Hanouka/2184e: Trump invente le sionisme antisémite ! (Ultimate sleight of hand: How can opposition to the existence of an apartheid state be called racism ?)

23 décembre, 2019
tied willyPresident Trump at the Israeli American Council National Summit last week in Hollywood, Fla.En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : “Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus.” (…) Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. 1 Maccabées 1: 11-15
Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif. On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. (…) Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts. D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour. (…) Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc. Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie. 2 Maccabées 6 : 6-20
On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Jean 10: 22
La crise maccabéenne n’est pas un affrontement entre un roi grec fanatique et des Juifs pieux attachés à leurs traditions. C’est d’abord une crise interne au judaïsme, d’un affrontement entre ceux qui estiment qu’on peut rester fidèle au judaïsme en adoptant néanmoins certains traits de la civilisation du monde moderne, le grec, la pratique du sport, etc.., et ceux qui au contraire, pensent que toute adoption des mœurs grecques porte atteinte de façon insupportable à la religion des ancêtres. Si le roi Antiochos IV intervient, ce n’est pas par fanatisme, mais bien pour rétablir l’ordre dans une province de son royaume qui, de plus, se place sur la route qu’il emprunte pour faire campagne en Égypte. (…) Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Maurice Sartre
L’assemblée générale (…) considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale. Résolution 379 (ONU, le 10 novembre 1975)
L’assemblée générale décide de déclarer nulle la conclusion contenue dans le dispositif de sa résolution 3379 (XXX) du 10 novembre 1975. Résolution 4686 (ONU, le 16 décembre 1991)
I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights – the right to freedom of travel, equal treatment. I cannot stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the State of Israel. I love our country’s freedom of speech, madam speaker. Dissent is how we nurture democracy. and grow to be better and more humane and just. This is why I oppose resolution 243. All Americans have a right, a constitutional right guaranteed by the first amendment to freedom of speech. To petition their government and participate in boycotts. Speech in pursuit of civil rights at home and abroad is protected by our first amendment. That is one reason why our first amendment is so powerful. With a few exceptions the government is simply not allowed to discriminate against speech based on its viewpoint or speaker. The right to boycott is deeply rooted in the fabric of our country. What was the Boston tea party but a boycott ? Where would we be now with the civil rights activists in the 1950’s and 1960’s like the united farm workers grape boycott? Some of this country’s most important advances in racial equality and equity and workers’ rights has been achieved through collective action, protected by our constitution. Americans of conscience have long and proud history of participating in boycotts, specifically to advocate for human rights abroad. Americans boycotted nazi Germany in response to dehumanization, imprisonment, and genocide of Jewish people. In the 1980’s, many of us in this very body boycotted South African goods in the fight against apartheid. Our right to free speech is being threatened with this resolution. It sets a dangerous precedent because it attempts to delegitimatize a certain people’s political speech and to send a message that our government can and will take action against speech it doesn’t like. Madam speaker, the Supreme court has time and time again recognized the expressive conduct is protected by the constitution. from burning a flag to baking a cake, efforts to restrict and target that protected speech run the risk of eroding the civil rights that form the foundation of our democracy. All Americans have the right to participate in boycotts, and I oppose all legislative efforts that target speech. I urge congress, state governments, and civil rights leaders from all communities to preserve our constitution, preserve our bill of rights, and preserve the first amendment’s guaranteed of freedom of speech by opposing h. res. 246 and the boycott, anti-boycott efforts wherever they rise. Rashida Tlaib (July 23, 2019)
Melania and I send our warmest wishes to Jewish people in the United States, Israel and across the world as you commence the 8-day celebration of Hanukkah. More than 2,000 years ago, the Maccabees boldly reclaimed the Holy Temple in Jerusalem, securing a victory for the Jewish people and their faith. They proudly lit the menorah to rededicate the Second Temple. Even though there was only enough olive oil to burn for one day, through divine providence, the flames miraculously burned for eight nights. As the Jewish community gathers together to celebrate this special and sacred time of year, we are reminded of God’s message of hope, mercy, and love. Throughout the coming eight days, each candle to be lit on the menorah will signal to the world that freedom and justice will always shine brighter than hate and oppression. Today, the relationship between the United States and Israel, one of our most cherished allies and friends, is stronger than ever. We will continue to stand with the Jewish people in defending the God-given right to worship freely and openly. As our Jewish brothers and sisters gather around the menorah each night, we pray for a memorable and blessed celebration of the Festival of Lights. May the light of the menorah and the fellowship of family and friends fill your hearts with happiness and a renewed sense of faith. Happy Hanukkah! President Trump
Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis. Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale. Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains. (…) Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays. (…) Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires. Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis. 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS). Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie. Ambassade des Etats-Unis en France
États-unis. Quand Trump voit le judaïsme comme une nationalité: Sous prétexte de combattre l’antisémitisme, le président américain signe un décret qui empêche toute critique d’Israël. L’Humanité
Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration. L’ordonnance devrait effectivement interpréter  le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités qui se dérobent à leur responsabilité à favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués. En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël. Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale. Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ». (…) Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision. (…) Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a été critiqué pour ses propos tenus en Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ». Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent. (…) L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains. La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs ». Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ». (…) Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant de le renverser. NYT
President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday. The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. NYT
In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences. But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. (…) That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned. If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind. (…) But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.” I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas. Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves. The Nation
US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians. (…) In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state. One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed. Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. (…)There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy. Ian Buruma
Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.” Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism. To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza. One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. Masha Gessen (New Yorker)
The key point we were making is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination. Sam Bagenstos (University of Michigan Law School)
The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses. Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI? In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.” The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.” Trump’s executive order mostly just reaffirms the current law. Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.” Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews. But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited. In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Plus raciste que moi, tu meurs !

En cette première journée d’Hanoukah, la Fête des lumières juive célébrant la reconsécration du Temple par les Maccabées en décembre 165 avant notre ère suite à sa désécration par le roi Séleucide (syrien descendant des généraux d’Alexandre) Antiochus (ou Antiochos) IV dit Epiphane …

Qui derrière la tentative d’héllénisation forcée et les mesures d’une sorte de génocide culturel …

Et la véritable crise identitaire que déclencha, avant celle des Romains puis la nôtre aujourd’hui, cette première mondialisation …

Vit en fait au sein même d’Israël non seulement une révolte fiscale…

Mais une véritable guerre civile entre factions opposées du judaïsme (héllenisés contre traditionalistes) …

Les premiers allant jusqu’à faire appel à la puissante occupante des Séleucides pour arbitrer le conflit …

Et au lendemain de la retentissante et réjouissante remise aux poubelles de l’histoire par le peuple britannique …

De la véritable institutionnalisation de l’antisémitisme, derrière le parti de Jeremy Corbyn, de toute une gauche européenne et américaine …

Comment ne pas voir rejouer sous nos yeux, toutes proportions gardées, cette même guerre culturelle …

Au sein même de la communauté juive aussi bien américaine que mondiale …

Et, 70 ans après sa re-création, ce même refus d’une souveraineté juive restaurée

Suite aux premières fuites (d’un toujours aussi zélé NYT ayant conclu un peu hâtivement à une assimilation qui y aurait été faite du judaïsme à une race ou un groupe ethnique) d’un décret que vient de publier le président Trump contre l’antisémitisme  …

Qui, entre appels au boycott d’Israël et intimidation de toute parole pro-israélienne, continue ses ravages sur les campus américains …

Et comment ne pas découvrir horrifié derrière l’interdiction de l’antisionisme …

L’opposition à un « Etat d’apartheid » ne pouvant être, y compris on le sait à coup d’associations au nazisme, qualifié de racisme …

L’abomination de cette nouvelle race de super-racistes …

A savoir celle du… sioniste antisémite ?

Trump’s Racist Ban on Anti-Semitism
To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake.
Ian Buruma
Project syndicate
Dec 13, 2019

NEW YORK – US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians.

Trump just signed an executive order requiring that federal money be withheld from educational institutions that fail to combat anti-Semitism. Since Jews are identified in this order as a discriminated group on the grounds of ethnic, racial, or national characteristics, an attack on Israel would be anti-Semitic by definition. This is indeed the position of Jared Kushner, Trump’s Jewish son-in-law, who believes that “anti-Zionism is anti-Semitism.”There are, of course, as many forms of anti-Semitism as there are interpretations of what it means to be Jewish. When Trump and his supporters rant in campaign rallies about shadowy cabals of international financiers who undermine the interests of “ordinary, decent people,” some might interpret that as a common anti-Semitic trope, especially when an image of George Soros is brandished to underline this message. Trump even hinted at the possibility that the liberal Jewish human rights promoter and philanthropist was deliberately funding “caravans” of refugees and illegal aliens so that they could spread mayhem in the US. In Soros’s native Hungary, attacks on him as a cosmopolitan enemy of the people are unmistakably anti-Semitic.Conspiracy theories about sinister Jewish power have a long history. The Protocols of the Elders of Zion, a Russian forgery published in 1903, popularized the notion that Jewish bankers and financiers were secretly pulling the strings to dominate the world. Henry Ford was one of the more prominent people who believed this nonsense.The history of extreme anti-Zionism is not so long. In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state.One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed.

Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.

In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. According to Halakha, or Jewish law, anyone with a Jewish mother, or who has converted to Judaism, is Jewish. That is the general Orthodox view. But more liberal Reform Jews allow Jewish identity to pass through the father as well.On the other hand, while most Orthodox Jews consider a person to be Jewish even if they convert to another religion, Reform Jews do not. Israel’s Law of Return grants “every Jew” the right to immigrate, but refrains from defining Jewishness. Since 1970, even people with one Jewish grandparent have been eligible to become Israeli citizens. In the infamous Nuremberg laws, promulgated by the Nazis in 1935, people with only one Jewish parent could retain German citizenship, while “full” Jews could not.The whole thing is so complicated that Amos Oz, the Israeli novelist, once sought to simplify the matter as follows: “Who is a Jew? Everyone who is mad enough to call himself or herself a Jew, is a Jew.”There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy.

Voir aussi:

The Real Purpose of Trump’s Executive Order on Anti-Semitism
The President’s new order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights.
Masha Gessen
The New Yorker
December 12, 2019

Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.”

Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism.

To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza.

In August, I went on a tour designed by Breaking the Silence that aims to show Israelis and foreigners what the occupation looks like. This particular tour ended in a Palestinian village which has been largely overtaken by an Israeli settlement that is illegal under international law. One of the Palestinian houses ended up on territory claimed by the settlers, so the settlers built a chain-link cage around the house, the yard, and the driveway. A young Palestinian child, who is growing up in a house inside a cage, waved to us through the fencing. Comparing this sort of approach to Nazi policies may not make for the most useful argument, but it is certainly not outlandish. The memory of the Holocaust stands as a warning to humanity about the dangers of dehumanizing the other—and invoking that warning in Palestine is warranted.

One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. He has proclaimed his support often for the state of Israel. His Administration’s policies, which have included moving the U.S. Embassy to Jerusalem and, more recently, declaring that the U.S. does not view Israeli settlements in the West Bank as illegal, have pleased the state of Israel, especially its most militantly expansionist citizens. Over the weekend, however, at the Israeli American Council National Summit, in Florida, Trump gave a speech that brimmed with Jewish stereotypes: Jews and greed, Jews and money, Jews as ruthless wheeler-dealers. “A lot of you are in the real estate business because I know you very well,” he said. « You’re brutal killers, not nice people at all.” It was the kind of stuff that requires no definitions, op-eds, or explanations—it was plain, easily recognizable anti-Semitism. And it was not the first time that Trump trafficked in anti-Semitic stereotypes. The world view behind these stereotypes, combined with support for Israel, is also recognizable. To Trump, Jews—including American Jews, some of whom vote for him—are alien beings whom he associates with the state of Israel. He finds these alien beings at once distasteful and worthy of a sort of admiration, perhaps because he ascribes to them many of the features that he also recognizes in himself.

It should come as no surprise that anti-Semitic incidents in the U.S. increased by sixty per cent during the first year of Trump’s Presidency, according to the Anti-Defamation League. The current year is on track to set a record for the number of anti-Semitic attacks. The latest appears to have occurred on Tuesday, when shooters reportedly connected to a fringe group targeted a kosher supermarket in Jersey City, killing four people.

The new executive order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights. Its victim will be free speech.

Voir également:

No, the Trump Administration Is Not Redefining Judaism as a Nationality

Its executive order on anti-Semitism won’t change much at all.

The New York Times published a bombshell report on Tuesday claiming that President Donald Trump planned to sign an executive order that interpreted Judaism “as a race or nationality” under Title VI of the Civil Rights Act of 1964. Title VI governs federally funded educational programs, so the Times warned that the order might be deployed to squelch anti-Israel speech on campus. “Mr. Trump’s order,” the Times further claimed, “will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.”

That turned out to be untrue. The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses.

Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI?

In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.”

The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.”

Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.”

Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews.

But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited.

In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Voir de même:

In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences.

But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. Just a few days before he issued the executive order, he told supporters of the Israeli-American Council, “You’re brutal killers, not nice people at all…. Some of you don’t like me. Some of you I don’t like at all, actually.” He went on to insist nevertheless that the Jews gathered to hear him were “going to be my biggest supporters,” because Democrats were proposing to raise taxes on the superwealthy. In other words, Jews are greedy and care only about their personal fortunes. Trump, of course, was playing to type. He, his party, and his highest-profile supporters have repeatedly demonized Jews in political advertisements, deploying age-old anti-Semitic tropes that have been used to stir up violence against vulnerable Jewish communities in Europe and elsewhere. In addition, Trump frequently implies that Jews are not “real” Americans. He tells Jews that Bibi Netanyahu is “your prime minister” and complains that Jewish Democrats—which is most Jews—are “disloyal to Israel.”

That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned.

If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind.

Most American Jews understandably want no part of this devil’s bargain. They are not interested in having their patriotism questioned. They remain among the most loyal and liberal constituencies in what is left of the decidedly tattered New Deal coalition that Franklin Roosevelt constructed back in the 1930s. And most hold Trump and his alt-right supporters accountable for the atmosphere of menace that has led to horrific attacks on Jews, like the massacre at a Pittsburgh synagogue last year.

But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.”

I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas.

Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves.

The president’s order would allow the government to withhold money from campuses deemed to be biased, but critics see it as an attack on free speech.

Peter Baker and

NYT

WASHINGTON — President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday.

The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. In recent years, the Boycott, Divestment and Sanctions — or B.D.S. — movement against Israel has roiled some campuses, leaving some Jewish students feeling unwelcome or attacked.

In signing the order, Mr. Trump will use his executive power to take action where Congress has not, essentially replicating bipartisan legislation that has stalled on Capitol Hill for several years. Prominent Democrats have joined Republicans in promoting such a policy change to combat anti-Semitism as well as the boycott-Israel movement.

But critics complained that such a policy could be used to stifle free speech and legitimate opposition to Israel’s policies toward Palestinians in the name of fighting anti-Semitism. The definition of anti-Semitism to be used in the order matches the one used by the State Department and by other nations, but it has been criticized as too open-ended and sweeping.

For instance, it describes as anti-Semitic “denying the Jewish people their right to self-determination” under some circumstances and offers as an example of such behavior “claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor.”

Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights, said Mr. Trump’s order is part of a sustained campaign “to silence Palestinian rights activism” by equating opposition to Israeli treatment of Palestinians with anti-Semitism.

“Israeli apartheid is a very hard product to sell in America, especially in progressive spaces,” Mr. Munayyer said, “and realizing this, many Israeli apartheid apologists, Trump included, are looking to silence a debate they know they can’t win.”

Administration officials, who insisted on anonymity to discuss the order before its official announcement, said it was not intended to squelch free speech. The White House reached out to some Democrats and activist groups that have been critical of the president to build support for the move.

Among those welcoming the order on Tuesday was Jonathan Greenblatt, the chief executive of the Anti-Defamation League, who said the group recorded its third-highest level of anti-Semitic episodes in the United States last year.

“Of course we hope it will be enforced in a fair manner,” he said. “But the fact of the matter is we see Jewish students on college campuses and Jewish people all over being marginalized. The rise of anti-Semitic incidents is not theoretical; it’s empirical.”

David Krone, a former chief of staff to Senator Harry Reid of Nevada when he was Senate Democratic leader, has lobbied for years for such a policy change and praised Mr. Trump for taking action.

“I know people are going to criticize me for saying this,” Mr. Krone said, “but I have to give credit where credit is due.” He added, “It’s too important to let partisanship get in the way.”

Mr. Reid helped push for legislation similar to the order called the Anti-Semitism Awareness Act of 2016. It passed the Senate in December 2016 unanimously but died in the House as that session of Congress ended. It has been reintroduced by Democrats and Republicans but has made little progress to Mr. Trump’s desk.

Mr. Krone continued to work on the issue after Mr. Reid retired and reached out through a mutual friend last summer to Jared Kushner, the president’s son-in-law and senior adviser. The Jewish grandson of Holocaust survivors, Mr. Kushner embraced the idea, which also had been explored over the past year by the president’s domestic policy aides. With Mr. Kushner’s support, the White House drafted the order and Mr. Trump agreed to sign it.

Mr. Trump over the years has been accused of making anti-Semitic remarks, turning a blind eye to anti-Jewish tropes or emboldening white supremacists like those in Charlottesville, Va., in 2017. Just last weekend, he drew criticism for remarks in Florida before the Israeli American Council in which he told the Jewish audience they were “not nice people” but would support his re-election because “you’re not going to vote for the wealth tax.”

But he has also positioned himself as an unflinching supporter of Israel and a champion of Jewish Americans, moving the United States Embassy to Jerusalem, supporting settlements in the West Bank and recognizing the seizure of the Golan Heights. He also assailed Representative Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, when she said support for Israel was “all about the Benjamins,” meaning money.

Jeremy Ben-Ami, the president of J Street, a liberal Israel advocacy group, said the president’s order was a cynical effort to crack down on critics, not to defend Jews from bias. “It is particularly outrageous and absurd for President Trump to pretend to care about anti-Semitism during the same week in which he once again publicly spouted anti-Semitic tropes about Jews and money,” he said in a statement.

The president’s action comes soon after the Education Department ordered Duke University and the University of North Carolina at Chapel Hill to remake their joint Middle East studies program on the grounds that it featured a biased curriculum. The move was part of a broader campaign by Betsy DeVos, the education secretary, and her civil rights chief, Kenneth L. Marcus, to go after perceived anti-Israel bias in higher education.

The order to be signed by Mr. Trump would empower the Education Department in such actions. Under Title VI of the Civil Rights Act of 1964, the department can withhold funding from any college or educational program that discriminates “on the ground of race, color, or national origin.” Religion was not included among the protected categories, so Mr. Trump’s order will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.

The definition of anti-Semitism to be adopted from the State Department and originally formulated by the International Holocaust Remembrance Alliance includes “a certain perception of Jews, which may be expressed as hatred toward Jews.” However, it adds that “criticism of Israel similar to that leveled against any other country cannot be regarded as anti-Semitic.”

The American Civil Liberties Union was among the groups that opposed using the definition in the 2016 legislation, deeming it overly broad. “It cannot and must not be that our civil rights laws are used in such a way to penalize political advocacy on the basis of viewpoint,” the group said in a letter to Congress at the time. Kenneth S. Stern, the original lead author of the definition, also objected to using it, saying that “students and faculty members will be scared into silence, and administrators will err on the side of suppressing or censuring speech.”

But Representative Ted Deutch, Democrat of Florida, who was among the sponsors of the 2016 legislation, wrote in an op-ed article in The Times of Israel last week that the definition “was drafted not to regulate free speech or punish people for expressing their beliefs.” Instead, he wrote, “This definition can serve as an important tool to guide our government’s response to anti-Semitism.”

Last week, a group of 80 education, civil rights and religious organizations sent a letter to Ms. DeVos complaining that some Middle East studies centers on college campuses financed by the government under Title VI have sought to boycott Israel or shut down their universities’ study abroad programs in Israel.

“Recent incidents have demonstrated the willingness of faculty across the country to implement the academic boycott of Israel on their campuses,” the letter said.

The president is expected to be joined at the signing by several prominent Republican lawmakers, including Senators Tim Scott of South Carolina and James Lankford of Oklahoma and Representative Doug Collins of Georgia. But Democrats who have advocated the legislation in the past are not expected, including Representative Jerrold Nadler of New York, who on Tuesday released articles of impeachment against Mr. Trump.

While an executive order is not as permanent as legislation and can be overturned by the next president, Mr. Trump’s action may have the effect of extending the policy beyond his administration anyway because his successors may find it politically unappealing to reverse.

Peter Baker reported from Washington, and Maggie Haberman from Hershey, Pa.

Etats-Unis/Antisémitisme – Donald Trump cible l’antisémitisme et le boycott israélien sur les campus universitaires

L’ordonnance du président permettrait au gouvernement de retenir de l’argent sur les campus réputés biaisés, mais les critiques y voient une attaque contre la liberté d’expression.

Publié le 10 décembre dans le New York Times sous le titre Trump Targets Anti-Semitism and Israeli Boycotts on College Campuses

Traduction proposée par le Crif

Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration.

L’ordonnance interprétera efficacement le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités réputés pour se dérober à leur responsabilité afin de favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués.

En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël.

Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale.

Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ».

Yousef Munayyer, directeur exécutif de la Campagne américaine pour les droits des Palestiniens, a déclaré que l’ordonnance de M. Trump faisait partie d’une campagne soutenue « pour faire taire l’activisme pour les droits des Palestiniens » en assimilant l’opposition au traitement israélien des Palestiniens à l’antisémitisme.

« L’apartheid israélien est un produit très difficile à vendre en Amérique, en particulier dans les espaces progressistes« , a déclaré M. Munayyer, « et réalisant cela, de nombreux apologistes de l’apartheid israélien, Trump inclus, cherchent à faire taire un débat qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner… « 

Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision.

Mardi, Jonathan Greenblatt, directeur général de la Ligue anti-diffamation, a déclaré que le groupe avait enregistré son troisième épisode antisémite aux États-Unis l’année dernière.

« Bien sûr, nous espérons qu’il sera appliqué de manière équitable », a-t-il déclaré. « Mais le fait est que nous voyons des étudiants juifs sur les campus universitaires et des Juifs partout marginalisés. La montée des incidents antisémites n’est pas théorique; c’est empirique. « 

David Krone, ancien chef de cabinet du sénateur Harry Reid du Nevada lorsqu’il était leader démocrate du Sénat, a fait pression pendant des années pour un tel changement de politique et a félicité M. Trump d’avoir pris des mesures.

« Je sais que les gens vont me critiquer pour avoir dit cela », a déclaré M. Krone, « mais je dois donner du crédit là où le mérite est dû ». Il a ajouté: « Il est trop important de laisser la partisanerie faire obstacle. »

M. Reid a aidé à faire pression pour une législation similaire à l’ordonnance appelée Anti-Semitism Awareness Act of 2016. Elle a été adoptée à l’unanimité par le Sénat en décembre 2016, mais est décédée à la Chambre à la fin de cette session du Congrès. Il a été réintroduit par les démocrates et les républicains mais a peu progressé sur le bureau de M. Trump.

M. Krone a continué de travailler sur la question après que M. Reid a pris sa retraite et a contacté l’été dernier un ami commun avec Jared Kushner, gendre du président et conseiller principal. Le petit-fils juif des survivants de l’Holocauste, M. Kushner, a adopté l’idée, qui avait également été explorée au cours de l’année écoulée par les aides à la politique intérieure du président. Avec le soutien de M. Kushner, la Maison-Blanche a rédigé l’ordonnance et M. Trump a accepté de la signer.

Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a critiqué les propos tenus dans La Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ».

Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent.

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, un groupe de défense libéral d’Israël, a déclaré que l’ordre du président était un effort cynique pour réprimer les critiques, pas pour défendre les Juifs contre les préjugés. « Il est particulièrement scandaleux et absurde que le président Trump prétende se préoccuper de l’antisémitisme au cours de la même semaine au cours de laquelle il a de nouveau publiquement jeté des tropes antisémites sur les Juifs et l’argent », a-t-il déclaré dans un communiqué.

L’action du président intervient peu de temps après que le département de l’éducation a ordonné à l’Université Duke et à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill de refaire leur programme d’études conjointes sur le Moyen-Orient au motif qu’il comportait un programme biaisé. Cette décision faisait partie d’une campagne plus large menée par Betsy DeVos, la secrétaire à l’Éducation, et son chef des droits civiques, Kenneth L. Marcus, pour s’attaquer aux préjugés anti-Israël perçus dans l’enseignement supérieur.

L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains.

La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs« . Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ».

L’American Civil Liberties Union faisait partie des groupes qui se sont opposés à l’utilisation de la définition dans la législation de 2016, la jugeant trop large. « Il ne peut et ne doit pas être que nos lois sur les droits civils sont utilisées de manière à pénaliser le plaidoyer politique sur la base du point de vue », a déclaré le groupe dans une lettre au Congrès de l’époque. Kenneth S. Stern, l’auteur principal de la définition, s’est également opposé à son utilisation, affirmant que « les étudiants et les professeurs seront effrayés dans le silence, et les administrateurs se tromperont du côté de la suppression ou de la censure du discours. »

Mais le représentant Ted Deutch, démocrate de Floride, qui était parmi les sponsors de la législation de 2016, a écrit dans un article d’opinion dans le Times of Israel la semaine dernière que la définition « avait été rédigée pour ne pas réglementer la liberté d’expression ou punir les gens pour avoir exprimé leur opinion ». Au lieu de cela, il a écrit: « Cette définition peut servir d’outil important pour guider la réponse de notre gouvernement à l’antisémitisme ». 

La semaine dernière, un groupe de 80 organisations de l’éducation, des droits civils et des organisations religieuses a envoyé une lettre à Mme DeVos se plaignant que certains centres d’études du Moyen-Orient sur les campus universitaires financés par le gouvernement au titre VI ont cherché à boycotter Israël ou à fermer les programmes d’études de leurs universités à l’étranger en Israël.

« Les récents incidents ont démontré la volonté des professeurs à travers le pays de mettre en œuvre le boycott universitaire d’Israël sur leurs campus », indique la lettre.

Le président devrait être rejoint lors de la signature par plusieurs éminents législateurs républicains, dont les sénateurs Tim Scott de Caroline du Sud et James Lankford d’Oklahoma et le représentant Doug Collins de Géorgie. Mais les démocrates qui ont préconisé la législation dans le passé ne sont pas attendus, y compris le représentant Jerrold Nadler de New York, qui a publié mardi des articles de destitution contre M. Trump.

Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant à renverser.

Voir de plus:

Donald Trump signe un décret controversé pour élargir la définition de l’antisémitisme sur les campus

Alors que le décret présidentiel vise à défendre les étudiants juifs, les détracteurs de Donald Trump dénoncent une atteinte à la liberté d’expression.

Le Monde avec AFP

12 décembre 2019

Le président américain se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse. Donald Trump a signé, mercredi 11 décembre, un décret visant à lutter contre l’antisémitisme sur les campus américains. Ce texte élargit la définition de l’antisémitisme utilisée par le ministère de l’éducation lorsqu’il fait appliquer la loi sur les droits civiques de 1964. Il ordonne en particulier d’utiliser la définition de l’antisémitisme donnée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

« C’est notre message aux universités : si vous voulez bénéficier des énormes sommes que vous recevez chaque année de la part de l’Etat fédéral, vous devez rejeter l’antisémitisme », a déclaré M. Trump à l’occasion d’une cérémonie à la Maison Blanche pour célébrer Hanouka, la fête des lumières. Avec ce décret, Donald Trump « défend les étudiants juifs » et « indique clairement que l’antisémitisme ne sera pas toléré », a insisté son gendre et conseiller Jared Kushner dans une tribune publiée dans le New York Times.

Un décret pour « limiter » les critiques visant Israël

Mais des défenseurs de la liberté d’expression redoutent qu’une définition trop large et trop vague de l’antisémitisme soit utilisée pour interdire tous les propos critiques envers la politique du gouvernement israélien.

Pour Jeremy Ben-Ami, président de l’organisation progressiste juive J-Street, le décret présidentiel « semble moins destiné à combattre l’antisémitisme qu’à limiter la liberté d’expression et sévir sur les campus contre les critiques visant Israël ».

Voir encore:

Ambassade des Etas-Unis en France

« Le poison vil et haineux de l’antisémitisme doit être condamné et combattu quel que soit le lieu et le moment auquel il surgit. »

Président Donald J. Trump

COMBATTRE L’ANTISÉMITISME : Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.

  • Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale.
  • Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains.
  • Le président demande également aux agences fédérales d’identifier d’autres moyens par lesquels le gouvernement peut utiliser ses pouvoirs en matière de lutte contre la discrimination pour combattre l’antisémitisme.
  • Cette action démontre en outre l’engagement indéfectible du président Trump et de son administration à lutter contre toutes les formes d’antisémitisme.

LUTTER CONTRE LA MONTÉE DE LA HAINE : Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays.

  • Au cours des quelques dernières années, on a assisté à une tendance inquiétante à la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.
  • Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires.
  • Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis.
  • 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS).
    • Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie.

AGIR : Le président Trump et son administration ont pris des mesures à plusieurs reprises pour lutter contre la haine et soutenir la communauté juive.

  • Lors du discours sur l’état de l’Union de cette année, le président Trump a promis de « ne jamais ignorer le vil poison de l’antisémitisme ou ceux qui répandent cette idéologie venimeuse ».
  • Depuis janvier 2017, la division des droits civils du département de la Justice a obtenu 14 condamnations dans des affaires d’attentats ou de menaces contre des lieux de culte.
    • La division a également obtenu 11 condamnations dans des affaires de crimes motivés par la haine en raison des convictions religieuses des victimes.
  • Le département de la Justice a lancé un nouveau site web complet qui constitue un portail centralisé permettant aux forces de l’ordre, aux médias, aux groupes de défense des droits et à d’autres organismes d’accéder à des ressources sur les crimes motivés par la haine.
  • Le service des relations avec la communauté du département de la Justice a facilité 17 forums axés sur la protection des lieux de culte et la prévention des crimes motivés par la haine depuis septembre 2018.
  • Le président a signé la loi JUST Act en faveur des efforts de restitution à la suite de l’Holocauste.
  • L’administration Trump a expulsé le dernier criminel nazi connu des États-Unis.
    Voir enfin:

    NYT

    WASHINGTON — The House, brushing aside Democratic voices of dissent over American policy in the Middle East, on Tuesday overwhelmingly passed a bipartisan resolution condemning the boycott-Israel movement as one that “promotes principles of collective guilt, mass punishment and group isolation, which are destructive of prospects for progress towards peace.”

    The 398-to-17 vote, with five members voting present, came after a debate that was equally lopsided; no one in either party spoke against the measure. The House’s two most vocal backers of the boycott movement — Representatives Rashida Tlaib of Michigan and Ilhan Omar of Minnesota, freshman Democrats and the first two Muslim women in Congress — did not participate in the floor debate.

    However, earlier in the day, Ms. Tlaib, who is Palestinian-American, delivered an impassioned speech in defense of the boycott movement. She branded Israel’s policies toward Palestinians “racist” and invoked American boycotts of Nazi Germany, among others, as an example of what she described as a legitimate economic protest to advance human rights around the world.

    “I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights, the right to freedom of travel, equal treatment,” Ms. Tlaib said. “So I can’t stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the state of Israel.”

    The Boycott, Divestment and Sanctions, or B.D.S., movement is intended, among other things, to pressure Israel into ending the occupation of the West Bank, and backed by some who advocate a single state with equal rights for all, instead of a Palestinian state alongside Israel. Opponents warn it would lead to the destruction of Israel as a Jewish state; during Tuesday’s debate, they repeatedly quoted from a founder of the movement, Omar Barghouti, who has argued for the creation of a “secular democratic state” and has called for Israel to “accept the dismantling of its Zionist apartheid regime.”

    “Boycotts have been previously used as tools for social justice in this very country,” said Representative Ted Deutch, Democrat of Florida and a backer of the resolution. “But B.D.S. doesn’t seek social justice. It seeks a world in which the state of Israel doesn’t exist.”

    For months, Ms. Tlaib and Ms. Omar have been the target of intense criticism for statements about Israel and Israel’s supporters that many have regarded as anti-Semitic tropes, including insinuations that Jews have dual loyalty to the United States and Israel. Ms. Omar drew the condemnation of House Democratic leaders, and was forced to apologize after invoking an ancient trope about Jews and money by suggesting that American support for Israel was “all about the Benjamins” — a reference to $100 bills.

    At a hearing last week, Ms. Omar spoke out forcefully against Israel, and the resolution.

    “We should condemn in the strongest terms violence that perpetuates the occupation, whether it is perpetuated by Israel, Hamas or individuals,” she said. “But if we are going to condemn violent means of resisting the occupation, we cannot also condemn nonviolent means.”

    Ms. Tlaib, Ms. Omar and two other freshman Democratic women of color — Representatives Ayanna S. Pressley of Massachusetts and Alexandria Ocasio-Cortez of New York — have lately been under fire from President Trump, who has accused them of being anti-American and suggested they should “go back” to their home countries, even though just one of them, Ms. Omar, was born outside the United States. Ms. Ocasio-Cortez voted against the resolution, as did a number of other progressives; Ms. Pressley voted in favor.

    The timing of the vote drew complaints from Palestinian rights activists and supporters of Ms. Omar and Ms. Tlaib, who said House Democratic leaders were effectively isolating them. Both women have also joined with Representative John Lewis, Democrat of Georgia and a civil rights icon, in introducing a measure affirming that “all Americans have the right to participate in boycotts in pursuit of civil and human rights at home and abroad,” as protected by the First Amendment.

    “They are displaying leadership even as the president is attacking and marginalizing people of color,” said Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights.

    But Democratic backers of Israel were eager to have their votes on record before Congress goes home for its six-week August recess. Earlier Tuesday, Representative Josh Gottheimer, an ardent supporter of Israel, was joined in his home state, New Jersey, by Elan Carr, the State Department’s envoy to combat anti-Semitism, at an event billed to address anti-Semitism.

    The coming vote proved to be a central topic.

    “There is of course nothing wrong about having a robust debate about our foreign policy, as I said, but that debate veers into something much darker when there is talk of dual loyalty or other ancient tropes,” Mr. Gottheimer said. “These are not legitimate opinions about our foreign policy. We have often seen such anti-Semitic tropes and rhetoric when it comes to the global B.D.S. movement.”

    Asked if he thought the timing of the vote was inopportune, Mr. Gottheimer said, “We should look for any moment to stand up to anti-Semitism, and I think, to me, the sooner the better.”

    Backers of the boycott movement say the resolution threatens free speech rights, and they argue that boycotts are a legitimate form of economic protest. In her remarks, Ms. Tlaib cited civil rights boycotts, boycotts of apartheid South Africa and American boycotts of Nazi Germany “in response to dehumanization, imprisonment and genocide of Jewish people” — a comment that raised eyebrows among Republicans.

    Proponents of the resolution argue that nothing in it abridges the right to free speech; indeed, House Democrats rejected a more far-reaching bill, passed by the Republican-led Senate, that would allow state and local government to break ties with companies that participate in the boycott movement.

    The chief sponsor of the Senate bill, Senator Marco Rubio, Republican of Florida, on Tuesday accused Speaker Nancy Pelosi of promoting a watered-down measure and allowing “the radical, anti-Semitic minority in the Democratic Party to dictate the House floor agenda.”

    During Tuesday’s floor debate, many Republicans, including Representative Lee Zeldin of New York and Representative Steve Scalise of Louisiana, the Republican whip, argued for the Rubio measure. But in a rare moment of House comity, both sounded eager to join with Democrats in passing the bipartisan resolution.

    “If a boycott is being used to advance freedom, that’s one we should support,” Mr. Scalise said. “But if a boycott is being used to undermine the very freedoms that exist in the only real elective democracy in the Middle East, we all need to rise up against that.”


Arabie saoudite: Cachez cette croix que je ne saurai voir ! (World’s best-kept secret: Guess why you probably never heard of the recent French archeological find confirming the Judeo-Christian origins of Arabic writing in Saudi Arabia 150 years before the rise of Islam ?)

26 avril, 2019
 spread_of_religions600Jesus Palestinianhttps://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/58374239_1676880679125217_3985717405736239104_n.png?_nc_cat=106&_nc_ht=scontent-cdg2-1.xx&oh=a77a3a5c8f7978f65b9a00c0de479d0c&oe=5D2EA585Notre-Dame pendant l'incendie du 15 avril 2019
Veiled New Zealand PMMillionaire Srilankan suicide bomber Inshaf Ibrahim with tycoon fatherjohn_paul_ii_kisses_koranQu’on ne se fie à aucun de ses frères; car tout frère cherche à tromper… Jérémie 9: 4
Les ennemis de Juda et de Benjamin apprirent que les fils de la captivité bâtissaient un temple à l’Éternel, le Dieu d’Israël. Ils vinrent auprès de Zorobabel et des chefs de familles, et leur dirent: Nous bâtirons avec vous; car, comme vous, nous invoquons votre Dieu, et nous lui offrons des sacrifices depuis le temps d’Ésar Haddon, roi d’Assyrie, qui nous a fait monter ici. Mais Zorobabel, Josué, et les autres chefs des familles d’Israël, leur répondirent: Ce n’est pas à vous et à nous de bâtir la maison de notre Dieu; nous la bâtirons nous seuls à l’Éternel, le Dieu d’Israël, comme nous l’a ordonné le roi Cyrus, roi de Perse. Alors les gens du pays découragèrent le peuple de Juda; ils l’intimidèrent pour l’empêcher de bâtir, et ils gagnèrent à prix d’argent des conseillers pour faire échouer son entreprise. Il en fut ainsi pendant toute la vie de Cyrus, roi de Perse, et jusqu’au règne de Darius, roi de Perse. Sous le règne d’Assuérus, au commencement de son règne, ils écrivirent une accusation contre les habitants de Juda et de Jérusalem. Et du temps d’Artaxerxès, Bischlam, Mithredath, Thabeel, et le reste de leurs collègues, écrivirent à Artaxerxès, roi de Perse. Esdras 4: 1-15
Nul ami tel qu’un frère ; nul ennemi comme un frère. Proverbe indien
Nous avons tendance à penser naïvement les rapports fraternels comme une affectueuse complicité. Mais les exemples mythologiques, littéraires et historiques dessinent une autre réalité et donnent d’innombrables exemples de conflits violents. Nous citions Caïn et Abel ou Jacob et Esaü mais il y a aussi Romus et Romulus, Etéocle et Polynice, Richard Cœur de lion et Jean sans terre.…  Même quand ils ne sont pas des jumeaux, les frères ont de nombreux attributs en commun qui les confondent : ils ont le même père, la même mère, le même sexe, la même position relative dans la société. Cette proximité et cette parenté les rendent ennemis, concurrents. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le point intéressant est l’attitude des Palestiniens. Il me semble que ceux-ci sont attirés par deux attitudes extrêmes: l’une est la négation pure et simple de la Shoah, dont il y a divers exemples dans la littérature palestinienne ; l’autre est l’identification de leur propre destin à celui du peuple juif. Tout le monde a pu remarquer, par exemple, que la Déclaration d’indépendance des Palestiniens en novembre 1988 était calquée sur la Déclaration d’indépendance d’Israël en 1948. C’est dans cet esprit qu’il arrive aux dirigeants palestiniens de dire que la Shoah, ils savent ce que c’est, puisque c’est ce qu’ils subissent au quotidien. J’ai entendu M. Arafat dire cela, en 1989, à un groupe d’intellectuels, dont je faisais partie. Pierre Vidal-Naquet
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. Genèse 22 :1-2
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (Ismaël) dit: ‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants› (…) Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux. Le Coran, 37, 101-102 & 112
Le Coran partage avec les apocryphes chrétiens de nombreuses scènes de vie de Marie et d’enfance de Jésus : la consécration de Marie dans la Sourate III, La famille de ‘Îmran, 31 et le Proto-évangile de Jacques, la vie de Marie au Temple dans la Sourate III, La famille de ‘Îmran, 32 et la Sourate XIX, Marie, 16 et le Proto-évangile de Jacques, le tirage au sort pour la prise en charge de Marie dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 39 et le Proto-évangile de Jacques, la station sous un palmier dans la Sourate XIX, Marie, 23 et l’Évangile du pseudo-Matthieu, Jésus parle au berceau dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 41 et la Sourate XIX, Marie, 30 et l’Évangile arabe de l’enfance, Jésus anime des oiseaux en argile dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 43 et la Sourate V, La Table, 110 et l’Évangile de l’enfance selon Thomas… Wikipedia
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. Anne-Marie Delcambre
Je n’aime pas parler de violence islamique : si je parlais de violence islamique, je devrais également parler de violence catholique. Tous les musulmans ne sont pas violents ; tous les catholiques ne sont pas violents. Je crois que dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe fondamentaliste. Mais on ne peut pas dire — je crois que cela n’est pas vrai et que ce n’est pas juste — que l’islam est terroriste. Pape François
Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. (…) Devant l’actuel terrorisme islamiste, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture.  (…) Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. (…) En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible. Pape François
Un passage des propos du pape François attire l’œil: «L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)». On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d’enseigner et de baptiser. Il s’agit bien d’une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l’islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d’imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens. Le Coran ne contient pas d’équivalent de l’envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu’on y lit n’aient qu’une portée circonstancielle, et l’on ignore les causes de l’expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n’est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J’ai reçu l’ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône (zakāt). S’ils le font, leur sang et leurs biens sont à l’abri de moi, sauf selon le droit de l’islam (bi-haqqi ‘l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J’ai reproduit l’arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n’incombera qu’à Dieu (p. 62)» Indication précieuse: il s’agit d’obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l’impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L’adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n’est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n’y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l’intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu. Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l’œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l’État islamique. Ce n’est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu’on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion. Rémi Brague
Les Chrétiens et les juifs parlent d’un livre «inspiré» par Dieu mais nullement une œuvre de Dieu. Pour les musulmans, le Coran est un «miracle» qui «éblouit le monde», c’est-à-dire une œuvre purement divine, incréée et présente depuis l’éternité. Il est donc par définition infaillible. Il n’a pas à être interprété ou analysé, la Parole de Dieu ne peut l’être, elle ne peut qu’être suivie. (…) Du point de vue coranique, un terroriste musulman n’est pas en contradiction avec les préceptes du Coran et reste donc un bon musulman. D’ailleurs les fatwas touchent des démocrates et tout à fait exceptionnellement des terroristes musulmans, il a fallu attendre jusqu’à mars 2005 pour qu’une fatwa soit lancée contre Oussama Ben Laden, émanant de la commission islamique d’Espagne. Louis Chagnon
C’est une religion aux préceptes assez simples et convaincants. Un seul Dieu, qui ordonne toute chose dans le monde… Pour adhérer à l’islam, il suffit de prononcer une formule : « J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Mahomet est son prophète. » Avec cela, vous êtes musulman. Il est de coutume de circoncire les nouveaux fidèles. Mais ce n’est pas obligatoire. Si les soldats de Napoléon ne se sont pas convertis à l’islam, c’est que les savants musulmans, en fait très ennuyés par la perspective d’une conversion aussi massive, ont imposé deux conditions : la circoncision et l’interdiction de boire du vin. Cette dernière était inacceptable. Et voilà pourquoi les Français sont chrétiens et pas musulmans.  Maxime Rodinson
D’après les théologiens musulmans, le Coran vient directement d’Allah, il n’a pas changé d’une seule lettre depuis qu’il a été mis par écrit, et sa langue est si somptueusement poétique qu’elle est inimitable par aucun humain. Mohammed l’a récité alors qu’il était analphabète. Avant que le monde ne soit créé, le Coran était déjà présent, ce que la théologie musulmane exprime en disant que le Coran est incréé. Le Coran est en arabe depuis avant la fondation du monde parce qu’Allah parle arabe avec les anges. (…) L’alphabet arabe ne comportait à l’époque de Mohammed que trois voyelles longues : a, i, u, et ne faisait pas la différence entre certaines consonnes. Cette écriture, nommée scriptio defectiva, est indéchiffrable, et ne peut servir que d’aide mémoire à ceux qui connaissent déjà le texte. (…) C’est vers 650, que des collectes ont été faites pour constituer le Coran. Le Coran a donc été primitivement écrit en scriptio defectiva. Vers 850, deux siècles après les collectes, des grammairiens perses qui ignoraient la culture arabe ont fait des conjectures pour passer en scriptio plena, afin de rendre le Coran compréhensible. Cela n’a pas suffi. Il a fallu y ajouter d’autres conjectures sur le sens des passages obscurs, qui concernent environ 30% du Coran. L’édition actuelle du Coran est celle du Caire, faite en 1926. Il a donc fallu 1 300 ans pour la mettre au point. C’est une traduction en arabe classique d’un texte qui est incompréhensible sous sa forme originale. (…) À l’époque de Mohammed, l’arabe n’était pas une langue de culture, ni une langue internationale. Depuis plus de mille ans, dans tout le Proche Orient, la langue de culture était l’araméen. Les lettrés arabes, peu nombreux, parlaient en arabe et écrivaient en araméen. La situation était comparable à celle de l’Europe de la même époque, où les lettrés parlaient dans leur langue locale et écrivaient en latin. Les difficultés du Coran s’éclairent si on cherche le sens à partir de l’araméen. Le Coran n’est pas écrit en arabe pur, mais en un arabe aussi chargé d’araméen que, par exemple, l’allemand est chargé de latin. André Frament
D’après la théologie musulmane, Mohammed, venant à la suite d’une longue suite de prophètes, n’aurait fait qu’un « rappel », rendu nécessaire parce que les hommes oublient. On peut donc penser que des révélations faites aux prophètes prédécesseurs de Mohammed ont du laisser des traces. D’autre part, des historiens pensent que les nouveaux systèmes d’idées se développent à partir d’ébauches antécédentes. Quelle que soit l’hypothèse choisie, il a dû exister une sorte de pré-islam qu’il est intéressant de rechercher. (…) De fait,certaines idées présentes dans l’islam d’aujourd’hui sont également présentes dans les sectes millénaristes et messianiques du Proche Orient, aux premier et deuxième siècles de notre ère. Voir comment ces idées ont cheminé dans cette région du monde a donné un éclairage supplémentaire. Dans le Coran, Myriam, sœur d’Aaron, et Marie, mère du Christ, est une seule et même personne, alors que 1.200 ans les séparent. La Trinité, formée pour les chrétiens du Père, du Christ et du Saint-Esprit, est déclarée dans le Coran formée, du Père, du Christ, et de Marie. Ces éléments, et d’autres de la sorte, font penser que le Coran est formé de plusieurs traditions différentes, comme on peut l’observer pour d’autres livres anciens. (…) Les messianismes juifs se sont formés en trois siècles, de 180 avant notre ère à 150 après. Leur théologie présente cinq idées centrales qui, durent encore de nos jours: · La première est celle d’une guerre menée pour des raisons théologiques. · La seconde est celle d’émigration : les Justes devaient d’abord aller au désert, reproduisant l’Exode de Moïse au Néguev-Sinaï. · La troisième idée était la conquête de Jérusalem. · La quatrième était la libération complète de la Palestine juive. · La cinquième était la conquête du monde entier. Alors que les quatre premières étaient tout à fait générales dans les mouvements messianiques juifs, la dernière n’était acceptée que par une partie des adeptes. Les deux premières idées sont proches de celles de l’islam, et la cinquième reste un rêve que les musulmans ont poursuivi pendant quatorze siècles. (…) Les nazaréens pratiquaient la circoncision, la polygamie limitée à 4 épouses, décrivaient un paradis où les élus trouveraient des aliments délicieux, des boissons agréables et des femmes. Toutes ces idées sont présentes dans l’islam. De plus, un grand nombre de thèses, de conceptions, de dogmes nazaréens se retrouvent à l’identique dans l’islam d’aujourd’hui : ‘Îsâ, le nom de Jésus, le statut du Christ, les récits de l’enfance de Marie, la confusion entre Marie et Myriam, le statut des femmes, la Trinité formée du Père, du Christ et de Marie, la conception du paradis, le vin, interdit sur terre mais présent en fleuves entiers au paradis… (…) Le mot musulman apparaît pour la première fois sur le Dôme du roc, en 691, il entre dans l’usage officiel vers 720, il est utilisé sur une monnaie pour la première fois en 768, et sur papyrus en 775 seulement. La recherche linguistique montre que les mots islam et musulman ne viennent pas de l’arabe, mais de l’araméen, la langue des nazaréens. (…) Le nom de Médine, d’après les documents musulmans, viendrait de madina ar-rasul Allah, la ville du messager d’Allah. Cette étymologie en langue arabe est proposée par l’islam plus de 200 ans après les faits. Or, à l’époque, madina ne signifiait pas ville, mais région. Ville se disait qura. Des textes datant de 30 ans après les faits indiquent une autre étymologie, à partir de l’araméen, impliquant les nazaréens. (…) Il est très douteux que les Arabes du VIIe siècle soient des polythéistes étrangers aux traditions biblique ou chrétienne. Par leur commerce, ils sont, en effet, depuis plus de six siècles en contact avec des juifs et depuis six siècles en contact avec des chrétiens. Ils ne pouvaient pas ignorer la révélation judéo-chrétienne. André Frament
La question de l’Hégire permet d’entrevoir immédiatement ce qui s’est passé. L’Hégire ou Émigration à l’oasis de Yathrib situé en plein désert est un événement très significatif de la vie du Mahomet historique. On sait que, très rapidement, cette année-là – 622 semble-t-il – a été tenue pour l’an 1 du calendrier du groupe formé autour de Mahomet (ou plutôt du groupe dont il était lui-même un membre). Or, la fondation d’un nouveau calendrier absolu ne s’explique jamais que par la conscience de commencer une Ère Nouvelle, et cela dans le cadre d’une vision de l’Histoire. Quelle ère nouvelle ? D’après les explications musulmanes actuelles, cette année 1 se fonderait sur une défaite et une fuite de Mahomet, parti se réfugier loin de La Mecque. Mais comment une fuite peut-elle être sacralisée jusqu’à devenir la base de tout un édifice chronologique et religieux ? Cela n’a pas de sens. Si Mahomet est bien arrivé à Yathrib – qui sera renommé plus tard Médine – en 622, ce ne fut pas seulement avec une partie de la tribu des Qoréchites, mais avec ceux pour qui le repli au désert rappelait justement un glorieux passé et surtout la figure de la promesse divine. Alors, le puzzle des données apparemment incohérentes prend forme, ainsi que Michaël Cook et d’autres l’on entrevu. Le désert est le lieu où Dieu forme le peuple qui doit aller libérer la terre, au sens de ce verset : « Ô mon peuple, entrez dans la terre que Dieu vous a destinée » (Coran V, 21). Nous sommes ici dans la vision de l’histoire dont le modèle de base est constitué par le récit biblique de l’Exode, lorsque le petit reste d’Israël préparé par Dieu au désert est appelé à conquérir la terre, c’est-à-dire la Palestine selon la vision biblique. Telle est la vision qu’avaient ceux qui accompagnaient et en fait qui dirigeaient Mahomet et les autres Arabes vers Yathrib en 622. Et voilà pourquoi une année 1 y est décrétée : le salut est en marche. Dans l’oasis de Yathrib d’ailleurs, la plupart des sédentaires sont des « juifs » aux dires mêmes des traditions islamiques. Et pourtant les traditions rabbiniques ne les ont jamais reconnus comme des leurs : ces « juifs » et ceux qui y conduisirent leurs amis arabes sont en réalité ces “judéochrétiens” hérétiques, qui vous évoquiez à l’instant. Ils appartenaient à la secte de « nazaréens » dont on a déjà parlé à propos de la sourate 5, verset 82. E.-M. Gallez
C’est à la suite de la destruction du Temple de 70 que l’idéologie judéo-nazaréenne se structura en vision cohérente du Monde et de l’Histoire, construite sous l’angle de l’affrontement des « bons » et des « méchants », les premiers devant être les instruments de la libération de la Terre. Le recoupement des données indique que c’est en Syrie, chez les judéo-chrétiens qui refusèrent de rentrer en Judée après 70 et réinterprétèrent leur foi, que cette idéologie de salut – la première de l’Histoire – s’est explicitée. (…) Pour en revenir à l’attente judéonazaréenne du Messie-Jésus, je ne vous apprendrai rien en disant qu’il n’est pas redescendu du Ciel en 638. En 639 non plus. En 640, l’espérance de le voir redescendre du Ciel apparut clairement être une chimère. C’est la crise. (…) Il est invraisemblable que Mahomet ait massacré des juifs rabbanites (orthodoxes ndlr), dont les judéo-nazaréens aussi bien que leurs alliés Arabes avaient besoin de la neutralité, au moins. Mais après 640, on imagine aisément que Umar puis son successeur Uthman aient voulu se défaire d’alliés devenus encombrants. Ironie de l’histoire : les « fils d’Israël » – au moins leurs chefs – sont massacrés par ceux qu’ils avaient eux-mêmes convaincus d’être les « fils d’Ismaël » ! En fait, le problème se posait aux Arabes de justifier d’une manière nouvelle le pouvoir qu’ils avaient pris sur le Proche-Orient. C’est dans ce cadre qu’apparut la nécessité d’avoir un livre propre à eux, opposable à la Bible des juifs et des chrétiens, et qui consacrerait la domination arabe sur le monde… et qui contribuerait à occulter le passé judéo-nazaréen. EM Gellez
Le Calife basé à l’oasis de Médine ne disposait, en fait de « textes » en arabe, que des papiers que les judéo-nazaréens y avaient laissés. Même si l’on y ajoute les textes plus anciens laissés en Syrie, cela ne fait pas encore un choix énorme. Et il fallait choisir, dans la hâte, des textes répondant aux attentes des nouveaux maîtres du Proche-Orient ! Autant dire que, quel qu’il fût, le résultat du choix ne pouvait guère être satisfaisant, même si on choisissait les textes présentant le moins d’allusions au passé judéonazaréen. C’est ainsi que les traditions musulmanes ont gardé le souvenir de « collectes » ou assemblages du Coran divergents entre eux et concurrents – parce qu’ils fournirent évidemment à des ambitieux l’occasion de se pousser au pouvoir. Umar fut assassiné. Son successeur également, et il s’ensuivit une véritable guerre intra-musulmane, aboutissant au schisme entre « chiites » et « sunnites ». Quant aux textes assemblés dans ce qu’on nomma le « Coran », ils continuèrent d’être adaptés à ce qu’on attendait d’eux, dans une suite de fuites en avant : apporter des modifications à un texte, c’est souvent se condamner à introduire de nouvelles pour pallier les difficultés ou les incohérences induites par les premières, etc. Un texte ne se laisse pas si facilement manipuler. Surtout qu’il faut chaque fois rappeler les exemplaires en circulation,les détruire et les remplacer par des nouveaux – ce dont les traditions musulmanes ont gardé le souvenir et situent jusqu’à l’époque du gouverneur Hajjaj, au début du VIIIe siècle encore ! Quand il devint trop tard pour le modifier encore en ses consonnes, sa voyellisation puis son interprétation furent à leur tour l’objet d’élaborations (parfois assez savantes). Ainsi, à force d’être manipulé, le texte coranique devint de plus en plus obscur, ce qu’il est aujourd’hui. Mais il était tout à fait clair en ces divers feuillets primitifs c’est-à-dire avant que ceux-ci aient été choisis pour constituer un recueil de 114 parties – le même nombre que de logia de l’évangile de Thomas, nombre lié aux besoins liturgiques selon Pierre Perrier. EM Gellez
Du fait de l’hyperspécialisation, très peu d’islamologues s’étaient intéressés aux textes de la mer Morte qui, particulièrement dans leur version la plus récente, reflètent une parenté avec le texte coranique ; et, en sens inverse, tout aussi peu de qoumranologues, d’exégètes ou de patrologues avaient porté de l’intérêt au Coran et à l’Islam. Or ces deux côtés de la recherche s’éclairent mutuellement, ils constituent en quelque sorte le terminus a quo et le terminus ad quem de celle-ci, renvoyant à une même mouvance religieuse : celle que des ex-judéo-chrétiens ont structurée vers la fin du Ier siècle. On la connaît surtout sous la qualification de “nazaréenne” ; les membres de cette secte apocalyptico-messianiste avaient en effet gardé l’appellation de nazaréens que les premiers judéo-chrétiens avaient portée (durant très peu d’années) avant de s’appeler précisément chrétiens d’après le terme de Messie (c’est-à-dire christianoï ou Mesihayé). Il s’agit évidemment des naçârâ du texte coranique selon le sens qu’y avait encore ce mot avant le VIIIe siècle et selon le sens qu’indiquent certains traducteurs à propos de passages où l’actuelle signification de chrétiens ne convient visiblement pas ; au reste, à propos de ces nazaréens, même certains sites musulmans libéraux en viennent aujourd’hui à se demander si leur doctrine n’était pas celle de Mahomet. À la suite de Ray A. Pritz, l’auteur préconise l’appellation de judéo-nazaréens pour éviter toute ambiguïté ; l’avantage est également de rappeler l’origine judéenne (ainsi qu’un lien primitif avec la communauté de Jacques de Jérusalem, selon les témoignages patristiques). Signalons en passant que l’auteur établit un parallélisme avec une autre mouvance qui prend sa source dans les mêmes années, le gnosticisme ; ceci offre un certain intérêt car les deux mouvances partent dans des directions qu’il présente comme radicalement opposées. L’apparition de l’islam tel qu’il se présente aujourd’hui s’explique de manière tout à fait cohérente dans le cadre de cette synthèse. À la suite de la rupture bien compréhensible avec les judéonazaréens, les nouveaux maîtres arabes du Proche-Orient ont été obligés d’inventer des références exclusivement arabes pour justifier leur pouvoir, explique l’auteur. Ceci rend compte en particulier d’une difficulté à laquelle tout islamologue est confronté, à savoir la question du polythéisme mecquois. Comment les Mecquois pouvaient-ils être convaincus par une Révélation qui leur aurait été impossible à comprendre ? Le détail du texte coranique ne s’accorde pas avec un tel présupposé. À supposer justement que Mahomet ait vécu à La Mecque avant que l’Hégire le conduise à Yathrib-Médine (en 622) : la convergence de nombreuses études, généralement récentes, oriente dans une autre direction. Le travail de recoupement et de recherche effectué par l’auteur débouche sur un tableau d’ensemble ; celui-ci fait saisir pourquoi la biographie du Prophète de l’Islam, telle qu’elle s’est élaborée et imposée deux siècles après sa mort, présente le contenu que nous lui connaissons. M.-Th. Urvoy
Christoph Luxenberg considère (…) que des pans entiers du Coran mecquois seraient un palimpseste d’hymnes chrétiennes. Avant lui, Günter Lüling avait tenté d’établir qu’une partie du Coran provenait d’hymnes chrétiennes répondant à une christologie angélique. Cela me paraît trop automatique et trop rapide. En revanche, Christoph Luxenberg m’a convaincu sur l’influence syriaque dans plusieurs passages du Coran, notamment dans la sourate 100 dans laquelle il voit une réécriture de la première épître de saint Pierre (5,8-9). On reconnaît dans le Coran des traces évidentes de syriaque. À commencer par le mot Qur’an qui, en syriaque, signifie «recueil» ou «lectionnaire». Cette influence me semble fondamentale. D’autre part, Angelika Neuwirth [NDLR spécialiste du Coran, université de Berlin] a bien souligné la forme liturgique du Coran. Et des chercheurs allemands juifs ont noté une ressemblance forte entre le Coran mecquois et les psaumes bibliques. Serait-il un lectionnaire, ou contiendrait-il les éléments d’un lectionnaire? Je suis enclin à le penser. Sans l’influence syriaque comment comprendre que le Coran ait pu reprendre le thème des sept dormants d’Éphèse qui sont d’origine chrétienne? De plus, la christologie du Coran est influencée par le Diatessaron de Tatien et par certains évangiles apocryphes. On peut penser que le groupe dans lequel le Coran primitif a vu le jour était l’un des rejetons de groupes judéo-chrétiens attachés à une christologie pré-nicéenne, avec aussi quelques accents manichéens. Claude Gilliot
Il est vrai que le mouvement national arabe n’a aucun contenu positif. Les dirigeants du mouvement sont tout à fait indifférents au bien-être de la population et à la fourniture de leurs besoins essentiels. Ils n’aident pas  le fellah ; au contraire, les dirigeants sucent son sang et l’exploitent la prise de conscience populaire pour en tirer un avantage. Mais nous faisons une erreur si nous mesurons les arabes [palestiniens] et leur mouvement à l’aune de nos normes. Chaque peuple est digne de son mouvement national. La caractéristique évidente d’un mouvement politique, c’est qu’il sait mobiliser les masses. Il n’y a aucun doute que nous sommes confrontés à un mouvement politique, et nous ne devrions pas sous-estimer ce potentiel. (…) Un mouvement national mobilise les masses, et c’est la chose principale. Les Arabes [palestiniens] ne sont pas un parti de renouveau et leur valeur morale est douteuse. Mais dans un sens politique, c’est un mouvement national. David Ben Gourion (premier Premier ministre israélien)
La grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays. Yitzhak Ben Zvi (second président de l’Etat d’Israël, 1929)
La grande majorité et les principales structures de la Falahin musulmane dans l’Ouest Eretz Israël nous présentent un brin racial et une unité d’ensemble ethnique, et il n’y a aucun doute que beaucoup de sang juif coule dans leurs veines, le sang de ces agriculteurs Juifs, « profanes »,  qui pris dans la folie de l’époque ont choisi d’abandonner leur foi afin de rester sur leurs terres. David Ben Gourion et Ytzhak Ben Zvi
Une très vaste étude anthropologique, diverses études génétiques, une recherche démographique historique et une enquête historique et géographique (…) renforcent une œuvre antérieure de David Ben-Gurion (le premier premier ministre d’Israël) et d’autres, dans leurs conclusions très surprenantes : une vaste majorité de Palestiniens (80-90 %) sont les descendants du peuple d’Israël qui sont restés dans le pays après la destruction du Second Temple juif. Les ancêtres de la plupart des Palestiniens ont été contraints de se convertir à l’Islam. L’Engagement
Oui, ils sont tous d’ascendance juive. Et comme ils n’avaient pas le choix, ils se sont convertis à l’Islam. Vous savez, cela date de plusieurs siècles; ce n’est pas récent, c’est rien de nouveau. Par exemple, nous n’allumions pas de feu le jour du Sabbat. Ma mère et ma grand-mère, je me rappelle, quand j’étais enfant. Elles avaient un bain spécial (mikveh). Bédouin
Cela semble très certainement surréaliste, parce qu’extrêmement révolutionnaire de dire aux gens que leurs pires ennemis sont actuellement leurs frères. Donc, il n’y a pas le choix. Ce travail surréaliste doit être fait tout comme le sionisme qui paraissait à ses débuts surréaliste. Tsvi Misinai
Il devient clair qu’une part significative des Arabes en Israël sont actuellement descendants des juifs qui ont été forcés de se convertir à l’Islam au fil des siècles. Il y a des études qui indiquent que 85% de ce groupe sont d’origine juive. Certains prétendent que ce pourcentage est moins élevé. Rabbin Dov Stein (Secrétaire du nouveau Sanhédrin)
Quand un Empire conquiert un pays, il exile l’élite et laisse les classes populaires et c’est ce qui est arrivé après la destruction du Premier comme du Second Temple. Ben Gurion disait avec le zèle qu’on lui connait: beaucoup de sang juif coule dans les veines de ces fermiers. Ils aimaient tant Israël qu’ils ont abandonné leur religion mais seulement parce qu’il leur fallut choisir entre la religion et la terre et ils firent le choix de la terre. Elon Jarden (bibliste israélien)
Nous avons constaté que bien que les Juifs ont été dispersés partout dans le monde pendant deux mille ans, ils ont maintenu toujours continuité génétique au cours des âges. Et une autre chose qui nous a surpris aussi était la proximité élevée des Arabes vivant dans les terres — les Palestiniens. (…) Le même chromosome peut apparaître dans les Juifs ashkénazes et les Palestiniens. (…) Il est clair que nous sommes tous de la même famille, mais malheureusement, les familles ont aussi leurs conflits; ce n’est pas rare que des frères et soeurs se battent entre eux. Professeur Ariella Oppenheim (Université hébraïque)
Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens. Abd Al-Nasser Al-Najjar (Al-Ayyam)
La paix véritable, globale et durable viendra le jour où les voisins d’Israël reconnaîtront que le peuple juif se trouve sur cette terre de droit, et non de facto. (…) Tout lie Israël à cette région: la géographie, l’histoire, la culture mais aussi la religion et la langue. La religion juive est la référence théologique première et le fondement même de l’islam et de la chrétienté orientale. L’hébreu et l’arabe sont aussi proches que le sont en Europe deux langues d’origine latine. L’apport de la civilisation hébraïque sur les peuples de cette région est indéniable. Prétendre que ce pays est occidental équivaut à délégitimer son existence; le salut d’Israël ne peut venir de son déracinement. Le Moyen-Orient est le seul « club » régional auquel l’Etat hébreu est susceptible d’adhérer. Soutenir cette adhésion revient à se rapprocher des éléments les plus modérés parmi son voisinage arabe, et en premier lieu: des minorités. Rejeter cette option, c’est s’isoler et disparaître. Israël n’a pas le choix. Masri Feki
Si l’intervention militaire en Irak et le renversement du régime chauviniste de Saddam Hussein a apporté un quelconque résultat positif, hormis le déclenchement timide d’un processus politique démocratique, c’est sans doute le dévoilement de la grande diversité confessionnelle, ethnique et culturelle du Moyen-Orient qui demeure une réalité résiliente. (…) En réalité, les Egyptiens ne sont pas plus Arabes que ne sont Espagnols les Mexicains et les Péruviens. Ce qui fonde la nation, c’est la référence à une entité géographique, le partage de mêmes valeurs, une communauté de convenances politiques, d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et de rêves communs. A contre-courant de toutes les expériences nationalistes venant couronner des faits nationaux, objectifs et observables, le nationalisme panarabe est plus le créateur que la création de la nation arabe. Sa conception arbitraire de la nation qui veut que l’on soit Arabe malgré soi, pour la simple raison que l’on fait usage de la langue arabe met à l’écart d’importants récits historiques et de légitimes revendications nationales. Masri Feki
Comme le génocide des Arméniens qui l’a précédé et le génocide des Cambodgiens qui lui a succédé, et comme tant d’autres persécutions de tant d’autres peuples, les leçons de l’Holocauste ne doivent jamais être oubliées. Ronald Reagan (22 avril 1981)
Aujourd’hui, je devrais le nommer « génocide arménien » ». « Je crois que nous – le gouvernement des Etats-Unis – devons à nos concitoyens une discussion honnête et sans détours sur ce problème. Je vous le dis en tant que personne qui a étudié le sujet – je n’ai aucun doute sur ce qui est arrivé. » « Je crois qu’il est malvenu pour nous, les Américains, de jouer avec les mots dans ce cas « . « Je crois qu’il nous faut dire les choses telles qu’elles sont. John Evans (Ambassadeur des Etats-Unis en Arménie, Berkeley, 19.02. 2005)
Aujourd’hui, nous commémorons le Meds Yeghern et honorons la mémoire de ceux qui ont souffert de l’une des pires atrocités de masse du 20e siècle. À partir de 1915, un million et demi d’Arméniens ont été déportés, massacrés ou condamnés à mort au cours des dernières années de l’Empire ottoman. En ce jour de commémoration, nous nous associons une nouvelle fois à la communauté arménienne d’Amérique et du monde entier pour porter le deuil des nombreuses vies perdues. En cette journée, nous honorons et reconnaissons également le travail de ceux qui ont essayé de mettre fin à la violence, ainsi que ceux qui ont cherché à garantir que de telles atrocités ne se reproduisent plus, à l’instar du militant des droits de l’homme et avocat, Raphael Lemkin. Nous rappelons les contributions d’Américains généreux qui ont aidé à sauver des vies et à reconstruire les communautés arméniennes. En honorant la mémoire de ceux qui ont souffert, nous nous inspirons également du courage et de la résilience du peuple arménien qui, face à une terrible adversité, a construit des communautés dynamiques dans le monde entier, y compris aux États-Unis. Nous nous engageons à tirer les leçons des tragédies du passé pour ne pas les répéter. Nous nous félicitons des efforts des Arméniens et des Turcs pour reconnaître et tenir compte de leur histoire douloureuse. Et nous nous associons au peuple arménien pour rappeler les vies perdues pendant le Meds Yeghern et réaffirmons notre engagement en faveur d’un monde plus pacifique. Donald Trump (24.04.2019)
Israël a toujours refusé de reconnaître les événements d’Arménie comme un génocide. Cette décision est moins une tentative de revendication du monopole de la souffrance (ou une volonté de présenter la Shoah comme un événement historique sans précédent) qu’une basse manœuvre politique des plus cyniques. Pendant bien des années, Israël a refusé de reconnaître ce génocide de peur de s’attirer les foudres de la Turquie. Depuis la fin des années 1950, Ankara était devenu un allié stratégique particulièrement solide de l’État hébreu –l’un de ses seuls amis dans le monde musulman. Les milieux du renseignement et de la sécurité intérieure des deux pays entretenaient des liens étroits; la Turquie constituait par ailleurs l’un des principaux clients de l’industrie de l’armement israélienne. À chaque fois qu’une personne israélienne (qu’elle soit députée, militante des droits humains ou historienne) plaidait pour une reconnaissance du génocide arménien, le pouvoir tuait l’initiative dans l’œuf. Plusieurs gouvernements successifs (quelle que soit leur idéologie et leur orientation politique) ont tout fait pour préserver cette bonne entente avec la Turquie (et les contrats de vente d’armes), préférant leur intérêt économique aux valeurs universelles. Lorsqu’ils évoquaient les événements, ils ne parlaient donc pas de «génocide», mais de «tragédie». Au fil de la dernière décennie, les relations entre Israël et la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan se sont toutefois refroidies. Les contrats d’armement ne sont plus à l’ordre du jour et la coopération clandestine des deux services de renseignement contre l’ennemi commun (la Syrie) a été interrompue. Les relations turco-israéliennes sont aujourd’hui au plus bas: le Premier ministre Benyamin Netanyahou et son fils Yair invectivent Erdoğan sur Twitter et ce dernier le leur rend bien (ils se traitent mutuellement de «tyran» et de «meurtrier», entre autres noms d’oiseaux). Et pourtant, Israël n’en démord pas: il refuse de reconnaître le génocide arménien. Il invoque désormais une nouvelle excuse: l’Azerbaïdjan, qui a perdu une grande partie de son territoire au profit de l’Arménie entre 1991 et 1994. Ce pays musulman à majorité chiite s’est tourné vers Israël pour moderniser ses équipements militaires et l’État hébreu s’est empressé d’accepter de lui vendre son matériel dernier cri: non seulement l’Azerbaïdjan représentait un nouveau marché particulièrement prometteur, mais il se trouvait aux portes de l’Iran –l’ennemi juré d’Israël. Cette relation nouvelle a d’abord été tenue secrète; les censeurs militaires israéliens ont imposé un blackout médiatique total aux journalistes locaux. Le secret a finalement été éventé par le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev (qui est la cible de nombreuses critiques; on l’accuse notamment de corruption, d’abus de pouvoir et de violations des droits humains). C’est lors d’une conférence de presse, en décembre 2016, pendant une visite officielle de Netanyahou, qu’il a annoncé que l’Azerbaïdjan achetait pour cinq milliards de dollars d’armements israéliens. Pour Israël, ce pays occupe désormais peu ou prou la place qu’occupait autrefois la Turquie: un marché lucratif, ouvert à leurs équipements. (…) En échange, l’Azerbaïdjan vend du pétrole à Israël et permet aux services de renseignement israéliens de lancer des opérations contre l’Iran depuis son territoire. Netanyahou, qui a été réélu ce mois-ci pour un cinquième mandat de Premier ministre, craint qu’une reconnaissance du génocide arménien ne compromette la manne du marché azerbaïdjanais; Aliyev, qui s’entend à merveille avec Erdogan, pourrait en outre décider de fermer les portes de son pays au renseignement israélien. Yossi Melman
Mon cœur est brisé par la Nouvelle-Zélande et la communauté musulmane mondiale. Nous devons continuer à lutter contre la perpétuation et la normalisation de l’islamophobie et du racisme sous toutes ses formes. Hillary Clinton
En cette semaine sainte pour de nombreuses religions, nous devons rester unis contre la haine et la violence. Je prie pour toutes les personnes touchées par ces terribles attaques contre les fidèles et les voyageurs de Pâques au Sri Lanka. Hillary Clinton
Michelle et moi-même adressons nos condoléances au peuple néo-zélandais. Nous sommes profondément bouleversés par vous et par la communauté islamique dans son ensemble. Nous devons tous rester contre la haine sous toutes ses formes. Barack Hussein Obama
Les attaques contre les touristes et les fidèles de Pâques sont des attaques contre l’humanité. En cette journée consacrée à l’amour, à la rédemption et au renouveau, nous prions pour les victimes et restons avec le peuple du Sri Lanka. Barack Hussein Obama
The acts of violence against churches and hotels in Sri Lanka are truly appalling, and my sympathies go out to all of those affected at this tragic time. Theresa May
It remains unclear who carried out the attacks. The BBC
Sri Lanka church bombings stoke far-Right anger in the West (…) far-Right groups began to describe the attacks in specifically religious terms. To some, it was further proof that Christians in many parts of the world are under attack. The Washington Post
Islamist terrorists, bombs strapped to their backs, had gone into churches on the holiest day in the Christian calendar with the express purpose of murdering as many innocents as possible. There was also carnage at hotels popular with Western tourists. “It remains unclear who carried out the attacks,” the BBC website was still insisting 12 hours after the massacres. We knew. And they knew. But if you stayed tuned to the news all day, you would not hear the word “terrorist” and certainly not the most inflammatory term of all: “Christian”. The contrast with the reporting of the mosque shootings in New Zealand could not have been more striking. Back in March, there was no doubt that the massacres in Christchurch, by a lone gunman during Friday prayers, were motivated by hatred of Muslims. One evil man’s actions were swiftly used to extrapolate an entire theory of racism on the Right. Journalists like me, who had dared to criticise the burka, or the grievous failure of integration (finally admitted by Tony Blair this week, I see), were said by Leftists to be guilty of Islamophobia and therefore “implicated” in the murder of 50 men, women and children. When it’s the other way around, though, the denial is deafening. Theresa May tweeted, “The acts of violence against churches and hotels in Sri Lanka are truly appalling, and my sympathies go out to all of those affected at this tragic time.” But they weren’t acts of violence against buildings, were theyPrime Minister? If you detonate a bomb inside a church on Easter Sunday, the result does tend to be that you kill an awful lot of followers of Jesus Christ. When a vicar’s daughter decides that it’s wiser not to mention the C-word, you know that fear is now greater than faith. Compare and contrast the reaction of Hillary Clinton to the two tragedies. On Sunday, she tweeted, “I’m praying for everyone affected by today’s horrific attacks on Easter worshippers and travellers in Sri Lanka.” Easter worshippers? That’s a clunking new euphemism for Christians. When the mosques in Christchurch were targeted, did Clinton talk of Ramadan worshippers? No, she wrote, “My heart breaks for New Zealand and the global Muslim community.” I’m afraid that politicians like Clinton and May are paralysed by a terrible dilemma. It’s too scary to admit that militant Islamists are at war with Christianity and Western civilization, that vandalism of churches is rife across Europe and that, according to the Pew Report, Christianity is the world’s most persecuted religion. In order to cover up this inconvenient truth, politicians and the police increasingly try to create a false equivalence between terrorism committed by the far-Right and by Islamists. It’s a downright lie. In the UK alone, intelligence officers have identified 23,000 jihadist extremists, at least 3,000 of whom are believed to pose an active threat. Scores of foul fiends must have plotted and carried out the Sri Lankan attacks. This is deeply uncomfortable for the liberal media, which responds with shifty obfuscation. On Monday, The Washington Post ran a bizarre story about the Easter Sunday massacre with the headline, “Sri Lanka church bombings stoke far-Right anger in the West”. That was wildly premature, but it inadvertently revealed their overwhelming concern: not that so many had been slaughtered, but that such horrors would provoke a backlash against Muslims. The Post continued, “far-Right groups began to describe the attacks in specifically religious terms”. Possibly not unrelated to the fact that the Sri Lankan authorities had just blamed a militant Islamist group. “To some”, the paper opined gingerly, “it was further proof that Christians in many parts of the world are under attack.” Well, yes, the cold-blooded murder of more than 290 people, most of them Christians in their place of worship, does tend to give credence to the theory that a certain religion is “under attack”. Sorry. You know, we had been thinking of taking a holiday this Easter in Sri Lanka because so many friends, some of them Sri Lankans, had urged us to go. We could easily have been the Nicholsons. Mum, Anita with her adorable son and daughter, Alex and Annabel, having breakfast in their Colombo hotel while dad, Ben, popped up to the room, or back to the buffet. A beautiful family wiped out in a split second, leaving him to wonder why he was spared. In that same restaurant, Anne Storm Pedersen, the wife of Danish billionaire, Anders Holch Povlsen, cried out for people to pray for three of her four children who had just been murdered. The mind melts at the thought of such intolerable suffering. Allison Pearson
Après les terribles série d’attentats à la bombe dimanche de Pâques (21), au Sri Lanka, qui compte déjà 310 morts et plus de 500 blessés, des représentants de l’aile démocratique des Etats-Unis ont décidé de se prononcer sur le fait, mais sans reconnaître les véritables motivations et la cible du massacre: l’église persécutée. Alors que le terme « islamophobie » a été repris après une attaque contre une mosquée à Christchurch (Nouvelle-Zélande) en mars dernier, les principaux médias et les représentants démocrates refusent également de parler de « cristophobie ». (…) S’agissant du massacre au Sri Lanka, Hillary Clinton et l’ancien président des États-Unis, Barack Obama, ont refusé de reconnaître que parmi les principales victimes de ces attaques, il y avait des chrétiens. Tous deux ont préféré appeler ces gens « des fidèles de Pâques ». Les mêmes personnalités qui avaient omis d’utiliser le terme « chrétiens » dans leurs déclarations pour le remplacer par « adorateurs de Pâques » n’ont pas hésité à déplorer les violences à l’encontre de la « communauté islamique » après l’attaque de la mosquée Christchurch en Nouvelle-Zélande. Selon le chroniqueur Rodrigo Constantino, cette disparité dans les commentaires des démocrates américains est due à une vision dans laquelle les chrétiens ne peuvent être considérés comme victimes de rien. Ichrétien
Israël a hypnotisé le monde. Ilhan Omar (2012)
It’s all about the Benjamins baby. Puff Daddy (billets de cent dollars à l’effigie de Benjamin Franklin, retweeté par Ilhan Omar pour désigner AIPAC, le lobby pro-israélien aux États-Unis)
L’antisémitisme est réel et je suis reconnaissante à mes alliés et collègues juifs qui me donnent une leçon sur cette histoire douloureuse de rhétorique antisémite. Mon intention n’était pas d’offenser mes administrés ou les juifs américains. Il faut toujours être prêt à reculer et à réfléchir aux critiques, comme j’attends des gens qu’ils m’écoutent quand on m’attaque à cause de mon identité. (…) le rôle problématique des lobbyistes dans notre système politique, que ce soit l’AIPAC, la NRA ou l’industrie des énergies fossiles. Ça dure depuis trop longtemps et on doit être prêt à le régler. Ilhan Omar
CAIR a été créé après le 11 septembre 2001, parce qu’ils ont reconnu que certaines personnes avaient fait quelque chose et que nous commencions tous à perdre la jouissance de nos libertés civiles. Ilhan Omar
As I grew older, I learned that the fair-skinned, blue-eyed depiction of Jesus has for centuries adorned stained glass windows and altars in churches throughout the United States and Europe. But Jesus, born in Bethlehem, was most likely a Palestinian man with dark skin. (…) I am also interested in how white Christians feel about images of Christ. How do you feel about the possibility that Christ may not have looked the way he has been portrayed for centuries in the United States and Europe? If you’ve seen Christ depicted as a man of color, what was your reaction? Eric V Copage
Don’t they know we’re Christian too? Do they even consider us human? Don’t they know Jesus was a Palestinian? Omar Suleiman (Southern Methodist University, retweeted by Ihlan Omar)
I am amazed that the author of this article cannot simply state that Jesus was a Jew. He uses the anachronistic term ‘Palestinian.’ During Jesus’ lifetime the Romans called the province which they controlled ‘Judea.’ Later they renamed it ‘Syria Palestina.’ Referring to Jesus as ‘Palestinian’ is simply misleading in the context of his era. Jewish Times reader
The claim that Jesus was a Palestinian is so bizarre that the question becomes what one gains by making that allegation. For people who have no theological or historical rooting, the idea that Jesus was a Palestinian creates a new narrative for Palestinian history, which otherwise does not date back very far. If one can say that Jesus was Palestinian 2,000 years ago, then that means the Jews are occupying Palestinian land. For people who don’t like Jews to begin with, it is a deadly combination of the Jews killed Jesus and now they are doing the same to his progeny. From a political and propaganda point of view, there is something to be gained. The myth that Jesus was a Palestinian dates back to the days of Yasser Arafat, when his trusted Christian-Palestinian adviser Hanan Ashrawi made the claim. Since then, the idea resurfaces now and again. The absurdity of it is breathtaking. Jesus was born in Bethlehem, think about who his parents were – his mother, Mary, was betrothed to Joseph, a carpenter. In the Gospels, there is no mention of Palestine, only Judea, which is where Jews lived. If the Palestinians admit that Jesus was a Jew, then the idea that the Jews only arrived in Israel in 1948 and occupied Palestinian indigenous land becomes an absurdity. Omar knows this narrative is false but also that it has an inherent power to it. The ‘Benjamins,’ the big lie of dual loyalty, Jesus is a Palestinian – it is all rewriting history to plant in people’s minds that the Palestinian people go back thousands of years. She is a very clear person. Ilhan Omar is a clever antisemite, so truth does not play much of a role anyway. When an elected member of the US Congress retweets such a thing, that takes things to the next level. (…) I’m surprised The New York Times allowed Copage to publish an op-ed with such a line, and expected such information only to be shared on platforms like Facebook and Twitter, where users can get away with much more before it is identified – if it is ever identified – as fake news. The solution: education. It is extremely important for world Jewry and Jewish families to teach their own and go over our amazing love affair between the people and her land that stands for more than 3,000 years, it is the responsibility of educated Jews and Christians to counter such falsehoods. Rabbi Abraham Cooper (Simon Wiesenthal Center)
Au début du 20e siècle, les Arabes de la région ne se définissaient pas comme des Palestiniens. « Falastin » en arabe désignait alors la région du mandat britannique sur la Palestine, qui était habitée par des Arabes palestiniens, et des Juifs palestiniens… Le journal juif « Jerusalem Post » s’appelait alors « Palestine Post ». Dans les années 1960, soit dix-huit siècles après la popularisation du terme Palestine par les Romains, tandis que les Juifs de Palestine étaient devenus des Israéliens, les Arabes de Palestine adoptèrent le terme de Palestiniens. L’étymologie fournie par France-Soir est trompeuse puisqu’elle implique que « Palestine » soit un mot arabe, et par extension que la région ait été arabe avant même la présence des Romains. Il n’en est rien et c’est le mot latin « Palaestina » qui a été transcrit en arabe par « Falastin », pas l’inverse. L’arabe ne connaissant pas le son « P », la transcription depuis le latin l’a transformé en « F » – qui est un son proche (en hébreu, une seule lettre est d’ailleurs utilisée pour les deux sons avec une simple ponctuation pour les différencier). L’article raille ceux qui mettent en doute la légitimité historique de la « Palestine » comme entité arabe en se basant sur l’étymologie du mot. Mais une fois démontrée, la falsification de l’histoire nécessaire à l’invalidation de ce point de vue semble bien atteindre l’effet inverse… D’autant que, juste derrière la phrase en question, l’article contient un deuxième passage tout aussi aberrant. Un internaute a fait remarquer, non sans ironie, qu’aucune lettre de l’hébreu ne pouvait retranscrire le son “j”. En conséquence, Jérusalem (qui se prononce “Yerushalayim”) ne se trouve pas en Israël. C’est évidemment le nom original hébreu « Yerushalayim » qui a été transcrit en français par « Jérusalem »; le « J » du français est une adaptation issue de l’hébreu. Le grec « Hierosólyma » avait gardé la trace de la prononciation hébraïque, tout comme l’allemand qui l’écrit « Jerusalem » comme en français mais où le « J » se prononce « I ». Dire que Jérusalem ne se trouve pas en Israël est par ailleurs faux quelle que soit la justification (au minimum, tout le monde hormis les haïsseurs d’Israël reconnaît que la partie occidentale de la ville est israélienne)… Infoequitable
En 2014, des chercheurs, faisant parti d’une expédition franco-saoudienne étudiant des inscriptions sur les roches, du sud de l’Arabie saoudite, ont annoncé avoir découvert ce qui pourraient bien être les textes les plus anciens écrits en alphabet arabe. Or cette découverte est restée très confidentielle. Sans doute parce que ce que révèle le contenu des textes est quelque peu embarrassant pour certains. (…) Quelques médias dont les médias français et arabes en ont parlé, qualifiant le texte de «chaînon manquant» entre l’arabe et les alphabets antérieurs utilisés dans la région, comme le Nabatéen. La plupart des articles étaient accompagnés de photos d’autres sites archéologiques ou inscriptions anciennes. En effet, il est presque impossible de trouver une photo de cette inscription là en ligne. Impossible aussi de trouver une quelconque référence au contenu réel du texte. Ce n’est qu’en explorant le rapport de 100 pages qui rend compte des travaux de cette saison archéologique, publié en décembre par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres – qui d’ailleurs soutient ces recherches, – qu’il est possible de trouver une référence à cette découverte et d’en savoir plus. Selon le rapport, le texte arabe, griffonné sur une grosse pierre rectangulaire, se résume simplement à un nom, “Thawban (fils de) Malik”, suivi d’une date Décevant? Eh bien non. Car l’inscription est aussi précédée d’une grande croix, indubitablement chrétienne. Une autre croix identique apparaît sur l’autre stèle, qui date plus ou moins de la même période. Les sentiments des fonctionnaires saoudiens, confrontés à une découverte importante pour leur patrimoine sont mitigés et traduisent leur embarras. D’où la communication si discrète autour de cette découverte. Que l’origine de l’alphabet utilisé pour écrire leur livre sacré soit liée à un chrétien, quelque 150 ans avant l’Islam, les embarrasse. Plus consternant encore pour eux, est de devoir admettre que ces textes sont non seulement un patrimoine hérité d’une communauté chrétienne autrefois importante, mais qu’ils sont également liés à l’histoire d’une ancienne royauté juive, qui régnait autrefois sur une grande partie de ce qu’est aujourd’hui le Yémen et l’Arabie Saoudite. Le Coran et la tradition musulmane tardive ne nient pas la présence de communautés juives et chrétiennes à travers la péninsule, à l’époque de Mahomet. Mais l’image générale de l’Arabie préislamique qu’ils convoquent, est celle du chaos et de l’anarchie. La région est décrite comme ayant été dominée par jahilliyah – l’ignorance – l’anarchie, l’analphabétisme et des cultes païens barbares. Les décennies précédant le début du calendrier islamique, qui débute à la “hijra” de Mahomet, c’est-à-dire sa migration de La Mecque vers Médine, en 622, ont été marquées par un affaiblissement des sociétés et des Etats centralisés, en Europe et au Moyen-Orient. Et ce, en partie à cause de la peste, les pandémies et la guerre incessante entre les empires byzantin et perse. La sombre représentation que la tradition fait de l’Arabie pré-islamique est moins une description précise, qu’une métaphore littéraire, dont le but est de souligner la puissance unificatrice et éclairante du message de Mahomet. Le réexamen d’œuvres de l’époque, tant par des chercheurs musulmans que chrétiens, au cours de ces dernières années, ainsi que des découvertes comme celle-ci, en Arabie Saoudite, permet de se faire une image beaucoup plus élaborée et nuancée de la région avant la montée de l’Islam, et de redécouvrir son histoire riche et complexe. C’est le cas du royaume de Himyar, souvent oublié, qui est pourtant au cœur de l’une des périodes clés de l’Arabie. Établi vers le 2ème siècle EC, au 4ème siècle il s’était imposé comme une puissance régionale. Etabli là où se trouve aujourd’hui le Yémen, Himyar avait conquis les États voisins, y compris l’ancien royaume de Sheba (dont la légendaire reine est au centre d’une réunion biblique avec Salomon). Dans un récent article intitulé «Quelle sorte de judaïsme en Arabie?», Christian Robin, un historien français qui dirige également l’expédition à Bir Hima, révèlent que la plupart des érudits, s’entendent sur le fait que vers 380, les élites du royaume de Himyar s’était converti à une forme de judaïsme. Les dirigeants himyarites ont pu voir dans le judaïsme une force unificatrice potentielle pour leur nouvel empire, culturellement divers, et y ont trouvé de quoi se forger une identité fédératrice, leur permettant de résister contre le désir rampant d’hégémonie des chrétiens byzantins et éthiopiens, ainsi que de l’empire zoroastrien de Perse. (…) Pour ce qui est des premiers textes arabes découverts à Bir Hima, qui constituaient probablement un genre de monument commémoratif, l’équipe franco-saoudienne note que le nom de Thawban fils de Malik apparaît sur huit inscriptions, avec les noms d’autres chrétiens. Selon les chroniqueurs chrétiens, vers 470 (date de l’inscription Thawban), les chrétiens de la ville voisine de Najran auraient subi une vague de persécutions, perpétrée par des Himyarites. Les experts français soupçonnent Thawban et ses compagnons chrétiens d’avoir été martyrisés à cette occasion.  (…) En dépit de la domination chrétienne et musulmane, les Juifs ont continué à représenter une forte présence dans la péninsule arabique. Cela ressort clairement des relations de Mahomet (souvent conflictuelles) avec eux, mais aussi de l’influence du judaïsme sur les rituels et les interdits de la nouvelle religion (prières quotidiennes, circoncision, pureté rituelle, pèlerinage, charité, interdiction des images et de la consommation du porc). Ariel David
Selon les sources arabes, avant l’islam régnaient en Arabie anarchie, paganisme, obscurantisme et illetrisme, le tout résumé sous le terme de ‘jâhiliyya’(= ère de l’ignorance): cette présentation apologétique tendait à faire contraste avec la brillante civilisation islamique qui a suivi. De leur côté les sources externes faisaient état des principaux évènements militaires survenus dans la péninsule: conquêtes d’un roi de Babylone au nord (550 av JC); projet de conquête par Alexandre le grand (323 av JC); raid romain au Yémen (25 av JC); crise entre les royaumes de Yémen et d’Ethiopie (520 ap JC). Enfin les sources archéologiques, bien que nombreuses, restaient peu exploitées car leur datage imprécis rendait leur interprétation fragile.De très nombreuses découvertes sont venues depuis 1970 remettre en cause l’image traditionnelle de l’Arabie préislamique. Monnaies, monuments, gravures rupestres, archives, et surtout innombrables inscriptions de toutes sortes sont venues fournir du travail aux épigraphistes pour des décennies. Seule une partie de ces découvertes a déjà fait l’objet de publications, car les chercheurs compétents (un peu en Europe, un peu dans le royaume Saoudien, aucun aux USA) sont en nombre très insuffisant. Avant l’ère chrétienne, les écritures propres à la péninsule arabique dérivaient de l’ougaritique. Elles se caractérisaient par des lettres très géométriques et des mots séparés par des barres. (…) Très différente des précédentes, l’écriture araméenne se diffuse dans la péninsule Arabique au début de l’ère chrétienne. C’est une écriture beaucoup moins géométrique, sans voyelles, sans séparation entre les mots. Sa forme cursive est l’ancêtre de l’arabe, lui-même dérivé du nabatéen, une variété de l’araméen. La plus ancienne inscription en langue arabe (encore assez éloignée de sa forme actuelle)a pu être datée de 470 ap JC . C’est seulement depuis 1989, après un siècle de décantation (datation au carbone 14, traduction des inscriptions), qu’on est arrivé à faire une chronologie approximative de l’ensemble des civilisations de la péninsule Arabique. Certaines inscriptions portent des dates. Pour d’autres on se fonde sur le stade atteint dans l’évolution de l’écriture. Par ailleurs certains souverains cités, aux noms caractéristiques, sont aussi mentionnés dans les archives assyriennes, ce qui permet de dater avec sûreté les inscriptions. Enfin des inscriptions se réfèrent à des événements que l’on peut dater. (…) Situé au SO de la péninsule arabique, le Yémen en constitue la partie fertile, en raison de son altitude (moyenne 2000 m) et de son régime de pluies de mousson. Divisé en 3 ou 4 royaumes dans l’Antiquité, il a été totalement unifié vers 300 sous le nom de royaume de Himyar (capitale Zafâr). A la suite des campagnes des princes Yaz’anides (320-360), il s’est soumis durablement toute la péninsule arabique. Sa religion dominante est devenue le judéo-monothéisme vers 380. Contraint de se soumettre au royaume chrétien d’Aksûm (Ethiopie) vers 500, il a connu la révolte du roi juif Joseph en 522 et la persécution des chrétiens qui l’a accompagnée. Cette révolte a été matée par les Ethiopiens, qui ont installé le roi chrétien Abraha (535-565). En 570 le royaume de Himyar s’est soumis aux perses Sassanides et a disparu de l’Histoire. Le paganisme a laissé de nombreuses traces au Yémen (temples, inscriptions). Voici par exemple des images du temple considérable de Ma’arib, dans lequel on a trouvé plus de mille inscriptions très instructives. A noter que ce paganisme s’interdisait toute représentation divine sous forme humaine ou animale: le dieu était figuré par un trône vide, seule la représentation de ses messagers ailés étant admise.L’une des premières inscriptions monothéistes recensées (‘Avec l’aide d’Ilân, maître du Ciel’) date de 330 EC. Si en parallèle on relève les dates des dernières inscriptions trouvées dans les temples païens du Yémen, on arrive à la conclusion que presque tous ces temples ont été abandonnés au 3e siècle, les derniers et les plus grands l’ayant été à la fin du 4e siècle : la dernière inscription païenne date de 380 EC. (…) On a des preuves nombreuses de la présence juive en Arabie. Ainsi dans la nécropole juive de Bet She’arîm (découverte en Galilée à la fin des années 30, mais oubliée par la suite), on a trouvé un caveau réservé aux juifs Himyarites (ou Homérites). Par ailleurs sur le site de Hasî (près de Zafâr, au Yémen), on a trouvé la très belle inscription suivante: ‘Le prince a concédé au Seigneur du Ciel quatre parcelles, à côté de ce rocher, en descendant jusqu’à la clôture de la zone cultivée, pour y enterrer les juifs, avec l’assurance qu’on évitera d’y enterrer avec eux un non-juif ‘(‘rmy=araméen=païen). Voilà donc le témoignage explicite qu’une autorité (juive?) a accordé sa protection aux communautés juives et s’est senti une obligation de leur créer un cimetière réservé. Un grand nombre d’inscriptions sont dues aux rois de Himyar. (…) Les rois de Himyar utilisent toujours des formules monothéistes, sans que l’on puisse dire s’ils sont juifs ou non. En revanche les inscriptions rédigées par des particuliers présentent toute la gamme entre ce monothéisme neutre et un judaïsme affirmé. Comme aucune inscription ne mentionne une orientation religieuse différente, la société apparaît ainsi fortement judaïsée. Le judéomonothéisme de Himyar a une maison qui lui est consacrée en propre: le mikrâb. Elle sert au culte, à l’enseignement, et peut-être à l’hébergement des voyageurs. On trouve un mikrâb dans les cimetières juifs. Le nom de mikrâb n’est attesté dans les inscriptions que pendant la période judéomonothéiste. On a la certitude que le mikrâb est partagé entre les juifs fidèles de la Torah et les judéomonothéistes, considérés par les premiers comme des ‘craignant Dieu’. (…) Par le mikrâb, la communauté juive, sans doute minoritaire, était en relation étroite avec les monothéistes plus nombreux qui adhéraient aux principes de morale de la Torah, mais pas à l’ensemble de ses prescriptions. (…) Le judaïsme dans le nord-ouest de la péninsule arabique, attesté par des sources externes, a laissé lui aussi de nombreuses traces dans les inscriptions. Par exemple sur une stèle trouvée à Tayma, une grande oasis du nord de l’Arabie, l’inscription dit: ‘Ceci est le mémorial d’Isaïe, fils de Joseph, prince de Tayma, qu’ont érigé sur lui Amram et Rashim ses frères’. Le terme traduit par ‘prince’ désigne plus précisément le premier magistrat de la cité; il est utilisé dans ce sens sur une inscription du site voisin de Madâ’in Salih. Tous les noms étant juifs, on est assuré que le premier magistrat d’une grande oasis de l’Arabie du nord était juif en 203 EC. (…) Près de Tayma, on a trouvé une menorah avec les ustensiles caractéristiques du judaïsme qui l’accompagnaient. A Rome l’édit de tolérance de Milan est promulgué en 314, Constantin se fait baptiser en 337, son successeur Constance II devient le premier empereur chrétien, et le paganisme est interdit dans le monde romain vers 380. A Aksûm, le souverain éthiopien devient officiellement chrétien vers 360. Et à Himyar le roi se déclare juif vers 380. Cette suite de conversions montre que les royaumes d’Aksûm et d’Himyar évoluent à un rythme voisin de celui du monde méditerranéen. Circulations de personnes et échanges commerciaux font que les exigences spirituelles du monde romain touchent également les populations de l’Ethiopie et de la péninsule Arabique. Si l’on recense tous les mots religieux présents dans les inscriptions du Yémen, on trouve un grand nombre de fois ceux de ‘prière’ et d’aumône légale’. Deux des cinq piliers de l’islam étaient donc déjà fortement enracinés en Arabie quelque 250 ans avant la prédication de Mahomet. Le paganisme grossier accolé à la période préislamique ne correspond en rien à la réalité. Vers 500 le royaume de Himyar, qui domine toute l’Arabie, devient tributaire du royaume éthiopien d’Aksûm, lequel est chrétien. En 522 le roi himyarite Joseph que les Ethiopiens ont installé sur le trône se révolte et se déclare juif. Au cours de ses campagnes, il massacre les soutiens des Ethiopiens, qui sont le plus souvent chrétiens. La tradition a notamment retenu le martyre de la population chrétienne de Najrân. Mais Joseph est vaincu par les troupes Aksûmites en 525, et leur chef Abraha (531-570) impose la domination chrétienne sur toute l’Arabie. Les archives permettent de situer la plupart des sièges épiscopaux de cette époque, ainsi que la localisation de nombreuses églises. Les vestiges de plusieurs d’entre elles ont été mis au jour par les archéologues (cf oratoire d’Al Jubayl sur le Golfe). Trait piquant: on a trouvé une inscription explicite de cette soumission à un pouvoir chrétien à Yathrib (=Médine), inscription datée de 552, soit 70 ans seulement avant que Mahomet ne fasse de Médine sa capitale. Peu après sa prise de pouvoir, Abraha transféra sa capitale de Zafar à Sanaa et y bâtit une vaste église à la gloire de la religion chrétienne. (…) Plusieurs équipes d’archéologues ont travaillé ces dernières années sur la grande mosquée de Sanaa. Ils ont mis en évidence les réemplois des chapiteaux de l’ancienne église d’Abraha, avec leurs croix caractéristiques. Un fragment retrouvé de la plaque de fondation de cette église la date de 559-560. (…) Enfin dans une inscription trouvée à Murayghân et datant de 552, on ne lit plus que : ‘Avec la puissance du Miséricordieux et de son Messie’. Illustration du caractère officiel de la religion chrétienne dans l’Himyar d’Abraha, l’inscription monumentale ci-dessous, gravée en plein désert d’Arabie centrale, commence par une croix. Cette prégnance générale du judéo-christianisme a forcément influencé le fondateur de l’islam quelques décennies plus tard. Dans la région de Najrân (frontière Arabie-Yémen), sur le site désertique de Himà, on a découvert de nombreuses inscriptions que l’on peut dater de 470. Elles ont suscité un vif intérêt à un double titre. D’une part elles étaient rédigées en arabe, alors qu’on pensait jusque-là que l’écriture arabe ne s’était diffusée dans la péninsule Arabique qu’avec l’islam. D’autre part ces inscriptions, où figurait systématiquement la croix, étaient chrétiennes. Parmi elles, une grande inscription de 1 m de haut, visible de loin, répétait le nom d’un certain Thawbân, fils de Malik. Qui était ce personnage, objet de vénération dans le christianisme local? Sans doute un martyr, car cette époque (468-480) est celle de la première répression juive contre les chrétiens (cf martyre d’Azqîr). Ces inscriptions en arabe archaïque accompagnées d’une croix suggèrent par ailleurs un lien entre la diffusion de l’écriture arabe et celle du christianisme. En conclusion, l’idée d’une Arabie préislamique livrée au paganisme et à l’ignorance a été complètement ruinée par les découvertes archéologiques récentes. Le terreau judéo-chrétien y était largement présent bien avant la naissance de l’islam. Christian Robin
Cachez cette croix que je ne saurai voir !

