Histoire: C’est la colonisation (et le christianisme) qui ont mis fin à l’esclavage!

31 décembre, 2005

Arab_slavetradersNos nouveaux révisionnistes n’ont pas tout à fait tort: il y a bien un lien entre colonisation et esclavage! Voir l’intéressante mise au point de l’historien Jean-Louis Harouel dans le Figaro d’hier:

Morceaux choisis:

L’arrivée des navigateurs européens a été providentielle pour le commerce des Etats riverains du golfe de Guinée, trop éloignés du Sahara pour qu’ils y écoulent leur surplus d’esclaves. Les Etats exportateurs d’esclaves de la côte atlantique de l’Afrique noire considéraient ce trafic comme leur commerce naturel. (…)

Dès le haut Moyen Age, le monde musulman est devenu le grand importateur d’esclaves. Dans les premiers siècles de l’islam, de nombreux Blancs d’Asie et d’Europe sont déportés en terre musulmane. En particulier, des Slaves (d’où les termes «esclave», «ex-slave») …

Il semble qu’au total, entre le milieu du VIIe siècle et la fin du XIXe siècle, les traites musulmanes aient déporté un nombre de Noirs nettement supérieur à la traite européenne. (…)

A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. (…)

Le mouvement part d’Angleterre, le pays qui a déporté au XVIIIe siècle le plus de Noirs vers l’Amérique. La force du mouvement abolitionniste anglais repose principalement sur la prédication des pasteurs évangélistes. Il en résulte une interdiction de la traite par l’Angleterre (1806) et les autres puissances occidentales (France, 1817), puis une abolition de l’esclavage lui-même dans les colonies anglaises (1833) et françaises (1848). Décidée par l’Europe, la suppression de la traite atlantique est imposée par elle aux Etats pourvoyeurs d’esclaves de l’Afrique occidentale. (…)

Cependant, rien de pareil n’a eu lieu dans le monde musulman. L’esclavage étant prévu par l’islam, il eût été impie de le remettre en cause. Aussi, l’autre grande forme de la traite vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient continua de plus belle au XIXe siècle, qui correspondit à son apogée. Et, parallèlement, des Européens continuaient d’être razziés en Méditerranée et réduits en esclavage à Alger, Oran, Tunis ou Salé (Rabat). D’où l’expédition de 1830 à Alger. Finalement, ce fut la colonisation qui mit presque entièrement fin à la traite musulmane. (…)

Voir l’article complet:

Éviter l’amalgame entre colonisation et esclavage

Le malentendu actuel sur l’article 4 de la loi du 23 février 2005 relatif à la reconnaissance des aspects positifs de la colonisation française vient de ce que la plupart des protestataires amalgament l’esclavage, la traite et la colonisation européenne de l’Afrique.

« Le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais il ne l’a pas non plus interdit »
Jean-Louis Harouel*
Le Figaro
Le 30 décembre 2005

Les ancêtres des actuels Antillais n’ont pas été déportés par des Européens colonisateurs de l’Afrique, mais par des marchands européens qui venaient acheter une «marchandise» que produisait et vendait l’Afrique noire : l’esclave noir. La fourniture des quelque 12 millions d’esclaves de la traite atlantique a été une affaire afro-africaine. De longue date sillonné par les voyageurs musulmans, l’intérieur de l’Afrique est demeuré jusqu’au premier tiers du XIXe siècle inconnu aux Européens. Des négriers noirs se chargeaient de la capture des esclaves, de leur acheminement jusqu’à la côte et de leur vente. Les Etats exportateurs d’esclaves de la côte atlantique de l’Afrique noire considéraient ce trafic comme leur commerce naturel.

Les Européens n’ont pas inventé la traite des Noirs, qui existait déjà depuis des siècles à destination du monde musulman. En effet, l’islam, tout en invitant les maîtres à une plus grande bienveillance envers leurs esclaves, a entériné l’institution de l’esclavage. La religion musulmane autorise à posséder des esclaves. Dès le haut Moyen Age, le monde musulman est devenu le grand importateur d’esclaves. Dans les premiers siècles de l’islam, de nombreux Blancs d’Asie et d’Europe sont déportés en terre musulmane. En particulier, des Slaves (d’où les termes «esclave», «ex-slave») sont massivement capturés dans des razzias et, au mépris des excommunications, vendus par les Vénitiens ou les Marseillais aux musulmans d’Egypte. Mais, parallèlement, la demande d’esclaves du monde arabo-musulman entraîne la mise en route de deux courants de traite en provenance d’Afrique noire. L’un, terrestre, conduit les esclaves du subcontinent noir au nord de l’Afrique à travers le Sahara (traite transsaharienne). L’autre, maritime, achemine les esclaves noirs des ports de la côte est de l’Afrique jusqu’au Moyen-Orient (traite orientale). Il semble qu’au total, entre le milieu du VIIe siècle et la fin du XIXe siècle, les traites musulmanes aient déporté un nombre de Noirs nettement supérieur à la traite européenne.

D’ailleurs, outre les traites musulmanes, il existait dans l’Afrique noire de l’époque médiévale et moderne de vastes réductions en esclavage et un important trafic interne d’esclaves (traite interne). L’arrivée des navigateurs européens a été providentielle pour le commerce des Etats riverains du golfe de Guinée, trop éloignés du Sahara pour qu’ils y écoulent leur surplus d’esclaves. Il y avait là une offre d’esclaves prête à satisfaire d’éventuels acquéreurs.

A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. Puis, à partir du milieu du siècle, l’explosion de la monoculture sucrière sur le modèle des Antilles anglaises provoque un recours massif aux esclaves noirs. L’Etat s’incline devant le choix des planteurs : il officialise l’esclavage en fixant le statut des esclaves (ordonnance de 1685). C’est une profonde régression juridique.

Mais la logique égalitaire du christianisme est toujours présente. Elle va faire prévaloir l’idée que l’esclavage est incompatible avec la dignité de l’être humain. Le mouvement part d’Angleterre, le pays qui a déporté au XVIIIe siècle le plus de Noirs vers l’Amérique. La force du mouvement abolitionniste anglais repose principalement sur la prédication des pasteurs évangélistes, dénonçant la traite comme un crime contre l’homme et contre Dieu. Il en résulte une interdiction de la traite par l’Angleterre (1806) et les autres puissances occidentales (France, 1817), puis une abolition de l’esclavage lui-même dans les colonies anglaises (1833) et françaises (1848). Décidée par l’Europe, la suppression de la traite atlantique est imposée par elle aux Etats pourvoyeurs d’esclaves de l’Afrique occidentale.

Cependant, rien de pareil n’a eu lieu dans le monde musulman. L’esclavage étant prévu par l’islam, il eût été impie de le remettre en cause. Aussi, l’autre grande forme de la traite vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient continua de plus belle au XIXe siècle, qui correspondit à son apogée. Et, parallèlement, des Européens continuaient d’être razziés en Méditerranée et réduits en esclavage à Alger, Oran, Tunis ou Salé (Rabat). D’où l’expédition de 1830 à Alger. Finalement, ce fut la colonisation qui mit presque entièrement fin à la traite musulmane. Lorsqu’elle colonise l’Afrique, dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’Europe est antiesclavagiste. Les puissances européennes abolissent l’esclavage, s’attaquent aux marchands d’esclaves et font cesser l’exportation au départ de leurs colonies.

Même si elle l’a beaucoup pratiqué aux XVIIe et XVIIIe siècles, c’est l’Europe chrétienne qui a détruit l’esclavage des Noirs, d’abord aux Amériques puis en Afrique et au Moyen-Orient. L’Occident ne l’a pas fait sans débats, reculs, déchirements. Mais enfin, il l’a fait, et c’est lui seul qui l’a fait. L’Europe devrait être célébrée pour cela. Au lieu de quoi elle est aujourd’hui seule accusée d’un passé esclavagiste que partagent d’autres civilisations: tout particulièrement le monde musulman, mais aussi l’Afrique noire précoloniale. On oublie trop que la suppression de l’esclavage en Afrique est un des bienfaits majeurs de la colonisation.

* Professeur à l’université de Paris-II.

Sans parler d’un certain nombre de faits et différences souvent oubliés entre les différentes traites, comme le fait que là où les pertes pouvaient atteindre 10% dans la traite atlantique, elles pouvaient dépasser… 80% dans la traite musulmane !

Là où les premiers s’en prenaient surtout aux hommes, les seconds s’en prenaient surtout aux femmes et castraient les hommes
!

Que l’esclavage existait en Amérique du sud bien avant l’arrivée des Européens et que c’est sur la pression de ces derniers qu’il fut aboli au Pérou en… 1968 ! (1942 pour l’Ethiopie, 1962 pour l’Arabie wahhabite, 1976 pour l’Inde et 1980 pour la Mauritanie).

Et que nombre de propriétaires d’esclaves en Amérique du Nord étaient eux-mêmes… noirs !

Et qu’entre 1530 et 1780, les pirates d’Afrique du nord avaient capturé et réduit en esclavage plus d’un million… d’Européens !

Voir: http://www.christianaction.org.za/articles_ca/2004-4-TheScourgeofSlavery.htm

René Girard: Un nouveau Tocqueville?

