Histoire: Pourquoi il faut lire le Jésus de Jean-Christian Petitfils

16 avril, 2018
Dictionnaire amoureux de Jésus
piss Christ (Andreas Serrano, 1987)Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Le christianisme est une religion d’historiens. D’autres systèmes religieux ont pu fonder leurs croyances et leurs rites sur une mythologie à peu près extérieure au temps humain; pour livres sacrés, les chrétiens ont des livres d’histoire, et leurs liturgies commémorent, avec les épisodes de la vie terrestre d’un Dieu, les fastes de l’Eglise et des saints. Marc Bloch
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La vraie intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed. Martin Hirsch
Particulièrement depuis les années 1970 et jusqu’à récemment en France, les instructions officielles, les manuels scolaires, les formations d’enseignants ont mis le récit à distance. (…) En dehors de la classe, en revanche, les élèves ont accès à un grand nombre de récits historiques de formes et de contenus variés, transmis dans le milieu familial, par la télévision, le cinéma, la littérature, des jeux vidéo, Internet, etc. Par ailleurs, le récit est redevenu central pour les historiens et pour ceux qui se préoccupent de l’apprentissage. Ricœur a, en 1983, a souligné la dimension narrative des textes historiques et la place structurante de l’intrigue qui l’organise. La narratologie contemporaine a, de son côté, montré comment le récit est une stratégie de communication. Tandis que pour Jérôme Bruner, le récit est le moyen de donner forme à l’expérience, de comprendre le monde, de se l’approprier, de s’y projeter entre passé et devenir, à partir du monde présent. Il en conclut que le récit a à voir avec la culture car l’imitation dont il témoigne inscrit l’homme dans une culture. (…) Après avoir constitué une équipe de recherche internationale pluridisciplinaire (histoire, sociologie, narratologie, didactique), le recueil de récits de l’histoire nationale a été fait en 2011-2012 (…) Pour la France, le traitement quantitatif et qualitatif des 5823 récits recueillis a fait ressortir plusieurs thèmes. (…) Les thèmes finalement retenus ont été les personnages, le politique, les guerres, la religion, le territoire ainsi que l’origine, déclarée par les élèves, de leurs connaissances. (…) les jeunes, scolarisés en France, interrogés ont exprimé leur fierté de l’histoire nationale et une vision à la fois humaniste et optimiste de l’histoire de leur pays dans laquelle les guerres jouent un rôle décisif et le politique structure le sens de l’histoire tandis que le panthéon, marqué par certaines permanences, connaît aussi des évolutions et une mobilisation des personnages historiques de façon plus iconique que comme des acteurs aux actes bien identifiés. Par exemple, les élèves évoquant l’origine de l’histoire de France (tous ne le font pas), l’associent majoritairement aux Gaulois et à la Gaule (plus de 1700 récits) (…) Mais nombreux sont aussi ceux qui lui attribuent une autre origine (la Révolution française, la Première Guerre mondiale, par exemple) (…) La religion a par ailleurs une place limitée dans des récits très sécularisés montrant une méfiance à l’égard de la dimension temporelle du religieux. Enfin, contrairement à une de nos hypothèses, le territoire joue un rôle minime face à un récit très nationalisé. L’école, ses dispositifs et objets restent leur première source de savoir, d’après les élèves, mais la famille et certaines pratiques sociales jouent également un rôle. En revanche, Internet est peu identifié comme source de savoir historique. Françoise Lantheaume
On verra que, globalement, les élèves considèrent la religion comme un phénomène négatif. L’islam et le judaïsme sont beaucoup moins présents que le christianisme. Sébastien Urbanski
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques: haine de la raison et de l’intelligence, haine de la liberté, haine de tous les livres au nom d’un seul, haine de la vie… Michel Onfray
Hitler, disciple de saint Jean ! Michel Onfray
Gott mit uns procède des Écritures, notamment du Deutéronome, l’un des livres de la Torah. Michel Onfray
Trois millénaires témoignent, des premiers textes de l’Ancien Testament à aujourd’hui : l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux, a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix. Michel Onfray
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d’un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l’obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l’épouse et la mère, l’âme et l’esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré. (…) Les monothéismes n’aiment pas l’intelligence, les livres, le savoir, la science. À cela, ils ajoutent une forte détestation pour la matière et le réel, donc toute forme d’immanence. Michel Onfray
Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l’autre : l’Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l’humiliation, l’exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d’Amérique du Sud; etc… Des millions de morts pour l’amour du prochain. Michel Onfray
A l’heure où se profile un ultime combat – déjà perdu… – pour défendre les valeurs des Lumières contre les propositions magiques, il faut promouvoir une laïcité post-chrétienne, à savoir athée, militante et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidental et l’islam qui le combat. Ni la Bible, ni le Coran. Aux rabbins, aux prêtres, aux imams, ayatollahs et autres mollahs, je persiste à préférer le philosophe. A toutes ces théologies abracadabrantesques, je préfère en appeler aux pensées alternatives à l’historiographie philosophique dominante : les rieurs, les matérialistes, les radicaux, les cyniques, les hédonistes, les athées, les sensualistes, les voluptueux. Ceux-là savent qu’il n’existe qu’un monde et que toute promotion d’un arrière- monde nous fait perdre l’usage et le bénéfice du seul qui soit. Péché réellement mortel. Michel Onfray
On connaît les rapports entretenus par le Vatican avec le national-socialisme […] On connaît moins bien la défense faite par Adolf Hitler de Jésus, du Christ, du christianisme, de l’Église… La lecture de Mon combat suffit pour constater de visu la fascination du Führer pour le Jésus chassant les marchands du Temple et pour l’Église capable d’avoir construit une civilisation européenne, voire planétaire. Michel Onfray
La civilisation judéo-chrétienne se construit sur une fiction: celle d’un Jésus n’ayant jamais eu d’autre existence qu’allégorique, métaphorique, symbolique, mythologique. Il n’existe de ce personnage aucune preuve tangible en son temps. Michel Onfray
Il fallut, pour cette transmutation du concept de Jésus en or religieux, l’action d’un homme qui eut un corps véritable, lui, mais un corps défaillant. J’ai nommé Paul de Tarse. Paul fit de Jésus le doux un Christ à l’épée. Et le tranchant de cette épée ruisselle de sang pendant plus de mille ans. Michel Onfray
(Vatican II) est un camouflet pour Pie XII, certes, mais aussi, et surtout, pour plus d’un millénaire d’Eglise catholique, apostolique et romaine. Car, depuis l’empereur Constantin, elle a justifié: l’usage du glaive contre l’adversaire; le recours aux autodafés des livres non chrétiens; les pogroms antisémites (…). Ce concile était une bombe. Michel Onfray
Michel Onfray se rend-il compte que presque tout ce qu’il dit ne provient d’aucune source, d’aucune archive, mais de mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au XIXe siècle par l’historiographie catholique et royaliste ? (…) La récupération de ce patrimoine et des arguments de l’extrême droite est malhonnête car, comme auteur, Onfray exerce une certaine responsabilité : en l’absence de notes de bas de page et d’une bibliographie sérieuse, il ne donne jamais à ses lecteurs les moyens de vérifier ses affirmations. (…) Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public et qu’elles passent inaperçues dans la critique, ces révisions de l’Histoire et ces dérives idéologiques participent d’un lent travail de sape contre les valeurs démocratiques. Sans conduire à dénigrer l’ensemble des initiatives d’Onfray, elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté. On ne peut être spécialiste de tout. Michel Onfray ferait bien d’en tirer quelques enseignements. Guillaume Mazeau
La méthodologie s’appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d’un événement. Cela lui a permis d’affirmer des choses extravagantes : qu’Emmanuel Kant était le précurseur d’Adolf Eichmann – parce que celui-ci se disait kantien (…) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam) étaient des entreprises génocidaires, que l’évangéliste Jean préfigurait Hitler et Jésus Hiroshima, et enfin que les musulmans étaient des fascistes (…). Fondateurs d’un monothéisme axé sur la pulsion de mort, les juifs seraient donc les premiers responsables de tous les malheurs de l’Occident. A cette entreprise mortifère, M. Onfray oppose une religion hédoniste, solaire et païenne, habitée par la pulsion de vie. (…) il retourne l’accusation de « science juive » prononcée par les nazis contre la psychanalyse pour faire de celle-ci une science raciste : puisque les nazis ont mené à son terme l’accomplissement de la pulsion de mort théorisée par Freud, affirme-t-il, cela signifie que celui-ci serait un admirateur de tous les dictateurs fascistes et racistes. Mais Freud aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père un moment originel des sociétés humaines, il aurait assassiné le grand prophète de la Loi et serait donc, par anticipation, le complice de l’extermination de son peuple. (…) Bien qu’il se réclame de la tradition freudo-marxiste, Michel Onfray se livre en réalité à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française. (…) On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. Elisabeth Roudinesco
« Jésus, reviens ! » Étonnant trait d’ironie au cœur de Décadence. L’apostrophe tranche radicalement avec la ligne générale de Michel Onfray : d’abord parce que, selon lui, Jésus n’a pas existé. La naissance même du Christ est une fiction complète, le délire d’une secte qui haïssait tellement la sexualité qu’elle s’est imaginé pour Dieu un enfant né sans union. Cette affirmation catégorique, que l’auteur n’accepte de suspendre de façon hypothétique qu’une seule fois dans la suite du livre, est le point de départ qui ouvre sa démonstration : 600 pages d’une histoire dense, énergique, serrée… Le Point
La Torah contient une malédiction portée contre les pendus (Dt 21, 23 …); or la crucifixion était alors assimilée à une pendaison. Il est donc impensable que des Juifs aient pu forger le mythe d’un Messie « pendu » au bois de la croix, quand l’attente était celle d’un Messie royal ou sacerdotal. C’eut été pousser le défi un peu loin. Bernard Pouderon
Michel Onfray conteste l’existence historique de Jésus, une thèse qui a fait parler d’elle au XIXe siècle et au début du XXe, mais qui n’est plus soutenue par aucun historien. Le Jésus de Michel Onfray est tellement fantasmé – vu à travers des écrits apocryphes, des œuvres d’art très postérieures à l’époque de sa prédication… – qu’on a l’impression que tout a été retenu sauf, précisément, ce qui permet d’avoir des informations exploitables du point de vue de l’historien. C’est très curieux : cela consiste à prendre les sources les moins fiables ou ce qui n’a même pas le statut de source pour dire : « Voilà, il y a toute cette élaboration fictive autour de Jésus, donc Jésus n’existe pas. » Or des sources fiables existent bien, même si elles doivent être interprétées selon des méthodes scientifiques éprouvées. Par ailleurs, on peut très bien faire de l’élaboration fictive à partir d’un personnage qui a existé, c’est le cas de bien des figures historiques. Regardez Alexandre le Grand, Charlemagne… (…) Selon Onfray, le langage antisémite qui a servi aux nazis trouverait ses origines chez saint Paul. Historiquement, c’est totalement infondé. L’antijudaïsme chrétien a pu hélas ! contribuer chez certaines personnes à faire accepter l’antisémitisme nazi, mais la continuité massive que Michel Onfray affirme n’est appuyée sur aucune source. Ce n’est pas non plus de la philosophie de l’Histoire, puisqu’il n’y a aucun raisonnement digne de ce nom. On est dans le domaine de l’amalgame au service d’une propagande. Je ne me prononce pas sur la philosophie de l’Histoire d’Onfray en général, je dis simplement que sur cette affirmation précise, notamment lorsqu’il évoque Hitler comme un exemple de catholique, on passe dans le domaine de l’absurde. Le texte de Mein Kampf qu’il cite n’a strictement rien de chrétien : il témoigne d’une totale incompréhension du personnage de Jésus. Et puis, Onfray passe sous silence l’antichristianisme des nazis et l’engagement de nombreux chrétiens contre le nazisme. (…) Ces propos sont intégrés à une grande fresque épique. Décadence est le second volume de ce que Michel Onfray présente comme une « Brève encyclopédie du monde ». Le premier volume était Cosmos, le troisième devrait s’intituler Sagesse. ­Décadence est le volume dédié à la philosophie de l’Histoire. Ce livre a donc des dimensions et une construction qui peuvent donner l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage d’érudition et de réflexion. Or, en ce qui concerne le christianisme antique – et je ne me prononce que sur ce domaine qui m’est familier, en ayant lu ce livre de très près, ligne à ligne, en mettant en fiches tout ce que j’y ai trouvé sur les premiers siècles chrétiens –, on est de toute évidence dans une démarche qui ne tient absolument pas compte des faits dans leur ensemble, des nuances, des sources, de l’état actuel des connaissances… L’ouvrage est volumineux, il est porté par un certain souffle rédactionnel, avec une très grande sûreté de ton, qui frise un peu le dogmatisme. Mais en ce qui me concerne, pour ma spécialité, on en est à un taux d’erreurs et d’affirmations insoutenables que, sans exagération, j’estime à environ 80%. Dans un livre, il y a toujours des erreurs. Mais ici, le nombre d’affirmations factuellement fausses ou abusivement générales, de rapprochements incongrus atteint des proportions inédites. Même lorsque certains faits évoqués par Onfray sont avérés, la manière de les présenter est tendancieuse. Prenez le meurtre ­d’Hypatie, cette philosophe d’Alexandrie assassinée en 415 par des chrétiens déchaînés. Cet épisode est honteux. Mais le problème, c’est qu’Onfray ne dit pas : « Des chrétiens ont tué Hypatie. » Il prétend que ce sont les chrétiens qui ont commis ce meurtre atroce. À chaque fois que certains chrétiens commettent des violences, il écrit « les chrétiens »?. (…)  ce que je reproche à Michel Onfray, ce n’est pas la critique du christianisme. Ce qui me gêne, c’est que ce qui se présente chez lui comme une critique n’en est pas une, car il fait abstraction de toutes les précautions méthodologiques qui s’imposent. Chez lui, dès que les chrétiens entrent en scène, tout est négatif. Ce qui est frappant dans Décadence, c’est qu’il n’y a pas la moindre nuance, aucune circonstance atténuante, pas de bénéfice du doute. Rien. Les chrétiens ont toujours tort. Lorsqu’il y a deux hypothèses historiques sur un sujet, Onfray prend toujours celle qui est défavorable aux chrétiens sans mentionner l’existence de l’autre. En travaillant sur son texte, je me suis dit : si j’étais totalement ignorant du christianisme, en lisant ce livre, je penserais que, vraiment, les chrétiens sont des salauds et ne valent pas mieux que les nazis. Je détesterais les chrétiens. [sur] les Pères de l’Église (…) Il dresse une sorte de catalogue de noms, de questions discutées par eux, de problèmes théo­logiques, pour conclure que, au fond, les Pères de l’Église, c’est nul. Il dit « trop de noms, trop de titres ». C’est le fameux « Too many notes ! » que l’empereur Léopold lance à Mozart dans le film de Miloš Forman. Michel Onfray se permet de juger les Pères en bloc, sans, de toute évidence, les avoir étudiés sérieusement. Ce qu’il prouve en faisant cela, c’est donc d’abord son ignorance. Il parle des Pères comme d’un trou noir dans l’histoire intellectuelle de l’Occident. « Tant d’intelligence au service de tant de bêtises », écrit-il. Pour lui, les questions théologiques ne sont que des bêtises. Méthodologiquement, c’est fâcheux. Je ne considère pas, moi, en lisant Onfray, que son antichristianisme rendrait son livre inutile. Je le lis d’abord scrupuleusement, avant de porter un jugement précis et argumenté. (…) Michel Onfray, en allant chercher des auteurs peu connus, en mettant en avant des anecdotes inattendues, semble exhumer des pans de connaissance cachés ou oubliés. Le grand public peut se laisser impressionner. Les spécialistes, eux, ne sont pas dupes. Jean-Marie Salamito
Cette génération est plus pragmatique et moins idéologue que les précédentes. Pour eux, la prière et les rassemblements ont aussi une dimension esthétique. Des non-croyants vont aimer aller à la messe pour vivre une expérience culturelle un peu étrange, le silence par exemple. (…) Ils ne comprennent pas comment on peut avoir ce genre de débats aujourd’hui. Pour eux, ces polémiques sur la laïcité sont d’un autre âge. Ils n’associent pas l’Église au prosélytisme. (…) « Même s’il y a moins de préjugés qu’avant, le fait de n’avoir aucun contact avec les religions peut entretenir une peur, confirme Mgr Bordeyne. Ma génération a grandi avec des professeurs très laïques pour lesquels les religions étaient clivantes. Cette enquête, au contraire, montre que la religion ouvre davantage aux autres que l’absence de foi. C’est cela aussi qui fait que les jeunes s’y intéressent : ils voient bien que l’absence de religion ne favorise pas spécialement le dialogue. Mgr Philippe Bordeyne (Institut catholique de Paris)
Le Nord-Pas-de-Calais, certaines banlieues parisiennes, et les quartiers Nord de Marseille sont les lieux où nous avons mesuré la plus grande radicalité. Dans certains établissements, la proportion «d’absolutistes» monte à plus de 40 %. On note aussi un effet «ségrégation» : quand le taux d’élèves musulmans est très important dans un lycée, ceux-ci sont plus radicaux qu’ailleurs. Mais partout, les élèves musulmans sont plus radicaux religieusement que les autres. (…) L’«effet islam» explique bien mieux la radicalité que des facteurs socio-économiques. C’est un résultat important. Le niveau social de la famille, l’optimisme ou le pessimisme du lycéen face à l’emploi ou à ses résultats scolaires n’ont aucun effet sur le degré d’adhésion à des idées religieuses radicales. (…) le sentiment de discrimination (…) a tendance à augmenter, chez les jeunes musulmans, le niveau de radicalité religieuse et la tolérance à la violence religieuse. Nous avons aussi tenté d’explorer la piste de ce que certains chercheurs nomment «le malaise identitaire» : un groupe minoritaire peut se sentir l’objet de l’hostilité du groupe majoritaire, sans pour autant subir de discrimination. Nous avons ainsi demandé aux jeunes s’ils se sentaient français, s’ils étaient solidaires avec le peuple palestinien, quel était leur regard sur les tensions interreligieuses… Ces variables jouent, preuve qu’il y a donc bien un effet identitaire. Mais celui-ci n’efface pas la question religieuse. In fine, l’effet islam reste très marqué. Il faudrait maintenant mener des recherches complémentaires auprès des jeunes musulmans pour explorer de manière plus approfondie la façon dont ils investissent la religion.(…) Un effet religion existe bien puisque 8 % des chrétiens répondent qu’il est acceptable de combattre les armes à la main pour sa religion, ce n’est pas négligeable. On monte à 20 % des musulmans. Mais le facteur qui détermine le plus fortement le soutien à la violence religieuse est la tolérance à la violence et aux déviances en général : voler un scooter, tricher lors d’un examen, participer à une action violente pour défendre ses idées, affronter la police… C’est un résultat important, qui conduit à constater un indéniable «effet ZUS» [zone urbaine sensible, ndlr]. Dans certaines zones du territoire, on devine qu’une socialisation à la déviance et à la violence explique sans doute la perméabilité à la violence religieuse. On y observe une «culture déviante». (…) en France, les manifestations de radicalité religieuse concernent essentiellement le monde musulman, les autres sont très circonscrites.(…) je pense qu’une partie de la sociologie est aveugle, sous prétexte de ne pas stigmatiser. La discrimination existe, c’est prouvé scientifiquement. Mais il ne faut pas non plus envisager ces jeunes-là uniquement d’un point de vue victimaire. Sinon, on ne peut pas les considérer comme les acteurs sociaux qu’ils sont. Cette sociologie-là est trop idéologique, elle s’est appuyée trop exclusivement sur l’analyse des discriminations. La neutralité axiologique est importante, elle est trop souvent oubliée aujourd’hui. Olivier Galland
Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions. Le problème … réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé. Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique. Anne-Marie Chazaud
The new film Mary Magdalene, directed by Garth Davis (…) tells the story of Mary Magdalene (Rooney Mara), detailing her fraught existence in Magdala as a single woman determined not to marry, before she meets Jesus (Joaquin Phoenix) and follows him to Galilee and then Jerusalem, where he’s crucified. Yet, in stripping away the myths, this film portrayal of Mary Magdalene underlines what some scholars see as the real — and unexpected — reason why she’s so controversial. At the heart of the controversy is the idea that Mary Magdalene’s connection to Jesus was spiritual rather than romantic. For example, in the film’s version of the Last Supper, Mary Magdalene is seated on Jesus’ right-hand side. Though the tableau echoes a key scene in the 2006 film version of The Da Vinci Code, in which the characters examine Leonardo Da Vinci’s mural The Last Supper and debate whether the effeminate figure to Jesus’ right was in fact Mary Magdalene, the new movie doesn’t place her there as his wife. The significance of her seat lies instead in Mary Magdalene taking the prized position above any of the twelve male apostles, as Peter (Chiwetel Ejiofor) looks on in jealousy. This version of the story is the real reason why Mary Magdalene is dangerous to the Church, according to Professor Joan Taylor of King’s College, London, who worked as historical advisor for Mary Magdalene. Mary’s central role in the Gospels has historically been used by some as evidence that the Church should introduce female priests — and since 1969, when the Catholic Church admitted that it had mistakenly identified Mary Magdalene as a sex worker, the calls for women in church leadership positions have only grown louder. “Within the Church she does have tremendous power, and there are lots of women who look… to Mary Magdalene as a foundation for women’s leadership within the Church,” says Taylor. The film draws partially from the Gospel of Mary, a “very mysterious document” discovered in the 19th century, Taylor says. It has no known author, and although it’s popularly known as a “gospel,” it’s not technically classed as one, as gospels generally recount the events during Jesus’ life, rather than beginning after his death. It’s thought the text was written some time in the 2nd century, but some scholars claim it overlaps Jesus’ lifetime. In the Gospel of Mary, which isn’t officially recognized by the Church, Mary Magdalene is framed as the only disciple who truly understands Jesus’ spiritual message, which puts her in direct conflict with the apostle Peter. Mary describes to the other apostles a vision she has had of Jesus following his death. Peter grows hostile, asking why Jesus would especially grant Mary — a woman — a vision. Mary Magdalene’s special understanding of Jesus’ message, and Peter’s hostility towards her, as portrayed in Mary Magdalene, will likely split opinion, according to Taylor and her colleague, Professor Helen Bond of The University of Edinburgh, Scotland, with whom Taylor is presenting a U.K. television series on women disciples this Easter, titled Jesus’ Female Disciples: the New Evidence. “[In the film] she’s really close to Jesus, not because of some kind of love affair, but just because she…gets Jesus in a way that the other disciples don’t,” Bond says. The idea that the twelve disciples didn’t quite “get” Jesus in the same way Mary Magdalene did is addressed throughout Davis’ film. The disciples are waiting for Jesus to overthrow the Romans and create a new kingdom, one without death or suffering. But by the end of the film, following Jesus’ death, Mary Magdalene has come to the conclusion that “the kingdom is here and now.” For Michael Haag, author of The Quest For Mary Magdalene, the Church has historically sidelined Mary not just because of her gender, but also because of her message. He argues that the Church specifically promulgated the idea that she was a sex worker in order to “devalue” her message. Haag believes that Mary Magdalene’s alternative ideas proved too dangerous for the Church to allow them to spread. The Gospel of Mary Magdalene, in his view, undermines “Church bureaucracy and favors personal understanding.”  (..;) But both Bond and Taylor point to the Bible itself for further evidence of Mary Magdalene’s intimate understanding of Jesus. She remains at the cross during the crucifixion while the other disciples hide, and she’s the first to see Jesus following the Resurrection. “[There’s] the very strong implication that Christianity is derived from her testimony and her witness,” Bond says. Strip away the labels of “prostitute” or “wife,” and Mary Magdalene still remains a controversial figure. Her story challenges ideas about spirituality, and the role of women in religion. Time
Depuis le début du XXe siècle, pas moins de 80 films dans lesquels il est question de Jésus ont été tournés, dont 15 depuis l’an 2000 (…) Cela nous fait une moyenne d’un film tous les 18 mois environ ! En réalité, la question de l’historicité de Jésus, de son existence, est récurrente depuis au moins le XVIIe siècle, lorsqu’apparaît le déisme qui, en Angleterre notamment, se caractérise par une critique virulente des miracles et du surnaturel. Au XVIIIe siècle, ce courant philosophique quasiment athée s’infléchit en panthéisme puis en théisme, et sera la religion de beaucoup de philosophes des Lumières. On se rapproche alors d’une religion naturelle qui n’est pas dépourvue d’une certaine forme de culte, « fut-il réduit à la prière d’adoration de l’infini face au soleil levant », comme l’a écrit Jacqueline Lagrée. Mais c’est avec la quête rationaliste, le courant mythologique et l’école de Tübingen au début du XIXe siècle, que la réalité historique de Jésus s’évanouit pour devenir une figure mythologique, fruit d’un imaginaire presque mystique des premières communautés chrétiennes. (…) Le Jésus de l’Histoire et le Christ de la foi peuvent être liés, mais en aucun cas la foi ne peut naître de la recherche historique. Depuis le milieu des années 1950, la quête du Jésus historique a été relancée sous l’impulsion de Ernst Käsemann et Günther Bornkamm, et on peut remarquer qu’aujourd’hui elle se recentre sur sa judaïté. Sa dimension historique est pleinement assurée autant par les sources textuelles – aussi pauvres et fragiles soient-elles – que par la critique interne des récits évangéliques mis en perspective avec le contexte général de la Palestine au tournant de notre ère. Vous comprenez ainsi que la figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles, et qu’on n’a pas fini de s’interroger sur lui. (…) Le film de Jon Gunn est, en définitive, dans la continuité logique de cette interrogation, il est l’illustration parfaite de cette interrogation qui taraude les esprits depuis si longtemps. Si je pouvais, humblement, donner un conseil à M. Onfray, ce serait d’aller voir ce film qui raconte la quête d’un journaliste d’investigation athée américain, Lee Strobel, qui, dans les années 1970, suite à la conversion de son épouse, mena une véritable enquête policière sur le personnage de Jésus. Lee Strobel a publié plusieurs livres relatant sa longue quête : The Case for Christ (1998), The Case for Faith (2000), The Case for a Creator (2004), The Case for the Real Jesus (2007), et bien d’autres encore. Il a cherché à comprendre comment aux XXe et XXIe siècles, des gens pouvaient encore croire en Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, alors que le dogme rationaliste contemporain posait (mais sans aucun fondement scientifique) l’impossibilité d’une telle assertion. Son enquête l’a mené à interroger des dizaines de spécialistes de tous bords, et l’a conduit finalement à se convertir. Voilà une belle leçon de vie et d’honnêteté intellectuelle. (…) La méthode exégétique (étude et interprétation des textes) repose au départ sur le doute scientifique. Elle remet en question la tradition multiséculaire de l’Église concernant notamment l’authenticité des évangiles. Afin d’éviter toute discussion stérile sur l’authenticité des récits évangéliques au nom d’une hypercritique inutile, il me semble plus judicieux d’aborder le sujet sous l’angle de la vraisemblance, car cela laisse la porte ouverte à toutes les objections, à la condition bien entendu qu’elles soient fondées. (…) On se trouve ici dans le registre de la foi. La question que je me pose est de savoir si, oui ou non, cette foi peut reposer sur des faits ou seulement sur une appréciation personnelle. Je considère que la foi est beaucoup plus qu’un sentiment, qu’un élan du cœur qui nous pousse à croire sans vraiment chercher à comprendre. Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. Mais on sort ici du champ de l’histoire. Pour en revenir à la résurrection, je dirais que l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène. Par contre, il doit prendre en compte l’information qui le rapporte. Tout écrit est une information, tout texte donne des renseignements dont il faut analyser le degré de pertinence, de crédibilité, de vraisemblance. (…) Lorsque les évangiles racontent la résurrection de Jésus, l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène ni à se demander s’il est possible ou non (même la science actuelle est incapable de répondre à cette question pour les raisons que je donne dans mon livre), mais de vérifier la vraisemblance de cette information : qui sont ceux qui rapportent cette information ? Qui sont les témoins ? Pourquoi rapportent-ils ce phénomène ? Qu’ont-ils fait exactement après l’avoir rapporté ? Comment ont réagi leurs adversaires ? Quelles sont les autres explications possibles à cet épisode singulier ? S’agit-il d’un mensonge, d’une manipulation ? Quels en sont les raisons ou les buts ? En définitive, lorsqu’on sait comment les témoins de cette annonce extraordinaire ont fini leur vie, on peut se poser la question : on peut mourir pour quelque chose que l’on croit être vrai, mais est-on prêt à donner sa vie pour quelque chose que l’on sait être faux ? Ici, on n’est plus dans le domaine de l’histoire ni de la foi ; c’est juste une question de bon sens ! Bruno Bioul
Il faudrait désormais un colloque scientifique pour évaluer si Jean-Christian Petitfils a bien servi la vérité christique. On doit cependant admettre que les 600 pages de son déjà best-seller se lisent comme un roman. Et que ce travail colossal de synthèse des sources, loin de toute polémique tapageuse, tient ses promesses pour un grand public avide de repères. Petitfils recompose la vie de Jésus à partir de Jean, affirmant que l’Évangile le plus mystique est aussi le plus historique, et s’appuie sur l’historicité du saint suaire. Deux principes qu’il n’est pas le seul à défendre. Ce livre nous change des exégètes parfois si raffinés qu’ils nous perdent dans la brume du doute. À lire en gardant à l’esprit que l’historien se limite à des hypothèses, sans prétendre mettre la main sur la vérité du Christ. Jean Mercier
Tout a été dit, mais tout et son contraire. La synthèse des plus récentes découvertes en histoire, en philologie, en exégèse, en archéologie était devenue nécessaire pour reconstituer la vie aussi bien que le caractère de Jésus. Les données de l’archéologie biblique sont en constant renouvellement : on vient de découvrir, en novembre 2011, que le mur des Lamentations ne datait pas d’Hérode le Grand. On a découvert, en 2009, une maison au centre du village de Nazareth, alors que beaucoup d’historiens prétendaient jusqu’alors que Nazareth n’existait pas au Ier siècle. Il y a près de trente ans, j’ai entamé une démarche personnelle : je suis croyant, membre d’une religion incarnée, et j’ai voulu, en tant qu’historien, avoir davantage de précisions. Marc Bloch écrivait : « Le christianisme est une religion d’historiens. » J’ai voulu retrouver le Jésus de l’histoire. Mon livre s’adresse aux croyants comme aux incroyants et s’arrête devant le mystère. L’historien n’a pas à prendre parti quant à la réalité des exorcismes, des miracles et, a fortiori, de la résurrection. Renan, dont on va fêter le 150e anniversaire de sa Vie de Jésus, disait : « Si les miracles ont quelque réalité, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » C’est un présupposé scientiste et positiviste que de rejeter et de nier le mystère. (…) Ce n’est pas impossible qu’il y ait une interpolation chrétienne du texte de Flavius Josèphe, puisqu’on a retrouvé un texte d’Agapios de Manbij, évêque melchite du Xe siècle, qui nous donne une version plus condensée du Testimonium flavianum, dans laquelle ne figurent pas les éléments contestés. Au-delà, nous disposons d’écrits romains de Tacite, de Suétone ou encore d’une lettre datée de l’an 111 de Pline le Jeune disant que « les chrétiens chantent un hymne à “Chrestos” comme à un dieu ». Indépendamment de ce que nous racontent les évangiles et les lettres pauliniennes, on voit que, dès le début du IIe siècle, les chrétiens étaient réputés croire à la divinité de Jésus. Même Celse, philosophe grec du IIe siècle et adversaire très virulent du christianisme, ne remet pas en cause l’existence historique de Jésus. La contestation de cette historicité est, en réalité, une affaire très tardive et très chargée d’idéologie. (…) Paul ne nous dit pratiquement rien, en dehors de la 1re Lettre aux Corinthiens, sur le Jésus de l’histoire. Il formule le kérygme, l’énoncé de la foi des premiers chrétiens. Il nous renseigne sur les débats avec les judéo-chrétiens et avec l’Eglise de Jérusalem. Prieur et Mordillat veulent un Jésus sans Eglise. Comme beaucoup aujourd’hui, ils se fabriquent leur propre Jésus. Or, pour l’historien, l’essentiel est ailleurs : les récits évangéliques, qui sont des récits de foi, contiennent-ils une vérité historique et quelle est cette vérité ? J’ai accordé la priorité historique à Jean alors que, d’habitude les historiens partent des évangiles synoptiques (Marc, Luc, Matthieu) et mettent Jean de côté : c’est un texte très symbolique et mystique, dont on ne devrait pas, nous disent-ils, tenir compte. Ce raisonnement me paraît faux. Le récit de Jean est celui d’un témoin oculaire, qu’il nous faut réévaluer par rapport aux trois autres qui, eux, n’ont jamais vu Jésus – même si à l’origine de notre Matthieu actuel se trouve un Matthieu araméen, probablement écrit par l’un des Douze, Lévi dit Matthieu, chef du bureau de péages de Capharnaüm. Les évangiles synoptiques présentent un certain voile par rapport à l’évangile de Jean. D’un point de vue strictement historique, ils me semblent moins fiables : ils résument, dans une optique catéchétique, la vie de Jésus en une seule année. Or, lorsqu’on lit l’évangile de Jean le ministère de Jésus s’étire sur trois ou quatre années. Ainsi nous montre-t-il plusieurs allées et venues, plusieurs discussions avec les autorités juives de Jérusalem ou les pharisiens. Ce sont autant de discussions que les synoptiques rassemblent dans le « procès juif » de Jésus. C’est, à mes yeux, un procès fictif. Jésus n’a pas comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. D’ailleurs, tous les historiens du judaïsme l’écrivent depuis longtemps : jamais, au Ier siècle, le Sanhédrin ne se serait réuni au temps de Pessah… (…) Ce qu’on appelle le « procès juif » de Jésus n’est qu’une présentation schématique des discussions qu’il a eues tout au long de son ministère et qui s’étendent, chez Jean, sur plusieurs chapitres. Les auteurs des synoptiques mettent en scène et rassemblent ces nombreux échanges en un seul récit. Du point de vue historique, ce récit a la même valeur que celui des Tentations : c’est, en quelque sorte, un midrash. (…) Il a un mode de fonctionnement bien précis : il passe constamment de la réalité historique au mystère. Il assiste, par exemple, aux noces villageoises de Cana. Mais il les transforme en noces eschatologiques, ne nous renseignant ni sur le nom des mariés ni sur leur degré de parenté avec Jésus. Il fait des six jarres de vin le symbole de l’imperfection d’Israël (7 étant le nombre parfait). La tâche de l’historien est de retrouver le soubassement du texte, c’est-à-dire la part de réalité que contient le récit. (…) c’est le cas de Gethsémani, où il reste très elliptique. Quant à la Passion, il ne se prend pas pour Mel Gibson et atténue volontairement les souffrances que Jésus endure lors de la flagellation et de la crucifixion : c’est que son intention n’est pas de sombrer dans le gore, mais de montrer la Croix glorieuse, c’est-à-dire le Christ sur son trône de majesté qui va juger le monde. (…) C’est justement l’intérêt de mobiliser les dernières données mises à notre disposition par la recherche. L’abbé Pierre Courouble, grand spécialiste du grec ancien, a ainsi découvert, il y a quelques années, des latinismes dans deux phrases prononcées par Pilate et rapportées par Jean : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » et « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». La présence de latinismes dans ces deux phrases nous démontre que Jean était, sinon un témoin direct lorsque ces phrases ont été prononcées, du moins un rapporteur de première main. De même, Jean connaît le nom de la moindre servante des grands prêtres et le moindre arcane du Temple : cela accrédite l’idée qu’il appartiendrait à une famille sacerdotale de Jérusalem. Il est très certainement, comme nous l’indique Polycrate d’Ephèse au IIe siècle, membre de la haute aristocratie hiérosolymite. Il porte le petalum, la lame d’or des grands prêtres de cette époque. Il n’a vraisemblablement rien à voir avec Jean, fils de Zébédée et pécheur de son état… (…) Souvent, on réduit Jésus à son entourage immédiat des Douze, alors qu’il y avait une multitude de disciples allant et venant, au gré du temps et de leur occupation respective… [Jacques Duquesne] dans son Marie, mère de Jésus, il confond frères et cousins. Il ignore notamment les travaux réalisés aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe et qui nous montrent que Jésus est « nazôréen » : c’est un groupe sémite issu de Mésopotamie qui est venu se réinstaller en Galilée et au-delà du Jourdain dans deux villages, dont Nazareth. Ils prétendent être descendants de David et porter, en leur sein, le messie qu’attend Israël… (…) il ne veut surtout pas qu’on le confonde avec un messie temporel ! Il vit en un temps où il y a déjà eu beaucoup de messies temporels qui se sont révoltés contre l’occupation romaine. C’est le cas de Judas le Galiléen, qui avait fomenté une insurrection, en l’an 6. En représailles, les Romains avaient alors incendié et détruit la ville de Sephoris, située juste à côté de Nazareth. Âgé de douze ou treize ans, Jésus a très certainement aperçu la fumée s’élever au loin et les deux mille croix érigées le long des chemins. Il ne veut pas ça. Et il essaie de rompre avec cette origine qui lui pèse. (…) tout indique qu’il soit né en l’an -7. (…) C’est une période d’attente, d’impatience, d’aspiration messianique. Mais c’est une période de relative accalmie : elle succède aux temps troublés qui ont suivi la mort d’Hérode et la déposition de son fils aîné Archélaos. « Sub Tibero quies » (sous Tibère tout était calme), dit laconiquement Tacite. Mais tout était calme, avant l’explosion. Du temps de Jésus, il n’y avait pas de zélotes ni de sicaires. Et quand on parle de Simon le Zélote, l’un des Douze, il s’agit d’un zèle dans la foi : ce n’était pas un révolutionnaire… (…) Non seulement, il n’y a pas de message politique chez Jésus, mais en plus il refusait la politique et le social. Pour la foi chrétienne, le Christ n’est pas le premier des indignés, mais le premier des ressuscités – ce qui est, convenez-en, un peu différent. Certes, il y a bien eu des tentatives de récupération politique du message de Jésus : ce fut le cas avec la théologie de la libération. Or, il ne fait, par exemple, aucune sorte d’allusion à l’esclavage. Jésus n’est pas Spartacus ! [Piss Christ ou Golgota picnic] sont des oeuvres qui probablement ne resteront pas dans l’histoire : ce sont des épiphénomènes. Paradoxalement, elles montrent, au-delà même du dénigrement ou du sacrilège, que la personne de Jésus ne laisse pas indifférents nos contemporains et continue de fasciner. Moi ce qui m’apparaît important, en tant qu’historien, c’est de découvrir la vérité exacte : qui était Jésus vraiment ? Se ressentait-il être le messie d’Israël ? Pensait-il être lui-même le « Fils de Dieu » ou est-ce un sentiment qu’on lui a attribué ultérieurement ? Pourquoi a-t-il été crucifié ? Quels sont les responsables de cette crucifixion ? Voilà des points d’interrogation auxquels j’ai voulu répondre, en faisant abstraction de toutes les œuvres d’art postérieures, critiques ou non, et même des enseignements dogmatiques. (…) Jésus est un provocateur, notamment lorsqu’il guérit un jour de sabbat. C’était un simple artisan de Nazareth et un nazoréen, toujours suspect puisque se prétendant descendre de David. Il n’avait pas suivi l’enseignement des grands rabbins comme Hillel ou Gamliel. Pourtant, il va jusqu’à mettre en cause l’enseignement de Moïse ! « Moïse vous a dit de faire cela, moi je vous dis de faire ceci. » Au nom de quoi, peut-il prétendre cela ? Quand il appelle Dieu « abba » (en araméen, papa), ce n’est pas simplement l’emploi très déférent du mot « père » que font les juifs. Jésus prétend avoir une relation filiale et unique avec Dieu. C’est là où, en tant qu’historien, je dois m’arrêter : je ne peux pas aller au-delà. (…) il y a une violence prophétique chez Jésus. Elle se manifeste également à l’encontre de villages entiers contre lesquels il jette l’anathème : c’est le cas de Capharnaüm. Le souffle prophétique d’Israël continue à s’exprimer en lui. (…) Je suis parti d’hypothèses. Si l’on en pose d’autres, on pourra arriver à des résultats différents. La recherche et nos connaissances évoluent. En France, le dernier livre qui poursuivait l’objectif de synthétiser l’état le plus récent des connaissances sur Jésus remonte à celui de Daniel Rops, dont la première édition a paru en 1947, c’est-à-dire avant les découvertes de Qumran et des manuscrits de la mer Morte. Le livre que j’ai voulu faire correspond à une étape, un état des lieux de ce que la science met aujourd’hui à notre disposition pour appréhender le Jésus de l’histoire. Il y en aura très certainement d’autres. Jean-Christophe Petitfils
To my dear son André on his 16th birthday …

Pourquoi il faut lire le Jésus de Jean-Christian Petitfils (et son Dictionnaire amoureux aussi !)

En ces temps étranges …

D’églises (blanches) vides et de JAJ, mosquées ou temples (noirs) pleins …

D’athéisme revendiqué et d’idées chrétiennes devenues folles

Comme d’art déchristianisé mais, entre Piss Christ et Golgota picnic, obsédé par la victimologie  …

Où le religieux semble faire son retour, mais avec une sur-radicalité du côté musulman, dans la jeunesse française …

Y compris dans le discours présidentiel qui, appelant à une plus grande mobilisation politique des catholiques, ouvre la voie à d’autres communautés religieuses …

Mais où alors que l’actualité vérifie quasiment quotidiennement et scientifiquement les paroles du Christ …

Les premiers charlatans venus peuvent remettre en cause des siècles de consensus scientifique sur son existence …

A l’heure où, politiquement correct cinématographique oblige,  on déshabille Jean pour habiller Marie-Madeleine

Et où l’on nous africanise nos Pierre ou nos Samson

Le mystère Jésus

Historien, spécialiste du Grand Siècle et auteur de la biographie de référence de Louis XIV, Jean-Christian Petitfils publie, chez Fayard, une biographie du Christ, sobrement intitulée : Jésus.

François Miclo. Les historiens n’ont-ils pas tout dit sur Jésus ? Pourquoi lui consacrer près de 600 nouvelles pages ?
Jean-Christian Petitfils. Tout a été dit, mais tout et son contraire. La synthèse des plus récentes découvertes en histoire, en philologie, en exégèse, en archéologie était devenue nécessaire pour reconstituer la vie aussi bien que le caractère de Jésus. Les données de l’archéologie biblique sont en constant renouvellement : on vient de découvrir, en novembre 2011, que le mur des Lamentations ne datait pas d’Hérode le Grand. On a découvert, en 2009, une maison au centre du village de Nazareth, alors que beaucoup d’historiens prétendaient jusqu’alors que Nazareth n’existait pas au Ier siècle. Il y a près de trente ans, j’ai entamé une démarche personnelle : je suis croyant, membre d’une religion incarnée, et j’ai voulu, en tant qu’historien, avoir davantage de précisions. Marc Bloch écrivait : « Le christianisme est une religion d’historiens. » J’ai voulu retrouver le Jésus de l’histoire. Mon livre s’adresse aux croyants comme aux incroyants et s’arrête devant le mystère. L’historien n’a pas à prendre parti quant à la réalité des exorcismes, des miracles et, a fortiori, de la résurrection. Renan, dont on va fêter le 150e anniversaire de sa Vie de Jésus, disait : « Si les miracles ont quelque réalité, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » C’est un présupposé scientiste et positiviste que de rejeter et de nier le mystère.

« Tout a été dit, mais tout et son contraire. » Comment expliquer un désaccord aussi persistant sur l’historicité de Jésus ? Les sources, en dehors des quatre évangiles, sont minces. Et quand Flavius Josèphe mentionne un certain Jésus, il est légitime de se demander si ce n’est pas un copiste chrétien qui l’aurait tardivement rajouté…
Ce n’est pas impossible qu’il y ait une interpolation chrétienne du texte de Flavius Josèphe, puisqu’on a retrouvé un texte d’Agapios de Manbij, évêque melchite du Xe siècle, qui nous donne une version plus condensée du Testimonium flavianum, dans laquelle ne figurent pas les éléments contestés. Au-delà, nous disposons d’écrits romains de Tacite, de Suétone ou encore d’une lettre datée de l’an 111 de Pline le Jeune disant que « les chrétiens chantent un hymne à “Chrestos” comme à un dieu ». Indépendamment de ce que nous racontent les évangiles et les lettres pauliniennes, on voit que, dès le début du IIe siècle, les chrétiens étaient réputés croire à la divinité de Jésus. Même Celse, philosophe grec du IIe siècle et adversaire très virulent du christianisme, ne remet pas en cause l’existence historique de Jésus. La contestation de cette historicité est, en réalité, une affaire très tardive et très chargée d’idéologie.

Pourquoi procéder à l’inverse de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, les auteurs de Corpus Christi, en mettant de côté Paul de Tarse et en vous concentrant sur l’évangile de Jean ?
Paul ne nous dit pratiquement rien, en dehors de la 1re Lettre aux Corinthiens, sur le Jésus de l’histoire. Il formule le kérygme, l’énoncé de la foi des premiers chrétiens. Il nous renseigne sur les débats avec les judéo-chrétiens et avec l’Eglise de Jérusalem. Prieur et Mordillat veulent un Jésus sans Eglise. Comme beaucoup aujourd’hui, ils se fabriquent leur propre Jésus. Or, pour l’historien, l’essentiel est ailleurs : les récits évangéliques, qui sont des récits de foi, contiennent-ils une vérité historique et quelle est cette vérité ? J’ai accordé la priorité historique à Jean alors que, d’habitude les historiens partent des évangiles synoptiques (Marc, Luc, Matthieu) et mettent Jean de côté : c’est un texte très symbolique et mystique, dont on ne devrait pas, nous disent-ils, tenir compte. Ce raisonnement me paraît faux. Le récit de Jean est celui d’un témoin oculaire, qu’il nous faut réévaluer par rapport aux trois autres qui, eux, n’ont jamais vu Jésus – même si à l’origine de notre Matthieu actuel se trouve un Matthieu araméen, probablement écrit par l’un des Douze, Lévi dit Matthieu, chef du bureau de péages de Capharnaüm. Les évangiles synoptiques présentent un certain voile par rapport à l’évangile de Jean. D’un point de vue strictement historique, ils me semblent moins fiables : ils résument, dans une optique catéchétique, la vie de Jésus en une seule année. Or, lorsqu’on lit l’évangile de Jean le ministère de Jésus s’étire sur trois ou quatre années. Ainsi nous montre-t-il plusieurs allées et venues, plusieurs discussions avec les autorités juives de Jérusalem ou les pharisiens. Ce sont autant de discussions que les synoptiques rassemblent dans le « procès juif » de Jésus. C’est, à mes yeux, un procès fictif. Jésus n’a pas comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. D’ailleurs, tous les historiens du judaïsme l’écrivent depuis longtemps : jamais, au Ier siècle, le Sanhédrin ne se serait réuni au temps de Pessah…

Ouh, le blasphémateur que voilà ! Vous remettez en cause une vérité de la foi !
Non, ce n’est pas une vérité dogmatique. Ce qu’on appelle le « procès juif » de Jésus n’est qu’une présentation schématique des discussions qu’il a eues tout au long de son ministère et qui s’étendent, chez Jean, sur plusieurs chapitres. Les auteurs des synoptiques mettent en scène et rassemblent ces nombreux échanges en un seul récit. Du point de vue historique, ce récit a la même valeur que celui des Tentations : c’est, en quelque sorte, un midrash.

A midrash, midrash et demi : votre Jean me paraît demeurer bien symbolique…
Il a un mode de fonctionnement bien précis : il passe constamment de la réalité historique au mystère. Il assiste, par exemple, aux noces villageoises de Cana. Mais il les transforme en noces eschatologiques, ne nous renseignant ni sur le nom des mariés ni sur leur degré de parenté avec Jésus. Il fait des six jarres de vin le symbole de l’imperfection d’Israël (7 étant le nombre parfait). La tâche de l’historien est de retrouver le soubassement du texte, c’est-à-dire la part de réalité que contient le récit.

Pour autant, Jean se tait sur certains épisodes que les synoptiques développent…
Oui, c’est le cas de Gethsémani, où il reste très elliptique. Quant à la Passion, il ne se prend pas pour Mel Gibson et atténue volontairement les souffrances que Jésus endure lors de la flagellation et de la crucifixion : c’est que son intention n’est pas de sombrer dans le gore, mais de montrer la Croix glorieuse, c’est-à-dire le Christ sur son trône de majesté qui va juger le monde.

Comment séparer ici le bon grain de l’ivraie, la réalité historique de la portée symbolique du texte ?
C’est justement l’intérêt de mobiliser les dernières données mises à notre disposition par la recherche. L’abbé Pierre Courouble, grand spécialiste du grec ancien, a ainsi découvert, il y a quelques années, des latinismes dans deux phrases prononcées par Pilate et rapportées par Jean : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » et « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». La présence de latinismes dans ces deux phrases nous démontre que Jean était, sinon un témoin direct lorsque ces phrases ont été prononcées, du moins un rapporteur de première main. De même, Jean connaît le nom de la moindre servante des grands prêtres et le moindre arcane du Temple : cela accrédite l’idée qu’il appartiendrait à une famille sacerdotale de Jérusalem. Il est très certainement, comme nous l’indique Polycrate d’Ephèse au IIe siècle, membre de la haute aristocratie hiérosolymite. Il porte le petalum, la lame d’or des grands prêtres de cette époque. Il n’a vraisemblablement rien à voir avec Jean, fils de Zébédée et pécheur de son état…

Ouh là, là, moins vite : j’ai toujours eu du mal avec le nom des disciples…
Souvent, on réduit Jésus à son entourage immédiat des Douze, alors qu’il y avait une multitude de disciples allant et venant, au gré du temps et de leur occupation respective…

Sans compter ses frères et sœurs !
Jésus n’en a jamais eu !

Jacques Duquesne a le droit d’aimer les familles nombreuses, non ?
Oui, mais, dans son Marie, mère de Jésus, il confond frères et cousins. Il ignore notamment les travaux réalisés aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe et qui nous montrent que Jésus est « nazôréen » : c’est un groupe sémite issu de Mésopotamie qui est venu se réinstaller en Galilée et au-delà du Jourdain dans deux villages, dont Nazareth. Ils prétendent être descendants de David et porter, en leur sein, le messie qu’attend Israël…

Tout au long de sa prédication, Jésus semble tenir cette origine comme une vraie croix ! On l’interpelle dans la rue : « Eh toi, fils de David… » Il n’aime pas trop ça…
C’est qu’il ne veut surtout pas qu’on le confonde avec un messie temporel ! Il vit en un temps où il y a déjà eu beaucoup de messies temporels qui se sont révoltés contre l’occupation romaine. C’est le cas de Judas le Galiléen, qui avait fomenté une insurrection, en l’an 6. En représailles, les Romains avaient alors incendié et détruit la ville de Sephoris, située juste à côté de Nazareth. Âgé de douze ou treize ans, Jésus a très certainement aperçu la fumée s’élever au loin et les deux mille croix érigées le long des chemins. Il ne veut pas ça. Et il essaie de rompre avec cette origine qui lui pèse.

Mais comment ! Jésus avait douze ou treize ans en l’an 6 après Lui-même ?
Oui, tout indique qu’il soit né en l’an -7.

Destruction de villes, incendies, crucifixions : c’est une période violente ?
C’est une période d’attente, d’impatience, d’aspiration messianique. Mais c’est une période de relative accalmie : elle succède aux temps troublés qui ont suivi la mort d’Hérode et la déposition de son fils aîné Archélaos. « Sub Tibero quies » (sous Tibère tout était calme), dit laconiquement Tacite. Mais tout était calme, avant l’explosion. Du temps de Jésus, il n’y avait pas de zélotes ni de sicaires. Et quand on parle de Simon le Zélote, l’un des Douze, il s’agit d’un zèle dans la foi : ce n’était pas un révolutionnaire…

Ah mince ! Moi qui croyais que Jésus préfigurait la venue sur la Terre de Stéphane Hessel ! Il n’était donc pas un indigné ?
Non seulement, il n’y a pas de message politique chez Jésus, mais en plus il refusait la politique et le social. Pour la foi chrétienne, le Christ n’est pas le premier des indignés, mais le premier des ressuscités – ce qui est, convenez-en, un peu différent. Certes, il y a bien eu des tentatives de récupération politique du message de Jésus : ce fut le cas avec la théologie de la libération. Or, il ne fait, par exemple, aucune sorte d’allusion à l’esclavage. Jésus n’est pas Spartacus !

Jésus n’était pas Spartacus, mais vous nous apprenez qu’il aurait pu jouer dans un péplum… Ce n’était pas le gringalet aux épaules tombantes du film de Rossellini, mais un beau et solide gaillard !
Mon point de vue se fonde sur les reliques de la Passion. Là se pose le problème de leur authenticité. Longtemps, elle a été sujette à caution. Que ce soit le linceul de Turin, le suaire d’Oviedo ou la tunique d’Argenteuil, les plus récentes découvertes scientifiques invalident ce que nous tenions pour acquis. Ainsi les analyses au carbone 14 menées sur la relique de Turin en 1988 sont aujourd’hui remises en cause. Les incendies qui ont affecté la relique au long des siècles ont causé notamment une forte pollution au carbone. D’autres éléments, comme la détection des pollens, les inscriptions sur le linceul et sur le suaire ou encore la méthode de tissage employée plaident en faveur d’une datation de ces trois reliques au Ier siècle et les situent au Proche Orient. Rajoutez à cela que les tâches de sang et d’humeurs présentes sur les trois reliques se superposent parfaitement et qu’elles correspondent au même groupe sanguin : elles ne sont plus simplement des objets de piété pour le croyant, mais des documents d’étude pour l’historien. Jusqu’à preuve du contraire, elles le renseignent sur l’aspect physique de Jésus et, à travers les épanchements dont elles portent la trace, sur ce que fut sa crucifixion, sa descente de la croix mais également sa mise au tombeau.

Vous publiez ce livre à un moment où la figure de Jésus fait irruption dans le débat public à travers des œuvres comme Piss Christ ou Golgota picnic. Comment expliquer cette focalisation particulière dans une société pourtant largement déchristianisée ?
Ce sont des oeuvres qui probablement ne resteront pas dans l’histoire : ce sont des épiphénomènes. Paradoxalement, elles montrent, au-delà même du dénigrement ou du sacrilège, que la personne de Jésus ne laisse pas indifférents nos contemporains et continue de fasciner. Moi ce qui m’apparaît important, en tant qu’historien, c’est de découvrir la vérité exacte : qui était Jésus vraiment ? Se ressentait-il être le messie d’Israël ? Pensait-il être lui-même le « Fils de Dieu » ou est-ce un sentiment qu’on lui a attribué ultérieurement ? Pourquoi a-t-il été crucifié ? Quels sont les responsables de cette crucifixion ? Voilà des points d’interrogation auxquels j’ai voulu répondre, en faisant abstraction de toutes les œuvres d’art postérieures, critiques ou non, et même des enseignements dogmatiques.

Mais Jésus ne fut-il pas, aux yeux du milieu juif dans lequel il évoluait et notamment des pharisiens, le plus grand blasphémateur de l’histoire ?
Jésus est un provocateur, notamment lorsqu’il guérit un jour de sabbat. C’était un simple artisan de Nazareth et un nazoréen, toujours suspect puisque se prétendant descendre de David. Il n’avait pas suivi l’enseignement des grands rabbins comme Hillel ou Gamliel. Pourtant, il va jusqu’à mettre en cause l’enseignement de Moïse ! « Moïse vous a dit de faire cela, moi je vous dis de faire ceci. » Au nom de quoi, peut-il prétendre cela ? Quand il appelle Dieu « abba » (en araméen, papa), ce n’est pas simplement l’emploi très déférent du mot « père » que font les juifs. Jésus prétend avoir une relation filiale et unique avec Dieu. C’est là où, en tant qu’historien, je dois m’arrêter : je ne peux pas aller au-delà.

C’est plus que de la provoc’. Quand il dit, par exemple, à sa mère, aux noces de Canna ce que l’on pourrait traduire par : « T’es qui toi ? », cela révèle une violence inouïe dans une société où l’on doit, comme l’exige le Décalogue, « honorer son père et sa mère ».
Oui, il y a une violence prophétique chez Jésus. Elle se manifeste également à l’encontre de villages entiers contre lesquels il jette l’anathème : c’est le cas de Capharnaüm. Le souffle prophétique d’Israël continue à s’exprimer en lui.

Y a-t-il du nouveau à découvrir sur Jésus ?
Oui. Je suis parti d’hypothèses. Si l’on en pose d’autres, on pourra arriver à des résultats différents. La recherche et nos connaissances évoluent. En France, le dernier livre qui poursuivait l’objectif de synthétiser l’état le plus récent des connaissances sur Jésus remonte à celui de Daniel Rops, dont la première édition a paru en 1947, c’est-à-dire avant les découvertes de Qumran et des manuscrits de la mer Morte. Le livre que j’ai voulu faire correspond à une étape, un état des lieux de ce que la science met aujourd’hui à notre disposition pour appréhender le Jésus de l’histoire. Il y en aura très certainement d’autres.

Voir aussi:

Il faut lire le Jésus de Petitfils

C’est certainement la surprise du moment en matière d’édition : un historien, spécialiste du XVIIe et XVIIIe siècles, quitte le confort d’une période bien connue pour aborder un autre champ historique. Et en la matière, Jean-Christian Petitfils n’a pas lésiné. Il ne s’est pas seulement attaché à un autre sujet, il s’est attaqué « au » sujet par excellence : Jésus-Christ de Nazareth. L’ambition est énorme. Le travail était d’avance semé d’embûches. D’autres et non des moindres – que l’on pense à Renan – s’y sont déjà cassés les dents. Après la lecture du Jésus de Jean-Christian Petitfils, on peut le dire en toute quiétude : l’auteur n’a rien à craindre pour sa dentition…

En historien scrupuleux, Jean-Christian Petitfils aborde, en effet, le Jésus de l’Histoire et, de ce fait, il ne s’agit pas d’un livre de plus à destination du monde catholique ou, plus largement, à destination du monde chrétien. Tous peuvent le lire dès lors qu’ils se posent la question de savoir si Jésus a bien existé et qui il était exactement.

Disons-le tout de suite : la science historique confirme ce que les croyants savent, sans conclure évidemment ce que la foi seule peut conclure. Mais prenons un exemple avec la question de la divinité du Christ. Jean-Christian Petitfils n’affirme pas que le Christ était Dieu. En revanche, il montre que Jésus s’est bien présenté comme le Fils de Dieu. Il ne s’agit donc pas d’une reconstruction postérieure, due à saint Paul et entretenue par l’Église. De la même manière, il aborde, par exemple, la question des miracles dans une perspective historique. Il montre que les plus anciennes sources indiquent que Jésus a été perçu comme étant doté de pouvoirs extraordinaires.

Il faudrait beaucoup de place pour évoquer en détail ce livre de 690 pages (Fayard, 25€), véritable synthèse des travaux les plus sérieux sur le sujet et qui nous restent malheureusement souvent inconnus. À sa manière, tranquille et non belliqueuse, Jean-Christian Petitfils est véritablement l’anti-Renan, évitant de tomber dans un pur mysticisme, qui serait en l’occurrence la négation de la méthode historique, et évitant de céder aux sirènes d’un rationalisme étriqué qui évacue la complexité de l’histoire. La crise moderniste est née notamment de cet échec de la rencontre des textes évangéliques et des sciences historiques qui se cherchaient encore. Sur ce plan, la question semble désormais régler, même pour le grand public. Sur un autre plan, on peut aussi se réjouir : les Lenoir, Duquesne et consorts sont définitivement enfoncés. Avec un ouvrage écrit dans une langue claire, élégante et agréable. Ce qui, là aussi, nous change de la littérature habituelle en la matière.

Voir également:

Dictionnaire amoureux de Jésus

LIVRE | 14/12/2015 | De Jean-Christian Petitfils

Auteur : Jean-Christian Petitfils
Editeur : Plon
Nombre de pages : 912

Être « amoureux » de Jésus pourrait sembler un phénomène d’un autre âge. Mais ce décalage – culturel et chronologique – n’impressionne pas un historien du calibre de Jean-Christian Petitfils. N’est-il pas l’auteur à succès des biographies de Louis XIII , Louis XIV , Louis XV et Louis XVI ?

Sans hésiter, il a donc prêté son nom et sa plume à la célèbre collection des « Dictionnaires amoureux ». Il est vrai, Jésus de Nazareth n’est pas un roi comme les autres ; sa royauté semble à des années-lumière des ors de Versailles… Déclarer sa flamme pour Jésus constitue un risque quand on est un savant reconnu. La grandeur de Jean-Christian Petitfils consiste à exposer en plein jour les raisons de son inclinaison spirituelle. L’auteur du Dictionnaire amoureux de Jésus assume : « Être amoureux de Jésus n’est assurément pas être amoureux d’une contrée, si fascinante soit-elle – l’Espagne, la Grèce, l’Italie ou la Bretagne –, d’un personnage historique – Napoléon ou Charles de Gaulle –, d’une grande figure littéraire – Stendhal ou Marcel Proust –, ou encore des chats, des trains, des étoiles, du rugby ! »

Être amoureux de Jésus engage. Jean-Christian Petitfils se présente comme un homme de foi. « Pour le chrétien que je suis, Jésus est une personne vivante, le Dieu fait chair venu apporter le salut au monde. Croire, c’est être relié, au cœur même de son être, à une mystérieuse source d’eau vive. »

La foi d’un historien

L’historien avait déjà publié en 2011 chez Fayard un Jésus remarquable . Il récidive aujourd’hui en ajoutant les lumières de la foi à son talent d’investigation historique. À vrai dire, pour ce spécialiste du Grand Siècle, la figure de Jésus engage autant le cœur que la raison. Pascal n’était-il pas à la fois physicien et mystique ?

« L’Histoire tiendra une place essentielle dans ce dictionnaire, précise l’auteur. À la lecture amoureuse de la parole de Jésus, à la découverte de sa personne, se mêlera constamment l’enquête rationnelle de l’historien. » Il invoque une belle formule de Marc Bloch : « Le christianisme est une religion d’historiens. »

Cette Histoire de Jésus est une histoire vraie. Chaque siècle fait rayonner cette lumière avec sa grâce propre. Il est indéniable que Jean-Christian Petitfils a un air de famille avec cette École française de spiritualité qui a redonné tant de couleurs et de profondeur au catholicisme du XVIIe siècle. En couverture de son ouvrage, l’illustration du peintre Philippe de Champaigne (Le Christ aux outrages) donne le ton de ce classicisme plein de tendresse. À cette époque, la dévotion à l’humanité du Christ est en plein essor. Sous l’impulsion d’un cardinal de Bérulle se répand le « christocentrisme », une manière de s’approprier la religion catholique par la méditation des mystères de la vie de Jésus.

On peut se perdre dans les entrées de ce dictionnaire, car on y retrouve toujours Jésus. Il y a la crèche et la croix, l’étoile de Bethléem et l’Évangile de Judas, ou encore les larrons et Lazare. À chaque fois, l’auteur dépoussière les connaissances actuelles sans jamais abîmer la foi. Bien au contraire. Il revendique la méthode audacieuse d’un Richard Simon qui, au temps de Bossuet, a posé les premiers jalons de l’exégèse moderne saluée ensuite par Joseph Ratzinger : « Son génie est d’avoir compris que la critique historique d’un texte saint n’oblitère en rien son caractère transcendant, sacré et inspiré. » Foi et raison font naître  un amour profond.

