties are more likely to seek support if they know there are warnings which will prevent them from seeing traumatic material on their computer screen. She says: « That’s why I think that trigger warnings are broadly a good thing. »

Voir de même:

Suicide reporting – 10 things to remember

Samaritans

Leave out technical details about the method of suicide, such as describing the type of ligature used or the number and types of pills taken in an overdose. Never suggest that a method is quick, easy, painless or certain to result in death.
Language matters. Avoid dramatic headlines and terms such as ‘suicide epidemic’ or ‘hot spot’.
Include references to support groups and places where suicidal people can find help – it really does make a difference.
Treat social media with particular caution and refrain from mentioning websites or networks that promote or glamorise suicide.
Avoid dramatic or sensationalist pictures or video.
Young people are especially vulnerable to negative suicide coverage. Do not give undue prominence to photographs of a young person who has died and avoid repeated use of images such as galleries.
Try not to give a story undue prominence, for example with a front cover splash.
Don’t brush over the complex realities of suicide and its impact on those left behind. Remember that people bereaved by suicide are often vulnerable and are more likely to take their own lives than the general population.
Speculation about the ‘trigger’ for a suicide, even if provided by a close family member, should be avoided.
Use statistics with caution. Check with Samaritans or the relevant national statistical agency to make sure you have the most recent data and are comparing like with like.

Voir enfin:

Bible des Peuples

01/01/1970

LA BIBLE DES PEUPLES :

Une bible nostalgique de la théorie de la «substitution»

M.R. Macina

Debriefing

Rappel des faits

C’est dans le ciel presque serein de relations judéo-chrétiennes en développement positif exponentiel (si l’on en juge par les dizaines de textes pontificaux et épiscopaux concernant le peuple juif, issus depuis le Concile), et après l’apaisement du conflit autour du Carmel d’Au­sch­witz, qu’éclata, dans les premiers mois de l’an­née 1995, ce qu’on a appelé «l’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes».

Peu de temps après sa parution en France (mai 1994), un certain nombre de catholiques impliqués dans le dia­logue judéo-chrétien avaient été choqués par le contenu et le ton, blessants pour les juifs, de quelques commentaires de cette nouvelle bible, dif­fusée en plusieurs langues par les éditions catholiques interna­tionales Médiaspaul, et dont les ventes, toutes versions confondues, dépassaient alors les vingt millions d’exemplaires.

Un examen attentif de l’ouvrage révéla que les passages incriminés ne constituaient pas un faux pas fortuit, mais s’inscrivaient dans la ligne d’une apologétique chrétienne an­cienne manière, très négative à l’égard des juifs.

On y apprenait, entre autres inepties du même acabit,  que la cul­ture juive était «machiste». Que cette religion était «fanatique». Qu’Esdras «encourageait le racisme». Que la désaffection des juifs pour les écrits des pro­phètes «expliquait bien des erreurs commises au nom du sio­nisme». Que «le pharisien ne veut rien devoir à Dieu et qu’il ne veut pas pécher pour ne pas avoir à être par­donné». Que, pour les juifs, «aucun procédé ne sera mau­vais si cela sert les intérêts de leur groupe». Que «le peuple juif soupçonnait que Jésus venait de Dieu», mais ne voulait pas «croire». Que la circonci­sion «ouvrait au païen toutes les portes de la société juive avec ses bonnes affaires». Que «Dieu ne peut nous en­fermer dans des obligations folkloriques de circonci­sion ou de chapeau, ni s’enfermer lui-même dans les problèmes de notre cuisine et de nos temps de prière». Qu’on était fondé à parler du peuple juif «comme de celui qui avait tué Dieu, puisque ce peuple n’avait pu dominer son fanatisme, lié à toute son his­toire». Qu’avant la venue de l’Antichrist, «le peuple juif dé­versera toute sa méchanceté sur l’Église», mais qu’«à la fin, la Colère [de Dieu] va se décharger sur eux», et qu’«ils seront jugés». Enfin, que les fléaux dé­crits dans le chapitre huit de l’Apoca­lypse «évoquent le châti­ment du peuple juif qui n’a pas accueilli le Christ», châ­timent qui «vient des forces de la na­ture qui se retournent contre le peuple coupable.»

Ce n’est pas ici le lieu de relater en détail les péripé­ties tumultueuses de cette affaire. On n’en résumera donc que les grandes lignes.

Devant le tollé soulevé par les commentaires antiju­daïques de cette bible et le large écho médiatique qui lui fut donné, Monseigneur Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles, qui avait imprudemment ap­prouvé et même chau­dement recommandé cette Bible, présenta d’abord des excuses publiques à la Communauté Juive de France. Puis, comme le scan­dale ne s’apaisait pas, il retira son Imprimatur et enjoi­gnit à l’éditeur de cesser la diffusion, jusqu’à la réali­sa­tion d’une édition amendée qui devrait alors obtenir un nouveau Nihil obstat (février 1995).

C’est alors que se produisit l’inconcevable. Alors qu’on se fût attendu à ce qu’il adoptât un profil bas, surtout après le désaveu de la hiérarchie ecclésiastique, l’édi­teur – qui s’esti­mait diffamé par la campagne de presse qui faisait rage – ré­pliqua, par la bouche du su­périeur romain de la Congrégation religieuse fonda­trice des éditions Médiaspaul, par un communiqué belliqueux (21 mars 1995). Invoquant le droit canonique, il exprimait son refus caté­gorique de stop­per les ventes de sa bible. Cette attitude «insurrectionnelle» face à l’injonction d’un évêque, d’ail­leurs soutenu par les plus hautes au­torités de l’Église, déclencha, comme on pouvait s’y attendre, l’ire des insti­tutions juives repré­sen­tatives, qui sui­vaient attentivement l’évolution de l’affaire.

Jean Kahn, président du Consistoire Central des Juifs de France, interpella énergiquement les instances ro­maines de dialogue entre l’Église et le judaïsme pour qu’elles mettent fin à ce qu’il considérait comme un scan­dale. De son côté, la Ligue contre le racisme et l’antisé­mitisme (LICRA), assignait en référé la société éditrice.

Le 11 avril 1995, une Ordonnance de référé du Tribunal de Grande Instance de Paris condamnait l’éditeur à sup­primer deux passages, considérés comme «de nature à raviver l’antijudaïsme», et «interdisait la dif­fusion et la vente de l’ouvrage, à défaut de ces sup­pres­sions.»

D’abord résolu à interjeter appel du jugement, l’édi­teur condamné finit par se résoudre à accepter la sen­tence ci­vile. C’est ainsi que, dans un communiqué conjoint (octobre 1995), la LICRA, Médiaspaul et la Société Biblique Catholique Internationale faisaient part d’un ac­cord intervenu entre les parties en conflit. Il était convenu que l’édition en cours «ne serait plus dif­fusée, à compter du 21 novembre 1995, qu’avec sup­pression des passages contestés» (au nombre de 19).

En fait, sur décision de l’autorité ecclésiastique, la vente ne reprit pas et les éditeurs durent, pour obtenir un nou­vel Imprimatur, soumettre à un comité d’experts une ré­édition amendée. Ce n’est qu’après une attente de près d’un an, que la décision négative fut rendue pu­blique par un bref communiqué du cardinal Pierre Eyt, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France :

 «La Commission doctrinale a demandé à plusieurs exégètes ca­tholiques reconnus de procéder à une étude complète de la deuxième édition de cette Bible ainsi que des corrections propo­sées par les au­teurs pour une troisième édition. L’étude des avis présentés par les exégètes désignés par notre Commission a conduit celle-ci à voter, le 21 mars 1996, le refus de l’imprimatur pour la troisième édition de la Bible des Communautés Chrétiennes.» (Texte intégral de la décision, suivi de quelques exemples de textes rejetés par les experts, dans SNOP, Service catholique de presse et d’information, n° 994, Paris, 4 octobre 1996).