25 décembre, 2005
Girard_3Nul n’est prophète en son pays. Jésus
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurants d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchaînée. Pierre Bourdieu
Je peux dire sans exagération que, pendant un demi-siècle, la seule institution française qui m’ait persuadé que je n’étais pas oublié en France, dans mon propre pays, en tant que chercheur et en tant que penseur, c’est l’Académie française. René Girard (discours de réception à l’Académie, le 15/12/05)*

En ce jour anniversaire du fondateur du christianisme …

Comment ne pas avoir une pensée pour René Girard (né d’ailleurs lui aussi un 25 décembre!) qui, élu en mars dernier, vient de faire son entrée sous la Coupole. Mais à 82 ans, cette bien tardive récompense ne ressemble-t-elle pas plutôt à une espèce de lot de consolation ou à un repêchage pour ce penseur marginal et « exilé » depuis 50 ans aux Etats-Unis, longtemps snobé et jamais vraiment reconnu par ses pairs français ? (ne parlons pas d’une Université française qui préféra se distinguer il y a quelques années en accordant une thèse à… l’astrologue de Mitterrand!

Car aussi brillante qu’ait été son élection (28 voix sur 32), on ne peut se cacher qu’ il la doit surtout au récent décès d’un père dominicain et qu’il s’agissait en fait d’un poste généralement réservé à un ecclésiastique. Sans compter qu’un anthropologue mondialement reconnu (qui reste-t-il, pour nous Français, après la mort l’an dernier de Derrida ?) se voit ainsi de fait ravalé à la position bâtarde de « philosophe chrétien ». Et ce dans une institution qui, comme pour Lévi-Strauss avant lui (exilé lui pour cause de lois juives sous Vichy mais « repêché », bien plus tard, par le Collège de France), joue ainsi le rôle de voiture-balai ou du moins de refuge pour figures consacrées mais un peu marginales!

Il est vrai que, comme disait Bourdieu, « les groupes n’aiment pas ceux qui vendent la mèche » ou « trahissent les secrets de la tribu ». Et dans une France plus antichrétienne que jamais où structuralisme et marxisme (puis leurs versions post et la déconstruction) brillaient de tous leurs feux, prétendre trouver dans les Evangiles des vérités supérieures à la science elle-même ne pouvait être que scandaleux ou de la provocation!

Mais, comme le rappelait le même Bourdieu citant Weber, on oublie toujours que l’héresiarque ou le prophète sortent du rang des prêtres. Car si en 1940, le jeune Girard est empêché par la guerre de rejoindre la Rue d’Ulm (Paris étant alors en zone occupée), il n’en est pas moins un fils de conservateur du Musée des Papes en Avignon qui terminera ses études avec une solide formation d’archiviste de la prestigieuse Ecole des Chartes de Lyon. Et s’il choisit finalement de s’expatrier en Amérique, c’est d’abord en France et en français qu’il publie et, via son ancien maître Lucien Goldmann, se verra même un moment proposer un poste (auquel il ne donnera pas suite) à la prestigieuse Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris.

De fait, il se révélera finalement fort habile à l’art de « faire de nécessité sociale vertu intellectuelle », jouant sur ses deux appartenances (française et américaine), réussissant comme « ces gens impossibles aux positions impossibles » à « imposer sans compromis la conciliation de positions normalement inconciliables », à savoir toute la science ET toute la religion.

Surtout que « renégat chrétien » pour les savants (avec ses titres d’ouvrage empruntés à l’Ecriture), l’iconoclaste n’est pas toujours compris par les chrétiens eux-mêmes, notamment pour son esprit de contradiction ou son parler « politiquement incorrect » qui lui font aussi bien critiquer le modernisme religieux que défendre « La Passion » de Mel Gibson ou même… émettre des doutes sur la laïcité à la française et la loi de 1905!

Mais n’anticipons pas trop puisque c’est justement le sujet du petit texte (écrit sur lui il y a onze ans) que je voulais présenter ici et qui posait déjà la question de la comparaison avec un autre « Français d’Amérique » (lui aussi académicien!) à qui il faudra, pour être enfin reconnu en France, … plus d’un siècle de popularité américaine ! Et encore qui sait aujourd’hui qu’on est officiellement dans « l’année Tocqueville » (bicentenaire de sa naissance)…?

René Girard: un nouveau Tocqueville ?

Une chose est sûre: si Tocqueville revenait, il ne se contenterait pas d’un aller-retour, il s’installerait carrément en Amérique.

Il choisirait très certainement la Californie, quelque part du côté de Palo Alto, une grande université par exemple. Il aurait bien sûr le même attachement à la démocratie, la même conviction de l’extraordinaire mutation qu’elle constitue pour notre Histoire. Mais il ne s’aveuglerait pas pour autant sur l’ambivalence fondamentale de cette “passion de l’égalité”, qui conduit aussi bien à la plus haute liberté qu’à la pire servitude. Et il ne cesserait pas non plus de s’interroger sur le problème toujours aussi actuel du fondement de la cohésion sociale dans un monde sorti du religieux. Last but not least, pourrait-il même échapper au sort réservé à tout prophète dans son propre pays: l’indifférence générale (avant peut-être la redécouverte tardive)?

Mais trêve de suppositions, cet homme-là existe bel et bien, et il s’appelle René Girard. Né en Avignon en 1923 et installé aux Etats-unis depuis 1947, il a construit une oeuvre singulière, aux confins de toute une série de disciplines: l’analyse littéraire, l’histoire, la sociologie, l’ethnologie et même la philosophie ou la théologie. Pourtant, malgré la publication d’une dizaine d’ouvrages et le nombre de colloques ou de numéros spéciaux qui lui sont consacrés, il reste le grand ignoré de la vie intellectuelle française.

Il faut dire que l’homme est particulièrement hors normes. Outre la singularité de son itinéraire et de son éloignement géographique, il cumule en effets tous les manquements aux règles élémentaires du bon goût et de la bienséance universitaires, que ce soit le mélange des genres ou, pire, la violation du tabou religieux.

Sociologue avec les critiques littéraires, il veut tout réduire à des mécanismes, comme si l’on pouvait ramener nos grandes tragédies aux relations triangulaires des pires vaudevilles. Historien avec les ethnologues, il s’obstine à voir de l’histoire et de la violence partout et ce jusque dans nos chers mythes grecs ou boroboros.

Critique littéraire avec les philosophes ou les psychanalystes, le cuistre revendique la supériorité des grands écrivains sur les grands dogmes freudiens. Il pousse même la mauvaise foi jus au’à reprocher aux uns et aux autres leur “conformisme de l’originalité à tout prix” ou leur “surenchère anti-morale”, prétextant que la nature imitative et conflictuelle du désir ne rend pas moins mais plus nécessaire, la fonction protectrice des interdits.

Enfin, théologien avec les les scientifiques, il a l’outrecuidance de rappeler tout ce que la science elle-même doit au christianisme, à commencer par la désacralisation des forces naturelles, qui seule permet leur étude rationnelle.

En somme, nouveau Tocqueville ou pas, voilà bien un homme qui mérite sa réputation sulfureuse, et qui, non content de refuser le nihilisme ambiant, se permet même d’affirmer le plus tranquillement du monde des choses aussi farfelues que l’Histoire a un sens ou que le Royaume est une nécessité scientifique!

(JC Durbant, pour Aller simple, nov.dec. 94)

* « Elle a été plus mauvaise pour le christianisme que n’importe quelle loi du même genre ailleurs. Elle a été plus destructrice de toute religion, quelle qu’elle soit, que n’importe quelle autre loi au monde », dit-il. En fait, René Girard faisait référence aux statistiques sur la déchristianisation que la loi de 1905 a, selon lui, fortement accélérée ».

Voir également:

Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives.

La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants.

René Girard en vert : « Une seule réponse : le christianisme »
Entretien
Liberté politique
Avril 2000

René Girard vient d’être élu à l’Académie française. Avec lui, c’est un intellectuel chrétien de grande envergure qui rejoint les Immortels. Né en 1923, ancien élève de l’École des chartes, sa première grande étude concernait le mimétisme et la violence du désir chez les plus fameux romanciers européens, de Cervantès à Dostoïevski (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961). Une dizaine d’années plus tard, Girard livrait une étude sur la tragédie grecque, et formulait pour la première fois l’hypothèse que l’origine des religions se trouvait dans le phénomène du bouc émissaire (la Violence et le Sacré, 1972). C’est cette hypothèse que Girard n’a cessé d’affiner dans trois ouvrages où apparaît la véritable originalité de la révélation biblique : le mécanisme du bouc émissaire est mis en lumière et par là-même rendu inefficace ; les ordres culturels fondés sur le principe du meurtre fondateur ne résistent pas au jour que jette sur eux le christianisme quand ils entrent en contact avec lui (Des choses cachées depuis la fondation du monde, (1978), le Bouc émissaire (1983), la Route antique des hommes pervers (1985)).

En 2000, René Girard publie ce qu’il assure être son dernier ouvrage, une véritable apologie du christianisme pour notre temps, Je vois Satan tomber du ciel comme l’éclair (Grasset). À l’occasion de son élection à l’Institut, nous sommes heureux de diffuser les extraits d’un entretien accordé à Edouard Husson pour Liberté politique, en avril 2000.

LIBERTE POLITIQUE. – Dans Je vois Satan tomber comme l’éclair, vous récapitulez toute votre œuvre et montrez que même les plus anti-chrétiens des Occidentaux ne cessent d’être déterminés par le souci biblique par excellence, le souci des victimes innocentes de la violence collective. Si la révélation biblique en sait long sur le désir mimétique, elle nous dit beaucoup aussi sur le phénomène du bouc émissaire.

