Fêtes: Noël ou le sacrifice subverti (From children-devouring Saturn to child-caring Santa)

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Suffer the little children
Little match girl
Scrooges_third_visitor
Cosette
Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.  Jésus (Luc 18:16)
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Mathieu 25 : 40)
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
On voyait les esclaves remplacer leurs maîtres et ces derniers servir leurs valets (…), les orgies les plus folles, les extrémités les plus coupables étaient le lot de la fête (…) ; à une certaine époque, on se mit également à élire des rois de la fête, parmi les esclaves : pendant une journée, ils étaient traités quasi comme des dieux… avant d’être immolés le lendemain. James George Frazer
Le Père Noël a été sacrifié en holocauste. A la vérité le mensonge ne peut réveiller le sentiment religieux chez l’enfant et n’est en aucune façon une méthode d’éducation. Cathédrale de Dijon (communique de presse aux journaux, le 24 décembre 1951)
Comme ces rites qu’on avait cru noyés dans l’oubli et qui finissent par refaire surface, on pourrait dire que le temps de Noël, après des siècles d’endoctrinement chrétien, vit aujourd’hui le retour des saturnales. André Burguière
Grâce à l’autodafé de Dijon, voici donc le héros reconstitué avec tous ses caractères, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétexte de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité. (…)La croyance où nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l’au-delà apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, à les offrir à l’au-delà sous prétexte de les donner aux enfants […] Les cadeaux de Noël restent un sacrifice véritable à la douceur de vivre, laquelle consiste d’abord à ne pas mourir. (…) Les cadeaux seraient donc une prière adressée aux petits enfants – incarnation traditionnelle des morts, pour qu’ils consentent, en croyant au Père Noël, « à nous aider à croire en la vie ». Claude Lévi-Strauss
En un siècle et demi, l’enfant, à Noel, a donc quitté la rue pour la chaleur du foyer. Celui qui chantait des Carols sous les fenêtres illuminées des maisons bourgeoises a effectué un double passage : de l’espace public à l’espace domestique, de la communaute villageoise à la famille. De créancier de l’adulte, il est devenu récipiendaire d’un dû sans condition. Cependant, ce passage de la vieille année à la nouvelle a conservé sa symbolique profonde, celle d’un danger qui menace l’enfant et, avec lui, menace notre avenir. Mais la conjuration s’exerce de nos jours à travers une dépense somptuaire, un véritable sacrifice familial. Martyne Perrot

Quelqu’un devrait avertir M. Ahmadinejad et ses coreligionaires capteurs d’héritage: Jésus n’a jamais été ni musulman ni « palestinien« !

Ni non plus la simple résurgence d’on ne sait quelle figure rituelle archaïque à laquelle voudraient le réduire nos étrangement aveugles ethnologues et historiens…

Qui n’ont pas de mots assez durs ou ironiques pour dénoncer la violence ou l’endoctrinement chrétiens et de mots assez doux pour vanter la « joyeuse vitalité » des rituels archaïques, voire appeler de leur vœux le « retour des saturnales ».

Ainsi, ce fameux article de notre désormais centenaire et père-fondateur du multiculturalisme lui-même Claude Lévi-Strauss (« Le Père Noël supplicié », Les Temps Modernes, mars 1952), qui s’était fait un plaisir de moquer l’autodafé, par des responsables catholiques, de l’effigie d’un Père Noël sur le parvis de la cathédrale de Dijon l’année précédente.

Ou sa reprise, une quarantaine d’années plus tard, par l’historien André Burguière, raillant lui aussi la prétendue bévue desdites autorités religieuses, qui consistait selon lui à attribuer à une « déviation récente de la célébration religieuse », « un cycle de pratiques festives et un terreau de croyances beaucoup plus anciens que le christianisme, sur lesquels l’Eglise a greffé sa propre dévotion ».

Certes, y étaient bien dénoncés, en plein Plan Marshall, à la fois une résurgence païenne (« contre le mensonge et la fabulation trompeuse du Père Noël » et… son éviction du petit Jésus dans les écoles!) et une corruption commerciale d’une fête religieuse par un allié et un sauveur devenu encombrant dans une France se relevant péniblement de longues années de guerre.

Mais ce que ne semblent pas apercevoir nos fins lettrés, avec leur manie à tout réduire à des stratégies de substitution ou à de simples rites de passage ou d’initiation (ou, pour les psychanalystes, au pur symbole et aux relations familiales), c’est la formidable supériorité et l’extraordinaire travail de sape du judéo-chrétien sur tout ce qu’il touche.

C’est cette longue et irrépressible évolution du Saturne dévoreur d’enfants au père Noël gâteur d’enfants.

C’est ce formidable renversement des valeurs, ce jusque là inédit souci des victimes et des plus faibles, qui avec bien sûr toutes ses dérives rend justice aux martyrs et, privant progressivement les Saint Nicolas de leurs inquiétants doubles (Pierre le Noir ou Père Fouettard), obligent à reconnaître l’humanité des plus pauvres et des enfants, jusque là réduits à d’incessantes « tournées de quête ».

C’est enfin cette longue subversion, via la dénonciation du rituel sacrificiel des saturnales romaines (avec leurs deux faces et parties caractéristiquement opposées mais complémentaires: préparation du tout est permis carnavalesque suivie de la conclusion proprement sacrificielle de la fête des calendes de janvier où le roi des fous était finalement immolé), du système de victime émissaire par la révélation judéo-chrétienne …

Joyeux Noël à tous!

« Quand tu descendras du ciel »
Le retour du père Noël
Pourquoi le 25 décembre? De quand date la bûche, le sapin et le traîneau? Que cachent les cadeaux? Repères de Noël
André Burguière
Le Nouvel Observateur
05 Décembre 1996

En 1951, les autorités religieuses, inquiètes de la popularité commerciale du père Noël, lançaient une grande campagne contre cette revanche des marchands du Temple sur le petit Jésus. Le 24 décembre, le père Noël fut brûlé sur le parvis de la cathédrale de Dijon devant un public de bambins médusés. «Le père Noël a été sacrifié en holocauste (!) devant 250 enfants du patronage représentant tous les foyers chrétiens de la paroisse», proclamaient sans le moindre humour les organisateurs de la sinistre cérémonie (1). Le lendemain, le père Noël convoqué par la municipalité, ressuscitait à 18 heures, place de l’Hôtel-de-Ville, pour distribuer bonbons et joujoux aux enfants sages, comme les autres années.

Contrairement à ce que semblait croire l’Eglise, la cascade de cadeaux, de bombances et de boniments pour enfants qui fait de la dernière semaine de décembre un temps de liesse n’est pas une déviation récente de la célébration religieuse. Elle se rattache à un cycle de pratiques festives et à un terreau de croyances beaucoup plus anciens que le christianisme, sur lesquels l’Eglise a greffé sa propre dévotion.

Comme les deux évangélistes qui évoquent la naissance du Christ, saint Matthieu et saint Luc, ne donnent aucune indication calendaire, l’Eglise avait l’embarras du choix. En Orient, dès le milieu du IIIe siècle, la célébration de l’Epiphanie, début janvier, prend le relais d’une fête païenne de la Lumière. Au milieu du IVe siècle, le pontife romain, obéissant aux suggestions de Constantin, premier empereur chrétien, choisit le 25 décembre pour célébrer la naissance du Sauveur.

Une date hautement stratégique qui permettait une triple récupération: depuis l’empereur Aurélien, on y fêtait le «soleil invaincu», version solaire du culte impérial. De leur côté les fidèles du culte de Mithra, une religion initiatique et rédemptrice concurrente directe du christianisme, y commémoraient la naissance de leur dieu. Enfin l’approche du solstice d’hiver voyait revenir l’une des fêtes les plus anciennes et les plus populaires de la religion romaine, les saturnales, avec leurs cortèges fleuris et carnavalesques, leurs orgies nocturnes et leurs distributions de cadeaux.

