Affaire Weinstein: C’est l’Esprit de vérité, imbécile ! (Blowing in the wind: The rules are changing invisibly underneath our feet and we’re just trying to catch up, Hollywood actor says)

11 novembre, 2017
Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. Jésus (Jean 3: 8)
Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous. Jésus (Jean 14: 15-17)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
The answer, my friend, is blowin’ in the wind. Robert Zimmerman
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. Vigny
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
C’est parce que nos ancêtres se sont longtemps nourris de la Bible et des Evangiles que nous comprenons ces phénomènes et que nous les condamnons. (…) L’idéal d’une société étrangère à la violence remonte visiblement à la prédication de Jésus, à l’annonce du royaume de Dieu. Loin de diminuer à mesure que le christianisme s’éloigne, son intensité augmente. Ce paradoxe est facile à expliquer. Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles. Il y a les victimes en général mais les plus intéressantes sont celles qui nous permettent de condamner nos voisins. (…) Dans notre univers, en somme, tout le monde se jette des victimes à la tête (…) Nous avons désormais nos rites victimaires, antisacrificiels, et ils se déroulent dans un ordre aussi immuable que les rites proprement religieux. On se lamente d’abord sur les victimes qu’on s’accuse mutuellement de faire ou de laisser faire. On se lamente ensuite sur l’hypocrisie de toute lamentation; on se lamente enfin  sur le christianisme, indispensable bouc émissaire  car il n’est pas de rite sans victime (…) depuis le haut Moyen Age, toutes les grandes institutions humaines évoluent dans le même sens, le droit public et privé, la législation pénale, la pratique judiciaire, le statut des personnes. Tout se modifie très lentement d’abord mais le rythme s’accélère de plus en plus, et, vue de très haut, l’évolution va toujours dans le même sens, vers l’adoucissement des peines, vers la plus grande protection des victimes. (…) Notre société a aboli l’esclavage puis le servage. Plus tard sont venues la protection de l’enfance, des fermmes, des vieillards, des étrangers du dehors et des étrangers du dedans, la lutte contre la misère et le « sous-développement ». Plus récemment encore on a universalisé les soins médicaux, la protection des handicapés, etc.Tous les jours, de nouveaux seuils sont franchis. (…) De nos jours, il s’exaspère parfois de façon caricaturale qu’il suscite le rire mais il faut se garder d’y voir une simple mode, un bavardage toujours plus inefficace. Il n’est pas d’abord une hypocrite comédie. Au cours des âges, il a créé une société incomparable à toutes les autres. Il a unifié le monde. (…) A chaque génération, les législateurs descendaient plus profondément dans un héritage ancestral qu’ils se faisaient un devoir de transformer. Là où leurs ancêtres ne voyaient rien à réformer, ils découvraient l’oppression et l’injustice. Le statu quo avait longtemps paru intouchable, déterminé par la nature ou voulu par les dieux, souvent même par le Dieu chrétien. Depuis des siècles, les vagues successives  du souci  des victimes ont révélé et réhabilité de nouvelles catégories de boucs émissaires dans les soubassements de la société, des êtres dont seuls quelques génies spirituels, dans le passé, soupçonnaient que les injustices dont ils souffraient pouvaient être éliminées. (…) Il y a une avance historique inexorable de la vérité chrétienne dans notre monde. Elle ne fait qu’un paradoxalement avec l’affaiblissement apparent du christianisme. (… ) Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente  que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. (…) La montée en puissance de la victime ne coïncide pas par hasard avec l’avènement de la première culture vraiment planétaire. (..) Au-delà des absolus récemment écroulés, l’humanisme, le rationalisme, la révolution, la science même, il n’y a pas aujourd’hui le vide absolu qu’on nous annonçait naguère. Il y a le souci des victimes et c’est lui qui, pour le meilleur et pour le pire, domine la monoculture planétaire dans laquelle nous vivons. La mondialisation est le fruit de ce souci et non pas l’inverse. Dans toutes les activités économiques, scientifiques, artistiques et même religieuses, c’est le souci des victimes qui détermine l’essentiel, ce n’est ni le progrès des sciences, ni l’économie de marché, ni « l’histoire de la métaphysique ».  (…) De nos jours, tout se décante et le souci des victimes apparait au grand jour, dans toute sa pureté et son impureté. Rétrospectivement c’est lui, on le voit bien , qui depuis des siècles, gouverne en sous-main  l’évolution de notre monde. (…) Ce qui exigeait encore pour être repéré, il y a un siècle, la perspicacité d’un Nietzsche, aujourd’hui le premier venu le perçoit. La surenchère perpétuelle transforme le souci des victimes en une injonction totalitaire, une inquisition permanente. Les médias même s’en aperçoivent et se moquent de la « victimologie », ce qui ne les empêche pas de l’exploiter. Le fait que notre monde devienne massivement antichrétien, au moins dans ses élites, n’empêche donc pas le souci des victimes de se perpétuer et de se renforcer, tout en prenant souvent des formes aberrantes. L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Cela ressemble bien aux Américains d’inventer un big bang à l’origine de nos univers. Julien Green (écrivain franco-américain)
L’univers a été réglé très précisément pour l’émergence de la vie et de la conscience. Le réglage initial est d’une virtuosité époustouflante: on pourrait le comparer à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa flèche au milieu d’une cible carrée de 1 centimètre de coté, éloignée de 15 milliards d’années-lumière… Trinh Xuan Thuan
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Loin que les nécessités de la reproduction biologique déterminent l’organisation symbolique de la division sexuelle du travail, et de proche en proche, de tout l’ordre naturel et social, c’est une construction arbitraire du biologique, et en particulier du corps, masculin et féminin, de ses usages et de ses fonctions, notamment dans la reproduction biologique, qui donne un fondement en apparence naturel à la vision androcentrique de la division du travail sexuel et de la division sexuelle du travail et, par-là, de tout le cosmos. Pierre Bourdieu
Je ne veux pas éliminer les hommes, bien entendu. Ségolène Royal
In the context of sexual relationships, masculinity is expressed through ‘erection, penetration, and climax,’ so it is possible that threats to gender identity . . . manifest as sexual problems. Cornwell and Laumann
Our findings suggest the importance of socialized gender roles for sexual frequency in heterosexual marriage. (…) Couples in which men participate more in housework typically done by women report having sex less frequently. Similarly, couples in which men participate more in traditionally masculine tasks — such as yard work, paying bills, and auto maintenance — report higher sexual frequency. (…) The first mechanism—that sexual scripts activate desire and sexual behavior in the presence of gendered activity—would operate in the following fashion. Traditional gender per- formances serve as cues of masculine and feminine behavior; these cues activate individuals’ internalized cultural sexscripts, creating sexual desire and activity. In essence, traditionally masculine and feminine behaviors consciously or unconsciously serve as turn-ons for individuals. We do not argue that this takes place instantly, but rather over time, individuals perceive their spouse as more masculine or feminine as they engage in gender-traditional behaviors, and this increases sexual attraction. To the extent that masculinity and femininity are central parts of both the household division of labor and sexual attraction and activity, we expect that households with more traditionally gendered divisions of labor will experience greater sexual frequency. (…) A second possibility is that couples with more gender-traditional divisions of house- work hold more traditional beliefs and act in more gender-typical ways, which leads to more frequent sex. More masculine-identified men may value more frequent sex, and more highly feminine-identified wives may refuse sex less often because they view providing sex as part of being a good wife. Thus, men may initiate sex more frequently, and wives refuse less, with no link to desire. In essence, this mechanism suggests that both housework and sexual behavior are ways that couples do gender, and any observed relationship between the two would reflect couples’ under- lying orientations toward gender rather than causal influence. (…) A third possibility is simply that gender- traditional arrangements are linked to sexual activity because couples perceive greater affection and love when partners do more (albeit in traditionally gendered ways) in the household. Rather than couples engaging in more sexual activity because traditional divisions of housework act as signals of masculinity and femininity, couples may instead feel more affection and satisfaction within their relationships under traditional gender divisions of labor, and this leads to more frequent sex. Doing housework can convey affection, although often in traditionally gendered ways. As DeVault notes, “the gender relations of feeding and eating seem to convey the message that giving service is part of being a woman, and receiving it fundamentally part of being a man.” Gender-traditional beliefs and practices are often associated with greater marital happiness and men’s emotion work in the family. Sexual frequency appears to lie in the realm of sexual scripts, but couples are not purely interested in the amount of sex they have—they undoubtedly also care about the quality of sex. Although sexual frequency is correlated with sexual satisfaction, the correlation is far from perfect. Sabino Kornrich
« Ville sanctuaire » désigne une ville qui met en place certaines pratiques pour protéger les immigrants illégaux/sans-papiers. Elles sont une trentaine aux Etats-Unis à avoir ce « label ». Ces pratiques peuvent être définies par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Concrètement, une ville n’accordera aucun budget pour lutter contre l’immigration illégale ou ne permettra pas aux autorités locales de contrôler le statut d’immigrant d’un civil. Depuis 1996 et surtout depuis 2006, des séries de lois portées en majorité par le parti Républicain, lutte contre ces « libertés » accordées aux immigrants illégaux et tente de donner davantage de pouvoir au gouvernement fédéral (dont dépend la gestion de l’immigration) localement au sein des Etats. A l’heure actuelle, ce sont surtout les Etats du Sud du pays qui sont touchés : Alabama, Texas, Arizona, Mississippi et Géorgie… Mais la tendance, surtout depuis la crise financière de 2008, s’oriente vers davantage de contrôle ainsi qu’un renforcement des lois. A New York, il est possible mais peu probable que des agents de l’immigration débarquent dans un restaurant ou un bar pour faire un contrôle car vous l’aurez compris, les lois locales sont en « faveur » des immigrants. Et dans la réalité, la plupart des bars et restaurants de la ville fermeraient car la main d’œuvre utilisée par cette industrie est en majorité ici illégalement ! Dans la pratique donc, les travailleurs illégaux sont « tolérés » par les autorités locales. Dans les faits, la police peut vérifier votre identité mais n’a pas le droit (contrairement à la France) de vérifier la situation relative à votre visa. Par exemple, il est tout à fait possible en étant sans-papiers, de passer devant un juge et être condamné pour des faits mineurs, sans se faire par la suite expulser. C’est arrivé à un de nos cuisiniers mexicains… Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas le rôle de la justice locale de s’occuper de l’immigration ! Cela tient aussi au fait que le travail des différentes agences locales ou fédérales ne collaborent pas vraiment ensemble et ne travaillent pas à partir des mêmes bases de données. Lyon69rue89
Dès la Rome antique s’opère un clivage radical entre les pénétrants (les citoyens, les maîtres) et les pénétrés (souvent de jeunes esclaves). L’homme libre se devait d’être marié, d’honorer sa femme et ses maîtresses et pouvait aussi soumettre de jeunes corps masculins pour son plaisir. Pour reprendre le langage cru qu’appréciaient les Romains, un vir [un mâle romain] « encule » mais n’est pas « enculé », alors que les « culs larges » et les « suceurs de bites » étaient méprisés et insultés. Autrement dit, la virilité, c’est la pénétration active ; la dévirilisation, c’est la pénétration passive. Prenez le viol carcéral, un phénomène très répandu et largement tabou. Selon une enquête menée aux Etats-Unis par Human Rights Watch, ces viols sont majoritairement perpétrés par des prisonniers qui, hors les murs, sont hétérosexuels. Ce sont des caïds, qui n’hésitent pas à se glorifier de leurs prouesses sexuelles avec les femmes, et qui « baisent » des détenus pour les humilier et affirmer leur virilité triomphale. Les hommes victimes de ces agressions sont perçus comme féminins, car ils n’affichent pas les marqueurs de la virilité : une voix fluette, un petit gabarit, ou trop peu d’appétit pour la bagarre suffisent pour être rangés du côté des « tafioles », qu’on soit ou non homosexuel. Et, pour le violeur, il s’agit, là encore, d’imposer sa loi par l’asservissement sexuel de l’autre. (…) Ce genre de compliments [« Je t’encule » ou « Je te nique ], très prisés au volant, signifie « Je te soumets à mon phallus » et cela ne va pas te laisser un très bon souvenir. De nombreuses métaphores assimilent le pénis à une arme : pistolet, fusil, gourdin, braquemart… C’est dire que celui qui profère ce type de phrases parle de la puissance de son membre et de sa capacité à anéantir l’autre. Quant à « sale pédé », c’est une amabilité qui est aussi souvent adressée à des hétérosexuels qu’à des homosexuels. Elle vise juste à déprécier l’autre. (…) C’est parce que le féminin est dévalorisé que l’effémination est perçue comme un avilissement (…) C’est, d’après moi, l’une des leçons à tirer de l’affaire Weinstein et de ses suites : pour que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, comme dominants et pénétrants. Le vrai sujet tabou, il est là. On parle énormément, et à juste titre, de la discrimination envers les femmes ; en revanche, l’oppression de l’homme par l’homme, l’homophobie, la confusion entre effémination et homosexualité sont des sujets dont on s’empare trop peu. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour dissocier l’« effemination », c’est-à-dire le fait de posséder des caractères essentialisés comme féminins (la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’empathie…) et l’orientation sexuelle, qui est un tout autre sujet. Il existe des homos très virils et des hétéros efféminés (…) Cette discrimination archaïque entre le pénétrant-dominant et le pénétré-dominé mérite d’être définitivement abandonnée. Olivia Gazalé
I have been silenced for 20 years. I have been slut-shamed. I have been harassed. I have been maligned, and you know what? I’m just like you because what happened to me behind the scenes happens to all of us in this society. And that cannot stand, and it will not stand. No more. Name it. Shame it. Call it out. It’s time to be whole, it’s time to rise, it’s time to be brave. Rose McGowan
Well, I know what you mean. Sometimes I think that coming into the studio with you, John, is a bit like going into Harvey Weinstein’s bedroom. John goes way past groping – way past groping. You just pray that you emerge with your dignity intact, but the broader point is that, yes, you can make a fool of yourself. Michael Gove
 Le Coran comporte un grand nombre de versets concernant les juifs, dont certains leur sont très hostiles. Enfants, nous les apprenions par cœur à l’école. Les juifs étaient, pour nous, perfides, falsificateurs, immoraux, diaboliques, etc., et, chose primordiale, ces versets étaient les paroles de Dieu. Chaque enfant arabe grandit avec ces images. Dans une monarchie arabe du Golfe par exemple, on lit aujourd’hui dans les manuels scolaires que les juifs descendent des singes parce qu’un verset du Coran (II-65) menace les transgresseurs du Sabbat d’être transformés en singes. (…) les juifs du Coran étaient, en réalité, les juifs de Médine, qui avaient été d’abord perçus par Mahomet comme des alliés potentiels avant de devenir ses ennemis mortels puisqu’ils ne le reconnurent pas comme prophète. L’âge d’or de la condition juive dans le monde arabe est un mythe. Les juifs y vivaient dans une situation meilleure que celle des juifs d’Europe avec des périodes de relative tolérance mais, globalement, du Maroc à l’Irak, ils étaient méprisés, brimés et humiliés quand ils n’étaient pas massacrés de sorte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui de quitter les terres de leurs ancêtres pour aller s’établir en Europe ou en Israël. C’est dans le monde arabe que les protocoles des sages de Sion ont connu et continuent de connaître leur plus grand succès de vente. L’antisémitisme des Arabes, aujourd’hui, est le même que le vieil antisémitisme européen. Il fonctionne sur le même registre, comme une paranoïa dépourvue d’argumentation. Les juifs ont beaucoup d’argent et sont solidaires entre eux. C’est ce que disait Merah, l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse, mais aussi toute une littérature européenne d’avant 1945 (que Merah n’a certainement pas lue). Que de fois ai-je entendu des gens dire en Tunisie que les récoltes sont mauvaises parce que le Mossad empoisonne les sols ou que ce dernier est à l’origine de l’attentat du 11-Septembre, afin d’aider les Américains à mettre la main sur le pétrole irakien. Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes. Des centaines de milliers d’Arabes meurent assassinés par d’autres Arabes en Syrie, en Irak, en Libye, au Soudan, mais cela nous importe apparemment moins que les crimes commis par l’armée israélienne qui sont, eux, toujours dénoncés par une partie, fut-elle minoritaire, de la presse et de la société civile de ce pays. Said Ben Said
À la une du Parisien, le 25 octobre, seize portraits d’hommes « soutenus » par ce titre en gras : « Les hommes s’engagent. » Ces messieurs font connaître urbi et orbi qu’ils sont opposés… au harcèlement sexuel (et, sans doute, à la faim dans le monde, au dépassement d’honoraires des notaires sans cravate, aux intempéries, aux hémorroïdes) : « Après l’onde de choc créée par l’affaire Weinstein, seize personnalités masculines sollicitées par notre journal expriment leur solidarité avec les femmes. » On reconnaît l’intellectuel azuréen Christian Estrosi, et Michel Cymes, conseiller omnimédiatique à caducée. Ce dernier profite de l’occasion pour parler… de lui ! « Moi aussi, lorsque j’avais 15 ans, j’ai subi des attouchements par un homme dans le métro. C’est très perturbant. Sur le moment je n’ai rien osé dire. » Contrairement à ce que ces déclarations pourraient faire croire, le sujet de l’article n’est nullement Michel Cymes et sa psychose suburbaine, mais bel et bien la condition faite aux femmes par de grossiers personnages, qui profitent de leur pouvoir pour exiger d’elles des faveurs sexuelles. Mais, ô surprise ! Perdu au milieu des seize messagers féministes, qui voit-on ? François Hollande ! Alors, un souvenir nous revient… M. Hollande sur une estrade, à Tulle, au soir de sa victoire, le 6 mai 2012 : à ses côtés Valérie Trie – rweiler, heureuse, compagne épanouie du vainqueur et présentée comme telle à la foule. Bref, une femme amoureuse, compagne d’un homme comblé, entrait officiellement à l’Élysée. Las ! La ronde 1 des corps et des visages ne saurait suivre une voie rectiligne. M. Hollande, non pas saisi par la débauche, mais fidèle à sa devise « le changement, c’est maintenant ! » s’éprend d’une jolie comédienne. Le 10 janvier 2014, le magazine Closer le montre casqué, furtif, quittant le domicile de l’élue au petit matin. Mme Trierweiler découvre son infortune en même temps que les Français : rage, désespoir, dépression ! Le 25, s’adressant au téléphone à l’AFP, il déclare ceci : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. » Par cette formule de dix-huit mots M. Hollande, ineffable « partageur » de vie commune (!) paraissait plutôt congédier une courtisane que rompre avec une compagne, et moins encore répudier une reine. Nombre d’observateurs virent d’ailleurs dans ce communiqué lapidaire et glaçant tout le caractère de la goujaterie. Patrick Mandon
Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. (…)  Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (…), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer. « J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize- là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six anti – relous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons. (…) Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincèrement que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout-va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publiquement révèle une forme de terreur. Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le déballage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contemporains pour un mot de trop. (…) En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publiquement une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp » , s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire ! Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quoti dien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agissements qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés. Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’accessoires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France. (…) Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. (…) Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa solidarité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont entendue, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse. Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impunis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges. Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. (…) Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire. (…) L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclusive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux » , voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à La Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie. Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. (…) Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai 68, la rage punitive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier. Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne. (…) Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Elisabeth Lévy
I became an a–hole — the kind of performative masculine man my father had modeled for me to be. I lived by the motto, ‘If you don’t flirt, you die.’ And flirt I did. I flirted with all women, be they actresses, producers, or 80-year-old grandmothers. I even flirted with those who were out of bounds, like the wives of some of my best friends, which especially revolts me. I disrespected myself, and I disrespected them, and ignored my own ethics, which I regret more deeply than I can express. During those years I was swept up in a world of celebrity and drugs — which are not excuses, just truths. Since then I have had to redefine what it means to be a man, and an ethical man. I think every man on Earth has or will have to grapple with this question. But I am not an assaulter. I emphatically deny ever “exposing” myself to Jessica Teich, whom I have considered a friend for 30 years. I did flirt with her, and I remember trying to kiss Jessica as part of what I thought was a consensual seduction ritual that went on and on for many years. I am horrified and bewildered to discover that it wasn’t consensual. I didn’t get it. It makes me reassess every relationship I have ever thought was playful and mutual. There is a sea-change happening right now, which we can look upon as a problem or an opportunity. We all of us are awakening to the reality that how men have behaved toward women for eons is not OK. The rules are changing invisibly underneath our feet. I am playing catch up. Maybe we all are. I hope people can join me in honestly looking at our behavior and trying to make it right. We have to relearn every rule we thought we knew about how men and women interact, because after all getting together is the most fundamental human compulsion. And if we don’t succeed in that, what do we have? I hope this is the beginning of a larger conversation we can have as a culture. Richard Dreyfuss
Wow, I don’t quite know what to make of that. I respect that he’s trying to grapple with it, and I regret that he’s not being totally honest. Sadly, what I regret even more is I’ll never forget the sight of his penis because I was so surprised to see it there. The fact that he can’t quite acknowledge all of it is understandable. But he certainly acknowledges that something happened, and he certainly acknowledges that it might have been inappropriate now that he looks back on. Jessica Teich
It’s blowing in the wind, stupid !

Au-delà, entre tribunaux du viol universitaires ou  villes-sanctuaires et listes progressives, des habituelles et inévitables dérives et hypocrisies (les fameuses « vertus chrétiennes devenues folles » de Chesterton) …

Comme des risques de lynchage et de chasse aux sorcières que nos esprits contrariants ont raison de dénoncer …
« Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou » …
Alors que du côté même de ses pratiquants la vérité sort enfin sur l’islam
Pendant qu’en Occident certains voudraient étendre à la division du travail sexuel la remise en question de la division sexuelle du travail
Comment ne pas trouver complètement fou ce que l’on est en train de vivre …
Qui aurait imaginé en effet jusqu’il y a deux ou trois semaines un tel degré d’introspection publique de la part d’un acteur d’Hollywood …
Comme cette confession que l’actualité vient d’arracher à un poids lourd d’Hollywood tel que Richard Dreyfus
Reconnaissant que « les règles sont en train de changer de manière invisible sous nos pieds et qu’on essaie juste de suivre » ?
Comment ne pas voir …
Même si on n’est pas judéo-chrétien ou girardien …
Qu’il devient ou va devenir de plus en plus difficile de ne pas être affecté …
Par le souffle désormais planétaire et instantané via les communications actuelles …
De l’autre big bang pourtant vieux de 2 000 ans …
De l’irruption du judéo-christianisme sur la scène humaine ?

L.A. Writer Says Richard Dreyfuss Sexually Harassed and Exposed Himself to Her in the 1980s

Jada Yuan

Vulture

Six days ago, the actor and writer Harry Dreyfuss gave a detailed account to BuzzFeed News, alleging that Kevin Spacey groped his crotch when he was 18, while his father, Richard Dreyfuss, was in the room. Richard confirmed to BuzzFeed that he didn’t see the groping and didn’t know about it until his son told him years later, but was present the night Harry says it occurred. “[Spacey] knew he could fondle me in a room with my father and that I wouldn’t say a word,” wrote Harry. “He knew I wouldn’t have had the guts. And I didn’t.” A few hours after the story was published, Richard tweeted a statement in support of his son:

It was a response that many applauded. But as Los Angeles–based writer Jessica Teich read the elder Dreyfuss’s tweet, she grew “bothered,” she says. “When I read about his support for his son, which I would never question, I remember thinking, But wait a minute, this guy harassed me for months,” Teich told me in an interview. “He was in a position of so much power over me, and I didn’t feel I could tell anyone about it. It just seemed so hypocritical.” She began drafting a Facebook post that she shared with her friends, one of whom is a New York staff member, who gave Teich my number. The harassment, Teich says, was constant over a two- to three-year period in the mid-1980s when she worked as a researcher and junior writer on a TV passion-project of Dreyfuss’s — and included an incident where she says that he exposed himself to her.

The project was an ABC comedy special called Funny, You Don’t Look 200: A Constitutional Vaudeville, which Dreyfuss dreamed up, hosted, co-wrote, and produced to mark the bicentennial of the American Constitution. When Teich and Dreyfuss began working together in 1984 — first at the Mark Taper Forum theater in Los Angeles, where they met, and then on 200 — Teich was in her mid-20s and in an entry-level job, fresh out of grad school. Dreyfuss was 12 years older, married with a child, and starring in a play at the Taper, where Teich was a dramaturg. At the time, he held the record for becoming the youngest Best Actor Academy Award winner ever. “He wasn’t that much older than I was, but in every possible way his position in life couldn’t have been less comparable to mine,” says Teich. “That’s how vast the power differential was. He was famous, he was rich, he had an Oscar.” And, as she pointed out to me emphatically, “He was my boss. There was no question about it.”

While they were both at the Taper, Dreyfuss had asked Teich to work on developing 200 with him, first on an informal basis over lunches, and then with the formal backing of the Disney Channel, where they had a tiny production office. Over the next several years, they spent countless hours together developing the script. One day, deep into the development process, with the TV special set to air in October 1987, Teich says Dreyfuss asked her to meet him in his trailer on the Los Angeles studio lot of a movie he was starring in at the time. As with all her script meetings with Dreyfuss, this one was set up by his female secretary. (The secretary could not be reached for comment.)

“I remember walking up the steps into the trailer and turning towards my left,” says Teich, “and he was at the back of the trailer, and just — his penis was out, and he sort of tried to draw me close to it.” Dreyfuss never asked for her to fellate him or jerk him off, Teich says, but she remembers the situation being unambiguous. “He was hard. I remember my face being brought close to his penis,” she continues. “I can’t remember how my face got close to his penis, but I do remember that the idea was that I was going to give him a blow job. I didn’t, and I left.”

How she extricated herself, she can’t recall. “It was like an out-of-body experience. I just tried to swiftly get out of the room. I pretended it hadn’t really happened,” she says. “I kept moving because it was part of my job, and I knew he was, at the time, a very important guy, and certainly important to me. I trusted him. That’s what’s always so weird. I liked him. That’s part of why it’s so painful, because of the level of innocence one brings to these things. I felt responsible, that I must have indicated in some way that I was available for this.”

Teich says that, at the time, she told no one about the exposure incident, or what she claims were years of continual, overt, lewd comments and invitations from Dreyfuss. “He created a very hostile work environment, where I felt sexualized, objectified, and unsafe,” says Teich. The exposure in the trailer, she says, was the most shocking Dreyfuss’s behavior got, but perhaps more pernicious, she contends, was that she couldn’t do her job without him coming on to her. She’s referring to moments when Dreyfuss tried to kiss her in professional settings, slip her “I love you” notes during meetings, and his unsubtle verbal sneak attacks. “He has that way of sidling up to you and saying things like, ‘I want to fuck you,’” Teich says. “That was said all the time. He would constantly steer conversations to this yucky, insinuating thing, and I would sort of try to pull us back to a place where we could actually get some work done.” Throughout the research process, Teich says, Dreyfuss set up multiple trips where it was just the two of them, to Yale, Stanford, and Washington, D.C. One morning, when they were going to meet with Ronald Reagan, Teich recalls, Dreyfuss “told me he’d spent the night with his ear next to the wall, listening to my movements in my hotel room.”

Despite how unequivocal Teich is about her experience, she believes “Richard would be very surprised if 30-odd years later he heard that I felt completely coerced and disenfranchised. I think he’d be like, ‘Oh no, I thought you really liked me.’ I don’t think he had any idea.”

Dreyfuss, who’s now 70, responded swiftly to my request for comment, through representation, and asked for a limited deadline extension so he could write something thoughtful. Here are the first, most pertinent, paragraphs of his statement:

I value and respect women, and I value and respect honesty. So I want to try to tell you the complicated truth. At the height of my fame in the late 1970s I became an asshole–the kind of performative masculine man my father had modeled for me to be. I lived by the motto, “If you don’t flirt, you die.” And flirt I did. I flirted with all women, be they actresses, producers, or 80-year-old grandmothers. I even flirted with those who were out of bounds, like the wives of some of my best friends, which especially revolts me. I disrespected myself, and I disrespected them, and ignored my own ethics, which I regret more deeply than I can express. During those years I was swept up in a world of celebrity and drugs – which are not excuses, just truths. Since then I have had to redefine what it means to be a man, and an ethical man. I think every man on Earth has or will have to grapple with this question. But I am not an assaulter.

I emphatically deny ever “exposing” myself to Jessica Teich, whom I have considered a friend for 30 years. I did flirt with her, and I remember trying to kiss Jessica as part of what I thought was a consensual seduction ritual that went on and on for many years. I am horrified and bewildered to discover that it wasn’t consensual. I didn’t get it. It makes me reassess every relationship I have ever thought was playful and mutual.

“Wow, I don’t quite know what to make of that,” Teich said, when I read the statement to her aloud. She paused for a long time before speaking again. “I respect that he’s trying to grapple with it, and I regret that he’s not being totally honest. Sadly, what I regret even more is I’ll never forget the sight of his penis because I was so surprised to see it there. The fact that he can’t quite acknowledge all of it is understandable. But he certainly acknowledges that something happened, and he certainly acknowledges that it might have been inappropriate now that he looks back on it.”

In the last 30 years, Teich, who is 58, says she confided in three people about Dreyfuss: a family member and a close confidante, who both asked to remain anonymous, and her therapist. The family member confirmed that Teich had discussed Dreyfuss’s alleged misconduct decades ago, including the exposure incident. The confidante provided a statement recalling that Teich long ago talked about her discomfort with Dreyfuss hitting on her. Her therapist declined to comment due to doctor-patient confidentiality.

Teich’s memoir, The Future Tense of Joy, released in 2016, details a year of sexual molestation and horrific beatings she endured when she was 16, at the hands of a man who was 12 years her senior, and whom she’d also met in a professional setting at an Orlando ballet company they were both in. “When I wouldn’t do some of the things that he wanted me to do, sexually, he would beat the shit out of me,” she tells me. She believes this prior experience with abuse, plus the power imbalance between her and Dreyfuss and the culture surrounding allegations of sexual assault 30 years ago, contributed to why she kept silent. “I knew it was incredibly unpleasant,” she says. “I knew I felt awful about it and during it, but it wasn’t of such greater horribleness than a lot of other things that happened. And because I had been abused as a 16-year-old, and that was my introduction to any kind of intimacy, I thought, Oh, is this okay? I just didn’t have any perspective on it because no one was talking about it.” She’d worried about going public because Dreyfuss has grown children, and his son’s story of abuse is what prompted her post. “But then I thought, ‘I have children, too’” — daughters, 16 and 21 — “and I don’t want them to live in a world where people can’t tell the truth about these things.”

In his statement, Dreyfuss concluded with a broader acknowledgment of the conversations currently happening around sexual harassment and assault:

There is a sea-change happening right now, which we can look upon as a problem or an opportunity. We all of us are awakening to the reality that how men have behaved toward women for eons is not OK. The rules are changing invisibly underneath our feet. I am playing catch up. Maybe we all are.

I hope people can join me in honestly looking at our behavior and trying to make it right. We have to relearn every rule we thought we knew about how men and women interact, because after all getting together is the most fundamental human compulsion. And if we don’t succeed in that, what do we have? I hope this is the beginning of a larger conversation we can have as a culture.

After I read Teich the statement, I asked if she felt like this was a dialogue she would ever have with Dreyfuss. “Yeah, I think if I did it in a context where there were other people involved,” she says. “Because I’m not confronting him, I’m not suing him for damages of any kind. And his statement to you is more than I thought anyone would get from him.” Still, she did take issue with certain words he’d used that she found to be “loaded.” “‘Flirt’ is absolutely not the right word,” Teich says. “It suggests something mutual, and that was not the case.” She also thought he was stretching when he called her someone “whom I have considered a friend for 30 years.” The word “friend” was problematic in this context. “The suggestion is that if I were a true colleague I never would’ve been public about this, that it should’ve all been kept among friends,” she says. “I’m not that guy’s friend. I haven’t seen that guy or spoken to him in 25 years. But as a person, I respond to the sense of hurt that underlies his words, and something in me feels compassion for him, even though he made my life hell. And that’s part of the complexity of the whole thing, I think.

Voir aussi:

Harcèlement féministe: Habeas Porcus
Les magistrates de #balancetonporc ont condamné la gent masculine
Elisabeth Lévy
Causeur
10 novembre 2017

Avant même que la justice s’en mêle, les magistrates de #balancetonporc ont déjà condamné l’ensemble de la gent masculine. Quand il s’agit de stigmatiser tous les hommes, les féministes n’ont pas peur de l’amalgame.

Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. Ou alors des blagues d’Alex Wizorek.

Et comme la justice se rend désormais sur Twitter, le ministre a dû s’excuser.
Le problème, c’est la blague

Cet épisode a valeur d’apologue. Pour le parti de « la parole libérée », le problème, c’est la blague. Pour les défenseurs de l’humour libre, ce sont les excuses. Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (pages 50-51), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer.

« J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize- là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six anti – relous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons.

L’inévitable Caroline De Haas ayant semble-t-il échoué à faire reculer le président sur sa réforme du droit du travail, elle a dégainé là où on l’atten – dait, c’est-à-dire en balançant Eugénie Bastié comme « l’alliée indéfectible des agresseurs » . Si tu n’es pas avec moi, tu es avec les cogneurs. Dialectique, quand tu nous tiens. Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincère – ment que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout-va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publique – ment révèle une forme de terreur.

Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le débal – lage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contempo – rains pour un mot de trop. Quelques-uns ont renoncé à intervenir dans ce numéro, persuadés de ne récolter que des ennuis – incluant parfois une bonne engueulade de madame. On ne saurait leur donner tort. En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publique – ment une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp » , s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire ! Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quoti – dien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agisse – ments qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés. Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’acces – soires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France.

« Toi aussi, raconte, en donnant le nom et les détails, un harcèlement dont tu as été victime. » C’est avec ce message, dont nous avons charitablement corrigé l’orthographe, que Sandra Muller, journaliste basée aux États-Unis, a lancé le 13 octobre le hashtag « balance ton porc », la grammaire suggérant que toute femme a un porc à balancer. Comme l’observe alors Le Monde , extatique, « le verrou a sauté. La vanne s’est ouverte ». En quelques jours, des centaines de microrécits sont publiés, l’écœurant côtoyant le futile et le sordide l’ano – din. L’une parle d’attouchements subis à 11 ans, l’autre d’une blague sur ses bottes. Très vite, des noms sont divulgués : dans la liste noire qui s’enrichit d’heure en heure, on trouve un ancien ministre balancé par la fille d’un autre, quelques journalistes et animateurs, un député promptement débarqué de son groupe. Qu’une femme ayant subi une agression sans pouvoir se défendre ait le sentiment de rétablir la balance en jetant le nom de son agresseur en pâture au public, on peut le comprendre. Il n’en est pas moins choquant que la quasi-totalité de la classe médiatique et poli – tique, garde des Sceaux compris, l’encourage dans cette fâcheuse illusion. Votée en 1679 par le Parlement anglais, la loi sur l’Habeas corpus (qui intègre des dispositions antérieures) prévoit que « toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée » . Ce principe, inscrit dans notre droit bien avant 1789, est encore l’un des fondements de toute justice démocratique, puisque c’est de lui que découle le caractère contradictoire d’un procès équi – table. C’est sans doute difficile à admettre quand on a eu affaire à un gros dégueulasse, mais c’est ainsi : la seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte et de se plier aux règles formelles exigées par la procé – dure. La justice ne fait pas son boulot, répondra-t- on. Admettons qu’il reste dans nos commissariats et dans nos prétoires des dinosaures qui détournent la tête quand une femme vient demander leur protec – tion. On a du mal à croire que ce soit la règle. De plus, faut-il, au prétexte que la justice fonctionne mal, laisser les femmes se faire justice elles-mêmes ? Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. Tandis que Murielle Salmona réclame à leur profit une « présomption de vérité » (!), des femmes se déclarent « humiliées » qu’on mette leur parole en doute. Mais le premier devoir de tout juge est de mettre en doute la parole de la victime présu – mée. Même quand elle est criante de vérité. Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa soli – darité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont enten – due, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse. Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impu – nis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges.

Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. « Je ne savais pas que c’ était aussi répandu » , déclarent les hommes inter – rogés par Le Parisien . Sauf qu’on ne le sait toujours pas. À entendre les récits qui se succèdent, emplissant tout l’espace médiatique, confortés par une litanie de chiffres terrifiants, la révolution féministe n’a jamais eu lieu et la vie des femmes est un chemin de croix – maltraitance sur fond d’omerta. Il n’y a plus des femmes singulières, mais « nous les femmes » , comme l’écrit Laure Adler dans un texte sobrement intitulé « La nuit des femmes » et publié par Madame Figaro le 20 octobre. « Nous les femmes. Nous les femmes qui sommes déshonorées, déconsidérées, violentées dans notre intégrité physique et psychique, dans notre dignité d’ être humain. Nous les femmes qui n’osons pas énoncer la violence dont nous sommes l’objet, juste – ment parce que nous ne sommes plus sujets. Nous les femmes, quand sortirons-nous de notre nuit immémo – riale, douloureuse, silencieuse ? » Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire. Tout comme celui de Carol Galland qui a appelé les femmes harce – lées à manifester le dimanche 29 octobre. « Non, il n’est pas normal que la quasi-totalité des femmes cache au creux de son cœur une salissure qui la dégoûte et lui fait honte » , écrit cette amatrice de méchoui qui ne cache pas grand-chose au creux du sien car elle exhibe tous les sentiments qui s’y trouvent, assaisonnés de force formules prétendument drôles. Avant d’ajouter : « Les femmes sont tellement brisées qu’aujourd’ hui, elles vont jusqu’ à penser qu’un rassemblement #metoo ouvert aux hommes serait dangereux pour elles. » On appréciera la réduction de toutes les femmes à de petites choses perdant leurs moyens en présence d’un butor. Un siècle de féminisme pour en arriver là. Seulement, ce ne sont pas « les femmes », mais moins de 2 000 personnes qui ont répondu à son appel dans toute la France, le dimanche 29 octobre, ce qui n’a pas empêché les perroquets de la radio publique de se féliciter que le combat quitte internet pour descendre dans la rue. L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclu – sive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux » , voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à La Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie. Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. « Si nous aussi on donnait les noms des prédateurs sexuels qui nous ont 1/ manqué de respect verbalement 2/ tenté des tripotages » , suggère Sandra Muller dans un deuxième tweet. Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai 68, la rage puni – tive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier. Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne.

Or, à entendre les « agitées du porte-plainte » , pour reprendre la tranchante expression de Muray, on devrait verbaliser tous les amoureux suffisamment transis pour ne pas se laisser décourager à la première rebuffade – dont notre littérature regorge. Et comme il l’a écrit en 1991 dans le texte inédit que nous publions (pages 42-43), derrière la lutte contre le harcèle – ment, « c’est bel et bien le sexuel qui est aujourd’ hui l’objet d’une entreprise de criminalisation, ou plutôt de re-criminalisation, acharnée » . Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Muray aimait à ce sujet citer « La Colère de Samson », poème de Vigny : « Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. » Alors que l’on prétend nous faire croire que l’humanité se partage entre victimes et porcs, l’âge de la séparation a peut-être commencé.

Un goujat nommé Hollande Par Patrick Mandon À la une du Parisien , le 25 octobre, seize portraits d’hommes « soutenus » par ce titre en gras : « Les hommes s’engagent. » Ces messieurs font connaître urbi et orbi qu’ils sont opposés… au harcèlement sexuel (et, sans doute, à la faim dans le monde, au dépassement d’honoraires des notaires sans cravate, aux intempéries, aux hémorroïdes) : « Après l’onde de choc créée par l’affaire Weinstein, seize personnalités masculines sollicitées par notre journal expriment leur solidarité avec les femmes. » On reconnaît l’intellectuel azuréen Christian Estrosi, et Michel Cymes, conseiller omnimé – diatique à caducée. Ce dernier profite de l’occa – sion pour parler… de lui ! « Moi aussi, lorsque j’avais 15 ans, j’ai subi des attouchements par un homme dans le métro. C’est très perturbant. Sur le moment je n’ai rien osé dire. » Contrairement à ce que ces déclarations pour – raient faire croire, le sujet de l’article n’est nulle – ment Michel Cymes et sa psychose suburbaine, mais bel et bien la condition faite aux femmes par de grossiers personnages, qui profitent de leur pouvoir pour exiger d’elles des faveurs sexuelles. Mais, ô surprise ! Perdu au milieu des seize messagers féministes, qui voit-on ? François Hollande ! Alors, un souvenir nous revient… M. Hollande sur une estrade, à Tulle, au soir de sa victoire, le 6 mai 2012 : à ses côtés Valérie Trie – rweiler, heureuse, compagne épanouie du vain – queur et présentée comme telle à la foule. Bref, une femme amoureuse, compagne d’un homme comblé, entrait officiellement à l’Élysée. Las ! La ronde 1 des corps et des visages ne saurait suivre une voie rectiligne. M. Hollande, non pas saisi par la débauche, mais fidèle à sa devise « le chan – gement, c’est maintenant ! » s’éprend d’une jolie comédienne. Le 10 janvier 2014, le magazine Closer le montre casqué, furtif, quittant le domi – cile de l’élue au petit matin. Mme Trierweiler découvre son infortune en même temps que les Français : rage, désespoir, dépression ! Le 25, s’adressant au téléphone à l’AFP, il déclare ceci : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. » Par cette formule de dix-huit mots M. Hollande, ineffable « partageur » de vie commune (!) paraissait plutôt congédier une courtisane que rompre avec une compagne, et moins encore répudier une reine. Nombre d’observateurs virent d’ailleurs dans ce communiqué lapidaire et glaçant tout le caractère de la goujaterie… 1. La Ronde , film de Max Ophüls. Nul n’a mieux montré le manège enchanté du désir qui fait tourner les femmes et les hommes, puis les rend à leur solitude fondamentale.

Voir également:

Saïd Ben Saïd : « L’antisémitisme des Arabes aujourd’hui est le même que le vieil antisémitisme européen »

Le producteur de cinéma s’exprime dans une tribune au « Monde » après avoir appris qu’il ne pouvait plus présider le jury des journées cinématographiques de Carthage (du 4 au 11 novembre) en Tunisie. On lui reproche d’avoir produit des films en Israël.

Saïd Ben Saïd (Producteur de cinéma franco-tunisien)

Tribune. J’ai reçu au début du mois d’août une invitation pour présider le jury des journées cinématographiques de Carthage (JCC) qui se déroulent du 4 au 11 novembre à Tunis.

J’ai accepté très chaleureusement la proposition mais, lorsque le délégué général, M. Nejib Ayed, a appris que je produisais le prochain film du cinéaste israélien Nadav Lapid et que j’avais fait partie du jury du dernier festival de Jérusalem, il m’a demandé un délai de réflexion de vingt-quatre heures et ne m’a plus donné signe de vie.

Une grande partie de la presse tunisienne et du public, en prenant connaissance de mes entreprises israéliennes, aurait certainement réagi avec beaucoup de virulence à cette invitation et le festival a probablement eu raison de m’épargner (et de s’épargner) un lynchage médiatique. Cet incident tout à fait fâcheux, et qui l’est d’autant plus qu’il m’a opposé bien involontairement à des personnes que je n’ai aucune envie de désobliger, est révélateur de l’état actuel du débat sur ce pays dont le nom est devenu en Tunisie imprononçable.

Je suis né en Tunisie. J’y ai grandi dans une famille musulmane pratiquante et je m’affirme aujourd’hui avec le même enthousiasme musulman, français et tunisien. Il y a dans mon pays d’origine, et dans le monde arabe de façon générale, une hostilité (quand ce n’est pas une haine) à l’égard d’Israël, qui est liée au sort dramatique des Palestiniens dont les Tunisiens et les Arabes se sentent solidaires.

Vocable antisémite

En vérité, les choses sont un peu plus compliquées que cela. Nul ne peut nier le malheur du peuple palestinien, mais il faut bien admettre que le monde arabe est, dans sa majorité, antisémite et cette haine des juifs a redoublé d’intensité et de profondeur non pas avec le conflit israélo-arabe, mais avec la montée en puissance d’une certaine vision de l’islam.

La lecture littérale du Coran, dépourvue de tout contexte historique, donne lieu depuis un siècle et demi environ à des propos délirants sur les juifs

Bien entendu, un tas de gens sont persuadés, mais alors mordicus, qu’étant des sémites, les Arabes ne peuvent être antisémites. Or, rien n’est plus faux. Le vocable antisémite, inventé en Europe au XIXe siècle, n’a jamais concerné les Arabes. Il désignait exclusivement les juifs. A la vérité, il existe dans le Coran un discours antirabbinique qui a été à travers l’histoire progressivement décontextualisé et déshistoricisé pour devenir d’abord un discours antijudaïque, puis un discours antisémite.

La lecture littérale du Coran, dépourvue de tout contexte historique, donne lieu depuis un siècle et demi environ à des propos délirants sur les juifs. Le Coran comporte un grand nombre de versets concernant les juifs, dont certains leur sont très hostiles. Enfants, nous les apprenions par cœur à l’école. Les juifs étaient, pour nous, perfides, falsificateurs, immoraux, diaboliques, etc., et, chose primordiale, ces versets étaient les paroles de Dieu. Chaque enfant arabe grandit avec ces images. Dans une monarchie arabe du Golfe par exemple, on lit aujourd’hui dans les manuels scolaires que les juifs descendent des singes parce qu’un verset du Coran (II-65) menace les transgresseurs du Sabbat d’être transformés en singes.

Paranoïa dépourvue d’argumentation

Lorsque je suis arrivé en France à l’âge de 18 ans, je fis la connaissance de Mohamed Arkoun et Jacques Berque et je considère aujourd’hui encore ces rencontres comme un bienfait du destin. Je relus grâce à eux le Coran en m’appuyant sur un savoir construit et historique, ébranlant ainsi toutes mes certitudes passées. J’appris alors que les juifs du Coran étaient, en réalité, les juifs de Médine, qui avaient été d’abord perçus par Mahomet comme des alliés potentiels avant de devenir ses ennemis mortels puisqu’ils ne le reconnurent pas comme prophète.

L’âge d’or de la condition juive dans le monde arabe est un mythe. Les juifs y vivaient dans une situation meilleure que celle des juifs d’Europe avec des périodes de relative tolérance mais, globalement, du Maroc à l’Irak, ils étaient méprisés, brimés et humiliés quand ils n’étaient pas massacrés de sorte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui de quitter les terres de leurs ancêtres pour aller s’établir en Europe ou en Israël.

Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes

C’est dans le monde arabe que les protocoles des sages de Sion ont connu et continuent de connaître leur plus grand succès de vente. L’antisémitisme des Arabes, aujourd’hui, est le même que le vieil antisémitisme européen. Il fonctionne sur le même registre, comme une paranoïa dépourvue d’argumentation. Les juifs ont beaucoup d’argent et sont solidaires entre eux. C’est ce que disait Merah, l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse, mais aussi toute une littérature européenne d’avant 1945 (que Merah n’a certainement pas lue).

Que de fois ai-je entendu des gens dire en Tunisie que les récoltes sont mauvaises parce que le Mossad empoisonne les sols ou que ce dernier est à l’origine de l’attentat du 11-Septembre, afin d’aider les Américains à mettre la main sur le pétrole irakien.

Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes. Des centaines de milliers d’Arabes meurent assassinés par d’autres Arabes en Syrie, en Irak, en Libye, au Soudan, mais cela nous importe apparemment moins que les crimes commis par l’armée israélienne qui sont, eux, toujours dénoncés par une partie, fut-elle minoritaire, de la presse et de la société civile de ce pays.

La vérité historique me semble être une exigence morale de premier rang. Un musulman qui en fait son deuil et qui se définit uniquement par le Coran qu’il n’a pas (ou mal) lu ou par la cause palestinienne qu’il ne connaît pas me paraît manquer à sa propre islamité.

Saïd Ben Saïd a, entre autres, produit le film Elle, de Paul Verhoeven, César du meilleur film de l’année 2016.

Voir enfin:

«La norme virile valorise le pénétrant et stigmatise le pénétré», déplore la philosophe Olivia Gazalé

INTERVIEW A l’occasion de «Movember», «20 Minutes» s’intéresse au plaisir prostatique. Une pratique taboue car elle implique que l’homme soit pénétré, ce qui, symboliquement, serait associé à une perte de virilité. Entretien avec Olivia Gazalé, auteure du « Mythe de la virilité »…

  • A l’occasion de « Movember », mouvement dédié à la sensibilisation des cancers masculins, « 20 Minutes » se penche sur le plaisir prostatique. Une pratique encore taboue et source de clichés
  • « Si on veut que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes », analyse dans cette interview, Olivia Gazalé, enseignante en philosophie, maître de conférences à Science-Po Paris

Vous aurez peut-être remarqué qu’une des insultes les plus courantes en français est « enculé ». Plus rarement « enculée » et jamais « enculeur ». Autrement dit, l’opprobre est jeté sur celui qui est pénétré ou soupçonné de l’être. C’est peut-être ce qui explique en partie que le sujet du plaisir prostatique soit aussi tabou, cette idée que la pénétration anale passive ferait perdre à un homme sa virilité. Olivia Gazalé (photo ci-contre), enseignante en philosophie, maître de conférences à Science-Po Paris et cofondatrice des Mardis de la philo aborde ce sujet dans l’un des chapitres de son livre Le Mythe de la virilité, paru chez Robert Laffont. Entretien.

Un des chapitres de votre livre s’intitule « Entrer : l’exigence de pénétration ». Autrement dit, est viril celui qui pénètre et non celui qui est pénétré ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit évidemment pas ici de porter un jugement de valeur sur ces pratiques, mais seulement d’observer comment elles ont été considérées l’une et l’autre au cours de l’histoire. Dès la Rome antique s’opère un clivage radical entre les pénétrants (les citoyens, les maîtres) et les pénétrés (souvent de jeunes esclaves). Les catégories d’homosexualité et d’hétérosexualité telles que nous les entendons aujourd’hui, comme deux groupes clairement séparés, n’existaient pas. L’homme libre se devait d’être marié, d’honorer sa femme et ses maîtresses et pouvait aussi soumettre de jeunes corps masculins pour son plaisir. Pour reprendre le langage cru
qu’appréciaient les Romains, un vir [un mâle romain] « encule » mais n’est pas « enculé », alors que les « culs larges » et les « suceurs de bites » étaient méprisés et insultés. Autrement dit, la virilité, c’est la pénétration active ; la dévirilisation, c’est la pénétration passive. Pour certains hommes, cela n’a pas changé depuis l’Antiquité, hélas : ils considèrent toujours leur phallus comme un outil de domination.

Qui sont ces hommes ?

Prenez le viol carcéral, un phénomène très répandu et largement tabou. Selon une enquête menée aux Etats-Unis par Human Rights Watch, ces viols sont majoritairement perpétrés par des prisonniers qui, hors les murs, sont hétérosexuels. Ce sont des caïds, qui n’hésitent pas à se glorifier de leurs prouesses sexuelles avec les femmes, et qui « baisent » des détenus pour les humilier et affirmer leur virilité triomphale. Les hommes victimes de ces agressions sont perçus comme féminins, car ils n’affichent pas les marqueurs de la virilité : une voix fluette, un petit gabarit, ou trop peu d’appétit pour la bagarre suffisent pour être rangés du côté des « tafioles », qu’on soit ou non
homosexuel. Et, pour le violeur, il s’agit, là encore, d’imposer sa loi par l’asservissement sexuel de l’autre.

Vous citez dans votre livre les insultes comme « Je t’encule » ou « Je te nique » qui, paradoxalement, peuvent être prononcées sans que celui qui les profère soit perçu comme homosexuel…

Au contraire, même ! Ce genre de compliments, très prisés au volant, signifie « Je te soumets à mon phallus » et cela ne va pas te laisser un très bon souvenir. De nombreuses métaphores assimilent le pénis à une arme : pistolet, fusil, gourdin, braquemart… C’est dire que celui qui profère ce type de phrases parle de la puissance de son membre et de sa capacité à anéantir l’autre. Quant à « sale pédé », c’est une amabilité qui est aussi souvent adressée à des hétérosexuels qu’à des homosexuels. Elle vise juste à déprécier l’autre.

Derrière cela, il y a une dimension homophobe, mais aussi misogyne ?

Oui, car l’homophobie découle de la gynéphobie. C’est parce que le féminin est dévalorisé que l’effémination est perçue comme un avilissement. C’est en ce sens que la défense de la cause des femmes et celle des LGBTQ relèvent d’un seul et même combat : celui qu’il faut continuer à mener contre le caractère aliénant des normes sexuées, qui interdisent aux individus des deux sexes de se construire librement. Cela fait déjà plus d’un siècle que les femmes ont remis en question la notion d’« éternel féminin », mais les hommes, eux, sont encore trop souvent conditionnés par les stéréotypes sexués qui leur imposent de faire sans cesse la démonstration de leur puissance, de leur performance, de leur combativité, de leur courage… et de leur hétérosexualité.

Il faudrait donc que les hommes se remettent en question ?

C’est, d’après moi, l’une des leçons à tirer de l’affaire Weinstein et de ses suites : pour que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, comme dominants et pénétrants. Le vrai sujet tabou, il est là. On parle énormément, et à juste titre, de la discrimination envers les femmes ; en revanche, l’oppression de l’homme par l’homme, l’homophobie, la confusion entre effémination et homosexualité sont des sujets dont on s’empare trop peu. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour dissocier l’« effémination », c’est-à-dire le fait de posséder des caractères essentialisés comme féminins (la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’empathie…) et l’orientation sexuelle, qui est un tout autre sujet. Il existe des homos très virils et des hétéros efféminés. Sortons des caricatures. Cette discrimination archaïque entre le pénétrant-dominant et le pénétré-dominé mérite d’être définitivement abandonnée. De même que le fait de considérer le terme de « pédé » comme une insulte. C’est à nous qu’il revient d’éduquer la prochaine génération en ce sens.

Voir encore:

Why Campus Rape Tribunals Hand Down So Many ‘Guilty’ Verdicts

Title IX training is a travesty.

In November 2014, a female member of Brown University’s debate team had oral sex with a male colleague while they watched a movie. Eleven months later, she filed a complaint with Brown, accusing him of sexual assault.

Both parties in the case had credibility issues; he had violated a no-contact order, she had withheld from the university the bulk of their text messages. But the accused student possessed strong exculpatory evidence. He produced the full record of their communications, which included texts from the accuser to him discussing the encounter in a highly positive fashion and referencing a “plan” to have sex again. Further, a friend of the accuser, who saw her shortly after the incident, recalled her raving about her “really hot” experience.

Nonetheless, Brown’s disciplinary panel returned a guilty finding by 2-to-1. The decisive vote came from Besenia Rodriguez, the university’s associate dean for curriculum.

In subsequent court testimony after the accused sued Brown, Rodriguez admitted that she had not considered the accuser’s text messages or other post-incident behavior as having any bearing on the case. The reason, she said, was the hours of training that Brown had provided to prepare her to adjudicate the complaint—training required by the federal government. Rodriguez was specifically told that the impact of trauma on sexual-assault victims often causes them to behave in counterintuitive ways, such as not being able to recount a consistent set of facts or choosing to communicate with (rather than to avoid) the alleged assailant. “I felt like it couldn’t—I couldn’t really put myself in her shoes to understand why she was representing it that way,” explained Rodriguez, “so best not to attempt to judge her behavior.”

But judging the accuser’s behavior, noted U.S. District Judge William Smith, “was precisely her job as a panel member: to interpret the evidence and make factual determinations about it.” He added, “It appears what happened here was that a training presentation was given that resulted in at least one panelist completely disregarding an entire category of evidence”—evidence severely damaging to the accuser’s credibility.

Smith invalidated the university’s decision, noting, even apart from Rodriguez’s dereliction of duty, the overall process was far from equitable. The Brown official who designed the training Rodriguez received, Alana Sacks, did not respond to a request for comment.

Since 2011, the federal government has required all universities that receive federal money to provide “training or experience in handling complaints of sexual harassment and sexual violence” to adjudicators and investigators. Since nothing in the experience of most academics prepares them to competently investigate an offense that’s a felony in all 50 states, it makes sense to train those who are assigned to investigate campus sexual-assault allegations. But the ideological regimes used on many campuses are designed more to stack the deck against accused students than to ensure a fair inquiry. The risk of injustice is enhanced by the fact that, to the best of our knowledge, no school discloses the contents of its training materials to accused students before commencing the disciplinary process. The contrast between this training regime and the instructions given by judges to jurors in criminal trials—most obviously, that they should presume defendants innocent until proven guilty—is stark.

“In a criminal trial,” says former Baltimore state’s attorney Gregg L. Bernstein, “we ask jurors to use their common sense and apply their own life experiences to determining questions of credibility and guilt or innocence. We do not ‘train’ jurors at the expense of considering equally plausible factors as to why [an alleged] victim’s testimony might not be credible.” Bernstein, who during his term in office created a special unit to handle sexual-assault cases, believes a balance “can be struck in which the victim’s account is given credence and she is respected, while at the same time, the alleged assailant has the right to test the story. We should ask for no less when a person’s reputation can be altered for life by these types of [campus] allegations.”

The training mandate originated with the Obama administration’s 2011 “Dear Colleague” letter, which dictated campus procedures for sexual-assault allegations that dramatically increased the chances of guilty findings. Expanded guidance in 2014 from the Department of Education’s Office for Civil Rights ordered that the training include “the effects of trauma, including neurobiological change”—a phrase pregnant with hidden meaning. The Obama training requirements (without the “neurobiological change” part) were then formalized in a binding federal regulation in 2015.

While Secretary of Education Betsy DeVos has rescinded the 2011 and 2014 Obama commands, the 2015 regulation keeps most of the Obama training mandate in place. All the while, the secrecy of almost all the training materials has enabled them largely to escape public scrutiny.

“The biggest problem with these training materials,” says Justin Dillon, a Washington, D.C., lawyer who has defended dozens of students accused of sexual assault, “is that if the accuser comes in, contradicts herself and the evidence, all that gets explained away because of ‘trauma.’ Junk science like that makes it extraordinarily hard for students to defend themselves effectively. Schools cherry-pick studies without actually understanding anything about them; they just take this chicanery at face value. Students would need to first pay a lawyer, and then pay that lawyer to find a neuroscience expert who is both willing and qualified to take on this issue. And if you think lawyers are expensive, wait until you see how much experts charge.”

Middlebury College’s training, for instance, urges adjudicators to “start by believing” the accuser, while asking themselves whether the accused student is “who he said he is.” The training materials twice feature a hypothetical campus rapist announcing: “I am going to have sex tonight. If it is consensual, fine. But, I am going to have sex tonight.”

The college further orders that in order to be “objective,” investigation reports must not use the word “alleged” before “victim” or “sexual assault” and must avoid passages such as “the victim’s account of the incident is not believable or credible to officers given her actions during and after the encounter with the suspect” or the “victim has inconsistencies with her story.”

The role of the investigative report is especially important at Middlebury because, like more and more schools, it has abandoned disciplinary hearings on sexual-assault claims in favor of a single-investigator system. This was designed to shield the accuser from cross-examination, but also empowers a school-appointed official to serve as “detective, judge and jury,” in the words of Greg Lukianoff, president of the Foundation for Individual Rights in Education. In the specific system used at Middlebury, a college administrator renders the final decision based primarily on a report prepared by the investigator. The accused student and his representatives have no opportunity to cross-examine the accuser or the investigator. The training’s restrictions on the content of the investigator’s report thus have a direct effect on the final outcome.

After we wrote about the Middlebury training, the firm that conducted it, Margolis Healy, removed the associated material from its website. The company did not respond to a request for comment.

Eric Rosenberg, an Ohio lawyer who has represented accused students in both state and federal lawsuits, says that the “systemic bias” in training materials extends to essentially “mandating adjudicators shield accusers from exculpatory evidence” as it might “re-victimize the victim.” A state or federal judge, Rosenberg explains, “would undoubtedly find [that any] jury pool members who promise not to re-victimize a party who alleges an injury should be stricken for cause.”

Beyond putting a thumb on the scale towards guilt, campus-training materials are permeated by highly debatable psychological theories, spawned in part by the Obama administration’s requirement of training about “neurobiological change.”

Emily Yoffe’s blockbuster September article in the Atlantic on “The Bad Science Behind Campus Response to Sexual Assault” uncovered widespread use of a concept called “tonic immobility.” Yoffe explored the pervasive influence of Rebecca Campbell, a Michigan State psychology professor, who claims that as many as half of all sexual-assault victims experience tonic immobility and that this condition, along with other neurological effects that occur during an assault, renders them unable either to resist or to recall the alleged attack accurately later. Campbell has done no empirical research on tonic immobility, and there is no clear evidence that the phenomenon—in which some prey animals go into a type of temporary paralysis when threatened—occurs in humans.

Training at Harvard Law School in 2014 borrowed heavily from Campbell’s ideas about tonic immobility, according to an article by Harvard Law professor Janet Halley. She said the school provides its tribunals with “a sixth-grade level summary of selected neurobiological research,” which claims that rape victims’ trauma causes neurological changes, which can result in tonic immobility. This “can cause the victim to appear incoherent and to have emotional swings, memory fragmentation, and ‘flat affect’ [so that her statements] can be ‘[m]isinterpreted as being cavalier about [the event] or lying.’ ” The Harvard training, Halley wrote, is “100% aimed to convince [disciplinary panelists] to believe complainants, precisely when they seem unreliable and incoherent.”

A still-pending case led U.S. District Judge John Padova to suggest that the University of Pennsylvania’s training of campus adjudicators is so biased that it may violate Title IX by discriminating against males. In a September 13, preliminary ruling, Padova cited the university’s training materials as a basis for rejecting Penn’s motion to dismiss a Title IX claim in a lawsuit filed by a student the school had found guilty of sexual assault.

Penn used a training document, “Sexual Misconduct Complaint: 17 Tips for Student Discipline Adjudicators,” disseminated by Legal Momentum, a women’s advocacy group that has harshly assailed Betsy DeVos’s efforts to make the handling of campus sexual-assault complaints more fair. The 17 “tips” about accusers include:

“The fact that a complainant recounts a sexual assault somewhat differently from one retelling to the next may reflect memory processes rather than inattentiveness or deceit.” Legal Momentum provides no guidance on how adjudicators should identify “memory processes,” “inattentiveness,” or “deceit.” The implication that inconsistencies are irrelevant to assessing credibility is contrary both to our legal traditions and human experience.

“Victim behaviors during and after a sexual assault may appear counterintuitive to those unfamiliar with sexual assault.” The Legal Momentum document goes on to offer examples suggesting that virtually any conduct or statement by an accuser—resisting or not resisting the alleged assaulter; subsequently contacting or subsequently avoiding the alleged assaulter; testifying emotionally or listlessly; recalling or not recalling events—is consistent with the guilt of the accused.

“False allegations of rape are not common” and “research places the [false rape report] rate in the general population between 2% and 10%.” But this research defines “false” extremely restrictively and excludes a great many cases in which the accused is clearly not guilty of sexual assault and many more in which the available evidence leaves unclear the veracity of the accuser’s account.

As for accused students, Penn’s training material seems designed to sow skepticism about their claims of innocence. The “typical” campus rapist, according to the document, might possess many “apparent positive attributes such as talent, charm, and maturity [and] a deep commitment to community service.” But such traits are “generally irrelevant.” Campus rapists “[p]lan and premeditate their attacks, using sophisticated strategies to groom their victims for attack and isolate them physically.”

Bernstein, the former top Baltimore prosecutor, expressed concern that the Penn training did not meet the “standards” necessary for an “objective process” that could determine the truth of allegations. Most of the tips, he notes, “leave a clear presumption of guilt in the investigator or adjudicator’s mind and provide a victim-centric explanation for otherwise inconclusive, inconsistent, and exculpatory testimony to the exclusion of other factors.” Legal Momentum did not respond to a request for comment.

The training materials and practices that have surfaced from other institutions are equally one-sided.

George Mason’s training plan contains a lengthy section instructing investigators and adjudicators to “avoid an implication of blaming a complainant,” such as by holding “the belief or expressing an opinion that a person who is alleging sexual assault was in some way responsible, whether wholly or in part, for what happened.” Testing an accuser’s truthfulness by asking about her pre-incident behavior with the accused student or why she waited for months to file a report or why she did not go to the police would all constitute blaming the victim. If even considering asking any such questions, the adjudicator is ordered by the training to adjourn the meeting and consult with fellow panelists before proceeding. There is no comparable caution regarding questions asked of accused students.

A University of Texas blueprint for sexual-assault investigations recommends reducing “the number of reports prepared by investigators,” so as to frustrate defense lawyers’ efforts to point out contradictions among an accuser’s statements. This recommendation belies any pretense that the university’s investigators are neutral fact-finders.

The training at Ohio State tells disciplinary panelists that as many as “57 percent” of college males “report perpetrating a form of sexual[ly] aggressive behavior,” among other points seemingly designed to prompt guilty findings. We are aware of no reliable study that makes such a statistical claim. The judge who cited the 57 percent did not say where Ohio State got it, and the school’s full training materials remain sealed.

Cooper Union’s training program describes a “typical” sexual-assault case as the work of a scheming predator: An upper class male who meets a freshman female at a party, accompanies her alone back to her room, and “pours ten shots out of a bottle he pulls out of his backpack” for her to drink. The accuser can later recall nothing, but believes that they had sex.

At SUNY-Plattsburgh, the school’s Title IX coordinator trains the members of sexual-assault hearing panels. In a recent appellate hearing in New York state court, it was revealed that she had misstated the university’s own definition of consent to make a guilty finding more likely, by ruling out “consent by conduct” to sex. SUNY’s lawyer conceded to the appellate judges that the coordinator’s explanations of Plattsburgh policy to the tribunal members were “admittedly confusing.”

