Syndrome du passant: Attention, un effet de foule peut en cacher un autre (Kitty Genovese 50 years on: From Queens to Guangzhou, the Good Neighbor question reaches the ends of the earth)

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Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Un docteur de la loi (…) voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 25-37)
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Of course I heard the screams. But there was nothing I could do. I was afraid. My hands were trembling. I couldn’t have dialed for an operator if I’d tried. Woman
At one point I thought maybe a girl was being raped – but if she was out alone at that hour, it served her right. Woman
That was none of my business. I attend to my own affairs. Woman
For the most part, the witnesses, crouching in darkened windows like watchers of a Late Show, looked on until the play had passed from their view.
Loudon Wainwright (Life magazine)
Yeah, there was a murder. Yeah, people heard something. You can question how a few people behaved. But this wasn’t 38 people watching a woman be slaughtered for 35 minutes and saying, ‘Oh, I don’t want to be involved.’Joseph De May Jr.
I don’t think 38 people witnessed it. I don’t know where that came from, the 38. I didn’t count 38. We only found half a dozen that saw what was going on, that we could use. I believe that many people heard the screams It could have been more than 38. And anyone that heard the screams had to know there was a vicious crime taking place. There’s no doubt in my mind about that. Charles Skoller (former assistant district attorney)
Where others might have seen them as villains, psychologists see these people as normal. Professor Takooshian
According to police reports, 62 people admitted hearing Kitty’s screams. Many of them did not see anything when they looked out their windows (or told police they hadn’t looked). But about 30 admitted seeing part of Kitty’s ordeal. What and how much they saw varied, but two things are certain: All those who went to their windows did so in response to the screams of Genovese, and many remained for a prolonged period of time. Testimony from trial witnesses confirms this, as do the contemporary press interviews. As one man (who did not testify at trial) told LIFE magazine, “I woke up about the third scream . . . I forgot the [window]screen was there and I almost put my head through it trying to get a better look. I could see people with their heads out and hear windows going up and down all along the street.” One thing even the revisionists concede is that a great number of reporters descended on Kew Gardens in the wake of the explosive Times article. This long-lost news coverage from defunct papers such as the New York Journal-American and Long Island Star-Journal, to name but two, supplements rather than contradicts the Times account. They contain many interviews and quotes, gathered while memories were fresh and consciences hurting. (…) Completely absent are any claims that anyone called the police before the single call noted at 3:50 a.m., a half-hour after all sides agree that Genovese was first attacked. Don’t believe the mythbusters. A young woman was attacked. She screamed. She wept. She cried out, “Help me. Please, if somebody doesn’t help me I am going to die.” That’s what at least one witness heard, according to a statement she gave police. Dozens of her neighbors who had good reason to know full well that a crime was in progress chose not to get involved. Even so, the stigma on Kew Gardens is the only thing worth reconsidering. The witnesses weren’t chronically hard-hearted New Yorkers who couldn’t bother with intervening while a neighbor was murdered. They were normal people hobbled by a mix of fear, self-interest and apathy. We all fail at times, and how bravely we behave varies from day to day, moment to moment. Herein lies the value in recalling the murder of Kitty Genovese in all its disturbing, depressing reality: not to engage in pointless debates about how many witnesses, but to inspire us to fail less often. Catherine Pelonero
J’en appelle à la conscience collective, en tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là l’effroi aujourd’hui…, poursuit le procureur. Se dire que dans notre société, on ne pourra pas compter sur la collectivité. Cette société m’inquiète et me questionne, c’est vraiment chacun pour soi, même dans les moments difficiles.  Mehidine Faroudj (procureur)
Parfois, il suffit de dire: « stop, arrêtez », s’approcher, faire un pas, sortir son téléphone, appeler la police. Il suffirait qu’une seule personne se Ieve dans le métro pour que les autres accompagnent. Luc Belvaux
Chacun pense que quelqu’un d’autre va intervenir. Ce qui serait simple à faire pour un témoin, c’est se tourner vers les autres témoins, et non pas aller directement vers l’agresseur. Essayer de recruter d’autres témoins pour intervenir à plusieurs. Pierre-Yves Cusset
Il y a une dilution de la responsabilité qui fait que chacun reporte sur l’autre la responsabilité d’intervenir, et n’intervient pas lui-même. Clothilde Lizion (psychologue)
La Chine, ta moralité fout le camp… Mais alors pourquoi me permets-je d’être aussi virulent, me direz-vous ? Tout simplement après ce que j’ai vu et entendu récemment au sujet d’un jeune homme, qui a porté assistance à une personne âgée qui avait chuté, et qui s’est vu traîner en justice par sa prétendue victime, qui l’a accusé de l’avoir fait chuter lui-même… hallucinant, vous exclamerez-vous, et vous aurez bien raison. Si l’on se retrouve en justice pour avoir tendu une main secourable, où va t-on ? Si l’affaire en était restée là, et ce serait déjà beaucoup, on n’en aurait peut-être plus parlé. Mais que croyez-vous qu’il arrivât ? Le jeune homme a été condamné à prendre en charge les soins de la vieille dame indigne, par un juge visiblement mal inspiré, dont le verdict a reçu une volée de bois vert de la part des internautes chinois. Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’affaire Peng Yu. Si cette affaire était restée unique, elle serait demeurée comme une curiosité des annales judiciaires et on n’en aurait bientôt plus parlé après quelques semaines, quelques mois tout au plus. Sauf que… sauf qu’il s’avère que ce genre d’affaires s’est multiplié depuis, et que comme nous sommes à une époque de l’information, où beaucoup d’informations circulent, et plus encore si elles sont insolites ou sensationnelles, le pays tout entier l’a su. Ce qui fait que désormais, nombreux sont ceux qui hésitent à porter secours à quelqu’un en difficulté, bien que leur nature humaine, leur coeur, les porteraient naturellement à tendre la main sans réfléchir aux conséquences. Résultat pervers, un vieil homme est mort il y a quelques jours dans une rue de Wuhan après avoir fait une chute, sans que personne ne lui porte secours avant l’arrivée d’une ambulance. (…) Certains journalistes et commentateurs ont abondamment commenté cette affaire, et ils en ont tiré la conclusion que d’une part, devant la légèreté manifeste avec laquelle le premier juge s’est prononcé, il serait peut-être bon que la Cour suprême se penche sur le cas et tranche d’une façon plus équitable, plus conforme à la justice. Et j’approuve tout à fait ces commentateurs et journalistes, car cette première décision a servi d’exemple, elle a fait jurisprudence, et ce n’est pas un bon exemple, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque depuis, plus d’une personne mal intentionnée, mais pas bête, a compris tout le parti que l’on pouvait en tirer et s’est engouffrée dans la brèche créée par ce juge qui a clairement fait preuve de légèreté et n’a pas mesuré les conséquences de sa décision. Leur deuxième idée, et là encore je les approuve pleinement, est d’appeler à l’adoption d’un texte législatif qui d’un côté protège les bons samaritains et de l’autre punisse sévèrement ceux qui se seraient livrés à une fausse accusation. Car pour eux, ces personnes pour le moins indélicates se rendent coupables d’au moins deux fautes : d’une part ils encombrent les tribunaux, déjà suffisamment chargés par des affaires autrement sérieuses, et d’autre part, agissant ainsi ils se livrent à une véritable extorsion de fonds, dans laquelle les rôles deviennent inversés et où le bon samaritain devient un coupable. Le monde à l’envers. Une fois de plus ces journalistes et commentateurs ont tout à fait raison, mais quant à moi, je rajouterais une troisième faute, et pas des moindres : ces fausses victimes, par leur plainte injustifiée, se moquent de la justice. Donc de l’Etat. Et du peuple, au nom de qui la justice est rendue. Il est donc évident qu’une loi s’impose, mais comme cela ne se fera pas du jour au lendemain, on ne peut que souhaiter que la Cour Suprême, en attendant, donne instruction aux juridictions inférieures de se montrer particulièrement vigilantes et circonspectes dans l’hypothèse où elles auraient à juger ce genre d’affaires. Faute de quoi, les personnes qui n’osent plus intervenir face à un accident risquent d’être de plus nombreuses, et que les conséquences fatales que nous avons connues à Wuhan risquent de se multiplier. Laurent Devaux

Attention: un effet de foule peut en cacher un autre !

Au lendemain de l’agression sexuelle la semaine dernière d’une jeune femme dans le métro de Lille qui a vu apparemment une dizaine de témoins refuser d’intervenir …

Comment ne pas repenser à la tristement fameuse affaire Genovese qui il y a exactement 50 ans avait tant choqué l’Amérique et mené, suite aux expériences de Darley et Latane quatre ans plus tard, à la création d’un syndrome du même nom (le syndrome Genovese dit aussi syndrome du passant) et toute une branche de la psychologie collective …

Et où, après la mise en cause morale de tout un quartier puis les tentatives plus ou moins sérieuses de relativisation, on découvrait en fait l’effet d’un mécanisme psychologique général …

A savoir que, cas particulier des phénomènes de foule bien étudiés par Le Bon et Tarde, le groupe qui par mimétisme peut conduire au lynchage ou à l’action bienfaitrice ou héroïque (le pharisien qui, suite à l’interpellation du Christ, refuse de jeter la première pierre, rompant ainsi par son exemple l’unanimité violente prête à se déchainer contre la femme adultère) peut aussi induire la plus pure passivité fasse à l’agression d’un tiers ?

Mais comment aussi ne pas s’émerveiller, à l’heure où la Chine elle-même commence à se poser la question de lois contre la non-assistance à personne en danger et même pour la protection du bon samaritain, de cette incroyable mondialisation de ce souci judéo-chrétien de la victime devenu désormais planétaire ?

The truth about Kitty Genovese
50 years after the infamous Queens murder, dangerous revisionism is rampant
Catherine Pelonero
NEW YORK DAILY NEWS
March 2, 2014

A little knowledge is a dangerous thing.

The 21st century revisionism of the iconic and infamous 1964 murder of Kitty Genovese, the young woman attacked on a street in Kew Gardens, Queens and slain in a hallway of her apartment building while her pleas for help went unanswered, gives a glaring example of this old maxim.

Indeed, little bits of knowledge about what happened the night Genovese died – a fact here, a factoid there; speculation, spin and select pieces of a larger narrative – have been variously patched together in recent years by would-be debunkers.

They have sought to transform the horrifying ordeal of this woman dying while her unresponsive neighbors failed to act into something far more sanitized than what was reported at the time. Their new-and-improved, it-really-wasn’t-so-bad-after-all version is based on a stubborn insistence that the original account was a myth invented by an overzealous reporter.

As the author of a new book on the killing, on which I devoted seven years of research and inquiry, I want people to know: Though some details of the initial story may have been incorrect, the fundamental narrative holds up to scrutiny. Genovese’s neighbors failed her, and that likely cost her her life.