RENE GIRARD. – J’ai travaillé sur la tragédie grecque, en particulier sur le mythe d’Œdipe avant de m’intéresser aux textes bibliques. Il s’est passé là quelque chose d’extraordinaire. Parallèlement à mes propres recherches et sans que nous nous soyons consultés, un jésuite autrichien, le père Schwager, a commencé à travailler sur les Psaumes. Et il a repéré un thème fondamental chez beaucoup d’entre eux : un individu assiégé par ses ennemis appelle Dieu à l’aide. Ou il proclame son innocence ou que seul Dieu est juge de ses péchés — et non la communauté composée de pécheurs comme lui. Schwager, en prolongeant mes analyses de la Violence et le Sacré, mettait le doigt sur la différence fondamentale de la révélation biblique. L’individu des Psaumes ou Job refusent de donner leur approbation au lynchage dont ils sont menacés. Lorsqu’on lit l’Œdipe roi de Sophocle, le poète tragique nous montre une parfaite symétrie de la violence et puis brusquement, Œdipe est chargé de toute la violence qui divise la communauté.

Comme les victimes émissaires du monde entier, il est soudain accusé des forfaits les plus terribles, ceux qui menacent de dissolution l’ordre social tout entier : le parricide et l’inceste et il ne s’y oppose pas. Job se trouve dans la même situation qu’Œdipe : lui qui régnait sur les esprits et les cœurs, le voici accusé par ses  » amis  » des pires forfaits. Ses faux amis veulent en fait qu’il consente au lynchage qu’on lui réserve. Mais Job, à la différence d’Œdipe, ne rentre pas dans le jeu. Il invoque le Paraclet, l’avocat de la défense des victimes.

Les Évangiles achèvent la révélation biblique en ce qu’ils dévoilent définitivement les mécanismes de la violence individuelle et collective.

Le lynchage collectif est l’aboutissement du mécanisme par lequel nous pensons nous débarrasser de la violence en l’expulsant vers l’extérieur. Dans les constructions juridiques des  » païens « , il est ritualisé. Si la Loi d’Israël se différencie de celle des  » païens « , c’est parce qu’elle doit mener à l’intériorisation de la conscience de la violence. À nos propres yeux, nous sommes toujours pacifiques et ce sont les autres qui sont violents. C’est toujours l’autre qui a commencé. Dénoncer les fautes de l’autre est une des formes de la rivalité mimétique qui me permet d’affirmer ma supériorité sur l’autre et de justifier ma violence contre lui. La loi des nations païennes est toujours finalement inefficace parce que la violence expulsée finit par revenir. Tout l’enseignement prophétique consiste à prêcher le renoncement individuel à la violence, seule garantie de son éradication.

Tel est le sens de l’épisode de la femme adultère.

Oui, Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour.

Jésus réussit à provoquer un bon mimétisme…

Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier.  » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : “Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui”.  » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne :  » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse  » (Jean XI, 47-50).

Est-ce à cause de ce dévoilement de la  » loi du monde  » que l’évangéliste ajoute :  » Ces mots, ce n’est pas de lui-même qu’il les prononça ; étant grand-prêtre cette année-là, il était inspiré  » ?

Oui, livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité.

Les Évangiles sont donc le contraire des mythes, selon vous : ils disent le meurtre du bouc émissaire tel qu’il s’est réellement passé.

Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de  » bouc émissaire  » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme  » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants.

Le christianisme ne dit pas qu’il faut renverser les frontières par la violence. Il respecte les ordres sociaux tels qu’ils sont.

En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme.

> Propos recueillis par Edouard Husson. Texte intégral dans Liberté politique n° 12, printemps 2000, « De la violence et du pardon »

Voir aussi:

 Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. Avons-nous vu, nous, vieillards, témoins des horreurs de la guerre et à qui l’histoire enseigna, contre le message d’Abraham et de Jésus, le bûcher de Jeanne d’Arc ou celui de Giordano Bruno ; avons-nous vu les révoltés en question ne brûler, par mimétisme, que des automobiles ; avons-nous observé la police, postée devant eux, épargner aussi les vies humaines ? Je vois ici une suite immanquable de votre anthropologie, où la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur. Michel Serres
Les banlieues ont inventé une nouvelle forme de sacrifice : la destruction de l’objet symbolique fondamental de la société de consommation qu’est l’automobile. On se passe les nerfs en détruisant des automobiles. C’est très mauvais. Je ne suis pas du tout partisan de cela, mais on ne s’en prend pas aux personnes. René Girard

La nouveauté, c’est le Christ
D. Dhombres, Le Monde, 2/12/05

Voir aussi la belle réponse de Michel Serres à son discours de réception à l’Académie, saluant en son ami « le nouveau Darwin des sciences humaines »:

Morceaux choisis:

L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc …

la première vraie nouvelle vint d’Abraham, notre ancêtre, au moins adoptif, qui, appelé par l’ange du Seigneur (Genèse, XXII, 10-13), arrêta son poing au moment où il allait égorger Isaac, son fils. Cela montre, mieux encore, qu’Agamemnon et Jephté avaient sacrifié leur fille de gaieté de coeur et cachaient cette abomination sous le prétexte du hasard et du premier venu, comme d’autres ailleurs, le dissimulaient dans la nuit, à l’occasion d’un orage. La pitié, la piété monothéistes consistent, nouvellement, en l’arrêt du sacrifice humain, remplacé par la vicariance d’une victime animale. L’éclair de la violence bifurque et, miséricordieusement, épargne l’enfant. Au passage, pour venir en aide à votre idée sur la domestication des animaux, aviez-vous remarqué l’enchevêtrement des cornes du bélier dans le buisson ? Cette attache veut-elle dire que la bête avait quitté déjà la sauvagerie ?

La deuxième vint de la Passion de Jésus-Christ ; à l’agonie, celui-ci dit : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ici, la bonne nouvelle porte sur l’innocence de la victime, l’horreur du sacrifice et le dessillement des bourreaux aveugles.

Considérer la religion comme un fait de société ou d’histoire, loin de caractériser une approche scientifique, fait, au contraire, partie de la régression contemporaine vers les religions sacrificielles de l’Antiquité. Le savoir, là, s’adonne au même aveuglement que les médias ; dans les deux cas, Dieu mort, nos conduites reviennent aux religions archaïques; depuis que le monothéisme se tait, nous errons, redevenus polythéistes, parmi les revenants du sacrifice humain.

Vous dites aussi que le dévoilement du mécanisme victimaire en a usé le remède. De fait, nous ne disposons plus de rituels pour tuer des hommes. Sauf sur nos écrans, tous les jours ; sauf sur nos routes, souvent ; sauf dans nos stades et nos rings de boxe, quelquefois. Mais, j’y pense, cette loi souveraine qui nous fit passer du meurtre à la boucherie, cette loi, dis-je, qui dérive notre fureur de la victime humaine à la bête, notre violence ne la dérive-t-elle pas, aujourd’hui, sur ces objets dont je viens de dire qu’ils sortent, justement, de nos corps, par un processus copié de votre mimétisme ? Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. Avons-nous vu, nous, vieillards, témoins des horreurs de la guerre et à qui l’histoire enseigna, contre le message d’Abraham et de Jésus, le bûcher de Jeanne d’Arc ou celui de Giordano Bruno ; avons-nous vu les révoltés en question ne brûler, par mimétisme, que des automobiles ; avons-nous observé la police, postée devant eux, épargner aussi les vies humaines ? Je vois ici une suite immanquable de votre anthropologie, où la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur.

Jour après jour, j’ai appris les États-Unis en vous écoutant et je souhaite souvent qu’à la suite d’Alexis de Tocqueville, dont j’occupe le fauteuil, vous écriviez demain une suite, contemporaine et magnifique selon ce que j’entendis, de la Démocratie en Amérique. Les souvenirs de votre vie nous doivent ce dernier ouvrage-là.

Note: on se souvient que Girard commença sa carrière aux Etats-Unis par une thèse à l’Université de Bloomington, Indiana, sur un sujet on ne peut plus tocquevillien : les opinions des Américains sur les Français de 1940 à 1943!

Voir aussi la liste des membres actuels et passés de l’Académie sur:

Bibliographie:

Mensonge romantique et vérité romanesque. Paris: Grasset, 1961.

1962. Proust: A Collection of Critical Essays. Englewood Cliffs: Prentice Hall.

Dostoievski: du double à l’unité. Paris: Plon, 1963. (Trans. Resurrection from the Underground: Feodor Dostoevsky. Crossroad Publishing Company. 1997)La violence et le sacré. Paris: Grasset, 1972.

Critique dans un souterrain. Lausanne: L’Age d’Homme, 1976.

« To double business bound »: Essays on Literature, Mimesis, and Anthropology. Baltimore: The Johns Hopkins University Press, 1978.

Des choses cachées depuis la fondation du monde. Paris: Grasset, 1978.

Pensée de Rene Girard, Orsini Ch, Ed. Retz, 1980

René Girard et le problème du mal, Michel Deguy, Jean-Pierre Dupuy, Grasset, 1982

Le bouc émissaire. Paris: Grasset, 1982.

Violence et vérité: Autour de René Girard, ed. Paul Dumouchel,
Colloque de Cerisy. Paris: Grasset, 1985.

La route antique des hommes pervers. Paris: Grasset, 1985.

Cathares ou Esseniens? (1989)

A Theater of Envy: William Shakespeare. New York, Oxford: Oxford University Press, 1991.

