Présidentielles 2012: Attention, une honte peut en cacher une autre (I don’t want to regulate capitalism, I want to strangle it)

28 avril, 2012
Votons contre la honte! Marianne
Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le pallier à côté de son H.L.M., entassés, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, qui gagnent 50000 francs par mois de prestations sociales sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à celà le bruit et l’odeur, eh bien, le travailleur français sur le pallier il devient fou ! Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. Nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial. Et il faudra enfin un jour poser le grand débat qui s’impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s’il est naturel que des étrangers bénéficient d’une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu’ils ne payent pas d’impôts. Jacques Chirac (Meeting électoral, Orléans, 1990)
Célébrer l’histoire du communisme ou de la Terreur, c’est tout de même bien plus tolérant que de refuser l’entrée du territoire à un étranger qui ne s’est pas conformé à la loi. Théophane Le Méné
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n’est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne le fera qu’en se débarrassant de l’odieux régime capitaliste. L’Humanité (31 octobre 1940)
Je ne veux pas réguler le capitalisme, je veux l’étrangler. Jean-Luc Mélenchon
Il y a soixante-huit ans, le 15 mars 1944, dans la clandestinité, le Conseil national de la Résistance (CNR) adoptait son programme. A la veille de cet anniversaire, à quelques semaines d’un vote déterminant pour l’avenir de la France et de sa jeunesse, nous, anciens résistants et fils de résistants, lançons cet appel pour que soient maintenus et transmis l’héritage et les valeurs de la Résistance. (…) Parce que nous pensons que la reconduction du sortant signifierait le démantèlement total du programme du Conseil national de la Résistance nous appelons à un vote de sauvegarde, d’optimisme et d’espoir. Nous voterons et appelons à voter François Hollande. RAYMOND AUBRAC, STÉPHANE HESSEL ambassadeur de France, corédacteur  (sic) de la Déclaration universelle des droits de l’homme (15.03.12)
Aujourd’hui, je n’ai pas de consigne de vote. Franchement, je serais bien emprunté, c’est pour ça que je souris souvent en disant aux Français ‘Bonne chance’, parce que, franchement, je ne vois pas. J’aurais une position de principe qui est extrêmement claire : je suis tellement mécontent de ce que je peux voir que je regarderais pour le premier tour et voterais pour celui que je considère être le moins mauvais. Mais, au deuxième tour, je n’aurais pas un vote utile, je n’aurais qu’un vote sanction. Quelque soit celui qui est au pouvoir et bien je dirais je suis contre toi. Je ne suis pas pour toi, je suis contre toi. Moi, je prends position pour que mon vote compte au lieu de m’abstenir parce que les deux c’est la même chose. Je vais voter contre Sarkozy, mais si Hollande arrivait par la suite je serais contre lui de la même façon… Un premier tour où je chercherais le moins mauvais et un deuxième tour où je voterais contre celui qui est en charge pour manifester dans un poids une attitude de distanciation… (…) Franchement aujourd’hui, je me vois pas dire oui à l’un (…) mais par contre  je peux dire non à l’autre …  Tariq Ramadan (à partir de la 40e minute, 04.03.12)
Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas Français, je n’ai pas donné de consigne de vote. J’ai dit qu’il ne devait pas y avoir de consigne de vote musulman, que cela ne voulait rien dire. J’ai simplement appelé les citoyens français, de confesssion musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvaise. Tariq Ramadan
Des recteurs de mosquées vont appeler à voter pour François Hollande (…) En tout, c’est un réseau de quelques 700 mosquées qui devrait se mobiliser en faveur du candidat socialiste. Ironie de l’histoire : l’organisateur de l’opération n’est autre qu’Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller « Diversité » de Nicolas Sarkozy. Désormais conseiller à la mosquée de Paris, il avait claqué la porte de l’Elysée en mars 2011, alors que l’UMP venait d’annoncer la tenue d’une convention sur l’islam. Marianne
Pourquoi le fait que Hollande ait dit qu’il se serait désisté pour Mélenchon au second tour – si ce dernier était arrivé premier à “gauche”- ne pose pas autant de problèmes qu’à droite ? Parce que Mélenchon bénéficie de l’aura des 75 000 fusillés du PC alors que si ce dernier en a fait autant c’était surtout pour soulager le front soviétique, pour faire en sorte que le maximum de divisions nazies soient immobilisées en France, afin qu’elles ne puissent pas aller attaquer la vraie “patrie du socialisme “, pas du tout pour les beaux yeux de Marianne ; (…)  Le FN a beau avoir, dit-il, pas mal d’anciens résistants dans ses rangs rien n’y fait, et pourtant est-on sûr que les feu vichystes soutiennent le FN et pas plutôt le feu PFN, l’Oeuvre française, c’est-à-dire Karl Lang, Bruno Mégret, voire le Bloc Identitaire, qui tous les trois refusent l’assimilation des étrangers devenus français, alors que le FN est pour ; ne serait-ce pas, là, plutôt la barre, décisive, à placer? Lucien Ouhlabib
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy

Qui nous délivrera des 75 000 fusillés?

Alors qu’avec la reprise en compte des enjeux de civilisation qui pour une bonne part désormais font le réel clivage avec son adversaire de gauche, le président sortant voit se lever contre lui comme un seul homme les dégoûts et les hauts le coeur des bien-pensants de gauche comme de droite …

Dans une élection où, d’Aubrac à Hessel,  nos résistants de choc ont jusqu’à leur dernier souffle repris du service et où nos experts en manipulations en sont à nous bricoler de fausses affiches pétainistes pendant qu’entre deux phrases alambiquées nos hypocrites islamistes rameutent les foules des mosquées

Mais où ceux qui sont ou se sentent les plus touchés par les bouleversement actuels sont réduits, à gauche comme à droite, au statut de citoyens de seconde zone et leur vote (dont, de derrière leur « cordon sanitaire », on a soudain tellement besoin) à de la pure protestation ou colère …

Et que quatre ans après les Etats-Unis et après avoir lâché, pendant des mois et de Mélenchon à Joly, sa meute de chiens enragés pour faire le travail de démolition, le nouvel Obama blanc de Corrèze peut à présent nous refaire, face à la légendaire excitation de son adversaire, le coup de la force tranquille …

Retour, avec le site Causeur, sur le machiavélique piège du porteur masqué de francisque qui, pendant des décennies et en cette cruciale élection encore, continue de fragiliser une droite pourtant majoritaire dans l’opinion.

Et surtout, hier comme aujourd’hui, sur cette droite dite « républicaine » (jusque, à l’occasion, au président lui-même!) qui n’a jamais « osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste ».

Et, sans parler d’un bilan toujours attendu d’un système qui n’a toujours pas eu son Nuremberg, « dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que ‘Staline est l’homme que nous aimons le plus’  » alias le « parti des 75 000 fusillés » qui en réalité ne pouvaient en dépasser 4 000 ...

Mais qui, après les sabotages et l’espionnage dans les usines d’armement au profit de Moscou de l’avant Pacte germano-soviétique, a pratiqué dans tout l’après-guerre, des campagnes de désinformation (guerre de Corée, “Ridgway la peste”, Affaire Rosenberg, “Appels” et “Mouvements pour la Paix”) à l’espionnage au plus haut niveau (Hernu) et au financement occulte du parti (“l’or de Moscou” via notamment Aubrac)  ainsi qu’avec ses quarterons de compagnons de route et d’idiots utiles (Sartre, Aragon, Picasso & co), la continuation du défaitisme révolutionnaire par d’autres moyens

Six millions et demi d’ennemis ?

Elisabeth Lévy

27 April 2012

“Marine Le Pen est compatible avec la République”. Que cette phrase prononcée par Nicolas Sarkozy ait été affichée en “une” de Libération sans le moindre commentaire, comme si elle devait à elle seule provoquer effroi et dégoût1 [2], puis qu’elle ait donné lieu à un festival de démentis, de postures et d’invectives, montre qu’il est temps que cette campagne s’achève: tous ces gens doivent être très fatigués pour qu’une telle banalité leur échauffe à ce point les sangs. Car enfin, si Marine Le Pen est incompatible avec la République, après son score de dimanche, une conclusion s’impose: la République est morte ou, à tout le moins, gravement menacée. Or, aussi criants soient ses échecs et insuffisances, nul ne s’est risqué à prononcer l’avis de décès. À l’instar du Président, on peut aussi se demander pourquoi la République tolèrerait en son sein un parti anti-républicain — qui aurait, de surcroît, été mis en selle par le seul chef de l’État dont le Parti socialiste ait jusque-là fait don à la France. En tout cas, si ses statuts comportaient la moindre ambigüité sur la question, il se serait assurément trouvé quelques associations pour saisir la justice.

Convenons cependant que cette démonstration par l’absurde n’est pas entièrement satisfaisante. Que le FN soit compatible avec la République ne signifie pas qu’il soit républicain. Certes, il n’est jamais sorti de la légalité républicaine — par exemple en tentant de remettre en cause dans la rue le résultat des urnes. Mais si la droite que l’on qualifiera de classique a accepté de participer à la mise en place d’un « cordon sanitaire » qui lui a valu pas mal de défaites électorales, ce n’est pas seulement, comme le soutient l’excellent Frédéric Rouvillois [3], parce qu’elle a lâchement cédé au chantage moral de la gauche, mais parce que les sorties de Le Pen père, sans parler de ses fréquentations déplorables et des traditions historiques dans lesquelles il s’inscrit, invitaient pour le moins à douter de son attachement aux valeurs de la République. De ce point de vue, le discours prononcé au congrès de Tours, en janvier 2011, par Bruno Gollnisch, fut sans équivoque. Il enflamma la salle (qui lui était largement acquise) en évoquant « nos morts du 6 février 1934 » et fit un tabac avec toutes les vieilles lunes de l’antiparlementarisme — il n’y manquait que la dénonciation de « la Gueuse ».

On comprend que la gauche se soit entichée d’un si précieux ennemi, du moins tant qu’il ne chassait pas trop sur ses propres terres électorales. Placer au centre du jeu un parti décrété hors-jeu revenait tout simplement à priver la droite de 10 à 15 % de ses électeurs dont les suffrages étaient en quelque sorte désactivés. Le tout en se payant le luxe d’apparaître comme le camp des valeurs contre celui du cynisme. Nul n’aurait eu le mauvais goût d’interroger le PS sur sa propre alliance avec un PCF dirigé par Georges Marchais qui resta jusqu’au bout l’homme de l’alignement sur l’URSS — qui aurait osé comparer le glorieux Parti des Fusillés à la nauséabonde extrême droite ? Le 21 avril 2002 et la défection de classes populaires peu sensibles aux oukases des sermonneurs révélèrent les limites de la manœuvre : eh les gars, ce n’est pas à nous que vous deviez piquer des électeurs !

Seulement, quoi qu’en disent les plus indécrottables des antifascistes de bazar, la victoire de Marine Le Pen change la donne. Certes, elle n’a pas changé son parti d’un coup de baguette magique. Mais en politique les discours engagent. Celui qu’elle prononça à Tours quelques heures après son rival défait était émaillé de références parfaitement républicaines, de Jaurès à la Résistance en passant par Valmy — où elle avait traîné son père il y a quelques années. On me dira qu’elle n’en pense pas moins : peut-être, mais à trop sonder les reins et les cœurs, on risque de faire des découvertes peu ragoûtantes. Et pas seulement dans les organes lepénisés.

Bien sûr, on ne se contentera pas de cette proclamation. Il faut donc examiner son programme, en tout cas ses points les plus contestés. Elle veut réduire, voire interrompre l’immigration, légale et illégale : on peut lui reprocher, au choix, son manque de générosité ou son irréalisme, mais est-il bien républicain d’ignorer que nombre de Français, y compris ceux qui ne votent pas pour elle, adhèrent à cette proposition, tout simplement parce que, dans la vraie vie, l’immigration n’est pas toujours une chance pour la France, en particulier pour les populations arrivées récemment dont l’intégration n’est pas précisément une réussite ? La préférence nationale qu’elle propose me semble personnellement de très mauvais aloi, mais il faut être crétin ou de mauvaise foi pour dire qu’elle établit une distinction entre Français. Tous les pays accordent certains droits à leurs seuls ressortissants, par exemple, celui de se présenter à la présidence de la République. Le principe n’est donc pas scandaleux en soi — rappelons qu’il donne la priorité à un Français d’origine étrangère récente sur un Américain.

On me parlera de son discours de haine, sans jamais dire à quels termes se rapporte cette qualification. J’ai détesté sa phrase sur les “Mohamed Merah déferlant sur nos côtes”. Reste que des phrases détestables, on en a entendu quelques-uns au cours de cette campagne. Alors oui, on peut désapprouver la façon dont Marine Le Pen pose la question de l’islam et de son acculturation en France. On me permettra de désapprouver tout autant le silence vertueux que tant d’autres préfèrent observer sur ce sujet. La laïcité mérite peut-être d’être défendue en termes plus choisis qu’elle ne le fait, mais la gauche qui ne la défend pas du tout est mal placée pour donner des leçons sur ce terrain.

Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable.

Notons au passage que Libé, pour accentuer l’effet recherché, a préféré taire le prénom du Le Pen dont il est question, en l’occurrence la fille. ↩ [4]

URL dans cet article:

[1] “battle”: http://fr.news.yahoo.com/blogs/rue89-causeur-la-battle/vingt-neuvi%C3%A8me-round-le-front-national-est-il-130712090.html

[2] 1: #fn-17239-1

[3] l’excellent Frédéric Rouvillois: http://www.causeur.fr/un-seul-espoir-la-defaite,17172

[4] ↩: #fnref-17239-1

Voir aussi:

Un seul espoir, la défaite

Il faut un électrochoc pour remettre la droite sur les rails

Frédéric Rouvillois

Causeur

24 April 2012

« Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes », notait Pascal dans ses Pensées. C’est pourquoi le premier tour de la présidentielle porte l’observateur impartial à conclure que, pour la droite, le seul espoir serait celui de la défaite.

Au soir du 22 avril, sur TF1, quelques minutes seulement après l’annonce des résultats, le patron de l’UMP, Jean-François Copé, l’air plus matois, plus rusé, plus Raminagrobis que jamais, déclarait comme une évidence que la droite avait recueilli 48 % des suffrages, soit environ 28 % pour le candidat Sarkozy, et 20 % pour Mme Le Pen… La droite ? Les choses on le sait, sont un peu plus complexes, et le Front National, tout comme son électorat, ne s’accommode qu’imparfaitement de la grille d’analyse classique et de la dichotomie droite/ gauche. Mais bon, admettons : une droite à 48 %. Une droite qui, si l’on y ajoute une partie des électeurs de François Bayrou et ceux de Dupont-Aignan, apparaît largement majoritaire : une droite qui, au regard du principe démocratique fondamental, un homme égale une voix, devrait donc l’emporter sur une gauche qui, tout compris, atteint péniblement les 40 %.

Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres.

En montant le piège où la droite modérée, Jacques Chirac en tête, s’empressa de tomber la tête la première, Mitterrand, fin connaisseur de l’histoire de France, dût songer à l’inimitié mortelle qui, au début des années 1870, opposa entre eux légitimistes et orléanistes, les deux groupes qui formaient alors la majorité monarchiste à l’Assemblée nationale. Une inimitié sans véritable justification politique, mais qui, à l’époque, permit à une minorité républicaine unie d’empêcher toute restauration de la monarchie, et de faire adopter la république par une majorité de royalistes qui en avaient horreur.

Cependant, avec un candidat frontiste qui, dépassant les 18 %, représente objectivement près de la moitié de la « droite », une telle situation n’est plus tenable. Elle ne l’est plus, sauf à se résigner à une attitude suicidaire, celle des royalistes de 1870. Du point de vue de la droite, il paraît donc urgent de faire « bouger les lignes », comme Jean-François Copé semble du reste l’avoir admis en parlant de cette droite comme d’un ensemble homogène- et en précisant qu’il n’y incluait pas les électeurs du Modem, ce qui suppose que ces derniers seraient au fond plus éloignés de l’UMP que ne le sont les électeurs frontistes… Si la droite constitue désormais un ensemble, et que, comme l’a fait le président Sarkozy dès le soir du premier tour, on peut piocher dans le programme frontiste sans avoir à s’en excuser, qu’est-ce qui empêche de faire sauter les verrous, et de considérer que le Front National est un mouvement comme un autre, avec lequel on peut débattre, négocier et même s’allier sans perdre son âme ?

Ce qui l’empêche ? Un quart de siècle d’habitudes, de réflexes, de pudeurs et de soumission à ce que ses adversaires ont défini comme politiquement correct. Et comment déraciner tout cela ? Sans doute en éprouvant soi-même, très concrètement, les conséquences inévitables d’une telle attitude : bref, en perdant des élections que, numériquement, on aurait dû remporter. La potion est amère, et c’est sans gaieté de cœur que la droite devrait se résigner à la prendre : un électrochoc n’est jamais plaisant. Mais y a-t-il un autre moyen, pour elle, de s’extirper enfin du piège inventé par François Mitterrand ? Et y aura-t-il d’autres occasions ? C’est après leurs cuisantes défaites électorales de 1876 et 1879 que les royalistes de la IIIe République renoncèrent enfin à leurs dissensions, et acceptèrent de constituer un grand mouvement conservateur. Malheureusement, il était trop tard, l’heure était passée…

Voir enfin:

Influence.

Patrick Buisson, le stratège du président

Fabrice Madouas

Valeurs actuelles

21/03/2012

Patrick Buisson“C’est mon hémisphère droit”, a dit de lui Nicolas Sarkozy. Portrait d’un conseiller discret qui ne met pas ses convictions sous le boisseau.

On le présente comme l’“éminence grise” de Nicolas Sarkozy, inspirant au chef de l’État les thèmes d’une campagne menée tambour battant. Le retour aux frontières ? Buisson ! L’identité nationale et la défense des valeurs ? Buisson ! L’appel au peuple et la stratégie référendaire ? Buisson, vous dis-je ! Le chef de l’État n’a-t-il pas déclaré lui-même, en lui remettant la Légion d’honneur, le 24 septembre 2007 : « C’est à Patrick que je dois d’avoir été élu » ? Pourtant, “Patrick” a toujours refusé le poste de conseiller auprès du président que Nicolas Sarkozy lui proposait et n’occupe aucun bureau à l’Élysée.

On dit aussi de Buisson qu’il est “maurrassien”. « Aucune élection ne s’est jamais jouée sur des thématiques économiques », assène-t-il : politique d’abord ! Pourtant, il retient aussi du théoricien royaliste de l’Action française que « la monarchie, c’est l’anarchie plus un ». Et s’il place Bernanos, Bloy, Anouilh et Céline au sommet de son panthéon littéraire, il rappelle volontiers qu’il est également le biographe de Léo Ferré, dont il apprécie la poésie, comme celle d’Aragon – au moins la Diane française : « Je ne m’incline que devant le talent, et il n’est ni de droite, ni de gauche. »

Lui-même déroule de savantes analyses nourries de références historiques et politiques sur l’électorat populaire dont les aspirations sont depuis trop longtemps méprisées par une élite mondialisée. Pourtant, c’est aux Clermont-Tonnerre, l’une des plus vieilles familles de France, qu’il emprunte son aristocratique devise : “Si omnes, ego non” (“Si tous, pas moi”) – tirée de l’Évangile selon saint Matthieu.

On le dit enfin catholique. Par décret de Benoît XVI, il a reçu, le 21 janvier, l’insigne de commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, décerné par le Vatican à des catholiques ayant rendu des services signalés à l’Église. Si le discours du Latran (où Nicolas Sarkozy exaltait les racines chrétiennes de la France) doit beaucoup à Emmanuelle Mignon, c’est à Buisson qu’on doit le second voyage du président à Rome, en 2010, après l’interprétation captieuse d’une homélie du Saint-Père présentée par la presse comme une condamnation de la fermeté du gouvernement à l’égard des Roms. Il est à l’origine aussi des déplacements du chef de l’État à Vézelay, au Puy-en-Velay, à Domrémy pour l’hommage rendu « non pas à l’égérie du Front national, mais à la sainte de la patrie, symbole de l’esprit de résistance : Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui en remontre aux docteurs de la Sorbonne ».

Et pourtant ? Et pourtant, rien ! Car l’attachement de Patrick Buisson au Saint-Siège n’appelle aucune nuance : lui-même se dit, avec un soupçon de provocation, « papiste ultramontain », et l’Église romaine est la seule autorité devant laquelle il consent à s’agenouiller. Car Buisson n’aime rien autant que sa liberté – et le plaisir de transgresser le prêt-à-penser d’une bourgeoisie naguère conservatrice, aujourd’hui “bobo”, dont il a toujours combattu « l’assommant conformisme ». « Je suis un irrégulier », dit-il.

Est-ce cela – le goût de la transgression – qui le rapproche de Nicolas Sarkozy ? Le chef de l’État apprécie les analyses de Patrick Buisson, souvent iconoclastes mais toujours fondées sur une érudition historique qui laisse peu de prise à la contradiction. « Buisson, c’est mon hémisphère droit, s’amuse-t-il. L’homme est l’un des plus fins que je connaisse. Il m’apporte beaucoup. » Et Buisson encourage les audaces d’un candidat « capable de désenclaver sociologiquement et idéologiquement une droite dont Jacques Chirac avait réduit la base électorale à 20 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle ». Le sarkozysme est « un empirisme sans tabou », a-t-il un jour résumé, d’une formule dont il est coutumier.

Ni le chef de l’État, ni son conseiller ne sont issus des cénacles technocratiques qui ont longtemps fourni ses dirigeants à la République. À la différence de Jacques Chirac et François Hollande, Nicolas Sarkozy, avocat de profession, n’a pas fait l’Ena. Et Patrick Buisson, 62 ans, est journaliste : ancien directeur de la rédaction de Minute (« En 1986, quand il tirait à 200 000 exemplaires »), puis de Valeurs actuelles jusqu’en 1994, il dirige aujourd’hui la chaîne Histoire. C’est à ses parents qu’il doit ses deux passions : « À mon père, ma culture politique ; à ma mère, mon ancrage catholique. »

« Mon père était issu des milieux populaires. Orphelin de père mort de ses blessures à la guerre, il avait commencé à travailler à 13 ans et c’est en suivant les cours des Arts et Métiers qu’il a pu devenir ingénieur électricien. Il était Camelot du roi [les jeunes royalistes liés à l’Action française]. C’était une école d’irrévérence, dont on mesure mal aujourd’hui l’influence intellectuelle. L’Action française et plus encore les Camelots étaient la matrice, aristocratique et populaire, d’une véritable contre-culture. Ce n’était cependant pas une contre-société : mon père n’a jamais été un “émigré de l’intérieur”. Il avait le goût et l’élégance de la vraie subversion. »

Cet engagement politique se traduit à la fois par une aversion pour le totalitarisme communiste (« J’avais 7 ans quand ma mère m’a conduit à la manifestation contre l’écrasement de l’insurrection hongroise par les chars soviétiques ») et par un soutien à l’Algérie française conçue, selon l’expression de l’historien Raoul Girardet, comme « un Far West : la dernière aventure avant l’avènement de la société marchande et le triomphe de la consommation de masse. Le mouvement de l’Algérie française s’inscrivait dans une cosmogonie de la Résistance à laquelle il empruntait ses mythes et ses mots (“armée secrète”). Qu’ils soient de droite ou de gauche, ses partisans se réclamaient d’une autorité morale supérieure au pouvoir légal – comme de Gaulle à Londres », se plaît-il à souligner.

En mars 1962, le jeune Patrick Buisson, 12 ans, refuse de se lever quand l’Éducation nationale impose aux élèves une minute de silence pour six victimes de l’OAS. Si omnes, ego non. C’est encore le souvenir de l’Algérie française qui le fera rencontrer neuf ans plus tard Jean-Marie Le Pen quand il rédigera, sous la direction de Girardet, un mémoire de maîtrise sur les acteurs de cette guerre civile.

Daniel Cohn-Bendit lui offre une autre occasion de se distinguer à Nanterre, en 1968. Soutenus par quelques enseignants courageux, les étudiants de la Corpo de lettres, dont il est vice-président, s’opposent à la mainmise des “gauchistes” sur la faculté. « Je me souviens encore de la banderole qui nous attendait à l’entrée : “Fascistes qui avez échappé à Diên Biên Phù, vous n’échapperez pas à Nanterre” ! »

La plainte qu’ils déposent contre Dany le Rouge précipitera les événements de Mai, que Buisson analyse dès cette époque comme le meurtre du père : « On met dans le même sac les figures patriarcales et archaïques de De Gaulle et de Pétain. Les fils de la bourgeoisie réclament la libération des moeurs, ses filles celle de la femme, et tous veulent jouir et consommer sans entraves. C’est la fin du pater familias romain, consacrée deux ans plus tard par la loi de 1970, qui remplace la “puissance paternelle” par l’autorité parentale. » Disciple de Philippe Ariès, Patrick Buisson étudie l’évolution des mentalités en historien. « On passe au cours des années soixante d’une société rurale, encore imprégnée de valeurs chrétiennes, à la société de consommation de masse où l’individu l’emporte sur la personne et l’anonymat sur les solidarités collectives. »

C’est à sa mère que Patrick Buisson doit l’essentiel de sa culture chrétienne. Et sa foi. « J’ai toujours été un admirateur inconditionnel de l’Église comme principe de civilisation : c’est de son sein qu’ont jailli les plus grands et les plus purs chefs d’oeuvre de l’humanité. Notre époque n’a que des banques pour cathédrales. » Il reconnaît cependant qu’il est resté longtemps « un catholique hors les murs » : « J’ai toujours été un homme des marges et longtemps un homme des seuils. »

Les développements du concile Vatican II l’ont exaspéré : « À partir de 1962, l’Église n’est pas allée au monde, elle s’est rendue au monde. Or l’Église a toujours été forte de son intransigeance. Bien des empereurs romains étaient prêts à faire une petite place à Jésus entre Apollon et Mithra. Beaucoup d’autres, au long des siècles, ont proposé à l’Église de conclure un pacte avec le monde. C’est parce qu’elle l’a toujours refusé qu’elle a traversé les âges. »

Il voit cependant dans « l’oeuvre considérable » de Benoît XVI (qu’il a remercié pour le Motu Proprio) et la fondation de communautés nouvelles les ferments d’une renaissance qui le réjouit : « Nous héritons d’une religion nue, débarrassée des scories du conformisme social qui corrompait son message au XIXe siècle. Nous avons la chance de pouvoir contester le courant dominant tout en étant fidèles aux valeurs éternelles, et le privilège redoutable d’avoir à choisir entre la faiblesse de Dieu, moins présent que jamais dans une société déchristianisée, et la puissance de l’homme qui ne cesse de s’accroître dans l’ordre technologique et matériel… »

Sommes-nous si loin de l’action politique et de l’élection présidentielle ? L’influence dépend aussi des rapports de force. D’âpres batailles se sont déroulées dans l’entourage de Nicolas Sarkozy avant la parution de son entretien dans le Figaro Magazine (11 février 2012). Le chef de l’État s’y prononce contre la légalisation de l’euthanasie au nom d’« un principe, celui du respect de la vie ». Certains de ses conseillers voulaient supprimer cette expression « parce que les associations pro-vie [hostiles à l’avortement] ont coutume de l’employer ». Il a fallu que Patrick Buisson pèse de tout son poids pour qu’elle soit maintenue dans cet entretien.

« Sur les enjeux de civilisation (euthanasie, mariage homosexuel, bioéthique, vote des étrangers, politique migratoire…), tout oppose François Hollande à Nicolas Sarkozy », dit-il, en rappelant aussi son influence sur des décisions symboliques, comme la promotion d’Hélie de Saint Marc à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur : « La politique, c’est l’art de gérer les symboles. Une fois que les paroles sont dites, la transgression est accomplie. »

Tous les électeurs en sont-ils convaincus ? À droite, beaucoup estiment que le compte n’y est pas et que la rupture promise en 2007 n’a pas eu lieu. Patrick Buisson n’ignore pas ces frustrations mais « s’il avait pu tout faire en cinq ans, Nicolas Sarkozy ne solliciterait pas un nouveau mandat ! », rétorque-t-il.

“Sortir de l’entre-soi grâce au référendum”

S’il évoque l’ampleur des crises que le gouvernement a dû affronter, Buisson avance un argument inédit pour expliquer que tous les engagements n’aient « pas encore » été tenus : « En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui ! »

Quelle garantie l’électeur a-t-il que ses attentes ne seront pas de nouveau déçues ? « Le référendum, répond Patrick Buisson. Nicolas Sarkozy s’adressera directement aux Français sur les questions importantes. Que ce soit sur l’immigration ou sur l’indemnisation du chômage. Et plus généralement, à chaque fois qu’il y aura blocage ou que les élites autoproclamées chercheront à réduire les droits du citoyen à ce que Guy Debord appelait “les droits de l’homme spectateur” privé de la maîtrise de son destin. »

« Redonner la parole aux Français, c’est sortir de l’entre-soi », poursuit Buisson. « Une élection présidentielle ne se gagne pas au centre mais au peuple », répète-t-il souvent. Quelle que soit l’issue de celle-ci, c’est sur cette ligne que campe aujourd’hui le candidat Sarkozy.

Voir enfin:

Anti-capitalists and Communists

In their own words

The Economist

Apr 16th 2012

S.P. |

PARIS

THE strict rules governing the right to equal airtime for all ten presidential candidates, which have been in place since last week, are based on a commendable principle. But the result, if you watch television or listen to the radio at the moment, gives the impression that France is awash with Communists, anti-capitalists and other revolutionaries.

Three candidates fall loosely into the far-left camp, and therefore between them are allocated nearly a third of all airtime: the Left Front’s Jean-Luc Mélenchon (pictured, above), who is backed by the Communists; the New Anti-Capitalist Party’s Philippe Poutou, a car-factory worker who took over from Olivier Besancenot, the postman who ran in 2007, and Nathalie Artaud, from the Workers’ Struggle.

Together, these three get 14%-18% of the vote, according to the latest series of polls, with the vast majority of that going to Mr Mélenchon. To put this figure in perspective, remember that François Bayrou, the centrist candidate, is polling at around just 9%-11%.

You really need to be here to appreciate the sort of discussions that are currently taking place on serious political programmes. For the benefit of those following from afar, here are some excerpts.

Mr Poutou was on the radio last week talking about his plan to reduce the French working week from 35 hours to 32. The idea, explained Mr Poutou patiently, is “to work as little as possible and to earn as much as possible”:

We’re told that the 35 hour week is a luxury. Well we think it should be reduced.

He then added:

If it was possible to not work at all, we wouldn’t be against that.

Mr Poutou sits squarely on the revolutionary far left, which dreams of overthrowing the capitalist system. So does Ms Artaud, who this weekend denounced Mr Mélenchon for being a mere “vote-catcher” for François Hollande. To this pair, Mr Mélenchon, who spent years as a Socialist Senator but is now backed by the Communists, is merely a harder-talking version of the traditional establishment left. The Communist Party, after all, was until ten years ago part of a formal governing alliance with the Socialist Party at national level, under Lionel Jospin, and has hooked up with the party on various lists at regional and local elections. So it is worth listening closely to the man.

Mr Mélenchon’s slogan is “Seize power”. His television clip ends with the line:

You see, with the will, we can share out the wealth. The money exists. What needs to be done is to make it available to everybody.