The head of a Title IX disciplinary panel at the University of North Carolina, Charlotte, testified in federal court that his institution’s training prompted him to deny the accused student a chance to present friendly, post-incident text messages the accuser sent to him, even though they contradicted her claim that she had come to fear him after they had sex. The panel chair said that the training allowed the tribunal to consider only any messages that “directly answer[ed] the question of consent, to consent to sexual acts.” A federal judge called this exclusion of exculpatory evidence “troubling” and denied the university’s motion for summary judgment.

Such training regimes are the norm across the country, according to four lawyers we talked to and to public statements by two others who have through lawsuits obtained the training materials adopted by many schools. The training materials used by the vast majority of colleges still remain secret.

The new regulations that Betsy DeVos has promised to issue regarding campus proceedings—probably next fall, after publishing proposed rules and considering public comments—will likely continue to require training of some kind, which, at least for investigators, is sensible if it is done well.

Meanwhile, the training materials we have seen are flatly contrary to the Trump administration’s interim guidance for colleges on campus sexual-assault allegations, which provides that “training materials or investigative techniques and approaches that apply sex stereotypes or generalizations may violate Title IX.” DeVos has repeatedly called for colleges to make their processes fair to accused students as well as their accusers.

The time is ripe for some of the accused to file complaints with the Department of Education’s Office for Civil Rights challenging these training programs as violating Title IX’s prohibition on sex discrimination. Such complaints would encourage the Education Department to require that schools make public the contents of their training for sexual assault investigations and tribunals. The accused—many of whom have wrongly assumed that they would be treated fairly and the truth would set them free—would then know what they are up against.
K.C. Johnson and Stuart Taylor Jr. are the authors of The Campus Rape Frenzy: The Attack on Due Process at America’s Universities (2017).

Voir de plus:

Pedagogy questioned

Penn grad student says she’s under fire on campus and off for using a teaching technique that involves specifically calling on students from underrepresented groups.

Colleen Flaherty
Inside higher ed
October 20, 2017

Anyone who’s ever taught a class knows some students say more than others. And most professors eventually develop some way of encouraging quieter students to contribute. In one more formal discussion-management technique, called progressive stacking, professors call on students who may be — for a variety of reasons — less likely to have their say. While every student is different, the reasons typically reflect the implicit biases observed outside the classroom, such as those related to race, gender, religion, sexual orientation or disability status. So, according to progressive stacking, a professor would call on a black or Latina woman before a white man, for example.

There’s the rub, at least in one class at the University of Pennsylvania. Stephanie McKellop, a graduate teaching assistant in history there, says she is under attack by fringe-right groups for using progressive stacking in her classes and then tweeting about it. Worse, she says, the university is cowing to such groups instead of supporting her. She’s claimed on social media that her classes were canceled this week and she may be asked to leave her program.

Here’s some of what McKellop tweeted earlier this week. Her social media accounts are private, but the posts have since been shared by her supporters, some of whom have contacted Penn on her behalf. The trouble apparently began with a post in which she wrote, « I will always call on my black women students first. Other [people of color] get second-tier priority. [White women] come next. And, if I have to, white men. » In a later post, she wrote, « Penn thinks I’m racist and discriminatory towards my students for using a very well worn pedagogical tactic which includes calling on [people of color]. »

Steven J. Fluharty, dean of the School of Arts and Sciences, refuted some of those claims in a statement Thursday, saying that McKellop has not been removed from her program and that Penn has “and will continue to respect and protect the graduate student’s right to due process.”

Penn knows and values the “importance of ensuring that students in groups that were historically marginalized have full opportunity to participate in classroom discussions,” Fluharty added. “Penn is strongly committed to providing respectful work and learning environments for all members of our community.”

Yet Fluharty seemed to validate McKellop’s claim that Penn has taken issue with her teaching style, saying that Penn is “looking into the current matter involving a graduate student teaching assistant to ensure that our students were not subjected to discriminatory practices in the classroom and to ensure that all of our students feel heard and equally engaged.”

McKellop did not immediately respond to an interview request Thursday. A spokeswoman for Penn said that McKellop has not been barred from teaching, but she provided no further details. McKellop’s adviser did not respond to a request for comment.

A number of academics expressed support for McKellop on social media and for progressive stacking. In general, it doesn’t mean excluding men or white students from conversations, or forcing underrepresented students to talk. Instead, it means calling on students who want to talk in the reverse order that one might predictably do so, based on social biases.

Jessie Daniels, a professor of sociology at Hunter College and the Graduate Center of the City University of New York, said progressive stacking has been around at least since she was in graduate school in the 1990s. She still uses it informally, to right her own tendency to call on men more frequently than women.

“If I have a class of 40 students, since Hunter is predominantly young women, I may have four or five young men in class,” Daniels said. “There’s still implicit bias, where we value men’s voices more than women’s voices, or men’s voices are deeper and carry more in a class. So I’m always trying to overcome my own bias to pick on men in class more than the women.”

As to whether purposely asking a woman to answer a question over a man was a kind of discrimination, Daniels said, “That gets it the wrong way around. This is a way of dealing with discrimination that we as professors can introduce into the classroom. It’s a good strategy, if you can do it.”

Daniels said she thought that the online backlash against McKellop seemed ripped from the “playbook” of the far right, which has attacked numerous professors involved in issues of race in recent months. Worse still, she said, McKellop, as a graduate student, is a particularly vulnerable target.

Cathy Davidson, director of the Futures Initiative at CUNY’s Graduate Center, has long advocated for inclusive teaching methods, including via the Humanities, Arts, Science and Technology Alliance and Collaboratory, which she co-founded. Davidson said Thursday that she didn’t particularly like progressive stacking, and that other methods seem “far better to me than making judgments on others’ privilege.”

Davidson instead recommended « inventory » methods that require participation by all students in the classroom, such as thoughtful « exit tickets » from a session, think-pair-share exercises or asking everyone to write down and then share a memorable sentence from a given reading.

Daniels said she didn’t know how pervasive progressive stacking is, but underscored that it’s nothing new. As for the situation at Penn specifically, Daniels said it would be unfortunate for the university to punish someone trying to “uphold its values. It would be a very misguided step on the part of Penn.”

Voir également:

Cannibalism Among the Oppressed

June 10, 2013

When big-bootied FLOTUS Michelle Obama was heckled last week by a grizzled lesbian activist who sort of resembles Glenn Beck with AIDS, the entire progressive coalition nearly came crashing to the ground.

Mrs. Obama was speaking about somethin’-somethin’ black when the activist interrupted her to start screaming about somethin’-somethin’ gay, at which point Obama left the podium to confront the woman. Video documentation of the event is scant, so it’s unclear whether Obama did that black-lady thing where they wag their finger and swivel their head.

“She came right down in my face,” said gay heckler Ellen Sturtz. “I was taken aback.”

Then, but of course, Sturtz was accused of using “white privilege” and “coded racial words” to play into ancient, hateful, and obviously disproved-by-science stereotypes of an “angry black woman.”

One can only imagine the furor if the lez had accused Michelle of chimping out.

“I take tremendous pleasure when my supposed enemies start shooting each other with friendly fire.”

A fat black lesbian who says she embraces the term “BlaQueer” to describe her multiple Identities of Oppression wrote a Huffington Post puff piece about how she couldn’t decide whose side to take:

I, like many other queer people of color, can’t separate my race and its history from my sexuality (or my gender performance/identity) and its history.

Like my mom always said, “‘Can’t’ means ‘won’t.’”

In the event’s wake, pro-homo serial event-interrupters Code Pink apparently made remarks critical of Michelle Obama on Twitter, then offered a groveling apology when told to check their privilege.

This shit never ends, and I love it. Since a white penis dangles atween my legs, progressive identity groups have designated me as their natural-born enemy. Therefore, I take tremendous pleasure when my supposed enemies start shooting each other with friendly fire.

One of the most fascinating aspects of the O. J. Simpson murder trial is that it forced the progressive-minded to take sides: Do they go against the woman-killer or the racist cop?

There are numerous examples of such seemingly insoluble liberal dilemmas, all of them hilarious to me.

Do you protect the environment, or do you allow the Third World to continue breeding like dusky hamsters?

Do you support Islam or the women who are getting their clits sliced off?

Do you come down on the side of unions or illegal-alien scab laborers?

Do you support Greenpeace or Injun whalers?

Do you oppose censorship or rape jokes?

Such constant squabbling usually devolves into pissing contests about who is more oppressed and who exactly is bullying whom.

The term for when one person’s oppression collides with another’s is intersectionality. It was allegedly coined by a black female lawyer named Kimberlé Crenshaw, and the way she spells “Kimberly” is really all you need to know about her. The general concept supposedly arose in the 1970s when black feminists started bitching about white feminists over who was more oppressed. In other words, it was the fruit of infighting among leftist identity groups, the result of cannibalism among the oppressed.

People who buy into this notion that they suffer from multiple forms of oppression—rather than the more likely explanation, which is that they suffer from multiple personalities—tend to explain intersectionality in ways either histrionically angry or academically tortured.

A shining example of the histrionically angry school is a screed called “MY FEMINISM WILL BE INTERSECTIONAL OR IT WILL BE BULLSHIT!” written by a “Latina” who claims she screams so much, it sometimes scares her cat.

Intersectionality, because it is by definition an insane if unfalsifiable notion, has gained traction in the so-called social sciences. In Sweden (of course), you can get a master’s degree in it. Never have so few used so many words to say so little. Intersectionality’s proponents prattle on about standpoint epistemology and interlocking matrices of oppression, about how intercategorical approaches are needed to determine how essentialist identities foster stereotyping, about how power carries gendered connotations and has androcentric biases that promote racialized belonging, and about how straight white males suck.

This is one of the reasons I sort of hope for a wholesale economic collapse—because people who talk like this will not have jobs.

The concept of intersectionality is also related to the “progressive stack,” which assumes that white males at all times bear noxious degrees of unearned power, which is why they have to get to the back of the line and let all the legless black lesbians speak first.

So much for transcending labels and viewing one another as individuals. These people want to institutionalize such labels. They balk at the concept of “assigned identity,” yet they also seem unable to live without it. So many of these multitudinous oppressed “identities” seem like nothing more than cheap cloaks to mask nakedly annoying personalities. People with bad personalities seem to have a built-in defense mechanism that makes them believe you actually hate them for any other possible reason besides their bad personalities. With all the banter about oppression, it’s hard to think of anything that stifles free speech and free expression more than such strident humorlessness.

As an unapologetic white male and therefore a designated cultural pariah, I take a sort of emperor’s glee in the gladiatorial spectacle of these special-interest ninnies eating each other. But it’s different from lions eating Christians. It’s more like Christians eating Christians.

Personally, I found these people far more likable when they were disenfranchised.

Voir encore:

San Francisco is once again the epicenter of the sanctuary city debate with the beginning of the sad and explosive trial of one of the most well-known and infamous illegal aliens in U.S. history. Juan Garcia Zarate (also known as Juan Francisco Lopez-Sanchez), an illegal alien from Mexico with seven felony convictions and five deportations, is on trial for the murder of 32 year-old Kate Steinle. Steinle was allegedly gunned down in broad daylight as she walked arm in arm with her father near the city’s Embarcadero district.

Just months before the shooting, instead of being deported, Garcia Zarate was released from jail and allowed back onto the streets due to San Francisco’s controversial and illegal sanctuary policies. Not surprisingly, when asked why he repeatedly returned to San Francisco, Zarate told local authorities that the city attracted him because of its sanctuary policies.

For many Americans, this senseless murder was regarded as something that could have easily been prevented through adequate border enforcement and a firm federal crackdown on sanctuary cities. On the one hand, Steinle’s death served as a wake-up call for the nation, made immigration reform a rallying cry and helped to propel Donald Trump to the Oval Office.

But sadly, many California pols were more than happy to turn a deaf ear to the suffering of the Steinle family, as well as the cries from other parents across the country who had lost loved ones to illegal aliens shielded by sanctuary policies. To them, Steinle was simply an acceptable loss on the altar of open borders.Just three months after Steinle’s murder, San Francisco, her hometown, revisited the sanctuary issue and instead of scrapping the dangerous policy, doubled down on its commitment to remain a sanctuary city. By a unanimous vote, the board of supervisors embraced the longstanding policy of releasing criminal illegal aliens back onto the streets instead of notifying Immigration and Customs Enforcement so that they can be removed from the country.

The California General Assembly demonstrated equal empathy for the Steinle family, with the passage of a bill that designated California as a sanctuary state. California Assemblyman Joaquin Arambula exclaimed that the bill would ensure that “California is a safe place for immigrants,” begging the question of what, if any, value is being placed on the lives of native-born Americans and legal residents.

It’s not just in the Golden State that sanctuary fever has caught on. At the beginning of this year, FAIR estimated that there were roughly 300 sanctuary cities and jurisdictions across the nation. Unbelievably, that number has now grown to an estimated 500, according to a list compiled by the Ohio Jobs and Justice Political Action Committee, a group that has tracked the issue for a decade. Not surprisingly, 101 of them are in California.

Thankfully, there’s some good news too. President Trump campaigned on ridding the nation of dangerous sanctuary cities and his attorney general, Jeff Sessions, has promised to “claw back” key federal funds from sanctuary jurisdictions. Several cities including Miami, Florida and Dayton, Ohio, dropped their sanctuary policies to avoid losing precious federal funding. The state of Texas recently passed anti-sanctuary legislation forbidding sanctuary policies across the state, and other states, are following suit.

There is also renewed action and commitment to fight dangerous sanctuary jurisdictions on the federal level. Two bills with strong bipartisan support recently passed the House of Representatives. They are now awaiting action in the Senate and there is hope that they will soon be scheduled for a vote, despite an already crowded agenda.

Kate’s Law,” named in memory of Kate Steinle, would increase current maximum sentences for illegal reentry into the United States. The No Sanctuary for Criminals Act clarifies ICE detainer authority to hold criminal aliens for up to 48 hours so they can be handed over to ICE. At the same time, it holds state and local governments responsible for so-called sanctuary policies that protect deportable criminal aliens from being removed from the country. Additionally, the bill also protects jurisdictions that comply with detainers from being sued, while allowing victims of crime to sue jurisdictions that refuse to comply and subsequently release criminal aliens onto the streets.

The sanctuary issue might be popular with the open border pols in California, but public sentiment is clearly on the side of immigration enforcement. According to a recent Zogby poll of 11 key swing states, three out of four registered voters believe that police and sheriffs must comply with detainer requests by ICE, with Hispanic voters showing considerably stronger support. By equal margins, voters believe sanctuary jurisdictions must be held accountable for crimes committed by people who were released into the community because of those policies.

While these laws won’t be able to bring back the loved ones lost by misguided sanctuary policies, they will go a long way in preventing future heartbreak for families who needlessly lose a loved one to someone here illegally.

Dave Ray is director of communication at the Federation for American Immigration Reform (FAIR), a nonprofit aimed at promoting legal immigration.

Voir enfin:

J’ai vécu (sans encombre) à New York, dans la clandestinité

Tout a commencé au printemps 2009 lorsqu’un ami m’a proposé d’aller passer trois mois à New York pour l’été. Ses deux frères habitant à Brooklyn, il m’explique que l’on pourra loger gratuitement chez eux et travailler…

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New York – Lyon69

Tout a commencé au printemps 2009 lorsqu’un ami m’a proposé d’aller passer trois mois à New York pour l’été. Ses deux frères habitant à Brooklyn, il m’explique que l’on pourra loger gratuitement chez eux et travailler (illégalement) dans des bars et restaurants où l’on sera payé grassement en pourboires.

Je suis un brin sceptique quant à notre capacité à nous faire embaucher « sans papiers » mais ses deux frères travaillant dans l’hôtellerie me confirment que ce ne sera effectivement qu’une simple formalité.

De nature aventureuse, je me débrouille pour récupérer un congé de six mois. J’achète mon billet d’avion quelques jours plus tard et me prépare mentalement à l’idée de passer un été à New York et me remplir les poches de dollars.

L’objectif, c’était d’y rester trois mois, économiser un maximum d’argent puis d’aller le dépenser en Amérique du Sud les trois mois suivants, avant de rentrer en Europe pour reprendre le boulot.

La concurrence est rude

Première constatation : ce n’est pas si évident de trouver un job. La très grande majorité des restaurants et bars ne me demande pas si je suis en règle. En parlant avec certains employés, la plupart d’entre eux travaillent illégalement en étant payé cash, du sous-chef mexicain à la serveuse d’Europe de l’Est.

A force d’acharnement, je finis par trouver un boulot de serveur à Brooklyn. Tout va bien dans le meilleur des mondes, sauf que je ne gagne pas tant de dollars que ça et que la fin de l’été approche, tout comme la validité de mon visa touristique de 90 jours.

On décide donc avec mon ami de faire un aller-retour à Montréal pour récupérer un nouveau visa de 90 jours et poursuivre l’aventure jusqu’aux fêtes de Noël, réputées très juteuses dans la restauration.

De retour à New York (sans encombre), je dois trouver au plus vite une chambre pour me loger – après trois mois à squatter les canapés. Je ne roule malheureusement pas sur l’or après un été calamiteux sur le plan des revenus. Grâce à un collègue, je dégote cependant une chambre pas chère, mais dans un appartement de Brooklyn miteux à souhait. Après avoir changé de travail et déménagé deux fois (de plus), je finis par être bien installé ainsi qu’a gagner ma vie correctement.

La saison des fêtes s’avère très rentable et en moins de deux mois j’ai réussi à économiser un joli petit pactole. Mais mon visa arrive à échéance bientôt et je dois prendre une décision :

  • dois-je rentrer en Europe pour reprendre un boulot intéressant mais très mal payé ?
  • dois-je rester à New York à faire un travail pas intéressant mais payé cinq fois plus ?

Entre temps, je suis tombé amoureux de New York : je décide finalement de rester plus longtemps. J’achète un billet d’avion pour l’Equateur et tente de récupérer un troisième visa touristique d’affilé, avec tous les risques que cela comporte. En effet, en tant que citoyens européens, nous sommes limités par la loi à deux visas touristiques de 90 jours pour une période de douze mois.

Pour l’immigration américaine, il est indispensable de posséder un billet prouvant votre intention de quitter le territoire sous 90 jours. J’ai donc également acheté un billet d’avion New York-Montréal (remboursable) qui décolle quelques jours à peine après mon retour l’Equateur.

Le passage à la douane s’est de nouveau passé sans encombre, mais cela, je le dois aux deux pauvres passagers me précédant dans la queue, qui se sont fait embarquer pour un interrogatoire. Grâce à eux, notre agent a expédié la queue dans laquelle je me trouvais, car plusieurs passagers derrière moi se plaignaient de l’attente. Comme quoi, parfois, ça ne tient pas à grand chose…

Impossible n’est pas Américain !

Maintenant que j’ai décidé de rester aux Etats-Unis un peu plus longtemps, je dois me débrouiller pour me simplifier la vie. Je commence par ouvrir un compte en banque. Techniquement, il est « impossible » aux USA de travailler, ouvrir un compte en banque, emprunter, accéder à la sécurité sociale… sans numéro de sécurité sociale.

Dans la pratique, c’est un peu différent… J’ai ouvert un compte en banque grâce à une banquière peu regardante, signé un bail à un propriétaire qui ne posait pas de questions, ouvert un contrat de téléphonie mobile. Je vais dans un centre destiné aux immigrants pour voir un dentiste et, en cas d’urgence, je peux toujours aller dans un des nombreux hôpitaux publics de la ville pour me faire soigner.

L’un des propriétaires du restaurant où je travaille, depuis mon retour d’Equateur, vient tout juste de se faire régulariser après avoir vécu ici illégalement pendant douze ans ! Il possédait une entreprise de construction
et un bar, il avait un emprunt immobilier pour sa maison et possédait deux voitures… Ici, rien n’est impossible !

Donc, même âpres avoir vécu illégalement aux Etats-Unis pendant des années, il est tout à fait possible de se faire régulariser très facilement. Il suffit pour cela, de se marier avec un(e) citoyen(ne) américain(e).

Ce n’est plus possible dans tous les Etats mais cela reste permis dans un certain nombre, notamment l’Etat de New York et ceux du Connecticut ou de Californie. Une fois marié, il suffit de faire les démarches nécessaires et sous moins de deux mois on reçoit une « green card » temporaire ainsi qu’un numéro de sécurité sociale. Sous deux ans, votre « green card » définitive vous sera délivrée suite éventuellement à un rendez-vous avec les services de l’immigration où vous aurez à prouver que votre mariage est légitime.

Il est même possible de faire la demande d’un « numéro de taxe » (ID Tax Number) pour payer des impôts en travaillant illégalement. Aussi surprenant que cela puisse paraître, payer des impôts en travaillant illégalement, c’est tout à fait possible et même conseillé ! Car si par la suite vous parvenez à vous faire régulariser (par le mariage), toutes les années ou vous aurez payé des impôts seront alors prises en compte dans les délais d’octroi de la citoyenneté américaine.

Alors, comment se fait-il qu’il soit donc plutôt aisé de vivre et travailler illégalement aux USA ?

New York, ville « sanctuaire » pour les immigrants illégaux

« Ville sanctuaire » désigne une ville qui met en place certaines pratiques pour protéger les immigrants illégaux/sans-papiers. Elles sont une trentaine aux Etats-Unis à avoir ce « label ».

Ces pratiques peuvent être définie par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Concrètement, une ville n’accordera aucun budget pour lutter contre l’immigration illégale ou ne permettra pas aux autorités locales de contrôler le statut d’immigrant d’un civil. Depuis 1996 et surtout depuis 2006, des séries de lois portées en majorité par le parti Républicain, lutte contre ces « libertés » accordées aux immigrants illégaux et tente de donner davantage de pouvoir au gouvernement fédéral (dont dépend la gestion de l’immigration) localement au sein des Etats.

A l’heure actuelle, ce sont surtout les Etats du Sud du pays qui sont touchés : Alabama, Texas, Arizona, Mississippi et Géorgie… Mais la tendance, surtout depuis la crise financière de 2008, s’oriente vers davantage de contrôle ainsi qu’un renforcement des lois.

A New York, il est possible mais peu probable que des agents de l’immigration débarquent dans un restaurant ou un bar pour faire un contrôle car vous l’aurez compris, les lois locales sont en « faveur » des immigrants. Et dans la réalité, la plupart des bars et restaurants de la ville fermeraient car la main d’œuvre utilisée par cette industrie est en majorité ici illégalement ! Dans la pratique donc, les travailleurs illégaux sont « tolérés » par les autorités locales.

Dans les faits, la police peut vérifier votre identité mais n’a pas le droit (contrairement à la France) de vérifier la situation relative à votre visa.

Par exemple, il est tout à fait possible en étant sans-papiers, de passer devant un juge et être condamné pour des faits mineurs, sans se faire par la suite expulser. C’est arrivé à un de nos cuisiniers mexicains… Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas le rôle de la justice locale de s’occuper de l’immigration !

Cela tient aussi au fait que le travail des différentes agences locales ou fédérales ne collaborent pas vraiment ensemble et ne travaille pas à partir des mêmes bases de données.

Il ne faut pas être claustrophobe

Après avoir obtenu mon troisième visa touristique d’affilé, j’ai décidé, après mûre réflexion, de poursuivre l’aventure à New York, au-delà de mon visa et donc de rentrer dans la clandestinité.

Le risque je le connaissais bien : si je quittais ensuite le territoire moins de 365 jours après l’expiration de mon visa, je m’exposais à une exclusion du territoire de trois ans – plus de 365 jours, une exclusion de dix ans.

Dans le pire des cas, j’allais être banni des USA pour les dix prochaines années, mais à n’importe quel moment, il me suffisait de me marier avec une américaine pour faire sauter les sanctions.

Pour moi, l’un des principaux inconvénients de vivre illégalement aux Etats-Unis, c’est qu’on finit par se sentir légèrement enfermé… Il ne faut pas être claustrophobe.

Le voyage est l’une de mes grandes passions et il ne m’est pas vraiment possible de prendre l’avion. Techniquement, on peut prendre des lignes intérieures sans passer pas l’immigration mais il y a un risque, car il y a toujours un agent de l’immigration présent dans tous les terminaux des aéroports. Donc cela va faire bientôt deux ans et demi que je n’ai pas mis les pieds dans un avion et ça, c’est le coté un peu difficile à vivre.

Je me suis marié l’année dernière à l’Hôtel de ville de New York sans que l’on ne me pose la moindre question (une fois de plus !). Ma femme n’étant pas américaine (on ne force pas l’amour), nous avons donc décidé d’aller poursuivre notre aventure ailleurs. Mais j’ai passé trois années fantastiques à New York.

 COMPLEMENT:

Abus sexuels : le cauchemar sans fin de Hollywood
Harvey Weinstein, Kevin Spacey, Louis C. K., Brett Ratner… Les révélations en cascade d’abus sexuels bouleversent le monde du divertissement américain, au point d’écorner l’image d’une usine à rêves mythique.
Constance et Jamet Etienne Sorin
Le Figaro
14/11/2017

Il règne à Hollywood une atmosphère de guerre. On ignore qui, demain, sera le prochain à être reconnu comme prédateur sexuel. Des noms circulent. Des projets de films, de séries en cours suscitent l’inquiétude à la seule idée que l’une de leurs pièces maîtresses puisse être concernée», résume Jordan Mintzer, correspondant du Hollywood Reporter à Paris. Cela fait un mois que le New York Times et le New Yorker ont ouvert la boîte de Pandore en révélant les abus auxquels se livrait Harvey Weinstein envers ses collaboratrices, des actrices et même des journalistes. La chute du nabab a libéré la parole. D’autres harceleurs ont été dénoncés: le producteur Brett Ratner, le cinéaste et scénariste James Toback, les acteurs Steven Seagal, Louis C. K. et Kevin Spacey ou encore Roy Price, patron d’Amazon Studio, la branche de production de films du géant du commerce en ligne. Un séisme dont l’onde de choc ne montre aucun signe d’affaiblissement.

Contrairement aux scandales sexuels de l’âge d’or de Hollywood, les studios ne ferment plus les yeux. Craignant pour leurs recettes et leur image, ils affichent une tolérance zéro et prennent leur distance avec les mis en cause, enterrant ou suspendant des franchises emblématiques. « La rapidité et la sévérité de leur réponse sont d’une ampleur inédite » , confirme Jordan Mintzer. Vingt-quatre heures après les déclarations d’Anthony Rapp, l’acteur de Star Trek Discovery , qui accusait Kevin Spacey d’avoir tenté de le violer alors qu’il n’avait que 14 ans, Netflix, le diffuseur, et la société de production MRC interrompent le tournage de la saison 6 de House of Cards. Les témoignages des techniciens et assistants s’accumulant, la plateforme SVOD annonce, trois jours plus tard, limoger sa star et geler la production afin de permettre aux scé- naristes de réécrire leurs intrigues et trouver un moyen de tuer le personnage incarné par Spacey, le président américain sans scrupules Frank Underwood. Une solution d’autant plus complexe que deux épisodes étaient déjà en boîte. Netflix abandonne aussi le film co-produit par et avec Spacey, Gore, sur la relation entre un jeune homme et célèbre écrivain américain Gore Vidal, qui devait sortir l’an prochain. La postproduction était presque terminée. De son côté, Sony maintient la sortie en salle fin décembre de Tout l’argent du monde , projet phare de Ridley Scott avec Spacey dans un second rôle, par égard pour « les 800 comédiens et techniciens ayant contribué au long-métrage » . Mais, sans attendre l’aval de Sony, le réalisateur remplace, à moins de cinq semaines de la sortie, Kevin Spacey par Christopher Plummer. Un geste jamais vu qui a sidéré les observateurs. Le film était terminé ; les bandes-annonces en ligne sur YouTube. Les huit à dix jours de tournage additionnels, l’insertion dans le montage terminé de Plummer – qui nécessitera de nombreux effets spéciaux – se chiffreront en millions de dollars ! Mais cette audace pourrait valoir à Ridley Scott, qui s’était vu imposer Spacey par le studio, la nomination aux Oscars qui lui manque tant. Même bannissement pour l’humoriste Louis C. K.. Ayant bâti sa carrière sur son personnage quasi autobiographique d’artiste déprimé ayant le sexe triste, la vedette de stand-up a reconnu des comportements exhibitionnistes. Aussitôt, Netflix, la chaîne FX Networks, filiale de la Fox, et ses agents ont cessé toute collaboration. Sa comédie noire qui devait sortir le lendemain a été reportée sine die. ARP, le distributeur français qui a acheté I Love You Daddy ! au Festival de Toronto en septembre dernier, prévoyait une sortie le 27 décembre. Louis C. K. a annulé sa venue en France et ARP est tributaire de la décision des Américains. « C’est un film formidable, regrette Michèle Halberstadt, chez ARP. Malheureusement, il n’est plus montrable dans le contexte actuel. Le film ne peut plus être vu pour ce qu’il est. » Matthew Weiner, le showrunner de la série Mad Men , est quant à lui accusé de harcèlement sexuel par l’une des anciennes scénaristes du show, Kater Gordon. En pleine promotion de son premier roman, Heather, par dessus tout , il conteste les faits. Son éditeur français, Gallimard, confirme sa venue à Paris les 29 et 30 novembre prochain. Mais gare aux studios qui seraient trop lents à prendre la mesure du problème ! Partenaire majeur de Warner Bros via sa société RatPac, le producteur Brett Ratner a maltraité plusieurs femmes, dont les actrices Olivia Munn et Ellen Page. Warner Bros a annoncé rompre avec le réalisateur de block busters (Rush Hour , X-Men : L’Affrontement final ), chassé de ses bureaux. Le contrat de 450 millions de dollars liant RatPac et Warner court néanmoins jusqu’en 2018. Une ambiguïté insupportable pour Gal Gadot. La star de Wonder Woman, produit par Ra- tner, aurait exigé pour reprendre son rôle que la Warner rachète les parts du cinéaste, le privant ainsi de tout bénéfice. Même les rescapés de précédents scandales ne sont plus intouchables. Woody Allen, qui a survécu dans l’industrie en dépit d’accusations d’attouchements sur ses enfants adoptifs vieilles de vingt ans, vacille. Produit par Amazon, son prochain long-métrage, Wonder Wheel, a vu sa première supprimée in extremis mi-octobre. Le cinéaste, dont le fils Ronan Farrow est l’auteur de l’enquête dévastatrice du New Yorker, s’inquiétait du moral de Harvey Weinstein et d’une éventuelle chasse aux sorcières (avant de faire machine arrière). De quoi plomber son film et son interprète Kate Wins- let, qui pouvait espérer briller dans cette saison des prix mise complètement sens dessus dessous. Jadis silencieuse, car dépendante de la manne publicitaire des studios, la presse spécialisée a joint ses forces d’investigation au grand déballage. Variety et The Hollywood Reporter ont, ce week-end, révélé des témoignages à charge contre George Takei, l’icône de Star Trek , et Andrew Kreisberg, producteur exécutif de Supergirl , Flash et Arrow , les séries de super-héros de la CW, propriété de la Warner. « La mentalité machiste de Hollywood qu’incarnait à merveille Weinstein où une actrice, scénariste ou réalisatrice devait supporter gestes et paroles salaces pour être acceptée est désormais contestée » , veut croire Jordan Mintzer. Cependant, le journaliste du Hollywood Reporter reconnaît que l’affaire Weinstein est à double tranchant : « Les femmes devant et derrière la caméra seront sans doute mieux traitées. Mais, côté business, pour s’éviter des risques de procès, les agences et les studios pourraient freiner les embauches. »

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Livres: Les sionistes ont même inventé l’école ! (2,000 years of schooling and they put you on the day shift: History confirms De Gaulle’s « elite, domineering people » qualification of the Jewish people)

16 novembre, 2016
Un livre aux éditions Albin Michel
Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants. Deutéronome 6: 6-7
Fais de l’étude de la Torah ta principale occupation. ShammaÏ (10 avant JC)
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Twenty years of schoolin’ And they put you on the day shift. Bob Dylan
You who build these altars now to sacrifice these children, you must not do it anymore. Leonard Cohen
And what can I tell you my brother, my killer What can I possibly say? I guess that I miss you, I guess I forgive you I’m glad you stood in my way.If you ever come by here, for Jane or for me Well your enemy is sleeping, and his woman is free.  Yes, and thanks, for the trouble you took from her eyes I thought it was there for good so I never tried. Leonard Cohen
The problem with that song is that I’ve forgotten the actual triangle. Whether it was my own – of course, I always felt that there was an invisible male seducing the woman I was with, now whether this one was incarnate or merely imaginary I don’t remember, I’ve always had the sense that either I’ve been that figure in relation to another couple or there’d been a figure like that in relation to my marriage. I don’t quite remember but I did have this feeling that there was always a third party, sometimes me, sometimes another man, sometimes another woman. It was a song I’ve never been satisfied with. It’s not that I’ve resisted an impressionistic approach to songwriting, but I’ve never felt that this one, that I really nailed the lyric. I’m ready to concede something to the mystery, but secretly I’ve always felt that there was something about the song that was unclear. So I’ve been very happy with some of the imagery, but a lot of the imagery. Leonard Cohen
Now I’ve heard there was a secret chord that David played, and it pleased the Lord. Leonard Cohen
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (Le Marchand de Venise)
Combattez ceux qui rejettent Allah et le jugement dernier et qui ne respectent pas Ses interdits ni ceux de Son messager, et qui ne suivent pas la vraie Religion quand le Livre leur a été apporté, (Combattez-les) jusqu’à ce qu’ils payent tribut de leurs mains et se considèrent infériorisés.Coran 9:29
Des théologiens absurdes défendent la haine des Juifs… Quel Juif pourrait consentir d’entrer dans nos rangs quand il voit la cruauté et l’hostilité que nous manifestons à leur égard et que dans notre comportement envers eux nous ressemblons moins à des chrétiens qu’à des bêtes ? Luther  (1519).
Nous ne devons pas […] traiter les Juifs aussi méchamment, car il y a de futurs chrétiens parmi eux. Luther
Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s’étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n’y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l’amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu’ils aient l’occasion et l’opportunité de s’associer à nous, d’apprendre notre enseignement chrétien et d’être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d’entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens. Luther (Que Jésus Christ est né Juif, 1523)
Les Juifs sont notre malheur (…) .Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n’est qu’une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer! Luther
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister.Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Parmi eux, nous pouvons compter les grands guerriers de ce monde, qui bien qu’incompris par le présent, sont néanmoins préparés à combattre pour leurs idées et leurs idéaux jusqu’à la fin. Ce sont des hommes qui un jour seront plus près du cœur du peuple, il semble même comme si chaque individu ressent le devoir de compenser dans le passé pour les péchés que le présent a commis à l’égard des grands. Leur vie et leurs œuvres sont suivies avec une gratitude et une émotion admiratives, et plus particulièrement dans les jours de ténèbres, ils ont le pouvoir de relever les cœurs cassés et les âmes désespérées. Parmi eux se trouvent non seulement les véritables grands hommes d’État, mais aussi tous les autres grands réformateurs. À côté de Frédéric le Grand, se tient Martin Luther ainsi que Richard Wagner. Hitler (« Mein Kampf », 1925)
Le 10 novembre 1938, le jour anniversaire de la naissance de Luther, les synagogues brûlent en Allemagne. Martin Sasse (évêque protestant de Thuringe)
Avec ses actes et son attitude spirituelle, il a commencé le combat que nous allons continuer maintenant; avec Luther, la révolution du sang germanique et le sentiment contre les éléments étrangers au Peuple ont commencé. Nous allons continuer et terminer son protestantisme; le nationalisme doit faire de l’image de Luther, un combattant allemand, un exemple vivant « au-dessus des barrières des confessions » pour tous les camarades de sang germanique. Hans Hinkel (responsable du magazine de la Ligue de Luther Deutsche Kultur-Wacht, et de la section de Berlin de la Kampfbund, discours de réception à la tête de la Section Juive et du département des films de la Chambre de la Culture et du ministère de la Propagande de Goebbels)
Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi. Karl Jaspers
Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui est la faute des sionistes. Les Juifs Américains sont derrière la crise économique mondiale qui a aussi frappé la Grèce.Mikis Theodorakis (2011)
Les enfants de Trump doivent reprendre l’entreprise avec le conflit d’intérêt, ils pourront vendre des gratte-ciels au gouvernement israélien. Des immeubles luxueux à construire dans les territoires occupés, que le Président des États-Unis les aidera à occuper et il leur enverra des Mexicains pour nettoyer les chiottes. Charline Vanhoenacker
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans.Emmanuel Sivan
Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux..Christophe Lebold
Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il faut cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire…(…) Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… [Ma chanson préférée ?] serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne (…) La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… (…) C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen…Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel.  (…) Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère…Christophe Lebold
Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année. Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Jonathan Aleksandrowicz
Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009. Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste. (…) Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008. Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons. Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley. Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir. RFI
Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… (…) De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ». Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »… Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination. Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher. (…) « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ». Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions). Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité). Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte » Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions). Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret. Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions). Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2). Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse. Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)… Dominique Cerbelaud
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire (Article « Tolérance »)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu …Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
De même que pour les juifs, ce sont les mêmes qui dénoncent les sorcières et qui recourent à leurs services. Tous les persécuteurs attribuent à leurs victimes une nocivité susceptible de se retourner en positivité et vice versa. René Girard
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
Nobel Prizes have been awarded to over 850 individuals, of whom at least 22% (without peace prize over 24%) were Jews, although Jews comprise less than 0.2% of the world’s population (or 1 in every 500 people). Overall, Jews have won a total of 41% of all the Nobel Prizes in economics, 28% in medicine, 26% in Physics, 19% in Chemistry, 13% in Literature and 9% of all peace awards… Wikipedia
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
 L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXe siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de surveiller les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles […] En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Yuri Slezkine
The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.) (…) By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium. Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so. All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route. This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars. Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War). And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away. Steven Weiss
Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem. You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South? Paul Solman
The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings. (…) the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets: capital already accumulated as craftsmen and trade networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors. Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage. They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East. Maristella Botticini
The chief editor of the Journal des économistes (…) claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. (…) The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals. The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. (…) Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. (…) The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers. Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity. (…) Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance. 1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence. 2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles? 3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it. Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions. Cristiana Facchini
What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?” Botticini and Eckstein (…) systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce. The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. (…) As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah. Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine. It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm. Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.”  The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. (…) Botticini and Eckstein (…) On the contrary (…) insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending. Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization. The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles (…) Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses. They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.
Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity (…) Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E. This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E. Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel. There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate. If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water. (…) Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. » This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and EugenicsDiana Muir Appelbaum and Paul S. Appelbaum
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay. So how exactly have the Jews survived? According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality. Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner. Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics. If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education. If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed. The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews. When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles. The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe. European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews. If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing. Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved. Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school. Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492. Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews. The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries. With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild. Eggpen
Why has education been so important to the Jewish people? Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population. (…) Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.” (…) In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education. (…) From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers. “During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.” Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities. (…) The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says. “When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.” Jewish News Service
En fait, ce que nous avons voulu démontrer, ma collègue Maristella Botticini, de la Bocconi, et moi, c’est que l’obligation d’étudier a un coût, et oblige donc l’individu rationnel à rechercher une compensation pour obtenir un retour sur investissement. Dans le cas des juifs, le problème se pose après la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 de l’ère courante. La caste des prêtres qui constituait alors l’élite perd le pouvoir au profit de la secte des pharisiens, qui accorde une grande importance à l’étude. C’est de cette secte que vont sortir les grands rabbis, ceux qui vont pousser les juifs à se concentrer sur l’étude de la Torah, un texte dont la tradition veut qu’elle ait été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu. Vers l’an 200, obligation est ainsi faite aux pères de famille d’envoyer leurs fils dès l’âge de 6 ans à l’école rabbinique pour apprendre à lire et étudier la fameuse Torah. Or l’essentiel des juifs sont des paysans, et pour les plus pauvres, cette obligation pèse très lourd car elle les prive de bras pour travailler aux champs. Beaucoup vont alors préférer se convertir au christianisme, d’où, on le voit dans les statistiques de l’époque, une baisse drastique de la population juive au Proche-Orient à partir du IIIe siècle alors que, jusqu’à la destruction du Temple, cette religion était en augmentation constante et multipliait les convertis. Pour ceux qui ont accepté le sacrifice financier que représente la dévotion, il va s’agir de valoriser leur effort. Or autour d’eux, ni les chrétiens ni, plus tard, les musulmans n’imposent à leurs enfants d’apprendre à lire et à écrire. Les juifs bénéficient donc d’un avantage compétitif important. C’est ainsi un juif converti à l’islam qui a servi de scribe à Mahomet et aurait mis par écrit pour la première fois le Coran. (…) Notre étude, fondée sur l’évolution économique et démographique du peuple juif, de l’Antiquité à la découverte de l’Amérique, remet en cause en fait la plupart des théories avancées jusqu’ici. Si les juifs sont médecins, juristes ou banquiers plus souvent qu’à leur tour, ce n’est pas parce qu’ils sont persécutés et condamnés à s’exiler régulièrement, comme l’a avancé l’économiste Gary Becker, ou parce qu’ils n’avaient pas le droit d’être agriculteurs, comme l’a soutenu Cecil Roth. Car si dans certains pays, on les a empêchés de posséder des terres, c’était bien après qu’ils aient massivement abandonné l’agriculture, et s’ils ont pu être persécutés, cela ne justifie pas qu’ils soient devenus médecins ou juristes : les Samaritains, très proches des juifs et eux aussi traités comme des parias, sont demeurés paysans. De même, contrairement à ce que dit Max Weber, ce n’est pas parce qu’un juif ne peut pas être paysan du fait des exigences de la Loi juive. Les juifs du temps du Christ la respectaient alors qu’ils étaient majoritairement occupés à des travaux agricoles et à la pêche. C’est dans l’Orient musulman, sous les Omeyyades et les Abbassides, à un moment où ils sont particulièrement valorisés, que les juifs s’installent massivement dans les villes et embrassent des carrières citadines. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent alors tirer parti du fait d’être lettrés. D’un point de vue purement économique, il est alors beaucoup plus rentable de devenir marchand ou scientifique que de labourer la terre. D’où notre théorie : si les juifs sont devenus citadins et ont occupé des emplois indépendants de l’agriculture, c’est d’abord parce qu’ils étaient formés. Et s’ils étaient formés, c’est que leur religion exigeait qu’ils le soient. (…) ces professions étaient beaucoup plus rentables que le travail de paysan. Pour un juif du Moyen Âge, l’apprentissage de la Torah allait de pair avec le fait de faire des affaires. Rachi, le grand commentateur du Talmud, était un entrepreneur qui possédait des vignes. Ses quatre fils, tous érudits, se sont installés dans quatre villes différentes où ils ont tous fait du business, notamment de prêts d’argent, tout en étant rabbins. Grâce à leur connaissance des langues et leurs réseaux familiaux, les juifs ont pu rentabiliser leur formation, le fait de savoir lire et écrire, mais aussi raisonner, plus aisément que d’autres communautés. (…) Il est essentiel que la culture fasse partie intégrante de l’éducation quotidienne. Et en cela, la mère joue un rôle essentiel, toutes les études le montrent. C’est elle qui transmet les valeurs fondamentales. La probabilité que vous alliez à l’université est plus importante si votre mère a été elle-même à l’université. Donc, le fait que la mère ait un minimum d’éducation a représenté très tôt un avantage compétitif par rapport aux autres communautés religieuses où la femme n’en recevait pas. Nous étudions actuellement la période allant de la Renaissance à l’Holocauste. Et nous avons déjà découvert ceci : en Pologne, au XVIIe siècle, la population juive a fortement progressé par rapport à la population chrétienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que la mortalité infantile y était plus faible. Conformément à l’enseignement du Talmud, les enfants bénéficiaient en effet d’un soin tout particulier. Les femmes gardaient leur enfant au sein plus longtemps que les chrétiennes, et elles s’en occupaient elles-mêmes. Voilà un exemple tout simple des effets que peut avoir l’éducation. Zvi Eckstein
Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc… (…) S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté.  (…) c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir. (…) C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée. André Burguière

Vous avez dit « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » ?

Et si de Gaulle ou le premier Mohamed venu de nos banlieues avaient vu juste ?

Thanksgiving, le panier à trois points, l’Amérique, Superman, les droits civiques, le soft power, le génocide, la fête nationale, l’humour, la musique populaire, le désir, l’école …

Isaiah Berlin, Jerome Kern, Richard Rodgers, Harold Arlen, Hammerstein, Gershwin, Bernstein, Copland, Glass, Robert Zimmerman (alias Bob Dylan), Leonard Cohen, Elvis Presley, David Marks (Beach boys), Simon & Garfunkel, Jefferson Airplane, The Mamas & the Papas, Robby Krieger, Phil Spector, Melanie (Safka), Joey Ramone, Randy Meisner, Randy Newman, Lou Reed, Iggy Pop, (né James Osterberg) Beastie Boys, Pat Benatar (née Patricia Mae Andrzejewski), Blood, Sweat & Tears, David Lee Roth, Blue Öyster Cult, Kiss, Guns N’ Roses, The Cars, Harry Connick, Jr., Country Joe and the Fish, Neil Diamond, Chris Isaak, Janis Ian, Billy Joel, Carole King (née Carole Klein), Carly Simon, Linda Ronstadt, Courtney Love, Juice Newton (née Judith Kay Cohen), Pink, Barbra Streisand, Leonard Cohen, Abel Meeropol (« Strange fruit » pour Billie Holliday), Benny Goodman …

Goldwyn, Mayer, Warner, Cohn (Columbia), Zukor (Paramount), Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Erich von Stroheim, Greorge Cukor, Cecil B. DeMille, Stanley Donen, Otto Preminger, Hedy Lamarr, frères Marx, Douglas Fairbanks (né Douglas Ullman), Fred Astaire (né Frederick Austerlitz), Danny Kaye, Paulette Goddard, Kirk Douglas, Michael Douglas, Dustin Hoffman, Robert Wise, Jerry Lewis, Mel Brooks, Sydney Pollack, Milos Forman, Stanley Kubrick, Steven Spielberg, Oliver Stone, Woody Allen, Scarlett Johansson, Natalie Portman, Sarah Michelle Gellar, Kate Hudson, Gwyneth Paltrow, Joaquin Phoenix, Winona Ryder, Alicia Silverstone, Tori Spelling, Patricia Arquette, Lisa Bonet, Phoebe Cates, Robert Downey Jr., David Duchovny, Daryl Hannah, Lisa Kudrow, Jennifer Jason Leigh, ulia Louis-Dreyfus, Cindy Margolis, Sarah Jessica Parker , Sean Penn, Adam Sandler, Rob Schneider, Ben Stiller, Rosanna Arquette, Jamie Lee Curtis, Carrie Fisher, Jerry Seinfeld, Howard Stern, Debra Winger , James Caan, Richard Dreyfuss, Harrison Ford, Goldie Hawn, Henry Winkler, Elliott Gould, Harvey Keitel, Leonard Nimoy, Gene Wilder, Lauren Bacall, Lenny Bruce, Tony Curtis, Paul Newman, Shelley Winters, Peter Falk, Lee J. Cobb, Sammy Davis, Jr., Marilyn Monroe (par conversion)…

Joe Shuster et Jerome Siegel (Superman), Joe Simon (Captain America), Bill Finger et Bob Kane (Batman), Stan Lee (Spider-Man, X-Men, The Hulk, Fantastic Four), Jack Kirby (Captain America, Hulk), Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Ralph Bakshi (Fritz the Cat), Art Spiegelman (Maus), Harvey Kurtzman, Al Jaffee, Al Feldstein, Will Elder et William Gaines (MAD) …

Capa, Man Ray, Fischer, Kasparov, Houdini, « Bugsy » Siegel

Einstein, Bohr, Hertz, Charpak, Cohen-Tanoudji, Bergson, Pasternak, Bellow, Singer, Canetti, Brodsky, Gordimer, Kertész, Pinter, Modiano, Dylan, Samuelson, Leontief, Friedman, Solow, Becker, Stieglitz, Kaufman, Cassin, Kissinger, Begin, Wiesel, Rabin, Peres …

Mahler, Mendelssohn, Schoenberg, Bernstein, Glass, Offenbach, Strauss …

Kafka, Proust, Heine, Zweig, Salinger, Rand, Miller, Heller, Mailer, Roth, Asimov, Auster, Hitchens …

Disraeli, Goldwater, Blum, Mendes-France, Mandel, Bloomberg, Miliband, Bernanke, Emanuel, Weiner …

Pissaro, Chagall, Modigliani, Soutine, Rivera, Kahlo, Lichtenstein, Rothko, Freud …

Marx, Freud, Spinoza, Ricardo, Trotsky, Chomsky, Arendt, Adorno, Jonas, Aron, Cassirer, Derrida, Durkheim, Lévi-Strauss, Fromm, Husserl, Benjamin, Wittgenstein, Jankelevitch, Levinas, Finkielkraut …

Rothschild, Rockerfeller, Levi Strauss, Zuckerberg, Ellison, Dell, Calvin Klein, Ralf Lauren,  Madoff,  Soros, Ivanka Trump …

Abraham, Moïse, Salomon, Jésus, Saul de Tarse (alias Paul)  …

A l’heure où, entre le prix Nobel de Bob Dylan et l’hommage planétaire à Léonard Cohen, la chanson populaire reçoit littéralement ses lettres de noblesse …

Et où l’ONU comme nos premiers humoristes venus n’ont que les juifs à la bouche …

Comment ne pas voir …

Derrière la forêt que cachent ces deux formidables arbres …

A savoir sans compter notre Jean-Jacques Goldman national contraint devant le trop-plein de célébrité (et d’imposition ?) de s’exiler à Londres …

La confirmation – sans parler des prix Nobel de science (24% pour moins de 0.2% de la population mondiale) – dans un domaine de plus …

Du fameux mot du général de Gaulle comme, de nos banlieues aux territoires dits « occupés », de l’intution des nouveaux damnés de la terre …

Surtout lorsque l’on comprend avec l’éclairant ouvrage de Maristella Botticini et Zvi Eckstein …

L’avance plus que millénaire suite à la destruction de leur Temple par les Romains et, abandonnant peu à peu l’agriculture, le réinvestissement dans l’étude de la « patrie portable » qu’était devenue leur Torah …

Qu’ils avaient prise dans l’alphabétisation de leurs enfants et, la surinstruction aidant, dans la spécialisation dans les professions les plus profitables (artisanat, commerce, prêt et médecine) …

D’où aussi la multimillénaire et souvent meurtrière jalousie que, comme plus tard leurs cousins protestants, ils ont inévitablement suscitée tout au long de leur histoire dans les sociétés où ils avaient le malheur de prospérer… ?

Comment l’éducation a façonné l’histoire juive
André Burguière
Mediapart
16 mars 2016

Avec leur remarquable « La poignée d’élus », les historiens Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui dédramatise la dispersion du peuple juif. Dans le sillage de Marc Bloch, ils montrent que la  religion concerne aussi l’infrastructure des sociétés, pas seulement leur superstructure.

Une avalanche de livres récents sur l’histoire du peuple juif a mis à mal l’image romantique du juif errant cherchant vainement, à travers le monde, un refuge et un toit loin de la Terre Sainte, après la destruction du Grand Temple de Jérusalem par Titus, le fils de l’Empereur Vespasien. Armés d’une solide connaissance des sources, Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui finit de dédramatiser la dispersion du peuple juif.

Au début de l’ère chrétienne, la population juive, présente en Palestine, en Mésopotamie et sur la rive africaine de la Méditerranée compte  prés de 6 millions d’âmes. Cinq siècles plus tard, il n’en reste à peine plus d’un million. La désintégration du monde urbain et la peste justinienne (au VI° et VII° siècles) ont provoqué un fort recul du peuplement dans tout le bassin méditerranéen mais pas au point d’expliquer un tel effondrement. En réalité, l’anéantissement des activistes juifs (les résistants de Massada) par l’intervention romaine, la disparition des zélotes ainsi que des notables religieux qui assuraient le service du Grand Temple, avaient fortifié en Palestine le pouvoir de la seule élite juive épargnée, les Pharisiens, c’est-à-dire les lettrés. Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc…

A partir du IX° siècle, la diaspora juive se reconstitue mais avec une répartition géographique différente. Toujours très présente en Mésopotamie et bientôt dans tout le monde musulman, elle commence à s’installer dans l’Europe chrétienne où elle tisse un réseau de plus en plus dense de petites communautés juives qui recouvre le réseau urbain en plein réveil. Les « juiveries » sont de taille modeste car les juifs craignent de se faire concurrence dans ces métiers très spécialisés. En revanche, le grand nombre de ces implantations qui peuvent se mettre en réseau, fait leur force. Dans un espace où la circulation est difficile, risquée, le fait d’avoir des correspondants, à l’autre bout du monde connu, en qui l’on peut avoir pleine confiance parce que la moindre irrégularité commerciale ou financière les exclurait de leur communauté, a donné aux juifs un avantage considérable.

S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté. A part quelques cas assez rares d’intolérance religieuse, comme dans l’Espagne wisigothique, les juifs n’ont guère été l’objet de persécutions religieuses avant le XII° siècle. L’historien Berhard Blumenkranz avait daté les premiers pogroms de juifs en Occident (par exemple dans la vallée du Rhin) de la mise en mouvement des premières croisades.

Mais c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir.

Ce sont paradoxalement les mongols, pourtant eux-mêmes assez éclectiques au plan religieux et parfois tentés par le judaïsme, qui ont interrompu ce premier âge d’or de la diaspora juive, à partir du milieu du XIII° siècle, en ravageant le monde musulman. L’effondrement des principales villes a ruiné l’activité des juifs qui animaient les circuits d’échanges économiques et financiers. Ruinés, les juifs sont redevenus paysans et, ne pouvant plus assumer l’investissement scolaire exigé par le rabbinat, ils se sont assez vite islamisés. Cet effondrement a créé un véritable court circuit avec le réseau des implantations juives de l’Europe chrétienne. Il y aura, à l’époque moderne, un nouveau cycle de la diaspora juive qui va même gagner le Nouveau Monde ; mais un cycle au rythme heurté, perturbé par les expulsions, les procès de l’Inquisition et d’autres manifestations de l’intolérance chrétienne, en attendant des horreurs bien pires encore.

La façon dont Maristella Botticini et Zvi Eckstein ont rebattu les cartes de l’histoire, ô combien singulière, du peuple juif en lui appliquant un modèle inspiré par la réflexion économique, sera peut-être critiquée par certains spécialistes pour son schématisme démonstratif. Mais elle est fascinante. Marc Bloch, voulant critiquer le réductionnisme de certaines interprétations marxistes du rôle de l’Eglise au Moyen-Âge, affirmait que pour comprendre certaines époques, il fallait renoncer  à considérer que la  religion concerne toujours la superstructure et l’économie l’infrastructure. C’est parfois l’inverse. Ce livre nous en fournit une magnifique démonstration.

C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée.

* Maristella Botticini et Zvi Eckstein, La poignée d’élus. Comment l’éducation a façonné l’histoire juive 70-1492 , Albin Michel, 425 p., 30 euros.

Voir aussi:

Pourquoi les Juifs sont-ils plus souvent médecins que paysans ?

Dans « Une poignée d’élus », deux économistes expliquent les heureuses conséquences de l’apprentissage des textes sacrés par les enfants. Interview.

Catherine Golliau

Le Point
05/04/2016

Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de littérature

Jonathan Aleksandrowicz

Actualité juive

13/10/2016

Enorme surprise ! Bob Dylan, l’auteur-compositeur-interprète qui a traversé la musique populaire de la seconde moitié du XXè siècle, vient d’être récompensé par le prix Nobel de littérature.

On attendait le Syrien Adonis, le Japonais Murakami, voire le Norvégien Jon Fosse. Le jury du prix Nobel de littérature a choisi de prendre tout son monde à contrepied pour 2016 en faisant d’un chanteur populaire mais grand poète le récipiendaire de la distinction. Bien sûr, certain regretteront avec justesse que Philip Roth n’ait encore une fois pas été récompensé, mais la retraite du vieux patron des lettres américaines l’a probablement écarté pour toujours des débats tenus secrets durant 50 ans des jurés du Nobel. Quant au très vendeur Murakami, la réputation de « superficialité » de ses textes selon le petit monde du livre remet aux calendes grecques la figuration de son nom au palmarès, même s’il est chaque année le grandissime favori des bookmakers.

Bob Dylan, donc. Le sale gosse de la folk-music, celui qui donne désormais des concerts où il assure le strict minimum, limitant ses interactions avec le public. Un choix fort pour le jury du Nobel, le désignant « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique ». Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année.

Hobboes

Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Les Etats-Unis sortent de peu de la Seconde guerre mondiale et la crise des années 1930 est derrière elle, mais son imaginaire collectif est encore tributaire des Hobboes, ces vagabonds, clochards célestes, que le « Jeudi noir » a mis sur les routes et les rails en quête d’un travail plus à l’ouest. La conquête de l’ouest au XIXe siècle s’est poursuivie avec l’espoir à l’ouest. Les lecteurs de John Steinbeck se souviendront des « Raisins de la colère ». Ces Hobboes, donc, figures mythiques du rêve américain, sans le sou mais les yeux dans les étoiles, affamés mais libres, ont souvent une guitare à la main et la bouche pleine de chansons pour rythmer les nuits de leur infortune. Ils deviennent la source d’inspiration principale de Bob Dylan qui à l’origine chante des reprises. Suivre cette tradition, la dépoussiérer, mais rien n’y ajouter.

Pourtant, le jeune homme écrit déjà des poèmes, de longs poèmes qu’il met en musique. Ecrite dix minutes dans un café, « Blowin’ in the wind » devient l’une des premières Protest Songs qui portent les luttes d’émancipation aux Etats-Unis. Car Bob Dylan, c’est d’abord la figure de la contre-culture américaine. Avant Woodstock, son Flower Power et son Summer of Love, Bob Dylan est le chantre des Beatniks : un artiste engagé, le « prophète-poète » de cette jeune génération d’après-guerre, chantant même avec sa grande complice de l’époque Joan Baez à la Marche de Washington. Encore cette idée de mouvement, la marche, cette impossibilité de tenir en place qui force à l’errance. Mais « The times they are a changin’ », car il opère dès 1965 un tournant plus rock, que le monde Folk dont il est issu ne lui pardonne pas. Exit la guitare sèche et l’harmonica, « Highway 61 revisited », plus musclé, résonne de guitares électriques, et comporte notamment la célébrissime « Like a rolling stone », élue morceau rock du XXe siècle ! D’une durée de presque sept minutes, Bob Dylan raconte dans ses « Chroniques » qu’elle comportait bien plus de strophes à l’origine. Situation identique pour l’ultra-repris « Knocking on heaven’s door » qui fait partie de la bande-originale du film de Sam Peckinpah « Pat Garrett and Billy the Kid » dans lequel il tient un rôle muet de lanceur de couteaux pas malhabile de ses mains.

Audace

Des chansons à rallonge, des poèmes aux strophes sans fin, Bob Dylan pourtant admet lui-même que l’inspiration a tendance à se tarir et qu’il lui faut user de moyens intenses pour la faire jaillir du rocher. Ses « Chroniques » évoquent d’ailleurs avec intensité son errance lorsqu’il dut enregistrer deux albums à Nashville. Une véritable traversée du désert, d’autant que le « poète-prophète » est bientôt surnommé le « poète-profit » à cause d’un style jugé commercial. Qu’importe, encore un contrepied : sa voix usée le pousse à chaque fois à réinterpréter ses chansons et le fan distrait serait bien incapable de reconnaître ses titres préférés lors d’un concert s’il n’est pas capable d’attention. Les strophes qui s’étiraient en longueur se brisent en même temps que sa voix comme si chaque nouvelle scène portait la possibilité d’errer autour d’une chanson comme autour d’un idéal que l’on n’atteint jamais. Détresse à cause d’un horizon de sens toujours fuyant ? Une réponse peut-être, dans la conversion au christianisme évangélique à la fin des années 1970 : le beatnik assagi par la grâce d’une nouvelle naissance ! Les fans sont déçus, les musiciens le raillent ? Lui n’en a cure ! Que les filles et « les garçons ne pleurent pas », parce que même le chant demeure pour lui une aventure personnelle, et la Bible abonde en prophètes qui se mirent le peuple à dos. L’errance ne s’achève pas là, puisqu’il fait son retour au judaïsme. Enfin la terre promise ? Pas sûr, tant pour lui, tout vient à se faner…

Le choix des jurés du Nobel est donc extrêmement audacieux. C’est une icône populaire qui se trouve récompensée, un chanteur avant que d’être un poète, un homme qui a su sans cesse se poser des questions. On a désormais hâte d’entendre son discours de réception du prix qui sera sans nul doute la curiosité des soirées de remise.

Voir encore:

Leonard Cohen et son Dieu
Dominique Cerbelaud
La Croix
22/10/2016

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Leonard Cohen, « You want it darker », le théologien Dominique Cerbelaud évoque la quête spirituelle du chanteur canadien.

Vendredi 21 octobre 2016, Leonard Cohen, 82 ans, offre un nouvel album à son public, intitulé You want it darker (« Tu voudrais qu’il fasse plus sombre »). C’est l’occasion de revenir sur son œuvre de chanteur, entreprise voici un demi-siècle. C’est à 1967, en effet, que remonte le premier disque du Montréalais, Songs of Leonard Cohen (« Chansons de Leonard Cohen »), qui comportait notamment le titre Suzanne – une chanson qui devait assurer à tout jamais sa notoriété.

De fait, le public français connaît Cohen surtout comme chanteur (rappelons cependant son œuvre de poète et de romancier), mais il ne garde souvent mémoire que des compositions les plus anciennes, sans guère prêter attention à l’œuvre ultérieure – sinon pour quelques chansons cultes comme Hallelujah ou Closing Time. Ce corpus, qui compte aujourd’hui environ cent cinquante titres, mérite pourtant qu’on s’y arrête : il s’agit, comme on dit si bien, de « chansons à textes », longuement mûries et soigneusement composées, d’une densité et d’une richesse rares. On se propose de le survoler ici sous l’angle des thématiques religieuses, qui représentent à n’en pas douter l’une des grandes préoccupations de Leonard Cohen.

D’autres thèmes y apparaissent avec insistance, et en tout premier lieu celui de la relation amoureuse, décliné inlassablement : « À cause de ces quelques chansons/dans lesquelles j’évoque leur mystère/ les femmes ont été d’une gentillesse exceptionnelle /envers mon grand âge » (Because of, album Dear Heather). Ainsi parlait le septuagénaire, avec une belle modestie : en réalité, c’est dans bon nombre de textes qu’il célèbre le mystère de la femme, sous toutes ses figures et dans tous ses états. Et les femmes, de toute évidence, lui en savent gré.

Qu’elle soit nommée (depuis les mythiques Suzanne, Nancy et Marianne jusqu’aux plus récentes Heather et Alexandra), ou que, le plus souvent, elle reste anonyme, la femme est en effet omniprésente du début à la fin du corpus cohénien.

Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… Laissons aux biographes le soin de faire la liste de celles qu’a pu connaître le Canadien errant… si tant est que cela ait de l’importance dans son parcours de créateur.

Des allusions très précises à la tradition juive

Et nous voilà déjà dans le texte biblique !

De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ».

Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »…

Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination.

Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher.

Ajoutons que depuis de longues années, l’auteur-compositeur s’intéresse au bouddhisme zen, et qu’il a effectué à ce titre de longs séjours au monastère de Mount Baldy, près de Los Angeles. Cependant, les thèmes religieux extrême-orientaux n’apparaissent guère dans le corpus des chansons, sinon à l’état de traces…

Un ton élégiaque

Mais au-delà de ces contenus, il faut tenter d’évoquer le ton, ou plutôt les tons dont il use pour les décliner.

Nous avons déjà rencontré la modulation élégiaque : c’est celle de la célébration de l’amour, toujours recommencée. Des paysages s’ébauchent ici, ou plutôt des évocations, où l’on trouve bon nombre de clairs de lune, de cloches qui carillonnent et de chants d’oiseaux. Sans oublier le fleuve, souvent présent chez ce natif de Montréal…

Nous avons également capté au passage les accents mystiques.

Rappelons à cet égard que l’emblème juif le plus communément répandu s’appelle « sceau de Salomon » ou « bouclier de David ». Il se constitue de deux triangles entrelacés qui dessinent une étoile à six branches. C’est celui qui figure par exemple sur le drapeau de l’État d’Israël.

Or Leonard s’est confectionné, au fil du temps, son propre « sceau » à partir non pas de deux triangles, mais de deux cœurs.

Comment interpréter un tel logo ? On peut voir dans l’assemblage de ces deux cœurs l’union du masculin et du féminin, une sorte de yin-yang judaïsé.

Mais on peut aussi en proposer une autre lecture car ce dessin est apparu pour la première fois sur la couverture de la deuxième édition du Book of Mercy (Livre de la Miséricorde), le recueil de prières juives composé par Leonard. Aujourd’hui enrichi et compliqué d’éléments adventices, il s’accompagne parfois de la légende « Order of the Unified Heart », ce qui renvoie clairement à l’univers religieux. Dès lors, les deux cœurs ne représentent-ils pas celui de l’homme… et celui de Dieu ? Cet Ordre religieux d’un nouveau genre, Leonard en est d’ores et déjà le grand prêtre : n’est-ce pas la fonction primordiale du prêtre d’assurer ainsi la double médiation, de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre ? Or « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ».

Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions).

Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité).

Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte ».

Une compassion intense envers les souffrants

Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions).

Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret.

Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions).

Mystique et critique

Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems).

Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2).

Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse.

Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)…

Qu’il me soit permis de citer pour finir un souvenir personnel. Lors de ma première rencontre avec Leonard (une après-midi entière dans le jardin d’un hôtel particulier parisien), je lui ai posé la question : « Leonard, tu es juif ; tu es en train de parler avec un prêtre catholique ; on sait que tu t’intéresses beaucoup au bouddhisme : comment tout cela tient-il ensemble ? »

Réponse : « Oui, je suis juif, et cela a beaucoup d’importance pour moi ; j’ai des amis catholiques, et j’ai grand plaisir à parler avec eux ; je fais des séjours au monastère de Mount Baldy. Mais tu vois, pour moi, tout cela ce sont des chemins. Ce qui importe, c’est le but. La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu »…

Y a-t-il beaucoup de célébrités, dans le monde du show-biz, qui pourraient dire en toute vérité : « La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu » ?

Voir enfin:

Leonard Cohen, mort d’un artiste légendaire

Le poète et chanteur canadien Leonard Cohen s’est éteint à l’âge de 82 ans, a annoncé son entourage ce 10 novembre. Amoureux des mots, monstre sacré de la musique, il laisse derrière lui une carrière de plus de cinquante ans de succès qui ont traversé les générations. « Tu nous manqueras », a dit le Premier ministre canadien Justin Trudeau, dans un vibrant hommage au musicien disparu.

Leonard Cohen est mort, a annoncé son entourage ce 10 novembre 2016, quelques jours après la sortie de son dernier album You want it darker, hanté par la mort. L’homme, au visage d’acteur qui ne se défaisait que rarement de son chapeau et de sa guitare ou de son harmonica, avait 82 ans.

Né à Montréal le 21 septembre 1934, Leonard Cohen se met à la guitare dès l’adolescence et forme, quelques années plus tard le groupe de country music Buckskin Boys. Etudiant à l’université de Montréal, le musicien, qui est aussi homme de lettres, publie ses premiers poèmes dans une revue étudiante. Il n’a que 18 ans quand est édité un recueil de ses poésies. Le nom de Leonard Cohen commence à se répandre.

Le jeune homme ne cache pas son amour pour les romanciers français comme Camus et Sartre, pour le poète espagnol Federico Garcia Lorca, l’Irlandais William Butler Yeats, et pour la Bible, « les poésies de la Bible », confiait-il.

Leonard Cohen s’envole pour Londres à la fin des années 1960 puis décide de s’installer sur une île grecque, Hydra, lieu propice à l’inspiration, en 1960. Là-bas, il acquiert une maison qu’il gardera quarante ans et continue d’écrire des poèmes et des romans. En 1966, à la publication de Beautiful Losers même si le nombre de ventes n’est pas énorme, le Boston Globe déclare que « James Joyce n’est pas mort. Il vit sous le nom de Leonard Cohen ».

« Suzanne »

Puis Leonard Cohen se lance dans la chanson. Il côtoie Joan Baez, Bob Dylan, Lou Reed, etc. C’est grâce au titre très minimaliste « Suzanne », l’ex-épouse d’un de ses amis, qu’il parvient à fouler les planches de la scène musicale en 1967, aux Etats-Unis où il s’est installé. La même année il sort son premier album, Songs of Leonard Cohen, salué par la critique européenne.

Mais il faut attendre Songs from a Room (1969), pour que la future star planétaire soit reconnue, avec, entre autres, les titres « Bird on the Wire », « Story of Isaac » et « The Partisan ». Leonard Cohen va ensuite composer plus d’une dizaine d’albums, et sortir de nombreux live. Son très spirituel et mystique (et planétairement connu) « Hallelujah » sort en 1984 sur l’album Various Positions. Le changement de ton apparaît, ainsi que les synthétiseurs, en 1988 sur I’m Your Man. Pour ses 80 printemps sort Popular Problems, un album empreint de blues encensé par la critique internationale. Le charme inconditionnel de Leonard Cohen opère, encore et toujours.

Durant toute sa carrière d’écrivain, de musicien, de compositeur, Leonard Cohen n’aura presque écrit et chanté que les mêmes thèmes. L’amour et la passion bien sûr et l’espoir, mais aussi religion, la rédemption, la sexualité, la drogue, l’imperfection de la condition humaine et la solitude, un sujet dont il ne se défait que rarement, lui qui avouait être chroniquement en dépression.

Un homme mystique et charismatique

Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009.

Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste.

En 1996, Leonard Cohen est ordonné moine zen, il porte le nom de Jikan, « le silencieux ». Il faudra attendre 2001 pour retrouver le chanteur et poète, avec le sublime Ten New Songs, coécrit avec Sharon Robinson. Le compositeur, toujours très énigmatique, avoue devoir prendre son temps pour écrire, il est en quête perpétuelle de réflexion… et de perfection.

Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008.

Des centaines de reprises et une influence sur de nombreuses générations

Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons.

Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley.

Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir.

Le 29 juillet 2016, Marianne Ihlen, la muse norvégienne de Leonard Cohen pour qui il compose « So, long, Marianne » disparaît à l’âge de 81 ans. Leonard Cohen, deux jours avant la mort de « la plus belle femme qu’il ait jamais connue », lui écrit une lettre. « Eh bien, Marianne, voici venu le temps où nous sommes vraiment si vieux que nos corps partent en morceaux, et je crois que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi qu’en tendant ta main, tu peux toucher la mienne (…) Je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons. » So long, Leonard Cohen.

Voir par ailleurs:

The Chosen Few
Has an emphasis on education been bad for the Jewish population?
Steven Weiss
Slate
Nov. 9 2012

Jews, as a whole, have done very well for themselves in the West since World War II: Besides the aforementioned Nobel prizes, American Jews, according to one of the largest studies, are nearly twice as likely to have a college degree as the average American and more than four times as likely to have a graduate degree. This translates into a serious economic advantage: American Jews are roughly 33 percent more likely to be employed in a high-status job category, and Jewish households here report around 25 percent higher income than the average American household.

While examining such a phenomenon would have been unthinkable a few decades ago—when Jews generally tended to be more frightened of raising the kinds of topics anti-Semites like to talk about—the past decade or so has seen a wellspring of effort devoted to tackling what’s variously described as Jewish « literacy, » « superiority, » or any number of other things, including « chosenness. »

The core theory usually derives from a mix of two themes that stand out in Jewish history: an emphasis on education and a tendency to be persecuted. For the former, the rabbis of the Talmud and thereafter were fierce advocates of universal primary education, with the best-known example being a Jewish boy indicating his achievement of Jewish adulthood by reading publicly from the Torah at a bar mitzvah. (Universal primary education was boys-only until at least the late 19th century.) In regard to persecution, a common notion is that Jews weren’t allowed to own land throughout much of their history in exile and thus were forced to invest in a form of personal capital that could be of value across geographies. There are other theories, too, some even including a notion of simple genetic superiority, by way of an idea that Jewish communities modified natural selection through upholding scholars as examples of the proper way to be, providing them the choicest wives and expecting them to have many children.

The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.)

Maristella Botticini and Zvi Eckstein started jawing over the issue of the Jews’ economic history in the Boston University cafeteria 12 years ago, and the resulting research, conferences, and communication since has produced the first of a two-volume work, The Chosen Few, that tackles these issues in a way no one has before, taking an interdisciplinary approach to this basic question.

By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium.

Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so.

All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route.

This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars.

Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War).

And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away.

The astonishing theory presented here has great implications for both the Jewish community and the broader world today. For an American Jewish community in which more than 75 percent of day school students are now Orthodox and the top concern for most Orthodox families in repeated surveys is finding a way to pay for ever-increasing tuition costs, the price of admission to the highly affiliated Jewish community is not just a large amount of ritual observance but also a basic need to join the 1 percent—or nearly so. Frequently, one can hear Orthodox Jews joke that $250,000 a year is « minimum wage » for the community; certainly, this overstates things but only by so much. In the New York area, elementary school often carries a price tag of $15,000-$25,000 in post-tax dollars per year; at the high-school level, some tuition rates are well into the $30,000 range. Outside of the New York area, tuition is generally lower, but so is the average income. And as Botticini and Eckstein predicted for their medieval models, modern American Jews who are fiercely devoted but without high incomes will endure significant financial sacrifice to maintain their Jewish lifestyles: The ultra-Orthodox enclave of Kiryas Joel, N.Y., is the poorest city in the country, and ultra-Orthodox communities broadly are frequently both poor and heavy recipients of government assistance.

And for most of the 80 to 90 percent of families representing the non-Orthodox portion of the Jewish community in America, the cost of Jewish education has simply meant great numbers growing up without the ability to read Hebrew or engage with the Bible and other Jewish texts.

Here we see precisely the same dichotomy that Eckstein and Botticini saw in the early years of post-Temple rabbinic Judaism: The especially devoted and wealthy provide their children with a Jewish education, but many others see too high a price in either or both of time and money and so choose a different path.

And yet, so many of today’s unlettered Jews have been able to retain at least some sense of Jewish identity, where their predecessors 1,500 years ago could not. A majority of American Jews today are unaffiliated with the synagogues the Pharisaic rabbis emphasized, and yet 79 percent report feeling « very positive » about being Jewish. In part, Botticini and Eckstein would likely argue, that’s because of America’s unique tolerance of Jews, which removes the economic disincentive of maintaining an identity as a Jewish minority even when one doesn’t have a very strong connection to Judaism.

At the same time, today’s unaffiliated Jews no longer face an economic disadvantage relative to those attending Jewish schools: The aim for universal literacy in America broadly, and increasingly in all corners of the world, has led to the same kinds of professional opportunities for many people in the way that Jews used to have largely to themselves. Or, as Eckstein put it in an interview with me, « Almost everybody has become Jewish, because almost everybody is literate. »

Voir aussi:

Maristella Botticini

April 18, 2013

A note from Paul Solman: Nine years ago, someone sent me an academic paper that put forward a radically new explanation of why Jews have been so successful economically. Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem.

You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South?

Botticini and Eckstein have spent their careers studying not Christianity, but Judaism. And they have now come out with a book elaborating on their novel thesis: “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492,” published by the Princeton University Press.


Maristella Botticini and Zvi Eckstein: Imagine a dinner conversation in a New York or Milan or Tel Aviv restaurant in which three people–an Israeli, an American, and a European — ask to each other: “Why are so many Jews urban dwellers rather than farmers? Why are Jews primarily engaged in trade, commerce,
entrepreneurial activities, finance, law, medicine, and scholarship? And why have the Jewish people experienced one of the longest and most scattered diasporas in history, along with a steep demographic decline?”


Most likely, the standard answers they would suggest would be along these lines: “The Jews are not farmers because their ancestors were prohibited from owning land in the Middle Ages.” “They became moneylenders, bankers, and financiers because during the medieval period Christians were banned from lending money at interest, so the Jews filled in that role.” “The Jewish population dispersed worldwide and declined in numbers as a result of endless massacres.”

Imagine now that two economists (us) seated at a nearby table, after listening to this conversation, tell the three people who are having this lively debate: “Are you sure that your explanations are correct? You should read this new book, ours, “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History,” and you would learn that when one looks over the 15 centuries spanning from 70 C.E. to 1492, these oft-given answers that you are suggesting seem at odds with the historical facts. This book provides you with a novel explanation of why the Jews are the people they are today — a comparatively small population of economically successful and intellectually prominent individuals.”

Suppose you are like one of the three people in the story above and you wonder why you should follow the advice of the two economists. There are many books that have studied the history of the Jewish people and have addressed those fascinating questions. What’s really special about this one?

To understand the spirit of the study we’ve undertaken, one should borrow two tools: a magnifying glass and a telescope. With the magnifying glass, the reader will be like a historian, who focuses on a place and a time period, painstakingly digs through the sources, and carefully documenting the historical trajectory of the Jews there. A thousand such scholars will offer a detailed description of the history of the Jews in hundreds of locales throughout history.

But with the telescope, the reader will be like an economist, who assembles and painstakingly compares the information offered by the works of the historians, creates a complete picture of the economic and demographic history of the Jewish people over 15 centuries, and then uses the powerful tools of economic reasoning and logic to address one of the most fundamental questions in Jewish history:

Why are the Jews, a relatively small population, specialized in the most skilled and economically profitable occupations?

In doing so, the “alliance” of the historians and the economists offers a completely novel interpretation of the historical trajectory of the Jews from 70 to 1492. In turn, this may help us understand several features of the history of the Jewish people from 1500 up to today, including the successful performance of the Israeli economy despite the recent economic crisis.

The journey of “The Chosen Few” begins in Jerusalem, following the destruction of the Second Temple in the year 70, continues in the Galilee during the first and second centuries, moves to Babylon in Mesopotamia during the fourth and fifth centuries, and then to Baghdad in the second half of the first millennium when the Muslim Abbasid empire reaches its economic and intellectual apex.

At the turn of the millennium, the historical voyage reaches Cairo, Constantinople, and Cordoba, and soon after the whole of western and southern Europe, then turns back to Baghdad in the 1250s during the Mongol conquest of the Middle East before ending in Seville in 1492.

During these 15 centuries, a profound transformation of Judaism coupled with three
historic encounters of the Jews — with Rome, with Islam, and with the Mongol Conquest — shaped the economic and demographic history of the Jewish people in a unique and long-lasting way up to today.

Let’s first start describing the profound transformation of Judaism at the beginning of the first millennium, which has been amply documented by scholarly works. In the centuries before 70, the core of Judaism was centered around two pillars: the Temple in Jerusalem, in which sacrifices were performed by a small elite of high priests, and the reading and the study of the Written Torah, which was also restricted to a small elite of rabbis and scholars. (It was the power of this elite that the Jew Yeshua ben Josef, later know as Jesus Christ, so often decried.)

The destruction of the Temple in 70 at the end of the first Jewish-Roman war was the first of the three external events which permanently shaped the history of the Jewish people. Momentously, it canceled one of the two pillars of Judaism, shifting the religious leadership within the Jewish community from the high priests in Jerusalem to a much more widely dispersed community of rabbis and scholars. In so doing, it transformed Judaism into a religion whose main norm required every Jewish man to read and to study the Torah in Hebrew himself and, even more radically, to send his sons from the age of six or seven to primary school or synagogue to learn to do the same.

In the world of universal illiteracy, as it was the world at the beginning of the first millennium, this was an absolutely revolutionary transformation. At that time, no other religion had a similar norm as a membership requirement for its followers, and no state or empire had anything like laws imposing compulsory education or universal literacy for its citizens. The unexpected consequences of this change in the religious norm within Judaism would unfold in the subsequent centuries.

To understand what happened to the Jewish people in the eight centuries after 70, “The Chosen Few” asks the reader to travel back in time to a village in the Galilee around the year 200. What would the reader see?

They would see Jewish farmers, some rich, some poor who have to decide whether to send their children to primary school as their rabbis tell them to do. Some farmers are very attached to Judaism and willing to obey the norms of their religion, others are not very devout and consider whether or not to convert to another religion. In this rural economy, educating the children as Judaism requires is a cost, but brings no economic benefits because literacy does not make a
farmer more productive or wealthier.

Given this situation, what would economic logic predict? What would likely happen to Judaism and the Jewish people? Given a high preference for religious affiliation, some Jews will educate their children and will keep their attachment to their religion. Other Jews, however, will prefer their material well-being and will not educate their children. Furthermore, a portion of this latter group will likely convert to other religions with less demanding requirements. And so, over time, even absent wars or other demographic shocks, the size of the Jewish population will shrink because of this process of conversions.

But are the predictions of the economic theory consistent with what really happened to the Jews during the first millennium? The historical evidence assembled in our book says yes. The implementation of this new religious norm within Judaism during the Talmud era (third to sixth centuries) determined two major patterns from 70 C.E. to the early 7th century.

The first of these trends was the growth and spread of literacy among the predominantly rural Jewish population. The second: a slow but significant process of conversion out of Judaism (mainly into Christianity) which, caused a significant fall in the Jewish population — from 5 to 5.5 million circa 65 to roughly 1.2 million circa 650. War-related massacres and epidemics contributed to this drastic drop, but they cannot by themselves explain it.

At the beginning of the 7th century, the Jews experienced their second major historic
encounter — this time with Islam. In the two centuries after the death of Mohammed, in 632, the Muslim Umayyad and, later, Abbasid caliphs, established a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India and China, with a common language (Arabic), religion (Islam), laws, and institutions. Concomitant with the ascent of this empire, agricultural productivity grew, new industries developed, commerce greatly expanded, and new cities and towns developed. These changes vastly increased the demand for skilled and literate occupations in the newly established urban empire.

How did this affect world Jewry? Between 750 and 900, almost all the Jews in Mesopotamia and Persia — nearly 75 percent of the world’s remaining 1.2 million Jews — left agriculture, moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire, and entered myriad skilled occupations that provided higher earnings than as farmers. Agriculture, the typical occupation of the Jewish people in the days of Josephus in the first century, was no longer their typical occupation seven to eight centuries later.

This occupational transition occurred at a time in which there were no legal restrictions on Jewish land ownership. The Jews could and did own land in the many locations of the vast Abbasid Muslim Empire. And yet, Jews moved away from farming. This is of vital importance.

Modern explanations of why the Jews became a population of craftsmen, traders, shopkeepers, bankers, scholars, and physicians have relied on supposed economic or legal restrictions. But these do not pass the test of the historical evidence.

This is one of our main and novel messages: mass Jewish literacy was key. It enabled Jews — incentivized Jews — to abandon agriculture as their main occupation and profitably migrate to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb.

The tide of migrations of Jews in search of business opportunities also reached Christian Europe. Migrations of Jews within and from the lands of the Byzantine Empire, which included southern Italy, may have set the foundations, via Italy, for much of European Jewry. Similarly, Jews from Egypt and the Maghreb settled in the Iberian Peninsula, and later, in Sicily and parts of southern Italy.

The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings.

Once the Jews were engaged in these occupations, there was no economic pressure to convert, which is consistent with the fact that the Jewish population, which had shrunk so dramatically in earlier times, grew slightly from the 7th to the 12th centuries.

Moreover, this comparative advantage fostered the voluntary diaspora of the Jews during the early middle ages in search of worldwide opportunities in crafts, trade, commerce, moneylending, banking, finance, and medicine.

This in turn would explain why the Jews, at this point in history, became so successful in occupations related to credit and financial markets. Already during the 12th and 13th centuries, moneylending was the occupation par excellence of the Jews in England, France, and Germany, and one of the main professions of the Jews in the Iberian Peninsula, Italy, and other locations in western Europe.

A popular view contends that both their exclusion from craft and merchant guilds and usury bans on Muslims and Christians segregated European Jews into moneylending during the Middle Ages. But our study shows, with evidence we have come upon during more than a decade of research, that this argument is simply untenable.

Instead, we have been compelled to offer an alternative and new explanation, consistent with the historical record: the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets:

  • capital already accumulated as craftsmen and traders,
  • networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and
  • literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors.

With these assets, small wonder that a significant number of Jews specialized in the most profitable occupation that depended on literacy and numeracy: finance. In this sector they worked for many centuries. As they specialized, just as Adam Smith would have predicted, they honed their craft, giving them a competitive advantage, right up to the present.

But what if the economy and society in which the Jews lived, suddenly ceased being urban and commercially-oriented and turned agrarian and rural, reverting to the environment in which Judaism had found itself centuries earlier?

The third historic encounter of the Jews — this time with the Mongol conquest of the Middle East — offers the possibility to answer this question. The Mongol invasion of Persia and Mesopotamia began in 1219 and culminated in the razing of Baghdad in 1258. It contributed to the demise of the urban and commercial economy of the Abbasid Empire and brought the economies of Mesopotamia and Persia back to an agrarian and pastoral stage for a long period.

As a consequence, a certain proportion of Persian, Mesopotamian, and then Egyptian, and Syrian Jewry abandoned Judaism. Its religious norms, especially the one requiring fathers to educate their sons, had once again become a costly religious sacrifice with no economic return. And so a number of Jews converted to Islam.

Once again, persecutions, massacres, and plagues (e.g., the Black Death of 1348) took a toll on the Jewish population in these regions and in western Europe. But the voluntary conversions of Jews in the Middle East and North Africa, we argue, help explain why world Jewry reached its lowest level by the end of the 15th century.

The same mechanism that explains the decline of the Jewish population in the six centuries after the destruction of the Second Temple, that is, accounts for the decline of the Jewish communities of the Middle East in the two centuries following the Mongol shock.

None of this was planned. The rabbis and scholars who transformed Judaism into a religion of literacy during the first centuries of the first millennium, could not have foreseen the profound impact of their decision to make every Jewish man capable of reading and studying the Torah (and, later, the Mishna, the Talmud, and other religious texts).

However, an apparently odd choice of religious norm–the enforcement of literacy in a mostly illiterate, agrarian world, potentially risky in that the process of conversions could make Judaism too costly and thus disappear–turned out to be the lever of the Jewish economic success and intellectual prominence in the subsequent centuries up to today. This is the overall novel message of “The Chosen Few.”


Maristella Botticini is professor of economics, as well as director and fellow of the Innocenzo Gasparini Institute for Economic Research (IGIER), at Bocconi University in Milan.

Zvi Eckstein is the Mario Henrique Simonson Chair in Labor Economics at Tel Aviv University and professor and dean of the School of Economics at IDC Herzliya in Herzliya, Israel.

Their current book, “The Chosen Few,” won the National Jewish Book Award for scholarship. Addressing the puzzles that punctuate Jewish history from 1492 to today is the task of the next journey, which the authors will take in their next book, “The Chosen Many.”

Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492

Maristella Botticini, Zvi Eckstein

Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2012, pp. xvii-323 (Kindle Edition).
(Heb. Transl. Haim Rubin, Tel Aviv, 2012; It. Transl. Università Bocconi Editore, Milano, 2013)

Cristiana Facchini

The Return of the Grand Narrative

In 1899, Henry Dagan published a short collection of interviews under the title Enquête sur l’antisemitisme.1 All the most prominent French and Italian intellectuals of socialist beliefs were asked a few questions about the rise and spread of anti-Semitism. Amongst the many different answers given for it, a particular one emerged.

Most likely owing to a common socialist culture, the intellectuals that took part in this project explained that the rise of new forms of anti-Semitism could be better understood through the economic prism, therefore presenting anti-Semitism as a response to the economic struggle intensified by capitalism, and ultimately as a form of resentment that spread amongst impoverished middle classes. The chief editor of the Journal des économistes established a parallel that was almost a myth. He claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. Surprisingly enough, this explanation was grounded in seventeenth century Jewish thought, an argument that was originally elaborated by Simone Luzzatto, a learned and sophisticated Venetian rabbi, in an attempted plea for tolerance of the Jews according to the doctrine of raison d’état.2 The decline of Catholic countries was later to be explained as the result of the expulsion of Jews and the rise of new mercantile nations that preached religious tolerance, namely, those of Protestant leaning. How these arguments developed since the early modern period cannot be explored here. Nevertheless, they provide an ideal framework for the understanding of recent trends in historiography of the Jews and Judaism.

Religion and economy have been at the core of scholarly debate and public discussion since the inception of modernity as such. The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals.3 Ever since, historians have been debating the relationship between religion and economy, with each historiographical tradition opposing, criticizing, supporting or correcting Weber’s hypothesis.4

Scholarly research on the economic behavior of religious minorities, and more precisely of merchant communities, has attracted a lot of attention. Works such as Yuri Slezkin and Francesca Trivellato, to mention just a few, analyzed the role of religious and ethnic minorities and the services they provided for their host communities from different angles.5 Historiography on port-cities has suggested that religious minorities – and Jews especially – offered highly specialized services, which added to shaping a certain path to modernity.6

While the above-mentioned works dealt with early modern and modern Jewish history, certainly providing  a ‘grand narrative,’ works that embrace the long sweep of Jewish history, or even the whole notion of Judaism, are much rarer in the context of postmodern narratives. In this sense, the book of Maristella Botticini and Zvi Eckstein is a novelty in the recent historiographical setting, and therefore calls for a short commentary.

The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. Attempts to write a comprehensive history of Judaism are very rare: there are a few excellent exceptions, with the most outstanding examples being sociologist Shemuel N. Eisenstadt’s Jewish Civilization and Judaism by Catholic theologian Hans Kung. Both perspectives are culturally charged, the first one being from a Jewish standpoint, and the second from a Christian stance. Nevertheless, both are interesting as they convey modes of understanding Judaism in its extraordinary long history and in holistic terms: as a complex religious system, and subsequently, as a civilization that coped with many challenges of various natures.

Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. More precisely, the authors are interested in reassessing some tenets of Jewish history, from late antiquity to the early Renaissance, as they claim in their book.

The Chosen Few is divided into ten chapters, each one dealing with a specific topic: the first one introduces the general theme of the book, and particularly deals with the issue of demography; the second aims at assessing whether or not the Jews were a persecuted minority; the third chapter progresses through a chronological path and deals with the introduction of new rules related to religious literacy as a feature of ancient Judaism; chapter  four is mainly theoretical, whereas chapter five delves into the consequences of literacy from 200-650. The sixth chapter follows up on and analyzes the transformation of Jews from farmers into merchants (750-1150); the seventh deals with migration and the eighth with the key issue of segregation and money-lending (1000-1500); the ninth introduces a lesser-known topic, which is the impact of the Mongol conquest, and finally, the last chapter summarizes the results and offers new insight into future research.

The table of contents clearly reflects major trends in historiography of the latest decades, although both authors address one of the main issues that have been on the agenda of historians and social scientist since the nineteenth century, when historiography on Jews and Judaism developed into a more or less professional discipline. How and why did Jews turn to certain specific professions, namely money-lending, medicine, trade, and a few other specialized urban occupations? The debate over Jews, Judaism and economy is an important part of Western thought, not to mention the very problematic essay composed by Marx on the “Jewish Question”, which fired, along with other writings on religion, the scholarly and public debate on religion and its role in society. These questions reflected a different problem as well, which was related to the process of political emancipation of the Jews in European society. The issue over role of the Jews in the past was twofold, and reflected changes in the process of Jewish integration throughout the nineteenth and early twentieth century. On one hand, supporters of Jewish emancipation suggested that the Jewish economic structure and specialization should also be changed, and that Jews must be permitted to practice professions that they were previously barred from, due to religious hatred. Political emancipation and reforms, like the ones implemented in the Hapsburg Empire, contributed to a great extent in shifting the professional position of the Jews. These achievements and their relatively successful integration into the fabric of modern society incited resentment and new forms of anti-Semitism.

Historians and Jewish historiography in particular underlined how Jews were pushed by legal restrictions and impediments into despised and risky professions, namely to the performance of what was considered “polluted activities.” This was especially true in Christian societies where, though often with a certain ambivalence, some economic activities were forbidden for specific social groups. Authors of The Chosen Few challenge a set of these historical explanations, and expressly claim that they are retroactive historiographical answers that may not be applicable to the history of the Jews in late antiquity and the medieval period. Let us briefly follow the authors on their journey.

The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers.7 Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity.8 We will not discuss the issue extensively; suffice it to note that literacy was not one of the primary interests of other religious groups, which preserved, transmitted and elaborated religious memory in different ways and through other means.

Compulsory Jewish education, the goal of which was primarily religious and not universal, contributed to redefining the borders of Judaism when the “religious market” was fluid and very diverse. In chapter four, the authors apply some known theories based on choice analysis and economic behavior. Moreover, they highlight how a religious system is defined according to its appeal and capability to attract or sustain its members. Religion is one of the many commodities that are available on a relative free market, and it is likely to attract or reject on the basis of its appeal. Men and women will choose according to their expectations and needs. “Religious affiliation typically requires some costly signal of belonging to a club or network,”9 and rabbinic Judaism required literacy and education. According to this norm, Jewish farmers had to send their children to school where the teaching of the Torah was enforced. In other words, it meant they had to invest time and resources in religious literacy, rather than having the help of their children in working the land. Any farming society would be well-acquainted with this problem.

On the basis of this assumption, the authors elaborate a model, which aims to explain the demographic crisis of Judaism between the first and seventh century, and the pattern of conversion. According to the model, the high cost of the norm was likely to drive away Jewish families that were unwilling to receive such low benefits or that were not wealthy enough to support such a request. The idealized Galilean village of around 200 CE, as it is envisioned by the authors, depicts several situations that are likely to provide an explanation for patterns of conversion in late antiquity. The religious farmer, whether wealthy or less so, would perform the norm because the benefits of belonging to the group were higher than the cost of literacy. Yet both the wealthy and the less affluent farmer might also choose to not obey the norm for a number of reasons, and thus would have to accept the social stigma that came with the label of am ha-aretz.10 Ultimately, they might decide to convert and join a different religious group, especially one of the many Christian sects that proliferated in the late antiquity period, and that were quite familiar, particularly those still following certain Jewish rules (as the Ebionites did). Rich and poor were likely to pay the cost of compulsory religious literacy and belong to the group; or, they might avoid the cost and live on the margin of the religious group, ultimately deciding to convert to another religion.

This theory is fascinating and offers new insight into what can be termed self-segregation rules, focusing, in this case for example, on literacy more than the laws of purity. It also provides an explanatory theory for conversion that is applicable to societies that are relatively open and pluralistic in their religious organization. Examples of microhistory, which are not provided for this period, might shed light on the opportunities, constraint and options made available to a small or larger group of Jews. Their choices would be determined by a number of factors that would influence their actions and practice.

The implementation of the rule of religious education spread during the Talmudic period (200-650) when the society of farmers became literate. Talmudic literature, Gaonic responsa and archeological evidence from synagogues indicate a strong emphasis on universal education.

The implementation of rule over education coincides with the demographic decline detected by scholars. Although figures vary, there is a scholarly consensus on the dramatic drop of the Jewish population between the fall of the temple and the end of the Talmudic period. The causes of this decline were usually attributed to the impact of wars, famine, plague and changes in fertility rates. However, Botticini and Eckstein claim that these explanations are not supported by evidence, and the only explanation for the demographic demise of the Jewish population is conversion. As the theory suggests, conversion of Jews to Christianity escalated as a result of religious rules that enforced increased literacy in the framework of a farming society.

In the following centuries major changes took place in the religion and culture of the Jews, and the structure of the Jewish Diaspora was reconfigured. What were the consequences of this process? From chapter six onward, the theory defined in the previous chapters is used to explain the main, though inadvertent, changes in the social structure of Judaism. The world of literate farmers was destined to develop into a world of urban professionals composed of merchants, doctors, craftsmen, and artisans. As a part of the old Diaspora vanished in highly Hellenized areas, a new Diaspora rose in those regions that underwent a religious revolution around the seventh century CE. The majority of Jews now lived in Mesopotamia and Persia, where they slowly abandoned agriculture and moved to villages in order to practice new professions. This transformation reached its apex after the establishment of the Abbasid Empire.11 “This occupational transition took about 150 years: by 900 the overwhelming majority of the Jews in Mesopotamia and Persia were engaged in a wide variety of crafts, trade, moneylending and medicine.”12

The rise of Islam and the establishment of a world-wide, highly urbanized and dynamic empire offered the ideal setting for the benefits enhanced by literacy. The authors claim that, in the changing context of the Muslim caliphate, religious literacy had “spillover effects,” meaning that skills acquired by learning to read and write might improve the ability to count, write contracts and letters, and therefore bolster practices of law-enforcement. The improvement in technology, science and art that accompanied the development of a sophisticated empire contributed to the dissemination of literacy at large, and these main changes in society contributed to reinforcing literacy among Jews. Using ample evidence from the Cairo Geniza and specifically Shelomo Goitein’s research, the authors highlight that literacy was spread among Jewish communities of the Muslim world, where, one should add, seventy percent of Jewry lived.

Following Avner Greif, the authors stress how rabbinic Judaism, with Talmudic and responsa literature, were able to build a system of legal protection which operated as a contract-enforcement mechanism, even in the absence of a state. In this sense, a common language and high literacy contributed to transforming Jewish settlements and their professional landscape radically, prompting a change that, according to Botticini and Eckstein, would continue in the following centuries.

The following chapters are devoted to describing the formation of a voluntary Diaspora, and focus on the rise of Western European Jewry. How did Jews arrive to the Christian countries of Western Europe?

Chapter seven and eight address the question of how the Diaspora came into being, and how Jews willingly moved from different areas – mainly to cities – in search of better social conditions and professional options. The arrival of Jews into the diverse and parceled Christian kingdoms of the Middle Ages suggests that Jews were invited, in small groups, to offer their highly specialized services. A parallel development in the cultural and religious milieu took place in the same period, with the emergence of the great rabbinic centers of France and Ashkenaz that contributed to normalizing support for these new settlements. By the year 1000, charters show that Jews could own land, and were involved in the fields of craft, trade and medicine in general, with highly specialized urban professions. However, money-lending was not a distinctively Jewish occupation. How did Jews become involved in money-lending?

The answer follows the path of argumentation which was set forth earlier. The authors explore different historical explanations, according to which Jews were pushed into money-lending: one suggests that they were thrust into it because of the exclusive membership of Christian guilds (Roth); another one emphasizes persecutions and portable capital as driving forces that produced this professional specialization, and the last explanation is given by Haym Soloveitchik, which regards the laws on buying and selling wine in medieval Europe. Because wine was a profitable commodity, Jewish involvement with this business needed to be formally and legally sanctioned from within the Jewish community. According to Soloveitchik, laws regulating wine trade and consumption were gradually softened by eminent rabbis – particularly Rashi –    and the strict rules that forbade Jews to drink, buy and sell wine produced by Gentiles was slowly lifted.

Botticini and Eckstein offer some historical examples of a Jewish preference for money-lending. Both English and French cases illustrate how Jews became preeminent in money-lending and how later, between the thirteen and the fourteenth century, they were slowly replaced by Christians, especially Lombards and Florentines. Jews were expelled from England in 1290, more than a century after the appearance of ritual murder libels. In France, after reaching a key role in money-lending, Jews were expelled at the end of fourteenth century, and the same pattern is traceable throughout German lands and elsewhere, with the exception of the Italian states and the Iberian Peninsula.

“We show that the entry and then specialization of the Jews in lending money at interest can be explained by their comparative advantage in the four assets that were and still are the pillars of the financial intermediation: capital, networking, literacy and numeracy, and contract enforcement institutions.”13 This is the leitmotif that supports the whole narrative, which is a grand narrative on Judaism: literacy and economic performances. An inadvertent revolution was launched by rabbis in the midst of a great trauma, and with the collapse of the ancient politeia, and through compulsory religious education of male children, a great transformation that would subsequently be well-suited for the social and economic integration in developed empires and economies was triggered. The theory is certainly intriguing and attractive, and at times very convincing. “Lachrymose history” is not part of this story, which instead highlights the positive and creative effort of Judaism in Muslim and Christian lands. Moreover, a number of historical certainties are challenged and a different explanation is offered, on the basis of microanalysis or detailed accounts of historical material. A wide and impressive amount of secondary literature is described and thoroughly discussed, along with a number of primary sources.

Ultimately, as I have already said, the book is both a historical account of Judaism, and a history of the Jews covering a relatively long historical period and which offers a fairly new interpretation through the lens of economic history. Such an undertaking indicates a certain interest in the return of grand narratives, after a period of postmodern historical practices that made a narrative of any kind impossible.

Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance.

1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence.

2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles?

3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it.

Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions.

Cristiana Facchini, Alma Mater Studiorum Università di Bologna


[1] Enquête sur l’antisemitisme, ed. Henry Dagan, (Paris: Stock 1899).
[2] See Simone Luzzatto, Scritti politici e filosofici di un ebreo scettico nella Venezia del Seicento, a cura di Giuseppe Veltri (Milan: Bompiani, 2013); Jonathan Karp, The Politics of Jewish Commerce. Economic Thought and Emancipation in Europe, 1638-1848 (Cambridge: Cambridge University Press, 2008).
[3] Max Weber, Ancient Judaism (New York: Free Press, 1952).
[4] I refer, for example, to Catholic scholars who have tried to show how Catholicism fueled economic modernity, following Weber’s path but attempting to amend it. Trevor Roper offered a different interpretation of Weber’s theory, claiming that modernity and capitalism were initiated by merchant communities who practiced a form of “erasmianism.” Sombart opposed his interpretation of capitalism as a byproduct of Judaism, although with an anti-Semitic twist.
[5] Yuri Slezkine, The Jewish Century (Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2004); Francesca Trivellato, The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno, and Cross-cultural Trade in the Early Modern Period (New Haven: Yale University Press, 2009).
[6] For a more complex view on minorities and port-cities see: Tullia Catalan, “The Ambivalence of a Port-City. The Jews of Trieste from the 19th to the 20th Century,” Quest. Issues in Contemporary Jewish History 2/2011: 69-98.
[7] These ritual settings relating to different religious systems appeared in the ancient world (chap. 3).
[8] For a brief introduction to these themes: Guy G. Stroumsa, The End of Sacrifice: Religious Transformations of Late Antiquity (Chicago: Chicago University Press, 2009).
[9] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, pos. 2334.
[10] There is a lot of literature on ammei ha-aretz, “people of the land.” Botticini and Eckstein affirm that they are those people/Jews unwilling to perform the norm of learning the Torah.
[11] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, Chapter 5.
[12] Chapter 5, pos. 3326.
[13] Chapter 8, pos. 6131.
Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492
By Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Princeton University Press, 323 pages, $39.50

What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein.

Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?”

Botticini and Eckstein could not agree more, and in the book they systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce.

The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. Their demolition job is not an end in itself, however. Rather, it affords them with an opportunity to advance their own unifying theory of Jewish history to fill the explanatory void.

As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah.

Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine.

It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm.

Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.” And thus they remained up to the present day.

Botticini and Eckstein’s argument seems tailor-made for the present American environment of stagnant, if not declining, economic resources. In an age where steep day school tuition has (unintentionally) become a form of birth control in modern Orthodox circles and contributed to sluggish enrollment rates among the non-Orthodox, Jewish practice is once again in danger of becoming unsustainable. American Jewish assimilation is often understood as a function of Jewish apathy, but perhaps part of the problem is that Judaism is pricing itself out of the market.

The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. Many of these same defenders of Jewish honor have been quick to insist that nothing particular to Judaism itself promoted moneylending.

Botticini and Eckstein have little patience for this sort of apologetics. On the contrary, they insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending.

Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization.

The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles, as evidenced by the recent brouhaha over Republican presidential candidate Mitt Romney’s remarks about the differences in wealth between Israel and the Palestinian territories being the result of cultural differences. Most scholars would probably dismiss Romney’s argument as “dangerously out of date,” as Jared Diamond recently wrote in The New York Times. At the same time, Diamond and others warn against mono-causal explanations for socioeconomic historical trends, and such concern is warranted for “The Chosen Few” as well.

Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses.

They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.

To be fair, the history of Jewish education remains an understudied subject, leaving Botticini and Eckstein relatively few secondary sources from which to draw evidence. One can say that their economic theory is plausible, particularly if it is advanced in conjunction with other factors.

But the jury must remain out in the absence of more conclusive hard evidence. Hopefully, the fascinating and elegant argument set forth in “The Chosen Few” will encourage historians to interrogate literary sources and archaeological evidence in search of a clearer picture about Jewish educational norms, Jewish literacy and its impact on the demographics and socioeconomic trajectory of Jewish life in the Middle Ages.

Jonathan B. Krasner is Associate Professor of the American Jewish Experience at Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion, in New York.

 Voir encore:

TROUBLESOME INDEED: JEWS, GENES & INTELLIGENCE
Paul S. Appelbaum, Diana Muir Appelbaum

GeneWatch 27-2
May-July 2014
Jews play a disproportionate role in A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, an extended argument by Nicholas Wade for the impact on modern life of genetic differences among races. Why are Jews so important to the story? Because, well, says Wade, Jews are such a really smart race. Of course, there’s an irony here. The last time genes were used to explain why some whole peoples prosper and others don’t – during the Progressive Era’s eugenics movement – Jews were held up as a people of innately low physical, moral, and intellectual capacity. Now, Wade and others tell us that Jews are endowed by evolution with superior verbal and mathematical ability (albeit not spatial intelligence; in Wade’s view, Jews stopped hunting so long ago that Jewish genes can’t find their way out of a paper bag).

Wade, a respected science writer, casts himself as a new Darwin, announcing that « human evolution has been recent, copious and regional. » He points out that natural selection for certain genes has enabled human groups in the Himalayas, Andes and the Ethiopian plateau to evolve capacities to thrive at high altitudes. Moreover, other genetically transmitted traits, such as the ability to tolerate the lactose in cow’s milk, have spread across geographic regions. So far, so good, but note that this is pretty much as far as the really solid evidence for recent, regional human evolution goes.

Wade is after bigger game. He wants to argue that events like the bifurcation of the world into farmers and hunter-gatherers, which began about 10,000 B.C.E., or the « rabbinical requirement for universal male literacy » may have produced genetic adaptations favoring specific kinds of social and emotional intelligence within particular ethnic or racial groups. And for Wade that includes « a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[1]

Operating on a global scale, Wade argues that the regional (or if you prefer, racial) evolution of mental capacities can answer such big questions as: Why is European civilization more prosperous than other cultures?  Max Weber fingered the Protestant Ethic as the cause, while Jared Diamond argued for environment in Guns, Germs and Steel.  Wade relies on the thesis of a remarkable 2007 book by economic historian Gregory Clark, A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, which was reviewed for the New York Times by… Nicholas Wade. Clark suggested that the Industrial Revolution happened when « [t]hrift, prudence, negotiation and hard work were becoming values for communities that previously had been spendthrift, impulsive, violent and leisure loving. » Then he startled the academic world by proposing a novel causative mechanism for this shift.

Clark proposes that most English girls from successful families married men less prosperous than their fathers, and that these children of prosperity out-reproduced the offspring of the poor, giving England bumper crops of penniless youth endowed with the virtues that created the industrial revolution. Clark acknowledges that this was a cultural phenomenon – modestly fixed parents taught their children the virtues that had made grandpapa rich – but he argues that an overlooked key to success lay in upscale genes.

Reviewers asked for evidence, and Clark produces it in a new book, The Son Also Rises, in which a multi-lingual phalanx of research assistants mine a diverse array of data seeking out peculiar surnames. It turns out that everyone from banking moguls to registered paupers can bear surnames shared by a mere handful of people. By tracing rare surnames over time, Clark demonstrates that when a man with an odd surname owned substantial property in England in the 1300s, or was a Swedish intellectual in the 1600s, or passed the Imperial Chinese examinations to become a Mandarin during the Song Dynasty, people with that surname were more successful than average for the next 400 or even 1,000 years.

Clark finds more social mobility in the 1400s than you probably imagine, and less today than you probably wish.  Accomplishment, he thinks, runs in families, and high status « is actually genetically determined. »[2] Whether he proves his case is a different matter.

After all, the child of successful parents is likely to be taught real skills, such as good grammar, vocabulary, and a « proper » accent, and he or she may also benefit from ineffable advantages. Given that even in egalitarian Sweden, people from old families with aristocratic names like Rosenkrantz and Guildenstern or Latin ones like Linnaeus do better than Swedes with « peasant » names like Johnsson, it could be that just having an impressive surname contributes to success. Moreover, a growing body of data supports the idea that success is largely dependent on believing that success is possible. Amy Chua and Jeff Rubenfeld tap into something like this in The Triple Package: How Three Unlikely Traits Explain the Rise and Fall of Cultural Groups in America, proposing that a sort of superiority complex accounts in part for the success of certain immigrant groups, including Jews and Chinese.

But Nicholas Wade’s just-so story about Ashkenazi success relies on a bold 2012 book, The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Here he finds evidence that Jews « adapted genetically to a way of life that requires higher than usual cognitive capacity, » representing « a striking example of natural selection’s ability to change a human population in just a few centuries. »[3]

Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity, a dramatic selection event that Wade describes as possibly « the first step toward a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[4] And so it might be if there were evidence that it happened – and if there actually is a gene for diligence.

It is not clear why we should assume that families with « low-ability sons » converted to Christianity while those with « smart and diligent » sons paid for an expensive Torah education not calculated to lead to a high-earning career.[5] Why not assume that parents of smart and diligent sons would have improved their prospects by converting (see late 19th-century Germany, for example), or by having them taught Greek or Latin?  After all, that is what almost everybody else in the Roman Empire did. The first and second centuries teemed with now-forgotten religions: the cult of Isis, the Dionysian Mysteries and Mithraism were wildly popular and growing fast. The real question is why a million or so Jews remained Jewish in a late Roman world where persecution of non-Christians and the advantages of joining the new imperial church drove other, more popular religions to extinction?

Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E.[6] This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E.

Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel.

There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate.

If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water.

But Wade is a man in search of data to support his theory of recent, regional evolution.  Ashkenazi Jews are among the most intensively studied of ethnic genetic clusters, and he tracks them down the Rhine Valley like a bloodhound. The Ashkenazi Jewish community was founded by a mere handful of Jews living along the Rhine about a thousand years ago, and founder effects can be genetically powerful.  It is not absurd to regard Ashkenazim as a large cousinhood – something like the Darwins and Wedgwoods, two intertwined families that have produced generation after generation of accomplished offspring.  Because the number of founders was so small, and Jews married one another, genetic characteristics could have been amplified within the community.

However, Clark does not flag the founder effect as the cause of Ashkenazi success. He posits a centuries-long selection, beginning as described by Botticini and Eckstein and continuing because only the successful could afford to pay the punitive taxes imposed on Jews by Muslim and Christian governments. « There must have been some selection based on talent. »[8]

Perhaps there was.  The actual evidence, however, is spotty, and the sources for the event provided by Botticini and Eckstein are sometimes downright creepy.  Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. »[9] This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and Eugenics.

There are good reasons to be suspicious of arguments suggesting powerful selection effects over brief time frames for cognitive abilities. To be sure, intelligence – at least the form most frequently measured by psychologists – has a clear genetic component. But years of research have failed to identify any genes that account for this effect. The dominant explanation is that intelligence, like height, may be determined by the cumulative effect of scores, perhaps hundreds of genes, each of which makes an incremental contribution to cognitive ability. To further complicate things, those genes may interact to amplify or negate their influences on intelligence, and it is certain that environment plays a key role. Indeed, recent evidence indicates that genetic effects on intelligence are stronger in high socioeconomic circumstances, which presumably allow maximization of individual potential, but fade away in poor families.

With scores of genes likely involved, most distributed widely in the population, selection for or against particular genes becomes more difficult and time-consuming. The rapid selection event on which Wade (following Botticini and Eckstein) relies hence strains credulity from a biological perspective. Although some guesses about how the Jews got their disproportionate share of Nobel prizes put forward in these books could be right (after all, it’s awfully hard to disprove an untestable theory), there is very little evidence to support them and good reasons to doubt their validity.

Diana Muir Appelbaum is an author and historian.

Paul S. Appelbaum is Dollard Professor of Psychiatry, Medicine & Law at Columbia University, where he directs a center on the ethical, legal and social implications of advances in genetics.

ENDNOTES

1. A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, by Nicholas Wade, Penguin Press, 2014, p. 212.

2. The Son Also Rises: Surnames and the History of Social Mobility, by Gregory Clark, Princeton University Press, 2014, p. 281.

3. The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by Maristella Botticini and Zvi Eckstein, Princeton University Press, 2012, p. 199.

4. Wade, p. 211.

5. Botticini and Eckstein, p. 93 and p. 82.

6. Ibid., p. 103-4.

7. Ibid., p. 274.

8. Clark, p. 230.

9. Ibid., p. 231.

Voir de plus:

 10/07/2013
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay.

So how exactly have the Jews survived?

According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality.

Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner.

Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics.
If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education.

If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed.

The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews.

When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles.

The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe.

European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews.

If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing.

Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved.

Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school.

Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492.

Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews.

The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries.

With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild.

The poet Ogden Nash once wrote, “How odd of God/To choose the Jews.” If you’ve ever wondered how the Chosen People survived the vagaries of history, reading The Chosen Few will give you answers you cannot find anywhere else.

Voir enfin:

Authors examine education’s impact on Jewish history

August 8, 2014

Why has education been so important to the Jewish people?

Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population.

“Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage,” Botticini tells JNS.org. “They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East.”

Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.”

An economic historian, Botticini earned a B.A. in Economics from Università Bocconi in Milan and a Ph.D. in Economics from Northwestern University. After working at Boston University, she returned to Italy and works at her alma mater. An economist, Eckstein received his B.A. from Tel Aviv University and his Ph.D. from the University of Minnesota. He spent five years as the Bank of Israel’s deputy governor, and is now dean of the School of Economics at the Interdisciplinary Center in Herzylia.

In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education.

“Our book begins with the profound and well-documented transformation of the Jewish religion after the destruction of the Second Temple in 70 [AD] at the end of the first Jewish-Roman war,” Eckstein tells JNS.org. “Judaism permanently lost one of its two pillars—the Temple in Jerusalem—and consequently the religious leadership shifted from the high priests, who were in charge of the Temple service, to the rabbis and scholars, who had always considered the study of the Torah, the other pillar of Judaism, the paramount duty of any Jewish individual.”

The Jews’ new religious leadership set their people on a path to become “a literate religion, which required every Jewish man to read and study the Torah and every father to send his sons to a primary or synagogue school to learn to do the same,” says Eckstein.

From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers.

“During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.”

Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities.

“These developments in Mesopotamia increased the demand for literate and educated people—the very skills Jews had acquired as a spillover effect of their religious heritage of study,” Eckstein says.

Between 750 and 900, almost all Jews in Mesopotamia and Persia—nearly 75 percent of world Jewry—left agriculture and moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire to engage in skilled occupations. Many also migrated to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb; to, from, and within the Byzantine Empire; and later to Christian Europe in search of business opportunities.

“Once the Jews were engaged in these skilled and urban occupations, they rarely converted to other religions, and hence, the Jewish population remained stable or grew between the 8th and the 13th centuries,” Botticini says.

The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says.

“When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.”

Botticini says the key message of the book “is that even in very poor communities or countries, individuals and families should invest in education and human capital even when it is costly and it seems to bring no economic returns in the short-run.”

“Education and human capital endow those individuals and those communities that invest in them with skills and a comparative advantage that pays off and can bring economic well-being and intellectual achievements in many dimensions,” she says.

“A motto in which we strongly believe [is] go to the local public library and borrow a book and read it,” adds Botticini. “Even when you end up disagreeing with or not liking a book, it is never a waste of time reading a book. Reading and studying are precious gifts. This is the bottom line message of ‘The Chosen Few.’”

Christophe Lebold, une vie de Léonard…

Salon littéraire

Maître de conférences à l’Université de Strasbourg et metteur en scène de théâtre, Christophe Lebold a une autre corde vibrante à son arc zen : il est l’auteur d’une somme monumentale consacrée à Leonard Cohen.

En janvier 2012, un poète de soixante-dix-huit ans sortait de sa retraite et renouait avec une renommée internationale de rock star distraitement abandonnée au seuil d’un monastère zen : serial séducteur notoire vivant en ermite et « chanteur sans voix » réputé plutôt « déprimant », l’immense Leonard Cohen venait de publier un nouvel album haut de gamme nourri de poésie délicatement ciselée et de grâce, Old Ideas. Un retour en majesté qui fait passer sur le monde, une fois encore, en sombres mélopées infiniment hypnotiques, comme un frisson de beauté – celle-là même que toute sa vie il a cherché à voir de près, jusqu’à s’y brûler parfois sans pour autant être carbonisé…

Broyer du noir pour faire advenir la lumière ?

Leonard Cohen a son biographe à Strasbourg. Un de plus ? Le 15 mai dernier, Christophe Lebold proposait à l’auditorium de l’espace culturel de Vendenheim une soirée autour du film d’Armelle Brusq. La documentariste brosse une manière de portrait intimiste du célébrissime auteur-compositeur et chanteur canadien (dont chacune des chansons depuis 1967 est devenue un grand « classique ») suspendu entre la discipline de son monastère zen et l’appel obsédant d’une œuvre à accomplir encore – serait-ce pour de pressantes raisons fiscales…

Auteur de la dernière biographie en date de Leonard Cohen, la plus complète aussi, Christophe Lebold confie les raisons d’une attirance pour un pessimiste radical réputé « déprimant » dont l’œuvre se veut un « manuel pour vivre avec la défaite » : « Léonard Cohen a changé fondamentalement quelque chose à ma manière de voir le monde et de vivre. Ses chansons, sa poésie et ses romans m’accompagnent depuis vingt ans. Il nous révèle que la noirceur est au centre du processus de création. Il se fait alchimiste pour nous apprendre à changer le noir en lumière. Broyer du noir pour faire advenir la lumière… C’est ce qu’il nous rappelle : si nos cœurs semblent destinés à être brisés, c’est parce la lumière du monde ne peut entrer que par cette brisure… ».

 L’amour libérateur

Le père de Christophe Lebold était un cheminot voyageur passionné de rock et de littérature fantastique. L’année de la naissance de son fils, il achète New skin for the old ceremony, le dernier album du poète-crooner canadien qui venait de sortir. L’enfance du petit Chris se passe à La Walck-Pfaffenhoffen, chez ses grands-parents dans une plénitude semi-bucolique baignée par les mélodies envoûtantes de Leonard, ses inflexions de poésie véritable et ses colonnes de mots envoyées vers le ciel : « J’ai ressenti très tôt tout le pouvoir de la musique des mots et l’attrait pour le Verbe, bien avant d’avoir le vocabulaire pour le formuler : le langage a une capacité à illuminer nos vies. J’ai perçu très tôt un appel dans son œuvre, qui me ramenait au plus profond de moi-même. Mais c’est à l’âge de quatorze ans, au collège, que je me suis véritablement immergé dans l’œuvre de Leonard, en étudiant l’anglais. Depuis, ça ne m’a plus jamais quitté. D’abord, c’est une voix de plus en plus grave et caverneuse au fil de ses douze albums qui dépose des prières pleines d’humour noir, d’abord sur un rock acoustique épuré puis sur fond de synthétiseurs. Immédiatement, j’ai su que lorsqu’il serait question d’écrire sur quelqu’un ou de faire des recherches approfondies, ce serait sur lui et personne d’autre…».

Après avoir succombé à une irrésistible attirance pour la littérature dite « classique » puis russe et japonaise ainsi que pour les mystiques rhénans, Christopher Lebold voyage beaucoup (en train…) et se découvre cet autre point commun avec ce Léonard Cohen dont l’immense ombre poétique s’étend sur lui depuis sa naissance : « C’est un grand arpenteur de villes, un mélange de juif errant et de passant baudelairien, un artiste du passage qui réintroduit de la légèreté et un passeur de lumière… ».

Différents stades de gravité jusqu’à cette ardente profondeur…

En 1995, le magazine Les Inkorruptibles consacrait (après bien d’autres…) sa Une à Léonard Cohen : le journaliste Gilles Tordjman l’avait visité dans son monastère zen sur le Mount Baldy (le « mont chauve » en Californie) pour nous le révéler en « guerrier de la spiritualité » voire comme « l’un des derniers grands mystiques de notre époque ».

Son nom ne signifie-t-il pas « prêtre » en hébreu ? Leonard n’était pas né pour la futilité mais pour la lutte avec l’ange ou l’abîme – et pour nous apprendre à jouer de tous les registres de la gravité comme le rappelle son biographe enthousiaste : « Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux...».

 Dans les concerts de ce grand initié, dit-on, il se fait un tel silence que l’on entendrait « une métaphore tomber » – l’on y sent même s’ouvrir, à la manière d’une fleur japonaise dans l’eau, quelque chose comme une ardente profondeur…

Convertir le monde à Leonard ?

En 1997, Christophe Lebold fait un mémoire de master sur Beautiful Loosers (Les Perdants magnifiques), le second roman de Léonard Cohen, « écrit sous acide » sur l’île d’Hydra et paru en 1966.

Un septennat plus tard, alors qu’il est attaché temporaire d’enseignement et de recherche, il soutient sa thèse intitulée Ecritures, masques et voix pour une poétique des chansons de Léonard Cohen et de Bob Dylan. La différence entre ces deux créateurs ? « Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire… ».

Maître de conférences depuis 2005, il enseigne la littérature américaine et anime un cours consacré à la poétique des singer-songwriters. Il confie le tiercé gagnant des œuvres du Canadien errant qu’il préfère : « Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… ». Sa chanson préférée ? « Ce serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne »…

A ce jour, le créateur de Suzanne (1967) a publié douze albums – mais il y a aussi ceux tirés de ses huit tournées mondiales, sans oublier ses deux romans et ses neuf recueils de poèmes depuis Let Us Compare Mythologies paru en 1956.

Si Christophe Lebold dévore les grandes œuvres de la littérature mondiale (notamment Proust et Dostoïevski, des « révélations absolues »), il ne franchit pas pour autant le pas vers l’écriture personnelle et fait l’acteur au sein de la compagnie de théâtre La compagnie des gens : « Je n’ai pas ressenti l’appel de la page blanche comme absolu : cela m’amuse plus de dire des textes sur scène…La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… ».

En mai 2013 et 2014, la troupe a donné des représentations du spectacle Saint François d’Assise, paroles d’oiseaux, de saints et de fous – qui doit beaucoup aux textes d’un autre troubadour de chevet de Christophe Lebold, le héraut de La grande vie Christian Bobin dont il a adapté les textes : « J’ai voulu faire évoluer Saint-François d’Assise sous le regard de Jean-Claude Van Damme… ».

Un pessimisme lumineux

Sur les traces de Leonard Cohen, il étudie depuis l’an 2000 la voie du zen : « Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… ».

Mais à quoi tient l’immense succès planétaire d’un poète aussi profond qui s’est toujours refusé aux veuleries en vogue et dont chacun des chansons pourtant nous est si instantanément familière ? « C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen… ».

Le biographe de Leonard Cohen l’a rencontré une fois dans sa vie pendant trois minutes, en tout et pour tout : « Nous avions convenu par mail des rendez-vous qui n’ont jamais abouti car il est très pris… Un soir, j’étais à Liverpool pour un colloque sur la musique populaire où je faisais une intervention sur mon sujet de prédilection. En sortant de l’université, je marche et à un moment je lève les yeux et je vois ledit sujet venir à ma rencontre… C’était bien Leonard, avec son regard à la fois perçant et si bienveillant, et nous n’avions pas  rendez-vous ! C’était hautement surréaliste et ça s’est passé comme dans une de ses chansons : le « hasard » a tellement bien fait les choses qu’il a mis la ville où j’allais parler de lui sur sa liste de concerts planétaires… ».

Un poète venait de passer – le mot de la fin s’éternise dans une histoire sans fin… « Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel. Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère… ». Et si dans l’immense et fervente communauté des inconditionnels entrés dans le cercle de lumière du très paradoxal Leonard Cohen se levait, au bord de l’absolu vertige, une armée d’éveilleurs à son image ?