En ces temps étranges …

Où l’émotion planétaire suscitée par l’immolation en direct, suite à une invraisemblable série de négligences, de ce qui était largement devenu une attraction touristique

Fait oublier les profanations quotidiennes des lieux de culte, tombes ou symboles chrétiens dans ce qui reste de la Fille ainée de l’Eglise 

Mais derrière leur générosité controversée (et les habituelles prières et bonnes paroles des monopolistes des biens du salut du côté du Vatican), la rivalité proprement mimétique de nos barons voleurs semble avoir inspiré celle d’un fonds pour églises noires victimes d’incendie de Lousiane leur permettant d’atteindre en quelques minutes leur objectif de 1, 8 millions de dollars avec quelque 37 000 contributeurs …

Où le meurtre en série des 50 musulmans de Christchurch déclenche, voiles compris, plus d’hystérie médiatique

Que le massacre de plusieurs centaines de chrétiens (pardon: « fidèles de Pâques ») par les fils à papa musulmans de Colombo …

Où la promesse de commémoration future et d’ouverture d’archives du côté français …

Est censée faire oublier l’absence présente et surtout la contribution passée il y a 25 ans tout juste du Pays des droits de l’homme au génocide rwandais

Où l’arbre de la commémoration toujours implicite côté américain, Reagan excepté mais Trump comme Israël compris, du génocide d’un million et demi de chrétiens turcs il y a un peu plus d’un siècle …

Nous cache la forêt de l’actuel génocide silencieux, désormais à l’échelle de la planète entière, de la première religion du monde …

Où alors que les printemps arabes initiés en Irak par le président Bush atteignent enfin dix ans après les peuples algérien ou soudanais, l’appel au renforcement des sanctions contre les dernières dictatures de la planète à Cuba, au Venezuela ou en Iran se voient à nouveau dénoncées, anti-trumpisme primaire et intérêts économiques obligent, par les enfants gâtés de la démocratie en Europe ou au Canada

Et où, redoublant dans la crasse ignorance et entre deux éloges du mythe notamment de l’Andalousie tolérante, nos valeureux « fact-checkers » des médias proposent de corriger un simplisme étymologique par un autre, attribuant une origine prétendue arabe à une appellation évidemment romaine au terme de Palestine

Pendant que pour effacer son origine décidément bien trop juive de l’autre côté de l’Atlantique, un ancien journaliste du NYT nous proclame un « Jésus palestinien à la peau sombre »

A la grande joie, entre deux déclarations ou tweets antisémites, d’une jeune élue du Congrès seule à porter le voile islamique et prônant le boycott d’israël …

Devinez …

A la veille d’un nouveau Ramadan …

Où, sans compter les emprunts explicites aux diverses pratiques et rituels (prières quotidiennes, circoncision, pureté rituelle, pèlerinage, charité, interdiction des images et de la consommation du porc) et bien sûr aux écrits bibliques, nos amis musulmans vont mimétiquement nous rejouer la version militaire du jeûne du Yom Kippour

A l’heure où au risque de l’éventer le Pays des coupeurs de tête ouvre son territoire au tourisme et aux rallyes automobiles

Et où dans les territoires dits « palestiniens » eux-mêmes, tant les traditions bédouines que les analyses de sang confirment la filiation juive de nombre des descendants de « conversos » arabes qui les habitent aujourd’hui ….

Quel indicible secret peuvent bien cacher …

Comme vient de le confirmer, croix comprises, une équipe d’archéologues français …

Tant la multiplication, en bons frères ennemis, des imprécations et des massacres des uns …

Que l’ignorance et l’auto-censure intéressées, en bons idiots utiles, des autres ?

Quand l’Arabie saoudite était juive
Ariel David
Haaretz (traduction Jforum)
Déc 21, 2017

En 2014, des chercheurs, faisant parti d’une expédition franco-saoudienne étudiant des inscriptions sur les roches, du sud de l’Arabie saoudite, ont annoncé avoir découvert ce qui pourraient bien être les textes les plus anciens écrits en alphabet arabe. Or cette découverte est restée très confidentielle. Sans doute parce que ce que révèle le contenu des textes est quelque peu embarrassant pour certains.

Une douzaine d’inscriptions ont été gravées dans le grès tendre, le long des cols situés autour de Bir Hima. C’est un site archéologique, situé à environ 100 kilomètres au nord de la ville de Najran, qui a été recouvert de milliers d’inscriptions, par des voyageurs et des fonctionnaires. Au moins deux des premiers pétroglyphes arabes qui ont été découverts là, citent des dates d’un calendrier ancien, et les experts épigraphistes ont rapidement calculé que la plus ancienne correspondait à l’année 469 ou 470 de l’EC.

Cette découverte est sensationnelle: les premières inscriptions anciennes utilisant cette calligraphie préislamique de l’écriture arabe découvertes à ce jour, dataient au moins d’un demi-siècle plus tard. De plus, elles se trouvaient toutes en Syrie, ce qui suggérait que l’alphabet utilisé pour écrire le Coran avait été développé loin du lieu de naissance de l’Islam et de son prophète.

Or, l’annonce de cette découverte est restée très confidentielle. Quelques médias dont les médias français et arabes en ont parlé, qualifiant le texte de «chaînon manquant» entre l’arabe et les alphabets antérieurs utilisés dans la région, comme le Nabatéen. La plupart des articles étaient accompagnés de photos d’autres sites archéologiques ou inscriptions anciennes. En effet, il est presque impossible de trouver une photo de cette inscription là en ligne. Impossible aussi de trouver une quelconque référence au contenu réel du texte.

Thawban fils de Malik, le chrétien

Ce n’est qu’en explorant le rapport de 100 pages qui rend compte des travaux de cette saison archéologique, publié en décembre par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres – qui d’ailleurs soutient ces recherches, – qu’il est possible de trouver une référence à cette découverte et d’en savoir plus.

Selon le rapport, le texte arabe, griffonné sur une grosse pierre rectangulaire, se résume simplement à un nom, “Thawban (fils de) Malik”, suivi d’une date.

Décevant? Eh bien non. Car l’inscription est aussi précédée d’une grande croix, indubitablement chrétienne. Une autre croix identique apparaît sur l’autre stèle, qui date plus ou moins de la même période.

Les sentiments des fonctionnaires saoudiens, confrontés à une découverte importante pour leur patrimoine sont mitigés et traduisent leur embarras. D’où la communication si discrète autour de cette découverte. Que l’origine de l’alphabet utilisé pour écrire leur livre sacré soit liée à un chrétien, quelque 150 ans avant l’Islam, les embarrasse.

Plus consternant encore pour eux, est de devoir admettre que ces textes sont non seulement un patrimoine hérité d’une communauté chrétienne autrefois importante, mais qu’ils sont également liés à l’histoire d’une ancienne royauté juive, qui régnait autrefois sur une grande partie de ce qu’est aujourd’hui le Yémen et l’Arabie Saoudite.

Juifs contre chrétiens dans le désert

Le Coran et la tradition musulmane tardive ne nient pas la présence de communautés juives et chrétiennes à travers la péninsule, à l’époque de Mahomet. Mais l’image générale de l’Arabie préislamique qu’ils convoquent, est celle du chaos et de l’anarchie. La région est décrite comme ayant été dominée par jahilliyah – l’ignorance – l’anarchie, l’analphabétisme et des cultes païens barbares.

Les décennies précédant le début du calendrier islamique, qui débute à la “hijra” de Mahomet, c’est-à-dire sa migration de La Mecque vers Médine, en 622, ont été marquées par un affaiblissement des sociétés et des Etats centralisés, en Europe et au Moyen-Orient. Et ce, en partie à cause de la peste, les pandémies et la guerre incessante entre les empires byzantin et perse.

La sombre représentation que la tradition fait de l’Arabie pré-islamique est moins une description précise, qu’une métaphore littéraire, dont le but est de souligner la puissance unificatrice et éclairante du message de Mahomet.

Le réexamen d’œuvres de l’époque, tant par des chercheurs musulmans que chrétiens, au cours de ces dernières années, ainsi que des découvertes comme celle-ci, en Arabie Saoudite, permet de se faire une image beaucoup plus élaborée et nuancée de la région avant la montée de l’Islam, et de redécouvrir son histoire riche et complexe.

C’est le cas du royaume de Himyar, souvent oublié, qui est pourtant au cœur de l’une des périodes clés de l’Arabie. Établi vers le 2ème siècle EC, au 4ème siècle il s’était imposé comme une puissance régionale. Etabli là où se trouve aujourd’hui le Yémen, Himyar avait conquis les États voisins, y compris l’ancien royaume de Sheba (dont la légendaire reine est au centre d’une réunion biblique avec Salomon).

Dans un récent article intitulé «Quelle sorte de judaïsme en Arabie?», Christian Robin, un historien français qui dirige également l’expédition à Bir Hima, révèlent que la plupart des érudits, s’entendent sur le fait que vers 380, les élites du royaume de Himyar s’était converti à une forme de judaïsme.

Unis dans le judaïsme

Les dirigeants himyarites ont pu voir dans le judaïsme une force unificatrice potentielle pour leur nouvel empire, culturellement divers, et y ont trouvé de quoi se forger une identité fédératrice, leur permettant de résister contre le désir rampant d’hégémonie des chrétiens byzantins et éthiopiens, ainsi que de l’empire zoroastrien de Perse.

Ce qui est sûr, c’est qu’à l’époque, dans la capitale himyarite de Zafar (au sud de Sanaa), les références aux dieux païens disparaissent en grande partie des inscriptions royales et des textes sur les bâtiments publics, et sont remplacées par des écrits qui se réfèrent à une seule divinité.

Utilisant principalement la langue sabéenne locale (et dans de rares cas l’hébreu), ce dieu unique est alternativement décrit comme Rahmanan – le Miséricordieux – le «Seigneur des Cieux et de la Terre», le «Dieu d’Israël» et le «Seigneur des Juifs». Les prières invoquent ses bénédictions sur le «peuple d’Israël» et ces invocations se terminent souvent par Shalom et Amen.

Au cours du siècle et demi suivant, le royaume himyarite étend son influence à l’Arabie centrale, au golfe Persique et au Hedjaz (région de La Mecque et de Médine), comme en témoignent les inscriptions royales de ses rois, qui ont été retrouvées non seulement à Bir Hima, juste au nord du Yémen, mais aussi près de Riyad, qui est aujourd’hui la capitale saoudienne.

Thawban le martyr

Pour ce qui est des premiers textes arabes découverts à Bir Hima, qui constituaient probablement un genre de monument commémoratif, l’équipe franco-saoudienne note que le nom de Thawban fils de Malik apparaît sur huit inscriptions, avec les noms d’autres chrétiens.

Selon les chroniqueurs chrétiens, vers 470 (date de l’inscription Thawban), les chrétiens de la ville voisine de Najran auraient subi une vague de persécutions, perpétrée par des Himyarites. Les experts français soupçonnent Thawban et ses compagnons chrétiens d’avoir été martyrisés à cette occasion. Le choix de l’écriture arabe ancienne pour commémorer ces martyrs représente, en soi, un puissant symbole de défi.

Cet alphabet pré-islamique est également appelé arabe nabatéen, car il s’est construit à partir de la langue utilisée par les Nabatéens. Cette nation, autrefois puissante, a bâti la cité de Pétra et a assis sa domination sur les routes commerciales du sud du Levant au nord de l’Arabie ,avant d’être annexée par les Romains au début du 2ème siècle. Utilisé jusqu’aux portes du Yémen, cet alphabet du nord se distingue des inscriptions faites par les souverains himyarites, dans leur Sabaean natal.

“L’adoption d’une nouvelle écriture voulait témoigner de la distance qu’il voulait prendre avec le royaume de Himyar et de leur réconciliation avec le reste des Arabes”, écrivent les chercheurs français dans leur rapport. “Les inscriptions de Hima révèlent un fort mouvement d’unification culturelle des Arabes, de l’Euphrate à Najran, qui se manifeste par l’utilisation de la même écriture.”

Joseph le rebelle

Les pressions extérieures croissantes ont fini par se faire sentir sur Himyar. Vers l’an 500, le royaume tombe aux mains des envahisseurs chrétiens du royaume éthiopien d’Axoum.

Dans une dernière tentative pour sauver l’indépendance du royaume, en 522, un chef juif himyarite, Yousuf As’ar Yath’ar, s’est rebellé contre le dirigeant fantoche intronisé par le Négus et passe les troupes d’Aksoumite par le fil de l’épée. Puis il assiège Najran, qui avait refusé de lui fournir des troupes, et massacre une partie de sa population chrétienne. Un martyre qui a suscité l’indignation des ennemis de Yusuf et a précipité la vengeance de l’Ethiopie.

En 2014, l’expédition franco-saoudienne à Bir Hima a découvert une inscription laissant entendre qu’ après le massacre de Najran, Yousuf aurait été retrouvé marchant vers le nord dans le désert d’Arabie entouré de 12 000 hommes, pour tenter de récupérer le reste de son royaume. Après cela, nous perdons sa trace. Mais les chroniqueurs chrétiens pointent qu’aux environs de 525 EC les Ethiopiens auraient rattrapé puis vaincu le chef rebelle.

Selon différentes traditions, le dernier roi juif d’Arabie aurait été tué au combat ou se serait suicidé en se précipitant avec sa monture dans la mer rouge au galop

Au siècle suivant, Himyar fut un royaume chrétien qui continua à dominer l’Arabie. Au milieu du VIe siècle, l’un de ses souverains, Abraha, traversa Bir Hima, laissant au passage des inscriptions sur les pierres représentant l’éléphant d’Afrique à la tête de sa puissante armée. Une inscription postérieure, datée 552 et trouvée en Arabie centrale, fait la liste des nombreux lieux qu’il a conquis, y compris Yathrib, l’oasis du désert qui, 70 ans plus tard, deviendra Madinat al-Nabi (la ville du prophète) – ou, plus simplement , Médina.

Étaient-ils de «vrais» Juifs?

Une grande question demeure au sujet des Juifs de Himyar : quel genre de Judaïsme   pratiquaient ils. Observaient ils le Sabbat? Ou les règles de la cashroute ?

Certains érudits, comme l’orientaliste judéo-français du 19ème siècle Joseph Halevy, refusèrent de croire qu’un roi juif aurait persécuté et massacré ses sujets chrétiens, et nient l’appartenance des Himyarites  à l’une des nombreuses sectes dans chrétiennes du début du christianisme.

Robin, l’épigraphiste français, écrit dans son article que la religion officielle de Himyar peut être décrite comme étant un “judéo-monothéisme” – “une variété minimaliste de judaïsme” qui a suivi certains des principes de base de la religion.

Le fait est que les quelques inscriptions trouvées jusqu’à présent, ainsi que les écrits de chroniqueurs postérieurs, qui ont pu être biaisés contre les Himyarites, ne permettent pas aux érudits de se faire une image claire de l’orientation spirituelle du royaume.

Mais on peut considérer cette question sous un autre angle.

En dépit de la domination chrétienne et musulmane, les Juifs ont continué à représenter une forte présence dans la péninsule arabique. Cela ressort clairement des relations de Mahomet (souvent conflictuelles) avec eux, mais aussi de l’influence du judaïsme sur les rituels et les interdits de la nouvelle religion (prières quotidiennes, circoncision, pureté rituelle, pèlerinage, charité, interdiction des images et de la consommation du porc) .

Au Yémen, au cœur du vestige du royaume Himyarites, la communauté juive a été persécutée pendant des siècles, jusqu’en 1949-1950, quand presque tous ses membres restants – environ 50 000 personnes, ont été acheminées par avion vers Israël lors de l’opération Magic Carpet (tapis volant). Et bien qu’ils continuent d’observer des rituels et des traditions uniques, qui les distinguent des juifs ashkénazes et séfarades, il est indéniable qu’ils sont bien juifs, et les derniers descendants du royaume juif perdu de Himyar.

Voir aussi:

Juifs et chrétiens en Arabie à la veille de l’Islam : nouveautés archéologiques’

(Conférence donnée le 26 novembre 2016 par Christian Robin, historien de l’Orient ancien, membre de l’Institut)

Les recherches archéologiques en Arabie

Les premières recherches ont commencé au milieu du 19e siècle et se sont interrompues en 1914. Elles s’effectuaient surtout dans les régions dominées par les Ottomans, l’insécurité régnant ailleurs. L’Ecole biblique de Jérusalem a joué alors un rôle important avec les expéditions de Jaussen et Savignac (cf conférence précédente). Quelques expéditions ont pu se dérouler en 1951-52 après un long arrêt. Philby, conseiller du roi d’Arabie, a réussi à persuader le souverain de faire explorer le sud du pays par des archéologues belges (missions Philby-Ryckmans-Lippens). Par la suite une école archéologique locale a vu le jour, dotée de moyens considérables. Les découvertes se sont multipliées à partir de 1970, remettant largement en cause la représentation que l’on se faisait de l’Arabie préislamique.

Les idées traditionnelles sur l’Arabie préislamique

Avant 1970, ces idées s’appuyaient sur trois types de sources. Selon les sources arabes, avant l’islam régnaient en Arabie anarchie, paganisme, obscurantisme et illétrisme, le tout résumé sous le terme de ‘jâhiliyya’(= ère de l’ignorance): cette présentation apologétique tendait à faire contraste avec la brillante civilisation islamique qui a suivi. De leur côté les sources externes faisaient état des principaux évènements militaires survenus dans la péninsule: conquêtes d’un roi de Babylone au nord (550 av JC); projet de conquête par Alexandre le grand (323 av JC); raid romain au Yémen (25 av JC); crise entre les royaumes de Yémen et d’Ethiopie (520 ap JC). Enfin les sources archéologiques, bien que nombreuses, restaient peu exploitées car leur datage imprécis rendait leur interprétation fragile.

Des découvertes considérables depuis 1970, et notamment d’innombrables inscriptions……

De très nombreuses découvertes sont venues depuis 1970 remettre en cause l’image traditionnelle de l’Arabie préislamique. Monnaies, monuments, gravures rupestres, archives, et surtout innombrables inscriptions de toutes sortes sont venues fournir du travail aux épigraphistes pour des décennies. Seule une partie de ces découvertes a déjà fait l’objet de publications, car les chercheurs compétents (un peu en Europe, un peu dans le royaume Saoudien, aucun aux USA) sont en nombre très insuffisant.

les plus anciennes en langue arabique…

Avant l’ère chrétienne, les écritures propres à la péninsule arabique dérivaient de l’ougaritique. Elles se caractérisaient par des lettres très géométriques et des mots séparés par des barres. Dans leur version monumentale, elles sont sans doute à l’origine de l’écriture décorative islamique. Des milliers d’inscriptions de ce type ont été trouvés au Yémen. Parmi elles, un poème rimé de 27 vers qui semble le plus ancien de la littérature universelle (100 ap JC).

Les musées ont recueilli près de 10000 versions cursives de ces écritures, rédigées sur support bois dans un but d’archives. En raison de la pénurie signalée d’épigraphistes compétents, seul un millier a fait l’objet de publications. A ces archives, il faut ajouter d’innombrables inscriptions rupestres éparses dans les rochers du désert. Les échelles sont hallucinantes: sur le seul site de Himà en cours d’inventaire, on découvre des milliers d’inscriptions, et il y a des centaines de sites similaires. On nomme ces langues préislamiques selon les royaumes mentionnés dans les inscriptions quand elles sont suffisamment explicites (ex: le sabéen pour la langue du royaume de Saba, le hagarite pour celle du royaume deHagar), ou à défaut selon la géographie. A noter que des langues arabiques issues du tronc ancien (et donc sans aucun rapport avec l’arabe moderne) perdurent aujourd’hui dans le sud de la péninsule: suqutrite, jibbâlite… …

les plus récentes (ère chrétienne) en langue araméenne

Très différente des précédentes, l’écriture araméenne se diffuse dans la péninsule Arabique au début de l’ère chrétienne. C’est une écriture beaucoup moins géométrique, sans voyelles, sans séparation entre les mots. Sa forme cursive est l’ancêtre de l’arabe, lui-même dérivé du nabatéen, une variété de l’araméen. La plus ancienne inscription en langue arabe (encore assez éloignée de sa forme actuelle)a pu être datée de 470ap JC (cf infra).

Comment dater les inscriptions

C’est seulement depuis 1989, après un siècle de décantation (datation au carbone 14, traduction des inscriptions), qu’on est arrivé à faire une chronologie approximative de l’ensemble des civilisations de la péninsule Arabique. Certaines inscriptions portent des dates. Pour d’autres on se fonde sur le stade atteint dans l’évolution de l’écriture. Par ailleurs certains souverains cités, aux noms caractéristiques, sont aussi mentionnés dans les archives assyriennes, ce qui permet de dater avec sûreté les inscriptions. Enfin des inscriptions se réfèrent à des événements que l’on peut dater.

Par exemple une inscription relate qu’un ambassadeur du royaume de Saba s’est rendu à Chypre où il a réchappé à une guerre entre Ioniens et Chaldéens: on peut ainsi la dater entre 600 et 550 av JC.

Autre exemple: un commerçant du royaume de Mâ’in (Yémen) relate qu’il a survécu à une révolte des Egyptiens contre les Mèdes, ce qui permet de dater l’inscription vers 350-340 av JC. Autre exemple : des gens d’Arabie orientale gravent des inscriptions au Yémen et les datent du roi Séleukos, soit 298 av JC. On apprend au passage que l’Arabie orientale était à cette date sous domination séleucide.

Le royaume de Himyar: bref historique

Situé au SO de la péninsule arabique, le Yémen en constitue la partie fertile, en raison de son altitude (moyenne 2000 m) et de son régime de pluies de mousson. Divisé en 3 ou 4 royaumes dans l’Antiquité, il a été totalement unifié vers 300 sous le nom de royaume de Himyar (capitale Zafâr). A la suite des campagnes des princes Yaz’anides (320-360), il s’est soumis durablement toute la péninsule arabique. Sa religiondominante est devenue le judéo-monothéisme vers 380. Contraint de se soumettre au royaume chrétien d’Aksûm (Ethiopie) vers 500, il a connu la révolte du roi juif Joseph en 522 et la persécution des chrétiens qui l’a accompagnée. Cette révolte a été matée par les Ethiopiens, qui ont installé le roi chrétien Abraha (535-565). En 570 le royaume de Himyar s’est soumis aux perses Sassanides et a disparu de l’Histoire.

Le paganisme disparaît entre le 3è et le 4è siècle

Le paganisme a laissé de nombreuses traces au Yémen (temples, inscriptions). Voici par exemple des images du temple considérable de Ma’arib, dans lequel on a trouvé plus de mille inscriptions très instructives. A noter que ce paganisme s’interdisait toute représentation divine sous forme humaine ou animale: le dieu était figuré par un trône vide, seule la représentation de ses messagers ailés étant admise.L’une des premières inscriptions monothéistes recensées (‘Avec l’aide d’Ilân, maître du Ciel’) date de 330 EC. Si en parallèle on relève les dates des dernières inscriptions trouvées dans les temples païens du Yémen, on arrive à la conclusion que presque tous ces temples ont été abandonnés au 3e siècle, les derniers et les plus grands l’ayant été à la fin du 4e siècle : la dernière inscription païenne date de 380 EC.

A partir de 380, de nombreuses inscriptions commémorent des personnages officiels juifs

Premier exemple : un personnage qui s’appelle Yehuda construit un palais dans la capitale Zafâr et invoque le nom du roi. Ce haut personnage de la cour royale porte un nom juif. D’ailleurs le petit texte situé dans le monogramme central est gravé en hébreu et se termine par ‘Amen, shalom, amen’.

Autre exemple (tombe découverte au sud de la mer Morte). Le texte dit: ’Puisse reposer l’âme de Yoseh, fils d’Awfa, qui trépassa dans la ville de Zafâr, dans le pays des Himyarites, partit pour le pays d’Israël et fut enterré le jour de la veille du Sabbat, le 29e jour du mois de Tammuz, la 1ère année de la semaine d’années égale à l’an 400 de la destruction du Temple’. Donc voilà quelqu’un qui est mort dans le pays des Himyarites et dont les restes ont été transportés au voisinage de ce qui était considéré comme le pays d’Israël.

Nécropoles et cimetières juifs

On a des preuves nombreuses de la présence juive en Arabie. Ainsi dans la nécropole juive de Bet She’arîm (découverte en Galilée à la fin des années 30, mais oubliée par la suite), on a trouvé un caveau réservé aux juifs Himyarites (ou Homérites). Par ailleurs sur le site de Hasî (près de Zafâr, au Yémen), on a trouvé la très belle inscription suivante: ‘Le prince a concédé au Seigneur du Ciel quatre parcelles, à côté de ce rocher, en descendant jusqu’à la clôture de la zone cultivée, pour y enterrer les juifs, avec l’assurance qu’on évitera d’y enterrer avec eux un non-juif ‘(‘rmy=araméen=païen). Voilà donc le témoignage explicite qu’une autorité (juive?) a accordé sa protection aux communautés juives et s’est senti une obligation de leur créer un cimetière réservé.

Sans être religion officielle, le judaïsme de Himyar apparaît religion dominante

Un grand nombre d’inscriptions sont dues aux rois de Himyar. Celle-ci-contre (384) dit simplement: ‘Avec l’aide deson seigneur, le Seigneur des Cieux’. Les rois de Himyar utilisent toujours des formules monothéistes, sans que l’on puisse dire s’ils sont juifs ou non. En revanche les inscriptions rédigées par des particuliers présentent toute la gamme entre ce monothéisme neutre et un judaïsme affirmé. Comme aucune inscription ne mentionne une orientation religieuse différente, la société apparaît ainsi fortement judaïsée.

Juifs orthodoxes et judéo-monothéistes partagent le ‘mikrâb’

Le judéomonothéisme de Himyar a une maison qui lui est consacrée en propre: le mikrâb. Elle sert au culte, à l’enseignement, et peut-être à l’hébergement des voyageurs. On trouve un mikrâb dans les cimetières juifs. Le nom de mikrâb n’est attesté dans les inscriptions que pendant la période judéomonothéiste.

On a la certitude que le mikrâb est partagé entre les juifs fidèles de la Torah et les judéomonothéistes, considérés par les premiers comme des ‘craignant Dieu’. Dans l’un des plus anciens mikrâb édifiés par un roi, on a trouvé l’inscription suivante: ’Et pour que Dieu, seigneur du ciel et de la Terre, leur accorde la crainte de son nom et le salut de leurs personnes.’Par le mikrâb, la communauté juive, sans doute minoritaire, était en relation étroite avec les monothéistes plus nombreux qui adhéraient aux principes de morale de la Torah, mais pas à l’ensemble de ses prescriptions.

Particularités du judaïsme himyarite

‘Que bénissent et soient bénis le nom de Rahmânân qui est au Ciel, Israël et son Dieu, le Seigneur des juifs…’Par ailleurs on a découvert la trace d’une grande vénération des familles sacerdotales juives chargées du culte au Temple de Jérusalem: à Bayt Hâdir (près de Sanaa), une inscription enregistre soigneusement les noms des 24 familles de prêtres et de leurs villages d’origine, tous galiléens. C’est la seule inscription de ce type trouvée en dehors du territoire d’Israël.

Le judaïsme est aussi attesté dans le nord de l’Arabie dès le 3e siècle

Le judaïsme dans le nord-ouest de la péninsule arabique, attesté par des sources externes, a laissé lui aussi de nombreuses traces dans les inscriptions. Par exemple sur une stèle trouvée à Tayma, une grande oasis du nord de l’Arabie, l’inscription dit: ‘Ceci est le mémorial d’Isaïe, fils de Joseph, prince deTayma, qu’ont érigé sur lui Amram et Rashim ses frères’. Le terme traduit par ‘prince’ désigne plus précisément le premier magistrat de la cité; il est utilisé dans ce sens sur une inscription du site voisin de Madâ’in Salih. Tous les noms étant juifs, on est assuré que le premier magistrat d’une grande oasis de l’Arabie du nord était juif en 203 EC. Autres exemples: on a trouvé une stèle (356) dédiée à une descendante de Samuel, prince de Higrâ. Là aussi on a un nom typiquement juif qui est porté par un personnage occupant une position de premier plan. Près de Tayma, on a trouvé une menorah avec les ustensiles caractéristiques du judaïsme qui l’accompagnaient.

La conversion du roi de Himyar vers 380 est contemporaine de celle des monarques de l’époque

A Rome l’édit de tolérance de Milan est promulgué en 314, Constantin se fait baptiser en 337, son successeur Constance II devient le premier empereur chrétien, et le paganisme est interdit dans le monde romain vers 380. A Aksûm, le souverain éthiopien devient officiellement chrétien vers 360. Et à Himyar le roi se déclare juif vers 380. Cette suite de conversions montre que les royaumes d’Aksûm et d’Himyar évoluent à un rythme voisin de celui du monde méditerranéen. Circulations de personnes et échanges commerciaux font que les exigences spirituelles du monde romain touchent également les populations de l’Ethiopie et de la péninsule Arabique. Si l’on recense tous les mots religieux présents dans les inscriptions du Yémen, on trouve un grand nombre de fois ceux de ‘prière’ et d’aumône légale’. Deux des cinq piliers de l’islam étaient donc déjà fortement enracinés en Arabie quelque 250 ans avant la prédication de Mahomet. Le paganisme grossier accolé à la période préislamique ne correspond en rien à la réalité.

De 535 à 570 sous le roi Abraha, l’Arabie Himyarite devient un royaume chrétien …

Vers 500 le royaume de Himyar, qui domine toute l’Arabie, devient tributaire du royaume éthiopien d’Aksûm, lequel est chrétien. En 522 le roi himyarite Joseph que les Ethiopiens ont installé sur le trône se révolte et se déclare juif. Au cours de ses campagnes, il massacre les soutiens des Ethiopiens, qui sont le plus souvent chrétiens. La tradition a notamment retenu le martyre de la population chrétienne de Najrân. Mais Joseph est vaincu par les troupes Aksûmites en 525, et leur chef Abraha (531-570) impose la domination chrétienne sur toute l’Arabie. Les archives permettent de situer la plupart des sièges épiscopaux de cette époque, ainsi que la localisation de nombreuses églises.

Les vestiges de plusieurs d’entre elles ont été mis au jour par les archéologues (cf oratoire d’Al Jubayl sur le Golfe). Trait piquant: on a trouvé une inscription explicite de cette soumission à un pouvoir chrétien à Yathrib (=Médine), inscription datée de 552, soit 70 ans seulement avant que Mahomet ne fasse de Médine sa capitale.

Essais de reconstitution de la grande église de Sanaa

Peu après sa prise de pouvoir, Abraha transféra sa capitale de Zafar à Sanaa et y bâtit une vaste église à la gloire de la religion chrétienne. La tradition arabe dit que ce fut pour rivaliser avec le pèlerinage de La Mecque, mais il est possible au contraire que le pèlerinage de La Mecque n’ait vraiment prospéré qu’après la mort d’Abraha. Plusieurs équipes d’archéologues ont travaillé ces dernières années sur la grande mosquée de Sanaa. Ils ont mis en évidence les réemplois des chapiteaux de l’ancienne église d’Abraha, avec leurs croix caractéristiques. Un fragment retrouvé de la plaque de fondation de cette église la date de 559-560. En s’appuyant sur la description détaillée d’un auteur islamique et sur les vestiges des églises de Najrân (Yémen) et d’Aksûm (Ethiopie), l’architecte Ch. Darles en a proposé une reconstitution: podium carré, bâtiment fermé, cour intérieure, grande salle transversale… Les archéologues aimeraient faire des sondages dans la grande mosquée, ce qui est bien sûr problématique. Ils ont néanmoins trouvé récemment que certains bois du plafond étaient largement préislamiques, ce qui veut dire que non seulement les chapiteaux, mais aussi les décors de plafond de la mosquée sont des réemplois de l’église d’Abraha.

Christologie des inscriptions d’Abraha

Plusieurs inscriptions du 6e siècle suggèrent une évolution du contenu de la foi officielle au cours du règne d’Abraha. La première (530) dit: ‘Au nom et avec la protection du Miséricordieux, de son fils Christ vainqueur, et de l’Esprit Saint’. Elle est d’une orthodoxie rigoureuse. Dans sa grande inscription de 548, et sans doute pour des raisons politiques, Abraha recourt pour la 2e personne de la Trinité, à une formulation acceptable aussi bien par les chrétiens que par les juifs: ‘Avec la puissance, l’aide et la clémence du Miséricordieux,de son Messie, et de l’Esprit de Sainteté’. Enfin dans une inscription trouvée à Murayghân et datant de 552, on ne lit plus que : ‘Avec la puissance du Miséricordieux et de son Messie’. Illustration du caractère officiel de la religion chrétienne dans l’Himyar d’Abraha, l’inscription monumentale ci-dessous, gravée en plein désert d’Arabie centrale, commence par une croix. Cette prégnance générale du judéo-christianisme a forcément influencé le fondateur de l’islam quelques décennies plus tard.

Un lieu de vénération d’un martyr chrétien

Dans la région de Najrân (frontière Arabie-Yémen), sur le site désertique de Himà, on a découvert de nombreuses inscriptions que l’on peut dater de 470. Elles ont suscité un vif intérêt à un double titre. D’une part elles étaient rédigées en arabe, alors qu’on pensait jusque-là que l’écriture arabe ne s’était diffusée dans la péninsule Arabique qu’avec l’islam. D’autre part ces inscriptions, où figurait systématiquement la croix, étaient chrétiennes. Parmi elles, une grande inscription de 1 m de haut, visible de loin, répétait le nom d’un certain Thawbân, fils de Malik. Qui était ce personnage, objet de vénération dans le christianisme local? Sans doute un martyr, car cette époque (468-480) est celle de la première répression juive contre les chrétiens (cf martyre d’Azqîr). Ces inscriptions en arabe archaïque accompagnées d’une croix suggèrent par ailleurs un lien entre la diffusion de l’écriture arabe et celle du christianisme. Peut-être le recours à cette écriture a-t-il permis aux chrétiens d’affirmer une certaine identité par rapport au Yémen qui était alors juif?

En conclusion, l’idée d’une Arabie préislamique livrée au paganisme et à l’ignorance a été com-plètement ruinée par les découvertes archéologiques récentes. Le terreau judéo-chrétien y était largement présent bien avant la naissance de l’islam.

Voir également:

Was Jesus a Palestinian and why would Congresswoman Ilhan Omar care?

These are questions that Rabbi Abraham Cooper, associate dean and director of global social action agenda for the Simon Wiesenthal Center, asked this week.

Maayan Jaffe-Hoffman
The Jerusalem Post
April 25, 2019

These are questions that Rabbi Abraham Cooper, associate dean and director of global social action agenda for the Simon Wiesenthal Center, asked this week, after the congresswoman retweeted a New York Times op-ed by Eric V. Copage, which claimed that “Jesus, born in Bethlehem, was most likely a Palestinian man with dark skin.”

The writer was exploring why Jesus is so often illustrated as a white man with blue eyes, but Cooper contends that Omar likely had another agenda in sharing the article, which she did with the following message: “Don’t they (Christians) know Jesus was a Palestinian?”

“The claim that Jesus was a Palestinian is so bizarre that the question becomes what one gains by making that allegation,” Cooper told The Jerusalem Post. “For people who have no theological or historical rooting, the idea that Jesus was a Palestinian creates a new narrative for Palestinian history, which otherwise does not date back very far. If one can say that Jesus was Palestinian 2,000 years ago, then that means the Jews are occupying Palestinian land.”

Cooper said that for people who “don’t like Jews to begin with, it is a deadly combination of the Jews killed Jesus and now they are doing the same to his progeny,” he continued. “From a political and propaganda point of view, there is something to be gained.”
The myth that Jesus was a Palestinian dates back to the days of Yasser Arafat, when his trusted Christian-Palestinian adviser Hanan Ashrawi made the claim. Since then, the idea resurfaces now and again, according to Cooper.

“The absurdity of it is breathtaking,” Cooper said of Jesus being a Palestinian. “Jesus was born in Bethlehem, think about who is parents were – his mother, Mary, was betrothed to Joseph, a carpenter. In the Gospels, there is no mention of Palestine, only Judea, which is where Jews lived.”

Cooper said that if the Palestinians admit that Jesus was a Jew, then the idea that the Jews only arrived in Israel in 1948 and occupied Palestinian indigenous land becomes an absurdity.

He said Omar “knows this narrative is false but also that it has an inherent power to it,” said Cooper. “The ‘Benjamins,’ the big lie of dual loyalty, Jesus is a Palestinian – it is all rewriting history to plant in people’s minds that the Palestinian people go back thousands of years.”

“She is a very clear person,” Cooper continued. “Ilhan Omar is a clever antisemite, so truth does not play much of a role anyway.”
He added that, “When an elected member of the US Congress retweets such a thing, that takes things to the next level.”
Some people came out in defense of Omar, such as American Muslim scholar, civil rights activist, writer and speaker Omar Suleiman. He tweeted a speech by American Protestant Minister William J. Barber II, who likewise made the claim that “Jesus, a brown-skinned Palestinian Jew” and called out the misplaced hate directed at Omar.

Cooper said he was surprised The New York Times allowed Copage to publish an op-ed with such a line, and expected such information only to be shared on platforms like Facebook and Twitter, where users can get away with much more before it is identified – if it is ever identified – as fake news.

The solution: education, he said.

“It is extremely important for world Jewry and Jewish families to teach their own and go over our amazing love affair between the people and her land that stands for more than 3,000 years,” said Cooper, noting that is the responsibility of educated Jews and Christians to counter such falsehoods.

Voir de même:

NewYork Times Claims Jesus Was ‘Likely a Palestinian’

Ira Stoll
Algemeine
April 23, 2019

A New York Times article claiming that Jesus “was most likely a Palestinian man with dark skin” is generating a fierce push-back from the Jewish community.

The executive director of Boston’s Jewish Community Relations Council, Jeremy Burton, tweeted, “Important to point out that no, Jesus did not identify as Palestinian. He was a Judean Jew and for him, the term Palestine was that of the Roman occupier.”

A professor of Jewish history at Yeshiva University, Steven Fine, responded on the Times comments page that “for sure” Jesus “was a youngish Jewish man” who “looked like other Jews of his place and time.”

Another Jewish Times reader responded in the comments section, “I am amazed that the author of this article cannot simply state that Jesus was a Jew. He uses the anachronistic term ‘Palestinian.’ During Jesus’ lifetime the Romans called the province which they controlled ‘Judea.’ Later they renamed it ‘Syria Palestina.’ Referring to Jesus as ‘Palestinian’ is simply misleading in the context of his era.”

The editorial director of the Times reader center, Hanna Ingber, responded to the complaint: “You are of course right that Jesus was Jewish. We never intended to imply that he wasn’t, and we didn’t leave that detail out to make a point, as some readers wondered. The article was focused on what he physically looked like. But again, we do hear your concern.”

A journalist with the Jewish Chronicle in London, Daniel Sugarman, has described the “Jesus was a Palestinian” claim as “idiocy” and “deliberate historical revisionism designed to deny the Jewish connection to the Holy Land.”

An official at the Simon Wiesenthal Center, Rabbi Abraham Cooper, told The Jewish Journal newspaper that the claim Jesus was a Palestinian is a “grotesque insult.” The Journal observed this claim is being made not only by the Times but by a Muslim-American Democratic congresswoman who supports the movement to boycott, divest from, and impose economic sanctions on Israel — Ilhan Omar.

Noah Pollak, in a tweet cited by The Daily Wire, called the New York Times article “crazy.” Pollak insisted, “Jesus was not an Arab.”

Personally, I’m tempted to quip that if the Palestinians want him, they can have him. It’s a little unseemly, or at least somewhat ironic, for Jews to be scrambling to claim credit for the founder of a non-Jewish religion. So far as the story can be discerned, though, he does appear to have started out as a Jew. As time went on, at least as told in the Christian Bible, though, he seems to have been doing more of his own thing. His followers turned it into something definitively different from Judaism.

Even so, using the term “Palestinian” to describe Jesus is indeed anachronistic, to the point of being misleading. The Times using its columns to push that false claim is enough to make readers wonder if the Times agenda here has less to do with the ancient history of early Christianity, and more to do with taking sides in the present-day conflict between Israel and Palestinian Arabs.

Ira Stoll was managing editor of The Forward and North American editor of The Jerusalem Post. More of his media critique, a regular Algemeiner feature, can be found here.

Voir de plus:

As a Black Child in Los Angeles, I Couldn’t Understand Why Jesus Had Blue Eyes
As Christians prepare to celebrate Easter, a Times journalist wonders how others first visualized Jesus as a child — and what those images mean now. Share your experience in the comments.
Eric V Copage
NYT
April 19, 2019

I must have been no older than 6. I was in church in my hometown, Los Angeles. Parishioners fanned themselves to stay cool in the packed, stuffy room.

On one side of each fan was an illustration of an Ozzie and Harriet-like American family — father, mother, son, daughter. All were black, like the parishioners in the church. On the other side was an illustration of Jesus Christ — fair skinned, fair haired, blue eyed.

Something seemed amiss to me about that depiction of Christ. Why was he white? Why was he not black, like my family, like me?

As I grew older, I learned that the fair-skinned, blue-eyed depiction of Jesus has for centuries adorned stained glass windows and altars in churches throughout the United States and Europe. But Jesus, born in Bethlehem, was most likely a Palestinian man with dark skin.

Many black Americans I met over the years not only embraced that image, but also insisted upon it. In a July 2002 episode of the radio show “This American Life,” an artist, Milton Reed, who made his living painting murals inside people’s apartments in public housing projects in Chicago, said black clients often asked him to paint Jesus — and insisted that Mr. Reed paint him white.

[Use the comments to tell us what you see when you visualize Christ. Your response may be highlighted in this article.]

With the approach of Easter, and these memories at the front of my mind, I decided to dig a little into this topic.

George Yancy, who edited “Christology and Whiteness,” a collection of essays about race and Christianity, told me the desire — sometimes the psychological need — of some black Americans to see Christ as white may “simply be a habit.”

“The first time I saw images of a black Christ it was shocking,” Dr. Yancy, who is black, told me. “It was like, ‘How dare they!’ But when you’ve seen a white Jesus all your life you think that can be the only acceptable image.”

Dr. Yancy, a philosophy professor at Emory University, also said that the social cultural soup all Americans are immersed in equates white with good and pure and black with bad and evil. Consciously or subconsciously some black Americans might have bought into that.

“If you internalized that worldview,” he said, “how could a dark-skinned Christ wash sins away?”

In a few black American churches the image of a white Jesus never took root, and for at least 100 years, those churches have been depicting Christ as black, as reported in a 1994 Washington Post article.

Since the 1960s, with the civil rights and black power movements and black liberation theology, the trend to show Christ as black has steadily grown.

“It would seem to follow that as black people came to rethink and embrace their own beauty, their own self-representation, that the image of a black Christ would naturally follow,” Dr. Yancy said.

Now, even though cultures across the world may at times show a Jesus that reflects their own story, a white Jesus is still deeply embedded in the Western story of Christianity. It has become often impossible to separate Jesus and white from the American psyche.

I remain interested in the depiction of Christ among blacks, Hispanics, East Asians, South Asians and other communities of color, both American born and immigrant.

I am also interested in how white Christians feel about images of Christ. How do you feel about the possibility that Christ may not have looked the way he has been portrayed for centuries in the United States and Europe? If you’ve seen Christ depicted as a man of color, what was your reaction?

In the comments section of this article, I encourage you to share how the age-old debate over the identity of Jesus is playing out in your life and religious community.

Please include where you’re from. We may highlight a selection of responses in this article.

Voir encore:

Pelosi défend Omar : « Pas de trace » d’antisémitisme au sein du Parti démocrate

Dans la querelle entre le président américain et la nouvelle représentante au Congrès Ilhan Omar, la présidente démocrate de la Chambre a accusé Trump d’être à « court d’idées »

La Présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a déclaré mercredi qu’il n’y avait « aucune trace » d’antisémitisme au sein du Parti démocrate et a accusé le président américain Donald Trump de politiser cyniquement la question.

Trump a attaqué à plusieurs reprises la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, en la qualifiant d’antisémite, et a tweeté vendredi une vidéo qui l’attaquait pour des propos qu’elle avait tenus le mois dernier et qui auraient présenté une description désinvolte des attaques terroristes du 11 septembre.

L’attaque a suscité une défense de Pelosi, la première démocrate au Congrès, et de nombreux autres membres du parti, qui a déclaré que Trump avait dénaturé les propos d’Omar.

Lundi matin, Trump a encore intensifié les tensions en accusant Omar d’antisémitisme dans un tweet qui disait : « Avant que Nancy, qui a perdu tout contrôle sur le Congrès et qui ne fait rien, ne décide de défendre sa représentante, Omar, elle devrait jeter un œil aux déclarations antisémites, anti-Israël et de haine ingrates des États-Unis qu’Omar a faites. »

« Je ne pense pas que la députée soit antisémite. Je ne les mettrais même pas dans la même catégorie », a déclaré Mme Pelosi lors d’une interview accordée à CNN mercredi à Dublin, en Irlande, où elle est en déplacement.

« Il n’y a aucune trace de cela au Parti démocrate », a-t-elle dit, « et ce n’est pas parce qu’ils veulent accuser quelqu’un de cela qu’on doit se laisser faire. » Les accusations de Trump, a-t-elle ajouté, montrent qu’il est « à court d’idées ».

Omar, une Somalo-Américaine et l’une des premières femmes musulmanes élues au Congrès, a été largement condamnée au cours des derniers mois pour des remarques affirmant que des Américains pro-israéliens avaient payé des membres du Congrès pour soutenir Israël, parmi d’autres tropes considérées comme antisémites par la communauté juive.

Lors d’une visite au Minnesota lundi, Trump a profité de cette occasion pour dire à KSTP-TV qu’il ne regrettait pas d’avoir tweeté la vidéo du 11 septembre.

« Elle a été très irrespectueuse envers ce pays », a dit Trump. « Elle a été très irrespectueuse, franchement, envers Israël… Elle a une façon de faire qui est très, très mauvaise, je pense, pour notre pays. Je pense qu’elle est extrêmement antipatriotique et extrêmement irrespectueuse envers notre pays. »

Ni le tweet de Trump ni la vidéo ne comprenaient la citation complète d’Omar ou le contexte. Le 23 mars, elle a déclaré au Council on American-Islamic Relations (CAIR) [Conseil des relations américano-islamiques] que de nombreux musulmans avaient vu leurs libertés civiles érodées après les attentats du 11 septembre.

« CAIR a été créé après le 11 septembre 2001, parce qu’ils ont reconnu que certaines personnes avaient fait quelque chose et que nous commencions tous à perdre la jouissance de nos libertés civiles », a-t-elle dit. Bien que CAIR a été fondé en 1994, selon son site Web, ses membres ont grimpé en flèche après les attentats.

La défense d’Omar par Pelosi mercredi a fait suite à une défense partielle du sénateur Bernie Sanders, qui est Juif, lors d’une assemblée publique télévisée en Pennsylvanie, lundi. Sanders a dit qu’il ne considérait pas Omar comme antisémite, mais a ajouté qu’elle devait « apprendre à mieux parler à la communauté juive ».

À l’hôtel de ville, interrogé par la chaîne conservatrice Fox News, Sanders a également pris ses distances avec Omar. Sanders a réfuté la description que le modérateur Brett Baier a faite de lui comme étant un « partisan convaincu » d’Omar, en disant : « J’ai parlé à Ilhan environ deux fois dans ma vie. »

Sanders, comme Omar, a critiqué le gouvernement israélien pour sa politique envers les Palestiniens. Il a déclaré avant les élections nationales de la semaine dernière en Israël qu’il espérait que le Premier ministre Benjamin Netanyahu perde les élections.

« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir et j’espère que tous les membres du Congrès lutteront non seulement contre l’antisémitisme, mais aussi contre le racisme et les activités anti-musulmanes afin de créer une société non-discriminatoire », a dit Sanders. « Mais ce n’est pas de l’antisémitisme que de critiquer un gouvernement de droite en Israël. Ce n’est pas antisémite. »

Depuis le tweet de Trump sur le 11 septembre, Omar a déclaré qu’elle était confrontée à des menaces de mort de plus en plus nombreuses, beaucoup d’entre elles citant cette vidéo.

« Cela met des vies en danger », a-t-elle déclaré dimanche soir, accusant Trump de fomenter l’extrémisme de droite. « Il faut que ça s’arrête. »

Un homme du nord de l’État de New York a récemment été accusé d’avoir proféré des menaces de mort contre Omar.

Suite à ces menaces, Mme Pelosi a demandé à la police du Capitole de prendre des mesures pour protéger la sécurité de la députée et a demandé à M. Trump de retirer la vidéo. Peu de temps après, la vidéo a disparu sous la forme d’un tweet épinglé en haut du fil Twitter de Trump, mais elle n’a pas été supprimée.

L’attachée de presse de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a défendu Trump dimanche, affirmant que le président avait le devoir de mettre en lumière les antécédents d’Omar qui a tenu des propos que certains jugent antisémites ou offensants et qu’il ne souhaitait aucun « mal » à la législatrice dont c’est le premier mandat.

France-Soir falsifie l’étymologie du mot « Palestine »

Le fils du Premier ministre israélien a émis un tweet dans lequel il affirmait qu’il n’y avait pas de « Palestine » parce qu’il n’y avait pas de lettre « P » en arabe.

Si le raisonnement peut être vu comme simpliste et le style offensif (raisons pour lesquelles le tweet a ensuite été supprimé ?), la réponse de France-Soir est carrément fausse.

Voulant démontrer que le rejeton du dirigeant israélien avait tort, France-Soir s’est engagé dans un débat étymologique.

 

Décrivant des « réponses moqueuses » au tweet de Yaïr Netanyahu, dont l’opinion est ainsi tournée en ridicule, France-Soir procède à un supposé « fact-checking » :

Le mot Palestine provient en effet de l’arabe Falastin, avant d’être transcrit en latin Palaestina (voir ici) d’où provient la transcription Palestine dans les langues européennes.

Mais l’étymologie est affaire de chronologie : il s’agit de trouver l’origine d’un mot.