Here is a taste of the man in full flow, at a rally in Clermond-Ferrand, to rapturous applause:

Look the rich in the eye, and tell them not “I’m not dangerous” but “I am dangerous »: I’m going to empty your pockets!

And here he is explaining in a TV debate the core of his programme:

The number one question is not immigration or insecurity, the number one question in society is the sharing out of wealth…If I’m elected, we will share it out, and those who don’t want to share willingly will share by force.

I could go on, but will leave it at that for now. It may help explain why, outside France, with his 75% top tax rate, François Hollande comes across as an outdated, old-style tax-and-spend leftist. But inside the country, he is seen as a woolly moderate who has embraced austerity politics and the Brussels consensus.

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Présidentielles 2012: Un Obama blanc pour la France? (Is France headed for its own perfect storm of a white Obama election?)

27 avril, 2012
C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. Rivarol
Obama surfe sur cette vague d’aspiration des Blancs qui se projettent sur lui. Il parle d’espoir, de changement, d’avenir… Il se cache derrière ce discours éthéré, sans substance, pour permettre aux Blancs de projeter sur lui leurs aspirations. Il est prisonnier car à la minute où il révélera qui il est vraiment, ce en quoi il croit vraiment, son idéologie, il perdra toute sa magie et sa popularité de rock-star. (…) Il est prisonnier, car il ne peut pas être lui-même. (…) Les Blancs sont l’électorat naturel de Barack Obama. (…) C’est ça l’ironie: il a fallu que Barack Obama gagne les voix blanches pour emporter les voix noires. Shelby Steele (2008)
Obama, un blanc déguisé en noir (…) Il y a quelque chose de fascinant à voir un homme politique relativement jeune (47 ans) et noir comme Barack Obama briguer avec quelque chance de succès l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine. Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait – n’avait pu jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle. Une aisance qui le fait même qualifier de « nouveau Kennedy”. (…) La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir ! Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. (…) C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement, d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. C’est ce qui explique aussi peut-être la difficulté qu’éprouve la communauté noire américaine à se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale qu’il a eue dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire. Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis. Roland Hureaux
Et si la vraie raison était tout simplement que la majorité des Américains trouvent que Barack Obama est un mauvais président ? (…) Et si Obama était definitely, comme on dit là-bas, trop liberal, à gauche pour diriger un pays dont les valeurs de gauche ne sont pas ancrées dans les profondeurs du peuple ? Les préjugés dont il a pu être victime au cours de ses deux premières années de mandat tiennent d’ailleurs plus à son image d’intello, prof à Harvard qu’à la couleur de sa peau. Luc Rosenzweig
I’m trying to give Obama some time. I don’t think Obama is a closet socialist I think he’s a very careful man. As a journalist, I did not drink the Obama Kool-Aid last year. I think if he walks across the Potomac, his feet will get wet. Jon Meacham (editor of Newsweek)
I think many of us were asking the question « Barak who? » during the 2008 election cycle. Many decided the answer wasn’t important. Here’s hoping they change their minds this year. DSchneider  (4/20/2012)
Vous ne pouvez pas continuer à faire de l’argent en vendant des 4×4 et des pick ups. Obama (15.08.11)
On savait la France plus à gauche que les États-Unis, mais à écouter certains des candidats, on prend conscience du fossé qui nous sépare… The Washington Post
Le Socialiste qui a toutes les chances d’être le prochain président de la République française sera mauvais pour son pays et pour l’Europe. The Economist
On a fait l’expérience en Espagne d’un homme charmant, intelligent, non expérimenté, qui s’appelle M. Zapatero: l’Espagne est en faillite. Donc moi, je pense qu’on ne peut pas faire l’expérience de quelqu’un qui n’a pas l’expérience internationale aujourd’hui. (…) Je connais François Hollande comme premier secrétaire. Alors, on peut regarder son expérience si vous volez: quand il a pris le parti socialiste, il y avait 300 000 personnes et quand il l’a quitté, il y avait 150 000 personnes. Claude Allègre
On aura Chirac II au pouvoir. Chirac a cédé à tout, Hollande, c’est la même chose. Claude Allègre
François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel. Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est mondialement connu en Corrèze. Ce n’est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires. Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe. Par temps calme et sans nuages. Il n’est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C’est une espèce d’entre-deux: un pis-aller historique. Ce n’est pas Mitterrand: ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n’est pas Jaurès ni Léon Blum: c’est Albert Lebrun. Ce n’est pas Clemenceau: c’est Deschanel. Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l’élire à l’Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête. C’est vrai: Sarkozy en a trop fait. Hollande, c’est l’inverse. Car n’avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. (…) Je veux bien croire -je n’en suis pas si sûr que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé. J’imagine très bien l’explosion d’enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l’élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée. Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015. Jean D’Ormesson
Pourquoi le fait que Hollande ait dit qu’il se serait désisté pour Mélenchon au second tour – si ce dernier était arrivé premier à « gauche »- ne pose pas autant de problèmes qu’à droite ? Parce que Mélenchon bénéficie de l’aura des 75 000 fusillés du PC alors que si ce dernier en a fait autant c’était surtout pour soulager le front soviétique, pour faire en sorte que le maximum de divisions nazies soient immobilisées en France, afin qu’elles ne puissent pas aller attaquer la vraie « patrie du socialisme « , pas du tout pour les beaux yeux de Marianne ; (…)  Le FN a beau avoir, dit-il, pas mal d’anciens résistants dans ses rangs rien n’y fait, et pourtant est-on sûr que les feu vichystes soutiennent le FN et pas plutôt le feu PFN, l’Oeuvre française, c’est-à-dire Karl Lang, Bruno Mégret, voire le Bloc Identitaire, qui tous les trois refusent l’assimilation des étrangers devenus français, alors que le FN est pour ; ne serait-ce pas, là, plutôt la barre, décisive, à placer? Lucien Ouhlabib
La gauche ne tolère pas l’intolérance. Et pour preuve, elle accepte avec un plaisir non dissimulé le ralliement de Jean-Luc Mélenchon à la candidature de François Hollande. Célébrer l’histoire du communisme ou de la Terreur, c’est tout de même bien plus tolérant que de refuser l’entrée du territoire à un étranger qui ne s’est pas conformé à la loi. Théophane Le Méné
Je ne suis pas un candidat pochette-surprise. François Hollande
Je suis coincée entre la gauche molle, qui ne promet rien, et la gauche folle, qui promet tout. Eva Joly
Je pense que François Hollande, c’est la solution du XXe siècle aux problèmes du XXIe. Eva Joly
Il fait de la politique avec un rétroviseur. La Bastille, la Commune, c’est sympa, c’est la nostalgie d’une époque où il y avait de grands tribuns et pas de femmes en politique. Cécile Duflot (à propos de Jean-Luc Mélenchon)
Monsieur Hollande veut moins de riches, moi, je veux moins de pauvres. Nicolas Sarkozy
La Corrèze, c’est la Grèce de la France.  Nadine Morano
Je ne veux pas réguler le capitalisme, je veux l’étrangler. Jean-Luc Mélenchon
 Eva Joly sera l’accident industriel de l’élection présidentielle. Éric Besson
 À présent, à gauche, pourquoi choisir pour entrer dans la saison des tempêtes un capitaine de pédalo comme Hollande ? Jean-Luc Mélenchon
 Ma grand-mère disait : “Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup”. Martine Aubry (à propos de François Hollande, trois jours avant le deuxième tour de la primaire socialiste)
Droitisation. Ce n’était pas la campagne de Nicolas Sarkozy qui la provoquait, comme le prétendaient les commentaires médiatiques. C’est la France qui s’est droitisée. En dix ans, l’évolution est spectaculaire. (…) Plutôt perdre une élection que perdre son âme, disait-on même à droite. (…) Stigmatisation – le grand mot ! Défense de stigmatiser les minorités visibles et invisibles mais pas l’électeur populaire de Le Pen.  (…) Voici que M. Hollande se met à les « comprendre », quand M. Mélenchon qualifiait leur candidate, il y a peu, de « démente ». Mais qu’y a-t-il dans le programme Hollande pour rassurer ces électeurs autrefois bannis et soudain devenus fréquentables ? Le droit de vote aux étrangers ? la régularisation des sans-papiers ? l’inscription de la loi de 1905 dans une Constitution déjà laïque ? la priorité au logement pour ceux qui viennent d’ailleurs ? le RSA pour tous ? Le comble de la “faillite morale” serait que le candidat socialiste soit élu grâce à ces voix-là. Mais d’un autre côté, quand Hollande garantit 22 sièges de députés aux Verts dont la candidate a fait 800 000 voix, Nicolas Sarkozy peut-il ne rien faire pour un parti qui en a obtenu 6,4 millions ? François d’Orcival

Après le Kool-Aid du tout-sauf-Bush il y a quatre ans aux Etats-Unis, la France du tout-sauf-Sarkozy va-telle accoucher de son propre Obama blanc?  (Et en plus, il n’est même pas noir!)

Bloc des droites (Sarkozy-Le Pen Dupont-Aignan) à 47 %,  total des gauches (Hollande-Mélenchon-Joly-Poutou-Arthaud) à 44%, gauche tout droit sortie du XIXe siècle qui après trois défaites consécutives n’a toujours pas fait son aggiornamento, véritable pochette-surprise d’un candidat accidentel (suite à l’auto-sabordage de DSK) en tête des sondages venu d’on ne sait où et sans la moindre expérience de gouvernement ..

A l’heure où, si l’on en croit nos sondeurs, une France majoritairement à droite et embarquée dans peut-être la plus critique période de son histoire récente semble sur le point de jeter son va-tout pour l’incroyable risque politique du plus inexpérimenté et du moins fiable des candidats

Et où les commentateurs anglo-saxons n’en reviennent pas du véritable Jurassic Park qu’ils ont découvert lors de la campagne française fait d’une étrange conjonction d’une majorité de droite et de la plus archaïque des gauches faisant mine, après 20 ans de mépris, de redécouvrir l’électorat FN …

Comment ne pas s’interroger en effet devant un tel insondable mystère?

Mais surtout ne pas repenser, toutes proportions gardées et l’enthousiasme en moins, à la délirante hystérie qui avait saisi ces mêmes Anglo-saxons il y a quatre ans (et peut-être à nouveau dans six mois?) devant le véritable accident industriel que s’est révélé être un certain  Barack who?

« Un repaire de gauchistes » :la France vue par les éditorialistes anglo-saxons…

Plus que la poussée de Marine Le Pen, ce sont les propositions de l’extrême gauche qui frappent les observateurs américains et anglo-saxons. Petite revue de presse d’après premier tour.

Gérald Olivier

Trans Amérique Express

Atlantico

25 avril 2012

Les photos de Nicolas Sarkozy et François Hollande sortant de l’isoloir ont fait la première page du New York Times ce lundi. Mais le reportage qui suivait tenait moins aux deux finalistes, qu’à celle arrivée troisième : « Hier, comme à chaque premier tour d’une élection présidentielle, les Français ont voté avec leur cœur, dans quinze jours, au second tour, ils voteront avec leur tête… Comment Marine Le Pen a-t-elle pu ainsi voler leur cœur… ? »

La réponse pour le journaliste tient à la crise, et à « l’anti-sarkozysme » qui s’est emparé de la France. Il note surtout que ce résultat a déjoué les pronostics. Jusqu’alors la campagne présidentielle avait été dominée par la percée dans les sondages et le succès annoncé de Jean-Luc Mélenchon, « un ancien Trotskyste ». Une percée qui n’en finissait pas de surprendre outre-Atlantique. Comment les Français peuvent-il encore croire à des discours de gauche se demandaient les observateurs ?

« On savait la France plus à gauche que les États-Unis, mais à écouter certains des candidats, on prend conscience du fossé qui nous sépare… » écrit Brad Plumer dans le Washington Post, toujours pas revenu de ce qu’il a entendu dans la bouche de certains candidats. Au point d’avoir dressé la liste des « propositions qu’un candidat d’un des deux grands partis américains ne pourrait pas faire » : taper sans retenue sur le dos de la finance comme Hollande … ; promettre de taxer à 75% les revenus au dessus de 1 million d’euros (sachant que le candidat Mélenchon demande 100% de taxe à partir de 500 000 euros )… ; imposer un plafonnement des rémunérations des patrons ; critiquer tous azimuts la libre entreprise et les marchés, même à droite puisque Marine Le Pen a fait de son score une victoire contre la banque, la finance et les multinationales ».

Un tel radicalisme laisse peu d’options économiques viables à un pays. Surtout un pays en crise, dans un monde en crise. Inquiet des conséquences internationales de telles mesures, Plumer est allé interroger un spécialiste pour essayer de comprendre. Il a trouvé Arthur Goldhammer, directeur du département d’études européennes à l’Université d’Harvard. Pour ce politologue les candidats du premier tour de la présidentielle française se répartissent en deux camps : « le camp des deux candidats arrivés en tête, qui préconisent bon an mal an une forme d’adaptation à la mondialisation » et « le camp des autres qui ont tous en commun de rejeter cette mondialisation ». François Hollande et Nicolas Sarkozy totalisant 56% des voix, le premier camp demeure majoritaire mais « les forces de résistance sont nombreuses et l’anti-establishment puissant ».

De l’autre côté de la Manche, l’hebdomadaire The Economist, a été tout aussi frappé par la prévalence d’un tel discours : « A regarder la télévision et écouter la radio ces jours-ci en France on pourrait penser que ce pays est un repaire de communistes, d’anticapitalistes et de révolutionnaires ». L’hebdomadaire note que « pas moins de trois candidats sur dix se réclamaient de l’extrême gauche », (Mélenchon, Poutou et Arthaud), donc du fait de la règle d’équité de la campagne officielle « l’extrême gauche a totalisé le tiers du temps de parole à l’écran et sur les ondes ».

Et le journal prend plaisir à reproduire quelques perles de campagne sous le titre « Il faut y être pour croire ce que l’on entend » : « A la radio M. Poutou défendait sérieusement la réduction du temps de travail de 35 à 32 heures en précisant que le but ultime est de « travailler le moins possible et gagner le plus possible… et si ne pas travailler du tout était possible, nous ne serions pas contre ».

« Jean Luc Mélenchon a ranimé la vieille alliance entre le parti socialiste et le parti communiste sous les mots d’ordre « prendre le pouvoir » et « partager la richesse » : « Si je suis élu, dit-il, nous partagerons la richesse, et ceux qui ne veulent pas la partager de leur plein gré, la partagerons de force. »

« Jean-Luc Mélenchon (encore lui) dit : « Regardez les riches dans les yeux et ne leur dites pas « je ne suis pas dangereux », dîtes leur au contraire « je suis dangereux et je vais vous vider les poches ».

Et le journaliste de conclure « avec un tel discours ambiant, pas étonnant que, François Hollande, qui, n’importe où ailleurs passerait pour un vieux gauchiste démodé, ait en France une réputation de modéré. »

Cette « modération » est la bouée de sauvetage à laquelle les observateurs étrangers veulent se raccrocher.

Sur la crise de l’euro, dit Arthur Goldhammer, Sarkozy et Hollande « ne sont pas très éloignés », « ils reconnaissent tous deux que quelque chose doit être fait pour changer l’Europe », mais Sarkozy, « véhément et débordant d’énergie s’est sagement rangé derrière Angela Merkel », alors que Hollande « qui a passé sa vie a bâtir des compromis » a promis de tenir une « position ferme». Et d’opiner « il n’est pas sûr qu’il ait la capacité de le faire. »

Tout comme les médias français, les journaux anglo-saxons présentent la victoire du candidat socialiste comme quasi acquise. Même s’ils notent qu’elle suscite peu d’enthousiasme chez les Français. The Economist est allé à Donzy, en Bourgogne, le village qui prédit toujours le vainqueur des scrutins présidentiels. « Donzy vote plutôt Hollande, note le journaliste mais sans enthousiasme »…« Il n’y a aucune ferveur autour de lui », nous dit le maire du village. « Les gens du coin sont résignés à sa victoire » … Il faut dire que c’est « débutant, qui n’a même pas été ministre ».

Mary Ryddell du Telegraph rappelle que les socialistes avaient jadis surnommé François Hollande « Flanby ». Sous sa plume il devient donc « Mr Milk Pudding ».

Plus sérieusement l’Associated Press s’est intéressé aux programmes des deux finalistes face aux échéances qui attendent la France. Le diagnostic est inquiétant : « Aucun des deux candidats ne propose les réformes nécessaires pour remettre la France sur la voie de la réussite économique… Sans croissance, la dette actuelle est insoutenable, et sans réforme la croissance ne repartira pas ! »

Cette sombre perspective est partagée par Desmond Lachman, chercheur de l’American Enterprise Institute qui signe, dans The American du 23 avril, une synthèse implacable de la campagne et des enjeux de l’élection française sous le titre « la prochaine et plus sérieuse phase de la crise européenne »: « L’élection de François Hollande aurait des conséquences sur la crise de l’euro… parce qu’il s’est engagé à aller droit à la collision avec Angela Merkel… et parce que sa posture guerrière contre la finance, sera mal perçues par les marchés… Hollande n’a aucune expérience internationale, la plus haute responsabilité gouvernementale qu’il ait jamais occupée a été celle de maire… Il regarde en arrière, n’offre aucune perspective nouvelle, et se veut la réincarnation du dernier Président socialiste François Mitterrand… Les Français qui sont fatigués de Sarkozy n’aiment guère Hollande… le choix est pour eux déprimant, ils perçoivent que quel que soit le vainqueur c’est la France qui perdra. »

L’épée dans les reins

François d’Orcival

26/04/2012

Droitisation. Ce n’était pas la campagne de Nicolas Sarkozy qui la provoquait, comme le prétendaient les commentaires médiatiques. C’est la France qui s’est droitisée. En dix ans, l’évolution est spectaculaire. Reprenez les chiffres.

 En 2002, Jacques Chirac et ses alliés (Madelin, Boutin) font 7 millions de voix au premier tour ; Le Pen et son ex-second Mégret, 5,5 millions. Total : 12,5 millions. Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy, avec Nihous et Villiers obtiennent à eux seuls 12,7 millions de suffrages, soit, avec ceux de Le Pen, 16,5 millions. Dimanche dernier, le total Sarkozy, Marine Le Pen, Dupont-Aignan fait 16,7 millions. Toutes familles confondues, avec les contradictions et interdits que l’on sait, la droite a progressé de 4 millions de voix en dix ans – c’est-à-dire de 33 % ! Durant ces seules années 2007-2012, Sarkozy avec Le Pen passent de 41,6 % des voix à 45,1 %. On peut toujours discuter, c’est un fait.

Mais au coeur de cette “droitisation”, la droite frontiste a elle-même effectué un bond : un million de voix de plus en dix ans. Record historique. Quant au centre de François Bayrou, on voit à peu près clairement ce qui s’est passé : à force d’entendre leur leader faire le procès systématique de Nicolas Sarkozy, de sa personne et de tout ce qu’il pouvait faire, le tiers de ses électeurs est allé droit chez Hollande dès le premier tour.

Le second tour est donc entre les mains des électeurs de Marine Le Pen. Il l’était déjà en 2007. Parmi eux se trouvent des électeurs de droite qui ont eu envie de mettre une épée dans les reins de Nicolas Sarkozy, contre tous ceux qui lui conseillaient d’aller à la rencontre du “centre”. D’autres, qui ne sont pas nécessairement différents, ont frappé encore un peu plus fort, exaspérés de voir leur voix éternellement méprisée. Dans les deux cas, ce vote est la traduction de ce que Martine Aubry a bien analysé, quoique mal placée pour en parler : une « faillite morale ».

En 1988 déjà, il y a donc vingt-quatre ans, 4,4 millions d’électeurs votaient Le Pen et, depuis, d’élection en élection, ces mêmes électeurs ont été traités de malades, d’obsédés, de xénophobes, d’islamophobes, de nostalgiques, etc. Plutôt perdre une élection que perdre son âme, disait-on même à droite. Instruite par François Mitterrand, la gauche s’employait savamment à diaboliser moins le Front national que les élus de droite tentés de l’avoir comme allié. On se rappelle la bronca des “valeurs communes”, la manière avec laquelle la gauche sut, avec la complicité du centre, ruiner la carrière de Charles Millon parce que celui-ci n’avait pas renoncé au soutien des élus du FN au conseil régional Rhône-Alpes. Stigmatisation – le grand mot ! Défense de stigmatiser les minorités visibles et invisibles mais pas l’électeur populaire de Le Pen.

Que s’est-il passé ? Voués au bûcher par le “politiquement correct”, ces électeurs frappaient à la porte d’une droite qui ne répondait pas parce qu’elle était pétrifiée par les injonctions de la gauche. Résultat : les électeurs lepénistes ont fait battre la droite sourde aux législatives de 1997 en faisant tomber suffisamment de sièges grâce à des triangulaires, offrant ainsi la majorité à Lionel Jospin pendant cinq ans. L’élection de 2002 aura été pour le Front national une victoire paradoxale : Le Pen fut certes présent au second tour, mais ses électeurs furent plus que jamais isolés et parqués.

En 2007, Nicolas Sarkozy a su aller les chercher, les séduire, les extraire de l’isolement, les ramener à la maison. Mais la gauche veillait, et lui-même, malgré des gestes forts, s’est laissé entraîner par cette gauche factice à une politique d’ouverture inutile, à des nominations offertes à ses adversaires, à des débats restés sans suite. La “morale” commandait d’avoir de la reconnaissance pour ces électeurs trop méprisés. Ses discours n’ont pas suffi. Ils se rappellent au bon souvenir de chacun.

Voici que M. Hollande se met à les « comprendre », quand M. Mélenchon qualifiait leur candidate, il y a peu, de « démente ». Mais qu’y a-t-il dans le programme Hollande pour rassurer ces électeurs autrefois bannis et soudain devenus fréquentables ? Le droit de vote aux étrangers ? la régularisation des sans-papiers ? l’inscription de la loi de 1905 dans une Constitution déjà laïque ? la priorité au logement pour ceux qui viennent d’ailleurs ? le RSA pour tous ? Le comble de la “faillite morale” serait que le candidat socialiste soit élu grâce à ces voix-là. Mais d’un autre côté, quand Hollande garantit 22 sièges de députés aux Verts dont la candidate a fait 800 000 voix, Nicolas Sarkozy peut-il ne rien faire pour un parti qui en a obtenu 6,4 millions ? La démocratie, et pas seulement la morale, appelle une réponse.

François d’Orcival, de l’Institut

Verbatim.

Voir enfin:

Petites phrases de campagne

Valeurs actuelles

26/04/2012

Toujours percutantes, mais aussi drôles ou méchantes, voire de mauvais goût, elles émaillent chaque campagne. Florilège du cru 2012.

Nathalie Kosciusko-Morizet, le 11 avril : « Gauche au volant, Grèce au tournant. »

François Hollande, le 11 avril : « Je ne suis pas un candidat pochette-surprise. »

Eva Joly, le 11 avril : « Je suis coincée entre la gauche molle, qui ne promet rien, et la gauche folle, qui promet tout. »

François Hollande, le 1er avril : « Sarkozy, c’est l’ardoise magique : à chaque scrutin, l’ardoise est effacée. »

Eva Joly, le 30 mars : « Je pense que François Hollande, c’est la solution du XXe siècle aux problèmes du XXIe. »

Jean-Luc Mélenchon, le 27 mars : « Le programme de François Hollande est à prendre ou à laisser. Très bien, on laisse. »

Nicolas Dupont-Aignan, le 25 mars : « Il ne suffit pas d’enlever sa Rolex pour être le candidat du peuple », à propos de Nicolas Sarkozy.

Cécile Duflot, le 18 mars : « Il fait de la politique avec un rétroviseur. La Bastille, la Commune, c’est sympa, c’est la nostalgie d’une époque où il y avait de grands tribuns et pas de femmes en politique », à propos de Jean-Luc Mélenchon.

Nicolas Dupont-Aignan, le 15 mars : « Avec Nicolas Sarkozy tout est possible avant les élections, rien n’est possible après. »

Laurent Fabius, le 6 mars : « Votre bilan, c’est votre boulet », s’adressant à Nicolas Sarkozy.

Marine Le Pen, le 3 mars : « Sarkozy répète ses promesses d’il y a cinq ans. À chaque fois que je l’entends, je rajeunis. »

Nicolas Sarkozy, le 1er mars : « Monsieur Hollande veut moins de riches, moi, je veux moins de pauvres. »

François Bayrou, le 28 février : « Le déconnomètre fonctionne à plein tube », à propos de la proposition de Hollande de taxer à 75 % les revenus supérieurs à 1 million d’euros.

Ségolène Royal, le 21 février : « Il voudrait faire oublier en soixante jours tous les dégâts qu’il a commis en cinq ans. »

François Bayrou, le 19 février : « 0 + 0 = la tête à Toto », à propos des ralliements de Christine Boutin et Hervé Morin à Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy, le 19 février : « Hollande fait semblant d’être Thatcher à Londres et Mitterrand à Paris. »

Nadine Morano, le 8 février : « Le problème d’image d’Eva Joly ne vient pas que de son accent, c’est aussi physique. »

Nadine Morano, le 2 février : « La Corrèze, c’est la Grèce de la France. »

Nicolas Sarkozy, le 24 janvier : « En cas d’échec, j’arrête la politique. Oui, c’est une certitude. »

Hervé Morin, le 22 janvier : « Moi qui ai vu en Normandie le débarquement des Alliés, nous avons vécu des épreuves drôlement plus difficiles que celles que nous avons à vivre aujourd’hui. »

Christine Boutin, le 19 décembre 2011 : « Autant je suis une bonne fille, loyale, mais quand on me cherche, on me trouve. Et vous allez entendre parler de la campagne de Christine Boutin. »

Jean-Luc Mélenchon, le 18 décembre 2011 : « Je ne veux pas réguler le capitalisme, je veux l’étrangler. »

Luc Chatel, le 13 décembre 2011 : « Je conseillerais à Dominique de Villepin de rebaptiser son mouvement, qui s’appelle République solidaire, République solitaire. »

Éric Besson, le 8 décembre2011 : « Eva Joly sera l’accident industriel de l’élection présidentielle. »

Jean-Marc Ayrault, le 1er décembre 2011 : « L’homme du déclin ne sera jamais l’homme du destin », à propos de Nicolas Sarkozy.

Marc-Philippe Daubresse, le 16 novembre 2011 : « Les Français vont désormais réaliser qu’en mélangeant du rose et du vert, on se retrouve toujours marron. »

Jean-Luc Mélenchon, le 13 novembre 2011 : « À présent, à gauche, pourquoi choisir pour entrer dans la saison des tempêtes un capitaine de pédalo comme Hollande ? »

François Hollande, le 28 octobre 2011 : « Pour ce qui concerne les relations avec les patrons du Cac 40, les propriétaires des grands médias et les milieux d’affaires, Nicolas Sarkozy dispose d’une avance que je ne lui contesterai jamais. »

Jean-Luc Mélenchon, le 18 octobre 2011 : « Petit à petit, je vais tellement secouer Hollande qu’il va être obligé de bouger. »

Martine Aubry, le 13 octobre 2011 : « Ma grand-mère disait : “Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup” », à propos de François Hollande, trois jours avant le deuxième tour de la primaire socialiste.

Ségolène Royal, le 12 septembre 2011 : « Il y aura du ménage à faire. Et ce n’est pas plus mal que ce soit une femme qui soit élue pour faire le ménage », pendant la campagne pour la primaire PS.