Une première version de cet article a paru dans Les Affiches-Moniteur

Christophe Lebold, Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges, éditions Camion Blanc, 720 p., 36 €


Yom Kippour: Vous avez dit bouc émissaire ? (How a hypothesis hidden, purloined-letterwise, in our common languages for centuries finally found itself vindicated)

12 octobre, 2016
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He got no place to ‘scape to, no place to run  (…) Neighborhood bully been driven out of every land He’s wandered the earth an exiled man Seen his family scattered, his people hounded and torn He’s always on trial for just being born He’s the neighborhood bully. Bob Dylan

Le mécanisme sacrificiel

L’Éternel parla à Moïse, après la mort des deux fils d’Aaron, qui moururent en se présentant devant l’Éternel. L’Éternel dit à Moïse: Parle à ton frère Aaron, afin qu’il n’entre pas en tout temps dans le sanctuaire, au dedans du voile, devant le propitiatoire qui est sur l’arche, de peur qu’il ne meure; car j’apparaîtrai dans la nuée sur le propitiatoire. Voici de quelle manière Aaron entrera dans le sanctuaire. Il prendra un jeune taureau pour le sacrifice d’expiation et un bélier pour l’holocauste. Il se revêtira de la tunique sacrée de lin, et portera sur son corps des caleçons de lin; il se ceindra d’une ceinture de lin, et il se couvrira la tête d’une tiare de lin: ce sont les vêtements sacrés, dont il se revêtira après avoir lavé son corps dans l’eau. Il recevra de l’assemblée des enfants d’Israël deux boucs pour le sacrifice d’expiation et un bélier pour l’holocauste. Aaron offrira son taureau expiatoire, et il fera l’expiation pour lui et pour sa maison. Il prendra les deux boucs, et il les placera devant l’Éternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’Éternel et un sort pour Azazel. Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l’Éternel, et il l’offrira en sacrifice d’expiation. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. Lévitique 16: 1-10
Vous ne réfléchissez pas qu’il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. Caïphe (Jean 11: 50)
 Or, il ne dit pas cela de lui-même; mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. Et ce n’était pas pour la nation seulement; c’était aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. Jean (11: 50-52)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Malheur à vous! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, que vos pères ont tués. Vous rendez donc témoignage aux oeuvres de vos pères, et vous les approuvez; car eux, ils ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C’est pourquoi la sagesse de Dieu a dit: Je leur enverrai des prophètes et des apôtres; ils tueront les uns et persécuteront les autres, afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, tué entre l’autel et le temple; oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. Jésus (Luc 11: 47-51)
Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Jésus (Jean 15: 20)
Une nation ne se régénère que sur un  monceau de cadavres. Saint-Just
Qu’un sang impur abreuve nos sillons! Air connu
Le marxisme doit mourir pour que la nation renaisse. Banderole de la Grand messe nazie de Berlin (février 1933)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le ‘crucifié’  » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
Tel est le rôle historique de l’affaire Dreyfus. Sur ce bouc émissaire du judaïsme, tous les crimes anciens se trouvent représentativement accumulés. Georges Clemenceau
Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Mahmoud Abbas
Si la lettre avait été cachée dans le rayon de leur investigation, ces gaillards l’auraient trouvée, cela ne fait pas pour moi l’ombre d’un doute. (…) Donc, les mesures, continua-t-il, étaient bonnes dans l’espèce et admirablement exécutées ; elles avaient pour défaut d’être inapplicables au cas et à l’homme en question. Il y a tout un ordre de moyens singulièrement ingénieux qui sont pour le préfet une sorte de lit de Procuste, sur lequel il adapte et garrotte tous ses plans. Mais il erre sans cesse par trop de profondeur ou par trop de superficialité pour le cas en question, et plus d’un écolier raisonnerait mieux que lui. (…) Pour la valeur pratique, c’est en effet la condition, répliqua Dupin, et, si le préfet et toute sa bande se sont trompés si souvent, c’est, d’abord, faute de cette identification, en second lieu, par une appréciation inexacte, ou plutôt par la non-appréciation de l’intelligence avec laquelle ils se mesurent. Ils ne voient que leurs propres idées ingénieuses ; et, quand ils cherchent quelque chose de caché, ils ne pensent qu’aux moyens dont ils se seraient servis pour le cacher. Ils ont fortement raison en cela que leur propre ingéniosité est une représentation fidèle de celle de la foule ; mais, quand il se trouve un malfaiteur particulier dont la finesse diffère, en espèce, de la leur, ce malfaiteur, naturellement, les roule. (…) « Et ne voyez-vous pas aussi que des cachettes aussi originales ne sont employées que dans des occasions ordinaires et ne sont adoptées que par des intelligences ordinaires ; car, dans tous les cas d’objets cachés, cette manière ambitieuse et torturée de cacher l’objet est, dans le principe, présumable et présumée ; ainsi, la découverte ne dépend nullement de la perspicacité, mais simplement du soin, de la patience et de la résolution des chercheurs. Mais, quand le cas est important, ou, ce qui revient au même aux yeux de la police, quand la récompense est considérable, on voit toutes ces belles qualités échouer infailliblement. Vous comprenez maintenant ce que je voulais dire en affirmant que, si la lettre volée avait été cachée dans le rayon de la perquisition de notre préfet, en d’autres termes, si le principe inspirateur de la cachette avait été compris dans les principes du préfet, – il l’eût infailliblement découverte. (…) « Il y a d’ailleurs chez nos algébristes, qui sont eux-mêmes des païens, de certaines fables païennes auxquelles on ajoute foi, et dont on a tiré des conséquences, non pas tant par une absence de mémoire que par un incompréhensible trouble du cerveau. (…) « Cela devait impérativement le conduire à dédaigner toutes les cachettes vulgaires. Cet homme-là ne pouvait être assez faible pour ne pas deviner que la cachette la plus compliquée, la plus profonde de son hôtel, serait aussi peu secrète qu’une antichambre ou une armoire pour les yeux, les sondes, les vrilles et les microscopes du préfet. « Enfin je voyais qu’il avait dû viser nécessairement à la simplicité, s’il n’y avait pas été induit par un goût naturel. Vous vous rappelez sans doute avec quels éclats de rire le préfet accueillit l’idée que j’exprimai dans notre première entrevue, à savoir que si le mystère l’embarrassait si fort, c’était peut-être en raison de son absolue simplicité. (…) Il existe, reprit Dupin, un jeu de divination, qu’on joue avec une carte géographique. Un des joueurs prie quelqu’un de deviner un mot donné, un nom de ville, de rivière, d’Etat ou d’empire, enfin un mot quelconque compris dans l’étendue bigarrée et embrouillée de la carte. Une personne novice dans le jeu cherche en général à embarrasser ses adversaires en leur donnant à deviner des noms écrits en caractères imperceptibles ; mais les adeptes du jeu choisissent des mots en gros caractères qui s’étendent d’un bout de la carte à l’autre. « Ces mots-là, comme les enseignes et les affiches à lettres énormes, échappent à l’observateur par le fait même de leur excessive évidence ; et, ici, l’oubli matériel est précisément analogue à l’inattention morale d’un esprit qui laisse échapper les considérations trop palpables, évidentes jusqu’à la banalité et l’importunité. Mais c’est là un cas, à ce qu’il semble, un peu au-dessus ou au-dessous de l’intelligence du préfet. Il n’a jamais cru probable ou possible que le ministre eût déposé sa lettre juste sous le nez du monde entier, comme pour mieux empêcher un individu quelconque de l’apercevoir. Edgar Allan Poe (La Lettre volée, 1844)
Un bouc émissaire est un individu, un groupe, une organisation, etc., choisi(e) pour endosser une responsabilité ou une faute pour laquelle il/elle est, totalement ou partiellement, innocent(e). Le phénomène du bouc émissaire peut émaner de motivations multiples, délibérées (telles que l’évasion de responsabilité) ou inconscientes (telles que des mécanismes de défense internes). Par ailleurs, le processus peut se mettre en place entre deux personnes (e.g., un employé et son subalterne), entre des membres d’une même famille (e.g., un enfant pris pour bouc émissaire), entre les membres d’une organisation (e.g., les responsables d’une entreprise) ou à l’intérieur de tout autre groupe constitué. Outre cet aspect intragroupal, le phénomène peut également être intergroupal et s’observer alors entre des groupes différents (au sein d’un pays ou d’une société). Il existe différents critères guidant la sélection d’une personne ou d’un groupe particulier comme bouc émissaire, tels que la différence perçue de la victime, l’antipathie qu’elle suscite ou le degré de pouvoir social qu’elle possède. Selon les cas de figure et les motivations des agresseurs, les conséquences pour la victime et les réactions possibles des protagonistes peuvent varier. (…) Une des origines de ce concept peut être trouvé dans la Grèce antique où le pharmakos (en grec ancien : φαρμακός, celui qu’on immole en expiation des fautes d’un autre) désigne la victime expiatoire dans un rite de purification largement utilisé dans les sociétés primitives. Le mot a fini par prendre en grec, à l’époque classique, la signification de malfaiteur. Afin de combattre une calamité ou de chasser une force menaçante, une personne, parfois revêtue de vêtements sacrés, ou un animal était choisi et traîné hors de la cité, où il était parfois mis à mort. Cette victime sacrificielle, innocente en elle-même, était censée, comme le bouc émissaire hébreu, se charger de tous les maux de la cité. (…) Le terme de « bouc émissaire » provient de la traduction grecque de « bouc à Azazel », un bouc portant sur lui tous les péchés d’Israël. Si la tradition rabbinique conçoit Azazel comme une vallée désertique hostile, les auteurs de la Septante lisent ez ozel (« bouc en partance ») qu’ils traduisent en grec ancien par ἀποπομπαῖος τράγος / apopompaîos trágos, rendu en latin par caper emissarius. Le terme « bouc émissaire », tant employé au sens figuré dans la culture judéo-chrétienne, n’est cité qu’à une seule reprise dans l’Ancien Testament qui introduit le terme : Dieu demande à Moïse de faire porter les péchés de l’homme par un bouc. Le prêtre pose alors les mains sur le bouc, et le charge par là, symboliquement de tous les péchés. Puis le prêtre envoie l’animal dans le désert pour les porter à Azazel. La notion de sacrifice de substitution est intégrée à la thématique chrétienne, Jésus étant présenté dans les Évangiles comme un agneau immolé, expiant les péchés du monde en mourant sur la croix au terme de sa passion. L’expression française « bouc émissaire » est mentionnée dans le dictionnaire de Furetière (1690), avec une définition liée aux écritures. Par la suite, on l’a utilisée pour désigner une personne sur laquelle on fait retomber les fautes des autres. Ce sens est déjà attesté au XVIIIe siècle. Georges Clemenceau le reprendra plus tard à propos de l’affaire Dreyfus (…) Chez les anthropologues contemporains, le concept de « bouc émissaire » désigne l’ensemble des rites d’expiation utilisés par une communauté. Le premier à avoir utilisé ce concept est James George Frazer dans Le Bouc émissaire, étude comparée d’histoire des religions. (…) pour René Girard, le bouc émissaire est le mécanisme collectif permettant à une communauté archaïque de survivre à la violence générée par le désir mimétique individuel de ses membres (même si la détermination des désirs est, pour une très large part, collective). Le bouc émissaire désigne également l’individu, nécessairement coupable pour ses accusateurs, mais innocent du point de vue de la « vérité », par lequel le groupe, en s’unissant uniformément contre lui, va retrouver une paix éphémère. Le meurtre fondateur génère le religieux archaïque, les rites (répétitions de la crise mimétique) et les mythes (récits, déformés par les persécuteurs, du meurtre fondateur). L’innocence du bouc émissaire, que nous connaissons bien aujourd’hui, est révélée par le biblique et tout particulièrement par la Crucifixion de Jésus-Christ, d’ailleurs parfois appelé «l’Agneau de Dieu» en référence au bouc émissaire. C’est bien la foule, et à travers elle, toute l’humanité, qui rejette ses fautes, culpabilités et péchés sur Jésus. Il est devenu impensable aujourd’hui de se représenter un ordre social antérieur à la révélation évangélique. Avec l’avancée de la révélation évangélique et l’évangélisation du monde au sens fort du terme (en plus du sens exclusivement religieux), le monde, privé de sa solution préférée, le mécanisme émissaire, devient de plus en plus violent, quoique les formes de civilisations ne cessent d’évoluer pour contenir, dans les deux sens du terme, cette violence dite « apocalyptique ». Wikipedia
Azazel appears to be a place, and the word itself gives us some clue as to what kind of place this is and its purpose. Lets go back and get into context. All of the sins of Israel are placed on this goat which is to go to Azazel. The Torah implies that that the goat is going to be simply set free to do what he wants. Not so. According to the Oral tradition of the Jews, recorded not long after the destruction of the Second Temple, the goat was indeed left to run but he was deliberately chased to a cliff where he would be either be forced over the cliff to his death or grabbed and thrown over the cliff to die. This is explained in the Babylonian Talmud at Yoma 67b. The Mishna to that section of Talmud teaches also that as the goat’s body hit the rocks its limbs would fall off. This seems odd, but let’s continue. At Yoma 67b the Talmud offers three definitions of the word Azazel: The first explanation argues that it means hard and rough. (The word az in hebrew means strong) The second opinion argues that Azazel means the hardest of mountains. (The third opinion is a midrashic reference to the atonement process and not relevant to this discussion.) These two definition appears to be descriptive of the place to where the goat was chased. Indeed, not far from Jerusalem is a mountain, called Har Azazel, which has one side covered with flintstone, a very hard rock which (if you saw it you would understand that any animal hitting those stones would be ripped to pieces. There are other explanations for the word. The Septuagint translates Azazel in Lev. 16:10 as « the one to be sent away. » Rabbi J.H. Hertz argues that « Azazel » is a rare technical Hebrew noun, contracted from azlazel — which means « dismissal » — and applied exclusively here to define the animal on whom all of Israel’s sins have been symbolically attached and which will meet his doom when he’s thrown off a cliff to its death. Bruce James
L’expression bouc émissaire remonte au caper emissarius de la Vulgate, interprétation libre du grec apopompaios : « ce qui écarte les fléaux ». Ce dernier terme constitue lui-même, dans la traduction grecque de la Bible, dite des Septante, une interprétation libre du texte hébreu dont la traduction exacte serait : « destiné à Azazel ». On pense généralement qu’Azazel est le nom d’un démon ancien censé habiter dans le désert. Dans le chapitre XVI du Lévitique, l’action rituelle dont le bouc fait l’objet est ainsi décrite : « Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des enfants d’Israël, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes dans un lieu aride (Lévitique 16, 5-10) (…) L’intérêt de cette conjonction, c’est qu’elle révèle une intuition très largement répandue de choses que la science ethnologique et les sciences de l’homme en général n’ont jamais officiellement reconnu : il existe un rapport entre les formes rituelles et la tendance universelle des hommes à transférer leurs angoisses et leurs conflits sur des victimes arbitraires. Cette dualité sémantique de l’expression bouc émissaire, en français, se retrouve   dans le scapegoat anglais, dans le Sünden bock allemand et dans toutes les Pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que nous ne disons rien, à la limite, qui ne soit déjà là dans ce double sens de rien, à la limite, qui ne soit déjà là dans ce double sens de bouc émissaire. Loin d’être saugrenue, et de survenir comme une chose inattendue, notre hypothèse entière est silencieusement dans la langue populaire depuis l’avènement de ce qu’on appelle le rationalisme. C’est la « curiosité sémantique » de ce double sens que nous essayons d’expliciter.  il est étrange à la vérité qu’avant nous, personne, à ma connaissance, ne se soit interrogé sur cette « curiosité ». Si on examine l’histoire de l’ethnologie, on s’aperçoit que de nombreuse théories du religieux ont été proposées. il n’y aen a qu’une qui ne l’a jamais été et c’est celle qui est inscrite dans les langues occidentales depuis deux ou trois siècles au moins. (…) Une hypothèse inscrite dans le langage depuis des siècles a le droit de demander des comptes à une ethnologie qui n’aurait qu’à la formuler pour échapper à ces absurdes catégorisations rituelles qui se pratiquaient encore il ya cinquante ans et que personne n’ose plus mentionner aujour’dh’ui tant elles font penser auc carottes et aux navets à la devanture des épiciers, mais personne n’a réussi à les remplacer. René Girard (Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978)

Attention: un mot peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, à l’instar des pierres millénaires de plusieurs dizaines de tonnes d’un temple prétendument inexistant, les plus grosses évidences se voient jusqu’au siège des Nations Unies systématiquement niées …

En cette journée où nos amis juifs se rémémorent l’institution qui donna au monde, avec la fétichisation de la victimisation qui va avec, le terme et la théorie pour débusquer l’un des phénomèmes les plus prégnants de notre modernité …

Et où en cette année électorale américaine, une bonne partie d’entre nous semble vouloir s’acharner sur la seule figure censément malfaisante du Donald …

Qui il est vrai ne manque jamais une occasion lui-même d’user et d’abuser du même procédé pour ses propres ennemis …

Comment ne pas s’étonner avec l’anthropologue franco-américain récemment décédé René Girard …

Sur la « curiosité sémantique » d’une « hypothèse inscrite silencieusement », à la manière de la fameuse lettre volée de Poe, « dans la langue populaire et les langues occidentales depuis des siècles » …

Et notamment dans ce multimillénaire récit biblique de l’institution suite à l’échec spectaculaire d’une première propitiation qui avait déjà vu la mort des deux fils du frère de Moïse Aaron …

Du rituel, par ailleurs double d’un premier consistant à sacrifier sur l’autel un premier bouc identique mais choisi par le sort, du bouc destiné (« envoyé »comme un « émissaire ») à Azazel censé porter les péchés du peuple …

Et qu’à l’instar du pharmakos grec ou des condamnés de la roche tarpéienne romaine, l’on précipitait en bas d’une montagne du désert de Judée apparemment associée à un démon ancien à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem …

Comme à toutes les victimes depuis Abel jusqu’au capitaine Dreyfus et à tous ses successeurs …

Mais qui ne prendra véritablement tout son sens qu’avec la mort assumée librement d’un certain rabbin galiléen dont le grand prêtre de l’époque avait sans probablement tout à fait comprendre la portée de ses paroles

Dit qu’il valait mieux « qu’un seul homme meure pour que la nation entière ne périsse » ?

Le «Bouc émissaire », par René Girard

Olivier Berruyer

Les Crises

Introduction

Tout le monde sait grosso modo ce qu’est un « bouc émissaire » : c’est une personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres. Le bouc émissaire (synonyme approximatif : souffre-douleur) est un individu innocent sur lequel va s’acharner un groupe social pour s’exonérer de sa propre faute ou masquer son échec. Souvent faible ou dans l’incapacité de se rebeller, la victime endosse sans protester la responsabilité collective qu’on lui impute, acceptant comme on dit de « porter le chapeau ». Il y dans l’Histoire des boucs émissaires célèbres. Dreyfus par exemple a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force : on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif : c’était le « coupable idéal »… Ainsi le bouc émissaire est une « victime expiatoire », une personne qui paye pour toutes les autres : l’injustice étant à la base de cette élection/désignation, on ne souhaite à personne d’être pris pour le bouc émissaire d’un groupe social, quel qu’il soit (peuple, ethnie, entreprise, école, équipe, famille, secte).

Cette expression, employée le plus souvent au sens figuré, trouve sa source dans un rite de la religion hébraïque : dans la Bible (Lévitique) on peut lire que le prêtre d’Israël posait ses deux mains sur la tête d’un bouc. De cette manière, on pensait que tous les péchés commis par les juifs étaient transmis à l’animal. Celui-ci était ensuite chassé dans le désert d’Azazel (= traduit fautivement par « émissaire ») pour tenir les péchés à distance. Ce bouc n’avait rien fait de mal, il était choisi au hasard pour porter le blâme de tous afin que ces derniers soient dégagés de toute accusation. On voit par là que le sens figuré est relativement proche du sens religieux d’origine, axés tous deux sur l’idée d’expiation par l’ostracisation d’un individu jouant en quelque sorte le rôle de « fusible » (bête ou homme).

Avec René Girard (né en 1923), le bouc émissaire, cesse d’être une simple expression pour devenir un concept à part entière. La théorie du Bouc Émissaire est un système interprétatif global, une théorie unitaire visant à expliquer le fonctionnement et le développement des sociétés humaines. La réflexion de René Girard s’origine dans un étonnement, qui prend la forme de deux questions successives.

  1. D’où naît la violence dans les sociétés humaines, quel en est le ressort fondamental ?
  2. D’où vient que cette violence ne les dévaste pas ? Comment parviennent-elles à se développer malgré elle ?

Autrement dit : quel mécanisme mystérieux permet aux sociétés humaines archaïques, enclines à l’autodestruction, de se développer quand même (la logique voudrait en effet qu’elles aient disparu depuis longtemps). À cette question, René Girard apporte une réponse univoque, martelée depuis des décennies dans plusieurs de ses livres, notamment La Violence et le Sacré, et Des Choses cachées depuis la fondation du Monde : le mécanisme du bouc émissaire…

Le désir mimétique

La théorie du bouc émissaire est adossée à une autre théorie qui lui sert de support : à l’origine de toute violence, explique René Girard, il y a le « désir mimétique », c’est-à-dire le désir d’imiter ce que l’Autre désire, de posséder ce que possède autrui, non que cette chose soit précieuse en soi, ou intéressante, mais le fait même qu’elle soit possédée par un autre la rend désirable, irrésistible, au point de déclencher des pulsions violentes pour son appropriation. La théorie mimétique du désir postule en effet que tout désir est une imitation (mimésis) du désir de l’autre. Girard prend ici le contre-pied de la croyance romantique selon laquelle le désir serait singulier, unique, imitable. Le sujet désirant a l’illusion que son désir est motivé par l’objet de son désir (une belle femme, un objet rare) mais en réalité son désir est suscité, fondamentalement, par un modèle (présent ou absent) qu’il jalouse, envie. Contrairement à une idée reçue, nous ne savons pas ce que nous désirons, nous ne savons pas sur quoi, sur quel objet (quelle femme, quelle nourriture, quel territoire) porter notre désir – ce n’est qu’après coup, rétrospectivement, que nous donnons un sens à notre choix en le faisant passer pour un choix voulu (« je t’ai choisi(e) entre mille ») alors qu’il n’en est rien – mais dès l’instant qu’un Autre a fixé son attention sur un objet, aussi quelconque soit-il, alors cet objet (que nul ne regardait jusqu’alors) devient un objet de convoitise qui efface tous les autres !

En clair, le désir n’est pas direct, mais indirect (ou médié), entre le sujet et l’objet : il fonctionne de manière triangulaire en ce sens qu’il passe par un modèle (ou médiateur). L’exemple que donne Girard pour illustrer sa théorie est celui des enfants qui se disputent des jouets en quantité suffisante. Cet exemple montre de manière édifiante qu’on ne désire pas une chose pour ce qu’elle est (sa valeur propre) mais pour ce qu’elle représente aux yeux de l’autre (un objet de désir). Les cas de « désir mimétique » sont nombreux dans la littérature. Don Quichotte, par exemple, ne désire pas être un chevalier, il ne fait qu’imiter Amadis de Gaulle, et tous les autres chevaliers qu’il a lus dans les livres. La médiation est ici littéraire. Don Quichotte est une victime d’autant plus spectaculaire du désir mimétique qu’il désire – c’est la source du comique cervantésien – une chose absurde : être chevaleresque dans un monde déféodalisé. Dans l’univers publicitaire qui est le nôtre, le mécanisme mimétique fonctionne aussi à plein. Les consommateurs ne désirent pas une marchandise parce qu’elle est utile, nécessaire ou aimable, mais parce qu’elle est convoitée, ou supposée l’être, par un tiers (star de cinéma, ami ou groupe d’amis). Le consumérisme moderne est un désir « selon l’autre », quand bien même il nous donne l’illusion de faire un choix personnel, voire unique. La mode et la publicité jouent à plein sur le désir mimétique, raison pour laquelle elles connaissent du succès, alors que ce succès ne repose objectivement sur aucune base rationnelle (beauté, robustesse, originalité de l’objet).

Du désir mimétique à la violence généralisée

Le désir mimétique serait bien innocent s’il ne débouchait sur des conflits en chaîne, et à terme sur la violence généralisée. Que se passe-t-il en effet quand deux individus (ou plus) désirent la même chose ? Ils se battent, voire s’entretuent, pour l’obtenir. Pour René Girard, le désir mimétique, en mettant en concurrence le sujet désirant et son modèle fait naître une rivalité meurtrière. L’objet désiré n’étant généralement pas partageable (pensons au jugement de Salomon : peut-on partager en deux un bébé que deux femmes revendiquent comme le leur ?), le modèle devient nécessairement un obstacle pour le sujet désirant, autrement dit une figure à abattre. C’est ici que la thématique du désir, via le mécanisme de la rivalité, rejoint celle de la violence… Son recours étant, on l’aura compris, le seul moyen de satisfaire le désir mimétique.

Prenons un exemple. Shakespeare écrit dans ses Sonnets : « Tu l’aimes, toi, car tu sais que je l’aime. » On voit bien ici que l’amour qu’éprouve le destinataire du poème (« tu ») est motivé avant tout (« car ») par l’amour qu’éprouve Shakespeare et non par l’objet lui-même de cet amour. Tu l’aimes « toi », insiste le poète, de manière mimétique, alors que moi je l’aime de manière authentique. Nous sommes bien dans le cas de figure du jouet sans valeur que se disputent deux enfants, dont l’issue est bien connue : chamaillerie, cris, crêpage de chignon, et… intervention des adultes, pour séparer les belligérants. Mais que se passe-t-il quand, dans la même situation de rivalité, deux adultes se disputent un objet ? Sans l’intervention providentielle d’un tiers situé au-dessus de la mêlée (Dieu ?), les adultes vont jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’élimination du rival, obstacle insupportable à la réalisation de leur désir. Les faits divers et les romans (pensons au Rouge et le Noir de Stendhal : Julien Sorel y désire triangulairement Madame de Rénal) sont remplis de crimes passionnels, motivés à l’origine par un désir mimétique, quoique ces motivations, comme l’explique René Girard, soient toujours dissimulées par le criminel derrière l’idée fallacieuse que son désir est légitime, car premier :

Seul l’être qui nous empêche de satisfaire un désir qu’il nous a lui-même suggéré est vraiment objet de haine. Celui qui hait se hait d’abord lui-même en raison de l’admiration secrète que recèle sa haine. Afin de cacher aux autres, et de se cacher à lui-même, cette admiration éperdue, il ne veut plus voir qu’un obstacle dans son médiateur. Le rôle secondaire de ce médiateur passe donc au premier plan et dissimule le rôle primordial de modèle religieusement imité. Dans la querelle qui l’oppose à son rival, le sujet intervertit l’ordre logique et chronologique des désirs afin de dissimuler son imitation. Il affirme que son propre désir est antérieur à celui de son rival ; ce n’est donc jamais lui, à l’entendre, qui est responsable de la rivalité : c’est le médiateur.

Pour masquer sa brutalité, le sujet mimétique n’hésite pas à ruser avec son désir, c’est-à-dire à faire passer le modèle pour l’imitateur…

Cette violence serait soutenable socialement (maintien de la paix civile), si elle demeurait le propre de quelques individus isolés. Or, ce qui la rend éminemment dangereuse, nous dit Girard, c’est qu’elle est contagieuse. Le désir mimétique se propage à la société tout entière, par effet « boule de neige » : si deux individus désirent la même chose il y en aura bientôt un troisième, un quatrième, et ainsi de suite. Rapidement – à la vitesse d’une traînée de poudre – , le conflit mimétique se transforme en antagonisme généralisé. Un fait divers récent illustre exemplairement cette propagation du désir mimétique, avec son corollaire agonistique de la « guerre de tous contre tous » (Hobbes). « Gaz lacrymogènes, bagarres, échauffourées violentes, arrestations musclées, lit-on dans Le Monde.fr du 25 décembre 2012, telle était l’ambiance apocalyptique dans laquelle plusieurs magasins américains ont ouvert pour la sortie des dernières paires de baskets Nike créées pour l’ancien basketteur Mickael Jordan : […] des milliers de personnes se sont ainsi rassemblées très tôt ce vendredi, parfois dès deux heures du matin, pour figurer parmi les chanceux se procurant les 150 paires seulement disponibles ; […], la même scène s’est déroulée un peu partout aux États-Unis, conduisant notamment à plusieurs arrestations à Atlanta, des personnes légèrement blessées, à la suite de piétinements à l’entrée du magasin ou encore une mère abandonnant ses deux enfants de 2 et 5 ans dans la voiture en pleine nuit. Dans la banlieue de Seattle, avant l’ouverture, la foule avait déjà enfoncé deux portes. Des bagarres ont commencé à éclater, des bousculades, certaines personnes essayaient de couper la file d’attente. Les officiers ont utilisé du gaz incapacitant pour interrompre certaines bagarres. » Aucune de ces personnes n’avait besoin, à strictement parler, de ces chaussures, pourtant toutes se sont battues, presque au risque de leur vie, pour se les approprier. Telle est l’implacable loi du désir mimétique lorsqu’elle s’applique à grande échelle : son escalade conduit à la destruction sociale généralisée. Pire, la violence engendre la violence, dans une chaîne infinie, sous l’empire du mécanisme de la vengeance. « Chaque fois qu’elle surgit en un point quelconque d’une communauté elle tend à s’étendre et à gagner l’ensemble du corps social. » (La Violence et le Sacré). De crimes en représailles (regardons comment les bandes de la Mafia s’autodétruisent), la vengeance menace la société d’éclatement. La loi du Talion, (« œil pour œil, dent pour dent »), qui répond à la violence par une violence égale, et non supérieure, limite certes son risque d’extension et d’escalade, mais ne l’arrête pas. La spirale de la violence est en principe, dans les sociétés primitives où n’existe pas la Justice, incoercible. Le cycle de la violence réciproque est littéralement infernal : elle l’était dans la Grèce antique (voir les Atrides) elle l’est encore dans certains pays où dominent la loi du Talion ou l’usage de la Vengeance (au Mexique dans les Cartels de la drogue, dans la Mafia corse, ou sicilienne).

Le bouc émissaire, rempart contre la violence

Et pourtant, force est de constater que la société a survécu à cette loi effroyable, que les peuples de la terre ont surmonté tant bien que mal le phénomène. Pourquoi ? se demande Girard. Comment se fait-il que le désir mimétique, dont la puissance de nuisance est universellement prouvée (voir Mensonge romantique et Vérité romanesque) ne nous ait pas dévasté totalement ? Comment les sociétés sont-elles parvenues à trouver un antidote à ce poison ? C’est ici qu’intervient la deuxième intuition de Girard, consistant à relier l’apparition du sacré avec le problème de la violence (d’où le titre de son livre majeur : La Violence et le Sacré). L’anthropologue observe en effet, à partir d’une lecture attentive des mythes ancestraux (de toutes origines), que ces mythes nous racontent la même histoire, à savoir la conjuration, ou plutôt la neutralisation de la violence (cette épée de Damoclès qui plane sur l’Humanité) par le sacrifice d’une victime, appelée « bouc émissaire ».

Là encore, pour résoudre l’énigme, Girard renverse une idée unanimement reçue dans la communauté scientifique et a fortiori dans le grand public, le préjugé selon lequel le sacrifice « religieux » (égorger un animal ou un être humain) serait destiné à calmer la colère des Dieux (chez les Grecs), ou à tester la foi des croyants (on pense au sacrifice d’Isaac par Abraham interrompu in extremis par un ange descendu du Ciel). Aux yeux du philosophe, le sacrifice n’est pas une affaire religieuse mais une affaire humaine. Si les hommes vont jusqu’à tuer l’un de leurs semblables, ce n’est pas pour faire plaisir aux dieux, mais pour mettre fin à l’hémorragie de violence qui frappe le groupe, et partant le menace d’extinction. En proie à une violence meurtrière, la société primitive se choisit spontanément, instinctuellement, une victime, qui jouera le rôle à la fois de pansement et de paratonnerre. De pansement, parce qu’elle va recueillir en sa seule personne toute l’agressivité diffuse et soigner le mal ; de paratonnerre parce qu’elle sera remobilisée, sous forme symbolique, chaque fois que la communauté replongera dans la violence. Ainsi se met en place, selon Girard, le rite du bouc émissaire, dont la vertu première est de transformer le « tous contre tous » en « tous contre un ». Le bouc émissaire humain n’est pas tiré au hasard ; c’est un personnage que ses qualités victimaires prédisposent à occuper la fonction de bouc émissaire. Afin d’expulser cette violence intestine, le bouc émissaire doit en effet correspondre à certains critères. Premièrement, il faut que la victime soit à la fois assez distante du groupe pour pouvoir être sacrifiée sans que chacun se sente visé par cette brutalité et en même temps assez proche pour qu’un lien cathartique puisse s’établir (on ne peut expulser que le mal qui est en nous…). Aussi, le véritable bouc émissaire de la tradition hébraïque est à la fois différent par sa qualité d’animal et semblable par son caractère domestiqué. Deuxièmement, il faut que le groupe ignore que la victime est innocente sous peine de neutraliser les effets du processus. Troisièmement, le bouc émissaire présente souvent des qualités extrêmes : richesse ou pauvreté, beauté ou laideur, vice ou vertu, force ou faiblesse. Enfin, la victime doit être en partie consentante afin de transformer le délire de persécution en vérité consensuelle. Dans les mythes, c’est souvent un prisonnier de guerre, un esclave, un enfant informe, un mendiant…

Le sacrifice du bouc émissaire permet donc à la fois de libérer l’agressivité collective (exutoire) et de ressouder la communauté autour de la paix retrouvée (pacte). Dans l’optique girardienne, le rite sacrificiel est donc une violence ponctuelle et légale dont la fonction est d’opérer une catharsis des pulsions mauvaises sur une victime indifférente à la communauté parce que marginale. Ainsi, se produit, aux dépens d’un être innocent, une sorte de solidarité dans le crime, qu’on retrouve dans les scènes de lynchage dans l’Histoire (pogrome, lapidations, etc.) ou dans la fiction (La Nuit du Chasseur1, M. le Maudit2). Le bouc émissaire permet par ailleurs d’expliquer l’émergence du Sacré, car, par un retournement paradoxal, la victime se voit divinisée pour avoir ramené la paix. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme la responsable de la crise et l’auteur de ce miracle de la sérénité retrouvée. Elle devient sacrée, c’est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. En reliant le mécanisme du bouc émissaire à celui du rite sacrificiel, René Girard rend compte ni plus ni moins que de la genèse du religieux archaïque.

Le problème de ce mécanisme régulateur de la violence est cependant son caractère temporaire. En effet, la violence endémique générée par le désir se fait, tôt ou tard, ressentir. Pour contenir la violence, et l’empêcher de ressurgir, il faut trouver un nouveau bouc émissaire. Solution au coût (humain) exorbitant, à laquelle les premières sociétés ont remédié en substituant progressivement des simulacres aux victimes humaines : ainsi seraient nés les rites des religions primitives vivantes : le sacrifice d’un animal permet d’apaiser symboliquement les pulsions agressives, par ce subterfuge (l’animal est substitué à la « cible » humaine), les membres de la communauté sont préservés, la paix est maintenue à ce prix. À chaque crise mimétique, la société répond par des sacrifices symboliques, fortement ritualisés, censés rétablir magiquement l’ordre. C’est ce qui fait dire à René Girard, dans une formule fulgurante : « Le sacré, c’est la violence. » Le sacré est en effet indissociable de la violence, en ce sens qu’il naît d’elle, tout du moins de la volonté des hommes de l’éradiquer.

Relecture du mythe d’Œdipe

Cette approche révolutionnaire du rite religieux – révolutionnaire parce qu’elle fait découler le sacré du profane – ouvre sur une réinterprétation du fameux mythe d’Œdipe3. Là encore, le philosophe prend le contre-pied de tout le monde. Rappelons en deux mots l’histoire : un oracle prédit au roi de Thèbes, Laïos, que s’il a un fils, celui-ci tuera son père et épousera sa mère, Jocaste. Quand Œdipe naît, Laïos l’abandonne. Mais des bergers le recueillent et le portent au roi de Corinthe, Polybe, qui l’élève. Adulte, Œdipe consulte l’oracle de Delphes qui lui conseille de ne pas retourner dans son pays s’il ne veut pas tuer son père et épouser sa mère. Il se dirige donc vers la Béotie, mais à un carrefour, il tue un vieillard, qui se révèle être son père. Plus tard, pour avoir débarrassé la ville de Thèbes du Sphinx (en résolvant l’énigme), on le fait roi, de sorte qu’il épouse sa mère, Jocaste, à son insu. Une peste s’abat sur la ville. La Pythie annonce que la maladie persistera tant que le meurtrier de Laïos ne se sera pas dénoncé. Œdipe mène l’enquête lui-même et découvre, horrifié, qu’il est le coupable. Pour se punir de son aveuglement, Œdipe se crève les yeux ; on le chasse de Thèbes.

Généralement, les exégètes adoptent spontanément le point de vue du narrateur (Sophocle), en rendant Œdipe responsable de la calamité qui s’abat sur la ville. C’est, nous explique-t-on, parce qu’il a tué son père et couché avec sa mère que la peste décime les thébains, aussi n’est-ce que justice que le coupable, une fois découvert, soit banni de la communauté. Faux, écrit Girard, car Œdipe n’est en réalité qu’un bouc émissaire, un homme auquel on fait endosser, sans raison valable, la responsabilité de l’épidémie qui frappe la cité. La peste n’a aucun lien de cause à effet avec les « crimes » de son roi, crimes qui, du reste, d’après Girard, ne sont que des bruits sans fondement : en somme, Œdipe est victime d’une mystification : des rumeurs courent sur son compte (le parricide, l’inceste) mais ce ne sont que des affabulations, des prétextes pour exposer le roi à la vindicte populaire. Ce que raconte le mythe d’Œdipe n’est donc pas la punition d’un coupable, mais au contraire la persécution d’un innocent, l’histoire scandaleuse d’un lynchage collectif. Bref, au lieu d’en faire un Monstre qui se repend, Girard en fait un Martyr à qui l’on ment. Comme tous les boucs émissaires, Œdipe se soumet en effet au verdict de la foule. René Girard en déduit, au plan général, que l’adhésion de l’accusé au processus qui l’élimine (ex : pression policière pour obtenir des aveux) n’est en aucun cas le signe, et encore moins la preuve de sa culpabilité. Au lieu de se révolter contre cette accusation sans fondement, Œdipe l’accepte docilement ; ce faisant, il renforce le mécanisme du bouc émissaire, qui a certes l’avantage de stopper le cycle de la violence, mais l’inconvénient d’alimenter l’injustice par le sacrifice d’un innocent. Si l’on regarde les choses d’un point de vue pragmatique, ce système est d’une grande efficacité ; au point de vue moral, en revanche, il est scandaleux. Le mécanisme du bouc émissaire est en effet basé sur un mensonge collectif (ou déni de réalité), qui est reconduit d’autant plus aisément qu’il arrange la communauté. Tout le monde a intérêt à entretenir le mythe de la résolution surnaturelle et irrationnelle de la violence par la désignation arbitraire d’une victime émissaire. On ne voit pas, dans ces conditions, pour quelles raisons ce phénomène ne durerait pas éternellement… Heureusement, il se trouve quelqu’un pour dénoncer ce mensonge, et ce quelqu’un, d’après Girard, c’est Jésus Christ !

L’Évangile : la vérité sur le bouc émissaire

René Girard considère le Nouveau Testament comme un événement capital de l’histoire de l’Humanité, non pas parce qu’il marque la naissance d’une nouvelle religion (le Christianisme) mais parce qu’il met fin au scandale de la culpabilité du bouc émissaire. Jusqu’alors toutes les victimes émissaires acceptaient de se sacrifier au nom de leurs fautes ou de leurs défauts (tares). Mais voici que le Christ met un coup d’arrêt à cette logique, en jetant une lumière crue sur le mécanisme mystificateur du bouc émissaire. Non que le Sauveur refuse d’assumer son rôle de bouc émissaire, au contraire, il se laisse torturer sans protester et crucifier comme s’il était coupable, mais à la différence des autres victimes émissaires, il clame haut et fort son innocence. Jésus se présente ouvertement comme l’agneau de Dieu qu’on sacrifie sur l’autel de la violence collective (il prend sur lui « tous les péchés du monde »), sauf que sa démarche a un tout autre sens que celle des boucs émissaires classiques qui subissaient leur sort, dans la mesure où elle est annoncée comme l’ultime sacrifice, après lequel devrait régner l’ordre et la paix. En dévoilant le mécanisme caché (depuis la fondation du monde) du bouc émissaire, à savoir que la victime est sacrifiée non par ce qu’elle est coupable (alibi grossier), mais parce qu’il faut un coupable, l’Évangile rend impossible son recours ultérieur. Désormais, la société devra trouver d’autres remèdes pour exorciser la violence (en l’occurrence elle s’appuiera sur le message évangélique de la non-violence). Si le Nouveau Testament marque un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité, c’est que la gestion de la violence, à partir de cette date, prend un aspect tout différent. L’une des conséquences inattendues de cette révélation du « pot aux roses » du bouc émissaire, c’est que le monde, privé de sa solution préférée, devient, selon Girard, de plus en plus violent, et cela bien que les formes de civilisations ne cessent d’évoluer pour contenir, dans les deux sens du terme, cette violence.

René Girard se montre en effet très pessimiste sur l’évolution de l’Humanité, à partir du moment où elle se prive de la possibilité d’user de la carte victimaire. L’efficacité du bouc émissaire reposait en effet sur la méconnaissance/ignorance du phénomène de la part de ses usagers : les peuples ancestraux croyaient sincèrement qu’il suffisait de sacrifier une victime, ou d’accomplir un rite symbolique équivalent, pour régler les conflits. À partir du moment où les peuples ont perdu cette foi, ils doivent inventer des solutions alternatives, soit recourir à l’Évangile et sa morale naïve de la non violence (l’amour du Prochain), soit se tourner vers la Justice et son droit compliqué (proportionnalité des peines au crime commis). Or, nous dit René Girard, il n’est pas sûr que les communautés puissent se passer de la fonction régulatrice du bouc émissaire : force est d’observer que les sociétés modernes, dans les périodes de forte crise mimétique, y ont recours, tout se passant comme si elles avaient oublié qu’elle était un procédé barbare et irrationnel. Dans l’entre deux guerres par exemple, l’Allemagne, frappée par une crise économique grave, est animée de tensions sociales extrêmes et de débordements de violence qui mènent le pays au bord de la guerre civile. Or cette violence intestine va se trouver spontanément redirigée vers des boucs émissaires tels que les homosexuels, les communistes, les Tsiganes et vers les Juifs. La propagande – ce travail de sape de la connaissance, cet apprentissage de l’ignorance – se chargera pour sa part de conforter la population allemande dans l’idée que les Juifs ne peuvent pas, par définition, être innocents, ouvrant grand la porte à la tragédie de la Shoah. En dehors de ces cas exceptionnels, le fait que nos sociétés ne soient plus protégées par le mécanisme victimaire constitue paradoxalement un danger majeur, car, sauf à convertir la population entière à l’amour chrétien (idée illusoire), il n’existe désormais plus aucun frein à la violence. Dans son dernier ouvrage, Achever Clausewitz (2007), René Girard va jusqu’à nous promettre l’apocalypse. On aimerait que l’avenir lui donne tort, mais l’explosion de violence à laquelle on assiste sur toute la planète semble hélas aller dans sons sens.

Conclusion

La théorie du bouc émissaire serait-elle trop belle pour être vraie ? Le fait est qu’elle est séduisante, et même fascinante, en ce qu’elle fournit une clé de compréhension simple et efficace pour des problèmes fort complexes. Avec Girard, tout devient lumineux : la question du désir (réglée via le principe du mimétisme), la question de la violence (résolue par l’intervention du mécanisme victimaire), la question enfin de l’apparition du sacré (expliquée par les pouvoirs miraculeux attribués à la Victime). Il n’a évidemment pas manqué de spécialistes de chacune des disciplines dont Girard s’est emparé sans prévenir pour contester les thèses du philosophe : jusqu’à ces dernières années sa pensée était très discutée, voire contestée par ses confrères, mais peu à peu elle s’est imposée ; elle fait désormais partie du paysage intellectuel. Le désir mimétique, la théorie du bouc émissaire, sont cités dans les travaux d’anthropologie4.

Le système girardien présente néanmoins, sinon des failles, quelques zones d’ombre. Le principal reproche qu’on pourrait lui faire, c’est de ne pas laisser de place à la singularité, à la différence, à la complexité. Soucieux avant tout de faire triompher sa théorie, Girard généralise sans nuance, parfois à outrance. N’existe-t-il pas des sacrifices qui n’entrent pas dans la logique du bouc émissaire (les sacrifices d’offrandes) ? Ne peut-on pas trouver des peuplades qui usent du bouc émissaire sans sacraliser ce dernier (ex : les aborigènes d’Australie qui ignorent les dieux). La théorie est aussi fragile à la base, en ce sens qu’elle s’appuie sur une conception du désir qui écarte toute dimension pulsionnelle (vouloir instinctivement une chose pour elle-même). Le désir, pour Girard, n’est que mimétique, c’est-à-dire un processus cérébral. Or, peut-on faire l’économie de la libido dans les rapports humains ? Ne peut- on pas penser que la difficulté d’assouvir son désir est autant sinon plus génératrice de violence que la rivalité mimétique ? Enfin n’est-ce pas accorder une importance exagérée au message évangélique que d’en faire le seul et unique texte à dire la Vérité sur le mécanisme victimaire ?

Reste que, en dépit de son caractère totalisant (une seule explication pour tout !) cette théorie est particulièrement bienvenue aujourd’hui pour expliquer ce qui nous arrive, à savoir la prolifération du désir consumériste, la résurgence de la violence en contexte civilisationnel, le processus de désignation du coupable (l’immigré, l’étranger, etc.), la recherche effrénée de spiritualité. La pensée de Girard n’a pas perdu de son efficacité car, contrairement aux apparences, ce qu’il y a de primitif en chaque homme n’est pas éradiqué et peut ressurgir à tout moment, surtout en temps de crise. Grâce à cette pensée originale, nous sommes donc en mesure de mieux comprendre conjointement la nature biaisée de notre désir, les causes profondes de notre violence, et notre aspiration instinctive au sacré.

Bibliographie

  • Mensonge romantique et vérité romanesque, Paris, Grasset, 1961.
  • La violence et le sacré, Paris, Grasset, 1972.
  • Critique dans un souterrain, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1976.
  • Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1978.
  • Le bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982.
  • La route antique des hommes pervers, Paris, Grasset, 1985.
  • Shakespeare, les feux de l’envie, Paris, Grasset, 1990.
  • Quand ces choses commenceront…, Paris, Arléa, 1994.
  • The Girard Reader, New York, édité par James Wil iams,Crossroad, 1996.
  • Je vois Satan tomber comme l’éclair, Paris, Grasset, 1999.
  • Celui par qui le scandale arrive, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.
  • La voix méconnue du réel, Paris, Grasset, 2002.
  • Le sacrifice, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2003.
  • Les origines de la culture, Paris, Desclée de Brouwer, 2004.
  • Achever Clausewitz, Paris, Carnets Nord, 2007.
  • Anorexie et désir mimétique, Paris, Éditions de L’Herne, 2008.
  • La conversion de l’art, Paris, Carnets Nord, 2008.

Notes

1 La Nuit du chasseur (titre original : The Night of the Hunter) est un film américain réalisé par Charles Laughton en 1955. Le pasteur Harry Powell, le méchant persécuteur d’enfants, est lynché par les « bons » américains.

2 M le maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder) est un film allemand réalisé par Fritz Lang, sorti en 1931. Un meurtrier d’enfants jette les habitants d’une grande ville allemande dans la terreur et l’hystérie si bien que la police et même la pègre, tous alliés contre lui, se mettent toutes les deux à sa poursuite.

3 Œdipe roi (en grec ancien Οἰδίπoυς τύραννoς / Oidípous Týrannos, en latin Œdipus Rex) est une tragédie grecque de Sophocle, entre 430 et 415 avant J.-C.

4 La consécration du philosophe a eu lieu récemment, en 2005, avec son élection à l’Académie.

Voir aussi:

Acharei Mot – 5773
Mrs.Cain

The weekly portion

April 19, 2013
L’Azazel!  Go to hell!  A ubiquitous Israeli expression, used across the board amongst the not-quite-polite fold (read all Israelis).  The phrase shows just how deeply connected we are to our Biblical origins, if only linguistically.

The parasha opens with a designation of the sequence of events (remember, the Bible doesn’t always follow a consecutive narrative):

וידבר ה’ אל-משה אחרי מות שני בני אהרן בקרבתם לפני-ה’ וימתו: ויאמר ה’ אל-משה דבר אל-אהרן אחיך ואל יבא בכל-עת אל הקדש…

Hashem spoke to Moshe after the death of Aaron’s sons, when they approached before HaShem and died.   HaShem said speak to Aaron, your brother – he shall not come at all times into the Sanctuary…

The parasha then continues with clear instructions of when Aaron can go into the Sanctuary, how he must be cleansed, and in which proscribed form of dress.  Then follows a description of the sacrifices made for Yom Kippur: two male goats for a sin offering, one male ram for the elevation offering, and one bull for Aaron’s sin offering, covering himself and his family.

ולקח את-שני השעירם והעמיד אתם לפני ה’ פתח אהל מועד: ונתן אהרון על שני השערים גרלות גורל אחד לה’  וגורל אחד לעזאזל:  והקריב אהרון את השעיר אשר עלה עליו הגורל לה’ ועשהו חטאה:  ץוהשעיר אשר עליו הגורל לעזאזל יעמד-חי לפני לכפר עליו לשלח אתו לעזאזל המדברה.

He shall take two he-goats and stand them before HaShem at the entrance of the Tent of Meeting.  Aharon shall place lots on the two he-goats: one lot “for HaShem,” and one lot “for Azazel.”  Aaron shall bring the he-goat designated by lot for HaShem, and make it a sin-offering.  And the he-goat designated by lopt for Azazel shall be stood alive before HaShem, to provide atonement through it, to send it to Azazel in the wilderness.

Let’s look a little more closely at the sequence.  Two promising young priests die for approaching the holy of holies improperly.  Then G-d informs Moshe immediately of what the proper procedure is for doing so:  ‘Tell Aaron how to do it right, or I might have to kill him too!  This is the dress code, this is the ritual, etc.  In fact, the parasha opens with a double warning – not G-d spoke to Moshe once – but twice – i.e “Listen up bro…this is important…”

But more important is a small often underemphasized word:  ואל יבא בכל-עת אל הקדש…   Tell your brother not to just come whenever he wants – there needs to be a purpose for approaching the inner Sanctuary.   And the purpose is atonement for the people, not personal – but communal.

Rituals of elimination were a common aspect of ancient religions throughout the Levant: that is, the slaying of a ritual animal or person (usually representing a god) as a means of cleansing away sin on behalf of the people.  The first millennium Mesopotamian creation myth (Enûma Eliš) elaborates on the slaying of the rebellious god Gingku correlating for the first time in extant text the notion of expiation of guilt and sin with the death of a demi-deity.   Out of Gingku’s blood, the first man is created, free of the sins of the god who was killed.  Am seventh century BCE Hittite text based on earlier first millennium sources of the Sargonnid kings Esahradon and Ashurbanipal (based on earlier first millennium BCE sources) relates that a lunar eclipse was thought to foretell the death of the ruling king.  In order to neutralize the evil portent, a ritual substitution was made by having a substitute king sit upon the throne for one hundred days.  At the end of this period the substitute was killed and the real king was reinstated.  In these rituals the substitute king carries away the impurities, as do animals in earlier substitution rituals.

Within this context, the text in Leviticus is evidence of a distinct departure from the more standard and commonly known substitution rituals of the region.   First of all, there are two substitutions.  One is the transference of impurity, by laying hands of the ram, and sacrificing it as a sin offering.  The second is the transference of the sins of the people onto the scapegoat.   However, the substitution done on behalf of a group or community is not unique to Leviticus.  A text from Ebla (early Akkadian) describes a scapegoat ritual from 2400-2300 BCE, in which two goats are put through a startlingly similar ritual:

(And) we purge the mausoleum|
Before the entry of the gods Kura and Barama a goat
…a silver bracelet hanging from the goat’s neck.
Towards the steps of Alini we let her go…

About a thousand years later an Ugaritic text describes a similar ritual:

If the city is about to be conquered, if death
wickedly treats man
A person will take a goat into the steppes
and send her out

A Hittite scapegoat ritual from about 1350 BCE also describes a situation describing the purification ceremony for ritual pestilence, which involves the designation of a substitute (a ram and a woman), the adorning of the scapegoat, and then sending the scapegoat out into enemy territory.

Similar rituals are documented throughout the outlying regions of the Hittite empire – stretching from modern-day South-East Anatolia and northern Syria.  *1

What is unique about the scapegoat ritual in Leviticus is the concept of drawing lots to ascribe which goat is designated for G-d, and which will carry the sins of the people to Azazel.  The random nature of casting a lot shows development of a wholly new concept within the regional tradition.  Either animal can be sacrificed.  It’s not for man to determine which one is which. Only G-d can determine the fate of man and animal alike.

Two questions have bothered Tannaim, and subsequent, far later Jewish scholars.  One is the actual meaning of “L’Azazel, and the second is why the date of the most important day of the year is designated only at the end of the text, after the description of the substitution ritual.

Was ‘Azazel’ a physical location?  The Jews of the Second Temple Period seemed to believe so.  Documented texts indicate that the goat was physically led to an outlying area 14 km southeast of Jerusalem, now referred to as Har Azazel (Jabel Muntar).  The Mishna relates that the goat was walked for a distance of about 14 km, at which 10 booths were contructed to water and feed the goat (but not the kohenim driving it to its death). Yoma 67b; Sifra, Aharei Mot 2.8 (“to a hard place in the mountains”) Ibn Ezra related the word to Aramic a-z-l , or “ez – alal” – meaning “a goat goes.”  A third interpretation, found in the Talmud relates the term to a demon.  Talmudic Sages wrote (Babylonian Talmud, Yoma 67b):  “It is taught by Rabbi Ishmael:  Azazel, since it atones for the deeds of Uzza and Azael,” the sinful angels who were cast out of Heaven.   According to Pirkei de-Rabbi Eliezer 46, the goat is given to Azazel = Samael to bribe him not to act as the prosecutor against the Jewish people (also cf. Zohar, Aharei Mot).  There it says, “The lot of the Holy One, blessed be He, is the burnt offering, and the lot of Azazel is the he-goat sin offering.”  The contraposition of these two goats alludes to a contest, as it were, between the demons and the Lord.   The Book of Isaiah supports this interpretation as well (Is. 13:21-22, 34:11-15), where Isaiah describes the wilderness as being a place of demons.

According to Leviticus 16:8, Aaron casts lots, “one marked for the Lord and the other marked for Azazel.”   Likewise, Leviticus 17:7 says, “that they may offer their sacrifices no more to the goat-demons (se’irim) after whom they stray.  That would be a pretty powerful argument for sending the goat off to die in wilderness.

Finally, let’s consider the timing of ritual.  Only at the end of the ritual’s description is there mention of when the ritual should take place:

והיתה לכם לחקת עולם בחדש השביעי בעשור לחדש תענו את-נפשתיכם וכל-מלאכה לא תעשו האזרח והגר הגר בתוככם

“And this shall be to you a law for all time: In the seventh month, on the tenth day of the month, you shall practice self-denial, and not do any work, neither the native or the proselyte who dwells amongst you.” (Leviticus 16:29)”  In an excellent drash on the parasha, Manashe Ben Yashar shows that the Vilna Gaon concluded that while Moshe had the right to approach Hashem more frequently, Aaron was limited to specific times when expiation was deemed necessary,  and Aaron’s successors were to be limited to a single day in which they would bear the responsibility of expiation on behalf of a repentant people.   This parasha portrays a ritual that was far more encompassing than the single day of Yom Kippur.

Ancient cultic practices from the region support this conclusion.


Attentat de Nice: L’Apocalypse, c’est maintenant ! (From 9/11 to Nice: Slouching towards the Apocalypse, one massacre at a time)

21 juillet, 2016
https://i1.wp.com/extremecentre.org/wp-content/uploads/2016/07/Nice.jpgTout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde Comme une mer noircie de sang : partout On noie les saints élans de l’innocence …Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt … Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt. La Seconde Venue ! A peine dits ces mots, Une image, immense, du Spiritus Mundi Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert, Une forme avec corps de lion et tête d’homme Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux… La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant, Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar, – Et quelle bête brute, revenue l’heure, Traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin ? Yeats (1919)
Une nation ne se régénère que sur un monceau de cadavres. Saint-Just
For many Israelis, the horrifying images of a truck plowing through crowds for more than a mile in the French resort town of Nice struck a macabrely familiar chord. (…)  Nice was an even more direct, if far deadlier, echo of a 2011 rampage in which an Arab-Israeli man’s truck barreled down a Tel Aviv street for a mile, killing one and wounding 17. These followed a spate of attacks with heavy construction vehicles and cars as weapons in 2008. And since October, according to Shin Bet, Israel’s domestic security agency, at least 32 Palestinians have rammed vehicles into people at bus stops, intersections and military checkpoints. The French prime minister said after the Nice attack, the nation’s third mass killing in 18 months, that France “must live with terrorism.” That is what Israelis have been doing for decades, through the plane hijackings of the 1970s; the suicide bombers of the second intifada, or Palestinian uprising, which began in 2000; and the lone-wolf stabbings and shootings of the past 10 months. In Israel, ordinary citizens, security officials and experts feel they have seen it all and say they have adapted to a perennial, if ever-changing, threat. They speak of constantly staying alert, exercising caution and growing accustomed to what some may find to be intrusive levels of security, but essentially carrying on.  (…) That routine includes opening bags for a check and passing through metal detectors at train or bus stations, shopping malls and movie complexes. At the height of the suicide bombings, customers paid a small surcharge at cafes and restaurants to subsidize the cost of a guard at the door. Hundreds of armed civilian guards have been deployed to protect public transportation in Jerusalem in recent months amid the wave of attacks, which have been glorified by some Palestinians on social media. The guards stand at bus and light-rail stops, and hop on and off buses along main routes, with the same powers to search and arrest as the police. Israel has also invested hugely in intelligence, its tactics evolving as its enemies change theirs. Several psychological studies in Israel have found that people habituate quickly to threats, making adjustments to daily life — keeping children at home, for example, rather than sending them to summer camp — and adopting dark humor about the randomness of the threat. (…) Some Israeli politicians have been disparaging about what they view as European negligence in security matters. After the attacks in March in Brussels, for example, a senior minister, Israel Katz, said Belgium would not be able to fight Islamist terrorism “if Belgians continue eating chocolate and enjoying life and looking like great democrats and liberals.” In a radio interview on Sunday, Yaakov Perry, a former Shin Bet chief now in Parliament, recommended deeper intelligence supervision of neighborhoods “where Muslims, refugees, Daesh supporters of various sorts live,” using an Arabic acronym to refer to the Islamic State. He also suggested that the French police were complacent, referring to news reports that the driver in Nice had told officers he was delivering ice cream. “If the driver says he has ice cream, open the truck and check if he has ice cream,” Mr. Perry said. That the attack occurred at a mass gathering for Bastille Day, France’s national holiday, had Israelis shaking their heads. Micky Rosenfeld, an Israeli police spokesman, said that to secure a major event like Independence Day celebrations, when tens of thousands of people gather along the Tel Aviv seafront to watch an air and naval display, officers gather intelligence for weeks beforehand, and erect a 360-degree enclosure of the area, with layers of security around the perimeter. Main roads are typically blocked off with rows of buses, and smaller side streets with patrol cars. In addition to a large uniformed and undercover police presence, counterterrorism teams are strategically placed to provide a rapid response if needed. For intelligence gathering, Shin Bet has used a “basic coverage” method, which involves homing in on a particular neighborhood or population sector that is considered a potential security risk. The agency then builds an intimate system of surveillance and a network of local informers who can point to any sign of suspicious or unusual activity.(…) But several security experts acknowledged that with citizens in a democracy, including Israel’s large Arab minority, these methods of intelligence gathering — “neighbors informing on neighbors,” as one put it — can be difficult to balance with civil liberties. These measures are also less effective, they say, in trying to prevent individual attacks that are not affiliated with any organization and that at times appear to have erupted spontaneously. The NYT
Even the Sicilian mafia has to deal with the wave of migration from Africa. The neighbourhoods under mafia control have changed profoundly in recent years due to the growing presence of foreigners, especially Nigerians coming on boats. Among them, there [are a small number] of people who want to transfer their illegal trafficking, linked to prostitution and drug dealing, to Sicily. And the mafia was quite happy to integrate them into their criminal business. Leonardo Agueci (Palermo’s deputy chief prosecutor)
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays,des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent.
(la Guerre Froide est) complètement dépassée. (…) Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. (…) Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications. (…) Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence. (Avec un autre événement tel que le 11 Septembre) Je pense que les gens deviendraient plus conscients. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif. René Girard
Deux romans français prestigieux, dissemblables dans le temps et le ton, décrivent deux visions influentes de la France dans l’avenir. Non seulement intéressants à lire (et toutes deux traduits en anglais), ils stimulent ensemble la réflexion sur les crises de l’immigration et du changement culturel dans le pays. Jean Raspail (1925-) imagine une invasion raciale venant de la mer par canots et bateaux depuis le sous-continent indien et se dirigeant lentement, inexorablement vers le Sud de la France (…) dans le « Camp des Saints », publié en1973   (…) Michel Houellebecq (1956-) raconte l’histoire non pas d’un pays (la France) mais d’un individu (François) dans « Soumission » (2015). (…) Si le roman de 1973 ne mentionne jamais les mots islam ou musulman, sa contrepartie de 2013 insiste sur les deux – à commencer par le titre : Islam signifie en Arabe soumission. A l’inverse, le premier livre est centré sur la race alors que le second la note à peine (la prostituée favorite de François est Nord-Africaine). Un récit s’achève diaboliquement, l’autre agréablement. Le premier livre est un traité politique apocalyptique déguisé en amusement, le second livre une vue littéraire et sardonique de la perte de volonté de l’Europe sans exprimer d’hostilité envers l’islam ou les Musulmans. Le premier documente une agression, l’autre une consolation. Les romans décrivent deux courants croisés majeurs presque contradictoires d’après-guerre. L’attrait d’une Europe libre et riche pour des peuples lointains et pauvres, en particulier des Musulmans. ; et l’attrait d’un islam vigoureux pour une Europe affaiblie, postchrétienne. Dans les deux cas, l’Europe – représentant seulement 7 % des terres émergées du monde mais la région dominante pendant cinq siècles, de 1450 à 1950 – s’apprête à perdre ses coutumes, sa culture et ses mœurs, en devenant une simple extension, voire une dépendance de l’Afrique du Nord. Les romans impliquent que le souci alarmant exprimé depuis des décennies (des masses de peuples sombres, violents, en colère) est devenu familier et même bénin (les universités du Moyen Orient offrent de meilleurs salaires). Ils suggèrent que le temps de la panique est passé, remplacé par le temps d’une capitulation progressive. « Camp » a éclaboussé la Droite quand il a paru mais les deux livres traitent de préoccupations plus largement partagées aujourd’hui : la réimpression de « Camp » en 2011 a atteint le sommet de la liste des meilleures ventes en France et « Soumission » est devenu simultanément la meilleure vente quatre ans plus tard en France, en Italie et en Allemagne. Quarante-deux ans séparent ces deux livres ; en sautant 42 ans de plus dans le futur, quelle histoire un roman futuriste publié en 2057 pourrait-il raconter ? Des penseurs comme Oriana Fallaci, Bat Ye’or et Mark Steyn s’attendent à un compte-rendu présumant la victoire de l’islam et raconte la chasse des quelques croyants Chrétiens restant. Mais je prédis le contraire pour bientôt : un rapport qui présume le grand remplacement de Camus a échoué et imagine une violente répression des Musulmans (selon les mots de Claire Berlinski) « titubant hors des brumes de l’histoire européenne » accompagnée d’une réaffirmation nativiste. Daniel Pipes

L’Apocalypse, c’est maintenant !

Et si au lendemain de Nice

Sur fond d’israélisation de plus en plus avancée du reste du ronde …

Et sans compter la simple criminalisation

Derrière cette guerre vraiment mondiale rêvée par le communisme …

Et cette tentative de refondation qu’on trouvait autrefois dans le marxisme …

Loin des slogans creux de nos Obama et de nos Hollande …

Comme des Grands soirs ou lendemains qui chantent de nos communistes …

Ou même le grand feu d’artifice final de nos fondamentalistes …

Ce n’était pas ca comme le suggérait René Girard …

La révélation (premier sens du mot apocalypse) qui arrivait …

Ou plutôt qui rampait comme l’avait vu Yeats …

Massacre après massacre …

Ou alors comme Houellebecq …

Soumission après soumission ?

Qui écrira l’avenir de la France?
Daniel Pipes
Washington Times
7 juin 2016

Version originale anglaise: Who Will Write France’s Future?
Adaptation française: Sentinelle 5776

Deux romans français prestigieux, dissemblables dans le temps et le ton, décrivent deux visions influentes de la France dans l’avenir. Non seulement intéressants à lire (et toutes deux traduits en anglais), ils stimulent ensemble la réflexion sur les crises de l’immigration et du changement culturel dans le pays.

Jean Raspail (1925-) imagine une invasion raciale venant de la mer par canots et bateaux depuis le sous-continent indien et se dirigeant lentement, inexorablement vers le Sud de la France. Dans le « Camp des Saints », publié en1973, il documente d’abord la réaction française impuissante, paniquée face à la horde (mot utilisé 34 fois) « continuant de venir rejoindre les foules gonflées ».

Dans une puissante fantaisie dystopique sur la race blanche et la vie européenne correspondant aux peurs décrites par Charles de Gaulle, le politicien dominant de la France d’après-guerre, qui faisait bon accueil à des citoyens français non blancs « à la condition qu’ils demeurent une petite minorité. Faute de quoi, la France ne serait plus la France. Nous sommes après tout, d’abord un peuple européen de race blanche ».

« Camp » anticipe aussi la notion du « Grand Remplacement », conceptualisé par l’intellectuel français Renaud Camus, qui prédit le remplacement rapide « du peuple historique de notre pays par des peuples d’origine immigrée et non Européens dans leur immense majorité ». Globalement la même peur – des immigrants repoussant le peuple français indigène pour s’emparer du pays – inspire le Front National atteignant désormais près de 30 % des suffrages et il poursuit sa croissance.

Michel Houellebecq (1956-) raconte l’histoire non pas d’un pays (la France) mais d’un individu (François) dans « Soumission » (2015). François est un professeur blasé, quelque peu décadent, du mouvement décadent de la littérature française. Il n’a pas de famille, d’amis, ni d’ambition ; bien qu’arrivé seulement à la mi-quarantaine, sa volonté de vivre s’est érodée dans l’ennui d’une nourriture à emporter et d’une procession de partenaires sexuelles interchangeables.

Quand un politicien musulman ostensiblement modéré devient de façon inattendue président de la France en 2022, beaucoup de changements radicaux s’ensuivent rapidement dans la vie française. Dans un mouvement surpris, ce qui commence de façon menaçante (un cadavre dans une station d’essence) se transforme assez vite de façon inoffensive (délicieuse nourriture du Moyen Orient). Attiré par un job satisfaisant et bien payé avec l’avantage d’un accès à de nombreuses étudiantes jolies et couvertes, François abandonne facilement sa vie d’avant pour se convertir à l’islam, qui lui offre les récompenses du luxe, de l’exotisme et du patriarcat.

Si le roman de 1973 ne mentionne jamais les mots islam ou musulman, sa contrepartie de 2013 insiste sur les deux – à commencer par le titre : Islam signifie en Arabe soumission. A l’inverse, le premier livre est centré sur la race alors que le second la note à peine (la prostituée favorite de François est Nord-Africaine). Un récit s’achève diaboliquement, l’autre agréablement. Le premier livre est un traité politique apocalyptique déguisé en amusement, le second livre une vue littéraire et sardonique de la perte de volonté de l’Europe sans exprimer d’hostilité envers l’islam ou les Musulmans. Le premier documente une agression, l’autre une consolation.

Les romans décrivent deux courants croisés majeurs presque contradictoires d’après-guerre. L’attrait d’une Europe libre et riche pour des peuples lointains et pauvres, en particulier des Musulmans. ; et l’attrait d’un islam vigoureux pour une Europe affaiblie, postchrétienne. Dans les deux cas, l’Europe – représentant seulement 7 % des terres émergées du monde mais la région dominante pendant cinq siècles, de 1450 à 1950 – s’apprête à perdre ses coutumes, sa culture et ses mœurs, en devenant une simple extension, voire une dépendance de l’Afrique du Nord.

Les romans impliquent que le souci alarmant exprimé depuis des décennies (des masses de peuples sombres, violents, en colère) est devenu familier et même bénin (les universités du Moyen Orient offrent de meilleurs salaires). Ils suggèrent que le temps de la panique est passé, remplacé par le temps d’une capitulation progressive.

« Camp » a éclaboussé la Droite quand il a paru mais les deux livres traitent de préoccupations plus largement partagées aujourd’hui : la réimpression de « Camp » en 2011 a atteint le sommet de la liste des meilleures ventes en France et « Soumission » est devenu simultanément la meilleure vente quatre ans plus tard en France, en Italie et en Allemagne.

Quarante-deux ans séparent ces deux livres ; en sautant 42 ans de plus dans le futur, quelle histoire un roman futuriste publié en 2057 pourrait-il raconter ? Des penseurs comme Oriana Fallaci, Bat Ye’or et Mark Steyn s’attendent à un compte-rendu présumant la victoire de l’islam et raconte la chasse des quelques croyants Chrétiens restant. Mais je prédis le contraire pour bientôt : un rapport qui présume le grand remplacement de Camus a échoué et imagine une violente répression des Musulmans (selon les mots de Claire Berlinski) « titubant hors des brumes de l’histoire européenne » accompagnée d’une réaffirmation nativiste

Voir aussi:

To France From Israel: Lessons on Living With Terror

JERUSALEM — For many Israelis, the horrifying images of a truck plowing through crowds for more than a mile in the French resort town of Nice struck a macabrely familiar chord.

“We had tractors!” said Ami Zini, 49, who runs a boutique on the shopping street of the leafy German Colony neighborhood of Jerusalem. “One of them flipped over a bus with its bucket.”

He was referring to a 2014 attack, by a Palestinian resident of the city, that killed an Israeli pedestrian. Nice was an even more direct, if far deadlier, echo of a 2011 rampage in which an Arab-Israeli man’s truck barreled down a Tel Aviv street for a mile, killing one and wounding 17.

These followed a spate of attacks with heavy construction vehicles and cars as weapons in 2008. And since October, according to Shin Bet, Israel’s domestic security agency, at least 32 Palestinians have rammed vehicles into people at bus stops, intersections and military checkpoints.

The French prime minister said after the Nice attack, the nation’s third mass killing in 18 months, that France “must live with terrorism.” That is what Israelis have been doing for decades, through the plane hijackings of the 1970s; the suicide bombers of the second intifada, or Palestinian uprising, which began in 2000; and the lone-wolf stabbings and shootings of the past 10 months.

“There were times when we were afraid to stop our cars at a red light next to a bus,” Mr. Zini, whose clothing store is named Rendezvous, to lend an air of French chic, recalled of the years in which buses were a frequent bombing target. “We live with terrorism. But we are not fearful. It is part of our daily routine.”

That routine includes opening bags for a check and passing through metal detectors at train or bus stations, shopping malls and movie complexes. At the height of the suicide bombings, customers paid a small surcharge at cafes and restaurants to subsidize the cost of a guard at the door.

Hundreds of armed civilian guards have been deployed to protect public transportation in Jerusalem in recent months amid the wave of attacks, which have been glorified by some Palestinians on social media. The guards stand at bus and light-rail stops, and hop on and off buses along main routes, with the same powers to search and arrest as the police.

Israel has also invested hugely in intelligence, its tactics evolving as its enemies change theirs.

Several psychological studies in Israel have found that people habituate quickly to threats, making adjustments to daily life — keeping children at home, for example, rather than sending them to summer camp — and adopting dark humor about the randomness of the threat.

“If I don’t get blown up, I will meet you at Dizengoff Center in about 45 minutes,” a Tel Aviv bus rider told a friend over a cellphone, in a conversation overheard by Israeli psychologists researching the aftermath of the second intifada.

The survey of 458 people, led by Yechiel Klar of Tel Aviv University, found that 55 percent had changed their behavior — spending less time outside the house, for instance, or making fewer long trips by public transportation. The other 45 percent said they had made no changes.