Voir de même:

Contre-info
27 juin 2012
Etant donné que ce livre et son auteur jouissent encore d’une certaine publicité (vente chez Chiré, dédicace à la fête du livre de Radio Courtoisie dimanche dernier), nous remettons à l’honneur l’article ci-dessous, paru il y a quelques mois.] En ce dimanche, évoquons un livre qui fait pas mal parler de lui : Jésus (honteusement sous-titré le Jésus de l’Histoire) de l’historien (de droite) Jean-Christian Petitfils. L’abbé Puga (de saint Nicolas du Chardonnet) en fait une intéressante critique : « Spécialiste de l’histoire française des XVIIe et XVIIIe siècles, auteur de nombreux ouvrages appréciés à juste titre sur cette période, il tente dans son nouveau travail une aventure d’historien à la recherche des données historiques sur la vie du Christ. Avant lecture on aurait pu s’attendre à une étude fouillée (le livre comporte plus de 650 pages !) de l’historicité des documents évangéliques, de leur crédibilité et à partir de là découvrir l’élaboration d’une vie de Jésus fondée sur des faits indubitables en montrant par exemple leur corrélation et leur conformité avec les données de l’histoire de l’Antiquité. Un postulat regrettable Mais tout en proclamant vouloir ne faire qu’œuvre d’historien, l’auteur s’engage dans une toute autre voie non scientifique. Cherchant son inspiration auprès de quelques exégètes modernes du XXe siècle comme Xavier Léon Dufour, le P. Benoit, le P. Grelot et surtout en se mettant aveuglément à la remorque des thèses de l’Ecole Biblique de Jérusalem, Jean-Christian Petitfils part d’un a priori : le genre littéraire des évangiles, et tout spécialement des évangiles que l’on nomme synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), serait un genre tout à fait à part. En effet l’intention des auteurs ne serait pas de nous rapporter les événements tels qu’ils se sont déroulés en réalité mais tels que les auteurs les ont perçus et entendent les transmettre aux fidèles. Bien entendu, en aucun endroit de son ouvrage Jean-Christian Petitfils ne nous explique, et encore moins ne nous démontre, pourquoi il en aurait été ainsi et pourquoi, surtout, il a choisi, lui historien, de suivre cette thèse qui a toujours été rejetée dans l’Eglise catholique jusqu’au milieu du XXe siècle. Mais, comme le déclare notre auteur sans nostalgie aucune, c’était une « époque pas si lointaine où l’on tenait les écrits évangéliques pour vérité historique irréfragable » (p. 469). Saint Pie X stigmatisait déjà il y a un siècle les exégètes modernistes : « Il semblerait vraiment que nul homme avant eux n’a feuilleté les livres saints, qu’il n’y a pas eu à les fouiller en tous sens une multitude de docteurs infiniment supérieurs à eux en génie, en érudition » (encyclique Pascendi). Les vingt pages de bibliographie à la fin de cet ouvrage sur Jésus sont éloquentes : 98 % des études citées sont postérieures aux années soixante. En un mot avant le concile Vatican II, il semblerait que la véritable exégèse n’ait pas existé. Des grands noms qui ont illustré, tant dans les universités romaines que dans les instituts catholiques, la défense de l’historicité des évangiles, pas un seul n’est cité, comme par exemple les pères Tromp, de Grandmaison, Renié, l’abbé Fillion etc… Influencé par les études de Xavier Léon-Dufour, Jean-Christian Petitfils manifeste une préférence indéniable pour l’Evangile de Jean (qui, pour notre auteur, n’est pas de saint Jean l’apôtre…) au point d’entreprendre de nous libérer en matière historique de la « Tyrannie du Jésus des Synoptiques » (p. 544). C’est pourquoi, tout au long de son ouvrage, il n’a de cesse de mettre en doute la réalité des événements que les évangiles de Matthieu, Marc et Luc nous rapportent. Un épisode rapporté par ceux-ci viendrait à être absent de l’évangile de Jean, aussitôt la suspicion apparaît quant à sa vérité. Cela n’empêche pas l’auteur de prétendre que Jean lui-même n’est pas forcément toujours fidèle à l’histoire réelle, la part de symbolique ayant son rôle ! Une vision partiale et fausse Quelles vont être les conséquences de l’application par l’auteur d’un tel filtre d’a priori sur l’historicité de nos évangiles ? Donnons quelques exemples tirés de l’ouvrage lui-même. Il ne sera pas alors difficile au lecteur de comprendre que, pour Jean-Christian Petitfils, il y a un fossé entre le Christ de la Foi et le Christ de l’Histoire. Le récit de la tentation du Christ au désert est un « récit fictif illustrant une idée théologique ». (p. 96). Le voir autrement serait faire preuve d’une « lecture fondamentaliste.» (Idem). La prière et l’agonie de Jésus à Gethsemani : « Le récit des synoptiques est une construction élaborée à partir de diverses traditions et phrases hors de leur contexte » (p. 290). « Historiquement il n’est pas simple de dire ce qu’il s’est passé » et l’auteur de renvoyer l’épisode au dimanche de l’entrée triomphale dans Jérusalem en l’assimilant à un tout autre épisode rapporté par l’évangile de Jean. Le baiser de Judas ? « Peut-être une figure littéraire et symbolique soulignant la perfidie extême » (p. 309). La comparution de Jésus devant le Sanhédrin dans la nuit du jeudi au vendredi durant laquelle le Christ se déclarant Fils de Dieu ce qui lui vaut d’être déclaré digne de mort ? Lisez bien : « Jésus n’a jamais comparu devant le Sanhédrin ». « Les évangélistes ont agrégé dans un procès fictif l’ensemble des éléments qui l’opposaient aux autorités juives ». (p. 320). Le procès devant Ponce-Pilate ? Sur le plan historique affirme l’auteur, « il n ‘y a aucune certitude que les événements se sont passés comme Matthieu les rapporte » ; (p. 350). Et bien sûr Jean-Christian Petitfils, pour ne pas aller à l’encontre de la pensée dominante contemporaine, n’hésite pas à déclarer que les paroles des Juifs réclamant sur eux la responsabilité du sang qui va être versé (paroles qui selon lui n’ont probablement pas été prononcées !) « vont nourrir chez les chrétiens un antijudaïsme, une haine des Juifs comme peuple déicide, que rien, absolument rien ne justifie. Elles vont servir de prétexte à des siècles de meurtres, de pogroms et d’incompréhension » (p. 350). Trois fois l’auteur réaffirme cela dans son ouvrage. « Mon Père pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Que penser de cette parole de Jésus sur la Croix ? « Ce cri de détresse a-t-il réellement jailli de la bouche de Jésus » se demande l’auteur ? « Certains en ont douté. » Mais on peut « supposer un arrière fond historique ». D’où la question qu’il se pose, sans y répondre : « A partir de quel élément réel les synoptiques ont-ils élaboré leur version ? » Il avance cependant une hypothèse « Jésus aurait simplement soupiré : Mon Dieu, c’est toi » ! (p. 393). Comme on le voit en quelques lignes il ne reste quasiment rien de l’historicité de l’une des paroles les plus sublimes et bouleversantes du Christ méditée par les générations de chrétiens depuis les origines de l’Eglise. Pour les récits de la Résurrection du Christ, il en est de même : « On n’est pas obligé de croire littéralement Matthieu lorsqu’il nous dit que l’Ange s’adresse aux femmes pour leur dire que le Christ est ressuscité » p. 434. Et l’auteur de conclure : « C’est ici au tombeau vide que s’arrête l’Histoire et que commence la Foi. L’historien sans s’engager sur la résurrection de Jésus ne peut à partir de ce moment qu’enregistrer les témoignages, les confronter » (p. 432). Mais permettons-nous d’objecter gravement à l’auteur : si l’historien ne peut me dire si les témoignages sur la résurrection de Jésus sont crédibles, qui pourra m’en donner la certitude pour me permettre de poser mon acte de Foi ? Les récits de l’enfance Jean-Christian Petitfils n’examine les récits évangéliques de l’enfance de Jésus qu’à partir de la page p. 451 dans son épilogue. Cela en dit déjà long sur l’estime que l’historien qu’il se veut d’être leur porte ! Que dit-il ? « Ces récits n’entretiennent pas le même rapport avec l’Histoire que les récits de la vie publique de Jésus. » (Et nous avons vu auparavant que l’historicité de ces derniers avait déjà beaucoup de lacunes !) « Ils sont le fruit d’une activité rédactionnelle élaborée… dans le dessein spécifique d’exalter l’origine divine de Jésus dans sa conception (p. 454)… Leur théologie prend volontairement la forme du merveilleux. Leur écriture colorée, enjolivée d’anecdotes, fait la joie de la piété populaire. » (p. 455). Et l’auteur de citer le cardinal Ratzinger : « Ces récits débordent radicalement le cadre de la vraisemblance historique ordinaire et nous confrontent avec l’action immédiate de Dieu ». Tout est là, pour Jean-Christian Petitfils et ses inspirateurs : sans la foi, il est impossible de dire ce que fut historiquement l’enfance de Jésus. Concluons. Tout l’ouvrage est sous-tendu par une vision moderniste de l’inspiration des écritures, que le pape saint Pie X a parfaitement stigmatisée et condamnée dans son encyclique Pascendi : « Ils distinguent, dit le Pape, soigneusement l’Histoire de la foi et l’histoire réelle ; à l’histoire de la foi, ils opposent l’histoire réelle, précisément en tant que réelle ; d’où il suit que des deux Christ l’un est réel ; celui de la foi n’a jamais existé dans la réalité ; l’un est venu en un point du temps et de l’espace, l’autre n’a jamais vécu ailleurs que dans les pieuses méditations du croyant ». Jean-Christian Petitfils, en écrivant son « Jésus » ne s’est sans doute pas rendu compte qu’en se mettant à l’école d’exégètes modernistes plutôt que d’agir en véritable historien, il perd toute vision objective de la véritable histoire de Jésus. Pour le non chrétien, cet ouvrage ne pourra l’amener qu’à la conclusion que l’on ne possède guère de sources crédibles sur l’histoire du Christ. La foi du lecteur chrétien, quant à elle, sera ébranlée au point qu’il finira par se demander si le Christ auquel il croit est bien le même que celui qui a vécu parmi nous. Echappé de sa période historique habituelle où il excelle, Jean-Christian Petitfils a fait une téméraire incursion dans l’Antiquité Chrétienne. Ce fut un désastre. Vite, qu’il retourne à son époque de prédilection ; c’est là que nous l’apprécions. Jésus, Jean-Christian Petitfils, Fayard, 2011, 670 pages. Abbé Denis PUGA » Article extrait du Chardonnet n° 275 de février 2012 Via La Porte Latine
Voir de plus:
“L’historien n’a pas à expliquer ni à se demander si la Résurrection est possible“

Alors que le film Jésus l’enquête sort cette semaine au cinéma, rencontre avec l’historien et archéologue Bruno Bioul, qui publie Les Évangiles à l’épreuve de l’Histoire (Artège), une enquête passionnante sur l’authenticité et la transmission des évangiles.

Ces derniers mois, plusieurs films à thématique religieuse ont fait l’actualité. Le dernier en date – Jésus l’enquête, de Jon Gunn – sort cette semaine en France. Comment expliquez-vous ce questionnement récent autour du « Jésus historique » ?

Le questionnement que vous évoquez n’est pas si récent que cela. Savez-vous que depuis le début du XXe siècle, pas moins de 80 films dans lesquels il est question de Jésus ont été tournés, dont 15 depuis l’an 2000 ? Cela nous fait une moyenne d’un film tous les 18 mois environ ! En réalité, la question de l’historicité de Jésus, de son existence, est récurrente depuis au moins le XVIIe siècle, lorsqu’apparaît le déisme qui, en Angleterre notamment, se caractérise par une critique virulente des miracles et du surnaturel.

Au XVIIIe siècle, ce courant philosophique quasiment athée s’infléchit en panthéisme puis en théisme, et sera la religion de beaucoup de philosophes des Lumières. On se rapproche alors d’une religion naturelle qui n’est pas dépourvue d’une certaine forme de culte, « fut-il réduit à la prière d’adoration de l’infini face au soleil levant », comme l’a écrit Jacqueline Lagrée. Mais c’est avec la quête rationaliste, le courant mythologique et l’école de Tübingen au début du XIXe siècle, que la réalité historique de Jésus s’évanouit pour devenir une figure mythologique, fruit d’un imaginaire presque mystique des premières communautés chrétiennes.

La recherche historique à propos de Jésus peut-elle « renforcer » la foi ?

Le Jésus de l’Histoire et le Christ de la foi peuvent être liés, mais en aucun cas la foi ne peut naître de la recherche historique. Depuis le milieu des années 1950, la quête du Jésus historique a été relancée sous l’impulsion de Ernst Käsemann et Günther Bornkamm, et on peut remarquer qu’aujourd’hui elle se recentre sur sa judaïté. Sa dimension historique est pleinement assurée autant par les sources textuelles – aussi pauvres et fragiles soient-elles – que par la critique interne des récits évangéliques mis en perspective avec le contexte général de la Palestine au tournant de notre ère. Vous comprenez ainsi que la figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles, et qu’on n’a pas fini de s’interroger sur lui.

La figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles. On n’a pas fini de s’interroger sur lui.

Michel Onfray a défrayé la chronique l’an passé en remettant en cause l’existence de Jésus. Ces films s’inscrivent donc dans un questionnement plus ancien qu’on ne le pense ?

Le film de Jon Gunn est, en définitive, dans la continuité logique de cette interrogation, il est l’illustration parfaite de cette interrogation qui taraude les esprits depuis si longtemps. Si je pouvais, humblement, donner un conseil à M. Onfray, ce serait d’aller voir ce film qui raconte la quête d’un journaliste d’investigation athée américain, Lee Strobel, qui, dans les années 1970, suite à la conversion de son épouse, mena une véritable enquête policière sur le personnage de Jésus. Lee Strobel a publié plusieurs livres relatant sa longue quête : The Case for Christ (1998), The Case for Faith (2000), The Case for a Creator (2004), The Case for the Real Jesus (2007), et bien d’autres encore. Il a cherché à comprendre comment aux XXe et XXIe siècles, des gens pouvaient encore croire en Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, alors que le dogme rationaliste contemporain posait (mais sans aucun fondement scientifique) l’impossibilité d’une telle assertion. Son enquête l’a mené à interroger des dizaines de spécialistes de tous bords, et l’a conduit finalement à se convertir. Voilà une belle leçon de vie et d’honnêteté intellectuelle.

Au vu des avancées historiques et archéologiques que vous présentez dans votre livre, il est pourtant toujours impossible de conclure à la vérité des évangiles d’un point de vue scientifique ?

La méthode exégétique (étude et interprétation des textes) repose au départ sur le doute scientifique. Elle remet en question la tradition multiséculaire de l’Église concernant notamment l’authenticité des évangiles. Afin d’éviter toute discussion stérile sur l’authenticité des récits évangéliques au nom d’une hypercritique inutile, il me semble plus judicieux d’aborder le sujet sous l’angle de la vraisemblance, car cela laisse la porte ouverte à toutes les objections, à la condition bien entendu qu’elles soient fondées.

Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. 

Il existe donc bien, comme l’écrit Jean-Christian Petitfils dans sa biographie, un « Jésus historique » et un « Jésus de la foi » ? La Résurrection demeurera donc toujours un mystère ?

Je n’ai pas, en tant qu’historien, qualité pour juger de la pertinence de cette différenciation, ni pour lui attribuer un quelconque jugement de valeur. On se trouve ici dans le registre de la foi. La question que je me pose est de savoir si, oui ou non, cette foi peut reposer sur des faits ou seulement sur une appréciation personnelle. Je considère que la foi est beaucoup plus qu’un sentiment, qu’un élan du cœur qui nous pousse à croire sans vraiment chercher à comprendre. Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. Mais on sort ici du champ de l’histoire. Pour en revenir à la résurrection, je dirais que l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène. Par contre, il doit prendre en compte l’information qui le rapporte. Tout écrit est une information, tout texte donne des renseignements dont il faut analyser le degré de pertinence, de crédibilité, de vraisemblance.

L’historien et le croyant ne peuvent au final que se fier à ces seuls témoignages rédigés il y a deux millénaires ?

Lorsque les évangiles racontent la résurrection de Jésus, l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène ni à se demander s’il est possible ou non (même la science actuelle est incapable de répondre à cette question pour les raisons que je donne dans mon livre), mais de vérifier la vraisemblance de cette information : qui sont ceux qui rapportent cette information ? Qui sont les témoins ? Pourquoi rapportent-ils ce phénomène ? Qu’ont-ils fait exactement après l’avoir rapporté ? Comment ont réagi leurs adversaires ? Quelles sont les autres explications possibles à cet épisode singulier ? S’agit-il d’un mensonge, d’une manipulation ? Quels en sont les raisons ou les buts ? En définitive, lorsqu’on sait comment les témoins de cette annonce extraordinaire ont fini leur vie, on peut se poser la question : on peut mourir pour quelque chose que l’on croit être vrai, mais est-on prêt à donner sa vie pour quelque chose que l’on sait être faux ? Ici, on n’est plus dans le domaine de l’histoire ni de la foi ; c’est juste une question de bon sens !

Voir  encore:

Flora Carr
Time
March 30, 2018

Sex worker, saint, sinner, witness, wife. In the 2,000 years since Mary Magdalene is said to have watched Jesus Christ die on the cross, she’s been labeled many things.

The label “prostitute” has stuck fast for centuries, ever since Pope Gregory I first pronounced her a “sinful woman” in the year 591, defying evidence to the contrary in the canonical Gospels. On the other hand, Dan Brown’s novel The Da Vinci Code resurrected an old and popular theory that Mary Magdalene was in fact Jesus’ wife. Myths surround the figure of Mary Magdalene to this day.

But neither theory — penitent prostitute or devoted spouse — actually matches what can be said about Mary Magdalene from what’s written in the Bible: She was a woman from Magdala, a small Galilean town known for its fishing, who became a female disciple and was first witness to Jesus’ resurrection, the cornerstone of Christianity.

But the team behind the new film Mary Magdalene, directed by Garth Davis, is hoping to get back to basics. The movie, which came out in the U.K. on March 16, tells the story of Mary Magdalene (Rooney Mara), detailing her fraught existence in Magdala as a single woman determined not to marry, before she meets Jesus (Joaquin Phoenix) and follows him to Galilee and then Jerusalem, where he’s crucified. Yet, in stripping away the myths, this film portrayal of Mary Magdalene underlines what some scholars see as the real — and unexpected — reason why she’s so controversial.

At the heart of the controversy is the idea that Mary Magdalene’s connection to Jesus was spiritual rather than romantic. For example, in the film’s version of the Last Supper, Mary Magdalene is seated on Jesus’ right-hand side. Though the tableau echoes a key scene in the 2006 film version of The Da Vinci Code, in which the characters examine Leonardo Da Vinci’s mural The Last Supper and debate whether the effeminate figure to Jesus’ right was in fact Mary Magdalene, the new movie doesn’t place her there as his wife. The significance of her seat lies instead in Mary Magdalene taking the prized position above any of the twelve male apostles, as Peter (Chiwetel Ejiofor) looks on in jealousy.

This version of the story is the real reason why Mary Magdalene is dangerous to the Church, according to Professor Joan Taylor of King’s College, London, who worked as historical advisor for Mary Magdalene.

Mary’s central role in the Gospels has historically been used by some as evidence that the Church should introduce female priests — and since 1969, when the Catholic Church admitted that it had mistakenly identified Mary Magdalene as a sex worker, the calls for women in church leadership positions have only grown louder.

“Within the Church she does have tremendous power, and there are lots of women who look… to Mary Magdalene as a foundation for women’s leadership within the Church,” says Taylor.

The film draws partially from the Gospel of Mary, a “very mysterious document” discovered in the 19th century, Taylor says. It has no known author, and although it’s popularly known as a “gospel,” it’s not technically classed as one, as gospels generally recount the events during Jesus’ life, rather than beginning after his death. It’s thought the text was written some time in the 2nd century, but some scholars claim it overlaps Jesus’ lifetime.

In the Gospel of Mary, which isn’t officially recognized by the Church, Mary Magdalene is framed as the only disciple who truly understands Jesus’ spiritual message, which puts her in direct conflict with the apostle Peter. Mary describes to the other apostles a vision she has had of Jesus following his death. Peter grows hostile, asking why Jesus would especially grant Mary — a woman — a vision.

Mary Magdalene’s special understanding of Jesus’ message, and Peter’s hostility towards her, as portrayed in Mary Magdalene, will likely split opinion, according to Taylor and her colleague, Professor Helen Bond of The University of Edinburgh, Scotland, with whom Taylor is presenting a U.K. television series on women disciples this Easter, titled Jesus’ Female Disciples: the New Evidence.

“[In the film] she’s really close to Jesus, not because of some kind of love affair, but just because she…gets Jesus in a way that the other disciples don’t,” Bond says.

The idea that the twelve disciples didn’t quite “get” Jesus in the same way Mary Magdalene did is addressed throughout Davis’ film. The disciples are waiting for Jesus to overthrow the Romans and create a new kingdom, one without death or suffering. But by the end of the film, following Jesus’ death, Mary Magdalene has come to the conclusion that “the kingdom is here and now.”

For Michael Haag, author of The Quest For Mary Magdalene, the Church has historically sidelined Mary not just because of her gender, but also because of her message. He argues that the Church specifically promulgated the idea that she was a sex worker in order to “devalue” her message. Haag believes that Mary Magdalene’s alternative ideas proved too dangerous for the Church to allow them to spread. The Gospel of Mary Magdalene, in his view, undermines “Church bureaucracy and favors personal understanding.”

 Mary Magdalene’s release date in the U.S. has been pushed back; its initial distributor had been the Weinstein Company, which recently filed for bankruptcy after its co-founder Harvey Weinstein was accused of sexual assault. However, members of the Christian community have already expressed doubts about the film.

Taylor Berglund, an editor for Charisma Media, a Florida-based magazine aimed at charismatic and Pentecostal Christians, believes that there’s potential for Christian audiences to boycott the film, as they did for Noah, starring Russell Crowe, in 2014. “To say only Mary Magdalene understood Jesus Christ and everyone since has been mistaken would be heresy,” Berglund says.

The fact that Mary Magdalene draws from a “gospel” that isn’t officially recognized by the Church may also provoke criticism. Jerry A. Johnson, the president and CEO of National Religious Broadcasters (NRB), says that films that “rely upon extra-biblical accounts” can’t be “accurate.”

“Evangelical audiences do not look kindly on efforts to twist the story of Jesus to fit a political narrative in service of today’s agenda of feminism,” Johnson says.

But both Bond and Taylor point to the Bible itself for further evidence of Mary Magdalene’s intimate understanding of Jesus. She remains at the cross during the crucifixion while the other disciples hide, and she’s the first to see Jesus following the Resurrection. “[There’s] the very strong implication that Christianity is derived from her testimony and her witness,” Bond says.

Strip away the labels of “prostitute” or “wife,” and Mary Magdalene still remains a controversial figure. Her story challenges ideas about spirituality, and the role of women in religion.

“[She’s] a feminine voice from the past,” Taylor says. “There’s something about her. Something about Mary.”

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Cinéma-vérité: Avec « Le 15h17 pour Paris », Clint Eastwood reste à quai (Radical plainness tinged with Christian mystery which will resonate in the heartland: it’s the artlessness, stupid !)

1 mars, 2018

Qui a cru à ce qui nous était annoncé? Qui a reconnu le bras de l’Éternel? (…) mon serviteur (…) s’est livré lui-même à la mort et (…) il a été mis au nombre des malfaiteurs, parce qu’il a porté les péchés de beaucoup d’hommes et qu’il a intercédé pour les coupables. Esaïe (53: 1-12)
Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. Paul (Lettre aux Philippiens 2: 5-8)
Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ; là où est la haine, que je mette l’amour ; là où est l’offense, que je mette le pardon ; là où est la discorde, que je mette l’union ; là où est l’erreur, que je mette la vérité ; là où est le doute, que je mette la foi ; là où est le désespoir, que je mette l’espérance ; là où sont les ténèbres, que je mette la lumière ; là où est la tristesse, que je mette la joie. O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. Prière dite de Saint François
C’est peut-être dans la Bible qu’on trouverait des procédés littéraires nouveaux et l’art de laisser les choses à leur place. Marcel Schwob (lettre à Jules Renard, 1891)
Il va de soi que ce mélange des styles ne dénote aucune intention esthétique. Au contraire, il caractérise dès l’origine les écrits judéo-chrétiens ; il fut encore souligné par l’incarnation de Dieu dans un homme du dernier rang, par son existence terrestre parmi les humbles, par sa Passion ignominieuse au jugement du monde, et, par suite de la vaste diffusion et du puissant effet de ces écrits à une époque postérieure, agit naturellement de façon décisive sur la représentation du tragique et du sublime. (…) tout se joue entre des gens communs issus du peuple; une telle action, pour les Anciens, aurait fait la matière d’une farce ou d’une comédie. Et pourquoi n’avons-nous rien de tel ici? Pourquoi ce texte éveille-t-il en nous une profonde et grave sympathie? Parce qu’il représente quelque chose que ni la poésie antique ni l’historiographie antique n’ont jamais représenté: la naissance d’un mouvement spirituel dans les profondeurs du peuple, au sein des circonstances quotidiennes de l’existence du temps. Un nouveau cœur et un nouvel esprit naissent sous nos yeux. Ce que nous disons ici ne s’applique pas seulement au reniement de Pierre, mais à tous les faits que nous rapportent les livres du Nouveau Testament; dans chacun d’entre eux il s’agit toujours de la même question, toujours du même conflit, auquel tout homme se trouve forcément confronté et qui par là est un conflit toujours inachevé et infini. Il met en mouvement le monde entier des hommes, tandis que les enchevêtrements de destin et de passion que connaît l’antiquité gréco-romaine ne concernent directement qu’un seul individu, celui qui s’y trouve impliqué; c’est seulement en vertu d’une relation très générale, parce que nous sommes aussi des hommes, c’est-à-dire soumis au destin et aux passions, que nous ressentons de la terreur et de la pitié. Pierre, en revanche, ainsi que les autres personnages du Nouveau Testament sont plongés dans un mouvement général qui surgit des profondeurs, qui ne concerne d’abord qu’eux-mêmes et qui ne passe que très progressivement (les Actes des Apôtres illustrent le commencement de ce processus) au premier plan de l’histoire, mais qui dès le début est un mouvement sans limite qui aspire à toucher directement chaque homme et absorbe en lui tous les conflits purement personnels. Ainsi apparaît un monde d’une part tout à fait réel, quotidien, reconnaissable sous le rapport du temps, du lieu et des circonstances, et d’autre part ébranlé dans ses fondations, qui se transforme et se renouvelle sous nos yeux. Erich Auerbach (1946)
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard
Le cinéma ne peut-il pas être un des moyens de briser cette membrane qui nous isole les uns des autres, dans le métro ou dans la rue, dans l’escalier de l’immeuble ? La recherche du nouveau cinéma-vérité est du même coup celle d’un cinéma de la fraternité. Morin refuse donc un rapport lointain au spectateur et un regard vertical sur le sujet filmé. Qu’en est-il de la « vérité » dont il se réclame ? (…) Qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit pas seulement de donner à cette caméra cette légèreté du stylo qui permet au cinéaste de se mêler à la vie des hommes. […] Notre personnalité sociale est faite de rôles qui se sont incorporés à nous. Il est donc possible, à la manière du sociodrame, de permettre à chacun de jouer sa vie devant la caméra. Et comme dans un sociodrame, ce jeu a valeur de vérité psychanalytique. Edgar Morin
Dans un article pour France-Observateur en janvier 1960 intitulé « Pour un nouveau ‹ cinéma-vérité › », Morin emprunte à Dziga Vertov sa fameuse expression « Kino-Pravda », traduite par Sadoul par « cinéma-vérité » ou « ciné-vérité ». Ce terme ne désigne alors dans l’article de Morin que des films ethnographiques et sociologiques présentés au Festival de Florence. Cependant, compte tenu du ton prescriptif de l’article et de sa proximité avec le début du tournage de Chronique d’un été (mai 1960), ce texte a valeur de manifeste. Morin y présente les grands axes théoriques de ce nouveau type de films (…) Morin refuse donc un rapport lointain au spectateur et un regard vertical sur le sujet filmé. Qu’en est-il de la « vérité » dont il se réclame ? (…) Si les innovations techniques sont fascinantes, la nouveauté de ce cinéma repose donc avant tout sur un dispositif plus large, incluant l’implication du cinéaste et des protagonistes filmés qui, loin d’être passifs ou oublieux de la caméra, s’en servent pour laisser émerger leur « vérité profonde, […] la sève même de leur vie ». Séverine Graff
Why does all this matter? Because we are losing history. It is not the fault of Hollywood, as they used to call it, but Hollywood is a contributor to it. When people care enough about history to study and read it, it’s a small sin to lie and mislead in dramas. But when people get their history through entertainment, when they absorb the story of their times only through screens, then the tendency to fabricate is more damaging. Those who make movies and television dramas should start caring about this. It is wrong in an age of lies to add to their sum total. It’s not right. It will do harm. (…) President Nixon is portrayed as the villain of the story. And that is the opposite of the truth. Nixon did not start the Vietnam War, he ended it. His administration was not even mentioned in the Pentagon Papers, which were finished before he took office. When that dark, sad man tried to halt publication of the document, he was protecting not his own reputation but in effect those of others. Those others were his political adversaries—Lyndon Johnson and Ben Bradlee’s friend JFK—who the papers revealed had misled the public. If Nixon had been merely self-interested, he would have faked umbrage and done nothing to stop their publication. Even cleverer, he could have decried the leaking of government secrets while declaring and bowing to the public’s right to know. Instead, he did what he thought was the right thing—went to court to prevent the publication of secrets that might harm America’s diplomatic standing while it attempted to extricate itself from a war….His attempt to stop publication was wrong—the public did have a right to know. But he did what he thought was the responsible thing, and of course pays for it to this day. Were the makers of “The Post” ignorant of all this? You might think so if it weren’t for the little coda they tag on to the end. Suddenly a movie about the Pentagon Papers is depicting the Watergate break-in, which would take place a year later. As if to say: OK, Nixon isn’t really the villain of our story, but he became a villain soon enough. It struck me not as a failed attempt at resolving a drama but an admission of a perpetrated injustice. Peggy Noonan
Mumblecore est une mouvance du cinéma indépendant américain née au tournant du XXIe siècle1,2. Ces films sont caractérisés principalement par une production « fauchée » (souvent tournés en numérique), des sujets tournant autour des relations entre personnes de vingt à trente ans, des dialogues en partie improvisés et des acteurs non professionnels. Lynn Shelton, Andrew Bujalski, Mark Duplass, Jay Duplass, Aaron Katz, Joe Swanberg ou Barry Jenkins en sont les principales figures. Le mot mumblecore a été forgé en 2005 lors du festival du film de South by Southwest par Eric Masunaga, un ingénieur du son travaillant avec Bujalski (Mumble signifie marmonner en anglais). Ce fut Bujalski qui employa le premier le terme lors d’une interview avec indieWIRE2. Les metteurs en scène de ce genre de films sont aussi parfois regroupés sous le terme « mumblecorps, » à l’instar de press corps concernant les journalistes. Les critiques ont aussi employé les termes « bedhead cinema » (cinéma de tête de lit) et « Slackavetes », un mot-valise venant de Slacker, film des années 90, bavard et au son sale, et du nom du metteur en scène John Cassavetes. Wikipedia
“My sound mixer named the movement ‘mumblecore,’” Bujalski said, “which is pretty catchy.” (…) The interweaving of filmmakers committed to ambling narratives about young Americans who babble about their interpersonal problems more than they do anything constructive with their lives stood out more than ever.  That summer, roughly two years after Bujalski first casually dropped the term, mumblecore was everywhere. New York’s IFC Center showcased films by Bujalski, Swanberg and fellow chronicler of young adult anxieties Aaron Katz with a series entitled “The New Talkies,” which prompted The New York Times to run a feature headlined, “A Generation Finds Its Mumble.” But did it? While far from a premeditated movement, the perceptions associated with mumblecore stemmed from a real place: Several filmmakers less intrigued by the prospects of big budget studio filmmaking than naturalistic portraits of worlds they knew far better focused on similar topics; many of them worked within the confines of a tight-knit community, sharing resources and inspiration. The chatty, neurotic loners found in Bujalski’s first two movies wouldn’t seem out of place in Swanberg’s emerging universe of romantically confused twentysomethings, which could easily encompass the stars of the Duplass brothers’ “The Puffy Chair” or Katz’s “Quiet City.” Intentionally or not, mumblecore was an apt umbrella term that nailed these filmmakers’ predilection for lo-fi portraits of perpetual mumblers; the mumbling didn’t just take the place of the plot — it was the plot.  Yet the organic roots of this tendency, aided by the advance of loose production methods associated with cheaper, digitally-enhanced filmmaking methods, meant that it resisted storytelling conventions in favor of unvarnished realism. The very possibility that any of these movies reflected a generic formula was paradoxical. How could anyone turn ordinary people living ordinary lives into cookie-cutter fodder for a newfangled genre? Fortunately, pushback to the notion of mumblecore held back its potential to overwhelm any of its filmmakers’ careers, and they’ve continued to diversify. Indiewire
Back in 2002, Andrew Bujalski became known for pioneering the “mumblecore” movement with his debut film “Funny Ha Ha.” The term usually refers to indie films made on small budgets, featuring natural dialogue and starring amateur actors. (…) I feel like the military metaphor is always apt for filmmaking: what I’m used to, in a sense, is this guerrilla style, where it’s all hands on deck. Everybody is running and contributing and putting their hands on everything, and doing whatever it takes to survive in the jungle. Whereas, once you do have dozens of people on set, the structure becomes more hierarchical, and more about chain of command. It took some adjusting to; my job becomes like a general sitting behind a desk somewhere, while everyone else does all the work. The professional actors are very used to that; they live and breath in that zone. I’d say the biggest difference working with pros v. non-pros is all of their training, like they’re so used to getting dropped into unusual situations and adverse conditions and having to deliver something really strong without getting to take a breath. What’s nice about that is, they show up super-prepared and basically bulletproof. The drawback, of course, is that I was often looking to breath some vulnerability back in. With non-professionals, you’ve got plenty of vulnerability, and it’s all about working with them to get to a certain confidence and structure. And with professionals, that structure is all there, and if anything, we’re chipping away at that. (..) I never thought it [“mumblecore”] was a good descriptor. The word is 10 years-old now, I guess. So it’s been around long enough that it’s taken on its own life, and I don’t bristle so much at it as I used to. It felt so specifically affixed… it was just this thing I couldn’t get off of me, that was going to be on my gravestone. You spend years and years on something, you put your life into a movie, your blood, sweat, and tears, and then people say, “Hey, there’s this new mumblecore trend.” And that’s what people want to talk about. There’s a frustration there, mostly that springs from a fear that people are not going to see the movie. The word has enough cache now… and I don’t know that people care so much as they used to. I think the faddishness has come and gone, which is great. (…) I got a mortgage and I got two kids, so it would be cool if I could make movies and get paid for it. That seems to involve professional actors these days. My dreams and enthusiasm are kind of all over the place. I have dreams for things that might make sense as great big expensive movies, and I still have plenty of dreams for things that I should be doing in my backyard. It’s always a matter of what you think you can get away with at any moment. I think filmmakers, by their nature, are always sort of scam artists, looking for the angle, looking for where you can sneak in. Very rarely in the 21st century, almost never, is the path clear and easy. It’s always some trick you have to pull off.  Indiewire
Recent rumblings — perhaps one should say mumblings — indicate an emerging movement in American independent film. Specimens of the genre share a low-key naturalism, low-fi production values and a stream of low-volume chatter often perceived as ineloquence. Hence the name: mumblecore. More a loose collective or even a state of mind than an actual aesthetic movement, mumblecore concerns itself with the mundane vacillations of postcollegiate existence. It can seem like these movies, which star nonprofessional actors and feature quasi-improvised dialogue, seldom deal with matters more pressing than whether to return a phone call. (…) But what these films understand all too well is that the tentative drift of the in-between years masks quietly seismic shifts that are apparent only in hindsight. Mumblecore narratives hinge less on plot points than on the tipping points in interpersonal relationships. A favorite setting is the party that goes subtly but disastrously astray. Events are often set in motion by an impulsive, ill-judged act of intimacy. Artists who mine life’s minutiae are by no means new, but mumblecore bespeaks a true 21st-century sensibility, reflective of MySpace-like social networks and the voyeurism and intimacy of YouTube. It also signals a paradigm shift in how movies are made and how they find an audience. (…) Boosted in the last two years by enthusiastic word of mouth at film festivals and on blogs, movies like Mr. Katz’s have gained a following in the hipster enclaves where they are often set. (…) But for the most part mumblecore has stayed small precisely because it can. The need for traditional distribution deals is diminished when production costs are often as low as a few thousand dollars. (…) Mumblecore’s origin myth locates the watershed at the 2005 South by Southwest Film Festival in Austin, Tex., which screened a cluster of small, superficially similar films  (…) At a bar one night Mr. Bujalski’s sound mixer, Eric Masunaga, coined the word “mumblecore.” (…) It’s only fitting that the etymology should be a point of contention, since the films in question often deal with the fraught process of identity formation. Journalists and bloggers have floated other tags, including the self-explanatory “bedhead cinema” and “Slackavettes,” in homage to the patron saint of American indie auteurs, John Cassavetes. The IFC Center series, despite using “mumblecore” in its publicity materials, is officially called “The New Talkies: Generation D.I.Y. » (…) Despite the anti-Sundance image, mumblecore has ancestors in American indie cinema. Given that the films are often anthropological studies of 20-something mating rituals, attuned to the halting rhythms and circular digressions of actual speech, Richard Linklater is perhaps the most obvious forefather. (“Quiet City” is a scruffy cover version of Mr. Linklater’s meet-cute romance “Before Sunrise,” substituting the F train for the Eurostar.) Some critics have suggested loftier reference points like the French masters of talk Eric Rohmer and Jean Eustache. For potential haters, mumblecore offers plenty of ammunition. The films are modest in scope, but their concentration on daily banalities can register as narcissism. Despite the movement’s communitarian ethos, from the outside it can seem incestuous and insular. Hardly models of diversity, the films are set in mostly white, straight, middle-class worlds, and while female characters are often well drawn, the directors are overwhelmingly male. To their credit, most of these films offset their navel-gazing tendencies with a dose of skepticism. The filmmakers view their characters with empathy but don’t let them off the hook; Mr. Swanberg and Mr. Bujalski often assign themselves the least flattering roles available. “A lot of that is actual self-critique,” said Mr. Swanberg, whose “LOL” is a withering portrayal of masculine self-absorption in an age of high-tech addictions. Mumblecore’s inherent emphasis on the transitional periods of life should in theory save it from an ignominious middle age. Dennis Lim (NYT)
Mon Dieu est plus grand que vos statistiques ! Mère de Spencer Stone
D’une naïveté et d’une bonne conscience qu’on trouvera au choix admirables, ridicules ou abjectes, le film de Clint Eastwood recèle aussi d’étranges phénomènes. (…) Une grande partie du film est dédiée à l’enfance des trois garçons, élèves indisciplinés d’un collège religieux de l’Amérique profonde. On suit ensuite les tentatives finalement couronnées de succès du bouillant mais pieux Spencer pour intégrer l’armée de l’air. Promu personnage central, il sera le principal auteur de la mise hors de nuire du terroriste. Alek aussi intègre l’armée et est envoyé en Afghanistan, tandis que le troisième, Anthony, reste au pays sans qu’on en sache plus. Les trois se retrouvent en Europe, où ils font du tourisme et des selfies pour Instagram, draguent des filles, et fréquentent des boîtes de nuit survoltées, avant de monter dans le train Amsterdam-Paris. C’est d’un inintérêt qui frôle l’abstraction, ou le septième degré. Après, à bord du Thalys, c’est plié en trois coups les gros bras. Et puis c’est déplié, starring François Hollande. Le film se termine en effet par les images authentiques de la remise de la Légion d’honneur aux trois types, cérémonie qui eut effectivement lieu à l’Élysée le 24 août. C’est la meilleure scène du film. Pas parce qu’elle authentifie rétrospectivement l’action (dont il faut se réjouir sans réserve qu’elle ait eu lieu, évidemment, là n’est pas la question, la question est celle du film), mais parce qu’elle révèle un étrange phénomène. François Hollande a l’air si faux que c’en est effrayant. Il est un assez mauvais acteur (on le savait), mais il est surtout un acteur absolument décalé par rapport aux trois garçons –et au reste du film. Pourquoi décalé? Parce que loin d’avoir gagné quelque «effet de réel» que ce soit avec son choix audacieux de casting, le film a utilisé les trois jeunes gens exactement comme des personnages de film d’action, il les a hollywoodisés jusqu’à la moelle. Tout, absolument tout dans le film (la diction, la gestuelle, les éclairages, l’utilisation des décors, des personnages secondaires, des accessoires) est reformaté par ce qui caractérise l’esthétique hollywoodienne comme négation de la réalité. Et la présence de François Hollande agit là comme un révélateur. L’ex-président français aurait été assez médiocre interprète de, disons, Plus belle la vie –cela a sans doute largement contribué à l’infinie désaffection que lui auront voué ses concitoyens. Mais dans un film d’action américain, il est carrément à des années-lumière, pas sur la même planète, même pas dans la même galaxie. (…) Et il y a toute raison de supposer que les trois interprètes ont, eux, adoré avoir à jouer comme s’ils étaient Matt Damon ou Will Smith. C’est-à-dire endosser la persona de ces clichés d’une Amérique fière d’elle-même, de ses valeurs, de sa certitude d’être du côté du Bien, y compris vautrés devant un match de baseball avec une Budweiser, ou en offrant aux enfants des armes à feu, fausses ou vraies. C’est le véritable enjeu de ce qui apparaît comme un film de propagande où «l’événement Thalys» fait bizarrement figure d’incident presque surnuméraire, fortuit, mais venu rappeler à la planète esbaubie combien le mode de vie états-unien est admirable, puisque susceptible de fabriquer des héros au détour du couloir de n’importe quel transport en commun, même après une fiesta d’enfer dans un bar de pole dance. Et de manière vraiment bizarre, l’artifice nunuche du message est rendu plus criant encore par l’utilisation manipulatrice des «vrais» personnages, transformés en leur propre marionnette du showbiz. Le –triste– sens qu’on trouve à tout cela, le seul, est que ces gens-là (Clint Eastwood, les acteurs, le public auquel ils s’adressent) croient vraiment que le monde ressemble à cela – des cartes postales, un moralisme misérable lesté d’idéologie de l’action, and «God on our Side», of course. Face à la surenchère paradoxale de l’utilisation des faits réels et des vrais acteurs au service de ce tissu de simulacres stéréotypés, on s’abstiendra de ressasser que désormais le vrai est un moment du faux. En mémoire des nombreux grands films réalisés par Eastwood, on se contentera d’un sourire navré. Slate
Le Monde ne saisit pas pourquoi Clint Eastwood ne cherche pas à comprendre les motivations du tueur, ce qui fait qu’un musulman devient un terroriste islamiste, mais plutôt pourquoi de jeunes américains assez banals deviennent des héros, face justement à la violence du marocain en question. Cette incapacité à comprendre le fait que les héros soient ces héros-là, symbolise peut-être tout ce qui sépare la France de Paris et la France périphérique. La particularité fort intéressante du film, que des personnages soient joués par les personnes elles-mêmes, est réduite à la maladresse d’acteurs « non professionnels » dans tous les journaux, à croire qu’une fiche a circulé. Un film « impossible à sauver », Télérama, qui « assomme », Le Parisien, « Voyage au bout de l’ennui », pour La Croix qui, ainsi, ne masque pas son interprétation politique du film… Au fond, ce qui ne plaît pas dans les salles de rédaction parisiennes ? Les héros sont de jeunes américains, deux blancs et un métis, banals, croyants, évangélistes en appelant à Dieu, priant, venant de l’Amérique moyenne ou pauvre, militaires, patriotes… Tout ce que les médias libéraux libertaires français détestent. Des individus qui devraient plutôt être des suprématistes blancs adeptes du KKK, du moins pour deux d’entre eux, dans le logiciel de la presse dominante française. Le magazine RollingStone va plus loin encore que Le Monde dans la caricature du média libéral libertaire en écrivant que le « plus frustrant » est la présentation du terroriste comme « l’étranger tellement plus facile à rejeter ». On suppose que l’auteur de l’article ne se trouvait pas dans ce train. Devant ce film, les réactions des médias, en ne disant rien du film en tant qu’œuvre cinématographique, disent de fait beaucoup de l’état de l’esprit des milieux auxquels ils appartiennent. OJIM
Eastwood’s use of the actual citizen-heroes highlights the complexities of our national distrust and self-doubt. This development is part of the story he wants to tell, and thoughtful viewers have to deal with it. Since WWII hero Audie Murphy’s Hollywood sojourn from decorated amateur to marquee professional, the film industry’s official presentation of citizen-heroes has only become more conflicted (it took nearly a decade before Murphy eventually acted his own story in 1955’s To Hell and Back). This ambivalence intensified during the Vietnam years, when Hollywood was reluctant to lionize military veterans; instead it constantly disparaged the idea of service. The abolition of the draft gave way to civilian snark and snideness, which is different from draft-resister “principle.” New generations of performers — particularly comic actors — created a vogue that corroded the idea of military heroism and instead celebrated sarcasm and rebellion. By using comic actors as background, Eastwood intentionally flips the snideness so that we’re forced to look at American characters differently. Flashbacks set in the three heroes’ Sacramento, Calif., hometown must take place on the other side of the tracks from the scenes in Lady Bird: Two of the boys have single mothers, and they all attend a Christian school. Cagey Eastwood and screenwriter Dorothy Blyskal present school authorities as self-centered egotists, which implicitly satirizes the liberal pop psychology commonly associated with big-city, union-activist teachers. It’s odd, yet the comic actors (Judy Greer, Jenna Fischer, Thomas Lennon, Tony Hale, and Jaleel White) are enough to establish the film’s cunning. Eastwood’s essential project takes up the other, forgotten America, not the diversity vagrants who are everywhere in the media. Those multitudinous stereotypes of proto-Communist proles, all desperately in need of government assistance, seem spawned by the sentiments in socialist Michael Harrington’s 1962 book The Other America, which eventuated in last year’s insolent, bleeding-heart movie The Florida Project. Eastwood explores the beefy boys and articulate, domestic moms that mainstream media usually avoids — except for rare TV shows such as This Is Us or Roseanne. The 15:17 to Paris is iconoclastic; it wins back the humanity of conservative Americans — people who are usually caricatured by our hippest comics and media-makers. This means that The 15:17 to Paris’s essence is iconoclastic; it wins back the humanity of conservative Americans — people who are usually caricatured by our hippest comics and media-makers. When a teacher suggests medicating Spencer for his learning difficulties, his mom’s response — “My God is bigger than your statistics, so I don’t care about anything you have to say anymore!” — caused prominent liberals in the screening room to grumble their disagreement. (They were also unmoved during Spencer’s “Lord, make me an instrument of your peace” prayer.) Eastwood takes a tricky position — between acknowledgement of faith and a choice to not proselytize — but he needs a meticulous hybrid of documentary and drama, not the shameful mawkishness of United 93, to make this advance. It also needs to be a humanistic defense. Stone, Skarlatos, and Sadler are not movie-star types, yet they’re un-self-conscious before the camera. They smile winningly, and their untrained voices have a pleasingly familiar informal cadence and light sonority (not the Noo Yawkese most filmmakers associate with the working class). The film’s narrative structure (always shifting back to the train incident) avoids suspense and artfully draws us into the guys’ daily life and their fate. It’s a matter of normalizing the moral and social values that the liberal Hollywood filmmakers have rabidly abandoned. We see teenage Stone and Skarlatos wear camo T-shirts (which slim, stylish Sadler mocks), and they all like to play war. In a scene sure to unnerve Second Amendment haters, Stone brings out an arsenal of toy guns, casually adding a hunting rifle to the stash. It’s how the Other America gets acculturated — the opposite of radicalization — when pop trash is not dominant. The boys’ military fascination prepares them for their roles in the world. To match these uncomplicated characterizations, Eastwood profiles the train attacker Ayoub El Khazzani (Ray Corasani) without religious or ideological specifics but through synecdoche: black sneakers, white paratrooper-style running pants, curly dark hair, tan yet pale and hirsute arms. Big Spencer, quiet Alek, and wily Anthony are our guys, but the film is as simple as that. Eastwood treats their feats matter-of-factly and without rousing or piety. At the end, it all blends into seeing these men, ironically, with the depth perception that military medics tell Stone he lacks; it’s an almost native double vision: The characters they portrayed suddenly appear in documentary news footage, standing humbly, at the actual Légion d’Honneur ceremony with French president François Hollande. Most recent bio-pics switch to reality epigraphs as a cliché but while Eastwood’s climax gives the men their due, it also causes a profound reassessment of how we regard contemporary history and those who make it. The National Review
Eastwood– as he did in “American Sniper” and “Sully”– lays out their stories and backgrounds objectively. I’m already seeing in some reviews some idea that Eastwood is pushing a religious agenda or whatever. Nonsense. He’s accurately depicting these people. The mothers of the guys are religious– this is what they believe, it’s their right. No one is mocking them or judging them. This is who they are. (…) If there’s a problem with “15:17” it’s that it’s almost filmed like cinema verite, certainly as the story unfolds. There’s a lot of exposition and it seems slow. Again, a little patience wouldn’t hurt anyone. Because when the kids’ backstories switch to the main guys, Eastwood finds a groove. Forgive him if the entry seems clunky. (…) Eastwood once told me he likes “get up and go” type actors, ones who can snap to and do what he needs. In “15:17” he has amateurs and pros all doing that. He really pulled it off. I don’t know if “15:17” will one day be considered great art– I consider “Unforgiven” and “Gran Torino” great art– or an interesting experiment. But it’s well worth paying attention to. Eastwood obviously saw a lot in these guys– two of them as children are thought to have ADD, they’re screw ups, etc. And in the end, maybe with prayer, with military training and maturity, they reacted in a moment and made America proud, and themselves proud. And as for Clint– he’s eighty seven years old. This list of films in his ninth decade is utterly remarkable. This is the sixth movie he’s directed in eight years. Hello? Not all perfect– “Invictus” didn’t thrill me. But overall, there’s an extreme brilliance to his lean, mean execution of stories he knows will resonate in the heartland. Very, very cool. Roger Friedman
The practice of casting nonprofessionals in stories that closely mirror their own experiences has a long history — it’s a staple of Italian neorealism, the films of Robert Bresson and the Iranian cinema of the 1990s — but it remains a rarity in Hollywood. Usually the most we can expect is a poignant end-credits glimpse of the real people our favorite movie stars have pretended to be for the previous two hours. After all, part of the appeal of movies “inspired by true events” is the chance to admire the artistry of actors (like Tom Hanks’s, say, in Mr. Eastwood’s “Sully”) as they communicate the grit and gumption of ordinary Americans in tough circumstances. But the thing to admire about “The 15:17 to Paris” is precisely its artlessness. Mr. Eastwood, who has long favored a lean, functional directing style, practices an economy here that makes some of his earlier movies look positively baroque. He almost seems to be testing the limits of minimalism, seeing how much artifice he can strip away and still achieve some kind of dramatic impact. There is not a lot of suspense, and not much psychological exploration, either. A certain blunt power is guaranteed by the facts of the story, and Mr. Eastwood doesn’t obviously try for anything more than that. But his workmanlike absorption in the task at hand is precisely what makes this movie fascinating as well as moving. Its radical plainness is tinged with mystery. (…) To call what happens before the confrontation with the gunman a plot, in the conventional sense, does not seem quite accurate. Nor do Spencer, Anthony and Alek seem quite like movie characters. But they aren’t documentary subjects, either. Mr. Eastwood, famous for avoiding extensive rehearsals and retakes, doesn’t demand too much acting. Throughout the film, the principal performers behave with the mix of affability and reserve they might display when meeting a group of people for the first time. They are polite, direct and unfailingly good-natured, even when a given scene might call for more emotional intensity. In a normal movie, they would be extras. And on a normal day, they would have been — part of the mass of tourists, commuters and other travelers taking a quick ride from one European capital to another. At times, Spencer, the most restless of the three and the one whose life choices receive the most attention, talks about the feeling of being “catapulted” toward some obscure destiny. But “The 15:17 to Paris” isn’t a meditation on fate any more than it is an exploration of the politics of global terrorism. Rather, it is concerned with locating the precise boundary between the banal and the extraordinary, between routine and violence, between complacency and courage. The personalities of the main characters remain opaque, their inner lives the subject of speculation. You can wonder about the sorrow in Alek’s eyes, about the hint of a temper underneath Spencer’s jovial energy, about Anthony’s skeptical detachment. But at the end of the movie, you don’t really know them all that well. (You barely know Chris, a British passenger who helped subdue Mr. Khazzani, at all. He is seen but not named.) Producing the illusion of intimacy is not among Mr. Eastwood’s priorities. He has always been a natural existentialist, devoted to the idea that meaning and character emerge through action. At the end of “The 15:17 to Paris,” a speech by former President François Hollande of France provides a touch of eloquence and a welcome flood of feeling. But the mood of the film is better captured by Mr. Skarlatos’s account of it, published in news reports after the attack: “We chose to fight and got lucky and didn’t die.” A.O. Scott (NYT)
Le subterfuge du cauchemar, qui pollue nombre de thrillers médiocres, semble indigne de Clint Eastwood, cinéaste réputé pour son son laconisme et ses litotes. En fait, il marque un niveau supérieur d’accomplissement artistique. D’un exploit aéronautique, d’un fait divers tant répercuté par les médias qu’on a l’impression qu’il est vidé de tout sens, le réalisateur tire un récit post-traumatique aux vertus réparatrices doublé d’une fable politique amère, hantée, qui s’élève à la dimension parabolique. (…) le commandant Chesley «Sully» Sullenberger (…) sauve la vie des 155 passagers. L’opinion publique salue cet exploit unique dans l’histoire de l’aviation, fin de l’épisode. Outrepassant la canonisation médiatique, Clint Eastwood revient sur le drame pour interroger la figure héroïque du commandant de bord. «Je n’ai pas l’impression d’être un héros», dit Sully. Il a simplement fait son devoir – de pilote, de citoyen. Il reste un homme, doutant de sa propre réalité dans le miroir embué de la salle de bains. Il entretient avec sa femme une relation adulte. Elle ne minaude pas des «I love you» au téléphone, elle s’inquiète de l’hypothèque sur la maison… Une enquête administrative est ouverte: Sully n’aurait-il pas pu rallier un aéroport plutôt que de tenter cet exploit insensé? Quarante années d’aviation vont être jugées sur 208 secondes… Si sa responsabilité est établie, le pilote risque d’être mis à pied et de perdre sa pension. Ce procès est à haute valeur métaphorique. Sully jugé par les instances de l’aviation civile, c’est l’héroïsme jugé par la bureaucratie, le courage par le règlement, l’empirisme par le dogmatisme. Dans la salle d’audience se rejouent des conflits immémoriaux, celui de la classe ouvrière contre le patronat, du cow-boy contre le propriétaire terrien cadastrant la prairie, de l’homme contre la machine, du peuple contre les élites… Sully adopte une remarquable structure en flash-back. Le cauchemar initial est réitéré, l’amerrissage, extraordinairement impressionnant, montré deux fois, dont la seconde pendant les audiences, comme une illustration du contenu de la boîte noire. A cette manœuvre risquée, les ordinateurs opposent des trajets alternatifs plus orthodoxes vers les aéroports de la région. Dans leurs simulateurs de vol, des pilotes chevronnés démontrent qu’il aurait été possible de se poser à LaGuardia ou à Teterboro. L’affaire semble pliée, la faute démontrée, lorsque Sully tranche soudain: «Et si nous parlions sérieusement, maintenant?» Les logiciels de pilotage ont intégré tous les paramètres (altitude, vitesse du vent, poussée des réacteurs…) sauf un: le facteur humain. Les vols simulés virent vers les aéroports régionaux juste après la collision alors que Sully a eu besoin de 35 secondes pour comprendre ce qui se passait, évaluer les dégâts, en référer aux contrôleurs aériens et prendre sa folle décision… (…) Tom Hanks, grave, taiseux (…) incarne une nouvelle fois l’Américain moyen voué à l’héroïsme modeste. Républicain pur jus, Clint Eastwood fait montre d’une grande intelligence en choisissant Tom Hanks, démocrate inébranlable. L’année passée, dans American Sniper, énorme succès public, le cinéaste retraçait le destin de Chris Kyle, le plus talentueux des tireurs d’élite de l’armée américaine, en prenant garde de ne pas prendre position. Le surdoué de la gâchette était-il un défenseur de la démocratie ou un tueur stipendié par l’Etat? Ce film indéchiffrable a enthousiasmé l’Amérique conservatrice. Nouveau succès au box-office, Sully est apte à réconcilier les deux camps. Contrairement à Vol 93, de Paul Greengrass (…) Clint Eastwood s’abstient de trop personnaliser les passagers. Il les considère sous l’angle collectif. Tous unis avec les hôtesses de l’air, ils endossent leur responsabilité tandis que Sully tente l’impossible. «Tout le monde a fait son job», dira-t-il. Revu par Clint Eastwood, le vol 1549 se pose en métaphore d’une Amérique idéale dans laquelle chacun assume sa part de responsabilité derrière un pilote aux compétences supérieures. Curieusement, le pilote Trump auquel le cinéaste a apporté son soutien n’a pas la maîtrise de Sully. Le Temps
Avec Le 15h17 pour Paris, Eastwood semble conclure une trilogie du héros américain amorcée avec American Sniper (2014) puis poursuivie avec Sully (2016). Après avoir raconté l’histoire du plus redoutable tireur d’élite de l’histoire militaire américaine, puis celle du pilote ayant réussi à poser un avion en détresse sur le fleuve Hudson, il s’attaque cette fois à l’acte de bravoure de trois amis ayant réussi à empêcher, en été 2015, un attentat meurtrier. S’ils n’étaient pas parvenus à maîtriser un terroriste monté à bord d’un train à grande vitesse reliant Amsterdam à Paris, c’est probablement à un carnage qu’on aurait assisté. Le réalisateur explique avoir eu envie d’adapter le livre publié par les trois protagonistes sans penser à de possibles connexions avec ses deux précédents longs-métrages. Il estimait simplement qu’il s’agissait là d’une bonne histoire. Certes, mais elle est tellement ténue – l’action héroïque qui en constitue le cœur étant brève – qu’elle ne suffisait pas à remplir un film entier. C’était déjà le cas dans Sully, mais Eastwood parvenait alors à admirablement contourner cet obstacle grâce à la force de son personnage, subtilement incarné par Tom Hanks, devenu héros avant de devoir se justifier lors d’un procès où il devenait soudain coupable de n’avoir peut-être pas pris la meilleure décision. Rien de cela ici: Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos ont sauvé les passagers d’un train, et c’est tout. Mais comme il fallait tenir les 90 minutes syndicales, Eastwood survole d’abord leur enfance, où l’on note qu’ils auraient pu mal tourner, puis reconstitue le voyage européen qui les a menés à monter, ce 21 août 2015, dans le Thalys 9364. Rome, Venise, Berlin puis Amsterdam: on a ainsi droit à une succession de vignettes sans intérêt aucun puisqu’elles ne servent qu’à amener au moment fatidique. Pire, elles sont filmées à la va comme je te pousse, comme si le réalisateur du définitif Impitoyable (1992), un des plus grands westerns de l’histoire, avait laissé les clés de la maison à un vidéaste amateur. Mais où est passée la maestria d’un des derniers grands tenants du classicisme américain, d’habitude capable en quelques plans savamment imbriqués de susciter le trouble, de laisser toujours planer le doute quant à l’interprétation que l’on peut faire de ses films? A l’image d’American Sniper, autrement plus subtil que la simpliste apologie du bon soldat US que certains avaient voulu y voir. Venons enfin à l’idée qui aurait pu amener ce fameux trouble «eastwoodien»: Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos sont personnages, mais aussi acteurs. Ils jouent leur propre rôle, comme pour mieux souligner l’idée que des hommes ordinaires peuvent un jour être amenés à faire des choses extraordinaires. Reste que si souvent des non-professionnels ont pu s’avérer d’une rare intensité, ces trois-là manquent sérieusement du charisme nécessaire lorsqu’il s’agit de dépasser le cadre d’un récit de type docu-fiction et de faire œuvre de cinéma. Plus embarrassant encore, ce sous-texte déplaisant qui semble dire que si l’on se passionne depuis l’enfance pour la guerre et qu’on a la foi, on sera peut-être plus enclin que les autres à se comporter en héros. Le film se clôt alors comme s’est terminée la vraie histoire: sur la Légion d’honneur remise aux trois amis par François Hollande. Séquence qui permet à Eastwood de prendre une autre décision incompréhensible: voilà que dans un montage grossier, il entremêle les vraies images de la cérémonie – pour disposer de gros plans – et celles d’une reconstitution avec un faux Hollande. D’où des raccords hasardeux qui, alors que le moment est solennel et devrait être source d’émotion, s’avèrent risibles. Ne reste plus à espérer que ce ratage ne soit pas le testament filmique du grand Clint, qui fêtera fin mai son 88e anniversaire. Le Temps

Et si ce génial ratage était justement le testament filmique du grand Clint qui fêtera fin mai son 88e anniversaire ?

« Reconstitution patraque mais fascinante »,  » échoue à en faire un grand film »,  » pale restitution cinématographique »,  » laid, déficient narrativement et idéologiquement absurde », « plus mauvais film »,  » laborieux », « voyage au bout de l’ennui, « nous assomme en s’éternisant sur la jeunesse de ses héros », « ritournelle biographique laborieuse », « longue séquence de springbreak européen », « mauvais soap juvénile des années 80 », « pub pour de la Budweiser », « apologie de la crétinerie », « naufrage », « étrange idée de épart », « fiasco », « gadget », bondieuseries ridicules », « extrême vacuité », « vignettes insipides », « démunis face au grand vide de l’exitence », « Mal livré sans autre perspective historique que la seule glorification des bons contre les méchants », »son plus mauvais film de cinéaste », « film impossible à sauver », « scénario de débutante »,  « naïveté »,  « bonne conscience », « Amérique profonde », « inintérêt qui frôle l’abstraction ou le septième degré »,  « jeunes gens  hollywoodisés jusqu’à la moelle », « négation de la réalité », « clichés », « certitude d’être du côté du Bien », « vautrés devant un match de baseball avec une Budweiser », « offrant aux enfants des armes à feu, fausses ou vraies », « film de propagande », ‘nunuche », « manipulateur », « marionnettes », « cartes postales », « moralisme misérable lesté d’idéologie de l’action », « God on our Side », « tissu de simulacres stéréotypés »…

A l’heure où au lendemain d’un énième massacre de 17 lycéens …

Présenté presque à l’unanimité comme 18e de l’année par une presse aussi moutonnière que mensongère …

Le président Trump se voit dénoncé pour avoir osé évoquer sa colère qu’ils aient pu être abandonnés à leur sort par les garde et premiers policiers censés les défendre et surestimé le courage de ses critiques (« et je pense que la plupart des gens ici aurait fait pareil« )…

Et que la même critique qui encense des films qui frisent la désinformation (un « Post » – « Pentagon papers » en vf – qui, au-delà d’un contexte de guere froide où il était question d’abandonner un nouveau peuple aux griffes et au goulag du communisme, s’acharne sur l’ambulance d’un Nixon pour des actes datant en fait de ses deux prédécesseurs démocrates Kennedy et Johnson) …

Ou qui,  derrière la vaine grandiloquence, le kitsch et le manichéisme, n’ont pour eux que la couleur de leurs héros (« Black panther ») …

N’a sauf exceptions que mépris pour le dernier film du réalisateur américain Clint Eastwood sur le meurtre de masse déjoué du Thalys d’il y a à peine trois ans …

Comment ne pas se désoler dans un premier temps …

Devant tant de déni et d’amnésie d’une presse française mais aussi américaine …

Mais aussi, rétrospectivement, de naïveté et d’insouciance face d’abord au véritable carnage qui a ainsi été évité dans un train qui transportait plus de 500 passagers dont bien sûr nombre d’enfants …

Par un terroriste entré en Europe avec certains des futurs auteurs des attentats du Bataclan et du Stade de France en se dissimulant dans un groupe de migrants et armé littéralement jusqu’aux dents (près de 300 munitions, kalachnikov, pistolet automatique, cutter, demi-litre d’essence) …

Mais comment aussi ne pas être épaté …

Par la rare perspicacité de la critique du journal genevois Le Temps (qui en plus vous offre 9 articles gratuits !) …

Qui, quasiment seule avec celle du New York Times, met le doigt sur le véritable ovni que constitue ce dernier film du monument qu’est devenu Clit Eastwood (une soixantaine de films, 4 Oscars, 5 Golden Globes, 3 Césars, une  Palme d’honneur) …

A savoir derrière le jeu de mots facile …

Qu’après son gros mais douteux succès d' »American sniper » (coupable d’avoir enthousiasmé l’Amérique conservatrice simpliste par son apparente « apologie du bon soldat US »)  …

Et son autre succès impeccablement rassembleur d’un pilote ayant sauvé 155 vies (Sully) …

Que dans cet apparent troisième volet (bonne pioche encore pour le critique du Temps !) d’une éventuelle trilogie …

Le réalisateur continue son exploration du héros ordinaire …

Mais cette fois, d’où l’énorme déception et très vite le dépit et le mépris, « reste à quai » …

Comme le repère admirablement, derrière le jeu de mots facile de son titre, le critique …

Qui hélas n’allant pas jusqu’au bout de sa géniale découverte …

Ne voit pas, comme l’avait bien vu son collègue pour le cauchemar qui ouvre « Sully », que le subterfuge des héros jouant leurs propres rôles qui semble si « indigne » d’un réalisateur à l’imposante filmographie  qui n’a plus rien à prouver marque peut-être un « niveau supérieur d’accomplissement artistique » …

Qui alors éclaire tout le reste …

Les non-professionnels sans « charisme » qui jouent leur propre rôle (pas moins de six entre les deux militaires américains et leur ami d’enfance, un universitaire américain, son épouse française et un passager britannique, sans compter les images d’archives du président français et, post-générique, la foule de leur ville natale de Sacramento et, dit-on, si les juges ne l’avaient empêché, le terroriste lui-même), mais pour justement « mieux souligner l’idée que des hommes ordinaires peuvent un jour être amenés à faire des choses extraordinaires » …

L’action héroïque de départ tellement ténue (10 minutes à peine, plans prémonitoires compris, pour le morceau de bravoure violent qui avait jusque là fait sa réputation !) …

L’enfance de « soap opera traditionnel » « survolée » (le « lourd lestage de réél », le « risque de l’ennui » « assumé ici avec une ferveur ascétique » dont parle le Monde, ces « bondieuseries », références devenues taboues et presque pornographiques à la religion, cette foi enfantine en son destin et cette conviction d’être poussé par une force mystérieuse vers « quelque chose de plus grand que lui ») …

La « succession de vignettes » de touristes en goguette « sans intérêt aucun puisqu’elles ne servent qu’à amener au moment fatidique » (avec leur selfies et leurs platitudes) …

La réalisation  » à la va comme je te pousse, comme si le réalisateur d’un des plus grands westerns de l’histoire, avait laissé les clés de la maison à un vidéaste amateur » …

Ce  « plus embarrassant encore » « sous-texte déplaisant qui semble dire que si l’on se passionne depuis l’enfance pour la guerre et qu’on a la foi, on sera peut-être plus enclin que les autres à se comporter en héros »……

Cet « incompréhensible » choix final d’un « montage grossier » d’images d’archives de la cérémonie de remise de la légion d’honneur et celles d’une « reconstitution avec un faux Hollande » avec « raccords hasardeux qui, alors que le moment est solennel et devrait être source d’émotion, s’avèrent risibles » (mais peut-il en être autrement rétrospectivement devant le ton presque badin d’un président décorant ces grands enfants, entre gentils boy scouts et touristes en goguette, d’Américains ?) ……

Et même, à l’image de Sully, le réalisateur lui-même sommé de « devoir se justifier lors d’un procès où il devenait soudain coupable de n’avoir peut-être pas pris la meilleure décision » (devant aussi bien la commision qui voulait condamner son film au classement R – interdit aux moins de 13 ans – que la justice elle-même avec la demande de censure et de saisie de l’avocate du terroriste au motif que le film porterait atteinte à la présomption d’innocence de son client – comment ne pas repenser à un autre « procès » qui avait visé aussi en son temps pour le péché similaire d’excès de réalisme, l’auteur, lui aussi américain, de « Passion ») …

D’expliquer « où est passée la maestria d’un des derniers grands tenants du classicisme américain, d’habitude capable en quelques plans savamment imbriqués de susciter le trouble, de laisser toujours planer le doute quant à l’interprétation que l’on peut faire de ses films » …

Et ce ratage tellement énorme qu’il pourrait justement bien être …

Comme le regrette explicitement notre critique qui n’a pas osé aller jusqu’au bout de sa géniale intuition …

Le « testament filmique du grand Clint qui fêtera fin mai son 88e anniversaire » …

On aurait alors affaire à l’insu de nos critiques pourtant si avides de nouveauté …

A l’aussi improbable qu’extraordinaire résurgence pour ne pas dire résurrection d’un genre qui au début des années 60 n’avait eu droit qu’à trois courte années de gloire …

Mis à part sa redécouverte, via sa version « mumblecore » par une nouvelle génération, dont un récent petit joyau de cinéma-vérité lui aussi basé à Sacramento …

A savoir le fameux cinéma-vérité théorisé par le sociologue Edgar Morin …

Selon lequel il s’agissait rien de moins que de « permettre à chacun de jouer sa vie devant la caméra » …

Mais aussi de la part de l’acteur devenu cinéaste …

A l’instar du sacrifice ultime de sa vie qu’il imposait à ce vétéran de la guerre de Corée raciste qui se sachant condamné par la médecine et après avoir confessé ses crimes de guerre (et dument légué sa maison et ses biens à l’église ainsi que sa chère Gran Torino à son jeune ami vietnamien Thao) se rachète en une sorte de sacrifice christique (en prononçant un dernier « Je vous salue, Marie ») à la fin en donnant sa vie pour sauver celle de son jeune voisin en perdition … .

A une sorte d’ultime dépouillement de soi (les théologiens parlent de « kénose »), de renoncement à soi mais qui est aussi un dépassement …

Le presque demi-siècle de carrière de l’acteur-cinéaste apparaissant alors comme un long détachement (dont son fameux laconisme et son amour immodéré des litotes et des paraboles) de son personnage de violent redresseur de torts …

Passant de rôles de hors la loi à celui de justicier puis de sauveteur (le héros d’ « American Sniper » utilise encore les armes à feu mais évoque l’image du chien de berger, par sa simple présence d’esprit et maitrise technique de pilote, Sully sauve 155 vies, Spencer Stone – qui serait probablement mort sans le miracle de la kalachnikov enrayée – et ses deux amis se contentent de maitriser à mains nues le terroriste, le tout sur fond du rappel de la fameuse prière attribuée à Saint François qui avait bercé son enfance: « c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie ») …

A l’image de ce Dieu chrétien qui comme l’avait magistralement repéré le philologue juif-allemand Erich Auerbach fuyant lui-même à Istanbul la déjudaïsation même des textes fondateurs de la littérature occidentale par les nazis et leurs affidés luthériens …

Pousse l’abnégation de soi jusqu’à « l’incarnation dans un homme du dernier rang, par son existence terrestre parmi les humbles, par sa Passion ignominieuse au jugement du monde » pour représenter  » quelque chose que ni la poésie antique ni l’historiographie antique n’ont jamais représenté: la naissance d’un mouvement spirituel dans les profondeurs du peuple, au sein des circonstances quotidiennes de l’existence du temps » …

Et ce faisant, via le style légendairement abrupt et aride du texte biblique et évangélique, fait accéder au sérieux et au sublime que l’Antiquité réservait au seul genre tragique le réalisme à la fois quotidien et universel …

Redonnant sa dignité, jusqu’à l’échec, la faute et la médiocrité, au plus intime et au plus trivial de l’expérience humaine …

Mais aussi derrière la formation un temps méprisée de secouriste de guerre ou de jiujitsu mais aussi inaboutie de soldat d’élite, la vocation jusque là refusée de toute une vie consistant à « sauver des vies »…

En réintégrant au passage dans la grandeur d’une nation, loin de la tyrannie dévoyée du politiquement correct et de l’hommage obligé à la sacro-sainte diversité à l’instar de l’élection-surprise du milliardaire honni Donald Trump, ces « pitoyables » et ces « accros aux armes à feu et à la religion » qu’avait rejetés dans le mépris le pouvoir précédent

Et finissant en somme par retrouver cette véritable source et inspiration du réalisme occidental …

Que triste ironie et bégaiement de l’histoire, nos nouveaux maitres tentent à leur tour de faire taire ?

Avec «Le 15h17 pour Paris», Clint Eastwood reste à quai
Le cinéaste américain raconte dans «Le 15h17 pour Paris» l’héroïsme de trois compatriotes ayant neutralisé le terroriste entré en août 2015 à bord d’un train à grande vitesse reliant Amsterdam à Paris. Embarrassant
Stéphane Gobbo
Le Temps
7 février 2018

Fait a priori unique au sein de l’imposante filmographie de Clint Eastwood, Le 15h17 pour Paris, en salle depuis ce mercredi, n’a pas été montré à la presse avant sa sortie. Une décision pas vraiment rassurante quant à la qualité du film… Et en effet, malgré toute la bonne volonté qu’on peut y mettre, difficile de sauver ce 37e long-métrage d’un cinéaste qui a signé en près de cinquante ans de carrière derrière la caméra un nombre assez impressionnant d’œuvres majeures.