Bloc des droites (Sarkozy-Le Pen Dupont-Aignan) à 47 %,  total des gauches (Hollande-Mélenchon-Joly-Poutou-Arthaud) à 44%,


Présidentielles 2012: Le vrai mensonge éhonté de Sarkozy (The worst lies with the exception of all the others)

26 avril, 2012
Aujourd’hui, il y a seulement 10 % des chômeurs qui sont en formation. Nicolas Sarkozy
Indice de crédibilité de l’intervention: 0%. Vérification: Les derniers chiffres sur la formation professionnelle publiés par le Ministère du travail concernent l’année 2009 : il y avait alors 576 000 demandeurs d’emploi en cours de formation, soit 8% du nombre de chômeurs au sens du BIT en 2009. D’après les derniers chiffres disponibles, Nicolas Sarkozy exagère donc de 25% la proportion de « chômeurs en formation ». Véritomètre (iTélé et Owni)
Nicolas Sarkozy sur TF1 s’est livré à trois mensonges éhontés (…) Il a dit que Tarik Ramadan appelait à voter pour François Hollande, c’est faux ! Il a fait référence à un appel des 700 mosquées en faveur de François Hollande, c’est faux, cet appel a été démenti. Il a de nouveau assuré que François Hollande souhaitait régulariser les sans-papiers, c’est faux, chacun connaît les positions du candidat de la gauche : la régularisation sur la base de critères. Il s’agit de contre-vérités particulièrement graves. Dans la bouche d’un président de la République et d’un candidat, ces mensonges visent à créer un climat de tension et de haine (…) en agissant de la sorte, le candidat sortant montre son affolement, mais surtout la course-poursuite qu’il livre aux idées du FN (…) C’est indigne et il est temps que tous ceux qui ne supportent plus ces discours de haine et de provocation se rassemblent pour changer de président le 6 mai. Manuel Valls (directeur de la communication de François Hollande, 25.04.12)
J’ai vu que M. Hollande (…) parle beaucoup du Front national. Mais que dit-il, lui, quand Tariq Ramadan ose appeler à voter pour lui? Tariq Ramadan, l’homme avec qui j’ai débattu, qui proposait un moratoire sur la lapidation de la femme adultère? C’est monstrueux! Voilà un homme qui appelle à voter pour François Hollande. Nicolas Sarkozy
Aujourd’hui, je n’ai pas de consigne de vote. Franchement, je serais bien emprunté, c’est pour ça que je souris souvent en disant aux Français ‘Bonne chance’, parce que, franchement, je ne vois pas. J’aurais une position de principe qui est extrêmement claire : je suis tellement mécontent de ce que je peux voir que je regarderais pour le premier tour et voterais pour celui que je considère être le moins mauvais. Mais, au deuxième tour, je n’aurais pas un vote utile, je n’aurais qu’un vote sanction. Quelque soit celui qui est au pouvoir et bien je dirais je suis contre toi. Je ne suis pas pour toi, je suis contre toi. Moi, je prends position pour que mon vote compte au lieu de m’abstenir parce que les deux c’est la même chose. Je vais voter contre Sarkozy, mais si Hollande arrivait par la suite je serais contre lui de la même façon… Un premier tour où je chercherais le moins mauvais et un deuxième tour où je voterais contre celui qui est en charge pour manifester dans un poids une attitude de distanciation… (…) Franchement aujourd’hui, je me vois pas dire oui à l’un (…) mais par contre  je peux dire non à l’autre …  Tariq Ramadan (à partir de la 40e minute, 04.03.12)
Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas Français, je n’ai pas donné de consigne de vote. J’ai dit qu’il ne devait pas y avoir de consigne de vote musulman, que cela ne voulait rien dire. J’ai simplement appelé les citoyens français, de confesssion musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvaise. Tariq Ramadan
Des recteurs de mosquées vont appeler à voter pour François Hollande (…) En tout, c’est un réseau de quelques 700 mosquées qui devrait se mobiliser en faveur du candidat socialiste. Ironie de l’histoire : l’organisateur de l’opération n’est autre qu’Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller « Diversité » de Nicolas Sarkozy. Désormais conseiller à la mosquée de Paris, il avait claqué la porte de l’Elysée en mars 2011, alors que l’UMP venait d’annoncer la tenue d’une convention sur l’islam. Marianne
J’ai dit régularisation au cas par cas. C’est déjà ce qui se passe aujourd’hui, sauf que les critères seront beaucoup plus clairs, ils seront les mêmes partout dans toutes les préfectures. François Hollande
François Hollande a redit hier soir qu’il écartait toute régularisation massive de sans-papiers, contrairement à ce que prétend Nicolas Sarkozy. Mais le flou demeure sur les critères qu’il entend appliquer en la matière. (…)  En réalité (…) Cela fait bien longtemps que le PS ne prône plus de régularisations massives. Mais le programme de François Hollande en la matière n’est guère précis pour autant. « Les régularisations seront opérées au cas par cas sur la base de critères objectifs », est-il indiqué dans ses « 60 engagements pour la France ». Or, soit on pratique le « cas par cas », comme souvent dans les préfectures aujourd’hui, avec tout l’arbitraire qui peut en découler, soit on se réfère à des « critères objectifs » qui s’appliquent à tous de manière uniforme sur le territoire. Les deux méthodes sont proprement antinomiques. Est-ce à dire que la liste des critères peut évoluer suivant les situations ? Que certains critères sont incontournables, d’autres non ? Dans une interview accordée au « Point » en mai 2011, François Hollande indiquait certains des critères importants à ses yeux : « un travail de fait, même s’il est clandestin depuis longtemps, une attestation prouvée par des témoignages d’une présence continue sur le territoire et la réalité d’une famille en France. La personne concernée doit enfin faire la démonstration d’une intégration sur le territoire ». Peu ou prou, il s’agit des critères déjà appliqués par les préfets pour les 30.000 régularisations effectuées chaque année. Sur l’immigration professionnelle, là encore c’est le flou qui domine. Si François Hollande, dans l’émission « Des paroles et des actes », le mois dernier, a récusé l’appellation d’ « immigration choisie », lui préférant celle d’ « immigration intelligente », il ne s’est pas encore avancé sur les secteurs ou les métiers qui devraient s’ouvrir ou non à l’immigration professionnelle. Preuve que le PS n’est guère à l’aise sur le sujet, le think tank Terra Nova, qui publie quantité de rapports pour alimenter le débat à gauche, rechigne à sortir celui sur l’immigration professionnelle, écrit par l’économiste El Mouhoub Mouhoud. Le texte, qui prône une large ouverture à l’immigration professionnelle, ferait-il peur au PS, craignant d’effrayer un électorat fragilisé par le chômage ? Deux propositions sont en revanche très clairement assumées : celle d’abroger la circulaire du 31 mai sur les étudiants étrangers et celle de donner le droit de vote aux étrangers non communautaires pour les élections locales. Les Echos (17.02.12)
[Dans un discours à Caen, vendredi, le chef de l’Etat a assuré être allé à Fukushima avec la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.] J’ai vérifié, il n’y est jamais allé. C’est la première fois dans l’histoire de la République, qu’un candidat sortant relate un voyage qu’il n’a jamais fait. Il aura été un précurseur en tout. Même en voyage qu’il n’a jamais accompli. François Hollande
Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, nous avons été à Fukushima. Apparemment, François Hollande, non. Parce que s’il avait été à Fukushima se renseigner, il se serait rendu compte de ce qui s’est passé à Fukushima, c’est d’abord un tremblement de terre, ensuite un tsunami extravagant. […] Alors j’avoue que j’ai eu du mal à suivre la logique de M. Hollande. Alors, je suis à Fukushima au Japon, et voilà qu’il s’abat sur Fessenheim ! Nicolas Sarkozy
Je me suis rendu au Japon avec (la ministre de l’Ecologie de l’époque) Nathalie Kosciusko-Morizet, j’ai rencontré les autorités japonaises, j’ai discuté avec le premier ministre (japonais) de la situation à Fukushima et Nathalie Kosciusko-Morizet s’y est rendue. »Je ne suis pas ingénieur, je n’ai pas besoin d’aller mettre le nez dans la situation à Fukushima où par ailleurs il y a un périmètre interdit. J’ai simplement dit qu’à Fukushima, ce qui s’était produit n’était pas un incident nucléaire, c’était un tsunami avec une vague qui a atteint 42 mètres de haut, qui a démoli les systèmes de pompe qui permettaient le refroidissement de la centrale et que, dire à partir de Fukushima qu’il faut fermer Fessenheim qui se trouve dans le Haut-Rhin en Alsace, ça me semblait être une absurdité particulièrement notable. Nicolas Sarkozy
Mais personne ne va à Fukushima ! Quand on dit “je vais à Fukushima, sur les lieux de l’accident”, c’est au plus proche de l’accident, au plus proche des Japonais qui sont à ce moment-là dans la peine et la souffrance… Personne n’est allé à Fukushima. Fukushima, c’est une zone interdite […]. C’est une espèce de fausse polémique comme ceux qui n’ont rien à dire en ont le secret. Nathalie Kosciusko-Morizet
Je reviens du Japon, après trois jours entre Tokyo et Sendai, là où le tsunami a frappé il y a trois semaines. Je suis arrivée à Tokyo depuis Nankin, le 31 mars dans l’après-midi, avec le Président Sarkozy qui voulait aller en personne assurer les Japonais et leurs gouvernants de notre solidarité. Le Premier Ministre japonais, Naoto Kan, nous a dit sa satisfaction au moyen d’un proverbe : « les vrais amis sont ceux qui viennent sous la pluie ».(…) Je suis restée au Japon pour y exprimer à tous mes interlocuteurs la solidarité de la France et pour leur dire, aussi, l’admiration que nous inspire le courage d’un peuple frappé par un enchaînement de catastrophes inédit dans l’histoire de l’humanité. Le tsunami, le séisme, l’accident nucléaire, tout ce à quoi le Japon fait face est ahurissant. Mais il fait face, avec calme, dignité. Les gens se serrent les coudes, comme nous avons pu le voir dans l’un des centres d’accueil de réfugiés, installé dans un grand gymnase de la banlieue de Tokyo. Je suis restée au Japon pour leur délivrer ce message et pour mieux identifier les besoins, en voyant quel type de coopération nous devons envisager pour les semaines qui viennent. J’étais accompagnée d’une délégation qui représentait tout l’éventail de l’expertise française en matière nucléaire. (…) Nous avons quitté Tokyo pour Sendaï au petit matin. Sendaï où ont été prises les photos que nous avons tous vus dans nos journaux. Il faut cinq heures de bus pour se rendre sur place. L’expert de l’IRSN, qui nous accompagne avec son équipement et mesure la radioactivité sur la route, nous donne des informations rassurantes ; y compris lorsque nous nous trouvons à une quarantaine de km de la centrale de Fukushima. A Sendaï, je rencontre la maire, qui demande une aide de la France en matière agricole, pour désaliniser l’eau des rizières submergées par le tsunami. Je sais que des organismes de recherche agricole français disposent d’expertise en la matière. Je déjeune avec les quelques membres de la communauté française restés à Sendaï avec le directeur de l’alliance française. Je visite un centre d’accueil de réfugiés.  La ville n’a été touchée que partiellement. Il y a un contraste très fort entre les premiers quartiers que l’on traverse et ceux des deux arrondissements proches de la mer. Là, c’est la désolation absolue. Des kilomètres de côtes dévastées, des voitures par centaines, renversées, compressées, enchevêtrées, qui jonchent le sol boueux. On commence tout juste à déblayer depuis quelques jours. Mais des ouvriers sont déjà au travail : ils reconstruisent des ponts. L’espoir est là, avec la vie qui reprend au milieu des décombres. Retour à Paris, par le vol d’Air France qui fait escale à Séoul, pour changer d’équipage. Les pilotes d’Air France refusent de dormir à Tokyo. M. Ohata m’a fait remarquer à ce propos qu’il y dormait tous les soirs, comme 13 millions de ses compatriotes et plusieurs milliers de Français. Nathalie Kosciusko-Morizet
La visite de Nicolas Sarkozy au Japon est la première d’un chef d’État ou de gouvernement étranger depuis la catastrophe du 11 mars. Il avait déjà été l’un des premiers à se rendre en Haïti en février 2010, un mois après le séisme qui a fait plus de 200 000 morts dans la région de Port-au-Prince. Ce séjour de quelques heures à Tokyo fournira aussi à Nicolas Sarkozy l’occasion de combler un vide de son bilan diplomatique. S’il s’est rendu à cinq reprises en Chine, il n’a, depuis son élection, jamais visité le Japon, hormis pour le sommet du G8 à Tokyo en 2008. Le Point (31/03/2011)
Il a laissé s’organiser un système de clan, de bandes et de prébendes. Ce système a fait la promotion d’un nucléaire bas de gamme à l’international et proposé de transférer nos droits de propriété intellectuelle mondiaux aux… Chinois, et de vendre du nucléaire à des pays où ce n’est pas raisonnable. (…) Par exemple au colonel Kadhafi. Nous jouions à fronts renversés: moi, qui aurais dû pousser à la vente, je m’y opposais vigoureusement, et l’Etat, censé être plus responsable, soutenait cette folie. Imaginez, si on l’avait fait, de quoi nous aurions l’air maintenant ! La vente de nucléaire s’accompagne de la création d’une autorité de sûreté capable d’arrêter la centrale en cas de problème. Or, dans un tel régime, un président de l’autorité de sûreté qui n’obéit pas est au mieux jeté en prison, au pire exécuté ! Pourtant, quelle insistance ! A l’été 2010, j’ai encore eu, à l’Elysée, une séance à ce sujet avec Claude Guéant et Henri Proglio… Anne Sauvargeon
Le candidat sortant me dit: «Ça coûte cher, on n’a pas les moyens, 60 000 postes c’est impossible, deux milliards et demi.» J’ai fait mes comptes : lui, il a accordé le bouclier fiscal aux plus favorisés, cela représentait deux milliards et demi, l’équivalent des 60000 postes. Qu’est ce que l’on préfère, protéger les plus riches ou protéger nos enfants? J’ai choisi : protéger nos enfants! François Hollande
Cette équation est trompeuse: François Hollande compare en effet le bouclier fiscal dont le coût cumulé sur le quinquennat est d’environ 2,5 milliards (grosso modo 500 millions d’euros par an en moyenne). Alors que cette somme de 2,5 milliards d’euros correspond (plus ou moins selon les évaluations) au coût annuel des 60000 postes crées dans l’Education nationale, une fois la totalité des postes créés (à partir de la cinquième année). Si l’on veut vraiment comparer le coût cumulé de la création des postes sur cinq ans, on aboutit à 7,5 milliards d’euros (500 millions la première année pour 12 000 postes, 1 milliards la deuxième année pour les 12000 premiers plus 12000 supplémentaires , etc. jusqu’à la dernière année où les 60 000 postes représentent une charge annuelle de 2,5 milliards). Desintox
Entre 2002 et 2006, les atteintes aux personnes ont explosé de 23,8%, et les coups et blessures non mortels de 31,3%. Manuel Valls (dans son dernier livre, l’Energie du changement)
La violence progresse. Depuis dix ans, les violences aux personnes ont augmenté de 20 % (…) On nous dira que nous sommes des laxistes, alors que j’ai démontré le contraire et que la Droite a laissé les violences aux personnes progresser de 20 %! François Hollande
Les chiffres de Manuel Valls correspondent à l’évolution des faits constatés par les forces de l’ordre. On pourrait gloser sur le terme «explosion» employé par Valls. Il laisse à penser que les violences ont subitement augmenté en 2002. Alors que les atteintes aux personnes enregistrées progressaient plus fortement entre 1997 et 2002. Mais ce serait accorder trop de crédit aux chiffres sur lesquels Valls s’appuie. Car le principal problème est que l’indicateur qu’il manie dit peu de choses. Comme tant d’hommes politiques, le maire d’Evry confond les chiffres de la délinquance enregistrés par la police et la gendarmerie avec la délinquance réelle. C’est un piège contre lequel l’Observatoire national de la délinquance (OND) ne cesse de mettre en garde depuis des années, en vain. «L’évolution à court ou à moyen terme du nombre de faits constatés par la police ou la gendarmerie ne doit jamais être confondue avec la délinquance commise», écrit ainsi souvent l’organisme. Si la police décide de mettre l’accent sur la lutte contre le petit trafic de drogue, il y aura davantage de dealers arrêtés. Cela ne voudra pas dire qu’il y a une explosion des trafics en France. A l’inverse, il suffit au pouvoir politique – comme cela se fait parfois – de demander aux forces de l’ordre de mettre la pédale douce dans l’enregistrement des plaintes pour que les statistiques baissent. La délinquance n’aura pas diminué pour autant. La prudence est donc de mise concernant le sens à donner à ces chiffres. Et c’est particulièrement vrai en matière de violences. Depuis quinze ans, les atteintes aux personnes enregistrées progressent. Mais cette inflation statistique ne doit pas être confondue avec une «explosion» des faits eux-mêmes. La première raison est qu’on assiste depuis quinze ans à un élargissement du nombre des «circonstances aggravantes», qui ont fait basculer des agressions de la contravention vers le délit. Des faits apparaissent dans les statistiques de la délinquance alors qu’ils n’y figuraient pas auparavant. Depuis 1994, une agression, quelle que soit la durée de l’incapacité totale de travail de la victime, est un délit si elle est le fait du concubin ou du conjoint de la victime. Et, depuis 2006, c’est aussi le cas si elle a été commise par un ex-conjoint, un ex-concubin ou une personne liée à la victime par un Pacs. Cette modification de périmètre est une des raisons de l’augmentation du nombre de faits constatés. (…)  Le nombre de plaintes enregistrées dépend aussi de la propension des victimes à porter plainte. Les experts soulignent que la forte progression des violences – notamment intrafamiliales – dans les statistiques s’explique aussi par une modification des comportements : de la police – qui est plus sensibilisée au sujet et collecte mieux les plaintes – et des victimes – qui sont de plus en plus incitées à porter plainte (elles sont encore moins de 25% à le faire en cas d’agression, et moins de 10% quand il s’agit de violence au sein du ménage). (…) «L’augmentation des faits constatés peut être une bonne nouvelle, parce qu’elle peut signifier que de plus en plus de victimes se font connaître. Ce qui ne veut pas dire qu’il y a de plus en plus de victimes», explique-t-on à l’OND. Il importe d’ailleurs de souligner que, à rebours des statistiques des forces de l’ordre, les enquêtes de victimation, qui consistent à aller interroger des échantillons de population sur les délits dont ils ont été l’objet, ne montrent pas de progression des violences. Les enquêtes que mène l’OND depuis 2007 montrent une stagnation des atteintes aux personnes. Ces enquêtes – largement utilisées dans d’autres pays – ne sont jamais citées par les responsables politiques français, qui leur préfèrent les statistiques de l’activité policière. Quitte, comme Valls, à leur faire dire autre chose que ce qu’elles disent. Le maire d’Evry, qui se veut moderne dans le traitement de la sécurité, pourrait commencer par remettre les chiffres à l’endroit. Cédric Mathiot
La première décision que je prendrai sur cette réforme des retraites, c’est de permettre à ceux qui ont cotisé 41 années de partir. Ça veut dire, qu’on rétablira l’âge légal si c’est la question sous-entendue. Mais pour partir à taux plein, il faudra avoir fait 41 années de cotisation. François Hollande (débat Aubry-Hollande, 12.10.10)
Ceux qui ont commencé leur vie professionnelle à 18 ans, qui ont fait 41 années de cotisation, 42 ans, pourront partir à 60 ans. Ceux qui n’ont pas leur durée de cotisations ne le pourront pas. François Hollande (13.12.11)
François Hollande s’est engagé à revenir à l’âge légal à 60 ans et il le fera. Marisol Touraine (conseillère du candidat sur les questions sociales) Il n’y aura pas de départ possible avec décote avant 62 ans. Marisol Touraine (conseillère de Hollande sur les questions sociales)
Ce que dit François Hollande, c’est ce qu’il dit depuis longtemps. Pierre Moscovici
François Hollande a toujours dit ça, il n’a jamais dit autre chose, il a répété que pourraient partir à 60 ans ceux qui avaient leur durée de cotisation. Chacun en fait maintenant une interprétation. ça a toujours été la même proposition. Il n’a pas dit autre chose pendant la primaire. Stéphane le Foll
Hollande a rappelé la proposition qu’il a toujours défendue, la prise en compte pour ceux qui ont commencé à travailler tôt dans leur vie de la durée de cotisation de telle sorte que s’ils ont atteint les 41 à 41,5 années de cotisations, ils puissent partir à 60 ans. Harlem Désir
Depuis le 1er janvier 2004, les assurés qui ont commencé à travailler tôt peuvent partir à la retraite avant l’âge légal. Sous certaines conditions… Arrivés sur le marché du travail à 14, 15 ou 16 ans, ils ont aujourd’hui l’âge de songer à leur retraite. La réforme Fillon, entrée en application au 1er janvier 2004, a allongé progressivement la durée d’assurance requise pour obtenir une retraite complète. Elle a aussi offert à ceux qui ont commencé tôt un départ en retraite possible avant l’âge de 60 ans. La dernière réforme, celle de novembre 2010, a reconduit et étendu ce dispositif aux personnes ayant débuté leur activité avant 18 ans. Dossier familial

Attention: un mensonge peut en cacher un autre!

Réécriture de l’histoire, enjolivement de bilan, réinventions des propositions de l’adversaire, distorsion des chiffres, diagnostics gonflés, exagérés, ou faux, invention de comparaisons internationales, promesses de changements qui existent déjà …

A l’heure où, empêtré dans un chômage record et des déficits proprement abyssaux mais fort de 200 millions de dollars de trésor de guerre pour une campagne qui devrait dépasser  les 750 millions de la dernière, le Faiseur en chef de Kool-Aid de la Maison Blanche, nous ressort les vieilles ficelles de la « règle Buffett » (o, 3% des contribuables, gain de moins de 50 milliards sur 10 ans pour 1000 milliards de déficits annuels) …

Alors qu’un site de vérification de faits français (heureuse initiative de factchecking à la française conjointe de la chaine en continu iTélé et du site anti loi Hadopi et pro-wikileaks français Owni) reprenant le titre d’un sketch de Thierry Le Luron sur Georges Marchais (Véritomètre) qui distribue les notes de crédibilité à nos candidats (devinez qui est dernier et qui est premier?)  met un 0 à qui vous savez pour avoir sous-évalué de 25% un chiffre qu’il avait dans son raisonnement intérêt à sous-évaluer …

Et que fort de son bilan vide  (toute le monde n’a pas eu la chance, à ce niveau-là en tout cas, de n’avoir jamais participé à aucune fonction de gouvernement), notre Obama (blanc) français et son équipe ont beau jeu de multiplier les dénonciations sur le bilan désastreux et les mensonges éhontés du président sortant (qui semble certes, entre la date d’une visite au mur de Berlin et les projets de vente de centrales nucléaires à Kaddhafi, avoir toujours eu l’enjolivement facile, comme le montre bien Desintox,  un autre site apparemment plus sérieux de vérification de faits) …

Retour sur le vrai mensonge de Sarkozy.

A savoir que contrairement à ce que nous répète l’opposition et sa claque médiatique (sans compter leurs experts), notre Sarko national n’a (hélas) jamais été le libéral qu’on (a) dit.

Que, derrière les quelques vélléités libérales qu’il a eues et les quelques vraies et utiles réformes qu’il a réussi (contre probablement la pire opposition qu’un président ai jamais eue: on imagine la révolution s’il avait vraiment essayé!) à faire passer et que, du service minimum transports et école primaire et retour dans l’OTAN aux franchises médicales, non-remplacement d’un fonctionnaire partant en retraite sur deux, réforme des retraites, baisses de TVA et  bouclier fiscal) son adversaire et possible successeur va s’empresser de conserver précieusement, notre fils naturel de Thatcher et Reagan est resté largement fidèle à la tradition bien française de dirigisme et d’étatisme …

Et que mis à part la pire crise que le monde ait connue depuis peut-être les années 30, une bonne part du nécessairement mauvais bilan qui lui est universellement reproché tient tout simplement à ce modèle français, de protection des emplois à statut et à fort potentiel de nuisance (dans la rue ou les urnes) au détriment des nouveaux entrants sur le marché du travail, que ses adversaires sont comme un seul homme si pressés de relancer dans toute sa force …

Non, le quinquennat de Nicolas Sarkozy n’a pas été libéral !

Le Parisien Libéral

Contrepoints

20/04/2012

Comment peut-on sérieusement dire que Nicolas Sarkozy a mené une politique libérale ? Retour sur ce qu’aurait été une politique libérale, et ce qu’ont été les principales mesures de l’UMP.

Non : il n’y a pas eu de mesures libérales en 5 ans, ou presque. Tel est le message que les libéraux transmettent à la gauchosphère, comme Gauche de Combat, Jegoun, Dedalus Sarkononmerci (!), les privilégiés parlent aux français, Clémentine Autain et bien d’autres rouges de rage mais aussi à ces soi-disant ultra libéraux que sont Laurent Wauquiez (qui a déclaré « Une dérive ultralibérale de l’UMP serait une mauvaise idée : parce que la crise a montré les limites de cette doctrine et parce que la droite, en France, ce n’est pas cela ») ou tous les gens de la Droite Pop.

Le billet le plus comique de ces dernières heures est peut-être celui intitulé « Sarkozy, fils naturel de Reagan et Thatcher ». C’est d’un drôle.

Rappelons ce que serait une politique libérale :

une baisse et une simplification des impôts (flat tax, suppression de l’ISF)

un budget voté en équilibre (donc une forte baisse des dépenses publiques)

moins de lois votées au parlement

la dérégulation de toutes les mesures qui empêchent les marchés de fonctionner (fin du SMIC et de la taxe sur les transactions financières)

la liberté de faire gérer par qui on veut les prélèvements sociaux obligatoires (salaire complet)

un moratoire sur les mesures liberticides (arrêt de Loppsi et Hadopi) et de la généralisation de la vidéosurveillance

l’application stricte du principe de subsidiarité pour tous les services publics qui ne seraient pas gérés au niveau fédéral communautaire

le remplacement de toute l’aide sociale par le revenu universel garanti

l’alignement du droit public sur le droit privé

Il y a eu deux mesures incontestablement libérales en 5 ans : la création du statut de l’auto-entrepreneur, grâce à Hervé Novelli, et la loi sur l’autonomie des universités.

Sinon, on a eu :

51 taxes créées ou relevées depuis 2007

des budgets votés en déficit

une progression constante de la dépense publique, faute de licenciements dans la fonction publique

17 000 lois votées

hausse du SMIC

maintien des 35 heures

acharnement thérapeutique sur le système de retraites, pour lui donner quelques années de racket de plus

création de la Hadopi

extension du domaine d’application du Secret Défense

projet de loi de la carte d’identité biométrique, soutenu par les socialistes sauf Serge Blisko

maintien de l’avantage juridique qu’ont les fonctionnaires dans leurs procès contre les citoyens

et ne parlons pas de la politique étrangère (accueil de Khadafi, serrage de louche de Poutine, lachage des otages suisses en Libye, achat de listes volées en Suisse, JO de Pekin 2008, menaces contre Schenghen etc.).

Faute de réformes type Reagan Thatcher, justement, le Président de la République n’a pas su mettre fin à la République Socialiste de France, tout comme Chirac a viré Madelin en 1995 au lieu de suivre le bon sens.

Voila l’opinion des libéraux, appuyés par les faits listés ci-dessus.

C’est d’ailleurs pourquoi un certain nombre d’entre eux s’apprêtent à voter Frédéric Bastiat, car un mort ne fera pas pire que les vivants. Quel que soit le vainqueur dimanche prochain, on ne voit pas quelle politique libérale sera initiée de gré par le nouveau (ou la nouvelle) Président (e) de la République. On sait juste que la gauche socialiste et communiste prendra encore moins de gants pour enfoncer la France dans l’ultra-étatisme et l’ultra-socialisme.

Voir aussi:

Sarkozy, fils naturel de Thatcher et Reagan

Sarkononmerci

17 avril 2012

Entendons-nous bien, nous ne sommes plus au XIXème siècle et les libéraux d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec les libéraux d’antan. L’appellation « libéral » a été détournée et dévoyée, récupérée tant et si bien qu’il ne s’agit plus aujourd’hui d’une philosophie politique d’émancipation de l’individu vis à vis du pouvoir politique, mais de la simple revendication économique de s’affranchir des règles sociales vues comme des entraves. Il ne s’agit plus de reconnaître l’individualité du citoyen mais de favoriser l’individualisme de l’entrepreneur. Et la seule liberté que revendique le libéral aujourd’hui est celle de « faire de l’argent ».

Ceci étant posé, je rebondis sur le billet de Nicolas, lui-même ayant rebondi sur le billet d’un blogueur nommé Pierre qui se revendique libéral et explique qu’il ne votera pas cette fois pour Sarkozy qu’il juge finalement trop socialiste. Pauvre petit bonhomme !

A quoi aspire le libéral ? Quelle est son idéologie ? Que revendique-t-il ?

Le libéralisme est une idée simple, si simple qu’elle en est un simplisme : celui qui crée la richesse c’est celui qui entreprend et investit. L’important est de le laisser faire, c’est-à-dire de ne pas l’entraver en lui imposant un salaire minimum, de ne pas l’entraver en limitant sa capacité de licencier, de ne pas l’entraver en accordant des droits aux salariés, ne pas l’entraver en imposant ses bénéfices, ne pas l’entraver en lui réclamant de payer des charges… Ne pas l’entraver, ne pas le faire chier, le laisser libre de faire du fric.

Or charges sociales et impôts sont prélevés par l’Etat et les collectivités territoriales pour payer les retraites, financer la protection sociale, assurance maladie et assurance chômage, pour financer les services publiques tels que l’éducation, la justice, l’hôpital… En conséquence de quoi, afin donc de réduire les entraves qui pèsent sur les entrepreneurs, il est nécessaire d’en finir avec ces besoins de financement.

Moins de services publics et moins de protection sociale, c’est moins d’impôts et de charges, donc plus de liberté pour les entrepreneurs, c’est-à-dire une capacité accrue à faire de l’argent.

Et pour vendre le modèle, les libéraux prétendent contre toute réalité que plus d’argent pour eux ce serait en fin de compte, à terme, plus d’argent pour tous. C’est la théorie des retombées et il est aisé de démontrer combien ces retombées promises relèvent du chimèrique. Un parfait miroir aux alouettes.

En attendant, sous prétexte donc que ça retomberait, Nicolas Sarkozy a bel et bien cassé le code du travail de manière à réduire les droits des salariés. C’est une réforme d’inspiration purement libérale.

Il a réduit les droits des chômeurs comme les droits des retraités. Deux réformes d’inspiration purement libérale.

Il a baissé les charges pour les entreprises, supprimé la taxe professionnelle, bridé la progression du salaire minimum, réduit les sur-rémunérations associées aux heures supplémentaires, facilité le licenciement… Autant de mesures d’inspiration purement libérale.

Il s’est attaqué violemment au système hospitalier, au système judiciaire, au système scolaire, au point de les rendre exangues, dans l’incapacité de fonctionner. Et l’on pourrait multiplier les exemples du libéralisme aussi forcené qu’idéologique de Nicolas Sarkozy – et plus généralement de la droite française.

Contentons-nous de nous arrêter un peu sur l’exemple de l’école. C’est un bon exemple pour décrire comment procède le libéralisme pour parvenir à ses fins.

D’abord, casser.

Supprimons quinze à vingt mille postes par an dans l’éducation nationale. Supprimons en particulier les RASED (Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté), et aussi réduisons les postes d’infirmières scolaires, les postes de psychologues scolaires et plus généralement tout le personnel qui bénéficie le plus aux élèves en difficulté. Prenons bien soin, dans le même ordre d’idée, de répartir les suppressions de postes de manière à ce qu’elle pèse davantage sur les établissements situés dans les zones les moins favorisées.

Tout ceci est précisément ce que la droite s’est appliquée à faire depuis dix ans, un processus de casse qu’en cinq ans Nicolas Sarkozy s’est appliqué à accélérer.

Au résultat, les difficultés s’accumulent, plus rien ne fonctionne, les élèves en difficultés se retrouvent abandonnés, les professeurs sont découragés, désormais quand un professeur est absent il est impossible de lui trouver un remplaçant – dans un établissement de mon quartier, au lycée Hélène Boucher, une classe de première n’a pas eu de professeur de français de toute l’année (les élèves passent le bac dans un mois)…

Les parents sont excédés. De plus en plus d’entre eux font le choix, quand ils en ont la possibilité, de se tourner vers les établissements privées. Lesquels sont eux-mêmes au bord de la rupture et réclament des moyens supplémentaires.

Que croyez-vous que serait l’étape suivante, si Sarkozy était réélu ?

Le constat serait fait de la médiocrité crasse d’un système d’enseignement public qui coûte cher et ne fonctionne plus. Conclusion serait tirée qu’il est devenu préférable de financer le développement de l’enseignement privé – moins cher puisque financé aussi par les familles, celles qui en ont les moyens…

Un système à deux vitesses serait créé, accélérant la dégradation d’un système public dépourvu de moyens et abandonné par ses meilleurs éléments, élèves et professeurs, qui choisiraient de rejoindre le privé.

Le budget de l’Etat s’en retrouverait allégé d’autant. Les besoins en impôt en serait diminué. Ce qui était l’objectif de l’opération.

Et tant pis pour les familles qui se retrouveraient à devoir débourser des sommes considérables pour assurer la scolarité de leurs enfants. Tant pis pour les enfants dont les parents n’en auraient pas les moyens.

C’est précisément ce qui s’est produit, avec vingt ans d’avance, en Grande Bretagne sous l’impulsion de Thatcher et aux Etats-Unis sous celle de Reagan. Les résultats furent si désastreux qu’ils en sont encore aujourd’hui à chercher comment reconstruire ce qui avait alors été cassé – mais il est bien plus aisé de casser que de reconstruire.

Thatcher et Reagan dont personne ne viendrait contester qu’ils étaient de purs libéraux et dont Sarkozy s’est montré à l’évidence un élève plus qu’appliqué.

Les mauvais chiffres du premier tour

 Sylvain Lapoix

Owni

22 avril 2012

Constat d’après premier tour : durant des semaines, les candidats ont multiplié les bourdes dès qu’ils faisaient référence à des chiffres. Voici le classement de ces grosses boulettes, magistrales gamelles ou discrètes bêtises – concernant notamment les deux candidats en lice pour le second tour. Florilège réalisé par les journalistes de donnés d’OWNI en partenariat avec i>TÉLÉ.

Lancé en partenariat avec i>TÉLÉ pour vérifier les déclarations chiffrées des six principaux candidats à l’élection présidentielle, le Véritomètre a vu voltiger des centaines statistiques en deux mois de factchecking. Après ce premier tour, nous vous livrons un condensé des plus grosses erreurs des prétendants à l’Élysée, rangées par type de bourdes. Un panorama synthétique des libertés prises avec les statistiques officielles au travers duquel perce, peut-être, une certaine vision des Français et du genre de pilule que les équipes de campagne veulent leur faire avaler. Expliquant, peut-être, les surprises des résultats du suffrage de ce dimanche.