Or le nom latin « Palaestina » a été donné en 135 par l’empereur romain Hadrien à la région auparavant dénommée Judée (pays des Judéens, c’est à dire des Juifs). Les Romains, qui venaient de subjuguer les Juifs qui leur avaient opposé une résistance très dure, entendaient effacer le lien des vaincus avec cette région. Ils choisirent « Palaestina » en référence aux Philistins, peuple qui avait été un ennemi des Juifs et qui s’était éteint déjà plusieurs siècles auparavant, dont on pense que le nom signifiait « envahisseurs » (les Philistins étaient probablement à l’origine un peuple provenant de l’actuelle Grèce). Le nom latin « Palaestina » dérivait du grec « Παλαιστίνη Palaistínē », provenant lui-même de l’hébreu « פְּלֶשֶׁת – p’léshet ». Le terme « P-l-s-t » ou « P-r-s-t » sans doute équivalent a aussi été retrouvé sur des inscriptions égyptiennes prédatant d’un millénaire le choix du mot par les Romains. Après les Romains, succédant aux Byzantins, c’est au 7e siècle que les Arabes ont envahi la région qu’eux appelaient « Sham », le Levant.

Et c’est bien plus tard que le terme latin a été transcrit dans d’autres langues dont l’arabe. Au début du 20e siècle, les Arabes de la région ne se définissaient pas comme des Palestiniens. « Falastin » en arabe désignait alors la région du mandat britannique sur la Palestine, qui était habitée par des Arabes palestiniens, et des Juifs palestiniens… Le journal juif « Jerusalem Post » s’appelait alors « Palestine Post ». Dans les années 1960, soit dix-huit siècles après la popularisation du terme Palestine par les Romains, tandis que les Juifs de Palestine étaient devenus des Israéliens, les Arabes de Palestine adoptèrent le terme de Palestiniens.

 

 

L’étymologie fournie par France-Soir est trompeuse puisqu’elle implique que « Palestine » soit un mot arabe, et par extension que la région ait été arabe avant même la présence des Romains. Il n’en est rien et c’est le mot latin « Palaestina » qui a été transcrit en arabe par « Falastin », pas l’inverse.

L’arabe ne connaissant pas le son « P », la transcription depuis le latin l’a transformé en « F » – qui est un son proche (en hébreu, une seule lettre est d’ailleurs utilisée pour les deux sons avec une simple ponctuation pour les différencier).

L’article raille ceux qui mettent en doute la légitimité historique de la « Palestine » comme entité arabe en se basant sur l’étymologie du mot. Mais une fois démontrée, la falsification de l’histoire nécessaire à l’invalidation de ce point de vue semble bien atteindre l’effet inverse…

D’autant que, juste derrière la phrase en question, l’article contient un deuxième passage tout aussi aberrant.

Un internaute a fait remarquer, non sans ironie, qu’aucune lettre de l’hébreu ne pouvait retranscrire le son “j”. En conséquence, Jérusalem (qui se prononce “Yerushalayim”) ne se trouve pas en Israël.

France Soir ne donne pas le nom de « l’internaute » auteur du tweet en question. Mais un lien pointe vers une page du site anti-israélien Middle East Eye (sobrement présenté par France-Soir comme un « média anglo-saxon »). On peut y lire le tweet original…

 

 

… et découvrir son auteur.

 

Antisioniste et fier de l’être

 

Il s’agit de Miko Peled, un activiste antisioniste connu qui ajoutait même dans son message dont la traduction a été tronquée par France Soir que les Juifs ne pouvaient pas faire partie d’Israël. Forcément, puisque Miko Peled, bien que né en Israël dans une famille autrefois sioniste, est contre l’existence même de l’Etat juif. De là à en faire une source crédible pour un média d’information…

C’est évidemment le nom original hébreu « Yerushalayim » qui a été transcrit en français par « Jérusalem »; le « J » du français est une adaptation issue de l’hébreu. Le grec « Hierosólyma » avait gardé la trace de la prononciation hébraïque, tout comme l’allemand qui l’écrit « Jerusalem » comme en français mais où le « J » se prononce « I ». Dire que Jérusalem ne se trouve pas en Israël est par ailleurs faux quelle que soit la justification (au minimum, tout le monde hormis les haïsseurs d’Israël reconnaît que la partie occidentale de la ville est israélienne).

InfoEquitable a écrit à la rédaction de France-Soir pour demander la rectification de cet article (correction de l’étymologie du mot « Palestine » et suppression du paragraphe mensonger sur Jérusalem). Nos lecteurs peuvent également écrire pour appuyer cette demande.

Voir de plus:

The Claim That Jesus Was A Palestinian Is Just Plain Ignorant!
Jeff Dunetz
Lidblog
Apr 25, 2019

Originally presented by Yasser Arafat’s PR woman Hannan Ashrawi in 2001, the claim that Jesus Christ was a Palestinian has been back in the news lately. But it is a claim that is historically impossible and designed to erase the historical connections between the Jewish people and the holy land.

On Saturday, the anti-Semitic, anti-America Rep Ilhan Omar, retweeted a tweet from Omar Suleiman, an adjunct professor of Islamic Studies at Southern Methodist University,

Just 24 hours earlier the NY Times published an op-ed by Eric Copage, which said in part:

“As I grew older, I learned that the fair-skinned, blue-eyed depiction of Jesus has for centuries adorned stained glass windows and altars in churches throughout the United States and Europe. But Jesus, born in Bethlehem, was most likely a Palestinian man with dark skin.”

The claim is not new, during the 2016 Democratic convention Rev. William Barber II received cheers during his speech when he said:

Jesus, a brown-skinned Palestinian Jew called us to preach good news to the poor, the broken, and the bruised, and all those who are made to feel unexpected.

Wrong! 

Being Jewish and living around 2,000 years after Jesus’ death I can’t speak to what Jesus taught or the color of his skin. But considering when and where he lived Copage’s description of Jesus’ physical appearance is probably correct. In fact, scientists who have looked into it believe that Jesus looked like a typical Middle Eastern Judean, as opposed to the way he is normally portrayed as a European. (Yes Judean. The country was called Judea, that’s where the term “Jews” comes from).

After the Bar Kochba revolt in 135 CE, the Romans punished the Judeans (Jews) for revolting for the second time in sixty years. To poke those rebellious Judeans in the eye, the Romans changed the name of their country from Judea to Syria Palaestina. The Romans used Palaestina after the ancient enemy of the Jews, the Philistines. Not that there were Philistines around anymore (they had disappeared from existence around eight hundred years earlier).

The Romans also threw out many of the Judeans creating the Jewish exile that lasted till 1948. The Byzantine Empire took control of the holy land around the year 330 C.E., and in the year 638, it was conquered by Muslim Arab forces.

Putting the timeline together it is clear to anyone with basic math skills that it is impossible for Jesus to have been a Palestinian. There was no piece of land called Palestine until 100 years after Jesus died, and the area wasn’t controlled by Muslims until 600 years after his death.

if Jesus was a Palestinian, Christians couldn’t claim that he was from the line of King David, one of the Jewish Messiah requirements.

The people claiming that Jesus was a Palestinian are trying to create a new history for the Palestinians. If they can convince people of the falsehood that Palestinians were around for two millennia, then the lie that Jews are occupying Palestinian land becomes almost logical.

Anyone who says that Jesus was a Palestinian hasn’t the slightest idea of history and/or is trying to delegitimize the 3.500+ year Jewish heritage in the holy land. Both Jews and Christians believe that Jesus was a nice Judean (Jewish) boy who went into his father’s business. The real disagreement between the two faiths is his father’s occupation.

Voir encore:

Signes des temps par Marc Weitzmann
Tous les dimanches de 12h45 à 13h30

L’imaginaire de Notre-Dame de Paris et la fabrique de l’identité française
21/04/2019

Alors que la France et le monde pleurent les dommages causés par les flammes à Notre-Dame de Paris, « Signes des temps » s’intéresse aux multiples réinventions de la cathédrale, à ses légendes, au mythe réel qu’elle est devenu.

« La France est foutue », pouvait-on lire sur Facebook au lendemain de l’incendie qui a ravagé une partie de Notre-Dame de Paris le 15 avril dernier « C’est la fin de la civilisation »; « Notre-Drame, titrait Libération le même jour tandis que dans le Figaro Fabrice Luchini s’écriait « Avec cet incendie, on pourrait presque penser à un signe », et qu’Arielle Dombasle se filmait sur Facebook en train de chanter l’Ave Maria. « Il faut parfois des tragédies pour sortir les peuples décadents de leur frilosité amnésique », a renchéri Yvan Rioufol dans Le Figaro vendredi dernier avant d’ajouter « l’occasion est donnée aux Français de retrouver le goût de la transmission et des racines. Rien n’est plus disruptif que de tenter d’être à nouveau à la hauteur des humbles bâtisseurs du Moyen-Age. » Va-t-on vraiment réapprendre l’art des bâtisseurs du Moyen-Age pour sauver la civilisation française ? Illuminée par les flammes de la cathédrale, la France se découvre depuis une semaine au miroir de  son Histoire ou plutôt du souvenir qu’elle en garde à travers les romans, les films, les photos qui ont fait de Notre-Dame de Paris un monument unique en son genre, mais quoi ? Y a-t-il vraiment des racines cachées sous notre Dame ou bien, comparée aux cathédrales de Chartres, de Reims ou de Strasbourg, Notre-Dame est-elle en fait un objet unique, où le souvenir de l’histoire réelle se mêle aux légendes et à la littérature pour fabriquer un monument à mi-chemin entre songe et architecture, un rêve de pierre exhibant l’histoire comme fiction nécessaire ?

Voir aussi:

Des centaines d’actes de profanation d’églises sont passés inaperçus en 2018

En France, 1063 actes contre des églises ont été perpétrés en 2018. L’incendie de Saint-Sulpice, dans le VIe arrondissement de Paris dimanche dernier, lance le débat autour de la «christianophobie»
Javet Victoria
Le Temps
22 mars 2019

Peu médiatisées, les insultes et profanations contre des lieux de culte chrétiens se multiplient et atteignent des proportions effrayantes. En février dernier, le gouvernement français recensait 1063 délits de ce type rien que pour l’année 2018. Un phénomène passant quelque peu inaperçu, notamment face aux scandales de pédophilie qui plongent l’Eglise catholique dans la tourmente. Pourtant, le nombre de ces actes délictueux est sensiblement en hausse par rapport à 2017.

Le mois dernier, quatre lieux de culte ont été saccagés en moins d’une semaine dans l’Hexagone. Le 4 février, c’est l’église Saint-Nicolas à Houilles, dans les Yvelines, qui était touchée, puis la cathédrale Saint-Alain-de-Lavaur le lendemain. Notre-Dame-des-Enfants le 6 février. Notre-Dame à Dijon le 9 février. Une liste préoccupante et qui ne représente qu’une petite partie du phénomène.

La presse espagnole a par ailleurs vivement réagi face à ces profanations. De nombreux articles sont parus cette semaine, qualifiant sans détour ces crimes de «vandalisme antichrétien». Le média espagnol ABC titrait notamment mardi «Une douzaine d’églises profanées depuis une semaine».

900 000 euros de dégâts pour Saint-Sulpice

L’incendie de Saint-Sulpice est celui qui a été le plus relayé par les médias et sur les réseaux sociaux. Le feu se serait déclaré aux alentours de 13h40, dimanche, au niveau de la porte de l’édifice. Le départ de feu, qui a pu être rapidement maîtrisé dimanche soir, serait d’origine «humaine». La piste criminelle est, pour l’heure, privilégiée par les enquêteurs.

Tout l’intérieur de cette église située dans le VIe arrondissement de Paris a été recouvert de suie et sali, mais seule l’imposante porte d’entrée du lieu de culte a été détruite. Toutefois, les dégâts ont été estimés à près de 900 000 euros.

Prudence et discrétion de l’Eglise

De son côté, l’Eglise préfère rester discrète sur ces événements. Elle justifie cette position en invoquant un possible risque d’imitation si les faits étaient trop médiatisés.

Contrairement aux actes antisémites, qui exploitent des symboles de haine tels que la croix gammée, les délits visant des édifices chrétiens (catholiques pour la plupart d’entre eux) ne sont presque jamais signés. Il est ainsi extrêmement difficile de remonter la source des coupables, souligne le quotidien ABC. Dimanche soir, après que le feu a été maîtrisé, l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, s’exprimait également avec prudence sur les circonstances de l’incendie.

Voir également:

Notre-Dame: une sous-estimation du risque par certains responsables aux conséquences dévastatrices

Katrin Bennhold and James Glanz
NYT
April 20, 2019

PARIS — L’architecte qui a supervisé la conception du système de sécurité incendie à Notre-Dame a reconnu que des responsables avaient sous-estimé la vitesse à laquelle un feu pouvait démarrer et se propager dans la cathédrale, avec pour conséquence un incendie bien plus dévastateur qu’anticipé.

Le système reposait sur l’hypothèse que si la cathédrale venait à prendre feu, les anciennes poutres de chêne dans les combles brûleraient lentement, laissant largement assez de temps pour que les flammes soient maîtrisés, d’après Benjamin Mouton, l’architecte en chef des monuments historiques qui supervisa la mise en place des sécurités incendie.

Contrairement à ce qui existe sur certains sites sensibles aux États-Unis, les alarmes incendie à Notre-Dame n’étaient pas directement reliées à une caserne de pompiers. Il fallait d’abord qu’un agent de sécurité de la cathédrale gravisse une série d’escaliers raides pour atteindre les combles – un trajet qu’une personne ‘sportive’ met six minutes à effectuer, explique M. Mouton.

Ce n’est qu’après qu’un incendie était constaté que les pompiers étaient avertis et déployés. Autrement dit, même une réaction impeccable à un incendie intégrait un délai d’environ 20 minutes – entre le moment où l’alarme retentissait, et celui où les pompiers étaient arrivés et montés jusqu’aux combles avec des kilos de lances à incendie et de matériel, pour enfin s’attaquer aux flammes.

Ce délai s’est avéré dévastateur.

“Là où j’étais stupéfait c’est de la rapidité avec laquelle le chêne de Notre-Dame a brûlé,” dit M. Mouton. “Un chêne aussi vieux; ça ne peut pas brûler comme une allumette. C’est absolument incompréhensible.”

Certains experts en sécurité incendie affirment cependant que M. Mouton et son équipe avaient sous-estimé le risque – et que la procédure de sécurité qu’ils avaient conçu était bien trop lente pour que le feu puisse être combattu à temps.

“Ça n’a aucun sens,” affirme Jonathan Barnett, un responsable de sécurité incendie chez Basic Expert en Australie. “Vingt minutes avant que les gens n’interviennent; c’est un délai énorme. Quand de la charpente lourde se met à brûler, on ne peut pas l’éteindre. Donc je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle ils ont prévu ce délai.”

François Chatillon, un architecte en chef des monuments historiques impliqué dans la restauration de nombreux monuments en France, signale également qu’il était bien connu que les poutres de chêne sous le toit en plomb de Notre-Dame présentaient un risque élevé d’incendie.

Une fois le feu démarré, dit-il, “c’est comme jeter une allumette dans une boite qui en est remplie, c’est impossible à éteindre.”

Pour lui, ce qui est surprenant ce n’est pas que Notre-Dame ait brûlé cette semaine, mais qu’elle “n’ait pas brûlé plus tôt.”

M. Mouton et son équipe n’étaient les seuls en charge de la sécurisation d’un monument aussi précieux que Notre-Dame. Au minimum, leurs plans devaient être validés par leur hiérarchie au ministère de la Culture.

Charlotte Hubert, présidente de la compagnie des architectes en chef des monuments historiques, souligne que la sécurité dans de tels bâtiments est étroitement réglementée.

“On ne laisse pas les clés à l’architecte en chef pour qu’il fasse exactement ce qu’il veut,” explique-t-elle.

Toujours est-il, selon des experts en sécurité incendie, que deux des principaux responsables à l’époque – M. Mouton et le Lieutenant-Colonel Régis Prunet, ancien pompier et conseiller en sécurité incendie pour le ministère de la Culture – semblent avoir mal évalué les mesures anti-feu nécessaires pour protéger un bâtiment aussi atypique, complexe et irremplaçable que Notre-Dame.

Selon des scientifiques consultés par le New York Times, bien qu’un bois dense puisse mettre du temps à se consumer entièrement, un feu allait se propager naturellement et très rapidement parmi les vieilles poutres de Notre-Dame. Supposer le contraire, disent-il, était une erreur.

M. Mouton, l’architecte en chef des monuments historiques, supervisa une rénovation de la sécurité incendie alors qu’il était responsable de Notre-Dame, entre 2000 et 2013.

“Le sujet de la sécurité incendie a été posé à partir de mon arrivée,” dit M. Mouton. “J’ai géré le sujet de bout en bout.”

M. Prunet, en tant que conseiller en sécurité incendie à la direction générale des patrimoines, au sein du ministère de la Culture, travailla avec M. Mouton et son équipe.

Les deux hommes faisaient face à une tâche monumentale. Il n’y avait pas de plan approprié en place pour la protection contre le feu, ni même pour évacuer les touristes et les fidèles en cas d’incendie, explique M. Prunet. C’était un miracle que rien ne fût déjà arrivé, dit-il, et, selon lui, une grande ironie que cela arrive si rapidement après qu’un plan soit finalement en place.

M. Mouton et M. Prunet expliquent avoir eu main libre pour concevoir le système de protection incendie le plus efficace possible. L’argent n’était pas un problème.

Quand le budget s’avéra plus conséquent que prévu, les autorités françaises trouvèrent les financements, et le délai d’installation du nouveau système de sécurité passa de deux à quatre ans se rappelle M. Mouton.

“Le projet n’a pas été réduit pour des questions financières, je vous le certifie absolument,” dit-il.

Même si aucun coût ne fut épargné, la question de la préservation de la vieille charpente fut abordée de façon conservatrice, pour la laisser dans son état d’origine. Les concepteurs tenaient à ce que les combles ne soient pas altérées par des mesures de protection, avec des extincteurs automatiques ou des murs coupe-feu.

Si le choix avait été fait de sacrifier cette ‘pureté’ de la charpente, en d’autre termes de trouver un compromis entre ce qui était possible il y a 850 ans et ce qui convient aujourd’hui, la flèche aurait pu, selon des experts, être sauvée .

Si des murs coupe-feu ont pu être placés ailleurs dans la cathédrale; ils ne l’ont pas été dans les combles. D’après M. Prunet, la taille et la complexité de leur structure était d’une toute autre ampleur.

“Pour la cathédrale de Paris, c’était compliqué parce que vous aviez un enchaînement de poutres en chêne, ce qu’on appelle la forêt,” explique-t-il.

Mais M. Mouton a surtout renoncé à installer des murs coupe-feu car cela risquait d’être “mutilant” pour la structure, selon lui.

“Il est vrai que ça avait été évoqué mais ça n’a pas été retenu,” dit-il. “Ça change l’apparence mais aussi les éléments car pour mettre en place une cloison il faut aussi couper les bois, c’est mutilant.”

Et selon M. Prunet, des extincteurs automatiques n’ont pas été rajoutés parce que “le problème, c’est que vous noyez la structure.”

Au lieu de cela, expliquent-ils, leur équipe avait misé sur la prévention et la détection. C’était un choix délibéré.

Deux agents de sécurité étaient sur le site pour surveiller, jour et nuit, la délicate charpente du toit, tel le coffre-fort d’une banque.

Un réseau de détecteurs de fumée et de chaleur était réparti de par la cathédrale. Trois fois par jour, quelqu’un montait vérifier que le système fonctionnait.

M. Mouton affirme qu’il avait même testé le temps qu’il fallait pour qu’un agent fasse une levée de doute, en faisant la course avec l’un d’entre eux jusqu’en haut des combles.

“Ça met un certain temps, y compris pour quelqu’un de très sportif,” dit-il. “Cette solution m’avait paru raisonnable en considérant que c’est du vieux chêne, donc ça ne brûlait pas comme ça.”

Par ailleurs, le système d’alerte semble également avoir été défaillant, en commençant par la réponse à la première alerte de 18h20, lundi dernier.

L’agent de sécurité, ne constatant pas de feu, avait donné une fin d’alerte et était redescendu.

Mais selon Glenn Corbett, professeur associé et spécialiste de la science du feu au John Jay College of Criminal Justice à New York, quand une alarme retentit, il est impératif d’identifier l’origine et la cause de son déclenchement, y compris si c’est une défaillance ou si un insecte s’est introduit dans l’appareil.

“La cause de la première alarme n’a pas été assez recherchée ,” dit M. Corbett. “C’est probablement leur plus grande erreur.”

On peut supposer qu’à ce moment-là, un feu couvait vraisemblablement déjà quelque part dans les combles et commençait à se propager. Son origine reste à déterminer.

Certains experts en sécurité incendie ne comprennent pas comment M. Mouton a pu croire qu’un feu se propagerait lentement sur du vieux bois dur.

M. Corbett explique qu’on a longtemps cru que les feux de charpente dans des bâtiments du 19ème siècle étaient forcément de ‘combustion lente’, une croyance largement remise en cause de nos jours.

M. Barnett, l’expert australien, souligne que le temps qu’il faut pour qu’un un épais morceau de charpente soit entièrement brûlé diffère entièrement de la vitesse de propagation du feu.

“Il a sous-estimé le fait que c’est une très grande surface,” explique M. Barnett. “Il y a beaucoup d’énergie, et ça se propage très rapidement.”

Le temps que la deuxième alarme sonne à 18h43, et qu’un agent de sécurité remonte les escaliers, le feu s’était déjà mû en brasier.

Les pompiers n’ont été alertés qu’à 18h51.

“On aurait pu éviter tout cela avec un système de détection moderne,” assure Guillaume Poitrinal, président de la Fondation du Patrimoine.

La technologie de détection rapide en place à Notre-Dame était un système d’aspiration de la fumée fourni par Siemens en 2013, mais l’entreprise affirme qu’elle n’avait pas signé de contrat de maintenance et qu’elle ne peut pas s’exprimer sur de potentielles questions opérationnelles.

Les alarmes à incendie en France ne préviennent jamais automatiquement les pompiers, confirme un porte-parole des sapeurs-pompiers de Paris.

“Il peut y avoir des fausses alertes, c’est pourquoi les pompiers demandent que quelqu’un aille vérifier,” explique Gabriel Plus, le porte-parole.

Mais pour des experts extérieurs, dans le cas de Notre-Dame, la procédure de sécurité incendie choisie ne prévoyait pas suffisamment de temps pour cela.

Une autre solution aurait pu être envisagée: la présence permanente de pompiers sur le site.

C’est le cas dans certains bâtiments encourant “un risque significatif” lors d’un incendie, explique M. Plus, comme par exemple le Louvre, le Palais de Justice, l’Assemblée Nationale et la Bibliothèque Nationale.

Notre-Dame, dit-il, n’en faisait pas partie.

M. Mouton reconnaît qu’une veille de pompiers sur le site aurait été la seule façon fiable d’éviter tout dégât par le feu, mais que cela ne pouvait se justifier “alors qu’il y a des incendies qui s’allument partout à Paris et en banlieue.”

Il fallait accepter une part de risque, dit-il. “Ça fait partie de la relativité des choses.”

“Je suis très embarrassé par ce qui arrive,” confie M. Mouton.

Avec le recul, aurait-il conçu le système de façon différente aujourd’hui?

“La détection serait restée la même,” dit-il. “Mais c’est la gestion qui change.”

“Bien sûr, c’est les premières minutes qui comptent,” dit-il, avant de marquer une pause. “A posteriori on a toujours tort et on aurait sûrement fait mieux. “

Katrin Bennhold a fait ce reportage depuis Paris, et James Glanz depuis New York. Ont contribué à ce reportage depuis Paris: Adam Nossiter, Liz Alderman, Aurélien Breeden et Elian Peltier.

Voir de même:

Etats-Unis

Hillary Clinton et Barack Obama ne reconnaissent pas la persécution des chrétiens

Tous deux ont parlé des attaques terroristes au Sri Lanka, mais ont préféré désigner les chrétiens comme des « fidèles de Pâques ».

Après les terribles série d’attentats à la bombe dimanche de Pâques (21), au Sri Lanka , qui compte déjà 310 morts et plus de 500 blessés, des représentants de l’aile démocratique des Etats-Unis ont décidé de se prononcer sur le fait, mais sans reconnaître les véritables motivations et la cible du massacre: l’église persécutée.Alors que le terme « islamophobie » a été repris après une attaque contre une mosquée à Christchurch (Nouvelle-Zélande) en mars dernier, les principaux médias et les représentants démocrates refusent également de parler de « cristophobie ». »Jusqu’à présent, 290 morts dans des attaques contre des églises catholiques au Sri Lanka. Personne dans la presse n’a utilisé le terme « cristophobie » pour décrire les attaques commises à la Pâques « , a commenté le rédacteur en chef de l’organisation Brasil Paralelo, Guilherme Macalossi.S’agissant du massacre au Sri Lanka, Hillary Clinton et l’ancien président des États-Unis, Barack Obama, ont refusé de reconnaître que parmi les principales victimes de ces attaques, il y avait des chrétiens. Tous deux ont préféré appeler ces gens « des fidèles de Pâques ». »En cette semaine sainte pour de nombreuses religions, nous devons rester unis contre la haine et la violence. Je prie pour toutes les personnes touchées par ces terribles attaques contre les fidèles et les voyageurs de Pâques au Sri Lanka », a commenté Hillary Clinton sur Twitter.

« Les attaques contre les touristes et les fidèles de Pâques sont des attaques contre l’humanité. En cette journée consacrée à l’amour, à la rédemption et au renouveau, nous prions pour les victimes et restons avec le peuple du Sri Lanka », a écrit Obama.

« Islamophobie »

Les mêmes personnalités qui avaient omis d’utiliser le terme « chrétiens » dans leurs déclarations pour le remplacer par « adorateurs de Pâques » n’ont pas hésité à déplorer les violences à l’encontre de la « communauté islamique » après l’attaque de la mosquée Christchurch en Nouvelle-Zélande.

« Mon cœur est brisé par la Nouvelle-Zélande et la communauté musulmane mondiale. Nous devons continuer à lutter contre la perpétuation et la normalisation de l’islamophobie et du racisme sous toutes ses formes », a écrit Clinton à l’époque.

« Michelle et moi-même adressons nos condoléances au peuple néo-zélandais. Nous sommes profondément bouleversés par vous et par la communauté islamique dans son ensemble », a déclaré Obama au même moment. « Nous devons tous rester contre la haine sous toutes ses formes.

Selon le chroniqueur Rodrigo Constantino, cette disparité dans les commentaires des démocrates américains est due à une vision dans laquelle les chrétiens ne peuvent être considérés comme victimes de rien.

« Obama, Clinton et les autres démocrates de gauche ne peuvent même pas parler d’un chrétien pour définir une victime d’un attentat, car un chrétien dans son récit brutal doit toujours être à blâmer. En même temps, ils refusent de désigner l’Islam comme responsable de quoi que ce soit. mauvaise nouvelle, alors qu’ils se précipitent pour les voir comme des victimes. C’est ce que la gauche a résumé aujourd’hui: des conseillers de presse de radicaux islamistes! « , a déclaré le chroniqueur.

Voir enfin:

Le tourisme, nouveau carburant de l’Arabie saoudite

Benjamin Barthe

Riyad mise sur l’immense site antique d’Al-Ula pour ouvrir le pays au tourisme haut de gamme. Un enjeu politique majeur pour le prince héritier Mohammed Ben Salman.

Dans le nord-ouest de la péninsule arabique, en plein désert, à mille kilomètres des tours de Riyad, les Saoudiens investissent dans un nouveau filon. Sa valeur ne se mesure pas en barils de pétrole mais en regards éblouis et en silences béats. L’endroit s’appelle Al-Ula, et c’est une mine d’or : un territoire grand comme la Belgique et quasiment vierge, jalonné de tombeaux antiques taillés dans la roche, de graffitis plurimillénaires, de palmeraies verdoyantes et de concrétions aux formes spectaculaires.Ce trésor jailli des sables, jumeau de la célèbre nécropole nabatéenne de Pétra, dans le sud de la Jordanie, devrait bientôt briller sur la carte du tourisme mondial.Avec l’aide de la France, le royaume a entrepris de le transformer en une destination de voyage haut de gamme, mêlant villégiatures de luxe, découverte de l’Arabie préislamique et expéditions au grand air.Lancé il y a bientôt deux ans, le projet a commencé à se concrétiser cet hiver. Une série de concerts ont été organisés au milieu des rochers, avec en têtes d’affiche le pianiste chinois Lang Lang, le violoniste français Renaud Capuçon et le ténor italien Andrea Bocelli. Echelonnés sur plusieurs week-ends, entre décembre 2018 et février, ces récitals et les activités organisées en parallèle ont attiré près de 30 000 amateurs de musique et de vieilles pierres, venus de trente pays différents. Cet échantillon test, logé dans des camps bédouins cinq étoiles, s’est prêté de bon cœur aux strictes traditions locales, notamment le port de l’abaya, le manteau noir imposé aux femmes.

Vocation de porte-étendard

Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, alias « MBS », s’est rendu sur place le 10 février. Pour lui, le développement du site tombe à pic : c’est l’occasion de remettre en avant ses ambitions modernisatrices, éclipsées par l’assassinat, début octobre 2018, à Istanbul, d’un journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, par des barbouzes venues de Riyad. A l’instar de Neom, la cité futuriste à 500 milliards de dollars (445 milliards d’euros) en chantier plus au nord, Al-Ula a vocation à être le porte-étendard d’un pays qui change.

Car en Arabie saoudite, le tourisme ne va pas de soi. Une grande partie de la société, nourrie de rigorisme wahhabite, a grandi dans l’idée que le culte des antiquités est une activité idolâtre, surtout quand il s’agit de reliques antéislamiques.

L’entrée des étrangers sur le territoire national a longtemps été limitée à quelques catégories de personnes très précises, comme les riverains du Golfe, les pèlerins musulmans et les hommes d’affaires. Passer outre cette règle non écrite, c’était souiller le berceau de l’islam. Ou du moins s’exposer à cette accusation…


Noël/2018e: Attention à la marche ! (Like reading the Constitution today: Looking back at the 400-year intertestamental gap of Jewish writings and incredible religious change without which you can’t truly appreciate the break with the religion of the past that Jesus actually was)

25 décembre, 2018

La Cène, Léonard de Vinci, 1494 (Crédit : domaine public, via Wikipedia)

 
 
Image result for Mind the gap attention à la marche
 

Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Jean (10: 22-23)
Jésus (…) enseignait dans les synagogues, et il était glorifié par tous. Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Luc 4: 14-16
Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant: Rabbi, mange… Jean 4: 31
J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le coeur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, et la gloire, et les alliances, et la loi, et le culte, et les promesses, et les patriarches, et de qui est issu, selon la chair, le Christ, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement. Amen! Ce n’est point à dire que la parole de Dieu soit restée sans effet. Car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël, et, pour être la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants; mais il est dit: En Isaac sera nommée pour toi une postérité, c’est-à-dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité. Paul (Romans 9: 2-8)
Je dis donc: Dieu a-t-il rejeté son peuple? Loin de là! Car moi aussi je suis Israélite, de la postérité d’Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n’a point rejeté son peuple, qu’il a connu d’avance. Ne savez-vous pas ce que l’Écriture rapporte d’Élie, comment il adresse à Dieu cette plainte contre Israël: Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont renversé tes autels; je suis resté moi seul, et ils cherchent à m’ôter la vie? Mais quelle réponse Dieu lui fait-il? Je me suis réservé sept mille hommes, qui n’ont point fléchi le genou devant Baal. De même aussi dans le temps présent il y a un reste, selon l’élection de la grâce. Or, si c’est par grâce, ce n’est plus par les oeuvres; autrement la grâce n’est plus une grâce. Et si c’est par les oeuvres, ce n’est plus une grâce; autrement l’oeuvre n’est plus une oeuvre. Quoi donc? Ce qu’Israël cherche, il ne l’a pas obtenu, mais l’élection l’a obtenu, tandis que les autres ont été endurcis, selon qu’il est écrit: Dieu leur a donné un esprit d’assoupissement, Des yeux pour ne point voir, Et des oreilles pour ne point entendre, Jusqu’à ce jour. Paul (Romans 11: 1-8)
Si le judaïsme n’avait qu’à résoudre la  question juive, il aurait beaucoup à faire, mais il serait peu de chose. Lévinas
Quand un Juif devient chrétien, on a un Chrétien de plus mais pas un Juif de moins. Edouard Drumont
La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. (…)  Il faut reconnaître que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs. (…) ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. (…) la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence (…) la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et (…) l ’autre (…) beaucoup plus rare et (…) même unique au monde (…) réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne [qui]  consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. […]. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Mais pourquoi donc le christianisme est-il devenu une religion non-juive ?  Gilles Bernheim
Les Juifs témoignent de l’absolue transcendance sur laquelle est fondée toute morale: la loi. Les chrétiens témoignent de l’incarnation de la Parole. deux voix pour le même Dieu! Deux voix différentes, dont  l’harmonie a été promise au-delà du temps. Mark Fressler
L’Histoire juive a été arrachée de son cadre étroit de la Palestine; par l’intermédiaire du christianisme, le Juif a cessé d’être un provincial insignifiant se pavanant sur l’étroite scène de la Judée; il a pénétré dans l’importance de la scène mondiale et est devenu une bénédiction pour toute l’humanité. Sans le christianisme, le judaïsme et le Juif auraient pu rester aussi insignifiants que l’ont été les disciples de Zoroastre. Maurice S. Eisendrath
Est-ce vraiment la volonté de Dieu qu’il n’existe plus aucun judaïsme dans le monde? Serait-ce vraiment le triomphe de Dieu si les rouleaux n’étaient plus sortis de l’arche  et si la Torah n’était plus lue dans les synagogues, si nos anciennes prières hébraïques, que Jésus lui-même utilisa pour adorer Dieu, n’étaient plus récitées, si le Seder de la Pâque n’était plus célébré dans nos vies, si la loi de Moïse n’était plus observée dans nos foyers?  Serait-ce vraiment ad majorem Dei gloriam d’avoir un monde sans Juifs? Abraham Heschel
Au travers des siècles, la communauté juive a interprété la décision de l’Eglise d’adorer Dieu le dimanche comme un rejet du coeur même de l’expérience juive: le rejet de la loi. Ce transfert du jour d’adoration au dimanche a rendu excessivement difficile, sinon virtuellement impossible, pour le juif, d’accorder une considération sérieuse au message chrétien. R. Marvin Wilson
Au IVe siècle, on disait aux Juifs; « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous en tant que juifs ». A partir du Moyen-Age jusqu’au XIXe siècle, on disait aux Juifs; « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous. » A l’époque nazie, on disait aux Juifs: « Vous n’avez pas le droit de vivre. » Paul Hillburg
Il a fallu la « solution finale » des nazis allemands pour que les chrétiens commencent à prendre conscience que le prétendu problème juif est en réalité un problème chrétien et qu’il l’a toujours été. Alice L. Eckardt
Après Auschwitz, (…) demander aux juifs de devenir chrétiens est une manière spirituelle de les effacer de l’existence et ne fait donc que renforcer les conséquences de l’Holocauste. (…)  Après Auschwitz et la participation des nations à ce massacre, c’est le monde chrétien qui a besoin de conversion. Gregory Baum
Tant que l’Eglise chrétienne se considère comme le successeur d’Israël, comme le nouveau peuple de Dieu, aucun espace théologique n’est laissé aux autres confessions et surtout à la religion juive. Gregory Baum
Si la loi du sabbat appartient au cérémoniel et n’est plus obligatoire, pourquoi remplacer le sabbat par un autre jour? Jacques Doukhan
Si la grâce chrétienne a mis fin à la loi juive, si le dimanche chrétien a abrogé le sabbat juif, si la notion d’un Dieu invisible indéfiniment suspendu à une croix a remplacé la notion du Tout-puissant invisible, si le salut et son emphase sur le spirituel l’a emporté sur la création, sur la nature et sur le corps, si le Nouveau Testament a supprimé l’Ancien, si les païens ont remplacé Israël; alors les juifs ont eu théologiquement raison, et ont encore raison aujourd’hui, de rejeter la religion chrétienne. Jacques Doukhan
Le Messie a été représenté dans les écritures hébraïques et dans la tradition juive comme une étoile, une étoile isolée, la dernière étoile qui annonce la venue du jour: l’étoile de David, celle-là même qui est représentée sur le drapeau israélien.  Les chrétiens ont si souvent mis l’accent sur l’événement passé de la crucifixion qu’ils se sont souvent arrêtés à la croix. Ils n’attendent plus. Ils sont déjà sauvés. La croix a éclipsé l’étoile. Jacques Doukhan
Because of the painful and shameful history (…), the name of Jesus has been associated in the Jewish consciousness with the memory of massacre, discrimination, and rejection for 2,000 years, the systematic « teaching of contempt » all climaxing at Auschwitz. Many Christians still do not realize the nature of that connection; and, consciously or not, they keep nurturing their mentalities with the old poison teaching and preaching the curse against the Jews who are charged with the most horrible crime of humanity, deicide: the killing of God. Meanwhile, there is the supersession theology, which denies the Jews and Israel the right even to be Israel, since the « true Israel » is another people. (This theory has been denounced as « a spiritual holocaust. ») This goes along with all kinds of strange ideas that Christians still entertain about the Jews: the myth of the Jewish plot, the association of the Jew with deception and money, etc. I am here referring to the old beast called « anti-Semitism. » You asked me if there is hope of reconciliation after Auschwitz. As long as Christians, whoever they are and whatever community they belong to, do not understand and recognize their responsibility at Auschwitz; as long as they are still fueling the fire and pushing in the same direction; as long as they keep in their heart anti-Semitic ideas and feelings there is no hope of reconciliation. With Auschwitz, Jewish-Christian history has reached a point of no return. After Auschwitz, it is no more decent to think or act or feel in the ways that have produced Auschwitz. To hope for a reconciliation after Auschwitz amounts then to hope in a genuine « conversion » on the part of the Christians. As long as Christians will not take this sin of anti-Semitism seriously, as long as they are not ready to turn back, repent, and recognize the Jewish roots that bear them, there is no hope for reconciliation. As a result, we can even say that there is no hope for any other reconciliation, and I mean here especially the Christian reconciliation with the God of Israel Himself. (..) According to the Jewish law (Halakhah), a Jew always remains a Jew whatever he does, even if he identifies himself as a Christian. Ironically, the Nazis have demonstrated the truth of this observation. The anti-Semite Drumont used to say, « When a Jew becomes Christian, we have one more Christian, but we don’t have one less Jew. » (…) Today, after the Holocaust and centuries of Christian effort to eliminate the Jews from the scene of history, any open at tempt to « convert » Jewish people will trigger strong reactions. Christians who want to share with Jews « the hope of Jesus » should, therefore, first of all ask themselves a question about their real motives. Why do they want to « convert » Jews? Do they intend to transform them into their image and thus erase their Jewish identity? (…) In other words, the conversion of the Christian is a prerequisite for the conversion of the Jew. (…) But in saying that, he does not imply that we have to change our identity in order to be able to reach out to Jews. A man does not need to become a woman in order to be able to reach out to women, and vice versa. (…) Paradoxically after the Holocaust and the creation of the State of Israel, more and more Jews are able to disassociate Jesus from the offensive Christian testimony. It is interesting that much more has been written about Jesus in Hebrew in the last thirty years than in the eighteen previous centuries. Along with Christians who begin to reconsider their Jewish roots and learn to love the law of the God of Israel, many Jews begin to realize that Jesus belongs to their Jewish heritage and as such deserves their attention. Jacques B. Doukhan
The festivals are nothing but a pedagogical or evangelistic tool to be used, just as we sometimes do when we use the model of the sanctuary to witness through this object lesson to our unique message. It should be descriptive and instructive, not prescriptive. If we desire to mark the festival, it would therefore be advisable to do it during its season, not because we want or need to be faithful to agricultural, ritualistic, and legalistic norms, but rather as an opportune moment when other people think about it, just as we traditionally do for Christmas, Easter, or Thanksgiving (although these festivals contain some elements of pagan origin, such as Santa Claus, the Christmas tree, and the Easter bunny). Jacques B. Doukhan
Juifs et chrétiens vont devoir à l’avenir changer ce qu’ils racontent les uns sur les autres. D’un côté, les chrétiens ne seront plus en mesure de prétendre que les juifs en tant que groupe ont consciemment rejeté Jésus comme Dieu. De telles croyances sur les juifs ont conduit à une histoire profonde, sanglante et douloureuse d’antijudaïsme et d’antisémitisme. […] De l’autre côté, les juifs vont devoir arrêter de railler les idées chrétiennes sur Dieu comme une simple collection d’idées fantaisistes “non juives”, peut-être païennes, et en tous les cas bizarres. Daniel Boyarin
Nous définissons habituellement les membres d’une religion en utilisant une sorte de check-list. Par exemple, on pourrait dire que si une personne croit en la Trinité et en l’incarnation, elle est un membre de la religion appelée christianisme, et que, si elle n’y croit pas, elle n’est pas un véritable membre de cette religion. Réciproquement, on pourrait dire que si quelqu’un ne croit pas en la Trinité et l’incarnation, alors il appartient à la religion appelée judaïsme mais que, s’il y croit, il n’y appartient pas. Quelqu’un pourrait aussi dire que, si une personne respecte le shabbat le samedi, ne mange que de la nourriture casher et fait circoncire ses fils, elle est un membre de la religion juive, et que, si elle ne le fait pas, elle ne l’est pas. Ou réciproquement, que, si un certain groupe croit que chacun doit respecter le shabbat, manger casher et circoncire ses fils, cela signifie qu’il n’est pas chrétien mais que, s’il croit que ces pratiques ont été remplacées, alors c’est un groupe chrétien. Comme je l’ai dit, voilà notre façon habituelle de considérer ces questions. (…) Un autre grand problème que ces check-lists ne peuvent pas gérer concerne les personnes dont les croyances et comportements sont un mélange de caractéristiques tirées de deux listes. Dans le cas des Juifs et des chrétiens, c’est un problème qui n’a tout simplement pas voulu disparaître. Des siècles après la mort de Jésus, certains croyaient en la divinité de Jésus, Messie incarné, mais insistaient également sur le fait que, pour être sauvés, ils devaient ne manger que de la nourriture casher, respecter le shabbat comme les autres Juifs et faire circoncire leurs fils. C’était un milieu où bien des personnes ne voyaient pas de contradiction, semble-t-il, à être à la fois juif et chrétien. En outre, beaucoup des éléments qui en sont venus à faire partie de la check-list éventuelle pour déterminer si l’on est juif ou si l’on est chrétien, ne déterminaient absolument pas à l’époque une ligne de frontière. Que devons-nous faire de ces gens là ? Pendant un grand nombre de générations après la venue du Christ, différents disciples, et groupes de disciples, de Jésus ont tenu des positions théologiques variées et se sont engagés dans une grande diversité d’observances relativement à la Loi juive de leurs ancêtres. L’un des débats les plus importants a porté sur la relation entre les deux entités qui allaient finir par former les deux premières personnes de la Trinité. Beaucoup de chrétiens croyaient que le Fils ou le Verbe (Logos) était subordonné à Dieu le Père voire même créé par lui. Pour d’autres, bien que le Fils soit incréé et ait existé dès avant le début du temps, il était seulement d’une substance similaire au Père. Un troisième groupe croyait qu’il n’y avait pas de différence du tout entre le Père et le Fils quant à la substance. Il existait aussi des différences très prononcées d’observances entre chrétien et chrétien : certains chrétiens conservaient une bonne part de la Loi juive (ou même la totalité), d’autres en avaient conservé certaines pratiques mais en avaient abandonné d’autres (par exemple, la règle apostolique d’Actes 15 5 ), et d’autres encore croyaient que la Loi entière devait être abolie et écartée pour les chrétiens (même pour ceux qui étaient nés juifs). Enfin, certains chrétiens étaient d’avis que la Pâque chrétienne était une forme de la Pâque juive, convenablement interprétée, avec Jésus comme agneau de Dieu et sacrifice pascal, tandis que d’autres niaient vigoureusement une telle relation. Cela avait également une portée pratique dans la mesure où le premier groupe célébrait Pâques le même jour où les Juifs célébraient Pessah tandis que le second insistait tout aussi fermement que Pâques ne devait pas tomber le jour de Pessah. Il y avait bien d’autres pommes de discorde. Jusqu’au début du quatrième siècle, tous ces groupes s’appelaient eux -mêmes chrétiens et un bon nombre d’entre eux se définissaient tout autant juifs que chrétiens. Selon cette vue, tenue par beaucoup de penseurs et d’exégètes, chrétiens aussi bien que juifs, après l’humiliation, la souffrance et la mort du Messie Jésus, la théologie de la souffrance vicaire rédemptrice aurait été découverte, apparemment en Is 53. On prétend alors que ce dernier texte a été réinterprété pour renvoyer non au peuple d’Israël persécuté mais au Messie souffrant. “ Le Seigneur a voulu l’écraser par la souffrance. S ’il fait de sa vie un sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours ; par lui la volonté du Seigneur s’accomplira. A la suite de son épreuve, il verra la lumière ; il sera comblé par sa connaissance. Le juste, mon serviteur, justifiera des multitudes et il portera lui-même leurs fautes. C’est pourquoi je lui donnerai une part parmi les princes et il partagera le butin avec les puissants ; parce qu ’il s’est livré lui-même à la mort et qu’il a été compté parmi les criminels ; alors qu’il portait pourtant le péché des multitudes et intercédait pour les criminels” (Is 5 3,10-12). Si ces versets se réfèrent effectivement au Messie, ils prédisent clairement ses souffrances et sa mort pour expier les péchés des humains. Cependant, on nous affirme que les Juifs auraient toujours interprété ces versets comme une évocation des souffrances du peuple d’Israël lui-même et non du Messie, qui serait quant à lui uniquement triomphant. Résumons ainsi cette opinion communément reçue : la théologie des souffrances du Messie est une réponse apologétique a posteriori pour expliquer les souffrances et l’humiliation subies par Jésus puisque les ‘chrétiens’ le tenaient pour le Messie. Selon cette vue, le christianisme a été inauguré au moment de la crucifixion, qui aurait mis en branle la nouvelle religion. En outre, beaucoup de ceux qui défendent ce point de vue sont aussi d’avis que le sens original d’Isaïe 53 a été déformé par les chrétiens pour expliquer et rendre compte du fait choquant de la crucifixion du Messie, alors qu’il se référait initialement aux souffrances du peuple d’Israël. Ce lieu commun doit être entièrement rejeté. La notion d’un Messie humilié et souffrant n’était pas du tout étrangère au judaïsme avant la venue de Jésus et elle est demeurée courante chez les Juifs postérieurement, et ce jusque dans la première période moderne. C’est un fait fascinant (et sans doute inconfortable pour certains) que cette tradition a été bien établie par les Juifs messianiques modernes soucieux de démontrer que leur foi en Jésus ne les ‘déjudaïse’ pas. Que l’on accepte ou non leur théologie, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils ont constitué un très fort dossier textuel à l’appui de l’idée que la conception d’un Messie souffrant est enracinée dans des écrits profondément juifs, tant anciens que plus récents. Les Juifs n’ont apparemment pas eu de difficulté à envisager un Messie qui offrirait sa souffrance pour racheter le monde. Redisons-le : ce qu’on aurait dit de Jésus soi-disant après coup est en fait un ensemble d’attentes et de spéculations messianiques bien établies qui étaient courantes avant même que Jésus ne vienne au monde. Des Juifs avaient appris par une lecture attentive de certains textes bibliques que le Messie souffrirait et serait humilié ; cette lecture assumait précisément la forme de l’interprétation rabbinique classique que nous connaissons sous le nom de midrash, une façon de faire se répondre des versets et des passages de l’Ecriture pour en tirer de nouveaux récits, de nouvelles images et idées théologiques. » Daniel Boyarin
Tout le monde sait bien que Jésus est juif, mais l’auteur affirme que le Christ l’est aussi. Les bases de la christologie chrétienne appartiennent à la pensée israélite du second Temple et les divergences invoquées pour justifier une rupture historique prétendument immédiate entre « judaïsme » et « christianisme » sont erronées. La notion d’un Messie humano-divin, la pensée qu’en Dieu réside une seconde figure divine, la conception d’un Messie qui porte les péchés et sauve par sa souffrance, entre autres, ne sont pas une réinterprétation chrétienne, rétrospective et abusive, du Fils de l’Homme de Daniel 7 et du Serviteur souffrant d’Isaïe 53, mais des interprétations largement attestées dans la littérature juive contemporaine (Hénoch, Esdras, etc.). La nouveauté chrétienne est de voir leur réalisation dans cet homme-là Jésus et tous les juifs ne vont pas l’accepter. Même la prétendue rupture de Jésus avec les observances de la Torah résulte d’une mauvaise lecture de Marc 7 Trinité, messie humano-divin, messie souffrant, lois alimentaires, sabbat, circoncision, Yavné et Nicée, Qumran et autres. Ces textes intertestamentaires sont des textes qui montrent la diversité de pensée qui était dans ce qu’on appelle le judaïsme des premiers siècles (avant Jésus). Sébastien Lapaque
In the Soviet Union, run as it was by the self-declared militant godless, Christmas was a secular holiday: It was called New Year’s. People had New Year’s trees, decorated with New Year’s ornaments, under which Father Frost would leave New Year’s gifts. These images are central, beloved memories of my childhood — waking up to a sparkling, decorated tree in my room, piled high with presents that, given that it was the Soviet Union, were often slightly defective. When we came to the United States, we brought ornaments, some of which have been in the family for generations. For the first few years in the States, we’d get a New Year’s tree on Dec. 26, decorate it, lay presents under it and celebrate the New Year as we had for as long as anyone could remember. But after a few years, we stopped. It was no longer a New Year’s tree in a Soviet house. It had become a Christian symbol in a Jewish house. Christmas was all around us, for nearly one-tenth of the year, every year. It began to feel deeply alien precisely because we were secular, but it was not. Despite the movies and the shopping, despite the Germanic decor, Christmas is still, at its core and by design, about the birth of Christ, a point that seems bizarre to argue. Just look at all those nativity scenes! And we don’t observe the holiday on just any day. Dec. 25 has Christian significance. Whenever I hear the name, I hear the “Christ” in it. To me, it’s strange that many of its celebrants do not. And despite its celebration of a Christian god, it is everywhere, for over a month, in a way no other holiday is — not even Easter. It is in every ad, in every window and doorway, and on everyone’s lips. If you’re not a part of the festivities, even its sparkling aesthetic can wear you down. When you are from a minority religion, you’re used to the fact that cabdrivers don’t wish you an easy fast on Yom Kippur. But it’s harder to get used to the oppressive ubiquity of a holiday like Christmas. “This is always the time of year I feel most excluded from society,” one Jewish friend told me. Another told me it made him feel “un-American.” To say it’s off-putting to be wished a merry holiday you don’t celebrate — like someone randomly wishing you a happy birthday when the actual date is months away — is not to say you hate Christmas. It is simply to say that, to me, Julia Ioffe, it is alienating and weird, even though I know that is not intended. I respond: “Thanks. You, too.” But that feels alienating and weird, too, because now I’m pretending to celebrate Christmas. It feels like I’ve verbally tripped, as when I reply “You, too!” to the airport employee wishing me a good flight. There’s nothing evil or mean-spirited about any of it; it’s just ill-fitting and uncomfortable. And that’s when it happens once. When it happens several times a day for a month, and is amplified by the audiovisual Christmas blanketing, it’s exhausting and isolating. It makes me feel like a stranger in my own land. Julia Ioffe
Christmas is basically a traditional Jewish way of life. We know Jesus Christ was Jewish, and that for centuries our people have been the targets of anti-Semitism because of it. However, this practicing Jew looks at Christmas and all the joy it brings as a sign of Jewish values and many, many successes. Look at the time spent on family gatherings. Waiting on crowded highways, sitting in airport lounges and spending hundreds of dollars to share a meal, an overnight stay, and to spend valuable time together. We observant Jews do it weekly. My non-Jewish friends often joke about wishing how they had the ability to turn off a phone, like we observant Jews all do every Shabbat. Some wonder how they will ever get everything together in time for a festive meal. My answer: You don’t have religious laws restricting your time, so just Go For It! I admit: I am a Christmas movie addict. What better way to spend quality family time than to watch the classics like “It’s a Wonderful Life” or the Hallmark Channels and their 24-hour features? Personally, I wish there were a Hanukkah story or two. Why not a movie called “Latkes Fried With Love” or “Dreidel Competition”? David Lehman, author of “A Fine Romance: Jewish Songwriters, American Songs”, from Nextbook Press, says that this Christmas phenomenon is just one example of his larger point: that the story of American popular music is massively a Jewish story. Tablet magazine asked Lehman to list his 10 favorite Christmas songs written by Jews. His only regret? “I really wish that ‘Have Yourself a Merry Little Christmas’ was by Jews,” he says. “That would definitely be in the top five.” As we light our next Shabbos candles, let’s appreciate the feelings of love, the extra holiday greetings we share on the street with strangers and the sweetness of a simple cup of hot cocoa or a bite from a basic sugar cookie. Cindy Grosz
First of all, I love Christmas music. The innocent, hopeful melodies, the joyous diddies, the corny jingles — all of them bring smiles to my face. And when they become too cheesy or too much, I change the station. The fact that many of the most famous songs have Jewish composers only underscores the amazing cross-cultural pollination that is America at its best. Next, I think the decorations are wonderful. The lights are festive. The inflatables are mildly ridiculous — in a fun way. The projections on the houses get more and more colorful each year. I’ve inoculated my children against Christmas envy with a steady diet of Christmas house viewing and helping our Christian friends celebrate at their homes. Boring office building lobbies are filled with green and red, people try to be a bit more cheerful and friendly. Outside many local stores the Salvation Army stands asking for charity amid the rampant consumerism — and people give! Christmas has also boosted the profile of our minor festival of Hanukkah. Every Jew knows the story of the miraculous light burning for eight days, they know of the brave Maccabees standing up for their religious freedom, they celebrate with friends and family and synagogue communities. As a rabbi, I sincerely wish that we got the same enthusiasm for Sukkot or Shavuot, two traditionally major festivals on the Jewish calendar that do not get enough attention in the liberal Jewish world. But I’ll happily go along with the enthusiasm for Hanukkah and use it to offer Jewish teachings about appreciation for miraculous things in our lives and our ability to stand up for our values. I do not bemoan the popularity of a minor festival; I embrace it. Finally, I’m grateful that this time of years allows many of my friends, neighbors and Christian colleagues to embrace the highest and best values of their faith. The Christmas message of hope and the values of generosity, kindness, and joy are ideals that we share with Christians. In a world so torn by strife, how wonderful to have a time when our friends and neighbors can celebrate such goodness. The Christmas decorations we see all around remind me of this more than anything else. Each year at this season I see a lot of articles and blogs by my co-religionists worried about how the profusion of Christmas in public spaces impacts them and their children. I have a few suggestions for people who feel this way. First, recognize that we are, indeed, only one religious group in America and that the Christians should, by all means, be able to celebrate their most important holiday in a way that is meaningful to them. Most decorations in public spaces tend toward tinsel and lights rather than public Nativity Scenes — in other words, festive, not religious. Ironically, the menorah that many stores and office buildings put out is a religious ritual object — not just a fanciful symbol. Schools public and private recognize Christmas in myriad ways. If your children are forced to accept Jesus as their Lord and Savior in school, that is a problem. If they sing Frosty the Snowman or Jingle Bells in the school chorus, offer to teach the chorus some Hanukkah songs or Passover diddies — just make sure that they are innocuous like Jingle Bell Rock rather than holy like O Come, All Ye Faithful. If the chorus is singing explicitly religious Christian songs, use it as an opportunity to teach your children about multi-culturalism and then, based on your feelings and beliefs, ensure that your child can opt out of those songs. It is worth noting that much of the great art of Western Civilization depicts Christian themes — the Christmas Chorus Concert may be a perfect chance to introduce your children to this fact and how to appreciate the art without accepting its theology. On a public policy level, I am grateful that my children’s public school is closed on Rosh Hashanah and Yom Kippur. I am also sure that closing for those two days is a major inconvenience for the Christian parents. In financial terms, it must have a greater impact on them than the school Christmas celebrations have on my family. I think that a coherent argument could be made against closing on Rosh Hashanah and Yom Kippur based the Establishment Clause of the First Amendment. I am eternally grateful that school does close and that my Christian friends and neighbors graciously enable me to celebrate my faith. I’m happy to offer the quid pro quo of gingerbread houses at the 2nd grade “Holiday” party. In the end, the best thing that any Jew can do to inoculate ourselves in this season (beside getting a flu shot — which you should get!), is to get involved in Jewish religious life. When we practice Judaism, embrace Jewish culture, and live out Jewish values in our day to day lives, it becomes much easier to celebrate the fact that our Christian neighbors are doing the same thing. Their celebration need not be a threat to our identity. Instead, their we can find joy and satisfaction in the meaning and spiritual uplift they experience during their most precious holiday. Rabbi Howard Goldsmith
Christmas fascinates me. I’m drawn to its history, its color, its atmosphere, its music. And, of course, I’m drawn to the fact that Jesus was a Jew. He was born a Jew, lived as a Jew and died a Jew. If for nothing else, I can appreciate Christmas as the celebration of one Jew’s epic birthday. . . . I am grateful to my Christian neighbors and friends. Through their religious holy day, I am better able to confront and clarify my own religious convictions and theological certitudes. Like a brightly lighted Christmas tree, Christianity dispels a lot of darkness, theological as well as moral. In its glow, it challenges Christians and non-Christians alike to consider that which is transcendent, eternal, and greater than us all. Rabbi Michael Gottlieb
As Jews I think we ought to recognize that today the greatest challenge to our faith is not another faith, but faithlessness. Our greatest fear should not be those who worship in a different way but those who mockingly reject the very idea of worship to a higher power. Our children today are threatened by the spirit of secularism more than by songs dedicated to proclaiming a holy night. Living among Christians who demonstrate commitment to their religious beliefs to my mind is a far better example to my coreligionists than a secular lifestyle determined solely by hedonistic choices. Surrounded by Christmas celebrations, I have never had difficulty explaining to my children and my students that although we share with Christians a belief in God we go our separate ways in observance. They are a religion of creed and we are a religion of deed. They believe God became man. We believe man must strive to become more and more like God. We differ in countless ways. Yet Christmas allows us to remember that we are not alone in our recognition of the Creator of the universe. We have faith in a higher power. Wondering why we don’t celebrate Christmas is the first step on the road to Jewish self-awareness. To be perfectly honest, Christmas season in America has been responsible for some very positive Jewish results. This is the time when many Jews, by dint of their neighbors’ concern with their religion, are motivated to ask themselves what they know of their own. To begin to wonder why we don’t celebrate Christmas is to take the first step on the road to Jewish self-awareness. My parents were « reminded » of being Jewish through the force of violence. Our reminders are much more subtle, yet present nonetheless. And when Jews take the trouble to look for the Jewish alternative to Christmas and perhaps for the first time discover the beautiful messages of Chanukah and of Judaism, their forced encounter with the holiday of another faith may end up granting them the holiness of a Jewish holiday of their own. So this Christmas, pick up a good Jewish book or attend a Jewish seminar. Or check out my online course, Deed and Creed at JewishPathways.com, which explores the key philosophical differences between Judaism and Christianity. Call me naïve, but nowadays I really love this season. Because together all people of goodwill are joined in the task to place the sacred above the profane. Rabbi Benjamin Bech
I’m an Orthodox Jew for whom Dec. 25 has zero theological significance. My family doesn’t put up a tree, my kids never wrote letters to Santa, and we don’t go to church for midnight Mass. But while I may not celebrate Christmas, I love seeing my Christian friends and neighbors celebrate it. I like living in a society that makes a big deal out of religious holidays. Far from feeling excluded or oppressed when the sights and sounds of Christmas return each December — OK, November — I find them reassuring. To my mind, they reaffirm the importance of the Judeo-Christian culture that has made America so exceptional — and such a safe and tolerant haven for a religious minority like mine. (…) As an observant Jew, I don’t celebrate Christmas and never have. Do the inescapable reminders at this time of year that hundreds of millions of my fellow Americans do celebrate it make me feel excluded or offended? Not in the least: They make me feel grateful — grateful to live in a land where freedom of religion shields the Chanukah menorah in my window no less than it shields the Christmas tree in my neighbor’s. That freedom is a reflection of America’s Judeo-Christian culture, and a central reason why, in this overwhelmingly Christian country, it isn’t only Christians for whom Christmas is a season of joy. And why it isn’t only Christians who should make a point of saying so. Jeff Jacoby
Comme tous les ans durant la période de Noël, des milliers de pèlerins et touristes du monde entier convergent vers la ville de Bethléem. Mais pour les chrétiens de Gaza, soumis à des restrictions de mouvements, cette possibilité semble désormais relever du privilège. L’accès au territoire palestinien est en effet rigoureusement contrôlé par les autorités militaires israéliennes qui délivrent des permis d’entrée et de sortie. Chaque année, un certain nombre d’entre eux est concédé aux chrétiens de Gaza souhaitant se rendre à Jérusalem ou en Cisjordanie pour les fêtes de Noël et de Pâques. Pour Noël 2018, 500 permis de sortie ont été promis par Israël, mais en pratique, seuls 220 ont été effectivement délivrés pour le moment à des personnes âgées entre 16 et 35 ans ou de plus de 55 ans, ce qui donne lieu à des situations problématiques au sein de plusieurs familles: le père obtenant un permis mais pas la mère et inversement, ou des permis accordés aux enfants mais pas aux parents et inversement. Mgr Giacinto Boulos Marcuzzo, vicaire patriarcal pour Jérusalem et la Palestine avoue ne pas saisir la politique choisie par Israël dans ce domaine. «C’est une logique d’occupation que nous ne comprenons pas, ni ne justifions», assène-t-il. Pouvoir se rendre à Bethléem pour fêter Noël devrait être un droit naturel pour un chrétien gazaoui et non pas un privilège, déplore l’évêque italien. Mgr Marcuzzo se trouvait d’ailleurs à Gaza dimanche dernier, en compagnie de l’administrateur apostolique du patriarcat latin de Jérusalem, Mgr Pierbattista Pizzaballa, pour célébrer Noël avec la petite communauté latine locale, selon une tradition désormais bien installée. Le vicaire patriarcal évoque une atmosphère générale empreinte de tristesse, même si la médiation égyptienne et qatarie entreprise ces derniers jours a fait baisser la tension dans le territoire palestinien, après des semaines de fièvre et d’affrontements liés aux «marches du retour». La présence chrétienne quant à elle s’amoindrit sensiblement. Face à des conditions de vie précaires et au manque évident de perspectives, l’émigration reste une tentation inexorable. On comptait il y a encore quelques années environ 3 000 chrétiens de toute confessions à Gaza; ils ne représentent aujourd’hui que 1 200 âmes, dont 120 catholiques latins. Vatican news
A Gaza également, l’ambiance est sombre (…) Une partie de la communauté chrétienne de la bande Gaza ne pourra pas se rendre dans la ville natale du Christ en raison des restrictions de circulation imposées par Israël qui comme chaque année n’a délivré des permis qu’au compte-gouttes. (…) Tous aimeraient être à Béthléem pour Noël, mais cette année seules 600 personnes ont reçu des permis, plus d’un tiers de la toute petite communauté chrétienne de l’enclave s’apprête donc à passer le réveillon sur place et sans grand enthousiasme.  (…) Un Noël maussade dans une bande de Gaza soumise à un sévère blocus israélien et ces restrictions de circulation concernent plus de deux millions de Palestiniens (…) Une situation qui a contribué à l’exode des chrétiens de Gaza. On en comptait 3.500 il y a 15 ans, selon les estimations, ils ne seraient plus qu’un millier aujourd’hui. France Inter
A la Maison de la Radio, les vieilles traditions de Noël ne se perdent pas. Dans les temps anciens, la fête de la nativité était l’occasion d’accabler les Juifs afin rappeler sa faute inexpiable au « peuple déicide ». Reprenant le flambeau, France Inter semble s’ingénier à diffuser tous les 24 décembre une petite perfidie anti-israélienne, afin de mieux stigmatiser ceux qui aux yeux de la station constituent les fauteurs de trouble dans la région. Cette année, dans la page consacrée aux préparatifs de Noël, nous avons ainsi eu droit à un reportage sur le triste sort des chrétiens de Gaza. Vivre dans l’enclave islamiste aux mains des terroristes du Hamas n’est certes pas une sinécure lorsque l’on n’est pas musulman. Mais à écouter le journal du matin, présenté par Agnès Soubiran, « l’ambiance sombre » qui affecte le petit territoire palestinien n’est due qu’à une cause : « Une partie de la communauté chrétienne de la bande Gaza ne pourra pas se rendre dans la ville natale du Christ en raison des restrictions de circulation imposées par Israël qui comme chaque année n’a délivré des permis qu’au compte-gouttes… » Suit le reportage à Gaza de la journaliste Marine Vlahovic. On y apprend que « seules 600 personnes ont reçu un permis » de la part des autorités israéliennes pour pouvoir quitter Gaza et se rendre à Bethléem. Les autres ont célébré la messe à Gaza. « On fait un petit dîner pour le réveillon et ensuite on assiste à la messe de minuit ici. A par ça, il n’y a rien à faire. Alors qu’ailleurs il y a plein de festivités. C’est vraiment très frustrant de rester ici. En fait c’est comme si ce n’était pas vraiment Noël », explique une jeune Gazaouite chrétienne au micro de France Inter. Les responsables de ce « Noël maussade » ? Les Israéliens bien sûr, en raison du « blocus sévère » qu’ils imposent à Gaza. Sur les conditions et les raisons de ce « blocus » (qui n’en est pas un puisque chaque jour des centaines de camions de marchandises pénètrent à Gaza et de très nombreux Gazaouites ont la possibilité de pénétrer en Israël ne serait-ce que pour aller se faire soigner dans les hôpitaux israéliens), on ne saura rien. Ni l’irrédentisme du Hamas, ni la violence qu’il dirige chaque jour contre Israël, ni les tirs de roquettes et de missiles sur les villes israéliennes ne sont évoqués dans ce reportage. Si les chrétiens souffrent à Gaza, c’est de la faute des Juifs, pas des milices islamistes qui ont imposé leur loi sur le territoire. Rien sur les discriminations, les menaces et les humiliations dont sont quotidiennement victimes les chrétiens (sans parler des conversions forcées). L’envoyée spéciale de France Inter à Gaza, Marine Vlahovic, n’a peut-être pas réussi à mettre la main sur le tract diffusé par les brigades al-Nasser al-Din, l’une des plus implacables milices islamiques à Gaza, intimant à la population de ne pas célébrer Noël ? Si la journaliste s’était donnée la peine de lire le Jerusalem Post, elle aurait pu apprendre que ce tract a été diffusé auprès des musulmans mais également des chrétiens auxquels on a bien fait comprendre qu’il leur est demandé d’adopter un profil bas en toutes circonstances. Le tract, qui a été distribué dans les jours précédant Noël, rappelle, versets du Coran à l’appui, la stricte interdiction de célébrer cette fête. « Dieu n’est pas pour le peuple du mal », peut-on y lire à gauche (juste au-dessus d’un sapin barré d’une croix rouge). (…) Dans son reportage radio, la journaliste de France Inter a aussi omis de préciser que les églises de Gaza étaient illuminées en vert, aux couleurs de l’islam ! La petite minorité chrétienne de l’enclave aux mains des islamistes a-t-elle manifesté son consentement pour ces illuminations de Noël d’un genre très particulier ? (…) Bien entendu, à aucun moment l’envoyée spéciale à Gaza n’a jugé utile de prendre contact avec les autorités israéliennes pour connaître leur position sur ce dossier. Le reportage en tout cas n’en parle pas. (…) Pareillement, le reportage rend les Israéliens responsables de l’exode des chrétiens dont une grande majorité a quitté Gaza ces dernières années. Pour la radio de service public, ce n’est certes pas l’instauration implacable de la charia – la loi islamique – qui a poussé ces chrétiens à fuir mais bien les « sionistes » qui auraient rendu l’atmosphère irrespirable. « Une situation qui a contribué à l’exode des chrétiens de Gaza. On en comptait 3.500 il y a 15 ans, selon les estimations, ils ne seraient plus qu’un millier aujourd’hui », conclut la journaliste. On sursaute un peu à la lecture de cette dernière information qui change un tantinet la donne (c’est à se demander si les journalistes et les présentateurs comprennent ce qu’ils disent à l’antenne). Les Israéliens ont donc distribué cette année 600 autorisations pour se rendre à la messe de minuit à Bethléem pour une population estimée à mille âmes ? Malgré le climat de violence que le Hamas fait régner depuis le printemps dernier à la frontière avec Israël, plus d’un chrétien sur deux s’est vu autorisé à la franchir ? Et c’est ce que la présentatrice appelle des autorisations délivrées « au compte-gouttes » ? (…) Cette enquête sur les tourments infligés par Israël aux chrétiens de Gaza est tellement bidon qu’aucun grand titre de la presse française ne l’a reprise. En cherchant bien, nous avons retrouvé l’info sur ce site turc francophone pro-Erdogan… accompagnée d’une photo de propagande qui relève plus de la mise en scène que de l’authentique reportage. InfoEquitable
Mind the gap. Annonce du métro londonien
La période intertestamentaire désigne, selon l’exégèse chrétienne, l’intervalle historique s’étendant entre la rédaction des textes canoniques de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament. On considère généralement qu’elle s’étend sur environ quatre siècles, entre la mort de Malachie, dernier prophète vétérotestamentaire, autour du Ve siècle av. J.-C., et la prédication de Jean le Baptiste, bien que cette division soit discutée. L’adjectif intertestamentaire s’applique en particulier à certains écrits religieux issus du judaïsme au cours de cette période, rédigés en grec ou en langue hébraïque. Une grande partie de ces textes sont jugés apocryphes ou pseudépigraphes. Plusieurs Livres deutérocanoniques considérés comme canoniques par l’Église catholique et l’Église orthodoxe ont toutefois été rédigés au cours de cette période. Cette appellation est critiquée par certains spécialistes, d’une part parce que cette littérature s’est maintenue pendant et dans une certaine mesure après la prédication du Christ, et d’autre part parce que selon eux plusieurs livres du Tanakh, dont Daniel, Esdras/Néhémie et Chroniques, furent écrits au cours cette période dite « intertestamentaire ». Bon nombre d’écrits intertestamentaires relèvent de la littérature apocalyptique et furent rédigés entre le début du IIe siècle av. J.-C. et la fin du Ier siècle av. J.-C.. Certains textes furent réunis en collection avec d’autres plus anciens, comme le Livre d’Hénoch. Ces écrits étaient généralement attribués à des figures bibliques anciennes, peut-être dans le but d’échapper à la répression des autorités. Parmi ceux-ci on peut citer l’Apocalypse d’Esdras, l’Apocalypse de Baruch, l’Apocalypse d’Élie, le Livre des Jubilés, les Testaments des douze patriarches et les Psaumes de Salomon, entre autres. La littérature rabbinique fut abondante au cours de cette période, bien qu’on ne le classe généralement pas dans la littérature intertestamentaire, s’agissant dans bien des cas de transcriptions de règles orales plus anciennes. Les manuscrits de la mer Morte constituent un important échantillon de littérature intertestamentaire. Wikipedia
Une synagogue (du grec Συναγωγή / Sunagôgê, « assemblée » adapté de l’hébreu בית כנסת (Beit Knesset), « maison de l’assemblée ») est un lieu de culte juif. L’origine de la synagogue, c’est-à-dire d’un lieu de rassemblement des fidèles dissociés de l’ancien rituel de l’autel du Temple, remonte peut-être aux prophètes et à leurs disciples ; originellement elle ne possède pas un caractère sacré, mais l’acquiert au fil du temps. La synagogue en tant qu’institution caractéristique du judaïsme naquit avec l’œuvre d’Esdras. Elle y a depuis pris une telle importance que « la Synagogue » en vient à désigner figurativement le système du judaïsme, par opposition à « l’Église » (…) Ni le terme, ni le concept d’une synagogue ne se retrouvent dans le Pentateuque (bien que la tradition rabbinique ainsi que Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe affirment que l’institution remonte à Moïse). L’idée d’une prière collective n’y est pas davantage mentionnée, et le seul lieu du culte décrit est le Tabernacle, un sanctuaire transportable abritant en son Saint des Saints l’Arche d’alliance. Celle-ci se retrouve dans le Temple de Salomon, construit pour l’abriter de façon permanente. La première évocation d’un rassemblement hors du Temple est trouvée dans Isaïe 8:16 : il s’agit d’un cercle de disciples réunis autour d’Isaïe, afin d’entendre de lui la parole de Dieu et la Torah. C’est également le cas dans Ézéchiel 8:11, où les anciens de Juda se réunissent dans la maison d’Ezéchiel. Le psaume 74:8 probablement daté du premier exil, mentionne « les centres consacrés à Dieu dans le pays ». Il semblerait que les synagogues se soient multipliées après la destruction du premier et du second Temples : selon une tradition rabbinique consignée dans la Mishnah (laquelle fut compilée vers 200 EC, plus d’un siècle après la destruction du second Temple), une grande ville compte obligatoirement dix batlanim, sinon c’est un village ; un batlan étant défini comme un individu renonçant à son travail pour aller prier, la Mishna enseigne qu’il existe une synagogue en tout endroit où un minyan de dix hommes est capable, à n’importe quel moment, de se réunir pour prier. Les Actes des Apôtres indiquent également que les synagogues que l’on trouvait dans chaque ville existaient depuis de nombreuses années (Actes 15:21), et en citent plusieurs, dont celle des Affranchis, celle des Cyrénéens et celle des Alexandrins. Le Talmud mentionne de nombreuses synagogues en Mésopotamie, dont celle de Néhardéa, et plus de 400 synagogues à Jérusalem avant la destruction du second Temple (Keritot 105a), tandis que les Évangiles évoquent celles de Nazareth et de Capharnaüm. Paul prêche dans les synagogues de Damas, de Salamine en Chypre, d’Antioche, etc. La chute du second Temple amplifie l’importance de la synagogue, car c’est là que seront perpétués les rites du Temple à l’exception capitale du sacrifice et c’est dans les synagogues que pourra se réunir le minyan composé de 10 hommes. Les synagogues vont donc se multiplier dans la diaspora. Celle d’Alexandrie décrite dans le Talmud était énorme puisque le chantre y indiquait aux fidèles à l’aide de drapeaux quand dire Amen. Wikipedia
Dans la Bible, la racine śāṭan apparaît à la fois sous forme de nom et verbe. Sous la forme de verbe, śāṭan apparaît 6 fois dans le texte massorétique de la Bible hébraïque, principalement dans le livre des Psaumes (Psaumes 38, 71 et 109). En dehors des Psaumes, le verbe n’est attesté que dans le livre de Zacharie (3.1)3. Le texte grec de la Septante rend le verbe par endieballon. Sous forme de nom, le terme śāṭān n’existe presque exclusivement qu’en tant que nom commun, désignant une fonction qui peut s’appliquer à des êtres humains, des créatures célestes ou une allégorie. Le roi David est par exemple qualifié de śāṭān par les Philistins, c’est-à-dire d’adversaire militaire. Lui-même qualifie Abishaï, un membre de sa cour, de śāṭān pour avoir proposé de condamner à mort un ancien opposant au roi. Dans sa lettre à Hiram de Tyr, on voit le roi Salomon utiliser le terme śāṭān pour signifier qu’il n’a plus d’ennemi qui menace son royaume. Plus tard, lorsque Hadad d’Édom et Rezin de Syrie s’attaquent à son royaume, ils sont qualifiés de śāṭān. Dans quatre passages de la Bible, le nom śāṭan est utilisé pour désigner des créatures célestes : livre des Nombres 22.22 et 22.32, Premier livre des Chroniques 21.1, livre de Zacharie 3.1 et livre de Job, chapitre 1 et 2. Dans les Nombres et les Chroniques, śāṭān apparaît à la forme indéfinie (« un satan »). Dans les Nombres, il désigne un ange de Yahweh placé sur le chemin du prophète Balaam pour empêcher son ânesse d’avancer. Il est l’envoyé de Yahweh et n’a rien en commun avec Satan tel qu’on le concevra plus tard. Dans les deux premiers chapitres du livre de Job, où le terme revient 14 fois, il apparaît toujours à la forme définie (haśśāṭān « le satan »). Il ne s’agit donc pas d’un nom propre. Le satan a une fonction judiciaire, celle d’accusateur. Il assiste Yahweh dans le jugement de Job mais il n’est pas autonome. Même s’il s’en prend à Job, il est soumis à Yahweh et n’agit qu’avec sa permission. Certains chercheurs ont proposé de voir dans cette fonction d’accusateur le reflet d’une pratique du système légal dans l’Israël antique ou à l’époque perse. Même dans ce cas, il ne s’agit pas nécessairement d’une fonction officielle pour un accusateur professionnel, il peut s’agir d’un statut légal donné temporairement dans des circonstances appropriées. La forme définie utilisée dans le livre de Job est généralement comprise comme un exemple de détermination imparfaite où l’article n’insiste pas sur l’identité précise d’un personnage mais sur ce qui le caractérise dans les circonstances particulières du récit. Le satan apparaît également comme une figure allégorique dans le troisième chapitre du livre de Zacharie. Dans la quatrième vision de Zacharie, le grand prêtre Josué se tient devant l’ange de Yahweh avec le satan pour l’accuser. L’ange réprimande le satan et donne de nouveaux vêtements au grand prêtre. Cette vision peut être comprise comme le symbole d’une communauté juive nouvellement restaurée au retour de l’exil à Babylone à la fin du VIe siècle av. J.-C. et à qui Yahweh a pardonné ses péchés. Elle peut aussi être comprise comme une allégorie politique qui symbolise la lutte entre Néhémie (l’ange) et Sanballat le Horonite (le satan) pour l’influence sur le sacerdoce du petit-fils de Josué, Eliashiv. La communauté juive est alors profondément divisée sur les questions cultuelles et sur la grande prêtrise. L’intervention du satan contre le grand prêtre peut symboliser les divisions internes de la communauté. Dans le premier livre des Chroniques, le mot śāṭān apparaît à la forme indéfinie et c’est le seul endroit dans la Bible hébraïque où cette forme désigne peut-être un nom propre (« Satan ») et pas un nom commun (« un satan »). Ce passage indique que c’est Satan qui a incité David à recenser le peuple. Dans le passage parallèle du second livre de Samuel, c’est pourtant Yahweh qui est à l’origine de ce recensement. Différentes explications ont été proposées pour expliquer ce transfert de responsabilité de Yahweh à Satan. Lorsque l’auteur des Chroniques retravaille le livre de Samuel, il a pu vouloir exonérer Yahweh d’un acte manifestement condamnable. Une autre explication y voit une réflexion sur l’origine du mal dans la littérature biblique tardive. La littérature ancienne, dont Samuel, ne connaît qu’une seule cause dans l’histoire humaine : Yahweh. Le Chroniste semble proposer un nouveau développement en introduisant une cause secondaire, Satan. Dans la littérature juive de l’époque hellénistique, d’autres points de vue sur le satan commencent à circuler dans le judaïsme. La démonologie devient plus développée, peut-être sous l’influence de la religion perse et du dualisme zoroastrien. Dans cette littérature post-biblique, Satan apparaît comme le nom d’un démon. Il figure dans le Livre des Jubilés (23.29) et dans l’Assomption de Moïse (en) (10.1). Le texte pseudépigraphique de l’Apocalypse de Moïse contient une légende sur la façon dont Satan a été transformé en ange de lumière et a travaillé avec le serpent pour tromper Ève. La littérature de cette période cite aussi d’autres démons par leur nom, Asmodée dans le livre de Tobie, Azazel dans le livre d’Hénoch (8.1-2). Même si Satan figure dans les Jubilés, c’est surtout Mastema qui est à la tête des esprits démoniaques et qui se voit transférer la responsabilité des actions problématiques de Yahweh. Dans les manuscrits de Qumrân, les forces des ténèbres sont représentées par Belial. Dans la Bible, belial est un terme qui caractérise une personne « sans valeur » alors qu’à Qumrân, belial devient un nom propre. La prolifération des démons dans la littérature post-biblique reflète une évolution de la perception du monde. Alors que dans la Bible, le monde est régi par la seule volonté de Yahweh, le judaïsme post-biblique voit l’émergence d’une mythologie qui reprend des thèmes déjà présents dans la Bible, quoique rejetés par les prophètes4. Dans le Nouveau Testament, on voit Jésus de Nazareth utiliser le vocable de Satan comme un nom propre « diabolique ». Satan est connu par l’expression latine : Vade retro Satana (« Arrière, Satan ! ») extraite de l’Évangile selon Matthieu (4,10) selon la Vulgate de Jérôme de Stridon, lors de la tentation de Jésus dans le désert. Il est également cité dans le passage correspondant de l’évangile selon Marc : « Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert, Où il passa quarante jours, tenté par Satan » (Marc 1,11 et Marc 1,12), ainsi que dans un autre passage, dans l’évangile selon Luc : « Jésus leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair ! » (Luc 10,18). Les Sages de la Mishna mentionnent rarement Satan. Il y apparaît comme une force du mal impersonnelle. Chez les Amoraïm, Satan occupe une place plus importante. Il développe une identité propre. Il est identifié au yetser hara qui désigne le mauvais penchant, la tentation. Il est responsable de tous les péchés décrits dans la Bible. Les sources rabbiniques identifient Satan au serpent du Jardin d’Éden (Sanhédrin 29a). Elles le tiennent pour responsable de la faute du Veau d’or (Shabbat 89a) et de celle de David avec Bethsabée (Sanhédrin 107a). Une des fonctions du shofar pendant la célébration du Roch Hachana est de couvrir les accusations portées par Satan contre les Enfants d’Israël (Roch Hachana 16b). Satan est d’ailleurs sans pouvoir contre eux le jour du Yom Kippour (Yoma 20a). Tel que l’enseigne la Torah d’Israël, l’autorité divine ne se partage pas et en ce sens le « diable » n’existe pas : il existe une instance appelée « le satan », avec l’article défini parce que ce n’est pas un nom propre mais une fonction, dont l’objet est d’éprouver toute réussite afin de l’authentifier comme dans le livre de Job où le satan participe à l’assemblée des anges. Après la destruction du Second Temple en 70, et la révolte de Bar-Kokhba en 132, le judaïsme rabbinique a rejoint le point de vue strictement monothéiste de la Bible hébraïque. Par exemple, Tryphon le juif critiquait les idées de Justin le Martyr concernant les Nephilim du Genèse ch.6 comme blasphématoire, mais, en fait, les croyances de Justin trouvent leur source dans les mythes juifs, comme le Livre d’Hénoch. Wikipedia
There are three explicit examples in the Hebrew Bible of people being resurrected from the dead: The prophet Elijah prays and God raises a young boy from death (1 Kings 17:17-24) Elisha raises the son of the Shunammite woman (2 Kings 4:32-37); this was the very same child whose birth he previously foretold (2 Kings 4:8-16) A dead man’s body that was thrown into the dead Elisha’s tomb is resurrected when the body touches Elisha’s bones (2 Kings 13:21) During the period of the Second Temple, there developed a diversity of beliefs concerning the resurrection. The concept of resurrection of the physical body is found in 2 Maccabees, according to which it will happen through recreation of the flesh. Resurrection of the dead also appears in detail in the extra-canonical books of Enoch, in Apocalypse of Baruch, and 2 Esdras. According to the British scholar in ancient Judaism Philip R. Davies, there is “little or no clear reference … either to immortality or to resurrection from the dead” in the Dead Sea scrolls texts. Both Josephus and the New Testament record that the Sadducees did not believe in an afterlife, but the sources vary on the beliefs of the Pharisees. The New Testament claims that the Pharisees believed in the resurrection, but does not specify whether this included the flesh or not. According to Josephus, who himself was a Pharisee, the Pharisees held that only the soul was immortal and the souls of good people will “pass into other bodies,” while “the souls of the wicked will suffer eternal punishment.” Paul, who also was a Pharisee, said that at the resurrection what is « sown as a natural body is raised a spiritual body. » Jubilees seems to refer to the resurrection of the soul only, or to a more general idea of an immortal soul. Wikipedia
Jésus a maintenant un contexte. Nous l’avons mis là où il doit être. Il n’est plus un personnage tout seul, il n’est plus ponctuel. Et une fois que nous comprenons Jésus comme faisant partie d’un monde juif plus large, je pense que nous rendons beaucoup plus justice au Nouveau Testament. (…) Ma thèse est que pendant cet intervalle, les juifs se sont sentis libres d’écrire de nouveaux textes, de penser de nouvelles choses, de développer de nouvelles formes d’expression littéraire. (…) À la fin de cette période, les Juifs se sont courageusement essayés à de nouvelles idées, et le christianisme émerge … Jésus arrive, l’héritier de ces idées. (…) Nous ouvrons le Nouveau Testament et nous trouvons un Jésus qui faisait partie du judaïsme de son époque. Il était Juif, né en Israël de parents juifs, élevé là, présenté au Temple, et qui est mort juif. (…) Dans le Nouveau Testament, Jésus se rend à la synagogue dans le chapitre 4 de l’évangile de saint Luc, ‘suivant sa coutume’, le jour du Shabbat. Il n’y a pas de synagogue dans l’Ancien Testament et la Bible hébraïque. Jésus est appelé ‘rabbi’ par ses disciples. Il n’y a pas de rabbins dans le Tanakh. Jésus passe beaucoup de temps à discuter de la Torah et des Pharisiens, comme tout chrétien le sait. Il n’y a pas de Pharisiens dans le Tanakh. On dit que la résurrection est la fin de la vie. Ce n’est pas le cas dans la Bible hébraïque, sauf le Livre de Daniel, le dernier livre dans la Bible. (…) Oui, tout cela vient de l’Ancien Testament. Mais ils ne sont pas vraiment évoqués dans l’Ancien Testament. Ils étaient plus tirés de la littérature très riche qui suivait l’Ancien Testament et qui précède le Nouveau Testament, où ces thèmes étaient plus systématiques. (…) lorsque les chrétiens lisent ceci et se tournent vers l’Ancien Testament, et qu’il n’y a pas de textes qui l’expliquent, ils supposent que Jésus rompait vraiment avec tout. … L’argument du livre est que oui, c’est extraordinaire, mais seulement si tout ce que vous lisez est l’Ancien Testament. Nous négligeons le fait que Jésus faisait partie d’un judaïsme dérivé qui s’est écarté de la Bible hébraïque. (…) Je lance quelques défis aux lecteurs chrétiens. Comment notre compréhension de Jésus et du Nouveau Testament change-t-elle si nous prenons au sérieux le fait que Jésus était un juif ? (…) Beaucoup de chrétiens croient que Jésus était exactement comme eux, qu’il avait la même théologie, il vous ressemblait, il était de la même confession et vivait dans l’Israël du premier siècle. (…) Mon espoir pour le livre est qu’il va trouver un large public et les gens vont commencer à repenser ce qu’ils croyaient connaître. Matthias Henze
Lorsque Matthias Henze, professeur de religion à Rice University, se rend dans des églises et des synagogues locales de Houston pour promouvoir la compréhension interconfessionnelle entre le christianisme et le judaïsme, il aborde une période particulière : le fossé de quatre à cinq siècles qui existe entre l’Ancien et le Nouveau Testament. (…) Selon Henze, le « fossé de plusieurs siècles » entre le quatrième siècle avant notre ère et le premier siècle de notre ère est crucial pour comprendre que l’abîme entre les deux religions pourrait être beaucoup, beaucoup moins important qu’on ne le pense. Il soutient que les textes religieux hébraïques de cette période, y compris les manuscrits de la mer Morte, ont contribué à influencer Jésus, qu’il décrit comme un juif qui pratiquait le judaïsme de son époque. (…) Ces années d’intervalle ont commencé après que les derniers livres de l’Ancien Testament ont été écrits au quatrième siècle avant l’ère commune (la seule exception étant le Livre de Daniel, qui a été rédigé à partir du deuxième siècle avant l’ère commune) et prennent fin avec le Nouveau Testament, écrit dans la seconde moitié du premier siècle de l’ère commune. (…) C’était une époque où les royaumes d’Israël et de Judas étaient gouvernés, successivement, par les Perses, les Grecs, les Hasmonéens et les Romains. Seuls les Hasmonéens, de la dynastie des Maccabées, étaient une lignée locale. À la fin de cette période, déclare Henze, les juifs se sont courageusement essayés à de nouvelles idées, et « le christianisme émerge … Jésus arrive, l’héritier de ces idées. » Mais cette pensée nouvelle a été suivie par des actes punitifs — la crucifixion de Jésus et la destruction du Second Temple. La date généralement acceptée de la crucifixion de Jésus se situe entre 30 et 33 de l’ère commune. Le Second Temple est tombé en 70 de notre ère. Les manuscrits de la mer Morte, compilés par la communauté essénienne à Qumrân, font partie des textes religieux hébreux les plus connus de cette période de vide liturgique. Henze en cite d’autres également. La Septante, ou la traduction grecque du Tanakh, inclut les Apocryphes, que Henze a qualifiés de « liste bien définie de certains anciens livres juifs » non retrouvés dans la Bible hébraïque, tels que les livres de Tobith et Judith, et le livre 1 et 2 des Maccabées. D’autres textes juifs plus anciens datant de la même époque, ou d’un peu avant, ne faisaient pas partie d’une liste fixe et ont été désignés comme des pseudépigraphes, un terme grec signifiant « écrit sous un pseudonyme », déclare Henze. Dans ce cas, « ils ont été écrits sous le nom d’une ancienne figure biblique ». Il mentionne le livre d’Énoch, qui évoque « un personnage mentionné dans le 5e chapitre de la Genèse, une figure très importante pour les juifs aux troisième et deuxième siècles avant notre ère », ainsi que le Livre des Jubilés, « un livre juif du deuxième siècle avant notre ère qui racontait [les faits décrits dans] le Livre de la Genèse et de l’Exode. » Collectivement, explique Henze, ces œuvres éclairent sur le judaïsme de Jésus. (…) Mais le judaïsme de l’époque de Jésus diffère de celui de l’Ancien Testament. (…) Pour faire valoir son point de vue, Henze se concentre sur ce qu’il décrit comme les quatre grands thèmes du christianisme primitif : « le messianisme, les démons et esprits impurs — un monde vivant densément peuplé d’anges et de démons — la Torah, sa signification et son interprétation correcte, et la croyance en la résurrection ou la vie sur la mort, la vie avec les anges. (….) L’idée que Jésus était le Messie d’Israël est née de « l’attente d’un messie [qui viendrait] à la fin des temps, l’histoire telle que nous la connaissons, un agent de Dieu, moshiach [le Messie] », a-t-il expliqué. « C’est le genre de choses que l’on ne trouve pas dans le Tanakh en tant que tel. » Mais, nuance-t-il, « il existe un certain nombre de textes, principalement tirés des manuscrits de la mer Morte, sur les premières attentes messianiques juives comparables à la description de Jésus dans les Evangiles. Il est évident que l’écrivain évangélique essayait de prouver que Jésus était le messie qu’Israël attendait, en utilisant des termes que la population juive connaissait [à l’époque]. » Et, poursuit-il, bien que « la résurrection, était [un thème] si central au début du christianisme à l’époque, il n’y avait aucune croyance en la résurrection des morts dans le Tanakh », sauf dans le Livre de Daniel, qui date de la fin de la période du Second Temple. « Entre l’Ancien et le Nouveau Testament, un certain nombre de textes juifs parlent de la résurrection, de la vie en compagnie des anges. Nous devons l’étudier dans le contexte d’autres textes juifs », a déclaré Henze. (…) Les autres collègues de Henze trouvent ses arguments intrigants — mais mettent toutefois en garde. (…) Darrell L. Bock, professeur de recherche des études sur le Nouveau Testament au Dallas Theological Seminary, met en garde contre la surestimation de la signification de l’écart entre ces siècles. Par exemple, Bock disait que, ce n’est pas parce que les rabbins « n’émergent pas d’une manière significative jusqu’à ce que la centralité du Temple soit perdue, que la destruction du Temple signifie pour autant qu’il n’y avait pas de rabbins. » « Faites attention lorsque vous [qualifiez les rabbins] d’anachronisme », met-il en garde.  (…) Il a également noté que l’évolution pendant la période d’intervalle pourrait ne pas avoir été causée exclusivement par des facteurs religieux, mais aussi par des facteurs politiques et sociaux. L’Israël biblique « contrôlait la situation politique et sociale sur le territoire », explique Bock. « Ce n’était pas le cas du temps de Jésus. L’influence gréco-romaine était omnipotente, omniprésente. Ces différences sont importantes. Des concepts sont développés — le Messie, un espoir, un retour à la règle dynastique effective de l’Ancien Testament. (…) Bock précise pour le Times of Israël que Jésus finit par différer de tous les groupes de son époque : les Sadducéens, les Pharisiens, les Esséniens et les Zélotes. (…) Henze appelle les chrétiens à se familiariser avec le judaïsme — celui de leur voisin d’aujourd’hui, mais aussi avec la version vieille de 2 000 ans pratiquée par Jésus et d’autres juifs de son époque. Henze espère que tous les lecteurs, de toutes religions, « s’ouvriront à la possibilité d’un contexte historique et religieux » et « liront le Nouveau Testament d’une manière plus responsable et mieux informée. » The Times of Israël
Fortunately, there is a growing number of scholars and students who take the Jewish context of the New Testament seriously (even though I continue to be surprised how few New Testament scholars know the Jewish sources from the Second Temple period well and write about them in their work with authority). The book is intended primarily for the general public, but also as a first introduction for college students and seminarians to the Jewish world of the New Testament. To them, this is all new. The chapters of the book grew out of lectures I gave in various churches and synagogues. My experience has been that there is a significant divide: whereas an increasing number of scholars is well familiar with the Scrolls, the Apocrypha and Pseudepigrapha, and is able to explain why these texts are significant for our understanding of the early Jesus movement, the same is not true for the general audience. Time and again my audiences have told me that everything I told them in my talks was completely new to them. In general, Christians know little about Judaism, of any period, and they certainly do not know the Judaism of the late Second Temple period. (…) My interest in Mind the Gap is in the worldview and theological concepts in general that are taken for granted in the New Testament but that are never explained, such as the expectation of the Messiah as a divine agent of the end-time, or the belief in demons and evil spirits and all they represent, to name only two examples. There is a risk that we are grossly anachronistic and read into the New Testament texts who we think the Messiah is or what demons are. (…) my argument is that there was a variety of different understandings of the Messiah and of demons and of many other issues in Early Judaism. The authors of the New Testament were well aware of, participated in, and contributed to this vigorous Jewish debate of the first century. (…) my basic claim is that the New Testament needs to be read within the context of early Jewish writings in general, with which it has so much in common. (…) The point I always emphasize in my book talks is that there is a significant historical divide between the Old and the New Testament. By turning the page, the reader of the Protestant Bible moves effortlessly from the prophet Malachi to Matthew’s Gospel. Theologically, the transition from the Old to the New Testament makes good sense. After all, Matthew goes to great lengths to claim that Jesus emerged straight out of Israel’s prophetic tradition. But the reader may not be aware that there is a gap of no less than half a millennium between these two books. Recognizing that there is a chronological gap between the Testaments, a period of at least four centuries that is simply glossed over in the Protestant Bible, is a first step. Realizing that this was a time of incredible literary creativity during which Jewish intellectuals thought new thoughts and wrote new texts is the next step. And becoming familiar with at least some of the Jewish texts from the gap years and learning what they can and cannot tell us about the Judaism we find in the New Testament is the third and most important step. That’s what I do in Mind the Gap. (…) few readers of the New Testament are aware of the gap between the Testaments, let alone that the gap years were a time of significant change in the religion of ancient Israel. (…) wfor most readers of the New Testament, the New Testament does not have a context, it is in a category by itself. If you do not realize that the Judaism of Jesus is no longer the religion of the Old Testament and that it has developed significantly, and if you do not realize that the issues Jesus debates with the Pharisees have been debated for centuries, and continue to be debated at the time, then Jesus must seem totally radical, a break with the religion of the past. In my talks, I invite my audience to engage in a thought experiment. Suppose you welcome a visitor to the U.S. who has never been here before. She marvels at the high risers, at the ethnic diversity in our society, at iPhones and the internet. “What is all this?,” she wonders, to which you answer: “ Don’t worry. Just read the U.S. Constitution and everything will become clear.” Reading the Old Testament at the time of Jesus must have been a bit like reading the Constitution today: it continues to be the fundamental text, but it cannot explain the changes in society in recent centuries. Matthias Henze