Avec Le 15h17 pour Paris, Eastwood semble conclure une trilogie du héros américain amorcée avec American Sniper (2014) puis poursuivie avec Sully (2016). Après avoir raconté l’histoire du plus redoutable tireur d’élite de l’histoire militaire américaine, puis celle du pilote ayant réussi à poser un avion en détresse sur le fleuve Hudson, il s’attaque cette fois à l’acte de bravoure de trois amis ayant réussi à empêcher, en été 2015, un attentat meurtrier. S’ils n’étaient pas parvenus à maîtriser un terroriste monté à bord d’un train à grande vitesse reliant Amsterdam à Paris, c’est probablement à un carnage qu’on aurait assisté.

Vignettes sans intérêt

Le réalisateur explique avoir eu envie d’adapter le livre publié par les trois protagonistes sans penser à de possibles connexions avec ses deux précédents longs-métrages. Il estimait simplement qu’il s’agissait là d’une bonne histoire. Certes, mais elle est tellement ténue – l’action héroïque qui en constitue le cœur étant brève – qu’elle ne suffisait pas à remplir un film entier. C’était déjà le cas dans Sully, mais Eastwood parvenait alors à admirablement contourner cet obstacle grâce à la force de son personnage, subtilement incarné par Tom Hanks, devenu héros avant de devoir se justifier lors d’un procès où il devenait soudain coupable de n’avoir peut-être pas pris la meilleure décision.

Rien de cela ici: Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos ont sauvé les passagers d’un train, et c’est tout. Mais comme il fallait tenir les 90 minutes syndicales, Eastwood survole d’abord leur enfance, où l’on note qu’ils auraient pu mal tourner, puis reconstitue le voyage européen qui les a menés à monter, ce 21 août 2015, dans le Thalys 9364. Rome, Venise, Berlin puis Amsterdam: on a ainsi droit à une succession de vignettes sans intérêt aucun puisqu’elles ne servent qu’à amener au moment fatidique.

Pire, elles sont filmées à la va comme je te pousse, comme si le réalisateur du définitif Impitoyable (1992), un des plus grands westerns de l’histoire, avait laissé les clés de la maison à un vidéaste amateur. Mais où est passée la maestria d’un des derniers grands tenants du classicisme américain, d’habitude capable en quelques plans savamment imbriqués de susciter le trouble, de laisser toujours planer le doute quant à l’interprétation que l’on peut faire de ses films? A l’image d’American Sniper, autrement plus subtil que la simpliste apologie du bon soldat US que certains avaient voulu y voir.

Personnages et acteurs

Venons enfin à l’idée qui aurait pu amener ce fameux trouble «eastwoodien»: Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos sont personnages, mais aussi acteurs. Ils jouent leur propre rôle, comme pour mieux souligner l’idée que des hommes ordinaires peuvent un jour être amenés à faire des choses extraordinaires. Reste que si souvent des non-professionnels ont pu s’avérer d’une rare intensité, ces trois-là manquent sérieusement du charisme nécessaire lorsqu’il s’agit de dépasser le cadre d’un récit de type docu-fiction et de faire œuvre de cinéma. Plus embarrassant encore, ce sous-texte déplaisant qui semble dire que si l’on se passionne depuis l’enfance pour la guerre et qu’on a la foi, on sera peut-être plus enclin que les autres à se comporter en héros.

Le film se clôt alors comme s’est terminée la vraie histoire: sur la Légion d’honneur remise aux trois amis par François Hollande. Séquence qui permet à Eastwood de prendre une autre décision incompréhensible: voilà que dans un montage grossier, il entremêle les vraies images de la cérémonie – pour disposer de gros plans – et celles d’une reconstitution avec un faux Hollande. D’où des raccords hasardeux qui, alors que le moment est solennel et devrait être source d’émotion, s’avèrent risibles. Ne reste plus à espérer que ce ratage ne soit pas le testament filmique du grand Clint, qui fêtera fin mai son 88e anniversaire.

Le 15h17 pour Paris (The 15:17 to Paris), de Clint Eastwood (Etats-Unis, 2018), avec Spencer Stone, Anthony Sadler, Alek Skarlatos, 1h34.

Voir aussi:

«Sully», un portrait du vrai héros américain par Clint Eastwood
«Sully», un portrait du vrai héros américain par Clint Eastwood
A New York, en janvier 2009, un pilote posait son appareil sur l’Hudson River. De ce fait divers, Clint Eastwood tire un grand film politique avec Tom Hanks en vedette
Antoine Duplan
Le Temps
29 novembre 2016

Mayday! Mayday! Le film démarre dans le vif de l’action: un avion se crashe au cœur de Manhattan… Pas de panique! Cette réminiscence fracassante du 11-Septembre appartient à une réalité alternative sécrétée par un subconscient ébranlé. Le dormeur est arraché du sommeil, paniqué. Le subterfuge du cauchemar, qui pollue nombre de thrillers médiocres, semble indigne de Clint Eastwood, cinéaste réputé pour son son laconisme et ses litotes. En fait, il marque un niveau supérieur d’accomplissement artistique.

D’un exploit aéronautique, d’un fait divers tant répercuté par les médias qu’on a l’impression qu’il est vidé de tout sens, le réalisateur tire un récit post-traumatique aux vertus réparatrices doublé d’une fable politique amère, hantée, qui s’élève à la dimension parabolique.

Lire aussi notre portrait politique: Clint Eastwood, la victoire républicaine

L’événement, en janvier 2009
Le 15 janvier 2009, le commandant Chesley «Sully» Sullenberger réussit à poser sur les eaux glacées du fleuve Hudson son appareil qui, impacté au décollage par un vol d’oiseaux, a perdu ses deux réacteurs. Il sauve la vie des 155 passagers. L’opinion publique salue cet exploit unique dans l’histoire de l’aviation, fin de l’épisode.

Outrepassant la canonisation médiatique, Clint Eastwood revient sur le drame pour interroger la figure héroïque du commandant de bord. «Je n’ai pas l’impression d’être un héros», dit Sully. Il a simplement fait son devoir – de pilote, de citoyen. Il reste un homme, doutant de sa propre réalité dans le miroir embué de la salle de bains. Il entretient avec sa femme une relation adulte. Elle ne minaude pas des «I love you» au téléphone, elle s’inquiète de l’hypothèque sur la maison…

Le facteur humain

Une enquête administrative est ouverte: Sully n’aurait-il pas pu rallier un aéroport plutôt que de tenter cet exploit insensé? Quarante années d’aviation vont être jugées sur 208 secondes… Si sa responsabilité est établie, le pilote risque d’être mis à pied et de perdre sa pension. Ce procès est à haute valeur métaphorique. Sully jugé par les instances de l’aviation civile, c’est l’héroïsme jugé par la bureaucratie, le courage par le règlement, l’empirisme par le dogmatisme. Dans la salle d’audience se rejouent des conflits immémoriaux, celui de la classe ouvrière contre le patronat, du cow-boy contre le propriétaire terrien cadastrant la prairie, de l’homme contre la machine, du peuple contre les élites…

Sully adopte une remarquable structure en flash-back. Le cauchemar initial est réitéré, l’amerrissage, extraordinairement impressionnant, montré deux fois, dont la seconde pendant les audiences, comme une illustration du contenu de la boîte noire. A cette manœuvre risquée, les ordinateurs opposent des trajets alternatifs plus orthodoxes vers les aéroports de la région. Dans leurs simulateurs de vol, des pilotes chevronnés démontrent qu’il aurait été possible de se poser à LaGuardia ou à Teterboro.

L’affaire semble pliée, la faute démontrée, lorsque Sully tranche soudain: «Et si nous parlions sérieusement, maintenant?» Les logiciels de pilotage ont intégré tous les paramètres (altitude, vitesse du vent, poussée des réacteurs…) sauf un: le facteur humain. Les vols simulés virent vers les aéroports régionaux juste après la collision alors que Sully a eu besoin de 35 secondes pour comprendre ce qui se passait, évaluer les dégâts, en référer aux contrôleurs aériens et prendre sa folle décision…

Voué à l’héroïsme

Flanqué de l’excellent Aaron Eckhart en copilote truculent (le mot de la fin, fort drôle, lui revient, histoire de rappeler que le true american hero est aussi cool), Tom Hanks, grave, taiseux, tient le rôle-titre. Depuis trente ans, le comédien personnifie avec naturel les vertus de l’Amérique, qu’il soit un rédempteur au QI de crevette (Forrest Gump), un cador du Débarquement (Il faut sauver le soldat Ryan), un cosmonaute impavide (Apollo 13), un capitaine de marine marchande attaqué par des pirates (Capitaine Phillips), un gardien de prison à visage humain (La Ligne verte), un avocat défendant un espion russe pour démontrer la supériorité de l’Etat de droit sur le totalitarisme soviétique (Le Pont des espions), voire Walt Disney en personne (Dans l’ombre de Mary)… Dans Sully, il incarne une nouvelle fois l’Américain moyen voué à l’héroïsme modeste.

Eastwood le républicain avec Hanks le démocrate
Républicain pur jus, Clint Eastwood fait montre d’une grande intelligence en choisissant Tom Hanks, démocrate inébranlable. L’année passée, dans American Sniper, énorme succès public, le cinéaste retraçait le destin de Chris Kyle, le plus talentueux des tireurs d’élite de l’armée américaine, en prenant garde de ne pas prendre position. Le surdoué de la gâchette était-il un défenseur de la démocratie ou un tueur stipendié par l’Etat? Ce film indéchiffrable a enthousiasmé l’Amérique conservatrice. Nouveau succès au box-office, Sully est apte à réconcilier les deux camps.

Contrairement à Vol 93, de Paul Greengrass, qui, à travers des anecdotes feuilletonesques, imagine vainement ce qui s’est passé dans l’avion détourné et crashé en Pennsylvanie le 11 septembre 2001, Clint Eastwood s’abstient de trop personnaliser les passagers. Il les considère sous l’angle collectif. Tous unis avec les hôtesses de l’air, ils endossent leur responsabilité tandis que Sully tente l’impossible. «Tout le monde a fait son job», dira-t-il. Revu par Clint Eastwood, le vol 1549 se pose en métaphore d’une Amérique idéale dans laquelle chacun assume sa part de responsabilité derrière un pilote aux compétences supérieures. Curieusement, le pilote Trump auquel le cinéaste a apporté son soutien n’a pas la maîtrise de Sully.

Sully, de Clint Eastwood (Etats-Unis, 2016), avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, 1h36.

Voir également:

Review: In ‘The 15:17 to Paris,’ Real Heroes Portray Their Heroism

The 15:17 to Paris
Directed by Clint Eastwood

Drama/ History/ Thriller
PG-13
1h 34m
A.O. Scott

The NYT
Feb. 7, 2018

On Aug. 21, 2015, Ayoub El Khazzani boarded a high-speed train en route to Paris, armed with a knife, a pistol, an assault rifle and nearly 300 rounds of ammunition. His attack, apparently inspired by ISIS, was thwarted by the bravery and quick thinking of several passengers, notably three young American tourists: Alek Skarlatos, Anthony Sadler and Spencer Stone.

Their heroism is at the center of Clint Eastwood’s new movie, “The 15:17 to Paris,” a dramatic reconstruction as unassuming and effective as the action it depicts. Based on a book written (along with Jeffrey E. Stern) by Mr. Sadler, Mr. Skarlatos and Mr. Stone, the film stars them, too.

The practice of casting nonprofessionals in stories that closely mirror their own experiences has a long history — it’s a staple of Italian neorealism, the films of Robert Bresson and the Iranian cinema of the 1990s — but it remains a rarity in Hollywood. Usually the most we can expect is a poignant end-credits glimpse of the real people our favorite movie stars have pretended to be for the previous two hours. After all, part of the appeal of movies “inspired by true events” is the chance to admire the artistry of actors (like Tom Hanks’s, say, in Mr. Eastwood’s “Sully”) as they communicate the grit and gumption of ordinary Americans in tough circumstances.

But the thing to admire about “The 15:17 to Paris” is precisely its artlessness. Mr. Eastwood, who has long favored a lean, functional directing style, practices an economy here that makes some of his earlier movies look positively baroque. He almost seems to be testing the limits of minimalism, seeing how much artifice he can strip away and still achieve some kind of dramatic impact. There is not a lot of suspense, and not much psychological exploration, either. A certain blunt power is guaranteed by the facts of the story, and Mr. Eastwood doesn’t obviously try for anything more than that. But his workmanlike absorption in the task at hand is precisely what makes this movie fascinating as well as moving. Its radical plainness is tinged with mystery.

Who exactly are these guys? They first met as boys in Sacramento, which is where we meet them, played by Cole Eichenberger (Spencer Stone), Paul-Mikel Williams (Anthony Sadler) and Bryce Gheisar (Alek Skarlatos). Alek and Spencer, whose mothers (Judy Greer and Jenna Fischer) are friends, pull their sons out of public school and enroll them in a Christian academy, where they meet Anthony, a regular visitor to the principal’s office.

Frustrated by the educational demands of both church and state, the boys indulge in minor acts of rebellion: toilet-papering a neighbor’s house, swearing in gym class, playing war in the woods. They are separated when Alek moves to Oregon to live with his father and Anthony changes schools, but the three stay in touch as Anthony attends college and Alek and Spencer enlist in the military. Spencer, stationed in Portugal, meets up with Anthony in Rome, and Alek, who is serving in Afghanistan, visits a girlfriend in Germany before joining his pals in Berlin. They go clubbing in Amsterdam, wake up hung over and, after some debate, head for Paris.

To call what happens before the confrontation with the gunman a plot, in the conventional sense, does not seem quite accurate. Nor do Spencer, Anthony and Alek seem quite like movie characters. But they aren’t documentary subjects, either. Mr. Eastwood, famous for avoiding extensive rehearsals and retakes, doesn’t demand too much acting. Throughout the film, the principal performers behave with the mix of affability and reserve they might display when meeting a group of people for the first time. They are polite, direct and unfailingly good-natured, even when a given scene might call for more emotional intensity. In a normal movie, they would be extras.

And on a normal day, they would have been — part of the mass of tourists, commuters and other travelers taking a quick ride from one European capital to another. At times, Spencer, the most restless of the three and the one whose life choices receive the most attention, talks about the feeling of being “catapulted” toward some obscure destiny. But “The 15:17 to Paris” isn’t a meditation on fate any more than it is an exploration of the politics of global terrorism. Rather, it is concerned with locating the precise boundary between the banal and the extraordinary, between routine and violence, between complacency and courage.

The personalities of the main characters remain opaque, their inner lives the subject of speculation. You can wonder about the sorrow in Alek’s eyes, about the hint of a temper underneath Spencer’s jovial energy, about Anthony’s skeptical detachment. But at the end of the movie, you don’t really know them all that well. (You barely know Chris, a British passenger who helped subdue Mr. Khazzani, at all. He is seen but not named.)

Producing the illusion of intimacy is not among Mr. Eastwood’s priorities. He has always been a natural existentialist, devoted to the idea that meaning and character emerge through action. At the end of “The 15:17 to Paris,” a speech by former President François Hollande of France provides a touch of eloquence and a welcome flood of feeling. But the mood of the film is better captured by Mr. Skarlatos’s account of it, published in news reports after the attack: “We chose to fight and got lucky and didn’t die.”

Voir aussi:

Le 15h17 pour Paris

Critique du 20/02/2018

Jacques Morice

Le sujet est énoncé par le soldat Spencer Stone dans un raccourci assez discutable : « Faire la guerre et sauver des vies. » L’histoire, on la connaît : c’est celle du Thalys parti d’Amsterdam pour Paris le 21 août 2015. Un terroriste belgo-marocain était prêt à y faire un carnage. Grâce à l’intervention héroïque d’un professeur franco-américain (Mark Moogalian), d’un employé de banque (resté anonyme), puis de trois jeunes Américains, l’attentat a été déjoué.

On comprend pourquoi Clint East­wood s’est intéressé à ce drame évité, lui qui explore depuis longtemps le statut du héros, sa part de courage mais aussi de mystère. L’action stricto sensu, dans le train, tient en à peine dix minutes. C’est plus que dans Sully, autre histoire de sauvetage, dont Eastwood parvenait malgré tout à tirer un film captivant sur l’après et sur l’étrange prix à payer par le sauveur. Ici, il filme surtout l’avant : des flash-back sur la longue amitié, remontant à l’enfance, des trois héros, interprétés à l’âge adulte par les vrais protagonistes. On apprend qu’ils étaient de bons gar­çons mais turbulents, aimant jouer à la guerre, mauvais élèves dans des éco­les religieuses (Anthony Sadler est le seul à avoir suivi des études). Que Spencer Stone et Alek Skarlatos ont été élevés par des mères célibataires et ont choisi une carrière dans l’armée, non sans frustration pour le premier.

Bref, des choses ordinaires, anecdotiques, rendues encore plus lisses par l’interprétation de ces acteurs d’un jour. Le pire étant les séquences du voyage touristique à Berlin et Venise, où les gars en goguette visitent les ­monuments, font des selfies à la chaîne, s’amusent en boîte et se demandent s’ils vont aller jusqu’à Paris, où les gens, leur dit-on, sont « malpolis ». Le seul inté­rêt tient à la part d’inconscience derrière l’héroïsme. Le personnage central, Spencer Stone, est une tête brûlée. Lorsqu’il fonce sur le terroriste, il n’a pas d’arme. L’ennemi a le temps de viser, tire, mais son fusil mitrailleur s’enraye. Le héros serait-il attiré par la mort ? Serait-il lui-même un fantôme ? Le film, hélas, ne fait qu’effleurer cette question.

Avec «Le 15h17 pour Paris», Eastwood semble conclure une trilogie du héros américain amorcée avec «American Sniper» (2014) puis poursuivie avec «Sully» (2016).

Voir également:

« Le 15h17 pour Paris » de Clint Eastwood : tellement mauvais que le meilleur passage, ce sont les images d’archive !

13 février 2018

Clairement, les critiques du « Masque et la Plume » ont jugé le dernier film de Clint Eastwood décevant, pour le moins. Extraits des critiques… ou comment torpiller un film, en quatre essais.

Le 21 août 2015, à bord du Thalys à destination de Paris, un terroriste djihadiste, armé d’une kalachnikov, est neutralisé par trois amis d’enfance américains : l’étudiant Anthony Sadler, les militaires Alek Skarlatos et Spencer Stone. En sauvant la vie de 500 passagers, ils deviennent des héros.

Clint Eastwood en a tiré un film, où il a demandé aux trois vrais héros de jouer leurs propres rôles…

Xavier Leherpeur : « Les Chtis à Marseille à côté, c’est un bonheur ! »

Ce n’est pas un film, ce n’est rien. Ça n’a aucun intérêt.

Donc il va raconter l’histoire de ces gamins (enfin surtout des deux militaires, l’étudiant noir, Clint Eastwood n’en a rien à faire), surtout le petit rondouillard qui a tout donné à l’armée, l’armée lui a si peu rendu en l’empêchant de devenir ce qu’il voulait être, mais il s’est musclé, il s’est endurci, il s’est valorisé, il aime Dieu. Donc : Dieu / l’armée / les armes : le gamin est un pur Ricain élevé au Kellogg’s, il est inattaquable.

Michel Ciment : « Les visites de la Place St-Marc, de St Pierre de Rome, etc : c’est du travelog sans aucun intérêt ». / 2016 Warner Bros.

Michel Ciment : « c’est un film raté »

C’est un faux pas d’Eastwood, c’est arrivé à de grands réalisateurs (Bergmann, Buñuel…) C’est un film raté, à mon avis essentiellement sur un scénario qui est d’une faiblesse invraisemblable. w

Je trouve que l’idée était intéressante : prendre des personnages et raconter leurs vies qui les amènent à cet acte. On peut se moquer des Américains héroïques mais ce sont des Américains héroïques. Ce sont des gens qui ont risqué leur vie pour empêcher une massacre de 500 personnes dans le Thalys. Il faut le reconnaître ; il n’y a pas besoin de faire de l’anti-américanisme à tout bout de champ.

Simplement, l’erreur du film, c’est qu’il faut remplir cette 1h30.

Eric Neuhoff : « on se pince en regardant ça ! »

C’est tellement mauvais que le meilleur passage ce sont les images d’archive avec François Hollande qui fait un discours à l’Élysée. Mais sinon c’est un film complètement nul, on se pince en regardant ça !

Eric Neuhoff : « Les héros sont des gars assommants. Ils boivent de la bière, ils font des selfies… » / 2016 Warner Bros

Pierre Murat : « désuet, plat et nul »

Les acteurs sont très mauvais, c’est quand même un problème, et la mise en scène… les derniers films de Clint Eastwood sont beaucoup moins biens.


Société: L’Apocalypse pour tous (Apocalypse for all: Ready for the fifty-shades-of-greyization of the world ?)

22 février, 2018

 
Note de la SNCF sur la présence de migrants
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde Comme une mer noircie de sang : partout On noie les saints élans de l’innocence …Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt … Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt. La Seconde Venue ! A peine dits ces mots, Une image, immense, du Spiritus Mundi Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert, Une forme avec corps de lion et tête d’homme Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux… La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant, Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar, – Et quelle bête brute, revenue l’heure, Traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin ? Yeats (1919)
La Raison sera remplacée par la Révélation. À la place de la Loi rationnelle et des vérités objectives perceptibles par quiconque prendra les mesures nécessaires de discipline intellectuelle, et la même pour tous, la Connaissance dégénérera en une pagaille de visions subjectives (…) Des cosmogonies complètes seront créées à partir d’un quelconque ressentiment personnel refoulé, des épopées entières écrites dans des langues privées, les barbouillages d’écoliers placés plus haut que les plus grands chefs-d’œuvre. L’Idéalisme sera remplacé par le Matérialisme. La vie après la mort sera un repas de fête éternelle où tous les invités auront 20 ans … La Justice sera remplacée par la Pitié comme vertu cardinale humaine, et toute crainte de représailles disparaîtra … La Nouvelle Aristocratie sera composée exclusivement d’ermites, clochards et invalides permanents. Le Diamant brut, la Prostituée Phtisique, le bandit qui est bon pour sa mère, la jeune fille épileptique qui a le chic avec les animaux seront les héros et héroïnes du Nouvel Age, quand le général, l’homme d’État, et le philosophe seront devenus la cible de chaque farce et satire. Hérode (Pour le temps présent, oratorio de Noël, W. H. Auden, 1944)
Just over 50 years ago, the poet W.H. Auden achieved what all writers envy: making a prophecy that would come true. It is embedded in a long work called For the Time Being, where Herod muses about the distasteful task of massacring the Innocents. He doesn’t want to, because he is at heart a liberal. But still, he predicts, if that Child is allowed to get away, « Reason will be replaced by Revelation. Instead of Rational Law, objective truths perceptible to any who will undergo the necessary intellectual discipline, Knowledge will degenerate into a riot of subjective visions . . . Whole cosmogonies will be created out of some forgotten personal resentment, complete epics written in private languages, the daubs of schoolchildren ranked above the greatest masterpieces. Idealism will be replaced by Materialism. Life after death will be an eternal dinner party where all the guests are 20 years old . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal human virtue, and all fear of retribution will vanish . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. »What Herod saw was America in the late 1980s and early ’90s, right down to that dire phrase « New Age. » (…) Americans are obsessed with the recognition, praise and, when necessary, the manufacture of victims, whose one common feature is that they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class white male. The range of victims available 10 years ago — blacks, Chicanos, Indians, women, homosexuals — has now expanded to include every permutation of the halt, the blind and the short, or, to put it correctly, the vertically challenged. (…) Since our newfound sensitivity decrees that only the victim shall be the hero, the white American male starts bawling for victim status too. (…) European man, once the hero of the conquest of the Americas, now becomes its demon; and the victims, who cannot be brought back to life, are sanctified. On either side of the divide between Euro and native, historians stand ready with tarbrush and gold leaf, and instead of the wicked old stereotypes, we have a whole outfit of equally misleading new ones. Our predecessors made a hero of Christopher Columbus. To Europeans and white Americans in 1892, he was Manifest Destiny in tights, whereas a current PC book like Kirkpatrick Sale’s The Conquest of Paradise makes him more like Hitler in a caravel, landing like a virus among the innocent people of the New World. Robert Hughes (24.06.2001)
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
An advertent and sustained foreign policy uses a different part of the brain from the one engaged by horrifying images. If Americans had seen the battles of the Wilderness and Cold Harbor on TV screens in 1864, if they had witnessed the meat-grinding carnage of Ulysses Grant’s warmaking, then public opinion would have demanded an end to the Civil War, and the Union might well have split into two countries, one of them farmed by black slaves. (…) The Americans have ventured into Somalia in a sort of surreal confusion, first impersonating Mother Teresa and now John Wayne. it would help to clarify that self-image, for to do so would clarify the mission, and then to recast the rhetoric of the enterprise. Lance Morrow (1993
In recent years, skewering the politically correct and the political correctness of those mocking political correctness has become a thriving journalistic enterprise. One of the more interesting examples of the genre was a cover-story essay by Robert Hughes, which appeared in the February 3, 1992, edition of Time magazine. The essay was entitled “The Fraying of America.”  In it, Hughes cast a cold eye on the American social landscape, and his assessment was summarized in the article’s subtitle: “When a nation’s diversity breaks into factions, demagogues rush in, false issues cloud debate, and everybody has a grievance.” “Like others, Hughes found himself puzzling over how and why the status of ‘victim’ had become the seal of moral rectitude in American society. He began his essay by quoting a passage from W. H. Auden’s Christmas oratorio, For the Time Being. The lines he quoted were ones in which King Herod ruminates over whether the threat to civilization posed by the birth of Christ is serious enough to warrant murdering all the male children in one region of the empire. (The historical Herod may have been a vulgar and conniving Roman sycophant, but Auden’s Herod, let’s not forget, is watching the rough beast of the twentieth century slouching toward Bethlehem.) Weighing all the factors, Herod decides that the Christ child must be destroyed, even if to do so innocents must be slaughtered. For, he argues in the passage that Hughes quoted, should the Child survive: Reason will be replaced by Revelation . . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal virtue, and all fear of retribution will vanish . . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. “Hughes quoted this passage from Auden in order to point out that Auden’s prophecy had come true. As Auden’s Herod had predicted, American society was awash in what Hughes termed the “all-pervasive claim to victimhood.” He noted that in virtually all the contemporary social, political, or moral debates, both sides were either claiming to be victims or claiming to speak on their behalf. It was clear to Hughes, however, that this was not a symptom of a moral victory over our scapegoating impulses. There can be no victims without victimizers. Even though virtually everyone seemed to be claiming the status of victim, the claims could be sustained only if some of the claims could be denied. (At this point, things become even murkier, for in the topsy-turvy world of victimology, a claimant denied can easily be mistaken for a victim scorned, the result being that denying someone’s claim to victim status can have the same effect as granting it.) Nevertheless, the algebraic equation of victimhood requires victimizers, and so, for purely logical reasons, some claims have to be denied. Some, in Hughes’s words, would have to remain “the butt of every farce and satire.” Hughes argued that all those who claim victim status share one thing in common, “they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class, white male.” “Hughes realized that a hardy strain of envy and resentment toward this one, lone nonvictim continued to play an important role in the squabbles over who would be granted victim status. Those whose status as victim was secure were glaring at this last nonvictim with something of the vigilante’s narrow squint. Understandably, the culprit was anxious to remove his blemish. “Since our new found sensitivity decrees that only the victim shall be the hero,” Hughes wrote, “the white American male starts bawling for victim status too.” Gil Bailie
The gospel revelation gradually destroys the ability to sacralize and valorize violence of any kind, even for Americans in pursuit of the good. (…) At the heart of the cultural world in which we live, and into whose orbit the whole world is being gradually drawn, is a surreal confusion. The impossible Mother Teresa-John Wayne antinomy Times correspondent (Lance) Morrow discerned in America’s humanitarian 1992 Somali operation is simply a contemporary manifestation of the tension that for centuries has hounded those cultures under biblical influence. Gil Bailie
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. (…) Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne. (…) Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! (…) L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…)  il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse. René Girard
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. René Girard
Bailie livre une sorte d’Apocalypse — « révélation » où il ne s’agit pas tant de montrer la violence que de la dire — de la dire dans des termes irrécusables alors que, précisément, toute l’histoire de l’humanité pourrait se résumer en cette tentative pour taire la violence, pour nier qu’elle fonde toute société, et qu’elle doit être dépassée. Choix de taire ou de dire, choix de sacraliser ou de démasquer pour toujours. Un livre qui (…) révèle avec tant de clarté et de lucidité les « choses cachées » depuis la fondation du monde : il nous révèle dans un aujourd’hui pressant des choix qui nous concernent. Il traque le sens qui se cache au coeur des monstres sacrés ( ! ) de la littérature ou des faits retentissants de notre actualité. Impossible d’échapper à l’interpellation, de ne pas re-considérer toutes ces « choses » et surtout ce sujet — la violence — qui fait tellement partie de notre quotidien qu’on en oublie son vrai visage. (…) un cheminement révélateur pour parcourir des sentiers que nous empruntons : la littérature, la philosophie, la politique, la culture, l’information, bref, tout ce qui fait de nous des membres de cette humanité convoquée pour une lecture violente de notre heure. (…) La Violence révélée propose une analyse de la crise anthropologique, culturelle et historique que traversent les sociétés contemporaires, à la lumière de l’oeuvre de René Girard. Dans La Violence et le sacré, puis Des choses cachées depuis la fondation du monde, Girard avait montré le rôle essentiel de la violence pour les sociétés : un meurtre fondateur est à l’origine de la société. Girard met en évidence la logique victimaire : pour assurer la cohésion, le groupe désigne un bouc émissaire et défoule la violence sur lui — violence qui devient sacrée puisque ritualisée. Le meurtre et le sacrifice rituel renforcent les liens de la communauté qui échappe ainsi au chaos de la violence désorganisée. La violence sur le bouc émissaire a donc une fonction cathartique. Elle reste de la violence mais elle est dépouillée de son effet anarchique et destructeur. Les mythes garderaient mémoire de ce sacrifice mais tairaient la violence faite à la victime en la rationalisant : « le mythe ferme la bouche et les yeux sur certains événements ». Voilà donc le grand « mensonge », relayé par les rituels, des religions archaïques qui sont incapables de découvrir le mécanisme victimaire qui les fonde. Un autre concept girardien fondamental est celui du « désir mimétique ». Les passions (jalousie, envie, convoitise, ressentiment, rivalité, mépris, haine) qui conduisent à des comportements violents trouvent leur origine dans ce désir mimétique. Dans l’acceptation girardienne du terme, le désir représente l’influence que les autres ont sur nous ; le désir, « c’est ce qui arrive aux rapports humains quand il n’y a plus de résolution victimaire, et donc plus de polarisations vraiment unanimes, susceptibles de déclencher cette résolution » [Girard]. La « mimesis », souvent traduite par « imitation » (ce qui est inexact, ainsi que le souligne Bailie, car ce terme comporte une dimension volontaire alors que ce n’est pas conscient) est cette « propension qu’a l’être humain à succomber à l’influence des désirs positifs, négatifs, flatteurs ou accusateurs exprimés par les autres » . Personne n’échappe à cette logique. D’où l’effet de foule qui exacerbe les comportements mimétiques. La rivalité qui naît de la mimesis — on désire ce que désire l’autre — oblige à résoudre le conflit en le déplaçant sur une victime. Or le Christianisme démonte le schéma sacrificiel en révélant l’innocence de la victime : la Croix révèle et dénonce la violence sacrificielle. Elle met à nu l’unanimité fallacieuse de la foule en proie au mimétisme collectif et la violence contagieuse : la foule, elle, « ne sait pas ce qu’elle fait », pour reprendre les paroles du Christ en croix. Jésus propose une voie hors de la logique des représailles et de la vengeance en invitant à « tendre l’autre joue ». La non-violence révèle à la violence sa propre nature et la désarme. A partir des concepts girardiens, Bailie examine les conséquences de la révélation évangélique pour la société humaine. Il entreprend l’exploration systématique de l’histoire de l’humanité et sa tentative pour sortir du schéma de la violence sacrificielle. Son hypothèse centrale est que « la compassion d’origine biblique pour les victimes paralyse le système du bouc émissaire dont l’humanité dépend depuis toujours pour sa cohésion sociale. Mais la propension des êtres humains à résoudre les tensions sociales aux dépens d’une victime de substitution reste ». Ce que les Ecritures « doivent accomplir, c’est une conversion du coeur de l’homme qui permettra à l’humanité de se passer de la violence organisée sans pour autant s’abîmer dans la violence incontrôlée, dans la violence de l’Apocalypse » [p. 31]. Or qu’en est-il ? La Bible, en proposant la compassion pour les victimes, a permis « l’éclosion de la première contre-culture du monde, que nous appelons la ‘‘culture occidentale’’ ». La Bible, notre « cahier de souvenirs », est une chronique des efforts accomplis par l’homme pour renoncer aux formes primitives de religion et aux rituels sacrificiels, et s’extirper des structures de la violence sacrée. Ainsi, avec Abraham, le sacrifice humain est abandonné ; les commandements de Moise indiquent la voie hors du désir mimétique (« tu ne convoiteras pas » car c’est la convoitise qui mène à la rivalité et la violence). Baillie s’attarde sur le récit biblique car pour lui il contient une valeur anthropologique essentielle ; il permet en effet d’observer « les structures et la dynamique de la vie culturelle et religieuse conventionnelles de l’humanité et d’être témoin de la façon dont ces structures s’effondrent sous le poids d’une révélation incompatible avec elles ». Peut-être peut-on parler de prototype de l’avènement de l’humanité à elle-même. Dans la Bible, la révélation est en cours et l’on peut mesurer les conséquences déstabilisantes sur le peuple de cette révélation. Pas un hasard, donc, que le Christ se soit incarné dans la tradition hébraïque déjà aux prises avec la révélation. (…) Les Evangiles, donc, ont rendu moralement et culturellement problématique le recours au système sacrificiel. Toutefois, « les passions mimétiques qu’il pouvait jadis contrôler ont pris de l’ampleur, jusqu’à provoquer la crise sociale, psychologique et spirituelle que nous connaissons ». L’Occident, en effet, est sorti du schéma de la violence sacrificielle, mais son impossibilité à embrasser le modèle proposé par l’Evangile a pour conséquence la descente dans la violence première. La distinction morale entre « bonne violence » et « mauvaise violence » n’est plus « un impératif catégorique ». Puisque nous vivons dans un monde où la violence a perdu son prestige moral et religieux, « La violence a gagné en puissance destructrice »: elle a perdu «  son pouvoir de fonder la culture et de la restaurer ». L’effondrement de la distinction cruciale entre violence officielle et violence officieuse se révèle par exemple dans le fait que les policiers ne sont plus respectés (Bailie oppose cela à la scène finale de Lord of the Flies où les enfants sont arrêtés dans leur frénésie de violence par la simple vue de l’officier de marine : son « autorité morale » bloque le chaos). Donc, puisque le violence a perdu son aura religieuse, « la fascination que suscite sa contemplation n’entraîne plus le respect pour l’institution sacrée qui en est à l’origine. Au contraire, le spectacle de la violence servira de modèle à des violences du même ordre ». De la violence thérapeutique, on risque fort de passer à une violence gratuite, voire ludique. A l’instar du Christ qui utilise les paraboles pour « révéler les choses cachées depuis la fondation du monde  », Bailie utilise des citations tirées de la presse contemporaine « de façon à montrer quelles formes prend la révélation de la violence dans le monde d’aujourd’hui ». Bailie note plusieurs résurgences du « religieux », dans le culte du nationalisme par exemple. Le nationalisme fournit en effet une forme de transcendance sociale qui renforce le sentiment communautaire, et devient un « ersatz de sacré » qui conduit encore à la violence sur des « boucs émissaires ». Il note aussi comment la rhétorique de la guerre légitime (mythifie même) la violence. Ainsi ce général salvadorien chargé du massacre de femmes et d’enfants en 1981 s’adresse à son armée en ces termes : « Ce que nous avons fait hier et le jour d’avant, ça s’appelle la guerre. C’est ça, la guerre […] Que les choses soient claires, il est hors de question qu’on vous entende gémir et vous lamenter sur ce que vous avez fait […] c’est la guerre, messieurs. C’est ça la guerre ». La philosophie même, pour Bailie, participerait du sacré mais n’en serait peut-être que le simulacre car « elle a érigé des formes de rationalité dont la tâche a été d’empêcher la prise de conscience de la vérité ». D’ou son impasse en tant que vraie transcendance. Dans le combat entre les forces du sacrificiel et de la violence collective, et la « déconstruction à laquelle se livre l’Evangile », qu’en est-il de l’autre protagoniste du combat, celui qui représente la révélation évangélique ? Sa puissance est d’un autre ordre. Bailie la voit à l’oeuvre, par exemple, dans deux moments, le chant d’une victime sur la montagne de la Cruz, et la prière d’un Juif à Buchenwald : « Paix à tous les hommes de mauvaise volonté  ! Qu’il y ait une fin à la vengeance, à l’exigence de châtiments et de représailles ». Et Bailie de conclure : « si nous ne trouvons le repos auprès de Dieu, c’est notre propre inquiétude qui nous servira de transcendance ». Le texte de l’Apocalypse « révèle » ce que les hommes risquent de faire « s’ils continuent, dans un monde désacralisé et sans garde-fou sacrificiel, de tenir pour rien la mise en garde évangélique contre la vengeance ». La seule façon d’éviter que l’Apocalypse ne devienne une réalité est d’accueillir l’impératif évangélique de l’amour. Pour Girard, « l’humanité est confrontée à un choix […] explicite et même parfaitement scientifique entre la destruction totale et le renoncement total à la violence ». A sa suite, Bailie identifie deux alternatives : soit un retour à la violence sacrée dans un contexte religieux non biblique, soit une révolution anthropologique que la révélation chrétienne a générée. Il s’agira donc d’arriver à résister au mal pour en empêcher la propagation : « la seule façon d’éviter la transcendance fictive de la violence et de la contagion sociale est une autre forme de transcendance religieuse au centre de laquelle se trouve un dieu qui a choisi de subir la violence plutôt que de l’exercer ». Marie Liénard
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
La concurrence entre États a pris une forme nouvelle et nous devons être prêts à y faire face. Les menaces auxquelles nous sommes confrontés ne sont pas à des milliers de kilomètres mais sont maintenant aux portes de l’Europe. Nous avons vu comment la guerre informatique peut être menée sur le champ de bataille et perturber la vie des gens. Au Royaume-Uni, nous ne sommes pas à l’abri de cela. Général Nick Carter
La menace du terrorisme international (…) s’est diversifiée et est plus dispersée, et nous voyons le phénomène que Daech représente émergeant dans d’autres parties du monde. Et bien sûr, nous avons appris que n’importe qui peut devenir un terroriste ces jours-ci – simplement en louant un véhicule ou à coups de machette. (…) Nous vivons aujourd’hui dans un monde beaucoup plus compétitif et multipolaire, et la nature complexe du système mondial a créé les conditions dans lesquelles les États sont en mesure d’affronter la concurrence de nouvelles façons, en deçà de ce que nous aurions défini comme une « guerre » dans le passé. Mais, ce qui est inquiétant, c’est que tous ces États sont passés maîtres dans l’exploitation des zones d’ombre entre la paix et la guerre. Ce qui constitue une arme dans cette zone d’ombre ne fait pas nécessairement “boum”. L’énergie, l’argent sous forme de pots-de-vin, les pratiques commerciales malhonnêtes, les cyberattaques, les assassinats, les fausses nouvelles, la propagande et même l’intimidation militaire sont autant d’exemples d’armes utilisées pour tirer profit de cette ère de « concurrence constante. L’architecture internationale fondée sur des règles qui a assuré notre stabilité et notre prospérité depuis 1945 est donc menacée. Il ne s’agit pas d’une crise, ni d’une série de crises auxquelles nous sommes confrontés. C’est un défi stratégique. Et cela nécessite une réponse stratégique. Gen Nick Carter (chef d’état-major des forces britanniques)
L’islamisme, c’est le FN du musulman déclassé. Hakim El Karoui
J’étais outré lors des débats par les rires. Moi, ça ne me fait pas rire. Je ne suis pas ici au spectacle. Bendaoud a réussi à transformer le tribunal en théâtre de boulevard. Ces énergumènes n’ont ni foi ni loi. Victime des attentats du Bataclan
Alors d’abord, une femme ayant été violée considère qu’elle a été souillée, à mon avis elle intériorise le discours des autres autour d’elle. (…) Je pense que ça c’est un résidu d’archaïsme (…) Ça c’est mon grand problème, je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en sort. Mais par contre ça m’est arrivé d’avoir des rapports sexuels avec des gens qui ne me plaisaient pas spécialement. Parce que voilà c’était plus facile de céder à la personne ou parce que c’était une partouze et qu’on était en groupe. Catherine Millet
Les hébergements proposés ne le sont que pour quelques jours et on ballotte les gens d’un bout à l’autre de l’Ile-de-France. Beaucoup ne veulent pas quitter leur bout de trottoir de peur de perdre leur place et le peu d’affaires qu’ils conservent, mais aussi de couper les liens qu’ils ont pu nouer avec les riverains, les commerçants. Ils ont besoin de stabilité et on ne la leur offre pas. Nicolas Clément (collectif Les morts de la rue, bénévole au Secours catholique)
Pour ces jeunes gens, la rue, c’est d’abord le choix d’être en marge, souvent en groupe. Et même quand ce choix n’en est plus un, il reste le désir de ne pas être contraint par des horaires, la collectivité, la promiscuité ou la nécessité de quitter ses animaux, comme c’est le cas dans les centres d’accueil. Marie-Laurence Sassine
Trois Capverdiens ont été interpellés, dimanche soir à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), pour violences volontaires, acte de barbarie et anthropophagie ayant entraîné une mutilation permanente. Vers 18 heures, allée Hector-Berlioz, quatre hommes se disputent pour une histoire d’argent. Trois hommes se liguent pour en frapper un quatrième. Ils le mordent violemment à la lèvre inférieure et à l’oreille gauche avant d’ingérer les morceaux de chair arrachés. La victime se défend en portant des coups à ses agresseurs. Elle parvient à blesser l’un d’eux à une cheville. La police et les secours sont finalement intervenus. Les trois agresseurs ont été arrêtés. Les deux blessés, victime et agresseur, ont été transportés à l’hôpital de Montfermeil (Seine Saint-Denis). Le commissariat est chargé de l’enquête. Le Parisien
This election season, the candidacy of Donald Trump has provoked a crise de conscience in the ranks of conservatives. But whatever our sympathy for those who banded together to oppose Trump in the January 21 issue of The National Review or for the politicians who have brawled with him on stage, and of whatever use such gestures are politically, they surely have had little value in clarifying the crisis of conservatism that has led to Trump’s rise. Instead of focusing on Trump’s business practices and on the ignorance of his supporters, conservatives might do well to consider the possibility that his success reflects an objective political reality: the relative uselessness in a victimocracy of taking “conservative positions,” when the more urgent task is to relegitimize the liberal-conservative dialogue through which policy has traditionally gotten made in a democratic republic. In a word, restoring the art of the deal.  (…) And it goes unmentioned on the right as well as the left that the result of the latter’s promotion of minority concerns not as group interests but in the guise of victimary social justice is that, while its bureaucratic saviors enrich themselves, the minority community has experienced previously unknown levels of social disintegration, with results clearly visible in Detroit, Baltimore, Washington DC, Saint Louis…. There are precious few fora to the left of the ominous “alt-right” where such concerns can be aired. As I pointed out in Chronicle 508, Trump embodies far more than he articulates resistance to the victimocracy. Yet this is indeed an issue concerning which, at this historical moment, embodiment is more important than articulation. Although Trump rarely denounces PC by name, his demeanor loudly proclaims his rejection of White Guilt—unlike Bernie, he has no trouble telling Black Lives Matter protesters that “all lives matter.” Trump’s unexpected staying power—leading to his “presidential” performance at the March 10 debate—reflects to my mind far more than attractiveness to the benighted bearers of poor-white resentment. On the contrary, Trump’s continual emphasis on “deals” suggests a sharp intuition of how to adapt conservatism to the current victimocratic context. Before we can exercise Buckley’s Burkean resistance to unnecessary change, we have to return to the left-right dichotomy of the Assemblée Nationale. What is required at this moment is not conservatism as usual, but second-degree conservatism, metaconservatism. The contempt of the voting public for Washington’s inability to “get anything done” reflects the fact that under the current administration, the shift of Democratic politics from liberalism to progressivism, from focusing on the concerns of the working class to those of ascriptive minorities, involves a fundamental change from defending interests to seeking justice. The first can be negotiated on a more or less level footing with opposing interests; the second can only be resisted by unregenerate evil-doers, which is more or less the way the current president and his potential Democratic successors characterize the representatives of the other party. In this noxious context, the (meta)conservative position is not to deny victimary claims, but tonormalize them: to turn them back into assertions of interests to be negotiated as political questions were in days of old—in a word, into issues that can be settled by making a deal. Victimary activism should not in itself guarantee representative status for its leaders on campuses and elsewhere. But when university officials find it appropriate to hold discussions with representatives of the black or gay or Muslim student body, by making it clear that they view the latter as interest groups rather than as communities of the oppressed, they can avoid putting themselves, as such officials all too often do, in a situation of moral inferiority. There is no reason not to allow a group to express what it considers its legitimate interests; there is every reason not to consider the expression of these interests a priori as “demands for justice.” In their preoccupation with denouncing Trump as a false conservative, the guardians of the flame forget that at a time when the victimary left seeks to portray the normal order of things in American society as founded on privilege and discrimination, Trump’s supporters turn to him as a figure of hope because his mind, unclouded by White Guilt, views the political battlefield, foreign as well as domestic, as a place for making deals. This used to be called Realpolitik. All too often, to read today’s mainstream press, let alone more extreme publications such as the new New Republic or Salon, is to be subjected to the verbal equivalent of race war. The political discourse of Sanders and Clinton is deeply impregnated with this same rhetoric. Whether or not Trump is its nominee, I hope the Republican party does not need another general election loss to teach it that to articulate and defend a conservative position today, it is first necessary to reject the victimary moralization of politics and return to the liberal-democratic continuum within which conflicts can be mediated. At that point, regardless of the party in power, liberals and conservatives can argue their points, and then come together and make a deal. Eric Gans
One of Christianity’s contributions to civilization has been a startling compassion for the victim. As René Girard has pointed out, from the beginning of time primitive peoples focused their animus on the outsider, the oddball, or the eccentric in their midst. It was the disabled, the alien, the poor, and the weak who most often took the blame for society’s ills. The crowd turned on them as the origin and cause of their problems. They became the scapegoat. As they were ostracized, excluded, persecuted, and killed, the source of the tribe’s problems was eliminated. Consequently, the tribe felt cleansed. The violence unleashed a feeling of power and freedom. As the evil was purged, thrill surged. All was well. Life could continue and the tribe could prosper. Until, of course, another crisis developed—and at that point another victim would be needed. Because of the regularity of the crises, religions developed the ritual of regular sacrifice. Victims were found, throats were cut, blood was shed, and if animals were substituted, it did not mitigate the truth that the society still ran on the blood-fuel of the victim. This may seem terribly primitive in a modern age, until one see videos of ISIS soldiers ritually beheading their victims. Modern Americans may think they are far removed from the barbarities of the Aztecs until they view a video of a wine-sipping high priestess of the cult of abortion describing how she dismembers children and harvests their organs. Is this so far removed from the haruspication of the ancients? When crazed and enraged young men—be they Islamist or racist extremists—open fire on their innocent victims, are we so far from Girard’s theory of the scapegoat? Girard points out that Jesus of Nazareth turned the model on its head. He does so first by valuing the victim. The poor, the outcast, the crippled, diseased, blind, and demon-possessed are his prizes. He treasures children and magnifies women. He turns the sacrificial system upside down not only by valuing the victim, but by becoming the victim. He accepts the victim role and willingly becomes “the Lamb of God” who takes away the sin of the world. He defeats the sacrificial system by embracing it. He breaks it from the inside. For the last two thousand years, the world has been learning that the victim is the hero. The problem is that everyone is jumping on the bandwagon. Being a victim is fashionable—ironically, becoming bullied is now the best way to bully others. It works like this: If you want to move forward in the world, make progress for you and your tribe, further your ambitions, justify your immoral actions, grab a bigger piece of the pie, and elbow others away from the trough, simply present yourself and your tribe as victims. Once you successfully portray yourselves as a poor, outcast, persecuted, minority group you instantly gain the sympathy of all. The first key to success in this campaign is to portray your victim condition as something over which you have no control. This is clear when the victim group is a racial or ethnic minority. The same sense of unjust destiny has to be produced for other groups. So the feminists have exploited the technique to portray all women as downtrodden. Homosexual campaigners have likewise insisted that their condition is something they were born with, and now anyone with a sexual proclivity that is other than heterosexual can be portrayed as a misunderstood and persecuted victim. People suffering from any kind of illness, disability, or misfortune are victims of some sort of injustice, cruelty, or neglect. Those who suffer from poverty, addiction, broken families, psychological problems, emotional distress, or just plain unhappiness are victims too. The victim mentality is linked with an entitlement culture: Someone must be culpable for the unhappiness of the victims because someone should be responsible for making them happy. The second step in effective victim-campaigning is to accumulate and disseminate the propaganda. Academic papers must be written. Sociological studies must be undertaken. Groundbreaking books must be published. Stories of the particular minority group being persecuted must make front page news. The whimpers of the persecuted must rise to heaven. The shock at their victimhood must be expressed as “sadness,” “concern,” and “regret.” If one is not sympathetic, if one is reticent to pour balm in the victim’s wounds, then the bullying begins. You must recognize the victim. You must be sympathetic. You must be tolerant. You must join the campaign to help the victim, solve their problems, and make them happy at last. If you do not, you are not only hard-hearted, you are part of the problem. The third stage of the campaign is the release of anger. Once the victim is identified and the information is widespread, the rage can be released. The anger must be expressed because, without knowing it, a new cycle of tribal scapegoating has developed. As the tribe gathers around the victim in sympathy, they must find the culprit, and their search for the culprit (whether he is guilty or not does not matter) sends them on the same frantic scapegoating quest that created their victim in the first place. The supposed persecutors have now become the persecuted. The unhappiness of the tribe (which presents itself as sympathy for the victim) is now focused on violence against the new victim—and so the cycle of sin and irrational rage continues. Observe American society today. Everywhere you look we are apportioning blame and seeking scapegoats. The blacks blame the whites. The whites blame the blacks. The homosexuals blame the Christians. The Christians blame the homosexuals. The Republicans blame the immigrants. The immigrants blame the residents. The workers blame the wealthy. The wealthy blame the workers. Why has our society descended into the violence of scapegoating and blame? Because it is inevitable. The victimhood cycle will continue through cycles of revenge and further victimhood unless there is an outlet. Where is there an end to the cycle of violence and victimization? There is only one solution: Find a constant victim—one who is the eternal victim and remains the victim. How is this done? It is done within the religion of a society. If a society has a religion of sacrifice the ritual victim becomes the focus of the tribal animus. The ritual victim becomes the constant scapegoat. The ritual victim becomes the psychological safety valve. Catholicism, of course, is the only religion in the modern world which, astoundingly, still claims to be offering a sacrifice. This is why the ancient celebration of the Mass is still so vital in the modern world—because there the one, full, final sacrifice is re-presented for the salvation of the world. The problem is that we are not a sacrificial and a sacramental people. We do not understand what the liturgy calls “these holy mysteries.” Most Catholics in America are embarrassed by the language of sacrifice. We are a blandly utilitarian race–shallow, and lacking in imagination. We are uncomfortable with blood sacrifices and cannot understand the rituals of redemption. American Catholics prefer their liturgy to be a banal family meal where they sing happy songs about making the world a better place. It is no longer a sacred sacrifice or a holy mystery, but a cross between a campfire and a pep rally. Dwight Longenecker
In recent years, a number of Christian writers, inspired by French critic and philosopher René Girard, have stressed with new urgency how the Bible shows the way in which groups and societies work out their fears and frustrations by finding scapegoats. Because we compete for the same goods and comforts, we need to sustain our competition with our rivals and maintain distance from them. But to stop this getting completely out of hand, we unite with our rivals to identify the cause of the scarcity that makes us compete against each other, with some outside presence we can all agree to hate. Just as the BBC drama suggested, Jesus’s context was one where Judaeans and Romans equally lived in fear of each other, dreading an explosion of violence that would be destructive for everyone. Their leaders sweated over compromises and strategies to avoid this. In such a context, Jesus offered a perfect excuse for them to join in a liberating act of bloodletting which eliminated a single common enemy. The spiral of fear was halted briefly. Frequently in this mechanism, the victim has little or nothing to do with the initial conflict itself. But in the case of Jesus, the victim is not only wholly innocent; he is the embodiment of a grace or mercy that could in principle change the whole frame of reference that traps people in rivalry and mutual terror. Thus the scapegoat mechanism is exposed for what it is – an arbitrary release of tension that makes no difference to the underlying problem. And if you want to address the underlying problem, perhaps you should start listening to the victim. (…) But what if the Christian story (…) proposed a way of understanding some of the most pervasive and dangerous mechanisms in human relationships, interpersonal or international? It doesn’t take much imagination to see how internally divided societies find brief moments of unity when they have successfully identified some other group as the real source of their own insecurity. Look at any major conflict in the world at the moment and the mechanism is clear enough. Repressive and insecure states in the Islamic world demonise a mythical Christian ‘West’, while culturally confused, sceptical and frightened European and North American societies cling to the picture of a global militant Islam, determined to ‘destroy our way of life’. Two fragile and intensely quarrelsome societies in the Holy Land find some security in at least knowing that there is an enemy they can all hate on the other side of the wall. A crumbling dictatorship in Zimbabwe steps up the rhetoric of loathing and resentment towards the colonial powers that create the poverty and the shortages. Nearer home, disadvantaged communities make sense of their situation by blaming migrants and asylum seekers. It’s not that the fears involved are unreal. Global terrorism is a threat, Israel and Palestine really do menace each other’s existence, colonialism isn’t an innocent legacy and so on. But the exploitation of these real fears to provide a ‘solution’ to more basic problems both breeds collective untruthfulness and makes any rational handling of such external fears infinitely harder. It breeds a mentality that always seeks to mirror the one who is threatening you. It generates the ‘zero-sum game’ that condemns so many negotiations to futility. Worst of all, it gives a fragile society an interest in keeping some sort of external conflict going. Consciously or not, political leaders in a variety of contexts are reluctant to let go of an enemy who has become indispensable to their own stability. The claim of Christianity is both that this mechanism is universal, ingrained in how we learn to behave as human beings and that it is capable of changing. It changes when we recognise our complicity and when we listen to what the unique divine scapegoat says: that you do not have to see the rival as a threat to everything, that it is possible to believe that certain values will survive whatever happens in this earth’s history because they reflect the reality of an eternal God; that letting go of the obsessions of memory and resentment is release, not betrayal. (…) Yes, the Christian church has been guilty of colossal evasion, colluding in just those scapegoating mechanisms it exists to overcome. Its shameful record of anti-semitism is the most dramatic reversal of the genuine story it has to tell, the most dramatic example of claiming that the killing of Jesus was indeed about them and not us. Rowan Williams (Archbishop of Canterbury)
In Girard’s analysis, the Cult of Victimhood is, though unacknowledged by its practicioners, literally a Christian heresy (or more accurately, a Judeo-Christian heresy, if one can say that).  For Girard, the death and resurrection of Jesus Christ reveals to the world the mechanism of scapegoating–a victim is selected from among the people and sacrificed in order to discharge our rivalrous, imitative desires, and that sacrifice becomes both ritualized and camouflaged so that we are unaware of our participation.  Jesus, finishing a process begun at the beginning of the Hebrew Scriptures, comes to strip off the veil over our eyes, to reveal to us the truth.  Where once we held fast to the idea that the victim really deserved to be sacrificed, we now understand that the victim is innocent. Girard insists that this bell cannot be un-rung, and society can never go back to the way it was prior to Easter Sunday.  But that does not mean that scapegoating is ended forever.  It simply means that we as a people cannot rely on the simplistic old versions of the sacred to sustain the Big Lie.  Instead, if we want to avoid the hard work of imitating Jesus, forgiving our enemies, and learning to live in peace, we have to construct a new version of the Big Lie.  This new narrative has to incorporate on some level what Alison calls the « Intelligence of the Victim » that is provided by Jesus’s life, death and resurrection (since that is now a permanent part of human understanding), while still finding a way to create space for sacrificing victims. One way to do this, as Jean-Pierre Dupuy has explored in Marks of the Sacred and Economy and the Future, is to set up supposedly « neutral, » technocratic systems to, in essence, « do the dirty work for you » while keeping a clean conscience (« I’m not punishing the poor, it’s just ‘market forces’ that are leaving people destitute » etc.).  But the other way is through the Cult of Victimhood.  The Cult of Victimhood begins by appropriating the Intelligence of the Victim, recognizing the truth that discrete groups are often persecuted unjustly by virtue of being a discrete group, and not as a result of anything for which they are responsible.  And the Cult of Victimhood insists, correctly, that persecution of the particular discrete group at issue is unjust and should be stopped.  So far, so good.  But then the Cult of Victimhood turns being a victim into a status, defining itself in terms of the marker (either directly or indirectly) of having been through the experience of being a victim. The Cult of Victimhood is thus an inversion of the normal, pre-Christian process of the Sacred–rather than the majority forming an identity over and against some identifiable minority victim or group of victims through the process of victimization, the minority forms an identity over and against the majority by virtue of being victimized, either presently or at some point in the past. This creates three serious problems.  First, the identity of the group is tied up in the status of being a victim.  Thus, perversely, there is an incentive for the minority to seek to be victimized, because it supports and reinforces the group identity, leading to counter-productive co-dependent relationships with the persecuting majority.  Or, at a minimum, the minority needs to perceive itself as being victimized in order to shore up its self-identity, leading to incentives to find persecution behind every rock or tree, even when it is not there. The second problem is that the Cult of Victimhood creates a tempting platform to seize the moral high ground.  In light of the message of Jesus, we have an obligation to have special moral concern for victims as victims.  But it does not follow that those that are victimized have some special moral qualities or status by virtue of being victims.  Being a victim does not necessarily make you wiser, or more just, or better able to discern moral realities in the world around you, because being a victim is ultimately and fundamentally arbitrary.  As the great Ta-Nehisi Coates says, « [w]e, too, are capable of fictions because, as it turns out, oppression confers no wisdom and is rarely self-improving. »  But the Cult of Victimhood seizes on being a victim to provide a kind of imputed righteousness.  Once again, this is an inversion for the old vision of the Sacred–whereas before the society explained that victims became victims through some narrative of moral failure, now the victims understand their victim status through a narrative of their own moral superiority. In doing so, it sets up a purely binary, Manichean distortion of the Gospel message, dividing the world into fixed categories of victims who are righteous and victimizers who are unrighteous.  This binary system acts as a kind of moral shield for their own behavior.  The logical chain goes like this:  because I am a victim, I am righteous; because I am righteous, those that challenge or critique that righteousness (especially if the critique comes from those that victimized me) are per se wrong and their critique is per se illegitimate; thus, I can stay in a comfortable bubble of my own imputed righteousness.  Because I am an innocent victim, I don’t have to take seriously any critiques of my own actions. This in turn leads to the third problem.  Because of the power of feature #1 and especially feature #2 of the Cult of Victimhood, everyone wants to get in on the action.  And, given both the pervasive nature of scapegoating and the cultural awareness of the phenomenon (even if inchoate) brought about by thousands of years of Judeo-Christian presence, everyone can get in on the action if they look hard enough.  Everyone can craft a story of why they are the « real » victims over and against some group of victimizers.  What results is an utterly intractable set of mutually incompatible victimhood narratives, in which every group is the righteous but persecuted minority over and against some nefarious overculture. In an attempt to resolve this deadlock, the basic instinct (especially for the partisans of one competing narrative or another) is to try to adjudicate who are the « real » victims and who is the « fake » victims.  Girard would insist that this is an utterly futile activity, because all of these stories of victimhood are on some level true and on some level self-serving nonsense.  The fact of being the victim is true, but the narrative of why the victimization occurred, tied into some group identity and moral status, is not.  And it is not true because, again, being a victim is arbitrary.  Sometimes you are victimized because of some trait you happen to have (like race or gender), sometimes it is because of some social group you happen to belong to that happens to be on the short end of the stick for whatever reason (like LGBT folks), sometimes it is for no reason at all.  The only real difference between the victim and the victimizer is circumstance.  Or, to put it another way, there has only been one truly innocent victim in all of history, and He was last seen outside of Jerusalem 2000 years ago and 40 days after Easter Sunday. Again, it’s crucial, here and elsewhere, to draw a very clear line between the fact of victimization and the status as a victim.  People get victimized, and we have a moral obligation to try to end the victimization.  But the Cult of Victimization makes that project more difficult, because it weaponizes victimization and intermixes genuine victimization with dubious claims of moral righteousness.  It also incentivizes out-and-out bogus claims of victimization, because the power of victimhood status is too enticing. To see an example of the Cult of Victimhood in action, consider this piece from Andrew Sullivan about Trump.  In the piece, Sullivan makes the point that one key dimension of why white, working-class voters have rallied to Trump is the disdain shown by cultural elites (mostly liberal but also conservative, to the extent those are still distinct categories) toward the culture and values of said white working-class people.  The reaction on social media to the piece was very telling.  Instead of pushing back on the thesis (i.e., « you are wrong, Andrew, we don’t disdain the values of these folks. »), or to admit the thesis and stand firm on the position (i.e. « yes, Andrew, we do disdain the values of these folks because these values are bad. »), the reaction was to criticize Sullivan for failing to assert that racism (and, to a lesser extent, homophobia) was the « real » reason why these voters were supporting Trump. First off, Sullivan does talk about that in the piece.  But, more to the point, seizing on Sullivan’s purported failure to talk about race or homophobia is a way to side-step and de-legitimize the basic point that cultural elites disdain a big chunk of the population.  Because, if the « real » issue is race or homophobia, then in the Cult of Victimhood world the issues and objections of white working class folks are per se illegitimate, because they are the unrighteous victimizers.  In other words, yelling at Sullivan for failing to talk about race is another way of saying « their assertion of victimhood status is bogus because my victimhood status is real, and because my victimhood status is real their assertion of victimhood status must be bogus. »  And, of course, the same story can (and is) being said on the other side.  Which is why, along the lines of Sullivan’s piece, the 2016 U.S. Presidential election has been a heretofore unprecedented orgy of the Cult of Victimhood from all sides, and promises to become even more grotesque as we get closer to November. (…) The point is to talk about how the Cult of Victimhood works, and why it makes these kinds of debates so intractable.  No matter how real the persecution, the stories people tell regarding the persecution are fundamentally unreliable, especially if they divide the world into an « us » and a « them. »  And, once they are a « them, » we can stay safe in our bubble of righteousness. The power of Girard’s ideas, for me, is the constant and destabilizing claim of a radical equality–we are all victims, and we are all victimizers.  This doctrine cuts through both our self-serving claims to goodness as well as the paralyzing guilt of our wickedness. Michael Boyle
Even his most sympathetic biographers acknowledge that, as an officer of the Indian Imperial Police in Burma, he paid regular visits to the waterfront brothels of Rangoon. After spending time in Morocco, he also confessed to his friend Harold Acton that he ‘seldom tasted such bliss as with certain Moroccan girls’. A friend recalled Orwell saying that ‘he found himself increasingly attracted by the young Arab girls’. He confessed to the same friend that he told his wife, Eileen, he ‘had to have one of these girls on just one occasion’. Eileen agreed, and so he went ahead. During his marriage to Eileen, Orwell made an improper advance to a young woman, Lydia Jackson. ‘He did not attract me as a man and his ill health even aroused in me a slight feeling of revulsion,’ she recalled. Once he was better, he wrote Lydia a suggestive letter, letting her know when his wife was away, and adding: ‘I know it’s indiscreet to write such things in letters, but you’ll be clever & burn this, won’t you?’ But Lydia had no wish to go along with this deceit. ‘His masculine conceit annoyed me,’ she said. After the sudden death of Eileen, Orwell made a pass at another young woman, who lived in the flat below. ‘I wonder if you were angry or surprised when I sort of made advances to you that night . . .’ he wrote to her. ‘It is only that I feel so desperately alone . . . Of course, it’s absurd to make love to someone of your age.’ A few years ago, letters were discovered in which a childhood friend, Jacintha Buddicom, revealed that when Orwell was 15 and she was 17, a bit of canoodling had accelerated into something more violent, and he had attempted to rape her. Jacintha shouted, kicked and screamed before running home with a bruised hip and a torn skirt. Afterwards, she broke off all contact with him. Nearly 60 years later, Jacintha wrote to a relative about the additional hurt she suffered when she realised he had turned her into a character in his most famous book. She wrote: ‘At least you have not had the public shame of being destroyed in a classic book as Eric did to me. Julia in Nineteen Eighty-Four is clearly Jacintha, of that I feel certain . . . in the end he absolutely destroys me, like a man in hobnailed boots stamping on a spider. ‘It hurt my mother so much when she read that book that we always thought it brought on her final heart attack a few days later. Be glad you have not been torn limb from limb in public.’ Does this mean the works of George Orwell should be removed from libraries and bookshops? Of course not. But if he is to be excused, then why not other literary heroes? The Daily Mail
What a scandal for our times. Oxfam, that upholder of modern-day virtue, unassailable in its righteousness, buried for seven years that its aid workers exploited young girls. The men abused their power to have sex with desperate victims of the Haiti earthquake — the very people they were supposed to protect. Sadly Oxfam is not alone. Andrew Macleod, former chief operator of the UN Emerging Coordination Centre warns the infiltration of the aid industry by paedophiles is on the scale of the Catholic church — if not bigger. The aid industry has manipulated public opinion with the help of celebrities and politicians eager for the glitz of poverty porn. It’s a powerful and cosy lobby. Oxfam and Save the Children are prime overseas contractors for the DfID1. Many DfID workers are former activists from the NGO sector. Western media depend on aid agencies for access and transport in conflict areas. Dambisa Moyo, a global economist from Zambia, points out the first world has sent more than $1 trillion to Africa over the past 50 years. Far from ending extreme poverty, this fabulous sum promoted it. Between 1970 and 1998, when aid flows to Africa were at their peak, poverty in Africa rose from 11 per cent to a staggering 66 per cent. Of course there are other factors. But the more development aid a country receives, the less likely it is to enjoy economic success. Aid distorts home markets. Food aid, for example, causes agricultural sectors to shrink and makes famine more rather than less likely. The cascade of aid money permits government to abdicate its responsibility to fund health care, education and infrastructure. It promotes a disconnect between a government and its citizens. When foreign donors cover 40 per cent of the operating budgets of countries such as Kenya and Uganda, why would leaders listen to their citizens? Schmoozing2 foreign donors comes first. What Africa needs is not more ‘Band Aid solutions’ but jobs for the 60 per cent of Africans under the age of 24. ’And aid,’ as Moyo says, ‘has never created a single job.’ On Radio 4’s Today programme this week, Madeleine Rees, a human rights lawyer, insisted: ‘The majority of aid does good.’ She went on, ‘Who is going to get hurt if the aid budget is destroyed?’ Of course, like obedient children, we are meant to reply, ‘The poor.’ But as more and more stories emerge about waste and abuse, I wonder if aid doesn’t do more harm than good. Harriet Sergeant
Quel silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050 ! Les projections démographiques des grandes régions du monde d’ici là sont connues et réévaluées tous les deux ans par les Nations unies et régulièrement par Eurostat pour les Etats membres de l’Union européenne[2], mais il faut être un spécialiste des bases de données pour s’en servir. De fait, personne n’en parle, surtout à Bruxelles où l’on préfère produire des rapports sur les révolutions technologiques, le développement durable ou la transition énergétique. Nous devons remplir notre fonction d’alerte, même si nous savons que nous ne serons plus là en 2050 pour regretter de ne pas avoir été entendus. Contrairement à l’Amérique du Nord qui verrait sa population augmenter de 75 millions d’habitants (soit deux fois moins que l’Amérique du Sud), l’Europe pourrait stagner autour de 500 millions d’habitants et perdre 49 millions de personnes en âge de travailler dans la tranche des 20-64 ans, dont 11 millions pour l’Allemagne. L’Espagne et l’Italie devraient aussi perdre de 7 à 8 millions d’actifs potentiels. La France pourrait se réjouir de quasiment rattraper l’Allemagne, ce qu’en réalité le Royaume-Uni devrait réaliser avant elle. Il est illusoire de se réjouir d’une telle perspective car nos voisins sont aussi nos principaux débouchés : 87% de ce qui est produit en France est consommé en Europe dont 70% pour la France, et 17% pour les exportations (56% des 30% exportés dans le monde). Les autres enseignements de la tectonique démographique d’ici à 2050 ne sont pas moins interpellants : la Chine, le Japon et la Russie perdraient respectivement 38 millions, 20 millions et 15 millions d’habitants alors que l’Inde augmenterait de près de 400 millions d’habitants et dépasserait la Chine d’au moins 300 millions d’habitants. La saignée sera particulièrement forte pour la tranche d’âge des 20-64 ans d’ici à 2050 : – 22 millions pour la Russie, -20 millions pour le Japon et – 195 millions pour la Chine. Les Etats-Unis verraient leurs actifs potentiels augmenter de presque 20 millions dans la période. Il faudra des bras et des cerveaux pour compenser ces pertes d’actifs. Chance ? Dans le même temps, la population de l’Afrique devrait augmenter de 1,3 milliard, dont 130 millions rien que pour l’Afrique du Nord. C’est dire que la pression migratoire sur l’Europe va être plus forte que jamais ! Ce choc démographique (implosion interne et explosion externe), l’Europe n’en parle pas et ne s’y prépare pas. Tout se passe comme si le tsunami démographique était moins important que la vague numérique. Pour que cesse l’omerta, nous invitons nos interlocuteurs à imaginer quelques millions de réfugiés climatiques en provenance d’Asie ou encore plus de réfugiés politiques et économiques en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Relevons que si 1% du surcroît de la population africaine s’installait en France d’ici à 35 ans (ce qui est aussi proche de nous que 1980), cela ferait quand même 13 millions d’habitants en plus dans l’hexagone d’ici à 2050, soit 20% de plus ! Quand on songe que l’Union européenne a été fragilisée et ébranlée en 2015 par un million de réfugiés dont les trois-quarts politiques, on se rend compte que l’Europe ne devrait pas attendre pour se préparer à de telles perspectives. Elle devrait s’inspirer du Canada qui n’hésite pas à pratiquer une politique de quotas en fonction des besoins du marché du travail. Et aussi encourager la relance de la fécondité dans le vieux continent. Car l’intégration se fait d’abord par le brassage des cultures dans les écoles. (…) Quand il y a trop de sable, le ciment ne prend pas. Pour accueillir le maximum de sable, il faut plus de ciment, c’est-à-dire d’enfants parlant la langue du pays quelle que soit leur couleur. Bref, pour rester ouvert au monde, il faudrait relancer la fécondité en Europe dès maintenant. Mais qui parle de politique familiale dans une Europe qui permet qu’il y ait des hôtels et lieux de vacances réservés aux adultes, interdits aux enfants et tolérant seulement les animaux familiers ! Les médias commencent tout juste à s’alarmer du fait qu’en 2016 pour la première fois, en Europe, le nombre de cercueils a dépassé celui des berceaux. Il est intéressant de relever que c’est le cas en Allemagne depuis 1971, de l’Italie depuis 1991, de l’Espagne depuis 2016, de la Russie depuis 1991, du Japon depuis 2006. Le tour de la Chine viendra en 2028. Le phénomène ne devrait concerner la France, voire les Etats-Unis, qu’après 2050. On ne fabrique pas de berceaux avec des cercueils. Le suicide démographique de la vieille Europe est annoncé mais il est encore temps : la bonne prévision n’est pas forcément celle qui se réalise mais celle qui conduit à l’action pour l’éviter. Les chercheurs s’interrogent sur les causes du ralentissement concomitant de la croissance et de la productivité alors que les révolutions technologiques de l’information et de la communication (TIC), des biotechnologies, des nanotechnologies ou des énergies (nouvelles et stockage) sont plus que jamais perceptibles. C’est le fameux paradoxe de Solow (on trouve des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité). Curieusement, ces mêmes chercheurs ne s’interrogent pas sur le lien qu’il pourrait y avoir entre ce ralentissement de la croissance et le vieillissement démographique des anciennes zones développées : Etats-Unis, Japon, Europe. Michel Godet
Les pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. Jeremy Harding
La guerre, la faim et l’effondrement social n’ont pas causé des migrations massives au-delà de la frontière naturelle que constitue le Sahara. mais les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Jeremy Harding
Je dis ça sans affolement. Quand vous avez un voisin qui en 2050 sera 5 fois plus nombreux que toute l’Europe comprise, il y a une pression migratoire qui est très forte et il faut s’arranger entre voisins (européens), il faut négocier. Il faut prendre la mesure du réel d’abord. Puis il faut des négociations entre l’Europe et l’Afrique pour éviter notamment que ses forces vives quittent le continent. Tant que l’Afrique croit à ce rythme, c’est impossible (de juguler). Tous les progrès sont noyés par la progression démographique. Il faut à un moment maitriser cette croissance démographique. C’est un problème de long terme qui se jouera sur les deux générations à venir, pas avant 2050. Toutes les régions du monde ont migré. En Europe il y avait 300 millions d’habitants et 60 millions en sont partis, dont 40 millions vers les Etats-Unis. L’Afrique ne fait que reproduire des scenarii qui ont eu lieu en Europe et en Amérique latine. Et il est évident que l’Europe va faire face à une migration très forte depuis l’Afrique, c’est inévitable. [l’aide au développement] c’est une imposture. Nous allons développer un continent d’1,3 milliards, soit l’équivalent de la Chine. Et tous ceux qui se sont développés, les millions de personnes qui sont sortis de la pauvreté ces dernières décennies – les Chinois, les Indiens -, n’en sont jamais sortis par l’aide au développement. L’aide au développement va d’abord permettre à une classe moyenne qui émerge de migrer, de partir du continent. Toutes les volontés de fermer les frontières sont inutiles. Avec 6 milliards d’euros, les européens se sont achetés la paix de 2,5 millions de migrants, bloqués en Turquie. Mais c’est cynique de parler comme ça. Les gens passeront, par une porte ou une autre. C’est inévitable. Mettez-vous à la place des Africains qui voient de telles inégalités et qui pensent à leur vie ou à leurs enfants. Nous ferions pareil à leur place. Bien sûr qu’un moment l’Afrique arrivera à retenir ses forces vives, anticipe Stephen Smith. On oublie souvent qu’un tiers des européens partis en Amérique sont revenus en Europe. Ce n’est pas forcément le bonheur d’arriver en Europe, beaucoup de migrants sont déçus, et vous préférez toujours rester parmi les vôtres ». Stephen Smith
Le problème, c’est que quand vous aidez, dans un premier temps, vous créez un horizon qui est plus large: les gens commencent à penser qu’ils peuvent bouger puisqu’ils ont aussi les moyens – il faut plusieurs milliers d’euros pour entreprendre ce voyage – et donc ce ne sont pas les plus pauvres, les plus désespérés qui partent mais ceux qui commencent à sortir la tête de l’eau. Et c’est donc cet effet de seuil qui fait que dans un premier temps l’aide aide les gens à partir. Stephen Smith
Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale. Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen. Stephen Smith

Vous avez dit cinquante-nuances-de-grisation du monde ?