L’affaire semblait donc close lorsqu’elle rebondit soudain. En septembre 1998, les éditions Fayard tenaient une conférence de presse pour annoncer qu’ils éditaient une version corrigée de la Bible des Communautés Chrétiennes, sous le titre de Bible des Peuples. À la surprise générale, et surtout à celle du cardinal P. Eyt et de sa Commission doctrinale, qui avaient sanctionné cette bible deux ans plus tôt, cette nouvelle version était munie d’un Imprimatur de la Conférences des Évêques du Congo. Après une violente polémique, par journaux interposés, entre les respon­sables éditoriaux du Cerf (Bible de Jérusalem) et de Desclée de Brouwer (TOB) – qui avaient sévèrement critiqué la Bible des Peuples – et Cl. Durand, directeur de Fayard, qui accusait ces éditeurs de diffamer SA bible pour des motifs bassement financiers, les esprits se sont quelque peu calmés, sans que le contentieux soit liquidé pour autant.

Il reste que cette bible, qui a tant fait parler d’elle, continue sa carrière, qui, si l’on tient compte des versions en langues étrangères (espagnol surtout), est un immense succès éditorial, puisque, aux dires de ses éditeurs, plus de 32 millions d’exemplaires ont été vendus depuis le lancement de la version originale en langue espagnole, en 1973.

Ci-après, on pourra lire un florilège de 22 passages qui, s’ils ne peuvent être qualifiés, d’«antisémites», méritent cependant, nous semble-t-il, le label d’«antijudaïques», et sont, en tout état de cause, fortement dépréciateurs, voire diabolisateurs du peuple juif, de sa foi et de ses traditions.

Un florilège de stéréotypes antijudaïques
Ancien Testament

NOTA : N’ont été retenus ici, parmi bien d’autres, que les passages dont le caractère dépréciateur du peuple juif ne découle ni de la théologie ni de la doctrine chrétiennes, mais trouve son origine dans des a priori et des stéréotypes que l’enseigne­ment post-conciliaire de l’Église a répudiés, même s’ils ont longtemps fait partie de son discours. Les citations sont extraites de La Bible des peuples, Fayard, Paris,1998).

Abréviation : BCC:Bible des Communautés Chrétiennes, SOBICAI et Médiaspaul, Arpajon, 1995.

Introduction à l’Ancien Testament, pp. 25* et 26*

“Condamnation d’Israël pour ses infidélités sans nombre […] C’est le temps où Dieu se prépare un “petit reste” au milieu d’une nation sollicitée et emportée par toutes les tentations du pouvoir et la confusion entre royaume de ce monde et Royaume de Dieu.”

• Toujours la même présentation péjorative de la religion juive, sans doute dans le but de mieux exalter la chré­tienne. Ici, l’ignorance du judaïsme se révèle crûment. En effet, quiconque connaît un tant soit peu la Tradition juive sait que les juifs pieux n’attendent rien de bon de “ce monde-ci”, mais soupirent après les temps du Messie, où, ainsi que le leur promet l’Écriture, Dieu régnera, et où ils vivront en paix, à l’ombre de leur Messie, en attendant le “monde à venir”, lorsque la création toute entière sera renouvelée. Il est dommage qu’un commentateur chrétien qui proclame son souci pastoral, non content de passer sous silence ce qui fait le cœur même du message de l’Évan­gile – et qui, repris par sa religion, fut et est toujours le cœur et l’âme de la foi juive – croie bon de discréditer ainsi le peuple dont, spirituellement, il est lui-même issu (cf. Pie XI : «Spirituellement, nous sommes des Sémites!», ne serait-ce que par la relation quasi organique que la foi chrétienne établit entre les chrétiens et Jésus le juif.

2) Sur Esdras 9, pp. 469-470

 «Esdras encourage donc la ségrégation raciale malgré les leçons des pro­phètes qui, un siècle avant, avaient proclamé que toutes les nations feraient partie du peuple de Dieu. Au début, la stricte observance de la Loi est une garantie contre les païens, mais avec le temps, elle de­viendra le mur qui isolera les juifs des autres peuples.»

• Dans cette présentation simpliste de la spécificité du peuple de Dieu, on omet de rappeler les textes bibliques qui enjoignent au juif de se marier avec d’autres juifs et même dans sa parenté (cf. Gn 24, 9 ss.; Ex 2, 1; To 1, 9). Quant à l’accusation de “ségrégation raciale”, outre qu’elle est ridiculement anachronique, elle procède d’une manie de l’amal­game, qui est l’une des plus graves faiblesses de ces Commentaires actualisants et réducteurs, qui font feu de tout bois pour faire du judaïsme et de ses coutumes, auxquels il est visible que l’on ne comprend pas grand chose, le repoussoir pa­radigmatique de tout ce qui est socialement, politiquement et religieusement haïssable, de nos jours. À ce compte, il fau­drait qualifier de “ségrégationnistes” les responsables religieux et les parents chré­tiens, musulmans et autres, qui recom­mandent à leurs fidèles ou à leurs enfants de ne se marier qu’avec un conjoint qui partage leur foi!

3) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

 «Puisque les désastres précédents n’ont pas été suffisants pour corriger Israël, Amos en annonce un autre : ce sera le Jour de Yahvé. Quand les Israélites [en] parlaient… ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies»

• Désinformation choquante. Maints passages de l’Ancien Testament utilisent l’expression “Jour de YHWH” (Is 13, 6.9; Ez 13, 5; Jl 1, 15; 2, 1.11; 3, 4; 4, 14; Am 5, 18.20; Ab 15; So 1, 7.14; Ml 3, 23. Cf. aussi Is 2, 12; Ez 30, 3; Za 14, 1; etc.). Quiconque voudra bien se donner la peine de les vérifier se convaincra de l’inexactitude des af­firmations du Commentateur. Il est facile de constater que les prophètes, qui l’ont annoncé, ne considèrent pas le “Jour de Yahvé” comme un “triomphe” d’Israël devant la déconfiture des nations. Cet état d’esprit est d’ailleurs ré­prouvé par l’AT: “Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas, que ton cœur n’exulte pas de ce qu’il trébuche” (Pr 24, 17). Tous les passages évoqués disent exactement le contraire, et la perspective de jugement qu’ils annoncent est, à l’évidence universelle (cf. Ab 15 : “le Jour de Yahvé contre tous les peuples”). Le texte d’Amos 5, 18.20 ne signifie nullement, comme l’affirme le Commentateur, que “Dieu vient demander des comptes à son peuple” (et le renvoi à So 2 est trompeur, car ce texte ne vise pas Israël, mais toutes les nations, comme l’indique l’expression du v. 3 : “tous les humbles de la terre”). Il s’adresse à ceux qui appellent la venue de ce Jour, pour voir la fin de leur oppression. Le prophète leur répond que ce Jour sera terrible pour tout le monde, car Dieu viendra alors juger tous les pécheurs, et le peuple de Dieu en premier. Reconnaissons toutefois que le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), sous Amos 5, 18, conforte, avec quelques nuances plus positives, l’exégèse de la BCC. Par contre, celui de la Bible de Jérusalem, à cet endroit, est beaucoup plus objectif, nous semble-t-il.

4) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

«Quand les Israélites parlaient du Jour de Yahvé, ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies. Amos en inverse le sens et, après lui, dans la bouche des prophètes, le Jour de Yahvé signifiera que Dieu vient demander des comptes à son peuple (voir So 2). Dansl’évangile et les autres livres du Nouveau Testament, le Jour du Seigneur signifie de même le jugement universel (voir Rm 1, 18); mais le terme aura alors un sens plus précis : la venue du Christ. Il jugera ceux qui ont rejeté sa parole et il réalisera les espoirs de ceux qui ont mis leur foi en lui.»