A separate study, done in 2003-4 at Ben Gurion University, found that residents close to attack sites — in this case, those living in Israeli settlements then in the Gaza Strip — reported a lower sense of personal threat and stress than those in two other communities, one in a Tel Aviv suburb and one in a larger settlement near the occupied West Bank city of Hebron. The research suggested that the religious fervor of the Gaza residents might have been a key factor.

In a radio interview on Sunday, Yaakov Perry, a former Shin Bet chief now in Parliament, recommended deeper intelligence supervision of neighborhoods “where Muslims, refugees, Daesh supporters of various sorts live,” using an Arabic acronym to refer to the Islamic State. He also suggested that the French police were complacent, referring to news reports that the driver in Nice had told officers he was delivering ice cream. “If the driver says he has ice cream, open the truck and check if he has ice cream,” Mr. Perry said.

That the attack occurred at a mass gathering for Bastille Day, France’s national holiday, had Israelis shaking their heads. Micky Rosenfeld, an Israeli police spokesman, said that to secure a major event like Independence Day celebrations, when tens of thousands of people gather along the Tel Aviv seafront to watch an air and naval display, officers gather intelligence for weeks beforehand, and erect a 360-degree enclosure of the area, with layers of security around the perimeter.

Main roads are typically blocked off with rows of buses, and smaller side streets with patrol cars. In addition to a large uniformed and undercover police presence, counterterrorism teams are strategically placed to provide a rapid response if needed.

For intelligence gathering, Shin Bet has used a “basic coverage” method, which involves homing in on a particular neighborhood or population sector that is considered a potential security risk. The agency then builds an intimate system of surveillance and a network of local informers who can point to any sign of suspicious or unusual activity.

Lior Akerman, a former Shin Bet division head, said that while an attack like the one in Nice could certainly happen in Israel, “it should be emphasized that the French, like the rest of the European countries, do not conduct themselves intelligence-wise in this way at all.”

But several security experts acknowledged that with citizens in a democracy, including Israel’s large Arab minority, these methods of intelligence gathering — “neighbors informing on neighbors,” as one put it — can be difficult to balance with civil liberties. These measures are also less effective, they say, in trying to prevent individual attacks that are not affiliated with any organization and that at times appear to have erupted spontaneously.

“The bad news is that even Israel doesn’t have good experience in preventing lone-wolf attacks,” said Boaz Ganor, who heads the International Institute for Counterterrorism at the Interdisciplinary Center in Herzliya, Israel, “or local network attacks, because traditional intelligence is almost nonrelevant in those cases.”

Many here said that even if Israel’s security apparatus could not have prevented an attack like the one in Nice, they imagine it would have been ended far sooner — with many fewer casualties.

“It would be impossible here because there is good security,” said Muhammad Anati, 18, a Palestinian resident of the Shuafat refugee camp in East Jerusalem.

Inbal Berner, 37, an Israeli school librarian who was sipping an iced coffee at a nearby bus stop, gave voice to the new normal the French may now face.

“I look around; I don’t go to crowded places if I don’t have to,” she said. It has been that way “forever,” Ms. Berner added, or at least since the bus bombings of more than a decade ago. Because while people do get used to terrorism to some extent, she said, “something always remains.”

Voir par ailleurs:

An uneasy alliance exists on the streets of Palermo between the traditional Sicilian mafia and Nigerian migrants encroaching on their illegal trades

Prosecutors in the Sicilian capital of Palermo are warning that a new alliance between the mafia and Nigerian criminal gangs moving in from Libya could herald a new era of organised crime.

“Even the Sicilian mafia has to deal with the wave of migration from Africa,” said Leonardo Agueci, Palermo’s deputy chief prosecutor. “The neighbourhoods under mafia control have changed profoundly in recent years due to the growing presence of foreigners, especially Nigerians coming on boats. Among them, there [are a small number] of people who want to transfer their illegal trafficking, linked to prostitution and drug dealing, to Sicily. And the mafia was quite happy to integrate them into their criminal business.”

In Ballarò, a mafia stronghold market area in the historic centre of the city, a whistle is traditionally used by drug dealers to attract customers, who are offered hashish, marijuana and cocaine. In the past this signal was only used by Italian dealers working for Cosa Nostra, the Sicilian mafia. About two years ago, when Nigerians adopted the whistle, offering drugs at a discount, it was clear that a new criminal organisation had set foot in the city.

State prosecutors in Palermo say the mafia brings in drugs and the Nigerians distribute them among both Italian and African clients.

“It is clear there is a subordinate relationship between Cosa Nostra and the Nigerian clans, with the former controlling the latter,” said Agueci. “If a Nigerian boss tried to rebel against Cosa Nostra, he would probably end up incaprettato [tied up and killed] in the countryside.”

In Ballarò, profits from pizzo – the tax levied on merchants by the Sicilian mafia – are reinvested to buy drugs for resale to Nigerian clans and their dealers. To have better control of their new African partners, Cosa Nostra seems to have made another rule clear: no guns.

“We have reason to assume,” said Agueci, “that the mafia prohibits Nigerians from owning firearms. So when Nigerians have to settle accounts within their community, they do it with axes and machetes.”

Prostitution is thought to be one of the most profitable businesses for the Nigerian clans. According to police data, 90% of prostitutes in Palermo come from Nigeria. Traditionally, Cosa Nostra is reluctant to directly manage this business – according to the old mafia codes of honour, prostitution is considered a shameful activity.

Recent months have seen a spike in violence linked to Nigerian gangs.

In the state court of Palermo a trial against an alleged Nigerian gangster, Austin Ewosa, 32, is under way. His street name is John Bull and he was arrested in September 2014, in a local bar in Ballarò. He stands accused of assault, intimidation, criminal association and attempted murder, charges that could see him jailed for 10 years.

According to the prosecution, Ewosa is the head of the feared Nigerian clan Black Axe, a criminal organisation born as a sort of student fraternity in the 1970s at the University of Benin City.

On the night of 27 January 2014, Ewosa and his thugs allegedly dragged a 27-year-old man called Don Emeka down Via del Bosco, not far from Piazza Ballarò, where they brutally disfigured him with axe and machete blows. Emeka was allegedly one of dozens of Ewosa’s victims and was punished for not having submitted to his power.

The risk of Nigerian criminals operating in Europe was revealed in a letter sent to the Italian prosecutors from the Nigerian ambassador to Rome in 2011.

“I would like to draw your attention to the new criminal activity of a group of Nigerians belonging to secret societies, forbidden by the government because of violent acts,” wrote the diplomat. “Unfortunately, former members of these sects were able to get into Italy where they re-established their criminal organisations.”

According to the prosecutors, some of the Black Axe members, including Ewosa, and also his victims, arrived in Sicily by boat. Most of them were temporarily hosted in the immigration camp at Caltanissetta, in the centre of the island.

Legal and well established Nigerians in Sicily are paying the price for this new criminal alliance between the gangs and the mafia. “Many honest Nigerians live in Palermo,” says Osas Egbon, 35, vice-president of Women of Benin City, an association that tries to take Nigerian prostitutes off the streets. “They work hard and live in fear. These families are victims on two fronts. They are victims of both Sicilian and Nigerian criminality.”

For now, Nigerians and Sicilians live in peace with the Abuja clans at the service of Cosa Nostra. But the equilibrium may not last.

“At the moment,” says Agueci, “it is hard to imagine Nigerians taking over the Sicilians. Cosa Nostra is too strong and can’t be compared to the Nigerian clans.’’

But the old Palermo godfathers have been replaced by young mafiosi who don’t seem to carry the same authority as their predecessors. Meanwhile, the Nigerian gangs are getting stronger.

Voir par ailleurs:

Slouching Toward The Center

Charles Krauthammer

The Washington Post

October 8, 1999

There are a lot of ways to say « becoming decadent » or « losing our moral moorings » or « in steep social decline. » « Slouching toward Gomorrah » is not the one that comes most readily to mind.

But that was precisely the way George W. Bush phrased it in his speech to the Manhattan Institute in New York last Tuesday. « Too often, on social issues, my party has painted an image of America slouching toward Gomorrah. »

Interesting locution. « Slouching Towards Gomorrah » happens to be the title of Robert Bork’s bestseller decrying American cultural decline. And Bush did not just allude to the title. He took exception to Bork’s very premise when he said: « Something unexpected happened on the way to cultural decline. Problems that seemed inevitable proved to be reversible. »

Of course, Bork did not originate the « slouching » image. But Bush was hardly dissing William Butler Yeats. Bush was doing an ever so subtle Sister Souljah on Robert Bork.

You remember Sister Souljah. She is the black rap artist known for inflammatory racial rhetoric whom President Clinton pointedly denounced in a 1992 campaign speech before Jesse Jackson and the Rainbow Coalition. It helped define Clinton as a Democrat who was not a captive of his party’s staunchest constituency, and helped position him as a centrist in the general election.

Bush’s Manhattan Institute speech was clearly meant to distance him from his party’s extremes and position him as a centrist too. Not content just to define his own conservatism as « the creed of social progress » concerned with « human problems » and not « CBO and GNP, » he conjured up a foil with his veiled reproach to Bork and Borkian pessimism.

Just when we thought W. was struggling to get out from under the shadow of dad, it turns out he’s trying to get out from under the cloud of Robert Bork. Bork is a central figure among social conservatives, not just for the valiant way he soldiered through his failed confirmation to the Supreme Court in 1987, but even more so for the moral passion of his subsequent writings excoriating every manifestation of American decline from euthanasia to abortion.

To be sure, the Bush speech was full of specifics and programs on how to improve education. Some very sound ideas, although none of them varied greatly from the general conservative approach of testing, excellence and vouchers–or last-resort « scholarships » as Bush delicately calls them–when the public schools utterly fail.

But Bush’s « slouching » speech will no more be remembered for its content than will Clinton’s Sister Souljah speech.

In the 2000 campaign, issuelessness reigns. Positioning is everything. Indeed, the main function of « issues »–education, health care, Medicare–is not to provide governing programs or even debating fodder. It is to serve as a vehicle for political positioning.

What, after all, are the issues in a time of amazing prosperity at home and tranquillity abroad? The traditional cutting-edge issues of taxes and abortion are both being finessed. Taxes died after the Republican Congress went home this summer and failed to find any resonance in the electorate for a tax cut.

And abortion is being smothered by the vast number of Republicans who do not want it barring their road back to the White House. (Invaluable aid is provided by Pat Buchanan’s imminent defection to the Reform Party, which is indifferent to abortion–making the point that even a pro-life totem such as Buchanan will play down abortion in order to fight for bigger prizes.)

And what, on the Democratic side, are the real issue differences between Al Gore and Bill Bradley?

There is but one overriding issue in this campaign season: electability. Bradley is rising largely because Gore looks–as Pat Moynihan so rudely pointed out–like a loser. And George W. continues his high-wire act–fantastic fund-raising and runaway poll numbers–because he looks like a winner.

How to keep looking like a winner? Slouch toward the center. With electability next November being the main campaign issue, the major candidates are not playing to their extremes–as they traditionally do to win their hard-core party primary voters–later to tack back. They are straddling the center now.

George W. begins by attacking his own party in Congress for a budgetary device that would have delayed paying income support to the working poor. « Balancing the budget on the backs of the poor, » he said with Gephardtian flourish.

Then he triangulates off Robert Bork.

Next thing you know he’ll say he loves the Edmund Morris book.

Voir enfin:

« La Seconde venue »

W. B. Yeats serait devenu, selon un article du New York Times, le poème officiel de la guerre en Irak. A vous d’en juger.

Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt.
Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
La Seconde Venue ! A peine dits ces mots,
Une image, immense, du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
Une forme avec corps de lion et tête d’homme
Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil
Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour
Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant,
Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés
Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar,
– Et quelle bête brute, revenue l’heure,
Trâine la patte vers Bethléem, pour naître enfin ?

COMPLEMENT:

Terror, Brexit and U.S. Election Have Made 2016 the Year of Yeats

Amid a bevy of bad news and political upheaval, journalists, commentators and others are turning to W.B. Yeats’s chilling 1919 poem ‘The Second Coming’ with unusual frequency

So long, 2016: the year of the political earthquake

Farewell Barack Obama, David Cameron and Europe: how will this year go down in history?

On the evening of 8 November, the world gathered in front of TV screens for the news. In the early hours of 9 November, it began to dawn on us that what we were watching was no longer news but history. Not since 9/11 could many recall such a sense of incredulous dread, and as Florida fell to Donald Trump, I found myself seized by an eerie premonition. I saw schoolchildren turning over history examination papers in the future, to find a question as predictable and familiar to their generation as one about the origins of the second world war had been to mine: “Identify and analyse the parallels,” it would read, “between the 1930s and the 2010s.”

No one yet knows how 2016 will be remembered, and if Boris Johnson turns out to be right, we will wonder why anyone ever worried about the arrival of another “liberal guy from New York” in the White House. If, however, pupils do one day have to answer that exam question, they might well begin by observing that we were every bit as slow as our forefathers to recognise impending catastrophe.

When David Cameron returned from Brussels in February, brandishing his peace-in-our-time renegotiated EU membership terms – can anyone now even remember what they were? – it looked as if the referendum promised nothing more sinister than the entertaining spectacle of the government tearing itself apart. No one was surprised to see Iain Duncan Smith, Chris Grayling, John Whittingdale and Theresa Villiers side with Vote Leave, but Michael Gove’s defection was a bombshell. When Johnson followed a day later, “after a huge amount of heartache”, the audacity of the pretence that he was acting on deeply held anti-EU conviction fooled nobody. As the columnist Nick Cohen put it after the vote, “There are liars, and then there’s Boris.”

In Johnson’s defence, he wasn’t the only one exploiting Europe for personal ambition. Cameron’s motives for calling the referendum had little to do with principle and everything to do with neutralising Ukip’s threat and silencing internal dissent. Europe had been a toxic nuisance to Tory leaders for 40 years, and back in 2006 Cameron famously blamed “banging on about Europe” for his party’s unpopularity (“Instead of talking about the things that most people care about,” he declared, “we talked about what we cared about most”). By the time the campaign began, fevered speculation about its implications for the Tories left little room for much thought about the damage it could do to the country.

The remain campaign imagined they’d put this right by orchstrating a chorus of hair-raising warnings. Everyone from Mark Carney to Richard Branson, the TUC to the IMF, warned of economic Armageddon. Such a powerful consensus seemed so self-evidently persuasive to remain campaigners that when voters said they were fed up with Project Fear, they refused to believe them and wheeled out President Obama, only to give leave another boost in the polls. “Bring Obama back again!” Nigel Farage gloated gleefully. “Let’s have another visit!” The then Ukip leader was more attuned than most to the new populist mood of anti-elite resentment; and when Gove told us “the people of this country have had enough of experts”, liberals were so quick to ridicule him that few considered the possibility he might, in fact, be right.

In a year when the phrase “post-truth” entered the Oxford Dictionary, and fake news helped win the White House, facts were at best worthless and at worst a liability. Once again, many of us were slow to grasp the implications of this new paradigm. Focus groups of undecided voters told remain’s leaders that their minds would be made up by hard facts – and were taken at their word. Remain duly kept churning out data – Brexit would cost “£4,300 per household”, claimed George Osborne – apparently unaware that no one likes to think, let alone admit, that what really informs their decisions is much more elusive and emotional. In the febrile new mood of 2016, remain’s threat that you would lose “vital EU funding for the farming, scientific and medical research and programmes that make a real difference in your local community” was no match for the potent promise of leave’s “Take back control”.

For a fleeting moment, the campaign seemed almost festive, when Bob Geldof and Farage traded insults across the Thames from rival flotillas. The leave boats had Joey Essex on board, while the 60s soul song The In Crowd blasted out from Geldof’s. The referendum had everyone talking, and optimists could feasibly mistake the national conversation for a unifying moment. But seven days before the vote, the mood darkened. Ukip revealed its infamous Breaking Point poster, an almost exact copy of footage from a Nazi propaganda film; hours later, an idealistic young pro-EU Labour MP was shot and stabbed to death on the street in her constituency by a Nazi sympathiser shouting “Britain first”. Even Farage privately admitted that Jo Cox’s murder would finish off leave’s chances, and liberals, though deeply shaken, assumed such grotesque ugliness couldn’t fail to bring the country to its senses. All the polls agreed.

They were wrong. On 23 June, 52% of us chose instead to vote for chaos; by breakfast the following morning, the prime minister had resigned, and even Johnson and Gove looked shell-shocked. Within days, they would destroy one another in a Shakespearean bloodbath to succeed Cameron. Once Andrea Leadsom’s misapprehension that motherhood qualified her for the job had ruled her out, Theresa May was the only one left standing, and thus became our new prime minister.

But if the Tories’ leadership race was unedifying, Labour MPs could only look on with envy. Incensed by Jeremy Corbyn’s absenteeism during the referendum campaign, more than 60 resigned from the shadow front bench, and days later 172 voted no confidence in their leader. Corbynistas retaliated with a torrent of online abuse, much of it violent and misogynistic, and a brick through leadership challenger Angela Eagle’s window put paid to any hope of a “kinder, gentler politics”. After an inflammatory summer of courtroom battles, allegations of MI5 infiltrators, rock star-style Corbyn rallies and squabbles over a £25 fee to vote, Corbyn was duly re-elected Labour leader, and promptly vanished from view again.

Historians will probably argue for ever about why we voted to leave the EU, but none could conclude that immigration played little part. The 58% spike in hate crimes that followed the vote only confirmed what the result had already told us: our compassion for migrants had curdled into fearful hostility as the crisis in mainland Europe spiralled. Hungary declared a nationwide state of emergency, and Italy replaced Greece as the people traffickers’ destination of choice, with 180,000 reaching its shores this year. The likelihood of drowning while crossing the Med narrowed from the previous year’s record of one in 269, to just one in 88; but sympathy hardened as the crisis became fatally entwined in public minds with the Islamic terror attacks rocking the continent.

Seven of the nine jihadis who attacked Paris late last year, killing 130, were reported to have smuggled themselves into Europe disguised as Syrian refugees. In March, Brussels became the next target, when bombs at the airport and a metro station killed more than 30 and injured 300. But July was to be the deadliest month: Bastille Day celebrations on a balmy night in Nice became a massacre when a Tunisian man drove a truck into the crowds, killing 86 and injuring more than 400. Twelve days later, two 19-year-old jihadis forced an 85-year-old priest to kneel at his own altar in a Normandy church and slit his throat. In Germany, an Afghan asylum seeker ran amok with an axe on a train, a Syrian refugee blew up a wine bar, another hacked a colleague to death with a machete, and a German-Iranian teenage gunman went on a rampage, killing nine. Earlier this week, a Tunisian asylum seeker was was shot dead by Italian police after being identified as the man who drove a truck into a Berlin Christmas market, killing at least 12 people.

Measures that would only recently have been unthinkable were passed with little public protest. Denmark introduced a law authorising the confiscation of jewellery and cash from asylum seekers to pay for their care, undeterred by UN warnings against fuelling “fear and xenophobia”. French seaside resorts imposed a burkini ban, leading to the surreal spectacle of armed policemen ordering Muslim women on beaches to undress, which was reversed not by public revulsion (opinion polls found two-thirds of French people in favour) but a court ruling. When the migrant camp in Calais was bulldozed, Britain agreed to take its unaccompanied minors, only for our tabloids to whip up outrage about arrivals who didn’t “look” under 18. A Tory backbencher proposed subjecting them to dental tests, to determine if they were deserving of British kindness.

The three biggest nationalities pouring into Europe were fleeing conflicts caused by events long predating 2016 and not confined within their borders. Fifteen years after western coalition forces first sought revenge for 9/11, Afghanistan and Iraq remain locked in bloody turmoil, but it was the tragedy of Syria that horrified the world this year. Five years into civil war, the president, Bashar al-Assad, remained undefeated and the international community paralysed, unable to decide which, if any, side to support.

Diplomatic scruples did not inhibit Vladimir Putin, who was all too happy to fill the vacuum. Any hope that Russian airstrikes on Syria would be confined to Isis targets soon faded as Moscow subjected eastern Aleppo to the same ruthless bombardment that had once reduced Grozny to rubble. Cluster and barrel bombs rained down on civilian homes and hospitals, even a UN aid convoy, rendering Aleppo our Guernica and killing more civilians, according to one NGO monitoring the war (the UN-sanctioned Syrian Network for Human Rights), than even Isis has. The world was shaken by footage of a shell-shocked five-year-old boy being pulled from the wreckage of his home, coated in grey dust, dazed – but still it wasn’t moved to act. “All the world has failed us,” a resident of Aleppo despaired. “The city is dying. Rapidly by bombardment, and slowly by hunger and fear of the advance of the Assad regime.” As the year drew to a close, the fall of Aleppo to Assad became inevitable, and from the ruins of one of the world’s oldest cities rose a resurgent Kremlin, restored as a global superpower.

A once faintly ridiculous figure, mocked in the west for his fondness for posing topless, Putin could plausibly claim to be the most influential world leader of 2016. For the first time in history, a Russian president was accused of deploying cyber warfare to influence the outcome of a US presidential election. Putin denied the CIA’s charge, but few in Washington doubted that he was behind the Russian hackers who infiltrated Democratic National Committee email servers and the private email account of Hillary Clinton’s campaign chairman, releasing material calculated to embarrass and undermine their candidate. Her rival had even urged Moscow to hack her account: “Russia, if you’re listening,” he declared at a press conference in July, “I hope you’re able to find the 30,000 emails that are missing.” In the words of one stunned Clinton aide: “This has to be the first time that a major presidential candidate has actively encouraged a foreign power to conduct espionage against his political opponent.”

But it was only one of many firsts in a US presidential election unlike any the world had seen. When Donald J Trump entered the race, few imagined the reality star and property tycoon with four business bankruptcies and two ex-wives behind him stood a chance against the most qualified Democratic candidate in history. This would be the year America elected its first female president, not the first leader of the free world to have never held public office. Pundits shook their heads and laughed back in January when Trump told a rally, “I could stand in the middle of 5th Avenue and shoot somebody and I wouldn’t lose any voters.” Who was he kidding? Every bizarre step he took towards November’s vote was judged by sniggering pundits to be leading him farther from the White House.

Build a wall on the Mexican border to keep out all those Latino rapists? The idea was surely absurd. Punish women for having abortions? Even pro-lifers were appalled. July’s Republican Convention was meant to confer respectability on Trump’s maverick campaign, but unravelled into farce after his wife, Melania, delivered a speech lifted verbatim from one Michelle Obama made eight years earlier. Matters only got worse when Trump launched a Twitter attack on the Muslim parents of a US soldier killed fighting in Iraq. The following week he suggested a Clinton presidency could be dealt with by “the Second Amendment people”, by which he could only mean that they assassinate her.

When a tape emerged of Trump boasting in 2005 about grabbing women “by the pussy” and getting away with it because he was famous, he retaliated by inviting three women who had accused Bill Clinton of inappropriate sexual conduct to the next presidential debate. The tape was nothing but “locker room banter”, Trump scoffed, showcasing his unparalleled gift for post-truth politics with the solemn assertion: “Nobody has more respect for women than I do.” He announced his intention to jail Clinton if he won. Even George W Bush’s former secretary for homeland security was appalled: “It smacks of what we read about tinpot dictators in other parts of the world.”

Trump dismissed as “liars” the 12 women who came forward to accuse him of having acted out his banter. Some, he sneered, weren’t even good-looking enough for him to sexually assault. “Look at her,” he mocked one. Of another: “That would not be my first choice.” In the campaign’s final weeks, what caution he ever had was thrown to the wind, as he led rallies in a mob chant of “Lock her up!”, “Build that wall!” and “Drain the swamp!” Channelling his new best friend Farage, he urged America to make 8 November “our independence day”.

As Noam Chomsky observed, “Every time Trump makes a nasty comment about whoever, his popularity goes up. Because it’s based on hate, you know. Hate and fear,” he warned, “reminiscent of something unpleasant: Germany, not many years ago.” Yet even at the 11th hour, when the FBI reopened its investigation into Clinton’s private email server, the polls still assured the world Trump could not win. And then, on 8 November, a man widely described as a sociopathic bully, grandiose narcissist, dangerous demagogue and pathological liar, who scored higher than Hitler in an Oxford University study of psychopathic tendencies, became the 45th president of the USA. It was indeed “Brexit plus plus plus”, celebrated by America’s white supremacist “alt-right” movement with cries of “Hail Trump!” and rigid one-armed Nazi salutes. In the words of veteran constitutional historian Professor Vernon Bogdanor, Trump’s election was “the most troubling political event in my lifetime. It’s not difficult to arouse nationalist passions. We saw that in the 1930s.”

The world waits to see whether President Trump will govern as he campaigned. So far he has appointed a Texan oilman and Putin ally as secretary of state, put a retired general nicknamed Mad Dog in charge of defence, a climate change denier in charge of the Environmental Protection Agency, and chosen for his chief strategist the head of Breitbart news. His foreign heroes are Putin and Farage, and his preferred medium for conducting international diplomacy is Twitter. At the very moment when America’s system of checks and balances has never been more necessary, his party controls the White House, the house and the senate.

Meanwhile, the global institutions designed to keep us safe are in trouble. The UN secretary general used to be a household name, but Ban Ki-moon’s only discernible achievement in eight years was to make himself and the UN so invisible that most of the world would struggle to recognise, let alone name, his successor taking office in January. (It’s António Guterres.) The head of the IMF, Christine Lagarde, has gone on trial in France charged with criminal negligence, and Nato’s member states have failed to pay their dues for so long that they could hardly be surprised by Trump’s reluctance to carry on bankrolling an “obsolete” institution costing the US “a fortune”. The fourth estate’s future has become increasingly fragile, too, as readers and viewers defected to the raunchier wilds of social media, and politicians from left and right discovered they could escape scrutiny from the mainstream media by simply snubbing it. When Facebook is the primary source of many voters’ news, and a conspiracy theory as crazy as Pizzagate (which linked Hillary Clinton and other Democrats to a child-abuse network run from a Washington pizzeria) can command global attention, how the powerful will be held to account is no longer clear.

If western liberal democracy reached its high point with the fall of the Berlin Wall, by the end of this year its very survival began to look in doubt. As Timothy Garton Ash put it, 2016 was “1989 in reverse”. The far right is on the rise across Europe; Marine Le Pen is a frontrunner in 2017’s French presidential election; and even if Angela Merkel holds on to power next year, the anti-immigration, populist, far-right Alternative for Germany is predicted to win seats in the Bundestag. It is with this fractured and fractious EU that Britain will negotiate the terms of its departure, cheered on by flag-waving tabloids, unconstrained by a functioning opposition, and we will finally find out what “Brexit means Brexit” means.

How did all of this happen? Following David Bowie’s death in January, and Britain’s vote to leave in June, the actor Paul Bettany tweeted one suggestion: “In January I dismissed my mate’s theory that David Bowie was the glue holding the universe together but I don’t know man… I don’t know.” After so many shockwaves and dramas, it was tempting to view the year as a freak surge of ahistorical exceptionalism, analogous to nothing and a law unto itself. History will see it differently. Just as the legacy of the great crash of 1929 took several years to manifest itself, so the consequences of the financial crash of 2008 are only now becoming clear. There was nothing magical or inexplicable about 2016. We were merely reminded of what happens when most of us do not have enough money, and a few of us have much too much.
Additional research by Matilda Munro

Where did it all go right? For a more positive view of the world in 2017, follow the Guardian’s Half Full online series, with reports on innovative ideas and solutions to the challenges of the day. Wishing you all a happier new year.


Déclaration de Marrakech: Les vrais musulmans, c’est les djihadistes, imbécile !

24 mai, 2016
marrakesh

Tableau du 14e siècle de la défaite de la tribu juive des Banu Nadir

 

Millionaire-Jew

On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Si les ordres du Guide suprême sont exécutés, avec les capacités et l’équipement dont nous disposons, nous raserons le régime sioniste en moins de huit minutes. Ahmad Karimpour (conseiller senior de l’unité d’élite des Gardiens de la révolution al-Quds)
The election of a Pakistani bus driver’s son as the mayor of London was greeted with celebration on Saturday in Pakistan, from where Sadiq Khan’s parents emigrated to Britain in the 1960s. News of Khan’s win in the British capital featured on the front pages of all major Pakistani newspapers on Saturday, while also causing a stir on social media. ‘Congratulations @SadiqKhan 4 being elected mayor of London,’ tweeted Bilawal Bhutto, leader of the opposition Pakistan People’s Party and son of former prime minister Benazir Bhutto. ‘British Pakistanis need a role model,’ he added.Rival opposition leader and former cricketer Imran Khan – whose ex-wife Jemima is the sister of Sadiq Khan’s principal opponent Zac Goldsmith – also tweeted his congratulations to the new mayor. Supporters of the ruling Pakistan Muslim League Nawaz are shown celebrating the victory of Sadiq Khan Elsewhere on social media most Pakistanis appeared to greet Khan’s win with pride, with messages marking the recent successes of other high-profile British Muslims – including former One Direction member Zayn Malik, who also has Pakistani heritage – going viral on Saturday. Some could not resist pointing out the irony of the jubilant reaction in the deeply conservative country. ‘Pakistani: Sadiq Khan won! Reporter: So you’d vote for a minority immigrant son of a bus driver as Mayor of Karachi? Pakistani: Are you mad?’ tweeted newspaper columnist Bina Shah. Khan has told media that he has relatives in the port megacity of Karachi, where his grandparents reportedly migrated after the partition of India and the creation of Pakistan in 1947, as well as Faisalabad in Punjab and the capital, Islamabad. Dailymail
Le responsable religieux français que je suis, ne peut demeurer silencieux devant une telle atteinte à la foi de nombre de fidèles, qui ont accompagné la destinée du Temple de Jérusalem, de Salomon le bâtisseur à Jésus chassant les marchands ; je ne peux rester indifférent devant une telle offense à l’Histoire et à l’honneur. Que l’Unesco, dont la mission est de promouvoir la paix, la sécurité et les libertés fondamentales en «resserrant par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre les nations» s’inscrive dans une dénégation aberrante, en adoptant une résolution qui laisse entendre que les juifs n’auraient aucun droit de regard sur le Mur occidental (appelé dans la résolution de l’Unesco place albraque), voire qu’ils n’auraient pas construit le Temple de Jérusalem, ne manque pas de laisser pantois les honnêtes observateurs. Il y a là injure à ce que nous rapportent les textes sacrés, la Bible et ses 867 mentions de Jérusalem, comme les Évangiles, mais aussi à l’Histoire. D’innombrables voyageurs aussi érudits que Pierre Loti, qui n’était pourtant pas un parangon de philosémitisme, ou Chateaubriand, pour ne citer qu’eux, témoignent, s’il en était besoin, de l’enracinement ancestral du judaïsme dans ces lieux: «C’est vendredi soir, le moment traditionnel où, chaque semaine, les juifs vont pleurer en un lieu spécial concédé par les Turcs, sur les ruines de ce Temple de Salomon…» (Chateaubriand, 1811). En citant ces écrivains, je ne fais que me référer modestement aux Témoignages sur Israël dans la littérature française, ouvrage publié en 1938 par le grand rabbin Jacob Kaplan, qui a su souligner le rôle exceptionnel de passeurs de mémoire qu’ont joué les auteurs français dans l’histoire du peuple juif. Certes, on ne devrait être que moyennement surpris par la position de l’Unesco, quand on sait que le tombeau des Patriarches et la tombe de Rachel ont été récemment classés par la même organisation comme des lieux de culte exclusivement musulmans. Mais dénier aux juifs, ainsi qu’aux chrétiens qui se sont appuyés sur la construction du Temple pour élever les cathédrales, aux francs-maçons qui en ont fait le symbole de leur humanisme, et enfin aux non-croyants, l’appartenance à ces lieux historiques et inspirés est faire insulte à la mémoire et à l’intelligence collectives de l’humanité. C’est d’ailleurs aussi faire insulte à l’islam, car cette foi s’enracine dans celles qui l’ont précédée. Or, s’il n’y a pas de Temple, pourquoi ce lieu particulier pour une mosquée? Il se trouve que si, en France, nos synagogues, nos églises, nos temples et nos mosquées sont tournés vers l’Orient, c’est que ces lieux suivent l’appel de Jérusalem, celui du Temple. Une telle attitude est sans aucun doute préoccupante pour l’avenir de l’Unesco, malgré tout le respect qu’on peut avoir pour les objectifs poursuivis par ses fondateurs et l’estime portée à sa directrice générale. Que la France ajoute son paraphe à ceux des pays qui approuvent cette position est proprement révoltant pour le patriote que je suis. Le principe de laïcité, inscrit dans notre Constitution, aurait dû interdire de prendre aussi ouvertement parti pour des tenants extrémistes, aveuglés par des considérations bien éloignées de la miséricorde divine. Haïm Korsia (Grand Rabbin de France)
Throughout the Letter the critics reject the legitimacy and authority of al-Baghdadi and ISIS and denounce their doctrines, policies and practices. They detail many atrocities perpetrated by the organization and express in many ways their view that ISIS deviates from Islam, which is a merciful religion. Nevertheless the critics express some appreciation of ISIS’ basically good intentions  and of the courage and dedication of its members. For the most part the critics rely on Islamic sources, sometimes giving their own  interpretations to the same texts used by ISIS. Occasionally they commit the same methodological errors that they point out in  critiquing ISIS’ argumentations.  The critics make no reference to the fact that ISIS insists not only on legitimizing itself but also on building an Islamic state according to Islamic models. First, ISIS describes al-Baghdadi’s qualifications in accordance with the classical requirements from a caliph.  Second, ISIS avoids emulation of nation state models, reviving instead early and classical Islamic institutions. Among them are the  bay’a    (the contract between the ruler and the community), the laws for the seizure of war booty, the poll tax ( jizya ), the Koranic  punishments for specific crimes ( hudud ), Shari’a courts, and courts for complaints against state officials ( mazalim ). Al-Baghdadi  sometimes punishes or even executes judges when their decrees displease him, but so did pre-modern Muslim rulers. The monetary system too reverted to the seventh century. During 2015, ISIS minted copper, silver and gold coins emulating the coins of the early caliphate. 66  Most of the horrendous practices too have precedents in the conduct of the Prophet and his Companions and  were common at their time. Taking young girls as sex slaves, executing people by beheading, and offering polytheists the choice  between conversion and the sword are amply documented in the biographies of the Prophet, the Companions and the Islamic law  books. Some of ISIS crimes perhaps have no precedent in the Prophet’s conduct, but ISIS finds Islamic justifications for them too.  Interestingly, the Taliban of Pakistan challenge the legitimacy of al-Baghdadi on religious grounds, with arguments that are sometimes parallel, and sometimes different from, those recorded in this Letter. Like the latter the Taliban argue that the lack of consensus on al-Baghdadi and the discord that he causes delegitimize his rule. They also contend that he is not eligible to be caliph to  begin with because he lacked religious and political leadership prior to his self-nomination. In contrast to the Letter, the Taliban  accuse al-Baghdadi, among other things, of being  insufficiently  strict in imposing Islamic rule, namely of failing to strictly implement the Koranic punishments, to collect the legal alms ( zakat ), to levy the poll-tax and to invite infidels to convert (regardless  of the fact that all these are, in fact, practiced by ISIS). The Taliban also accuses al-Baghdadi of killing a great number of jihad  fighters (they omit mention of murdered civilians). The Taliban, who declare that jihad will never stop and act accordingly, also  blames ISIS for failing to defend Islam and to provide peace and security. 67  This accusation is of course ironic, coming from the  Taliban. Al-Baghdadi, however, might argue that he is working on achieving peace and security, since these can only be provided  under true Islamic rule, which he is fighting to establish (see p. 5-6 above). The Taliban’s accusations are probably a response to an  ISIS fatwa published in its Magazine  Dabiq  ( July 2015) that invalidated Mullah Omar’s caliphate on religious grounds. Among  other things, the fatwa stated that Mullah Omar cannot be caliph because he is not a member of the Quraysh tribe, as required  by the Shari’a; that he is a regional leader, not a universal caliph, and that the contract ( bay’a ) between him and his supporters did  not name him caliph. 68 Both al-Baghdadi and his critics see themselves as adhering to, and practicing Islam in its correct form. Both rely on Islamic sacred  sources. However, the reading and interpretation of the sources are always and of necessity selective. The reason for this is the fact  that they contain various, often contradictory rulings, reflecting both disagreements among Muslims and developments over time.  Was this not the case, history would not have witnessed endless quarrels among Muslims, each faction claiming that it is the only  one that follows the right path. Various techniques and interpretations were developed over time to solve the problem of contradictions. The result is a panoply of options to choose from, on each and every issue. Emulating the Prophet and making Allah’s word reign supreme are ideals directly derived from classical Sunni Islamic consensus,  doubtlessly shared by many non-radical, even moderate, Muslims. However, it is obvious that most of the Muslims are not driven  to commit atrocities in the name of these core ideals. They practice their religion without emulating each and every act performed  in the seventh century. Prof. Ella Landau-Tasseron (November 19, 2015)

A l’heure où, entre invasion arabe revendiquée,  élection à nouveau qualifiée d’historique du premier maire musulman de la plus grande ville d’Europe contre « le millionnaire juif« , journées du hijab dans nos grandes écoles, interdiction des crèches dans nos mairies et apologie du terrorisme sur tapis rouge à Cannes, la laïcité à sens unique occidentale continue à littéralement dévorer ses enfants …

Et où de l’autre côté de l’Atlantique, l’on s’extasie devant ces imams qui osent critiquer l’Etat islamique …

Pendant que fidèles à eux-mêmes les mollahs nous promettent la destruction d’Israël en moins de huit minutes …

Retour, avec les sites Atlantico et  MEMRI, sur la dernière déclaration en date d’un certain nombre de dignitaires islamiques …

A savoir la fameuse Déclaration de Marrakech de janvier dernier qui après la non moins fameuse fatwa anti-Etat islamique de novembre …

Est censée rassurer les sociétés occidentales sur le sort des minorités non-islamiques en terre dite islamique …

Et qui en fait nous ressort, avec la même débauche de citations sélectives des mêmes textes, la bonne vieille rengaine du « vrai islam n’a rien à voir avec tout ça » ….

Sans jamais vraiment s’attaquer au véritable problème:

L’incontournable fait que les vrais musulmans, qui veulent retourner à la pratique et aux textes originaux non recontaminés par l’Occident judéo-chrétien, ce sont les djihadistes !

Pourquoi l’aveuglement occidental est la plus grande force de l’islam : illustration avec la « Déclaration de Marrakech »

Alors que de nombreux dignitaires, personnalités, intellectuels et chefs religieux musulmans se sont réunis à Marrakech en janvier dernier pour évoquer le sort réservé aux minorités non-musulmanes, la Déclaration qui s’en est suivie n’est pas pour rassurer les sociétés occidentales sur la compatibilité de l’islam avec leur mode de vie.
Jean Lafontaine
Atlantico
4 Mai 2016

La revivification de l’islam de Mahomet par les groupes dits « islamistes » (bien qu’aucune définition ne soit jamais donnée) pose un problème majeur au monde musulman dans sa relation au monde occidental, celui-ci étant imprégné par des valeurs qu’il pense universelles et qui le conduisent à être relativement attentif au sort des minorités non-musulmanes dans les pays musulmans.

Le traitement terrible appliqué à ces minorités non-musulmanes conformément à un certain nombre de textes sacrés musulmans authentiques a conduit la communauté musulmane à réagir au niveau international par la rédaction en janvier 2016 d’une déclaration, la « Déclaration de Marrakech sur les Droits des Minorités Religieuses dans le Monde Islamique« , dont on peut se demander si malheureusement le principal effet tangible n’est pas in fine de dédouaner l’islam de sa responsabilité au regard des horreurs que l’on commet en son nom.

Cette Déclaration est le fruit d’une rencontre organisée conjointement par le ministère des Habous et des Affaires islamiques (Maroc) et le Forum pour la Promotion de la Paix dans les Sociétés Musulmanes (Émirats Arabes Unis), tenue à Marrakech du 25 au 27 janvier 2016. Plus de 300 personnalités, oulémas, intellectuels, ministres, muftis, et chefs religieux musulmans, de différents rites et tendances, s’y sont réunis, ainsi que les représentants des instances et des organisations islamiques et internationales de plus de 120 pays.

En voici le texte :

Il est intéressant d’analyser les arguments que le Collège des oulémas oppose à la doctrine des groupes dits « islamistes » dans la section « Rappel des principes universels et des valeurs fédératrices (ou consensuelles) prônées par l’Islam« . Malheureusement, la contrainte de longueur qui m’est imposée dans le cadre de cet article nécessite de limiter certains développements.

Passons sur les arguments d’autorité niant la « légitimité scientifique (intellectuelle) ou politique » des islamistes, le recours à la notion de « science » dans le domaine religieux étant d’ailleurs particulièrement incongru même si l’islam est très friand de prétendues « preuves » qu’il faut apporter pour être « véridique » (cf. la phraséologie musulmane et autres éléments de langage), celles-ci étant naturellement « évidentes », ce qui permet de couper court à toute discussion puisque l’évidence est par nature indiscutable et ne nécessite aucune démonstration.

Passons également sur l’argument de la calomnie qui consiste à accuser sur la base de propos ou de faits imaginaires. Il ne s’agit pas de cela ici puisque l’immense difficulté rencontrée par la communauté musulmane est bien que les textes sur lesquels s’appuient les pratiques criminelles évoquées existent bel et bien, qu’ils sont même tout à fait authentiques et que leur existence est parfaitement reconnue par tous les musulmans qui ont lu leurs propres textes sacrés. Mahomet a-t-il appelé à étendre l’islam par les armes avec le jihad ? Incontestablement. A-t-il exterminé une bonne part des juifs de Médine ? Assurément, à en lire les textes musulmans eux-mêmes. A-t-il appelé à tuer tous les juifs ? Oui, à lire tout simplement certains hadiths dont l’authenticité a été soigneusement validée par les érudits musulmans au terme d’une procédure de vérification longue et détaillée. Etc. Aussi, l’argument récurrent de la « stigmatisation » est une illustration de la méthodologie de la « victimisation » régulièrement utilisée par l’islam dans les pays occidentaux pour évacuer un débat lorsque le contre-argumentaire proposée par la communauté musulmane est notoirement insuffisant.

En remettant au goût du jour l’islam de Mahomet, qui a prôné ouvertement le jihad (combat armé dans le sentier d’Allah) contre les non-musulmans, l’État Islamique et les autres groupes dits « islamistes » appliquent effectivement des méthodes de guerre et un choix de modèle social dont ont à souffrir les minorités non-musulmanes en terre d’islam. Il est néanmoins bon de rappeler que le statut des non-musulmans en terre d’islam n’a jamais été, par sa nature même, particulièrement réjouissant, toute la culture musulmane étant fondée sur un communautarisme strict et sur la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres : 

pour les juifs et les chrétiens (gens du Livre), il s’agit du statut de « dhimmi« , qu’on traduit par « protégé » car ceux-ci, sous réserve d’accepter de se soumettre à l’autorité religieuse musulmane qui leur est imposée, voient leur vie préservée moyennant, entre autres, le paiement d’impôts spécifiques (la jizya) destinés au financement de la communauté musulmane : il s’agit clairement d’un statut de citoyen de seconde zone avec des droits inférieurs à ceux accordés aux musulmans ;

pour les autres non-musulmans, c’est la conversion ou la mort.

D’ailleurs, il a fallu attendre au XXème siècle les traités qui ont suivi la Première Guerre mondiale pour que ce statut disparaisse dans l’empire ottoman sous la pression occidentale.

Le Collège mentionne ensuite un certain nombre de versets à l’appui de son argumentaire : que peut-on en dire ?

  • Les références relatives à la diversité des communautés humaines

Le discours relatif aux hommes en tant que communauté universelle s’inscrit en islam dans le rattachement de tous les hommes à leur créateur, Allah : les hommes sont « honorés » comme étant les créatures d’Allah et supérieures à toutes les autres créatures terrestres. Toutefois, cela n’induit en rien l’idée que toutes les communautés humaines se valent, puisque le Coran dit précisément le contraire : « Vous [les musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. Si les gens du Livre [juifs et chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux, certains croient, mais la plupart d’entre eux sont des pervers. » (sourate 3, verset 110). Ou encore : « Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans. » (sourate 3 verset 139)

Le Coran se borne en réalité à constater que, dans le monde voulu par Allah, certains hommes sont musulmans et d’autres non. Cela ne correspond absolument pas à une neutralité religieuse qui mettrait au même niveau toutes les religions ou croyances. L’islam est la religion parfaite voulue par Allah (cf. sourate 5, verset 3) ; les musulmans doivent en permanence chercher à étendre l’islam partout où ils le peuvent (d’où la notion de territoire de « guerre », dar-al-harb, territoire non-musulman). L’existence d’un monde mécréant n’est là finalement que pour éprouver la foi du croyant musulman.

Pour résumer, la liberté religieuse en islam n’existe pas ! Ce qui est d’ailleurs amplement démontré par le fait que l’apostasie (abandon de l’islam) est très sévèrement punie conformément à la recommandation de Mahomet (hadith authentique) : « Celui qui change pour une autre la vraie religion [l’islam], qu’on le tue.« 

Il faut d’ailleurs savoir que le Conseil Français du Culte Musulman, que certains veulent ériger en représentant institutionnel de l’islam de France, refuse toujours aujourd’hui aux musulmans de France la liberté d’apostasier ! Comment peut-on dans ces conditions parler d’une compatibilité de l’islam avec les droits de l’homme tels que l’Occident les conçoit ?

  • « Nulle contrainte en religion » (Al-Baqara, 256)

Cet argument traditionnel exploite la mauvaise connaissance de l’islam par l’Occident : quand les Occidentaux comprendront-ils enfin que ce verset fait partie des versets abrogés par le jihad déclenché par Mahomet ? 

Ce verset, précisément situé dans la biographie de Mahomet (Sira d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham du IXème siècle) à l’époque où Mahomet cherchait à convertir les juifs à sa propre religion peu après son installation à Médine, correspond à la période où Mahomet faisait preuve de tolérance pour des raisons de stricte tactique politique. Ce n’est qu’après avoir constaté l’impossibilité de convertir les juifs qu’il a décidé de s’en débarrasser, jusqu’à les exterminer.

Le jihad (une multitude de versets y renvoie comme le verset 193 de la sourate 2, le verset 29 de la sourate 9, etc.) a mis fin à la tolérance vis-à-vis des non-musulmans ce qui explique qu’il n’y a en réalité pas de contradiction dans le Coran. Tout cela est très clair et très simple, et tous les imams le savent. 

Ce qui n’empêche toutefois pas la cécité occidentale de continuer à être abondamment exploitée, notamment en raison du fait que pour un esprit occidental, souvent imprégné (consciemment ou inconsciemment) par le christianisme (ou par le bouddhisme), un propos religieux sacré a forcément une valeur intemporelle et universelle : ce qui est une profonde erreur dans le cas de l’islam compte tenu de la règle de l’abrogation (cf. sourate 13, verset 39 ou sourate 16, verset 101).

  • « Ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix » (Al-Baqara, 208) 

Si l’on met de côté la question du jihad –ce qui est déjà notoirement problématique–, on peut émettre l’idée que la paix serait la devise de l’islam mais seulement au sens où celui qui croit est en principe sur le bon chemin pour acquérir cette paix (le salut par l’islam). Or dire cela ne dit rien sur le sort des incrédules (ou mécréants) : l’invitation à « entrer dans la paix » ne s’adresse qu’à ceux qui croient, c’est-à-dire aux musulmans. À l’inverse, les incrédules sont voués par une multitude de versets du Coran au châtiment de la fournaise, à la Géhenne, dans des conditions épouvantables (par ex. le verset 88 de la sourate 16 : « Ceux qui ne croient pas et obstruent le chemin vers Allah, Nous leur infligerons châtiment sur châtiment en punition de la corruption qu’ils sèment sur terre. »). La paix musulmane n’a donc pas grand-chose à voir avec la paix universelle qu’on peut souhaiter à tous, croyants ou mécréants. 

Le Collège mentionne ensuite un certain nombre de versets à l’appui de son argumentaire : que peut-on en dire ?

  • Les références relatives à la diversité des communautés humaines

Le discours relatif aux hommes en tant que communauté universelle s’inscrit en islam dans le rattachement de tous les hommes à leur créateur, Allah : les hommes sont « honorés » comme étant les créatures d’Allah et supérieures à toutes les autres créatures terrestres. Toutefois, cela n’induit en rien l’idée que toutes les communautés humaines se valent, puisque le Coran dit précisément le contraire : « Vous [les musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. Si les gens du Livre [juifs et chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux, certains croient, mais la plupart d’entre eux sont des pervers. » (sourate 3, verset 110). Ou encore : « Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans. » (sourate 3 verset 139)

Le Coran se borne en réalité à constater que, dans le monde voulu par Allah, certains hommes sont musulmans et d’autres non. Cela ne correspond absolument pas à une neutralité religieuse qui mettrait au même niveau toutes les religions ou croyances. L’islam est la religion parfaite voulue par Allah (cf. sourate 5, verset 3) ; les musulmans doivent en permanence chercher à étendre l’islam partout où ils le peuvent (d’où la notion de territoire de « guerre », dar-al-harb, territoire non-musulman). L’existence d’un monde mécréant n’est là finalement que pour éprouver la foi du croyant musulman.

Pour résumer, la liberté religieuse en islam n’existe pas ! Ce qui est d’ailleurs amplement démontré par le fait que l’apostasie (abandon de l’islam) est très sévèrement punie conformément à la recommandation de Mahomet (hadith authentique) : « Celui qui change pour une autre la vraie religion [l’islam], qu’on le tue.« 

Il faut d’ailleurs savoir que le Conseil Français du Culte Musulman, que certains veulent ériger en représentant institutionnel de l’islam de France, refuse toujours aujourd’hui aux musulmans de France la liberté d’apostasier ! Comment peut-on dans ces conditions parler d’une compatibilité de l’islam avec les droits de l’homme tels que l’Occident les conçoit ?

  • « Nulle contrainte en religion » (Al-Baqara, 256)

Cet argument traditionnel exploite la mauvaise connaissance de l’islam par l’Occident : quand les Occidentaux comprendront-ils enfin que ce verset fait partie des versets abrogés par le jihad déclenché par Mahomet ? 

Ce verset, précisément situé dans la biographie de Mahomet (Sira d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham du IXème siècle) à l’époque où Mahomet cherchait à convertir les juifs à sa propre religion peu après son installation à Médine, correspond à la période où Mahomet faisait preuve de tolérance pour des raisons de stricte tactique politique. Ce n’est qu’après avoir constaté l’impossibilité de convertir les juifs qu’il a décidé de s’en débarrasser, jusqu’à les exterminer.

Le jihad (une multitude de versets y renvoie comme le verset 193 de la sourate 2, le verset 29 de la sourate 9, etc.) a mis fin à la tolérance vis-à-vis des non-musulmans ce qui explique qu’il n’y a en réalité pas de contradiction dans le Coran. Tout cela est très clair et très simple, et tous les imams le savent. 

Ce qui n’empêche toutefois pas la cécité occidentale de continuer à être abondamment exploitée, notamment en raison du fait que pour un esprit occidental, souvent imprégné (consciemment ou inconsciemment) par le christianisme (ou par le bouddhisme), un propos religieux sacré a forcément une valeur intemporelle et universelle : ce qui est une profonde erreur dans le cas de l’islam compte tenu de la règle de l’abrogation (cf. sourate 13, verset 39 ou sourate 16, verset 101).

  • « Ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix » (Al-Baqara, 208) 

Si l’on met de côté la question du jihad –ce qui est déjà notoirement problématique–, on peut émettre l’idée que la paix serait la devise de l’islam mais seulement au sens où celui qui croit est en principe sur le bon chemin pour acquérir cette paix (le salut par l’islam). Or dire cela ne dit rien sur le sort des incrédules (ou mécréants) : l’invitation à « entrer dans la paix » ne s’adresse qu’à ceux qui croient, c’est-à-dire aux musulmans. À l’inverse, les incrédules sont voués par une multitude de versets du Coran au châtiment de la fournaise, à la Géhenne, dans des conditions épouvantables (par ex. le verset 88 de la sourate 16 : « Ceux qui ne croient pas et obstruent le chemin vers Allah, Nous leur infligerons châtiment sur châtiment en punition de la corruption qu’ils sèment sur terre. »). La paix musulmane n’a donc pas grand-chose à voir avec la paix universelle qu’on peut souhaiter à tous, croyants ou mécréants. 

Voir aussi:

Déclaration de Marrakech : Un pas vers une solution ou vers plus de confusion ?

Alberto M. Fernandez *

MEMRI

16 février 2016

Du 25 au 27 janvier 2016, plusieurs centaines de chefs religieux musulmans du monde entier et cinquante observateurs non musulmans se sont réunis dans la magnifique ville de Marrakech, sous le patronage du roi du Maroc, pour débattre et promouvoir la « Déclaration de Marrakech » sur les « Droits des minorités religieuses dans les pays à majorité musulmane ».

Marrakech, lieu populaire pour les déclarations et les accords, a été le site d’autres déclarations sur des sujets tels que la prévention de la corruption et la lutte contre le trafic illégal de la faune et la flore sauvages. Elle a aussi été le site d’une autre conférence internationale défendant la tolérance religieuse au Moyen-Orient, en novembre 2011. [1]

Même si elle s’est tenue sous les auspices du Maroc, la réunion de janvier 2016 était organisée en réalité par le « Forum de promotion de la paix dans les sociétés musulmanes », basé à Abou Dhabi. Ce forum est l’un des projets dirigés par le cheikh d’origine mauritanienne Abdallah Bin Bayyah. [2] L’objectif très louable du forum est de développer « une vision à long terme pour éradiquer le narratif extrémiste en utilisant le Narratif primaire qui aspire à s’imposer par un retour aux sources de l’islam, fondées sur la promotion de la paix et de la compassion humaine ». [3]

S’il fait partie du courant dominant de l’establishment musulman au Moyen-Orient, Bin Bayyah est une figure quelque peu controversée aux Etats-Unis, en particulier du fait de ses relations anciennes avec des organisations et des causes islamistes défendues par cheikh Yousouf Al-Qaradawi. [4] Le soutien ardent de Qaradawi aux Frères musulmans, notamment ces dernières années, composait avec un antisémitisme professé ouvertement [5], ce que ce religieux soutenu par le Qatar a toujours rejeté. [6]

Bin Bayyah a rompu tout lien avec l’Union internationale des savants musulmans (UISM) de Qaradawi en 2013. Il a été cité par le président [américain Barack] Obama lors d’un discours à l’ONU en 2014 comme un modèle à suivre contre l’extrémisme. [7] Sa fatwa contre l’Etat islamique a également été citée comme un document à diffuser par le centre médiatique de contre-terrorisme fondé en juillet 2015 par les Etats-Unis et les Emirats arabes unis. [8]

Pour tout vous dire, j’ai rencontré une fois cheikh Bin Bayyah à Washington D.C., alors que je travaillais pour le Département d’Etat. C’est un gentleman très courtois, tout à fait conforme à l’image des religieux musulmans haut placés que l’on rencontre fréquemment dans le monde arabe. A cette occasion, il a été stupéfait de constater qu’au cours des nombreux rendez-vous qu’il a eus dans la soirée, parmi de nombreux visiteurs musulmans américains d’origine sud-asiatique, les deux seuls visiteurs qui se sont entretenus avec lui en arabe étaient tous deux non musulmans : moi-même et un chrétien arabo-américain, qui était lui aussi un représentant du gouvernement.

Le cheikh âgé a également joué un rôle essentiel dans la Déclaration de New Mardin en 2010, qui visait à aborder l’un des principaux piliers du mouvement djihadiste salafiste tafkiri, les fatwas d’Ibn Taymiyya au 14e siècle. La condamnation par Ibn Taymiyya, religieux très virulent de l’école hanbalite, des mongols ilkhanides semi-islamisés comme ne valant pas mieux que les infidèles [kouffar] a posé les fondements qui ont permis aux extrémistes tafkiris du 20e siècle et au-delà de déclarer que tout musulman qui ne partage pas leurs opinions est un infidèle méritant la mort. Ibn Taymiyya était aussi une source intellectuelle d’antichiisme virulent, adoptée par les partisans modernes de ce qui allait devenir l’Etat islamique. [9]

Si la Conférence sur la Déclaration de New Mardin a été critiquée pour son organisation déficiente et son manque de rigueur intellectuelle, il n’est pas étonnant que sa révision des écrits d’Ibn Taymiyya ait suscité une réaction amère, en arabe, de la part de religieux pro-Al-Qaïda comme Akram Hijzai et Hamd Al-Ali. [10] S’il semble qu’elle n’ait pas vraiment entravé l’ascension du terrorisme djihadiste salafiste, la conférence a toutefois généré profusion de couvertures médiatiques positives en Occident, notamment grâce à l’étudiant médiagénique de Bin Bayyah, le converti américain Hamza Youssouf Hanson. [11]

A de nombreux égards, Marrakech est une répétition de Mardin à plus grande échelle, cherchant à « utiliser les textes musulmans laïcs pour réfuter les arguments religieux actuels des groupes islamistes ». [12] Dans le cas de Marrakech 2016, le document en question est celui intitulé « Charte de Médine », prétendument rédigé par le prophète Mahomet pour les habitants musulmans et juifs de la ville. [13] Les organisateurs de la conférence ont reconnu avec franchise que leur but était « de faire revivre les desseins et objectifs de la Charte de Médine, en tenant compte des traités internationaux et en utilisant des études de cas novatrices et éclairées qui constituent de bons exemples d’efforts tournés vers le pluralisme ». [14]  

Certes, le sujet de la protection des droits des minorités religieuses dans les pays à majorité musulmane ne pouvait tomber à un meilleur moment. La montée de l’Etat islamique depuis 2014, et notamment son traitement des minorités yézidies et chrétiennes en Irak et en Syrie, et en Libye par la branche locale de l’EI, ont placé cette question sur le devant de l’actualité internationale. [15] De telles actions de l’Etat islamique ont directement contribué à développer des sentiments de colère à l’encontre de la diaspora musulmane en Occident.

Mais l’EI utilise un discours islamiste bien plus large, fondé sur une lecture sélective des textes sacrés de l’islam, appelant à la violence contre les minorités religieuses, notamment les chrétiens, qui remonte à plusieurs décennies. [16] Cette toile de fond est bien présente à l’esprit des rédacteurs de la Déclaration de Marrakech, qui ont observé [sans toutefois mentionner l’EI, Al-Qaïda ou le salafisme] que la situation au Moyen-Orient « avait permis à des groupes criminels de rendre des édits attribués à l’islam, qui constituaient en fait une distorsion de ses principes et objectifs fondamentaux, de telle sorte que la population dans son ensemble avait été gravement atteinte ». [17]

Si Bin Bayyah est actif sur ce front depuis des années, la conférence peut aussi être largement considérée comme faisant partie d’une série d’initiatives soutenues ou financées par les EAU, pour lutter contre l’extrémisme islamiste. Cela inclut le Centre Sawab et le Centre d’excellence Hedayah CVE, l’action contre les Frères musulmans et leurs partisans, et les lois contre les crimes et la discrimination raciste. [18] Marrakech 2016 s’inscrit aussi clairement dans la suite de la campagne de sensibilisation des chrétiens de 2007 « A Common Word », également signée par Bin Bayyah. [19]

Et si les Emirats arabes unis ont été en première ligne du combat contre l’extrémisme islamiste, le Royaume du Maroc n’est pas loin derrière et a également attiré les foudres de l’Etat islamique. Une campagne vidéo de janvier 2016 contre les gouvernements d’Afrique du Nord incluait une attaque longue et cinglante contre l’islam marocain traditionnellement tolérant, mentionnant les « 100 000 sanctuaires polythéistes » que l’EI a l’intention de détruire. Les attaques contre les soufis marocains sont presque aussi importantes que celles dirigées contre le gouvernement marocain. [20]

La Déclaration stipule clairement qu’il « est inconcevable d’employer la religion dans le but de restreindre les droits des minorités religieuses dans les pays musulmans ». L’une de ses faiblesses, toutefois, est qu’elle ne comporte pas de mesures concrètes [et immédiates] à prendre. Il y a bien un appel potentiellement significatif aux érudits musulmans pour qu’ils adoptent une nouvelle jurisprudence, qui intègre un concept de citoyenneté pluraliste et tolérant. Il y a une demande de révision des programmes scolaires d’éliminer les contenus défendant l’extrémisme. Il y a les appels habituels aux dirigeants politiques et « éduqués, artistiques et créatifs » pour renforcer la compréhension religieuse et le respect des droits des minorités.

Un paragraphe intéressant, bien que controversé et peu réaliste, semble blâmer les victimes ou appeler à revenir à un passé idéalisé et complexe depuis longtemps disparu, en demandant aux « différents groupes religieux liés par le même tissu national de remédier à leur état d’amnésie mutuelle sélective qui occulte les souvenirs d’une existence commune et partagée sur la même terre ; nous les appelons à reconstruire le passé en faisant revivre cette tradition de convivialité ».

On peut se demander quelle partie de ces siècles partagés de « convivialité partagée » doivent être retrouvés. L’histoire des minorités religieuses sous domination musulmane est incroyablement complexe et diverse. Et si elle peut être – en certains lieux et époques spécifiques – comparée favorablement à la domination chrétienne des minorités religieuses en Occident, elle comprend aussi sa part de brutalité et de massacres hideux. Les minorités étaient parfois favorisées en tant que groupes, ou faisaient l’objet d’une oppression sauvage [comme les Juifs étaient traités par les souverains chrétiens occidentaux pendant des siècles], selon les caprices passagers ou le zèle accru du calife ou du sultan au pouvoir.[21] Ce paragraphe comporte pour le moins une bouffée d’évocation joyeuse des Ahl al-Dhimmah, ou de nostalgie pour le statut des minorités religieuses sous domination musulmane.[22]

Le texte de la Déclaration de Marrakech 2016, publié en anglais le 27 janvier [le 30 janvier, il n’existait apparemment pas de version en arabe ni de vidéos de l’assemblée à la disposition du public] a été très vite salué par le pasteur texan Bob Robert, qui l’a qualifié de « première étape considérable » et a fait remarquer avec enthousiasme, mais de manière inexacte, qu’il n’y « avait pas eu de telle déclaration depuis la Charte de Médine du prophète Mahomet, c’est pourquoi elle est tellement importante ».[23] Le Cardinal à la retraite de l’église catholique romaine Theodore E. McCarrick, ancien archevêque de Washington D.C., s’est exprimé devant les observateurs interconfessionnels présents :

« J’ai eu le privilège d’entendre la déclaration de notre réunion finale. C’est vraiment un document exceptionnel, qui aura une influence sur notre époque et sur l’Histoire. C’est un document que notre monde a attendu, qui fait honneur aux érudits musulmans qui l’ont élaboré. En tant que membre d’un des peuples du Livre, je vous remercie pour ce document et je remercie le Seigneur qui a donné à ses fidèles le courage de le préparer. Je serai honoré de le soutenir en tant qu’observateur. » [24] 

Les personnes plus proches de la vie active au Moyen-Orient ont réagi de manière plus optimiste. Bien qu’il n’ait pu assister en personne à la conférence, le patriarche catholique chaldéen de Bagdad, Louis Sako, a offert une vision plus concrète, immédiate et terre-à-terre de la vie dans les régions d’Irak contrôlées par le gouvernement, dans une déclaration diffusée lors de la conférence, citant [sans évoquer les déprédations bien connues de l’EI] :

« Le refus des entrepreneurs musulmans de construire des maisons, des monastères, etc. pour les chrétiens, qu’ils considèrent comme des infidèles ; le collage d’affiches, y compris dans les lieux publics, demandant aux filles chrétiennes de porter le voile, à l’exemple de Marie ; un juge de Bagdad ayant renvoyé un chrétien du tribunal sous prétexte que les chrétiens ne peuvent témoigner devant les tribunaux irakiens ; et des milices à Bagdad ayant confisqué des maisons, des terres et d’autres biens appartenant à des chrétiens. » [25]

D’autres observateurs ont noté la présence encourageante de chrétiens syriens et irakiens, d’un yézidi et d’un druze, mais aussi la « difficulté de soutenir » les assertions des représentants saoudien et pakistanais déniant toute discrimination religieuse dans leurs pays respectifs. [26] Présent également, le rabbin orthodoxe David Rosen, membre du conseil d’administration du Centre de dialogue international du Roi Abdallah (KAICIID).[27]

Un autre expert catholique du Moyen-Orient, le frère Jean Druel, s’est demandé « ce qui se passerait lorsque quelqu’un violera cette charte ? », tout en louant la tentative de réinterpréter la Charte de Médine dans un contexte contemporain et observant que cette tentative déplairait aux salafistes. [28]

Il s’agit là d’un travers essentiel de la présente Déclaration. Comment un document plus connu pour son existence sur le papier et que comme modèle pratique pourrait-il servir de contrepoids moderne à l’extrémisme ? Les salafistes djihadistes se réfèrent de la même façon aux documents fondateurs et formateurs de l’islam et y trouvent d’abondantes justifications à leur extrémisme et leur violence, prêtes à être sélectionnées et appliquées au monde contemporain.