Genovese’s murder gained instant notoriety and worldwide attention back in March of 1964 when The New York Times printed an article on its front page with the headline, “37 Who Saw Murder Didn’t Call the Police.” Written by reporter Martin Gansberg, who had spent two days in Kew Gardens researching the story, the article gave a detailed account (attributed to detectives and witnesses found and interviewed by Gansberg) of the harrowing final half-hour of 28-year-old Genovese’s life.

Driving home to Kew Gardens in the wee hours of March 13, 1964, Genovese had been followed by a man named Winston Moseley, a stranger, who later told police he had been driving around that night looking for a woman to kill.

Gansberg’s article recounted Moseley’s stalking and stabbing of Kitty, her screams for help, Moseley’s retreat after a neighbor yelled at him to “leave that girl alone,” and his return to hunt and kill her. The article claimed Kitty had been attacked three times over a half-hour period while 38 of her neighbors heard her screams and watched parts of her ordeal, but failed to help or call police until it was too late.

Only one of the 38 eventually called police; the other 37 did not. Emphasized was the fact that this happened not in a crime-ridden ghetto, but in a good, clean, middle class neighborhood populated by, in Gansberg’s words, “respectable, law-abiding citizens.”

It was a shocking story, horrible to contemplate in its implications of the human condition (or the inhuman condition of New Yorkers, as some saw it.) It caused a sensation. It left a mark of shame on the quiet community of Kew Gardens. Explaining the chilling collective callousness of Genovese’s neighbors would become a staple of psychology classes for decades to come.

Then, over the years, came the debunkers — attempting to turn a stain on New York City’s conscience into something far more innocuous.

The debunkers claim far fewer than 38 people saw what was happening to Kitty.

They insist that most who saw or heard didn’t understand she needed help.

Additionally, they claim some people did call the police that night, although this seems to contradict the claim that the witnesses didn’t know Genovese needed help in the first place.

My closer look at the actual existing evidence via police reports, trial transcripts (in their entirety as opposed to select bits), and, perhaps most telling of all, statements made by witnesses and residents at the time to reporters from long forgotten newspapers, suggests that rather than shedding new light on an iconic crime, so-called debunkers have instead produced a PG-13 version of the Genovese murder, edited for content — and obscuring the truth.

To be fair, there are errors in the famous New York Times article. Gansberg wrote there were three attacks, but Winston Moseley’s confession and court testimony claimed only two. This discrepancy was acknowledged by the Times in 1964 in their coverage of Moseley’s trial.

Gansberg did not fabricate an extra attack; at least two witnesses told police they thought Kitty had been assaulted an additional time. It’s also true – and this is a major point to the revisionists, the smoking gun that supposedly proves the whole story is a myth – that all 38 people did not watch for all 30 minutes. The problem with this “revelation” is that the famous Times article not only described Kitty’s final journey around to the back of her apartment building; it also included an overhead photograph with arrows showing her path.

Obviously, Genovese did not remain in view of witnesses in the front of Austin Street after she finally managed to stagger around the corner. To say that the New York Times attempted to fool people into thinking otherwise is disingenuous.

At any rate, perhaps the best response to the stubborn effort to debunk comes from one of the original case detectives who was there that morning, questioning these witnesses. He said to me: “Come on, the woman has been screaming, staggering down the street. How much do you need to see?”
error; EXP; Handout What happened here?

The origin of the number 38—which has also been hotly disputed by those seeking to unravel what they believe is a myth — falls in a gray area. Months after the publication of Gansberg’s article, New York Times editor A.M. Rosenthal wrote a short book, “Thirty-Eight Witnesses,” in which he claimed it was Police Commissioner Michael Murphy who first mentioned the number. People close to Gansberg, who passed away in 1995, say that Gansberg counted the witnesses for his article himself. At this point it is likely impossible to discern exactly where the notorious number came from.

In his book, Rosenthal also diminished Gansberg’s standing, referring to him as a “copy editor” and “new at reporting.” In doing so, Rosenthal unwittingly lent fuel to the latter-day revisionists who cite this as proof that Martin Gansberg was a cub reporter eager to make a name for himself.

In reality, Gansberg at the time was a 22-year veteran of the New York Times, neither inexperienced nor in need of a career boost. Gansberg had served as managing editor of the Times international edition. He had asked to step down from management to return to reporting, a profession he revered.

The more important point is: If anything, the number 38 is in some sense an understatement.

According to police reports, 62 people admitted hearing Kitty’s screams. Many of them did not see anything when they looked out their windows (or told police they hadn’t looked). But about 30 admitted seeing part of Kitty’s ordeal. What and how much they saw varied, but two things are certain: All those who went to their windows did so in response to the screams of Genovese, and many remained for a prolonged period of time. Testimony from trial witnesses confirms this, as do the contemporary press interviews.

As one man (who did not testify at trial) told LIFE magazine, “I woke up about the third scream . . . I forgot the [window]screen was there and I almost put my head through it trying to get a better look. I could see people with their heads out and hear windows going up and down all along the street.”

One thing even the revisionists concede is that a great number of reporters descended on Kew Gardens in the wake of the explosive Times article. This long-lost news coverage from defunct papers such as the New York Journal-American and Long Island Star-Journal, to name but two, supplements rather than contradicts the Times account. They contain many interviews and quotes, gathered while memories were fresh and consciences hurting.

“Of course I heard the screams,” one woman told the Long Island Star-Journal. “But there was nothing I could do. I was afraid. My hands were trembling. I couldn’t have dialed for an operator if I’d tried.”

Others took a defiant tack, such as the woman who told reporters from the New York Journal-American, “That was none of my business. I attend to my own affairs.”

At the chilling end of the spectrum was the man who, according to the Journal-American, said of Genovese’s screams: “At one point I thought maybe a girl was being raped – but if she was out alone at that hour, it served her right.”

Completely absent are any claims that anyone called the police before the single call noted at 3:50 a.m., a half-hour after all sides agree that Genovese was first attacked.

The first rumblings of a suggestion that maybe someone called the police after all seems to have coincided with the 20-year anniversary of the murder in 1984. By this time, most of the witnesses had died or moved away, so it was not they but their former neighbors who made blanket statements to reporters — without giving any names or specifics — that the cops had been called.

If anyone really did call the police that night, we have to wonder why none of them said so back in 1964, when Kew Gardens was crawling with reporters from rival newspapers, hounding residents for any new tidbits of information. That would have been quite the scoop.

Don’t believe the mythbusters. A young woman was attacked. She screamed. She wept. She cried out, “Help me. Please, if somebody doesn’t help me I am going to die.” That’s what at least one witness heard, according to a statement she gave police. Dozens of her neighbors who had good reason to know full well that a crime was in progress chose not to get involved.

Even so, the stigma on Kew Gardens is the only thing worth reconsidering. The witnesses weren’t chronically hard-hearted New Yorkers who couldn’t bother with intervening while a neighbor was murdered. They were normal people hobbled by a mix of fear, self-interest and apathy. We all fail at times, and how bravely we behave varies from day to day, moment to moment.

Herein lies the value in recalling the murder of Kitty Genovese in all its disturbing, depressing reality: not to engage in pointless debates about how many witnesses, but to inspire us to fail less often.

Pelonero is author of “Kitty Genovese: A True Account of a Public Murder and its Private Consequences.”

Voir aussi:

Kitty, 40 Years Later
Jim Rasenberger
NYT
February 8, 2004

KEW Gardens does not look much like the setting of an urban horror story. Nestled along the tracks of the Long Island Rail Road, 16 minutes by train from Pennsylvania Station, the Queens neighborhood is quiet and well kept, its streets shaded by tall oaks and bordered by handsome red-brick and wood-frame houses. At first glance, the surroundings appear as remote from big-city clamor as a far-flung Westchester suburb.

Forty years ago, on March 13, 1964, the picturesque tranquillity of Kew Gardens was shattered by the murder of 28-year-old Catherine Genovese, known as Kitty. The murder was grisly, but it wasn’t the particulars of the killing that became the focus of the case. It was the response of her neighbors. As Ms. Genovese screamed —  »Please help me! Please help me! » — 38 witnesses did nothing to intervene, according to reports; nobody even bothered to call the police. One witness later explained himself with a phrase that has passed into infamy:  »I didn’t want to get involved. »

Seldom has a crime in New York City galvanized public outrage so intensely. Newspapers spread the story across the nation and as far away as Istanbul and Moscow. Clergymen and politicians decried the events, while psychologists scrambled to comprehend them.

At a time when the world seemed to be unraveling — Kennedy had been assassinated four months earlier, Harlem was on the verge of race riots, crime rates were suddenly taking off — the case quickly expanded into an all-consuming metaphor for the ills of contemporary urban life. A psychiatrist speculated that television had rendered the witnesses inactive by making them almost delusional. Other observers cited a general moral collapse of modern society.

 »When you have this general sense that things are going wrong, you look for events that are going to confirm that, » said Neal Gabler, author of  »Life: The Movie: How Entertainment Conquered Reality. »  »A society in which people are indifferent to one another; a society in which no one cares; a society in which we are all atomized. Here you had a story that confirmed all of those anxieties and fears. »

But for all that has been said and written about Ms. Genovese’s murder, important questions persist. Some Kew Gardens residents maintain, even now, that there were fewer than 38 witnesses and that many of them could not have seen much of the killing — in other words, that there was less cold-heartedness in Kew Gardens than has been commonly portrayed. Psychologists continue to grapple with the social implications of the neighbors’ response. And then there is the woman who occupies the tragic center of this landmark case: some of the details of Ms. Genovese’s life have tended to get lost beneath the appalling circumstances of her death.

A Peaceful Life

Kitty Genovese, the petite eldest child of an Italian-American family, grew up in Park Slope, Brooklyn. When her family moved to New Canaan, Conn., she stayed in the city and, in the spring of 1963, settled in Kew Gardens. With a roommate, Mary Ann Zielonko, she took an apartment in a two-story Tudor-style building on Austin Street, near the village, as residents referred to the central cluster of shops. Across the street rose one of the few high-rises in the neighborhood, an elegant 10-story apartment house called the Mowbray.

Tony Corrado, an 84-year-old upholsterer who has owned a small shop on Austin Street since the 1950’s, recalls the day a cheerful Ms. Genovese moved in. She knocked on his door and asked him to give her help carrying a sofa up the stairs.  »That was my introduction to Kitty, » Mr. Corrado said.  »I remember saying, boy, gonna be a lot of wild parties up there. I thought they were airline stewardesses, which we had a lot coming in. »

In fact, Ms. Genovese worked as manager at a tavern in Hollis, Queens, called Ev’s 11th Hour, and she and Ms. Zielonko lived a quiet, peaceful life over Mr. Corrado’s shop. Crime rates were still low in the spring of 1963, and many residents slept with their doors unlocked. A cat burglar had recently made the rounds, and occasionally a loud drunk stumbled out of the Old Bailey bar, but these were minor disturbances.  »I used to say, gee, nothing ever happens in Kew Gardens, » Mr. Corrado recalled.  »And all of a sudden, this nightmare. »

The nightmare struck a year after Ms. Genovese moved in. Shortly after 3 a.m. on that night in March, she was driving home from Ev’s 11th Hour. As she stopped her Fiat at a red light, she caught the eye of Winston Moseley, a business machine operator from Ozone Park. He had been cruising the streets in his white Corvair, searching for a woman to mutilate.