• Quand on lit ce commentaire en relation avec le précédent (dont il fait d’ailleurs partie), on ne peut guère douter de la pensée de son auteur : les juifs “qui ont rejeté la parole” du Christ, seront condamnés lors de la Parousie de ce dernier.

5) Sur Job 29, p. 834

 «Paradoxalement, c’est la défense de Job qui montre le côté faible de cette intégrité, cette “justice” devant Dieu dont il était si fier. Je faisais de la justice mon vêtement. Job était un homme juste, conscient d’être juste, et il remerciait Dieu qui l’avait fait bon. Tout cela ressemble énormément à la “justice”, aux mérites des Pharisiens. Tout en montrant un grand respect pour un Dieu éloigné, Job avait bâti seul sa vie, ses vertus et sa propre image. Finalement, sa perfection n‘existait pas aux yeux de Dieu parce que, sans le dire, Job se faisait un rival de Dieu.»

• Exégèse inouïe! Aucun Père ni écrivain ecclésiastique n’a jamais tiré une telle conclusion. Au contraire, dans la littérature chrétienne, Job est généralement présenté comme le type du Juste éprouvé, qui ne se révolte pas contre Dieu, même s’il crie sous la douleur et l’injustice apparente de son sort. Ses récriminations sont surtout contre l’at­titude de ses faux amis qui l’accablent et l’accusent d’être la cause de ses maux, réputés être la sanction de ses fautes cachées. On ne sait de quoi on doit s’étonner le plus : de l’ignorance dont fait preuve le Commentateur – qui semble n’avoir pas compris que la métaphore de la justice que l’on revêt comme un vêtement est biblique (cf. Is 59, 14; Ps 132, 9, remarquons, au passage, l’absence quasi totale de références bibliques dans les marges du Livre de Job!) –, ou de sa propension à médire des personnages de l’Ancien Testament, au travers desquels, à l’évidence, c’est le ju­daïsme, biblique et rabbinique, qui est visé. Pourtant, le fait même que Dieu reconnaisse, à la fin du livre, que “Job a bien parlé” de lui, au contraire de ses “amis” (Jb 42, 7), témoigne éloquemment de la “justice” –au sens bi­blique du terme et non au sens “pharisaïque” – de ce persécuté. Mais un examen approfondi de la littérature de la BCC aide à comprendre l’intention de ce sermon anti-Job. Il est dans le droit fil de maints commentaires de cette bible, à savoir, que les hommes et les femmes de l’Ancien Testament, en général, et les Juifs contemporains de Jésus et des apôtres, en particulier, si vertueux ou admirables qu’ils aient pu être, ne peuvent arriver à la cheville des chrétiens, à cause de leur “carnalité”, de leur “certitude orgueilleuse d’être des justes”, et de leur “pharisaïsme”.

6) Sur Job 32, p. 837

«Élihu pressent qu’il y a quelque chose de faux dans la justice de Job, mais il ne sait pas le dire, et comme les amis de Job, il cherche des péchés secrets que Job aurait pu commettre. Le fait est que Job n’a pas la justice évangélique qui est l’humble amour de Dieu.»

• Énorme anachronisme missionnaire chrétien de la “justice évangélique” (dont notre Commentateur déplore que Job soit dépourvu). Il devrait suffire à faire classer l’exégèse de la Bible des Peuples au rang de l’aveuglement spiri­tuel le plus notoire de la littérature apologétique chrétienne contemporaine.

7) Sur Esther 3, p. 907

 «L’auteur laisse apparaître les tensions qui opposaient les Juifs aux autres peuples au milieu des­quels ils vivaient. Ils avaient habituellement une supériorité culturelle, et leur étroite solidarité était une véritable force : cela leur valait tout à la fois admiration et envie. Leur mode de vie semblait étrange (Sg 2, 14-15), ce qui fai­sait naître des soupçons dont les conséquences pouvaient être tragiques. La fin du livre montrera que la confiance en Dieu de nos pères dans la foi n’avait pas encore éliminé la violence et la soif de vengeance.»

• Cette “autre lecture” n’est, à l’évidence, pas celle de l’exégète soucieux de replacer les choses dans leur contexte par une analyse historico-littéraire rigoureuse. Au contraire, le contexte lui-même montre que cette lettre n’était qu’un tissu de calomnies, imaginées par Aman, ennemi de la nation juive, qui fut d’ailleurs pendu par le même roi qui avait rédigé ce firman. C’est donc bien ce que pense le Commentateur qui est exprimé ici.

8) Sur Esther 9, p. 913

 «Nous avons bien du mal à comprendre comment le peuple de Dieu peut commettre de tels mas­sacres, et comment ce livre sacré peut les applaudir. C’est qu’à l’origine le fanatisme de nos ancêtres était à la mesure même de leur certitude d’être le peuple élu de Dieu. Dieu a su patiemment les éduquer tout au long de l’histoire, mais ce qui lui a été le plus difficile, semble-t-il, a été de retirer du cœur humain la violence et l’esprit de vengeance. Les prophètes eux-mêmes n’ont guère pris conscience de la violence qui les habitait en dépit de leur communion si étroite avec Dieu. Dans Genèse 34, l’auteur nous montre le scandale qu’avait été le viol de la fille de Jacob, mais il ne porte pas de jugement sur les représailles qui suivirent. L’histoire nous montre que dans tous les groupes humains la solidarité, la justice et la morale ne valaient qu’à l’intérieur d’un groupe […] c’est en­core chez les disciples du Christ qu’on trouvera plus facilement des exemples de pardon.»

• Est-il nécessaire de rappeler qu’au temps de Patriarches, où eut lieu la vengeance sur le clan des violeurs de Sichem, il n’y avait pas de «religion juive», et que les membres d’une tribu ou d’un clan, quels que fussent leur race ou leur appartenance religieuse, pratiquaient la loi du talion, lorsqu’un des leurs était l’objet de sévices?

9) Sur Siracide 42, 9, p. 1002

 «Le texte original, écrit en hébreu, était beaucoup plus long au verset 9 et disait : “Sa chambre ne doit pas avoir de fenêtres et elle ne doit pas voir les portes d’accès de la maison”. Ce conseil est une preuve de plus de la domination des hommes dans la culturehébraïque…»

• “Dans la culture hébraïque” : La moindre honnêteté eût été d’écrire, “dans la civilisation de l’époque”, ou “dans la culture juive, tributaire de la mentalité d’alors”. Toujours la même méthode qui consiste à épingler tout ce qui peut porter atteinte à la crédibilité et à la dignité du judaïsme. Ici, on est en droit de suspecter une véritable intention de le déprécier. En effet, de l’aveu du Commentateur lui-même, le passage évoqué pour fustiger, une fois de plus, la culture juive, ne figure dans le texte d’aucune bible moderne (où le texte de ce livre est une traduction du grec), étant donné qu’il n’existe que dans une très ancienne version hébraïque du Livre de Ben Sira, découverte, à la fin du XIXe s. dans la Guénizah du Caire. Pour relativiser ce commentaire malveillant, signalons que, jusqu’à notre époque, dans de nombreux peuples, le statut de la jeune femme non mariée a toujours été très sévère. On veillait sur elle avec ja­lousie (cf. la duègne, en Espagne). De nos jours encore, dans les contrées européennes et méditerranéennes, il n’est pas rare que certains membres de la famille (père, frère, ou oncle généralement), vengent par le sang l’honneur d’une fille, d’une sœur ou d’une nièce séduites.

Nouveau Testament
10) Sur Matthieu 23, 29, p. 58

 «Le peuple juif, harcelé par les étrangers, serrait les rangs autour du Temple, de la pratique reli­gieuse et du groupe des Pharisiens. Sous l’emprise de la peur, les juifs faisaient ce que fait toute société qui se sent menacée : ils devenaient fanatiquement conservateurs et se sentaient à l’abri dans les institutions que Dieu leur avait données dans le passé.»