Comme ces rites qu’on avait cru noyés dans l’oubli et qui finissent par refaire surface, on pourrait dire que le temps de Noël, après des siècles d’endoctrinement chrétien, vit aujourd’hui le retour des saturnales. Nos pratiques festives n’ont pas d’âge. Le tout récent y côtoie l’ancestral et nous ne cessons, pour renouveler nos gestes, de recycler le même arsenal de représentations symboliques. La bûche de Noël n’est devenue l’incontournable pâtisserie de réveillon que depuis la dernière guerre. Ce n’est pourtant que la conversion en beurre et en sucre d’une bûche d’arbre fruitier qu’on brûlait rituellement à Noël depuis le Moyen Age et qui devait se consumer toute la nuit pour porter bonheur. Le sapin de Noël d’origine nordique est entré en Allemagne avec les troupes suédoises pendant la guerre de Trente Ans. Au XIXe siècle, il débarque en Angleterre et s’introduit dans les bonnes familles françaises à la faveur des noces de la princesse de Mecklembourg avec le duc d’Orléans.

Quant aux sapins de Noël décorant nos places et nos avenues, des mauvaises langues en attribuent la mode au passage de l’occupant allemand pendant la dernière guerre. Mais ils semblent bien être arrivés un peu plus tard avec l’américanisation de la culture populaire, comme le père Noël. C’est un revenant, car il descendait déjà dans les cheminées parisiennes au début du XIXe siècle pour déposer ses cadeaux. Venu de l’est et surtout d’Allemagne où il avait repris le fond de commerce du bon vieux saint Nicolas, épuré par la réforme luthérienne, il avait su garder une place de choix dans le coeur des enfants, malgré les efforts de l’Eglise pour faire distribuer les cadeaux par le petit Jésus.

Des parents bien renseignés ayant révélé qu’il venait en traîneau du Groenland, le Danemark fut même obligé d’ouvrir un bureau de poste spécial pour gérer son abondant courrier. Malgré son succès, le père Noël n’a jamais pu totalement éliminer dans les campagnes françaises la concurrence d’autres passagers de l’air et de la nuit, pourvoyeurs de cadeaux tels le père Chalande, le père Janvier, la tante Arie, la Chauchevieille ou le Guillaneu, héritiers comme lui de croyances mythiques. Il répand la joie comme «l’abbé de liesse» ou «de Malgouverne» ou encore «l’évêque d’un jour» élu pour les saints Innocents, figures médiévales de la jeunesse folle.

La distribution des cadeaux, qui est le principal ressort de l’extraordinaire regain de la fête ancestrale au sein de notre société de consommation, renoue avec le geste social le plus ancien et le plus beau. Offrir un cadeau, dans la mesure où le don est le contraire de l’échange, c’est en réalité s’offrir soi-même, s’abandonner à l’autre. Mais c’est aussi une façon de réveiller les solidarités familiales ou amicales. Le cadeau est encore une offrande pour conjurer la mort.

Le solstice d’hiver clôt une longue période de remontée de la nuit et des morts dans laquelle les enfants, acteurs privilégiés des fêtes de fin d’année, jouent un rôle peut-être moins attendrissant que ce qu’en a retenu la sensibilité actuelle. Naguère, au lieu d’attendre que les cadeaux soient déposés dans leurs souliers, les enfants allaient quêter de maison en maison, comme ils le font encore aujourd’hui pour Halloween aux Etats-Unis. Ce qu’on leur donnait ne représentait pas un geste d’affection ou de récompense mais une transaction pour qu’ils s’abstiennent de porter malheur.

Classe d’âge encore en marge de la vie sociale, ils prenaient, par cet aimable chantage, la place des morts. Aujourd’hui, les morts n’ont plus rien à nous dire, ni les enfants à nous réclamer en leur nom. Mais il n’est pas impossible que subsiste, dans notre insistance à couvrir de présents, au moment où l’année agonise, ceux qui incarnent la relève, quelque chose comme l’acquittement d’un droit de vivre encore.

(1) L’épisode est relaté par Claude Lévi-Strauss dans un très beau texte, «le Père Noël supplicié», qui a beaucoup inspiré cet article.

Voir aussi:

Fêtes

D’où vient donc le Père Noël ?
Jean Morawski
L’Humanité
le 25 décembre 2002

Saint-Nicolas et Coca-Cola ont accouché du célèbre barbu.
Il est loin le temps où des prêtres dijonnais brûlaient l’effigie de ce  » païen  » en traîneau. Il fait désormais l’unanimité… et les bonnes affaires des marchands de jouets.

La saison est revenue où prolifèrent les pères Noël… Enfants, en vain nous guettions sa venue : il avait plus d’un tour dans sa hotte et attendait que le sommeil nous ait vaincus pour pénétrer dans les logis. Évidemment, la question des cadeaux angoissait : avions-nous vraiment été sages ? D’autres turlupinaient : avec son ventre rebondi, comment faisait-il pour se glisser par la cheminée ; et, ressortir, sa distribution terminée, sans dommage pour sa tenue, du fuligineux conduit, ou encore ne pas rôtir ses bottes dans les demeures où les bûches flambaient haut sur les chenets ?

Aujourd’hui, disions-nous, ils prolifèrent : au coin des rues, entre les rayons des magasins, aux tables de certains restaurants et jusque sur les quais du métro. En région parisienne, l’un des temples du commerce dont le nom, soit dit au passage, est beaucoup plus évocateur des verts bourgeons que des flocons, propose même, contre rétribution bien sûr, aux parents fortunés, de livrer directement chez eux les cadeaux joliment empaquetés : des pères Noël à domicile, en quelque sorte, personnalisés… Dans cette foule de pères Noël, certains, faméliques sous leurs longues robes rouges trop légères par les temps qui courent, si évidemment trop jeunes derrière leurs barbes trop manifestement de pur coton hydrophile, n’inspirent guère l’idée d’abondance et de prodigalité : pères Noël de crise, en somme…

Reste la grande question d’actualité s’il en est : d’où, diable, le Père Noël sort-il donc ? Et le mot Noël lui-même ? Là-dessus, force est de constater que nous ne restons pas sans réponses.

 » Minuit chrétiens « 

L’Église catholique en France, ouvrage édité, en 1995, par la Conférence des évêques de France, nous apprend que  » plus d’un milliard de chrétiens célèbrent la naissance du Christ le 25 décembre : environ 900 millions de catholiques, 400 millions de protestants, 180 millions d’orthodoxes (à l’exception des Églises de Jérusalem, de Russie, Géorgie et Serbie qui, adoptant le calendrier julien, fêtent Noël le 7 janvier) et 70 millions d’anglicans « . Le même document interroge :  » Pourquoi le 25 décembre ? « . Et propose cette réponse :  » Depuis le IVe siècle, Noël est célébré le 25 décembre ; la date était, à l’époque romaine, celle de la fête païenne du solstice d’hiver, appelée « naissance (en latin natale) du soleil » car celui-ci semble reprendre vie lorsque les jours s’allongent à nouveau ; à Rome, l’Église a adopté cette coutume populaire, d’origine orientale, qui venait de s’imposer dans le calendrier civil, en lui donnant un sens nouveau, celui du natale (origine du mot français « Noël »), de la naissance du Sauveur que la Bible désigne comme le « soleil de justice » et la « lumière du monde » que les ténèbres n’ont pu vaincre…  » L’un des ouvrages les plus récents publiés en langue française sur la question (1), offre le choix. Le mot  » Noël « , dit-il, viendrait de  » la contraction du latin pour novus solis (nouveau soleil) « , ou de cette autre  » contraction du latin  » pour sol invictus (soleil invaincu) ; ou encore de cette troisième  » contraction  » re-latine pour dies natalis, jour de la naissance : du Christ ou du soleil, comme on voudra. Un des premiers spécialistes en la matière, Arnold Van Gennep (2) suggère comme origine du mot une déformation d’un autre terme latin, novella, pour signifier la (bonne) nouvelle. On a même évoqué le  » gotique heul (vieux norrois hvel, anglo-saxon hweal), signifiant « roue » « . Par référence au cycle des saisons. De quoi y perdre son latin…

Quelques dates

Revenons à l’ouvrage d’Arnaud d’Apremont. Selon lui,  » la première mention véritable du 25 décembre comme date de naissance de Jésus se trouve dans le calendrier de Philocalus, apparemment publié à Rome, en 345 « . Il précise :  » En 354, le pape Liberius désigne officiellement la fête des « Brumalia » du solstice d’hiver comme celle de la naissance de son Christ.  » Ajoutant :  » En 440, l’Église déclara que la célébration de la naissance du Christ était définitivement fixée au 25 décembre ; cette année-là, le pape Sixte III célébra la première messe de minuit.  » Après quoi, en 525, l’empereur  » Dionysius le Petit décida arbitrairement et révolutionnairement que la naissance de Jésus serait l’an I des calendriers et fixa, tout aussi arbitrairement, à l’an 754 la fondation de Rome (…) ; finalement, au XIIe siècle, Noël est devenue la grande fête de tout l’Occident chrétien « . Arnaud d’Apremont souligne :  » Les chrétiens, incapables d’éradiquer une fête païenne majeure, préférèrent la récupérer pour leur compte, de même qu’ils transformèrent les anciens dieux en saints tout en leur conservant leurs pouvoirs et lieux de culte.  » Il note qu’avec la Réforme et  » son retour à l’orthodoxie biblique, (…) Noël allait se trouver en butte à de violentes attaques « .