French translation: Shakespeare. Les feux de l’envie. Traduit de l´anglais par B. Vincent. Paris: Grasset, 1990.

Comprendre René Girard, Fages, 1993

Quand ces choses commenceront … Entretiens avec Michel Treguer. Paris: arléa, 1994.

The Girard Reader. Edited by James G. Williams. New York: The Crossroad Publishing Company, 1996.

Je vois Satan tomber comme l’éclair. Paris: Grasset, 1999.

Celui par qui le scandale arrive. Paris: Desclée de Brouwer, 2001.

La spirale mimétique : Dix-huit leçons sur René Girard, Collectif, Marie-Stella Barberi(Sous la direction de) Desclée de Brouwer, 2001

La voix méconnue du réel. Une théorie des mythes archaïques et modernes. Traduit de l’anglais par B. Formentelli. Paris: Bernard Grasset, 2002.

Le Sacrifice, Bibliothèque Nationale, 2003

Les origines de la culture : Entretiens avec Pierpaolo Antonello et Joao Cezar de Castro Rocha, Desclée de Brouwer, 2004

Politiques de Caïn : En dialogue avec René Girard, Desclée de Brouwer, 2004

Voir enfin la notice de Wikipedia.


La lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes (Ibn Warraq)

23 décembre, 2005
Saudiflag_1Drapeau saoudien avec sabre du djihad et confession de foi de la chalada (Il n’y a pas de Dieu sauf Allah et Mohamed est le Messager d’Allah)
Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre. Renan

Au moment où l’Occident semble paralysé par la pensée unique de la bien-pensance …

Petit retour sur une parole forte d’un des rares penseurs arabes qui ait osé, dès le lendemain des attentats du 11/9, appeler un chat un chat.

Qui ait osé dire haut et clair que « le problème ne tient pas à l’intégrisme musulman mais à l’islam en tant que tel » et que « le djihad ne désigne pas seulement l’effort sur soi, mais bien la guerre sainte, dont le but est de conquérir le monde entier et de le soumettre à la seule religion qui soit, la loi d’Allah »…

 La lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes

Propos recueillis par Stéphane Barsacq

Le Figaro Magazine

6 octobre 2001

Il se cache. Auteur d’un ouvrage polémique contre l’islam, Ibn Warraq est considéré comme un apostat qui mérite la mort. Comme avant lui Salman Rushdie et Taslima Nasrin, il a décidé de relever le défi de l’obscurantisme.

Le Figaro Magazine : Louis Massignon voyait dans l’islam «une troisième force entre la productivité atlantique, qui tend au mieux à accroître en nombre et en qualité le bien-être de possédants privilégiés, et le marxisme, qui planifie un niveau vital pour toute la masse humaine». Etes-vous d’accord ?

Ibn Warraq : Absolument pas ! On voit bien aujourd’hui que l’islam, en tant qu’idéologie, se solde par un échec total sur tous les plans, aussi bien politique qu’économique, voire religieux. Les travaux de chercheurs comme Olivier Roy ou Gilles Kepel le prouvent assez bien. Pour répondre à votre question, qu’est-ce que l’islam, sinon une idéologie religieuse de type fasciste ? Si l’islam est bel et bien la troisième voie, alors autant tirer l’échelle. Mieux vaut mille fois la démocratie libérale, avec toutes ses imperfections, que la perfection totalitaire de l’islam.

Pourquoi parlez-vous de « fascisme religieux » ?

Umberto Eco a défini le fascisme selon quatorze points. Le premier résume à lui seul tout l’esprit de cette religion : le culte borné de la tradition. Que nous dit-on ? La vérité a été révélée une fois pour toutes, impossible de la discuter, de la relativiser ou même d’y réfléchir : on ne peut au mieux qu’interpréter son message. Le Coran se veut éternel, il s’ensuit qu’il contient l’encens de toutes les prophéties faites aux hommes et que chacun se doit d’y obéir, corps et âme, faute de quoi les sanctions seront terribles. Dans ces conditions, essayez de pratiquer la moindre ironie, le moindre esprit critique, la moindre remise en question d’ordre historique ou philologique…

Vous allez à contre-courant de nombreux théologiens qui, pour leur part, parlent de la modération de l’islam, et de l’islamisme comme d’un dévoiement.

Tant pis pour ceux qui les croient. Le problème ne tient pas à l’intégrisme musulman mais à l’islam en tant que tel.

N’êtes-vous pas vous-même en train d’appliquer une grille de lecture un peu trop simpliste ?

Je plaide au contraire pour la lucidité, à l’épreuve de la lecture des textes sacrés. L’islam a une mystique qui prend corps dans le politique, de sorte que les deux, à la fin, ne font plus qu’un. L’islam rejette l’idée de laïcité et de séparation des domaines religieux, politique ou militaire. Toutes les atrocités commises en Afghanistan, en Egypte, en Algérie ou encore au Soudan, par exemple, sont la conséquence logique des principes fondamentaux gravés dans le Coran, les hadiths, la sunna et la charia. Il n’y a pas de tolérance islamique : si l’islam s’est construit, ce fut à chaque fois par l’épée, en détruisant la chrétienté en Orient ou la culture persane séculaire, ne laissant jamais derrière elle que des ruines. A titre d’exemple, le dynamitage des bouddhas de Bamiyan, ordonné par le chef suprême des taliban, le mollah Omar, l’a rappelé avant les attentats de New York. Le problème de la loi divine est qu’elle exclut toute approche sereine ou rationnelle. Pour preuve, dès que la charia trouve son application, où que ce soit, deux groupes en font systématiquement les frais : les femmes et les non-musulmans. Ces derniers sont considérés comme inférieurs, et les apostats sont passibles de mort ; quant aux femmes, elles sont victimes au-delà de tout : sans même parler de la question du voile ou des exécutions en cas d’adultère présumé, elles ne peuvent hériter que la moitié perçue par un homme, leur témoignage devant un tribunal ne vaut que la moitié de celui d’un homme, elles ne peuvent pas épouser un non-musulman, elles ne peuvent pas divorcer, certaines professions leur sont refusées, etc.

Estimez-vous que les Occidentaux n’ont pas joué leur rôle de garde-fous en s’abstenant de dénoncer ces excès ?

Oui. Leur lâcheté m’effraie presque autant que l’attitude des islamistes. Les islamologues occidentaux, comme nombre d’intellectuels bien-pensants ont eu tendance à enjoliver les choses, de peur de ne pas apparaître « politiquement correct », au pire d’avoir à défendre des positions qui exposent à certaines représailles...

Pour vous, le djihad est-il vraiment au coeur de l’islam, étant entendu qu’il ne fait pourtant pas partie des cinq piliers de la foi ?

Bien sûr. Le djihad ne désigne pas seulement l’effort sur soi, mais bien la guerre sainte, dont le but est de conquérir le monde entier et de le soumettre à la seule religion qui soit, la loi d’Allah. Pour tout musulman, c’est une obligation religieuse établie dans le Coran que de porter, par tous les moyens, l’islam à toute l’humanité. Exemple : «Que ceux qui troquent la vie présente contre la vie future combattent dans le chemin de Dieu. Nous accorderons une récompense sans limite à celui qui combat dans le chemin de Dieu, qu’il soit tué ou qu’il soit victorieux. » (IV. 74). En somme, l’humanité se trouve divisée en deux groupes : les musulmans et les autres. Les musulmans sont membres de la communauté islamique, l’ummah, qui possède les territoires dans le Dar al islam, la terre de l’islam, où les édits de l’islam sont promulgués dans leur totalité. Les non-musulmans sont les Harbi, les gens du Dar al Harb, le pays des guerres, en fait n’importe quel pays appartenant aux infidèles et qui n’a pas été soumis à l’islam mais qui est destiné à passer sous son contrôle soit par conversion, soit par la guerre.

Pourquoi avez-vous fait vôtre la phrase d’Ernest Renan : « Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre » ?

Je suis sûr qu’il y a beaucoup de musulmans qui ne le sont que dans un sens culturel et qui se fichent, par ailleurs, complètement de la théologie. Quand je lis que 60 % des Marocains sont analphabètes, cela signifie bien qu’il y a 60 % de Marocains qui n’ont pas lu le Coran. Ces gens considèrent l’islam de façon «relax»… Le problème est que les radicaux ont créé une ambiance malsaine, encouragés par la passivité, la complaisance, voire la complicité de l’Occident. Dans les années 20, les femmes brûlaient leur voile ; dans les années 50, c’étaient des étudiants qui faisaient des autodafés du Coran à Bagdad. Autant dire que l’on a régressé. Au XVIIIe siècle, Voltaire écrivait une tragédie du nom de Mahomet ou le Fanatisme. A nous tous, désormais, de créer un mouvement digne de celui des Lumières et de déjouer les stratégies entretenues à des fins tactiques autour d’un islam tolérant, ce que l’islam n’est ni dans son principe ni dans sa finalité.

Voir aussi: Ibn Warraq, Pourquoi je ne suis pas musulman, préface de Taslima Nasrin et du général J. G. Salvan, L’Age d’homme, 430 p., 160 F (24,4 E).


Irak/2e: La société la plus mauvaise, inhumaine et immorale (When all else fails, blame America!)