• On aura remarqué la généralisation abusive. Dans le texte néotestamentaire, ce sont uniquement les dirigeants religieux qui sont l’objet des objurgations de Jésus, et non le peuple juif dans son ensemble. L’adverbe «fanatiquement» est inutilement blessant. Dira-t-on, aujourd’hui, que certains courants protestants sont «fanatiquement» fondamentalistes parce qu’il pratiquent une lecture littérale des Écritures? Ou que les catholiques at­tachés à l’ancienne liturgie sont «fanatiquement» traditionalistes? Certains émettent de telles appréciations, certes, mais ce n’est pas à leur honneur.

11) Sur Marc 7, 24, p. 91

 «Car ce que Jésus reproche aux Pharisiens se retrouve bien souvent chez ceux qui se tournent vers les institutions religieuses considérées. Au départ, on a un désir de perfection morale qui s’allie inconsciemment au besoin d’être reconnu par la société. On a conscience de sa propre responsabilité, ce qui est excellent et qui était au cœur du pharisaïsme. Ce peut être un point de départ. Mais le temps passe et l’on ne se rend pas compte qu’on s’est attaché moins à Dieu qu’à ses propres vertus : l’amour nous aurait enfoncés dans l’humilité. Confiant en ses propres mérites (en sa “justice” : Lc 17, 9), le Pharisien vise une forme de sainteté à partir de règles, jeûnes, aumônes, et il attend de Dieu, en retour de ses mérites, un traitement privi­légié. Nous voici loin de la grâce et de l’Évangile. Car nous ne pouvons rencontrer Dieu que si nous prenons la mesure de notre faiblesse et de son pardon. Alors nous l’aimons vraiment, humblement, et nous nous sentons frères des plus pauvres et des pécheurs. Le fait d’appartenir à une élite vraie ou prétendue telle nous amène à cultiver notre image, et donc les apparences, de plus en plus à l’écart des “pécheurs” et des gens ordinaires (comme par hasard, Pharisien veut dire : séparé). Ce milieu plus “select” offre une chance à toutes les ambitions, et dès lors, comme dit Jésus, c’est l’hypocrisie qui règne.»

• La dépréciation systématique des Pharisiens, on le sait, est un locus classicus de l’enseignement chrétien tradi­tionnel, qui, de ce fait, mérite bien le label, que lui décernait l’historien juif Jules Isaac, d’«enseignement du mé­pris». Ce thème a tellement fait florès, qu’il est passé dans la langue, au point que l’adjectif “pharisien” – qui signi­fie “séparé”, en hébreu – a fini par devenir le paradigme de la prétention et de l’orgueil de celui qui se targue de sa vertu ou de son impeccabilité au regard de l’observance rigide et de la foi intransigeante. À l’évidence, il y avait de mauvais pharisiens. La tradition rabbinique elle-même, fort critique envers certains d’entre eux, qui devaient être du même acabit que ceux que stigmatisait Jésus, en témoigne par ce texte du Talmud (Talmud de Babylone, traité Sota, 26 a) :

“Le roi Yannaï disait à sa femme : Ne crains ni les Pharisiens ni ceux qui ne le sont pas. Mais redoute les hypocrites, qui ressemblent à des Pharisiens, et dont les actes sont ceux de Zimri [l’Israélite qui avait forniqué avec la prostituée madianite], mais qui réclament la récompense de Pinhas [fils d’Aaron qui, rempli du zèle de Dieu, tua les dévoyés et mérita pour cet acte la prêtrise perpétuelle]”.

 Quant à l’assimilation de la caste pharisienne à un club «select», elle serait risible si elle ne témoignait d’une affligeante ignorance de l’histoire du judaïsme de la période du Second Temple. Loin d’appartenir à un milieu privilégié, la majorité des pharisiens étaient issus du peuple – dont ils avaient d’ailleurs la faveur. Entièrement voués à l’étude et à la prière, ils pourvoyaient à leur subsistance en exerçant de petits métiers, tels que porteurs d’eau, tailleurs de tente (comme Paul). Il n’est évidemment pas exclus que quelques uns d’entre eux aient été de milieu aisé, mais la tradition talmudique, qui n’estimait que la science et la piété, ne leur a pas accordé plus de considération pour autant.

12) Sur Marc 15, 6, p. 115

 «La foule a choisi Barrabas. Pourquoi? Parce que le chemin de libération que Jésus propose exige du temps, un sens des responsabilités et du sacrifice. Barrabas, au contraire, représentait la violence irresponsable qui satisfait notre désir de vengeance. Ici, l’Évangile ne pré­tend pas rendre tous les Juifs du temps de Jésus responsables de sa mort. L’Évangile témoigne d’un fait : l’en­semble du peuple, et non seulement les chefs, avait déjà rejeté Jésus, comme il allait bientôt rejeter la prédication chrétienne (Rm 10, 19) […] Jésus est la victime pour le péché du monde (1 J 4, 10). Il y avait mille façons pour lui d’être victime et de donner sa vie pour ceux qu’il aimait, mais ce rejet du Messie par les siens don­nait à son sacrifice une signification nouvelle. Le reniement de Jésus par son peuple prolonge l’his­toire passée du peuple de Dieu qui tant de fois s’est refusé à entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait. Dieu avait dit : «C’est moi qu’ils rejettent, ils ne veulent pas que je règne sur eux” (1 Sa 8, 7). Or voici que Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens.»

• Les accusations et les procès d’intention les plus arbitraires côtoient ici les explications les plus absurdes vi­sant, comme toujours, à déconsidérer le peuple juif, pour mieux exalter le christianisme. Certes, il y a plus de ridi­cule que de méchanceté dans certaines assertions – évidemment infondées, mais d’autant plus sûres d’elles-mêmes qu’il suffit, semble-t-il, de les émettre avec assurance pour qu’elles fasse figure de vérités premières. C’est le cas, par exemple, de celle qui prétend expliquer, par la propension à la violence et à la vengeance, le choix fait par la foule d’épargner Barrabas au lieu de Jésus. C’est également cas de l’affirmation selon laquelle «l’Évangile» lui-même «témoignerait» (où, en quels termes?) que «l’ensemble du peuple avait déjà rejeté Jésus», alors que nous lisons, en Mc 14, 1-2 : “La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cher­chaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. Car ils se disaient: Pas en pleine fête, de peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple.” C’est surtout le cas de la présentation scandaleusement accusatrice de l’incrédu­lité des juifs. En effet, on ne leur donne pas la chance que Jésus a accordée à Thomas (cf. Jn 20, 24ss). On ne dit pas : «Il leur a été impossible de croire». On ne leur accorde pas le bénéfice du doute, mais on affirme au contraire, sans hésitation, que s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils n’ont pas voulu croire. D’où le choix du vocabulaire. «Reniement de Jésus», présenté comme une suite logique et fatale de tous les reniements de «l’histoire passée du peuple de Dieu». Refus «d’entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait». Rejet de Dieu, «refus» de “le laisser régner sur eux” (avec référence tendancieuse à 1 S 8, 7). Et ce lieu commun presque bimillénaire, qui serait risible s’il n’avait eu les conséquences tragiques que l’on sait, et toujours si terriblement efficace : «Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens». La «communauté», donc tous les juifs de l’époque : y compris ceux d’Alexandrie, de Babylonie, et de tout l’empire romain d’alors, qui, bien sûr, suivaient en direct les événements de Palestine dans leurs journaux et sur leurs écrans de télévision! De cet acte d’accusation délirant, il ressort que, bien que la filiation divine et la messianité de Jésus fussent inscrites sur son front, les juifs (tous les juifs), désireux d’entrer dans l’his­toire comme le peuple le plus stupide, le plus ingrat, le plus sceptique et le plus entêté qui soit au monde, ont commis l’irréparable, le péché de démesure : défier et narguer Dieu lui-même en refusant de croire à celui qu’à l’évi­dence ils avaient reconnu comme son Fils et Messie! On croit rêver…

13) Sur Luc 24, 44, p. 184

 «Il fallait que s’accomplisse ce que les prophètes avaient annoncé d’un sauveur qui serait rejeté et qui prendrait sur lui le péché de son peuple. Quel péché? Les péchés de tout le monde évidemment, mais aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus. C’est ce péché qui de façon plus immé­diate l’a conduit à la croix. En réalité ce chemin de mort et de résurrection n’était pas réservé à Jésus, mais aussi à son peuple. À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions terrestres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples… pour renaître comme peuple de Dieu dispersé parmi toutes les nations et devenir témoin actif du salut. Une minorité est entrée dansce chemin que Jésus indiquait et cela a été le commencement de l’Église : prêchez en son nom à toutes les nations.»

