Héritage Obama: Attention, un monstre peut en cacher un autre ! (The “Legacy of Obama” can be explained in one word: Trump)

20 février, 2017
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Obamastein

Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Marx
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. La Fontaine
Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinons nous serons à notre tour mordus et enragés. Sartre (1953)
The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. (…) We created an echo chamber. They were saying things that validated what we had given them to say. Ben Rhodes (conseiller du président Obama)
When a Republican congressman on MSNBC brought up a 2012 incident where President Barack Obama was caught on a hot mic promising to give Russia’s Vladimir Putin a little more “flexibility” after the election, NBC journalist and MSNBC host Katy Tur seemed not to recall the incident. Tur pressed Florida Representative Francis Rooney about the number of Donald Trump advisors with close tie to Russia. “I see a lot of folks within Donald Trump’s administration who have a friendlier view of Russia than maybe past administrations did,” she noted. “Well, I think it was Obama that leaned over to Putin and said, ‘I’ll have a little more flexibility to give you what you want after the re-election,’” Rooney responded. Tur paused for a moment. “I’m sorry, I don’t know what you’re referring to, Congressman,” she said. “Remember when he leaned over at a panel discussion or in a meeting, and he said, ‘I’ll have more flexibility after the election’?” Rooney asked. “No one pushed the president on what he meant by that, but I can only assume for a thug like Putin that it would embolden him,” which gave Tur pause, again. In Tur’s defense, Rooney is slightly off in his retelling: it was then-Russian President Dmitry Medvedev who Obama whispered to, who then promised to relay Obama’s message to Putin. But his recollection of the content of Obama’s message was accurate: “This is my last election. After my election I have more flexibility,” he told the Russians. Obama’s hot mic comments were major news at the time, receiving widespread coverage. Obama’s Republican opponent Mitt Romney seized upon the gaffe and worked it into his stump speeches, even bringing it up during one of the presidential debates. Mediaite
Donald Trump est ici ce soir et je sais qu’il s’est pris des critiques ces derniers temps, mais personne n’est plus heureux, plus fier, que cette affaire de certificat de naissance soit enfin réglée que le Donald. Et c’est parce qu’il va maintenant pouvoir se concentrer sur les problèmes importants. Par exemple, notre vol sur la Lune était-il un faux? Qu’est-il vraiment arrivé à Roswell? Et où sont Biggie et Tupac ?  Barack Obama
Cette soirée d’humiliation publique, plutôt que d’éloigner M. Trump (de la scène politique), a accéléré ses efforts féroces pour gagner en stature au sein du monde politique. Et cela illustre jusqu’à quel point la campagne de Trump est inspirée par un besoin profond (qui est) parfois obscurci par ses fanfaronnades et vantardises : un désir d’être pris au sérieux. The NY Times
La présidence Obama a inventé une propagande branchée, une communication cool. Au cœur de cette stratégie  : les réseaux sociaux, qui ont largement porté sa victoire en 2008. L’engagement numérique de la campagne du «Yes We Can» a d’ailleurs été décortiqué par les équipes de com du monde entier. Tandis que la droite américaine propageait son venin conspirationniste par de bonnes vieilles chaînes de mails –  le candidat démocrate aurait menti sur son certificat de naissance, serait musulman…  –, Obama prenait mille longueurs d’avance, touchant un public beaucoup plus large, plus jeune. «En 2008, les efforts de son adversaire, John McCain, pour tenter de le rattraper sur les réseaux sociaux étaient presque pathétiques», se souvient Michael Barris, coauteur de The Social Media President (Palgrave, 2013). L’équipe du sénateur de l’Illinois a compris l’intérêt de Facebook, de Twitter –  plus tard viendront Instagram, Snapchat, LinkedIn…  – pour lever des fonds, diffuser des messages, obtenir des soutiens, grâce à ce porte-à-porte virtuel d’un nouveau genre. «Obama s’est fait élire sur des promesses de démocratie participative via les réseaux sociaux, rappelle Michael Barris. Mais finalement, les réseaux sociaux ont surtout été pour lui un formidable outil de diffusion, de validation par le public, et de promotion d’une image très positive : celle d’un président branché, connecté, proche des gens.» Viser un public, via le bon médium, avec le bon ton : huit ans que le président américain, avec son équipe de quatorze personnes dédiée à la stratégie numérique, montre sa maîtrise. Et son adaptation à l’évolution des usages. La Maison Blanche est devenue une véritable boîte de production, avec plus de 500 vidéos réalisées chaque année (infographies, coulisses…), distribuées sur les différentes plateformes (site officiel, YouTube, Facebook…). «Le premier président de l’ère des médias sociaux a fixé les règles d’interactions numériques entre politiques et électeurs, écrit le Washington Post. Certains chefs d’Etat se préoccupaient des chaînes d’info ; Obama est le président ­Netflix.» (….) Mais le président américain ne laisse rien au hasard : cette spontanéité est surtout parfaitement chorégraphiée, écrite à l’avance par des équipes d’auteurs talentueux. D’autodérision, il en a beaucoup fait preuve lors du dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche, véritable scène de stand-up pour le président sortant. Maîtrise des silences, des regards, intonations, vidéos bien ficelées… Ces soirs-là, Obama fait de l’humour une technique de dégoupillage imparable des critiques. Comme en 2011, alors que la droite le harcèle une nouvelle fois sur son certificat de naissance. Pour faire taire les rumeurs, il annonce la «diffusion exclusive de la vidéo de sa mise au monde» –  en fait, le début du Roi Lion de Disney. Dans la salle, Donald Trump, déjà porte-voix de ces allégations, ne moufte pas. Les journalistes, qui rient à gorge déployée, ont laissé leurs armes au vestiaire. Libération
Chacun sait que notre époque de fausse liberté a accouché d’une tyrannie de la pensée dont la sage-femme devenue folle était déguisée en antiraciste diplômée. Valeurs Actuelles en a fait les frais en osant voiler Marianne pour défendre la laïcité républicaine contre les menées islamistes et Pascal Bruckner comme Georges Bensoussan payeront peut-être le prix pour des raisons voisines. Silence dans les rangs de la gauche paraît-il démocratique. Mais aujourd’hui vient d’éclater une tout autre affaire dans laquelle, au contraire, le racisme comme l’antisémitisme n’ont rien d’imaginaire. Et je prends le pari, qu’ici, précisément, les organisations prétendument antiracistes resteront aux abris. La vedette s’appelle Mehdi Meklat, hier encore il était la coqueluche de la famille islamo-gauchiste et de tous ses compagnons de chambrée. Dans le numéro du 1er février des Inrockuptibles il partageait la une avec l’icône Taubira. Il collaborait aussi avec le Bondy Blog, très engagé dans le combat actuel contre les policiers considérés uniment comme des tortionnaires racistes. Il était encore récemment chroniqueur de la radio active de service public France Inter. Oui mais voilà, patatras, on a retrouvé parmi les milliers de tweets qu’il n’a pas réussi à effacer des gazouillis racistes du dernier cri strident. Échantillons choisis : “je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie hebdo”. “Sarkozy = la synagogue = les juifs = Shalom = oui, mon fils = l’argent”, “Faites entrer Hitler pour tuer les juifs”, “j’ai gagné 20 $ au PMU, je ne les ai pas rejoués parce que je suis un juif”, “les Blancs vous devez mourir asap” etc. Avec une touchante spontanéité, à présent qu’ils ont été découverts, voici ce que notre Mehdi a tweeté samedi dernier : “je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes”. Bah voyons, certains datent de 2012, autant dire le déluge. J’en connais qui vont fouiller les poubelles du père Le Pen, d’autres qui reprochent à un ancien conseiller de Sarkozy d’avoir dirigé Minute il y a 30 ans, mais dans notre cas, certains plaident déjà l’Antiquité… Gilles-William Goldnadel
Mehdi Meklat, 24 ans, était jusqu’ici connu pour son ton décalé. Du Bondy Blog, à France Inter en passant par Arte, le chroniqueur, journaliste et auteur, s’est taillé, avec son compère Badrou (« les Kids », époque France Inter) une réputation de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant garde d’une nouvelle génération venue de banlieue » écrivaient encore Les Inrocks le 1er février. Sauf qu’entre temps, des internautes ont exhumé des tweets de Meklat : injures antisémites, homophobes, racistes, misogynes. Un florilège qui provoque la sidération. De son côte, le jeune homme s’excuse, dépublie, et assure qu’il s’agissait « de questionner la notion d’excès et de provocation » à travers un « personnage fictif ». Faire mentir les stéréotypes sur les-jeunes-de-banlieue. Sans rien renier de soi. Depuis ses débuts au Bondy Blog en 2008, c’est ce que Mehdi Meklat tente de faire, au gré d’une exposition médiatique précoce. A 24 ans désormais, après avoir fait ses premiers pas de journaliste au Bondy Blog à 16 ans, puis tenu chronique pendant six ans chez France Inter en duo avec son ami Badrou (« les Kids »), Meklat le touche à tout (réalisateur, blogueur, reporter) est en promo pour un second livre. Mehdi et Badrou « l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue qui compte bien faire entendre sa voix » écrivaient les Inrocks qui leur consacraient une couverture le 1er février en compagnie de Christiane Taubira. Un binôme qui avait tapé dans l’œil de l’animatrice de France Inter Pascale Clark dès 2010, pour son ton « décalé », sa capacité à chroniquer avec autant d’acuité la vie de l’autre côté du périph (Meklat a grandi à Saint-Ouen, Badrou à la Courneuve) que le tout venant de l’actualité plus « médiatique ». Et voilà que depuis quelques jours, après son passage sur le plateau de l’émission la Grande Librairie (France 5) pour la promo de son second livre, le roman « Minute » (co-écrit avec Badrou), Meklat est dans l’œil du cyclone Twitter. Propulsé dans les sujets les plus discutés non pas pour la promotion de son nouvel ouvrage dédié à Adama Traoré. Mais pour des tweets, exhumés ces derniers jours par plusieurs internautes. Pas quelques tweets isolés. Mais des messages par dizaines, anciens (2012) et pour certains plus récents (2016) dans lesquels Meklat tape tous azimuts sur « les Français », « les juifs », « les homos », Alain Finkelkraut, Charlie Hebdo, les séropositifs, les « travelos »… La liste est longue, et les messages à même d’interpeller. Une prose en 140 signes qui tranche avec l’image de jeune talent à la plume « poétique » et acérée que Meklat s’était jusqu’ici taillée et qui lui a valu jusqu’à aujourd’hui des articles dithyrambiques dans la presse culturelle. Quelques heures auront suffit pour que, soient exhumés et massivement partagés des dizaines de messages issus de son compte twitter personnel @mehdi_meklat. (…) Parmi les premiers et les plus zélés chasseurs de tweets, la fachosphère s’est ruée sur l’occasion. Le blog d’extrême droite Fdesouche publie à tout-va plus d’une cinquantaine de messages de Meklat « journaliste homophobe et antisémite du Bondy blog ». Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard, trouve là prétexte à acculer la « gauchosphère sous son vrai visage », quand l’ex-porte parole de génération identitaire s’en donne, lui aussi, à coeur joie. Très vite rejoint dans cette avalanche d’indignation par Marion Maréchal Le Pen. Ce dimanche, la twitta-éditorialiste du Figaro Eugénie Bastié y allait aussi de ses commentaires en 140 signes, suivis d’un article corrosif, soulignant bien au passage que Meklat avait fondé il y a peu avec le journaliste Mouloud Achour (CliqueTV) les « éditions du grand Remplacement » qui ont lancé en juin dernier un magazine baptisé « Téléramadan ». Cette nouvelle revue annuelle qui entend parler d’islam de façon dépassionnée, avait su trouver un titre pied-de-nez déjà à même de faire bondir certains. Mais dans le cas des tweets de Meklat, de fait, la sidération dépasse de loin la sphère des militants de droite et d’extrême droite. D’autres aussi s’indignent : de simples twittos, mais aussi des journalistes, tels Françoise Laborde, Claude Askolovitch, des élus PS comme la ministre de la Famille Laurence Rossignol, ou encore la conseillère municipale Elodie Jauneau sans compter le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gille Clavreul. Ils interpellent les Inrocks qui ont placé Meklat en Une de leur numéro du 1er février au côté de Taubira. Ils apostrophent également les éditions du Seuil où Meklat vient de publier son ouvrage, et font part de leur stupéfaction. A l’image de l’auteur de bande dessinée, romancier et réalisateur, Joann Sfar qui s’étrangle : « Je découvre tout ça ce matin, il semble que c’est authentique. Je trouve ça inexcusable quand on se veut représentant de la jeunesse. » Face à l’avalanche de messages indignés, sommé de s’expliquer, samedi après-midi, Meklat se fend finalement de quatre tweets d’excuse et d’explication : « je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes », assure Meklat qui supprimera dans la foulée la totalité de ses tweets d’avant février 2017 (plus de 30 000). Surtout, il affirme que ces messages ne reflètent en rien sa pensée. Il ne nie pas en être l’auteur, mais assure qu’il s’agit de messages parodiques. « Jusqu’en 2015, sous le pseudo Marcelin Deschamps, j’incarnais un personnage honteux raciste antisémite misogyne homophobe sur Twitter ». Marcellin Deschamps ? Un « personnage fictif », assure-t-il par lequel il avait entrepris de « questionner la notion d’excès et de provocation ». Mais, il l’affirme : les propos de ce personnage « ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. » Sur Twitter, une fois troqué son pseudo contre son vrai patronyme, le jeune homme n’a pas supprimé ces anciens messages, apparaissant depuis sous son vrai nom Mehdi Meklat. Dans la foulée, ce samedi, l’animatrice radio Pascale Clark, ex chaperonne de Meklat à France Inter (2010-2015) a pris sa défense « Son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer », assure-t-elle sur Twitter avant de préciser dans un second message : « Les comiques font ça à longueur d’antenne et tout le monde applaudit ». Un peu facile de se cacher derrière un personnage fictif ? A la remarque de plusieurs internautes, le journaliste Claude Askolovitch tempère : « c’est même piteux. Mais cela ne change pas la nature de ses messages pourris – une énorme connerie, pas des appels au meurtre ». Si le journaliste ne cache pas son dégoût pour ces messages qu’il assimile à « des excréments verbaux », « des blagues absolument laides, impardonnables, perverses », « dans un jeu périlleux », il se refuse à y voir de « vraies prises de position ». Tout en tançant « un mec qui s’est cru assez malin pour twitter des immondices ». « Twitter des immondices », sous pseudo dans « un jeu périlleux » ? Yagg, le site de presse LGBT y avait vu davantage qu’un jeu. Le site avait bondi en mars 2014 quand Meklat écrivait sur Twitter : « Christophe Barbier a des enfants séropo ». Yagg le taxe alors d’ « humour sérophobe », « au goût douteux » (visant des personnes séropositives). Le site avait contacté Meklat pour qu’il s’en explique. Réponse de l’intéressé : « J’ai un pseudo sur Twitter, il ne faut pas faire d’amalgame entre mon personnage et moi-même ». Contacté par Yagg, il développait : « Je peux comprendre qu’on se sente insulté par mes tweets, car ils sont parfois extrêmes, provocants ou insultants, mais il ne faut pas en faire des tonnes(…) J’ai créé un personnage violent, provocant, méchant. Pourquoi? Je ne me l’explique pas à moi-même, alors je ne peux pas l’expliquer aux autres. Mais je ne suis pas du tout homophobe. » En octobre 2012, les Inrocks consacraient un portrait élogieux (comme beaucoup) aux gamins précoces Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, alias « les Kids » de France inter qui entamaient leur quatrième saison sur les ondes de la radio publique. « Un matin, ils partent avec leur micro enregistrer la plainte de la vallée de Florange abandonnée, le lendemain ils sont à l’Elysée et tapent la discute avec Michael Haeneke » écrivent les Inrocks qui dressent le portrait de deux « gamins « talentueux », de « vrais passe-murailles ». Comme beaucoup, l’hebdo s’enthousiasme de leur « reportages poétiques » et de leur « style unique ». Les Inrocks notent : « ils attirent les sympathies ». Quant à Meklat ? Au passage, l’hebdo raconte que c’est « le plus provoc » de deux. « Il faut le voir sur Twitter, vaguement caché derrière un pseudo depuis longtemps éventé : c’est une vraie terreur. Il se pose en métallo furieux, insulte à tout va, se moque de tout et de tous avec une férocité indécente » écrivent les Inrocks qui commentent : « Ça peut aller trop loin (France Inter lui a déjà demandé de retirer un tweet) mais la plupart du temps, c’est drôle à mourir. » Et Meklat d’expliquer déjà que sur le réseau social il « joue un personnage » : « Je ne suis attaché à rien, je n’ai de comptes à rendre à personne, j’ai la liberté de dire ce que je veux. C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout, je ne me mets pas de limite. » Trois ans plus tard. Octobre 2015. Les « Kids » de Pascale Clark ont grandi. Lorsque Le Monde les interviewe pour la sortie de leur premier livre, la journaliste s’attarde sur le cas Meklat. « Si doux et poli à la ville, Mehdi s’est inventé sur Twitter un double diabolique, qui insulte à tout-va », écrit Le Monde. Meklat commente alors : « Tout est trop convenu, on n’ose plus s’énerver. L’idée de casser ça en étant méchant gratuitement me plaît ». En septembre 2016, dans un long article, la journaliste Marie-France Etchegoin revenait pour M le magazine du Monde sur le parcours et l’état d’esprit du tandem Mehdi-Badrou, « une nouvelle génération, à la fois cool et dure, investissant le champ de la culture plutôt que celui des partis politiques, et extrêmement engagée ». Engagée, brillante et convoitée. Comme l’explique M, le duo Mehdi-Badrou est sollicité de toutes parts, ces dernier temps. Ici pour pour un projet avec la Fondation Cartier, là pour écrire un dossier de presse pour un long-métrage avec Depardieu. Ou encore pour mettre en scène la pièce d’un auteur suédois. Quant à leur magazine Téléramadan, la revue annuelle « des musulmans qui ne veulent plus s’excuser d’exister », la journaliste explique que « Pierre Bergé mais aussi Agnès b ont accepté de soutenir la revue ». Parfait. Seul bémol dans la success story, observe la journaliste : « Les bonnes fées qui accompagnent les deux garçons depuis l’adolescence observent leur évolution, avec parfois une pointe d’inquiétude, qui n’empêche ni bienveillance ni compréhension. » Concrètement ? Il est question notamment de Meklat et de son usage de Twitter. « Un troll déchaîné qui déconne et dézingue à tout-va. «Giclez-lui sa mère», «On s’en bat les couilles», «Elle est pas morte, celle-là?» « , énumère la journaliste qui constate : « il se défoule sur des personnalités dont les manières ou les prises de position sur l’islam n’ont pas l’heur de lui plaire ». Certains parrains et autres bonnes fées, explique la journaliste, s’en soucient : « «Arrête ces Tweets! Tu n’es pas dans une cour de récréation!» Mouloud Achour le met en garde: «Les écrits restent, un jour on te les ressortira.». Quant à Mehdi, raconte la journaliste, il « se défend, la main sur le cœur: «Ce n’est pas moi, c’est un personnage que j’ai inventé», ne pouvant s’empêcher d’ajouter, comme dans un lapsus: «Mes Tweets sont des pulsions!» » Meklat et son avatar pulsionnel, une histoire qui ne date pas d’hier. Un double « je » qui ne semble pas géner Meklat, mais qui ne met pas tout le monde à l’aise. Ce dimanche, l’animateur de la Grande Librairie (France 5) François Busnel, qui avait invité Meklat cette semaine publie un communiqué pour prendre ses distances avec son invité. Busnel y affirme que si il avait eu connaissance de ces messages, il n’aurait pas invité le jeune homme dans son émission. Samedi, le Bondy Blog, pressé par une foule d’internautes de réagir, avait également publié un message sur Twitter , expliquant que « les tweets de Meklat n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ». Et le média de préciser : « Puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes, ou tout autre propos discriminatoires et stigmatisants, même sur le ton de l’humour ». Arrêt sur images
Des milliers de manifestants anti-Trump ont défilé à New York lundi et dans plusieurs villes américaines à l’occasion du « Presidents Day », un jour férié en l’honneur des présidents des Etats-Unis. Au cri de « Pas mon président! », quelque 10’000 manifestants  – selon une estimation officieuse de la police – de tous âges et toutes origines se sont rassemblés devant le Trump International Hotel de New York près de Central Park, pour exprimer une nouvelle fois leur opposition au milliardaire républicain un mois jour pour jour après son entrée en fonction.  Les activistes anti-Trump avaient appelé à détourner les célébrations du « Presidents Day » au profit d’un « Not My President Day » avec des rassemblements dans plusieurs villes, dont Los Angeles, Chicago, Atlanta et Washington. Par ailleurs, environ 7000 opposants à Donald Trump ont manifesté lundi aux abords du parlement britannique contre le projet de visite d’Etat du président américain à Londres. Cela au moment même où les députés débattaient du sujet. Une pétition demandant que sa visite ne soit pas « d’Etat » – ce qui pourrait mettre la reine dans l’embarras -, a recueilli 1,8 million de signatures. RTS info
Fuir Washington, le temps d’un week-end de trois jours. Donald Trump attendait impatiemment cette escapade en Floride, devant ses irréductibles supporteurs, fidèles de la première heure, qui se font si rares depuis un mois à Washington. Oublier le froid, le crachin pendant le discours d’investiture, ces médias «malhonnêtes», ces manifestants acrimonieux, les fuites des services secrets, la fronde de la Justice face à son décret sur l’immigration, celle du Congrès face à ses plans grandioses de mur à la frontière mexicaine, le limogeage à contrecœur du général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale, éclaboussé par la «Russian Connection», et les centaines de nominations gouvernementales en souffrance. Mais tout cela n’a que peu d’importance pour le «peuple de Trump». «Nous l’aimons et nous sommes venus le lui dire», s’exclame Sheila Gaylor, une résidente de Melbourne, où le président fait escale le temps d’un rassemblement populaire. Comme durant la campagne, lorsque l’adrénaline le poussait de l’avant. Cette ivresse s’est tarie, mais voici l’occasion de la ressusciter, grâce à un bain de foule régénérateur, et de remettre le tribun sur orbite, loin du «marigot» fédéral si difficile à «assécher». Dans le hangar 6 de l’aérodrome local, plusieurs milliers de Floridiens, blancs pour la plupart, se pressent pour apercevoir la tignasse blonde la plus célèbre du monde, et la silhouette élégante de sa femme, Melania. C’est ici, à Melbourne, en septembre 2016, que 15 000 supporteurs déchaînés ont offert au candidat républicain l’une de ses escales les plus mémorables. Peu importe que les opposants se fassent entendre au dehors, réclamant la destitution du président milliardaire.«Ils ne sont que quelques milliers, alors que nous sommes 50 000. Vous croyez que les médias malhonnêtes vont parler de quoi?» gronde une femme à crinière blonde, reprenant le discours officiel.Les pro-Trump ne sont en réalité que 9 000, selon la police de Melbourne sur Twitter, mais leur enthousiasme, débordant, est récompensé par un vrombissement dans le ciel: le Boeing présidentiel Air Force One surgit en rase-mottes, déclenchant les vivats. Le quadriréacteur s’immobilise dans le soleil couchant, et le couple présidentiel apparaît. Dans un tonnerre d’ovations, le chef de l’État s’empresse de révéler la raison de sa venue sur la Space Coast: «Je suis ici parce que je veux être parmi mes amis, et parmi le peuple. Je veux être au même endroit que des patriotes travailleurs qui aiment leur pays, qui saluent le drapeau et prient pour un avenir meilleur.» Ce même peuple qui l’a porté au pouvoir et continue de lui vouer une loyauté sans faille. Ce soutien est inestimable, et probablement fondamental: apprenant à naviguer dans l’air vicié de Washington, le milliardaire va devoir pérenniser sa base militante, surtout s’il compte briguer une réélection en 2020. C’est d’ailleurs son comité de soutien officiel, lancé le 20 janvier, qui finance l’événement du jour, annonciateur de raouts semblables à l’avenir. Bronzé et visiblement détendu, Donald Trump s’amuse avec la foule. Il recycle ses thèmes les plus populaires et désigne ses boucs émissaires habituels. (…) Un mot, un seul, à l’adresse des médias, une allusion (erronée) à «tous ces grands présidents, comme Thomas Jefferson, qui se sont souvent battus avec les médias, ont dénoncé leurs mensonges», et des centaines de poings rageurs se dressent vers la forêt de caméras. Que ses ouailles se rassurent: «La Maison-Blanche tourne comme sur des roulettes!» «CNN craint!» renchérit la foule en chœur. «Je peux vous parler directement, sans le filtre des fausses informations», poursuit Trump. (…) À l’applaudimètre, celui que «nous attendions depuis si longtemps», selon Claudia, une mère au foyer venue de Titusville, un rejeton assoupi dans les bras, ce «héros qui va se dresser», selon l’expression imprimée sur les badges d’accès, l’emporte en évoquant les emplois, le business, qui vont décoller sous son mandat, ces contrats militaires bons pour la région, et, surtout, ce «fichu islamisme radical que nous allons tenir à distance de notre pays». (…) «Il est vraiment formidable, il est comme nous, il parle comme nous, confient d’une seule voix Jake et Colleen, un couple de retraités débonnaire exhibant toute la panoplie du parfait petit supporteur, croisé dans la pénombre en bordure d’aérodrome, pour voir s’envoler le Boeing présidentiel. Il est en train de tenir toutes ses promesses, encore plus vite que prévu. Au-delà de toutes nos attentes!» Le Figaro
Thank you, President Barack Obama, for serving the country for the past eight years. (…) Thank you for the Iran deal. Before the deal, Iran was weeks from attaining nuclear bomb capability. Now the world has a decade before the mullahs have the capability of developing a bomb. (…) Thank you for killing Osama bin Laden. And for taking out al-Qaida’s senior leadership. And for stopping and reversing gains by ISIS. (…) Thank you for standing up to Vladimir Putin. You saw the expansionist, anti-democratic nature of Putin’s actions in Ukraine and quickly confronted him. Perhaps that opposition slowed what may have been an inevitable march through the Baltics. (….) Thank you for recognizing our Cuba embargo was a failed policy and that the time for change had come. Thank you for steering the country through the recession. Thank you for cutting unemployment in half. And for doing so in the face of Republican obstructionism on the kind of infrastructure bill that your successor now likely will get through. Thank you for doubling clean energy production. For recognizing that our dependence on fossil fuels can’t help but degrade our environment and hold us back from being competitive in the green energy future, and embolden corrupt and backward regimes from Venezuela to the Middle East to Russia. (…) Thank you for the Affordable Care Act. It has brought the security of health care to millions. It has saved lives. It has kept the rate of cost increases in premiums lower in the past eight years than they were in the previous eight years. It needs to be fixed — what doesn’t? — but only with better ideas, not worse ones. (…) Thank you for trying to get immigration reform through Congress, and for pursuing the policy known as Deferred Action for Childhood Arrivals, which let 5 million people already living and working here come out of the shadows. (…) Thank you for trying. You grappled with one great chaos after another, and sometimes you fell short. In Syria, you needed a smarter course of action. In Israeli-Palestinian peacemaking, you underestimated the need, early on, to deal with Israeli fears and Palestinian obstructionism. As for ending the Sudan embargo, the jury is out. (…) Thank you. Thank you for not embarrassing us, your family or yourself. Though your opponents and their friends at “Fox and Friends” tried to pin scandals to you, none could stick. In my lifetime, there has never been an administration so free from personal and professional moral stain. Thank you for the seriousness, dignity, grace, humor and cool you brought to the Oval Office. Thank you for being my president. Rob Eshman
I think it’s important not to dismiss the president’s reply simply as dumb. We ought to assume that it’s darkly brilliant — if not in intention than certainly in effect. The president is responding to a claim of fact not by denying the fact, but by denying the claim that facts are supposed to have on an argument. He isn’t telling O’Reilly that he’s got his facts wrong. He’s saying that, as far as he is concerned, facts, as most people understand the term, don’t matter: That they are indistinguishable from, and interchangeable with, opinion; and that statements of fact needn’t have any purchase against a man who is either sufficiently powerful to ignore them or sufficiently shameless to deny them — or, in his case, both. (…) But the most interesting conversation is not about why Donald Trump lies. Many public figures lie, and he’s only a severe example of a common type. The interesting conversation concerns how we come to accept those lies. Nearly 25 years ago, Daniel Patrick Moynihan, the great scholar and Democratic Senator from New York, coined the phrase, “defining deviancy down.” His topic at the time was crime, and how American society had come to accept ever-increasing rates of violent crime as normal. “We have been re-defining deviancy so as to exempt much conduct previously stigmatized, and also quietly raising the ‘normal’ level in categories where behavior is now abnormal by any earlier standard,” Moynihan wrote. You can point to all sorts of ways in which this redefinition of deviancy has also been the story of our politics over the past 30 years, a story with a fully bipartisan set of villains. I personally think we crossed a rubicon in the Clinton years, when three things happened: we decided that some types of presidential lies didn’t matter; we concluded that “character” was an over-rated consideration when it came to judging a president; and we allowed the lines between political culture and celebrity culture to become hopelessly blurred. But whatever else one might say about President Clinton, what we have now is the crack-cocaine version of that. If a public figure tells a whopping lie once in his life, it’ll haunt him into his grave. If he lies morning, noon and night, it will become almost impossible to remember any one particular lie. Outrage will fall victim to its own ubiquity. It’s the same truth contained in Stalin’s famous remark that the death of one man is a tragedy but the death of a million is a statistic. One of the most interesting phenomena during the presidential campaign was waiting for Trump to say that one thing that would surely break the back of his candidacy. Would it be his slander against Mexican immigrants? Or his slur about John McCain’s record as a POW? Or his lie about New Jersey Muslims celebrating 9/11? Or his attacks on Megyn Kelly, on a disabled New York Times reporter, on a Mexican-American judge? Would it be him tweeting quotations from Benito Mussolini, or his sly overtures to David Duke and the alt-right? Would it be his unwavering praise of Vladimir Putin? Would it be his refusal to release his tax returns, or the sham that seems to been perpetrated on the saps who signed up for his Trump U courses? Would it be the tape of him with Billy Bush? None of this made the slightest difference. On the contrary, it helped him. Some people became desensitized by the never-ending assaults on what was once quaintly known as “human decency.” Others seemed to positively admire the comments as refreshing examples of personal authenticity and political incorrectness. (…) Donald Trump’s was the greatest political strip-tease act in U.S. political history: the dirtier he got, the more skin he showed, the more his core supporters liked it. Abraham Lincoln, in his first inaugural address, called on Americans to summon “the better angels of our nature.” Donald Trump’s candidacy, and so far his presidency, has been Lincoln’s exhortation in reverse. Bret Stephens
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
To me, the “Legacy of Obama” can be explained in one word: Trump. Hallie Lerman
Once hailed as a political genius, Obama’s radicalism led his party into disarray, and repeated electoral disaster, with some 1000 national and state legislative seats and many Governorships lost during his tenure. Ungenerous to his political opponents, he ultimately was quite uncaring about his own political party too. The black community faired quite economically poorly during his two terms. And, abandoning his roots, Barack Obama has sadly accepted no accountability for the years-long murder wave gripping Chi-town. Barack Hussein Obama chose purposefully to assail American allies abroad, befriend tyrannies, abandon dissidents and victims abroad, and attack traditional Americans and economic growth at home. He was also never a truth teller about Islamic Jihad and the challenge of radical Islam’s assaults on Americans within our own borders. His legacy is to have made America less safe and sovereign, less prosperous and entrepreneurial, and less united than the promised hope and change campaign of 2008. Larry Greenfield
Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme. Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis… La liste est sans fin. (…) Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine (…) « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia. (…) Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. (…) Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger. Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay. Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014. (…) Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. (…) L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. (…) Mais (…) le système montre-t-il ses limites puisque (…) il comprend (…) trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé. (…) En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. (…) Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles. En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ». Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. (…) Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais. « Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee. La Libre Belgique

Attention: un monstre peut en cacher un autre !

En ce Washington’s Day devenu Presidents’ Day

Et, si l’on en croit nos valeureux journalistes,  Not my Presidents’ Day

Pendant qu’en Floride la part maudite de l’Amérique encensait son élu …

Dont on se souvient la part qu’avait pu avoir dans sa décision de briguer la Maison Blanche …

L’humiliation qu’il avait reçue de son prédecesseur il y a six ans lors d’un tristement fameux dîner annuel des correspondants …

Et qu’en France nos propres juges comme nos médias montrent le vrai prix, selon la tête du client, qu’ils attachent à la vérité

Comment ne pas voir …

Par l’un de ces effets de balancier dont l’histoire est friande …

La radicalité encouragée par la trop grande adulation et indulgence de toute une presse et finalement tant d’entre nous

D’un certain Dr. Frankenstein dont l’actuel président américain ne serait au bout du compte que la créature ?

Voir aussi:

Le bilan Obama
Barack Obama, le président dont on attendait trop
Maria Udrescu
La Libre Belgique
2016

Le Président n’a pas pu sortir de baguette magique pour laisser derrière lui une Amérique idéale.

Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme.

Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis…

La liste est sans fin. Et huit ans plus tard, d’aucuns applaudissent les réussites du Démocrate malgré un contexte hostile – un Congrès aux mains des Républicains – et une situation dramatique héritée de son prédécesseur. D’autres s’étonnent de voir que ce Président, qui aura suscité un enthousiasme quasi messianique, n’ait pas sorti sa baguette magique pour laisser derrière lui une Amérique idéale, ou même pour tenir toutes ses promesses de campagne.

La désillusion des minorités

Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine, même si Barack Obama, né d’un père kenyan, ne s’est jamais présenté comme un « président des Noirs ». « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia.

En 2014, des vagues de protestation ont secoué la ville de Ferguson après la mort de Michael Brown, un Afro-Américain tué par un policier blanc. Un an plus tôt, le « Black Lives Matter » naissait dans la foulée de l’acquittement de George Zimmerman, policier ayant abattu Trayvon Martin, un jeune Noir. Barack Obama avait alors célèbrement déclaré : « Trayvon Martin, ça aurait pu être moi il y a trente-cinq ans »

Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. « Le ‘Black Lives Matter’ rappelle enfin que des problèmes liés à l’héritage de discrimination raciale existent encore aux Etats-Unis, comme dans la justice ou la distribution des richesses », explique William Howell, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago. Mais, « Barack Obama a été réticent à prendre des mesures qui affectent uniquement les Afro-Américains, au risque de voir les électeurs blancs l’accuser de se charger uniquement de ‘ses gens’ », observe Seth McKee, de la Texas Tech University. Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger.

Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay.

Une croissance florissante, mais inégale

Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014.

Barack Obama peut néanmoins rétorquer que c’est le bien-être économique de tout un pays qu’il a dû relever, à la sueur de son front. En effet, »personne ne peut dire, objectivement, que l’économie est dans un pire état aujourd’hui que lorsqu’Obama est devenu président. En 2008, le taux de chômage présentait deux chiffres, la Bourse était en chute libre, les banques fermaient, c’était un chaos total », rappelle M. Howell. Aujourd’hui, l’Amérique s’est remise de la grande récession de 2008, présentant un taux de chômage de 5 %, une croissance de 2,4 % et une Bourse au plus haut. Pendant ses mandats, l’Amérique a créé près de 16 millions d’emplois et le rachat de General Motors et Chrysler en a sauvé 3 millions.

Peut-être aurait-il pu faire plus. « Mais gardez à l’esprit qu’il a dû faire avec un Congrès qui ne voulait lui accorder aucune victoire », rappelle M. Howell. A défaut de convaincre les Républicains de relever le salaire minimum bloqué à 7,25 dollars de l’heure, le Président a dû se résoudre à le faire par décret pour les employés des sociétés privées au service de l’Etat.

Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. Mais ce phénomène est en grande partie dû aux dépenses liées au paiement des retraites et, surtout, à la santé.

L’Obamacare, légendaire, mais sur la sellette

L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. Honni des Républicains et traîné par trois fois devant la Cour suprême, l’Obamacare a malgré tout accordé une couverture médicale à près de 20 millions de personnes. « La réforme a aussi interdit aux compagnies d’assurances de refuser de couvrir une personne en raison de son état de santé et relevé l’âge en dessous duquel les enfants peuvent être couverts par l’assurance de leurs parents. Mais est-ce tout ce dont Obama a rêvé ? Sûrement pas. Est-ce que ça a résolu la crise des soins de santé aux Etats-Unis ? Sûrement pas », analyse M. Howell.

Tout d’abord parce que la Cour suprême a donné, en 2012, le choix aux Etats d’adopter ou non Medicaid, assurance santé destinée aux Américains les plus pauvres. Aussi, le système montre-t-il ses limites puisque « l’amende infligée à ceux qui n’y participent pas n’est pas suffisamment élevée (1 % du salaire brut la première année et en augmentation les années suivantes, NdlR). Il comprend donc trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé.

De façon générale, selon Seth McKee, « l’‘Affordable Care Act’ est une législation polarisante. Mais c’est une réforme massive telle qu’on n’en a plus vu depuis le président Johnson, dans les années 60 ».

Un Président engagé contre le réchauffement climatique

Le locataire de la Maison-Blanche s’était aussi lancé le défi de convaincre les Etats-Unis de mieux préserver la planète. En juin 2008, Obama s’exclamait : « Nous pourrons nous souvenir de ce jour et dire à nos enfants qu’alors la montée des océans a commencé à ralentir et la planète à guérir ».

Huit ans plus tard, les Américains sont loin d’avoir adopté un esprit vert, malgré des signes alarmants tels que la sécheresse en Californie ou les inondations en Louisiane. La majorité des tentatives du chef d’Etat pour limiter la pollution – comme son projet de loi plafonnant les émissions de carbone – ont été torpillées par les Républicains.

Mais Barack Obama n’en est pas au point de décoller son étiquette de « green president ». Ainsi, le « New York Times » l’a-t-il surnommé le « monument maker », soulignant que le Démocrate a créé 23 espaces protégés et la plus grande réserve naturelle marine au monde. Il a été le premier chef d’Etat américain à se rendre en Alaska pour y mettre en relief les effets du changement climatique, même si, peu après sa visite, il décida maladroitement d’autoriser Shell à forer dans la mer des Tchouktches. En novembre 2015, il a mis son veto à l’oléoduc Keystone, qui devait relier le Canada au golfe du Mexique. « Last but not least », le président américain a convaincu Pékin de s’engager à ses côtés pour permettre aux négociations climatiques d’aboutir à Paris.

Une diplomatie tantôt gauche, tantôt fructueuse

La politique internationale est d’ailleurs le domaine où Barack Obama a accumulé le plus de victoires… et d’échecs. Ni messianique ni indifférent, le Démocrate dit être un « réaliste », prêt à faire la balance entre les intérêts des Etats-Unis et ceux de ses alliés. Lorsqu’il prend place derrière le Bureau ovale, l’Amérique a mauvaise presse. Le pays avait sorti le plus grand mensonge de l’histoire de l’espionnage pour envahir l’Irak et était en passe de perdre une guerre en Afghanistan.

Les premiers pas du leader américain sur la scène internationale sont prometteurs. Quelques mois après son investiture, il prononce le discours du Caire visant à améliorer les relations entre Washington et le monde musulman. Mais entre une Amérique plus modeste, recentrée sur ses défis nationaux, et un interventionnisme militaire digne de la plus grande puissance mondiale, son cœur balance.

En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. Barack Obama avait pourtant promis de tourner la page des années George W. Bush. Et l’exécution d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al Qaïda, devait y mettre le point final. Mais le printemps arabe lui force la main et rappelle les Etats-Unis au Proche-Orient. Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles.

En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ».

Le dirigeant américain ne manque pas pour autant de faire honneur à son prix Nobel. Le 10 décembre 2013, il échange une poignée de main historique avec le dirigeant cubain Raúl Castro. C’est le début du dégel des relations entre les deux pays, après plus d’un demi-siècle d’animosités et de sanctions économiques. Autre grand succès diplomatique de l’ancien sénateur : l’accord sur le nucléaire iranien, que les Républicains n’ont pas réussi à bloquer.

Ces derniers parviendront par contre à tuer dans l’œuf un autre de ses projets : la fermeture de Guantanamo. S’il ne reste plus que 61 prisonniers dans le centre ouvert à Cuba en 2002, Barack Obama aura échoué à verrouiller définitivement les portes de ce site.

Une Amérique divisée

Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. La droite ne pouvait avaler sa double défaite face à un Démocrate, noir et fils d’un immigré musulman, qui plus est. Le cœur du Parti républicain a presque fait de la dénonciation du Président son seul programme politique. « De façon générale, pour toute une partie de l’Amérique, avoir un Président afro-américain, issu des grandes universités de la côte Est, qui est ouvert sur le monde et prône le multiculturalisme et la tolérance vis-à-vis de l’islam, c’est insupportable », observe Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

De son côté, Barack Obama a voulu effacer ce qui avait fait de lui l’homme providentiel, symbole d’une nouvelle ère, pour apparaître comme un « président normal ». Aussi, « il n’a pas eu la motivation suffisante de travailler avec le Congrès, raison pour laquelle il ne s’est pas donné les moyens de le faire. Il a presque abandonné avant même d’essayer », estime Seth McKee. Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais.

« Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee.

« Barack Obama ne figurera pas sur la liste des grands présidents américains, réservée à ceux qui étaient en fonction pendant les grandes guerres », estime M. Shapiro. « Mais plutôt sur celle des bons présidents, aux côtés de Truman, Reagan ou encore Jefferson. Parce qu’il a engrangé beaucoup de réussites, parce qu’il a fait face à de grands défis économiques et militaires, et parce qu’il est le premier Président noir des Etats-Unis. »

Voir aussi:

A legacy of O
Larry Greenfield
JTA
Jan 17, 2017

When he ran for President, Barack Obama promoted “we are not red states or blue states, but the United States.” He didn’t mean it.

Radicalized by his prolific communist mentor Frank Marshall Davis, Barry (Soetero) enjoyed his pot-smoking “choom gang” in high school, and then regularly attended socialist conferences while in college.

He became a community organizer in Chicago and close friend of the radical Rev. Jeremiah Wright, and the domestic terrorist Bill Ayers, his philosophical and political influencers. Obama’s “Dreams from My Father” were calculations against the American Dream.

As Presidential candidate in 2008, Senator Obama declared the cumulative national debt, at 8 Trillion dollars, “unpatriotic.” But his unprecedented generational assault on America’s children has now resulted in a staggering debt of 20 Trillion dollars, and all-time high levels of government dependency in “food stamp nation”.

For that bill, taxpayers could have easily covered all the medical care of the uninsured without imposing the Obamacare disaster. But the Affordable Care Act was never about affordability, access, reducing health care costs, or keeping your insurance or your doctor.  It was always about federal control and a path to socialized health care through an eventual single-payer system.

Obama’s legacy therefore is a decline of consumer choice and health care competition, with providers and doctors walking away, and middle class Americans shocked at their skyrocketing insurance premiums and extremely high insurance deductibles.

Since 1790, the annual average domestic economic growth rate in our nation is just under 4%. Having never worked in the private sector, Barack Obama has presided over the poorest-ever 8 year national economic performance, a mere 1.5% annual growth.

Declaring “I won”, President Obama promoted an extreme and often petty partisanship, incessantly castigating, and never compromising with Congress.

He demoralized entrepreneurs (“you didn’t build that”), demonized the “bitter clingers” to their guns and religion, opposed domestic energy production (Keystone pipeline) and ridiculed doctors “seeking profit”.

A former adjunct law professor, Obama’s executive over-reach was repeatedly repudiated by the Courts.

Mr. Obama promised transparency, but his administration produced a stunning collection of scandals:

Fast & Furious gun running to Mexican drug lords, the IRS assault on Conservatives, the targeting of James Rosen and AP reporters, released GITMO terrorists returning to battle, the Benghazi failure to anticipate, protect, defend, or admit the truth about the planned 9/11 anniversary assault on U.S. assets, Healthcare Insurance Fraud, the woeful Bo Berghdahl trade, Auto Dealergate, the DOJ Black Panther whitewash, the NEA Art scandal, the Sestak affair, Inspector General Gerald Walpin’s firing, the mis-spending of Stimulus Funds , the DOJ propaganda unit, Solyndra, the Attorney General held in contempt of Congress, and massive failures at the Veterans Administration, the CDC, and the Secret Service.  The list goes on and on.

As Commander in Chief, Mr. Obama, absent any national security experience or credentials, called our troops “corpsemen” and oversaw significant declines in military preparedness and troops, tanks, planes, and warship levels.

His human rights record is a disaster — diffidence about assaults on Christians, and Yazidi and Nigerian girls sold into slavery without rescue, and unforgivable decisions to side against dissidents from Tehran to Eastern Europe.  Mr. Obama took the wrong side in Honduras and Egypt (Moslem Brotherhood), and sought to appease and empower the Castro regime in Cuba and the Mullah tyranny in Iran.  He didn’t extract concessions; he conceded, over and over, to our enemies.

The Russian re-set was an historic blunder (“Tell Vladimir I’ll have more flexibility after I’m re-elected”) and Obama failed to retaliate against Chinese cyber hacking, a lesson Russians must have learned.

The Nobel Peace Prize winner managed a tripling of US combat deaths in Afghanistan over his predecessor, and his most unfortunate withdrawal of all U.S. troops from Iraq, which VP Biden had declared stable, helped to unleash the barbarism of ISIS (“a JV Team”, “contained”).

Secretaries of State Clinton and Kerry exhibited remarkable ineffectiveness in promoting stability in the Middle East, encouraging Palestinian irredentism and resulting in failed states in Libya and Yemen.

UN Ambassador Samantha Power who literally wrote the book on R2P, the “responsibility to protect” against genocide, failed her mission. Responsibility was abandoned to beg favor with the Iranians, who received not further sanction but billions of American dollars and a green light to continue regional domination and terror, support of Assad in Syria, and threats against Israel.

Most egregiously, President Obama failed to enforce his own red line in Syria or even create no fly zones, after the Assad regime used chemical weapons. There is no more Syrian state, 500,000 are dead, and millions of refugees are flooding into Europe, destabilizing the West.  History will judge this administration harshly.

The Obama Doctrine (“offend friends and hug thugs”) was perhaps most calculated to undermine Bibi Netanyahu, (including Obama sending his political team and U.S. taxpayer funds to influence the Israeli elections).  Seeking “daylight” between special allies, Mr. Obama used every opportunity to destroy the bi-partisan tradition of U.S. diplomatic and political support for the Jewish state.  During the Iran Deal debate, Mr. Obama sank to new lows, castigating opponents (the majority in Congress and in public opinion) as dual loyalists.

Once hailed as a political genius, Obama’s radicalism led his party into disarray, and repeated electoral disaster, with some 1000 national and state legislative seats and many Governorships lost during his tenure. Ungenerous to his political opponents, he ultimately was quite uncaring about his own political party too.

The black community faired quite economically poorly during his two terms.  And, abandoning his roots, Barack Obama has sadly accepted no accountability for the years-long murder wave gripping Chi-town.

Barack Hussein Obama chose purposefully to assail American allies abroad, befriend tyrannies, abandon dissidents and victims abroad, and attack traditional Americans and economic growth at home.

He was also never a truth teller about Islamic Jihad and the challenge of radical Islam’s assaults on Americans within our own borders.

His legacy is to have made America less safe and sovereign, less prosperous and entrepreneurial, and less united than the promised hope and change campaign of 2008.


Larry Greenfield has served as executive director of the Reagan Legacy Foundation, the Jewish Institute for National Security Affairs, and the Republican Jewish Coalition of California. He is long associated with the Claremont Institute for the Study of Statesmanship & Political Philosophy.

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Thank you, Obama

Thank you, President Barack Obama, for serving the country for the past eight years.

Thank you, Obama, for not moving the American embassy in Tel Aviv to Jerusalem. You were wise enough to follow the lead of your Democratic and Republican predecessors and realize the chaos such a move could cause would not be worth the cost. There is no doubt the embassy should be in Jerusalem. There is no question that Jerusalem is the eternal and contemporary capital of Israel. But thank you for knowing that not every right must be claimed at any cost.

Thank you for protecting Israel when and where it mattered most: with off-budget millions for Iron Dome, for standing up for Israel’s right to defend itself in the Gaza war, for a record-setting $38 billion in aid.

Thank you for declaring as eloquently as any president ever has, and in as many international forums as possible, the value and justice of a Jewish state. Thank you for trying to protect that state from pursuing policies that will endanger its own existence.

Thank you for the Iran deal. Before the deal, Iran was weeks from attaining nuclear bomb capability. Now the world has a decade before the mullahs have the capability of developing a bomb. You tackled a problem that only had gotten worse under previous American and Israeli leaders. Despite fierce opposition, you found a solution that even those Israelis who hated it have grown to see as beneficial.

Thank you for killing Osama bin Laden. And for taking out al-Qaida’s senior leadership. And for stopping and reversing gains by ISIS. You know who’s really happy to see you go? Abu Bakr al-Baghdadi.

Thank you for standing up to Vladimir Putin. You saw the expansionist, anti-democratic nature of Putin’s actions in Ukraine and quickly confronted him. Perhaps that opposition slowed what may have been an inevitable march through the Baltics. There is nothing wrong with having positive relations with Russia, but “positive” cannot mean giving the Putin regime a pass.

Thank you for recognizing our Cuba embargo was a failed policy and that the time for change had come.

Thank you for steering the country through the recession. Thank you for cutting unemployment in half. And for doing so in the face of Republican obstructionism on the kind of infrastructure bill that your successor now likely will get through.

Thank you for doubling clean energy production. For recognizing that our dependence on fossil fuels can’t help but degrade our environment and hold us back from being competitive in the green energy future, and embolden corrupt and backward regimes from Venezuela to the Middle East to Russia.

Thank you for saving the American auto industry. You revived General Motors with $50 billion in loans, saving 1.2 million jobs and creating $35 billion in tax revenue so far. Have you checked out GM’s Chevy Bolt? All electric, 240 miles per charge, drives like a rocket and made in Detroit. They should call it the “Obamacar.”

Thank you for the Paris Agreement to address climate change. Thank you for throwing America’s lot in with the rest of the planet.

Thank you for the Affordable Care Act. It has brought the security of health care to millions. It has saved lives. It has kept the rate of cost increases in premiums lower in the past eight years than they were in the previous eight years. It needs to be fixed — what doesn’t? — but only with better ideas, not worse ones.

Thank you for Merrick Garland. It was a great idea while it lasted.

Thank you for trying to get immigration reform through Congress, and for pursuing the policy known as Deferred Action for Childhood Arrivals, which let 5 million people already living and working here come out of the shadows.

Thanks for Michelle. Not just her brains and biceps, but her choice of causes. Your wife saw all the good the food movement had accomplished from the grass roots up and planted it squarely in the front yard of the White House, where it would grow even more from the top down.

Thank you for trying. You grappled with one great chaos after another, and sometimes you fell short. In Syria, you needed a smarter course of action. In Israeli-Palestinian peacemaking, you underestimated the need, early on, to deal with Israeli fears and Palestinian obstructionism. As for ending the Sudan embargo, the jury is out. Stateside, your administration should have put some of the bad guys of the recession behind bars and found fixes that better addressed the wealth gap.

Time will reveal more blemishes — and heal some of the scars. But in the meantime:

Thank you. Thank you for not embarrassing us, your family or yourself. Though your opponents and their friends at “Fox and Friends” tried to pin scandals to you, none could stick. In my lifetime, there has never been an administration so free from personal and professional moral stain.

Thank you for the seriousness, dignity, grace, humor and cool you brought to the Oval Office. Thank you for being my president.


ROB ESHMAN is publisher and editor-in-chief of TRIBE Media Corp./Jewish Journal. Email him at robe@jewishjournal.com. You can follow him on Instagram and Twitter @foodaism and @RobEshman.

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Media
Bret Stephens
Time
Feb 18, 2017

Bret Stephens writes the foreign-affairs column of the Wall Street Journal, for which he won the 2013 Pulitzer Prize for commentary.

Bret Stephens delivered the Daniel Pearl Memorial Lecture this week at the University of California, Los Angeles. Read the full text of his remarks below:

I’m profoundly honored to have this opportunity to celebrate the legacy of Danny Pearl, my colleague at The Wall Street Journal.

My topic this evening is intellectual integrity in the age of Donald Trump. I suspect this is a theme that would have resonated with Danny.

When you work at The Wall Street Journal, the coins of the realm are truth and trust — the latter flowing exclusively from the former. When you read a story in the Journal, you do so with the assurance that immense reportorial and editorial effort has been expended to ensure that what you read is factual.

Not probably factual. Not partially factual. Not alternatively factual. I mean fundamentally, comprehensively and exclusively factual. And therefore trustworthy.

This is how we operate. This is how Danny operated. This is how he died, losing his life in an effort to nail down a story.

In the 15 years since Danny’s death, the list of murdered journalists has grown long.

Paul Klebnikov and Anna Politkovskaya in Russia.

Zahra Kazemi and Sattar Behesti in Iran.

Jim Foley and Steve Sotloff in Syria.

Five journalists in Turkey. Twenty-six in Mexico. More than 100 in Iraq.

When we honor Danny, we honor them, too.

We do more than that.

We honor the central idea of journalism — the conviction, as my old boss Peter Kann once said, “that facts are facts; that they are ascertainable through honest, open-minded and diligent reporting; that truth is attainable by laying fact upon fact, much like the construction of a cathedral; and that truth is not merely in the eye of the beholder.”

And we honor the responsibility to separate truth from falsehood, which is never more important than when powerful people insist that falsehoods are truths, or that there is no such thing as truth to begin with.

So that’s the business we’re in: the business of journalism. Or, as the 45th president of the United States likes to call us, the “disgusting and corrupt media.”

Some of you may have noticed that we’re living through a period in which the executive branch of government is engaged in a systematic effort to create a climate of opinion against the news business.

The President routinely describes reporting he dislikes as FAKE NEWS. The Administration calls the press “the opposition party,” ridicules news organizations it doesn’t like as business failures, and calls for journalists to be fired. Mr. Trump has called for rewriting libel laws in order to more easily sue the press.

This isn’t unprecedented in U.S. history, though you might have to go back to the Administration of John Adams to see something quite like it. And so far the rhetorical salvos haven’t been matched by legal or regulatory action. Maybe they never will be.

But the question of what Mr. Trump might yet do by political methods against the media matters a great deal less than what he is attempting to do by ideological and philosophical methods.

Ideologically, the president is trying to depose so-called mainstream media in favor of the media he likes — Breitbart News and the rest. Another way of making this point is to say that he’s trying to substitute news for propaganda, information for boosterism.

His objection to, say, the New York Times, isn’t that there’s a liberal bias in the paper that gets in the way of its objectivity, which I think would be a fair criticism. His objection is to objectivity itself. He’s perfectly happy for the media to be disgusting and corrupt — so long as it’s on his side.

But again, that’s not all the president is doing.

Consider this recent exchange he had with Bill O’Reilly. O’Reilly asks:

Is there any validity to the criticism of you that you say things that you can’t back up factually, and as the President you say there are three million illegal aliens who voted and you don’t have the data to back that up, some people are going to say that it’s irresponsible for the President to say that.

To which the president replies:

Many people have come out and said I’m right.

Now many people also say Jim Morrison faked his own death. Many people say Barack Obama was born in Kenya. “Many people say” is what’s known as an argumentum ad populum. If we were a nation of logicians, we would dismiss the argument as dumb.

We are not a nation of logicians.

I think it’s important not to dismiss the president’s reply simply as dumb. We ought to assume that it’s darkly brilliant — if not in intention than certainly in effect. The president is responding to a claim of fact not by denying the fact, but by denying the claim that facts are supposed to have on an argument.

He isn’t telling O’Reilly that he’s got his facts wrong. He’s saying that, as far as he is concerned, facts, as most people understand the term, don’t matter: That they are indistinguishable from, and interchangeable with, opinion; and that statements of fact needn’t have any purchase against a man who is either sufficiently powerful to ignore them or sufficiently shameless to deny them — or, in his case, both.

If some of you in this room are students of political philosophy, you know where this argument originates. This is a version of Thrasymachus’s argument in Plato’s Republic that justice is the advantage of the stronger and that injustice “if it is on a large enough scale, is stronger, freer, and more masterly than justice.”

Substitute the words “truth” and “falsehood” for “justice” and “injustice,” and there you have the Trumpian view of the world. If I had to sum it up in a single sentence, it would be this: Truth is what you can get away with.

If you can sell condos by claiming your building is 90% occupied when it’s only 20% occupied, well, then—it’s 90% occupied. If you can convince a sufficient number of people that you really did win the popular vote, or that your inauguration crowds were the biggest—well then, what do the statistical data and aerial photographs matter?

Now, we could have some interesting conversations about why this is happening—and why it seems to be happening all of a sudden.

Today we have “dis-intermediating” technologies such as Twitter, which have cut out the media as the middleman between politicians and the public. Today, just 17% of adults aged 18-24 read a newspaper daily, down from 42% at the turn of the century. Today there are fewer than 33,000 full-time newsroom employees, a drop from 55,000 just 20 years ago.

When Trump attacks the news media, he’s kicking a wounded animal.

But the most interesting conversation is not about why Donald Trump lies. Many public figures lie, and he’s only a severe example of a common type.

The interesting conversation concerns how we come to accept those lies.

Nearly 25 years ago, Daniel Patrick Moynihan, the great scholar and Democratic Senator from New York, coined the phrase, “defining deviancy down.” His topic at the time was crime, and how American society had come to accept ever-increasing rates of violent crime as normal.

“We have been re-defining deviancy so as to exempt much conduct previously stigmatized, and also quietly raising the ‘normal’ level in categories where behavior is now abnormal by any earlier standard,” Moynihan wrote.

You can point to all sorts of ways in which this redefinition of deviancy has also been the story of our politics over the past 30 years, a story with a fully bipartisan set of villains.

I personally think we crossed a rubicon in the Clinton years, when three things happened: we decided that some types of presidential lies didn’t matter; we concluded that “character” was an over-rated consideration when it came to judging a president; and we allowed the lines between political culture and celebrity culture to become hopelessly blurred.

But whatever else one might say about President Clinton, what we have now is the crack-cocaine version of that.

If a public figure tells a whopping lie once in his life, it’ll haunt him into his grave. If he lies morning, noon and night, it will become almost impossible to remember any one particular lie. Outrage will fall victim to its own ubiquity. It’s the same truth contained in Stalin’s famous remark that the death of one man is a tragedy but the death of a million is a statistic.

One of the most interesting phenomena during the presidential campaign was waiting for Trump to say that one thing that would surely break the back of his candidacy.

Would it be his slander against Mexican immigrants? Or his slur about John McCain’s record as a POW? Or his lie about New Jersey Muslims celebrating 9/11? Or his attacks on Megyn Kelly, on a disabled New York Times reporter, on a Mexican-American judge? Would it be him tweeting quotations from Benito Mussolini, or his sly overtures to David Duke and the alt-right? Would it be his unwavering praise of Vladimir Putin? Would it be his refusal to release his tax returns, or the sham that seems to been perpetrated on the saps who signed up for his Trump U courses? Would it be the tape of him with Billy Bush?

None of this made the slightest difference. On the contrary, it helped him. Some people became desensitized by the never-ending assaults on what was once quaintly known as “human decency.” Others seemed to positively admire the comments as refreshing examples of personal authenticity and political incorrectness.

Shameless rhetoric will always find a receptive audience with shameless people. Donald Trump’s was the greatest political strip-tease act in U.S. political history: the dirtier he got, the more skin he showed, the more his core supporters liked it.

Abraham Lincoln, in his first inaugural address, called on Americans to summon “the better angels of our nature.” Donald Trump’s candidacy, and so far his presidency, has been Lincoln’s exhortation in reverse.

Here’s a simple truth about a politics of dishonesty, insult and scandal: It’s entertaining. Politics as we’ve had it for most of my life has, with just a few exceptions, been distant and dull.

Now it’s all we can talk about. If you like Trump, his presence in the White House is a daily extravaganza of sticking it to pompous elites and querulous reporters. If you hate Trump, you wake up every day with some fresh outrage to turn over in your head and text your friends about.

Whichever way, it’s exhilarating. Haven’t all of us noticed that everything feels speeded up, more vivid, more intense and consequential? One of the benefits of an alternative-facts administration is that fiction can take you anywhere.

Earlier today, at his press conference, the president claimed his administration is running like a “fine-tuned machine.” In actual fact, he just lost his Labor Secretary nominee, his National Security Adviser was forced out in disgrace, and the Intelligence Community is refusing to fully brief the president for fear he might compromise sources and methods.

But who cares? Since when in Washington has there been a presidential press conference like that? Since when has the denial of reality been taken to such a bald-faced extreme?

At some point, it becomes increasingly easy for people to mistake the reality of the performance for reality itself. If Trump can get through a press conference like that without showing a hint of embarrassment, remorse or misgiving—well, then, that becomes a new basis on which the president can now be judged.

To tell a lie is wrong. But to tell a lie with brass takes skill. Ultimately, Trump’s press conference will be judged not on some kind of Olympic point system, but on whether he “won”—which is to say, whether he brazened his way through it. And the answer to that is almost certainly yes.

So far, I’ve offered you three ideas about how it is that we have come to accept the president’s behavior.

The first is that we normalize it, simply by becoming inured to constant repetition of the same bad behavior.

The second is that at some level it excites and entertains us. By putting aside our usual moral filters—the ones that tell us that truth matters, that upright conduct matters, that things ought to be done in a certain way—we have been given tickets to a spectacle, in which all you want to do is watch.

And the third is that we adopt new metrics of judgment, in which politics becomes more about perceptions than performance—of how a given action is perceived as being perceived. If a reporter for the New York Times says that Trump’s press conference probably plays well in Peoria, then that increases the chances that it will play well in Peoria.

Let me add a fourth point here: our tendency to rationalize.

One of the more fascinating aspects of last year’s presidential campaign was the rise of a class of pundits I call the “TrumpXplainers.” For instance, Trump would give a speech or offer an answer in a debate that amounted to little more than a word jumble.

But rather than quote Trump, or point out that what he had said was grammatically and logically nonsensical, the TrumpXplainers would tell us what he had allegedly meant to say. They became our political semioticians, ascribing pattern and meaning to the rune-stones of Trump’s mind.

If Trump said he’d get Mexico to pay for his wall, you could count on someone to provide a complex tariff scheme to make good on the promise. If Trump said that we should not have gone into Iraq but that, once there, we should have “taken the oil,” we’d have a similarly high-flown explanation as to how we could engineer this theft.

A year ago, when he was trying to explain his idea of a foreign policy to the New York Times’s David Sanger, the reporter asked him whether it didn’t amount to a kind of “America First policy”—a reference to the isolationist and anti-Semitic America First Committee that tried to prevent U.S. entry into World War II. Trump clearly had never heard of the group, but he liked the phrase and made it his own. And that’s how we got the return of America First.

More recently, I came across this headline in the conservative Washington Times: “How Trump’s ‘disarray’ may be merely a strategy,” by Wesley Pruden, the paper’s former editor-in-chief. In his view, the president’s first disastrous month in office is, in fact, evidence of a refreshing openness to dissent, reminiscent of Washington and Lincoln’s cabinet of rivals. Sure.

Overall, the process is one in which explanation becomes rationalization, which in turn becomes justification. Trump says X. What he really means is Y. And while you might not like it, he’s giving voice to the angers and anxieties of Z. Who, by the way, you’re not allowed to question or criticize, because anxiety and anger are their own justifications these days.

Watching this process unfold has been particularly painful for me as a conservative columnist. I find myself in the awkward position of having recently become popular among some of my liberal peers—precisely because I haven’t changed my opinions about anything.

By contrast, I’ve become suddenly unpopular among some of my former fans on the right—again, because I’ve stuck to my views. It is almost amusing to be accused of suffering from something called “Trump Derangement Syndrome” simply because I feel an obligation to raise my voice against, say, the president suggesting a moral equivalency between the U.S. and Vladimir Putin’s Russia.

The most painful aspect of this has been to watch people I previously considered thoughtful and principled conservatives give themselves over to a species of illiberal politics from which I once thought they were immune.

In his 1953 masterpiece, “The Captive Mind,” the Polish poet and dissident Czeslaw Milosz analyzed the psychological and intellectual pathways through which some of his former colleagues in Poland’s post-war Communist regime allowed themselves to be converted into ardent Stalinists. In none of the cases that Milosz analyzed was coercion the main reason for the conversion.

They wanted to believe. They were willing to adapt. They thought they could do more good from the inside. They convinced themselves that their former principles didn’t fit with the march of history, or that to hold fast to one’s beliefs was a sign of priggishness and pig-headedness. They felt that to reject the new order of things was to relegate themselves to irrelevance and oblivion. They mocked their former friends who refused to join the new order as morally vain reactionaries. They convinced themselves that, brutal and capricious as Stalinism might be, it couldn’t possibly be worse than the exploitative capitalism of the West.

I fear we are witnessing a similar process unfold among many conservative intellectuals on the right. It has been stunning to watch a movement that once believed in the benefits of free trade and free enterprise merrily give itself over to a champion of protectionism whose economic instincts recall the corporatism of 1930s Italy or 1950s Argentina. It is no less stunning to watch people who once mocked Obama for being too soft on Russia suddenly discover the virtues of Trump’s “pragmatism” on the subject.

And it is nothing short of amazing to watch the party of onetime moral majoritarians, who spent a decade fulminating about Bill Clinton’s sexual habits, suddenly find complete comfort with the idea that character and temperament are irrelevant qualifications for high office.

The mental pathways by which the new Trumpian conservatives have made their peace with their new political master aren’t so different from Milosz’s former colleagues.

There’s the same desperate desire for political influence; the same belief that Trump represents a historical force to which they ought to belong; the same willingness to bend or discard principles they once considered sacred; the same fear of seeming out-of-touch with the mood of the public; the same tendency to look the other way at comments or actions that they cannot possibly justify; the same belief that you do more good by joining than by opposing; the same Manichean belief that, if Hillary Clinton had been elected, the United States would have all-but ended as a country.