Attention à la marche en descendant… de l’Ancien testament !

En ce 2018e jour-anniversaire de notre ère commune que l’on n’ose même plus nommer (judéo-)chrétienne

Et probable 2011e anniversaire de l’incarnation de son Fondateur

Qui après l’abandon du sabbat et sur fond de rengaines d’auteurs plus américains que les Américains devrait plus que tout autre jour rapprocher mais souvent – sauf rares heureuses exceptions – continue à séparer Juifs et Chrétiens …

Pendant que dans l’antisémitisme vulgaire comme dans l’anti-israélisme prétendument savant et bienpensant et faisant opportunément oublier la vraie menace islamiste et tout simplement musulmane, nos quenellistes de caniveau comme nos beaux esprits des médias ou des arts, voire du Vatican lui-même, profitent du chaos ambiant pour rallumer les inimitiés entre nos deux peuples …

Mais qu’après l’épuration ethnique des deux tiers de ses chrétiens (cherchez l’erreur !), les Irakiens viennent officiellement de reconnaitre

Comment ne pas se réjouir …

De la place toujours plus grande qu’accorde à la judaïté enfin retrouvée du Jésus de nos évangiles tout un courant, tant du côté chrétien que juif, des recherches historiques et théologiques récentes …

Et avec des livres comme celui du bibliste germano-américain de Rice University Matthias Henze, du fait que les résultats desdites recherches atteignent enfin le grand public …

Concernant notamment les quelque 400 ans d’écart (jusque ici négligés, d’où le titre de l’ouvrage) de la période inter-testamentaire

Comme si autrement dit on n’avait à sa disposition pour expliquer l’ensemble des innovations actuelles (gratte-ciels, diversité ethnique, Iphones, internet) que le seul texte de la Constitution américaine !

Mais aussi une période qui par l’intensité de sa production littéraire (apocryphes, pseudépigraphes, littérature apocalyptique, textes esséniens de Qumran) …

Et de ses innovations théologiques et religieuses totalement ou presque absentes de la Bible hébraïque (synagogues, rabbins, pharisiens, anges, démons, Satan, résurrection – à un ou deux livres tardifs près, Daniel, Job) …

Permet d’enfin apprécier à leur juste valeur nombre de débats dont sont truffés les Evangiles …

Et partant, la véritable nouveauté et radicalité de l’apport du Christ … ?

Jésus était plus juif que vous ne le pensez, affirme un expert de la Bible
L’origine de la foi du Messie chrétien se comprend mieux après une plongée dans l’ère du Second Temple, où judaïsme et christianisme se mêlaient
Rich Tenorio
The Times of Israel
25 décembre 2018

Lorsque Matthias Henze, professeur de religion à Rice University, se rend dans des églises et des synagogues locales de Houston pour promouvoir la compréhension interconfessionnelle entre le christianisme et le judaïsme, il aborde une période particulière : le fossé de quatre à cinq siècles qui existe entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

« Cela a été négligé pour un certain nombre de raisons », analyse Henze, érudit de la Bible hébraïque et du judaïsme, en mettant l’accent sur le Second Temple. « Les juifs et les chrétiens ne prêtent pas beaucoup attention à cette période. »

Selon Henze, le « fossé de plusieurs siècles » entre le quatrième siècle avant notre ère et le premier siècle de notre ère est crucial pour comprendre que l’abîme entre les deux religions pourrait être beaucoup, beaucoup moins important qu’on ne le pense. Il soutient que les textes religieux hébraïques de cette période, y compris les manuscrits de la mer Morte, ont contribué à influencer Jésus, qu’il décrit comme un juif qui pratiquait le judaïsme de son époque.

Cet argument est évoqué dans le sous-titre de son nouveau livre, « Attention à la différence : comment les écrits juifs entre l’Ancien et le Nouveau Testament nous aident à comprendre Jésus. »

Ayant connaissance des textes religieux hébraïques de ces années d’intervalle, « Jésus a maintenant un contexte », se félicite Henze. « Nous l’avons mis là où il doit être. Il n’est plus un personnage tout seul, il n’est plus ponctuel. »

Et, ajoute-t-il, « une fois que nous comprenons Jésus comme faisant partie d’un monde juif plus large, je pense que nous rendons beaucoup plus justice au Nouveau Testament. »

Le côté face de la pièce

Henze est un fervent partisan de la sensibilisation interconfessionnelle. Luthérien originaire de Hanovre, en Allemagne, il est le directeur du département des études juives de Rice University, qu’il a fondé en 2009.

« J’ai un profond intérêt pour le judaïsme et l’histoire de Jésus, et aussi pour l’hébreu », déclare Henze.

Des centres d’intérêt qui l’ont bien préparé pour ses séminaires sur le judaïsme et le christianisme dans les institutions religieuses locales.

« Je suis très à l’aise lorsque je fais des conférences dans les églises sur les questions juives et la construction de la communauté », s’est réjoui Henze. « Les gens veulent parler du christianisme, en particulier de Jésus. Ils ont un grand désir d’en apprendre plus sur les origines du christianisme, le mouvement du début de Jésus. »

Cela a été essentiel pour comprendre les années d’intervalle — en gros, « la dernière partie de la période du Second Temple », écrit Henze dans un courriel.

Ces années d’intervalle ont commencé après que les derniers livres de l’Ancien Testament ont été écrits au quatrième siècle avant l’ère commune (la seule exception étant le Livre de Daniel, qui a été rédigé à partir du deuxième siècle avant l’ère commune) et prennent fin avec le Nouveau Testament, écrit dans la seconde moitié du premier siècle de l’ère commune.

« Ma thèse est que pendant cet intervalle », analyse Henze, « les juifs se sont sentis libres d’écrire de nouveaux textes, de penser de nouvelles choses, de développer de nouvelles formes d’expression littéraire. »

C’était une époque où les royaumes d’Israël et de Judas étaient gouvernés, successivement, par les Perses, les Grecs, les Hasmonéens et les Romains. Seuls les Hasmonéens, de la dynastie des Maccabées, étaient une lignée locale.

À la fin de cette période, déclare Henze, les juifs se sont courageusement essayés à de nouvelles idées, et « le christianisme émerge … Jésus arrive, l’héritier de ces idées. »

Mais cette pensée nouvelle a été suivie par des actes punitifs — la crucifixion de Jésus et la destruction du Second Temple. La date généralement acceptée de la crucifixion de Jésus se situe entre 30 et 33 de l’ère commune. Le Second Temple est tombé en 70 de notre ère.

Les manuscrits de la mer Morte, compilés par la communauté essénienne à Qumrân, font partie des textes religieux hébreux les plus connus de cette période de vide liturgique. Henze en cite d’autres également.

La Septante, ou la traduction grecque du Tanakh, inclut les Apocryphes, que Henze a qualifiés de « liste bien définie de certains anciens livres juifs » non retrouvés dans la Bible hébraïque, tels que les livres de Tobith et Judith, et le livre 1 et 2 des Maccabées.

D’autres textes juifs plus anciens datant de la même époque, ou d’un peu avant, ne faisaient pas partie d’une liste fixe et ont été désignés comme des pseudépigraphes, un terme grec signifiant « écrit sous un pseudonyme », déclare Henze. Dans ce cas, « ils ont été écrits sous le nom d’une ancienne figure biblique ».

Il mentionne le livre d’Énoch, qui évoque « un personnage mentionné dans le 5e chapitre de la Genèse, une figure très importante pour les juifs aux troisième et deuxième siècles avant notre ère », ainsi que le Livre des Jubilés, « un livre juif du deuxième siècle avant notre ère qui racontait [les faits décrits dans] le Livre de la Genèse et de l’Exode. »

Un produit de son temps

Collectivement, explique Henze, ces œuvres éclairent sur le judaïsme de Jésus.

« Nous ouvrons le Nouveau Testament et nous trouvons un Jésus qui faisait partie du judaïsme de son époque », déclare Henze. « Il était Juif, né en Israël de parents juifs, élevé [là], présenté au Temple, et qui est mort juif. »

Mais le judaïsme de l’époque de Jésus diffère de celui de l’Ancien Testament.

« Dans le Nouveau Testament, Jésus se rend à la synagogue dans le chapitre 4 de l’évangile de saint Luc, ‘suivant sa coutume’, le jour du Shabbat. Il n’y a pas de synagogue dans l’Ancien Testament et la Bible hébraïque », déclare Henze.

« Jésus est appelé ‘rabbi’ par ses disciples. Il n’y a pas de rabbins dans le Tanakh. Jésus passe beaucoup de temps à discuter de la Torah et des Pharisiens, comme tout chrétien le sait. Il n’y a pas de Pharisiens dans le Tanakh. On dit que la résurrection est la fin de la vie. Ce n’est pas le cas dans la Bible hébraïque, sauf le Livre de Daniel, le dernier livre dans la Bible. »

Henze ajoute que « lorsque les chrétiens lisent ceci et se tournent vers l’Ancien Testament, et qu’il n’y a pas de textes qui l’expliquent, ils supposent que Jésus rompait vraiment avec tout. … L’argument du livre est que oui, c’est extraordinaire, mais seulement si tout ce que vous lisez est l’Ancien Testament. Nous négligeons le fait que Jésus faisait partie d’un judaïsme dérivé qui s’est écarté de la Bible hébraïque. »

Pour faire valoir son point de vue, Henze se concentre sur ce qu’il décrit comme les quatre grands thèmes du christianisme primitif : « le messianisme, les démons et esprits impurs — un monde vivant densément peuplé d’anges et de démons — la Torah, sa signification et son interprétation correcte, et la croyance en la résurrection ou la vie sur la mort, la vie avec les anges. »

« Oui, tout cela vient de l’Ancien Testament », opine-t-il. « Mais ils ne sont pas vraiment évoqués dans l’Ancien Testament. Ils étaient plus tirés de la littérature très riche qui suivait l’Ancien Testament et qui précède le Nouveau Testament, où ces thèmes étaient plus systématiques. »

L’idée que Jésus était le Messie d’Israël est née de « l’attente d’un messie [qui viendrait] à la fin des temps, l’histoire telle que nous la connaissons, un agent de Dieu, moshiach [le Messie] », a-t-il expliqué. « C’est le genre de choses que l’on ne trouve pas dans le Tanakh en tant que tel. »

Mais, nuance-t-il, « il existe un certain nombre de textes, principalement tirés des manuscrits de la mer Morte, sur les premières attentes messianiques juives comparables à la description de Jésus dans les Evangiles. Il est évident que l’écrivain évangélique essayait de prouver que Jésus était le messie qu’Israël attendait, en utilisant des termes que la population juive connaissait [à l’époque]. »

Et, poursuit-il, bien que « la résurrection, était [un thème] si central au début du christianisme à l’époque, il n’y avait aucune croyance en la résurrection des morts dans le Tanakh », sauf dans le Livre de Daniel, qui date de la fin de la période du Second Temple.

« Entre l’Ancien et le Nouveau Testament, un certain nombre de textes juifs parlent de la résurrection, de la vie en compagnie des anges. Nous devons l’étudier dans le contexte d’autres textes juifs », a déclaré Henze.

Une chronologie fascinante

Les autres collègues de Henze trouvent ses arguments intrigants — mais mettent toutefois en garde.

« Les sources de notre compréhension de Jésus sont complexes », déclare David Lincicum, professeur associé à l’université américaine Notre-Dame, qui s’intéresse aux études bibliques, au christianisme et au judaïsme dans l’Antiquité et qui collabore avec Henze sur un autre projet. « On ne sait pas quel genre d’éducation [Jésus] recevait. »

« Je pense qu’il est juste de dire que beaucoup de textes [hébraïques pendant cet intervalle] reflètent les discussions dans l’air au premier siècle. Les Apocryphes semblent avoir été répandus au début du judaïsme. Il y avait une connaissance en dehors des textes », déclare Lincicum.

Et « si la Bible hébraïque est relativement silencieuse sur le messie, [le sujet devient un thème familier plus tard], soudain tout le monde parle du messie. Il y a des fossés qui se creusent dans le judaïsme. Dans certaines branches, il y a une figure consacrée pour sauver Israël. Il se peut que Jésus ne connaisse pas de texte particulier, mais cela pourrait attester d’un courant dominant auquel il n’avait peut-être pas accès », estime-t-il.

Cependant, Darrell L. Bock, professeur de recherche des études sur le Nouveau Testament au Dallas Theological Seminary, met en garde contre la surestimation de la signification de l’écart entre ces siècles.

Par exemple, Bock disait que, ce n’est pas parce que les rabbins « n’émergent pas d’une manière significative jusqu’à ce que la centralité du Temple soit perdue, que la destruction du Temple signifie pour autant qu’il n’y avait pas de rabbins. »

« Faites attention lorsque vous [qualifiez les rabbins] d’anachronisme », met-il en garde. La connaissance de Bock sur Jésus est peut-être mieux résumée dans son best-seller de 2004 Briser le code Da Vinci: réponses aux questions que tout le monde se pose.

Il a également noté que l’évolution pendant la période d’intervalle pourrait ne pas avoir été causée exclusivement par des facteurs religieux, mais aussi par des facteurs politiques et sociaux.

L’Israël biblique « contrôlait la situation politique et sociale sur le territoire », explique Bock. « Ce n’était pas le cas du temps de Jésus. L’influence gréco-romaine était omnipotente, omniprésente. Ces différences sont importantes. Des concepts sont développés — le Messie, un espoir, un retour à la règle dynastique effective de l’Ancien Testament. »

« Dans le texte inter-testamentaire, on met l’accent sur le culte messianique, qui suscitera l’espoir et la justification. Jésus se présente comme le messie pas seulement pour Israël. Il se concentre également sur la façon dont les autres sont traités. C’est similaire d’un côté et distinct de l’autre », a déclaré Bock.

Bock précise pour le Times of Israël que Jésus finit par se différer de tous les groupes de son époque : les Sadducéens, les Pharisiens, les Esséniens et les Zélotes.

« Je pense que Jésus espérait qu’il se distinguerait quelque peu de la variété de ces approches », déclare Bock. « Il a développé une tradition qui réagissait dans une certaine mesure contre tous ces groupes. »

Bock convient que « Jésus n’a pas rempli un vide. Il ne l’a pas fait en tant que juif qui s’est éloigné de tout ce qui était juif. Clairement, Jésus pensait indépendamment les choses : la tradition juive, ce genre de chose. »

Qu’en penserait Jésus ?

Que l’on soit d’accord ou non avec Henze, l’auteur espère encourager la pensée indépendante avec son livre — y compris dans sa section finale.

« Je lance quelques défis aux lecteurs chrétiens », explique-t-il. « Comment notre compréhension de Jésus et du Nouveau Testament change-t-elle si nous prenons au sérieux le fait que Jésus était un juif ? ».

« Beaucoup de chrétiens croient que Jésus était exactement comme eux, qu’il avait la même théologie, il vous ressemblait, il était de la même confession et vivait dans l’Israël du premier siècle », a déclaré Henze.

Henze appelle les chrétiens à se familiariser avec le judaïsme — celui de leur voisin d’aujourd’hui, mais aussi avec la version vieille de 2 000 ans pratiquée par Jésus et d’autres juifs de son époque.

Henze espère que tous les lecteurs, de toutes religions, « s’ouvriront à la possibilité d’un contexte historique et religieux » et « liront le Nouveau Testament d’une manière plus responsable et mieux informée ».

« Mon espoir pour le livre est qu’il va trouver un large public et les gens vont commencer à repenser ce qu’ils croyaient connaître », a-t-il conclu.

Voir aussi:

Mind The Gap: An Interview with Matthias Henze
James F. McGrath
Patheos
December 12, 2017

I am ever so grateful to Matthias Henze for allowing me the opportunity to interview him about his new book, Mind the Gap. Here are the questions that I posed to him, followed by his answers:

JM: I saw an article in the Times of Israel about your book, the headline of which said that a Bible prof had said that Jesus is “more Jewish” than you think. How did you feel about that headline as a way of encapsulating the message of your book? Is it appropriate to talk about any particular Jew as “more Jewish” or “less Jewish”?

MH: The author of the Times article, Rich Tenorio, called me up out of nowhere and asked me whether I’d be willing to do an interview with him. When I spoke with him, it quickly became clear to me that he had not read the book, and that he knew very little about Early Judaism, the historical Jesus, or the early Jesus movement. The headline, “more Jewish than you think,” is certainly not taken from anything I write in the book. It is misleading to say that Jesus was “more Jewish” or “less Jewish.” I suspect the headline was intended to catch the attention of the Jewish readers and to suggest to them that they, too, should care about Jesus.

JM: When I shared that article (mentioned in my previous question) on social media, at least one scholar that I am connected with reshared it, adding the comment, “In other news, water is wet.” And in the book, you tell the story of a student who reacted similarly when you mentioned what you were writing on. How can the Jewish identity and heritage of Jesus be so widely accepted by scholars and students, and yet still insufficiently grasped by significant portions the general public?

This is an excellent question. Fortunately, there is a growing number of scholars and students who take the Jewish context of the New Testament seriously (even though I continue to be surprised how few New Testament scholars know the Jewish sources from the Second Temple period well and write about them in their work with authority). The book is intended primarily for the general public, but also as a first introduction for college students and seminarians to the Jewish world of the New Testament. To them, this is all new.

The chapters of the book grew out of lectures I gave in various churches and synagogues. My experience has been that there is a significant divide: whereas an increasing number of scholars is well familiar with the Scrolls, the Apocrypha and Pseudepigrapha, and is able to explain why these texts are significant for our understanding of the early Jesus movement, the same is not true for the general audience. Time and again my audiences have told me that everything I told them in my talks was completely new to them. In general, Christians know little about Judaism, of any period, and they certainly do not know the Judaism of the late Second Temple period.

JM: Just as the “Jewishness of Jesus” is insufficiently known or appreciated in many circles, the value of and creative energy evidenced in first-century Jewish literature and thought is also underappreciated. Do you find that that is a harder case to make to Christian and Jewish audiences in our time than your point about Jesus?

MH: I think these two aspects are interrelated and cannot be separated from each other. To say that Jesus was a Jew remains an empty phrase, unless we can be more specific about the kind of Judaism Jesus practiced. And in order to be able to do that, we need to turn to the texts that describe the Jewish world of first century Israel. Reading only the New Testament will not do. My experience has been that so-called lay people are much more open to a comparative reading of New Testament and early Jewish texts than many of our colleagues. The responses to Mind the Gap from both Jewish and Christian readers have been overwhelmingly positive; people are eager to learn.

JM: The question of Jesus’ literacy has been debated much. Is there any work from before Jesus’ time, apart from those that became part of a Jewish or Christian Bible such as is known today, the influence of which seems so apparent in his words and teaching, you feel confident that Jesus had read it (as opposed to simply sharing a cultural and conceptual world of ideas with the author)?

MH: No. We have absolutely no idea what Jesus read, or whether he read at all. I am not making the case for a direct literary connection between any early Jewish texts and the New Testament. John J. Collins has wondered whether Luke knew the Son of God text from Qumran, but I am not willing to go that far. My interest in Mind the Gap is in the worldview and theological concepts in general that are taken for granted in the New Testament but that are never explained, such as the expectation of the Messiah as a divine agent of the end-time, or the belief in demons and evil spirits and all they represent, to name only two examples. There is a risk that we are grossly anachronistic and read into the New Testament texts who we think the Messiah is or what demons are.

Rather than pointing to connections between specific texts, which in my view would be difficult to prove, my argument is that there was a variety of different understandings of the Messiah and of demons and of many other issues in Early Judaism. The authors of the New Testament were well aware of, participated in, and contributed to this vigorous Jewish debate of the first century. Instead of postulating that Jesus, or the authors of the anew Testament, knew specific ancient Jewish texts, my basic claim is that the New Testament needs to be read within the context of early Jewish writings in general, with which it has so much in common.

JM: If you had to choose, what one point that you emphasize in your book would you consider it most important that readers learn and remember?

MH: The point I always emphasize in my book talks is that there is a significant historical divide between the Old and the New Testament. By turning the page, the reader of the Protestant Bible moves effortlessly from the prophet Malachi to Matthew’s Gospel. Theologically, the transition from the Old to the New Testament makes good sense. After all, Matthew goes to great lengths to claim that Jesus emerged straight out of Israel’s prophetic tradition. But the reader may not be aware that there is a gap of no less than half a millennium between these two books.

Recognizing that there is a chronological gap between the Testaments, a period of at least four centuries that is simply glossed over in the Protestant Bible, is a first step. Realizing that this was a time of incredible literary creativity during which Jewish intellectuals thought new thoughts and wrote new texts is the next step. And becoming familiar with at least some of the Jewish texts from the gap years and learning what they can and cannot tell us about the Judaism we find in the New Testament is the third and most important step. That’s what I do in Mind the Gap. This is, of course, much more than simply claiming that Jesus was Jewish.

JM: Was there anything that you learned about Jesus and his historical religious context, or came to appreciate in a new way, as a result of writing this book?

MH: Prior to writing the book, I had never quite understood why people are so eager to set Jesus apart from his contemporary Judaism and think of him as the one who radically broke with, and in the end overcame Judaism. Now I understand their reasoning much better.

I think there are two things coming together here. One is that few readers of the New Testament are aware of the gap between the Testaments, let alone that the gap years were a time of significant change in the religion of ancient Israel. The other is that for most readers of the New Testament, the New Testament does not have a context, it is in a category by itself. If you do not realize that the Judaism of Jesus is no longer the religion of the Old Testament and that it has developed significantly, and if you do not realize that the issues Jesus debates with the Pharisees have been debated for centuries, and continue to be debated at the time, then Jesus must seem totally radical, a break with the religion of the past.

In my talks, I invite my audience to engage in a thought experiment. Suppose you welcome a visitor to the U.S. who has never been here before. She marvels at the high risers, at the ethnic diversity in our society, at iPhons and the internet. “What is all this?,” she wonders, to which you answer: “ Don’t worry. Just read the U.S. Constitution and everything will become clear.” Reading the Old Testament at the time of Jesus must have been a bit like reading the Constitution today: it continues to be the fundamental text, but it cannot explain the changes in society in recent centuries.

JM:  Thank you for taking the time to talk with me about Mind the Gap. I hope it makes a lasting impact, and continues to generate useful conversations about Jesus, ancient Judaism, and the connection between the two!

Voir encore:

Christmas in America is good for the Jews
Jeff Jacoby
The Boston Globe
December 24, 2018

Liberals snicker at the idea that Americans are engaged in a “War on Christmas ,” and considering how robustly and pervasively the holiday is celebrated, it’s often hard to deny that they have a point. But then, just as the skirmishing over whether to say “Merry Christmas” or “Happy Holidays” seems to be finally fading away, along comes someone like Julia Ioffe — a widely-published journalist (The Atlantic, The New Republic, GQ) — to fire up the hostilities anew.

Please don’t wish me ‘Merry Christmas,’” admonished a cranky Ioffe in a Washington Post op-ed column on Friday. “It’s wonderful if you celebrate it, but I don’t — and I don’t feel like explaining that to you. It’s lonely to be reminded a thousand times every winter that the dominant American cultural event occurs without me.”

And why does it occur without her? Because, she says, she’s “a Jewish person” and Christmas is a Christian holiday. Or at least it is here in America. Ioffe didn’t mind Christmas as it was observed in the militantly anti-religious Soviet Union where she grew up. There it was a secular New Year’s celebration, and “waking up to a sparkling, decorated tree in my room, piled high with presents” remains one of the “central, beloved memories” of her childhood.

But everything changed, and Christmas became intolerable, after her family moved to America:

It was no longer a New Year’s tree in a Soviet house. It had become a Christian symbol in a Jewish house. Christmas was all around us, for nearly one-tenth of the year, every year. It began to feel deeply alien precisely because we were secular, but it was not . Despite the movies and the shopping, despite the Germanic decor, Christmas is still, at its core and by design, about the birth of Christ, a point that seems bizarre to argue. Just look at all those nativity scenes! And we don’t observe the holiday on just any day. Dec. 25 has Christian significance. Whenever I hear the name, I hear the “Christ” in it. To me, it’s strange that many of its celebrants do not.

And despite its celebration of a Christian god, it is everywhere, for over a month, in a way no other holiday is — not even Easter. It is in every ad, in every window and doorway, and on everyone’s lips. If you’re not a part of the festivities, even its sparkling aesthetic can wear you down. When you are from a minority religion, you’re used to the fact that cabdrivers don’t wish you an easy fast on Yom Kippur. But it’s harder to get used to the oppressive ubiquity of a holiday like Christmas. “This is always the time of year I feel most excluded from society,” one Jewish friend told me. Another told me it made him feel “un-American.”

Seriously? It doesn’t make me feel that way.

I’m an Orthodox Jew for whom Dec. 25 has zero theological significance. My family doesn’t put up a tree, my kids never wrote letters to Santa, and we don’t go to church for midnight Mass. But while I may not celebrate Christmas, I love seeing my Christian friends and neighbors celebrate it. I like living in a society that makes a big deal out of religious holidays. Far from feeling excluded or oppressed when the sights and sounds of Christmas return each December — OK, November — I find them reassuring. To my mind, they reaffirm the importance of the Judeo-Christian culture that has made America so exceptional — and such a safe and tolerant haven for a religious minority like mine.

Ioffe writes that being told “Merry Christmas,” even once, is “ill-fitting and uncomfortable.” Hearing it for weeks on end is almost more than she can bear. “It’s exhausting and isolating,” she writes. “It makes me feel like a stranger in my own land.”

Is it really the Christmas cheer that makes her feel so alienated? That certainly isn’t the reaction Christmas evoked in other Jewish immigrants and their children. Not only were many of the greatest Christmas songs composed by Jewish songwriters , but several of those songwriters were themselves first-generation Americans. Irving Berlin (“White Christmas”) was born in Russia. So were the parents of Mel Torme (“The Christmas Song”). Edward Pola (“It’s the Most Wonderful Time of the Year”) was the son of immigrants from Hungary. And the parents of Sammy Cahn (“The Christmas Waltz”) came to America from Galicia.

Granted, Berlin, Torme, and the others weren’t known for their Jewish scholarship or observance. But it isn’t only highly secularized Jews who appreciate Christmas. Rabbis do, too.

“Christmas fascinates me,” wrote Rabbi Michael Gottlieb in a Wall Street Journal column a couple years ago.
I’m drawn to its history, its color, its atmosphere, its music. And, of course, I’m drawn to the fact that Jesus was a Jew. He was born a Jew, lived as a Jew and died a Jew. If for nothing else, I can appreciate Christmas as the celebration of one Jew’s epic birthday. . . .

I am grateful to my Christian neighbors and friends. Through their religious holy day, I am better able to confront and clarify my own religious convictions and theological certitudes.

Like a brightly lighted Christmas tree, Christianity dispels a lot of darkness, theological as well as moral. In its glow, it challenges Christians and non-Christians alike to consider that which is transcendent, eternal, and greater than us all.”

If that seems too abstract, consider a different rabbi’s more concrete take on why Christmas in America should be meaningful even for those who aren’t Christian.

In a 2013 essay titled “Is Christmas Good for the Jews?” Rabbi Benjamin Blech, a widely admired Orthodox Jewish scholar, describes how Christmas was a season of fear and danger for his parents, who grew up in Poland a century ago, when Poles were steeped in anti-Semitic bigotry actively fueled by the Catholic Church. For Polish Jews of his parents’ generation, Blech writes, the advent of Christmas was “far too often filled with pogroms, beatings, and violent anti-Semitic demonstrations.”

But for Jews and other religious minorities in America, Christianity has shown a far more gentle and brotherly face. Here, non-Christians are not subjected to forced conversions or beaten because they don’t celebrate Christian holidays. Unlike the beleaguered Jewish minority in the Poland of his parents’ generation, members of the comparatively tiny Jewish minority in America — less than 1.5% of the population — are free to believe and worship as they please.

Surrounded by Christmas celebrations, I have never had difficulty explaining to my children and my students that although we share with Christians a belief in God, we go our separate ways in observance. They are a religion of creed and we are a religion of deed. They believe God became man. We believe man must strive to become more and more like God.

We differ in countless ways. Yet Christmas allows us to remember that we are not alone in our recognition of the Creator of the universe. [Christians and Jews alike] have faith in a higher power.

Indeed, Blech points out, the Christmas season in America has often motivated Jews, who see their neighbors’ concern with their religion, to ask themselves what they know of their own. “To begin to wonder why we don’t celebrate Christmas,” he suggests, “is to take the first step on the road to Jewish self-awareness.”

Unlike the Eastern European Jews of his parents’ generation a century ago — and unlike Julia Ioffe today — Blech doesn’t dread the yearly showering of Christmas spirit. “Call me naïve, but nowadays I really love this season,” he writes. “Because together all people of goodwill are joined in the task to place the sacred above the profane.”

As an observant Jew, I don’t celebrate Christmas and never have. Do the inescapable reminders at this time of year that hundreds of millions of my fellow Americans do celebrate it make me feel excluded or offended? Not in the least: They make me feel grateful — grateful to live in a land where freedom of religion shields the Chanukah menorah in my window no less than it shields the Christmas tree in my neighbor’s. That freedom is a reflection of America’s Judeo-Christian culture, and a central reason why, in this overwhelmingly Christian country, it isn’t only Christians for whom Christmas is a season of joy. And why it isn’t only Christians who should make a point of saying so.

Voir par ailleurs:

Noël à Gaza: toujours moins de permis pour les chrétiens
Vatican news
19 décembre 2018

Comme tous les ans durant la période de Noël, des milliers de pèlerins et touristes du monde entier convergent vers la ville de Bethléem. Mais pour les chrétiens de Gaza, soumis à des restrictions de mouvements, cette possibilité semble désormais relever du privilège.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

L’accès au territoire palestinien est en effet rigoureusement contrôlé par les autorités militaires israéliennes qui délivrent des permis d’entrée et de sortie. Chaque année, un certain nombre d’entre eux est concédé aux chrétiens de Gaza souhaitant se rendre à Jérusalem ou en Cisjordanie pour les fêtes de Noël et de Pâques.

Pour Noël 2018, 500 permis de sortie ont été promis par Israël, mais en pratique, seuls 220 ont été effectivement délivrés pour le moment à des personnes âgées entre 16 et 35 ans ou de plus de 55 ans, ce qui donne lieu à des situations problématiques au sein de plusieurs familles: le père obtenant un permis mais pas la mère et inversement, ou des permis accordés aux enfants mais pas aux parents et inversement. Mgr Giacinto Boulos Marcuzzo, vicaire patriarcal pour Jérusalem et la Palestine avoue ne pas saisir la politique choisie par Israël dans ce domaine. «C’est une logique d’occupation que nous ne comprenons pas, ni ne justifions», assène-t-il. Pouvoir se rendre à Bethléem pour fêter Noël devrait être un droit naturel pour un chrétien gazaoui et non pas un privilège, déplore l’évêque italien.

Mgr Marcuzzo se trouvait d’ailleurs à Gaza dimanche dernier, en compagnie de l’administrateur apostolique du patriarcat latin de Jérusalem, Mgr Pierbattista Pizzaballa, pour célébrer Noël avec la petite communauté latine locale, selon une tradition désormais bien installée. Le vicaire patriarcal évoque une atmosphère générale empreinte de tristesse, même si la médiation égyptienne et qatarie entreprise ces derniers jours a fait baisser la tension dans le territoire palestinien, après des semaines de fièvre et d’affrontements liés aux «marches du retour».

La présence chrétienne quant à elle s’amoindrit sensiblement. Face à des conditions de vie précaires et au manque évident de perspectives, l’émigration reste une tentation inexorable. On comptait il y a encore quelques années environ 3 000 chrétiens de toute confessions à Gaza; ils ne représentent aujourd’hui que 1 200 âmes, dont 120 catholiques latins.

Voir enfin:

Désinformation anti-israélienne: pas de trêve de Noël sur France Inter!

Selon la radio de service public, Israël serait responsable des malheurs des chrétiens de Gaza. Le reportage passe sous silence l’action des islamistes du Hamas.
InfoEquitable
25 décembre 2018

A la Maison de la Radio, les vieilles traditions de Noël ne se perdent pas. Dans les temps anciens, la fête de la nativité était l’occasion d’accabler les Juifs afin rappeler sa faute inexpiable au « peuple déicide ».

Reprenant le flambeau, France Inter semble s’ingénier à diffuser tous les 24 décembre une petite perfidie anti-israélienne, afin de mieux stigmatiser ceux qui aux yeux de la station constituent les fauteurs de trouble dans la région.

Cette année, dans la page consacrée aux préparatifs de Noël, nous avons ainsi eu droit à un reportage sur le triste sort des chrétiens de Gaza.

 

 

Vivre dans l’enclave islamiste aux mains des terroristes du Hamas n’est certes pas une sinécure lorsque l’on n’est pas musulman.

Mais à écouter le journal du matin, présenté par Agnès Soubiran, « l’ambiance sombre » qui affecte le petit territoire palestinien n’est due qu’à une cause : « Une partie de la communauté chrétienne de la bande Gaza ne pourra pas se rendre dans la ville natale du Christ en raison des restrictions de circulation imposées par Israël qui comme chaque année n’a délivré des permis qu’au compte-gouttes… »

Suit le reportage à Gaza de la journaliste Marine Vlahovic.

On y apprend que « seules 600 personnes ont reçu un permis » de la part des autorités israéliennes pour pouvoir quitter Gaza et se rendre à Bethléem.

Les autres ont célébré la messe à Gaza.

 

 

« On fait un petit dîner pour le réveillon et ensuite on assiste à la messe de minuit ici. A par ça, il n’y a rien à faire. Alors qu’ailleurs il y a plein de festivités. C’est vraiment très frustrant de rester ici. En fait c’est comme si ce n’était pas vraiment Noël », explique une jeune Gazaouite chrétienne au micro de France Inter.

Les responsables de ce « Noël maussade » ? Les Israéliens bien sûr, en raison du « blocus sévère » qu’ils imposent à Gaza.

Sur les conditions et les raisons de ce « blocus » (qui n’en est pas un puisque chaque jour des centaines de camions de marchandises pénètrent à Gaza et de très nombreux Gazaouites ont la possibilité de pénétrer en Israël ne serait-ce que pour aller se faire soigner dans les hôpitaux israéliens), on ne saura rien.

Ni l’irrédentisme du Hamas, ni la violence qu’il dirige chaque jour contre Israël, ni les tirs de roquettes et de missiles sur les villes israéliennes ne sont évoqués dans ce reportage.

Si les chrétiens souffrent à Gaza, c’est de la faute des Juifs, pas des milices islamistes qui ont imposé leur loi sur le territoire.

Rien sur les discriminations, les menaces et les humiliations dont sont quotidiennement victimes les chrétiens (sans parler des conversions forcées).

A Gaza, les islamistes distribuent des tracts pour interdire la célébration de Noël

L’envoyée spéciale de France Inter à Gaza, Marine Vlahovic, n’a peut-être pas réussi à mettre la main sur le tract diffusé par les brigades al-Nasser al-Din, l’une des plus implacables milices islamiques à Gaza, intimant à la population de ne pas célébrer Noël ?

Si la journaliste s’était donnée la peine de lire le Jerusalem Postelle aurait pu apprendre que ce tract a été diffusé auprès des musulmans mais également des chrétiens auxquels on a bien fait comprendre qu’il leur est demandé d’adopter un profil bas en toutes circonstances.

 

 

Voici le tract qui a échappé à la grande reporter de terrain envoyée par France Inter à Gaza :

 

 

Le tract, qui a été distribué dans les jours précédant Noël, rappelle, versets du Coran à l’appui, la stricte interdiction de célébrer cette fête. « Dieu n’est pas pour le peuple du mal », peut-on y lire à gauche (juste au-dessus d’un sapin barré d’une croix rouge).

Mais à France Inter, on ne lit pas le Jerusalem Post et on se méfie de la presse israélienne.

On préfère mettre en garde les auditeurs : ce sont les Juifs qui persécutent les chrétiens de Gaza. Pas les musulmans. Pas les islamistes.

 

Les églises de Gaza illuminées… aux couleurs de l’islam

Dans son reportage radio, la journaliste de France Inter a aussi omis de préciser que les églises de Gaza étaient illuminées en vert, aux couleurs de l’islam !

 

 

La petite minorité chrétienne de l’enclave aux mains des islamistes a-t-elle manifesté son consentement pour ces illuminations de Noël d’un genre très particulier ?

Nous sommes prêts à parier que non.

L’effet saisissant de cette déco gazaouite donne en tout cas une idée de l’état de soumission et de dhimmitude dans lequel les chrétiens sont cantonnés.

 

Le point de vue israélien n’est pas donné

Bien entendu, à aucun moment l’envoyée spéciale à Gaza n’a jugé utile de prendre contact avec les autorités israéliennes pour connaître leur position sur ce dossier.

Le reportage en tout cas n’en parle pas.

Mettre en cause une partie sans lui donner la parole, c’est presque une habitude sur France Inter lorsqu’il s’agit d’Israël.

Cette année, plus d’un chrétien sur deux a pu se rendre à Bethléem

Pareillement, le reportage rend les Israéliens responsables de l’exode des chrétiens dont une grande majorité a quitté Gaza ces dernières années.

Pour la radio de service public, ce n’est certes pas l’instauration implacable de la charia – la loi islamique – qui a poussé ces chrétiens à fuir mais bien les « sionistes » qui auraient rendu l’atmosphère irrespirable.

« Une situation qui a contribué à l’exode des chrétiens de Gaza. On en comptait 3.500 il y a 15 ans, selon les estimations, ils ne seraient plus qu’un millier aujourd’hui », conclut la journaliste.

 

 

On sursaute un peu à la lecture de cette dernière information qui change un tantinet la donne (c’est à se demander si les journalistes et les présentateurs comprennent ce qu’ils disent à l’antenne).

Les Israéliens ont donc distribué cette année 600 autorisations pour se rendre à la messe de minuit à Bethléem pour une population estimée à mille âmes ?

Malgré le climat de violence que le Hamas fait régner depuis le printemps dernier à la frontière avec Israël, plus d’un chrétien sur deux s’est vu autorisé à la franchir ? Et c’est ce que la présentatrice appelle des autorisations délivrées « au compte-gouttes » ?

On demeure pantois devant une telle présentation des faits qui relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Cette enquête sur les tourments infligés par Israël aux chrétiens de Gaza est tellement bidon qu’aucun grand titre de la presse française ne l’a reprise.

En cherchant bien, nous avons retrouvé l’info sur ce site turc francophone pro-Erdogan…

 

 

 

… accompagnée d’une photo de propagande qui relève plus de la mise en scène que de l’authentique reportage.

Ce site Medyatürk ne bénéficie que d’une faible visibilité auprès de l’opinion publique française.

France Inter peut se féliciter d’avoir donné une plus grande audience à cette campagne de désinformation anti-israélienne.

Voir enfin:

Rice Jewish Studies head illuminates the world from which rabbinic Judaism emerged
Aaron Howard
JHV
Aug 17, 2017

2 Baruch is a Jewish text attributed to the biblical Baruch, Jeremiah’s scribe. Believed to have been written in the late first century C.E., in a style that is similar to the Book of Jeremiah, the text predicts the imminent destruction of Jerusalem and the coming messianic era, complete with resurrection of the dead.

Never heard of 2 Baruch? You’re not alone. The text was never recognized as Jewish scripture, although it was one of many Jewish religious texts written in the 500 years between the end of the writing of the books in the Tanach and the earliest rabbinic texts. That half-a-millennium time gap is the subject of Matthias Henze’s new book, “Mind The Gap” (Fortress Press).

Henze is professor of Hebrew Bible and Early Judaism and founding director of the Jewish Studies Program at Rice University.

The book is written for a general audience that is interested in ancient Judaism. For Jewish readers, the book argues that to understand the Jewish world from which rabbinic Judaism emerged, one needs to read ancient Jewish texts outside the Bible. For Christian readers, the book will inform them about the Jewish world of Jesus beyond what is read in the New Testament. The New Testament assumes that its readers are familiar with Jewish beliefs and practices of first century Israel. In fact, most Christians are not. But, if Jesus were a practicing Jew, and if one knows little about his Judaism, how can one understand Jesus, his life and message?

The gap, as Henze calls it, is the period between the canonized Hebrew Bible and the early writings that made up rabbinic Judaism.

“We’re talking about Second Temple period Jewish texts,” Henze told the JHV. “The books of the Tanach date as late as sixth to fifth centuries B.C.E.: Haggai, the end of Isaiah and Malachi. And, in the fourth century B.C.E.: First and Second Chronicles, Esther and Kohelet (Ecclesiastes). There is a consensus among biblical scholars that all the books of the Tanach were written with the exception of the Book Of Daniel, which comes from the second century B.C.E.

“The earliest rabbinic writing, which typically people say is the Mishnah, dates from the late second century C.E. If we can agree on those dates, then there’s a gap between the Tanakh and the rabbinic writings of about a of half a millennium.

“The rabbis claim that they stand in an unbroken chain going back to Moses. That is underscored in the chain of transmission of the Written and Oral Torahs that open the Pirkei Avot.

“Most of us are familiar with Tanach and with the Mishna. But, we will not be familiar with the literature written during those gap years. The reason for that is those books are not part of any corpus of texts that we usually study. They were simply forgotten for two millennia.”

They were forgotten because they never achieved the status of authority that the biblical and later Talmudic texts did. Or, to put it in other terms, these books were not canonized.


Mimétisme: Superman confirme Girard (Hagiography: Superhero imagery boosts our helping intentions and causes us to feel our lives have more meaning, but social media ‘like’ buttons can cause malicious envy, researchers confirm)

30 novembre, 2018
Watching superhero movies just might help you become a better person. A new study has found that exposure to superhero imagery, even in subtle forms, can inspire people to help others and engage in pro-social activities. A still from the 2016 Superman film is pictured Researchers found that subtle superhero imagery boosted participants' helping intentions, which in turn caused some to feel their lives had more meaning. Stock imageA team of researchers, for example, found that users in the United States often chose to like something for bonding purposes rather than simply liking the content. A study of Facebook users found the 'like' button is used to maintain relationships or to develop new ones
Regarde, et fais d’après le modèle qui t’est montré sur la montagne. Le Seigneur (Exode 25: 40)
En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. (…) Je ne puis rien faire de moi-même: selon que j’entends, je juge; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Jésus (Jean 5: 19-30)
Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Jésus (Matthieu 5:48)
Je ne fais rien de moi-même, mais je parle selon ce que le Père m’a enseigné. Jésus (Jean 8: 28)
Je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. Jésus (Jean 13: 15)
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 35-37)
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ. Saint Paul (I Corinthiens 11 : 1)
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19: 18
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. Jésus (Matthieu 7: 12)
Le roi d’Égypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux (…) Il leur dit: Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux (…), si c’est un garçon, faites-le mourir; si c’est une fille, laissez-la vivre. Un homme de la maison de Lévi avait pris pour femme une fille de Lévi. Cette femme devint enceinte et enfanta un fils. Elle vit qu’il était beau, et elle le cacha pendant trois mois. Ne pouvant plus le cacher, elle prit une caisse de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de poix; elle y mit l’enfant, et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. (…) La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenèrent le long du fleuve. Elle aperçut la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit, et vit l’enfant: c’était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit: C’est un enfant des Hébreux! (…) Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l’ai retiré des eaux. Exode (1: 15 – 2: 1-10)
Jerry Siegel, un garçon intellectuellement et physiquement circoncis qui a ses sièges sociaux à New York, est l’inventeur d’une figure colorée dotée d’un physique impressionnant, d’un corps puissant et d’un maillot de bain rouge qui possède la capacité de voler à travers l’éther. L’inventif Israélite a baptisé ce type sympathique au corps surdéveloppé et à l’esprit sous-développé « Superman. » Il a clamé haut et fort le sens de la justice de ce Superman, parfait modèle pour la jeunesse américaine. Comme on peut le voir, il n’y a rien que les Sadducéens ne feront pour gagner de l’argent! (…) Une image finale triomphante montre Superman, le conquérant de la mort, s’invitant au siège des moulins à paroles de la Ligue des Nations à Genève. Bien que les règles de l’établissement interdisent probablement aux personnes vêtues de maillots de bain de participer à leurs discussions, Superman les ignore tout comme les autres lois de la physique, de la logique, et de la vie en général. Il apporte avec lui le méchant ennemi allemand ainsi que la Russie Soviétique. Certes, il vaudrait probablement mieux ignorer ces élucubrations de Jerry Israel Siegel, mais il y a une entourloupe. Les audacieux exploits de Superman sont ceux d’un doryphore. Il travaille dans l’obscurité, de manière incompréhensible. Il crie « Force ! Courage ! Justice! » aux désirs nobles des enfants américains. Au lieu de profiter de l’occasion pour encourager des vertus vraiment utiles, il sème la haine, le soupçon, le mal, la paresse, et la criminalité dans leurs jeunes coeurs (..) Jerry Siegellack pue. Malheur à la jeunesse américaine, qui doit vivre dans une atmosphère si empoisonnée et ne remarque même pas le poison qu’elle avale quotidiennement. Das Schwarze Korps (hebdomadaire des SS, le 25 avril, 1940)
C’est ainsi qu’une innocente souris peut cacher, dans son ombre, un grand fauve hitlérien. (…) L’esthétique de Brick Bradford est celle du music hall, femmes nues ou peu s’en faut, hommes non moins déshabillés, défilés de girls empanachées, baisers et étreintes partout, c’est le plus bas et le plus direct appel au sexe. Qu’on n’oublie pas que cette publication est lue par des enfants de huit à seize ans et qu’une telle littérature de style Folies-Bergères est de nature à compromettre leur formation et leur équilibre sexuel. Georges Sadoul (1938?)
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Exode 20: 17
Les envieux mourront, mais non jamais l’envie. Molière (Tartuffe, V, III)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Des neurones qui stimulent en même temps, sont des neurones qui se lient ensemble. Règle de Hebb (1949)
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…) et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. De toutes ces applications du désir mimétique, j’en suis venu à la théorie plus globale d’une « psychologie mimétique » – qui trouve également une vérification dans la découverte des neurones miroirs et leur rôle dans l’apprentissage. Le désir de l’autre entraîne le déclenchement de mon désir. Mais il entraîne aussi, ainsi, la formation du moi. En fait, c’est le désir qui engendre le moi par son mouvement. Nous sommes des « moi du désir ». Sans le désir, né en miroir, nous n’existerions pas ! Seulement voilà : le temps psychologique fonctionnant à l’inverse de celui de l’horloge, le moi s’imagine être possesseur de son désir, et s’étonne de voir le désir de l’autre se porter sur le même objet que lui. Il y a là deux points nodaux, qui rendent la psychologie mimétique scientifique, en étant aussi constants et universels que la gravitation l’est en physique : la revendication du moi de la propriété de son désir et celle de son antériorité sur celui de l’autre. Et comme la gravitation, qui permet aussi bien de construire des maisons que de faire voler des avions, toutes les figures de psychologie – normale ou pathologique – ne sont que des façons pour le sujet de faire aboutir ces deux revendications. On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. (…) Boris Cyrulnik explique (…) que – souvent par défaut d’éducation et pour n’avoir pas été suffisamment regardé lui-même – l’être humain peut ne pas avoir d’empathie. Les neurones miroirs ne se développent pas, ou ils ne fonctionnent pas, et cela donne ce que Cyrulnik appelle un pervers. Je ne sais pas si c’est vrai, ça mérite une longue réflexion. (…) Ce rôle de la pression sociale est extraordinairement bien expliqué dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littel. Il montre qu’en fait, ce sont des modèles qui rivalisent : révolté dans un premier temps par le traitement réservé aux prisonniers, le personnage principal, officier SS, finit par renoncer devant l’impossibilité de changer les choses. Ses neurones miroirs sont tellement imprégnés du modèle SS qu’il perd sa sensibilité aux influences de ses propres perceptions, et notamment à la pitié. Il y a lutte entre deux influences, et les neurones miroirs du régime SS l’emportent. La cruauté envers les prisonniers devient finalement une habitude justifiée. Plutôt qu’une absence ou carence des neurones miroirs, cela indique peut-être simplement la force du mimétisme de groupe. Impossible de rester assis quand la « ola » emporte la foule autour de vous lors d’un match de football – même si vous n’aimez pas le foot ! Parce que tous vos neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l’entourage. De même, les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des auditeurs ou spectateurs. Et c’est encore la suggestion qui explique pourquoi les membres d’un groupe en viennent à s’exprimer de la même façon. Il semblerait normal que les neurones miroirs soient dotés, comme les autres, d’une certaine plasticité. Ils agissent en tout cas tout au long de la vie. Et la pression du groupe n’a pas besoin d’être totalitaire : dans nos sociétés, c’est de façon « spontanée » que tout le monde fait la même chose. Jean-Michel Oughourlian
You might be a rock ‘n’ roll addict prancing on the stage You might have drugs at your command, women in a cage But you’re gonna have to serve somebody Well, it may be the devil or it may be the Lord But you’re gonna have to serve somebody … Bob Dylan
Among devoted conservatives, 97 percent believe that political correctness is a problem. Among traditional liberals, 61 percent do. Progressive activists are the only group that strongly backs political correctness: Only 30 percent see it as a problem. So what does this group look like? Compared with the rest of the (nationally representative) polling sample, progressive activists are much more likely to be rich, highly educated—and white. They are nearly twice as likely as the average to make more than $100,000 a year. They are nearly three times as likely to have a postgraduate degree. And while 12 percent of the overall sample in the study is African American, only 3 percent of progressive activists are. With the exception of the small tribe of devoted conservatives, progressive activists are the most racially homogeneous group in the country. Yascha Mounk
Contrary to western mythology, black resistance to American apartheid did not come purely through Ghandi and nonviolence .… Rather, slave revolts and self-defense and tactics otherwise divergent from Dr. King or Gandhi were equally important to preserving safety and attaining freedom. If we are to operate in true solidarity with the Palestinian people, we must allow Palestinian people the same range of opportunity and political possibility.If we are standing in solidarity with the Palestinian people, we must recognize the right of an occupied people to defend itself. We must prioritize peace, but we must not romanticize or fetishize it. We must advocate and promote nonviolence at every opportunity, but cannot endorse a narrow politics of respectability that shames Palestinians for resisting, for refusing to do nothing in the face of state violence and ethnic cleansing. We have an opportunity to not just offer solidarity in words but to commit to political action, grassroots action, local action, and international action that will give us what justice requires. And that is a free Palestine from the river to the sea. Marc Lamont Hill
Nous devons donner au peuple palestinien le même éventail d’opportunités et de possibilités politiques. Si nous sommes solidaires du peuple palestinien, nous devons reconnaître le droit d’un peuple occupé à se défendre. Nous devons défendre et promouvoir la non-violence chaque fois que l’occasion se présente, mais nous ne pouvons souscrire à une politique étroite de respectabilité qui fait honte aux Palestiniens qui résistent, qui refusent de faire quoi que ce soit face à la violence étatique et au nettoyage ethnique. (…) Nous avons l’occasion non seulement d’offrir notre solidarité en paroles, mais aussi de nous engager dans l’action politique, l’action à la base, l’action locale et l’action internationale qui nous donneront ce que la justice exige, à savoir une Palestine libre du fleuve à la mer. Marc Lamont Hill
Cette phrase n’était pas un appel à détruire quoi que ce soit ou qui que ce soit (…) Dans mon discours, j’ai parlé de la nécessité de revenir aux frontières d’avant 1967, de donner tous les droits aux citoyens palestiniens d’Israël et d’autoriser le droit au retour. Il ne s’agit en aucun cas d’un appel à la destruction d’Israël. C’est absurde en soi. Je soutiens la liberté de la Palestine. Je soutiens l’auto-détermination de la Palestine. Je suis profondément critique de la politique et des pratiques d’Israël.  Je ne soutiens pas l’antisémitisme, l’assassinat de personnes juives, ou toutes les autres choses attribuées à mon discours. J’ai passé ma vie à combattre ces choses. Marc Lamont Hill
While social networking sites are powerful tools for building relationships, research has shown that certain social media features can adversely affect users. For instance, a study found that impersonal gestures such as the one-click ‘like’ communication may not promote user well-being. A particularly harmful byproduct of the ‘like’ button is found in the way social networking sites foster negative social comparisons. A review of research on the topic has found that social media use correlates with measurable increases in envy and depression. These feelings of envy can take two different forms: malicious envy and benign envy. Malicious envy involves resentment and a desire to harm the other person. Benign envy involves admiration and a desire to obtain what the other person possesses. One of the studies in the review involved 194 college-aged Facebook users in Germany. In this study, researchers found that ‘the closer the relationship, the more a Facebook user will experience benign envy.’ These digital showrooms allow people to present the best version of themselves for everyone else to see. Often, people use the number of likes to judge others and themselves. That little heart-shaped button becomes a publicly quantifiable measure of social support. According to this research, the ‘like’ button works as a ‘mechanism to compare oneself with others.’ The number of ‘likes,’ make social support quantifiable. It can then be easily viewed for making social comparisons. Daily Mail
Given that superheroes are an increasingly large and accessible part of our cultures, even if merely symbolically, we were interested in exploring their role in inspiring virtuous and meaningful lives. These experiments highlight how even the subtle activation of heroic constructs through visual images of superheroes may influence intentions to help as well as actual helping behaviour. Heroes loom large as exemplars of morality. They often embody virtues that we wish to express in our lives. If subtle images of heroes trigger such positive behaviors, their inspirational role may well have the potential to extend beyond the prosocial behaviors explored in this study. Jeffrey Green (Virginia Commonwealth University)
Being generous really does make people happier, according to research from an international team of experts. Neurons in an area of the brain associated with generosity activate neurons in the ventral striatum, which are associated with happiness, the study found. In the future, the team says it would be useful to explore the effects of real-life heroic figures as well, instead of just fictional superheroes. Different types of media, including talking or writing about a hero, may also influence a person’s prosocial inclinations. Daily Mail
Si Jésus ne parle jamais en termes d’interdits et toujours en termes de modèles et d’imitation, c’est parce qu’il tire jusqu’au bout la leçon du dixième commandement. Ce n’est pas par narcissisme qu’il nous recommande de l’imiter lui-même, c’est pour nous détourner des rivalités mimétiques. Sur quoi exactement l’imitation de Jésus-Christ doit-elle porter ? Ce ne peut pas être sur ses façons d’être ou ses habitudes personnelles : il n’est jamais question de cela dans les Evangiles. Jésus ne propose pas non plus une règle de vie ascétique au sens de Thomas a Kempis et de sa célèbre Imitation de Jésus-Christ, si admirable que soit cet ouvrage. Ce que Jésus nous invite à imiter c’est son propre désir, c’est l’élan qui le dirige lui, Jésus, vers le but qu’il s’est fixé : ressembler le plus possible à Dieu le Père. L’invitation à imiter le désir de Jésus peut sembler paradoxale car Jésus ne prétend pas posséder de désir propre, de désir « bien à lui ». Contrairement à ce que nous prétendons nous-mêmes, il ne prétend pas « être lui-même », il ne se flatte pas de « n’obéir qu’à son propre désir ». Son but est de devenir l’image parfaite de Dieu. Il consacre donc toutes ses forces à imiter ce Père. En nous invitant à l’imiter lui, il nous invite à imiter sa propre imitation. Loin d’être paradoxale, cette invitation est plus raisonnable que celle de nos gourous modernes. Ceux-ci nous invitent tous à faire le contraire de ce qu’ils font eux-mêmes, ou tout au moins prétendent faire. Chacun d’eux demande à ses disciples d’imiter en lui le grand homme qui n’imite personne. Jésus, tout au contraire, nous invite à faire ce qu’il fait lui-même, à devenir tout comme lui un imitateur de Dieu le Père. Pourquoi Jésus regarde-t-il le Père et lui-même comme les meilleurs modèles pour tous les hommes ? Parce que ni le Père ni le Fils ne désirent avidement, égoïstement. Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Il donne aux hommes sans compter, sans marquer entre eux la moindre différence. Il laisse les mauvaises herbes pousser avec les bonnes jusqu’au temps de la moisson. Si nous imitons le désintéressement divin, jamais le piège des rivalités mimétiques ne se refermera sur nous. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Demandez et l’on vous donnera… » Lorsque Jésus déclare que, loin d’abolir la Loi, il l’accomplit, il formule une conséquence logique de son enseignement. Le but de la Loi, c’est la paix entre les hommes. Jésus ne méprise jamais la Loi, même lorsqu’elle prend la forme des interdits. A la différence des penseurs modernes, il sait très bien que, pour empêcher les conflits, il faut commencer par les interdits. L’inconvénient des interdits, toutefois, c’est qu’ils ne jouent pas leur rôle de façon satisfaisante. Leur caractère surtout négatif, saint Paul l’a bien vu, chatouille en nous, forcément, la tendance mimétique à la transgression. La meilleure façon de prévenir la violence consiste non pas à interdire des objets, ou même le désir rivalitaire, comme fait le dixième commandement, mais à fournir aux hommes le modèle qui, au lieu de les entraîner dans les rivalités mimétiques, les en protégera. (…) Loin de surgir dans un univers exempt d’imitation, le commandement d’imiter Jésus s’adresse à des êtres pénétrés de mimétisme. Les non-chrétiens s’imaginent que, pour se convertir, il leur faudrait renoncer à une autonomie que tous les hommes possèdent naturellement, une autonomie dont Jésus voudrait les priver. En réalité, dès que nous imitons Jésus, nous nous découvrons imitateurs depuis toujours. Notre aspiration à l’autonomie nous agenouillait devant des êtres qui, même s’ils ne sont pas pires que nous, n’en sont pas moins de mauvais modèles en ceci que nous ne pouvons pas les imiter sans tomber avec eux dans le piège des rivalités inextricables. (…) Même si le mimétisme du désir humain est le grand responsable des violences qui nous accablent, il ne faut pas en conclure que le désir mimétique est mauvais. Si nos désirs n’étaient pas mimétiques, ils seraient à jamais fixés sur des objets prédéterminés, ils seraient une forme particulière d’instinct. Les hommes ne pourraient pas plus changer de désir que les vaches dans un pré. Sans désir mimétique il n’y aurait ni liberté ni humanité. Le désir mimétique est intrinsèquement bon. L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir. Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide. Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre. Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs. Cet emprunt se fait souvent sans que ni le prêteur ni l’emprunteur s’en aperçoivent. Ce n’est pas seulement leur désir qu’on emprunte à ceux qu’on prend pour modèles c’est une foule de comportements, d’attitudes, de savoirs, de préjugés, de préférences, etc., au sein desquels l’emprunt le plus lourd de conséquences, le désir, passe souvent inaperçu. La seule culture vraiment nôtre n’est pas celle où nous sommes nés, c’est la culture dont nous imitons les modèles à l’âge où notre puissance d’assimilation mimétique est la plus grande. Si leur désir n’était pas mimétique, si les enfants ne choisissaient pas pour modèles, forcément, les êtres humains qui les entourent, l’humanité n’aurait ni langage ni culture. Si le désir n’était pas mimétique, nous ne serions ouverts ni à l’humain ni au divin. C’est dans ce dernier domaine, nécessairement, que notre incertitude est la plus grande et notre besoin de modèles le plus intense. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair)

Après Harry Potter, devinez qui confirme René Girard ?