• En progrès notable sur la version antérieure, qui figurait, en son temps, dans la Bible des Communautés Chrétiennes, et reprenait à son compte l’accusation de déicide, ce commentaire, quoique moins violent, n’en est pas moins préjudiciable au peuple juif. Qu’on en juge. Obligé d’admettre l’enseignement de son Église, déjà présent dans le Catéchisme du Concile de Trente (XVIe s.), – selon lequel «les chrétiens pécheurs sont plus coupables de la mort du Christ que les quelques juifs qui y ont pris part – ceux-ci, en effet, « ne savaient pas ce qu’ils faisaient » (Lc 23, 24), et nous, nous ne le savons que trop bien.» (Pars I, caput V, Quaest. XI) – le Commentateur n’en persiste pas moins à remettre en course la culpabilité particulière du peuple juif dans ce drame. D’après lui, le péché qui a causé la mort de Jésus, c’est «aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus». Et l’expression «de façon plus immédiate» laisse percevoir l’adverbe “surtout”. À lire ce texte, on croirait que l’essentiel de la prédication de Jésus était consacré à combattre la violence de son peuple. Or, il n’en est rien. Même la fameuse phrase du Sermon sur la montagne “Heureux les doux, car ils hériteront de la terre”, souvent alléguée pour accréditer l’image du «doux pécheur galiléen» (Renan), ne corrobore pas cette vue de l’esprit. En effet, elle est une cita­tion du Ps 37, 11, où le terme hébreu employé est ‘anawim, qui signifie, ‘pauvres’, ‘démuni’, et au sens moral : ‘humble’. Il est rendu en grec (tant dans la Septante que dans le NT, qui la cite, par praus, qui connote les mêmes sens, mais aussi celui de ‘doux’. En sens inverse, l’Évangile met dans la bouche de Jésus ces propos inquiétants (Mt 10, 34ss) : “N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive” (et cf. Mt 26, 51-52; Lc 22, 36.51s, etc.). C’est donc une contrevérité que d’imputer à la violence de la société juive de l’époque de Jésus la responsabilité, même partielle, ou «immédiate» de la mise en croix de ce der­nier.

Quant à la phrase : «À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions ter­restres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples», outre qu’elle permet, au passage, de faire un catalogue des défauts (en italiques, ci-dessus) traditionnellement attribués au peuple juif de tous les temps, elle aussi serait risible si elle n’avait pour conséquence de rendre, une fois de plus, les juifs responsables de leurs propres malheurs. Pour un chrétien, il est facile, deux mille ans post eventum, de se mettre artificiellement à la place du peuple juif de l’époque, et doctus cum libro (l’Évangile), de décréter : «Israël devait accepter la fin de ses ambitions terrestres». L’historiographie religieuse rapporte un fait analogue – réel ou légendaire : Clovis, à qui l’on faisait la lecture de la Passion du Christ, se serait écrié avec colère : «Que n’étais-je là avec mes braves!». Telle est, peu ou prou, la nature de la “vertueuse” et anachronique indignation du Commentateur. Malheureusement, même si l’on admettait la légitimité de cette dernière, encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle en qualifiant les attentes messianiques juives d’«ambitions terrestres». Il n’est pas possible d’esquisser ici un historique, même sommaire, de la notion de Temps messianiques ni de l’attente juive, qui lui est sous-jacente, d’un règne de Dieu lui-même ou par l’entremise de son Oint (Messie), sur la terre. On sait que les chrétiens ont entièrement “spiritualisé”, voire allégo­risé – et donc désincarné et ‘anhistorisé’ – ces perspectives contenues dans l’Écriture sainte et spécialement dans les écrits des Prophètes. Or, il est indéniable que cette dernière annonce un rétablissement et un retour en grâce d’Israël sur son territoire de jadis (cf. Jr 31, 15-17; Is 60 à 62, 12; etc.), après que Dieu ait pris parti pour son peuple en butte à l’assaut des nations coalisées contre lui (cf. Ps 2 = Ap 11, 18; Is 17, 12; 29, 1-8; 30-32; 31, 4-5; 39, 8; 54, 11-17; 63, 1-6; Ez 38-39 = Ap 20, 7-9; Jl 3-4; Mi 4; Ha 3; Za 1, 14-17; 12-14; Lc 21, 20-28; Ap 10, 11 à 11, 18; etc.). Cette conception d’un Royaume de Dieu sur la terre, avec accomplissement littéral des promesses de paix uni­verselle et d’abondance matérielle, étaient prises au sérieux par les presbytres (anciens) des premiers siècles de l’Église. Elles furent ensuite qualifiées de «charnelles» et taxées de «millénarisme grossier», dans l’enseignement d’une Église devenue impériale et, partant, complètement oublieuse des perspectives eschatologiques prêchées par Jésus, conformément aux Écritures et à la tradition juive. Des Pères de l’Église aussi orthodoxes que Justin et Irénée de Lyon (IIe s.) professaient ces croyances et en défendaient le réalisme contre les détracteurs de leur époque. Irénée a même consacré au règne messianique de Jésus sur la terre, durant une période traditionnellement fixée à mille ans (Ap 20, 2-7, d’où la dénomination de ‘millénarisme’), la totalité du Livre V de son Traité des héré­sies.

Quant à la «minorité» qui, selon notre Commentateur, «est entrée dansce chemin que Jésus indiquait», il s’agit des juifs de l’époque qui crurent à Jésus. Ils ont été rapidement noyés, avec les traditions messianiques et eschatolo­giques qu’ils véhiculaient, dans la masse d’un christianisme issu du paganisme. Et il n’a pas fallu plus de deux siècles pour qu’elles soient estimées hétérodoxes, puis, ultérieurement, qualifiées de «rêveries judaïques», ou, plus poliment, mais non moins catégoriquement, dans les commentaires bibliques et théologiques subséquents, comme «irrecevables». Témoin ces deux commentaires :

• Bible de Jérusalem (édition 1981), sur Ac 1, 6-7 : «L’établissement du royaume messianique apparaît encore aux apôtres comme une restauration temporelle de la royauté davidique».

• Bible des peuples, sur He 7 (NT 431) : «Quand les chrétiens lisent l’Ancien Testament maintenant, ils ne peuvent plus le considérer comme font les juifs qui y voient leur propre histoire sur la terre de Palestine et en attendent une réalisation que Jésus a écartée. Pour nous la vérité de l’Ancien Testament a sa clé dans la personne de Jésus : sans lui le livre ne rejoint plus le message de Dieu.»

Dieu merci, les évêques allemands se sont montrés mieux inspirés en prenant au sérieux ce passage, au point d’y lire le rétablissement eschatologique d’Israël (L’Église et les Juifs, Document de la Conférence des Évêques alle­mands, III, 1, Bonn 1980) :

«Dans les Actes des Apôtres, on trouve l’affirmation prophétique du rétablissement eschatologique d’Israël. Ainsi, les apôtres interrogent le Ressuscité : “Est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël?” Dans sa réponse, Jésus ne disqualifie pas cette question des Apôtres comme étant absurde, il fait seulement allusion au fait que le Père seul, dans sa Toute-Puissance, a décidé du temps fixé pour ce “rétablissement” du royaume pour Israël.»