This is supposed to be the road of pragmatism, of turning lemons into lemonade. I would counter that it’s the road of ignominy, of hitching a ride with a drunk driver.

So, then, to the subject that brings me here today: Maintaining intellectual integrity in the age of Trump.

When Judea wrote me last summer to ask if I’d be this year’s speaker, I got my copy of Danny’s collected writings, “At Home in the World,” and began to read him all over again. It brought back to me the fact that, the reason we honor Danny’s memory isn’t that he’s a martyred journalist. It’s that he was a great journalist.

Let me show you what I mean. Here’s something Danny wrote in February 2001, almost exactly a year before his death, from the site of an earthquake disaster in the Indian town of Anjar.

What is India’s earthquake zone really like? It smells. It reeks. You can’t imagine the odor of several hundred bodies decaying for five days as search teams pick away at slabs of crumbled buildings in this town. Even if you’ve never smelled it before, the brain knows what it is, and orders you to get away. After a day, the nose gets stuffed up in self-defense. But the brain has registered the scent, and picks it up in innocent places: lip balm, sweet candy, stale breath, an airplane seat.

What stands out for me in this passage is that it shows that Danny was a writer who observed with all his senses. He saw. He listened. He smelled. He bore down. He reflected. He understood that what the reader had to know about Anjar wasn’t a collection of statistics; it was the visceral reality of a massive human tragedy. And he was able to express all this in language that was compact, unadorned, compelling and deeply true.

George Orwell wrote, “To see what is in front of one’s nose needs a constant struggle.” Danny saw what was in front of his nose.

We each have our obligations to see what’s in front of one’s nose, whether we’re reporters, columnists, or anything else. This is the essence of intellectual integrity.

Not to look around, or beyond, or away from the facts, but to look straight at them, to recognize and call them for what they are, nothing more or less. To see things as they are before we re-interpret them into what we’d like them to be. To believe in an epistemology that can distinguish between truth and falsity, facts and opinions, evidence and wishes. To defend habits of mind and institutions of society, above all a free press, which preserve that epistemology. To hold fast to a set of intellectual standards and moral convictions that won’t waver amid changes of political fashion or tides of unfavorable opinion. To speak the truth irrespective of what it means for our popularity or influence.

The legacy of Danny Pearl is that he died for this. We are being asked to do much less. We have no excuse not to do it.

Thank you.

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Trump retrouve «son» peuple, le temps d’un meeting en Floride

Maurin Picard

19/02/2017

VIDÉO – À Melbourne, le président américain s’est remis sur orbite le temps d’une escale devant des supporters de la première heure, soutien inestimable.

De notre envoyé spécial à Melbourne (Floride)

Fuir Washington, le temps d’un week-end de trois jours. Donald Trump attendait impatiemment cette escapade en Floride, devant ses irréductibles supporteurs, fidèles de la première heure, qui se font si rares depuis un mois à Washington. Oublier le froid, le crachin pendant le discours d’investiture, ces médias «malhonnêtes», ces manifestants acrimonieux, les fuites des services secrets, la fronde de la Justice face à son décret sur l’immigration, celle du Congrès face à ses plans grandioses de mur à la frontière mexicaine, le limogeage à contrecœur du général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale, éclaboussé par la «Russian Connection», et les centaines de nominations gouvernementales en souffrance.

Mais tout cela n’a que peu d’importance pour le «peuple de Trump». «Nous l’aimons et nous sommes venus le lui dire», s’exclame Sheila Gaylor, une résidente de Melbourne, où le président fait escale le temps d’un rassemblement populaire. Comme durant la campagne, lorsque l’adrénaline le poussait de l’avant. Cette ivresse s’est tarie, mais voici l’occasion de la ressusciter, grâce à un bain de foule régénérateur, et de remettre le tribun sur orbite, loin du «marigot» fédéral si difficile à «assécher».

Dans le hangar 6 de l’aérodrome local, plusieurs milliers de Floridiens, blancs pour la plupart, se pressent pour apercevoir la tignasse blonde la plus célèbre du monde, et la silhouette élégante de sa femme, Melania. C’est ici, à Melbourne, en septembre 2016, que 15 000 supporteurs déchaînés ont offert au candidat républicain l’une de ses escales les plus mémorables. Peu importe que les opposants se fassent entendre au dehors, réclamant la destitution du président milliardaire.«Ils ne sont que quelques milliers, alors que nous sommes 50 000. Vous croyez que les médias malhonnêtes vont parler de quoi?» gronde une femme à crinière blonde, reprenant le discours officiel.Les pro-Trumpne sont en réalité que 9 000, selon la police de Melbourne sur Twitter, mais leur enthousiasme, débordant, est récompensé par un vrombissement dans le ciel: le Boeing présidentiel Air Force One surgit en rase-mottes, déclenchant les vivats. Le quadriréacteur s’immobilise dans le soleil couchant, et le couple présidentiel apparaît. Dans un tonnerre d’ovations, le chef de l’État s’empresse de révéler la raison de sa venue sur la Space Coast: «Je suis ici parce que je veux être parmi mes amis, et parmi le peuple. Je veux être au même endroit que des patriotes travailleurs qui aiment leur pays, qui saluent le drapeau et prient pour un avenir meilleur.» Ce même peuple qui l’a porté au pouvoir et continue de lui vouer une loyauté sans faille. Ce soutien est inestimable, et probablement fondamental: apprenant à naviguer dans l’air vicié de Washington, le milliardaire va devoir pérenniser sa base militante, surtout s’il compte briguer une réélection en 2020. C’est d’ailleurs son comité de soutien officiel, lancé le 20 janvier, qui finance l’événement du jour, annonciateur de raouts semblables à l’avenir.

Bronzé et visiblement détendu, Donald Trump s’amuse avec la foule. Il recycle ses thèmes les plus populaires et désigne ses boucs émissaires habituels. Puis, il invite à ses côtés Gene Huber, un inconditionnel fier d’avoir patienté depuis 4 heures du matin et autorisé par le président en personne à enjamber la barrière, au grand dam du Secret Service. Un mot, un seul, à l’adresse des médias, une allusion (erronée) à «tous ces grands présidents, comme Thomas Jefferson, qui se sont souvent battus avec les médias, ont dénoncé leurs mensonges», et des centaines de poings rageurs se dressent vers la forêt de caméras. Que ses ouailles se rassurent: «La Maison-Blanche tourne comme sur des roulettes!» «CNN craint!» renchérit la foule en chœur. «Je peux vous parler directement, sans le filtre des fausses informations», poursuit Trump. «Je ne regarde même plus le Saturday Night Live!» s’esclaffe une supportrice tout de rouge vêtue, affichant son soutien au site conspirationniste infowars.com.

À l’applaudimètre, celui que «nous attendions depuis si longtemps», selon Claudia, une mère au foyer venue de Titusville, un rejeton assoupi dans les bras, ce «héros qui va se dresser», selon l’expression imprimée sur les badges d’accès, l’emporte en évoquant les emplois, le business, qui vont décoller sous son mandat, ces contrats militaires bons pour la région, et, surtout, ce «fichu islamisme radical que nous allons tenir à distance de notre pays». «Ce gouvernement va tenir toutes ses promesses», martèle le chef de l’État, sur un air des Rolling Stones, avant de rembarquer à bord d’Air Force One.

«Il est vraiment formidable, il est comme nous, il parle comme nous, confient d’une seule voix Jake et Colleen, un couple de retraités débonnaire exhibant toute la panoplie du parfait petit supporteur, croisé dans la pénombre en bordure d’aérodrome, pour voir s’envoler le Boeing présidentiel. Il est en train de tenir toutes ses promesses, encore plus vite que prévu. Au-delà de toutes nos attentes!»

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Donald Trump’s Presidential Run Began in an Effort to Gain Stature

Donald J. Trump arrived at the White House Correspondents’ Association Dinner in April 2011, reveling in the moment as he mingled with the political luminaries who gathered at the Washington Hilton. He made his way to his seat beside his host, Lally Weymouth, the journalist and socialite daughter of Katharine Graham, longtime publisher of The Washington Post.

A short while later, the humiliation started.

The annual dinner features a lighthearted speech from the president; that year, President Obama chose Mr. Trump, then flirting with his own presidential bid, as a punch line.

He lampooned Mr. Trump’s gaudy taste in décor. He ridiculed his fixation on false rumors that the president had been born in Kenya. He belittled his reality show, “The Celebrity Apprentice.”

Mr. Trump at first offered a drawn smile, then a game wave of the hand. But as the president’s mocking of him continued and people at other tables craned their necks to gauge his reaction, Mr. Trump hunched forward with a frozen grimace.

After the dinner ended, Mr. Trump quickly left, appearing bruised. He was “incredibly gracious and engaged on the way in,” recalled Marcus Brauchli, then the executive editor of The Washington Post, but departed “with maximum efficiency.”

That evening of public abasement, rather than sending Mr. Trump away, accelerated his ferocious efforts to gain stature within the political world. And it captured the degree to which Mr. Trump’s campaign is driven by a deep yearning sometimes obscured by his bluster and bragging: a desire to be taken seriously.

That desire has played out over the last several years within a Republican Party that placated and indulged him, and accepted his money and support, seemingly not grasping how fervently determined he was to become a major force in American politics. In the process, the party bestowed upon Mr. Trump the kind of legitimacy that he craved, which has helped him pursue a credible bid for the presidency.

“Everybody has a little regret there, and everybody read it wrong,” said David Keene, a former chairman of the American Conservative Union, an activist group Mr. Trump cultivated. Of Mr. Trump’s rise, Mr. Keene said, “It’s almost comical, except it’s liable to end up with him as the nominee.”

Repeatedly underestimated as a court jester or silly showman, Mr. Trump muscled his way into the Republican elite by force of will. He badgered a skittish Mitt Romney into accepting his endorsement on national television, and became a celebrity fixture at conservative gatherings. He abandoned his tightfisted inclinations and cut five- and six-figure checks in a bid for clout as a political donor. He courted conservative media leaders as deftly as he had the New York tabloids.

At every stage, members of the Republican establishment wagered that they could go along with Mr. Trump just enough to keep him quiet or make him go away. But what party leaders viewed as generous ceremonial gestures or ego stroking of Mr. Trump — speaking spots at gatherings, meetings with prospective candidates and appearances alongside Republican heavyweights — he used to elevate his position and, eventually, to establish himself as a formidable figure for 2016.

In an interview on Friday, Mr. Trump acknowledged that he had encountered many who doubted or dismissed him as a political force before now. “I realized that unless I actually ran, I wouldn’t be taken seriously,” he said. But he denied having been troubled by Mr. Obama’s derision.

“I loved that dinner,” Mr. Trump said, adding, “I can handle criticism.”

Phantom Campaign

Even before the correspondents’ dinner, Mr. Trump had moved to grab a bigger role in political affairs. In February, he addressed the annual Conservative Political Action Conference. Organizers gave Mr. Trump an afternoon speaking slot, and Mr. Keene perceived him as an entertaining attraction, secondary to headliners like Mitch Daniels, then the governor of Indiana.

But Mr. Trump understood his role differently. Reading carefully from a prepared text, he tested the themes that would one day frame his presidential campaign: American economic decline, and the weakness and cluelessness of politicians in Washington.

Over the next few months, Mr. Trump met quietly with Republican pollsters who tested a political message and gauged his image across the country, according to people briefed on his efforts, some of whom would speak about them only on the condition of anonymity.

One pollster, Kellyanne Conway, took a survey that showed Mr. Trump’s negative ratings were sky-high, but advised him there was still an opening for him to run.

Another, John McLaughlin, who had been recommended to Mr. Trump by the former Clinton adviser Dick Morris, drew up a memo that described how Mr. Trump could run as a counterpoint to Mr. Obama in 2012, and outshine Mr. Romney with his relentless antagonism of the president.

Roger Stone, a longtime Trump adviser, wrote a column on his website envisioning a Trump candidacy steamrolling to the nomination, powered by wall-to-wall media attention.

After all that preparation, Mr. Trump rejected two efforts to “draft” him set up by close advisers. If his interest in politics was growing, he was not yet prepared to abandon his career as a reality television host: In mid-May, Mr. Trump announced that he would not run and canceled a planned speech to a major Republican fund-raising dinner in Iowa.

Latching On to Romney

Having stepped back from a campaign of his own, Mr. Trump sought relevance through Mr. Romney’s. Again, Mr. Trump’s determination to seize a role for himself collided with the skepticism of those he approached: While he saw himself as an important spokesman on economic issues and a credible champion for the party, the Romney campaign viewed him as an unpredictable attention-seeker with no real political foundation.

Still, given his expansive media platform — in addition to his reality-show franchise, Mr. Trump was a frequent guest on Fox News — and a fortune that he could theoretically bestow upon a campaign, Mr. Trump was drawing presidential candidates seeking his support to his Fifth Avenue high-rise. In September 2011, Mr. Romney made the trip, entering and exiting discreetly, with no cameras on hand to capture the event.

The decision to court Mr. Trump, former Romney aides said in interviews, stemmed partly from the desire to use him for fund-raising help, but also from the conviction that it would be more dangerous to shun such an expert provocateur than to build a relationship with him and try to contain him.

The test of that strategy came in January 2012, before the make-or-break Florida primary, when Mr. Trump reached out to say he wanted to endorse Mr. Romney at a Trump property in the state. Wary of such a spectacle in a crucial state, Mr. Romney’s aides began a concerted effort to relegate Mr. Trump’s endorsement to a sideshow.

The Romney campaign conducted polling in four states that showed Mr. Trump unpopular everywhere but Nevada, and suggested to Mr. Trump that they hold an endorsement event there, far away from Florida voters.

On the day he was to deliver the endorsement in Las Vegas, according to Mr. Romney’s advisers, Mr. Trump met with Romney aides and said he hoped to hold a joint news conference with Mr. Romney, raising for the campaign the terrifying possibility that Mr. Romney might end up on camera responding to reporters’ questions next to a man who had spent months questioning whether the president was an American citizen.

In an appeal to Mr. Trump’s vanity, the Romney campaign stressed that his endorsement was so vital — with such potential to ripple in the media — that it would be a mistake to dilute the impact with a question-and-answer session.

“The self-professed genius was just stupid enough to buy our ruse,” said Ryan Williams, a former spokesman for the Romney campaign. While they agreed to hold the event in a Trump hotel, the campaign put up blue curtains around the ballroom when the endorsement took place, so that Mr. Romney did not appear to be standing “in a burlesque house or one of Saddam’s palaces,” Mr. Williams said. On stage, as the cameras captured the moment, Mr. Romney seemed almost bewildered. “There are some things that you just can’t imagine happening in your life,” he told reporters as he took the podium, taking in his surroundings. “This is one of them.”

Mr. Trump insisted in the interview that the Romney campaign had strenuously lobbied for his support, and described his own endorsement as the biggest of that year. “What they’re saying is not true,” he said.

But if Mr. Trump expected a major role in the Romney campaign, he was mistaken. While Mr. Trump hosted fund-raising events for Mr. Romney, the two men never hit the campaign trail together. The campaign allowed Mr. Trump to record automated phone calls for Mr. Romney, but drew the line at his demand for a prominent speaking slot at the Republican National Convention. (Mr. Trump recorded a video to be played on the first day of the convention, but the whole day’s events were canceled because of bad weather.)

Stuart Stevens, a senior strategist for Mr. Romney, believed that Mr. Trump had been strictly corralled. “He wanted to campaign with Mitt,” Mr. Stevens wrote in an email. “Nope. Killed. Wanted to speak at the convention. Nope. Killed.”

Still, to Mr. Romney’s opponent that year, the accommodation of Mr. Trump looked egregious. Mr. Obama, in a speech on Friday, said Republicans had long treated Mr. Trump’s provocations as “a hoot” — just as long as they were directed at the president.

Building an Operation

Only a handful of people close to Mr. Trump understood the depth of his interest in the presidency, and the earnestness with which he eyed the 2016 campaign. Mr. Trump had struck up a friendship in 2009 with David N. Bossie, the president of the conservative group Citizens United, who met Mr. Trump through the casino magnate Steve Wynn.

Mr. Trump conferred with Mr. Bossie during the 2012 election and, as 2016 approached, sought his advice on setting up a campaign structure. Mr. Bossie made recommendations for staff members to hire, and Mr. Trump embraced them.

Mr. Trump also carefully cultivated relationships with conservative media outlets, reaching out to talk radio personalities and right-wing websites like Breitbart.com.

By then, Mr. Trump had won a degree of acceptance as a Republican donor. Advised by Mr. Stone, one of his longest-serving counselors, he had abandoned his long-held practice of giving modest sums to both parties, and opened his checkbook for Republicans with unprecedented enthusiasm.

Mr. Trump began a relationship with Reince Priebus, the Republican National Committee chairman, who was trying to rescue the party from debt. He gave substantial donations to “super PACs” supporting Republican leaders on Capitol Hill.

In 2014, he cut a quarter-million dollar check to the Republican Governors Association, in response to a personal entreaty from the group’s chairman — Chris Christie. Still, Mr. Trump’s intentions seemed opaque.

In January 2015, Mr. Trump met for breakfast in Des Moines with Newt and Callista Gingrich. Having traveled to Iowa to speak at a conservative event, Mr. Trump peppered Mr. Gingrich with questions about the experience of running for president, asking about how a campaign is set up, what it is like to run and what it would cost.

Mr. Gingrich said he had seen Mr. Trump until then as “a guy who is getting publicity, playing a game with the birther stuff and enjoying the limelight.” In Iowa, a different reality dawned.

“That’s the first time I thought, you know, he is really thinking about running,” Mr. Gingrich said.

On June 16, 2015, after theatrically descending on the escalator at Trump Tower, Mr. Trump announced his candidacy for president, hitting the precise themes he had laid out in the Conservative Political Action Conference speech five years earlier.

“We are going to make our country great again,” Mr. Trump declared. “I will be the greatest jobs president that God ever created.”

Still, rival campaigns and many in the news media did not regard him seriously, predicting that he would quickly withdraw from the race and return to his reality show. Pundits seemed unaware of the spade work he had done throughout that spring, taking a half dozen trips to early voting states of Iowa, New Hampshire and South Carolina and using forums hosted by Mr. Bossie’s group to road test a potential campaign.

Even as he jumped to an early lead, opponents suggested that he was riding his celebrity name recognition and would quickly fade. It was only late in the fall, when Mr. Trump sustained a position of dominance in the race — delivering a familiar, nationalist message about immigration controls and trade protectionism — that his Republican rivals began to treat him as a mortal threat.

Mr. Trump, by then, had gained the kind of status he had long been denied, and seemed more and more gleeful as he took in the significance of what he had achieved.

“A lot of people have laughed at me over the years,” he said in a speech days before the New Hampshire primary. “Now, they’re not laughing so much.”

Voir de même:

Hélène Garçon
Femmes.orange.fr

Personne ne pensait cela possible. Et pourtant ! Donald Trump a bel et bien coiffé Hillary Clinton au poteau en remportant les élections présidentielles américaines dans la nuit du mardi 8 novembre 2016. Comment ce puissant businessman sorti de nulle part, a-t-il pu accéder au rang de président des États-Unis ? Une question sur toutes les bouches, à laquelle la rédaction a tenté de répondre.

Théorie n°1 : il se laisse tenter par le défi d’un twittos

Si la moitié des électeurs américains n’ont pas fermé l’oeil dans la nuit du 8 novembre 2016, Russell Steinberg, lui, a dû passer une soirée plus compliquée encore que celle des autres. Cet internaute pourrait, en effet, avoir instillé dans l’esprit de Donald Trump l’idée de se présenter, et ce, par la force d’un seul tweet. L’histoire remonte à février 2013. À cette époque, Donald Trump prend un malin plaisir à descendre en flèche les moindres faits et gestes du président démocrate Barack Obama sur les réseaux sociaux. Lassé des diatribes du businessman critiquant en permanence le pays, Russel Steinberg a jugé bon de lui répondre sur Twitter en optant pour la carte de l’ironie dans un tweet aujourd’hui supprimé.

« Si vous détestez tant l’Amérique, vous devriez vous présenter à la présidentielle et arranger les choses« . Ce à quoi Donald Trump a répondu par une menace : « Faites attention !« . Résultat : l’homme d’affaires l’a visiblement pris au pied de la lettre, en déposant sa candidature deux ans plus tard, en 2015, et en remportant les élections en novembre 2016. Il y en a un qui doit se mordre les doigts !

Théorie n°2 : humilié par Obama, il prend sa revanche

Donald Trump n’a jamais caché son aversion pour Barack Obama. Lequel n’a pas non plus été tendre avec lui. Alors que le milliardaire enchaînait les apparitions télé en 2011, demandant à consulter le certificat de naissance du président pour vérifier s’il était vraiment américain, celui-ci décidait de contre-attaquer lors du dîner des correspondants à la Maison Blanche, le 30 avril 2011. Le chef d’État s’en est alors donné à coeur joie en humiliant, avec sa verve légendaire, le milliardaire.

« Donald Trump est ici ce soir et je sais qu’il a encaissé des critiques ces derniers temps, mais personne n’est plus heureux, plus fier que cette affaire d’acte de naissance soit enfin réglée que le Donald« , lançait Barack Obama au moment de son discours. « Et c’est parce qu’il va maintenant pouvoir se concentrer sur les problèmes importants. Par exemple, notre vol sur la Lune était-il un faux? Qu’est-il vraiment arrivé à Roswell? Et où sont Biggie et Tupac ?« . Une pique qui aurait servi de déclic au businessman, lequel ne supporterait pas l’humiliation selon Isabelle Hanne, journaliste à Libération, qui a rapporté la scène. La vengeance est un plat qui se mange froid : cinq ans après, Donald Trump a finalement eu sa revanche sur Barack Obama.

Théorie n°3 : il souhaite détruire le parti Républicain

C’est la rumeur la plus folle qui a fait trembler la toile pendant la course à la présidentielle américaine : Donald Trump, serait en réalité un partisan d’Hillary Clinton, et se serait lancé dans la course à l’investiture dans l’unique but de devenir président et de détruire le parti républicain, sous la bannière duquel il a mené toute sa campagne. Une théorie complètement tirée par les cheveux, mais à laquelle ont adhéré de nombreux internautes après que l’ancienne amitié des Trump et des Clinton ait été révélée au grand jour, au début de l’année 2016.

En plus de partager le même cercle d’amis que sa rivale Hillary Clinton, qu’il a d’ailleurs invitée au mariage de sa fille, il a été découvert que Donald Trump et sa famille ont participé financièrement à la campagne de la démocrate en 2008, et ont également fait un don de 100 000 dollars à la Fondation Clinton. Un geste généreux qui aurait mis la puce à l’oreille de nombreux internautes, qui ont alors immédiatement crié au complot.

Voir de plus:

Obama blues

Obama et la com : la politique du rire

Sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux des late-night shows, Obama aura démontré son talent d’humoriste et un grand sens de l’autodérision, inventant une communication bien à lui pour toucher un public plus jeune.

Isabelle Hanne

Libération
20 janvier 2017 

Cet article a été publié fin octobre dans notre supplément «Obama Blues».

Un président qui vient dérouler son bilan en musique, devant des millions de téléspectateurs, un public applaudissant à tout rompre et un présentateur acquis à sa cause. Vous n’êtes pas dans une dictature d’Asie centrale, mais sur le plateau du Tonight Show de Jimmy Fallon sur NBC, le late-night show (émission de troisième partie de soirée) le plus regardé des Etats-Unis. Avec, dans le rôle de l’autocrate-crooner, Barack Obama, venu en juin se prêter à une session de «slow jam the news» – les invités racontent l’actu en musique, «slow jams» désignant ces romantiques ballades r’n’b. Economie, santé, mariage gay, accord transpacifique… Les années Obama y passent en sept minutes, ponctuées de blagues de Fallon et soulignées par la mélodie sensuelle des Roots, le groupe résident du show. La vidéo a été vue 11 millions de fois sur YouTube.

Evidemment, le «Preezy of the United Steezy», comme l’appelle Jimmy Fallon, ne fait pas ça que pour s’amuser. En deux mandats, l’entertainer Obama s’est servi des shows comiques –  lisant les «méchants tweets» à son encontre chez Jimmy Kimmel, remplaçant Stephen Colbert pour son Colbert Report sur Comedy Central  – pour appuyer sa communication. Avec, dans le viseur, les jeunes, plus prompts à partager des vidéos marrantes qu’à écouter des longs discours.

Porte-à-porte virtuel

Fin 2013, le démarrage des plateformes en ligne de mutuelles privées, au cœur de l’Obamacare, son emblématique réforme de la santé, est catastrophique. Bugs, méfiance du public, peu d’inscrits… «Barry» prend alors sa perche à selfie de pèlerin. A coups de vidéos et de GIF sur Buzzfeed –  Things Everybody Does But Doesn’t Talk About («Les choses que tout le monde fait, mais dont personne ne parle»), 60 millions de vues  –, ou lors d’une interview lunaire et hilarante à Between Two Ferns, le faux talk-show de Zach Galifianakis diffusé sur la plateforme Funny or Die, le commander-in-chief se plie à l’exercice pour promouvoir sa réforme. Au passage, il renforce sa street cred.

La présidence Obama a inventé une propagande branchée, une communication cool. Au cœur de cette stratégie  : les réseaux sociaux, qui ont largement porté sa victoire en 2008. L’engagement numérique de la campagne du «Yes We Can» a d’ailleurs été décortiqué par les équipes de com du monde entier. Tandis que la droite américaine propageait son venin conspirationniste par de bonnes vieilles chaînes de mails –  le candidat démocrate aurait menti sur son certificat de naissance, serait musulman…  –, Obama prenait mille longueurs d’avance, touchant un public beaucoup plus large, plus jeune. «En 2008, les efforts de son adversaire, John McCain, pour tenter de le rattraper sur les réseaux sociaux étaient presque pathétiques», se souvient Michael Barris, coauteur de The Social Media President (Palgrave, 2013). L’équipe du sénateur de l’Illinois a compris l’intérêt de Facebook, de Twitter –  plus tard viendront Instagram, Snapchat, LinkedIn…  – pour lever des fonds, diffuser des messages, obtenir des soutiens, grâce à ce porte-à-porte virtuel d’un nouveau genre.

«Obama s’est fait élire sur des promesses de démocratie participative via les réseaux sociaux, rappelle Michael Barris. Mais finalement, les réseaux sociaux ont surtout été pour lui un formidable outil de diffusion, de validation par le public, et de promotion d’une image très positive : celle d’un président branché, connecté, proche des gens.» Viser un public, via le bon médium, avec le bon ton : huit ans que le président américain, avec son équipe de quatorze personnes dédiée à la stratégie numérique, montre sa maîtrise. Et son adaptation à l’évolution des usages. La Maison Blanche est devenue une véritable boîte de production, avec plus de 500 vidéos réalisées chaque année (infographies, coulisses…), distribuées sur les différentes plateformes (site officiel, YouTube, Facebook…). «Le premier président de l’ère des médias sociaux a fixé les règles d’interactions numériques entre politiques et électeurs, écrit le Washington Post. Certains chefs d’Etat se préoccupaient des chaînes d’info ; Obama est le président ­Netflix.»

«Un humour naturel»

Il use, sur Twitter comme dans les late-night shows, d’un humour contemporain, ultra-référencé, abreuvé de culture web et de culture populaire tout court. Pour le Washington Post, il est même le «premier président alt comedy», cette catégorie d’humour alternatif maniant l’ironie, centré sur soi. «Pour la plupart des chefs d’Etat, l’humour est considéré comme une marque de faiblesse, avance l’universitaire Arie Sover, qui dirige l’Israeli Society for Humor Studies. Il faut montrer qu’on est dur, qu’on ne plaisante pas. Vous avez déjà vu rire, même sourire, Erdogan ou Poutine  ?»

A l’autre bout du spectre, Obama rit, montre ses émotions, fait des vannes questionnant son hétérosexualité –  il raconte que son vice-président, Joe Biden, et lui sont «si proches» qu’ils ne pourraient pas aller dans une pizzeria de l’Indiana, en référence à un restaurant qui refusait ses services de traiteur pour les mariages gays. «Non seulement Obama a de l’humour, mais en plus c’est un humour naturel, spontané, décrit Arie Sover. L’humour en politique permet de toucher son public au cœur. Et Obama pratique l’autodérision, la forme la plus élevée d’humour.»

Mais le président américain ne laisse rien au hasard : cette spontanéité est surtout parfaitement chorégraphiée, écrite à l’avance par des équipes d’auteurs talentueux. D’autodérision, il en a beaucoup fait preuve lors du dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche, véritable scène de stand-up pour le président sortant. Maîtrise des silences, des regards, intonations, vidéos bien ficelées… Ces soirs-là, Obama fait de l’humour une technique de dégoupillage imparable des critiques. Comme en 2011, alors que la droite le harcèle une nouvelle fois sur son certificat de naissance. Pour faire taire les rumeurs, il annonce la «diffusion exclusive de la vidéo de sa mise au monde» –  en fait, le début du Roi Lion de Disney. Dans la salle, Donald Trump, déjà porte-voix de ces allégations, ne moufte pas. Les journalistes, qui rient à gorge déployée, ont laissé leurs armes au vestiaire.

Voir enfin:

‘I Don’t Know What You’re Referring To’: NBC’s Katy Tur Doesn’t Remember Obama Promising Putin ‘Flexibility’

 Alex Griswold

When a Republican congressman on MSNBC brought up a 2012 incident where President Barack Obama was caught on a hot mic promising to give Russia’s Vladimir Putin a little more “flexibility” after the election, NBC journalist and MSNBC host Katy Tur seemed not to recall the incident.

Tur pressed Florida Representative Francis Rooney about the number of Donald Trump advisors with close tie to Russia. “I see a lot of folks within Donald Trump’s administration who have a friendlier view of Russia than maybe past administrations did,” she noted.

“Well, I think it was Obama that leaned over to Putin and said, ‘I’ll have a little more flexibility to give you what you want after the re-election,’” Rooney responded.

Tur paused for a moment. “I’m sorry, I don’t know what you’re referring to, Congressman,” she said.

“Remember when he leaned over at a panel discussion or in a meeting, and he said, ‘I’ll have more flexibility after the election’?” Rooney asked. “No one pushed the president on what he meant by that, but I can only assume for a thug like Putin that it would embolden him,” which gave Tur pause, again.

In Tur’s defense, Rooney is slightly off in his retelling: it was then-Russian President Dmitry Medvedev who Obama whispered to, who then promised to relay Obama’s message to Putin. But his recollection of the content of Obama’s message was accurate: “This is my last election. After my election I have more flexibility,” he told the Russians.

Obama’s hot mic comments were major news at the time, receiving widespread coverage. Obama’s Republican opponent Mitt Romney seized upon the gaffe and worked it into his stump speeches, even bringing it up during one of the presidential debates.

Voir par ailleurs:

Goldnadel : “Lorque Medhi s’éclate…”

Gilles-William Goldnadel

Valeurs actuelles

20 février 2017

Il y a évidemment pire que les excès de la liberté d’expression : son absence. Mais il y a le pire du pire: la liberté d’expression à la tête du client. Du racisme à l’état pur. L’hypocrisie en prime. Chacun sait que notre époque de fausse liberté a accouché d’une tyrannie de la pensée dont la sage-femme devenue folle était déguisée en antiraciste diplômée. Valeurs Actuelles en a fait les frais en osant voiler Marianne pour défendre la laïcité républicaine contre les menées islamistes et Pascal Bruckner comme Georges Bensoussan payeront peut-être le prix pour des raisons voisines. Silence dans les rangs de la gauche paraît-il démocratique. Mais aujourd’hui vient d’éclater une tout autre affaire dans laquelle, au contraire, le racisme comme l’antisémitisme n’ont rien d’imaginaire. Et je prends le pari, qu’ici , précisément, les organisations prétendument antiracistes resteront aux abris. La vedette s’appelle Mehdi Meklat, hier encore il était la coqueluche de la famille islamo-gauchiste et de tous ses compagnons de chambrée. Dans le numéro du 1er février des Inrockuptibles il partageait la une avec l’icône Taubira. Il collaborait aussi avec le Bondy Blog, très engagé dans le combat actuel contre les policiers considérés uniment comme des tortionnaires racistes. Il était encore récemment chroniqueur de la radio active de service public France Inter.

Oui mais voilà, patatras, on a retrouvé parmi les milliers de tweets qu’il n’a pas réussi à effacer des gazouillis racistes du dernier cri strident. Échantillons choisis : “je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie hebdo”. “Sarkozy = la synagogue = les juifs = Shalom = oui, mon fils = l’argent”, “Faites entrer Hitler pour tuer les juifs”, “j’ai gagné 20 $ au PMU, je ne les ai pas rejoués parce que je suis un juif”, “les Blancs vous devez mourir asap” etc.

Avec une touchante spontanéité, à présent qu’ils ont été découverts, voici ce que notre Mehdi a tweeté samedi dernier : “je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes”.

Bah voyons, certains datent de 2012, autant dire le déluge. J’en connais qui vont fouiller les poubelles du père Le Pen, d’autres qui reprochent à un ancien conseiller de Sarkozy d’avoir dirigé Minute il y a 30 ans, mais dans notre cas, certains plaident déjà l’Antiquité.

Car le plus grave n’habite pas dans la tête dérangée d’un islamo-gauchiste finalement assez classique, il demeure dans le silence gêné de la gauche donneuse de leçons. Il réside plus encore dans les combles du gauchisme médiatique façon France Inter. Ainsi, Pascale Clark maîtresse d’école antiraciste en chef et qui a eu l’effronterie de tenter d’expliquer que son petit Mehdi était dans la provocation… D’autres expliquent qu’il faut prendre cela au troisième degré… Evidemment, puisque c’est de gauche , c’est plus subtil… Il arrive parfois que l’ignoble atteigne les sommets du sublime.

Que cela plaise ou non à Madame Clark, Mehdi Meklat a rejoint Messieurs de Lesquen et Bourbon dans le même bataillon. Il y a encore pire que l’absence de liberté d’expression : la liberté d’expression à la tête du client.

Voir de même:

Mehdi Meklat, jeune écrivain prodige, et son double antisémite et homophobe
L’ex-chroniqueur (France Inter, Bondy Blog) pris à son double « Je » : sidération sur Twitter

Manuel Vicuña

Arrêt sur images

20/02/2017

Mehdi Meklat, 24 ans, était jusqu’ici connu pour son ton décalé. Du Bondy Blog, à France Inter en passant par Arte, le chroniqueur, journaliste et auteur, s’est taillé, avec son compère Badrou (« les Kids », époque France Inter) une réputation de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant garde d’une nouvelle génération venue de banlieue » écrivaient encore Les Inrocks le 1er février. Sauf qu’entre temps, des internautes ont exhumé des tweets de Meklat : injures antisémites, homophobes, racistes, misogynes. Un florilège qui provoque la sidération. De son côte, le jeune homme s’excuse, dépublie, et assure qu’il s’agissait « de questionner la notion d’excès et de provocation » à travers un « personnage fictif ».

Faire mentir les stéréotypes sur les-jeunes-de-banlieue. Sans rien renier de soi. Depuis ses débuts au Bondy Blog en 2008, c’est ce que Mehdi Meklat tente de faire, au gré d’une exposition médiatique précoce. A 24 ans désormais, après avoir fait ses premiers pas de journaliste au Bondy Blog à 16 ans, puis tenu chronique pendant six ans chez France Inter en duo avec son ami Badrou (« les Kids »), Meklat le touche à tout (réalisateur, blogueur, reporter) est en promo pour un second livre. Mehdi et Badrou « l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue qui compte bien faire entendre sa voix » écrivaient les Inrocks qui leur consacraient une couverture le 1er février en compagnie de Christiane Taubira. Un binôme qui avait tapé dans l’œil de l’animatrice de France Inter Pascale Clark dès 2010, pour son ton « décalé », sa capacité à chroniquer avec autant d’acuité la vie de l’autre côté du périph (Meklat a grandi à Saint-Ouen, Badrou à la Courneuve) que le tout venant de l’actualité plus « médiatique ».

Et voilà que depuis quelques jours, après son passage sur le plateau de l’émission la Grande Librairie (France 5) pour la promo de son second livre, le roman « Minute » (co-écrit avec Badrou), Meklat est dans l’œil du cyclone Twitter. Propulsé dans les sujets les plus discutés non pas pour la promotion de son nouvel ouvrage dédié à Adama Traoré. Mais pour des tweets, exhumés ces derniers jours par plusieurs internautes.

Pas quelques tweets isolés. Mais des messages par dizaines, anciens (2012) et pour certains plus récents (2016) dans lesquels Meklat tape tous azimuts sur « les Français », « les juifs », « les homos », Alain Finkelkraut, Charlie Hebdo, les séropositifs, les « travelos »… La liste est longue, et les messages à même d’interpeller. Une prose en 140 signes qui tranche avec l’image de jeune talent à la plume « poétique » et acérée que Meklat s’était jusqu’ici taillée et qui lui a valu jusqu’à aujourd’hui des articles dithyrambiques dans la presse culturelle. Quelques heures auront suffit pour que, soient exhumés et massivement partagés des dizaines de messages issus de son compte twitter personnel @mehdi_meklat.

Ici un tweet de 2011 dans lequel Meklat « regrette que Ben Laden soit mort. Il aurait pu tout faire péter ». Là, Meklat au sujet du dessinateur de Charlie Hebdo, Charb : « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et de Charlie Hebdo » (le 30 décembre 2012, avant la tuerie qui a décimé la rédaction). Plus récemment, Alain Finkelkraut qui pointe son nez à un rassemblement de Nuit Debout en avril 2016 : « fallait lui casser la jambe à ce fils de putes ». Plus en amont dans son fil Twitter : « Vive les PD vive le sida avec Hollande » (3 décembre 2013). La campagne de Sarkozy en 2012 ? « Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent ». La remise des Césars la même année ? « Faites entrer Hitler pour tuer les juifs » (24/02/2012). Toute cette vaste littérature en 140 caractères est subitement remontée à la surface de Twitter et a été, depuis, copieusement documentée.

Parmi les premiers et les plus zélés chasseurs de tweets, la fachosphère s’est ruée sur l’occasion. Le blog d’extrême droite Fdesouche publie à tout-va plus d’une cinquantaine de messages de Meklat « journaliste homophobe et antisémite du Bondy blog ». Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard, trouve là prétexte à acculer la « gauchosphère sous son vrai visage », quand l’ex-porte parole de génération identitaire s’en donne, lui aussi, à coeur joie. Très vite rejoint dans cette avalanche d’indignation par Marion Maréchal Le Pen.

Ce dimanche, la twitta-éditorialiste du Figaro Eugénie Bastié y allait aussi de ses commentaires en 140 signes, suivis d’un article corrosif, soulignant bien au passage que Meklat avait fondé il y a peu avec le journaliste Mouloud Achour (CliqueTV) les « éditions du grand Remplacement » qui ont lancé en juin dernier un magazine baptisé « Téléramadan ». Cette nouvelle revue annuelle qui entend parler d’islam de façon dépassionnée, avait su trouver un titre pied-de-nez déjà à même de faire bondir certains.

« excréments verbaux »

Mais dans le cas des tweets de Meklat, de fait, la sidération dépasse de loin la sphère des militants de droite et d’extrême droite. D’autres aussi s’indignent : de simples twittos, mais aussi des journalistes, tels Françoise Laborde, Claude Askolovitch, des élus PS comme la ministre de la Famille Laurence Rossignol, ou encore la conseillère municipale Elodie Jauneau sans compter le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gille Clavreul.

Ils interpellent les Inrocks qui ont placé Meklat en Une de leur numéro du 1er février au côté de Taubira. Ils apostrophent également les éditions du Seuil où Meklat vient de publier son ouvrage, et font part de leur stupéfaction. A l’image de l’auteur de bande dessinée, romancier et réalisateur, Joann Sfar qui s’étrangle : « Je découvre tout ça ce matin, il semble que c’est authentique. Je trouve ça inexcusable quand on se veut représentant de la jeunesse. »

Face à l’avalanche de messages indignés, sommé de s’expliquer, samedi après-midi, Meklat se fend finalement de quatre tweets d’excuse et d’explication : « je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes », assure Meklat qui supprimera dans la foulée la totalité de ses tweets d’avant février 2017 (plus de 30 000). Surtout, il affirme que ces messages ne reflètent en rien sa pensée. Il ne nie pas en être l’auteur, mais assure qu’il s’agit de messages parodiques. « Jusqu’en 2015, sous le pseudo Marcelin Deschamps, j’incarnais un personnage honteux raciste antisémite misogyne homophobe sur Twitter ».

Marcellin Deschamps ? Un « personnage fictif », assure-t-il par lequel il avait entrepris de « questionner la notion d’excès et de provocation ». Mais, il l’affirme : les propos de ce personnage « ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. » Sur Twitter, une fois troqué son pseudo contre son vrai patronyme, le jeune homme n’a pas supprimé ces anciens messages, apparaissant depuis sous son vrai nom Mehdi Meklat.

Dans la foulée, ce samedi, l’animatrice radio Pascale Clark, ex chaperonne de Meklat à France Inter (2010-2015) a pris sa défense « Son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer », assure-t-elle sur Twitter avant de préciser dans un second message : « Les comiques font ça à longueur d’antenne et tout le monde applaudit ».

Un peu facile de se cacher derrière un personnage fictif ? A la remarque de plusieurs internautes, le journaliste Claude Askolovitch tempère : « c’est même piteux. Mais cela ne change pas la nature de ses messages pourris – une énorme connerie, pas des appels au meurtre ». Si le journaliste ne cache pas son dégoût pour ces messages qu’il assimile à « des excréments verbaux », « des blagues absolument laides, impardonnables, perverses », « dans un jeu périlleux », il se refuse à y voir de « vraies prises de position ». Tout en tançant « un mec qui s’est cru assez malin pour twitter des immondices ».

« Twitter des immondices », sous pseudo dans « un jeu périlleux » ? Yagg, le site de presse LGBT y avait vu davantage qu’un jeu. Le site avait bondi en mars 2014 quand Meklat écrivait sur Twitter : « Christophe Barbier a des enfants séropo ». Yagg le taxe alors d’ « humour sérophobe », « au goût douteux » (visant des personnes séropositives). Le site avait contacté Meklat pour qu’il s’en explique. Réponse de l’intéressé : « J’ai un pseudo sur Twitter, il ne faut pas faire d’amalgame entre mon personnage et moi-même ». Contacté par Yagg, il développait : « Je peux comprendre qu’on se sente insulté par mes tweets, car ils sont parfois extrêmes, provocants ou insultants, mais il ne faut pas en faire des tonnes(…) J’ai créé un personnage violent, provocant, méchant. Pourquoi? Je ne me l’explique pas à moi-même, alors je ne peux pas l’expliquer aux autres. Mais je ne suis pas du tout homophobe. »

« C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout »

En octobre 2012, les Inrocks consacraient un portrait élogieux (comme beaucoup) aux gamins précoces Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, alias « les Kids » de France inter qui entamaient leur quatrième saison sur les ondes de la radio publique. « Un matin, ils partent avec leur micro enregistrer la plainte de la vallée de Florange abandonnée, le lendemain ils sont à l’Elysée et tapent la discute avec Michael Haeneke » écrivent les Inrocks qui dressent le portrait de deux « gamins « talentueux », de « vrais passe-murailles ».

Comme beaucoup, l’hebdo s’enthousiasme de leur « reportages poétiques » et de leur « style unique ». Les Inrocks notent : « ils attirent les sympathies ». Quant à Meklat ? Au passage, l’hebdo raconte que c’est « le plus provoc » de deux. « Il faut le voir sur Twitter, vaguement caché derrière un pseudo depuis longtemps éventé : c’est une vraie terreur. Il se pose en métallo furieux, insulte à tout va, se moque de tout et de tous avec une férocité indécente » écrivent les Inrocks qui commentent : « Ça peut aller trop loin (France Inter lui a déjà demandé de retirer un tweet) mais la plupart du temps, c’est drôle à mourir. » Et Meklat d’expliquer déjà que sur le réseau social il « joue un personnage » : « Je ne suis attaché à rien, je n’ai de comptes à rendre à personne, j’ai la liberté de dire ce que je veux. C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout, je ne me mets pas de limite. »

Trois ans plus tard. Octobre 2015. Les « Kids » de Pascale Clark ont grandi. Lorsque Le Monde les interviewe pour la sortie de leur premier livre, la journaliste s’attarde sur le cas Meklat. « Si doux et poli à la ville, Mehdi s’est inventé sur Twitter un double diabolique, qui insulte à tout-va », écrit Le Monde. Meklat commente alors : « Tout est trop convenu, on n’ose plus s’énerver. L’idée de casser ça en étant méchant gratuitement me plaît ».

En septembre 2016, dans un long article, la journaliste Marie-France Etchegoin revenait pour M le magazine du Monde sur le parcours et l’état d’esprit du tandem Mehdi-Badrou, « une nouvelle génération, à la fois cool et dure, investissant le champ de la culture plutôt que celui des partis politiques, et extrêmement engagée ». Engagée, brillante et convoitée. Comme l’explique M, le duo Mehdi-Badrou est sollicité de toutes parts, ces dernier temps. Ici pour pour un projet avec la Fondation Cartier, là pour écrire un dossier de presse pour un long-métrage avec Depardieu. Ou encore pour mettre en scène la pièce d’un auteur suédois.

Quant à leur magazine Téléramadan, la revue annuelle « des musulmans qui ne veulent plus s’excuser d’exister », la journaliste explique que « Pierre Bergé mais aussi Agnès b ont accepté de soutenir la revue ». Parfait. Seul bémol dans la success story, observe la journaliste : « Les bonnes fées qui accompagnent les deux garçons depuis l’adolescence observent leur évolution, avec parfois une pointe d’inquiétude, qui n’empêche ni bienveillance ni compréhension. » Concrètement ? Il est question notamment de Meklat et de son usage de Twitter. « Un troll déchaîné qui déconne et dézingue à tout-va. «Giclez-lui sa mère», «On s’en bat les couilles», «Elle est pas morte, celle-là?» « , énumère la journaliste qui constate : « il se défoule sur des personnalités dont les manières ou les prises de position sur l’islam n’ont pas l’heur de lui plaire ». Certains parrains et autres bonnes fées, explique la journaliste, s’en soucient : « «Arrête ces Tweets! Tu n’es pas dans une cour de récréation!» Mouloud Achour le met en garde: «Les écrits restent, un jour on te les ressortira.». Quant à Mehdi, raconte la journaliste, il « se défend, la main sur le cœur: «Ce n’est pas moi, c’est un personnage que j’ai inventé», ne pouvant s’empêcher d’ajouter, comme dans un lapsus: «Mes Tweets sont des pulsions!» »

Meklat et son avatar pulsionnel, une histoire qui ne date pas d’hier. Un double « je » qui ne semble pas géner Meklat, mais qui ne met pas tout le monde à l’aise. Ce dimanche, l’animateur de la Grande Librairie (France 5) François Busnel, qui avait invité Meklat cette semaine publie un communiqué pour prendre ses distances avec son invité. Busnel y affirme que si il avait eu connaissance de ces messages, il n’aurait pas invité le jeune homme dans son émission.

Samedi, le Bondy Blog, pressé par une foule d’internautes de réagir, avait également publié un message sur Twitter , expliquant que « les tweets de Meklat n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ».

Et le média de préciser : « Puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes, ou tout autre propos discriminatoires et stigmatisants, même sur le ton de l’humour ».

Voir aussi pour mémoire:

Les réactions en France

Le Nouvel Obs

07 novembre 2008

LES POLITIQUES 

A droite :

Jacques Chirac, ancien président : « Alors que votre élection suscite dans le monde émotion et espoir en ces temps difficiles, je ne doute pas que la France et le peuple français auront à coeur d’entretenir et d’approfondir avec votre pays et le peuple américain, les liens d’amitié et de coopération si intenses qu’une longue histoire commune a forgés ». « En récompensant votre inlassable engagement en faveur des valeurs fondamentales de liberté, de démocratie et de progrès, le peuple américain a adressé au monde un message d’ouverture et d’optimisme », affirme également Jacques Chirac, en adressant à Barack Obama ses « félicitations les plus vives et les plus chaleureuses pour cette très brillante victoire ». (Lettre adressée à Barack Obama)

Nicolas Sarkozy chef de l’Etat français : « Quel que soit le pays, quelle que soit la région du monde, c’est le changement qui avait gagné, qu’Obama avait dans cette campagne incarné la rupture. L’Amérique a fait hier soir le choix de la rupture ». « Les Etats-Unis avaient vécu une belle campagne présidentielle avec un taux de participation record de 66%, une campagne entre un fils d’immigré kenyan d’un côté, et de l’autre un héros de la guerre, John McCain ».
« Toute cette campagne et son dénouement traduisaient la capacité de la démocratie américaine à se renouveler, à se régénérer. Il a indiqué que le nouveau président, Barack Obama, avait compris que l’Amérique devait à nouveau se tourner vers le monde et qu’il y aurait incontestablement des opportunités de renforcement des liens transatlantiques ». (Porte-parole de Nicolas Sarkozy)

Jean-Marie Le Pen, président du Front national : « Le sénateur Obama n’a pas fait sa campagne électorale sur sa couleur, au contraire. Ce n’est pas le fils d’un Noir américain, c’est un métis, fils d’un Noir africain, qui ne porte donc pas sur les épaules le poids de l’esclavage et qui par conséquent est beaucoup plus à l’aise que quiconque ». Il s’agit « d’une victoire conjoncturelle, c’est-à-dire que c’est la présidence de Bush qui est condamnée ». Jean-Marie le Pen dit ne pas être « choqué » par l’élection d’un Noir. « Ca me choque d’autant moins que la première fois que j’ai été élu député, en 1956, mon deuxième de liste était un Noir. (…) Je n’ai pas de leçons à recevoir ». (Vidéo mise en ligne sur son site).

Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration : L’élection de Barak Obama allait « changer le regard des Français et en général des Européens sur les Etats-Unis ». « Il y a aussi un côté symbolique puisque chacun sait que Barak Obama est d’une famille issue de l’immigration ». « C’est le témoignage que le défi de l’intégration peut être relevé ». « L’apport de l’immigration est lié intrinsèquement à l’histoire des Etats Unis ». « En Europe, même si les politiques d’intégration ont globalement échoué, je pense qu’on peut être optimiste ». « En France et en Europe, ces politiques sont à bout de souffle. C’est pour cela que j’ai organisé la conférence européenne de Vichy ». « La démarche d’Obama symbolise le renouvellement et sans doute la rupture après deux mandats d’administration républicaine et aussi la crise financière ». (Déclaration à la presse)

François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem) : « Après le désastre des années Bush (…), l’élection de Barack Obama fait que le monde respire mieux ». « Nous savons que le nouveau président n’aura pas une baguette magique, qu’il ne résoudra pas tous les problèmes en un jour », et que « dans l’ombre, de puissants intérêts ne se laisseront pas oublier ». « Mais au moins pouvons-nous espérer qu’une nouvelle vision, plus ouverte, plus généreuse, plus sociale, inspire la politique américaine ». « Nous pouvons espérer qu’Europe et Etats-Unis, avec les autres grandes régions du monde, inventent ensemble un partenariat pour la planète ». « Ensemble, ils peuvent répondre à la grande question : la démocratie peut-elle gouverner le monde, au lieu de la force militaire ou de la force de l’argent ? ». Cette élection représente également « un message personnel à des centaines de millions d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, à la peau noire, qui ont vécu l’expérience de la discrimination ». « Pour eux, ce n’est pas seulement une grande nouvelle politique, c’est une grande nouvelle humaine, un grand espoir pour leur vie ». (Communiqué)

Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi: « On a l’impression que tout à coup, on a ouvert les fenêtres sur une politique américaine qui sentait la naphtaline » (Déclaration à la sortie du conseil des ministres).
« On a la même analyse des choses. Ca devrait permettre d’avoir des points de convergence (entre la France et les Etats-Unis) mais ce n’est pas parce qu’Obama est génial – ce dont je suis convaincu – que c’est nécessairement bon pour notre pays ». Il faut « qu’on regarde comment le travail ensemble va se faire. Notre job, c’est de s’assurer que les intérêts des Etats-Unis convergent avec les nôtres. » (Déclaration sur Canal +)

Nadine Morano
, secrétaire d’Etat en charge de la Famille: « En élisant Barack Obama, le peuple américain a changé le visage du monde (…) Un président métis à la Maison Blanche, c’est le sens de l’histoire qui est en marche ». (Communiqué)

Alain Juppé, ancien Premier ministre : « Il y a une espèce d’enthousiasme un peu partout, (mais) il faut quand même se dire que le monde ne va pas changer du jour au lendemain et que la tâche qui attend Obama est formidable, dans tous les sens du mot : à la fois enthousiasmante et un peu effrayante ». (Déclaration sur Canal+)

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre : « c’est une formidable victoire pour les Etats-Unis, pour la démocratie américaine mais c’est surtout la fierté retrouvée pour les Américains. (…) (Il y a une) incertitude parce que se retrouver président des Etats-Unis dans un moment de crise sans avoir eu d’expérience préalable de grande fonction dans l’administration américaine, c’est évidemment un pari ». (Déclaration sur LCI)

Axel Poniatowski (UMP), président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale : « C’est avant tout l’espoir d’une approche américaine plus multilatérale dans les affaires internationales. C’est aussi l’espoir de sortir plus vite de la crise économique et financière en parvenant à un accord consensuel sur une économie de marché mieux régulée et mieux encadrée ». (Communiqué)
« Notre vie politique n’a pas connu encore le renouvellement que connaissent aujourd’hui les Etats-Unis: nous avons d’un côté un parti de mouvement et de rupture, de l’autre côté un parti de contestation, il reste à inventer un grand mouvement de réconciliation. Mais force est de constater qu’en France, personne ne revendique aujourd’hui cette stratégie ».
Selon l’ancien Premier ministre, la différence entre Nicolas Sarkozy et le président américain élu Barack Obama, c’est que le premier prône « la rupture » là où le deuxième incarne « la réconciliation ». (Déclaration sur Europe 1)

Valérie Létard
, secrétaire d’Etat à la solidarité: La victoire de Barack Obama est « un espoir pour l’évolution du droit des femmes » car il « s’est engagé pour la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes » (Communiqué)

Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la Ville: salue « un formidable exemple d’un renouveau du rêve américain, où chacun, quelle que soit son origine sociale ou ethnique, peut se dire que c’est possible. Barack Obama, incarne pour toute une jeunesse, notamment celle des quartiers populaires, le symbole d’un espoir, d’un changement pour le progrès de l’humanité ». (Déclaration)

Mouvement national républicain (MNR, extrême-droite) : « S’étonne des réactions outrancières voire parfois délirantes de la classe politico-journalistique après l’élection de Barack Obama (qui) relèvent d’un parti pris idéologique dépourvu de toute rationalité puisqu’elles ne se fondent que sur la personne du nouveau président et nullement sur son programme » (Communiqué).

Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale : « L’élection de Barack Obama ouvre une ère nouvelle pour l’Amérique et marque la force et la vitalité de la démocratie américaine ». « Lors de sa première visite en France, j’aurai le plaisir et l’honneur de l’inviter à s’exprimer devant l’Hémicycle de l’Assemblée nationale ».

Nicolas Sarkozy, chef de l’Etat français, félicite Barack Obama pour sa « victoire brillante ». « Recevez mes félicitations les plus chaleureuses, et à travers moi, celles du peuple français tout entier. Votre victoire brillante récompense un engagement inlassable au service du peuple américain. Elle couronne également une campagne exceptionnelle, dont le souffle et l’élévation ont prouvé au monde entier la vitalité de la démocratie américaine, en même temps qu’ils le tenaient en haleine », écrit le chef de l’Etat. « En vous choisissant, c’est le choix du changement, de l’ouverture et de l’optimisme qu’a fait le peuple américain. Alors que le monde est dans la tourmente et qu’il doute, le peuple américain, fidèle à ses valeurs qui font depuis toujours l’identité même de l’Amérique, a exprimé avec force sa foi dans le progrès et dans l’avenir », juge-t-il. « Ce message du peuple américain résonne bien au-delà de vos frontières. Au moment où nous devons faire face tous ensemble à d’immenses défis, votre élection soulève en France, en Europe et au-delà dans le monde un immense espoir. Celui d’une Amérique ouverte, solidaire et forte qui montrera à nouveau la voie, avec ses partenaires, par la force de l’exemple et l’adhésion à ses principes ». « La France et l’Europe, qui sont unies depuis toujours aux Etats-Unis par les liens de l’histoire, des valeurs et de l’amitié, y puiseront une énergie nouvelle pour travailler avec l’Amérique à préserver la paix et la prospérité du monde. Soyez assuré que vous pourrez compter sur la France et sur mon soutien personnel ».

François Fillon, Premier ministre : « Votre si belle victoire est historique. Elle illustre la vitalité et la maturité de la démocratie américaine. Elle consacre votre parcours exceptionnel qui constitue un symbole éclatant de renouveau et de rassemblement ». « Votre succès est le signe que le rêve américain continue d’inspirer votre peuple. Et ce rêve transcende aujourd’hui les frontières. Votre victoire adresse au monde un message d’espoir et d’ouverture ». « Votre élection célèbre la force des idéaux américains. Elle vous place devant de très hautes responsabilités. Face aux défis de notre temps – qu’il s’agisse de la crise financière, du changement climatique ou de la paix au Proche-Orient – je tiens à vous assurer de l’importance qu’attache mon gouvernement au lien transatlantique. La France sera à vos côtés pour répondre à ces défis, comme elle l’a toujours été au cours de la longue histoire qui unit fraternellement nos deux pays ».

Christine Lagarde, la ministre de l’Economie a salué l’élection « symboliquement extraordinaire » de Barack Obama et estimé que l’arrivée au pouvoir d’un représentant d’une minorité s’était déjà « un peu produite en France » avec l’élection de Nicolas Sarkozy.
« C’est symboliquement extraordinaire de voir un représentant d’une minorité prendre les commandes d’un pays qui est la première puissance économique, la première puissance militaire au monde ».
« Le président de la République aujourd’hui, à plusieurs reprises, a indiqué qu’il était lui-même le représentant d’une minorité ». Concernant l’impact de l’élection de Barack Obama sur la crise économique, Christine Lagarde a estimé qu' »il ne (fallait) pas soulever trop d’espérance », ajoutant que le nouveau président américain devra faire face « à une situation sur le plan financier et économique extrêmement détériorée ». « Je serais très étonnée qu’il ne souhaite pas avancer dans la même direction que nous : c’est-à-dire plus de supervision, des marchés organisés (…), pas de produits financiers à risque et puis pas d’acteurs financiers qui opèrent (…) sans surveillance ». (Déclaration sur France 2)

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères : L’élection de Barack Obama est une « occasion historique de conjuguer nos efforts ». Il salue la victoire d' »un homme attaché au dialogue ». « J’adresse mes plus chaleureuses et très amicales félicitations au sénateur Barack Obama pour son élection à la présidence des Etats-Unis d’Amérique et lui souhaite le plus grand succès pour son action future à la tête de son pays ». « Ensemble, nous devons saisir l’occasion historique de conjuguer nos efforts pour relever les défis économiques, climatiques ou de sécurité auxquels nous sommes tous également confrontés ». « Je rends hommage à l’esprit d’engagement, de générosité et de tolérance qui anime Barack Obama ». Le monde a « besoin de son dynamisme, de son refus des injustices et de sa volonté d’aller de l’avant pour bâtir un monde plus stable, plus sûr et plus juste ».

Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP : « Les Américains ont aujourd’hui élu le rêve américain. En quelques heures, les Etats-Unis sont redevenus aux yeux du monde ce qu’ils ont commencé d’être au jour de leur création : le pays de la jeunesse et de l’égalité, la nation de tous les possibles, un modèle pour les peuples démocratiques et ceux qui aspirent à le devenir ». « A l’heure où, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, l’Europe propose de fonder un nouvel ordre mondial, nous avions besoin que la première puissance du monde recouvrât son autorité morale : Barack Obama, parce qu’il est l’enfant du métissage, l’incarnation du mérite et de l’effort, avait le pouvoir d’opérer ce changement en un jour ». « Un point décisif a donc été marqué ; il faut à présent transformer l’essai. Il faut que le président Obama soit à la hauteur de l’espérance immense qu’il a suscitée de part et d’autre de l’Atlantique ». « Nul doute que le phénomène Obama aura une influence en Europe et en France ».

Bruno Gollnisch
vice-président exécutif du FN aux relations internationales: « je présente nos félicitations à M. Barack Obama pour son élection à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. (…) Attaché à la souveraineté des Etats et à la liberté des nations, le Front national portera avant tout son attention » à « sa politique étrangère, dont les conséquences importent à la France », et notamment à « son respect des règles du droit international » et « son action en faveur d’une paix véritable au Moyen-Orient« .

Hervé Morin, président du Nouveau Centre, ministre de la Défense: « Demain, nous retiendrons que 2008 fut cette année où l’élection du président américain a débouché sur une grande leçon pour le monde entier : une leçon de liberté. Une leçon également pour la démocratie française et sa capacité à porter l’égalité des chances et l’accès de tous aux fonctions politiques, quel que soit son continent d’origine ou la couleur de sa peau ». (communiqué)

Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme: « L’Amérique d’aujourd’hui, de 2008, n’est pas la même qu’avant. Nous assistons à la fin d’un monde et au début d’un autre, plein de promesses ». « Ce qui s’est passé là, c’est une chute du mur de Berlin fois dix ». « Je crois que ce matin, nous avons tous envie d’être Américains ». « J’ai le cœur, pardon, alourdi par l’émotion, une émotion qui me fait dire que si elle est comme ça la vie, elle vaut la peine d’être vécue ». Rama Yade a estimé que cette élection était « un défi qui est lancé à une bonne partie du monde ». « C’est à nous de relever le gant pour ne pas vieillir trop vite ». « Je crois que Barack Obama n’appartient pas ce matin à l’Amérique seulement, mais à l’ensemble du monde ». ( Déclaration sur Europe 1 et France Info)
« On sort de l’unilatéralisme de combat, on sort de l’idéologie dans les relations internationales, il (M. Obama) est dans une logique beaucoup plus pragmatique, de dialogue et d’ouverture » dans un monde « instable et dangereux. On vérifiera la mise en pratique sur certains dossiers très chauds, la fermeture de Guantanamo bien évidemment, le retrait des troupes en Irak (…), l’Afghanistan (…) ». Elle a également cité la question « des menaces plus précises au niveau de certains Etats ». (Déclaration à l’émission Questions d’info (LCP-France Info-AFP)

Yves Jégo, secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer: « Dans un monde bouleversé, il n’est pas anodin que l’homme réputé le plus puissant de la planète soit un métis qui plonge une partie de ses racines en Afrique. Un nouvel espoir est né pour l’Amérique bien sûr qui aspirait au changement mais pour le monde entier qui espère que Barack Obama saura être un artisan de la paix et de la prospérité partagée. Il faut saluer la démocratie américaine qui sait ouvrir de telles perspectives ». (communiqué)

Parti radical (associé à l’UMP) : « Symbole de l’évolution de la société américaine vers une plus grande égalité des chances », la victoire d’Obama « constitue un exemple et apporte un espoir pour les communautés à l’écart de l’accès aux plus hautes fonctions ». (Communiqué)

Nicolas Dupont-Aignan
, président de Debout la République : « Après huit années d’une présidence Bush catastrophique, la victoire de Barack Obama prouve qu’il ne faut jamais désespérer de la démocratie. (…) Cette belle leçon de démocratie aux Etats-Unis oblige la France et l’Europe à une réelle rénovation de leur projet et de leurs pratiques politiques ». (Communiqué)

Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement : « La victoire d’Obama est celle de la rupture. En cela, elle rappelle celle de Nicolas Sarkozy en mai 2007 ». (Communiqué)

Jean-François Copé
, président du groupe UMP à l’Assemblée : « Ce qui est très intéressant, c’est d’aller un peu au-delà de cette Obamania, parce qu’il y a un petit côté (…) un peu naïf. Il faut éviter de tomber dans une trop grande naïveté », a ajouté Jean-François Copé, pour qui Barack Obama « a surtout créé une espérance formidable. Et du coup, comme tous les présidents élus qui créent ces espérances, (…) assez vite il faut éviter de la décevoir.Etre capable de réconcilier l’Amérique avec elle-même, et en même temps la réconcilier avec le monde, parfois, ce sont deux objectifs qui peuvent être contradictoires. Attendons de voir le résultat. »

A gauche

Arlette Laguiller
, porte-parole de LO: « On peut éprouver une certaine satisfaction à l’élection d’Obama, car elle signifie l’échec du camp (…) du conservatisme social et de la bigoterie affichée. C’est le désaveu de Bush ». Mais « Obama gouvernera, comme tous ses prédécesseurs, en fonction des intérêts de la grande bourgeoisie américaine ». (Communiqué)

Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR : Aux Etats-Unis, cette élection « est vécue comme une victoire symbolique majeure contre le racisme. Une page se tourne ». Mais « Barack Obama, c’est le candidat qu’a choisi une grande partie de la classe possédante et des milieux d’affaire de ce pays, pour prendre des mesures de sauvetage du capitalisme et de leurs intérêts ». « Aucune mesure favorable aux travailleurs ne figure à son programme ».
Il souhaite que « la liesse populaire ouvre la voie » à « la mobilisation pour imposer des mesures sociales » et « le retrait immédiat des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan ». (Communiqué, vendredi 7 novembre)
« Ce qu’on peut espérer en tous les cas, c’est que la classe politique française ne se rue pas sur l’effet Obama pour en faire un effet marketing, et nous sortir une belle unanimité qui ne sera qu’une unanimité de façade ». « Avant qu’en France, il y ait des Noirs, des Arabes, des ouvriers, des femmes, et des jeunes sur les bancs de l’Assemblée nationale, il y a encore du chemin ». (Déclaration sur France 3)

Marie-George Buffet
, secrétaire nationale du PCF: « Pour celles et ceux qui se battent contre le racisme, les discriminations, dans le combat pour l’égalité, il y aura un avant et un après 4 novembre 2008. (…) Le défi est immense et le plus dur reste à faire, à savoir ne pas décevoir les attentes que la campagne du sénateur de l’Illinois a suscité aux Etats-Unis mais aussi dans le monde ». (Communiqué)

Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de gauche : « La victoire historique de Barack Obama est celle de la générosité, de la fraternité et de l’espoir de paix dans le monde. Après huit ans de présidence Bush l’attente est forte d’une Amérique réconciliée avec elle-même et avec les autres nations ». (Déclaration à la presse)

Les Verts : « C’est un symbole d’une portée immense pour un pays marqué par l’histoire de l’esclavage et la discrimination, et pour le monde entier. La victoire de Barack Obama est une formidable leçon pour la classe politique en France qui peine encore à élire des représentants issus de la diversité. Au-delà même de ce symbole, l’élection de Barack Obama est porteuse d’espoirs ». (Déclaration à la presse)

Laurent Fabius, ancien Premier ministre : « Il va y avoir sûrement plus de multilatéralisme, mais en même temps Obama sera un partenaire très coriace. (…) Il y a une grande inconnue, c’est quelle va être son attitude vis-à-vis de la crise économique. Les Etats-Unis sont quand même à l’origine d’une grande partie de la crise économique par leur endettement. » (Déclaration sur Canal+)

François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste a salué l’élection « si symbolique » de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, et appelé à « un dialogue nouveau » de l’Europe et de la France avec l’Amérique. « L’élection de Barack Obama est une victoire, d’abord, du peuple américain. Il a eu cette audace, ce courage, cette force de choisir, non pas simplement le camp du progrès (…) mais un homme dont chacun connaissait les origines, les positions, la couleur de peau ». « C’est un choix qui a une résonance au-delà même des Etats-Unis d’Amérique ». Cependant, a-t-il souligné, « si le monde est forcément concerné par cette belle élection si symbolique, l’élection du président des Etats-Unis n’est pas l’élection du président du monde ». « Barack Obama est un grand président des Etats-Unis mais il est le président des Etats-Unis. Il défendra – et c’est son devoir – les Etats-Unis d’Amérique et non pas le monde ». « Le rôle de l’Europe, le rôle de la France, est d’engager un dialogue nouveau avec l’Amérique, de le faire avec le respect qui s’attache à ce qui a été la volonté du peuple américain, avec l’admiration qui peut être vouée à Barack Obama, mais aussi avec le sens des intérêts du monde ». (Déclaration à la presse)

Ségolène Royal, en lice pour la conquête du PS au congrès de Reims : « L’élection de Barack Obama est un extraordinaire message d’espoir. C’est un changement d’époque car le monde vient de franchir un nouveau cap ». « Je forme le vœu que l’Amérique métissée fasse du même coup progresser partout la fraternité mondiale ».
« Trois chantiers doivent désormais avancer en partenariat avec l’Europe. Premièrement, résoudre la crise sociale et financière en changeant les règles du jeu; deuxièmement, agir pour la paix; troisièmement, lutter contre le réchauffement planétaire ». (Communiqué à la presse)

La maire de Lille, Martine Aubry : « C’est avec une grande émotion que j’ai appris avec des millions de Français l’éclatante victoire de Barack Obama ». « Le grand peuple américain a réalisé le formidable rêve de Martin Luther King, en portant un homme noir à la présidence des Etats-Unis d’Amérique ». « L’élection de Barack Obama est un message de paix, de justice et de fraternité au monde entier. C’est aussi un espoir d’une vie meilleure pour des millions d’Américains ». (Déclaration à la presse)

Bertrand Delanoë, maire de Paris et candidat au poste de premier secrétaire du PS, a vu dans l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis « un formidable message d’espoir et de sursaut dans un monde en proie au doute et à la confusion ».
« Au nom de Paris et en mon nom personnel, je salue donc sa magnifique victoire et je forme des voeux pour que sa présidence fasse écho à l’espérance de paix, de progrès et de justice à laquelle son projet, son nom, et son image sont désormais associés ».
« Symboliquement », cette élection « illustre la force et la richesse d’une société multi-culturelle, quand elle sait puiser dans toutes ses ressources ».
« Les Européens peuvent voir dans la remarquable victoire du candidat démocrate, la perspective de rapports plus fructueux, plus constructifs, plus solidaires et d’un dialogue indispensable à la résolution des grands problèmes internationaux, dont le combat universel pour la défense de l’environnement ». (Communiqué)

Jack Lang
 (PS), député et ancien ministre : « L’Amérique que nous aimons est de retour: l’Amérique de l’audace, de la générosité. C’est un grand et beau jour pour le monde. (…) L’élection de Barack Obama aura un effet électrochoc et sera porteuse d’une révolution des esprits et des pratiques politiques. Puisse cet exemple inciter les pays d’Europe à s’engager à leur tour sur la voie de vrais changements. Dans ce nouveau contexte, la métamorphose de la gauche française s’impose plus que jamais ».