« Fan fiction » parasite devenant succès mondial de librairie et du cinéma en fusionnant roman de gare et sadomasochisme; déboulonnage généralisé de tous nos maitres à penser, y compris les plus lucides; chef d’état-major annonçant, après l’avènement du terrorisme pour tous, la contamination de la guerre par « l’exploitation » systématiques par certains Etats « des zones d’ombre entre la paix et la guerre »;  migrants clandestins important la pratique anthropopagique au sein même des sociétés théoriquement les plus avancées; société nationale de chemin de fer ayant déjà connu des attaques terroristes sur ses passagers sommée de s’excuser pour avoir osé s’opposer à l’arrivée massive de clandestins dont on ne sait rien à bord de ses trains; conjonction annoncée d’un véritable suicide démographique d’une Europe vieillissante et d’une jeune Afrique à la démographie explosive; études montrant outre le détournement systématique et l’infiltration généralisée d’oeuvres caritatives par des pédophiles les effets contreproductifs d’une aide qui « aide en fait les gens à quitter leur pays »; intellectuelle regrettant de ne pas avoir été violée pour pouvoir prouver aux femmes que le traumatisme est surmontable; culpabilisation entretenue d’une obligation charitable face à des gens qui au nom de leur droit à la liberté en abusent ou même la refusent; apologie de l’ouverture à tous crins et dénonciation du repli identitaire par des élites protégées des conséquences des décisions qu’elles imposent aux plus vulnérables; procès concernant des centaines de victimes tournant à la farce; hommage national d’un chanteur de rock se finissant en crêpage de chignons médiatique

En ces temps de plus en plus étranges …

Où avec la dénonciation comme fascisme ou repli de toute barrière ou protection …

La perte des repères se généralise et se mondialise …

Comment ne pas repenser aux prophéties à présent centenaires de nos poètes …

Annonçant la « dislocation de toutes choses et le déchainement de l’anarchie sur le monde » (Yeats) ou la « dégénérescence de la connaissance en une pagaille de visions subjectives », le  « remplacement de la justice par la pitié » et la « disparition de toute crainte de représailles » (Auden) …

Et  surtout ne pas voir avec René Girard …

Que loin des représentations fondamentalistes d’une brutale rétribution divine à venir …

Cette fameuse Apocalypse annoncée depuis plus de 2000 ans qui est avant tout et étymologiquement dévoilement …

Pourrait bien en fait sous l’effet de la privation, initiée par le Christ lui-même, du recours multimillénaire à la violence légitime …

Avoir tout simplement déjà commencé  ?

Migrations : « La Ruée vers l’Europe », le livre qui dérange
EXCLUSIF. Que dit Stephen Smith, spécialiste de l’Afrique, des migrations vers l’Europe ? Sa principale thèse : le développement économique du continent les alimente.
Le Point Afrique
01/02/2018

Ce n’est que dans les années 2000 que l’Europe grisonnante a pris conscience de son déclin démographique, du vieillissement de sa population et des effets à long terme sur l’emploi et les retraites. Dans le même temps, l’Afrique s’est mise à rimer avec boom démographique. Une explosion initiée dans les années 1930 par des politiques de développement de la France et de la Grande-Bretagne, qui entendaient recadrer leur « mission civilisatrice ». C’est récemment aussi que la « tragédie statistique » de l’Afrique a commencé à préoccuper sa voisine européenne en matière de politique migratoire. Cette exceptionnelle jeunesse, Stephen Smith, spécialiste de ce continent qui est à la fois à part et déjà mondialisé, en fait la matrice de l’avenir où viennent aussi se télescoper une pauvreté persistante, les conflits armés, la montée des extrémismes religieux, les défis sanitaires, urbains, économiques, l’affrontement entre les générations.

Mais la ruée vers l’Europe est-elle inéluctable ? Partant de cette « loi des grands nombres » démographique, Smith répond par l’affirmative. Tout en s’écartant des afro-pessimistes, il ne tombe pas dans l’optimisme béat des tenants de l’Afrique qui gagne. Pour lui, dans le cadre d’une telle explosion de population, c’est le développement économique de l’Afrique qui va nourrir cette levée en masse, ceux qui partent constituant le sel même de ce continent. Sur ce sujet complexe, qu’il traite du point de vue africain, il prend donc à rebrousse-poil certaines idées reçues, envisageant plusieurs scénarios, dont il évalue la probabilité et les conséquences. Au final, il signe un ouvrage indispensable pour bien comprendre l’un des enjeux majeurs des prochaines décennies.

Extraits

Le codéveloppement alimente la ruée

Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale.

Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen.

« La Ruée vers l’Europe », de Stephen Smith (Grasset, 272 pages, 19,50 euros). Parution le 7 février

Voir aussi:

Migrants : « L’aide au développement de l’Afrique aide les gens à partir »

Stephen Smith, journaliste, écrivain, enseignant, spécialiste de l’Afrique et qui publie La ruée vers l’Europe, est l’invité du Grand Soir 3 ce mardi 6 février.

France 3


L’Union européenne compte 510 millions d’habitants en 2018 et en comptera 450 en 2050. En parallèle, l’Afrique compte 1,25 milliard d’habitants et en comptera 2,5 milliards en 2050. Pour Stephen Smith, la jeune Afrique va se ruer sur le Vieux continent, c’est inscrit dans l’ordre des choses. « C’est la loi des grands nombres. l’Afrique crée des hôpitaux et des écoles pour la population actuelle, mais tous les quinze ans, il y a deux fois plus d’habitants« , explique l’auteur du livre La ruée vers l’Europe.

Les aides des pays occidentaux à l’Afrique « fonctionnent parfois, mais ce ne sont pas les plus pauvres ni les plus désespérés qui partent, ce qui fait que dans un premier temps l’aide aide les gens à partir », affirme l’enseignant spécialiste de l’Afrique.

« Il faut faire du tri »

Il rappelle que « 60 millions d’Européens sont partis au moment de la transition démographique du Vieux continent, dont 40 millions aux États-Unis. L’Afrique en est là. Il n’y a rien d’exceptionnel ».

Stephen Smith juge la politique envers les migrants d’Emmanuel Macron « cohérente, réaliste. Il faut faire du tri. Une frontière est là pour que la barrière se lève et se baisse. Les migrants comme leurs hôtes doivent pouvoir s’épanouir ».

Voir également:

Stephen Smith, journaliste et écrivain, spécialiste de l’Afrique était l’invité de Bourdin Direct ce jeudi. Pour lui, les États européens vont devoir négocier entre eux pour faire face à la forte pression migratoire en provenance de l’Afrique ces prochaines décennies.

Europe 2050 : ce suicide démographique que rien ne semble pouvoir arrêter

Quel silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050[1] ! Les projections démographiques des grandes régions du monde d’ici là sont connues et réévaluées tous les deux ans par les Nations unies et régulièrement par Eurostat pour les Etats membres de l’Union européenne[2], mais il faut être un spécialiste des bases de données pour s’en servir.
Michel Godet

Atlantico
21 Février 2018

De fait, personne n’en parle, surtout à Bruxelles où l’on préfère produire des rapports sur les révolutions technologiques, le développement durable ou la transition énergétique.

Nous devons remplir notre fonction d’alerte, même si nous savons que nous ne serons plus là en 2050 pour regretter de ne pas avoir été entendus. Contrairement à l’Amérique du Nord qui verrait sa population augmenter de 75 millions d’habitants (soit deux fois moins que l’Amérique du Sud), l’Europe pourrait stagner autour de 500 millions d’habitants et perdre 49 millions de personnes en âge de travailler dans la tranche des 20-64 ans, dont 11 millions pour l’Allemagne. L’Espagne et l’Italie devraient aussi perdre de 7 à 8 millions d’actifs potentiels.

La France pourrait se réjouir de quasiment rattraper l’Allemagne, ce qu’en réalité le Royaume-Uni devrait réaliser avant elle. Il est illusoire de se réjouir d’une telle perspective car nos voisins sont aussi nos principaux débouchés : 87% de ce qui est produit en France est consommé en Europe dont 70% pour la France, et 17% pour les exportations (56% des 30% exportés dans le monde).

LA TECTONIQUE DÉMOGRAPHIQUE

Les autres enseignements de la tectonique démographique d’ici à 2050 ne sont pas moins interpellants : la Chine, le Japon et la Russie perdraient respectivement 38 millions, 20 millions et 15 millions d’habitants alors que l’Inde augmenterait de près de 400 millions d’habitants et dépasserait la Chine d’au moins 300 millions d’habitants. La saignée sera particulièrement forte pour la tranche d’âge des 20-64 ans d’ici à 2050 : – 22 millions pour la Russie, -20 millions pour le Japon et – 195 millions pour la Chine. Les Etats-Unis verraient leurs actifs potentiels augmenter de presque 20 millions dans la période.

Il faudra des bras et des cerveaux pour compenser ces pertes d’actifs. Chance ? Dans le même temps, la population de l’Afrique devrait augmenter de 1,3 milliard, dont 130 millions rien que pour l’Afrique du Nord. C’est dire que la pression migratoire sur l’Europe va être plus forte que jamais ! Ce choc démographique (implosion interne et explosion externe), l’Europe n’en parle pas et ne s’y prépare pas. Tout se passe comme si le tsunami démographique était moins important que la vague numérique. Pour que cesse l’omerta, nous invitons nos interlocuteurs à imaginer quelques millions de réfugiés climatiques en provenance d’Asie ou encore plus de réfugiés politiques et économiques en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Relevons que si 1% du surcroît de la population africaine s’installait en France d’ici à 35 ans (ce qui est aussi proche de nous que 1980), cela ferait quand même 13 millions d’habitants en plus dans l’hexagone d’ici à 2050, soit 20% de plus ! Quand on songe que l’Union européenne a été fragilisée et ébranlée en 2015 par un million de réfugiés dont les trois-quarts politiques, on se rend compte que l’Europe ne devrait pas attendre pour se préparer à de telles perspectives. Elle devrait s’inspirer du Canada qui n’hésite pas à pratiquer une politique de quotas en fonction des besoins du marché du travail. Et aussi encourager la relance de la fécondité dans le vieux continent. Car l’intégration se fait d’abord par le brassage des cultures dans les écoles.

En Europe et au Japon, la croissance du PIB a été supérieure dans les années 1980 à celle des années 1990 : 2.5% contre 2.3% en Europe et 4.6% contre 1.1% au Japon. Au cours de ces deux décennies, la croissance du PIB des États-Unis est supérieure d’environ un point à celle de l’Europe. L’explication est essentiellement (pour plus de la moitié) démographique, car l’écart de croissance du PIB par habitant n’est que de 0.2 point plus élevé outreAtlantique qu’en Europe sur les mêmes périodes. En effet, la croissance démographique, de l’ordre de 1% par an aux Etats-Unis, est depuis le début des années 60, deux à trois fois plus élevée qu’en Europe. Une autre partie de l’explication de la croissance du PIB plus élevée aux Etats-Unis est à rechercher du côté du taux d’emploi et de la durée annuelle du travail plus élevés[4]. Si les Américains avancent plus vite, c’est parce qu’ils sont plus nombreux et rament plus. Nous avons retenu un panel de 23 pays, membres depuis longtemps de l’OCDE : Belgique, Danemark, Allemagne, Irlande, Grèce, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Luxembourg, Autriche, Portugal, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Islande, Norvège, Suisse, Etats-Unis, Japon, Canada, Australie et Nouvelle- Zélande. A partir de la base de données Ameco de la Commission européenne, nous avons calculé pour chaque pays et sur la période 1993-2015 la moyenne des variations annuelles (en %) de la population totale d’une part et la moyenne des variations annuelles (en %) du volume du PIB/habitant d’autre part. Le nuage de 23 couples de données que nous obtenons s’ordonne significativement d’un point de vue statistique autour d’une droite de régression avec un R2 de 0,42.

Quand il y a trop de sable, le ciment ne prend pas. Pour accueillir le maximum de sable, il faut plus de ciment, c’est-à-dire d’enfants parlant la langue du pays quelle que soit leur couleur. Bref, pour rester ouvert au monde, il faudrait relancer la fécondité en Europe dès maintenant. Mais qui parle de politique familiale dans une Europe qui permet qu’il y ait des hôtels et lieux de vacances réservés aux adultes, interdits aux enfants et tolérant seulement les animaux familiers ! Les médias commencent tout juste à s’alarmer du fait qu’en 2016 pour la première fois, en Europe, le nombre de cercueils a dépassé celui des berceaux. Il est intéressant de relever que c’est le cas en Allemagne depuis 1971, de l’Italie depuis 1991, de l’Espagne depuis 2016, de la Russie depuis 1991, du Japon depuis 2006. Le tour de la Chine viendra en 2028. Le phénomène ne devrait concerner la France, voire les Etats-Unis, qu’après 2050. On ne fabrique pas de berceaux avec des cercueils. Le suicide démographique de la vieille Europe est annoncé mais il est encore temps : la bonne prévision n’est pas forcément celle qui se réalise mais celle qui conduit à l’action pour l’éviter.

CHEVEUX GRIS ET CROISSANCE MOLLE[3] 

Il est classique d’attribuer la forte croissance économique de l’après-guerre en Europe à la reconstruction et au rattrapage par rapport aux Etats-Unis. Ces trente glorieuses ont coïncidé avec la vague démographique. Il est plus rare de relever que dans les années 50 et 60, l’augmentation de la productivité apparente du travail était deux à trois fois plus élevée que dans les années 80 et suivantes alors qu’à l’époque il n’y avait pas d’ordinateurs et qu’on ne parlait pas de révolution technologique. Comment ne pas voir dans cette productivité élevée, un effet de courbe d’expérience et de baisse des coûts unitaires de production dans des marchés en expansion continue ? A l’inverse, la croissance économique comme celle de la productivité n’ont cessé de ralentir aux Etats-Unis, en Europe et au Japon depuis le début des années 1980.

Les chercheurs s’interrogent sur les causes du ralentissement concomitant de la croissance et de la productivité alors que les révolutions technologiques de l’information et de la communication (TIC), des biotechnologies, des nanotechnologies ou des énergies (nouvelles et stockage) sont plus que jamais perceptibles. C’est le fameux paradoxe de Solow (on trouve des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité). Curieusement, ces mêmes chercheurs ne s’interrogent pas sur le lien qu’il pourrait y avoir entre ce ralentissement de la croissance et le vieillissement démographique des anciennes zones développées : Etats-Unis, Japon, Europe.

QUAND LA VAGUE NUMÉRIQUE CACHE LE TSUNAMI DÉMOGRAPHIQUE

A la Commission européenne, mais aussi dans la plupart des instances internationales et nationales, la question du lien entre démographie et croissance est rarement évoquée. Les rapports sur la technologie, l’innovation, la compétitivité sont légions. L’homme n’est abordé que comme capital humain, et sous l’angle de la formation, considérée à juste titre comme un investissement et un facteur de croissance à long terme. La démographie n’est traitée qu’à travers le vieillissement par le haut et les problèmes qui en découlent pour l’équilibre des systèmes de retraites, les dépenses de santé, la prise en charge de la dépendance, mais quasiment jamais relativement aux conséquences du vieillissement par le bas sur la croissance et sur la place de l’Europe dans le monde. En 2000, l’ambitieuse stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi misait essentiellement sur les technologies de l’information et l’économie de la connaissance pour assurer à l’Europe son avenir et sa puissance sur la scène internationale à l’horizon 2010. A presque mi-parcours, le rapport Wim Kok (2004) maintenait le cap sur la société de la connaissance et un développement durable pour une Europe élargie et consacrait, fait nouveau, une petite page au vieillissement de l’Europe. Ce dernier pouvait faire baisser le potentiel de croissance de l’Union d’un point (autour de 1% au lieu de 2%) d’ici à 2040. Mais rien n’était dit des évolutions démographiques comparées de l’Europe avec les Etats-Unis. Oubli d’autant plus remarquable que les mêmes comparaisons sont systématiques pour l’effort de recherche, l’innovation et la mesure de la productivité.

LES EFFETS MULTIPLICATEURS DE LA DÉMOGRAPHIE

Comme le disait Alfred Sauvy, les économistes « refusent de voir » le lien entre croissance économique et dynamique démographique et ne cherchent donc pas à le vérifier. Pourtant, les Trente Glorieuses et le baby-boom sont allés de pair, et l’essor des Etats-Unis s’explique sans doute, aussi, par une meilleure santé démographique. Depuis trente ans, le taux de fécondité y est en moyenne de près de 2,1 enfants par femme, contre 1,5 dans l’Europe ; la population, du fait aussi d’importants flux migratoires, continue d’augmenter fortement. La comparaison des taux de croissance entre l’Europe et les Etats-Unis fait généralement appel à la technique pour expliquer des différences sur le long terme. On peut se demander s’il n’y a pas aussi un effet de « multiplicateur démographique». Cette hypothèse permet de mieux comprendre pourquoi la croissance et, surtout, les gains de productivité des années 1950 et 1960 ont été en moyenne deux fois plus élevés que dans les années 1980 et 1990, marquées pourtant par les révolutions techniques, sources théoriques de gains de productivité. Avec la nouvelle économie, la question paraissait résolue, les Etats-Unis connaissant une période de forte croissance économique avec des gains de productivité (apparente du travail) bien supérieurs à ceux de l’Europe. N’était-ce pas la preuve du décrochage technologique de l’Europe par rapport aux Etats-Unis ?

On peut douter de cette explication maintenant que l’on connaît les statistiques validées pour le passé. Dans les années 1980, la croissance du PIB par actif était comparable dans les deux zones (autour de 1.5%) avec un léger avantage pour l’Europe dans les années 1980. Cependant, depuis les années 1990, l’Europe semble décrocher par rapport aux Etats-Unis, dont la productivité apparente (PIB/actif occupé) a augmenté de plus de 2% par an dans les années 1990 et 1.5% par an jusqu’en 2007, 1% depuis la crise. Dans le même temps, la hausse de la productivité de l’Europe est passée de 1.7% dans les années 1990 à 1% par an entre 2000 et 2007 pour s’effondrer à 0.3% depuis 2008. La question est donc posée : faut-il attribuer cet écart au gap technologique ou au gap démographique ? Nous avançons l’hypothèse que ce dernier facteur joue un rôle déterminant car le fossé démographique se creuse plus que jamais. Tous les habitants ne sont pas actifs, mais le nombre d’heures travaillées explique l’essentiel de la différence de niveau de productivité apparente du travail par actif employé, puisque les Américains travaillent 46% de plus que les Français par an. S’ils travaillent, c’est qu’il y a une demande solvable à satisfaire, peut-être aussi plus soutenue qu’ailleurs pour cause d’expansion démographique. Si l’on renonce à l’hypothèse d’indépendance entre les deux variables « PIB par habitant » et « croissance démographique », alors nous pouvons avancer une nouvelle hypothèse, celle d’un multiplicateur démographique qui serait à l’origine d’une part importante des gains de productivité plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe. Généralement, les économistes (se référant à la fameuse fonction de production de Cobb-Douglas) expliquent la croissance par trois facteurs : le capital, le travail et le progrès technique. Revenons aux sources : la productivité est le résidu de croissance supplémentaire, qui ne s’explique pas par l’augmentation des facteurs de production (capital et travail). Faute de mieux, on attribue ce surcroît de croissance du PIB par actif au progrès technique (en l’occurrence la diffusion des technologies de l’information), ce qui est une manière positive de désigner le résidu non expliqué.

Voir de même:

Does aid do more harm than good?

The Oxfam abuse scandal has revealed a sinister side to international charities

The Spectator

17 February 2018

What a scandal for our times. Oxfam, that upholder of modern-day virtue, unassailable in its righteousness, buried for seven years that its aid workers exploited young girls. The men abused their power to have sex with desperate victims of the Haiti earthquake — the very people they were supposed to protect.

Michelle Russell of the Charity Commission is clear about the deception. ‘We were categorically told by Oxfam; there were no allegations of abuse of beneficiaries. We are very angry and cross about this.’

Nor was this a one-off. Helen Evans, the charity’s global head of safeguarding, begged senior staff, ministers and the Department for International Development to act. She had uncovered sexual abuse allegations both abroad — three in one day — and in Oxfam’s charity shops. Nothing was done.

This is the same Oxfam that recently blamed capitalism for world poverty and set up deck chairs in Trafalgar square to protest against corruption and tax havens. Now the virtue signallers are hoisted on the shard of their own fallibility. Compared with the emerging sins of our aid agencies, tax havens look almost benign.

Sadly Oxfam is not alone. Andrew Macleod, former chief operator of the UN Emerging Coordination Centre, contends paedophiles and ‘-predatory’ sex abusers use the halo of charity work to get close to desperate women and children. ‘You have the impunity to do whatever you want. It is endemic across the aid industry and across the world.’ He warns the infiltration of the aid industry by paedophiles is on the scale of the Catholic church — if not bigger. The difficult truth is that ‘child rape crimes are being inadvertently funded in part by the United Kingdom taxpayer’.

These revelations threaten to extinguish the virtuous glow that has protected the aid industry from scrutiny. We should seize the opportunity. Is the £13.5 billion we spend on aid each year doing its job? What is its impact on the countries it is supposed to transform at the local and on the national level?

Until now the aid industry has escaped such examination. It is astonishing to learn that aid effectiveness was not even seen as a priority until 2005. Evaluations still use dubious methods, Jonathan Foreman points out in his excellent report ‘Aiding and Abetting’ (Civitas 2013). One man recalls being told about a splendid school in a village in Pakistan. He had visited the village the week before. There had been no school.

The aid industry has manipulated public opinion with the help of celebrities and politicians eager for the glitz of poverty porn. It’s a powerful and cosy lobby. Oxfam and Save the Children are prime overseas contractors for the DfID. Many DfID workers are former activists from the NGO sector. Western media depend on aid agencies for access and transport in conflict areas.

Most of us would back humanitarian aid and international help when disaster strikes. Few would argue with aid that is there for a specific purpose and ends when that purpose is accomplished. But that is not the same as the open-ended commitment demanded by aid agencies. An Oxfam advert sums up the myth we have been sold: ‘Together we can end extreme poverty for good. Will you join in?’ Who can resist that exhortation? Who wants to sound like a spoilsport by questioning how much must be spent, for how long and how do we judge the job done?

Dambisa Moyo, a global economist from Zambia, points out the first world has sent more than $1 trillion to Africa over the past 50 years. Far from ending extreme poverty, this fabulous sum promoted it. Between 1970 and 1998, when aid flows to Africa were at their peak, poverty in Africa rose from 11 per cent to a staggering 66 per cent. Of course there are other factors. But in her book Dead Aid, Moyo states, ‘Aid has been and continues to be an unmitigated political, economic and humanitarian disaster for most parts of the developing world.’

Indeed the more development aid a country receives, the less likely it is to enjoy economic success. In 1957, Ghana boasted a higher per capita GDP than South Korea. Thirty years later, it was lower by a factor of ten — the toxic effect of official development aid being one factor. On the other hand, South Korea, Singapore and Malaysia, the recipients of relatively little aid, flourished. Aid distorts home markets. Food aid, for example, causes agricultural sectors to shrink and makes famine more rather than less likely. As Moyo puts it, in no other sector, business or politics, are such proven failures ‘allowed to persist in the face of such stark and unassailable evidence’.

Aid does little to promote peace, security, trade and good governance. If anything, it hinders effective government. The cascade of aid money permits government to abdicate its responsibility to fund health care, education and infrastructure. It promotes a disconnect between a government and its citizens. When foreign donors cover 40 per cent of the operating budgets of countries such as Kenya and Uganda, why would leaders listen to their citizens? Schmoozing foreign donors comes first. As Moyo says, ‘Long, long lines of people have stood in the sun to vote for a president who is effectively impotent because of foreign donors or because glamour aid [in the form of Bob Geldof or Bono] has decided to speak on behalf of a continent.’

What Africa needs is not more ‘Band Aid solutions’ but jobs for the 60 per cent of Africans under the age of 24. ’And aid,’ as Moyo says, ‘has never created a single job.’

If aid too often fails countries on the national level, what about locally? Surely local projects must be wholly beneficial? The problem is they come with a catch.

When Mary Wakefield wrote about the UN’s ‘sex for food’ scandal, she mentioned the 2006 report by Save the Children into the effect of the aid cavalcade in Liberia. The report is invaluable because it gives the actual recipients of our aid a voice. Mostly we only have the word of the charities.

The welcome distribution of aid, it soon became clear, went hand in hand with increasing numbers of children caught up, as their parents complained, in ‘man business’. The (mostly) girls ranged from eight to 18. Levels of desperation in the town and the nearby refugee camp meant ‘as soon as they see their “tete” [breasts] coming up then they jump into this man business’. Prostitution had not been common before, and certainly not among children. Teenage pregnancies soared.

All focus groups and individuals interviewed ‘without exception mentioned NGO workers’. As one girl said, ‘I have been asked more than 20 times by men to go with them for money. All are NGO workers.’ The report goes on, ‘It is clear that sex with underage girls by humanitarian workers continues openly.’ Communities were afraid to report NGO staff, ‘as they were concerned that the assistance provided by the NGO might be withdrawn’.

Save the Children noted an alarming trend. ‘Communities were increasingly resigned to the fact that sex in exchange for services was another method of survival.’ Like those African governments dependent on aid, the adults had lost all self-determination. They were rendered as helpless in the hands of the foreign donor as their politicians.

On Radio 4’s Today programme this week, Madeleine Rees, a human rights lawyer, insisted: ‘The majority of aid does good.’ She went on, ‘Who is going to get hurt if the aid budget is destroyed?’ Of course, like obedient children, we are meant to reply, ‘The poor.’ But as more and more stories emerge about waste and abuse, I wonder if aid doesn’t do more harm than good.

POLEMIQUE Cette note adressée aux contrôleurs leur demande notamment de recueillir le maximum d’informations sur les migrants. La direction de la SNCF affirme qu’elle n’en avait pas connaissance et qu’elle a été retirée…

Mickaël Bosredon

Une note interne de la SNCF, datée du 16 février et envoyée par l’établissement de Bordeaux aux 600 contrôleurs de la région, et que 20 Minutes s’est procurée, suscite l’indignation en interne depuis lundi.

Intitulée « Présence groupe de migrants à bord », cette note demande aux contrôleurs, s’ils remarquent « un groupe constitué de population migrante » à bord des trains ou sur les quais, d’en « aviser l’escale », « d’essayer, si la situation le permet, de recueillir le maximum d’informations [nombre de personnes, présence d’enfants, gare de destination, raison de cette mobilité…] » enfin « rédiger un rapport circonstancié et factuel. »

La SNCF fait marche arrière

Contactée mardi par 20 Minutes, Séverine Rizzi, du syndicat CGT des cheminots de Bordeaux, estime que cette directive revient à « demander aux contrôleurs, dont ce n’est pas le but, de classer les migrants et de se comporter comme une milice de la préfecture. Il faudrait ainsi identifier les groupes de migrants, avant même de savoir s’ils ont ou pas un billet. »

Dans un communiqué, la CGT ajoute qu’il s’agit « d’une incitation à des pratiques de discrimination et de délation vis à vis d’une population d’usagers de par leurs origines ou leur apparence physique (…) Pire, les préconisations sous entendent que des usagers d’origine étrangère qui voyageraient en groupes seraient soit disant dangereux et en situation de fraude. »

« Dans le contexte actuel, que les contrôleurs puissent s’entendre dire qu’ils feraient la chasse aux migrants est inacceptable », poursuit la syndicaliste. Une réunion entre direction et syndicats est prévue ce mercredi à 14h30. Mais mardi en fin d’après-midi, la SNCF a tenté de déminer l’affaire. Elle affirme que cette note est « le fruit d’une initiative personnelle » et que « la direction régionale n’en avait pas connaissance et ne l’a donc pas validée ».

Une nouvelle note sera diffusée

Par ailleurs, « il a été demandé, dès connaissance de cette note par la direction mardi en tout début d’après-midi, de ne plus la diffuser car elle est en effet incomplète et fait preuve de maladresses ». Enfin, « cette note ne reflète en aucun cas la politique nationale de SNCF qui se doit de communiquer les coordonnées des services pouvant aider les populations concernées par la crise migratoire. »

D’ici à mercredi, « une nouvelle note sera diffusée et portera sur les “gestes métiers” à tenir de manière globale pour toute personne non munie de billet ». La CGT demande effectivement la diffusion d’une note revenant sur ces préconisations, et rappelant les missions des contrôleurs.

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Clichy-sous-Bois : trois hommes arrêtés pour anthropophagie

Ils ont violemment mordu leur victime à la lèvre inférieure et à l’oreille gauche avant de consommer les morceaux.

Julien Constant

Le Parisien
19 février 2018

Trois Capverdiens ont été interpellés, dimanche soir à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), pour violences volontaires, acte de barbarie et anthropophagie ayant entraîné une mutilation permanente.

Vers 18 heures, allée Hector-Berlioz, quatre hommes se disputent pour une histoire d’argent. Trois hommes se liguent pour en frapper un quatrième. Ils le mordent violemment à la lèvre inférieure et à l’oreille gauche avant d’ingérer les morceaux de chair arrachés. La victime se défend en portant des coups à ses agresseurs. Elle parvient à blesser l’un d’eux à une cheville.

La police et les secours sont finalement intervenus. Les trois agresseurs ont été arrêtés. Les deux blessés, victime et agresseur, ont été transportés à l’hôpital de Montfermeil (Seine Saint-Denis). Le commissariat est chargé de l’enquête.

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Retraite : les fonctionnaires japonais pourront travailler jusqu’à 80 ans

Le gouvernement japonais vient d’annoncer que l’âge limite de la retraite des fonctionnaires sera repoussé à 80 ans, contre 70 ans actuellement.

Pour sauver son système de retraite, le Japon n’y va pas par quatre chemins. Le gouvernement conservateur du Premier ministre Shinzo Abe vient d’annoncer, selon la RTBF, que l’âge limite de départ à la retraite des fonctionnaires s’établira à 80 ans, contre 70 ans actuellement. Une solution extrême pour un problème radical : le taux de natalité du Japon est le deuxième plus faible du monde – après la Corée du Sud – avec 1,4 enfant par femme, très loin du seuil de renouvellement établi à 2,1 enfants par femme. Cette mesure de rallongement permettrait ainsi de contenir le déficit budgétaire des retraites.

Conscient de l’ampleur du chantier, le gouvernement a précisé que, pour le moment, cette réforme ne s’appliquerait que sur la base du volontariat. Et le nombre de candidats potentiels ne manque pas : 27,7% des Japonais ont plus de 65 ans selon le National institute of sopulation and social security research (NIPSSR), l’Insee japonais. Parmi eux, 20% sont encore actifs. Il faut dire qu’ils n’ont pas véritablement le choix : 19% des seniors vivent sous le seuil de pauvreté.

Un autre élément vient compliquer la situation : le taux de chômage dans le pays s’élève à 2,8 % de la population. Il n’y a donc plus assez de demandeurs d’emplois, notamment dans la fonction publique. Et toujours selon le NIPSSR, le pays devrait perdre 39 millions d’habitants dans les 50 prochaines années, soit près du tiers de sa population actuelle.

This election season, the candidacy of Donald Trump has provoked a crise de conscience in the ranks of conservatives. But whatever our sympathy for those who banded together to oppose Trump in the January 21 issue of The National Review or for the politicians who have brawled with him on stage, and of whatever use such gestures are politically, they surely have had little value in clarifying the crisis of conservatism that has led to Trump’s rise. Instead of focusing on Trump’s business practices and on the ignorance of his supporters, conservatives might do well to consider the possibility that his success reflects an objective political reality: the relative uselessness in a victimocracy of taking “conservative positions,” when the more urgent task is to relegitimize the liberal-conservative dialogue through which policy has traditionally gotten made in a democratic republic. In a word, restoring the art of the deal.


As the defense of the legitimacy, if not the perfection, of the status quo, conservatism is less a doctrine than a rule of thumb, the simplest version of which is no doubt William F. Buckley’s “standing athwart history yelling ‘Stop!’” In the left-right dichotomy born with the seating arrangement in the Assemblée Nationale in 1789, the left defends the moral model of reciprocal equality while the right defends the privileges of firstness in the service of the community. For the left, inequality of reward, if not of power, is in principle illegitimate, and can be tolerated only out of necessity. For the right, social hierarchy, the reward of firstness, is valid in principle. The right is not necessarily conservative; the far right can be as militant in its defense of privileges as the far left in its attack on them. The beginnings of the moderate right philosophy that can specifically be called conservatism were defined in Edmund Burke’s 1790 Reflections on the Revolution in France as what we might call a zero-based philosophy of social change: if it ain’t broke, don’t fix it; appreciate the fact that it works at all.

As this suggests, with the extremes removed, the two sides are not symmetrical. The left demands major changes in the system, and seeks to accrue more power to the government in order to implement them. The right tends to find the system basically acceptable and agrees to change it only reluctantly, except perhaps to walk back some of the left’s changes. Yet the very fact of sitting in the same chamber implies that the two sides hope to reach a compromise through negotiation—as was still the case in 1789. As applied to non-revolutionary parliamentary situations, the right realizes that the left can disrupt the social order if its demands are not met; the left realizes that when the disruption reaches a certain level, the state, even under a left-leaning administration, must defend this order by force. So long as both sides sit together, they tacitly agree, as Churchill put it in a different context, that jaw jaw is preferable to war war.

This system has functioned, not without crises, throughout the history of American democracy. In particular, from the late 19th century through the 1950s, the elected representatives of the various regional, industrial, occupational, and other interest groups, most notably the countervailing market forces of capital and labor, negotiated over specifics while largely confining their moral arguments to rhetoric to rally their supporters. Conservatism was never a major consideration throughout this period; the Republican party, representing large and small business interests, generally took a Burkean perspective (exception: Teddy Roosevelt), but was little concerned with doctrine as such.

But since 1989, the perspective of the New Left, which began in the 1960s as a campus-based opposition to the Vietnam War and came to attack liberal democracy itself, has gone mainstream. After the fall of the USSR, the left no longer needed affirm the superiority of liberal democracy over communism; it was the only game in town. And now that the market system is tacitly understood by both sides to be the final system—Fukuyama’s end of history—a permanent quasi-revolutionary situation is paradoxically reestablished. Since the system is in principle invulnerable, there is no a priori limit to the degree of unrest it can tolerate. The result is an attitude analogous to the behavior of naughty children secure in their parents’ care, one that flourishes more freely on university campuses than in serious workplaces, but which nonetheless increasingly sets the tone for the Democratic party, as Sanders’ surprising success has revealed. In particular, there has been a growing tendency on the left to replace its formerstructural focus—defending labor against capital—by a fight against inequality attributed toascriptive differences—seeking justice within the Nazi-Jew/master-slave/colonizer-colonized model.

Because even in the past the left tolerated but never truly embraced the model of politics as negotiation among countervailing interest groups, the right has remained largely unaware of the revolutionary potential of this new development. In political terms, it is far easier to justify wealth differentials along structural lines than to defend against the attribution of differentials among ascriptive groups to “white privilege.”

Traditional conservatives, unprepared for this change in configuration, have been blind-sided by the resulting accusations of race and gender prejudice. The term “PC,” by which conservatives refer to the victimary phenomenon when they do so at all, reduces it to a matter of etiquette, ignoring its deeper political implications. The Republican presidential candidates have almost entirely avoided victimary issues despite their preponderance in the Democratic program: reducing incarceration and criminal prosecution, restraining the police, raising women’s pay from “77 cents on the dollar” and granting women sex-related health benefits, granting “transgendered” boys access to women’s bathrooms, identifying voter-ID laws with “voter suppression,” and generally treating Wall Street, the “one percent,” “millionaires and billionaires” and “the Koch brothers” not merely as greedy cheats but as sustainers of “white privilege”—not to speak of encouraging the “crybullying” about racism and the “rape culture” that goes on at college campuses. Only Trump and, while he was active, Ben Carson (whose recent endorsement of Trump confirms their agreement on this point) have conspicuously denounced PC, and none have made it the focus of their campaigns, except on the point of limiting immigration, which Trump has made so to speak his trump card.

And it goes unmentioned on the right as well as the left that the result of the latter’s promotion of minority concerns not as group interests but in the guise of victimary social justice is that, while its bureaucratic saviors enrich themselves, the minority community has experienced previously unknown levels of social disintegration, with results clearly visible in Detroit, Baltimore, Washington DC, Saint Louis…. There are precious few fora to the left of the ominous “alt-right” where such concerns can be aired.


As I pointed out in Chronicle 508, Trump embodies far more than he articulates resistance to the victimocracy. Yet this is indeed an issue concerning which, at this historical moment, embodiment is more important than articulation. Although Trump rarely denounces PC by name, his demeanor loudly proclaims his rejection of White Guilt—unlike Bernie, he has no trouble telling Black Lives Matter protesters that “all lives matter.” Trump’s unexpected staying power—leading to his “presidential” performance at the March 10 debate—reflects to my mind far more than attractiveness to the benighted bearers of poor-white resentment. On the contrary, Trump’s continual emphasis on “deals” suggests a sharp intuition of how to adapt conservatism to the current victimocratic context. Before we can exercise Buckley’s Burkean resistance to unnecessary change, we have to return to the left-right dichotomy of the Assemblée Nationale. What is required at this moment is not conservatism as usual, butsecond-degree conservatism, metaconservatism.

The contempt of the voting public for Washington’s inability to “get anything done” reflects the fact that under the current administration, the shift of Democratic politics from liberalism to progressivism, from focusing on the concerns of the working class to those of ascriptive minorities, involves a fundamental change from defending interests to seeking justice. The first can be negotiated on a more or less level footing with opposing interests; the second can only be resisted by unregenerate evil-doers, which is more or less the way the current president and his potential Democratic successors characterize the representatives of the other party. In this noxious context, the (meta)conservative position is not to deny victimary claims, but tonormalize them: to turn them back into assertions of interests to be negotiated as political questions were in days of old—in a word, into issues that can be settled by making a deal.

Victimary activism should not in itself guarantee representative status for its leaders on campuses and elsewhere. But when university officials find it appropriate to hold discussions with representatives of the black or gay or Muslim student body, by making it clear that they view the latter as interest groups rather than as communities of the oppressed, they can avoid putting themselves, as such officials all too often do, in a situation of moral inferiority. There is no reason not to allow a group to express what it considers its legitimate interests; there is every reason not to consider the expression of these interests a priori as “demands for justice.”


In their preoccupation with denouncing Trump as a false conservative, the guardians of the flame forget that at a time when the victimary left seeks to portray the normal order of things in American society as founded on privilege and discrimination, Trump’s supporters turn to him as a figure of hope because his mind, unclouded by White Guilt, views the political battlefield, foreign as well as domestic, as a place for making deals. This used to be called Realpolitik.

All too often, to read today’s mainstream press, let alone more extreme publications such as the new New Republic or Salon, is to be subjected to the verbal equivalent of race war. The political discourse of Sanders and Clinton is deeply impregnated with this same rhetoric. Whether or not Trump is its nominee, I hope the Republican party does not need another general election loss to teach it that to articulate and defend a conservative position today, it is first necessary to reject the victimary moralization of politics and return to the liberal-democratic continuum within which conflicts can be mediated. At that point, regardless of the party in power, liberals and conservatives can argue their points, and then come together and make a deal.

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The Archbishop of Canterbury tells why the Easter story can help humanity escape a lethal cycle of fear and resentment

A couple of weeks ago, there was a sadly predictable report of the reaction from some ultra-conservative Christian groups to the BBC’s advance publicity for its dramatisation of the passion of Jesus. The author and producer had underlined the fact that they were presenting a fairly nuanced view of the characters of the ‘villains’ of the story such as Judas and Pilate; the Christian critics responded by complaining that this was being unfaithful to the Bible. These characters were bad and that was an end of it.

Viewers of the series will have their own judgment. But the alarming thing is that anyone should think that the story of Jesus’s death is a story about the triumph of bad men over good ones, with the implication that if we’d been there we would have been on the side of the good ones.

It’s not only that the biblical story, especially St John’s Gospel, shows us just the mixed motives that can be seen in figures such as Pilate and the High Priest. Much more importantly, the entire message of the Bible on this point is that the problem begins with us, not them. Jesus is killed because people who think they are good are in fact trapped in self-deception and unable to get out of the groove of their self-justifying behaviour. And the New Testament invites every reader to recognise this in himself or herself.

In recent years, a number of Christian writers, inspired by French critic and philosopher René Girard, have stressed with new urgency how the Bible shows the way in which groups and societies work out their fears and frustrations by finding scapegoats.

Because we compete for the same goods and comforts, we need to sustain our competition with our rivals and maintain distance from them. But to stop this getting completely out of hand, we unite with our rivals to identify the cause of the scarcity that makes us compete against each other, with some outside presence we can all agree to hate.

Just as the BBC drama suggested, Jesus’s context was one where Judaeans and Romans equally lived in fear of each other, dreading an explosion of violence that would be destructive for everyone. Their leaders sweated over compromises and strategies to avoid this. In such a context, Jesus offered a perfect excuse for them to join in a liberating act of bloodletting which eliminated a single common enemy. The spiral of fear was halted briefly.

Frequently in this mechanism, the victim has little or nothing to do with the initial conflict itself. But in the case of Jesus, the victim is not only wholly innocent; he is the embodiment of a grace or mercy that could in principle change the whole frame of reference that traps people in rivalry and mutual terror.

Thus the scapegoat mechanism is exposed for what it is – an arbitrary release of tension that makes no difference to the underlying problem. And if you want to address the underlying problem, perhaps you should start listening to the victim.

For many of our contemporaries, the Christian message is either a matter of unwelcome moral nagging or a set of appealing but finally irrelevant legends. If it has a place in our public life or our national institutions, it is on the basis of a slightly grudging recognition that ‘it does a lot of good work’ and represents something about continuity with our past.

But what if the Christian story offered more than this? What if it proposed a way of understanding some of the most pervasive and dangerous mechanisms in human relationships, interpersonal or international?

It doesn’t take much imagination to see how internally divided societies find brief moments of unity when they have successfully identified some other group as the real source of their own insecurity. Look at any major conflict in the world at the moment and the mechanism is clear enough. Repressive and insecure states in the Islamic world demonise a mythical Christian ‘West’, while culturally confused, sceptical and frightened European and North American societies cling to the picture of a global militant Islam, determined to ‘destroy our way of life’.

Two fragile and intensely quarrelsome societies in the Holy Land find some security in at least knowing that there is an enemy they can all hate on the other side of the wall. A crumbling dictatorship in Zimbabwe steps up the rhetoric of loathing and resentment towards the colonial powers that create the poverty and the shortages. Nearer home, disadvantaged communities make sense of their situation by blaming migrants and asylum seekers.

It’s not that the fears involved are unreal. Global terrorism is a threat, Israel and Palestine really do menace each other’s existence, colonialism isn’t an innocent legacy and so on. But the exploitation of these real fears to provide a ‘solution’ to more basic problems both breeds collective untruthfulness and makes any rational handling of such external fears infinitely harder.

It breeds a mentality that always seeks to mirror the one who is threatening you. It generates the ‘zero-sum game’ that condemns so many negotiations to futility. Worst of all, it gives a fragile society an interest in keeping some sort of external conflict going. Consciously or not, political leaders in a variety of contexts are reluctant to let go of an enemy who has become indispensable to their own stability.

The claim of Christianity is both that this mechanism is universal, ingrained in how we learn to behave as human beings and that it is capable of changing.

It changes when we recognise our complicity and when we listen to what the unique divine scapegoat says: that you do not have to see the rival as a threat to everything, that it is possible to believe that certain values will survive whatever happens in this earth’s history because they reflect the reality of an eternal God; that letting go of the obsessions of memory and resentment is release, not betrayal.

People may or may not grasp what is meant by the resolution that the Christian message offers. But at least it is possible that they will see the entire scheme as a structure within which they – we – can understand some of what most lethally imprisons us in our relationships, individual and collective. We may acquire a crucial tool for exposing the evasions on which our lives and our political systems are so often built.

Yes, the Christian church has been guilty of colossal evasion, colluding in just those scapegoating mechanisms it exists to overcome. Its shameful record of anti-semitism is the most dramatic reversal of the genuine story it has to tell, the most dramatic example of claiming that the killing of Jesus was indeed about them and not us.

But it keeps alive that story. Every human society needs it to be told again and again, listening to the question it puts, whether or not people identify with Christianity’s answer. The point of the church’s presence in our culture is not to be a decorative annexe to the heritage industry, but to help us see certain things we’d rather not about common responsibility – and the costly way to a common hope.

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The Rise of the Victim Bully

The imaginative conservative
Aug. 2, 2015

One of Christianity’s contributions to civilization has been a startling compassion for the victim. As René Girard has pointed out, from the beginning of time primitive peoples focused their animus on the outsider, the oddball, or the eccentric in their midst. It was the disabled, the alien, the poor, and the weak who most often took the blame for society’s ills. The crowd turned on them as the origin and cause of their problems. They became the scapegoat. As they were ostracized, excluded, persecuted, and killed, the source of the tribe’s problems was eliminated.

Consequently, the tribe felt cleansed. The violence unleashed a feeling of power and freedom. As the evil was purged, thrill surged. All was well. Life could continue and the tribe could prosper. Until, of course, another crisis developed—and at that point another victim would be needed. Because of the regularity of the crises, religions developed the ritual of regular sacrifice. Victims were found, throats were cut, blood was shed, and if animals were substituted, it did not mitigate the truth that the society still ran on the blood-fuel of the victim.

This may seem terribly primitive in a modern age, until one see videos of ISIS soldiers ritually beheading their victims. Modern Americans may think they are far removed from the barbarities of the Aztecs until they view a video of a wine-sipping high priestess of the cult of abortion describing how she dismembers children and harvests their organs. Is this so far removed from the haruspication of the ancients? When crazed and enraged young men—be they Islamist or racist extremists—open fire on their innocent victims, are we so far from Girard’s theory of the scapegoat?

Girard points out that Jesus of Nazareth turned the model on its head. He does so first by valuing the victim. The poor, the outcast, the crippled, diseased, blind, and demon-possessed are his prizes. He treasures children and magnifies women. He turns the sacrificial system upside down not only by valuing the victim, but by becoming the victim. He accepts the victim role and willingly becomes “the Lamb of God” who takes away sin of the world. He defeats the sacrificial system by embracing it. He breaks it from the inside. For the last two thousand years, the world has been learning that the victim is the hero.

The problem is that everyone is jumping on the bandwagon. Being a victim is fashionable—ironically, becoming bullied is now the best way to bully others. It works like this: If you want to move forward in the world, make progress for you and your tribe, further your ambitions, justify your immoral actions, grab a bigger piece of the pie, and elbow others away from the trough, simply present yourself and your tribe as victims. Once you successfully portray yourselves as a poor, outcast, persecuted, minority group you instantly gain the sympathy of all.

The first key to success in this campaign is to portray your victim condition as something over which you have no control. This is clear when the victim group is a racial or ethnic minority. The same sense of unjust destiny has to be produced for other groups. So the feminists have exploited the technique to portray all women as downtrodden. Homosexual campaigners have likewise insisted that their condition is something they were born with, and now anyone with a sexual proclivity that is other than heterosexual can be portrayed as a misunderstood and persecuted victim.

People suffering from any kind of illness, disability, or misfortune are victims of some sort of injustice, cruelty, or neglect. Those who suffer from poverty, addiction, broken families, psychological problems, emotional distress, or just plain unhappiness are victims too. The victim mentality is linked with an entitlement culture: Someone must be culpable for the unhappiness of the victims because someone should be responsible for making them happy.

The second step in effective victim-campaigning is to accumulate and disseminate the propaganda. Academic papers must be written. Sociological studies must be undertaken. Groundbreaking books must be published. Stories of the particular minority group being persecuted must make front page news. The whimpers of the persecuted must rise to heaven. The shock at their victimhood must be expressed as “sadness,” “concern,” and “regret.” If one is not sympathetic, if one is reticent to pour balm in the victim’s wounds, then the bullying begins. You must recognize the victim. You must be sympathetic. You must be tolerant. You must join the campaign to help the victim, solve their problems, and make them happy at last. If you do not, you are not only hard-hearted, you are part of the problem.

The third stage of the campaign is the release of anger. Once the victim is identified and the information is widespread, the rage can be released. The anger must be expressed because, without knowing it, a new cycle of tribal scapegoating has developed. As the tribe gathers around the victim in sympathy, they must find the culprit, and their search for the culprit (whether he is guilty or not does not matter) sends them on the same frantic scapegoating quest that created their victim in the first place. The supposed persecutors have now become the persecuted. The unhappiness of the tribe (which presents itself as sympathy for the victim) is now focused on violence against the new victim—and so the cycle of sin and irrational rage continues.

Observe American society today. Everywhere you look we are apportioning blame and seeking scapegoats. The blacks blame the whites. The whites blame the blacks. The homosexuals blame the Christians. The Christians blame the homosexuals. The Republicans blame the immigrants. The immigrants blame the residents. The workers blame the wealthy. The wealthy blame the workers.

Why has our society descended into the violence of scapegoating and blame? Because it is inevitable. The victimhood cycle will continue through cycles of revenge and further victimhood unless there is an outlet.

Where is there an end to the cycle of violence and victimization? There is only one solution: Find a constant victim—one who is the eternal victim and remains the victim. How is this done? It is done within the religion of a society. If a society has a religion of sacrifice the ritual victim becomes the focus of the tribal animus. The ritual victim becomes the constant scapegoat. The ritual victim becomes the psychological safety valve.

Catholicism, of course, is the only religion in the modern world which, astoundingly, still claims to be offering a sacrifice. This is why the ancient celebration of the Mass is still so vital in the modern world—because there the one, full, final sacrifice is re-presented for the salvation of the world.

The problem is that we are not a sacrificial and a sacramental people. We do not understand what the liturgy calls “these holy mysteries.” Most Catholics in America are embarrassed by the language of sacrifice. We are a blandly utilitarian race–shallow, and lacking in imagination. We are uncomfortable with blood sacrifices and cannot understand the rituals of redemption. American Catholics prefer their liturgy to be a banal family meal where they sing happy songs about making the world a better place. It is no longer a sacred sacrifice or a holy mystery, but a cross between a campfire and a pep rally.

Nevertheless, when the religion in a culture offers the mysteries of sacrifice the urge to lay blame is assuaged, the cycle of blame finds its proper resolution. As the eternal victim is offered the mystery unfolds, and the words, “Behold the Lamb of God who takes away the sin of the world” echo more profoundly than we ever could have imagined.

Voir encore:

As anyone who reads this blog knows, I am a hardcore devotee of the ideas of Rene Girard.  I’ve tried before to set out, in a big picture way, why I think his ideas are so important and so fruitful–not just in terms of Christianity or religion, but in general.  But those things I mentioned are big-picture concepts, and can be seen as somewhat abstract.  If you want some specific idea of Girard’s, one that is directly relevant to our current political and cultural situation, I think his most trenchant idea is his discussion of the Cult of Victimhood.

In Girard’s analysis, the Cult of Victimhood is, though unacknowledged by its practicioners, literally a Christian heresy (or more accurately, a Judeo-Christian heresy, if one can say that).  For Girard, the death and resurrection of Jesus Christ reveals to the world the mechanism of scapegoating–a victim is selected from among the people and sacrificed in order to discharge our rivalrous, imitative desires, and that sacrifice becomes both ritualized and camouflaged so that we are unaware of our participation.  Jesus, finishing a process begun at the beginning of the Hebrew Scriptures, comes to strip off the veil over our eyes, to reveal to us the truth.  Where once we held fast to the idea that the victim really deserved to be sacrificed, we now understand that the victim is innocent.

Girard insists that this bell cannot be un-rung, and society can never go back to the way it was prior to Easter Sunday.  But that does not mean that scapegoating is ended forever.  It simply means that we as a people cannot rely on the simplistic old versions of the sacred to sustain the Big Lie.  Instead, if we want to avoid the hard work of imitating Jesus, forgiving our enemies, and learning to live in peace, we have to construct a new version of the Big Lie.  This new narrative has to incorporate on some level what Alison calls the « Intelligence of the Victim » that is provided by Jesus’s life, death and resurrection (since that is now a permanent part of human understanding), while still finding a way to create space for sacrificing victims.

One way to do this, as Jean-Pierre Dupuy has explored in Marks of the Sacred and Economy and the Future, is to set up supposedly « neutral, » technocratic systems to, in essence, « do the dirty work for you » while keeping a clean conscience (« I’m not punishing the poor, it’s just ‘market forces’ that are leaving people destitute » etc.).  But the other way is through the Cult of Victimhood.  The Cult of Victimhood begins by appropriating the Intelligence of the Victim, recognizing the truth that discrete groups are often persecuted unjustly by virtue of being a discrete group, and not as a result of anything for which they are responsible.  And the Cult of Victimhood insists, correctly, that persecution of the particular discrete group at issue is unjust and should be stopped.  So far, so good.  But then the Cult of Victimhood turns being a victim into a status, defining itself in terms of the marker (either directly or indirectly) of having been through the experience of being a victim.

The Cult of Victimhood is thus an inversion of the normal, pre-Christian process of the Sacred–rather than the majority forming an identity over and against some identifiable minority victim or group of victims through the process of victimization, the minority forms an identity over and against the majority by virtue of being victimized, either presently or at some point in the past. This creates three serious problems.  First, the identity of the group is tied up in the status of being a victim.  Thus, perversely, there is an incentive for the minority to seek to be victimized, because it supports and reinforces the group identity, leading to counter-productive co-dependent relationships with the persecuting majority.  Or, at a minimum, the minority needs to perceive itself as being victimized in order to shore up its self-identity, leading to incentives to find persecution behind every rock or tree, even when it is not there.

The second problem is that the Cult of Victimhood is it creates a tempting platform to seize the moral high ground.  In light of the message of Jesus, we have an obligation to have special moral concern for victimsas victims.  But it does not follow that those that are victimized have some special moral qualities or status by virtue of being victims.  Being a victim does not necessarily make you wiser, or more just, or better able to discern moral realities in the world around you, because being a victim is ultimately and fundamentally arbitrary.  As the great Ta-Nehisi Coates says, « [w]e, too, are capable of fictions because, as it turns out, oppression confers no wisdom and is rarely self-improving. »  But the Cult of Victimhood seizes on being a victim to provide a kind of imputed righteousness.  Once again, this is an inversion for the old vision of the Sacred–whereas before the society explained that victims became victims through some narrative of moral failure, now the victims understand their victim status through a narrative of their own moral superiority.

In doing so, it sets up a purely binary, Manichean distortion of the Gospel message, dividing the world into fixed categories of victims who are righteous and victimizers who are unrighteous.  This binary system acts as a kind of moral shield for their own behavior.  The logical chain goes like this:  because I am a victim, I am righteous; because I am righteous, those that challenge or critique that righteousness (especially if the critique comes from those that victimized me) are per se wrong and their critique is per se illegitimate; thus, I can stay in a comfortable bubble of my own imputed righteousness.  Because I am an innocent victim, I don’t have to take seriously any critiques of my own actions.

This in turn leads to the third problem.  Because of the power of feature #1 and especially feature #2 of the Cult of Victimhood, everyone wants to get in on the action.  And, given both the pervasive nature of scapegoating and the cultural awareness of the phenomenon (even if inchoate) brought about by thousands of years of Judeo-Christian presence, everyone can get in on the action if they look hard enough.  Everyone can craft a story of why they are the « real » victims over and against some group of victimizers.  What results is an utterly intractable set of mutually incompatible victimhood narratives, in which every group is the righteous but persecuted minority over and against some nefarious overculture.

In an attempt to resolve this deadlock, the basic instinct (especially for the partisans of one competing narrative or another) is to try to adjudicate who are the « real » victims and who is the « fake » victims.  Girard would insist that this is an utterly futile activity, because all of these stories of victimhood are on some level true and on some level self-serving nonsense.  The fact of being the victim is true, but the narrative of why the victimization occurred, tied into to some group identity and moral status, is not.  And it is not true because, again, being a victim is arbitrary.  Sometimes you are victimized because of some trait you happen to have (like race or gender), sometimes it is because of some social group you happen to belong to that happens to be on the short end of the stick for whatever reason (like LGBT folks), sometimes it is for no reason at all.  The only real difference between the victim and the victimizer is circumstance.  Or, to put it another way, there has only been one truly innocent victim in all of history, and He was last seen outside of Jerusalem 2000 years ago and 40 days after Easter Sunday.

Again, it’s crucial, here and elsewhere, to draw a very clear line between the fact of victimization and the status as a victim.  People get victimized, and we have a moral obligation to try to end the victimization.  But the Cult of Victimization makes that project more difficult, because it weaponizes victimization and intermixes genuine victimization with dubious claims of moral righteousness.  It also incentivizes out-and-out bogus claims of victimization, because the power of victimhood status is to enticing.

To see an example of the Cult of Victimhood in action, consider this piece from Andrew Sullivan about Trump.  In the piece, Sullivan makes the point that one key dimension of why white, working-class voters have rallied to Trump is the disdain shown by cultural elites (mostly liberal but also conservative, to the extent those are still distinct categories) toward the culture and values of said white working-class people.  The reaction on social media to the piece was very telling.  Instead of pushing back on the thesis (i.e., « you are wrong, Andrew, we don’t disdain the values of these folks. »), or to admit the thesis and stand firm on the position (i.e. « yes, Andrew, we do disdain the values of these folks because these values are bad. »), the reaction was to criticize Sullivan for failing to assert that racism (and, to a lesser extent, homophobia) was the « real » reason why these voters were supporting Trump.

First off, Sullivan does talk about that in the piece.  But, more to the point, seizing on Sullivan’s purported failure to talk about race or homophobia is a way to side-step and de-legitimize the basic point that cultural elites disdain a big chunk of the population.  Because, if the « real » issue is race or homophobia, then in the Cult of Victimhood world the issues and objections of white working class folks are per se illegitimate, because they are the unrighteous victimizers.  In other words, yelling at Sullivan for failing to talk about race is another way of saying « their assertion of victimhood status is bogus because my victimhood status is real, and because my victimhood status is real their assertion of victimhood status must be bogus. »  And, of course, the same story can (and is) being said on the other side.  Which is why, along the lines of Sullivan’s piece, the 2016 U.S. Presidential election has been a heretofore unprecedented orgy of the Cult of Victimhood from all sides, and promises to become even more grotesque as we get closer to November.

Or, let’s take a perhaps less weighty example, from my geekdom of choice, tabletop role playing games.  To my utter shock, tabletop role-playing games are undergoing a renaissance.  A month or so ago, Slate, that bastion of middle-brow coastal opinion, published an article praising the Youtube show « Critical Role, » calling it « flat out great television. »  Now, I really like « Critical Role, » and it is a very well done show with interesting and engaging personalities, but at the end of the day it is an extended (usually four hours at a time!) video of a bunch of people playing Dungeons and Dragons.  If you told Middle School me that filmed D&D games would be covered and praised in the media, my head would have exploded.

My head would have exploded because when I was a kid there was a bias against geeky activities like D&D.  Now, I don’t want to oversell this–it would be grossly exaggerated to say most people into geeky stuff were persecuted, and it should never be compared to what is experienced by racial or sexual minorities.  But it was social disfavored, and the stigma was real.  For example, I kept my interests in this area mostly to myself as an adult, and kept the hobby at arms-length–I felt that people would perceive it as immature or weird.  I’ve shed that idea, partially out of a sense that letting what people think of your fun dictate what you do is lame and counter-productive, but also because it has become clear than no one cares anymore.

So, this should be a great time to be a tabletop RPG fan, and everyone should be happy, right?  Not quite.  It turns out there is a deeply toxic element of the tabletop RPG culture, one that has full-throatedly embraced the Cult of Victimhood.  Here’s a good example.  The basic claim is that there is a culture of sexual harassment in the hobby, directed an women in particular.  Immediately with the first commenter, we see the classic Cult of Victimhood push-back–« I am not the victimizer, because I am the victim of your persecution. »  Again, we see the clear binary, which is that if I am a victim, I cannot be a victimizer, and for me to be a victim, I need you, or someone else, to be the victimizer.

One theme, and this runs through much of the toxicity in geek culture (seen most clearly with « Gamergate »), is that the presence of women in the hobby is The Worst and is ruining it.  Here, I will simply restate my view that mixed gendered scenarios are basically always better than single gendered ones.  But the reflexive misogyny is not really about concrete experiences, but about the Cult of Victimhood.  A person who was rejected by the broader culture (which, to an adolescent male, is often identified with girls) builds an identity around the notion of being excluded and marginalized by « them. »  When « they » attempt to enter those spaces, this identity formed via perceived victimhood is threatened.  Thus, something which would logically be seen as a victory (« Girls once shunned me for playing tabletop RPGs, and now they want to play, too! ») becomes an existential threat.  By excluding these intruders, identity is maintained–at the cost, of course, of victimizing innocent women who just want to play a game.  But that reality doesn’t have to be faced, because it can be shunted aside in the binary narrative of the Cult of Victimhood.

My point in using these two examples is not pass judgment on the validity of the victimhood claims involved (though, from where I sit, the claims of victimization of racial and sexual minorities, as well as women in the RPG space, seem mostly real; the claims of male gamers seem mostly bogus; and the claims of white working class folks seem to be some combination of truth and self-serving fantasy).  The point is to talk about how the Cult of Victimhood works, and why it makes these kinds of debates so intractable.  No matter how real the persecution, the stories people tell regarding the persecution are fundamentally unreliable, especially if they divide the world into an « us » and a « them. »  And, once they are a « them, » we can stay safe in our bubble of righteousness.

The power of Girard’s ideas, for me, is the constant and destabilizing claim of a radical equality–we are all victims, and we are all victimizers.  This doctrine cuts through both our self-serving claims to goodness as well as the paralyzing guilt of our wickedness. Our only escape from the Cult of Victimhood is to find a way to embrace the hard teaching of Elder Zosima:

There is only one means of salvation, then take yourself and make yourself responsible for all men’s sins, that is the truth, you know, friends, for as soon as you sincerely make yourself responsible for all men, you will see at once that it is really so, and that you are to blame for everyone and all things.