14) Sur Jean 19, p. 229

 «Pilate voulait sauver la vie de son prisonnier quand il le présentait si défiguré. Mais en présen­tant un roihumilié, il offensait profondément le peuple opprimé : ils ne pouvaient que se rebeller.»

• Passons sur le beau rôle si complaisamment donné à Pilate. On sait, par l’histoire, combien ce procurateur était cruel et à quel point il haïssait les juifs et méprisait leurs coutumes. Certains exégètes modernes pensent même que Pilate se livra à cette mise en scène pour humilier et mettre en rage les juifs. Passons aussi sur l’insulte concer­nant “l’orgueil du peuple juif”, poncif éculé. Par contre, il convient de corriger l’erreur très répandue, réitérée ici, se­lon laquelle la possibilité d’un Messie souffrant et méprisé n’ait pu être envisagée par les juifs. S’il est vrai que le thème d’un Messie souffrant, voire tué, n’est pas fréquent dans la littérature rabbinique, il figure cependant en plu­sieurs endroits du Talmud et des Midrashim. Il a même paru assez important aux yeux d’un érudit catholique pour qu’il lui consacre un volume de 180 pages (Jean-Joseph Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant dans la littéra­ture rabbinique, Paris 1940). Ajoutons que Justin Martyr (110-167 environ) atteste indirectement que ce n’était pas par orgueil que le peuple juif répugnait à envisager un Messie crucifié. Dans son dialogue avec Tryphon le Juif, le cé­lèbre apologiste chrétien fait dire à son interlocuteur :

«Mais sur la question de savoir si le Messie doit être désho­noré jusqu’au crucifiement, nous doutons; car dans la Loi il est dit du crucifié qu’il est maudit [cf. Dt 21, 23]… C’est un Messie souffrant que les Écritures annoncent, évidemment; mais que ce soit une souffrance maudite dans la Loi, nous voudrions savoir si tu peux le démontrer aussi.» (Dialogue, 89; cité d’après Justin martyr, Oeuvres com­plètes, éditions Migne, Paris 1994, pp. 241-243. C’est moi qui souligne).

À la lumière de ce texte patristique, on comprend que le problème des juifs n’était pas la possibilité d’une déréliction extrême du Messie, mais la formula­tion du Deutéronome : “un pendu [crucifié au bois] est une malédiction de Dieu”. Il se pourrait même que les juifs l’aient utilisée, dès la fin du Ier siècle, dans leur polémique avec le christianisme naissant, comme un oracle scriptu­raire qu’ils estimaient fatal à la messianité de Jésus.

15) Sur Actes 5, 11, p. 247

 «Nous trouvons ici, pour la première fois, le terme Église… Son sens exact est l’assemblée convoquée [par Dieu]. Avant Jésus, les juifs employaient ce terme pour désigner la nouvelle communauté dont Dieu ferait le choix aux jours du Messie. Venus du Judaïsme ou du Paganisme, les croyants ont conscience d’être cette nouvelle communauté : ils sont les vrais juifs, le véritable Israël. Peu à peu l’Esprit Saint va les séparer de la communauté officielle…»

• On ne voit pas très bien d’où le Commentateur tire cette affirmation selon laquelle le terme d’Église désignerait la nouvelle communauté messianique. Sans doute fait-il une vague allusion aux textes de Qumran (Manuscrits du désert de Juda). On ne s’étonnera pas des poncifs habituels de la théologie de la “substitution”, consacrés par un usage presque bimillénaire : “Verus Israel”, “vrais juifs”, “ancien Israël”. Par contre, même un chrétien devrait rester stupéfait face à l’affirmation énorme selon laquelle c’est «l’Esprit Saint [qui] va séparer [les croyants chrétiens] de la communauté officielle». En fait, c’est tout le contraire que dit l’Apôtre Paul, dans un passage célèbre de l’Épître aux Éphésiens : “Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux [peuples] n’a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix: en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches: par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père.” (Ep 2, 14-18). Une fois de plus, la formulation de notre Commentateur semble ne laisser aucune chance aux juifs : de fait, à le lire, il ressort que ceux-ci l’auraient-ils voulu, qu’ils n’eussent pu avoir foi au Messie Jésus, puisque l’Esprit Saint lui-même en avait décidé autrement!

16) Sur 1 Corinthiens 11, 1ss., p. 335

 «Dans un paragraphe antérieur (9, 20) Paul a dit qu’il s’était fait tout à tous. Mais ici nous re­marquons qu’il [Paul] n’avait pas toujours un regard juste sur les coutumes contraires aux traditions juives. Il n’ap­préciait guère la plus grande liberté en public des femmes grecques. Paul laisse parler sa formation juive, très masculine (même dans la Bible, voir Qo 7, 28 et Sir 25), et il répète les arguments des maîtres juifs (5-10) diffici­lement compréhensibles pour nous qui font allusion à Genèse 6, 2. Mais tout à coup il s’aperçoit qu’il est en train de nier l’égalité proclamée par Jésus, et il essaie de revenir en arrière (11, 12). À voir la manière dont Paul termine, il devait se rendre compte du peu de force de son raisonnement. Croyait-il vraiment que les anges, chargés de l’ordre dans le monde, seraient choqués de voir la libération des femmes.»

• Toujours le même procédé qui consiste à porter un sévère jugement rétrospectif sur une situation du passé, en partant de nos conceptions actuelles, façonnées par des siècles d’évolution et d’affinement des mentalités. Il est clair que les sociétés anciennes étaient presque toutes patriarcales et que la place de la femme y était inférieure à celle de l’homme, voire, dans certaines civilisations, quasiment inexistante. Ce n’est pas une raison pour jeter l’opprobre sur la seule société juive, comme si ce “machisme” (c’est le terme employé par la Biblia Latino-america, original espagnol de cette bible) était son apa­nage. Ce n’est pas une raison non plus pour insinuer que la pensée de Paul est incohérente, ou, à tout le moins, pleine de contradictions embarrassées. Et mieux vaut passer pieusement sur la prétention qu’a le Commentateur d’avoir un «regard juste», contrairement à Paul qui, lui, ne l’«avait pas toujours»!

17) Sur 2 Corinthiens 3, p. 349

 «Paul souligne au passage l’aveuglement des juifs qui ne reconnaissent pas le Christ comme le Sauveur : pour lui, ils ont perdu la clé de leur histoire et la Bible leur reste un livre fermé jus­qu’au jour où Dieu, par le Christ, en livre le véritable sens (Lc 24, 27; Ap 5, 1). Toute cette histoire devait être comprise comme un mystère de mort et de résurrection : pour entrer dans la nouvelle Alliance, il leur fallait accueillir le Christ sans plus penser à leurs privilèges, et se faire ses disciples avec les autres peuples.»

• À cette condamnation audacieuse et arbitraire, on préférera ce texte d’une des plus hautes instances de l’Église :

«Il est vrai donc et il faut aussi le souligner, que l’Église et les Chrétiens lisent l’Ancien Testament à la lumière de l’événement du Christ mort et ressuscité, et que, à ce titre, il y a une lecture chrétienne de l’Ancien Testament qui ne coïncide pas nécessairement avec la lecture juive. Identité chrétienne et identité juive doivent être chacune soigneu­sement distinguées dans leur lecture respective de la Bible. Mais ceci n’ôte rien à la valeur de l’Ancien Testament dans l’Église et n’empêche pas que les Chrétiens puissent à leur tour profiter avec discernement de la lecture juive.» (Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la pré­dication et la catéchèse de l’Église catholique, en date du 24 juin 1985, I, 3. Texte publié dans Documentation Catholique, n° LIX, 1985. Les mises en exergue sont de mon fait).

18) Sur Galates 3, 15ss., p. 365

 «Aussi Paul déclare-t-il que la plupart des juifs se trompent quand ils se préoccu­pent tant d’observer la Loi, et si peu d’ouvrir leur cœur.»