Arnaud Montebourg, député PS : « Cette victoire est une immense émotion pour le monde entier qui observe un grand peuple, le peuple américain, porter un homme de gauche, noir, jeune, à la tête de la première puissance mondiale. En rejetant massivement les abus, les dangers et les injustices du pouvoir républicain, les Américains viennent de montrer la générosité dont ils savent faire preuve dans les moments difficiles de l’Histoire. C’est un nouveau chemin pour le monde que nous pourrons, espérons-le, à nouveau tracer avec le peuple américain pour le reste de la planète ». (déclaration à l’AFP)

Victorin Lurel, député socialiste et président du Conseil régional de la Guadeloupe : « Cette élection, la première d’un homme noir, métis, démontre que les Etats-Unis s’acceptent comme une nation multiculturelle et multiethnique, qui plus est autour de valeurs très progressistes. Il faut croire en la puissante valeur symbolique de cet exemple, en particulier dans notre République ». (communiqué)

Le Parti communiste français: « L’élection d’un président noir est un fait de grande portée dans l’histoire des Etats-Unis et un facteur d’encouragement pour toutes celles et ceux qui agissent, partout, contre le racisme et les discriminations ». (communiqué)

Harlem Désir, eurodéputé PS, ancien président de SOS Racisme : « C’est l’ensemble du peuple qui vient d’élire un homme en dépit de la couleur de sa peau ou y compris à cause de la couleur de sa peau, pour envoyer un signal d’optimisme et d’espoir au monde. C’est un peu une prise de la Bastille: elle a une portée universelle, elle nous parle de notre propre rapport à la diversité ». (Déclaration sur RTL)

Benoît Hamondéputé européen : « Les Américains ont pris la mesure du renversement de cycle auquel est confronté le monde, notamment en raison de la faillite du système libéral. Ils ont clairement fait le choix du changement ». « Les Français déclarent que s’ils étaient Américains, ils voteraient Obama. Pour vérifier si cela serait possible en France encore faudrait-il que les partis présentent des Obama, déjà à des élections locales pour commencer.Je ne suis pas Noir mais j’ai quand même trois défauts au parti socialiste: je suis issu d’un milieu modeste, je suis fils d’ouvrier et pas énarque et je suis de gauche et je l’assume » (Conférence de presse)

AUTRES

Pierre Henry, directeur de France Terre d’asile: C’est « un moment d’espoir et d’émotion pour les progressistes du monde entier ».(Communiqué).

François Chérèque (CFDT): « J’espère qu’on aura enfin un chef d’Etat de la plus grande puissance mondiale qui amènera ses collègues chefs d’Etat vers une politique de justice au niveau mondial » et que « son origine africaine le fera agir pour une meilleure répartition des richesses dans le monde et chez lui » (Déclaration).

CFTC: Cette élection « fait germer une grande espérance en même temps qu’une exigence pour une autre politique, un autre modèle de société plus équitable, plus solidaire et plus humain » (Communiqué)

Agir contre le chômage: « Nous souhaitons au président Obama bonne chance, mais lui disons aussi que les lobbies financiers et économiques demeurent très puissants » (Communiqué)

Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples): Cette victoire est « un défi à l’ensemble de la société française, qui n’arrive pas à assumer sa diversité et à la traduire dans la représentation nationale ». « Il est urgent de regarder en face l’immense décalage entre les proclamations des valeurs universelles et leurs pratiques, et de passer des paroles aux actes » (Communiqué).

Samuel Solvit, président du comité français de soutien à Barack Obama: « lorsqu’on a su qu’Obama avait gagné, ça a été de la folie, une formidable explosion. En vérité, les mots je ne les trouve pas, c’est tout simplement historique, quel espoir et quels challenges à accomplir, pour les Etats-Unis et pour le monde, même si évidemment ce sera dur! Ce qui compte ce matin c’est l’espoir ». (déclaration à l’AFP)

Le Conseil représentatif des institutions juives de France : « Convaincu que le nouveau président s’attachera à renforcer les relations avec la France pour consolider la paix et la démocratie dans le monde », le Crif « espère que le nouveau chef de l’exécutif américain s’opposera avec détermination et sans angélisme aux projets nucléaires du régime iranien fanatique, agressif et négationniste ». Il « émet des vœux pour que la nouvelle administration américaine favorise par des mesures réalistes la paix au Proche Orient ». (Communiqué)

Le MEDEF a salué « l’élection historique de Barack Obama qui devient le 44e président des Etats-Unis d’Amérique ». « Comme ils l’ont fait à de nombreuses reprises au cours de leur histoire, les citoyens américains ont su renouveler hier la promesse du rêve américain ». Pour Laurence Parisot, présidente du MEDEF, « cette élection prouve l’extraordinaire capacité de l’Amérique à se réinventer et être toujours à la pointe de la modernité ». « C’est la victoire de la jeunesse et de la diversité. C’est l’image d’une Amérique qui croit en elle-même et qui adresse par cette élection un message d’espoir au monde ». Le MEDEF « souhaite que cette élection donne une nouvelle impulsion à la relation transatlantique pour que des solutions communes puissent être élaborées et mises en œuvre dans le difficile contexte financier et économique auquel le monde doit faire face ». (Communiqué)

Le Conseil représentatif des organisations noires (Cran), son président, Patrick Lozès salue un résultat qui « soulève un immense espoir non seulement pour les Noirs mais pour la justice dans le monde ». Aujourd’hui, les Noirs de France regardent vers les Etats-Unis où le rêve américain est à nouveau relancé. Une délégation du Cran, qui demande à Nicolas Sarkozy de ne pas « ignorer cette revendication urgente d’égalité des noirs de France », se rendra « aujourd’hui (mercredi) à 16H00 à l’Elysée afin de porter de vive voix, son message à Nicolas Sarkozy« . (Communiqué)

Dominique Sopo, président de SOS Racisme : « Par son parcours qui en fait aujourd’hui le premier président ‘noir’ des Etats-Unis, Barack Obama nous montre la valeur de l’engagement citoyen » après que « plusieurs générations se sont battues pour l’égale dignité entre les citoyens ».Dominique Sopo souhaite que le succès d’Obama inspire « les responsables politiques d’autres pays – dont le nôtre – quant à la possibilité de concilier l’honnêteté du discours politique et la capacité à soulever des rêves et des espoirs fondés sur le vivre-ensemble et sur le progrès pour tous ». (communiqué)

Fodé Sylla, ancien président de SOS racisme : « Mieux qu’une leçon, c’est un conseil que nous donnent les citoyens nord-américains : celui d’ouvrir les portes des institutions de la République aux Français issus de l’immigration (…) depuis les mairies jusqu’à l’Assemblée nationale ou encore au Parlement européen. Les prochaines élections européennes seront un premier test qui montrera si les partis politiques français ont compris ce message ». (Communiqué)

Lilian Thuram, ancien capitaine de l’équipe de France de football, originaire de Guadeloupe : « Un président noir, la première femme des Etats-Unis noire, c’est une grande leçon de la société américaine. Cela va dans le sens qu’il faut sur la réflexion qu’on doit avoir sur l’homme ».
« C’est extraordinaire quand on connaît l’histoire des Etats-Unis, l’esclavage, la lutte des Noirs pour exister dans cette société, avec Rosa Parks la première à avoir dit non, les mouvements civiques qu’il a fallu ». « Cela donne envie d’avoir confiance en l’avenir, il faut espérer une réelle réflexion sur notre société en mouvement. Il faut espérer qu’il en découle une société plus juste et un visage du monde plus équitable ». (Déclaration à la presse)


Journée de la déclaration des droits/225e: Ces dons de Dieu sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine (Happy Bill of Rights Day !)

15 décembre, 2016
christy-four-freedomsCrédits Photo: Sébastien SORIANO/LE FIGARO
Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Préambule de la Déclaration d’indépendance (le 4 juillet 1776)
 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article premier, 1789)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. Flaubert (à Ernest Chevalier. 24 février 1842)
Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Flaubert (à Louise Colet, 16 janvier 1852)
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
La Révolution américaine qui précéda la Révolution française, a influencé les débats de l’Assemblée constituante française autour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Parmi les députés siégeaient en effet treize hommes qui sont allés en Amérique du Nord ou qui admirent la Révolution américaine : ce groupe informel des « Américains » est constitué des nobles envoyés en Amérique, comme officiers, par le Roi Louis XVI pour soutenir la guerre d’indépendance américaine. Il comprenait le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles (qui proposa la fin des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août 1789), les frères Lameth, le marquis de Ségur, le comte Mathieu de Montmorency, le duc de la Rochefoucauld d’Enville (qui traduit la Constitution américaine de 1787 en français) ; on peut ajouter le marquis de Condorcet qui publia De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe. (…), l’influence américaine est surtout l’exemple de la mise en œuvre de principes révolutionnaires énoncés dans sa déclaration d’indépendance, Condorcet admettant, en introduction, que ces principes sont issus des philosophes Européens. La Déclaration des Droits américaine est l’un des éléments ayant pu inspirer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ; La Fayette fut le premier à présenter un projet de Déclaration en France, projet qui avait été discuté avec Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Wikipedia
They preached equality because they believed in the fatherhood of God and the brotherhood of man. They justified freedom by the text that we are all created in the divine image, all partakers of the divine spirit.  From this teaching flowed the emerging American rejection of monarchy and our bold embrace of democratic self-government. (…) If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it. (…) Equality, liberty, popular sovereignty, the rights of man . . . are ideals. They have their source and their roots in the religious convictions. . . . Unless the faith of the American people in these religious convictions is to endure, the principles of our Declaration will perish. (…) We live in an age of science and of abounding accumulation of material things. These did not create our Declaration. Our Declaration created them. The things of the spirit come first. . . . If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it.  President Calvin Coolidge (150th anniversary of the Declaration of Independence, 1926)
Like Tocqueville, who attributed America’s strength to its unique fusion of the spirit of liberty and the spirit of religion, Coolidge is rightly concerned about what will happen to the sturdy tree of liberty should its cultural roots decay. It is a question worth some attention as we eat our barbecue and watch the fireworks. Leon Kass
 ‘Le genre humain avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus’ (Voltaire). Mais il ne suffit pas qu’ils soient écrits dans les livres des philosophes et dans le coeur des hommes vertueux, il faut que l’homme ignorant ou faible puisse les lire dans l’exemple d’un grand peuple. L’Amérique nous a donné cet exemple. (…) Le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés, est utile à tous les autres, malgré la différence des climats, des moeurs et des constitutions. Il apprend que ces droits sont partout les mêmes. (…)  Tels sont les biens que l’humanité entière doit attendre de l’exemple de l’Amérique, et nous serions surpris qu’on regardât comme chimériques ces avantages, parce qu’ils n’ont pas une influence immédiate et physique sur le sort des individus. Ce serait ignorer que le bonheur des hommes réunis en société dépend presque uniquement des bonnes lois, et que, s’ils doivent leur premier hommage au législateur qui réunit à la sagesse de les concevoir la volonté et le pouvoir de les prescrire, ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (1786
Il n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre. Alexis de Tocqueville
Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. Louis XVI
En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante. (…) Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. Margaret Thatcher
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. Václav Klaus (président de la République tchèque, devant le Parlement européen, le 20 février 2009)
Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L’opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l’École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes.  Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l’autorité politique, les moyens qu’elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d’abord été une réponse à l’absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles. Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s’oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C’est tout autant l’étatisme ou l’État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché. L’accusation contemporaine la plus commune qui est portée contre le concept de libéralisme[1] comme pour sa pratique est qu’il n’accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s’agit de distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considèrent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.(…) Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d’une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n’en est qu’une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d’ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu’à l’École autrichienne d’économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n’adhère pas forcément simultanément aux trois. La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l’homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l’expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels. Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu’en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l’individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s’est produit par exemple avec l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d’imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu’à la démocratie. Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l’État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l’État. Toutefois, tous les libéraux admettent l’insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (…) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.» Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l’époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s’exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s’exercer aux dépens d’une personne non consentante. Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI) L’éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d’une agression. C’est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l’intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles) La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu’au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l’école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d’autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d’auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les Girondins représentent le courant libéral, victimes de la Terreur étatique des Jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l’opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l’essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l’école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, l’objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc. Il n’y a pas une école unique du libéralisme, d’autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. » Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu’il engendre les organisations sociales les plus efficaces d’un point de vue économique. Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne une réalité variable selon les pays. Aujourd’hui aux États-Unis le liberalism désigne une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l’économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s’oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier. Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l’action du pouvoir et de l’État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l’individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l’on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux. Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu’il existe des fonctions légitimes de l’État, qu’ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes ; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s’étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d’inverser cette expansion de l’État, la question de savoir où on s’arrêtera étant prématurée. Wikilibéral
Le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté. John Dewey (1935)
Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme? Alexis Feertchak
Jean Tirole rappelle aussi que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc. Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie. Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral… (…) le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique… (…) ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances. (…) Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux. (…) Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III. Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen. (…) Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie. (…) ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique.  (…) Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence. Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun. (…) Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect French intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme. Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États-Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet. (…) Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même». Françoise Melonio
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
We hold from God the gift which includes all others. This gift is life — physical, intellectual, and moral life. But life cannot maintain itself alone. The Creator of life has entrusted us with the responsibility of preserving, developing, and perfecting it. In order that we may accomplish this, He has provided us with a collection of marvelous faculties. And He has put us in the midst of a variety of natural resources. By the application of our faculties to these natural resources we convert them into products, and use them. This process is necessary in order that life may run its appointed course. Life, faculties, production — in other words, individuality, liberty, property — this is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. Bastiat
Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois. Bastiat

Et si on relisait Bastiat ?

En ce 225e anniversaire de la Déclaration des droits américaine …

Qui inspira largement la nôtre …

Au lendemain de la disparition  d’un des pires dictateurs de la planète qui a donné lieu aux ignominies que l’on sait …

Et à l’heure où, sur fond de réveil des peuples contre leurs élites mais aussi de manoeuvres d’intimidation des forces de la réaction …

Recule déjà une droite qui venait tout juste de commençait enfin à s’assumer comme telle …

Refuse toujours l’obstacle une gauche qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento …

Et continue à se gauchiser une extrême-droite toujours plus tentée par l’étatisme et l’interventionnisme …

Retour avec le récent entretien du Figaro de l’historienne des idées Françoise Mélonio …

Sur cette difficulté si particulière, catholicisme et monarchie absolue obligent, avec le libéralisme …

Dont ne semble décidément vouloir se défaire la terre de Tocqueville, Constant et Bastiat …

Et redécouverte justement avec le fameux texte de Bastiat sur la loi …

De cette si farouche volonté de maintenir hors de portée humaine comme don divin, la précédence et la prééminence de la liberté sur le politique …

Les Français ont-ils un problème avec le libéralisme ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
16/09/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu contre la loi Travail, l’historienne des idées Françoise Mélonio a accordé au FigaroVox un entretien fleuve pour éclairer le rapport ambigu des Français avec le libéralisme.

Docteur d’État et agrégée de Lettres, normalienne, Françoise Mélonio est professeur de Littérature à l’Université Paris-Sorbonne. Ancienne directrice adjointe (Lettres) de l’École normale supérieure (Ulm), elle a été doyenne du Collège universitaire puis directrice des Études et de la Scolarité de Sciences Po Paris. Spécialiste de Tocqueville, elle a notamment dirigé la collection d’Histoire culturelle de la France publiée aux éditions du Seuil.

FIGAROVOX. – Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme?

Françoise MELONIO. – Jean Tirole rappelle aussi (1) que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc.

Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie.

Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral…

N’a-t-on pas aussi tendance à oublier que le libéralisme n’est pas d’abord une doctrine économique de «laisser-aller», mais qu’il est au départ une doctrine philosophique, politique et juridique relative au rapport entre les individus, la société et l’État?

En effet le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique…

John Dewey estimait en 1935 que «le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté» (2). L’adaptation est-elle la première force du libéralisme?

Oui sans doute, parce que ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances.

N’existe-t-il pas aujourd’hui un libéralisme culturel ou sociétal, qui s’ajoute à la division traditionnelle entre libéralismes économique et politique? Quel est le lien entre libéralisme et progressisme?

Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux.

Se référant à Tocqueville, Lucien Jaume estime qu’historiquement, les Français sont davantage attachés à l’égalité qu’à la liberté. Cela peut-il expliquer un certain antilibéralisme de l’Hexagone?

En effet Lucien Jaume met très vigoureusement ce point en lumière dans ses travaux sur l’histoire du libéralisme. Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III.

Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen.

La France est l’un des plus anciens États centralisés au monde, tradition que la Révolution française n’a fait qu’amplifier. Cet attachement à l’État participe-t-il du même mouvement de méfiance à l’endroit du libéralisme?

Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie.

Historiquement, la France est aussi un pays de petits propriétaires, très attachés à leur liberté par rapport à l’État, mais aussi par rapport aux différentes «puissances», qu’elles soient économiques, politiques ou financières. Comment expliquer la conjonction entre ce phénomène et l’attachement à un État fort?

La glorification de la petite propriété (rurale surtout) est un lieu commun libéral. Locke en fait le moyen pour chacun d’assurer sa conservation et son indépendance ; en France les petits propriétaires ayant bénéficié de la vente des biens nationaux et de l’abolition des droits féodaux, la petite propriété apparaît comme une conquête révolutionnaire. Jusque sous la troisième république, on trouve des éloges de la moralité des petits propriétaires, qui tient justement à leur indépendance. Mais c’est de l’État que le petit propriétaire attend la garantie dans ses transactions – et aussi le maintien de l’ordre qui assure le respect de la propriété. Guizot et Tocqueville sont protectionnistes et très attachés à l’ordre social… Je ne vois donc pas de contradiction entre le goût de l’indépendance et l’attachement aux garanties apportées par un État fort.

Ne retrouve-t-on pas aujourd’hui cette ambivalence au sein du Front national entre une vision étatiste et interventionniste dans les anciens territoires ouvriers et une vision davantage poujadiste parmi les artisans, les commerçants, les indépendants et les petits patrons, notamment dans le sud de la France?

Je ne m’aventurerai pas dans un commentaire sur les électeurs du Front national sur lesquels il y a d’excellentes études (Dominique Reynié, Pascal Perrineau).

Au-delà du cas spécifique de cet électorat, ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique. J’aime à citer cette phrase de L’ancien régime et la Révolution: «ll n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre».

Il y a quelques années, la loi française anti-Burka déclenchait un tollé dans les pays anglo-saxons, ce qui est arrivé derechef avec les arrêtés anti-burkini cet été. Le modèle républicain à la française vient-il se heurter au libéralisme politique?

La question est compliquée par la menace terroriste, et le disgracieux burkini n’est pas, je crois, l’objet le plus adéquat pour s’interroger sur la place du religieux dans nos démocraties libérales.

Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence.

Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun.

Alexis de Tocqueville, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Victor Cousin, Hippolyte Taine, etc. la France a compté parmi les premiers intellectuels libéraux. Comment expliquer l’antilibéralisme qui siège aujourd’hui depuis longtemps parmi les «intellectuels» français?

Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect french intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme.

Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet.

Donald Trump aux États-Unis, victoire du Brexit aux États-Unis, succès des partis populistes partout en Europe, éclosion de «démocratures» dans de nombreux pays émergents, le libéralisme ne connaît-il pas une crise profonde en tant que modèle politique? Dans Suis-je un libéral (1925), John Maynard Keynes écrivait: «Il nous faut inventer une nouvelle sagesse pour une époque nouvelle». N’est-ce pas aujourd’hui le défi du libéralisme pour se réinventer?

Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même».


(1) Jean TIROLE, Économie du bien commun, p. 58, éd. PUF, 2016.

(2) John DEWEY, The future of liberalism, éd. Later Works, 1935

Voir aussi:

« The Law »
A selected essay reprint
Frédéric Bastiat
Bastiat, Frédéric
(1801-1850)
Introduction

Walter E. Williams*

I must have been forty years old before reading Frederic Bastiat’s classic The Law. An anonymous person, to whom I shall eternally be in debt, mailed me an unsolicited copy. After reading the book I was convinced that a liberal-arts education without an encounter with Bastiat is incomplete. Reading Bastiat made me keenly aware of all the time wasted, along with the frustrations of going down one blind alley after another, organizing my philosophy of life. The Law did not produce a philosophical conversion for me as much as it created order in my thinking about liberty and just human conduct.

Many philosophers have made important contributions to the discourse on liberty, Bastiat among them. But Bastiat’s greatest contribution is that he took the discourse out of the ivory tower and made ideas on liberty so clear that even the unlettered can understand them and statists cannot obfuscate them. Clarity is crucial to persuading our fellowman of the moral superiority of personal liberty.

Like others, Bastiat recognized the greatest single threat to liberty is government. Notice the clarity he employs to help us identify and understand evil government acts such as legalized plunder. Bastiat says, « See if the law takes from some persons what belongs to them, and gives it to other persons to whom it does not belong. See if the law benefits one citizen at the expense of another by doing what the citizen himself cannot do without committing a crime. » With such an accurate description of legalized plunder, we cannot deny the conclusion that most government activities, including ours, are legalized plunder, or for the sake of modernity, legalized theft.

Frederic Bastiat could have easily been a fellow traveler of the signers of our Declaration of Independence. The signers’ vision of liberty and the proper role of government was captured in the immortal words: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain Unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, governments are instituted among Men…. » Bastiat echoes the identical vision, saying, « Life, faculties, production—in other words individuality, liberty, property—that is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. » Bastiat gave the same rationale for government as did our Founders, saying, « Life, liberty and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it is the fact that life, liberty and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. » No finer statements of natural or God-given rights have been made than those found in our Declaration of Independence and The Law.

Bastiat pinned his hopes for liberty on the United States saying, « …look at the United States. There is no country in the world where the law is kept more within its proper domain: the protection of every person’s liberty and property. As a consequence of this, there appears to be no country in the world where the social order rests on a firmer foundation. » Writing in 1850, Bastiat noted two areas where the United States fell short: « Slavery is a violation, by law, of liberty. The protective tariff is a violation, by law, of property. »

If Bastiat were alive today, he would be disappointed with our failure to keep the law within its proper domain. Over the course of a century and a half, we have created more than 50,000 laws. Most of them permit the state to initiate violence against those who have not initiated violence against others. These laws range from anti-smoking laws for private establishments and Social Security « contributions » to licensure laws and minimum wage laws. In each case, the person who resolutely demands and defends his God-given right to be left alone can ultimately suffer death at the hands of our government.*1

Bastiat explains the call for laws that restrict peaceable, voluntary exchange and punish the desire to be left alone by saying that socialists want to play God. Socialists look upon people as raw material to be formed into social combinations. To them—the elite— »the relationship between persons and the legislator appears to be the same as the relationship between the clay and the potter. » And for people who have this vision, Bastiat displays the only anger I find in The Law when he lashes out at do-gooders and would-be rulers of mankind, « Ah, you miserable creatures! You who think that you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That task would be sufficient enough. »

Bastiat was an optimist who thought that eloquent arguments in defense of liberty might save the day; but history is not on his side. Mankind’s history is one of systematic, arbitrary abuse and control by the elite acting privately, through the church, but mostly through government. It is a tragic history where hundreds of millions of unfortunate souls have been slaughtered, mostly by their own government. A historian writing 200 or 300 years from now might view the liberties that existed for a tiny portion of mankind’s population, mostly in the western world, for only a tiny portion of its history, the last century or two, as a historical curiosity that defies explanation. That historian might also observe that the curiosity was only a temporary phenomenon and mankind reverted back to the traditional state of affairs—arbitrary control and abuse.

Hopefully, history will prove that pessimistic assessment false. The worldwide collapse of the respectability of the ideas of socialism and communism suggests that there is a glimmer of hope. Another hopeful sign is the technological innovations that make it more difficult for government to gain information on and control its citizens. Innovations such as information access, communication and electronic monetary transactions will make government attempts at control more costly and less probable. These technological innovations will increasingly make it possible for world citizens to communicate and exchange with one another without government knowledge, sanction or permission.

Collapse of communism, technological innovations, accompanied by robust free-market organizations promoting Bastiat’s ideas, are the most optimistic things I can say about the future of liberty in the United States. Americans share an awesome burden and moral responsibility. If liberty dies in the United States, it is destined to die everywhere. A greater familiarity with Bastiat’s clear ideas about liberty would be an important step in rekindling respect and love, and allowing the resuscitation of the spirit of liberty among our fellow Americans.


Notes for this chapter

Walter E. Williams, John M. Olin Distinguished Professor of Economics and Chairman of the Economics Department at George Mason University, Fairfax, Virginia.

Death is not the stated penalty for disobedience; however, death can occur if the person refuses to submit to government sanctions for his disobedience.The Law

Foreword

Sheldon Richman

The state is that great fiction by which everyone tries to live at the expense of everyone else.

—Frederic Bastiat

Frederic Bastiat (1801-1850) holds a special place in the hearts and minds of the friends of liberty. There is no mystery here to be solved. The key to Bastiat’s appeal is the integrity and elegance of his message. His writing exhibits a purity and a reasoned passion that are rare in the modern world. He always wrote to be understood, to persuade, not to impress or to obfuscate.

Through the device of the fable, Bastiat deftly shattered the misconceptions about economics for his French contemporaries. When today, in modern America, we continue to be told, by intellectuals as well as by politicians, that the free entry of foreign-made products impoverishes us or that destructive earthquakes and hurricanes create prosperity by creating demand for rebuilding, we are seeing the results of a culture ignorant of Frederic Bastiat.

But to think of Bastiat as just an economist is to insufficiently appreciate him. Bastiat was a legal philosopher of the first rank. What made him so is The Law. Writing as France was being seduced by the false promises of socialism, Bastiat was concerned with law in the classical sense; he directs his reason to the discovery of the principles of social organization best suited to human beings.

He begins by recognizing that individuals must act to maintain their lives. They do so by applying their faculties to the natural world and transforming its components into useful products. « Life, faculties, production—in other words, individuality, liberty, property—this is man, » Bastiat writes. And since they are at the very core of human nature, they « precede all human legislation, and are superior to it. » Too few people understand that point. Legal positivism, the notion that there is no right and wrong prior to the enactment of legislation, sadly afflicts even some advocates of individual liberty (the utilitarian descendants of Bentham, for example). But, Bastiat reminds us, « Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. »

For Bastiat, law is a negative. He agreed with a friend who pointed out that it is imprecise to say that law should create justice. In truth, the law should prevent injustice. « Justice is achieved only when injustice is absent. » That may strike some readers as dubious. But on reflection, one can see that a free and just society is what results when forcible intervention against individuals does not occur; when they are left alone.

The purpose of law is the defense of life, liberty, and property. It is, says Bastiat, « the collective organization of the individual right of lawful defense. » Each individual has the right to defend his life, liberty, and property. A group of individuals, therefore, may be said to have « collective right » to pool their resources to defend themselves. « Thus the principle of collective right—its reason for existing, its lawfulness—is based on individual right. And this common force that protects this collective right cannot logically have any other purpose or any other mission than that for which it acts as a substitute. » If the very purpose of law is the protection of individual rights, then law may not be used—without contradiction—to accomplish what individuals have no right to do. « Such a perversion of force would be… contrary to our premise. » The result would be unlawful law.

A society based on a proper conception of law would be orderly and prosperous. But unfortunately, some will choose plunder over production if the former requires less effort than the latter. A grave danger arises when the class of people who make the law (legislation) turns to plunder. The result, Bastiat writes, is « lawful plunder. » At first, only the small group of lawmakers practices legal plunder. But that may set in motion a process in which the plundered classes, rather than seeking to abolish the perversion of law, instead strive to get in on it. « It is as if it were necessary, before a reign of justice appears, for everyone to suffer a cruel retribution—some for their evilness, and some for their lack of understanding. »

The result of generalized legal plunder is moral chaos precisely because law and morality have been set at odds. « When law and morality contradict each other, the citizen has the cruel alternative of either losing his moral sense or losing his respect for the law. » Bastiat points out that for many people, what is legal is legitimate. So they are plunged into confusion. And conflict.

As long as it is admitted that the law may be diverted from its true purpose-that it may violate property instead of protecting it-then everyone will want to participate in making the law, either to protect himself against plunder or to use it for plunder. Political questions will always be prejudicial, dominant, and all-absorbing. There will be fighting at the door of the Legislative Palace, and the struggle within will be no less furious.

Sound familiar?

Bastiat finds another motive—besides the desire for booty—behind legal plunder: « false philanthropy. » Again, he sees a contradiction. If philanthropy is not voluntary, it destroys liberty and justice. The law can give nothing that has not first been taken from its owner. He applies that analysis to all forms of government intervention, from tariffs to so-called public education.

Bastiat’s words are as fresh as if they were written today. He explains that one can identify legal plunder by looking for laws that authorize that one person’s property be given to someone else. Such laws should be abolished « without delay. » But, he warns, « the person who profits from such law will complain bitterly, defending his acquired rights, » his entitlements. Bastiat’s advice is direct: « Do not listen to this sophistry by vested interests. The acceptance of these arguments will build legal plunder into a whole system. In fact, this has already occurred. The present-day delusion is an attempt to enrich everyone at the expense of everyone else. »

The world view that underlies the distortion of law, Bastiat writes, holds man as a passive entity, lacking a motor of his own and awaiting the hand and plan of the wise legislator. He quotes Rousseau: « The legislator is the mechanic who invents the machine. » Saint-Just: « The legislator commands the future. It is for him to will the good of mankind. It is for him to make men what he wills them to be. » And the razor-sharp Robespierre: « The function of government is to direct the physical and morale powers of the nation toward the end for which the commonwealth has come into being. »

Bastiat echoes Adam Smith’s condemnation of the « man of system, » who sees people as mere pieces to be moved about a chessboard. To accomplish his objectives, the legislator must stamp out human differences, for they impede the plan. Forced conformity (is there any other kind?) is the order of the day. Bastiat quotes several writers in this vein, then replies:

Oh, sublime writers! Please remember sometimes that this clay, this sand, and this manure which you so arbitrarily dispose of, are men! They are your equals! They are intelligent and free human beings like yourselves! As you have, they too have received from God the faculty to observe, to plan ahead, to think, and to judge for themselves!

After quoting several of those writers who are so willing to devote themselves to reinventing people, Bastiat can no longer control his outrage: « Ah, you miserable creatures! You think you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That would be sufficient enough. »

Nor does Bastiat allow unrestrained democracy to escape his grasp. With his usual elegance, he goes right to the core of the issue. The democrat hails the people’s wisdom. In what does that wisdom consist? The ability to pick all-powerful legislators—and that is all. « The people who, during the election, were so wise, so moral, so perfect, now have no tendencies whatever; or if they have any, they are tendencies that lead downward to degradation …. If people are as incapable, as immoral, and as ignorant as the politicians indicate, then why is the right of these same people to vote defended with such passionate insistence? » And « if the natural tendencies of mankind are so bad that it is not safe to permit people to be free, how is it that the tendencies of these organizers are always good? »

Bastiat closes his volume with a clarion call for freedom and a rejection of all proposals to impose unnatural social arrangements on people. He implores all « legislators and do-gooders [to] reject all systems, and try liberty. »

In the years since The Law was first published, little has been written in the classical liberal tradition that can approach its purity, its power, its nearly poetic quality. Alas, the world is far from having learned the lessons of The Law. Bastiat would be saddened by what America has become. He warned us. He identified the principles indispensable for proper human society and made them accessible to all. In the struggle to end the legalized plunder of statism and to defend individual liberty, how much more could be asked of one man?

—SHELDON RICHMAN,

November 1995

Voir enfin:

La Loi
Frédéric Bastiat
Œuvres complètes, vol. 4, p. 342.
Juin 1850.

La loi pervertie ! La loi — et à sa suite toutes les forces collectives de la nation, — la Loi, dis-je, non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ! La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle-même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir ! Certes, c’est là un fait grave, s’il existe, et sur lequel il doit m’être permis d’appeler l’attention de mes concitoyens.

Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale.

Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner.

Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné.

Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme.

C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.

Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense.

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie, éléments qui se complètent l’un par l’autre et ne se peuvent comprendre l’un sans l’autre. Car que sont nos Facultés, sinon un prolongement de notre Personnalité, et qu’est-ce que la Propriété si ce n’est un prolongement de nos Facultés ?

Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s’entendre, d’organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense.

Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue.

Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes.

Car cette perversion de la Force serait, en un cas comme dans l’autre, en contradiction avec nos prémisses. Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ? Et si cela n’est pas vrai de chaque force individuelle, agissant isolément, comment cela serait-il vrai de la force collective, qui n’est que l’union organisée des forces isolées ?

Donc, s’il est une chose évidente, c’est celle-ci : La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d’agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice.

Et s’il existait un peuple constitué sur cette base, il me semble que l’ordre y prévaudrait dans les faits comme dans les idées. Il me semble que ce peuple aurait le gouvernement le plus simple, le plus économique, le moins lourd, le moins senti, le moins responsable, le plus juste, et par conséquent le plus solide qu’on puisse imaginer, quelle que fût d’ailleurs sa forme politique.

Car, sous un tel régime, chacun comprendrait bien qu’il a toute la plénitude comme toute la responsabilité de son Existence. Pourvu que la personne fût respectée, le travail libre et les fruits du travail garantis contre toute injuste atteinte, nul n’aurait rien à démêler avec l’État. Heureux, nous n’aurions pas, il est vrai, à le remercier de nos succès ; mais malheureux, nous ne nous en prendrions pas plus à lui de nos revers que nos paysans ne lui attribuent la grêle ou la gelée. Nous ne le connaîtrions que par l’inestimable bienfait de la Sûreté.

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans les affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. On ne verrait point les familles pauvres chercher l’instruction littéraire avant d’avoir du pain. On ne verrait point la ville se peupler aux dépens des campagnes, ou les campagnes aux dépens des villes. On ne verrait pas ces grands déplacements de capitaux, de travail, de population, provoqués par des mesures législatives, déplacements qui rendent si incertaines et si précaires les sources mêmes de l’existence, et aggravent par là, dans une si grande mesure, la responsabilité des gouvernements.

Par malheur, il s’en faut que la Loi se soit renfermée dans son rôle. Même il s’en faut qu’elle ne s’en soit écartée que dans des vues neutres et discutables. Elle a fait pis : elle a agi contrairement à sa propre fin ; elle a détruit son propre but ; elle s’est appliquée à anéantir cette Justice qu’elle devait faire régner, à effacer, entre les Droits, cette limite que sa mission était de faire respecter ; elle a mis la force collective au service de ceux qui veulent exploiter, sans risque et sans scrupule, la Personne, la Liberté ou la Propriété d’autrui ; elle a converti la Spoliation en Droit, pour la protéger, et la légitime défense en crime, pour la punir.

Comment cette perversion de la Loi s’est-elle accomplie ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Loi s’est pervertie sous l’influence de deux causes bien différentes : l’égoïsme inintelligent et la fausse philanthropie.

Parlons de la première.

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible.

Mais il est une autre disposition qui leur est aussi commune. C’est de vivre et de se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres. Ce n’est pas là une imputation hasardée, émanée d’un esprit chagrin et pessimiste. L’histoire en rend témoignage par les guerres incessantes, les migrations de peuples, les oppressions sacerdotales, l’universalité de l’esclavage, les fraudes industrielles et les monopoles dont ses annales sont remplies.

Cette disposition funeste prend naissance dans la constitution même de l’homme, dans ce sentiment primitif, universel, invincible, qui le pousse vers le bien-être et lui fait fuir la douleur.

L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à-dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là la Propriété.

Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là la Spoliation.

Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut ; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.

Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.

Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.

Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.

Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le cœur de l’homme, explique la perversion à peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.

Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à y prendre part.

Malheur, trois fois malheur aux nations où cette dernière pensée domine dans les masses, au moment où elles s’emparent à leur tour de la puissance législative !

Jusqu’à cette époque la spoliation légale s’exerçait par le petit nombre sur le grand nombre, ainsi que cela se voit chez les peuples où le droit de légiférer est concentré en quelques mains. Mais le voilà devenu universel, et l’on cherche l’équilibre dans la spoliation universelle. Au lieu d’extirper ce que la société contenait d’injustice, on la généralise. Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n’est pas de se délivrer de la spoliation (cela supposerait en elles des lumières qu’elles ne peuvent avoir), mais d’organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s’il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu’une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation.

Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation ? Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes.

La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.

Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.

Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à regarder ce qui est légal comme légitime, à ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ? Il se trouvera des corps officiels pour faire parvenir au gouvernement ce vœu :

« Que la science soit désormais enseignée, non plus au seul point de vue du Libre-Échange (de la Liberté, de la Propriété, de la Justice), ainsi que cela a eu lieu jusqu’ici, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation (contraire à la Liberté, à la Propriété, à la Justice) qui régit l’industrie française. »

« Que, dans les chaires publiques salariées par le Trésor, le professeur s’abstienne rigoureusement de porter la moindre atteinte au respect dû aux lois en vigueur

, etc. »

En sorte que s’il existe une loi qui sanctionne l’esclavage ou le monopole, l’oppression ou la spoliation sous une forme quelconque, il ne faudra pas même en parler ; car comment en parler sans ébranler le respect qu’elle inspire ? Bien plus, il faudra enseigner la morale et l’économie politique au point de vue de cette loi, c’est-à-dire sur la supposition qu’elle est juste par cela seul qu’elle est Loi.

Un autre effet de cette déplorable perversion de la Loi, c’est de donner aux passions et aux luttes politiques, et, en général, à la politique proprement dite, une prépondérance exagérée.

Je pourrais prouver cette proposition de mille manières. Je me bornerai, par voie d’exemple, à la rapprocher du sujet qui a récemment occupé tous les esprits : le suffrage universel.

Quoi qu’en pensent les adeptes de l’École de Rousseau, laquelle se dit très avancée et que je crois reculée de vingt siècles, le suffrage universel (en prenant ce mot dans son acception rigoureuse) n’est pas un de ces dogmes sacrés, à l’égard desquels l’examen et le doute même sont des crimes.

On peut lui opposer de graves objections.

D’abord le mot universel cache un grossier sophisme. Il y a en France trente-six millions d’habitants. Pour que le droit de suffrage fût universel, il faudrait qu’il fût reconnu à trente-six millions d’électeurs. Dans le système le plus large, on ne le reconnaît qu’à neuf millions. Trois personnes sur quatre sont donc exclues et, qui plus est, elles le sont par cette quatrième. Sur quel principe se fonde cette exclusion ? sur le principe de l’Incapacité. Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ?

Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré.

Ce motif, c’est que l’électeur ne stipule pas pour lui, mais pour tout le monde.

Si, comme le prétendent les républicains de la teinte grecque et romaine, le droit de suffrage nous était échu avec la vie, il serait inique aux adultes d’empêcher les femmes et les enfants de voter. Pourquoi les empêche-t-on ? Parce qu’on les présume incapables. Et pourquoi l’Incapacité est-elle un motif d’exclusion ? Parce que l’électeur ne recueille pas seul la responsabilité de son vote ; parce que chaque vote engage et affecte la communauté tout entière ; parce que la communauté a bien le droit d’exiger quelques garanties, quant aux actes d’où dépendent son bien-être et son existence.

Je sais ce qu’on peut répondre. Je sais aussi ce qu’on pourrait répliquer. Ce n’est pas ici le lieu d’épuiser une telle controverse. Ce que je veux faire observer, c’est que cette controverse même (aussi bien que la plupart des questions politiques) qui agite, passionne et bouleverse les peuples, perdrait presque toute son importance, si la Loi avait toujours été ce qu’elle devrait être.

En effet, si la Loi se bornait à faire respecter toutes les Personnes, toutes les Libertés, toutes les Propriétés, si elle n’était que l’organisation du Droit individuel de légitime défense, l’obstacle, le frein, le châtiment opposé à toutes les oppressions, à toutes les spoliations, croit-on que nous nous disputerions beaucoup, entre citoyens, à propos du suffrage plus ou moins universel ? Croit-on qu’il mettrait en question le plus grand des biens, la paix publique ? Croit-on que les classes exclues n’attendraient pas paisiblement leur tour ? Croit-on que les classes admises seraient très-jalouses de leur privilége ? Et n’est-il pas clair que l’intérêt étant identique et commun, les uns agiraient, sans grand inconvénient, pour les autres ?

Mais que ce principe funeste vienne à s’introduire, que, sous prétexte d’organisation, de réglementation, de protection, d’encouragement, la Loi peut prendre aux uns pour donner aux autres, puiser dans la richesse acquise par toutes les classes pour augmenter celle d’une classe, tantôt celle des agriculteurs, tantôt celle des manufacturiers, des négociants, des armateurs, des artistes, des comédiens ; oh ! certes, en ce cas, il n’y a pas de classe qui ne prétende, avec raison, mettre, elle aussi, la main sur la Loi ; qui ne revendique avec fureur son droit d’élection et d’éligibilité ; qui ne bouleverse la société plutôt que de ne pas l’obtenir. Les mendiants et les vagabonds eux-mêmes vous prouveront qu’ils ont des titres incontestables. Ils vous diront : « Nous n’achetons jamais de vin, de tabac, de sel, sans payer l’impôt, et une part de cet impôt est donnée législativement en primes, en subventions à des hommes plus riches que nous. D’autres font servir la Loi à élever artificiellement le prix du pain, de la viande, du fer, du drap. Puisque chacun exploite la Loi à son profit, nous voulons l’exploiter aussi. Nous voulons en faire sortir le Droit à l’assistance, qui est la part de spoliation du pauvre. Pour cela, il faut que nous soyons électeurs et législateurs, afin que nous organisions en grand l’Aumône pour notre classe, comme vous avez organisé en grand la Protection pour la vôtre. Ne nous dites pas que vous nous ferez notre part, que vous nous jetterez, selon la proposition de M. Mimerel, une somme de 600,000 francs pour nous faire taire et comme un os à ronger. Nous avons d’autres prétentions et, en tout cas, nous voulons stipuler pour nous-mêmes comme les autres classes ont stipulé pour elles-mêmes ! »

Que peut-on répondre à cet argument ? Oui, tant qu’il sera admis en principe que la Loi peut être détournée de sa vraie mission, qu’elle peut violer les propriétés au lieu de les garantir, chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit. La question politique sera toujours préjudicielle, dominante, absorbante ; en un mot, on se battra à la porte du Palais législatif. La lutte ne sera pas moins acharnée au-dedans. Pour en être convaincu, il est à peine nécessaire de regarder ce qui se passe dans les Chambres en France et en Angleterre ; il suffit de savoir comment la question y est posée.

Est-il besoin de prouver que cette odieuse perversion de la Loi est une cause perpétuelle de haine, de discorde, pouvant aller jusqu’à la désorganisation sociale ? Jetez les yeux sur les États-Unis. C’est le pays du monde où la Loi reste le plus dans son rôle, qui est de garantir à chacun sa liberté et sa propriété. Aussi c’est le pays du monde où l’ordre social paraît reposer sur les bases les plus stables. Cependant, aux États-Unis même, il est deux questions, et il n’en est que deux, qui, depuis l’origine, ont mis plusieurs fois l’ordre politique en péril. Et quelles sont ces deux questions ? Celle de l’Esclavage et celle des Tarifs, c’est-à-dire précisément les deux seules questions où, contrairement à l’esprit général de cette république, la Loi a pris le caractère spoliateur. L’Esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la Personne. La Protection est une violation, perpétrée par la loi, du droit de Propriété ; et certes, il est bien remarquable qu’au milieu de tant d’autres débats, ce double fléau légal, triste héritage de l’ancien monde, soit le seul qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l’Union. C’est qu’en effet on ne saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : La Loi devenue un instrument d’injustice. Et si ce fait engendre des conséquences si formidables aux États-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit-ce être dans notre Europe, où il est un Principe, un Système ?

M. de Montalembert, s’appropriant la pensée d’une proclamation fameuse de M. Carlier, disait : Il faut faire la guerre au Socialisme. — Et par Socialisme, il faut croire que, selon la définition de M. Charles Dupin, il désignait la Spoliation.

Mais de quelle Spoliation voulait-il parler ? Car il y en a de deux sortes. Il y a la spoliation extra-légale et la spoliation légale.

Quant à la spoliation extra-légale, celle qu’on appelle vol, escroquerie, celle qui est définie, prévue et punie par le Code pénal, en vérité, je ne pense pas qu’on la puisse décorer du nom de Socialisme. Ce n’est pas celle qui menace systématiquement la société dans ses bases. D’ailleurs, la guerre contre ce genre de spoliation n’a pas attendu le signal de M. de Montalembert ou de M. Carlier. Elle se poursuit depuis le commencement du monde ; la France y avait pourvu, dès longtemps avant la révolution de février, dès longtemps avant l’apparition du Socialisme, par tout un appareil de magistrature, de police, de gendarmerie, de prisons, de bagnes et d’échafauds. C’est la Loi elle-même qui conduit cette guerre, et ce qui serait, selon moi, à désirer, c’est que la Loi gardât toujours cette attitude à l’égard de la Spoliation.

Mais il n’en est pas ainsi. La Loi prend quelquefois parti pour elle. Quelquefois elle l’accomplit de ses propres mains, afin d’en épargner au bénéficiaire la honte, le danger et le scrupule. Quelquefois elle met tout cet appareil de magistrature, police, gendarmerie et prison au service du spoliateur, et traite en criminel le spolié qui se défend. En un mot, il y a la spoliation légale, et c’est de celle-là sans doute que parle M. de Montalembert.

Cette spoliation peut n’être, dans la législation d’un peuple, qu’une tache exceptionnelle et, dans ce cas, ce qu’il y a de mieux à faire, sans tant de déclamations et de jérémiades, c’est de l’y effacer le plus tôt possible, malgré les clameurs des intéressés. Comment la reconnaître ? C’est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi ; elle n’est pas seulement une iniquité, elle est une source féconde d’iniquités ; car elle appelle les représailles, et si vous n’y prenez garde, le fait exceptionnel s’étendra, se multipliera et deviendra systématique. Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris ; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie ; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Or le Socialisme, ainsi défini, formant un corps de doctrine, quelle guerre voulez-vous lui faire, si ce n’est une guerre de doctrine ? Vous trouvez cette doctrine fausse, absurde, abominable. Réfutez-la. Cela vous sera d’autant plus aisé qu’elle est plus fausse, plus absurde, plus abominable. Surtout, si vous voulez être fort, commencez par extirper de votre législation tout ce qui a pu s’y glisser de Socialisme, — et l’œuvre n’est pas petite.

On a reproché à M. de Montalembert de vouloir tourner contre le Socialisme la force brutale. C’est un reproche dont il doit être exonéré, car il a dit formellement : il faut faire au Socialisme la guerre qui est compatible avec la loi, l’honneur et la justice.

Mais comment M. de Montalembert ne s’aperçoit-il pas qu’il se place dans un cercle vicieux ? Vous voulez opposer au Socialisme la Loi ? Mais précisément le Socialisme invoque la Loi. Il n’aspire pas à la spoliation extra-légale, mais à la spoliation légale. C’est de la Loi même, à l’instar des monopoleurs de toute sorte, qu’il prétend se faire un instrument ; et une fois qu’il aura la Loi pour lui, comment voulez-vous tourner la Loi contre lui ? Comment voulez-vous le placer sous le coup de vos tribunaux, de vos gendarmes, de vos prisons ?

Aussi que faites-vous ? Vous voulez l’empêcher de mettre la main à la confection des Lois. Vous voulez le tenir en dehors du Palais législatif. Vous n’y réussirez pas, j’ose vous le prédire, tandis qu’au-dedans on légiférera sur le principe de la Spoliation légale. C’est trop inique, c’est trop absurde.

Il faut absolument que cette question de Spoliation légale se vide, et il n’y a que trois solutions.

Que le petit nombre spolie le grand nombre.

Que tout le monde spolie tout le monde.

Que personne ne spolie personne.

Spoliation partielle, Spoliation universelle, absence de Spoliation, il faut choisir. La Loi ne peut poursuivre qu’un de ces trois résultats.

Spoliation partielle, — c’est le système qui a prévalu tant que l’électorat a été partiel, système auquel on revient pour éviter l’invasion du Socialisme.

Spoliation universelle, — c’est le système dont nous avons été menacés quand l’électorat est devenu universel, la masse ayant conçu l’idée de légiférer sur le principe des législateurs qui l’ont précédée.

Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas ! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle.

Et, sincèrement, peut-on demander autre chose à la Loi ? La Loi, ayant pour sanction nécessaire la Force, peut-elle être raisonnablement employée à autre chose qu’à maintenir chacun dans son Droit ? Je défie qu’on la fasse sortir de ce cercle, sans la tourner, et, par conséquent, sans tourner la Force contre le Droit. Et comme c’est là la plus funeste, la plus illogique perturbation sociale qui se puisse imaginer, il faut bien reconnaître que la véritable solution, tant cherchée, du problème social est renfermée dans ces simples mots : la Loi, c’est la Justice organisée.

Or, remarquons-le bien : organiser la Justice par la Loi, c’est-à-dire par la Force, exclut l’idée d’organiser par la Loi ou par la Force une manifestation quelconque de l’activité humaine : Travail, Charité, Agriculture, Commerce, Industrie, Instruction, Beaux-Arts, Religion ; car il n’est pas possible qu’une de ces organisations secondaires n’anéantisse l’organisation essentielle. Comment imaginer, en effet, la Force entreprenant sur la Liberté des citoyens, sans porter atteinte à la Justice, sans agir contre son propre but ?

Ici je me heurte au plus populaire des préjugés de notre époque. On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme.

Mais, je le répète, ces deux missions de la Loi se contredisent. Il faut opter. Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.

La Spoliation légale a deux racines : l’une, nous venons de le voir, est dans l’Égoïsme humain ; l’autre est dans la fausse Philanthropie.

Avant d’aller plus loin, je crois devoir m’expliquer sur le mot Spoliation.

Je ne le prends pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, dans une acception vague, indéterminée, approximative, métaphorique : je m’en sers au sens tout à fait scientifique, et comme exprimant l’idée opposée à celle de la Propriété. Quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. Je dis que c’est là justement ce que la Loi devrait réprimer partout et toujours. Que si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer, je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. Seulement, en ce cas, ce n’est pas celui qui profite de la Spoliation qui en est responsable, c’est la Loi, c’est le législateur, c’est la société, et c’est ce qui en fait le danger politique.

Il est fâcheux que ce mot ait quelque chose de blessant. J’en ai vainement cherché un autre, car en aucun temps, et moins aujourd’hui que jamais, je ne voudrais jeter au milieu de nos discordes une parole irritante. Aussi, qu’on le croie ou non, je déclare que je n’entends accuser les intentions ni la moralité de qui que ce soit. J’attaque une idée que je crois fausse, un système qui me semble injuste, et cela tellement en dehors des intentions, que chacun de nous en profite sans le vouloir et en souffre sans le savoir. Il faut écrire sous l’influence de l’esprit de parti ou de la peur pour révoquer en doute la sincérité du Protectionnisme, du Socialisme et même du Communisme, qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. Tout ce qu’on pourrait dire, c’est que la Spoliation est plus visible, par sa partialité, dans le Protectionnisme

, par son universalité, dans le Communisme ; d’où il suit que des trois systèmes le Socialisme est encore le plus vague, le plus indécis, et par conséquent le plus sincère.

Quoi qu’il en soit, convenir que la spoliation légale a une de ses racines dans la fausse philanthropie, c’est mettre évidemment les intentions hors de cause.

Ceci entendu, examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale.

Les socialistes nous disent : puisque la Loi organise la justice, pourquoi n’organiserait-elle pas le travail, l’enseignement, la religion ?

Pourquoi ? Parce qu’elle ne saurait organiser le travail, l’enseignement, la religion, sans désorganiser la Justice.

Remarquez donc que la Loi, c’est la Force, et que, par conséquent, le domaine de la Loi ne saurait dépasser légitimement le légitime domaine de la Force.

Quand la loi et la Force retiennent un homme dans la Justice, elles ne lui imposent rien qu’une pure négation. Elles ne lui imposent que l’abstention de nuire. Elles n’attentent ni à sa Personnalité, ni à sa Liberté, ni à sa Propriété. Seulement elles sauvegardent la Personnalité, la Liberté et la Propriété d’autrui. Elles se tiennent sur la défensive ; elles défendent le Droit égal de tous. Elles remplissent une mission dont l’innocuité est évidente, l’utilité palpable, et la légitimité incontestée.

Cela est si vrai qu’ainsi qu’un de mes amis me le faisait remarquer dire que le but de la Loi est de faire régner la Justice, c’est se servir d’une expression qui n’est pas rigoureusement exacte. Il faudrait dire : Le but de la Loi est d’empêcher l’Injustice de régner. En effet, ce n’est pas la Justice qui a une existence propre, c’est l’Injustice. L’une résulte de l’absence de l’autre.

Mais quand la Loi, — par l’intermédiaire de son agent nécessaire, la Force, — impose un mode de travail, une méthode ou une matière d’enseignement, une foi ou un culte, ce n’est plus négativement, c’est positivement qu’elle agit sur les hommes. Elle substitue la volonté du législateur à leur propre volonté, l’initiative du législateur à leur propre initiative. Ils n’ont plus à se consulter, à comparer, à prévoir ; la Loi fait tout cela pour eux. L’intelligence leur devient un meuble inutile ; ils cessent d’être hommes ; ils perdent leur Personnalité, leur Liberté, leur Propriété.

Essayez d’imaginer une forme de travail imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Liberté ; une transmission de richesse imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Propriété. Si vous n’y parvenez pas, convenez donc que la Loi ne peut organiser le travail et l’industrie sans organiser l’Injustice.

Lorsque, du fond de son cabinet, un publiciste promène ses regards sur la société, il est frappé du spectacle d’inégalité qui s’offre à lui. Il gémit sur les souffrances qui sont le lot d’un si grand nombre de nos frères, souffrances dont l’aspect est rendu plus attristant encore par le contraste du luxe et de l’opulence.

Il devrait peut-être se demander si un tel état social n’a pas pour cause d’anciennes Spoliations, exercées par voie de conquête, et des Spoliations nouvelles, exercées par l’intermédiaire des Lois. Il devrait se demander si, l’aspiration de tous les hommes vers le bien-être et le perfectionnement étant donnée, le règne de la justice ne suffit pas pour réaliser la plus grande activité de Progrès et la plus grande somme d’Égalité, compatibles avec cette responsabilité individuelle que Dieu a ménagée comme juste rétribution des vertus et des vices.

Il n’y songe seulement pas. Sa pensée se porte vers des combinaisons, des arrangements, des organisations légales ou factices. Il cherche le remède dans la perpétuité et l’exagération de ce qui a produit le mal.

Car, en dehors de la Justice, qui, comme nous l’avons vu, n’est qu’une véritable négation, est-il aucun de ces arrangements légaux qui ne renferme le principe de la Spoliation ?

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de richesses, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas une mamelle qui se remplisse d’elle-même, ou dont les veines lactifères aillent puiser ailleurs que dans la société. Il n’entre rien au trésor public, en faveur d’un citoyen ou d’une classe, que ce que les autres citoyens et les autres classes ont été forcés d’y mettre. Si chacun n’y puise que l’équivalent de ce qu’il y a versé, votre Loi, il est vrai, n’est pas spoliatrice, mais elle ne fait rien pour ces hommes qui manquent de richesses, elle ne fait rien pour l’égalité. Elle ne peut être un instrument d’égalisation qu’autant qu’elle prend aux uns pour donner aux autres, et alors elle est un instrument de Spoliation. Examinez à ce point de vue la Protection des tarifs, les primes d’encouragement, le Droit au profit, le Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à l’instruction, l’impôt progressif, la gratuité du crédit, l’atelier social, toujours vous trouverez au fond la Spoliation légale, l’injustice organisée.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de lumières, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas un flambeau répandant au loin une clarté qui lui soit propre. Elle plane sur une société où il y a des hommes qui savent et d’autres qui ne savent pas ; des citoyens qui ont besoin d’apprendre et d’autres qui sont disposés à enseigner. Elle ne peut faire que de deux choses l’une : ou laisser s’opérer librement ce genre de transactions, laisser se satisfaire librement cette nature de besoins ; ou bien forcer à cet égard les volontés et prendre aux uns de quoi payer des professeurs chargés d’instruire gratuitement les autres. Mais elle ne peut pas faire qu’il n’y ait, au second cas, atteinte à la Liberté et à la Propriété, Spoliation légale.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de moralité ou de religion, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi c’est la Force, et ai-je besoin de dire combien c’est une entreprise violente et folle que de faire intervenir la force en ces matières ?

Au bout de ses systèmes et de ses efforts, il semble que le Socialisme, quelque complaisance qu’il ait pour lui-même, ne puisse s’empêcher d’apercevoir le monstre de la Spoliation légale. Mais que fait-il ? Il le déguise habilement à tous les yeux, même aux siens, sous les noms séducteurs de Fraternité, Solidarité, Organisation, Association. Et parce que nous ne demandons pas tant à la Loi, parce que nous n’exigeons d’elle que Justice, il suppose que nous repoussons la fraternité, la solidarité, l’organisation, l’association, et nous jette à la face l’épithète d’individualistes.

Qu’il sache donc que ce que nous repoussons, ce n’est pas l’organisation naturelle, mais l’organisation forcée.

Ce n’est pas l’association libre, mais les formes d’association qu’il prétend nous imposer.

Ce n’est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

Ce n’est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n’est qu’un déplacement injuste de Responsabilité.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc., etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État.

Comment a pu prévaloir, dans le monde politique, l’idée bizarre de faire découler de la Loi ce qui n’y est pas : le Bien, en mode positif, la Richesse, la Science, la Religion ?

Les publicistes modernes, particulièrement ceux de l’école socialiste, fondent leurs théories diverses sur une hypothèse commune, et assurément la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tomber dans un cerveau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la première ; le publiciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beaucoup, la plus importante.

En effet, ils commencent par supposer que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un principe d’action, ni un moyen de discernement ; qu’ils sont dépourvus d’initiative ; qu’ils sont de la matière inerte, des molécules passives, des atomes sans spontanéité, tout au plus une végétation indifférente à son propre mode d’existence, susceptible de recevoir, d’une volonté et d’une main extérieures, un nombre infini de formes plus ou moins symétriques, artistiques, perfectionnées.

Ensuite chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur, de Fondateur, cette volonté et cette main, ce mobile universel, cette puissance créatrice dont la sublime mission est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes.

Partant de cette donnée, comme chaque jardinier, selon son caprice, taille ses arbres en pyramides, en parasols, en cubes, en cônes, en vases, en espaliers, en quenouilles, en éventails, chaque socialiste, suivant sa chimère, taille la pauvre humanité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ateliers sociaux, harmoniques, contrastés, etc., etc.

Et de même que le jardinier, pour opérer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de serpettes et de ciseaux, le publiciste, pour arranger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trouver que dans les Lois ; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socialistes considèrent l’humanité comme matière à combinaisons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du succès de ces combinaisons, ils réclament du moins une parcelle d’humanité comme matière à expériences : on sait combien est populaire parmi eux l’idée d’expérimenter tous les systèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieusement demander à l’assemblée constituante une commune avec tous ses habitants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inventeur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chimiste sacrifie quelques réactifs, que l’agriculteur sacrifie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle distance incommensurable entre le jardinier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chimiste et ses réactifs, entre l’agriculteur et ses semences !… Le socialiste croit de bonne foi que la même distance le sépare de l’humanité.

Il ne faut pas s’étonner que les publicistes du dix-neuvième siècle considèrent la société comme une création artificielle sortie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation classique, a dominé tous les penseurs, tous les grands écrivains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le législateur les mêmes rapports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à reconnaître, dans le cœur de l’homme, un principe d’action et, dans son intelligence, un principe de discernement, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, tendait fatalement vers sa dégradation. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses penchants l’humanité ne s’occuperait de religion que pour aboutir à l’athéisme, d’enseignement que pour arriver à l’ignorance, de travail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heureusement, selon ces mêmes écrivains, il y a quelques hommes, nommés Gouvernants, Législateurs, qui ont reçu du ciel, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des tendances opposées.

Pendant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien ; pendant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière ; pendant que l’humanité est entraînée vers le vice, eux sont attirés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de substituer leurs propres tendances aux tendances du genre humain.

Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du Socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. Partout le Conventionalisme classique nous montre, derrière la société passive, une puissance occulte qui, sous les noms de Loi, Législateur, ou sous cette expression plus commode et plus vague de on, meut l’humanité, l’anime, l’enrichit et la moralise.

Bossuet. — « Une des choses qu’on (qui ?) imprimait le plus fortement dans l’esprit des Égyptiens, c’était l’amour de la patrie… Il n’était pas permis d’être inutile à l’État ; la Loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux ni changer de profession… Mais il y avait une occupation qui devait être commune, c’était l’étude des lois et de la sagesse. L’ignorance de la religion et de la police du pays n’était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné (par qui ?)… Parmi de bonnes lois, ce qu’il y avait de meilleur, c’est que tout le monde était nourri (par qui ?) dans l’esprit de les observer… Leurs mercures ont rempli l’Égypte d’inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait rendre la vie commode et tranquille. »

Ainsi, les hommes, selon Bossuet, ne tirent rien d’eux-mêmes : patriotisme, richesses, activité, sagesse, inventions, labourage, sciences, tout leur venait par l’opération des Lois ou des Rois. Il ne s’agissait pour eux que de se laisser faire. C’est à ce point que Diodore ayant accusé les Égyptiens de rejeter la lutte et la musique, Bossuet l’en reprend. Comment cela est-il possible, dit-il, puisque ces arts avaient été inventés par Trismégiste ?