L’EI traite délibérément les minorités selon le modèle des débuts de l’islam, s’inspirant du « Pacte d’Omar » aux conséquences historiques bien plus importantes, conclu avec les populations chrétiennes conquises.[29] Certains érudits ont même émis des doutes sur l’authenticité de la Charte de Médine, suggérant qu’il pourrait s’agir d’une compilation de deux documents et contestant notamment les parties qui mentionnent le traitement des Juifs de Médine, à savoir la partie de la Charte qui lui confère sa dimension interreligieuse. Ils font observer que les Juifs de Médine n’ont pas été traités comme des tribus individuelles, mais comme des associés des tribus arabes. De fait, les trois tribus juives ne sont même pas mentionnées par leur nom.[30]

La Charte de Médine étant traditionnellement datée de l’an 622 de notre ère, il vaudrait la peine d’observer comment les minorités religieuses étaient traitées à son époque contemporaine  présumée, sous la domination de Mahomet. Les documents historiques tels quels ne sont pas encourageants. Le sort des tribus juives de Médine est un récit bien conté, que l’on trouve encore dans de nombreux manuels scolaires arabes. Les Banu Nadir et les Banu Qaynuqa ont été expulsés massivement pour avoir violé les termes de leur « contrat » deux ans après [l’adoption de] la Charte de Médine. De manière peu étonnante, l’un des éléments de la Charte et du traitement des Banu Qaynuqa et des Banu Nadir correspond au concept de responsabilité/punition collective rencontré fréquemment dans le discours islamiste ordinaire jusqu’à ce jour.[31]

La liquidation de la troisième tribu juive, les Banu Qurayza, est une autre histoire fameuse, que l’on trouve dans les manuels scolaires de CM2 de l’EI. [32] Cette tribu a été accusée de rébellion après la Bataille de la Tranchée (en l’an 627 – cinq ans après la Charte de Médine) et fut autorisée à choisir un médiateur au sein d’une tribu musulmane arabe traditionnellement alliée des Banu Qurayza. Ce médiateur, Saad Ibn Muadh, homme très apprécié du prophète Mahomet, a décrété que tous les hommes de cette tribu juive  devaient être décapités et les femmes et les enfants vendus comme esclaves.

L’extermination de cette tribu a été effectivement citée par l’EI comme modèle pour le massacre d’une tribu musulmane sunnite arabe syrienne en 2004.[33] Preuve de la puissance du souvenir de ces événements, la décision de Saad Ibn Muadh concernant les Banu Qurayza il y a 14 siècles a été récemment citée, il y a quelques mois à Gaza, comme modèle pour en finir avec les Juifs au cours de « l’Intifada des couteaux ».[34] Le prédicateur salafiste américain Yasir Qadhi a également utilisé en 2013 la peine de mort prononcée par Ibn Muadh comme un enseignement positif sur les principes de leadership.[35]

Il est aisé de trouver dans le passé une laideur similaire à de nombreuses traditions religieuses, et nous ne parlons pas tant ici de l’histoire elle-même, mais de perceptions très largement partagées sur l’histoire. Mais un narratif peut-il se fonder sur la nature prétendument tolérante de la Charte de Médine, tout en s’écartant du traitement punitif supposé des Juifs de Médine ? Des visions ressuscitées d’une « convivialité traditionnelle » peuvent-elles être ainsi défendues, lorsque l’on voit la manière dont les djihadistes utilisent tant les textes islamiques attestés que leur lecture sélective des événements pour justifier leur violence ?

Au regard du renforcement de l’intolérance alimentée par l’islamisme dans de nombreux pays à majorité musulmane, tout appel à la tolérance et à un meilleur traitement des minorités religieuses doit être accueilli de manière positive sans la moindre ambiguïté. En dépit de l’absence des mots « égalité » et droits « individuels » dans la Déclaration de Marrakech de 2016, c’est un pas dans la bonne direction. Difficile de croire, cependant, en l’absence de toute acceptation par les Etats musulmans [y compris certains, comme l’ont affirmé les représentants anonymes de l’Arabie saoudite et du Pakistan, qui ont déjà soutenu qu’ils ne pratiquaient aucune discrimination] que ces mots auront des conséquences immédiates.

Si la réforme des programmes scolaires et la reformulation du fiqh [jurisprudence] sont des objectifs louables, leur importance est relative comparée à l’urgence immédiate que constituent la communauté yézidie martyrisée et dépossédée, la communauté chrétienne de Mossoul dévalisée sous la menace des armes de tous ses biens et les anciennes communautés de la région contraintes de quitter un Moyen-Orient où elles n’ont plus d’avenir, privées de stabilité économique et de sécurité personnelle. [36] Une fois que les manuels scolaires auront finalement été purgés et que la jurisprudence sera rénovée, que restera-t-il de ces communautés encore vivantes ?

En outre, comment de telles conférences, repues de figures compromises, souvent issues des élites de régimes discrédités, peuvent-elles influer sur le discours de la population, en particulier celui de la jeunesse déjà aliénée ? Les déclarations du clergé islamique établi et des gouvernements au cours des dernières décennies ont déjà échoué à empêcher l’émergence d’Al-Qaïda et de l’EI, et l’ascension quasiment inexorable de différents types d’islamisme. La solution évidente n’est-elle pas la défense de codes civils et d’Etats laïcs ? [37] 

Si le recours à la Charte de Médine comme outil pour combattre les islamistes sur leur propre terrain est un concept intéressant et audacieux, il semble insuffisant. Au bout du compte, l’inspiration tirée d’une version idéalisée de l’histoire islamique ne remplacera pas les droits individuels et le recours à la loi pour pleinement garantir ces droits. Si une « constitution » vieille de 1 400 ans qui semble n’avoir jamais été vraiment appliquée aide à garantir ces droits et cette application de la loi, cela serait excellent.

Sinon, la Déclaration de Marrakech de 2016 rejoindra de nombreuses déclarations bienveillantes, pleines de bonnes intentions, qui ont fait quelques gros titres gentils et éphémères chez les personnes enthousiastes mais mal informées, rien de plus. On ne peut qu’espérer que les organisateurs et les Etats qui soutiennent  et encouragent de telles initiatives les transforment rapidement en une politique publique véritable, dans une région qui semble renoncer à tous les droits de ses habitants, et des membres des minorités en particulier. 

* Alberto M. Fernandez est le vice-président de MEMRI. 

Notes :

[1] Religionsforpeace.org/publications/marrakech-declarationn.

[2] « Why American Needs To Know This Man », Souheila Al-Jadda and Amina Chaudary, The Islamic Monthly, 4 mars 2014.

[3] Marrakeshdeclaration.org/organizers.html

[4] « Exclusive: Banned Cleric’s Outspoken Deputy Visits White House », Steven Emerson et John Rossomando, IPT News, 26 juin 2013.

[5] Youtube.com/watch?v=HStliOnVl6Q, 10 février 2009.

[6] Youtube.com/watch?v=il5xam68ams, 29 décembre 2010.

[7] « Prominent Muslim Sheikh Issues Fatwa Against ISIS Violence », Dina Temple-Raston, NPR, 25 septembre 2014.

[8] http://www.thenational.ae/world/middle-east/abu-dhabi-counter-terrorism-centre-to-battle-isils-online-lies#page2

[9] « Zarqawi’s Anti-Shi’a Legacy: Original or Borrowed? », Nibras Kazimi, Hudson Institute, 1er novembre 2006.

[10] « Ibn Taymiyya’s ‘New Mardin Fatwa’. Is genetically modified Islam (GMI) carcinogenic? », Yahya Michot, Hartford Seminary, 2011.

[11] « Ibn Taymiyya’s ‘New Mardin Fatwa’. Is genetically modified Islam (GMI) carcinogenic? », Yahya Michot, Hartford Seminary, 2011.

[12] « Muslim scholars recast jihadists’ favourite fatwa », Tom Heneghan, Reuters, 31 mars 2010.

[13] Constitution.org/cons/medina/con_medina.htm

[14] Marrakeshdeclaration.org/about.html

[15] « The ISIS Caliphate and the Churches », Alberto M. Fernandez, The Middle East Media Research Institute, 27 août 2015.

[16] Kepel, Gilles, Muslim Extremism in Egypt, the Prophet and the Pharaoh. London: Al-Saqi Books, 1985.

[17] Marrakeshdeclaration.org/marrakesh-declaration.html

[18] « New UAE law: 10 years’ jail for hate crimes and discrimination », Gulf News, 20 juillet 2015.

[19] Acommonword.com

[20] « ISIS Launches Campaign Urging North African Muslims, Al-Qaeda Members To Join Its Rank, Target Local Governments », MEMRI Jihad and Terrorism Threat Monitor Project, 21 janvier 2016.

[21] An-Na’im, Abdullahi A. « Religious Minorities under Islamic Law and the Limits of Cultural Relativism, » Human Rights Quarterly. Vol. 9, No. 1, Février 1987, pp. 1-18.

[22] Youtube.com/watch?v=RN4x8TvK8Xw, 13 juin 2014.

[23] « A Muslim Declaration on Religious Minorities: An Interview w/ Pastor Bob Roberts in Marrakesh, Morocco », Ed Stetzer, Christianity Today, 28 janvier 2016.

[24] « Muslim leaders reiterate support for minority rights in Islamic nations », Catholic News Service, 27 janvier 2016.

[25] « Chaldean patriarch details acts of discrimination against Christians », Catholic News Service, 28 janvier 2016.

[26] « La déclaration de Marrakech, un texte qui fera date pour les minorités religieuses? », Loup Besmond De Senneville et Anne Bénédicte, La Croix, 29 janvier 2016.

[27] « ‘Move Beyond Discussion to Implementation’: KAICIID SG Urges Audiences at Conference on the Rights of Religious Minorities », PR Newswire, 28 janvier 2016.

[28] « La déclaration de Marrakech, un texte qui fera date pour les minorités religieuses? », Loup Besmond De Senneville et Anne Bénédicte, La Croix, 29 janvier 2016.

[29] « Medieval Sourcebook: Pact of Umar, 7th Century? », Paul Halsall, Forham University, janvier 1996.

[30] « Reflections On The ‘Constitution Of Medina’: An Essay On Methodology And Ideology In Islamic Legal History », Anver Emon, UCLA Journal of Islamic & Near Eastern Law, Printemps/Eté 2002.

[31] Youtube.com/watch?v=ya3mVKODSyQ, 1er février 2011.

[32] Twitter.com/VPAFernandez, 29 octobre 2015.

[33] « Massacre And Media: ISIS And The Case Of The Sunni Arab Shaitat Tribe », Alberto M. Fernandez, The Middle East Media Research Institute, 23 juin 2015.

[34] « Rafah Cleric Brandishes Knife in Friday Sermon, Calls upon Palestinians to Stab Jews, » MEMRI TV Clip #5098, 9 octobre 2015.

[35] Youtube.com/watch?v=UZE1N56fswY, 11 juin 2013.

[36] « Is This the End of Christianity in the Middle East? », Eliza Griswald, The New York Times, 22 juillet 2015.

[37] « Former Iraqi MP Sayyed Ayad Jamal Al-Din in a TV Debate about Separation of Religion and State: The Combination of the Koran and the Sword Is More Dangerous tan Nuclear Technology », The Middle East Media Research Institute, 28 novembre 2010

Voir encore:

Muslim Leaders Wage Theological Battle, Stoking ISIS’ Anger

Laurie Goodstein

The New York Times

May 8, 2016

As the military and political battle against the Islamic State escalates, Muslim imams and scholars in the West are fighting on another front — through theology.

Imam Suhaib Webb, a Muslim leader in Washington, has held live monthly video chats to refute the religious claims of the Islamic State, also known as ISIS or ISIL. In a dig at the extremists, he broadcast from ice cream parlors and called his talks “ISIS and ice cream.”

Sheikh Hamza Yusuf, an American Muslim scholar based in Berkeley, Calif., has pleaded with Muslims not to be deceived by the “stupid young boys” of the Islamic State. Millions have watched excerpts from his sermon titled “The Crisis of ISIS,” in which he wept as he asked God not to blame other Muslims “for what these fools amongst us do.”

It is a religious rumble that barely makes headlines in the secular West since it is carried out at mosques and Islamic conferences and over social media.

The Islamic State, however, has taken notice.

The group recently threatened the lives of 11 Muslim imams and scholars in the West, calling them “apostates” who should be killed. The recent issue of the Islamic State’s online propaganda magazine, Dabiq, called them “obligatory targets,” and it said that supporters should use any weapons on hand to “make an example of them.”

The danger is real enough that the F.B.I. has contacted some of those named in the Islamic State’s magazine “to assist them in taking proper steps to ensure their safety,” said Andrew Ames, a spokesman for the F.B.I.’s field office in Washington.

The death threats are a sign that Muslim religious leaders have antagonized the Islamic State, according to analysts who are studying the militant group. Their growing influence also contradicts those who claim that Muslim leaders have been silent in the fight against violent extremism.

“This is what hurts ISIS the most. It is Muslims speaking out,” said Mubin Shaikh, a Canadian who once joined an extremist Islamist group and now advises governments on countering radicalization. “Fear-mongering is what ISIS is trying to do, whether to silence these people or to silence others as a deterrent.”

Several of the targeted Muslim leaders said in interviews that, while they were taking the threat seriously, they had no intention of backing off. They have hired security guards and fortified their workplaces, and some keep guns at home.

“It’s an honor to be denounced by ISIS,” said Imam Webb, who frequently engages young Muslims over social media, whether on YouTube, Facebook, Periscope or Snapchat. “I consider it one of my greatest accomplishments in life.”

“It has only reinvigorated me,” he said, “to provide the antivenom to the poison of ISIS.”

These Muslim leaders say they are responding to fellow believers who are looking for a religiously based rebuke to violent movements that claim to be acting in the name of Islam. They say that extremist groups like the Islamic State are a threat not just to civil society and security, but to the future of their faith.
10 Steps to Start Your Study of Islām by Suhaib Webb Video by Suhaib Webb

Sheikh Yasir Qadhi, who is based in Tennessee and runs a popular Islamic educational institute, thundered against the Islamic State in a Friday sermon at one of Europe’s largest mosques in March, only three days after the group’s suicide bombers had attacked the Brussels airport and train station.

“None of our senior scholars of any school — any school — has justified these deeds,” Sheikh Qadhi said at the East London Mosque.

He argued that the terrorist attacks of recent years had clearly violated Islamic teaching because they “cause more harm than good,” bringing more bombs, more drones and more chaos to Muslim communities, he said.

“Who has benefited? Please use the intelligence that Allah gave you,” he said. “These radical groups have harmed the image of Islam infinitely more than all of the foreign policy of Western lands combined.”

These scholars ridicule the Islamic State’s claim to have created a “caliphate” ruled by a successor to the Islamic prophet, Muhammad. Instead, in a highly effective bit of rebranding, they call the Islamic State Kharijites, a reviled group of Muslims who killed women and children and rebelled against the caliphs in the seventh century.

The imams named by the Islamic State are based in the United States, Canada, Britain and Australia. They represent a broad spectrum of Islamic thought — from spiritual Sufis to puritanical Salafis, and even the more militant “Salafi Jihadis.”

To the Islamic State’s propagandists, it does not matter that the imams are fervent Muslims or critics of American foreign policy: They are all “unbelievers,” just like the Shiite Muslims, Christians and Yazidis that the Islamic State has killed by the thousands in Iraq, Libya, Syria and elsewhere.

This is not the first time that the Islamic State has targeted Muslim leaders in the United States, but this is the longest list yet. It includes Sheikh Hisham Kabbani, a Lebanese Sufi now based mostly in Michigan who has been warning for years about rising extremism.

The list also includes Salafi-oriented preachers such as Bilal Philips, a Canadian convert who has been barred from several countries because of allegations that he preaches extremism; Tawfique Chowdhury, an Australian doctor who founded organizations and charities that propagate orthodox views of Islam; and Abu Basir al-Tartusi, a Syrian preacher based in London who has spoken in support of Al Qaeda, according to news reports.

Cole Bunzel, a scholar at Princeton University studying Islamic history and jihadist ideology, said, “What ISIS is saying is that even if you support Al Qaeda, even if you’re a supporter of someone like Tartusi, you’re still not on team Islam.”

The Islamic State’s magazine also targeted American Muslims in government, such as Representative Keith Ellison of Minnesota; Huma Abedin, a longtime top aide to Hillary Clinton; and Mohamed Elibiary, a Texas Republican and former adviser to the Department of Homeland Security.

Several terrorism experts said that an attack on any of these people was more likely to happen abroad than in the United States, but that all it would take is one deluded or mentally unbalanced “lone wolf.”

In March, a popular Saudi preacher, Sheikh Aaidh al-Qarni, was shot and wounded by a gunman in the Philippines, soon after the Islamic State’s online magazine had put him on a list of “apostate” Saudi scholars. Sheikh Qarni, who writes Islamic inspirational books and has nearly 13 million followers on Twitter, had just given a lecture at Western Mindanao State University, and his assailant was an engineering student.

The effort to undermine the Islamic State using religion is not just a Western phenomenon. In January, Muslim leaders from around the world gathered in Morocco and produced the Marrakesh Declaration, which denounces Muslim oppression of religious minorities. The Organization of Islamic Cooperation, which represents 57 Muslim countries, recently endorsed the declaration.

Sheikh Hamza will soon air a television series in the Middle East, “Rihla With Sheikh Hamza Yusuf” (rihla is “quest” in Arabic). The show applies traditional Islamic scholarship to contemporary challenges in the Muslim world, and it includes strong messages against extremism — which Sheikh Hamza said amounts to “swatting the hornet’s nest again.” It is likely to be seen in Iraq and Syria, the Islamic State’s strongholds, he said.

Sheikh Qadhi, however, said that, based on several frightening experiences recently in Tennessee, he has more to fear from right-wing Muslim-haters than from adherents of the Islamic State.

“I’m not scared of ISIS in America,” he said. “I feel very safe in every mosque I go to. But I am scared of other people in this land who are very ignorant and bigoted.”

He said he had gotten used to being vilified by both sides: “The right wing is calling me a stealth jihadist. And ISIS is calling me a sellout. We challenge both of their narratives, even as their narratives feed into each other.”

Voir par ailleurs:

Le grand rabbin de France dénonce la résolution de l’Unesco
France
9 mai 20166

TRIBUNE – Le grand rabbin de France* s’étonne que la France ait voté pour la résolution de l’Unesco qui condamne non seulement la politique de l’État hébreu à Jérusalem, mais qui, surtout, rebaptise le mur des Lamentations et les autres lieux symboliques du judaïsme de noms arabes.

On ne peut être que profondément choqué lorsqu’on apprend que notre pays, la France, pays des Lumières et de la laïcité, a apposé sa signature au bas de la résolution adoptée par le Conseil exécutif de l’Unesco le 16 avril dernier, sur le point intitulé «Palestine occupée».

Il ne s’agit pas pour moi – ce n’est ni mon rôle ni mon ambition – d’évoquer les conflits politiques et territoriaux qui occupent et déchirent les États du Proche-Orient. Mais le responsable religieux français que je suis, ne peut demeurer silencieux devant une telle atteinte à la foi de nombre de fidèles, qui ont accompagné la destinée du Temple de Jérusalem, de Salomon le bâtisseur à Jésus chassant les marchands ; je ne peux rester indifférent devant une telle offense à l’Histoire et à l’honneur.

Que l’Unesco, dont la mission est de promouvoir la paix, la sécurité et les libertés fondamentales en «resserrant par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre les nations» s’inscrive dans une dénégation aberrante, en adoptant une résolution qui laisse entendre que les juifs n’auraient aucun droit de regard sur le Mur occidental (appelé dans la résolution de l’Unesco place albraque), voire qu’ils n’auraient pas construit le Temple de Jérusalem, ne manque pas de laisser pantois les honnêtes observateurs.

Il y a là injure à ce que nous rapportent les textes sacrés, la Bible et ses 867 mentions de Jérusalem, comme les Évangiles, mais aussi à l’Histoire. D’innombrables voyageurs aussi érudits que Pierre Loti, qui n’était pourtant pas un parangon de philosémitisme, ou Chateaubriand, pour ne citer qu’eux, témoignent, s’il en était besoin, de l’enracinement ancestral du judaïsme dans ces lieux: «C’est vendredi soir, le moment traditionnel où, chaque semaine, les juifs vont pleurer en un lieu spécial concédé par les Turcs, sur les ruines de ce Temple de Salomon…» (Chateaubriand, 1811). En citant ces écrivains, je ne fais que me référer modestement aux Témoignages sur Israël dans la littérature française, ouvrage publié en 1938 par le grand rabbin Jacob Kaplan, qui a su souligner le rôle exceptionnel de passeurs de mémoire qu’ont joué les auteurs français dans l’histoire du peuple juif.

Certes, on ne devrait être que moyennement surpris par la position de l’Unesco, quand on sait que le tombeau des Patriarches et la tombe de Rachel ont été récemment classés par la même organisation comme des lieux de culte exclusivement musulmans.

Mais dénier aux juifs, ainsi qu’aux chrétiens qui se sont appuyés sur la construction du Temple pour élever les cathédrales, aux francs-maçons qui en ont fait le symbole de leur humanisme, et enfin aux non-croyants, l’appartenance à ces lieux historiques et inspirés est faire insulte à la mémoire et à l’intelligence collectives de l’humanité. C’est d’ailleurs aussi faire insulte à l’islam, car cette foi s’enracine dans celles qui l’ont précédée. Or, s’il n’y a pas de Temple, pourquoi ce lieu particulier pour une mosquée? Il se trouve que si, en France, nos synagogues, nos églises, nos temples et nos mosquées sont tournés vers l’Orient, c’est que ces lieux suivent l’appel de Jérusalem, celui du Temple.

Une telle attitude est sans aucun doute préoccupante pour l’avenir de l’Unesco, malgré tout le respect qu’on peut avoir pour les objectifs poursuivis par ses fondateurs et l’estime portée à sa directrice générale. Que la France ajoute son paraphe à ceux des pays qui approuvent cette position est proprement révoltant pour le patriote que je suis. Le principe de laïcité, inscrit dans notre Constitution, aurait dû interdire de prendre aussi ouvertement parti pour des tenants extrémistes, aveuglés par des considérations bien éloignées de la miséricorde divine.

La France, l’une des nations qui a le plus largement contribué à la clairvoyance et à la mesure de notre civilisation, ne peut pas ne pas être offusquée par le déni de réalité que constitue la résolution votée. Elle ne peut pas ne pas voir, dans la répétition, l’insistance, la litanie maladive des termes «Israël, puissance occupante» tout au long du texte, le révélateur des vrais mobiles de ses auteurs. Elle aurait dû, sans conteste, retenir sa plume. Aussi est-il de ma responsabilité de dénoncer cette avanie comme un écho au prophète Isaïe (LXII, 1): «Pour Jérusalem, je ne me tairai point.»

Le ministre des Affaires étrangères m’a assuré de la constance de la position de notre pays et de l’évidence de la connaissance que possèdent nos représentants et nos diplomates des faits historiques incontestables. Jean-Marc Ayrault, dont j’ai pu mesurer la solidité des convictions, devra le réaffirmer de façon forte et claire lors de son prochain voyage en Israël, mi-mai.

Nous avons fait part de notre souhait et réitérons notre demande que cette position soit également clairement réaffirmée par notre pays, notamment lors de la 40e session du Comité du patrimoine mondial qui se tiendra à Istanbul du 10 au 20 juillet prochain. En restant vigilants, nous souhaitons aussi aider l’Unesco à retrouver le sens premier et profond de la charte qui la fonde et de l’espoir qu’elle porte pour tous.

* Membre de l’Institut

Haïm Korsia – Grand Rabbin de France


Droits de l’homme: Attention, une religion peut en cacher une autre ! (When Western secularism devours its own children)

6 mai, 2016
VraiGénieles-droits-de-lhomme-contre-le-peuple-198x300Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères ? (… ) Une Europe fatiguée et vieillie, stérile et sans vitalité, où les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive ; une Europe en déclin qui semble avoir perdu sa capacité génératrice et créative. Une Europe qui est en train de ‘se retrancher’ au lieu de privilégier des actions qui promeuvent de nouveaux dynamismes dans la société ; des dynamismes capables d’impliquer et de mettre en mouvement tous les acteurs sociaux (groupes et personnes) dans la recherche de solutions nouvelles aux problèmes actuels. Pape François
L’UNESCO est atteinte de deux maux qui risquent de la perdre: le reniement et le déni. Reniement de sa raison d’être en fermant les yeux sur l’éducation à la haine de certains de ses Etats membres, déni de l’histoire en amputant le peuple juif de son identité historique et culturelle. (…) L’Organisation se renie, se fait parjure lorsqu’elle ferme les yeux sur la propagation de la haine dans les manuels scolaires de la plupart des pays arabo-musulmans et de la Palestine. (…) Comment donner crédit à une Organisation qui tout en développant des programmes d’éducation à la paix et à la tolérance accepte que ses Etats-membre profèrent la haine? En rejoignant l’UNESCO les pays signataires ont adhéré aux fondements éthiques de l’Organisation tout en s’engageant à les mettre en œuvre notamment par l’éducation. (…) Reniement de ses valeurs lorsqu’il s’agit des pays arabo-musulmans, mais intransigeance lorsque Israël censure des contenus éducatifs qui appellent à sa destruction. (…) Maison des cultures du monde, de la pensée critique, du dialogue, l’UNESCO, dont un des grands programmes est consacré aux sciences sociales et humaines, joue dangereusement à réviser l’histoire, à se complaire dans un déni de réalité. Dans la pure tradition des révisionnistes, elle a fini par dénier tout lien entre le peuple juif et Jérusalem. Fin octobre 2015, par la décision 185 EX/15, elle a classé le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel comme sites musulmans et palestiniens, et exigé qu’Israël les retire de son patrimoine national. Mais elle vient de franchir un pas supplémentaire dans le négationnisme. Le mois d’avril 2016 pourra être retenu dans son histoire comme le jour où le Conseil Exécutif, en grand falsificateur, a dénié tout lien entre les juifs, le Mont du Temple et le mur Occidental. Cette résolution 199 EX/19 a été adoptée par 33 pays, et parmi eux la France (mais pas l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande du Nord ni les Etats-Unis, qui ont voté contre). Ainsi nos «Lumières» s’estompent sous un épais voile de fumée. Et l’on se demande s’il ne faudrait pas recommander aux Etats-membres de l’UNESCO de promouvoir maintenant une résolution visant carrément à supprimer dans l’Histoire de l’humanité (éditions Unesco) tous les passages relatifs à la présence juive à Jérusalem et dans le royaume de Judée. Conscience intellectuelle des Nations, l’UNESCO est devenue une organisation sous influence, s’inscrivant dans la pure tradition des totalitarismes du XXème siècle. Perdant ainsi sa légitimité, a-t-elle encore sa raison d’être? Bernard Hadjadj
Le révisionnisme historique va faire son entrée dans l’un des plus prestigieux festivals de cinéma au monde. Le film « Munich: A Palestinian Story » du réalisateur Nasri Hadjadj, libanais d’origine arabe palestinienne, va être projeté lors du prochain Festival de Cannes. Il ne fait toutefois pas partie du programme officiel du festival mais sera projeté en marge, dans le cadre d’un Festival du Film arabe , sous les couleurs de la « Palestine ». Le réalisateur affirme vouloir « montrer cet attentat selon la version palestinienne »!! A titre d’exemple, le film décrit les terroristes comme des « combattants de la liberté » et explique que « tout s’est terminé lorsque les forces de sécurité allemandes ont donné l’assaut, tuant cinq Palestiniens et onze sportifs israéliens ». Nasri Hadjadj explique « vouloir montrer pourquoi un tel attentat s’est produit » (avec les réponses que l’on peut imaginer), et décrit son film comme « la première réalisation documentaire palestinienne sur ces événements, qui jettera de la lumière sur beaucoup de zones d’ombres… LPHinfo
Il est impossible de ne pas être sensible à l’histoire de Khan, qu’on partage ou non ses idées: fils d’un conducteur de bus pakistanais, il a grandi dans une council house (un HLM) et fait son chemin dans l’école d’Etat, gratuite, jusqu’à devenir avocat spécialiste des droits de l’homme. Sa «success story» est exemplaire. Ensuite, la campagne de Khan a elle-même énormément mis l’accent non seulement sur son origine sociale, mais aussi religieuse. Ses prospectus ont parfaitement joué sur ce registre, et ont fait pleurer dans les chaumières comme il se doit. Et je dis cela sans condescendance: je suis la première, à la vue de ces prospectus, à avoir admiré le parcours et l’homme, et senti la force de la méritocratie à l’œuvre… On voit ici la puissance du storytelling moderne. En face de Khan, vous trouviez un conservateur, fils de milliardaire – les commentateurs sceptiques ne manquent pas de le rappeler dès qu’ils le peuvent -, formé à Eton, l’école privée la plus emblématique, arborant toujours le même costume bleu distingué, sa «classe» se lisant sur son visage et dans le moindre de ses gestes. Deux images du Royaume-Unis se sont opposées dans cette bataille, jusqu’à la caricature. (…) dans le même temps, l’ «identitarisation» relative de cette élection a excédé beaucoup d’électeurs. De fait, le soupçon est toujours présent que la gauche joue trop sur les identités, et cela peut avoir des effets négatifs. Par exemple, une petite minorité, au sein du Labour, montre une certaine tolérance à l’égard de l’antisémitisme. Les récentes déclarations de Ken Livingstone, l’ancien maire de la ville, qui a fait de Hitler un sioniste, l’ont bien montré. Même si Khan a aussitôt condamné Livingstone, l’épisode a été dévastateur pour le Labour et a quelque peu nui à la campagne de Khan, d’autant qu’il y a dix ans, Khan et Livingstone avaient des opinions bien plus proches, notamment sur Israël. La politique identitaire est toujours à double tranchant. Les activités professionnelles de Khan – il était avocat spécialiste des droits de l’homme – l’ont, dit-il, mené à côtoyé des représentants de l’islam radical, voire à dialoguer avec eux lors de débats. Mais comment distinguer ses obligations professionnelles d’une possible tolérance indue? (…)  En 2004, il a par exemple participé, en tant que candidat à la députation pour le Labour, à une conférence avec cinq extrémistes islamistes, organisée par Friends of Al-Aqsa, un groupe pro-palestinien qui a publié des travaux du révisionniste (selon les termes du Guardian) Paul Eisen. A cet événement, les femmes devaient emprunter une entrée distincte des hommes! La même année, président des affaires juridiques du Muslim Council of Britain, il a participé à la défense de l’intellectuel musulman Dr Yusuf Al-Qaradawi et nié le fait que celui-ci soit un extrémiste. Il est pourtant l’auteur d’un livre, The Lawful and Prohibited in Islam, où il justifie la violence domestique à l’égard des femmes et soutient les opérations martyres contre les Israéliens. Cependant, pendant la campagne électorale, Khan n’a cessé de condamner l’extrémisme, et demandé la suspension de Livingstone après ses remarques antisémites. Il est aussi haï par certains radicaux car il soutient le mariage gay. Ce changement d’attitude est-il pure tactique ou est-il sincère? Inversement, sa supposée proximité ancienne avec certains radicaux était-elle sincère, où là encore tactique? Dans tous les cas, je ne crois pas que Khan cautionne l’extrémisme. En revanche, il représente une voix assez commune à gauche – surtout dans ce que j’appelle «la gauche du ressentiment» représentée par Corbyn, que Khan a d’ailleurs soutenu en septembre dernier pour son élection à la tête du Labour: celle qui consiste à expliquer les attitudes des extrémistes et des terroristes par la seule et unique faute de l’Occident. Ainsi en 2006, élu député, Khan était l’un des signataires d’une lettre au Guardian qui attribuait la responsabilité des attentats terroristes – comme celui du 7 juillet 2005 à Londres – à la politique étrangère britannique, notamment son soutient à Israël. Cette position et l’ambiguïté passée de Khan ont forcément créé un soupçon en sa défaveur. (…) En Grande-Bretagne, en apparence, tout se passe bien. Les musulmans modérés sont tout à fait intégrés. Ce qui est assez problématique – comme dans d’autres villes européennes -, c’est l’existence de quartiers entiers où le séparatisme identitaire est visible. C’est le cas dans l’Est de London, notamment dans le borough de Tower Hamlets. 30% de la population y est musulmane, concentrée dans des council houses. En 2014, l’ancien maire, Lutfur Rahman, a été limogé après des soupçons de fraude et de favoritisme communautaire. A Tower Hamlets, beaucoup de femmes sont voilées de pied en cap, suivies de près par leurs maris. La difficulté qui en découle est à la fois anecdotique et majeure: vous ne pourriez pas, si vous en aviez envie, engager la conversation avec elles, car ce voile crée une barrière. Situation rare en France, elle est très fréquente ici. Et pourtant ce quartier abrite l’une des meilleures universités de Londres, Queen Mary University, qui brasse des étudiants du monde entier. Les populations se côtoient donc sans se parler, sans se connaître. Difficile d’y voir un multiculturalisme heureux – ni malheureux d’ailleurs: c’est bien plutôt un multiculturalisme de l’indifférence. Le multiculturalisme commence cependant à perdre de son lustre. Deux séries d’affaires retentissantes, depuis 2014, ont bouleversé le pays: d’abord celle du «Trojan Horse» en 2014 et 2015, où furent découvertes des tentatives concertées de mettre en œuvre, dans plusieurs écoles de Birmingham, une philosophie et des pratiques islamistes ou salafistes. Pire, on a mis a jour dans les dernières années de nombreux cas d’abus sexuels sur mineurs, perpétrés par des «gangs» dont les membres étaient d’origine musulmane. Ce fut le cas à Rotherham entre 1997 and 2013, où 1400 jeunes filles ont été violées. Cinq hommes d’origine Pakistanaise ont été condamnés. On a découvert des horreurs similaires à Rochdale, Derby et Telford. Le cas le plus récent est celui d’Oxford, où un groupe de sept hommes, entre 2006 et 2012, a exploité sexuellement 300 mineures, avec une violence parfois épouvantable. La multiplicité des cas est frappante. Surtout, tous les membres des gangs étaient à chaque fois d’origine musulmane, et les jeunes filles – âgées parfois de 12 ans – blanches. C’est pourquoi depuis 2014, date où les premiers rapports officiels ont été publiés, on s’interroge sur une éventuelle motivation ethnique des agresseurs. Par ailleurs, dans de nombreux cas, on a constaté que la police et les conseils locaux avaient tardé à prendre au sérieux les plaintes des victimes, quand ils ne leur riaient pas tout simplement au nez. Aujourd’hui, les autorités émettent sérieusement l’hypothèse que cette timidité et ce déni pourraient provenir de la crainte de la police et des conseils locaux de se voir, à l’époque, accusés de racisme. Ces épisodes sont absolument dramatiques, et en même temps, ils sont peut-être le début d’une prise de conscience salutaire que la tolérance multiculturelle s’est muée, dans certains cas, en aveuglement. Laetitia Strauch-Bonart
Le programme de la haine de soi et de son pays est aujourd’hui devenu la pensée officielle, imposée par le politiquement correct de la religion des droits de l’homme. Les droits de l’homme, inventés par l’Occident pour protéger ses citoyens contre les risques d’arbitraire du pouvoir, sont devenus depuis un demi-siècle une religion séculière suicidaire pour les Occidentaux. Jean-Louis Harouel
Qu’elles veuillent l’admettre ou non, les sociétés occidentales sont chrétiennes. La laïcité est une invention spécifiquement chrétienne. Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est la marque spécifique et le fondement même de la civilisation chrétienne. C’est ce qui rend celle-ci profondément différente des autres civilisations, à commencer par celle qui se pose actuellement comme sa grande rivale : la civilisation islamique. (…) La disjonction chrétienne du politique et du religieux constitue la source du succès de l’Occident. C’est d’elle qu’est née la liberté de l’individu, laquelle est à l’origine non seulement des libertés publiques européennes mais encore de la dynamique occidentale. C’est en effet à la désintrication du spirituel et du temporel, à la dissociation du sacré et du profane, qu’il faut rapporter l’invention par l’Europe occidentale – et non par d’autres grandes civilisations – du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd’hui une grande partie de l’humanité. L’avènement de la science et de la technique moderne est certes un miracle européen, mais plus profondément encore un miracle chrétien. (…) Sans le christianisme, nous piocherions tous la terre comme dans les civilisations anciennes. Celui qui est aujourd’hui ingénieur, cadre commercial, haut fonctionnaire ou général, n’a pas conscience que, sans le progrès technique et le développement économique permis par lui, il serait presque fatalement un paysan vivant durement et pauvrement. (…) Bien que le thème soit relativement peu présent dans la pensée actuelle, le lien entre le christianisme et l’invention du développement économique se rencontre chez plusieurs auteurs importants. Dès les années 1930-1940, le grand historien anglais Christopher Dawson insistait sur l’« importance primordiale [du] facteur religieux » comme explication de la suprématie matérielle des nations occidentales sur le reste du monde. Le fait « qu’un petit groupe de peuples de l’Europe occidentale ait pu acquérir dans un laps de temps relativement court le pouvoir de transformer le monde et de s’émanciper de la dépendance millénaire qui maintenait l’homme soumis aux forces naturelles » ne résultait pas « d’un héritage propre  à un type biologique particulier ». Dawson était parvenu à la conclusion que c’était la religion chrétienne qui constituait la cause de « l’évolution particulière de l’homme d’Occident». Jean-Louis Harouel
Le fait que ce soit la civilisation chrétienne occidentale et non la civilisation musulmane qui ait inventé le progrès technique et le développement économique est d’autant plus étonnant que la première souffrait au départ d’un très lourd handicap par rapport à la seconde, laquelle partait avec une colossale avance. En effet, elle a directement bénéficié d’un prodigieux capital intellectuel, auquel la chrétienté occidentale n’a eu accès que bien plus difficilement et beaucoup plus tard. Car l’islam s’est emparé de la partie restée riche et hautement civilisée du monde antique, tandis que sa partie occidentale européenne avait été appauvrie et désorganisée par les crises politiques et économiques ainsi que par deux siècles de conquête par les barbares. Le christianisme s’est trouvé pour une bonne part cantonné dans la partie barbarisée et déculturée du monde romain. Il se trouvait dans une situation peu enviable au regard de celle de l’islam, qui avait raflé en quelques années toute une série de provinces romaines en bon état de marche, avec leurs élites du savoir et leur vie intellectuelle intactes. Le pouvoir impérial arabe s’est substitué au pouvoir de l’empereur romain d’Orient dans des territoires restés riches et intellectuellement actifs. (…) Mais l’islam ne va pas aller au-delà. Le savoir antique tant européen qu’asiatique fut pour lui un point de départ et un point d’arrivée, dans une version médiévale qui l’enrichit quelque peu. Des « progrès significatifs » furent obtenus dans des domaines « qui n’exigeaient aucune base théorique », tels que « certains aspects de l’astronomie et de la médecine ». Du moins dans un premier temps, car graduellement « même cette forme de progrès cessa ».  (…) Le spectaculaire décollage de l’Occident eut pour conséquence le déclassement de la civilisation musulmane – tout comme d’ailleurs celui des autres grandes civilisations telles que la Chine et l’Inde. Contrairement à l’idée communément admise, il ne semble pas y avoir eu de crise du monde islamique. Il s’est seulement trouvé dépassé par une civilisation chrétienne occidentale qui a connu un progrès fulgurant. Au sein du monde musulman, on a mis beaucoup de temps à en prendre conscience et à l’admettre. Selon Bernard Lewis, il faut attendre pour cela le voyage effectué en Prusse en 1790 par l’ambassadeur ottoman Azmi Effendi : « Le premier, il écrit que la faiblesse de son pays n’est pas due à une décadence morale et religieuse comme le prétendent les mémorialistes ottomans, mais à la force acquise par les Européens. » Il n’y a pas eu de crise du monde musulman, mais une stagnation, une immobilité, conforme à son génie. Cette fixité est à mettre en rapport, souligne Jacques Ellul, avec le fait que « la doctrine tout entière de l’Islam (y compris sa pensée religieuse) a pris un aspect juridique ». Or, « le juridique a une orientation très nette : fixer ». L’immobilité du monde musulman évoque la stabilité millénaire de la civilisation égyptienne, qui fascinait tant Platon. L’islam a manifesté une exceptionnelle aptitude à se mobiliser pour conquérir, et pour conserver ses conquêtes. L’islam est une civilisation conquérante, guerrière, normative. Par la conquête, l’islam a raflé un prodigieux patrimoine matériel et intellectuel. Il en a joui – ce fut la fameuse civilisation islamique classique –, mais il ne l’a guère développé. Il n’y a pas eu de déclin islamique, mais un déclassement islamique. Alors qu’une civilisation progresse spectaculairement comme l’a fait la civilisation chrétienne occidentale, quand les autres civilisations restent immobiles, c’est comme si elles reculaient. Jean-Louis Harouel
 Si on vise ainsi des héritages du christianisme alors même que l’islamisme vient encore de tuer en France, c’est tout simplement parce que le christianisme ne fait absolument pas peur et que l’islam fait très peur. Si on voulait vraiment protéger efficacement la laïcité – ou plus précisément la sécularisation de la société –, on s’en prendrait au foulard islamique (hidjab) qui inonde l’espace public et apporte ainsi une immense visibilité à l’islam. (…) Or, maintenant qu’il est très implanté en Europe et un peu aux États-Unis, l’islam prétend imposer aux Occidentaux cette interdiction de la liberté de pensée et d’expression. (…) l’islam prétend intimider les pouvoirs publics et les médias occidentaux. Il les contraint à une forte auto-censure afin de ne pas offusquer les musulmans. C’est ainsi que la municipalité d’Oxford a abandonné l’usage du mot « Noël » dans les documents émanant d’elle. Ce faisant, les Occidentaux se comportent en dhimmi, en inférieurs qui s’inclinent devant l’islam. Il est décidément moins dangereux de s’en prendre aux vestiges pittoresques et inoffensifs de notre civilisation chrétienne. (…) C’est une stratégie catastrophique. C’est une erreur de considérer l’islam seulement comme une religion. C’est une erreur de définir sa place dans les sociétés occidentales du point de vue de la seule liberté religieuse. À la fois religion et régime politique, l’islam forme un ensemble de règles prétendument divines dont beaucoup sont de nature juridique. Contenu dans la charia, ce code de droit institue l’infériorité juridique des femmes ainsi que celle des non-musulmans, et il cautionne l’esclavage. Si bien que, sur les marchés d’esclaves du califat auto-proclamé d’Irak et de Syrie, on peut acheter une esclave chrétienne pour quelques dizaines d’euros, en toute conformité à la loi divine. Système total, l’islam rejette l’idée de la disjonction du politique et du religieux, principe d’origine chrétienne né du fameux : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Fondatrice de ce qui est appelé en France la laïcité, cette disjonction a été la source d’où a pu naître la liberté de l’individu, avec toutes ses conséquences positives : esprit critique et liberté de l’esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société. Tout cela est issu de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel. Au contraire, pour l’islam, le sacré englobe le profane. La légitimité de l’État résulte exclusivement de son action au service de l’islam. Et dans les pays musulmans où a été instaurée une sécularisation de l’État – Turquie, Indonésie –, elle est aujourd’hui menacée par une forte réislamisation des esprits. Les religions ont des effets très différents sur la sécularité de la société. Celle-ci n’est nullement menacée par les clochers et les croix des cimetières, les pardons bretons et les bénédictions de navires, les saintes vierges et les calvaires des villages, ni par les jours fériés correspondant à des fêtes chrétiennes. D’ailleurs, la disjonction du politique et du religieux étant une invention chrétienne, la croix pourrait légitimement être revendiquée comme un emblème de la laïcité, et plus généralement de la sécularité des sociétés occidentales. (…) La prodigieuse réussite scientifique, technique, économique et sociale de l’Europe n’aurait pas pu avoir lieu si elle n’avait pas chassé de son sol les dominations musulmanes qui s’y étaient établies par la conquête (Sicile, Italie du Sud, Espagne, France méridionale, Balkans) et repoussé les grandes offensives militaires musulmanes, en dernier lieu devant Vienne voici trois siècles. C’est parce que l’Europe a su rester chrétienne qu’elle a construit des sociétés laïques, libres, tolérantes, économiquement développées, à haut niveau de vie moyen et socialement généreuses. Ces sociétés sont le produit historique de la civilisation chrétienne européenne. Jean-Louis Harouel
Angela Merkel est atteinte, à son tour du syndrome de la Castafiore : « Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! ». Chaleureusement félicitée, l’autre jour, par Barack Obama pour sa politique migratoire, voilà la chancelière allemande qui s’enhardit dans ses prêches moraux contre les populistes. Mardi, au lycée français de Berlin, elle a répondu ceci, à une question d’un élève qui l’interrogeait sur la montée du FN : « Je vais essayer de contribuer à ce qu’évidemment d’autres forces soient plus fortes que le Front national, pour autant qu’on puisse le faire de l’étranger ». Sur la montée de l’afD dans son propre pays, elle a dit : « Nous avons assez de bons arguments pour nous confronter » à eux « sans avoir l’écume à la bouche ». La Belle contre la Bête. Le problème est que Merkel, persuadée de représenter le Bien au point de s’ingérer dans la politique intérieure française, ne voit pas qu’elle est elle-même à la source, avec d’autres « humanistes » fascinés par l’Autre, de ce qu’elle dénonce. Le populisme n’est, en effet, que la réponse des peuples abandonnés par leurs élites aveuglées. (…) En disant non au FN mais oui aux Turcs, la chancelière a ainsi contribué à affermir le pouvoir, autoritaire et dominateur, du sultan Erdogan, qui en est à dicter ses conditions à l’Union européenne, déracinée et soumise. Ce mercredi, la commission européenne a proposé d’entériner une exemption de visas pour les citoyens turcs, sous certaines conditions, en échange d’une rétention des réfugiés sur le sol turc. La Turquie étant devenue la plateforme migratoire du monde musulman depuis qu’elle a elle-même supprimé les visas avec l’Egypte, les pays du Maghreb, la Syrie ou l’Irak, la suite de cet accord est imprévisible. Reste que l’inversion des forces est telle, depuis l’ouverture irréfléchie de Merkel aux migrants, que ce n’est plus la Turquie qui demande son intégration dans l’Europe, mais l’Europe qui quémande la protection d’Ankara. Ivan Rioufol

Attention: une religion peut en cacher une autre !

A l’heure où entre journées du hijab dans nos grandes écoles, interdiction des crèches dans nos mairies et apologie du terrorisme sur tapis rouge à Cannes, nos élites redoublent d’efforts pour délégitimer nos traditions judéochrétiennes et « accomoder » nos sociétés aux usages musulmans …

Et où après celle du premier président américain d’origine afro-musulman de l’histoire, c’est devant l’élection du premier maire musulman d’une grande capitale occidentale que les mêmes nous somment à présent de nous émerveiller …

Pendant qu’entre l’abandon de l’Irak aux mains des djihadistes et l’appel à l’accueil illimité de leurs victimes, des responsables politiques ou religieux qui ont tant fait pour déstabiliser l’Europe se permettent à présent de dénoncer les réactions des populations autochtones qu’ils ont eux-mêmes provoquées

Et qu’après la géographie, c’est à l’histoire d’une des plus anciennes civilisations et seule véritable démocratie du Moyen-Orient que l’on s’en prend désormais sur fond d’épuration religieuse généralisée

Comment ne pas voir avec le l’éditorialiste Ivan Rioufol et l’universitaire Jean-Louis Harouel…
Que les droits de l’homme « inventés par l’Occident pour protéger ses citoyens contre les risques d’arbitraire du pouvoir sont devenus », face à un islam en plein essor à nouveau, une véritable « religion séculière suicidaire » ?
Angela Merkel est atteinte, à son tour du syndrome de la Castafiore : « Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! ». Chaleureusement félicitée, l’autre jour, par Barack Obama pour sa politique migratoire, voilà la chancelière allemande qui s’enhardit dans ses prêches moraux contre les populistes. Mardi, au lycée français de Berlin, elle a répondu ceci, à une question d’un élève qui l’interrogeait sur la montée du FN : « Je vais essayer de contribuer à ce qu’évidemment d’autres forces soient plus fortes que le Front national, pour autant qu’on puisse le faire de l’étranger ». Sur la montée de l’afD dans son propre pays, elle a dit : « Nous avons assez de bons arguments pour nous confronter » à eux « sans avoir l’écume à la bouche ». La Belle contre la Bête. Le problème est que Merkel, persuadée de représenter le Bien au point de s’ingérer dans la politique intérieure française, ne voit pas qu’elle est elle-même à la source, avec d’autres « humanistes » fascinés par l’Autre, de ce qu’elle dénonce. Le populisme n’est, en effet, que la réponse des peuples abandonnés par leurs élites aveuglées. Comme le démontre efficacement l’universitaire Jean-Louis Harouel (1) : « Le programme de la haine de soi et de son pays est aujourd’hui devenu la pensée officielle, imposée par le politiquement correct de la religion des droits de l’homme.« . Or Harouel l’assure, avec raison : « Les droits de l’homme, inventés par l’Occident pour protéger ses citoyens contre les risques d’arbitraire du pouvoir, sont devenus depuis un demi-siècle une religion séculière suicidaire pour les Occidentaux ».
Merkel est un des gourous de cette secte devenue dangereuse. En disant non au FN mais oui aux Turcs, la chancelière a ainsi contribué à affermir le pouvoir, autoritaire et dominateur, du sultan Erdogan, qui en est à dicter ses conditions à l’Union européenne, déracinée et soumise. Ce mercredi, la commission européenne a proposé d’entériner une exemption de visas pour les citoyens turcs, sous certaines conditions, en échange d’une rétention des réfugiés sur le sol turc. La Turquie étant devenue la plateforme migratoire du monde musulman depuis qu’elle a elle-même supprimé les visas avec l’Egypte, les pays du Maghreb, la Syrie ou l’Irak, la suite de cet accord est imprévisible. Reste que l’inversion des forces est telle, depuis l’ouverture irréfléchie de Merkel aux migrants, que ce n’est plus la Turquie qui demande son intégration dans l’Europe, mais l’Europe qui quémande la protection d’Ankara. Merci Merkel ?
(1)  Les droits de l’homme contre le peuple ; Desclée de Brouwer, à paraître le 19 mai

Pourquoi la société française ferait mieux d’assumer son héritage chrétien plutôt que de vouloir combattre l’islam radical par le laïcisme

L’Association des maires de France a récemment publié un manifeste pour la laïcité, dans lequel la religion chrétienne est attaquée. La tendance au durcissement de la laïcité consiste donc à s’en prendre aux plus discrets et pourtant aux fondements de nos racines.

Jean-Louis Harouel

Pater Noster

Atlantico
22 Novembre 2015

Atlantico : Pourquoi viser ainsi des héritages du christianisme alors que c’est avec une partie de l’islam que la laïcité semble rencontrer actuellement une remise en question ?

Jean-Louis Harouel : Si on vise ainsi des héritages du christianisme alors même que l’islamisme vient encore de tuer en France, c’est tout simplement parce que le christianisme ne fait absolument pas peur et que l’islam fait très peur. Si on voulait vraiment protéger efficacement la laïcité – ou plus précisément la sécularisation de la société –, on s’en prendrait au foulard islamique (hidjab) qui inonde l’espace publique et apporte ainsi une immense visibilité à l’islam.

L’islam fait peur, et c’est en premier chef aux musulmans qu’il fait peur. Sauf rarissimes exceptions, des intellectuels d’origine musulmane n’ont pas osé se dresser ouvertement contre l’islam. C’est trop dangereux. Le Coran (XVI, 108) et plusieurs hadiths frappent les coupables d’apostasie de sanctions pouvant aller jusqu’à la mort. Or le musulman qui refuse de s’acquitter de l’obligation légale de la prière est réputé apostat et donc passible de la mort. On ne peut, sans risquer sa vie, rejeter l’islam et encore moins l’insulter, comme l’ont fait tant d’Européens avec les dogmes et les rites chrétiens. Une mécanique répressive de nature terroriste protège l’islam contre la liberté de l’esprit.

Même chez les musulmans les plus libéraux, la liberté de penser et de communiquer sa pensée  pose problème. La Déclaration sur les droits de l’homme en islam n’autorise en effet la liberté d’expression qu’à condition de ne rien exprimer qui soit « en contradiction avec les impératifs de la Charia ».

Or, maintenant qu’il est très implanté en Europe et un peu aux États-Unis, l’islam prétend imposer aux Occidentaux cette interdiction de la liberté de pensée et d’expression. Car la loi divine – la charia – ordonne aux non-musulmans de parler de l’islam avec respect. Lourde de menaces, cette injonction s’adressait jadis aux dhimmi, aux chrétiens et aux juifs tolérés dans le monde islamique sur le mode de l’infériorité juridique et de l’humiliation. Aujourd’hui, l’islam prétend intimider les pouvoirs publics et les médias occidentaux. Il les contraint à une forte auto-censure afin de ne pas offusquer les musulmans. C’est ainsi que la municipalité d’Oxford a abandonné l’usage du mot « Noël » dans les documents émanant d’elle. Ce faisant, les Occidentaux se comportent en dhimmi, en inférieurs qui s’inclinent devant l’islam.

 Il est décidément moins dangereux de s’en prendre aux vestiges pittoresques et inoffensifs de notre civilisation chrétienne.

Est-ce une bonne stratégie de réduire l’influence de la tradition chrétienne sur la société pour faire rentrer l’islam dans la laïcité ?

C’est une stratégie catastrophique. C’est une erreur de considérer l’islam seulement comme une religion. C’est une erreur de définir sa place dans les sociétés occidentales du point de vue de la seule liberté religieuse. À la fois religion et régime politique, l’islam forme un ensemble de règles prétendument divines dont beaucoup sont de nature juridique. Contenu dans la charia, ce code de droit institue l’infériorité juridique des femmes ainsi que celle des non-musulmans, et il cautionne l’esclavage. Si bien que, sur les marchés d’esclaves du califat auto-proclamé d’Irak et de Syrie, on peut acheter une esclave chrétienne pour quelques dizaines d’euros, en toute conformité à la loi divine.

Système total, l’islam rejette l’idée de la disjonction du politique et du religieux, principe d’origine chrétienne né du fameux : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Fondatrice de ce qui est appelé en France la laïcité, cette disjonction a été la source d’où a pu naître la liberté de l’individu, avec toutes ses conséquences positives : esprit critique et liberté de l’esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société. Tout cela est issu de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel.

Au contraire, pour l’islam, le sacré englobe le profane. La légitimité de l’État résulte exclusivement de son action au service de l’islam. Et dans les pays musulmans où a été instaurée une sécularisation de l’État – Turquie, Indonésie –, elle est aujourd’hui menacée par une forte réislamisation des esprits.

Les religions ont des effets très différents sur la sécularité de la société. Celle-ci n’est nullement menacée par les clochers et les croix des cimetières, les pardons bretons et les bénédictions de navires, les saintes vierges et les calvaires des villages, ni par les jours fériés correspondant à des fêtes chrétiennes. D’ailleurs, la disjonction du politique et du religieux étant une invention chrétienne, la croix pourrait légitimement être revendiquée comme un emblème de la laïcité, et plus généralement de la sécularité des sociétés occidentales.

On ne peut que souhaiter le maintien de la prédominance en Europe des signes religieux chrétiens. Ce sera l’indice que la sécularisation de la société engendrée par le christianisme y résiste encore.

En revanche, tout est à craindre d’un islam rendu redoutable à l’Europe par son poids démographique. La multiplication des signes islamiques dans l’espace public et la satisfaction des revendications vestimentaires, alimentaires et autres des musulmans sont lourdes de menaces pour la laïcité de l’État et la préservation de sociétés sécularisées.

Qu’avons-nous à perdre à gommer toutes les spécificités culturelles de notre société liées au christianisme ? Dans quelle mesure l’imprègnent-elles ?

Nous avons tout à perdre à gommer ces spécificités, d’autant que le vide qui en résulterait serait immédiatement investi par l’islam. Nier ces spécificités reviendrait à nier ce que nous sommes.  Dans la très longue durée, ce qui caractérise fondamentalement l’Europe, c’est son refus de l’islam pour rester un continent chrétien. Si l’Europe était devenue musulmane, le cours de l’histoire en eût été totalement changé. Le monde serait resté sous-développé, le progrès scientifique et technique ne serait jamais intervenu, il n’y aurait pas eu de développement économique ni intellectuel de l’humanité. Il n’y aurait pas eu de liberté individuelle, de liberté de l’esprit. Car tout cela a résulté de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel, et c’est en Europe occidentale que cette dualité s’est le plus pleinement accomplie. Si l’Europe était devenue musulmane, il n’y aurait certainement jamais eu de Révolution industrielle et d’invention du développement.

La prodigieuse réussite scientifique, technique, économique et sociale de l’Europe n’aurait pas pu avoir lieu si elle n’avait pas chassé de son sol les dominations musulmanes qui s’y étaient établies par la conquête (Sicile, Italie du Sud, Espagne, France méridionale, Balkans) et repoussé les grandes offensives militaires musulmanes, en dernier lieu devant Vienne voici trois siècles. C’est parce que l’Europe a su rester chrétienne qu’elle a construit des sociétés laïques, libres, tolérantes, économiquement développées, à haut niveau de vie moyen et socialement généreuses. Ces sociétés sont le produit historique de la civilisation chrétienne européenne.

C’est parce que l’Europe est demeurée chrétienne qu’elle a pu édifier une civilisation intellectuelle et technique apportant une connaissance du réel et une action sur lui qui ont révolutionné la condition humaine. Et non seulement la science née de la civilisation européenne a permis un développement sans équivalent de la puissance et de la richesse matérielles, mais encore elle a su jeter sur sa propre civilisation aussi bien que sur les autres civilisations un regard curieux et objectif qui a permis la construction d’un immense savoir universel. L’Europe a inventé aussi bien l’histoire moderne que l’anthropologie, l’archéologie ou la sociologie. Chose sans précédent, la science européenne a voulu connaître et comprendre les autres civilisations. C’est ainsi que, pour la civilisation née du creuset de l’Europe chrétienne, l’art musulman ou l’art hindou sont un objet d’étude et de dilection, au même titre que son propre patrimoine artistique.

Nous autres, Européens, nous sommes tous – athées, agnostiques, anti-cléricaux et anti-chrétiens compris – le produit historique de près de deux millénaires de chrétienté. Pour ce qui est de l’histoire, de la civilisation, des valeurs, il est bien évident que l’Europe est un héritage chrétien et ne peut le nier à peine de se renier entièrement, de perdre totalement son sens. Si l’Union européenne s’était souciée de la réalité, elle aurait placé, au centre du cercle d’étoiles de son drapeau, une croix pareille à celle du drapeau suisse : une croix qui, pas plus que celle-ci ne serait un signe religieux, mais bien l’emblème de l’histoire et de la civilisation de l’Europe.

Voir aussi:

La laïcité, cette invention spécifiquement chrétienne

Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est le fondement même de la civilisation chrétienne, ce qui la distingue des autres. Extraits de « Le vrai génie du christianisme » (1/2).

Bonnes feuilles
Atlantico
24 Novembre 2012

« Qu’elles veuillent l’admettre ou non, les sociétés occidentales sont chrétiennes. La laïcité est une invention spécifiquement chrétienne. Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est la marque spécifique et le fondement même de la civilisation chrétienne. C’est ce qui rend celle-ci profondément différente des autres civilisations, à commencer par celle qui se pose actuellement comme sa grande rivale : la civilisation islamique.

La disjonction chrétienne du politique et du religieux constitue la source du succès de l’Occident. C’est d’elle qu’est née la liberté de l’individu, laquelle est à l’origine non seulement des libertés publiques européennes mais encore de la dynamique occidentale. C’est en effet à la désintrication du spirituel et du temporel, à la dissociation du sacré et du profane, qu’il faut rapporter l’invention par l’Europe occidentale – et non par d’autres grandes civilisations – du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd’hui une grande partie de l’humanité. L’avènement de la science et de la technique moderne est certes un miracle européen, mais plus profondément encore un miracle chrétien.

1. L’identité chrétienne des sociétés occidentales

Le thème des racines chrétiennes de l’Europe n’a pas bonne presse dans l’intelligentsia. Leur évocation suscite, comme l’a noté Jean de Boishue, « une levée de boucliers » de la part de ceux « qui tiennent le christianisme pour une espèce de maladie infantile ». Pourtant, la présence du christianisme dans les sociétés européennes est encore plus forte que cela. Ce n’est pas seulement du passé qu’il s’agit, mais bel et bien du présent. Ce n’est pas seulement de nos racines chrétiennes qu’il s’agit, mais – hic et nunc – de la nature chrétienne de nos valeurs, qui relèvent de manière évidente d’un christianisme sécularisé.

Nous verrons à la fin de ce livre que la sécularisation de ces valeurs d’origine évangélique et surtout la volonté de les traduire en règles de droit n’ont pas été sans les dénaturer, produisant ainsi de graves effets pervers funestes pour les nations concernées6. Mais, pour l’heure, il ne s’agit que d’identifier le caractère indubitablement chrétien des pays européens.

 Le christianisme, matrice des valeurs de l’Occident

Il est désormais bien connu que le christianisme a été historiquement la matrice des valeurs de la modernité démocratique : individualisme, égalité, solidarité, valorisation de la femme, droits de l’homme, etc. Ce sont là des valeurs inventées par le christianisme, qui ont été ensuite sécularisées au fur et à mesure que le monde occidental devenait « laïc et désenchanté », si bien que Luc Ferry considère que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 août 1789 « n’est bien souvent pas autre chose que du christianisme laïcisé et rationalisé ». C’est d’ailleurs ce que pensaient déjà à la fin du XIXe siècle les fondateurs de la laïcité française.

 […]

 Le christianisme est à l’origine du développement économique intervenu depuis deux siècles, et donc de l’enrichissement du monde. Certes, rien n’est plus loin des intentions manifestées par le Christ, rien n’est plus éloigné de son refus d’agir sur le monde. Le christianisme est une religion sans projet terrestre, qui n’a en conséquence jamais eu la volonté d’apporter le progrès technique, l’enrichissement de la société, l’élévation des niveaux de vie, le bien-être matériel. Et pourtant, historiquement, il a apporté tout cela.

Sans le christianisme, nous piocherions tous la terre comme dans les civilisations anciennes. Celui qui est aujourd’hui ingénieur, cadre commercial, haut fonctionnaire ou général, n’a pas conscience que, sans le progrès technique et le développement économique permis par lui, il serait presque fatalement un paysan vivant durement et pauvrement. Le grand économiste français Jean Fourastié l’a noté cum grano salis : « Le haut fonctionnaire d’aujourd’hui […], s’il se pense vivant en 1820 […], ne pense pas un seul instant [que], vivant dans une société pauvre, il aurait eu au moins neuf chances sur dix d’être paysan pauvre. » Au lieu de quoi, du fait de l’enrichissement de la société, il est cadre, car « c’est une loi du progrès
technique de multiplier les cadres ».

Le lien historique entre christianisme occidental et développement

Bien que le thème soit relativement peu présent dans la pensée actuelle, le lien entre le christianisme et l’invention du développement économique se rencontre chez plusieurs auteurs importants. Dès les années 1930-1940, le grand historien anglais Christopher Dawson insistait sur l’« importance
primordiale [du] facteur religieux » comme explication de la suprématie matérielle des nations occidentales sur le reste du monde. Le fait « qu’un petit groupe de peuples de l’Europe occidentale ait pu acquérir dans un laps de temps relativement court le pouvoir de transformer le monde et de s’émanciper de la dépendance millénaire qui maintenait l’homme soumis aux forces naturelles » ne résultait pas « d’un héritage propre  à un type biologique particulier ». Dawson était parvenu à la conclusion que c’était la religion chrétienne qui constituait la cause de « l’évolution particulière de l’homme d’Occident».

Voir également:

Le décollage de l’Occident a entraîné le déclassement de la civilisation musulmane
Jean-Louis Harouel explique comment le monde musulman s’est trouvé dépassé par une civilisation chrétienne occidentale qui a connu un progrès fulgurant. Extrait de « Le vrai génie du christianisme » (2/2).
Gagnant-perdant
Jean-Louis Harouel
Atlantico
25 Novembre 2012

Le fait que ce soit la civilisation chrétienne occidentale et non la civilisation musulmane qui ait inventé le progrès technique et le développement économique est d’autant plus étonnant que la première souffrait au départ d’un très lourd handicap par rapport à la seconde, laquelle partait avec une colossale avance. En effet, elle a directement bénéficié d’un prodigieux capital intellectuel, auquel la chrétienté occidentale n’a eu accès que bien plus difficilement et beaucoup plus tard. Car l’islam s’est emparé de la partie restée riche et hautement civilisée du monde antique, tandis que sa partie occidentale européenne avait été appauvrie et désorganisée par les crises politiques et économiques ainsi que par deux siècles de conquête par les barbares. Le christianisme s’est trouvé pour une bonne part cantonné dans la partie barbarisée et déculturée du monde romain. Il se trouvait dans une situation peu enviable au regard de celle de l’islam, qui avait raflé en quelques années toute une série de provinces romaines en bon état de marche, avec leurs élites du savoir et leur vie intellectuelle intactes. Le pouvoir impérial arabe s’est substitué au pouvoir de l’empereur romain d’Orient dans des territoires restés riches et intellectuellement actifs.

Au même moment, le christianisme du Haut Moyen Âge vit sur les ruines du monde antique. La civilisation urbaine a quasiment disparu. L’une des villes mérovingiennes les plus importantes, Reims, n’a que 6.000 habitants. Parallèlement, l’héritage intellectuel antique est quasi perdu. Le christianisme occidental est un monde sinistré, qui repart de très bas, alors que l’islam s’est emparé de la partie du monde gréco-romain restée à un haut niveau de civilisation, avec une civilisation urbaine restée florissante. L’empire islamique va bénéficier de tout cela, l’entretenir, vivre sur ce fabuleux capital intellectuel et scientifique, le compléter et l’enrichir ponctuellement, principalement en complétant la science de la Grèce par celle de la Perse et celle de l’Inde (les fameux chiffres « arabes », etc.).