The story of Donald Trump’s stunning upset victory, according to exit poll data, is very clear: He won the white working class by an unprecedented margin, and held on to a surprising majority of college-educated whites. That allowed him to flip heavily white areas of states like Wisconsin and Pennsylvania that had voted for Obama.

The big questions now are: Why this? And why now?

One answer you’ll hear is economic: that those white-working class voters were angry in the wake of the Great Recession and the ongoing job losses due to globalization, and were looking for someone to blame. This may end up being part of the general election story — we don’t have enough data to say for sure.

But preliminary data suggests it is hardly all of it. An analysis from USA Today’s Brad Heath found that Hillary Clinton got crushed in counties where unemployment had fallen in the late Obama years:

There’s something deeper going on here. And to understand this part of the story, you need to look beyond American borders. It’s tempting to think of Trump as something uniquely American, but the truth is that his rise is being repeated throughout the Western world, where far-right populists are rising in the polls. They’re not rising because of their economies. They’re gaining unprecedented strength because of their xenophobia.

In Hungary, the increasingly authoritarian prime minister, Viktor Orban, has started building a wall to keep out immigrants and holding migrants in detention camps where guards have been filmed flinging food at them as if they were zoo animals. In Italy, the anti-immigrant Northern League, led by a politician who has attacked the pope for calling for dialogue with Muslims, is polling at more than three times its 2013 level, making it the country’s third most popular party. And in Finland, the Finns Party — which wants to dramatically slash immigration numbers and keep out many non-Europeans — is part of the government. Its leader, Timo Soini, is the country’s foreign minister.

Those leaders were among the first to praise the president-elect. Marine Le Pen, who runs an increasingly popular French far-right party, tweeted in elation: “Congratulations to the new president of the United States Donald Trump and to the free American people!”

Politicians like Le Pen and Orban share Trump’s populist contempt for the traditional political elite. They share his authoritarian views on crime and justice. But most importantly, they share his deeply negative views of immigrants, his belief that Muslims are inherently dangerous, and his stated support for closing the borders to refugees and economic migrants alike.

These parties’ values are too similar, and their victories coming too quickly, for their success to be coincidental. Their platforms, a right-wing radicalism somewhere between traditional conservatism and the naked racism of the Nazis and Ku Klux Klan, have attracted widespread support in countries with wildly different cultures and histories.

A vast universe of academic research suggests the real sources of the far right’s appeal on both sides of the Atlantic are anger over immigration and a toxic mix of racial and religious intolerance. That conclusion is supported by an extraordinary amount of social science, from statistical analyses that examine data on how hundreds of thousands of Europeans to books on how, when, and why ethnic conflicts erupt.

We cannot understand Donald Trump’s victory, then, without understanding this global wave of what CNN anchor Van Jones memorably summed up as a “white lash.”

The resentment of the privileged

Political scientist Roger Petersen has argued, persuasively, that ethnic conflict around the world is often driven by something he calls “resentment”: the feeling of injustice on the part of a privileged portion of society when it sees power slipping into the hands of a group that hadn’t previously held it. Drawing on social psychology, he theorized that one of the underappreciated causes of ethnic violence was a change in the legal and political status of majority and minority ethnic groups.

In his book, Understanding Ethnic Violence, Petersen argues that his theory helps explain the causes of other cases of ethnic violence in Eastern Europe, including the carnage in the Balkans in the 1990s. Other scholars have since found that it could be used to understand communal violence elsewhere in the world.

A 2010 paper published in the journal World Politics tested Petersen’s theory, looking at 157 cases of ethnic violence in nations ranging from Chad to Lebanon. It found strong statistical correlations between a group’s decline in status and the likelihood that it turns to violence against another group.

What does any of this have to do with Donald Trump?

Petersen predicts that ethnic struggle should play out differently when governments are weak, as in the wake of a Nazi invasion, versus when they’re strong, as in modern France. In nations with strong and legitimate governments, the loss of status by a privileged group is extremely unlikely to produce large-scale ethnic slaughter.

But « resentment » on the part of the previously dominant group doesn’t just dissipate; it is simply channeled into another way of clinging to power and preventing another group from attaining it. Like, say, elections and government policies.

« Dominance, » Petersen writes, « is sought by shaping the nature of the state rather than through violence. »

While Petersen’s book focuses on Eastern Europe, his framework applies to all different kinds of countries. So when post–World War II Europe experienced a massive wave of immigration, in large part from nonwhite and Muslim countries, Petersen’s work would predict a major backlash. Ditto when the United States ended Jim Crow, allowing black people to participate as formal equals, and when it experienced a mass wave of Latino immigration.

What you saw in many of these countries was a very different kind of population moving in and occupying social roles that had previously been reserved for white Christians. This was the ultimate change in social hierarchy. Nonwhites, who had historically been Europe and America’s colonial subjects and slaves, were now becoming its citizens. They weren’t just moving in; they were changing its society.

The question wasn’t whether there would be a massive electoral backlash. It was when.

The rise of the European far right

For Jean-Marie Le Pen, arguably the father of Europe’s far-right political movement, the backlash began in earnest in 1984. His political party, the Front National (FN), won about 11 percent of the French national vote in the 1984 elections to the European Parliament. It was the first major electoral victory for a party of its kind.

Le Pen had founded the party 12 years earlier. It was a populist party, one that argued that ordinary people were being exploited by a corrupt class of cosmopolitan elites. They were also authoritarian, constantly warning of the dangers of crime and the need for a harsh state response.

But above all else, the FN was xenophobic. Its members believed the postwar wave of immigrants threatened the French nation itself; stopping more from coming in was the only thing that could save the country from being overrun. The party cleverly avoided labeling nonwhites “inferior,” but instead sold their xenophobia as a defense of “French culture” — rhetoric that functioned very similarly to Trump rhetoric about Latino crime.

« Immigration is the symbolic starting point for the debate of the future of the French nation, » FN politician Jean-Yves Le Gallou once said.

The FN’s success spawned imitators. In 1986, Jörg Haider — a firebrand who once praised Hitler for having a « proper employment policy » — took over Austria’s Freedom Party (FPO), transforming it into a xenophobic party along the FN’s lines. In 1999, the FPO came in second in Austria’s parliamentary elections, joining a government led by the center-right People’s Party.

In 2001, a Dutch sociology professor named Pim Fortuyn launched a new political movement — oriented entirely around opposition to Muslim immigration. « I don’t hate Islam, » he once said. « I consider it a backward culture. »

By 2002, Fortuyn’s new party, the Pim Fortuyn List, was second in the national polls. Fortuyn was assassinated by a far-left activist that year but was succeeded by another charismatic populist, Geert Wilders.

Wilders, who declared in July that « I don’t want more Muslims in the Netherlands and I am proud to say that, » leads the third-largest bloc in the Dutch parliament. Wilders’s party, the ironically named Party for Freedom, is consistently leading the polls ahead of the March 2017 national elections.

There are many others examples. The British far-right party, the United Kingdom Independence Party, played a crucial role in fueling the Brexit vote. In France, meanwhile, Le Pen’s daughter Marine has shed many of her father’s most controversial statements — his denial of the Holocaust, for instance — and turned herself into the kinder, gentler face of the party he founded decades earlier. Recent polling shows her near the top in the 2017 presidential election.

The rise of these parties has been studied extensively — and the evidence is quite conclusive. These parties’ success was driven by fear of immigrants.

« What unites the radical right is their focus on immigration, » Elisabeth Ivarsflaten, a professor at the University of Bergen in Norway who studies the far right, told me in a recent interview.

In a 2008 paper, she looked at data on vote shares for seven European far-right parties, to try to figure out why people voted for them. She found that a person’s support for restricting immigration was « close to a perfect predictor » of one’s likelihood of voting for a far-right party.

By contrast, people’s views on other political questions — like economics or trust in government — didn’t have nearly the same predictive value. You can see this in the following chart from her paper. The Y-axis is the probability of voting for a far-right party; the X-axis is the level of support for restrictive immigration policies, right-wing economic views, and the like. The difference between immigration policy preferences and the others is striking:

« This study therefore to a large extent settles the debate about which grievances unite all populist right parties, » Ivarsflaten concluded. « The answer is the grievances arising from Europe’s ongoing immigration crisis. »

Eight years later, after running tests on newer data for a forthcoming paper, Ivarsflaten believes the thesis still holds.

Crucially, the research also suggests that these people are driven by cultural grievances rather than economic ones — Petersen’s resentment theory, almost to a tee.

The most systematic effort to assess this, to date, comes from Harvard University’s Pippa Norris and the University of Michigan’s Ronald Inglehart. Norris and Inglehart looked at 12 years of European Social Survey data, surveying a whopping 294,000 respondents, to figure out the relationship between economic and cultural grievances and support for the European far right.

They found something startling: Earlier research suggesting the European far right draws support from globalization’s losers was simply wrong. Instead, it was from exactly the kind of people who voted for Donald Trump in the 2016 election.

« The strongest populist support, » they write, « remains among the petty bourgeoisie — typically small proprietors like self-employed plumbers, or family owned small businesses, and mom-and-pop shopkeepers — not among the category of low-waged, unskilled manual workers. »

Only one of the five economic variables they tested — employment status — correlated well with support for the populist right. That held true even when they controlled for variables like age, sex, ethnic identity, and minority status.

Then they set up an alternative model, one that tested whether five distinct cultural factors — like anti-immigrant attitudes and authoritarian values — would predict support for the far right. Every single one did.

In short: There was no good evidence that economic anxiety was driving cultural resentment. Economics played some contributing role, but it seems much more likely that the far-right backlash is about what the far-rightists say it’s about: immigration, race, and culture.

« [Populists’] greatest support is concentrated among the older generation, men, the religious, majority populations, and the less educated — sectors generally left behind by progressive tides of cultural value change, » they write.

You can’t understand Trump’s win without understanding this global movement

Far-right leaders like Le Pen have every reason to be elated by Trump’s win. He ran on an Americanized version of the European far-right platform. He essentially turned the Republican Party into a vehicle for their style of populism, and used it to win a national election in the world’s most powerful country.

Like his European counterparts, Trump has eschewed overt discussion of racial superiority during his campaign. He claims to have « a great relationship with the blacks » and tweets things like, « I love Hispanics! » He also claims to be an American nationalist standing up against a corrupt elite in hoc to « the false song of globalism. » One of his favorite descriptions of his worldview is « America First, » a slogan coined by World War II–era isolationists and anti-Semites.

Protestations aside, the bigotry that runs through Trump’s rhetoric is pretty blatant.

Trump first became a major political figure as leader of the birther movement — the people who questioned whether Barack Obama was really a natural-born US citizen — in 2011, taking advantage of racial anxieties about a black president to turn himself into a GOP power broker. He has claimed that a Mexican-American judge shouldn’t hear a case involving him because of the judge’s Hispanic background, described life in black communities as an unending hellscape of crime and poverty, and implied that all Muslim immigrants were potential terrorists. He deployed classic anti-Semitic rhetoric, warning of dark international banking conspiracies rigging the system against ordinary Americans.

Data from the primary shows that this kind of rhetoric was absolutely critical to his appeal. Over the summer, Michael Tesler, a professor at the University of California Irvine, took a look at racial resentment scores among Republican primary voters in the past three GOP primaries. In 2008 and 2012, Tesler found, Republican voters who scored higher were less likely to vote for the eventual winner. The more racial bias you harbored, the less likely you were to vote for Mitt Romney or John McCain.

With Trump, the opposite was the case. The more a person saw black people as lazy and undeserving, the more likely they were to vote for the self-proclaimed billionaire.

 

Tesler found similar effects on measures of anti-Hispanic and anti-Muslim prejudice. This shows that Trump isn’t drawing support from the same type of Republicans who were previously picking the party’s winners. He’s mobilizing a new Republican coalition, one dominated by the voters whose political attitudes are driven by prejudice.

« The party’s growing conservatism on matters of race and ethnicity provided fertile ground for Trump’s racial and ethnic appeals to resonate in the primaries, » Tesler wrote at the Washington Post in August. « So much so, in fact, that Donald Trump is the first Republican in modern times to win the party’s presidential nomination on anti-minority sentiments. »

It’s too soon to say how much, precisely, this explains about Trump’s stunning general election performance.

But we do have enough evidence to say that white resentment played a major role in fueling his support, even among the general population. Because the GOP nominee fit the mold of the European far right, rather than a traditional Republican, he was uniquely positioned to take advantage of racial anxieties produced by eight years of a black president and decades of mass Latino immigration.

Philip Klinkner, a political scientist at New York’s Hamilton College, found that factors like economic pessimism and income were statistically insignificant to Trump’s support. Instead, his research found that the leading driver was party identification, followed closely by racial resentment.

« Moving from the least to the most resentful view of African Americans increases support for Trump by 44 points, those who think Obama is a Muslim (54 percent of all Republicans) are 24 points more favorable to Trump, and those who think the word ‘violent’ describes Muslims extremely well are about 13 points more pro-Trump than those who think it doesn’t describe them well at all, » he writes.

He also set up an interaction variable between measures of economic pessimism and « racial resentment. » This tests whether people who were pessimistic about the economy were more likely to be racially resentful and support Trump.

Klinkner found bupkis. People who were racially resentful were more likely to support Trump regardless of their views of the economy.

Someone who was not very economically pessimistic but quite racially resentful was as likely to support Trump as someone who was equally resentful but much more pessimistic about the economy. Economic stress didn’t appear to be « activating » racial resentment.

Another study — whose findings were published by three researchers at Slate — took a different stab at this. They surveyed 2000 white Americans and asked them to say whether they thought whites were “more evolved” than blacks — that is, further away from apes.

They found very little differences in rates of prejudice by income. But, they write, “there is one group of whites that stands out in the degree to which it holds dehumanizing views of black people: Trump supporters.” Fifty-two percent of strong Trump supporters, they found, thought African Americans were less evolved — about twice as high as the rates among strong Trump opponents.

“We detected substantial levels of dehumanization among Trump supporters through additional survey questions as well,” they continue:

27 percent of Trump supporters said the phrase “lacking self-restraint, like animals” describes black people well, compared with 8 percent of Trump opponents. Trump supporters were also substantially more likely than Trump opponents to say that the terms “savage” and “barbaric” describe black people well.

Again, we do not know for sure how much of Trump’s astonishing general election performance this explains. Whereas the data is ironclad about Trump’s primary victory — it was clearly about racial resentment — the general election has yet to be analyzed in the same depth. There could end up being a bigger role for economic variables than there was in the primary, though the data about the European far-right militates against it.

Regardless, given these results and the broader international far-right wave, it is impossible to deny that white resentment against cultural change played a significant role in Donald Trump’s shocking victory.

The United States just elected a candidate who has employed the most racially charged language we’ve heard as a nation since the civil rights movement. And it looks like he won not in spite of his racism but because of it.

Voir aussi:

JUSTICE

Au procès de Jawad Bendaoud, les proches des victimes exigent du « respect »

« J’étais outré lors des débats par les rires. Moi, ça ne me fait pas rire. Je ne suis pas ici au spectacle. »

13-NOVEMBRE – Témoignage ahurissant, comparaisons grotesques, phrases choc… Depuis le début de son procès, l’attitude de Jawad Bendaoud ne cesse de choquer les familles des victimes, qui ont, au premier jour de leurs auditions ce mardi 30 janvier, appelé le « logeur » des jihadistes impliqués dans les attentats du 13-novembre à arrêter son « spectacle ».

Dès le deuxième jour du procès, la mère d’une des victimes avait fait part de sa « sidération » face aux propos de Jawad Bendaoud. Les parties civiles ont également fait part de leur indignation ce mardi, où ils sont venus à la barre pour la première fois.

Il y a eu Patrick, qui a perdu son fils au Bataclan, un autre Patrick dont la fille s’occupait de la lumière dans la salle de concert, Iordanka, dont le fils unique a été « abattu de sept balles », Abdallah dont les deux sœurs sont décédées, Sophie qui a raconté l’agonie de son mari…

Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, tous deux poursuivis pour « recel de malfaiteurs terroristes », ont pleuré quand une mère a raconté sa douleur. Son fils venait d’avoir 37 ans. « Chaque fois que je parle de mon fils, j’ai les larmes qui coulent », a commencé Iordanka. « Maintenant, c’est dur ma vie. (…) Ces trois personnes (les trois prévenus, y compris Youssef Aït Boulahcen, jugé pour « non-dénonciation de crime terroriste », ndlr) je voulais les voir en face », a-t-elle dit.

« C’est pas eux qui ont tué mon fils mais ils ont plus ou moins contribué. (…) J’attends que ces trois personnes soient jugées sévèrement », a-t-elle encore dit.

Le tribunal transformé en « théâtre de boulevard »

« J’ai perdu mes deux sœurs le 13 novembre. Ce qui me choque, c’est la légèreté avec laquelle M. Bendaoud et M. Soumah prennent ce procès », a expliqué à la barre Abdallah, très ému lui aussi. « Derrière ce qui se juge aujourd’hui, il y a des familles K.O ».

« Il y a un minimum de respect, de compassion à avoir. Ce n’est pas un show, pas un défilé de mode », a poursuivi cet homme qui a lui « aussi grandi dans une cité » et dont le père « a travaillé dur pour élever huit enfants ».

« J’étais outré lors des débats par les rires. Moi, ça ne me fait pas rire. Je ne suis pas ici au spectacle », a dit Patrick en lisant son texte poignant. « Bendaoud a réussi à transformer le tribunal en théâtre de boulevard », a déploré ce père, qui a cherché sa fille pendant 48 heures après le 13 novembre. « Ces énergumènes n’ont ni foi ni loi », a-t-il tranché.

Voir encore:

La mondialisation de l’inégalité

Avec un titre sous forme de conclusion, François Bourguignon reprend la plupart des clichés à la mode sur les inégalités. Et si les réalités (et les solutions) étaient bien différentes ?

Bogdan Calinescu.
Un article de l’aleps.

Ancien économiste de la Banque Mondiale, François Bourguignon apparaît comme le « spécialiste » des inégalités dans le monde. Son essai fait le tour du sujet mais n’apporte pas des réponses originales. Oui, il a raison de faire la différence entre les inégalités au sein d’un pays et celles d’un pays à l’autre. Il existe des inégalités entre les Américains mais on ne peut pas les comparer avec celles entre un Américain et un Somalien. L’auteur reconnaît aussi que le monde s’est enrichi, surtout depuis les années 1990. L’Inde et la Chine sont beaucoup plus riches qu’il y a 30 ans. La mondialisation a eu donc des effets bénéfiques. Néanmoins, il conclue à l’aggravation des inégalités depuis environ 30 ans. Et la mondialisation en est responsable. Au sein des pays, le phénomène inégalitaire se serait accru comme aux États-Unis. Et l’auteur de citer – inévitablement – les études des Thomas Piketty. Pour Bourguignon, « nos sociétés seraient de plus en plus inégalitaires et il faut corriger les injustices sociales ». Il faut « combattre la mondialisation des inégalités ». Vaste programme qui sent la hausse des impôts (même si l’auteur sait qu’elle peut avoir des effets néfastes sur l’économie) et du nombre de fonctionnaires, le clientélisme électoral et la redistribution aveugle. Cette politique interventionniste risque d’être faussée par la concurrence internationale. Bourguignon a la solution : il faut une « concertation internationale en matière de politiques redistributives ». Ça sent le gouvernement mondial…

Et si la réalité était différente ? D’abord, le monde s’est considérablement enrichi ces 20 dernières années. L’Amérique latine, l’Asie ont connu un développement économique impressionnant grâce à la mondialisation. En fait, les pays à la traîne sont surtout les pays qui ont fermé la porte à la mondialisation : la Corée du Nord, Cuba, la Bolivie, plusieurs pays africains… À moins d’être de (très) mauvaise foi, il est faux de dire que la mondialisation a accentué les inégalités. Elle a, au contraire, rendu les pays encore plus riches. Regardons les chiffres. Au début du XXe siècle, la différence moyenne entre les revenus les plus bas et les revenus les plus élevés étaient de 300. À la fin des années 2000, cette différence est de 50. C’est encore beaucoup mais c’est 6 fois moins qu’il y a un siècle. Il est vrai qu’il existe des salaires mirobolants comme ceux de certains footballeurs mais ce sont des exceptions. Oui, il existe des milliardaires. Mais il faudrait plus de Bill Gates et plus de Steve Jobs pour que les autres s’enrichissent et non pas l’inverse. Le système le plus « juste » c’est celui dans lequel les pauvres peuvent devenir riches et non pas l’inverse. Si les 1% des plus riches détiennent une très grosse fortune c’est qu’ils ont réussi. Et il faut rajouter que ces 1% payent 70% du total de l’impôt sur le revenu. Oui, on peut considérer que certaines inégalités se sont creusées, beaucoup plus dans des pays en développement rapide comme la Chine. Mais c’est aussi parce que les gens peuvent s’enrichir plus vite grâce aux opportunités économiques.

L’arme la plus efficace contre les inégalités n’est pas la redistribution mais la possibilité de s’enrichir. Les États-Unis montrent l’exemple. Dans le classement des milliardaires actuels, seulement 24% y figuraient en 1987. Le reste ce sont des entrepreneurs qui ont réussi et cela montre que la mobilité sociale est extrêmement importante car ça change tous les ans. C’est pareil pour les classes moyennes. La part des individus appartenant à la classe moyenne n’a cessé d’augmenter. La lutte contre les inégalités est devenue un véritable fonds de commerce qui ne tient pas compte des réalités économiques. Réduire les inégalités c’est d’abord offrir les opportunités pour réussir.

Voir enfin:

Pas si grave
France Soir
Mercredi 10 Janvier 2018
Catherine Millet est l’une des signataires de la tribune « pour la liberté d’importuner » publiée dans « Le Monde » mardi. En décembre dernier, invitée sur France Culture, elle expliquait qu’elle regrettait de ne pas avoir été violée pour pouvoir montrer aux femmes qui l’avaient été que l’on « pouvait s’en sortir ».
L’auteure Catherine Millet a expliqué en décembre qu’elle regrettait de ne pas avoir été violée pour pouvoir prouver aux femmes que le traumatisme est surmontable.

Ses paroles de décembre dernier refont surface et créent la polémique. Catherine Millet est l’une des signataires de la tribune publiée dans Le Monde mardi 9 « pour la liberté d’importuner ». Avec, entre autres, Catherine Deneuve, elles disaient s’inquiéter pour « la libération de la parole » au sortir de l’affaire Weinstein suite aux dizaines d’accusations envers des hommes suspectés d’agressions sexuelles ou de viol.

Cette tribune a fortement divisé le public, une partie de celui-ci s’étant offusqué. « Cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire: on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses », était-il écrit en pointant du doigt le mouvement de contestation contre les violences sexuelles qui pourrait devenir « dangereux » selon les signataires.

Il semblerait pourtant qu’en décembre dernier à l’antenne de France Culture, Catherine Millet ait jouit de toute la liberté d’expression qu’elle voulait.

Ses paroles à propos du viol font d’ailleurs aujourd’hui débat. Elle expliquait ne pas pouvoir comprendre, et être « étonnée », que les victimes soient « traumatisées » après avoir vécu ces drames. « Alors d’abord, une femme ayant été violée considère qu’elle a été souillée, à mon avis elle intériorise le discours des autres autour d’elle. (…) Je pense que ça c’est un résidu d’archaïsme », a-t-elle tout d’abord expliqué.

Pour elle, « l’intégrité » des femmes n’est pas touchée après un viol puisque la conscience reste « intacte ». Elle a cependant souligné que « si la fille était vierge d’accord il lui manque désormais quelque chose » avant d’ajouter qu’elle considérait qu’il était « plus grave » de perdre un ou plusieurs membres dans un accident de voiture.

La journaliste Raphaëlle Rérolle lui a alors souligné que ce qui, entre autres, traumatisait les femmes victimes de viol c’était la violence de l’agression qu’elles avaient subie.

Catherine Millet, qui présentait alors son ouvrage La Vie sexuelle de Catherine M, lui a alors répondu: « Ça c’est mon grand problème, je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en sort ».

Son interlocutrice lui a alors rappelé la notion de consentement et lui a fait remarquer que les femmes violées avaient été agressées sans avoir voulu de rapport sexuel avec leur agresseur. Encore une fois l’auteure a répliqué, expliquant qu’elle aussi, elle avait parfois eu des rapports sexuels avec des gens qui ne lui plaisaient pas forcément, chose bien différente que la notion de consentement.

« Mais par contre ça m’est arrivé d’avoir des rapports sexuels avec des gens qui ne me plaisaient pas spécialement. Parce que voilà c’était plus facile de céder à la personne ou parce que c’était une partouze et qu’on était en groupe ».

Pour rappel, selon le code pénal, « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle ». Un rapport publié en novembre par l’Ined (Institut national d’études démographiques) a dévoilé qu’en France, une femme sur sept avait été victime de violences sexuelles dans sa vie.


Phénomènes mimétiques: Quand les villes tombent malades (After Jerusalem, Florence, Paris, Goa and Tahiti, Havana gets its own syndrome)

31 janvier, 2018
L’opprobre me brise le coeur et je suis malade. Psaumes 69: 21
J’étais incapable de voir ce dont le désir n’avait pas été éveillé en moi par quelque lecture (…) Que de fois, je le savais bien, même si cette page de Goncourt ne me l’eût pas appris, je suis resté incapable d’accorder mon attention à des choses ou à des gens qu’ensuite, une fois que leur image m’avait été présentée dans la solitude par un artiste, j’aurais fait des lieues, risqué la mort pour retrouver. Marcel Proust
La violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur. Michel Serres
Plus d’un siècle après que Charcot a démontré que les hystériques n’étaient pas des simulateurs et que Freud a découvert l’inconscient, il nous est difficile d’accepter que nos souffrances puissent être à la fois réelles et sans cause matérielle. Georges Saline (responsable du département santé environnement de l’INVS)
Chacun a bien compris que « syndrome du bâtiment malsain » est la traduction politiquement correcte d’ »hystérie collective ». Le Monde
J’étais dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. Stendhal (1817)
Devant tant de beauté et de spiritualité, je me suis effondré en pleurs. J’avais des tremblements nerveux. C’était une douleur jouissive. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être un quart d’heure. Pierre Josse (Guide du routard)
Jérusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques dérangés mentalement à divers degrés, qui semblent être attirés comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d’entre-eux […] étaient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des prophètes, des prêtres, des messies et des rois. Bertha Spafford-Vester
Au rythme où l’on va, toutes les capitales auront bientôt leur syndrome. Pourquoi pas le syndrome de Ouagadougou? Youcef Mahmoudia (psychiatre, Hôtel-Dieu)
C’est une fumisterie. Ils s’inscrivent dans deux contextes particuliers. Soit les patients sont déjà atteints d’un trouble psychiatrique et sont dans un processus délirant à thématique persécutive, messianique ou politique. Soit ce sont des sujets qui sont pré-délirants, qui présentent des troubles minimes qui pour l’œil non avisé passent pour un état dépressif, une angoisse, un ras-le-bol, alors que le délire commence à s’élaborer progressivement. Quand ils arrivent à destination, il s’installe au bout de 24 ou 48 heures. Youcef Mahmoudia (Hôtel-Dieu, Paris)
Ce n’est pas le lieu qui est pathogène. Croire qu’un endroit fait qu’on décompense, ce serait nous ramener à la psychiatrie du 19ème, où l’on croyait aux miasmes. Federico A. Caro (psychiatre, Pôle Paris Centre)
Il s’agit d’un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des antécédents psychiatriques importants, qui viennent chaque année à Jérusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent Jérusalem comme une scène ou une arène pour jouer leur rôle. Moshe Kalian
C’est très difficile de poser l’étiquette de « syndrome du voyageur », on ne le reconnaît pas de façon formelle. Des pétages de plombs, on en a partout, dans le monde entier. On en a eu dernièrement en Chine, au Maroc et en Turquie. Il y a des gens qui, dans un contexte hors habitudes, peuvent déclencher un épisode délirant. Catherine Port-Arondelle (Mondial Assistance)
Ils comptent parmi les curiosités locales de Jérusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du Mur des lamentations et du dôme du Rocher. Certains sont accoutrés comme Jésus ou Abraham, portant une toge ou enroulés dans des draps piqués à l’hôtel, traînent parfois une croix, tandis que d’autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et Ève. Ils errent en prêchant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuadés qu’ils sont investis d’une mission divine. Chaque année, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalisés au Centre psychiatrique de Kfar Shaul, situé dans la vieille ville. Le «syndrome de Jérusalem» a été identifié dans les années 1930 par le psychiatre Heinz Herman, après avoir vu défiler plusieurs patients en proie au même délire. Deux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chrétiennes. (…) Contrairement aux psychiatres Graziella Magherini et Régis Airault, qui affirment respectivement que le syndrome de Stendhal et le syndrome indien frapperaient des voyageurs en bonne santé mentale, Yaïr Bar-El considère qu’il touche à la fois des personnes avec et sans antécédents psychiatriques. Il a établi une typologie précise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes présentant divers troubles mentaux —le voyage de ces deux catégories de personnes étant motivé par une conviction délirante ou bizarre—, et enfin celles qui n’avaient pas de pathologie déclarée. Ces dernières sont rares: selon les résultats de l’étude, sur les 470 victimes recensées entre 1979 et 1993, seules 42 n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. La plupart venaient de l’Amérique rurale et avaient reçu une éducation protestante très stricte. Le psychiatre a donc émis l’hypothèse que ces personnes auraient eu un choc en arrivant à Jérusalem car la ville ne correspondait pas à la représentation idéalisée qu’elles en avaient. Sept étapes cliniques ont par ailleurs été identifiées, telles que, par exemple, «l’expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul», «l’obsession d’être pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des ongles de mains et de pieds» ou encore «le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals». Après une à deux semaines de traitement, les patients sont en général capables de rentrer chez eux. (…) Mais certains refusent de quitter la ville. (…) Au cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouvé des  premières descriptions du syndrome remontant au 19ème siècle, extraites des mémoires d’habitants de Jérusalem et de récits de pèlerins. (…) La «capitale éternelle» d’Israël semble donc condamnée à continuer d’attirer année après année, parmi le flot ininterrompu de pèlerins, une poignée d’illuminés à la recherche d’un décor à la hauteur de leur démesure. Annabelle Georgen
J’ai craqué dans le Palais des Doges. J’étais dans la salle du Grand Conseil, dont les murs et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures. Je me suis sentie submergée par la beauté des lieux. Le décalage avec les autres visiteurs, qui passaient dans la salle en regardant à peine les murs, m’a frappée. J’ai fondu en larmes. C’était comme si je devais porter toute cette beauté à moi toute seule. Séverine (hypnothérapeute, 31 ans)
J’applique ce terme à une série d’attaques soudaines de souffrance mentale aiguë, qui peuvent durer quelques heures ou quelques jours. Les crises vont de l’attaque de panique à l’inconfort physique, comme la peur de s’évanouir, de suffoquer, de mourir ou de devenir fou, avec des vertiges ou de la tachycardie, et dans certains cas la sensation extrêmement désagréable de se trouver dans un environnement hostile. Graziella Magherini
Magherini a choisi le terme de syndrome de Stendhal en référence à l’écrivain français, qui fut l’un des premiers à décrire la vive émotion que peut provoquer la contemplation d’une œuvre d’art lorsqu’il partit à la découverte du berceau de la Renaissance en 1816 (…) Après avoir vu défiler à l’hôpital de Florence une centaine de touristes «en bonne condition mentale» et qui étaient pourtant pris d’une bouffée délirante alors qu’ils visitaient un musée, une église ou un monument, Graziella Magherini a élaboré l’hypothèse que ces crises seraient provoquées par la confrontation à la beauté des œuvres d’art. La majorité de ses patients étant européens, la psychiatre est arrivée à la conclusion qu’ils étaient plus susceptibles d’être victimes du syndrome car ils maîtrisaient les références culturelles permettant d’apprécier les œuvres et de percevoir leurs significations cachées, contrairement à d’autres touristes venus de régions éloignées, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie, et aux Italiens eux-mêmes, en quelque sorte «immunisés» à force de vivre entourés d’œuvres d’art. Ce syndrome frapperait surtout les touristes qui visitent Florence en raison de sa concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre artistiques, mais aurait aussi été observé à Ravenne et à Venise. (…) La définition du syndrome de Stendhal proposée par Magherini va à l’encontre de celle du voyage pathologique en cela qu’elle considère que ses victimes ne souffraient pas de troubles psychiatriques avant leur voyage. Communément admise en psychiatrie, la notion de voyage pathologique est considérée comme un trouble du comportement. Au regard de cette définition, l’existence du syndrome de Stendhal est vivement contestée par de nombreux psychiatres pour qui les voyages ne peuvent pas rendre fou. «C’est une fumisterie», lance Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu à Paris. Selon lui, seul le concept de voyages pathologiques est pertinent (…) Au-delà du débat, reste une certitude, à voir les foules qui se pressent devant le David à Florence ou devant la Joconde à Paris: l’art peut éblouir et provoquer une émotion intense même chez les plus sceptiques. Annabelle Georgen
Très souvent, cette déception concerne des étudiantes qui viennent avec une vision de la France assez liée aux films de Godard. Philippe Adam
Il y a pas mal de grèves, les gens peuvent être un peu agressifs verbalement, on peut se faire voler son porte-feuille dans le métro, le taxi peut arriver avec un quart d’heure de retard. C’est quelque chose d’inconcevable au Japon car c’est un pays où tout fonctionne dans la vie quotidienne. On peut par exemple se donner rendez-vous à 13h01 sur le quai et être sûr d’arriver à l’heure. Les Japonais qui sont fragiles peuvent donc devenir très dépressifs à Paris, avoir le sentiment d’être rejetés, ignorés. Eriko Thibierge-Nasu (psychanalyste japonaise)
Identifié dans les années 1980 par le psychiatre japonais Hiroaki Ota, ce syndrome frapperait des Japonais choqués par le décalage entre le Paris romantique et raffiné qu’ils pensaient découvrir et la réalité qu’ils arpentent. (…) Qualité de service laissant à désirer, insécurité et impolitesse sont les principaux griefs des Japonais qui séjournent dans la Ville-Lumière. (…) Difficile d’obtenir des informations précises sur les observations d’Hiroaki Ota, ancien médecin-conseil auprès de l’ambassade du Japon à Paris et attaché à l’hôpital Saint-Anne: il se refuse à toute interview depuis plusieurs années et son livre consacré au sujet n’a été publié qu’en japonais. Ses travaux parallèles sur les voyages pathologiques de Japonais à Paris, qui sont le fait de patients souffrant d’un trouble psychiatrique antérieur au voyage, sont en revanche consultables dans la revue psychiatrique Nervure. Une étude publiée en 2004, et dont Ota est co-auteur, indique que 63 patients japonais ont été admis à l’Hôpital Sainte-Anne «dans un état aigu» entre 1988 et 2004. Il s’agissait de personnalités fragiles «en quête d’une liberté ou d’une libération illusoires» ou de personnes souffrant d’une psychose et dont la venue était motivée par des convictions délirantes. La plupart des patients avaient moins de 30 ans, près d’un sur trois était schizophrène. À l’instar d’une Japonaise de 39 ans, qui s’était rendue à Paris après avoir vu une affiche touristique dans le métro de Tokyo avec pour slogan «La France vous attend», persuadée que cette injonction lui était personnellement destinée. L’étude pointe les obstacles auxquels sont confrontés les Japonais qui viennent s’installer à Paris, au-delà de la déception liée à la ville, telles que la barrière de la langue et les différences de comportements en société. «Ces difficultés, qui peuvent créer très vite une incapacité de communication ou être sources d’erreurs grossières, entraînent sentiment d’étrangeté, angoisse, isolement», notent les chercheurs. (…) Le syndrome de Paris continue d’être le sujet de nombreux reportages dans les journaux du monde entier, mais il est largement remis en cause par la communauté psychiatrique française. «Ça n’existe pas», laisse choir avec une pointe de lassitude dans la voix Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, pour qui «il ne faut pas confondre un état d’angoisse passager qui peut survenir chez quelqu’un qui est en voyage et n’arrive pas à s’adapter et un état délirant entraînant des troubles du comportement sur la voie publique». Sur la cinquantaine de «voyageurs pathologiques» qui sont hospitalisés chaque année à l’Hôtel-Dieu, à deux pas des principaux sites touristiques, la majorité ne sont d’ailleurs pas des Japonais mais des provinciaux, fait remarquer Youcef Mahmoudia: «Il y a aussi des Italiens, des Belges, des Allemands… Seuls 3 à 5 % sont des Japonais. » Annabelle Georgen
Je n’avais plus aucun repères, tout ce que je regardais était différent, les odeurs et les goûts aussi. Je n’étais jamais seule, il se passait toujours quelque chose autour de moi. L’absence d’hygiène m’a aussi rendu dingue car je n’arrivais plus à aller aux toilettes. J’étais saoulée, hypnotisée, je ne me rendais plus compte de la réalité, je me laissais aller. (…) J’étais au bout du rouleau… Je pensais que j’allais mourir, alors j’ai écrit un journal au cas où ma famille retrouverait mon corps… Claire Kaczynski (artiste)
Le syndrome indien peut toucher tout le monde, j’ai vu des gens qui ne prenaient pas de drogue et qui étaient délirants, qui avaient essayé de partir à la nage pour rentrer chez leurs parents. Heureusement que les proches les avaient entendu hurler au téléphone, sinon on aurait pu croire que je me faisais payer un voyage aux frais de la princesse! Chaque culture semble désigner à ses membres des lieux où il est plus facile de « vaciller ». Pour les Occidentaux, c’est l’axe oriental, avec le grand tour en Italie, Jérusalem, les îles et enfin le syndrome indien, sur les traces de Marco Polo. Ce sera la France pour les Japonais, les pays du Nord pour d’autres ou les lieux chargés de mysticisme… Régis Ayraut
L’évocation de l’Inde fait jaillir une ribambelle de clichés hauts en couleur mêlant le merveilleux à l’affreux, des temples somptueux du Rajasthan aux bûchers de Bénarès, des énigmatiques sadous drapés d’orange aux lépreux endormis sur les trottoirs de Bombay. Dans l’imagerie occidentale, l’Inde est aussi associée aux hippies qui s’y installèrent à partir des années 1960, ce qui fait d’elle le décor idéal du voyage initiatique qu’entreprennent chaque année des milliers de jeunes à travers le monde. Le psychiatre Régis Airault la compare au monde enchanté d’Alice au pays des merveilles ou de Peter Pan dans l’imaginaire des jeunes. Ils ont la vingtaine et c’est souvent leur premier grand trip. Et leur premier choc, à en voir les témoignages qui abondent sur les forums de voyage, évoquant «des regards intenses voire un peu effrayants», «une sensation d’insécurité permanente due à un manque de repères» ou encore «un mal-être devant la misère et le harcèlement perpétuel»… Confrontés à la spiritualité qui imprègne le quotidien, à la foule et à la misère, de nombreux touristes sont victimes d’un choc culturel: ils sont angoissés, certains vont jusqu’à ne plus quitter leur chambre d’hôtel. (…) Certains voyageurs seraient eux victimes du «syndrome indien», décrit par le psychiatre Régis Airault comme une «bouffée délirante avec des mécanismes interprétatifs, hallucinatoires, à thématique persécutive, mystique, qui apparaît après un séjour de quelques semaines». Les principales personnes concernées seraient des jeunes d’une vingtaine d’années. Les histoires de touristes persuadés d’entendre la voix de Kali ou Shiva et qui jettent leurs billets dans la rue en faisant vœu de pauvreté sont légion dans les ambassades en Inde. Lorsqu’il travaillait au consulat de France à Bombay dans les années 1980, Airault a rencontré de nombreux illuminés du bord des routes de l’Inde et procédé à plusieurs rapatriements. Une expérience surprenante qu’il raconte dans un livre passionnant, Fous de l’Inde. Comme la psychiatre italienne Graziella Magherini lorsqu’elle décrit le syndrome de Stendhal, il fait l’hypothèse que le voyage n’est pas pathologique mais pathogène, c’est-à-dire que le syndrome indien frappe des personnes qui n’ont pas d’antécédents psychiatriques. L’Inde rendrait donc fou. Une position contestée par de nombreux psychiatres qui considèrent que les pétages de plombs fréquemment observés chez les touristes circulant en Inde sont à imputer à des pathologies préexistantes ou à une fragilité psychologique favorable à l’éclosion d’un délire, ou encore, dans bien des cas, à la prise de drogues, comme à Goa ou Manali. Annabelle Georgen
Il s’agit de gens qui sont en errance, qui débarquent avec un sac à dos et sont souvent en rupture de traitement. Ils viennent sur un nom qui fait rêver, sur un mythe. Ils se disent: « Pourquoi pas essayer de recommencer ailleurs? » Ils espèrent mettre une aussi grande distance entre eux et leurs problèmes que la distance kilométrique qu’il y a entre la métropole et Tahiti. Michel Mardina (infirmier psychiatrique)
L’île telle qu’on la voit représentée sur les dépliants touristiques, avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, est un mythe à elle seule. Dans l’imaginaire de ceux qui vivent sur un continent, elle est la destination de rêve par excellence, le symbole absolu du dépaysement. Ce «fantasme occidental» dont parle le psychiatre Régis Airault, qui a lui-même vécu plusieurs années sur une île, à Mayotte, convoque une imagerie assez naïve et désuète. Dans une étude consacrée aux voyages pathologiques à Tahiti, co-écrite en 1993 par des psychiatres du Centre hospitalier de Polynésie française, trois mythes «qui sous-tendent les velléités des voyageurs en partance pour la Polynésie» ont été dégagés. Le mythe du Robinson, tout d’abord, concerne les «exilés volontaires à la recherche de l’île déserte, où ils pourront se retrouver et mesurer l’essentiel de leur être dans un grand face-à-face avec une nature vierge et rebelle». Le mythe du bout du monde fait lui appel aux «lieux mystérieux et lointains, en général difficiles d’accès, qui apparaissent en communication par des canaux, plus ou moins mystérieux, avec les forces vives du cosmos, où se situent les restes de civilisations disparues, civilisations « mères » détentrices du grand secret». Les auteurs citent l’île de Pâques ou celle de Rapa en exemple. Enfin, le mythe de la Nouvelle Cythère, «le plus connu et le plus galvaudé», notent les auteurs, s’inscrit lui dans la pensée rousseauiste: «C’est le mythe de « l’île de Félicité, où règne la volupté », chère à la pensée du XVIIIème siècle; celui du bon sauvage sans vice parce qu’innocent, et encore à l' »état de nature »: l’enfance de l’humanité.» Les auteurs donnent l’exemple d’un Belge en proie à un état délirant qui s’était rendu sur l’île de Rapa pour «redresser l’axe de la Terre» et «conduire le peuple d’Israël sur le continent Antarctique», puis d’un jeune métropolitain sans antécédents psychiatriques qui était venu à Tahiti pour y refaire sa vie, et qui, face à une «désillusion totale», avait sombré dans la dépression et fait une tentative de suicide. «Il s’agit d’un voyage non pathologique chez un sujet ayant développé par la suite une pathologie […] suite à la confrontation avec la réalité des antipodes», estime l’étude. Pour autant, aucun terme spécifique n’a été établi à ce jour pour désigner les voyageurs en proie à un état délirant lors d’un séjour sur une île tropicale. Régis Airault parle ainsi à la fois de «syndrome des îles ou insulaire, d’Hawaï, de Tahiti, de la Réunion et de Mayotte». Au Centre hospitalier de Polynésie française, «environ quatre ou cinq voyageurs ont été admis ces dernières années», estime Michel Mardina, infirmier psychiatrique. Tous avaient un profil semblable: des jeunes métropolitains âgés de 18 à 35 ans, présentant des troubles psychiatriques, instables sur le plan affectif et souvent sans emploi. (…) Des rêves de vie facile et d’abondance plein la tête, ces jeunes routards sont vite confrontés à la réalité à leur arrivée: un marché de l’emploi saturé et un coût de la vie très élevé. «La pathologie refait alors surface parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchaient. Ils décompensent et arrivent à l’hôpital en état de crise, sur un mode qui ressemble à une bouffée délirante», poursuit l’infirmier. Déprime et sentiment de solitude attendraient aussi souvent au tournant les métropolitains sans antécédents psychiatriques qui plaquent tout pour aller vivre au soleil, dans les Dom-Tom. (…) Les forums de métropolitains expatriés sous les tropiques évoquent souvent ce spleen, et il existe même un guide pratique destiné à ceux qui partent s’installer aux Antilles. Là encore, la carte postale s’avère trompeuse. (…) Au terme de ce voyage dans les folies touristiques, de l‘Italie à l’Inde en passant par la France et Israël, une question demeure: sommes-nous donc prédisposés à décompenser dans certains endroits plus qu’ailleurs? Dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité ou tout simplement idéalisés quand on les contemple de loin, depuis chez soi? La communauté psychiatrique est divisée à ce sujet et peu de travaux actuels tentent de l’aborder d’un point de vue global. La classification de «syndrome du voyageur» n’est d’ailleurs pas utilisée aujourd’hui chez les assureurs. (…) L’utilisation du terme de syndrome est considérée comme abusive par de nombreux psychiatres, et son rattachement à des lieux spécifiques fait craindre une surenchère de son emploi. Annabelle Georgen

Après les syndromes de Jérusalem, FlorenceParis, Goa et Tahiti…

Voici, entre  le syndrome de La Havane !

A l’heure où après les diplomates américains à Cuba …

Et entre troubles auditifs et douleurs cérébrales …

C’est à présent aux touristes d’être touchés …

Comment ne pas repenser …

A ces fameux syndromes du voyageur

Dont Anabelle Georgen avait fait il y a quelques années une intéressante recension sur Slate …

Avec naturellement comme pour les bâtiments qui tombent malades

Et derrière les termes médicaux qui se multiplient (hystérie collective ou de masse, contagion comportementale, psychose collective, réaction collective au stress, dérangement psychique transitoire, contextuel et épidémique réaction de conversion collective, psychopathologie de groupe, panique de masse, épidémie de symptômes psychiatriques, malaises de masse sociogéniques ou psychogéniques) …

Les manifestations de somatisation étrangement récurrentes voire stéréotypées (douleurs et malaises musculo-squelettiques, difficultés à respirer, nausées, faiblesses, étourdissements, maux de tête, embrouillement de la vision) …

Le même mode de déroulement: convergence (plusieurs personnes développent des symptômes indépendamment les unes des autres), déclencheur (l’occurrence ou la perception d’un événement précis et inhabituel ou souvent une odeur étrange) et la contagion (propagation soit par rayonnement via les travailleurs-euses voisins soit par le réseau des individus intimement liés, compliqué à nouveau par l’accès à l’internet) …

Et le contexte de tension sociale ou internationale (crises sociales ou économiques, guerres, bouleversement sociaux ou religieux, etc.) …

Depuis les « maladies dansantes » de l’Europe médiévale (danse de Saint-Guy, intoxications ergotées, « feu Saint-Antoine » ou « mal des ardents »),  les épidémies de couvents (manie de morsure dans des couvents allemands au moment de l’éclatement du monde religieux de la Réforme), les renouveaux protestants américains (phénomènes collectifs extatiques), ou européens (sainte Bernadette, sainte Thérèse) …

Les hystéries collectives des établissement d’enseignement et des usines et manufactures (Hodder Bridge, écoles de garçons 1860, réactions de panique dans l’armée, évanouissements en chaîne des campagnes de collecte de sang, suicides collectifs, poussées de violence, émeutes raciales …

Tous les ingrédients des crises mimétiques si bien décrites par René Girard …

A partir de la nature notoirement mimétique des animaux supérieurs que nous sommes (« monkey see monkey do »), comme on le voit quotidiennement autour de nous que ce soit les épidémies de quintes de toux dans les concerts ou de fous rires en classe de nos enfants ou de nos enfances ou, plus contrôlés, pendant les spectacles des humoristes, mais aussi les « épidémies » de symptômes des maladies étudiées dans les écoles de médecine …

Mais surtout sur ce besoin d’exutoire et d’externalisation des surcharges de stress, au niveau individuel comme de tout un groupe social, que l’on retrouve dans toutes les sociétés sacrificielles mais qui, avec la disparition desdits sacrifices ou de leurs substituts sociaux (les pogroms de juifs et autres cagots servant de boucs émissaires) tendraient à s’internaliser et à se somatiser?

Cuba : des touristes se plaignent du même mal que les diplomates américain

Le département d’État des États-Unis a reçu « une poignée » de plaintes de touristes américains à Cuba qui disent avoir souffert de symptômes similaires à ceux des diplomates affectés à La Havane par de mystérieuses « attaques », a annoncé un responsable. Le gouvernement américain n’est cependant pas en mesure de vérifier les informations communiquées par ces ressortissants.

L’administration Trump a ordonné mardi l’expulsion de 15 diplomates de l’ambassade de Cuba à Washington après le rapatriement de la moitié du personnel diplomatique américain en poste à La Havane la semaine passée, en raison de ces « attaques » auditives.

La semaine dernière, le département d’Etat avait émis un avertissement, déconseillant aux touristes américains de se rendre à Cuba en raison de ces attaques inexpliquées, sources de pertes d’audition, de vertiges et de fatigue chez 22 diplomates américains.

Cuba dément toute implication. Les enquêtes lancées sur place n’ont pour le moment donné aucun résultat.

Voir aussi:

Jérusalem ou le choc messianique

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 4/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Quatrième étape de notre cartographie de ce phénomène avec les crises mystiques observées en Israël.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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Ils comptent parmi les curiosités locales de Jérusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du Mur des lamentations et du dôme du Rocher. Certains sont accoutrés comme Jésus ou Abraham, portant une toge ou enroulés dans des draps piqués à l’hôtel, traînent parfois une croix, tandis que d’autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et Ève. Ils errent en prêchant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuadés qu’ils sont investis d’une mission divine.

Chaque année, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalisés au Centre psychiatrique de Kfar Shaul, situé dans la vieille ville. Le «syndrome de Jérusalem» a été identifié dans les années 1930 par le psychiatre Heinz Herman, après avoir vu défiler plusieurs patients en proie au même délire. «Il s’agit d’un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des antécédents psychiatriques importants, qui viennent chaque année à Jérusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent Jérusalem comme une scène ou une arène pour jouer leur rôle», explique le docteur Moshe Kalian, psychiatre au ministère de la Santé israélienne et spécialiste du syndrome de Jérusalem.

Deux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chrétiennes. Contacté afin de savoir si des ressortissants français avaient été touchés par ce syndrome ces dernières années, le consulat général de France à Jérusalem n’a pas souhaité répondre à nos questions.

«Besoin de chanter des psaumes»

Contrairement aux psychiatres Graziella Magherini et Régis Airault, qui affirment respectivement que le syndrome de Stendhal et le syndrome indien frapperaient des voyageurs en bonne santé mentale, Yaïr Bar-El considère qu’il touche à la fois des personnes avec et sans antécédents psychiatriques. Il a établi une typologie précise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes présentant divers troubles mentaux —le voyage de ces deux catégories de personnes étant motivé par une conviction délirante ou bizarre—, et enfin celles qui n’avaient pas de pathologie déclarée.

Ces dernières sont rares: selon les résultats de l’étude, sur les 470 victimes recensées entre 1979 et 1993, seules 42 n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. La plupart venaient de l’Amérique rurale et avaient reçu une éducation protestante très stricte. Le psychiatre a donc émis l’hypothèse que ces personnes auraient eu un choc en arrivant à Jérusalem car la ville ne correspondait pas à la représentation idéalisée qu’elles en avaient.

Sept étapes cliniques ont par ailleurs été identifiées, telles que, par exemple, «l’expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul», «l’obsession d’être pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des ongles de mains et de pieds» ou encore «le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals».

Après une à deux semaines de traitement, les patients sont en général capables de rentrer chez eux. «Le traitement dépend de l’état du patient, de son passé psychiatrique et de la capacité d’établir un contact verbal avec lui», explique Moshe Kalian. «Lorsque ceci est possible, nous essayons toujours de l’aider à comprendre le contexte ou la raison de ce qu’il lui est arrivé».

Aimant à fanatiques et excentriques

Mais certains refusent de quitter la ville. Dans un reportage paru dans la revue israélienne Ariel, Leah Abramowitz décrit quelques illuminés qui se sont installés à Jérusalem et qu’on croise aux heures tardive aux abords du Mur des lamentations, à l’instar de Motelé, «toujours de blanc vêtu, portant barbe fleurie et grisonnante»:

«Des fois, pour la frime, il se tient sur le toit du grand rabbinat pour vociférer une prière. Les non-initiés s’imaginent que c’est une voix céleste et on en a vu même qui s’engagent au repentir, du moins pour la demi-heure qui suit.»

Au cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouvé des  premières descriptions du syndrome remontant au 19ème siècle, extraites des mémoires d’habitants de Jérusalem et de récits de pèlerins. Bertha Spafford-Vester, fille de colons américains établis en Israël à la fin du 19ème siècle, raconte ainsi dans ses mémoires:

«Jérusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques dérangés mentalement à divers degrés, qui semblent être attirés comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d’entre-eux […] étaient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des prophètes, des prêtes, des messies et des rois.»

La «capitale éternelle» d’Israël semble donc condamnée à continuer d’attirer année après année, parmi le flot ininterrompu de pèlerins, une poignée d’illuminés à la recherche d’un décor à la hauteur de leur démesure.

Voir également:

Florence ou le choc esthétique

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 1/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Première étape de notre cartographie de ce phénomène en Italie.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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Il s’en souvient comme si c’était hier:

«Les couleurs se sont mises à éclater, à exploser!»

Pierre Josse, rédacteur en chef du Routard, le célèbre guide de voyage, a été submergé par une émotion intense lors d’un voyage à Florence il y a vingt-cinq ans, alors qu’il contemplait une vierge à l’enfant peinte par Fra Angelico:

«Devant tant de beauté et de spiritualité, je me suis effondré en pleurs. J’avais des tremblements nerveux. C’était une douleur jouissive. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être un quart d’heure.»

A-t-il été victime du «syndrome de Stendhal» identifié à la fin des années 1980 par la psychiatre italienne Graziella Magherini? «Je l’ai effectivement vécu. C’est mieux « vécu » plutôt que victime, car j’en garde un souvenir ému!»

«Attaques soudaines»

Sa description est en effet assez éloignée des symptômes signalés par Magherini: «J’applique ce terme à une série d’attaques soudaines de souffrance mentale aiguë, qui peuvent durer quelques heures ou quelques jours», explique la psychiatre. «Les crises vont de l’attaque de panique à l’inconfort physique, comme la peur de s’évanouir, de suffoquer, de mourir ou de devenir fou, avec des vertiges ou de la tachycardie, et dans certains cas la sensation extrêmement désagréable de se trouver dans un environnement hostile.» Dans son livre La Sindrome di Stendhal, elle décrit entre autres le cas d’une jeune femme en état de grande confusion mentale, qui errait dans le jardin de Boboli deux dessins à la main, inspirés par des peintures de Botticelli.

Magherini a choisi le terme de syndrome de Stendhal en référence à l’écrivain français, qui fut l’un des premiers à décrire la vive émotion que peut provoquer la contemplation d’une œuvre d’art lorsqu’il partit à la découverte du berceau de la Renaissance en 1816:

«J’étais dans une sorte d’extase par l’idée d’être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.»

Les Européens en première ligne

Après avoir vu défiler à l’hôpital de Florence une centaine de touristes «en bonne condition mentale» et qui étaient pourtant pris d’une bouffée délirante alors qu’ils visitaient un musée, une église ou un monument, Graziella Magherini a élaboré l’hypothèse que ces crises seraient provoquées par la confrontation à la beauté des œuvres d’art.

La majorité de ses patients étant européens, la psychiatre est arrivée à la conclusion qu’ils étaient plus susceptibles d’être victimes du syndrome car ils maîtrisaient les références culturelles permettant d’apprécier les œuvres et de percevoir leurs significations cachées, contrairement à d’autres touristes venus de régions éloignées, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie, et aux Italiens eux-mêmes, en quelque sorte «immunisés» à force de vivre entourés d’œuvres d’art.

Ce syndrome frapperait surtout les touristes qui visitent Florence en raison de sa concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre artistiques, mais aurait aussi été observé à Ravenne et à Venise. C’est ainsi que Séverine, hypnothérapeute de 31 ans, a succombé à la beauté de la Sérénissime il y a quatre ans, lors d’un séjour en amoureux:

«J’ai craqué dans le Palais des Doges. J’étais dans la salle du Grand Conseil, dont les murs et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures. Je me suis sentie submergée par la beauté des lieux. Le décalage avec les autres visiteurs, qui passaient dans la salle en regardant à peine les murs, m’a frappée. J’ai fondu en larmes. C’était comme si je devais porter toute cette beauté à moi toute seule.»

Mais comme Pierre Josse, elle n’a ni fini à l’hôpital ni été rapatriée en France. Elle préfère parler d’un «choc émotionnel».

Vivement contesté

La définition du syndrome de Stendhal proposée par Magherini va à l’encontre de celle du voyage pathologique en cela qu’elle considère que ses victimes ne souffraient pas de troubles psychiatriques avant leur voyage. Communément admise en psychiatrie, la notion de voyage pathologique est considérée comme un trouble du comportement.

Au regard de cette définition, l’existence du syndrome de Stendhal est vivement contestée par de nombreux psychiatres pour qui les voyages ne peuvent pas rendre fou. «C’est une fumisterie», lance Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu à Paris. Selon lui, seul le concept de voyages pathologiques est pertinent:

«Ils s’inscrivent dans deux contextes particuliers. Soit les patients sont déjà atteints d’un trouble psychiatrique et sont dans un processus délirant à thématique persécutive, messianique ou politique. Soit ce sont des sujets qui sont pré-délirants, qui présentent des troubles minimes qui pour l’œil non avisé passent pour un état dépressif, une angoisse, un ras-le-bol, alors que le délire commence à s’élaborer progressivement. Quand ils arrivent à destination, il s’installe au bout de 24 ou 48 heures.»

Federico A. Caro, psychiatre au Pôle Paris Centre et auteur d’un mémoire consacré au voyage pathologique, enfonce le clou:

«Ce n’est pas le lieu qui est pathogène. Croire qu’un endroit fait qu’on décompense, ce serait nous ramener à la psychiatrie du 19ème, où l’on croyait aux miasmes.»

Au-delà du débat, reste une certitude, à voir les foules qui se pressent devant le David à Florence ou devant la Joconde à Paris: l’art peut éblouir et provoquer une émotion intense même chez les plus sceptiques.

Voir de même:

Paris ou le choc de la réalité

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 3/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Troisième étape de notre cartographie de ce phénomène avec le supposé «syndrome japonais».

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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«Arrêtez de croire que tout le monde vous regarde. Arrêtez de croire que tout le monde vous juge et que tout le monde vous en veut. Vous êtes à Paris, vous avez de la chance», s’entend répéter chaque fois qu’elle se rend à l’ambassade du Japon l’étudiante japonaise déprimée qu’imagine l’écrivain français Philippe Adam dans sa nouvelle Le Syndrome de Paris.

Identifié dans les années 1980 par le psychiatre japonais Hiroaki Ota, ce syndrome frapperait des Japonais choqués par le décalage entre le Paris romantique et raffiné qu’ils pensaient découvrir et la réalité qu’ils arpentent. «Très souvent, cette déception concerne des étudiantes qui viennent avec une vision de la France assez liée aux films de Godard», estime Philippe Adam, qui a séjourné au Japon et rencontré des Japonaises vivant à Paris avant d’écrire sa nouvelle consacrée au sujet. Qualité de service laissant à désirer, insécurité et impolitesse sont les principaux griefs des Japonais qui séjournent dans la Ville-Lumière.

«Il y a pas mal de grèves, les gens peuvent être un peu agressifs verbalement, on peut se faire voler son porte-feuille dans le métro, le taxi peut arriver avec un quart d’heure de retard», indique la psychanalyste japonaise Eriko Thibierge-Nasu. «C’est quelque chose d’inconcevable au Japon car c’est un pays où tout fonctionne dans la vie quotidienne. On peut par exemple se donner rendez-vous à 13h01 sur le quai et être sûr d’arriver à l’heure. Les Japonais qui sont fragiles peuvent donc devenir très dépressifs à Paris, avoir le sentiment d’être rejetés, ignorés», ajoute la psychanalyste, qui trouve le terme de «syndrome» exagéré et lui préfère celui de «malaise».

Différences de comportement

Difficile d’obtenir des informations précises sur les observations d’Hiroaki Ota, ancien médecin-conseil auprès de l’ambassade du Japon à Paris et attaché à l’hôpital Saint-Anne: il se refuse à toute interview depuis plusieurs années et son livre consacré au sujet n’a été publié qu’en japonais. Ses travaux parallèles sur les voyages pathologiques de Japonais à Paris, qui sont le fait de patients souffrant d’un trouble psychiatrique antérieur au voyage, sont en revanche consultables dans la revue psychiatrique Nervure.

Une étude publiée en 2004, et dont Ota est co-auteur, indique que 63 patients japonais ont été admis à l’Hôpital Sainte-Anne «dans un état aigu» entre 1988 et 2004. Il s’agissait de personnalités fragiles «en quête d’une liberté ou d’une libération illusoires» ou de personnes souffrant d’une psychose et dont la venue était motivée par des convictions délirantes. La plupart des patients avaient moins de 30 ans, près d’un sur trois était schizophrène. À l’instar d’une Japonaise de 39 ans, qui s’était rendue à Paris après avoir vu une affiche touristique dans le métro de Tokyo avec pour slogan «La France vous attend», persuadée que cette injonction lui était personnellement destinée.

L’étude pointe les obstacles auxquels sont confrontés les Japonais qui viennent s’installer à Paris, au-delà de la déception liée à la ville, telles que la barrière de la langue et les différences de comportements en société. «Ces difficultés, qui peuvent créer très vite une incapacité de communication ou être sources d’erreurs grossières, entraînent sentiment d’étrangeté, angoisse, isolement», notent les chercheurs.

Le suivi du patient par un psychiatre de langue japonaise et une médication adaptée aux troubles permettent de calmer la crise. La plupart des patients n’étant pas en état de rentrer seuls au Japon, ils sont généralement accompagnés par un proche dépêché à Paris ou bien rapatriés. Contactée à ce sujet, l’ambassade du Japon à Paris indique ne pas avoir «procédé à des rapatriements de ressortissants japonais touchés par ce type de syndrome» en 2011, contrairement à ce qu’affirmait récemment le magazine américain The Atlantic, sans citer ses sources.

«Ça n’existe pas»

Le syndrome de Paris continue d’être le sujet de nombreux reportages dans les journaux du monde entier, mais il est largement remis en cause par la communauté psychiatrique française. «Ça n’existe pas», laisse choir avec une pointe de lassitude dans la voix Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, pour qui «il ne faut pas confondre un état d’angoisse passager qui peut survenir chez quelqu’un qui est en voyage et n’arrive pas à s’adapter et un état délirant entraînant des troubles du comportement sur la voie publique».

Sur la cinquantaine de «voyageurs pathologiques» qui sont hospitalisés chaque année à l’Hôtel-Dieu, à deux pas des principaux sites touristiques, la majorité ne sont d’ailleurs pas des Japonais mais des provinciaux, fait remarquer Youcef Mahmoudia:

«Il y a aussi des Italiens, des Belges, des Allemands… Seuls 3 à 5 % sont des Japonais.»

Ce phénomène ne semble en tout cas pas décourager les Japonais: 700.000 d’entre eux se sont rendus en France en 2010 et la plupart sont bien informés de la réalité parisienne avant le départ, et munis de plans de Paris mentionnant les quartiers dans lesquels Amélie Poulain n’irait jamais se perdre.

Voir de plus:

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 2/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Deuxième étape de notre cartographie de ce phénomène en Inde.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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L’évocation de l’Inde fait jaillir une ribambelle de clichés hauts en couleur mêlant le merveilleux à l’affreux, des temples somptueux du Rajasthan aux bûchers de Bénarès, des énigmatiques sadous drapés d’orange aux lépreux endormis sur les trottoirs de Bombay. Dans l’imagerie occidentale, l’Inde est aussi associée aux hippies qui s’y installèrent à partir des années 1960, ce qui fait d’elle le décor idéal du voyage initiatique qu’entreprennent chaque année des milliers de jeunes à travers le monde.

Le psychiatre Régis Airault la compare au monde enchanté d’Alice au pays des merveilles ou de Peter Pan dans l’imaginaire des jeunes. Ils ont la vingtaine et c’est souvent leur premier grand trip. Et leur premier choc, à en voir les témoignages qui abondent sur les forums de voyage, évoquant «des regards intenses voire un peu effrayants», «une sensation d’insécurité permanente due à un manque de repères» ou encore «un mal-être devant la misère et le harcèlement perpétuel»…

Confrontés à la spiritualité qui imprègne le quotidien, à la foule et à la misère, de nombreux touristes sont victimes d’un choc culturel: ils sont angoissés, certains vont jusqu’à ne plus quitter leur chambre d’hôtel. L’écrivain anglais William Sutcliffe décrit ce choc d’une façon hilarante dans le roman Vacances indiennes, carnet d’anti-voyage initiatique d’un étudiant cynique, coincé en Inde en compagnie de backpackers en mal de spiritualité.

«Le syndrome peut toucher tout le monde»

Certains voyageurs seraient eux victimes du «syndrome indien», décrit par le psychiatre Régis Airault comme une «bouffée délirante avec des mécanismes interprétatifs, hallucinatoires, à thématique persécutive, mystique, qui apparaît après un séjour de quelques semaines». Les principales personnes concernées seraient des jeunes d’une vingtaine d’années.

Les histoires de touristes persuadés d’entendre la voix de Kali ou Shiva et qui jettent leurs billets dans la rue en faisant vœu de pauvreté sont légion dans les ambassades en Inde. Lorsqu’il travaillait au consulat de France à Bombay dans les années 1980, Airault a rencontré de nombreux illuminés du bord des routes de l’Inde et procédé à plusieurs rapatriements. Une expérience surprenante qu’il raconte dans un livre passionnant, Fous de l’Inde.

Comme la psychiatre italienne Graziella Magherini lorsqu’elle décrit le syndrome de Stendhal, il fait l’hypothèse que le voyage n’est pas pathologique mais pathogène, c’est-à-dire que le syndrome indien frappe des personnes qui n’ont pas d’antécédents psychiatriques. L’Inde rendrait donc fou. Une position contestée par de nombreux psychiatres qui considèrent que les pétages de plombs fréquemment observés chez les touristes circulant en Inde sont à imputer à des pathologies préexistantes ou à une fragilité psychologique favorable à l’éclosion d’un délire, ou encore, dans bien des cas, à la prise de drogues, comme à Goa ou Manali.

«Le syndrome indien peut toucher tout le monde, j’ai vu des gens qui ne prenaient pas de drogue et qui étaient délirants, qui avaient essayé de partir à la nage pour rentrer chez leurs parents», affirme Airault, qui a constaté que les troubles disparaissaient subitement dès que les gens étaient rentrés chez eux, dans leur culture d’origine. «Heureusement que les proches les avaient entendu hurler au téléphone, sinon on aurait pu croire que je me faisais payer un voyage aux frais de la princesse!»

«Des lieux où il est plus facile de « vaciller »»

Le psychiatre va plus loin en émettant l’hypothèse que «chaque culture semble désigner à ses membres des lieux où il est plus facile de « vaciller ». Pour les Occidentaux, c’est l’axe oriental, avec le grand tour en Italie, Jérusalem, les îles et enfin le syndrome indien, sur les traces de Marco Polo. Ce sera la France pour les Japonais, les pays du Nord pour d’autres ou les lieux chargés de mysticisme… »

Amoureuse de l’Inde, Claire Kaczynski, artiste, considère qu’elle n’est plus la même depuis son premier séjour là-bas, en 2007. Elle avait 26 ans:

«Je n’avais plus aucun repères, tout ce que je regardais était différent, les odeurs et les goûts aussi. Je n’étais jamais seule, il se passait toujours quelque chose autour de moi. L’absence d’hygiène m’a aussi rendu dingue car je n’arrivais plus à aller aux toilettes. J’étais saoulée, hypnotisée, je ne me rendais plus compte de la réalité, je me laissais aller».

De cette expérience traumatisante, elle a ramené un livre, Journal d’une parisienne à Jaïpur, qu’elle a commencé à écrire après que sa compagnie d’assurance a refusé de la rapatrier en France. Elle était alors effrayée par l’idée de devoir rester encore plusieurs semaines en Inde, jusqu’à la date de retour inscrite sur son billet:

«J’étais au bout du rouleau… Je pensais que j’allais mourir, alors j’ai écrit un journal au cas où ma famille retrouverait mon corps…»

Étrangement, comme Claire, qui est repartie en Inde six mois à peine après son retour en France, la plupart des voyageurs soumis à «l’épreuve de l’Inde» dont parle Airault n’ont qu’une idée en tête une fois rentrés chez eux: y retourner. Bien que leur voyage ait tourné au cauchemar, l’Inde ne semble pas à leurs yeux avoir perdu de sa force d’attraction.