De même chez les Perses :

« Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l’agriculture… Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques… Le respect qu’on inspirait aux Perses pour l’autorité royale allait jusqu’à l’excès. »

Les Grecs, quoique pleins d’esprit, n’en étaient pas moins étrangers à leurs propres destinées, jusque-là que, d’eux-mêmes, ils ne se seraient pas élevés, comme les chiens et les chevaux, à la hauteur des jeux les plus simples. Classiquement, c’est une chose convenue que tout vient du dehors aux peuples.

« Les Grecs, naturellement pleins d’esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des Rois et des colonies venues d’Égypte. C’est de là qu’ils avaient appris les exercices du corps, la course à pied, à cheval et sur des chariots… Ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur était à se rendre dociles, à se laisser former par des lois pour le bien public. »

Fénelon. — Nourri dans l’étude et l’admiration de l’antiquité, témoin de la puissance de Louis XIV, Fénelon ne pouvait guère échapper à cette idée que l’humanité est passive, et que ses malheurs comme ses prospérités, ses vertus comme ses vices lui viennent d’une action extérieure, exercée sur elle par la Loi ou celui qui la fait. Aussi, dans son utopique Salente, met-il les hommes, avec leurs intérêts, leurs facultés, leurs désirs et leurs biens, à la discrétion absolue du Législateur. En quelque matière que ce soit, ce ne sont jamais eux qui jugent pour eux-mêmes, c’est le Prince. La nation n’est qu’une matière informe, dont le Prince est l’âme. C’est en lui que résident la pensée, la prévoyance, le principe de toute organisation, de tout progrès et, par conséquent, la Responsabilité.

Pour prouver cette assertion, il me faudrait transcrire ici tout le Xme livre de Télémaque. J’y renvoie le lecteur, et me contente de citer quelques passages pris au hasard dans ce célèbre poème, auquel, sous tout autre rapport, je suis le premier à rendre justice.

Avec cette crédulité surprenante qui caractérise les classiques, Fénelon admet, malgré l’autorité du raisonnement et des faits, la félicité générale des Égyptiens, et il l’attribue, non à leur propre sagesse, mais à celle de leurs Rois.

« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvrent tous les ans d’une moisson dorée, sans se reposer jamais ; des prairies pleines de troupeaux ; des laboureurs accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein ; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage Roi.

« Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l’abondance répandues dans toute la campagne d’Égypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes ; la justice exercée en faveur du pauvre contre le riche ; la bonne éducation des enfants qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l’amour des arts et des lettres ; l’exactitude pour toutes les cérémonies de la religion, le désintéressement, le désir de l’honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les dieux, que chaque père inspirait à ses enfants. Il ne se lassait point d’admirer ce bel ordre. Heureux, me disait-il, le peuple qu’un sage Roi conduit ainsi. »

Fénelon fait, sur la Crète, une idylle encore plus séduisante. Puis il ajoute, par la bouche de Mentor :

« Tout ce que vous verrez dans cette île merveilleuse est le fruit des lois de Minos. L’éducation qu’il faisait donner aux enfants rend le corps sain et robuste. On les accoutume d’abord à une vie simple, frugale et laborieuse ; on suppose que toute volupté amollit le corps et l’esprit ; on ne leur propose jamais d’autre plaisir que celui d’être invincibles par la vertu et d’acquérir beaucoup de gloire… Ici on punit trois vices qui sont impunis chez les autres peuples, l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Pour le faste et la mollesse, on n’a jamais besoin de les réprimer, car ils sont inconnus en Crète… on n’y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés. »

C’est ainsi que Mentor prépare son élève à triturer et manipuler, dans les vues les plus philanthropiques sans doute, le peuple d’Ithaque, et, pour plus de sûreté, il lui en donne l’exemple à Salente.

Voilà comment nous recevons nos premières notions politiques. On nous enseigne à traiter les hommes à peu près comme Olivier de Serres enseigne aux agriculteurs à traiter et mélanger les terres.

Montesquieu. — « Pour maintenir l’esprit de commerce, il faut que toutes les lois le favorisent ; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres, et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité qu’il ait besoin de travailler pour conserver ou pour acquérir… »

Ainsi les Lois disposent de toutes les fortunes.

« Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’âme de l’État, cependant elle est si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l’on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point. Après quoi c’est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres… »

C’est bien là encore l’égalisation des fortunes par la loi, par la force.

« Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques. Les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d’autres étaient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on voulait que les citoyens fussent oisifs ; dans les autres on cherchait à donner de l’amour pour le travail. »

« Je prie qu’on fasse un peu d’attention à l’étendue du génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l’univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l’esprit de justice, le plus dur esclavage avec l’extrême liberté, les sentiments les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla lui ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l’argent, les murailles : on y a de l’ambition sans espérance d’être mieux ; on y a les sentiments naturels, et on n’y est ni enfant, ni mari, ni père ; la pudeur même est ôtée à la chasteté. C’est par ce chemin que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire… »

« Cet extraordinaire que l’on voyait dans les institutions de la Grèce, nous l’avons vu dans la lie et la corruption des temps modernes. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue, et quoique le premier ait eu la paix pour objet comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises. »

« Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la Société, qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux… »

« Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté des biens de la République de Platon, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens ; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos désirs. »

L’engouement vulgaire aura beau s’écrier : c’est du Montesquieu, donc c’est magnifique ! c’est sublime ! j’aurai le courage de mon opinion et de dire :

Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ! *

Mais c’est affreux ! abominable ! et ces extraits, que je pourrais multiplier, montrent que, dans les idées de Montesquieu, les personnes, les libertés, les propriétés, l’humanité entière ne sont que des matériaux propres à exercer la sagacité du Législateur.

Rousseau. — Bien que ce publiciste, suprême autorité des démocrates, fasse reposer l’édifice social sur la volonté générale, personne n’a admis aussi complètement que lui l’hypothèse de l’entière passivité du genre humain en présence du Législateur.

« S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !

Ainsi entre le Législateur et le Prince, entre le Prince et les sujets, il y a les mêmes rapports qu’entre l’agronome et l’agriculteur, l’agriculteur et la glèbe. À quelle hauteur au-dessus de l’humanité est donc placé le publiciste, qui régente les Législateurs eux-mêmes et leur enseigne leur métier en ces termes impératifs :

« Voulez-vous donner de la consistance à l’État ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible. Ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux.

« Le sol est-il ingrat ou stérile, ou le pays trop serré pour les habitants, tournez-vous du côté de l’industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent… Dans un bon terrain, manquez-vous d’habitants, donnez tous vos soins à l’agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu’achever de dépeupler le pays… Occupez-vous des rivages étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers inaccessibles, restez barbares et ichthyophages, vous en vivrez plus tranquilles, meilleurs peut-être, et, à coup sûr, plus heureux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne d’une manière particulière, et rend sa législation propre à lui seul. C’est ainsi qu’autrefois les Hébreux, et récemment les Arabes, ont eu pour principal objet la religion ; les Athéniens, les lettres ; Carthage et Tyr, le commerce ; Rhodes, la marine ; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. L’auteur de l’Esprit des Lois a montré par quel art le législateur dirige l’institution vers chacun de ces objets… Mais si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, que l’un tende à la servitude et l’autre à la liberté ; l’un aux richesses, l’autre à la population ; l’un à la paix, l’autre aux conquêtes, on verra les lois s’affaiblir insensiblement, la constitution s’altérer, et l’État ne cessera d’être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou changé, et que l’invincible nature ait repris son empire.

Mais si la nature est assez invincible pour reprendre son empire, pourquoi Rousseau n’admet-il pas qu’elle n’avait pas besoin du Législateur pour prendre cet empire dès l’origine ? Pourquoi n’admet-il pas qu’obéissant à leur propre initiative les hommes se tourneront d’eux-mêmes vers le commerce sur des rivages étendus et commodes, sans qu’un Lycurgue, un Solon, un Rousseau s’en mêlent, au risque de se tromper ?

Quoi qu’il en soit, on comprend la terrible responsabilité que Rousseau fait peser sur les inventeurs, instituteurs, conducteurs, législateurs et manipulateurs de Sociétés. Aussi est-il, à leur égard, très exigeant.

« Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en tout ou en partie, sa vie et son être ; d’altérer la constitution de l’homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… »

Pauvre espèce humaine, que feraient de ta dignité les adeptes de Rousseau ?

Raynal. — « Le climat, c’est-à-dire le ciel et le sol, est la première règle du législateur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Une peuplade jetée sur les côtes maritimes aura des lois relatives à la navigation… Si la colonie est portée dans les terres, un législateur doit prévoir et leur genre et leur degré de fécondité… »

« C’est surtout dans la distribution de la propriété qu’éclatera la sagesse de la législation. En général, et dans tous les pays du monde, quand on fonde une colonie, il faut donner des terres à tous les hommes, c’est-à-dire à chacun une étendue suffisante pour l’entretien d’une famille… »

« Dans une île sauvage qu’on peuplerait d’enfants, on n’aurait qu’à laisser éclore les germes de la vérité dans les développements de la raison… Mais quand on établit un peuple déjà vieux dans un pays nouveau, l’habileté consiste à ne lui laisser que les opinions et les habitudes nuisibles dont on ne peut le guérir et le corriger. Veut-on empêcher qu’elles ne se transmettent, on veillera sur la seconde génération par une éducation commune et publique des enfants. Un prince, un législateur, ne devrait jamais fonder une colonie sans y envoyer d’avance des hommes sages pour l’instruction de la jeunesse… Dans une colonie naissante, toutes les facilités sont ouvertes aux précautions du Législateur qui veut épurer le sang et les mœurs d’un peuple. Qu’il ait du génie et de la vertu, les terres et les hommes qu’il aura dans ses mains inspireront à son âme un plan de société, qu’un écrivain ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner… »

Ne semble-t-il pas entendre un professeur d’agriculture dire à ses élèves : « Le climat est la première règle de l’agriculteur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Est-il sur un sol argileux, il doit se conduire de telle façon. A-t-il affaire à du sable, voici comment il doit s’y prendre. Toutes les facilités sont ouvertes à l’agriculteur qui veut nettoyer et améliorer son sol. Qu’il ait de l’habileté, les terres, les engrais qu’il aura dans ses mains lui inspireront un plan d’exploitation, qu’un professeur ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner. »

Mais, ô sublimes écrivains, veuillez donc vous souvenir quelquefois que cette argile, ce sable, ce fumier, dont vous disposez si arbitrairement, ce sont des Hommes, vos égaux, des êtres intelligents et libres comme vous, qui ont reçu de Dieu, comme vous, la faculté de voir, de prévoir, de penser et de juger pour eux-mêmes !

Mably. — (Il suppose les lois usées par la rouille du temps, la négligence de la sécurité, et poursuit ainsi :)

« Dans ces circonstances, il faut être convaincu que les ressorts du gouvernement se sont relâchés. Donnez-leur une nouvelle tension (c’est au lecteur que Mably s’adresse), et le mal sera guéri… Songez moins à punir des fautes qu’à encourager les vertus dont vous avez besoin. Par cette méthode vous rendrez à votre république la vigueur de la jeunesse. C’est pour n’avoir pas été connue des peuples libres qu’ils ont perdu la liberté ! Mais si les progrès du mal sont tels que les magistrats ordinaires ne puissent y remédier efficacement, ayez recours à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin alors d’être frappée… »

Et tout dans ce goût durant vingt volumes.

Il a été une époque où, sous l’influence de tels enseignements, qui sont le fond de l’éducation classique, chacun a voulu se placer en dehors et au-dessus de l’humanité, pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à sa guise.

Condillac. — « Érigez-vous, Monseigneur, en Lycurgue ou en Solon. Avant que de poursuivre la lecture de cet écrit, amusez-vous à donner des lois à quelque peuple sauvage d’Amérique ou d’Afrique. Établissez dans des demeures fixes ces hommes errants ; apprenez-leur à nourrir des troupeaux… ; travaillez à développer les qualités sociales que la nature a mises en eux… Ordonnez-leur de commencer à pratiquer les devoirs de l’humanité… Empoisonnez par des châtiments les plaisirs que promettent les passions, et vous verrez ces barbares, à chaque article de votre législation, perdre un vice et prendre une vertu. »

« Tous les peuples ont eu des lois. Mais peu d’entre eux ont été heureux. Quelle en est la cause ? C’est que les législateurs ont presque toujours ignoré que l’objet de la société est d’unir les familles par un intérêt commun. »

« L’impartialité des lois consiste en deux choses : à établir l’égalité dans la fortune et dans la dignité des citoyens… À mesure que vos lois établiront une plus grande égalité, elles deviendront plus chères à chaque citoyen… Comment l’avarice, l’ambition, la volupté, la paresse, l’oisiveté, l’envie, la haine, la jalousie agiteraient-elles des hommes égaux en fortune et en dignité, et à qui les lois ne laisseraient pas l’espérance de rompre l’égalité ? » (Suit l’idylle.)

« Ce qu’on vous a dit de la République de Sparte doit vous donner de grandes lumières sur cette question. Aucun autre État n’a jamais eu des lois plus conformes à l’ordre de la nature et de l’égalité. »

Il n’est pas surprenant que les dix-septième et dix-huitième siècles aient considéré le genre humain comme une matière inerte attendant, recevant tout, forme, figure, impulsion, mouvement et vie d’un grand Prince, d’un grand Législateur, d’un grand Génie. Ces siècles étaient nourris de l’étude de l’Antiquité, et l’Antiquité nous offre en effet partout, en Égypte, en Perse, en Grèce, à Rome, le spectacle de quelques hommes manipulant à leur gré l’humanité asservie par la force ou par l’imposture. Qu’est-ce que cela prouve ? Que, parce que l’homme et la société sont perfectibles, l’erreur, l’ignorance, le despotisme, l’esclavage, la superstition doivent s’accumuler davantage au commencement des temps. Le tort des écrivains que j’ai cités n’est pas d’avoir constaté le fait, mais de l’avoir proposé, comme règle, à l’admiration et à l’imitation des races futures. Leur tort est d’avoir, avec une inconcevable absence de critique, et sur la foi d’un conventionalisme puéril, admis ce qui est inadmissible, à savoir la grandeur, la dignité, la moralité et le bien-être de ces sociétés factices de l’ancien monde ; de n’avoir pas compris que le temps produit et propage la lumière ; qu’à mesure que la lumière se fait, la force passe du côté du Droit et la société reprend possession d’elle-même.

Et en effet, quel est le travail politique auquel nous assistons ? Il n’est autre que l’effort instinctif de tous les peuples vers la liberté

. Et qu’est-ce que la Liberté, ce mot qui a la puissance de faire battre tous les cœurs et d’agiter le monde, si ce n’est l’ensemble de toutes les libertés, liberté de conscience, d’enseignement, d’association, de presse, de locomotion, de travail, d’échange ; d’autres termes, le franc exercice, pour tous, de toutes les facultés inoffensives ; en d’autres termes encore, la destruction de tous les despotismes, même le despotisme légal, et la réduction de la Loi à sa seule attribution rationnelle, qui est de régulariser le Droit individuel de légitime défense ou de réprimer l’injustice ?

Cette tendance du genre humain, il faut en convenir, est grandement contrariée, particulièrement dans notre patrie, par la funeste disposition, — fruit de l’enseignement classique, — commune à tous les publicistes, de se placer en dehors de l’humanité pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à leur guise.

Car, pendant que la société s’agite pour réaliser la Liberté, les grands hommes qui se placent à sa tête, imbus des principes des dix-septième et dix-huitième siècles, ne songent qu’à la courber sous le philanthropique despotisme de leurs inventions sociales et à lui faire porter docilement, selon l’expression de Rousseau, le joug de la félicité publique, telle qu’ils l’ont imaginée.

On le vit bien en 1789. À peine l’Ancien Régime légal fut-il détruit, qu’on s’occupa de soumettre la société nouvelle à d’autres arrangements artificiels, toujours en partant de ce point convenu : l’omnipotence de la Loi.

Saint-Just. — « Le Législateur commande à l’avenir. C’est à lui de vouloir le bien. C’est à lui de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. »

Robespierre. « La fonction du gouvernement est de diriger les forces physiques et morales de la nation vers le but de son institution. »

Billaud-Varennes. « Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté. Puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre des besoins superflus, extirper des vices invétérés ; il faut donc une action forte, une impulsion véhémente… Citoyens, l’inflexible austérité de Lycurgue devint à Sparte la base inébranlable de la République ; le caractère faible et confiant de Solon replongea Athènes dans l’esclavage. Ce parallèle renferme toute la science du gouvernement. »

Lepelletier. « Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je puis m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple. »

On le voit, les hommes ne sont rien que de vils matériaux. Ce n’est pas à eux de vouloir le bien ; — ils en sont incapables, — c’est au Législateur, selon Saint-Just. Les hommes ne sont que ce qu’il veut qu’ils soient.

Suivant Robespierre, qui copie littéralement Rousseau, le Législateur commence par assigner le but de l’institution de la nation. Ensuite les gouvernements n’ont plus qu’à diriger vers ce but toutes les forces physiques et morales. La nation elle-même reste toujours passive en tout ceci, et Billaud-Varennes nous enseigne qu’elle ne doit avoir que les préjugés, les habitudes, les affections et les besoins que le Législateur autorise. Il va jusqu’à dire que l’inflexible austérité d’un homme est la base de la république.

On a vu que, dans le cas où le mal est si grand que les magistrats ordinaires n’y peuvent remédier, Mably conseillait la dictature pour faire fleurir la vertu. « Ayez recours, dit-il, à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin d’être frappée. » Cette doctrine n’a pas été perdue. Écoutons Robespierre :

« Le principe du gouvernement républicain, c’est la vertu, et son moyen, pendant qu’il s’établit, la terreur. Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole, misérable ; c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

À quelle hauteur au-dessus du reste de l’humanité se place ici Robespierre ! Et remarquez la circonstance dans laquelle il parle. Il ne se borne pas à exprimer le vœu d’une grande rénovation du cœur humain ; il ne s’attend même pas à ce qu’elle résultera d’un gouvernement régulier. Non, il veut l’opérer lui-même et par la terreur. Le discours d’où est extrait ce puéril et laborieux amas d’antithèses avait pour objet d’exposer les principes de morale qui doivent diriger un gouvernement révolutionnaire. Remarquez que, lorsque Robespierre vient demander la dictature, ce n’est pas seulement pour repousser l’étranger et combattre les factions ; c’est bien pour faire prévaloir par la terreur, et préalablement au jeu de la Constitution, ses propres principes de morale. Sa prétention ne va à rien moins que d’extirper du pays, par la terreur, l’égoïsme, l’honneur, les usages, les bienséances, la mode, la vanité, l’amour de l’argent, la bonne compagnie, l’intrigue, le bel esprit, la volupté et la misère. Ce n’est qu’après que lui, Robespierre, aura accompli ces miracles, — comme il les appelle avec raison, — qu’il permettra aux lois de reprendre leur empire. — Eh ! misérables, qui vous croyez si grands, qui jugez l’humanité si petite, qui voulez tout réformer, réformez-vous vous-mêmes, cette tâche vous suffit.

Cependant, en général, messieurs les Réformateurs, Législateurs et Publicistes ne demandent pas à exercer sur l’humanité un despotisme immédiat. Non, ils sont trop modérés et trop philanthropes pour cela. Ils ne réclament que le despotisme, l’absolutisme, l’omnipotence de la Loi. Seulement ils aspirent à faire la Loi.

Pour montrer combien cette disposition étrange des esprits a été universelle, en France, de même qu’il m’aurait fallu copier tout Mably, tout Raynal, tout Rousseau, tout Fénelon, et de longs extraits de Bossuet et Montesquieu, il me faudrait aussi reproduire le procès-verbal tout entier des séances de la Convention. Je m’en garderai bien et j’y renvoie le lecteur.

On pense bien que cette idée dut sourire à Bonaparte. Il l’embrassa avec ardeur et la mit énergiquement en pratique. Se considérant comme un chimiste, il ne vit dans l’Europe qu’une matière à expériences. Mais bientôt cette matière se manifesta comme un réactif puissant. Aux trois quarts désabusé, Bonaparte, à Sainte-Hélène, parut reconnaître qu’il y a quelque initiative dans les peuples, et il se montra moins hostile à la liberté. Cela ne l’empêcha pas cependant de donner par son testament cette leçon à son fils : « Gouverner, c’est répandre la moralité, l’instruction et le bien-être. »

Est-il nécessaire maintenant de faire voir par de fastidieuses citations d’où procèdent Morelly, Babeuf, Owen, Saint-Simon, Fourier ? Je me bornerai à soumettre au lecteur quelques extraits du livre de Louis Blanc sur l’organisation du travail.

« Dans notre projet, la société reçoit l’impulsion du pouvoir ». (Page 126.)

En quoi consiste l’impulsion que le Pouvoir donne à la société ? À imposer le projet de M. L. Blanc.

D’un autre coté, la société, c’est le genre humain.

Donc, en définitive, le genre humain reçoit l’impulsion de M. L. Blanc.

Libre à lui, dira-t-on. Sans doute le genre humain est libre de suivre les conseils de qui que ce soit. Mais ce n’est pas ainsi que M. L. Blanc comprend la chose. Il entend que son projet soit converti en Loi, et par conséquent imposé de force par le pouvoir.

« Dans notre projet, l’État ne fait que donner au travail une législation (excusez du peu), en vertu de laquelle le mouvement industriel peut et doit s’accomplir en toute liberté. Il (l’État) ne fait que placer la liberté sur une pente (rien que cela) qu’elle descend, une fois qu’elle y est placée, par la seule force des choses et par une suite naturelle du mécanisme établi. »

Mais quelle est cette pente ? — Celle indiquée par M. L. Blanc. — Ne conduit-elle pas aux abîmes ? — Non, elle conduit au bonheur. — Comment donc la société ne s’y place-t-elle pas d’elle-même ? — Parce qu’elle ne sait ce qu’elle veut et qu’elle a besoin d’impulsion. — Qui lui donnera cette impulsion ? — Le pouvoir. — Et qui donnera l’impulsion au pouvoir ? — L’inventeur du mécanisme, M. L. Blanc.

Nous ne sortons jamais de ce cercle : l’humanité passive et un grand homme qui la meut par l’intervention de la Loi.

Une fois sur cette pente, la société jouirait-elle au moins de quelque liberté ? — Sans doute. — Et qu’est-ce que la liberté ?

« Disons-le une fois pour toutes : la liberté consiste non pas seulement dans le Droit accordé, mais dans le Pouvoir donné à l’homme d’exercer, de développer ses facultés, sous l’empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. »

« Et ce n’est point là une distinction vaine : le sens en est profond, les conséquences en sont immenses. Car dès qu’on admet qu’il faut à l’homme, pour être vraiment libre, le Pouvoir d’exercer et de développer ses facultés, il en résulte que la société doit à chacun de ses membres l’instruction convenable, sans laquelle l’esprit humain ne peut se déployer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière. Or, par l’intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l’instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n’est par l’intervention de l’État ? »

Ainsi la liberté, c’est le pouvoir. — En quoi consiste ce Pouvoir ? — À posséder l’instruction et les instruments de travail. — Qui donnera l’instruction et les instruments de travail ? — La société, qui les doit. — Par l’intervention de qui la société donnera-t-elle des instruments de travail à ceux qui n’en ont pas ? — Par l’intervention de l’État. — À qui l’État les prendra-t-il ?

C’est au lecteur de faire la réponse et de voir où tout ceci aboutit.

Un des phénomènes les plus étranges de notre temps, et qui étonnera probablement beaucoup nos neveux, c’est que la doctrine qui se fonde sur cette triple hypothèse : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la Loi ; l’infaillibilité du Législateur ; soit le symbole sacré du parti qui se proclame exclusivement démocratique.

Il est vrai qu’il se dit aussi social.

En tant que démocratique, il a une foi sans limite en l’humanité.

Comme social, il la met au-dessous de la boue.

S’agit-il de droits politiques, s’agit-il de faire sortir de son sein le Législateur, oh ! alors, selon lui, le peuple a la science infuse ; il est doué d’un tact admirable ; sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel. Nul ne doit à la société aucune garantie. La volonté et la capacité de bien choisir sont toujours supposées. Est-ce que le peuple peut se tromper ? Est-ce que nous ne sommes pas dans le siècle des lumières ? Quoi donc ! Le peuple sera-t-il éternellement en tutelle ? N’a-t-il pas conquis ses droits par assez d’efforts et de sacrifices ? N’a-t-il pas donné assez de preuves de son intelligence et de sa sagesse ? N’est-il pas arrivé à sa maturité ? N’est-il pas en état de juger pour lui-même ? Ne connaît-il pas ses intérêts ? Y a-t-il un homme ou une classe qui ose revendiquer le droit de se substituer au peuple, de décider et d’agir pour lui ? Non, non, le peuple veut être libre, et il le sera. Il veut diriger ses propres affaires, et il les dirigera.

Mais le Législateur est-il une fois dégagé des comices par l’élection, oh ! alors le langage change. La nation rentre dans la passivité, dans l’inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l’omnipotence. À lui l’invention, à lui la direction, à lui l’impulsion, à lui l’organisation. L’humanité n’a plus qu’à se laisser faire ; l’heure du despotisme a sonné. Et remarquez que cela est fatal ; car ce peuple, tout à l’heure si éclairé, si moral, si parfait, n’a plus aucunes tendances, ou, s’il en a, elles l’entraînent toutes vers la dégradation. Et on lui laisserait un peu de Liberté ! Mais ne savez-vous pas que, selon M. Considérant, la liberté conduit fatalement au monopole ? Ne savez-vous pas que la liberté c’est la concurrence ? et que la concurrence, suivant M. L. Blanc, c’est pour le peuple un système d’extermination, pour la bourgeoisie une cause de ruine ? Que c’est pour cela que les peuples sont d’autant plus exterminés et ruinés qu’ils sont plus libres, témoin la Suisse, la Hollande, l’Angleterre et les États-Unis ? Ne savez-vous pas, toujours selon M. L. Blanc, que la concurrence conduit au monopole, et que, par la même raison, le bon marché conduit à l’exagération des prix ? Que la concurrence tend à tarir les sources de la consommation et pousse la production à une activité dévorante ? Que la concurrence force la production à s’accroître et la consommation à décroître ; d’où il suit que les peuples libres produisent pour ne pas consommer ; qu’elle est tout à la fois oppression et démence, et qu’il faut absolument que M. L. Blanc s’en mêle ?

Quelle liberté, d’ailleurs, pourrait-on laisser aux hommes ? Serait-ce la liberté de conscience ? Mais on les verra tous profiter de la permission pour se faire athées. La liberté d’enseignement ? Mais les pères se hâteront de payer des professeurs pour enseigner à leurs fils l’immoralité et l’erreur ; d’ailleurs, à en croire M. Thiers, si l’enseignement était laissé à la liberté nationale, il cesserait d’être national, et nous élèverions nos enfants dans les idées des Turcs ou des Indous, au lieu que, grâce au despotisme légal de l’université, ils ont le bonheur d’être élevés dans les nobles idées des Romains. La liberté du travail ? Mais c’est la concurrence, qui a pour effet de laisser tous les produits non consommés, d’exterminer le peuple et de ruiner la bourgeoisie. La liberté d’échanger ? Mais on sait bien, les protectionistes l’ont démontré à satiété, qu’un homme se ruine quand il échange librement et que, pour s’enrichir, il faut échanger sans liberté. La liberté d’association ? Mais, d’après la doctrine socialiste, liberté et association s’excluent, puisque précisément on n’aspire à ravir aux hommes leur liberté que pour les forcer de s’associer.

Vous voyez donc bien que les démocrates-socialistes ne peuvent, en bonne conscience, laisser aux hommes aucune liberté, puisque, par leur nature propre, et si ces messieurs n’y mettent ordre, ils tendent, de toute part, à tous les genres de dégradation et de démoralisation.

Reste à deviner, en ce cas, sur quel fondement on réclame pour eux, avec tant d’instance, le suffrage universel.

Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.

Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques.

Je demande que les Cabétistes, les Fouriéristes, les Proudhoniens, les Universitaires, les Protectionistes renoncent non à leurs idées spéciales, mais à cette idée qui leur est commune, de nous assujettir de force à leurs groupes et séries, à leurs ateliers sociaux, à leur banque gratuite, à leur moralité gréco-romaine, à leurs entraves commerciales. Ce que je leur demande, c’est de nous laisser la faculté de juger leurs plans et de ne pas nous y associer, directement ou indirectement, si nous trouvons qu’ils froissent nos intérêts, ou s’ils répugnent à notre conscience.

Car la prétention de faire intervenir le pouvoir et l’impôt, outre qu’elle est oppressive et spoliatrice, implique encore cette hypothèse préjudicielle : l’infaillibilité de l’organisateur et l’incompétence de l’humanité.

Et si l’humanité est incompétente à juger pour elle-même, que vient-on nous parler de suffrage universel ?

Cette contradiction dans les idées s’est malheureusement reproduite dans les faits, et pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n’en est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, entravé et exploité de tous les peuples.

Il est aussi celui de tous où les révolutions sont le plus imminentes, et cela doit être.

Dès qu’on part de cette idée, admise par tous nos publicistes et si énergiquement exprimée par M. L. Blanc en ces mots : « La société reçoit l’impulsion du pouvoir ; » dès que les hommes se considèrent eux-mêmes comme sensibles mais passifs, incapables de s’élever par leur propre discernement et par leur propre énergie à aucune moralité, à aucun bien-être, et réduits à tout attendre de la Loi ; en un mot, quand ils admettent que leurs rapports avec l’État sont ceux du troupeau avec le berger, il est clair que la responsabilité du pouvoir est immense. Les biens et les maux, les vertus et les vices, l’égalité et l’inégalité, l’opulence et la misère, tout découle de lui. Il est chargé de tout, il entreprend tout, il fait tout ; donc il répond de tout. Si nous sommes heureux, il réclame à bon droit notre reconnaissance ; mais si nous sommes misérables, nous ne pouvons nous en prendre qu’à lui. Ne dispose-t-il pas, en principe, de nos personnes et de nos biens ? La Loi n’est-elle pas omnipotente ? En créant le monopole universitaire, il s’est fait fort de répondre aux espérances des pères de famille privés de liberté ; et si ces espérances sont déçues, à qui la faute ? En réglementant l’industrie, il s’est fait fort de la faire prospérer, sinon il eût été absurde de lui ôter sa liberté ; et si elle souffre, à qui la faute ? En se mêlant de pondérer la balance du commerce, par le jeu des tarifs, il s’est fait fort de le faire fleurir ; et si, loin de fleurir, il se meurt, à qui la faute ? En accordant aux armements maritimes sa protection en échange de leur liberté, il s’est fait fort de les rendre lucratifs ; et s’ils sont onéreux, à qui la faute ?

Ainsi, il n’y a pas une douleur dans la nation dont le gouvernement ne se soit volontairement rendu responsable. Faut-il s’étonner que chaque souffrance soit une cause de révolution ?

Et quel est le remède qu’on propose ? C’est d’élargir indéfiniment le domaine de la Loi, c’est-à-dire la Responsabilité du gouvernement.

Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples, » et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?

Je reprends ma thèse et je dis : immédiatement après la science économique et à l’entrée de la science politique

, se présente une question dominante. C’est celle-ci :

Qu’est-ce que la Loi ? que doit-elle être ? quel est son domaine ? quelles sont ses limites ? où s’arrêtent, par suite, les attributions du Législateur ?

Je n’hésite pas à répondre : La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice — et pour abréger, la Loi, c’est la Justice.

Il n’est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu’elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties.

Il n’est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances.

Sa mission est d’empêcher qu’en aucune de ces matières le droit de l’un n’usurpe le droit de l’autre.

La Loi, parce qu’elle a pour sanction nécessaire la Force, ne peut avoir pour domaine légitime que le légitime domaine de la force, à savoir : la Justice.

Et comme chaque individu n’a le droit de recourir à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective, qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être rationnellement appliquée à une autre fin.

La Loi, c’est donc uniquement l’organisation du droit individuel préexistant de légitime défense.

La Loi, c’est la Justice.

Il est si faux qu’elle puisse opprimer les personnes ou spolier les propriétés, même dans un but philanthropique, que sa mission est de les protéger.

Et qu’on ne dise pas qu’elle peut au moins être philanthropique, pourvu qu’elle s’abstienne de toute oppression, de toute spoliation ; cela est contradictoire. La Loi ne peut pas ne pas agir sur nos personnes ou nos biens ; si elle ne les garantit, elle les viole par cela seul qu’elle agit, par cela seul qu’elle est.

La Loi, c’est la Justice.

Voilà qui est clair, simple, parfaitement défini et délimité, accessible à toute intelligence, visible à tout œil, car la Justice est une quantité donnée, immuable, inaltérable, qui n’admet ni plus ni moins.

Sortez de là, faites la Loi religieuse, fraternitaire, égalitaire, philanthropique, industrielle, littéraire, artistique, aussitôt vous êtes dans l’infini, dans l’incertain, dans l’inconnu, dans l’utopie imposée, ou, qui pis est, dans la multitude des utopies combattant pour s’emparer de la Loi et s’imposer ; car la fraternité, la philanthropie n’ont pas comme la justice des limites fixes. Où vous arrêterez-vous ? Où s’arrêtera la Loi ? L’un, comme M. de Saint-Cricq, n’étendra sa philanthropie que sur quelques classes d’industriels, et il demandera à la Loi qu’elle dispose des consommateurs en faveur des producteurs. L’autre, comme M. Considérant, prendra en main la cause des travailleurs et réclamera pour eux de la Loi un minimum assuré, le vêtement, le logement, la nourriture et toutes choses nécessaires à l’entretien de la vie. Un troisième, M. L. Blanc, dira, avec raison, que ce n’est là qu’une fraternité ébauchée et que la Loi doit donner à tous les instruments de travail et l’instruction. Un quatrième fera observer qu’un tel arrangement laisse encore place à l’inégalité et que la Loi doit faire pénétrer, dans les hameaux les plus reculés, le luxe, la littérature et les arts. Vous serez conduits ainsi jusqu’au communisme, ou plutôt la législation sera… ce qu’elle est déjà : — le champ de bataille de toutes les rêveries et de toutes les cupidités.

La Loi, c’est la Justice.

Dans ce cercle, on conçoit un gouvernement simple, inébranlable. Et je défie qu’on me dise d’où pourrait venir la pensée d’une révolution, d’une insurrection, d’une simple émeute contre une force publique bornée à réprimer l’injustice. Sous un tel régime, il y aurait plus de bien-être, le bien-être serait plus également réparti, et quant aux souffrances inséparables de l’humanité, nul ne songerait à en accuser le gouvernement, qui y serait aussi étranger qu’il l’est aux variations de la température. A-t-on jamais vu le peuple s’insurger contre la cour de cassation ou faire irruption dans le prétoire du juge de paix pour réclamer le minimum de salaires, le crédit gratuit, les instruments de travail, les faveurs du tarif, ou l’atelier social ? Il sait bien que ces combinaisons sont hors de la puissance du juge, et il apprendrait de même qu’elles sont hors de la puissance de la Loi.

Mais faites la Loi sur le principe fraternitaire, proclamez que c’est d’elle que découlent les biens et les maux, qu’elle est responsable de toute douleur individuelle, de toute inégalité sociale, et vous ouvrez la porte à une série sans fin de plaintes, de haines, de troubles et de révolutions.

La Loi, c’est la Justice.

Et il serait bien étrange qu’elle pût être équitablement autre chose ! Est-ce que la justice n’est pas le droit ? Est-ce que les droits ne sont pas égaux ? Comment donc la Loi interviendrait-elle pour me soumettre aux plans sociaux de MM. Mimerel, de Melun, Thiers, Louis Blanc, plutôt que pour soumettre ces messieurs à mes plans ? Croit-on que je n’aie pas reçu de la nature assez d’imagination pour inventer aussi une utopie ? Est-ce que c’est le rôle de la Loi de faire un choix entre tant de chimères et de mettre la force publique au service de l’une d’elles ?

La Loi, c’est la Justice.

Et qu’on ne dise pas, comme on le fait sans cesse, qu’ainsi conçue la Loi, athée, individualiste et sans entrailles, ferait l’humanité à son image. C’est là une déduction absurde, bien digne de cet engouement gouvernemental qui voit l’humanité dans la Loi.

Quoi donc ! De ce que nous serons libres, s’ensuit-il que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, s’ensuit-il que nos facultés seront frappées d’inertie ? De ce que la Loi ne nous imposera pas des formes de religion, des modes d’association, des méthodes d’enseignement, des procédés de travail, des directions d’échange, des plans de charité, s’ensuit-il que nous nous empresserons de nous plonger dans l’athéisme, l’isolement, l’ignorance, la misère et l’égoïsme ? S’ensuit-il que nous ne saurons plus reconnaître la puissance et la bonté de Dieu, nous associer, nous entraider, aimer et secourir nos frères malheureux, étudier les secrets de la nature, aspirer aux perfectionnements de notre être ?

La Loi, c’est la Justice.

Et c’est sous la Loi de justice, sous le régime du droit, sous l’influence de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité, que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme, lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa destinée.

Il me semble que j’ai pour moi la théorie ; car quelque question que je soumette au raisonnement, qu’elle soit religieuse, philosophique, politique, économique ; qu’il s’agisse de bien-être, de moralité, d’égalité, de droit, de justice, de progrès, de responsabilité, de solidarité, de propriété, de travail, d’échange, de capital, de salaires, d’impôts, de population, de crédit, de gouvernement ; à quelque point de l’horizon scientifique que je place le point de départ de mes recherches, toujours invariablement j’aboutis à ceci : la solution du problème social est dans la Liberté.

Et n’ai-je pas aussi pour moi l’expérience ? Jetez les yeux sur le globe. Quels sont les peuples les plus heureux, les plus moraux, les plus paisibles ? Ceux où la Loi intervient le moins dans l’activité privée ; où le gouvernement se fait le moins sentir ; où l’individualité a le plus de ressort et l’opinion publique le plus d’influence ; où les rouages administratifs sont les moins nombreux et les moins compliqués ; les impôts les moins lourds et les moins inégaux ; les mécontentements populaires les moins excités et les moins justifiables ; où la responsabilité des individus et des classes est la plus agissante, et où, par suite, si les mœurs ne sont pas parfaites, elles tendent invinciblement à se rectifier ; où les transactions, les conventions, les associations sont le moins entravées ; où le travail, les capitaux, la population, subissent les moindres déplacements artificiels ; où l’humanité obéit le plus à sa propre pente ; où la pensée de Dieu prévaut le plus sur les inventions des hommes ; ceux, en un mot, qui approchent le plus de cette solution : dans les limites du droit, tout par la libre et perfectible spontanéité de l’homme ; rien par la Loi ou la force que la Justice universelle.

Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle.

On me dira : Vous vous en occupez bien, vous qui parlez. C’est vrai. Mais on conviendra que c’est dans un sens et à un point de vue bien différents, et si je me mêle aux réformateurs c’est uniquement pour leur faire lâcher prise.

Je m’en occupe non comme Vaucanson de son automate, mais comme un physiologiste de l’organisme humain : pour l’étudier et l’admirer.

Je m’en occupe, dans l’esprit qui animait un voyageur célèbre.

Il arriva au milieu d’une tribu sauvage. Un enfant venait de naître et une foule de devins, de sorciers, d’empiriques l’entouraient, armés d’anneaux, de crochets et de liens. L’un disait : cet enfant ne flairera jamais le parfum d’un calumet, si je ne lui allonge les narines. Un autre : il sera privé du sens de l’ouïe, si je ne lui fais descendre les oreilles jusqu’aux épaules. Un troisième : il ne verra pas la lumière du soleil, si je ne donne à ses yeux une direction oblique. Un quatrième : il ne se tiendra jamais debout, si je ne lui courbe les jambes. Un cinquième : il ne pensera pas, si je ne comprime son cerveau. Arrière, dit le voyageur. Dieu fait bien ce qu’il fait ; ne prétendez pas en savoir plus que lui, et puisqu’il a donné des organes à cette frêle créature, laissez ses organes se développer, se fortifier par l’exercice, le tâtonnement, l’expérience et la Liberté.

Dieu a mis aussi dans l’humanité tout ce qu’il faut pour qu’elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs ! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles ! arrière leurs moyens artificiels ! arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d’État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l’impôt ! Et puisqu’on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où l’on aurait dû commencer, qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin à l’épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.

: Conseil général des manufactures, de l’agriculture et du commerce. (Séance du 6 mai 1850.)

: Si la protection n’était accordée, en France, qu’à une seule classe, par exemple, aux maîtres de forges, elle serait si absurdement spoliatrice qu’elle ne pourrait se maintenir. Aussi nous voyons toutes les industries protégées se liguer, faire cause commune et même se recruter de manière à paraître embrasser l’ensemble du travail national. Elles sentent instinctivement que la Spoliation se dissimule en se généralisant.

: Ici, l’éditeur renvoie à cette ébauche tirée des manuscrits de Bastiat.

: L’économie politique précède la politique ; celle-là dit si les intérêts humains sont naturellement harmoniques ou antagoniques ; ce que celle-ci devrait savoir avant de fixer les attributions du gouvernement.

Bastiat.org Le Libéralisme, le vrai Un site par François-René Rideau

 


Yom Kippour: Vous avez dit bouc émissaire ? (How a hypothesis hidden, purloined-letterwise, in our common languages for centuries finally found itself vindicated)

12 octobre, 2016
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He got no place to ‘scape to, no place to run  (…) Neighborhood bully been driven out of every land He’s wandered the earth an exiled man Seen his family scattered, his people hounded and torn He’s always on trial for just being born He’s the neighborhood bully. Bob Dylan

Le mécanisme sacrificiel

L’Éternel parla à Moïse, après la mort des deux fils d’Aaron, qui moururent en se présentant devant l’Éternel. L’Éternel dit à Moïse: Parle à ton frère Aaron, afin qu’il n’entre pas en tout temps dans le sanctuaire, au dedans du voile, devant le propitiatoire qui est sur l’arche, de peur qu’il ne meure; car j’apparaîtrai dans la nuée sur le propitiatoire. Voici de quelle manière Aaron entrera dans le sanctuaire. Il prendra un jeune taureau pour le sacrifice d’expiation et un bélier pour l’holocauste. Il se revêtira de la tunique sacrée de lin, et portera sur son corps des caleçons de lin; il se ceindra d’une ceinture de lin, et il se couvrira la tête d’une tiare de lin: ce sont les vêtements sacrés, dont il se revêtira après avoir lavé son corps dans l’eau. Il recevra de l’assemblée des enfants d’Israël deux boucs pour le sacrifice d’expiation et un bélier pour l’holocauste. Aaron offrira son taureau expiatoire, et il fera l’expiation pour lui et pour sa maison. Il prendra les deux boucs, et il les placera devant l’Éternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’Éternel et un sort pour Azazel. Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l’Éternel, et il l’offrira en sacrifice d’expiation. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. Lévitique 16: 1-10
Vous ne réfléchissez pas qu’il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. Caïphe (Jean 11: 50)
 Or, il ne dit pas cela de lui-même; mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. Et ce n’était pas pour la nation seulement; c’était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. Jean (11: 50-52)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Malheur à vous! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, que vos pères ont tués. Vous rendez donc témoignage aux oeuvres de vos pères, et vous les approuvez; car eux, ils ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C’est pourquoi la sagesse de Dieu a dit: Je leur enverrai des prophètes et des apôtres; ils tueront les uns et persécuteront les autres, afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, tué entre l’autel et le temple; oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. Jésus (Luc 11: 47-51)
Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Jésus (Jean 15: 20)
Une nation ne se régénère que sur un  monceau de cadavres. Saint-Just
Qu’un sang impur abreuve nos sillons! Air connu
Le marxisme doit mourir pour que la nation renaisse. Banderole de la Grand messe nazie de Berlin (février 1933)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le ‘crucifié’  » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
Tel est le rôle historique de l’affaire Dreyfus. Sur ce bouc émissaire du judaïsme, tous les crimes anciens se trouvent représentativement accumulés. Georges Clemenceau
Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Mahmoud Abbas
Si la lettre avait été cachée dans le rayon de leur investigation, ces gaillards l’auraient trouvée, cela ne fait pas pour moi l’ombre d’un doute. (…) Donc, les mesures, continua-t-il, étaient bonnes dans l’espèce et admirablement exécutées ; elles avaient pour défaut d’être inapplicables au cas et à l’homme en question. Il y a tout un ordre de moyens singulièrement ingénieux qui sont pour le préfet une sorte de lit de Procuste, sur lequel il adapte et garrotte tous ses plans. Mais il erre sans cesse par trop de profondeur ou par trop de superficialité pour le cas en question, et plus d’un écolier raisonnerait mieux que lui. (…) Pour la valeur pratique, c’est en effet la condition, répliqua Dupin, et, si le préfet et toute sa bande se sont trompés si souvent, c’est, d’abord, faute de cette identification, en second lieu, par une appréciation inexacte, ou plutôt par la non-appréciation de l’intelligence avec laquelle ils se mesurent. Ils ne voient que leurs propres idées ingénieuses ; et, quand ils cherchent quelque chose de caché, ils ne pensent qu’aux moyens dont ils se seraient servis pour le cacher. Ils ont fortement raison en cela que leur propre ingéniosité est une représentation fidèle de celle de la foule ; mais, quand il se trouve un malfaiteur particulier dont la finesse diffère, en espèce, de la leur, ce malfaiteur, naturellement, les roule. (…) « Et ne voyez-vous pas aussi que des cachettes aussi originales ne sont employées que dans des occasions ordinaires et ne sont adoptées que par des intelligences ordinaires ; car, dans tous les cas d’objets cachés, cette manière ambitieuse et torturée de cacher l’objet est, dans le principe, présumable et présumée ; ainsi, la découverte ne dépend nullement de la perspicacité, mais simplement du soin, de la patience et de la résolution des chercheurs. Mais, quand le cas est important, ou, ce qui revient au même aux yeux de la police, quand la récompense est considérable, on voit toutes ces belles qualités échouer infailliblement. Vous comprenez maintenant ce que je voulais dire en affirmant que, si la lettre volée avait été cachée dans le rayon de la perquisition de notre préfet, en d’autres termes, si le principe inspirateur de la cachette avait été compris dans les principes du préfet, – il l’eût infailliblement découverte. (…) « Il y a d’ailleurs chez nos algébristes, qui sont eux-mêmes des païens, de certaines fables païennes auxquelles on ajoute foi, et dont on a tiré des conséquences, non pas tant par une absence de mémoire que par un incompréhensible trouble du cerveau. (…) « Cela devait impérativement le conduire à dédaigner toutes les cachettes vulgaires. Cet homme-là ne pouvait être assez faible pour ne pas deviner que la cachette la plus compliquée, la plus profonde de son hôtel, serait aussi peu secrète qu’une antichambre ou une armoire pour les yeux, les sondes, les vrilles et les microscopes du préfet. « Enfin je voyais qu’il avait dû viser nécessairement à la simplicité, s’il n’y avait pas été induit par un goût naturel. Vous vous rappelez sans doute avec quels éclats de rire le préfet accueillit l’idée que j’exprimai dans notre première entrevue, à savoir que si le mystère l’embarrassait si fort, c’était peut-être en raison de son absolue simplicité. (…) Il existe, reprit Dupin, un jeu de divination, qu’on joue avec une carte géographique. Un des joueurs prie quelqu’un de deviner un mot donné, un nom de ville, de rivière, d’Etat ou d’empire, enfin un mot quelconque compris dans l’étendue bigarrée et embrouillée de la carte. Une personne novice dans le jeu cherche en général à embarrasser ses adversaires en leur donnant à deviner des noms écrits en caractères imperceptibles ; mais les adeptes du jeu choisissent des mots en gros caractères qui s’étendent d’un bout de la carte à l’autre. « Ces mots-là, comme les enseignes et les affiches à lettres énormes, échappent à l’observateur par le fait même de leur excessive évidence ; et, ici, l’oubli matériel est précisément analogue à l’inattention morale d’un esprit qui laisse échapper les considérations trop palpables, évidentes jusqu’à la banalité et l’importunité. Mais c’est là un cas, à ce qu’il semble, un peu au-dessus ou au-dessous de l’intelligence du préfet. Il n’a jamais cru probable ou possible que le ministre eût déposé sa lettre juste sous le nez du monde entier, comme pour mieux empêcher un individu quelconque de l’apercevoir. Edgar Allan Poe (La Lettre volée, 1844)
Un bouc émissaire est un individu, un groupe, une organisation, etc., choisi(e) pour endosser une responsabilité ou une faute pour laquelle il/elle est, totalement ou partiellement, innocent(e). Le phénomène du bouc émissaire peut émaner de motivations multiples, délibérées (telles que l’évasion de responsabilité) ou inconscientes (telles que des mécanismes de défense internes). Par ailleurs, le processus peut se mettre en place entre deux personnes (e.g., un employé et son subalterne), entre des membres d’une même famille (e.g., un enfant pris pour bouc émissaire), entre les membres d’une organisation (e.g., les responsables d’une entreprise) ou à l’intérieur de tout autre groupe constitué. Outre cet aspect intragroupal, le phénomène peut également être intergroupal et s’observer alors entre des groupes différents (au sein d’un pays ou d’une société). Il existe différents critères guidant la sélection d’une personne ou d’un groupe particulier comme bouc émissaire, tels que la différence perçue de la victime, l’antipathie qu’elle suscite ou le degré de pouvoir social qu’elle possède. Selon les cas de figure et les motivations des agresseurs, les conséquences pour la victime et les réactions possibles des protagonistes peuvent varier. (…) Une des origines de ce concept peut être trouvé dans la Grèce antique où le pharmakos (en grec ancien : φαρμακός, celui qu’on immole en expiation des fautes d’un autre) désigne la victime expiatoire dans un rite de purification largement utilisé dans les sociétés primitives. Le mot a fini par prendre en grec, à l’époque classique, la signification de malfaiteur. Afin de combattre une calamité ou de chasser une force menaçante, une personne, parfois revêtue de vêtements sacrés, ou un animal était choisi et traîné hors de la cité, où il était parfois mis à mort. Cette victime sacrificielle, innocente en elle-même, était censée, comme le bouc émissaire hébreu, se charger de tous les maux de la cité. (…) Le terme de « bouc émissaire » provient de la traduction grecque de « bouc à Azazel », un bouc portant sur lui tous les péchés d’Israël. Si la tradition rabbinique conçoit Azazel comme une vallée désertique hostile, les auteurs de la Septante lisent ez ozel (« bouc en partance ») qu’ils traduisent en grec ancien par ἀποπομπαῖος τράγος / apopompaîos trágos, rendu en latin par caper emissarius. Le terme « bouc émissaire », tant employé au sens figuré dans la culture judéo-chrétienne, n’est cité qu’à une seule reprise dans l’Ancien Testament qui introduit le terme : Dieu demande à Moïse de faire porter les péchés de l’homme par un bouc. Le prêtre pose alors les mains sur le bouc, et le charge par là, symboliquement de tous les péchés. Puis le prêtre envoie l’animal dans le désert pour les porter à Azazel. La notion de sacrifice de substitution est intégrée à la thématique chrétienne, Jésus étant présenté dans les Évangiles comme un agneau immolé, expiant les péchés du monde en mourant sur la croix au terme de sa passion. L’expression française « bouc émissaire » est mentionnée dans le dictionnaire de Furetière (1690), avec une définition liée aux écritures. Par la suite, on l’a utilisée pour désigner une personne sur laquelle on fait retomber les fautes des autres. Ce sens est déjà attesté au XVIIIe siècle. Georges Clemenceau le reprendra plus tard à propos de l’affaire Dreyfus (…) Chez les anthropologues contemporains, le concept de « bouc émissaire » désigne l’ensemble des rites d’expiation utilisés par une communauté. Le premier à avoir utilisé ce concept est James George Frazer dans Le Bouc émissaire, étude comparée d’histoire des religions. (…) pour René Girard, le bouc émissaire est le mécanisme collectif permettant à une communauté archaïque de survivre à la violence générée par le désir mimétique individuel de ses membres (même si la détermination des désirs est, pour une très large part, collective). Le bouc émissaire désigne également l’individu, nécessairement coupable pour ses accusateurs, mais innocent du point de vue de la « vérité », par lequel le groupe, en s’unissant uniformément contre lui, va retrouver une paix éphémère. Le meurtre fondateur génère le religieux archaïque, les rites (répétitions de la crise mimétique) et les mythes (récits, déformés par les persécuteurs, du meurtre fondateur). L’innocence du bouc émissaire, que nous connaissons bien aujourd’hui, est révélée par le biblique et tout particulièrement par la Crucifixion de Jésus-Christ, d’ailleurs parfois appelé «l’Agneau de Dieu» en référence au bouc émissaire. C’est bien la foule, et à travers elle, toute l’humanité, qui rejette ses fautes, culpabilités et péchés sur Jésus. Il est devenu impensable aujourd’hui de se représenter un ordre social antérieur à la révélation évangélique. Avec l’avancée de la révélation évangélique et l’évangélisation du monde au sens fort du terme (en plus du sens exclusivement religieux), le monde, privé de sa solution préférée, le mécanisme émissaire, devient de plus en plus violent, quoique les formes de civilisations ne cessent d’évoluer pour contenir, dans les deux sens du terme, cette violence dite « apocalyptique ». Wikipedia
Azazel appears to be a place, and the word itself gives us some clue as to what kind of place this is and its purpose. Lets go back and get into context. All of the sins of Israel are placed on this goat which is to go to Azazel. The Torah implies that that the goat is going to be simply set free to do what he wants. Not so. According to the Oral tradition of the Jews, recorded not long after the destruction of the Second Temple, the goat was indeed left to run but he was deliberately chased to a cliff where he would be either be forced over the cliff to his death or grabbed and thrown over the cliff to die. This is explained in the Babylonian Talmud at Yoma 67b. The Mishna to that section of Talmud teaches also that as the goat’s body hit the rocks its limbs would fall off. This seems odd, but let’s continue. At Yoma 67b the Talmud offers three definitions of the word Azazel: The first explanation argues that it means hard and rough. (The word az in hebrew means strong) The second opinion argues that Azazel means the hardest of mountains. (The third opinion is a midrashic reference to the atonement process and not relevant to this discussion.) These two definition appears to be descriptive of the place to where the goat was chased. Indeed, not far from Jerusalem is a mountain, called Har Azazel, which has one side covered with flintstone, a very hard rock which (if you saw it you would understand that any animal hitting those stones would be ripped to pieces. There are other explanations for the word. The Septuagint translates Azazel in Lev. 16:10 as « the one to be sent away. » Rabbi J.H. Hertz argues that « Azazel » is a rare technical Hebrew noun, contracted from azlazel — which means « dismissal » — and applied exclusively here to define the animal on whom all of Israel’s sins have been symbolically attached and which will meet his doom when he’s thrown off a cliff to its death. Bruce James
L’expression bouc émissaire remonte au caper emissarius de la Vulgate, interprétation libre du grec apopompaios : « ce qui écarte les fléaux ». Ce dernier terme constitue lui-même, dans la traduction grecque de la Bible, dite des Septante, une interprétation libre du texte hébreu dont la traduction exacte serait : « destiné à Azazel ». On pense généralement qu’Azazel est le nom d’un démon ancien censé habiter dans le désert. Dans le chapitre XVI du Lévitique, l’action rituelle dont le bouc fait l’objet est ainsi décrite : « Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des enfants d’Israël, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes dans un lieu aride (Lévitique 16, 5-10) (…) L’intérêt de cette conjonction, c’est qu’elle révèle une intuition très largement répandue de choses que la science ethnologique et les sciences de l’homme en général n’ont jamais officiellement reconnu : il existe un rapport entre les formes rituelles et la tendance universelle des hommes à transférer leurs angoisses et leurs conflits sur des victimes arbitraires. Cette dualité sémantique de l’expression bouc émissaire, en français, se retrouve   dans le scapegoat anglais, dans le Sünden bock allemand et dans toutes les Pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que nous ne disons rien, à la limite, qui ne soit déjà là dans ce double sens de rien, à la limite, qui ne soit déjà là dans ce double sens de bouc émissaire. Loin d’être saugrenue, et de survenir comme une chose inattendue, notre hypothèse entière est silencieusement dans la langue populaire depuis l’avènement de ce qu’on appelle le rationalisme. C’est la « curiosité sémantique » de ce double sens que nous essayons d’expliciter.  il est étrange à la vérité qu’avant nous, personne, à ma connaissance, ne se soit interrogé sur cette « curiosité ». Si on examine l’histoire de l’ethnologie, on s’aperçoit que de nombreuse théories du religieux ont été proposées. il n’y aen a qu’une qui ne l’a jamais été et c’est celle qui est inscrite dans les langues occidentales depuis deux ou trois siècles au moins. (…) Une hypothèse inscrite dans le langage depuis des siècles a le droit de demander des comptes à une ethnologie qui n’aurait qu’à la formuler pour échapper à ces absurdes catégorisations rituelles qui se pratiquaient encore il ya cinquante ans et que personne n’ose plus mentionner aujour’dh’ui tant elles font penser auc carottes et aux navets à la devanture des épiciers, mais personne n’a réussi à les remplacer. René Girard (Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978)

Attention: un mot peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, à l’instar des pierres millénaires de plusieurs dizaines de tonnes d’un temple prétendument inexistant, les plus grosses évidences se voient jusqu’au siège des Nations Unies systématiquement niées …

En cette journée où nos amis juifs se rémémorent l’institution qui donna au monde, avec la fétichisation de la victimisation qui va avec, le terme et la théorie pour débusquer l’un des phénomèmes les plus prégnants de notre modernité …

Et où en cette année électorale américaine, une bonne partie d’entre nous semble vouloir s’acharner sur la seule figure censément malfaisante du Donald …

Qui il est vrai ne manque jamais une occasion lui-même d’user et d’abuser du même procédé pour ses propres ennemis …

Comment ne pas s’étonner avec l’anthropologue franco-américain récemment décédé René Girard …

Sur la « curiosité sémantique » d’une « hypothèse inscrite silencieusement », à la manière de la fameuse lettre volée de Poe, « dans la langue populaire et les langues occidentales depuis des siècles » …

Et notamment dans ce multimillénaire récit biblique de l’institution suite à l’échec spectaculaire d’une première propitiation qui avait déjà vu la mort des deux fils du frère de Moïse Aaron …

Du rituel, par ailleurs double d’un premier consistant à sacrifier sur l’autel un premier bouc identique mais choisi par le sort, du bouc destiné (« envoyé »comme un « émissaire ») à Azazel censé porter les péchés du peuple …

Et qu’à l’instar du pharmakos grec ou des condamnés de la roche tarpéienne romaine, l’on précipitait en bas d’une montagne du désert de Judée apparemment associée à un démon ancien à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem …

Comme à toutes les victimes depuis Abel jusqu’au capitaine Dreyfus et à tous ses successeurs …

Mais qui ne prendra véritablement tout son sens qu’avec la mort assumée librement d’un certain rabbin galiléen dont le grand prêtre de l’époque avait sans probablement tout à fait comprendre la portée de ses paroles

Dit qu’il valait mieux « qu’un seul homme meure pour que la nation entière ne périsse » ?

Le «Bouc émissaire », par René Girard

Olivier Berruyer

Les Crises

Introduction

Tout le monde sait grosso modo ce qu’est un « bouc émissaire » : c’est une personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres. Le bouc émissaire (synonyme approximatif : souffre-douleur) est un individu innocent sur lequel va s’acharner un groupe social pour s’exonérer de sa propre faute ou masquer son échec. Souvent faible ou dans l’incapacité de se rebeller, la victime endosse sans protester la responsabilité collective qu’on lui impute, acceptant comme on dit de « porter le chapeau ». Il y dans l’Histoire des boucs émissaires célèbres. Dreyfus par exemple a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force : on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif : c’était le « coupable idéal »… Ainsi le bouc émissaire est une « victime expiatoire », une personne qui paye pour toutes les autres : l’injustice étant à la base de cette élection/désignation, on ne souhaite à personne d’être pris pour le bouc émissaire d’un groupe social, quel qu’il soit (peuple, ethnie, entreprise, école, équipe, famille, secte).

Cette expression, employée le plus souvent au sens figuré, trouve sa source dans un rite de la religion hébraïque : dans la Bible (Lévitique) on peut lire que le prêtre d’Israël posait ses deux mains sur la tête d’un bouc. De cette manière, on pensait que tous les péchés commis par les juifs étaient transmis à l’animal. Celui-ci était ensuite chassé dans le désert d’Azazel (= traduit fautivement par « émissaire ») pour tenir les péchés à distance. Ce bouc n’avait rien fait de mal, il était choisi au hasard pour porter le blâme de tous afin que ces derniers soient dégagés de toute accusation. On voit par là que le sens figuré est relativement proche du sens religieux d’origine, axés tous deux sur l’idée d’expiation par l’ostracisation d’un individu jouant en quelque sorte le rôle de « fusible » (bête ou homme).

Avec René Girard (né en 1923), le bouc émissaire, cesse d’être une simple expression pour devenir un concept à part entière. La théorie du Bouc Émissaire est un système interprétatif global, une théorie unitaire visant à expliquer le fonctionnement et le développement des sociétés humaines. La réflexion de René Girard s’origine dans un étonnement, qui prend la forme de deux questions successives.

  1. D’où naît la violence dans les sociétés humaines, quel en est le ressort fondamental ?
  2. D’où vient que cette violence ne les dévaste pas ? Comment parviennent-elles à se développer malgré elle ?

Autrement dit : quel mécanisme mystérieux permet aux sociétés humaines archaïques, enclines à l’autodestruction, de se développer quand même (la logique voudrait en effet qu’elles aient disparu depuis longtemps). À cette question, René Girard apporte une réponse univoque, martelée depuis des décennies dans plusieurs de ses livres, notamment La Violence et le Sacré, et Des Choses cachées depuis la fondation du Monde : le mécanisme du bouc émissaire…

Le désir mimétique

La théorie du bouc émissaire est adossée à une autre théorie qui lui sert de support : à l’origine de toute violence, explique René Girard, il y a le « désir mimétique », c’est-à-dire le désir d’imiter ce que l’Autre désire, de posséder ce que possède autrui, non que cette chose soit précieuse en soi, ou intéressante, mais le fait même qu’elle soit possédée par un autre la rend désirable, irrésistible, au point de déclencher des pulsions violentes pour son appropriation. La théorie mimétique du désir postule en effet que tout désir est une imitation (mimésis) du désir de l’autre. Girard prend ici le contre-pied de la croyance romantique selon laquelle le désir serait singulier, unique, imitable. Le sujet désirant a l’illusion que son désir est motivé par l’objet de son désir (une belle femme, un objet rare) mais en réalité son désir est suscité, fondamentalement, par un modèle (présent ou absent) qu’il jalouse, envie. Contrairement à une idée reçue, nous ne savons pas ce que nous désirons, nous ne savons pas sur quoi, sur quel objet (quelle femme, quelle nourriture, quel territoire) porter notre désir – ce n’est qu’après coup, rétrospectivement, que nous donnons un sens à notre choix en le faisant passer pour un choix voulu (« je t’ai choisi(e) entre mille ») alors qu’il n’en est rien – mais dès l’instant qu’un Autre a fixé son attention sur un objet, aussi quelconque soit-il, alors cet objet (que nul ne regardait jusqu’alors) devient un objet de convoitise qui efface tous les autres !

En clair, le désir n’est pas direct, mais indirect (ou médié), entre le sujet et l’objet : il fonctionne de manière triangulaire en ce sens qu’il passe par un modèle (ou médiateur). L’exemple que donne Girard pour illustrer sa théorie est celui des enfants qui se disputent des jouets en quantité suffisante. Cet exemple montre de manière édifiante qu’on ne désire pas une chose pour ce qu’elle est (sa valeur propre) mais pour ce qu’elle représente aux yeux de l’autre (un objet de désir). Les cas de « désir mimétique » sont nombreux dans la littérature. Don Quichotte, par exemple, ne désire pas être un chevalier, il ne fait qu’imiter Amadis de Gaulle, et tous les autres chevaliers qu’il a lus dans les livres. La médiation est ici littéraire. Don Quichotte est une victime d’autant plus spectaculaire du désir mimétique qu’il désire – c’est la source du comique cervantésien – une chose absurde : être chevaleresque dans un monde déféodalisé. Dans l’univers publicitaire qui est le nôtre, le mécanisme mimétique fonctionne aussi à plein. Les consommateurs ne désirent pas une marchandise parce qu’elle est utile, nécessaire ou aimable, mais parce qu’elle est convoitée, ou supposée l’être, par un tiers (star de cinéma, ami ou groupe d’amis). Le consumérisme moderne est un désir « selon l’autre », quand bien même il nous donne l’illusion de faire un choix personnel, voire unique. La mode et la publicité jouent à plein sur le désir mimétique, raison pour laquelle elles connaissent du succès, alors que ce succès ne repose objectivement sur aucune base rationnelle (beauté, robustesse, originalité de l’objet).

Du désir mimétique à la violence généralisée

Le désir mimétique serait bien innocent s’il ne débouchait sur des conflits en chaîne, et à terme sur la violence généralisée. Que se passe-t-il en effet quand deux individus (ou plus) désirent la même chose ? Ils se battent, voire s’entretuent, pour l’obtenir. Pour René Girard, le désir mimétique, en mettant en concurrence le sujet désirant et son modèle fait naître une rivalité meurtrière. L’objet désiré n’étant généralement pas partageable (pensons au jugement de Salomon : peut-on partager en deux un bébé que deux femmes revendiquent comme le leur ?), le modèle devient nécessairement un obstacle pour le sujet désirant, autrement dit une figure à abattre. C’est ici que la thématique du désir, via le mécanisme de la rivalité, rejoint celle de la violence… Son recours étant, on l’aura compris, le seul moyen de satisfaire le désir mimétique.