• Paul n’a jamais rien dit de tel, ni ici, ni nulle part dans ses lettres. Et si une grande partie de l’Épître aux Romains semble très critique à l’égard de la Loi, c’est une perception erronée due à une lecture chrétienne des com­plexes méditations de l’Apôtre sur ce point difficile. Paul s’efforce de convaincre les destinataires de sa lettre (des juifs, à l’évidence) de ne pas faire prévaloir l’observance de la Loi sur la foi au Christ. Ce faisant, il ne déprécie pas la Loi, tant s’en faut : il la qualifie, au contraire, de «sainte» (Rm 7, 12) et «bonne» (7, 16). Ce qu’il reproche aux juifs n’est pas leur préoccupation excessive d’«observer la Loi», aux dépens de la charité («ouvrir leur cœur»), comme le prétend le Commentateur, mais de refuser la voie nouvelle que, selon lui, le Christ Jésus a inaugurée par “sa mort au péché une fois pour toutes” (cf. Rm 6, 10). Il craint que le zèle jaloux de se coreligionnaires pour l’ac­complissement des prescriptions de la Loi les remplisse de l’assurance fallacieuse qu’ils ont ainsi atteint la perfec­tion. D’où cette exclamation à saveur scandaleusement hérétique pour un juif convaincu : “si la justice [= perfection] vient de la loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien!” (Ga 2, 21). Mais son but est de convaincre ses coreligionnaires que seule “la voie récente inaugurée pour nous” par le Christ (cf. He 10, 20) pourra faire d’eux des “adorateurs parfaits” de Dieu, ce qui n’est pas le cas des “sacrifices et des offrandes” (cf. He 9, 9), puisque, toujours selon Paul, “la Loi n’a rien amené à la perfection” (He 7, 9) et que ses “sacrifices… sont absolument impuissants à enlever les péchés” (cf. He 10, 11). On voit que cette dialectique théologique complexe n’a rien à voir avec l’opposi­tion manichéenne, que croient voir tant de chrétiens, entre la Loi et l’amour (= la charité).

19) Traduction de 1 Thessaloniciens 2, 16,p. 399

 «Ce sont eux qui ont tué Jésus et les prophètes, et maintenant ils nous poursuivent. Ils ne plaisent sûrement pas à Dieu, et ils se font les ennemis de tous les hommes, quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour qu’ils soient sauvés. Ils font tout pour mettre le comble à leurs péchés, mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux.»

• Il s’agit d’un passage très dur de l’apôtre Paul, dans lequel il stigmatise ceux de son peuple qui s’opposent violem­ment à la prédication de l’Évangile, en général, et à la conversion des païens, en particulier. L’Apôtre conclut sa dia­tribe par cette phrase terrible : “elle est tombée sur eux, la colère, pour en finir” (Bible de Jérusalem). À titre in­dicatif, voici quelques autres traductions : “Mais la Colère est tombée sur eux, à la fin” (TOB); ou encore : “Mais la Colère est arrivée sur eux pour toujours” (Osty); ou enfin : “Mais la colère a fini par les atteindre” (Segond=Colombe). On remarquera que toutes ces traductions, sans exception, rendent le verbe au passé, confor­mément à l’original grec, qui porte ephtasen, verbe à l’aoriste, temps qui connote, sans le moindre doute, une ac­tion qui s’est produite dans le passé. Or, notre Commentateur n’a pas le même respect du texte reçu, puisqu’il n’hésite pas à rendre ce passage au futur : “mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux” (anglais : is co­ming ; espagnol : está para caer ; formules de même signification, avec connotation future également). Cette in­novation – qui ne peut s’appuyer sur aucune autorité, ni aucun précédent sérieux – a, on le comprendra aisément, des implications redoutables. Et si – ce qu’à Dieu ne plaise! – elle était prise au sérieux par un grand nombre de chré­tiens sans connaissances bibliques ou linguistiques suffisantes, elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Sur le plan doctrinal, elle introduirait un élément radicalement destructeur du “nouveau regard” que porte l’Église sur le peuple juif, depuis Vatican II. Quant aux conséquences pour le peuple juif, on ose à peine penser à l’ampleur pré­visible du regain de l’antisémitisme théologique susceptible de découler d’une perspective spirituellement aussi néga­tive pour le peuple juif, et qui deviendrait désormais d’autant plus crédible, qu’elle semblerait authentifiée par le sceau d’une prétendue prophétie néotestamentaire du destin final catastrophique du “peuple qui a tué Dieu” (l’original espagnol a l’expression terrible : «asesinos de Dios»)! Remarquons que cette traduction fallacieuse n’est assortie d’aucun commentaire. Par contre, la BCC, dans son commentaire de 2 Th 2, 3.6 (p. 401), s’y ré­fère explicitement comme s’il s’agissait d’une prophétie de malheur eschatologique prononcée par Paul contre les juifs exactement en ces termes. Enfin, il paraît utile de citer ici le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), à propos de ces versets (édition 1988, pp. 2873-2874. Les mises en exergue sont de mon fait) :

«Ce jugement sévère contre les Juifs doit être bien compris. Paul revendique toujours avec fierté sa qualité de Juif, et sou­ligne à maintes reprises le privilège d’Israël. La colère et la gloire sont pour le Juif d’abord, et pour le Grec. Cf. Rm 2, 9-10. Au cours de sa mission, c’est aux Juifs d’abord qu’il adresse le message de salut […] Mais chaque fois… des Juifs, non dé­pourvus d’influence dans les cités grecques, empêchent sa prédication aux païens et lui créent des difficultés graves, qui vont jusqu’aux mauvais traitements… C’est ce qui explique la violence des termes employés ici par Paul qui, Juif lui-même, s’in­digne de l’aveuglement de ses frères. Les Juifs, qui eussent dû être les porteurs de l’Évangile, lui font partout obstacle, comme ils ont jadis fait obstacle au message des prophètes, puis à celui de Jésus. Pourtant, lorsque Paul envisage le sort du peuple élu, il n’invoque jamais comme cause du rejet temporaire d’Israël la condamnation et la mort du Christ à Jérusalem ou la persécution contre les chrétiens.»

20) L’enseignement biblique, p. 504, § 84

 «Comment doivent être l’homme et la femme? L’égalité de l’homme et de la femme est affirmée au commencement de la Bible : commentaire de Gn 1, 26 et 2, 20. Mais cela va contre toute l’attitude de la culture hébraïque. Infériorité de la femme, consacrée par la Loi (Dt 24, 1); Nb 5, 11-31; Lv 27, 3-7), acceptée par les sages : Qo 7, 27-28. La femme est tenue pour responsable des péchés des hommes (Pr 7, 5-27; Si 25, 24); il faut la surveiller (Si 36, 42, 9-12), et on la loue pour autant qu’elle sert bien son mari : Pr 31, 10-31; Si 36, 23-25.»

• Tous les textes bibliques invoqués peuvent, en effet, relus avec notre mentalité actuelle, être interprétés comme une preuve de dépréciation de la femme. Mais, outre que, méthodologiquement parlant, c’est une erreur de juger du passé à la lumière du présent, est-il besoin de rappeler que le peuple juif ne faisait qu’appliquer les règles qui régis­saient toutes les sociétés du monde antique? On remarquera enfin la mauvaise foi qui caractérise le commentaire dés­obligeant concernant le texte de l’hymne à la femme parfaite (Pr 31, 10-31), qui – soit dit en passant – est récité chaque Sabbat par les Israélites pieux!