Voir encore:

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 5/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Cinquième et dernière étape de notre cartographie de ce phénomène avec les crises observées sous les tropiques.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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L‘île telle qu’on la voit représentée sur les dépliants touristiques, avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, est un mythe à elle seule. Dans l’imaginaire de ceux qui vivent sur un continent, elle est la destination de rêve par excellence, le symbole absolu du dépaysement. Ce «fantasme occidental» dont parle le psychiatre Régis Airault, qui a lui-même vécu plusieurs années sur une île, à Mayotte, convoque une imagerie assez naïve et désuète.

Dans une étude consacrée aux voyages pathologiques à Tahiti, co-écrite en 1993 par des psychiatres du Centre hospitalier de Polynésie française, trois mythes «qui sous-tendent les velléités des voyageurs en partance pour la Polynésie» ont été dégagés. Le mythe du Robinson, tout d’abord, concerne les «exilés volontaires à la recherche de l’île déserte, où ils pourront se retrouver et mesurer l’essentiel de leur être dans un grand face-à-face avec une nature vierge et rebelle».

Le mythe du bout du monde fait lui appel aux «lieux mystérieux et lointains, en général difficiles d’accès, qui apparaissent en communication par des canaux, plus ou moins mystérieux, avec les forces vives du cosmos, où se situent les restes de civilisations disparues, civilisations « mères » détentrices du grand secret». Les auteurs citent l’île de Pâques ou celle de Rapa en exemple.

Enfin, le mythe de la Nouvelle Cythère, «le plus connu et le plus galvaudé», notent les auteurs, s’inscrit lui dans la pensée rousseauiste: «C’est le mythe de « l’île de Félicité, où règne la volupté », chère à la pensée du XVIIIème siècle; celui du bon sauvage sans vice parce qu’innocent, et encore à l' »état de nature »: l’enfance de l’humanité.»

Distance kilométrique

Les auteurs donnent l’exemple d’un Belge en proie à un état délirant qui s’était rendu sur l’île de Rapa pour «redresser l’axe de la Terre» et «conduire le peuple d’Israël sur le continent Antarctique», puis d’un jeune métropolitain sans antécédents psychiatriques qui était venu à Tahiti pour y refaire sa vie, et qui, face à une «désillusion totale», avait sombré dans la dépression et fait une tentative de suicide. «Il s’agit d’un voyage non pathologique chez un sujet ayant développé par la suite une pathologie […] suite à la confrontation avec la réalité des antipodes», estime l’étude.

Pour autant, aucun terme spécifique n’a été établi à ce jour pour désigner les voyageurs en proie à un état délirant lors d’un séjour sur une île tropicale. Régis Airault parle ainsi à la fois de «syndrome des îles ou insulaire, d’Hawaï, de Tahiti, de la Réunion et de Mayotte».

Au Centre hospitalier de Polynésie française, «environ quatre ou cinq voyageurs ont été admis ces dernières années», estime Michel Mardina, infirmier psychiatrique. Tous avaient un profil semblable: des jeunes métropolitains âgés de 18 à 35 ans, présentant des troubles psychiatriques, instables sur le plan affectif et souvent sans emploi. «Il s’agit de gens qui sont en errance, qui débarquent avec un sac à dos et sont souvent en rupture de traitement», note l’infirmier. «Ils viennent sur un nom qui fait rêver, sur un mythe. Ils se disent: « Pourquoi pas essayer de recommencer ailleurs? » Ils espèrent mettre une aussi grande distance entre eux et leurs problèmes que la distance kilométrique qu’il y a entre la métropole et Tahiti.»

Absence d’échappatoire

Des rêves de vie facile et d’abondance plein la tête, ces jeunes routards sont vite confrontés à la réalité à leur arrivée: un marché de l’emploi saturé et un coût de la vie très élevé. «La pathologie refait alors surface parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchaient. Ils décompensent et arrivent à l’hôpital en état de crise, sur un mode qui ressemble à une bouffée délirante», poursuit l’infirmier.

Déprime et sentiment de solitude attendraient aussi souvent au tournant les métropolitains sans antécédents psychiatriques qui plaquent tout pour aller vivre au soleil, dans les Dom-Tom. «Si l’on devait identifier un syndrome insulaire, ce serait plutôt un syndrome dépressif réactionnel à l’isolement, le sentiment d’absence d’échappatoire, d’étouffement communautaire, d’impossibilité de communiquer», estime à Tahiti le psychiatre Stéphane Amadeo, co-auteur de l’étude précitée. Les forums de métropolitains expatriés sous les tropiques évoquent souvent ce spleen, et il existe même un guide pratique destiné à ceux qui partent s’installer aux Antilles. Là encore, la carte postale s’avère trompeuse.

«Des pétages de plombs, on en a partout»

Au terme de ce voyage dans les folies touristiques, de l’Italie à l’Inde en passant par la France et Israël, une question demeure: sommes-nous donc prédisposés à décompenser dans certains endroits plus qu’ailleurs? Dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité ou tout simplement idéalisés quand on les contemple de loin, depuis chez soi? La communauté psychiatrique est divisée à ce sujet et peu de travaux actuels tentent de l’aborder d’un point de vue global.

La classification de «syndrome du voyageur» n’est d’ailleurs pas utilisée aujourd’hui chez les assureurs. Catherine Port-Arondelle, directrice médicale adjointe chez Mondial Assistance, utilise les termes d’«épisodes délirants» pour désigner les voyageurs qui sont rapatriés après avoir craqué lors d’un séjour à l’étranger:

«C’est très difficile de poser l’étiquette de « syndrome du voyageur », on ne le reconnaît pas de façon formelle. Des pétages de plombs, on en a partout, dans le monde entier. On en a eu dernièrement en Chine, au Maroc et en Turquie. Il y a des gens qui, dans un contexte hors habitudes, peuvent déclencher un épisode délirant.»

L’utilisation du terme de syndrome est considérée comme abusive par de nombreux psychiatres, et son rattachement à des lieux spécifiques fait craindre une surenchère de son emploi. Comme le dit avec humour Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu:

«Au rythme où l’on va, toutes les capitales auront bientôt leur syndrome. Pourquoi pas le syndrome de Ouagadougou?»

Voir par ailleurs:

American tourists suffered same strange symptoms as diplomats after visiting Cuba

NY Post

January 30, 2018

The State Department did not say whether the U.S. citizens reported hearing strange noises — as some of the 24 diplomats did — nor whether they stayed at the Nacional or Capri hotels. The State Department also did not clarify whether U.S. doctors and investigators have determined that these travelers had suffered the same kind of attacks as the diplomats.

“We are not in a position to medically evaluate or provide individual medical advice,” the spokesperson said. “However, we encourage private U.S. citizens who have traveled to Cuba and are concerned about their symptoms to seek medical attention.”

The State Department representative said they still don’t have “definitive answers” about these attacks and that the investigation continues. U.S. officials, however, have addressed the issue at several bilateral meetings held in Washington this month with members of the Cuban government.

“We take advantage of every opportunity to remind the Cuban government of its obligations under the Vienna Convention to take all appropriate steps to protect our diplomats,” she said.

The Cuban government, which has emphatically denied any responsibility and called the attacks “science fiction,” is trying to counteract the travel alert with a message of its own. In an event titled CubaMediaDay on Monday in Havana, representatives of U.S. travel agencies reiterated to the i

Almost two dozen Americans who traveled to Cuba have reported experiencing similar symptoms to those suffered by US diplomats serving at the American Embassy.

“Since September 29, the Department of State has been contacted by 19 US citizens who reported experiencing symptoms similar to those listed in the Travel Warning after visiting Cuba,” a spokesperson for the State Department’s Bureau of Western Hemisphere Affairs told the Miami Herald via email.

At least 24 US Embassy officials in Cuba had reported hearing loud, grating noises before experiencing ear issues, hearing loss, dizziness, headache, fatigue, cognitive issues and difficulty sleeping.

Doctors reportedly discovered the diplomats suffered from brain abnormalities, as the white matter in their brains had “developed changes.”

The US has stood by their allegations that Cuba in some way deliberately attacked the American officials — which Cuba has adamantly denied — and earlier this month raised the possibility that a virus was deployed intentionally to infect workers.

Voir aussi:

19 American travelers to Cuba report symptoms similar to those suffered by diplomats

The Miami Herald

January 29, 2018

Recording sheds light on Cuba sonic attacks targeting US workers

The Associated Press has obtained a recording of what some U.S. embassy workers heard in Havana as they were attacked by what investigators initially believed was a sonic weapon.

AP

Voir enfin:

 Michael Weissenstein

AP News

Jan. 06, 2018

HAVANA (AP) — Republican Sen. Jeff Flake says the U.S. has found no evidence that American diplomats in Havana were the victims of attacks with an unknown weapon.

Flake, a Senae Foreign Relations Committee member and a longtime leading advocate of detente with Cuba, met Friday with high-ranking Cuban officials including Foreign Minister Bruno Rodriguez and officials from the Interior Ministry, which oversees domestic security and works with foreign law-enforcement agencies.

The Cubans told Flake the FBI has told them that, after four trips to Cuba, its agents have found no evidence that mysterious illnesses suffered by U.S. diplomats were the result of attacks.

Flake told The Associated Press on Saturday morning that classified briefings from U.S. officials have left him with no reason to doubt the Cuban account, although he declined to discuss the contents of those briefings.

Cuban and FBI officials did not immediately respond to requests for comment on Saturday.

Washington says 24 U.S. government officials and spouses fell ill in Havana in their homes and some hotels starting in 2016.

Secretary of State Rex Tillerson has said he’s “convinced these were targeted attacks,” but the U.S. doesn’t know who’s behind them. The U.S. has withdrawn most of its diplomats from Havana, citing a health risk, and forced many Cuban diplomats to leave Washington.

Cuba has decried the reductions as an unjustified blow to U.S.-Cuban relations that were restored under President Barack Obama.

“The Cuban Interior Ministry is saying the FBI has told them there is no evidence of a sonic attack, even though that term is being used, attack, there is no evidence of it,” Flake told the AP. “There’s no evidence that somebody purposefully tried to harm somebody. Nobody is saying that these people didn’t experience some event, but there’s no evidence that that was a deliberate attack by somebody, either the Cubans or anybody else.

“As I said, I won’t talk about what I have seen in a classified setting, but nothing is inconsistent with what the Cubans have said, and I think the FBI would say that.”

Flake, one of President Donald Trump’s toughest Republican critics, announced last year that he would not seek re-election as Senator from Arizona. He has not ruled out running against Trump in 2020.

Several of the 24 U.S. diplomats and spouses reported hearing loud, mysterious sounds followed by hearing loss and ear-ringing, leading some U.S. officials to describe the incidents as “sonic attacks.” But officials are now carefully avoiding that m.

Medical testing has revealed that some embassy workers had apparent abnormalities in their white matter tracts that let different parts of the brain communicate, several U.S. officials said, and acoustic waves have never been shown to alter those tracts

Cuba’s defenders have argued the US can’t be certain anyone was harmed intentionally because no proof has been publicly presented.

It was earlier reported that officials believed the Americans were the victims of “sonic attacks,” but an FBI report, revealed by The Associated Press, said the US has found no evidence that sonic waves were used to harm Americans in Havana.

The State Department’s latest Cuba travel advisory is at a “level 3,” which advises US citizens to avoid traveling to the Caribbean nation “due to serious risks to safety and security.”

The Associated Press contributed to this report.


Antichristianisme: Ce qui reste de l’antisémitisme quand on a tout oublié (Will anti-christianism replace antisemitism as the new socialism of fools ?)

4 décembre, 2017

Fantastic Ruins with Saint Augustine and the Child (Francois de Nome aka Monsù Desiderio, 1623, The National Gallery, London)

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Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Les athées ne commettent pas d’abominations au nom de l’athéisme. Richard Dawkins
Finally, there is the matter of atheism itself, Dawkins finds it incapable of belligerent intent — « why would anyone go to war for the sake of an absence of belief? » It is a peculiarity of our language that by war we generally mean a conflict between nations, or at least one in which both sides are armed. There has been persistent violence against religion — In the French Revolution, in the Spanish Civil War, in the Soviet Union, in China. In three of these instances the extirpation of religion was part of a program to reshape society by excluding certain forms of thought, by creating an absence of belief. Neither sanity nor happiness appears to have been served by these efforts. The kindest conclusion one can draw is that Dawkins has not acquainted himself with the history of modern authoritarianism. Marilynne Robinson
L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles. Ferdinand Kronawetter  (attribué à August Bebel)
Le christianisme est une religion d’historiens. D’autres systèmes religieux ont pu fonder leurs croyances et leurs rites sur une mythologie à peu près extérieure au temps humain; pour livres sacrés, les chrétiens ont des livres d’histoire, et leurs liturgies commémorent, avec les épisodes de la vie terrestre d’un Dieu, les fastes de l’Eglise et des saints. Marc Bloch
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La vraie intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed. Martin Hirsch
Le moyen le plus rapide de rendre l’Église d’Angleterre plus accueillante est de prier pour que le prince George soit béni un jour avec l’amour d’un beau jeune homme. Les chrétiens devraient prier pour que le prince George soit homosexuel afin de forcer l’Église d’Angleterre à soutenir le mariage entre personnes de même sexe. Un mariage royal pourrait régler les choses remarquablement facilement, bien que nous puissions devoir attendre 25 ans pour que cela se produise. Qui sait cela pourrait arriver plus tôt que par le succès par d’autres moyens? Rev. Kelvin Holdsworth
Raconte l’histoire de France. Comment sais-tu tout ça ? Si tu avais à résumer, en une phrase, une expression ou un mot l’histoire de France, qu’écrirais-tu personnellement ? Enquête Presses universitaires de Lyon
Particulièrement depuis les années 1970 et jusqu’à récemment en France, les instructions officielles, les manuels scolaires, les formations d’enseignants ont mis le récit à distance. (…) En dehors de la classe, en revanche, les élèves ont accès à un grand nombre de récits historiques de formes et de contenus variés, transmis dans le milieu familial, par la télévision, le cinéma, la littérature, des jeux vidéo, Internet, etc. Par ailleurs, le récit est redevenu central pour les historiens et pour ceux qui se préoccupent de l’apprentissage. Ricœur a, en 1983, a souligné la dimension narrative des textes historiques et la place structurante de l’intrigue qui l’organise. La narratologie contemporaine a, de son côté, montré comment le récit est une stratégie de communication. Tandis que pour Jérôme Bruner, le récit est le moyen de donner forme à l’expérience, de comprendre le monde, de se l’approprier, de s’y projeter entre passé et devenir, à partir du monde présent. Il en conclut que le récit a à voir avec la culture car l’imitation dont il témoigne inscrit l’homme dans une culture. (…) Après avoir constitué une équipe de recherche internationale pluridisciplinaire (histoire, sociologie, narratologie, didactique), le recueil de récits de l’histoire nationale a été fait en 2011-2012 (…) Pour la France, le traitement quantitatif et qualitatif des 5823 récits recueillis a fait ressortir plusieurs thèmes. (…) Les thèmes finalement retenus ont été les personnages, le politique, les guerres, la religion, le territoire ainsi que l’origine, déclarée par les élèves, de leurs connaissances. (…) les jeunes, scolarisés en France, interrogés ont exprimé leur fierté de l’histoire nationale et une vision à la fois humaniste et optimiste de l’histoire de leur pays dans laquelle les guerres jouent un rôle décisif et le politique structure le sens de l’histoire tandis que le panthéon, marqué par certaines permanences, connaît aussi des évolutions et une mobilisation des personnages historiques de façon plus iconique que comme des acteurs aux actes bien identifiés. Par exemple, les élèves évoquant l’origine de l’histoire de France (tous ne le font pas), l’associent majoritairement aux Gaulois et à la Gaule (plus de 1700 récits) (…) Mais nombreux sont aussi ceux qui lui attribuent une autre origine (la Révolution française, la Première Guerre mondiale, par exemple) (…) La religion a par ailleurs une place limitée dans des récits très sécularisés montrant une méfiance à l’égard de la dimension temporelle du religieux. Enfin, contrairement à une de nos hypothèses, le territoire joue un rôle minime face à un récit très nationalisé. L’école, ses dispositifs et objets restent leur première source de savoir, d’après les élèves, mais la famille et certaines pratiques sociales jouent également un rôle. En revanche, Internet est peu identifié comme source de savoir historique. Françoise Lantheaume
On verra que, globalement, les élèves considèrent la religion comme un phénomène négatif. L’islam et le judaïsme sont beaucoup moins présents que le christianisme. Sébastien Urbanski
Michel Onfray se rend-il compte que presque tout ce qu’il dit ne provient d’aucune source, d’aucune archive, mais de mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au XIXe siècle par l’historiographie catholique et royaliste ? (…) La récupération de ce patrimoine et des arguments de l’extrême droite est malhonnête car, comme auteur, Onfray exerce une certaine responsabilité : en l’absence de notes de bas de page et d’une bibliographie sérieuse, il ne donne jamais à ses lecteurs les moyens de vérifier ses affirmations. (…) Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public et qu’elles passent inaperçues dans la critique, ces révisions de l’Histoire et ces dérives idéologiques participent d’un lent travail de sape contre les valeurs démocratiques. Sans conduire à dénigrer l’ensemble des initiatives d’Onfray, elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté. On ne peut être spécialiste de tout. Michel Onfray ferait bien d’en tirer quelques enseignements. Guillaume Mazeau
Un temps, avec les “cafés philo”, on a cru que la philosophie envahissait les bistrots. Ce Traité d’athéologie remet les pendules à l’heure : c’est bien le café du commerce qui a investi la philosophie. Laurent Dandrieu
La méthodologie s’appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d’un événement. Cela lui a permis d’affirmer des choses extravagantes : qu’Emmanuel Kant était le précurseur d’Adolf Eichmann – parce que celui-ci se disait kantien (…) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam) étaient des entreprises génocidaires, que l’évangéliste Jean préfigurait Hitler et Jésus Hiroshima, et enfin que les musulmans étaient des fascistes (…). Fondateurs d’un monothéisme axé sur la pulsion de mort, les juifs seraient donc les premiers responsables de tous les malheurs de l’Occident. A cette entreprise mortifère, M. Onfray oppose une religion hédoniste, solaire et païenne, habitée par la pulsion de vie. (…) il retourne l’accusation de « science juive » prononcée par les nazis contre la psychanalyse pour faire de celle-ci une science raciste : puisque les nazis ont mené à son terme l’accomplissement de la pulsion de mort théorisée par Freud, affirme-t-il, cela signifie que celui-ci serait un admirateur de tous les dictateurs fascistes et racistes. Mais Freud aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père un moment originel des sociétés humaines, il aurait assassiné le grand prophète de la Loi et serait donc, par anticipation, le complice de l’extermination de son peuple. (…) Bien qu’il se réclame de la tradition freudo-marxiste, Michel Onfray se livre en réalité à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française. (…) On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. Elisabeth Roudinesco
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques: haine de la raison et de l’intelligence, haine de la liberté, haine de tous les livres au nom d’un seul, haine de la vie… Michel Onfray
Hitler, disciple de saint Jean ! Michel Onfray
Gott mit uns procède des Écritures, notamment du Deutéronome, l’un des livres de la Torah. Michel Onfray
L’enseignement du fait religieux réintroduit le loup dans la bergerie : ce que les prêtres ne peuvent plus commettre ouvertement ils pourraient désormais le faire en douce, en enseignant les fables de l’Ancien et du Nouveau Testament, celles du Coran, et des Hadiths sous prétexte de permettre aux scolaires d’accéder plus facilement à Marc Chagall, à la Divine Comédie, à la Chapelle Sixtine ou à la musique de Ziryab. Michel Onfray
Enseigner le fait athée supposerait une archéologie du sentiment religieux : la peur, l’incapacité à regarder la mort en face, l’impossible conscience de l’incomplétude et de la finitude chez les hommes, le rôle majeur et moteur de l’angoisse existentielle. La religion, cette création de fiction, appellerait un démontage en bonne et due forme de ces placebos ontologiques – comme en philosophie on aborde la sorcellerie et la folie pour produire une définition de la raison. Michel Onfray
Trois millénaires témoignent, des premiers textes de l’Ancien Testament à aujourd’hui : l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux, a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix. Michel Onfray
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d’un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l’obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l’épouse et la mère, l’âme et l’esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré. (…) Les monothéismes n’aiment pas l’intelligence, les livres, le savoir, la science. À cela, ils ajoutent une forte détestation pour la matière et le réel, donc toute forme d’immanence. Michel Onfray
Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l’autre : l’Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l’humiliation, l’exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d’Amérique du Sud; etc… Des millions de morts pour l’amour du prochain. Michel Onfray
A l’heure où se profile un ultime combat – déjà perdu… – pour défendre les valeurs des Lumières contre les propositions magiques, il faut promouvoir une laïcité post-chrétienne, à savoir athée, militante et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidental et l’islam qui le combat. Ni la Bible, ni le Coran. Aux rabbins, aux prêtres, aux imams, ayatollahs et autres mollahs, je persiste à préférer le philosophe. A toutes ces théologies abracadabrantesques, je préfère en appeler aux pensées alternatives à l’historiographie philosophique dominante : les rieurs, les matérialistes, les radicaux, les cyniques, les hédonistes, les athées, les sensualistes, les voluptueux. Ceux-là savent qu’il n’existe qu’un monde et que toute promotion d’un arrière- monde nous fait perdre l’usage et le bénéfice du seul qui soit. Péché réellement mortel. Michel Onfray
On connaît les rapports entretenus par le Vatican avec le national-socialisme […] On connaît moins bien la défense faite par Adolf Hitler de Jésus, du Christ, du christianisme, de l’Église… La lecture de Mon combat suffit pour constater de visu la fascination du Führer pour le Jésus chassant les marchands du Temple et pour l’Église capable d’avoir construit une civilisation européenne, voire planétaire. Michel Onfray
La civilisation judéo-chrétienne se construit sur une fiction: celle d’un Jésus n’ayant jamais eu d’autre existence qu’allégorique, métaphorique, symbolique, mythologique. Il n’existe de ce personnage aucune preuve tangible en son temps. Michel Onfray
Il fallut, pour cette transmutation du concept de Jésus en or religieux, l’action d’un homme qui eut un corps véritable, lui, mais un corps défaillant. J’ai nommé Paul de Tarse. Paul fit de Jésus le doux un Christ à l’épée. Et le tranchant de cette épée ruisselle de sang pendant plus de mille ans. Michel Onfray
L’Etat chrétien, totalitaire (…) est également terroriste. Michel Onfray
Comme Mussolini, Hitler entend faire de l’Eglise catholique un partenaire pour ce projet antisémite. Elle ne dira pas non. Pie XII dira même plutôt oui. Michel Onfray
(Vatican II) est un camouflet pour Pie XII, certes, mais aussi, et surtout, pour plus d’un millénaire d’Eglise catholique, apostolique et romaine. Car, depuis l’empereur Constantin, elle a justifié: l’usage du glaive contre l’adversaire; le recours aux autodafés des livres non chrétiens; les pogroms antisémites (…). Ce concile était une bombe. Michel Onfray
Tout est fait pour que l’on ne soit pas adulte. Quand je vois ces grands adultes sur des trottinettes en train d’écouter des trucs avec des écouteurs et avec des tatouages partout, cela me déplaît. Plus personne n’est adulte aujourd’hui. (…) Quand on a des enfants aujourd’hui, on ne cherche plus à les cultiver, mais à les amuser. (…) les enfants sont faits pour devenir des adultes et les adultes ne sont pas faits pour rester des enfants. Michel Onfray
« Jésus, reviens ! » Étonnant trait d’ironie au cœur de Décadence. L’apostrophe tranche radicalement avec la ligne générale de Michel Onfray : d’abord parce que, selon lui, Jésus n’a pas existé. La naissance même du Christ est une fiction complète, le délire d’une secte qui haïssait tellement la sexualité qu’elle s’est imaginé pour Dieu un enfant né sans union. Cette affirmation catégorique, que l’auteur n’accepte de suspendre de façon hypothétique qu’une seule fois dans la suite du livre, est le point de départ qui ouvre sa démonstration : 600 pages d’une histoire dense, énergique, serrée… Le Point
Depuis plusieurs décennies, Michel Onfray, professeur de lycée reconverti en philosophe de salon, enchaîne les livres, les conférences et les plateaux télé avec un talent médiatique digne de tous les éloges : la voix onctueuse et le style fluide ont le don de réconcilier le grand public avec la philosophie ou du moins ce qu’il en dit. Au contraire des philosophes ordinaires, qui posent des questions, lui choisit d’asséner des certitudes. Dès 2005, il s’est attiré un réel succès avec son Traité d’athéologie (Grasset), dans lequel il répète à l’envi que tous les maux de la Terre viennent des monothéismes. Que lui-même cherche son épanouissement dans un athéisme éclairé, quoi de plus légitime ? Mais a-t-il pour autant besoin de noircir les opinions contraires ? Sa démarche est d’autant plus contestable qu’elle travestit l’Histoire de la façon la plus fantaisiste qui soit. Exalter dans ledit Traité d’athéologie les bienfaits de l’athéisme institutionnel sans dire un seul mot de ses grands zélateurs que furent Lénine, Staline, Mao, Pol Pot ou encore les radicaux mexicains relève d’un étrange oubli sélectif. Et qualifier les croisades d’il y a neuf siècles de « crime contre l’humanité » constitue un anachronisme de la pire espèce… Dans un nouvel essai, Décadence (Flammarion, 2017), l’auteur renouvelle ses assertions et même imagine d’hypothétiques compromissions entre Hitler et le pape Pie XII. Hérodote
La Torah contient une malédiction portée contre les pendus (Dt 21, 23 …); or la crucifixion était alors assimilée à une pendaison. Il est donc impensable que des Juifs aient pu forger le mythe d’un Messie « pendu » au bois de la croix, quand l’attente était celle d’un Messie royal ou sacerdotal. C’eut été pousser le défi un peu loin. Bernard Pouderon
Ce qu’il y a de plus contestable, méthodologiquement, c’est que la narration adopte un découpage chronologique mais que les chapitres sont de véritables fourre-tout, bourrés d’anachronismes au hasard d’associations d’idées. On s’étonne de voir la figure du Juif errant invoquée à l’appui de la thèse d’un antisémitisme daté de 130 et rapproché d’une malédiction de Jésus sur son Chemin de croix, sortie d’une « source évangélique » qu’on ne connait pas et qui n’est pas citée. Maie-Françoise Balez
La phrase (…) résonne comme en écho avec les fureurs actuelles: hier l’Eglise et la foi chrétienne, aujourd’hui les poseurs de bombes. Or, s’il es indéniable que l’Eglise médiévale était une contruction idéologique toale, englobante, objet de croyance en elle-même, et que la violence des châtiments terrestres était conçue comme exemplaire, les sicècles de pastorale n’ont pas reposé uniquement sur la crainte. La seule lecture de quelques rares textes (principalement le Directoire des inquisiteurs d’Eymeric et le Marteau des sorcières) sans consultation d’autres sources ni de travaux d’historiens, mène à une accumulation d’erreurs: ainsi loin d’être une « justice de classeé » (p. 254) la justice inquisitoriale n’épargna pas les élites et la chasse aux sorcières ne se limita pas à la persécution des guérisseuses ou des femmes insoumises: la répression de de la d »éviance fut autant politique tout autant que religieuse, et les pouvoirs laïques y jouèrent un rôle majeur en usant der la force de l’aveu – mais de cela, Michel Onfray passe totalement à côté. Ludocvic Viallet
Les choses se gâtent lorsqu’Onfray commence à parler du fascisme. Il en fait, contre toute évidence historique, une version contre-révolutionnaire du bolchevisme, en fait inspirée du christianisme. Pour sauver le matérialisme athée malgré le goulag, il faut expliquer que l’anti-goulag s’est appuyé sur toute une histoire césaro-papiste, dans la lignée de Constantin. Les chrétiens ont dénoncé le racisme nazi bien avant la gauche, dans les années 1930, mais Onfray ne veut rien en savoir ; les chrétiens ont été décisifs dans la construction de réseaux de sauvetage de Juifs sur tout le territoire national (voir les travaux de Limore Yagil) mais notre prof expulse ce fait de sa construction intellectuelle. (…) Peu importent les faits pour Onfray. On connaît de mieux en mieux l’immense effort de sauvetage de Juifs persécutés par Pie XII ; il préfère affirmer que Pacelli n’a rien fait. On prend de plus en plus la mesure de l’antichristianisme hitlérien, fanatique, viscéral, qui devait rester dissimulé tant que la guerre n’était pas finie. Or Onfray tombe dans le panneau de la propagande hitlérienne ; il prétend faire de Hitler un catholique, un peu anticlérical mais héritier de Constantin, des croisades et de la doctrine de la « guerre juste ». C’est sans doute au nom de saint Augustin et de saint Thomas que Hitler voulait tuer tous les handicapés et les personnes atteintes de maladie mentale ? Que des milliers de prêtres et des centaines de milliers de chrétiens européens, à commencer par les Polonais, ont été persécutés, déportés, exterminés ? Que le commandement « Tu ne tueras pas » devait être éradiqué de la conscience occidentale, d’abord en tuant tous les Juifs puis en lançant l’arrestation du pape et une persécution généralisée de l’Église catholique ? Edouard Husson
Michel Onfray conteste l’existence historique de Jésus, une thèse qui a fait parler d’elle au XIXe siècle et au début du XXe, mais qui n’est plus soutenue par aucun historien. Le Jésus de Michel Onfray est tellement fantasmé – vu à travers des écrits apocryphes, des œuvres d’art très postérieures à l’époque de sa prédication… – qu’on a l’impression que tout a été retenu sauf, précisément, ce qui permet d’avoir des informations exploitables du point de vue de l’historien. C’est très curieux : cela consiste à prendre les sources les moins fiables ou ce qui n’a même pas le statut de source pour dire : « Voilà, il y a toute cette élaboration fictive autour de Jésus, donc Jésus n’existe pas. » Or des sources fiables existent bien, même si elles doivent être interprétées selon des méthodes scientifiques éprouvées. Par ailleurs, on peut très bien faire de l’élaboration fictive à partir d’un personnage qui a existé, c’est le cas de bien des figures historiques. Regardez Alexandre le Grand, Charlemagne… (…) Selon Onfray, le langage antisémite qui a servi aux nazis trouverait ses origines chez saint Paul. Historiquement, c’est totalement infondé. L’antijudaïsme chrétien a pu hélas ! contribuer chez certaines personnes à faire accepter l’antisémitisme nazi, mais la continuité massive que Michel Onfray affirme n’est appuyée sur aucune source. Ce n’est pas non plus de la philosophie de l’Histoire, puisqu’il n’y a aucun raisonnement digne de ce nom. On est dans le domaine de l’amalgame au service d’une propagande. Je ne me prononce pas sur la philosophie de l’Histoire d’Onfray en général, je dis simplement que sur cette affirmation précise, notamment lorsqu’il évoque Hitler comme un exemple de catholique, on passe dans le domaine de l’absurde. Le texte de Mein Kampf qu’il cite n’a strictement rien de chrétien : il témoigne d’une totale incompréhension du personnage de Jésus. Et puis, Onfray passe sous silence l’antichristianisme des nazis et l’engagement de nombreux chrétiens contre le nazisme. (…) Ces propos sont intégrés à une grande fresque épique. Décadence est le second volume de ce que Michel Onfray présente comme une « Brève encyclopédie du monde ». Le premier volume était Cosmos, le troisième devrait s’intituler Sagesse. ­Décadence est le volume dédié à la philosophie de l’Histoire. Ce livre a donc des dimensions et une construction qui peuvent donner l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage d’érudition et de réflexion. Or, en ce qui concerne le christianisme antique – et je ne me prononce que sur ce domaine qui m’est familier, en ayant lu ce livre de très près, ligne à ligne, en mettant en fiches tout ce que j’y ai trouvé sur les premiers siècles chrétiens –, on est de toute évidence dans une démarche qui ne tient absolument pas compte des faits dans leur ensemble, des nuances, des sources, de l’état actuel des connaissances… L’ouvrage est volumineux, il est porté par un certain souffle rédactionnel, avec une très grande sûreté de ton, qui frise un peu le dogmatisme. Mais en ce qui me concerne, pour ma spécialité, on en est à un taux d’erreurs et d’affirmations insoutenables que, sans exagération, j’estime à environ 80%. Dans un livre, il y a toujours des erreurs. Mais ici, le nombre d’affirmations factuellement fausses ou abusivement générales, de rapprochements incongrus atteint des proportions inédites. Même lorsque certains faits évoqués par Onfray sont avérés, la manière de les présenter est tendancieuse. Prenez le meurtre ­d’Hypatie, cette philosophe d’Alexandrie assassinée en 415 par des chrétiens déchaînés. Cet épisode est honteux. Mais le problème, c’est qu’Onfray ne dit pas : « Des chrétiens ont tué Hypatie. » Il prétend que ce sont les chrétiens qui ont commis ce meurtre atroce. À chaque fois que certains chrétiens commettent des violences, il écrit « les chrétiens »?. (…)  ce que je reproche à Michel Onfray, ce n’est pas la critique du christianisme. Ce qui me gêne, c’est que ce qui se présente chez lui comme une critique n’en est pas une, car il fait abstraction de toutes les précautions méthodologiques qui s’imposent. Chez lui, dès que les chrétiens entrent en scène, tout est négatif. Ce qui est frappant dans Décadence, c’est qu’il n’y a pas la moindre nuance, aucune circonstance atténuante, pas de bénéfice du doute. Rien. Les chrétiens ont toujours tort. Lorsqu’il y a deux hypothèses historiques sur un sujet, Onfray prend toujours celle qui est défavorable aux chrétiens sans mentionner l’existence de l’autre. En travaillant sur son texte, je me suis dit : si j’étais totalement ignorant du christianisme, en lisant ce livre, je penserais que, vraiment, les chrétiens sont des salauds et ne valent pas mieux que les nazis. Je détesterais les chrétiens. [sur] les Pères de l’Église (…) Il dresse une sorte de catalogue de noms, de questions discutées par eux, de problèmes théo­logiques, pour conclure que, au fond, les Pères de l’Église, c’est nul. Il dit « trop de noms, trop de titres ». C’est le fameux « Too many notes ! » que l’empereur Léopold lance à Mozart dans le film de Miloš Forman. Michel Onfray se permet de juger les Pères en bloc, sans, de toute évidence, les avoir étudiés sérieusement. Ce qu’il prouve en faisant cela, c’est donc d’abord son ignorance. Il parle des Pères comme d’un trou noir dans l’histoire intellectuelle de l’Occident. « Tant d’intelligence au service de tant de bêtises », écrit-il. Pour lui, les questions théologiques ne sont que des bêtises. Méthodologiquement, c’est fâcheux. Je ne considère pas, moi, en lisant Onfray, que son antichristianisme rendrait son livre inutile. Je le lis d’abord scrupuleusement, avant de porter un jugement précis et argumenté. (…) Michel Onfray, en allant chercher des auteurs peu connus, en mettant en avant des anecdotes inattendues, semble exhumer des pans de connaissance cachés ou oubliés. Le grand public peut se laisser impressionner. Les spécialistes, eux, ne sont pas dupes. Jean-Marie Salamito

Vous avez dit nouveau socialisme des imbéciles ?

Affirmations factuellement fausses, généralisations abusives, rapprochements incongrus, présentation tendancieuse de faits avérés, confusions, extrapolations et interprétations arbitraires,  amplifications dramatiques, chiffres trompeurs, déformations de la réalité historique, anachronismes, grossiers amalgames, citations d’ouvrages franchement datés, absences de notes,  …

A l’heure où, charité chrétienne oblige, le même pasteur anglican écossais qui avait fait lire le Coran en plein service de l’Epiphanie …

Appelle à présent à prier, pour faire avancer la cause homosexuelle, pour que le petit prince George d’Angleterre soit homosexuel …

Quand il y a quelques années un haut fonctionnaire français appelait, intégration oblige, les catholiques à nommer leurs enfants Mohammed …

Et qu’un cadre du parti socialiste français se voit très justement  mis à pied pour un montage antisémite d’un autre âge …

Comment ne pas voir …

L’évident parallèle, hasard du calendrier  confirmé par  leur recension conjointe dans le dernier numéro de la revue chrétienne Codex …

Entre la parution d’une enquête sur les connaissances historiques des élèves français montrant la place non seulement limitée mais la véritable défiance dans le récit national de nos jeunes pour une religion associée au passé, au pouvoir et à l’intolérance  …

Et la nouvelle déconstruction en règle que sortait au même moment notre Michel Onfray  national contre 2 000 ans d’une civilisation chrétienne …

Réduite, comme son fondateur, à une pure mythologie juste bonne à justifier la domination d’un Occident fait d’antisémitisme, de mépris du corps et d’asservissement de la raison …

Mais aussi comme le confirme l’historien Jean-Marie Salamito …

Le plus parfait exemple de ce que disait René Girard du post-christianisme actuel …

Voué dès lors qu’Auschwitz en avait irrémédiablement condamné l’expression ouverte …

A remplacer l’antisémitisme de naguère non tant par un anti-christianisme …

Que par un ultra-christianisme toujours plus caricatural ?

Idées

Jean-Marie Salamito recadre Michel Onfray

Dans Monsieur Onfray au pays des mythes, Jean-Marie Salamito, professeur d’histoire du christianisme ancien à l’université Paris-IV-Sorbonne, s’inquiète des erreurs, approximations et généralisations de l’auteur de Décadence à propos du christianisme.

Spécialiste du christianisme antique, Jean-Marie Salamito est connu pour ses travaux académiques et éditoriaux, dont récemment, avec les professeurs Bernard Pouderon et Vincent Zarini, un volume de la Pléiade sur les Premiers écrits chrétiens. En 2009, il avait déjà interrogé dans les Chevaliers de l’apocalypse (DDB) les présupposés du documentaire de Jérôme Prieur et Gérard ­Mordillat, l’Apocalypse, diffusé sur Arte. Cette fois-ci, l’universitaire entreprend de regarder de plus près ce que Michel Onfray dit du christianisme ancien dans son dernier ouvrage, Décadence (Flammarion). Apparemment, le philosophe le plus médiatisé de France n’a pas beaucoup changé sa méthode depuis son fameux Traité d’athéologie (Grasset, 2005). Entretien.

Vous écrivez dans votre livre, à propos des considérations de Michel Onfray sur le christianisme antique, qu’il « s’attaque à des moulins qu’il a lui-même bâtis ». Que voulez-vous dire ?

Cette formule m’est venue très vite à l’esprit, quand je lisais les pages où Michel Onfray conteste l’existence historique de Jésus, une thèse qui a fait parler d’elle au XIXe siècle et au début du XXe, mais qui n’est plus soutenue par aucun historien. Le Jésus de Michel Onfray est tellement fantasmé – vu à travers des écrits apocryphes, des œuvres d’art très postérieures à l’époque de sa prédication… – qu’on a l’impression que tout a été retenu sauf, précisément, ce qui permet d’avoir des informations exploitables du point de vue de l’historien. C’est très curieux : cela consiste à prendre les sources les moins fiables ou ce qui n’a même pas le statut de source pour dire : « Voilà, il y a toute cette élaboration fictive autour de Jésus, donc Jésus n’existe pas. » Or des sources fiables existent bien, même si elles doivent être interprétées selon des méthodes scientifiques éprouvées. Par ailleurs, on peut très bien faire de l’élaboration fictive à partir d’un personnage qui a existé, c’est le cas de bien des figures historiques. Regardez Alexandre le Grand, Charlemagne…

Le nombre d’affirmations factuellement fausses ou abusivement générales atteint des proportions inédites.

À propos de la manière dont Michel Onfray aborde la question de l’antisémitisme, vous dites : « Ce n’est pas de l’histoire, ce n’est pas même de la philosophie de l’Histoire, c’est de la calomnie. »

Selon Onfray, le langage antisémite qui a servi aux nazis trouverait ses origines chez saint Paul. Historiquement, c’est totalement infondé. L’antijudaïsme chrétien a pu hélas ! contribuer chez certaines personnes à faire accepter l’antisémitisme nazi, mais la continuité massive que Michel Onfray affirme n’est appuyée sur aucune source. Ce n’est pas non plus de la philosophie de l’Histoire, puisqu’il n’y a aucun raisonnement digne de ce nom. On est dans le domaine de l’amalgame au service d’une propagande. Je ne me prononce pas sur la philosophie de l’Histoire d’Onfray en général, je dis simplement que sur cette affirmation précise, notamment lorsqu’il évoque Hitler comme un exemple de catholique, on passe dans le domaine de l’absurde. Le texte de Mein Kampf qu’il cite n’a strictement rien de chrétien : il témoigne d’une totale incompréhension du personnage de Jésus. Et puis, Onfray passe sous silence l’antichristianisme des nazis et l’engagement de nombreux chrétiens contre le nazisme.

Les critiques qu’adresse Michel Onfray au christianisme peuvent sembler convenues : antisémitisme, violence, mépris du corps… Pourquoi s’en émouvoir plus que d’habitude ?

Ces propos sont intégrés à une grande fresque épique. Décadence est le second volume de ce que Michel Onfray présente comme une « Brève encyclopédie du monde ». Le premier volume était Cosmos, le troisième devrait s’intituler Sagesse. ­Décadence est le volume dédié à la philosophie de l’Histoire. Ce livre a donc des dimensions et une construction qui peuvent donner l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage d’érudition et de réflexion. Or, en ce qui concerne le christianisme antique – et je ne me prononce que sur ce domaine qui m’est familier, en ayant lu ce livre de très près, ligne à ligne, en mettant en fiches tout ce que j’y ai trouvé sur les premiers siècles chrétiens –, on est de toute évidence dans une démarche qui ne tient absolument pas compte des faits dans leur ensemble, des nuances, des sources, de l’état actuel des connaissances… L’ouvrage est volumineux, il est porté par un certain souffle rédactionnel, avec une très grande sûreté de ton, qui frise un peu le dogmatisme. Mais en ce qui me concerne, pour ma spécialité, on en est à un taux d’erreurs et d’affirmations insoutenables que, sans exagération, j’estime à environ 80%. Dans un livre, il y a toujours des erreurs. Mais ici, le nombre d’affirmations factuellement fausses ou abusivement générales, de rapprochements incongrus atteint des proportions inédites. Même lorsque certains faits évoqués par Onfray sont avérés, la manière de les présenter est tendancieuse. Prenez le meurtre ­d’Hypatie, cette philosophe d’Alexandrie assassinée en 415 par des chrétiens déchaînés. Cet épisode est honteux. Mais le problème, c’est qu’Onfray ne dit pas : « Des chrétiens ont tué Hypatie. » Il prétend que ce sont les chrétiens qui ont commis ce meurtre atroce. À chaque fois que certains chrétiens commettent des violences, il écrit « les chrétiens ».

Si j’étais totalement ignorant du christianisme, en lisant ce livre, je penserais que, vraiment, les chrétiens sont des salauds.

Vous évoquez d’ailleurs une « présomption de culpabilité à l’égard des chrétiens ». On pourrait vous objecter qu’on a bien le droit de critiquer les chrétiens et le christianisme…

Bien entendu ! Mais ce que je reproche à Michel Onfray, ce n’est pas la critique du christianisme. Ce qui me gêne, c’est que ce qui se présente chez lui comme une critique n’en est pas une, car il fait abstraction de toutes les précautions méthodologiques qui s’imposent. Chez lui, dès que les chrétiens entrent en scène, tout est négatif. Ce qui est frappant dans Décadence, c’est qu’il n’y a pas la moindre nuance, aucune circonstance atténuante, pas de bénéfice du doute. Rien. Les chrétiens ont toujours tort. Lorsqu’il y a deux hypothèses historiques sur un sujet, Onfray prend toujours celle qui est défavorable aux chrétiens sans mentionner l’existence de l’autre. En travaillant sur son texte, je me suis dit : si j’étais totalement ignorant du christianisme, en lisant ce livre, je penserais que, vraiment, les chrétiens sont des salauds et ne valent pas mieux que les nazis. Je détesterais les chrétiens.

Sur la manière dont il aborde la patristique, vous écrivez : « Il méprise ce qu’il ignore. »

Entendons-nous : je n’ai pas supposé a priori que Michel Onfray ne connaissait pas les Pères de l’Église, j’ai lu ce qu’il a écrit à leur propos. Que fait-il ? Il dresse une sorte de catalogue de noms, de questions discutées par eux, de problèmes théo­logiques, pour conclure que, au fond, les Pères de l’Église, c’est nul. Il dit « trop de noms, trop de titres ». C’est le fameux « Too many notes ! » que l’empereur Léopold lance à Mozart dans le film de Miloš Forman. Michel Onfray se permet de juger les Pères en bloc, sans, de toute évidence, les avoir étudiés sérieusement. Ce qu’il prouve en faisant cela, c’est donc d’abord son ignorance. Il parle des Pères comme d’un trou noir dans l’histoire intellectuelle de l’Occident. « Tant d’intelligence au service de tant de bêtises », écrit-il. Pour lui, les questions théologiques ne sont que des bêtises. Méthodologiquement, c’est fâcheux. Je ne considère pas, moi, en lisant Onfray, que son antichristianisme rendrait son livre inutile. Je le lis d’abord scrupuleusement, avant de porter un jugement précis et argumenté.

Je suis désolé de devoir dire que beaucoup de pages de Décadence relèvent du café du Commerce.

Une des clés du succès de Michel Onfray est peut-être justement d’oser dire clairement des choses que d’autres intellectuels, plus scrupuleux, n’affirmeraient jamais. C’est sa force…

Il y a, en effet, chez Onfray quelque chose de l’Hernani de Victor Hugo : « Une force qui va. » Mais si je m’en tiens à ce qu’il écrit sur ce que je connais, je constate que cette force, il l’utilise à dire des choses fausses. Si d’autres ne disent pas ces choses, ce n’est peut-être pas qu’ils n’osent pas, mais tout simplement qu’ils savent qu’elles sont fausses. Dire qu’après Marc Aurèle il n’y a plus de philosophie pendant mille ans est insoutenable. Quand on travaille sur des auteurs, la première chose qui s’impose est d’avoir d’eux une connaissance de première main : on les lit vraiment, on regarde de près et alors seulement on se prononce. Mais faire des grands raccourcis comme cela… À la limite, ne travaillons plus ! Allons au bistrot, refaisons le monde en jugeant l’Histoire, la culture, la philosophie et des civilisations entières… Je suis désolé de devoir dire que beaucoup de pages de Décadence relèvent du café du Commerce.

En attendant, Michel Onfray est un des rares intellectuels qui réussit à parler au grand public d’auteurs qu’on ne fréquente guère, en dehors des spécialistes. Il participe en quelque sorte à une entreprise d’éducation populaire, qu’il revendique.

Qui entend parler des Pères de l’Église ? Peu de monde, en effet… Michel Onfray, en allant chercher des auteurs peu connus, en mettant en avant des anecdotes inattendues, semble exhumer des pans de connaissance cachés ou oubliés. Le grand public peut se laisser impressionner. Les spécialistes, eux, ne sont pas dupes. En ce qui me concerne, c’est en pensant au grand public que j’ai écrit ce livre. Onfray lui-même, un jour, a expliqué dans une interview que ce qui l’intéressait, c’étaient « les gens ».

Je dis exactement la même chose. Je me sens absolument responsable, dans mon domaine, de la diffusion du savoir et des mises au point à faire pour le maximum de gens. C’est pour ça que j’ai écrit ce livre, Monsieur Onfray au pays des Mythes. Réponses sur Jésus et le christianisme, ce qui n’est pas forcément simple quand on est habitué aux travaux académiques. Moi non plus je n’ai pas envie de me retrouver parmi des intellectuels qui vivraient à l’écart du monde. Je suis intimement convaincu que le partage du savoir et de la réflexion est indispensable dans une démocratie. Et les raccourcis, les amalgames, les erreurs, les arguments d’autorité sont dangereux pour elle. Étant un enseignant-­chercheur, je plaide pour la diffusion de la connaissance, contre les livres qui éblouissent au lieu d’éclairer, qui subjuguent au lieu de libérer.

Le magicien du vide
Michel Onfray a changé. C’est du moins ce qu’on dit depuis que le philosophe le plus lu de France déplaît à ceux qui, autrefois, se délectaient de son audace « hédoniste » et « libertaire ». En gros, il était de gauche, le voici de droite. Certains s’en réjouissent, d’ailleurs. Rémi Lélian, lui, contemple le phénomène et tente de dégonfler la baudruche à la suite d’autres, comme Matthieu Baumier (Anti-Traité d’athéologie, 2005) ou Michael Paraire (Michel Onfray, une imposture intellectuelle, 2013). Quiconque se met à lire de près Onfray se persuade très vite que la soupe servie est, malgré son épaisseur, fort peu nourrissante. C’est qu’Onfray a réussi cette prouesse de faire passer les erreurs, ses approximations, voire l’absurdité, comme des vertus « puisqu’il écrit pour que le peuple le comprenne » ! Dès lors, la critique est désarmée. Onfray « répond café du commerce quand on lui parle philosophie et philosophie quand on lui parle café du commerce ». Sa soi-disant évolution n’est tout compte fait que le fruit d’un système qui ne peut prospérer que sur le vide. L’auteur de Cosmos et de Décadence sert ce que le peuple attend, précédant ses désirs avec un instinct d’une remarquable sûreté. Comme un magicien qui, lui aussi, se meut entre le vide de ses passes et le désir de son assistance. J.A.

> Michel Onfray, la raison du vide, de Rémi Lélian, éd. Pierre-Guillaume de Roux, 15,90€.

> À lire

Monsieur Onfray au pays des Mythes, de Jean-Marie Salamito, Salvator, 15 €.

Voir également:

Décadence

Edouard Husson

Hérodote

L’historien Édouard Husson, spécialiste de la Shoah et du nazisme, s’est penché sur le nouvel essai de Michel Onfray, Décadence (Flammarion, 2017). Avec quelques autres universitaires, il a livré son analyse au magazine Codex #03 (printemps 2017).

Nous reproduisons son texte ci-après avec son aimable autorisation…

Depuis plusieurs décennies, Michel Onfray, professeur de lycée reconverti en philosophe de salon, enchaîne les livres, les conférences et les plateaux télé avec un talent médiatique digne de tous les éloges : la voix onctueuse et le style fluide ont le don de réconcilier le grand public avec la philosophie ou du moins ce qu’il en dit. Au contraire des philosophes ordinaires, qui posent des questions, lui choisit d’asséner des certitudes.

Dès 2005, il s’est attiré un réel succès avec son Traité d’athéologie (Grasset), dans lequel il répète à l’envi que tous les maux de la Terre viennent des monothéismes. Que lui-même cherche son épanouissement dans un athéisme éclairé, quoi de plus légitime ? Mais a-t-il pour autant besoin de noircir les opinions contraires ? Sa démarche est d’autant plus contestable qu’elle travestit l’Histoire de la façon la plus fantaisiste qui soit.

Exalter dans ledit Traité d’athéologie les bienfaits de l’athéisme institutionnel sans dire un seul mot de ses grands zélateurs que furent Lénine, Staline, Mao, Pol Pot ou encore les radicaux mexicains relève d’un étrange oubli sélectif. Et qualifier les croisades d’il y a neuf siècles de « crime contre l’humanité » constitue un anachronisme de la pire espèce…

Dans un nouvel essai, Décadence (Flammarion, 2017), l’auteur renouvelle ses assertions et même imagine d’hypothétiques compromissions entre Hitler et le pape Pie XII. Voici ce qu’en dit l’historien Édouard Husson, spécialiste de la Shoah et du nazisme :

Édouard Husson : « Onfray tombe dans le panneau de la propagande hitlérienne »

Michel Onfray me rappelle mon professeur de philosophie de khâgne. Il mélangeait allègrement une information aux apparences encyclopédiques et des thèses passionnées qui relevaient de la croyance plus que de la raison. La religion d’Onfray se trouve dans le De Natura Rerum du poète épicurien Lucrèce.

Régulièrement, cet auteur pas antipathique mais un peu logorrhéeux se replonge avec délices dans la grande révolte intellectuelle contre le christianisme issue de la Renaissance et des Lumières. C’est le cœur du livre : il est évidemment précédé de la reprise, pas très originale, des milliers d’inexactitudes déversées par L’Encyclopédie de Diderot sur le christianisme.

S’accrochant à Lucrèce et Diderot, Onfray se rend bien compte qu’il doit expliquer l’horreur du totalitarisme, en partie fils du culte occidental de la Raison athée. En prof rusé, Onfray commence par dénoncer le caractère totalitaire du jacobinisme. Oui, concède-t-il, la Raison a trahi l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité de la Révolution commençante. Et il peut ensuite se mettre à souffler dans la trompette bruyante de l’anticommunisme en distinguant entre un bon matérialisme (Lucrèce) et un mauvais (Marx).

Les choses se gâtent lorsqu’Onfray commence à parler du fascisme. Il en fait, contre toute évidence historique, une version contre-révolutionnaire du bolchevisme, en fait inspirée du christianisme. Pour sauver le matérialisme athée malgré le goulag, il faut expliquer que l’anti-goulag s’est appuyé sur toute une histoire césaro-papiste, dans la lignée de Constantin. Les chrétiens ont dénoncé le racisme nazi bien avant la gauche, dans les années 1930, mais Onfray ne veut rien en savoir ; les chrétiens ont été décisifs dans la construction de réseaux de sauvetage de Juifs sur tout le territoire national (voir les travaux de Limore Yagil) mais notre prof expulse ce fait de sa construction intellectuelle.

Le sommet de la fantaisie est atteint lorsque l’auteur invente une nouvelle théorie de la conspiration. Au cas où vous l’ignoriez, Pie XI n’est pas mort de maladie mais vraisemblablement poussé vers la tombe par de mystérieux agents à la solde d’Hitler et de Mussolini désireux de placer Pie XII sur le trône pontifical. À quand la version co-écrite avec Dan Brown ou Robert Harris ?

Peu importent les faits pour Onfray. On connaît de mieux en mieux l’immense effort de sauvetage de Juifs persécutés par Pie XII ; il préfère affirmer que Pacelli n’a rien fait. On prend de plus en plus la mesure de l’antichristianisme hitlérien, fanatique, viscéral, qui devait rester dissimulé tant que la guerre n’était pas finie. Or Onfray tombe dans le panneau de la propagande hitlérienne ; il prétend faire de Hitler un catholique, un peu anticlérical mais héritier de Constantin, des croisades et de la doctrine de la « guerre juste ».

C’est sans doute au nom de saint Augustin et de saint Thomas que Hitler voulait tuer tous les handicapés et les personnes atteintes de maladie mentale ? Que des milliers de prêtres et des centaines de milliers de chrétiens européens, à commencer par les Polonais, ont été persécutés, déportés, exterminés ? Que le commandement « Tu ne tueras pas » devait être éradiqué de la conscience occidentale, d’abord en tuant tous les Juifs puis en lançant l’arrestation du pape et une persécution généralisée de l’Église catholique ?

Voir également:

L’histoire nationale racontée… par les élèves
Françoise Lantheaume
Professeure en sciences de l’éducation, sociologue, Université Lumière Lyon
The Conversation France
2 octobre 2016

Le débat public s’enflamme régulièrement en France sur la question de la transmission de l’histoire nationaleaux élèves. Pour les uns, l’histoire de France ne serait plus enseignée ou bien son enseignement oublierait des pans entiers de l’histoire forgeant une identité nationale en danger. D’autres critiques portent sur une reconnaissance insuffisante de certains groupes dans une histoire nationale qui ne leur ferait guère de place.

Ces critiques correspondent à des références idéologiques, à des projets politiques et à des conceptions de l’enseignement de l’histoire qui, pour légitimes qu’ils soient, ont le défaut de ne reposer sur aucune donnée empirique. Ce constat a présidé à l’enquête qui a donné lieu à un ouvrage collectif, Le récit du commun : l’histoire nationale racontée par les élèves, dont certains éléments seront relayés par The Conversation.

Choisissant de nous tourner vers ceux qui sont en phase d’apprentissage de l’histoire, nous avons souhaité étudier la réception que des jeunes scolarisés avaient des connaissances historiques qui leur sont transmises de différentes façons. L’enquête a ainsi été conduite auprès des élèves situés en fin de cycle scolaire, 11-12 ans ; 15-16 ans et 18-19 ans.

La persistance de la place de l’histoire nationale dans un contexte de mondialisation et de développement de niveaux de décision infra et supra nationaux, n’allait pas de soi.

Structurait-elle encore la vision historique de la jeunesse scolarisée ? Comment la diversité géographique, sociale et culturelle influait-elle sur la façon de restituer l’histoire nationale ?

Le recueil de récits de l’histoire nationale

Plutôt que de faire un Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves des connaissances scolaires sur l’histoire nationale, nous avons pris un autre chemin : recueillir des récits d’élèves dans différents pays. Pourquoi des récits ? C’est en effet rarement sous cette forme que les connaissances des élèves sont sollicitées. Particulièrement depuis les années 1970 et jusqu’à récemment en France, les instructions officielles, les manuels scolaires, les formations d’enseignants ont mis le récit à distance. Il a rarement été conçu comme un moyen d’accéder à des savoirs historiques.

Ont été alors privilégiés la démarche historienne par l’étude de documents, leur mise en relation, et des exercices privilégiant des formes de rédaction courtes : réponse à des questionnaires par une ou quelques phrases, commentaire lapidaire d’un document, reproduction d’un bref résumé pour les plus jeunes, dissertation organisant le texte selon une forme attendue pour les plus avancés.

En dehors de la classe, en revanche, les élèves ont accès à un grand nombre de récits historiques de formes et de contenus variés, transmis dans le milieu familial, par la télévision, le cinéma, la littérature, des jeux vidéo, Internet, etc.

Par ailleurs, le récit est redevenu central pour les historiens et pour ceux qui se préoccupent de l’apprentissage. Ricœur a, en 1983, a souligné la dimension narrative des textes historiques et la place structurante de l’intrigue qui l’organise. La narratologie contemporaine a, de son côté, montré comment le récit est une stratégie de communication. Tandis que pour Jérôme Bruner, le récit est le moyen de donner forme à l’expérience, de comprendre le monde, de se l’approprier, de s’y projeter entre passé et devenir, à partir du monde présent. Il en conclut que le récit a à voir avec la culture car l’imitation dont il témoigne inscrit l’homme dans une culture.

S’intéresser aux récits des élèves n’était pas non plus complètement nouveau. En effet, Jocelyn Létourneau avait déjà réalisé en 2014 une enquête auprès de 4 000 jeunes Québécois de niveaux scolaires, de langues et de cultures variées vivant dans des villes et régions différentes, en leur demandant de raconter l’histoire du Québec.

Une enquête dans plusieurs pays

La construction d’États-nations en Europe ayant suivi des voies singulières, nous avons choisi de prendre comme terrains d’enquête des situations aussi variées que la France, l’Allemagne, la Suisse et la Catalogne afin d’identifier des invariants possibles dans les récits des élèves et de comprendre le sens de leurs variations.

Après avoir constitué une équipe de recherche internationale pluridisciplinaire (histoire, sociologie, narratologie, didactique), le recueil de récits de l’histoire nationale a été fait en 2011-2012 à partir d’une consigne simple dans un cadre garantissant l’anonymat. Pour la France : « Raconte l’histoire de France ».

Précisons qu’il ne s’agissait pas d’une évaluation scolaire et que l’enquête ne dit rien du travail des enseignants, ni même ce que des consignes plus précises auraient pu produire, mais l’enquête nous renseigne sur la façon dont les élèves restituent, sous la forme d’un récit, ce qui leur a été transmis par différents canaux à propos de l’histoire nationale. La première question était complétée par deux autres :

  • « Comment sais-tu tout ça ? »
  • « Si tu avais à résumer, en une phrase, une expression ou un mot l’histoire de France, qu’écrirais-tu personnellement ? ».

Pour la France, le traitement quantitatif et qualitatif des 5823 récits recueillis a fait ressortir plusieurs thèmes. D’autres ont été explorés par les chercheurs. Les thèmes finalement retenus ont été les personnages, le politique, les guerres, la religion, le territoire ainsi que l’origine, déclarée par les élèves, de leurs connaissances.

Des résultats inédits

L’ampleur et la diversité du corpus permettent d’étayer des résultats inédits et robustes qui vont à l’encontre de certaines de nos hypothèses et de bien des discours publics. Ils ouvrent aussi des pistes de réflexion et d’action pour la diffusion des savoirs historiques en milieu scolaire ou ailleurs.

La mise en regard des corpus des différents pays souligne une convergence concernant la tendance des jeunes à mélanger faits historiques scientifiquement établis et représentations sociales historiques circulant dans une société à un moment donné. Ils racontent l’histoire depuis le présent et y cherchent du sens. Les résultats montrent aussi des différences importantes, selon les pays.

La richesse de cette enquête, d’ampleur inhabituelle, permet de battre en brèche bien des idées reçues. Les élèves ont des connaissances, ils partagent un récit commun de l’histoire nationale. Les variations selon les pays montrent cependant des rapports différenciés à l’histoire et à la nation.

Face à la consigne intimidante qui leur était donnée, les jeunes, scolarisés en France, interrogés ont exprimé leur fierté de l’histoire nationale et une vision à la fois humaniste et optimiste de l’histoire de leur pays dans laquelle les guerres jouent un rôle décisif et le politique structure le sens de l’histoire tandis que le panthéon, marqué par certaines permanences, connaît aussi des évolutions et une mobilisation des personnages historiques de façon plus iconique que comme des acteurs aux actes bien identifiés.

Par exemple, les élèves évoquant l’origine de l’histoire de France (tous ne le font pas), l’associent majoritairement au Gaulois et à la Gaule (plus de 1700 récits), comme dans ce récit :

« Au tout début la France s’appelait la Gaule, pendant des siècles il y a eu des guerres et des empires mais c’était toujours la monarchie. Des siècles ont passé. Et finalement, à l’époque du roi Louis XVI il y a eu une révolution. Depuis nous élisons un président et c’est la république et la démocratie ». (récit n°1968)

Mais nombreux sont aussi ceux qui lui attribuent une autre origine (la Révolution française, la Première Guerre mondiale, par exemple) comme ces extraits de récits l’indiquent :

« L’histoire de France commence à la 1ère guerre mondiale qui a été la plus importante car, elle a changé beaucoup de choses. […] » (récit n°3857).

« L’histoire de la France débute lors de la Révolution avec la prise de la Bastille en 1789. […] » (récit n° 2669)

La religion a par ailleurs une place limitée dans des récits très sécularisés montrant une méfiance à l’égard de la dimension temporelle du religieux. Enfin, contrairement à une de nos hypothèses, le territoire joue un rôle minime face à un récit très nationalisé. L’école, ses dispositifs et objets restent leur première source de savoir, d’après les élèves, mais la famille et certaines pratiques sociales jouent également un rôle. En revanche, Internet est peu identifié comme source de savoir historique.

Le tableau dressé à l’issue de cette enquête peut être une source de réflexion pour l’enseignement de l’histoire et constituer un jalon pour que, dans quelques années, une autre enquête puisse comparer les résultats, alors que le récit est remis à l’honneur dans l’enseignement de l’histoire.

L’équipe, dirigée par Françoise Lantheaume, était composée, en France, de Vincent Chambarlhac (université de Bourgogne), Laurence De Cock et Sébastien Urbanski (université Lyon 2), Benoît Falaize (université Cergy-Pontoise), Bruno Garnier et Christelle Mazière (université de Corse), Raoul Lucas, Stéphane Guesnet et Mario Serviable (université de la Réunion), Angelina Ogier Cesari (ESPE de Lyon), Frédéric Mole (université de Saint-Étienne) ainsi que d’enseignants associés à l’Institut français de l’éducation (IFE-ENS) (Jacqueline Brégeard, Stéphane Clerc, Laurence de Cock, Églantine Wuillot) et de Valérie Fontanieu, statisticienne à l’IFE-ENS. En Allemagne, Peter Carrier (Institut Georg Eckert, centre de recherche internationale sur les manuels scolaires, Braunschweig). Pour la Catalogne, Neus González-Monfort, Joan Pagès-Blanch, Antoni Santisteban-Fernández (université autonome de Barcelone) et Edda Sant-Obiols (Manchester Metropolitan University). Et en Suisse, Charles Heimberg, Valérie Operiol et Alexia Panagiotounakos (université de Genève). Jocelyn Létourneau a joué un rôle de conseiller.

Voir par ailleurs:

Le pasteur de la cathédrale de Glasgow critiqué pour avoir autorisé la lecture du Coran lors de l’Epiphanie

Dans la tourmente pour avoir consenti à ce que la prestigieuse cathédrale Sainte-Marie de Glasgow résonne de versets coraniques choisis avec soin –  extraits de la sourate 19 « Maryam » dédiée à Marie, la mère de Jésus de Nazareth – le Révérend Kelvin Holdsworth, le pasteur attitré de ce phare de la foi chrétienne, plie mais ne rompt pas, convaincu du bien-fondé de sa décision.

Ce haut dignitaire religieux reste en effet stoïque dans la tempête qui s’abat sur lui, depuis le fameux office religieux célébré pour l’Epiphanie, au cours duquel il a non seulement ouvert grand les portes de son église à la communauté musulmane locale, mais a aussi souhaité que ses propres paroissiens entendent le récit coranique sur la place prépondérante de Jésus (Paix et bénédiction soient sur lui) dans l’islam, considéré comme l’un des prophètes les plus éminents et indulgents, mais pas comme le fils de Dieu à qui l’on voue un culte.

C’est à Madinah Javed, un étudiant musulman très impliqué dans le dialogue interreligieux, qu’a été confiée la noble mission de lire ces versets, au pupitre, devant un auditoire qui était tout ouïe. La voix claire et limpide, il n’a pas tremblé au moment de présenter Jésus sous un autre éclairage, sous le regard bienveillant du Révérend Kelvin Holdsworth.

Si certains paroissiens ont pleinement adhéré à la démarche de leur pasteur, heureux de l’opportunité qui leur était offerte de découvrir l’importance insoupçonnée de Jésus dans l’islam, d’autres ont eu, en revanche, les oreilles particulièrement heurtées par cette autre version religieuse, très éloignée de la leur, qui a retenti dans leur église.

Les critiques virulentes n’ont pas tardé non plus à fuser en haut lieu. Le pasteur incompris de la cathédrale Sainte-Marie de Glasgow, si désireux de promouvoir le dialogue et la compréhension entre le christianisme et l’islam, essuie aujourd’hui les remontrances de ses pairs, notamment de l’ancien évêque de Rochester qui a jeté l’anathème sur lui : « Les autorités de l’Église épiscopale écossaise doivent immédiatement condamner cette ouverture à l’islam très mal avisée et sanctionner sévèrement celui ou ceux qui l’ont autorisée ».

Aussi forte soit la tempête, elle ne parviendra pas à faire chanceler le Révérend Kelvin Holdsworth dans ses convictions profondes, et c’est la tête haute qu’il lui fait face, inébranlable.

« Ces lectures ont déjà eu lieu, dans le passé, dans d’autres églises. Elles ont, à chaque fois, permis de tisser des liens d’amitié pérennes entre chrétiens et musulmans à l’échelle locale, favorisé une réelle prise de conscience sur les valeurs que nous en avons en commun, tout en créant les conditions d’un dialogue enrichissant et serein », a-t-il déclaré avec une émotion palpable, en s’affirmant plus que jamais comme un bâtisseur de ponts au-dessus des torrents tumultueux.

Voir aussi:

Militantisme. C’est “le moyen le plus rapide de rendre l’Église d’Angleterre plus accueillante”, affirme un révérend homosexuel.

Valeurs actuelles

1 décembre 2017

Tout est bon pour faire avancer la cause LGBT. Un prêtre de l’Église épiscopale d’Écosse a appelé ses fidèles à prier pour que le prince George, fils du prince William et de son épouse Kate, âgé de quatre ans et troisième dans l’ordre de succession au trône britannique, soit homosexuel, afin d’accélérer l’acceptation du mariage gay par l’Église anglicane, rapporte l’AFP.

“Le moyen le plus rapide de rendre l’Église d’Angleterre plus accueillante est de prier pour que le prince George soit béni un jour avec l’amour d’un beau jeune homme”, a ainsi écrit le révérend Kelvin Holdsworth, recteur de la cathédrale St Mary de Glasgow, lui-même homosexuel et militant des droits LGBT, sur son compte Twitter.