20 décembre, 2005

Gmaciunasusasurpasses3_4Never in history has a society been so widely vilified while at the same time attracting millions from every corner of the world. (…) Much of it derives from a general and universal scape-goating impulse, from the relief we all feel when we can shift responsibility for our misfortunes to some outside entity or force. Paul Hollander

Au moment où les Irakiens viennent (pour la troisième fois en une année !) de manifester leur attachement au processus démocratique et où les Afghans viennent d’ouvrir leur premier parlement démocratiquement élu de l’histoire, il semble que pour de nombreux critiques des Etats-Unis (américains ou non), ce ne sera jamais assez.

D’où l’intérêt de cet entretien de l’historien américain Paul Hollander au magazine Front Page l’année dernière (merci Al !), qui, reprenant les paroles de Chomsky, rappelle étrangement le fameux mot de Churchill:

The most evil, inhumane, immoral system… with the exception of all others !

Hating America
Jamie Glazov
FrontPageMagazine.com
August 12, 2004

Frontpage Magazine’s guest today is Prof. Paul Hollander, an expert on anti-Americanism and the author of two masterpiece works on the psychology of the Left: Political Pilgrims and Anti-Americanism . He is the editor of a new collection of essays by America ’s foremost scholars and thinkers, Understanding Anti-Americanism: Its Origins and Impact at Home and Abroad.

FP: Prof. Hollander, welcome to Frontpage Interview . It is a pleasure to have you with us. I have to also say that your work has played a large role in my own development and understanding of the Left. I am very grateful to you.

Hollander: Many thanks Jamie.

FP: First things first, let me congratulate you on the original essays written specifically for the volume. Your introduction examining the phenomenon in recent years and your suggestion for the reasons for its growth is especially profound and impressive.

So what motivated you to assemble this new collection of essays?

Hollander: I was considering to rewrite and revise my 1992 book on the same topic (following 9/11 and the new upsurge of global anti-Americanism), but instead I assembled this volume which could be done faster. Moreover I lack the expertise about particular regional varieties of anti-Americanism the contributors to the volume possess. I believed that this time it was important to focus on anti-Americanism abroad, which in fact is given more space in the volume than what I called « the domestic denunciations. »

FP: How did you first become interested in anti-Americanism?

Hollander: I think it was an outgrowth of the book POLITICAL PILGRIMS which focused on the (pro-communist) political illusions of Western intellectuals stimulated by a mixture of anti-capitalism, anti-Americanism, disappointment with modernity and with the inability of the U.S. to measure up to the very high expectations it has always stimulated at home and abroad. A very idealistic society invites criticism since these ideals cannot be realized or very imperfectly.

FP: Have any of your views changed about anti-Americanism since your first book on the subject came out in 1992?

Hollander: My basic views have not changed but I certainly did not expect the intensification of Arab-Islamic anti-Americanism and the murderous forms it has taken in the last few years. Such fanaticism is quite unique historically — I am thinking in particular of the willingness to self-destruct in order to maximise the killing of others, all of which is motivated in part by highly irrational religious beliefs (the other wordly rewards, short cut to paradise, etc)

FP: Arab-Islamic anti-Americanism is a hatred of temptation. The Arab-Islamic world represses and demonizes women and female sexuality – and myriad other pleasures that come with life. Sex and love are seen within the context of “group defense,” not through the lens of individuals pursuing their personal and individual desires. The entire culture is based on subjugating the individual, whereas America represents the exact opposite.

J.Lo, Mariah Carey and Britney Spears doing what they do on American television is a major threat to this culture. It is freedom, and freedom of the female on every level. The Arab-Islamic world must wage war on the culture that produces this temptation because it cannot allow itself to succumb to the love of life, appreciation of pleasure and the allowance of women doing what they want with their lives — and with their sexuality. It cannot allow the exercise of free will by individuals engaged in the pursuit of personal happiness.

What is your slant on this? Do you agree with these themes?

Hollander: The liberation of women in Western societies and especially the U.S. is a part of modernity detested in the Arab-Islamic world. They also associate it with hedonism, decadence and pornography. The autonomy of women flies in the face of these traditions, it also part of Western individualism, similarly detested.

FP: Your work has shown that there are many different types of anti-Americanism, and that a lot of them contradict one another. Tell us a little bit about this.

Hollander: Anti-Americanism is an all purpose remedy or response to a wide range of grievances and frustrations (to be distinguished from rational and specific critiques of U.S. policies, needless to say). Most of these contradictions have to do with a love-hate relationship to modernity. Many people around the world crave modernity but once it becomes clear that some of its fruits or by products are problematic, they turn on the U.S. — the major representative of modernity.

People also love American mass culture and despise it (intellectuals in particular, not the same people who consume it voraciously).

Some people blame the U.S. for throwing around its weight (globally) others for not doing enough good around the world. Everybody wants to have higher standards of living but many fail to recognize that this requires higher degrees of industrialization and productivity which impinge on the environment, plus capitalism which has proved far more productive than the varieties of socialism attempted.

The major contradiction is that millions of people want and try to come to this much vilified country from every corner of the world. At the same time few of the most embittered domestic critics would consider moving abroad to get away from all this evil, as they see it. (Gore Vidal is an exception, having denounced the U.S. from Italy , through much of his life).

FP: What are some differences between domestic and foreign anti-Americanism?

Hollander: On the whole foreign anti-Americanism is more rational because it often is associated with genuine nationalistic grievances as in Latin America – although they may be ancient like Mexico ‘s loss of territory to the U.S.

The penetration of American mass culture (popular as it may be) is another more understandable concern since it does undermine indigenous culture and art. American fast food replacing local cuisine may also be resented by some but in all these cases imports from the U.S. are eagerly received and consumed, not forced upon the masses, these things are part of the package of modernization.

Domestic anti-Americanism is much more limited to intellectuals and elites than the foreign versions although intellectuals are everywhere in the forefront.

I think the major source of domestic anti-Americanism is the disappointment and bitterness over the failure of American society to attain its highest ideals, and promises, or the imperfect, partial realization of these ideals. American society from its beginnings stimulated unrealistically high expectations of personal happiness and fulfilment and social harmony; in particular it promised to combine freedom and equality which is not possible.

Much of American anti-Americanism got started, or was given an enormous boost in the protest movements of the 60s. Antiwar protest rapidly blossomed into a comprehensive rejection of American society. Domestic anti-Americanism could also be associated with the loss of meaning in an increasingly secular society (I know all about high church attendance and results of opinion polls about belief in heaven and hell, but this still is a largely secular society, religious institutions themselves have become increasingly secular and less spiritual)

FP: What are some of the major misconceptions about anti-Americanism?

Hollander: That it is a rational, justified response to wrongheaded American foreign policy or domestic failings. As I noted before one can be critical of many things in both foreign and domestic policies without being or becoming anti-American. Anti-Americanism is a sweeping, generalized rejection, a disposition that only partially depends on the actual wrongs the U.S. perpetuates.

FP: So how can one separate anti-Americanism from justified critiques?

Hollander: This is sometimes difficult because justified critiques merge, or converge with the anti-American disposition which is not fully rational. I may object to the energy and environmental policies of the Bush administration but it need not lead me to the conclusion that this is the most evil, unjust, wasteful society that ever existed. Others predisposed to anti-Americanism seize on such policies because they confirm their predisposition. The same with the personality of our current president seen as the incarnation of everything wrong with American culture and society. It is possible to be quite critical of him without such conclusions to be drawn.

The interesting question is: where does the anti-American predisposition comes from? I think (as I also noted before) much of it derives from a general and universal scape-goating impulse, from the relief we all feel when we can shift responsibility for our misfortunes to some outside entity or force. The choice of such entities depends on many historical-social and cultural conditions.

There is also anger that American society doesn’t meet the need for meaning and community (this applies to domestic anti-Americanism). Abroad it is mostly the hostility or ambivalence about modernity that feeds anti-Americanism (the U.S. being the major incarnation of modernity). Then there is of late the single super power status that makes the U.S. a plausible target as do the great wealth and visibility. Envy (abroad) plays a part too.

FP: Give us some examples of major figures representing anti-Americanism. Tell us, for instance, your thoughts on Michael Moore and Noam Chomsky.

Hollander: Certainly Chomsky is a fine example the purest representative of domestic anti-Americanism. He makes it clear, time and again, that he considers the U.S. the most uniquely evil society; almost by definition the wrongs committed by the U.S. are magnified and elevated.

For instance, of late he said that the American attack on the chemical factory in Sudan was a greater moral outrage than 9/11 — or something to that effect. He also compared the U.S. to Nazi Germany, called it the foremost or greatest terrorist state etc.

He acts as if his views on the U.S. are self evidently true and expresses surprise if someone disagrees. Moreover, he has been at it non-stop since the 1960s, totally consumed, obsessed by it, endlessly repeats himself, this is all he has to say, that this is the most evil, inhumane, immoral system or society. People sharing his views but incapable of expressing it with the same level of fluency gravitate to him; his enthusiastic audiences confirm his beliefs. I don’t know where it all comes from. He hates Israel just as much.

Michael Moore is a somewhat different case; first of all he is not an academic intellectual, doesn’t come from an adversary subculture. His hatred of American society is not quite as intense as Chomsky’s, but similarly visceral. He too gets plenty of sub-cultural support among the Hollywood celebrities and also reaps abundant material rewards.

Gore Vidal, Edward Said and Ramsey Clark are other examples of this kind of pure, visceral anti-Americanism. Abroad we see individuals such as Harold Pinter and Gunter Grass.

FP: Has there been an increase in anti-Americanism in the last few years? If so why?