L’arrondi qui tue

Parmi les reproches les plus courants que nous ont adressés les membres des équipes de campagne des candidats, il y a la question des arrondis : selon eux, nous étions “trop sévères” avec les pauvres politiques essayant par un gros chiffre qui tombe juste de faire la démonstration que la France va mal. Une remarque étonnante, surtout venant d’un candidat comme François Bayou, lequel a fait du “discours de vérité” le point d’orgue de sa communication politique. Champion du redressement des finances publiques, c’est pourtant le même candidat du Modem qui sous-estimait de 8,7% le budget de l’Etat un matin sur Europe 1 :

L’argent que dépense l’État, les collectivités locales et la Sécu, c’est 1000 milliards, 1000 fois 1000 millions par an.

L’estimation était révisée à la hausse de 5% par le même candidat, trois semaines plus tard sur RTL cette fois-ci :

La France dépense un peu plus de 1000 milliards de dépenses publiques par an, mettons 1050 milliards.

Le vrai chiffre est encore 44 milliards au dessus : 1094 milliards d’euros en 2011 selon l’Insee. Cet arrondi serait, nous a-t-on assuré dans l’entourage du candidat, “au service d’une démonstration”. Mais pourquoi, alors, François Bayrou reproche-t-il quelques dizaines de milliards de surcoût dans le programme d’un de ses concurrents quand lui-même en oublie une centaine ?

À ce petit jeu, le président sortant lui-même a fait très fort puisque la première mesure de sa campagne, présentée en direct sur TF1 le 15 février, s’appuyait, elle-aussi, sur un chiffre incorrect mais bien rond :

Aujourd’hui, il y a seulement 10 % des chômeurs qui sont en formation.

Pointilleuse, notre équipe de data-journalists s’est penchée sur les derniers chiffres disponibles du ministère du Travail : vieux de 2009, ils indiquaient seulement 8% de demandeurs d’emplois en formation, soit 20% de moins qu’annoncés par le chef de l’État. Un arrondi, nous ont reproché de nombreux internautes, trouvant ce “0% de crédibilité” injuste pour “2%” de plus. Pourtant, ces deux points de chômeurs en formation représentent la modeste foule de 140 000 et quelques demandeurs d’emplois non inscrits à des formations, soit l’équivalent de l’agglomération de Clermont-Ferrand.

Derrière des arguments de forme, selon lesquels il serait trop long de donner “le chiffre complet”, se cache plus souvent le désir d’un “bon chiffre”, frappant l’esprit au détour d’une phrase et facile à mémoriser.

Question d’échelle

Mais il n’y a pas que dans les chiffres que la recherche du raccourci fait des ravages. À cause d’une mauvaise documentation, les candidats ont parfois énoncé des énormités y compris sur leur propre domaine d’expertise. Par exemple, ce n’est pas sur l’immigration ou la sécurité qu’Eva Joly nous a offert sur Canal + son plus gros écart, mais sur le logement, un des points phares de son programme :

Il y a 2 millions de logements vacants en région parisienne.

Le chiffre officiel le plus récent que nous ayons trouvé fait en réalité état de… 329 000 logements vides en Île-de-France ! Il existe bien deux millions de logements vides, mais dans toute la France.

De son côté, le candidat de l’UMP s’avançant sur le terrain des énergies vertes a de beaucoup surestimé les investissements dans la filière renouvelable lors de la conférence de presse de présentation de son programme :

Vous dites qu’on a bien du mal à affecter le chantier éolien. Ah bon ? Le chantier éolien c’est 12 milliards d’euros.

Avec un tel budget, les rotors auraient remplacé les réacteurs nucléaires sur les côtes normandes. Sauf que, s’il y a bien 12 milliards d’euros d’investis dans l’énergie éolienne, ce n’est pas en France, mais dans toute l’Europe ! Et le chiffre ne vient pas d’un obscur think tank mais du ministère de l’Écologie lui-même (lequel sous estimerait légèrement l’effort financier, selon le groupement des industriels européens du secteur). En réalité, c’est plutôt 1,2 milliard d’euros qui auraient été injectés par la France dans l’éolien, là où l’intégralité des investissements n’ont atteint depuis la première éolienne en 1991 que 7,164 milliards.

Derrière ces énormités, le raccourci semble évident : un gros chiffre trouvé au détour d’un rapport, mettant en valeur un atout ou une faiblesse structurelle. Las, pas le temps dans une interview ou un discours de finasser.

Sauf que ce sont généralement dans des sujets de niche que les terminologies sont les plus importantes : quand François Bayrou prétend qu’il ne subsiste que 100 000 emplois dans la “filière textile” dans Des paroles et des actes avant de parler du “sportswear”, il ne semble pas savoir que l’on ne parle de “textile” que pour les métiers de préparation du tissu et que “l’habillement” est, au sein des instances représentatives de ces industries, compté totalement à part. Et que, loin de ces 100 000 salariés, ils n’étaient déjà plus que 70 527 à travailler à la préparation des tissus en France en 2010.

Des chômeurs toujours prêts à rendre service

Mais les candidats font souvent mine de ne pas comprendre un sujet bien moins pointu et étroit que l’industrie des tissus : les questions d’emploi. Alors que le chômage est l’une des principales préoccupations des Français et qu’il constitue un sujet de débats permanents entre le sortant et les prétendants, aucun des candidats n’a pris le temps de décrire les différentes catégories de demandeurs d’emplois, à la notable exception de François Bayrou qui évoquait à Perpignan :

Un pays qui a presque 5 millions de chômeurs à temps complet ou à temps partiel.

À d’autres reprises, le candidat du Modem et ses concurrents n’ont pas eu ce soucis de précision. Entre les cinq catégories de demandeurs d’emplois, désignées par les lettres A à E (A, désignant les personnes sans aucune activité, B et C avec une activité partielle et D et E, ceux n’étant pas inscrit au début ou à la fin du mois à Pôle emploi), il leur est arrivé même de jongler dans une même intervention ! Sur TF1, le 27 février, François Hollande tire ainsi un bilan quelque peu réducteur du chômage :

dans une période de chômage, telle que nous la connaissons, trois millions de chômeurs

Par “bonne foi”, l’équipe des vérificateurs d’OWNI a considéré qu’il fallait vérifier une déclaration en supposant que le candidat se rangeait à la définition du chômage la plus proche du chiffre avancé, en l’occurrence, de la catégorie A des chômeurs à temps plein qu’il surestimait d’un peu moins de 5%… mais cinq minutes plus tard, il change de définition pour critiquer le bilan du président sortant :

Avoir eu pendant le dernier quinquennat un million de chômeurs supplémentaires, c’est un échec.

Y avait-il seulement deux millions de chômeurs sans activité en 2007 ? On en est loin : selon la Direction des études statistiques du ministère du Travail (Dares), l’augmentation n’a pas dépassé les 750 000. En revanche, ce chiffre est bien atteint pour une autre définition du chômage (catégorie A, B et C).

De l’Outre-Mer à l’oubli

Les chiffres officiels du chômage contiennent en eux-même un biais considérable : ils écartent purement et simplement les départements d’Outre-Mer ! Les chiffres de la Dares pour février 2012 recensent ainsi 4 278 600 demandeurs d’emplois de catégorie A, B et C en métropole. Mais ils sont 4,47 millions en comptant les chômeurs de Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion, soit près de 270 000 de personnes ignorées par la statistique de référence !

Dans la dernière île seulement, le Pôle emploi recense 20 200 inscrits, soit plus que dans toute la région Poitou-Charentes pour une population de 60% inférieure. Épisode pittoresque par excellence des tours de France des candidats, le passage par les départements ultra-marins (notamment les Antilles) ne laisse généralement que peu de souvenirs dans les chiffres évoqués en métropole. Loin des yeux, loin du coeur, deux mois après avoir rendu visite aux Français des Caraïbes, François Hollande les oubliait déjà pour flatter les jeunes réunis autour de lui à Bondy pour son discours du 16 mars :

La Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de France.

Entre l’Atlantique et la Méditerranée, l’Insee donne raison au candidat socialiste : avec 440 865 habitants de moins de 20 ans en 2010 sur 1,527 million d’habitants, la Seine-Saint-Denis détient le taux record de 28,86% de jeunes. Mais seulement en métropole. Car, un océan plus loin, tous les territoires français affichent une population plus jeune encore : 29,5% de moins de 20 ans en Guadeloupe, 34% à la Réunion et, record de la France entière, 44,4% pour la Guyane. Un record auquel s’ajoute un taux de chômage de 45,1% chez les jeunes de moins de 24 ans. Une performance rarement évoquée dans les discours.

L’ivresse des records

Pour jouer aux réformateurs, en revanche, les candidats, et notamment le président sortant, stigmatisent à tout va la France comme le pays dernier de la classe, y compris en direct dans l’émission Parole de candidat face à quelques millions de téléspectateurs :

La France est le seul pays au monde où lorsqu’il y a une crise, le prix de l’immobilier augmente.

L’effet escompté est évidemment de dénoncer un archaïsme honteux ou bien un système grippé que tous les régimes précédents auraient protégé jusqu’à ce jour et que l’impétrant compte bien renverser une fois au pouvoir (quand bien même il l’est déjà). Sauf que, le monde est vaste et il y a toujours un pays pour écorner la démonstration : dans le cas de l’immobilier, il a suffi aux vérificateurs du Véritomètre de passer en revue les États européens pour en trouver trois – Suède, Finlande et Norvège – où les prix de l’immobilier avaient également augmenté ces quatre dernières années.

En dehors de la sortie de Marine Le Pen, correcte à Nice quand elle déclare que le taux de syndicalisation français est “le plus bas du monde occidental”, rares sont les tirades de ce genre qui résistent à la vérification. Spécialiste des classements en tout genre (des forêts jusqu’aux salles de classe), François Bayrou a bien essayé pour interpeller son auditoire d’exagérer la situation française :

Nous sommes le seul pays dans notre situation en Europe (…) qui soit devant un épouvantable déficit du commerce extérieur.

C’était sans compter les bases de données d’Eurostat, lesquelles nous ont appris qu’il y avait bien pire que nous. Et, cette fois-ci, nul besoin d’aller chercher en Pologne ou dans les pays scandinaves pour savoir qui surclasse Paris en matière de déficit commercial : avec 117,4 milliards d’euros de déficit commercial en 2011, c’est la Grande-Bretagne qui arrive première en UE, avec près de 50% de dépendance économique extérieure de plus que la France.

En dehors de l’efficacité de la formule, permettant d’assurer que “la France s’est mieux sortie de la crise que quiconque” et autres superlatifs, ce type de comparaison excessive a l’avantage de frapper l’esprit d’une formule sans obliger le candidat à avancer un chiffre ou à détailler les raisons expliquant un retard.

Maths

À l’extrême opposé de ces “chiffres chocs”, il arrive que le citoyen spectateur d’un meeting ou d’une interview se voit infligé une interminable démonstration bourrée de chiffres censée révéler une vérité cachée à grands coups de maths. En la matière, le champion toutes catégories reste François Bayrou, lequel s’est à plusieurs reprises (Angers, Besançon, Parole de candidat…) autoproclamé “président, trésorier et fondateur de l’association pour la défense du calcul mental”. Sa plus célèbre démonstration, restée gravée dans la mémoire de nos journalistes de données, reste la comparaison entre les voitures produites sur le territoire français par Renault et celles fabriquées en Allemagne par Volkswagen :

Je suis très frappé par ces chiffres-là : en 2005 toujours, Volkswagen produit en Allemagne 1 200 000 véhicules par an et, au même moment, Renault produit en France 1 200 000 véhicules par an, le même chiffre. Cette année, sept ans après, Volkswagen va produire en Allemagne 2 200 000 véhicules, presque le double, et chez nous Renault va produire en France 440 000 véhicules, trois fois moins que ce qu’il produisait en 2005.

À la sortie de ce tunnel, ceux qui auront réussi à suivre l’enchaînement des chiffres (malgré le débit plutôt modéré du candidat du Modem) auront saisi la question sous-jacente : pourquoi Renault produit moins sur son territoire alors que l’Allemagne produit plus ? Sauf que, dans le détail, tous les chiffres évoqués ici sont incorrects. Selon les sources officielles : en 2005, déjà, la marque allemande affichait 40% de production en plus sur son territoire que le leader français (1,913 millions de véhicules produits côté Volkswagen contre 1,318 millions chez Renault). Quant aux derniers chiffres, s’ils “renforcent le constat”, comme nous l’avait rétorqué François Bayrou sur le plateau de i>TÉLÉ où nous lui avons présenté le graphique, ils n’en étaient pas moins tout aussi éloignés de la réalité.

L’autre grand classique est le calcul “à la volée” de l’impact d’une taxe. Invitée de Radio France Politique, Eva Joly a ainsi vanté les sommes mirifiques que récupérerait l’Union européenne en imposant une “taxe Tobin” :

Un taux de 0,005% pour la taxation des transactions financières dans la zone euro produit 172 milliards

Malheureusement pour la candidate d’Europe écologie-Les Verts, le calcul avait déjà été fait et à un taux bien supérieur : avec 0,1% d’imposition sur les mêmes transactions financières, la Commission européenne n’entrevoyait ainsi que 57 milliards par an de collecte, soit trois fois moins pour un taux vingt fois supérieur.

Vieilles de 12 ans

Les candidats ne vont parfois pas chercher aussi loin. Parfois, ils se contentent d’utiliser un “vieux chiffre à la mode”, répété à tort et à travers dans les enquêtes et les études sur un sujet. Bien que candidat le plus précis de la campagne de premier tour, Jean-Luc Mélenchon n’échappe pas à la règle quand il déclare sur France info :

80% des Smicards sont des smicardes !

Cette statistique, elle circule dans toutes les directions et depuis longtemps. Très longtemps. Au moins en 2000, puisque la source première de ce chiffre (rarement citée) est l’ouvrage de la sociologue et directrice de recherche au CNRS, Margaret Maruani, “Travail et emploi des femmes”, paru en mars 2000 aux éditions La Découverte. Or, il existe des études plus récentes dont les conclusions sont différentes. La dernière en date que nous ayons pu trouver remonte à 2006, mais peint un portrait fort différent des salariés payés en Smic : elle constate également une prépondérance de “smicardes”, mais elles représentent 56,% des salariés au Smic contre 43,6% pour les hommes. Au regard de cet écart, les chiffres vieux d’une année cité par Jean-Luc Mélenchon à Marseille quant aux accidents du travail suivis d’une incapacité permanente relèvent du petit oubli de mise à jour.

Illustration par Loguy pour Owni /-)

Posters réalisés par l’équipe du Véritomètre via le Motivator.

Les vérifications des interventions sont réalisées par l’équipe du Véritomètre : Sylvain Lapoix, Nicolas Patte, Pierre Leibovici, Grégoire Normand et Marie Coussin.

Retrouvez toutes nos vérifications sur le Véritomètre et nos articles et chroniques relatifs sur OWNI

Illustrations par l’équipe design d’Owni /-)

Voir enfin:

Sécurité : Valls dans le piège des stats

DESINTOX La violence a explosé de 23,8% entre 2002 et 2006, dénonce Valls, intentant le procès de l’action de Nicolas Sarkozy en matière de délinquance. Mais que veulent dire ces chiffres?

Cédric Mathiot

Libération

26 septembre 2011

«Entre 2002 et 2006, les atteintes aux personnes ont explosé de 23,8%, et les coups et blessures non mortels de 31,3%.»

Manuel Valls, dans son dernier livre, l’Energie du changement

INTOX

Manuel Valls, qui a fait de la sécurité un de ses dadas pour bousculer le PS, ne manque jamais non plus de taper sur le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de délinquance. Dans le dernier ouvrage du maire d’Evry (Essonne), l’Energie du changement (Cherche-Midi), on lit : «2002-2012, bientôt une décennie que la sécurité de la France se trouve concentrée dans les mains d’un homme : Nicolas Sarkozy. Quelques chiffres : entre 2002 et 2006, les atteintes aux personnes ont explosé de 23,8%, les coups et blessures non mortels de 31,3%.»

DESINTOX

Les chiffres de Manuel Valls correspondent à l’évolution des faits constatés par les forces de l’ordre. On pourrait gloser sur le terme «explosion» employé par Valls. Il laisse à penser que les violences ont subitement augmenté en 2002. Alors que les atteintes aux personnes enregistrées progressaient plus fortement entre 1997 et 2002. Mais ce serait accorder trop de crédit aux chiffres sur lesquels Valls s’appuie. Car le principal problème est que l’indicateur qu’il manie dit peu de choses.

Comme tant d’hommes politiques, le maire d’Evry confond les chiffres de la délinquance enregistrés par la police et la gendarmerie avec la délinquance réelle. C’est un piège contre lequel l’Observatoire national de la délinquance (OND) ne cesse de mettre en garde depuis des années, en vain. «L’évolution à court ou à moyen terme du nombre de faits constatés par la police ou la gendarmerie ne doit jamais être confondue avec la délinquance commise», écrit ainsi souvent l’organisme. Si la police décide de mettre l’accent sur la lutte contre le petit trafic de drogue, il y aura davantage de dealers arrêtés. Cela ne voudra pas dire qu’il y a une explosion des trafics en France. A l’inverse, il suffit au pouvoir politique – comme cela se fait parfois – de demander aux forces de l’ordre de mettre la pédale douce dans l’enregistrement des plaintes pour que les statistiques baissent. La délinquance n’aura pas diminué pour autant. La prudence est donc de mise concernant le sens à donner à ces chiffres.

Et c’est particulièrement vrai en matière de violences. Depuis quinze ans, les atteintes aux personnes enregistrées progressent. Mais cette inflation statistique ne doit pas être confondue avec une «explosion» des faits eux-mêmes.

La première raison est qu’on assiste depuis quinze ans à un élargissement du nombre des «circonstances aggravantes», qui ont fait basculer des agressions de la contravention vers le délit. Des faits apparaissent dans les statistiques de la délinquance alors qu’ils n’y figuraient pas auparavant. Depuis 1994, une agression, quelle que soit la durée de l’incapacité totale de travail de la victime, est un délit si elle est le fait du concubin ou du conjoint de la victime. Et, depuis 2006, c’est aussi le cas si elle a été commise par un ex-conjoint, un ex-concubin ou une personne liée à la victime par un Pacs. Cette modification de périmètre est une des raisons de l’augmentation du nombre de faits constatés. Ce n’est pas la seule.

Le nombre de plaintes enregistrées dépend aussi de la propension des victimes à porter plainte. Les experts soulignent que la forte progression des violences – notamment intrafamiliales – dans les statistiques s’explique aussi par une modification des comportements : de la police – qui est plus sensibilisée au sujet et collecte mieux les plaintes – et des victimes – qui sont de plus en plus incitées à porter plainte (elles sont encore moins de 25% à le faire en cas d’agression, et moins de 10% quand il s’agit de violence au sein du ménage). Dans une étude de 2008 (lire p.3), l’OND pointe l’exemple de la Seine-Saint-Denis, qui a enregistré entre 2004 et 2007 une hausse de 87% des violences par conjoint sur femme majeure. Une possible conséquence, suggère l’OND, de la politique plus active qu’ailleurs menée par le département et les associations contre la violence conjugale. Un exemple qui amène à inverser la perspective : «L’augmentation des faits constatés peut être une bonne nouvelle, parce qu’elle peut signifier que de plus en plus de victimes se font connaître. Ce qui ne veut pas dire qu’il y a de plus en plus de victimes», explique-t-on à l’OND.

Il importe d’ailleurs de souligner que, à rebours des statistiques des forces de l’ordre, les enquêtes de victimation, qui consistent à aller interroger des échantillons de population sur les délits dont ils ont été l’objet, ne montrent pas de progression des violences. Les enquêtes que mène l’OND depuis 2007 montrent une stagnation des atteintes aux personnes. Ces enquêtes – largement utilisées dans d’autres pays – ne sont jamais citées par les responsables politiques français, qui leur préfèrent les statistiques de l’activité policière. Quitte, comme Valls, à leur faire dire autre chose que ce qu’elles disent. Le maire d’Evry, qui se veut moderne dans le traitement de la sécurité, pourrait commencer par remettre les chiffres à l’endroit.

Voir enfin:

France’s election

The rather dangerous Monsieur Hollande

The Socialist who is likely to be the next French president would be bad for his country and Europe

Apr 28th 2012

IT IS half of the Franco-German motor that drives the European Union. It has been the swing country in the euro crisis, poised between a prudent north and spendthrift south, and between creditors and debtors. And it is big. If France were the next euro-zone country to get into trouble, the single currency’s very survival would be in doubt.

That is why the likely victory of the Socialist candidate, François Hollande, in France’s presidential election matters so much. In the first round on April 22nd Mr Hollande came only just ahead of the incumbent, Nicolas Sarkozy. Yet he should win the second round on May 6th, because he will hoover up all of the far-left vote that went to Jean-Luc Mélenchon and others and also win a sizeable chunk from the National Front’s Marine Le Pen and the centrist François Bayrou.

Mr Sarkozy has a mountain to climb. Many French voters seem viscerally to dislike him. Neither Ms Le Pen (who, disturbingly, did well) nor Mr Bayrou (who, regrettably, did not) is likely to endorse him, as both will gain from his defeat. So, barring a shock, such as an implosion in next week’s televised debate, Mr Hollande can be confident of winning in May, and then of seeing his party triumph in June’s legislative election.

This newspaper endorsed Mr Sarkozy in 2007, when he bravely told French voters that they had no alternative but to change. He was unlucky to be hit by the global economic crisis a year later. He has also chalked up some achievements: softening the Socialists’ 35-hour week, freeing universities, raising the retirement age. Yet Mr Sarkozy’s policies have proved as unpredictable and unreliable as the man himself. The protectionist, anti-immigrant and increasingly anti-European tone he has recently adopted may be meant for National Front voters, but he seems to believe too much of it. For all that, if we had a vote on May 6th, we would give it to Mr Sarkozy—but not on his merits, so much as to keep out Mr Hollande.

With a Socialist president, France would get one big thing right. Mr Hollande opposes the harsh German-enforced fiscal tightening which is strangling the euro zone’s chances of recovery. But he is doing this for the wrong reasons—and he looks likely to get so much else wrong that the prosperity of France (and the euro zone) would be at risk.

A Socialist from the left bank

Although you would never know it from the platforms the candidates campaigned on, France desperately needs reform. Public debt is high and rising, the government has not run a surplus in over 35 years, the banks are undercapitalised, unemployment is persistent and corrosive and, at 56% of GDP, the French state is the biggest of any euro country.

Mr Hollande’s programme seems a very poor answer to all this—especially given that France’s neighbours have been undergoing genuine reforms. He talks a lot about social justice, but barely at all about the need to create wealth. Although he pledges to cut the budget deficit, he plans to do so by raising taxes, not cutting spending. Mr Hollande has promised to hire 60,000 new teachers. By his own calculations, his proposals would splurge an extra €20 billion over five years. The state would grow even bigger.

Optimists retort that compared with the French Socialist Party, Mr Hollande is a moderate who worked with both François Mitterrand, the only previous French Socialist president in the Fifth Republic, and Jacques Delors, Mitterrand’s finance minister before he became president of the European Commission. He led the party during the 1997-2002 premiership of Lionel Jospin, who was often more reformist than the Gaullist president, Jacques Chirac. They dismiss as symbolic Mr Hollande’s flashy promises to impose a 75% top income-tax rate and to reverse Mr Sarkozy’s rise in the pension age from 60 to 62, arguing that the 75% would affect almost nobody and the pension rollback would benefit very few. They see a pragmatist who will be corralled into good behaviour by Germany and by investors worried about France’s creditworthiness.

If so, no one would be happier than this newspaper. But it seems very optimistic to presume that somehow, despite what he has said, despite even what he intends, Mr Hollande will end up doing the right thing. Mr Hollande evinces a deep anti-business attitude. He will also be hamstrung by his own unreformed Socialist Party and steered by an electorate that has not yet heard the case for reform, least of all from him. Nothing in the past few months, or in his long career as a party fixer, suggests that Mr Hollande is brave enough to rip up his manifesto and change France (see article). And France is in a much more fragile state than when Mitterand conducted his Socialist experiment in 1981-83. This time the response of the markets could be brutal—and hurt France’s neighbours too.

Goodbye to Berlin

What about the rest of Europe? Here Mr Hollande’s refusal to countenance any form of spending cut has had one fortunate short-term consequence: he wisely wants to recast the euro zone’s “fiscal compact” so that it not only constrains government deficits and public debt, but also promotes growth. This echoes a chorus of complaint against German-inspired austerity now rising across the continent, from Ireland and the Netherlands to Italy and Spain (see Charlemagne).

The trouble is that unlike, say, Italy’s Mario Monti, Mr Hollande’s objection to the compact is not just about such macroeconomic niceties as the pace of fiscal tightening. It is chiefly resistance to change and a determination to preserve the French social model at all costs. Mr Hollande is not suggesting slower fiscal adjustment to smooth the path of reform: he is proposing not to reform at all. No wonder Germany’s Angela Merkel said she would campaign against him.

Every German chancellor eventually learns to tame the president next door, and Mr Hollande would be a less mercurial partner than Mr Sarkozy. But his refusal to countenance structural reform of any sort would surely make it harder for him to persuade Mrs Merkel to tolerate more inflation or consider some form of debt mutualisation. Why should German voters accept unpalatable medicine when France’s won’t?

A rupture between France and Germany would come at a dangerous time. Until recently, voters in the euro zone seemed to have accepted the idea of austerity and reform. Technocratic prime ministers in Greece and Italy have been popular; voters in Spain, Portugal and Ireland have elected reforming governments. But nearly one in three French voters cast their first-round ballots for Ms Le Pen and Mr Mélenchon, running on anti-euro and anti-globalisation platforms. And now Geert Wilders, a far-right populist, has brought down the Dutch government over budget cuts. Although in principle the Dutch still favour austerity, in practice they have not yet been able to agree on how to do it (see article). And these revolts are now being echoed in Spain and Italy.

It is conceivable that President Hollande might tip the balance in favour of a little less austerity now. Equally, he may scare the Germans in the opposite direction. Either way one thing seems certain: a French president so hostile to change would undermine Europe’s willingness to pursue the painful reforms it must eventually embrace for the euro to survive. That makes him a rather dangerous man.


Présidentielles 2012: Aujourd’hui, le clivage n’est plus idéologique mais philosophique et moral (Why not polygamy?)