Mr. Moseley tailed Ms. Genovese to Kew Gardens, to the paved lot of the railroad station. When she got out of her car, he followed on foot. Ms. Genovese began to run up Austin Street, but he quickly caught up and stabbed her in the back. As she screamed, he stabbed her again, then twice more. A window opened in the Mowbray and a man’s voice called out:  »Leave that girl alone! »

Mr. Moseley later told the police he was not that concerned about the voice —  »I had a feeling this man would close his window and go back to sleep, » he said — but he ran off upon hearing it. He moved his car to a more discreet location, changed his hat, then returned. He found Ms. Genovese collapsed in a foyer in the back of her building and finished what he’d begun on Austin Street, stabbing and slashing her repeatedly, then leaving her to die.

The Community as Villain

Kitty Genovese’s murder did not initially attract much attention from the press — The New York Times gave it four paragraphs — but 10 days later, A.M. Rosenthal, then metropolitan editor of The Times, happened to meet Police Commissioner Michael J. Murphy for lunch. Mr. Moseley had just been arrested and had confessed to the murders of both Ms. Genovese and another young woman. When the subject turned to Mr. Moseley’s double confession, Mr. Murphy, who is dead, mentioned the 38 witnesses.  »Brother, » he said,  »that Queens story is one for the books. »

As Mr. Rosenthal later recounted in his own book about the Genovese case,  »Thirty-Eight Witnesses, » he knew he’d just been handed a startling scoop, and he assigned it to a reporter, Martin Gansberg, that afternoon. A few days later, Mr. Gansberg, who died in 1995, filed his story, and it soon appeared on the front page.

 »For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens, » the article began.  »Twice the sound of their voices and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out and stabbed her again. »

Beginning with its plain but indelible first sentence, the article suggested that 38 eyewitnesses had seen all, or at least a substantial part, of the killing; that they had  »watched » it for half an hour, almost as if gaping at a performance. The Times was first to describe this horrifying spectacle, but it would soon have plenty of company. Writing in Life magazine, Loudon Wainwright put it like this:  »For the most part, the witnesses, crouching in darkened windows like watchers of a Late Show, looked on until the play had passed from their view. »

A pall fell over Kew Gardens in the months after the murder.  »People had an impression of Kew Gardens that was unbelievable, » said Charles Skoller, a Queens assistant district attorney at the time who would help prosecute the killer at his insanity trial.  »The entire community was villainous. »

Slowly, though, life returned to its tranquil ways in Kew Gardens. Slowly, the residents began to shake off their stigma. And slowly, some of them began to insist that the portrayal of their neighborhood had been unfair, based on exaggerated accounts by police and journalists. As Mr. Corrado said,  »Kew Gardens got a bad rap. »

In the years since Ms. Genovese’s death, this charge has been repeated a handful of times in newspaper articles, including a Daily News column by John Melia in 1984 and, more briefly, a 1995 account in The Times. No one, though, has ever undertaken the task of defending Kew Gardens as assiduously as Joseph De May Jr.

A More Complex View

It was never the intention of Mr. De May, a 54-year-old maritime lawyer, to spend hundreds of hours analyzing a decades-old murder. Indeed, he had little interest in the subject of Kitty Genovese’s death until two years ago. That is when he decided, as a hobby, to create a nostalgic Web site devoted to Kew Gardens, where he’d lived for almost 30 years. If he was going to delve into his neighborhood’s past, he reasoned, he’d certainly have to consider its most notorious episode.

In the end, Mr. De May’s conclusion about the murder is that, while the behavior of the witnesses was hardly beyond reproach, the common conception of exactly what occurred that night is not in fact what occurred. What did occur, he argues, is far more complex and far less damning to the residents of Kew Gardens.

 »Yeah, there was a murder, » Mr. De May said.  »Yeah, people heard something. You can question how a few people behaved. But this wasn’t 38 people watching a woman be slaughtered for 35 minutes and saying, ‘Oh, I don’t want to be involved. »’

Mr. De May began his research with the seminal Times article of March 27, 1964.  »I remember reading through it, then putting it down and thinking, ‘Well, this doesn’t hang together at all, »’ he said.  »And then I read it again carefully. I knew the area. I knew the crime scene because I go by there every day. »

Mr. De May soon found himself poring through legal documents related to the case, scouring books and articles, and interviewing neighbors. At one point, he even ran the route of Ms. Genovese’s flight up Austin Street, timing it with a watch. He became convinced that his first impression was correct.  »Here’s something that everyone thinks happened, » he said,  »that isn’t so. »

His argument, made in full at oldkewgardens.com, boils down to two claims: that the great majority of the 38 so-called witnesses did not see any part of the actual killing; and that what most of them did see, or hear, was fleeting and vague.

To begin, he points out that there were two attacks on Kitty Genovese, not three, as The Times initially indicated. The newspaper later acknowledged the discrepancy — it was caused by confused police accounts — but three is still given as the number of attacks, recently in  »The Tipping Point » by Malcolm Gladwell and  »New York: An Illustrated History » by Ric Burns and James Sanders. Since the extra attack was supposed to have occurred in full view of surrounding windows, it added to an impression of callous disregard by neighbors.

Of the two attacks that did occur, the first was on Austin Street, across from the Mowbray. Contrary to what some accounts imply, Mr. De May, citing courtroom testimony, contends that this first attack must have lasted only minutes before Mr. Moseley jogged off to his car. By the time most witnesses heard the screams and made it to their windows, Mr. De May argues, they saw just a young woman walking or stumbling alone down Austin Street toward the side of her building, then vanishing around the corner.

Every bit as significant as the brevity of the first attack, Mr. De May believes, was the location of the second, more sustained attack. This occurred in a narrow foyer at the back of Ms. Genovese’s building, indoors and facing away from the Mowbray toward the railroad tracks. This is where Kitty had gone to seek safety, and where Mr. Moseley discovered her. Only one witness, a man who lived at the top of the stairs, could have seen what occurred in that foyer, Mr. De May said.

Charles Skoller, the former assistant district attorney, supports part of Mr. De May’s conclusion.  »I don’t think 38 people witnessed it, » said Mr. Skoller, now retired.  »I don’t know where that came from, the 38. I didn’t count 38. We only found half a dozen that saw what was going on, that we could use. »

But Mr. Skoller is far less willing than Mr. De May to forgive the neighbors. Even if not all saw the crime, Mr. Skoller is convinced they heard it.  »I believe that many people heard the screams, » he said.  »It could have been more than 38. And anyone that heard the screams had to know there was a vicious crime taking place. There’s no doubt in my mind about that. »

Many witnesses claimed they thought it was a lovers’ quarrel or a drunken argument spilling out of the Old Bailey. Mr. De May points out that a good number of the witnesses were elderly, and nearly all awoke from deep slumbers, their brains befogged, their windows shut to the cold. Furthermore, he raises the possibility that several witnesses did call the police after the first attack, but that their calls were ignored and never recorded.

A.M. Rosenthal, who went on to become executive editor of The Times, stands by the article he assigned to Mr. Gansberg 40 years ago, right down to the word  »watched » in its opening sentence. This questioning of details, he said, is to be expected.

 »In a story that gets a lot of attention, there’s always somebody who’s saying, ‘Well, that’s not really what it’s supposed to be, »’ said Mr. Rosenthal, who is retired from The Times and now writes a column for The Daily News. There may have been minor inaccuracies, he allows, but none that alter the story’s essential meaning.  »There may have been 38, there may have been 39, » he said,  »but the whole picture, as I saw it, was very affecting. »

Theory, Guilt and Loss

Nowhere was the case more affecting than among America’s psychologists.  »It was monumental, » said Harold Takooshian, a professor of urban psychology at Fordham University. Before the murder, he added,  »nobody really had any idea why people did not help, and conversely why people did help. The psychologists were really stunned by their lack of information on this. »

The first major studies prompted by the murder, conducted in the 1960’s by the psychologists Bibb Latane and John Darley, arrived at a counterintuitive conclusion: the greater the number of bystanders who view an emergency, the smaller the chance that any will intervene. People tend to feel a  »diffusion of responsibility » in groups, the two concluded. Kitty Genovese would have been better off, in other words, had one witness seen or heard her attack, rather than the reputed 38.

In the years since these experiments, the study of human altruism has developed into a whole new branch of psychology, now known as prosocial behavior.  »That area did not exist before, » Professor Takooshian said. And, still, Ms. Genovese’s death continues to haunt the field. On March 9, Professor Takooshian will host a symposium at Fordham to revisit many of the conundrums posed by that night 40 years ago.

It is psychology that probably offers the best explanation of the issues the case raised. A raft of behavioral studies performed over the last 40 years suggests that Ms. Genovese’s neighbors reacted as they reportedly did not because they were apathetic or cold-hearted, but because they were confused, uncertain and afraid.  »Where others might have seen them as villains, » Professor Takooshian said,  »psychologists see these people as normal. »

Normal or not, many of the 38 were consumed by guilt after the crime. Others simply got fed up with the negative attention, and many of them moved away from Kew Gardens.  »It was just too much for them, I guess, » said Mr. Corrado, sitting in his shop, looking out over the spot where Ms. Genovese was first attacked.

Ms. Genovese’s death hit hardest, of course, among those who loved her. This includes Mary Ann Zielonko, the young woman who moved with her to Kew Gardens — and who had the grim task of identifying her remains. One of the many little-known facts about Ms. Genovese was her close relationship with Ms. Zielonko, an omission that perhaps was understandable in 1964.  »She was actually my partner, » said Ms. Zielonko, who now lives in Vermont.  »We were lovers together. Everybody tried to hush that up. »

Ms. Zielonko still becomes emotional remembering the horror of Ms. Genovese’s death, but brightens as she recalls what she cherished.  »It sounds trite, » she said,  »but it was her smile. She had a great smile. »

William Genovese, one of Kitty’s four younger siblings, offers other memories of his sister. He remembers how she would sweep into New Canaan to visit the family in her Nash Rambler, or later in her red Fiat, fresh from the city and bubbling with new ambitions and ideas. He remembers how the two of them would stay up late into the night talking about subjects as esoteric as solipsism and Einstein’s theory of relativity.  »She and I had a special affinity, » Mr. Genovese said.