A l’heure où les apprentis-sorciers qui nous gouvernent …

N’ont de cesse de casser, au nom de l’ouverture à l’autre, tout ce qui nous restait de protections et de frontières …

Et pouvait encore nous retenir ensemble ou nous empêcher du moins de nous entre-tuer …

Où un universitaire américain et intervenant à CNN pousse la solidarité avec le peuple palestinien jusqu’à appeler en pleine session des Nations unies à rien de moins que la Solution finale

Et au moment où la science confirme, comme accélérateurs d’envie, les effets potentiellement délétères de nos médias sociaux

Voilà que l’on redécouvre, entre Superman et Spiderman, les vertus de la contemplation de ces nouvelles images pieuses et de ces nouvelles vies de saints …

Mais aussi comme l’avait magistralement théorisé le regretté René Girard

Cette nécessité proprement humaine où nous sommes …

De nous trouver des modèles qui ne se transforment pas en rivaux …

Seeing images of superheroes makes people more likely to help others in real life

Participants were exposed to images containing superheroes or neutral objects
They found people who saw superhero images were more likely to be prosocial
The effects applied to both intentions and their likelihood to help in tedious task
Cheyenne Macdonald
The Daily Mail
26 November 2018

Watching superhero movies just might help you become a better person.

A new study has found that exposure to superhero imagery, even in subtle forms, can inspire people to help others and engage in pro-social activities.

While the imagery wasn’t enough to reshape participants’ perception of their own purpose, the researchers found it did boost their helping intentions, which in turn caused some to feel their lives had more meaning.

Watching superhero movies just might help you become a better person. A new study has found that exposure to superhero imagery, even in subtle forms, can inspire people to help others and engage in pro-social activities. A still from the 2016 Superman film is pictured

‘Given that superheroes are an increasingly large and accessible part of our cultures, even if merely symbolically, we were interested in exploring their role in inspiring virtuous and meaningful lives,’ says Dr Jeffrey Green of the Virginia Commonwealth University.

‘Heroes come in many shapes and forms. Some are fictional and others are real-life role models.

‘We decided to study the effect of well-known fictional heroes, such as Superman or Spiderman, as people may tend to be more motivated to emulate behaviors where there is a little realism.’

More than 200 participants in the study were exposed to common household images which either contained superheroes or neutral objects, such as a bicycle.

Those who were primed with the superhero imagery reported they were more likely to partake in prosocial behaviors.

In a second experiment, participants were invited to actually help with a tedious experiment, rather than simply report their intentions.

And, the team found those who had been primed with a Superman poster were much more likely to help than those exposed to neutral imagery.

‘These experiments highlight how even the subtle activation of heroic constructs through visual images of superheroes may influence intentions to help as well as actual helping behaviour,’ Green says.

In the future, the team says it would be useful to explore the effects of real-life heroic figures as well, instead of just fictional superheroes.

Different types of media, including talking or writing about a hero, may also influence a person’s prosocial inclinations.

‘Heroes loom large as exemplars of morality,’ Green says.

‘They often embody virtues that we wish to express in our lives. If subtle images of heroes trigger such positive behaviors, their inspirational role may well have the potential to extend beyond the prosocial behaviors explored in this study.’

DOES GENEROSITY BRING HAPPINESS?

Being generous really does make people happier, according to research from an international team of experts.

Neurons in an area of the brain associated with generosity activate neurons in the ventral striatum, which are associated with happiness, the study found.

A group of 50 volunteers in Switzerland took part in a spending experiment, with each given 25 Swiss Francs (£20/$25) per week for four weeks.

As part of the experiment, participants performed an independent decision-making task, in which they could behave more or less generously while brain activity was measured using functional magnetic resonance imaging (fMRI).

They were asked to choose to give between three and 25 francs of their money as a present to a recipient different from those previously chosen.

The researchers found that participants who had committed to spending their endowment on others behaved more generously in the decision-making task.

They also discovered greater self-reported increases in happiness as compared to the control group.

The full results were published in the journal Nature Communications.

Voir aussi:

Why the like button should be banned: Researchers warn they lead to malicious envy and call for an ‘ethical overhaul’ of social media sites

The ‘like’ buttons on Facebook and Twitter are likely to cause malicious envy

Social media users use the ‘like’ button as a gauge of social support and when a post receives little recognition, it’s likely to heightens feelings of depression

People behind the platforms should be cognizant of how their design decisions – such as the like button – have real ‘ripple effects’ on society over time
A. Trevor Sutton
The Daily mail
27 November 2018

Jack Dorsey, Twitter’s founder and CEO, was recently reported to have questioned how the site ‘incentivizes people to want (the number of likes on their posts) to go up.’

He also said that ‘he was not a fan of the heart-shaped (‘like’) button and that Twitter would be getting rid of it ‘soon.’

Twitter has since released a statement indicating that there are no immediate plans to remove the ‘like’ button.

Whatever the future of Twitter’s ‘like’ button may be, as a scholar of social media and religion I’d argue that the cute little heart-shaped button on Twitter and Facebook is far more impactful than it appears.

Twitter is considering killing off the ‘like’ button on its platform. CEO Jack Dorsey has spoken out at length about how it may contribute to negative behavior on the site

WHY IS THE LIKE BUTTON EVIL? 

Many studies have shown that the ‘like button’ on social media platforms has tangible effects on users’ mental health, leading to negative social comparisons.

In particular, the like button has been found to increase envy and depression.

The like button fuels two types of envy: benign envy and malicious envy.

Benign envy mostly concerns us comparing ourselves to other people and feeling jealous, while malicious envy results in not just jealousy, but also the desire to harm someone.

Researchers found that ‘the closer the relationship, the more a Facebook user will experience benign envy.’

The ‘like’ button is not there by accident.

Instead, this one-click feature exists as an intentional design decision.

Like most big tech companies, Twitter has an entire department dedicated to understanding users.

Every feature and font, based on their research, is there to maximize the overall user experience.

The design decisions furtively influence users’ feelings and behaviors.

Chris Nodder, a user experience researcher and the author of ‘Evil by Design,’ explains how designers must always ask the question: ‘How do we influence behavior through the medium of software?’

In other words, design decisions are made not only to improve a users’ experience but also influence their behaviors.

The ‘like’ button is one example.

While the heart-shaped button is seemingly only for expressing appreciation for the content of a social media post, researchers have determined that people use the button for many other reasons.

A team of researchers, for example, found that users in the United States often chose to like something for bonding purposes rather than simply liking the content.

Another study of Facebook users found that the ‘like’ button is used to maintain relationships with existing friends or to develop new relationships.

A team of researchers, for example, found that users in the United States often chose to like something for bonding purposes rather than simply liking the content. A study of Facebook users found the ‘like’ button is used to maintain relationships or to develop new ones

IS TWITTER KILLING OFF THE LIKE BUTTON?

Twitter could soon kill off the ‘Like’ button.

The social media giant said it’s in the ‘early stages’ of considering whether or not to remove the like button, which appears as a heart icon, as part of an overall redesign of the platform.

It comes after CEO Jack Dorsey reportedly said that he would get rid of the heart-shaped button ‘soon.’

Some have noted that Twitter may get rid of the like button and, in its place, emphasize the ‘Bookmark’ feature rolled out earlier this year.

Twitter has gradually introduced new features to its platform while phasing out others, as it works to improve the ‘health’ of its platform.

The firm continues to face big concerns around the proliferation of hate speech, harassment and other toxic user behavior on the site.

People may use the ‘like’ button as a way to publicly show closeness to another person, or even as an effort toward dating someone.

The point being that the ‘like’ button does far more than just express how much a person likes a particular picture or post.

Research has also shown that the ‘like’ button is not entirely harmless.

While social networking sites are powerful tools for building relationships, research has shown that certain social media features can adversely affect users.

For instance, a study found that impersonal gestures such as the one-click ‘like’ communication may not promote user well-being.

According to Facebook researcher Moira Burke and Robert Kraut, an emeritus professor at Carnegie Mellon University, ‘simply reading about friends, receiving text communication from weak ties, and receiving one-click communication did not affect well-being.’

On the other hand, more personal and direct communication such as a direct message or personalized comment can have an impact on user well-being.

A particularly harmful byproduct of the ‘like’ button is found in the way social networking sites foster negative social comparisons.

A review of research on the topic has found that social media use correlates with measurable increases in envy and depression.

These feelings of envy can take two different forms: malicious envy and benign envy.

Malicious envy involves resentment and a desire to harm the other person. Benign envy involves admiration and a desire to obtain what the other person possesses.

A byproduct of the ‘like’ button is found in the way social networking sites foster negative comparisons. Research has found social media is linked with increases in envy and depression

HOW CAN SOCIAL MEDIA HARM USERS’ HEALTH?

Twitter isn’t the first social media giant to look into how its platform affects users’ health.

Facebook admitted in December that the site could be damaging to people’s health if used the wrong way.

The company recommended that people use Facebook in an active, rather than passive, way, by communicating with friends, instead of just scrolling through their fee

Facebook said it consulted with social psychologists, social scientists and sociologists to determine that the site can be good for users’ well-being if used the right way

By interacting with people when you use Facebook, it can improve your well-being, according to the company.

The report came after a former Facebook executive Chamath Palihapitiya said Facebook ‘destroyed how society works’.

Facebook went on to say that while there were some downsides to social media, that by and large it has the potential for benefits if it’s used correctly.

In January, Facebook also acknowledged that social media can harm democracy.

One of the studies in the review involved 194 college-aged Facebook users in Germany.

In this study, researchers found that ‘the closer the relationship, the more a Facebook user will experience benign envy.’

These digital showrooms allow people to present the best version of themselves for everyone else to see.

Often, people use the number of likes to judge others and themselves.

That little heart-shaped button becomes a publicly quantifiable measure of social support.

According to this research, the ‘like’ button works as a ‘mechanism to compare oneself with others.’

The number of ‘likes,’ make social support quantifiable. It can then be easily viewed for making social comparisons.

Given the impact of social networking sites on the feelings and behaviors of billions of users, I believe there needs to be an ethical component to designing these technologies.

As Twitter is busy ‘rethinking everything,’ the company would do well to think about how the platform is shaping the feelings and behaviors of its users.

Michigan Tech humanities scholar Robert Johnson, in his book, ‘User-Centered Technology,’ writes how technologies have ‘ripple effects’ that ‘shape culture in defining ways.’

The same argument is true for social networking sites.

As such, every design feature – even that little heart-shaped button – must be carefully scrutinized.

Voir enfin:

Americans Strongly Dislike PC Culture
Youth isn’t a good proxy for support of political correctness, and race isn’t either.
The Atlantic
October 10, 2018
Yascha Mounk

On social media, the country seems to divide into two neat camps: Call them the woke and the resentful. Team Resentment is manned—pun very much intended—by people who are predominantly old and almost exclusively white. Team Woke is young, likely to be female, and predominantly black, brown, or Asian (though white “allies” do their dutiful part). These teams are roughly equal in number, and they disagree most vehemently, as well as most routinely, about the catchall known as political correctness.

Reality is nothing like this. As scholars Stephen Hawkins, Daniel Yudkin, Miriam Juan-Torres, and Tim Dixon argue in a report published Wednesday, “Hidden Tribes: A Study of America’s Polarized Landscape,” most Americans don’t fit into either of these camps. They also share more common ground than the daily fights on social media might suggest—including a general aversion to PC culture.

The study was written by More in Common, an organization founded in memory of Jo Cox, the British MP who was murdered in the run-up to the Brexit referendum. It is based on a nationally representative poll with 8,000 respondents, 30 one-hour interviews, and six focus groups conducted from December 2017 to September 2018.

If you look at what Americans have to say on issues such as immigration, the extent of white privilege, and the prevalence of sexual harassment, the authors argue, seven distinct clusters emerge: progressive activists, traditional liberals, passive liberals, the politically disengaged, moderates, traditional conservatives, and devoted conservatives.

According to the report, 25 percent of Americans are traditional or devoted conservatives, and their views are far outside the American mainstream. Some 8 percent of Americans are progressive activists, and their views are even less typical. By contrast, the two-thirds of Americans who don’t belong to either extreme constitute an “exhausted majority.” Their members “share a sense of fatigue with our polarized national conversation, a willingness to be flexible in their political viewpoints, and a lack of voice in the national conversation.”

Most members of the “exhausted majority,” and then some, dislike political correctness. Among the general population, a full 80 percent believe that “political correctness is a problem in our country.” Even young people are uncomfortable with it, including 74 percent ages 24 to 29, and 79 percent under age 24. On this particular issue, the woke are in a clear minority across all ages.

Youth isn’t a good proxy for support of political correctness—and it turns out race isn’t, either.

Whites are ever so slightly less likely than average to believe that political correctness is a problem in the country: 79 percent of them share this sentiment. Instead, it is Asians (82 percent), Hispanics (87 percent), and American Indians (88 percent) who are most likely to oppose political correctness. As one 40-year-old American Indian in Oklahoma said in his focus group, according to the report:

It seems like everyday you wake up something has changed … Do you say Jew? Or Jewish? Is it a black guy? African-American? … You are on your toes because you never know what to say. So political correctness in that sense is scary.

The one part of the standard narrative that the data partially affirm is that African Americans are most likely to support political correctness. But the difference between them and other groups is much smaller than generally supposed: Three quarters of African Americans oppose political correctness. This means that they are only four percentage points less likely than whites, and only five percentage points less likely than the average, to believe that political correctness is a problem.

If age and race do not predict support for political correctness, what does? Income and education.

While 83 percent of respondents who make less than $50,000 dislike political correctness, just 70 percent of those who make more than $100,000 are skeptical about it. And while 87 percent who have never attended college think that political correctness has grown to be a problem, only 66 percent of those with a postgraduate degree share that sentiment.


Conflit israélo-palestinien: On ne peut pas faire la paix avec un pays qui n’a pas le droit à l’existence (The more we continue speaking about Zionism only as a European movement that rose in response to European anti-Semitism, the more we feed the anti-Zionist narrative which depicts Israel as a Western colonialist project)

21 août, 2018

L’État d’Israël est né du même processus légitime qui a créé les autres nouveaux états de la région, conséquence du démantèlement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. Conformément à la pratique traditionnelle des états victorieux, les puissances alliées, la France et l’Angleterre, ont créé le Liban, la Syrie, l’Irak et la Jordanie, et bien sûr Israël, pour consolider et protéger leurs intérêts nationaux. Ce droit légitime de réécrire la carte a peut-être été mal fait et à courte vue – des régions contenant de nombreuses sectes et groupes ethniques différents étaient de mauvais candidats pour devenir un État-nation, comme le prouve l’histoire de l’Irak et du Liban, alors que des candidats de premier plan pour le statut de nation comme les Kurdes ont été laissés de côté. Mais le droit de le faire a été conféré par la victoire des Alliés et la perte des Puissances centrales, le salaire vieux comme le monde du péché de ceux qui ont le malheur de déclencher une guerre et de la perdre. De même en Europe, l’Empire austro-hongrois a été démantelé et les nouveaux états de l’Autriche, de la Hongrie, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie ont été créés. Et l’Allemagne en tant qu’archi-agresseur a été punie par une perte substantielle de territoire, privant au passage quelque 10 millions d’Allemands de leur place légitime dans la patrie. Le titre de propriété d’Israël sur son propre pays est tout aussi légitime que celui de la Jordanie, de la Syrie et du Liban. Bruce Thornton
The Second Intifada brought the right back to power and nearly destroyed the Israeli left, something the international community still hasn’t internalized. Today our political debate isn’t between the right and the left anymore, but between the right and the center. The Labor Party, the founding party of Israel, is no longer capable of winning an election. That’s all a consequence of the Second Intifada, whose impact on my generation of Israelis was similar to the impact of 1947-48 on the founding generation of Israelis: It convinced us that there was no possibility for finding partners for partition among the current Palestinian leadership. (…) The Jewish people is divided into two camps. One is defending the Israeli narrative, the other is fighting for peace. The argument of this book is that the two are related: Peace won’t happen so long as our narrative is negated by the other side. You can’t make peace with a country that has no right to exist. (…) I live in the Middle East. I look around at my borders. I see Hezbollah, Hamas, Iranian Revolutionary Guards. I see a Palestinian national movement that still doesn’t accept the Jewish people’s right to define ourselves as a nation, as a people — and that’s true for all parts of the Palestinian national movement, from Fatah through Hamas. I don’t know any Israeli who’s optimistic about the immediate future. (…) If anything, we’re most likely heading toward war in the coming period, because of Iran’s growing military presence on our northern border. But at the same time we’re also seeing an unimagined shift in parts of the Arab world in attitudes toward Israel, thanks to a shared fear of an imperial Iran. Who would have imagined even two years ago that Saudi Arabia would be reaching out to Israel? This is the one unintended positive outcome of the disastrous Iranian deal: It brought the Sunnis and the Israelis together, against the deal. So we may well be heading toward war and peace simultaneously. This creates openings for us to tell our story. (…) In my writing and lecturing, going back to the 1990s Oslo years, I’ve warned about the delusions of a one-way peace process. My public life has been devoted to upholding what I consider an essential realism about Israel’s dilemma – that we can’t permanently rule another people but also can’t make peace with a Palestinian national movement that denies our right to exist as a sovereign nation. Now the Middle East is radically changing – we don’t yet know how. But we need to be smart and flexible in our approach. We need a combination of the openness of the left and the wariness of the right. That is what I would call a centrist sensibility. My experience in teaching Judaism and Jewish identity to Muslim American leaders over the last six years has taught me that the Muslim world generally doesn’t understand the relationship in Judaism between religion, peoplehood, land, and national sovereignty. The elements that we take for granted in our identity are almost entirely misunderstood in the Muslim world, where Jews are seen as a religious minority, rather than as a people with a religious identity, which is how Jews have traditionally seen themselves. (…) The notion that Judaism is more than a religion is a revelation to Muslims. That a Jew can be an atheist seems to Muslims inconceivable. If you’re a Muslim, or for that matter a Christian, you can’t be an atheist. So Judaism works differently than the other monotheistic faiths, because of the foundational identity of peoplehood. What does it mean that we’re a particularist faith rather than a universalist faith? Christianity and Islam believe that in the end of time everyone will be Christian or Muslim. Jews never imagined remaking humanity in our literal image. We believe that we have a universal goal that we’re working toward, which is the manifestation of the Divine Presence for all of humanity. That’s the vision of Isaiah: We’re a “peoplehood strategy” for a universal goal. (…) We’re marking 70 years of Israel’s existence – and also 70 years of siege and delegitimization against Israel. Zionism’s great and irreversible achievement is to have re-indigenized the Jewish people in this land. We’re here to stay – and so are our neighbors. Can we begin the long and painful process of finding a new language in which we can speak about the conflict and about a solution? (…) Like most Israelis, I don’t believe a Palestinian state can be created anytime soon. The most likely result of creating a Palestinian state now would be a Hamas takeover, creating another hostile entity on our border – our most sensitive border. With one Arab country after another self-destructing, we need to proceed with extreme caution. My model for how the Jewish people should interact with our neighbors comes from the biblical patriarch, Jacob. When Jacob was facing his brother Esau, and he wasn’t sure whether Esau was coming in peace or in war, Jacob divided his camp into two. One camp brought gifts, and the other camp was armed. (…) There is no Palestinian leader I can see who can or would give us what we minimally need for a deal, and that’s agreeing to confine Palestinian “right of return” to a Palestinian state. In the absence of that concession, there can be no deal. So I’m writing for the long term. (…) The more we continue speaking about Zionism only as a European movement that rose in response to European anti-Semitism, the more we feed the anti-Zionist narrative which depicts Israel as a Western colonialist project. If we keep relying on the Holocaust to justify Israel’s existence, we leave ourselves open to accusation that the Palestinians and the Arab world paid the price for what Europe did to the Jews. The narrative that we need to start telling is much more nuanced and more faithful to what Israel actually is. It’s a narrative that needs to take into account that, yes, while political Zionism did rise in Eastern Europe as an attempt to try to prevent the disaster we now call the Holocaust, in fact Zionism largely failed to save the Jews of Europe – but it did succeed in saving the Jews of the Middle East. Can you imagine if there were still large Jewish communities in Aleppo, in Sana’a, in Baghdad, in Benghazi? (…) Look at the fate of almost every minority in the Middle East today. What would the fate of the Jews of Syria or Iraq have been if they’d stayed? The notion that Zionism ruined the lives of the Jews of the Middle East is a 20th century story told by Israel’s enemies. The story we need to tell in the 21st century is: Thank God that Zionism extracted the Jews from societies that were going to implode 60-70 years later. It’s only in the last few years that we can fully appreciate Zionism’s rescue mission of the Jewish communities of this region. (…) Another example of how the old 20th century narrative does us a deep disservice is how we downplay the Zionism of longing. Zionism was the meeting point between need and longing. We have told the story of the Zionism of need. But we’ve neglected the story of the Zionism of longing. We’ve half-forgotten the story of how we managed to preserve the centrality of the land of Israel in Jewish consciousness, in every corner of the globe where Jews lived. It’s one of the most astonishing stories in human history. This book tries to retell the story of the Zionism of longing. That’s a story we need to tell our neighbors. It’s also a story we need to tell ourselves. (…) The exile didn’t end in 1948, with the creation of the state, but only in 1989, with the fall of the Soviet empire. With the fall of Communism, there were no longer large Jewish communities that were forcibly denied the right to emigrate, the right to choose between life in the Diaspora or Israel. Since 1989, almost every Jew now has that choice, for the first time in 2,000 years. There is no exile anymore. I not only celebrate our national rebirth, but also thriving Jewish communities around the world. We’re a very strange people. We lived with the centrality of the land of Israel in our consciousness, in our faith, and yet we lived as a people outside the land for most of our history. So diaspora is no less a part of us than homeland. To be a healthy people, we need a creative tension between these two parts of our being. Still, I wonder whether Jewish life in Europe is sustainable anymore. We’re being hit from so many directions there – the Islamists, the far left, the far right – that we may be seeing the last generation of European Jewry. The post-Holocaust European Jewish rebirth was a brave experiment, an act of trust in the new Europe. I fear that that experiment has failed. (…) One of my nightmares – Israelis have a list – is the disintegration of the American Jewish-Israeli relationship. We’re not there yet, but we seem to be heading that way. To some extent the tensions between our two communities are an unavoidable function of geography. American Jews live in the safest, most accepting diaspora in history, and we live in the most dangerous region on the planet. And so each community has developed a strategy that makes sense for its geography. American Jews have become flexible and open to their environment. Israelis have become the toughest kid on the block. Our dilemma is that the tactics we need to use to keep ourselves relatively safe in the Middle East are undermining our moral credibility among many American Jews, and that’s a different kind of strategic threat. My fear is that each community will take on the attributes of its geographical circumstances. That we will become brutal, and American Jews will become what my father, a Holocaust survivor, used to call “stupid Jews” – Jews who have forgotten the instincts of survival. (…) What can help American Jews and Israelis get to a more mature relationship – a relationship among Jewish grown-ups – is to remember that we live in one of the most interesting and fateful moments in Jewish history. Most of the dreams and fears of our ancestors have been fulfilled. For 2,000 years, Jews carried two great dreams and one great fear. The two dreams were that we would return home, or that we would find safe refuge outside our homeland. And the great fear was that the hatred against us would reach a tipping point and our non-Jewish neighbors would finally destroy us. Those dreams and that nightmare were realized before we were born. The only great dream that hasn’t yet happened is the coming of the messiah, and of course some Jews argue that we’re now in the messianic era. We live in a moment of profound confusion in Jewish life. That confusion is an entirely appropriate response to the reality we’ve inherited. I see our greatest challenge as understanding and re-adapting our story to these radically changed circumstances. What does it mean when some of the most significant elements of our story have been fulfilled? What do we do with that? What is our purpose in the world as a people? My intuition is that we have something urgent to say to the world about survival This is the first time in history that humanity has the ability to destroy itself. The Jewish people is history’s great survivor. Our job is to figure out what is the Jewish wisdom we need to share with the world. But for that to happen, we need to start seriously thinking about the meaning of our story. Yossi Klein Halevi

A l’heure ou, contrairement à un Monde arabe qui semble se réveiller …

Il n’y a guère plus que l’Occident pour crier au racisme concernant la loi de nationalité dont vient de se doter Israël …

Et à vouloir imposer à la seule véritable démocratie du Moyen-Orient …

Une paix impossible avec des gens qui n’ont, Arabes israéliens et leur drapeau palestinien compris, que sa destruction à la bouche …

Il faut lire d’urgence le dernier livre de Yossi Klein Halevi …

Rappelant les effets pervers aussi bien au Moyen-Orient même qu’en Occident …

D’une présentation du sionisme comme mouvement purement européen …

Qui fait en réalité le jeu des ennemis d’un Etat d’Israël réduit à un projet colonialiste occidental ..

Et partant a une punition infligée aux Arabes pour les crimes de l’Europe …

Alors que simple produit, comme la plupart des autres pays de la région ou même de nombre de pays européens, de l’application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes suite au démantèlement des grands empires ottoman ou austro-hongrois précipité par leur défaite lors de la Première guerre mondiale …

Il antédate non seulement sa renaissance européenne de plusieurs millénaires …

Mais c’est en fait au Moyent-Orient et au Maghreb qu’il a protégé les juifs d’un probable autre anéantissement …

New book coincides with storm over incendiary Abbas comments

Who we are, why we’re here: Israeli author explains Zionism to the Palestinians

We’re rightly outraged by enemy attacks on our legitimacy, says Yossi Klein Halevi. But we’ve never bothered to tell them our story. Hence his ‘Letters to My Palestinian Neighbor’

The Jerusalem-based author and journalist spent 11 years writing his previous book, “Like Dreamers” — which told the story of Israel’s evolution after the Six Day War through the lives of seven paratroopers who fought to reunite Jerusalem. By contrast, Klein Halevi says, “Letters” spilled out of him in what felt like 11 weeks. It was a book waiting to be written, he believes, a book he had spent his 35 years in Israel — half the lifespan of the modern Jewish state — preparing to write.

Its goal is nothing less than to explain to our Palestinian neighbors — some of whom he can literally see out of the window of his home in northern Jerusalem’s French Hill neighborhood — who we Jews are and what we are doing here. With Palestinian Authority President Mahmoud Abbas working assiduously to delegitimize the Jews’ presence here, the imperative could hardly be more pressing.

In an earlier book, “At the Entrance to the Garden of Eden,” Klein Halevi spent time with Christians and, far more dramatically, with Muslims in the Holy Land, listening, learning and trying to understand them. With this new book, he hopes that they will listen to him.

Unprecedentedly, however, Klein Halevi, 64, does not envisage this volume as a one-way street. His declared goal is for the book, with its chapter-letters, to prompt a dialogue with these Palestinian neighbors of ours. Therefore, it is being translated into Arabic. It will be made available online — on The Times Of Israel’s Arabic website – for free downloading. The author hopes that Palestinians and others across the Arab and Muslim world will respond to it. If they write, he promises, he will respond in kind — initiating an ongoing conversation, enabling our conflicted sides to better understand each other, and, thus, one day, perhaps even to accept and live peaceably alongside each other.

Klein Halevi takes pains to emphasize that he comes from the political right, that he is no naive believer in the possibilities of peace in the foreseeable future. But buoyed by his experiences in recent years heading a remarkable program at Jerusalem’s Hartman Institute that teaches visiting groups of American Muslim leaders about Judaism and Israel, he rejects the idea that the Arab world “hates us and always will hate us” as self-defeating, especially when he feels we Israeli Jews have made no real effort to tell our story to them.

Hence the book. Hence the weight of responsibility.

But that’s not all.

Despite the title and the key imperative of explaining Judaism and Zionism to our neighbors, Klein Halevi says he’s also written this book for us — for us Jews and Zionists who, he believes, have lost sight of central elements of our own story. We do ourselves and our cause a terrible disservice, he argues, by misrepresenting modern Israel as a story founded in European Jewry and the Holocaust; in fact Zionism patently failed to save European Jewry. What we should be internalizing, and explaining to others, is the unique fulfillment of what he calls the “Zionism of longing” — the “half-forgotten story of how we managed to preserve the centrality of the land of Israel in Jewish consciousness, in every corner of the globe where Jews lived” for thousands of years. “It’s one of the most astonishing stories in human history.”

I’ve known Yossi Klein Halevi for most of his 35 years in Israel, worked with him as a journalist, documented his groundbreaking Muslim Leadership Initiative at Hartman, interviewed him numerous times. He is one of the most articulate of thinkers, and one of the most insightful, graceful and careful of writers. What follows here is a transcript of a conversation we had in his Hartman office a few days ago, before he set off to the US to begin promoting this book.

Reading over our interview, I’m struck by the wisdom in almost every answer he offers to my questions, and by the originality of much of what he says — formulations that seem so necessary and obvious once you’ve read them, but that others have not managed to produce before.

As you’ll see high up in our conversation, two of his previous books were cursed by poor timing. Given those dark precedents, and given the immense potential benefit of Klein Halevi’s “Letters” for Palestinians, Israelis and anybody else who seeks a wiser, better world, one has to hope that this new book is blessed.

The Times of Israel: The book is due to come out when?

Yossi Klein Halevi: May 15.

And the Jerusalem embassy of the United States opens on?

May 14!

Okay, and this is a fortuitous set of circumstances, you think, or underlines why the book is so important, or…?

My mother-in-law said I should give the world fair warning before I publish another book. (Laughs)

Remind us: Because your book about your teenage membership in the Jewish Defense League came out around the time of the Rabin assassination…

“Memoirs of a Jewish Extremist,” my first book, came out two days after the Rabin assassination. My second book, “At the Entrance to the Garden of Eden,” which was about a journey I took into Islam and Christianity, came out on September 11, 2001. My last book, “Like Dreamers,” managed to avoid historic disasters.

Your second book presumably informed this new book, and maybe gave you the confidence to write it. And then there’s your work with Imam Abdullah Antepli and the Muslim Leadership Initiative at the Hartman Institute. Did that work give you the confidence that this book would not be a condescending and ignorant outreach to your Palestinian neighbor?

I see this book as a kind of sequel to the book I wrote about my journey into Palestinian Islam. That happened in the late ’90s, just before the Second Intifada, when it was still physically and emotionally possible to make that kind of journey. I spent a year in Palestinian society, listening to people’s stories, trying to see the conflict as much as possible through their eyes. And trying to experience something of Muslim devotional life, because that’s what interested me as a religious Jew, to see whether we could create a shared language for reconciliation that drew on our religious traditions.

This book is a belated sequel, almost two decades later. A lot has happened in the interim – especially the Second Intifada, which transformed Israeli society. The wound of the Second Intifada wasn’t just that we got the worst wave of terrorism in our history, but that the terrorism followed two Israeli offers for Palestinian statehood. And that shut me down, exhausted my capacity for outreach to the other side.

The Second Intifada brought the right back to power and nearly destroyed the Israeli left, something the international community still hasn’t internalized. Today our political debate isn’t between the right and the left anymore, but between the right and the center. The Labor Party, the founding party of Israel, is no longer capable of winning an election. That’s all a consequence of the Second Intifada, whose impact on my generation of Israelis was similar to the impact of 1947-48 on the founding generation of Israelis: It convinced us that there was no possibility for finding partners for partition among the current Palestinian leadership.

Presumably after writing your second book, you became deeply disillusioned with the chance of peace, because of the Second Intifada and all that has since played out. So does this book represent some kind of tentative revival of optimism, or would that be too strong a word?

This book isn’t about optimism or pessimism but an attempt to explain the Jewish and Israeli story to our neighbors – why the Jewish people never gave up its claim to this land even from afar, why I left my home in New York City in 1982 to move here. In my previous book I tried to listen to my neighbors. In this book I’m asking my neighbors to listen to me.

In all these years of conflict, no Israeli writer has written directly to our Palestinian neighbors, and to the Arab and Muslim worlds generally, explaining who we are and why we’re here

In all these years of conflict, no Israeli writer has written directly to our Palestinian neighbors, and to the Arab and Muslim worlds generally, explaining who we are and why we’re here. We defend our story to the whole world, but we don’t bother explaining ourselves to our neighbors. We’re rightly outraged by the daily attacks on our history and legitimacy that fill the Palestinian media and the Arab world’s media. But we’ve never tried to tell them our story.

This book combines the two commitments of my life: explaining and defending the Jewish narrative, and seeking partners in the Muslim world. The Jewish people is divided into two camps. One is defending the Israeli narrative, the other is fighting for peace. The argument of this book is that the two are related: Peace won’t happen so long as our narrative is negated by the other side. You can’t make peace with a country that has no right to exist.

Does this book not mark you out as some kind of inveterate optimist? That after all those years when you were too battered by reality, the optimism has resurfaced?

I live in the Middle East. I look around at my borders. I see Hezbollah, Hamas, Iranian Revolutionary Guards. I see a Palestinian national movement that still doesn’t accept the Jewish people’s right to define ourselves as a nation, as a people — and that’s true for all parts of the Palestinian national movement, from Fatah through Hamas. I don’t know any Israeli who’s optimistic about the immediate future.

We may well be heading toward war and peace simultaneously

If anything, we’re most likely heading toward war in the coming period, because of Iran’s growing military presence on our northern border. But at the same time we’re also seeing an unimagined shift in parts of the Arab world in attitudes toward Israel, thanks to a shared fear of an imperial Iran. Who would have imagined even two years ago that Saudi Arabia would be reaching out to Israel? This is the one unintended positive outcome of the disastrous Iranian deal: It brought the Sunnis and the Israelis together, against the deal. So we may well be heading toward war and peace simultaneously. This creates openings for us to tell our story.

In my writing and lecturing, going back to the 1990s Oslo years, I’ve warned about the delusions of a one-way peace process. My public life has been devoted to upholding what I consider an essential realism about Israel’s dilemma – that we can’t permanently rule another people but also can’t make peace with a Palestinian national movement that denies our right to exist as a sovereign nation.

Now the Middle East is radically changing – we don’t yet know how. But we need to be smart and flexible in our approach. We need a combination of the openness of the left and the wariness of the right. That is what I would call a centrist sensibility.

My experience in teaching Judaism and Jewish identity to Muslim American leaders over the last six years has taught me that the Muslim world generally doesn’t understand the relationship in Judaism between religion, peoplehood, land, and national sovereignty. The elements that we take for granted in our identity are almost entirely misunderstood in the Muslim world, where Jews are seen as a religious minority, rather than as a people with a religious identity, which is how Jews have traditionally seen themselves.

My book tries to explain the elements of Jewish identity, what our 4,000-year story means to me. This is my personal take on our story. As a Jewish writer living in a time when our story is under growing assault, I felt it was my responsibility to try to offer a Jewish and Israeli narrative.

The notion that Judaism is more than a religion is a revelation to Muslims. That a Jew can be an atheist seems to Muslims inconceivable. If you’re a Muslim, or for that matter a Christian, you can’t be an atheist. So Judaism works differently than the other monotheistic faiths, because of the foundational identity of peoplehood.

What does it mean that we’re a particularist faith rather than a universalist faith? Christianity and Islam believe that in the end of time everyone will be Christian or Muslim. Jews never imagined remaking humanity in our literal image. We believe that we have a universal goal that we’re working toward, which is the manifestation of the Divine Presence for all of humanity. That’s the vision of Isaiah: We’re a “peoplehood strategy” for a universal goal.

This lack of understanding of Jewish identity has direct bearing on the Muslim rejection of the legitimacy of Israel, the expression of the Jewish people’s national aspirations.

The elements of our identity that we take for granted are exactly what we need to explain about ourselves: Who are we? What is our relationship to this land? What does it mean that we maintained a kind of vicarious indigenousness with this land through 2,000 years of exile? What is Zionism? What is the relationship between Zionism and Judaism? Why are we the only people in history that managed, after thousands of years, to return to its land? In short: What is our story? And for me, the essence of Judaism is its story. I would define the Jews as a story we tell ourselves about who we think we are.

Our current prime minister and maybe some of his predecessors, however politely, would deride that approach. Netanyahu would say, you can explain until you’re blue in the face, and you can strive for morality, which is a lovely thing, but the only reason that we have survived, and the only way we will survive, is by being strong and exuding strength. It’s not about having them understand our narrative. It is about projecting strength. Sadat only made peace because he didn’t defeat us in the 1973 war…

I would agree with everything you’ve said except one word — “only.” The basis for our survival in the Middle East is our ability to defend ourselves. Beyond that, though, how are we going to navigate our relationships with those in the Arab world who may be prepared, for whatever reasons, to reexamine their relationships with us?

This notion of “they hate us and always will hate us,” when we haven’t made any real effort to explain our story, strikes me as self-defeating

For us to sit back and say, What’s the point in bothering to explain ourselves to our neighbors? They will never understand us” – it goes against what I’ve learned teaching American Muslims. This notion of “they hate us and always will hate us,” when we haven’t made any real effort to explain our story, strikes me as self-defeating.

So your book is directed not only at your Palestinian neighbors but the Arab world, the region, ideally?

Very much so. The book is being translated into Arabic. As you know, it will be put online — on The Times of Israel’s Arabic website – for free downloading, and that should be ready around the time that we release the book in English. And I am inviting Palestinians, Arabs, Muslims to respond. I will have somebody translating letters that come in response, and I will do my best to respond. I’ve already begun showing the book to Palestinians and getting written responses. If the responses are interesting enough, I may publish the exchanges as a sequel.

And I will try to bring this to Arab media, to start the first public conversation between an Israeli writer and our neighbors about who we are, why we see ourselves as indigenous to this land, and what is our shared future in the region.

Did you ever think about doing a program, similar to the one you do for American Muslim leaders, for Palestinian Muslim leaders?

Outside of my window, on the edge of my neighborhood in French Hill, is the separation barrier – a wall. That wall is both concrete and metaphorical. In the State of Israel, there are many efforts to bring together Jewish and Arab Israelis, but beyond that, it’s hard to initiate Palestinian-Israeli engagement on any level, let alone create a program for Palestinians that will teach Judaism and Jewish identity. We are occupying the Palestinians, while their national movement doesn’t accept our right to exist. I’d be delighted to do a program like that. But that is certainly premature.

In a way, the ideal version of this book would be a joint book, by an Israeli and a Palestinian author. You write about two states for two narratives. Yours is one of the narratives. Would you want to be able, five years from now, to publish the second edition of this, which is actually the two narratives?

I initially wanted to do a joint book, and I had a few Palestinian partners in mind. In the end I decided against it. I felt the need to have my own space to tell our story, to counter the assault on our narrative. What is happening to us in the twenty-first century is that the Jewish story of the twentieth century is being turned into its opposite – not a story of courage and faith and persistence but of evil. And so I needed to tell our story on its own, as a first step.

But I see this book as only a first step – an opening to a project that will be a conversation with our neighbors. In order to start a conversation, I needed to set out my beliefs: This is who I am. This is why I live in Israel. This is why my people returned home. This is how mainstream Israelis understand what happened here in 1948, in 1967, in 2000. And I needed to say that on its own, without being engaged at least initially in a debate or even a dialogue. All that will hopefully follow.

And where does this project go five years from now?

I’m open to taking this in any direction. Maybe there won’t be any substantive response and this will go nowhere. But I sense that this is a conducive time to test the waters.

We’re marking 70 years of Israel’s existence – and also 70 years of siege and delegitimization against Israel. Zionism’s great and irreversible achievement is to have re-indigenized the Jewish people in this land. We’re here to stay – and so are our neighbors. Can we begin the long and painful process of finding a new language in which we can speak about the conflict and about a solution?

Where does leadership fit into the context in which you wrote this book? Essentially it’s an indictment of failed leadership — on the other side, I would say.

On both sides. On the Palestinian side, the failure has been consistent, since the conflict began. There is no national movement that I can think of, anywhere, that has rejected more offers for statehood than the Palestinian leadership.

On our side, I fault our current leadership for not continuing the policy of previous governments, which was to state without equivocation to the Palestinians: We’re serious about a deal, if you are. A Palestinian state is a standing, ongoing offer, and we’re not going to undermine it by expanding settlement building into areas that we say, in principle, would be part of that state, whenever conditions make that possible.

Like most Israelis, I don’t believe a Palestinian state can be created anytime soon. The most likely result of creating a Palestinian state now would be a Hamas takeover, creating another hostile entity on our border – our most sensitive border. With one Arab country after another self-destructing, we need to proceed with extreme caution.

My model for how the Jewish people should interact with our neighbors comes from the biblical patriarch, Jacob. When Jacob was facing his brother Esau, and he wasn’t sure whether Esau was coming in peace or in war, Jacob divided his camp into two. One camp brought gifts, and the other camp was armed

But we also need to not take steps that will prevent the possibility of a two-state solution. And we need to make efforts to strengthen the Palestinian economy, to reach out to the wider region to involve Arab countries in an eventual arrangement.

My model for how the Jewish people should interact with our neighbors comes from the biblical patriarch, Jacob. When Jacob was facing his brother Esau, and he wasn’t sure whether Esau was coming in peace or in war, Jacob divided his camp into two. One camp brought gifts, and the other camp was armed.

Our relationship with the Muslim world is going to largely determine the physical safety of the Jewish people in the 21st century. It’s astonishing to me that we haven’t seriously begun to think about how do we live with 1.7 billion Muslims. Are there people in the Muslim world who might be open to a new kind of relationship with us? Shouldn’t we be exploring that possibility?

You write: “Israelis need to recognize the deep pain we’ve caused in pursuing our security needs…”

I’ve tried to create a language for reconciliation with our neighbors that centrist Israelis like myself can feel comfortable with. I have forced myself to go past my anger and resentment that is the legacy of the Second Intifada, and to try again to see my neighbors.

What I learned during the Second Intifada was how not to see them. I look at the hill outside my window every day — Palestinian villages on the hill just beyond the wall. I taught myself to see over them, to the desert view past them. That was an emotional protection during the years of suicide bombings. Without forgetting the bitter lessons that we learned during those years, without forgoing the deep necessity for wariness and self-protection, I am trying to teach myself how to see again, trying to teach myself how to be empathetic with my neighbors’ suffering, without sacrificing the integrity of my Israeli narrative.

I understand why Palestinians hang maps without Israel, because my internal map doesn’t have the word “Palestine”

This book is an attempt to explain how Israelis experience this conflict, how I experience this conflict, why I think peace hasn’t happened, and yet, why I still believe in the need for a two-state solution, as bad as that solution is.

My starting point in thinking conceptually about our conflict with the Palestinians is the same as the settlers’: All the land between the river and the sea belongs to us, by right. But I also acknowledge that there’s another people between the river and the sea that believes that all of this land is theirs. I understand why Palestinians hang maps without Israel, because my internal map doesn’t have the word “Palestine.”

My question to all of us, Israelis and Palestinians, is: What is our endpoint? We share maximalist claims to the whole land. But if the maximalist claim is a starting point and not the endpoint, then we can talk.

Partition has been on the table almost from the beginning of this conflict. It is not a good solution. Creating two states in this one little land – it’s a nightmare for both peoples. But the alternative – a one-state solution in which Israelis and Palestinians devour each other – seems to me worse.

If there’s going to be a two-state solution, it has to come from a place where both sides understand that the other has sacrificed something essential in its historic claim. For Israel to give up Judea and Samaria is an amputation. I grew up on the right. As a teenager I wore a necklace with a silver map of the whole land of Israel according to the old Revisionist Zionist plan – both banks of the Jordan River. That’s my emotional legacy.

If you look at the dynamic of how peace has been made in this country, so far it has only been the right that has succeeded in withdrawing from territory. That’s because the public trusts the right — not only for security reasons, but for emotional and historic reasons. If I’m going to have a prime minister who will cede territory, I want that leader to say, I’m giving up something that belongs to me. Before I celebrate peace, I will mourn the loss of parts of my homeland.

Being very practical, then, do you think that Israel’s current prime minister would be prepared to make that amputation?

I once would have replied with a cautious yes. Netanyahu was never an ideological right-winger. At crucial moments in our history, the most important divide politically hasn’t been between left and right, but between the pragmatic right and the ideological or religious right.

The great threat to the religious right has always come from the pragmatic right. Think of Menachem Begin in Sinai and Ariel Sharon in Gaza. The settlers have been wary of Netanyahu too, and for good reason.

But the political tragedy of Netanyahu — there are other Netanyahu tragedies — is his failure to fashion a pragmatic right in his image. On his watch, large parts of Likud have turned hard right. If he would try to enter into a substantive peace process, much of his party would revolt. And so no, I don’t think he can do it, even if he wanted to.

The bigger “but,” of course, which is why you wrote the book, is with whom would he be entering a peace process?

There is no Palestinian leader I can see who can or would give us what we minimally need for a deal, and that’s agreeing to confine Palestinian “right of return” to a Palestinian state. In the absence of that concession, there can be no deal. So I’m writing for the long term.

Aren’t you writing to try and create a climate in which…?

I’m trying to model a Jewish conversation with Palestinians that is both empathic toward their suffering and affirming of our story.

I’ve written this book because this is the story I had to tell. And I hope there’ll be people on the other side who will hear it. What the results will be… You write and let it go.

One of the bittersweet experiences of writing a book is that as soon as it appears, it’s no longer yours. You sit with this creation in the privacy of your room, nobody sees it, and you can imagine all kinds of outcomes. But as soon as you release the book, it doesn’t belong to you anymore. I almost never go back to my other books. They’re strangers to me in a certain way. Every so often somebody will tell me something that they’ve read in one of the books, and I’ll say, Oh yeah, that was a good line! (Laughs.)

Writing this book was an interesting experience. “Like Dreamers” took me 11 years. This feels like it was written in 11 weeks … It’s a much shorter book. I call this the Twitter version of “Like Dreamers,” which was a very long book. I never imagined that I could just sit down and write a book quickly, but this one poured out. I couldn’t keep up with it. I’ve never had that writing experience before. I’m a very slow and plodding writer. So, in a way, this book wrote itself.

But in another sense, I’ve been writing this book for years. Along with celebrating the 70th anniversary of the state I’m marking a personal milestone — my thirty-fifth anniversary of moving to Israel, which is to say that I’ve lived in Israel for half the life of the state. This book really took me thirty-five years to write.

Thirty-five years of living in Israel.

Unbelievable. When I first came I thought I’d missed the story – the rest would be anti-climactic. Looking back on the Israeli roller-coaster of the last 35 years, that seems pretty funny.

What have you learned about our story?

One thing I’ve learned is that we’re telling ourselves and the world an outdated story. We’re still speaking about Israel as essentially a European Jewish story. Zionism begins in response to the pogroms and culminates in the Holocaust, which leads to the creation of Israel. That story already became obsolete to a great extent when Israel became a Mizrahi-majority state, which happened in the 1950s.

We’re just beginning culturally to absorb that fact. And it’s time for us to absorb that in our narrative as well.

Zionism largely failed to save the Jews of Europe – but it did succeed in saving the Jews of the Middle East

The more we continue speaking about Zionism only as a European movement that rose in response to European anti-Semitism, the more we feed the anti-Zionist narrative which depicts Israel as a Western colonialist project. If we keep relying on the Holocaust to justify Israel’s existence, we leave ourselves open to accusation that the Palestinians and the Arab world paid the price for what Europe did to the Jews.

The narrative that we need to start telling is much more nuanced and more faithful to what Israel actually is. It’s a narrative that needs to take into account that, yes, while political Zionism did rise in Eastern Europe as an attempt to try to prevent the disaster we now call the Holocaust, in fact Zionism largely failed to save the Jews of Europe – but it did succeed in saving the Jews of the Middle East. Can you imagine if there were still large Jewish communities in Aleppo, in Sana’a, in Baghdad, in Benghazi?

Let me play devil’s advocate: Yes, but they only became threatened because of this foreign, colonial enterprise called Israel, planted in the midst of the Middle East.

Look at the fate of almost every minority in the Middle East today. What would the fate of the Jews of Syria or Iraq have been if they’d stayed? The notion that Zionism ruined the lives of the Jews of the Middle East is a 20th century story told by Israel’s enemies. The story we need to tell in the 21st century is: Thank God that Zionism extracted the Jews from societies that were going to implode 60-70 years later. It’s only in the last few years that we can fully appreciate Zionism’s rescue mission of the Jewish communities of this region.

We’ve half-forgotten the story of how we managed to preserve the centrality of the land of Israel in Jewish consciousness, in every corner of the globe where Jews lived. It’s one of the most astonishing stories in human history

Another example of how the old 20th century narrative does us a deep disservice is how we downplay the Zionism of longing. Zionism was the meeting point between need and longing. We have told the story of the Zionism of need. But we’ve neglected the story of the Zionism of longing. We’ve half-forgotten the story of how we managed to preserve the centrality of the land of Israel in Jewish consciousness, in every corner of the globe where Jews lived. It’s one of the most astonishing stories in human history. This book tries to retell the story of the Zionism of longing. That’s a story we need to tell our neighbors. It’s also a story we need to tell ourselves.

Do you think Zionism’s salvation role is over now? Or when you look at parts of Europe and maybe even America…?

I hope it’s over. I hope that Jews will come to Israel not because they’re fleeing persecution or threat but because they want to join the most amazing experiment in Jewish history, which is the recreation of a people after two thousand years of dispersion and shattering.

The exile didn’t end in 1948, with the creation of the state, but only in 1989, with the fall of the Soviet empire. With the fall of Communism, there were no longer large Jewish communities that were forcibly denied the right to emigrate, the right to choose between life in the Diaspora or Israel. Since 1989, almost every Jew now has that choice, for the first time in 2,000 years. There is no exile anymore.

I not only celebrate our national rebirth, but also thriving Jewish communities around the world. We’re a very strange people. We lived with the centrality of the land of Israel in our consciousness, in our faith, and yet we lived as a people outside the land for most of our history. So diaspora is no less a part of us than homeland. To be a healthy people, we need a creative tension between these two parts of our being.

Still, I wonder whether Jewish life in Europe is sustainable anymore. We’re being hit from so many directions there – the Islamists, the far left, the far right – that we may be seeing the last generation of European Jewry. The post-Holocaust European Jewish rebirth was a brave experiment, an act of trust in the new Europe. I fear that that experiment has failed.

And the United States?

One of my nightmares – Israelis have a list – is the disintegration of the American Jewish-Israeli relationship. We’re not there yet, but we seem to be heading that way.

Our dilemma is that the tactics we need to use to keep ourselves relatively safe in the Middle East are undermining our moral credibility among many American Jews, and that’s a different kind of strategic threat

To some extent the tensions between our two communities are an unavoidable function of geography. American Jews live in the safest, most accepting diaspora in history, and we live in the most dangerous region on the planet. And so each community has developed a strategy that makes sense for its geography. American Jews have become flexible and open to their environment. Israelis have become the toughest kid on the block. Our dilemma is that the tactics we need to use to keep ourselves relatively safe in the Middle East are undermining our moral credibility among many American Jews, and that’s a different kind of strategic threat.

My fear is that each community will take on the attributes of its geographical circumstances. That we will become brutal, and American Jews will become what my father, a Holocaust survivor, used to call “stupid Jews” – Jews who have forgotten the instincts of survival. I think my father, who died many years ago, would have been appalled by Netanyahu’s cynical manipulation of desperate African asylum seekers. And I don’t have to imagine what he would have said about those American Jews who have publicly sided with Linda Sarsour. Why is it so hard for some Jews to understand that decency and self-preservation aren’t mutually exclusive?

One of the reasons I sit at the Hartman Institute is because I am committed – unconditionally – to the American Jewish-Israeli relationship. Sometimes I get furious at American Jews, just as they get furious at us. During the Iran deal, which I see as an existential threat to Israel, I was so angry at American Jews for failing to stop it that I wrote an op-ed essentially saying what some American Jews have been saying to Israel: I’ve had it with you, I can’t continue this relationship. Fortunately I never published it, and my fit passed.

Each side can find lots of reasons to be disappointed with the other. But I don’t have any other Jewish people. We need to stop obsessing only on the failures of each community and also celebrate each community’s remarkable achievements. The emergence of either American Jewry or the State of Israel would have been enough to change Jewish life for centuries. The simultaneous emergence of these two great Jewish experiments is unprecedented in Jewish history.

What can help American Jews and Israelis get to a more mature relationship – a relationship among Jewish grown-ups – is to remember that we live in one of the most interesting and fateful moments in Jewish history. Most of the dreams and fears of our ancestors have been fulfilled. For 2,000 years, Jews carried two great dreams and one great fear. The two dreams were that we would return home, or that we would find safe refuge outside our homeland. And the great fear was that the hatred against us would reach a tipping point and our non-Jewish neighbors would finally destroy us. Those dreams and that nightmare were realized before we were born.

The only great dream that hasn’t yet happened is the coming of the messiah, and of course some Jews argue that we’re now in the messianic era. We live in a moment of profound confusion in Jewish life. That confusion is an entirely appropriate response to the reality we’ve inherited. I see our greatest challenge as understanding and re-adapting our story to these radically changed circumstances.

What does it mean when some of the most significant elements of our story have been fulfilled? What do we do with that? What is our purpose in the world as a people? My intuition is that we have something urgent to say to the world about survival.

This is the first time in history that humanity has the ability to destroy itself. The Jewish people is history’s great survivor. Our job is to figure out what is the Jewish wisdom we need to share with the world. But for that to happen, we need to start seriously thinking about the meaning of our story.


Disparition de Philip Roth: Qu’est-ce que ce club qui m’admet comme membre? (After a lifetime of refusing to belong to any club that would have him as a member, the enfant terrible of the Jewish American novel and eternal Nobel also-ran tenders his final resignation)

28 mai, 2018

At three, I started Hebrew school. At ten, I learned a trade. I hear they’ve picked a bride for me. I hope she’s pretty. Tradition (Fiddler on the roof)
 Je vous prie d’accepter ma démission. Je refuse de faire partie d’un club qui est prêt à m’admettre parmi ses membres. Groucho Marx (télégramme au Friars Club de Beverly Hills)
Avec ce qu’on appelle la « démocratisation » de l’univers scolaire, c’est-à-dire la généralisation de l’accès à l’enseignement secondaire, des institutions se sont transformées par le fait qu’elles accueillaient des gens qui, à un autre stade du système, n’y auraient pas eu accès: il y a donc des gens qui, quand ils y sont, n’y sont toujours pas, puisque le lieu où ils sont n’est plus le même du fait qu’ils y sont. C’est la même chose pour les clubs – voir la boutade de Groucho Marx: « Qu’est-ce que ce club qui m’admet comme membre?  » Pierre Bourdieu
L’une des règles minimales de la Nouvelle Société veut que tout ce qui rappelle la nostalgie de la boue – les manières d’être du peuple, le pittoresque, la vitalité fruste de ces gens, et leurs logements à bon marché – soit bien ; alors que tout ce qui a un caractère bourgeois, noir ou blanc, est mal. D’où il résulte que le chic gauchiste favorise dans la gauche ce qui paraît primitif, exotique et pittoresque, comme les travailleurs agricoles saisonniers, qui ne sont pas seulement de gauche et « près de la terre », mais de plus sont des Latino-Américains ; les Panthers avec leurs blousons de cuir, leurs coiffures afro, leurs lunettes de soleil et leurs fusillades ; et les Indiens Peaux-Rouges qui, bien sûr, ont toujours paru primitifs, exotiques et pittoresques. Au début du moins, ces trois groupes avaient un trait commun qui les rendait particulièrement acceptables: leurs quartiers généraux se tenaient à près de cinq mille kilomètres de l’East Side de Manhattan, en des endroits comme Delano (pour les travailleurs agricoles), Oakland (pour les Panthers), l’Arizona et le Nouveau-Mexique (pour les Indiens). On ne risquait pas trop… de marcher dessus, en somme. Exotiques, pittoresques et lointains… Comme nous le verrons bientôt, d’autres créatures partageaient avec eux, pour les mêmes raisons, les sympathies du chic gauchiste ; à savoir les ocelots, les jaguars, les léopards et les panthères des Somalis. Tom Wolfe (1963)
Le politiquement correct, que je surnomme PC, pour «police citoyenne», est né de l’idée marxiste que tout ce qui sépare socialement les êtres humains doit être banni pour éviter la domination d’un groupe social sur un autre. Par la suite, ironiquement, le politiquement correct est devenu l’instrument des «classes dominantes», l’idée d’une conduite appropriée pour mieux masquer leur «domination sociale» et se donner bonne conscience. Peu à peu, le politiquement correct est même devenu un marqueur de cette «domination» et un instrument de contrôle social, une manière de se distinguer des «ploucs» et de les censurer, de délégitimer leur vision du monde au nom de la morale. Les gens doivent désormais faire attention à ce qu’ils disent. C’est de pire en pire, en particulier dans les universités. (…) À travers Radical Chic, je décrivais l’émergence de ce qu’on appellerait aujourd’hui la «gauche caviar» ou le «progressisme de limousine», c’est-à-dire une gauche qui s’est largement affranchie de toute empathie pour la classe ouvrière américaine. Une gauche qui adore l’art contemporain, s’identifie aux causes exotiques et à la souffrance des minorités, mais méprise les «rednecks» de l’Ohio. Des Américains ont eu le sentiment que le Parti démocrate faisait tellement des pieds et des mains pour aller séduire les différentes minorités qu’il en arrivait à négliger une partie encore considérable de la population. A savoir cette partie ouvrière de la population qui, historiquement, a toujours été la moelle épinière du Parti démocrate. Durant cette élection, l’aristocratie démocrate a pris le parti de favoriser une coalition de minorités et d’exclure de ses préoccupations la classe ouvrière blanche. Et Donald Trump n’a plus eu qu’à se pencher pour ramasser tous ces électeurs et les rallier à sa candidature. Tom Wolfe
You thought you could skip out … of yourself and write American. Bech … let me ask you. Can you say the Lord’s prayer? … Well, ninety percent of the zhlubs around you can. It’s in their heads. They can rattle … the damn thing right off … how can you expect to write about people … when you don’t have a clue to the chozzerai … that’s in their heads … they stuck it out … but that God-awful faith … Bech … when it burns out … it leaves a dead spot. That’s where America is … in that dead spot. Em, Emily, that guy in the woods … Hem, Mel, Haw … they were there. No in thunder … the Big No. Jews don’t know how to say No. All we know is Yes. John Updike
The room begin to ascend. It lifted. It rose like an ark on waters. Lucy said inside her mind, “This chamber of Jews.” It seemed to her that the room was levitating on the little grains of the refugee’s whisper. She felt herself alone at the bottom, below the floorboards, while the room floated upward, carrying Jews. Why did it not take her too. Cynthia Ozick
Today, Newark is my Stockholm and that plaque is my prize. Philip Roth
Je ne pouvais écrire tout un livre sur Londres. En seulement huit semaines, l’Angleterre avait fait un juif de moi. (…) J’ai eu la gloire littéraire. J’ai eu la gloire sexuelle et j’ai même eu la gloire d’être pris pour un fou. J’ai reçu des centaines de lettres, une centaine par semaine, certaines d’entre elles accompagnées de photos de filles en bikinis. J’ai eu beaucoup d’occasions de rater ma vie. Philip Roth
His is an essential voice on what it meant to be a Jewish American at a time when Jews, and indeed other ethnics, were on their way to becoming white. Clement Price (Rutgers Newark)
“The Human Stain” was inspired, rather, by an unhappy event in the life of my late friend Melvin Tumin, professor of sociology at Princeton for some thirty years. One day in the fall of 1985, while Mel, who was meticulous in all things large and small, was meticulously taking the roll in a sociology class, he noted that two of his students had as yet not attended a single class session or attempted to meet with him to explain their failure to appear, though it was by then the middle of the semester. Having finished taking the roll, Mel queried the class about these two students whom he had never met. “Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks?”—unfortunately, the very words that Coleman Silk, the protagonist of “The Human Stain,” asks of his classics class at Athena College in Massachusetts. Almost immediately Mel was summoned by university authorities to justify his use of the word “spooks,” since the two missing students, as it happened, were both African-American, and “spooks” at one time in America was a pejorative designation for blacks, spoken venom milder than “nigger” but intentionally degrading nonetheless. A witch hunt ensued during the following months from which Professor Tumin—rather like Professor Silk in “The Human Stain”—emerged blameless but only after he had to provide a number of lengthy depositions declaring himself innocent of the charge of hate speech. A myriad of ironies, comical and grave, abounded, as Mel had first come to nationwide prominence among sociologists, urban organizers, civil-rights activists, and liberal politicians with the 1959 publication of his groundbreaking sociological study “Desegregation: Resistance and Readiness,” and then, in 1967, with “Social Stratification: The Forms and Functions of Inequality,” which soon became a standard sociological text. Moreover, before coming to Princeton, he had been director of the Mayor’s Commission on Race Relations, in Detroit. Upon his death, in 1995, the headline above his New York Times obituary read “MELVIN M. TUMIN, 75, SPECIALIST IN RACE RELATIONS.” But none of these credentials counted for much when the powers of the moment sought to take down Professor Tumin from his high academic post for no reason at all, much as Professor Silk is taken down in “The Human Stain.” (…) As with the distinguished academic career of the main character of “The Human Stain,” Mel’s career, having extended for over forty years as a scholar and a teacher, was besmirched overnight because of his having purportedly debased two black students he’d never laid eyes on by calling them “spooks.” To the best of my knowledge, no event even remotely like this one blighted Broyard’s long, successful career at the highest reaches of the world of literary journalism. This “spooks” event is the initiating incident of “The Human Stain.” It is the core of the book. There is no novel without it. There is no Coleman Silk without it. Every last thing we learn about Coleman Silk over the course of three hundred and sixty-one pages begins with his unwarranted persecution for having uttered “spooks” aloud in a college classroom. In that one word, spoken by him altogether innocently, lies the source of Silk’s anger, his anguish, and his downfall. His heinous, needless persecution stems from that alone, as do his futile attempts at renewal and regeneration. All too ironically, that and not his enormous lifelong secret—he is the light-skinned offspring of a respectable black family from East Orange, New Jersey, one of the three children of a railroad dining-car porter and a registered nurse, who successfully passes himself off as white from the moment he enters the U.S. Navy at nineteen—is the cause of his humiliating demise. (…) Coleman Silk, on the other hand, is killed malevolently, murdered in a planned, prearranged car crash while driving with his unlikely mistress, Faunia Farley, a local farmhand and lowly janitor in the very college where he has been a highly esteemed dean. The revelations that flow from the specific circumstances of Silk’s murder stun his survivors and lead to the novel’s ominous conclusion on a desolate, iced-over lake where a showdown of sorts occurs between Nathan Zuckerman and Faunia and Coleman’s executioner, Faunia’s ex-husband, the tormented, violent Vietnam vet Les Farley. Neither Silk’s survivors nor his murderer nor his janitor mistress found their source anywhere other than in my imagination. (…) over the years, not a few people had wondered if, because of certain seemingly Negroid features—his lips, his hair, his skin tone—Mel Tumin, who was adamantly Jewish in the overwhelmingly Waspy Princeton of his era, might not be an African-American passing for white. This was another fact of Mel Tumin’s biography that fed into my early imaginings of “The Human Stain.” My protagonist, the academic Coleman Silk, and the real writer Anatole Broyard first passed themselves off as white men in the years before the civil-rights movement began to change the nature of being black in America. Those who chose to pass (this word, by the way, doesn’t appear in “The Human Stain”) imagined that they would not have to share in the deprivations, humiliations, insults, injuries, and injustices that would be more than likely to come their way should they leave their identities exactly as they’d found them. During the first half of the twentieth century, there wasn’t just Anatole Broyard alone—there were thousands, probably tens of thousands, of light-skinned men and women who decided to escape the rigors of institutionalized segregation and the ugliness of Jim Crow by burying for good their original black lives. Philip Roth
I understand your point that the author is the greatest authority on their own work, but we require secondary sources. The Wikipedia Administrator
D’Albuquerque à Séoul, de New York à Panama, de Londres à Lagos, Jean-Marie Le Clézio voyage, traverse et aime un grand nombre de pays, de gens, de civilisations, de cultures. Bernard Kouchner
Les statuts du Nobel parlent de récompenser une œuvre avec des idéaux et les livres de Le Clézio sont pleins d’humanité. Il est à cheval sur plusieurs cultures, l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe. Tout cela plait beaucoup à l’Académie. Editeur suédois
Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint. Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis.  Ils ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent. (…) En Europe vous pouvez bâtir votre œuvre, en toute tranquillité, sans crainte d’être battu à mort. Horace Engdahl
On pourrait penser que le premier secrétaire d’une académie qui a oublié de récompenser Proust, Joyce et Nabokov, nous épargnerait ses leçons de morale. David Remnick (New Yorker)
It reminds me a little bit of the Apollo space programme that Uganda instituted under the rule of Idi Amin, where they had rockets and so on, except that they were made out of balsa wood. It strikes me as a kind of publicity stunt for a prize that in recent years has demonstrated its fatuousness and political complexion with one political laureate after the next punctuated now and then by a VS Naipaul just to lend a patina of credibility. Roger Kimball (The New Criterion)
The Nobel has the great glamour. It also has the burden of being a kind of kiss of death. Many writers think it crowns your life effort and nothing that you do afterwards is as good. It is a mixed blessing. But your name is in the history books. Michael Dirda
Tout s’est passé très vite. Lorsqu’il publie «Portnoy» en 1959, il reçoit aussitôt le National Book Award. Mais il publie très rapidement une nouvelle dans le «New Yorker», «Défenseur de la foi», qui fait polémique. On l’accuse d’être un mauvais juif, un renégat. Les rabbins prennent violemment position contre lui. Il y en a même un qui déclare qu’au Moyen Age, «on savait quoi faire de ces gens-là». Roth est considéré comme un juif antisémite. Il faut dire qu’avec «Portnoy», où le héros se branle à tout-va, il avait aussi fait scandale. (…) Il me le disait toujours. Il se sentait sanctifié chez nous. Je lui ai apporté, en octobre dernier, le volume de la Pléiade qui lui est consacré. Il était très fier. Il voulait savoir si d’autres écrivains étaient rentrés de leur vivant dans la prestigieuse collection. Josyane Savigneau
According to the reproachful Yiddishists, who saw “Fiddler” as sentimentalizing and oversimplifying a rich and complex history, this was precisely where the musical went wrong. Decrying American Jews who “went wild” for the musical, Howe chided: “The less… they know about East European Jewish life or even the immigrant Jewish experience in America, the more inclined they seem to celebrate it.” Writer Cynthia Ozick condemned “Fiddler” for milking “nostalgia for a sweeter time, pogroms notwithstanding.” But what these critics couldn’t appreciate was that “Fiddler,”as Yiddish literary scholar Seth Wolitz has argued, was performing important cultural work for a community in the throes of rapid upward mobility, which they experienced as both thrilling success and threat to the preservation of familial ties and traditions. As Wolitz details, the changes made to the Sholom Aleichem stories worked to Americanize the material and to assert the mythos of Jewish adaptability and continuity. Bock, Harnick and Stein eliminated the most painful of the source stories (in “Shprintze,” for instance, one of Tevye’s daughters drowns herself). They turned Chava’s brutish gentile husband into a decent fellow who repudiates prejudice. Unlike the end of the “Tevye der Milkhiger” stories, which leave the hero wandering aimlessly and alone, with his wife dead and his daughters variously departed, in “Fiddler” he and most of his family are heading to America. As Wolitz notes, “Fiddler” presented Jews as already having adopted the American ideals of tolerance and individual rights in Anatevka. Like pilgrims, they needed to escape religious persecution and come to this promised land in order for those values to find fulfillment. And “Fiddler” managed to appeal as powerfully to non-Jews. While Jewish spectators could recognize the Sabbath candle lighting, the wedding chupah and other familiar markers of Jewish practice presented in the play, their gentile counterparts were given ample clues for making sense of such activities while connecting to the broader issues of generational conflict, the pressures of modernity and the evils of bigotry. In a deliberate effort to keep the show widely accessible, its writers proudly avoided using Yiddish. In the few instances in which it does turn up, it is thoroughly, even redundantly, explained: “To life, to life, l’chaim! L’chaim, l’chaim, to life.” (And they were furious when, a couple of months into the run, Zero Mostel began shticking it up with Yiddish ad-libs.) Librettist Stein delighted in telling an anecdote about the 1960s-era premiere in Tokyo: A local producer asked him whether Americans could really understand ‘Fiddler’ given that “it’s so Japanese.” Today, however, “Fiddler” is hoarded as the exclusive property of Jews, and not only by those who rejected the 2004 production. Wolitz argued that in 1964, “Fiddler on the Roof” helped American Jews consolidate their Americanness. He was right. But, as I’ll explore next week, these days it helps them firm up their Jewishness. Alisa Solomon
You could say he was protesting too much. I think he expressed to perfection the experience of the generation of American Jews who were assimilating rapidly. I belong to that generation. I came at the tag end of it, really. In 1964 or ’65, Fiddler on the Roof was produced on Broadway. And Fiddler on the Roof is really a musical about intermarriage. Coincidentally or not, that was the moment when American Jews began to intermarry in great numbers, and the feeling of a very separate identity of American Jews was totally transformed. I think Roth describes that pre-Fiddler moment of separateness, and is very moving and engaging about it. I think not only people who grew up as Jews and remember that time, but any immigrant population or minority population or religious population that grew up within a separate community and then broke out of it and saw it change, I think will identify with that. Elaine Showalter
Ironie du sort, l’écrivain américain disparaît l’année du report du prestigieux prix littéraire, pour cause de scandale sexuel en son sein. (…) Messieurs les Jurés du Nobel, apprenez que Philip Roth a désormais sa place dans la Pléiade à côté de William Faulkner, Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald. Mais aussi – et surtout – de Franz Kafka et de Milan Kundera auxquels le lient le rire et l’angoisse. Bob Dylan ne peut pas en dire autant. Certes, un peu avare de son papier bible, comme c’est désormais l’usage, la maison Gallimard n’a retenu que cinq livres pour ce premier volume couvrant les années 1959 à 1977. Mais ne boudons pas notre plaisir, la lecture suivie de Goodbye, Colombus, la Plainte de Portnoy, le Sein, Ma vie d’homme et Professeur de désir permet de nous souvenir du choc que fut la révélation d’un écrivain dans l’Amérique du président Nixon. C’était en 1969, lorsque a paru Portnoy’s Complaint, dont les éditeurs ont revu la traduction et changé le titre français. (…) Près d’un demi-siècle après sa publication, cette peinture de la petite bourgeoisie juive américaine et la mise en scène de l’obsession sexuelle en terre puritaine demeure hilarante. Long monologue d’un homme assis en face de son psychiatre, c’est un livre envoûtant, jubilatoire, provocateur, excentrique, tendre et méchant à la fois, qui désacralise la culture hébraïque en exaltant ce que le critique russe Mikhaïl Bakhtine a nommé « le bas corporel » à propos de l’œuvre de Rabelais. (…) Dès son premier livre, Roth a choqué les juifs conservateurs et les chaisières bien-pensantes, mais, immédiatement, il a été reconnu par ses aînés Saul Bellow et William Styron comme un écrivain « du bâtiment ». C’est d’ailleurs chez Styron que l’a rencontré le romancier français Michel Mohrt qui l’a fait publier à Paris, comme il avait auparavant fait publier Robert Penn Warren et Jack Kerouac. (…) Il y a beaucoup de juifs ridicules et de femmes stupides et désirables dans l’œuvre de Philip Roth. Pour les juifs, ceux qu’il met en scène dans Goobye, Colombus ne sont pas à leur avantage. Pour les femmes, il n’y a que Claire qui soit en pleine lumière dans Professeur de désir. Dès l’origine, cet art qu’il a de forcer dans l’épouvante a suscité des malentendus. Après la parution de Portnoy’s Complaint, les coups les plus durs sont venus des milieux juifs. Un critique du magazine Midstream a ainsi accusé le romancier d’avoir repris les clichés de Goebbels sur le juif prédateur sexuel désireux de souiller l’univers des gentils. C’est toujours et partout la même histoire : on n’est jamais moins bien servi que par les siens. (…) Dans l’œuvre de Roth, les situations d’énonciation sont plus subtiles que ne l’ont cru ceux qui, à l’époque de ses premiers livres, l’ont trop rapidement taxé d’antisémitisme et de misogynie. Il ne faut pas oublier que parmi ses saints patrons figure Gustave Flaubert, ce même Flaubert qui jurait : « Madame Bovary, c’est moi. » De même que William Faulkner n’est pas seulement dans les petits Blancs racistes mis en scène dans ses romans, mais aussi dans le corps et l’âme de Lena Grove de Lumière d’août, dans le corps et l’âme des Noirs du comté de Yoknapatawpha qui ont duré et enduré, durent et endurent encore, Philip Roth n’est pas tout entier dans l’ironie grinçante de ses narrateurs. Il est dans chacun de ses personnages, hommes et femmes, juifs et gentils, en marche à travers les contrariétés et les insuffisances de la vie vers un lieu de repos, un royaume de lumière et de paix qui ressemblerait à l’enfance. Alors, messieurs les Jurés du Nobel, convaincus ? Marianne
Il refusait d’être qualifié d’écrivain juif américain. Il disait : « Je suis écrivain américain tout court ». Mais, il a quand même totalement interrogé la question juive, notamment la question de la sexualité. C’est ça qui lui a valu d’être un écrivain scandaleux. La communauté trouvait qu’il parlait mal des juifs, ils le traitaient de mauvais juif. Ça s’est arrangé très récemment. Pour ses 80 ans, il y a eu une grande célébration pour dire tout ce que son œuvre avait apporté à la littérature américaine, dans la grande synagogue de New York. [le Nobel] C’était devenu un gag, ça le faisait rire. Vous savez, il faut arrêter de fantasmer sur le Nobel. Est-ce que Proust a eu le Nobel ? Non. Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là. Josyane Savigneau
Beaucoup d’encre, beaucoup de salive auront été dépensées pour commenter le commentaire présidentiel présidant à sa philosophie sur les banlieues françaises: «deux mâles blancs ne vivant pas dans les banlieues se remettent un rapport sur les banlieues: ça ne marche plus comme ça». Mais l’essentiel n’a peut-être été dit, car il relève de l’indicible. (…) Étrange au demeurant, la propension de cet homme intelligent et sympathique à ne pas savoir, de temps à autre, maîtriser son propos. Celui-ci, et nous verrons pourquoi, est à classer dans la même catégorie que sa sortie sur la colonisation française qui serait un crime contre l’humanité. Certes, un esprit retors pourrait être conduit à penser que ce boniment serait de nature, pour pas cher, à consoler ceux qui espéraient que l’État à nouveau, écoutant M. Borloo, tenterait d’acheter vainement la paix sociale – et apparemment raciale – à-coup de milliards à nouveau déversés en pure perte, mais dans cette hypothèse, le prix que devront payer à terme pour cette gaffe le gaffeur et son pays aura été sous-estimé. (…) Car ce n’est pas Mme Michu, gardienne d’immeuble, qui a prononcé la phrase querellée, c’est le président, gardien de cette Constitution de la République Française qui interdit toute distinction de droits au regard de l’origine, de l’ethnie ou de la couleur de peau. (…) C’est bien pour cela qu’au premier sous-sol, la sortie du gardien relève de la faute, en ce qu’elle revient en creux a déclarer que les blancs n’ont plus vraiment leur mot à dire dans les quartiers racisés. C’est exactement la conception des Indigènes de la République, dirigés par la raciste anti-blanc Houria Bouteldja. C’est celle aussi du très controversé «conseiller» Yassine Belattar, qui avait animé un dîner de gala du CCIF et qui, lors d’une récente émission de télévision, évoquait les djihadistes français avec cette indulgence avec laquelle on a coutume de traiter des enfants bêtisiers. Considérer désormais que certains, dans certains quartiers des territoires de la République française, pour des questions ethniques, sont plus qualifiés que d’autres pour gérer les affaires, revient donc à accréditer le risque de partition territoriale que François Hollande, la nuit tombée, évoquait auprès de deux journalistes d’un journal vespéral. Le prédécesseur de M. Macron associait cette crainte au caractère massif et irrésistible de l’immigration étrangère. (…) Mais l’essentiel (…) est, d’abord, dans l’évocation expresse de la différence chromatique. J’évoque souvent ce paradoxe pervers qui fait qu’il n’y a pas plus obsédé par la différence raciale qu’un antiraciste dévot qui interdit par ailleurs d’évoquer la race tout en en parlant sans cesse de manière compulsive. Mais il y a une condition expresse à cette évocation sans complexe du blanc: en parler négativement. Il ne serait pas arrivé au cerveau du président d’évoquer la couleur d’un Français blanc pour le complimenter, par exemple, pour un exploit sportif. Mais pour dénier à deux hommes blancs la compétence à statuer sur les banlieues, la chose était possible sans commettre une transgression médiatiquement, intellectuellement et politiquement insupportable. On comparera avec le scandale médiatique provoqué par une femme politique de moindre envergure, non sous les ors de l’Élysée mais dans une émission de télévision, lorsque celle-ci reprit la sortie du général De Gaulle sur les racines blanches et chrétiennes du peuple français. De même, pour se persuader de ce que le surmoi présidentiel rejoint l’idéologie médiatique sélective, on remarquera que la trivialité insolente de l’expression «mâle blanc» ne choque pas l’inconscient collectif. En revanche, je n’envie pas le sort du malheureux responsable politique qui aurait l’idée obscène d’évoquer «deux femelles noires» pour critiquer la remise d’un rapport de Laura Flessel à Christiane Taubira… (…) Quand on le voit, quand on l’imagine en blanc, quand on le montre, c’est ce flic qui enfonce une matraque dans le séant d’un noir, ce ne sont pas deux policiers qui se font lyncher à la Saint-Sylvestre à Champigny-sur-Marne par des racailles. Le mâle blanc, c’est aussi, dans l’inconscient médiatique, le macho. C’est lui la bête noire des nouvelles féministes et pas l’Autre. Et tant pis pour les femmes de Cologne ou les petites anglaises violées de Telford par des mâles pakistanais. Sous le mâle blanc, le racisme inconscient anti-blanc ou anti-occidental. Mais attention, sous la bourde présidentielle, sous l’irresponsabilité politique du premier de nos responsables, pourrait couver les cendres d’un retour de flamme. (…) Un pseudo-antiracisme fou inconsciemment anti-blanc aura réussi le triste exploit, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, de redonner une conscience blanche à ceux qui avaient pourtant mille fois raison de l’avoir oubliée pour ne penser qu’à une seule humanité. Attention à ces exaspérés qui se sentent expurgés de leur propre nation par ceux qui ont l’obsession de la race et du racisme. Gilles-William Goldnadel 
Ce roman de Philip Roth qui appartient à sa «trilogie américaine» se présente comme un campus novel mais dépasse très largement le genre pour dire de l’Amérique toute la complexité de ce que l’on pourrait nommer sa question identitaire dont la question noire est le coeur, irréductible et incommensurable à toute autre. Au-delà de l’extraordinaire sophistication des personnages de Roth, de leur complexité psychologique et du détail apporté à leur comportement dans des situations banales de la vie, on lit dans La Tache, toute la difficulté américaine à surmonter sa question identitaire. Avec le sentiment que depuis une vingtaine d’années, ça ne s’est pas particulièrement arrangé. Ce roman qui date de 2000 n’est pas visionnaire à proprement parler, car il ne dit au fond que ce qui était déjà à l’œuvre depuis des années sur les campus américains, et notamment dans les départements de littérature et de sciences humaines. L’essai qui a pour la première fois exposé l’ampleur et la profondeur du problème de ce qu’on appelle historiquement la political correctness (le politiquement correct) dans le monde académique date de 1987, c’est The Closing of the American Mind (L’Âme désarmée) d’Allan Bloom. Mais le roman de Roth témoigne du caractère tragique de tout cela, des conséquences que cela peut avoir non seulement sur «l’esprit» américain mais sur la vie des hommes eux-mêmes et de là sur toute une partie de la culture, sur les humanités, sur la civilisation… Les débats en la matière portent depuis les années 1980 aussi bien sur les auteurs acceptables ou non en fonction de leur «identité» (les mauvaises qualifications étaient celles de mâle, blanc, hétérosexuel, occidental, mort…) que sur le vocabulaire qu’on a le droit d’employer ou non pour désigner les uns et les autres: c’est d’ailleurs le cas dans le roman de Roth puisque tous les malheurs de Silk partent de l’interprétation du terme «spook» (traduit en français par «zombie») qu’il utilise un jour pour désigner deux étudiants absents de son séminaire qui se trouvent être des étudiants noirs. Ceux qui l’accuseront de racisme. (…) c’est évidemment une critique de la manière dont, à travers ce politiquement correct, le fait du pluralisme culturel, structurant de l’histoire américaine depuis ses origines, est devenu peu à peu un multiculturalisme normatif. En passant du constat, historique et sociologique, d’une diversité des origines, des cultures, des coutumes… à l’idée que non seulement cette diversité est intrinsèquement supérieure à toute idée d’unité – rappelons que la devise américaine originelle est «E Pluribus Unum» (de plusieurs un seul) – et qu’elle doit donc devenir obligatoire, dans les usages voire dans le droit. Et donc qu’à partir de là, dans toute la société – ce mouvement a commencé sur les campus, au coeur du réacteur de l’éducation à l’américaine, dans les années 1980 -, on doit se plier à cette injonction multiculturaliste. (…) Le multiculturalisme se met dès lors à fonctionner comme une idéologie. Et Roth en montre très bien le mécanisme implacable qui se déploie à partir du propos a priori anodin de Silk sur les deux étudiants absents. Tout y est en suite: l’engrenage dont il ne peut sortir malgré la réalité des faits ; la lâcheté de certains de ses collègues et la collaboration active pour d’autres à sa mise au ban de la communauté académique ; la construction de tout un discours de justification et de légitimation d’actes pourtant totalement déraisonnables… Tout cela au nom d’une «idée». C’est assurément un des grands romans de l’entrée du monde dans l’âge identitaire, celui où les identités individualisées sont exacerbées par le développement à la fois des revendications politiques et sociales en leur nom, de reconnaissance par le droit notamment, et de leur médiatisation générale et permanente. L’âge identitaire, c’est cet âge de l’humanité où malgré la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité et l’universalité des droits…, le fait d’être victime ou bourreau, dominé ou dominant, etc., n’est plus défini et déterminé par ce que l’on fait, dit, pense… mais par ce que l’on est. Et Roth est en effet un des premiers écrivains à nous alerter sur le risque considérable pour l’humanité de l’Homme qu’il y a à suivre une telle pente. La destruction de la vie de Silk pour une raison purement idéologique, dont la mort de sa femme est le point culminant, nous renvoie au caractère tragique, et pas seulement ridicule ou absurde, de l’âge identitaire. (…) Qu’un des plus grands écrivains de ces cinquante dernières années n’ait pas eu le prix Nobel en dit surtout long sur ce prix et sur sa valeur. Si c’est la misogynie supposée de Roth qui lui a barré la route de Stockholm, alors il ne faut surtout pas regretter qu’il ait été privé de ce prix. (…) Wolfe avait lui aussi écrit un campus novel en 2004: I am Charlotte Simmons (Moi Charlotte Simmons) pour montrer la puissance de la norme dans le monde académique – dont fait partie le politiquement correct -, côté étudiant cette fois. Il le faisait sans doute avec une intention bien plus politiquement déterminée que Roth, héritée de ses années de journaliste, contre les postures et les hypocrisies, de la gauche américaine notamment. Son essai Radical Chic (Le Gauchisme de Park Avenue) de 1970 est une œuvre inaugurale de la dérive de cette Américaine saisie par les affres des revendications identitaires. (…) Avec Wolfe et Roth, nous avons perdu en quelques jours deux des grandes voix qui nous permettaient, depuis 50 ans et depuis les Etats-Unis, de «comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer» suivant la recommandation d’un autre grand écrivain américain, Francis Scott Fitzgerald (dans Gatsby). Laurent Bouvet