25 avril, 2012
Israël est détruit, sa semence même n’est plus. Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 Av. JC)
Le Front de Gauche pense lui aussi que l’accord d’association UE-Israël doit être suspendu tant que le gouvernement israélien ne se conformera aux obligations qui lui incombent en vertu de ce traité. Nous œuvrerons en ce sens au sein du Conseil européen et nous veillerons à ce qu’aucune nouvelle opportunité commerciale ne soit accordée à Israël en l’état actuel des choses. La France appuiera la mise en place d’une liste noire des entreprises israéliennes qui violent délibérément l’esprit des dispositions prises par l’UE en exportant abusivement des produits provenant des territoires occupés. Ces entreprises devront être boycottées. Elles le seront en France. En outre, la France veillera à ce que les entreprises françaises – et européennes – ne participent pas, par des investissements illégaux, à la colonisation. Une liste noire des entreprises se livrant à ce genre d’opération sera dressée, rendue publique et des sanctions appliquées. Le Front de gauche (Mélenchon)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitudeChesterton
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans (sic), sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du développement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. Carla Bruni
Pourquoi est-il devenu aujourd’hui impossible de prononcer le mot polygamie sans qu’aussitôt le débat s’enflamme? La polygamie serait à éradiquer, comme un fléau, si l’on écoute certains politiques. (…) La polygamie opprime la femme, entend-on dire partout, et elle est contraire à l’ordre public. En quoi la polygamie serait-elle par essence source de délinquance? Dans la monogamie, tout irait-il donc très bien, madame la marquise? Aucun délinquant dans les foyers monogamiques? (…) Ce qui pose problème, ce n’est pas la modalité matrimoniale en elle-même, mais l’inégalité entre les hommes et les femmes, l’oppression de la femme, considérée comme une propriété, comme un bien, comme une chose, scandale que la polygamie rend encore plus manifeste, plus criant, plus insupportable. Ce qui est à combattre, c’est le mariage forcé, sous quelque forme qu’il soit. (…) Or donc, pourquoi ne pas revendiquer une polygamie égalitaire plutôt que de vouloir à tout prix « faire la peau » à la polygamie? Pourquoi ne pas réfléchir à des conditions de logement et de vie adéquates pour les personnes qui souhaitent s’épanouir dans ce mode de vie? Le vrai combat de libération de la femme mariée sous le régime de la polygamie (en réalité: polygynie) ne consisterait-il pas à revendiquer le droit à la polyandrie? Pour qu’une femme puisse se marier également avec plus d’un homme. (…) les premiers Chrétiens étaient polygames. Et (…) la polygamie n’est nulle part interdite dans la Bible. Dans le cadre du catholicisme, le divorce est mille fois plus problématique que la polygamie! Il a d’ailleurs paru au XIXe siècle tout aussi scandaleux et immoral que peut paraître à certains aujourd’hui la polygamie. Et pourtant, qui s’effarouche aujourd’hui du divorce? La morale n’est pas donnée une fois pour toute et partout. Elle est une vision qui colore les situations, positivement ou négativement à un moment donné, elle n’est ni fixe ni universelle. Il fut un temps où il était, en France, hérétique de penser qu’un mariage pût être d’amour! (…) Et si une « nouvelle polygamie » était un très bon moyen de retisser du lien social au sein de notre société anémiée, déprimée, et privée de l’ampleur de l’amour? Il ne s’agit pas de vivre tous ensemble, dans un même lieu, mais, pour reprendre le terme employé par Vincent Cespedes, de « consteller » nos vies. Les familles recomposées ne seraient-elles pas les prémices de familles composées? La monogamie n’a pas le monopole du cœur. Ni le mariage non plus! Fort heureusement, l’amour est plus vaste et plus fort que toutes les constructions sociales! Il ne s’agit donc pas ici de faire une apologie du mariage, mais puisque ce lien -qui symbolise un engagement (notamment de fidélité, et non d’exclusivité, ce qui correspond à deux notions bien distinctes)- existe, il est sain de l’interroger, et de croire possibles des amours réellement « pour la vie ». Catherine Ternaux
Une telle évolution de la jurisprudence est très inquiétante au regard du droit des femmes. Il semble d’ailleurs qu’elle se fonde curieusement sur un contre-sens – à moins qu’il ne s’agisse plus vraisemblablement d’un essai de justification bien douteux… Il est d’usage en effet, de comparer l’union polygamique au concubinage, notamment adultérin, et d’indiquer que, dans le contexte actuel des mœurs occidentales, une telle situation n’a rien de choquant. Il s’agit là d’un grave contre-sens. C’est oublier qu’il y a dans la polygamie un élément fortement discriminatoire et défavorable aux femmes, puisqu’elle est imposée et non choisie par celles-ci. Comparer ainsi une situation traditionnelle à l’évolution des mœurs modernes, fondée sur la liberté de choix des femmes (et des hommes) est donc une position inacceptable. Gristi
J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels. Hollande (Programme PS)
Nous sommes cette génération de trentenaires engagés autour de Nicolas Sarkozy, secrétaires nationaux de l’UMP aux parcours et profils différents, élus ou aspirant à le devenir, qui souhaite contribuer au débat et au projet de l’UMP et dessiner la France de l’après-crise, cette France dans laquelle nous vivrons, en laquelle nous croyons, et que, certainement, nous gérerons. C’est pourquoi nous sommes favorables à l’ouverture du mariage à tous les couples, quels que soient leurs sexes. (…) Nous soutenons bien l’ouverture du mariage à tous parce que nous sommes gaullistes, centristes, libéraux, conservateurs, républicains, sociaux, progressistes et… sarkozystes! (…) Un droit qui correspond à des devoirs déjà existants (impôts, communauté de vie…), déjà assumés de facto par les couples homosexuels, désireux désormais d’une égalité totale et d’une reconnaissance pleine et entière de leur engagement par notre République. (…)  La France de l’après-crise (…) devra poser de nouveaux repères, des bases solides pour construire un avenir plus harmonieux. Nous n’avons pas vocation, sur ce sujet de société comme sur d’autres, et contrairement au PS, à ouvrir un guichet aux droits, répondant à toutes les demandes et émanant ainsi de toutes les clientèles politiques identifiées. Notre position est responsable, notre pays est désormais prêt à cette reconnaissance, il a évolué et une large majorité de Français y est favorable. Il n’en est certes pas de même sur tous les sujets – celui de l’adoption fait encore débat et il n’est donc pas utile de le lier, à ce stade, à la reconnaissance du mariage pour tous. Conscients et soucieux d’un projet de société intégrant cette légitime attente, nous souhaitons donc voir cette proposition figurer dans le programme de l’UMP et portée par notre candidat l’an prochain devant les Français. Collectif de jeunes députés UMP
Les règles de notre société, c’est que le mariage s’effectue entre un homme et une femme. Je ne pense pas qu’il soit positif de changer cette règle. Si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. On peut aussi décider que, après tout, pourquoi n’a-t-on le droit que de se marier avec un homme? (…) Pourquoi pas l’autorisation de la polygamie! Il existe des familles polygames, pourquoi est-ce que demain un certain nombre de groupes politico-religieux ne demanderaient pas que la polygamie, sous prétexte d’égalité des droits, soit inscrite dans le code civil français? Eh bien, c’est une autre civilisation. (…) On dit que les homosexuels réclament le mariage homosexuel. Moi je m’élève contre ça, c’est faux. C’est une toute petite minorité qui le réclame, comme d’ailleurs c’était une toute petite minorité qui réclamait le pacs, laissant croire que l’ensemble des homosexuels réclamaient le pacs. Résultat du pacs: 5% seulement sont des pacs homosexuels. Donc ça n’était pas une demande des homosexuels mais bien une demande d’une minorité. (…) On ne se mêle pas de la vie privée des gens, on considère que cela fait partie de la sphère intime. (…) Quels droits autres que ceux obtenus par un certain nombre avec le pacs? Le droit d’adoption? Je suis également contre. Marine Le Pen (France inter)
En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage. (…) [l’adoption par des couples de même sexe?] C’est une des raisons pour lesquelles je ne suis pas favorable au mariage homosexuel. Il ouvrirait la porte à l’adoption. Je sais qu’il existe, de fait, des situations particulières avec des hommes et des femmes qui assument parfaitement leur rôle parental. Mais elles ne m’amènent pas à penser qu’il faudrait inscrire dans la loi une nouvelle définition de la famille. Sarkozy
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Le vote juif (…) s’est rapproché de la droite traditionnelle. (…) le basculement s’est produit au début des années 2000 avec l’éclatement de la seconde Intifada dans les territoires palestiniens et la recrudescence des actes antisémites, d’origine arabe, dans une société française devenue la transposition du conflit moyen-oriental. (…) La proximité avec la droite est encore plus forte dans l’électorat catholique. (…) Cette préférence à droite de l’électorat catholique —probablement accentué par la variable de l’âge (l’électorat catholique est plus âgé que la moyenne)— remonte à loin dans l’histoire politique de la France, depuis la Révolution et les combats laïques des XIXe et XXe siècles. Elle s’identifie à des «valeurs» d’ordre, de sécurité, de légitimité. Au delà des préoccupations communes (emploi, éducation) qui sont prioritaires, les principaux «marqueurs» du vote catholique sont, selon les spécialistes, la défense de la famille, le choix de l’école privée, le refus de l’euthanasie active et de la revendication homosexuelle (mariage gay, adoption). (…)  Le vote catholique n’est plus aussi hermétique aux idées frontistes. Le passage de témoin entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine explique sans doute ce glissement, l’autre raison étant probablement liée à la question de l’immigration et aux peurs provoquées dans la population catholique par l’influence grandissante de l’islam.(…) Longtemps classé à gauche, le vote protestant (entre 2 et 3% de l’électorat) a également opéré un basculement à droite, comme le montre la récente enquête de l’IFOP pour l’hebdomadaire Réforme du 31 mars 2012. Nicolas Sarkozy figure loin devant ses concurrents. Il est victorieux dans les intentions de vote des protestants au deuxième tour par 53,5% contre 46,5% à François Hollande. On peut avancer plusieurs facteurs d’explication: le vieillissement de cette population, le poids croissant des protestants évangéliques, et aussi, comme pour une partie de l’électorat catholique, le fait que «certains protestants perçoivent assez mal que l’islam tienne le haut du pavé dans le débat public» (Jerôme Fourquet). (…) Reste le vote musulman, estimé à 5% de l’électorat. Il est très marqué par l’abstention. Moins de la moitié des musulmans se déplacent pour aller voter, ce qui est la traduction électorale de leur faible niveau d’intégration dans la société française. Mais il est très homogène et très marqué à gauche. Selon les derniers sondages d’intentions de vote, 80% des électeurs musulmans s’apprêteraient à voter François Hollande au second tour de l’élection dans le cadre d’un duel avec Nicolas Sarkozy. (…) Si on ne peut nier la place du facteur religieux dans le vote des 22 avril et 6 mai prochains, on doit relever que ces électorats religieux demeurent très minoritaires. Avec 14 % de catholiques pratiquants, 2 % à 3% de protestants, 5 % à 6 % de musulmans, moins de 1% de juifs, cet électorat religieux forme à peine 30% de l’électorat. Henri Tincq

Après l’Espagne, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark,l ‘Irlande, l’Angleterre, la Suède, la Finlande, l’Islande, le Canada, l’Argentine, le Brésil ou le Mexique et bientôt l’Australie, la Norvège, l’Ecosse, la Nouvelle Zélande, l’Autriche, le Chili et  l’Afrique du sud, la France serait-elle, si l’on en croit nos sondeurs, sur le point de rejoindre les pays où les idées chrétiennes sont devenues folles?

Ordre, sécurité, légitimité, « laïcité positive », défense de la famille, choix de l’école privée, refus de l’euthanasie active et de la revendication homosexuelle (mariage, adoption), méfiance vis à vis de la diplomatie pro-arabe  …

En cette journée où, contre ses ennemis et leur kyrielle d’idiots utiles, la seule véritable démocratie du Moyen-Orient célèbre le retour il y a 64 ans à  sa terre multi-millénaire …

En ces temps où, caisses vides et mondialisation obligent, les idéologies ont bien perdu de leur superbe …

Où, dans une présidentielle qui pourrait bien se révéler beaucoup plus serrée que nos sondeurs ne veulent bien le dire, quelque 25% des électeurs revendiquant une appartenance judéo-chrétienne se rapprochent de la droite pendant que les mosquées appellent à voter socialiste …

Et face au Kool-Aid d’une gauche postmoderne prête (à l’instar de son ex-candidat coureur de clubs de échangistes) à se jeter sur la première aberration venue (ie. le mariage, après l’avoir dénoncé comme trop bourgeois, mais désormais homosexuel, s’il vous plait!) mais aussi une jeune génération de droite où « branchitude » oblige il faut s’afficher pro-mariage homo ou pro-cannabis (d’une ex-ministre de la justice en plus qui refuse par ailleurs toujours de donner un père à sa fille!) …

Comment ne pas voir, comme le rappelait récemment Hervé Bentégeat, qu’« aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral »?

Autrement dit qu’il porte essentiellement sur les fameux enjeux de civilisation (euthanasie, mariage homosexuel, bioéthique, vote des étrangers, politique migratoire)?

Présidentielle 2012: pour qui vont voter les juifs, les catholiques, les protestants, les musulmans?

Malgré la laïcisation de la société française, la variable religieuse reste déterminante dans le vote des citoyens.

Henri Tincq

Slate

08/04/2012

Y a-t-il un vote juif? Ou catholique? Ou protestant? Ou musulman? Les politologues interrogés répondent par l’affirmative. Malgré la laïcisation de la société française, la variable religieuse reste déterminante dans le vote des citoyens. Elle renforce des tendances historiquement lourdes. Depuis quelques années, elle subit des inflexions, confirmées dans les intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle que révèlent les enquêtes d’opinion.

Le virage à droite du vote juif

Très minoritaire (moins de 1% de l’électorat), le vote juif n’est plus spontanément identifié à la gauche émancipatrice et assimilatrice, héritière des combats révolutionnaires, adversaire de la droite antisémite et stigmatisante de l’entre-deux guerres et de Vichy.

Sous la Ve République, la position du général de Gaulle sur Israël («sûr de lui et dominateur») et la diplomatie pro-arabe de la France avaient puissamment contribué à cette méfiance pour la droite de l’électorat juif. Celui-ci avait largement participé aux victoires de François Mitterrand en 1981 et 1988.

Cette situation a changé. Le vote juif est plus hétérogène qu’autrefois. Il s’est rapproché de la droite traditionnelle. Selon Jérôme Fourquet, politologue spécialiste des études d’opinion à l’Ifop, le basculement s’est produit au début des années 2000 avec l’éclatement de la seconde Intifada dans les territoires palestiniens et la recrudescence des actes antisémites, d’origine arabe, dans une société française devenue la transposition du conflit moyen-oriental. En 2002, la communauté juive avait voté pour Jacques Chirac et même Alain Madelin, de préférence à Lionel Jospin.

Nicolas Sarkozy, par sa politique sécuritaire, par son parti-pris pro-israélien et pro-américain, a achevé de convertir à la droite cet électorat juif auquel, comme Président, il n’a cessé de donner des gages. Au premier tour de la présidentielle de 2007, il avait obtenu 45% des voix juives, soit quatorze points de plus que sa moyenne nationale. En 2012, les instituts de sondage ne donnent pas de chiffres sur les intentions de vote d’une communauté juive numériquement très faible. Mais ils s’attendent à une confirmation assez large du vote Sarkozy.

Les catholiques, à droite toute toujours

La proximité avec la droite est encore plus forte dans l’électorat catholique. De 50% à 60% d’électeurs français se définissent comme catholiques, dont 14% comme «pratiquants». Leur comportement électoral est d’autant plus frappant à étudier qu’il s’écarte de la moyenne nationale. «Plus on est catholique pratiquant, plus on vote à droite, notamment vers l’UMP, et avec une prime très nette à Nicolas Sarkozy», observe Jérôme Fourquet.

Quand il rassemble autour de 28% des intentions de vote de l’ensemble des Français au premier tour, le président sortant «monte» à 34% chez les catholiques non pratiquants et à 45% chez les pratiquants. A l’inverse, le candidat socialiste François Hollande ne recueille que 16% des intentions de vote des catholiques pratiquants (24% des non-pratiquants). La tendance s’amplifie au second tour: Nicolas Sarkozy réunirait 70% des suffrages des pratiquants et même 55% des non pratiquants.

Cette préférence à droite de l’électorat catholique —probablement accentué par la variable de l’âge (l’électorat catholique est plus âgé que la moyenne)— remonte à loin dans l’histoire politique de la France, depuis la Révolution et les combats laïques des XIXe et XXe siècles. Elle s’identifie à des «valeurs» d’ordre, de sécurité, de légitimité.

Au delà des préoccupations communes (emploi, éducation) qui sont prioritaires, les principaux «marqueurs» du vote catholique sont, selon les spécialistes, la défense de la famille, le choix de l’école privée, le refus de l’euthanasie active et de la revendication homosexuelle (mariage gay, adoption).

Ce vote Sarkozy dans l’électorat catholique justifie le discours du président sur la «laïcité positive». Il confirme la stratégie «droitière» de Patrick Buisson, son conseiller qui, il y a quelques mois encore, avait organisé un déplacement présidentiel au Puy-en-Velay, haut lieu de pèlerinage, où Nicolas Sarkozy avait exalté le patrimoine chrétien de la France.

Il reste que le candidat doit rester attentif à la façon de s’adresser à cet électorat. En juillet 2010, le discours de Grenoble sur la délinquance et les Roms avait provoqué de fortes réticences dans la hiérarchie catholique. «Sa cote de popularité n’avait toutefois pas diminué chez les catholiques en général, se rappelle Jérôme Fourquet. La baisse, dans ce segment de l’électorat, avait eu lieu bien avant, au moment de la polémique sur la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad de la Défense et le double salaire d’Henri Proglio.»

Dans cet électorat, le candidat centriste François Bayrou ne jouit plus de la «surcote» dont il avait bénéficié en 2007, mais il reste un peu au dessus de la moyenne nationale: il est à 15% chez les catholiques pratiquants et à 12% chez les non-pratiquants. Il y a cinq ans, il était à 27% chez les pratiquants contre 20% en moyenne nationale.

Le rapport avec Marine Le Pen et le Front national bouge également. A l’époque de la montée en puissance de Jean-Marie Le Pen, il existait une corrélation forte entre la pratique catholique et le rejet du vote Front national. C’est moins vrai aujourd’hui. Le vote catholique n’est plus aussi hermétique aux idées frontistes.

Le passage de témoin entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine explique sans doute ce glissement, l’autre raison étant probablement liée à la question de l’immigration et aux peurs provoquées dans la population catholique par l’influence grandissante de l’islam. Quoiqu’il en soit, Marine Le Pen est à 13% des intentions de vote chez les catholiques pratiquants —très légèrement en dessous de la moyenne nationale— et à 18% chez les catholiques non-pratiquants.

Des disparités régionales dans le vote protestant

Longtemps classé à gauche, le vote protestant (entre 2 et 3% de l’électorat) a également opéré un basculement à droite, comme le montre la récente enquête de l’IFOP pour l’hebdomadaire Réforme du 31 mars 2012. Nicolas Sarkozy figure loin devant ses concurrents. Il est victorieux dans les intentions de vote des protestants au deuxième tour par 53,5% contre 46,5% à François Hollande.

On peut avancer plusieurs facteurs d’explication: le vieillissement de cette population, le poids croissant des protestants évangéliques, et aussi, comme pour une partie de l’électorat catholique, le fait que «certains protestants perçoivent assez mal que l’islam tienne le haut du pavé dans le débat public» (Jerôme Fourquet).

Mais on doit relever, dans ce vote protestant, de fortes disparités régionales. Ainsi François Hollande ne recueille que 13% des intentions de vote du premier tour chez les protestants luthériens, plus traditionnels, de l’Est de la France (Alsace et Lorraine), mais il est à 37% dans le Sud (Drôme, Ardèche, etc) d’obédience plus réformée et plus progressiste.

Nicolas Sarkozy est respectivement à 35% dans l’Est et à 31% dans les zones protestantes du Midi cévenol. Quant à Marine Le Pen, elle rassemblerait 28% des électeurs protestants de l’Est et seulement 9% dans le Sud.

Le vota à gauche massif des musulmans

Reste le vote musulman, estimé à 5% de l’électorat. Il est très marqué par l’abstention. Moins de la moitié des musulmans se déplacent pour aller voter, ce qui est la traduction électorale de leur faible niveau d’intégration dans la société française. Mais il est très homogène et très marqué à gauche. Selon les derniers sondages d’intentions de vote, 80% des électeurs musulmans s’apprêteraient à voter François Hollande au second tour de l’élection dans le cadre d’un duel avec Nicolas Sarkozy.

Ce vote massif pour la gauche est ancien. Celle-ci bénéficie de son image émancipatrice et décolonisatrice. Le débat récurrent sur la place de l’islam dans l’espace public renforce aussi le réflexe anti-droite. L’islam reste perçu par ses membres comme une minorité marginalisée et stigmatisée et, à cet égard, la droite au pouvoir porterait une grande responsabilité. Si le Front national reste l’ennemi numéro un, l’image de Nicolas Sarkozy est très écornée.

Si on ne peut nier la place du facteur religieux dans le vote des 22 avril et 6 mai prochains, on doit relever que ces électorats religieux demeurent très minoritaires. Avec 14 % de catholiques pratiquants, 2 % à 3% de protestants, 5 % à 6 % de musulmans, moins de 1% de juifs, cet électorat religieux forme à peine 30% de l’électorat. Nous sommes bien loin des États-Unis.

Voir aussi:

La polygamie: pourquoi pas?

 Catherine Ternaux

Huffington Post

24/03/2012

Pourquoi est-il devenu aujourd’hui impossible de prononcer le mot polygamie sans qu’aussitôt le débat s’enflamme? La polygamie serait à éradiquer, comme un fléau, si l’on écoute certains politiques. En 2010, Brice Hortefeux avait proposé de faire de « la polygamie de fait » un délit pour les personnes naturalisées, puni de la déchéance de la nationalité, installant une nationalité française à deux niveaux, puisque les Français d’origine qui la pratiquent parfois aussi n’auraient pas été concernés par ce « crime ». La proposition fut abandonnée, on en fut quitte pour le ridicule.

Pourquoi donc cet acharnement contre la polygamie? Parce qu’il n’y a plus aucune once de réflexion censée sur la place publique concernant ce sujet. Ce ne sont qu’amalgames et a priori, ressassements et attaques aveugles. C’est à qui s’indignera le plus vite et le plus fort. La polygamie serait la mère de tous les vices, et la monogamie le garant de l’ordre moral et le fondement de notre société… C’est un fantasme qu’il est temps de dénoncer.

Essayons d’établir un peu de clarté sur la question en précisant d’abord ce que signifie « polygamie ». Poly=plusieurs+gamie=mariage. Marié plusieurs fois. C’est tout. Le mot ne veut dire que cela. Concevons que dans notre société où un mariage sur deux se termine par un divorce, et qu’il est souvent suivi d’un remariage, une grande partie de nos concitoyens sont déjà polygames. Ah oui, ferez-vous remarquer, mais ils ne sont pas mariés plusieurs fois en même temps! Absolument. Mais pourquoi ne le seraient-ils pas? Qu’est-ce qui ferait dommage ou offense? A partir du moment où toutes les personnes sont consentantes, trop d’amour nuirait-il?

Le divorce est un droit, conquis lors de la Révolution française, mais il est aussi, ce qui est complètement abusif, une obligation. Tu ne te remarieras pas sans avoir divorcé de ta précédente épouse ou de ton précédent époux. Et pourquoi cette limitation imposée dans notre vie amoureuse et dans notre vie de famille? Il se trouve qu’il existe des hommes et des femmes pour lesquels, aimer une nouvelle personne, ne signifie pas obligatoirement qu’elles n’aiment plus la précédente. Pourquoi la société oblige-t-elle à rompre le lien? Pourquoi n’aurions-nous pas le choix, de divorcer ou de ne pas divorcer pour se remarier? Quel argument définitif pour imposer le seul modèle monogamique?

La polygamie opprime la femme, entend-on dire partout, et elle est contraire à l’ordre public. En quoi la polygamie serait-elle par essence source de délinquance? Dans la monogamie, tout irait-il donc très bien, madame la marquise? Aucun délinquant dans les foyers monogamiques? Aucun appel de femmes mariées en détresse dans le cadre de la monogamie à S.O.S femmes battues? En France, une femme meurt tous les 2 jours et demi (estimation basse) du fait de violences conjugales, et ce dans le cadre de la monogamie…

Ce qui pose problème, ce n’est pas la modalité matrimoniale en elle-même, mais l’inégalité entre les hommes et les femmes, l’oppression de la femme, considérée comme une propriété, comme un bien, comme une chose, scandale que la polygamie rend encore plus manifeste, plus criant, plus insupportable. Ce qui est à combattre, c’est le mariage forcé, sous quelque forme qu’il soit. Mais on confond tout, et on jette le bébé avec l’eau du bain.

Or donc, pourquoi ne pas revendiquer une polygamie égalitaire plutôt que de vouloir à tout prix « faire la peau » à la polygamie? Pourquoi ne pas réfléchir à des conditions de logement et de vie adéquates pour les personnes qui souhaitent s’épanouir dans ce mode de vie? Le vrai combat de libération de la femme mariée sous le régime de la polygamie (en réalité: polygynie) ne consisterait-il pas à revendiquer le droit à la polyandrie? Pour qu’une femme puisse se marier également avec plus d’un homme.

La polyandrie? Mais c’est contre nature! Pas du tout, là encore: fantasme. Les études scientifiques sérieuses, comme celle de Pascal Picq et Philippe Brenot, ou encore celle de Frank Cézilly, montrent que cet argument n’est qu’un cliché éculé, et que cela ne correspond à aucune réalité, si ce n’est à celle d’un machisme encore trop répandu, qui verrouille non seulement les esprits mais aussi hélas, grandement les cœurs.

Autre argument évoqué: la monogamie serait liée à la religion chrétienne. Ce qui est contrariant, c’est que les premiers Chrétiens étaient polygames. Et que la polygamie n’est nulle part interdite dans la Bible. Dans le cadre du catholicisme, le divorce est mille fois plus problématique que la polygamie! Il a d’ailleurs paru au XIXe siècle tout aussi scandaleux et immoral que peut paraître à certains aujourd’hui la polygamie. Et pourtant, qui s’effarouche aujourd’hui du divorce? La morale n’est pas donnée une fois pour toute et partout. Elle est une vision qui colore les situations, positivement ou négativement à un moment donné, elle n’est ni fixe ni universelle. Il fut un temps où il était, en France, hérétique de penser qu’un mariage pût être d’amour!

L’argument d’une dispersion patrimoniale est également parfois avancé. C’est que nous ne sommes pas, malgré nos beaux discours, dans un état d’esprit de partage. Ce qui est dramatique, c’est que nous avons tendance à penser l’amour de la même façon. On ne pourrait aimer qu’une personne à la fois, car sinon chacun en aurait moins… Mais l’amour n’est pas division, il est multiplication! Simplement, nous sommes un peu handicapés de ce côté là, nous entretenons la paresse du cœur, et vivons dans la peur de l’autre, dans la peur de perdre, crispés et intolérants.

Oh, mais ce doit être compliqué la polygamie…! Oui, peut-être, mais est-ce qu’on peut interdire quelque chose sous prétexte que c’est compliqué? Beaucoup de situations sont compliquées, toutes sortes de questions se posent en permanence à l’homme, bref, vivre est un peu compliqué. Mais quelle formidable aventure, et qui ne nous arrivera qu’une fois (à mon avis)!

En matière de vivre ensemble, il y a encore beaucoup à apprendre, ayons l’humilité de le reconnaître. Brisons le cercle vicieux obligé de l’isolement et de l’exclusion. Et si une « nouvelle polygamie » était un très bon moyen de retisser du lien social au sein de notre société anémiée, déprimée, et privée de l’ampleur de l’amour? Il ne s’agit pas de vivre tous ensemble, dans un même lieu, mais, pour reprendre le terme employé par Vincent Cespedes, de « consteller » nos vies. Les familles recomposées ne seraient-elles pas les prémices de familles composées?

La monogamie n’a pas le monopole du cœur. Ni le mariage non plus! Fort heureusement, l’amour est plus vaste et plus fort que toutes les constructions sociales! Il ne s’agit donc pas ici de faire une apologie du mariage, mais puisque ce lien -qui symbolise un engagement (notamment de fidélité, et non d’exclusivité, ce qui correspond à deux notions bien distinctes)- existe, il est sain de l’interroger, et de croire possibles des amours réellement « pour la vie ».

Voir enfin:

Des responsables UMP pour le mariage homo

L’Express

le 22/11/2011

Des responsables UMP pour le mariage homo

Six secrétaires nationaux de l’UMP demandent que le droit au mariage pour les couples homosexuels figure dans le programme de Nicolas Sarkozy en 2012.

C’est un coup de tonnerre à droite: six secrétaires nationaux de l’UMP appellent à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Et ils demandent que cette proposition figure dans le programme de Nicolas Sarkozy en 2012.

[Tribune] La stratégie de l’évitement ne mène à rien et il est temps aujourd’hui pour notre famille politique de mettre un terme à celle-ci et d’ouvrir le mariage aux couples du même sexe. L’actualité récente, les clins d’oeil appuyés du Front national vers l’électorat gay et les promesses électoralistes du candidat socialiste l’imposent.

Nous sommes cette génération de trentenaires engagés autour de Nicolas Sarkozy, secrétaires nationaux de l’UMP aux parcours et profils différents, élus ou aspirant à le devenir, qui souhaite contribuer au débat et au projet de l’UMP et dessiner la France de l’après-crise, cette France dans laquelle nous vivrons, en laquelle nous croyons, et que, certainement, nous gérerons.

C’est pourquoi nous sommes favorables à l’ouverture du mariage à tous les couples, quels que soient leurs sexes. A l’image du conservateur David Cameron, Premier ministre britannique, « nous croyons aux liens qui nous unissent, que la société est plus forte quand nous faisons des voeux et quand nous nous soutenons les uns les autres ».

Attachés à la famille et à l’institution du mariage, comme Cameron, nous croyons profondément qu’une société est mieux construite lorsqu’elle soutient les preuves d’engagement et les solidarités interfamiliales. Nous soutenons bien l’ouverture du mariage à tous parce que nous sommes gaullistes, centristes, libéraux, conservateurs, républicains, sociaux, progressistes et… sarkozystes! Eh oui, nous souhaitons voir notre pays et notre majorité légiférer en ce sens. La droite s’en honorerait, dans un esprit de réforme et de liberté, à l’image de Mariano Rajoy, qui, en Espagne, ne reviendra certainement pas sur cette disposition.

Ainsi, il doit s’agir ici d’un point de rencontre au sein de notre famille politique et non d’un point de rupture. Un droit qui correspond à des devoirs déjà existants (impôts, communauté de vie…), déjà assumés de facto par les couples homosexuels, désireux désormais d’une égalité totale et d’une reconnaissance pleine et entière de leur engagement par notre République.

L’ouverture du mariage aux couples homosexuels n’est ni un préalable ni un aboutissement, encore moins une question de vie privée, elle est un point de convergence entre celles et ceux qui croient en ces valeurs d’engagement, de droits et de devoirs, et la nécessaire solidarité et reconnaissance d’une société réelle et non fantasmée.

La France de l’après-crise ne ressemblera pas à celle que nous quitterons. Bousculée, elle devra poser de nouveaux repères, des bases solides pour construire un avenir plus harmonieux. Nous n’avons pas vocation, sur ce sujet de société comme sur d’autres, et contrairement au PS, à ouvrir un guichet aux droits, répondant à toutes les demandes et émanant ainsi de toutes les clientèles politiques identifiées. Notre position est responsable, notre pays est désormais prêt à cette reconnaissance, il a évolué et une large majorité de Français y est favorable. Il n’en est certes pas de même sur tous les sujets – celui de l’adoption fait encore débat et il n’est donc pas utile de le lier, à ce stade, à la reconnaissance du mariage pour tous.

Conscients et soucieux d’un projet de société intégrant cette légitime attente, nous souhaitons donc voir cette proposition figurer dans le programme de l’UMP et portée par notre candidat l’an prochain devant les Français.

Les auteurs

Sébastien Chenu, secrétaire national UMP chargé de l’exception culturelle, vice-président de l’agglomération du Beauvaisis, Samia Badat, secrétaire nationale chargée des nouveaux engagements solidaires, Frédéric Bouscarle, secrétaire national chargé de l’insertion des personnes handicapées, Nathalie Fanfant, secrétaire nationale chargée de la lutte contre les discriminations, Stéphane Jacquot, secrétaire national chargé des politiques pénitentiaires et des prisons, conseiller municipal de Châtillon (Hauts-de-Seine), David-Xavier Weiss, secrétaire national chargé des industries de la presse, conseiller municipal de Levallois-Perret.


Génocide arménien/97e: L’ultime preuve des victimes de l’islamisation forcée (Forced conversion is genocide)

24 avril, 2012
La démocratie et ses fondements jusqu’à aujourd’hui peuvent être perçus à la fois comme une fin en soi ou un moyen. Selon nous la démocratie est seulement un moyen. Si vous voulez entrer dans n’importe quel système, l’élection est un moyen. La démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendezErdogan
On ne peut pas être musulman et laïque en même temps (…). Le milliard et demi de musulmans attend que le peuple turc se soulève. Nous allons nous soulever. Avec la permission d’Allah, la rébellion va commencer” Erdogan  (1992)
Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats. Erdogan (1997)
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Au VIIe siècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350 millions d’habitants, les chrétiens sont 14 millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui. (…) Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion. (…) C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires. Annie Laurent
De ce tour d’horizon, il ressort que 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens, dont la condition se détériore en de nombreux endroits. En tête de liste, outre le Moyen-Orient, l’AED place la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l’Inde, le Pakistan, le Soudan et Cuba. Si l’on tente de classer ces phénomènes de christianophobie en fonction de leur origine, il ressort que leur premier vecteur, à l’échelle de la planète, est constitué par l’islam politique ou le fondamentalisme musulman.  Jean Sévillia
L’historien Ara Sarafian estime qu’entre 100.000 et 200.000 femmes et enfants arméniens ont échappé à la mort ou à la déportation dans le désert durant le génocide de 1915. Les uns cachés –par des «Justes» turcs—, les autres kidnappés, adoptés ou épousées. Pour parler de ces survivants, les Ottomans utilisaient une formule glaçante: «les restes de l’épée». Mais pendant des années, les historiens turcs et arméniens n’ont dit mot de ces «crypto-Arméniens». Ariane Bonzon

Oui, M. Erdogan, la conversion forcée est aussi une forme de génocide!

A l’heure où, dans une large indifférence et après celles des juifs, les persécutions et l’épuration  ethnico-religieuse des chrétiens se poursuivent partout dans le monde et notamment là où l’islam a pris et reprend, avec le prétendu « printemps arabe« , le pouvoir …

Pendant que, dans le déni et la même indifférence, les mollahs nous préparent leur version nucléaire de la solution finale …

Retour, en cette 97e commémoration et avec la journaliste française Ariane Bonzon, sur l’ultime preuve du génocide chrétien (arménien mais aussi assyrien et grec) toujours nié par les autorités turques et pas explicitement reconnu par un président américain qui en avait pourtant fait la promesse …

 A savoir après le massacre de centaines de milliers et l’effacement  toutes les traces de présence culturelle des Arméniens via la destruction ou la saisie des établissement scolaires, religieux ou sociaux …

Les survivants ou descendants de ces dizaines de milliers de femmes, jeunes filles et  enfants enlevés puis convertis et mariés de force …

Dont certains tentent aujourd’hui de retrouver leurs racines …

Les «Arméniens cachés», secret de famille, secret d’Etat

Lors du génocide de 1915, des dizaines de milliers d’Arméniens, femmes et enfants, ont été kidnappés, convertis et mariés de force. De nombreux Turcs découvrent aujourd’hui que l’une de leur aïeule était arménienne.

Ariane Bonzon

Slate

24.04.12

Un secret d’Etat, l’existence de ces «Arméniens cachés». L’évoquer, c’est ébranler le mythe national de «l’identité turque et musulmane», fondement de la République turque. La première fois que j’ai entendu parler de «crypto-arméniens», je n’y ai d’ailleurs pas vraiment cru.