Two years after his sister’s murder, Mr. Genovese volunteered for the Marines, a decision he attributes to his disgust with public apathy.  »I became obsessed with saving people, » he said.  »When I got to Vietnam, I would have flashbacks of my sister all the time. I’d find myself in situations where I’d think, ‘This is a test.’ That’s the way I viewed it. »

Photos: Kitty Genovese, a young bar manager who lived in Kew Gardens, Queens, was attacked late one night in March 1964 as she returned from work. After the killer, Winston Moseley, stabbed her, she fled down a path, above center. But he found her in a foyer and finished the job. (Photos by Genovese, illustration by The New York Times; Moseley, United Press International; building, Joyce Dopkeen/The New York Times)(pg. 1); Ms. Genovese died in a foyer of her apartment house, second door from the corner.; The behavior of the witnesses was the focus of the Genovese case. The Mowbray, an elegant apartment house, sits across the street from where the first attack occurred. (Photo by Edward Hausner/The New York Times, 1965); (Photo by Joyce Dopkeen/The New York Times)(pg. 9)

Jim Rasenberger’s book,  »High Steel: The Daring Men Who Built the World’s Greatest Skyline, » will be published in April by HarperCollins.

Voir également:

Thirty-Eight Who Saw Murder Didn’t Call the Police
Martin Gansberg
New York Times
March 27, 1964

For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens.

Twice their chatter and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out, and stabbed her again. Not one person telephoned the police during the assault; one witness called after the woman was dead.

That was two weeks ago today.

Still shocked is Assistant Chief Inspector Frederick M. Lussen, in charge of the borough’s detectives and a veteran of 25 years of homicide investigations. He can give a matter-of-fact recitation on many murders. But the Kew Gardens slaying baffles him–not because it is a murder, but because the « good people » failed to call the police.

« As we have reconstructed the crime, » he said, « the assailant had three chances to kill this woman during a 35-minute period. He returned twice to complete the job. If we had been called when he first attacked, the woman might not be dead now. »

This is what the police say happened at 3:20 A.M. in the staid, middle-class, tree-lined Austin Street area:

Twenty-eight-year-old Catherine Genovese, who was called Kitty by almost everyone in the neighborhood, was returning home from her job as manager of a bar in Hollis. She parked her red Fiat in a lot adjacent to the Kew Gardens Long Island Railroad Station, facing Mowbray Place. Like many residents of the neighborhood, she had parked there day after day  since her arrival from Connecticut a year ago, although the railroad frowns on the practice.

She turned off the lights of her car, locked the door, and started to walk the 100 feet to the entrance of her apartment  at 82-70 Austin Street, which is in a Tudor building, with  stores in the first floor and apartments on the second.

The entrance to the apartment is in the rear of the building  because the front is rented to retail stores. At night the quiet
neigborhood is shrouded in the slumbering darkness that  marks most residential areas.

Miss Genovese noticed a man at the far end of the lot, near a  seven-story apartment house at 82-40 Austin Street. She  halted. Then, nervously, she headed up Austin Street toward  Lefferts Boulevard, where there is a call box to the 102nd Police Precinct in nearby Richmond Hill.

She got as far as a street light in front of a bookstore before the man grabbed her. She screamed. Lights went on in the 10-story apartment house at 82-67 Austin Street, which faces the bookstore. Windows slid open and voices punctuated the early-morning stillness.

Miss Genovese screamed: « Oh, my God, he stabbed me! Please help me! Please help me! »

From one of the upper windows in the apartment house, a man called down: « Let that girl alone! »

The assailant looked up at him, shrugged, and walked down Austin Street toward a white sedan parked a short distance
away. Miss Genovese struggled to her feet.

Lights went out. The killer returned to Miss Genovese, now trying to make her way around the side of the building by the
parking lot to get to her apartment. The assailant stabbed her again.

« I’m dying! » she shrieked. « I’m dying! »

Windows were opened again, and lights went on in many apartments. The assailant got into his car and drove away. Miss Genovese staggered to her feet. A city bus, 0-10, the Lefferts Boulevard line to Kennedy International Airport, passed. It was 3:35 A.M.

The assailant returned. By then, Miss Genovese had crawled to the back of the building, where the freshly painted brown
doors to the apartment house held out hope for safety. The killer tried the first door; she wasn’t there. At the second door, 82-62 Austin Street, he saw her slumped on the floor at  the foot of the stairs. He stabbed her a third time–fatally.

It was 3:50 by the time the police received their first call, from a man who was a neighbor of Miss Genovese. In two minutes they were at the scene. The neighbor, a 70-year-old woman, and another woman were the only persons on the street. Nobody else came forward.

The man explained that he had called the police after much deliberation. He had phoned a friend in Nassau County for  advice and then he had crossed the roof of the building to the  apartment of the elderly woman to get her to make the call.

« I didn’t want to get involved, » he sheepishly told police.

Six days later, the police arrested Winston Moseley, a 29-year-old business machine operator, and charged him with homicide. Moseley had no previous record. He is married, has two children and owns a home at 133-19 Sutter Avenue, South Ozone Park, Queens. On Wednesday, a court committed him to Kings County Hospital for psychiatric observation.

When questioned by the police, Moseley also said he had slain Mrs. Annie May Johnson, 24, of 146-12 133d Avenue, Jamaica, on Feb. 29 and Barbara Kralik, 15, of 174-17 140th Avenue, Springfield Gardens, last July. In  the Kralik case, the police are holding Alvin L. Mitchell, who is said to have confessed to that slaying.

The police stressed how simple it would have been to have gotten in touch with them. « A phone call, » said one  of the detectives, « would have done it. » The police may  be reached by dialing « 0 » for operator or SPring 7-3100.

Today witnesses  from the   neighborhood, which is  made up of one-family  homes in the $35,000 to $60,000  range with the exception of the two  apartment houses near  the railroad  station, find it difficult to explain why  they didn’t call the police.

A housewife, knowingly if quite casually, said, « We thought it was a lovers’ quarrel. » A husband and wife both said, « Frankly, we were afraid. » They seemed aware of the fact that events might have been different. A distraught woman, wiping her hands in her apron, said, « I didn’t want my husband to get involved. »

One couple, now willing to talk about that night, said they heard the first screams. The husband looked thoughtfully at the bookstore where the killer first grabbed Miss Genovese.

« We went to the window to see what was happening, » he  said, « but the light from our bedroom made it difficult to see the street. » The wife, still apprehensive, added: « I put out the light and we were able to see better. »

Asked why they hadn’t called the police, she shrugged and replied: « I don’t know. »

A man peeked out from a slight opening in the doorway to his  apartment and rattled off an  account of the killer’s second attack. Why hadn’t he called the police at the time? « I was tired, » he said without emotion. « I went back to bed. »

It was 4:25 A.M. when the ambulance arrived to take the  body of Miss Genovese. It drove off. « Then, » a solemn police detective said, « the people came out. »

The above reported events are true and took place on March 14, 1964.

The brutal murder of Kitty Genovese and the disturbing lack of action by her neighbors became emblematic in what many perceived as an evolving culture of violence and apathy in the United States. In fact, social scientists still debate the causes of what is now known as « the Genovese Syndrome. »

Voir encore:

http://archives.lesoir.be/non-intervention-un-phenomene-de-groupe-bien-connu-pays_t-19930827-Z0756G.html

Non-intervention: un phénomène de groupe bien connu
Pays-Bas: noyade classée «sans suite»
Mark Deppennningen
Le Soir
27 août 1993

La noyade d’une jeune Marocaine de 9 ans, samedi, devant 200 personnes apathiques massées sur la berge d’un lac proche de Rotterdam (nos éditions d’hier) continue à susciter une vive émotion aux Pays-Bas, même si le parquet de Rotterdam, après avoir annoncé son intention de poursuivre les témoins passifs de la noyade, a finalement dû se résoudre à classer l’affaire «sans suite».

Les chances d’identifier des suspects sont extrêmement minces, a déclaré un porte-parole du parquet. Ces témoins, qui n’avaient pas répondu aux appels au secours lancés par une amie de la victime et n’avaient pas jugé utile, par la suite, de prêter main-forte aux pompiers, étaient susceptibles d’être poursuivis pour non-assistance à personne en danger de mort. Certains «spectateurs» s’étaient en outre livrés, durant la noyade, à des réflexions déplacées sur les immigrés clandestins et avaient tenus des propos racistes «indignes d’être répétés», selon la police.

L’apathie d’une foule face à une situation de danger a souvent été l’objet d’études psycho-sociales. Les premières études, explique le professeur de psychologie sociale Jacques Leyens (UCL), ont été menées aux États-Unis après qu’un meurtre, précédé de violences durant une demi-heure, a été commis sur une serveuse de bar. La scène s’était déroulée devant 28 témoins, massés à la fenêtre de leurs appartements. Aucun n’était intervenu ni n’avait prévenu la police. Selon le professeur Leyens, le fait pour un individu d’être confronté à une situation d’urgence alors qu’il se trouve dans une foule diminue la perception de l’urgence à intervenir. On assiste, dit-il, à un phénomène de dilution de la responsabilité. Les gens se regardent mutuellement, croyant que l’autre va intervenir. Des expériences ont ainsi été tentées, principalement aux États-Unis. Elles ont permis de constater que le même individu confronté à une situation d’urgence réagissait «normalement» lorsqu’il était seul et faisait preuve de retard à la réaction dès lors qu’il était en groupe. Par contre, ajoute le professeur Leyens, si le groupe est constitué de personnes qui se connaissent bien, les réactions des individus qui le composent sont promptes.

Selon notre interlocuteur, ce n’est pas la perception individuelle du danger que courrait éventuellement le sauveteur (se faire tuer, se noyer soi-même…) qui motiverait l’apathie des membres d’un groupe, mais bien la situation de groupe dans laquelle ils se trouvent au moment où l’événement dont ils sont les témoins se produit.

http://www.francesoir.fr/actualite/societe/etats-unis-indignation-apres-viol-collectif-d-une-adolescente-15-ans-44752.html

Etats-Unis – Indignation après le viol collectif d’une adolescente de 15 ans
Sylvain Chazot
France Soir
1/11/09

La Californie s’interroge après le viol, la semaine dernière, d’une adolescente de 15 ans sous l’œil de plusieurs témoins. Ces derniers pourraient ne pas être poursuivis par la justice.

L’affaire fait grand bruit aux Etats-Unis. Les journalistes américains s’interrogent pendant que CNN multiplie les débats entre experts. La cause de ce déchaînement médiatique ? Le viol, la semaine dernière d’une adolescente de 15 ans, dans la ville prolétaire de Richmond, en Californie. La jeune fille aurait été violée pendant deux heures et demi par plusieurs individus dans l’enceinte même de l’école Richmond High où était organisée une soirée pour les étudiants. Selon la police, dix personnes au moins auraient participé au viol de manière active.