Qu’est-ce que ce club qui m’admet comme membre?

En ces temps de politiquement correct galopant …

Où entre deux prudences de gazelles sur la montée de la violence, de l’islamisation et de l’antisémitisme de nombre de quartiers de nos villes, un président français se lâche sur les « mâles blancs »

Comment ne pas voir l’incroyable ironie …

De la disparition – à quelques jours de celle de l’autre grand anticonformiste Tom Wolfe – l’année même du report de son report pour cause de scandale sexuel en son sein, de l’éternel recalé du prix Nobel parce qu’américain et trop sexuel …

Et devant ce rejet de la part de ce monument de politiquement correct qu’était devenu l’Académie suédoise

Qui pour la sacro-sainte « ouverture aux autres » d’une Pearl Buck, d’un Le Clézio ou d’un Bob Dylan, avait superbement ignoré un Proust, un Joyce ou un Nabokov …

Ne pas repenser à l’éternel dilemme et à la notoire ambivalence de l’immigré en voie d’intégration …

Si génialement résumés dans la célébrissime formule d’un autre fils d’immigré juif …

Qui lui aussi face au curieux mélange d’hostilité et d’admiration d’un T.S. Eliot ou d’un Updike

Avait, on s’en souvient, poussé la volonté d’assimilation parfaite…

Jusqu’à « refuser de faire partie d’un club qui était prêt à l’admettre parmi ses membres » ?

Philip Roth ou la malédiction du prix Nobel
Boycotté parce qu’Américain, l’écrivain, dont la carrière fut longue et brillante, fut décrié par certains membres de l’Académie suédoise pour avoir commis des romans à la sexualité débridée voire «perverse»
Bruno Corty
Le Figaro
23/05/2018

On a beau entendre ici et là que Philip Roth avait fini par prendre à la rigolade sa situation d’éternel recalé du prix Nobel de littérature, on a du mal à y croire. Cet oubli fut scandaleux. Pour l’écrivain américain en premier lieu, dont la carrière fut longue (1959-2010) et brillante, couronnée par tous les grands prix de la planète, du National Book Award à deux reprises (1960 et 1995) au prix Prince des Asturies (2012), en passant par le Pulitzer (1998), le prix Franz-Kafka (2001) ou le prix Médicis étranger (2002). Pour la littérature américaine ensuite, qui, depuis Toni Morrison en 1993, non seulement n’a plus eu de lauréat mais fut la cible préférée d’Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise qui revendiqua ce choix à l’Associated Press en octobre 2008: «Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire. Les États-Unis sont trop insulaires et isolés, ils ne traduisent pas assez et ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint.»

Ce point de vue grotesque souleva un tollé et lui valut par exemple cette réponse de David Remnick, rédacteur en chef du New Yorker : «On pourrait penser que le premier secrétaire d’une académie qui a oublié de récompenser Proust, Joyce et Nabokov nous épargnerait ses leçons de morale.» Et Remnick d’enfoncer le clou: «S’il y regardait de plus près, Horace Engdahl remarquerait le dynamisme de la génération de Roth et d’Updike, et de celle de romanciers encore plus jeunes d’origine immigrée.»

Comme s’il n’était pas suffisant de le boycotter parce qu’Américain, Philip Roth fut décrié par certains membres du jury pour avoir commis des romans à la sexualité débridée voire «perverse». Un procès assez savoureux quand on voit que cette même institution moralisatrice est aujourd’hui au bord du chaos après la révélation d’un scandale sexuel étouffé pendant des années par plusieurs de ses membres.

La désignation du chanteur Bob Dylan comme lauréat du prix en 2016 fut un sommet d’absurdité et de provocation. «Vous vouliez un Américain, en voilà un», semblait ricaner l’Académie suédoise, claquant ainsi la porte au nez des géants de la littérature américaine et mondiale, Philip Roth, Don DeLillo, Cormac McCarthy, Joyce Carol Oates.

Voir aussi:

Ne pas avoir le prix Nobel, « ça faisait rire » Philip Roth, « c’était devenu un gag », raconte l’écrivaine Josyane Savigneau
L’écrivain américain Philip Roth est mort, mardi, à l’âge de 85 ans. Il n’a jamais obtenu le prix Nobel de littérature. « Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là », estime Josyane Savigneau, sur franceinfo.
Franceinfo
23/05/2018

L’un des grands noms de la littérature est mort. Philip Roth s’est éteint mardi, à 85 ans, après une carrière de 50 ans marquée par de grands classiques. Josyane Savigneau, ancienne directrice du Monde des Livres pour le journal Le Monde, l’avait rencontré à plusieurs reprises. « Quand il écrivait, c’était quelqu’un d’assez rude parce qu’il était très concentré sur son travail« , a-t-elle raconté mercredi 23 mai sur franceinfo.

franceinfo : Qui était Philippe Roth ?

Josyane Savigneau : C’était un grand, c’est sûr. Il a interrogé comme personne les Etats-Unis de la seconde moitié du XXe siècle. Il refusait d’être qualifié d’écrivain juif américain. Il disait : « Je suis écrivain américain tout court ». Mais, il a quand même totalement interrogé la question juive, notamment la question de la sexualité. C’est ça qui lui a valu d’être un écrivain scandaleux. La communauté trouvait qu’il parlait mal des juifs, ils le traitaient de mauvais juif. Ça s’est arrangé très récemment. Pour ses 80 ans, il y a eu une grande célébration pour dire tout ce que son œuvre avait apporté à la littérature américaine, dans la grande synagogue de New York.

Comment s’est passée votre rencontre avec Philippe Roth ?

Il était très désagréable, il n’aimait pas les journalistes. On avait essayé de me dissuader. On m’avait dit, il aime draguer les filles mais tu es déjà trop vieille pour lui. Donc, je l’ai trouvé absolument odieux et j’ai dit que plus jamais je n’irai voir ce type. Finalement, j’ai dit que je ne le reverrai jamais et je l’ai revu, ça s’est arrangé et nous sommes devenus amis.

Comment était-il ?

Quand il écrivait c’était quelqu’un d’assez rude parce qu’il était très concentré sur son travail. Je l’ai vu pour la dernière fois en octobre et il m’a dit, tu vois maintenant je suis devenu gentil et ennuyeux. Je lui ai dit ennuyeux sûrement pas mais gentil, c’est vrai. Mais, je préférais quand vous écriviez et que vous n’étiez pas gentil. Il avait dans la vie, comme dans ses livres, un humour absolument incroyable.

Philippe Roth n’a jamais eu le Nobel. Est-ce que cela le gênait ?
C’était devenu un gag, ça le faisait rire. Vous savez, il faut arrêter de fantasmer sur le Nobel. Est-ce que Proust a eu le Nobel ? Non. Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là.

Voir également:

Les auteurs américains trop ignorants pour le Nobel ?</strong
C.J (lefigaro.fr) avec AP
Le Figaro
01/10/2008

C’est l’avis du secrétaire perpétuel de l’académie suédoise qui juge la littérature américaine incapable d’être à la hauteur des écrivains européens. Colère des intéressés.

Philip Roth, auteur entre autres de la «Tache» et la «Bête qui meurt», n’est pas prêt de décrocher cette année le prix Nobel de Littérature, si Horace Engdahl, le secrétaire perpétuel de l’académie suédoise, l’institution qui décerne la récompense, a son mot à dire. «Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint», a asséné le professeur émérite de littérature scandinave à l’université d’Aarhus dans un entretien exclusif à l’agence de presse AP.

«Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis», a enchaîné Horace Engdahl qui regrette que les auteurs américains contemporains «ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent». Le professeur polyglotte vante également le continent européen comme une terre d’exil qui sait «respecter l’indépendance de la littérature». «En Europe vous pouvez bâtir votre œuvre, en toute tranquillité, sans crainte d’être battu à mort», a-t-il défendu.«Envoyer une liste de lecture à Engdahl»

Autant de remarques qui ont fait bondir des spécialistes américains de littérature. «Mettez moi en contact avec lui et je lui enverrais une liste d’ouvrages à lire», a riposté le responsable de la Fondation nationale américaine du Livre. «On pourrait penser que le premier secrétaire d’une académie qui a oublié de récompenser Proust, Joyce et Nabokov, nous épargnerait ses leçons de morale», a raillé David Remnick, rédacteur en chef au New Yorker. «S’il y regardait de plus près, Horace Engdahl remarquerait le dynamisme de la génération de Roth et d’Updike et celle de romanciers encore plus jeunes d’origine immigrée. Aucune de ces pauvres âmes ne me semble détruite par les ravages du coca-cola», a conclu le journaliste très en verve.

La saison des prix Nobel va commencer la semaine prochaine avec l’annonce lundi du lauréat en médecine. Le Nobel de littérature devrait être dévoilé jeudi prochain mais la révélation pourrait prendre quelques semaines de retard. «L’académie aura peut-être besoin de temps pour se décider», a prévenu Horace Engdahl. Coté américain, les noms de Philip Roth et Joyce Carol Oates («Blonde», «Eux», «Mère disparue») reviennent chaque année comme possible vainqueur. Le dernier écrivain d’outre-Atlantique à avoir remporté le prix a été Toni Morrison, en 1993. Avant l’auteur de «Beloved», trois autres écrivains américains ont eu les honneurs du plus prestigieux prix littéraire : Saul Bellow, Ernest Hemingway et John Steinbeck.

Voir de même:

Le Nobel pour Le Clézio: les réactions américaines sont mitigées…
L’Obs
10 octobre 2008

C’était il y a dix jours. L’Académie suédoise déclarait que les auteurs américains étaient trop «isolés» et «ignorants»pour rivaliser avec la littérature européenne. Horace Engdhal, son secrétaire perpétuel, affirmait alors: «l’Europe est au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis». Il était prévisible que ça ne plairait pas à tout le monde. Depuis, le prix Nobel a été remis à J.M.G. Le Clézio. Petit tour d’horizon des réactions dans la presse outre-Atlantique.

Pas rancunier, le «New York Times» publiait hier un article élogieux sur l’auteur français, qu’il présentait, à l’encontre du reproche d’«insularité» adressé aux écrivains US, comme un nomade, un voyageur, un homme cosmopolite. Pas d’amertume, donc, mais un portrait flatteur de Le Clézio, «figure majeure de la littérature européenne», pourtant peu connu aux Etats-Unis. Après avoir mentionné les lieux de l’enfance de cet «auteur de l’exil, du clash de la civilisation moderne et des cultures traditionnelles», et rappelé son expérience de professeur à Mexico City, Bangkok, Albuquerque ou encore Boston, l’article cite Antoine Compagnon, qui confirme que l’œuvre du Nobel 2008 est «ouverte aux autres, aux cultures, au Sud, aux minorités». Le quotidien rapporte également les propos de François Fillon, pour qui le prix «consacre la littérature française, et réfute la théorie d’un prétendu déclin de la culture française».

Selon le «Boston Herald», le choix de Le Clézio est une décision cohérente par rapport aux  années précédentes, au cours desquelles le jury du Nobel a largement préféré des auteurs européens. Le journal revient plus précisément sur la polémique en évoquant des «jours de débats au vitriol afin de savoir si le jury était anti-américain ou non», et redonne la parole à Engdhal, qui revenait, après le prix, sur la controverse: «J’ai été très surpris que la réaction soit si violente. Je ne pense pas que mes propos étaient dérogatoires ou sensationnels». Tout en admettant avoir, peut-être, un peu trop «généralisé».

Engdhal a ajouté n’avoir aucune idée concernant les futures réactions des Etats-Unis sur le choix de Le Clézio, mais a avancé: «il n’est pas un auteur particulièrement français, si on le considère d’un point de vue strictement culturel. Je ne pense pas que ce choix provoquera des commentaires anti-français. Je serais très triste si c’était le cas». Et le «Boston Herald» de citer également Sarkozy, pour qui «Jean-Marie le Clézio est un citoyen du monde, le fils de tous les continents et de toutes les cultures».

Toujours à propos de cet auteur «largement inconnu aux Etats-Unis», le «L.A. Times» a cité la réaction de Bernard Kouchner: «D’Albuquerque à Séoul, de New York à Panama, de Londres à Lagos, Jean-Marie Le Clézio voyage, traverse et aime un grand nombre de pays, de gens, de civilisations, de cultures». Mais c’était pour ajouter, un peu déçu, ce commentaire: «Encore une fois, l’Académie a refusé de choisir les géants littéraires les plus connus, qui mériteraient d’être honorés, comme l’auteur péruvien Mario Vargas Llosa et l’américain Philip Roth».

L’«International Herald Tribune» est plus acerbe encore. Il rappelle qu’aucun auteur américain n’a reçu le prix depuis Toni Morrison en 1993, et «qu’on ne s’attendait pas à ce que l’un d’eux soit récompensé cette année». Le journal présente perfidement Le Clézio comme un auteur «inconnu du public américain et de la plupart de la communauté littéraire américaine, bien qu’il ait une maison à Albuquerque, New Mexico». Précisant que ses rares livres traduits en anglais sont épuisés, l’article dérive sur les chiffres de vente des auteurs étrangers sur le continent américain: «moins de 1% des livres étrangers sont traduits aux Etats-Unis» parce que «la plupart des intellectuels américains parlent uniquement anglais».

Ses prévisions sur l’avenir de Le Clézio aux Etats-Unis sont pessimistes: «Le prix fera certainement augmenter les ventes de Le Clézio aux Etats-Unis, mais ça ne durera pas. Les gagnants qui vendent le plus sont ceux qui écrivent en anglais». Plus loin: «même certains des Américains les plus informés ont avoué qu’ils ne l’ont pas lu». Parmi eux figure d’ailleurs Harold Augenbraum, responsable de la fondation américaine du livre. Celui-là même qui avait proposé à Engdahl, après sa déclaration, de lui envoyer une liste de suggestion d’auteurs américains.

Voir de plus:

Disparition
Philip Roth est mort sans prix Nobel
Sébastien Lapaque
Marianne
23/05/2018

On prédisait depuis des années à l’inventeur de « Portnoy » le plus prestigieux des prix littéraires. Philip Roth a fini par mourir, ce mardi 22 mai, avant que se décide le jury du Nobel, justement reporté cette année pour cause de scandale sexuel en son sein. Nous republions ici le plaidoyer paru l’an dernier en son nom dans « Marianne ».

Philippe Roth est mort ce mardi 22 mai – d’une défaillance cardiaque, selon son amie Judith Thurman dans le New York Times – à l’âge de 85 ans, six ans après avoir arrêté l’écriture et sans jamais avoir obtenu le Prix Nobel pour lequel il avait été si souvent cité. Ironie du sort, l’écrivain américain disparaît l’année du report du prestigieux prix littéraire, pour cause de scandale sexuel en son sein. L’article ci-dessous est initialement paru en novembre 2017 dans le numéro de Marianne 1077.

Messieurs les Jurés du Nobel, apprenez que Philip Roth a désormais sa place dans la Pléiade à côté de William Faulkner, Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald. Mais aussi – et surtout – de Franz Kafka et de Milan Kundera auxquels le lient le rire et l’angoisse. Bob Dylan ne peut pas en dire autant. Certes, un peu avare de son papier bible, comme c’est désormais l’usage, la maison Gallimard n’a retenu que cinq livres pour ce premier volume couvrant les années 1959 à 1977. Mais ne boudons pas notre plaisir, la lecture suivie de Goodbye, Colombus, la Plainte de Portnoy, le Sein, Ma vie d’homme et Professeur de désir permet de nous souvenir du choc que fut la révélation d’un écrivain dans l’Amérique du président Nixon. C’était en 1969, lorsque a paru Portnoy’s Complaint, dont les éditeurs ont revu la traduction et changé le titre français.

« J’avais soif de me libérer dans un livre franchement comique. Il ne m’était pas arrivé de rire depuis longtemps », se souviendra plus tard l’écrivain américain. Près d’un demi-siècle après sa publication, cette peinture de la petite bourgeoisie juive américaine et la mise en scène de l’obsession sexuelle en terre puritaine demeure hilarante. Long monologue d’un homme assis en face de son psychiatre, c’est un livre envoûtant, jubilatoire, provocateur, excentrique, tendre et méchant à la fois, qui désacralise la culture hébraïque en exaltant ce que le critique russe Mikhaïl Bakhtine a nommé « le bas corporel » à propos de l’œuvre de Rabelais. Dans une Amérique qui écrasait dans le sang les émeutes raciales et pulvérisait le Vietnam à coups de bombes incendiaires, refusant toute dénonciation militante, Philip Roth a repris la vieille opposition entre Héraclite et Démocrite, combattant la colère, l’un en pleurant, l’autre en riant. A partir de ce monde atroce, il avait choisi de rire en pleurs.

« COMÉDIE HUMAINE » YANKEE

Les lecteurs qui découvriront la Plainte de Portnoy à l’occasion de sa publication dans La Pléiade conviendront de son caractère hypnotique. Allongé sur le divan, le truculent Alex Portnoy parle, parle, parle, sans s’arrêter. De sa mère castratrice, de son père sans caractère, de sa sœur angoissée, des interdits sexuels, de l’Amérique Wasp, de la lourde mémoire de la Shoah, de ses branlettes frénétiques, d’un cousin mort à la guerre dans le Pacifique, des majorettes lubriques, des filles qui sucent et de celles qui ne sucent pas, de ses tentatives avortées de faire un petit-enfant juif à ses parents, des maladies vénériennes et de son travail à la mairie de New York où il est « commissaire adjoint à la promotion de l’homme ». Incapable de se libérer de l’emprise psychologique de sa mère, Portnoy est prisonnier du sexe. Et le proclame sans apprêt.

« Ai-je mentionné que, lorsque j’avais 15 ans, je l’avais sortie de mon pantalon et m’étais branlé dans l’autobus 107 en revenant de New York ? » Mais le caractère érotique du roman, qui a charmé ou scandalisé la critique de part et d’autre de l’Atlantique lors de sa sortie, ne doit pas occulter ses nombreuses autres énergies de sens. Malgré des titres de chapitre volontairement provocateurs – « La Branlette », « Fou de la chatte » -, les passages hilarants du roman ne concernent pas la seule activité subabdominale du narrateur. On songe au fantasme que constitue pour lui la dégustation d’un crustacé invertébré depuis que sa mère l’a mise en garde : « Le monde est plein de choses qui sont bonnes à manger, Alex, sans toucher une horreur comme un homard et risquer de garder les mains paralysées pour le reste de son existence.»

Dans Portnoy, on retrouve ainsi ce que Philip Roth a commencé à mettre en place dès Goobye, Colombus, recueil de nouvelles paru l’année de ses 26 ans : un petit monde cohérent, une façon de Comédie humaine américaine écrite par un prince de la bohème ne rechignant jamais à en rajouter dans le comique. Dès son premier livre, Roth a choqué les juifs conservateurs et les chaisières bien-pensantes, mais, immédiatement, il a été reconnu par ses aînés Saul Bellow et William Styron comme un écrivain « du bâtiment ». C’est d’ailleurs chez Styron que l’a rencontré le romancier français Michel Mohrt qui l’a fait publier à Paris, comme il avait auparavant fait publier Robert Penn Warren et Jack Kerouac. Avec Goobye, Colombus,

Roth avait prouvé en cinq longues histoires qu’il avait le don de tout : des dialogues, des décors, des personnages. Et des obsessions intimes par lesquelles se manifestent les grands : non seulement du sexe, mais aussi de la médecine, de la religion, de la famille, de la classe moyenne, du travail aliéné et aliénant.

DAVID KEPESH, C’EST LUI ?

Il y a beaucoup de juifs ridicules et de femmes stupides et désirables dans l’œuvre de Philip Roth. Pour les juifs, ceux qu’il met en scène dans Goobye, Colombus ne sont pas à leur avantage. Pour les femmes, il n’y a que Claire qui soit en pleine lumière dans Professeur de désir. Dès l’origine, cet art qu’il a de forcer dans l’épouvante a suscité des malentendus. Après la parution de Portnoy’s Complaint, les coups les plus durs sont venus des milieux juifs. Un critique du magazine Midstream a ainsi accusé le romancier d’avoir repris les clichés de Goebbels sur le juif prédateur sexuel désireux de souiller l’univers des gentils. C’est toujours et partout la même histoire : on n’est jamais moins bien servi que par les siens.

Roth affectionne les personnages principaux qui sont les narrateurs et qui lui ressemblent comme des frères. Après Portnoy, il a repris ce procédé dans le Sein et Professeur de désir, avec David Kepesh, un professeur de littérature comparée à l’université de Stony Brook, dans l’Etat de New York. De toute évidence, Kepesh parle et pense comme lui : « Et puis il y a mes rêves éveillés en plein cours, aussi riches qu’ils sont irrépressibles, et si manifestement inspirés par le désir d’une miraculeuse rédemption – retour à des existences lointaines, réincarnation sous la forme d’un être totalement différent – que je me félicite presque d’être à ce point déprimé et incapable de susciter en moi le plus anodin fantasme. » Reste que dans le Sein, variation sur la Métamorphose de Kafka, le narrateur se retrouve métabolisé non pas en cloporte mais en… glande mammaire.

Dans l’œuvre de Roth, les situations d’énonciation sont plus subtiles que ne l’ont cru ceux qui, à l’époque de ses premiers livres, l’ont trop rapidement taxé d’antisémitisme et de misogynie. Il ne faut pas oublier que parmi ses saints patrons figure Gustave Flaubert, ce même Flaubert qui jurait : « Madame Bovary, c’est moi. » De même que William Faulkner n’est pas seulement dans les petits Blancs racistes mis en scène dans ses romans, mais aussi dans le corps et l’âme de Lena Grove de Lumière d’août, dans le corps et l’âme des Noirs du comté de Yoknapatawpha qui ont duré et enduré, durent et endurent encore, Philip Roth n’est pas tout entier dans l’ironie grinçante de ses narrateurs. Il est dans chacun de ses personnages, hommes et femmes, juifs et gentils, en marche à travers les contrariétés et les insuffisances de la vie vers un lieu de repos, un royaume de lumière et de paix qui ressemblerait à l’enfance. Alors, messieurs les Jurés du Nobel, convaincus ?

Voir encore:

Philip Roth, l’éternel favori du prix Nobel qui ne le recevra jamais
Certains lauréats croyaient même voir du « sadisme » chez le comité suédois en ne lui décernant jamais ce prix
Maxime Bourdeau
The Huffington Post

LITTÉRATURE – Géant de la littérature américaine et mondiale, Philippe Roth est mort ce mardi 23 mai à l’âge de 85 ans, six ans après avoir arrêté l’écriture.

Après un demi-siècle à imaginer des histoires qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier, et deux ans après son dernier roman Némésis, il avait annoncé en 2012 qu’il n’avait plus l’énergie de gérer la frustration qui accompagne la création littéraire.

Régulièrement, presque inlassablement, l’écrivain aux multiples récompenses (Pulitzer en 1998 pour Pastorale américaine, National Book Award en 1960 pour Goodbye, Columbus et en 1995 pour Le Théâtre de Sabbath) était donné favori pour le Nobel… en vain.

Le grand ténébreux au sourcil broussailleux et ses 31 livres -récits provocateurs des mœurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques, réflexions sur le poids de l’Histoire ou sur le vieillissement- n’ont en effet jamais décroché le prix tant convoité, et ne le décrocheront jamais, les récompenses posthumes n’étant pas autorisées.

Une situation jugée incompréhensible par certains alors que l’homme, considéré chaque année comme le candidat idéal, s’est toujours vu repartir bredouille. Comme on le rappelle sur la plateforme Medium, la lauréate américaine de 1993 Toni Morrison jugeait en 2008 que « Philip Roth aurait dû avoir le prix depuis longtemps ».

« Le Suédois est sadique »

En 2011, c’est Tomas Tranströmer, un autre lauréat, qui juge « le Suédois sadique: chaque année, il torture Philip Roth en lui faisant miroiter le prix Nobel de littérature ». « L’Académie est un gang de vieux Suédois pervers décidés à tuer Philip Roth à petit feu en récompensant à peu près tout le monde et n’importe qui, sauf lui », s’amusait Mo Yan en 2012 alors qu’il venait de remportait le prix Nobel de littérature.

Dans la presse ces dernières années, certains en étaient même arrivés à ne plus s’intéresser au gagnant, mais plutôt à la énième défaite de Philip Roth. En 2014, le Guardian proposait notamment une tribune titrée « Le vrai scandale autour de la victoire de Patrick Modiano, c’est que Philip Roth rate le Nobel. Encore ».

La relation entre Roth et le Nobel était devenue telle qu’elle en faisait l’objet de rumeurs. Même si l’auteur avait expliqué dans un entretien à la BBC en 2007 que les récompenses étaient puériles. « C’était devenu un gag pour lui. Chaque année on en parlait, c’était devenu drôle », a déclaré sur France Inter la journaliste Josyane Savigneau, amie de l’écrivain qui lui rendait régulièrement visite. Nul doute qu’il aurait souhaité obtenir le saint Graal qu’est le prix Nobel.

L’histoire voulait donc que Philip Roth quittait son domicile dans le Connecticut et rendait visite à son agent à New York tous les ans, pour attendre avec lui l’appel du Comité censé lui annoncer sa victoire. Il attendait soi-disant dans les bureaux toute la journée, avant de retourner chez lui une fois la nuit tombée, le téléphone resté désespérément silencieux.

L’écrivain s’en est en tout cas allé rassuré sur son travail, Nobel ou non. En 2014, il racontait au quotidien suédois Svenska Dagbladet avoir relu toutes ses œuvres pour « savoir si j’avais perdu mon temps. On ne peut jamais être sûr »… et avoir ressenti « un énorme soulagement ». Une dernière relecture qu’il avait associé à « une expérience presque sublime » qui lui permettait « de n’avoir plus à s’inquiéter que de la mort ».

Voir par ailleurs:

Laurent Bouvet : «Tom Wolfe et Philip Roth, ou le refus du political correctness»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
25/05/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Laurent Bouvet analyse l’importance décisive de «La Tache» dans la littérature et la société américaines, il rend aussi hommage à Tom Wolfe, grand écrivain qui se fit lui aussi le critique acerbe du multiculturalisme.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier livre, La gauche Zombie, chroniques d’une malédiction politique, est paru le 21 mars 2017 aux éditions Lemieux. Il est l’une des principales figures du Printemps Républicain.


«La tache», l’un des livres les plus importants de Philip Roth, raconte l’histoire de Coleman Silk, un Noir qui se fait passer pour juif afin de n’être pas défini par sa couleur et de pouvoir exister comme individu, et qui est rattrapé par un antiracisme dévoyé. En quoi ce roman était-il visionnaire? En quoi ce roman a-t-il été un tournant?

Ce roman de Philip Roth qui appartient à sa «trilogie américaine» se présente comme un campus novel mais dépasse très largement le genre pour dire de l’Amérique toute la complexité de ce que l’on pourrait nommer sa question identitaire dont la question noire est le coeur, irréductible et incommensurable à toute autre. Au-delà de l’extraordinaire sophistication des personnages de Roth, de leur complexité psychologique et du détail apporté à leur comportement dans des situations banales de la vie, on lit dans La Tache, toute la difficulté américaine à surmonter sa question identitaire. Avec le sentiment que depuis une vingtaine d’années, ça ne s’est pas particulièrement arrangé.

Ce roman qui date de 2000 n’est pas visionnaire à proprement parler, car il ne dit au fond que ce qui était déjà à l’œuvre depuis des années sur les campus américains, et notamment dans les départements de littérature et de sciences humaines. L’essai qui a pour la première fois exposé l’ampleur et la profondeur du problème de ce qu’on appelle historiquement la political correctness (le politiquement correct) dans le monde académique date de 1987, c’est The Closing of the American Mind (L’Âme désarmée) d’Allan Bloom. Mais le roman de Roth témoigne du caractère tragique de tout cela, des conséquences que cela peut avoir non seulement sur «l’esprit» américain mais sur la vie des hommes eux-mêmes et de là sur toute une partie de la culture, sur les humanités, sur la civilisation…

Les débats en la matière portent depuis les années 1980 aussi bien sur les auteurs acceptables ou non en fonction de leur «identité» (les mauvaises qualifications étaient celles de mâle, blanc, hétérosexuel, occidental, mort…) que sur le vocabulaire qu’on a le droit d’employer ou non pour désigner les uns et les autres: c’est d’ailleurs le cas dans le roman de Roth puisque tous les malheurs de Silk partent de l’interprétation du terme «spook» (traduit en français par «zombie») qu’il utilise un jour pour désigner deux étudiants absents de son séminaire qui se trouvent être des étudiants noirs. Ceux qui l’accuseront de racisme.

Doit-on y voir une critique du multiculturalisme et du politiquement correct? Peut-on dire qu’il s’agit du premier grand roman de l’âge identitaire?

Oui, c’est évidemment une critique de la manière dont, à travers ce politiquement correct, le fait du pluralisme culturel, structurant de l’histoire américaine depuis ses origines, est devenu peu à peu un multiculturalisme normatif. En passant du constat, historique et sociologique, d’une diversité des origines, des cultures, des coutumes… à l’idée que non seulement cette diversité est intrinsèquement supérieure à toute idée d’unité – rappelons que la devise américaine originelle est «E Pluribus Unum» (de plusieurs un seul) – et qu’elle doit donc devenir obligatoire, dans les usages voire dans le droit. Et donc qu’à partir de là, dans toute la société – ce mouvement a commencé sur les campus, au coeur du réacteur de l’éducation à l’américaine, dans les années 1980 -, on doit se plier à cette injonction multiculturaliste.

Le multiculturalisme se met dès lors à fonctionner comme une idéologie.

Le multiculturalisme se met dès lors à fonctionner comme une idéologie. Et Roth en montre très bien le mécanisme implacable qui se déploie à partir du propos a priori anodin de Silk sur les deux étudiants absents. Tout y est en suite: l’engrenage dont il ne peut sortir malgré la réalité des faits ; la lâcheté de certains de ses collègues et la collaboration active pour d’autres à sa mise au ban de la communauté académique ; la construction de tout un discours de justification et de légitimation d’actes pourtant totalement déraisonnables… Tout cela au nom d’une «idée».

C’est assurément un des grands romans de l’entrée du monde dans l’âge identitaire, celui où les identités individualisées sont exacerbées par le développement à la fois des revendications politiques et sociales en leur nom, de reconnaissance par le droit notamment, et de leur médiatisation générale et permanente. L’âge identitaire, c’est cet âge de l’humanité où malgré la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité et l’universalité des droits…, le fait d’être victime ou bourreau, dominé ou dominant, etc., n’est plus défini et déterminé par ce que l’on fait, dit, pense… mais par ce que l’on est. Et Roth est en effet un des premiers écrivains à nous alerter sur le risque considérable pour l’humanité de l’Homme qu’il y a à suivre une telle pente. La destruction de la vie de Silk pour une raison purement idéologique, dont la mort de sa femme est le point culminant, nous renvoie au caractère tragique, et pas seulement ridicule ou absurde, de l’âge identitaire.

Philip Roth aura peut-être aussi été d’une certaine manière la première victime du mouvement #MeToo dans la mesure où il a été privé du prix Nobel pour la misogynie supposée de certains de ses romans?

Qu’un des plus grands écrivains de ces cinquante dernières années n’ait pas eu le prix Nobel en dit surtout long sur ce prix et sur sa valeur. Si c’est la misogynie supposée de Roth qui lui a barré la route de Stockholm, alors il ne faut surtout pas regretter qu’il ait été privé de ce prix.

Avec Tom Wolfe, décédé lui aussi récemment, il était le grand conteur de l’Amérique moderne. Que disait son œuvre de notre époque?

La proximité des deux décès crée un grand vide. Comme si les vigies d’une époque révolue nous laissaient seuls désormais face à nos dérives et nos impasses. Wolfe avait lui aussi écrit un campus novel en 2004: I am Charlotte Simmons (Moi Charlotte Simmons) pour montrer la puissance de la norme dans le monde académique – dont fait partie le politiquement correct -, côté étudiant cette fois. Il le faisait sans doute avec une intention bien plus politiquement déterminée que Roth, héritée de ses années de journaliste, contre les postures et les hypocrisies, de la gauche américaine notamment. Son essai Radical Chic (Le Gauchisme de Park Avenue) de 1970 est une œuvre inaugurale de la dérive de cette Américaine saisie par les affres des revendications identitaires.

Les vigies d’une époque révolue nous laissent seuls désormais face à nos dérives et nos impasses.

Symétriquement à cette dérive de la gauche qui préoccupait d’abord et avant tout Roth et Wolfe, même si c’était pour des raisons très différentes, l’âge identitaire est aussi celui de l’affirmation bruyante d’une Amérique blanche, chrétienne, ancrée dans des traditions familiales et patriotiques revendiquées comme un modèle de civilisation, qui se détache de plus en plus de la petite élite multiculturaliste des grandes universités en particulier. Une Amérique qui a voté Trump pour retrouver la fierté de son identité moquée, contestée et vilipendée par le politiquement correct précisément.

Avec Wolfe et Roth, nous avons perdu en quelques jours deux des grandes voix qui nous permettaient, depuis 50 ans et depuis les Etats-Unis, de «comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer» suivant la recommandation d’un autre grand écrivain américain, Francis Scott Fitzgerald (dans Gatsby).

Voir aussi:

Goldnadel : «En parlant du mâle blanc, Macron acte inconsciemment le scénario de la partition»
Gilles William Goldnadel
Le Figaro
28/05/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Gilles-William Goldnadel revient sur l’expression polémique du chef de l’État, à qui il reproche d’accréditer les thèses des Indigènes de la République. Sous couvert d’antiracisme, ces propos renforcent selon lui un racisme anti-blanc.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.


Beaucoup d’encre, beaucoup de salive auront été dépensées pour commenter le commentaire présidentiel présidant à sa philosophie sur les banlieues françaises: «deux mâles blancs ne vivant pas dans les banlieues se remettent un rapport sur les banlieues: ça ne marche plus comme ça».

Mais l’essentiel n’a peut-être été dit, car il relève de l’indicible.

Certains ont dit qu’il s’agissait d’une nouvelle bourde présidentielle. Et ils n’ont pas eu tort.

Étrange au demeurant, la propension de cet homme intelligent et sympathique à ne pas savoir, de temps à autre, maîtriser son propos. Celui-ci, et nous verrons pourquoi, est à classer dans la même catégorie que sa sortie sur la colonisation française qui serait un crime contre l’humanité.

Certes, un esprit retors pourrait être conduit à penser que ce boniment serait de nature, pour pas cher, à consoler ceux qui espéraient que l’État à nouveau, écoutant M. Borloo, tenterait d’acheter vainement la paix sociale – et apparemment raciale – à-coup de milliards à nouveau déversés en pure perte, mais dans cette hypothèse, le prix que devront payer à terme pour cette gaffe le gaffeur et son pays aura été sous-estimé.

On glissera sur le fait que c’est tout de même un mâle blanc qui a commandé un rapport à un autre mâle blanc, ce qui aurait été consubstantiellement insusceptible de marcher. Comprenne donc qui pourra les raisons de la commande.

Car la gaffe présidentielle habite à tous les étages.

Au rez-de-chaussée, d’abord. Car ce n’est pas Mme Michu, gardienne d’immeuble, qui a prononcé la phrase querellée, c’est le président, gardien de cette Constitution de la République Française qui interdit toute distinction de droits au regard de l’origine, de l’ethnie ou de la couleur de peau.

On aurait envie de dire au successeur de François Hollande : « un président ne devrait pas dire ça ».

C’est bien pour cela qu’au premier sous-sol, la sortie du gardien relève de la faute, en ce qu’elle revient en creux a déclarer que les blancs n’ont plus vraiment leur mot à dire dans les quartiers racisés. C’est exactement la conception des Indigènes de la République, dirigés par la raciste anti-blanc Houria Bouteldja. C’est celle aussi du très controversé «conseiller» Yassine Belattar, qui avait animé un dîner de gala du CCIF et qui, lors d’une récente émission de télévision, évoquait les djihadistes français avec cette indulgence avec laquelle on a coutume de traiter des enfants bêtisiers.

Considérer désormais que certains, dans certains quartiers des territoires de la République française, pour des questions ethniques, sont plus qualifiés que d’autres pour gérer les affaires, revient donc à accréditer le risque de partition territoriale que François Hollande, la nuit tombée, évoquait auprès de deux journalistes d’un journal vespéral. Le prédécesseur de M. Macron associait cette crainte au caractère massif et irrésistible de l’immigration étrangère. On aurait donc envie de dire à son successeur: «un président ne devrait pas dire ça».

Mais c’est incontestablement à la cave, dans les bas-fonds de l’inconscient présidentiel, que sa sortie est aussi remarquable qu’indicible. Bien sûr, l’auteur de la formule controversée est un enfant du siècle. Bien sûr, il fréquente dans la journée une population qui se croit ancrée dans la modernité et autorisée aux formules les plus décontractées en certaines circonstances. Comme cette conseillère branchée en communication qui, pour évoquer la mort de Simone Veil, écrivait: «yes, la meuf est dead». Peut-être la même personne eût été plus obséquieuse pour un autre décès.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il est, d’abord, dans l’évocation expresse de la différence chromatique. J’évoque souvent ce paradoxe pervers qui fait qu’il n’y a pas plus obsédé par la différence raciale qu’un antiraciste dévot qui interdit par ailleurs d’évoquer la race tout en en parlant sans cesse de manière compulsive.

Mais il y a une condition expresse à cette évocation sans complexe du blanc: en parler négativement.

Il ne serait pas arrivé au cerveau du président d’évoquer la couleur d’un Français blanc pour le complimenter, par exemple, pour un exploit sportif. Mais pour dénier à deux hommes blancs la compétence à statuer sur les banlieues, la chose était possible sans commettre une transgression médiatiquement, intellectuellement et politiquement insupportable. On comparera avec le scandale médiatique provoqué par une femme politique de moindre envergure, non sous les ors de l’Élysée mais dans une émission de télévision, lorsque celle-ci reprit la sortie du général De Gaulle sur les racines blanches et chrétiennes du peuple français.

De même, pour se persuader de ce que le surmoi présidentiel rejoint l’idéologie médiatique sélective, on remarquera que la trivialité insolente de l’expression «mâle blanc» ne choque pas l’inconscient collectif.

Le mâle blanc, quand on en parle, on en parle toujours en mal.

En revanche, je n’envie pas le sort du malheureux responsable politique qui aurait l’idée obscène d’évoquer «deux femelles noires» pour critiquer la remise d’un rapport de Laura Flessel à Christiane Taubira…

Et puisque je déambule toujours dans les bas-fonds de l’inconscient, j’en arrive à me demander si ce mâle blanc à envisager forcément négativement ne serait pas désormais dans l’esprit torturé et honteux d’un enfant blanc du siècle une sorte de vilain bouton un peu gras à évider entre ses deux doigts.

Car le mâle blanc, quand on en parle, on en parle toujours en mal.

Toujours coupable, jamais victime.

Quand on le voit, quand on l’imagine en blanc, quand on le montre, c’est ce flic qui enfonce une matraque dans le séant d’un noir, ce ne sont pas deux policiers qui se font lyncher à la Saint-Sylvestre à Champigny-sur-Marne par des racailles.

Le mâle blanc, c’est aussi, dans l’inconscient médiatique, le macho. C’est lui la bête noire des nouvelles féministes et pas l’Autre. Et tant pis pour les femmes de Cologne ou les petites anglaises violées de Telford par des mâles pakistanais.

Sous le mâle blanc, le racisme inconscient anti-blanc ou anti-occidental.

Mais attention, sous la bourde présidentielle, sous l’irresponsabilité politique du premier de nos responsables, pourrait couver les cendres d’un retour de flamme.

J’ai souvent dessiné dans ces colonnes une chauve-souris présidentielle, croyant rusé d’exhiber en même temps les ailes d’un oiseau migratoire de gauche et les dents d’un rongeur financier de droite.

Mais il pourrait très bien mécontenter définitivement et les uns et les autres.

Un pseudo-antiracisme fou inconsciemment anti-blanc aura réussi le triste exploit, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, de redonner une conscience blanche à ceux qui avaient pourtant mille fois raison de l’avoir oubliée pour ne penser qu’à une seule humanité.

Attention à ces exaspérés qui se sentent expurgés de leur propre nation par ceux qui ont l’obsession de la race et du racisme.

Et si le macronisme n’était pas le dernier des anachronismes?

Voir de plus:

The gripes of Roth: US incredulity at not winning the Nobel literature prize
Jason Farago
After a drought of nearly 20 years without a winner, Americans have become very sore losers. But there’s a moral to this tale
The Guardian
11 Oct 2012

American laureates of the Nobel Prize come close to outnumbering those from every other country combined, and this week, scientists in the United States got a few more early-morning phone calls from Stockholm. But Thursday morning’s announcement that the Chinese writer Mo Yan has won the Nobel Prize in Literature extends a nearly two-decade drought for American authors – and while the winner’s name was a surprise, the grumbles were not.

Nobody here ever complains that the physics or medicine juries don’t know what they’re doing. But Americans really don’t like to lose, and when we do, you can trust us to blame the referee.

Only 11 Americans have won the literature prize since 1901. (By contrast: 11 Americans have won the economics prize in the last six years alone.) It’s an ornery 11, too. Three of the American laureates – Isaac Bashevis Singer, Czesław Miłosz, and Joseph Brodsky – wrote primarily in a language other than English. Eugene O’Neill and William Faulkner remain giants of American literature, but the novels of Sinclair Lewis and John Steinbeck haven’t endured as well. And of course, there is the standing embarrassment of Pearl S Buck, author of mawkish books about Chinese peasants. It’s not as scandalous as a peace prize for Henry Kissinger, but it does rather stain the record.

Since 1994, though, the Americans have struck out every year. And as the dry spell wears on, the reactions get angrier. So far, Mo Yan has been getting a tiny bit more respect than usual, perhaps because, while Americans are as clueless about Chinese literature as any other, a Chinese winner does at least make the narrative of American decline more historically piquant.

But in 2004, American critics unleashed a fury bordering on hysteria when the prize went to Elfriede Jelinek, the groundbreaking Austrian playwright and novelist. « An unknown, undistinguished leftist fanatic, » according to the Weekly Standard. « Prooftexts of a particularly virulent sort of radical feminism, » as the New Republic had it.

Part of the problem, surely, is that Jelinek’s most vital work has been as a dramatist; almost none of her plays has made it into English, and theater in America is even deader than publishing. But more than that, there was no room for Jelinek’s intense, thorny writing in the conservative confines of the American literary establishment, where the entire history of modernism seems a thing of the unknown. Jelinek’s recent play, The Merchant’s Contracts, may be the most important work yet written about the financial crisis, but if she took it to an American MFA program, they’d probably tell her to work on her plotting and flesh out the characters a bit more.

The incredulity recurred with other recent winners, including JMG Le Clézio and Tomas Tranströmer. But the nadir of American literary provincialism came in 2009, when Herta Müller got the prize. « Herta who? » asked the New York Times. « Herta who? » asked the Washington Post. « Herta who? » asked Entertainment Weekly – though, at least one expects it from them, and as their resident blogger conceded,

« I am, admittedly, a myopic American who’s poorly read. »

It did not matter that Müller had published 20 books already, and that The Hunger Angel, her masterpiece, had just been released to universal acclaim in the German press. Nor did anyone pay attention to the bookies that year, when Müller had the shortest odds. It didn’t even matter that Müller was, by the low standards of American publishing, quite widely translated. Five of her books were out in English, most reviewed widely. Her novel The Land of Green Plums had won the prestigious Dublin Impac award. Who cares? What about Philip Roth? Herta who?

The literature Nobel may not be more than the caprice of a dozen and a half old Swedes who happen to have $1.2m to dole out – but the intensity with which American authors and critics dismiss it suggests that we don’t really believe that. And there’s a long tradition of anti-Nobel whingeing here. Back in 1984, in a diatribe in the New York Times Book Review called « The Scandal of the Nobel Prize« , George Steiner mocked the Swedes for awarding the prize to Pearl Buck (they are really never going to live that down), and he insisted that « with eminent exceptions, it is the uncrowned who are sovereign. » When it came to literary discernment, the Swedish Academy deserved little respect – so little, in fact, that the most eminent critic of his generation would spend 2,700 words attacking it.

An essay like Steiner’s now appears almost every year, usually with an exasperated mention of Roth, the eternal bridesmaid, whose failure to win the prize somehow delegitimizes every other laureate. (It hasn’t helped matters that the one living American laureate is Toni Morrison. Defenders of Roth, such as the critic Harold Bloom, like to insist that he’s « not terribly politically correct », and if Morrison got the gong and Roth didn’t, Team Bloom can only think of one explanation.)

But things came to a head in 2008, when Horace Engdahl, then the permanent secretary of the Swedish Academy, speculated that the reason his organization didn’t award American writers was that:

« The US is too isolated, too insular. They don’t translate enough and don’t really participate in the big dialogue of literature. »

Everyone from the chiefs of America’s major publishing houses to the editor of the New Yorker rose to the bait, telling Engdahl to push off back to Stockholm. Critic Adam Kirsch thundered:

« America should respond not by imploring the committee for a fairer hearing but by seceding, once and for all, from the sham that the Nobel Prize for Literature has become. »

But Engdahl, impolite though he was, had a point. Only 3% of all books published in this country have been translated from a foreign language, and that includes The Girl with the Dragon Tattoo. When it comes to literature, Americans really are provincials. And you can see that provincialism in the writing that his opponents praise: formally retrograde, frequently narcissistic, and with none of the insight or rebelliousness that might make anyone beyond our shores take notice.

There are, of course, dozens of American writers in the first rank of world literature – even if I’d be much happier to see a Nobel go to Marilynne Robinson or John Ashbery than to Roth or the other usual suspects. And there are far better ways to think about literary culture than through prizes.

But there is a silver lining to our continued Nobel drought: if it reminds us of how wide the world of letters is, perhaps it will also remind us of the narrowness of our own.

Philip Roth’s Newark roots inspired a lifetime of extraordinary storytelling
Brad Parks
NJ Advance Media
May 23, 2018

Philip Roth spent just 17 years in Newark, growing up in a succession of rental homes in its Weequahic section, where he came of age along the shopkeepers, bookies and schoolboys who filled its neighborhoods.

It was enough to inspire a lifetime of stories and fuel a literary career that ranks among the all-time greats.

Roth, who died Tuesday night at 85, set the majority of his novels in the city of his birth, in places familiar to thousands of New Jersey residents who grew up there with him, snacking at Syds, cruising down Chancellor Avenue, idolizing an athlete named Swede.

His death was announced by his literary agent.

More than any American writer, Roth located second and third generation Jewish Americans at the center of our nation’s transformation from urban rituals to suburban life and the discontents therein, observed the late Clement Price, a historian at Rutgers Newark, of Roth.

« His is an essential voice on what it meant to be a Jewish American at a time when Jews, and indeed other ethnics, were on their way to becoming white, » Price said.

During the final years of his life, Roth was widely considered America’s premier living novelist. He was certainly its most decorated, having won nearly every major prize in literature, including the Pulitzer Prize, the National Book Award (twice), and the PEN/Faulkner Award (three times). Only the Nobel eluded his grasp.

« He is without doubt the greatest novelist writing in English today, » author and critic Linda Grant once said. « There are times when his prose just ignites and roars into life like a match to a boiler. »

He created that fire while living an almost ascetic existence in northwestern Connecticut, writing with a discipline that became legendary in literary circles. He rose early each day and walked to a small writing studio some 50 yards from his house, a cottage with a fireplace, a computer — on which he wrote standing up, due to back pain — and little else.

There, he often spent 10 hours a day writing. He broke for a walk in the afternoon, then would return in the evening. Divorced twice, he lived alone. With no one to entertain, writing consumed him. He wrote (28 as of 2008) novels — including nine that featured the quasi-autobiographical character of Nathan Zuckerman — and remained prolific well into his later years, eschewing any notion of retirement until he was nearly 80, when he said he had stopped writing.

« To tell you the truth, I’m done, » he said.

« Philip was always on the job, » said Ross Miller, his biographer and one of Roth’s few close friends. « He looked at everything differently than an ordinary person, literally experiencing life in a novelistic level of detail. It was really astonishing to be with him sometimes when you realized everything that was happening to him was being stored for later use. »He challenged the literary notion that the main character of a book had to be likeable, inasmuch as his characters were inevitably deplorable: Sex fiends, deviants, liars, cheaters.

Roth himself was not always viewed as the most likeable of men, at least not to outsiders. He was often dismissive of his public. He was not one for book tours or signing autographs, the kind of things other authors do to patronize their fans. He seldom granted interviews.

Mostly, he wanted his work to let it speak for itself. It came at a cost — through the years, Roth’s critics accused him of being anti-woman or anti-Semitic. Roth responded in his own way: For years, he kept a drawing next to his workspace depicting a pipe-smoking critic, stabbed and bleeding.

Still, his genius was widely recognized in literary circles. In 2006, the New York Times Book Review sent several hundred letters to prominent writers, critics and editors asking them to name « the single best work of American fiction published in the last 25 years. » Seven of Roth’s books were among the top finalists.

« If we had asked for the single best writer of fiction over the past 25 years, » the accompanying article noted, « (Roth) would have won. »His Newark roots

By the itinerant standards of Newark, a city that was home to successive waves of immigrants, the Roth family had roots here, having first arrived in the 1890s.

The second of two boys, Roth was born March 19, 1933. His mother, Bess, was a homemaker. His father, Herman, first had a failed shoe store, then sold insurance for Metropolitan Life.

« The stories he brought back — it was great training to be a writer, » Roth once said of his father. « He brought the city into the house. He’d talk about where he’d been and the people he met. He was a very good storyteller. »

Roth spent most of his formative years on or near Chancellor Avenue, which he later referred to as « the big, unclogged artery of my life. » It was a place full of characters to fill a burgeoning writer’s imagination — the shop owners, the hustlers, the numbers runners — and Roth described an idyllic childhood spent with other children in the neighborhood, playing sports, shooting craps, and bragging about sexual exploits.

As a student, he displayed considerable aptitude, skipping two grades. He attended Weequahic High School, then considered among the finest secondary schools in the nation. Still, his homeroom teacher remembered Roth’s interests lying outside textbooks.

« He was very eager for experience, especially sexual, » recalled his high school teacher Robert Lowenstein in 2008, when he was 100 years old. « He was very interested in the girls. »

Roth was only 16 when he graduated, and his parents did not want to send him away to college immediately. So he spent a year working at the department stores downtown, attending classes at Rutgers-Newark.

He then transferred to Bucknell University in rural Lewisburg, Pa., with a primarily white, upper middle class student body. Roth found the school’s homogeneity stifling, though he found — or, at least, later imagined — angst underneath the seemingly placid surface, a theme that would late be found throughout his work.

He graduated magna cum laude in 1954, then earned a master’s degree from the University of Chicago in 1956. After graduation, he got a job at the university teaching writing. But it was as a practitioner of the craft he first earned fame.

An angry backlash

The short story was called « Defender of the Faith, » and it was published in the New Yorker in 1959. The story featured a protagonist who was obsessed by wealth and did not mind conniving to get it. He was also Jewish.

That combination — and the implication that Roth was forwarding the stereotype of the money-grubbing Jew — set off a spectacular reaction, most of it negative. The magazine received letters from Jewish readers by the sack full. Rabbis blasted Roth in their sermons. The Anti-Defamation League formally protested it.

There was positive feedback as well: The story was included in a collection called « Goodbye Columbus, » which won the National Book Award in 1960, when Roth was still just 26, making him something of an instant sensation in literary circles.

Nevertheless, the backlash — in particular, a panel at Yeshiva University where he withstood withering attacks from students — seemed to scare Roth off writing about Jewish subjects for a time. His first novels, « Letting Go » and « When She Was Good » delved far less into Judaic themes.

But that didn’t seem to change his reputation. So, figuring he couldn’t please his Jewish critics, Roth wrote « Portnoy’s Complaint, » an outrageous monologue, set on a psychiatrist’s couch, from a Jewish protagonist who recounted his sexual frustration and his fondness for masturbation — most memorably into a piece of liver that was supposed to be the Portnoy family dinner.

Published in 1969 and set against the backdrop of the sexual revolution, it was a sensation, selling more than 400,000 hardcover copies and turning Roth into a celebrity.

It was also fodder for comics — Portnoy became shorthand for sexual deviance — and even fellow authors. Jacqueline Susann, who wrote Valley of the Dolls, once joked she would like to meet Roth but, « I don’t think I’d shake his hand. »

The response stunned Roth, who hated the attention.

« I felt visible and exposed. Somebody who had just ready Portnoy’s Complaint’ would come up to me and say, I don’t eat liver anymore,' » Roth once told The New Yorker. « It was funny the first seven thousand times I heard it. »

During the early 1970s, Roth left New York City, seeking the solitude of rural Connecticut.

« The reaction to Portnoy really determined the trajectory of his career, » said Derek Parker Royal, president of the Philip Roth Society. « That was the No. 1 selling book for all of 1969, which is unheard of for a literary novel, and it really make him a celebrity. Those experiences really shaped the rest of his career. I don’t think we would have had Roth we know today were it not for Portnoy’s Complaint. »

Finding himself as a novelist

Roth followed Portnoy with a period of experimentation, during which he recovered from Portnoy and began finding himself as a novelist.

In « Our Gang » (1971) he caricatured President Richard Nixon. « The Breast » (1972) was considered a nod to Kafka. In « The Great American Novel » (1973) — a farcical work narrated by « Word Smith » — he tackled both literature and baseball.

« My Life as a Man » (1974) was among the first of his quasi-biographical novels. It also introduced a character named Nathan Zuckerman, although the first true Zuckerman novel — « The Ghost Writer » — appeared in 1979.

Like Roth, Zuckerman was a Jewish man born in New Jersey in 1933. Like Roth, Zuckerman was a celebrity author who wrote an explosive and sometimes vulgar novel that delved into sexual themes — Zuckerman’s was called Carnovsky.

By while critics often wondered how much Zuckerman was an autobiographical character, most Roth scholars say the similarities between the two are more a convenience.

« I tell my students they should never make the mistake of relating the fictional character to the real life author, » Royal said. « He used some of the history of his own life and own experiences to springboard to Nathan Zuckerman. But to say Roth is Zuckerman or that it’s a roman a clef is a mistake. »

Roth, himself, scoffed at the notion that he was Zuckerman, almost taking offense at the suggestion his imagination was incapable of creating a character independent from himself.

« Am I Roth or Zuckerman? » he onced asked. « It’s all me. . . Nothing is me. »

If anything, he toyed with reader, sometimes throwing deliberately false biographical anecdotes into his Zuckerman’s novels to provoke a reaction.

« He manipulated and controlled his public persona more than most authors, » said Mariam Jaffe-Foger, a Roth scholar who earned her Ph.D at Rutgers. « It was a contrived, calculated things. He wanted people not to know what to believe and always played on the line of, is this real, is this not real?' »

An unflattering portrait

Much like Zuckerman, Roth’s personal life was fodder for public consumption. His long relationship with English actress Claire Bloom, which became increasingly messy, was often tabloid material.

The two lived together for a decade in England, where they were stars of the London cocktail circuit. Shortly after his return to Connecticut in 1988, Roth discovered through a routine stress test that he had significant blockage in a number of arteries. He underwent a quintuple bypass in 1989.

In 1990, he and Bloom married. For Roth, it was a second marriage — his first ended in divorce in 1962. This one lasted only four years. After the divorce, Bloom wrote « Leaving a Doll’s House, » an unflattering portrait of Roth as a self-centered, crotchety, mean-spirited and utterly vain man who suffered illness as if no one had ever been sicker.

Roth countered in « I Married a Communist » by creating the character Eve Frame, an evil, anti-semitic Jewish woman who seeks to destroy Ira Ringold, the main character.

Despite the private upheaval, Roth kept churning out top-rate fiction throughout the 1980s and into the 1990s. Although the question of when Roth hit his prime is fodder for a debate among his fans, many critics say it began with « The Counterlife » in 1986 and continued through « The Human Stain » in 2000.

« Philip was on an ascending line for a 14- or 15-year period where all his does is write these great books, » said Miller, the biographer. It’s really one of the most remarkable runs in the history of American literature. »

The run included what is perhaps his most critically acclaimed work, « Sabbath’s Theater » in 1995, and his most popular, the Pulitzer prize-winning « American Pastoral » in 1997.

In many ways, the books, while both tragedies, stand as opposites of one another. « Sabbath’s Theater, » which centers around an adulterous puppeteer who is so miserable and filled with hate he can’t bring himself to commit suicide, is perhaps Roth’s darkest work.

« American Pastoral, » describes the life of Swede Lavov, a star high school athlete — based loosely on Weequahic alumnus Seymour « Swede » Masin — who becomes a successful businessman but is ultimately undone when his teenage daughter blows up a post office as a protest of the Vietnam War.

In classic Roth fashion, Sabbath is too pessimistic to die while Lavov is too optimistic to live.

Back to the city

Through it all, Roth’s settings and characters kept returning to New Jersey in general, and Newark in particular.

His 2004 « The Plot Against America, » was a speculative history novel in which a boy named Philip must grow up in Newark under an anti-Semitic and isolationist , Nazi-allied regime led by famed flyer Charles Lindbergh, which some later viewed as eerily prophetic of Donald Trump.

« It’s precisely the tragic dimension of the city’s that’s brought the city back so strongly into my fiction, » Roth once said. « How could I fail to be engaged as a novelist by all that’s been destroyed and lost in that one place on Earth that I know most intimately? »

Roth himself came back to the city on occasion, to speak at the library or to accept another honor. In 2005, then-Mayor Sharpe James unveiled a plaque renaming the corner where he once lived, « Philip Roth Plaza. »

Genuinely touched, Roth — who had recently been spurned by the Swedish-based Nobel Prize for literature — told the crowd, « Today, Newark is my Stockholm and that plaque is my prize. »

As Roth aged, so did his characters. Even Zuckerman, his old standby, suffered from prostate cancer and impotence. Roth’s 2006 novel, « Everyman, » was one long chronicle of the character’s illnesses — including detailed descriptions of several procedures Roth had undergone himself. Roth started writing the book the day after attending his longtime friend and contemporary Saul Bellow’s funeral.

« Old age isn’t a battle, » he wrote. « It’s a massacre. »

Still, he remained relevant an even inspiring to a subsequent generations — and not just writers.

« Those recent books just knocked me on my ass, » Bruce Springsteen told the Times of London in 2007. « To be in his sixties, making work that is so strong, so full of revelations about love and emotional pain, that’s the way to live your artistic life. Sustain, sustain, sustain. »

Roth often said that he’d like to start a novel that would take the rest of his life to finish, then hand it in just before he died — all so he wouldn’t have to bear the agony of starting over again.

« The work is difficult in the beginning, » he once said. « It’s also difficult in the middle and difficult in the end.

Neverthless, Roth admitted, « Without a novel, I’m empty and not very happy. »

He wrote often of death and dying — other than sex and Judaism, they were arguably his favorite topic.

In « Dying Animal, » Roth wrote, « one is immortal for as long as one lives. »

But perhaps his favorite quote on the subject was not one he wrote. It came from the 16th century mortality play « Everyman » — from which he borrowed the title of his 2006 work — where one of the characters mourns:

« Oh death, thou comest when I had thee least in mind. »

Staff writer Ted Sherman contributed to this report.
Bye-bye … Philip Roth talks of fame, sex and growing old in last interview
Great US novelist insists he is quitting public life as he reflects on his many literary identities
Robert McCrum
The Observer
17 May 2014

When Philip Roth told the French magazine Les Inrockuptibles in November 2012 that he was quitting the field – « To tell you the truth, I’m done » – there was widespread disbelief. Surely a novelist who had devoted himself as singlemindedly to his art as Roth could not be serious? Was it possible that Nemesis, his 24th novel, would be his last? Well, yes, it was.

This week, in a BBC interview, Roth will not only reaffirm his literary retirement, he will also, with gleeful finality, guarantee to the camera that « this is my last appearance on television, my absolutely last appearance on any stage anywhere ».

Roth’s last word that, quoting American heavyweight boxer Joe Louis, he had « done the best he could with what he had », has been typically smart and self-conscious. It’s a good retirement. Literary lives often end badly with poor health, rejection and neglect and it’s all about Roth – how could it not be? He has devoted his long and distinguished literary career to reinventing himself in countless teasing ways. Now, at 81, he continues to tantalise his audience.

On Tuesday the BBC will broadcast his « last interview », a valedictory two-part conversation with Alan Yentob, shot at his Manhattan home in a film for Imagine, directed by Sarah Aspinall.

This latest episode in Roth’s long goodbye shows the novelist, whom some consider to be America’s greatest living writer, in a mood of playful relaxation, conceding that, hitherto, he had not wanted to « talk, talk, talk, talk, talk ». Now, he says, « now that I don’t write, I just want to chatter away ». Inevitably, with his eye on his readers, Roth’s chatter is all about the polyvalent character of his career. He has lived many literary lives. First, there was the wunderkind author of Goodbye, Columbus (1959), a landmark postwar debut. Next came the enfant terrible of Portnoy’s Complaint (1969), the late-60s comic sensation, dubbed « a wild blue shocker » by Life magazine. « I got literary fame, » he recalls. « I got sexual fame and I also got mad man fame. I got hundreds of letters, 100 a week, some of them letters with pictures of girls in bikinis. I had lots of opportunity to ruin my life. »

So then he began to retreat into a kind of rancour, and became the experimental satirist of Our Gang (1971) and The Breast (1972). Next, in young middle age, Roth continued the exploration of his turbulent self in My Life as a Man (1974) and The Professor of Desire (1977). Later, he nurtured a more secure literary alter ego in his Zuckerman novels. The best was to come. In 1997, in his mid-60s, Roth embarked on a sequence of novels, well-wrought reinventions of America’s recent past, that were hailed by critics on both sides of the Atlantic. Here in American Pastoral, I Married a Communist, The Human Stain, The Dying Animal and The Plot Against America was a vigorous refutation of Fitzgerald’s bitter aside that « there are no second acts in American lives ».

No writer in living memory has had such an extraordinary late-season surge. Roth’s own account of this switch from the personal to the public is that, as he puts it, « in the beginning, it’s about [Roth] coming of age, developing as a writer. Then it’s not about him. He’s the ear, the voice, he’s the observer, he’s the eye. » Before his retirement, Roth’s mood became valedictory (Exit Ghost, 2007) but still defiant (Indignation, 2008).

He reports that, in old age, « the last thing I wanted to do was to make myself more visible than I already was. The visibility unnerved me. And so I moved to the country. » Roth retreated to an isolated farmhouse in Connecticut. He describes, almost for the first time, the conditions under which he wrote the sequence of novels that followed American Pastoral. « I find it very congenial to live in the natural beauty of the place I have in Connecticut. I work during the day, do some exercise late in the day » – he swims regularly – « and so I haven’t lost contact with what I’ve been doing all day. »

This, for many years, was standing for hours at his writing desk, to spare his back, « day in and day out. Then if I’m stuck, and I often am stuck, I walk out the door and I’m in the woods. I walk around for 10 minutes, and I come back and try again. » Roth quotes his own character, Zuckerman, to explain this monk-like dedication: « I believe that we should read only those books that bite and sting us. If a book we’re reading does not rouse us with a blow to the head, then why read it ? »

In 1976, Roth moved to London to live with actress Claire Bloom. But he didn’t feel at home. « I couldn’t write a feature-length book about London, » he says now. « England made a Jew of me in only eight weeks. »Here, Roth’s conversation covers much contentious territory, including the repeated accusations of the novelist’s alleged misogyny. But one tantalising detail is omitted. According to Yentob, when Roth attended a 70th birthday party for conductor Leonard Bernstein, he was seated next to Ava Gardner, who had been living in seclusion in London for several years. Gardner, who had been married to Frank Sinatra, joked to Roth, « I used to go out with a boy from Hoboken », and the pair spent the evening in intense conversation. In the course of his interview with the BBC, Roth occasionally challenges Yentob with « Go on, ask me about Ava Gardner », but discretion appears to have prevailed.