Des saturnales aux fêtes des fous

Jusque-là, pas la moindre trace du Père Noël. Normal : nous verrons pourquoi. Le B.a.-ba du Père Noël rappelle que,  » pour exalter cette période charnière du solstice d’hiver, les Romains observaient une fête de préparation, les saturnales (…) et une fête de conclusion, les calendes de janvier  » : la première dédiée à Saturne,  » dieu des semailles, de l’agriculture et de l’âge d’or « , mais aussi  » vieillard dévoreur d’enfants  » (3) ; les secondes à la déesse Strenia, dont serait issu le mot  » étrennes « , et  » qui venait, elle, distribuer des présents « . Dans un texte célèbre, le Père Noël supplicié, sur lequel nous reviendrons, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss (3) fait observer que les saturnales  » étaient la fête des larvae, c’est-à-dire des morts par violence ou laissés sans sépultures « , et que,  » pendant la Noël, comme pendant les saturnales, la société fonctionne selon un double rythme de solidarité accrue et d’antagonisme exacerbé « . Selon l’historien anglais des religions James George Frazer (4), cité par Claude Lévi-Strauss et, après lui, par Arnaud d’Apremont, au cours des saturnales,  » on voyait les esclaves remplacer leurs maîtres et ces derniers servir leurs valets (…), les orgies les plus folles, les extrémités les plus coupables étaient le lot de la fête (…) ; à une certaine époque, on se mit également à élire des rois de la fête, parmi les esclaves : pendant une journée, ils étaient traités quasi comme des dieux… avant d’être immolés le lendemain « . Comme le personnage de carnaval. Au cours du Moyen ¶ge, aux saturnales succéderont les  » fêtes des fous « , pendant lesquelles était élu le pape (ou l’évêque) des fous, l’abbas stultorum ; plus spécifiquement appelé l’abbé de liesse dans le cas des évêques-enfants du jour des saints Innocents (28 décembre),  » élus « , selon Lévi-Strauss,  » sous l’invocation de saint Nicolas « . Arnaud d’Apremont rappelle, à ce propos, que, dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo fait de Quasimodo un roi des fous ; qu’à l’occasion de ces fêtes, l’élu pouvait se rendre à l’église et y donner  » libre cours aux pires outrances  » ; que des  » traces de cette fête  » se trouvent en  » de très nombreux lieux comme Beauvais, Autun, Vérone « .

Le retour des morts

L’ethnologue Claude Lévi-Strauss souligne, du reste, qu’au Moyen ¶ge,  » les enfants n’attendent pas dans une patiente expectative la descente de leurs jouets par la cheminée ; (…) déguisés et formés en bande que le vieux français nomme, pour cette raison, « guisarts », ils vont de maison en maison, chanter et présenter leurs voux, recevant en échange des fruits et des gâteaux ; fait significatif, ils invoquent la mort pour faire valoir leur créance « . Les quêtes d’enfants, dit-il,  » ne sont pas limitées à Noël ; elles se succèdent pendant toute la période critique de l’automne, où la nuit menace le jour comme les morts se font harceleurs des vivants ; elles commencent plusieurs semaines avant la Nativité, généralement trois, établissant donc la liaison avec les quêtes, également costumées de saint Nicolas qui ressuscita les enfants morts (5), et leur caractère est encore mieux marqué dans la quête initiale de la saison, celle de Hallow-Even, devenue veille de la Toussaint par décision ecclésiastique, où, aujourd’hui encore dans les pays anglo-saxons, les enfants costumés en fantômes et en squelettes persécutent les adultes à moins que ceux-ci ne rédiment leur repos au moyen de menus présents ; le progrès de l’automne, depuis son début jusqu’au solstice qui marque le sauvetage de la lumière et de la vie, s’accompagne donc, sur le plan rituel, d’une démarche dialectique dont les principales étapes sont : le retour des morts, leur conduite menaçante et persécutrice, l’établissement d’un modus vivendi avec les vivants fait d’un échange de services et de présents, enfin le triomphe de la vie quand, à la Noël, les morts quittent les vivants pour les laisser en paix jusqu’au prochain automne « . Il est, ajoute l’ethnologue,  » révélateur que les pays latins et catholiques, jusqu’au siècle dernier, aient mis l’accent sur la Saint-Nicolas, c’est-à-dire, sur la forme la plus mesurée de la relation, tandis que les pays anglo-saxons la dédoublent volontiers en ses deux formes extrêmes et antithétiques de Halloween où les enfants jouent les morts pour se faire exacteurs des adultes, et de Christmas où les adultes comblent les enfants pour exalter leur vitalité « .

De saint Nicolas au Père Noël

Le Père Noël n’est pas l’héritier direct de saint Nicolas. Du point de vue historique, celui-ci est né au IIIe siècle, en Lycie (Asie mineure). Évêque de Myre, il  » aurait été emprisonné et torturé sur l’ordre de Dioclétien, avant d’être libéré par Constantin « . La popularité de saint Nicolas (le Santa Claus anglo-saxon ; le Sinter Klaas néerlandais) et de son âne, viendra au XIXe siècle, nous dit le B.a.-ba du Père Noël. La légende veut qu’il soit, en outre, escorté, ce qui lui donne, dixit A. d’Apremont,  » quelque chose de pas très catholique « , d’un accompagnateur inquiétant, Pierre le Noir (Zwarte Piet, aux Pays-Bas ; Scharze Peter en Suisse), chargé des basses ouvres : c’est lui qui châtie. Pierre le Noir est à saint Nicolas ce que le Père Fouettard est au bienfaisant Père Noël : son négatif. Le  » futur Père Noël moderne « , hérite de l’abbé de liesse, dont il est  » l’antithèse « , souligne Lévi-Strauss,  » indice d’une amélioration de nos rapports avec la mort  » ; de saint Nicolas et d’un tas d’autres personnages dont les elfes, les gnomes, etc. Selon A. d’Apremont, qui cite Henri Donteville (6), il est une sorte de  » saint Nicolas défroqué « , importé après le désastre de 1870,  » par plus de 200 000 Alsaciens venant s’installer sur le territoire français « . Ainsi, le Père Noël est-il, nous dit Claude Lévi-Strauss,  » le produit d’un phénomène de convergence et non un prototype ancien partout conservé ; (…) le développement moderne n’invente pas : il se borne à recomposer de pièce et de morceaux une vieille célébration dont l’importance n’est jamais complètement oubliée « . Et encore :  » Le Père Noël de l’Europe occidentale, sa prédilection pour les cheminées et pour les chaussures, résultent purement et simplement d’un déplacement récent de la fête de saint Nicolas assimilée à la célébration de Noël, trois semaines plus tard ; cela nous explique que le jeune abbé (sous-entendu, NDLR : de liesse) soit devenu un vieillard ; (…) un personnage réel est devenu un personnage mythique ; une émanation de la jeunesse, symbolisant son antagonisme par rapport aux adultes s’est changé en symbole de l’âge mûr dont il traduit les dispositions bienveillantes envers la jeunesse ; l’apôtre de l’inconduite est chargé de sanctionner la bonne conduite ; aux adolescents ouvertement agressifs se substituent les parents se cachant sous une fausse barbe pour combler les enfants. « 

Saint Coca-Cola ?