C’était au début des années 2000, Mesrob II Mutafyan, le patriarche des Arméniens de Turquie, recevait dans le cadre solennel et légèrement kitch de sa résidence de Kumkapi, sur la Corne d’Or à Istanbul. Portant la croix et l’habit ecclésiastiques, copie conforme de la tenue de ses prédécesseurs depuis cinq siècles —dont la longue série de portraits, pas toujours très avenants, ornaient les murs—, Sa Béatitude évoquait ses tournées anatoliennes. Il racontait sa visite au village de «Cibinli, près d’Urfa où les Arméniens en fuite en 1915 avaient abandonné leurs filles, des adolescentes de 12 -14 ans».

Mesrob II Mutafyan s’y était entretenu avec un homme et de nombreux petits-enfants issus des unions forcées contractées par ces jeunes filles avec des Turcs.

L’historien Ara Sarafian estime qu’entre 100.000 et 200.000 femmes et enfants arméniens ont échappé à la mort ou à la déportation dans le désert durant le génocide de 1915. Les uns cachés –par des «Justes» turcs—, les autres kidnappés, adoptés ou épousées. Pour parler de ces survivants, les Ottomans utilisaient une formule glaçante: «les restes de l’épée». Mais pendant des années, les historiens turcs et arméniens n’ont dit mot de ces «crypto-Arméniens».

Ma recherche des crypto-Arméniens

«Jusqu’il y a 10-15 ans, c’était une sorte de tabou, confirme le chercheur Bared Manok. Question de dignité pour les Arméniens; méfiance et mépris des convertis par les Turcs. Des deux côtés, on n’évoquait pas cette réalité dérangeante». «On le savait mais on ne pensait pas que c’était aussi important et peut-être ne voulait-on pas le savoir non plus», reconnaît le philosophe français d’origine arménienne Michel Marian. Car admettre qu’il peut exister des Arméniens musulmans est très déconcertant pour ceux de la diaspora dont l’identité était jusqu’ici étroitement liée au christianisme.

Peu de temps après ma conversation avec Mesrob II Mutafyan, je suis allée voir Hrant Dink, qui dirigeait le journal bilingue turc-arménien Agos, fondé cinq ans plus tôt, en 1996 —il a été assassiné en 2007. La page de petites annonces d’Agos rencontre un fort succès. Elle permet aux membres de la diaspora arménienne de lancer un «avis de recherche» pour tenter de retrouver un parent éloigné qui vivrait toujours en Turquie et dont les aïeuls auraient survécu au génocide.

J’ai exposé à Hrant Dink mon projet: me rendre en Anatolie pour y retrouver et filmer des Arméniens islamisés. Il n’a pas été très encourageant. Selon lui, il me serait très difficile de retrouver ces «crypto-Arméniens» qui ne veulent absolument pas se dévoiler. Ils n’accepteront jamais de parler devant une caméra, par peur des représailles, m’a-t-il averti.

Lui-même n’avait pas encore osé publier dans Agos son enquête sur Sabiha Gökçen, la fille adoptive de Mustafa Kemal, le fondateur de la république turque, une Arménienne qui avait perdu ses parents durant le génocide. Un secret d’Etat, comme celui encore des racines chrétiennes supposées du Président Abdullah Gül, un islamo-conservateur, dont la grand-mère aurait été, elle aussi, arménienne.

Des Arméniens qui vont à la mosquée

«Un converti arménien, suggère l’universitaire Etienne Copeaux, l’un des meilleurs connaisseurs du nationalisme turc, est perçu comme un traitre puisque c’est cette épithète qui colle aux Arméniens.» L’injure «Ermeni dölü» («graine d’Arménien») est courante. «Vu le mépris contenu dans cette injure, poursuit Etienne Copeaux, il est certain que s’il s’avérait qu’une part notable de la population turque descend d’Arméniens (convertis ou non), ce serait un ébranlement, une vérité difficilement acceptable.»

Un peu comme un mensonge ethnique courant de l’apartheid, dans les années 90, lorsqu’il était si difficile aux Afrikaners blancs de reconnaitre qu’ils avaient aussi du sang noir, celui de l’employée de la ferme séduite par l’aïeul par exemple.

Après avoir essuyé des dizaines de refus, j’ai enfin pu réaliser ce reportage, en 2007. Pour la première fois, une famille arménienne islamisée a parlé à visage découvert devant une caméra. Comme on le voit dans cette vidéo, rien ne distingue ces «Arméniens cachés» des autres villageois: mêmes pantalons bouffants, même foulard sur les cheveux pour les femmes, même nourriture.

Ils ne parlent même pas l’arménien, à peine le turc et surtout le kurde. Ils vont à la mosquée, leurs enfants fréquentent les écoles de la république turque et leurs morts sont enterrés dans des cimetières musulmans. Mais leurs tombes sont parfois profanées, sans parler des jalousies tenaces vis-à-vis de cette famille d’«infidèles», plus riche que les autres.

«Les restes de l’épée»

En prolongement de cette histoire singulière, d’autres Arméniens islamisés ont commencé de parler. Dans Les restes de l’épée (éditions Thaddée, 2012), la journaliste française Laurence Ritter mène l’enquête. Les portraits et les récits qu’elle a récoltés rompent enfin le silence, cette «règle élémentaire de survie», dans lequel ces Arméniens cachés s’étaient murés. Tandis qu’au centre du livre, les photos de Max Sivaslian donnent un visage à la mémoire, vécue ou transmise, du génocide.

Turcs et Arméniens s’affrontent toujours sur le nombre de victimes en 1915: 300.000 morts, disent les premiers, plus d’un million, répondent les seconds. Doit-on comptabiliser les survivants, les ancêtres de ces crypto-Arméniens? Et si oui, où, dans quelle catégorie?

«Celle des morts», puisqu’ils ne sont comptabilisés nulle part, suggère la sociologue turque Ayse Gül Altinay dans la postface du livre Les petits enfants (Actes sud, 2011). Celle des disparus? L’islamisation forcée vient-elle renforcer la thèse du génocide? Ou au contraire l’atténuer? Questions délicates qui expliquent en partie pourquoi ces secrets de famille sont devenus secret d’Etat.

Autre question: en 2012, combien sont-ils, ces Turcs musulmans qui ont des origines arméniennes, parfois même sans le savoir? En Turquie, au minimum 10 millions, selon une série d’historiens cités par Bared Manok:

«Le chiffrage est d’autant plus difficile que l’islamisation n’a pas concerné que les Arméniens […] [et que] les minorités musulmanes, arabes, kurdes et alévis, ont de leur côté subi une turquification imposée. […] Le discours officiel en Turquie est qu’il y a un seul peuple, caractérisé par l’Islam et le sunnisme: tous les autres ont dû rentrer d’une façon ou d’une autre dans ce cadre.»

L’un des fils de la famille arménienne cachée que j’ai filmée en 2007 ne vit plus au village mais à Istanbul. Dans l’anonymat de la grande ville, il a décidé de se «reconvertir» au christianisme. Ce qui serait impossible, bien trop risqué, pour les siens restés vivre dans la campagne anatolienne.

«Le nombre de “re-conversions” s’est accru», me confirme Luiz Bakar, avocate turque d’origine arménienne qui vit à Istanbul. Elle plaide pour que ces Arméniens reconvertis reprennent des noms arméniens, gardent leur propre langue, leur religion et puissent ainsi revivre leur identité au grand jour en Turquie.

 Voir aussi:

‘Grandma’s Tattoos’: A Riveting Film About the Forgotten Women of Genocide (Trailers)

– Armenian Weekly

September 7, 2011

Director: Suzanne Khardalian

Producer: HB PeA Holmquist Film

Length: 58 min., Sweden

Date of release: September 2011

STOCKHOLM, Sweden—“Grandma Khanoum was not like everyone else. As a child I remember her as a wicked woman. She despised physical contact. This was a grandma who never hugged, gave no kisses. And she wore those gloves, which hid her hands and the tattoos. They hid her secret.” This is how Suzanne Khardalian describes her grandmother.

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Grandma Khanoum

Khardalian is the director and producer of riveting new film called “Grandma’s Tattoos” that lifts the veil of thousands of forgotten women—survivors of the Armenian Genocide—who were forced into prostitution and tattooed to distinguish them from the locals.

“As a child I thought these were devilish signs that came from a dark world. They stirred fear in me. What were these tattoos? Who had done them, and why? But the tattoos on grandma’s hands and face were a taboo. They never spoke about it,” explains Khardalian.

“Grandma’s Tattoos” is a journey into the secrets of the family. Eventually, the secret behind Grandma Khanoum’s blue marks are revealed.

“Grandma was abducted and kept in slavery for many years somewhere in Turkey. She was also forcibly marked—tattooed—as property, the same way you mark cattle. The discovery of the story has shaken me. I share the shame, the guilt, and anger that infected my grandma’s life. Grandma Khanoum’s fate was not an aberration. On the contrary, tens of thousands of Armenian children and teenagers were raped and abducted, kept in slavery,” she explains.

In 1919, just at the end of World War I, the Allied forces reclaimed 90,819 Armenian young girls and children who, during the war years, were forced to become prostitutes to survive, or had given birth to children after forced or arranged marriages or rape. Many of these women were tattooed as a sign that they belonged to abductor. European and American missionaries organized help and saved thousands of refugees who were later scattered all over the world to places like Beirut, Marseille, and Fresno.

The story of “Grandma’s Tattoos” is a personal film about what happened to many Armenian women during the genocide. It is a ghost story—with the ghosts of the tattooed women haunting us—and a mystery film, where many taboos are broken. As no one wants to tell the real and whole story, and in order to bring the pieces of the puzzle together, the director makes us move between different times and space, from today’s Sweden to Khardalian’s childhood in Beirut.

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In the film we meet Grandma Khantoum’s sister, 98-year-old Lucia, who lives in Hollywood. Lucia, too, has those odd tattoos. She is willing to tell us only a part of the story. We also meet with Aunt Marie, Grandma’s only still-living child in Beirut. But Aunt Marie doesn’t know the whole story either. Grandma has never told it to her. It was forbidden to talk about the “unspeakable.” Aunt Marie has the same unpleasant memories as the rest of the family.

It’s finally Khardalian’s mother who tells the story about Grandma Khanoum, and about the Kurdish man who was supposed to help her grandma escape the killings but instead decided to abduct her and keep her as his concubine. Grandma was only a child then. She had just turned 12 The words “Mummy, mummy help me” is the sentence that haunts Suzanne and her family.

0 ‘Grandma’s Tattoos’: A Riveting Film About the Forgotten Women of Genocide (Trailers)

About the Director

Suzanne Khardalian is an independent filmmaker and writer. She studied journalism in Beirut and Paris and worked as a journalist in Paris until 1985, when she started to work on films. She also holds a master’s degree in international law and diplomacy from the Fletcher School at Tufts University, and contributes articles to different journals. She has directed more than 20 films that have been shown both in Europe and the U.S. They include “Back to Ararat” (1988), “Unsafe Ground” (1993), “The Lion from Gaza” (1996), “Her Armenian Prince” (1997), “From Opium to Chrysanthemums” (2000), “Where Lies My Victory” (2002), “I Hate Dogs” (2005), “Bullshit” (2006), and “Young Freud in Gaza” (2009).

Producer

PeA Holmquist Film is a production company established in 1973.The company has been producing films mostly for Scandinavian TV channels often with Scandinavian co-producers. Several films have been sold all over the world.

Article printed from Armenian Weekly: http://www.armenianweekly.com

 Voir enfin:

FORCED CONVERSION IS GENOCIDE: The tale of Aintoura’s Armenian orphans

Ninety-three years after the end of World War I, a Lebanese Armenian researcher has discovered additional proof of the first genocide of the 20th century at the Aintoura Lazarist College in Mount Lebanon. A visit to the college of Saint Joseph Aintoura reveals the history of the Jesuits who settled in Aintoura over 350 years ago; in addition to a magnificent monastery, there is also tragic evidence of the Armenian genocide of 1915. The remains of more than 300 children, now only bones, lie in a small grave behind Aintoura’s grand 19th-century chapel, which has been brought to light over five years of research by Missak Kelechian, an electrical engineer from California, who began the project as a pastime. The children buried in the grave were Armenian orphans who, having survived the genocide, were transferred by Turkish authorities to Aintoura, only to suffer neglect and violence. “It has been recorded and written how the children were beaten with the falaqa [a rod to discipline children], and many of them died from starvation, cholera and forceful attempts to ‘Turkify’ them,” said Kelechian.

The tale of Aintoura’s Armenian orphans

Van Meguerditchian

The Daily Star

April 29, 2011

AINTOURA: Ninety-three years after the end of World War I, a Lebanese Armenian researcher has discovered additional proof of the first genocide of the 20th century at the Aintoura Lazarist College in Mount Lebanon.

A visit to the college of Saint Joseph Aintoura reveals the history of the Jesuits who settled in Aintoura over 350 years ago; in addition to a magnificent monastery, there is also tragic evidence of the Armenian genocide of 1915.

The remains of more than 300 children, now only bones, lie in a small grave behind Aintoura’s grand 19th-century chapel, which has been brought to light over five years of research by Missak Kelechian, an electrical engineer from California, who began the project as a pastime.

The children buried in the grave were Armenian orphans who, having survived the genocide, were transferred by Turkish authorities to Aintoura, only to suffer neglect and violence.

“It has been recorded and written how the children were beaten with the falaqa [a rod to discipline children], and many of them died from starvation, cholera and forceful attempts to ‘Turkify’ them,” said Kelechian.

While hundreds of orphans, aged 3 to 15, survived the systematic massacres of the Armenians in 1915, many of them arrived in Ottoman-controlled Aintoura to be given new Turkish names and forcefully converted to Islam.

The infamous architect of the genocide, Jamal Pasha, walked on the stairs that still stand at the gate of Aintoura College and was responsible for assigning Halide Edip Adivar to oversee the program of “Turkification.”

Adivar was Turkey’s first feminist and a famous novelist who was elected to Turkey’s Parliament in 1950.

Kelechian told The Daily Star that he came across a photograph of Adivar and Pasha in Stanley Kerr’s book, The Lions of Marash.

“This picture triggered [in me an interest] to visit the Aintoura College,” he said.

Over the past five years, Kelechian has been on a quest to locate the grave and meet descendants of survivors. He is still working with several archivists in Lebanon and the United States to track down and study more documents related to fate of the surviving orphans.

“To my surprise, during my visit to Aintoura in 2005, the archivist of the school had gathered and stored all documents related to the occupation of the college by the Turks and the arrival of around 1,200 orphans, among them Armenians and Kurds,” he noted.

The book by Kerr, who was a volunteer of the American Near East Relief agency, did not provide enough information for Kelechian to locate the burial place of the Armenian orphans. “The documents I found at the library of the Aintoura College led me to another finding: accounts written in a book by Karnig Panian,” said Kelechian.

Kelechian said that Panian’s writings helped him locate the mass graves of around 350 Armenian orphans. A survivor of the Armenian genocide and the “Turkification” at the Aintoura orphanage, Panian described how the Turkish authorities buried several children per week behind the college chapel.

“I was informed by the college’s administration that construction workers in 1993 had unearthed many decaying bones in the area described by Panian in his book,” Kelechian explained.

In his book, Panian also described how more than 1,000 orphans had to recite daily “Long Live General Pasha,” as the Turkish flag was lowered in the school’s courtyard. An article from 1947 written by the head priest at the Lazarite Aintoura College, Emile Joppin, described how Armenian orphans were forcefully converted to Islam. According to accounts recorded by Lazarist teachers at Aintoura, children received punishments for speaking Armenian or Kurdish.

According to Kelechian, he recently discovered that the bishop of Saint Jacob’s Church in Achrafieh is the son of another Armenian orphan from Aintoura. “It’s as odd as it can get; the bishop’s father, Sarkis Kerkezian, was given a Turkish name [Antakli Ibrahim] and was chosen to be a muezzin [a chosen person to lead the call to prayer],” Kelechian added.

While Turkey continues to deny the genocide against the Armenians, describing the massacres as part of brutal reality of World War I, “Turkifying” children and depriving them of their identity alone is considered genocide by Article II of the 1951 UN Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide.

According to the convention, genocide is “to destroy in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group,” including “forcibly transferring children of the group to another group.”

More than 150,000 Armenian children became orphans as a result of Ottoman policies. Many of these orphans continued their lives in several “Turkification” centers throughout the Middle East.

In a letter to his father in the United States, the former president of the American University of Beirut, Bayard Dodge, also described how hundreds of Armenian and Kurdish orphans were brought down from the north and settled at Aintoura College.

Another survivor of the orphanage, Haroutioun Alboyadjian, was 11 when he managed to escape from Aintoura. According to Kelechian, Alboyadjian has also written extensively on his experience and has disclosed how a Turkish medical officer disobeyed orders on the eve of Ottoman withdrawal from Aintoura to poison the last dinner of the orphans.

For Kelechian, despite the systematic plans to carry out atrocities against the Armenians, there were many Turks who helped save hundreds of Armenian lives.

“After the withdrawal of Turkish troops, the Turkish officer [Reza Bey], who refused to poison the children, helped them to recover their original Armenian names.

“When he asked one of the orphans, ‘Enver, tell me your real name, the child replied: Toros,’ and many others recovered their names as well.”

Kelechian also said that Turkey’s continued denial of the genocide is hurting the country’s image and is a disservice to the new generation of Turks.

“The Turkish government’s policy is denying Armenians [the chance] to praise the good work of the Turkish people,” Kelechian added.

The head of Saint Joseph College in Aintoura, Father Antoine Pierre Nakad, told The Daily Star that even when he was still a student at the school, the priests and the teachers talked about the Armenian orphans who had once crowded the dormitory.

“This is a historical fact and everyone should know what happened at this historic college,” he said.

According to Nakad, the Turkish blockade resulted in diseases such as cholera and many orphans died from starvation. “There are currently around 4,000 students in Aintoura College and apart from their regular classes, they are taught about the history of the school,” Nakad added.

Today, a giant traditional Armenian stone cross and a bronze statue of a 10-year-old boy stands on the site of the mass grave of the Armenian orphans at Aintoura College, which was donated by Harout Katchadourian, the founder of the Armenian Choir, Kohar.

Earlier this week, a group of more than 200 Armenian Lebanese headed by Ararat Association’s President Krikor Keushgerian, visited the site to mark the 96th commemoration of the Armenian genocide. An official delegation of Lebanese ministers and MPs will join the Armenian Catholic community on May 7 for a Mass at Aintoura.

A version of this article appeared in the print edition of The Daily Star on April 29, 2011, on page 3.

Read more: http://www.dailystar.com.lb/Apr/29/The-tale-of-Aintouras-Armenian-orphans.ashx#ixzz1szjIkqBx

(The Daily Star :: Lebanon News :: http://www.dailystar.com.lb)


Présidentielles 2012: La gauche serait-elle en train de nous transformer en buveurs de Kool-Aid? (Ready for another round of Yes-we-can Kool-Aid?)

23 avril, 2012
La communauté du Temple du Peuple est perçue par certains groupes communistes comme un « projet agricole communiste ».  Il est encore tenu aujourd’hui comme un modèle du genre par le Rural People’s Party qui considère le « camarade Jim Jones » comme un « martyr de la cause ». Wikipedia
President Bush didn’t just drink the Kool-Aid, he made it. Suzanne Malveaux (CNN, 2006)
I’m trying to give Obama some time. I don’t think Obama is a closet socialist I think he’s a very careful man. As a journalist, I did not drink the Obama Kool-Aid last year. I think if he walks across the Potomac, his feet will get wet. Jon Meacham (editor of Newsweek)
I see my colleague has swallowed the Kool-Aid, Madam Speaker. Keith Martin (député canadien)
Obama surfe sur cette vague d’aspiration des Blancs qui se projettent sur lui. Il parle d’espoir, de changement, d’avenir… Il se cache derrière ce discours éthéré, sans substance, pour permettre aux Blancs de projeter sur lui leurs aspirations. Il est prisonnier car à la minute où il révélera qui il est vraiment, ce en quoi il croit vraiment, son idéologie, il perdra toute sa magie et sa popularité de rock-star. (…) Il est prisonnier, car il ne peut pas être lui-même. (…) Les Blancs sont l’électorat naturel de Barack Obama. (…) C’est ça l’ironie: il a fallu que Barack Obama gagne les voix blanches pour emporter les voix noires. Shelby Steele (2008)
C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. Rivarol
Abstention, porte-à-porte: s’il gagne, Hollande devra-t-il sa victoire à Obama? François Hollande a adopté les tactiques de la campagne de 2008 d’Obama –et cela pourrait lui valoir le même succès. Slate
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
On le répète, tous les Présidents qui ont sollicité un nouveau mandat ont été réélus, à l’exception de Valéry Giscard d’Estaing. Rien ne serait plus facile que d’être reconduit à l’Elysée. A y regarder de plus près, un tout autre éclairage s’impose. Sous la Ve République, aucun Président sortant en phase avec la majorité gouvernante n’a jamais encore réussi à être réélu. (…) François Mitterrand et Jacques Chirac (…) ont été réélus (…) comme présidents de cohabitation. Ils avaient perdu le contrôle de la majorité parlementaire et ne conduisaient plus l’action gouvernementale. Si Sarkozy parvenait à se faire réélire en 2012 après avoir piloté lui-même les affaires du pays pendant cinq ans, ce serait une première. Eric Dupin
J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels. François Hollande (Programme PS)
En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage. (…) [l’adoption par des couples de même sexe?] C’est une des raisons pour lesquelles je ne suis pas favorable au mariage homosexuel. Il ouvrirait la porte à l’adoption. Je sais qu’il existe, de fait, des situations particulières avec des hommes et des femmes qui assument parfaitement leur rôle parental. Mais elles ne m’amènent pas à penser qu’il faudrait inscrire dans la loi une nouvelle définition de la famille. Nicolas Sarkozy
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. Hervé Bentégeat
Ce refus de Sarkozy bénéficie à ceux qui de tradition lui sont le plus radicalement hostiles, communistes, trotskistes, anti capitalistes, qui rejouent le mélodrame de la révolution de 1789 et les réactionnaires, issus de la même mémoire, le Front national épicé de la rhétorique anti immigration. Ces mouvements additionnés se partagent les électeurs dans un refus commun du régime démocratique, de l’économie libérale et de la rationalité économique : ensemble, ils y substituent des mythes et constituent un front du refus énorme, sans équivalent dans les autres démocraties occidentales, soit un tiers des Français. Certes, ces refuzniks de la démocratie libérale, porteurs de piques, bonnets phrygiens et écologistes profonds se reclasseront sagement au second tour pour l’essentiel derrière le candidat socialiste et pour partie, par réflexe anti- communiste – derrière Nicolas Sarkozy. Il n’empêche que chez tous, la rancœur du premier tour restera intacte et qu’ils sauront dans l’avenir se manifester par la grève et autres mouvements sociaux de manière à rendre difficile voire impossibles les réformes rationnelles qu’exigerait la faillite imminente des finances publiques. Guy Sorman
Le chouchou des sondages, Mélenchon, s’est effondré, et le candidat de la vérité des comptes, Bayrou, aussi ; par contre Marine le Pen a récupéré le butin de 2002 (en additionnant les scores de son père et de Mégret) alors qu’elle aurait pu faire plus si elle n’avait pas fait une campagne d’extrême droite classique contre le « libéralisme » etc . Il n’empêche que le débat se déplace vers les questions de choix de société comme toujours en France puisque la politique avec un grand P est devenu la religion pour tous ; ainsi le dieu Etat (qui peut tout) reste au centre ; les trois candidats en tête sont en effet étatistes et centralisateurs puisque la politique fiscale, de protection sociale, de formation, restent dans les mains du pouvoir central ; l’UMP l’est un peu moins que les deux autres, sauf que Sarkozy a fait une politique de gauche pendant cinq ans en donnant sans cesse des gages, en refusant de libéraliser la santé, l’éducation etc, il le paye d’ailleurs en étant péniblement second ; les électeurs de Bayrou de 2007 se sont soit abstenus soit se sont diffractés entre Sarko et Marine Le Pen ; reste François Hollande qui pourrait se permettre de faire une politique centriste s’il n’était pas travaillé par les courants gauchistes et relativistes qui l’empêcheront sans doute de gagner. Lucien Oulahbib

La gauche serait-elle en train de nous transformer en buveurs de Kool-Aid?

Alors que profitant comme il y a quatre ans aux Etats-Unis du rejet du président sortant comme de l’ardoise vierge d’un candidat inconnu (sans compter le providentiel auto-sabordage de DSK),  les nouveaux imposteurs du PS se préparent à nous ressortir en VF (ce sera peut-être plus difficile cette fois, pour le défenseur des pauvres aux 100 millions, aux Etats-Unis mêmes)  la même insondable vacuité du yes-we-can …

Et qu’après avoir sous-estimé la révolte de la France profonde et surestimé les élucubrations du néo-Robespierre, nos commentateurs à la légendaire objectivité se gaussent des « éléments de langage » d’une droite accusée d’être mauvaise perdante tout en nous assénant à leur tour leurs contre-vérités (non, Messieurs-Dames, aucun président gouvernant, c’est-à-dire hors cohabitation, n’a jamais été réélu en France et si, dans toute l’Europe en crise, Pologne exceptée, tous les candidats sortants depuis 2008 n’ont pas été réélus)…

Comment ne pas repenser à la si parlante expression américaine de Kool-Aid (merci Annika) dont une journaliste de CNN avait accusé le président Bush de boire ou fabriquer?

Si parlante parce qu’à l’idée française de ligne du parti, pensée unique ou “couleuvres”, elle ajoute, en référence on s’en souvient à la boisson à l’orange que le chef de secte psychopathe Jim Jones avait fait avaler à ses fidèles de la forêt guyanaise il y a une trentaine d’années pour leur administrer son cyanure, l’idée de poison conduisant de fait au suicide assisté

Et comment ne pas voir, dans la recension qu’en faisait récemment le journaliste Hervé Bentégeat mais en creux, cette pensée unique et véritable potion euphorisante et à terme mortelle que nous présente le dernier livre de l’intellectuel de gauche Emmanuel Terray?

Sorte de succédané d’une idéologie désormais interdite par les caisses vides qui, derrière la référence à l’espoir,  au rêve et au changement comme aux grandes abstractions à majuscules (le Peuple, la Justice, l’Egalité, la Liberté), refusent en fait le réel,  le bon sens, l’intuition, l’expérience, le sens du devoir et la responsabilité individuelle

Dans la tête d’un homme de droite

Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral.

Hervé Bentégeat

Slate

23.04.12

Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là.

Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes.

C’est ce qui ressort du petit essai d’Emmanuel Terray, anthropologue proche de Lévi-Strauss et de Louis Althusser. Dans Penser à droite (Editions Galilée), il décortique les croyances de cette famille d’esprit, en s’appuyant sur quelques uns de ses principaux penseurs (1). Il a sondé les idées, mais, au fond, peut-être même à son insu, tout autant les tripes… Terray est honnête: c’est un homme de gauche, qui fait le constat que beaucoup des espérances que sa génération portait dans les années 1970 ont été déçues. Il faut donc accepter, dit-il, les leçons de l’adversaire avec autant d’humilité que d’attention.

Qu’est-ce qu’il y a donc dans la tête d’un homme de droite? D’abord, nous dit Terray, c’est un réaliste, qui éprouve une méfiance profonde à l’encontre de toutes les variétés de l’idéalisme. Tout part de là: il faut s’en tenir au principe de réalité, qui s’impose à tous. Et la réalité, c’est le présent, et non pas un hypothétique avenir, dont personne ne sait de quoi il sera fait. Son culte de la modernité n’est rien d’autre qu’un hommage rendu au fait accompli.

«La crise est là, assène Sarkozy. Il est inutile de la nier, et pour en sortir, il n’y a pas trente-six solutions, ce n’est pas la peine de rêver…»

L’homme de droite estime qu’il n’y a pas d’alternative face au fait accompli. Il se méfie comme de la peste de toute imagination, surtout quand elle prétend au pouvoir: pour lui, ce n’est que spéculation, illusion, utopie. Il exalte plutôt le bon sens, l’intuition et l’expérience de chacun.

Les idées générales, comme le Peuple, la Justice, l’Egalité, la Liberté, le font fuir: à ses yeux, ce ne sont que des abstractions.

L’Egalité, c’est l’idée la plus dangereuse de toutes. L’inégalité entre les êtres humains est un fait inscrit dans la nature des choses. Aucune société n’est possible sans l’acceptation de cette inégalité. Elle est d’ailleurs intrinsèquement positive car source de progrès, en suscitant l’émulation. C’est le désir de quelques individus énergiques –les savants, les artistes, les entrepreneurs, ou les simples ambitieux…– de se distinguer de la masse qui est à l’origine des avancées, dont le bénéfice rejaillit sur tous. D’où son culte de la concurrence.

Tu n’es pas devenu riche?

Tout le monde a une chance, à condition de consentir l’effort suffisant. Admettons que sur cent pauvres, cinq deviennent riches; on serait tenté d’invoquer une panne de l’«ascenseur social». L’homme de droite voit les choses autrement: si cinq pauvres sont parvenus à devenir riches, c’est bien la preuve que l’ascension est possible. Les quatre-vingt-quinze restants ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes de leur échec. Ils n’avaient qu’à travailler plus pour gagner plus. Ce n’est pas la société la responsable, mais l’individu lui-même, dont la liberté réside précisément dans sa capacité à se prendre en charge.

Lorsqu’il naît et lorsqu’il grandit, cet individu est redevable de son identité et de sa position sociale à ses parents, à ses proches et à la société. Il a plus de devoirs envers eux que de droits supplémentaires à en attendre. La gauche est le parti des droits, la droite celui des devoirs.

D’où l’importance accordée au caractère, qu’elle met avant l’intelligence. A chacun de faire fructifier ses propres talents (c’est une définition possible du caractère), et c’est la conjonction de tous les talents individuels qui fait une société harmonieuse.

A condition de privilégier l’ordre, qui seul peut assurer l’éclosion des talents. L’ordre s’oppose au hasard, au chaos, aux fléaux provoqués par les «grandes idées», dont le XXe siècle offre de sanglants exemples. Et l’ordre implique naturellement la stabilité: c’est cela, la civilisation, conquise de haute lutte au terme d’une histoire difficile et parfois tragique. Or, toute civilisation est toujours soumise à de multiples menaces. Aujourd’hui, par exemple, l’immigration en est une. Quoi qu’étant incapable de la contrôler (tout comme la gauche), la droite y voit un grave facteur de déséquilibre: économique, social et culturel.

Si l’on peut orienter le réel, on ne peut pas fondamentalement le transformer. C’est pourquoi toute action, notamment politique, ne peut être que ponctuelle et prudente. Humble et modeste. Sachant –ce n’est qu’un exemple–, que la politique n’a guère de pouvoir sur l’évolution des mœurs, qui ne se transforment que très lentement, sous l’influence de la culture, de la religion, du progrès scientifique, du niveau de vie, de l’échange entre les peuples, de la vertu de l’exemple… Elle ne change pas le monde: croire le contraire, c’est faire preuve d’une prétention démesurée, et prêter à l’homme un pouvoir de création quasi-divin. Car la nature humaine, elle, ne change pas. L’homme du XXIe siècle est le même que celui de l’Antiquité. Au-delà du progrès scientifique ou social, l’histoire n’a pas de sens: c’est un éternel retour. Il faut accepter l’être humain tel qu’il est, sans rêver à de chimériques transmutations.

On ne peut pas changer le monde

C’est pourquoi l’Etat, lui aussi, doit être modeste, et son intervention réduite au strict minimum. Dans l’idéal, il ne devrait avoir que des fonctions régaliennes –de police, de justice, d’application des lois–, tout en luttant contre les atteintes à la liberté du travail. Il n’a pas, notamment, à se mêler de morale, qui est, d’abord et avant tout, une affaire individuelle.