[…]

Mais l’islam ne va pas aller au-delà. Le savoir antique tant européen qu’asiatique fut pour lui un point de départ et un point d’arrivée, dans une version médiévale qui l’enrichit quelque peu. Des « progrès significatifs » furent obtenus dans des domaines « qui n’exigeaient aucune base théorique », tels que « certains aspects de l’astronomie et de la médecine ». Du moins dans un premier temps, car graduellement « même cette forme de progrès cessa ».

[…]

Le spectaculaire décollage de l’Occident eut pour conséquence le déclassement de la civilisation musulmane – tout comme d’ailleurs celui des autres grandes civilisations telles que la Chine et l’Inde. Contrairement à l’idée communément admise, il ne semble pas y avoir eu de crise du monde islamique. Il s’est seulement trouvé dépassé par une civilisation chrétienne occidentale qui a connu un progrès fulgurant. Au sein du monde musulman, on a mis beaucoup de temps à en prendre conscience et à l’admettre. Selon Bernard Lewis, il faut attendre pour cela le voyage effectué en en Prusse en 1790 par l’ambassadeur ottoman Azmi Effendi : « Le premier, il écrit que la faiblesse de son pays n’est pas due à une décadence morale et religieuse comme le prétendent les mémorialistes ottomans, mais à la force acquise par les Européens. »

Il n’y a pas eu de crise du monde musulman, mais une stagnation, une immobilité, conforme à son génie. Cette fixité est à mettre en rapport, souligne Jacques Ellul, avec le fait que « la doctrine tout entière de l’Islam (y compris sa pensée religieuse) a pris un aspect juridique ». Or, « le juridique a une orientation très nette : fixer »117. L’immobilité du monde musulman évoque la stabilité millénaire de la civilisation égyptienne, qui fascinait tant Platon. L’islam a manifesté une exceptionnelle aptitude à se mobiliser pour conquérir, et pour conserver ses conquêtes. L’islam est une civilisation conquérante, guerrière, normative. Par la conquête, l’islam a raflé un prodigieux patrimoine matériel et intellectuel. Il en a joui – ce fut la fameuse civilisation islamique classique –, mais il ne l’a guère développé. Il n’y a pas eu de déclin islamique, mais un déclassement islamique. Alors qu’une civilisation progresse spectaculairement comme l’a fait la civilisation chrétienne occidentale, quand les autres civilisations restent immobiles, c’est comme si elles reculaient.

Voir encore:

Ce que révèle l’élection de Sadiq Khan à la mairie de Londres
Alexandre Devecchio
Le Figaro
06/05/2016
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Sadiq Khan, candidat travailliste à la mairie de Londres, est devenu le premier maire musulman d’une grande capitale occidentale. Essayiste française, Laetitia Strauch-Bonnart habite à Londres. Elle décrypte les raisons d’une victoire très symbolique.
Laetitia Strauch-Bonart a été chercheuse dans un think tank français. Elle vit à Londres où elle prépare un PhD en histoire sur les penseurs conservateurs et les questions morales après 1945. Vous avez dit conservateur? est son premier essai.

Sadiq Khan, candidat travailliste à la mairie de Londres est devenu le premier maire musulman d’une grande capitale occidental. Cela est-il un symbole important en Grande-Bretagne?

Laetitia Strauch Bonnart: Cette victoire reflète le profond changement démographique qui s’est opéré en Grande-Bretagne et surtout à Londres depuis les dernières décennies, puisque les musulmans représentent aujourd’hui 12,4% de la population de la capitale, une proportion qui croît d’ailleurs bien plus vite que celle des autres communautés.

Cependant, le fait même de se concentrer sur l’identité religieuse de Khan pose problème: c’est réduire la politique à une «politique d’identités», où l’origine et l’appartenance comptent davantage que les programmes politiques. C’est aussi penser que les électeurs se déterminent en fonction de ces identités, alors que la victoire de Khan a certainement d’autres facteurs, à commencer par la faiblesse de son principal opposant conservateur, Zac Goldsmith. En réalité, dans les derniers mois, la focalisation du débat électoral sur les questions d’origine, voulue ou non, a empêché d’évoquer les vraies questions importantes pour la ville, à commencer par l’immobilier et le manque criant de logements pour une population en constante croissante. Aucun des candidats principaux, que ce soit Khan ou Goldsmith, n’a proposé le semblant d’une solution crédible à ce sujet!

Sadiq Khan est le fils d’un conducteur de bus pakistanais. Ses origines culturelles et sa religion ont-elles joué un rôle dans cette élection? Lequel?

En effet, elles ont joué un rôle, même s’il reste difficile à quantifier. Il est impossible de ne pas être sensible à l’histoire de Khan, qu’on partage ou non ses idées: fils d’un conducteur de bus pakistanais, il a grandi dans une council house (un HLM) et fait son chemin dans l’école d’Etat, gratuite, jusqu’à devenir avocat spécialiste des droits de l’homme. Sa «success story» est exemplaire. Ensuite, la campagne de Khan a elle-même énormément mis l’accent non seulement sur son origine sociale, mais aussi religieuse. Ses prospectus ont parfaitement joué sur ce registre, et ont fait pleurer dans les chaumières comme il se doit. Et je dis cela sans condescendance: je suis la première, à la vue de ces prospectus, à avoir admiré le parcours et l’homme, et senti la force de la méritocratie à l’œuvre… On voit ici la puissance du storytelling moderne. En face de Khan, vous trouviez un conservateur, fils de milliardaire – les commentateurs sceptiques ne manquent pas de le rappeler dès qu’ils le peuvent -, formé à Eton, l’école privée la plus emblématique, arborant toujours le même costume bleu distingué, sa «classe» se lisant sur son visage et dans le moindre de ses gestes. Deux images du Royaume-Unis se sont opposées dans cette bataille, jusqu’à la caricature.

Sauf qu’on ne peut pas fonder son choix politique, à mon sens, sur ces seuls éléments. Or curieusement, l’origine semble avoir aujourd’hui un effet important sur les opinions des électeurs, et un effet en ciseaux: catalyseur de sympathie quand elle est modeste, elle est de plus en plus critiquée quand elle est aisée. Autrefois, l’appartenance à l’establishment aurait suffi pour faire élire Golsmith, et c’est une bonne chose que ce ne soit plus le cas, car en l’occurrence son programme n’était pas suffisamment solide. Cependant, ses origines ont clairement joué en sa défaveur, beaucoup lui reprochant simplement d’être fils de milliardaire. Pour plaire aujourd’hui, il vaut mieux un héritage de déshérité, une histoire personnelle faite de difficultés et d’ascension sociale. Qu’on trouve cela ridicule ou non, c’est l’esprit du temps, et Goldsmith n’est pas du bon côté!

Dans l’ensemble, cependant, les origines de Khan ont joué un rôle autant négatif que positif. Elles lui ont apporté du soutien et de la sympathie chez les électeurs et les médias de gauche ; dans le même temps, l’ «identitarisation» relative de cette élection a excédé beaucoup d’électeurs. De fait, le soupçon est toujours présent que la gauche joue trop sur les identités, et cela peut avoir des effets négatifs. Par exemple, une petite minorité, au sein du Labour, montre une certaine tolérance à l’égard de l’antisémitisme. Les récentes déclarations de Ken Livingstone, l’ancien maire de la ville, qui a fait de Hitler un sioniste, l’ont bien montré. Même si Khan a aussitôt condamné Livingstone, l’épisode a été dévastateur pour le Labour et a quelque peu nui à la campagne de Khan, d’autant qu’il y a dix ans, Khan et Livingstone avaient des opinions bien plus proches, notamment sur Israël. La politique identitaire est toujours à double tranchant.

Sadiq Khan a été accusé d’affinité avec les islamistes. Est-ce le cas? Ce soupçon a-t-il pu jouer en sa défaveur?

Il est très difficile de répondre à cette question. Les activités professionnelles de Khan – il était avocat spécialiste des droits de l’homme – l’ont, dit-il, mené à côtoyé des représentants de l’islam radical, voire à dialoguer avec eux lors de débats. Mais comment distinguer ses obligations professionnelles d’une possible tolérance indue?

On observe surtout un changement d’attitude depuis dix ans. En 2004, il a par exemple participé, en tant que candidat à la députation pour le Labour, à une conférence avec cinq extrémistes islamistes, organisée par Friends of Al-Aqsa, un groupe pro-palestinien qui a publié des travaux du révisionniste (selon les termes du Guardian) Paul Eisen. A cet événement, les femmes devaient emprunter une entrée distincte des hommes! La même année, président des affaires juridiques du Muslim Council of Britain, il a participé à la défense de l’intellectuel musulman Dr Yusuf Al-Qaradawi et nié le fait que celui-ci soit un extrémiste. Il est pourtant l’auteur d’un livre, The Lawful and Prohibited in Islam, où il justifie la violence domestique à l’égard des femmes et soutient les opérations martyres contre les Israéliens.

Cependant, pendant la campagne électorale, Khan n’a cessé de condamner l’extrémisme, et demandé la suspension de Livingstone après ses remarques antisémites. Il est aussi haï par certains radicaux car il soutient le mariage gay. Ce changement d’attitude est-il pure tactique ou est-il sincère? Inversement, sa supposée proximité ancienne avec certains radicaux était-elle sincère, où là encore tactique? Dans tous les cas, je ne crois pas que Khan cautionne l’extrémisme. En revanche, il représente une voix assez commune à gauche – surtout dans ce que j’appelle «la gauche du ressentiment» représentée par Corbyn, que Khan a d’ailleurs soutenu en septembre dernier pour son élection à la tête du Labour: celle qui consiste à expliquer les attitudes des extrémistes et des terroristes par la seule et unique faute de l’Occident. Ainsi en 2006, élu député, Khan était l’un des signataires d’une lettre au Guardian qui attribuait la responsabilité des attentats terroristes – comme celui du 7 juillet 2005 à Londres – à la politique étrangère britannique, notamment son soutient à Israël. Cette position et l’ambiguïté passée de Khan ont forcément créé un soupçon en sa défaveur.

Londres est-elle la ville du multiculturalisme heureux?

Oui et non! Tout dépend ce que vous entendez par multiculturalisme. Si vous pensez à la diversité des nationalités représentées à Londres, il y a en effet quelque chose d’admirable dans cette ville et sa capacité à faire vivre ensemble des personnes d’origines différentes.

Mais quand on parle multiculturalisme en Europe aujourd’hui, on le prend dans un sens plus politisé, celui de la complexe relation entre la population d’origine, chrétienne ou athée à coloration chrétienne, et les populations plus ou moins récentes de confession musulmane. En Grande-Bretagne, en apparence, tout se passe bien. Les musulmans modérés sont tout à fait intégrés. Ce qui est assez problématique – comme dans d’autres villes européennes -, c’est l’existence de quartiers entiers où le séparatisme identitaire est visible. C’est le cas dans l’Est de London, notamment dans le borough de Tower Hamlets. 30% de la population y est musulmane, concentrée dans des council houses. En 2014, l’ancien maire, Lutfur Rahman, a été limogé après des soupçons de fraude et de favoritisme communautaire. A Tower Hamlets, beaucoup de femmes sont voilées de pied en cap, suivies de près par leurs maris. La difficulté qui en découle est à la fois anecdotique et majeure: vous ne pourriez pas, si vous en aviez envie, engager la conversation avec elles, car ce voile crée une barrière. Situation rare en France, elle est très fréquente ici. Et pourtant ce quartier abrite l’une des meilleures universités de Londres, Queen Mary University, qui brasse des étudiants du monde entier. Les populations se côtoient donc sans se parler, sans se connaître. Difficile d’y voir un multiculturalisme heureux – ni malheureux d’ailleurs: c’est bien plutôt un multiculturalisme de l’indifférence.

L’insécurité culturelle que traverse la France est-elle aussi une réalité en Grande-Bretagne?

Les Britanniques ne parleraient jamais, comme nous le faisons, d’ «insécurité culturelle». A mon sens, l’insécurité culturelle à la française vient autant du sentiment d’une menace extérieure que d’une perte de confiance dans notre propre modèle. Les Britanniques, malgré la présence de cette «gauche du ressentiment», sont moins enclins au dénigrement de soi. Ensuite, leur interprétation des faits diverge de la nôtre. Beaucoup de Britanniques ne voient aucun mal à la séparation que je viens de vous décrire – pour eux, il s’agit simplement de l’expression de la volonté de certains musulmans attachés à leurs traditions. Tant qu’ils respectent la loi, pourquoi leur en vouloir? Pendant longtemps, la mise en garde vis-à-vis d’une supposée trop faible intégration des musulmans est restée l’apanage des conservateurs britanniques les plus traditionalistes.

Le multiculturalisme commence cependant à perdre de son lustre. Deux séries d’affaires retentissantes, depuis 2014, ont bouleversé le pays: d’abord celle du «Trojan Horse» en 2014 et 2015, où furent découvertes des tentatives concertées de mettre en œuvre, dans plusieurs écoles de Birmingham, une philosophie et des pratiques islamistes ou salafistes.

Pire, on a mis a jour dans les dernières années de nombreux cas d’abus sexuels sur mineurs, perpétrés par des «gangs» dont les membres étaient d’origine musulmane. Ce fut le cas à Rotherham entre 1997 and 2013, où 1400 jeunes filles ont été violées. Cinq hommes d’origine Pakistanaise ont été condamnés. On a découvert des horreurs similaires à Rochdale, Derby et Telford. Le cas le plus récent est celui d’Oxford, où un groupe de sept hommes, entre 2006 et 2012, a exploité sexuellement 300 mineures, avec une violence parfois épouvantable.

La multiplicité des cas est frappante. Surtout, tous les membres des gangs étaient à chaque fois d’origine musulmane, et les jeunes filles – âgées parfois de 12 ans – blanches. C’est pourquoi depuis 2014, date où les premiers rapports officiels ont été publiés, on s’interroge sur une éventuelle motivation ethnique des agresseurs. Par ailleurs, dans de nombreux cas, on a constaté que la police et les conseils locaux avaient tardé à prendre au sérieux les plaintes des victimes, quand ils ne leur riaient pas tout simplement au nez. Aujourd’hui, les autorités émettent sérieusement l’hypothèse que cette timidité et ce déni pourraient provenir de la crainte de la police et des conseils locaux de se voir, à l’époque, accusés de racisme. Ces épisodes sont absolument dramatiques, et en même temps, ils sont peut-être le début d’une prise de conscience salutaire que la tolérance multiculturelle s’est muée, dans certains cas, en aveuglement.

Voir enfin:

Laïcité : l’AMF demande plus de neutralité aux maires
Bernard Gorce
La Croix
18/11/2015

L’association des maires de France (AMF) présente ce mercredi 18 novembre un « vade-mecum » qui entend éclairer les élus sur leurs relations avec les cultes et leurs réponses aux demandes religieuses.

L’association des maires de France (AMF) présente en fin de matinée, ce 18 novembre, les suites de son travail lancé il y a un an sur la laïcité. Leur « vade-mecum » se veut un mode d’emploi très pratique à l’intention de tous les élus dans lequel sont abordées des questions aussi variées que sensibles, comme les tenues scolaires ou la présence des élus aux cérémonies religieuses.

En juin dernier, le président de l’AMF François Baroin (LR) et le vice président André Laignel (PS) avaient déjà formulé des propositions en faveur de la laïcité, à partir des réflexions d’un groupe de travail dirigé par leurs confrères Gilles Platret (LR) et Patrick Molinoz (PRG).

Lors de cette présentation, les responsables avaient tenu des propos très fermes sur la laïcité, n’appréhendant le fait religieux et la présence des cultes que sous l’angle de la défiance. « Ces dernières années, il y a eu toute une série d’accommodements avec la laïcité qui ont conduit à une dérive, expliquait André Laignel (PS) premier vice-président de l’AMF. Certains de nos collègues sont perdus, ils ont besoin d’être confortés. »

Les élus invités à ne pas manifester leurs croyances

Dans cet esprit, le document présenté aujourd’hui formule un certain nombre de prescriptions très précises. Par exemple, le vade-mecum suggère aux élus quelle attitude adopter à titre personnel : « L’AMF invite les élus, dans leur action publique, à s’abstenir de faire montre de leurs propres convictions religieuses ou philosophiques (…) Dans ce cadre, la participation à des cérémonies religieuses, en tant qu’élu, devra se faire dans le strict respect de la neutralité républicaine, c’est-à-dire sans manifestation de sa propre croyance ou non croyance ».

Le document va loin dans les détails : ainsi il rappelle que le fait de ne pas se déchausser dans une mosquée peut représenter « une offense grave vis-à-vis de cette religion » et donc une « entorse à la laïcité ». Le port d’une kippa dans une synagogue relève en revanche d’un « simple usage », précise le document.

Une passion de Bach

L’association invite aussi les maires à respecter la pluralité de l’offre culturelle : ainsi, « la programmation culturelle d’une commune peut naturellement comporter des moments artistiques à connotation religieuse (exemple, en matière musicale : un concert de musique soufie, de musique juive, de Gospel ou une messe de la passion de Bach.) mais à condition de respecter équilibre et diversité. »

Le document met en garde les maires contre de « potentielles entorses à la laïcité dans le cadre du soutien apporté à des manifestations considérées comme traditionnelles (processions, tromenies (Les pardons en Bretagne NDLR), baptêmes de navire, bénédiction de bâtiments…) ».

Une loi contre les crèches dans les mairies

Enfin sur le dossier de l’installation de crèches de noël dans les bâtiments publics, qui a donné lieu ces derniers mois à plusieurs décisions de justice contradictoires, l’AMF prend une position de principe : leur présence dans l’enceinte des mairies n’est pas « compatible avec la laïcité ».

Sur ce point, constatant qu’une jurisprudence « non concordante (…) nuit à la compréhensionde la laïcité », l’AMF a interpellé le ministre de l’intérieur, en charge des cultes et estime souhaitable « une clarification législative ».

Des « tenues homogènes » dans les écoles

À côté de ces prescriptions, l’AMF formule aussi plusieurs demandes : elle alerte l’Ordre des médecins du problème de certificats médicaux de complaisance délivrés pour permettre à des filles de ne pas participer à certaines activités. Le Vade-mecum « suggère qu’il soit éventuellement fait appel à un avis du médecin scolaire ».

L’association, relevant la difficulté des maires « devant la déscolarisation d’un certain nombre d’enfants, et surtout de filles, dont le nombre irait croissant » a « alerté les pouvoirs publics » pour demander un renforcement des contrôles sur « ce phénomène très préoccupant ».

Le document précise aussi que l’AMF a « évoqué avec le ministre en charge de l’éducation nationale l’idée du port de tenues homogènes marquant l’appartenance à l’établissement scolaire ».

Enfin, concernant la petite enfance, l’AMF a saisi la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) et l’association des départements de France (ADF). Elle s’inquiète d’une application différente des règles de la laïcité pour les assistants maternels selon qu’ils exercent dans une crèche familiale publique (le devoir de neutralité s’impose), une crèche privée ou à domicile (l’obligation de neutralité ne s’exerce pas).

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PLUSIEURS NOUVEAUX OUTILS POUR LES COMMUNES

– Créé à l’automne 2014, le groupe de travail laïcité de l’Amf compte une quarantaine de membres. Le vade-mecum est consultable sur le site www.amf.asso.fr (onglet « dossier »).

– Le Centre national de la fonction publique territoriale a réalisé en juin, en collaboration avec le ministère de l’Intérieur et l’Observatoire de la laïcité, un ouvrage intitulé « Les fondamentaux de la laïcité et les collectivités territoriales » : sur le site www.cnfpt.fr (onglet « s’informer »)

– L’observatoire de la laïcité vient de réactualiser un guide intitulé « laïcité et collectivités locales ». Sur le site  : http://www.gouvernement.fr/observatoire-de-la-laicite (onglet « documents »).

L’Association des maires de France relativise la portée de son « vade-mecum » de la laïcité
M.M avec AFP
La Croix
27/11/2015

L’Association des maires de France (AMF) a tenu à préciser le 26 novembre que son « vade-mecum », vivement critiqué et traitant notamment de la présence des crèches de Noël dans les bâtiments publics, visait « simplement à aider les maires » et qu’il ne comportait « aucune valeur contraignante ».

« Sur ce dossier sensible et complexe (la laïcité, ndlr), la démarche de l’Association des maires de France (AMF) vise simplement à aider les maires en leur donnant toutes les informations possibles et à les alerter sur d’éventuels risques juridiques », a précisé l’association présidée par François Baroin (Les Républicains) dans un communiqué du 26 novembre.

Ces précisions de l’AMF interviennent au lendemain d’une montée au créneau de plusieurs élus LR et de l’extrême droite suite à la publication d’un « vade-mecum » répertoriant les bonnes pratiques en matière de laïcité et demandant davantage de neutralité aux maires.

Ainsi, Xavier Bertrand, tête de liste aux régionales en Nord-Pas-De-Calais Picardie, ou l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, se sont élevés contre ce texte. « Nous n’avons pas à nous excuser de qui nous sommes », avait notamment déclaré M. Bertrand.

De son côté le maire de Nice Christian Estrosi (LR) avait défendu sa sainte famille vivante sur une place de la ville, au nom d’une « tradition immémoriale ». Au pays des santons, le député LR du Vaucluse Julien Aubert a déposé des propositions de loi pour « défendre le folklore provençal et l’installation des crèches de Noël », au moyen de dispositions devant compléter la loi de 1905. Le député-maire LR d’Ajaccio Laurent Marcangeli évoquant une « tradition séculaire » fera aussi installer une crèche à la mairie.

Une jurisprudence ‘discordante’

À l’extrême droite le maire de Béziers (Hérault) Robert Ménard, proche du FN, avait promis une crèche de la Nativité « encore plus belle » que l’an passé.

Et les maires varois FN de Cogolin, Fréjus et du Luc-en-Provence, respectivement Marc-Etienne Lansade, David Rachline et Patricia Zirilli, avaient annoncé mercredi leur départ de l’AMF qui, selon ces élus, « bafoue la culture et les traditions » françaises.

Une pétition a été lancée par le député Républicain Hervé Mariton pour demander le retrait du vade-mecum. De son côté, Jean-Frédéric Poisson, du parti démocrate-chrétien, a affirmé que la pétition de sa formation politique en faveur de la présence des crèches dans les mairies avait recueilli près de 89000 signatures.

Mais si l’AMF relativise la portée de ses conseils, pas question pour autant de revenir sur le fond. Dans son communiqué, l’Association rappelle qu’elle évoquait dans son vade-mecum « la nécessité d’appliquer la règle définie à l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, qui proscrit “tout signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit” », et ainsi que « la présence de crèches de Noël dans l’enceinte des mairies n’est pas », de son point de vue, « compatible avec la laïcité ».

Le texte « n’a bien évidemment aucune valeur contraignante, chaque conseil municipal étant libre de ses choix », explique le communiqué, il avait vocation à « nourrir un important débat sur la laïcité prévue en ouverture » du 98e congrès de l’AMF.

L’association des maires de France souligne une fois encore que la jurisprudence est « discordante sur ce sujet », ce pourquoi elle avait « interpellé le ministre de l’Intérieur (le 1er juillet 2015) sur l’hétérogénéité actuelle des jurisprudences qui nuit à la compréhension de la règle par les élus et les citoyens. »

Voir par ailleurs:

Résolution de l’UNESCO sur le Mont du Temple : la France complice d’un mensonge

  • Bernard Hadjadj
  • Le Figaro
  • 02/05/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le conseil exécutif de l’UNESCO a adopté une nouvelle résolution condamnant la politique de l’Etat hébreu. La France a voté pour. Un des anciens directeurs de l’organisation, Bernard Hadjadj s’étonne de cette prise de position.


Bernard Hadjadj est directeur de l’UNESCO à la retraite.


L’UNESCO est atteinte de deux maux qui risquent de la perdre: le reniement et le déni. Reniement de sa raison d’être en fermant les yeux sur l’éducation à la haine de certains de ses Etats membres, déni de l’histoire en amputant le peuple juif de son identité historique et culturelle.

On commencera par rappeler la profession de foi de l’UNESCO à travers le préambule de son Acte constitutif et l’article premier de sa Charte:

«Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix.»

«L’Organisation se propose de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples.»

L’Organisation se renie, se fait parjure lorsqu’elle ferme les yeux sur la propagation de la haine dans les manuels scolaires de la plupart des pays arabo-musulmans et de la Palestine.

En Arabie saoudite, à la question (manuel sur le monothéisme, niveau 10, p.10): «Est-il permis d’aimer les juifs et les chrétiens»? La réponse est rédigée comme suit: «Il est interdit de se lier d’amitié avec les infidèles, de les soutenir ou de les aider par un quelconque moyen

Les ouvrages scolaires en Palestine ne sont pas en reste. On y retrouve tous les mythes antisémites. Par exemple, dans un manuel dédié à l’étude du Coran [Grade 11 (1996) p. 116]:

«… pour cette raison, les juifs ont été connus parmi les peuples comme étant avides, avares, lâches, faibles, envieux et humiliés. Si vous pénétrez profondément dans leur âme, vous y découvrirez hostilité, haine, penchant pour la corruption…»

Comment donner crédit à une Organisation qui tout en développant des programmes d’éducation à la paix et à la tolérance accepte que ses Etats-membre profèrent la haine? En rejoignant l’UNESCO les pays signataires ont adhéré aux fondements éthiques de l’Organisation tout en s’engageant à les mettre en œuvre notamment par l’éducation.

La toute première priorité de l’Organisation aurait dû être de s’assurer du respect de sa raison d’être en veillant au contenu éducatif des manuels scolaires de tous ses Etats membres. Hélas, il n’en a rien été, ce qui a ainsi contribué à décrédibiliser une organisation porteuse pourtant de nobles idéaux.

Reniement de ses valeurs lorsqu’il s’agit des pays arabo-musulmans, mais intransigeance lorsque Israël censure des contenus éducatifs qui appellent à sa destruction. Israël est ainsi condamnée em ces termes par la résolution 38C/72 et la décision 197 EX/33 concernant les institutions éducatives et culturelles dans les territoires arabes occupés:

«Le Conseil Exécutif prend note avec une vive préoccupation de la censure pratiquée par Israël sur les programmes d’enseignement scolaires et universitaires palestiniens à Jérusalem-Est, et prie instamment les autorités israéliennes de mettre immédiatement fin à cette censure.»

Maison des cultures du monde, de la pensée critique, du dialogue, l’UNESCO, dont un des grands programmes est consacré aux sciences sociales et humaines, joue dangereusement à réviser l’histoire, à se complaire dans un déni de réalité.

Dans la pure tradition des révisionnistes, elle a fini par dénier tout lien entre le peuple juif et Jérusalem. Fin octobre 2015, par la décision 185 EX/15, elle a classé le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel comme sites musulmans et palestiniens, et exigé qu’Israël les retire de son patrimoine national. Mais elle vient de franchir un pas supplémentaire dans le négationnisme. Le mois d’avril 2016 pourra être retenu dans son histoire comme le jour où le Conseil Exécutif, en grand falsificateur, a dénié tout lien entre les juifs, le Mont du Temple et le mur Occidental. Cette résolution 199 EX/19 a été adoptée par 33 pays, et parmi eux la France (mais pas l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande du Nord ni les Etats-Unis, qui ont voté contre). Ainsi nos «Lumières» s’estompent sous un épais voile de fumée. Et l’on se demande s’il ne faudrait pas recommander aux Etats-membres de l’UNESCO de promouvoir maintenant une résolution visant carrément à supprimer dans l’Histoire de l’humanité (éditions Unesco) tous les passages relatifs à la présence juive à Jérusalem et dans le royaume de Judée.a

Conscience intellectuelle des Nations, l’UNESCO est devenue une organisation sous influence, s’inscrivant dans la pure tradition des totalitarismes du XXème siècle. Perdant ainsi sa légitimité, a-t-elle encore sa raison d’être?


Mutilations génitales: A quand une journée de l’excision pour tous ? (It’s islam, stupid ! – Data show a negative relationship between education and excision and between schooling and Islam)

23 avril, 2016

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Percentage of girls and women aged 15 to 49 years who have undergone FGM, by religion
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Ô Umm ‘Atiya, coupe légèrement et n’exagère pas car c’est plus agréable pour la femme et meilleur pour le mari. Hadith
 La circoncision est une sunna pour l’homme et un honneur pour la femme. Hadith
Comment une religion qui protège l’être humain pourrait-elle recommander un acte si douloureux, si mutilant, si handicapant pour celle qui l’a subi ? Il serait incohérent d’attribuer à l’islam une telle pratique alors que celui-ci accorde à la femme de nombreux droits dont celui d’être satisfaite par son mari. Aslim Taslam
Toute la jurisprudence islamique, depuis l’avènement de l’islam il y a 14 siècles, reconnait et permet l’excision. Il existe des désaccords concernant le statut de l’excision dans la charia. Certains estiment que l’excision est exigée par la charia tout comme l’est la circoncision masculine. D’autres estiment que c’est une pratique traditionnelle. Mais tout au long de l’histoire de l’islam, jamais personne n’a émis l’idée que l’excision est un crime. Il y a un consensus religieux sur ce point depuis 14 siècles. Muhammad Al-Mussayar, Al-Azhar)
Concernant la circoncision féminine, il y a consensus parmi les savants que la circoncision féminine est Sunnah, qu’elle est recommandée par la charia. Coupez légèrement et ne coupez pas beaucoup. C’est susceptible d’encourager la chasteté des organes sexuels et c’est meilleur pour le mari. Cheikh Haitham al-Haddad (basé au Royaume-Uni)
La « mutilation génitale féminine » est avant tout une étiquette désobligeante et subversive L’utilisation préemptive de cette expression est aussi blessante que de commencer une conversation au sujet du droit des femmes à l’IVG en qualifiant l’avortement de « meurtre d’une vie innocente ». Les avocats revendiquant le droit à l’avortement ont raison de s’opposer au dénigrement implicite de cette étiquette; beaucoup de femmes africaines s’opposent pareillement à qualifier de « mutilation» une pratique qu’elles décrivent en termes locaux comme « fête » ou « purification » ou « nettoyage » ou « embellissement ». Il est d’ailleurs significatif que dans la plupart des groupes ethniques où les opérations génitales féminines sont courantes, les opérations génitales masculines sont également courantes et décrites dans les mêmes termes. Richard Shweder (anthropologue, Université de Chicago, 05.12. 07)
Oui, c’est une évidence flagrante qu’il y a des risques liés aux infibulations. Mais il est tout aussi évident qu’une petite entaille, pratique qui ne comporte aucune ablation de tissu ou d’altération définitive des organes génitaux féminins, n’est pas plus risquée que les formes de circoncision masculine ou de piercing qui sont largement (bien qu’évidemment pas uniformément) admises dans la société occidentale. (…) La recherche épidémiologique nous renseigne sur le degré de risque de divers types associé à différentes formes de pratiques. Elle ne nous dit pas quand le risque est trop grand. Et qui décide quand le risque devient trop important ? Cela doit-il être décidé par des organismes internationaux? Des gouvernements ? Quand cela devient-il une nouvelle forme d’impérialisme culturel? Bettina Coquille-Duncan (anthropologue, université de Washington, 28.02.08)
Il serait peut-être plus efficace, en guise de compromis, pour éviter un mal plus grand, que les lois fédérales et les états autorisent les pédiatres à pratiquer une entaille rituelle pour satisfaire la demande des familles. Académie de Pédiatrie Américaine (06.05.10)
Les médecins australiens envisagent d’accepter une forme de mutilation sexuelle chez les nouveau-nés de sexe féminin. La mutilation aurait lieu dans un environnement clinique adapté pour empêcher les pratiques “sauvages” réalisées par les immigrés africains. The Daily Telegraph
Un des risques pour la science est quand des résultats politiquement corrects sont bien accueillis, aisément publiés et sans cesses cités, alors que des résultats politiquement embarrassants sont ignorés ou marginalisés. Ceci n’est peut-être jamais plus évident que dans l’étude « de la mutilation génitale féminine » où les rôles des chercheurs et des activistes politiques semblent souvent confondus. (…) La question clé est la suivante: Accepterions-nous aussi aisément les résultats de la recherche qui contredisent la connaissance médicale existante dans d’autres domaines que « la mutilation génitale féminine »? Les résultats de la recherche au sujet du diabète ou de l’asthme seraient-ils acceptés par exemple sans les habituelles procédures de contrôle les plus rigoureuses? Sara Johnsdotter et Birgitta Essen (Uppsala University, 23.02.08)
A partir de quelle quantité de sang les parents seront-ils satisfaits? Il y a de par le monde des pays où battre sa femme est autorisé, où l’esclavage et les abus sexuels sur les enfants sont permis. Nous n’autorisons pas ces coutumes dans notre pays. Nous n’autorisons pas les gens à pratiquer “un peu d’esclavage” parce qu’ils risquent de le pratiquer malgré tout. Nous n’autorisons pas les gens à battre leur femme “un petit peu”, pour prévenir le fait qu’ils le feront de toute façon. Georganne Chapin (directrice de Intact America)
Ce que nous proposons, c’est que des formes inoffensives de rituels génitaux féminins soient permises en vertu de la loi, et que les gens qui pratiquent les mutilations génitales soient encouragés à pratiquer cette procédure mineure plutôt que la mutilation. Il s’agit essentiellement d’une procédure où l’extérieur du vagin, la vulve, est entaillée avec un bistouri ou une aiguille, causant un écoulement de sang de manière stérile avec un crème anesthésiante. (…) Il n’y a aucune ablation. On parle d’une coupure d’environ un millimètre, qui devrait guérir complètement et rapidement sans laisser de cicatrice, de problèmes sexuels, de problèmes de reproduction, ou de douleur résiduelle. Le but est d’offrir aux gens qui croient qu’il doit y avoir une procédure rituelle spécifique selon le sexe – par exemple certaines cultures ou religions pratiquent la circoncision des garçons – une alternative sûre, dans la mesure où ils sont disposés à l’accepter. (…) C’est un manque de sensibilité culturelle car ces choses sont importantes pour des gens, et nous leur disons qu’ils ont tort, qu’ils sont des criminels. Et dans certains cas – pas avec l’infibulation, mais avec quelque chose comme une entaille vulvaire – nous autorisons des procédures comparables dans la culture majoritaire. Si c’est une chose à laquelle nous sommes habitués, nous permettrons la circoncision masculine, si une adolescente veut modifier la forme de ses seins, nous lui permettrons de subir cette opération. Si nous devons faire une comparaison avec l’entaille vulvaire : nous permettons aux parents de percer les oreilles de leurs fillettes, mais si la culture est étrangère, si elle est plus exotique, s’il s’agit d’une culture que beaucoup de gens n’aiment pas, dans ce cas, les procédures les plus minimalistes telles qu’une entaille vulvaire sont criminelles, et cela semble discriminatoire. (…) On parle d’un nouveau-né, peut-être un nouveau-né qui n’a pas développé la sensation de ses organes génitaux. On parle d’une entaille qui dure une seconde, qui est complètement guérie dans une couple de jours et dont les effets objectifs ne diffèrent pas du perçage des oreilles. La différence, bien sûr, est qu’il s’agit des organes génitaux, et tout ce qui touche à ces organes suscite des réactions très fortes. Dr Allan Jacobs (2016)
It is incredibly comfortable and there’s no sun block and you’re not getting a tan. Celebrity chef Nigella Lawson
A Sciences-Po chaque jour est une fête. Grâce à un bureau des étudiants hyperactif, l’année est plus rythmée qu’une semaine au Club Med. On connaissait bien sûr la Queer Week, «espace d’action et de réflexion autour des genres et des sexualités», organisée depuis 2010, dont la marraine était cette année la «lesbienne invisible» Océane RoseMarie. Cette année, durant une semaine en mars 2016, les étudiant-e-s et leurs professeur-e-s ravi-e-s ont pu admirer les stands de la Brigade du Stupre, ou celui du collectif GARCES dont l’animatrice confie «arpenter les manifs pour crier des misandries intersectionnelles et emmerder les mascu». Après Océane Rosemarie, il se dit que le Concombre Masqué parrainera l’édition 2017, placée sous le signe de l’intersectionnalité heureuse et du mascu vaincu. Non mais c’est vrai quoi : H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir ? Si le mois de mars était celui de la guerre des genres, du dévoilement transgressif et de la chasse au mascu, en avril en revanche on ne se découvrira pas d’un fil à Sciences-Po puisqu’un autre collectif «d’étudiant-e-s» a décidé d’organiser cette fois un «hijab day» dans les murs de la vénérable institution qui doit quelquefois se fatiguer elle-même d’être de tous les combats. Après la récente polémique de la mode islamique, les étudiants de Sciences-Po ont dû penser qu’il était temps d’inverser la vapeur et de hisser les voiles pour voler au secours des minorités opprimées tout en restant trop tendance. Non mais c’est vrai quoi: H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir? Pas question, quand on étudie à deux pas des plus jolies enseignes parisiennes, de laisser passer la sortie d’une nouvelle collection printemps-été! Et puis afficher sa solidarité avec les femmes voilées c’est bien, Esther Benbassa l’avait dit et Europe-Ecologie-Les Verts avait organisé une ‘journée hijab’ contre la voilophobie il y a près de trois ans, en août 2013, dans le sillage de la styliste américaine Nazma Khan qui a lancé l’initiative reprise aujourd’hui dans 140 pays… sauf la France, se désolaient il y a quelques mois les initiateurs du World Hijab Day Lyon, «un événement destiné à déconstruire les préjugés», malheureusement interdit en janvier dernier par le méchant préfet Delpuech et la préfecture de Lyon, sous couvert d’état d’urgence. Heureusement que Sciences-Po Paris est là pour rattraper le coup! Quand on pense que 116 pays ont pu tranquillement organiser une journée du hijab, que la ville d’Ottawa a même accepté que s’organise une journée d’ateliers d’essayage pour inviter les non-musulmanes à «porter le foulard islamique pour mieux comprendre la réalité des hijabis, leurs sœurs voilées», on comprend qu’un collectif d’étudiants de Sciences-Po ait décidé qu’il était temps que la patrie d’Yves Saint-Laurent, Dior et Chanel soit moins voilophobe et textilorétrograde. Et puis même Geneviève de Fontenay est d’accord: «Moi je les soutiens ces femmes musulmanes! Quand on voit la mode française avec ses jeans troués et rapiécés, tout cet exhibitionnisme, soyons au moins tolérants!» Avec une caution pareille, comment ne pas se sentir légitime? Pour remercier Geneviève, les étudiants de Sciences-Po auraient dû imposer en sus du hijab celui du chapeau à large bord pour toutes les étudiantes. Que les réfractaires se rassurent cependant, Fatima Elo, présidente-fondatrice de l’association Politiqu’Elles, association féministe soutenant l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, expliquait ce mercredi matin à l’antenne de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, que «personne ne sera forcé à porter le voile, c’est du volontariat». Par contre, on ne s’assiéra plus à côté des grincheux voilophobes à la cantine. Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire. Fatima Elo expliquait également ce matin chez Bourdin que derrière l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, «l’idée était d’aborder la question du voile avec humour». Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire, et les nombreuses intéressées qui subissent menaces, insultes et violences quand elles refusent de porter le voile ont dû bien rire à cette bonne blague et être soulagées que les étudiants de Sciences-Po s’intéressent enfin à leur sort. Comme les y invitait ce matin une twitto: «Aux nanas de @sciencespo qui font le #HijabDay n’oubliez pas de servir les garçons à table à midi et de mettre des gants pour serrer la main.» Mais la blagounette a l’air d’être mal passée, à en juger par l’avalanche de réactions négatives qu’elle a provoqué dans la presse. On pourrait presque croire que le sujet est devenu ces derniers temps un peu sensible…Et comme on n’est jamais aussi bien trahi que par les siens, voilà que l’antenne FN de Sciences-Po Paris produit un communiqué assassin: «Ce geste relève de l’imposture politique d’une bourgeoisie parisienne déconnectée des réalités sociales, qui exacerbe par ce jeu naïf les tensions communautaires». Maudit Richard Descoings! En instituant ses antennes ZEP et ses bourses à destination des étudiants plus défavorisés, l’ex-vénéré directeur de Sciences-Po a fait rentrer dans les murs une cohorte de jeunes loups qui ont grossi les rangs du parti lepéniste et lui ont permis de faire une entrée fracassante dans le pré carré du progressisme éclairé où il vient désormais s’autoriser à gâcher la fête en toutes occasions. Laurent Cantamessi 
While we would consider female genital surgeries as both unnecessary and hazardous—unnecessary because they have no health benefit, and hazardous because the risks they are associated with are considered high—these two convictions, in fact, constitute fundamental points of disagreement. In the societies where they are practiced, female genital surgeries may be considered necessary for reasons that have nothing to do with health but that are thought to be crucial to the definition of a beautiful feminine body, the marriageability of daughters, the balance of sexual desire between the sexes, or the sense of value and identity that comes from following the traditions of the group (…). In that sense, these operations may be compared to some of the « unnecessary » surgeries that men and women undergo in other societies, a topic on which much has been written. The parallels have been made, and readily come to mind: what about the circumcision of male infants? and what about breast implants, nose jobs, and other plastic surgeries? Are female genital surgeries different from the former because of what they excise—an organ whose sole purpose is sexual enjoyment, compared to a somewhat less indispensable piece of skin? Do they differ from the latter because of who makes the decision—the person herself versus her parents? And if so, then is the harm less in the exact consequences of the operations than in the fact that they are carried out without the true consent of the individual? It be- comes clear from these questions that unequivocal answers cannot emerge from applying objective criteria, and that scientific assessments are inseparable from subjective judgments and ethical principles. In addition, female genital surgeries would not be perceived to be especially risky by the population if it is, in fact, true that most women go through them without severe complications, and because the extent to which discomfort is expected and thought to be unavoidable varies greatly among different groups. The actuarial notion of health risk that is familiar to most individuals in societies with high literacy and numeracy, as well as extensive health systems and insurance coverage, is not as likely to be found in societies where schooling is limited, life expectancy is lower, health systems are rudimentary, and pain must often be confronted. Hence, modifying the evaluation that individuals make of the risks of genital surgeries entails not merely education about the possible health damage, but also changes in a whole set of factors that shape the demography, economy, and health care of the population. Carla Makhlouf Obermeyer (Harvard)
Dans les régions (d’Afrique) où il fait chaud, les gens sont contraints d’exciser les filles à titre de thérapie car dans ces régions, les clitoris sont trop grands et gênent l’époux. On excise ce qu’il y a en plus, mais ce n’est pas vrai que l’excision supprime le plaisir chez les femmes, c’est l’occident qui a exagéré le sujet. L’excision est une opération esthétique pour la femme. Habib Ellouze (député tunisien Ennahda, 2013)
L’excision n’est mentionnée dans aucune tradition islamique ni dans le Coran. Les textes qui la recommandent sont totalement trafiqués, comme le soulignait le grand imam de la Mosquée Al Azhar au Caire en 1997 pour justifier son interdiction. De toute façon, l’excision est pratiquée autant chez les Coptes, les chrétiennes d’Egypte, que chez les musulmanes. Cette horreur remonte à la nuit des temps, celle des Pharaons. Jusqu’à aujourd’hui, puisque malgré les lois les filles du Nil n’en sont toujours pas préservées : en 2008, on estimait à 70% le nombre d’Egyptiennes excisées ! Martine Gozlan (Marianne)
Dans le monde, 100 à 140 millions de filles et de  femmes  ont  subi  une  mutilation  sexuelle.  (…) Le  phénomène est présent essentiellement en Afrique sub-saharienne et dans quelques régions du Proche-Orient  et de l’Asie du Sud-Est (Yémen, Indonésie et Malaisie).  Près de 5  % des victimes vivent dans des pays du Nord,  soit  plus  de  6,5  millions  de  filles  et  de  femmes.  Elles  résident principalement dans les pays européens d’immigration africaine ainsi qu’en Amérique du Nord. Une trentaine de pays d’Afrique concernés. En  Afrique,  on  recense  28  pays  où  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  pratiquées. (…) D’un  pays à l’autre, la proportion de femmes excisées varie  beaucoup,  s’échelonnant  de  1,4  %  au  Cameroun  à  96  %  en  Guinée  au  début  des  années  2000.  Trois  groupes de pays se distinguent  : les pays où la  grande  majorité  des  femmes  sont  excisées  (plus  de  85  %)  ; ceux où la proportion varie selon l’ethnie, la  catégorie  sociale et la génération, seules certaines fractions de la population étant touchées, et où, au total,  entre  25  et  85  %  des  femmes  sont  excisées  ;  enfin,  les  pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25  %. (…) La pratique des mutilations sexuelles féminines  est souvent présentée comme la conséquence d’injonctions religieuses, notamment de l’islam. Pourtant, l’excision  était  pratiquée  en  Afrique  bien  avant  l’arrivée  des religions monothéistes et aucun texte religieux ne  permet de la justifier. Il n’y a pas de relation entre la  diffusion de l’islam dans un pays et la proportion de  femmes qui y sont excisées et on rencontre tous les cas  de  figures  en  Afrique.  En  Éthiopie,  par  exemple,  les  trois quarts des femmes sont excisées alors qu’un tiers  seulement de la population est musulmane. Dans  l’autre sens, au Niger, seule une toute petite minorité de femmes est excisée (2  %) alors que le pays est presque  entièrement musulman. En revanche, dans le pays voisin à l’Ouest, le Mali, également musulman, plus de 90  %  des  femmes  sont  excisées.  Quant  aux  pays  voisins  d’Afrique du Nord, l’Algérie, la Libye, mais aussi la Tunisie et le Maroc, l’excision n’y existe pas alors que la quasi- totalité de la population est de confession musulmane. En réalité, le principal facteur du risque de mutilation est l’appartenance ethnique et non la religion, ces  pratiques s’inscrivant traditionnellement dans les rites  d’initiation associés à l’entrée dans l’âge adulte dans  certains groupes ethniques. Ainsi, au Sénégal, musulman à 95  %, et où un peu plus d’un quart seulement des  femmes sont excisées, le groupe ethnique majoritaire,  les Wolofs, ne pratique pas l’excision. Traditionnellement,  elle  n’existe  que  chez  les  minorités,  notamment  les  Peuls, les Toucouleurs, les Soninkés et les Malinkés. La  pratique  recule  dans  la  plupart  des  pays  depuis  quelques années, même si les changements sont lents  dans certains. (…) Le recul dépend beaucoup du degré de mobilisation  des  États  (…)  Des  lois  existent  dans  la  plupart  des  pays mais sont encore rarement appliquées. Par ailleurs, la scolarisation croissante des femmes a  un effet favorable, l’instruction ayant un rôle protecteur  :  dans tous les pays, le risque de mutilation décroît avec  l’augmentation du niveau d’instruction. Armelle Andro et Marie Lesclingand (INED, 2007)
S’il est exact que l’excision n’est pas mentionnée dans le Coran, les « malikites salafistes » affirment néanmoins qu’une certaine forme de « circoncision féminine » (khifâd) serait recommandée pour les filles dans le rite musulman malékite. Ils invoquent le principe d’égalité entre les hommes et les femmes comme argument clé pour justifier l’excision. (…) Certains intellectuels, notamment américains, défendent l’excision au nom du relativisme culturel et de la liberté de culte et remettent en cause la gravité de ses conséquences sur la santé et la sexualité des femmes. La lutte contre l’excision est décrite comme une forme de colonialisme. Les principaux anthropologues qui remettent en cause la lutte contre l’excision sont Richard Shweder, Janice Boddy, Carla Obermeyer, Ellen Gruenbaum et Fuambai Ahmadu, auxquels se joignent certains féministes africains. L’un des arguments les plus forts de ceux qui défendent l’excision explique qu’elle serait l’équivalent d’opérations de chirurgie esthétique pratiquées en Occident, comme la pose d’implants mammaires ou la rhinoplastie. Les militants contre l’excision mettent en avant, eux, que l’excision est la plupart du temps réalisée de manière forcée, sans le consentement de celle à qui les organes génitaux appartiennent. (…) En Afrique, on recense 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées. La proportion de femmes excisées varie selon les pays. Trois groupes peuvent être distingués (chiffres au début des années 2000) : les pays où la grande majorité des femmes sont excisées soit plus de 85 % : Djibouti, Égypte, Éthiopie, Érythrée, Guinée, Mali, Sierra Leone, Somalie, Soudan. les pays où seules certaines fractions de la population étant touchées et où 25 à 85 % des femmes sont excisées, proportion variant selon l’ethnie, la catégorie sociale et la génération : Burkina Faso, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée-Bissau, Kenya, Liberia, Mauritanie, Sénégal, Tchad. les pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25 % : Bénin, Cameroun, Ghana, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Tanzanie, Togo. Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes. Wikipedia
Bien qu’aucun texte religieux ne prescrive cette intervention, les praticiens pensent souvent qu’elle a un fondement religieux. Les autorités religieuses adoptent des positions variables à l’égard des mutilations sexuelles féminines: certaines les préconisent, d’autres les considèrent comme étrangères à la religion et d’autres encore contribuent à leur élimination. Les structures locales du pouvoir et de l’autorité, tels que les dirigeants communautaires, les chefs religieux, les circonciseurs et même certains agents de santé peuvent contribuer à conforter cette pratique. Dans la plupart des sociétés, les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une tradition culturelle, argument souvent avancé pour les perpétuer. Dans certaines sociétés l’adoption récente de cette pratique s’explique par la volonté de copier les traditions de groupes voisins. On trouve parfois à son origine un mouvement de recrudescence religieuse ou traditionnelle. OMS (2016)
Le capuchon clitoridien ou prépuce, repli, peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment). Brigitte Mauroy (article « Vulve », Dictionnaire de la sexualité, 2004)
Lisant dans le Dictionnaire de la sexualité (éditions l’Esprit du temps) auquel nous avons collaboré, l’article Vulve que vous avez signé, je me suis grandement étonné de certaines descriptions, sous la plume d’un professeur d’anatomie, de surcroît femme, et dans un ouvrage se voulant à la pointe du progrès scientifique. le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » qui n’est en fait qu’une excision clitoridienne complète; suivie de la salutaire infibulation, triomphe de « l’intégration symbolique » au groupe ethno-culturel. Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles. Les premiers « explorateurs des pays chauds » ont gobé ces inepties, qu’Ambroise Paré et Voltaire ont avalées à leur tour… Il y a quelques siècles. Alors qu’ils n’avaient jamais vu de près la moindre Abyssine ou Turque adulte, et surtout porteuse de son clitoris natif, amputé dès l’enfance. Évidemment les tout dévoués « ethno-psychologues » du style de l’abominable Ehrlich, toujours prêts à venir défendre les plus ignobles mutilatrices, du moment qu’ils peuvent pérorer dans les prétoires, se font l’écho de ces billevesées. Mon Atlas du sexe de la femme (la Musardine, 2001) pourra vous montrer, sur ses 150 photos, des prépuces clitoridiens de toutes les couleurs, mais de conformation rigoureusement identique chez les Européennes, Africaines ou Asiatiques. (…)  Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué. Il reste à souhaiter qu’une deuxième édition, après le gros succès de l’ouvrage permette de remettre les pendules à l’heure… Docteur Gérard Zwang (2004)
Par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle. Antonio Fischetti (Charlie hebdo)
La référence à l’Abyssinie n’a pas été produite par hasard. En effet, c’est dans ce territoire que dès le XVIe siècle des missionnaires jésuites portugais, qui avaient converti la population, ont tenté d’interdire toutes les sortes de circoncision – masculine et féminine. Ils n’agissaient pas par « humanisme » mais pour abolir ce qu’ils croyaient être un rite juif. Aussi se sont-ils heurtés à une forte résistance. Par la suite, rappelle F. Hosken, « les missionnaires se tournèrent alors vers Rome, et appelèrent à l’aide le Collège des Cardinaux de propaganda fide (pour la propagation de la foi) qui dépêcha sur place une mission composée de médecins expérimentés, pour faire un rapport sur la situation. A leur retour, ces médecins déclarèrent qu’à cause de la chaleur, du climat ou de toute autre cause naturelle, « les parties » des femmes de ces pays étaient exceptionnellement développées. Ce qui provoquait le dégoût chez l’homme, et constituait donc un obstacle au mariage. En conséquence, le clergé catholique autorisa ces opérations, à condition toutefois que les Éthiopiens déclarent « qu’elles n’avaient aucun rapport avec la religion juive ». Le clergé proclama que « tout obstacle au mariage devait être supprimé » et l’excision obtint ainsi la bénédiction papale. » En d’autres termes, il y a 500 ans, l’Église a admis que chez les Abyssins la taille des organes sexuels féminins – « exceptionnellement » développés, faisant « obstacle » au mariage – faisait procéder à une « circoncision ». Hélas !, cette « bénédiction papale » a visiblement couru les siècles. Un ouvrage « de référence » en anatomie, figurant dans la bibliographie de l’article de Mauroy, nous en donne une idée terrifiante. En 1889, l’anatomiste Léo Testut publiait la première édition de son Traité d’anatomie humaine, republié huit fois jusqu’en 1948. Et – « ironie » de l’histoire ? –, dans son chapitre consacré à la vulve, il écrit exactement – un peu plus d’un siècle, donc, avant Mauroy –, que le « capuchon du clitoris ou prépuce », ce « repli préputial est relativement peu développé dans nos races européennes. Chez certains peuples de l’Asie et de l’Afrique, il atteint une longueur beaucoup plus considérable et l’on sait que quelques-uns d’entre eux, notamment les Abyssins pratiquent la circoncision chez la femme aussi bien que chez l’homme. » On l’aura compris, la phrase de Mauroy est un plagiat grossier. Une mauvaise copie d’un texte de 1889, dont le propos original est réduit « indélicatement » : le mot « race » – encore heureux – disparaît de la copie, mais chez Testut, il n’est pas écrit « ce qui fait procéder »… Aussi pour en finir, après avoir autopsié cette phrase, rappelons les arguments portés par Mauroy pour la défendre. (…) Tout d’abord, l’argumentation de la plaignante souligne le fait que la phrase traite de « circoncision » et non d’excision, donc de mutilation. Comme nous l’avons vu plus haut, cette assertion n’est aucunement fondée. D’abord parce que la pratique en question n’est pas précise, ni précisée ; ensuite parce que la classification qui fait autorité, celle de l’OMS, définit ce type de « circoncision » comme une mutilation. A ce propos, Fischetti raconte que, en appel, quand son avocat « l’interroge là-dessus, Brigitte Mauroy dit qu’il faudrait changer la classification de l’OMS ! » Et toujours selon le journaliste : « il est question, ici, de l’ablation du capuchon clitoridien, le morceau de peau qui recouvre le clitoris. Cette opération, l’urologue lilloise l’appelle « circoncision », car c’est l’équivalent de l’ablation du prépuce chez l’homme (ce qui est vrai). Elle la différencie de l’« excision » en tant qu’ablation du clitoris, et, comme la circoncision masculine est très répandue, Brigitte Mauroy banalise l’ablation du capuchon clitoridien. Dans ses colloques, elle dénonce donc l’ablation du clitoris, mais pas la circoncision du capuchon clitoridien. » Encore faut-il que la « circoncision du capuchon clitoridien » soit effectuée pour « raisons médicales », par des « professionnels de la santé »… On trouve sur Internet le compte-rendu d’un colloque dans lequel Mauroy est intervenue – organisé en 2006 à Lille par l’association Gynécologie Sans Frontières. En introduction, le gynécologue Richard Matis rappelle que « la circoncision [masculine] est le plus souvent réalisée dans des conditions chirurgicales correctes et les complications revêtent un caractère exceptionnel. Or les mutilations sexuelles féminines n’entrent pas dans ce cas de figure. La circoncision masculine peut être le sujet d’un débat, mais celui-ci se trouve dépourvu de rapport avec la question des mutilations sexuelles féminines. » Lorsqu’une « circoncision du capuchon clitoridien » est opérée à des fins « non médicales », sur des fillettes, il s’agit d’une mutilation sexuelle féminine : c’est le cas « chez les abyssins notamment » où l’on peut franchement douter des « conditions chirurgicales » réunies par les « praticiennes traditionnelles » qui, comme nous l’avons dit, y détiennent un « monopole ». Celui du rasoir qui ne fait aucune différence entre « capuchon », « gland » ou « corps » du clitoris. Il tranche. Deuxièmement l’urologue et son conseil ont affirmé, en première instance et en appel, que cette phrase est chargée d’une portée historique. Elle serait un rappel de ce qui se faisait/se disait jadis. Certes, les références bibliographiques de son article « Vulve » sont diachroniques, d’un traité d’anatomie datant de 1791 aux manuels les plus récents. Et, cela a été dit, la phrase est en réalité une copie d’un texte de 1889. Mais aucune référence n’indique qu’elle est tirée du Testut ou qu’elle se rapporte à telle ou telle époque. De plus, elle n’est pas entourée de guillemets de citation et, plus exactement, est conjuguée au présent, un présent de vérité générale. Il est donc impossible de cerner la moindre analyse diachronique ou de comprendre que Mauroy a « repris » Testut. A ce propos l’argument entendu en première instance selon lequel l’article en question constitue un texte de vulgarisation scientifique qu’il conviendrait de lire avec plus d’indulgence laisse perplexe. Car vulgariser ne veut pas dire bâcler. Ni plagier. Vulgariser ne permet pas d’oublier la rigueur et la méthode critique. Bien au contraire puisque, par définition, un texte de vulgarisation sera moins soumis aux critiques de la communauté scientifique et plus directement exposé au reste de la société. Il s’agit donc pour son auteur de redoubler de vigilance. D’autant plus lorsque le scientifique aborde une « coutume » mutilatrice, pratiquée sur des fillettes, par des « praticiennes traditionnelles » et chez des peuples qu’il ne connaît pas. (…) A nos yeux, les enjeux voilés par ce procès « de presse » ne sont d’aucune commune mesure avec la réputation d’une savante, entrée en politique et par là dans la ligne de mire d’un journal que nous ne soutenons guère. Que devient son statut de « scientifique » quand, de peur d’être disgraciée, elle refuse d’étayer ou de réfuter ses dires, mis en cause par un membre de sa corporation ? Tout ça n’est que politique. Cette histoire est certes « inutilement blessante », mais pas pour la plaignante… Elle l’est pour les victimes, exclusivement pour les victimes de mutilations sexuelles. Lillie 43000
À quoi peuvent bien songer à cette heure les patientes qui attendent leur tour dans les cabinets respectifs des docteurs Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, à Cleveland, Ohio ? Sont-elles en train de feuilleter le dernier numéro du Journal of Medical Ethics, dans lequel ces deux gynécologues américains se déclarent favorables à des excisions « minimalistes », au nom d’un « compromis » permettant de préserver les « traditions culturelles et religieuses » tout en restant civilisé et en pratiquant des honoraires libres ? N’éprouvent-elles pas une légère appréhension au moment de poser les pieds sur les étriers du siège ? Si j’étais une femme, j’y réfléchirais à deux fois avant de confier la santé de mes parties intimes à de tels praticiens… Certes, ces deux experts en « éthique » médicale semblent imbattables en finasseries sémantiques – ils répugnent à employer le terme « mutilation » pour qualifier l’excision, préférant parler d’ « altération génitale » -, mais je doute que le fait de passer un coup de langue de bois sur le clitoris avant de le trancher rende l’opération plus agréable. Ni plus justifiable. Charlie hebdo (0.03.2016)
Jews from Arab countries where FGM  is practiced do not practice FGM. However, major  immigration of Jews from Ethiopia to Israel permit- ted study of this practice. We confirmed the report  that Ethiopian Jews did practice FGM in Ethiopia (17).  Moreover, we reported the dramatic and total cessation  of this custom among this community after immigra- tion to Israel. This study of FGM is one of the few to  combine  anthropological  interviewing  techniques   with physical gynecological examination. Interviews  were conducted in two different absorption centers for  recent Ethiopian immigrants. First we interviewed (18)  six elderly women from the Tigray area and six elderly  women from the Gondar area. They were considered  to be good informants by social welfare staff. Two  young educated translators, one from Tigray and one  from Gondar, were also interviewed. One member of  each group had been a professional female circumciser  (Gherazit)  in Ethiopia (…) All interviewed women agreed that FGM was norma- tive among Jews in Ethiopia. None felt that the custom  was a result of assimilation into Christianity.  (…) y  contrast  with  the   Bedouin, Ethiopian Jews give up FGM immediately on  arrival in Israel. They see themselves a part of a Jewish  society that does not practice FGM. No signs of distress  or nostalgia for the custom were expressed. These data  suggest that cultural change is often a function of iden- tity. Rapid cultural change without evident distress may be possible, if individuals or a group consciously accepts  a new identity. An additional finding in this study, as  in the Bedouin study (3), was a gap between physical  findings and the anthropological report. Although  FGM was normative for all Jewish female infants in  Ethiopia, only about a third had evidence of old genital  scars, and only 27% had clitoridectomy. This illustrates  a well-known phenomenon in anthropology whereby  interviews elicit descriptions of accepted norms that  may reflect behavior of only a minority of individuals in  practice. For instance, interviews of Israeli or American  adults about marriage would yield various normative  customs, although in practice divorce, out of wedlock  motherhood, and adultery are commonplace. It would  be interesting to discover what factors affect whether a  Gherazit  made a major or minor incision in practice,  despite the normative custom of clitoridectomy. This study and its predecessor (3) are among the few  studies of FGM to combine anthropological interviews  with physical examination (19, 20). Most knowledge of  the physical nature of FGM comes from the occasional  cases that reach hospital because of medical complica – tions; these could be only the most extreme forms in  the population. Our study also emphasizes the dangers  of drawing conclusions from interview data only, since  many women are unaware of the anatomical nature of  their own FGM. RH Belmaker (2012)
In the UNICEF’s document (…) the percentage of 91% is given as prevalence of FGM in Egyptian girls and women in reproductive age, that is between 15 and 49 years (…) does not differentiate between Muslim and Christian Egyptian girls and women. (…) Unlike in Islam, FGM has no religious backing whatsoever in Christianity; nonetheless, it’s practiced by Copts, and it has become a social norm within Coptic communities, in the sense that Coptic families that have their daughters cut do that a. because others who matter to them have their daughters cut; and b. and because they believe that others who matter to them think they should have their daughters cut. This is a consequence of assimilation to the dominant Muslim society. (…) The first thing to note is that the prevalence of FGM in the Copts is lower than that in Muslim Egyptian society but, nevertheless, it’s still high: 92% in Muslims and 74% in Copts, a difference of 18%. (…)  56% of Muslim girls and women support FGM while only 22% Copts support it. Coptic boys and men are, too, ahead in their support for the discontinuation of FGM when compared to Muslim boys and men, all aged 15-49 years: Only 20% of Coptic boys and men support FGM while 60% Muslim boys and men support it. (…)  In my opinion, the FGM problem within the Muslim society is religious and social – in the Coptic society the forces that work to sustain it are social and not religious. Dioscorius Boles
Circumcision is a part of the Islamic teachings that were recommended for Muslims, both male and female. The MUI and Islamic organizations in the country firmly stand against any efforts to ban female circumcision. Amrisyah Tambunan (MUI)
I’m happy. My daughter is now clean. Many girls are getting pregnant out of wedlock these days. Circumcision hopefully will prevent my daughter from becoming oversexed, and will make her less amorous when she grows up. Yuli (27-year-old seamstress, Bandung)
Half of girls under 11 years old in Indonesia are circumcised, according to the latest finding by UNICEF, raising awareness and calls for bans on female genital mutilation (FGM) practices in the world’€™s most populous Muslim majority country. It is the first time the global report has included Indonesia on the list, but the country ‘€” combined with Egypt and Ethiopia ‘€” accounts for half of 200 million girls and women in 30 countries that have undergone FGM, the study reveals. (…) According to the data, 14-year-old girls and below represent 44 million of those who have been cut, and Indonesia is among the three countries with the highest prevalence of FGM among this age group, along with Gambia and Mauritania. (…) The practice is common in Jakarta, which is among the 10 provinces with the highest percentage of circumcised girls aged 11 and below, at 68.1 percent. (…) FGM in Indonesia is strongly related to culture and religion. In Gorontalo, girls are circumcised before their third birthday in a traditional ceremony called mongubingu, as proof of their compliance to Islam. Indonesian authorities tried to ban FGM 10 years ago, but the Indonesian Ulema Council (MUI) issued a fatwa saying that female circumcision was part of religious practice. In response, the Health Ministry softened its stance, issuing regulations that said the practice should only be done by medical professionals in a noninvasive way that did not injure girls and women. However, in 2013, the ministry revoked its regulations on female circumcision. The ministry’€™s director general of mother and child health and nutrition supervision, Anung Sugihantono, said the government did not acknowledge female genital mutilation as a medical practice. The reasoning behind it is that the government acknowledges female circumcision only as a part of Indonesian culture, according to him. The government’€™s definition of female circumcision was ‘€œan act of scratching the skin that covers the front of the clitoris without injuring the clitoris’€. The Jakarta Post
Various forms of FGM/C are practised in different parts of  Indonesia. Type I (commonly referred to as clitoridectomy)  and less invasive procedures (Type IV) are the two forms  generally practised in the country. A  fatwa  issued by the  Indonesian Ulema Council ( Majelis Ulama Indonesia  – MUI) 1 in 2008 recommends that female Muslims undergo FGM/C  since it is considered a rule and symbol of Islam. According  to the  fatwa , the practice should be done by eliminating the  membrane (jaldah/colum/praeputium) that covers the clitoris  but that it should not involve cutting, injuring or damaging  the clitoris by either incision or excision. According to the Ministry of Health regulation (Article 1,  paragraph 1 Permenkes 1636/2010), FGM/C is an act of  scratching the skin that covers the front of the clitoris,  without injuring the clitoris. It is cleaning the vulva from  dirt/smegma or mucus that exists between the cover/frenu- lum of the clitoris and the glans of the clitoris. UNICEF
Unlike findings of FGM practices in Africa that tends to ruin almost all female  genital parts, from the cutting of all the clitoris, labia minora, to even stitching the vagina  and only leaving a hole for sexual intercourse, the literature review on FC practices in  Indonesia could not present sufficient evidence of a harmful traditional practice with  sexual, reproductive and psychological health impacts.  This implies that any efforts to  eliminate FC can not be carried out by health and development advocates simply using  legal and international human rights mechanisms related to the concept of women’s equity,  health rights and bodily integrating.   The FC practices in Indonesia  seem to relate to the descriptions in the unclassified type (Type IV) which combines:  pricking, piercing or inc ising of the clitoris and/or labia, stretching of the clitoris and/or  labia, cauterization by burning of the clitoris and surrounding tissue; scraping of tissue  surrounding the vaginal orifice or cutting of the vagina, introduction of corrosive  substances  or herbs into the vagina to cause bleeding or for the purposes of tightening or  narrowing it; and any other procedure that falls under the definition of FGM given above  (WHO, 1998). The existing literature could not present any evidence that FC in Indonesi a is  similar to FC in Egypt and some African countries.  (…) Previous studies in Indonesia confirmed findings from international literat ure that  FC is not a religious requirement for Muslims in Indonesia.  FC is merely the practice of  tradition.  There is no verses in the Qur’an that support FC, however, many associated the  practice with the hadith or sayings in which the Prophet Muhammad  PBUH instructed the  circumciser to  “Cut off only the foreskin (the prepuce or outer fold of skin over the clitoris)  and do not cut off deeply (not cutting the clitoris itself), for this is brighter for the face (of  the girl) and more favorable with husband.”   This hadith is quoted by many Islamic  scholars such as Al – Hakim, Al – Baihaqi, and Abu Dawood.   Most Indonesian Muslim leaders know that, “Circumcision is a commendable act  for men ( sunnah ) and merely an honorable thing for women ( makromah )” (Al – Shawkan i  cited in Badawi, 2002, Salim Al – Awwa, n.d).   Sunnah  includes the words, actions and  approval (or consent) of Prophet Muhammad.  In the context of religious obligation,  sunnah  refers to acts that are commendable but not obligatory.  Therefore, the above hadith  distinguishes male circumcision (MC) as a religious obligatory practice from the non-obligatory of female circumcision (FC) by using the term s unnah.   The existing hadiths  that refer to the removal of a miniscule segment of skin from the female prepu ce clearly  emphasize that FC practice should not provide any harm to the girl-child.  This is merely a  ritual act of tolerance to the pre – Islamic practices (the dark age or  jahiliyah ).  It is clear that  removal of partial or complete clitoris (clitoridectomy) or the entire labia minora, and  medial part of labia majora (infibulation) were never mandated because these acts will  impair a woman’s ability to enjoy sexual relations ( http://www.minaret.org/fgm.htmhttp://www.jannah.org/genderequity/equityappendix.html ).  Unfortunately, individual interpretation in various places has turned this cultural  tradition into a religious doctrine that commands FC as a basic element of religious faith,  similar to the abstention of pork in daily food.  Th ey declared FC practices as a required  act of purification, or a pre – condition to become a Muslim (Ramali, 1951, cited in Feillard  and Marcoes, 1998; Adrina et al, 1998; Tatapangarsa, 1980; Research Team of LSPPA,  1999).  In Limbangan, Central Java, the Is lamic religious leaders perceived that FC is  required by the Islamic law (sunnah  or recommended by the Prophet), a duty for male  believers as well as for the females.  However, the researchers found out that in reality  circumcision was practiced by non – Islamic Javanese too, a practice inherited as a custom  or tradition  (Research Team of LSPPA, 1999).  Feillard and Marcoes (1998) concluded that FC practices in Indonesia were  introduced by Islamic scholars who introduced Islam, because these practices were  p resented only in regions where the majority of the population are Muslim and is non – 10 existent in the areas where non – Muslim ethnic groups live such as the islands of Nias,  Timor, Lombok, Sumba, Flores, Solor, Roti, and among the ethnics of Batak in North  Su matra and Dayaks in Kalimantan. (…) Almost all of the mothers surveyed themselves reported as Islam followers.  They  stated that religious duty was the main reason for practicing FC.  When asked about the  source of such information, they said that the information came from their Islamic teachers  or their parents.  None of the mothers, however, could mention  specific sources or  statements on female circumcision if it were written in the Islamic Holy Book (Al Qur’an)  or the Prophet Guidance (Hadith).  At the same time, many mothers also regarded FC as an  inherited tradition, with inherent cultural value indepe ndent of specific religious obligation.  From in – depth interviews with religious leaders about the basis for FC in Islamic  law, we found that FC had never been an issue in their ‘ dakwah’  and there is no concensus  or ‘ fatwa’  among religious leaders about t he Islamic law or basis for FC.  The law varies  from one  mazhab  to another, from ‘ wajib ’ (obligatory), to ‘ sunnah ’ (recommended but  optional), while some place it at the lowest level of religious duty.  Most of religious  leaders said that not many follower s had ever questioned FC as a subject, and therefore  they seemed to be unprepared to answer questions about FC. (…) Since only households with at least one girl under 19 years of age were included,  the survey encompassed more girl children (2,660) than boys (1,516) from the households  sampled.  The survey demonstrated that circumcisio n among girls and boys is a universal  practice in the study sites.  Across the sites, among all the children aged 15 – 18, 86 – 100% of  the girls and 100% of the boys were reported already circumcised. USAID
91 percent of Egyptian women have had their clitorises forcibly removed. 98 percent of Somalian women have. Bill Maher
It’s a central African problem. Eritrea has almost 90 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Ethiopia has 75 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue. (…) You know, but this is the problem, is that these kinds of conversations that we’re having aren’t really being had in any kind of legitimate way. We’re not talking about women in the Muslim world. We’re using two or three examples to justify a generalization. That’s actually the definition of bigotry. Reza Aslan
Seven of the top eight countries with very high rates of female circumcision are majority Muslim, including the « almost universal » levels in Somalia, Egypt, Guinea and Djibouti. But Eritrea, as Aslan said, is No. 5 among countries with high prevalence at 89 percent, and it is home to more Christians than Muslims, according to Pew Research’s Religion and Public Life Project. Ethiopia, which is 63 percent Christian and 34 percent Muslim, has a moderately high rate of 74 percent, making it No. 11 on the list. So the countries in which female genital cutting is a practice are mostly Muslim, but they are not exclusively Muslim. Of the 29 countries tracked by UNICEF, 14 are home to more Christians than Muslims. The two Middle Eastern, and predominantly Muslim, countries, Yemen and Iraq, have much lower rates of 23 percent and 8 percent, respectively. Other majority-Muslim countries, such as Saudi Arabia and Iran, are not listed. While it stems from neither Christianity nor Islam, some women in Chad, Guinea and Mauritania report a « religious requirement » as a benefit of cutting. Some communities consider a clitoridectomy — one type of female genital mutilation — as « sunna, » which is Arabic for « tradition » or « duty, » according to the UNICEF report. However, it is not a requirement of the Koran and has been specifically rejected by some Muslim leaders in Egypt. « There are different positions within Islam on the issue, » said Marit Tolo Østebø, a University of Florida lecturer on human rights and culture, global sexuality, and anthropology of religion. « So you would have some Islamic scholars who will say, and might use parts from the hadith, to support that it’s good to do some cutting, but they will often emphasize that it is not an obligation. » (The hadith refers to commentary about the Koran that explains the traditions of the Prophet Mohammad.) However, UNICEF and international groups consider it a « global » problem since it happens in parts of Asia, Europe and North America because of immigration … PundictFact
Of course, correlation does not prove causation. Why there is this relationship between Islam and FGM is a separate question. And certainly the outliers—Senegal, Yemen and especially Niger—suggest that there is no necessary connection between Islam and FGM. So what other factors may be at work? Poverty? Healthcare? Education? Here are some UN development data for the same 28 countries: Gross National Income / capita, life expectancy, years of schooling, and a composite Human Development Index (HDI). Of these, Islam remains the single best predictor. And surprisingly, there is no relationship between FGM and income, life expectancy or development. But there is a negative relationship between education and FGM (-.44) (And schooling is strongly negatively correlated with Islam [-.55]). So who knows, perhaps education is key … Oliver Scott Curry

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

A l’heure où rivalisant dans la cécité volontaire entre deux attentats ou actes de barbarie, nos belles âmes et nos beaux esprits nous répètent que l’islam n’a rien à voir avec l’évidente brutalisation qui s’étend progressivement à l’ensemble de la planète …

Et où se confirment les soupçons de financement des attentats du 11/9 par le même Etat qui depuis une cinquantaine d’années inocule le monde avec son idéologie mortifère …

Pendant qu’après nos boutiques de prêt-à-porter, c’est au tour de nos grandes écoles d’initier nos jeunes filles au port ludique du voile alors qu’à Genevilliers on célèbre à sa manière la journée de la jupe …

Et sans parler de l’apologie, par nos propres médecins et au nom du respect des différences culturelles, des « excisions minimalistes » (pardon: de l' »altération génitale« ) …

Qui parle encore …

Hormis peut-être quelques esprits mal tournés à la Bill Maher ou Charlie hebdo …

Des liens jusqu’ici déniés des mutilations génitales et de l’islam ?