Sous la forme et l’ » uniforme  » que nous lui connaissons, en fait, le Père Noël-saint Nicolas nous est (re)venu, après la Seconde Guerre mondiale, des États-Unis où l’avaient introduit les immigrants, en particulier néerlandais et allemands, partis tenter leur chance dans le Nouveau Monde. En 1809, une histoire très imaginaire de New York (à l’origine New Amsterdam), due à l’écrivain Washington Irving évoque un navire venu de Hollande, ayant saint Nicolas en figure de proue. Tout  » naturellement « , lorsqu’il apparaît au marin Oloffe, membre de l’équipage, le saint fume la pipe. Le 23 décembre 1823, paraît dans le journal de Troy, ville de l’État de New York, un poème qui passera à la postérité sous le titre la Nuit avant Noël. C’est l’ouvre de Clement C. Moore, auteur d’un très sérieux dictionnaire hébreu-anglais, qui n’en reconnut la paternité que trente années plus tard. Écrit pour ses enfants, le texte présente un saint Nicolas  » joufflu, dodu, tel un lutin « , porteur d’un  » ballot de jouets  » et voyageant dans  » un tout petit traîneau  » tiré par  » huit rennes minuscules « . Lors de la guerre de Sécession, en décembre 1862, le caricaturiste Thomas Nast, créateur de la figure de l’Oncle Sam, lui tailla un costume dans la bannière étoilée. Finalement, dans les années trente, c’est la marque Coca-Cola qui imposa ses couleurs, rouge et blanc, de l’habit du Père Noël.

Avec une telle hérédité, ce saint Nicolas-Père Noël, ne fut pas toujours accueilli à bras ouverts. L’article de Claude Lévi-Strauss que nous avons cité, a, du reste, été suscité, par un fait divers, dont France-Soir s’était fait l’écho : le 23 décembre 1951, des membres du clergé dijonnais avaient disjoncté. Dénonçant la  » paganisation  » de la fête de la Nativité, ils avaient vu rouge et fait sa fête au Père Noël : devant plusieurs centaines d’enfants des patronages, ils avaient pendu et brûlé l’ » usurpateur et hérétique  » personnage, aux grilles (gril ?) du parvis de la cathédrale. Les rationalistes anticléricaux s’en étaient aussitôt faits les  » ardents  » défenseurs. Ce qui, par allusion au triste sort réservé naguère à certains rois de saturnales, faisait écrire à l’ethnologue, non sans malice :  » Grâce à l’autodafé de Dijon, voici donc le héros reconstitué avec tous ses caractères, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétexte de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité. « 

Depuis, le Père Noël s’est, pour ainsi dire, mondialisé. Halloween tente une percée. Le commerce triomphe. Selon l’AFP, les Européens sont en quête du  » cadeau de Noël vedette de l’année « . À Londres, un cabinet de comptabilité croit l’avoir déniché. À l’en croire, le meilleur cadeau, pour un nouveau-né, serait  » un fonds de pension  » ! Plus féroce que jamais, Scrooge, l’abominable usurier du Christmas Carol de Charles Dickens, pour tant est qu’il se soit jamais repenti, semble effectuer un retour en force. On se prend à souhaiter que le Père Fouettard, tombé dans l’oubli depuis des années, reprenne du poil de la bête.

(1) Le B. a.-ba du Père Noël, d’Arnaud d’Apremont, Éditions Pardès (1999).

(2) Arnold Van Gennep, le Folklore français, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins (quatre tomes, 1999).

(3) Le Père Noël supplicié, article de Claude Lévi-Strauss, publié en mars 1952, dans la revue les Temps modernes ; réédité aux Éditions sables (1996).

(4) James George Frazer, le Rameau d’Or, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins (quatre tomes, 1981-1984).

(5) Voir notamment la ballade citée par Gérard de Nerval dans les Filles du feu.

Voir enfin (de l’auteure du très complet « Ethnologie de Noël », 2000):

Noel, de l’enfant quêteur à l’enfant gâté: le sens d’un passage
Martyne Perrot
Ethnologies
Spring-Fall, 2007

Le XIX siecle a transforme Noel en une celebration de la famille bourgeoise. Il a du meme coup installe l’enfant au centre du rite profane en lui attribuant un nouveau role, celui-ci etant revelateur du changement de son statut social et familial. D’acteur principal du rituel mettant l’adulte au defi, il est en effet devenu en un siecle et demi le recipiendaire d’un don infini et sans reciprocite.

The nineteenth century transformed Christmas into a celebration of the middle-class family. As a result it likewise installed the child at the centre of the secular rite and attributed a new role to them, as revealing changes to social and familial status. The principal actor of the ritual purs the adult to the test, and has become over a century and a half the recipient of infinite giving without reciprocity.

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Ce qui est essentiel, c’est que des individus soient reunis, que des sentiments communs soient ressentis et qu’ils s’expriment en actes communs. Tout nous ramene donc a la meme idee ; c’est que les rites sont avant tout les moyens par lesquels le groupe social se reaffirme periodiquement (Emile Durkheim 1912: 553).

C’est donc pendant les etats de transition que reside le danger pour la simple raison que toute transition est entre un etat et un autre et est indefinissable. Tout individu qui passe de l’un a l’autre est en danger et le danger emane de sa personne. Le rite exorcise le danger … (Mary Douglas 1971 : 113)

Le XIXe siecle a transforme Noel en une celebration de la famille bourgeoise. Il a du meme coup installe l’enfant au centre du nouveau rite profane. Les enfants et les adolescents qui animaient les fameuses tournees de quete ont progressivement fait place aux heritiers d’une bourgeoisie en plein essor, qui attendent desormais leur cadeau de Noel comme un du. En un siecle et demi, la fete collective a non seulement ete privatisee, mais la famille, en << confisquant >> ses propres enfants, a contracte envers eux une dette infinie.

Tournees et quetes enfantines, un defi adresse aux adultes

Jusqu’a la seconde guerre mondiale, au coeur de la saison la plus sombre de l’annee, les enfants et les adolescents sortent dans les rues des villages et des villes ou partent sur les chemins de campagne pour chanter des << Noels >> (ang. Christmas Carols) ou dire des comptines. En echange ils recoivent des sucreries, des pommes, des noisettes, ou encore de petites pieces de monnaie. Ces dons sont consideres comme un gage de bonheur, de paix et de prosperite. En revanche, celui qui refuse de se plier a la coutume est voue aux gemonies et met parfois son avenir en peril.

Incantations et maledictions enfantines sont ainsi distillees au gre de la generosite ou de l’avarice des adultes. Tel est le cas par exemple a Vitre, en Bretagne, ou le celebre folkloriste Arnold van Gennep rapporte que les enfants injurient ceux qui ne leur versent aucune obole. Il existe a cette epoque des quetes organisees par les gens d’Eglise, celles des enfants de choer et parfois celles des mendiants. De la Bretagne a la Provence, van Gennep a minutieusement recense un grand nombre de ces << tournees >> qui sont, ecrit-il, la << dramatisation d’un changement de periode calendaire >>(van Gennep 1987). Ces quetes ont longtemps coexiste aux cotes de la celebration religieuse, puisque la plupart de ces rites calendaires ont ete << christianises >>, notamment dans le << cycle des douze jours >>.

Les enfants et les adolescents sont donc partout presents au cours de cette periode, qui va de l’Avent aux Rois. Au Moyen Age, ils forment deja ces bandes de guisarts (les deguises) dont on retrouve les traces jusqu’au debut du XXe siecle, et parfois meme plus tardivement.

Les descriptions donnees par Arnold van Gennep permettent de se representer assez precisement l’ambiance qui regnait ces jours-la, dans les rues des villages et des bourgs et, au-dela des variantes regionales, nous autorisent egalement a constater que la structure symbolique de cette << sequence ceremonielle >> est bien la meme.

Ce fut la le grand apport de ce folkloriste parfois injustement critique << de ne pas isoler les sequences des ceremonies etudiees dans le desordre des coutumes >>, mais precisement de << passer au crible de l’analyse toutes les sequences d’un meme ceremoniel >> (Segalen 1998 : 39-40).

Je mentionnerai quelques exemples regionaux, tels qu’ils sont rapportes par van Gennep, qui illustrent bien cette permanence.

Dans la region rennaise, la veille de Noel ce sont les petits
garcons qui vont par les rues des villages et des bourgs portant
une chandelle allumee entouree de papier huile pour empecher le
vent de l’eteindre …

Ils s’arretaient devant les portes en nasillant : << Chantons Noel, ma bonne dame, pour une pomme, pour une poire, pour un petit coup de cidre a boire >>. On leur donnait des fruits et des sous. A Rennes meme, tous les enfants quetaient en portant des chandelles multicolores, en echange de quoi les commercants leur donnaient des pralines et des pastilles de menthe (van Gennep 1987 : 2910).