Il arrive que Terray caricature. L’idée de la permanence de la nature humaine ne signifie pas automatiquement l’immobilisme: le capitalisme, par exemple, est bien né à droite, et c’est à lui que nous devons les révolutions industrielles et sociales que d’autres pays connaissent à leur tour.

Le mouvement n’est pas l’apanage de la gauche, ni le conservatisme celui de la droite. Il affirme que la droite pense que l’homme est fondamentalement «méchant» –sous-entendu, la gauche est «rousseauiste» et croit que l’homme est bon.

C’est quand même un peu plus subtil: disons qu’il y a un scepticisme à droite, et un espoir à gauche. Le goût de l’ordre, qu’il attribue à la droite, peut aussi se rencontrer à gauche: Robespierre en était un farouche partisan, tout comme les communistes. Il n’évoque pas non plus d’autres différences, notamment vis-à-vis de la culture: l’homme de droite la considère d’abord comme un divertissement, qui n’est pas là pour transformer la société, alors que l’homme de gauche y voit plutôt un instrument de libération. L’homme de droite lira volontiers des polars et des biographies historiques, l’homme de gauche plutôt des romans et, éventuellement, de petits traités philosophiques.

Mais les différences de sensibilité qu’il pointe en creux sont incontestables. Il y a bien deux mentalités distinctes, qui renvoient autant à la raison qu’au cœur. Au tempérament qu’à l’expérience.

Le mérite de ce bref essai est de faire prendre conscience qu’aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. Tout le monde est à peu près d’accord sur les grand principes: la démocratie, la République, le capitalisme, et l’Etat social.

Si la Ve république dure depuis maintenant cinquante-quatre ans, c’est qu’il y a bien un consensus majoritaire sur le régime et le fonctionnement de la société. Malgré tout ce qui ne marche pas. Ce sont les valeurs, en revanche, qui ne sont pas les mêmes. Et qui ne le seront jamais. Et l’on voit bien qu’un jour cette opposition irréductible pourrait bien à nouveau se traduire par un antagonisme politique beaucoup plus violent que celui auquel nous sommes habitués depuis des décennies…

(1) Terray fait appel à des penseurs classiques, comme Hobbes, Tocqueville, Joseph de Maistre, Auguste Comte, Taine, Barrès…, mais aussi à des plus modernes –et plus modestes–, comme Chantal Delsol.

Voir aussi:

En attendant le troisième tour

Guy Sorman

23.04.12

Le premier tour de l’élection présidentielle française aura été un referendum contre Nicolas Sarkozy. Il est tout de même rare qu’un Président sortant qui n’a pas commis pendant son mandat, d’erreur politique majeure ou impardonnable, ne parvienne pas à atteindre un tiers des voix alors même qu’il ne se présentait contre lui aucun autre candidat dissident de la droite modérée. Ses partisans ont immédiatement attribué à la crise économique la raison première de cet échec. Certes, dans toute l’Europe occidentale, en dehors de la Pologne, tous les candidats sortant, depuis 2008, ont été évincés et remplacés par le parti opposé mais aucun n’a subi pareil affront. C’est donc la personne, le style Sarkozy qui ont été désavoués par l’immense majorité des électeurs français. Sarkozy est sans conteste victime de lui-même : élu brillamment il y a 5 ans sur le programme de réformes le plus libéral qui jamais ne fut offert aux Français ,il n’ a pas appliqué ce programme ( on pense aux 35 heures toujours présentes et à l’inflexibilité du marché du travail) ce qui a mécontenté les libéraux et les anti libéraux puisque les réformes n’ont pas été accomplies , mais que la crainte des ces réformes a subsisté. Ne pas faire ce pourquoi on a été élu est une promesse de débâcle électorale.

Ce refus de Sarkozy bénéficie à ceux qui de tradition lui sont le plus radicalement hostiles, communistes, trotskistes, anti capitalistes, qui rejouent le mélodrame de la révolution de 1789 et les réactionnaires, issus de la même mémoire, le Front national épicé de la rhétorique anti immigration. Ces mouvements additionnés se partagent les électeurs dans un refus commun du régime démocratique, de l’économie libérale et de la rationalité économique : ensemble, ils y substituent des mythes et constituent un front du refus énorme, sans équivalent dans les autres démocraties occidentales, soit un tiers des Français. Certes, ces refuzniks de la démocratie libérale, porteurs de piques, bonnets phrygiens et écologistes profonds se reclasseront sagement au second tour pour l’essentiel derrière le candidat socialiste et pour partie, par réflexe anti- communiste – derrière Nicolas Sarkozy. Il n’empêche que chez tous, la rancœur du premier tour restera intacte et qu’ils sauront dans l’avenir se manifester par la grève et autres mouvements sociaux de manière à rendre difficile voire impossibles les réformes rationnelles qu’exigerait la faillite imminente des finances publiques.

Cette faillite, il reviendra à François Hollande, vainqueur par défaut au premier tour et vainqueur probable du second tour, de la gérer. Le Non à Sarkozy du premier tour deviendra, le 6 mai, un « Moui « sans ferveur mais inévitable pour Hollande . Comment Hollande, mandaté mais guère porté par une vague enthousiaste et sans programme, saura-t-il rendre l’Etat français opérationnel et moins prédateur tout en restaurant l’esprit de compétition des entrepreneurs ? L’avantage pour Hollande sera de n’avoir rien promis en dehors de ne pas être Sarkozy. Mais a –t-il pensé la forme de l’Etat futur ? Ce n’est pas certain : ce qui laisse présager un troisième tour douloureux, dans la rue ou sur les marchés financiers, ces grands électeurs ultimes.

Voir également:

Vers la cohabitation en France

Lucien SA Oulahbib

Resiliencetv

22/4/2012

Le chouchou des sondages, Mélenchon, s’est effondré, et le candidat de la vérité des comptes, Bayrou, aussi ; par contre Marine le Pen a récupéré le butin de 2002 (en additionnant les scores de son père et de Mégret) alors qu’elle aurait pu faire plus si elle n’avait pas fait une campagne d’extrême droite classique contre le « libéralisme » etc . Il n’empêche que le débat se déplace vers les questions de choix de société comme toujours en France puisque la politique avec un grand P est devenu la religion pour tous ; ainsi le dieu Etat (qui peut tout) reste au centre ; les trois candidats en tête sont en effet étatistes et centralisateurs puisque la politique fiscale, de protection sociale, de formation, restent dans les mains du pouvoir central ; l’UMP l’est un peu moins que les deux autres, sauf que Sarkozy a fait une politique de gauche pendant cinq ans en donnant sans cesse des gages, en refusant de libéraliser la santé, l’éducation etc, il le paye d’ailleurs en étant péniblement second ; les électeurs de Bayrou de 2007 se sont soit abstenus soit se sont diffractés entre Sarko et Marine Le Pen ; reste François Hollande qui pourrait se permettre de faire une politique centriste s’il n’était pas travaillé par les courants gauchistes et relativistes qui l’empêcheront sans doute de gagner. Mais peut-être vais-je trop vite en besogne. En tout cas le recul de l’abstention, le fait que Hollande ne dépasse pas les 30% qui lui aurait permis de faire levier, et que Mélenchon n’atteigne pas le score du PC au commencement de son déclin en 1981 permet de penser que nous allons vers une cohabitation puisque si Sarkozy gagne, il perdra aux Législatives vu le haut score du FN qui promet des triangulaires féroces. A moins que la droite populaire force le trait en exigeant une alliance sauf que vu les positions extrêmes du FN elle ne se fera pas. Il se trouve que la cohabitation semble plaire à Sarkozy puisqu’il avait déjà commencé en 2007 en refusant d’ouvrir le gouvernement « jusqu’aux sarkozistes »… Tout va donc se jouer en 2017 en réalité : entre une voie étatiste et ses oscillations national/communistes, et une voie réellement libérale au sens non pas affairiste du terme mais utile pour l’intérêt du plus grand nombre. Voilà l’enjeu : ou l’étatisme ou la république réellement citoyenne qui tire vers le haut au lieu de pousser vers le bas.

Voir enfin:

Abstention, porte-à-porte: s’il gagne, Hollande devra-t-il sa victoire à Obama?

François Hollande a adopté les tactiques de la campagne de 2008 d’Obama –et cela pourrait lui valoir le même succès.

Sasha Issenberg

Traduit par Bérengère Viennot

Slate

23.04.12

Lille, le 17 avril. Les trois jeunes hommes qui surveillaient la table des inscriptions à la campagne de François Hollande devant les arènes de Lille viennent tous de Strasbourg mais datent leur éveil politique de leur passage à Cambridge, dans le Massachussetts.

Début 2008, alors étudiant à la Kennedy’s Harvard School, Guillaume Liegey apprit les rudiments de la prise de contact avec les électeurs dans un cours dispensé par le membre de l’état-major démocrate Steve Jarding et lors de rencontres avec Marshall Ganz, le légendaire organisateur syndical dont certains protégés étaient les plus hauts responsables de la campagne de Barack Obama.

Un autre étudiant de Harvard, Arthur Muller, vit leurs tactiques à l’œuvre lors de régulières incursions dans le New Hampshire pendant les dernières semaines de l’élection présidentielle de 2008, où il faisait du porte-à-porte pour la campagne d’Obama en déguisant son accent (pour ne pas heurter les sensibilités de l’ère Bush) et en se faisant passer pour un Néerlandais.

Muller était un ami d’enfance de Vincent Pons, étudiant de troisième cycle au MIT sous la tutelle d’Esther Duflo, économiste du développement de renommée internationale et spécialiste de l’expérimentation randomisée sur le terrain qui, appliquée à la propagande électorale, avait quantifié la capacité d’une seule démarche chez quelqu’un à obtenir une voix. Après les élections, les trois Français se rendirent compte de la direction prise par leur nouvel objet de curiosité. «Nous sommes devenus intéressés par tout ce qui tourne autour de la mobilisation des électeurs», explique Liegey.

Fascination pour les coulisses de la campagne Obama

Curieux objet de fascination pour trois étrangers vivant leur première rencontre avec la politique américaine. La plupart de ceux venus faire un pèlerinage transatlantique pour examiner de près la campagne d’Obama ont plutôt fait une fixette sur le côté cosmopolite du candidat ou sur les fioritures avant-gardistes de sa stratégie de communication, qu’ils ont réduits à une série de gestes facilement imitables, à l’image du site israélien dont le design avait presque entièrement été pompé sur celui d’Obama alors même que le candidat présentait l’Américain pour se mettre en valeur.

Les imitations manquant à ce point d’originalité ont fini par s’épuiser d’elles-mêmes et le slogan marketing «campagne à la Obama» par perdre de son attrait, en grande partie parce que peu de copieurs comprenaient vraiment la complexe infrastructure qui rendait les innovations d’Obama possibles.

«Beaucoup de gens, en regardant les États-Unis, voient la façade mais ne se penchent jamais sur tout ce qu’il y a derrière», déplore Julius van de Laar, un Allemand qui a dirigé la campagne des jeunes pour Obama dans le Missouri en 2008 et a depuis ouvert un cabinet de consultants spécialisé dans les nouveaux médias à Berlin.

Les différences d’une campagne à l’européenne

Van de Laar fait partie d’un ensemble disparate d’étrangers qui se sont rendus aux Etats-Unis pour voir de leurs propres yeux comment fonctionnait Obama et ont développé un jugement plus nuancé des projets réalisés.

En 2008, ce genre de pèlerins était légion; que ce soit le conseiller en politique étrangère tory quittant Londres pour mobiliser les électeurs à Philadelphie, le jeune Canadien lié au New Democratic Party travaillant en Caroline du Sud ou le stratège des médias basé à Andorre annonçant par communiqué de presse qu’il rejoignait l’équipe d’Obama.

Mais en rentrant chez eux, ils se sont souvent heurtés aux cultures politiques bien ancrées de leur pays natal. «Les campagnes ont une forme différente en Europe», explique Marietje Schaake, qui a observé la campagne d’Obama en tant que consultante aux États-Unis et s’est inspirée de sa victoire pour se présenter au Parlement européen, où elle siège depuis 2009. «L’argent n’y est pas en Europe —à l’échelle où les gens le font aux États-Unis, ce serait considéré comme de la corruption en UE.»

Un contact individuel et ciblé

Aucun membre de la diaspora d’Obama, cependant, n’a été jusqu’à réinventer la politique de son pays avec autant d’audace que les trois Français qui se sont rencontrés à Cambridge. En s’appropriant «tout ce qui tourne autour de la mobilisation des électeurs», ils sont tombés sur le changement récent le plus durable de la propagande électorale américaine, qui n’est pas propre à Obama mais que sa campagne a très bien illustré: un renouveau du contact individuel avec les électeurs, dynamisé par de nouveaux outils qui lui permettent d’être précisément ciblé et de mesurer très clairement ses effets.

Après l’investiture d’Obama, Liegey, Muller et Pons sont revenus en France, où les élections ressemblent plutôt à de fastueuses exhibitions quasiment dépourvues de touche personnelle.

Ils ont supervisé une expérimentation randomisée pendant les élections régionales de 2010 dans la région parisienne, démontrant que grâce à du porte-à-porte ciblé ils pouvaient augmenter de 4 points le taux de participation de ceux que les Français appellent les abstentionnistes.

Un conseiller de Hollande, candidat du Parti socialiste et favori dans la course pour détrôner Nicolas Sarkozy le 6 mai, s’est intéressé à leur travail et les a engagés pour organiser une campagne de mobilisation en face à face.

Ils se sont fixés comme but de démarcher 5 millions de portes d’ici la fin du second tour. Dans la salle de Lille, l’actrice qui animait le meeting de Hollande rapporte qu’au vendredi 20 avril, les militants socialistes en étaient à plus de 3 millions. Avant que les trois Alsaciens ne se rencontrent dans le Massachusetts, personne n’avait jamais mis au point un projet centralisé pour frapper à la moindre porte.

Une campagne pour les abstentionnistes

La troïka de Strasbourg, dont les membres ont tous entre 28 ans et 31 ans, est désormais surnommée les Bostoniens par la plupart des journaux émerveillés par l’exotisme de son originale initiative. «Les médias nous ont aimés», rapporte Muller dans un café près du quartier général de Hollande sur la Rive gauche. «Nous étions jeunes, parlions de méthodes modernes et mentionnions Obama à chaque phrase.» Beaucoup de ces articles, cependant, se concentrent tellement sur l’aspect porte-à-porte —ce geste provocateur qui consiste à arriver sans prévenir chez les gens, surtout dans les quartiers marginalisés, pour parler politique— qu’ils passent à côté de l’aspect le plus radical du projet de mobilisation: Liegey, Muller et Pons gèrent une opération de campagne qui cible les abstentionnistes.

En France, les élections présidentielles sont considérées presque exclusivement comme un exercice délibératif. Des taux de participation élevés —planant régulièrement autour de 80% des inscrits— signifient qu’il y a moins d’élasticité que lors des élections américaines.

Mais le paradigme délibératif est également un témoin de l’orgueil national: les débats de campagne sont organisés tous les soirs dans des émissions intellos, et le dernier numéro de Philosophie Magazine affiche en couverture un montage des deux principaux candidats en titrant «Rousseau contre Hobbes: le vrai duel de la présidentielle.»

Même le recours au verbe s’abstenir pour décrire les 20% qui restent chez eux le jour du scrutin suggère que la non-participation est une action qui découle d’une prise de position bien informée.

Un non vote par manque d’informations

Liegey, Muller et Pons sont revenus des États-Unis avec une opinion bien différente. Si les gens n’allaient pas voter, il devait forcément y avoir une autre raison qu’une désillusion bourrée de principes inspirée par le système politique. Certaines personnes ne savaient tout simplement pas comment ni dans quelle urne déposer leur bulletin. D’autres manquaient d’informations sur les candidats ou les partis.

En réalisant une analyse démographique des quartiers plutôt à gauche aux taux de participation les plus bas, les trois chercheurs ont découvert que l’âge et le niveau d’éducation contribuaient à expliquer la plus grande partie du phénomène.

Les analystes, soupçonnèrent-ils, avaient confondu désillusion et désengagement; la première peut nécessiter un candidat transcendant, le second seulement un petit peu d’attention personnelle. «Il y a des endroits où les militants ne vont jamais», explique Liegey.

Aller là où on ne va jamais

Les trois décidèrent qu’ils voulaient envoyer des militants dans ces endroits-là. Ils connaissaient bien les résultats d’une décennie d’expérimentations de terrain, mises au point pour la première fois dans le labo de Yale des spécialistes des sciences politiques Alan Gerber et Don Green, et qui avaient mesuré l’efficacité relative des tactiques d’incitation au vote spécifiques en mesurant leur impact sur la participation aux élections (Green est aujourd’hui à Columbia).

À l’automne 2009, Liegey, Muller et Pons approchèrent Maxime des Gayets, cadre socialiste de la région parisienne, pour lui demander d’utiliser les élections régionales du printemps suivant pour un essai. Au départ, des Gayets se montra plutôt sceptique, se disant dans Mediapart «assez méfiant devant l’Obamamania ambiante», mais il finit par leur attribuer 80 militants pour faire du porte-à-porte.

Ils identifièrent huit zones: sept villes de banlieue et un arrondissement de Paris [le XIe], marqués par de forts taux d’abstention mais qui laissaient de grandes marges aux candidats de gauche lors des dernières élections.

Comme les listes électorales permettent difficilement de segmenter les ménages de façon individuelle —les occupants d’appartements, y compris dans les grands complexes de logements sociaux qui jalonnent les banlieues de Paris, sont généralement tous listés à la même adresse— les trois savaient qu’ils devraient attribuer les tâches non pas au niveau individuel mais par immeuble.

Ils choisirent au hasard 675 bâtiments qui recevraient la visite d’équipes de militants au cours des semaines précédant l’élection, et 675 autres qui ne seraient pas démarchés et serviraient de groupe-témoin (les groupes représentant à eux deux environ 24.000 électeurs).

Mobilisation efficace pour les régionales

Après le scrutin, les autorités françaises ouvrent les listes électorales à la consultation pendant dix jours, et Liegey, Muller et Pons découvrirent que leurs efforts de mobilisation avaient eu l’effet escompté.

31,8% des électeurs du groupe-témoin se présentèrent aux urnes, tandis que ceux qui avaient été démarchés à domicile participèrent à hauteur de 35,9%.

Mais les effets étaient répartis de façon inégale. En utilisant les rares renseignements sur les électeurs fournis par les listes, ils découvrirent que le lieu de naissance était la clé principale pour comprendre pourquoi certains électeurs avaient réagi de façon plus positive aux incitations à aller voter que d’autres.

Parmi ceux nés en France métropolitaine, on remarquait peu de changements, mais au sein de la population des Français nés à l’étranger ou dans les territoires d’outre-mer, l’effet était significatif. Discuter de la manière dont les communautés immigrantes, notamment celles d’Afrique du Nord, sont marginalisées politiquement est un incontournable dans les conversations pré-électorales françaises, mais il s’avéra dans certains cas qu’il suffisait de frapper à la porte pour transformer des abstentionnistes en électeurs. «Personne ne leur avait jamais dit qu’il était important de voter, que leur voix comptait», explique Liegey.

Le porte-à-porte au centre de la campagne

Liegey et ses collègues poussèrent les hauts responsables du parti à faire du porte-à-porte un point central de leurs plans de campagne pour 2012.

«Pour remporter une élection, il est souvent plus efficace de mobiliser les électeurs de son propre camp risquant de s’abstenir que de d’essayer de convaincre les indécis ou les électeurs du camp adverse de voter pour vous», écrivirent-ils dans un rapport destiné au think tank interne du Parti socialiste.

Les résultats trouvèrent un partisan enthousiaste en la personne de Vincent Feltesse, coordinateur de campagne sur le Net, qui avait fait du porte-à-porte en tant que candidat lui-même et trouvait prometteur d’étendre cette pratique aux militants du parti qui passaient leur temps à bourrer au hasard les boîtes aux lettres de programmes du PS ou à distribuer des prospectus aux grands points de passage.

La Obama connection attirait tout particulièrement Feltesse: il allait engager Blue State Digital, entreprise responsable des opérations Internet d’Obama, pour organiser la présence en ligne de Hollande.

La manne de la primaire

Les leçons tirées de l’expérience d’Obama avaient déjà donné aux socialistes un avantage structurel alors qu’ils se préparaient à affronter Sarkozy en 2012.

Inspiré par la vitalité de la saison des primaires démocrates de 2008, le Parti socialiste devint le premier en France à choisir son candidat non par le biais d’une élection ouverte uniquement aux encartés mais en faisant voter tous ceux qui le souhaitaient.

Ce scrutin d’octobre se révéla une manne organisationnelle pour le parti: des 3 millions d’électeurs qui se présentèrent, environ 700.000 acceptèrent de laisser leurs coordonnées —plus de cinq fois le nombre de militants encartés à l’époque. A partir du 1er janvier, la campagne de Hollande utilisa des appels automatisés pour inviter ces participants aux primaires à s’engager dans la campagne.

5 millions de ménages à atteindre

Juste après ce succès, la troïka se vit donner une place au siège de campagne de Hollande comme équipe responsable du démarchage, et fixa de façon assez arbitraire l’ambitieux objectif de visiter 5 millions de ménages.

Ils s’attachèrent à diviser le paysage français pour obtenir un maximum d’impact, calculant un indice de potentiel de mobilisation pour Hollande qui multipliait le taux d’abstention d’un quartier par les voix obtenues par les candidats de gauche aux élections depuis 1998. Ils classèrent ensuite les plus de 60.000 bureaux de vote du pays en fonction de cet indice.

Chaque bureau de vote recouvrait environ 1.000 électeurs, ils sélectionnèrent donc les 5.000 zones principales et en firent des circonscriptions cibles pour la mobilisation (il s’agissait principalement de zones de banlieues habitées par des minorités mais aussi de certaines poches de quartiers parisiens plutôt à gauche où l’indice indiquait un potentiel de vote à recueillir).

La moitié de portes ouvertes

La troïka assigna 70.000 volontaires à ces zones prometteuses, et établit une hiérarchie de compte-rendus pour inspecter leurs progrès. Le vendredi, 3,4 millions de portes avaient été démarchées, et environ la moitié s’étaient ouvertes, ce qui, dans les comptes-rendus, qualifie l’interaction avec les électeurs.

Quand une porte s’ouvre, les volontaires font très attention à ce qu’ils disent. Interroger un inconnu sur ses intentions de vote, comme Muller faisant campagne pour Obama dans les foyers du New Hampshire, serait rédhibitoire en France, estime-t-il. Les militants pour François Hollande ont pour instruction de demander évasivement ce que leurs cibles pensent des candidats pour entamer la conversation.

Le «get out the vote» ne sera jamais français

Il y a des limites à l’espace disponible pour l’Obamamania ambiante dans la politique française. Les lois rigoureuses sur le respect de la vie privée prévalant dans le pays restreignent la possibilité de collecter le genre d’informations personnelles nécessaires pour trier les électeurs et pister leur participation individuelle, et le système politique n’a pas assez d’argent ni l’expertise statistique suffisante pour être à la hauteur de ce dont disposent les cibleurs américains (un ancien enquêteur partisan de Sarkozy, inspiré par un voyage aux États-Unis lors duquel il rencontra Karl Rove, passa une année à tenter de rassembler des ressources pour constituer un fichier électoral national rudimentaire, projet qu’il finit par abandonner après avoir échoué à trouver des soutiens financiers. Il espère que le parti pourra le reprendre à temps pour les prochaines élections présidentielles, en 2017).

Aussi fort que soit l’engagement envers les principes de mobilisation, rien ne pourra jamais traduire le concept américain «get out the vote [allez chercher les voix]» en français.

Les lois électorales exigent que cesse toute activité politique à minuit le vendredi précédant l’élection, ce qui signifie que pendant les deux derniers jours, on n’y assiste pas à la frénésie américaine de rappels pré-élections ni à la mise à disposition de camionnettes et de bus pour emmener les électeurs aux bureaux de vote.

«Il est assez parlant que la perception française du vote soit que vous obtenez toutes les informations et qu’ensuite vous disposez de 48 heures pour y réfléchir et prendre votre décision», estime Pons. La troïka avait prévu de passer le week-end à faire du sport et à se reposer, avant de repartir dès lundi pour deux semaines de sprint jusqu’au second tour et au graal des 5 millions de portes.


Brésil/512e: Enfer des Noirs, purgatoire des Blancs et paradis des mulâtres? (Trouble in Brazil’s racial paradise?)

21 avril, 2012
Le Brésil est l’enfer des Noirs, le purgatoire des Blancs et le paradis des mulâtres et des mulâtresses.  Dicton (rapporté par le jésuite Antonil , 1171)
Les Portugais étaient plus humains que les Hollandais, que les Espagnols et que les Anglais : en conséquence, sur la côte brésilienne il était plus facile de se rendre libre et il eut, dans cette région, un plus grand nombre de Noirs libres. Hegel (La Raison dans L’Histoire, 1820)
I am proud of being white. I am in favor of the preservation of the white race. This is not racism. Racism for me is when the blacks create a magazine that only blacks can read (Raça Brasil), a noble award only for blacks (Trófeu Raça Negra) and segregationist racial quotas (the same technique used by Apartheid). Imagine if we whites created a magazine only for whites, a trophy/award only for whites and quotas only for whites…It would be a national scandal. Meilleure réponse (à la question: “Which is more racist?, Yahoo Brazil, traduite en anglais)
Why don’t we have images of black children in one year of Pais & Filhos magazine issues? Because black parents, mothers and children don’t interest the magazine. it simply assumes the racist standard of the desirable white categorically denying Brazilian blackness. The biggest problem of this racist posture is that it perpetuates the denial of the black family that excludes black parents and children; it therefore denies to black mothers (because the magazine is aimed at mothers in spite of the title) feeling themselves part of a maternal dimension – the care of infants. Consequently it denies to black babies the right of belonging to this universe of little angels, of little beings that should receive care and special affection. Encrespo e não aliso!” (blog brésilien, “kinked/napped up and not straight”, in reference to hair texture)
En Argentine, on préfère les gros implants. Au Brésil, les femmes des classes supérieures favorise la réduction des seins – allant jusqu’à offrir cette opération à leurs filles pour leur quinzième anniversaire! Tandis que la Brésilienne qui s’élève dans l’échelle sociale souhaite prendre ses distances avec les gros seins associés à la population noire des classes inférieures, les Argentines – souvent d’origine espagnole, avec des hommes très machos – veulent accentuer à tout prix leur différence sexuelle. Marylin Yalom
La vision d’un Brésil exceptionnellement mélangé et généreux pour les métis repose donc sur une réalité. Encore faut-il bien voir que cette mansuétude n’a touché que certains d’entre eux, les mulâtres. Une situation causée, paradoxalement, par l’importance de la traite et de l’esclavage – contrairement à l’image idéale de Portugais exempts de préjugés raciaux. Luiz Felipe de Alencastro

Attention: un mythe peut en cacher un autre!

2e population d’origine africaine du monde après le Nigéria (90 millions sur 190), revenus des blancs plus de deux fois plus élevé que celui des métis ou noirs,  plus de la moitié des résidents des bidonvilles noirs, seulement 7% dans les quartiers plus riches, un seul ministre noir et un seul membre de la Cour suprême noir pour une population pour plus de la moitié métisse ou noire …

En ce 62e anniversaire de la fondation de Brasilia (mais aussi jour anniversaire de la fondation de Rome et de l’exécution du premier héros de l’indépendance brésilienne, Tiradentes, en 1792) …

Et 512e anniversaire de la découverte (accidentelle) du Brésil par Cabral

Et au lendemain de la Journée nationale de l’Indien (moins de 1% de la population) …

Retour, avec un récent article de the Economist et après l’omerta sur les traites arabe et africaine

Sur l’envers de l’image de paradis du métissage de la première puissance émergente d’Amérique latine…

A savoir un système à plusieurs vitesses dans ce qui fut en réalité le premier pays esclavagiste du Nouveau Monde à la fois par le nombre (5 millions issus principalement des implantations portugaises d’Angola et des comptoirs du golfe de Guinée échangés contre tabac et eau de vie, 40% de la traite atlantique contre seulement 5,5% pour les Etats-Unis, plus grosse concentration urbaine d’esclaves depuis la fin de l’Empire romain au milieu du XIXe siècle dans l’agglomération de Rio avec 41 %) et la durée (300 ans,  abolition, sous la pression de l’Angleterre, la plus tardive du monde occidental en 1888).

Et aujourd’hui la  plus importante population « afro-descendante » en dehors de l’Afrique (plus de la moitié de la population se déclarant, pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle, noire ou métisse).

Avec effectivement un plus grand métissage mais dû, comme l’expliquait  le sociologue Luiz Felipe de Alencastro dans un récent numéro spécial de l’Histoire, non pas tant à une soit-disant plus grande mansuétude des Portugais (le mythe encore répandu d’un esclavage plus plus « doux » qu’aux États-Unis ou dans l’Empire espagnol) qu’à justement cette présence massive et véritable omniprésence des esclaves dans toutes les couches de la société et tous les différents secteurs d’activité.

D’où aussi, nouvelle conséquence du caractère massif de la traite, les affranchissements plus nombreux (un affranchi pouvant à l’occasion  hériter de sa mère esclave ou certains affranchis repartis ou déportés en Afrique devenant… négriers!) mais surtout comme soupape, outre  la possibilité de se débarrasser des charges d’entretien d’esclaves vieux ou invalides, aux fréquentes fuites d’esclaves (marronnage) et parfois sanglantes révoltes (Salvador de Bahia, 1835, esclaves islamisés principalement yoroubas, Nigeria actuel), pouvant aboutir à  de véritables communautés durables et structurées (eg. quilombos de Palmares, Pernambouc, nord-est).

Mais aussi, hier comme aujourd’hui et comme en témoigne l’actuelle fortune des produits d’éclaircissement de la peau ou de la chirurgie plastique et l’opposition aux timides contremesures du gouvernement telles que les quotas, toute une hiérarchie sociale fondée sur la couleur de la peau, la forme du visage, la texture des cheveux avec les plus noirs tout en bas de l’échelle en une sorte d’ « épidermisation de l’infériorité »…

Race in Brazil

Affirming a divide

Black Brazilians are much worse off than they should be. But what is the best way to remedy that?

The Economist

Jan 28th 2012

Rio Janeiro

The shadow of the past

IN APRIL 2010, as part of a scheme to beautify the rundown port near the centre of Rio de Janeiro for the 2016 Olympic games, workers were replacing the drainage system in a shabby square when they found some old cans. The city called in archaeologists, whose excavations unearthed the ruins of Valongo, once Brazil’s main landing stage for African slaves.

From 1811 to 1843 around 500,000 slaves arrived there, according to Tânia Andrade Lima, the head archaeologist. Valongo was a complex, including warehouses where slaves were sold and a cemetery. Hundreds of plastic bags, stored in shipping containers parked on a corner of the site, hold personal objects lost or hidden by the slaves, or taken from them. They include delicate bracelets and rings woven from vegetable fibre; lumps of amethyst and stones used in African worship; and cowrie shells, a common currency in Africa.

It is a poignant reminder of the scale and duration of the slave trade to Brazil. Of the 10.7m African slaves shipped across the Atlantic between the 16th and 19th centuries, 4.9m landed there. Fewer than 400,000 went to the United States. Brazil was the last country in the Americas to abolish slavery, in 1888.