Prenons un exemple. Shakespeare écrit dans ses Sonnets : « Tu l’aimes, toi, car tu sais que je l’aime. » On voit bien ici que l’amour qu’éprouve le destinataire du poème (« tu ») est motivé avant tout (« car ») par l’amour qu’éprouve Shakespeare et non par l’objet lui-même de cet amour. Tu l’aimes « toi », insiste le poète, de manière mimétique, alors que moi je l’aime de manière authentique. Nous sommes bien dans le cas de figure du jouet sans valeur que se disputent deux enfants, dont l’issue est bien connue : chamaillerie, cris, crêpage de chignon, et… intervention des adultes, pour séparer les belligérants. Mais que se passe-t-il quand, dans la même situation de rivalité, deux adultes se disputent un objet ? Sans l’intervention providentielle d’un tiers situé au-dessus de la mêlée (Dieu ?), les adultes vont jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’élimination du rival, obstacle insupportable à la réalisation de leur désir. Les faits divers et les romans (pensons au Rouge et le Noir de Stendhal : Julien Sorel y désire triangulairement Madame de Rénal) sont remplis de crimes passionnels, motivés à l’origine par un désir mimétique, quoique ces motivations, comme l’explique René Girard, soient toujours dissimulées par le criminel derrière l’idée fallacieuse que son désir est légitime, car premier :

Seul l’être qui nous empêche de satisfaire un désir qu’il nous a lui-même suggéré est vraiment objet de haine. Celui qui hait se hait d’abord lui-même en raison de l’admiration secrète que recèle sa haine. Afin de cacher aux autres, et de se cacher à lui-même, cette admiration éperdue, il ne veut plus voir qu’un obstacle dans son médiateur. Le rôle secondaire de ce médiateur passe donc au premier plan et dissimule le rôle primordial de modèle religieusement imité. Dans la querelle qui l’oppose à son rival, le sujet intervertit l’ordre logique et chronologique des désirs afin de dissimuler son imitation. Il affirme que son propre désir est antérieur à celui de son rival ; ce n’est donc jamais lui, à l’entendre, qui est responsable de la rivalité : c’est le médiateur.

Pour masquer sa brutalité, le sujet mimétique n’hésite pas à ruser avec son désir, c’est-à-dire à faire passer le modèle pour l’imitateur…

Cette violence serait soutenable socialement (maintien de la paix civile), si elle demeurait le propre de quelques individus isolés. Or, ce qui la rend éminemment dangereuse, nous dit Girard, c’est qu’elle est contagieuse. Le désir mimétique se propage à la société tout entière, par effet « boule de neige » : si deux individus désirent la même chose il y en aura bientôt un troisième, un quatrième, et ainsi de suite. Rapidement – à la vitesse d’une traînée de poudre – , le conflit mimétique se transforme en antagonisme généralisé. Un fait divers récent illustre exemplairement cette propagation du désir mimétique, avec son corollaire agonistique de la « guerre de tous contre tous » (Hobbes). « Gaz lacrymogènes, bagarres, échauffourées violentes, arrestations musclées, lit-on dans Le Monde.fr du 25 décembre 2012, telle était l’ambiance apocalyptique dans laquelle plusieurs magasins américains ont ouvert pour la sortie des dernières paires de baskets Nike créées pour l’ancien basketteur Mickael Jordan : […] des milliers de personnes se sont ainsi rassemblées très tôt ce vendredi, parfois dès deux heures du matin, pour figurer parmi les chanceux se procurant les 150 paires seulement disponibles ; […], la même scène s’est déroulée un peu partout aux États-Unis, conduisant notamment à plusieurs arrestations à Atlanta, des personnes légèrement blessées, à la suite de piétinements à l’entrée du magasin ou encore une mère abandonnant ses deux enfants de 2 et 5 ans dans la voiture en pleine nuit. Dans la banlieue de Seattle, avant l’ouverture, la foule avait déjà enfoncé deux portes. Des bagarres ont commencé à éclater, des bousculades, certaines personnes essayaient de couper la file d’attente. Les officiers ont utilisé du gaz incapacitant pour interrompre certaines bagarres. » Aucune de ces personnes n’avait besoin, à strictement parler, de ces chaussures, pourtant toutes se sont battues, presque au risque de leur vie, pour se les approprier. Telle est l’implacable loi du désir mimétique lorsqu’elle s’applique à grande échelle : son escalade conduit à la destruction sociale généralisée. Pire, la violence engendre la violence, dans une chaîne infinie, sous l’empire du mécanisme de la vengeance. « Chaque fois qu’elle surgit en un point quelconque d’une communauté elle tend à s’étendre et à gagner l’ensemble du corps social. » (La Violence et le Sacré). De crimes en représailles (regardons comment les bandes de la Mafia s’autodétruisent), la vengeance menace la société d’éclatement. La loi du Talion, (« œil pour œil, dent pour dent »), qui répond à la violence par une violence égale, et non supérieure, limite certes son risque d’extension et d’escalade, mais ne l’arrête pas. La spirale de la violence est en principe, dans les sociétés primitives où n’existe pas la Justice, incoercible. Le cycle de la violence réciproque est littéralement infernal : elle l’était dans la Grèce antique (voir les Atrides) elle l’est encore dans certains pays où dominent la loi du Talion ou l’usage de la Vengeance (au Mexique dans les Cartels de la drogue, dans la Mafia corse, ou sicilienne).

Le bouc émissaire, rempart contre la violence

Et pourtant, force est de constater que la société a survécu à cette loi effroyable, que les peuples de la terre ont surmonté tant bien que mal le phénomène. Pourquoi ? se demande Girard. Comment se fait-il que le désir mimétique, dont la puissance de nuisance est universellement prouvée (voir Mensonge romantique et Vérité romanesque) ne nous ait pas dévasté totalement ? Comment les sociétés sont-elles parvenues à trouver un antidote à ce poison ? C’est ici qu’intervient la deuxième intuition de Girard, consistant à relier l’apparition du sacré avec le problème de la violence (d’où le titre de son livre majeur : La Violence et le Sacré). L’anthropologue observe en effet, à partir d’une lecture attentive des mythes ancestraux (de toutes origines), que ces mythes nous racontent la même histoire, à savoir la conjuration, ou plutôt la neutralisation de la violence (cette épée de Damoclès qui plane sur l’Humanité) par le sacrifice d’une victime, appelée « bouc émissaire ».

Là encore, pour résoudre l’énigme, Girard renverse une idée unanimement reçue dans la communauté scientifique et a fortiori dans le grand public, le préjugé selon lequel le sacrifice « religieux » (égorger un animal ou un être humain) serait destiné à calmer la colère des Dieux (chez les Grecs), ou à tester la foi des croyants (on pense au sacrifice d’Isaac par Abraham interrompu in extremis par un ange descendu du Ciel). Aux yeux du philosophe, le sacrifice n’est pas une affaire religieuse mais une affaire humaine. Si les hommes vont jusqu’à tuer l’un de leurs semblables, ce n’est pas pour faire plaisir aux dieux, mais pour mettre fin à l’hémorragie de violence qui frappe le groupe, et partant le menace d’extinction. En proie à une violence meurtrière, la société primitive se choisit spontanément, instinctuellement, une victime, qui jouera le rôle à la fois de pansement et de paratonnerre. De pansement, parce qu’elle va recueillir en sa seule personne toute l’agressivité diffuse et soigner le mal ; de paratonnerre parce qu’elle sera remobilisée, sous forme symbolique, chaque fois que la communauté replongera dans la violence. Ainsi se met en place, selon Girard, le rite du bouc émissaire, dont la vertu première est de transformer le « tous contre tous » en « tous contre un ». Le bouc émissaire humain n’est pas tiré au hasard ; c’est un personnage que ses qualités victimaires prédisposent à occuper la fonction de bouc émissaire. Afin d’expulser cette violence intestine, le bouc émissaire doit en effet correspondre à certains critères. Premièrement, il faut que la victime soit à la fois assez distante du groupe pour pouvoir être sacrifiée sans que chacun se sente visé par cette brutalité et en même temps assez proche pour qu’un lien cathartique puisse s’établir (on ne peut expulser que le mal qui est en nous…). Aussi, le véritable bouc émissaire de la tradition hébraïque est à la fois différent par sa qualité d’animal et semblable par son caractère domestiqué. Deuxièmement, il faut que le groupe ignore que la victime est innocente sous peine de neutraliser les effets du processus. Troisièmement, le bouc émissaire présente souvent des qualités extrêmes : richesse ou pauvreté, beauté ou laideur, vice ou vertu, force ou faiblesse. Enfin, la victime doit être en partie consentante afin de transformer le délire de persécution en vérité consensuelle. Dans les mythes, c’est souvent un prisonnier de guerre, un esclave, un enfant informe, un mendiant…

Le sacrifice du bouc émissaire permet donc à la fois de libérer l’agressivité collective (exutoire) et de ressouder la communauté autour de la paix retrouvée (pacte). Dans l’optique girardienne, le rite sacrificiel est donc une violence ponctuelle et légale dont la fonction est d’opérer une catharsis des pulsions mauvaises sur une victime indifférente à la communauté parce que marginale. Ainsi, se produit, aux dépens d’un être innocent, une sorte de solidarité dans le crime, qu’on retrouve dans les scènes de lynchage dans l’Histoire (pogrome, lapidations, etc.) ou dans la fiction (La Nuit du Chasseur1, M. le Maudit2). Le bouc émissaire permet par ailleurs d’expliquer l’émergence du Sacré, car, par un retournement paradoxal, la victime se voit divinisée pour avoir ramené la paix. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme la responsable de la crise et l’auteur de ce miracle de la sérénité retrouvée. Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. En reliant le mécanisme du bouc émissaire à celui du rite sacrificiel, René Girard rend compte ni plus ni moins que de la genèse du religieux archaïque.

Le problème de ce mécanisme régulateur de la violence est cependant son caractère temporaire. En effet, la violence endémique générée par le désir se fait, tôt ou tard, ressentir. Pour contenir la violence, et l’empêcher de ressurgir, il faut trouver un nouveau bouc émissaire. Solution au coût (humain) exorbitant, à laquelle les premières sociétés ont remédié en substituant progressivement des simulacres aux victimes humaines : ainsi seraient nés les rites des religions primitives vivantes : le sacrifice d’un animal permet d’apaiser symboliquement les pulsions agressives, par ce subterfuge (l’animal est substitué à la « cible » humaine), les membres de la communauté sont préservés, la paix est maintenue à ce prix. À chaque crise mimétique, la société répond par des sacrifices symboliques, fortement ritualisés, censés rétablir magiquement l’ordre. C’est ce qui fait dire à René Girard, dans une formule fulgurante : « Le sacré, c’est la violence. » Le sacré est en effet indissociable de la violence, en ce sens qu’il naît d’elle, tout du moins de la volonté des hommes de l’éradiquer.

Relecture du mythe d’Œdipe

Cette approche révolutionnaire du rite religieux – révolutionnaire parce qu’elle fait découler le sacré du profane – ouvre sur une réinterprétation du fameux mythe d’Œdipe3. Là encore, le philosophe prend le contre-pied de tout le monde. Rappelons en deux mots l’histoire : un oracle prédit au roi de Thèbes, Laïos, que s’il a un fils, celui-ci tuera son père et épousera sa mère, Jocaste. Quand Œdipe naît, Laïos l’abandonne. Mais des bergers le recueillent et le portent au roi de Corinthe, Polybe, qui l’élève. Adulte, Œdipe consulte l’oracle de Delphes qui lui conseille de ne pas retourner dans son pays s’il ne veut pas tuer son père et épouser sa mère. Il se dirige donc vers la Béotie, mais à un carrefour, il tue un vieillard, qui se révèle être son père. Plus tard, pour avoir débarrassé la ville de Thèbes du Sphinx (en résolvant l’énigme), on le fait roi, de sorte qu’il épouse sa mère, Jocaste, à son insu. Une peste s’abat sur la ville. La Pythie annonce que la maladie persistera tant que le meurtrier de Laïos ne se sera pas dénoncé. Œdipe mène l’enquête lui-même et découvre, horrifié, qu’il est le coupable. Pour se punir de son aveuglement, Œdipe se crève les yeux ; on le chasse de Thèbes.

Généralement, les exégètes adoptent spontanément le point de vue du narrateur (Sophocle), en rendant Œdipe responsable de la calamité qui s’abat sur la ville. C’est, nous explique-t-on, parce qu’il a tué son père et couché avec sa mère que la peste décime les thébains, aussi n’est-ce que justice que le coupable, une fois découvert, soit banni de la communauté. Faux, écrit Girard, car Œdipe n’est en réalité qu’un bouc émissaire, un homme auquel on fait endosser, sans raison valable, la responsabilité de l’épidémie qui frappe la cité. La peste n’a aucun lien de cause à effet avec les « crimes » de son roi, crimes qui, du reste, d’après Girard, ne sont que des bruits sans fondement : en somme, Œdipe est victime d’une mystification : des rumeurs courent sur son compte (le parricide, l’inceste) mais ce ne sont que des affabulations, des prétextes pour exposer le roi à la vindicte populaire. Ce que raconte le mythe d’Œdipe n’est donc pas la punition d’un coupable, mais au contraire la persécution d’un innocent, l’histoire scandaleuse d’un lynchage collectif. Bref, au lieu d’en faire un Monstre qui se repend, Girard en fait un Martyr à qui l’on ment. Comme tous les boucs émissaires, Œdipe se soumet en effet au verdict de la foule. René Girard en déduit, au plan général, que l’adhésion de l’accusé au processus qui l’élimine (ex : pression policière pour obtenir des aveux) n’est en aucun cas le signe, et encore moins la preuve de sa culpabilité. Au lieu de se révolter contre cette accusation sans fondement, Œdipe l’accepte docilement ; ce faisant, il renforce le mécanisme du bouc émissaire, qui a certes l’avantage de stopper le cycle de la violence, mais l’inconvénient d’alimenter l’injustice par le sacrifice d’un innocent. Si l’on regarde les choses d’un point de vue pragmatique, ce système est d’une grande efficacité ; au point de vue moral, en revanche, il est scandaleux. Le mécanisme du bouc émissaire est en effet basé sur un mensonge collectif (ou déni de réalité), qui est reconduit d’autant plus aisément qu’il arrange la communauté. Tout le monde a intérêt à entretenir le mythe de la résolution surnaturelle et irrationnelle de la violence par la désignation arbitraire d’une victime émissaire. On ne voit pas, dans ces conditions, pour quelles raisons ce phénomène ne durerait pas éternellement… Heureusement, il se trouve quelqu’un pour dénoncer ce mensonge, et ce quelqu’un, d’après Girard, c’est Jésus Christ !

L’Évangile : la vérité sur le bouc émissaire

René Girard considère le Nouveau Testament comme un événement capital de l’histoire de l’Humanité, non pas parce qu’il marque la naissance d’une nouvelle religion (le Christianisme) mais parce qu’il met fin au scandale de la culpabilité du bouc émissaire. Jusqu’alors toutes les victimes émissaires acceptaient de se sacrifier au nom de leurs fautes ou de leurs défauts (tares). Mais voici que le Christ met un coup d’arrêt à cette logique, en jetant une lumière crue sur le mécanisme mystificateur du bouc émissaire. Non que le Sauveur refuse d’assumer son rôle de bouc émissaire, au contraire, il se laisse torturer sans protester et crucifier comme s’il était coupable, mais à la différence des autres victimes émissaires, il clame haut et fort son innocence. Jésus se présente ouvertement comme l’agneau de Dieu qu’on sacrifie sur l’autel de la violence collective (il prend sur lui « tous les péchés du monde »), sauf que sa démarche a un tout autre sens que celle des boucs émissaires classiques qui subissaient leur sort, dans la mesure où elle est annoncée comme l’ultime sacrifice, après lequel devrait régner l’ordre et la paix. En dévoilant le mécanisme caché (depuis la fondation du monde) du bouc émissaire, à savoir que la victime est sacrifiée non par ce qu’elle est coupable (alibi grossier), mais parce qu’il faut un coupable, l’Évangile rend impossible son recours ultérieur. Désormais, la société devra trouver d’autres remèdes pour exorciser la violence (en l’occurrence elle s’appuiera sur le message évangélique de la non-violence). Si le Nouveau Testament marque un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité, c’est que la gestion de la violence, à partir de cette date, prend un aspect tout différent. L’une des conséquences inattendues de cette révélation du « pot aux roses » du bouc émissaire, c’est que le monde, privé de sa solution préférée, devient, selon Girard, de plus en plus violent, et cela bien que les formes de civilisations ne cessent d’évoluer pour contenir, dans les deux sens du terme, cette violence.

René Girard se montre en effet très pessimiste sur l’évolution de l’Humanité, à partir du moment où elle se prive de la possibilité d’user de la carte victimaire. L’efficacité du bouc émissaire reposait en effet sur la méconnaissance/ignorance du phénomène de la part de ses usagers : les peuples ancestraux croyaient sincèrement qu’il suffisait de sacrifier une victime, ou d’accomplir un rite symbolique équivalent, pour régler les conflits. À partir du moment où les peuples ont perdu cette foi, ils doivent inventer des solutions alternatives, soit recourir à l’Évangile et sa morale naïve de la non violence (l’amour du Prochain), soit se tourner vers la Justice et son droit compliqué (proportionnalité des peines au crime commis). Or, nous dit René Girard, il n’est pas sûr que les communautés puissent se passer de la fonction régulatrice du bouc émissaire : force est d’observer que les sociétés modernes, dans les périodes de forte crise mimétique, y ont recours, tout se passant comme si elles avaient oublié qu’elle était un procédé barbare et irrationnel. Dans l’entre deux guerres par exemple, l’Allemagne, frappée par une crise économique grave, est animée de tensions sociales extrêmes et de débordements de violence qui mènent le pays au bord de la guerre civile. Or cette violence intestine va se trouver spontanément redirigée vers des boucs émissaires tels que les homosexuels, les communistes, les Tsiganes et vers les Juifs. La propagande – ce travail de sape de la connaissance, cet apprentissage de l’ignorance – se chargera pour sa part de conforter la population allemande dans l’idée que les Juifs ne peuvent pas, par définition, être innocents, ouvrant grand la porte à la tragédie de la Shoah. En dehors de ces cas exceptionnels, le fait que nos sociétés ne soient plus protégées par le mécanisme victimaire constitue paradoxalement un danger majeur, car, sauf à convertir la population entière à l’amour chrétien (idée illusoire), il n’existe désormais plus aucun frein à la violence. Dans son dernier ouvrage, Achever Clausewitz (2007), René Girard va jusqu’à nous promettre l’apocalypse. On aimerait que l’avenir lui donne tort, mais l’explosion de violence à laquelle on assiste sur toute la planète semble hélas aller dans sons sens.

Conclusion

La théorie du bouc émissaire serait-elle trop belle pour être vraie ? Le fait est qu’elle est séduisante, et même fascinante, en ce qu’elle fournit une clé de compréhension simple et efficace pour des problèmes fort complexes. Avec Girard, tout devient lumineux : la question du désir (réglée via le principe du mimétisme), la question de la violence (résolue par l’intervention du mécanisme victimaire), la question enfin de l’apparition du sacré (expliquée par les pouvoirs miraculeux attribués à la Victime). Il n’a évidemment pas manqué de spécialistes de chacune des disciplines dont Girard s’est emparé sans prévenir pour contester les thèses du philosophe : jusqu’à ces dernières années sa pensée était très discutée, voire contestée par ses confrères, mais peu à peu elle s’est imposée ; elle fait désormais partie du paysage intellectuel. Le désir mimétique, la théorie du bouc émissaire, sont cités dans les travaux d’anthropologie4.

Le système girardien présente néanmoins, sinon des failles, quelques zones d’ombre. Le principal reproche qu’on pourrait lui faire, c’est de ne pas laisser de place à la singularité, à la différence, à la complexité. Soucieux avant tout de faire triompher sa théorie, Girard généralise sans nuance, parfois à outrance. N’existe-t-il pas des sacrifices qui n’entrent pas dans la logique du bouc émissaire (les sacrifices d’offrandes) ? Ne peut-on pas trouver des peuplades qui usent du bouc émissaire sans sacraliser ce dernier (ex : les aborigènes d’Australie qui ignorent les dieux). La théorie est aussi fragile à la base, en ce sens qu’elle s’appuie sur une conception du désir qui écarte toute dimension pulsionnelle (vouloir instinctivement une chose pour elle-même). Le désir, pour Girard, n’est que mimétique, c’est-à-dire un processus cérébral. Or, peut-on faire l’économie de la libido dans les rapports humains ? Ne peut- on pas penser que la difficulté d’assouvir son désir est autant sinon plus génératrice de violence que la rivalité mimétique ? Enfin n’est-ce pas accorder une importance exagérée au message évangélique que d’en faire le seul et unique texte à dire la Vérité sur le mécanisme victimaire ?

Reste que, en dépit de son caractère totalisant (une seule explication pour tout !) cette théorie est particulièrement bienvenue aujourd’hui pour expliquer ce qui nous arrive, à savoir la prolifération du désir consumériste, la résurgence de la violence en contexte civilisationnel, le processus de désignation du coupable (l’immigré, l’étranger, etc.), la recherche effrénée de spiritualité. La pensée de Girard n’a pas perdu de son efficacité car, contrairement aux apparences, ce qu’il y a de primitif en chaque homme n’est pas éradiqué et peut ressurgir à tout moment, surtout en temps de crise. Grâce à cette pensée originale, nous sommes donc en mesure de mieux comprendre conjointement la nature biaisée de notre désir, les causes profondes de notre violence, et notre aspiration instinctive au sacré.

Bibliographie

  • Mensonge romantique et vérité romanesque, Paris, Grasset, 1961.
  • La violence et le sacré, Paris, Grasset, 1972.
  • Critique dans un souterrain, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1976.
  • Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1978.
  • Le bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982.
  • La route antique des hommes pervers, Paris, Grasset, 1985.
  • Shakespeare, les feux de l’envie, Paris, Grasset, 1990.
  • Quand ces choses commenceront…, Paris, Arléa, 1994.
  • The Girard Reader, New York, édité par James Wil iams,Crossroad, 1996.
  • Je vois Satan tomber comme l’éclair, Paris, Grasset, 1999.
  • Celui par qui le scandale arrive, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.
  • La voix méconnue du réel, Paris, Grasset, 2002.
  • Le sacrifice, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2003.
  • Les origines de la culture, Paris, Desclée de Brouwer, 2004.
  • Achever Clausewitz, Paris, Carnets Nord, 2007.
  • Anorexie et désir mimétique, Paris, Éditions de L’Herne, 2008.
  • La conversion de l’art, Paris, Carnets Nord, 2008.

Notes

1 La Nuit du chasseur (titre original : The Night of the Hunter) est un film américain réalisé par Charles Laughton en 1955. Le pasteur Harry Powell, le méchant persécuteur d’enfants, est lynché par les « bons » américains.

2 M le maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder) est un film allemand réalisé par Fritz Lang, sorti en 1931. Un meurtrier d’enfants jette les habitants d’une grande ville allemande dans la terreur et l’hystérie si bien que la police et même la pègre, tous alliés contre lui, se mettent toutes les deux à sa poursuite.

3 Œdipe roi (en grec ancien Οἰδίπoυς τύραννoς / Oidípous Týrannos, en latin Œdipus Rex) est une tragédie grecque de Sophocle, entre 430 et 415 avant J.-C.

4 La consécration du philosophe a eu lieu récemment, en 2005, avec son élection à l’Académie.

Voir aussi:

Acharei Mot – 5773
Mrs.Cain

The weekly portion

April 19, 2013
L’Azazel!  Go to hell!  A ubiquitous Israeli expression, used across the board amongst the not-quite-polite fold (read all Israelis).  The phrase shows just how deeply connected we are to our Biblical origins, if only linguistically.

The parasha opens with a designation of the sequence of events (remember, the Bible doesn’t always follow a consecutive narrative):

וידבר ה’ אל-משה אחרי מות שני בני אהרן בקרבתם לפני-ה’ וימתו: ויאמר ה’ אל-משה דבר אל-אהרן אחיך ואל יבא בכל-עת אל הקדש…

Hashem spoke to Moshe after the death of Aaron’s sons, when they approached before HaShem and died.   HaShem said speak to Aaron, your brother – he shall not come at all times into the Sanctuary…

The parasha then continues with clear instructions of when Aaron can go into the Sanctuary, how he must be cleansed, and in which proscribed form of dress.  Then follows a description of the sacrifices made for Yom Kippur: two male goats for a sin offering, one male ram for the elevation offering, and one bull for Aaron’s sin offering, covering himself and his family.

ולקח את-שני השעירם והעמיד אתם לפני ה’ פתח אהל מועד: ונתן אהרון על שני השערים גרלות גורל אחד לה’  וגורל אחד לעזאזל:  והקריב אהרון את השעיר אשר עלה עליו הגורל לה’ ועשהו חטאה:  ץוהשעיר אשר עליו הגורל לעזאזל יעמד-חי לפני לכפר עליו לשלח אתו לעזאזל המדברה.

He shall take two he-goats and stand them before HaShem at the entrance of the Tent of Meeting.  Aharon shall place lots on the two he-goats: one lot “for HaShem,” and one lot “for Azazel.”  Aaron shall bring the he-goat designated by lot for HaShem, and make it a sin-offering.  And the he-goat designated by lopt for Azazel shall be stood alive before HaShem, to provide atonement through it, to send it to Azazel in the wilderness.

Let’s look a little more closely at the sequence.  Two promising young priests die for approaching the holy of holies improperly.  Then G-d informs Moshe immediately of what the proper procedure is for doing so:  ‘Tell Aaron how to do it right, or I might have to kill him too!  This is the dress code, this is the ritual, etc.  In fact, the parasha opens with a double warning – not G-d spoke to Moshe once – but twice – i.e “Listen up bro…this is important…”

But more important is a small often underemphasized word:  ואל יבא בכל-עת אל הקדש…   Tell your brother not to just come whenever he wants – there needs to be a purpose for approaching the inner Sanctuary.   And the purpose is atonement for the people, not personal – but communal.

Rituals of elimination were a common aspect of ancient religions throughout the Levant: that is, the slaying of a ritual animal or person (usually representing a god) as a means of cleansing away sin on behalf of the people.  The first millennium Mesopotamian creation myth (Enûma Eliš) elaborates on the slaying of the rebellious god Gingku correlating for the first time in extant text the notion of expiation of guilt and sin with the death of a demi-deity.   Out of Gingku’s blood, the first man is created, free of the sins of the god who was killed.  Am seventh century BCE Hittite text based on earlier first millennium sources of the Sargonnid kings Esahradon and Ashurbanipal (based on earlier first millennium BCE sources) relates that a lunar eclipse was thought to foretell the death of the ruling king.  In order to neutralize the evil portent, a ritual substitution was made by having a substitute king sit upon the throne for one hundred days.  At the end of this period the substitute was killed and the real king was reinstated.  In these rituals the substitute king carries away the impurities, as do animals in earlier substitution rituals.

Within this context, the text in Leviticus is evidence of a distinct departure from the more standard and commonly known substitution rituals of the region.   First of all, there are two substitutions.  One is the transference of impurity, by laying hands of the ram, and sacrificing it as a sin offering.  The second is the transference of the sins of the people onto the scapegoat.   However, the substitution done on behalf of a group or community is not unique to Leviticus.  A text from Ebla (early Akkadian) describes a scapegoat ritual from 2400-2300 BCE, in which two goats are put through a startlingly similar ritual:

(And) we purge the mausoleum|
Before the entry of the gods Kura and Barama a goat
…a silver bracelet hanging from the goat’s neck.
Towards the steps of Alini we let her go…

About a thousand years later an Ugaritic text describes a similar ritual:

If the city is about to be conquered, if death
wickedly treats man
A person will take a goat into the steppes
and send her out

A Hittite scapegoat ritual from about 1350 BCE also describes a situation describing the purification ceremony for ritual pestilence, which involves the designation of a substitute (a ram and a woman), the adorning of the scapegoat, and then sending the scapegoat out into enemy territory.

Similar rituals are documented throughout the outlying regions of the Hittite empire – stretching from modern-day South-East Anatolia and northern Syria.  *1

What is unique about the scapegoat ritual in Leviticus is the concept of drawing lots to ascribe which goat is designated for G-d, and which will carry the sins of the people to Azazel.  The random nature of casting a lot shows development of a wholly new concept within the regional tradition.  Either animal can be sacrificed.  It’s not for man to determine which one is which. Only G-d can determine the fate of man and animal alike.

Two questions have bothered Tannaim, and subsequent, far later Jewish scholars.  One is the actual meaning of “L’Azazel, and the second is why the date of the most important day of the year is designated only at the end of the text, after the description of the substitution ritual.

Was ‘Azazel’ a physical location?  The Jews of the Second Temple Period seemed to believe so.  Documented texts indicate that the goat was physically led to an outlying area 14 km southeast of Jerusalem, now referred to as Har Azazel (Jabel Muntar).  The Mishna relates that the goat was walked for a distance of about 14 km, at which 10 booths were contructed to water and feed the goat (but not the kohenim driving it to its death). Yoma 67b; Sifra, Aharei Mot 2.8 (“to a hard place in the mountains”) Ibn Ezra related the word to Aramic a-z-l , or “ez – alal” – meaning “a goat goes.”  A third interpretation, found in the Talmud relates the term to a demon.  Talmudic Sages wrote (Babylonian Talmud, Yoma 67b):  “It is taught by Rabbi Ishmael:  Azazel, since it atones for the deeds of Uzza and Azael,” the sinful angels who were cast out of Heaven.   According to Pirkei de-Rabbi Eliezer 46, the goat is given to Azazel = Samael to bribe him not to act as the prosecutor against the Jewish people (also cf. Zohar, Aharei Mot).  There it says, “The lot of the Holy One, blessed be He, is the burnt offering, and the lot of Azazel is the he-goat sin offering.”  The contraposition of these two goats alludes to a contest, as it were, between the demons and the Lord.   The Book of Isaiah supports this interpretation as well (Is. 13:21-22, 34:11-15), where Isaiah describes the wilderness as being a place of demons.

According to Leviticus 16:8, Aaron casts lots, “one marked for the Lord and the other marked for Azazel.”   Likewise, Leviticus 17:7 says, “that they may offer their sacrifices no more to the goat-demons (se’irim) after whom they stray.  That would be a pretty powerful argument for sending the goat off to die in wilderness.

Finally, let’s consider the timing of ritual.  Only at the end of the ritual’s description is there mention of when the ritual should take place:

והיתה לכם לחקת עולם בחדש השביעי בעשור לחדש תענו את-נפשתיכם וכל-מלאכה לא תעשו האזרח והגר הגר בתוככם

“And this shall be to you a law for all time: In the seventh month, on the tenth day of the month, you shall practice self-denial, and not do any work, neither the native or the proselyte who dwells amongst you.” (Leviticus 16:29)”  In an excellent drash on the parasha, Manashe Ben Yashar shows that the Vilna Gaon concluded that while Moshe had the right to approach Hashem more frequently, Aaron was limited to specific times when expiation was deemed necessary,  and Aaron’s successors were to be limited to a single day in which they would bear the responsibility of expiation on behalf of a repentant people.   This parasha portrays a ritual that was far more encompassing than the single day of Yom Kippur.

Ancient cultic practices from the region support this conclusion.


Josephine Baker Day/65e: La seule femme – et Française ! – à avoir eu droit à son discours aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même (How colonial Paris totem of primeval sex turned March on Washington only woman speaker gave the world its first Rainbow tribe theme park)

20 mai, 2016

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Josephine Baker and the 'rainbow tribe' in the kitchen at Les Milandes
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Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Comment savoir si nous ne sommes pas en train de distraire le public de la même façon que les zoos humains le faisaient ? Intervenant local d’Exhibit B
Comment être certain que ce n’est pas seulement par curiosité de voir des Noirs que viennent les Blancs ? Intervenant local d’Exhibit
What interests me about human zoos is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst. (…)  It’s very difficult to get it right. The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion. (…) People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory. Brett Bailey
Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art « nègre » ou « africain » finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Vous savez, plus l’Etat et nos adversaires se radicalisent, plus on se radicalise. Sihama Assbague
Le programme est construit autour de l’axe du racisme d’Etat et des outils pour y faire face et construire des résistances. Les ateliers et formations serviront à la transmission de connaissances et de pratiques aussi bien pour les militant.e.s d’organisations que pour les personnes voulant s’impliquer de façon plus ponctuelles. Camp d’été décolonial
La logique folle et prétendument «anti-système» qui préside à l’organisation de ce type d’événement [L’organisation de «Paroles non-blanches à Paris 8] est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême droite à l’affirmation d’une France «blanche»: les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des «Ku Klux Klan inversés» où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau. Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. (…) Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe. Alain Jakubowicz
Cette transformation des luttes remonte aux années 1970 aux États-Unis avec une radicalisation du mouvement des droits civiques, qui va se transformer en mouvements beaucoup plus violents, comme les Blacks Panters. Cette radicalité va déteindre sur tous les mouvements gauchistes qui vont revendiquer la lutte au nom d’un critère identitaire. Cette dérive identitaire, qui consiste à penser que certains critères de notre identité sont surdéterminants est commune à l’extrême droite et à l’extrême-gauche, qui s’entretiennent dans une surenchère. C’est le signe d’une déstructuration complète de la politique. Laurent Bouvet
Le principe de «non-mixité» provient directement des études féministes et postcoloniales des universités américaines. Elle doit permettre aux «opprimés» de s’«auto-émanciper» sans l’aide, jugée «paternaliste» des «oppresseurs». Elle se pratique aussi bien dans les milieux dit «antiracistes» que dans les mouvements féministes. Ainsi la commission «féminisme» de Nuit Debout revendique ouvertement la non-mixité. Sont exclus de certains débats les hommes cisgenres (hétérosexuels). Les militantes débattent dans un secteur délimité par des ficelles tendues que n’ont pas le droit de franchir les hommes. (…)«La non-mixité choisie, ce n’est pas pour se retrouver entre femmes mais entre personnes socialement dominées et opprimées, explique au Monde Matt, une des organisatrices de «Féminisme debout». «Il faut des espaces pour que les dominés puissent prendre conscience ensemble des pratiques d’oppression et s’exprimer, sans la présence des dominants.» Eugénie Bastié
Si le fait colonial — premier contact de masse entre l’Europe et le reste du monde — induit encore aujourd’hui une relation complexe entre Nous et les Autres ; ces exhibitions en sont le négatif tout aussi prégnant, car composante essentielle du premier contact, ici, entre les Autres et Nous. Un autre importé, exhibé, mesuré, montré, disséqué, spectularisé, scénographié, selon les attentes d’un Occident en quête de certitudes sur son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Aussi naturellement que le droit de « coloniser », ce droit d’« exhiber » des « exotiques » dans des zoos, des cirques ou des villages se généralise de Hambourg à Paris, de Chicago à Londres, de Milan à Varsovie… Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire
Le concept de « zoo humain » est apparu au début des années 2000 pour décrire une attitude culturelle qui a prévalu au temps des empires coloniaux (États-Unis inclus) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, attitude qui perdure aujourd’hui mais sous d’autres formes. Il a été popularisé par la publication en 2002 de l’ouvrage Zoos humains ; De la Vénus Hottentote aux reality show, sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire, historiens français spécialistes du phénomène colonial. Sous prétexte d’exotisme, les expositions coloniales, et d’une manière générale, les expositions universelles, ont été l’occasion de présenter aux publics des métropoles occidentales un échantillon des divers peuples non-occidentaux, chacun mis en situation forcée dans leur environnement reconstitué. Le phénomène d’exhibition apparaît dès l’Antiquité (les Grecs ont leurs sauvages, les Égyptiens ramènent des nains du Soudan pour les exhiber) mais le phénomène de spectacle se développe surtout avec les Grandes découvertes. Christophe Colomb ramène en 1492 six Indiens qu’il présente à la cour d’Espagne. En 1550, des Indiens Tupinamba défilent à Rouen devant Henri II, en 1644 des Groenlandais sont enlevés pour être exposés au roi Frédéric III de Danemark. Les ambassadeurs siamois (en) sont présentés comme un spectacle exotique sous Louis XIV en 1686, comme le Tahitien Omai à la cour d’Angleterre en 17743. Le premier « zoo humain », en Amérique, semble avoir été celui de Moctezuma à Mexico, qui, en plus d’exhiber de vastes collections d’animaux, montrait aussi des êtres humains présentant des difformités : albinos, nains, bossus. À partir du XIXe siècle, ces exhibitions ne sont plus réservées aux élites et se démocratisent, devenant extrêmement populaires, sur le modèle des grands spectacles de foire, avec notamment le développement d’attractions calquées sur le plan de la scénographie, sur celui du zoo itinérant des cirques Barnums, puis allant délibérément réinvestir des zoos existants. Les exemples les plus éloquents sont celui du pygmée congolais Ota Benga placé dans le zoo du Bronx en 1906, des Amérindiens employés lors des Wild West Shows) et du « freak show » où furent exhibés William Henry Johnson, et surtout Saartjie Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », dont l’exposition marqua un tournant : l’exotisme laisse alors la place au racialisme, lequel s’appuie sur un discours « scientifique ». Une véritable industrie du spectacle se met en place dès cette époque : au bout du compte, plus d’un milliard quatre cent millions de visiteurs ont pu voir 35 000 figurants dans le monde, entre 1800 à 1958, depuis les petites manifestations de cirque jusqu’aux grandes expositions coloniales et universelles pouvant mobiliser plusieurs millions de spectateurs. À la suite de l’exposition coloniale de 1931 organisée à Paris, qui montrait entre autres des villages indigènes reconstitués où leurs habitants étaient obligés d’être leur propres acteurs sous l’œil curieux de millions de visiteurs, des personnalités issues de communautés religieuses et et d’organismes sociaux divers se mobilisèrent et permirent de mettre fin à ces exhibitions que l’on jugeait malsaines. « Le scandale ne tarda pas à éclater. En ce qui concerne les Kanaks, des plaintes se multiplièrent, d’abord de la part des Kanaks eux-mêmes, relayées par tous les familiers de la Nouvelle-Calédonie, les « hommes d’Église, des Calédoniens de Paris et même une bonne partie des Européens de Nouvelle-Calédonie », parmi lesquels on compte le pasteur Maurice Leenhardt, le père Bazin et les Maristes, puis par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, et par le pasteur Soulier, député de Paris. Par contre, « la presse politique demeura en revanche à peu près muette, à l’image de L’Humanité ». Il en fut de même pour Le Canard enchaîné. Seul le PCF, farouche opposant au colonianisme, organisa aux buttes-Chaumont une contre exposition, mais qui n’eut aucun succès. (…) Depuis 1999, avec entre autres l’émission Big Brother, la télévision est devenu le principal vecteur de création de zoos humains contemporains : c’est la thèse que défendent des chercheurs comme Nicolas Bancel, avec son équipe, mais aussi Olivier Razac. Le principe de ces télés réalité est d’enfermer un groupe d’hommes et de femmes observés en direct par le biais des caméras d’une chaîne de télévision. Les « acteurs » de ces shows sont le plus souvent des jeunes peu éduqués, issus de régions ou de milieux « stigmatisés ». (…) En 2014, Brett Bailey présente Exhibit B, une série de tableaux vivants qui évoquent les zoos humains. L’installation-performance de l’artiste sud-africain, qui tourna dans plus de 15 pays européens, a entraîné à Londres puis à Paris une polémique, certaines personnes jugeant l’œuvre raciste et déshumanisante. Le 28 novembre 2013, la télévision nationale japonaise (NHK) a été condamnée à payer 1 000 000 de yens à la fille d’une membre de l’ethnie Paiwan de Taiwan, qui avait été envoyée par le Japon à l’exposition anglo-japonaise de 1910 ; le juge a estimé que l’emploi répété de l’expression « Zoo humain » (…) dans le programme documentaire Asia no Ittokoku d’avril 2009 était diffamant à l’égard d’elle-même et sa descendance. Wikipedia
La France est le seul pays au monde à utiliser le mot «nègre» dans le sens d’esclave littéraire. Ce terme, dont la connotation raciste est tellement qu’évidente que plus personne n’ose l’utiliser au sens littéraire qu’avec des guillemets, fait en effet allusion au statut d’esclave du collaborateur surexploité qui fait le travail d’un autre. Il est apparu au XVIIIe siècle, au moment où la France surexploitait ses colonies en y déportant des millions d’Africains qui mouraient en quelques années. En ce sens, il véhicule la glorification la plus éhontée de l’esclavage et du racisme le plus primaire, car l’expression «nègre littéraire» est également un terme de mépris, correspondant au mépris qu’on vouait aux esclaves et qui s’attache encore trop souvent aux personnes à la peau noire, bien longtemps après que l’esclavage a été aboli. L’expression «nègre» au sens de collaborateur littéraire a été répandue en France en 1845 par Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans, un pamphlet raciste du prêtre défroqué Jean-Baptiste Jacquot qui se faisait appeler Eugène de Mirecourt. Ce texte ordurier et calomnieux, qui visait Alexandre Dumas, a valu à son auteur, à la demande d’Alexandre Dumas, d’être condamné à six mois de prison et à une forte amende, alors que n’existait même pas encore le délit de diffamation à caractère raciste. Mirecourt éprouvait évidemment une jouissance particulière à utiliser le mot «nègre» à propos d’Alexandre Dumas, homme à la peau colorée et fils d’esclave. On a vu récemment réapparaître la même jouissance dans les textes de journalistes racistes qui défendaient le recours à Gérard Depardieu pour interpréter le rôle de Dumas et prenaient un plaisir évident à colporter les thèses de Mirecourt selon lesquelles Dumas n’aurait pas été capable d’écrire ses livres sans l’aide d’hommes à la peau blanche. On sait que ces débordements, qui font appel aux instincts les plus abjects des Français, ont eu pour effet direct de faire monter de plus de deux points les intentions de vote pour le Front national aux élections régionales. Ces dérives doivent à présent cesser. Près de dix ans après que la France a déclaré l’esclavage crime contre l’humanité, il n’est plus supportable que l’expression de «nègre» soit encore utilisée au sens d’esclave dans un film destiné au grand public, alors que l’usage est d’avoir désormais recours au terme de «plume», de «collaborateur», d’écrivain fantôme ou de «ghost writer». Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot « nègre » ne peut plus, en aucun cas, être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation. Je demande donc au producteur et au distributeur du film The Ghost Writer d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre et de s’abstenir de véhiculer gratuitement en France un racisme qui n’est pas dans l’esprit de l’œuvre dont est tiré le film. Faute de rectification immédiate dans ce sens, j’en appelle toutes celles et tous ceux qui luttent contre le racisme a ne pas aller voir ce film et à lui appliquer le même boycott qu’à L’Autre Dumas qui a été un échec retentissant dès la première semaine. Claude Ribbe
Faut-il se débarrasser du mot « nègre » ? Cette question en appelle d’autres : quel mot « nègre » ? Celui de Théodore Canot ou celui de l’abbé Grégoire ? Celui qu’employait Maurice Barrès, celui utilisé par Simone de Beauvoir, ou encore celui que s’est approprié Aimé Césaire ? Expiera-t-on le passé esclavagiste de la France en se débarrassant d’un mot et de tous ses dérivés ? Rappelons que les Noirs ne sont pas plus noirs que les Blancs sont blancs, et que le premier homme à avoir associé une couleur à la peau des Africains ne l’a pas fait innocemment. Le noir n’est pas n’importe quelle couleur. Notre langue est truffée d’expressions héritées des brutalités de l’Histoire. Peut-on mettre fin aux atrocités du passé tout en continuant à parler leur langue ? Claude Ribbe a le mérite d’engager cette réflexion. Peut-être cherche-t-il un peu trop vite à la clore. David Caviglioli
It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name. Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live. My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed. The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. » (…) In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation. Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man. (…) I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out. In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title. I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK? Lawrence Hill
The Book of Negroes is this British, military document, this ledger that the British navy keeps that’s recording details about thousands of blacks who are fleeing Manhattan at the end of the war—the Revolutionary war … and coming to Nova Scotia. This document was just absolutely stunning and riveting and it’s pretty well forgotten. I’m sure there are not more than 50 Canadians who have looked at it. So it’s sitting there waiting to be loved and waiting to be discovered. (…) Some parts of it were totally seductive in their power because the documents spoke for themselves so richly, (…) It’s a history that’s sensational and that’s almost completely unknown and that seems to be what has drawn readers to the story. It’s the story of the black Loyalists who came to Canada after fighting for the British in the American Revolutionary War and who were treated so miserably in Nova Scotia that they turned around and left and went to Africa, forming the first exodus of Africans back to Africa in the history of the world. This was a story I really needed to tell and wanted to tell. … It’s not about attributing blame; it’s about recognizing the drama and the sadness in our own history and bringing it to life. Lawrence Hill
The Eiffel Tower looked very different from the Statue of Liberty, but what did that matter? What was the good of having the statue without the liberty? Joséphine Baker
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.  Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place. And I need not tell you that wonderful things happened to me there. (…) when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means. But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times. So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too. Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural. But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow. (…) And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America? You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I could not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world. So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me. So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it? (…) Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House. I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker. This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now. Josephine Baker
I want you to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt. I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy. Josephine Baker
I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other. I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance. Josephine Baker
 We knew that we were brothers from different countries. [We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible. Jarry Bouillon
La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc.  Akio Bouillon
 Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. Brian Bouillon
Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède. «  Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington. Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. France Dimanche
Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). (…) En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… (…) Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Yves Denéchère
Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity. (…) Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life. Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism. Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. (…) In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure. Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile. She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life. The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself. In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land. She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance. She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind. In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent. (…) Baker (…) took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news. Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children. (…) A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again. Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe. In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection. (…) On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. (…) Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public. On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys. Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection. (…) Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. (…) It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world. (…) Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro. The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects. She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas. None of the children stuck to the plan. (…) She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information. (…) Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud. « It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. » (…) Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men. (…) Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death. He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow. Merlind Theile
Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard. Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today. In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice. No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice. (…) The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. (…),Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse. In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends. (…) All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. (…) The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future. The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. (…) Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes. (…) Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. (…) For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”.  (…) Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. (…) Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past. Matthew Pratt Guterl

Attention: un zoo humain peut en cacher un autre !

Vénus d’ébène et danse sauvage, plumes et ceinture de bananes, sirène des tropiques et léopard, égérie des cubistes et art nègre, Revue nègre et Renaissance Nègre, Théâtre des Champs Elysées et Folies Bergère, jazz et charleston, mata hari et croix de guerre, fausses couches et hystérectomie, château de Dordogne et gouffre financier,  entrées payantes pour venir lorgner, 40 ans avant Angelina Jolie et Madonna, sa petite tribu-arc-en-ciel de petits orphelins, funérailles nationales télévisées et église de la Madeleine …

En cette 65e Journée Josephine Baker

Dans notre série étranges destinées inversées

Où y compris pour désigner des réalité historiques certains mots se voient systématiquement éradiqués du langage …

En attendant notre premier camp décolonial

Qui se souvient …

Que la petite bête curieuse de 19 ans qui avait toute dénudée dans sa ceinture de sauvageonne …

Conquis le Tout-Paris des Années folles et de l’Exposition coloniale …

Assoiffé, loin de ses anciens esclaves parqués eux discrètement dans les DOMTOM, de jazz et de musiques noires …

Et qui avait finit par ouvrir dans un petit château de Dordogne son propre contre-zoo de la diversité …

Avait aussi été dans une terre natale qui l’avait finalement rejetée

Engoncée près de 40 ans plus tard dans son uniforme des FFI et ses décorations d’ancien combattant …

La seule femme – et la seule Française ! – à avoir eu droit à son discours

Aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même ?

Joséphine Baker : “40 ans après sa mort, maman dérange toujours”

Stars inoubliables

Benoît Franquebalme

France Dimanche

26 octobre 2015

La mythique meneuse de “ La revue nègre ”, Joséphine Baker est morte en 1975 d’une attaque cérébrale mettant un terme à une vie de combats et laissant orphelins ses douze enfants adoptés. Souvenirs de deux de ses fils.

Ils nous ont donné rendez-vous à ­l’hôtel Scribe. Quoi de plus normal ? En janvier 1969, ruinée, Joséphine Baker avait installé sa famille dans cet établissement luxueux situé près de l’Opéra Garnier à Paris. À l’époque, la chanteuse et sa tribu viennent d’être expulsées du château des Milandes, leur propriété du Périgord. Magnanime, le Scribe invite l’artiste et ses douze enfants adoptifs.

Grace de Monaco, amie de la chanteuse, leur offrira plus tard l’hospitalité sur le Rocher.

Placés en internat la semaine, les frères et sœurs se retrouvent au Scribe le week-end. « Ici, maman faisait partie des meubles », sourit Akio, dans un couloir du 2e étage, baptisé « étage Joséphine Baker » où trône une grande fresque de la star. « Quand ils ont appris qu’elle était ruinée, ils ont fait un geste. »

La mythique meneuse de La revue nègre commença en effet à fréquenter le Scribe dans les années 50. L’hôtel jouxte l’Olympia où elle connut de si nombreux triomphes.

Confortablement installés dans le bar du palace, Brian (59 ans) et Akio (62 ans) sont là pour nous parler de leur mère, morte il y a quarante ans. Mais par où commencer ?

Née misérable dans le Missouri, Joséphine débarque à Paris en 1925 pour danser dans la scandaleuse Revue nègre. Cinq ans plus tard, elle conquiert définitivement la France en chantant J’ai deux amours (« mon pays et Paris »).

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’ex-maîtresse de Simenon, Hemingway et Colette devient une grande résistante, ce qui lui vaudra plus tard d’être faite chevalier de la Légion d’honneur. Après la guerre, ­l’artiste reprend ses droits (elle était encore sur les planches de Bobino quelques jours avant sa mort) et fonde son incroyable famille.

Ayant subi une ablation de l’utérus pendant le conflit, Joséphine Baker sait qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants. Avec son mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon, ils décident donc de se composer une « tribu arc-en-ciel », pour vivre pleinement leur idéal de fraternité universelle.

Akio est leur premier fils adoptif : « En tournée au Japon en 1954, maman a visité un orphelinat et m’y a trouvé, alors âgé de 18 mois, raconte cet employé de banque. Je ne connais pas mes parents biologiques. Je sais juste que je suis mi-japonais, mi-je-ne-sais-pas-quoi ! » Joséphine rentre en France avec Akio et Teruya, qu’elle a aussi adopté.

Sacré caractère
Dans les dix années suivantes, ils sont rejoints par, dans l’ordre : Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brian et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela) et Stellina (Maroc). Ouf !

« Normalement, les enfants découvrent leurs cadets à la maternité, explique Akio. Moi, je les rencontrais à la gare de Souillac près des Milandes ! La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc. »

« Moi, je suis né Brahim en Algérie en 1956, poursuit Brian, devenu comédien. Elle a appris que mes parents étaient morts dans des combats entre Français et fellaghas et que j’étais venu au monde le même jour qu’elle. J’avais 6 mois, j’ai souri, elle m’a pris. »

Aux Milandes en 1957, Joséphine Baker et son mari Jo Bouillon, entourés par leur ‘tribu arc-en-ciel » dont Akio, l’aîné et Brian dans les bras de sa mère, entre Jo et Joséphine.

Vous l’aurez noté, les huit premiers membres de la fratrie sont des garçons. Rien d’innocent à cela. « Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe, raconte Brian. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. »

Il faut dire que Joséphine Baker – dont Maurice Chevalier disait à Mistinguett : « C’est ta bête noire » – avait un sacré caractère ! Jugeant la carrière artistique trop aléatoire, elle ne dit rien de son passé et de son métier à ses petits, espérant qu’ils deviendront notaires ou avocats.

« Elle s’est plutôt bien débrouillée car je suis le seul artiste, note Brian. Les autres sont hôtelier, inspecteur des impôts, assureur, secrétaire médicale… » À eux douze, ils ont donné naissance à quatorze petits-enfants, dont une Joséphine qui va se marier l’été prochain.

Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède.

« Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington.

Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. « C’est une mauvaise idée, elle l’aurait refusée, tranche Akio. Ce qui est sûr, c’est qu’elle dérange toujours ceux qui combattent ses idéaux. »

En revanche, les deux frères travaillent actuellement à une adaptation pour le cinéma (ou la télévision) de la vie de leur mère. Dans le passé, on a parlé de Beyoncé ou Sonia Rolland pour interpréter Joséphine Baker. Aujourd’hui, ses petits-enfants rêvent plutôt de Rihanna. Une chose est sûre, le mythe reste intact…

Voir aussi:

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère. In « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours« , colloque international organisé par le laboratoire France Méridionale et Espagne: histoire des sociétés, du Moyen Âge à l’époque contemporaine (Framespa) de l’Université Toulouse II-Le Mirail et par le le Centre de recherches historiques de l’Ouest (Cerhio), Toulouse : Université Toulouse II-Le Mirail, 22-23 mars 2012. (Ce colloque de Toulouse constitue la seconde partie d’un double colloque international dont la première partie s’est tenue à Rennes, les 1er et 2 décembre 2011).
Session 4 : Fratrie/fraternité, le lien rêvé, 23 mars 2012.

Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). Deux filles font donc partie de la fratrie, malgré la volonté initiale de n’avoir que des garçons afin d’éviter tout problème de relation entre frères et sœurs d’adoption. De Belgique, Joséphine ramène une petite Rama d’origine Hindoue pour sa sœur Margaret qui s’occupe de toute la famille. Deux générations de frères et sœurs cohabitent donc, l’une biologique, l’autre constituée au fil des adoptions successives.

En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… Après la vente dramatique des Milandes, grâce à la princesse de Monaco, la Tribu Arc-en-ciel va trouver refuge sur la Côte d’Azur.

Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Devenus adultes, les « enfants Arc-en-ciel » ont témoigné des plus belles années de la Tribu, que ce soit dans les médias ou par des livres, ce qui permet d’analyser le lien créé entre eux.

Voir également:

JOSEPHINE BAKER
Enfance pauvre

Joséphine Baker, de son vrai nom Freda Joséphine McDonald, naît le 3 juin 1906, à Saint Louis (Missouri). Elle est métisse noire et amérindienne ; ses parents avaient monté un numéro de chant et de danse. Mais, un an après la naissance de Joséphine, son père quitte le domicile familial ; sa mère, Carrie, aura ensuite trois autres enfants, qu’elle élèvera avec Joséphine dans la pauvreté et la sévérité. Après avoir été placée à huit ans dans une famille blanche pour y travailler, Joséphine s’assume dès l’âge de treize ans en gagnant son pain comme serveuse. Parallèlement, elle s’intéresse à la danse, et remporte son premier concours à l’âge de dix ans. Elle rejoint le Jones Family Band, un groupe de musiciens de rue. Les Jones sont embauchés pour combler le vide à l’entracte du spectacle des Dixie Steppers, une troupe en tournée à Saint Louis. Joséphine fait ses premiers pas sur une vraie scène et le directeur des Dixie Steppers l’embauche… comme habilleuse. La jeune fille suit la troupe à travers le pays et apprend réellement le métier du spectacle. En 1921, elle saisit une opportunité : remplaçant une danseuse blessée, elle intègre la revue pour tenir des emplois de «girl » comique. Mais son très jeune âge la freine encore dans ses ambitions : aussi décide-t-elle de tenter sa chance à New York. Elle finit par intégrer le spectacle Shuffle Along, une comédie musicale à succès intégralement interprétée par des Noirs. Multipliant les singeries, Joséphine Baker impose un personnage à la fois comique et sexy : de 1922 à 1924, elle a atteint une vraie notoriété.

La Revue Nègre

En 1925, c’est la grande occasion qui va permettre à Joséphine Baker d’entrer dans la légende : le Théâtre des Champs-Elysées, à la recherche de nouveaux spectacles, met sur pied la « Revue Nègre », interprétée par des artistes noirs américains (dont Sidney Bechet), qui apportent à la scène française le jazz, le ragtime et la fougue d’une musique que l’on n’appelle pas encore « afro-américaine ». Joséphine, désireuse de passer au-delà des emplois de girl comique, se laisse convaincre de s’expatrier. Le 2 octobre 1925, la Revue Nègre, mélange d’imagerie coloniale et de folklore américain, signe le début de Joséphine Baker sur une scène parisienne : vêtue d’une ceinture de bananes qui restera légendaire, elle danse de manière frénétique sur un air de Charleston – musique alors largement inconnue en France. La nouveauté totale de cette apparition dans l’événement artistique de 1925 apporte à la chanteuse une célébrité éclatante : elle est aussitôt l’attraction des cercles artistiques et intellectuels parisiens, allant jusqu’à faire figure d’« égérie des cubistes ». La danse extrêmement suggestive – et pour l’époque, à la limite de l’obscène – de Joséphine Baker, sa coupe de cheveux à la garçonne, en font à la fois une sorte d’emblème du féminisme et de la modernité, en même temps qu’un objet scénique résolument non identifié en France.

Les Folies Bergère

Elle se signale également par une vie privée quelque peu mouvementée, qui inspirera à son secrétaire, le futur écrivain Georges Simenon, un roman quelque peu égrillard. La Revue Nègre réalise une tournée européenne, à l’issue de laquelle sa vedette va tout simplement laisser tomber la troupe : Joséphine Baker a en effet décroché un contrat de meneuse de revue aux Folies-Bergère. Désormais star absolue de la scène parisienne, Joséphine se rend célèbre par ses apparitions sur la scène des Folies-Bergère. Représentée sur d’innombrables illustrations (portraits, cartes postales), la star à la ceinture de bananes, désormais plus emplumée au dernier degré, est devenue une image incontournable des Années Folles. Sur les conseils de son manager Giuseppe « Pepito » Abatino, Joséphine Baker entretient sa popularité par une tournée européenne qui suscite quelque controverse du fait des tenues légères de la vedette. Revenue à Paris, elle est engagée comme meneuse de revue au Casino de Paris, où  elle fait sensation en promenant sur scène, en laisse, un impressionnant léopard. Elle s’impose en rivale très sérieuse pour Mistinguett sur la scène parisienne. Parallèlement, Joséphine se diversifie et se lance dans la chanson : la célèbre chanson « J’ai deux amours », composée par Vincent Scotto, est un grand succès de l’année 1931.

Avec Jean Gabin

Passer du statut de danseuse à celui de chanteuse lui permet d’abandonner progressivement celui de «petite sauvage » pour une image de diva plus prestigieuse et gratifiante. Elle tourne plusieurs films, mais se révèle une comédienne assez médiocre : sur le plateau du film Zouzou, pour pallier à ses insuffisances, le metteur en scène Marc Allégret fait la part belle au partenaire de Joséphine, un jeune premier nommé Jean Gabin, qui bénéficiera très nettement de cette exposition. Mais Joséphine Baker va connaître une rude rebuffade en 1936 : désireuse de s’imposer dans son pays natal, elle participe aux Ziegfeld Follies, mais les critiques sont désastreuses. Privée, aux yeux des américains, de l’exotisme qu’elle représente pour les européens, Joséphine n’est plus qu’une «négresse aux dents de lapin» et son accent, devenu hybride après tant d’années à l’étranger, déconcerte quelque peu. Malgré le succès d’un club qu’elle ouvre en parallèle à New York, elle finit par rentrer en France pour un nouvel engagement comme meneuse de revue aux Folies-Bergère. Elle acquiert la nationalité française en épousant Jean Lion, un riche marchand de sucre dont elle se séparera assez rapidement.

La Légion d’Honneur

En 1939, à la déclaration de guerre, Joséphine Baker est engagée comme agent de renseignement, chargée de surveiller la haute société, par les services secrets français. Réfugiée au Maroc durant l’Occupation, elle continue de transmettre des messages, parfois cachés dans des partitions musicales, pour le compte de la France Libre et de l’Armée de l’air. Elle se verra décerner la Légion d’Honneur pour ses services. En 1947, elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon et achète avec lui un château en Dordogne, le Domaine des Milandes. En 1951, elle obtient enfin le succès dans son pays natal, avec une série de concerts où elle avait exigé que soit autorisée la mixité raciale du public. Très engagée contre les discriminations, Joséphine Baker, fantasque, se laissera cependant aller peu après à des déclarations politiques malencontreuses qui lui fermeront un temps le public des Etats-Unis.

Les Milandes

Joséphine Baker recueille et élève aux Milandes des enfants de toutes origines, qu’elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ». Mais le domaine se révèlera malheureusement au fil des années un gouffre financier, où Joséphine Baker engloutira l’essentiel de sa fortune. En désaccord sur la gestion du domaine, Jo Bouillon et son épouse finissent par se séparer. Joséphine multiplie les concerts pour payer ses dettes et renflouer son domaine. Un temps considérée comme has been, elle se produit régulièrement à l’Olympia dans les années 1950-60 et s’impose, diva toujours vaillante, auprès d’une nouvelle génération de spectateurs. Elle obtient un grand succès en 1959 avec la revue Paris mes amours, qui permet à « The Fabulous Joséphine Baker » de retourner se produire aux Etats-Unis. Mais le stress de la gestion des Milandes et l’éducation de ses très nombreux enfants adoptifs a son effet sur la santé de Joséphine, qui ne cesse de se produire à un rythme accéléré pour éviter de devoir vendre son domaine. Elle obtiendra le soutien de personnalités comme Bruno Coquatrix ou Dalida pour maintenir les Milandes à flot mais finira par en être expulsée en 1969. Elle rebondit grâce à son activité artistique : elle se produit à La Goulue, au bal de la Croix-Rouge Monégasque. Avec l’aide de Grace de Monaco, elle s’installe à Roquebrune avec sa tribu. En 1973, elle se produit avec succès au Carnegie Hall de New York. Le 8 avril 1975, elle entame à Bobino, devant un parterre de personnalités et un public venu en masse, un spectacle célébrant ses cinquante ans de carrière. Mais cette apothéose sera brève : le 12 avril 1975, s’étant endormie pour une sieste, elle ne se réveille pas et meurt d’une hémorragie cérébrale. Ses funérailles, suivies par la télévision, attirent un immense cortège.

Diva aujourd’hui statufiée, Joséphine Baker aura contribué à introduire en Europe, de manière fracassante, la musique noire américaine et une forme de sensualité débridée alors inédite pour le grand public. Au-delà de l’image d’Epinal du régime de bananes, Joséphine Baker aura été, plus encore qu’une chanteuse et danseuse excentrique, une authentique personnalité, dont la portée humaine éclipse le mérite artistique. Elle aura été néanmoins au confluent des modes et des imageries, incarnant une vision idéalisée du nègre, puis une nostalgie du glamour hollywoodien, sans cesser avant tout, de représenter jusqu’au bout, un type de femme de spectacle libre et magistral.

Voir encore:

Would the perfect family contain a child from every race?
Josephine Baker thought so – and adopted a ‘rainbow tribe’ of children to prove her point. This is the story of an extraordinary 20th-century experiment
Matthew Pratt Guterl
The Telegraph
19 Apr 2014

Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard.

Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today.

In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice.

No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice.

In early 1953, Le Monde reported that Baker was on the verge of becoming “the mother of a family of all colours”. Speaking to the press from Monte Carlo, Baker described her new family of adopted children, drawn to France from around the world, but especially from the global south — south-east Asia, north and west Africa, and Latin America. Describing Baker as “an ardent proselyte of the antiracial struggle”, the paper emphasised the political function of the family, noting that the children would be “raised like brothers”, though each would “maintain the language, the dress, the customs and the religion of his/her country”.

“I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other,” Baker claimed. “I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance.”

Baker’s autobiography suggests that the decision to adopt had nothing to do with radical politics, at least at first. As her former husband Jo Bouillon explained later, she was on a tour of the Americas after the war when her quest to have a child came to an end. The tour had been a triumphant return to the stage, and she had danced and sung her way from Argentina to Peru. “I think I’m pregnant, Jo!” she said one day, bursting with excitement. Bouillon, worried about her health, tried to cancel the tour, but Baker, ever the self-sacrificing star, reminded him that “a contract’s a contract” before adding that she felt “marvellous”.

The talk of babies had put Bouillon in a reflective mood. There were so many needy children in the world, he mused. “Why not adopt?” Baker asked, newly pregnant but also plotting her future quest for more. “Why not, chérie,” the agreeable Bouillon responded, saying: “What we can’t manufacture, we’ll find ready made.”

The innocent dream of a fairy-tale prince (or princess) and his adopted sibling, Bouillon tells us, ended in Mexico. There, Baker enjoyed a day of singing with children who were members of a travelling French choir. “That night the pains began,” he remembered, and by morning, “her hopes of motherhood had been destroyed, probably for good”.

By the end of 1953, Baker had settled the first of her children into her restored chateau in Castelnaud-Fayrac. The eager partnership of her husband, the pliant and accompanying bandleader Bouillon, made it easier for her to adopt.

Writing to her friend Miki Sawada in May that year, Baker outlined her plans to visit Japan in July. Sawada had become involved in the care and adoption of war orphans – chiefly mixed-race children, assumed to be outcasts in Japan because of their impure birth – and, in 1948, she founded the Elizabeth Saunders Home, named after an Englishwoman who had served as a governess in her family.

After addressing some logistics of the trip, Baker got to the heart of the matter: she wanted Sawada to find her a son. “I want you,” she said, with great specificity, “to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt.” She continued: “I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy.”

A short while later, she was in Sawada’s orphanage, surrounded by “children with straight black hair and dancing, slanting eyes”. Drawn to one young child who was “as supple as a little fish”, she asked about his background and was told that he was Korean and had been “found beneath an open umbrella that sheltered him from the elements”. The child, named Akio, was carrying a decorative plaque “engraved with the precepts of Buddhism”. “You won’t regret it,” Sawada told her, endorsing the selection. “He’s a sweet, loving child.”

Then, turning to leave, Baker spied “a grave-face baby” sitting by a tree. “He was tiny, much smaller than Akio, with solemn eyes,” she remembered. Struck by something in the child’s gaze, she announced: “I’ll take him, too.” Named Teruya, he was part Japanese and of the Shinto religion, a complement to the half-Korean, Buddhist Akio. (Once back in France, however, Baker would change his name to Janot, which she found easier to pronounce.)