A Montauban de Bretagne, les enfants pauvres allaient, comme dans beaucoup de localites bretonnes, se presenter a la porte des personnes aisees en criant : << au guyane, au guy l’an neuf >>. Ici ecrit van Gennep : << ils sont armes d’une longue broche en bois dans laquelle ils enfilent des morceaux de lard ou de vache salee dont on leur fait l’aumone >>.

La coutume a persiste jusqu’au XXe siecle dans les cantons de Montauban, Fougeres et Janze. La veille de Noel, les garcons (et non pas seulement les pauvres) se reunissaient et recevaient, selon les maisons, de la galette, un morceau de pain, des noix ou des pommes, tres rarement du beurre sur la galette, malgre les menaces.

<< Pour une pomme, pour une poire pour un p’tit coup a boire chez
la mere Giboire
Qui vend des haunes de toile sur l’champ d’foire
>>.

En Bretagne , c’est un cri de joie en l’honneur de la mere et du pere et les enfants de la maison:

<< Que les garcons respirent la sante ! Que vos filles sentent la
lavande ! Annee de scarabees, annees de rosee, annee d’avoine et de
froment pour vous,
Dans votre courtil du chanvre viendra le mois de mai, En mai, la
fleur, en juin, le grain et en juillet, la galette blanche >>
(van Gennep 1987 : 2900).

La menace comme l’incantation ont donc pour objets principaux : la recolte, l’amour, la sante, la descendance, c’est-a-dire ce qui permet a toute societe de se reproduire et de perdurer. Elles sont, on l’a note, proferees par les enfants, les jeunes et les indigents, c’est-a-dire ceux qui sont en marge de la societe productive : ceux, fait remarquer Claude Levi-Strauss, << qui sont d’une certaine facon incompletement incorpores au groupe, ceux encore, qui participent de cette alterite qui est la marque meme de ce supreme dualisme : celui des morts et des vivants >> (Levi-Strauss 1952: 1582).

Le solstice d’hiver qui correspond a une transition astronomique, toujours effrayante pour les hommes, fait ainsi resurgir des peurs archaiques, liees a la crainte de ne pas voir le soleil renaitre. Cette transition ouvre alors une periode dangereuse ou les morts hantent les vivants, ou les revenants, fantomes et sorcieres les assaillent et les inquietent.

Dans ce contexte particulier, les bandes de queteurs peuvent etre considerees comme les passeurs de la vieille annee a la nouvelle, du monde des morts a celui des vivants. Le folklore temoigne de cette symbolique lorsque celui qui ne donne rien est parfois menace explicitement de mort (van Gennep 1987 : 2904). << Que la vieille tombe de la cheminee et se casse le cou >> dit-on par exemple dans la region de Guingamp en Bretagne.

Ces quetes ont disparu, mais certains se souviennent. Ainsi, Pierre, ne en 1924, originaire du Cantal, au sud du Massif central, sillonnait encore avant-guerre le village avec ses camarades et le bedeau de la paroisse.

Ca durait une dizaine de jours et c’etait effectue par les enfants
de choeur. Le clerc decretait ceux qui viendraient avec lui. Moi je
tenais a y aller, parce que ca m’interessait de ramasser quelques
sous. On carillonnait tous les soirs. On montait au clocher, on
commencait a carillonner la-haut. Il gelait et chacun sonnait sa
cloche. On carillonnait et ca pendant dix jours. On etait cinq
enfants et le clerc avait les mains dans ses poches. << On passe
pour le carillon >> etait la formule. Le clerc demandait pour nous,
un petit biscuit, un peu de cafe, mais nous on preferait l’argent.
D’ailleurs la grosse majorite nous donnait des sous. Moi je me
souviens avoir touche cinq ou six sous.

Ces tournees de quetes survivent, aujourd’hui en France, sous leur forme corporative : pompiers, facteurs, eboueurs echangent encore un calendrier contre une petite somme d’argent laissee a l’appreciation de chacun.

Depuis une dizaine d’annees, l’arrivee d’Halloween a fait renaitre des quetes enfantines, mais dont le lien n’est pas etabli explicitement par le public avec ces tournees regionales d’avant-guerre.

La litterature du XIXe siecle et les contes de Noel, tout comme l’iconographie, ont amplement repris ce motif de la tournee de quete, auquel se substituera progressivement celui de l’enfance pauvre et errante, qui perdra au meme moment ce pouvoir de << defier >> l’adulte. La rue n’est plus alors seulement le theatre des tournees et chansons, mais celui de la mendicite. Orphelins et abandonnes, ils subissent a Noel le sort le plus funeste, car desormais cette fete de l’enfant dans sa famille les exclut et jette la lumiere la plus crue sur leur misere et leur solitude. Ces enfants pauvres sont des heros emblematiques, mais condamnes. La petite marchande d’allumettes (Hans Christian Andersen 1820) ne souhaite plus rien a personne en echange d’une obole, car c’est elle qui meurt la nuit de Noel.

Mais le temps de Noel devient aussi le pretexte a exercer une charite bien ordonnee, incarnee par << l’esprit de Noel >>. Charles Dickens en fut le chantre. Son fameux Conte de Noel (Christmas Carol), publie a Londres en 1843, definit cet << esprit >> comme un melange de compassion et de partage, ou << la force mobilisatrice de la sympathie >> est superieure a l’esprit de revolte. L’esprit de Noel est aussi une glorification de la famille et de la privacy (l’intimite) qui se construit a la meme epoque en Angleterre.

Aujourd’hui, l’enfant est toujours au centre, sinon le centre de la fete, et la place qui lui etait reservee n’a cesse de croitre, tout en evoluant. La ritualisation de cette periode est toujours tres intense, mais beaucoup de symboles religieux ont investi l’espace prive (creche, etoile, couronnes de l’avent), tandis que l’espace public est devenu, des le milieu du XIXe siecle, la scene d’une nouvelle economie festive, axee sur la depense et la consommation.

Preparatifs et place de l’enfant

La decoration des lieux publics est l’element decisif de l’ouverture des festivites. Les derniers jours de novembre, la pose de guirlandes audessus des avenues en est le premier signe annonciateur. Mais l’evenement inaugural reste le << devoilement >> des vitrines des grands magasins. Ce << lancement >> du temps de Noel (Christmas season) est vecu comme un lever de rideau par les enfants, et provoque immediatement un deplacement familial pour aller admirer les decors animes, construits dans le plus grand secret par chaque grand magasin. Dans les annees 1950, des photographes, en particulier Willy Ronis et Robert Doisneau (Picouly 1996), ont fixe pour la premiere fois ces regards d’enfants, emerveilles par la vue des jouets en vitrines.

Cette mise en scene, essentiellement urbaine, est aussi accompagnee par l’arrivee massive chez les fleuristes, des sapins et epiceas de varietes differentes. Enneige, rempote, parfois meme teinte de couleurs etonnantes, le sapin est une << clef symbolique >> (Haines 1988 : 75-88). A partir du moment ou le sapin est dresse dans le salon ou la salle a manger, il ouvre un temps et delimite un espace, en attente de ceremonie. Il marque ainsi le caractere exceptionnel de l’evenement. Atteste des le XVIe siecle, en Alsace, le sapin s’est progressivement substitue a la buche de Noel. Souvent allumee a l’aide d’un tison tenu a la fois par le petit-fils et son aieul, cette derniere permettait d’actualiser le lien generationnel necessaire a la bonne marche des operations. Aspergee d’eau benite et de vin ou d’huile selon les regions, la buche devait se consumer tres lentement. On pensait alors que ses cendres possedaient des vertus magiques ; elles etaient en effet reputees fertiliser les champs, eloigner la foudre, ecarter la vermine et faciliter les velages.

Le sapin est lui aussi decore en famille. Il est d’ailleurs essentiellement present la ou il y a des enfants. Il sera, comme le reste de la maison, l’objet et le pretexte de rituels secondaires. Ainsi l’accrochage des decorations aux branches se fait-il chaque annee avec les memes personnes. Souvent, le pere fixe l’etoile a la cime et le plus jeune dispose ses decorations sur les branches les plus basses. Chaque famille invente neanmoins son propre rituel. Cette mere achete chaque annee un ou deux objets nouveaux. Celle-ci les confectionne et cette autre renouvelle completement sa decoration. C’est aux meres, en effet, que revient le plus souvent la responsabilite de ces choix esthetiques. Les peres sont davantage occupes par le transport de l’arbre et sa fixation, qui demande un minimum de bricolage. Dans certaines familles, la confection de la creche est aussi une entreprise collective : creche en kit, creche en carton, a decouper, a peindre, creche achetee au cours d’un voyage, creche enfin fabriquee entierement par le grand-pere et dont on ressort chaque annee le << chef d’Luvre >>, elles voisineront parfois sans interdit apparent avec le sapin. Ce qu’il faut retenir, dans ces petits rites familiaux, c’est leur similitude mais aussi leur specificite. Chaque famille invente, s’approprie et en meme temps se soumet a une regle collective invisible. Et si celle-ci s’impose a chacun de nous dans une simultaneite remarquable, il faut souligner neanmoins que tout se passe << chacun chez soi >>.