« We will leave that to Blake Bailey [Roth’s biographer], » says Yentob coyly.

Roth has never seemed so relaxed or content. Usually, a cocktail of vanity, optimism, and defiance, spiked with raw economic necessity, keeps old writers in the game long after they should have bowed out. Roth has beaten the odds. When challenged with his 2004 statement that he « could not conceive of a life without writing », he replies: « I was wrong. I had reached the end. There was nothing more for me to write about. » With a flash of candour, he adds: « I was fearful that I’d have nothing to do. I was terrified in fact, but I knew there was no sense continuing. I was not going to get any better. And why get worse ? And so …

« I set out upon the great task of doing nothing. I’ve had a very good time over the last three or four years. » Much of this has been devoted – in another reinvention – to assisting Bailey, who says he will complete his biography in 2022. To this, Roth jokes: « I’ll do my best to stay alive ’til 2020, but don’t push me. Now that I don’t write, I just want to chatter away. Bye, bye. »

Voir enfin:

Le politiquement correct, le journalisme, Trump: les confessions de Tom Wolfe
Pour Le Figaro Magazine, le Balzac new-yorkais scrute l’Amérique de Trump et de Harvey Weinstein. A 86 ans, l’inventeur du « nouveau journalisme » n’a rien perdu de sa verve et continue d’envoyer au « bûcher des vanités » les conformismes de son époque.
Le Figaro magazine
29 décembre 2017

Il est l’un des plus importants écrivains vivants. Peut-être le plus grand « écrivain français » contemporain, tant son œuvre est imprégnée de celles de Zola et de Balzac. L’auteur d’ Illusions perdues avait pour projet d’identifier les « espèces sociales » de l’époque, tout comme Buffon avait identifié les espèces zoologiques. Il voulait « écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs » et « faire concurrence à l’état civil ». Comme Balzac est « le secrétaire de la société », Tom Wolfe, l’inventeur du « nouveau journalisme », est le secrétaire de son époque, l’ethnologue des tribus post-modernes : les psychédéliques sous acide (Acid Test, 1968), les gauchistes de Park Avenue (Radical Chic, 1970), les astronautes (L’Etoffe des héros, 1979), les golden boys de Wall Street (Le Bûcher des vanités, 1987), les étudiants décadents des grandes universités (Moi, Charlotte Simons, 2004 ), les Latinos immigrés en Floride (Bloody Miami, 2013)… Son costume blanc, qu’il ne quitte jamais, est un instrument de diversion. Une manière de détourner l’attention pour ne pas avoir à en dire trop sur son art ou sur lui-même. Wolfe a toujours préféré les faits et les longues descriptions à la psychologie et aux explications de texte. Mais, à 86 ans, le dandy réac n’a plus rien à perdre et n’élude aucun sujet. Au téléphone, d’un ton volontiers distancié et malicieux, il s’amuse des mœurs de l’Amérique progressiste et démasque son hypocrisie. Le phénomène #Balance ton porc – et ses conséquences – pourrait être, selon lui, « la plus grande farce du XXI e siècle ». Dans son dernier essai, Tom Wolfe semble faire un pas de côté. Il y déboulonne les thèses évolutionnistes de Darwin. Pour autant, Le Règne du langage (Robert Laffont) n’est en rien un traité scientifique. A travers la figure de Darwin, dignitaire installé qui aura su ériger sa théorie en dogme, Wolfe continue d’observer la « comédie humaine ».
PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

Dans votre dernier livre, Le Règne du langage, vous expliquez que c’est la langue qui fait la spécificité de l’être humain. En quoi ?

Il existe entre l’être humain et l’animal une différence essentielle, une ligne de démarcation aussi escarpée et inamovible qu’une faille géologique : la parole ! Le langage a donné à la « bête humaine » bien plus qu’un ingénieux outil de communication. C’est en réalité une innovation de la teneur de la bombe atomique ! La parole a été la toute première invention, le premier artéfact, la première fois où une créature terrestre, l’homme, a prélevé des éléments de la nature, en l’occurrence des sons, pour les transformer en quelque chose d’entièrement nouveau et façonné par lui, des enchaînements de sonorités qui formaient des codes, lesquels ont reçu le nom de « mots ». Non seulement le langage est un outil mais c’est le premier d’entre tous, celui qui a rendu tous les autres possibles, de la plus sommaire des pioches à la première des massues jusqu’à la roue et à la fusée spatiale. Sans lui, pas de danse, pas de musique, pas même le fredonnement d’une ritournelle, le battement des tambours, pas de rythme d’aucune sorte ni de cadence pour taper dans les mains. Bref, c’est le langage, et lui seul, qui a conféré à la « bête humaine » la force de conquérir chaque pouce de terre ferme sur cette planète et de se goinfrer de la moitié des ressources comestibles de l’océan. Et pourtant, cette mise en coupe réglée du globe terrestre n’est qu’un résultat mineur de la puissance des paroles : son principal exploit, c’est d’avoir créé l’ego, la conscience de soi. Seul le langage permet à l’homme de questionner son existence, de la poursuivre ou d’y renoncer. Aucun animal ne pense à se suicider, ni à massacrer ses semblables à une vaste échelle. Seule la parole nous autorise à nous autoexaminer et à rendre la planète inhabitable juste comme ça, en l’espace de trente ou quarante minutes nucléarisées. Elle seule permet à l’homme de fantasmer des religions, et des dieux pour leur donner du corps. Jusqu’à notre époque – et plus encore aujourd’hui – les mots sortis de la bouche de Mahomet au VII e siècle continuent à galvaniser et contrôler la vie de trente-cinq pour cent de la population mondiale. Tout au long d’un millénaire et demi, ceux de Jésus ont exercé la même influence sur une portion d’humanité comparable avant de perdre une part de leur résonance en Europe au cours de la deuxième moitié du XX e siècle.

Votre livre déboulonne Darwin…

Dans Le Règne du langage, j’oppose la figure de Charles Darwin et celle d’Alfred Wallace. Le premier est un parfait ­gentleman installé dans la haute société britannique du XIXe siècle. Le second, tout au contraire, est un homme de terrain, issu d’un milieu modeste. Le type d’autodidactes que l’aristocratie de l’époque surnommait « les attrapeurs de mouches ». Wallace fut pourtant le premier, avant Darwin, à défendre la théorie de la sélection naturelle. Mais faute d’être bien né, la paternité de cette découverte ne lui fut jamais attribuée, l’auteur de L’Origine des espèces s’attribuant tout le mérite. Si Wallace a été le premier à définir une théorie de l’évolution, il a été aussi le premier à questionner cette thèse. A se demander comment l’homme avait pu concevoir les chiffres, l’arithmétique, les formes géométriques, mais aussi penser un code moral, une exigence éthique, éprouver le plaisir dispensé par la musique ou l’art visuel. A la fin de sa vie, il conclut qu’aucun de ces attributs sublimes et consubstantiels à l’humanité n’a de relation avec la sélection naturelle.

En quoi votre vision du monde diffère-t-elle de celle des créationnistes ?

Les créationnistes refusent toute idée d’évolution géologique ou biologique car ils voient en Dieu le seul créateur de la vie. Ce n’est pas mon cas. Je ne fais que montrer les limites de la théorie de l’évolution et entériner l’incapacité des chercheurs à déterminer l’origine du langage. Ma seule conclusion est que c’est le langage qui sépare l’être humain de la bête. Pour le reste, je n’ai pas de réponse et je ne propose pas de récit ou d’idéologie de substitution. Personne ne peut prétendre raconter l’histoire vraie de la création. L’Origine des espèces de Darwin n’est qu’une version scientiste de la Genèse. Darwin est tombé dans le piège de la cosmogonie, ce besoin compulsif d’élaborer l’inatteignable « théorie du Tout », un concept ou une narration qui organiserait miraculeusement chaque élément de l’univers en un système clair et précis.

Depuis l’un de vos premiers livres, Radical Chic (Le Gauchisme de Park Avenue en français), vous fustigez le politiquement correct, le gauchisme culturel, la tyrannie des minorités. L’élection de Donald Trump est-elle la conséquence de ce politiquement correct ?

Dans ce reportage, d’abord paru en juin 1970 dans le New York Magazine, je décrivais une soirée organisée, le 14 janvier précédent, par le compositeur Leonard Bernstein dans son duplex new-yorkais de treize pièces avec terrasse. La fête avait pour objet de lever des fonds en faveur des Black Panthers… Les hôtes avaient pris soin d’engager des domesti- ques blancs pour ne pas froisser la susceptibilité des Panthers. Le politiquement correct, que je surnomme PC, pour « police citoyenne », est né de l’idée marxiste que tout ce qui sépare socialement les êtres humains doit être banni pour éviter la domination d’un groupe social sur un autre. Par la suite, ironiquement, le politiquement correct est devenu l’instrument des « classes dominantes », l’idée d’une conduite appropriée pour mieux masquer leur « domination sociale » et se donner bonne conscience. Peu à peu, le politiquement correct est même devenu un marqueur de cette « domination » et un instrument de contrôle social, une manière de se distinguer des « ploucs » et de les censurer, de délégitimer leur vision du monde au nom de la morale. Les gens doivent désormais faire attention à ce qu’ils disent. C’est de pire en pire, en particulier dans les universités. La force de Trump est sans doute d’avoir rompu avec cette chape de plomb. Par exemple, les gens très riches font généralement profil bas alors que lui s’en vante. Je suppose qu’une partie des électeurs préfère cela à l’hypocrisie des politiques conformistes.

Dans votre œuvre, le statut social est la principale clef de compréhension du monde. Le vote Trump est-il le vote de ceux qui n’ont pas ou plus de statut social ou dont le statut social a été méprisé ?

A travers Radical Chic, je décrivais l’émergence de ce qu’on appellerait aujourd’hui la « gauche caviar » ou le « progressisme de limousine », c’est-à-dire une gauche qui s’est largement affranchie de toute empathie pour la classe ouvrière américaine. Une gauche qui adore l’art contemporain, s’identifie aux causes exotiques et à la souffrance des minorités, mais méprise les « rednecks » de l’Ohio. Des Américains ont eu le sentiment que le Parti démocrate faisait tellement des pieds et des mains pour aller séduire les différentes minorités qu’il en arrivait à négliger une partie encore considérable de la population. A savoir cette partie ouvrière de la population qui, historiquement, a toujours été la moelle épinière du Parti démocrate. Durant cette élection, l’aristocratie démocrate a pris le parti de favoriser une coalition de minorités et d’exclure de ses préoccupations la classe ouvrière blanche. Et Donald Trump n’a plus eu qu’à se pencher pour ramasser tous ces électeurs et les rallier à sa candidature.

Que vous inspirent l’affaire Weinstein et la polémique #Balance ton porc ? Personne ne se donne la peine de définir correctement le terme d’agression sexuelle. C’est une caté- gorie fourre-tout qui va de la tentative de viol à la simple attirance. C’est de cette confusion que naissent tous les excès. Je suis partagé entre l’effroi, en tant que citoyen, et l’amusement, en tant que romancier, pour cette merveilleuse comédie humaine. Si cela continue, cela peut devenir la plus grande farce du XXIe siècle. Dans la presse locale, encore ce matin dans le New York Post et le New York Times, ces affaires sont en lettres capitales à la une. Aujourd’hui, n’importe quel homme qui prête n’importe quelle sorte d’attention à n’importe quelle femme, par exemple sur son lieu de travail, devient un « prédateur ». Depuis cette affaire, j’entends partout autour de moi des hommes dire à de jeunes femmes qu’ils fréquentent « je ne devrais pas être vu avec toi ici ou là », « nous travaillons dans la même entreprise et je suis à un poste hiérarchique plus élevé et tout cela va faire trop mauvais genre ». Les hommes s’inquiètent désormais de trouver certaines femmes attirantes. Voilà qu’on se retrouve à s’opposer aux lois naturelles de l’attraction qu’il faudrait désormais ignorer. Personne ne parle de ces femmes, et elles sont pourtant nombreuses, qui prennent un plaisir réellement considérable à rencontrer sur leur lieu de travail un collègue masculin qu’elles trouvent attirant. Un homme qu’elles n’auraient pas eu la chance de rencontrer autrement. Je pense que le monde n’a pas tant changé pour que l’on se mette à proclamer qu’aujourd’hui es femmes ne désirent soudain plus attirer l’attention des hommes. En vérité, rien n’a vraiment changé, hormis le fait que les femmes disposent d’un puissant outil d’intimidation qu’elles n’avaient pas auparavant. Elles peuvent maintenant remettre à leur place ces hommes dont l’attention est trop extrême ou qu’elles jugent trop vulgaires, écarter un rival sur le plan professionnel ou encore se venger d’un amant « trop goujat ». Pour inculper quelqu’un d’agression sexuelle, il semble désormais que la seule parole de la femme soit suffisante et certains demandent déjà un renversement du droit qui obligerait l’homme soupçonné à faire la preuve de son innocence.

Vous êtes l’inventeur du « nouveau journalisme ». Un journalisme qui se rapproche de la littérature dans la forme, mais qui repose aussi sur la minutie des enquêtes et la précision des faits rapportés. A l’heure du numérique et de l’immédiateté, ce journalisme est-il mort ?

A l’époque, les bureaux du Herald étaient à Times Square. Il suffisait de descendre dans la rue poser des questions aux gens. J’utilisais ce que j’appelle la technique de l’homme de Mars. J’arrivais et je disais : « Ça à l’air intéressant, ce que vous faites ! Moi, j’arrive de Mars, je ne connais rien, qu’est-ce que c’est ? » Aujourd’hui, certains journalistes ne sortent jamais de leur bureau. Ils font leurs articles en surfant sur internet. Pourtant, il n’y a pas d’alternative : il faut sortir ! Quand de jeunes écrivains ou journalistes me demandent un conseil, ce qui est rare, je leur dis toujours : « Sors ! » Au final, le nouveau journalisme c’était quoi ? J’ai toujours pensé que c’était simplement une technique d’écriture sur un sujet non fictif avec toutes les méthodes normalement utilisées pour la fiction. Pour moi, l’un des principes du nouveau journalisme est d’écrire scène par scène, comme pour un scénario. Le futur de ce genre dépend des jeunes qui se lancent. Mais ils lisent tout en ligne désormais. Et, quand vous lisez en ligne, juste pour la simple raison que vous lisez sur un fond très lumineux, vous avez beaucoup de mal à lire des longs formats. Une fois les huit cents mots dépassés, vous commencez à fatiguer. Et tout cela invite les journalistes à raccourcir leur écriture. La lecture est de plus en plus rapide et cela force l’auteur à renoncer à tout un tas de techniques qui peuvent pourtant donner à un article une puissance sans pareil. Il devient plus difficile de parler des détails désormais, le décor, la façon dont les gens s’habillent, tout cela prend énormément de place. Il n’y aura plus beau- coup d’auteurs ou de journalistes que l’on pourrait appeler des plumes. Le style demande un dur labeur. Aujourd’hui, on met l’accent sur tout ce qui est efficace. C’est ce à quoi sont formés les journalistes. Déjà à mon époque, on nous demandait de faire court, car les journaux craignaient la concurrence de la télévision. Cela n’a pas empêché le nouveau journalisme d’être un succès. Je crois que cela pourrait fonctionner, y compris sur des formats numériques. Vous savez que tous les livres de Zola sont encore disponibles en anglais partout aux Etats-Unis ? On les réimprime tout le temps. ■

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO Le Règne du langage, de Tom Wolfe. Robert Laffont, collection, « Pavillons », 216 p., 19 €.

Voir par ailleurs:

An Open Letter to Wikipedia
Philip Roth
The NewYorker
September 6, 2012

Dear Wikipedia,

I am Philip Roth. I had reason recently to read for the first time the Wikipedia entry discussing my novel “The Human Stain.” The entry contains a serious misstatement that I would like to ask to have removed. This item entered Wikipedia not from the world of truthfulness but from the babble of literary gossip—there is no truth in it at all.

Yet when, through an official interlocutor, I recently petitioned Wikipedia to delete this misstatement, along with two others, my interlocutor was told by the “English Wikipedia Administrator”—in a letter dated August 25th and addressed to my interlocutor—that I, Roth, was not a credible source: “I understand your point that the author is the greatest authority on their own work,” writes the Wikipedia Administrator—“but we require secondary sources.”

Thus was created the occasion for this open letter. After failing to get a change made through the usual channels, I don’t know how else to proceed.

My novel “The Human Stain” was described in the entry as “allegedly inspired by the life of the writer Anatole Broyard.” (The precise language has since been altered by Wikipedia’s collaborative editing, but this falsity still stands.)

This alleged allegation is in no way substantiated by fact. “The Human Stain” was inspired, rather, by an unhappy event in the life of my late friend Melvin Tumin, professor of sociology at Princeton for some thirty years. One day in the fall of 1985, while Mel, who was meticulous in all things large and small, was meticulously taking the roll in a sociology class, he noted that two of his students had as yet not attended a single class session or attempted to meet with him to explain their failure to appear, though it was by then the middle of the semester.

Having finished taking the roll, Mel queried the class about these two students whom he had never met. “Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks?”—unfortunately, the very words that Coleman Silk, the protagonist of “The Human Stain,” asks of his classics class at Athena College in Massachusetts.

Almost immediately Mel was summoned by university authorities to justify his use of the word “spooks,” since the two missing students, as it happened, were both African-American, and “spooks” at one time in America was a pejorative designation for blacks, spoken venom milder than “nigger” but intentionally degrading nonetheless. A witch hunt ensued during the following months from which Professor Tumin—rather like Professor Silk in “The Human Stain”—emerged blameless but only after he had to provide a number of lengthy depositions declaring himself innocent of the charge of hate speech.

A myriad of ironies, comical and grave, abounded, as Mel had first come to nationwide prominence among sociologists, urban organizers, civil-rights activists, and liberal politicians with the 1959 publication of his groundbreaking sociological study “Desegregation: Resistance and Readiness,” and then, in 1967, with “Social Stratification: The Forms and Functions of Inequality,” which soon became a standard sociological text. Moreover, before coming to Princeton, he had been director of the Mayor’s Commission on Race Relations, in Detroit. Upon his death, in 1995, the headline above his New York Times obituary read “MELVIN M. TUMIN, 75, SPECIALIST IN RACE RELATIONS.”

But none of these credentials counted for much when the powers of the moment sought to take down Professor Tumin from his high academic post for no reason at all, much as Professor Silk is taken down in “The Human Stain.”

And it is this that inspired me to write “The Human Stain”: not something that may or may not have happened in the Manhattan life of the cosmopolitan literary figure Anatole Broyard but what actually did happen in the life of Professor Melvin Tumin, sixty miles south of Manhattan in the college town of Princeton, New Jersey, where I had met Mel, his wife, Sylvia, and his two sons when I was Princeton’s writer-in-residence in the early nineteen-sixties.

As with the distinguished academic career of the main character of “The Human Stain,” Mel’s career, having extended for over forty years as a scholar and a teacher, was besmirched overnight because of his having purportedly debased two black students he’d never laid eyes on by calling them “spooks.” To the best of my knowledge, no event even remotely like this one blighted Broyard’s long, successful career at the highest reaches of the world of literary journalism.

This “spooks” event is the initiating incident of “The Human Stain.” It is the core of the book. There is no novel without it. There is no Coleman Silk without it. Every last thing we learn about Coleman Silk over the course of three hundred and sixty-one pages begins with his unwarranted persecution for having uttered “spooks” aloud in a college classroom. In that one word, spoken by him altogether innocently, lies the source of Silk’s anger, his anguish, and his downfall. His heinous, needless persecution stems from that alone, as do his futile attempts at renewal and regeneration.

All too ironically, that and not his enormous lifelong secret—he is the light-skinned offspring of a respectable black family from East Orange, New Jersey, one of the three children of a railroad dining-car porter and a registered nurse, who successfully passes himself off as white from the moment he enters the U.S. Navy at nineteen—is the cause of his humiliating demise.

As for Anatole Broyard, was he ever in the Navy? The Army? Prison? Graduate school? The Communist Party? Did he have children? Had he ever been the innocent victim of institutional harassment? I had no idea. He and I barely knew each other. Over more than three decades, I ran into him, casually and inadvertently, maybe three or four times before a protracted battle with prostate cancer ended his life, in 1990.

Coleman Silk, on the other hand, is killed malevolently, murdered in a planned, prearranged car crash while driving with his unlikely mistress, Faunia Farley, a local farmhand and lowly janitor in the very college where he has been a highly esteemed dean. The revelations that flow from the specific circumstances of Silk’s murder stun his survivors and lead to the novel’s ominous conclusion on a desolate, iced-over lake where a showdown of sorts occurs between Nathan Zuckerman and Faunia and Coleman’s executioner, Faunia’s ex-husband, the tormented, violent Vietnam vet Les Farley. Neither Silk’s survivors nor his murderer nor his janitor mistress found their source anywhere other than in my imagination. In Anatole Broyard’s biography there were no comparable people or events as far as I knew.

I knew nothing of Anatole Broyard’s mistresses or, if he ever had any, who they were or if a woman like Faunia Farley, injured and harassed by men from the age of four, had ever come along to help savagely seal his ghastly fate as she does Coleman Silk’s and her own. I knew nothing at all of Broyard’s private life—of his family, parents, siblings, relatives, education, friendships, marriage, love affairs—and yet the most delicately private aspects of Coleman Silk’s private life constitute practically all of the story narrated in “The Human Stain.”

I’ve never known, spoken to, or, to my knowledge, been in the company of a single member of Broyard’s family. I did not even know whether he had children. The decision to have children with a white woman and possibly be exposed as a black man by the pigmentation of his offspring is a cause of much apprehension for Coleman Silk. Whether Broyard suffered such apprehension I had no way of knowing, and I still have none.

I never took a meal with Broyard, never went with him to a bar or a ballgame or a dinner party or a restaurant, never saw him at a party I might have attended back in the sixties when I was living in Manhattan and on rare occasions socialized at a party. I never watched a movie or played cards with him or showed up at a single literary event with him as either a participant or a spectator. As far as I know, we did not live anywhere in the vicinity of each other during the ten or so years in the late fifties and the sixties when I was living and writing in New York and he was a book reviewer and cultural critic for the New York Times. I never ran into him accidentally in the street, though once—as best I can remember, in the nineteen-eighties—we did come upon each other in the Madison Avenue men’s store Paul Stuart, where I was purchasing shoes for myself. Since Broyard was by this time the Timess most intellectually stylish book reviewer, I told him that I would like to have him sit down in the chair beside me and allow me to buy him a pair of shoes, hoping thereby, I forthrightly admitted, to deepen his appreciation for my next book. It was a playful, amusing encounter, it lasted ten minutes at most, and was the only such encounter we ever had.

We never bothered to have a serious conversation. Badinage in passing was our specialty, with the result that I never learned from Broyard who were his friends or his enemies, did not know where or when he had been born and raised, knew nothing about his economic status in childhood or as an adult, knew nothing of his politics or his favorite sports teams or if he had any interest in sports at all. I did not even know where he was presently living on that day when I offered to buy him an expensive pair of shoes. I knew nothing about his mental health or his physical well-being, and I only learned he was dying of cancer many months after he’d been diagnosed, when he wrote about his struggle with the disease in the New York Times Magazine.

I had never been a guest in his house or he in mine, I knew him only as—unlike Coleman Silk, a revolutionary dean at Athena College in western Massachusetts, where he is the center of controversy over standard college matters like the curriculum and requirements for tenure—a generally generous reviewer of my books. Yet after admiring for its bravery the article about his imminent death, I got Broyard’s home number from a mutual acquaintance and called him. That was the first and last time I ever spoke to him on the phone. He was charmingly ebullient, astonishingly exuberant, and laughed heartily when I reminded him of us in our prime, tossing a football around on the lifeguard’s beach in Amagansett in 1958, which was where and when we first met. I was twenty-five then, he thirty-eight. It was a beautiful midsummer day, and I remember that I went up to him on the beach to introduce myself and tell him how much I had enjoyed his brilliant “What the Cystoscope Said.” The story had appeared in my last year of college, 1954, in the fourth number of the most sterling of the literary magazines of the era, the mass-market paperback Discovery.

Soon there were four of us—newly published writers of about the same age—bantering together while tossing a football around on the beach. Those twenty minutes throwing the ball around constituted the most intimate involvement Broyard and I ever had and brought to a total of thirty the number of minutes we would ever spend in each other’s company.

Before I left the beach that day, someone told me that Broyard was rumored to be an “octoroon.” I didn’t pay much attention or, back in 1958, lend much credence to the attribution. In my experience, octoroon was a word rarely heard beyond the American South. It’s not impossible that I had to look it up in the dictionary later to be sure of its precise meaning.

Broyard was actually the offspring of two black parents. I didn’t know this then, however, or when I began writing “The Human Stain.” Yes, someone had once idly told me that the man was the offspring of a quadroon and a black, but that unprovable bit of unlikely hearsay was all of any substance that I ever knew about Broyard—that and what he wrote in his books and articles about literature and the literary temper of his time. In the two excellent short stories Broyard published in Discovery—the other, “Sunday Dinner in Brooklyn,” appeared in 1953—there was no reason not to believe that the central character and his Brooklyn family were, like the author, a hundred per cent white.

On the other hand, over the years, not a few people had wondered if, because of certain seemingly Negroid features—his lips, his hair, his skin tone—Mel Tumin, who was adamantly Jewish in the overwhelmingly Waspy Princeton of his era, might not be an African-American passing for white. This was another fact of Mel Tumin’s biography that fed into my early imaginings of “The Human Stain.”

My protagonist, the academic Coleman Silk, and the real writer Anatole Broyard first passed themselves off as white men in the years before the civil-rights movement began to change the nature of being black in America. Those who chose to pass (this word, by the way, doesn’t appear in “The Human Stain”) imagined that they would not have to share in the deprivations, humiliations, insults, injuries, and injustices that would be more than likely to come their way should they leave their identities exactly as they’d found them. During the first half of the twentieth century, there wasn’t just Anatole Broyard alone—there were thousands, probably tens of thousands, of light-skinned men and women who decided to escape the rigors of institutionalized segregation and the ugliness of Jim Crow by burying for good their original black lives.

I had no idea what it was like for Anatole Broyard to flee from his blackness because I knew nothing about Anatole Broyard’s blackness, or, for that matter, his whiteness. But I knew everything about Coleman Silk because I had invented him from scratch, just as in the five-year period before the 2000 publication of “The Human Stain” I had invented the puppeteer Mickey Sabbath of “Sabbath’s Theater” (1995), the glove manufacturer Swede Levov of “American Pastoral” (1997), and the brothers Ringold in “I Married a Communist” (1998), one a high-school English teacher and the other a star of radio in its heyday. Neither before nor after writing these books was I a puppeteer, a glove manufacturer, a high-school teacher, or a radio star.

Finally, to be inspired to write an entire book about a man’s life, you must have considerable interest in the man’s life, and, to put it candidly, though I particularly admired the story “What the Cystoscope Said” when it appeared in 1954, and I told the author as much, over the years I otherwise had no particular interest in Anatole Broyard. Neither Broyard nor anyone associated with Broyard had anything to do with my imagining anything in “The Human Stain.”

Novel writing is for the novelist a game of let’s pretend. Like most every other novelist I know, once I had what Henry James called “the germ”—in this case, Mel Tumin’s story of muddleheadedness at Princeton—I proceeded to pretend and to invent Faunia Farley; Les Farley; Coleman Silk; Coleman’s family background; the girlfriends of his youth; his brief professional career as a boxer; the college where he rises to be a dean; his colleagues both hostile and sympathetic; his field of study; his bedeviled wife; his children both hostile and sympathetic; his schoolteacher sister, Ernestine, who is his strongest judge at the conclusion of the book; his angry, disapproving brother; and five thousand more of those biographical bits and pieces that taken together form the fictional character at the center of a novel.

Sincerely,

Philip Roth

Illustration by Andy Friedman.

Philip Roth has published twenty-nine novels. This fall, the Library of America will put out “ Why Write?,” his collected nonfiction from 1960-2013.


Philip Roth and the Nobel Prize in Literature

As he enters his eighties, could the man regarded as America’s greatest living novelist yet win the prize he really wants?
Jason Cowley
March 16, 2013

In 2011 Philip Roth was awarded the Man Booker International Prize for lifetime achievement. In the lead-up to an intimate celebratory dinner that he was due to attend with Roth in New York, Rick Gekoski, chairman of the judges, asked around to see if there was anything he shouldn’t raise in conversation with the thin-skinned and easily irritated novelist. The answer was the Nobel Prize in Literature.

The Nobel has become for Roth, who turns 80 on March 19, what the second world war was for Basil Fawlty: the great unmentionable. No one who knows him would doubt that this brilliant, proud, ultra-competitive and astoundingly self-absorbed writer wants to win the prize that no American novelist has won since Toni Morrison in 1993, and which his friend and mentor Saul Bellow won, at the age of 61, in 1976.

In a BBC interview in 2007, Roth, who lives alone in rural Connecticut but also keeps a flat in Manhattan, loftily dismissed prizes as “childish”. And yet the biographical note on every book he has published over recent years is little more than an inventory of prizes: “In 1997 Philip Roth won the Pulitzer Prize for American Pastoral. In 1998 he received the National Medal of Arts at the White House …”

He has won everything worth winning, it seems, except the Big One, about which he must not be asked. …

Philip Roth was born in Newark, New Jersey, the second son of a lower-middle-class Jewish family. He attended Bucknell and Chicago universities. As a writer, he first came to prominence in the early 1960s, a time of heightened ambition and profile for the American novel. His early influences included Joseph Conrad, Henry James, Bernard Malamud, Isaac Bashevis Singer and, of course, Bellow, who had found a new way of writing about the tumultuous challenges of American modernity in a voice uniquely his own. For Roth, as for the likes of Bellow and Norman Mailer, writing was a kind of heroic activity, an art of public engagement and performance.

“When success happens to an English writer,” Martin Amis wrote in the early 1980s in an essay on Kurt Vonnegut, “he acquires a new typewriter. When success happens to an American writer, he acquires a new life.” Roth’s life changed, irreversibly, with the publication of his third novel Portnoy’s Complaint (1969). Wildly comic and wilfully outrageous, it made him famous and it made him rich. It also made him many enemies, especially in Jewish America – he was accused of self-hatred – and among social conservatives, who were appalled by the novel’s sexual explicitness and indecency (Portnoy is a furious masturbator), by its exuberant excesses and irreverence. This, after all, was the late 1960s and Roth was a man of his times, thrilled by the possibilities opening up around him.

Alexander Portnoy is a clever, disturbed young fellow and he’s sickened by his own American reality. He is in open revolt against the conventions and expectations of his petit bourgeois Jewish family. His mother swaddles him in love and he dislikes his father. What shocked readers most about Portnoy, Roth said in 2005, was not the sex, but “the revelation of brutality – brutality of feeling, brutality of attitude, brutality of anger. ‘You say all this takes place in a Jewish family?’ That’s what was shocking.”

Portnoy was the precursor to and archetype of all the Roth men who were to follow, from Nathan Zuckerman, Roth’s fictional alter-ego, and David Kepesh to Mickey Sabbath, the anti-hero of Sabbath’s Theater (1995), which is generally considered to be one of his three best novels. (The others are 1986’s The Counterlife and 1997’s American Pastoral.)

Roth Man, as Amis once called him, is sex-obsessed, narcissistic, garrulous, often raging. He knows no bounds. He is wary of commitment. He relentlessly asserts his individuality. But he is also isolated and often deeply, hilariously confused – many of Roth’s novels are existential comedies of misunderstanding.

In The Ghost Writer (1979), the first of the Zuckerman novels, Nathan is staying at the house of his literary hero, an aged and reclusive writer named EI Lonoff. An attractive young literary groupie is also staying in the house. Zuckerman convinces himself that she’s having an affair with the married Lonoff and, absurdly, that she is none other than Anne Frank. Roth Man understands, indeed insists, that in our singularity and isolation we are mysteries ultimately even to ourselves, and that life can be a kind of black farce – Kepesh, in the late novella The Dying Animal (2001), speaks of the “stupidity of being oneself”, of the “unavoidable comedy of being anyone at all”.

To Roth, for whom sex and death are inextricably linked, women can seem unknowable. There is very little romantic love in his fiction. He writes very well about the love between a parent and a child – especially in Patrimony (1991), American Pastoral and Indignation (2008) – or between siblings, but seldom, if ever, between a man and a woman, a husband and a wife. For Roth, marriage is a kind of cage in which couples are locked in mutual recrimination and loathing.

“Did Roth hate women?” asks the Russian-American novelist Keith Gessen, as part of a caucus organised by New York magazine to mark the author’s 80th birthday. He suggests that a man who spends so much of his time thinking about having sex with women cannot possibly hate them: misogyny is the accusation most often and most damagingly made against Roth. “Still,” Gessen continues, “it might be said that Roth is slightly less useful in a world that is slightly more equal than the world he knew; where men and women do not stand on opposite sides of the question of sex but arranged, together, sometimes helplessly, against it; where sex is less of a battlefield and more of a tragedy.”

Roth has been married twice and has no children. His second marriage, to the English actress Claire Bloom, ended notably unhappily. Roth fictionalised aspects of his life with Bloom and this wounded her. In 1996, she published a memoir, Leaving a Doll’s House, in which she denounced her former husband, accusing him of misogyny and adultery. She wrote of his “deep and irrepressible rage: anger at being trapped in marriage; fear of giving up autonomy; and a profound distrust of the sexual power of women”.

Roth himself has said: “Making fake biography, false history, concocting a half-imaginary existence out of the actual drama of my life is my life.” He is fascinated by doubleness and deception, hence all those metafictional tricks he plays and the alter-egos through whom he speaks. They invariably share much of his own early biography – the Newark boyhood, the conflicted Jewish identity, the troubles with women – as well as his preferences and prejudices. Several of his novels feature characters named Philip Roth – the best of them being Operation Shylock (1993), set partly in Israel and exploring the period when Roth was recovering from depression and a breakdown after heart surgery. He simultaneously asserts the veracity of the stories he tells while seeking to undermine them by drawing attention to their artificiality. Roth’s strategy is one of complete disclosure interwoven with complete disavowal. He’s only too happy to show the strings from which his creations dangle. …

In November last year, Roth declared that he would write no more novels. “I’m done,” he said. Can it really be that this most prolific and prodigiously gifted novelist, this writer who, after his divorce from Bloom and retreat to rural Connecticut, began publishing a series of masterpieces in his sixties and seventies, will write no more? There has, I think, been nothing comparable to his late flourishing in the history of Anglo-American letters. It is difficult to accept that this has now come to an end, when as recently as 2010 Roth published one of his most poignant and tender novels, Nemesis, set during a polio epidemic in wartime Newark.

Many of the novels of Roth’s late period are preoccupied with illness and death, as is Nemesis. The scabrous comedy and laughter disappeared from his work around the time of Sabbath’s Theater. The old rage was replaced by something approaching resignation. Even Zuckerman withdrew from centre stage and became, in Roth’s great political-historical trilogy comprising American Pastoral, I Married a Communist (1998) and The Human Stain (2000), the narrator no longer of his own, but of other people’s stories, a benign facilitator.

In Exit Ghost (2007), a belated follow-up to The Ghost Writer, an ageing and sick Zuckerman (he now wears nappies because of incontinence following prostate surgery) encounters a cocky, smart-talking literary academic in Central Park. The young man is described, in a jewelled phrase, as being “savage with health, and armed to the teeth with time”.

Philip Roth knows he is running out of time. He speaks now of the end – certainly of the end of his writing life. He ought to have won the Nobel Prize long ago, but perhaps his work is simply too American for the august Swedes of the Nobel committee, who have grumbled about the parochialism of the American novel, of how it looks inward rather than out to the rest of the world. That is nonsense, of course. The greatest living American writers – Cormac McCarthy, Don DeLillo and, preeminently, Roth – are universalists who in radiant prose ask, again and again: what does it mean to be human and how should we act in a world that is as mysterious as it is indifferent to our fate?

At the end of The Tempest, as he prepares to take his leave, Prospero, a magician of words, hints that “the story of my life” is ending, and now “Every third thought shall be my grave”. Roth has told the story of his life many times and in many different ways, and now he is done.

“At the end of his life,” Roth said in an interview last year, “the boxer Joe Louis said, ‘I did the best I could with what I had.’ It’s exactly what I would say of my work: I did the best I could with what I had.” We can ask no more.

Jason Cowley is editor of the New Statesman

Voir enfin:

Philip Roth’s complaint to Wikipedia
Author writes open letter to persuade the online encyclopedia to let him adjust inaccurate description of his novel
Alison Flood
The Guardian
11 Sep 2012

Philip Roth has written an open letter to Wikipedia after the collaborative online encyclopaedia refused to accept him as a credible source for the inspiration behind his own novel, The Human Stain.

The novel, about the New England professor Coleman Silk who is chased out of his job following accusations of racism, was described on Wikipedia as being « allegedly inspired by the life of the writer Anatole Broyard ». Roth, however, says this is not the case, and that it was actually inspired by something that happened to his friend Melvin Tumin, a Princeton professor who spoke the very words used by Silk in The Human Stain about two African American students: « Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks? »

In a detailed open letter published by the New Yorker, Roth reveals that he petitioned Wikipedia to delete the « misstatement », but was told « that I, Roth, was not a credible source: ‘I understand your point that the author is the greatest authority on their own work,’ writes the Wikipedia Administrator – ‘but we require secondary sources.' »

Roth says the belief that The Human Stain was inspired by Broyard « entered Wikipedia not from the world of truthfulness but from the babble of literary gossip – there is no truth in it at all », and that « after failing to get a change made through the usual channels », he decided to write an open letter to Wikipedia because he didn’t know how else to proceed. His 2,000-plus word explanation has obviously convinced moderators on the site: it now credits the novel’s inspiration to Tumin, and even mentions Roth’s open letter.

Blake Bailey, who has just been appointed as Roth’s new biographer, will be taking notes – it doesn’t do to get the facts wrong about the Pulitzer-winning author, who earlier this year faxed the editors of The Atlantic over an essay’s assertion that he suffered « a ‘crack-up’ in his mid-50s ».

« The statement is not true nor is there reliable biographical evidence to support it, » wrote Roth at the time. « After knee surgery in March 1987, when I was 54, I was prescribed the sleeping pill Halcion, a sedative hypnotic in the benzodiazepine class of medications that can induce a debilitating cluster of adverse effects … My own adverse reaction to Halcion … started when I began taking the drug and resolved promptly when, with the helpful intervention of my family doctor, I stopped. »

Bailey told the New York Times last week that he had just signed a collaboration agreement giving him unlimited access to Roth’s archives, as well as access to his friends and interviews with the author himself. Already the author of biographies of John Cheever and Richard Yates, Bailey expects the Roth project to take eight to 10 years.

The biographer told the New York Times that there had been a « lengthy vetting process » to secure Roth’s agreement – Ross Miller’s previously planned biography of the author was, he explained, dropped in 2009 – with Roth asking what qualified a gentile from Oklahoma to write his biography. « I pointed out that I’m not an ageing bisexual alcoholic with an ancient Puritan lineage and I still managed to write a biography of John Cheever, » he said.

Voir également:

Éric Zemmour : «Le langage, trop fort pour Darwin»
Eric Zemmour
Le Figaro
15/11/2017

CHRONIQUE – À travers un éloge du langage humain, le célèbre romancier américain Tom Wolfe sonne la charge contre le darwinisme et, au-delà, contre l’establishment. Féroce et jubilatoire.

Tout le monde connaît Tom Wolfe. Son Bûcher des vanités ; son «nouveau journalisme» ; son admiration pour Balzac et Zola ; ses costumes et chapeaux blancs, ses pochettes multicolores, sa canne. Le dernier livre du grand écrivain américain n’est pas un roman mais c’est bien un Tom Wolfe. On y retrouve tout ce qu’on aime: le mélange savant de style élégant, littéraire, et de langage parlé et relâché ; ses portraits dessinés d’une main sûre et alerte ; son souci (très français, aurait dit Stendhal) de ne jamais être dupe ; son ironie jubilatoire qui mord au sang les grands prêtres du politiquement correct.

Dans ses romans précédents, Wolfe avait réglé son compte aux «loups» de Wall Street, aux féministes, aux antiracistes, aux universitaires américains, aux politiques corrompus. À tous les (petits mais furieux) rois de l’époque. Cette fois-ci, dans un court essai, il frappe encore plus fort, vise encore plus haut: Charles Darwin (et sa théorie de l’évolution) et Noam Chomsky (et sa linguistique). La méthode de Wolfe est celle d’un grand joueur de bowling: il lance sa boule sur une quille pour abattre l’autre. Imparable strike. Ce n’était pas gagné d’avance. Les rares qui osent s’aventurer sur ce terrain sont les évangélistes protestants et les imams musulmans: bigoterie et inculture à tous les étages. Notre auteur facétieux et subtil retourne les armes de ses adversaires contre eux-mêmes : la science contre les scientifiques ; l’expérimentation contre les chercheurs Avec Wolfe, c’est tout l’inverse. Notre auteur facétieux et subtil retourne les armes de ses adversaires contre eux -mêmes: la science contre les scientifiques ; l’expérimentation contre les chercheurs ; la loyauté contre les donneurs de leçons de morale. On est à la fois dans le romanesque, le journalisme et la re vue scientifique. À un siècle d’écart, de 1860 à 1960, les faits se répètent étonnamment. Darwin et Chomsky se com portent de même en autocrates imbus de leur supériorité face aux manants qui viennent leur mordre les mollets. À chaque f ois, des hordes de supplétifs font la police intellectuelle pour le compte du maître ; stratégie d’intimidation «d’inquisition néo -darwiniste» qui fera école au XXe siècle.

Iconoclaste, Wolfe remet la théorie de l’évolution de Darwin dans la lignée de toutes les narrations des origines de l’homme, de tous les peuples et de toutes les civilisations, même les plus primitives. La seule différence, explique -t-il, c’est que Darwin a construit son récit dans un con texte rationaliste, «scientifique». Même méthode et mêmes résultats un siècle plus tard avec Chomsky , qui donne ses lettres de noblesse à la linguistique, en transformant cette science sociale en une science «dure». Les écoles enseignent partout dans le monde que l’homme descend du singe ; et toutes les universités vantent la théorie linguistique de Chomsky qui explique qu’on naît avec un «organe du langage», forgeant une «grammaire universelle». L ‘enjeu est énorme: c ‘est la vision de l’homme, de son origine, de son destin. Darwin a détruit le récit biblique de la création de l’homme par un souffle divin. L’agnosticisme radical des sociétés occidentales en fut la conséquence essentielle ; mais les actuelles revendications des «vegan spécistes», ceux qui ne veulent plus faire de différence en tre l’homme et l’animal, sont les derniers enfants de Charles Darwin.

Chomsky est un peu moins célèbre mais son influence n’est pas moindre: sa théorie de «la grammaire uni verselle» vien t s’emboît er dans le dar winisme et le renf orce. Il conforte aussi tous les uni versalist es qui considèren t que l’homme est part out le même, qu’il n’y a ni cultures, ni na tions, ni ci vilisations, encore moins des races, bien s ûr.  Et voilà tout ce que cet ou vrage vient démolir a vec un seul mot: le langage!

Wolfe réhabilite les grands vaincus, les immolés sur le culte des maîtres de notre époque.

Le langage, propre de l’homme, qui a permis à cet être chétif de dominer tous les animaux. Ce langage qui n’est pas partout le même, qui n’a pas de grammaire universelle. Wolfe réhabilite les grands vaincus, les immolés sur le culte des maîtres de notre époque. Max Müller, le plus grand linguiste anglais du XIXe siècle, qui entendait, contre Darwin, «tracer une ligne ferme et indiscutable entre l’humain et le bestial». Et qui avertissait déjà: «Le langage est notre Rubicon et aucune brute n’osera le franchir.» Ou un obscur linguiste anglais, Daniel Everett, plongé à la fin du XXe siècle, dans la tribu amazonienne des Pirahas, et qui, après des années de polémiques féroces, obligea Chomsky et ses acolytes de reconnaître qu’ils avaient passé cinquante ans de leur vie à poursuivre des chimères: «L’évolution de la faculté de langage reste en grande partie une énigme.»

À la fin de son implacable démonstration, Wolfe sort la boîte à gifles: «C’est le langage qui a propulsé l’être humain au-delà des frontières étriquées de la sélection naturelle… La doctrine darwinienne de la sélection naturelle était incapable d’intégrer l’existence des outils, par définition naturels, et encore moins celle de l’Outil suprême, le Mot… Dire que les animaux ont évolué jusqu’à devenir des êtres humains revient à soutenir que le marbre de Carrare a évolué jusqu’à être le David de Michel-Ange.»

Le XXIe siècle n’a pas que des mauvais côtés. Les idoles du XXe sont abattues les unes après les autres: après Marx, après Freud, au tour de Darwin et de Chomsky. Leurs théories étaient devenues des lois, leur discours scientifique (ou plutôt scientiforme) avait occulté leur idéologie. Toutes les sciences humaines, histoire, géographie, sociologie, pédagogie, économie, etc., se sont hérissées ainsi de formules mathématiques pour faire croire à une objectivité de laboratoire, de langue anglaise pour faire croire à une universalité, et de jargon pour faire savants en blouse blanche: tous les historiens à la Boucheron, les géographes à la Lussault, les pédagogistes à la Dubet, tous ces historiens qui révèrent Paxton comme un nouveau messie, tous ces sociologues qui s’agenouillent devant Bourdieu, tous ces économistes qui rabâchent les maximes d’Adam Smith et de Ricardo comme des sourates du Coran, tous ces doctes universitaires gourmets qui se muent en prélats inquisiteurs, traitant de charlatans et de racistes ceux qui osent clamer que leurs rois sont nus, avant de les brûler sur le bûcher. Le bûcher de leur vanité.

Le Règne du langage . Tom Wolfe. Robert Laffont. 212 P ., 19 € .

Melvin M. Tumin, 75, Specialist in Race Relations
Wolfgang Saxon
The New York Times
1994

Prof. Melvin M. Tumin, a Princeton sociologist who wrote widely on human nature and the individual’s place in society, died on Thursday in the Medical Center at Princeton, N.J. He was 75 and lived in Princeton.

The cause was cancer, his family said.

Professor Tumin’s areas of interest ranged over race relations, social stratification, education, and crime and violence. At his death he was professor emeritus of sociology and anthropology at Princeton University, where he taught from 1947 until his retirement in 1989.

His courses at Princeton included social stratification, and human nature and social conduct. He was the author of nearly 20 books and more than 100 articles.

Professor Tumin served as director of the Mayor’s Commission on Race Relations in Detroit before going to Princeton. His subsequent research on segregation and desegregation in the early 1950’s was published in 1957 by the Anti-Defamation League, which he later served as a research consultant. Headed Task Force on Violence

He came to national notice with « Desegregation: Resistance and Readiness » (1958), a study of the attitudes of white male residents of Guilford County, North Carolina, and the factors underlying those attitudes. Another notable book was « Social Stratification: The Forms and Functions of Inequality » (1967). Reissued in 1985, it has been widely used as a textbook.

He directed a task force on individual violence of the National Commission on the Causes and Prevention of Violence. With Donald Mulvihill he contributed three volumes to its 1970 report « Crimes of Violence. » He and Prof. Marvin Bressler of Princeton were co-authors of a two-volume « Evaluation of the Effectiveness of Educational Systems, » published by the Office of Education in 1969.

Melvin Marvin Tumin was born in Newark and graduated Phi Beta Kappa in psychology from the University of Wisconsin in 1939. He received his Ph.D. in sociology and anthropology at Northwestern University in 1944 and taught at Wayne University before joining the Princeton faculty as an assistant professor. In the 1960’s he also taught at Columbia University Teachers College.

At Princeton he was also remembered as one of the first to speak up strongly in the 1950’s against what his friend Philip Roth, a former writer-in-residence at Princeton, called « blatant patterns of discrimination against Jews » in the university’s student clubs. Such discrimination took years more to overcome.

Professor Tumin is survived by his wife of 46 years, Sylvia Yarost Tumin; two sons, Jonathan, of Wheaton, Md., and Zachary, of Manhattan, and four grandchildren.

Voir enfin:

John Updike the Jew
In his Bech books, the great novelist of American WASPdom parsed the allure and otherness of Jewish writers
Adam Kirsch
Tablet
June 27, 2012

American novelist, poet, and critic John Updike, photographed in Boston, Mass., on Oct. 8, 2008.(Antonin Kratochvil/VII/Corbis)

Cynthia Ozick’s story “Levitation,” first published in 1976, deals with a pair of married writers—the husband Jewish, the wife Christian—who throw a party for their literary friends. The party turns out to be as middling as their careers—Ozick has them inviting all the literary celebrities of the hour (“Irving Howe, Susan Sontag, Alfred Kazin, Leslie Fiedler”), none of whom show up—and the star attraction turns out to be a professor who is a Holocaust survivor. Inevitably, the Jewish guests all congregate in the living room to hear him relate the horrors he lived through. Then, in a moment poised between satire and magical realism, the room full of Jews begins to float into the air, leaving the Gentile hostess behind:

The room begin to ascend. It lifted. It rose like an ark on waters. Lucy said inside her mind, “This chamber of Jews.” It seemed to her that the room was levitating on the little grains of the refugee’s whisper. She felt herself alone at the bottom, below the floorboards, while the room floated upward, carrying Jews. Why did it not take her too?

“Levitation” is Ozick’s seriocomic attempt to imagine what it might be like to be a Christian in a midcentury New York literary world largely populated by Jews. The Holocaust, in this sardonic fable, is an obsession and a badge of authenticity that the Jews, despite themselves, hold over the non-Jews; Jewishness and Jewish suffering become a kind of club to which outsiders would not necessarily want to belong, except for the nagging realization that they never can. The Jews’ levitation is at once a concrete symbol of their spiritual loftiness and a frightening example of their vulnerability, their readiness to be severed from the Earth. No wonder Lucy feels a mixture of envy and resentment when her guests take off for the sky.

“Levitation” can also be read as Ozick’s coded response to her contemporary John Updike, who six years earlier had published Bech: A Book, the first of what would become three collections of short stories devoted to the fictional American Jewish writer Henry Bech. The Bech books, which have just been reissued in paperback as part of Random House’s ongoing edition of Updike’s collected works, constitute a weird outlier in Updike’s enormous oeuvre. They are among his most personal, confessional works, dealing as they do with the inner life and professional misadventures of a novelist who in many ways resembles Updike himself. Often, reading the Bech stories, it is easy to imagine Updike drawing upon his own experiences and venting his own writerly spleen—about the fecklessness of publishers, the illusory nature of celebrity, the envy and resentment of rivals and critics. The sheer length of time Updike spent writing about Bech—Bech: A Book (1970) was followed by Bech Is Back (1982) and Bech at Bay (1998)—means that he occupied Updike’s imagination for as long, if never as deeply, as his greatest creation, Rabbit Angstrom.

Yet making his alter ego a Jew, Updike—who was, theologically and sociologically, one of the great novelists of Protestant America—also puts the Bech books in heavily ironic quotes. For Updike the arch-WASP to become Bech the Jew is a stunt, a knowing joke, before it is a confession or even the creation of a character. More, it is an opportunity for Updike to explore the same uneasy mixture of emotions that Ozick hinted at in “Levitation”: the fascination and alienation of a Gentile writer in a literary milieu dominated by Jews.

***

In 1971, in a small piece of Bechiana unfortunately not included in the paperbacks (but available online), Updike wrote a profile of himself for the New York Times Book Review under the byline of Henry Bech. “The book about me,” Updike-as-Bech reports Updike-as-Updike saying, “had not so much been about a Jew as about a writer, who was a Jew with the same inevitability that a fictional rug salesman would be an Armenian.” There is an unmistakable edge in this protestation, with its pointed embrace of rude stereotypes—just try asking an Armenian how he would feel about being called a rug merchant.

But the deeper irony lies in the fact that the identification of Jew with American writer should itself be that kind of stereotype, something so automatic as to seem cliché. Half a century later, the glory days of American Jewish writing seem like something out of a museum or textbook: We remember the names Ozick invited to her fictional party, then add even greater names like Bellow, Roth, Mailer, and Malamud, and wish we could have been part of it all. Reading the Bech stories is a useful reminder of how unexpected, how sheerly unlikely, this Jewish moment must have seemed to a Protestant writer of Updike’s generation.

After all, Updike, born in 1932 and raised, as so many author bios reminded us, in small-town Shillington, Pa., inherited a literary culture in which all the great names sounded much more like John Updike than like Bernard Malamud. For Updike to enter into his career and find himself suddenly the anomaly, an outlier against the Jewish average, must have been a surprise and could well have turned into an ugly shock—as it unmistakably did for Gore Vidal, who has always enjoyed dipping his toes in the waters of anti-Semitism. The Bech books can be seen, then, as Updike’s good-humored, essentially benevolent, but still curious and awkward attempt to figure out what was going on in the lives and minds of his Jewish peers.

The odd, sometimes bumpy tone of the Bech books comes from the way this imagined element, this inquest into the familiarly unknown, goes side by side with experiences and emotions clearly drawn from Updike’s own writerly life. A number of the Bech stories—there are 19 altogether—are satirical portraits of the American celebrity writer abroad. Updike, like almost every writer of note during the Cold War years, must have gone on his share of cultural exchange visits behind the Iron Curtain and to hotbeds of anti-Americanism in the Third World; and so does Henry Bech, usually to gently comic effect.

In “Rich in Russia,” Bech is handed a wad of rubles as payment of his Russian royalties and must find a way to spend them before he leaves the country. This allows him to write about the dreariness of Soviet department stories: “Here they found a vaster store, vast though each salesgirl ruled as a petty tyrant over her domain of shelves. There was a puzzling duplication of suitcase sections; each displayed the same squarish mountain of dark cardboard boxes, and each pouting princess respond with negative insouciance to [his] request for a leather suitcase.” Later, in Bulgaria, Bech falls in love with a dissident poetess, and in Rumania his life is threatened by a reckless chauffeur: “Is it possible,” Bech asks his translator, “that he is the late Adolf Hitler, kept alive by Count Dracula?” In “Bech Third-Worlds It,” the identification between author and character grows especially close, when Bech is protested in Latin America for voicing political views very like the moderate-conservative Updike’s:

Some years ago in New York City he had irritably given an interviewer for Rolling Stone a statement, on Vietnam, to the effect that, challenged to fight, a country big enough has to fight. Also he had said that, having visited the Communist world, he could not share radical illusions about it and could not wish upon Vietnamese peasants a system he would not wish upon himself. Though it was what he honestly thought, he was sorry he had said it. But then, in a way, he was sorry he had ever said anything, on anything, ever.

Updike always takes care that we cannot draw too close a connection between Bech and any one real writer. Bech, born in New York in the 1920s, served in World War II and fought at the Battle of the Bulge; his first novel, Travel Light, is described as a quasi-Beat story about motorcycle gangs and juvenile delinquents in the American West. His second, Brother Pig, and his third, with the intriguing title The Chosen, are barely described at all, except that they were conspicuous failures. When we first meet Bech, and for most of the first two books of Bech stories, he is completely blocked, and Updike wrings a rueful comedy from the way much of a writer’s career consists of impersonating a writer in public rather than actually putting words on paper. None of this makes Bech especially close to Mailer or Bellow or Roth or Salinger, his rough contemporaries; and of course his blockage makes him the polar opposite of Updike, who was famous for being unstoppably prolific.

Often, Updike’s attempts to mark Bech as a Jewish writer feel pro forma, and slightly off. Bech grows up on the Upper West Side of Manhattan and goes to a public school in the east 70s, but Jewish writers of his generation were more likely to come from the Bronx or Brooklyn; it wasn’t until rather later that the West Side became a bourgeois Jewish neighborhood. At one point Bech’s father is said to have been a diamond merchant from Amsterdam—again, not an impossible background, but statistically quite unlikely for an Ashkenazi Jew like Bech; the choice of Amsterdam seems to owe more to Updike’s memories of Spinoza. More true to life is the way that, when Bech’s mother died, “He had scarcely mourned. No one sat shivah. No Kaddish had been said. Six thousand years of observance had been overturned in Bech.” Both the lack of piety and the guilt over breaking with tradition feel authentic.

What is genuinely illuminating in the Bech stories is not what Updike knows about Jewishness, which is not very much, but what he imagines about the way Jews think and feel. Echoing ancient tropes, he repeatedly comments on Jewish self-satisfaction and clannishness—without rancor, but also without recognizing that this sort of thing might put Jewish backs up. When Bech is asked whether Jews believe in heaven, he replies:

“Jews don’t go in much for Paradise,” he said. “That’s something you Christians cooked up.” … He went on, with Hollywood, Martin Buber, and his uncles all vaguely smiling in his mind, “I think the Jewish feeling is wherever they happen to be, it’s rather paradisiacal, because they’re there.”

This is an interesting inversion of what Ozick says in “Levitation,” where Jewish solidarity is based on a fascination with the hell of the Holocaust. But the idea that Jews occupy a self-satisfied center, relegating Gentiles to the periphery, crops up again and again in the Bech stories. In “Bech Weds,” the longest and most substantial story, we see Bech conquer his writer’s block by deciding to ignore quality and just produce prose. The result, Think Big, is a best-seller, but from the way Updike describes it, a horrendously bad one, sounding more like Jacqueline Susann than like the literary novelist Bech is supposed to be. Bech’s Gentile wife, Bea, is offended by one facet of the novel in particular:

“Do you realize there isn’t a Gentile character in here who isn’t slavishly in love with some Jew?”

“Well, that’s—”

“Well, that’s life, you’re going to say.”

“Well, that’s the kind of book it is. Travel Light was all about Gentiles.”

“Seen as hooligans. As barbaric people …”

“I’ve another idea for your title,”she said, biting off the words softly and precisely. “Call it Jews and Those Awful Others. Or how about Jews versus Jerks?

At the same time that Updike sees Jews at the center of things, he also writes of the Jewish sense of being alienated from America, geographically and culturally and spiritually. At the beach, Bech is jealous of a WASP teenager who “knew how to insert a clam knife, how to snorkel (just to put on the mask made Bech gasp for breath), how to bluff and charm his way onto private beaches (Bech believed everything he read). … He was connected to the land in a way Bech could only envy.” This is the comedy of the Jew as all brain and no body—a Woody Allen joke, and possibly a Philip Roth one. But Updike goes astray when he extends the analogy to Jews’ feelings about America as such:

Upon the huge body of the United States, swept by dust storms and storms of Christian conscience, young Henry knew that his island of Manhattan existed as an excrescence; relatively, his little family world was an immigrant enclave, the religion his grandfathers had practiced was a tolerated affront, and the language of this religion’s celebration was a backward-running archaism. He and his kin and their kindred were huddled in shawls within an overheated back room while outdoors a huge and beautiful wilderness rattled their sashes with wind and painted the panes with frost; and all the furniture they had brought with them from Europe, the footstools and phylacteries, the copies of Tolstoy and Heine, the ambitiousness and defensiveness and love, belonged to this stuffy back room.

This is true to a certain vein of Jewish feeling in Bech’s generation: Alfred Kazin writes in a related spirit about Brownsville in “A Walker in the City.” But what Bech does not represent is the way that most Jewish American writers rebelled against the parochialism and fearfulness of their immigrant ancestors by flinging themselves ardently into the arms of the “real” America. It is no coincidence that Kazin became his generation’s preeminent expositor of American literature, or that Bellow self-consciously wrote, with The Adventures of Augie March, a Great American Novel. If Updike found himself in a literary culture dominated by Jews, it was not because Jews were shy of America; on the contrary, it was because they loved the country and found it ready to reciprocate their love.

Yet Updike is persistently struck by the unlikeliness of this romance, especially in literary terms. “Bech Noir,” one of the last Bech stories, shows the now elderly novelist systematically murdering various critics who have panned him throughout his career: One gets shoved onto the subway track, another is sent poisoned fan mail. It is one of the stories where the thin line between Updike and Bech seems to blur: The glee with which Updike writes this revenge fantasy makes the reader uncomfortable, since it seems to be the bubbling up of unworthy personal grievances. Updike recognizes this and seeks to defuse it by self-parody—Bech ends up talking like a Raymond Chandler character, and the bloodiness of the plot makes it a caricature, a joke. Still, at the end of the story comes a serious moment. Bech is about to murder one “Orlando Cohen, the arch-fiend of American criticism,” and Cohen uses his last breath to denounce Bech’s work:

“You thought you could skip out … of yourself and write American. Bech … let me ask you. Can you say the Lord’s prayer? … Well, ninety percent of the zhlubs around you can. It’s in their heads. They can rattle … the damn thing right off … how can you expect to write about people … when you don’t have a clue to the chozzerai … that’s in their heads … they stuck it out … but that God-awful faith … Bech … when it burns out … it leaves a dead spot. That’s where America is … in that dead spot. Em, Emily, that guy in the woods … Hem, Mel, Haw … they were there. No in thunder … the Big No. Jews don’t know how to say No. All we know is Yes.”

In a century whose most famous Jewish writer was Kafka, the idea that Jews only know how to say yes is bizarre; but it goes directly to the heart of Updike’s beliefs about America and American literature. For Updike, tracing an intellectual lineage to Dickinson, Melville, and Hawthorne, what makes literature American is a post-Puritan, post-Protestant wrestle with the absence of a redeeming God. Jews, he suggests—as so many English professors suggested before him—cannot in their bones understand this kind of American experience. Just as, in the very first Bech story, Updike wrote that wherever Jews are they think it’s paradise, so now, in one of the last, he writes that Jews are too affirmative, too this-worldly, to understand the American longing for transcendence. In this sense, a Jewish writer can never “skip out of himself and write American.”

In this way, Updike ends up repeating the old exclusionary trope that Jews, in some essential way, can never understand the Anglo-Saxon spirit of English and American literature. He even goes so far as to have Bech, at one moment, confess that the English language is foreign to him: “English, that bastard child of Norman knights and Saxon peasant girls—how had he become wedded to it? There was something diffuse and eclectic about the language that gave him trouble. It ran against his grain; he tended to open books and magazines at the back and read the last pages first.”

But the plain absurdity of that last detail gives the game away: as though Bech, who has only ever known English, is compelled by racial memory to read it “backwards,” like Hebrew. If there was ever a barrier between American Jews and American literature, it was not a spiritual misunderstanding: All you have to do to prove that is look at how many Jews in the 20th century devoted their lives to teaching and explaining Melville and Hawthorne and Dickinson. Anyone can learn what is going on in anyone else’s head—that is the very principle of literature.

The barrier was, rather, the self-doubt instilled by sentiments like Updike’s, the insinuation that the Jewish soul was at odds with the American soul. But the truth is that the American literary inheritance can be passed down to anyone who wants to claim it. That category includes only a few people in any American generation, but they can be Jewish, black, Asian, or anything else, as easily as they can be Anglo-Saxon Protestants. And the continued vitality of the tradition is proved by the way it can be reinterpreted by each new generation that sees it with new eyes. The Bech books deserve to be read as a testament to the tensions that this process of reinterpretation can evoke—and to the powers of imagination and humor that allow it to succeed.

Voir enfin:

The Fraught Friendship of T. S. Eliot and Groucho Marx
Lee Siegel
The NewYorker
June 25, 2014

In 1961, T. S. Eliot wrote Groucho Marx a fan letter requesting a photograph of the comic actor and humorist. Groucho enthusiastically complied, and the two continued to correspond until they finally met, in June of 1964, in London, when Groucho and his third wife, Eden, went to the Eliots’ house for dinner.* So far as I know, Eliot never gave a public account of what transpired that evening. Groucho, though, described the occasion in a letter that he wrote to his brother Gummo the following day.

I am presently finishing up a short critical biography of Groucho and came upon the letters, most of which were published in 1965, in the course of writing the book. After reading them, I sat down and wrote a piece about the two men’s very peculiar exchange, commenting on its unexpected warmth despite their acute differences in temperament. Now that I’ve had time to reflect on the correspondence further, my reading of the tone of the letters has changed.

When I reread the letters for around the fifth time, I became aware of a simmering tension between the two men. One obstacle to writing a book about a comic actor like Groucho is that you unwittingly absorb the enthusiastic, celebratory tone in which many entertainment figures are biographized. The screen persona is so strong that, no matter how scrupulous you try to be, you end up collapsing the real person into the persona that sent you looking for the real person in the first place. And often, with actors, there is barely a real person to be found. When we hear or read the utterances of a celebrity, the words bounce off the public persona and create something like the loud interfering feedback from a microphone. It took me a while to connect Groucho’s words to his actual life.

But this became easier once I realized that the work was much darker than is commonly perceived, and that there was an almost seamless continuity between the life and the work. Groucho was driven by shame about his lack of formal education, having dropped out of school in the seventh grade. He had also been traumatized by catching gonorrhea from a prostitute while on the road at the age of fifteen. Reading his correspondence with his demons in mind, I gradually understood that what appeared to be harmless sarcasm was really a mordant sincerity.

The tension between Groucho and Eliot became suddenly palpable when I reread an exchange they had about the two photographs that Groucho had sent. Eliot assured Groucho that one of them now hung on a wall in his office, “with other famous friends such as W. B. Yeats and Paul Valery.” About three and a half months later, Groucho wrote to Eliot to say that he had just read an essay about Eliot, by Stephen Spender, that had appeared in the Times Book Review. In it, Spender described the portraits on the wall in Eliot’s office but, Groucho said, “one name was conspicuous by its absence. I trust this was an oversight on the part of Stephen Spender.” Eliot wrote back two weeks later, saying, “I think that Stephen Spender was only attempting to enumerate oil and water colour pictures and not photographs—I trust so.”

Could Eliot really have hung a picture of Groucho on a wall next to the two greatest poets of the twentieth century? Was Groucho right to be wary of being condescended to and patronized? Was it disrespectful of him to be so touchy? Was Eliot’s echo—“I trust so”—of Groucho’s stiff, formal language a deliberate dig at Groucho’s affectation or, perhaps, a parody of polite conversation? You begin to suspect that, underneath their respect for each other’s aura of fame, the two men felt an instinctive hostility toward the social type the other represented. Groucho was a pop-culture celebrity, a child of immigrants, an abrasive, compulsively candid Jew. Eliot was a literary mandarin, the confident product of St. Louis Wasp gentry, and an elliptical Catholic royalist given to grave, decorous outbursts of anti-semitism.

In 1934, Eliot published a book of lectures called “After Strange Gods,” in which this passage appeared:

The population should be homogeneous; where two or more cultures exist in the same place they are likely either to be fiercely self-conscious or both to become adulterate. What is still more important is unity of religious background, and reasons of race and religion combine to make any large number of free-thinking Jews undesirable.

Groucho, a highly cultivated man whose greatest regret in life was that he had become an entertainer rather than a literary man—he published some of his first humor pieces in the inaugural issues of this magazine—could not have been unaware of Eliot’s notorious remarks about Jews. They were loudly denounced in the Times, among other places. So even as he was basking in Eliot’s admiration, he seemed to feel compelled to cause Eliot some discomfort. And Eliot was hardly unaware, in the wake of the Holocaust, of the distress his 1934 remarks had caused. In his book, “T.S. Eliot, Anti-Semitism and Literary Form,” Anthony Julius writes that after the Second World War Eliot, “while unable to break free of an anti-Semitism that had become part of the processes of his thinking, had ceased to be comfortable with his contempt for Jews.”

So even as he was pleased by Groucho’s grateful acknowledgment of his attention, Eliot was anxious to convince Groucho of his good faith toward Jews. (“I envy you going to Israel, and I wish I could go there too if the winter climate is good as I have a keen admiration for that country,” he wrote to Groucho, in 1963.) At the same time, it’s possible that he never lost his unease with the fact that Groucho was so unabashedly Jewish.

In 1961, when the literati were still marvelling over Arthur Miller’s marriage to Marilyn Monroe, and before high and low culture had so thoroughly merged, the idea of a relationship between Groucho Marx and T. S. Eliot would have been the stuff of a never-to-be-written proto-postmodernist novel. But here was Eliot, writing to Groucho to ask him to send along a different photograph than the official studio shot that Groucho had first mailed. Eliot wanted one with Groucho sporting his famous mustache and holding his signature cigar. But Groucho waited almost two years before sending it. Growing impatient, Eliot pointedly wrote to Groucho, in February, 1963, that “your portrait is framed on my office mantelpiece, but I have to point you out to my visitors as nobody recognizes you without the cigar and rolling eyes.” Perhaps Groucho had sensed all along a belittling sentiment behind Eliot’s request for the in-character photograph; nevertheless, he put one in the mail shortly thereafter.

Though Eliot was considered the reigning poet of the English-speaking world, and Groucho his counterpart in the world of comedy—celebrated by the likes of Antonin Artaud—each man seemed to provoke in the other a desire to conceal an essential liability. Eliot seems to have wanted Groucho to consider him a warm, ordinary guy and not the type of stiff, repressed person who disdained from a great height “free-thinking Jews.” He can’t quite bring it off—his acquired British self-deprecation stumbles into an American boorishness. On the eve of Groucho’s visit to London, Eliot wrote, “The picture of you in the newspapers saying that … you have come to London to see me has greatly enhanced my credit in the neighbourhood, and particularly with the greengrocer across the street. Obviously I am now someone of importance.”

Compared to the buried anxieties that Eliot stirred in Groucho, though, Eliot’s strenuous bonhomie seemed like the height of social tact. The font of Groucho’s and the Marx Brothers’ humor was an unabashed insolence toward wealth and privilege. Born at the turn of the century to an actress mother and a layabout father in Manhattan’s Yorkville neighborhood, the brothers turned the tumult of their hardscrabble origins into a universal reproach to the rigidity of social class. The encounter with Eliot brought out Groucho’s characteristic tendency to hide his embarrassment about his origins by pushing them in his audience’s face.fSiegel

The Marx Brothers were hypersensitive to the slightest prerogatives of power; a person in authority had only to raise a finger to turn them hysterical and abusive. “I decided what the hell,” Groucho said once. “I’ll give the big shots the same Groucho they saw onstage—impudent, irascible, iconoclastic.” They fought with studio bosses and alienated directors and comedy writers. The humorist S. J. Perelman found the brothers to be “megalomaniacs to a degree which is impossible to describe.” There was a tremendous release in watching them utter and enact taboos in the face of power and privilege. That sense of liberation—of something unthinkable and impossible being deliciously actualized—is what makes even their less funny movies enthralling.

But underneath the compulsive truth-telling onstage there was a tremendous insecurity, which often expressed itself through acerbic joking about sex and sexuality. When Groucho appeared on an episode of William F. Buckley’s “Firing Line,” in 1967, an enmity sprang up between the two men almost immediately, with Groucho characteristically going on the attack the minute he perceived Buckley’s air of privilege and authority. At one point, as Buckley was trying to expose Groucho as a hypocrite for not voting for F.D.R. in 1944, Groucho turned suddenly to the moderator and said, of Buckley, “Do you know that he blushes? And he’s constantly blushing. He’s like a young girl. This is a permanent blush, I think.” The Marxes’ preternatural vulnerability to power and authority made them reach for their genitals the moment they ran up against the slightest impediment to their freedom. What Artaud, with a kind of condescending credulity, perceived as the brothers “brimming with confidence and manifestly ready to do battle with the rest of the world” was really a manic compulsion.

The same impulse to unman a social or cultural threat gambols across Groucho’s exchanges with Eliot. “Why you haven’t been offered the lead in some sexy movies I can only attribute to the stupidity of casting directors,” wrote the movie star to the rather dour literary man. Recommending his autobiography “Memoirs of a Mangy Lover,” Groucho wrote, “If you are in a sexy mood the night you read it, it may stimulate you beyond recognition and rekindle memories that you haven’t recalled in years.” He concluded another letter by writing, “My best to you and your lovely wife, whoever she may be.”

Call me hypercritical or unusually dark, but Eliot lived in one of the world’s most intricately coded social environments, and it’s hard not to read his reply to Groucho’s rudeness as a triumph of genteel passive aggression. Two weeks after receiving this last letter, he wrote, “My lovely wife joins me in sending you our best, but she didn’t add ‘whoever he may be’—she knows. It was I who introduced her in the first place to the Marx Brothers films [because she had no idea who you were] and she is now as keen a fan as I am. Not long ago we went to see a revival of ‘The Marx Brothers Go West’ [one of their worst films], which I had never seen before [though I know that it came out over twenty years ago]. It was certainly worth it. [It was certainly not worth it, or I wouldn’t declare that it was.]

Being manhandled in feline, Bloomsbury manner was perhaps too much for Groucho to tolerate. (His ego was permanently injured yet permanently inflated; he wrote his famous line “I do not want to belong to any club that will accept me as a member” in a letter to said club, not because he hated himself but because he actually felt that it was beneath him to belong to the club and expressed himself with characteristic ironic aggression.) Two weeks later, he shifted tack, from reducing Eliot’s individuality to sexual terms to reducing his public persona to his social origins.

Like the elementalness of sex, the elementalness of social origin was another club the Marx Brothers used to beat away social façades. In “Animal Crackers,” Chico accosts a wealthy guest named Roscoe W. Chandler at Mrs. Rittenhouse’s splendid mansion and asks him if his real name is Abe Kebibble. “Nonsense,” Chandler cries in faux-British tones. Chico then asks him if he’s ever been in Sing Sing. “Please!” Chandler says, and he tries to walk away. “How about Joliet?” says Chico. “Leavenworth?” “I’ve got it,” says Chico, “you’re from Czechoslovakia!” Harpo joins them, and Chico says, “Yes, now I remember! You’re Abie the fish peddle from Czechoslovakia!” Chico remembers that Abie had a birthmark somewhere. Chico and Harpo jump all over him, nearly undressing him, until they find the mark on his arm, at which point “Chandler” confesses to being Abie the fish peddle from Czechoslovakia, and in a heavy Yiddish accent offers them money to keep his origins secret.

In response to Eliot’s polite letter, Groucho, who was born Julius Henry Marx, reminded Eliot that his name was Tom, not T.S., and that “the name Tom fits many things. There was once a famous Jewish actor named Thomashevsky. [An actor like you, you Anglicized, Jew-hating phony.] All male cats are named Tom—unless they have been fixed. [You get the point.]” He ends the letter still refusing to acknowledge Eliot’s wife Valerie, and reminding both of Eliot’s less-than-Bloomsbury origins: “My best to you and Mrs. Tom.”

Groucho and Eliot had been promising to visit each other for three years before Groucho finally came for dinner at the Eliots, in June of 1964. According to Groucho’s letter to Gummo—the only existing account of the dinner—Eliot was gracious and accommodating. Groucho, on the other hand, became fixated on “King Lear,” in which the hero, Edgar, just so happens to disguise himself as a madman named Tom. Despite Tom Eliot’s polite indifference to his fevered ideas about “Lear” (“that, too, failed to bowl over the poet,” Groucho wrote to Gummo), Groucho pushed on. Eliot, he wrote, “quoted a joke—one of mine—that I had long since forgotten. Now it was my turn to smile politely. I was not going to let anyone—not even the British poet from St. Louis—spoil my Literary Evening.” Groucho expatiated on Lear’s relationship to his daughters. Finally, Eliot “asked if I remembered the courtroom scene in Duck Soup. Fortunately I’d forgotten every word. It was obviously the end of the Literary Evening.”