Hollander: There has been. Due to the sole super power status, greater military-political assertiveness following 9/11, the linkage of anti-Americanism to anti-globalism (new version of anti-capitalism) and Islamic anti-Americanism. The European Union became more competitive, economically-politically. The personality of George Bush too attracts anti-Americanism, as do some of his policies.

FP: What is the future of anti-Americanism?

Hollander: It will be with us in the foreseeable future unless the U.S. ceases to be a super power, the major incarnation of modernity, a producer of mass culture and thus the most plausible target for all sorts of grievances discussed above. Particular forms or geographic locations may change.

Let me also add that the likely persistence of anti-Americanism will also, in all probability, be accompanied by the spectacle of millions seeking admission to this much maligned society. This is the great paradox of anti-Americanism: never in history has a society been so widely vilified while at the same time attracting millions from every corner of the world.

FP: Prof. Hollander, our time is up. It was a pleasure to speak with you. We’ll see you again soon.

Hollander: Thank you Jamie.

http://www.frontpagemag.com/Articles/Printable.asp?ID=14624

* Illustration: « US surpasses all the genocide records », George Maciunas, 1967 (l’artiste lituanien-américain George Maciunas est le fondateur du mouvement d’avant-garde des années 60 Fluxus, groupe qui inclut John Beuys, Nam June Park ou Yoko Ono.)

Voir aussi:

http://www.artnotart.com/fluxus/gmaciunas-usasurpassesall.html
http://www.artnotart.com/fluxus/gmaciunas-usasurpassesnazi.html

 

 

 


Rwanda: Qu’un sang impur…! (Was the French revolution a racial war?)

14 décembre, 2005
ClovisPourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants …? Abbé Sieyès
La Révolution (…) a affranchi les Gaulois de la conquête des Francs. Napoléon
Nous croyons être une nation, et nous sommes deux nations sur la même terre, deux nations ennemies dans leurs souvenirs, inconciliables dans leurs projets : l’une a autrefois conquis l’autre ; et ses desseins, ses vœux éternels sont le rajeunissement de cette vieille conquête énervée par le temps, par le courage des vaincus et par la raison humaine. (…) Tout ce qu’avait produit, dans l’ordre politique, la succession des événements arrivés en Gaule depuis la chute de l’empire romain, cessa d’exister par la révolution française. Augustin Thierry (1835)
On doit noter que le premier à prendre à son compte la coexistence en France de peuples différents, d’origines différentes, fut aussi le premier à élaborer une pensée raciale définie. Le comte de Boulainvilliers, noble français qui écrivit au début du XVIIIe siècle des oeuvres qui ne furent publiées qu’après sa mort, interprétait l’histoire de la France comme l’histoire de deux nations différentes dont l’une, d’origine germanique, avait conquis les premiers habitants, les « Gaulois », leur avait imposé sa loi, avait pris leurs terres et s’y était installée comme classe dirigeante, en « pairs » dont les droits suprêmes s’appuyaient sur le « droit de conquête » et sur la « nécessité » de l’obéissance toujours due au plus fort. Hannah Arendt (L’impérialisme)
Si les négriers sont glorifiés et si les racistes sont au Panthéon, ce n’est pas étonnant que les banlieues brûlent ! Claude Ribbe (Le Crime de Napoléon)
La traite n’avait pas pour but d’exterminer un peuple. (…) Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Olivier Pétré-Grenouilleau

Entre une Taubira qui a fait voter sa loi sur l’esclavage comme crime contre l’humanité en 2001 (juste avant, accessoirement aux présidentielles de 2002, de faire perdre le chef de sa coalition Jospin pour nous amener Le Pen au 2e tour !) …

Un Bilé qui nous sort les noirs dans les camps nazis (jouant sur la confusion habituelle camps de prisonniers-camps de mise à mort immédiate et accordant ainsi à nos Dieudonnés & co leur Shoah à eux !) …

Et maintenant un Ribbe qui nous fait le coup du Napoléon nazi (on n’est plus à 150 ans près !) …

On va finir, au rythme où les voitures brûlent, par… désespérer Billancourt!

Mais, plus sérieusement, s’il est bien sûr utile de faire sortir des travaux savants les derniers cadavres qui restent dans les placards de la République (il y a effectivement eu des noirs dans des camps de prisonniers allemands – dont le chanteur de gospel ivoiro-français de l’après-guerre John William pour sabotage et donc fait de résistance – qui ont donc droit à notre, il est vrai bien tardive, reconnaissance.

Comme il est vrai et jusqu’à récemment connu des seuls spécialistes, qu’historiquement, le premier quasi-génocide de l’histoire moderne (dont on a discrètement évoqué le centenaire l’an dernier) était effectivement un camp colonial où, dans ce qui est aujourd’hui le Botswana, l’Armée coloniale allemande (un temps sous l’administration du père d’un certain… Goering!) a tenté d’écarter et d’exterminer, par l’association alors nouvelle de la déportation et du travail forcé, toute une population noire, les fameux Hereros.

Et s’il semble effectivement étrange que le rétablissement « musclé » de l’esclavage sous l’Empire ne soit pas enseigné dans les livres d’histoire de nos enfants, il est quand même dommage que cela soit laissé à des recherches dont la subtilité a souvent peu à envier à celle d’un… Dieudonné!

Il n’est bien sûr pas question ici de défendre le « génial stratège d’Austerlitz », premier « boucher européen » avant Hitler et Staline et grand héros du sieur Villepin (il a quand même bien dû faire, avec les Révolutionnaires qui l’ont précédé, un petit million et demi de victimes ?), mais c’est sûr que, comme disait l’historien Pétré-Grenouilleau (et qui lui vaut son actuelle assignation en justice par un « Collectif Antillais, Guyanais, Réunionnais »), on saisit mal la logique qui pousserait l’esclavagiste à… gazer son outil de travail!

Pour autant, faut-il verser dans l’excès inverse et chanter le « comportement exemplaire » de la France comme un Pierre Péan tout récemment pour le Rwanda (Noires fureurs, blancs menteurs) où, on le sait maintenant grâce à lui, c’est les… Toutsis qui ont génocidé les Houtous?

Faut-il, même s’il est naturellement important de rappeler les exactions de la soldatesque d’un Kagamé (au Rwanda mais peut-être surtout après au… Congo !) et les dérives de la dictature des bons sentiments chez de nombreux droits-de-l’hommistes, aller jusqu’à absoudre les Houtous et défendre à toute force les erreurs manifestes de la Françafrique et du clan Mitterrand?

Pourtant, il est des cas où, s’ils ne sont pas sans risque (notamment celui de juger le passé à l’aune de la sensibilité d’aujourd’hui), le « brassage des siècles » et la méthode comparatiste peuvent aussi avoir leurs vertus.

Comme le montrait un an après le génocide rwandais le chercheur français Dominique Franche dans un article particulièrement éclairant des Temps Modernes (« Généalogie du génocide rwandais », mai/juin 1995) et que nous reprenions dans un petit texte de 98.

QU’UN SANG IMPUR…!
La révolution française était-elle une guerre ethnique?

JC Durbant
Aller Simple
Avril 1998

Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc!
La Bible (Ps. 137:9)

Une nation ne se régénère que sur un monceau de cadavres.
Saint-Just

La passivité de la communauté internationale

Quatre ans déjà depuis l’incroyable déchaînement de violence qui a ravagé le Rwanda au printemps 94 et la communauté internationale ne semble toujours pas avoir emergé de l’état de stupeur qui avait été le sien à l’époque. Et ce ne sont ni le piteux mea culpa de M. Clinton lors de son escale-éclair à l’aéroport de Kigali au début du mois, ni la création plus que tardive d’une “mission d’information” par la France, qui feront oublier les yeux fermés de la communauté internationale au moment du drame. La vérité, c’est que, traumatisés par leur amère expérience somalienne de 93 (30 soldats tués) ou très sérieusement compromis par 20 ans de coopération et de soutien pour le moins inconsidérés d’un régime qui se révélera génocidaire1, ni les uns ni les autres n’ont respecté les engagements pris après la seconde guerre mondiale contre les crimes de génocide. Bien plus, les deux pays useront de toute leur influence pour retarder le plus possible la résolution des Nations-Unies en ce sens, et ce malgré les informations précises de leurs services secrets sur place au moins trois mois avant les événements.

Quant aux spécialistes, c’est d’une autre forme de paralysie qu’ils semblent avoir été pris, tétanisés qu’ils sont autour de leur interminable débat pour ou contre les explications traditionnelles de la tragédie (“fatalité du tribalisme africain”, “retour à des querelles ancestrales”, “férocité inhérente à ces sociétés”).

Prendre au sérieux notre incompréhension

Pourtant, avant de se résigner à l’incompréhension ambiante (ou à l’indifférence, fille de la première), il faut donner sa chance à une perspective – souvent refusée par les divers spécialistes2 – qui seule prend au sérieux cette incompréhension3 où nous sommes. Il s’agit tout simplement de la comparaison avec notre propre histoire qui a le mérite de nous faire toucher du doigt ce qui nous rend ces situations aussi étrangères. A savoir, pour une bonne part, le fait qu’elles font référence à des notions – la race, le sang – qui nous sont de moins en moins familières ou en tout cas ne subsistent guère plus chez nous qu’à l’état de vestiges un peu honteux.