Les enfants participent a ces sequences, bricolant avec beaucoup d’ardeur pour preparer l’espace ou se deroulera le rituel le plus important de la soiree : la distribution des cadeaux.

Principal element decoratif et symbolique, le sapin est neanmoins precede par la couronne de l’Avent, coutume allemande, datant du milieu du XIXe siecle, que les Francais ont decouvert il y a une vingtaine d’annees et qu’ils placent d’ailleurs plus rarement a l’exterieur de leur porte d’entree qu’a l’interieur. Le calendrier de l’Avent, qui est d’origine germanique plus recente (debut du XXe siecle), connait, de nos jours, une grande variete de supports (tissu, carton, fenetres a ouvrir une a une chaque jour, sujets divers enfermes dans des pochettes de tissu ou de feutrine). Ce temps, celui de l’attente enfantine, doit etre, en effet, decompte chaque jour. Certaines familles ont institue des traditions specifiques, empruntant a differents registres religieux et folkloriques. Dans les familles catholiques, celui << du mouton >> est souvent evoque. Il s’agit pour chaque enfant d’approcher de la creche << son >> mouton, qui suit le berger jusqu’au soir du 24 decembre. Mais cette avancee est soumise a la regle de la bonne conduite, et lorsque l’enfant ne la respecte pas, le mouton fait du sur place.

Apparition du cadeau, disparition du donneur

La distribution des cadeaux aux jeunes enfants est precedee par la construction d’un veritable << secret de famille >>. Cacher le cadeau, le derober a la vue des enfants par tous les moyens les jours qui precedent son apparition au pied de l’arbre, mobilise une certaine energie familiale et donne lieu a de nombreuses strategies, ruses et recits.

Entre le moment ou l’enfant repere dans un magasin, sur un catalogue, ou enfin lors d’un message publicitaire televise le jouet de ses reves, et celui ou il le decouvre embusque sous le << papier-cadeau >> se deroule une parenthese extremement scenarisee, devolue a l’effacement des traces. D’abord, celles de l’achat, de l’emballage et de l’endroit ou il sera cache jusqu’au jour J, puis celles du donneur veritable, ce qui oblige a contrario a donner une grande visibilite aux traces laissees par ce donneur mythique : le Pere Noel.

Pour garder le secret et creer le mystere, les mises en scenes sont souvent sophistiquees. D’un point de vue anthropologique, c’est le parallelisme que l’on peut etablir avec le secret de l’initiation qui retiendra l’attention. Toute une serie de ruses deviennent necessaires pour maintenir l’enfant dans l’ignorance de la veritable identite du donateur, c’est-a-dire dans la croyance en un personnage imaginaire.

L’an passe, declare ce jeune couple parisien, on avait perdu des
bouts de barbe en coton du Pere Noel dans l’appartement pour que
nos deux enfants y croient vraiment. Ma grand-mere nous a dit que
la tradition etait de laisser une carotte et une tasse de lait
chaud. On deploie des tresors d’imagination.

Dans certaines familles, un costume de pere Noel a ete achete ou parfois confectionne. Il arrive que le frere aine le porte, se mettant ainsi en position de << tuteur >> par rapport aux freres et soeurs plus jeunes qui sont, eux, les inities. Le Pere Noel doit rester invisible lorsqu’il distribue les cadeaux, et seulement a ce moment. C’est pourquoi la plupart des enfants ne s’etonnent guere de voir des dizaines de peres Noel arpenter les avenues bordant les grands magasins car ceux-ci ne sont, de leur point de vue, que les representants sur terre du << vrai >> Pere Noel, lequel ne se laisse jamais demasquer.

C’est ici la grande difference avec saint Nicolas et son sombre acolyte, le pere fouettard, qui entraient ensemble dans les maisons pour recompenser et punir a la fois. Le Pere Noel, lui, est invisible mais ne punit pas. Il est contemporain de l’histoire de la famille bourgeoise et du nouveau statut de l’enfant, dont la fete de Noel apparait comme l’allegorie, a la fois lieu privilegie de leur celebration et temps de leur reassurance.

Ce qui apparait finalement comme un << secret de famille >> est la condition de son renouvellement symbolique, celui par lequel elle assure sa << renovation >> morale a travers la reconnaissance de ses liens.

Chaque famille prend ainsi << la forme de la Sainte Famille avec Noel comme mythe fondateur >> (Berking 1999: 16). Peut-etre tient- on la la raison de cette depense considerable qui accompagne cette celebration?

Pour beaucoup de parents, la << vraie magie >> de cette fete reside d’ailleurs dans ce don total qui sature le desir de l’enfant. Pour ce dernier, le Pere Noel est une figure qui ne l’accable pas mais, au contraire, le recompense sans condition. Ces cadeaux << tombes du ciel >> permettent en effet d’echapper au cycle infernal de la dette et du don. Pour que cette distribution magique ne soit en aucun cas troublee, les parents sont prets a depenser beaucoup d’argent et d’energie.

Les B. ont du, par exemple, << faire tout Paris >> pour acheter la
fameuse epee power rangers que leur fils avait commandee, victimes
de la promotion publicitaire (1996) qui avait eu raison des plus
prevoyants. Le compte a rebours etant deja bien avance, ils eurent
l’idee de telephoner en province a des amis qui trouverent enfin le
jouet tant convoite.

Cette application familiale a satisfaire << tous >> les voeux des enfants doit nous interroger, ecrit Claude Levi-Strauss,

sur le soin tendre que nous prenons du Pere Noel, sur les
precautions et les sacrifices que nous consentons pour maintenir
son prestige intact aupres des enfants …, cette croyance ou nous
gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l’au-dela, apporte
un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, a les offrir
a l’au-dela, sous pretexte de les donner aux enfants. Par ce moyen,
les cadeaux de Noel restent un sacrifice veritable a la douceur de
vivre, laquelle <<insiste d’abord a ne pas mourir (1952 : 1589).

Cette chute nostalgique est celle d’un article qui prit comme point de depart un fait divers, concernant un Pere Noel << supplicie >> sur le parvis de la cathedrale de Dijon, le 24 decembre 1951. Elle sert de denouement a la demonstration de Claude Levi-Strauss, analysant la croyance au Pere Noel comme un rite de passage. Car le Pere Noel, ecrivait-il, est d’abord << l’expression d’un statut differentiel entre les petits-enfants, les adolescents et les adultes … >>. D’un point de vue diachronique, c’est << un vieillard >> qui a pris la place des abbes de jeunesse, ces personnages bien reels, << apotres de l’inconduite >>, emanation de la jeunesse, qui ont ete transformes en << un vieillard bienveillant qui sanctionne la bonne conduite >>. D’un point de vue synchronique, le Pere Noel ressemble beaucoup aux katchinas, ces incarnations des ancetres des Indiens du sud-ouest des Etats-Unis. Or ces personnages, poursuit Levi-Strauss, << incarnent des dieux et des ancetres qui reviennent a date fixe visiter leur village pour y danser, mais aussi pour punir, enlever ou recompenser les enfants, car eux- memes sont les ames des premiers enfants morts. Ils sont donc a la fois la preuve et les temoins d’une resurrection possible apres la mort >>. Comme pour le Pere Noel, ce sont les peres, les oncles et les parents proches qui se cachent sous ces deguisements destines a masquer leur veritable identite. Reveler la vraie nature des katchinas reviendrait en effet a exposer l’enfant a de grands dangers. Ainsi, ce que le Pere Noel met en evidence derriere l’opposition enfant-adulte, rappelle Levi- Strauss, c’est une opposition plus profonde entre << morts et vivants >>.