21) L’enseignement biblique, p. 508, § 119

“Le peuple juif, dans son ensemble, ne répond pas à cet appel… des factions fanatiques le mènent à la catastrophe annoncée…”

• La version précédente (BCC) portait : «Une religion fanatique», ce qui était évidemment inadmissible. Mais le remplacement de «religion» par «factions» ne corrige en rien l’injustice du propos. Tout d’abord, s’il est indéniable, en effet, que les factions dont il est question ont eu une part non négligeable de responsabilité dans la révolte déses­pérée contre Rome, la puissance occupante, de son côté, a tout de même été pour quelque chose dans ce soulèvement. En outre, celui-ci a eu lieu en 130-135, alors que les textes scripturaires auxquels fait référence le Commentateur ont trait à la prise de Jérusalem, en 70. Dans les passages apocalyptiques de Mt 24 et parallèles, cette catastrophe histo­rique constitue une typologie prophétique de l’assaut eschatologique des nations coalisées contre la Ville sainte (cf. Is 29, 1-8; Jl 4, 14ss; Za 12; etc. = Ac 4, 24-28)). Mais, à l’évidence, elle n’est pas, comme le prétend le Commentateur, une sanc­tion divine des révoltes juives, dont on ne trouve d’ailleurs aucun écho dans le NT.

22) L’enseignement biblique, p. 509, § 131

“Le Dieu qui punitchassait les pécheurs (Gn 3, 22-23); le Dieu-fait-homme vient sauver les méchants (Jn 1, 11; Mt 21, 37)…”

• Outre l’antithèse à forte saveur marcionite (et très éloignée de l’orthodoxie chrétienne) entre l’action punitive de Dieu, dans l’Ancien Testament, et la sotériologique du “Dieu-fait-homme”, dans le Nouveau, on remarquera que «les méchants» dont il est question sont les juifs. En effet tant Jn 1, 11 (“Finalement il [Dieu] leur envoya son fils, en se disant: Ils respecteront mon fils.”) que Mt 21, 37 (“Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.”) mettent clairement en cause les juifs.

En guise de Conclusion (provisoire) à l’attention des chrétiens

Les polémiques ont ceci de bon qu’elles obligent les antagonistes à réfléchir et parfois à nuancer leurs positions. C’est ce que j’ai fait, pour ma part. Et puisque j’ai joué un rôle actif dans la dénonciation publique des commentaires, per­çus comme dépréciateurs du peuple juif, contenus dans la Bible des Communautés Chrétiennes, je saisis l’occasion de cet article, pour faire une mise au point. Une longue fréquentation des différentes versions de cette bible m’a convaincu que, s’il n’est pas question de qualifier d’antisémites les commentaires de cette bible, par contre on peut, sans injustice, leur reprocher d’être en porte-à-faux, voire en totale opposition avec la réévaluation positive, opérée par l’Église, de la spécificité du peuple juif et de la signification religieuse de sa permanence, malgré toutes les persécutions et tentatives d’assimilation dont il a été victime au fil des siècles.

J’exposerai donc franchement ce qui me heurte encore dans la nouvelle édition de cette bible. Quelques chiffres tout d’abord. Sur 87 passages de la Bible des Communautés chrétiennes, qui témoignaient, à des degrés divers, d’une résurgence de l’«enseignement du mépris», 19 ont été supprimés. Sur les 68 qui se retrouvent dans la Bible des peuples, 15 seulement ont été amendés. À l’exception d’une quinzaine que l’on peut considérer comme acceptables, les autres contiennent des inexactitudes préjudiciables au peuple juif, et au moins 22 d’entre eux émettent des considérations blessantes ou dévalorisantes pour ce dernier (voir plus haut).

 Enfin, il faut savoir que les passages les plus gravement préjudiciables à la dignité du peuple juif, éliminés de la Bible des Peuples, figurent encore dans les centaines de milliers d’exemplaires de la version anglaise (1983) de la Bible des Communautés Chrétiennes. Tandis que ce commentaire inadmissible de 2 Th 2, 6 subsiste dans les quelque 30 millions d’exemplaires de l’édition espagnole, qui circulent dans le monde depuis 1973 : «[Avant la ma­nifesta­tion de l’Antéchrist] le peuple juif doit déverser toute sa méchanceté sur l’Église» (Biblia Latinoamerica, Commentaire du NT, p. 315).

J’en viens à ce qui me paraît être le cœur du malentendu. Puisqu’il semble acquis que les commentaires contestés ne procèdent ni d’une intention maligne, ni d’un antijudaïsme militant, quelle en est donc la raison? C’est, me semble-t-il, la conviction que l’incrédulité des juifs à l’égard de la messianité et de la divinité de Jésus fut une faute, sanctionnée par la déchéance de leur élection, cette dernière devenant le privilège exclusif des chrétiens. C’est ce que les spécialistes nomment la «théorie de la substitution». Selon celle-ci, l’Église a supplanté la Synagogue, et l’«Ancien Testament» est désormais lu uniquement comme une typologie préfigurant le Christ, l’Église et le «véritable Israël» – entendez : les chrétiens. Il faut savoir que tel fut, durant des siècles et jusqu’à Vatican II, l’en­seignement ordinaire de l’Église, dans la ligne de la lecture fondamentaliste et accusatrice des juifs, pratiquée par des “Pères” et des écrivains ecclésiastiques vénérables.

L’histoire de l’Église offre maints exemples des conséquences dommageables qu’ont eues, pour l’unité de l’É­glise, des interprétations réductrices de ce type. C’est ainsi que l’antipape Novatien (IIIe s.) fut à l’origine d’un long schisme en refusant la pénitence aux pécheurs, sur base d’une lecture littérale de ce passage d’Hébreux 6, 4-7 :

“Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés… de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu’ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement.”

 Sans se laisser impressionner par la “lettre”, apparemment irrécusable, du texte invoqué, les évêques d’alors ob­jectèrent que l’épître faisait allusion à un second baptême pour la purification des péchés. Ils remontrèrent à Novatien qu’à ce compte, le Christ serait mort pour rien et que Pierre, qui avait renié son Maître, n’aurait pas été absous. Sans ce discernement ecclésial, nul chrétien ne pourrait, aujourd’hui, recourir au sacrement de pénitence.

Il semble que les commentateurs catholiques de la bible contestée aient lu, de manière analogue, les textes scripturaires accusa­teurs des juifs, sans prise en compte critique du contexte polémique dans lequel ils ont vu le jour, et sans tenir compte, comme le fait aujourd’hui leur Église, de la méditation de l’apôtre Paul (Rm 9-11), ni de la déculpabilisation des chefs des juifs, proclamée par Pierre (cf. Ac 3, 17), ni de la formule de Jean-Paul II (Mayence, 1980) : «Le peuple de l’Ancienne Alliance que Dieu n’a jamais révoquée» (alors que la «lettre» d’He 8, 13 semble affirmer le contraire). Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’un a priori confessionnel aussi négatif ait donné lieu à une interprétation exagérément actualisante des Écritures, où les fautes et les châtiments des juifs, puis leur refus du message chrétien, dûment consignés dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, sont perçus et utilisés comme un pa­radigme de l’attitude religieuse qui déplaît à Dieu. De là à présenter le judaïsme comme le mauvais élève du Royaume de Dieu, et à l’utiliser comme le faire-valoir du christianisme, il n’y a qu’un pas, que les commentateurs ont apparemment franchi, certes sans malice, mais non sans conséquences.

En conclusion, mon avis personnel est que les commentaires de la Bible des Peuples et de ses versions anté­rieures ont droit de cité, à côté de ceux d’autres bibles. Toutefois, leurs auteurs ne doivent pas se scandaliser de ce que des critiques légitimes leur soient adressées, pourvu qu’elles ne s’apparentent pas à un lynchage médiatique, mais s’en tiennent à des recensions objectives. Dans ce climat dépassionnalisé, on peut espérer que les auteurs et leurs édi­teurs accepteront, sans crainte d’être infidèles aux Écritures, de faire disparaître de leurs bibles tous les commentaires dépréciateurs du peuple juif,

afin que la Parole de Dieu ne soit plus source de discorde entre ses enfants.