La guerre des deux races: Gaulois contre Francs

Qui se souvient en effet que le “sang impur” de notre hymne national se réfère à celui des ennemis de la Révolution, c’est-à-dire à celui des aristocrates émigrés et de leurs alliés étrangers? Qui se rappelle de l’ironique suggestion de l’abbé Sieyés à la veille de la Révolution: “Pourquoi le Tiers-Etat ne renverrait-il pas dans les forêts de Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants …?”. Qui se souvient encore que jusqu’à la Révolution de 1848, l’opposition entre nobles et roturiers restera interprétée comme la guerre de deux races: la franque contre la gauloise ? (“La Révolution (…) a affranchi les Gaulois de la conquête des Francs”, écrira Napoléon dans ses mémoires de l’île d’Elbe). Vercingétorix contre Clovis! (on n’est plus à un anachronisme, ni à 500 ans près…). Mais on imagine la confusion de la génération des futurs Danton ou Robespierre s’ils avaient dû réciter sur les bancs des écoles des Frères – l’instruction publique était, on le sait, à la charge de l’Eglise – le credo républicain de Jules Ferry, “Nos ancêtres les Gaulois …”, dans un pays qui avait choisi de s’appeler “France”!

Toujours est-il que le mythe de l’origine franque de la noblesse, dont celle-ci s’était auparavant si abondamment servie, allait effectivement se retourner contre elle, la Révolution apparaissant alors comme la revanche de la race des Gaulois, roturiers fils de Gaulois, contre les nobles, descendants des conquérants francs, qui les avaient asservis pendant si longtemps. Mais ce qu’on oublie souvent, c’est que ces distinctions qui aujourd’hui nous semblent incompréhensibles, étaient prises très au sérieux à l’époque et surtout qu’elles avaient des effets bien réels sur les comportements des populations et peut-être même sur leurs caractéristiques physiques. Ainsi on sait que les nobles avaient tendance à être plus grands que la moyenne, probablement grâce à une alimentation plus riche mais aussi certainement par un processus d’auto-sélection (se mariant entre eux et avec les femmes les plus convoitées). De même, leur relative oisiveté leur assurait une peau plus blanche et des mains plus fines, contrairement aux roturiers voués eux aux travaux les plus durs dans les champs. Ainsi se trouvaient objectivement et subjectivement validées -“naturalisées” en quelque sorte – de simples différences de mode de vie et de reproduction.

Il était une fois deux groupes en présence…

Comparaison n’est pas raison, direz-vous. Pourtant, les ressemblances sont plus que frappantes. Imaginez, à quelques milliers de kilomètres et à un siècle de distance, deux groupes en présence. D’un côté, les Toutsis, minoritaires (peut-être 10% de la population totale) que les premiers colons européens semblent avoir très tôt associés à une aristocratie ou à une noblesse. Il est vrai qu’au centre du pays une partie d’entre eux sont organisés en royaume avec un système plus ou moins étendu de lignées royales (et sur lesquelles il est donc commode de s’appuyer pour contrôler le pays). Ils sont certes loin de former une catégorie homogène, mais ils concentrent souvent entre leurs mains à la fois le pouvoir économique (sous la forme de très grands troupeaux) et le pouvoir politique (selon leur proximité aux lignées royales).

Contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses autres régions d’Afrique, ils partagent avec l’autre groupe langue, culture, religion et même le territoire (autrement dit, ils ne possèdent aucune des distinctions qui font normalement les ethnies). Mais, c’est vrai, ils semblent plus grands, élancés, le port altier, le teint un peu plus clair, les traits plus fins.4 Les colons ont alors vite fait de leur attribuer une origine mythique. Ils seront donc des “Hamites” – dans le langage mythico-biblique de l’époque – c’est-à-dire descendus par Cham, le fils maudit de Noé, de l’Ethiopie ou de l’Egypte, ayant asservi et régnant sur l’autre groupe.

L’autre groupe (on ne parlera pas de la toute petite minorité des Twas, méprisés par tous et apparemment descendants de pygmées), c’est les Houtous, que les mêmes Européens semblent avoir voués au rôle de roturiers car ils sont plutôt agriculteurs et surtout sous la dépendance des premiers (sauf au Nord où certains d’entre eux ont préservé des sortes de micro-royautés). Mais ces catégories ne sont pas parfaitement étanches et de temps en temps des fils de “roturiers” houtous riches peuvent épouser des femmes toutsies, et leurs descendants intégrer “l’aristocratie” tousie; inversement, il peut aussi arriver à des “nobles” toutsis appauvris de se retrouver déclassés au rang de “roturiers” houtous.

Une Révolution sous les tropiques

Un jour, les premiers colons (allemands) perdent une guerre dans la lointaine Europe, alors d’autres (plutôt belges, accompagnés de nombreux missionnaires) viennent prendre leur place. A un moment, le roi toutsi se montre un peu récalcitrant, alors on le dépose et le remplace par un fils plus docile qui, nouveau Clovis, se convertit et entraine tout son peuple dans le christianisme. On crée des écoles pour “le peuple” qui aboutissent à la création d’une deuxième élite, houtoue, concurrente de la première.

Puis, vient le temps des indépendances et le roi toutsi semble perdre patience, alors on va encourager la formation d’un parti houtou, plus conciliant car n’ayant rien à gagner au maintien du statu quo. L’indépendance voit la victoire du groupe majoritaire, les houtous, et – surprise ! – ces derniers interprètent celle-ci comme une nouvelle Révolution du “Tiers-Etat” houtou sur les “aristocrates” toutsis, cette race d’ ”envahisseurs » qui feraient mieux de s’en retourner dans leur maudite Ethiopie, etc. Les massacres vont alors commencer et se répéter à intervalles réguliers sur une trentaine d’années – comme l’Europe l’avait découvent auparavant, rien de tel que des pogroms périodiques (il faudrait parler ici d’”anti-hamitisme”) pour renforcer le pouvoir d”un régime défaillant! Surtout qu’à chaque fois, se renforce un peu plus “la menace extérieure” des réfugiés et émigrés toutsis dans les pays voisins, qui peu à peu s’organisent, s’arment et tentent à plusieurs reprises de reprendre le contrôle de “leur” pays.5 Heureusement, les alliés belges et français veillent et ils sont repoussés.

La “solution finale” plutôt que le partage du pouvoir

Jusqu’à ce fatidique printemps 94 où, soutenus par certains pays voisins comme l’Ouganda, les envahisseurs semblent sur le point de parvenir à leurs fins (plus grave encore, certains Houtous modérés envisageraient même de partager le pouvoir avec eux !) mais les extrémistes houtous ont tout prévu et, profitant de l’assassinat “providentiel” du président et du départ des casques bleus et diplomates occidentaux, vont pouvoir enfin appliquer leur version de la “solution finale”.

On avait d’ailleurs eu amplement le temps de “répéter” pendant toutes ces années et la sophistication administrative du pays léguée par les Européens va considérablement faciliter les choses (la mention ethnique, notamment, sur les cartes d’identité), sans compter l’entraînement généreusement fourni par les anciens colons, belges donc mais surtout français. Encadrée par des milices bien rodées et maintenue dans un climat de terreur permanente (entretenu par une radio déchaînée et facilité, il est vrai, par le fait que les troupes toutsies sont effectivement aux portes du pays), une bonne partie de la population va ainsi se mettre au “travail”, selon le terme utilisé alors.

On connaît le résultat: peut-être 10% de la population massacrée en quelques mois (soit quelque 850 000 Toutsis et opposants houtous pour une population originelle de huit millions (qu’on imagine l’équivalent de six millions de morts pour un pays comme la France ou peut-être la population totale de la Californie pour un pays comme les EU!)

Tout est construction

Naturellement, ce type de reconstitution et les filiations qu’elle fait apparaître peuvent sembler un peu forcées. Mais, contrairement aux disputes sans fin des spécialistes pour savoir si la guerre civile du Rwanda était ou non d’origine ethnique ou tribale, elles ont le mérite de faire apercevoir un certain nombre d’évidences. Tout d’abord, qu’il est futile de vouloir rendre responsables en bloc (ce qui n’empêche pas les responsabilités individuelles) les églises et leurs écoles, la même école (comme à Linz en Autriche, pour prendre un exemple plus près de nous) pouvant produire, on le sait, le plus grand “ boucher” (Hitler) aussi bien que le plus grand philosophe (Wittgenstein). Mais surtout, qu’un pouvoir bien décidé (de préférence totalitaire) peut (pourvu qu’on lui en donne le temps et les conditions tant soit peu critiques – surpopulation, extrême pénurie foncière, analphabétisme), faire de toute situation, même formellement non-tribale au départ, une situation tribale et préparer au génocide sa population, à force de propagande, manipulations raciste de l’histoire, incitations à la haine raciale, accoutumance aux massacres par une longue tradition d’impunité, installation de la peur de l’autre, etc.

Autrement dit, que tout est “construction”6 dans les sociétés humaines (l’Histoire comme toute forme de catégorisation des populations) et que les moins ”scientifiques” de celles-ci (la race, le sang) peuvent produire les effets les plus réels et les plus dévastateurs, à côté desquels les querelles savantes apparaissent souvent bien dérisoires.7

___________

Notes:

1) Par peur de voir “tomber la région dans le giron américain” (en fait, les EU ne soutiennent pas directement les rebelles toutsis mais plutôt l’Ouganda, dernier bastion contre l’expansionnisme islamiste soudanais), la France n’interrompra pas immédiatement ses livraisons d’armes au régime houtou et profitera même de ses opérations humanitaires pour évacuer discrètement certains dignitaires dont plusieurs artisans du génocide.