Contrairement à l’Église d’Angleterre, qui s’oppose au mariage gay, l’Église épiscopale d’Écosse a décidé lors d’un vote en juin de retirer de sa doctrine la phrase affirmant que le mariage est une union “entre un homme et une femme” et même célébré plusieurs mariages homosexuels, s’attirant des sanctions de sa maison mère.

L’appel du recteur de la cathédrale St Mary à Glasgow a été qualifié d‘ »anti-chrétien » et de « mauvais sort de conte de fée » par l’ancien chapelain de la reine Elizabeth II, le révérend Gavin Ashenden. « Mieux vaut souhaiter au prince George… d’accomplir son devoir de prince en se mariant et en ayant des enfants », a-t-il dit vendredi au Times.

Voir encore:

Michel Onfray, le raisonneur du vide

Avec son Michel Onfray ou la raison du vide (Pierre-Guillaume de Roux, 2017) Rémi Lélian donne un pamphlet incisif, tout en saillies de haut vol : pour qu’il « advienne, qu’un tel surgissement de néant fût rendu possible, il fallait un peuple prêt à le recevoir, un peuple aux élites rompues depuis longtemps déjà au règne de l’opinion (…) Les premiers disciples du sorcier Onfray, ceux qui ont préparé le peuple à sa venue en corps de gloire médiatique, les grands prêtres de la bêtise moderne qui ont dressé la table de la cène en son honneur afin de l’accueillir dans le saint des saints, ce sont nos élites confondues à partir de l’instant où elles prirent ce bouffon au sérieux pour l’habiller des vêtements du prêtre royal ».

« Michel Homais »

Le pamphlet s’attaque à celui que Philippe Muray nommait « Michel Homais ». Monsieur Homais est l’archétype flaubertien de l’individu anticlérical, athée, ambitieux aux prétentions scientifiques et cherchant en permanence les feux de la rampe. La formule sonne juste. Pour Lélian, l’imposture Onfray dure car il s’adapte en permanence aux nouveautés du temps. Un produit formaté en fonction des évolutions de la consommation ambiante. Dans le Traité d’athéologie par exemple : « Il ressort les antiennes idiotes que chacun entend depuis qu’au lycée un abruti de section littéraire a eu le malheur d’ouvrir un livre de Nietzsche pour pavoiser devant la gent féminine et lui donner des rougeurs en prononçant « rien que la terre » : « Le-croyant-croit-parce-qu’il-a-peur-de-la-mort-et-les-religions-ne-sont-que-la-seule-invention-des-prêtres-qui-cherchent-à-dominer ! ».

Un faiseur?

Aucun doute à ce propos, aux yeux de Rémi Lélian. Peu de pensée, beaucoup de commerce. Certains diront de « la bonne vulgarisation ». Lélian : « Certes, le bonhomme est malin, il ne navigue pas radicalement à vue, choisit avec circonspection ses contradicteurs, on ne le verra pas jouter avec quelques intellectuels renseignés sur les questions qu’il aborde ». Pas fou. Michel Onfray ou la raison duvide est un livre à la fois enjoué et sérieux. Parti à la recherche de « l’œuvre » de l’essayiste, Lélian revient les mains vides. Il y a bien des titres mais pas d’œuvre, et guère de philosophie. Le livre de Lélian a le ton des pamphlets pétris de talent. L’art est difficile. La réputation de « faussaire » et de « faiseur » de l’essayiste médiatique n’est plus à faire. Plusieurs livres et articles ont détaillé par le menu les incohérences des pavés signés Onfray. Ainsi, Le Traité d’Athéologie, au sujet des religions monothéistes et principalement du christianisme, ou encore Le crépuscule d’une idole consacré à Freud. Des contradicteurs informés ont montré combien Onfray manipule les textes qu’il utilise au service de ses thèses, jouant à sa guise avec la réalité. De plus, Onfray, nous dit Lélian, suit le vent de l’époque. À gauche quand il faut, ailleurs quand c’est utile. À Noël, un cadeau. À Pâques, des chocolats. Deux fois par an, 500 pages d’Onfray. Vu chez Carrefour et sur BFM. L’essayiste est un excellent patron de sa propre PME, là-dessus rien à redire. Doublé d’un sophiste apte à faire passer des vessies pour des lanternes.

Partout, Onfray explique qu’il n’est nulle part

Lélian : « N’appartenant à rien ni à personne, sans fidélité pour aucune école, Onfray pouvait alors tranquillement se livrer à ces élites qui l’ont laissé pénétrer leur palais, et ont promu sa pensée comme si elle en était une, en lui ouvrant grande la porte des médias qu’il fréquente assidûment tout en arguant de les mépriser ». Rémi Lélian est courageux. En lançant en guise de premier livre un pamphlet dans la mare d’un essayiste à succès, il essuiera à coup sûr des accusations simplettes. Jalousie, volonté de faire un coup etc. Il faut oser s’attaquer au phénomène Onfray, soutenu par toutes les officines du milieu éditorialo-médiatique. Onfray l’affirme pourtant : il est anticapitaliste. Il serait aussi victime des médias et de l’idéologie dominante. On ne rigole pas au fond de la classe. En pile dans toutes les librairies et tous les supermarchés, en tête de gondole comme l’on dit à bon escient, Onfray passe de plateau télé en plateau télé, de chaîne d’information continue en studio de radio. On l’entend expliquer en direct combien il est tricard dans les médias. Un livre paraît, ce Décadence par exemple, finement démonté par Lélian, et Onfray fait la Une du Figaro. Cette Une est même devenue une habitude. Onfray ou l’anticapitalisme au Figaro. Pour Lélian, l’art de l’essayiste est celui du faussaire. Un exemple ? Aujourd’hui l’essayiste se plaint d’être maltraité dans les médias. Du fait de ses positions concernant l’Islam. Le vent l’a poussé par là. Pourtant, longtemps Onfray est passé à la télé. À la radio aussi. Un accident de voiture en Angleterre, hop ! France Info téléphonait à Onfray. Il officie d’ailleurs au quotidien sur France Culture depuis une douzaine d’années. Chaque été. Avec une émission de propagande athée où il réécrit l’histoire des religions. Un prêtre de l’athéisme militant en direct chaque soir durant un mois, en juillet.

Il est libre, Michel

On n’ose imaginer ce qu’il serait dit, par exemple, d’une émission quotidienne sur France Culture, chaque année, chaque soir, au mois de juillet, présentée par un prêtre catholique s’attaquant à coups de marteau à l’athéisme. Ou bien d’une émission quotidienne où un Imam réécrirait l’histoire de l’athéisme du point de vue de l’islam militant. Sans doute la France laïque se soulèverait-elle. À juste titre d’ailleurs. Des émissions vendues elles aussi en piles de CD enregistrés par France Culture. L’État, parfois c’est bon pour les affaires. Il est libre maintenant, Michel, il a sa webtélé. Sur abonnement. La révolution a besoin de fonds. Lélian : « Onfray ne désespère pas Billancourt, il l’instrumentalise, Onfray ne fortifie pas un système prétendu d’oppression, il le sert quand cela le sert ».

Michel Onfray ou la présence réelle du sophiste. Une présence qui, au-delà de la personnalité de l’essayiste, que chacun est libre d’apprécier ou non, dit beaucoup du temps où nous sommes : « Michel Onfray figure seulement la rencontre de l’époque avec le vide dont elle est issue », écrit Rémi Lélian. Situation qui lui permet de gérer sa petite entreprise. Pourquoi pas ? Dans un monde où le produit de masse est érigé au rang de divinité médiatique, le produit peut bien s’appeler Onfray. La marque déposée importe peu, elle est fumisterie de toutes les façons. L’entreprise économique Onfray, Lélian le signale à plusieurs reprises, a été nommée par Guy Debord. Elle s’appelle le Spectaculaire. Là, le démagogue peut s’épanouir et pratiquer l’anticapitalisme militant… oups… sans rire ? Je n’en crois rien. Je crois en l’humour d’un Michel Onfray pleinement conscient de la façon dont il abuse de la crédulité de son lectorat. Gageons que, démocratiquement, chaque médiathèque de France achètera un exemplaire du livre de Rémi Lélian : une médiathèque, c’est de gauche et c’est ouvert sur la pensée d’autrui. N’est-ce pas ?

Voir de plus:

Entretien

Pierre-André Taguieff : « Dans la nouvelle judéophobie, les juifs sont assimilés non seulement à des racistes mais à des nazis »

Le philosophe et historien Pierre-André Taguieff revient sur l’affaire du tweet antisémite de Gérard Filoche et analyse les moments fondateurs de la haine des juifs dans le monde moderne.

Revue des Deux Mondes – Qu’avez-vous pensé du tweet de Gérard Filoche et de ses arguments pour se défendre ?

Pierre-André Taguieff – Si Gérard Filoche n’est pas l’auteur de ce montage à connotation antisémite (dû à Alain Soral), il a en tout cas immédiatement adhéré au message qu’il véhicule, un message mélangeant antisionisme radical et antiaméricanisme grossier. La centralité du motif antijuif n’est en effet pas niable : le drapeau israélien et le portrait de trois juifs supposés riches montrent l’assimilation des juifs à la finance. Dans le détail, ce visuel évoque trois amalgames polémiques : « Israël = sionisme = racisme », « juifs = argent » et « juifs = puissance de manipulation ». Les juifs sont accusés, d’après ce photomontage, d’être  des racistes, des prédateurs de la finance et des manipulateurs, Macron étant leur marionnette.

« Gérard Filoche a ici oublié toute responsabilité au profit de la diffusion de ses convictions profondes. »

Au-delà de l’image, l’homme lui-même est emblématique puisque Gérard Filoche représentait, jusqu’à son exclusion en cours, l’aile gauche du Parti socialiste. Manifestement, il a tweeté sous le coup de la séduction : il semble avoir retrouvé sa vision du monde dans ce photomontage anti-juif. Cette mixture douteuse ne l’a pas gêné, elle l’a séduit au point de lui faire négliger toute prudence, dans un domaine où des responsables politiques agissent, en principe, selon l’éthique de la responsabilité. Gérard Filoche a ici oublié toute responsabilité au profit de la diffusion de ses convictions profondes.

Cette affaire joue le rôle d’un dévoilement. Elle révèle des choses cachées depuis les origines du socialisme. Aujourd’hui, on pense souvent à l’antisémitisme nationaliste ou raciste, en oubliant la phase révolutionnaire, socialiste, anarchiste et communiste de l’antisémitisme au XIXe siècle. Or l’antisémitisme révolutionnaire et anticapitaliste, qui commence en France avec Fourier, Toussenel et Proudhon, a précédé l’antisémitisme nationaliste. Le mythe répulsif du juif comme parasite social et prédateur, cette invention de l’anticapitalisme révolutionnaire, y a pris place, à côté de la figure du juif comme principe de dissolution des nations. L’affaire du tweet de Gérard Filoche rappelle à ceux qui ne connaissent pas l’histoire des doctrines et des mentalités antijuives l’un des moments fondateurs de la haine des juifs dans le monde moderne.

Revue des Deux Mondes – Tweet de Gérard Filoche, deuxième profanation de la stèle dressée à la mémoire d’Ilan Halimi début novembre, vague d’antisémitisme sur fond de complot judéo-sioniste dans l’affaire Tariq Ramadan…  Qu’est-ce que ces épisodes récents nous disent du climat d’aujourd’hui ?

Pierre-André Taguieff – La vulgate antijuive est aujourd’hui bien installée, surtout à l’extrême gauche et dans les milieux islamistes. Il n’y a là rien de véritablement nouveau, mais simplement la confirmation de la grande diffusion des thèmes centrés sur la diabolisation des juifs, notamment grâce aux réseaux sociaux qui sont le principal vecteur des insultes et des menaces antijuives, et plus largement de tout ce qui est de l’ordre des rumeurs malveillantes et des récits de complot.

Il est intéressant d’observer que, dans la situation que nous connaissons en ce moment, l’extrême droite est assez peu mobilisée, notamment du fait qu’elle a le regard tourné vers l’immigration d’origine extra-européenne et ce qu’elle perçoit comme une islamisation des nations européennes. Si des marginaux de l’extrême droite, comme les réseaux d’Alain Soral ou les animateurs de l’hebdomadaire Rivarol, sont impliqués dans la mobilisation antijuive actuelle, l’extrême gauche, alliée avec les milieux islamistes dans l’agitation « antisioniste », joue un rôle infiniment plus important.

« Parmi les héritiers de l’utopie communiste, les trotskistes sont désormais les principaux défenseurs de Tariq Ramadan, présenté mensongèrement comme la cible d’une vaste campagne contre l’islam et les musulmans. »

Précisons par ailleurs qu’Alain Soral est un ex-communiste. S’il est le responsable du photomontage qu’a relayé Gérard Filoche, il exprime cette propagande communiste oubliée, violemment anti-israélienne et aux connotations antijuives, lancée dès 1952 au moment du procès Slánský suivi, en janvier-février 1953, par le prétendu « complot des blouses blanches » (celui des médecins juifs accusés de vouloir assassiner Staline et de hauts dirigeants soviétiques, complot parfaitement imaginaire). À l’époque, il y avait eu en France une vague très importante de soutien à Staline, les intellectuels communistes s’étaient mobilisés. Aujourd’hui, mutatis mutandis, on observe une vague de soutien à Tariq Ramadan, pseudo-victime d’un pseudo-complot. Parmi les héritiers de l’utopie communiste, les trotskistes sont désormais les principaux défenseurs de Ramadan, présenté mensongèrement comme la cible d’une vaste campagne contre l’islam et les musulmans.

Revue des Deux Mondes – Vous ne parlez pas de “nouvel antisémitisme” mais plutôt de “nouvelle judéophobie”. Quelle différence faites-vous entre ces deux termes ?

Pierre-André Taguieff – Au début des années 1980, je parlais de l’« antijudaïcisme contemporain » car je trouvais que l’expression « antisémitisme », créée par des antijuifs autour de 1879-1880, ne permettait pas de comprendre la vague antijuive observable dans la période post-nazie. Dans les interprétations de la « question juive », les mots ont une grande importance et une puissance symbolique. Or, à mes yeux, le terme « antisémitisme » ne symbolisait pas correctement ce qu’il se passait. La reconstitution d’une « question juive » en Europe ne se faisait pas autour du conflit racial entre Sémites et Aryens mais autour de l’opposition entre « sionistes » et « antisionistes ».

« Dans le cas de la nouvelle judéophobie, c’est au contraire au nom de l’antiracisme que les juifs sont stigmatisés et diabolisés, en tant que “racistes”. »

L’instrumentalisation de l’antiracisme m’a paru être un élément nouveau dans l’antisionisme radical. C’est pourquoi j’ai utilisé le vieux terme de « judéophobie » en le redéfinissant à ma manière. Dans la judéophobie « classique », qu’on appelle antisémitisme, nous sommes dans le racisme, au sens où les juifs étaient considérés comme une race hostile. Dans le cas de la nouvelle judéophobie, c’est au contraire au nom de l’antiracisme que les juifs sont stigmatisés et diabolisés, en tant que « racistes ». Dans un cas, on accuse les juifs d’être une race maudite, dans l’autre, on accuse les juifs d’être racistes. Les juifs sont considérés comme des sionistes, réels ou potentiels, et le sionisme est accusé d’être un racisme, à une « forme de discrimination raciale ».

Cette instrumentalisation de l’antiracisme va totalement brouiller les cartes. Ainsi beaucoup de gens de bonne foi penseront être antiracistes en s’affirmant farouchement anti-israéliens, en dénonçant le sionisme comme une « forme de racisme » et en érigeant la cause palestinienne en nouvelle cause universelle et absolue, justifiant tout. La cause palestinienne est un puissant catalyseur des convergences entre intellectuels et groupes idéologiquement hétérogènes. Elle réunit des islamistes et des trotskistes, des révolutionnaires professionnels et des intellectuels « humanistes », etc. Tariq Ramadan ou Carlos communient dans la grande Cause avec feu Stéphane Hessel, Edgar Morin, Étienne Balibar ou Judith Butler. Sans oublier Edwy Plenel et ses fans. La cause prolétarienne est derrière nous, la cause palestinienne l’a remplacée, mais elle risque d’être incorporée dans la cause islamique.

Revue des Deux Mondes – Quels sont les visages  de cette “nouvelle judéophobie” ?

Pierre-André Taguieff – La page raciste de la judéophobie a été tournée. Nous sommes passés à sa page antiraciste, ou pseudo-antiraciste. Dans ce cadre, les juifs sont assimilés polémiquement non seulement à des racistes mais à des nazis. C’est là la grande inversion victimaire, permettant de présenter les Palestiniens comme les nouveaux juifs et les Israéliens comme les nouveaux nazis. La nazification des juifs en tant que sionistes est au cœur de la propagande antisioniste.

Cette opération de propagande mensongère est liée à une transformation de la rhétorique judéophobe : l’islamisation croissante du discours antijuif et des mobilisations antijuives. Pour comprendre cette islamisation, qui fait que le vieil antijudaïsme chrétien est aujourd’hui un archaïsme, il faut percevoir et reconnaître le dynamisme international de l’islamisme sous ses différentes formes (Frères musulmans, salafisme séparatiste, salafisme jihadiste). Dans ce cadre de réflexion, l’affaire n’est plus franco-française, au sens où nous n’avons pas à chercher des origines proprement françaises de la nouvelle judéophobie. Celle-ci, telle qu’on l’observe en France, est seulement un cas particulier d’une grande vague judéophobe internationale.

« Nous sommes entrés dans une phase où le principal foyer de la haine antijuive est le monde musulman, et plus précisément les mouvances islamistes de l’islam mondial. »

Après l’orchestration d’un antisémitisme mondial par la propagande soviétique du début des années 1950 jusqu’au début des années 1980, nous sommes entrés dans une phase où le principal foyer de la haine antijuive est le monde musulman, et plus précisément les mouvances islamistes de l’islam mondial. À la fin des années 1980, avant même la chute de l’URSS, au moment où la première Intifada est lancée et le Hamas créé, la nouvelle judéophobie est centrée non plus seulement sur la nazification des juifs, mais sur l’islamisation des discours d’accusation. Des accusations traditionnelles que l’islam tranquille avait oubliées, et que des idéologues du djihad comme Sayyid Qutb ou le Palestinien Adallah Azzam, le maître à penser des fondateur d’Al-Qaida, ont ressuscitées et réinterprétées, notamment en termes conspirationnistes.

Les islamistes, qu’ils soient à visage souriant comme Tariq Ramadan ou à visage terroriste, reprennent des passages du Coran interprétés de telle ou telle façon, ou des hadîths qui font autorité dans la tradition musulmane, pour montrer que les juifs sont des comploteurs, des lâches, des traîtres, et sont par nature des ennemis de l’islam. Le juif n’est alors plus l’ennemi de la chrétienté, comme il l’a longtemps été. Il est devenu l’ennemi mondial de l’islam. C’est ce discours d’accusation qui, aujourd’hui, se diffuse massivement sur les réseaux sociaux.

Revue des Deux Mondes – Vous dites que la France n’est pas devenue antijuive mais qu’il existe une France antijuive dans la France contemporaine. Comment la caractériser ?

Pierre-André Taguieff – Cette nouvelle France antijuive n’est pas toute la France. Elle se concentre dans les populations issues de l’immigration de culture musulmane. Les faits sont là : depuis l’horrible assassinat de Sébastien Sellam par Adel Amastaibou le 20 novembre 2003 jusqu’au meurtre de Sarah Halimi, torturée et massacrée dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 par Kobili Traoré, la plupart des agressions et massacres antijuifs sont le fait de djihadistes professionnels ou amateurs (c’est-à-dire des musulmans influencés par la propagande djihadiste).

Le principal foyer de la France antijuive est donc cette troisième France. Je m’inspire ici librement des analyses du géographe Christophe Guilluy. Il existe une France des grandes métropoles, celle des élites mondialisées, une France périphérique dont les populations sont relativement pauvres et marginalisées, et une France des banlieues à dominante culturelle musulmane où l’antisionisme est très virulent et joue même le rôle d’une véritable vision du monde : tout s’explique par le complot sioniste ou juif, la domination juive dans les médias, l’économie ou la politique, etc.

Revue des Deux Mondes – La violence antijuive est particulièrement présente en France mais est un phénomène mondial. Quels sont les moyens de lutte à mettre en œuvre pour combattre ces nouvelles formes de haine envers les juifs ?

Pierre-André Taguieff – Il faut d’abord bien poser le problème. Qu’on l’appelle « nouvel antisémitisme » ou « nouvelle judéophobie », il s’agit d’identifier son noyau dur sans le diluer dans le racisme ou l’antisémitisme. S’il y a certes de la xénophobie ou du racisme anti-immigrés dans certains pays européens, ce phénomène n’a rien à voir avec ce que j’appelle la nouvelle judéophobie. Cette dernière a une forte spécificité, qu’elle soit diffuse, diluée, d’ambiance, ou élaborée et relevant d’une haine antijuive très intellectualisée, où l’on rencontre toujours une forte imprégnation conspirationniste – j’allais dire « conspira-sioniste ».

« De Jean Genet à Alain Badiou, en passant par les négationnistes Roger Garaudy et Serge Thion, l’intellectualisation de la judéophobie est restée fixée à l’extrême gauche. »

De Jean Genet à Alain Badiou, en passant par les négationnistes Roger Garaudy et Serge Thion, l’intellectualisation de la judéophobie est restée fixée à l’extrême gauche. Le pourrissement intellectuel de l’extrême gauche attend d’être étudié d’une façon systématique.

Concernant la lutte directe, il s’agit bien sûr d’appliquer la loi, mais le plus important me semble être de corriger l’image d’Israël et du sionisme dans l’enseignement et les médias, en les responsabilisant. La diabolisation du sionisme et d’Israël a commencé quelques années après la création de l’État juif. La propagande soviétique, relayée ensuite par la propagande panarabe (Nasser) et palestinienne et, plus récemment, par la propagande islamiste ont diabolisé Israël, en construisant peu à peu une image intrinsèquement négative. Il faut tout faire pour redresser cette image et faire barrage au processus d’endoctrinement auquel on a affaire.

La lutte indirecte passe, elle, par une lutte contre l’islamisme en tant que doctrine, comme ensemble de représentations et de croyances, et contre la séduction qu’il exerce. Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas facile. Nous avons trop pris l’habitude de traiter les islamistes comme de simples délinquants islamisés ou comme des déséquilibrés. Or il s’agit de croyants qui peuvent avoir un très fort effet de séduction, d’entraînement ou de fascination. Le fanatisme est contagieux.

Il faut reprendre la lutte intellectuelle contre le fanatisme qui, aujourd’hui, dérive principalement des mondes de l’islam. C’est regrettable car je ne suis pas de ceux qui assimilent l’islam tout entier aux divers islamismes qui prétendent le représenter. Sur ce point, je renvoie la question aux intellectuels et aux théologiens musulmans, mais aussi aux islamologues. Il leur appartient de balayer devant leur porte, ce qu’ils font assez peu en dépit des efforts très méritoires d’Abdennour Bidar et du regretté Abdelwahab Meddeb. Deux intellectuels qui ont montré qu’ils connaissaient les mondes de l’islam, les traditions musulmanes, leurs corruptions idéologiques et leurs dérives politiques, et qu’ils savaient faire la part des choses afin d’éclairer le débat.

 Voir de même:

France : Musulmans d’abord, Juifs dehors
Giulio Meotti
Gatestone institute
26 novembre 2017

  • Les banlieues sont le signe le plus visible de l’islamisation de la France. L’antisémitisme dévore la République française.
  • Les signes du judaïsme disparaissent, mais les symboles islamiques prolifèrent, du burkini sur la plage au voile en entreprise. Les Juifs qui n’ont pas fui la France jouent la carte de l’« invisibilité ».
  • Les banlieues françaises sont devenues des sociétés d’apartheid. La haine des Juifs est la porte d’entrée de « la France soumise » – la soumission de la France.

Les banlieues – loin des boulevards et des bistrots de Paris – forment « l’autre France ». La « France périphérique » comme la nomme le géographe Christophe Guilluy dans un livre important. Là où le « vivre ensemble » entre les communautés est testé quotidiennement.

En vingt ans, ces banlieues françaises se sont délestées de leurs populations juives. Elles sont devenues des « concentrés de pauvreté et d’isolement social » pour finir en « territoires perdus de la République », selon le titre que l’historien Georges Bensoussan a donné à son livre Les territoires perdus de la République .

Ces banlieues sont aujourd’hui le signe le plus évident de l’islamisation de la France.

L’antisémitisme, cette grande maladie européenne est de retour. La France accueille encore la plus grande communauté juive d’Europe, mais nombre de Juifs ont été contraints d’émigrer à l’étranger ou de déménager vers les quartiers embourgeoisés des grandes villes, où ils se sentent plus à l’abri. Ce qu’il adviendra des Juifs aura un effet sismique sur tout le continent.

A Bagneux, des inconnus ont de nouveau vandalisé la plaque commémorative d’Ilan Halimi, kidnappé, torturé et assassiné par le « gang des barbares » en 2006, simplement parce qu’il était juif. Ilan Halimi a représenté l’un des tout premiers cas d’antisémitisme meurtrier en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Depuis, régulièrement, des islamistes assassinent des juifs comme ils l’ont fait en 2012 dans une école de Toulouse, puis en 2015 dans un supermarché casher à Paris.

Dans une effrayante enquête, Le Monde rapporte que l’antisémitisme est devenu pour les Français juifs un risque palpable au quotidien. En un authentique mouvement migratoire, les Français juifs ont dû quitter leurs banlieues : ils sont devenus des « réfugiés de l’ intérieur ».

Les Français juifs sont menacés dans leurs synagogues et leurs écoles, mais aussi dans leurs foyers. Une famille juive a récemment été attaquée, prise en otage, battue et volée à domicile en Seine Saint-Denis. Avant cela, Sarah Halimi, médecin et enseignante retraitée, a été battue à mort et défenestrée depuis son balcon, dans le quartier de Belleville à Paris. L’homme qui l’a assassinée aux cris de « Allahou Akbar » (« Allah est plus grand ») était son voisin musulman. Deux frères juifs ont été récemment menacés dans une rue de Paris par des hommes brandissant une scie à métaux. Ils criaient : « Sales juifs ! Vous allez mourir ».

Tout récemment, à Noisy-le-Grand, « Paul » a trouvé dans sa boite aux lettre des menaces de mort. La note disait « Allahou Akbar » et contenait une balle de 9mm. Une seconde lettre est arrivée le lendemain, accompagnée d’une balle de Kalachnikov. Elle disait : « vous mourrez tous ». De nombreuses familles juives dit Le Monde, vivent sous pression. A Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), de jeunes juifs, occupés à construire une soucca dans la cour de leur synagogue pour la fête des Cabanes, ont été attaqués par des voyous aux cris de : « sales juifs ».

Les quartiers juifs historiques se sont vidés de leur population juive. Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, dans « L’an prochain à Jérusalem ? », expliquent que, pour des raisons de sécurité, les enfants juifs quittent l’enseignement public pour des écoles privées. Des associations d’entraide ont financé la réinscription de 400 familles juives dans des écoles privées.

Entre 2005 et 2015, les Français juifs ont subi 4 092 attaques antisémites. Selon une étude réalisée en septembre par la Fondation pour l’innovation politique, 60% des Français juifs se disent « inquiets d’être agressés physiquement dans la rue en tant que juifs ».

Après les attaques terroristes de Paris en 2015, l’Agence juive a mis en place un plan pour aider 120 000 Juifs français à émigrer en Israël. Cinq mille départs ont eu lieu en 2016 et 7 900 en 2015. Mais si 20 000 Juifs ont rejoint Israël au cours des trois dernières années, plus nombreux sont ceux qui ont opté pour la « mobilité interne ». Les juifs qui vivaient à l’est de Paris ont massivement quitté leur banlieue pour rejoindre l’ouest de Paris, y compris les seizième et dix-septième arrondissements de Paris pour les plus fortunés. Au cours des 10 dernières années, « 60 000 des 350 000 Juifs d’Île-de-France ont déménagé », indique Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Le gouvernement français a lancé l’Opération Sentinelle pour protéger 800 synagogues, écoles et centres communautaires. Mais comme Le Monde lexplique, il n’y a pas grand-chose à faire pour protéger les Juifs dans la rues ou à domicile. L’antisémitisme musulman dévore la République française.

Selon une étude menée par l’Ifop , « l’exposition à la violence antisémite est fortement corrélée au port de la kippa ». La calotte juive a disparu du paysage urbain dans de nombreuses régions de France. A Marseille, très explicitement, au nom de la sécurité, un responsable communautaire a demandé aux juifs d’éviter le port de signes juifs en public. Alors que les signes du judaïsme disparaissent, les symboles islamiques, – du burkini sur la plage au voile islamique en entreprise -, prolifèrent. Les Juifs qui n’ont pas fui la France sont contraints à l’« invisibilité ».Jusqu’en 2000, la vie à Bondy, en banlieue parisienne, « était belle et tranquille, avec 250 à 300 familles juives et des synagogues complètes le jour du sabbat. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une centaine de familles juives », a déclaré Alain Benhamou. Lui aussi, a fini par déménager après que les mots « sales juifs » ont été tagués sur les murs.L’antisémitisme a aussi obligé des familles juives à quitter Toulouse. L’ancien Premier ministre Manuel Valls parlait des banlieues comme d’un « apartheid territorial, ethnique et social ». Elles sont surtout devenues des sociétés d’apartheid.Il y a quelques jours, les autorités françaises ont condamné Abdelkader Merah, le frère du terroriste qui a assassiné quatre juifs à Toulouse, à 20 ans de prison pour participation à une conspiration terroriste criminelle. Gilles Kepel, expert français de l’islam, a parlé de ce procès comme d’une « radiographie » de « l’autre France »: la France islamisée, déjudaïsée, périphérique. « Il est frappant qu’après des décennies passées en France, la mère [Merah] parle encore très mal le français et que la cour fasse appel à un traducteur », a déclaré Kepel .En Seine-Saint-Denis, 40% des habitants sont désormais musulmans. Résultat ? Les communautés juives historiques de La Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Trappes, Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil et Saint-Denis ont presque fini de disparaître. A La Courneuve, faute de sécurité, les 600 à 700 familles juives ont fondu à moins de 100. Pour beaucoup de ces juifs, il s’agit d’une seconde émigration.Sur le demi-million de Juifs vivant en France, 70% sont des séfarades – ceux qui ont été expulsés d’Espagne en 1492 et qui ont fui vers le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la Turquie, plutôt que vers l’Europe. Ils sont venus en France entre 1956 et 1962, quand l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont accédé à l’indépendance – apportant en cadeau deux Prix Nobel de physique, Claude Cohen-Tannoudji (1996), né à Alger, et Serge Haroche (2014), né à Casablanca, au Maroc.Au sud de Paris, au Kremlin-Bicêtre, un quart de la population (25 000 personnes en tout) est musulman. Jusqu’en 1990, 10% de la population du Kremlin-Bicêtre était juive ; il n’y en a plus que la moitié aujourd’huiL’antisémitisme a révolutionné la France – sa géographie et sa démographie. La haine du juif est aujourd’hui la porte d’entrée de la « France Soumise » – la soumission de la France.

Giulio Meotti, journaliste culturel à Il Foglio, est un journaliste et auteur italien.

CANBERRA, Australia — On a Sunday afternoon in October, Rabbi Shmueli Feldman was hosting a small celebration at his home in a Canberra suburb. Suddenly, a car carrying four teenagers swerved in front of the house. One passenger leaned out the window and cursed Jews before the car sped off.

Rabbi Feldman reported the incident to the police and gave them the car’s license plate number, but nothing came of it.

“They said the men were drunk, and the driver wouldn’t tell them who yelled out the words, and there was nothing further they could do,” the rabbi said.

The list of anti-Semitic abuses directed at Rabbi Feldman and his community over the past year or two is long. He says he has been egged, and that a rock was thrown through his child’s bedroom window.

Objects have been hurled through the window of his Jewish center on several occasions: rocks, a chair and, in one instance, the building’s security camera. In May, he told the police that swastikas had been scrawled in a park near his synagogue, but the graffiti was not removed until August.

“For the first time in my life, I don’t feel safe in Australia,” said Rabbi Feldman, a fourth-generation Australian. “I have little children who don’t feel safe playing outside. They’ve already seen too much.”

His experiences are not isolated incidents. An annual report on anti-Semitism compiled by the Executive Council of Australian Jewry, released Sunday, found an increase of almost 10 percent in racially motivated incidents against Jews in the past year, and almost 20 percent over the past two years. The council represents about 200 Jewish groups.

Between October 2016 and September this year, the Australian Jewish council logged 230 incidents of anti-Semitism, an increase of 9.5 percent over the previous year. The incidents ranged from the distribution of leaflets expressing extreme views to street violence.

“It’s concerning to see this rise,” said Tim Soutphommasane, Australia’s race discrimination commissioner. “The difficulty with monitoring racism is that the vast majority of incidents go unreported. So if we’re seeing a 10 percent rise in the number of reported acts, then it’s a concerning development.”

In particular, the council and other Jewish groups are concerned by the rise of far-right activists who are singling out Jews. The group Antipodean Resistance, formed just over a year ago and claiming just a handful of members, has already caused alarm. On April 20 — Hitler’s birthday — the group put up posters at universities and near high schools in parts of Melbourne and Sydney that called for Australia to legalize the execution of Jews.

“That day, the reports of sightings came in early in the morning, and kept coming throughout the day,” recalled Julie Nathan, research officer for the Executive Council of Australian Jewry. “It was like an avalanche.”

Another study, conducted by Western Sydney University in 2015 and 2016, found that while 80 percent of respondents said that multiculturalism was a good thing, almost the same number said that racism existed in Australia.

And the Australian Reconciliation Barometer, which records attitudes toward indigenous groups, found that both indigenous and nonindigenous Australians believed that racism had increased in just the past two years.

“For a long time extremist racist organizations in Australia have operated largely underground,” said Mr. Soutphommasane, the race discrimination commissioner. “But in more recent times, they’ve shown greater confidence and a greater willingness to operate in public sight.”

For his part, Rabbi Feldman said he was trying to bridge the divide between the perpetrators and victims of racial abuse. After the police caught the young man who had hurled the security camera though the Jewish center’s window, the rabbi invited him to the center and explained the impact of his actions.

“We told him about the work we do,” Rabbi Feldman said. “We told him about Kristallnacht, and about the Holocaust survivors in our community. He was remorseful, paid for the damage and committed to changing his ways.”


Le Brio/Yvan Attal: En fait, cette histoire, c’est la mienne (It’s pure religion and culture, stupid !)

29 novembre, 2017

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Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants. Deutéronome 6: 6-7
Fais de l’étude de la Torah ta principale occupation. Shammaï (10 avant JC)
Combattez ceux qui rejettent Allah et le jugement dernier et qui ne respectent pas Ses interdits ni ceux de Son messager, et qui ne suivent pas la vraie Religion quand le Livre leur a été apporté, (Combattez-les) jusqu’à ce qu’ils payent tribut de leurs mains et se considèrent infériorisés. Coran 9:29
Les musulmans n’en ont pas toujours conscience, mais ils se sont imposés les premiers en Europe comme concurrents, avec des aspirations dominatrices. La plupart des pays musulmans actuels étaient alors chrétiens – l’Egypte, la Syrie, la Turquie… Pendant longtemps, les musulmans ont été les plus forts, les plus riches, les plus civilisés. (…) L’Occident chrétien a définitivement emporté la partie quand, à partir des années 1800, sa domination technologique a été écrasante. En fait, quand les canons et les fusils occidentaux se sont mis à tirer plus vite. Maxime Rodinson
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Les islamistes tentent de rallier tout un peuple de victimes et de frustrés dans un rapport mimétique à l’Occident. Les terroristes utilisent d’ailleurs à leurs fins la technologie occidentale : encore du mimétisme. Il y a du ressentiment là-dedans, au sens nietzschéen, réaction que l’Occident a favorisée par ses privilèges. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays,des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Les pays arabes enregistrent un retard par rapport aux autres régions en matière de gouvernance et de participation aux processus de décision. La vague de démocratisation, qui a transformé la gouvernance dans la plupart des pays d’Amérique latine et d’Asie orientale dans les années quatre-vingts, en Europe centrale et dans une bonne partie de l’Asie centrale à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, a à peine effleuré les États arabes. Ce déficit de liberté va à l’encontre du développement humain et constitue l’une des manifestations les plus douloureuses du retard enregistré en terme de développement politique. La démocratie et les droits de l’homme sont reconnus de droit, inscrits dans les constitutions, les codes et les déclarations gouvernementales, mais leur application est en réalité bien souvent négligée, voire délibérément ignorée. Le plus souvent, le mode de gouvernance dans le monde arabe se caractérise par un exécutif puissant exerçant un contrôle ferme sur toutes les branches de l’État, en l’absence parfois de garde-fous institutionnels. La démocratie représentative n’est pas toujours véritable, et fait même parfois défaut. Les libertés d’expression et d’association sont bien souvent limitées. Des modèles dépassés de légitimité prédominent.(…) La participation politique dans les pays arabes reste faible, ainsi qu’en témoignent l’absence de véritable démocratie représentative et les restrictions imposées aux libertés. Dans le même temps, les aspirations de la population à davantage de liberté et à une plus grande participation à la prise de décisions se font sentir, engendrées par l’augmentation des revenus, l’éducation et les flux d’information. La dichotomie entre les attentes et leur réalisation a parfois conduit à l’aliénation et à ses corollaires, l’apathie et le mécontentement. (…) Deux mécanismes parallèles sont en jeu. La position de l’État tutélaire va en s’amenuisant, en partie du fait de la réduction des avantages qu’il est en mesure d’offrir aujourd’hui sous forme de garantie de l’emploi, de subventions et autres mesures incitatives. Par contre, les citoyens se trouvent de plus en plus en position de force étant donné que l’État dépend d’eux de manière croissante pour se procurer des recettes fiscales, assurer l’investissement du secteur privé et couvrir d’autres besoins essentiels. Par ailleurs, les progrès du développement humain, en dotant les citoyens, en particulier ceux des classes moyennes, d’un nouvel éventail de ressources, les ont placés en meilleure position pour contester les politiques et négocier avec l’État. Rapport arabe sur le développement humain 2002
Les pays arabes doivent combler «l’écart croissant de connaissances» en investissant de manière significative dans l’éducation et en encourageant un débat intellectuel ouvert, indique le rapport arabe sur le développement humain pour l’année 2003, publié aujourd’hui par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Selon le « Rapport arabe sur le développement humain 2003 » (RADH 2003), les États arabes devraient encourager une plus grande interaction avec d’autres pays, cultures et régions du monde. « L’ouverture, l’interaction, l’assimilation, l’absorption, la révision, la critique et l’examen ne peuvent que stimuler la production de connaissances créatives au sein des sociétés du Monde arabe », est-il indiqué. Centre d’actualités de l’ONU
C’est une expérience profondément émouvante d’être à Jérusalem, la capitale d’Israël. Nos deux nations sont séparées par plus de 5 000 miles. Mais pour un Américain à l’étranger, il n’est pas possible de ressentir un plus grande proximité avec les idéaux et les convictions de son propre pays qu’ici, en Israël. Nous faisons partie de la grande fraternité des démocraties. Nous parlons la même langue de liberté et de justice, et nous incarnons le droit de toute personne à vivre en paix. Nous servons la même cause et provoquons les mêmes haines chez les mêmes ennemis de la civilisation. C’est ma ferme conviction que la sécurité d’Israël est un intérêt vital de la sécurité nationale des États-Unis. Et notre alliance est une alliance fondée non seulement sur des intérêts communs, mais aussi sur des valeurs partagées. (…) Quand on vient ici en Israël et qu’on voit que le PIB par habitant est d’environ 21.000 dollars, alors qu’il est de l’ordre de 10.000 dollars tout juste de l’autre côté dans les secteurs gérés par l’Autorité palestinienne, on constate une différence énorme et dramatique de vitalité économique. (…) C’est la culture qui fait toute la différence. Et lorsque je regarde cette ville (Jérusalem) et tout ce que le peuple de cette nation (Israël) a accompli, je reconnais pour le moins la puissance de la culture et de quelques autres choses. Mitt Romney
 La vraie intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed. Martin Hirsch
Ce grand changement de population est particulièrement vrai en ce qui concerne la Seine-Saint-Denis, au nord de la capitale. Un grand nombre de juifs en sont partis en raison de l’insécurité ressentie après de multiples incidents de harcèlement, de pressions ou d’agressions physiques pures et simples. Partout dans la zone, en particulier au cours de la seconde Intifada en Israël [2001-2005], il y a eu des incendies de synagogues, des agressions de rabbins, des voitures béliers qui fonçaient sur les fidèles quittant la synagogue à Kippour, des bus scolaires incendiés. Les incidents continuent et, dans la majorité de ces lieux, le phénomène de l’antisémitisme de banlieue doit beaucoup au fait que les maires de nombre de ces localités étaient des communistes qui poussaient les Arabes à soutenir les Palestiniens. La Seine-Saint-Denis est le premier département musulman de France [environ 40 % sur 1,6 million d’habitants] avec des mosquées qui peuvent accueillir 6 000 à 8 000 fidèles. (…) Conséquence des tensions inévitables dans un tel environnement, les communautés juives de banlieues telles que La Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Trappes, Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil et Saint-Denis sont en train de disparaître. En raison de l’insécurité, dans des endroits comme La Courneuve où il y avait 600 à 700 familles juives, il y en a maintenant moins de 100. Et, à Saint-Denis même, là où il y avait 500 familles juives, ils ont de la difficulté à réunir un minyan pour Kippour. Dans quelques années, il n’y aura plus un seul juif dans le département. Sammy Ghozlan (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme)
Je suis venue ici en 1983, j’ai acheté mon cabinet dentaire avenue Niel et j’ai vu le quartier évoluer. Il y a deux ans, on a estimé la population juive du 17e à environ 40 000 personnes, soit à peu près 30 % des habitants de l’arrondissement. Et dans certains quartiers du 17e, le pourcentage est encore plus important, par exemple aux Ternes. Dès qu’une boutique se libère, elle est prise par un commerçant juif. Aux Batignolles, cela commence aussi. Il n’y a pas d’incidents – nombre de juifs se promènent librement avec des kippas, sans crainte. Le phénomène de l’ascension sociale de la communauté juive séfarade établie depuis les années soixante est fulgurant, on le mesure partout (…) Dans les 16e et 17e arrondissements, sur les plaques des médecins – un nom sur deux est à consonance juive, les docteurs, comme les dentistes. (…) Rue Barye, les gens rouspètent car les juifs font du bruit en sortant de la synagogue. Ce n’est pas de l’antisémitisme, mais parfois, néanmoins, je ressens un peu le ras-le-bol des riverains quand les portes et les fenêtres des synagogues restent ouvertes. Rue Fortuny, il y avait un immeuble où se tenaient les réceptions de mariages et de bar-mitsvot. Les voisins étaient furieux quand les invités sortaient dans la rue le dimanche soir en faisant du bruit à deux heures du matin. La rue était en ébullition. Murielle Schor (adjointe au maire du 17e et vice-présidente du Consistoire israélite de Paris)
Je suis arrivée dans le quartier au milieu des années 1980, venant du 20e arrondissement où des bandes d’Arabes et de Noirs se bagarraient entre eux et harcelaient les juifs. C’était très tendu. Comme je gagnais bien ma vie, je suis venue dans le 17e. Il y avait très peu de juifs ici à l’époque. Mon mari, arrivé directement de Tunisie, avait créé une synagogue du nom de sa jeune sœur tuée dans un accident de voiture en Israël. Au départ, il y avait une quarantaine de fidèles. Aujourd’hui, nous sommes dix fois plus et de nouveaux membres se joignent à nous en permanence, originaires d’autres quartiers de Paris et de banlieue. Francine Zana
Ici, au Kremlin-Bicêtre, de nombreuses familles sont parties qui ne supportaient plus l’atmosphère ambiante. Et nous ne sommes pourtant pas une des villes les plus sinistrées, l’immobilier reste cher, on y trouve un certain niveau de vie, mais la proportion d’immigrés musulmans est devenue très importante. Sur 25 000 habitants, on compte facilement 25 % de musulmans. Jusqu’aux années 1990, 10 % de la population était juive, aujourd’hui nous ne sommes que 5 ou 6 %. Albert Myara (Conseil des communautés juives de la région parisienne)
L’évolution démographique de la communauté juive française a fortement affecté le système scolaire juif privé, autrefois florissant. Avec le départ de certaines familles vers d’autres quartiers ou vers Israël, des écoles juives ont dû fermer ou regrouper des classes. (…) Les juifs n’ont pas supporté ces changements de physionomie sociale, cette insécurité, et sont partis dans les beaux quartiers. Ici, une dizaine de familles ont fait leur aliya et une cinquantaine ont déménagé vers des zones plus hospitalières, comme Neuilly, Levallois, Issy-les-Moulineaux, des quartiers où l’antisémitisme est tout à fait infime. Michel Elbaz (FSJU)
Plus de 70 % du demi-million estimé de juifs de France sont des Séfarades, débarqués entre 1956 et 1962, au moment où leurs terres ancestrales d’Algérie, du Maroc et de Tunisie obtiennent leur indépendance. Souvent sans le sou à leur arrivée, beaucoup s’installent dans les banlieues relativement défavorisées du nord et de l’est de Paris, où ils créent d’importantes communautés juives fortes de dizaines de synagogues et de centres communautaires. Mais les Arabes musulmans les rejoignent, fuyant les difficultés économiques de ces mêmes pays qu’ils ont quittés. Rapidement, ils les dépassent en nombre. On estime aujourd’hui à quelque six millions les musulmans de France, soit environ 10 % des 66 millions d’habitants du pays. Si les premiers immigrants arabes, en général, s’engageaient peu en politique et préféraient ne pas s’attirer d’ennuis, beaucoup de leurs enfants n’ont pas eu de tels scrupules : nés sur le sol français, ils bénéficient automatiquement de la nationalité et ne peuvent être expulsés. En désaccord avec la société française dans son ensemble, se sentant victimes de discriminations en tous genres, nombre d’enfants d’immigrants arabes musulmans des deuxième et troisième générations ont eu à cœur de venger la cause palestinienne, lorsque la seconde Intifada a éclaté en Israël et dans les territoires palestiniens en 2000. Ils n’ont depuis cessé de rendre la vie misérable à nombre de juifs vivant autour d’eux. Résultat : beaucoup de juifs français ont fait le choix de venir en Israël. Pour la première fois, en 2014, la France a pris la tête des pays d’origine des nouveaux immigrants, avec près de 7 000 arrivées, soit le double des 3 400 enregistrées en 2013. Entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2014, 36 800 juifs français ont fait leur aliya. Et près de 8 000 pour la seule année 2015. Des chiffres qu’il faut toutefois mettre en balance avec les estimations officieuses selon lesquelles ils seraient jusqu’à 30 % à repartir en France dans les cinq ans qui suivent leur arrivée, généralement en raison de difficultés d’intégration. Parallèlement, environ 4 000 juifs français se dirigent chaque année vers d’autres destinations, comme la province canadienne de langue française du Québec. Environ 20 000 des 93 000 juifs de Montréal sont des Séfarades d’Afrique du Nord, immigrés de France. Londres constitue une autre porte de sortie. Ces derniers temps, elle attire des milliers de jeunes juifs hautement qualifiés qui y trouvent des emplois dans le secteur financier. La capitale britannique et son économie dynamique agissent comme un aimant sur les jeunes Français, toutes origines confondues, et compte aujourd’hui entre 300 000 et 400 000 expatriés français. Selon Albert Myara, militant de la communauté juive, sur quelque 350 000 juifs de la région parisienne, environ 60 000 ont déménagé ces dix-quinze dernières années, soit pour quitter leurs voisins arabes, soit tout simplement parce qu’ayant étoffé leurs revenus, ils peuvent désormais se permettre d’habiter des secteurs plus aisés. L’exceptionnel succès économique et professionnel de nombreux juifs séfarades, et leur ascension au sein de la société française ont fait que certains quartiers cossus de Paris accueillent de nouvelles communautés juives sans cesse croissantes. En particulier dans le très chic 17e arrondissement, à proximité de l’avenue des Champs-Elysées et de l’Arc de Triomphe.  (…) Deux récents lauréats français du prix Nobel de physique, Claude Cohen-Tannoudji (1996), né à Alger, et Serge Haroche (2014), né à Casablanca, sont des Séfarades installés en France. L’un des philosophes français vivants les plus connus n’est autre que Bernard-Henri Lévy, né en Algérie. Et les noms juifs séfarades abondent dans l’industrie du film et dans les universités. (…) Si le 17e compte désormais la plus grande concentration de juifs de France, d’autres secteurs ont récemment engrangé d’importantes minorités juives. C’est le cas de l’adjacent 16e arrondissement, avec près de 25 000 juifs, de la banlieue ultra-bourgeoise de Neuilly-sur-Seine, ou encore des localités de Boulogne et Levallois, toutes situées à l’ouest de Paris. Et le caractère juif de la zone devrait encore s’intensifier en 2017 avec l’ouverture du Centre européen du judaïsme, une structure de 10 millions d’euros, qui combinera centre communautaire et synagogue sur une superficie de 5 000 mètres carrés sur l’animée rue de Courcelles, là encore, dans le 17e arrondissement. (…) Une présence juive accrue est également à noter dans les banlieues sud-est que constituent Saint-Mandé, Saint-Maur, Vincennes et Charenton, où des dizaines de milliers de juifs se sont regroupés ces dernières années. Ainsi que dans le 12e arrondissement voisin, proche de la porte de Vincennes où s’est déroulé l’attentat de l’Hypercacher en janvier 2015. A Saint-Mandé, banlieue verdoyante en bordure du bois de Vincennes, les dirigeants communautaires estiment qu’environ 40 % des habitants de la ville sont juifs. Les incidents antisémites ne sont pas les seuls moteurs de ces mouvements géographiques. Dans certains cas, les juifs font le choix de quitter les quartiers où les populations arabes musulmanes et originaires d’Afrique noire ont considérablement augmenté. C’est le cas du Kremlin-Bicêtre, une banlieue vivante du sud de Paris (…)  L’avenue de Fontainebleau, axe principal qui mène à Paris, est maintenant bordé de cafés et restaurants arabes. (…) On estime à 100 000 le nombre de jeunes juifs en âge d’être scolarisés en France. Un tiers fréquente les écoles juives. Mais selon Elbaz, certains parents redoutent désormais d’y scolariser leurs enfants, inquiets de la présence de soldats et de policiers qui accentuent la visibilité de ces établissements. Un second tiers est inscrit dans des établissements publics laïques, généralement dans des zones aisées où ils ne seront pas pris pour cible par des adolescents arabes. Et le reste étudie dans des écoles privées catholiques, souvent dans des endroits sans structures scolaires juives, et où les institutions publiques comptent de nombreux musulmans. Ces établissements catholiques sont également fréquentés par les enfants d’une certaine classe moyenne arabe émergente, qui veut assurer à ses enfants un diplôme et une scolarité sans problème. Car il faut dire que nombre de jeunes musulmans des écoles publiques abandonnent le système scolaire en cours de route, et se retrouvent sans emploi. En outre, selon les statistiques officielles, près des trois quarts des détenus français sont d’origine musulmane. Mais si une grande partie de la communauté juive a prospéré, environ 10 % sont encore trop pauvres pour quitter les zones potentiellement dangereuses où ils résident. La communauté en a toutefois aidé des centaines à déménager vers des quartiers plus sûrs, en coordination avec les services sociaux du gouvernement français. The Jerusalem Post
Le Centre européen du judaïsme (CEJ) (…) comprendra trois entités sur une surface de près de 5 000 m². Une synagogue de 600 places, dont 200 pour les femmes en mezzanine, sera encadrée par deux bâtiments de cinq et sept étages : des bureaux et surtout un pôle culturel de 2 500 m² comprenant des salles de spectacle et d’exposition. Le coût est d’au moins 10 millions d’euros, dont quelque 2,7 millions supportés par des fonds publics (État et région) pour la partie culturelle. La ville de Paris a mis le terrain, de 1 650 m², à disposition du Consistoire, la principale instance du judaïsme français, qui porte le projet. (…) prédisant une inauguration entre Hanoukka, la fête des lumières, en décembre prochain, et Pessah, la Pâque juive, au printemps 2018. Dans les cartons de longue date, le projet a été vraiment lancé au printemps 2015. Soit quelques semaines après l’attaque jihadiste qui a fait quatre morts dans un supermarché casher de la porte de Vincennes. (…) L’émigration vers Israël, l’alyah, s’est nourrie de ce climat d’insécurité, atteignant environ 40 000 départs en dix ans depuis la France, soit un dixième de la communauté. Dans ce contexte, « faut-il construire ? », s’est interrogé lui-même Joël Mergui. Mais beaucoup de Juifs « sont là, restent là », entre « résistance » et « espoir ». (…) Le choix de l’arrondissement ne doit rien au hasard : le centre de gravité du judaïsme en Île-de-France s’est très sensiblement déplacé de l’Est populaire vers l’Ouest, plus cossu et jugé plus sûr. Le XVIIe arrondissement est prisé par la communauté, qui y trouve pléthore de commerces casher. The Times of Israel
60 000 des 350 000 juifs de Paris et sa région ont déménagé ces dix dernières années. Les communautés juives de banlieues ont été complètement désertées Des synagogues sont sur le point de fermer. Comme à Saint-Denis, La Courneuve, Peyrefitte, Stains, Villepinte, Aulnay sous-bois, Bagnolet, Blanc-Mesnil. Un grand nombre de juifs sont partis en raison de l’insécurité ressentie après de multiples incidents de harcèlement, de pressions, d’agressions physiques. Sammy Gozlan
On compte, grosso modo, deux grands axes de regroupement de cette population de banlieue. A l’Ouest, le 17e arrondissement qui est en pleine expansion, a fédéré autour de lui le 16e, Neuilly et Boulogne. À l’Est, autour du 12e arrondissement, s’ajoutent Saint-Mandé, Vincennes, et Charenton. Haïm Korsia (Grand rabbin de France)
Certains sont amenés à quitter la banlieue pour habiter dans des quartiers au cadre de vie plus agréable. Généralement, au terme d’une vie bien remplie et surtout quand le statut social s’est élevé. Ce parcours résidentiel d’ascension sociale n’est pas évidemment spécifique à la population juive. Cependant, le départ de familles juives du 93 vers Paris, notamment le 17e arrondissement, ou vers des communes aisées des Hauts-de-Seine (Levallois, Neuilly) ou du Val-de-Marne que sont Vincennes et Saint-Mandé, renvoie pour partie à ce phénomène. Il en va de même, par exemple, de certains déménagements de Sarcelles ou Garges vers Saint-Brice, dans le Val d’Oise, ou de Créteil vers la ville de Saint-Maur-des Fossés. Ces mouvements de population sont souvent numériquement conséquents et parfois se voient car ils changent la physionomie de certaines villes. La sécurité a-t-elle joué un rôle majeur dans ces migrations qui ont, finalement, redessiné l’implantation juive à Paris et en Ile-de-France ? Bien sûr, mais ce n’est pas l’unique motif. Jérôme Fourquet (IFOP)
Dès qu’une boutique se libère, elle est prise par un commerce juif ! Quand j’ai ouvert mon cabinet de chirurgien-dentiste en 1983, avenue Niel, ce quartier était mort. Ma clientèle était composée de plusieurs noms à particules. Des nobles ! Et j’avais seulement un petit noyau de juifs. Et, petit à petit, ces dix dernières années, ma clientèle juive s’est agrandie. Murielle Schor (chirurgien-dentiste, adjointe au maire)
Nous étions une famille heureuse. Toutes les grandes marques parisiennes étaient représentées, et les écoles étaient performantes. Nous n’avions même plus besoin de descendre à Paris ! Nous formions une communauté solidaire et joyeuse. Sarcelles était l’antichambre de Paris ! Petit à petit, une petite délinquance s’est développée, laquelle a entraîné la fermeture de ces grands magasins qui étaient le joyau de Sarcelles. Tout a disparu en cinq ans. Et nous sommes partis. De porte-à-porte, de mon cabinet à la maison, il y a exactement vingt minutes. Beaucoup de médecins, dentistes, kinés ont gardé leurs cabinets à Sarcelles et habitent le 17e. Ici nous sommes respectés et nous avons nos habitudes. La communauté s’est regroupée. Nous avons une vie sociale intéressante. Le salon Hoche où nous nous retrouvons pour Kippour, et le parc Monceau pour nos promenades. De petites échoppes chinoises de manucures et de pédicures, bon marché, se sont incrustées entre les commerces. André Cohen (kinésithérapeute)
On compte aujourd’hui 40 000 juifs pour 171 000 habitants de l’arrondissement, soit 23 %. Pourquoi ont-ils choisi le 17e ? Disons que les juifs de France s’y sentent bien, et surtout se sentent protégés. Mais je souhaite que les commerces soient un peu mieux répartis. Et qu’on ne refasse pas la rue des Rosiers ! Je fais un énorme travail pour entretenir un excellent lien entre les communautés. Le rabbin Haïm Korsia a débattu avec le curé Stéphane Biaggi dans le cadre du Lyons Club. Et au moment de l’attentat contre l’Hypermarché, le lycée Blanche de Castille a ouvert sa cour aux enfants de l’Ecole juive moderne. Brigitte Kuster (maire du 17e)
Au début, mon mari avait une petite synagogue, qui n’existe plus, où nous étions une quarantaine de membres. Aujourd’hui, nous sommes dix fois plus ! 400 membres ! C’est incroyable ! Francine Zana
On compte, ici, une vingtaine de synagogues, toutes fréquentées (…) on y trouve ce qu’on veut, des écoles de bons niveaux comme le Lycée Carnot, de nombreux restaurants cashers, et surtout nous avons une bonne qualité de vie.  Haïm Korsia 
Nous étions avant tout des Français juifs. Mais depuis la violente vague d’antisémitisme qui a déferlé en France avec les affaires Ilan Halimi, Mérah, l’Hyper Cacher, et bien d’autres, nous avons été déçus d’être considérés de cette façon. Alors forcément, nous cherchons à nous regrouper, à être solidaires, à vivre en communauté. Du communautarisme dites-vous ? Oui, mais comment voulez-vous faire autrement ? Je n’étais pas particulièrement pratiquante quand je suis arrivée ici, mais je le suis devenue depuis que j’y habite. En mangeant casher, je veux vivre pleinement mon judaïsme. Et cet arrondissement m’offre cette possibilité ! Isabelle Castro (décoratrice d’intérieur)
Tout est parti d’ici. Quand j’ai ouvert ici, rue Saussier Leroy, j’étais le seul restaurant casher Beth Din, uniquement tunisien ! Puis tout autour, se sont installés d’autres restaurants comme le Rendez-vous ou La Corniche, des synagogues, des agences de voyages, des boucheries, des écoles. Sans doute cela a-t-il incité beaucoup de juifs à venir. (…) Regardez bien ! Tout le beau monde est venu chez moi : Jean-Paul Belmondo, Johnny Halliday, Patrick Bruel, Vincent Lindon, Richard Berri, Sarkozy, Lionel Jospin. La liste est longue… Pourquoi viennent-ils ? Parce que c’est Nini ! Nous avons une clientèle fidèle. J‘en suis à ma 4e génération ! Viennent à nous des jeunes dont on a connu l’arrière-grand-mère ! Nini Laloum
Ce quartier huppé du sud du 17e a tout pour séduire les nouveaux venus. De grands boulevards, un parc Monceau aux allures de Central Park où courent des joggers tout au long de la journée, des immeubles cossus, plus de 30 restaurants casher – à peine moins que dans le 19e arrondissement –, quatre boucheries, 3 épiceries fines, 2 pâtisseries, une librairie Beit Hassofer, et l’impressionnant Musée Nissim de Camondo des frères Pereire au XIXe siècle. Sans oublier, trois écoles juives qui totalisent plus de 800 élèves. « Pour n’en citer qu’un seul exemple, l’Ecole juive moderne, ses effectifs sont en progression constante : ouverte en septembre 2007 avec 22 enfants, elle compte aujourd’hui plus de 160 enfants, précise Patrick Petit-Ohayon, directeur de l’action scolaire au FSJU. Tous les établissements scolaires juifs, depuis janvier 2015, sont sous haute surveillance : rondes de militaires, cours pour préparer les enfants au pire, formation des parents à la vigilance… En effet, des équipes volontaires de parents protecteurs, créées en 2012, après la tuerie de l’école Ozar Hatorah, sont organisées par le Service de Protection de la Communauté juive (SPCJ), et qui assure, en liaison avec la police, la sécurité des lieux juifs dans l’Hexagone. Dans le 17e, c’est l’opération Sentinelle qui est déployée, explique un membre du ministère de l’Intérieur qui veut garder l’anonymat. Devant les écoles, une garde statique de 3 militaires en armes pendant la durée des cours de 8 heures 30 à 16 heures 30. Dans tous les lieux publics, des patrouilles circulent, pour tout couvrir, sans passer au même endroit, au même moment, sinon ça ne sert à rien de patrouiller. Mais je ne peux vous en dire plus ! » (…) Si avec 40 000 juifs, le 17e compte le plus grand rassemblement de juifs de France, son caractère va encore s’intensifier avec… l’ouverture du Centre Européen du Judaïsme (CEJ), fin 2017. Un complexe pharaonique dont la construction a déjà commencé ! 4 900 m2, à l’angle de la commerçante rue de Courcelles et du boulevard Reims, avec des salles modulables pour les mariages et les fêtes, des salles d’expositions, un gymnase, un théâtre, une grande synagogue, un mikvé, une grande terrasse pour accueillir une soucca, une bibliothèque, une médiathèque, et même un jardin ! Coût : 10 millions d’euros, dont une contribution de 2,7 millions de l’État français. « Est-ce le bon moment pour construire ? », s’interroge Joël Mergui, Président du Consistoire de France pour qui ce Centre est l’aboutissement institutionnel de 2 000 ans de présence juive en France. « Oui, je le pense. Personne n’a le droit de juger ceux qui partent mais personne n’a le droit de décider de l’avenir de la majorité qui reste. Ce nouveau bâtiment, lieu de vie, et symbole d’espoir, montre que nous et personne d’autre, possédons cet avenir. Il ajoute que ce que le nazisme n’a pas réussi, l’islamisme radical n’y parviendra pas non plus, les juifs ne disparaîtront pas d’Europe. Nous, juifs français qui représentons la plus importante communauté juive d’Europe, voulons croire en l’avenir d’un Judaïsme européen bimillénaire ». Pour Murielle Schor, qui accompagne le projet depuis dix-sept ans, c’est la « réalisation d’un rêve et d’une intuition » que tous les maires de la capitale ont soutenu depuis qu’est née la possibilité d’avoir ce terrain. Tribune juive
Un fort courant de pensée dénonce le mauvais accueil que l’Europe réserverait aux musulmans, contribuant aux difficultés d’intégration de ces derniers. Ce courant inspire nombre d’études affirmant que les musulmans sont victimes d’« islamophobie ». Une telle approche vient d’être illustrée par un rapport élaboré par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA). Le texte, intitulé « Second European Union Minorities and Discrimination Survey. Muslims – Selected finding », (septembre 2017), analyse les réponses de 10 527 personnes qui s’identifient elles-mêmes comme musulmanes dans quinze pays de l’Union. Or, dès qu’on examine de près les données recueillies, on voit qu’elles conduisent à des conclusions bien différentes de ce que le rapport prétend démontrer. L’étude s’appuie uniquement sur des déclarations relatives à ce qui est ressenti par les personnes interrogées. Pourtant, ce qui est déclaré est identifié à ce qui advient effectivement. On trouve sans cesse des affirmations telles que : « Les musulmans ayant répondu rencontrent de hauts niveaux de discrimination », comme s’il s’agissait d’un fait avéré. Or, on trouve chez les personnes interrogées des conceptions très larges de ce qu’elles entendent par discrimination, en y incluant des différences de traitement conformes à la loi, liées à la nationalité. Rien n’est mis en œuvre dans l’étude pour savoir si une attitude globale plutôt hostile envers la société d’accueil pousserait certains à qualifier de discrimination des réactions fondées en réalité sur des raisons nullement discriminatoires, tel un déficit de compétence. De surcroît, ceux qui affirment que les musulmans en général sont discriminés sont beaucoup plus nombreux que ceux qui se déclarent discriminés personnellement. Dans cette étude, en France, 75 % des musulmans déclarent qu’il existe une discrimination sur la base de la religion alors que seulement 20 % déclarent s’être sentis personnellement discriminés sur cette base au cours des cinq dernières années. On trouve, en réponse aux mêmes questions, 72 % et 30 % en Suède, 59 % et 19 % en Belgique, 26 % et 10 % en Espagne, etc. La croyance, que l’on retrouve au sein de la population en général, selon laquelle les musulmans seraient discriminés en raison de leur religion outrepasse donc largement la réalité. (…) Ce n’est nullement l’ensemble, ni même la majorité des musulmans qui déclarent s’être sentis discriminés du fait de leur religion, mais une petite minorité : 17 % dans les cinq ans précédant l’enquête. On retrouve ce même caractère minoritaire quand il s’agit de harcèlement (du regard perçu comme hostile à l’acte de violence physique), ou encore des rapports avec la police. Dans ce dernier cas, parmi les personnes qui se déclarent musulmanes et qui ont été interrogées, seulement 16 % des hommes et 1,8 % des femmes indiquent se sentir discriminés. En fait, on a affaire à plusieurs sous-populations suscitant des réactions très contrastées. Tandis que la majorité ne se sent jamais discriminée, une minorité se sent discriminée à répétition – cinq fois par an en moyenne, jusqu’à quotidiennement pour une partie. Un tel contraste entre des groupes traités (ou qui se sentent traités) de manière aussi radicalement différente serait impossible si on avait affaire à une discrimination s’exerçant au hasard, liée au simple fait d’être musulman. Le rapport, en outre, fournit un ensemble de données distinguant les déclarations provenant de musulmans d’origines diverses (Afrique du Nord, Afrique subsaharienne, Turquie, Asie), hommes et femmes, et vivant dans les divers pays de l’Union étudiés. En moyenne, ceux qui viennent d’Afrique du Nord sont plus de deux fois plus nombreux que ceux venant d’Asie (21 %, contre 9 %) à se déclarer discriminés sur la base de la religion. On retrouve ces différences, encore plus amples, pour le harcèlement et les rapports avec la police. Or rien n’est dit sur ce que ces différences sont susceptibles de devoir à des divergences de manière d’être des personnes concernées. L’existence de limites au droit à l’expression des religions, spécialement dans l’entreprise, est bien notée. Mais il n’est jamais envisagé qu’une acceptation de ces limites chez les uns puisse coexister avec une rébellion à leur égard chez d’autres, cette différence d’attitude entraînant une différence de réactions des employeurs. Par ailleurs, les immigrés de seconde génération déclarent davantage rencontrer des réactions négatives du fait de leur religion que ceux de première génération (22 % contre 15 % pour les discriminations, 36 % contre 22 % pour le harcèlement). Mais il n’est jamais question, dans le rapport, de l’adoption, au sein de la seconde génération, d’une posture plus revendicative, susceptible de conduire à des comportements posant problème. En arrière-fond du rapport, la vision de l’intégration mise en avant est celle d’une « accommodation mutuelle ». Il est fait appel aux orientations du Conseil de l’Europe, « regardant l’intégration comme un processus dynamique à double sens d’accommodation mutuelle de tous les immigrants, y compris les musulmans, et des résidents » . Mais, en pratique, le rapport incite uniquement à réclamer une adaptation à la société d’accueil. Il est question de racisme, de xénophobie, de « crimes causés par la haine » . En réalité, l’interprétation qui paraît la plus sensée des données d’enquête est que la grande majorité des musulmans ne pose aucun problème à la société d’accueil ; et que, corrélativement, ses membres sont traités comme tout un chacun. C’est seulement une petite minorité qui est source de problèmes pour la société d’accueil et suscite, de ce fait, des réactions négatives. Il est vraisemblable que les membres de cette petite minorité, refusant de reconnaître ce qui est dû à leur manière d’être, se déclarent discriminés. En outre, l’interprétation, par le rapport, des sentiments à l’égard de la société d’accueil est toujours à sens unique. Les musulmans dans leur grande majorité déclarent se sentir à l’aise avec des voisins d’une religion différente ou prêts à voir leurs enfants épouser des non-musulmans. Selon le rapport, « presque tous (92 %) se sentent bien à l’idée d’avoir des voisins d’une autre religion » et presque un sur deux (48 %) n’aurait aucun problème « si un membre de sa famille épousait une personne non musulmane » . (…) Dans la comparaison ainsi faite, il n’est question que d’attitudes d’ouverture et de fermeture. L’étude ne porte aucune attention à la réalité des difficultés à vivre dans un univers où des personnes d’une autre culture peuvent tendre à imposer leurs mœurs. (…) l’intensité de la pression sociale dans certains quartiers où les musulmans tendent à régenter les tenues et les conduites n’est jamais évoquée. S’agissant du mariage, on ne trouve pas, dans l’étude, de questions séparées pour le mariage des filles et celui des garçons, alors que l’islam les distingue. On ne trouve pas davantage de mention des difficultés concrètes associées pour un non-musulman à un mariage avec un musulman : possibilité pour un conjoint musulman d’enlever les enfants en cas de séparation pour les amener dans un pays musulman, en étant protégé par la justice du pays en question ; pression à la conversion du conjoint non musulman. (…) La place que tient la haine envers l’Occident au sein du monde musulman n’est jamais évoquée. Le fait que ceux qui se déclarent le plus discriminés soient aussi ceux qui déclarent le moins d’attachement à la société d’accueil est interprété, comme si cela allait de soi, comme une relation de cause à effet. Ce serait ceux qui sont le plus discriminés qui, pour cette raison, s’attacheraient le moins à la société qui les accueille. Cette relation à sens unique est postulée, en particulier quand il s’agit de radicalisation islamiste. Il n’est pas envisagé qu’on ait affaire à un effet inverse : une attitude de rejet de la société d’accueil liée à une conception « dure » de l’islam, engendrant à la fois des comportements qui suscitent des réactions négatives et une tendance à interpréter ces réactions comme des discriminations. L’étude de l’Union européenne ne se demande jamais pourquoi il existe un tel contraste entre une grande majorité des musulmans qui déclare ne jamais se sentir discriminée et une petite minorité qui déclare l’être intensément. Ce contraste montre que l’on n’a pas affaire à des réactions globales à l’égard des musulmans en tant que tels, mais à des réactions différenciées, ce qui suggère que les manières d’être de chacun, considérées dans leur grande diversité, ont un rôle majeur. Pourtant l’étude affirme, comme si cela allait de soi, que les barrières à une pleine inclusion des musulmans dans les sociétés européennes ne sont imputables qu’à ces sociétés et sont exclusivement dues à « discrimination, harcèlement, violences motivées par la haine, fréquence des contrôles policiers ». Ce sont ces expériences qui peuvent à la longue réduire l’attachement des populations concernées au pays où elles résident, soutient l’étude. Le communiqué de presse diffusé à la suite de la parution de l’étude indique, comme première solution aux problèmes d’intégration des musulmans, « des sanctions efficaces contre les violations de la législation de lutte contre la discrimination » . Alors que l’intention affichée par l’étude, comme de manière générale à la famille d’études à laquelle elle appartient, est d’être au service d’une meilleure intégration des musulmans, son effet tend à être exactement inverse. Elle incite les musulmans à croire, à tort, que leurs efforts d’intégration sont vains et donc à nourrir du ressentiment et à les détourner d’accomplir de tels efforts. L’étude sert involontairement, par ailleurs, les stratégies des islamistes militants qui travaillent à la construction d’une contre-société islamique hostile aux pays d’accueil et plus généralement à l’Occident. Philippe d’Iribarne
Moi, j’ai eu envie de ce film parce qu’en fait cette histoire, c’est la mienne. J’ai grandi dans une famille – mes parents sont originaires d’Algérie aussi – où on m’a pas donné des livres, on m’a pas emmené à l’opéra. Et pour des raisons mystérieuses, j’ai eu envie d’être acteur et en allant dans un cours de théâtre, je suis tombé sur un professeur qui m’a fait découvrir des auteurs qui m’emmerdaient au lycée et qui tout d’un coup prenaient du sens. (…) C’était pas un Pierre Mazard. Il pouvait être humiliant, il pouvait être brutal. (…) Alors, on se protège de temps en temps et en même temps des fois on est bien obligé de se le prendre dans la figure et de se remettre en question parce que aussi les auteurs et les mots, c’est pas que les mots. Les mots, c’est aussi une façon de penser, une façon de comprendre. Yvan Attal
Cette histoire, c’est la mienne en fait. Je suis issu d’une famille d’Algérie, pas musulmane (de juifs séfarades, ndlr) qui arrive d’Algérie après l’indépendance avec rien. J’ai grandi dans une cité à Créteil à côte de la cité où on a tourné. Mes parents ne m’ont pas donné des livres à lire, ne m’ont pas amené à l’opéra et pour reprendre les dialogues du film, je n’ai pas eu la chance de faire du solfège et du char à voile à l’Ile de Ré. Pour des raisons mystérieuses j’ai eu envie d’être acteur, je me suis inscrit dans un cours de théâtre et là je suis tombé sur un professeur qui m’a fait découvrir Molière, Marivaux, Musset, Shakespeare et les autres. Et aujourd’hui, grâce à lui, je suis acteur et réalisateur. (…) Tout est possible, même si on est à une autre époque, qu’il y a des difficultés supplémentaires, même si on porte un nom qui est difficile à porter pour certains. On ne peut pas toujours brandir la carte de la discrimination toute la journée. Il faut se bouger le cul. (…)  Mazard n’est pas raciste, c’est un provocateur, c’est quelqu’un qui nous sort de notre zone de confort, même s’il dérape, évidemment, comme ces intellectuels qui pour nous démontrer une idée vont un peu trop loin mais peut-être que l’intention n’était pas mauvaise. (…) C’est un film chauvin, on fait référence au patrimoine culturel, à nos auteurs. Yvan Attal
Someone just wrote to me  » what did Jews bring to the world beside Palestinian holocaust ?… Well, maybe Jesus, Spinoza, Freud, Einstein and those guys… Let’s not even account Whatsapp, Facebook, Google, Vibber, Fiverr, and everything in ur cellphone. Pierre Rehov
All the world’s Muslims have fewer Nobel Prizes than Trinity College, Cambridge. They did great things in the Middle Ages, though. Richard Dawkins
That was unfortunate. I should have compared religion with religion and compared Islam not with Trinity College but with Jews, because the number of Jews who have won Nobel Prizes is phenomenally high. Race does not come into it. It is pure religion and culture. Something about the cultural tradition of Jews is way, way more sympathetic to science and learning and intellectual pursuits than Islam. That would have been a fair comparison. Ironically, I originally wrote the tweet with Jews and thought, That might give offense. And so I thought I better change it. (…) I haven’t thought it through. I don’t know. But I don’t think it is a minor thing; it is colossal. I think more than 20 percent of Nobel Prizes have been won by Jews. And especially if you don’t count peace prizes, which I think don’t count actually (…) Most of the ones that have gone to Muslims have been peace prizes, and the [number of Muslims] who have gotten them for scientific work is exceedingly low. But in Jews, it is exceedingly high. That is a point that needs to be discussed. I don’t have the answer to it. I am intrigued by it. I didn’t even know this extraordinary effect until it was pointed out to me by the [former] chief rabbi of Britain, Jonathan Sacks. (…) He shared it with due modesty, but I thought it was astounding, and I am puzzled about it. Richard Dawkins
As of 2017, Nobel Prizes have been awarded to 892 individuals, of whom 201 or 22.5% were Jews, although the total Jewish population comprises less than 0.2% of the world’s population. This means the percentage of Jewish Nobel laureates is at least 112.5 times or 11250% above average. Wikipedia
Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s’étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n’y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l’amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu’ils aient l’occasion et l’opportunité de s’associer à nous, d’apprendre notre enseignement chrétien et d’être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d’entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens. Luther (Que Jésus Christ est né Juif, 1523)
Les Juifs sont notre malheur (…) Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n’est qu’une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer! Luther
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire (Article « Tolérance »)
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister. Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu …Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel (disciple de Fourier, 1845)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui est la faute des sionistes. Les Juifs Américains sont derrière la crise économique mondiale qui a aussi frappé la Grèce. Mikis Theodorakis (2011)
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Les enfants de Trump doivent reprendre l’entreprise avec le conflit d’intérêt, ils pourront vendre des gratte-ciels au gouvernement israélien. Des immeubles luxueux à construire dans les territoires occupés, que le Président des États-Unis les aidera à occuper et il leur enverra des Mexicains pour nettoyer les chiottes. Charline Vanhoenacker
I am aware than I incur the risk of being accused of Jewish pretentiousness when I emphasize the fact that so many of the Nobel prize winners have been jews, but a Jew cannot, nowadays, afford to be squeamish. Stephan Zweig (1937)
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXe siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de surveiller les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles […] En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Yuri Slezkine
Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem. You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South? Paul Solman
The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings. (…) the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets: capital already accumulated as craftsmen and trade networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors. Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage. They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East. Maristella Botticini
En fait, ce que nous avons voulu démontrer, ma collègue Maristella Botticini, de la Bocconi, et moi, c’est que l’obligation d’étudier a un coût, et oblige donc l’individu rationnel à rechercher une compensation pour obtenir un retour sur investissement. Dans le cas des juifs, le problème se pose après la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 de l’ère courante. La caste des prêtres qui constituait alors l’élite perd le pouvoir au profit de la secte des pharisiens, qui accorde une grande importance à l’étude. C’est de cette secte que vont sortir les grands rabbis, ceux qui vont pousser les juifs à se concentrer sur l’étude de la Torah, un texte dont la tradition veut qu’elle ait été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu. Vers l’an 200, obligation est ainsi faite aux pères de famille d’envoyer leurs fils dès l’âge de 6 ans à l’école rabbinique pour apprendre à lire et étudier la fameuse Torah. Or l’essentiel des juifs sont des paysans, et pour les plus pauvres, cette obligation pèse très lourd car elle les prive de bras pour travailler aux champs. Beaucoup vont alors préférer se convertir au christianisme, d’où, on le voit dans les statistiques de l’époque, une baisse drastique de la population juive au Proche-Orient à partir du IIIe siècle alors que, jusqu’à la destruction du Temple, cette religion était en augmentation constante et multipliait les convertis. Pour ceux qui ont accepté le sacrifice financier que représente la dévotion, il va s’agir de valoriser leur effort. Or autour d’eux, ni les chrétiens ni, plus tard, les musulmans n’imposent à leurs enfants d’apprendre à lire et à écrire. Les juifs bénéficient donc d’un avantage compétitif important. C’est ainsi un juif converti à l’islam qui a servi de scribe à Mahomet et aurait mis par écrit pour la première fois le Coran. (…) Notre étude, fondée sur l’évolution économique et démographique du peuple juif, de l’Antiquité à la découverte de l’Amérique, remet en cause en fait la plupart des théories avancées jusqu’ici. Si les juifs sont médecins, juristes ou banquiers plus souvent qu’à leur tour, ce n’est pas parce qu’ils sont persécutés et condamnés à s’exiler régulièrement, comme l’a avancé l’économiste Gary Becker, ou parce qu’ils n’avaient pas le droit d’être agriculteurs, comme l’a soutenu Cecil Roth. Car si dans certains pays, on les a empêchés de posséder des terres, c’était bien après qu’ils aient massivement abandonné l’agriculture, et s’ils ont pu être persécutés, cela ne justifie pas qu’ils soient devenus médecins ou juristes : les Samaritains, très proches des juifs et eux aussi traités comme des parias, sont demeurés paysans. De même, contrairement à ce que dit Max Weber, ce n’est pas parce qu’un juif ne peut pas être paysan du fait des exigences de la Loi juive. Les juifs du temps du Christ la respectaient alors qu’ils étaient majoritairement occupés à des travaux agricoles et à la pêche. C’est dans l’Orient musulman, sous les Omeyyades et les Abbassides, à un moment où ils sont particulièrement valorisés, que les juifs s’installent massivement dans les villes et embrassent des carrières citadines. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent alors tirer parti du fait d’être lettrés. D’un point de vue purement économique, il est alors beaucoup plus rentable de devenir marchand ou scientifique que de labourer la terre. D’où notre théorie : si les juifs sont devenus citadins et ont occupé des emplois indépendants de l’agriculture, c’est d’abord parce qu’ils étaient formés. Et s’ils étaient formés, c’est que leur religion exigeait qu’ils le soient. (…) ces professions étaient beaucoup plus rentables que le travail de paysan. Pour un juif du Moyen Âge, l’apprentissage de la Torah allait de pair avec le fait de faire des affaires. Rachi, le grand commentateur du Talmud, était un entrepreneur qui possédait des vignes. Ses quatre fils, tous érudits, se sont installés dans quatre villes différentes où ils ont tous fait du business, notamment de prêts d’argent, tout en étant rabbins. Grâce à leur connaissance des langues et leurs réseaux familiaux, les juifs ont pu rentabiliser leur formation, le fait de savoir lire et écrire, mais aussi raisonner, plus aisément que d’autres communautés. (…) Il est essentiel que la culture fasse partie intégrante de l’éducation quotidienne. Et en cela, la mère joue un rôle essentiel, toutes les études le montrent. C’est elle qui transmet les valeurs fondamentales. La probabilité que vous alliez à l’université est plus importante si votre mère a été elle-même à l’université. Donc, le fait que la mère ait un minimum d’éducation a représenté très tôt un avantage compétitif par rapport aux autres communautés religieuses où la femme n’en recevait pas. Nous étudions actuellement la période allant de la Renaissance à l’Holocauste. Et nous avons déjà découvert ceci : en Pologne, au XVIIe siècle, la population juive a fortement progressé par rapport à la population chrétienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que la mortalité infantile y était plus faible. Conformément à l’enseignement du Talmud, les enfants bénéficiaient en effet d’un soin tout particulier. Les femmes gardaient leur enfant au sein plus longtemps que les chrétiennes, et elles s’en occupaient elles-mêmes. Voilà un exemple tout simple des effets que peut avoir l’éducation. Zvi Eckstein
Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc… (…) S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté.  (…) c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir. (…) C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée. André Burguière
A distinctively large proportion of Jewish youth go to college –  in the early 1970s, for example, 80 percent of American Jews of college age as compared with 40 percent for the college-age population as a whole (Lipset and Ladd
Protestants turn up among the the American-reared laureates in slightly greater proportion to their numbers in the general population. Thus 72 percent of the seventy-one laureates but about two thirds of the American population were reared in one or another Protestant denomination – mostly Presibterian, episcopalian, or lutheran, rather than Baptist or Fundamentalst. However, only I percent of the laureates came from a catholic background, one twenty-fifth the percentage of Americans counted as adherents to Roman catholicism (US bureau of the Census, 1958). jews, on the other hand, are overreprsented: comprising about 3 percent of the US population, they make up 27 percent of the Nobelists who were brought up in the United states. (…) These figures, it should be emphasized, refer to the religious origins of this scientific ultra-elite, not to their own religious preferences. Whatever those origins, laureates often describe themselves as agnostics, without formal religious affiliation or commitment to a body of religious doctrine. the large representation of Jews among laureates is by no means a uniquely American phenomenon. By rough estimates, Jews make up 19 percent of the 286 Nobelists of all natinalities named up to 1972, a percentage many times greater than than that found in the population of the countries from which they came and one that may be related to the often documented proclivity of jews for the leraned professions in general,and for science in particular. These data would begin to put in question the often expressed belief that the notable representation of jews among « American » laureates resulted from the great migration of talented young scientists in the wake of Hitler’s rise to power.. it is true that many scientists did escape to the United States where they significantly augmented the numbers of jews among the scientific elite as well as among the rank and file. but the refugees did not materially increase the proortion of Jews among the future laureates. Nineteen of the 71 laureates raised in the United States (27 percent) and seven of the 21 raised abroad (33 percent) were of Jewiish origin. The seven Jewish emigré laureates-to-be, though a substantial addition to the ultra-elite, raised the proportion of Jews among all ninety-two future laureates by only one percent. (…) Contributions by emigré scientists to the war effort and particularly to the development of the atom bomb have by now become the conventional measure of their first impact on American science. But (…) their influence was more farreaching. many made their mark not only by their own scintific work but also by training apprentices who would in turn make major scientific contributions. (…) Thus, gauge the true extent of « Hitler’s gift » requires that we take into account not only the scientific work of the emigrés themselves (during the war and afterward) but their multiplier effect as mentors to new generations of scientists, including a good many Nobelists. We should pause for a moment to consider how the same events can be considered from the complementary perspective of what the nazi hegemony meant for science in Germany. (…) Germany dominated the Nobel awards up to Worl War II. By 1933, the when the Nazis came to power, the combined total Nobels awarded to scientists who had done their prize-winning research in Germany came to thirty-one: 30 percent of the 103 prizes awarded since their founding in 1901. After 1934 and up to 1976, only nineteen who worked in Germany won prizes, or 9 percent of the total of 210 for the period. Part of this decline involves the drastic reduction in the number of Jewish laureates from nine to just two. in the number of Jewish laureates from nine to just two. Not even these two , max Borrn and Oto Stern, chose to ride out the strom in Germany. Born settled in Edinburgh in 1936, ten years after publishing his statistical interpretation of the wave function. Stern accepted a chair at Carnegie Institute of Technology  in the number of Jewish laureates from nine to just two. Not even these two , max Borrn and Oto Stern, chose to ride out the strom in Germany. Born settled in Edinburgh in 1936, ten years after publishing his statistical interpretation of the wave function. Stern accepted a chair at Carnegie Institute of technology and emigrated in 1933, having already developed the molecular beam method and mesaured the magnetic moment of the proton. While officially credited to both Great britain and the United states respectively, they should be counted as Germans since the research was done in Germany. More telling perhaps than the virtual elimination of Jewish laureates from Germany after 1933 is the fact that the number of Gentile laureates also declined by 20 percent. The Nazi effect on German science cannot be attributed exclusively to the persecution of Jews. The Nazis’ dismantling of much of the scietific establishment and the impoverished conditions prevailing after the war help to account for the decline in the numbers of German laureates. Harriet Zuckerman
Jews are a famously accomplished group. They make up 0.2 percent of the world population, but 54 percent of the world chess champions, 27 percent of the Nobel physics laureates and 31 percent of the medicine laureates. Jews make up 2 percent of the U.S. population, but 21 percent of the Ivy League student bodies, 26 percent of the Kennedy Center honorees, 37 percent of the Academy Award-winning directors, 38 percent of those on a recent Business Week list of leading philanthropists, 51 percent of the Pulitzer Prize winners for nonfiction. In his book, “The Golden Age of Jewish Achievement,” Steven L. Pease lists some of the explanations people have given for this record of achievement. The Jewish faith encourages a belief in progress and personal accountability. It is learning-based, not rite-based. Most Jews gave up or were forced to give up farming in the Middle Ages; their descendants have been living off of their wits ever since. They have often migrated, with a migrant’s ambition and drive. They have congregated around global crossroads and have benefited from the creative tension endemic in such places. No single explanation can account for the record of Jewish achievement. The odd thing is that Israel has not traditionally been strongest where the Jews in the Diaspora were strongest. Instead of research and commerce, Israelis were forced to devote their energies to fighting and politics. Milton Friedman used to joke that Israel disproved every Jewish stereotype. People used to think Jews were good cooks, good economic managers and bad soldiers; Israel proved them wrong. But that has changed. Benjamin Netanyahu’s economic reforms, the arrival of a million Russian immigrants and the stagnation of the peace process have produced a historic shift. The most resourceful Israelis are going into technology and commerce, not politics. This has had a desultory effect on the nation’s public life, but an invigorating one on its economy. Tel Aviv has become one of the world’s foremost entrepreneurial hot spots. Israel has more high-tech start-ups per capita than any other nation on earth, by far. It leads the world in civilian research-and-development spending per capita. It ranks second behind the U.S. in the number of companies listed on the Nasdaq. Israel, with seven million people, attracts as much venture capital as France and Germany combined. As Dan Senor and Saul Singer write in “Start-Up Nation: The Story of Israel’s Economic Miracle,” Israel now has a classic innovation cluster, a place where tech obsessives work in close proximity and feed off each other’s ideas. (…) Israel’s technological success is the fruition of the Zionist dream. The country was not founded so stray settlers could sit among thousands of angry Palestinians in Hebron. It was founded so Jews would have a safe place to come together and create things for the world. This shift in the Israeli identity has long-term implications. Netanyahu preaches the optimistic view: that Israel will become the Hong Kong of the Middle East, with economic benefits spilling over into the Arab world. And, in fact, there are strands of evidence to support that view in places like the West Bank and Jordan. But it’s more likely that Israel’s economic leap forward will widen the gap between it and its neighbors. All the countries in the region talk about encouraging innovation. Some oil-rich states spend billions trying to build science centers. But places like Silicon Valley and Tel Aviv are created by a confluence of cultural forces, not money. The surrounding nations do not have the tradition of free intellectual exchange and technical creativity. For example, between 1980 and 2000, Egyptians registered 77 patents in the U.S. Saudis registered 171. Israelis registered 7,652. The tech boom also creates a new vulnerability. As Jeffrey Goldberg of The Atlantic has argued, these innovators are the most mobile people on earth. To destroy Israel’s economy, Iran doesn’t actually have to lob a nuclear weapon into the country. It just has to foment enough instability so the entrepreneurs decide they had better move to Palo Alto, where many of them already have contacts and homes. American Jews used to keep a foothold in Israel in case things got bad here. Now Israelis keep a foothold in the U.S. David Brooks
Mais aussi derrière la remarquable ascension sociale de toute la génération qu’il incarne de juifs expulsés d’Algérie avec quasiment rien il y a plus de 50 ans …
L’incroyable aventure de ce petit peuple dont, à la suite de l’interminable liste d’antisémites de l’humanité et avant tout récemment le cadre du PS Gérard Filoche, de Gaulle lui-même avait perçu l’indiscutable domination intellectuelle …