As she presented the pair to Bouillon at the Souillac rail station, she was asked by her husband: “Which one is it?” “Both,” she answered. “You were right to order a double helping,” Bouillon replied. After taking a moment to catch his breath, he said: “This way we’ll be twice as happy.”

Soon after adopting Akio and Janot, Josephine found herself on a lecture tour in Scandinavia and hoping for a third child. Miraculously, a “towheaded, chubby, pink- and-white baby boy”, in an orphanage, “kicked back his covers and held his arms out to me”. She had good timing, too, she wrote, because it seemed that the boy was only days away from being turned out of the orphanage.

Another child had been saved. Baker renamed him Jarry and had him baptised a Protestant, then brought him back to Les Milandes. She had great plans to educate the children in their native tongues, but that proved difficult. When Jarry was reunited with his Finnish-speaking birth mother years later, they needed to speak through a translator. Baker’s autobiography gives the story of Jarry’s adoption a veneer of truth. His story, though, was messier than she knew.

One-year-old Jarry had been placed in the orphanage as a temporary matter, a consequence of an infant sister at home who was ill. Baker had been guided to the orphanage by a wealthy friend and driven there by Jarry’s birth father, an ambitious chauffeur in the midst of a marital dispute with his wife. “My father arranged everything,” Jarry later said. He tricked his wife into signing release papers for the boy, presented the infant to Baker as an ideal type and pocketed the cash for the transaction. He made sure that young Jarry was in just the right place at just the right time, ready to kick off those covers and hold out those arms. “I leant over the blue-eyed Finn,” Baker remembered, “certain that he was the one.” Hoodwinked to make her “choice”, she had unwittingly stolen away a child.

The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. “She wanted a doll,” Jean-Claude Baker, a later addition to the Tribe, said.

Soon Luis joined the family from Colombia. Then, in late 1955, the younger Jean-Claude (originally Phillippe) and Moïse arrived. Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse.

In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends.

Then Koffi came from Côte d’Ivoire and Mara from Venezuela. Poor Noël, found in a rubbish dump on Christmas Eve, was brought to Les Milandes in 1959. And the last was little Stellina, the child of a Moroccan émigré to Paris, arriving in 1964. All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. “Akio,” Bouillon later said, summarising the children once they were adults, was a typical Korean, “almond-eyed, sensitive, serious”. Jarry was possessed of “Nordic fairness and stamina”. Jean-Claude (or Phillippe), “our blond Frenchman”, was “blessed with innate equilibrium”. Brahim, “the son of an Arab”, and Marianne, the granddaughter of a pied-noir, captured the two sides at war in Algeria. Luis, the Colombian, was already married with children by that time, a fecund Latin through and through.

The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future.

The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. “We were living in that castle by ourselves, all together,” Jarry said, “and then suddenly everything is open and everyone is on top of my mother and talking to me.”

Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes.

If a family is a collection of individuals, Baker’s assemblage presented itself as something quite distinct. But it also worked differently. “I was one in the family,” Jarry remembered. “There was no independence. It was everybody or nobody.” In Monaco, years after Les Milandes, when the older boys wanted to see a movie, they had to choose a film that would also satisfy five-year-old Stellina.

Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. One morning, she brought them into the dorm for a family meeting. “I adopted you because I cannot have children,” she began. “I united all of you,” Jarry recalled her saying, because “in the world they are always fighting between countries and races, coloured, white and black”. Going around the room, she told each child the reason for their adoption, citing abandonment or, in Jarry’s case, the divorce of his parents. “That is why I want you to be a family,” she continued, turning them into stakeholders in her project. “We knew that we were brothers from different countries,” Jarry said. “[We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible.”

For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”. Sometimes they would be at the big metal gates of the chateau. Sometimes they would sneak away to a lower tier of the garden, though there was often a wall of faces above, watching and taking pictures. Sometimes they would be with their mother inside the brasserie, greeting their public through a glass door. “We grew in Les Milandes like a regular family,” Jarry said. “We had fights. When you are kid, when you are obliged to do things, you go out with your mother and father, and suddenly you have all these people taking pictures, you get tired.” Being a “family” was one thing, he said, but “show business” was different. At Les Milandes, he said, the family was show business. And it was endlessly tiring.

Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. Koffi’s return to Côte d’Ivoire was supposed to last for two years. Arriving from France, he was labelled a “faux noir”, his only connection to the cultures and peoples of his homeland coming from books. Mara, for his part, had not been back to Venezuela since he was two months old. On the flight to Caracas, Baker explained soberly that if Mara wanted “to stay with them” – with his family – she would understand. Landing at the newly opened La Chinita airport, Mara found the runway mobbed with relatives and friends of relatives. Like Koffi, he walked away from the experience with a profound sense of the vast distance between his life and that of his birth family. He noted the “obvious poverty” of his relatives and his shock at their repeated requests for money. “You can’t blame them,” Baker explained, “they’re desperate.”

Jarry’s story was different. When he was discovered one afternoon in the bathtub with another boy, Baker marched the teenager out in front of the Tribe. Raising the problem of “contamination”, she asked for a family vote on whether he could stay, since queerness was a serious crime for Baker. And then, the court martial complete, she shipped him off to Buenos Aires.

The tumultuous Seventies featured a rebelliousness of affect and aesthetic, slogans and symbols. Knowing this, Baker policed her children’s sexuality, homing in on the clothing, moustaches and long hair of the boys. However, they refused to bend to her will. She imported male authority figures, without any luck. She declined to discuss her own youthful rebellions. She drew lines in the sand, fought for authority on every issue and engaged in extreme parental brinkmanship. And eventually, after one too many arguments and fights, she just plain old “gave up”.

Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past.

‘Josephine Baker and the Rainbow Tribe’ by Matthew Pratt Guterl (Harvard University Press, RRP £21.95) is available to order from Telegraph Books at £19.95 + £1.35 p&p.

Voir de plus:

Adopting the World

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

Merlind Theile

Der Spiegel online

10/02/2009

Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity.

He is trying to describe what it was like to grow up here, to trace the vestiges of his childhood, but not much of that remains in this chateau that was once his home.

Today Akio Bouillon, a slight, affable man of Japanese origin, can only serve as a guide through an exhibit that pays tribute to his dead mother. In the former living room, a dozen of her robes are now displayed on headless mannequins, and in the study lies a semi-nude wax figure of Bouillon’s mother, with a string of flowers draped around the neck. The « banana skirt » that made her famous hangs in a glass case; strips of gold material in the shape of bananas are attached to a narrow belt. His mother was the singer and entertainer Josephine Baker.

Bouillon, her oldest adopted son, turned 57 in July. He walks across creaking floorboards and into Baker’s bathroom, with its black tiles and Dior bottles, and then into a series of rooms filled with photos, posters and her jewelry. Somewhere in this labyrinth is the small room where Bouillon slept as a child. Today, the bed is cordoned off from the hallway with a velvet rope, and a sign admonishes visitors not to touch anything.

He stands in front of the bed, smiles faintly and says that it was a nice childhood, for him and his 11 siblings.

Bouillon points to a poster on the wall, made from an old, black-and-white photo. It depicts little Akio, age 6, smiling at the camera, holding a white cat on his arm.

It is the only image visitors see of Baker’s 12 adopted children, and Bouillon is the only one of them who still travels, once a year, to Château des Milandes in France’s southwestern Périgord region. One of his brothers has already died, and the other 10 siblings avoid the chateau, which was purchased by strangers long ago. They don’t want their photos to be exhibited here. They are tired of being put on display.

Vision of a Better Life

Jarry Baker, the third adopted son, hasn’t been to the chateau in two decades. Now 55, he is a short, blonde man of Finnish descent with reddish cheeks. He moved far away, to New York, because it was the place where he could be himself.

Every day at noon, he takes the train from New Jersey to the Port Authority station in Manhattan, and walks a few blocks to « Chez Josephine » on 42nd Street, where he works as a waiter. The restaurant pays tribute to his dead mother, with pictures, photos and posters on its walls. The restaurant is near Broadway, and many of its customers are artists and gays.

Jarry Baker, who is also gay, likes the place. He was the opposite of what his adoptive mother had expected, and that was his undoing.

Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life.

Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism.

Looking for a Way Out

Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. Her life offered her many reasons to yearn for fame and family. Her mother, a black laundress from St. Louis, Missouri, was impregnated by a white man, and she kept his identity a secret. In the United States in 1906, a relationship, let alone marriage, with Josephine’s father would have been unthinkable.

The mother had three more children and raised them on her own. From the age of eight, Josephine had to work, for example in kitchens where she cleaned and washed dishes. At 11, she witnessed race riots directed against African-Americans in which dozens of people were murdered, the sort of thing that was not uncommon in the southern United States at the time. When she was 13, her mother found her a husband so that she would be taken care of.

But Josephine wanted a way out of her life in St. Louis. She had taught herself to dance and sing as a child, and she wanted to be on stage.

She joined a vaudeville troupe at 14, and at 15 she married her second husband, William Baker, the son of a Philadelphia restaurant owner.

She would later keep his name, because she wanted to be known as Josephine Baker. She worked hard, danced on Broadway and was determined to become a star.

The Lust for Pleasure

In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure.

Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile.

She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life.

The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself.

In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land.

Fighting Racism

She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance.

She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind.

In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent.

When Baker traveled to Japan in the spring to pick up her first child, Akio had been in an orphanage for 18 months. He had been abandoned in Yokohama shortly after birth, on a rainy day in September 1952. A woman had walked into a small shop carrying a bundle in her arms and asked if she could leave the baby there for a moment so that she could get an umbrella.

Baker adopted Akio and another baby and took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news.

In that same year, she adopted her third child, a 12-year-old Finnish boy from Helsinki with pale skin and light-blonde hair. His name was Jari, but he would later call himself Jarry after she rejected him.

Child number four was a black baby from Columbia. Child number five: a white baby from France.

Growing Family

Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children.

Then, in 1956, came the sixth and seventh children: a male baby and the first female infant, both from Algeria.

Enough, Bouillon told his wife. Who is going to raise them all? he asked.

A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again.

Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe.

Demanding Affection

In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection.

Jari, the Finn, was a quiet boy, but Akio, the eldest, was the quietest of them all, not speaking at all until he was four.

Today, he knows quite a lot about the trauma of adopted children, and about the special care they need, especially if they are from faraway countries. They are doubly homeless from the beginning, not knowing where they belong, and some crumble under the strain. They are more susceptible to addiction and emotional disorders than children who grow up with their biological parents.

Every adopted child needs the full attention of his or her new parents. By this time, Baker had eight children, and there were more to come.

The ninth child, a black baby from the Ivory Coast, came in 1958.

A Dream Childhood?

On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. Akio remembers that he and his brothers often caught flying beetles and tied them to strings to keep them from flying away. The children carried them around like balloons.

Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public.

On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys.

Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection.

Financial Ruin

Today there are regulations governing international adoptions. Before a child is given up for adoption, authorities must verify that all options to keep the child from being removed from the country have been exhausted. This is always seen as the better solution.

The situation was different half a century ago. Besides, Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. For example, to adopt blonde Jari, the diminutive Finn, she simply paid his parents in Helsinki a few thousand dollars and the deal was sealed.

In 1960, she got child number 11: a white infant from France.

It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world.

In 1964, child number 12, the last child, was acquired: a little girl from Morocco.

Vacations with Castro

Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro.

The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects.

She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas.

None of the children stuck to the plan.

Teenage Rebellion

They rebelled when they reached puberty. Baker had acquired 10 sons, with only seven years separating the youngest and the oldest, and they turned into a horde of hyperactive teenagers — going out at night, falling in love, staying away for days at a time, rattling around the neighborhood on their mopeds, getting drunk, taking drugs, stealing and wearing hippy clothes that their mother didn’t like. But her slaps no longer intimidated them. They were as wild and unruly as a pack of young wolves, and Baker had little experience as a mother.

She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world.

The children went to boarding schools or, like Akio and Jari, moved to Buenos Aires to live with their adoptive father, whose surname most of them have kept. Akio had a falling out with his mother a few months before Baker’s sudden death in 1975. His Christmas present had arrived too late, causing an argument that the two would never resolve. Akio was the only child not to attend the funeral in Monaco, which was hosted by Princess Grace.

‘Nobody’s Perfect’

Akio now lives in an apartment building on the outskirts of Paris, works in a bank, smokes large numbers of cigarillos and likes to watch animated films. He relates information about streets and squares as we walk through the city. He often walks around aimlessly, without any destination in mind, he says.

And he is often alone. He was in a relationship with an alcoholic for 15 years, until she finally left him, and he has been single since then. He knows nothing about his Japanese mother. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information.

A Japanese journalist who recently investigated Akio’s story found the woman who had worked in the small shop in Yokohama where he was left as a baby in 1952. He gave Bouillon the information and suggested that the woman might know something about his biological mother. All he had to do was contact her, perhaps by writing her a letter. Bouillon has been carrying around the address for a year now. He says he doesn’t know how to begin the letter.

Did Baker do the right thing? « She was a great artist, and she was our mother, » says Akio Bouillon. « Mothers make mistakes. Nobody’s perfect. »

Bouillon says that his mother proved that people of different skin colors could live together as equals. « I love my brothers and sisters, » says Bouillon. They all keep in touch by telephone. He says he feels closest to Jarry, because they were together when their adoptive father died in 1984.

Ordinary Lives

The last time all 12 children were together in one place was in 1976, shortly after the death of their famous mother. Even in the last year of her life, Baker, to earn money, performed on a Paris stage, wearing a sequined dress and a towering feather headdress.

The children never wanted to be celebrities. They live ordinary lives — working as gardeners, greengrocers or insurance agents. Child number eight died of cancer 10 years ago. Child number 11 became schizophrenic and now lives in an institution. Some of the siblings married and had children, while others remained single.

None of them adopted children.

« We are completely normal people, » says Akio Bouillon. He and his siblings want to feel like a family, not a project.

Media Spotlight

Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud.

« It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. »

Bouillon feels that his adoptive mother made a great and enduring contribution, and that our impression of Josephine Baker should not be clouded by her weaknesses. She was, as he says, a child of her time, a time when even stricter morals applied. That helps to explain why she and Jari didn’t get along, he says.

The Banished Son

Jarry Baker is sitting in Chez Josephine in New York, talking about his dead mother, a subject that makes him visibly uncomfortable. Although it is still morning and the air-conditioned room is cold, Baker’s cheeks are flushed and his hands are trembling.

« She was too possessive, » he says. « We weren’t allowed to develop the way we wanted to. » He knew he was gay by the time he was seven or eight. When Jari was 15, Baker caught him in the bathtub with another boy. She called together the family, reprimanded him in front of everyone else and sent him to live with his father in Buenos Aires. She was afraid that he could infect his brothers.

Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men.

When asked whether he has forgiven her, Jarry Baker waves his hand dismissively and says: « Yes, who cares. She didn’t want us to grow. Maybe she was afraid that we would out-grow her. » At times he seems almost thankful for having been rejected by his mother. « It was like being liberated. »

Caught in Baker’s Shadow

In New York, restaurateur Jean-Claude Baker gave him a job and a place to stay. Most of all, Jarry was now living somewhere where he could openly kiss his lover on the street. He doesn’t mind working in the restaurant, says Baker. In fact, he says, he is pleased that the owner is preserving Josephine’s memory.

Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death.

He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow.

Child of a Rainbow Tribe

On a hot Sunday in July in New York, the city’s annual Gay Pride Parade slowly makes its way south along Fifth Avenue. At the front of the parade are lesbians on their Harleys, followed by gay police officers, firefighters and doctors, and above it all flies the rainbow flag, the symbol of the gay and lesbian movement.

Jarry Baker, the child of a rainbow tribe, stands on the sidewalk with a flag in his hand. He likes watching the parade — not every year, as he did at the start, but once in a while. He watches the floats, listens to the music and waves to the hooting, beaming parade-goers as they pass by.

He doesn’t know how much longer he will stay in New York. He says he would like to move to Australia or New Zealand and set up a farm. Then he says that he’d like to return to Argentina. And then, later, he says that he feels very comfortable in Finland, where he has family.

A Finnish journalist tracked down Jarry Baker’s mother and his siblings and flew with him to Helsinki. It was 14 years ago. Jarry says that they got along marvelously, and that he felt close to them. He has visited them twice since then. Three visits in 14 years.

The last of the floats pass by. « Those people look so happy, » says Jarry Baker, as he stands on the sidewalk, looking down the street at the parade, waving his rainbow flag.

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir encore:

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

To prove that racial harmony was possible, the dancer adopted 12 children from around the globe—and charged admission to watch them coexist.

Rebecca Onion
Slate
April 18 2014

Beginning in 1953, almost 30 years after her first successful performances on the Paris stage, the singer and dancer Josephine Baker adopted 12 children from different countries, ranging from Finland to Venezuela. She installed what she called her “Rainbow Tribe” in a 15th-century chateau in the South of France and charged admission to tourists who came to hear them sing, to tour their home, or to watch them play leapfrog in their garden.

This little-known chapter in Baker’s life is an uncomfortable one. “I would begin to tell the story of Josephine Baker, and people would start to laugh,” says Matthew Pratt Guterl, the author of a new book on Baker’s later life, Josephine Baker and the Rainbow Tribe. “And I would start to wonder what that laughter signified.” Guterl, a professor of Africana studies and American studies at Brown University, has in essence written two books in one: the story of Baker’s family, and a meditation on the meaning of that laughter.

Baker was born in St. Louis but moved to France in 1925. Her danse sauvage, famously performed in a banana skirt, brought her international fame. During World War II, she worked for the Red Cross and gathered intelligence for the French Resistance. After the war, married to her fourth husband, Jo Bouillon, she struggled to conceive a child. Meanwhile, her career waned. Guterl’s book is about this period of Baker’s life, as she built her large adopted family, became ever more active on behalf of the nascent civil rights movement in the United States, and re-emerged into fame.

Baker purchased her estate, known as Les Milandes, after marrying Bouillon in 1947. In addition to the chateau, the property boasted a motel, a bakery, cafés, a jazz club, a miniature golf course, and a wax museum telling the story of Baker’s life. As Guterl makes clear, the place was over-the-top, but its ostentation was a political statement. Les Milandes, with its fairy-tale setting, announced to the world that African-American girls born poor could transcend nation and race and find wealth and happiness.

At the center of the attractions were Baker’s adopted children, from Finland, Japan, France, Belgium, Venezuela. During their school-age years, the 10 boys and two girls grew up in public. Just by existing as a multiracial, multinational family, they demonstrated Baker’s belief in the possibility of equality. They sang songs for paying visitors, appeared in print advertisements, gave interviews to curious press, and played in a courtyard in full view of what Guterl describes as “a wall of faces, watching and taking pictures.”

You can see why this chapter of Baker’s story provokes laughter. First, there’s a deep discomfort at her unapologetic marshaling of children to act out her own utopian racial narrative. Second, we think we understand what’s going on here; we see early incarnations of celebrity eccentricities from our own time. In the big adoptive family, we see Angelina or Madonna; in the celebrity theme park, we see Michael Jackson’s Neverland Ranch. “The language of the strange and famous is readily available to us,” Guterl writes in the book’s prologue. “This same easy familiarity makes it harder to understand Les Milandes, not easier, because we rarely allow celebrity egocentrism to be serious or important.”

What would the Rainbow Tribe look like if we took it seriously? Guterl steps back, seeing the Tribe from Baker’s point of view. Baker was always an activist, wielding her international fame in the service of the civil rights movement in the United States. When she visited the States in the 1950s, she demanded that she be allowed to stay at the best hotels and play to integrated audiences.

Another bit of context: The Rainbow Tribe wasn’t the first, or the only, project of its kind. As Guterl notes, large, public, transracial families were a Cold War phenomenon in the United States. At a time when Americans worried about spreading communist influence in Asia, Africa, and Latin America, these “U.N. families,” featuring members from all continents, showed that “everyone, really, could be brought into the Western system.”

Guterl points to 1951 Life magazine coverage of the family of Helen and Carl Doss, a religious couple who adopted nine children, many of whom were from Asian countries; the story of the novelist Pearl S. Buck, who adopted seven children of different races and became a public advocate for interracial adoption; even the early history of the infamous Rev. Jim Jones, who adopted an interracial group that he nicknamed the Rainbow Family and that formed the core of his utopian cult.

Like these groups, Baker’s Rainbow Tribe was the product of careful planning for symbolic value. Children were renamed and raised in different religious traditions so they could be more typical of the racial and national types that Baker had decided should be represented in the Tribe. Some kids received new backstories. Baker wanted an Israeli child, but the Israeli welfare minister refused (telling her, “We cannot sanction taking a child away from Israel when great efforts are being made to bring children to Israel”). Undaunted, Baker adopted a French orphan, named him Moïse (French for “Moses”), and decided that he would be raised Jewish.

By dressing the children up in strong national, ethnic, and religious identities, Baker could make a political point about the human capacity to get along despite differences. In reading the historical record—Baker’s correspondence, contemporary media coverage, other documentation—Guterl found it hard to discern the children’s individuality. “Their voices were significantly less important,” he writes, “than their performance as an ensemble, their presentation as part of a single object.”

The performance was difficult to sustain, however. As her adoptive children aged, Baker ran out of money and was forced to sell Les Milandes. The last few chapters of Guterl’s book, which tell the story of what happened to the Tribe as they grew older, are tinged with tragedy. Baker struggled with health problems and became less relevant to the American civil rights movement as it moved into high visibility in the late 1960s. She still performed, but any kind of rigorous schedule was a strain, and her career couldn’t generate enough money to sustain the large family she had created.

As Baker’s finances crumbled, she moved the Rainbow Tribe to Monaco to live in a less grand home paid for by Baker’s friend and patron Princess Grace. Here the kids, now entering their teenage years and, in some cases, chafing at their public lives, began to resist Baker’s authority. Baker looked for ways to farm the children out to others. Bouillon, Baker’s husband at the time of the adoptions, was now her latest ex; some of the kids went to live with him. Others went to boarding schools. Baker sent a small group—including Marianne (adopted from France), whose teenage love affairs drove Baker to distraction—to live with a longtime Baker fan in the U.K. In perhaps the saddest and most puzzling outcome, when Baker found out that Jarry (adopted from Finland) was gay, she chastised him in front of his siblings before sending him away to live with Bouillon in Buenos Aires.

But Guterl’s is not a book to read if you want to revel in the downfall of what seems like an ill-conceived experiment. The author, who told me that he grew up in a large, multiracial adopted family himself, is close to the subject matter. “This was a very hard book to write,” he told me. While Guterl did interview three members of the Tribe, he resists offering up all of the gory details.

In Guterl’s book, and in other interviews they’ve given, the grown-up adoptees generally remember their childhoods at Les Milandes with fondness. As for their relationships with their mother, they are reluctant to comment. Interviewed by Der Spiegel in 2009, Jarry said, “She was too possessive. We weren’t allow to develop the way we wanted to.” Akio (adopted from Japan) offered a more charitable assessment: “She was a great artist, and she was our mother. Mothers make mistakes. Nobody’s perfect.”

Voir enfin:

(1963) Josephine Baker, “Speech at the March on Washington”
Josephine Baker is remembered by most people as the flamboyant African American entertainer who earned fame and fortune in Paris in the 1920s.  Yet through much of her later life, Baker became a vocal opponent of  segregation and discrimination, often initiating one-woman protests against racial injustice.  In 1963, at the age of 57, Baker flew in from France, her adopted homeland, to appear before the largest audience in her career, the 250,000 gathered at the March on Washington.  Wearing her uniform of the French Resistance, of which she was active in World War II, she was the only woman to address the audience.  What she said appears below.

Friends and family…you know I have lived a long time and I have come a long way.  And you must know now that what I did, I did originally for myself.  Then later, as these things began happening to me, I wondered if they were happening to you, and then I knew they must be.  And I knew that you had no way to defend yourselves, as I had.

And as I continued to do the things I did, and to say the things I said, they began to beat me.  Not beat me, mind you, with a club—but you know, I have seen that done too—but they beat me with their pens, with their writings.  And friends, that is much worse.

When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.    Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place.

And I need not tell you that wonderful things happened to me there.  Now I know that all you children don’t know who Josephine Baker is, but you ask Grandma and Grandpa and they will tell you.  You know what they will say.  “Why, she was a devil.”  And you know something…why, they are right.  I was too.  I was a devil in other countries, and I was a little devil in America too.

But I must tell you, when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means.

But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times.

So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too.

Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural.

But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow.

And I won’t bother to mention her name, because it is not important, and anyway, now she is dead.

And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America?

You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I cold not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world.

So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me.

So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it?

Friends and brothers and sisters, that is how it went.  And when I screamed loud enough, they started to open that door just a little bit, and we all started to be able to squeeze through it.  Not just the colored people, but the others as well, the other minorities too, the Orientals, and the Mexicans, and the Indians, both those here in the United States and those from India.

Now I am not going to stand in front of all of you today and take credit for what is happening now.  I cannot do that.  But I want to take credit for telling you how to do the same thing, and when you scream, friends, I know you will be heard.  And you will be heard now.

But you young people must do one thing, and I know you have heard this story a thousand times from your mothers and fathers, like I did from my mama.  I didn’t take her advice.  But I accomplished the same in another fashion.  You must get an education.  You must go to school, and you must learn to protect yourself.  And you must learn to protect yourself with the pen, and not the gun.  Then you can answer them, and I can tell you—and I don’t want to sound corny—but friends, the pen really is mightier than the sword.

I am not a young woman now, friends.  My life is behind me.  There is not too much fire burning inside me.  And before it goes out, I want you to use what is left to light that fire in you.  So that you can carry on, and so that you can do those things that I have done.  Then, when my fires have burned out, and I go where we all go someday, I can be happy.

You know I have always taken the rocky path.  I never took the easy one, but as I get older, and as I knew I had the power and the strength, I took that rocky path, and I tried to smooth it out a little.  I wanted to make it easier for you.  I want you to have a chance at what I had.  But I do not want you to have to run away to get it.  And mothers and fathers, if it is too late for you, think of your children.  Make it safe here so they do mot have to run away, for I want for you and your children what I had.

Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House.

I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker.

This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now.

I thank you, and may god bless you.  And may He continue to bless you long after I am gone.

Sources:

Stephen Papich, Remembering Josephine (New York: The Bobbs-Mererill Company, Inc.: 1976), 210-213.

– See more at: http://www.blackpast.org/1963-josephine-baker-speech-march-washington#sthash.uepYA0eM.dpuf

Voir par ailleurs:

Raciste, « Exhibit B » ? Visite guidée d’une œuvre controversée

L’oeuvre de Brett Bailey sur le colonialisme et les zoos humains fait polémique. Mercredi soir, au 104, les spectateurs ont ressenti une véritable gifle.
L’Obs

11 décembre 2014

Ce soir, je suis « Numéro 16″. Comme les autres spectateurs d' »Exhibit B », le spectacle du sud-africain Brett Bailey sur le thème des zoos humains et du colonialisme, je suis devenue un chiffre le temps de la représentation. En silence, j’attends que l’on me convoque pour découvrir l’oeuvre – accueillie au Centquatre du 7 au 12 décembre – qui a fait l’objet de nombreuses critiques et fantasmes depuis son retour en France fin novembre. Une œuvre qualifiée de raciste à l’encontre de la communauté noire, par ses détracteurs, qui ont vainement tenté d’obtenir son interdiction en justice.

Le dispositif de sécurité déployé à l’entrée du Centquatre depuis le début des représentations – en concertation avec la préfecture de police de Paris – plonge le spectateur dans une ambiance anxiogène avant même qu’il ne mette un pied dans l’espace culturel du XIXe arrondissement. Quatre personnes se relayent pour amener le public de la grille d’entrée jusqu’au sous-sol, où a lieu la représentation. Il faut alors se séparer de ses affaires au vestiaire et passer par un détecteur de métaux, semblable à ceux que l’on trouve dans les aéroports.

Derrière, un petit groupe d’une vingtaine de personnes attend les instructions dans la froideur d’une pièce tout en béton. « Sur chaque chaise il y a un numéro. Asseyez-vous sur une chaise et attendez que l’on appelle votre numéro. » J’avance à tâtons dans un bunker obscur, prête à découvrir cette œuvre. L’expérience commence.

« Vous ne pourrez pas revenir en arrière »
La voix solennelle, une femme d’une trentaine d’années, explique à un public intimidé le déroulement de la représentation.

Ne faites pas attention à la personne qui se tiendra derrière vous. Vous pouvez prendre tout le temps qu’il vous faudra. Seul contrainte : vous ne pourrez pas revenir en arrière. »
Le spectateur-numéro évolue à son rythme de performance en performance dans une lumière tamisée. Chaque « tableau vivant » est pensé comme une oeuvre à part entière, racontant les corps d’hommes et de femmes meurtris par l’histoire.

Larmes, visages figés, malaise
La première performance frappe comme une gifle. Sur la droite, dès l’entrée, un homme et une femme sont mis en scène, immobiles, parmi des têtes d’animaux empaillés. Leur regard glaçant, presque défiant, est difficilement soutenable.

Arrivée à la troisième installation vivante, une spectatrice d’une trentaine d’années a les larmes aux yeux. A chaque ligne descriptive qu’elle lit devant l’œuvre, l’effroi fige un peu plus son visage. La violence du silence des acteurs contraste avec les horreurs décrites sur les pancartes.

Parfois même deux mots suffisent. « #Objet trouvé », peut-on sobrement lire devant une performance d’une femme assise sur une chaise, les mains sur les genoux, le regard toujours transperçant.

Les spectateurs sont muets eux aussi, comme abasourdis par ce qu’ils voient.

Une dizaine de performances s’enchaînent sans que l’on puisse s’y habituer. Chaque instant passé devant un acteur est un échange. Certains restent même des dizaines de minutes devant une performance, qu’ils finissent par quitter douloureusement. Des chants namibiens interprétés par des acteurs, invisibles jusqu’à la dernière pièce, occupent l’espace sonore.

Les Noirs ne sont pas en cage
Au fur et à mesure que l’on découvre « Exhibit B », les arguments avancés par ses détracteurs s’effondrent. L’esthétisme de l’oeuvre ne laisse aucun doute sur l’aspect artistique du travail de Brett Bailey, à 1.000 lieux de celui d’un historien.

Pas une seule cage, si ce n’est un grillage ouvert qui entoure le spectateur sur une des performances. Pas d’approximation historique non plus, mais des panneaux explicatifs qui replacent chaque oeuvre dans son contexte. Les Noirs d' »Exhibit B » ne sont pas des sous-hommes mis en cage et réduits au silence. Les acteurs incarnent ces corps autrefois meurtris et déshumanisés, avec une présence telle, qu’il est impossible de considérer qu’ils puissent êtres passifs.

D’ailleurs, s’ils sont silencieux durant la représentation, ils expriment à l’écrit leur démarche artistique, leur analyse de l’oeuvre et les raisons qui les ont poussé à jouer pour « Exhibit B », sur des feuilles disposées dans la pièce qui clôture la représentation. Les descendants des colonisés ne sont pas privés de leur histoire, mais ont au contraire une opportunité de l’incarner pour mieux en mesurer le poids. «  »Exhibit B » est un processus de guérison », explique un acteur noir.

Le spectateur, resté à son tour silencieux pendant toute la performance, peut aussi s’exprimer à la fin du spectacle. Dans la même salle, les visiteurs se servent en papier et en stylos pour laisser couler leur pensée librement et anonymement. « Pour la première fois je me suis rendue compte de la souffrance causée », peut-on lire sur une des feuilles.

Il faut voir « Exhibit B » avant de prendre position
A la sortie, les spectateurs restent muets pendant plusieurs secondes, incapables de verbaliser l’expérience qu’ils viennent de vivre. Après avoir repris leurs esprits, un petit groupe débat. Ils ont entre 13 et 25 ans et font partis du conseil local des jeunes d’Aubervilliers. Tous sont touchés et émus par ce qu’ils viennent de voir.

« Moi qui suis Sri Lankaise d’origine, je suis choquée d’avoir vu le nom d’un Sri Lankais dans la liste des esclaves tués », raconte Subhatha T., une lycéenne de 18 ans.

L’apartheid : on a un petit peu étudié ça en anglais. Mais là c’est différent, on se rend vraiment compte que ça a existé. On se retrouve dans des conditions proches du réel », explique Sheima, 16 ans.
« J’ai appris beaucoup de choses et puis ce n’est pas une question de blanc ou noir, c’est universel », renchérit Samy 24 ans. Le jeune homme considère qu’interdire ce spectacle reviendrait à se voiler la face.

Clément, un graphiste breton de 29 ans venu avec des amis, reconnait avoir ressenti une gêne :

Je me suis positionné en Blanc. J’avais honte. »
« Le spectacle m’a dérangée », affirme quant à elle Khadi Cissaka, une étudiante en marketing et négociations de 21 ans. La jeune femme ajoute :

En tant que Noire, on a du mal à se dire que l’on a fait l’objet d’études destinées à prouver que l’on était moins intelligents que les Blancs. Que l’on a été déshumanisés à ce point. »
« Je comprends les détracteurs », poursuit Khadi. « Moi-même j’y allais avec un peu d’appréhension. Mais je suis partie du principe qu’il fallait que je voie l’oeuvre avant de me rallier à une cause ». L’étudiante conclut :

Je ne pense pas que ceux qui sont contre « Exhibit B » puissent le rester une fois sortis de l’exposition. »

Voir encore:

Edinburgh’s most controversial show: Exhibit B, a human zoo
South Africa’s fearless theatre-maker Brett Bailey has made a career out of tackling the most difficult aspects of race. His new show features black people in cages, in reference to real 19th-century human zoos – and even some of the performers are uneasy about it
Brett Bailey human zoo show Exhibit B

John O’Mahony

The Guardian

11 August 2014

It’s the first Edinburgh rehearsal of Exhibit B and there’s mutiny in the air. The work, a highly controversial installation by the South African theatre-maker Brett Bailey, is based on the grotesque phenomenon of the human zoo, in which African tribespeople were displayed for the titillation of European and American audiences under the guise of “ethnological enlightenment”.

The zoos, which blossomed in the 19th century and continued right up to the first world war, sometimes took place in entirely transplanted tribal villages, but also in the freak show context of local fairs, where the infamous Hottentot Venus, as Sara Baartman was called, was poked and gawked at because of her large buttocks and “exotic” physical form. Perhaps the most extreme case was that of the Congolese pygmy Ota Benga who, in 1906, was put on display at the Bronx zoo in New York alongside the apes and giraffes. Bailey’s installation aims to subvert the premise of the zoos by replacing its exhibits with powerful living snapshots depicting racism and colonialism: a black woman chained to the bed of a French colonial officer; a Namibian Herero woman scraping brain tissue out of human skulls; the slowly revolving silhouette of Baartman.

The only problem is that the young black performers, cast locally at every stop along the tour, aren’t quite getting it. “How do you know we are not entertaining people the same way the human zoos did?” asks one. “How can you be sure that it’s not just white people curious about seeing black people?” adds another. As the temperature in the room begins to rise, the group cries out in unison: “How is this different?”

As a director who has courted controversy at almost every step of his career, Bailey is no stranger to this kind of confrontation. A white South African from an affluent background, his only early contact with his black countrymen was as servants. But after the collapse of apartheid in 1994, he trekked off alone into the rural Xhosa villages where Nelson Mandela had grown up. Living for three months among sangoma shamans, he drew on African ritual and music as the inspiration for his first works: Ipi Zombie, in 1996, based on a witchhunt that followed the death of 12 black schoolboys in a minibus crash; and iMumbo Jumbo, a year later, about the quest of an African chieftain to recover the skull of his ancestor from a Scottish trophy-hunter.

His 2001 work Big Dada, which drew comparisons between the regimes of Robert Mugabe and Idi Amin, marked a shift into darker, grainier territory; and in 2006, with the unflinching Orfeus, he bussed his audience off to a post-colonial underworld of sweatshops and human trafficking. That was when he began to shun conventional spaces. “Theatres feel to me pretty antiseptic,” he says. “Working in a deserted factory or a Nazi concentration camp, the associations are deeper and wider.”

All this has led to a reputation as “Africa’s most fearless theatre-maker”, and eventually to Exhibit B, which will fill the vast cloistered space of the Edinburgh University library, not just with searing visions of past racism, but also with contemporary tableaux that Bailey calls “found objects”. These are representations of refugees and asylum-seekers that link today’s “deportation centres, racial profiling and reduction of people to numbers” to the dehumanising ethos of the human zoos.

Already seen in various European capitals, the work has proved incendiary, particularly in Berlin, where it caused fury among leftwing anti-racism campaigners, who questioned the authority of a white director to tackle the story of black exploitation. Bailey seems to relish the entire spectrum of reaction: “I’m creating a journey that’s embracing and immersive, in which you can be delighted and disturbed, but I’d like you to be disturbed more than anything.”

Back in the rehearsal room, sporting a striped beanie hat and a very pointy, ginger-flecked beard, the director looks somewhere between a new-age wizard and a children’s TV presenter. His entrance is suitably dramatic, sweeping into the room unannounced to fix each performer in turn with a gimlet-eyed gaze. There follows a gruelling programme of psychological exercises to perfect the show’s single dramatic device: the steely stare that each performer locks on to the spectator. “It’s very difficult to get it right,” he explains. “The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion.”

All the while, Bailey is an uneasy, almost abrasive presence, making unhelpful comments about the revealing nature of the costumes and spouting the n-word provocatively in his clipped South African intonation. “He’s a badass! He gets it done,” says Cole Verhoeven, a previous performer, hinting that his spikiness may be a strategy to weed out the non-committal. “His intention is clear. And our intentions had to be clear in order to do the work with any authenticity.”

But when one of the female performers breaks down in tears due to the intensity of the process, Bailey is quick to move in with gentle reassurance. And as the mutinous insubordination and squabbling reach fever pitch, his response is firm and decisive. “What interests me about human zoos,” he tells the group, “is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst.”

To craft each living image in the installation, Bailey conducted intensive research, sometimes taking three months or more to build a single tableau from photos, letters, biographies, official documents, paintings. One of the most harrowing, titled A Place in the Sun, was extrapolated from an account he came across of a French colonial officer who kept black women chained to his bed, exchanging food for sexual services. “It’s a picture of unimaginable suffering,” says Bailey. “She is sitting there looking in the mirror and waiting to be raped. It’s the only way she can feed her family.”

Perhaps the most chilling, though, is Dutch Golden Age, which combined Bailey’s interest in still-life paintings with a court document detailing the horrific punishments meted out to escaped slaves. “Among the overflowing bowls of fruit,” says Bailey, “we have a slave forced to wear a perforated metal mask covering his face and a pin going through his tongue. It is about the silencing of marginalised black voices, the silencing of histories.”

And it was while sifting through thousands of photographs in the Namibian National Archives that Bailey found the subject that would be the climax of his work – the four singing decapitated heads of Nama tribesmen. “After the heads were cut off,” says Bailey, “they were mounted on these strange little tripods that were custom-made. Then I found these songs that referenced the genocide of the 1920s. So it became a set of four heads singing songs and lamentations.”

Bailey does not consider any of the pieces complete without the addition of the spectator – the labels on each work even mention “spectator/s” as one of their “materials”. And they have found audience interaction to be a profound element. “We were playing a festival in Poland,” says Berthe Njole, who had the part of Sara Baartman. “A bunch of guys came in. They were laughing and making comments about my boobs and my body. They didn’t realise I was a human being. They thought I was a statue. Later, they returned and each one apologised to me in turn.”

Bailey is unsure how the piece will go down in the UK, which has its own long and chequered colonial history. Cole Verhoeven certainly believes in Bailey’s right to ruffle feathers in telling these uncomfortable stories. “Exhibit B is monumental,” he says. “And Brett’s whiteness perhaps gives him a degree of distance necessary for wading around in this intensely painful material.”

But, looking back at some of his earlier work, Bailey is now the first to admit that pushing too hard and being too bold is an occupational hazard. “People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory.”

• Exhibit B is at the Playfair Library Hall, University of Edinburgh, until 25 August; then at the Barbican, London EC2, 23-27 September.

Voir de plus:

Why I’m not allowed my book title
It’s called The Book of Negroes in Canada – but Americans won’t buy that term

Lawrence Hill

The Guardian

20 May 2008

It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA.

But I didn’t think it would happen to me. When my novel, The Book of Negroes, came out last year with HarperCollins Canada, I was assured by my American publisher that the original title would be fine by them. However, several months later, I got a nervous email from my editor in New York.
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She mentioned that the book cover would soon be going to the printer and that the title had to change. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name.

Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live.

My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed.

The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. »

In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation.
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Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man.

I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out.

In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title.

I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK?

Voir de même:

La supercherie antiraciste

Lutter contre le racisme, c’est défendre l’universalité de nos valeurs, l’unité du genre humain. A l’exact opposé de l’offensive antirépublicaine actuellement à l’œuvre.

Alain Jakubowicz, Président de la Licra

Libération

11 avril 2016

Il y a encore trente ans, la cartographie de la haine était simple à établir : le racisme et l’antisémitisme étaient d’extrême droite. D’un côté, les héritiers de la Résistance, et de l’autre, ceux de Vichy. L’antiracisme avait son propre «mur de Berlin».

Depuis, le monde a changé, les murs sont tombés, les fronts se sont multipliés. Le mouvement antiraciste est resté figé dans des réflexes et des pratiques datées. Faute d’avoir mesuré ces changements profonds, il a manqué la mise à jour de son logiciel et son adaptation aux nouvelles frontières de la haine. A contrario de ses adversaires, il n’a pas su s’adapter à la révolution numérique. Il a tardé à comprendre que l’extrême droite n’avait plus le monopole du racisme et de l’antisémitisme et a laissé le champ libre à l’expression de nouvelles radicalités. Ce retard à l’allumage tient aussi à la mystification, qui s’est présentée à l’opinion sous les traits d’un antiracisme adapté aux identités plurielles – issues de l’immigration, marquées par la mémoire de l’esclavage, la colonisation – et affilié à la gauche. C’est sous ce masque pervers que la haine a, par effraction, trouvé refuge.

Le 4 avril, Libération consacrait justement son numéro aux «Visages contestés de l’antiracisme». L’éditorial de Laurent Joffrin a parfaitement analysé «le piège grossier» qui nous est tendu. Pourtant, à la faveur de cette «plongée chez les nouveaux antiracistes», on comprend facilement comment l’appropriation d’un combat peut conduire à son détournement et à sa dénaturation. Si l’on n’y prend pas garde, on risque d’attribuer sans discernement à ces faussaires des brevets d’antiracisme. Le moment est venu de bien nommer les choses, de cesser de faire capituler le langage devant des évidences et dire clairement que ces gens-là ne sont rien d’autre que des racistes et des antisémites. Il est temps de rappeler que la politisation de l’antiracisme est une imposture et une impasse derrière laquelle se cachent «l’anticapitaliste, l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme», «l’antisionisme», «la lutte des races sociales». Elle porte en elle les ferments d’un nouveau totalitarisme, reconstruisant des murs que nous avions détruits de haute lutte.

Le racisme et l’antisémitisme ont changé. Face à nous désormais, des cumulards de la haine des juifs, des homosexuels, des Blancs et, d’une certaine manière, des femmes. Désigner «le Blanc» comme symbole dominateur d’un prétendu «racisme d’Etat» qui sévirait en France, c’est être raciste. Quitter une réunion féministe en raison du trop grand nombre «de meufs blanches et assimilationnistes», c’est aussi être raciste. Revendiquer le communautarisme et accueillir à bras ouverts le fondamentalisme religieux pour «guérir la France de l’islamophobie», c’est offrir à l’extrême droite un boulevard pour promouvoir une conception contre-nature de la laïcité.

Une offensive antirépublicaine est à l’œuvre. Elle est puissante car elle bénéficie de la montée des populismes et des communautarismes qui exploitent, chacun de leur côté, le business de la peur et du repli identitaire. Ces deux extrémismes sont les deux faces d’une même pièce, celle de la haine qui conduit à la division et à l’affrontement. Elle appelle la même réprobation et les mêmes réponses.

Etre antiraciste, c’est défendre l’universalité de nos valeurs et l’unité du genre humain. C’est défendre le caractère indivisible de la Nation. Il n’existe pas d’antiracisme à la découpe ou à la carte. Etre antiraciste, c’est savoir être «de la couleur de ceux qu’on persécute» (Lamartine). L’idée qu’il faudrait être concerné par une discrimination pour la combattre est la négation même du combat antiraciste. Le silence assourdissant de ces prétendus «nouveaux visages» face à la condamnation de l’antisémitisme est l’aveu de leur supercherie «antiraciste». Il suffit de les voir applaudir les charlatans du négationnisme ou théoriser le «philosémitisme de l’Etat» pour s’en rendre compte.

Le mouvement antiraciste, le vrai, a désormais fait son aggiornamento en allant, pour reprendre Jaurès, vers son idéal en comprenant le réel. Sur les réseaux sociaux et sur le terrain, aux côtés des victimes, de toutes les victimes, black, blanc, ou beur, juive, athée, chrétienne, musulmane, de banlieue, des beaux quartiers ou d’un village rural, hétérosexuelle ou homosexuelle. Qu’on se le dise une fois pour toutes : l’antiracisme est universel, il vaut pour tous ou il ne vaut rien.

Alain Jakubowicz Président de la Licra

Voir enfin:

« La non-mixité racisée » : un racisme qui ne dit pas son nom

Alain Jakubowicz

14 April 2016

Je dénonçais mardi dans une tribune publiée dans Libération « les nouveaux visages du racisme et de l’antisémitisme ». Nous y sommes. Cette semaine, un nouveau palier a encore été franchi par ces pseudos-antiracistes. En effet, depuis lundi 11 avril se tient à Saint-Denis dans les murs de l’Université Paris 8 un événement au nom évocateur : « Paroles non-blanches : rencontres autour des questions de race. Travail et mobilisation » organisé par le collectif « Groupe de réflexion non-mixité racisée ». Au programme, une obsession de « la blanchité des médias » et de « l’islamophobie », le prétendu « racisme d’Etat », de la République et de l’Ecole, le tout baignant dans une sémantique coloniale absolument délirante.

La logique folle et prétendument « anti-système » qui préside à l’organisation de ce type d’événement est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême-droite à l’affirmation d’une France « blanche » : les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des « Ku Klux Klan inversés » où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau.

Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. L’initiative de ce groupuscule n’est pas acceptable et doit nous faire prendre conscience de la gravité de la situation. Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe.


Scoop du siècle: un leader mondial célèbre le christianisme et il n’est pas américain ! (Shallow, clichéd Easter message: David Cameron spills the beans on the universality of Judeo-Christian values and pays for it)

5 avril, 2016

OBunny
batmanvsuperman
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19: 18
N’avez-vous jamais lu dans les Écritures: La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle. Jésus (Psaume 118: 22/Matthieu 21: 42)
Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Paul (2 Thessaloniciens 3: 10)
L’Europe n’est rien de substantiel. L’envers de cette vacuité substantielle est une tolérance, une ouverture radicale. Ulrich Beck
L’Europe meurt de sa lâcheté et de sa faiblesse morales, de son incapacité à se défendre et de l’ornière morale évidente dont elle ne peut s’extraire depuis Auschwitz. Imre Kertész (L’Ultime auberge)
La basse continue de la morale humaniste, celle qui existe chez Bach avec des accords parfaits, des tonalité en mi majeur ou en sol majeur, une culture fermée où chaque mot signifiait ce qu’il voulait dire et seulement cela, voilà ce qui a disparu avec Auschwitz et le totalitarisme. Comme Arnold Schoenberg [1874-1951, qui a révolutionné le langage musical en renonçant au système tonal de sept notes] l’a fait pour la musique, j’ai découvert, avec mon écriture, une « prose atonale », qui illustre la fin du consensus et de la culture humaniste, celle qui valait à l’époque de Bach et ensuite. Dans Etre sans destin, j’ai renversé le Bildungsroman, le roman de formation allemand. On peut dire que mes livres sont des récits de la « dé-formation ». (…) Cette recrudescence de l’antisémitisme, qui est un phénomène mondial, je la trouve bien entendu effarante. Avant même les attaques terroristes de janvier à Paris, j’avais fait la remarque que l’Europe était en train de mourir de sa lâcheté et de sa faiblesse morale, de son incapacité à se protéger et de l’ornière morale évidente dont elle ne pouvait s’extraire après Auschwitz. La démocratie reste impuissante à se défendre, et insensible devant la menace qui la guette. Et le risque est grand de voir les gardes-frontières qui entreprennent de défendre l’Europe contre la barbarie montante, les décapitations, la « tyrannie orientale », devenir à leur tour des fascistes. Que va devenir l’humanité dans ces conditions ? Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire, et beaucoup de signes montrent que sa répétition est possible. Imre Kertész
Tu vois, ce que nous appelons Dieu dépend de notre tribu, Clark Joe, parce que Dieu est tribal; Dieu prend parti! Aucun homme dans le ciel n’est intervenu quand j’étais petit pour me délivrer du poing et des abominations de papa. J’ai compris depuis longtemps que Si Dieu est tout puissant, il ne peut pas être tout bienveillant. Et s’il est tout bienveillant, il ne peut pas être tout puissant. Et toi non plus ! Lex Luthor
Cette sorte de pouvoir est dangereux. (…) Dans une démocratie, le bien est une conversation et non une décision unilatérale. Sénatrice Finch (personnage de Batman contre Superman)
La bonne idée de ce nouveau film des écuries DC Comics, c’est de mettre en opposition deux conceptions de la justice, en leur donnant vie à travers l’affrontement de deux héros mythiques. (…) Superman et Batman ne sont pas des citoyens comme les autres. Ce sont tous les deux des hors-la-loi qui œuvrent pour accomplir le Bien. Néanmoins, leur rapport à la justice n’est pas le même: l’un incarne une loi supérieure, l’autre cherche à échapper à l’intransigeance des règles pour mieux faire corps avec le monde. Le personnage de Superman évoque une justice divine transcendante, ou encore supra-étatique. À plusieurs reprises, le film met en évidence le défaut de cette justice surhumaine, trop parfaite pour notre monde. Superman est un héros kantien, pour qui le devoir ne peut souffrir de compromission. Cette rigidité morale peut alors paradoxalement conduire à une vertu vicieuse, trop sûre d’elle même. On reprochait au philosophe de Königsberg sa morale de cristal, parfaite dans ses intentions mais prête à se briser au contact de la dure réalité. Il en va de même pour Superman et pour sa bonne volonté, qui vient buter sur la brutalité de ses adversaires et sur des dilemmes moraux à la résolution impossible. Le personnage de Batman incarne quant à lui une justice souple, souterraine, infra-étatique et peut-être trop humaine. Le modèle philosophique le plus proche est celui de la morale arétique du philosophe Aristote. Si les règles sont trop rigides, il faut privilégier, à la manière du maçon qui utilise comme règle le fil à plomb qui s’adapte aux contours irréguliers, une vertu plus élastique. Plutôt que d’obéir à des impératifs catégoriques, le justicier est celui qui sait s’adapter et optimiser l’agir au cas particulier. Paradoxalement, cette justice de l’ombre peut aller jusqu’à vouloir braver l‘interdit suprême ; le meurtre; puisque Batman veut en finir avec Superman. (…) De la même façon, le film pose dès le départ, à travers les discours d’une sénatrice, le problème critique du recours au super-héros. Ce dernier déresponsabilise l’homme, court-circuite le débat démocratique et menace par ses super-pouvoirs toute possibilité d’un contre-pouvoir. Les « Watchmen », adaptation plus subtile de l’oeuvre de Alan Moore par le même Zack Snyder posait déjà la question : « Who watches the Watchmen ? » Le Nouvel Obs
“Batman v. Superman” may lack the social commentary of “The Dark Knight” trilogy or bold iconoclasm of “V for Vendetta,” but it does have an ideology – namely, its distrust of power. To Batman and many residents of both Metropolis and Gotham, Superman is a self-appointed overlord whose complete unaccountability makes him an existential threat to humanity, regardless of his claims that he only wants to help. Indeed, the film opens by revisiting the controversial Metropolis fight from “Man of Steel,” one that many critics noted would have resulted in hundreds of thousands of civilian casualties, showing how the stupendous loss of life (and Superman’s callous disregard for it) motivates Batman’s hatred. Of course, in Superman’s eyes, Batman is nothing more than a vigilante, someone whose ability to operate above the law speaks not to his superior moral qualities but rather the corruption of a police department that refuses to prosecute him. And when we see Bruce Wayne branding criminals with the Bat logo, it’s hard to disagree with Superman’s assessment. Coming from a movie in which one character declares that “on this earth, every act is a political act,” it’s obvious that these political messages were included by design. Regardless of their political affiliation, director Zack Snyder and screenwriters David S. Goyer and Chris Terrio have created an operatic superhero film that abhors the real-world consequences which would ensue if superheroes actually existed. In the “Batman v. Superman” paradigm, it doesn’t matter that those wielding the power think of themselves as virtuous – whether sent from above with a divine destiny or crawling the streets to protect the innocent – because “in a democracy, good is a conversation, not a unilateral decision” (to quote the movie’s idealistic United States Senator played by Holly Hunter). This isn’t to say that “Batman v. Superman” is a masterpiece of political commentary, or even that its message is always presented effectively. Aside from shots of anti-Superman protesters carrying protest signs modeled after the anti-Mexican rhetoric that contaminates our discourse today, there isn’t much of an exploration of xenophobia vis-à-vis Superman’s origin story (a missed opportunity in any ostensibly politicized Superman parable). There are similarly fleeting references to drone strikes and civil liberties violations, all dutifully ticked off as vestiges of a security state run amok before quickly forgotten. The movie does include commendably strong female characters like Lois Lane and Wonder Woman, but they receive such insufficient attention that they barely make an impact (a shortcoming more likely attributable to its cluttered narrative than outright sexism). At the same time, there is actually something very intelligent, even subversive, about a superhero film that is so brazen in challenging the political legitimacy of those who would-be superheroes. It is the central conflict that drives the narrative and keeps the audience engaged in the on-screen action, even if the flat characters make it hard to invest on a deeper level. This isn’t a movie that simply includes those elements to make itself seem more profound; without that political subtext, the film barely exists at all. While it remains to be seen whether this political message will give “Batman v. Superman” the same timelessness as other blockbuster political parables from the superhero genre (again, think “V for Vendetta” or “The Dark Knight”), I suspect it goes a long way toward explaining why many audiences are connecting with it. For better or worse, the movie uses two well-known contemporary mythologies – that of the Batman and Superman characters – to ask provocative questions about whether we can trust concentrations of great power. Critics may deride these attempts as incoherent or simplistic, but if John and Jane Q. Public are intrigued by them, then perhaps we should hesitate before dismissing them outright. After all, any movie that tries to make its audience smarter isn’t completely devoid of merit. When cultural historians look back on cinema circa 2016, they will likely marvel at our growing ambivalence toward the superhero characters who have become so popular over the past couple decades. Later this year “Batman v. Superman” will be joined by “Captain America: Civil War,” another movie in which two iconic superheroes feud over ideological differences about concentrations of power (this time Captain America and Iron Man). There is a mass catharsis at play here, a phenomenon in which the anxieties toward demagogues and potential demagogues – liberals and conservatives can fill in their own blanks here with the names of their least-favorite politicians – is being reflected back to us on the silver screen. This, politically speaking, may be the most important takeaway from “Batman v. Superman.” It may be a good movie, a bad movie, or anything in between, but it is without question an important film today, and a quintessential product of the America we inhabit. Matthew Rozsa
Superman vs. Batman … accomplishes its lofty goal to approach Superman (Henry Cavill) from a more mythological discourse, with Christian symbolism coming to the forefront. Those who saw « Man of Steel » are undoubtedly familiar with these sorts of Christian references, especially given that film’s use of the Holy Trinity. That symbolism is even more overt in « Batman v Superman, » or should we call it « The Passion of Superman »? The godly hero is venerated throughout the film. His morality is also called into question. At one point he essentially decimates an entire village in order to rescue Lois Lane (Amy Adams) in the middle of the desert. But this scorn is often countered by images of his redemption, as when Superman saves a girl from a burning building and gets mobbed by a group of people all stretching out to touch him. Jesus — I mean Superman — even goes on trial in front of Congress so that the world can get a better idea of where he stands. Is he on Earth to dominate mankind? Or is he there to collaborate with humanity? Of course, like Christ, there are those that fear Superman, including Bruce Wayne (Ben Affleck). (…) Likely because he heard for two years how oblivious Superman seemed in « Man of Steel » about killing millions of people during his fight with General Zod (Michael Shannon), Snyder decided to then show audiences this same destruction from a different viewpoint, using overt 9/11 references. While Snyder’s attempts to acknowledge the carnage in a way his previous film didn’t, the rewrite does not in reveal how Superman feels about anything. More to the point, despite seeing the mayhem, Bruce Wayne’s alter ego Batman seems to have no sympathy for killing other characters during the various chase or action sequences he takes on. (…) Jesse Eisenberg’s Lex Luthor is often used to bring the Messianic imagery to the forefront – he ceaselessly refers to Superman as an analogy for God. Even his hatred of Superman is rooted in that analogy. Jewish Rabbi Elie Wiesel was faced with the horrors of the Holocaust, and his theology was utterly transformed by it. Wiesel came to the belief that, in the face of Auschwitz, God must be either all-loving or all-powerful – He could not be both. Lex Luthor has come to a similar view; and, where Wiesel was comfortable with the distinction, Luthor is angry. Conflating Superman with God, his desire is to reveal either the limits of Superman’s character, or of his power. In the film, there’s a fascinatingly spiritual scene in which Superman has been tempted away from the path of interaction with the world. Curiously enough, this time round it is his own mother who has tried to tell him to let go – « You don’t owe the world anything, » she tells him. Superman heads off to a mountain (again, a spiritual place in the Bible), and has a spiritual encounter with his deceased father, Jonathan, that prepares him for what is to come. (…) Luthor uses Kryptonian technology to create Doomsday, and it’s notable that doing so requires his blood – again, a Biblical notion (Leviticus 17: 11, « For the life of a creature is in the blood »). Philosopher Friedrich Nietzsche famously argued that man created God in his own image. Batman V Superman neatly inverts this postmodern trope, with, instead, man creating the devil in response to God’s presence. The battle between Doomsday and the DC superheroes culminates in a brutal conflict that goes so far as the boundaries of the atmosphere! Ultimately, Superman and Doomsday strike each other with fatal blows, in a scene that seems analogous to the first Biblical prophecy of what the Cross would achieve, in Genesis 3: 15: « He will crush your head, and you will strike his heel. » In this first prophecy, the decisive battle between the Son of Man (a title Jesus claimed for himself) and the Devil would involve both striking powerful blows against the other. The Devil, in Genesis spoken of as a serpent, will strike Jesus on the heel – infecting him with venom, and thus taking his life. Jesus, meanwhile, will crush the Devil’s head as he dies. True to this form, Superman and Doomsday literally impale one another, both dying. Tellingly, as Lois weeps (analogous to many images of Jesus’ mother weeping over his body), the camera pans out to reveal wooden rubble in the shape of Crosses. It’s also no coincidence that this film was released on Good Friday, when Christians celebrate the death of Jesus! (…) Sometimes crucifixions were a long and messy affair, and the Romans tried to hurry them up. As Jesus hung upon the Cross, the Roman soldiers moved between the three men hanging on the Crosses, and broke the legs of the two thieves – so they would hang, and asphyxiate. They believed that Jesus was already dead, though, and pierced his side with a spear. The Bible is very specific to describing a flow of « blood and water », which indicates that the spear had penetrated the lung – and it was filled, proving Jesus was truly dead. In roughly the same way, the crucial weapon in this film is a Kryptonite spear, fashioned by Batman, and ultimately used against Doomsday. As Doomsday dies, the creature’s right arm – taking on the form of a spear – pierces Superman’s chest, also killing him. It’s not a coincidence, even though the symbolism breaks apart when you look too deeply at this one. Is there anyone who believes Superman will stay dead? The funeral processions – complete with the famous religious tune Amazing Grace – and the mourning masses are eerily reminiscent of the Bible’s descriptions. Just as with Jesus, Superman is left in the grave – and the final scenes hint that he’s not quite dead yet… This, of course, was based off the famous Death of Superman event – and yes, Superman came back pretty quickly … Latin Post
Every other scene is a murky allusion to classical mythology or baroque religious art. But that’s categorically all they are: the film regularly defies common sense and logic in order to cue up the next cod-transfiguration or pietà. When Lois Lane (Amy Adams) hurls that kryptonite spear into the water, she does it for no apparent reason other than the fact it looks, like, totally cool – and accordingly, she and Superman are fishing it back out again five minutes later. The heavy religious symbolism of Man of Steel now looks relatively restrained: Superman himself has gone Full Christ Metaphor, and his life is an endless cycle of rescuing people (mainly Lois) and pulling expressions of pained benificence. Cavill has almost nothing to do apart from look chiseled, which makes a depressing kind of sense, given the film seems to view his character as a living statue. Batman V Superman launches into its myth-making immediately and humourlessly, setting the tone for everything that follows. Under the opening credits we get a refresher course in Bruce Wayne’s childhood trauma: yet again, we see the shooting of his parents (this time outside a cinema showing Excalibur and The Mark of Zorro) and his subsequent tumble down a bat-infested shaft. It’s staged with sadistic elegance – there’s a skin-prickling shot of the mugger’s pistol hitching up Bruce’s mother’s string of pearls – although there are only so many slow-motion aerial shots of coffins and black umbrellas a man can come up with, and much of it smacks of similar passages in Snyder’s earlier films, Sucker Punch and Watchmen. It also turns out to be the only substantial insight we get into who Bruce Wayne actually is, or what drives him, in the film’s entire two-and-a-half-hour running time. Giving Affleck’s Batman the physique of a concrete pillar makes aesthetic sense, but did he need the personality of one too? One more thing about Bruce: he loathes Superman, because of his city-razing antics at the end of Man of Steel, which toppled Wayne Tower with hundreds of employees inside it. Here, Snyder gives us a street-level recap, transparently invoking 9/11 in every shot. (Later, the film works the terrorism angle even harder: Superman’s actions prove to be the catalyst for a suicide bomb attack on US soil.) In short, Batman has grounds for vengeance. But it’s Lex Luthor who has the appetite. After hauling a clump of glowing green kryptonite from the Indian Ocean, the young technology mogul devises a ‘silver bullet’ that could bring Superman to heel. Eisenberg gives a catastrophic performance here, all itchy and spasmodic, and built on mumbled rants about Copernicus and Nietzsche … The Telegraph
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
Les pays européens qui ont transformé la Méditerranée en un cimetière de migrants partagent la responsabilité de chaque réfugié mort. Erdogan
Alors que la Turquie accueille trois millions (de migrants), ceux qui sont incapables de faire de la place à une poignée de réfugiés et qui, au coeur de l’Europe, maintiennent des innocents dans des conditions honteuses, doivent d’abord regarder chez eux. Erdogan (2016)
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
Nous l’avons été, mais nous ne sommes plus une nation chrétienne, du moins, pas seulement. Nous sommes aussi une nation juive, une nation musulmane, une nation bouddhiste, une nation hindoue, une nation d’athées. Barack Hussein Obama (2006)
Whatever we once were, we are no longer just a Christian nation; we are also a Jewish nation, a Muslim nation, a Buddhist nation, a Hindu nation, and a nation of nonbelievers. And even if we did have only Christians in our midst, if we expelled every non-Christian from the United States of America, whose Christianity would we teach in the schools? Would we go with James Dobson’s, or Al Sharpton’s? Which passages of Scripture should guide our public policy? Should we go with Leviticus, which suggests slavery is ok and that eating shellfish is abomination? How about Deuteronomy, which suggests stoning your child if he strays from the faith? Or should we just stick to the Sermon on the Mount – a passage that is so radical that it’s doubtful that our own Defense Department would survive its application? So before we get carried away, let’s read our bibles. Folks haven’t been reading their bibles. This brings me to my second point. Democracy demands that the religiously motivated translate their concerns into universal, rather than religion-specific, values. It requires that their proposals be subject to argument, and amenable to reason. I may be opposed to abortion for religious reasons, but if I seek to pass a law banning the practice, I cannot simply point to the teachings of my church or evoke God’s will. I have to explain why abortion violates some principle that is accessible to people of all faiths, including those with no faith at all. Now this is going to be difficult for some who believe in the inerrancy of the Bible, as many evangelicals do. But in a pluralistic democracy, we have no choice. Politics depends on our ability to persuade each other of common aims based on a common reality. It involves the compromise, the art of what’s possible. At some fundamental level, religion does not allow for compromise. It’s the art of the impossible. If God has spoken, then followers are expected to live up to God’s edicts, regardless of the consequences. To base one’s life on such uncompromising commitments may be sublime, but to base our policy making on such commitments would be a dangerous thing. And if you doubt that, let me give you an example. We all know the story of Abraham and Isaac. Abraham is ordered by God to offer up his only son, and without argument, he takes Isaac to the mountaintop, binds him to an altar, and raises his knife, prepared to act as God has commanded. Of course, in the end God sends down an angel to intercede at the very last minute, and Abraham passes God’s test of devotion. But it’s fair to say that if any of us leaving this church saw Abraham on a roof of a building raising his knife, we would, at the very least, call the police and expect the Department of Children and Family Services to take Isaac away from Abraham. We would do so because we do not hear what Abraham hears, do not see what Abraham sees, true as those experiences may be. So the best we can do is act in accordance with those things that we all see, and that we all hear, be it common laws or basic reason. Finally, any reconciliation between faith and democratic pluralism requires some sense of proportion. This goes for both sides. Even those who claim the Bible’s inerrancy make distinctions between Scriptural edicts, sensing that some passages – the Ten Commandments, say, or a belief in Christ’s divinity – are central to Christian faith, while others are more culturally specific and may be modified to accommodate modern life. The American people intuitively understand this, which is why the majority of Catholics practice birth control and some of those opposed to gay marriage nevertheless are opposed to a Constitutional amendment to ban it. Religious leadership need not accept such wisdom in counseling their flocks, but they should recognize this wisdom in their politics. But a sense of proportion should also guide those who police the boundaries between church and state. Not every mention of God in public is a breach to the wall of separation – context matters. It is doubtful that children reciting the Pledge of Allegiance feel oppressed or brainwashed as a consequence of muttering the phrase « under God. » I didn’t. Having voluntary student prayer groups use school property to meet should not be a threat, any more than its use by the High School Republicans should threaten Democrats. And one can envision certain faith-based programs – targeting ex-offenders or substance abusers – that offer a uniquely powerful way of solving problems. Barack Hussein Obama (2006)
Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix. Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire. Barack Hussein Obama (2009)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Salamm aleïkoum (…) Comme le dit le Saint Coran, « Crains Dieu et dis toujours la vérité ». (…) Je suis chrétien, mais mon père était issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie où j’ai entendu l’appel à la prière (azan) à l’aube et au crépuscule. Jeune homme, j’ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j’ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane. Barack Hussein Obama (Prêche du Caire)
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Humanity has been grappling with these questions throughout human history.  And lest we get on our high horse and think this is unique to some other place, remember that during the Crusades and the Inquisition, people committed terrible deeds in the name of Christ.  In our home country, slavery and Jim Crow all too often was justified in the name of Christ. (…) And so, as people of faith, we are summoned to push back against those who try to distort our religion — any religion — for their own nihilistic ends. Barack Hussein Obama (2015)
As a Christian, I am supposed to love. And I have to say that sometimes when I listen to less than loving expressions by Christians, I get concerned. But that’s a topic for another day. (…) For me, the celebration of Easter puts our earthly concerns into perspective. With humility and with awe, we give thanks to the extraordinary sacrifice of Jesus Christ, our Saviour. We reflect on the brutal pain that he suffered, the scorn that He absorbed, the sins that he bore, this extraordinary gift of salvation that he gave to us. And we try, as best we can, to comprehend the darkness that He endured so that we might receive God’s light. And yet, even as we grapple with the sheer enormity of Jesus’s sacrifice, on Easter we can’t lose sight of the fact that the story didn’t end on Friday. The story keeps on going. On Sunday comes the glorious Resurrection of our Saviour. Barack Hussein Obama (2015)
This is a little bittersweet — my final Easter Prayer Breakfast as President.   (…) Now, as Joe said, in light of recent events, this gathering takes on more meaning.  Around the world, we have seen horrific acts of terrorism, most recently Brussels, as well as what happened in Pakistan — innocent families, mostly women and children, Christians and Muslims.  And so our prayers are with the victims, their families, the survivors of these cowardly attacks.  And as Joe mentioned, these attacks can foment fear and division.  They can tempt us to cast out the stranger, strike out against those who don’t look like us, or pray exactly as we do.  And they can lead us to turn our backs on those who are most in need of help and refuge.  That’s the intent of the terrorists, is to weaken our faith, to weaken our best impulses, our better angels. And Pastor preached on this this weekend, and I know all of you did, too, as I suspect, or in your own quiet ways were reminded if Easter means anything, it’s that you don’t have to be afraid.  We drown out darkness with light, and we heal hatred with love, and we hold on to hope.  And we think about all that Jesus suffered and sacrificed on our behalf — scorned, abandoned shunned, nail-scarred hands bearing the injustice of his death and carrying the sins of the world. And it’s difficult to fathom the full meaning of that act.  Scripture tells us, “For God so loved the world that He gave His only Son, that whoever believes in Him should not perish but have eternal life.”  Because of God’s love, we can proclaim “Christ is risen!”  Because of God’s love, we have been given this gift of salvation.  Because of Him, our hope is not misplaced, and we don’t have to be afraid. And as Christians have said through the years, “We are Easter people, and Alleluia is our song!”  We are Easter people, people of hope and not fear.  Now, this is not a static hope.  This is a living and breathing hope.  It’s not a gift we simply receive, but one we must give to others, a gift to carry forth.  I was struck last week by an image of Pope Francis washing feet of refugees — different faiths, different countries.  And what a powerful reminder of our obligations if, in fact, we’re not afraid, and if, in fact, we hope, and if, in fact, we believe.  That is something that we have to give.  His Holiness said this Easter Sunday, God “enables us to see with His eyes of love and compassion those who hunger and thirst, strangers and prisoners, the marginalized and the outcast, the victims of oppression and violence.”  To do justice, to love kindness –- that’s what all of you collectively are involved in in your own ways each and every day. Feeding the hungry.  Healing the sick.  Teaching our children.  Housing the homeless.  Welcoming immigrants and refugees.  And in that way, you are teaching all of us what it means when it comes to true discipleship.  It’s not just words.  It’s not just getting dressed and looking good on Sunday.  But it’s service, particularly for the least of these. And whether fighting the scourge of poverty or joining with us to work on criminal justice reform and giving people a second chance in life, you have been on the front lines of delivering God’s message of love and compassion and mercy for His children.  And I have to say that over the last seven years, I could not have been prouder to work with you.  We have built partnerships that have transcended partisan affiliation, that have transcended individual congregations and even faiths, to form a community that’s bound by our shared ideals and rooted in our common humanity.  And that community I believe will endure beyond the end of my presidency, because it’s a living thing that all of you are involved with all around this country and all around the world. And our faith changes us.  I know it’s changed me.  It renews in us a sense of possibility.  It allows us to believe that although we are all sinners, and that at time we will falter, there’s always the possibility of redemption.  Every once in a while, we might get something right, we might do some good; that there’s the presence of grace, and that we, in some small way, can be worthy of this magnificent love that God has bestowed on us. Barack Hussein Obama (2016)
L’Angleterre est encore un pays chrétien (…) la foi chrétienne joue un rôle dans ce pays (…) les valeurs de la foi chrétienne sont les valeurs sur lesquelles notre pays est construit et nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” (..) Mais elles ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière. Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants. (…) Quand nous voyons, en 2015, des chrétiens être persécutés pour leur foi dans d’autres parties du monde, nous devons nous affirmer et tenir debout avec ceux qui pratiquent leur foi avec courage. (…) C’est le grand combat qui nous attend. Nos frères et soeurs musulmans veulent notre aide. Nous devons nous étendre et les aider dans la bataille contre l’extrémisme. Nous devons construire des communautés plus fortes et plus résistantes. Nous devons nous assurer que ceux qui dérivent vers l’extrémisme soient tirés en arrière. David Cameron (2015)
Across Britain, Christians don’t just talk about ‘loving thy neighbour’, they live it out… in faith schools, in prisons, in community groups. And it’s for all these reasons that we should feel proud to say, ‘This is a Christian country.’ Yes, we are a nation that embraces, welcomes and accepts all faiths and none but we are still a Christian country. And as a Christian country, our responsibilities don’t end there. We have a duty to speak out about the persecution of Christians around the world too. It is truly shocking to know that in 2015 there are still Christians being threatened, tortured, even killed, because of their faith from Egypt to Nigeria, Libya to North Korea. Across the Middle East, Christians have been hounded out of their homes, forced to flee from village to village, many of them forced to renounce their faith or be brutally murdered. To all those brave Christians in Iraq and Syria who are practising their faith, or sheltering others, we must say, ‘We stand with you’. David Cameron (Dec. 2015)
The message of Easter is a message of hope for millions of Christians in our country and all around the world. We see that hope every day in the many faith-inspired projects that help the homeless, that get people into work, that help keep families together and offer loving homes to children who need them. We see it in the compassion of church leaders and volunteers who visit our hospitals, care homes and hospices – and those who comfort the bereaved. And we see that hope in the aid workers and volunteers who so often risk their own lives to save the lives of others in war-torn regions across the world. These are values we treasure. They are Christian values and they should give us the confidence to say yes, we are a Christian country and we are proud of it. David Cameron (Mar. 2016)
Au coeur de toutes ces actions de gentillesse et de courage, il y a les valeurs et les croyances qui ont fait de notre pays ce qu’il est. Des valeurs de responsabilité, de travail, de charité, de compassion, la fierté de travailler pour le bien commun et d’honorer les obligations sociales que nous avons les uns pour les autres, pour nos familles, pour nos communautés. Nous chérissons ces valeurs. Ce sont des valeurs chrétiennes. Elles doivent nous donner la force de dire : Oui, nous sommes un pays chrétien, et nous en sommes fiers. David Cameron (Mar. 2016)
Le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne et que, en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens. Sa liste vague et cotonneuse de vertus – la compassion, le travail, la responsabilité – n’a rien de spécialement chrétien. Le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne ; en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens. The Guardian (2015)
That is what we mark today as we celebrate the birth of God’s only son, Jesus Christ – the Prince of Peace. As a Christian country, we must remember what his birth represents: peace, mercy, goodwill and, above all, hope. I believe that we should also reflect on the fact that it is because of these important religious roots and Christian values that Britain has been such a successful home to people of all faiths and none. David Cameron (Dec. 24, 2015)
We look to political leaders for leadership, not theology, and this kind of language reveals him to be less than statesmanlike. David Cameron needs to appreciate that he isn’t a leader of Christians, he’s the prime minister of a diverse, multi-faith, and increasingly non-religious nation. Stephen Evans (National Secular Society, Dec. 2015)
Voilà un chef de gouvernement qui a fait adopter ces derniers mois plusieurs mesures en contradiction directe avec la vision chrétienne de l’homme – le mariage entre personnes de même sexe est légal depuis le 29 mars 2014. Un homme qui est à la tête d’un pays où l’on détruit 170 000 embryons par an, où les agences d’adoption catholiques ont dû fermer les unes après les autres, et où les sages-femmes qui refusent de pratiquer l’avortement sont sanctionnées par la justice. Or, dans ce message dont on peut voir la vidéo par exemple sur le site du Telegraph, il rappelle que l’Angleterre est, « encore un pays chrétien », que « la foi chrétienne joue un rôle dans ce pays », et que « les valeurs de la foi chrétienne sont les valeurs sur lesquelles notre pays est construit » et que « nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” ». À la différence de ses prédécesseurs, Cameron ne répugne pas à évoquer le caractère chrétien de la Grande-Bretagne. Bien sûr, ce message de Pâques est donné un mois avant les élections générales. Il s’inscrit dans une série de messages bienvenus (et généralement bien tournés) de tous les politiques anglais sans exception, qui ont salué les chrétiens à l’occasion de Pâques. Tout le monde s’est fendu d’un (bref) message pascal. Même le libéral Nick Clegg (« athée », mais dont les enfants sont « élevés dans la foi catholique de leur mère »). Même le souverainiste Nigel Farage (qui se définit comme « un anglican apostat ») a tweeté un courtois « Joyeuses Pâques, passez une journée agréable et reposante ». Tous les politiques anglais ont sans exception dénoncé au quart de tour la tragédie des chrétiens persécutés en général, et l’attaque de l’université de Garissa, au Kenya anglophone en particulier – la moindre des choses, après la sévère dénonciation des Pilate de notre temps par le pape François.  Mais il n’est pas sûr que, en voulant donner plus qu’un tweet et en se fendant d’un message de Pâques en bonne et due forme, Cameron ait marqué des points auprès des croyants. Tous les commentateurs ont remarqué le côté lénifiant d’un message – si consensuel qu’il en devenait gênant et peu accordé aux drames de l’heure. Et, en effet, pourquoi se donner la peine de saluer les « valeurs chrétiennes » si c’est pour dire précisément « qu’elles ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière » ? Il poursuit : « Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ». Face à cet aimable gloubi-boulga, la presse britannique (qui visiblement connaît encore un peu de catéchisme) a donné au Premier ministre une volée de bois vert. (…) Mais même si c’est un raté de com’ (en cela, tout à fait comparable avec celui – quoique bien plus piteux à vrai dire – de la RATP sur les chrétiens d’Orient), ce message prouve que, décidément, la foi chrétienne est bien dans l’air du temps. Du coup, les politiques se doivent de bien réfléchir avant de se lancer sur ce terrain. Et parfois, ils sont capables de faire un sans-faute. Ainsi nul n’a moqué la reine Élisabeth lorsqu’elle évoquait (dans le royal message de Noël dernier) avec une grande simplicité « Jésus, une ancre dans ma vie ». Un témoignage public, à la fois pudique et sans complexe, que la souveraine britannique a donné à son peuple. Famille chrétienne (2015)
Pour nous autres Français, affligés de voir le mot « chrétien » banni un temps des couloirs de métro et de façon plus pérenne, du lexique présidentiel, cette phrase de David Cameron mériterait nos applaudissements. Outre-Manche, la presse lui a tapé sur les doigts. Il faut dire que la fin du message de Pâques du Premier ministre est indigeste (tout comme certaines réformes, en premier lieu la légalisation du « mariage » homosexuel) : « [Les valeurs chrétiennes] ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière. Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ». Comme le remarque Jean-Claude Bésida, les journalistes britanniques ont par conséquent révisé leur catéchisme. Et réclamé des convictions, au lieu de ce gloubi-boulga consensuel destiné à ne déplaire à personne à un mois des élections générales. Salon beige
That’s the thing about America: constitutional separation of Church and state prevents prayers being said in schools and stops the president himself sending out Christmas cards with the word “Christmas” on them. Yet the politician who doesn’t energetically declare his or her Christian faith can expect to be shunned by voters. Whereas in Britain, politicians don’t do God. Paradoxically, in the country where seats in the (albeit unelected) legislature are reserved for leaders of the established Christian Church, religion is seen as a very private and personal affair. Its intrusion into the political domain is seen as very … well, unBritish. So by declaring (not for the first time) in his Easter message that Britain is “a Christian country”, the Prime Minister was either being brave or reckless. Whenever public figures are invited to define Christian values as applied to an entire nation, the homespun answers given are invariably along the lines of charity, loyalty, generosity, honesty, compassion, etc. Yet Christianity was never intended (originally, anyway) to be a comforting faith; it was, and remains, a challenging and deeply uncomfortable philosophy. Every Sunday-school pupil is familiar with the traditional figure of “meek and mild” Jesus, the man dressed all in white who suffered all children to come to Him; who only ever got angry with the money-changers in the Temple; who never said a bad word about gay people and was virtually vegetarian (until he threw a whole herd of pigs off a cliff to save a demon-possessed man). The passage from the Gospel of Matthew where Jesus declared “do not suppose that I have come to bring peace to the earth. I did not come to bring peace, but a sword”, is just one glimpse of a radical faith quite different from the image of old maids cycling to Evensong through the mist. Early Christians were persecuted not because of their love for their fellow citizens, or for their tolerance or charity, but because they challenged the status quo. They said things that made others, including the authorities, feel deeply uncomfortable. (…) Yet all those qualities which Cameron claims describe Christian Britain – responsibility, hard work and compassion – can be just as easily applied to the followers of almost any religion (or, indeed, of none). So labelling us as “Christian” is meaningless. (…) Given that the Prime Minister is not going to take a stand with the church and its core beliefs against those who would oppose and denigrate them, however, why is he raising the standard in the first place? To gain a reputation as a “man of faith”, thereby gaining the respect of followers of all faiths? Perhaps. Today, throughout the world, Christians are being persecuted and killed for their beliefs – not for their tolerance or compassion – and now would be a good time for politicians to speak out. If you’re not prepared to do that, if you want to limit your expression of faith to the inside of a Hallmark greetings card, maybe you should say nothing at all. The Easter story is inspiring and profound. The lesson the Bible teaches about the resurrection is not that good people go to Heaven and that we should all be nice to one another; it is that Jesus’s sacrifice and return from the dead gives hope to anyone who chooses to believe in him. If that’s an uncomfortable message, then spiritually it’s probably the right one. (…) But it’s not what Cameron is driving at. His message may have been broadcast during Easter weekend, but it was no more Christian than any other party political broadcast. Given that he is the secular head of a secular government, that is as it should be. Alastair Campbell once announced that the politicians he served “don’t do God”. The traps are too wide and the advantages too few. In Christian Britain, when politicians do decide to give God the glory, they are best advised to do so in private. The Telegraph