Dimanche, six individus avaient déjà été arrêtés. L’un d’eux pourrait être relâché, faute de preuve. La plupart des garçons incriminés sont mineurs, âgés entre 15 et 19 ans. Seul l’un d’entre eux a 21 ans. Pourtant, si les charges sont retenues contre eux, ils devraient être poursuivis comme des adultes, eut égard de la gravité du crime.
Ce fait divers sordide fait d’autant plus polémique que plusieurs dizaines d’individus auraient assisté au viol sans pour autant intervenir. Certains d’entre eux auraient pris des photos avec leur téléphone portable pendant que d’autres riaient, selon la police. Aucun n’a appelé à l’aide.
Indignation collective

Tout le débat est là : en Californie, la non-assistance à personne en danger n’est pas un délit. Depuis 1999 et l’adoption du Sherrice Iverson Child Victim Protection Act, seuls les témoins de violences portées envers un enfant ont obligation d’en faire part aux autorités. La loi concerne les enfants âgés de 14 ans ou moins et ne s’applique donc pas au viol collectif de Richmond High, la jeune fille attaquée étant âgée de 15 ans. Autrement dit, les témoins du viol ne sauraient être attaqués.

Depuis plusieurs jours, les témoignages se succèdent dans les médias. On s’indigne. Comment des témoins passif d’un viol ne pourrait-ils pas être inquiétés ? Dans l’école concernée, les élèves tentent d’expliquer ce comportement lâche, rapporte le Los Angeles Times. Certains y voient la peur de représailles. Pour d’autres, les témoins ont pu penser que la fille était consentante ou qu’il s’agissait d’une sorte « d’initiation ». Restent une envie populaire, relayée par les télés et journaux américains : l’extension du Sherrice Iverson Child Victim Protection Act à toutes les personnes, et non plus seulement aux enfants.

Samedi, les parents de la jeune fille ont appelé au calme. Par la voix de leur pasteur, ils ont souhaité que l’on ne « réponde à cet événement tragique en faisant la promotion de la haine ou en causant plus de violence. (…) Si vous devez exprimer votre outrage, enterrez votre haine sous des actions positives ». De son côté, l’adolescente est sortie de l’hôpital après quatre jours de soins.

http://www.unpeudedroit.fr/droit-penal/edito-agression-sexuelle-dans-le-metro-lillois-retour-sur-les-consequences-penales-dune-indifference-generalisee/

Agression sexuelle dans le métro lillois : retour sur les conséquences pénales d’une indifférence généralisée
Sophie Corioland
Un peu de droit

Billet d’humeur – Agression sexuelle dans le métro lillois : retour sur les conséquences pénales d’une indifférence généralisée2…

30 minutes ! Il lui faudra 30 interminables minutes pour  parvenir à trouver une personne prête à l’aider… 30 minutes pendant lesquelles elle devra se débattre, seule, pour se défaire de son agresseur, manifestement alcoolisé, dans une rame du métro. Elle appellera au secours en vain, parviendra à s’enfuir, tentera d’arrêter plusieurs voitures avant qu’enfin un automobiliste ne s’arrête. C’est vrai, la scène n’est malheureusement pas exceptionnelle sauf que cette fois-ci, elle se déroule sous les yeux de personnes qui n’ont pas voulu voir, qui n’ont pas bougé, qui ont laissé faire dans une indifférence totale…

Ces quelques lignes pourraient faire penser à l’introduction d’un roman policier ou au scénario d’une énième série policière dont nos chaines de télé nous abreuvent … sauf que cette fois, il n’est pas question de fiction. Les faits sont bien réels. Ils se sont produits mardi soir, vers 22h30, dans une rame du métro de Lille. La victime, une jeune trentenaire qui rentrait tranquillement chez elle. L’agresseur, un jeune homme de 19 ans, ivre, qui aborde la jeune femme « pour la draguer » aurait-il dit, avant de l’agresser sexuellement3. Les indifférents, les passagers de la rame du métro, plusieurs semble-t-il, selon les caméras de vidéosurveillance.
L’infraction de non-assistance à personne en danger

Alors forcément, il y a matière à la réflexion … D’autant plus, d’ailleurs, qu’il est utile de rappeler que cette « politique de l’autruche », trouve une traduction dans notre Code pénal : la non assistance à personne en danger. La non-assistance à personne en danger est prévue par l’article 223-6 du Code pénal. Selon ce texte, « quiconque pouvait empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne, s’abstient volontairement de le faire est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende. Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit pas son action personnelle, soit en provoquant un secours ». Or, en l’occurrence si les faits sont confirmés, le comportement des témoins de l’agression semble bien entrer dans les prévisions de cette incrimination et plus précisément dans celles de l’alinéa 2. Tentons de décortiquer les éléments constitutifs de cette non assistance, au regard des éléments factuels dont nous disposons, afin de voir si l’incrimination peut être envisagée4.
L’élément matériel

Au niveau de l’élément matériel, le texte suppose deux choses : une personne est en péril d’une part, et d’autre part, une autre personne ne lui porte aucune assistance alors qu’elle pouvait le faire soit en agissant directement, soit en appelant les secours.

Concernant la première composante matérielle, dans l’affaire évoquée, la victime était manifestement en danger puisqu’elle était en train de subir une agression de nature sexuelle par des attouchements répétés. Traditionnellement, la jurisprudence enseigne que peu importe la nature du péril, celui-ci pouvant résulter d’un évènement quelconque (Cass. crim., 31 mai 1949, JCP 49, II, 4945, note Magnol ; Rev sc. crim. 1949, p. 746 et s., note Hugueney. On notera d’ailleurs que dans des affaires aux faits approchants, les juges ont déjà retenu la situation de « péril ». Il en fut ainsi dans une affaire d’attentat à la pudeur (CA Bourges, 21 juin 1990 : Dr. pén. 1991, comm. 135) ou encore dans une affaire de viol (Cass. crim., 8 oct. 1997 : Bull. crim. 1997, n° 329 ; Rev. sc. crim. 1998, p. 320, obs. Y. Mayaud). A cette exigence d’existence d’un péril, la jurisprudence a ajouté une autre condition, non prévue par le texte, l’imminence du péril. Sans le caractère immédiat du péril, l’infraction de non assistance en danger n’est pas retenue (par ex. : Cass. crim., 11 avril 1964, Bull. crim. n° 113). Or, là encore la condition parait remplie. L’agression était en cours.

Deuxième composante de l’élément matériel, l’omission de porter secours. Cette omission suppose une abstention, c’est-à-dire un comportement négatif : s’abstenir de faire quelque chose que la loi nous oblige à faire. En l’occurrence, il s’agit plus précisément de l’obligation de porter assistance à une personne soit par une intervention personnelle, soit en appelant les secours, voire les deux. Les juges considèrent en effet que bien que l’intervention personnelle doive être d’abord privilégiée, la nature et les circonstances de la situation peuvent imposer le recours à un tiers, voire le cumul des deux modes d’assistance ( par ex : Cass. crim., 26 juillet 1954, Bull. crim. n° 276). Pour autant, il n’est pas question de jouer les « héros », tout est question de cas par cas. Ainsi, le fait d’avoir simplement cherché de l’aide ne suffira pas forcément s’il est établi que l’intervention personnelle était possible sans risque (Trib. corr. Aix en Provence, 27 mars 1947, D. 1947, p. 304). En outre, si obligation d’assistance il y a, celle-ci ne joue que si l’assistance est possible sans risque pour soi ou pour les tiers. Enfin, il ne s’agit nullement de ce que l’on pourrait appeler une obligation de résultat. Autrement dit, peu importe que l’assistance ait été efficace ou non (V. par ex, Cass. crim., 23 mars 1953, bull. crim. n° 104 : dans cette décision, la Cour de cassation retient que celui qui s’est abstenu en raison de la gravité des blessures de la victime de porter secours, ne peut ensuite invoquer l’inefficacité de son intervention éventuelle pour justifier son comportement et contester les poursuites).

Si l’on confronte ses exigences aux faits dont nous disposons, il y a tout lieu de penser qu’une intervention était possible : soit par plusieurs témoins, soit au moins en appelant les autorités compétentes.

L’élément moral

Au niveau de l’élément moral, le délit est intentionnel. Cela veut dire qu’il faut démontrer que l’omission de porter secours a été commise volontairement. Le raisonnement doit se faire en deux temps. Il faut d’abord prouver que la personne avait conscience du péril auquel était exposée la victime (par ex : Cass. crim., 17 févr. 1972 : Bull. crim. 1972, n° 68), faute de quoi, le délit ne saurait être retenu. Dans un second temps, il faut prouver qu’en dépit de cette connaissance, la personne n’est pas intervenue volontairement. Le plus souvent, les juges déduisent l’intention des circonstances factuelles et du comportement de l’intéressé (par ex. : Cass. crim., 23 mars 1953, JCP 53, II, 7598).

Là encore, on peut supposer que les témoins de l’agression ne pouvaient pas ignorer la situation de péril dans laquelle se trouvait la victime, cette dernière appelant au secours. Reste à savoir si les juges considéreront que leur comportement traduit leur intention de ne pas intervenir …

Pour conclure, je me permettrai simplement de reprendre les propos du Procureur de la République du tribunal correctionnel de Lille lors de ses réquisitions : « en tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là l’effroi aujourd’hui… »5. Car effectivement, c’est certainement le qualificatif approprié pour cette indifférence généralisée : effrayante…

La Chine, ta moralité fout le camp !
Laurent Devaux
Le Quotidien du peuple en ligne
08.09.2011

La Chine, ta moralité fout le camp… ce titre un peu provocateur, qui paraphrase une phrase célèbre attribuée à Mme du Barry, favorite du Roi Louis XV, à la vue de son café qui débordait, va peut-être faire bondir plus d’un lecteur. Quoique, à la réflexion…

Mais alors pourquoi me permets-je d’être aussi virulent, me direz-vous ? Tout simplement après ce que j’ai vu et entendu récemment au sujet d’un jeune homme, qui a porté assistance à une personne âgée qui avait chuté, et qui s’est vu traîner en justice par sa prétendue victime, qui l’a accusé de l’avoir fait chuter lui-même… hallucinant, vous exclamerez-vous, et vous aurez bien raison. Si l’on se retrouve en justice pour avoir tendu une main secourable, où va t-on ? Si l’affaire en était restée là, et ce serait déjà beaucoup, on n’en aurait peut-être plus parlé. Mais que croyez-vous qu’il arrivât ? Le jeune homme a été condamné à prendre en charge les soins de la vieille dame indigne, par un juge visiblement mal inspiré, dont le verdict a reçu une volée de bois vert de la part des internautes chinois. Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’affaire Peng Yu.