Et qui à l’instar de leur surreprésentation dans la super élite des prix Nobel (plus de 20% pour moins de 0,2% de la population mondiale !) …

A contraint jusqu’au plus virulent des athées de la planète à avouer sa perplexité et à reconnaitre que cela ne pouvait être qu’une question de « pure religion et de culture » ?

Voir également:

A remarkable week for Jewish Nobel Prize winners

The Jewish chronicle

October 10, 2013

No less than six Jewish scientists were awarded Nobel Prizes this week, and two others came very close.

Belgian-born Francois Englert won the accolade in physics for his groundbreaking work on the origins of sub-atomic particles.

Prof Englert, 80, spent decades studying the Higgs boson particle, and was recognised “for the theoretical discovery of a mechanism that contributes to our understanding of the origin of the mass of subatomic particles”.

Prof Englert, who is a Holocaust survivor, shared the prize with Edinburgh University professor Peter Higgs, after whom the particle is named.

“At first I thought I didn’t have it because I didn’t see the announcement,” said a “very happy” Prof Englert.

The theoretical physicist teaches at Tel Aviv University and is emeritus professor at the Université libre de Bruxelles, where he graduated as an engineer and received a PhD in physical sciences in the 1950s.

Born into a Belgian Jewish family, Prof Englert survived the Nazi occupation by hiding in orphanages and children’s homes in Dinant, Lustin and Stoumont until Belgium was liberated by the US army.

Also this week, two American Jews were awarded the Nobel Prize in medicine, pipping two Israelis to the post.

James Rothman and Randy Schekman, together with German researcher Thomas Suedhof, were awarded the prize for their work on how proteins and other materials are transported within cells.

Hebrew University professors Aharon Razin and Howard Cedar were very close contenders.

Professor Rothman is based at Yale University and Professor Schekman teaches at the University of California.

The Nobel committee said their research on “traffic” within cell vesicles — bubbles within the cells — helped scientists understand how “cargo is delivered to the right place at the right time”.

Prof Schekman said he planned to celebrate the award with his colleagues. “I called my lab manager and I told him to go buy a couple bottles of Champagne and expect to have a celebration with my lab,” he said.

The trio have been working on cell transportation “over years, if not decades”, Prof Rothman told Associated Press.

Meanwhile, three Jewish-American scientists, Arieh Warshel, Michael Levitt and Martin Karplus, shared the Nobel Prize in chemistry.

The trio won the award for their work on computer simulations that enable the closer study of complex reactions such as photosynthesis and combustion, and the design of new drugs.

Prof Warshel, who has Israeli citizenship, studied at the Weizmann Institute in Rehovot. Prof Levitt also holds an Israeli passport and taught at the Weizmann Institute throughout the 1980s. Vienna-born Prof Karplus, who received his PhD from the California Institute of Technology, fled the Nazi occupation of Austria as a child in 1938.

IT’S A WIN-WIN SITUATION

An estimated 190 Jewish or half-Jewish people have received Nobel Prizes since they were first handed out in 1901.

Jews have won more than 20 per cent of the 850-plus prizes awarded, despite making up just 0.2 per cent of world’s population.

The first Jewish recipient was Adolf von Baeyer, who received the prize in chemistry in 1905.

Other notable recipients include writer and Holocaust survivor Elie Wiesel, physicist Alfred Einstein, playwright Harold Pinter, novelist Saul Bellow and Israeli President Shimon Peres.

Jews have received awards in all six categories, with the most won in medicine.

Voir encore:

One-of-five Nobel Prize Laureates are Jewish
Israel High-Tech & Investment Report

December 2004

In the 20th century, Jews, more than any other minority, ethnic or cultural, have been recipients of the Nobel Prize, with almost one-fifth of all Nobel laureates being Jewish. Of the total Israel has six Nobel laureates.

In December 1902, the first Nobel Prize was awarded in Stockholm to Wilhelm Roentgen, the discoverer of X-rays. Alfred Nobel, 1833-1996, a Swedish industrialist and inventor of dynamite, bequeathed a $9 million endowment to fund prizes of $40,000 in 1901. Today the prize has grown to $1 million, to those individuals who have made the most important contributions in five areas. The sixth, « economic sciences, » was added in 1969.

Nobel could hardly have imagined the almost mythic status that would accrue to the laureates. From the start « The Prize » (as it was sensationalized in Irving Wallace’s 1960 novel) became one of the most sought-after awards in the world, and eventually the yardstick against which other prizes and recognition were to be measured.

A total of nearly 700 individuals and 20 organizations have been Nobel recipients, including two who refused the prize (Leo Tolstoy in 1902 and Jean-Paul Sartre in 1964.) Thirty women have won Nobels. The United States has about one-third of all winners. Also remarkable is the fact that 14 percent of all the laureates in a 100-year span have been Californians, most of them affiliated with one or more of the world-class higher education and research institutions in that state.

Jewish names appear 127 times on the list, about 18 percent of the total. This is an astonishing percentage for a group of people who add up to 1/24th of 1 percent of the world’s population. But this positive disproportion is echoed even further in the over-representation of Jews, compared to the general population, in such fields as the physical and social sciences, and in literature. An examination of the large professional communities from which Nobel laureates are selected would reveal an even more dominant disproportion. As an example, it is estimated that about one-third of the faculty at Harvard Medical School is Jewish.

The figure for the total number of Jewish nobel Prize winners varies slightly, depending on the strictness of the « Who’s a Jew? » definition. But the figure cited most frequently is 161, or 22 percent of Nobel Prizes in all categories awarded between 1901-2003. With the 2004 additions, the total stands at 166.

Voir de même:

As the Nobel Prize marks centennial, Jews constitute 1/5 of laureates

Throughout the 20th century, Jews, more so than any other minority, ethnic or cultural group, have been recipients of the Nobel Prize — perhaps the most distinguished award for human endeavor in the six fields for which it is given. Remarkably, Jews constitute almost one-fifth of all Nobel laureates. This, in a world in which Jews number just a fraction of 1 percent of the population.

This year’s winners for physics, chemistry, physiology or medicine, literature, economics and peace are being announced this week.

To mark the 100th anniversary of the Nobel Prize, an all-day California Nobel Prize Centennial Symposium will be held Friday, Oct. 26 at the Palace of Fine Arts Theatre in San Francisco. More than 12 Nobel laureates are expected to attend the event, which will include panel and roundtable discussions and excerpts from a documentary film in progress.

The event is presented by the Exploratorium and the Consulates General of Sweden in Los Angeles and San Francisco, in cooperation with several Bay Area universities, Lawrence Livermore Lab and KQED-TV.

Laureates will include economist Milton Friedman of the Hoover Institution, Stanford molecular biologist Paul Berg and U.C. Berkeley physicist Donald Glaser, among others.

It is ironic that this international recognition has rewarded Jewish accomplishment in the same century that witnessed pogroms, the Holocaust and wars that killed millions for no other reason than that they were Jewish. Certainly the Nobel Prize was not awarded to Jews because they were entitled to it, were smarter or better educated than everyone else, or because they were typically over-represented in the six fields honored by the award.

Rather, all Nobel laureates have earned their distinction in a traditionally fierce competition among the best and the brightest, although politics and controversy have not infrequently followed in the wake of the Nobel.

In December 1902, the first Nobel Prize was awarded in Stockholm to Wilhelm Roentgen, the discoverer of X-rays. Alfred Nobel (1833-96), a Swedish industrialist and inventor of dynamite, had bequeathed a $9 million endowment to fund significant cash prizes ($40,000 in 1901, about $1 million today) to those individuals who had made the most important contributions in five domains; the sixth, in « economic sciences, » was added in 1969.

Nobel could hardly have imagined the almost mythic status that would accrue to the laureates. From the start « The Prize » (as it was sensationalized in Irving Wallace’s 1960 novel) became one of the most sought-after awards in the world, and eventually the yardstick against which other prizes and recognition were to be measured.

Certainly the roster of Nobel laureates includes many of the most famous names of the 20th century: Marie Curie, Albert Einstein, Mother Teresa, Winston Churchill, Albert Camus, Boris Pasternak, Albert Schweitzer, the Dalai Lama and many others.

The list of American Nobel laureates in literature alone is a pantheon of our writers, including Sinclair Lewis, Eugene O’Neill, Pearl Buck, William Faulkner, Ernest Hemingway, John Steinbeck, Saul Bellow, Isaac Bashevis Singer and Toni Morrison. American peace laureates include Presidents Theodore Roosevelt and Woodrow Wilson, Jane Addams, Ralph Bunche, Linus Pauling (a two-time winner, also awarded a Nobel for chemistry), Martin Luther King Jr., Henry Kissinger and Jody Williams.

A total of nearly 700 individuals and 20 organizations have been Nobel recipients, including two who refused the prize (Leo Tolstoy in 1902 and Jean-Paul Sartre in 1964.) Thirty women have won Nobels. The United States has had about one-third of all winners. Also remarkable is the fact that 14 percent of all the laureates in a 100-year span have been Californians, most of them affiliated with one or more of the world-class higher education and research institutions in our state.

Jewish names appear 127 times on the list, about 18 percent of the total. This is an astonishing percentage for a group of people who add up to 1/24th of 1 percent of the world’s population. But this positive disproportion is echoed even further in the over-representation of Jews, compared to the general population, in such fields as the physical and social sciences, and in literature. An examination of the large professional communities from which Nobel laureates are selected would reveal an even more dominant disproportion. As an example, it is estimated that about one-third of the faculty at Harvard Medical School is Jewish.

How to account for Jewish proficiency at winning Nobels? It’s certainly not because Jews do the judging: All but one of the Nobels are awarded by Swedish institutions (the Peace Prize by Norway). The standard answer is that the premium placed on study and scholarship in Jewish culture inclines Jews toward more education, which in turn makes a higher proportion of them « Nobel-eligible » than in the larger population. There is no denying that as a rule the laureates in all six domains are highly educated, although there are notable exceptions, such as Mother Teresa. Nevertheless, in a world where so many millions have university degrees it is difficult to see why on that basis alone Jews should prevail in this high-level competition.

Another question is why the physical sciences admired by Alfred Nobel are so attractive to Jewish scientists. Albert Einstein, the successor to Newton, Galileo and Copernicus and the greatest name in modern science, was Jewish. This is more than a matter of historic pride; it is an enormous statistical improbability. And such achievements were not always attained on a level playing field. For example, the Nazis dismissed relativity as « Jewish physics » and caused the uprooting and exile (mostly to the United States) of a generation of German scientists who happened to be Jewish.

In literature and peace as well, Jews are disproportionately represented among the winners. Jewish writers honored include Henri Bergson, Boris Pasternak, S.Y. Agnon, Nelly Sachs, Saul Bellow, Isaac Bashevis Singer, Joseph Brodsky and Nadine Gordimer. Peace laureates include Henry Kissinger, Menachem Begin, Elie Wiesel, Yitzhak Rabin and Shimon Peres. In economics, for which the Nobel has been awarded for only the last 31 years, 13 laureates are Jewish, more than 40 percent of the total, including Paul Samuelson, Herbert Simon and Milton Friedman.

But it still seems insufficient to credit all this to reverence for education, skill at theoretical thinking or competitive instincts forged in a millennial-old struggle to survive and prosper.

Perhaps the desire to understand the world is also a strong or defining Jewish cultural trait, leading to education and careers suited to exploration and discovery. Science may have furnished an opportunity to not only understand but to lead, and to have one’s work judged without bias in collegial communities that have no use for religious intolerance.

Whatever the reasons, Jewish successes in the high-stakes world of the Nobel Prize are nothing short of astonishing, and a source of understandable pride to Jews throughout the world. Consider the scorecard: 37 awards in physics, 21 in chemistry, 39 in physiology and medicine, 10 in literature, seven in peace and 13 in economics.

Listings and descriptions of the contributions of the Jewish laureates may be found in Burton Feldman’s recently published book, « The Nobel Prize: A History of Genius, Controversy, and Prestige » (Arcade Publishing).

Other information about the Nobel Prize — its history, institutions, background on the winners and their work, acceptance speeches, etc. can be found on the Internet at www.nobel.se For California centennial activities, visit www.calnobel.org

 Voir enfin:
Hebrew University study reveals global Jewish population reached 13.75 million in past year; about 43% of world’s Jewish community lives in Israel

About 43% of the world’s Jewish community lives in Israel, making Israel the country with the largest Jewish population.

The Central Bureau of Statistics reported on the eve of Rosh Hashana, the Jewish New Year 5773, that the total population of Israel in 2012 grew to nearly 8 million. About 73% of the population is native born.

The Israeli Jewish population stands at 5,978,600, up 1.8%; the Arab population numbers at 1,636,600, up 2.4%; and the rest of the population including Christians and non-Jews reached 318,000 people, up 1.3%. Israel’s Jewish population makes up 75% of the state’s total people.

In all, the Jewish state’s population increased by 96,300 people in 2012, a growth rate that did not diverge from the average rate in the past eight years.

Part of Israel’s population increase comes in part of the new immigrants that have arrived to the country. In 2011, Israel welcomed 16,892 new immigrants as citizens, with the largest populations coming from Russia (3,678), followed by Ethiopia (2,666), United States (2,363), Ukraine (2,051) and France (1,775).Israel’s population is relatively young compared to populations in other western countries, with 28% of the population aged 0-14. Israel’s life expectancy is one of the highest of the international Organization for Economic Cooperation and Development’s (OECD) 34 member states, with Jewish males’ life expectancy 4.2 years higher than their Arab counterparts.

The Central Bureau of Statistics also found that 40% of Israel’s population lives in the center of the country, with Tel Aviv as Israel’s densest region, while 17 % lives in the north, 14% in the south, 12% in Jerusalem and Haifa, and 4% in Judea and Samaria.

Over 47,885 couples married in Israel in the past year, of which 75% were Jewish and 21% Muslim. In 2011, there were 166, 296 babies born in Israel.The world’s principal religious populations divide as follows according to the Central Intelligence Agency (CIA) in 2012: Christians at 33% or 2.1 billion, Muslims at 24% or 1.65 billion, Hindus at 14% or 900 million, and Buddhists at 6% or 350 million. At least one billion people in the world do not ascribe to any religion at all.

Voir par ailleurs:

« Les musulmans sont-ils discriminés ? »
Philippe d’Iribarne
Le Figaro
26/11/2017

Un fort courant de pensée dénonce le mauvais accueil que l’Europe réserverait aux musulmans, contribuant aux difficultés d’intégration de ces derniers. Ce courant inspire nombre d’études affirmant que les musulmans sont victimes d’« islamophobie ». Une telle approche vient d’être illustrée par un rapport élaboré par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA). Le texte, intitulé « Second European Union Minorities and Discrimination Survey. Muslims – Selected finding », (septembre 2017), analyse les réponses de 10 527 personnes qui s’identifient elles-mêmes comme musulmanes dans quinze pays de l’Union. Or, dès qu’on examine de près les données recueillies, on voit qu’elles conduisent à des conclusions bien différentes de ce que le rapport prétend démontrer. L’étude s’appuie uniquement sur des déclarations relatives à ce qui est ressenti par les personnes interrogées. Pourtant, ce qui est déclaré est identifié à ce qui advient effectivement. On trouve sans cesse des affirmations telles que : « Les musulmans ayant répondu rencontrent de hauts niveaux de discrimination », comme s’il s’agissait d’un fait avéré. Or, on trouve chez les personnes interrogées des conceptions très larges de ce qu’elles entendent par discrimination, en y incluant des différences de traitement conformes à la loi, liées à la nationalité. Rien n’est mis en œuvre dans l’étude pour savoir si une attitude globale plutôt hostile envers la société d’accueil pousserait certains à qualifier de discrimination des réactions fondées en réalité sur des raisons nullement discriminatoires, tel un déficit de compétence. De surcroît, ceux qui affirment que les musulmans en général sont discriminés sont beaucoup plus nombreux que ceux qui se déclarent discriminés personnellement. Dans cette étude, en France, 75 % des musulmans déclarent qu’il existe une discrimination sur la base de la religion alors que seulement 20 % déclarent s’être sentis personnellement discriminés sur cette base au cours des cinq dernières années.

On trouve, en réponse aux mêmes questions, 72 % et 30 % en Suède, 59 % et 19 % en Belgique, 26 % et 10 % en Espagne, etc. La croyance, que l’on retrouve au sein de la population en général, selon laquelle les musulmans seraient discriminés en raison de leur religion outrepasse donc largement la réalité. Par ailleurs, « les musulmans » en général sont supposés traités sans distinction par les sociétés d’accueil, en tant que musulmans ou vraisemblablement musulmans. L’état même de musulman est censé engendrer une réaction négative. Dès sa première phrase, le rapport annonce : « Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez postulé pour un emploi ? Vous pouvez avoir craint que vos compétences informatiques soient insuffisantes, ou vous vous êtes tracassé à propos d’une faute d’orthographe dans votre CV. Mais, si vous êtes musulman ou d’origine musulmane et vivez dans l’Union européenne, votre nom peut suffire pour rendre certain que vous ne recevrez jamais d’invitation à un entretien d’embauche. » Or, en réalité, les données mêmes de l’enquête montrent qu’on observe, dans les pays de l’Union, des réactions très différenciées à l’égard de ceux qui se déclarent musulmans. Ce n’est nullement l’ensemble, ni même la majorité des musulmans qui déclarent s’être sentis discriminés du fait de leur religion, mais une petite minorité : 17 % dans les cinq ans précédant l’enquête. On retrouve ce même caractère minoritaire quand il s’agit de harcèlement (du regard perçu comme hostile à l’acte de violence physique), ou encore des rapports avec la police. Dans ce dernier cas, parmi les personnes qui se déclarent musulmanes et qui ont été interrogées, seulement 16 % des hommes et 1,8 % des femmes indiquent se sentir discriminés. En fait, on a affaire à plusieurs sous-populations suscitant des réactions très contrastées.

Tandis que la majorité ne se sent jamais discriminée, une minorité se sent discriminée à répétition – cinq fois par an en moyenne, jusqu’à quotidiennement pour une partie. Un tel contraste entre des groupes traités (ou qui se sentent traités) de manière aussi radicalement différente serait impossible si on avait affaire à une discrimination s’exerçant au hasard, liée au simple fait d’être musulman. Le rapport, en outre, fournit un ensemble de données distinguant les déclarations provenant de musulmans d’origines diverses (Afrique du Nord, Afrique subsaharienne, Turquie, Asie), hommes et femmes, et vivant dans les divers pays de l’Union étudiés. En moyenne, ceux qui viennent d’Afrique du Nord sont plus de deux fois plus nombreux que ceux venant d’Asie (21 %, contre 9 %) à se déclarer discriminés sur la base de la religion. On retrouve ces différences, encore plus amples, pour le harcèlement et les rapports avec la police. Or rien n’est dit sur ce que ces différences sont susceptibles de devoir à des divergences de manière d’être des personnes concernées. L’existence de limites au droit à l’expression des religions, spécialement dans l’entreprise, est bien notée. Mais il n’est jamais envisagé qu’une acceptation de ces limites chez les uns puisse coexister avec une rébellion à leur égard chez d’autres, cette différence d’attitude entraînant une différence de réactions des employeurs. Par ailleurs, les immigrés de seconde génération déclarent davantage rencontrer des réactions négatives du fait de leur religion que ceux de première génération (22 % contre 15 % pour les discriminations, 36 % contre 22 % pour le harcèlement). Mais il n’est jamais question, dans le rapport, de l’adoption, au sein de la seconde génération, d’une posture plus revendicative, susceptible de conduire à des comportements posant problème. En arrière-fond du rapport, la vision de l’intégration mise en avant est celle d’une « accommodation mutuelle » . Il est fait appel aux orientations du Conseil de l’Europe, « regardant l’intégration comme un processus dynamique à double sens d’accommodation mutuelle de tous les immigrants, y compris les musulmans, et des résidents » . Mais, en pratique, le rapport incite uniquement à réclamer une adaptation à la société d’accueil. Il est question de racisme, de xénophobie, de « crimes causés par la haine » . En réalité, l’interprétation qui paraît la plus sensée des données d’enquête est que la grande majorité des musulmans ne pose aucun problème à la société d’accueil ; et que, corrélativement, ses membres sont traités comme tout un chacun. C’est seulement une petite minorité qui est source de problèmes pour la société d’accueil et suscite, de ce fait, des réactions négatives. Il est vraisemblable que les membres de cette petite minorité, refusant de reconnaître ce qui est dû à leur manière d’être, se déclarent discriminés. En outre, l’interprétation, par le rapport, des sentiments à l’égard de la société d’accueil est toujours à sens unique. Les musulmans dans leur grande majorité déclarent se sentir à l’aise avec des voisins d’une religion différente ou prêts à voir leurs enfants épouser des non-musulmans. Selon le rapport, « presque tous (92 %) se sentent bien à l’idée d’avoir des voisins d’une autre religion » et presque un sur deux (48 %) n’aurait aucun problème « si un membre de sa famille épousait une personne non musulmane » . Ce fait est l’objet d’une interprétation laudative.

Le rapport dénonce, par contraste, les réactions peu favorables de l’ensemble de la population envers les musulmans, une personne sur cinq n’aimant pas avoir des musulmans parmi ses voisins et 30 % n’appréciant pas que son fils ou sa fille ait une relation amoureuse avec une personne musulmane. Selon le rapport, ces réponses prouvent que les musulmans sont plus ouverts et tolérants que les membres des sociétés d’accueil. Dans la comparaison ainsi faite, il n’est question que d’attitudes d’ouverture et de fermeture. L’étude ne porte aucune attention à la réalité des difficultés à vivre dans un univers où des personnes d’une autre culture peuvent tendre à imposer leurs mœurs. Il est bien noté, certes, que l’environnement institutionnel est sans doute meilleur dans les pays d’accueil que dans les pays d’origine et que cela peut intervenir dans le haut niveau de confiance que les personnes interrogées expriment envers les institutions du pays d’accueil. Mais l’intensité de la pression sociale dans certains quartiers où les musulmans tendent à régenter les tenues et les conduites n’est jamais évoquée. S’agissant du mariage, on ne trouve pas, dans l’étude, de questions séparées pour le mariage des filles et celui des garçons, alors que l’islam les distingue. On ne trouve pas davantage de mention des difficultés concrètes associées pour un non-musulman à un mariage avec un musulman : possibilité pour un conjoint musulman d’enlever les enfants en cas de séparation pour les amener dans un pays musulman, en étant protégé par la justice du pays en question ; pression à la conversion du conjoint non musulman. Quand des sentiments de haine sont évoqués par le rapport, c’est toujours envers les musulmans et jamais provenant d’eux. Il est question de « harcèlement provoqué par la haine » , de « harceleurs motivés par la haine » . La place que tient la haine envers l’Occident au sein du monde musulman n’est jamais évoquée. Le fait que ceux qui se déclarent le plus discriminés soient aussi ceux qui déclarent le moins d’attachement à la société d’accueil est interprété, comme si cela allait de soi, comme une relation de cause à effet. Ce serait ceux qui sont le plus discriminés qui, pour cette raison, s’attacheraient le moins à la société qui les accueille. Cette relation à sens unique est postulée, en particulier quand il s’agit de radicalisation islamiste. Il n’est pas envisagé qu’on ait affaire à un effet inverse : une attitude de rejet de la société d’accueil liée à une conception « dure » de l’islam, engendrant à la fois des comportements qui suscitent des réactions négatives et une tendance à interpréter ces réactions comme des discriminations. L’étude de l’Union européenne ne se demande jamais pourquoi il existe un tel contraste entre une grande majorité des musulmans qui déclare ne jamais se sentir discriminée et une petite minorité qui déclare l’être intensément. Ce contraste montre que l’on n’a pas affaire à des réactions globales à l’égard des musulmans en tant que tels, mais à des réactions différenciées, ce qui suggère que les manières d’être de chacun, considérées dans leur grande diversité, ont un rôle majeur. Pourtant l’étude affirme, comme si cela allait de soi, que les barrières à une pleine inclusion des musulmans dans les sociétés européennes ne sont imputables qu’à ces sociétés et sont exclusivement dues à « discrimination, harcèlement, violences motivées par la haine, fréquence des contrôles policiers ». Ce sont ces expériences qui peuvent à la longue réduire l’attachement des populations concernées au pays où elles résident, soutient l’étude. Le communiqué de presse diffusé à la suite de la parution de l’étude indique, comme première solution aux problèmes d’intégration des musulmans, « des sanctions efficaces contre les violations de la législation de lutte contre la discrimination » . Alors que l’intention affichée par l’étude, comme de manière générale à la famille d’études à laquelle elle appartient, est d’être au service d’une meilleure intégration des musulmans, son effet tend à être exactement inverse. Elle incite les musulmans à croire, à tort, que leurs efforts d’intégration sont vains et donc à nourrir du ressentiment et à les détourner d’accomplir de tels efforts. L’étude sert involontairement, par ailleurs, les stratégies des islamistes militants qui travaillent à la construction d’une contre-société islamique hostile aux pays d’accueil et plus généralement à l’Occident. *

Philippe d’Iribarne est l’auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs sont devenus des classiques, tels « La Logique de l’honneur. Gestion des entreprises et traditions nationales » (1989) et « L’Étrangeté française » (2006).

Voir par ailleurs:

La mobilité géographique des juifs de France
Aujourd’hui, plus que jamais, les juifs de l’Hexagone sont sur le départ. Mais tous ne mettent pas le cap sur Israël. Depuis une quinzaine d’années, ils sont des dizaines de milliers à avoir changé de quartier, poussés par l’hostilité de leurs voisins arabes, ou entraînés par une ascension sociale fulgurante
Bernard Edinger
The Jerusalem Post
January 5, 2016

Les quartiers multiethniques se vident peu à peu de leurs juifs. Ces quinze dernières années, le mouvement migratoire s’est accéléré : des communautés entières ont déserté les banlieues multiraciales de la capitale. Beaucoup ont quitté la France, entre autres pour Israël – les immigrants en provenance de l’Hexagone constituant désormais le plus grand groupe d’arrivants de l’Etat juif. Mais plus nombreux encore sont ceux qui ont changé de lieu de résidence pour rester en France, avec l’émergence de communautés flambant neuves dans des quartiers aisés comme l’élégant 17e arrondissement de Paris.

Ce grand changement de population est particulièrement vrai en ce qui concerne la Seine-Saint-Denis, au nord de la capitale. Un grand nombre de juifs en sont partis en raison de l’insécurité ressentie après de multiples incidents de harcèlement, de pressions ou d’agressions physiques pures et simples, explique Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, l’un des principaux groupes de défense de la communauté juive. « Partout dans la zone, en particulier au cours de la seconde Intifada en Israël [2001-2005], il y a eu des incendies de synagogues, des agressions de rabbins, des voitures béliers qui fonçaient sur les fidèles quittant la synagogue à Kippour, des bus scolaires incendiés. Les incidents continuent et, dans la majorité de ces lieux, le phénomène de l’antisémitisme de banlieue doit beaucoup au fait que les maires de nombre de ces localités étaient des communistes qui poussaient les Arabes à soutenir les Palestiniens », poursuit Ghozlan, commissaire de police à la retraite, également président du Conseil des communautés juives de Seine-Saint-Denis.

Et de préciser : « La Seine-Saint-Denis est le premier département musulman de France [environ 40 % sur 1,6 million d’habitants] avec des mosquées qui peuvent accueillir 6 000 à 8 000 fidèles. » Conséquence des tensions inévitables dans un tel environnement, les communautés juives de banlieues telles que La Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Trappes, Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil et Saint-Denis sont en train de disparaître.
« En raison de l’insécurité, dans des endroits comme La Courneuve où il y avait 600 à 700 familles juives, il y en a maintenant moins de 100. Et, à Saint-Denis même, là où il y avait 500 familles juives, ils ont de la difficulté à réunir un minyan pour Kippour », pointe Ghozlan. C’est d’ailleurs dans un quartier délabré du centre de la localité que la police française a perquisitionné, le 18 novembre dernier, l’appartement dans lequel Abdelhamid Abaaoud – le cerveau islamiste présumé du massacre de 130 personnes quelques jours plus tôt à Paris – s’était retranché. C’est là qu’il a été traqué et tué, avec deux de ses complices. « Dans quelques années, il n’y aura plus un seul juif dans le département », affirme Ghozlan, qui partage désormais son temps entre la France et Israël.

Les attaques du 13 novembre, au Bataclan, au Stade de France et dans plusieurs cafés et restaurants populaires parisiens, n’ont pas eu lieu dans des quartiers juifs ou dotés d’institutions notables de la communauté. Peut-être parce que les synagogues et les écoles juives, protégées par des soldats français équipés de fusils d’assaut, n’auraient pas constitué une cible aussi « facile » que ces lieux de loisirs et divertissement, laminés sans opposition à l’arme automatique.

Quitter la banlieue à tout prix

Plus de 70 % du demi-million estimé de juifs de France sont des Séfarades, débarqués entre 1956 et 1962, au moment où leurs terres ancestrales d’Algérie, du Maroc et de Tunisie obtiennent leur indépendance. Souvent sans le sou à leur arrivée, beaucoup s’installent dans les banlieues relativement défavorisées du nord et de l’est de Paris, où ils créent d’importantes communautés juives fortes de dizaines de synagogues et de centres communautaires. Mais les Arabes musulmans les rejoignent, fuyant les difficultés économiques de ces mêmes pays qu’ils ont quittés. Rapidement, ils les dépassent en nombre. On estime aujourd’hui à quelque six millions les musulmans de France, soit environ 10 % des 66 millions d’habitants du pays.

Si les premiers immigrants arabes, en général, s’engageaient peu en politique et préféraient ne pas s’attirer d’ennuis, beaucoup de leurs enfants n’ont pas eu de tels scrupules : nés sur le sol français, ils bénéficient automatiquement de la nationalité et ne peuvent être expulsés. En désaccord avec la société française dans son ensemble, se sentant victimes de discriminations en tous genres, nombre d’enfants d’immigrants arabes musulmans des deuxième et troisième générations ont eu à cœur de venger la cause palestinienne, lorsque la seconde Intifada a éclaté en Israël et dans les territoires palestiniens en 2000. Ils n’ont depuis cessé de rendre la vie misérable à nombre de juifs vivant autour d’eux.
Résultat : beaucoup de juifs français ont fait le choix de venir en Israël. Pour la première fois, en 2014, la France a pris la tête des pays d’origine des nouveaux immigrants, avec près de 7 000 arrivées, soit le double des 3 400 enregistrées en 2013. Entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2014, 36 800 juifs français ont fait leur aliya. Et près de 8 000 pour la seule année 2015. Des chiffres qu’il faut toutefois mettre en balance avec les estimations officieuses selon lesquelles ils seraient jusqu’à 30 % à repartir en France dans les cinq ans qui suivent leur arrivée, généralement en raison de difficultés d’intégration.

Parallèlement, environ 4 000 juifs français se dirigent chaque année vers d’autres destinations, comme la province canadienne de langue française du Québec. Environ 20 000 des 93 000 juifs de Montréal sont des Séfarades d’Afrique du Nord, immigrés de France. Londres constitue une autre porte de sortie. Ces derniers temps, elle attire des milliers de jeunes juifs hautement qualifiés qui y trouvent des emplois dans le secteur financier. La capitale britannique et son économie dynamique agissent comme un aimant sur les jeunes Français, toutes origines confondues, et compte aujourd’hui entre 300 000 et 400 000 expatriés français.
Selon Albert Myara, militant de la communauté juive, sur quelque 350 000 juifs de la région parisienne, environ 60 000 ont déménagé ces dix-quinze dernières années, soit pour quitter leurs voisins arabes, soit tout simplement parce qu’ayant étoffé leurs revenus, ils peuvent désormais se permettre d’habiter des secteurs plus aisés.

Cap sur le 17e, quartier chic

L’exceptionnel succès économique et professionnel de nombreux juifs séfarades, et leur ascension au sein de la société française ont fait que certains quartiers cossus de Paris accueillent de nouvelles communautés juives sans cesse croissantes. En particulier dans le très chic 17e arrondissement, à proximité de l’avenue des Champs-Elysées et de l’Arc de Triomphe. « Je suis venue ici en 1983, j’ai acheté mon cabinet dentaire avenue Niel et j’ai vu le quartier évoluer. Il y a deux ans, on a estimé la population juive du 17e à environ 40 000 personnes, soit à peu près 30 % des habitants de l’arrondissement. Et dans certains quartiers du 17e, le pourcentage est encore plus important, par exemple aux Ternes. Dès qu’une boutique se libère, elle est prise par un commerçant juif. Aux Batignolles, cela commence aussi », explique Murielle Schor, adjointe au maire du 17e et vice-présidente du Consistoire israélite de Paris.

Le Consistoire ne dénombre d’ailleurs pas moins de 29 restaurants, charcuteries et boulangeries cachers dans l’arrondissement. Un kiosque à journaux, installé sur l’élégante avenue de Wagram bordée d’arbres, affiche bien en évidence des publications juives comme Israël Magazine, L’Arche ou Actualité juive. Et la rue Jouffroy d’Abbans abrite de savoureuses épiceries fines, comme Berbèche et Charles Traiteur, cachers et spécialisés dans les délices d’Afrique du Nord. Sans oublier la librairie Beit Hasofer, qui vend des livres religieux et propose des services de vérifications de mezouzot. « Il n’y a pas d’incidents – nombre de juifs se promènent librement avec des kippas, sans crainte », conclut Schor.

Francine Zana, est un membre actif de la communauté juive. « Je suis arrivée dans le quartier au milieu des années 1980, venant du 20e arrondissement où des bandes d’Arabes et de Noirs se bagarraient entre eux et harcelaient les juifs. C’était très tendu. Comme je gagnais bien ma vie, je suis venue dans le 17e », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Il y avait très peu de juifs ici à l’époque. Mon mari, arrivé directement de Tunisie, avait créé une synagogue du nom de sa jeune sœur tuée dans un accident de voiture en Israël. Au départ, il y avait une quarantaine de fidèles. Aujourd’hui, nous sommes dix fois plus et de nouveaux membres se joignent à nous en permanence, originaires d’autres quartiers de Paris et de banlieue. »

Selon Murielle Schor, « le phénomène de l’ascension sociale de la communauté juive séfarade établie depuis les années soixante est fulgurant, on le mesure partout (…) Dans les 16e et 17e arrondissements, sur les plaques des médecins – un nom sur deux est à consonance juive, les docteurs, comme les dentistes. » Deux récents lauréats français du prix Nobel de physique, Claude Cohen-Tannoudji (1996), né à Alger, et Serge Haroche (2014), né à Casablanca, sont des Séfarades installés en France. L’un des philosophes français vivants les plus connus n’est autre que Bernard-Henri Lévy, né en Algérie. Et les noms juifs séfarades abondent dans l’industrie du film et dans les universités.
Murielle Schor note que les relations avec les églises locales sont excellentes. Certains voisins non juifs se plaignent toutefois auprès de la municipalité de l’arrondissement de ces voitures garées en double voire triple file, à proximité des magasins d’alimentation juifs peu avant chabbat. « Rue Barye, les gens rouspètent car les juifs font du bruit en sortant de la synagogue. Ce n’est pas de l’antisémitisme, mais parfois, néanmoins, je ressens un peu le ras-le-bol des riverains quand les portes et les fenêtres des synagogues restent ouvertes. Rue Fortuny, il y avait un immeuble où se tenaient les réceptions de mariages et de bar-mitsvot. Les voisins étaient furieux quand les invités sortaient dans la rue le dimanche soir en faisant du bruit à deux heures du matin. La rue était en ébullition. »

Pas tous des nantis

Si le 17e compte désormais la plus grande concentration de juifs de France, d’autres secteurs ont récemment engrangé d’importantes minorités juives. C’est le cas de l’adjacent 16e arrondissement, avec près de 25 000 juifs, de la banlieue ultra-bourgeoise de Neuilly-sur-Seine, ou encore des localités de Boulogne et Levallois, toutes situées à l’ouest de Paris. Et le caractère juif de la zone devrait encore s’intensifier en 2017 avec l’ouverture du Centre européen du judaïsme, une structure de 10 millions d’euros, qui combinera centre communautaire et synagogue sur une superficie de 5 000 mètres carrés sur l’animée rue de Courcelles, là encore, dans le 17e arrondissement. L’Etat français a contribué au projet à hauteur de 2,7 millions d’euros, et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a présidé en juin dernier, aux côtés de la maire de Paris Anne Hidalgo, un dîner organisé par la communauté juive dans le but de lever des fonds privés supplémentaires.

Une présence juive accrue est également à noter dans les banlieues sud-est que constituent Saint-Mandé, Saint-Maur, Vincennes et Charenton, où des dizaines de milliers de juifs se sont regroupés ces dernières années. Ainsi que dans le 12e arrondissement voisin, proche de la porte de Vincennes où s’est déroulé l’attentat de l’Hypercacher en janvier 2015. A Saint-Mandé, banlieue verdoyante en bordure du bois de Vincennes, les dirigeants communautaires estiment qu’environ 40 % des habitants de la ville sont juifs.

Les incidents antisémites ne sont pas les seuls moteurs de ces mouvements géographiques. Dans certains cas, les juifs font le choix de quitter les quartiers où les populations arabes musulmanes et originaires d’Afrique noire ont considérablement augmenté. C’est le cas du Kremlin-Bicêtre, une banlieue vivante du sud de Paris, dont Albert Myara préside la communauté. Il est également le secrétaire général du Conseil des communautés juives du Val-de-Marne et coordinateur des CCJ de la région parisienne.
« Ici, au Kremlin-Bicêtre, de nombreuses familles sont parties qui ne supportaient plus l’atmosphère ambiante. Et nous ne sommes pourtant pas une des villes les plus sinistrées, l’immobilier reste cher, on y trouve un certain niveau de vie, mais la proportion d’immigrés musulmans est devenue très importante. Sur 25 000 habitants, on compte facilement 25 % de musulmans. Jusqu’aux années 1990, 10 % de la population était juive, aujourd’hui nous ne sommes que 5 ou 6 % », explique Myara.
L’avenue de Fontainebleau, axe principal qui mène à Paris, est maintenant bordé de cafés et restaurants arabes, et un magasin expose les tenues traditionnelles des femmes musulmanes, y compris des robes de style burqa. Beaucoup de passants conversent en arabe. « Les juifs n’ont pas supporté ces changements de physionomie sociale, cette insécurité, et sont partis dans les beaux quartiers. Ici, une dizaine de familles ont fait leur aliya et une cinquantaine ont déménagé vers des zones plus hospitalières, comme Neuilly, Levallois, Issy-les-Moulineaux, des quartiers où l’antisémitisme est tout à fait infime », poursuit-il.

L’évolution démographique de la communauté juive française a fortement affecté le système scolaire juif privé, autrefois florissant, ajoute Michel Elbaz, directeur de l’action sociale au FSJU, qui chapeaute les associations d’entraide juive en France. Avec le départ de certaines familles vers d’autres quartiers ou vers Israël, des écoles juives ont dû fermer ou regrouper des classes, explique-t-il.
On estime à 100 000 le nombre de jeunes juifs en âge d’être scolarisés en France. Un tiers fréquente les écoles juives. Mais selon Elbaz, certains parents redoutent désormais d’y scolariser leurs enfants, inquiets de la présence de soldats et de policiers qui accentuent la visibilité de ces établissements. Un second tiers est inscrit dans des établissements publics laïques, généralement dans des zones aisées où ils ne seront pas pris pour cible par des adolescents arabes. Et le reste étudie dans des écoles privées catholiques, souvent dans des endroits sans structures scolaires juives, et où les institutions publiques comptent de nombreux musulmans. Ces établissements catholiques sont également fréquentés par les enfants d’une certaine classe moyenne arabe émergente, qui veut assurer à ses enfants un diplôme et une scolarité sans problème. Car il faut dire que nombre de jeunes musulmans des écoles publiques abandonnent le système scolaire en cours de route, et se retrouvent sans emploi. En outre, selon les statistiques officielles, près des trois quarts des détenus français sont d’origine musulmane.

Mais si une grande partie de la communauté juive a prospéré, environ 10 % sont encore trop pauvres pour quitter les zones potentiellement dangereuses où ils résident. La communauté en a toutefois aidé des centaines à déménager vers des quartiers plus sûrs, en coordination avec les services sociaux du gouvernement français.

Voir enfin:

Le 17ème : nouveaux venus dans un arrondissement très branché

Depuis l’installation croissante de nombreuses familles juives, le 17e a le vent en poupe. Enquête.

Alain Chouffan

Depuis des années, on le sait, les juifs de France sont inquiets. Beaucoup partent en Israël. D’autres, poussés par l’hostilité de leurs voisins arabes, déménagent de la banlieue vers Paris, pour des quartiers où il fait bon vivre comme dans l’élégant 17e.

Et ils sont nombreux ! « 60 000 des 350 000 juifs de Paris et sa région ont déménagé ces dix dernières années, diagnostique Sammy Gozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme. Les communautés juives de banlieues ont été complètement désertées Des synagogues sont sur le point de fermer. Comme à Saint-Denis, La Courneuve, Peyrefitte, Stains, Villepinte, Aulnay sous-bois, Bagnolet, Blanc-Mesnil. Un grand nombre de juifs sont partis en raison de l’insécurité ressentie après de multiples incidents de harcèlement, de pressions, d’agressions physiques. »

Alors déménager ? Oui, pour aller où ? À Paris, de préférence. « On compte, grosso modo, deux grands axes de regroupement de cette population de banlieue, analyse Haïm Korsia, Grand rabbin de France : à l’Ouest, le 17e arrondissement qui est en pleine expansion, a fédéré autour de lui le 16e, Neuilly et Boulogne. À l’Est, autour du 12e arrondissement, s’ajoutent Saint-Mandé, Vincennes, et Charenton. » La sécurité a-t-elle joué un rôle majeur dans ces migrations qui ont, finalement, redessiné l’implantation juive à Paris et en Ile-de-France ? Bien sûr, mais ce n’est pas l’unique motif. Jérôme Fourquet y rajoute une « logique d’ascension sociale ». Selon le directeur du département Opinion de l’IFOP « certains sont amenés à quitter la banlieue pour habiter dans des quartiers au cadre de vie plus agréable. Généralement, au terme d’une vie bien remplie et surtout quand le statut social s’est élevé. Ce parcours résidentiel d’ascension sociale n’est pas évidemment spécifique à la population juive. Cependant, le départ de familles juives du 93 vers Paris, notamment le 17e arrondissement, ou vers des communes aisées des Hauts-de-Seine (Levallois, Neuilly) ou du Val-de-Marne que sont Vincennes et Saint-Mandé, renvoie pour partie à ce phénomène. Il en va de même, par exemple, de certains déménagements de Sarcelles ou Garges vers Saint-Brice, dans le Val d’Oise, ou de Créteil vers la ville de Saint-Maur-des Fossés. Ces mouvements de population sont souvent numériquement conséquents et parfois se voient car ils changent la physionomie de certaines villes. » (1)

Cette volonté de jouir d’un cadre de vie plus agréable, pour soi et sa famille, explique cet engouement pour le 17e arrondissement. « C’est sûr que si je ne gagnais pas bien ma vie, je n’aurais jamais pu habiter le 17e arrondissement. Croyez-moi, c’est cher ! », avoue ce jeune publicitaire de 45 ans qui a créé sa propre agence de pub et qui habite rue de Courcelles. C’est vrai que l’ascension sociale de la communauté juive séfarade, établie depuis les années soixante, est fulgurante. « On le mesure partout ! Dès qu’une boutique se libère, elle est prise par un commerce juif !, confirme Murielle Schor, chirurgien-dentiste, doyenne du 17e, adjointe au maire, la plus connue, et la plus militante de cet arrondissement. On le constate aussi dans les 16e et 17e arrondissements sur les plaques des médecins, comme des dentistes ? Quand j’ai ouvert mon cabinet de chirurgien-dentiste en 1983, avenue Niel, ce quartier était mort. Ma clientèle était composée de plusieurs noms à particules. Des nobles ! Et j’avais seulement un petit noyau de juifs. Et, petit à petit, ces dix dernières années, ma clientèle juive s’est agrandie. »

André Cohen fait partie de ce noyau. Quand ce kinésithérapeute de 60 ans a pris, en 1997, la décision de s’installer dans le 17e, il habitait Sarcelles depuis plus de vingt ans. « Nous étions une famille heureuse, raconte-t-il avec nostalgie. Toutes les grandes marques parisiennes étaient représentées, et les écoles étaient performantes. Nous n’avions même plus besoin de descendre à Paris ! Nous formions une communauté solidaire et joyeuse. Sarcelles était l’antichambre de Paris ! Petit à petit, une petite délinquance s’est développée, laquelle a entraîné la fermeture de ces grands magasins qui étaient le joyau de Sarcelles. Tout a disparu en cinq ans. Et nous sommes partis. » Mais, il a voulu garder, à Sarcelles, son cabinet de kinésithérapeute. De porte-à-porte, de mon cabinet à la maison, il y a exactement vingt minutes. Beaucoup de médecins, dentistes, kinés ont gardé leurs cabinets à Sarcelles et habitent le 17e. Ici nous sommes respectés et nous avons nos habitudes. La communauté s’est regroupée. Nous avons une vie sociale intéressante. Le salon Hoche où nous nous retrouvons pour Kippour, et le parc Monceau pour nos promenades. De petites échoppes chinoises de manucures et de pédicures, bon marché, se sont incrustées entre les commerces. »

Depuis l’installation croissante de nombreuses familles juives, le 17e a le vent en poupe. C’est Françoise de Panafieu, l’ancienne maire (2001-2008) du 17e qui a favorisé et facilité l’arrivée des juifs dans ce quartier. « On compte aujourd’hui 40 000 juifs pour 171 000 habitants de l’arrondissement, soit 23 %, affirme Brigitte Kuster qui lui a succédé (2). Pourquoi ont-ils choisi le 17e ? Disons que les juifs de France s’y sentent bien, et surtout se sentent protégés. Mais je souhaite que les commerces soient un peu mieux répartis. Et qu’on ne refasse pas la rue des Rosiers ! Je fais un énorme travail pour entretenir un excellent lien entre les communautés. Le rabbin Haïm Korsia a débattu avec le curé Stéphane Biaggi dans le cadre du Lyons Club. Et au moment de l’attentat contre l’Hypermarché, le lycée Blanche de Castille a ouvert sa cour aux enfants de l’Ecole juive moderne. »

Ce quartier huppé du sud du 17e a tout pour séduire les nouveaux venus. De grands boulevards, un parc Monceau aux allures de Central Park où courent des joggers tout au long de la journée, des immeubles cossus, plus de 30 restaurants casher – à peine moins que dans le 19e arrondissement –, quatre boucheries, 3 épiceries fines, 2 pâtisseries, une librairie Beit Hassofer, et l’impressionnant Musée Nissim de Camondo des frères Pereire au XIXe siècle. Sans oublier, trois écoles juives qui totalisent plus de 800 élèves. « Pour n’en citer qu’un seul exemple, l’Ecole juive moderne, ses effectifs sont en progression constante : ouverte en septembre 2007 avec 22 enfants, elle compte aujourd’hui plus de 160 enfants, précise Patrick Petit-Ohayon, directeur de l’action scolaire au FSJU.

Tous les établissements scolaires juifs, depuis janvier 2015, sont sous haute surveillance : rondes de militaires, cours pour préparer les enfants au pire, formation des parents à la vigilance… En effet, des équipes volontaires de parents protecteurs, créées en 2012, après la tuerie de l’école Ozar Hatorah, sont organisées par le Service de Protection de la Communauté juive (SPCJ), et qui assure, en liaison avec la police, la sécurité des lieux juifs dans l’Hexagone. Dans le 17e</