Cachez ces valeurs judéo-chrétiennes que je ne saurai voir !

Dans ce monde étrange tellement « imprégné du souci évangélique des victimes » qu’il a « fait de nous des chrétiens qui s’ignorent » …

Passant leur temps, sous les coups de la barbarie islamique revenue, en minutes de silence, vigiles et bougies quasi-ininterrompus …

Où nos superhéros mêmes, dans un film sorti comme par hasard un Vendredi saint et où le héros se sacrifie à la fin, se voient désormais sommés de répondre des conséquences de leurs actes …

Pendant qu’entre deux pas de dance avec les dictateurs, nos nouveaux messies n’ont jamais de mots assez durs pour dénoncer les manquements passés de notre héritage chrétien ou (jusqu’à caviarder des déclarations de dirigeants étrangers ?) vanter les mérites supposés des autres religions et notamment de celle du Prophète …

Ou entre légions d’honneur, rançons de milliards d’euros et burkha chic sur fond d’épuration ethnique de ce qui peut rester de juif ou de chrétien du prétendu Monde musulman, récompenser les coupeurs de tête de Riyad ou les maitres chanteurs d’Ankara …

Comment ne pas s’étonner au lendemain d’un nouveau message de Pâques d’un premier ministre britannique …

Qui désavouant nos Chirac et Obama du moment et, pour électoralisme et gnangnanisme cette fois, sous la volée de bois vert de sa propre presse …

Comme de l’indifférence habituelle de la nôtre de ce côté-ci de la Manche et de l’enthousiasme attendu d’une certaine presse outre-atlantique

Ose rappeler, appelant même ses compatriotes à dénoncer les actuelles persécutions de leurs coreligionnaires dans le monde …

Tout en en oubliant certes au passage son Lévitique …

La vérité désormais universelle desdites valeurs (judéo)chrétiennes ?

David Cameron : « Oui, nous sommes un pays chrétien et nous en sommes fiers. »
Info chrétienne
28 mars 2016

Suite aux différentes attaques terroristes, David Cameron, Premier Ministre anglais, rappelle dans son discours de Pâques à Downing Street, que l’Angleterre est un pays chrétien. Il explique que ça ne doit pas être une honte, ni une invitation à rabaisser les autres croyances. Il souhaite que son message pour Pâques soit « un message d’espoir pour des millions de chrétiens en Angleterre et dans le monde entier. »

Barack Obama, alors sénateur en 2006, avait lui exprimé une toute autre opinion à l’égard des Etats-Unis : « Nous l’avons été, mais nous ne sommes plus une nation chrétienne, du moins, pas seulement. Nous sommes aussi une nation juive, une nation musulmane, une nation bouddhiste, une nation hindoue, une nation d’athées. »

Le Premier Ministre anglais rappelle les différentes actions sociales menées par les chrétiens dans son pays :

« Au coeur de toutes ces actions de gentillesse et de courage, il y a les valeurs et les croyances qui ont fait de notre pays ce qu’il est. Des valeurs de responsabilité, de travail, de charité, de compassion, la fierté de travailler pour le bien commun et d’honorer les obligations sociales que nous avons les uns pour les autres, pour nos familles, pour nos communautés. Nous chérissons ces valeurs. Ce sont des valeurs chrétiennes. Elles doivent nous donner la force de dire : Oui, nous sommes un pays chrétien, et nous en sommes fiers. «
Puis il pense aux chrétiens persécutés :

» Quand nous voyons, en 2016, des chrétiens être persécutés pour leur foi dans d’autres parties du monde, nous devons nous affirmer et tenir debout avec ceux qui pratiquent leur foi avec courage. »
David Cameron invite les leaders chrétiens dans un combat : aider « leurs frères et soeurs musulmans » à lutter contre l’extrémisme.

» C’est le grand combat qui nous attend. Nos frères et soeurs musulmans veulent notre aide. Nous devons nous étendre et les aider dans la bataille contre l’extrémisme. Nous devons construire des communautés plus fortes et plus résistantes. Nous devons nous assurer que ceux qui dérivent vers l’extrémisme soient tirés en arrière. »
Cameron le rappelle : « Il y a une place pour la foi. »

Voir aussi:

David Cameron invoque l’identité chrétienne de son pays pour la défense des chrétiens persécutés
Christophe Chaland
La Croix
07/04/2015

« La Grande Bretagne est un pays chrétien », a affirmé le premier ministre britannique David Cameron dans son message de Pâques, dimanche 5 avril, ajoutant : « En tant que chrétiens, notre responsabilité nous engage à dénoncer la persécution des chrétiens dans le monde ».

Dans un message vidéo de moins de trois minutes, le premier ministre a loué comme il l’avait fait en 2014 l’engagement des chrétiens : « Les chrétiens en Grande Bretagne ne disent pas seulement d’aimer son prochain, ils le mettent en pratique, dans des écoles confessionnelles, dans les prisons, dans des communautés locales, et pour toutes ces raisons, nous pouvons être fiers de dire : “Ce pays est chrétien.” »

Élections
« Nous sommes un pays qui inclut, accueille et accepte toutes les religions ainsi que les athées, mais nous sommes toujours une nation chrétienne », a précisé le chef du gouvernement britannique à un mois des élections générales par lesquelles le pays se dotera d’un nouveau parlement.

David Cameron a rappelé que son gouvernement avait contribué à hauteur de « dizaines de millions de livres » à la restauration du patrimoine chrétien du pays, étendant « la responsabilité » de cette « nation chrétienne » à la défense des chrétiens persécutés dans le monde : « Il est vraiment choquant de savoir qu’en 2015, des chrétiens sont toujours menacés, torturés et même tués en raison de leur foi, de l’Égypte au Nigeria, à la Libye et à la Corée du Nord. »

« Au Moyen-Orient, les chrétiens ont été chassés de leurs maisons, contraints à fuir de village en village, beaucoup d’entre eux ayant dû renier leur foi ou être assassinés » a poursuivi le premier ministre conservateur. « À tous ces chrétiens courageux d’Irak et de Syrie, nous devons dire : nous sommes avec vous. » « Durant le mois qui vient, nous devons continuer de parler d’une seule voix pour la liberté de religion », a-t-il ajouté.

Polémique
En 2014, le message pascal de David Cameron avait déclenché une polémique sur la possibilité de parler de la Grande Bretagne comme d’une nation chrétienne. L’Église anglicane, par ailleurs, ne se prive pas de critiquer à l’occasion la politique sociale du gouvernement.

Dans la presse britannique, des critiques n’ont pas manqué cette année encore, The Guardian remarquant dans un éditorial qu’aucune des « bonnes actions » imputées aux chrétiens par le premier ministre n’était spécifique de la religion chrétienne et dénonçant « une pêche aux votes ».

Christophe Chaland

Voir également:

David Cameron et son curieux message de Pâques
Jean-Claude Bésida

Famille chrétienne

08/04/2015

Alors que le Premier ministre britannique ne brille pas par sa foi, son message de Pâques insiste sur l’héritage chrétien de la Grande-Bretagne. Un exercice de communication à un mois des élections qui se révèle finalement assez raté – trop de consensus et d’édulcoration. Mais qui, par défaut, prouve que la foi chrétienne est dans l’air du temps.
En ces temps où le pape François est le leader le plus populaire de la planète, où la guerre déclarée aux chrétiens d’Orient réussit à faire bouger une RATP laïque et gleedenisée, quelque chose est peut-être en train de changer. Le christianisme – la foi chrétienne – redevient un peu à la mode. En tout cas, elle n’est plus tout à fait quelque chose de totalement ringard et déphasé. Est-il in d’être chrétien ?

C’est la question qu’on peut se poser face au message de Pâques qu’a donné le Premier ministre britannique, David Cameron à Premier Christianity Magazine.

« Nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” »

Voilà un chef de gouvernement qui a fait adopter ces derniers mois plusieurs mesures en contradiction directe avec la vision chrétienne de l’homme – le mariage entre personnes de même sexe est légal depuis le 29 mars 2014. Un homme qui est à la tête d’un pays où l’on détruit 170 000 embryons par an, où les agences d’adoption catholiques ont dû fermer les unes après les autres, et où les sages-femmes qui refusent de pratiquer l’avortement sont sanctionnées par la justice.

Or, dans ce message dont on peut voir la vidéo par exemple sur le site du Telegraph, il rappelle que l’Angleterre est, « encore un pays chrétien », que « la foi chrétienne joue un rôle dans ce pays », et que « les valeurs de la foi chrétienne sont les valeurs sur lesquelles notre pays est construit » et que « nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” ». À la différence de ses prédécesseurs, Cameron ne répugne pas à évoquer le caractère chrétien de la Grande-Bretagne.

Bien sûr, ce message de Pâques est donné un mois avant les élections générales. Il s’inscrit dans une série de messages bienvenus (et généralement bien tournés) de tous les politiques anglais sans exception, qui ont salué les chrétiens à l’occasion de Pâques. Tout le monde s’est fendu d’un (bref) message pascal. Même le libéral Nick Clegg (« athée », mais dont les enfants sont « élevés dans la foi catholique de leur mère »). Même le souverainiste Nigel Farage (qui se définit comme « un anglican apostat ») a tweeté un courtois « Joyeuses Pâques, passez une journée agréable et reposante ».

Un aimable gloubi-boulga qui a valu au Premier ministre une volée de bois vert

Tous les politiques anglais ont sans exception dénoncé au quart de tour la tragédie des chrétiens persécutés en général, et l’attaque de l’université de Garissa, au Kenya anglophone en particulier – la moindre des choses, après la sévère dénonciation des Pilate de notre temps par le pape François.

Mais il n’est pas sûr que, en voulant donner plus qu’un tweet et en se fendant d’un message de Pâques en bonne et due forme, Cameron ait marqué des points auprès des croyants. Tous les commentateurs ont remarqué le côté lénifiant d’un message – si consensuel qu’il en devenait gênant et peu accordé aux drames de l’heure. Et, en effet, pourquoi se donner la peine de saluer les « valeurs chrétiennes » si c’est pour dire précisément « qu’elles ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière » ? Il poursuit : « Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ».

Face à cet aimable gloubi-boulga, la presse britannique (qui visiblement connaît encore un peu de catéchisme) a donné au Premier ministre une volée de bois vert. L’éditorialiste du Spectator regrette que David Cameron ait donné une version « curieusement édulcorée de ce qu’est la foi chrétienne » : « En général, on considère que le cœur du message chrétien est qu’un homme, appelé le Fils de Dieu, a été mis à mort sur une croix et est ressuscité des morts ».

Le Guardian répond carrément que « le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne et que, en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens. Sa liste vague et cotonneuse de vertus – la compassion, le travail, la responsabilité – n’a rien de spécialement chrétien».

Le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne ; en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens.

Le Guardian
Quant à l’hebdomadaire Catholic Herald, il retient une seule chose : « Cameron a honte de se dire chrétien » : « L’ironie est que le Premier ministres a essayé très fort de donner l’impression qu’il n’avait pas peur de se dire chrétien. Le problème, c’est qu’il a surtout montré qu’il était terrorisé à l’idée d’être identifié comme tel. Il a bien le droit de croire ce qu’il veut et il devrait s’y tenir plutôt que d’essayer, avec un cynisme maladroit, de séduire les électeurs chrétiens pour les élections du 7 mai ». Bref, pour le principal hebdo catholique britannique, Cameron s’est pris les pieds dans le tapis.

Un raté de com’ qui prouve cependant que la foi chrétienne est dans l’air du temps

Mais même si c’est un raté de com’ (en cela, tout à fait comparable avec celui – quoique bien plus piteux à vrai dire – de la RATP sur les chrétiens d’Orient), ce message prouve que, décidément, la foi chrétienne est bien dans l’air du temps. Du coup, les politiques se doivent de bien réfléchir avant de se lancer sur ce terrain.

Et parfois, ils sont capables de faire un sans-faute. Ainsi nul n’a moqué la reine Élisabeth lorsqu’elle évoquait (dans le royal message de Noël dernier) avec une grande simplicité « Jésus, une ancre dans ma vie ». Un témoignage public, à la fois pudique et sans complexe, que la souveraine britannique a donné à son peuple.

Voir de même:

Le curieux message de Pâques de David Cameron
Le Salon Beige
08 avril 2015

« Nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” »
Pour nous autres Français, affligés de voir le mot « chrétien » banni un temps des couloirs de métro et de façon plus pérenne, du lexique présidentiel, cette phrase de David Cameron mériterait nos applaudissements. Outre-Manche, la presse lui a tapé sur les doigts. Il faut dire que la fin du message de Pâques du Premier ministre est indigeste (tout comme certaines réformes, en premier lieu la légalisation du « mariage » homosexuel) :
« [Les valeurs chrétiennes] ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière. Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ».

Comme le remarque Jean-Claude Bésida, les journalistes britanniques ont par conséquent révisé leur catéchisme. Et réclamé des convictions, au lieu de ce gloubi-boulga consensuel destiné à ne déplaire à personne à un mois des élections générales. Et de conclure :

nul n’a moqué la reine Élisabeth lorsqu’elle évoquait (dans le royal message de Noël dernier) avec une grande simplicité « Jésus, une ancre dans ma vie ». Un témoignage public, à la fois pudique et sans complexe, que la souveraine britannique a donné à son peuple. »

Voir encore:

David Cameron’s shallow, clichéd Easter message shows why politicians really shouldn’t do God 
Tom Harris
The Telegraph

28 March 2016

Ted Cruz gets it. When the US Senator was declared the winner of the Iowa caucus in February, his first words to his adoring fans were: “To God be the glory!” And he meant it.

That’s the thing about America: constitutional separation of Church and state prevents prayers being said in schools and stops the president himself sending out Christmas cards with the word “Christmas” on them. Yet the politician who doesn’t energetically declare his or her Christian faith can expect to be shunned by voters.

Whereas in Britain, politicians don’t do God. Paradoxically, in the country where seats in the (albeit unelected) legislature are reserved for leaders of the established Christian Church, religion is seen as a very private and personal affair. Its intrusion into the political domain is seen as very … well, unBritish.

So by declaring (not for the first time) in his Easter message that Britain is “a Christian country”, the Prime Minister was either being brave or reckless.
David Cameron says Britain must ‘proudly’ defend its Christian values in the face of Islamic extremists Play! 01:23
Whenever public figures are invited to define Christian values as applied to an entire nation, the homespun answers given are invariably along the lines of charity, loyalty, generosity, honesty, compassion, etc. Yet Christianity was never intended (originally, anyway) to be a comforting faith; it was, and remains, a challenging and deeply uncomfortable philosophy.

Every Sunday-school pupil is familiar with the traditional figure of “meek and mild” Jesus, the man dressed all in white who suffered all children to come to Him; who only ever got angry with the money-changers in the Temple; who never said a bad word about gay people and was virtually vegetarian (until he threw a whole herd of pigs off a cliff to save a demon-possessed man).

The passage from the Gospel of Matthew where Jesus declared “do not suppose that I have come to bring peace to the earth. I did not come to bring peace, but a sword”, is just one glimpse of a radical faith quite different from the image of old maids cycling to Evensong through the mist. Early Christians were persecuted not because of their love for their fellow citizens, or for their tolerance or charity, but because they challenged the status quo. They said things that made others, including the authorities, feel deeply uncomfortable.

Most importantly of all, they declared that there was only one true faith, that followers of other faiths were wrong, misguided and were going to Hell unless they changed their minds about which God to worship. In modern, secular Britain, that message is actually well understood by adherents of faiths other than Christianity. Other major religions reserve no place in their afterlife for those who foolishly ignore the teachings of their own sacred texts. That is not an eccentric thing for a religion to do, it is its unique selling point.
Paul Owens, left, leads a prayer over Republican presidential candidate Ted Cruz at Fresh Start Church on Sunday, March 20, 2016 in Peoria, Arizona
Yet all those qualities which Cameron claims describe Christian Britain – responsibility, hard work and compassion – can be just as easily applied to the followers of almost any religion (or, indeed, of none). So labelling us as “Christian” is meaningless. We are certainly a Christian country if by that term you mean a country whose culture and heritage are based on a centuries-long tradition of Western, state-approved Christianity. But I’m not convinced that’s what Cameron meant.

Given that the Prime Minister is not going to take a stand with the church and its core beliefs against those who would oppose and denigrate them, however, why is he raising the standard in the first place? To gain a reputation as a “man of faith”, thereby gaining the respect of followers of all faiths? Perhaps.

Today, throughout the world, Christians are being persecuted and killed for their beliefs – not for their tolerance or compassion – and now would be a good time for politicians to speak out.

If you’re not prepared to do that, if you want to limit your expression of faith to the inside of a Hallmark greetings card, maybe you should say nothing at all.

The Easter story is inspiring and profound. The lesson the Bible teaches about the resurrection is not that good people go to Heaven and that we should all be nice to one another; it is that Jesus’s sacrifice and return from the dead gives hope to anyone who chooses to believe in him. If that’s an uncomfortable message, then spiritually it’s probably the right one. Certainly, Senator Cruz would need no persuasion on the issue.

But it’s not what Cameron is driving at. His message may have been broadcast during Easter weekend, but it was no more Christian than any other party political broadcast. Given that he is the secular head of a secular government, that is as it should be.

Alastair Campbell once announced that the politicians he served “don’t do God”. The traps are too wide and the advantages too few. In Christian Britain, when politicians do decide to give God the glory, they are best advised to do so in private.

Voir de plus:

David Cameron’s Easter and Christmas messages are all really similar
Have you ever noticed the Prime Minister’s annual holiday messages are all basically the same?

Mikey Smith

The Mirror

27 Mar 2016

David Cameron called on people of all faiths and none to remember Britain’s Christian values, today, in his annual Easter message.

He paid tribute to British volunteers and servicemen and women doing work abroad and reminded us that as we tuck into our seasonal treats, that some Christians across the world are fleeing persecution.

And he made solemn reference to tragic events unfolding in the news in recent weeks.

Wait. Hang on.

That was his Christmas message.

Come to think of it, it’s also a pretty good description of his Christmas 2014 message. And his Easter message from a couple of years back…

That’s weird…

Happy Easter from robo-Cameron

Observant viewers – ones that can get past the fact that the Prime Minister looks a bit like a semi-intelligent cyborg replica of David Cameron in his 2016 Easter message video – might have noticed some similarities between today’s speech…and almost every other seasonal address he’s made to the nation.

Whereas the Queen usually picks a different theme for her Christmas speeches, Mr Cameron’s are startlingly uniform.

It’s almost as if there’s a formula for it. He plays all the same notes – but like Eric Morecambe playing the piano – not necessarily in the same order.

We took a look back at David Cameron ‘s previous holiday messages to work out the formula for the perfect Prime Ministerial holiday message.

1. Reference a recent event

Mr Cameron usually makes reference to a recent event

Usually tragic

Easter 2016

« And when terrorists try to destroy our way of life as they have tried to do again so despicably in Brussels this week – we must stand together and show that we will never be cowed by terror. »

Christmas 2015

« Millions of families are spending this winter in refugee camps or makeshift shelters across Syria and the Middle East, driven from their homes by Daesh and Assad. »

Christmas 2014

« NHS doctors, nurses and other British volunteers will be in Ebola-affected countries, working selflessly to help stop this terrible disease from spreading further. »

Easter 2014

« And we saw that same spirit during the terrible storms that struck Britain earlier this year. »

Christmas 2013

« 2013 was a significant year for the Christian faith – a year that welcomed The Most Reverend Justin Welby as the new Archbishop of Canterbury and saw His Holiness Pope Francis elected to lead the Roman Catholic Church. »

Easter 2013

« This year’s Holy Week and Easter celebrations follow an extraordinary few days for Christians; not only with the enthronement of Justin Welby as our new Archbishop of Canterbury, but also with the election of Pope Francis in Rome. »

Christmas 2012

« We cheered our Queen to the rafters with the Jubilee, showed the world what we’re made of by staging the most spectacular Olympic and Paralympic Games ever and – let’s not forget – punched way about our weight in the medal table. »

2. Pay tribute to our brave servicemen and women and/or health/aid workers serving at home and abroad

Getty
He almost always talks about our boys

Easter 2016

« And we see that hope in the aid workers and volunteers who so often risk their own lives to save the lives of others in war-torn regions across the world. »

Christmas 2015

« We must pay tribute to the thousands of doctors, nurses, carers and volunteers who give up their Christmas to help the vulnerable – and to those who are spending this season even further from home. Right now, our brave armed forces are doing their duty, around the world: in the skies of Iraq and Syria… »

Christmas 2014

« On Christmas Day thousands of men and women in our armed forces will be far from home protecting people and entire communities from the threat of terrorism and disease. »

Christmas 2013

« With peace in mind, I would like to say thank you to our brave service women and men who are helping bring peace here and around the world; to their families who cannot be with them; and to all the dedicated men and women in the emergency and caring services who are working hard to support those in need this Christmas. »

Easter 2013

« That legacy lives on in so many Christian charities and churches both at home and abroad. Whether they are meeting the needs of the poor, helping people in trouble, or providing spiritual guidance and support to those in need, faith institutions perform an incredible role to the benefit of our society. »

Christmas 2012

« With that in mind, I would like to pay particular tribute to our brave service men and women who are overseas helping bring safety and security to all of us at home; their families who cannot be with them over the holidays; and to all the dedicated men and women in the emergency services who are working hard to support those in need. »

This is almost word for word what he said in 2013

3. Declare solidarity with persecuted Christians

He’s been worried about persecuted Christians for a number of years

Easter 2016

 » When we see Christians today in 2016 being persecuted for their beliefs in other parts of the world – we must speak out and stand with those who bravely practice their faith. »

Christmas 2015

« Christians from Africa to Asia will go to church on Christmas morning full of joy, but many in fear of persecution. »

Easter 2015

« It is truly shocking that in 2015, there are still christians being threatened, tortured, even killed because of their faith.

« From Egypt to Nigeria, Libya to North Korea. Across the Middle East, Christians have been hounded out of their homes, forced to flee from village to village. Many of them forced to renounce their faith or brutally murdered. To all those brave Christians in Iraq or Syria who are practicing their faith, or sheltering others, we must say « we stand with you. » »

Christmas 2014

« And as we celebrate Easter, let’s also think of those who are unable to do so, the Christians around the world who are ostracised, abused – even murdered – simply for the faith they follow. Religious freedom is an absolute, fundamental human right. »

4. Remind people that British values are Christian values

We are a Christian country, after all

Easter 2016

« And as we celebrate Easter, let’s also think of those who are unable to do so, the Christians around the world who are ostracised, abused – even murdered – simply for the faith they follow. Religious freedom is an absolute, fundamental human right. »

Christmas 2015

« As a Christian country, we must remember what his birth represents: peace, mercy, goodwill and, above all, hope. I believe that we should also reflect on the fact that it is because of these important religious roots and Christian values that Britain has been such a successful home to people of all faiths and none. »

Easter 2015

« Across Britain, Christians don’t just talk loving thy neighbour they live it out in faith schools and prisons and community groups and it’s for all these reasons that we should feel proud to say this is a Christian country. »

Christmas 2014

« Among the joyous celebrations we will reflect on those very Christian values of giving, sharing and taking care of others. This Christmas I think we can be very proud as a country at how we honour these values through helping those in need at home and around the world. »

Easter 2012

« The New Testament tells us so much about the character of Jesus; a man of incomparable compassion, generosity, grace, humility and love. These are the values that Jesus embraced, and I believe these are values people of any faith, or no faith, can also share in, and admire. It is values like these that make our country what it is – a place which is tolerant, generous and caring. »

Easter 2011

« Easter reminds us all to follow our conscience and ask not what we are entitled to, but what we can do for others. It teaches us about charity, compassion, responsibility, and forgiveness. »

5. Remind people that even if they’re not Christian, these values still apply to them.

Try and include a riff on the phrase « people of all faiths and of none »

Easter 2016

« But they are also values that speak to everyone in Britain – to people of every faith and none. »

Christmas 2015

« I believe that we should also reflect on the fact that it is because of these important religious roots and Christian values that Britain has been such a successful home to people of all faiths and none. »

Easter 2015

« Yes we’re a nation that embraces and accepts all faiths and none. »

Christmas 2014

Thousands of churches – whether in the smallest village or biggest city – will hold open their doors and welcome people of faith and none to give thanks and celebrate together. »

Easter 2014

« So as we approach this festival I’d like to wish everyone, Christians and non-Christians, a very happy Easter. »

Easter 2012

« These are the values that Jesus embraced, and I believe these are values people of any faith, or no faith, can also share in, and admire. »

Easter 2011

« No matter what faiths we follow, these are values which speak to us all. »

Voir par ailleurs:

The central theme of this leader’s two-minute-and-25-second address was that his nation is “a Christian country.”

So who offered the inspirational message?

British Prime Minister David Cameron.

“Easter is a time for Christians to celebrate the ultimate triumph of life over death in the resurrection of Jesus,” Cameron began. “And for all of us, it’s a time to reflect on the part that Christianity plays in our national life.”

“The church is not just a collection of beautiful, old buildings; it is a living, active force doing great works right across our country,” he continued, noting how the church helps the homeless, the addicted, the suffering and the grieving.

“Across Britain, Christians don’t just talk about ‘loving thy neighbor’, they live it out in faith schools, in prisons, in community groups,” Cameron noted. “And it’s for all these reasons that we should feel proud to say, ‘This is a Christian country.’ Yes, we’re a nation that embraces, welcomes and accepts all faiths and none, but we are still a Christian country.”

Cameron also urged his fellow citizens to speak out about the persecution of Christians around the world.

Voir aussi:

Obama concerned about ‘less-than-loving expressions by Christians’
Brian Hughes

The Washington Examiner

4/7/15

President Obama used an Easter breakfast at the White House Tuesday to call out what he viewed as unbecoming comments by fellow members of the Christian community.

« On Easter, I do reflect on the fact that as a Christian, I’m supposed to love, and I have to say that sometimes when I listen to less-than-loving expressions by Christians, I get concerned, » the president said to a gathering of Christian leaders. « But that’s a topic for another day. »

Obama appeared to go off script in that exchange. He did not allude to whom he was referring.

Obama said the Easter holiday reminded him that even in the White House, some of life’s problems are trivial compared to the « extraordinary sacrifice of Jesus Christ. »

« For me, the celebration of Easter puts our earthly concerns into perspective, » Obama said. « With humility and with awe we give thanks to the extraordinary sacrifice of Jesus Christ, our savior, and reflect on the brutal pain that he suffered, the scorn that he absorbed, the sins that he bore, this extraordinary gift of salvation that he gave to us. »

The president has ignited controversy in the past with his remarks on religion. Earlier this year, Obama drew a comparison between Islamic extremism and the Christian crusades.

« And lest we get on our high horse and think this is unique to some other place, remember that during the Crusades and the Inquisition, people committed terrible deeds in the name of Christ, » he said at the National Prayer Breakfast.

Obama kept his remarks lighter on Tuesday.

Noting that his daughters were now visiting colleges, Obama said simply, « I need prayer. »

Voir encore:

On Easter, UK’s Cameron Speaks Up for Persecuted Christians, Obama Tells Christians to be Less Hateful

In a world where Western leaders and politicians regularly distance themselves from their Christian heritage, preferring to tout “multiculturalism,” United Kingdom Prime Minister David Cameron’s Easter message is refreshing.

Among other things, Cameron (see video below) made it a point to say “that we should feel proud to say, ‘This is a Christian country.’ Yes, we’re a nation that embraces, welcomes and accepts all faiths and none, but we are still a Christian country.”

In this context, the Islamic Umma – where non-Muslims are not “welcomed” or “accepted” — comes to mind: whereas the West, thanks to its Christian heritage, developed in a way as to be open and tolerant of others, the Islamic world has and likely will not.

 

In fact, Cameron also urged his fellow citizens to speak out about the persecution of Christians:

We have a duty to speak out about the persecution of Christians around the world too.  It is truly shocking that in 2015 there are still Christians being threatened, tortured, even killed because of their faith.  From Egypt to Nigeria, Libya to North Korea.  Across the Middle East Christians have been hounded out of their homes, forced to flee from village to village; many of them forced to renounce their faith or brutally murdered.  To all those brave Christians in Iraq and Syria who practice their faith or shelter others, we will say, “We stand with you.”

Meanwhile, U.S. President Obama—who is on record saying “we are no longer a Christian nation” and, unlike Cameron, never notes the Islamic identity of murderers or the Christian identity of their victims and ignored a recent UN session on Christian persecution—had this to say at the Easter Prayer Breakfast:  “On Easter, I do reflect on the fact that as a Christian, I am supposed to love.  And I have to say that sometimes when I listen to less than loving expressions by Christians, I get concerned.”

This is in keeping with his earlier statements calling on Americans in general Christians in particular to be nonjudgmental of Islamic terrorism.

In other words, those Christians who are critical and speak up against injustices, in this case, Muslim persecution of Christians, need to shut up and be doormats that allow anything and everything.  Such is “tolerance.”  Christians are being persecuted?  That’s okay, turn the other cheek, seems to be the American president’s message at a time when Christians, as Cameron noted, are being slaughtered all throughout the Islamic world.

Voir de plus:

Obama v Cameron: Who really loves Jesus?
Lucinda Borkett-Jones
Christian Today
08 April 2015

Ok, ok I know we’re not meant to judge the hearts of men, but my social media feeds are full of it. Americans are heralding the British Prime Minister for doing what their own leader has seemingly failed to do – standing up for the place of Christianity in our nation.

President Obama’s Passover and Easter message on Saturday certainly didn’t go down well, seen as an interfaith mash-up that was generally felt to appeal to everyone and speak to no-one. And his second Easter message, at yesterday’s Easter Prayer Breakfast, has also faced criticism from Christians because he included an aside about the un-loving way in which Christians sometimes approach him.

Perhaps this is a classic case of things being greener on the other side. But let’s stop for a moment and look at what they actually said.

David Cameron’s Easter message was not thanking God for Christ’s sacrifice, it was thanksgiving to God (perhaps) for Christians’ sacrifice – for the love, support and selflessness of church communities, the Big Society by any other name.

« Easter is a time for Christians to celebrate the ultimate triumph of life over death in the resurrection of Jesus. And for all of us, it’s a time to reflect on the part that Christianity plays in our national life, » the prime minister said.

« The church is not just a collection of beautiful, old buildings; it is a living, active force doing great works right across our country. When people are homeless, the church is there with hot meals and shelter. When people are addicted or in debt, when people are suffering or grieving, the church is there. »

There’s nothing wrong with that. I think it’s great that he’s paused to reflect at Easter on the fact that it’s a Christian festival, which, amid all the Easter egg hunting, can get a bit confused. I haven’t forgotten the privilege of living in a nation where he’s allowed to do that. And I’m really glad that he used the opportunity to speak about the plight of those persecuted for their faith.

But pointing out that at this time of year Christians celebrate the resurrection isn’t exactly mind blowing. And he didn’t say Jesus or the Word of God is a living, active force in the nation, he said the Church was living and active. That’s great, but it is God’s power at work in and through us – isn’t it?

I also can’t help but feel that there was an ulterior motive in what Cameron said. It strikes me that this was a prime opportunity to appeal to Christians (who we know are a politically engaged bunch), and make the most of being the only leader of the major parties with an acknowledged Christian faith.

Cameron said: « I know from the most difficult times in my own life that the kindness of the church can be a huge comfort. » The cynic in me wants to say that again while it is wonderful that he has known the love of the Church, the most important thing would be to know the love of God.

It’s not quite on a par with the Queen’s annual reminder of the love of Christ in the Christmas message, that’s all I’m saying – and even she has stepped it up a notch in recent years. In 2013 Christians got rather excited when, after the usual survey of the year in the royal calendar, she essentially started preaching the gospel to an audience of millions watching slumped on the sofa after lunch.

The Queen said: « For Christians, as for all people of faith, reflection, meditation and prayer help us to renew ourselves in God’s love, as we strive daily to become better people. The Christmas message shows us that this love is for everyone. There is no one beyond its reach. »

By comparison, although the President’s Passover and Easter message didn’t quite hit the mark, he did say that he would spend Easter Sunday « reflecting on the sacrifice of God’s only son, who endured agony on the cross so that we could live together with him ». Admittedly, he did then focus on the hope of the Easter season; a hope shared by all Americans who believe that « with common effort and shared sacrifice, our brighter future is just around the bend. »

But, far more unreasonably, Obama is facing a fair amount of flak again today for questioning whether everything Christians say is particularly Christ-like. He called on Christians to follow Christ’s example and said in an aside: « As a Christian, I am supposed to love. And I have to say that sometimes when I listen to less than loving expressions by Christians, I get concerned. But that’s a topic for another day. »

But what he said about Easter was clearly far more personal, far more about Christ than anything Cameron said: « For me, the celebration of Easter puts our earthly concerns into perspective. With humility and with awe, we give thanks to the extraordinary sacrifice of Jesus Christ, our Saviour. We reflect on the brutal pain that he suffered, the scorn that He absorbed, the sins that he bore, this extraordinary gift of salvation that he gave to us. And we try, as best we can, to comprehend the darkness that He endured so that we might receive God’s light.

« And yet, even as we grapple with the sheer enormity of Jesus’s sacrifice, on Easter we can’t lose sight of the fact that the story didn’t end on Friday. The story keeps on going. On Sunday comes the glorious Resurrection of our Saviour. »

Admittedly, he was speaking to a Christian audience, and so the emphasis was somewhat different, but these things are not confined to the audience in the room.

Now I don’t want to step into a party political debate here, though that’s hard to avoid. But one isn’t an angel and the other isn’t an animal. They are both politicians, and both seem to have some form of Christian faith – how much is anyone’s guess. And so dear friends over the pond, it isn’t so green over here. Make the most of what you have and pray for leaders of all colours to know the love of God.

David Cameron’s Easter Message to Christians
In an exclusive piece for Premier Christianity magazine this Easter, Prime Minister David Cameron speaks up on the significance of the Christian faith.
In a few days’ time, millions of people across Britain will be celebrating Easter. Just as I’ve done for the last five years, I’ll be making my belief in the importance of Christianity absolutely clear. As Prime Minister, I’m in no doubt about the matter: the values of the Christian faith are the values on which our nation was built.

I’m an unapologetic supporter of the role of faith in this country

Of course I know not everyone agrees. Many understandably feel that in this seemingly secular society, talking about faith isolates those who have no faith. Others argue that celebrating Easter somehow marginalises other religions. But I’m an unapologetic supporter of the role of faith in this country. And for me, the key point is this: the values of Easter and the Christian religion – compassion, forgiveness, kindness, hard work and responsibility – are values that we can all celebrate and share.

Personal, not just political

I think about this as a person not just a politician. I’m hardly a model church-going, God-fearing Christian. Like so many others, I’m a bit hazy on the finer points of our faith. But even so, in the toughest of times, my faith has helped me move on and drive forward. It also gives me a gentle reminder every once in a while about what really matters and how to be a better person, father and citizen.

In the toughest of times, my faith has helped me move on and drive forward

As Prime Minister, too, I’m a big believer in the power of faith to forge a better society. And that belief boils down to two things.

First, the Christian message is the bedrock of a good society. Whether or not we’re members of the Church of England, ‘Love thy neighbour’ is a doctrine we can all apply to our lives – at school, at work, at home and with our families. A sense of compassion is the centre piece of a good community.

Second, and more specifically: faith is a massive inspiration for millions of people to go out and make a positive difference. Across the country, we have tens of thousands of fantastic faith-based charities. Every day they’re performing minor miracles in local communities. As Prime Minister, I’ve worked hard to stand up for these charities and give them more power and support. If my party continues in government, it’s our ambition to do even more.

No magic wand

It’s that impulse to act which is particularly important. One of the myths we often hear at election time is the idea that governments have all the answers. It’s been the cry of every party and politician down the years: ‘put us into power and we’ll solve all your problems.’ But when I think of the truly great social changes that have helped our nation, they weren’t led or started by big governments. They were driven by individuals and activists, great businesses and charities – everyday people working to do the right thing.

The Christian message is the bedrock of a good society

One of the biggest things I’ve tried to do as Prime Minister is banish this notion that being in government means you can somehow wave a magic wand and solve all the world’s problems. Instead, it’s about taking the right decisions, and showing the right judgment and leadership, based on clear values and beliefs.

Leading the economy

The biggest area where leadership has been needed over the last five years is in our economy. We came into office at a time of exceptional pressure on the national finances. I am proud that despite the pressure on public spending, we made clear choices to help the poorest paid and most vulnerable in society. In the UK, we have increased NHS spending, despite the overriding need to deal with the deficit. We also raised the threshold of income tax to lift the poorest paid out of income tax altogether. If we came back into government, my party would lift the threshold again.

More fundamentally, the core of our recovery programme – dealing with the deficit to restore confidence in our economy – is based on enduring ideas and principles: hard work, fair play, rewarding people for doing the right thing, and securing a better future for our children.

Guided by conscience

I know that some disagree with those policies – including a number within the Church of England. But I would urge those individuals not to dismiss the people who proposed those policies as devoid of morality – or assume those policies are somehow amoral themselves. As Winston Churchill said after the death of his opponent, Neville Chamberlain, in the end we are all guided by the lights of our own reason. ‘The only guide to a man is his own conscience; the only shield to his memory is the rectitude and sincerity of his actions.’

Across the country, we have tens of thousands of fantastic faith-based charities

From standing up for faith schools to backing those who’ve fought foreign tyranny, helping parents and celebrating families, calling for more adoption of orphaned infants, bringing in a new bill to outlaw the appalling practice of modern slavery, and putting the protection of international development spending into law, this government has consistently taken decisions which are based on fundamental principles and beliefs.

I don’t just speak for myself, but for everyone who is part of my cabinet, when I say that the individuals I have worked with are driven not just by the daily demands of politics, but also by a commitment to making a positive difference. Just because some people have disagreed with our policies, does not mean those policies are missing in moral content.

Lift people up rather than count people out

So I end my argument with this: I hope everyone can share in the belief of trying to lift people up rather than count people out. Those values and principles are not the exclusive preserve of one faith or religion. They are something I hope everyone in our country believes.

That after all is the heart of the Christian message. It’s the principle around which the Easter celebration is built. Easter is all about remembering the importance of change, responsibility, and doing the right thing for the good of our children. And today, that message matters more than ever.

David Cameron, Prime Minister and leader of the Conservative Party

Voir aussi:

The Guardian view on Easter: David Cameron’s wonky cross
Jesus’s big and disruptive idea was that the value of humans has nothing to do with their usefulness. Cameron’s sanitised list of Christian virtues would leave Jesus scratching his head
The Guardian
2 April 2015

David Cameron, fishing for votes, has told an evangelical radio audience that he believes that the message of Easter involves “hard work and responsibility”. So what does he think really happened at the crucifixion? Who were the criminals nailed up on each side of Jesus? Skivers being sanctioned because they had missed their appointments at the job centre? Mr Cameron’s Christianity, as it is displayed in this interview, attempts to offend no one, and the result is an insult to Christianity and to all non-Christians as well.

It’s an insult to non-believers because the vague and fluffy list of virtues – kindness, compassion, and forgiveness as well as hard work and responsibility – have nothing distinctively Christian about them. He might as well have said that he gets his two legs from God. But it is insulting to Christians for exactly the same reason. The point of the Easter story, and especially of the crucifixion, is that none of these virtues is enough to save us. It is absolutely not a story of virtue rewarded and vice punished, but one of virtue scourged and jeered through the streets, abandoned by its friends and tortured in public to death.

Jesus did not really preach hard work, responsibility, or family values. He told his followers to consider the lilies of the field, to have no thought for the morrow, and to leave their father and mother to follow him. He came not to bring peace, but revolt. The Easter story makes even democracy look like an instrument of evil. It is the crowd who demand that Jesus be crucified and Pilate who goes along with them.

What Christianity brought into the world wasn’t compassion, kindness, decency, hard work, or any of the other respectable virtues, real and necessary though they are. It was the extraordinary idea that people have worth in themselves, regardless of their usefulness to others, regardless even of their moral qualities. That is what is meant by the Christian talk of being saved by grace rather than works, and by the Christian assertion that God loves everyone, the malformed, the poor, the disabled and even the foreigner.

The idea that humans are valuable just for being human is, many would say, absurd. We assert it in the face of all the facts of history, and arguably even of biology. This idea entered the world with Christianity, and scandalised both Romans and Greeks, but it is now the common currency of western humanism, and of human rights. It underpinned the building of the welfare state, and its maintenance over the years by millions of people of all faiths and none.

It is also an idea that Mr Cameron’s government has defined itself against. The assaults on social security, on migrants, and even on the teaching of the humanities, are all underpinned by a belief that the essential metric of human worth is their utility, and in practice their usefulness to the rich in particular, because it is the marketplace that provides the only final judgment. There are many Christians in this country who are quite content with that. Surveys show that ordinary Christians are consistently to the right of their clergy on many questions: the clergy runs food banks while the pews are full of people muttering against scroungers who believe that poverty is the fault of the poor.

But the activists have for the most part a much more critical attitude, and it is their activism which has led party leaders to be interviewed by Premier magazine. Even the smallest of the mainline churches have memberships larger than that of the political parties. The Church of England alone has twice as many people in church every Sunday as pay their subscriptions to all the political parties put together. There are at least five million active Christians in England today, and they represent a pool of committed and energetic voters that no party can ignore. They won’t all vote as a bloc, but within the existing blocs they will put in more effort, and perhaps more money, than any other group.

Hence David Cameron’s discovery of his own spiritual side. This newspaper can’t condemn him for that. We can only wish he did it more thoroughly and more often. If he were a better Christian, he might believe in, and he should fear, a judge beyond the market. For the rest of us, this election offers an opportunity to judge both him and his party.

Voir encore:

Obama’s 2006 Speech on Faith and Politics
Following is the text of Barack Obama’s keynote at the Call to Renewal’s Building a Covenant for a New America conference in Washington, D.C., in 2006.

The NYT

June 28, 2006

Good morning. I appreciate the opportunity to speak here at the Call to Renewal’s Building a Covenant for a New America conference. I’ve had the opportunity to take a look at your Covenant for a New America. It is filled with outstanding policies and prescriptions for much of what ails this country. So I’d like to congratulate you all on the thoughtful presentations you’ve given so far about poverty and justice in America, and for putting fire under the feet of the political leadership here in Washington.

But today I’d like to talk about the connection between religion and politics and perhaps offer some thoughts about how we can sort through some of the often bitter arguments that we’ve been seeing over the last several years.

I do so because, as you all know, we can affirm the importance of poverty in the Bible; and we can raise up and pass out this Covenant for a New America. We can talk to the press, and we can discuss the religious call to address poverty and environmental stewardship all we want, but it won’t have an impact unless we tackle head-on the mutual suspicion that sometimes exists between religious America and secular America.

I want to give you an example that I think illustrates this fact. As some of you know, during the 2004 U.S. Senate General Election I ran against a gentleman named Alan Keyes. Mr. Keyes is well-versed in the Jerry Falwell-Pat Robertson style of rhetoric that often labels progressives as both immoral and godless.

Indeed, Mr. Keyes announced towards the end of the campaign that, « Jesus Christ would not vote for Barack Obama. Christ would not vote for Barack Obama because Barack Obama has behaved in a way that it is inconceivable for Christ to have behaved. »

Jesus Christ would not vote for Barack Obama.

Now, I was urged by some of my liberal supporters not to take this statement seriously, to essentially ignore it. To them, Mr. Keyes was an extremist, and his arguments not worth entertaining. And since at the time, I was up 40 points in the polls, it probably wasn’t a bad piece of strategic advice.

But what they didn’t understand, however, was that I had to take Mr. Keyes seriously, for he claimed to speak for my religion, and my God. He claimed knowledge of certain truths.

Mr. Obama says he’s a Christian, he was saying, and yet he supports a lifestyle that the Bible calls an abomination.

Mr. Obama says he’s a Christian, but supports the destruction of innocent and sacred life.

And so what would my supporters have me say? How should I respond? Should I say that a literalist reading of the Bible was folly? Should I say that Mr. Keyes, who is a Roman Catholic, should ignore the teachings of the Pope?

Unwilling to go there, I answered with what has come to be the typically liberal response in such debates – namely, I said that we live in a pluralistic society, that I can’t impose my own religious views on another, that I was running to be the U.S. Senator of Illinois and not the Minister of Illinois.

But Mr. Keyes’s implicit accusation that I was not a true Christian nagged at me, and I was also aware that my answer did not adequately address the role my faith has in guiding my own values and my own beliefs.

Now, my dilemma was by no means unique. In a way, it reflected the broader debate we’ve been having in this country for the last thirty years over the role of religion in politics.

For some time now, there has been plenty of talk among pundits and pollsters that the political divide in this country has fallen sharply along religious lines. Indeed, the single biggest « gap » in party affiliation among white Americans today is not between men and women, or those who reside in so-called Red States and those who reside in Blue, but between those who attend church regularly and those who don’t.

Conservative leaders have been all too happy to exploit this gap, consistently reminding evangelical Christians that Democrats disrespect their values and dislike their Church, while suggesting to the rest of the country that religious Americans care only about issues like abortion and gay marriage; school prayer and intelligent design.

Democrats, for the most part, have taken the bait. At best, we may try to avoid the conversation about religious values altogether, fearful of offending anyone and claiming that – regardless of our personal beliefs – constitutional principles tie our hands. At worst, there are some liberals who dismiss religion in the public square as inherently irrational or intolerant, insisting on a caricature of religious Americans that paints them as fanatical, or thinking that the very word « Christian » describes one’s political opponents, not people of faith.

Now, such strategies of avoidance may work for progressives when our opponent is Alan Keyes. But over the long haul, I think we make a mistake when we fail to acknowledge the power of faith in people’s lives — in the lives of the American people — and I think it’s time that we join a serious debate about how to reconcile faith with our modern, pluralistic democracy.

And if we’re going to do that then we first need to understand that Americans are a religious people. 90 percent of us believe in God, 70 percent affiliate themselves with an organized religion, 38 percent call themselves committed Christians, and substantially more people in America believe in angels than they do in evolution.

This religious tendency is not simply the result of successful marketing by skilled preachers or the draw of popular mega-churches. In fact, it speaks to a hunger that’s deeper than that – a hunger that goes beyond any particular issue or cause.

Each day, it seems, thousands of Americans are going about their daily rounds – dropping off the kids at school, driving to the office, flying to a business meeting, shopping at the mall, trying to stay on their diets – and they’re coming to the realization that something is missing. They are deciding that their work, their possessions, their diversions, their sheer busyness, is not enough.

They want a sense of purpose, a narrative arc to their lives. They’re looking to relieve a chronic loneliness, a feeling supported by a recent study that shows Americans have fewer close friends and confidants than ever before. And so they need an assurance that somebody out there cares about them, is listening to them – that they are not just destined to travel down that long highway towards nothingness.

And I speak with some experience on this matter. I was not raised in a particularly religious household, as undoubtedly many in the audience were. My father, who returned to Kenya when I was just two, was born Muslim but as an adult became an atheist. My mother, whose parents were non-practicing Baptists and Methodists, was probably one of the most spiritual and kindest people I’ve ever known, but grew up with a healthy skepticism of organized religion herself. As a consequence, so did I.

It wasn’t until after college, when I went to Chicago to work as a community organizer for a group of Christian churches, that I confronted my own spiritual dilemma.

I was working with churches, and the Christians who I worked with recognized themselves in me. They saw that I knew their Book and that I shared their values and sang their songs. But they sensed that a part of me that remained removed, detached, that I was an observer in their midst.

And in time, I came to realize that something was missing as well — that without a vessel for my beliefs, without a commitment to a particular community of faith, at some level I would always remain apart, and alone.

And if it weren’t for the particular attributes of the historically black church, I may have accepted this fate. But as the months passed in Chicago, I found myself drawn – not just to work with the church, but to be in the church.

For one thing, I believed and still believe in the power of the African-American religious tradition to spur social change, a power made real by some of the leaders here today. Because of its past, the black church understands in an intimate way the Biblical call to feed the hungry and cloth the naked and challenge powers and principalities. And in its historical struggles for freedom and the rights of man, I was able to see faith as more than just a comfort to the weary or a hedge against death, but rather as an active, palpable agent in the world. As a source of hope.

And perhaps it was out of this intimate knowledge of hardship — the grounding of faith in struggle — that the church offered me a second insight, one that I think is important to emphasize today.

Faith doesn’t mean that you don’t have doubts.

You need to come to church in the first place precisely because you are first of this world, not apart from it. You need to embrace Christ precisely because you have sins to wash away – because you are human and need an ally in this difficult journey.

It was because of these newfound understandings that I was finally able to walk down the aisle of Trinity United Church of Christ on 95th Street in the Southside of Chicago one day and affirm my Christian faith. It came about as a choice, and not an epiphany. I didn’t fall out in church. The questions I had didn’t magically disappear. But kneeling beneath that cross on the South Side, I felt that I heard God’s spirit beckoning me. I submitted myself to His will, and dedicated myself to discovering His truth.

That’s a path that has been shared by millions upon millions of Americans – evangelicals, Catholics, Protestants, Jews and Muslims alike; some since birth, others at certain turning points in their lives. It is not something they set apart from the rest of their beliefs and values. In fact, it is often what drives their beliefs and their values.

And that is why that, if we truly hope to speak to people where they’re at – to communicate our hopes and values in a way that’s relevant to their own – then as progressives, we cannot abandon the field of religious discourse.

Because when we ignore the debate about what it means to be a good Christian or Muslim or Jew; when we discuss religion only in the negative sense of where or how it should not be practiced, rather than in the positive sense of what it tells us about our obligations towards one another; when we shy away from religious venues and religious broadcasts because we assume that we will be unwelcome – others will fill the vacuum, those with the most insular views of faith, or those who cynically use religion to justify partisan ends.

In other words, if we don’t reach out to evangelical Christians and other religious Americans and tell them what we stand for, then the Jerry Falwells and Pat Robertsons and Alan Keyeses will continue to hold sway.

More fundamentally, the discomfort of some progressives with any hint of religion has often prevented us from effectively addressing issues in moral terms. Some of the problem here is rhetorical – if we scrub language of all religious content, we forfeit the imagery and terminology through which millions of Americans understand both their personal morality and social justice. Imagine Lincoln’s Second Inaugural Address without reference to « the judgments of the Lord. » Or King’s I Have a Dream speech without references to « all of God’s children. » Their summoning of a higher truth helped inspire what had seemed impossible, and move the nation to embrace a common destiny.