Si cette affaire était restée unique, elle serait demeurée comme une curiosité des annales judiciaires et on n’en aurait bientôt plus parlé après quelques semaines, quelques mois tout au plus. Sauf que… sauf qu’il s’avère que ce genre d’affaires s’est multiplié depuis, et que comme nous sommes à une époque de l’information, où beaucoup d’informations circulent, et plus encore si elles sont insolites ou sensationnelles, le pays tout entier l’a su. Ce qui fait que désormais, nombreux sont ceux qui hésitent à porter secours à quelqu’un en difficulté, bien que leur nature humaine, leur coeur, les porteraient naturellement à tendre la main sans réfléchir aux conséquences. Résultat pervers, un vieil homme est mort il y a quelques jours dans une rue de Wuhan après avoir fait une chute, sans que personne ne lui porte secours avant l’arrivée d’une ambulance. La première réflexion que tout un chacun se fait à l’évocation d’une telle tragédie, c’est de se dire que le comportement des passants a été lâche et sans coeur, et que nous, nous ne serions certainement pas restés de glace. Lui eût-on tendu la main que ce malheureux serait peut-être encore en vie aujourd’hui, et bien évidemment on ne peut que regretter un immobilisme qui a conduit à une tragédie. Les enfants de la victime s’en sont plaints devant les caméras de télévision, et on ne peut que les comprendre. Et de fait ce genre de situation est sans doute, heureusement, très rare. Mais il faut aussi, à la réflexion, essayer de comprendre les témoins de la scène. Sachant les nombreux cas récents de victimes ingrates accusant leur sauveur, qui pouvait dire si ce vieil homme, ou sa famille, n’auraient pas fait de même ?

Et c’est là que nous touchons une partie du problème, mais à mon avis elle n’est pas unique, il y a peut-être d’autres explications.

Certains journalistes et commentateurs ont abondamment commenté cette affaire, et ils en ont tiré la conclusion que d’une part, devant la légèreté manifeste avec laquelle le premier juge s’est prononcé, il serait peut-être bon que la Cour suprême se penche sur le cas et tranche d’une façon plus équitable, plus conforme à la justice. Et j’approuve tout à fait ces commentateurs et journalistes, car cette première décision a servi d’exemple, elle a fait jurisprudence, et ce n’est pas un bon exemple, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque depuis, plus d’une personne mal intentionnée, mais pas bête, a compris tout le parti que l’on pouvait en tirer et s’est engouffrée dans la brèche créée par ce juge qui a clairement fait preuve de légèreté et n’a pas mesuré les conséquences de sa décision.

Leur deuxième idée, et là encore je les approuve pleinement, est d’appeler à l’adoption d’un texte législatif qui d’un côté protège les bons samaritains et de l’autre punisse sévèrement ceux qui se seraient livrés à une fausse accusation. Car pour eux, ces personnes pour le moins indélicates se rendent coupables d’au moins deux fautes : d’une part ils encombrent les tribunaux, déjà suffisamment chargés par des affaires autrement sérieuses, et d’autre part, agissant ainsi ils se livrent à une véritable extorsion de fonds, dans laquelle les rôles deviennent inversés et où le bon samaritain devient un coupable. Le monde à l’envers. Une fois de plus ces journalistes et commentateurs ont tout à fait raison, mais quant à moi, je rajouterais une troisième faute, et pas des moindres : ces fausses victimes, par leur plainte injustifiée, se moquent de la justice. Donc de l’Etat. Et du peuple, au nom de qui la justice est rendue. Il est donc évident qu’une loi s’impose, mais comme cela ne se fera pas du jour au lendemain, on ne peut que souhaiter que la Cour Suprême, en attendant, donne instruction aux juridictions inférieures de se montrer particulièrement vigilantes et circonspectes dans l’hypothèse où elles auraient à juger ce genre d’affaires. Faute de quoi, les personnes qui n’osent plus intervenir face à un accident risquent d’être de plus nombreuses, et que les conséquences fatales que nous avons connues à Wuhan risquent de se multiplier.

A ce sujet, qu’il me soit permis de suggérer au législateur chinois de s’inspirer du droit français en la matière ; le Code pénal français vous rend en effet passible de sanctions si vous n’avez rien fait pour porter secours à une personne en danger, sauf à ce que vous soyez vous-même mis en danger de ce fait, mais si vous intervenez, votre responsabilité ne pourra être mise en cause. Plus simplement, la loi vous oblige à aider une personne en danger, si c’est sans risque pour vous ; si vous ne le faites pas, vous risquez d’être condamné, mais si vous le faites, rien ne pourra vous être reproché. Clair et net…

Je reviens maintenant sur le choix de mon titre : voir des personnes en difficulté secourues et se retourner contre leur sauveur, n’y a t-il pas là un vrai problème de moralité ? Plus encore, il s’avère même que certaines personnes n’avaient pour ainsi dire rien, quand elles n’ont pas elles-mêmes cherché volontairement un accrochage ou simulé, comme cette personne âgée qui, à côté de son tricycle renversé, a tenté d’accuser un chauffeur de bus innocent qui s’était porté à son secours à Rugao, dans le Jiangsu. Si je me faisais l’avocat du diable, je dirais qu’en l’état actuel de la législation chinoise, elle aurait eu tort de s’en priver ! Dame, c’était tout bénéfice pour elle… au pire, elle ne risquait rien, même en ayant accusé à tort et en s’étant moqué de la justice, et au mieux, elle y aurait gagné quelque argent. Il y a là de quoi inciter quelques personnes malhonnêtes à se livrer à des manoeuvres pour le moins douteuses, ne croyez-vous pas ? Le pire a été de voir en plus ces vieilles dames indignes se pavaner ensuite devant les caméras de télévision, versant des larmes de crocodile, toute honte bue. Proprement répugnant. Cependant, je crains que ces personnes malhonnêtes n’aient pas bien réfléchi aux conséquences de leur acte, et elles pourraient bien, un jour, en payer le prix. Car imaginez un peu… la prochaine fois qu’elles chuteront dans leur escalier ou la cour de leur résidence, il y a fort à parier que personne ne lèvera le petit doigt, et qu’à se moment là, elles s’en mordront les doigts. On serait tenté de dire « bien fait pour elles », mais ce serait par trop cruel, mais le pire est que leur acte indigne risque de porter préjudice à d’autres personnes vraiment en difficulté, et honnêtes, celles-là.

Je comprends maintenant mieux pourquoi, il y a quelque temps, alors que j’étais en voiture avec une amie chinoise et que je lui faisais remarquer qu’il y avait des personnes, d’un certain âge, attendant dangereusement au bord de la route, elle me répondit : « Méfie toi, ces gens-là cherchent volontairement un accrochage pour te soutirer de l’argent ». La secrétaire de mon ancienne patronne à l’université m’avait aussi fait la même remarque, me voyant circuler tous les jours en scooter. A l’époque, j’avais trouvé ces réflexions étonnantes et choquantes. Mais je mesure aujourd’hui combien elles étaient exactes, hélas. Et comme par un fait exprès –le hasard fait bien les choses, si je puis m’exprimer ainsi- ce matin, alors que je prenais mon bus pour le rendre au bureau, que vois-je ? En travers de la chaussée, un vélo renversé, et un homme faisant des gestes pour qu’on vienne à son secours. En d’autres temps, nul doute que les passants, le chauffeur de bus, ou moi-même, serions intervenus. Mais ce matin, personne n’a bougé, et le chauffeur de bus a soigneusement contourné cet « obstacle », qui, soit dit en passant, m’a paru fort agité et bien portant pour quelqu’un qui aurait fait une chute… de là à penser que cet individu simulait et jouait la fausse victime pour en chercher une vraie sous la forme d’un bon samaritain, il n’y avait qu’un pas.

Moralité douteuse donc… mais qu’arrive t-il donc à la Chine, pourtant pétrie depuis les temps les plus anciens de règles de respect et d’honnêté ? Sans doute faut-il y voir là un reflet de notre époque, où l’argent est le sésame suprême, sans lequel on n’est rien. Une Chine, où malgré les efforts incessants du Gouvernement, la corruption est trop présente. Et quand certains fonctionnaires donnent le mauvais exemple, comment s’étonner que leurs administrés fassent à leur tour preuve d’un comportement douteux ? Une Chine où les disparités de revenus, là aussi malgré les efforts du Gouvernement, sont de plus en plus criantes. Et quand il en est ainsi, comment s’étonner que des personnes moins favorisées, ne souhaitant pas se livrer au vol, pour lequel elles seraient punies, recourent à cet artifice tout aussi malhonnête, mais non sanctionné, pour soutirer quelqu’argent ? Le problème me parait donc plus large que l’adoption d’une simple loi, et symptomatique des problèmes que connaît la Chine aujourd’hui. Pour autant, cela ne rend aucunement excusable ces façons détestables et répugnantes d’agir de ces gens indignes se retournant contre leur sauveur.

Fait notable, il s’avère aussi que la plupart de ces « victimes » sont des personnes d’un certain âge, suffisamment respectable pour sans doute avoir reçu un fonds d’éducation confucéenne et vu il y a soixante ans les soldats de l’Armée Populaire de Libération libérer la Chine de la tyrannie du Guomindang, soldats qui étonnèrent alors le monde et suscitèrent son admiration par leur probité, leur honnêteté, leur discipline, et leur rigueur. « Ne prendre au peuple ni une aiguille, ni un fil », disait-on alors. Ces temps semblent désormais bien loin… Chine, où est passée ta moralité ?

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

La petite Wang Yue écrasée par deux camionnettes est décédée

Wang Yue, la fillette de deux ans percutée par deux véhicules et ignorée par 18 passants, est décédée vendredi à l’hôpital, ont annoncé ses médecins.

Sa mort a provoqué une vague de chagrin dans tout le pays, l’incident ayant été suivi de près par les gens choqués par l’absence apparente de morale dans la société chinoise.

La petite Wang Yue est morte à 12h32 d’un infarctus cérébral à l’Hôpital général du commandement militaire de Guangzhou, dans la province du Guangdong (sud), selon les médecins.

Elle était dans un état critique depuis son hospitalisation vendredi dernier.

Le décès de la petite fille a été le sujet le plus évoqué de la journée sur le site de microblogging Weibo, attirant plus de 1,9 million de réactions en une heure. De nombreux microbloggueurs ont décrié l’apathie et la cruauté des chauffeurs et des passants qui ne lui sont pas venus en aide.

Le public a appris cette nouvelle le 13 octobre, grâce à une vidéo filmée par une caméra de surveillance et diffusée sur internet. La vidéo montre la fillette se faisant percutée par deux véhicules qui ont ensuite pris la fuite en la laissant en sang dans la rue étroite d’un marché de la ville de Foshan, dans le Guangdong.

La vidéo révèle également que 18 personnes sont passées à côté d’elle au cours des six minutes qui ont suivi, sans toutefois lui venir en aide. La 19e passante, une femme âgée qui ramassait des ordures, a traîné son corps hors du passage des véhicules et a crié à l’aide.

Un grand nombre d’internautes ont répondu à cette vidéo en critiquant les chauffeurs et les passants, appelant à davantage de bons Samaritains et s’engageant à porter assistance aux personnes dans le besoin.

Beaucoup de gens ont envoyé des dons pour payer les soins de la fillette. Selon les informations locales, son père avait reçu jeudi 270 100 yuans (42 468 dollars). Certains donneurs sont des petits élèves de jardins d’enfants, et d’autres sont des ressortissants chinois en Australie et en Thaïlande.

Cet incident a fait réfléchir de nombreuses personnes, qui se demandent si le développement économique rapide de la Chine a eu un effet sur l’éthique et la morale du public.