Brazil has long seemed to want to forget this history. In 1843 Valongo was paved over by a grander dock to welcome a Bourbon princess who came to marry Pedro II, the country’s 19th-century emperor. The stone column rising from the square commemorates the empress, not the slaves. Now the city plans to make Valongo an open-air museum of slavery and the African diaspora. “Our work is to give greater visibility to the black community and its ancestors,” says Ms Andrade Lima.

This project is a small example of a much broader re-evaluation of race in Brazil. The pervasiveness of slavery, the lateness of its abolition, and the fact that nothing was done to turn former slaves into citizens all combined to have a profound impact on Brazilian society. They are reasons for the extreme socioeconomic inequality that still scars the country today.

Neither separate nor equal

In the 2010 census some 51% of Brazilians defined themselves as black or brown. On average, the income of whites is slightly more than double that of black or brown Brazilians, according to IPEA, a government-linked think-tank. It finds that blacks are relatively disadvantaged in their level of education and in their access to health and other services. For example, more than half the people in Rio de Janeiro’s favelas (slums) are black. The comparable figure in the city’s richer districts is just 7%.

Brazilians have long argued that blacks are poor only because they are at the bottom of the social pyramid—in other words, that society is stratified by class, not race. But a growing number disagree. These “clamorous” differences can only be explained by racism, according to Mário Theodoro of the federal government’s secretariat for racial equality. In a passionate and sometimes angry debate, black Brazilian activists insist that slavery’s legacy of injustice and inequality can only be reversed by affirmative-action policies, of the kind found in the United States.

Their opponents argue that the history of race relations in Brazil is very different, and that such policies risk creating new racial problems. Unlike in the United States, slavery in Brazil never meant segregation. Mixing was the norm, and Brazil had many more free blacks. The result is a spectrum of skin colour rather than a dichotomy.

Few these days still call Brazil a “racial democracy”. As Antonio Riserio, a sociologist from Bahia, put it in a recent book: “It’s clear that racism exists in the US. It’s clear that racism exists in Brazil. But they are different kinds of racism.” In Brazil, he argues, racism is veiled and shamefaced, not open or institutional. Brazil has never had anything like the Ku Klux Klan, or the ban on interracial marriage imposed in 17 American states until 1967.

Importing American-style affirmative action risks forcing Brazilians to place themselves in strict racial categories rather than somewhere along a spectrum, says Peter Fry, a British-born, naturalised-Brazilian anthropologist. Having worked in southern Africa, he says that Brazil’s avoidance of “the crystallising of race as a marker of identity” is a big advantage in creating a democratic society.

But for the proponents of affirmative action, the veiled quality of Brazilian racism explains why racial stratification has been ignored for so long. “In Brazil you have an invisible enemy. Nobody’s racist. But when your daughter goes out with a black, things change,” says Ivanir dos Santos, a black activist in Rio de Janeiro. If black and white youths with equal qualifications apply to be a shop assistant in a Rio mall, the white will get the job, he adds.

The debate over affirmative action splits both left and right. The governments of Dilma Rousseff, the president, and of her two predecessors, Luiz Inácio Lula da Silva and Fernando Henrique Cardoso, have all supported such policies. But they have moved cautiously. So far the main battleground has been in universities. Since 2001 more than 70 public universities have introduced racial admissions quotas. In Rio de Janeiro’s state universities, 20% of places are set aside for black students who pass the entrance exam. Another 25% are reserved for a “social quota” of pupils from state schools whose parents’ income is less than twice the minimum wage—who are often black. A big federal programme awards grants to black and brown students at private universities.

These measures are starting to make a difference. Although only 6.3% of black 18- to 24-year-olds were in higher education in 2006, that was double the proportion in 2001, according to IPEA. (The figures for whites were 19.2% in 2006, compared with 14.1% in 2001). “We’re very happy, because in the past five years we’ve placed more blacks in universities than in the previous 500 years,” says Frei David Raimundo dos Santos, a Franciscan friar who runs Educafro, a charity that holds university-entrance classes in poor areas. “Today there’s a revolution in Brazil.”

One of its beneficiaries is Carolina Bras da Silva, a young black woman whose mother was a cleaner. As a teenager she lived for a while on the streets of São Paulo. But she is now in her first year of social sciences at Rio’s Catholic University, on a full grant. “Some of the other students said ‘What are you doing here?’ But it’s getting better,” she says. She wants to study law and become a public prosecutor.

Academics from some of Brazil’s best universities have led a campaign against quotas. They argue firstly that affirmative action starts with an act of racism: the division of a rainbow nation into arbitrary colour categories. Assigning races in Brazil is not always as easy as the activists claim. In 2007 one of two identical twins who both applied to enter the University of Brasília was classified as black, the other as white. All this risks creating racial resentment. Secondly, opponents say affirmative action undermines equality of opportunity and meritocracy—fragile concepts in Brazil, where privilege, nepotism and contacts have long been routes to advancement.

Proponents of affirmative action say these arguments sanctify an unjust status quo. And formally meritocratic university entrance exams have not guaranteed equality of opportunity. A study by Carlos Antonio Costa Ribeiro, a sociologist at the State University of Rio de Janeiro, found that the factors most closely correlated to attending university are having rich parents and studying in private school.

In practice, many of the fears surrounding university quotas have not been borne out. Though still preliminary, studies tend to show that cotistas, as they are known, have performed academically as well as or better than their peers. That may be because they have replaced weaker “white” students who got in merely because they had the money to prepare for the exam.

Nelson do Valle Silva, a sociologist at the Federal University of Rio de Janeiro, says that the backlash against quotas would have been even stronger if access to universities were not growing so fast. For now, almost everyone who passes the exam gets in somewhere. It also helps, he says, that many universities have adopted less controversial “social quotas”. Mr Fry agrees that affirmative action has “become a fait accompli”. He attributes the declining resistance to guilt, indifference and the fear of being accused of racism.

The battle for jobs

For black activists, the next target is the labour market. “As a black man, when I go for a job I start from a disadvantage,” says Mr Theodoro. He notes that the United States, which is only 12% black, has a black president and numerous black politicians and millionaires. In Brazil, in contrast, “we have nobody”. That is not quite true: apart from footballers and singers, Brazil has a black supreme-court justice (appointed by Lula) and senior military and police officers. But they are exceptional. Only one of the 38 members of Ms Rousseff’s cabinet is black (though ten are women). Stand outside the adjacent headquarters of Petrobras, the state oil company, and the National Development Bank in Rio at lunchtime, and “all the managers are white and the cleaners are black,” says Frei David.

The shadow of the past

Some private-sector bodies are starting to espouse racial diversity in recruitment. The state and city of Rio de Janeiro have both passed laws reserving 20% of posts in civil-service exams for blacks, though they are yet to be implemented. If unemployment rises from today’s record low, job quotas are likely to create even more controversy than university entrance has.

What stands out from a decade of debate about affirmative action is that it is being implemented in a very Brazilian way. Each university has taken its own decisions. The federal government has tried to promote the policy, but not impose it. The supreme court is sitting on three cases addressing racial quotas. Some lawyers suspect it is deliberately dragging its heels in the hope that society can sort the issue out.

Society itself is indeed changing fast. Many of the 30m Brazilians who have left poverty over the past decade are black. Businesses are taking note: many more cosmetics are aimed at blacks, for example. The mix of passengers on internal flights now bears some resemblance to Brazil, rather than Scandinavia. Until recently, the only black actors in television soap operas played maids; now one Globo soap has a black male lead. Much of this might have happened without affirmative action.

The question facing Brazil is whether the best way to repair the legacy of slavery is to give extra rights to darker-skinned Brazilians. Yes, say the government and the black movement. Given the persistence of racial disadvantage that is understandable.

But the approach carries clear risks. Until the invasion of American academic ideas, most Brazilians thought that their country’s racial rainbow was among its main assets. They were not wholly wrong. Mr do Valle Silva, a specialist in social mobility, finds that race affects life chances in Brazil but does not determine them. And if positive discrimination becomes permanent, a publicly funded industry of entitlement may grow up to entrench it and to promote divisive racial politics.

There may be better ways to establish genuine equality of opportunity and rights. Brazil has had anti-discrimination legislation since the 1950s. The 1988 constitution made both racial abuse and racism crimes. But there have been relatively few prosecutions. That is partly because of racism in the judiciary. But it is also because judges and prosecutors think the penalties are too harsh: anyone accused of racism must be held in jail both before and after conviction. And in Rio de Janeiro the black movement’s preference for affirmative action led the state government to lose interest in measures aimed at attacking racial prejudice, according to a study by Fabiano Dias Monteiro, who ran the state’s anti-racist helpline before it was scrapped in 2007.

The hardest task is to change attitudes. Many Brazilians simply assume blacks belong at the bottom of the pile. Supporters of affirmative action are right to say that the country turned its back on the problem. But American-style policies might not be the way to combat Brazil’s specific forms of racism. A combination of stronger legal action against discrimination and quotas for social class in higher education to compensate for weak public schools may work better.

Voir aussi:

Brazil

A great divide

Jack Chang

The Miami Herald

June 17, 2007

Brazil’s public self-image of a ‘racial democracy’ is being challenged as black Brazilians struggle to overturn centuries of racism

RIO DE JANEIRO — Aleixo Joaquim da Silva was working in this city’s famed seaside Copacabana neighborhood, far from the slum where he lives, when he was reminded that racism is alive and well.

While refurbishing the service elevator of a high-rise apartment building, da Silva had to ride the elevator reserved for residents to fetch supplies. A white woman entered and, taken aback, ordered him out.

 » ‘I’m not riding with a black!’ she told me. ‘The place of blacks is in the service elevator!' » da Silva recalled.

Although black Brazilians have long endured such insults, many are deciding that they have had enough. The 50-year-old reported the woman to state authorities and had her convicted for breaking laws prohibiting discrimination.

It was a small victory for da Silva, but he’s part of a growing movement in this country of 190 million people — it has the world’s second-largest black population, behind Nigeria’s — to turn back centuries of pervasive and largely unchallenged racism.

From university classrooms to television airwaves, black Brazilians are fighting for what they say is long-denied space in a society that has kept them on the margins.

They are pushing for two affirmative-action bills in Brazil’s Congress that would open up college enrollment and government payrolls to more Brazilians of African descent. Already, many state universities have implemented their own affirmative-action programs.

In 2005, black entertainer José de Paula Neto launched the country’s first television station aimed at black audiences, TV da Gente. Meanwhile, hundreds of communities founded more than a century ago by escaped slaves and known as quilombos are winning recognition and federal protections.

And Brazilians are finally discussing race after decades of telling themselves and the rest of the world that the country was free from racism, said Sen. Paulo Paim, author of one of the pending affirmative-action bills.

« The Brazilian elite says this is not a racist country, but if you look at whatever social indicator, you’ll see exclusion is endemic, » he said. « We want to open up to more Brazilians the legitimate spaces they deserve. »

Da Silva said outrage over his treatment in the elevator pushed him to fight back.

« I couldn’t let it go, especially since it was done in such a flagrant manner, » he said. « It just hurt too much. It hurt my soul. We can’t go backward. We can’t stay quiet anymore. »

TURNING POINT

The changes mark a dramatic shift in a country that claims more than 90 million people of African descent but looks almost completely white on its TV screens and in its halls of power.

Starting in the 16th century, Portuguese slave traders sent about 5.5 million Africans to Brazil, with more than 3.3 million surviving the journey, according to historians. Brazil abolished slavery in 1888, the last country in the Americas to do so.

That African legacy is clear in census numbers. About half of Brazilians identified themselves in a 2005 survey as black or pardo, meaning a mix of races but predominantly white and black. Another half identified themselves as white, and less than 1 percent were Asian or indigenous.

DISPARITY ENTRENCHED

Despite their numbers, black Brazilians have long been poorer, less educated, less healthy and less powerful than white Brazilians.

And although Brazilians regularly eat foods and use words that originated in Africa, their history books talk almost exclusively about the deeds of white heroes, said Emanoel Araujo, a renowned black sculptor and the curator of the Afro Brasil Museum in Sao Paulo.

« We need to redo the history of this country, » Araujo said, « and work around the premise and the perspective of the African not only as a slave but as the one who changed Brazilian society, the one who constructed Brazilian society, who constructed the wealth of Brazil. »

That day of acknowledgment is still far off, and Brazil, a country with one of the biggest gaps between rich and poor in the world, is sharply divided between its whites and non-whites.

Census figures show that pardos and blacks earned about half of what white Brazilians made last year, with the gap actually widening among more educated Brazilians. In comparison, African-Americans (U.S. blacks) earned 62 percent of white American wages in 2004., and more schooling helped blacks approach white incomes.

A man begs for change outside the Salvador church Nossa Senhora do Rosário dos Pretos.(Carl Juste/Miami Herald)

The U.N. Human Development Index, which measures countries based on health, income and other factors, paints an even worse picture. If measured separately, Brazilian whites would be ranked 44th in the world, on par with oil-rich Kuwait, while its blacks and pardos would be ranked 105th, about the same level as El Salvador.

« I have never seen any evidence that suggests anything other than there’s widespread racism in Brazil, » said UCLA sociology professor Edward Telles, who studies race in Brazil. « Racial and social inequality are strongly linked. »

Jailson de Souza e Silva, who runs a Rio de Janeiro anti-violence advocacy group, said the split is stark in his city’s violence-torn slums, where blacks make up the majority of residents. Two-thirds of the country’s homicide victims in 2004 were black.

« The objective here is not to preserve life, and hundreds of black men are dying every year, » de Souza e Silva said. « Meanwhile, in the rich, white parts of the city, every single death is big news. Our lives clearly don’t have equal value. »

Da Silva’s slum has been paralyzed in recent years by gang-related violence, and its middle-class neighbors have erected gated checkpoints around the slum to stop the killing from spilling into their streets.

« It’s another sign of the inequality here, » da Silva said while gesturing to the rutted dirt road running by his house. « The government doesn’t bother to pave the streets here. We’re just totally forgotten. »

A squatter named Beatriz, hanging laundry under the glare of a bare bulb, is one of many who occupy abandoned buildings in Salvador. (Carl Juste/Miami Herald)

GAP IN NORTHEAST

The divisions are felt even in the northeastern Brazilian city of Salvador, where more than three-quarters of the population is black and where African-based culture and religion are the mainstream.

Ivete Sacramento, who became the country’s first black president of a major university in 1998, said she is saddened every day when she looks out the balcony of her upper-middle-class apartment at the sprawling slum that sits just a few dozen yards away.

Except for her family and two other households, every resident in her 64-unit apartment tower is white. In the nearby slum, the racial equation is inverted, and white faces are rare. ‘‘No one has any idea that blacks can be anything more than maids, » said Sacramento, 54.

‘‘The place of blacks in Brazil is still the place of slaves. »

Alberto Borges, a 31-yearold aspiring boxer from the slum, said that just being from his neighborhood is a strike against him.

« If you live in one of these houses, the people outside will call you preto, » Borges said, using a word for black Brazilians that many consider derogatory. « If you try to find a job and tell them where you come from, they won’t call back. »

Despite the disparities, debate about race is rare in Brazil., and problems are more felt than spoken about.

Black Brazilians have never launched a civil-rights movement like that in the United States nor developed national black leaders in the mold of Martin Luther King Jr. or South Africa’s Nelson Mandela.

Also non-existent are black civic groups with the power of U.S. institutions such as the National Association for the Advancement of Colored People or financial networks that could spur black entrepreneurship.

A BACKLASH

Those who do speak out about racial disparities, such as TV da Gente, are accused — even by some prominent blacks — of fomenting racial divisions or of outright racism.

‘‘Every time we try to put together a project like this, we’re criticized by the government and everyone else who says there is no racism in Brazil, » said Hasani Damazio, TV da Gente’s director of international programs. « It’s clear that race is treated very differently here than in the U.S. »

A key difference is that Brazil never imposed legal racial segregation like the United States and South Africa, which meant that black Brazilians didn’t have an institutional injustice to rally around.

Black leaders also blame what they describe as decades of self-censorship about race spurred by the « racial democracy » vision of their country, which long defined Brazilian self-identity.

Preached in the early 20th century by sociologist Gilberto Freyre, the vision depicted a Brazil that was freeing itself of racism and even of the concept of race through pervasive mixing of the races.

Opponents of the pending affirmative-action bills have echoed key points of Freyre’s argument, especially those about miscegenation. Census statistics show that about 30 percent of Brazilian households in 2000 were headed by couples from different racial backgrounds — six times the U.S. ratio.

Ali Kamel, executive director of news for the country’s biggest television network, Globo, said Brazilians don’t think in terms of white and black, and argued that poverty affects all Brazilians. He blamed a collapse in public education and not racism for social disparities.

« Our big problem in Brazil is poverty, not racial discrimination, » Kamel said. « The racism here is at a degree infinitesimally less than in other countries. »

Opposition to the affirmative-action bills also has come from some black leaders such as José Carlos Miranda, coordinator of Brazil’s Black Socialist Movement, who fear that racebased policies could aggravate racism.

« The worst thing we could do is pass laws that deepen divisions that already exist, » Miranda said. « What wounds us the most is class, and the only way to fight racism is to promote more equality. »

Other black activists, however, argue that race is the dividing factor and that racial mixing didn’t eliminate discrimination against nonwhites.

‘PREJUDICE ISSUE’

« The problem of Brazil always was this issue of thinking the mulatto and the pardo are outside of the prejudice issue, » Araujo said. ‘‘Yet, when you want to hit the soul of someone, you call him black.

More Brazilians are coming around to Araujo’s view, polls show, and the timeworn idea of a multi-hued racial democracy is losing its sway, even as the race debate heats up.

In its place has risen the begrudging admittance of a racially segregated country. A 2003 poll showed that more than 90 percent of Brazilians said racism existed here.

President Luiz Inácio Lula da Silva, a former leftist activist and union leader, is credited with helping to spur the changes in attitudes.

Soon after taking office in 2003, he made race a key issue and appointed Brazil’s first black Supreme Court justice, Joaquim Barbosa. Lula da Silva also created a special secretariat for racial equality and launched initiatives such as requiring that Afro-Brazilian history be taught in all primary schools.

Many black leaders are skeptical that the latest changes will have any lasting impact. They point out that although the country’s 1988 constitution criminalized racism, few people have served jail time for breaking the law. The woman who insulted da Silva in the elevator was sentenced to community service but has appealed the ruling.

« Things have gotten worse, » said Antônio Carlos dos Santos, president of Ilê Aiyê, a community group in Salvador known for both its African-influenced Carnaval parades and its consciousness-raising social projects.

« Sure, we have people who are more conscious about the situation, but this is a land that’s stepping backward, » he said. « We are almost 80 percent of this state, but we’re still controlled by the white minority. »

It’s a cynicism shared by ordinary Brazilians such as da Silva, who live every day with the country’s crushing inequalities. But in his case, and for many black Brazilians, cynicism is giving way to action.

 Voir également:

Black Women of Brazil is a photographic and informational blog featuring a diverse array of Brazilian Women of African descent. The women are models, singers, rappers, dancers, actresses as well as politicians, activists, journalists, athletes and common everyday people from the Federative Republic of Brazil. The women range the gamut of phenotypes in terms of skin color, hair texture and facial features.

This blog is a mixture of photos, articles and profiles. For every 3-5 photos posted you will find at least one article or profile

Beauty and Magazine Covers in Brazil: The Overwhelming Dictatorship of Whiteness

Black Women of Brazil

March 28, 2012

afro brazilian women
Sometimes it amazes me when white people look at events or certain media that is aimed at and features specific segments of a population and then proceed to accuse this media or event of being racist. Take the comment I copied below from a Yahoo Brasil questions and responses section for instance. In response to someone’s question that asked, « Which is more racist? », someone posted their response in this way:

« I am proud of being white. I am in favor of the preservation of the white race. This is not racism. Racism for me is when the blacks create a magazine that only blacks can read (Raça Brasil), a noble award only for blacks (Trófeu Raça Negra) and segregationist racial quotas (the same technique used by Apartheid). Imagine if we whites created a magazine only for whites, a trophy/award only for whites and quotas only for whites…It would be a national scandal. »
white women
I see this point of view as a sort of the « fish in water » phenomenon. When someone lives, breathes and experiences something constantly it becomes so normal that it they don’t even recognize that they are immersed in it. This is the case for people who define themselves as white who live in societies dominated white-oriented mass media. Brazil has always had a huge contingent of non-white people in its population, and in 2011, the Brazilian census confirmed something that Afro-Brazilian activists have argued for years: Brazil is a  majority non-white country. But one wouldn’t know this after glancing at magazine stands, beauty contests, top fashion show events and college campuses. For in each of these areas, people who physically look as if the majority of their ancestry is European dominate.
Pais & Filhos magazine, March 2011 to March 2012
In a literal « fish in water » example, if you take a fish out of water, it experiences shock because something that it needs to survive and is accustomed to is suddenly gone. This is the same for the person who responded to the question of  who was more racist (between blacks and whites). As « proof » of reverse racism, he or she points to Brazil’s only magazine devoted to the Afro-Brazilian population (Raça Brasil), an award show dedicated to achievements of black Brazilians (Trófeu Raça Negra) and Brazil’s quota system designed to diversify Brazil’s 85-90% white university student body. This person is so accustomed to looking at magazines, TV shows, and student bodies and seeing people who look like him or her that when these images are reversed he or she is literally shocked. « THAT is racist » is the response. Really? Let’s take a look at this.
Crescer Magazine, March 2011 to March 2012
The top photo of this article was taken from a preview of the 2011 Miss Brasil contest. There are 27 women representing 26 states of the country and 1 federal district. Of the 27, there is not one woman who is of obvious African or indigenous descent. This is not to say that all of these women look purely European, many do, but a few look as if they have at least a little non-European heritage. Even so, none of these women display clearly visible African or indigenous physical characteristics. Even women from states where the population is overwhelmingly Afro-Brazilian like Bahia, Alagoas or Maranhão are represented by white or near white women. The second photo featuring all of the babies I took from a blog called « Encrespo e não aliso! » which loosely means « kinked/napped up and not straight » in reference to hair texture. The writer of this blog analyzed the covers of the Pais e Filhos (Parents and Children) magazine from March of 2011 to March of 2012 and showed that all of the babies presented on the covers were white. The article was entitled « Só os brancos nascem (Only whites were born)? » The same author also analyzed another magazine, Crescer, which is also directed at parents of young children.

In the article, the author goes on to say:

« Why don’t we have images of black children in one year of Pais & Filhos magazine issues? Because black parents, mothers and children don’t interest the magazine. it simply assumes the racist standard of the desirable white categorically denying Brazilian blackness. The biggest problem of this racist posture is that it perpetuates the denial of the black family that excludes black parents and children; it therefore denies to black mothers (because the magazine is aimed at mothers in spite of the title) feeling themselves part of a maternal dimension – the care of infants. Consequently it denies to black babies the right of belonging to this universe of little angels, of little beings that should receive care and special affection. »
In research I conducted of Brazil’s women’s magazines in 2007, I came across some very disturbing statistics. When I looked at the women’s monthly magazine Marie Claire, I found that between February 2001 and October 2004, actress Taís Araújo (issue #158, May 2004) was the only woman with clearly African features that appeared on the magazine’s cover. Continuing my research, I also discovered that in 101 issues (August, 1996 to December 2004) of the magazine Corpo a Corpo, Araújo was again the only woman of clearly African descent.
Actress Taís Araújo
We saw this recently « chosen black woman » routine back in 2009 when singer Beyonce seemed to be on every magazine cover on the stand as entertainment’s « it » black girl; in other words, Beyonce appeared on magazine covers when very few black American women were being featured on mainstream women’s magazines. In the same sense, while black Brazilian women are invisible on mainstream Brazilian women’s magazines, when they did feature a black woman, Taís Araújo, a woman of many firsts, was the one. And to be sure, this Afro-Brazilian invisibility doesn’t apply to only the magazine covers. The inner content of these magazines are also overwhelmingly represented by white women. A study by Erly Guedes Barbosa and Silvano Alves Bezerra da Silva verified this.
In an article from the July-October 2010 issue of the journal Revista da ABPN, Barbosa and Silva analyzed two magazines targeted at Brazilian women, Claudia and Marie Claire. The results were taken from their analysis of the two magazines between the months of October to December of 2007 and January to March of 2008. In these two periods, the authors found 230 materials that referred to white women (104 in Marie Claire and 126 in Claudia), while only 13 (5 in Marie Claire and 8 in Claudia) featured Afro-Brazilian women, a meager 5.35% of the total. And similar to my results, no black women were featured on any of the covers in this period of time. While these magazines normally feature Brazilian women, you will note that one issue of Marie Claire featured American actress Angelina Jolie on its cover.
Covers of Claudia and Marie Claire between October 2007 and March 2008
So what conclusion are we to take from this research? According to Barbosa and Silva, « the representation of these white and successful women is used as a means to sell to the feminine public an ideal of beauty and physical, emotional, social and psychological perfection…This constant flow of white women on the covers reveal the ideal of perfection constructed in women’s magazines. » It is « the adoption of a white standard as the norm, normative whiteness, resulting from the incorporation, by these magazines of the Brazilian myth of racial democracy and the ideology of whitening. » In other words, to be successful, beautiful, intelligent, or the ideal woman, is to be white. This dictatorship of whiteness of Brazil’s magazine covers continues to this day. Some of the magazine collages in this post are actual photos that I took of magazine stands in two Brazilian cities (Belo Horizonte and São Paulo) in June of 2009 and June of 2011 respectively.
Although the comment that the guy or girl wrote in response to the question of who is more racist is only one example of this belief that black-oriented events and media are somehow racist, believe me, over the years I have seen literally hundreds of these types of comments on Brazilian blogs, online comments sections or social networking sites. My question to anyone making this type of comment would be, « Are you serious?!?!? Take a look a around. » What was his comment again? Oh yeah… »Imagine if we whites created a magazine only for whites, a trophy/award only for whites and quotas only for whites…It would be a national scandal. »

The truth of the matter is that the Brazilian media IS created for white consumers and is overwhelmingly represented by white people and this is the case in many areas and genres throughout Brazilian society and in  reality, it is not a scandal because it is the norm thus the vast majority of the society doesn’t even notice. It is for this very obvious fact that magazines, events and programs are necessary for specific audiences, be they black, gay or women, because all of these groups are considered minorities and as such are often invisible. If people really think in the same manner as the person that posted that comment despite all of the overwhelming evidence to contrary, I would suggest that you take a walk to a local magazine stand and start counting. It ain’t hard to tell.

Posted by Gatas Negras at 9:12 PM

Voir encore:

21 avril 1960

Brasilia capitale de l’espoir

Le 21 avril 1960, Brasilia devient officiellement la capitale du Brésil. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’événement survient le jour anniversaire de la fondation de Rome !

Quatre ans plus tôt, le président brésilien Juscelino Kubitschek a décidé de construire une nouvelle capitale en plein coeur du pays, dans les steppes de l’État de Goiás, afin de réorienter le développement du Brésil vers l’intérieur.

L’oeuvre de l’urbaniste Lucio Costa et de l’architecte Oscar Niemeyer est fidèle au «style international» inventé par Le Corbusier. Elle ravit les esthètes… mais ne convainc pas ses habitants ni les nostalgiques de l’ancienne capitale, Rio de Janeiro.

Pourquoi une nouvelle capitale ?

La première capitale du Brésil colonial, Salvador de Bahia, a été fondée en 1549 à la pointe orientale du pays. Elle a conservé son statut durant deux siècles avant d’être remplacée par Rio de Janeiro en 1763.

Il apparaît bientôt aux dirigeants du pays que le sud très développé avec São Paulo, Belo Horizonte et Rio, au cœur des régions minières et caféières, risque de phagocyter le reste du Brésil. Comment unifier la nation et exploiter ses possibilités si la capitale est située en marge de ce territoire ? La constitution républicaine de 1891, inspirée de celle des États-Unis, prévoit donc dans son troisième article la construction d’une nouvelle capitale sur le plateau central.

Ce texte reste lettre morte jusqu’à l’entrée en fonction du président Juscelino Kubitschek, en 1956 ! Ce dernier, qui succède à Getúlio Vargas dans des conditions très difficiles, choisit pour renforcer sa légitimité de s’en tenir à la constitution et de créer une nouvelle capitale.

Ce grand projet doit lui assurer de nouveaux soutiens dans le pays. Il en fait donc un argument de campagne électorale et, dès 1957, fixe par décret la date d’inauguration de la nouvelle capitale, le 21 avril 1960, double anniversaire, de la fondation de Rome d’une part, de l’exécution du premier héros de l’indépendance brésilienne, Tiradentes, en 1792, d’autre part.

Le symbole du nouveau Brésil

C’est l’urbaniste Lúcio Costa qui dessine les plans de la nouvelle capitale, avec l’idée très affirmée qu’elle doit symboliser l’extrême modernité du Brésil. Il trace deux axes, l’Axe monumental (est-ouest), le long duquel sont implantés les ministères et bâtiments officiels, mais aussi les activités commerciales, et un deuxième axe, courbe (nord-sud), sur lequel sont implantés les quartiers d’habitation, superquadras. Le tout a la forme d’une croix ou d’un avion, symbole de cette capitale éloignée de tout et tributaire des liaisons aériennes. Au croisement des axes, la gare routière.

L’architecte Oscar Niemeyer est responsable des bâtiments principaux, dont le plus important est sans doute la cathédrale, structure hyperboloïde, avec une base circulaire de 70 mètres de diamètre, dont les piliers convergent avant de s’écarter de nouveau en haut.

Tout est loin d’être achevé lorsque la capitale est inaugurée, puisque la cathédrale n’est consacrée qu’en 1970. Cependant, la date est respectée. Le cardinal archevêque de Lisbonne, dom Manuel Gonçalves Cerejeira, prononce la messe d’inauguration de la ville avec la croix de fer de Cabral, découvreur du Brésil, qui avait servi lors de la première messe célébrée au Brésil ; symbole du renouveau dans la continuité.

Un bilan contrasté

La fondation de Brasília a incontestablement donné une dynamique nouvelle au Brésil, qui s’est dès lors tourné vers l’intérieur et vers l’exploitation de l’Amazonie, pour le meilleur… et pour le pire, d’un point de vue écologique.

Cependant, certaines des ambitions urbanistiques n’ont pu être réalisées. Le système de quartiers indépendants, les superquadras, regroupant commerces et écoles, tend à isoler leurs habitants et rend indispensable l’utilisation de la voiture, car la rue n’est plus pensée comme un lieu d’interaction sociale : Brasília est une ville conçue pour l’automobile.

Faute d’avoir les moyens d’accéder à ces superquadras, lesquels abritent en tout et pour tout 300.000 habitants, les migrants des régions pauvres du nord-est, attirés par la capitale, se sont entassés dans des villes-satellites chaotiques, séparées du centre par une «ceinture verte» qui doit assurer la préservation de l’écosystème et fournir un espace de détente aux citadins. Au total, deux millions de personnes environ.

Comme Brasília demeure presque exclusivement une ville administrative et n’a pas d’emploi à leur offrir, le taux de chômage y est très élevé.

Politiquement, la construction de la nouvelle capitale a permis à court terme de stabiliser le pouvoir, mais n’a pas empêché le coup d’État militaire de 1964.

fondation d’une république noire au Pernambouc (nord-est du Brésil) : Palmares.


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