Le cadeau comme conjuration

Le cadeau fait a l’enfant vient << du ciel >> et, a ce titre, il possede une dimension cosmologique. Il tombe ensuite dans la cheminee sombre et arrive dans le foyer de celle-ci, symbole du << foyer >> domestique. La liaison entre l’univers et la famille est assuree par cet etrange et obscur acheminement, ou certains psychanalystes ont cru deceler une symbolique de la naissance. Le mystere du passage du Pere Noel qui connait le vrai desir de l’enfant est ainsi souvent lie au mystere de la naissance et les origines du cadeau sont aussi obscures que les origines de la vie.

Les cadeaux sont souvent decouverts au petit matin, alors que les adultes, plus frequemment, les echangent le soir du reveillon. Cet echange ne peut avoir lieu devant les enfants, qui sont les << non-inities >>. Les adultes doivent alors mimer l’etonnement ou bien avouer que, n’etant pas les destinataires elus du Pere Noel, ils recourent a cet echange pour << se consoler >>.

Cette circulations de dons entre membres de la famille obeit d’ailleurs a des regles invisibles mais parfaitement codifiees, comme l’a montre Theodore Caplow dont l’enquete menee a Middletown entre 1976 et 1979, est un classique. Dans cette etude, Caplow mettait deja en evidence un fait, qui ne s’est pas dementi en France vingt ans plus tard, a savoir le desequilibre generationnel propre a cet echange. Le flux des cadeaux continue en effet d’aller tres genereusement des plus ages vers les plus jeunes, et le don des grands-parents envers les petits- enfants apparait obligatoire, meme en cas d’eloignement geographique (Caplow 1986 : 43-91).

Confirmant que la filiation est bien l’objet privilegie de ce qu’il faut bien appeler, ici, une offrande, l’enfant qui est fete l’est au titre de la generation future. On le lie, de cette facon, aux generations precedentes, toutes reunies autour du sapin dont la vegetation permanente annonce une regeneration possible.

Que le reveillon soit tres souvent organise chez les grands-parents n’est pas anodin et confirme cette necessite de retablir une certaine hierarchie generationnelle, celle que le XIXe siecle celebre et dont Dickens fixera les traits litteraires dans Esquisses pour Boz (1836).

Les aieux sont d’ailleurs les seuls a pouvoir offrir de l’argent a leurs petits-enfants et a leurs enfants sans les humilier. Un petit billet peut etre glisse dans une enveloppe a condition qu’elle soit un peu decoree. Ils forment la limite du cercle de famille, au-dela duquel ce don d’argent paraitrait deplace, sinon offensant.

Images et imagerie

Au debut du XIXe siecle, il fallait secouer le sapin suspendu au plafond pour en faire tomber les friandises comme des fruits murs. Aujourd’hui, elles sont deposees au pied de l’arbre et le moment de la decouverte par les enfants est tres souvent photographie ou filme.

Le deballage, et plus precisement le moment ou le << paquet-cadeau >> disparait pour laisser place au cadeau revele, est en effet attendu par la camera paternelle. Ce film sera projete des annees plus tard, cet album photo de << soi-enfant >> montre a ses propres enfants, comme un eternel retour, un echo necessaire, une repetition rassurante.

Dans le domaine de l’image, le programme televise fait aussi partie, le soir de Noel, de l’imagerie recente, au meme titre que les albums et les contes. Une repetition est ici a l’oeuvre, qui participe a ritualiser ce moment de la soiree. On regarde en famille ce petit ecran qui ouvre invariablement sur les memes films, les memes chanteurs qui semblent ne pas vieillir, les memes rejouissances que celles des annees precedentes.

Un << eternel retour >> d’une imagerie datee du XIXe siecle s’annonce des novembre avec les inevitables diffusions de Sans Famille (Hector Malot) et des Miserables (Victor Hugo). Orphelins, neige et compassion fondent des lors une serie narrative et esthetique qui n’est pas encore demodee.

Le sens du passage

Que Noel ait ete analyse en echo au rite d’initiation des katchinas par Levi-Strauss n’est pas surprenant lorsqu’on sait la rarete de ces passages dans la societe contemporaine (La Soudiere 2000), particulierement pour ceux qui n’ont pas d’appartenance religieuse. L’ecole a le monopole de quelques grandes scansions, comme l’entree au cours primaire et le passage du baccalaureat (en France) par exemple, mais en famille, c’est l’anniversaire qui reste le moment important, commemoration de la naissance d’un individu doublee recemment de la reintegration amicale de l’enfant fete dans sa classe d’age (Sirota 1998).

Cette appartenance a une classe d’age est un fait que la celebration de Noel a universalise au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et dont le Pere Noel est la << divinite >> incontestable (Levi-Strauss 1952).

Cette universalisation fut rapidement relayee par la prise de conscience d’un droit de l’enfant. Recevoir des cadeaux et croire au Pere Noel prirent ainsi rang parmi ces droits legitimes, reconnus pour tous les enfants. Illustration de l’importance nouvelle du personnage de Santa-Claus, il existe depuis 1935, dans l’Indiana, un monument a son effigie qui se dresse sur le site de la Chambre de Commerce de cet etat. On peut lire sur son piedestal l’inscription suivante : << Dedie aux enfants du monde entier en souvenir d’un amour immortel le 25 decembre 1935 >>.

En un siecle et demi, l’enfant, a Noel, a donc quitte la rue pour la chaleur du foyer. Celui qui chantait des Carols sous les fenetres illuminees des maisons bourgeoises a effectue un double passage : de l’espace public a l’espace domestique, de la communaute villageoise a la famille. De creancier de l’adulte, il est devenu recipiendaire d’un du sans condition. Cependant, ce passage de la vieille annee a la nouvelle a conserve sa symbolique profonde, celle d’un danger qui menace l’enfant et, avec lui, menace notre avenir. Mais la conjuration s’exerce de nos jours a travers une depense somptuaire, un veritable sacrifice familial.

References

Berking, Helmut, 1999, Sociology of Giving. London, Sage.

Caplow, Theodore, 1982, << Christmas Gifts and Kin networks >>. American Sociology Review 47 : 383-392.

–, 1986, << Les cadeaux de Noel a Middletown ou comment faire respecter une regle sans pression apparente >>. Dialogue 91 (1) : 43-82.

Chevalier, Sophie et Anne Montjaret (dir.), 1998. << Les cadeaux a quel prix ? >> Ethnologie francaise 4 : 437-442.

Dickens, Charles, 1996 [1843], Un Conte de Noel. Paris, Fleuron.

Douglas, Mary et Baron C. Isherwood, 1979, The World of Goods. Towards an Anthropology of Consumption. London, Paul Kegan.

Durkheim, Emile, 1998, Les formes elementaires de la vie religieuse. Paris, PUF.

Haines, David, 1988, << Ritual or Ritual. Dinnertime and Christmas among some Ordinary American Families >>. Semiotica 68 (1-2): 7-88.

Hall, Catherine, 1987, << Sweet Home >>. Dans Aries Philippe et Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privee. De la revolution a la Grande guerre. Paris, Seuil: 53-89.

Isambert, Francois, 1976, La fin de l’Annee. Etude sur les fetes de Noel et du Nouvel An a Paris. Travaux et Documents, Centre d’etudes sociologiques, Paris V.

–, 1982, Le sens du sacre. Fete et religion populaire. Paris, Minuit.

La Soudiere, Martin de, 2000, << Seuils, Passages >>. Communications 70 : 5-28.

Levi-Strauss, Claude, 1952, << Le Pere Noel supplicie >>. Les Temps modernes (mars): 1573-1590.

Mauss, Marcel, 1950, Essai sur le don. Forme et raison de l’echange dans les societes archaiques. Paris, PUF.

Perrot, Martyne, 2000, Ethnologie de Noel. Une fete paradoxale. Paris, Grasset.

–, 2002, Sous les images, Noel! Paris, Seuil.

–, 2002, Noel. Collection Idees recues. Paris, Cavalier bleu.

Segalen, Martine, 1998, Rites et Rituels contemporains. Paris, Nathan Universite.

Sirota, Regine, 1998, << Les copains d’abord. Les anniversaires de l’enfance, donner et recevoir >>. Ethnologie Francaise 4: 457-472.

van Gennep, Arnold, 1987, Manuel de folklore contemporain. (<< Grands manuels >>, tome 1, vol. VII, Cycle des douze jours : Noel; vol. VIII, Cycle des douze jours : de Noel aux Rois. Paris, Picard.