Wang Yang, gouverneur de la province du Guangdong, a indiqué lors d’une réunion provinciale de haut niveau que la tragédie devait servir de sonnette d’alarme pour toute la société et que de tels incidents ne devaient plus être tolérés.

« Nous devons regarder notre laideur intérieure avec honnêteté et faire l’examen douloureux de notre conscience », a-t-il rappelé.

Source: xinhua

Comment le bon Samaritain a occis Aristote
Olivier Klein
Nous et les autres
10 février 2012

Parmi les expériences de psychologie sociale, celle qui est rapportée par John Darley et Daniel Batson dans un article intitulé « De Jerusalem à Jericho » (1973) est sans doute une des plus stimulantes. Tout d’abord, par son inspiration: la parabole du bon Samaritain provenant de l’évangile de Luc:

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant : « Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. » Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? » Il dit : « Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. » Et Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même ».

Darley et Batson cherchent à reproduire cette situation expérimentalement et, là est le second intérêt de leur étude, en utilisant comme sujets 47 séminaristes, à savoir des individus qui devraient avoir souscrit aux valeurs et aux idéaux évangéliques à tel point qu’ils en aient faire leur vocation. Si quelqu’un est susceptible d’aider un homme en détresse, ce devrait précisément être eux.

Ces étudiants en théologie pensent participer à une étude sur le sentiment religieux. Après une présentation rapide du questionnaire, on leur dit qu’ils vont devoir écouter un court texte et seront ensuite invités à s’exprimer sur celui-ci. Le contenu du texte est manipulé: soit il s’agit d’un texte très général sur la vocation des prêtres, soit il s’agit de la parabole du bon samaritain telle que reproduite précédemment.

Suite à l’écoute de ce texte, on leur signale qu’ils  doivent se rendre dans un autre bâtiment. Toutefois, on manipule le temps dont ils disposent: soit ils peuvent prendre tout leur temps, soit ils doivent y aller rapidement, soit très rapidement. Le sujet s’éclipse. Alors qu’il se trouve sur l’allée qui sépare les deux bâtiments, voici le spectacle qui l’attend (je ne résiste pas au plaisir de reprendre le texte de l’article – on le croirait extrait d’un roman policier!):

« La victime (en fait un complice de l’expérimentateur) était assise, pliée en deux à travers  le passage de la porte, la tête baissée, les yeux fermés, immobiles. Alors que le sujet passait, la victime toussait à deux reprises, gardant la tête baissée. Si le sujet s’arrêtait et demandait si quelque chose n’allait pas, ou offrait de l’aide, la victime, étonnée, et presque groggy, disait: « Oh, merci [toussotement]…Non, ça va. [Pause] J’ai ces problèmes respiratoires [toussotement]…Le docteur m’a administré ces pilules et je n’en n’ai prise qu’une…Si je m’asseyais et me rereposais juste pour quelques minutes, tout irait bien…Merci pour votre aide [sourire] » (p. 104)

Une fois le sujet passé, la victime évaluait son comportement selon son degré d’aide de 0 à 4:

0 = n’a même pas remarqué que la victime était peut-être en détresse
1 = A perçu que la victime était peut-être en détresse mais n’a pas offert de l’aider.
2 = Ne s’est pas arrêté mais a aidé indirectement (par exemple en prévenant un assistant).
3 = S’est arrêté et a demandé si la victime avait besoin d’aide?
4 = Après s’être arrêtée, a insisté pour emmener la victime à l’intérieur et l’a ensuite aidée.
5 = Après s’être arrêté, refuse de quitter la victime et/ou insiste pour l’emmener en dehors du contexte de l’expérience (infirmerie, caféraria…).

On examine ensuite comment les deux variables (la lecture de la parabole et le degré de pression temporelle) influencent le comportement d’aide des séminaristes. En toute logique, la lecture de la parabole devrait favoriser le comportement d’aide et le degré d’empressement ne devrait guère interférer avec la vertu (ou la foi) de nos sujets. Or, que se passe-t-il?

Comment on le voit ci-dessus, les séminaristes sont plus susceptibles de venir en aide lorsqu’ils sont peu pressés que lorsqu’ils sont fort pressés. En fait, dans ce dernier cas, ils aperçoivent à peine que la victime a peut-être besoin d’aide. La vertu est donc fortement limitée par le chronomètre.

Par ailleurs, on constate que la lecture de la parabole a relativement peu d’effet: c’est uniquement lorsqu’ils sont peu pressés qu’elle les rend plus altruiste mais cet effet n’est pas statistiquement significatif (on ne peut pas exclure qu’il soit dû au hasard avec suffisamment de certitude).

Darley et Batson ont également mesuré différents indices de « religiosité » évaluant l’intensité de la foi des sujets et également leur vision de la religion (comme une quête, comme un moyen comme une fin en soi, etc.). Ces variables ne prédisent en rien l’aide à la victime. Comme si le fait d’aider son prochain n’avait moins de rapport avec les convictions religieuses qu’avec la vitesse d’une trotteuse…

Ces résultats suggèrent que la différence entre ceux qui aident et ceux qui n’aident pas dépend bien plus de facteurs situationnels que de leur personnalité (leur « vertu », leur « foi », etc.). A son tour, voici une expérience qui raconte une histoire, une parabole, comme la « légende » biblique. Mais c’est cette fois une parabole quelque peu désenchantée, dont on peut même être tenté de faire une lecture anticléricale (et ce serait une grosse erreur car il y a fort à parier que les « apôtres » de la générosité laïque tomberaient dans le même piège).

Et comme les paraboles, elle fait l’objet d’exégèses. Nous devons l’une des plus récentes à Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale qui a récemment publié un passionnant volume intitulé L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale (Grasset). Pour Ogier, cette expérience, comme d’autres études classiques en psychologie, permet d’alimenter (sinon de trancher) certaines controverses dans son domaine d’étude et en particulier la validité d’une « éthique des vertus » chère à Aristote:

« Dans ses versions les plus récentes, l’éthique des vertus repose sur l’idée qu’il existe des ‘personnalités’ tellement vertueuses qu’elles pourraient nous servir d’exemples moraux.
Pour savoir ce qu’il faut faire, il suffirait de se demander qu’aurait fait X ou Y (plutôt que Socrate ou Ghandi qu’un serial killer!).
Mais les théories psychologiques dites ‘situationnistes’ affirment que l’idée d’une ‘personnalité vertueuse’ n’a pas de signification très claire.
Ces façons de définir les gens par leur ‘personnalité » proviendrait d’une tendance plutôt irrationnelle à les juger de façon globale.
En réalité, il n’y aurait ni unité ni continuité empirique significative dans les attitudes et les conduites des gens » (p. 221)

Ogien passe en revue les arguments empiriques à l’appui de cette vision des choses. Il le met en balance avec l’existence de « Justes » qui, en dépit d’une situation qui aurait dû les conduire à se comporter comme des agents du mal, se sont rebellés et ont aidé (par exemple) des Juifs pendant l’occupation allemande. Si on souscrit à une explication situationniste pour ceux qui nuisent à autrui, il faut également en trouver une pour les autres (comme les séminaristes de l’étude précitée). Et Ogier montre qu’en fait, on peut y parvenir en soulignant que

1- Les Justes ont généralement été confrontés à un facteur situationnel puissant: une demande explicite d’aide de la part des victimes.
2 – Leur aide aide ne reflète généralement pas l’expression pleine, immédiate, et entière d’une vertu débordante. Au contraire, ils ont généralement aidé petit à petit: en rendant d’abord des services mineurs dénués de risques pour progressivement se montrer de plus en plus généreux et se dévouer totalement aux victimes. Ceci plaide à nouveau pour une explication situationnelle. Ce type d’aide fait un remarquable écho à l’escalade des sujets de l’expérience de Stanley Milgram qui délivrent des chocs de plus en plus puissants à la victime. Ces sujets n’envisageraient jamais de délivrer des chocs aussi puissants s’ils n’en n’avaient pas délivré de moins puissants préalablement. Comme si 15 volts de plus, ça ne faisait guère de différence…et par la règle des « petits pas », on arrive ainsi à l’extrémité du mal.

Voici donc comment Ogien utilise ce type de résultats pour remettre Aristote à sa place (et Jésus par la même occasion). En  attendant la prochaine exégèse de l’expérience du bon Samaritain…

La morale du croissant
Robert Maggiori
Libération
15 septembre 2011

CRITIQUE
Le bien et le mal à travers les casse-tête du philosophe Ruwen Ogien

Peu importe que ce soient des croissants ou des pains au chocolat. L’important, c’est l’arôme, l’effluve odorant qui, vers 10-11 heures, émane de la boulangerie, se répand dans la rue, les trottoirs, affole les narines et fait glouglouter le ventre. Que quelqu’un s’installe à proximité, pour quémander une cigarette, mendier quelques euros ou simplement demander un renseignement, et un autre dans un endroit anodin ou peu amène, pour faire la même chose. Une équipe de psychologues a fait l’expérience pour tester objectivement, avec force statistiques, les «comportements d’aide» : la «bonne humeur» liée à la perception de la suave odeur de pain ou de viennoiseries accroît sensiblement la gentillesse et la générosité des passants ! Voilà expliqué le titre du livre de Ruwen Ogien : l’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, qui paraît aujourd’hui chez Grasset. Qu’on se rassure (ou s’inquiète) cependant : de croissants, il n’est question que dans une seule page – quand de la bonté, ou de la méchanceté, du bien et du mal, bref de morale, il est question dans les 325 autres.

«Ne pas mentir».

Vous êtes impatient d’hériter de votre oncle. Premier cas : vous allez chez lui, et vous le trouvez gisant dans la baignoire, victime d’un infarctus. Le Samu pourrait encore le sauver. Vous ne l’appelez pas. Deuxième cas : vous attendez que votre oncle traverse la rue, et vous l’écrasez avec votre voiture. Une petite enquête d’opinion montrerait sûrement que les gens (et le droit pénal aussi bien) sont plus indulgents pour celui qui laisse mourir que pour celui qui tue. Qu’il y ait ou non équivalence (l’exemple eût pu être celui du médecin qui fait une piqûre mortelle à son patient en fin de vie ou qui n’intervient pas et laisse venir l’issue mortelle) suscite néanmoins bien des débats parmi les philosophes. C’est qu’on ne voit pas les choses de la même manière, selon qu’on adopte telle ou telle conception de la morale. Si on suit, même sans le savoir, le «conséquentialisme» (dont l’option la plus connue est l’utilitarisme), c’est-à-dire si on pense que ce qui compte moralement n’est pas tant de respecter en aveugle des règles ou des contraintes («Ne pas mentir», «Ne pas traiter une personne humaine comme un simple moyen», etc.) que de faire en sorte qu’«il y ait au total le plus de bien ou le moins de mal possible dans l’univers», on ne verra pas de différence morale profonde entre tuer et laisser mourir : le résultat est le même.