Qui prend la peine de regarder derrière les quelques exceptions systématiquement et commodément mises en avant comme l’Erythrée et l’Ethiopie à majorité traditionnellement chrétienne (passée récemment de 63 à 50% pour l’Erythrée) ou le Niger à majorité musulmane

Le cas du plus grand pays musulman du monde avec ses 50 % de jeunes filles au-dessous de 11 ans excisées (68%, bien que d’une forme plutôt « atténuée« , à Jakarta !) ?

Qui  fait l’effort de voir au-delà des chiffres par pays qui peuvent souvent cacher un décalage de pratiques sur place (un pays à majorité chrétienne et à très faible minorité juive – dont les membres l’abandonnent d’ailleurs dès leur arrivée en Israël – comme l’Ethiopie peut quand même avoir plus de musulmans pratiquant l’excision) …

Et derrière la ligne officielle (« rien dans le Coran ») …

La réalité du terrain (les hadiths qui, aussi « faibles » sont-ils censés être, gouvernent probablement en fait la pratique de la  majorité ) ?

Qui  ose encore suggérer …

Mis à part quelque obscur professeur d’anthropologie évolutionniste d’Oxford …

Qu’il pourrait bien y avoir, via le problème de l’alphabétisation des femmes, une surpratique de l’excision dans les pays à dominante musulmane ?

The relationship between Islam and female genital mutilation

Dr. Oliver Scott Curry works on the evolution of morality at the Institute of Cognitive and Evolutionary Anthropology at Oxford. Just to check out Reza Aslan’s claim that female genital mutilation (FGM) was an African rather than an Islamic problem, Curry did a preliminary statistical analysis. As you’ll see below, his results (and he emphasizes again that they’re tentative and need deeper analysis) don’t support the “African Hypothesis”. Note that “rs” is the nonparametric Spearman rank correlation coefficient between two variables, a measure of their association. It ranges from -1 (perfect negative correlation) through 0 (no correlation) to 1 (perfect positive correlation). The statistically significant positive relationship between Islam and FGM is given in his title.

*******

Question: What’s the relationship between Islam and Female Genital Mutilation? Answer: rs=.54

Oliver Scott Curry

Readers of this blog will be familiar with the debate between Bill Maher and Reza Aslan about Islam and female genital mutilation (FGM). Maher has argued that FGM is an Islamic problem, pointing out that: “91 percent of Egyptian women have had their clitorises forcibly removed. 98 percent of Somalian women have.” Aslan countered that it is “empirically, factually, incorrect” to say that FGM is an Islamic problem, rather it is an African problem: “Eritrea has almost 90 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Ethiopia has 75 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue.”

Who’s right? You can’t tell on the basis of these cherry-picked examples, as you have to look at all of the data. This is not my area… but the data is not difficult to find. We have WHO data on FGM, and Pew data on the prevalence of Islam (and from Wikipedia, Christianity), in 28 African countries (and Yemen as well).

These data [JAC: presented as a plot below] clearly show that there is a large significant positive correlation between the percentage of women subject to FGM, and the prevalence of Islam. Both variables are non-normal, so technically we should report a Spearman’s correlation: rs=0.54, p=.003. The correlation between FGM and Christianity is negative (rs=-0.48, p=.01).

So Aslan is wrong. There is a “factual, empirical” relationship between Islam and FGM. Maher’s examples illustrate this relationship, whereas Aslan’s examples are conspicuous outliers.

Aslan is also wrong to say that “Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue”. It would be more accurate to say that we just don’t know whether the relationship between Islam and FGM holds elsewhere because (as far as I can tell) there is no reliable data on FGM outside of Africa. Absence of evidence is not evidence of absence.

Of course, correlation does not prove causation. Why there is this relationship between Islam and FGM is a separate question. And certainly the outliers—Senegal, Yemen and especially Niger—suggest that there is no necessary connection between Islam and FGM. So what other factors may be at work? Poverty? Healthcare? Education? Here are some UN development data for the same 28 countries: Gross National Income / capita, life expectancy, years of schooling, and a composite Human Development Index (HDI). Of these, Islam remains the single best predictor. And surprisingly, there is no relationship between FGM and income, life expectancy or development. But there is a negative relationship between education and FGM (-.44) (And schooling is strongly negatively correlated with Islam [-.55]). So who knows, perhaps education is key.

Like I said, this is not my area. I don’t know how this problem might be solved. (Perhaps a reader of this blog with expert knowledge of FGM can help illuminate the issue, or point to additional data.) But I do know that it won’t be solved by misrepresenting the evidence. As Aslan himself says in the CNN interview: “You know, this is the problem, is that these kinds of conversations we’re having aren’t really being had in a legitimate way. We’re not talking about women in the Muslim world. We’re using two or three examples to justify a generalization. That’s actually the definition of bigotry.”

Voir aussi:

PREVALENCE OF AND SUPPORT FOR FEMALE GENITAL MUTILATION WITHIN THE COPTS OF EGYPT: UNICEF REPORT (2013)
March 12, 2014

I a previous article, I surveyed Egypt’s statistics in respect of the prevalence of and support for female genital mutilation (FGM) as revealed in the UNICEF’s document, published in July 2013, Female Genital Mutilation/Cutting: A statistical overview and exploration of the dynamics of change. The figures given are concerned with Egypt as a whole, and so when the percentage of 91% is given as prevalence of FGM in Egyptian girls and women in reproductive age, that is between 15 and 49 years, it does not differentiate between Muslim and Christian Egyptian girls and women.  Now, I am going to try to find the statistics relevant to the Coptic Christians.

Unlike in Islam, FGM has no religious backing whatsoever in Christianity; nonetheless, it’s practiced by Copts, and it has become a social norm within Coptic communities, in the sense that Coptic families that have their daughters cut do that a. because others who matter to them have their daughters cut; and b. and because they believe that others who matter to them think they should have their daughters cut. This is a consequence of assimilation to the dominant Muslim society.

When the UNICEF published its general figures about Egypt as a whole, it made use of the Egyptian state Demographic and Health Surveys of the years 1995, 2000, 2003, 2005 and 2008; however, when separating figures by religion, it used only the latest DHS 2008. This survey studied some odd 900 individuals. We do not know how many Copts were represented in that sample, and so there are criticisms about its accuracy when it comes to the Copts.  There is a real need to study the Coptic community separately, using large samples, and asking more relevant questions.

But let us use what we have in the UNICEF’s Female Genital Mutilation/Cutting. The first thing to note is that the prevalence of FGM in the Copts is lower than that in Muslim Egyptian society but, nevertheless, it’s still high: 92% in Muslims and 74% in Copts, a difference of 18%.

How many Coptic girls and women aged 15-49 years support the continuation of FGM in comparison to Muslim girls and women of the same age group? 56% of Muslim girls and women support FGM while only 22% Copts support it.

Coptic boys and men are, too, ahead in their support for the discontinuation of FGM when compared to Muslim boys and men, all aged 15-49 years: Only 20% of Coptic boys and men support FGM while 60% Muslim boys and men support it.

This is not to demonise one group over the other but it’s an attempt to study the prevalence of and support for FGM within the Copts, an essential matter for us to know where we stand on FGM. The strategies that one can employ to end FGM must differ to some extent in each group. The problem of FGM in both Muslims and Copts, despite the noticeable difference in prevalence, is huge. Further, the mechanisms by which FGM endures in each community are different. In my opinion, the FGM problem within the Muslim society is religious[3] and social – in the Coptic society the forces that work to sustain it are social and not religious. One hopes that the lesser support for the FGM within Coptic communities, together with the support of the Coptic Church, which clearly condemns the practice[4], and the activism of Coptic civil society, will end this child abuse. The Coptic nationalists strongly condemn it, inter alia, as an alien tradition and a produce of Arabisation and Islamic assimilation[5] that must be resisted by all means.

Our efforts must not undermine the general Egyptian attempt to eradicate FGM from Egypt. Muslim girls and women concern us no less than Coptic girls and women. But by better understanding of the variation in prevalence of and support for FGM within the Muslims and Coptic Christians of Egypt, the causes of its endurance, and the strategies we should employ to tackle the problem, we will be more successful in our common efforts to end this barbaric tradition.

[1] The graph is mine and created on the figures given in UNICEF, Female Genital Mutilation/Cutting (2013), pp. 178-179.

[2] The graph is mine and is based on the figures given in p. 180.

[3] It is not the intention of the writer to talk about the religious support in Islam for FGM but there must be no doubt that Muhammad’s traditions support FGM as is the Shafii School of Islamic Jurisdiction that is widespread in Egypt. The UNICEF report gives a figure of 52% of Egyptian boys and men (15-49 years) and 49% of Egyptian girls and women (15-49 years) who regard FGM as a religious requirement (see p. 73). Again, 72% in DHS 1995, 73% in the DSH 2000, and 72% in the DHS 2003 of ever-married girls and women aged 15 to 49 years in Egypt agreed with the statement that “FGM is an important religious tradition (see p. 95). This, in this sense, let’s agree, is a Muslim problem that needs to be tackled religiously.

[4] The reader is advised to read: The Position of the Coptic Church on Female Genital Mutilation.

[5] For these two processes, go here.

Voir également:

FGM in Indonesia hits alarming level
Anggi M. Lubis and Hans Nicholas Jong
The Jakarta Post
February 6 2016

Half of girls under 11 years old in Indonesia are circumcised, according to the latest finding by UNICEF, raising awareness and calls for bans on female genital mutilation (FGM) practices in the world’€™s most populous Muslim majority country.

It is the first time the global report has included Indonesia on the list, but the country ‘€” combined with Egypt and Ethiopia ‘€” accounts for half of 200 million girls and women in 30 countries that have undergone FGM, the study reveals.

The inclusion of Indonesia on the list, published on Friday, has raised the tally from 130 million circumcised girls and women in 29 countries estimated in 2014, albeit the study claimed that the prevalence of FGM has fallen significantly.

According to the data, 14-year-old girls and below represent 44 million of those who have been cut, and Indonesia is among the three countries with the highest prevalence of FGM among this age group, along with Gambia and Mauritania.

UNICEF Indonesia spokeswoman Kinanti Pinta Karana said the survey indicated that 13.4 million Indonesian girls aged 11 and below might have undergone FGM.

She said the government’€™s involvement in the global report was a good sign of increasing awareness of the practice, which is illegal and deemed a violation of human rights in several countries.

‘€œThis is a significant step toward eradicating the practice because data collection is critical to increase understanding of FGM and what leads to its decline or vice versa,’€ she said.

UNICEF data said prevalence of FGM in Indonesia was generally high in every province, with only Papua, East Nusa Tenggara and Bali recording one-digit percentages of circumcised girls in their respective populations. The practice is common in Jakarta, which is among the 10 provinces with the highest percentage of circumcised girls aged 11 and below, at 68.1 percent.

FGM in Indonesia is strongly related to culture and religion. In Gorontalo, girls are circumcised before their third birthday in a traditional ceremony called mongubingu, as proof of their compliance to Islam.

Indonesian authorities tried to ban FGM 10 years ago, but the Indonesian Ulema Council (MUI) issued a fatwa saying that female circumcision was part of religious practice.

In response, the Health Ministry softened its stance, issuing regulations that said the practice should only be done by medical professionals in a noninvasive way that did not injure girls and women. However, in 2013, the ministry revoked its regulations on female circumcision.

The ministry’€™s director general of mother and child health and nutrition supervision, Anung Sugihantono, said the government did not acknowledge female genital mutilation as a medical practice.

The reasoning behind it is that the government acknowledges female circumcision only as a part of Indonesian culture, according to him. The government’€™s definition of female circumcision was ‘€œan act of scratching the skin that covers the front of the clitoris without injuring the clitoris’€.

National Commission on Violence Against Women (Komnas Perempuan) vice chairwoman Budi Wahyuni said her commission saw the practice as sexual violence toward children and called on the government to be more consistent in regulating FGM.

Budi said they could limit the ability to orgasm, thus it was vital for individuals to gain a thorough understanding of genital cutting before undergoing a procedure.

‘With no sanctions and no visible harms, parents will opt to circumcise their daughters so that they can grow up as a sholihah [pious woman],’€ she explained
INDONESIA – ISLAM
Indonesian Ulema in favour of female circumcision: a « human right »
Mathias Hariyadi
Asia news
01.24.2013

The practice is « recommended » and according to « tradition », although it can not be made compulsory. For the head of the MUI it is within the « human rights » and is « guaranteed by the Constitution. » Judge who « joked » about rape of women risks expulsion from judiciary.

Jakarta (AsiaNews) – The Indonesian Council of Ulema (MUI) is in favour of female circumcision (and men) that, although it can not be considered mandatory, it is still « morally recommended. » This is shown by the words of the leader of the largest Islamic organization in the most populous Muslim country in the world. He warns, however, to avoid « excesses », coming to the removal or cutting of the clitoris. In the meantime, has come under investigation and will be prosecuted by a court « ethical » the judge who, in recent days, he « joked » about sexual violence to women, causing a veritable wave of outrage (see AsiaNews 15/01 / 2013 Ordinary Indonesians against judges and politicians who « justify » sexual violence).

The reference point for Islamic issues (such as the legality of a food and a drink), a « consultor » to the government in matters of faith, the body responsible for issuing fatwas – the answers on Muslim questions of faith and morals – the MUI has taken a position on female circumcision. And by the mouth of his head, Kiai Hajj Amin Ma’ruf, pointed out that it is an »advisable practise on moral grounds », at the same time, he rejects any attempt to declare this practice illegal or contrary to the principles. It comes under the sphere of « human rights, » said the Islamist leader, and is « guaranteed by the Constitution. »

« Female circumcision – said Amin – is commonly practiced by cutting out parts that cover the clitoris » and, at the same time, he invites believers to refrain from « excessive circumcision » that ends up becoming a real mutilation genital. He recalled that the Mui can not make this practice « mandatory », but « strongly rejects » the possible cancellation of this « tradition » which is performed in a « ritualistic ceremony » and also applies to men.

Meanwhile, a committee has called for trial before an « ethical » court for the judge Daming Sunusi. During a question and answer session – in the context of a competition for a few places in the Supreme Court, headed by a parliamentary committee – responding to a question regarding a rape, the judge had stated that « both the rapist because the victim ‘enjoyed’ sexual intercourse . For this reason the death penalty should not be applied to rapists ».

Colleagues have branded the words of the judge Sunusi as « reprehensible », which have outraged the country’s civil society and women’s rights groups, rape and abuse victims. The proposed sanctions include expulsion from the judiciary. Following his statement he has tried to tone down the controversy by saying that it was a « joke » in order to ease the tension of the exam.

Female circumcision not mutilation: Jakarta
Japan Times
AFP-JIJI
Mar 25, 2013

Thrashing wildly, 5-year-old Reta wails as she is hoisted onto a bed during a circumcision ceremony in a school hall-turned-clinic on Indonesia’s island of Java. “No, no, no,” she cries, punching and kicking as her mother cups her tear-soaked face to soothe her.

Doctors cheer encouragingly. One of them gently swipes the girl’s genital area with antiseptic and then swiftly pricks the hood of her clitoris with a fresh sewing needle, drawing no blood. The ordeal is over in seconds.

Doctors say the procedure will have no effect on the girl, her sexual pleasure in later life or ability to bear a child.

“I’m happy. My daughter is now clean,” her mother Yuli, a 27-year-old seamstress who goes by one name, said at a mass circumcision of 120 girls at the Assalaam Foundation’s Islamic school in the city of Bandung.

She believes the ritual will nevertheless have an effect.

“Many girls are getting pregnant out of wedlock these days,” she noted. “Circumcision hopefully will prevent my daughter from becoming oversexed, and will make her less amorous when she grows up.”

Indonesia, home to the world’s biggest Muslim population, argues that this form of circumcision is largely symbolic, not harmful and should not be seen as mutilation.

The U.N. thinks otherwise. In December, it passed a resolution banning female genital mutilation, which extends to the form of circumcision practiced in Indonesia. Procedures such as pricking, piercing, incising, scraping, cauterization or burning that are carried out for nonmedical purposes are classed by the WHO as mutilation, along with practices that alter or remove any part of the genitals. The more extreme practices can lead to severe bleeding, urination problems and complications during childbirth, according to the WHO.

A ritual dating back thousands of years and typically seen in parts of Africa, Asia and the Middle East, its most brutal forms require stitching together the inner and outer labia, or excising all or part of the clitoris.

Indonesia says genital cutting does not take place and that it has worked to eradicate other more extreme circumcisions as it seeks compromise between conforming with international standards and placating cultural and religious traditions. It banned female circumcision in 2006 but backtracked in 2010, arguing many parents were still having their daughters circumcised, often by unskilled traditional doctors who often botched the procedure.

In response to the ban, the Indonesian Ulema Council (MUI), the country’s top Islamic clerical body, issued a fatwa in 2008 allowing the practice but did not make it compulsory.

While no official data is available to measure the extent of the practice in Indonesia, it is common among its 240 million people, according to aid agencies. A 2003 study by the Population Council found that 22 percent of 1,307 female circumcision cases were excisions, meaning part of the clitoris or labia was removed. Of the rest, 49 percent involved incisions while 28 percent were “symbolic.”

Jakarta issued a 2010 regulation allowing “scraping the clitoral hood, without injuring the clitoris” — a practice that is nevertheless defined by the WHO as mutilation — while criminalizing more severe procedures.

Islamic foundations such as the Assalaam Foundation in Bandung say they ditched scissor-snipping for pinpricks. “In the past, we had used one or two doctors and more traditional healers and they used scissors to snip a bit on the hood. We abandoned that method many years ago,” said the foundation’s coordinator, Eulis Sri Karyati.

Health Ministry official Budi Sampurno said Indonesia wants to replace scraping with swiping “with a cotton bud,” hoping the U.N. would not view this as mutilation. Jakarta has not indicated how it would enforce it.

Despite the U.N. resolution, the custom still has deep meaning for Indonesian Muslims and will likely remain, officials say.

Housewife Tita Lishaini Jamilah, 28, said Indonesia should not bow to the U.N.’s ban on the practice, insisting that the ritual was safe. “Why would any parent hurt her child? If any doctor were to mutilate my daughter, I’d be the first to protest,” she said.

L’excision, le cauchemar des Africaines
La pratique de l’excision est en baisse en Afrique, mais n’a pas disparu. Synonyme de souffrance, elle plonge dans la détresse de nombreuses femmes.
Nicole Suzis
Slate Afrique
20.11.2012

Mise à jour du 28 novembre 2012: l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 26 novembre sa première résolution dénonçant les mutilations génitales féminines qui affectent quelque 140 millions de femmes dans le monde.

Ces pratiques, dont l’excision, sont illégales dans une vingtaine de pays africains et en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada notamment, mais elles n’avaient encore jamais fait l’objet d’une condamnation à un tel niveau dans les instances de l’ONU. Plus de 110 pays, dont une cinquantaine africains, ont soutenu conjointement ce texte qui demande aux Etats membres de «compléter les mesures punitives par des activités d’éducation et d’information».

*****

La femme africaine est pétrie des différentes facettes de sa culture. Elle y est naturellement attachée, qu’elle le veuille ou non.

L’une des facettes de cette culture est l’excision. Certaines femmes l’acceptent malgré elles. Mais elles représentent une minorité. Ces femmes veulent tout simplement respecter les décisions des parents. Ne pas le faire est un sacrilège.

D’autres femmes la rejettent de toutes leurs forces, au grand dam des lourdes conséquences dans les relations familiales.

La majorité des femmes qui subissent l’excision sont de confession musulmane, une infime partie est chrétienne ou animiste. Les femmes en souffrent terriblement dans leur corps et dans leur cœur au quotidien.

Comment est-elle pratiquée?

La pratique de l’excision diffère selon les pays, les villages ou les ethnies. L’âge de la jeune femme varie tout autant: certaines femmes sont excisées avant leur puberté, alors que d’autres le sont après.

L’excision se fait en trois phases: la première est l’ablation du clitoris seul, la deuxième consiste en l’ablation du clitoris et des petites lèvres et enfin la troisième phase, la plus sévère on enlève le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. Il ne lui reste qu’un orifice…

Certains témoignages sont édifiants en Côte d’Ivoire où j’ai commencé mon enquête. L’excision est pratiquée chez les Yacouba, les Guéré, les Wobè  et surtout dans le nord. Mais elle est pratiquée aussi dans plusieurs autres ethnies.

Au Bénin, au Mali, en Indonésie ou dans plusieurs pays arabes, les mutilations sexuelles aux femmes sont monnaie courante.

Pour l’honneur de la famille

L’excision a été instituée dans les us et coutumes prétendument pour le salut de la femme. Une femme excisée ne ressent pas de désir sexuel. Son homme peut s’absenter du foyer pendant des années: dix, vingt ans et parfois plus, il est assuré qu’elle ne le trompera jamais. Ce serait pour préserver l’honneur de la femme, de son couple et de sa famille car, une femme divorcée fait la honte à ses parents et toute sa communauté.

K.T est excisée depuis l’âge de 10 ans:

«Un matin, ma mère m’a dit, tu vas être une vraie femme maintenant. Mes tantes et mes parents m’ont offert des friandises et plusieurs autres cadeaux. Puis, on m’emmena chez une vieille femme. Son regard profond et froid m’a fait comprendre que quelque chose de grave allait se passer. Elle donna l’ordre qu’on me tienne fermement, les jambes écartées. J’ai cru que j’allais mourir. Je n’avais jamais eu autant mal… J’ai vu du sang et un pansement. Elle m’a tout enlevé. Le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. A 18 ans, je me suis mariée. Ma vie sexuelle est un cauchemar. Je suis mère de quatre enfants, après 15 ans de mariage. Pourtant, pour préserver mon couple, je simule l’orgasme…»

Mme D, imposante femme catholique et professeure d’anglais, mère de trois enfants n’en veut pas à ses parents. Elle fait partie de ces femmes qui ont accepté l’excision pour respecter la tradition. Mais elle a promis de protéger ses filles de cette pratique et son mari la soutient dans son combat:

«Je suis excisée du clitoris et des petites lèvres. A chaque accouchement c’est le calvaire. Pendant les menstrues, les petits morceaux de chair se fragilisent de plus en plus et je suis obligée parfois de mettre un pansement. Lors des rapports avec mon mari, je n’ai aucun plaisir. Lorsque mes copines et moi parlons de l’orgasme, je donne aussi mon avis. Pourtant, je ne sais pas ce que c’est. Pardonnez-moi, mais j’aime mes enfants et je refuse que mon mari prenne une seconde épouse, si je me plains. Je ne fais pas l’amour, je subis l’acte sexuel. A certains moments, mon époux pense que je pleure de plaisir

Une vie dans la souffrance

Le cas de M.K, un jeune mannequin de 28 ans est plus triste. Elle pense souvent au suicide, sa vie n’a plus de sens, selon elle. Pas d’histoires d’amour ni de projets. Elle est introvertie et souffre de son état. Elle a failli mettre fin à ses jours en se tailladant  les veines des deux poignets. Sa sœur l’a retrouvée inanimée, alors qu’elle se vidait de son sang. Aujourd’hui, elle en parle encore les larmes aux yeux:

«Je n’ai connu que trois hommes dans ma vie, pourtant je suis très courtisée. Les hommes me trouvent très belle. Mes collègues pensent que je suis imbue de ma personne et orgueilleuse. Une femme qui attend l’homme parfait, quoi. Mais non, ce n’est pas le cas. J’ai simplement honte que des hommes s’aperçoivent que je suis excisée. Alors je souffre en silence. Je les éconduis, alors que je suis parfois follement amoureuse

Certaines femmes n’ont pas le choix. Elles essayent de trouver ce fameux plaisir dans les bras d’autres hommes tout en préservant leur couple. C’est l’histoire vécue par S.B.,  mariée depuis dix ans:

«Un jour, j’ai franchi malheureusement le pas. J’ai rencontré un homme dans un avion alors que j’allais à Paris pour affaires. Je me suis dit pourquoi pas? J’ai pour la première fois de ma vie connu la jouissance dans les bras d’un homme. Une semaine plus tard, il a su me rendre heureuse. Son épouse est excisée aussi. Il pouvait m’aimer pendant deux ou trois heures. Depuis, je trouve toujours une excuse d’être à Paris. Mon métier me sauve, je suis commerçante. Mes voyages me permettent de retrouver mon amant. Cette relation m’a équilibrée dans ma vie de femme, je me sens plus épanouie. J’aime mon mari et pour rien au monde je ne le quitterais.»

L’excision, «une abomination»

Ces témoignages m’ont poussée à aller plus loin dans ma quête d’informations. J’ai discuté avec Ali, un directeur de banque de 45 ans, marié et père de quatre garçons:

«Ma femme et moi avions beaucoup souffert pendant trois ans. Je n’arrivais pas à lui donner du plaisir. Alors que  moi j’y parvenais à chaque rapport. J’ai donc commencé à pratiquer la retenue: pendant nos rapports, au moment où je sentais que j’allais jouir, je me bloquais volontairement quelques secondes et reprenais de plus belle mon acte d’amour. Un jour, au bout de deux heures, elle y est arrivée. Il faut beaucoup d’amour et de patience pour y arriver. Et surtout de l’endurance. Depuis, notre couple se porte à merveille.»

J’ai poussé mes investigations au Ghana, pays qui a pratiquement les mêmes traditions que le sud de la Côte-d’Ivoire.

Là-bas, quelles que soient les ethnies et les confessions religieuses, l’excision est un sujet tabou. J’étais parfois regardée avec curiosité et servie par un mutisme total. Un jour, j’ai croisé John, pasteur depuis bientôt cinq ans, et lui ai demandé ce qu’il pensait de l’excision:

«L’excision ? C’est une abomination, Madame. Je n’en dirai pas plus. Comprenez-moi.»

Pas un mot de plus.

Vers un bannissement?

C’est finalement par le truchement d’un notable à Accra, qui a bien voulu m’expliquer ce mutisme des Ghanéens sur l’excision que j’ai pu savoir qu’elle était  pratiquée au nord du Ghana.

Les femmes en ont beaucoup souffert et certaines gardent encore psychologiquement des séquelles. A l’instar de plusieurs pays, elle a été interdite depuis plusieurs décennies. Au point qu’aujourd’hui dans ce pays, l’excision ne fait plus partie des conversations. Pour le peuple du Ghana, ce n’est plus qu’un mauvais souvenir. Un très mauvais souvenir…

Dans certains pays africains tel que le Mali, où l’on pratique l’excision, en dehors de la fidélité évoquée comme raison primordiale, j’ai voulu savoir ce qu’on faisait du clitoris. J’ai eu droit à un mutisme total. C’est un secret, m’a-t-on répondu.

Les gouvernants ont pris des résolutions fermes, l’excision est interdite dans leurs différents pays. Les récidivistes sont emprisonnées.

Ces femmes ont finalement accepté de ne plus l’exercer en recevant l’aide de leurs Etats pour qu’elles gagnent leur vie autrement. L’excision tend à disparaître progressivement mais sûrement. Ce qui est souhaitable c’est qu’elle disparaisse à jamais.

Chantal Compaoré, épouse du président du Burkina Faso en a fait son combat. En effet, dans son pays, les mutilations sexuelles faites aux femmes persistent encore.

A la tribune des Nations-unies à New-York, elle a demandé qu’une résolution soit prise très rapidement, afin de convaincre tous les pays où malheureusement l’on note encore des poches de résistance, de la bannir totalement.

Voir également:

Tunisie : le « cyclone salafiste » appelle à l’excision

Il a osé le dire. Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, le gourou du nouvel islamisme d’Etat, s’est offert une déclaration attendrie et compréhensive sur  ceux qu’il appelle «  les frères salafistes » dans une interview au . Voici des extraits de ses propos, relevés par plusieurs sites d’information tunisiens :

« Nous ne pensons pas que l’approche de l’intimidation et les distorsions pratiquées par certaines forces dites modernistes réussiront à faire plier le phénomène du salafisme en Tunisie. Par contre, nous sommes appelés en tant que Tunisiens à nous adapter aux différents courants et à vivre ensemble dans le cadre du respect mutuel de l’Islam et des vraies valeurs de la modernité »

Le problème est que ce discours, plein d’une pieuse empathie, tombe au plus mal : , invité par plusieurs associations religieuses ( Pour l’apprentissage du Coran, Pour la prédication et autres douceurs bigotes) déclenche un nouveau scandale. L’homme est une star et une télé-star salafiste. Ghanim défend l’excision, l’ablation du clitoris, qu’il qualifie avec ravissement « d’opération esthétique ».

Il appelle à l’application de la charia, ce qui est du reste parfaitement contradictoire avec son goût pour la mutilation des petites filles au rasoir : la charia est affreusement prolixe sur les châtiments corporels. D’autant plus que l’excision n’est mentionnée dans aucune tradition islamique ni dans le Coran. Les textes qui la recommandent sont totalement trafiqués, comme le soulignait le en 1997 pour justifier son interdiction.

De toute façon, l’excision est pratiquée autant chez les Coptes, les chrétiennes d’Egypte, que chez les musulmanes. Cette horreur remonte à la nuit des temps, celle des Pharaons. Jusqu’à aujourd’hui, puisque malgré les lois les filles du Nil n’en sont toujours pas préservées : en 2008, on estimait à 70% le nombre d’Egyptiennes excisées !
Ce combat prioritaire des féministes — là-dessus fermement soutenues par Suzanne Moubarak, l’épouse du Raïs déchu — est aujourd’hui dénoncé par les salafistes, plébiscités à plus de 20% de voix aux législatives en Egypte.

Les Frères musulmans, crédités de 50% des voix à ces mêmes élections, ne sont pas très clairs non plus sur le sujet.
« L’excision, c’est un débat en Islam » m’avait déclaré au Caire en décembre 2011 une candidate du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères Musulmans. Cette « sœur », Omaima Kamel, médecin et m’affirmant être très engagée sur le terrain de la misère féminine. Visage angélique, drapée dans un beau voile bleu, le Dr Kamel bredouillait ainsi avec un embarras manifeste :
«  Bon… Je ne vais pas pousser les gens à l’excision… mais je ne peux pas l’interdire… je ne peux pas dire que c’est un crime… parfois il y a des indications… » Avec de pareilles alliées, les malheureuses Egyptiennes risquent de suivre encore longtemps le chemin du sang et de la honte.

Revenons en Tunisie. Wajdi Ghanim a donc fait sa tournée à Tunis, et dans de nombreuses villes. Les salafistes avaient vu grand pour lui offrir un succès extraordinaire, et tant les voilées intégrales que les longues barbes étaient au rendez-vous. On se demande si les dames en noir, invisibles mais bien présentes, avaient vraiment envie d’être excisées. Etaient-elles seulement au courant de qui les avait manipulé, instrumentalisé, chosifié ?
En tous cas, à l’un des rendez-vous, sous le chapiteau d’ El Kobba, dans la toute proche banlieue de Tunis,
« il y avait au moins 5 000 personnes » constatait .
Tous les observateurs ont également été témoins d’une déferlante de slogans antisémites, dans le style de ceux qui avaient accueilli Ismaïl Haniye, Premier ministre Hamas de Gaza, le 5 janvier dernier, à l’aéroport de Tunis :
« Dehors les Juifs, dehors ! Nous sommes prêts ! »

Saigner les femmes, saigner les juifs : l’horrible bal pornographique des fantasmes intégristes battait son plein.
Mais le lendemain, quel choc ! C’est le sursaut. Les avocats et de nombreuses associations montent un collectif, animé notamment par et qui n’entend pas céder à la suivante. Ils portent immédiatement plainte pour atteinte aux droits élémentaires de la personne humaine, enjoignant le gouvernement de mettre un terme à de tels débordements.

Ils sont appuyés par , qui organise un meeting de mobilisation. Tous ceux qui ont fait la révolution sont dans la salle. Ceux qui en ont récolté les fruits sans prendre une balle ni une grenade lacrymogène, eux, sont au pouvoir. Une rumeur terrible court : il y aurait eu des petites filles excisées après le passage de Wajdi Ghanim. Ce n’est pas encore vérifié.

La révolte paie : le ministre de la Santé, tout islamiste qu’il soit, est forcé de monter au créneau. Il rappelle dans un communiqué les conséquences catastrophiques de l’excision, l’adhésion de la Tunisie aux conventions internationales qui interdisent les mutilations génitales et appelle les médecins tunisien à rejeter formellement cette pratique.
Personne, cependant, que je sache, n’a osé virer manu militari du sol tunisien Wajdi Ghanim, qui devait s’en retourner, repu d’anathèmes et de vivats, ce vendredi dans son Egypte natale.

En revanche, pendant que se déroulait tranquillement sa tournée, on a arrêté pour de bon des « perturbateurs ». Des journalistes, figurez-vous. Ceux du quotidien arabophone qui s’était amusé à mettre en une un footballeur d’origine tunisienne, Sami Khedine, de nationalité allemande, et qui enlaçait sa fiancée à la poitrine sans autre voile que les paumes du bien-aimé. Enfer et damnation ! Directeur, directeur de la rédaction et rédacteur ont été immédiatement déférés au parquet  pour «  trouble à l’ordre public ». Ils risquent entre 6 mois et 5 ans de prison. Montrer la beauté d’un corps de femme amoureuse, c’est un crime dans la Tunisie islamiste. Défendre la mutilation au rasoir du sexe des petites filles, c’est une opinion.

Pour protester contre ce qu’on appelle désormais à Tunis « le cyclone salafiste » et les horreurs qui se succèdent, une manifestation est prévue samedi 18 février, à midi au Bardo. Devant ce même Parlement, dont les révolutionnaires du 14 janvier refusent qu’il devienne la chambre d’enregistrement de la grande régression.

Voir encore:

«Excisions minimalistes»: Pourquoi cette idée de gynécologues américain révolte les associations

SOCIETE Des gynécologues américains ont proposé de pratiquer des excisions qui seraient moins traumatisantes que celles exercées hors du cadre hospitalier…

Audrey Chauvet
20 minutes

23.02.2016

Un « compromis » : c’est ainsi que Kavita Shah Arora et Allan J.Jacobs présentent leur idée d’excision « minimaliste » dans un article paru dans le Journal of medical ethics. Ils pensent qu’une excision bénigne, qu’ils qualifient « d’altération génitale », pourrait concilier la tradition culturelle et la santé des femmes alors que la pratique de l’excision est en forte hausse aux Etats-Unis : 150.000 à 200.000 jeunes filles seraient susceptibles d’y être excisées et ce chiffre a augmenté de 35 % entre 1990 et 2000, d’après les dernières statistiques officielles sur le sujet.

L’excision médicalisée, une fausse bonne idée

Les mutilations sexuelles féminines sont interdites aux Etats-Unis depuis 1996. Mais les excisions clandestines, pratiquées avec des outils rudimentaires, continuent et exposent les fillettes à de graves complications médicales (hémorragies, infections, douleurs, puis plus tard difficultés pendant les rapports sexuels et complications à l’accouchement). Faire pratiquer les excisions par des médecins ne serait pas une meilleure option, estime Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice du Gams (Groupe Femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles) : « En Egypte par exemple, 50 % des excisions sont pratiquées en milieu médical et paramédical, mais même en admettant que ça peut éliminer le risque d’hémorragie et d’arrêt cardiaque, l’excision demeure un traumatisme et les complications à moyen-terme restent possibles. » Une jeune fille de 13 ans est ainsi morte en Egypte en 2013 des suites d’une excision pratiquée par un « convoi médical » qui sillonnait les villages afin d’y exciser les jeunes filles.

Les gynécologues américains estiment eux que des excisions qui n’auraient aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux, ou qui modifieraient « légèrement » leur apparence sans effet durable sur la capacité de reproduction ou l’épanouissement sexuel des femmes seraient tolérables, au même titre que la circoncision, très pratiquée aux Etats-Unis toutes confessions religieuses confondues. « Mais l’excision n’est pas l’équivalent de la circoncision, rappelle Isabelle Gillette-Faye. L’équivalent, ce serait une ablation du gland du pénis. »

Le chirurgien français Pierre Foldes, l’inventeur de la technique de réparation de l’excision, a été confronté à quelques cas de femmes qui avaient été excisées par des médecins: «C’est une catastrophe», annonce-t-il d’emblée. «Ce n’est pas une chirurgie « minimale » car les conséquences en sont dramatiques: certaines femmes peuvent le ressentir très mal, parfois cela conduit à supprimer toute sexualité pour elles. Et ce n’est pas de la médecine de faire des mutilations sur des femmes non consentantes», explique-t-il à 20 Minutes.

« Nous ne laissons pas des gens être « un peu » esclavagistes »

Pourquoi ces deux médecins américains ont-ils jeté ce pavé dans la mare ? Pour éviter des catastrophes dans des familles qui ne sont pas prêtes à abandonner cette pratique, selon eux. Pour le business, selon Isabelle Gillette-Faye : « C’est un moyen pour certains de se faire de l’argent. Ça l’était à l’époque où l’excision était pratiquée aux Etats-Unis sur des jeunes filles américaines, au 19e siècle notamment avec le mouvement des orificialistes [qui excisaient les fillettes coupables de se masturber]. »

Pierre Foldès rappelle que l’excision est aussi un trafic qui doit être dénoncé: «En France, les familles peuvent payer 6.000 euros une exciseuse traditionnelle. Alors qu’on a obtenu que la réparation soit indemnisée par la Sécurité sociale.»

En 2010, des médecins américains avaient déjà avancé une idée pour éviter que les familles n’envoient leurs filles à l’étranger pour être excisée : une piqûre, qui serait administrée par un docteur comme un rituel. La levée de bouclier des associations de défense des femmes avait été unanime. Georganne Chapin, directrice de l’association Intact America, avait déclaré : « Il y a des pays dans le monde où il est permis de battre sa femme, de réduire des gens en esclavage et d’abuser des enfants, mais nous n’autorisons pas ces pratiques dans notre pays. Nous ne laissons pas des gens être « un peu » esclavagistes ou de battre « un peu » leur femme en disant qu’ils le feront de toute façon. »

Voir de même:

Deux gynécologues choquent en proposant des excisions «minimalistes»

POLEMIQUE Dans leur argumentation, les deux spécialistes comparent cette pratique assimilée à une mutilation à la circoncision…

20 Minutes avec AFP

23.02.2016

Limiter des dégâts qu’on ne peut, de toute façon, pas éviter. Telle est, en substance, la position de deux gynécoloques américains qui suscitent la controverse avec leur proposition de rendre possible la pratique d’excisions «minimalistes». Ce type d’opération permettrait de respecter les traditions culturelles sans mettre en danger la santé des femmes, soutiennent ces médecins.

«Nous ne disons pas que les interventions sur les organes génitaux de la femmes sont souhaitables, mais plutôt que certaines interventions devraient être tolérées par des sociétés libérales», écrivent les deux auteurs dans une revue spécialisée, le Journal of Medical Ethics.

Plutôt que de parler de mutilation génitale, ils préconisent d’utiliser le terme «d’altération génitale» pour décrire les différents procédés d’excision et les risques qui leur sont associés. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a lancé une campagne contre cette pratique, quelque 200 millions de femmes ont été victimes d’excisions dans le monde, principalement en Afrique et au Moyen-Orient.

Une comparaison avec la circoncision

L’intervention consiste en l’ablation totale ou partielle des organes génitaux externes féminins (clitoris, petites et grandes lèvres) et est pratiquée sur des fillettes, parfois très jeunes, et sur des adolescentes pour des raisons culturelles, religieuses, voire sociales. C’est une opération qui peut entraîner la mort de la patiente, en cas de choc hemorragique.

Pour les Drs Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, tous deux de Cleveland (États-Unis), deux types d’excisions pourraient être tolérées : celles qui n’ont aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux ou celles qui modifient «légèrement» leur apparence, sans avoir d’effet durable sur la capacité de reproduction ou sur l’épanouissement sexuel des femmes. Ils comparent ces interventions à la circoncision masculine qui est légale dans le monde occidental. En revanche, explique-t-ils, toutes les excisions aboutissant à perturber la sexualité et le déroulement de la grossesse ou de l’accouchement doivent en revanche être interdits.

« Une tradition destinée à contrôler les femmes»

Une prise de position qui suscite de très vives réactions dans le milieu médiacal américain. Selon le Pr Ruth Mackin du College de médecine Albert Einstein de New York, «une tradition culturelle destinée à contrôler les femmes, même dans sa forme la moins nocive, doit être abandonnée». Brian D. Earp, un chercheur américain en bioéthique redoute pour sa part que l’autorisation d’excisions «minimalistes» aboutisse à un «fiasco», en multipliant les problèmes légaux, réglementaires, médicaux et sexuels.

Il préconise également une «attitude moins tolérante» face à la circoncision, soulignant que les enfants des deux sexes «ne doivent pas avoir leurs organes sexuels endommagés ou retirés avant qu’ils ne soient en âge de comprendre et de donner leur accord à ce type d’intervention». Le Dr Arianne Shahvisi de l’Université britannique du Sussex estime de son côté qu’une approche minimaliste aurait peu de chance d’aboutir au but recherché «qui est de contrôler l’appétit sexuel des femmes».

Voir aussi:

Brigitte Mauroy: annulation de la condamnation de Charlie Hebdo pour diffamation
Nord éclair
23/11/2011

La Cour de cassation a annulé la condamnation de Charlie Hebdo pour diffamation de l’urologue Brigitte Mauroy, accusée en 2008 par le journal de «justifier» l’excision.

En première instance, à Lille, le journal satirique avait été relaxé. Mais le 29 juin 2010, la cour d’appel de Douai avait infirmé cette décision et condamné le directeur de publication Philippe Val et le journaliste Antonio Fischetti à s’acquitter d’une amende de 2.000 euros chacun. Ils devaient en outre verser solidairement 10.000 euros de dommages et intérêts à la plaignante. Mme Mauroy, nièce de l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, réclamait plus de 70.000 euros. Charlie Hebdo s’était alors pourvu en cassation. Dans un arrêt rendu mardi, dont les motivations n’étaient pas disponibles, la chambre criminelle de la Cour de cassation a annulé l’arrêt de la cour d’appel de Douai.

Annulation définitive de la condamnation pour diffamation

Cette annulation est définitive. Le dossier n’aura pas à être rejugé par une nouvelle cour d’appel. Dans un article paru le 5 mars 2008, Antonio Fischetti dénonçait quelques lignes d’un chapitre du Dictionnaire de la sexualité humaine (2004) signé par Brigitte Mauroy. L’article était paru quatre jours avant le premier tour des élections municipales à Lille pour lesquelles Mme Mauroy figurait en 2e position sur la liste UMP.

Le journal jugeait que Brigitte Mauroy se rendait « complice de mutilations sexuelles », « par maladresse ou en toute lucidité »

L’urologue écrivait, à propos du capuchon du clitoris, que « ce repli peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision ». Antonio Fischetti l’avait accusée de « se rendre complice de mutilations sexuelles » en légitimant, « par maladresse ou en toute lucidité », l’ablation des clitoris prétendument hypertrophiés. Les juges d’appel avaient estimé que Charlie Hebdo avait porté « atteinte à l’honneur et à la considération » de Mme Mauroy, qui « a toujours fait sienne la lutte contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines ».

Voir parallèlement:

à l’attention du Docteur Brigitte MAUROY

Centre hospitalier St Philibert de Lomme

Docteur Gérard Zwang

Mercredi 5 Mai 2004

Madame,

Lisant dans le Dictionnaire de la sexualité (éditions l’Esprit du temps) auquel nous avons collaboré, l’article Vulve que vous avez signé, je me suis grandement étonné de certaines descriptions, sous la plume d’un professeur d’anatomie, de surcroît femme, et dans un ouvrage se voulant à la pointe du progrès scientifique.

Je vous cite mes principales causes de « sursaut » :

– la fourchette n’a jamais uni les grandes lèvres, mais les nymphes, par leur extrémité postérieure : pour former le pli commissural de Jayle. Les grandes lèvres n’ont aucune commissure jointive en arrière, pas plus qu’en avant.

– « l’érection des petites lèvres » à ma connaissance n’a aucun support physiologique, ce qui ne les empêche pas de gonfler au cours du stade en plateau; de même les mamelons ne possèdent-ils aucun appareil érectile : le durcissement de leurs fibres musculaires lisses provoque non une érection, mais le thélotisme, terme consacré.

– pourquoi citer le déplorable Sabatier, qui traite « d’humeur épaisse et jaunâtre » ce qui, chez les femmes bien tenues, ne correspond qu’au sébum le plus normal et le moins répugnant ? Les salles d’eau ont fait des progrès depuis 1791… Quant à nos ancêtres paléolithiques, elles ne vivaient jamais loin d’une eau courante ou lacustre, qui leur permettait les ablutions les plus élémentaires.

– le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » qui n’est en fait qu’une excision clitoridienne complète; suivie de la salutaire infibulation, triomphe de « l’intégration symbolique » au groupe ethno-culturel. Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles. Les premiers « explorateurs des pays chauds » ont gobé ces inepties, qu’Ambroise Paré et Voltaire ont avalées à leur tour… Il y a quelques siècles. Alors qu’ils n’avaient jamais vu de près la moindre Abyssine ou Turque adulte, et surtout porteuse de son clitoris natif, amputé dès l’enfance. Évidemment les tout dévoués « ethno-psychologues » du style de l’abominable Ehrlich, toujours prêts à venir défendre les plus ignobles mutilatrices, du moment qu’ils peuvent pérorer dans les prétoires, se font l’écho de ces billevesées. Mon Atlas du sexe de la femme (la Musardine, 2001) pourra vous montrer, sur ses 150 photos, des prépuces clitoridiens de toutes les couleurs, mais de conformation rigoureusement identique chez les Européennes, Africaines ou Asiatiques.

Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué.

Il reste à souhaiter qu’une deuxième édition, après le gros succès de l’ouvrage permette de remettre les pendules à l’heure…

Avec mes sentiments confraternels.

Voir aussi:

En mars dernier, nous vous annoncions que la nièce de l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, colistière du candidat UMP à la mairie de Lille, avait décider d’attaquer Charlie Hebdo en justice, car un articulet d’Antonio Fischetti l’accusait de complicité de mutilation sexuelle. Ce denier, quelques jours avant le procès qui se tient le jeudi 20 novembre à Lille [1], présente dans le journal quelles sont les positions qu’il va défendre (« Polémique clitoridienne », 12/11/08).

En premier lieu, le journaliste affirme que « l’ablation du capuchon est bien une mutilation génitale ». Argument qui repose sur une définition de l’Organisation mondiale de la santé, où l’on peut lire que l’ablation du prépuce est une forme de « clitoridectomie » (ablation du clitoris). Même si « l’ablation de cette partie n’est pas aussi grave que l’excision », concède Antonio Fischetti, « elle n’en reste pas moins moins une vraie mutilation », écrit-t-il.

Second argument, non plus institutionnel mais scientifique, « rien ne prouve que le capuchon clitoridien soit plus long chez certaines ethnies ». Selon le journaliste de Charlie, l’allégation selon laquelle les femmes originaires d’Éthiopie « auraient un capuchon surdimensionné » relève plus du cliché et du préjugé que de la science. Pour cela, il cite un article de revue scientifique sur « l’apparence génitale féminine » qui conclut qu’« il n’y a pas d’association statistiquement significative avec […] l’ethnie », étude mise en balance avec la thèse de « théoriciens de l’excision » qui avancent que la taille du clitoris varierait en fonction du climat.

Troisième point, qui rejoint le précédent, « la taille des organes : argument classique des mutilateurs ». L’excision serait justifiée lorsque le clitoris est « trop saillant », affirment les défenseurs de cette opération. L’Égypte, nous apprend A. Fischetti, vient cependant de passer une loi qui interdit l’excision « … sauf en cas de nécessité médicale ». Reste à savoir de quelle genre de « nécessité médicale » il s’agit, s’inquiète le journaliste. Pour lui, « un seul principe pour lutter contre les mutilations génitales : pas touche au sexe, un point c’est tout. »

« Brigitte Mauroy invoque une citation bibliographique : faux. » Le quatrième argument porte sur la forme. L’urologue a en effet soutenu que sa définition reposait sur un traité d’anatomie. Mais, d’après Antonio Fischetti, puisque « la phrase de Brigitte Mauroy n’est pas entre guillemet et ne renvoie à aucune source, il ne s’agit pas, en toute logique, d’une citation ». Elle ne pourrait donc pas se défausser sur les travaux qu’elle évoque.

Cinquième et dernier argument, « l’argument politicien ». Comme Brigitte Mauroy se présentait sous l’étiquette UMP, l’article de Charlie Hebdo aurait constitué une manœuvre politicienne pour déstabiliser la liste conduite par Sébastien Huyghe à Lille. « La meilleure preuve que ma motivation n’est pas politicienne, écrit le journaliste, c’est que je fais cause commune avec Gérard Zwang, qui est notoirement engagé à droite. » Antonio Fischetti réaffirme, pour conclure, son « opposition à toute forme d’atteinte génitale ».

P.-S.

À (re)lire sur Charlie enchaîné : « Trois affaires judiciaires autour de Charlie Hebdo — Lille : Brigitte Mauroy attaque Charlie Hebdo ».

Ajout du 21/11/08. Suite au commentaire de Mugen, voici un article sur le sujet trouvé sur le site Lille 43000 : « Brigitte Mauroy attaque un journaliste ».

Notes

[1] Le procès a été reporté au 12 février 2009.

Voir également:

« L’organe coupable »*. Ce que le procès Brigitte Mauroy/Charlie Hebdo ne dit pas

En février 2009 s’est tenu à Lille un procès intenté par Brigitte Mauroy contre Charlie Hebdo et son journaliste Antonio Fischetti. L’urologue poursuivait ce dernier pour diffamation à la suite d’un papier publié un an auparavant, dans lequel il affirmait qu’elle se rendait « complice de mutilation sexuelle ». En cause un article de la scientifique, intitulé « Vulve », paru en 2004 et comportant une phrase sur le prépuce du clitoris particulièrement ambigüe. Au final la justice avait tranché en prononçant une relaxe complète. Mais le 25 mai dernier, le procès en appel s’est soldé par une condamnation de Charlie, coupable cette fois d’attenter à « l’honneur et la réputation de la plaignante ». Le plus inquiétant, dans cette histoire, c’est qu’on en oublierait presque le fond du problème : les mutilations sexuelles féminines.

• Dans son article « Vulve » publié en 2004 au sein d’un ouvrage « grand public »[1], Brigitte Mauroy introduit sa description anatomique en expliquant que la connaissance des organes érectiles, « de leur morphologie, leur vascularisation et leur innervation est essentielle pour poursuivre les études physiologiques, et par là améliorer la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines. » Remarque préliminaire louable, qui prend pourtant une autre saveur deux pages plus loin, lorsqu’on apprend que « le capuchon clitoridien ou prépuce », ce « repli, peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment) ». Puis rien, à la ligne, on passe à autre chose.

Quelques mois plus tard, Gérard Zwang – autre urologue[2] qui a participé au même ouvrage – adresse une lettre à Brigitte Mauroy pour lui faire remarquer entre autres que « le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » » : « Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué. » Mauroy ne répond pas, et la lettre atterrit sur la toile.

Quatre années se sont écoulées avant qu’Antonio Fischetti publie son papier, quelques jours avant les municipales de 2008 et l’élection de Mauroy sur une liste UMP. Partant de la lettre de Zwang, il écrit que « par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle  ». N’ayant pas daigné répondre aux questions du journaliste, l’urologue envoie après coup un droit de réponse. Mais le canard refuse de le publier et elle se décide finalement à porter plainte.

Or le 12 février 2009, en première instance du procès, trois juges – trois femmes – ont estimé que le propos de Brigitte Mauroy « pouvait être objectivement lu comme une justification anatomique de la pratique de l’excision. »[3] Le procureur lui-même, qui demandait la condamnation de Charlie, a déclaré dans son réquisitoire : « Oui, je crois que Mme Mauroy a écrit là un article dont elle se repent et se repentira.  » Hélas, celle-ci n’était pas là pour clarifier ses positions ou revenir sur cette phrase. Le rejet de ses plaintes semblait être « sans appel ».

Mais en appel justement, à Douai en mai dernier, l’urologue s’est présentée à la barre. Et cette fois, la cour – majoritairement masculine – a condamné Fischetti, jugeant qu’il avait « porté atteinte de façon particulièrement indélicate et inutilement blessante à l’honneur et à la réputation de la plaignante »[4]. Autrement dit, ce qu’a fait le journaliste, dénoncer selon le premier jugement une « justification anatomique de la pratique de l’excision », ceci devient en appel « inutilement blessant », « particulièrement indélicat »…

Au-delà de l’objet du procès, la diffamation d’un côté, la liberté de la presse de l’autre, au-delà de la personne de Brigitte Mauroy – qui, cela a été répété plusieurs fois, « milite contre les mutilations sexuelles » –, il est important de disséquer la phrase incriminée par Fischetti et avant lui par Zwang. Car le problème soulevé par ce « petit » procès de presse relève d’une toute autre gravité. Et ses enjeux dépassent largement « la réputation de la plaignante ».

Une phrase à autopsier

Le prépuce, « peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment) ».

Littéralement, cette phrase pose la question de sa véracité et de sa scientificité. Est-il exact et vérifié qu’il existe des différences de taille des organes génitaux selon des critères « ethniques » ? Une recherche sur le web permet de répondre par la négative : aucune synthèse n’a été dirigée là-dessus – et encore moins sur le seul capuchon clitoridien –, et établir une « association statistiquement significative » entre dimension des organes génitaux féminins et origine ethnique semble impossible[5]. De plus, quand des observations localisées et empiriques ont été menées, l’hypothèse d’une « hypertrophie ethnique » du clitoris – organe pris au sens large[6] – a été nettement réfutée. Ainsi le « Dr Alfons Huber, un gynécologue autrichien qui a longtemps travaillé en Ethiopie dans les années 60, a examiné personnellement des milliers de femmes éthiopiennes de tout âge. Il n’a jamais constaté une fréquence anormale de cas d’hypertrophie ou de croissance inhabituelle des organes sexuels ou du clitoris. »[7]

En outre ce « beaucoup plus long », cette « hypertrophie » « fait procéder à une circoncision »… Convient-il d’entendre par là que cette hypertrophie est une « pathologie » ? Une anomalie qu’il faut, « chez les abyssins notamment », « rectifier » ? Est-ce qu’il s’agit ici, comme Mauroy le présente en introduction, d’« améliorer la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines » et donc d’opérer pour « raisons médicales » ? Il n’y a, bien entendu, aucune réponse dans le texte. A noter, par ailleurs, que dans le Larousse Médical le terme de « circoncision » concerne uniquement l’« ablation du prépuce » masculin, la posthectomie, pratiquée par un médecin « en pathologie ». Et que le terme « excision », se rapportant quant à lui aux mutilations sexuelles féminines, a pour premier sens : « ablation chirurgicale d’un tissu malade, ne laissant en place que des tissus sains. »[8]

Si l’on tient compte de ces définitions, le mot « circoncision », dans cette phrase, manque cruellement de « scientificité ». Cette « circoncision » en tant que telle, c’est-à-dire pratiquée sur des femmes « asiatiques ou africaines », n’a aucun fondement. Le terme doit être précisé : il s’agit d’une circoncision – ou plutôt d’une excision – dite « sunna » ou « a minima » qui vise juste le capuchon clitoridien, avec ou sans ablation totale ou partielle du clitoris. Le problème étant qu’elle est considérée par l’OMS, le FNUAP et l’UNICEF (donc l’ONU), plusieurs États, de nombreuses ONG, des médecins et militants, comme une mutilation sexuelle de type I appartenant à la catégorie de « la clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris). »[9]

Ainsi il est possible d’interpréter la phrase étudiée comme suit : le prépuce est hypertrophié chez certaines Asiatiques et Africaines – différentes à ce titre des « Occidentales » –, ce qui fait procéder – mais est-ce pour des raisons médicales ? –, ce qui conduit à pratiquer la circoncision dite « sunna » – une mutilation sexuelle selon l’OMS – « chez les abyssins notamment », donc en Éthiopie principalement[10] – où, d’ailleurs, plus de 90 % des femmes déclarent avoir fait exciser leurs filles par une praticienne traditionnelle contre moins d’1 % par un professionnel de la santé (