2) L’exception étant Dominique Franche, dont le lumineux article des Temps modernes (« Généalogie du génocide rwandais », mai/juin 1995) nous a largement inspiré ici.

3) Prendre au sérieux notre incompréhension, c’est aussi se demander ce qui fait notre étonnement devant des pratiques autrefois courantes aux EU (lynchages) ou dans nos campagnes (magie, sorcellerie, accusations systématiques de “mauvais oeil” ou d’empoisonnement, rumeurs “folles”), mais toujours actuelles dans certaines parties du monde – cf. la représentation des Toutsis lors du génocide comme “des diables venus d’un autre monde, avec des queues, des cornes, des sabots, des oreilles pointues et des yeux rouges qui brillent dans le noir”.

4) Une bonne et impressionnante illustration de cette représentation dans l’imaginaire occidental de l’époque est la très photogénique version des “Mines du Roi Salomon” de 1950, avec Stewart Granger et Deborah Kerr, où les chefs toutsis (crédités au générique et sans doute interprétés par des Tousis réfugiés au Kenya) apparaissent sous la forme de géants de légende (plus de 2 m de haut et une incroyable longilignité !).

5) Naturellement, trente ans plus tard, c’est surtout des enfants de ces premiers réfugiés qu’il s’agit ici, d’où d’ailleurs leur nostalgie quasi “sioniste” du retour (on pense à la célèbre chanson de Bob Marley tirée du psaume 137 de la Bible: “By the rivers of Babylon … we remember Zion …”).

6) Ou “reconstruction” à partir de différences objectives (sexe, pigmentation, forme du corps, etc.) plus ou moins valorisées.

7) Comme si un massacre “scientifiquement fondé” acquérait par là même on ne sait quel surcroît de justification! – cf. le temps qu’il a fallu à une certaine intelligentsia, plutôt parisienne, pour reconnaître l’étendue des “dégâts” provoqués par les terreurs successives de l’histoire récente: française (et ses 250 000 Vendéens, 1 sur 4!), bolchévique et staliniste, puis maoïste et khmère rouge, sans oublier la plus oubliée de toutes, celle de l’Indonésie en octobre 1965 (où s’appuyant sur les masses musulmanes fanatisées, le general Souharto – toujours en place aujourd’hui – se débarrassa à bon compte d’un demi-million de ses adversaires communistes !).


ONU/France: Boidevaix/Mérimée: l’arbre qui cache la forêt? (Oil for food scandal: the French media blackout continues)

8 décembre, 2005
Aspades_1L’affaire Boidevaix-Mérimée est-elle l’arbre qui cache la forêt ? Certaines sources au Quai d’Orsay l’insinuent. « Il est impossible que Mérimée se soit mouillé pour une telle somme (156 000 dollars), qui n’est pas si importante au regard des risques encourus et des profits possibles », estime un diplomate qui a côtoyé l’ancien représentant de la France au Conseil de sécurité. « Nous sommes plusieurs à penser que les sommes en jeu sont en réalité colossales. » Olivier Weber (Le Point 01/12/05)

Mais l’arbre qui cache la forêt, n’est-ce pas aussi cet article du Point lui-même ? Comme l’exception qui, après les quelques articles obligés qui ont suivi la mise en examen de ces deux très hauts dignitaires du Quai en septembre dernier, confirme la règle d’un silence de plus en plus assourdissant des medias français sur ce qui est probablement l’un des plus grands scandales de notre diplomatie ?

Pourtant, il est un blog français qui, à l’instar d’une Claudia Rosset du Wall Street Journal, n’a pas baissé les bras et continue à tenir régulièrement au courant la communauté française et francophone de l’évolution de l’affaire, mais aussi, comme son nom l’indique, des multiples turpitudes de la fameuse… “politique arabe de la France” !

D’un petit site connu des seuls initiés, il est en quelques mois devenu “la” référence, de plus en plus citée et reprise, sur ce monument d’opacité et d’impénétrabilité que semble hélas se complaire à incarner la diplomatie du Pays (autoproclamé) des droits de l’homme. Alors sur Boidevaux-Mérimée, il n’était bien sûr pas question de s’adresser ailleurs !

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Violences urbaines: A Paris comme à Falluja la guerilla vaincra (Nidra Poller)

7 décembre, 2005
Le casseur, c'est Sarkozy!C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, suite à des manifestations anti-guerre d’Irak marquées par nombre de cris d' »A mort les juifs! », avril 2003)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes.(…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller

Qui sème le vent récolte la tempête, dit le proverbe.

Et si la France payait aujourd’hui pour toutes ces années de violence militante dont on a gavé, dans la rue ou par medias interposés, une certaine jeunesse?

C’était tout le mérite de Nidra Poller, journaliste américaine résidant à Paris, d’avoir dès les premières manifestations contre l’intervention alliée en Irak, attiré l’attention sur ce risque. Sauf que personne ne s’attendait à ce qu’à peine deux ans après, l’avertissement reçoive une telle confirmation avec les toutes récentes émeutes des banlieues des grandes villes françaises.

Intifada a la francaise
Nidra Poller
National Post
November 08, 2005

PARIS – The French government is faltering as the flames of urban warfare spread from Paris to over 300 towns. Schools, warehouses, gymnasiums, bus depots, restaurants and shopping malls are being sacked and burned. Journalists, ambulance personnel and firemen are being attacked. Even armour-clad riot police now fear for their lives, as some of the protesters have equipped themselves with guns.

President Jacques Chirac, supposedly recovered from a stroke suffered in August, is out of commission. His dauphin, Dominique de Villepin, makes pompous proclamations while trying to roast his arch-rival, Interior Minister Nicolas Sarkozy, in the flames of immigrant rage. But the plain-spoken Mr. Sarkozy did not summon this rage on his own. It has been simmering for years in the form of a steady increase in lawless, anti-social behaviour.

Until now, the angry Muslim men who constitute the bulk of the rioters have been allowed to masquerade as victims. It is a common refrain that these second- and third-generation North African immigrants have been marginalized by a racist French society. But much of what goes under the name of harassment is simply the half-hearted intrusion of the forces of order into territories that have been conquered by another system of values. In Muslim ghettoes, pimping, drug dealing, theft, terrorism and Islamic law mix and match. The block of working-class suburbs, or banlieues, in the Seine St-Denis region outside Paris, is especially lawless.

These areas are hardly dismal, dilapidated hellholes. Most of the housing and infrastructure is decent. Those who wish to pursue clean, honest lives have plenty of opportunities to do so. The insurrection spreading through France cannot be understood through the traditional Marxist prism of poverty, unemployment and discrimination. These problems exist in all nations. What is different in France’s Muslim ghettoes is a tradition of hate and xenophobia, one which the state has until now either ignored or encouraged.

In June, 2004, a huge demonstration was staged in Paris to protest the arrival of U.S. President George W. Bush, who made a brief visit to commemorate the 60th anniversary of the D-Day landings. Posters depicted Bush as the world’s worst terrorist. By my first-hand observation, roughly one-third of the marchers came from hard-left parties and organizations: communists, socialists and ecologists, labour unions and wilted flower people. Another third were militant Muslims, many of them with checkered kaffiyehs. The other third were raunchy nihilists high on drugs and beer, marching with pitbulls and Rottweilers, calling for death and destruction. They painted graffiti on lowered store shutters and bus stop shelters, promising « a Paris comme a Falluja la guerilla vaincra » (In Paris as in Falluja, guerrilla warfare will triumph).

The same media that are now tallying up the number of cars torched and lecturing Sarkozy on the virtues of tolerance didn’t seem much put out by such displays. The hard words were aimed at Bush, after all — so the hatred expressed was seen as unremarkable, even admirable.

In the same way, much of France ignored the cries of « death to the Jews » that went up in the pro-Palestinian demonstrations that began in 2000, and which eventually blended in with the anti-war demonstrations of 2003. Incendiary, sometimes bloodthirsty slogans against Israel and the United States became commonplace.

For five years, resentful French Muslims have been fed a steady diet of romanticized violence — jihad-intifada in Israel, jihad-insurgency in Iraq, jihad-insurgency in Afghanistan. When they started firebombing synagogues and beating up Jews in the fall of 2000, the media dutifully reported that these thugs were products of the « frustration » felt in regard to the treatments of Muslims in the Middle East and Central Asia. France’s own government was full of hectoring words for the Americans, after all. The protesters were very much on message.

In elite French society, the enemy was clearly identified: not Islamism or Islamofascism, not the stewing mobs in the Paris suburbs, not Saddam Hussein, not al-Qaeda, but the British and U.S. troops in Iraq. The burned-out cars and buildings that litter French streets are the domestic residue of the jihadi cult that these French Muslims have been drugged on through al-Jazeera, and which has been legitimized by a French intellectual class that has always romanticized resistance in all its forms.

Perhaps some of the journalists, political scientists, intellectuals and public officials who’ve been peddling this merchandise meant it to remain an abstract ideological diversion. France is a long way from Iraq, after all. But now that the militancy is being turned on the French state itself, they are suddenly shocked at what they’ve sown.

Things could get worse. Until the state can exert its authority, restore order and protect its citizens, there is a danger that images of charred bodies will replace pictures of burnt cars.

For decades, the French media and government have been painting a rosy picture of social harmony within their borders. When the truth suddenly burst out with guerrilla warfare in the streets, the public was totally unprepared, as were the police and even the army. They might all have known that this is the terrible price to be paid for turning a blind eye to those who preach violent resistance.


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