–, 1909, Les Rites de passage. Paris, Emile Noury.

Martyne Perrot
CNRS et Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

3 commentaires pour Fêtes: Noël ou le sacrifice subverti (From children-devouring Saturn to child-caring Santa)

  1. allah babar dit :

    les plus grande supercherie européenne.

    _jésus le christianisme
    usurpation de la religion sérieuse des juifs que l’européen(empire romain) ne contrôlais pas

    _l’européen sur la lune
    usurpation de la renommée russe après avoir frapper fort avec yuri gagarine premier homme dans l’espace. (pour obtenir les contrats financier juteux et renverser l’attention mondial vers les européens capitaliste)

    _le 11 septembre 2001
    usurpation de la sympathie mondial, pour faire pleurer dans les chaumières et que ces débiles profond européen soutiennes les nouveaux NAZI du siècles de la bannière étoilés envoyés leur SS massacrer et piller les irakiens et leur ressources pétrolières et c’est
    pas fini… (fabriquer un prétexte pour justifier la marche de la machine de guerre(armées) européenne dans le monde, en échange de 2000 européen qui était volontaire sisi ^^ sacrifier dans deux boite de conserve géante )

    bip bip et le coyote

    bip bip :les 10 arabes en cutter et babouche

    coyote :l’européen 500 milliard de dollars par ans pour sécuriser cette colonie.
    des dizaines d’agence de renseignement CIA NSA FBI… parmi les plus connu
    des équipement à la pointe de la technologie
    un réseau d’écoute mondial ECHELON
    des base militaire (colonie européenne )dans tous les pays du monde
    des agents européen infiltré partout
    des mercenaires européen autonome partout

    les babouches ont triompher ?

    c’est exactement ça! du pure cinéma à l’américaine bourré d’incohérence et de non sens.

    ça fait 50 ans que les européens sont gâvés de fiction d’irréel, ils ne savent plus faire la différence entre le vrai du faux, du possible de l’impossible!

    ils gobent tous un peu comme c’est pauvre bête et encore les oies ne l’ont pas choisit…

    attention les européens les français sont civilisés la preuve en image…
    http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=2070

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    Rien de bien sérieux apparemment dans ce fatras que vous nous balancez de théories du complot …

    Sur le premier point, je serais d’accord qu’il y a bien eu historiquement perversion du judéo-christianisme, mais celle-ci n’est pas le christianisme comme vous semblez le croire mais bien l’islam.

    Voir, sur le Coran lui-même, René Girard:

    La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les » juifs » et les » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme.

    les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie.

    Et surtout sur la croix où, refusant la réalité de l’incarnation et de la crucifixion, les musulmans ont apparemment repris l’hérésie docétique:

    Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques.

    René Girard

    En fait, pour l’islam, je pense qu’on peut même parler de religion-coucou qui, par une sorte de « syndrome mimétique » et de Jérusalem à Cordoue ou Istanbul, plante ses mosquées partout et se propose d’ailleurs dernièrement, sans la moindre réciprocité, d’ajouter à sa collection (ce qui rejoint votre 2e point) le site-même de la plus récente des innombrables infamies qu’elle a inspirées!

    Tout en conservant en plus parmi ses articles de foi les véritables aberrations que l’on sait:

    Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez!

    Coran (9:5)

    Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni en le Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit et qui ne reconnaissent pas la religion de la vérité, (même parmi) le Peuple du Livre, jusqu’à qu’ils paient la taxe de capitation en personne, après s’être humiliés.

    Coran (9:29)

    Ne prenez pas les juifs et les chrétiens pour alliés.

    Coran (5:51)

    Celui qui change de religion, tuez-le.

    Mahomet

    Etant certes bien aidé en celà par ses propres victimes dument dhimmisées, à savoir nombre de chrétiens ou juifs eux-mêmes qui répètent à l’envi le mythe de la prétendue tolérance de l’islam, notamment dans l’Andalousie médiévale.

    Voir aussi:

    Jamais nation ne nous a brimés, dégradés, avilis et haïs autant qu’eux.

    Maïmonide

    Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. (…) Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle.

    Anne-Marie Delcambre

    Parce que Jésus s’était choisi 12 apôtres parmi les fidèles, Mahomet en choisit 12 parmi ses sectateurs, ce qui l’a fait appeler par un écrivain du Moyen Age le ’copieur de Dieu’ (…) A la place de la simplicité, de la douceur, de la bénignité, de l’esprit de paix et de pardon, de la pauvreté volontaire, de l’humilité, de l’amour des souffrances de Jésus, vous voyez éclater dans Mahomet la duplicité, la cruauté, la soif des jouissances, du butin, de la domination, de la vengeance et de l’orgueil, à leur paroxysme le plus élevé. Pourquoi suis-je obligé de taire ses 21 épouses qu’il se donne après s’être engagé à n’en avoir que 4, sans compter ses 4 concubines, et cette infâme loi qui lui accorde toute femme musulmane dont le coeur se sentira incliné vers lui, fût-ce une fillette de 8 ans ?

    Mgr Pavy (Evêque d’Alger, 1853)

    Ce qui serait déjà assez grave mais l’est encore plus puisque lesdites infâmies continuent à inspirer nombre de pratiques actuelles, notamment contre les plus faibles comme les femmes et les enfants:

    Oui, le Prophète (…) est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique.

    Ayaan Hirsi Ali

    En revanche, je vous suis complètement sur le dernier point, à savoir le gavage des oies et canards où, même s’il m’arrive d’en manger (mais de moins en moins et surtout pas d’en acheter) quand je suis invité et, par habitude depuis l’enfance, de trouver ça bon au goût, je suis d’accord que la pratique que ça suppose est effectivement barbare et le lien que vous citez mérite d’être largement diffusé.

    On a effectivement affaire à un véritable « sacrifice perverti de Noël » comme le montre l’extrait suivant:

    La production de foie gras nécessite de gaver et suralimenter des oiseaux au point de les rendre malades. Pour obtenir un foie gras, il faut : faire naître des canetons, les trier par sexe, broyer les femelles, engraisser les mâles, les enfermer dans des cages (où ils ne pourront pas même étendre une aile la plupart du temps), les violenter deux fois par jour pour leur enfoncer de force un tube de la gorge à l’estomac afin d’y déposer directement des quantités énormes de maïs qu’ils ne mangeraient pas d’eux-mêmes, les transporter alors qu’ils sont épuisés, stressés, ont du mal à respirer et les tuer à l’abattoir, suspendus conscient avant d’être électrocutés pour être étourdis. Personne ne peut accepter un tel traitement et il n’y a que la force de l’habitude et les campagnes publicitaires de la filière qui peuvent soutenir ce commerce injustifiable.”

    Rappelons que la production du foie gras se fait en deux temps : la période d’élevage qui va du caneton au canard « prêt à gaver » (avec une période de pré-gavage) et la période de gavage à proprement parler qui fera grossir le foie de l’animal jusqu’à 10 fois et donnera le produit recherché.

    Si les éleveurs crient haut et fort que le gavage est un phénomène naturel qu’ils ne font que reproduire (à l’état sauvage en effet, les oies et les canards sont des oiseaux migrateurs qui pratiquent l’autogavage pour stocker de la nourriture avant de partir en migration), il n’empêche que le rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne de la santé et du bien être des animaux conclue, lui, à une maltraitance des animaux tel que le gavage est aujourd’hui pratiqué.

    En effet, pour le gavage, la pratique en vigueur est la claustration : La majorité des canards (87 %) sont maintenus durant les 2 semaines de gavage dans une cage en plastique ou métallique de 20 cm de large, 50 cm de long et d’une trentaine de centimètres de hauteur (soit la dimension approximative d’une feuille A3). Les canards ne peuvent ni se retourner, ni étendre leurs ailes.

    Des études sur les taux de mortalité et de pertes pendant cette période ont été menées en France, Belgique, et en Espagne. Les résultats sont sans appel avec des taux de mortalité des oiseaux variant de 2 à 4 %, à comparer aux 0,2 % pour des canards non gavés. Les causes précises de cette mortalité n’ont pas été documentées, mais incluent vraisemblablement des blessures physiques, des chocs thermiques, et bien sûr des défaillances du foie.

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  3. […] fête de préparation des saturnales (dédiée au vieillard dévoreur d’enfants mais subvertie par le christianisme en fête de la naissance du Christ et des enfants) […]

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