Our failure as progressives to tap into the moral underpinnings of the nation is not just rhetorical, though. Our fear of getting « preachy » may also lead us to discount the role that values and culture play in some of our most urgent social problems.

After all, the problems of poverty and racism, the uninsured and the unemployed, are not simply technical problems in search of the perfect ten point plan. They are rooted in both societal indifference and individual callousness – in the imperfections of man.

Solving these problems will require changes in government policy, but it will also require changes in hearts and a change in minds. I believe in keeping guns out of our inner cities, and that our leaders must say so in the face of the gun manufacturers’ lobby – but I also believe that when a gang-banger shoots indiscriminately into a crowd because he feels somebody disrespected him, we’ve got a moral problem. There’s a hole in that young man’s heart – a hole that the government alone cannot fix.

I believe in vigorous enforcement of our non-discrimination laws. But I also believe that a transformation of conscience and a genuine commitment to diversity on the part of the nation’s CEOs could bring about quicker results than a battalion of lawyers. They have more lawyers than us anyway.

I think that we should put more of our tax dollars into educating poor girls and boys. I think that the work that Marian Wright Edelman has done all her life is absolutely how we should prioritize our resources in the wealthiest nation on earth. I also think that we should give them the information about contraception that can prevent unwanted pregnancies, lower abortion rates, and help assure that that every child is loved and cherished.

But, you know, my Bible tells me that if we train a child in the way he should go, when he is old he will not turn from it. So I think faith and guidance can help fortify a young woman’s sense of self, a young man’s sense of responsibility, and a sense of reverence that all young people should have for the act of sexual intimacy.

I am not suggesting that every progressive suddenly latch on to religious terminology – that can be dangerous. Nothing is more transparent than inauthentic expressions of faith. As Jim has mentioned, some politicians come and clap — off rhythm — to the choir. We don’t need that.

In fact, because I do not believe that religious people have a monopoly on morality, I would rather have someone who is grounded in morality and ethics, and who is also secular, affirm their morality and ethics and values without pretending that they’re something they’re not. They don’t need to do that. None of us need to do that.

But what I am suggesting is this – secularists are wrong when they ask believers to leave their religion at the door before entering into the public square. Frederick Douglas, Abraham Lincoln, Williams Jennings Bryant, Dorothy Day, Martin Luther King – indeed, the majority of great reformers in American history – were not only motivated by faith, but repeatedly used religious language to argue for their cause. So to say that men and women should not inject their « personal morality » into public policy debates is a practical absurdity. Our law is by definition a codification of morality, much of it grounded in the Judeo-Christian tradition.

Moreover, if we progressives shed some of these biases, we might recognize some overlapping values that both religious and secular people share when it comes to the moral and material direction of our country. We might recognize that the call to sacrifice on behalf of the next generation, the need to think in terms of « thou » and not just « I, » resonates in religious congregations all across the country. And we might realize that we have the ability to reach out to the evangelical community and engage millions of religious Americans in the larger project of American renewal.

Some of this is already beginning to happen. Pastors, friends of mine like Rick Warren and T.D. Jakes are wielding their enormous influences to confront AIDS, Third World debt relief, and the genocide in Darfur. Religious thinkers and activists like our good friend Jim Wallis and Tony Campolo are lifting up the Biblical injunction to help the poor as a means of mobilizing Christians against budget cuts to social programs and growing inequality.

And by the way, we need Christians on Capitol Hill, Jews on Capitol Hill and Muslims on Capitol Hill talking about the estate tax. When you’ve got an estate tax debate that proposes a trillion dollars being taken out of social programs to go to a handful of folks who don’t need and weren’t even asking for it, you know that we need an injection of morality in our political debate.

Across the country, individual churches like my own and your own are sponsoring day care programs, building senior centers, helping ex-offenders reclaim their lives, and rebuilding our gulf coast in the aftermath of Hurricane Katrina.

So the question is, how do we build on these still-tentative partnerships between religious and secular people of good will? It’s going to take more work, a lot more work than we’ve done so far. The tensions and the suspicions on each side of the religious divide will have to be squarely addressed. And each side will need to accept some ground rules for collaboration.

While I’ve already laid out some of the work that progressive leaders need to do, I want to talk a little bit about what conservative leaders need to do — some truths they need to acknowledge.

For one, they need to understand the critical role that the separation of church and state has played in preserving not only our democracy, but the robustness of our religious practice. Folks tend to forget that during our founding, it wasn’t the atheists or the civil libertarians who were the most effective champions of the First Amendment. It was the persecuted minorities, it was Baptists like John Leland who didn’t want the established churches to impose their views on folks who were getting happy out in the fields and teaching the scripture to slaves. It was the forbearers of the evangelicals who were the most adamant about not mingling government with religious, because they did not want state-sponsored religion hindering their ability to practice their faith as they understood it.

Moreover, given the increasing diversity of America’s population, the dangers of sectarianism have never been greater. Whatever we once were, we are no longer just a Christian nation; we are also a Jewish nation, a Muslim nation, a Buddhist nation, a Hindu nation, and a nation of nonbelievers.

And even if we did have only Christians in our midst, if we expelled every non-Christian from the United States of America, whose Christianity would we teach in the schools? Would we go with James Dobson’s, or Al Sharpton’s? Which passages of Scripture should guide our public policy? Should we go with Leviticus, which suggests slavery is ok and that eating shellfish is abomination? How about Deuteronomy, which suggests stoning your child if he strays from the faith? Or should we just stick to the Sermon on the Mount – a passage that is so radical that it’s doubtful that our own Defense Department would survive its application? So before we get carried away, let’s read our bibles. Folks haven’t been reading their bibles.

This brings me to my second point. Democracy demands that the religiously motivated translate their concerns into universal, rather than religion-specific, values. It requires that their proposals be subject to argument, and amenable to reason. I may be opposed to abortion for religious reasons, but if I seek to pass a law banning the practice, I cannot simply point to the teachings of my church or evoke God’s will. I have to explain why abortion violates some principle that is accessible to people of all faiths, including those with no faith at all.

Now this is going to be difficult for some who believe in the inerrancy of the Bible, as many evangelicals do. But in a pluralistic democracy, we have no choice. Politics depends on our ability to persuade each other of common aims based on a common reality. It involves the compromise, the art of what’s possible. At some fundamental level, religion does not allow for compromise. It’s the art of the impossible. If God has spoken, then followers are expected to live up to God’s edicts, regardless of the consequences. To base one’s life on such uncompromising commitments may be sublime, but to base our policy making on such commitments would be a dangerous thing. And if you doubt that, let me give you an example.

We all know the story of Abraham and Isaac. Abraham is ordered by God to offer up his only son, and without argument, he takes Isaac to the mountaintop, binds him to an altar, and raises his knife, prepared to act as God has commanded.

Of course, in the end God sends down an angel to intercede at the very last minute, and Abraham passes God’s test of devotion.

But it’s fair to say that if any of us leaving this church saw Abraham on a roof of a building raising his knife, we would, at the very least, call the police and expect the Department of Children and Family Services to take Isaac away from Abraham. We would do so because we do not hear what Abraham hears, do not see what Abraham sees, true as those experiences may be. So the best we can do is act in accordance with those things that we all see, and that we all hear, be it common laws or basic reason.

Finally, any reconciliation between faith and democratic pluralism requires some sense of proportion.

This goes for both sides.

Even those who claim the Bible’s inerrancy make distinctions between Scriptural edicts, sensing that some passages – the Ten Commandments, say, or a belief in Christ’s divinity – are central to Christian faith, while others are more culturally specific and may be modified to accommodate modern life.

The American people intuitively understand this, which is why the majority of Catholics practice birth control and some of those opposed to gay marriage nevertheless are opposed to a Constitutional amendment to ban it. Religious leadership need not accept such wisdom in counseling their flocks, but they should recognize this wisdom in their politics.

But a sense of proportion should also guide those who police the boundaries between church and state. Not every mention of God in public is a breach to the wall of separation – context matters. It is doubtful that children reciting the Pledge of Allegiance feel oppressed or brainwashed as a consequence of muttering the phrase « under God. » I didn’t. Having voluntary student prayer groups use school property to meet should not be a threat, any more than its use by the High School Republicans should threaten Democrats. And one can envision certain faith-based programs – targeting ex-offenders or substance abusers – that offer a uniquely powerful way of solving problems.

So we all have some work to do here. But I am hopeful that we can bridge the gaps that exist and overcome the prejudices each of us bring to this debate. And I have faith that millions of believing Americans want that to happen. No matter how religious they may or may not be, people are tired of seeing faith used as a tool of attack. They don’t want faith used to belittle or to divide. They’re tired of hearing folks deliver more screed than sermon. Because in the end, that’s not how they think about faith in their own lives.

So let me end with just one other interaction I had during my campaign. A few days after I won the Democratic nomination in my U.S. Senate race, I received an email from a doctor at the University of Chicago Medical School that said the following:

« Congratulations on your overwhelming and inspiring primary win. I was happy to vote for you, and I will tell you that I am seriously considering voting for you in the general election. I write to express my concerns that may, in the end, prevent me from supporting you. » The doctor described himself as a Christian who understood his commitments to be « totalizing. » His faith led him to a strong opposition to abortion and gay marriage, although he said that his faith also led him to question the idolatry of the free market and quick resort to militarism that seemed to characterize much of the Republican agenda.

But the reason the doctor was considering not voting for me was not simply my position on abortion. Rather, he had read an entry that my campaign had posted on my Web site, which suggested that I would fight « right-wing ideologues who want to take away a woman’s right to choose. » The doctor went on to write:

« I sense that you have a strong sense of justice…and I also sense that you are a fair minded person with a high regard for reason…Whatever your convictions, if you truly believe that those who oppose abortion are all ideologues driven by perverse desires to inflict suffering on women, then you, in my judgment, are not fair-minded….You know that we enter times that are fraught with possibilities for good and for harm, times when we are struggling to make sense of a common polity in the context of plurality, when we are unsure of what grounds we have for making any claims that involve others…I do not ask at this point that you oppose abortion, only that you speak about this issue in fair-minded words. »

Fair-minded words.

So I looked at my Web site and found the offending words. In fairness to them, my staff had written them using standard Democratic boilerplate language to summarize my pro-choice position during the Democratic primary, at a time when some of my opponents were questioning my commitment to protect Roe v. Wade.

Re-reading the doctor’s letter, though, I felt a pang of shame. It is people like him who are looking for a deeper, fuller conversation about religion in this country. They may not change their positions, but they are willing to listen and learn from those who are willing to speak in fair-minded words. Those who know of the central and awesome place that God holds in the lives of so many, and who refuse to treat faith as simply another political issue with which to score points.

So I wrote back to the doctor, and I thanked him for his advice. The next day, I circulated the email to my staff and changed the language on my website to state in clear but simple terms my pro-choice position. And that night, before I went to bed, I said a prayer of my own – a prayer that I might extend the same presumption of good faith to others that the doctor had extended to me.

And that night, before I went to bed I said a prayer of my own. It’s a prayer I think I share with a lot of Americans. A hope that we can live with one another in a way that reconciles the beliefs of each with the good of all. It’s a prayer worth praying, and a conversation worth having in this country in the months and years to come. Thank you.

Voir également:

Remarks by the President and the Vice President at Easter Prayer Breakfast

/…/

THE PRESIDENT:  Thank you.  (Applause.)  Thank you so much.  Thank you.  Please, everybody have a seat.  Well, good morning, everybody.

AUDIENCE:  Good morning!

THE PRESIDENT:  Welcome to the White House.  It is so good to be with you again.  We had to change up the format a little bit because I think I’ve got 30 world leaders for dinner tomorrow — (laughter) — in an effort to constrain the threat of nuclear materials getting into the wrong hand.  So it’s a good cause — (laughter) — but when you have folks over — I’m sure all of you have the same experience — you’ve got to clean up — (laughter) — do a little vacuuming, make sure that — you know.  (Laughter.)  Well, to those of you who have kids, make sure that they didn’t do something when you weren’t looking that the guests will discover.  (Laughter.)  Some vegetables they didn’t want to eat.  (Laughter.)

So we’re not at our usual round table of fellowship, but the spirit is still here.  And I know that I speak for all of you in feeling lucky that we’ve had such an extraordinary Vice President in Joe Biden — (applause) — whose faith has been tested time and time again, and has been able to find God in places that sometimes, for a lot of us, is hard to see.  So I’m blessed to have him as a friend as well as a colleague.

This is a little bittersweet — my final Easter Prayer Breakfast as President.  So I want to begin by thanking all of you for all your prayers over the year — I know they have kept us going.  It has meant so much to me.  It’s meant so much to my family.  I want to thank you most of all for the incredible ministries that you’re doing all around the country, because we’ve had a chance to work together and partner with you, and we have seen the good works — the deeds, and not just words — that so many of you have carried out.

And since 2010, this has become a cherished tradition.  I know all of you have had a very busy Holy Week, and the week leading up to Holy Week, and the week before that.  (Laughter.)  And I had a wonderful Easter morning at the Alfred Street Baptist Church — and I want to thank Pastor Wesley for his leadership.  Pastor, outstanding sermon.  (Applause.)

He was telling a few stories of his youth, talking about going to the club.  (Laughter.)  I’m just saying.  (Laughter.)  And since he’s also from Chicago, I knew the club he was talking about.  (Laughter.)  But it all led to a celebration of the Resurrection, I want to be clear.  (Laughter.)  It started with the club, but it ended up with the Resurrection.  (Laughter.)

And his outstanding and handsome young sons are with him here.  And so we want to thank him for an outstanding service.

Here at the White House, we have not had to work as hard as all of you, but we did have to deal with the Easter Egg Roll.  (Laughter.)  Imagine thousands and thousands of children hopped up on sugar — (laughter) — running around your backyard, surrounded by mascots and muppets and Shaquille O’Neal.  (Laughter.)  For 12 hours.  (Laughter.)  That was my Easter Weekend.  (Laughter.)  So we set aside this morning to come together in prayer, and reflection, and quiet.  (Laughter.)

Now, as Joe said, in light of recent events, this gathering takes on more meaning.  Around the world, we have seen horrific acts of terrorism, most recently Brussels, as well as what happened in Pakistan — innocent families, mostly women and children, Christians and Muslims.  And so our prayers are with the victims, their families, the survivors of these cowardly attacks.

And as Joe mentioned, these attacks can foment fear and division.  They can tempt us to cast out the stranger, strike out against those who don’t look like us, or pray exactly as we do.  And they can lead us to turn our backs on those who are most in need of help and refuge.  That’s the intent of the terrorists, is to weaken our faith, to weaken our best impulses, our better angels.

And Pastor preached on this this weekend, and I know all of you did, too, as I suspect, or in your own quiet ways were reminded if Easter means anything, it’s that you don’t have to be afraid.  We drown out darkness with light, and we heal hatred with love, and we hold on to hope.  And we think about all that Jesus suffered and sacrificed on our behalf — scorned, abandoned shunned, nail-scarred hands bearing the injustice of his death and carrying the sins of the world.

And it’s difficult to fathom the full meaning of that act.  Scripture tells us, “For God so loved the world that He gave His only Son, that whoever believes in Him should not perish but have eternal life.”  Because of God’s love, we can proclaim “Christ is risen!”  Because of God’s love, we have been given this gift of salvation.  Because of Him, our hope is not misplaced, and we don’t have to be afraid.

And as Christians have said through the years, “We are Easter people, and Alleluia is our song!”  We are Easter people, people of hope and not fear.

Now, this is not a static hope.  This is a living and breathing hope.  It’s not a gift we simply receive, but one we must give to others, a gift to carry forth.  I was struck last week by an image of Pope Francis washing feet of refugees — different faiths, different countries.  And what a powerful reminder of our obligations if, in fact, we’re not afraid, and if, in fact, we hope, and if, in fact, we believe.  That is something that we have to give.

His Holiness said this Easter Sunday, God “enables us to see with His eyes of love and compassion those who hunger and thirst, strangers and prisoners, the marginalized and the outcast, the victims of oppression and violence.”

To do justice, to love kindness –- that’s what all of you collectively are involved in in your own ways each and every day. Feeding the hungry.  Healing the sick.  Teaching our children.  Housing the homeless.  Welcoming immigrants and refugees.  And in that way, you are teaching all of us what it means when it comes to true discipleship.  It’s not just words.  It’s not just getting dressed and looking good on Sunday.  But it’s service, particularly for the least of these.

And whether fighting the scourge of poverty or joining with us to work on criminal justice reform and giving people a second chance in life, you have been on the front lines of delivering God’s message of love and compassion and mercy for His children.

And I have to say that over the last seven years, I could not have been prouder to work with you.  We have built partnerships that have transcended partisan affiliation, that have transcended individual congregations and even faiths, to form a community that’s bound by our shared ideals and rooted in our common humanity.  And that community I believe will endure beyond the end of my presidency, because it’s a living thing that all of you are involved with all around this country and all around the world.

And our faith changes us.  I know it’s changed me.  It renews in us a sense of possibility.  It allows us to believe that although we are all sinners, and that at time we will falter, there’s always the possibility of redemption.  Every once in a while, we might get something right, we might do some good; that there’s the presence of grace, and that we, in some small way, can be worthy of this magnificent love that God has bestowed on us.

You remind me all of that each and every day.  And you have just been incredible friends and partners, and I could not be prouder to know all of you.  I thank you for sharing in this fellowship.  I pray that our time together will strengthen our souls and fortify our faith and renew our spirit.  That we will continue to build a nation and a world that is worthy of His many blessings.

And I want to remind you all that after a good chunk of sleep when I get out of here, I’m going to be right out there with you doing some work.  (Laughter.)  So you’re not rid of me yet, even after we’re done with the presidency.  But I am going to take three, four months where I just sleep.  (Laughter.)  And I hope you all don’t mind that.

So with that, I would like to invite Reverend Doctor Derrick Harkins for our opening prayer.  (Applause.)

Voir aussi:

Imre Kertesz : « Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire »
Propos recueillis par Nicolas Weill

Le Monde

27.01.2015

Imre Kertesz, Prix Nobel de littérature (2002), a été déporté lors de la mise en œuvre de l’extermination des juifs de Hongrie, après l’occupation de ce pays par l’armée allemande en 1944. Envoyé d’abord à Auschwitz, en Pologne, puis à Buchenwald et dans le camp satellite de Zeitz, en Allemagne, il survit à la guerre et retourne dans son pays en voie de stalinisation, où il deviendra journaliste, traducteur et auteur. L’essentiel de son œuvre s’attache à transmettre cette expérience de la déportation et de la Shoah, dont il estime que, bien loin d’être le monopole des survivants, elle doit être à la fois une expérience humaine et universelle.

Dans « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas » (Actes Sud, 1995), vous dites qu’à une « certaine température, les mots perdent leur consistance », deviennent« liquides ». N’y a-t-il pas là un pessimisme fondamental, l’idée qu’il serait finalement impossible de mettre Auschwitz en mots  ?

Je suis étonné d’avoir écrit cela ! Tout le monde dit que je suis pessimiste, pourtant je me suis contenté, depuis très longtemps, de raconter ce que j’ai vécu. Etre sans destin (Actes Sud, 1998) est un récit de ma déportation, construit à partir de mon expérience personnelle. Mais quiconque a connu l’horreur d’Auschwitz a dû réécrire sa biographie et est devenu différent de ce qu’il était avant d’y être allé. Comprendre comment on est parvenu à détruire en si peu de temps physiquement et moralement six millions de juifs, quelle est la technique qui a été employée pour exterminer une telle masse de gens, voilà ce qui m’a toujours intéressé. Dans Etre sans destin, que j’ai mis treize années à écrire, j’ai choisi d’adopter le point de vue d’un enfant qui est le héros du récit, du roman ; parce que, dans les camps de concentration comme dans la dictature, on rabaisse l’homme à un niveau enfantin. Tout, même ce qui ne l’est pas, y devient « naturel ». Jusqu’à aujourd’hui, je me suis appliqué à étudier la façon dont s’élabore la langue de toutes les dictatures.

De cette expérience des camps, quel est l’« acquis » négatif qui vous paraît le principal à transmettre aujourd’hui et demain ?

L’adaptation. Pour moi, les vingt premières minutes de l’arrivée au camp sont les plus importantes. Tout se joue dans ces vingt minutes-là. C’est cela qu’il faut décrire avec les plus grands détails. Beaucoup de survivants ont préféré oublier leur processus d’entrée dans cet univers – or, là en est la leçon la plus importante. Sous la dictature de Matyas Rakosi [1892-1971, premier dirigeant de la Hongrie communiste à l’époque stalinienne], j’ai pu aussi observer ce processus à l’œuvre, surprendre les gens en train de changer, de devenir autres… J’ai rédigé Etre sans destin sous le régime de Janos Kadar [1912-1989, dirigea la Hongrie après la répression du soulèvement de 1956]. A cette époque, en 1964, le titre de l’ouvrage d’Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal – le titre résonnait juste pour moi, avant même que je puisse accéder à son contenu, ce qui, à l’époque, était fort difficile –, m’avait beaucoup stimulé, tant je me sentais sur la même longueur d’onde que cette expression.

Et quel sens prend pour vous cette notion de « banalité du mal » ?

Mon souci principal, encore une fois, est d’analyser la manière dont les gens sombrent dans le totalitarisme. J’ai ainsi rencontré beaucoup d’individus soupçonnés d’avoir été des dénonciateurs sous le régime soviétique. Eux, bien sûr, niaient l’avoir été. Disons plutôt qu’ils ne se souvenaient pas de cette période de leur vie. Cette même attitude, je l’avais remarquée après la libération de Buchenwald par les Américains. Le général Patton a exigé que les civils allemands de Weimar viennent visiter le camp : ces derniers devaient voir de leurs yeux ce que l’on y avait commis en leur nom. C’était le 11 avril 1945, le soleil brillait, j’étais encore là, assis à côté des baraques, et j’ai vu un groupe ­conduit par les Américains arriver à un baraquement où gisaient des malades atteints du typhus. Les Allemands poussaient des cris d’horreur et d’effroi. Huit années durant, ces gens s’étaient pourtant habitués à avoir dans leur voisinage des détenus à qui il arrivait de traverser la ville au vu et au su de tous. Cette horreur, ils l’avaient vue passer, mais sans savoir.

Qu’est-ce qui a irrémédiablement changé avec Auschwitz ?

La basse continue de la morale humaniste, celle qui existe chez Bach avec des accords parfaits, des tonalité en mi majeur ou en sol majeur, une culture fermée où chaque mot signifiait ce qu’il voulait dire et seulement cela, voilà ce qui a disparu avec Auschwitz et le totalitarisme. Comme Arnold Schoenberg [1874-1951, qui a révolutionné le langage musical en renonçant au système tonal de sept notes] l’a fait pour la musique, j’ai découvert, avec mon écriture, une « prose atonale », qui illustre la fin du consensus et de la culture humaniste, celle qui valait à l’époque de Bach et ensuite. Dans Etre sans destin, j’ai renversé le Bildungsroman, le roman de formation allemand. On peut dire que mes livres sont des récits de la « dé-formation ».

Vous avez parlé, dans un recueil d’essais, de « L’Holocauste comme culture »(Actes Sud, 2009). Que vous inspire la renaissance de l’antisémitisme en Europe ? N’y voyez-vous pas comme l’annonce d’un échec de cette « culture d’Auschwitz », devenue si centrale, notamment après la chute du communisme ?

Cette recrudescence de l’antisémitisme, qui est un phénomène mondial, je la trouve bien entendu effarante. Avant même les attaques terroristes de janvier à Paris, j’avais fait la remarque que l’Europe était en train de mourir de sa lâcheté et de sa faiblesse morale, de son incapacité à se protéger et de l’ornière morale évidente dont elle ne pouvait s’extraire après Auschwitz. La démocratie reste impuissante à se défendre, et insensible devant la menace qui la guette. Et le risque est grand de voir les gardes-frontières qui entreprennent de défendre l’Europe contre la barbarie montante, les décapitations, la « tyrannie orientale », devenir à leur tour des fascistes. Que va devenir l’humanité dans ces conditions ? Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire, et beaucoup de signes montrent que sa répétition est possible.

Dans « L’Ultime Auberge »(Actes Sud, 318 p., 22,80 euros), vous affirmez également que le « juif d’Europe », le juif assimilé, est « un vestige ». Pourquoi ?

Tout dépend de ce que l’on entend par judaïsme. J’ai fait ma bar-mitsva et me souviens qu’à cette occasion on m’avait offert une montre en or, que les gendarmes hongrois m’ont confisquée lorsque j’ai été arrêté et déporté. Est-on juif par naissance ou bien parce que l’on a été élevé dans cette tradition ? Je suis un Européen, j’ai été éduqué en Europe et je n’ai pas beaucoup de notions de la tradition juive. J’ai lu peu de philosophes juifs et ne suis pas citoyen d’Israël… Selon moi, il y a trois façons de percevoir le judaïsme européen après l’Holocauste : celle de Primo Levi, qui le regarde selon le point de vue d’avant Auschwitz, celui de la bourgeoisie assimilée ; celui de l’écrivain polonais Tadeusz Borowski [1922-1951, survivant d’Auschwitz et de Dachau], qui décrit Auschwitz ; et la troisième, la mienne, qui souhaite s’occuper des conséquences d’Auschwitz. En tout cas, je me sens juif quand on persécute les juifs.

A la différence d’autres survivants de la Shoah, vous avez conservé une relation ­intime à la langue et à la culture allemandes, que vous parlez et traduisez en hongrois. Au point d’être allé vivre une dizaine d’années à Berlin, d’où vous êtes revenu récemment pour vous réinstaller à Budapest. Pourquoi ?

Je ne crois nullement que chaque Allemand porte le nazisme dans ses gènes, et je suis sur ce point en désaccord avec l’historien américain Daniel Goldhagen [auteur des Bourreaux volontaires d’Hitler (Seuil, 1997),pour qui il aurait existé un « antisémitisme exterminateur » spécifique à l’Allemagne]. Ma relation à la langue allemande a quant à elle été déterminée par le fait qu’à l’époque de la dictature Rakosi il était impossible de trouver en Hongrie de la littérature correcte. Je me suis procuré des œuvres de Thomas Mann, et c’est grâce à la littérature allemande que j’ai réussi à me préserver de cette propagande réaliste soviétique. Nietzsche était considéré comme une lecture interdite pendant la période communiste, et je me suis mis à traduire La Naissance de la tragédie en hongrois à la fin de la période Kadar. Juste après la guerre, alors que j’étais un apprenti journaliste, je suis allé à l’Opéra. La Walkyrie était au programme. J’avais 19 ou 20 ans. A cette époque, on ne pouvait rien savoir de Wagner, et je n’avais pas la moindre idée de ce que je voyais sur scène, aucun livret n’était disponible. Et pourtant, cette représentation a déterminé ma vie.

Pensez-vous que dans l’ex-Europe ­communiste la mémoire d’Auschwitz joue le même rôle qu’à l’ouest du continent ?

Mon expérience d’Auschwitz est singulière et n’est guère comprise en Hongrie. C’est seulement maintenant qu’on commence à prendre quelques distances dans ce pays avec l’idée que dans ce camp il y a eu une « guerre germano-juive » ! En Europe occidentale, le travail sur l’Holocauste est certes plus avancé. Mais même les soixante-huitards allemands qui demandaient à leurs parents ce qu’ils avaient fait pendant la guerre n’ont pas obtenu de réponse à leur question. Il a manqué une génération.

Dans « Dossier K. » (Actes Sud, 2008), vous parlez de votre découverte de Kant. Y a-t-il une philosophie possible après Auschwitz ?

Un jour, je suis parti en vacances avec ma première femme près du lac Balaton. A cause d’une pluie incessante, on ne pouvait ni se baigner ni aller à la plage. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était se mettre sur une terrasse et lire. C’est alors que j’ai jeté un coup d’œil sur La Critique de la faculté de juger, et je n’ai pas pu reposer le livre. Cela a eu un effet incroyable sur moi, même si je ne pratique pas du tout la philosophie, et surtout pas en tant que discipline. Mais cette lecture m’a marqué. Ce que Kant m’a enseigné, c’est que le sujet, le moi, est au centre. Marx oppose le monde, la matière au moi. Dans un pays dont la philosophie officielle était le marxisme, la centralité du moi était une énormité. L’idée d’un monde extérieur absolument indépendant de moi ne m’a jamais plu. Je n’ai rien lu d’autre de Kant, et tout ce que j’en sais est dans cette œuvre. Il m’a enseigné que je suis, que rien n’est indépendant du moi, car si je meurs, le monde meurt avec moi.

(Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzvai)

Parcours
9 novembre 1929 : Imre Kertesz naît dans une famille juive de Budapest.
1944 : à 15 ans, il est arrêté et déporté à Auschwitz, puis dans le camp de travail de Zeitz. Il est libéré par les Américains à Buchenwald. Il retourne à Budapest où il devient journaliste, auteur de comédie, traducteur, et un écrivain au style ironique.
1975 : parution en hongrois du récit de sa déportation Etre sans destin. La plupart de ses œuvres sont axées autour de la Shoah.
2002 : prix Nobel de littérature. Installation à Berlin jusqu’en 2013, avant de retourner à Budapest après la maladie de Parkinson qui le frappe.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2015/01/27/auschwitz-n-a-pas-ete-un-accident-de-l-histoire_4564126_3210.html#RHPdsPDLOXx3gsae.99

Voir enfin:

« Batman vs Superman » : c’est Aristote contre Kant (en plus désespérant)
Simon Merle
Philosophie supra-héroïque

Le Nouvel Obs

02-04-2016

LE PLUS. Prenez Batman et Superman dans le dernier film de Zach Snyder, où les deux super-héros s’opposent. Prenez maintenant deux philosophes célébrissimes pour leurs réflexions autour de la morale et de la justice : Artistote et Kant. Quels sont leurs points communs ? Qui gagne à la fin ? Les explications de Simon Merle, auteur de « Super-héros et philo » (Bréal).
Édité par Henri Rouillier

La bonne idée de ce nouveau film des écuries DC Comics, c’est de mettre en opposition deux conceptions de la justice, en leur donnant vie à travers l’affrontement de deux héros mythiques. Mais le sérieux du propos, à la fois force et faiblesse d’une œuvre qui exclue la distanciation de l’humour, est-il assumé jusqu’au bout ?

Superman et Batman ne sont pas des citoyens comme les autres. Ce sont tous les deux des hors-la-loi qui œuvrent pour accomplir le Bien. Néanmoins, leur rapport à la justice n’est pas le même: l’un incarne une loi supérieure, l’autre cherche à échapper à l’intransigeance des règles pour mieux faire corps avec le monde.

Superman, un justicier inflexible

Le personnage de Superman évoque une justice divine transcendante, ou encore supra-étatique. À plusieurs reprises, le film met en évidence le défaut de cette justice surhumaine, trop parfaite pour notre monde. Superman est un héros kantien, pour qui le devoir ne peut souffrir de compromission. Cette rigidité morale peut alors paradoxalement conduire à une vertu vicieuse, trop sûre d’elle même.

On reprochait au philosophe de Königsberg sa morale de cristal, parfaite dans ses intentions mais prête à se briser au contact de la dure réalité. Il en va de même pour Superman et pour sa bonne volonté, qui vient buter sur la brutalité de ses adversaires et sur des dilemmes moraux à la résolution impossible.

Batman, un justicier de l’ombre

Le personnage de Batman incarne quant à lui une justice souple, souterraine, infra-étatique et peut-être trop humaine. Le modèle philosophique le plus proche est celui de la morale arétique du philosophe Aristote. Si les règles sont trop rigides, il faut privilégier, à la manière du maçon qui utilise comme règle le fil à plomb qui s’adapte aux contours irréguliers, une vertu plus élastique.

Plutôt que d’obéir à des impératifs catégoriques, le justicier est celui qui sait s’adapter et optimiser l’agir au cas particulier. Paradoxalement, cette justice de l’ombre peut aller jusqu’à vouloir braver l‘interdit suprême ; le meurtre; puisque Batman veut en finir avec Superman.

L’affrontement n’aura pas lieu

Il est bien dommage que la deuxième partie du film brouille la distinction entre ces deux conceptions du bien, et que l’alliance occasionnelle des deux héros la rende finalement inopérante. De la même façon, le film pose dès le départ, à travers les discours d’une sénatrice, le problème critique du recours au super-héros.

Ce dernier déresponsabilise l’homme, court-circuite le débat démocratique et menace par ses super-pouvoirs toute possibilité d’un contre-pouvoir. Les « Watchmen », adaptation plus subtile de l’oeuvre de Alan Moore par le même Zack Snyder posait déjà la question : « Who watches the Watchmen ? » La dernière moitié de son nouveau film est bien moins interrogative, et elle semble même légitimer l’inflation annoncée du recours au super-héroïsme dans de futurs « League Of Justice ». On peut regretter que le combat des idées n’ait pas eu lieu, en cédant trop rapidement sa place au trop classique combat des poings.

Simon Merle, auteur de « Super-héros et Philo » (Bréal, 2012)


Doctrine Obama: Attention, un angélisme peut en cacher un autre (Passionless presidency: A hundred years on, Hobbesian optimist Obama comes up with his own version of Angell’s Great Illusion of the supposed futility of hard power)

25 mars, 2016
grande-illusion-movie-posterDisgrace2ObamaWaveOTangoApologizer in chief on DDaygun-laws
Speak softlyNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Si j’étais juif et étais né en Allemagne et y gagnais ma vie, je revendiquerais l’Allemagne comme ma patrie au même titre que le plus grand des gentils Allemands et le défierais de m’abattre ou de me jeter au cachot; je refuserais d’être expulsé ou soumis à toute mesure discriminatoire. Et pour cela, je n’attendrais pas que mes coreligionaires se joignent à moi dans la résistance civile mais serais convaincu qu’à la fin ceux-ci ne manqueraient pas de suivre mon exemple. Si un juif ou tous les juifs acceptaient la prescription ici offerte, ils ne pourraient être en plus mauvaise posture que maintenant. Et la souffrance volontairement subie leur apporterait une force et une joie intérieures que ne pourraient leur apporter aucun nombre de résolutions de sympathie du reste du monde. Gandhi (le 26 Novembre 1938)
Il vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance. Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Des juifs sont persécutés, volés, maltraités, torturés, assassinés. Et vous, Mahatma Gandhi, dites que leur position dans le pays où ils souffrent tout ceci est un parallèle exact avec la position des Indiens en Afrique du sud au moment où vous inauguriez votre célèbre « force de la vérité » ou « force de la campagne d’âme » (Satyagraha) (…) Mais, Mahatma, savez-vous ou ne savez-vous pas ce qu’est un camp de concentration et ce qui s’y passe? Martin Buber
Les Etats-Unis étaient allés au Viêt-nam pour porter un coup d’arrêt à ce qu’ils estimaient être un complot communiste centralisé, et ils échouèrent. De l’échec de l’Amérique, Moscou déduisit ce que les tenants de la théorie des dominos avaient tant redouté, à savoir que la corrélation historique des forces avait tourné en sa faveur. En conséquence, l’URSS essaya d’étendre son hégémonie au Yémen, en Angola, en Ethiopie, et enfin en Afghanistan. Mais elle découvrit, ce faisant, que les réalités géopolitiques s’appliquaient autant aux sociétés communistes qu’à leurs soeurs capitalistes. De fait, étant moins élastique, le surengagement soviétique n’engendra pas une catharsis, comme en Amérique, mais la désintégration. Les événements auraient-ils évolué dans la même direction si l’Amérique s’était contentée de rester passive en comptant sur l’évolution de l’histoire pour se charger du défi communiste ? Ou bien cette démission aurait-elle créé un élan et une certitude de l’inéluctabilité de la victoire, chez les communistes, suffisants pour retarder, voire conjurer, l’effondrement soviétique ? La question reste posée. Quelle que soit la réponse des experts, l’homme d’Etat ne peut adopter la démission comme principe d’action politique. Il peut apprendre à modérer sa confiance dans ses évaluations et à faire la part des imprévus; mais compter sur la chute éventuelle d’un adversaire menaçant est une politique qui n’offre aucun réconfort aux millions de victimes immédiates et transforme l’art de gouverner en un pari téméraire sur l’intuition. Henry Kissinger (Diplomatie, 1994)
Norman Angell establishes this apparent paradox, in so far as the economic problem is concerned, by showing that wealth in the economically civilized world is founded upon credit and commercial contract (these being the outgrowth of an economic interdependence due to the increasing division of labour and greatly developed communication). If credit and commercial contract are tampered with in an attempt at confiscation, the credit-dependent wealth is undermined, and its collapse involves that of the conqueror; so that if conquest is not to be self-injurious it must respect the enemy’s property, in which case it becomes economically futile. Thus the wealth of conquered territory remains in the hands of the population of such territory. When Germany annexed Alsace, no individual German secured a single mark’s worth of Alsatian property as the spoils of war. Conquest in the modern world is a process of multiplying by x, and then obtaining the original figure by dividing by x. For a modern nation to add to its territory no more adds to the wealth of the people of such nation than it would add to the wealth of Londoners if the City of London were to annex the county of Hertford. Wikipedia
La Grande Illusion (titre original : The Great Illusion) est un livre de Norman Angell paru en 1910. Une première version est publiée en 1909 en Angleterre sous le titre Europe’s Optical Illusion. Cet essai défend la thèse selon laquelle une guerre ne peut plus éclater grâce au poids du crédit présent partout dans le monde ou que, si elle éclate, elle serait courte. Cela contribua au fait que la population européenne n’était pas prête à la guerre. Traduit simultanément dans de très nombreux pays, cette analyse de Norman Angell est contredite par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Cependant en 1933, Angell fait paraître une nouvelle version de son livre qui lui vaut le prix Nobel de la paix la même année. Il y modifie son analyse d’avant-guerre : selon lui, une nation ne gagne pas à déclarer la guerre pour des raisons économiques. Wikipedia
A sa sortie en 1937, le long métrage est jugé comme un film de gauche pacifiste en faveur du rapprochement entre les peuples. Le personnage du juif Rosenthal est apprécié parce qu’il est censé battre en brèche les antisémites en montrant que les Juifs font la guerre comme tout le monde. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, certains journalistes se déchaînent contre le film. Le personnage cupide de Rosenthal révèle l’antisémitisme banal et populaire des Français de l’entre-deux-guerres. Les gestes d’amitié entre soldats français et allemands sont vécus comme annonciateurs du régime de Vichy et comme une invitation à la collaboration. Il faudra attendre la Nouvelle Vague pour voir le film réhabilité et porté aux nues par des cinéastes comme François Truffaut, grand admirateur de Jean Renoir. Le jeune metteur en scène interprète alors le film de façon rétrospective, à la lumière de la Seconde Guerre mondiale. Il pense que la grande illusion est de penser en 1918 que c’est la dernière guerre. Et de citer les derniers dialogues du film :  Maréchal : Il faut bien qu’on la finisse cette putain de guerre… en espérant que c’est la dernière. Rosenthal : Ah, tu te fais des illusions ! Marc Ferro
La Grande illusion évoque la fin du règne de l’aristocratie dans l’armée en soulignant le déclin de la cavalerie à l’issue de la Première Guerre mondiale. Les portraits croisés du Capitaine de Boeldieu et de Von Rauffenstein illustrent admirablement cette idée. (…) A la sortie du film aux Usa en 1938, Jean Renoir déclara : parce que je suis pacifiste, j’ai réalisé La Grande illusion. Pour moi, un vrai pacifiste, c’est un Français, un Américain, un Allemand authentique. Ce pacifisme fut parfois interprété à tort comme un antimilitarisme. (…) La Grande illusion fut nommé aux Oscar dans la catégorie meilleur film en 1939. Un fait rarissime pour un film étranger. Le jury du Festival de Venise (1937) n’osa attribuer que le prix de la Meilleure contribution artistique à La Grande illusion. Mais cette récompense provoqua tout de même la colère des autorités mussoliniennes et nazies. Le film fut même censuré en Italie et en Allemagne. Le titre du film a été emprunté au livre homonyme de Norman Angell datant de 1911. Cet auteur, prix Nobel de la paix en 1933, y développait la théorie que la guerre n’apporte aucun avantage, même aux vainqueurs. Suite à l’interdiction en France du film à partir de 1940 pour son absence d’idéologie patriotique, Jean Renoir prend la décision d’en modifier certains segments. En 1946, il décide de couper la scène d’amour entre Jean Gabin et Dita Parlo, ainsi qu’une autre séquence où le personnage juif de Rosenthal donne du chocolat à une sentinelle allemande. Il est vraisemblable que le couple formé par un Français et une Allemande semblait insupportable après l’occupation allemande et la collaboration. Quant à la scène de Rosenthal, elle a dû paraître antisémite. Jean Renoir et Charles Spaak ont été attaqués en justice par l’écrivain Jean des Vallières (10), ancien aviateur et prisonnier, pour le plagiat de son œuvre Kavalier Scharnhorst. Trame ressemblante, même scène de prisonniers travestis, même utilisation de la chanson Il était un petit navire et de l’expression streng verboten, entre autres coïncidences. Finalement, les deux scénaristes furent blanchis de cette accusation. A noter que l’affaire se régla toutefois par le versement à Jean des Vallières d’une somme dont le montant demeure secret. La Grande illusion fut très apprécié aux Usa à sa sortie. Jean Renoir affirme que le bon accueil qui lui fut réservé lors de son exil Outre-atlantique en 1940 est dû à ce film. La Grande illusion reçut un accueil mitigé dans les démocraties occidentales. Tandis que le Ministre socialiste Paul-Henri Spaak (qui se trouve être le frère de Charles Spaak, scénariste de ce film) l’interdit en Belgique, Winston Churchill le condamne en Grande-Bretagne. A l’inverse, le président des Etats-Unis Roosevelt se fait projeter le long métrage le 11 novembre 1937 et déclare : tous les démocrates du monde devraient voir ce film. Citebd
Il y a des rencontres parfois inopportunes, souvent gênantes. Celles qui laissent des taches indélébiles dans les mémoires d’un chef d’Etat. Ces dîners avec le diable pour lesquels, en dépit de toutes les longues cuillères utilisées, les démocraties perdent chaque fois un peu de leur éclat. On se souvient de la réception par François Mitterrand du dictateur polonais Wojciech Jaruzelski, en 1985, une visite qui avait“troublé” le Premier ministre de l’époque, Laurent Fabius, ou celle de Fidel Castro, en 1995. Dans les carnets de bal présidentiels, figurent aussi (entre autres) la longue amitié entre la France de Jacques Chirac et Saddam Hussein, l’ancien maître de l’Irak, l’invitation du très contesté président zimbabwéen Robert Mugabe, la tente de Kadhafi plantée dans les jardins de l’hôtel de Marigny, en 2007, ou la venue de Bachar El-Assad au défilé du 14-Juillet, en 2008… Sans parler de la longue liste des voyages présidentiels dans ces pays où les droits des citoyens sont bafoués mais les contrats commerciaux convoités, comme ceux menés tambour battant par Manuel Valls en Egypte et en Arabie Saoudite début octobre. La chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’Union soviétique, le décollage économique de la Chine ou les “printemps arabes” avaient pu donner l’illusion que la démocratie était au coin de la rue. Erreur. Les carrefours de l’Histoire sont jonchés d’embûches. La montée des peurs et les nouveaux désordres mondiaux incitent aujourd’hui nos régimes à de nouvelles alliances, à de nouveaux compromis. Quitte à être moins regardants sur la qualité de nos amis. Pis, au nom d’une prétendue stabilité, il faudrait non seulement dîner mais aussi passer de petits arrangements avec les autocrates. Mais ce retour à la mode de la realpolitik ne doit pas faire illusion : si celle-ci a pour objet de nous rassurer, elle a aussi ses limites, précisément celles qu’exposait Benjamin Franklin il y a deux siècles et demi : “Ceux qui abandonnent la liberté pour acheter une sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. » Cette phrase datée de 1855 (sic) est inscrite sur une plaque du socle de la statue de la Liberté.  Courrier international
Le président améri­cain Barack Obama s’est rendu à Cuba, accom­pa­gné de sa femme, Michelle et de ses deux filles, Sasha et Malia, 14 et 17 ans, pour offi­cia­li­ser la norma­li­sa­tion des rela­tions entre les deux pays. Au cours de ce dépla­ce­ment symbo­lique et histo­rique, la famille Obama est appa­rue plus complice que jamais. Dès la descente de l’avion prési­den­tiel, ce dimanche 20 mars, les quatre membres de la famille Obama étaient déten­dus et souriant. Leur visite de trois jours à Cuba, censée offi­cia­li­ser le réchauf­fe­ment des rela­tions entre l’île et les Etats-Unis, montre une nouvelle fois leur capa­cité à rester spon­ta­nés au milieu des rigueurs proto­co­laires. Les robes fleu­ries de Michelle, l’en­thou­siasme de Barack au match de base­ball, les talents de traduc­trice de Malia, l’aî­née de leurs filles… Chacun de leurs gestes étaient scru­tés, mais ils ont sans conteste réussi l’exer­cice de séduc­tion, toujours avec leur décon­trac­tion légen­daire. Barack Obama est ainsi devenu le premier président améri­cain en exer­cice à se rendre à Cuba depuis près de 90 ans. C’était l’oc­ca­sion pour lui, à 10 mois de la fin de son mandat, de confir­mer le dégel avec La Havane, engagé fin 2014, mais aussi pour le président cubain, Raul Castro, de plai­der une nouvelle fois pour la suppres­sion de l’em­bargo écono­mique qui péna­lise son île depuis 1962. A côté de ce contexte diplo­ma­tique solen­nel, la famille Obama s’est égale­ment adon­née avec une joie non dissi­mu­lée à la décou­verte de l’île ; de la vieille ville de La Havane, avec ses monu­ments histo­riques et ses jardins, à l’équipe de base­ball natio­nale cubaine. (…) En voyant les photos de la famille Obama à Cuba, on croi­rait presque assis­ter aux vacances d’une famille comme les autres, si ce n’est les jour­na­listes et les offi­ciels cubains que l’on aperçoit parfois à leurs côtés. Malia et Sasha profi­taient de quelques jours de Spring break (vacances de prin­temps), avant de retour­ner en cours. C’était d’ailleurs peut être les dernières vacances en famille pour Malia, qui devrait quit­ter les siens pour entrer à l’uni­ver­sité, à l’au­tomne prochain. Gala
En visite offi­cielle en Argen­tine, le président Obama s’est livré à une démons­tra­tion de tango au bras d’une grande danseuse, tandis que sa femme Michelle esquis­sait elle aussi quelques pas avec un danseur profes­sion­nel. (…) Après avoir conquis les médias en famille lors de leur visite histo­rique à Cuba, les Obama ont laissé leur deux filles retour­ner en cours, et ont rejoint l’Ar­gen­tine pour une visite offi­cielle de deux jours. Ce jeudi 24 mars, le couple devrait assis­ter aux commé­mo­ra­tions du 40e anni­ver­saire du coup d’Etat de 1976. Là encore, la présence du président améri­cain est forte­ment symbo­lique, puisque les Etats-Unis soute­naient à l’époque l’ins­tau­ra­tion de la dicta­ture mili­taire en Argen­tine. S’il n’a pas prononcé de mea-culpa offi­ciel, Barack Obama a souli­gné que l’in­gé­rence améri­caine était révo­lue, et que son pays n’était pas « à court d’au­to­cri­tique ». Il a aussi dit préfé­rer « la démo­cra­tie à la dicta­ture ». Alter­ner décla­ra­tions fortes et petits happe­nings média­tiques, voici la diplo­ma­tie selon Obama. Gala
Par conséquent, tout ce qui résulte d’un temps de guerre, où tout homme est l’ennemi de tout homme, résulte aussi d’un temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle que leur propre force et leur propre capacité d’invention leur donneront. Dans un tel état, il n’y a aucune place pour un activité laborieuse, parce que son fruit est incertain; et par conséquent aucune culture de la terre, aucune navigation, aucun usage de marchandises importées par mer, aucune construction convenable, aucun engin pour déplacer ou soulever des choses telles qu’elles requièrent beaucoup de force; aucune connaissance de la surface de la terre, aucune mesure du temps; pas d’arts, pas de lettres, pas de société, et, ce qui le pire de tout, la crainte permanente, et le danger de mort violente; et la vie de l’homme est solitaire, indigente, dégoûtante, animale et brève. Thomas Hobbes
Ceux qui abandonnent la liberté pour acheter une sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. Benjamin Franklin
The choice is not between order and liberty. It is between liberty with order and anarchy without either. There is danger that, if the Court does not temper its doctrinaire logic with a little practical wisdom, it will convert the constitutional Bill of Rights into a suicide pact. Justice Robert Jackson (1949)
En ce qui concerne notre défense commune, nous refusons de faire le choix erroné entre notre sécurité, d’une part, et nos idéaux, de l’autre. Barack Hussein Obama (discours d’investiture, 21 janvier 2009)
We are powerful enough to be able to test these propositions without putting ourselves at risk. And that’s the thing … people don’t seem to understand. You take a country like Cuba. For us to test the possibility that engagement leads to a better outcome for the Cuban people, there aren’t that many risks for us. It’s a tiny little country. It’s not one that threatens our core security interests, and so [there’s no reason not] to test the proposition. And if it turns out that it doesn’t lead to better outcomes, we can adjust our policies. The same is true with respect to Iran, a larger country, a dangerous country, one that has engaged in activities that resulted in the death of U.S. citizens, but the truth of the matter is: Iran’s defense budget is $30 billion. Our defense budget is closer to $600 billion. Iran understands that they cannot fight us. … You asked about an Obama doctrine. The doctrine is: We will engage, but we preserve all our capabilities.” The notion that Iran is undeterrable — “it’s simply not the case,” he added. “And so for us to say, ‘Let’s try’ — understanding that we’re preserving all our options, that we’re not naïve — but if in fact we can resolve these issues diplomatically, we are more likely to be safe, more likely to be secure, in a better position to protect our allies, and who knows? Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. … We’re not relinquishing our capacity to defend ourselves or our allies. In that situation, why wouldn’t we test it? Barack Hussein Obama
It’s the dreamers — no matter how humble or poor or seemingly powerless — that are able to change the course of human events. We saw it in South Africa, where citizens stood up to the scourge of apartheid. We saw it in Europe, where Poles marched in Solidarity to help bring down the Iron Curtain. In Argentina, where mothers of the disappeared spoke out against the Dirty War. It’s the story of my country, where citizens worked to abolish slavery, and establish women’s rights and workers’ rights, and rights for gays and lesbians. It’s not to say that my country is perfect — we are not. And that’s the point. We always have to have citizens who are willing to question and push our government, and identify injustice. We have to wrestle with our own challenges — from issues of race to policing to inequality. But what makes me most proud about the extraordinary example of the United States is not that we’re perfect, but that we struggle with it, and we have this open space in which society can continually try to make us a more perfect union. (…) As the United States begins a new chapter in our relationship with Cuba, we hope it will create an environment that improves the lives of the Cuban people -– not because it’s imposed by us, the United States, but through the talent and ingenuity and aspirations, and the conversation among Cubans from all walks of life so they can decide what the best course is for their prosperity. As we move toward the process of normalization, we’ll have our differences, government to government, with Cuba on many issues — just as we differ at times with other nations within the Americas; just as we differ with our closest allies. There’s nothing wrong with that. (…) And whether it’s crackdowns on free expression in Russia or China, or restrictions on freedom of association and assembly in Egypt, or prison camps run by the North Korean regime — human rights and fundamental freedoms are still at risk around the world. And when that happens, we believe we have a moral obligation to speak out. (…) As you work for change, the United States will stand up alongside you every step of the way. We are respectful of the difference among our countries. The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past. (…) We have a debt to pay, because the voices of ordinary people have made us better. That’s a debt that I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world. (…) God bless you. Barack Hussein Obama (Sommet des Amériques, Panama city, April 10, 2015)
Nous vivons dans une époque de changement extraordinaire – le changement qui est le remodelage de la façon dont nous vivons, la façon dont nous travaillons, notre planète et de notre place dans le monde. Il est le changement qui promet d’étonnantes percées médicales, mais aussi des perturbations économiques qui grèvent les familles de travailleurs. Cela promet l’éducation des filles dans les villages les plus reculés, mais aussi relie des terroristes qui fomentent séparés par un océan de distance. Il est le changement qui peut élargir l’occasion, ou élargir les inégalités. Et que cela nous plaise ou non, le rythme de ce changement ne fera que s’accélérer. L’Amérique s’est faite par le biais de grands changements avant – la guerre et la dépression, l’afflux d’immigrants, les travailleurs qui luttent pour un accord équitable, et les mouvements pour les droits civiques. Chaque fois, il y a eu ceux qui nous disaient de craindre l’avenir; qui prétendaient que nous ne pourrions freiner le changement, promettant de restaurer la gloire passée si nous venons de quelque groupe ou une idée qui menaçait l’Amérique sous contrôle. Et à chaque fois, nous avons surmonté ces craintes. Nous ne sommes pas, selon les mots de Lincoln, à adhérer aux « dogmes du passé calme. » Au lieu de cela nous avons pensé de nouveau, et de nouveau agi. Nous avons fait le travail de changement pour nous, étendant toujours la promesse de l’Amérique vers l’extérieur, à la prochaine frontière, à de plus en plus de gens. Et parce que nous l’avons fait – parce que nous avons vu des opportunités là où d’autres ne voyaient que péril – nous sommes sortis plus forts et mieux qu’avant. Ce qui était vrai, alors peut être vrai aujourd’hui. Nos atouts uniques en tant que nation – notre optimisme et notre éthique de travail, notre esprit de découverte et d’innovation, notre diversité et de l’engagement à la règle de droit – ces choses nous donnent tout ce dont nous avons besoin pour assurer la prospérité et la sécurité pour les générations à venir. En fait, il est cet esprit qui a fait le progrès de ces sept dernières années possible. Il est comment nous avons récupéré de la pire crise économique depuis des générations. Il est comment nous avons réformé notre système de soins de santé, et réinventé notre secteur de l’énergie; comment nous avons livré plus de soins et les avantages pour nos troupes et les anciens combattants, et comment nous avons obtenu la liberté dans tous les états d’épouser la personne que nous aimons. Mais ces progrès ne sont pas inévitables. Il est le résultat de choix que nous faisons ensemble. Et nous sommes confrontés à ces choix en ce moment. Allons-nous répondre aux changements de notre temps avec la peur, le repli sur soi en tant que nation, et en nous tournant les uns contre les autres en tant que peuple ? Ou allons-nous affronter l’avenir avec confiance dans ce que nous sommes, ce que nous représentons, et les choses incroyables que nous pouvons faire ensemble ? Donc, nous allons parler de l’avenir, et de quatre grandes questions que nous avons en tant que pays à répondre – peu importe qui sera le prochain président, ou qui contrôlera le prochain Congrès. Tout d’abord, comment pouvons-nous donner à chacun une chance équitable de l’occasion et de la sécurité dans cette nouvelle économie ? Deuxièmement, comment pouvons-nous mettre la technologie pour nous, et non contre nous – surtout quand cela concerne la résolution de problèmes urgents comme le changement climatique? Troisièmement, comment pouvons-nous garder l’Amérique en sécurité et conduire le monde sans en devenir le policier ? (…) Il y a soixante ans, quand les Russes nous ont battus dans l’espace, nous ne niions pas que Spoutnik était là-haut. Nous ne disputions pas sur la science, ou aller à réduire notre budget de recherche et développement. Nous avons construit un programme spatial presque du jour au lendemain, et douze ans plus tard, nous marchions sur la lune. Cet esprit de découverte est dans notre ADN. Nous sommes Thomas Edison et Carver les frères Wright et George Washington. Nous sommes Grace Hopper et Katherine Johnson et Sally Ride. Nous sommes tous les immigrants et entrepreneurs de Boston à Austin à la Silicon Valley dans la course à façonner un monde meilleur. Et au cours des sept dernières années, nous avons nourri cet esprit. (…) Je vous ai dit plus tôt tous les discours sur le déclin économique de l’Amérique est de l’air chaud politique. Eh bien, il en est pareil de toute la rhétorique d’entendre dire que nos ennemis deviennent plus forts et que l’Amérique est en train de devenir plus faible. Les Etats-Unis d’Amérique sont la nation la plus puissante de la Terre. Point final. Ce n’ est même pas proche. Nous dépensons plus sur nos militaires que les huit pays suivants combinés. Nos troupes sont la force de combat la plus belle dans l’histoire du monde. Aucune nation n’ose nous défier ou nos alliés attaquer parce qu’ils savent que ce serait leurn perte. Les enquêtes montrent notre position dans le monde est plus élevée que lorsque je fus élu à ce poste, et quand il vient à chaque question internationale importante, les gens du monde ne regardent pas Pékin ou Moscou  – ils nous appellent. Comme quelqu’un qui commence chaque journée par un briefing sur le renseignement, je sais que cela est un moment dangereux. Mais cela ne cause de la puissance américaine diminution ou une superpuissance imminente. Dans le monde d’aujourd’hui, nous sommes moins menacés par les empires du mal et plus par les Etats défaillants. Le Moyen-Orient passe par une transformation qui va se jouer pour une génération, enracinée dans les conflits qui remontent à des millénaires. Les difficultés économiques soufflent d’une économie chinoise en transition. Même que leurs contrats de l’économie, la Russie verse des ressources pour soutenir l’Ukraine et la Syrie – Unis qu’ils voient glisser hors de leur orbite. Et le système international que nous avons construit après la Seconde Guerre mondiale a maintenant du mal à suivre le rythme de cette nouvelle réalité. Il est à nous pour aider à refaire ce système. Et cela signifie que nous devons établir des priorités. La priorité numéro un est de protéger le peuple américain et aller après les réseaux terroristes. Les deux d’Al-Qaïda et maintenant ISIL posent une menace directe pour notre peuple, parce que dans le monde d’aujourd’hui, même une poignée de terroristes qui ne donnent aucune valeur à la vie humaine, y compris leur propre vie, peut faire beaucoup de dégâts. Ils utilisent l’Internet pour empoisonner l’esprit des individus à l’intérieur de notre pays; ils sapent nos alliés. Mais comme nous nous concentrons sur la destruction ISIL, over-the-top on affirme que cela est la troisième guerre mondiale qui vient jouer dans leurs mains. Messes de combattants à l’arrière de camionnettes et âmes tordues traçage dans des appartements ou des garages posent un énorme danger pour les civils et doivent être arrêtés. Mais ils ne menacent pas notre existence nationale. Voilà ce que l’histoire ISIL veut dire; Voilà le genre de propagande qu’ils utilisent pour recruter. Nous ne devons pas les faire augmenter pour montrer que nous sommes sérieux, et nous ne devons repousser nos alliés essentiels dans ce combat en faisant l’écho  du mensonge que ISIL est représentant d’une des plus grandes religions du monde. Nous avons juste besoin de les appeler ce qu’ils sont – des tueurs et des fanatiques qui doivent être extirpés, traqués et détruits. (…) Nous ne pouvons pas essayer de prendre le relais et de reconstruire tous les pays qui tombent dans la crise. Cela ne se veut pas le leadership; qui est une recette pour un bourbier, déversant du sang américain et le trésor qui nous affaiblit finalement. C’ est la leçon du Vietnam, de l’Irak – et nous devrions avoir appris par l’entreprise. Heureusement, il y a une approche plus intelligente, une stratégie patiente et disciplinée qui utilise tous les éléments de notre puissance nationale. Elle dit que l’Amérique agira toujours, seule si nécessaire, pour protéger notre peuple et nos alliés; mais sur des questions d’intérêt mondial, nous mobiliserons le monde pour travailler avec nous, et s’assurer que les autres pays fassent leur part. Voilà notre approche de conflits comme la Syrie, où nous travaillons en partenariat avec les forces locales et conduisant efforts internationaux pour aider cette société brisée à poursuivre une paix durable. Voilà pourquoi nous avons construit une coalition mondiale, avec des sanctions et la diplomatie de principe, pour empêcher un Iran nucléaire. A l’heure où nous parlons, l’Iran a réduit son programme nucléaire, expédié ses stocks d’uranium, et le monde a évité une autre guerre. (…) Voilà la force. Voilà le leadership. Et ce genre de leadership dépend de la puissance de notre exemple. (…) Voilà pourquoi nous devons rejeter toute politique qui vise les personnes en raison de la race ou de la religion. Ce ne sont pas une question de politiquement correct. Il est une question de comprendre ce qui nous rend forts. Le monde nous respecte pas seulement pour notre arsenal; il nous respecte pour notre diversité et notre ouverture et de la façon dont nous respectons toutes les religions. Sa Sainteté, François, dit ce corps de l’endroit même je me tiens ce soir que « d’imiter la haine et la violence des tyrans et des meurtriers est le meilleur moyen de prendre leur place. » Quand les politiciens insultent les musulmans, quand une mosquée est vandalisée, ou un enfant victime d’intimidation, qui ne nous rend pas plus sûr. Cela ne la raconte comme il est. Il est tout simplement faux. Il nous diminue dans les yeux du monde. Il rend plus difficile à atteindre nos objectifs. Et il trahit qui nous sommes en tant que pays. (…) Ce ne sera pas facile. Notre modèle de démocratie est difficile. Mais je peux vous promettre que dans un an à partir de maintenant, quand je ne tiens plus ce bureau, je serai là avec vous en tant que citoyen – inspiré par ces voix de l’équité et de la vision, de courage et de bonne humeur et de gentillesse qui ont aidé l’Amérique voyager si loin. Voix qui nous aident à nous voyons pas en premier lieu comme noir ou blanc ou asiatique ou latino, non pas comme gay ou hétéro, immigrant ou natifs; pas tant que démocrates ou républicains, mais en tant que premier Américains, liés par une croyance commune. La Voix du Dr King aurait cru avoir le dernier mot – voix de la vérité désarmée et l’amour inconditionnel. Ils sont là, ces voix. Ils ne reçoivent pas beaucoup d’attention, ils ne sollicitent pas, mais ils sont en train de faire le travail ce pays a besoin de faire. (…) Voilà l’Amérique que je connais. Voilà le pays que nous aimons. Lucide. Grand coeur. Optimiste que la vérité désarmée et l’amour inconditionnel auront le dernier mot. Voilà ce qui me rend si optimiste sur notre avenir. À cause de toi. Je crois en toi. Voilà pourquoi je suis ici convaincu que l’état de notre Union est forte. Merci, que Dieu vous bénisse, et que Dieu bénisse les Etats-Unis d’Amérique. Barack Hussein Obama
C’est un bon jour parce qu’une nouvelle fois nous voyons ce qu’il est possible de faire grâce à une diplomatie américaine forte. Ces choses nous rappellent ce que nous pouvons obtenir quand nous agissons avec force et sagesse. Barack Hussein Obama
Les démocraties doivent avoir le courage de reconnaître quand elles ne sont pas à la hauteur de leurs idéaux. Et nous avons mis du temps à donner de la voix pour la défense des droits de l’homme. Barack Hussein Obama
Surtout, nous voyons comment le récent débat a été brouillé par deux buts opposés pris comme absolus. D’un côté, on trouve ceux qui n’ont cure des défis nouveaux posés par le terrorisme et qui n’accepteraient guère de faire passer la sécurité nationale avant la transparence. De l’autre, il y a ceux dont l’opinion peut se résumer en deux mots : « Tout est permis ». Leurs arguments suggèrent que le but de la lutte antiterroriste peut être utilisé pour justifier tous les moyens utilisés et que le président devrait avoir tout pouvoir pour faire ce qu’il veut, à condition, bien sûr, que ce soit un président ayant les mêmes idées qu’eux… Ces deux camps peuvent défendre sincèrement leurs opinions, mais ni l’un ni l’autre n’a raison. Le peuple américain n’est pas partisan d’un absolu et il ne m’a pas élu pour plaquer une idéologie rigide sur nos problèmes. Il sait que nous ne devons ni sacrifier notre sécurité à nos valeurs, ni sacrifier nos valeurs à notre sécurité, dans la mesure où nous traitons les questions difficiles avec honnêteté, soin et une dose de bon sens. Barack Hussein Obama (Musée des archives nationales, 21 mai 2009)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Dans le passé, il y avait une division entre droite et gauche, entre capitalisme et communisme. Soyez plus pragmatiques, choisissez ce qui fonctionne. Barack Hussein Obama
Parce que la société israélienne a tellement bien réussi économiquement, elle a je pense, à partir d’une position de force, été moins fondée à faire des concessions. D’un autre côté, les Palestiniens, à cause de leur faiblesse, n’ont pas la cohésion politique et l’organisation pour entrer en négociations et se sentir capables d’obtenir ce qu’ils veulent — et ainsi chacune des parties reste à part dans son coin. Barack Hussein Obama
We were ready to step into the strong current of history and answer a new call for our country, but the call never came. Instead of a call to service, we were asked to shop. Barack Hussein Obama (2008)
One of my proudest moments as president was watching Boston respond after the Boston Marathon attack because they taught America a lesson. They grieved; I was there for the memorial. We apprehended those who had carried this out, but a few days later folks were out shopping. Barack Hussein Obama (2016)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
Moi, président de la République, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local…  …parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches. François Hollande
Légion d’honneur pour le prince héritier Saoudien. 154 exécutions l’an dernier dans son pays. (…) Voilà pourquoi j’ai refusé la Légion d’Honneur. Sophie Marceau
Like Carter in the 1970s, Obama comes from the old-fashioned Jeffersonian wing of the Democratic Party, and the strategic goal of his foreign policy is to reduce America’s costs and risks overseas by limiting U.S. commitments wherever possible. He’s a believer in the notion that the United States can best spread democracy and support peace by becoming an example of democracy at home and moderation abroad. More than this, Jeffersonians such as Obama think oversize commitments abroad undermine American democracy at home. Large military budgets divert resources from pressing domestic needs; close association with corrupt and tyrannical foreign regimes involves the United States in dirty and cynical alliances; the swelling national-security state threatens civil liberties and leads to powerful pro-war, pro-engagement lobbies among corporations nourished on grossly swollen federal defense budgets. (…) Obama seeks a quiet world in order to focus his efforts on domestic refor