Si l’on est «arétiste», c’est-à-dire ami de l’«éthique des vertus» façon Aristote, et si on estime que la morale ne concerne pas seulement le rapport aux autres mais aussi le souci de soi, la perfection personnelle, le fait de vouloir être quelqu’un de bien, probe, courageux, généreux, etc., alors on établira une différence capitale – mais qui apparaît plus psychologique que morale – entre l’horrible individu qui tue de ses mains et celui qui, «sans être particulièrement répugnant», laisse mourir quelqu’un «par calcul ou négligence». Si l’on est «déontologiste», si l’on tient, en disciple de Kant, à l’impératif catégorique du «tu dois» (ou ne dois pas), et si l’on retient qu’il existe «des contraintes absolues sur nos actions», on pointera une différence au niveau des intentions.

Il est vrai que l’intention est un marqueur moral : si un gradé oblige des pauvres militaires à faire des centaines de pompes dans la cour de la caserne, l’ordre qu’il donne ne pourra être évalué moralement que si on connaît ses intentions, soit humilier les militaires, pour son plaisir sadique, soit les préparer à une épreuve physique difficile, pour leur bien ou bénéfice. Mais dans le cas du neveu avide ? On voit bien que s’il laisse mourir ou tue, son intention est la même : se débarrasser de son oncle pour avoir l’héritage. De plus, quand on parle d’intention, on n’envisage souvent que le point de vue de l’acteur, et non de la victime. Pour un patient incurable qui veut continuer à vivre, «peu importe que les médecins interviennent pour le faire mourir ou qu’ils le laissent mourir en mettant fin aux soins qui le maintiennent en vie» : lui «ne veut ni l’un ni l’autre», et juge les actes aussi mauvais. Pour un patient incurable, qui ne veut plus vivre, peu importe que les médecins le piquent ou laissent la maladie faire son œuvre : «il veut l’un et l’autre», et, juge les actes aussi bons. Où est la différence morale ?

L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine traite d’une vingtaine de problèmes, dilemmes, paradoxes et «casse-tête moraux», relevant d’une éthique «expérimentale». Ruwen Ogien les expose dans le style de la philosophie analytique anglo-saxonne, avec cette façon claire et légère, parfois ironique, de poser les hypothèses, de les démontrer une à une, de comparer la valeur des conclusions, de toujours tenir compte du point de vue contraire à celui qu’on défend. Mais qu’on ne songe pas à un ouvrage purement théorique, froid et abscons. Il est composé, répétons-le, d’études de cas, ou plutôt d’«expériences de pensée» ou de «petites fictions» inventées spécialement «pour susciter la perplexité» et peut-être mettre à l’épreuve, sinon obliger à réviser les «avis» que chacun a spontanément sur elles.

Ces «petites fictions» tournent en effet autour de thèmes auxquels personne ne peut se dire totalement indifférent : sexualité, euthanasie, avortement, assistance à personne en danger, entraide, transplantation d’organes, «clonage reproductif humain», suicide, «amélioration génétique des capacités physiques et mentales humaines», traitement des animaux, excision, blasphème, inceste… Et elles donnent tellement à réfléchir qu’on se prend à rêver qu’elles puissent être méditées par tous ceux et celles qui interviennent sur ces sujets dans l’espace public (hommes politiques, intellectuels médiatiques, journalistes…) et qui n’avancent souvent que des opinions bien légères, partisanes, dictées par des raisons tactiques ou idéologiques. Que des exemplaires gratuits de l’Influence des croissants chauds soient placés à l’entrée de l’Assemblée et du Sénat ! Il n’est cependant pas sûr que les opinion makers emboîtent le pas de Ruwen Ogien, homme réservé, timide, prompt à se mettre au dernier rang plutôt qu’en avant, mais dont le propos est au contraire provocant, plein d’audace, radical, d’un «libéralisme» (ou d’une libéralité) extrême.

Né à Hofgeismar (Allemagne), venu très tôt en France, Ruwen Ogien, directeur de recherche au CNRS, commence ses études universitaires à Tel-Aviv. C’est là qu’il découvre la philosophie analytique, lit John Rawls, et s’approche des positions, par exemple, de Thomas Nagel ou Charles Larmore. Après une année à Cambridge (1984-1985), il revient à Paris, à la Sorbonne. C’est sous la direction de Jacques Bouveresse qu’il fait sa thèse de doctorat, publiée sous le titre la Faiblesse de la volonté (PUF, 1993).

Hygiène.

Si ses premières recherches d’anthropologie sociale ont porté sur l’immigration et la pauvreté, il s’est peu à peu orienté, travaillant sur les émotions, la haine, la honte, le sexe, la pornographie, la bioéthique (proche, sur ce point, de John Harris) ou l’argent, vers ce qu’il nomme une «éthique minimale», minibombe placée sous le moralisme, le paternalisme et toutes les formes de prohibitionnisme, laquelle se caractérise par une sorte de neutralité à l’égard des diverses conceptions du Bien, et pose que nos croyances morales n’ont pas besoin de se fonder «sur un principe unique et incontestable (Dieu, la Nature, le Plaisir, les Sentiments, la Raison, ou quoi que ce soit d’autre du même genre)».

Un tel minimalisme fait en fin de compte tenir toute la morale dans deux petits (mais essentiels) impératifs, «rien de plus» : accorder la même valeur à la voix de chacun, et «ne pas nuire aux autres». Ce qui implique qu’il n’y a pas de devoirs envers soi-même, et qu’on peut mener la vie qu’on veut du moment qu’on ne porte pas tort à autrui : «Les torts qu’on se cause à soi-même, qu’on cause aux choses abstraites ou à des adultes consentants n’ont pas d’importance morale.» Il n’est certes pas simple de s’en tenir à cette éthique minimale. N’ayant aucun devoir envers moi-même, je peux évidemment me laisser aller, ne plus prendre soin de mon hygiène ou de ma santé, me laisser détruire par de néfastes addictions, céder à toutes les indignités – mais est-il certain que, me comportant ainsi, je ne nuise pas à autrui, je ne fasse pas du tort à ceux qui m’estiment ou m’aiment, et qui se sentent tristes, humiliés, blessés de me voir me dégrader de la sorte ? Ruwen Ogien, sans la mettre en jeu expressément, montre cependant, en exploitant les «petites fictions» infernales de l’Influence des croissants chauds, non seulement qu’elle est praticable mais apte à protéger des grands discours moralisateurs qui, comme disait Pascal, «se moquent de la morale».

«Est-il permis de tuer une personne pour prélever ses organes et sauver ainsi la vie de cinq autres personnes en attente de greffe ?»«Est-il permis [ce cas, et toutes ses variantes, a provoqué un véritable hourvari sur Internet, au point de créer une sorte de «tramwaylogie» !] de détourner un tramway qui risque de tuer cinq personnes vers une voie d’évitement où une seule sera écrasée ?» Est-il juste, quand quatre personnes et un chien sont sur un canot qui coulerait s’il n’était délesté, de jeter le chien à la mer ? La réponse changerait-elle si les quatre hommes étaient des nazis en fuite, coupables des crimes les plus atroces, et le chien un chien de sauvetage qui a permis à des dizaines de personnes de sauver leur vie après un tremblement de terre ? Pourquoi ? «Est-il immoral de nettoyer les toilettes avec le drapeau national ?»«L’inceste peut-il être pratiqué en toute innocence ?» Posée à «des échantillons de populations différentes par la « culture », l’origine sociale, l’âge, le sexe, la religion, etc.», cette dernière question suscite des réponses très majoritairement négatives. La fiction présentée par Ogien – Julie et son frère Mark décident de faire l’amour, elle prend déjà la pilule, lui met un préservatif, ils gardent leur union d’un soir secrète et, depuis, se sentent plus proches et bien dans leur peau – exclut certains arguments : leur enfant serait handicapé, la relation pourrait laisser un traumatisme psychologique, ou offenser la société. A quels arguments rationnels doit-on alors faire appel pour justifier la réprobation spontanée ? Le rejet de l’inceste est-il universel ? Non, «de nombreuses sociétés le tolèrent ou le recommandent (à des degrés de proximité familiale divers)». La réaction intuitive de blâme est-elle innée ? Non, les sociétés ont institué la prohibition de l’inceste pour élargir le cercle des échanges… Doit-on se contenter de «Je sais que c’est mal, mais je ne peux pas dire pourquoi» ?

Blasphème.

En réalité, la question est cachée par une autre, plus ample, qui, outre l’inceste volontaire ou d’autres relations entre adultes consentants, concernerait les actions dirigées vers soi-même (y compris le mal qu’on tient à se faire et les bizarreries qu’on veut faire subir à son corps) ou les atteintes aux «entités abstraites» (blasphème contre les dieux ou les ancêtres) : à savoir les «crimes moraux sans victimes» et les «fautes morales sans victimes». En vertu de quoi un comportement est-il jugé immoral s’il «ne cause aucun tort concret à personne» ? Est-on «permissif» si on limite «le domaine du jugement moral légitime aux fautes avec victime» et «moralisateur» si on «étend ce domaine à certaines fautes sans victime» ? On laisse deviner la position d’Ogien. Mais il est clair qu’aux yeux du «permissif» ni les relations sexuelles de tout genre entre adultes consentants, ni le blasphème, ni la consommation de nourriture impure, ni la profanation de sépultures, ni les façons «scandaleuses» de s’habiller ou de (mal)traiter son corps en le perçant, en le tatouant, en le «vendant en pièces détachées», voire en le mutilant volontairement, n’ont à être jugées «immorales» : elles peuvent être simplement contraires à des règles religieuses (variables selon les sociétés et ne touchant pas ceux qui n’ont pas de religion) ou des règles sociales (variables selon les sociétés et les époques).

On l’a dit : l’éthique expérimentale d’Ogien veut susciter la «perplexité», la critique de nos intuitions morales spontanées, la mise en cause de «politiques» qui, au nom du moralisme, et en faisant appel à des notions qui semblent intouchables, telle la «dignité humaine», freinent et rognent la liberté des personnes. Reste à savoir si une «morale minimale», appelant uniquement à «ne pas nuire à autrui», comme le voulait déjà John Stuart Mill, suffit à faire vivre une société. Les hommes, écrit Ruwen Ogien, sont «non seulement plus moraux qu’on a tendance à le dire, mais beaucoup trop moraux, c’est-à-dire beaucoup trop enclins à juger les autres, à faire la police morale, à fouiner dans la vie des gens, et à se prendre pour des saints».

Ruwen Ogien L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine Grasset, 326 pp., 18,50 €.

Voir enfin:

« L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale », de Ruwen Ogien : loufoque éthique
Roger-Pol Droit
Le Monde des livres
15.09.2011

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

L’INFLUENCE DE L’ODEUR DES CROISSANTS CHAUDS SUR LA BONTÉ HUMAINE ET AUTRES QUESTIONS DE PHILOSOPHIE MORALE EXPÉRIMENTALE de Ruwen Ogien. Grasset, 326 p., 18, 50 €.

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