During the trial in “Duck Soup,” language is held over the fire of puns, double entendres, and non sequiturs until it melts into nonsense. (Or near-nonsense, anyway: “There’s a whole lot of relephants in the circus,” Chico says at one point.) In the trial scene in “King Lear,” Edgar/Tom protests the Fool’s own nonsense, saying, “The foul fiend haunts poor Tom in the voice of a nightingale.” Perhaps that was Eliot’s inner cry of protest at dinner, too. But Groucho was so defensive in the presence of the “British poet from St. Louis” that he seems to have missed Eliot’s subtle homage to his intellect. Groucho still could not shake the primal shame that was the goad of his comic art as well as the source of his self-protective egotism. “Did I tell you we called him Tom?” he wrote at the end of the letter to Gummo. “Possibly because that’s his name. I, of course, asked him to call me Tom too, but only because I loathe the name Julius.”

If the two men exchanged additional letters between the June, 1964, dinner and Eliot’s death, in January, 1965, none have been found. It is curious that there was no thank-you note from Groucho to Eliot after the dinner. Then again, perhaps it is no surprise, if the dinner convinced each figure that his infatuated expectation that the other man was wholly different from his public persona had no basis in his actual personality. Both men, it turned out—Groucho the flagrant misanthrope and Eliot the restrained one—were those rare figures in whom public persona and private personality aligned.

Lee Siegel is the author of, among other books, two collections of criticism, “Falling Upwards: Essays in Defense of the Imagination” and “Not Remotely Controlled: Notes on Television.” He is a frequent contributor to Page-Turner.


Histoire: Pourquoi il faut lire le Jésus de Jean-Christian Petitfils (When the Son of man cometh, shall he find faith on the earth?)

16 avril, 2018
Dictionnaire amoureux de Jésus
piss Christ (Andreas Serrano, 1987)La "femme imam" danoise Sherin Khankan à l'Elysée, avec Emmanuel Macron le 26 mars 2018
Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Le christianisme est une religion d’historiens. D’autres systèmes religieux ont pu fonder leurs croyances et leurs rites sur une mythologie à peu près extérieure au temps humain; pour livres sacrés, les chrétiens ont des livres d’histoire, et leurs liturgies commémorent, avec les épisodes de la vie terrestre d’un Dieu, les fastes de l’Eglise et des saints. Marc Bloch
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
La vraie intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed. Martin Hirsch
Since the 1970s, many westerners have found real treasures in the Gnostic gospels, different and surprising sidelights on Christianity. But those texts are only part of a vastly wider literature that has its own nuggets, and often, its own creative solutions, to what different eras saw as gaps in the Christian message. Anyone interested in those rediscovered ancient gospels should be told the wonderful news—that a millennium of other writings awaits them, no less rich or provocative in their contents. Philip Jenkins
Although Jenkins is not an apologist for any particular Christian tradition, he is a refreshing dissident from the knee-jerk religious liberalism professed by most academics and journalists covering Christianity nowadays. (…) In Hidden Gospels, Jenkins took issue with the theory, regnant among ideologically progressive New Testament scholars these days, that recently discovered Gnostic and other texts (such as the Dead Sea scrolls) have succeeded in undermining traditional notions of Christian orthodoxy. These scholars argue that early Christianity was never « orthodox » as we understand the word, but was actually a doctrinally chaotic phenomenon from its first-century beginnings, with little connection to the historical Jesus and what he might have taught. Every early Christian community had its own competing gospel or gospels, the theory goes, and the four « canonical » Gospels—Matthew, Mark, Luke, and John—became canonical only because their interpretations of Jesus were embraced by the victors in a centuries-long political power struggle for control of the early church. Typically, the chief villain here is the Roman emperor Constantine, who elevated Christianity to quasi-official status during the early fourth century and then sought to impose a uniform belief system upon Christians by way of the Council of Nicea in a.d. 325 that ultimately produced the Nicene Creed. The « orthodox » winners of the fourth-century theological battles supposedly not only rewrote earlier Christian history but actively suppressed Gnostic and other texts that, their proponents argue, offered equally valid interpretations of Jesus and his message. These alternative texts were in some instances just as antique and, thus, just as authoritative as the first-century « Big Four » (Jenkins’s term). Hence the huge amount of excitement, both among scholars and in the press, over the discovery of a treasure trove of long-buried fourth-century Gnostic manuscripts near the village of Nag Hammadi in Egypt in 1945, and also over the more recent surfacing of the supposed Gospel of Judas in 2006 and the (probably forged) Gospel of Jesus’ Wife in 2012. Every time one of these « lost » documents of early Christianity pops up, there is rampant speculation about whether Christian belief as we know it is about to be blown to smithereens. Dan Brown’s bestselling novel The Da Vinci Code (2003) asserted that Jesus and his female disciple Mary Magdalene got married and spawned a secret lineage—events that, according to Brown, the orthodox church worked tirelessly and murderously to cover up for centuries. His conspiratorial interpretation of Christian history was, in some ways, a pop version of some of the feminist leitmotifs in Gnostic interpretations of Jesus and Mary Magdalene that Elaine Pagels claimed to find in the Nag Hammadi texts she surveyed in her bestselling The Gnostic Gospels (1979). Lending credence to the theory of a cover-up was the fact that the Nag Hammadi manuscripts had been buried in desert caves, possibly to protect them from a book-burning purge by the orthodox. Jenkins pointed out in Hidden Gospels that, to the contrary, many of the seminal Gnostic and related texts that have inspired all the modern excitement never really got lost and thus aren’t recent—or revolutionary—finds at all. One leading « lost » Gnostic theological work, Pistis Sophia, likely composed during the fourth century and outlining a complex Gnostic cosmology, was discovered in an obscure Coptic manuscript as early as 1773. So it has been a solid two centuries that skeptical Western intellectuals and artistes (among them Voltaire, Edward Gibbon, Gustav Holst, C.G. Jung, Robert Graves, and D.H. Lawrence) have been claiming to find in Gnosticism a more refined, sophisticated, spiritually pristine, and female-friendly version of Christianity than that of the orthodox church with its rigid rules and all-male hierarchy. (…) Literally dozens of gospels, revelations, Acts, and other scriptures remained in use, and that situation remained true for some 1,200 years. .  .  . [F]ar from being hermetically sealed, European Christendom was always part of a much wider world with many different structures and attitudes toward faith and scripture. .  .  . Medieval Christianity was complex and polychromatic, generating many different forms of faith. The Holy Spirit did not take a 1,200-year vacation after the Council of Nicea. The idea that many Christians neither desired nor accomplished the quashing of a huge range of alternative scriptures produced during Christianity’s earliest centuries is a bold and appealing thesis. (…) One of Jenkins’s points is that while the orthodox churches—those aligned with Byzantine imperial power in the East and with the power of the bishop of Rome in the West—adopted a relatively limited biblical canon that resembled today’s, churches that were outside the purview of the historical Roman Empire, most of which broke early with the orthodox in theological disputes over the nature of Jesus, recognized a much larger range of texts they regarded as canonical. One Ethiopian church, for example, recognized a canonical Bible of some 81 books, in contrast to the standard North American Protestant canon of 66 books. The Ethiopian church has since largely resolved its doctrinal differences with the Eastern Orthodox; but its Bibles, like those of other Christian fringe groups, have preserved some authentically ancient « faces of Christ » that would cause surprise among modern Western Christians. In one startling Ethiopian New Testament text called the Book of the Covenant, Jesus describes himself as essentially his own father, adopting the appearance of the angel Gabriel in order to enter the Virgin Mary and beget himself. The upshot was that breakaway churches and heretical sects in Ethiopia, Mesopotamia, Armenia, and other lands just outside the borders of the old empire preserved alternative scriptural texts dealing with both Old and New Testament figures that Westerners either deemed permanently lost or didn’t realize existed until the modern era. Jenkins argues that some of those scriptures were even known to the Jews and Muslims of late antiquity, who incorporated bits of their narratives into their own religious texts. Furthermore, a large number of ancient alternative gospels and other texts were never deemed heretical by the orthodox church. In fact, they insinuated themselves so thoroughly into Christian culture and Christian liturgy that the vast majority of Christians came to regard the events those texts described as just as historical as the events of Jesus’ life contained in the canonical Gospels. They used those texts, as Jenkins points out, to fill in the narrative gaps they perceived in the canonical Gospels and to embellish what they saw as the canonical Bible’s theological meaning. The most influential of those « apocryphal » gospels was the so-called Protoevangelium, or Infancy Gospel of James, a second-century Eastern Christian text that found its way into the West by way of a seventh-century Latin adaptation that today’s scholars dub the Gospel of Pseudo-Matthew. To this day, both Roman Catholics and the Eastern Orthodox celebrate the feast of the « presentation » of the Virgin Mary as a young child by her parents at the Temple in Jerusalem—an episode in James/Pseudo-Matthew that is nowhere to be found in any canonical Gospel. We also owe the ox and ass of the Christmas crèche to mentions of those animals in James/Pseudo-Matthew. The Cherry Tree Carol, the medieval ballad in which the unborn Jesus causes a cherry tree to bow down to his pregnant mother as proof of her offspring’s divine origin, is based on an incident recorded in Pseudo-Matthew involving Mary and a palm tree, an incident that also appears (in somewhat different form) in the Koran. Similarly, the traditional Catholic and Orthodox belief that the Virgin was taken bodily into Heaven at the end of her life derives in part from fourth- and fifth-century apocryphal texts. The Harrowing of Hell, Jesus’ descent into the underworld after his death to rescue Adam, Eve, and the patriarchs and prophets from the flames—an event celebrated for centuries in Christian iconography and medieval mystery plays—probably originated in an ancient compilation variously known as the Acts of Pilate and the Gospel of Nicodemus. From time to time, patristic and medieval theologians condemned this widespread use of noncanonical material, but it remained a mainstay of mainstream Christian art and devotional literature until the Reformation. At that point, at least in the West, both Protestants and (to a somewhat lesser extent) Counter-Reformation Catholics retreated to a strict adherence to the canonical Bible. (…) In his most adventurous chapter, entitled « Out of the Past, » he seeks to forge a thousand-year chain linking the Gnostics, the Manicheans of the third through seventh centuries, the Bogomils (anti-nomian heretics who flourished in the Balkans from the 10th through the 13th centuries), and the medieval Cathars of southern France, who disdained the priests and sacraments of the Roman Catholic church. Members of all four of those groups were arguably theological dualists who believed that the material world was corrupt and evil, the creation of an imperfect lesser divinity. Many present-day medieval historians have concluded that the Cathars, at any rate, were actually more like evangelical Protestants than like Gnostics or Manicheans, although the Catholic inquisitors who interrogated them certainly accused them of dualism. But for Jenkins, tying the Cathars to more ancient heretics gives him a chance to speculate that « subterranean traditions » of dualism might have preserved in the West esoteric alternative scriptures—and indeed, esoteric alternative forms of Christianity itself—right under the noses of vigilant medieval heresy-hunters. Maybe so. But as Jenkins himself admits, there is very little evidence, textual or otherwise, to support this ambitious hypothesis. Charlotte Allen
L’Évangile de la femme de Jésus est un texte en copte écrit sur un fragment de papyrus qui inclut les mots : « Jésus leur dit : « ma femme… ». Ce texte a été présenté comme une traduction copte du IVe siècle d’« un évangile probablement écrit en grec dans la seconde moitié du deuxième siècle »1. Selon les experts, ce document est une forgerie. Le 18 septembre 2012, le professeur Karen Leigh King, invitée au congrès international d’études de la langue copte qui se tient à Rome, annonce l’existence d’un fragment de papyrus de 3,8 sur 7,6 cm qui contient l’expression : « Jésus leur dit : « ma femme… »3. King et sa collègue Anne-Marie Luijendijk appellent le fragment Évangile de l’épouse de Jésus à des fins de référence, mais reconnaissent que le nom est controversé. King insiste sur le fait que le fragment, « ne doit pas être considéré comme une preuve que Jésus, le personnage historique, a effectivement été marié ». Le journal du Vatican L’Osservatore Romano déclare que l’Évangile est un « faux très moderne ». Un certain nombre de chercheurs indépendants confirment ce jugement. Cependant, le professeur Alberto Camplani, de l’université de Rome « La Sapienza », qui a été chargé d’effectuer l’analyse sur laquelle le journal du Vatican a fondé son article, a affirmé en 2012 dans un documentaire télévisé : « Ma première impression était que c’était un faux, mais j’ai vu le fragment dans un journal dans une mauvaise photo. Aujourd’hui, je suis plus enclin à croire qu’il s’agit d’un papyrus antique et pas d’un faux moderne »6. Selon Luijendijk et le papyrologue Roger Bagnall, le papyrus serait authentique car il aurait été impossible à falsifier. Plusieurs spécialistes de la Bible comme Francis Watson et Mark Goodacre (en) pointent les erreurs de grammaire du texte et la similarité des phrases avec l’Évangile de Thomas. Le 1er avril 2014, une analyse publiée par des chercheurs américains de l’université Columbia, l’université Harvard et le Massachusetts Institute of Technology détermine que le papyrus est ancien et date d’une époque comprise entre le VIe et le IXe siècle. En juin 2016, un article d’Ariel Sabar dans The Atlantic relate que le propriétaire de cet Évangile est Walter Fritz, un ancien étudiant en égyptologie à l’université libre de Berlin. Personne à la crédibilité douteuse, Fritz est même devenu l’opérateur de plusieurs sites de porno amateur après s’être installé aux États-Unis9 et sa femme a écrit un livre de visions et de « vérités universelles » qui lui auraient été dictées par « les anges ». Karen L. King a répondu que les recherches de Sabar à propos des motivations de Fritz et de ses connaissances en égyptologie faisaient pencher la balance vers l’idée qu’il s’agit d’une contrefaçon. Wikipedia
It’s been fairly clear for weeks that the papyrus fragment known as the « gospel of Jesus’s wife » was a modern fake, assembled from phrases found in real gnostic gospels and in particular the Gospel of Thomas, a 4th-century copy of a 2nd-century manuscript. But some astonishing and delightful news has now emerged to show that it was a fake dependent on the most modern technology. Andrew Bernhard, an American academic, discovered that the Jesus’s wife manuscript copies a typo in one of the most widely distributed electronic copies of the gospel of Thomas. Previously, Francis Watson at Durham University had discovered that an unlikely word break in the gospel had been carried over into the Jesus’s wife fragment. Bernhard accepts that the fragment is a cut-and-paste job made from sections of the authentic gospel of Thomas. What he seems to have shown is the exact copy from which the text was taken. This is the interlinear translation made by Michael Grondin, which is freely available online. The text is available either as a downloadable PDF file, or as a straight web page, and the PDF version is missing one letter in one of the words reproduced in the Jesus’s wife fragment. The web version does not have this mistake. But the Jesus’s wife fragment does, which shows pretty clearly that it could not have been composed before the PDF was available, no matter how old the papyrus turns out to be on which it was written. In fact a little poking around in the world of gnostic scholarship shows that there has never been a better time to make your own gospels. Fantastic software tools are freely available: grammars and dictionaries of Coptic and ancient Greek; keyboard layouts to enable them to be easily written on a modern computer; word-by-word translations of the ancient texts so that you can copy (or paste) their styles. Perhaps it is a universal rule that the easier you make it to study authenticity the easier it becomes to fake it. This will surely not be the last fake gospel fragment to be published, though it may well be the last endorsed by a Harvard professor. The Guardian
Particulièrement depuis les années 1970 et jusqu’à récemment en France, les instructions officielles, les manuels scolaires, les formations d’enseignants ont mis le récit à distance. (…) En dehors de la classe, en revanche, les élèves ont accès à un grand nombre de récits historiques de formes et de contenus variés, transmis dans le milieu familial, par la télévision, le cinéma, la littérature, des jeux vidéo, Internet, etc. Par ailleurs, le récit est redevenu central pour les historiens et pour ceux qui se préoccupent de l’apprentissage. Ricœur a, en 1983, a souligné la dimension narrative des textes historiques et la place structurante de l’intrigue qui l’organise. La narratologie contemporaine a, de son côté, montré comment le récit est une stratégie de communication. Tandis que pour Jérôme Bruner, le récit est le moyen de donner forme à l’expérience, de comprendre le monde, de se l’approprier, de s’y projeter entre passé et devenir, à partir du monde présent. Il en conclut que le récit a à voir avec la culture car l’imitation dont il témoigne inscrit l’homme dans une culture. (…) Après avoir constitué une équipe de recherche internationale pluridisciplinaire (histoire, sociologie, narratologie, didactique), le recueil de récits de l’histoire nationale a été fait en 2011-2012 (…) Pour la France, le traitement quantitatif et qualitatif des 5823 récits recueillis a fait ressortir plusieurs thèmes. (…) Les thèmes finalement retenus ont été les personnages, le politique, les guerres, la religion, le territoire ainsi que l’origine, déclarée par les élèves, de leurs connaissances. (…) les jeunes, scolarisés en France, interrogés ont exprimé leur fierté de l’histoire nationale et une vision à la fois humaniste et optimiste de l’histoire de leur pays dans laquelle les guerres jouent un rôle décisif et le politique structure le sens de l’histoire tandis que le panthéon, marqué par certaines permanences, connaît aussi des évolutions et une mobilisation des personnages historiques de façon plus iconique que comme des acteurs aux actes bien identifiés. Par exemple, les élèves évoquant l’origine de l’histoire de France (tous ne le font pas), l’associent majoritairement aux Gaulois et à la Gaule (plus de 1700 récits) (…) Mais nombreux sont aussi ceux qui lui attribuent une autre origine (la Révolution française, la Première Guerre mondiale, par exemple) (…) La religion a par ailleurs une place limitée dans des récits très sécularisés montrant une méfiance à l’égard de la dimension temporelle du religieux. Enfin, contrairement à une de nos hypothèses, le territoire joue un rôle minime face à un récit très nationalisé. L’école, ses dispositifs et objets restent leur première source de savoir, d’après les élèves, mais la famille et certaines pratiques sociales jouent également un rôle. En revanche, Internet est peu identifié comme source de savoir historique. Françoise Lantheaume
On verra que, globalement, les élèves considèrent la religion comme un phénomène négatif. L’islam et le judaïsme sont beaucoup moins présents que le christianisme. Sébastien Urbanski
Every word ever written about the historical Jesus (…) was written by people who did not know Jesus while he was alive. Reza Aslan
There is no evidence that Jesus promoted violence in any of the histories that we have. But we need to rid ourselves of this notion that he was a pacifist. Jesus wasn’t a fool, if you are talking about the end of Caesar’s rule and inauguration of reign of God, you can’t be so daft as to think that will happen in a peaceful way. (…) This is who Jesus was, the historical Jesus: he was an illiterate, day laborer, peasant from the country side of Galilee who hung around with the most dispossessed, poor, weak, outcasts of his society — people whom the temple rejected. And who, in their name, launched an insurrection against the Roman and priestly authorities. That’s Jesus. So, if you claim to walk in Jesus’ footsteps, that’s what it means. It means rejecting power, in all its forms -– religious and political — it means denying yourself in the name of the poor and the marginalized regardless of their religious or their sexual orientation or anything else. If you do not do those things, you are not a follower of Jesus. ‘Cause that’s who Jesus was. (…) The land that Jesus called his own, there is still a poor marginalized people who are being occupied directly by a military presence and so I would be curious how Christians couldn’t see the parallels between what’s happening in the occupied territories today and what was happening in the time of Jesus. Reza Aslan
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques: haine de la raison et de l’intelligence, haine de la liberté, haine de tous les livres au nom d’un seul, haine de la vie… Michel Onfray
Hitler, disciple de saint Jean ! Michel Onfray
Gott mit uns procède des Écritures, notamment du Deutéronome, l’un des livres de la Torah. Michel Onfray
Trois millénaires témoignent, des premiers textes de l’Ancien Testament à aujourd’hui : l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux, a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix. Michel Onfray
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d’un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l’obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l’épouse et la mère, l’âme et l’esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré. (…) Les monothéismes n’aiment pas l’intelligence, les livres, le savoir, la science. À cela, ils ajoutent une forte détestation pour la matière et le réel, donc toute forme d’immanence. Michel Onfray
Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l’autre : l’Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l’humiliation, l’exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d’Amérique du Sud; etc… Des millions de morts pour l’amour du prochain. Michel Onfray
A l’heure où se profile un ultime combat – déjà perdu… – pour défendre les valeurs des Lumières contre les propositions magiques, il faut promouvoir une laïcité post-chrétienne, à savoir athée, militante et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidental et l’islam qui le combat. Ni la Bible, ni le Coran. Aux rabbins, aux prêtres, aux imams, ayatollahs et autres mollahs, je persiste à préférer le philosophe. A toutes ces théologies abracadabrantesques, je préfère en appeler aux pensées alternatives à l’historiographie philosophique dominante : les rieurs, les matérialistes, les radicaux, les cyniques, les hédonistes, les athées, les sensualistes, les voluptueux. Ceux-là savent qu’il n’existe qu’un monde et que toute promotion d’un arrière- monde nous fait perdre l’usage et le bénéfice du seul qui soit. Péché réellement mortel. Michel Onfray
On connaît les rapports entretenus par le Vatican avec le national-socialisme […] On connaît moins bien la défense faite par Adolf Hitler de Jésus, du Christ, du christianisme, de l’Église… La lecture de Mon combat suffit pour constater de visu la fascination du Führer pour le Jésus chassant les marchands du Temple et pour l’Église capable d’avoir construit une civilisation européenne, voire planétaire. Michel Onfray
La civilisation judéo-chrétienne se construit sur une fiction: celle d’un Jésus n’ayant jamais eu d’autre existence qu’allégorique, métaphorique, symbolique, mythologique. Il n’existe de ce personnage aucune preuve tangible en son temps. Michel Onfray
Il fallut, pour cette transmutation du concept de Jésus en or religieux, l’action d’un homme qui eut un corps véritable, lui, mais un corps défaillant. J’ai nommé Paul de Tarse. Paul fit de Jésus le doux un Christ à l’épée. Et le tranchant de cette épée ruisselle de sang pendant plus de mille ans. Michel Onfray
(Vatican II) est un camouflet pour Pie XII, certes, mais aussi, et surtout, pour plus d’un millénaire d’Eglise catholique, apostolique et romaine. Car, depuis l’empereur Constantin, elle a justifié: l’usage du glaive contre l’adversaire; le recours aux autodafés des livres non chrétiens; les pogroms antisémites (…). Ce concile était une bombe. Michel Onfray
Michel Onfray se rend-il compte que presque tout ce qu’il dit ne provient d’aucune source, d’aucune archive, mais de mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au XIXe siècle par l’historiographie catholique et royaliste ? (…) La récupération de ce patrimoine et des arguments de l’extrême droite est malhonnête car, comme auteur, Onfray exerce une certaine responsabilité : en l’absence de notes de bas de page et d’une bibliographie sérieuse, il ne donne jamais à ses lecteurs les moyens de vérifier ses affirmations. (…) Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public et qu’elles passent inaperçues dans la critique, ces révisions de l’Histoire et ces dérives idéologiques participent d’un lent travail de sape contre les valeurs démocratiques. Sans conduire à dénigrer l’ensemble des initiatives d’Onfray, elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté. On ne peut être spécialiste de tout. Michel Onfray ferait bien d’en tirer quelques enseignements. Guillaume Mazeau
La méthodologie s’appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d’un événement. Cela lui a permis d’affirmer des choses extravagantes : qu’Emmanuel Kant était le précurseur d’Adolf Eichmann – parce que celui-ci se disait kantien (…) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam) étaient des entreprises génocidaires, que l’évangéliste Jean préfigurait Hitler et Jésus Hiroshima, et enfin que les musulmans étaient des fascistes (…). Fondateurs d’un monothéisme axé sur la pulsion de mort, les juifs seraient donc les premiers responsables de tous les malheurs de l’Occident. A cette entreprise mortifère, M. Onfray oppose une religion hédoniste, solaire et païenne, habitée par la pulsion de vie. (…) il retourne l’accusation de « science juive » prononcée par les nazis contre la psychanalyse pour faire de celle-ci une science raciste : puisque les nazis ont mené à son terme l’accomplissement de la pulsion de mort théorisée par Freud, affirme-t-il, cela signifie que celui-ci serait un admirateur de tous les dictateurs fascistes et racistes. Mais Freud aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père un moment originel des sociétés humaines, il aurait assassiné le grand prophète de la Loi et serait donc, par anticipation, le complice de l’extermination de son peuple. (…) Bien qu’il se réclame de la tradition freudo-marxiste, Michel Onfray se livre en réalité à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française. (…) On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. Elisabeth Roudinesco
« Jésus, reviens ! » Étonnant trait d’ironie au cœur de Décadence. L’apostrophe tranche radicalement avec la ligne générale de Michel Onfray : d’abord parce que, selon lui, Jésus n’a pas existé. La naissance même du Christ est une fiction complète, le délire d’une secte qui haïssait tellement la sexualité qu’elle s’est imaginé pour Dieu un enfant né sans union. Cette affirmation catégorique, que l’auteur n’accepte de suspendre de façon hypothétique qu’une seule fois dans la suite du livre, est le point de départ qui ouvre sa démonstration : 600 pages d’une histoire dense, énergique, serrée… Le Point
La Torah contient une malédiction portée contre les pendus (Dt 21, 23 …); or la crucifixion était alors assimilée à une pendaison. Il est donc impensable que des Juifs aient pu forger le mythe d’un Messie « pendu » au bois de la croix, quand l’attente était celle d’un Messie royal ou sacerdotal. C’eut été pousser le défi un peu loin. Bernard Pouderon
Michel Onfray conteste l’existence historique de Jésus, une thèse qui a fait parler d’elle au XIXe siècle et au début du XXe, mais qui n’est plus soutenue par aucun historien. Le Jésus de Michel Onfray est tellement fantasmé – vu à travers des écrits apocryphes, des œuvres d’art très postérieures à l’époque de sa prédication… – qu’on a l’impression que tout a été retenu sauf, précisément, ce qui permet d’avoir des informations exploitables du point de vue de l’historien. C’est très curieux : cela consiste à prendre les sources les moins fiables ou ce qui n’a même pas le statut de source pour dire : « Voilà, il y a toute cette élaboration fictive autour de Jésus, donc Jésus n’existe pas. » Or des sources fiables existent bien, même si elles doivent être interprétées selon des méthodes scientifiques éprouvées. Par ailleurs, on peut très bien faire de l’élaboration fictive à partir d’un personnage qui a existé, c’est le cas de bien des figures historiques. Regardez Alexandre le Grand, Charlemagne… (…) Selon Onfray, le langage antisémite qui a servi aux nazis trouverait ses origines chez saint Paul. Historiquement, c’est totalement infondé. L’antijudaïsme chrétien a pu hélas ! contribuer chez certaines personnes à faire accepter l’antisémitisme nazi, mais la continuité massive que Michel Onfray affirme n’est appuyée sur aucune source. Ce n’est pas non plus de la philosophie de l’Histoire, puisqu’il n’y a aucun raisonnement digne de ce nom. On est dans le domaine de l’amalgame au service d’une propagande. Je ne me prononce pas sur la philosophie de l’Histoire d’Onfray en général, je dis simplement que sur cette affirmation précise, notamment lorsqu’il évoque Hitler comme un exemple de catholique, on passe dans le domaine de l’absurde. Le texte de Mein Kampf qu’il cite n’a strictement rien de chrétien : il témoigne d’une totale incompréhension du personnage de Jésus. Et puis, Onfray passe sous silence l’antichristianisme des nazis et l’engagement de nombreux chrétiens contre le nazisme. (…) Ces propos sont intégrés à une grande fresque épique. Décadence est le second volume de ce que Michel Onfray présente comme une « Brève encyclopédie du monde ». Le premier volume était Cosmos, le troisième devrait s’intituler Sagesse. ­Décadence est le volume dédié à la philosophie de l’Histoire. Ce livre a donc des dimensions et une construction qui peuvent donner l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage d’érudition et de réflexion. Or, en ce qui concerne le christianisme antique – et je ne me prononce que sur ce domaine qui m’est familier, en ayant lu ce livre de très près, ligne à ligne, en mettant en fiches tout ce que j’y ai trouvé sur les premiers siècles chrétiens –, on est de toute évidence dans une démarche qui ne tient absolument pas compte des faits dans leur ensemble, des nuances, des sources, de l’état actuel des connaissances… L’ouvrage est volumineux, il est porté par un certain souffle rédactionnel, avec une très grande sûreté de ton, qui frise un peu le dogmatisme. Mais en ce qui me concerne, pour ma spécialité, on en est à un taux d’erreurs et d’affirmations insoutenables que, sans exagération, j’estime à environ 80%. Dans un livre, il y a toujours des erreurs. Mais ici, le nombre d’affirmations factuellement fausses ou abusivement générales, de rapprochements incongrus atteint des proportions inédites. Même lorsque certains faits évoqués par Onfray sont avérés, la manière de les présenter est tendancieuse. Prenez le meurtre ­d’Hypatie, cette philosophe d’Alexandrie assassinée en 415 par des chrétiens déchaînés. Cet épisode est honteux. Mais le problème, c’est qu’Onfray ne dit pas : « Des chrétiens ont tué Hypatie. » Il prétend que ce sont les chrétiens qui ont commis ce meurtre atroce. À chaque fois que certains chrétiens commettent des violences, il écrit « les chrétiens »?. (…)  ce que je reproche à Michel Onfray, ce n’est pas la critique du christianisme. Ce qui me gêne, c’est que ce qui se présente chez lui comme une critique n’en est pas une, car il fait abstraction de toutes les précautions méthodologiques qui s’imposent. Chez lui, dès que les chrétiens entrent en scène, tout est négatif. Ce qui est frappant dans Décadence, c’est qu’il n’y a pas la moindre nuance, aucune circonstance atténuante, pas de bénéfice du doute. Rien. Les chrétiens ont toujours tort. Lorsqu’il y a deux hypothèses historiques sur un sujet, Onfray prend toujours celle qui est défavorable aux chrétiens sans mentionner l’existence de l’autre. En travaillant sur son texte, je me suis dit : si j’étais totalement ignorant du christianisme, en lisant ce livre, je penserais que, vraiment, les chrétiens sont des salauds et ne valent pas mieux que les nazis. Je détesterais les chrétiens. [sur] les Pères de l’Église (…) Il dresse une sorte de catalogue de noms, de questions discutées par eux, de problèmes théo­logiques, pour conclure que, au fond, les Pères de l’Église, c’est nul. Il dit « trop de noms, trop de titres ». C’est le fameux « Too many notes ! » que l’empereur Léopold lance à Mozart dans le film de Miloš Forman. Michel Onfray se permet de juger les Pères en bloc, sans, de toute évidence, les avoir étudiés sérieusement. Ce qu’il prouve en faisant cela, c’est donc d’abord son ignorance. Il parle des Pères comme d’un trou noir dans l’histoire intellectuelle de l’Occident. « Tant d’intelligence au service de tant de bêtises », écrit-il. Pour lui, les questions théologiques ne sont que des bêtises. Méthodologiquement, c’est fâcheux. Je ne considère pas, moi, en lisant Onfray, que son antichristianisme rendrait son livre inutile. Je le lis d’abord scrupuleusement, avant de porter un jugement précis et argumenté. (…) Michel Onfray, en allant chercher des auteurs peu connus, en mettant en avant des anecdotes inattendues, semble exhumer des pans de connaissance cachés ou oubliés. Le grand public peut se laisser impressionner. Les spécialistes, eux, ne sont pas dupes. Jean-Marie Salamito
Cette génération est plus pragmatique et moins idéologue que les précédentes. Pour eux, la prière et les rassemblements ont aussi une dimension esthétique. Des non-croyants vont aimer aller à la messe pour vivre une expérience culturelle un peu étrange, le silence par exemple. (…) Ils ne comprennent pas comment on peut avoir ce genre de débats aujourd’hui. Pour eux, ces polémiques sur la laïcité sont d’un autre âge. Ils n’associent pas l’Église au prosélytisme. (…) « Même s’il y a moins de préjugés qu’avant, le fait de n’avoir aucun contact avec les religions peut entretenir une peur, confirme Mgr Bordeyne. Ma génération a grandi avec des professeurs très laïques pour lesquels les religions étaient clivantes. Cette enquête, au contraire, montre que la religion ouvre davantage aux autres que l’absence de foi. C’est cela aussi qui fait que les jeunes s’y intéressent : ils voient bien que l’absence de religion ne favorise pas spécialement le dialogue. Mgr Philippe Bordeyne (Institut catholique de Paris)
Le Nord-Pas-de-Calais, certaines banlieues parisiennes, et les quartiers Nord de Marseille sont les lieux où nous avons mesuré la plus grande radicalité. Dans certains établissements, la proportion «d’absolutistes» monte à plus de 40 %. On note aussi un effet «ségrégation» : quand le taux d’élèves musulmans est très important dans un lycée, ceux-ci sont plus radicaux qu’ailleurs. Mais partout, les élèves musulmans sont plus radicaux religieusement que les autres. (…) L’«effet islam» explique bien mieux la radicalité que des facteurs socio-économiques. C’est un résultat important. Le niveau social de la famille, l’optimisme ou le pessimisme du lycéen face à l’emploi ou à ses résultats scolaires n’ont aucun effet sur le degré d’adhésion à des idées religieuses radicales. (…) le sentiment de discrimination (…) a tendance à augmenter, chez les jeunes musulmans, le niveau de radicalité religieuse et la tolérance à la violence religieuse. Nous avons aussi tenté d’explorer la piste de ce que certains chercheurs nomment «le malaise identitaire» : un groupe minoritaire peut se sentir l’objet de l’hostilité du groupe majoritaire, sans pour autant subir de discrimination. Nous avons ainsi demandé aux jeunes s’ils se sentaient français, s’ils étaient solidaires avec le peuple palestinien, quel était leur regard sur les tensions interreligieuses… Ces variables jouent, preuve qu’il y a donc bien un effet identitaire. Mais celui-ci n’efface pas la question religieuse. In fine, l’effet islam reste très marqué. Il faudrait maintenant mener des recherches complémentaires auprès des jeunes musulmans pour explorer de manière plus approfondie la façon dont ils investissent la religion.(…) Un effet religion existe bien puisque 8 % des chrétiens répondent qu’il est acceptable de combattre les armes à la main pour sa religion, ce n’est pas négligeable. On monte à 20 % des musulmans. Mais le facteur qui détermine le plus fortement le soutien à la violence religieuse est la tolérance à la violence et aux déviances en général : voler un scooter, tricher lors d’un examen, participer à une action violente pour défendre ses idées, affronter la police… C’est un résultat important, qui conduit à constater un indéniable «effet ZUS» [zone urbaine sensible, ndlr]. Dans certaines zones du territoire, on devine qu’une socialisation à la déviance et à la violence explique sans doute la perméabilité à la violence religieuse. On y observe une «culture déviante». (…) en France, les manifestations de radicalité religieuse concernent essentiellement le monde musulman, les autres sont très circonscrites.(…) je pense qu’une partie de la sociologie est aveugle, sous prétexte de ne pas stigmatiser. La discrimination existe, c’est prouvé scientifiquement. Mais il ne faut pas non plus envisager ces jeunes-là uniquement d’un point de vue victimaire. Sinon, on ne peut pas les considérer comme les acteurs sociaux qu’ils sont. Cette sociologie-là est trop idéologique, elle s’est appuyée trop exclusivement sur l’analyse des discriminations. La neutralité axiologique est importante, elle est trop souvent oubliée aujourd’hui. Olivier Galland
Il faut un président bien sage pour défendre le féminisme islamique et considérer la religion comme une partie de la solution et non du problème.  Le président français Emmanuel Macron envoie un signal politique important montrant que la société laïque peut coexister avec la religion. Sherin Khankan
Le chef de l’Etat s’est dit intéressé par l’idée et a promis de donner suite. Le Maroc serait parfaitement indiqué pour une telle conférence dans la mesure où ce pays forme déjà, depuis quelques années, une nouvelle génération de professeures de religion : les mushidad. (…) Rien, dans le Coran, n’interdit aux femmes de conduire la prière ni de gérer un mosquée. Sherin Khankan
Le président de la République veut présenter avant la fin du premier semestre 2018 un « plan » pour « l’islam de France » : ses instances représentatives, son financement et la formation de ses imams. Il continue pour cela ses consultations, comme lundi 26 mars avec une Danoise « féministe musulmane » Sherin Khankan et la rabbin libérale Delphine Horvilleur. (…) Lundi 26 mars, cette Danoise d’origine syrienne, fondatrice en 2001 d’un Forum des musulmans critiques, puis d’un centre formation soufi « Sortir du cercle », auteur de La femme est l’avenir de l’islam (Stock, 2017), a été reçue à l’Élysée, en même temps que la rabbin libérale Delphine Horvilleur. « Le président de la République, qui lit beaucoup, est tombé sur la conversation entre les deux femmes organisée par l’Institut français de Copenhague », raconte un proche du dossier. La vidéo de l’entretien, daté du 26 mars 2016, est visible sur YouTube. « Sans doute cet échange entre deux femmes ministres du culte l’intéressait-il dans le cadre de ses consultations tous azimuts. Il rencontre des tas de gens pour nourrir sa réflexion ». Cette fois, c’est la place des femmes dans la religion qui a éveillé sa curiosité. Dans de nombreux pays musulmans, des femmes plaident pour une relecture du Coran et de la tradition musulmane sortis de leur « gangue » patriarcale. Dans quelques villes européennes – Berlin ou Londres notamment –, des femmes ont même ouvert des lieux de prière pour un public féminin. À Copenhague, la salle de prière installée par Sherin Khankan dans un appartement, dont elle a abattu les cloisons, est ouverte à tous en semaine, et réservée aux femmes le vendredi pour qu’elle puisse guider leur prière. Plus qu’une « imam », cette jeune mère de famille fait en réalité office de mourchidat, une fonction de prédicatrice pour un public féminin courante y compris dans les pays majoritairement musulmans. À Copenhague pas plus qu’ailleurs, les hommes n’ont accepté une femme comme imam. « La majorité pense qu’une femme ne dirige pas la prière devant des hommes, mais il existe des avis minoritaires : certains considèrent que si une femme connait mieux le Coran que son mari, elle peut diriger la prière », note Hicham Abdel Gawad, doctorant en sciences des religions à Louvain-la-Neuve. « Dans tous les cas, la règle de base est que celui qui dirige la prière doit être agréé par les personnes qui prient derrière lui. » « Dans un paysage musulman complètement éclaté, on peut se demander pourquoi aucune mosquée alternative n’a émergé jusqu’à aujourd’hui, à l’exception d’un lieu de culte dédié aux fidèles homosexuels », remarque ce bon connaisseur de l’islam de France. « Y aurait-il une sorte de fatalité à n’avoir le choix qu’à l’intérieur de l’éventail qui va de Dalil Boubakeur (NDLR : recteur de la Grande mosquée de Paris, proche de l’Algérie) à Nader Abou Anas (NDLR : imam du Bourget, proche de la mouvance salafiste) ? » Interrogé sur cette invitation à l’Élysée d’une représentante du courant « féministe musulman », le Conseil français du culte musulman n’a pas souhaité réagir. La Croix
L’imame danoise Sherin Khankan et Emmanuel Macron ont discuté, ce lundi 26 mars, de la situation de l’islam en Occident lors d’un entretien d’une heure à l’Elysée auquel participait également la femme rabbin française Delphine Horvilleur. Le chef de l’Etat français avait sollicité les deux femmes pour recueillir leurs réflexions sur meilleure manière, selon elles, d’améliorer le dialogue des civilisations. Connue pour avoir ouvert, à Copenhague, en 2017, la première mosquée 100% féminine d’Europe et soucieuse de modifier la perception de sa religion à travers la promotion d’un islam moderne, ouvert, progressiste et modéré, l’imame féministe Sherin Khankan a suggéré au président l’idée d’une grande conférence réunissant des femmes imam venues du monde entier, des femmes rabbin, des pasteures protestantes, des prêtres catholiques ainsi que des intellectuels des toutes les religions, notamment des musulmans, sans discrimination de sexe. (…) Par hasard du calendrier, le rendez-vous avec Emmanuel Macron, programmé depuis plus d’un mois, est tombé trois jours après l’attaque terroriste de Trèbes et Caracassonne. Ce sujet n’a pas été évoqué lors de l’entretien avec Sherin Khankan et Delphine Horvilleur. En octobre, Sherin Khankan a publié La femme est l’avenir de l’islam chez Stock. Elle y raconte sa trajectoire et son parcours intellectuel forgé à Copenhague dans une famille métisse. Née d’un père musulman syrien opposant à Hafez el-Assad et d’une mère protestante finlandaise, la quadragénaire Sherin Khankan s’est orientée vers l’islam dans l’entrée à l’âge adulte tout en militant pour un « féminisme islamique » qui vise à mettre fin à la culture du patriarcat au sein de la religion de Mahomet. « Rien, dans le Coran, n’interdit aux femmes de conduire la prière ni de gérer un mosquée », affirme cette imame qui célèbre des mariages interreligieux et milite inlassablement pour l’égalité homme-femme au sein de l’islam. Inspirée notamment, par les féministes musulmanes Amina Wadud, qui est américaine, et la Marocaine Fatima Mernissi (décédée en 2015) Sherin Khankan a inauguré, l’année dernière à Copenhague, la première mosquée d’Europe réservée aux femmes. L’Express
Jeanne est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connue. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit. Emmanuel Macron
Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable. Emmanuel Macron
Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des Evêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes. Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. (…) Je suis convaincu que les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n’est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d’Arc : l’histoire récente nous offre mille exemples, depuis l’Union Sacrée de 1914 jusqu’aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des Pères de l’Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l’assassinat du Père HAMEL à la mort du colonel BELTRAME, oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques. Je sais que l’on a débattu comme du sexe des anges des racines chrétiennes de l’Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens. Mais après tout, l’évidence historique se passe parfois de tels symboles. Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes. Ce qui importe, c’est la sève. Et je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation. C’est pour tenter de cerner cela que je suis ici ce soir. Pour vous dire que la République attend beaucoup de vous. Elle attend très précisément si vous m’y autorisez que vous lui fassiez trois dons : le don de votre sagesse ; le don de votre engagement et le don de votre liberté. (…) Nous ne pouvons plus, dans le monde tel qu’il va, nous satisfaire d’un progrès économique ou scientifique qui ne s’interroge pas sur son impact sur l’humanité et sur le monde. (…) Au cœur de cette interrogation sur le sens de la vie, sur la place que nous réservons à la personne, sur la façon dont nous lui conférons sa dignité, vous avez, Monseigneur, placé deux sujets de notre temps : la bioéthique et le sujet des migrants. (…) C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé « prudence », faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. (…) Sur la bioéthique, on nous soupçonne parfois de jouer un agenda caché, de connaître d’avance les résultats d’un débat qui ouvrira de nouvelles possibilités dans la procréation assistée, ouvrant la porte à des pratiques qui irrésistiblement s’imposeront ensuite, comme la Gestation Pour Autrui. Et certains se disent que l’introduction dans ces débats de représentants de l’Eglise catholique comme de l’ensemble des représentants des cultes comme je m’y suis engagé dès le début de mon mandat est un leurre, destiné à diluer la parole de l’Eglise ou à la prendre en otage. (…) tous les jours les mêmes associations catholiques et les prêtres accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles, des familles recourant à l’avortement, à la fécondation in vitro, à la PMA , des familles confrontées à l’état végétatif d’un des leurs, des familles où l’un croit et l’autre non, apportant dans la famille la déchirure des choix spirituels et moraux, et cela je le sais, c’est votre quotidien aussi. (…) Cet horizon du salut a certes totalement disparu de l’ordinaire des sociétés contemporaines, mais c’est un tort et l’on voit à bien à des signes qu’il demeure enfoui. Chacun a sa manière de le nommer, de le transformer, de le porter mais c’est tout à la fois la question du sens et de l’absolu dans nos sociétés, que l’incertitude du salut apporte à toutes les vies même les plus résolument matérielles comme un tremblé au sens pictural du terme, est une évidence. Emmanuel Macron
Les juifs avaient le dîner du Crif et le Nouvel An du Consistoire, les musulmans le dîner de la rupture du jeûne du ramadan, et les protestants, la cérémonie des vœux de la Fédération protestante de France. Il manquait donc à l’Église catholique « un moment pour s’adresser à la société française d’une manière plus large », explique Mgr Ribadeau-Dumas, porte-parole de la CEF. En pleins États généraux de la bioéthique, l’occasion d’interpeller le gouvernement sur plusieurs sujets sensibles, comme la PMA ou la fin de vie. Mais pas seulement. Le sort des migrants, des sans-abris, et la laïcité devraient aussi nourrir les discussions. (…) Si François Hollande, après l’assassinat du père Hamel, avait fini par adopter « un discours très favorable aux Églises » le début de son mandat a été ponctué davantage par « des discours de méfiance, comme celui du Bourget », analyse Philippe Portier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et directeur du Groupe sociétés, religions, laïcité. Quant à Nicolas Sarkozy, s’il était favorable au dialogue, il défendait « une conception identitaire de la nation, allant à l’encontre de la volonté d’accueil (de l’étranger, ndlr) de l’Église catholique ». En outre, beaucoup d’évêques auraient regretté que « Nicolas Sarkoy ait tendance à instrumentaliser les Églises au service de sa propre stratégie de pouvoir », ajoute le sociologue. Les évêques seraient plus à l’aise avec Emmanuel Macron, dont les discours inviteraient davantage au « dialogue avec les institutions religieuses », sans conception identitaire de la nation. (…) « Du fait de la pluralisation du champ religieux, et de l’agnosticisme d’une grande partie de la population, l’Église est contrainte de montrer son existence par des événements significatifs », constate pour sa part Philippe Portier. Dans ce nouveau contexte, l’Église adopterait donc une nouvelle logique de médiatisation pour exister. (…) Mais en se calquant sur les initiatives « événementielles » des autres communautés religieuses, l’Église ne risque-t-elle pas d’être perçue comme une minorité parmi d’autres ? Face à sa perte d’influence dans la société, serait-elle, progressivement, en train de se constituer en « lobby » ? (…) Les propos de Mgr Wintzer, interrogé par La Vie, illustrent bien ce dilemme : « L’Église prend conscience qu’elle est aussi une communauté, comme le sont d’autres communautés. On parle de la communauté musulmane, de la communauté juive, et maintenant on parle aussi de la communauté chrétienne, catholique. Faire cette invitation, c’est un peu accepter cela, d’être une religion avec d’autres. » « Et pourtant, ajoute-t-il, l’Église n’est pas un groupe à parité avec d’autres groupes. C’est-à-dire que l’Évangile n’est pas enfermé dans une communauté qui s’appelle l’Église catholique ». « Je me méfie de tout ce qui pourrait apparaître comme du communautarisme, abonde Mgr Ribadeau-Dumas. Les catholiques, par l’Évangile même, sont invités, dans la dimension universelle intrinsèque au catholicisme, à vivre dans cette société plurielle ». (…) Enfin, l’événement des Bernardins n’est pas tout à fait comparable aux événements organisés par les autres communautés religieuses. Les invités de marque, insiste Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, en seront surtout des personnes handicapées, en situation de précarité, et des migrants : « Ce seront sans doute eux qui ouvriront la soirée, pour montrer que le trésor de l’Église, c’est bien celui-là. Nous nous adressons à toute la société ». Rien n’a encore été décidé, en outre, sur la possibilité de faire de cette soirée un rendez-vous annuel (…° Enfin, si la CEF assume cette nécessité d’avoir une parole plus audible, elle refuse d’être assimilée à un lobby. « Nous, nous n’avons pas de produit à vendre. Nous avons une bonne nouvelle à annoncer, martèle le porte-parole de la CEF. (…) Mgr Ribadeau-Dumas souligne aussi l’étendue du réseau, historique, de l’Église catholique sur l’ensemble du territoire français : « À part le réseau de l’école, c’est l’Église qui a le plus grand maillage territorial. Si les évêques de France choisissent qu’un texte soit lu dans toutes les églises de France, il le sera. La Vie
Emmanuel Macron présente l’Etat et l’Eglise comme devant être en situation d’alliance. C’est un discours traditionnel dans le langage catholique. Deux éléments de son propos renvoient à un langage d’Eglise où s’affirme la spécificité du catholicisme dans la société française. Le premier, c’est qu’il parle de l’Eglise comme étant, à côté de l’Etat, dépositaire d’un ordre qui a sa propre juridiction. L’Eglise et l’Etat sont deux sociétés autonomes relevant chacune d’un ordre de juridiction spécifique. Il n’a pas utilisé ce langage avec les juifs, les musulmans ou les protestants. Cela renvoie à l’auto-compréhension de l’Eglise, qui ne s’analyse pas comme une communauté de croyance comme les autres, mais comme la dépositaire de la parole du Christ et ayant, vis-à-vis de l’Etat, un ordre de juridiction spécifique. Le président de la République a repris là les catégories de la théologie politique. Le second élément, que l’on ne retrouve pas dans les discours aux autres communautés de foi, c’est l’association constante entre nation et religion catholique. Il a parlé des racines chrétiennes de la France comme d’une sorte d’évidence historique. Ce discours marque bien la centralité du catholicisme dans la constitution de la nation française. (…)  Pour Emmanuel Macron, toutes les religions participent au concert national. Mais il ne cesse de mettre en évidence le fait que le catholicisme est d’une nature théologique et historique particulière. Et qu’il a su, en dépit de son intransigeance originelle, se couler dans la République et accepter les principes de la démocratie constitutionnelle. C’est la grande différence avec l’islam auquel il demande, dans plusieurs de ses discours, de faire un effort d’acclimatation et d’institutionnalisation, comme l’ont fait les autres cultes. En cela il est très français, et aussi catholique : il pense le religieux dans une dialectique entre le sujet et l’institution. Dans sa façon de s’adresser au catholicisme, la présence du nonce [le représentant du Saint-Siège en France] fait référence à l’Eglise comme institution internationale. Il y a dans sa présence une logique concordataire qui s’exprime. (…) Il y a eu, dans les présidences précédentes, des pratiques de dialogue, de mobilisation du religieux au service du bien commun. Mais avec Emmanuel Macron, cela devient beaucoup plus formalisé et fait l’objet d’un discours explicite. Dès les années 1960-1970, à mesure que l’Etat s’estimait moins à même de régler seul les problèmes sociaux, s’est mise en place, à l’égard des cultes, une politique de reconnaissance. Il y a l’idée que l’Etat ne peut pas tout et qu’il a besoin de s’appuyer sur des forces extérieures à lui-même. C’est un discours que tenait déjà François Mitterrand en 1983, lorsqu’il inaugurait le Comité national d’éthique, et qu’il disait que nous avions besoin des sagesses des forces religieuses et convictionnelles. On trouve la même chose chez Emmanuel Macron. La différence, c’est que ce qui apparaissait au détour d’un discours chez tel ou tel président, chez lui, cela prend vraiment l’allure d’une doctrine très formelle. (…) Il vient couronner et expliciter une évolution à l’œuvre dès les années 1960-1970. A mesure que l’Etat se trouvait bousculé dans sa capacité d’action sur le réel par des forces qu’il ne maîtrisait pas – l’individualisation de la société, la globalisation –, il a essayé de faire front avec les forces de la société civile. Une politique de reconnaissance s’est progressivement mise en place : on a associé davantage les cultes à la réflexion, on les a financés davantage, on leur a délégué davantage de compétences… En 1993-1994, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Charles Pasqua disait déjà que, dans les banlieues, nous avions besoin de l’engagement des chrétiens. Emmanuel Macron a repris cette idée que le welfare state n’arrive pas à tout faire. Ce qui ne faisait qu’affleurer dans les discours passés des gouvernants se retrouve chez Emmanuel Macron dans un langage très particulier. (…) Deux tendances coexistent chez lui. La première est très « catholique d’ouverture ». Elle renvoie à l’idée que c’est à partir des engagements de la base que le catholicisme peut s’épanouir et irriguer la société de ses valeurs. Lundi, il a beaucoup insisté sur l’engagement social des catholiques. Pendant sa campagne présidentielle, il a visité le Secours catholique. C’est un catholicisme marqué par Emmanuel Mounier. En même temps, et c’est son côté plus traditionnel, il fait toujours référence à l’institution, ce que l’on aurait du mal à retrouver chez les catholiques libéraux. Il y a une sorte de compréhension dialectique du catholicisme comme un engagement des chrétiens porté par une institution elle-même inscrite dans l’histoire. Dans la campagne présidentielle, après avoir visité le Secours catholique, il s’est rendu à la basilique de Saint-Denis. Je ne crois pas que ces propos soient seulement stratégiques, destinés, pour les uns, aux catholiques de gauche, pour les autres aux catholiques d’affirmation. Il existe entre eux une coopération dialectique. (…) Il y a une ambiguïté. Fait-il allusion à l’histoire, à une laïcité de combat qui aurait laissé peu de place à l’Eglise ? Dans ce cas, il s’agirait de revenir sur une philosophie de séparation stricte pour essayer de lui substituer une laïcité de reconnaissance. De faire succéder une laïcité de confiance à une laïcité de défiance. Ou alors, deuxième hypothèse, il s’agit de prendre acte que, depuis les années 1990-2000, les catholiques sont de plus en plus méfiants à l’égard de la République et des gouvernants, qu’ils s’isolent dans une posture communautaire, identitaire, qui les éloigne de la communauté nationale. Il faudrait alors en finir avec cette évolution et leur permettre de réintégrer le concert public. Philippe Portier
Avant que tout discours ait été prononcé, le seul fait que le président Macron ait accepté, après des rencontres avec d’autres dignitaires des cultes, l’invitation de la Conférence des évêques de France à s’exprimer devant elle avait suscité des anticipations contrastées : celles de ceux qui dénonçaient par avance un manquement à la laïcité, et celles de ceux qui, en sens inverse, en espéraient des gages communautaires. Il est certain que le contenu de l’allocution d’un président de la République osant les mots de « transcendance » ou de « salut » a peu de chances d’apaiser les passions. Le propos, de fait, est hors norme. De quoi s’agit-il ? Son trait le plus frappant est la conviction forte qui s’y exprime de ce que la foi catholique n’est pas une simple « opinion », et de ce que l’Eglise n’est pas réductible a une « famille de pensée » invitée à vivre dans une bulle étanche au monde qui l’environne. Le discours du président intègre l’idée selon laquelle toute foi religieuse participe, pour celui qui s’en réclame, de la construction de son rapport au monde. Il atteste en même temps que le catholicisme – comme toute religion, selon Max Weber – est un « mode d’agir en communauté ». Dire cela, c’est avancer aussi que l’idée d’une pure « privatisation » de la croyance est une vue de l’esprit. Car la croyance n’est elle-même qu’une composante de ce rapport singulier au monde à laquelle la foi introduit le fidèle. Est-ce manquer à la laïcité que de le reconnaître ? La laïcité n’a pas été mise en place pour réduire sans reste cette singularité du religieux : elle a été construite pour empêcher que le mode propre d’agir en communauté que celle-ci définit puisse prévaloir, de quelque manière que ce soit, sur les règles que la communauté des citoyens se donne à elle-même. Ceci vaut pour le catholicisme romain autant que pour toutes les autres confessions présentes dans la société religieusement plurielle qu’est la France. Mais, dans un pays traumatisé par la guerre inexpugnable qui opposa pendant un siècle et demi au moins une France enfermée dans le rêve de la reconquête catholique à la France porteuse de l’ordre nouveau issu de la Révolution française, il faut une certaine audace pour affirmer que la singularité catholique, inscrite dans l’histoire longue, a légitimement vocation à s’exprimer, à sa place et sans privilège, dans une société définitivement sortie de la régie normative de l’Eglise et même du christianisme. Emmanuel Macron a affirmé la légitimité de cette expression de deux façons. Il l’a fait d’abord en prenant acte, indépendamment de toute prise de position idéologique sur la mention formelle des « racines chrétiennes », du rôle – non exclusif à beaucoup près – qui a été celui du catholicisme et de l’Eglise dans la fabrication de l’identité culturelle de la nation : nier l’importance de cette matrice catholique enfouie, et quoi qu’il en soit de son délitement présent, c’est s’exposer à méconnaître une source de bien des traits de notre esprit commun. Mais le président ne s’est pas arrêté seulement à cette invocation lointaine. Il a aussi fait état de l’engagement présent des catholiques dans le tissu de ces associations qui font prendre corps, sur des terrains multiples, au souci de ceux qu’il est convenu d’appeler « les plus fragiles » : ceux, en tout cas, que le cours du monde laisse sur le bord du chemin. Nul n’ignore, et certainement pas le président, que cet engagement n’est pas celui d’une armée en ordre de bataille sous la conduite des évêques : il est aussi le lieu où se creusent la pluralité et même la contradiction des voies selon lesquelles le catholicisme se vit concrètement comme manière d’habiter le monde. C’est au regard de cette pluralité des catholicismes qu’il faut ressaisir l’appel du président aux catholiques pour qu’ils fassent entendre leur voix dans le débat public, s’agissant en particulier des questions touchant aux migrations, à la bioéthique ou à la filiation. (…) En valorisant leur contribution à la production du sens de notre vie en commun, il ne se contente pas de mettre du baume sur les plaies d’une population perturbée par la découverte de sa condition minoritaire dans une société où elle fut, pendant des siècles, une majorité qui comptait. Il invite à rompre la logique d’enfermement qui pousse des courants de cette population à se constituer comme une contre-culture en résistance au sein d’un monde dont ils ont perdu les codes. Le discours des Bernardins restera, à cet égard, comme le moment assez étonnant où, dans la longue et difficile trajectoire de la reconfiguration du catholicisme français en minorité religieuse dans une société plurielle, l’invitation à échapper au risque sectaire sera venue, contre toute attente, de la plus haute autorité de la République. Danièle Hervieu-Léger
Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions. Le problème … réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé. Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique. Anne-Marie Chazaud
The new film Mary Magdalene, directed by Garth Davis (…) tells the story of Mary Magdalene (Rooney Mara), detailing her fraught existence in Magdala as a single woman determined not to marry, before she meets Jesus (Joaquin Phoenix) and follows him to Galilee and then Jerusalem, where he’s crucified. Yet, in stripping away the myths, this film portrayal of Mary Magdalene underlines what some scholars see as the real — and unexpected — reason why she’s so controversial. At the heart of the controversy is the idea that Mary Magdalene’s connection to Jesus was spiritual rather than romantic. For example, in the film’s version of the Last Supper, Mary Magdalene is seated on Jesus’ right-hand side. Though the tableau echoes a key scene in the 2006 film version of The Da Vinci Code, in which the characters examine Leonardo Da Vinci’s mural The Last Supper and debate whether the effeminate figure to Jesus’ right was in fact Mary Magdalene, the new movie doesn’t place her there as his wife. The significance of her seat lies instead in Mary Magdalene taking the prized position above any of the twelve male apostles, as Peter (Chiwetel Ejiofor) looks on in jealousy. This version of the story is the real reason why Mary Magdalene is dangerous to the Church, according to Professor Joan Taylor of King’s College, London, who worked as historical advisor for Mary Magdalene. Mary’s central role in the Gospels has historically been used by some as evidence that the Church should introduce female priests — and since 1969, when the Catholic Church admitted that it had mistakenly identified Mary Magdalene as a sex worker, the calls for women in church leadership positions have only grown louder. “Within the Church she does have tremendous power, and there are lots of women who look… to Mary Magdalene as a foundation for women’s leadership within the Church,” says Taylor. The film draws partially from the Gospel of Mary, a “very mysterious document” discovered in the 19th century, Taylor says. It has no known author, and although it’s popularly known as a “gospel,” it’s not technically classed as one, as gospels generally recount the events during Jesus’ life, rather than beginning after his death. It’s thought the text was written some time in the 2nd century, but some scholars claim it overlaps Jesus’ lifetime. In the Gospel of Mary, which isn’t officially recognized by the Church, Mary Magdalene is framed as the only disciple who truly understands Jesus’ spiritual message, which puts her in direct conflict with the apostle Peter. Mary describes to the other apostles a vision she has had of Jesus following his death. Peter grows hostile, asking why Jesus would especially grant Mary — a woman — a vision. Mary Magdalene’s special understanding of Jesus’ message, and Peter’s hostility towards her, as portrayed in Mary Magdalene, will likely split opinion, according to Taylor and her colleague, Professor Helen Bond of The University of Edinburgh, Scotland, with whom Taylor is presenting a U.K. television series on women disciples this Easter, titled Jesus’ Female Disciples: the New Evidence. “[In the film] she’s really close to Jesus, not because of some kind of love affair, but just because she…gets Jesus in a way that the other disciples don’t,” Bond says. The idea that the twelve disciples didn’t quite “get” Jesus in the same way Mary Magdalene did is addressed throughout Davis’ film. The disciples are waiting for Jesus to overthrow the Romans and create a new kingdom, one without death or suffering. But by the end of the film, following Jesus’ death, Mary Magdalene has come to the conclusion that “the kingdom is here and now.” For Michael Haag, author of The Quest For Mary Magdalene, the Church has historically sidelined Mary not just because of her gender, but also because of her message. He argues that the Church specifically promulgated the idea that she was a sex worker in order to “devalue” her message. Haag believes that Mary Magdalene’s alternative ideas proved too dangerous for the Church to allow them to spread. The Gospel of Mary Magdalene, in his view, undermines “Church bureaucracy and favors personal understanding.”  (..;) But both Bond and Taylor point to the Bible itself for further evidence of Mary Magdalene’s intimate understanding of Jesus. She remains at the cross during the crucifixion while the other disciples hide, and she’s the first to see Jesus following the Resurrection. “[There’s] the very strong implication that Christianity is derived from her testimony and her witness,” Bond says. Strip away the labels of “prostitute” or “wife,” and Mary Magdalene still remains a controversial figure. Her story challenges ideas about spirituality, and the role of women in religion. Time
Depuis le début du XXe siècle, pas moins de 80 films dans lesquels il est question de Jésus ont été tournés, dont 15 depuis l’an 2000 (…) Cela nous fait une moyenne d’un film tous les 18 mois environ ! En réalité, la question de l’historicité de Jésus, de son existence, est récurrente depuis au moins le XVIIe siècle, lorsqu’apparaît le déisme qui, en Angleterre notamment, se caractérise par une critique virulente des miracles et du surnaturel. Au XVIIIe siècle, ce courant philosophique quasiment athée s’infléchit en panthéisme puis en théisme, et sera la religion de beaucoup de philosophes des Lumières. On se rapproche alors d’une religion naturelle qui n’est pas dépourvue d’une certaine forme de culte, « fut-il réduit à la prière d’adoration de l’infini face au soleil levant », comme l’a écrit Jacqueline Lagrée. Mais c’est avec la quête rationaliste, le courant mythologique et l’école de Tübingen au début du XIXe siècle, que la réalité historique de Jésus s’évanouit pour devenir une figure mythologique, fruit d’un imaginaire presque mystique des premières communautés chrétiennes. (…) Le Jésus de l’Histoire et le Christ de la foi peuvent être liés, mais en aucun cas la foi ne peut naître de la recherche historique. Depuis le milieu des années 1950, la quête du Jésus historique a été relancée sous l’impulsion de Ernst Käsemann et Günther Bornkamm, et on peut remarquer qu’aujourd’hui elle se recentre sur sa judaïté. Sa dimension historique est pleinement assurée autant par les sources textuelles – aussi pauvres et fragiles soient-elles – que par la critique interne des récits évangéliques mis en perspective avec le contexte général de la Palestine au tournant de notre ère. Vous comprenez ainsi que la figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles, et qu’on n’a pas fini de s’interroger sur lui. (…) Le film de Jon Gunn est, en définitive, dans la continuité logique de cette interrogation, il est l’illustration parfaite de cette interrogation qui taraude les esprits depuis si longtemps. Si je pouvais, humblement, donner un conseil à M. Onfray, ce serait d’aller voir ce film qui raconte la quête d’un journaliste d’investigation athée américain, Lee Strobel, qui, dans les années 1970, suite à la conversion de son épouse, mena une véritable enquête policière sur le personnage de Jésus. Lee Strobel a publié plusieurs livres relatant sa longue quête : The Case for Christ (1998), The Case for Faith (2000), The Case for a Creator (2004), The Case for the Real Jesus (2007), et bien d’autres encore. Il a cherché à comprendre comment aux XXe et XXIe siècles, des gens pouvaient encore croire en Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, alors que le dogme rationaliste contemporain posait (mais sans aucun fondement scientifique) l’impossibilité d’une telle assertion. Son enquête l’a mené à interroger des dizaines de spécialistes de tous bords, et l’a conduit finalement à se convertir. Voilà une belle leçon de vie et d’honnêteté intellectuelle. (…) La méthode exégétique (étude et interprétation des textes) repose au départ sur le doute scientifique. Elle remet en question la tradition multiséculaire de l’Église concernant notamment l’authenticité des évangiles. Afin d’éviter toute discussion stérile sur l’authenticité des récits évangéliques au nom d’une hypercritique inutile, il me semble plus judicieux d’aborder le sujet sous l’angle de la vraisemblance, car cela laisse la porte ouverte à toutes les objections, à la condition bien entendu qu’elles soient fondées. (…) On se trouve ici dans le registre de la foi. La question que je me pose est de savoir si, oui ou non, cette foi peut reposer sur des faits ou seulement sur une appréciation personnelle. Je considère que la foi est beaucoup plus qu’un sentiment, qu’un élan du cœur qui nous pousse à croire sans vraiment chercher à comprendre. Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. Mais on sort ici du champ de l’histoire. Pour en revenir à la résurrection, je dirais que l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène. Par contre, il doit prendre en compte l’information qui le rapporte. Tout écrit est une information, tout texte donne des renseignements dont il faut analyser le degré de pertinence, de crédibilité, de vraisemblance. (…) Lorsque les évangiles racontent la résurrection de Jésus, l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène ni à se demander s’il est possible ou non (même la science actuelle est incapable de répondre à cette question pour les raisons que je donne dans mon livre), mais de vérifier la vraisemblance de cette information : qui sont ceux qui rapportent cette information ? Qui sont les témoins ? Pourquoi rapportent-ils ce phénomène ? Qu’ont-ils fait exactement après l’avoir rapporté ? Comment ont réagi leurs adversaires ? Quelles sont les autres explications possibles à cet épisode singulier ? S’agit-il d’un mensonge, d’une manipulation ? Quels en sont les raisons ou les buts ? En définitive, lorsqu’on sait comment les témoins de cette annonce extraordinaire ont fini leur vie, on peut se poser la question : on peut mourir pour quelque chose que l’on croit être vrai, mais est-on prêt à donner sa vie pour quelque chose que l’on sait être faux ? Ici, on n’est plus dans le domaine de l’histoire ni de la foi ; c’est juste une question de bon sens ! Bruno Bioul
Il faudrait désormais un colloque scientifique pour évaluer si Jean-Christian Petitfils a bien servi la vérité christique. On doit cependant admettre que les 600 pages de son déjà best-seller se lisent comme un roman. Et que ce travail colossal de synthèse des sources, loin de toute polémique tapageuse, tient ses promesses pour un grand public avide de repères. Petitfils recompose la vie de Jésus à partir de Jean, affirmant que l’Évangile le plus mystique est aussi le plus historique, et s’appuie sur l’historicité du saint suaire. Deux principes qu’il n’est pas le seul à défendre. Ce livre nous change des exégètes parfois si raffinés qu’ils nous perdent dans la brume du doute. À lire en gardant à l’esprit que l’historien se limite à des hypothèses, sans prétendre mettre la main sur la vérité du Christ. Jean Mercier
Tout a été dit, mais tout et son contraire. La synthèse des plus récentes découvertes en histoire, en philologie, en exégèse, en archéologie était devenue nécessaire pour reconstituer la vie aussi bien que le caractère de Jésus. Les données de l’archéologie biblique sont en constant renouvellement : on vient de découvrir, en novembre 2011, que le mur des Lamentations ne datait pas d’Hérode le Grand. On a découvert, en 2009, une maison au centre du village de Nazareth, alors que beaucoup d’historiens prétendaient jusqu’alors que Nazareth n’existait pas au Ier siècle. Il y a près de trente ans, j’ai entamé une démarche personnelle : je suis croyant, membre d’une religion incarnée, et j’ai voulu, en tant qu’historien, avoir davantage de précisions. Marc Bloch écrivait : « Le christianisme est une religion d’historiens. » J’ai voulu retrouver le Jésus de l’histoire. Mon livre s’adresse aux croyants comme aux incroyants et s’arrête devant le mystère. L’historien n’a pas à prendre parti quant à la réalité des exorcismes, des miracles et, a fortiori, de la résurrection. Renan, dont on va fêter le 150e anniversaire de sa Vie de Jésus, disait : « Si les miracles ont quelque réalité, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » C’est un présupposé scientiste et positiviste que de rejeter et de nier le mystère. (…) Ce n’est pas impossible qu’il y ait une interpolation chrétienne du texte de Flavius Josèphe, puisqu’on a retrouvé un texte d’Agapios de Manbij, évêque melchite du Xe siècle, qui nous donne une version plus condensée du Testimonium flavianum, dans laquelle ne figurent pas les éléments contestés. Au-delà, nous disposons d’écrits romains de Tacite, de Suétone ou encore d’une lettre datée de l’an 111 de Pline le Jeune disant que « les chrétiens chantent un hymne à “Chrestos” comme à un dieu ». Indépendamment de ce que nous racontent les évangiles et les lettres pauliniennes, on voit que, dès le début du IIe siècle, les chrétiens étaient réputés croire à la divinité de Jésus. Même Celse, philosophe grec du IIe siècle et adversaire très virulent du christianisme, ne remet pas en cause l’existence historique de Jésus. La contestation de cette historicité est, en réalité, une affaire très tardive et très chargée d’idéologie. (…) Paul ne nous dit pratiquement rien, en dehors de la 1re Lettre aux Corinthiens, sur le Jésus de l’histoire. Il formule le kérygme, l’énoncé de la foi des premiers chrétiens. Il nous renseigne sur les débats avec les judéo-chrétiens et avec l’Eglise de Jérusalem. Prieur et Mordillat veulent un Jésus sans Eglise. Comme beaucoup aujourd’hui, ils se fabriquent leur propre Jésus. Or, pour l’historien, l’essentiel est ailleurs : les récits évangéliques, qui sont des récits de foi, contiennent-ils une vérité historique et quelle est cette vérité ? J’ai accordé la priorité historique à Jean alors que, d’habitude les historiens partent des évangiles synoptiques (Marc, Luc, Matthieu) et mettent Jean de côté : c’est un texte très symbolique et mystique, dont on ne devrait pas, nous disent-ils, tenir compte. Ce raisonnement me paraît faux. Le récit de Jean est celui d’un témoin oculaire, qu’il nous faut réévaluer par rapport aux trois autres qui, eux, n’ont jamais vu Jésus – même si à l’origine de notre Matthieu actuel se trouve un Matthieu araméen, probablement écrit par l’un des Douze, Lévi dit Matthieu, chef du bureau de péages de Capharnaüm. Les évangiles synoptiques présentent un certain voile par rapport à l’évangile de Jean. D’un point de vue strictement historique, ils me semblent moins fiables : ils résument, dans une optique catéchétique, la vie de Jésus en une seule année. Or, lorsqu’on lit l’évangile de Jean le ministère de Jésus s’étire sur trois ou quatre années. Ainsi nous montre-t-il plusieurs allées et venues, plusieurs discussions avec les autorités juives de Jérusalem ou les pharisiens. Ce sont autant de discussions que les synoptiques rassemblent dans le « procès juif » de Jésus. C’est, à mes yeux, un procès fictif. Jésus n’a pas comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. D’ailleurs, tous les historiens du judaïsme l’écrivent depuis longtemps : jamais, au Ier siècle, le Sanhédrin ne se serait réuni au temps de Pessah… (…) Ce qu’on appelle le « procès juif » de Jésus n’est qu’une présentation schématique des discussions qu’il a eues tout au long de son ministère et qui s’étendent, chez Jean, sur plusieurs chapitres. Les auteurs des synoptiques mettent en scène et rassemblent ces nombreux échanges en un seul récit. Du point de vue historique, ce récit a la même valeur que celui des Tentations : c’est, en quelque sorte, un midrash. (…) Il a un mode de fonctionnement bien précis : il passe constamment de la réalité historique au mystère. Il assiste, par exemple, aux noces villageoises de Cana. Mais il les transforme en noces eschatologiques, ne nous renseignant ni sur le nom des mariés ni sur leur degré de parenté avec Jésus. Il fait des six jarres de vin le symbole de l’imperfection d’Israël (7 étant le nombre parfait). La tâche de l’historien est de retrouver le soubassement du texte, c’est-à-dire la part de réalité que contient le récit. (…) c’est le cas de Gethsémani, où il reste très elliptique. Quant à la Passion, il ne se prend pas pour Mel Gibson et atténue volontairement les souffrances que Jésus endure lors de la flagellation et de la crucifixion : c’est que son intention n’est pas de sombrer dans le gore, mais de montrer la Croix glorieuse, c’est-à-dire le Christ sur son trône de majesté qui va juger le monde. (…) C’est justement l’intérêt de mobiliser les dernières données mises à notre disposition par la recherche. L’abbé Pierre Courouble, grand spécialiste du grec ancien, a ainsi découvert, il y a quelques années, des latinismes dans deux phrases prononcées par Pilate et rapportées par Jean : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » et « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». La présence de latinismes dans ces deux phrases nous démontre que Jean était, sinon un témoin direct lorsque ces phrases ont été prononcées, du moins un rapporteur de première main. De même, Jean connaît le nom de la moindre servante des grands prêtres et le moindre arcane du Temple : cela accrédite l’idée qu’il appartiendrait à une famille sacerdotale de Jérusalem. Il est très certainement, comme nous l’indique Polycrate d’Ephèse au IIe siècle, membre de la haute aristocratie hiérosolymite. Il porte le petalum, la lame d’or des grands prêtres de cette époque. Il n’a vraisemblablement rien à voir avec Jean, fils de Zébédée et pécheur de son état… (…) Souvent, on réduit Jésus à son entourage immédiat des Douze, alors qu’il y avait une multitude de disciples allant et venant, au gré du temps et de leur occupation respective… [Jacques Duquesne] dans son Marie, mère de Jésus, il confond frères et cousins. Il ignore notamment les travaux réalisés aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe et qui nous montrent que Jésus est « nazôréen » : c’est un groupe sémite issu de Mésopotamie qui est venu se réinstaller en Galilée et au-delà du Jourdain dans deux villages, dont Nazareth. Ils prétendent être descendants de David et porter, en leur sein, le messie qu’attend Israël… (…) il ne veut surtout pas qu’on le confonde avec un messie temporel ! Il vit en un temps où il y a déjà eu beaucoup de messies temporels qui se sont révoltés contre l’occupation romaine. C’est le cas de Judas le Galiléen, qui avait fomenté une insurrection, en l’an 6. En représailles, les Romains avaient alors incendié et détruit la ville de Sephoris, située juste à côté de Nazareth. Âgé de douze ou treize ans, Jésus a très certainement aperçu la fumée s’élever au loin et les deux mille croix érigées le long des chemins. Il ne veut pas ça. Et il essaie de rompre avec cette origine qui lui pèse. (…) tout indique qu’il soit né en l’an -7. (…) C’est une période d’attente, d’impatience, d’aspiration messianique. Mais c’est une période de relative accalmie : elle succède aux temps troublés qui ont suivi la mort d’Hérode et la déposition de son fils aîné Archélaos. « Sub Tibero quies » (sous Tibère tout était calme), dit laconiquement Tacite. Mais tout était calme, avant l’explosion. Du temps de Jésus, il n’y avait pas de zélotes ni de sicaires. Et quand on parle de Simon le Zélote, l’un des Douze, il s’agit d’un zèle dans la foi : ce n’était pas un révolutionnaire… (…) Non seulement, il n’y a pas de message politique chez Jésus, mais en plus il refusait la politique et le social. Pour la foi chrétienne, le Christ n’est pas le premier des indignés, mais le premier des ressuscités – ce